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LIBRARY
UNITED STATES
DEPARTMENT OF AGRICULTURE
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
1
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIEGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
TOME
PARIS
MASSON & Cie, ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l’aCADEMIE DE MEDECINE
120, Boulevard Saint-Germain (6e)
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Tome IX.
44*
1916
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de la Sociéfê“ew%
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 12 janvier 1916
PARIS
MASSON & Ci', ÉDITEURS
LIBRAIRES DE L’ACADEMIE DE MEDECINE
120, Boulevard Saint-Germain (6e)
Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît io fois par an
<15 jours après chaque séance, qui a lieu le 2e mercredi du mois, sauf en août et
septembre. 11 forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Années 1908 à 1913 - — Prix de chaque volume broché : 15 francs
Le prix de l’Abonnement est : France , 18 fr. ; Union postale , 20 fr.
SOMMAIRE DU NUMÉRO i
Séance du 12 janvier 1916
PAGES
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ . I
ALLOCUTION DU PRÉSIDENT . . Y . ,
COMMUNICATIONS
A. Aravandinos. — Contribution à l’étude de l’historique de la leishma¬
niose interne . I0
Ch. Commes. — Pneumococcie à métastases pulmonaires et extrapul¬
monaires chez un tirailleur sénégalais . ^
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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Il
149726
PAGES
F. Noc. — Parasitisme intestinal en Cochinchine (Nouvelle contribu¬
tion à l’étude des dysenteries indo-chinoises) . i5
F. Van dkn Bkanden. — Valeur moyenne de la durée de stérilisation
sanguine chez les trypanosés par une dose de salvarsan, néosal-
varsan, salvarsan cuprique et sel sodique du salvarsan cuprique . i3
MÉMOIRES
E. Escomel. — La Blastomycose humaine au Pérou et en Bolivie. . . 21
J. Rodhain. — La maladie du sommeil dans l'Ouellé (Congo belge) à la
fin de 1914 . . 38
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X
Liste des Membres
de la Société de Pathologie exotique
en janvier 1916 (0
ABRÉVIATIONS.
MAS Membre de l’Académie des Sciences.
MAM Membre de l'Académie de Médecine.
M F Membre fondateur de la Société.
A T Armée de terre.
M Marine.
T C Troupes coloniales.
COMPOSITION DU BUREAU
Président .
Vice-Présidents
Secrétaires généraux...
Trésorier-archiviste.. .
Secrétaires des séances.
MM.
A. Laveran.
L. Martin et H. Vincent.
E. Marchoux et F. Mesnil.
E. Tendron.
C. Joyeux et C Levaditi.
Membres du Conseil. .MM. Chantemesse, Grall, Jeanselme, Wurtz.
Commission de Con¬
trôle . Mme Phisalix, MM. Pottevin et Prévôt.
(1) Nous avons indiqué, autant qu’il nous a été possible, l’affectation
militaire actuelle de chacun des membres français de la Société.
MEMBRES HONORAIRES
MM.
E. L. Bouvier, MAS, Profr Muséum, 55, rue de Buffon, Paris, Ve,
MF.
Général Sir David Bruce, Royal Army medical College, Grosvenor
Road, Londres, S. W.
W. T. Councilman, Profr Université de Cambridge, Etats-Unis.
B. Danilewsky, Profr Fac. Médecine, Charkow, Russie.
B. Grassi, Profr Anatomie comparée, Université Rome, 91, via
Agostini Depretis.
L. Guignard, M A S, M A M, Directeur hon., Profr Ecole de Pharma¬
cie, 6, rue du Val-de-Grâce, Paris, Ve.
S. Kitasato, Directeur Inst. Kitasato pour les maladies infectieuses,
Tokio, Japon.
Le Myre de Vilers, ancien Président de la Société de Géographie,
Président de la Sous-Commission française de la Maladie du Som¬
meil, 28, rue de Surène, Paris, VIIIe.
Sir Patrick Manson, The Sheiling, Clonbur, Co. Galway, Irlande.
E. Metchnikoff,' Sous-Directeur de l’Institut Pasteur, M F.
E. Perrier, MAS, MAM, Directeur du Muséum, 57, rue Cuvier.
Paris, Ve, MF.
E. Perroncito, Profr Université de Turin.
A. Railliet, MAM, Prof1' Ecole vétérinaire d’Alfort.
Sir Ronald Ross, Profr Université de Liverpool, 18, Cavendish Square,
Londres, W.
E. Roux, MAS, MAM, Directeur de l’Institut Pasteur, MF.
Th. Smith, Directeur Départ. Maladies animales, Institut Rockefeller,
Princeton, New-Jersey.
Vallin, MAM, anc. Médecin inspecteur A T, 17, avenue Bosquet,
Paris, M F.
A. Yersin, Médecin principal ire Cl. T C, Directeur des Instituts Pas¬
teur d’Indochine, à Nha-Trang, Annam.
MEMBRES TITULAIRES-HONORAIRES
MM.
L. Bertrand, Médecin général de ire Cl. M, 10, rue Steffen. Asnières,
MF.
R. Blanchard, MAM, Profr Parasitologie Fac. de Médecine, 226,
boulevard Saint-Germain, Paris. VIe. ....
A. Chantemesse, MAM, Profr Hygiène Fac. de Médecine, 3o, rue
Boissy-d’Anglas, Paris, VIIIe, MF.
Delrieu, Médecin inspecteur T C de réserve, Directeur Service de
Santé A. O. F., à Dakar, Sénégal, MF.
Ch. Grall, Inspecteur général Service de Santé T C, Inspecteur per¬
manent Service de Santé Armées d’Orient, MF.
Granjux, Rédacteur en chef du Caducée, 18, rue Bonaparte, Paris,
VIe, MF.
Jeanselme, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux, 5, quai
Malaquais, Paris, Médecin-major Hôpital du Panthéon, M F.
A. Laveran, MAS, MAM, Prof1' Institut Pasteur, 25, rue du Mont¬
parnasse, Paris, VIe, M F.
A. Le Dentu, MAM, anc. Profr Fac. Médecine, 2, rue de Messine,
Paris, M F.
Lemoine, Médecin inspecteur AT, Directeur Service Santé ire Armée,
MF.
A. Lucet, MAM, Assistant au Muséum, 2, rue des Arènes, Paris, VIe.
Moty, anc. Médecin principal ire CI. A T, Agrégé libre du Val-de-
Grâce, 65, route d’Octeville, Sainte-Adresse, Seine-Inférieure.
Nimier, Médecin inspecteur général A T, Directeur Service Santé
VIe Armée, MF.
J. E. J. Schneider, Médecin inspecteur A T.
H. Vallée, Directeur Ecole vétérinaire d’Alfort, MF.
H. Vincent, MAM, Médecin inspecteur A T, Chef du Laboratoire de
Vaccination antityphique au Val -de-Grâce, 77, boulevard du Mont¬
parnasse, Paris, VIe, M F.
R. Wurtz, MAM, Agrégé Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
18, rue de Grenelle, Paris, VIe.
MEMBRES TITULAIRES
MM.
Achalme, Directeur labor. colon. Muséum, 55, rue de Buffon, Paris,
Ve, MF.
A. Borrel, Profr Institut Pasteur, Paris, XVe, M F".
J. Bridré, Chef Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe, Vétérinaire
auxiliaire ( mars 1914) (1).
E. Brumpt, Agrégé Fac. Médecine, 1 5 , rue de PEcole-de-Médecine,
Paris, VIe, Profr Parasitologie Fac.de Médecine Saô Paulo, Brésil.
Médecin chef d’Ambulance {12 février 1908).
E. Chatton, Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe. Lieute¬
nant au 4e Tirailleurs indigènes ( i3 mars 1912').
H. Darré. Médecin assistant Hôpital Pasteur (8 décembre iqog).
Ch. Dopter, Médecin principal 2e Cl. A T, Profr Val-de-Gràce\ Adjoint
au Directeur du service de Santé des Armées en campagne, M F.
E. Dujardin-Beaumetz, Chef Laboratoire Institut Pasteur, M F.
L. Dyé, Médecin colonial Université Paris, 1 23 , avenue de Wagram,
Paris, Médecin aide-major, ( 8 avril igo8).
F. Heim, Agrégé Fac. Médecine, Secrétaire perpétuel Ass. Agronomie
coloniale, 34, rue Hamelin, Paris, XVIe, M F.
A. Henry, Chef T ravaux pratiques Zoologie, Ecole vétérinaire, Alfort,
Vétérinaire Dépôt chevaux malades, Pernes, P.-de-C ..(juillet 19 1 3).
Ch. Joyeux, Préparateur Parasitologie Fac. de Médecine, Médecin
aide-major au Lab. antityphique du Val-de-Grâce (avril 1913).
(1) Date de l’élection comme titulaire.
M. Langeron, Chef Travaux Parasitologie Fac. de Médecine,
Médecin aide-major au Lab. antityphique du Val-de-Gràce (février
19 i3).
A. Lesage, Médecin des Hôpitaux, 226, boulevard Saint-Germain,
Paris, M F.
M. Letulle, MAM, Prof1' Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
7, rue de Madgebourg, Paris, Médecin chef Hôpital militaire Buffon
(g février igio).
C. Levaditi, Chef Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe, Directeur
Laboratoire Ve Région (8 juillet 1908).
E. Marchoux, anc. Médecin principal T C, Chef Service Institut
Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe, Médecin chef de la Place de
Paris, M F.
L. Martin, Médecin-Directeur Hôpital de l’Institut Pasteur, 205, rue
de Vaugirard, Paris, XVe, M F.
F. Mesnil, Profr Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe,
MF.
V. Morax, Ophtalmologiste des Hôpitaux, 28, boulevard Raspail,
Paris, VIIe (1 2 février igoS).
L. Nattan-Larrier, chargé de Cours Collège de France, 60, rue
de Courcelles, Paris, Directeur Laboratoire IXe Région (1 2 février
I(J°X).
A. Pettit, Chef Laboratoire Institut Pasteur, 26, rue Dutot, Paris,
XVe, Médecin aide-major détaché au Service sérothérapique de l’Ins¬
titut Pasteur (g juin igog).
Mme M. Phisalix, Chef-adjoint Travaux de Pathologie Labor. colo¬
nial Muséum, 62, Bd St-Germain, Paris, Ve (8 février iqi 1).
E. Pinoy, Chef Laboratoire adjoint Institut Pasteur, Paris, XVe, M F.
H. P ottevin, Directeur-adjoint Office international d’Hyg. publique,
11, rue Valentin-Haüy, Paris (g décembre igo8).
A. Prévôt, Chef Service adjoint Institut Pasteur, Garches (Seine-et-
Oise) (12 février iqo8).
J. Rieux, Médecin-major ire Cl. A T, Agrégé Val-de-Grâce, Médecin-
chef Hôpital complémentaire à Villers-Cotterets ( novembre igi3).
E. Roubaud, Chef Laboratoire Institut Pasteur, 96, rue Falguière,
Paris, XVe, attaché au Laboratoire central de Bactériologie de l’Ar¬
mée (janvier igi3).
J. Rouget, Médecin princ. 2e Cl. A T, Profr Val-de-Grâce, 6, rue du
Val-de-Grâce, Paris, Ve, Directeur de Service de Santé d’un Corps
d ’ Armée (12 février iqo 8) .
E. Sacquépée, Médecin-major ire Cl. A T, Agrégé libre Val-de-Grâce,
Médecin-chef Laboratoire IVe Armée (janvier igi4).
Simonin, Médecin-principal ire Cl. A T, Profr Val-de-Grâce, Directeur-
adjoint Service de Santé Ministère de la Guerre, MF.
Surcouf, Chef des Travaux de Zoologie Labor. colonial Muséum, 55,
rue de Buffon, Paris, Ve, mobilise comme Capitaine (12 février
19 °8).
E. Tendron, Directeur pharmaceutique Service des Sérums Institut
Pasteur (juin igi3).
H. Violle, Médecin M réserve, Préparateur Institut Pasteur, Paris,
XVe, Chef Laboratoire Hôpital St-Mandrier (juillet igif).
M. Weinberg, Chef Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe, Médecin
aide-major ($ avril igo8).
MEMBRES ASSOCIÉS
a) Français.
MM.
Th. Barrois, Profr Parasitologie Fac. Médecine, Lille.
F. Borel, Directeur Service sanitaire maritime, Le Havre, Médecin-
major, M F.
J. Brault, Profr Maladies des pays chauds, Fac. de Médecine, Univer¬
sité Alger. .
A. Calmette, anc. Médecin inspecteur T C, Directeur de l’Institut
Pasteur, Lille, MF.
Clarac, Médecin inspecteur T C, Directeur Service de Santé XVIIIe
Région, Bordeaux, MF.
De Brun, Prof. Fac. Médecine, Beyrouth.
Ducloux, Chef du Service de l’Elevage, Tunis.
J. Dupuy, Directeur Service sanitaire maritime, Pauillac (Gironde),
M F.
A. Le Dantec, Profr Pathol, exotique, Fac. Médecine, 8g, cours Vic¬
tor Hugo, Bordeaux, Médecin principal réserve M, Hôpital mari¬
time, Rochefort, M F.
Ch. Nicolle, Directeur Institut Pasteur, Tunis.
J. B. Piot, Directeur Service vétérinaire des domaines de l’Etat, Le
Caire.
E. Primet, Médecin inspecteur T C (réserve), 82, Avenue de Breteuil,
Paris, Inspecteur de la XVIIIe Région, M F.
P. Remlinger, Médecin-major ire Cl. A T (h. c.), Directeur Institut
Pasteur de Tanger, Médecin-chef Laboratoire central de l’Armée.
Edm. Sergent, Directeur Institut Pasteur d’Algérie, Mustapha-
Alger, M F.
Et. Sergent, de l’Institut Pasteur de Paris, Médecin de colonisation
(h. c.), chargé de mission en Algérie, 4, rue Michelet, Alger-Mus¬
tapha.
P. L. Simond, Médecin inspecteur T C, Directeur Service de Santé
de l’Indochine, à Hanoï. Tonkin, MF.
H. Soulié, Profr Faculté de Médecine, Université Alger.
A. Thiroux, Médecin-principal 2e Cl. T C, Profr Ecole d’application,
Marseille, Médecin divisionnaire, MF.
Vaillard, MAM, Médecin inspecteur général A T, 21, rue Denfert-
Rochereau, Paris, Ve, M F.
J. J. Vassal, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin divisionnaire Armée
d’Orient.
b) Etrangers.
MM.
A. Agramonte, Prof1' Bactériologie Université La Havane, Cuba.
A. Bettencourt, Directeur Inst, bactériol. Camara Pestana, Lis¬
bonne.
Van Campenhout, anc. Directeur, Prof1' Ecole de Médecine tropi¬
cale, 45, rue Marie-Thérèse, Bruxelles.
A. Castellani, Prof1' Maladies tropicales Université, Naples.
O. Cruz, Directeur Institut de Manguinhos, Rio-de-Janeiro.
Ch. Firket, Profr Fac. Médecine, 8, rue Sainte-Véronique, Liège.
C. Golgi, Prof1' Université, Pavie.
W. C. Gorgas, Directeur Service de Santé, Ancon, Panama.
S. Kartulis, Hôpital gouvernement égyptien, Alexandrie, Egypte.
A. Kopke, Profr Ecole de Médecine tropicale, Lisbonne.
Sir William B. Leishman, Prof1 Royal Army Medical College, Gros-
venor Road, Londres, S. W.
A. I ^ooss, Prof1' Ecole de Médecine, Le Caire.
B. Nocht, Directeur Institut für Schiffs u. Tropenkrankheiten, Ham¬
bourg.
F. G. Novy, Profr Université du Michigan, Ann Arbor, Mich., Etats-
U nis.
G. H. F. Nuttall, Prof1' Université Cambridge, Longfield, Madin-
gley Road, Cambridge, Angleterre.
A. Salimbeni, Chef Service adjoint Institut Pasteur, Paris, MF.
K. Shiga, Directeur Laboratoire Institut Kitasato pour les mal.
infect., Tokio, Japon.
A. Theiler, Chef du service vétérin. scientif., Pretoria, Transvaal.
J L. Todd, Profr Parasitologie Université Mc Gill, Macdonald Col¬
lege, Sainte-Anne-de-Bellevue, P. Q., Canada.
H. Ziemann, Médecin principal de la marine allemande, 82, Gothe-
trasse, Berlin-Charlottenbourg.
MEMBRES CORRESPONDANTS
a) Français.
MM.
J. Allain, Médecin-principal ire Cl. T C, Chef du Service de Santé,
Brazzaville, Congo, rentré en France.
L. d’Anfreville, Médecin du Service de Santé à Salé, Maroc, 80, Bd de
Courcelles, Paris.
J. Arlo, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur laboratoire Kindiah,
Guinée française.
P. Aubert, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur de l’Institut Pasteur
de Brazzaville, Congo français.
A. Auché, Pharmacien en chef 2e Cl. M, chef du Service pharmaceu¬
tique, Bizerte, Tunisie.
A. Bartet, Médecin principal M, sur le Jauréguiberry .
J. Bauche, Vétérinaire inspecteur des épizooties, Hué, Annam.
E. Bellet, Médecin ire Cl. M, Navire hôpital Bien-hoa , Toulon.
G. Bellot, Médecin-général 2e Cl. M, Directeur Service de Santé,
Lorient.
P. Noël Bernard, Médecin-major ire Cl. T C, adjoint à l’Inspecteur
général du Service de Santé des Armées d’Orient.
L. Blaizot, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Tunis.
M. Blanchard, Médecin-major 2e Cl. T C, Chef du Laboratoire de
l’Hôpital de St-Riquier, Somme.
G. Blin, Médecin-major ire Cl. T C, Chef du Service de Santé de la
Guinée franç., à Conakry.
— VII —
G. Bouet, Administrateur en chef des Colonies, Inspecteur de l’Hy¬
giène en A. O. F., à Dakar.
G. Bouffard, Médecin-major ire Cl. T C, Profr Ecole d’application,
Marseille, Médecin-chef Laboratoire VIIe Armée.
M. Bouilliez, Médecin-major 2e Cl. T C, Fort-Archambault, Terri¬
toire militaire du Tchad.
G. Bourret, Médecin-major ire Cl. T C., Médecin-chef d’Ambulance.
L. Bréaudat, Pharmacien T C, Chef Laboratoire Bactériologie
128e Division.
V. Brochard, Ancien Médecin T G., Administrateur ire Cl. des Colo¬
nies à Vohémar, Madagascar.
Ch. Broquet, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin-chef d’Ambulance.
J. A. Bussière, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin de l’Ambassade,
Pékin.
Cathoire, Médecin-major ire Cl. A T, Médecin-chef Laboratoire
IIIe Armée.
L. Cazalbou, anc. Direct. Labor. Bactériologie de Ségou, A. O. F.,
Vétérinaire en ier, au 5oe d’Artillerie, Rennes.
H. Cazeneuve, Médecin ire Cl. M, Chef du Laboratoire de Bactério¬
logie d’escadre, sur le Shamrock.
A. Chopard, Médecin de la 2e division à la Société de Construction
des Chemins de fer Indochinois, Keror, La Ciotat, Bouches-du-
Rhône.
F. Clair, anc. Médecin sanitaire maritime, 6, avenue Daubigny, Paris,
XVIIe, Médecin aide-major au 20e d’Artillerie.
Clarenc, Président de la Société médicale, Port-Louis, Ile Maurice.
M. Cognacq, Directeur Ecole de Médecine de l’Indochine, Hanoi,
Tonkin.
L. Collin, Médecin major 2e Cl. T C, 5e Régiment Artillerie lourde.
E. Conseil, Chef Bureau municipal Hygiène, 60, rue des Selliers,
Tunis, Médecin aide-major.
L. Couvy, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Laboratoire, Bassam,
Côte d’ivoire.
J. Crespin, Prof1 Hygiène Fac. Médecine, Médecin Hôpital Mustapha,
1, rue du Soudan, Alger.
Ch. Dassonville, Vétérinaire en ier, au 32e d’Artillerie, Orléans,
P. Delanoe, Médecin Assistance méd. indigène, Mazagan, Maroc,
Aide-major de réserve.
Denier, Médecin ire Cl. M, Sous-Directeur Institut Pasteur de Saigon,
Cochinchine.
W. Dufougeré, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin-chef Hôpital
Ayraud, Khénifra, Maroc occidental.
R. Dumas, Médecin principal ire Cl. T C, Directeur Service de Santé,
Saigon, Cochinchine.
Emily, Médecin principal 2e Cl. T C, Médecin divisionnaire Corps
d’armée colonial.
H. Foley, Médecin-major ire Cl. A T (h. c.), attaché à l’Institut Pas¬
teur d’Algérie.
Fontoynont, Directeur Ecole de Médecine, Tananarive, Madagascar.
L. Gaide, Médecin principal 2e Cl. T C, Directeur Service de santé,
Hué, Annam.
A. Gauducheau, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur de l’Institut
vaccinogène du Tonkin.
VIII —
E. Gendre, anc. Médecin de l’Assistance médicale indigène en A. O.
F., Inspecteur de l’Assistance publique à Angers, 14, rue Voltaire.
V. Gillot, Médecin Hôpital Alger-Mustapha, 21, boulevard Victor-
Hugo, Alger.
P. Gouzien, Médecin inspecteur T C, Directeur de l’Ecole d’applica¬
tion, Marseille, Directeur Service de Santé de Corps d’Armée,
MF.
De Goyon, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin-chef 35e d’infanterie
coloniale.
H. Gros, Médecin de réserve M., Médecin de colonisation, Rébeval,
département d’Alger, Forges nationales de Guérigny, Nièvre.
F. Heckenroth, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire
Bactériologie de l’A. O. F., à Dakar, Sénégal.
G. Irr, Vétérinaire, 8, place de l’Opéra, Paris.
H. Jouveau-Dubreuil, Médecin-major 2e Cl. T C, Direction Service de
Santé, Verdun.
J. Kérandel, Médecin-major ire Cl. T C, au 3e Infanterie coloniale.
A. Lafont, Médecin-major iie Cl. T C, au‘5e Infanterie coloniale.
A. Lamoureux, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin-chef d’Ambu-
lance.
A. Lebœuf, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin-chef Laboratoire
Hôpital central Bar-le-Duc.
A. Leger, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin-chef d’Ambulance.
M. Leger, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin-chef Laboratoire
IVe Armée.
G. Lemaire, Médecin Hôpitaux d’Alger, Chef de Laboratoire Institut
Pasteur d’Algérie, 7, rue Ledru-Rollin. Médecin-major 3e brigade
marocaine.
Le Roy des Barres, Directeur Santé locale du Tonkin, Hanoï.
J. Maille, Médecin ire Cl. M, Directeur Lab. Bactériologie Hôpital
maritime, Cherbourg.
Manaud, Médecin-major 2e Cl. T C, Conseiller médical au Ministère
de l’Intérieur, Bangkok, Siam, aux Armées.
L. Manceaux, Médecin principal 2e Cl. A T, Médecin divisionnaire.
G. Martin, Médecin-major ire Cl. T C, Prof. Ecole d’Application,
Marseille, Médecin-chef Brancardiers Corps colonial.
C. Mathis, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin-chef Laboratoire
d’Armée.
J. Matignon, Médecin-major T C, aux Armées.
G. Merveilleux, Médecin-principal ire Cl. T C, Directeur Service de
Santé Corps d’Armée colonial.
F. Monfort, Médecin-major 2e Cl. T C. Directeur centre vaccinogène,
St-Louis, Sénégal.
R. Montel, ancien Médecin T C, Médecin de la municipalité, 48 ter ,
rue Paul Blanchy, Saigon.
L. Nègre, Chef Laboratoire Inst. Pasteur d’Algérie, Alger.
Niclot, Médecin-principal 2e Cl. A T, Médecin-chef Centre hospita¬
lier Salonique.
Ch. Nicolas, à Bourail, Nouvelle-Calédonie.
F. Noc, Médecin-major ire Cl. T C, Hôpital, Saigon, Cochinchine.
Ortholan, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin-chef d’Ambulance.
G. Pécaud, Vétérinaire A. T (h. c.), Chef Service zootechnique du
Tchad, à Fort-Lamy.
— IX
A. Pressât, Médecin de la CIe de Suez, Port-Saïd, Egypte.
A. Raybaud, Médecin de la Santé, 3 a, rue Lafayette, Marseille.
Raynaud, Chef du Service sanitaire maritime, 6, rue Joinville, Alger.
J. Ringenbach, Médecin major 2e Cl. T C, Adjoint Directeur Service
de Santé Corps d’Armée colonial.
J. Roger, Vétérinaire en 2e, au 18e d’Artillerie, Toulon.
H. Rothamel, Médecin de l’Assistance de l’Indo-Chine, à Vinhlong,
Cochinchine.
Salvat, Directeur Institut Pasteur, Tananarive, Madagascar.
A. Sarrailhé, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire Corps
expédit. des Dardanelles.
H. Schein, Vétérinaire, Inspecteur des Epizooties de l’Indochine,
attaché à l’Institut Pasteur de Nha-Trang, Annam.
F. Sorel, Médecin-major ie Cl. T C, Médecin-chef d’Ambulance.
L. Stévenel, Médecin-major 2e Cl. T C, Section d’hygiène Brancar¬
diers IIe Corps.
Stini, à Larnaca, Chypre, Hôpital temporaire de Paris-plage.
J. Thézé, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire Cayenne,
Guyane.
R. Trautmann, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire
Bamako, Haut-Sénégal et Niger.
Tr oussaint, Médecin Inspecteur A T, Ministère de la Guerre, M F.
G. Vallet, Médecin-major ire Cl. A T, Médecin-chef Brancardiers
de Corps.
b) Etrangers.
MM.
L. Audain, Directeur du Laboratoire, Port-au-Prince, Haïti.
E. E. Austen, Conservateur British Muséum of Nat. History, Crom¬
well Road, Londres, S. W.
A. G. Bagshawe, Directeur Tropical Diseases Bureau , Impérial Ins-
titute, Londres, S. W.
A. Balfour, Directeur Wellcome Bureau of Scientific Research,
Londres, W., Woodcote, Churt, Surrev, Angleterre.
J. Bequaert, Chef de mission scientifique au Congo belge, Boulevard
Charles-le-Téméraire, Bruges (Belgique).
Vital Brazil, Directeur Institut sérothérapique de Butantan, Etat de
St-Paul, Brésil.
A. Breinl, Directeur Inst. Méd. tropicale, Townsville, Queensland,
Australie.
A. Broden, Directeur Ecole Méd. tropicale, Parc Duden, Forest-
Bruxelles.
Mamerto Cadiz, Prof1' Faculté Médecine et Directeur Institut d’Hy-
giène, Santiago, Chili.
J. CANTACuzÈNE,anc. Directeur Santé publique, Profr Université, Buca¬
rest.
J. Cardamatis, Profr Mal trop. Fac. Médecine, 26, rue Canaris, Athè¬
nes. ,
A. Carini, Directeur Institut Pasteur, Sao Paulo, Brésil.
C. Chagas, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
A. J. Chalmers, Directeur Lab. Wellcome, Khartoum, Soudan.
M. Couto, Profr Fac. Médecine, Rio-de-Janeiro.
S. R. Christophers, Assistant, Central Research Institute, Kasauli,
Inde.
A. Ciuca, Chef des Travaux Ecole Vétérinaire, Bucarest.
C. W. Daniels, Lecturer London Schcol of tropical Medicine et
London Hospital a. Medical College, 29, Harley Street, Lon¬
dres, W.
S. T. Darling, Chef Laboratoire Bureau sanitaire, Ancon, Panama.
W. H. Deaderick, Mariana, Arkansas, Etats-Unis.
C. D onovan, Profr Univ., Médecin Hôpital, Dunduan, Nugambakam,
Madras, Inde.
E. Escomel, Médecin de l’Asile Saint-Jean de Dieu, Arequipa, Pérou.
J. W. H. Eyre, Bactériologiste Guy’s Hospital, Londres, S. E.
H. B. Fantham, Parasitologiste Liverpool School of tropical Medicine.
S. Flexner, Directeur de l’Institut Rockefeller, New-York.
C. França, Naturaliste Muséum Bocage, Ecole Polytechnique Lis¬
bonne, à Collares. Portugal.
F. Fülleborn, Profr Institut für Schiffs u. Tropen-krankheiten, Ham¬
bourg.
U. Gabbi, Chef division tropicale Clinique médicale Université, Rome.
C. M. Garcia, Médecin-inspecteur du Service contre la fièvre jaune,
La Vera-Cruz, Mexique.
L. Gedoelst, Profr Ecole Médecine vétérinaire, Cureghem-Bruxelles.
J. A. Gilruth, Gouverneur Territoire du Nord, Australie, à Darwin.
O. Goebel, Médecin, Elisabethville, Congo belge, rentré en France.
E. D. W. Greig, Central Research Institute, Kasauli, Inde anglaise.
W. M. Haffkine, Laboratory Hospital Grounds, Bhawanipur, Cal¬
cutta.
M. Hartmann, Chef service protozool. Institut für Infektionskrank-
heiten, Berlin, N. 3q.
S. P. James, Officier Service sanitaire Inde anglaise, à Simla.
S. Kanellis, 24, rue Pinacoton, Athènes.
G. W. Kiewiet de Jonge, Kramat, Weltewreden, Indes néerlandaises.
Allan Kinghorn, Mpika, Rhodesia septentrionale.
F. Kleine, Chef de la lutte contre la Maladie du Sommeil en Afrique
orientale allemande, Daressalam.
H. P. Lie, Chef du service de la Lèpre, Bergen, Norvège.
A. Lignos, Médecin Ile d’Hydra, Grèce.
A. Lindenberg, Médecin Service dermatologique Hôpital Santa-Casa,
S. Paulo, Brésil.
J. J. van Loghem, Directeur Inst. Hygiène tropicale, Tijdelijk Bureau,
Sarphatistraat, 3q, Amsterdam.
George C. Low, Lecturer, London School of tropical Medecine. King’s
College et West London Hospital, ô, Bentinck Street, Manchester
Square, Londres W.
A. Lutz, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
J. Macdonald, La Clinica, 18, calle Guente, Huelva, Espagne.
F. Percival Mackie, du Service médical de l’Inde, 18, Canynge Square,
Clifton, Bristol, Angleterre.
E. Martini, Médecin principal delà Marine allemande, Wilhemshaven.
E. Marzinowsky, Médecin Hôpital Paul Ier, Moscou.
U. Mello, Agrégé Ecole vétérinaire, Turin.
XI
C. M ense, Directeur d'Archiv für Schiffs u. Tropenhygiene , 28, Phi-
losophenweg, Cassel, Allemagne.
L. E. Migone, Profr Faculté de Médecine, Assomption, Paraguay.
R. E. Montgomery, Government veterinary bacteriologist, Nairobi,
British East Africa.
J. Moreira, Directeur Hospice national des aliénés, Rio-de-Janeiro.
C. S. Motas, Profr Ecole vétérinaire, Bucarest.
W. E. Musgrave, Biological Laboratory, Bureau of Science, Manille.
D. Nabarro, Childrens Hospital, Gt. Ormonde Street, Londres, W. C.
W. S. Patton, King Institute of préventive Medicine, Guindy, Ma¬
dras, Inde.
M. Piraja da Silva, Profr Fac. Médecine, Bahia, Brésil.
A. Plehn, Médecin Hôpital am Urban, 22, Kleiststrasse, Berlin W. 62.
Mme L. Rabinowitsch-Kempner, 58a, Postdamerstr., Gross-Lichter-
felde, W., Berlin.
Colonel F. Raymond, Chef du service vétér civil du Bengale, Royal
Veterinary College, Calcutta.
J. Rodhain, Directeur du Laboratoire, Léopoldville, Congo belge.
E. Robledo, Manizales, Colombie.
Sir Leonard Rogers, Profr Medical College, Calcutta.
Ph. H. Ross, Government Bacteriologist, Nairobi, British East Africa.
D Roudsky, attaché à l’Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe,
Médecin auxiliaire 46e Infanterie.
R. Row, Greylands, 2 New Marine Lines, Fort, Bombay, Inde.
C. Savas, Prof1' Fac. Médecine, Athènes.
Scheube, ancien Profr Univ. Tokio. à Greiz, Allemagne.
C. Schilling, Chef de division Institut für Infecktionskrankheiten,
8. Platanen-Allee, Westend-Berlin.
A. Splendore, anc. Directeur Labor. Bactériologie Hôpital S. Joa-
quim, S. Paulo, Brésil, via Andrea Vesaleo, Rome.
J. W. W. Stephens, Professeur Liverpool School of tropical Medicine.
R. P. Strong, Profr Médecine tropicale, Univ. Harvard, Boston.
N. H. Swellengrebel, Zoologiste Institut Hygiène tropicale, 167,
P. C. Hoofstraat, Amsterdam.
Theobald, Wye Court, Wye, Kent. Angleterre.
Wolferstan Thomas, Ecole Médecine tropicale. Manaos, Brésil.
Th. von Wasielewski, Chef de la division de Parasitologie, Institut
für Krebsforschung, Heidelberg.
Creighton Wellman, Profr Université Tulane, Nouvelle Orléans,
Louisiane, Etats Unis.
C. M. Wenyon, Directeur Recherches tropicales, Wellcome Bureau
of scientific Research, 7, Vallance Road, Alexandra Park, N.
W. L. Yakimoff, Chef de service Labor. bactér. Départ, vétér. de
l’Intérieur, Pétrograd, Sabalkansky, 83.
Zabolotny, Institut Médecine expérimentale, Pétrograd.
Zammit, Laboratory Public Health Departm., Malte.
Les Membres de la Société sont priés de vouloir bien informer les Secré¬
taires généraux des modifications dans leurs titres et fonctions et de leurs
changements d’adresse.
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Neuvième année
N° i
1916
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 JANVIER 1 9 1 6.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Allocution du Président.
Mes chers Collègues,
L'an dernier, à pareille époque, nous espérions bien que l’abo-
minable guerre déchaînée dans le monde par l’Empereur alle¬
mand serait finie pour l’automne de 1915 et que nos héroïques
soldats n’auraient pas à supporter les fatigues d’un deuxième
hiver dans la boue des tranchées ; cet espoir a été déçu. La guerre
continue; l’immense front de bataille s’étend même de plus en
plus ; on se bat au Caucase, en Mésopotamie, en Perse et aux fron¬
tières de l'Egypte, comme dans la majeure partie de l’Europe.
Dans ce conflit formidable, le plus grand que l’Histoire ait
enregistré, nous avons heureusement la certitude que les nations
qui luttent, avec la France, pour le droit et la liberté seront vic¬
torieuses ; certitude basée sur la confiance que doivent nous
inspirer notre admirable armée et le puissant concours de nos
fidèles alliés, et aussi sur le mauvais état financier et économique
de nos adversaires.
*
* *
r
2
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Laguerre qui dure depuis 17 mois a nécessairement occasionné
un grand trouble dans le fonctionnement de notre Société comme
dans celui de toutes les Sociétés savantes ; beaucoup de nos
Collègues, mobilisés, ont cessé de prendre part à nos travaux et
le nombre des membres présents à nos séances a été réduit dans
des proportions telles qu’il est devenu impossible d’atteindre le
quorum nécessaire pour des élections. Dans la séance du i3 octo¬
bre dernier, vous avez décidé de surseoir au renouvellement
du Bureau et aux élections de fin d’année. C’est par suite de
cette décision que votre Président reste encore en fonctions, en
attendant l’heure prochaine, espérons-le, où il sera possible de
procéder à des élections.
* *
Au cours de l’année 1916, nous avons perdu deux de nos mem¬
bres honoraires : Carlos J. Finlay, Directeur de la Santé à la
Havane, dont le nom, attaché à la grande découverte du rôle des
Siegomijia dans la propagation de la fièvre jaune, ne périra pas,
et le professeur Eiirligh ; nous avions vivement regretté de trou¬
ver le nom de ce dernier au bas de l’odieux manifeste des intel¬
lectuels allemands qui, entre autres contre-vérités, niait, contre
toute évidence, que l’Allemagne eut violé la neutralité de la
Belgique.
M. le médecin principal A. Billet, membre titulaire-honoraire,
et M. le Dr Lagane, membre titulaire, ont succombé à des mala¬
dies contractées aux armées.
Enfin nous avons perd» deux de nos correspondants étran¬
gers, MM. v. Prowazek et Minciiin, tous deux bien connus par
leurs travaux en Protozoologie.
Un membre titulaire-honoraire et un correspondant français
ont donné leur démission.
L’état de la Société à la date du 1er janvier 1916 était le sui¬
vant :
Membres honoraires ....... 18
— titulaires-honoraires ... 17
— titulaires . . 35
Associés français . 20
— étrangers . 20
Correspondants français . 89
— étrangers . 84
Total .... 283
Séance du 12 Janvier 1916
3
★
* *
Grâce au zèle de ceux de nos Collaborateurs qui n’étaient pas
mobilisés ou qui, quoique mobilisés, n’étaient pas complète¬
ment absorbés par leurs fonctions militaires, toutes nos séances
ont été bien remplies et le compte-rendu de nos travaux pendant
l’année 1915 forme un volume de 800 pages qui ne dépare en
rien la collection de nos Bulletins.
Comme les années précédentes, ce sont les maladies produites
par des Protozoaires, et en particulier les trypanosomiases et les
leishmanioses, qui ont été l’objet du plus grand nombre de
communications.
Des mémoires importants sur la maladie du sommeil dans le
Bas M’Bomou et dans les régions parcourues par la Mission fran¬
çaise de délimitation Afrique équatoriale française-Cameroun
ont comblé des lacunes qui existaient dans nos connaissances
sur les zones d’endémicité de la maladie; ces travaux, joints â
ceux que nous avions reçus précédemment, permettront de com¬
pléter la carte de répartition de la trypanosomiase humaine.
La trypanosomiase des chevaux du Maroc a fait l’objet de
cinq notes qui ne laissent pas de doute sur l’importance de
cette épizootie marocaine et sur la nécessité de prendre des
mesures pour en restreindre l’extension. La question de la
nature du trypanosome ou des trypanosomes en cause a été
posée, mais non entièrement résolue jusqu'ici.
Les recherches sur le traitement des trypanosomiases et de
la maladie du sommeil en particulier sont toujours en honneur,
et avec raison ; bien que des progrès incontestables aient été
accomplis, il faut espérer que la thérapeutique n’a pas dit son
dernier mot. Je citerai les notes ou mémoires sur le dérivé O,
et sur le dérivé OK, du diarninoarsénobenzène; sur des expé¬
riences de traitement des trypanosomiases animales ; sur le sel
sodiqué du salvarsan cuprique dans le traitement de la trypa¬
nosomiase humaine, du pian et de la syphilis ; sur la trypanoso¬
miase humaine, la natalité infantile et l’influence du traitement
atoxylé.
Un mémoire a été consacré à la leishmaniose américaine de
la peau et des muqueuses qui n’avait fait l’objet, jusqu’ici,
d’aucun travail d’ensemble ; dans un autre mémoire, un de nos
Collaborateurs a fait une étude très intéressante des leishma¬
nioses de l’homme et du chien au Turkestan russe.
I
4 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Une note sur les bons effets du traitement du kala-azar par
les injections intraveineuses d’émétique, déjà employées avec
succès dans le traitement de la leishmaniose américaine,
mérite d’attirer l’attention ; si les faits annoncés se confirment,
un progrès important aura été réalisé dans la thérapeutique,
décevante jusqu’ici, de la leishmaniose viscérale; il ne faut pas
oublier toutefois, dans l’appréciation des résultats obtenus, que
le kala-azar, le kala-azar infantile surtout, guérit assez souvent
sans intervention médicale active, comme un de nos Collabora¬
teurs en donne de nouveaux exemples.
L’étude des infections expérimentales de la souris par la
Leishmania tropica a fait l’objet de plusieurs notes.
La leishmaniose canine a été signalée pour la première fois à
Dakar.
Dans l’importante partie de nos travaux consacrée aux mala¬
dies dues à des Protozoaires, je mentionnerai encore : une
étude expérimentale chez l'homme de l’influence de la quinine
dans la pathogénie de la fièvre bilieuse hémoglobinurique, des
observations sur diverses formes de piroplasmes rencontrées sur
des bovins indigènes de la Chaouia, enfin un travail sur fami-
biase et son traitement par l’émétine à l’hôpital des noirs de
Léopoldville.
Parmi les travaux sur les maladies d’origine bactérienne, je
relève des recherches sur la vaccination préventive contre le
choléra et des Instructions pratiques pour le prélèvement,
l’envoi et l’examen des fèces en vue de la recherche du vibrion
cholérique ; des notes ou mémoires sur la lèpre et le pian dans
les territoires parcourus par la mission française de délimita¬
tion Afrique occidentale française-Cameroun ; sur la trans¬
mission de la lèpre; sur la réaction de Wassermann dans la
lèpre; sur une épidémie de peste humaine à Dakar; sur un cas
de méningite cérébro-spinale causée par le bacille de Yersin ;
sur l’onyxis ulcéreux phagédénique.
L’étude des Mycoses est très bien représentée dans nos Bulle¬
tins par les travaux suivants : mycétome du poumon chez l’âne;
un cas de mycétome à grains rouges ; la blastomycose humaine
au Pérou et en Bolivie ; un cas de blastomycose péritonéale à
Coccidioïdes irnmitis ; sur la culture du parasite de la lymphan¬
gite épizootique; sur l’évolution du parasite de la lymphangite
épizootique chez le cheval; sur une dermatose contagieuse.
Séance du 12 Janvier 1916
5
Les maladies produites par des parasites animaux autres que
les Protozoaires ont donné lieu, comme les années précédentes,
à un grand nombre de travaux, ce qui montre l’importance
qu’elles ont dans la pathologie des pays chauds ; je rappelle les
titres des principales de ces communications : parasitisme intes¬
tinal en Gochinchine ; les helminthes de l’éléphant d’Asie; sur
un cénure d’une gerbil le ; sur les nématodes des genres Goezia
et Camallanus ; les kystes à fila ires au Soudan français; les bilhar-
zioses dans le Moyen-Chari ; le parasite de la dermite granuleuse
des Equidés ; sur des (Estrides et des Auchméromyies du Congo ;
sur une dermatite vésiculeuse saisonnière produite par un
Coléoptère.
La phtiriase a pris une grande importance en pathologie par
suite de sa fréquence dans nos armées et en raison de ce fait,
aujourd’hui bien démontré, que les poux sont les agents de
transmission ordinaires du typhus exanthématique et du typhus
récurrent. Heureusement ces graves maladies, si redoutables
pour le soldat en campagne, n’ont pas été importées dans nos
armées. Trois communications nous ont été faites sur la des¬
truction des poux.
Les travaux suivants qui ne rentrent dans aucune des caté¬
gories précédentes présentent un grand intérêt : la pathologie
indigène de l’Ouellé; mécanisme de la résistance des Batraciens
et des Serpents au virus rabique; les propriétés vaccinantes de
la secrétion cutanée muqueuse des Batraciens contre le virus
rabique. Enfin trois communications importantes ont été faites
sur la destruction des Acridiens en Algérie, en Tunisie et au
Maroc par le Coccobacillus acridiorum, toutes trois attestent la
grande valeur du procédé préconisé par M. d’HÉRELLE pour lutter
contre le fléau des sauterelles.
★
* *
L’exposé que je viens de faire, si incomplet qu’il soit, montre
cependant que l’activité scientifique de notre Société ne s’est
pas ralentie pendant l’année 1915, malgré les conditions défa¬
vorables qui ont été la conséquence de la guerre ; j’espère que
nos zélés Collaborateurs continueront en 1916 à nous apporter
d’intéressantes communications.
En terminant j’adresse des condoléances bien sincères à ceux
de nos collègues qui ont été éprouvés dans leur famille pendant
6
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’année terrible qui vient de s’écouler, et de vives félicitations à
tous ceux qui se sont particulièrement distingués au front et
qui ont reçu la croix de guerre. Notre Secrétaire général,
M. Mesnil, a bien voulu établir la liste suivante des membres
de la Société qui ont été cités une ou plusieurs fois à l’ordre :
MM. Bernard, Maurice Blanchard (qui a été blessé), Broquet,
Ghatton (qui a été blessé), Conseil (Mission sanitaire de Serbie),
Keranpel, Lagane (qui a succombé à une maladie contractée
au front), Lamoureux, LEGEa(Marcel), Lemaire, Martin (Guslave),
Merveilleux, Pettit, Rieux, Ringenbacii, Rqudsky, Rouget,
Sarrailiié, Simonin, Sorel, Thiroux, Vassal.
Cette liste est probablement incomplète, je serai heureux
qu’on me fasse connaître les lacunes qui s’y trouvent afin que je
puisse les combler.
Je souhaite qu’une paix glorieuse pour la quadruple Entente
ramène bientôt parmi nous tous nos Collègues et permette à
notre Société de reprendre ses travaux dans des conditions nor¬
mal es ( A pplaudmemen ts) ,
Séance du 12 Janvier 1916
7
COMMUNICATIONS
Pneumococcie à métastases pulmonaires et
extrapulmonaires chez un tirailleur sénégalais
Par Ch. COMMES.
Nous pensons que l’observation suivante, prise avec grand
soin, n’est pas sans quelque intérêt malgré le nombre de cas
de plus ou moins analogues déjà publiés.
Le tirailleur sénégalais Tamo Mali, âgé de 25 ans, entre le 7 octobre 1915
h l'hôpital sénégalais. II est à Marseille depuis quelques jours venant de
l’Afrique Occidentale Française (Sénégal).
Ce malade se plaint de violentes douleurs thoraciques sans localisations
précises, douleurs continuelles que les moindres mouvements et que la
toux la plus légère exacerbent. Ces douleurs sont accompagnées de dys¬
pnée. L'expectoration est caractéristique, « crachats roui liés, visqueux
et adhérents au vase ». L’examen des poumons montre : à la palpation,
exagération des vibrations surtout au niveau du poumon gauche ; à la per¬
cussion, matité complète à gauche, submatité à droite, avec 2 zones sono¬
res correspondant aux 2 sommets ; à l'auscultation on entend des râles
crépitants disséminés dans l’étendue des deux poumons, en certains points
de la bronchophonie. Du côté du cœur on note de l’accélération des bruits
qui sont cependant bien frappés, tachycardie concordant avec l’élévation
de température. Le foie est hypertrophié, légèrement douloureux ; la rate
est augmentée de volume. Les urines, émises en quantité normale, sont
fortement colorées. On fait le diagnostic de pneumonie double, avec pré¬
dominance de l’infection du côté gauche.
L’examen des crachats montre : nombreux globules rouges, quelques
leucocytes, de nombreux diplocoques encapsulés prenant le Gram (pneu¬
mocoques). La formule leucocytaire montre de la mononucléose (240/0).
L’analyse des urines ne révèle pas d’albumine.
L’état du malade reste stationnaire jusqu’au 12 octobre où l’on constate
une amélioration du côté des poumons.
Le 18 octobre, le malade se plaint de violentes douleurs du côté de
l’oreille droite. Pas de tuméfaction apparente. La pression sur la mastoïde
n’augmente pas la douleur qui est constante. On fait des pansements humi¬
des chauds et le lendemain il se produit un écoulement très abondant de
pus jaunâtre. L’examen microscopique est fait aussitôt et Ton constate la
présence de nombreux leucocytes, et des diplocoques encapsulés, dont la
coloration et la morphologie font faire le diagnostic de pneumocoques. De
nombreux lavages antiseptiques (eau oxygénée à 1/10) sont faits journelle¬
ment et l’écoulement cesse deux jours après.
8
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 22 octobre, le malade présente de la tuméfaction de la région paro¬
tidienne droite. On fait des pansements humides chauds. Le 29, on a la
sensation d’avoir une collection purulente sous le doigt. Le malade est
dirigé sur le service de chirurgie où l’on incise sa collection purulente et
on draine. Le pus est jaunâtre, d’une odeur fétide. L’examen microscopi¬
que permet de constater de nombreux pneumocoques.
Entre temps le malade fait une série d’abcès dentaires au niveau de son
maxillaire inférieur et présente de la carie osseuse consécutive.
L’état pulmonaire du malade reste satisfaisant.
Le 2 novembre, le malade se plaint de violentes douleurs au niveau de
l’abdomen. A la palpation on constate de la défense de la paroi abdomi¬
nale, et de l’empâtement au niveau de l’hypochondre gauche. Lepoulsest
petit, filant. Les selles sont abondantes, liquides et extrêmement fétides.
On fait immédiatement appliquer une vessie de glace sur l’abdomen et on
injecte 500 cm3, de sérum. Le 5 novembre, les phénomènes de péritonite
s’atténuent devant l’application continue de glace. Le pouls s’améliore, la
température revient vers la normale. Le 10 novembre, le malade commet
une imprudence, il se lève et marche pieds nus dans la salle. Rechute pul¬
monaire; du côté du poumon gauche, on constate de la. matité, des râles et
souffles. Cet état persiste pendant de nombreux jours malgré une révulsion
énergique et une médication appropriée. Son état reste très grave. Le
5 décembre le malade se plaint de douleurs au niveau de la région cervi¬
cale droite. Le 6, apparition d’une tuméfaction à la partie moyenne du
sterno-cleido-mastoïdien. Cette tumeur est animée de battements. A la
palpation on a une sensation de dureté se continuant jusqu’à l’apophyse
mastoïde. La tuméfaction reste limitée au bord antérieur du sterno-cleido-
mastoïdien, le long du paquet vasculo-nerveux du cou. Le plus le malade
présente de l’œdème palpébral ; la face et la langue restent normales. L’in¬
telligence du malade paraît un peu éteinte. On fait le diagnostic de
thrombo-phlébite de la jugulaire interne au-dessus du tronc thyro-linguo-
facial .
L’état du malade reste stationnaire jusqu’au 12 décembre, où il meurt à
6 heures du matin.
Durant toute sa maladie le pouls du malade a été en relation avec sa
température. L’élimination des urines a toujours été normale, sans albu¬
mine. Les selles fréquemment examinées ne nous ont révélé rien de par¬
ticulier. L’examen des crachats fait à diverses reprises nous a toujours
montré la présence de nombreux pneumocoques, pas de bacilles tubercu¬
leux. L’examen du sang nous a toujours montré de la mononucléose variant
de 20 à 25 0/0.
Comme traitement nous avons fait des injections de quinine-uréthane,
d’huile camphrée, de sérum, de caféine et d'or colloïdal. Nous avons pres¬
crit des cachets de Second pour favoriser les fonctions hépatiques. Les
reins ont toujours bien fonctionné.
Autopsie faite le i3 décembre iqi5.
Aspect extérieur : amaigrissement considérable, pas de déformations
thoraciques et abdominales.
I. Cavité abdominale. — A l'ouverture de la cavité abdominale, on note
la présence d’une très faible quantité de liquide jaune citrin.
V Intestin est distendu, de coloration à peu près normale, sans taches
ecchymotiques à sa surface. Les anses intestinales sont pour la plupart
réunies les unes aux autres par de fines adhérences qui cèdent facilement
Séance du 12 Janvier 1916
9
à la pression du doigt. Dans la région correspondant à l'angle spléno-co-
lique, dans une zone bien délimitée, on constate des adhérences plus mar¬
quées, une sorte de processus fibreux unissant fortement les anses intes¬
tinales entre elles. En quelques points seulement, présence de tout petits
nodules caséeux.
Le Foie présente de fortes adhérences l’unissant au diaphragme; au
niveau du lobe gauche, péri hépatite avec quelques formations caséeuses.
Le foie est congestionné, ses bords sont violacés. Seul le lobe gauche paraît
hypertrophié. Le poids total de l'organe est de 1 kg. 400. — La capsule
est adhérente et à la coupe on constate que la pulpe hépatique est rouge
lie de vin, de consistance molle. Au niveau du bord postérieur, on rencon¬
tre, noyé dans le tissu hépatique, un petit abcès de la grosseur d’une noi¬
sette. L’examen du pus qu’il contient montre de nombreux leucocytes et
des diplocoques encapsulés prenant le Gram (pneumocoques).
La vésicule biliaire n’est pas augmentée de volume; à son niveau, il s’est
produit une diffusion de bile qui colore les anses intestinales voisines.
Présence d’adhérences au niveau des canaux cholédoque et hépatique.
La raie est de dimension normale; périsplénite et adhérences au niveau
de son pôle inférieur. Sa coloration est normale, sa consistance molle.
Son poids est de 225 g. #
Les reins sont normaux, leur coloration est rosée. Leur capsule se décor¬
tique facilement ; pas de congestion au niveau des glomérules. Le poids
est de 175 g. pour chacun d’eux.
Les capsules surrénales , le pancréas et la vessie 11e présentent rien de
particulier.
II. Cavité thoracique. — A l’ouverture de la cage thoracique, on constate
la présence d’un épanchement purulent, caséeux à gauche.
Le poumon gauche est très diminué de volume, présente de très nom¬
breuses et solides adhérences avec le diaphragme et la cage thoracique.
A la coupe on constate qu’il est au stade d’hépatisation grise et qu'il
s’échappe un magma caséeux des alvéoles dans toute son étendue.
Le poumon droite, st normal dans presque toute son étendue, seuls le som¬
met et la face dorsale sont congestionnés. Les alvéoles pulmonaires cré¬
pitent à la pression.
Au niveau du péricarde , pas d’épanchement notable, pas d’adhérences.
Le cœur est petit, décoloré. Son poids est de 225 g. Pas de caillot dans
les ventricules, pas de lésions valvulaires.
Sur la face antérieure de l’aorte, on note une petite dilatation veineuse
de la grosseur d’une lentille.
TIÏ. Cavité crânienne. — A l’ouverture de la cavité crânienne, on ne note
rien d’anormal.
Les méninges sont normales, non congestionnées.
Le cerveau est décoloration normale, les diverses coupes pratiquées 11e
révèlent rien de particulier. Son poids est de 1 kg. 500.
Le cervelet et le bulbe sont normaux.
IV. Région cervicale. — Au niveau de la région cervicale droite, on note
la présence d’un abcès sous-aponévrotique situé cà la partie moyenne du
sterno-cleido-mastoïdien et reposant sur le paquet vasculaire. Il semble
qu’il existe dans cette région un tissu fibro-caséeux, très dur à la périphé¬
rie, tissu comprimant et engainant les vaisseaux, expliquant la stase vei¬
neuse produite au niveau de la jugulaire interne et faisant porter le dia¬
gnostic de thrombo-phlébite de ce vaisseau.
10
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En résumé : Malade décédé à la suite d’infection pneumococ-
cique avec métastases pulmonaires et extra-pulmonaires (otite,
parotidite, péritonite et compression du paquet vasculo-nerveux
droit du cou).
(. Association des Dames Françaises , Hôpital auxiliaire 223
à Marseille).
/ , . - .
Contribution à 1 historique de
Ja leishmaniose interne
Par Anast, ARAVAND1NOS
La découverte de la leishmaniose interne remonte à une épo¬
que antérieure à celle où elle est classée dans les traités des
maladies exotiques.
C’est la médecine hellénique qui a établi le cadre clinique de
la leishmaniose interne et l'a reconnue comme entité morbide,
plusieurs dizaines d’années avant la description de la sympto¬
matologie du kala-azar par les médecins anglais des Indes.
Nous tâcherons de diviser l’historique de la leishmaniose
interne en quatre périodes.
La première comprend la description des symptômes de la
maladie en Grèce, qui est reconnue comme entité morbide.
La deuxième période , datant de 1869, comprend la description
des symptômes du kala-azar par les médecins anglais et arrive
à la découverte de l’agent spécifique par Leishman et par Donovan.
La troisième période a pour étape la découverte du kala-azar
dans le bassin méditerranéen (1) et la description du kala-azar
infantile.
Aces trois périodes de l’historique de la leishmaniose interne,
je voudrais en ajouter une quatrième marquée par la reconnais¬
sance de l’unicité des deux leishmanioses internes, indienne et
infantile, unicité soutenue par Gabbi en Italie et par nous en
Grèce.
Je ne m’occuperai pas des trois dernières périodes, mais je
voudrais bien donner un aperçu succinct de la première,
(1) Laveran et Catiioire, Acad . de Médecine , 22 mars 1904; — Nicolle et
Cassuto, Acad, de Médecine , 1er octobre 1907, etc.
Séance du 12 Janvier 1916
11
Le i5 octobre 1 835 devant la Société médicale d’Athènes, le
docteur Roeser, en décrivant une mégalosplénie observée par
lui chez des petits enfants dans bîle de Spelza, exprimait la
supposition que la maladie pouvait être provoquée par beau de
pluie recueillie dans des citernes et utilisée par les habitants
comme eau potable. Cette hypothèse est contestée par le docteur
Klapos qui croit pouvoir affirmer que la maladie a fait son
apparition dans l’ile depuis trois ans seulement, tandis que
beau de citernes était bue de tout temps à Spetza.
Cette apparition de la maladie depuis i832 a été confirmée
par Phontanas, en 1 836, et par Zygomalas en 1842 ; par contre
Giannacopoulos et Tetzis prétendent que, d’après les dires des
vieillards, la maladie a toujours existé à Hydra et à Spetza.
Karamitzos s’est occupé plus tard de la maladie et en a donné
une description détaillée, basée sur les informations des doc¬
teurs Giannacopoulos de Spetza et Tetzis d’Hydra. Par l’examen
qu’il a fait du sang des malades, il se croit en état de considérer
« provisoirement » la maladie comme anémie splénique. Le doc¬
teur de Spetza Giannacopoulos, 1879, nous fournit une descrip¬
tion détaillée et très approfondie des symptômes et des compli¬
cations de la maladie dont il fixe la durée à 8-18 mois, affirmant
qu elle est le plus souvent mortelle, mais aussi quelquefois
guérissable et, pour prouver ce fait, il donne l’histoire de
quelques cas guéris ; il croit que la maladie est, selon toute
probabilité, de nature paludéenne. En 1881, le docteur d’Hydra
Tetzis décrit le « tzanaki » d’Hydra et le considère comme étant
une maladie infantile chronique entraînant une cachexie pro¬
gressive de l’organisme, caractérisée par l’anémie, une fièvre
hectique, la tuméfaction de la rate presque constante et par la
« dissolution du sang ».
Pour la nature de la maladie, Tetzis a vu plus clair que
Giannacopoulos ; il admet qu’il s’agit d’une entité morbide
particulière, sui generis comme il dit, due à un agent spécifique,
peut-être « à la présence dans le sang d'une existence microsco -
pique spécifique ».
Le cadre clinique de la maladie est décrit avec la même sub¬
tilité de sens clinique que celle dont Giannacopoulos fait preuve.
Cependant il n’admet pas la contagiosité du tzanaki ; il écrit :
« la maladie ne se communique ni directement ni indirecte¬
ment ; pourtant, dit-il, les femmes d’Hydra paraissent persua-
12
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
duées du contraire, puisqu’elles brûlent les vêtements du petit
mort, et ne veulent pas allaiter Penfantqpâle ou anémique d’une
autre mère ». Le pronostic est pour Tetzis très, grave : « parmi
dix enfants malades, trois seuls peu vent survivre ».
Dans la quatrième séance de l’Assemblée des docteurs Hel¬
lènes en 1882, le docteur d’Hydra Xanthos donne une courte
description du tzanaki, mais les causes de la maladie qu’il
paraît admettre ne pourraient être qualifiées que de conditions
prédisposantes à l’invasion et à l’installation du parasite. Dans
la même séance, le docteur N. Makkas cite l’histoire clinique
du premier cas de leishmaniose interne observé à Athènes.
Dans la littérature internationale, la maladie fut connue par
la publication italienne de Pallis, 1842, et par les publications
françaises de Stephanos, de Karamitzas, de Boddaert, de Tetzis
et Parissis. La maladie est reconnue comme entité morbide et
sous le nom de « ponos » elle est décrite pendant une généra¬
tion entière dans tous les traités des maladies des pays chauds.
Cardamatis, en iqo5, en parlant du kala-azar, exprime la
supposition que quelques splénomégalies en Grèce pourraient
être dues à la Leishmania Donouani. Le fait qu’il n’avait pas
même songé au ponos et au tzanaki prouve que cette opinion a
été exprimée au hasard. Presque en même temps, 1909, Mesnil
et Williamson déclarent que le ponos est le kala-azar. La preuve
microscopique en est fournie en décembre 1910 par Gabbi. Deux
travaux, l'un de Ciiristomanos et l’autre de Michailidis et de
nous, traitant de l’existence du kala-azar en Grèce, paraissent
le même jour, 28 janvier 1911. Nous prouvons que le « tsanaki »
d’Hydra était aussi dû à la Leishmania. Notre opinion — que la
maladie devait être répandue dans toute la Grèce et masquée
seulement par la malaria beaucoup trop répandue dans le pays —
fut pleinement confirmée par nos travaux et ceux de nos collè¬
gues (Karyophyllis, Makkas, Kouzis, Dendrinos et d’autres).
Pallis, 1842, a cru découvrir dans une citation d’HiPPOCRATE
la preuve que le « ponos» était déjà connu du temps des anciens
Grecs. Mais cette opinion, partagée aussi par Karamitzas, 1879,
et par Ciiristomanos, 1911, nous paraît discutable, puisque le
passage cité peut être applicable à la leishmaniose, mais aussi à
d’autres cadres cliniques, spécialement à la malaria.
★
* *
A l’occasion de cette courte excursion historique, je voudrais
Séance du 12 Janvier 1 9 1 G 13
ajouter que, lors de nos deux premières publications, nous
avons appelé l’attention sur l’existence d’une splénomégalie
chez deux malades, accompagnée du même syndrome leishma-
nien : fièvre, anémie, tuméfaction de la rate, mais sans présence
de Leishmania dans la rate ; de ces deux malades, l’un suc¬
comba et l’autre survécut.
Des cas analogues ont été décrits une année et demie plus
tard par Cardamatis, qui ne mentionne pas que cette spléno¬
mégalie à symptômes leishmaniens, sans Leishmania dans la
rate, ait été observée par nous. Des cas analogues ont été signa¬
lés aussi par Nicolle à Tunis. Il serait intéressant d’en cher¬
cher la nature et l’étiologie.
Section médicale de l' Asty clinique de l' Université d Athènes.
Directeur Prof. M. Sacorrapiios.
Valeur moyenne de la durée de stérilisation
sanguine chez les trypanosés par une dose
de salvarsan, néosalvarsan, salvarsan cupi'ique
et sel sodique du salvarsan cuprique.
Par F. Van den BRANDEN.
Il nous a paru intéressant de fixer la durée moyenne de stéri¬
lisation sanguine chez les trypanosés par une seule dose de
salvarsan, néosalvarsan, salvarsan cuprique et sel sodique du
salvarsan cuprique, médicaments à longs effets stérilisateurs.
Leur emploi est utile dans la prophylaxie antitrypanosomi-
que ; une dose unique chez les malades à liquide cérébro-spinal
normal peut amener la guérison définitive ; elle produit dans la
plupart des cas une stérilisation sanguine de plusieurs mois.
Nous avons choisi de préférence des trypanosés en bon état
général et à liquide lombaire normal (1). Nous résumons dans
quatre tableaux les trypanosés traités et les résultats de durée
de stérilisation ; quelques-uns des malades 11’ont plus été revus
(1) Nous admettons comme liquides normaux, les liquides ayant moins de
cinq cellules par mm3.
14
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
depuis le dernier examen du sang* après triple centrifugation,
il est donc probable que la valeur moyenne de la durée de sté¬
rilisation sanguine pour ces cas est supérieure à celle indiquée
dans les tableaux.
Nous ne parlons pas des rechutes rapides observées chez cer¬
tains traités.
Tableau 1. — Sâlvarsan.
Tableau II. — Néosalvarsan.
Tableau III. — * Salvarsan cuprique.
Tableau IV. — Sel sodioue du salvarsan cuprique.
i
Séance du 12 Janvier 1916
15
Il résulte de l’examen de ces divers tableaux :
i° Qu’une dose unique de salvarsan, à raison de o g. 01 par
kilogramme de poids, a produit, chez quatre trypanosés, une
stérilisation sanguine respectivement de 2 mois, 7 mois, 7 mois
et 8 mois.
20 Le néosalvarsan, à la dose de o g. oi3 par kilogramme
de poids, n’a pas provoqué de rechute respectivement au bout
de 4 mois, 8 mois, 12 mois et 12 mois.
3° Le salvarsan cuprique, administré en dose de o g. oo4
par kilogramme de poids chez quatre malades, a stérilisé le
sang pendant 19 mois, 23 mois, 23 mois et 24 mois (1).
4° Le sel sodique du salvarsan cuprique a stérilisé le sang
pendant 8 mois, 8 mois, 12 mois et 12 mois; administré en dose
de o g. oo53 par kilogramme de poids.
Les quatre arsenicaux employés ont donc une valeur moyenne
de durée de stérilisation sanguine notable et sont appelés à
rendre de grands services au cours des tournées de prophylaxie
antitrypanosomique espacées de plusieurs mois.
Léopoldville, le 29-X-1915.
Parasitisme intestinal en Cochinchine
(Nouvelle contribution à ï étude des dysenteries indo-chinoises).
Par F. NOG.
J’ai exposé dans le Bulletin n° 4 de la Société (i4 avril 1915)
quelques observations concernant la présence d’Anguillules ou
de leurs larves chez des malades atteints d’amibiase intestinale
et chez un porteur d’amibes ayant succombé à la dysenterie
bacillaire chronique (type Flexner).
Sans négliger le rôle irritatif des Ànguillules que je considère
comme capables de produire et d’entretenir de la diarrhée, sans
nier les cas exceptionnels d'Anguillulose (Darling, Yokokawa),
j'ai constaté que, dans ces formes cliniques, l’AnguilluIe ne
créait pas un tableau morbide spécial.
(1) Les malades traités au salvarsan cuprique ont pu être suivis longtemps.
16
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La question de l’anguillulose évoque, aujourd’hui encore, le
problème de la diarrhée de Cochinchine. M. le professeur Lave-
ran a rappelé, à cette occasion, l’une des observations faites de
1876 à 1879, de diarrhée de Cochinchine, dans laquelle on trou¬
vait des larves cl’Anguillules en si grand nombre qu’il paraissait
impossible d’admettre qu'elles n’avaient joué aucun rôle patho¬
gène. A l’occasion de la même note, et dans le n° 5 de ce Bulle¬
tin (12 mai ipiô), la question de l’étiologie de cette diarrhée
chronique a été posée également par M. le Médecin Général
Bertrand, à savoir s’il existe en Cochinchine une diarrhée chro¬
nique, fonction de la seule Anguillule intestinale. Il rappelle
en effet que, sous le nom d’entéro-colite chronique endémique
des pays chauds, Bertrand et Fontan ont désigné la synthèse de
la diarrhée et de la dysenterie chroniques. Il est à noter qu'à
l’époque où observait Normand, se montrait déjà la possibilité
d’affections mixtes du gros intestin en Cochinchine, où se ren¬
contraient à la fois les larves d'Anguillules et les Amibes.
Le parasitisme anguil lulaire se trouvant ainsi mis en cause
d’une manière très directe, il m’a semblé qu'il y avait lieu de
l’envisager à la lumière des méthodes actuelles du laboratoire et
de la clinique.
Comme je l’ai exposé dans une précédente communication à
la Société Médico-chirurgicale de l’Indo-Ghine (1), il n’est plus
possible^ actuellement, dans l'étude des maladies parasitaires
intestinales, de baser un diagnostic sur les seuls résultats d’exa¬
mens microscopiques, même répétés. 11 11e faut pas davantage
se contenter des seules données de la coproculture. De même
qu’il y a des porteurs de germes ou de parasites dont l'intestin
n’a manifesté aucune réaction, il peut se trouver aussi dans un
intestin malade des hôtes qui n’y ont pas joué un rôle capital.
Dans l'impossibilité où l'on se trouve fréquemment de faire la
preuve expérimentale, il est indispensable d’établir, pour cha¬
que maladie infectieuse ou parasitaire intestinale, une fiche cli¬
nique et microbiologique aussi complète que possible, compre¬
nant, pour nous éclairer sur le rôle respectif de chaque parasite,
les résultats des examens coprologiques, l’isolement des bacil¬
les dysentériques et l’étude cytologique du sang ainsi que les
réactions humorales (séro-diagnostics, etc.).
(1) Bull, de la Soc. Med. Chir ., n° 6, juin 1916, p. 219.
Séance du 12 Janvier iyi()
17
Les méthodes de thérapeutique spécifique même, par une
action directe, rapide et précise sur les endoparasites, servent
aussi à confirmer le diagnostic : l'émétine, en injections sous-
cutanées, agit incontestablement sur l’amibiase intestinale ou
hépatique et non pas sur une affection causée par des bacilles
dysentériques, des streptocoques ou des staphylocoques ; l’em¬
ploi du thymol et du semen-contrà fait cesser une diarrhée due
à des Lombrics en permettant l’expulsion de l’helminthe; lavac-
cinothérapie et la sérothérapie, par leur action rapide dans les
dysenteries et les diarrhées bacillaires, aident également à con¬
firmer un diagnostic basé sur l’examen clinique, la coprologie,
et les séro-réactions.
La preuve expérimentale est presque impossible à réaliser avec
des parasites produisant chez l’homme des affections chroniques
d’allure spéciale. En ce qui concerne l’anguillulose notamment,
Fülleborn (i) a rapporté récemment des observations de diar¬
rhée sévère chez le chien et même chez l’homme s’y rapportant.
Mais ces constatations sont-elles accompagnées d’une élude bac¬
tériologique complète ? On a souvent rapporté à l’helminthiase
des diarrhées amibiennes chez les animaux et inversement.
Du Ier janvier à ce jour, j’ai examiné très attentivement
10 nouveaux cas de maladies dans lesquelles les larves d’Anguil-
lules se sont présentées en nombre variable à l’examen micros¬
copique. Je 11’attache aucune valeur statistique à ce chiffre peu
élevé de porteurs d’Anguillules dans un milieu où les maladies
intestinales sont si répandues. Il est probable, d’ailleurs, que si
l’on essayait la coproculture pour tous les examens de selles, on
trouverait un plus grand nombre de porteurs d’Anguillules, ce
qui servirait seulement à prouver qu’il y a un plus grand nom¬
bre de porteurs d’Anguillules qu’il n’y a de diarrhées avec
Anguillules.
Voici les fiches cliniques de ces porteurs d’Anguillules, telles
qu’elles ressortent des observations recueillies à l’hôpital mili¬
taire de Saïgon :
Obs. 5. — Tuberculose pulm., rénale, vésicale. Diarrhée à bac.
dysentérique.
Obs. 6. — Dysent. bacillaire. Syphilis. Néphrite interstitielle.
Péricardite.
(1) Fülleborn. Beihefte s. Arc/l. f . Sch. u. Trop. Hyg . , t. XVIII, 1914*
2
18
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
Obs. 7. — Diarrhée chronique amœbo-bacillaire.
Colite bacillaire.
Obs. 9. — Ethylisme chronique. Pas de diarrhée.
- Dyspepsie. Tabagisme.
- Dyspepsie. Congestion du foie. Syphilis.
- Diarrhée chronique amœbo-bacillaire.
Obs. i3. — Entérite aiguë amœbo-bacillaire.
Obs. i4. — Polynévrite paludéenne. Pas de diarrhée.
Chez un seul de ces malades, les larves d’Anguillules se sont
montrées en abondance et avec persistance au cours de plusieurs
mois de traitement. Mais en même temps ce malade (obs. i3)
présentait de nombreuses Amibes dysentériques (stades minuta
et tetragena à 1 et 4 noyaux), et des Bacilles dysentériques. Amé¬
lioré par les injections d’émétine et de vaccin antidysentérique,
il présentait, toutes les fois que la diarrhée reparaissait, des
Amibes mobiles dans ses selles, sans que l’on puisse noter une
augmentation dans la quantité des larves. Or, l’évolution des
symptômes cliniques dans cette observation ne diffère pas appa¬
remment de celle des cas de diarrhée chronique amœbo-bacil¬
laire où PAnguillule fait défaut et où l’Amibe joue le rôle prin¬
cipal.
11 y a lieu d’ailleurs de rapprocher de ces observations où
PAnguillule apparaît soit comme un épiphénomène, soit comme
un agent irritatif surajouté, les flux intestinaux chroniques qui
se présentent communément à Saïgon et que l’on peut classer
comme suit par ordre de fréquence.
i° Diarrhée chronique d'origine amibienne . — C’est l’entérite
post-dysentérique, à épisodes muco-sanguinolents, à selles diar¬
rhéiques d’aspect variable suivant le régime alimentaire, mais
renfermant des Amibes mobiles ou enkystées (stades minuta et
tetragena de l’Amibe dysentérique). Le bacille dysentérique fait
défaut ; il y a une légère éosinophilie sanguine ; le sérum des
malades n’agglutine pas les principaux types de B. dysentérique.
Le nombre des selles, leurs caractères macroscopiques, les sen¬
sations douloureuses, la durée de Paffection varient suivant le
siège des ulcérations, leur nombre, leur étendue, etc. Le foie est
presque toujours augmenté de volume. L’émétine donne des
résultats moins rapides que dans les atteintes primaires.
20 Diarrhée chronique d'origine amibienne et bacillaire. — La
greffe bacillaire peut avoir été concomitante de* l’atteinte ami-
SÉANCE du 12 Janvier i 9 i G
19
bienne primaire ou postérieure à celle-ci. La guérison par les
moyens ordinaires est plus difficile à obtenir que dans les cas
précédents. On peut isoler des selles un bacille dysentérique, le
plus souvent du type Flexner ou de types voisins. Les Amibes
ou leurs kystes sont en nombre très variable dans les selles.
3° Diarrhée chronique d'origine bacillaire. — Evacuations
indolores, à fermentations variables suivant le régime alimen¬
taire, s’accompagnant d un état dépouillé et rouge de la langue,
d’un amaigrissement considérable, et de la diminution de
volume du foie. Cette diarrhée est le plus souvent en rapport
avec la présence d’un bacille du type Flexner ; le sérum agglu¬
tine nettement les bacilles dysentériques de ce groupe; l’émétine
en injections répétées se montre sans action ; par contre, le
sérum de V a illard et Dopter amène des améliorations ; les injec¬
tions de vaccin antidysen lérique sont rapidement efficaces. C’est
cette forme de diarrhée qui produit le plus souvent le tableau
de la diarrhée de Cochinchine. Des cas semblables ont été
signalés dans l’Inde par Castellani (i) sous la dénomination de
cas de « pseudo-sprue » à bacilles du type Flexner.
4° Diarrhée chronique d'origine amibienne , bacillaire ou amibo -
bacillaire , avec association d'autres éléments parasitaires (Tricho-
céphales, Lamblies, Trichomonas). — Les associations flagellaires
disparaissent généralement lorsque la maladie amibienne ou
bacillaire guérit, La diarrhée à Lamblies seules est, en général, de
courte durée. Les Trichocéphales ne résistent pas à des lavages
thymolés (o g. 5o p. 1000) du gros intestin.
On n’oubliera pas d'ailleurs, au cours de l’étude des diarrhées
des pays chauds, la fréquence des diarrhées chroniques relevant
d’états généraux que le médecin devra dépister soigneusement
et où microbes et helminthes jouent un rôle secondaire (diar¬
rhée d’origine tuberculeuse, diarrhée symptomatique d’une
néphrite interstitielle commençante, d’une insuffisance hépa¬
tique, diarrhée urémique, etc).
Ces constatations montrent combien doit être étroite et pro¬
longée, aux pays chauds, l’associatiou des méthodes de la clinique
avec celles du laboratoire : le médecin colonial doit se pénétrer
de cette notion que le diagnostic exact d’un état morbide intes-
(1) Journ. of Trop. Med. a. Hyg ., i5 nov. 1912, p. 337.
20 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tinal ne peut être basé sur les seules constatations microscopi¬
ques.
En ce qui concerne le rôle étiologique de l’Anguillule intes¬
tinale, il ne m'a pas été possible de constater l’existence d’une diar-
rh ée chronique fonction de la seule Anguillule intestinale. Dans
les tableaux cliniques aboutissant à la diarrhée de Gochinchine,
il y a lieu de mettre en cause surtout les associations amibo-
bacillaires (Amibes dysentériques type tetragena ou minuta et
Bacilles type Flexner ou voisins). Dans quelques cas, l'helmin¬
thiase associée peut aggraver ces états morbides et son traite¬
ment spécifique (thymol, semen-contrà, etc.) ne doit pas être
négligé.
Séance du 12 Janvier 1916
21
Mémoires
La Blastomycose humaine au Pérou et en Bolivie
Par E. ESCOMEL.
Jusqu'à ces temps derniers, il y a eu une grande confusion
dans les dénominations des ulcères chroniques qui s’observent
dans les régions tropicales de l’Amérique du Sud.
Les noms de Buba, Bubon, Uta, Qceppo, Tiace-Arana,
Espundia, etc., ont servi dans divers pays, à dénommer ces ulcè¬
res, jusqu’à ce que la découverte de Laveran et Nattan-Larrier
en ce qui concerne le Pérou et la Bolivie, la rencontre par nous
même des Leishmania flagellées et non flagellées dans des ulcères
chroniques circinés, les confirmations ultérieures du professeur
Wenyon à Londres, et enfin les études faites dans d’autres pays
par Splendore, Carini, Migone et bien d'autres nous firent voir
que la plupart des ulcères des régions tropicales de l’Amérique
du Sud étaient dus à des Leishmania.
Depuis ce moment les cas se sont multipliés, et, au Congrès
Médical de Lima de 1913, la question des Leishmanioses fut
mise à l’ordre du jour.
Parmi les observateurs, les uns admirent que tous les ulcères
de l’Amérique, dénommés comme nous l’avons dit, n’étaient que
des Leishmanioses, tandis que les autres (j’étais de ce nombre)
se basaient sur les différences cliniques (évolution, réactions
thérapeutiques) pour défendre l’opinion contraire.
Dans le Nord du Pérou, dans une partie de l’Equateur, en
Colombie, au Venezuela, dans une partie du Brésil, prédomine
la maladie ayant les caractères de la Leishmaniose, tandis que
le sud du Pérou, la Bolivie, le Paraguay, une petite partie de
l’Uruguay, montrent en général une autre sorte de malades ulcé¬
reux chroniques, dont les caractères diffèrent en beaucoup de
points des uteax classiques et auxquels pouvait s’appliquer plu¬
tôt la dénomination d ’espundiques.
Après des études cliniques minutieuses, confirmées par des
22 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cultures, des inoculations et des coupes microscopiques, je réussis
en octobre i g r 5, à déceler de la façon la plus nette la présence
de Blastomyces dans ce dernier groupe de malades.
Avec cette constatation, toutes les contradictions cliniques et
thérapeutiques ont disparu.
La confusion venait de ce qu’en certaines régions on observe
des formes combinées des deux maladies, comme cela fut signalé
au Brésil par Splendore.
Si l’on songe que les deux maladies peuvent coexister chez
un même individu, mélangées ou isolées, avec des lésions cuta¬
nées de leishmaniose, tandis que les muqueuses sont atteintes
par la blastomycose, et que même les Blastomyces vivent parfois
à côté des Leishmania , on comprend la facilité de l’erreur, même
pour les observateurs les meilleurs.
Après avoir multiplié nos recherches, nous croyons pouvoir
donner la description de la Blastomycose pure.
Le mémoire magistral communiqué par notre maître le Prof.
Laveran, sur la Leishmaniose Américaine de la peau et des
muqueuses, à la séance du 12 mai 1 9 1 5 de la Société de Patho¬
logie exotique, nous dispense de revenir sur cette question ;
comme M. Laveran, nous pensons que la Leishmaniose Améri¬
caine n’est pas produite par la Leishmania tropica du bouton
d’Orient. En Amérique, le bouton d yun an , ce bouton bénin
contre lequel on acquiert l’immunité à la suite d’une première
atteinte, n’existe pas.
Dans les forêts du Pérou et de Bolivie, en dehors de la syphilis,
du pian, de la sporotrichose et autres maladies donnant lieu à
des ulcères chroniques, on observe :
a) La Leishmaniose cutanée, muqueuse et mixte.
b) La Blastomycose cutanée, muqueuse et mixte,
c ) La Blastomycose-leishmaniose.
Géographie médicale. — Les régions où la Blastomycose a été
observée avec le plus de fréquence jusqu’à présent, sont : le
Sud du Pérou et le Nord de la Bolivie dans leurs zones tropicales.
La zone la plus riche en Blastomycose est celle qui est baignée
par le fleuve Béni sur la frontière Péruvo-Bolivienne. La maladie
est commune aussi dans les régions de Gaupolican et du Acre.
Dans le département du Guzco et très près de la capitale des
Incas, à la ville de Urubamba, la zone blastomycosique com-
Séance du 12 Janvier 1 9 1 ( ►
23
mence et sait le cours des grandes rivières, en particulier les
bords de la rivière Urubamba qui se déverse dans l’Ucayali.
La Blastomycose est commune dans les vallées des rivières
Paucartambo, Manu, Pilcopata, Marcapata, Inambari, Madré
de Dios, Amaru Mayu, Tahuamanu.
De ces foyers principaux, la Blastomycose s’étend vers le Nord
du Pérou, le Brésil, l’Equateur, et vers le Sud de la Bolivie, le
Paraguay, et il ne paraît pas douteux que l’étude de ces régions
dont quelques-unes sont encore inexplorées, décéléra une exten¬
sion plus grande encore de la maladie.
Dans toutes ces régions, la Leishmaniose existe aussi seule,
ou associée à la Blastomycose.
Caractères cliniques. — La Blastomycose américaine com¬
mence par un petit bouton qui se développe sur les parties à
demi-découvertes, poignet, cou, cou de pied, quelquefois sur
les parties découvertes, mains, face. De là l’opinion vraisem¬
blable que la maladie est inoculée par un animal non ailé :
acarien (croyance des indigènes), pou, punaise ou tique.
Le bouton s’ulcère rapidement ; l’ulcération primitive qui dure
fort longtemps (un à trois ans), a les mêmes caractères que l’ul¬
cère décrit sous le nom de chancre espundique, on peut lui
donner le nom de chancre initial blastomycosique.
Au bout de deux à trois ans, rarement avant, les accidents
secondaires se manifestent sur les muqueuses naso-bucco-
pharyngées par l'apparition d’un ulcère nasal qui envahit les
cornets et la cloison, descend ensuite par le voile du palais, et
parle cavum, gagne la voûte palatine, la langue, les joues, les
gencives, le larynx, la trachée et même les téguments de la face,
ce qui donne un aspect tout à fait répugnant aux malheureux
malades.
La propagation de la maladie ne se fait pas toujours par con¬
tinuité, on voit quelquefois des îlots ulcéreux sur des régions
muqueuses séparées les uns des autres par des surfaces saines.
Cette maladie, dans ses manifestations secondaires, aime les
muqueuses.
Cette marche dure plusieurs années, parfois 3o ans ou plus,
avant que le malade arrive à la cachexie. Les ulcérations des
muqueuses peuvent détruire la cloison nasale et envahir secon-
24
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
clairement les lèvres, les joues et même les oreilles, comme le
montre la figure 2.
Les accidents secondaires peuvent ne pas se produire lorsque
l’ulcère initial a été détruit peu de temps après son apparition,
mais beaucoup de malades, même après cette cautérisation,
sont atteints à la longue d’accidents muqueux.
Rarement ces accidents commencent par la bouche.
Dans le nez, l’ulcère excrète un muco-pus adhérent, jaunâtre,
qui forme des croûtes sèches.
Dans la bouche, il se forme des bourgeons, qui montrent par¬
fois un petit point jaunâtre au centre. Ces bourgeons, peu sai¬
gnants, assez durs, sont séparés les uns des autres par des sillons
plus ou moins irréguliers, au fond desquels on trouve un mucus
très adhérent qui contient des Blastomijces.
Dans quelques cas, on voit à la voûte palatine deux grands
sillons qui se coupent presque perpendiculairement, formant
ce que j’ai appelé la « Croix palatine de la Espundia » et ce que,
aujourd'hui mieux documenté, j’appellerai « la Croix palatine
blastomycosiq ue ». Ces sillons se forment d’ordinaire suivant la
ligne d'insertion du voile du palais sur la voûte palatine, et sur
la partie médiane antéro-postérieure de cette voûte, suivant une
ligne perpendiculaire à la première. Les cas récents de Blasto-
mycose 11e présentent pas cette croix.
Quelques malades n’ont pas d’accidents secondaires cutanés.
D’autres ont des ulcères, non seulement sur la peau de la face,
mais aussi sur les membres et sur les autres parties du corps.
On voit parfois sur les muqueuses que l’invasion commence
sous l’épithélium, au travers duquel on aperçoit de petits points
jaunes qui ne sont autres que des colonies de champignons.
Les ulcères de la peau grandissent très lentement; ils ont un
rebord dur, décollé, sous lequel on peut promener un stylet.
Plus loin de ce bord, on devine l’envahissement des tissus à la
couleur rouge jambon de la peau chez les individus blancs, plus
foncée chez les indigènes du pays.
Ces ulcères, parfois nombreux sur le même individu, sont en
continuité les uns avec les autres ou bien séparés par de la peau
indemne.
Lorsque des ulcères qui paraissent guéris conservent la cou¬
leur rouge-jambon au niveau de la cicatrice, il n’est pas rare de
Planche I
Escomel
Fig1, i. — Malade sans lésions cutanées.
Fig. 2.
Malade avec des lésions faciales
■
Séance du 12 Janvier 1916
25
les voir se rouvrir sous l’influence d'une cause quelconque, alors
même qu’ils étaient fermés depuis 2 ou 3 ans.
Aux jambes, les ulcères se cicatrisent parfois sur certains
points alors que sur d’autres ils ont une marche envahissante.
Autour de l’anus ils peuvent donner lieu à des fistules incu¬
rables. Le cas représenté dans la fig. 1 est très remarquable; le
malade porteur d’un ulcère à l’avant-bras depuis fort longtemps,
dut faire un voyage à cheval, et ressentant de la cuisson à la
fesse, il se gratta ; au point gratté se développa un ulcère qui
dura plus de 8 ans avec fistule à l’anus et ulcérations cutanées
d’une étendue de plus de 12 cm. Toutes les fosses nasales, toute
la cavité buccale, le larynx, le pharynx, sont envahis aujour¬
d’hui et, pourlant, on ne voit rien sur la figure du malade.
Par contre, la fig. 2 montre les altérations très étendues que
la maladie a produites sur les lèvres, les joues, le nez et le
pavillon de l’oreille d’un malade dont l’aspect extérieur est
absolument le même que celui de certains malades atteints de
leishmaniose.
Les cavités muqueuses ulcérées sont tapissées par un muco-
pus épais, très adhérent, qu’il faut ramollir et détacher pour
faire efficacement les attouchements médicamenteux.
Lorsque les glandes salivaires sont prises, on observe une
salivation continue qui tourmente les malades nuit et jour et
qui ne leur permet pas de rester même quelques minutes sans
cracher ou sans voir la salive s’écouler par les lèvres; lorsqu’ils
parlent, ils projettent des parcelles de mucus ou des gouttes de
salive. Ce symptôme, signalé déjà par Splendore, est caractéris¬
tique de cette période avancée de la maladie. Alors l’insomnie
est la règle.
La luette disparaît souvent. Avec les ulcérations du larynx,
la voix devient rauque et la toux persistante.
Après un très long délai, la difficulté de mastication, la
suppuration chronique, la salivation persistante, l’insomnie, les
infections secondaires, créent un état cachectique ; l’amaigrisse¬
ment est très accentué, mais la peau ri’a pas la couleur jaune
paille du cancer. On dirait plutôt qu’il s’agit d’un tuberculeux ;
l’état indemne des poumons et le manque de fièvre ne permettent
pas cette confusion.
On voit, d’après ce qui précède, que, au point de vue clinique,
la Blastomycose de la peau ne diffère en rien de la Leishmaniose
26 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
et que celle des muqueuses en est très voisine. Nous croyons
pourtant que l'envahissement sous-épithélial sous forme de
grains jaunes (qui ne s observe pas dans tous les cas) et la sali¬
vation opiniâtre, lors de l’envahissement des glandes salivaires,
sont le propre de la Blastomycose ; mais ce qui sépare d’une
manière certaine les deux maladies, ce sont les résultats de
l’examen anatomo-pathologique.
Traitement. — La découverte du champignon a élucidé la
question du traitement des ulcères chroniques si embrouillée
jusqu’ici. Certains observateurs disaient avoir guéri leurs
malades par le 606, d’autres n’avaient rien obtenu, même avec
six injections intraveineuses, d’autres enfin, et je suis du nom¬
bre de ces derniers, avaient eu des résultats très variables.
Aujourd’hui tout s’explique. Les composés arsenicaux sont
actifs sur les Protozoaires et non sur les Champignons ; les
lésions à Leishmania pures ont guéri (j’ai eu des guérisons par
le galvl) tandis que les Blastomycoses pures n’ont subi aucune
modification et que les lésions mixtes ont donné des guérisons
incomplètes.
J’ai revu des blastomycosiq ues, traités plusieurs années aupa¬
ravant par le 606, dont l’état avait continué à s’aggraver.
Lorsque la lésion initiale cutanée commence, on peut, par
une cautérisation au thermo-cautère ou au galvano-cautère
dépassant de 1 cm. le rebord du chancre, guérir le malade d’une
façon définitive, comme j’ai eu l’occasion de l’observer maintes
fois; mais lorsque les lésions des muqueuses, et surtout celles
de la cavité nasale, si riche en anfractuosités non accessibles à
la cautérisation, existent, la marche de la blastomycose ne peut
plus être arrêtée. Les cautérisations, si bien faites qu’elles
puissent paraître, ne peuvent plus atteindre tous les nodules
blastomycosiq u es.
Le traitement au tartre émétique, vanté au Brésil pour la
Leishmaniose, ne m’a rien donné pour les malheureux blasto-
mycosiques.
L’iodure de potassium, la belladone à l’intérieur et les attou¬
chements des parties malades avec la teinture d’iode, n’ont
donné que des améliorations passagères (retour du sommeil,
facilité plus grande de la mastication, augmentation de
forces).
Séance du 12 Janvier 1916
27
Contagion. Auto-inoculation. — La maladie ne paraît pas
contagieuse. Il n’y a pas d’exemple, à ma connaissance, d’un
malade venu à Aréquipa des régions infectées ayant transmis sa
maladie à des personnes de son entourage ou de sa famille.
L’auto-inoculabilité est bien démontrée; les lésions siégeant
sur un point du corps peuvent être propagées par grattage sur
des points éloignés alors même que le malade a quitté depuis
plusieurs années les zones à Blastomycose.
Caractères du parasite. — Pour trouver facilement le parasite,
il faut le chercher dans le muco-pus du fond des sillons ulcé¬
reux et faire plusieurs préparations. Tantôt les parasites sont
rares dans les préparations, tantôt ils s’y trouvent en très grand
nombre. •
Le Blastomijces se présente en général sous une forme ovalaire,
rarement sous une forme ronde. Le plus grand diamètre varie
de 1 y. 9 à 8 p.
La plupart des parasites ont une membrane d’enveloppe à
double contour, très nette. Cette membrane, hyaline, transpa¬
rente, est visible surtout lorsque le parasite se divise par bour¬
geonnement.
Le corps du parasite est rarement homogène ; il contient en
général des masses chromatiques plus ou moins colorées qui
tranchent sur le fond du protoplasme du champignon.
Ces masses sont rondes ou ovalaires et de taille variée.
Parfois il n’existe qu’une seule masse ; d’autres fois les masses
sont multiples. On peut en trouver huit ou davantage, elles sont
de dimensions régulières ou irrégulières.
Lorsqu’il y a deux masses dans l'intérieur d’un parasite, l’une
grande, ovalaire, et l’autre petite, bacilliforme, on comprend la
facilité de la confusion avec une Leishmania , d’autant plus que,
par le Giemsa, le corps du parasite se teinte en bleu, tandis que
les masses se colorent en rouge pourpre.
Dans les parasites volumineux, il y a des vacuoles protoplas¬
miques et les masses chromatiques atteignent parfois le nombre
de i5; elles sont unies ou non entre elles par de très fins fila¬
ments. Dans ce cas les masses sont petites et irrégulières.
Groupement des parasites. — Les parasites sont isolés, ou bien
unis deux par deux à l’aide d’une partie très amincie et entou¬
rés par une membrane commune. Rarement ils sont adossés,
28 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la partie convexe de l’un correspondant à la partie concave de
l’autre.
Il est rare de voir trois parasites unis ensemble, et plus rare
encore de trouver un grand parasite se continuant avec de
petits parasites au nombre de 3, 4 ou 5.
Le couplage est caractéristique ; lorsqu’on conserve longtemps
les parasites et qu'on les examine à l'état frais, on voit parfois
ces couples se courber sur leur trait d’union pour reprendre
ensuite la ligne droite, ce qui montre l’élasticité et résistance de
ce trait.
Fig1. 3. — Préparation de muco-pus blastomycosique.
Coloration. — Le meilleur procédé consiste à employer le
Giemsa lent, après fixation par l’alcool-éther. Le protoplasme se
teinte en bleu, tandis que les masses chromatiques se colorent en
rouge-pourpre. Chez les parasites vacuolisés, les vacuoles restent
en clair, et chez ceux dont les masses chromatiques sont mul¬
tiples et unies par des petits filaments, ceux-ci se teintent égale¬
ment en pourpre.
29
Séance du 12 Janvier 19 1 (>
Division des parasites. — La division par bourgeonnement est
la règle; la division transversale est rare.
Dans le premier cas, une petite saillie sur un des pôles marque
le début du processus. Peu à peu le bourgeon augmente de
volume en même temps qu’il s’étrangle à sa base ; lorsqu’il a
acquis Je volume de la cellule-mère, il lui reste uni pendant un
certain temps par un filament grêle.
Le bourgeon entraîne avec lui une ou plusieurs masses chro¬
matiques, et il n’est pas rare de voir dans l’intérieur d’un fila¬
ment une masse allongée qui le remplit en totalité. Le passage
de la masse chromatique est tantôt précoce, tantôt tardif. Par¬
fois les masses sont multiples et dans la cellule mère et dans la
cellule-fille.
Dans la deuxième forme de division, le protoplasme s’étrangle
de plus en plus, et le filament qui unit en dernier lieu les deux
moitiés finit par se rompre.
Nous n’avons jamais vu de mycéliums sur les préparations
cliniques de Blastomycose.
Cultures. — Le parasite se cultive très bien à la température
habituelle du laboratoire (170 à 20°).
En milieux liquides :
a. Eau glucosée. — Le parasite commence à se développer
après 24 h. environ, à la surface, sous forme de membranes
blanches, opaques, minces et très fragiles. Celles qui sont à la
périphérie montent un peu sur les parois du tube. Au bout de
quelque temps, les petites membranes tombent au fond du tube
où elles forment un sédiment blanchâtre.
Au microscope on voit les cellules en active prolifération par
bourgeonnement ; par suite les couples sont très fréquents ; les
chapelets à 4 éléments ou plus sont très rares.
Les masses chromatiques sont grandes, de couleur jaune ver¬
dâtre à l’état frais ; les bords sont bien nets, plus visibles que
sur les cultures sur pomme de terre ou sur l’homme.
b. Eau saccfiarosée — Culture semblable à la précédente, mais
moins exubérante.
c. Lait. — Membrane blanche qui couvre la surface et qui
coagule rapidement le lait.
En milieux solides :
a. Oca (Oxalis tuberosa). — La culture est précoce et abon-
30
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dante. Le Dlastomyces a de la prédilection pour ce tubercule ; il
se présente sous forme d’un vernis qui s’étend et devient opa¬
lescent au bout de quelque temps.
b. Arracacha (Arracacha esculenta). — Vernis brillant à la
manière d’une couche de gomme. Culture trois fois moins exu¬
bérante que la précédente.
Fig\ 4. — Blastomyces cultivés sur carotte.
c. Pomme de terre douce ( Ypomœa batatas). — Culture moins
abondante que la précédente.
d. Carotte (Dations carotta). — Culture abondante, occupe la
deuxième place quant à la vigueur (fig. 4)*
e. Pomme de terre ( Solarium tuberosum). — Activité intermé¬
diaire entre les cultures sur la oca et la carotte.
f. Milieu d'épreuve de Sabouraud (gélose, maltosc, pep-
tone). — Dans les 'il\ h., la culture se développe sous forme d’une
membrane opalescente qui peu à peu augmente d’épaisseur et
de largeur. Les bords sont circinés ; on peut les comparer aux
31
Séance du 12 Janvier i 9 i ( >
bords d’un chapelet dont les grains de grandeur inégale se tou¬
cheraient.
g. Milieu de Sahouraud (gélose, peptone et glucose). — Cul¬
ture moins apparente que sur le milieu précédent.
h. Milieu de conservation de Sabouraud. — La culture est
moins rapide, mais sa durée est très longue.
Au bout de 3 mois, nous n’avons pas vu de mycélium dans ces
diverses cultures; mais, au bout de 6 mois, nous en avons vu en
très petite quantité avec des éléments courts.
Conservation. — Avec M. Maldonaco, nous avons recherché
pendant combien de temps les Blastomyces restaient diagnos-
ticables hors de l’organisme. Des gouttes de muco-pus conte¬
nant des Blastomyces conservées dans une solution aqueuse de
teinture d’iode iodurée à 1/100 ou dans une solution formolée à
5 0/0, examinées au bout de 6 mois, montrèrent des Blastomyces
un peu granuleux, mais facilement reconnaissables à l’examen
microscopique direct sans coloration, parce qu’ils étaient restés
unis deux à deux par leurs filaments, disposition qui permet de
les distinguer de tous les autres éléments anatomiques.
Le produit de grattage desséché d’un ulcère blastomycosique
conservé pendant 3 mois dans un flacon et ensemencé dans le
milieu de Sabouraud, a donné une belle'culture.
Mouches et Blastomyces. — Du muco-pus blastomycosique fut
sucé par des mouches qui furent sacrifiées trois jours après.
Dans le contenu de la dernière portion de l’intestin, on put
reconnaître facilement les Blastomyces , en particulier les élé¬
ments couplés dont le filament d’union avait résisté, mais les
masses chromatiques avaient presque disparu, les vacuoles
avaient des contours diffus et la membrane d’enveloppe était
déchiquetée. Il n’y avait pas de parasites intacts, tous parais¬
saient avoir subi des phénomènes de dégénérescence et de
digestion.
Anatomie pathologique. — Les lésions produites par l’infec¬
tion à Blastomyces représentent en quelque sorte une réaction
individuelle caractérisée par la formation de nodules.
Sur les préparations (coupes histologiques), 011 observe ce qui
suit :
i° Une couche muqueuse pseudo-réticulée qui, par le Giemsa,
se colore en rose pâle.
32
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i
Dans cette couche, on aperçoit des leucocytes mono et polynu¬
cléaires, beaucoup de bactéries de la bouche et quelques Blas-
tomijces.
Par sa partie profonde, cette couche est en rapport soit avec
l’épithélium, soit avec la surface ulcérée ; dans le premier cas,
elle est envahie par de rares éléments réactionnels ; dans le
second, la grande armée des leucocytes, qui forment barrière
entre le mucus et le tissu pathologique, se dégrade de plus en
plus jusqu’à ce qu’elle disparaisse.
2° L 'épithélium pavimenteux, stratifié, plus ou moins épais,
s’amincit sur quelques points jusqu’à disparaître, mettant à nu
des surfaces assez larges de tissu pathologique.
Sur quelques points l'épithélium pénètre profondément par
des papilles plus ou moins semblables à celles de l’épithélioma,
mais qui ne contiennent jamais des globes perlés.
Entre les cellules épithéliales, se glissent des leucocytes et de
rares parasites.
3° Le tissu réactionnel est formé par des cellules et par la
trame. Les cellules sont des leucocytes et des cellules embryon¬
naires très abondantes formant de grands groupes dans cette
zone qui est à la merci des infections secondaires par le manque
d’épithélium.
4° Çà et là, soit isolées, soit groupées le long des vaisseaux, en
particulier vers la périphérie des nodules blastomycosiques, on
voit de grandes cellules qui se colorent plus fortement, se déta¬
chent mieux et sont plus volumineuses que les cellules de réac¬
tion ordinaires (v. fig. 5).
Ces cellules que je n'ai vues jusqu’à présent que dans les
blastomy cornes , et que, pour la commodité de l’exposition, nous
appellerons blastomycosiques , sont tantôt rondes, tantôt ovalaires
ou polyédriques, plus ou moins séparées de leurs voisines ou
formant un pavage régulier. Elles possèdent un gros noyau de
contour bien visible et un nucléole rond qui tranche avec le
reste du noyau, celui-ci renfermant des masses irrégulières, anas¬
tomosées, de substance chromatique. Dans beaucoup de cellules,
on voit deux noyaux, indice d’une division probablement
directe, car je n’ai constaté aucun phénomène de caryocinèse.
Les cellules présentent des bords parfaitement nets et le proto¬
plasme se colore toujours irrégulièrement; à côté des taches
Séance du 12 Janvier 1916
33
obscures, on voit des zones claires réticulées ; çà et là des
vacuoles irrégulières.
Ces cellules ne se trouvent ni dans les Leishmanioses d’Amé¬
rique ou d’Orient, ni dans les ulcères tuberculeux, ni dans les
lépromes, ni dans les actinomycomes, ni dans les verrucomes
de CARRiON.Des éléments assez semblables se rencontrent dans les
syphilomes, mais, d’après le Professeur Ramon y Cajal, les
noyaux des cellules dénommées syphilitiques n ont pas de nucléole ,
ce qui permettrait de les distinguer de nos cellules blastomyco-
siques.
Fig-. 5. — Nodule blastomycosique (fort grossissement).
Parmi les éléments cellulaires, on voit çà et là des mastzellen.
5° Vaisseaux. — Ils sont abondants, mais jamais au même
degré que dans le verrucome de Carrion.
L’endothélium est un des éléments les plus atteints; les cel¬
lules endothéliales sont globuleuses, dégénérées. Ces lésions se
3
3£ Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rencontrentsurtout dans les capillaires sanguins ou lymphatiques
qui sont en pleine zone réactionnelle.
Il n’est pas rare de voir un parasite dans l’intérieur d’un vais¬
seau surtout lymphatique.
6° Glandes mucipares. — Elles sont très hypertrophiées. Les
cellules ont augmenté considérablement de volume, se trouvant
en état d’irritation intense, ce qui explique en partie l’hyper¬
sécrétion mucigène.
Fig-. 6. — Nodule blastomycosique (faible grossissement).
7° Nodules blaslomycosic/ues (fig. 6). — Ils sont disséminés à la
manière des nodules tuberculeux; ils affleurent parfois à la sur¬
face des muqueuses ou de la peau, mais en général ils se trou¬
vent à plus d’un mm. de profondeur, ils forment de petits points
jaunes sous l’épithélium buccal resté sain.
Ces nodules sont isolés ou agglomérés.
A un faible grossissement, on constate l’existence d’une zone
claire centrale parsemée de petits points très foncés, d’une zone
Séance du 12 Janvier 1916
35
claire presque sans points et d’une zone obscure à la périphérie
formée de grosses cellules. Nous décrirons dans le nodule blas-
tomycosique les 3 zones suivantes : zone parasitaire, zone inter¬
médiaire et zone àcellules blastomycosiques.
a. Zone parasitaire. — Elle occupe le centre du nodule ; elle est
assez claire avec beaucoup de points foncés (bleu foncé au
Giemsa, granulations chromatiques pourpre) qui ne sont autres
que des Blastomyces plus ou moins abondants, en voie de proli¬
fération active par gemmation. Plus nombreux vers le centre, ils
diminuent en nombre vers la périphérie; les cellules réaction¬
nelles sont fort altérées, probablement par suite du contact avec
les toxines des parasites.
b. Zone intermédiaire. — Cette zone a une teinte moins foncée
que la précédente par suite de la diminution du nombre des
parasites ; elle est formée par les cellules réactionnelles, de moins
en moins lésées à mesure qu’elles sont plus éloignées du centre.
Les parasites diminuent aussi proportionnellement à la distance
du centre du nodule.
c. Zone à cellules blastomycosiques. — Ici la préparation rede¬
vient foncée; on trouve, d’abord isolément et ensuite plus ou
moins tassées les unes contre les autres, les cellules blastomyco¬
siques décrites plus haut; le joli pavage que forment ces cellules
caractérise cette zone.
Nous n’avons pas vu de mycélium sur les coupes des blasto*
mycomes.
Le nodule avec ses trois zones et la présence constante des parasites
11e peut se confondre avec aucune autre lésion ; il constitue un signe
pathognomonique de la Blastomycose et il la sépare crime façon
irrévocable de sa sœur américaine, la Leishmaniose.
Inoculations. — Nous avons inoculé 3 cobayes.
Le premier fut inoculé avec une goutte de culture pure dans
1 cm3 d’eau distillée par voie péritonéale. L’animai eut pen¬
dant 24 h. des symptômes de péritonisme qui disparurent
ensuite. Le cobaye inoculé mit bas, 2 mois après l’inoculation,
un petit mort qui avait des nodules à la rate et dans le foie. La
mère sacrifiée 3 mois après l’inoculation présentait de nom¬
breux nodules dans la rate et dans le foie.
Le deuxième cobaye fut inoculé à la partie postérieure du cou
avec une culture pure, sans résultat.
36
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le troisième fut inoculé sous les muqueuses nasale et pala¬
tine qui présentèren l des ulcères résistants qui guérirent spon¬
tanément. Dans ces lésions, il y avait des Blastomijces .
Les inoculations, faites directement avec le mucus du malade,
ne donnèrent pas de résultats, il est vrai qu’il avait été soumis
pendant longtemps à des attouchements de teinture d’iode qui
pouvaient avoir amoindri la vitalité des Blastomijces.
Fig-, 7. — Préparation de muco-pus leishmaniosique.
Diagnostic. — S’il est difficile de diagnostiquer cliniquement
la leishmaniose de la blaslomycose à la première période, il est
très facile de le faire à la période naso-bucco-pharyngée, d’autant
plus que la présence de Leishmania. ou de Blastomyces éclaire la
diagnose. Elle deviendra pathognomonique grâce à une petite
biopsie et à la constatation d’un nodule ou même des cellules
blastomycosiq ues.
Les mêmes caractères séparent la blastomycose du pian ou.
cuchipe, de la sporolrichose, de la tuberculose et des ulcères
ankylostomiasiques et syphilitiques.
Séance du 12 Janvier 1916
37
Dans le premier cas, 011 trouve le Treponema pallidula de
Gastellani, justiciable de Larsénobenzol ; dans le deuxième, le
Sporotrichum Beurmanni ; dans le troisième, les bacilles de la
tuberculose. Chez le syphilitique, le mercure ou les arsenicaux
modifient rapidement les lésions.
Dans les cas de blastomycose-leishmaniose, il faut avoir bien
soin de rechercher les deux éléments parasitaires.
La blastomycose de Busse-Buschke se distingue de la blasto-
mycose américaine par sa localisation, et par l’existence de cel¬
lules géantes vacuolées spéciales de la maladie Hudelo-Rudens-
Duval.
Le Cryptococcus Corselli a une coloration noire à Lexamen
microscopique à frais.
Le Cryptococcus Plimmeri manque de membrane à double
contour.
La Zymonématose du Brésil décrite par les professeurs Lutz et
Splendore a une certaine parenté avec la Blastomycose du Pérou
et de la Bolivie, mais la forme brésilienne présente un mycélium
qui n’existe que rarement et à l’état rudimentaire dans les vieilles
cultures de la maladie péruvienne.
En plus Splendore décrit pour les lésions de la zymonéma¬
tose : i° une zone périphérique de cellules conjonctives ; 20 une
zone moyenne dç cellules épithélioïdes, et 3° une zone centrale à
cellules géantes.
Tandis que, dans la blastomycose, on trouve : i° une zone
périphérique à cellules blastomycosiques ; 20 une zone moyenne
à cellules dégénérées, et 3° une zone centrale parasitaire.
Pronostic. — Le pronostic, bénin lorsque la maladie est bien
traitée à la première période, est jusqu’ici fatal quand la maladie
est invétérée à la période muqueuse.
Résistance des Blastomyces a différents agents. — Pour juger
du degré de résistance des Blastomyces , nous avons fait deux
sortes d’expériences : les Blastomyces furent étalés, fixés à la
chaleur et colorés à la thionine, au Ziehl-Gabbet, au Giemsa,
au Gram et au Kühne, elles furent examinées, sans lamelles, à
l’huile à immersion, et laissées avec cette huile pendant i5 jours.
Le grattage de toutes ces lames, ensemencé en milieu de Sabou-
raud, resta stérile.
38
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
D’autre pari, des Blastomijces furent étendus sur des lames et
on les laissa sécher spontanément. La première lame fut colorée
au Kühne ; la deuxième fut fixée à la chaleur et colorée au
Kühne, i minute ; la troisième fut traitée par le Lugol fort,
20 secondes; la quatrième par le Lugol fort, i minute; la cin¬
quième par une solution de formol à i p. ioo, pendant i minute;
la sixième fut fixée à l’alcool-éther pendant 10 minutes.
Les lames furent ensuite lavées à Peau stérile et le produit du
grattage de chacune d’elles fut ensemencé dans le milieu de Sabou-
raud. On obtint des cultures pures dès le lendemain, excepté
avec la lame n° 2. Gela montre que la fixation à la chaleur tue
les Blastomijces dans les préparations microscopiques et que les
autres moyens de fixation expérimentés ne les tuent pas.
Arequipa, décembre 1914*
La Maladie du sommeil dans l’Ouellé
(Congo belge) à la fin de 1914(1)
Par J. RODHAIN.
Introduction. — Jusque vers le milieu de 1912, la Trypanose
humaine qui s’était rapidement répandue le long des rives du
Congo et de la plupart de ses grands affluents, avait paru res¬
pecter les deux grands fleuves qui arrosent la .partie Nord-Est
du Congo belge : COaellè et l'Arouimi. Vers cette époque, le
docteur Russo de Bambili, qui accompagnait la colonne expédi¬
tionnaire dirigée contre Sasa, le dernier grand chef Azande
resté partiellement insoumis, rencontra des malades cliniques
près des rives de l’Asa, affluent Sud du M’Bomou, qui rejoint ce
fleuve un peu en amont de Semio.
Le gouvernement, justement alarmé par cètte constatation,
augmenta le nombre, jusqu’alors très restreint, des médecins
qui desservaient fOuellé et me chargea d’étudier la répartition
de la maladie du sommeil dans ce vaste territoire et d’y orga¬
niser en même temps la lutte prophylactique contre le fléau.
(1) Extrait d’un rapport sur une mission d’étude de la Trypanose humaine
dans l’Ouellé. Juin 1913 à décembre 1914.
Séance du 12 Janvier 1916
39
Je me bornerai ici, à exposer l’ensemble des principaux résul¬
tats obtenus au cours de ma mission. En un an et demi de
voyages continuels, j’ai parcouru le pays en différentes direc¬
tions, examinant surtout les populations habitant près des
routes officielles ou commerciales les plus fréquentées, et les
riverains de l’Ouellé même entre Doungou et Bondo.
Au cours de ma fatigante randonnée, j'ai été constamment
soutenu par l’aide autorisée du Commandant en chef de
l’Ouellé, M. le Commissaire général Bertrand, chez qui j’ai
trouvé l’accueil cordial d’un ami, l’appui d’un chef clair¬
voyant et qui avait depuis longtemps compris l’importance
vitale que la lutte contre la maladie du sommeil devait avoir
pour le territoire qu’il administrait. Je dois rendre hommage
aussi, au dévouement et au zèle intelligent qu’ont montré les
médecins de l’Ouellé dont j’ai orienté l'activité ; je tiens à citer,
avant tous, les docteurs Scheeren, Ollivier et Wille dont les
noms sont intimement associés au travail que j’ai pu fournir.
I. — Les Glossines de l’Ouellé et leur répartition
L’étiologie de la maladie du sommeil, son existence durable,
comme la possibilité de son introduction dans un pays, sont,
nous le savons, en relation directe avec la présence des Glossi¬
nes, parmi lesquelles l’espèce palpalis est avant tout le principal
propagateur de l’infection. Il est donc naturel qu’avant d’abor¬
der l’étude de la répartition de la maladie dans le territoire qui
nous intéresse, nous exposions les données que nous avons
recueillies sur la présence des Glossines dans les régions parcou¬
rues.
Quelques considérations de géographie botanique nous
paraissent ici nécessaires.
Le Territoire de l’Ouellé comprend le pays situé au Nord de
l’Equateur, et s’étendant de l’Ouest à l’Est entre 23° et 3i° de
longitude Est ; sa limite extrême Nord atteint le 5e parallèle
tandis qu’au Sud sa frontière se trouve vers 20 de latitude N.
11 est abondamment arrosé par des cours d’eau importants
dont le principal, l’Ouellé, est rejoint à Yakoma par le Bili et le
M’Bomou et reçoit des tributaires puissants tels que la Doungou,
le Bomokandi, la Bima, l’Ouéré. L’Itimbiri (ou Roubi) avec ses
affluents, la Likati, la Tele et l’Aketi, recueille les eaux de la
40
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
partie Sud-Ouest. Cette vaste contrée est en réalité peu acciden¬
tée et ne présente des ondulations de terrain de quelque
importance que vers sa partie Sud-Est, et Est le long- des crêtes
de partage qui séparent le bassin de l’Ouellé de ceux de
l’Arouimi et du Nil.
Au point de vue botanique, le pays se divise en deux grandes
régions : l’une constituée par la savane , uniformément herbeuse,
ou régulièrement mais pauvrement boisée; l’autre couverte par
la grande forêt équatoriale.
La forêt s’étend vers le Nord, tout le long de l’Ouellé jusqu’à
Bambili, et envoie, à hauteur de Bondo, des ramifications pro¬
gressant jusqu’au Bili même; à l’Est de Bambili, sa limite suit
sensiblement le Bomokandi qu'elle dépasse rarement au Nord,
mais dont elle s’éloigne fréquemment au Sud.
Les plaines herbeuses qui s’étendent au Nord du Bili et de
l’Ouéré, ainsi que celles qu’on rencontre au delà de l’Ouellé,
à l’Est de Bambili, jusqu'à la frontière soudanaise, sont géné¬
ralement boisées.
Ces plaines sont plus ou moins étendues d’après les accidents
de terrain et présentent une arborescence pauvre, composée de
quelques grands arbres très espacés entremêlés d’arbustes ou
d’arbrisseaux rabougris. A l’Est de l’Eoué et près du M’Bomou
nous avons traversé des régions où les arbres plus nombreux
atteignent un développement considérable qui nous a rappelé
la belle forêt-savane du Haut-Katanga, mais cet aspect spécial
ne se maintient jamais d’une façon uniforme sur une étendue
importante. Dans cette savane, les moindres cours d’eau coulent
en général dans des galeries forestières ; quelques rivières
serpentant dans des vallées élargies, marécageuses, à fond tour¬
beux, peuvent être dépourvues d’arbres près de leurs bords
immédiats, mais la végétation arborescente reparaît sur les
flancs des collines. Vers l’Est, autour de Faradje, existe tout
une zone caractérisée par la présence de marais à papyrus.
Beaucoup de petites rivières y coulent dans des vallées où les
cordons boisés sont remplacés par les papyrus.
Entre l’Ouellé et le Bomokandi, à partir de 27°3o Est, jus¬
qu’au méridien d’Arebi, s’étend une contrée où les plaines
uniformément herbeuses, dépourvues d’arbres, mais entrecou¬
pées de galeries forestières, sont fréquentes ; enfin à l’Est et au
Sud d’Arebi, le terrain très accidenté s’élève rapidement jus-
Séance du 12 Janvier 19 1 G
41
qu’au plateau d’Arou ; celui-ci est uniformément herbeux; la
végétation boisée y est nulle ou insignifiante.
Dans ces régions d’aspect varié, nous avons rencontré trois
espèces de glossines : Gloss ina palpalis , Glossina morsitans et de
grandes espèces du groupe Glossina fasca. Elles n’y sont pas uni¬
formément réparties :
A. — Glossina palpalis
1. Région de Forêt. — La grande forêt équatoriale offrant
partout le long des moindres filets d’eau l’ombre et l’humidité
que recherche la Glossina palpalis , on pourrait croire que cette
mouche hygrophile est uniformément répandue le long des
cours d’eau qui sillonnent la région forestière. 11 est loin d’en
être toujours ainsi.
D’une façon générale, j’ai constaté que ce diptère existe le
long de toutes les rivières importantes et près de l’embouchure
de leurs affluents directs.
A importance égale, certains cours d’eau sont plus infestés
que d’autres et sous ce rapport je dois signaler la Tele et la
Likati comme étant très intensément fréquentées par les Glossina
palpalis. Au fur et à mesure qu’on s’écarte des abords des gros¬
ses rivières, les palpalis deviennent moins nombreuses, et les
petits ruisseaux et leurs sources qui jaillissent entre les ondu¬
lations de terrain de la forêt non marécageuse, sont souvent
indemnes de tsétsés.
Les grandes rivières de la forêt que nous avons visitées en
plusieurs endroits de leur parcours, et que nous avons recon¬
nues comme habitées par des glossines jusque près de leurs
sources, sont, outre la Tele et la Likati, le Roubi lui-même, la
Bima et son affluent la Makonga, le Bomokandi, la Dourou,
la Nala, la Roungou.
En général dans la grande forêt de l’Ouellé, les bords immé¬
diats de ces différents cours d’eau, sont peu peuplés et les mou¬
ches doivent se nourrir avant tout sur le gibier varié qui fré¬
quente les rivières : les potamochères, les céphalophes, les
buffles et les éléphants.
2. Région de la Savane. — Dans la région de la Savane, les
rivières coulent le plus souvent dans des galeries forestières,
42 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mais celles-ci sont loin de présenter partout la même étendue
at la même densité. Elles peuvent être réduites à quelques
arbres isolés et même faire défaut sur des espaces assez consi¬
dérables.
Il s’en suit que, dans cette région, les rivières ne sont pas
infestées de Glossina palpalis d’une manière uniforme.
En général, ces mouches sont plus fréquentes aux endroits où
la végétation arborescente, qui borde les rives des grands cours
d’eau, devient plus dense, phénomène qui se produit habituel¬
lement au niveau des rapides.
Presque toujours aussi, les mouches sont plus nombreuses
dans les galeries parcourues par des rivières importantes que
dans celles qui se développent le long de petits ruisseaux, ou
entourent des sources. Lorsque ces dernières naissent sous bois,
près d’un ruisseau qui, non loin de là, rejoint un cours d’eau plus
considérable, elles sont habituellement fréquentées par des glos-
sines ; quand, au contraire, ces sources coulent dans des cordons
forestiers très éloignés d’une rivière importante, elles sont sou¬
vent indemnes de tsétsés.
Celte règle présente des exceptions, et il nous a paru que dans
la Savane boisée un plus grand nombre de rivières étaient habi¬
tées par les Glossina palpalis, que dans la forêt équatoriale.
Dans les vallées où le papyrus borde uniformément les riviè¬
res, la Glossina palpalis n’existe pas ; elle fait également défaut
sur les hauts plateaux de l’Arou qui atteignent i.3oo mètres
d’alti tude.
Les rivières de la région de Savanes dont j’ai exploré les
bords au point de vue de la présence des Glossina palpalis sont :
Le M’Bomou, et ses affluents la Dourou, la Gouli, la Gwane,
l’Asa, la Doumaie ; le Bili et ses affluents Nord ; l’Ouellé lui-
mème jusque Van Kerckhoven ville, la Doungou, la Garamba et
l’Aba, la Brouere, la Kapili, la Gada, l’Arebi, la Moto. Nous
avons trouvé des Glossina palpalis à tous les endroits où nous
avons touché ces rivières.
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3. Migration des palpalis. — Dans les pays de savane, il est
rare de rencontrer des Glossina palpalis en dehors des galeries
forestières, qu’elles ne quittent que lorsque, affamées, elles
poursuivent une proie pour se nourrir.. Dans la forêt, on peut
les trouver couramment à un kilomètre des bords des rivières
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Séance du 12 Janvier 1916
43
qu’elles habitent. Lorsque vers la fin des saisons de pluies, les
rivières gonflent, leurs eaux débordent et inondent la partie
de la forêt voisine jusqu’à des étendues sou vent considérables.
Les glossines suivent alors les eaux d’inondation et s’écartent
des bords des fleuves. On les rencontre alors plus ou moins loin
dans la forêt près de la limite des eaux débordées. A ces moments
elles peuvent être rares ou parfois absentes sur les rivières
même, où elles reparaissent nombreuses à l’époque des eaux
basses.
J’ai pu nettement observer ces migrations, qui sont toutes
locales, le long de l’Ouellé entre Angou et Bondo et sur la
Likati. Le même fait a été signalé par le docteur Boisgelot pour
les tsétsés de l’Elongo près d’Ibembo.
B. — Glossina morsitans
L’aire de dispersion de cette mouche est limitée à l’extrême
partie Nord-Est de l’Ouellé. Nous l’avons rencontrée pour la pre¬
mière fois près d’un petit affluent de l’Aïgba (qui déverse ses
eaux dans le Bahr-el-Ghazal), au Sud-Est de Yakouloukou, et
l’avons retrouvée ensuite sur notre route vers Faradje jusque
près de ce poste, mais toujours en très petit nombre.
A 25 kilomètres au Nord-Est de Faradje, sur la route d’Aba,
nous en avons capturé un exemplaire unique, mais d’après les
renseignements qui m’ont été donnés par M. le juge Smets, il
y aurait au Nord-Ouest de Faradje, près de la Garamba, des
endroits où la morsitans existe en nombre.
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Je n’en ai pas trouvé au Sud de la Doungou et le docteur Néri
qui a parcouru le pays au Sud et Sud-Est d’Aba n’a pu en cap¬
turer.
Ces petits foyers constituent l’extrême limite Sud-Est de la
grande aire d’extension soudanaise de la morsitans qui, à tra¬
vers le Bahr-el-Ghazal (r) et les affluents du Ghari (2), s’étend
jusqu’au Niger et au Dahomey (3).
(1) Map of Southern Bahr-el-Ghazal showing Tsetse fly areas. Fourth
report ofthe Welcome tropical research laboratories. Khartoum, iqii,vo1.A,
p. 35.
(2) La maladie du sommeil au Congo Français. G. Martin, Lebœuf et Rou-
baud. 1906-1908. Carte de la distribution delà maladie du sommeil et des mou¬
ches tsétsés.
(3) Bouet et Roubaud. Expériences diverses de transmission de Trypanosomes
44
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
C. — Tsétsés du groupe de Gloss ina fusca
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Région de Forêt. — Les grandes espèces de tsétsés sont répan¬
dues un peu partout dans la foret. Nous en avons rencontré près
d’Ibembo, le long delà Likati, et entre ce poste et Bondo ; plus
au Sud, à Kanwa, aux sources de la Tele, entre Bokwama et Nia-
pou, et au Nord de cet ancien poste près de la Bima; enfin au
Nord-Est de Poko dans une extension de la grande forêt dépas¬
sant vers le Nord le Bomokandi.
Région de Savane. — Dans la région de Savane, ces mouches
se rencontrent irrégulièrement près des galeries forestières qui
bordent les rivières. Nous en avons capturé entre Bambili et
Ouéré, au Nord de Ouéré-Ango, jusque près des sources du
M'Bomou et dans tout le territoire de l’Ouéré-Bili. Nous n’en avons
plus vu à l’Est de Niangara mais elles reparaissent au Sud de
Vankerckhoven ville dans les galeries de la Moto, de l’Arebi et
jusque vers Goumbari.
La carte annexée indique les différentes localités où ont été
capturées des Glossina morsitans et des grosses tsétsés du
groupe de G. fusca. Nous n’avons pas cru devoir indiquer la
dispersion de la Glossina palpalis ; pratiquement elle habite
le long de toutes les rivières importantes qui sont les seules que
nous ayons inscrites dans notre carte; seuls les hauts plateaux
de l’Arou sont complètement indemnes du dangereux diptère.
IL — Répartition de la maladie du sommeil
Gomme je l’ai dit plus haut, jusque vers le milieu de 1912, on
croyait volontiers que la maladie du sommeil avait épargné
l’Ouellé où l'existence de la Glossina palpalis avait été signalée
dès 1903 par le docteur Brumpt.
Avant mon arrivée, on savait que l’itimbiri était infecté jusque
près d’Ibembo, et qu’à l’extrême limite Nord-Est du territoire,
il existait quelques foyers localisés près de l’Aba. L’expédition
Sasa avait d’autre part révélé la contamination des affluents Sud
du M’Bomou. Il faut dire que l’examen systématique des popu¬
lations indigènes avait dû être négligé, les trop rares médecins
parles glossines. Bulletin delà Soc. de Pathologie exotique, 1911, t. IV, n° 8,
p. 539.
Carte de l’Ouellé montrant la répartition de la Maladie du Sommeil a la fin de l’année 1914
'
Séance du 12 Janvier 1916
45
qui jusqu'alors avaient résidé dans l’Ouellé, devaient consacrer
toute leur activité aux soins que nécessitait l’état sanitaire
des Européens.
L'examen du personnel au service du gouvernement et des
porteurs Ouganda avait pourtant été assez régulièrement pour¬
suivi et avait d’ailleurs fait découvrir de nombreux cas de mala¬
die du sommeil, surtout parmi les soldats de la Force publique.
Ces malades avant d’être reconnus, avaient résidé souvent de
longs mois dans le pays et l’on trouve dans les archives des
lazarets d’Ibembo et Aba, de très intéressants détails à ce sujet.
C’est ainsi que, pendant les deux premières années de son exis¬
tence, du 12 mars 1907 au 12 mars 1909, le lazaret d’Ibembo a
reçu 67 malades venant de diverses régions de l’OuelIé. Le laza¬
ret d’Aba, qui commence à fonctionner en juillet 1910, compte
parmi ses 34 premiers malades, 10 soldats, 9 porteurs Ouganda,
6 travailleurs de l’Etat venant de Doungou dont plusieurs sont
originaires de cette localité, 1 de Niangara, 3 indigènes de la
région d’Aba.
Connaissant ces détails et d’autres que je ne puis relater ici,
j’étais persuadé que l’exploration méthodique du pays allait
faire découvrir plus d'un foyer ignoré.
Grâce à l’aide énergique des autorités territoriales, et à la dis¬
cipline relative des indigènes, l’examen systématique des popu¬
lations put être mené activement et lorsqu’à la fin de 1914 je
terminai ma mission, près de 3oo.ooo indigènes avaient été
visités et la situation réelle était connue dans ses grandes lignes.
Voici comment elle peut se résumer :
i° Toute la frontière Ouest de l’Ouellé est contaminée et, pro¬
gressant vers l’Est, la maladie s’est infiltrée dans le territoire
d’Ibembo au Sud de FOuellé, dans le territoire de Monga au Nord
du fleuve.
20 Le long de la frontière Nord, toutes les régions du Congo
Français avoisinant le M’Bomou jusqu'à ses sources doivent être
considérées comme infectées.
La maladie progressant vers le Sud a envahi les territoires de
l’Ouéré-Bili et, dépassant l’Ouéré, s’est étendue jusqu’au bassin
de l’Ango. Vers l’Est elle menace les territoires Azande avoisi¬
nant les sources du M'Bomou.
3° En relation avec l’infection de la vallée du Yeî, il s’est créé
46
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
à l’extrême Nord-Est, autour de l’Aba, une zone où la maladie
règne à l’état endémique.
4° La Trypanose s’est établie sur les rives mêmes de l’Ouellé
qui est infecté le long de tout le bief Doungou-Souronga.
5° Dans la région de forêt, trois petits foyers très localisés ont
été découverts près de Zobia, de Bouta et de Libokwa et il y a
des probabilités pour l’existence d'un centre d’infection près
de Bondo.
Nous allons étudier successivement l’importance de ces diffé¬
rents foyers en insistant sur leur origine et le danger d’extension
qu’ils présentent.
i. Foyer Sud-Ouest ou d'Ibembo.
Le territoire d’Ibembo a été exploré complètement par le doc¬
teur Ollivier, la situation qu’il a trouvée est condensée dans le
tableau I, extrait de ses rapports, et que nous reproduisons
page 4?-
Origine du foyer. — Avant cette étude nous avions quelques
données sur la situation telle que l’avait observée en 1907 M. le
docteur Heiberg, premier directeur du lazaret d'Ibembo.
Voici ce qu’il écrit dans un rapport fondamental en février
1910 :
« Dès le mois de mai 1907, j’ai pu constater que, parmi les
pagayeurs de Likati, il n’y a pas d'infection à Trypanosomes,
que, parmi les riverains sur la ligne d’Ibembo, Gô, Bouta, il y a
parfois des cas isolés, peut-être avec une légère accumulation
autour de Gô, et en fin de compte que les pagayeurs et indi¬
gènes de Moenge étaient fortement infestés » ; et il ajouté plus
loin « pendant bientôt trois ans que j’examine journellement
tous les pagayeurs d’Ibembo, aucun changement sensible s’est
manifesté dans la situation constatée en 1907 en ce qui concerne
Ibembo et les régions en amont, mais à Mandoungou et à
Tchimbi, une augmentation semble avoir eu lieu parmi les rive¬
rains de lTtimbiri et surtout pendant 1909 ».
L’éminent praticien ne donne pas de chiffres, mais le moindre
doute n’est permis quant à l’exactitude de ses affirmations. Les
rapports de ses successeurs sont très vagues quant à leur acti¬
vité pour dépister la maladie chez les indigènes de la région, ils
Tableau I. — Résumant les résultats de l’examen des populations indigènes du territoire d'Ibembo
(D’après les données du docteur Ollivier).
Séance du 12 Janvier 1916
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Total général : 15.871 indigènes examinés dont 76 trypanosés.
48
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ont le défaut commun de se baser sur des observations trop peu
nombreuses et leurs recherches n’ont pas été systématiques. Lors¬
que, d’après nos indications, le docteur Ollivier, en 1918-1914, fit
l’examen méthodique de la région, il ne découvrit pas moins de
76 cas deTrypanose.
Voici comment il explique la progression de l’infection :
« Selon moi, l’infection de la région d’Ibembo, surtout dans
les environs immédiats du poste, remonte à plusieurs années
déjà, et deux causes sont intervenues dans l’extension de la
Trypa nose :
i° Avant l’installation du poste d’observation à Ibembo et
même après celle-ci, au début, alors que les noirs acceptaient
très difficilement la visite médicale, il n’est pas douteux qu’un
certain nombre d’anciens soldats ayant contracté la Trypanose
lors de leurs campagnes dans les régions contaminées, soient
rentrés infectés dans leurs villages. Or la population toute
entière des chefferies Lisopi et Zobia est exclusivement compo¬
sée d’anciens soldats.
20 Les pêcheurs Mogbatou (chefferie Mombasou) disséminés
sur toutes les rivières, ayant entre eux des rapports très étroits,
dont certains habitent en aval la « Tchimbi », Mandoungou et
ses environs, tous déjà fortement contaminés, auront eux aussi
largement contribué à l’introduction et à la diffusion de la
maladie.
Concurremment avec les anciens soldats de Lisopi et Zobia,
ils auront infecté le Roubi dans le voisinage d’Ibembo et les
affluents de la rivière, en particulier l’Elongo qui a été le vrai
centre de la propagation de la Trypanose, sur la rive droite du
Roubi. »
A ces deux causes, nous devons ajouter que la présence même
du lazaret dans un endroit constamment fréquenté par les glos-
sines, a pu jouer un rôle ; les mouches de FElongo venant se
nourrir sur des malades, un certain nombre d’entre elles ont pu
devenir infectieuses.
Etendue du foyer. — La Trypanose qui s’est établie autour
d’Ibembo diminue progressivement en amont et le foyer d’infec¬
tion ne paraît pas avoir dépassé les rapides de Gô.
Il a été, comme nous le verrons plus loin, activement com¬
battu.
Séance du 12 Janvier 1 < j 1 G
41)
2. Foyer Nord-Ouest ou de Monga.
3, ors de notre premier séjour en Afrique, nous avons reconnu
en rgo5 le premier cas d’infection autochtone à Yakoma, au
confluent du M’Bomou-Bili et de l’Ouellé. A cette époque, nous
avions procédé à l’examen de quelques indigènes dépendant du
chef Dendi «Monga», dont l'agglomération était située près du
poste de ce nom qui est établi sur le Bili à 2 journées de mar¬
che au Nord-Est de Yakoma. Parmi les indigènes examinés nous
n’avions pas relevé de malades, mais avions reconnu trypanosés
deux soldats de la Force Publique originaires du Bas-Oubangi
déjà très contaminé à ce moment; ces deux soldats ont d'ailleurs
été renvoyés vers Libenge.
Dans le rapport que j’ai adressé au Gouvernement au début de
1906, j’ai prévu l’infection prochaine du poste de Monga que
fréquentaient assidûment les glossines du Bili. Le docteur Fau¬
connier qui terminait à la fin 1913 l’exploration du territoire de
Monga, trouva contaminée toute la partie Sud-Ouest, la région
Nord et Est étant restée indemne
J’ai pu contrôler un an après son passage l’exactitude de ses
constatations pour ce qui concerne la partie Ouest et Est, mais je
dois faire des réserves pour la région Nord que je n’ai pu voir.
Le Tableau II compare les situations telles qu elles découlent
de ces observations.
Tableau I(. — Statistique comparative résumant la répartition de la maladie
du sommeil dans le territoire de Monga pendant les années 19 13 et 1914.
A. - Situation à la fin 1913 d’après le docteur Fauconnieii .
4
50 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
/
B. — Situation à la fin de 1914 d’après le docteur Rodhain.
Remarque . Les chefferies du territoire de Monga qui sont indemnes ne sont pas
inscrites dans ce tableau.
Les trois malades « Bangassou » sont trois cas introduits du Congo français.
La grande différence existant entre les résultats de notre examen et celui du doc¬
teur Fauconnier dans la chefferie Biakete provient de ce que le premier ignorait
que les malades Biakete étaient soignés à Yakoma. La plupart des indigènes
traités n’avaient plus de ganglions engorgés.
Origine du foyer. — L’Oubangui jusque Yakoma s’est infecté
avant tout par les pagayeurs qui ont ramené la maladie de
Pavai ; Libenge et Mokwange étaient déjà fortement contaminés
en iqo5.
Comme jadis le territoire de Monga était rattaché au district
de l’Oubangui, les relations administratives jointes à celles qu’ont
entre elles les populations indigènes, ont transporté la Trypanose
sur le Bili.
11 est intéressant de remarquer qu’alors qu’autour de Yakoma
la maladie a pris une allure épidémique que traduisent les chif¬
fres du tableau III, la Trypanose chez les populations de l’inté¬
rieur de Monga n’a fait que peu de progrès.
Il est vrai que le poste d’observation de Yakoma a fonctionné
dès 1910 et que la défense administrative imposée aux popula¬
tions de Monga de communiquer avec celles de Yakoma, si elle
n’a pas toujours été observée, peut avoir joué un rôle inliibitif
sur l’extension de la maladie; mais la principale cause de la
stagnation de la Trypanose autour de Monga réside, d'après nous,
dans le mode de vie des indigènes et la répartition même des
glossines.
Les Yakoma sont des pêcheurs, ils habitent le bord du fleuve
Séance du 12- Janvier 1 <j 1 (»
ol
et fréquentent assidûment la rivière, ses affluents et les mari¬
gots d’inondation qui se forment aux eaux hautes. Ils sont cer¬
tainement plus en contact avec les glossiues que les populations
Dendij qui vivent avant tout de chasse et des produits de cul¬
ture, n’habitent en général pas les abords immédiats des riviè¬
res et se réunissent en agglomérations peu denses. Nous voyons
d’ailleurs aussi la même lenteur d’extension de la maladie chez
les indigènes de l’Est de Yakoma qui habitent la forêt et éta¬
blissent leurs villages près des sources de rivières souvent indem¬
nes de glossines (Buya, Bondo et Zambaj.
Tableau III. — [{ésumant la répartition de la maladie du sommeil
dans le territoire de Yakoma.
Etendue du foyer. — -Ce foyer progressant de l’Ouest vers l’Est
n’a pas dépassé Monga, les Azande de Bangasso et Guru ne sont
pas atteints.
L’action prophylactique entreprise à la fin de 19 1 3 a dû être
interrompue momentanément, mais est à présent réorganisée.
3. Foyer du Nord ou Foyer Azande.
« . y
L’épidémie partant du M’Bomou, a envahi la région de l’Ouéré-
Bili et dépassé l’Ouéré j usqu’à l’Ango vers le Sud ; s’étendant vers
l’Est, elle menace actuellement les populations Azande avoisi¬
nant les sources mêmes du M’Bomou.
Origine et étendue du foyer. — Ce foyer que nous appelons
le foyer Azande, représente un triangle qui a comme grande
52
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
base le M’Bomou depuis Rafaï jusqu’à ses sources, et dont la
pointe Sud s’arrête dans le territoire de Mange à 4o kilomètres
au Nord de Bambili. Il a comme point de départ l’infection
du M’Bomou réalisée par les pagayeurs Yakoma au service
des Sultanats. Il s’est étendu exclusivement par les relations
familiales et commerciales des indigènes entre eux. A l’Ouest
de Kadjema, la maladie menace de s’introduire au Sud du
MBomou à la suite de conditions toutes spéciales. Lors de
l’expédition menée par le Gouvernement Belge contre le
sultan Azande Mopoie Bangesino, un certain nombre de
partisans de celui-ci se sont réfugiés avec lui en territoire
français et ont habité près du Bokou ou de ses affluents. Le
calme étant revenu, beaucoup de ces fuyards viennent faire
leur soumission et demandent à pouvoir réintégrer leur con¬
trée d'origine; parmi eux l’examen médical a fait découvrir
environ 10 o/o de malades. Là Trypanose n’existant pas chez
leurs frères restés dans le pays, il ne peut y avoir le moindre
doute que ces fuyards Mopoie ne se soient i nfectés près du Bokou,
où dès 1907 un foyer de maladie a été signalé à Goubere (1).
Le centre du foyer Azande, où l'infection est la plus intense,
comprend : la région Sasa et les environs immédiats de Semio
(belge). La Gwane et l’Asa sont fortement contaminés, et, sur la
Foulou, j’ai trouvé jusque 1 1 ,3 o/ode malades dans l’ancienne
agglomération Momi (fils de Sasa). Près de Semio, la Trypanose
atteint 5 0/0 des indigènes. Vers l’Est comme vers l’Ouest, la
maladie diminue progressivement, la grande chefferie Bandaie
Gingie n’a plus que 1 0/0 d’infeclés.
Plus vers l’Ouest encore, il paraît exister une interruption
dans l’épidémie qui sévit le long du M Bomou, du moins du côté
belge, entre Rafaï et Ouango; le docteur Fauconnier et moi-
même avons trouvé indemnes les populations qui habitent l’in¬
térieur au niveau de ce bief ; il 11e s’agit pas de riverains propre¬
ment dits.
M. Fauconnier attribue cetle interruption de l’infection à la
rareté relative des tsétsés le long de la rivière. Dès 1905, j’ai
voyagé en pirogue entre Bangassou et Lengo et j’ai pu capturer
sur ce bief des Glossina palpcilis, peu nombreuses il est vrai, mais
j’ai constaté également la rareté des populations riveraines qui
(1) La maladie du Sommeil au Congo Français , par Martin, Lebœuf et
Roubaud.
Séance du 12 Janvier kj iG
53
Tableau IV. — Résumant la répartition des cas de maladie du sommeil
dans le foyer Asande et les régions limitrophes, d’après les données des
l)rs Rodhain, Scheeren et Wille.
§4 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ne sont plus de vrais pêcheurs comme les Yajcoma. Je ne puis
croire à l’absence complète de la maladie entredDuango et Rafaî
sur le M’Bomou même, mais je pense qu'il y a là une diminution
réelle dans l’intensité de l’infection.
Le tableau IV résume les résultats de nos recherches person¬
nelles complétées par celles des docteurs Scheeren et Wille.
A l’Est de Dorouma jusque Yakouloukou, le long de la fron¬
tière du Soudan Anglo-Egyptien, la maladie ne paraît pas exis¬
ter ; et l’absence de trypanosés en ce dernier poste m’a surpris,
car les glossines n'y sont pas rares et les nombreux malades venus
à Ibembo de la Méridi avaient passé par Yakouloukou.
4- Foyer Nord-Est ou de ï Aba.
La Trypanose reparaît dans le territoire d'Aba. L’épidémie
est restée localisée dans le triangle formé par le 3oe méridien,
la frontière anglaise et la rivière Obi.
Tableau Y. — Résumant la répartition des cas de maladie du sommeil
parmi les populations de la région d'Aba en 1913 et 1914.
(D’après les données du docteur Néri).
Origine du foyer. - — L’infection de l’Aba qui a été constatée
presque simultanément avec celle de la vallée du Yei, est pour
Séance du 12 Janvier 1 9 1 0
*• V
nous en relation directe avec celle-ci, qui s’est contaminée pro¬
bablement à la fois, et par le personnel de l’Etat introduit de dis¬
tricts étrangers lors des grands mouvements de troupes qui se
sont succédés dans l’enclave de Lado, et par les porteurs Ouganda
qui accompagnaient les marchands ambulants et qui avant 1907
n’étaient pas l’objet d’une surveillance médicale efficace.
Contrai rement à ce que M. le docteur Néri avait cru à un
moment donné, la région avoisinant Faradje est restée indemne.
Jusqu’ici la maladie est restée à l'état endémique, ainsi qu’il res¬
sort des statistiques condensées dans le tableau Y.
5. Foyer Central ou de /’ Quelle.
Indépendamment de ces 4 foyers de Trypanose qui ont procédé
par extension des épidémies qui régnent aux frontières de
l’Ouellé, il existe, au cœur du territoire, un foyer central qui
s’étend le long du fleuve même entre Doungou etNiangara.
1
9
Géographie du fleuve entre Doungou et Souronga. — Pour bien
comprendre l’origine et la signification de ce foyer, il est néces¬
saire de connaître l'aspect de l’Ouellé entre les deux points extrê¬
mes infectés : Doungou et Souronga.
Le fleuve y coule en pays de savane; entre Doungou et Nian-
gara ses rives peu élevées sont en général pauvrement boisées;
le plus souvent une seule rangée d’arbres espacés bordent la
rivière, inclinant leurs branches sur l’eau qui les baigne aux
fortes crues.
Sur ce bief, l’Ouellé présente une série de rapides dont deux
plus importants de Bimbwa et d'Angbwa sont des gîtes d’étapes
pour les pagayeurs.
A ces endroits, les rives rocheuses laissent en aval des
rapides des plages sablonneuses surplombées d’arbres, les tsétsés
y sont nettement plus nombreuses que sur les autres parties du
bief où elles n’existent en général qu’en petit nombre.
Ce sont aussi les seuls endroits, sur la rive gauche du fleuve,
où se sont établis deux groupes de populations assez importants
qui se livrent activement à la pêche. Toute la rive droite qui
appartient presque entièrement au chef Azande Renzi, est à peu
près complètement déserte.
A Doungou, l’Ouellé reçoit son premier gros affluent, la
1
/
56
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Doungou, le poste est établi dans l’angle même formé par la
réunion des deux rivières. Les glossines y étaient nombreuses
avant l'achèvement récent des déboisements qui les ont écartées
de la station.
Près de Niangara, existe un petit rapide où les tsétsés ne sont
pas rares; elles sont assez nombreuses près de 1 embouchure
de la Ka pii i immédiatement en aval du poste et fréquentaient
jadis l’hôpital des noirs sur la rive droite de POuelIé.
De Niangara à Souronga, l’aspect du fleuve est très uniforme;
son lit, très régulier, bien creusé, est bordé par endroits d’un
cordon d’arbres assez dense.
Les bords sont habités par de vrais pêcheurs installés presque
tous sur la rive Sud, deux petits groupes établis sur la rive Nord
travaillent encore pour le compte du chef Azande Koroboro. En
aval de Souronga, apparaissent les îles mi-herbeuses, mi-boisées
occupées en partie par de petites agglomérations de pêcheurs qui
sont moins nombreux qu’entre Niangara et Souronga.
Entre Doungou etAmadi, a de tout temps existé une route ter¬
restre qui était habituellement suivie par les caravanes se diri¬
geant vers l’Est, la navigation en pirogue étant difficile et lente à
la montée de l’Ouellé, à cause des nombreux rapides. Cette route
touchait le fleuve à Souronga, et aux gîtes d’étapes de Danga et
de LAka entre Niangara et Souronga.
Origine et ancienneté du foyer. — En étudiant la répartition de
la maladie sur le bief Doungou-Niangara-Souronga, nous avons
acquis la conviction que les points primitivement i nfectés ont été :
Doungou, Danga et Aka. Ce sont les trois endroits intensément
fréquentés par les glossines, où se rencontraient et les caravanes
suivant la roule terrestre, et les pagayeurs voyageantsur le fleuve.
L’infection y a été introduite très probablement par le personnel
infecté au service de l’Etat. Ultérieurement, Niangara même s’est
contaminé et la maladie s’est établie aux rapides de Bimbwa et
d’Angbwa.
Des gîtes d’étapes de l’Aka et de Danga, l’épidémie s’est éten¬
due le long du fleuve et a pénétré vers l’intérieur des terres sui¬
vant la Danga et de la Kiliwa; le tableau VI indique l’intensité
de l’infection.
Séance du 12 Janvier 1 9 1 G 57
Tableau VI. — Résumant la répartition des cas de maladie [du sommeil
le long du bief de V Quelle : Doungou , Niangara-Souronga Amadis.
58 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Celle-ci ne semble pas avoir envahi l’intérieur à hauteur de
Niangara même et, à part les cas de la Danga et de la Kiliwa,
paraît bien restée cantonnée an voisinage immédiat des rives du
fleuve (Les recherches complètes ne sont pas terminées à ce
sujet). Quant à l’ancienneté de ce foyer, déjà avant 1909 un capita
pagayeur de Niangara avait été trouvé atteint de Trypanose à
Bouta, et au début de 1912 une fillette originaire d’en face
de Niangara était arrivée à Stanleyville à une période avancée
de la maladie. De plus, en interrogeant le vieux chef Dobi, j’ai
appris sur place que, déjà il y a un an, quatre décès dûs à la
maladie du sommeil s’étaient produits dans sa chefferie près de
la Danga. La Trypanose humaine 11’étant d’ailleurs pas une
infection à extension brusque et rapide, rien que le nombre de
cas relevés chez les riverains de l’Ouellé est un indice certain
que sou invasion date de plusieurs années. Nous verrons plus
loin comment ce foyer peut être combattu.
6. Foyers localisés.
A côté de ces grands foyers, trois autres centres secondaires et
localisés de la maladie ont été découverts, près de Zobia, à
Bouta, à Libokwa et il y a de grandes probabilités indiquant
l’existence d’un quatrième près de Bondo (Djabir).
A. — Foyer de Zobia. — Alors que l’examen, trois fois répété
dans le cours d’un an et demi, de tout le personnel de l’Etat et
des maisons de commerce de l’ancien poste de Zobia près de la
Bima, 11’a pas fait découvrir un seul trypanosé, 5 cas de maladie
autochtone ont été trouvés dans les petites chefferies Sokbwe et
Epemba situées près de l’endroit où la route qui mène de Zobia à
Titoule passe la rivière. Ce petit foyer qui jusqu’ici est resté
strictement localisé, doit être considéré comme créé par les por¬
teurs Ouganda, au service de marchands ambulants Arabes dont
un camp a été établi en aval de Zobia.
Si ce foyer, dont il est difficile d’établir l’ancienneté, n’a pas
pris plus d’extension, c’est grâce, d’après nous, à la rareté rela¬
tive des glossines et surtout à ce que la Bima n’est pas habitée
par des pêcheurs de profession.
B.
Foyer de Bouta.
Tout autour de ce* chef-lieu du
50
Séance do 12 Janvier 191G
district du Bas-Ouellé, sont installés de nombreux groupements
d'anciens soldats ou travailleurs licenciés dont un grand nombre
ont fait leur terme de service dans des contrées contaminées par
la maladie du sommeil ; c’est dans un de ces groupes établi le
long du Bali que quatre trypanosés ont été découverts.
Les quatre malades, tous anciens soldats, étaient arrivés au
dernier stade de la trypanose et s’il n’est pas prouvé qu’ils ont
contracté l’infection dans l’Ouellé, ils ont résidé suffisamment
en pays de glossines pour que quelques-unes de celles-ci aient
pu s'infecter.
Je crois donc qu’il existe un petit foyer de trypanose à l’em¬
bouchure du Bali près de Bouta.
G. — Foyer de Libokwa. — Cet ancien poste agricole, établi
près de la Bima à quelques kilomètres de son embouchure
dans l'OuelIé, est actuellement abandonné et occupé par les
indigènes du chef Boula. C’est parmi un groupe de ceux-ci,
habitant près de la Sombo (affluent de la Bima), que 2 trypano¬
sés ont été découverts par le D1 Wille. 11 s’agit de 2 pêcheurs
qui fréquentaient la Bima.
Ce petit foyer est-il en relation avec les anciens postes de
Libokwa et Bima, ou est-il d’origine Ouganda ? La première éven¬
tualité est la plus probable.
Les glossines existent près de la Sombo et près de la Bima.
D. — Foyer probable près de Bondo-Djabir. — Depuis la fin
1912 jusqu’en octobre 1914, Ie poste de Bondo et les popula¬
tions riveraines voisines ont été visités successivement par trois
médecins différents, MM. Firelli et Fauconnier et moi-même.
/
Le premier ne trouva pas de malades, mais ses examens ne
sont pas irréprochables; le second découvrit un trypanosé ori¬
ginaire de Yakoma; j’ai moi-même diagnostiqué en deux visites
7 cas. Les quatre premiers rencontrés en juin iqi3 étaient tous
des soldats de la Force Publique qui venaient de Monga où ils
s’étaient fort probablement infectés ; les trois autres s’y trouvaient
à la fin 19 \l\ et étaient encore des cas introduits ; parmi les
indigènes riverains, il n’y avait aucun malade. Peu de temps
après, en examinant les agglomérations d’anciens soldats et
travailleurs groupés autour de Likati, j’y découvris deux trypa¬
nosés qui venaient récemment de Bondo, dont ils étaient tous
les deux originaires.
60
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Si l'un avait résidé jadis à Bouta, l’autre m’a déclaré avoir
grandi chez le chef Lifaki près de Bondo. Des recherches sont
actuellement en cours pour dépister le foyer créé par les pas¬
sages successifs de très nombreux malades étrangers dans une
région où les glossines ne sont pas très rares.
7. Les régions indemnes.
Entourées de dangereuses frontières, enclavées entre divers
foyers naissants, il existe encore dans l’Ouellé des régions éten¬
dues où la maladie n’a pas pénétré. II faut nous y arrêter un
moment pour signaler les dangers spéciaux qui les menacent et
qu’il importe de combattre.
Le long de la frontière Ouest, il existe entre les deux foyers
d’Ibembo et de Monga une bande de territoire arrosée par la
Likati qui est restée indemne ; de même entre Bondo et Voro, les
rives de rOuellé 11e sont pas infectées. Les glossines sont nom¬
breuses sur la Likati et ses affluents directs. Les indigènes de
cette région ont des affinités de race avec ceux de Mandoungou
et Aboumoumbasi, contrées déjà très infectées, et sont d’autre
part également en relations avec les populations de l’Est du
Yakoma chez qui la maladie débute ; ils sont donc fortement
exposés à se contaminer. Déjà plusieurs cas introduits provenant
des frontières y ont été relevés.
Rôle protecteur des rapides de Voro et de Gô. — Ouant à
l’Ouellé, il n'a été préservé que grâce aux obstacles naturels créés
à la navigation par une double série de rapides violents dont
celui de Voro ne peut être franchi que par le concours direct
des indigènes du elief Voro même.
Sans cette barrière, la circulation en pirogue entre Yakoma et
Bondo se serait organisée d’une façon régulière et la contami¬
nation du fleuve vers l’amont eut été aussi fatale que ne l’a été
celle du M’Bomou.
Nous voyons le même fait se reproduire sur l’Itimbiri, où les
rapides de Gô ont joué le rôle d’arrêt, rôle favorisé encore par
l’absence de populations de pêcheurs riverains en amont de Gô.
Il faut dire, que pour la préservation de l’Itimbéri et de
l’Ouellé, le Gouvernement a pris les mesures restrictives de la
navigation et a exercé une surveillance médicale, mais celle-ci
%
Séance du 12 Janvier 1916
61
n’a commencé à fonctionner qu ’en 1907, et sans les rapides, serait
arrivée trop tard. (Sur l’Arouimi, nous voyons également la
maladie arrêtée par les rapides de Yambouya).
Le long de la frontière Nord, deux bandes de territoire sont
respectées par la maladie : i° La zone s’étendant le long du
M’Bomou entre Onango Bangassou j usque près de Rafaî et appar¬
tenant en plus grande partie au territoire de Lebo. Nous en
avons parlé plus haut.
20 La contrée située à l’Est des sources du M’Bomou, allant de
Dorouma à Yakouloukou jusqu’au territoire d’Aba.
La première région habitée par des Azande Abandia, est
menacée de s’infecter par les relations de voisinage qu’entre¬
tiennent ses indigènes avec ceux du Congo Français; l’infection
débutante de la chefferie Gingie, à hauteur de Rafai, n’a pas
d’autre origine.
Les Azande Avoungoura qui occupent la 2e région sont en rela¬
tions avec les indigènes de meme race du Soudan Anglais qui
eux sont encore indemnes de la maladie. Celle-ci progressera
d’après nous de l’Ouest vers l'Est, le foyer d’Aba pouvant être
étouffé par une action énergique.
La partie Sud de la frontière Est de l'Ouellé est très élevée et
les glossines y sont très rares ou absentes; la maladie venant de
l’Ouganda y trouvera un terrain difficile. 11 n’en est pas de
même delà frontière Sud, q ui d abord longe la forêt équatoriale,
puis y pénètre jusqu’au Sud d’Ibembo. La maladie sur l’Aroui-
mi s’est arrêtée aux rapides de Yambouya et la Lindi n’est pas
atteinte; du côté Est, Iroumou parait être resté indemne; la
maladie ne voisine donc pas encore la frontière Sud, mais la
circulation qui, dans cette région centrale de la forêt, était restée
longtemps très limitée, va devenir intensive par suite de l’exploi¬
tation de terrains aurifères découverts dans le bassin du Nepoko
et l’extension que prendront les mines de la Moto.
Il en résultera pour le pays une augmentation considérable
du danger d’introduction de la maladie par des trypanosés
venant de contrées éloignées.
Enfin les nombreuses populations avoisinant le bief Doungou
et Souronga, quoique vivant essentiellement de chasse et d’agri¬
culture, sont également exposées à se contaminer par les rela¬
tions de voisinage qu’elles ont avec les riverains pêcheurs, ce
danger est plus grand sur la rive Sud que sur la rive Nord.
(32
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
III. — Prophylaxie de la maladie du sommeil dans l’Ouellé
i. Considérations générales.
A. — Facteurs de la dissémination de la Trypanose humaine
dans l’Ouellé.
Avant d'indiquer les mesures qui ont été prises pour
limiter l’extension des différents centres d’infection au fur et à
mesure qu’on les a connus, nous allons essayer d’envisager
d’une manière générale les principaux facteurs de la propaga¬
tion de la Trypanose tels que nous les avons rencontrés dans
l’Ouellé. La plupart ont d’ailleurs été signalés déjà en traitant
de l’origine des divers foyers que nous venons de décrire. L’étio¬
logie de la Trypanose humaine étant connue, on sait que, sauf
le long des voies fluviales navigables aux vapeurs, et en dehors
des voies ferrées, la tsétsé ne porte pas le virus à de longues
distances. Dans l’Ouellé donc, c’est nécessairement par les
déplacements des réservoirs de virus mêmes que s’opère la dissé¬
mination. Le vecteur du Trypanosoma gambiense , auquel nous
avons à faire, étant avant tout l’homme malade, la détermina¬
tion des facteurs d’extension de la trypanose est résumée en
dernière analyse par la recherche des malades qui se déplacent
et des causes qui provoquent ces dangereux déplacements. Ces
causes sont de trois ordres distincts : d’ordre administratif,
d’ordre familial et d’ordre commercial.
Nous analyserons successivement quelle a été et quelle est
encore l’importance relative des rôles joués dans la dispersion
de la trypanose par les déplacements déterminés par chacun de
ces facteurs.
i° Déplacements de réservoirs de viras provoqués par les rap¬
ports de V administration avec les indigènes. — Le fonctionne¬
ment d’une administration Européenne suppose nécessairement
des relations entre territoires différents du même pays et exige
des rapports constants entre les indigènes et les autorités
territoriales.
La conquête du pays et son occupation ont été assurées par
des troupes dont la majeure partie était composée d’hommes
étrangers à la région. En exposant la répartition de la maladie
du sommeil, j’ai signalé qu’en deux ans, il était arrivé au lazaret
Séance du 12 Janvier 1916
63
d’Ibembo pas moins de 67 malades provenant de diverses con¬
trées de rOuellé; parmi ces trypanosés, 61 étaient des soldats de
la Force publique ou des femmes qui les accompagnaient;
69 provenaient de districts étrangers.
De 1 g 1 1 à 1912, alors que la surveillance concernant les dépla¬
cements des Trypanosés était devenue plus sévère, i5 nouveaux
cas furent relevés parmi les compagnies de soldats qui avaient
dû être envoyées d’urgence dans l’Ouellé.
Au cours de ma récente mission, j'ai personnellement dépisté
ro malades parmi le personnel de la Force Publique; de ces
trypanosés, 3 ont pu s’infecter sur place ; les autres constituaient
encore des cas introduits. Ces chiffres ont une éloquence signi¬
ficative qui nous permet de ne pas insisler. Les soldats voyagent
partout et changent fréquemment de garnison ; soit qu'ils tra¬
versent des régions contaminées, soit qu’ils y séjournent, ils
sont exposés à devenir des réservoirs de virus et constitueront
un danger le jour où ils seront transférés dans une région
indem ne.
Mais en dehors de ces troupes, employées dans le district,
l’administration expédiant des miliciens de l’Ouellé en d’autres
régions du Congo, les expose à s’infecter. Ces hommes, le jour
de leur licenciement, veulent revenir à tout prix dans leur pays
pour lequel ils sont désormais un grand danger. Ces malheu¬
reux sont retenus dans des lazarets ou bien se voient arrêtés
à Ibembo d’où souvent ils s’enfuient et ne sont pas toujours
retrouvés.
20 Déplacements de réservoirs du virus provoqués par les rela¬
tions familiales entre indigènes de même origine raciale. — Ce
facteur de dissémination de la maladie ne devient important
que lorsque la trypanose progressant du dehors s’est rapprochée
des frontières d’un pays dont les limites géographiques ne cor¬
respondent presque jamais à des limites ethnographiques. Il
prend alors une importance primordiale parce qu’il est excessi¬
vement difficile à combattre chez des peuplades primitives : c’est
lui qui constitue actuellement le plus grand danger pour
l’Ouellé. Les tribus de même race et les races ayant des affinités
entre elles échangent des femmes, ce qui amène des trypanosées
dans des régions indemnes, provoque le séjour en région con¬
taminée des maris, et attire en outre, chez l’épousée, des parents
qui peuvent être également malades.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
64
Nous en avons recueilli une série d’exemples dans les régions
de Sasa et de Lebo ainsi que dans le territoire de Monga ; le
docteur Scheeren en a signalé pour le territoire de Bili et le
docteur Fauconnier pour la contrée de la Likati.
3° Déplacements cle réservoirs de viras provoqués par les rela¬
tions commerciales. — Les relations de famille entraînent natu¬
rellement avec elles des transactions commerciales. Ce sont
♦
elles qui ont contribué pour une partie à l’infection du terri¬
toire de Monga. Dès 1905, j’ai signalé que le commerce intense,
le troc de caoutchouc contre du fer qui se faisait entre les
Yakoma et les Sakara de Bangassou (Mbomou), à travers la
région de Monga, amènerait la contamination de cette dernière
contrée. Le transport de la maladie d’Ibembo à Gô par des
pêcheurs apparentés à ceux de Mandoungou a eu pour cause,
à la fois, des relations familiales et commerciales combinées.
Dans la partie Sud-Est du territoire Sasa, j’ai trouvé des mala¬
dies qui avaient été s’infecter près du M’Bomou où ils allaient
récolter du caoutchouc. Actuellement encore, le commerce de
lances forgées par les Bira et les Gembele habitant l’Ouellé en
amont de Yakoma, et qui sont recherchées par les indigènes
de Bondo et Likati, constitue une menace pour ces derniers.
11 est clair que l’introduction du commerce européen mul-
tipl ie les déplacements des indigènes en général, et de ce fait
détermine fatalement des déplacements de virus dans les terri¬
toires contaminés mêmes. L’achat des produits et leur transport
aux endroits d’emmagasinage nécessitent des mouvements de
populations. Le ravitaillement des factoreries comme l’exporta¬
tion vers l’Europe des produits indigènes, se faisant en pirogue
ou à dos d'homme, amène des voyages de caravanes qui tra¬
versent successivement des régions indemnes et des régions con¬
taminées. Directement aussi, le commerce européen provoque
l'exode des indigènes habitant des régions indemnes vers des
endroits infectés.
Dans la partie du territoire de Lebo non encore contaminée,
j’ai trouvé deux trypanosés qui étaient allés s’infecter au
Congo Français où ils avaient travaillé chez des factoriens. Les
docteurs Fauconnier et Bomstein ont signalé que les indigènes
de Likati étaient emmenés comme porteurs ou travailleurs
dans les régions de Yakoma et de la Mongala. Devons-nous
encore rappeler que parmi les porteurs Ouganda circulant
Séance du 12 Janvier 1916
65
avec les marchands ambulants, on a trouvé des malades dès
1907 ; moi-même j’ai trouvé parmi eux 4 malades dont 3 voya¬
geaient en région encore indemne.
B. — Causes de l’insuffisance des méthodes prophylactiques
employées.
Après avoir décrit la répartition des divers foyers de trypa-
nose dans l’Ouellé, étudié les causes de leur origine et les
facteurs de la dissémination de la maladie, il nous reste à
exposer quelles sont les mesures qui ont été prises pour éviter
l’extension progressive de l’infection, et à examiner les amélio¬
rations qu’on peut apporter aux méthodes prophylactiques
employées. Dès 1906, le Gouvernement de l’Etat indépendant
du Congo avait édicté des règlements visant à combattre
l’extension de la maladie du sommeil, qui en août 1903 avait
été rangée parmi les affections contagieuses épidémiques. En
septembre 1910, avait paru une ordonnance condensant toutes
les mesures prises jusqu’alors et qui avaient pour but :
i° D’empêcher la circulation des trypanosés ou de la rendre
inoffensive,
20 de les soustraire aux piqûres des tsétsés,
3° de prévenir le contact d’indigènes de régions indemnes
avec des Glossines infectieuses.
Il n’y a pas de doute que si toutes les prescriptions théoriques
avaient été exécutées, la maladie du sommeil non seulement
n’aurait pas fait de progrès, mais serait actuellement en voie
de disparition. Mais un règlement ne doit sa réelle valeur qu’à
son côté pratique et, nous pouvons bien le dire, avec l’organisa¬
tion actuelle du pays, les mesures prescrites étaient le plus
souvent irréalisables. Cela pour plusieurs causes dont la toute
première était le manque de personnel médical.
En second lieu, un règlement vaut par la sanction que sa
transgression comporte, et de l’aveu même de la magistrature
compétente, les peines prévues pour les infractions à la susdite
ordonnance n’étaient pas assez sévères ; j’ajouterai que la procé¬
dure toute européenne avec ses multiples complications et ses
lenteurs constituait un autre grand défaut. Un troisième motif
important qui a empêché le règlement de produire ses effets,
c’est le peu d’importance qu’ont attaché pendant longtemps la
6,6 Bulletin dc la Société de Pathologie exotique *
plupart des chefs territoriaux à Pexécution des mesures pres¬
crites, leur apathie vis-à-vis de la lutte contre la maladie du
sommeil. Je dois dire qu’actuellement cette disposition d’esprit,
qui a fait le plus grand tort aux efforts des rares médecins qui
ont pu tenter d’enrayer le fléau, s’est modifiée. Quant aux senti¬
ments que professent les particuliers, commerçants ou autres,
à l’égard de la lutte contre la trypanose, ils croient volontiers
que le règlement est fait pour entraver leurs transactions ou
leurs entreprises lucratives; préoccupés uniquement de leurs
intérêts momentanés et locaux, ils ne manquent pas de trans¬
gresser les prescriptions légales. La récente ordonnance du
29 septembre dernier a modifié heureusement plusieurs dispo¬
sitions de l’ancien règlement et les médecins comme les auto¬
rités territoriales sont actuellement beaucoup mieux armés
pour combattre la maladie ; nous nous permettons d’y revenir
plus loin. L’ancien territoire de l'Ouellé étant scindé en deux
districts séparés qui ont chacun leur service médical distinct,
nous devons exposer séparément pour chaque district comment
y est organisée la prophylaxie antitrypanosique.
r. ■ ■ ' * r
2. — Bas-Oaellé.
Ce district renferme les 2 foyers de l’Ouest, la majeure partie
du foyer Azande et les trois foyers locaux de Zobia-Bouta-
Libokwa.
La frontière Ouest est défendue contre l’introduction des try-
panosés du dehors par les postes d’observations d lbembo, de
Yakoma et Monga, mais ce dernier n’a pu, faute de personnel,
fonctionner’régulièrement. Ces points de passages sont obliga¬
toires pour tout indigène voulant pénétrer dans l’Ouellé; de
plus, les porteurs de charges de la région de Monga ne peuvent
dépasser Gourou sur le Robi. Le relai des porteurs sera trans¬
porté plus vers l’Ouest et établi chez Dengu près de Bili. Aucun
indigène du Congo Français ne peut, sans autorisation spéciale,
pénétrer au Sud du M’Bomou, mais cette mesure est restée
trop théorique.
A l’intérieur du district, les foyers existants ont été combattus
suivant le règlement administratif en visant la suppression des
réservoirs de virus et la destruction des gîtes à tsétsés.
Dans le teritoire d’Ibembo, le médecin a pu voyager grâce à
l’aide précieuse des deux sœurs religieuses qui desservent le
Séance du 12 Janvier 1916
67
laboratoire du lazaret; les indigènes ont été examinés, les
malades recensés ; les trypanosés graves hospitalisés; les valides
traités ambulatoirement. Les populations en position dangereuse
ont été déplacées, les rives du Roubi à hauteur d’Ibembo et de
Gô ont été déboisées sur une grande étendue et les postes de
bois mis à l’abri des Glossines. Djamba, près du confluent de la
Likati et du Roubi, qui est un important point de passage, doit
actuellement aussi être assaini. La pêche et la navigation en
pirogue sur Lltimbiri et l’Elongo ont été réglementées, mais la
surveillance exercée dans ce domaine est insuffisante . On peut
espérer, si cette action est poursuivie pendant plusieurs
années, voir rétrograder franchement la maladie ; mais, pour
assurer ce résultat, une intervention également intense est
nécessaire en aval d’Ibembo vers Mandoungou où les indigènes
sont infectés dans la proportion de i5 0/0 et ont des relations
familiales et commerciales avec leurs voisins de l’Ouest.
Dans le territoire deMonga, l’intervention médicale, commen¬
cée à la fin de 1913, a dû être interrompue pendant la majeure
partie de l’année 1914* Les malades, peu nombreux encore, ont
été recensés, les plus graves dirigés sur le lazaret d'Ibembo, les
valides soumis aux injections stérilisantes, mais l’indiscipline
des indigènes a rendu difficile l’action du médecin.
La stérilisation des réservoirs de virus devra être complétée
par le déplacement des populations qui sont venues habiter trop
près du Bili. Pour la préservation même des régions de l’Est,
une mesure des plus nécessaires serait de rétablir l’ancienne
division territoriale, en rattachant à Yakoma la région occupée
par les Dendi, Sakara, N’Zerret et Biassou ; toute la contrée
Azande passant à l’administration de Bondo-Djabir. Cette pro¬
position, faite par M. le Commissaire Général Bertrand lui-
même, a sa raison d’être dans le fait que les Yakoma n’ont pas
de relations avec les Azande qui sont leurs ennemis de longue
date, tandis qu’ils fréquentent volontiers les indigènes Dendi
malgré que cela leur soit défendu. Sur l’OuelIé même, la mala¬
die ayant dépassé depuis longtemps Yakoma, ce poste a perdu
de son importance au point de vue « Observation » ; Voro et ses
environs immédiats sont devenus les limites à surveiller.
J’ai déjà dit que l’assainissement des chefferies Ouest de
Yakoma est une condition primordiale pour la préservation de
Likati, mais je ne suis pas partisan de rattacher ces chefferies au
68
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
territoire de Bondo parce que je les considère comme étant déjà
trop infectées. Les relations familiales et commerciales qui
existent entre Bondo et Likati d’une part et les indigènes de ces
chefferies d'autre part, peuvent être réglementées par des mar¬
chés réguliers, qui pour ne pas constituer un plus grand mal
que les fraudes clandestines qui existent actuellement, exigent
également une surveillance médicale.
Entre les deux foyers de l’Ouest et à la limite Ouest du foyer
Azande, les territoires de Bondo-Likati et de Lebo ne peuvent
pas être laissés sans surveillance spéciale.
Le foyer Azande qui s’étend le long du M’Bomou sur une éten¬
due de plus de 3oo kilomètres, est de beaucoup le plus difficile à
combattre. Dans l’organisation actuelle du service médical du
BasOuellé, il ne fallait pas songer à entreprendre la lutte en
tous les points, cela d’autant plus, que le pays de Sasa n’était pas
encore remis administrativement en bon ordre. Nous avons
donc dû nous limiter à empêcher l’extension de la maladie en
assainissant les contrées avoisinant les régions indemnes.
Quant aux foyers limités : celui de Zobia a été épuré, les cinq
malades trouvés au cours de deux examens successifs ont été
dirigés sur Ibembo ; des déboisements et des déplacements
nécessaires ont été signalés à l’administrateur de la région. Les
malades de Libokwa sont envoyés à Ouéré, mais la région devra
être réexaminée avec soin dans quelques mois. Les trypanosés
du petit foyer de Bouta sont morts ou transférés à Ibembo ;
l’agglomération suspecte a été déplacée. Il est certain que l’ac¬
tion médicale soutenue intégralement par l’autorité territoriale
a obtenu un résultat, dont la signification définitive ne peut
être fixée dès à présent, mais qui permet d’espérer au moins un
arrêt de la maladie.
3. — H aut-Ouellé
Dans ce district, nous connaissons le foyer d’Aba, le foyer
central de l’Ouellé, et la pointe Est du foyer Azande.
Un lazaret dirigé par un médecin assisté de deux infirmiers
noirs fonctionne à Aba ; les malades graves y reçoivent l’hospi¬
talisation, les trypanosés valides sont agglomérés à proximité
du lazaret, dans un village de ségrégation. Le médecin voyage,
examine les populations, propose les déplacements, isole les
Séance du 12 Janvier 1 9 1 G
69
malades. Pendant ses absences, l’infirmier examine les porteurs
qui vont jusque Faradje qu’ils ne peuvent dépasser. Le gouver¬
nement Soudanais ayant défendu l’accès de l’enclave de Lado
aux Ouganda, la surveillance de la frontière de ce côté est deve¬
nue très facile. Ce foyer est efficacement combattu et, à moins
que le médecin ne relâche son activité ou soit mal soutenu par
l’autorité territoriale, il peut être éteint.
L’action médicale contre le foyer Doungon-Souronga n’a pu
être aussi intense, et est de plus très difficile. Le seul médecin
résidant à Niangara doit assurer avant tout le service de santé
des Européens du district, qui exige des déplacements nombreux
et le plus souvent imprévus. Le recensement des malades com¬
mencé par le docteur De Lobel et moi-même a été continué par
des infirmiers noirs. Les Trypanosés viennent se faire soigner
à Niangara. Le bief ayant été déclaré contaminé, la navigation y
a été réglementée, les riverains, qu’il semble difficile de dépla¬
cer à de grandes distances du fleuve, devront habiter en dehors
des galeries forestières. Doungou a été largement déboisé, Nian¬
gara le sera incessamment.
L’étude complète de ce foyer n’est d’ailleurs pas terminée, sur¬
tout en ce qui concerne son étendue vers l’intérieur ; les rivières
Danga et Kiliwa, Taloué, reconnues contaminées, seront éva¬
cuées par les indigènes. Si la circulation des indigènes en piro¬
gue peut être facilement surveillée à Doungou et Niangara, elle
ne l’est pas du tout à Souronga ; ici une mesure spéciale s’im¬
pose.
Comme je l’ai dit plus haut, un certain nombre de partisans
du sultan Mopoie demandent à faire leur soumission et veulent
revenir habiter la contrée qu’ils ont désertée; malheureusement
parmi eux près de 10 0/0 reviennent trypanosés. Dans ces der¬
niers mois, le nombre d’Azande qui sont allés s’infecter au Nord
du M’Bomou s’est accru considérablement ; il s’élevait au 3o sep¬
tembre 1914 à 23 malades. Des mesures les plus sévères devraient
être prises, d’accord avec le Gouvernement Français, dans le but
d’empêcher le va et vient continuel des indigènes passant et
repassant les frontières. En aucun cas un indigène né en terri¬
toire français ne pourrait être admis au Sud du M’Bomou et des
mesures radicales devraient être prises contre les chefs qui
acceptent clandestinement des fuyards français. Tout manque
de fermeté peut entraîner les plus graves conséquences. Tout le
70
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sud du district est encore indemne de la maladie, mais il s’y est
créé un mouvement intense vers les régions Sud-Est comprenant
les bassins aurifères dont le centre actuel est celui de la Moto.
Il existe des relations suivies entre Moto et le Haut-Itouri où
\
se trouve la direction générale de l’exploitation. Un médecin est
attaché spécialement aux mines de la Moto ; il surveille au point
de vue trypanose les nombreux travailleurs indigènes permanents
ou temporaires qui sont employés aux différents chantiers ; il
examine les porteurs venant de Kilo et s’assure à l’occasion de
l’état de santé des indigènes, habitant aux alentours des champs
exploités, qui apportent des vivres aux mines.
La préservation de ces contrées est une question vitale pour
l’exploitation même des mines ; l’extraction de l’or se faisant
presque toujours dans les vallées où coulent de petites rivières
dans les galeries boisées, habitat de prédilection des Glossina >
palpai is.
Le danger d'infection par voisinage paraît très éloigné encore,
mais les communications qui s’étaient établies à un moment
donné entre la Moto et les indigènes d’Aba ont fait courir un
grand danger à la région.
Conclusions
I. Répartition des glossines. — Il existe dans l’Ouellé diffé¬
rentes espèces de Glossines dont la plus répandue est la Glossina
pal palis ; on la trouve plus ou moins nombreuse, près des rives
de tous les grands cours d’eau^, dans la région de savane comme
dans la forêt. Elle abonde en général près des rapides ; elle peut
faire défaut près des petits ruisseaux ou des sources éloignées
des grandes rivières ; elle est absente dans les vallées où la
végétation boisée est nulle ou remplacée par des papyrus; elle
n’existe pas sur les hauts plateaux de l’Arou.
Les Glossines du groupe fnsea sont irrégulièrement répandues
dans toute l’étendue de la grande forêt, dans les galeries fores¬
tières de l’Ouéré-Bili et entre î’Ouellé et le Bomokandi.
L’aire de dispersion de la Glossina morsitans est limitée à la
partie Est du territoire, où elle se rencontre entre la Doungou
et la Garamba et au nord de celle-ci.
IL Répartition de la maladie du sommeil. — Ouatre foyers de
Séance du 12 Janvier 1916
71
Trypanose humaine, procédant par extension des épidémies
régnant aux frontières de l’Ouellé, se sont établis dans le pays.
Deux s’étendent le long de la frontière Ouest, où la maladie
a envahi les territoires d’Ibembo et de Monga ; un troisième
existe au Nord en relation avec l’épidémie du M’Bomou et
occupe le territoire de l’Ouéré-Bili. Le quatrième est situé à
l'Est, où l’endémie est restée cantonnée autour de l’Aba.
En dehors de ces foyers périphériques , la maladie a envahi les
rives de l’Ouellé mêmes, créant un centre d’infection entre
Doungou et Souronga.
Indépendamment de ces cinq foyers, l’examen systématique
des populations du Bas-Ouellé a fait découvrir trois petits
centres d’infection localisés, dont l’un sur la Bima près de
Zobia ; l’autre sur la Sombo près de Libokwa ; le troisième sur
le Bali au voisinage de Bouta.
Origine des foyers. — La dispersion de la maladie du sommeil
dans l’Ouellé, est essentiellement due aux déplacements des
réservoirs de virus humains, déplacements déterminés par des
motifs d’ordre administratif, familial ou commercial.
Si les deux foyers de l’Ouest sont dûs à la fois à des déplace¬
ments de Trypanosés voyageant tant pour des raisons adminis¬
tratives que pour des raisons familiales et commerciales, le foyer
Azande s’est créé avant tout par les relations familiales et com¬
merciales des seuls indigènes entre eux.
Le foyer d’Aba doit être considéré comme une dépendance de
l’épidémie du Yeï, introduite par les soldats de l’Etat indépen¬
dant du Congo et par les porteurs Ouganda accompagnant les
commerçants particuliers. Quant à l’infection centrale de
l’Ouellé, elle doit son origine à des malades au service du Gou¬
vernement. Des trois petits foyers localisés, l’un celui de Zobia
est d’origine orientale ou Ouganda, les autres sont d’origine
occidentale et administrative.
»
III. Prophylaxie. — Basée sur les connaissances étiologiques
de la maladie, appuyée parle règlement coordonnant les mesures
administratives prises pour enrayer l’extension de la maladie du
sommeil, rendue possible par l’augmentation du cadre du per¬
sonnel médical, la prophylaxie antitrypanosique a été menée
avec vigueur contre les foyers connus.
Les malades, recensés systématiquement , ont été hospitalisés
72
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ou traités en liberté suivant la gravité de leur état, les agglo¬
mérations en situation dangereuse ont été déplacées, des déboi¬
sements effectués aux points fréquentés par les Glossines.
La lutte contre le foyer Azande a du se limiter à protéger les
frontières menacées en épurant les chefferies limitrophes des
régions indemnes. La pénurie de médecins a empêché jusqu’en
ces derniers temps d’agir avec toute l’énergie voulue contre le
foyer central de l’Ouellé qui, de par sa position géographique
meme, est difficile à combattre.
La nouvelle ordonnance du 29 septembre 1914 augmente nota¬
blement les pouvoirs des médecins et des autorités territoriales
contre la maladie du sommeil, mais, pour assurer le succès défi¬
nitif des efforts déployés contre la Trypanose humaine dans
POuellé, il faut que l’effectif du personnel médical attaché aux
deux districts soit renforcé et que la surveillance nécessaire
pour garantir l’exécution des mesures prescrites, soit rendue
plus efficace.
Léopoldville, avril 1915.
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Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
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Tome IX.
1916
No 2.
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Séance du 9 février 1916
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Années 1908 à 1913 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 2
Séance du 9 février 1916
A L’OCCASION DU PROCÈS-VERBAL
J. Bridré. — Sur le traitement des blastomycoses .
A. Laveran. — Au sujet de l’historique de la leishmaniose viscérale
PAGES
73
74
PRÉSENTATION
A.
Laveran. — Présentation de moustiquaires destinées spécialement
aux troupes en campagne et aux voyageurs (avec pi. II et III) . .
7h
COMMUNICATIONS
Marin et Henry. — Le charbon bacléridien dans la région de Constan-
tine
F. Mesnil et AI. Blanchard. — Sensibilité au sérum humain normal de
Trypanosomes d'origine humaine .
79
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U
4
PAGES
MÉMOIRES
A. Laveran. — Diminution de virulence chez des trypanosomes ayant
subi un grand nombre de passages par animaux de même espèce. . 109
F. Mesnil. — Atténuation de virulence des trypanosomes. Discussion . 117
Ch. Nicolle et E. Gobert. — Seconde enquête sur les chèvres laitières
de Tunis au sujet de la fièvre méditerranéenne . 86
J. Rodhain. — Note sur les Trypanoses et les Piroplasmoses des grands
animaux de l’Ouellé . 95
OUVRAGES REÇUS . 118
LISTE DES ÉCHANGES . 120
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IV
/
Neuvième année
1916
N»
2.
■BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 9 FÉVRIER I Q I 6 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A 1 occasion du procès-verbal
*
Sur le traitement des Blastomycoses
M. J. Bridré. — Dans son mémoire sur « la Blastomycose
humaine au Pérou et en Bolivie », après avoir montré que les
ulcères chroniques observés clans ces deux pays n’ont pas pour
cause unique une Leishmania , que certaines lésions sont dues à
un Blastomyces, M. Escomel explique ainsi les résultats varia¬
bles du traitement par Farsénobenzol : « les composés arseni¬
caux sont actifs sur les Protozoaires et non sur les Champi¬
gnons; les lésions à Leishmania pures ont guéri tandis que les
Blastomycoses pures n’ont subi aucune modification et que les
lésions mixtes ont donné des guérisons incomplètes ».
L’interprétation, ainsi donnée, de faits d’observation, est sans
doute fort juste en ce qui concerne les ulcères chroniques du
Pérou et de la Bolivie, mais, dans le sens plus général que
M. Escomel paraît avoir voulu lui donner, elle renferme une part
d’inexactitude :
6
74
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les composés arsenicaux ne sont pas' toujours inactifs dans
les mycoses. Nous avons publié, MM. Nègre, Trouette et
moi (i), les résultats remarquables obtenus dans le traitement
de la lymphangite épizootique par les injections intraveineuses
d’arsénobenzol. Je puis ajouter que, depuis quelques mois, j'ai
eu l’occasion de traiter la même affection sur un certain nombre
de chevaux de l’armée et que les injections de « novarséno-
benzol » m’ont fourni d'excellents résultats.
Au sujet de Thistorique
de la leishmaniose viscérale
Par A. LA VER AN.
Dans une note communiquée à la séance du 12 janvier der¬
nier, M. le Dr Aravandinos écrit : « La découverte de la leishma¬
niose interne remonte à une époque antérieure à celle où elle est
classée dans les traités des maladies exotiques », et notre con¬
frère revendique cette découverte pour ses compatriotes. A l’ap¬
pui de cette opinion, le Dr Aravandinos indique que, dès 1 835,
un médecin grec a signalé l'existence chez les enfants de Pile
de Spetza d une splénomégalie qu’il attribuait à l’usage de l’eau
de citerne utilisée dans l’île pour la boisson, et que depuis lors
l’existence de cette maladie a été confirmée par divers médecins
dans les îles d’IIydra et de Spetza.
Ces renseignements sont intéressants, mais il faut avouer que
si nos connaissances sur la leishmaniose viscérale se bornaient
aux descriptions cliniques des médecins grecs, nous serions
fort mal renseignés; les splénomégalies des îles d’Hydra et de
Spetza seraient encore confondues avec des splénomégalies 11e
relevant pas de la leishmaniose. Le Dr Aravandinos lui-même
insiste sur ce fait, constaté par lui en Grèce, et par notre collè¬
gue le Dr C. Nicolle en Tunisie, qu’il existe des splénomégalies
cliniquement identiques à la leishmaniose infantile qui 11e sont
pas dues à la L. Donouani.
(1) Bridré, Nègre et Trouette. Bull, de In Soc. de Pathol, exotique , 1911.
— Annales de l'Institut Pasteur, 1912.
Séance du 9 Février 1916
G'est la découverte par Leisiiman et Donovan de la Leishma-
nia Donovani qui a permis de débrouiller l’histoire des spléno-
mégalies et de créer une entité morbide bien caractérisée par
l’existence des Leishmania , incomplètement caractérisée par ses
in a ni l es tati o ns cli n iq u es .
Anjou rd’hui encore le diagnostic de leishmaniose chez un
enfant atteint de splénomégalie n’est confirmé que lorsque
l’existence de Leishmania dans la rate ou dans le foie a été
constatée.
Il me paraît donc que la découverte de la leishmaniose viscé¬
rale doit être attribuée à Leishman et Donovan et qu on peut
induire seulement des travaux des médecins grecs que, vraisem¬
blablement, la maladie règne depuis assez longtemps dans les
îles d’Hydra et de Spetza.
Présentation
Présentation de moustiquaires
destinées spécialement aux troupes
en campagne et aux voyageurs
Par A. LA VER AN.
*
!
La protection contre les piqûres des moustiques a pris
aujourd’hui une place très importante dans la prophylaxie du
paludisme et de la fièvre jaune, on doit donc se préoccuper
d'avoir de bons modèles de moustiquaires pour les soldats en
campagne dans des pays où ces maladies sont endémiques. Déjà
des modèles de moustiquaires ont été adoptés dans l’armée japo¬
naise et dans l’armée des Etats-Unis (1 ). Le soldat obligé sou¬
vent, en temps de guerre, de passer la nuit en plein air, sans
abri, ou mal protégé dans des tentes, est particulièrement
(1) J’ai décrit et fig’uré le modèle japonais ( Traité du paludisme, 2e édit.,
1907, p. 677), je ne possède pas encore le modèle américain qui se rap¬
proche, d’après les renseignements qui m’ont été donnés, du modèle japo¬
nais.
76
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
exposé aux piqûres des Anopheles qui ne piquent que la nuit,
aussi le paludisme a-t-il occasionné souvent de graves épidémies
dans les armées en campagne.
La plupart des moustiquaires que j’ai l’honneur de présenter
ont été fabriquées dans les ateliers de M. R. Henry, Ingénieur
des Arts et Manufactures, 2 des modèles ont été construits
d’après mes indications, 1 modèle appartient à la maison
Rieffel.
A. — Moustiquaires de tête
Les moustiquaires destinées au soldat doivent évidemment
remplir des conditions très particulières ; il faut qu’elles soient
simples, de très petit volume, une fois pliées, de manière à ce
que le soldat puisse les mettre dans son sac; il faut qu’elles
soient assez solides pour ne pas se détériorer rapidement ;
qu elles gênent peu la vision et qu’elles laissent toute liberté
aux mouvements; enfin qu’elles soient peu coûteuses.
i° Modèle de M. R. Henry. — Cette moustiquaire se compose
d’un sac en tulle de l\o cm. de diamètre, fermé à sa partie
supérieure par un morceau de toile circulaire, auquel est cousu
le volant de tulle de 3o cm. de haut, qui se prolonge en bas par
un volant de toile destiné à s’engager sous la capote. Deux cer¬
cles en acier flexible fixés, l’un à la partie supérieure, l’autre
à la base du volant de toile, maintiennent le tulle à distance de
la face et du cou (Fig. 1). La moustiquaire peut se porter par
dessus la coiffure ou pendant le repos au lit. Grâce à la flexibi¬
lité des ressorts, elle peut être pliée en 8 de chiffre ; elle serait,
sous cette forme, facilement transportable dans le sac du soldat,
mais il est à craindre qu’elle se détériore rapidement à la suite
de la rupture des cercles en acier.
20 Modèle de la maison Rieffel. — La moustiquaire se com¬
pose d’une calotte en tissu de coton, mesurant environ 25 cm. de
diamètre, au pourtour de laquelle est cousu un manchon en
tulle plissé qui mesure 75 cm. de haut et, à la partie inférieure,
1 m. 5o de circonférence. A l’union de la calotte et du manchon,
se trouve un élastique qui permet l’adaptation de l’appareil à
des bourguignottes ou à des casques coloniaux de différentes
dimensions. La partie inférieure de la moustiquaire, destinée à
rentrer dans le vêtement de dessus, descend un peu trop bas ;
il y aurait lieu de raccourcir le manchon.
7
Planche II
Fig', i. — Moustiquaire de tête. Modèle de M.
Laveran
R. Henry.
A
Fig-. 2. — Moustiquaire de tête. Modèle construit par M. R. Henry sur les
indications du D>‘ Laveran.
Planche III
Laveran
Fis1. 3.
Moustiquaire
cloche. Modèle construit par M. R. Henry sur les
indications du D>' Laveran.
t
Séance du 9 Février 1916
77
L’appareil, s’il est employé par le soldat couché, et n’ayant
pas de coiffure, ne le protégera que très incomplètement contre
les piqûres de moustiques, attendu que, dans ces conditions, le
tulle étant en contact sur beaucoup de points avec la peau de la
face ou du cou, ces insectes pourront piquer à travers les mail¬
les du tissu.
3° Modèle construit par M. R. Henry sur les indications du
Dr Laveiian. — Cette moustiquaire très simple se compose d’un
manchon cylindrique en tulle ouvert à ses deux extrémités,
mesurant 60 cm. de haut sur 60 cm. de large. L’ouverture supé¬
rieure est plissée et garnie d’un élastique, de façon à s’adapter à
la forme et aux dimensions de la coiffure (bourguignottc, cas¬
que colonial en particulier). La partie inférieure simplement
ourlée est destinée à être rentrée sous le vêtement de dessus
(Fig. 2). Le tulle est teinté en cachou, couleur moins salissante
et moins visible, à distance, que le blanc.
La moustiquaire pliée dans une petite enveloppe de toile de
20 cm. de long sur 9 cm. 5 de large qui la protège, 11e pèse que
35 g. ; elle est donc très facilement transportable dans le sac ou
même dans une poche ; on pourrait lui donner le nom de
moustiquaire de poche.
Celte moustiquaire, excellente pour protéger contre les piqû¬
res de moustiques les officiers et les soldats de garde dans des
localités insalubres, peut également servir, quoique moins effi¬
cacement, à la protection du soldat couché dans sa tente ; tous
nos soldats ont le bonnet de police sur lequel la moustiquaire
peut s’adapter; elle rend de grands services aux douaniers qui
sont obligés souvent de passer des nuits en plein air, dans des
localités insalubres de la Corse, mais qui, en dehors de ces nuits
de garde, habitent des maisons protégées contre les moustiques
ou couchent dans des lits garnis de moustiquaires (1).
Les moustiquaires 1, 2 et 3 ne protègent que la tête et le cou ;
la maison Rieffel fabrique des moustiquaires pour les mains
et les avant-bras dont je présente un modèle. Ces moustiquaires
ne conviennent évidemment pas au soldat en campagne qui doit
être toujours en état de se servir de ses armes ; elles doivent être
d’ailleurs peu efficaces. Des gants seraient plus pratiques. Les
(1) Cette moustiquaire de tête est à conseiller aussi contre les tsétsés qui ne
piquent que pendant le jour.
78
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mains qui peuvent être cachées sous les vêtements, et la nuit
sous les couvertures, sont d’ailleurs moins exposées aux piqûres
des moustiques que le cou et la -tête. Les cous-de-pied sont pro¬
tégés par les chaussettes et les guêtres.
B. — * Moustiquaires de lits pour officiers et voyageurs
Le bagage de l’officier ou du voyageur, moins rudimentaire
que celui du soldat, autorise l’emploi de moustiquaires de
dimensions plus grandes. L’officier et le voyageur pourront
avoir une moustiquaire de tête du modèle n° 3 qui sera portée
avec la coiffure (le soir et pendant les nuits de veille) et une
moustiquaire de lit.
i° Modèle cloche (construit par M. R. Henry sur les indica¬
tions de M. Laveran). — Cette moustiquaire se compose d’une
pièce de toile carrée, de 5o cm. de côté, sur les bords de laquelle
est cousue une jupe de tulle de i m. 26 de long, plissée à sa par¬
tie supérieure. Des tringles en fer articulées, de manière à for¬
mer un quadrilatère quand la moustiquaire est déployée, et à se
rassembler en faisceau pour le transport, adhèrent au pourtour
de la toile supérieure et maintiennent les parois de la mousti¬
quaire écartées. Une corde fixée au centre de la toile permet de
suspendre l’appareil au-dessus de la tête d’un lit ou d’une cou¬
chette, à une hauteur convenable pour que la personne cou¬
chée puisse rentrer, sous l’oreiller et sous la couverture, les
bords de la moustiquaire (Fig. 3).
En donnant plus de longueur à la partie antérieure de la jupe,
on a une moustiquaire qui recouvre toute une couchette, mais
l’appareil devient plus volumineux, et par suite moins portatif.
La moustiquaire cloche pliée dans un sac en toile qui mesure
60 cm. de long, sur 19 de large, ne pèse que 5oo g.
20 Modèle parapluie (Modèle de M. R. Henry). — Il s’agit,
cojnme pour le modèle précédent, d’un appareil qui est destiné
à être suspendu au-dessus du lit, mais ici l’écartement des parois
de la moustiquaire est obtenu à l’aide de tringles articulées sur
l’axe de suspension comme les baleines d’un parapluie, d’où le
nom. Le bord inférieur de la moustiquaire peut être rentré sous
le matelas, autour du lit.
Cette moustiquaire, très confortable, me semble peu pratique
pour un officier en campagne, en raison de son volume.
Séance du 9 Février 1 9 1 0
79
COMMUNICATIONS
Le charbon bactéridien dans
la région de Constantine
Par MARIN et HENRY
Si le charbon symptomatique des Bovins passe pour être assez
fréquent en Algérie, il n’en est pas de même du charbon bacté¬
ridien.
Bien qu'un certain nombre d’observations aient attiré l'atten¬
tion sur la fièvre charbonneuse à évolution classique, cette
infection passe encore pour exceptionnelle dans la région de
Constantine.
Nous avons eu l'occasion d’observer des cas isolés de maladies
foudroyantes survenues en dehors d'épidémies du moins connues
et pour lesquelles le diagnostic n’avait pas été porté, étant donné
l’absence des lésions caractéristiques ' et faute d’examen bacté¬
riologique.
Mais en 1913-1914 nous avons pu étudier au point de vue
bactériologique des cas analogues. Certains de ces cas étaient
isolés, en apparence tout au moins. L’examen clinique et l’ins¬
pection simple de la viande ne faisaient nullement penser à la
bactéridie charbonneuse. La diagnose, difficile chez les bêtes
vivantes, l’était encore à l’autopsie du cadavre. La rate était de
volume et de coloration à peu près normales. Le sang, assez sou¬
vent fluide et poisseux, apparaissait d’autres fois partiellement
coagulé. Après le dépouillage de l’animal, on constatait seule¬
ment sous la peau et les muscles externes quelques suffusions
sanguines très discrètes.
Chez deux bovins, on ne put qu’observer des ganglions hémor¬
ragiques dans le médiastin en l’absence de toute autre lésion
suspecte constatable.
Dans ces divers cas, l'examen direct, la culture et l’inoculation
ont affirmé le diagnostic de charbon bactéridien (1).
(1) Dans nos recherches, nous avons trouvé deux fois dans des cadavres décom -
80
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sans l’examen bactériologique, certaines viandes n’auraient
probablement pas été écartées de la consommation. 11 y a donc
lieu pour les Inspecteurs d’abattoir de se livrer à un examen très
minutieux de tout animal présentant la moindre hémorragie
interstitielle, soit superficielle (peau, muscles externes), soit
profonde.
Le charbon bactéridien foudroyant n’a pas été rencontré seule¬
ment chez les bovidés, nous avons pu en observer un cas chez
un cheval.
Non seulement la pratique des examens bactériologiques systé¬
matiques a jeté une lumière sur des cas isolés, atypiques, mais
elle a permis de déterminer la nature des maladies foudroyantes
sans évolution clinique observable, apparaissant sous la forme
épidémique.
Cette évolution rapide et atypique de la fièvre charbonneuse,
a été observée principalement chez des animaux importés de
France et chez des bêtes issues de croisements avec la race indi¬
gène. Mais les animaux de races indigènes ne sont pas indemnes.
L’indolence des Arabes, qui n’enfouissent pas les cadavres,
facilite la propagation de la maladie.
Dans deux cas, en meme temps que le charbon, une Pastea-
reila fut isolée du sang. On pourrait supposer qu’une telle asso¬
ciation explique jusqu’à un certain point la gravité de l’infection,
mais la gravité a été aussi marquée dans les cas où la Bactéridie
était seule constatée.
A la suite de l’examen bactériologique, dans trois épidémies
de charbon foudroyantes, la sérumisation préventive a été appli¬
quée avec le sérum préparé par l'Institut Pasteur de Paris. Nous
n’hésiterons pas à déclarer cette prophylaxie comme véritable¬
ment héroïque.
Ainsi, dans un troupeau de bovins, dix animaux avaient
succombé successivement en l’espace de huit jours et d’une
manière brutale ; des animaux, en parfaite santé apparente le
soir, étaient trouvés morts le lendemain. Dans un autre trou¬
peau, i4 bovins succombèrent en l’espace de io jours; des ani-
posés des bacilles pseudo-charbonneux. L'aspect des cultures de ces bacilles
anthracoïdes n’était pas tout à fait identique à celle du véritable charbon.
Microscopiquement on notait aussi quelques différences et l’inoculation était
négative.
Séance du 9 Février 1916
81
maux qui n’avaient présenté auparavant aucun symptôme étaient
terrassés en quelques heures.
L’Epizootie fut immédiatement jugulée par la sérumisation.
Celle-ci fut suivie bien entendu de la vaccination antibactéri-
dienne qui put être appliquée sans aucun accident, sans aucune
léthalité.
Au cours de l’année iqiô, la vaccination antibactéridienne a été
pratiquée sur une grande échelle et nous n’avons observé que
quelques cas chez des animaux non vaccinés.
En résumé la fièvre charbonneuse ne semble pas exception¬
nelle dans la région de Constantine. Son importance au point
de vue épizootique pourrait être méconnue en raison de l'as¬
pect atypique qu’elle peut revêtir. Elle ne peut parfois être diag¬
nostiquée sûrement que par l’examen bactériologique. Il existe
des épizooties de charbon bactéridien à forme foudroyante;
même dans ces cas, la sérumisation préventive peut sauver des
troupeaux qui sans elle seraient bien compromis. La vaccination
antibactéridienne, assez peu employée jusqu’ici en Algérie,
semble devoir être de plus en plus utilisée.
Sensibilité au sérum humain* normal
de Trypanosomes d’origine humaine
Par F. MESNIL et M. BLANCHARD.
La question de la sensibilité au sérum humain des trypano¬
somes d’origine humaine, posée par la découverte de la sensibi¬
lité du Tr. rhodesiense (1), étendue par une constatation ana¬
logue (2) pour une souche de Tr. gambiense isolée depuis 7 ans
du liquide rachidien d’un malade du sommeil, est intéressante
au double point de vue du problème de la variation et de celui
de l’adaptation des trypanosomes à l’homme, comme l’un de
nous a cherché à le montrer dans une note récente (3). Aussi,
pensons*nous qu’il n’est pas sans intérêt d’apporter quelques
nouveaux documents.
(1 ) Mesnil et Ringenbach . C. R. Acad. Sciences , t. CLI1I, 27 nov. 191 1, p. 1097.
(2) Mesnil et Ringenbach. C. R. Acad. Sciences, t. GLV, 1er juillet 1912, p.78.
(3) Mesnil. C. R. Soc, Biologie, t. LXXVII, 26 déc. 1914? p* 564-
82
Builetin de la Société de Pathologie exotique
La sensibilité de notre souche de Tr. gambiense (virus n° i 5
G. y) a été établie en nous servant de la souris et en employant,
à titre préventif (mélange) ou curatif, des doses de i cm3 ou
o cm3 75, c’est-à-dire des doses relativement élevées. M. Laveran,
qui conserve depuis 12 ans chez des animaux une souche de
Tr. gambiense, a montré récemment (1) que le sérum humain
continuait à n’exercer aucune action nette sur cette souche. Le
virus en question étant peu pathogène pour la souris, les expé¬
riences ont été faites sur le cobaye, et à des doses (1/2 et 1 cm3)
de sérum relativement faibles.
II nous a paru indiqué d’essayer la sensibilité de notre souche
de gambiense dans des conditions comparables à celles dans
lesquelles a opéré M. Laveran. Nous avons fait trois séries d’ex¬
périences sur les cobayes. Les deux premières sont incomplètes,
un certain nombre d’animaux ayant succombé prématurément
et sans trypanosomes (2). Dans chaque cas, le sérum, à dose
variable, était mélangé à 1/10 cm3 d’un sang dilué riche en try¬
panosomes (même dose-étalon que dans les expériences sur
souris), et le mélange injecté 2 ou 3 m. plus tard dans le péri¬
toine des cobayes.
Expérience I du 2 g octobre igi5. Sérum normal cle 24 h.
Expérience II du 10 novembre iqi5. Sérum normal de 4$ h.
(1) Laveran. Bull. Soc. Path. eæot., t. VIII, 21 juill. 1916, p. 442-
(2) Parmi ceux-ci, il faut citer les cobayes ayant reçu 10 cm3 de sérum, dose
généralement toxique. Nous avons éliminé de nos tableaux tous ces cobayes
morts sans avoir fourni de résultats.
Séance du 9 Février 1916 83
Expérience III du 4 décembre iqi5. Sérum normal de //H h.
L’action du sérum, même à la dose de 1 cm3, chez des cobayes
dont le poids va jusqu’à 690 g. (le poids des cobayes de Layeran
avoisinait 35o g*.), s’est donc manifestée par un long retard
dans l’incubation, sinon une survie définitive. Notre souche
diffère donc très nettement de celle conservée par M. Laveran.
Etant données les variations spontanées de la sensibilité au
sérum humain normal que nous avons constatées (1) pour notre
souche chez la souris depuis que nous connaissons cette sensibi¬
lité, nous avons voulu voir ce qu’elle était à la fin de 1915, c’est-
à-dire 11 ans après que le virus a quitté l’organisme humain.
Avec des sérums de 1, 3 et 4 jours, employés à litre préventif
chez la souris à la dose de 1 cm3, nous avons eu des survies
définitives (avec le sérum de 4 jours, la souris a présenté une
infection abortive et légère les 7e, 8° et 9e jours). Avec un
sérum de 6 jours, retard de r4 jours dans l’incubation; avec un
sérum de fi jours, retard de 9 jours. Ces chiffres, comparés à
ceux obtenus dans les mêmes conditions en mai-juin 1914, mon¬
trent que la sensibilité au sérum humain a encore augmenté.
Elle paraît cependant un peu moins élevée que celle du Tr. rho-
desiense , mais elle est presque de même ordre.
En revanche, un sérum humain d’un ancien trypanosomé
(Dr B.), très peu actif au début de l’affection, s’est montré mani¬
festement plus actif que le sérum normal, puisque, vieux de 6 et
1 1 jours, il a protégé complètement les souris.
Curativement, 1 cm3 de sérum normal de 3 jours a sauvé une
souris et a prolongé la vie d'une autre de 6 jours. Résultats
notablement différents de ceux de mai-juin 1914*
(1) Mesnil, l. c.
84
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous avons déjà noté (i) que le virus que nous avons appelé
Lanfranchii et qui provient d’une infection humaine contractée
dans un laboratoire où le professeur Lanfranchi expérimentait
avec des trypan. d'origine animale, en particulier le surra, ne
manifestait encore, deux ans après sa sortie de l’organisme
humain, aucune sensibilité au sérum humain. Il n’en est plus
ainsi maintenant.
Le professeur Lanfranchi, auquel nous avions procuré son
virus sur animaux au commencement de 1914, avait constaté,
dès cette époque, en opérant sur de jeunes rats, une certaine
sensibilité au sérum humain (2). Il a vérifié le fait en 1915 (expé¬
riences inédites) : des souris ont présenté un retard de 4 jours
environ pour l'incubation, de 8-1 1 jours pour la survie.
De notre côté, nous avons constaté en juillet 1915 la survie
d’une souris qui avait reçu préventivement 1 cm3 de sérum de
2 jours et, en novembre 1915, celles de souris ayant reçu des
sérums de 1,2 et 4 jours.
Gurativement, dans une expérience de fin juillet 1915, 1 cm3
de sérum de 5. jours n’a pas eu d’action sur une souris très
infectée, mais 1 cm3 de sérum de 2 jours a guéri une autre sou¬
ris moins infectée ; dans une autre expérience (novembre),
1 cm3 de sérum de 2 jours a sauvé une souris et a prolongé de
25 jours en moyenne l’incubation et la vie d’une autre souris.
En résumé, au point de vue de la sensibilité au sérum humain
de trypan. d’origine humaine, 5 souches ont été, à ce jour,
étudiées et suivies avec soin :
2 souches de Tr. rhodesiense se sont montrées, peu de temps
après leur sortie du corps humain, relativement sensibles au
sérum humain ;
1 souche de Tr. gambiense (étudiée par M. Laveran) reste
insensible après 12 ans de conservation sur animaux de labora¬
toire ;
1 autre souche de Tr. gambiense , la nôtre, a une sensibilité
qui a été constatée pour la première fois 7 ans après sa sortie
de l’organisme humain; elle était alors assez faible; elle a
oscillé depuis et est maintenant (au bout de 11 ans) presque
aussi forte que celle du Tr. rhodesiense ;
(1) Mesnil et Blanchard, Bull. Soc. Path. exot ., t. VII, mars 1914? p. 196.
Mesnil, l . c.
(2) Lanfranchi, Bull. cl. Sc. Med. (Bologne), t. LXXXVI, 1 9 1 5 ,
Séance du 9 Février 1916
85
La souche Lanfranchii s’est montrée sensibleau sérum humain
environ 2 ans après sa sortie de l’homme ; cette sensibilité est
comparable à celle du Tr. rhodesiense et à celle, actuelle , de
notre Tr. gambiense.
Nous n’avons rien à modifier aux réflexions d’ordre général
de notre dernière note (1).
(1) Mesnil, l. c.
86 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Seconde enquête sur les chèvres laitières
de Tunis au sujet de la fièvre méditerranéenne
Par Ch. NICOLLE et E. GOBERT
L un de nous a présenté antérieurement ici (i), en collabora¬
tion avec E. Conseil, les résultats d’une première enquête, pour¬
suivie en 1908-1909 sur les chèvres laitières de Tunis, au sujet
de l'existence de la fièvre méditerranéenne chez ces animaux.
Les résultats de cette enquête avaient prouvé l'importance de
l'infection, en particulier sur les chèvres de race maltaise. Nous
rappellerons plus loin les chiffres obtenus.
La maladie se montrait plus fréquente sur les animaux récem¬
ment importés de Malte. Aussi l’une des conclusions pratiques
du travail fut-elle de proposer aux pouvoirs publics des mesures
sévères contre l’introduction en Tunisie de nouveaux animaux
infectés. Cette conclusion fut adoptée par le Gouvernement tuni¬
sien qui, en date du 22 septembre 1909, publia un arrêté inter¬
disant toute importation de chèvres, en provenance de Malte,
dans la Régence. Cet arrêté a été rigoureusement appliqué;
depuis la fin de l’année 1909, aucune chèvre n’est entrée de
Elle voisine en Tunisie.
Le bénéfice de cette mesure fut très net. En l'espace de deux
années, les cas de fièvre méditerranéenne observés chez l’homme
à Tunis diminuèrent de nombre ;d a maladie, de fréquente, devint
rare. Tous nos confrères ont été frappés de ce résultat que le
Docteur Uayat a souligné par une publication spéciale et auquel
ne furent pas étrangers les conseils, donnés au public par les
médecins, de faire bouillir le lait avant sa consommation.
La statistique du nombre des cas de sérodiagnostics positifs
de la fièvre de Malte, pratiqués à l’Institut Pasteur de Tunis,
permet de suivre assez exactement ce recul de la maladie chez
(1) Soc. de Pathologie exotique , 1909, no 4, pp. 191-194.
87
Séance du 9 Février 1916
l’homme. Nous relevons en effet sur le cahier des analyses les
chiffres suivants :
1908
1909
1910
1911
1912
1913
1914
1915
Ce tableau montre aussi que l’avantage obtenu n’a pas été
définitif ; en 1915, en effet, nous avons assisté à un véritable
retour offensif de la maladie; dans l'espace de quelques mois,
elle a recouvré son ancienne fréquence.
C’est cette constatation qui nous a déterminé à poursuivre au
cours de l’année 1916 une nouvelle enquête sur le troupeau
des chèvres laitières de Tunis.
Cette enquête a été effectuée du 19 juillet au 20 décembre. Elle
a porté sur 2.390 bêtes, 2.354 chèvres ou boucs (ceux-ci au nom¬
bre de quelques unités) et 30 animaux d’espèces diverses, ren¬
contrés dans les mêmes étables (ânes i4, vaches 9, chiens 7,
chevaux 4? chats 2).
Des chèvres examinées, 1 .277 appartiennent à la race maltaise,
i.o44 à la race arabe, 33 sont des individus obtenus par croise¬
ment de ces races. Nous confondrons dans notre statistique les
chèvres arabes et croisées. Les chiffres qui viennent d’être cités
représentent la presque totalité des chèvres maltaises tunisoises
et le tiers environ des chèvres de race arabe. Le troupeau des
chèvres laitières de Tunis pouvait être en effet évalué en 1915
à 5.000 bêtes environ.
Notre enquête a porté sur 79 troupeaux particuliers, dont les
propriétaires possédaient de sept à 74 chèvres ; ces 79 troupeaux
se trouvaient répartis dans 72 étables (deux étables contenaient
deux troupeaux, une en hébergeait cinq). L’étable la moins peu¬
plée comptait dix bêtes, la plus peuplée 116.
Nous ne reviendrons pas sur les conditions hygiéniques de ces
étables; elles sont sensiblement celles que la première enquête
avait révélées et qui ont été signalées dans la note antérieure.
(1) Ont été considérés commepositifs les seuls cas où le pouvoir agglutinant
atteignait ou dépassait 5o.
= 40 examens positifs (1).
= 46 —
= 53 —
= 63 —
= 23 —
= 14 —
= 40 —
88
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les écuries maltaises sont généralement mal tenues, non aérées,
malodorantes; les clievriers et leurs familles logent d’ordinaire
dans l’étable même, au dessus des animaux, sur une sorte d’es¬
trade. Les écuries arabes sont tout aussi sales ; elles ont l’avan¬
tage d’être situées en plein air.
Les étables des chèvres laitières tunisiennes constituent qua¬
tre groupes bien distincts, sis dans des quartiers excentriques
ou extérieurs à la ville.
Groupe /, voisin de la porte Bab el Fellah et des Abattoirs, au
sud de Tunis ; constitué surtout par des chevriers indigènes ; les
chèvres de race arabe y dominent. Nous y avons examiné
1 65 chèvres maltaises et 588 arabes ou croisées.
Groupe //, inclus dans le petit village de Mélassine, accolé à
Tunis du côté ouest. Les deux races de chèvres y sont en pro¬
portion sensiblement égale. Nous y avons examiné 23o maltaises,
261 autres.
Groupe ///, voisin de la porte Bab el Khadra, au nord de la
ville ; le plus important pour le nombre et la proportion des
chèvres maltaises. Nous y avons examiné 827 chèvres de cette
race, 2.38 autres ou croisées.
Groupe /F, le moins important, constitué par quelques écuries
éparses sur la route de la Goulette, au nord également et plus en
dehors de Tunis. Nous n’y avons examiné que 55 chèvres, toutes
de race maltaise.
Notre enquête a consisté essentiellement dans la recherche et
la mesure du pouvoir agglutinant du sang des chèvres. Celui-ci
était recueilli par piqûre d une veine de l’oreille. Le réactif de
l’agglutination est une émulsion de M. melitensis dans la solution
physiologique de fluorure de sodium à 7 0/00, titrée à 800 mil¬
lions de microbes par cm3. L’échantillon de M. melitensis utilisé
est celui qui nous sert pour la pratique des sérodiagnostics de
la fièvre de Malte chez l’homme et que nous désignons sous le
nom de M J; il a été isolé du lait d’une chèvre tunisoise en
i9°9-
L’emploi des émulsions fluorurées pour la pratique des séro¬
diagnostics découle des recherches de Ch. Nicolle et L. Blaizot
sur les vaccins lluorurés. La solution physiologique de fluorure
de sodium conserve le plus grand nombre des bactéries dans
Séance du 9 Février 1 9 1 G
89
leur forme et leurs principales réactions; l’agglutinabilité en
particulier persiste pour la plupart d’entre eux, dont le M. meli-
tensis , pendant un temps qui n’est pas inférieur à deux ans, si
l’émulsion est conservée à basse température. Nous considérons
les émulsions microbiennes fluorurées comme aussi sensibles
que celles de cultures vivantes; leur emploi est plus commode
et, comme on peut en préparer une provision importante à
l’avance, les résultats dans une enquête comme celle-ci sont plus
comparables que si l’on avait recours à des cultures journaliè¬
res de microbes vivants.
Cet emploi des émulsions fluorurées pour la pratique des séro¬
diagnostics est adopté par M. Legroux dans la préparation du
matériel des laboratoires d’armée ; il a reçu ainsi la consécration
de sa scrupuleuse expérience.
Nous n’avons pas pratiqué de séroréactions à un taux infé¬
rieur à un pour vingt.
*
Chèvres maltaises 1.277. Séroréaction négative chez 1.141 animaux.
Pouvoir agglutinant de 20 chez 71 ; de 40 chez 25 ; de 60 chez 15 ; de 80
chez 7 ; de 100 chez 6 ; de 120 chez 1 ; de 200 chez 5; de 300 chez 1 ; de
500 chez 2 ; de 800 chez 2 ; de 5.000 chez une. Chez cette dernière chèvre,
la seule que nous ayons examinée à cet égard, le M . melitensis a été isolé
par nous du sang (échantillon M 10) et reconnu virulent pour le singe par
inoculation sous-cutanée et ingestion.
Chèvres arabes et croisées 1.077. Séroréaction négative chez 1.068 ; Pou¬
voir agglutinant de 20 chez 2 ; de 40 chez 4 ; de 60 chez 2 ; de 80 chez une.
En outre, un cheval présentait un pouvoir agglutinant de 60.
Notre expérience de la séroréaction chez l’homme par l’emploi
des émulsions fluorurées nous a conduit à considérer un pouvoir
agglutinant de 20 comme de signification douteuse et sans
valeur, ceux de l\o et 60 comme une grosse présomption et tout
pouvoir supérieur comme une certitude pratique (1).
Si nous appliquons cette règle à nos examens de chèvre, nous
obtenons les résultats suivants :
1° Sur V ensemble des chèvres (2.354 animaux) : 2.209 résultats nuis;
73 douteux; 46 suspects ; 26 certains. Soit la proportion 0/0 suivante :
(1) A litre d’expérience, nous avons essayé l’action du sérum des chèvres
maltaises de deux troupeaux sur une émulsion fluorurée de notre échantillon
Br , considéré par Nègre comme un M. paramelitensis. Ces chèvres étaient au
nombre de 44 î leur sérum agglutinait le M. melitensis 5 à 20 dans 6 cas ; à 60
dans 2 ; à 80 dans 2 ; à 200, 3oo, 5oo, 5 .000 dans un cas ; soit au total i4 résul¬
tats positifs, dont 8 supérieurs à 4o. Ouarante-trois de ces sérums aggluti¬
naient Br à 4o au moins.
7
90
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Résultats nuis 93,84; doutetix 3,10 ; suspécts 1,96 ; certains 1,10) et plus
simplèihent : Résultats négatifs (nuis et douteux réunis) 96,94 ; probables
(suspects et certains réunis) 3,06.
2° Sur les chèvres maltaises (1.277 animaux) : 1.141 résultats nuis;
71 douteux ; 40 suspects; 25 certains. Soit les proportions 0/0 : Nuis
89v35 ; doufcéüx 5,56 ; suspects 3,13; certains 1,96 ; ét plus simplement :
Résultats négatifs 94,91 ; probables 5>09.
3° Sur les chèvres arabes et croisées (1 .077 animaux) : 1.068 résultats
nuis ; 2 douteux ; 6 suspects ; 1 certain. Soit la proportion 0/0 : Nuis 99,14 ;
doutèüx 0,19 ; suspects 0,57 ; certains 0,10 ; et plus simplement : Résul¬
tats négatifs 99,33 ; probables 0,67.
La première conclusion qui s’impose à la lecture de ces chif¬
fres est que l’infection méditerranéenne a frappé en 1915 avec
une fréquence infiniment plus grande les animaux de race mal¬
taise que ceux de race arabe (onze fois plus souvent, si on se
lement, si on tient compte des cas suspects; le premier chiffre
est évidemment le plus valable).
11 était intéressant de déterminer l’impôrtanCe de l’infeClion
méditerranéenne dès chèvres suivant les quartiers occupés pat*
• » • « * • »
les étables. En raison du très faible nombre des réactions positi¬
ves chez les chèvres arabes ou croisées, nous nous sommes limi¬
tés sur cé point aux chiffres qui concernent les chèvres mal¬
taises.
Le premier groupe (165 tètes) donne lés proportions 0/0 suivantes :
Résultats négatifs (nuis et douteux réunis) 98,72 ; certains 1,22.
Le second groupe (230) : Résultats négatifs 96,40; suspects 2 ; certains
1,6 ; soit : probables (suspects et certains réunis) 3,6.
Le troisième groupe (827) : Résultats négatifs 94,57; suspects 3,15; cer¬
tains 2,28 ; soit : probables 5*43.
Le quatrième groupe (55) : Résultats négatifs 80,00 ; suspects 16,37 ;
certains 3,63 ; soit : probables 20,00.
C’est-à-dire un pourcentage sensiblement variable suivant les
quartiers; les deux derniers, plus atteints, 'étant CeüX dans les¬
quels la proportion des chèvres maltaises par rapport aux ara¬
bes est la plus élevée. À noter que le dernier groupe contient
très peu d’animaux, répartis seulement dans trois étables isolées
les unes des autres et que les résultats positifs appartiennent
tous aune seule de ces étables.
Chacun des quartiers considérés, pris isolément, 11’est pas
infecté d’une manière homogène : la fréquence de la maladie
varie essentiellement d’une étable à l’autre. C’est ainsi que nous
Séance du 9 Février 1916
91
avons compté, sur 46 étables hébergeant des chèvres maltaises,
seize dont aucune chèvre ne présentait aucun pouvoir aggluti-,
nant et dix dont les chèvres ne présentaient au plus qu'un pou¬
voir agglutinant douteux ; donc 21 étables devant être considé¬
rées comme indemnes, contre 25 plus ou moins contaminées.
L’étable et son troupeau représentent donc une unité auto¬
nome, indépendante, dont le degré d’infection doit mesurer le
pouvoir infectant. Pour le contrôler, nous avons repéré sur un
plan de Tunis : d’une part, les cas humains de fièvre ondulante
au sujet desquels nous avons pu obtenir des renseignements
complets, d’autre part, les lieux de stationnement des troupeaux
examinés où il s’est trouvé un ou plusieurs animaux présentant
un pouvoir agglutinant égal ou supérieur à 80. Ces deux ordres
de repères voisinent étroitement et se trouvent tous deux grou¬
pés dans les mêmes quartiers, en fait les quartiers israéütes, où
l’on consomme en grande quantité le lait de chèvres cru.
La propreté, avons-nous dit, fait défaut dans l’immense majo¬
rité des étables maltaises. Deux propriétaires seulement nous
ont paru témoigner d’un certain degré de soins pour leurs bêtes;
ce soin se traduisait plutôt par un souci de confort que par celui
de l’hygiène. L’une de ces deux écuries était indemne, la seconde
tenait le deuxième rang pour le nombre des animaux infectés.
Ces chiffres et ces données suffisent à montrer que l’infection
méditerranéenne à Tunis est l’apanage de la chèvre maltaise et
que sa fréquence dans une étable tient surtout au nombre des
cas en évolution et aux hasards des contagions d’animal à ani¬
mal. A l’appui de cette opinion, nous pouvons citer ce fait que,
dans une étable contaminée, ce sont généralement des animaux
voisins de litière qui donnent la majorité des cas positifs.
Les chiffres relevés dans la première enquête de 1908-1909
n’étaient pas sensiblement différents de ceux observés dans
l’enquête actuelle ; ils ont en tout cas la même signification et
comportent des conclusions générales identiques. Nous croyons
utile de les rappeler ici brièvement.
L’enquête de 1908-1909 avait porté sur 2.060 chèvres, dont
1.626 maltaises et 420 arabes ou croisées. La technique emplo¬
yée avait été un peu différente, car elle était basée sur l’em¬
ploi de cultures vivantes ; les chiffres de cette enquête doi¬
vent être considérés, surtout ceux des réactions douteuses ou
02
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
suspectes, comme trop élevés par rapport à ceux relevés dans
notre dernière enquête.
Résultats globaux. — 2.060 chèvres. Pouvoir agglutinant à 20 chez 252 ;
à 40 chez 70 ; à 60 chez 46 ; à 80 chez 13 ; 100 chez 9 ; à 150 chez 3 ; à
200 chez 6 ; à 300 chez 3 ; à 400 et 500 chez une. Soit : résultats nuis
1.656 ; douteux 252 ; suspects 1 16 ; certains 36 et les proportions 0/0:
Résultats nuis 80,38 ; douteux 12,23 ; suspects, 5,63 ; certains 1,74, — ou,
plus simplement, négatifs 92,61 ; probables 7,39.
Chèvres maltaises . — 1.626 animaux. Pouvoir agglutinant à 20 chez
220 ; à 40 chez 62 ; à 60 chez 43 ; à 80 chez 13 ; à 100 chez 8 ; à 150 chez
3; à 400 et 500 chez une. Soit : résultats nuis 1.627 ; douteux 220 ; sus¬
pects 105; certains 34 et les proportions 0/0 : Résultats nuis 77,92 ; dou¬
teux 13,53 ; suspects, 6,44 ; certains 2,09, — ou, plus simplement, négatifs
91,45; probables, 8,55.
Chèvres arabes et croisées. — 420 animaux. Pouvoir agglutinant à 20
chez 32 ; à 40 chez 8 ; à 60 chez 3 ; à 100 et 200 chez une. Soit : résultats
nuis 375; douteux 32; suspects 11 ; certains 2 et les proportions 0/0:
Nuis 89,28 ; douteux 7,62 ; suspects 2,62 ; certains 0,48, — ou, plus sim¬
plement, négatifs 96,90 ; probables, 3,10.
conclusions de fait
L’application du décret du 22 septembre 1909, interdisant
l’introduction dans la Régence des chèvres laitières en prove¬
nance de Malte, a été suivie d’une diminution notable des cas de
fièvre méditerranéenne chez l’homme à Tunis. Cette améliora¬
tion, surtout sensible pendant les années 1912, 1913 et 1914, a
pris fin en 1 9 r 5, par suite sans doute de l’extension de plus en
plus grande de la contagion stabulaire chez les chèvres autoch¬
tones.
Notre enquête récente montre que l’infection méditerra¬
néenne a été sensiblement aussi marquée sur le troupeau tuni¬
sois en 1916 qu’elle l’avait été en 1908-1909.
C’est toujours sur les chèvres de race maltaise que prédomine
l’infection. Les chèvres de race arabe se montrent bien plus
rarement atteintes ; elles n’offrent pas cependant d’immunité
naturelle complète. II semble que les produits de croisement
des deux races se rapprochent, au point de vue de la sensibilité
à la contagion, des chèvres de race arabe ; le nombre des métis
existant dans les troupeaux n’est cependant pas assez élevé pour
permettre à ce sujet une opinion certaine. Il est d’ailleurs fort
probable que, par suite des contaminations et des passages, le
M. melitensis acquierra peu à peu à Tunis une virulence qui le
Séance du 9 Février 1 9 1 G
93
rendra à la longue aussi dangereux pour la race indigène ou les
produits de croisement que pour les maltaises.
C’est par contact de chèvre à chèvre dans une même étable que
semble s’établir en général la contagion. L’importance à ce point
de vue des autres animaux domestiques paraît négligeable ; il
n’en est sans doute pas de même de l’homme malade ; la pro¬
miscuité des chevriers, de leur famille et de leurs bêtes peut
être aussi dangereuse pour les animaux qu’elle l’est à coup sûr
pour eux-mêmes.
CONCLUSIONS PRATIQUES
Il j a lieu tout d’abord de continuer à appliquer sévèrement
l’arrêté du 22 septembre 1909 interdisant l’importation des chè¬
vres de provenance maltaise en Tunisie, afin d’empêcher l’intro¬
duction de nouveaux animaux malades.
Cette mesure maintenue, il sera nécessaire de combattre l’infec¬
tion du troupeau autochtone, dont le dangerconstitue une menace
appelée à devenir de plus en plus grande sans doute pour la
santé publique.
Nous inspirant des heureuses mesures prises à Malte et de
nos conditions locales, nous proposerons dans ce but au Gou¬
vernement tunisien :
i° D’instituer un service de surveillance des chèvres laitières
et de prophylaxie de l’infection méditerranéenne.
20 Ce service aura pour premier objet la poursuite d’enquêtes
bi-annuelles du même ordre que celles qui ont été établies déjà
à l’Institut Pasteur et qui devront comprendre toutes les chèvres
laitières sans exceptions, les boucs, les chevreaux, les autres
animauxdomestiques desétables et même les habitants humains
de celles-ci.
3° Les chèvres dont le sang aura montré un pouvoir aggluti¬
nant égal ou supérieur à 80 seront, après un second examen
immédiat confirmatif du premier, abattues. Une indemnité sera
versée au propriétaire. Cette indemnité variera suivant que la
chèvre sera ou non bonne laitière et n’atteindra en aucun cas la
valeur marchande de l’animal.
4° Les chèvres, dont le' sang aura montré un pouvoir égal ou
supérieur à 4o mais inférieur à 80, seront également l’objet d’un
second examen, examen supplémentaire qui sera pratiqué un
94 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mois après le premier ; si le pouvoir agglutinant n’a pas monté,
elles seront considérées comme indemnes; s’il s’est élevé à 80,
elles seront au contraire traitées comme les chèvres de la pre¬
mière catégorie.
5° Pour assurer l’application et la sincérité de ces mesures,
le port de boutons, fixés aux oreilles de toutes les chèvres lai¬
tières, sera déclaré obligatoire. Des pénalités seront prévues
pour les contrevenants.
6° Le service veillera à l’hygiène des étables ; il surveillera
l’application des règlements actuels concernant celles-ci et
des règlements nouveaux qui pourront être pris dans le même but.
7° La vaccination préventive des chèvres contre l’infection
méditerranéenne par l'emploi de cultures mortes sera tentée sur
un certain nombre d’animaux. Elle ne sera généralisée que plus
tard, lorsqu’elle aura fait définitivement ses preuves, la vaccina¬
tion déterminant l’apparition dans le sang des animaux d’un
pouvoir agglutinant qui gênerait les enquêtes.
8° Il y aura lieu de rappeler à la population par voie d’affi¬
ches et autres moyens la nécessité de l’ébullition du lait de chè¬
vre avant sa consommation.
9° La fièvre méditerranéenne sera comprise parmi les mala¬
dies dont la déclaration est obligatoire.
io° Ces règles, appliquées d’abord à Tunis, seront ensuite éten¬
dues à toutes les villes de la Régence.
A titre de renseignement, nous avons cherché à établir le
nombre de chèvres qui seraient à abattre et dont la perte don¬
nerait lieu à une indemnité, si les mesures que nous propose¬
rons étaient adoptées. Ce chiffre aurait été pour Tunis de 25 ou
26 maltaises et de 3 arabes en 1915, la proportion des animaux à
abattre étant très exactement de 1 chèvre sur 5i pour les maltaises
et de 1 sur i.o44sur les arabes et notre enquête ayant porté sur
presque toutes les maltaises et seulement sur un tiers des
arabes.
Cette proportion, déjà minime, s'abaisserait sans nul doute
les années qui suivraient, du fait du bénéfice tiré de la suppres¬
sion d’animaux malades et contagieux.
Il n’en coûterait donc à la ville de Tunis ni un grand effort,
ni un sacrifice pécuniaire bien notable pour réduire bientôt à
peu de chose le danger considérable qu’offrent à l’heure actuelle
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Séance du 9 Février 1916 9a
les chèvres laitières dans la propagation de la fièvre méditer¬
ranéenne.
Ainsi se trouverait sauvegardée, avec la santé d’un grand
nombre de nos concitoyens, une industrie intéressante au point
de vue économique, qui fait vivre une population laborieuse et
constitue un des attraits pittoresques de notre ville.
Note sur les Trypartoses et les Piroplasmoses
des grands animaux de rOu^llé.
Par J. RODHAIN
L’étude des hématozoaires parasitant les grands animaux
domestiques et sauvages de l’Afrique intertropicale, est en con^
nexion étroite avec celle des Protozoaires hémoparasites de
l’homme ; les Trypanosomes et les Plasmodies malariennes qui
infectent ce dernier, ont leurs homologues dans les trypanqses et
les piroplasmoses animales ; et la question de l’importançe du
rôle joué par les animaux comme réservoir des Trypanosomes
pathogènes pour l’homme est toujours d’actualité.
Nous nous sommes donc naturellement préoccupé, au cours
de notre voyage dans l’Ouellé, de l’examen systématique du
sang des animaux domestiques ou sauvages que nous avons eu
l’occasion de rencontrer.
Nos recherches nous ont fait constater l’existence, dans la
partie Nord-Est du bassin du Congo, de diverses espèces de Try¬
panosomes et de Piroplasmci que nous étudierons dans cette
note.
I. — Trypanqses animales
Les infections que nous avons rencontrées, relèvent les unes
du Trypanosome monomorphe à flagelle libre du groupe C c\zal-
boui (= uivaop aut.), les autres du petit parasite sans extrémité
flagellaire libre du type congolaise (= diniorphon) ; d’autres
enfin appartiennent au groupe des grands Trypanosomes non
pathogènes et se rattachent au Trgpanosoma ingen ? de Bruce.
Tableau I. — Résumant les examens cle sang pratiqués chez les animaux domestiques pour la recherche des Trypanosomes.
96
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
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Séance du 9 Février 1916
97
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A. — Animaux domestiques.
Le tableau I résume les résultats des divers examens de sang
ou de suc ganglionnaire que nous avons pratiquées chez des
animaux domestiques en différentes régions de l’Ouellé.
Si nous analysons les données de ce tableau, nous voyons que
sur 89 têtes de bétail examinées, i3 étaient infectées de Trypa-
nosoma congolense (— dimorphon ), et de Trypanosoma cazal-
boui ; alors que, sur 9 moutons, un seul était parasité de T. con¬
golense ; enfin chez 9 équidés et 21 cabris, l’examen du sang
a été négatif.
Nous ne voulons retenir de ces faits que l’existence des deux
espèces de Trypanosomes, à l’Ouest (Api), comme à l’Est (Van-
kerckhoven ville) et au Sud (Gombari) de FOuellé ; de plus les
infections dues au Trypanosoma congolense {= dimorphon) pré¬
dominent. En effet, il serait erroné de conclure de nos observa¬
tions que l’ensemble des bêtes domestiques vivant dans FOuellé,
est infecté dans les proportions que nous avons trouvées, car
ne pouvant consacrer qu’un minimum de temps à l’examen des
animaux, nous avons forcément dû, le plus souvent, nous borner
à n’examiner que ceux qui paraissaient extérieurement malades
ou suspects. Nous avons été étonnés de ne pas avoir rencontré
au cours de nos recherches les trypanosomes dimorphes, du
groupe Pecaudi ou Brucei ; ces parasites, s’ils existent, doivent
être assez rares dans la région.
Si le Trypanosoma congolense est avant tout transmis par les
Glossines, il est connu que le Cazalboui peut être disséminé
dans les troupeaux par les stomoxes dont au moins une espèce,
Stomoxys calcitrans, est répandue dans tout l’Ouellé.
B. — Gros gibier.
Les réservoirs où les diptères piqueurs vont puiser les virus
étant les animaux sauvages, nous avons examiné à ce point de
vue un certain nombre de bêtes de la savane et de la forêt
dont voici le relevé.
1 Tragelaphus scriptus (dans la forêt au sud de Zobia) ;
4 Cephalophus equatorialis ; 16 G. dor salis ; 7 C . grimmia ; 1 Tra-
gulus sp. ; 8 Cobus defassci (au nord et au sud de la Doungou) ;
2 Cobus sp. (Vcirdoni ?) (près Yankerckhovenville) ; 5 Bubalis
08
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lelwel jacksoni ; i Bnffeliis b a bal as ; i Rhinocéros sirnus ; 3 Pha-
cochœrus œthiopicas (au nord de la Doungou) ; i Hylochœrus-
meinertzhageni ituriensfs (Arebi), Aucun de ces animaux n’a
présenté de trypanosomes pathogènes dans le sang.
Il peut paraître étrange que, sur 5o animaux dont le sang a
été examiné à frais entre lame et lamelle, ou coloré après étale¬
ment, aucun ne paraissait contaminé de Trypanosomes patho¬
gènes. Il n’y a pas de doute pourtant que, si nous avions pu
pratiquer systématiquement des inoculations de sang à des ani¬
maux sensibles, nous aurions obtenu des infections prouvant la
présence de parasites qui ont dû être très rares. Les formes évo¬
lutives des Trypanosomes que nous avons trouvées dans la
trompe et le tractus digestif des Qlossina fusca, nous permettent
d’être très affirmatif à ce sujet.
Il nous faut faire observer aussi que, dans aucune des régions
où vit le gibier que nous avons examiné, il n’y avait de GlossL
nés en nombre, et il est intéressant sous ce rapport de comparer
les résultats de nos observations dans l’Ouellé, à ceux que nous
avons obtenus au Katanga (i) en plein pays de morsitans ou au
Maniema en des endroits où les Glossina palpalis et brevipal-
pis étaient nombreuses.
Au Katanga, 8 animaux sur 32 examinés étaient infectés de
T . Cazalboui : au Maniema, 3 bêtes surfi montraient des Caçal-
boui ou congolaise dans leur sang* Il est donc certain que, dans
les régions où nous avons examiné les animaux sauvages de
l’Ouellé, ceux-ci sont moins infectés de trypanosomes pathogè¬
nes qu'au Maniema et au Katanga.
Sur les 5o bêtes examinées, nous n'avons eu, à l’examen direct
du sang, qu’un cas positif : il s’agissait d’un Cephalophas dorsalis
capturé dans la forêt près de Zobia, qui avait dans son sang des
Trypanosoma ingens assez abondants. Un rat blanc inoculé de
3 cm3 de ce sang ne contracta pas d’infection.
Ces observations personnelles sont confirmées par celles du
docteur I. Heiberg faites en 1907-1910, alors qu’il était directeur
du lazaret d’Ibembo (2). Il a examiné plusieurs centaines de
Céphalophes divers de la région forestière d’Ibembo sans trouver
une seule naturellement infectée. Ses examens ont encore porté
(1) J. Rodhain, Pons, Vandenberanden et Bequaert. Rapport, sur les travaux
de la mission scientifique du. Katanga. Bruxelles, 1 9 1 3 .
(2) Extrait d'un rapport officiel sur le lazaret d’Ibembo. Février iqio.
Séance du 9 Février 1916
99
sur plus de roo singes, dont 10 chimpanzés, 5 lémuriens,
3 éléphants, 11 potamochères, 3 léopards, 5 civettes, 1 man¬
gouste, 8 genettes, i5 rats, 2 chevaux, n mules, 3 ânes et 3 chè¬
vres : tous ont donné de même un résultat négatif.
C. — Infection des Glossines.
Ainsi que je l’ai exposé dans mon mémoire sur la répartition
de la maladie du sommeil dans FOuellé, trois espèces de Glos¬
sines sont répandues dans ce territoire : Glossina palpalis , nior-
sitans et de grandes Tsélsés du groupe de G, fnsea.
L’évolution des trypanosomes pathogènes de l’Afrique inter¬
tropicale, chez les deux premières espèces de Tsélsés, est actuel¬
lement bien connue ; mais le rôle des grandes Glossines du
groupe fnsea dans la transmission des hémoflagellés reste encore
à éclaircir. J’ai disséqué, pour la recherche des formes évoluti¬
ves des trypanosomes, 26 Glossina gr . fnsea capturées en divers
points de FOuellé ; 6 de ces mouches étaient parasitées. Chez
quatre d’entre elles, la multiplication des flagellés était limitée à
la trompe seule ; chez les deux autres, les parasites pullulaient
dans l’intestin et avaient envahi jusqu’au tube proboscidien.
Chez aucune n’existait d’infection des glandes salivaires.
Dans un des cas d’infection de la trompe seule, l’évolution du
trypanosome était complète, quelques formes métacycjiques
ou salivaires parfaites se voyaient dans la lumière du canal
hypopharyngien. Des deux infections intestinales et prosbosci-
diennes, une seule était intense, mais il ne s’était pas encore
formé de Trypanosomes salivaires infectieux ; l'inoculation de
cette trompe sous la peau d’un cobaye est restée sans résultat.
D’après ce que nous connaissons de l’évolution des Trypano¬
somes chez les Glossina palpalis , morsitans , longipalpis et brevi-
palpis , les parasites du groupe Cazalboui (— uivax) achèvent
leur cycle biologique dans la trompe seule de ces insectes, alors
que les Trypanosomes du groupe congolense-dimorphon et
Peçandi (non Brucei) déterminent une infection totale du trac-
tus digestif, les glandes salivaires restant indemnes. Nous pou¬
vons donc prévoir dès à présent que, tout comme Glossina brevi-
palpis , les grandes Glossines de FOuellé (Glossina fnsea ?) pour¬
ront transmettre les Trypanosomes des types cazalboui , congo-
lense et pecaudi.
100
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les 6 glossines parasitées avaient toutes été capturées dans
la grande forêt, deux au sud du Roubi sur le corps d’un Elé¬
phant tué ; quatre près de la Likati sur les cadavres frais de
deux Buffles.
II. — Piroplasmoses
J’ai rencontré diverses formes de piroplasmoses, chez des bovi¬
dés, des ovidés, des antilopidés et un chien de l’Ouellé.
A. — Piroplasmoses des Bovidés.
Ils appartiennent au grand type de Piroplasma bigeminum et
à Theileria mutans.
/. Piroplasma bigeminum. — J’ai trouvé le parasite de l’héma¬
turie du bétail, une seule fois chez un veau du troupeau appar¬
tenant au chef Renzi, à 3o kilomètres au Nord-Est du poste de
Doungou d’où provenaient d’ailleurs les bêtes.
2. Theileria mutans. — Ce parasite, dont les formes sanguines
sont morphologiquement très voisines de l’East Coast fever,
paraît répandu dans tout l’Ouellé. Nous l’avons rencontré chez
des bœufs du troupeau pâturant à Doungou, à Faradje, à Aba, à
Amadis. A Aba, quatre veaux examinés montraient tous dans
leur sang d’assez nombreuses formes bacillaires et ovalaires.
Les bêtes adultes, qui constituaient le troupeau, étaient bien por¬
tantes ; les veaux tout en étant maigres ne paraissaient pas
souffrir beaucoup de leur infection ; à Doungou au contraire,
l’état général des animaux examinés était médiocre ou mauvais.
Afin d’écarter le diagnostic de Theileria parua , j’ai fait une
série de ponctions ganglionnaires pour rechercher, dans le suc
lymphatique, les formes d évolution caractéristiques des para¬
sites de l’East Coast fever, sans pouvoir les trouver. Je rapporte
donc les petites formes de Piroplasmes que j’ai vues à Theileria
mutans quoique je n’aie pu faire des essais de transmission par
inoculation sanguine.
Tout le bétail de l’Ouellé est originaire des régions de l’Est,
et provient soit de l’enclave de Lado, soit des plateaux de l’Arou,
où les indigènes possèdent de petits troupeaux ; je n’ai pas eu
l’occasion d’examiner les animaux dans leur pays d’origine, mais
il est probable que les infections à Piroplasmes y sont endé¬
miques.
Séance du 9 Février 19 1 G
101
Quant à Fexistence de Theileria parva , dans l’@uellé, elle
n’est pas certaine et reste à prouver.
Un fait qui nous a frappé chez le bétail examiné à Doungou,
Renzi et Amadis, c’est l’aspect vétuste de certains veaux. Ce
sont des animaux qui, à 2 et 3 ans d’âge, ont à peine atteint la
moitié de leur développement normal ; leur corps supporte une
tête volumineuse de bête adulte munie de petites cornes. J’in¬
cline à croire que ce retard de croissance, cette dégénérescence
du bétail, est due aux infections piroplasmiques qu’ont à subir
les animaux pendant les premiers mois de leur existence, alors
que souvent de mauvaises conditions de vie ne permettent pas à
leur organisme d’acquérir le degré d’immunité voulue pour
résister aux réinfections continuelles qui se produisent.
B. — Piroplasmose des Ovidés.
J’ai signalé le premier au Congo belge l’existence dans le sang
des moutons de piroplasmes quej’avais rencontrés chez un bélier
à Lukouzolwa (sur le lac Moïro) (1). J’ai revu ce parasite dont la
spécificité reste discutée chez des ovidés de Gombari sur le
Bomokandi, de Doungou sur FOuellé et récemment de Dolo
près de Léopoldville : il paraît donc répandu dans tout le bassin
du Congo. Rappelons ici que des Piroplasmes ont été signalés
chez les moutons africains par divers auteurs : dans l’Afrique du
Sud (2), au Cameroun (3), dans l’Afrique orientale allemande (4),
dans la Nigérie anglaise (5)
En juin 1914? il existait à la mission de Gombari une quin¬
zaine de moutons, restant d'un troupeau de 60 bêtes venues de
Loka (enclave de Lado), et qui, après s’être reproduit au début,
diminuait rapidement depuis un an. Les animaux étaient en
général maigres; j’ai examiné 5 des plus misérables, 4 d’entre
eux avaient des formes de Piroplasmes dans le sang; un seul
était en même temps infecté de Trypanosoma conyolense.
(1) Rapport sur les Travaux de la mission scientifique du Katanga. 1913.
(2) Bevan. Veterinary Journal , July 1912, p. 4oo.
(3) Ziemann. Zur Bevôlkerungs- und Viehfrage in Kamerun. Mitteilung-
aus den Deutschen Schutzgebieten.
(4) W. Schellhase. Beobach t u n gen über die Anaplasmosis, und Piroplas-
mosis der Schafe und Ziegen in Deutsch-Oslafrika. Zeitschrift für Infektions-
krankheiten , Par. krankh . und Hygiene der Ilaust., XIII, 1913, pp. 349 352.
(5) J. W. Scoit Macfie. Notes on some blood Parasites collecled in Nigeria'
Annàls Trop . Med. a. Par., vol. VIII, n° 3, déc. 1914, pp. 439-468.
102
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Morphologie. — Morphologiquement ce Piroplasme se rap¬
proche de Theileria malans dont il se différencie pourtant d’em¬
blée parla rareté des formes bacillaires.
Dans les plaques de sang colorées au Romanowsky par le pro¬
cédé de Wright, la plupart des parasites apparaissent réguliè¬
rement arrondis ou légèrement allongés en ovoïde ; exception¬
nellement, chez quelques formes, Je protoplasme s’étire en une
virgule courte et épaisse (fig. ci-dessous).
Theileria avis.
(Sang- de mouton, dessin à la chambre claire Abbe. Objecl 2 mm. ap. i/4o.
Ocul. comp. 18. grossissement 2000)
Note. — Les préparations renfermant de belles formes en croix s’étaient déco-
lorées au moment où les circonstances nous ont permis de faire exécuter ce
dessin. Un globule rouge montre un marginal point : Anaplasma?
La chromatine compacte occupe toujours dans les organismes
une position marginale ; dans les formes jeunes, elle représente
un gros point qui, chez les parasites adultes, se déforme en
s’allongeant et, s’accollant à la périphérie des petits anneaux, se
creuse à son bord intérieur. Les dimensions de ces piroplasmes
varient de 0,76 u. à i-i,5 et 1,75 pu
La multiplication est généralement binaire ; le bâtonnet chro¬
matique s’étire, s’amincit en son milieu pendant que ses extré¬
mités s’épaississent, puis se séparent. Dans le sang intensément
parasité, lorsque la multiplication est très active, les divisions
Séance du 9 Février 1916
103
se succèdent rapidement et l’on voit apparaître des formes en
croix telles qu’ellés ont été décrites comme caractéristiques du
genre Theileria.
L'agent étiologique du Carceag européen étant un vrai Piro-
plasma , le parasite africain s’en écarte Considérablement et se
rapproche de celui observé au Caucase par Dschunkowsky et
Lurts (1). Nous le désignerons sous le nom de Theileria oois , en
nous rapportant à la classification de França.
Dans le sang de tous les animaux infectés, que nous avons pu
examiner, nous avons constamment trouvé, à côté des parasites
types, à chromatine et protoplasme distincts, des productions
similaires aux « marginal points » pour lesquels Tiieiler a créé
le genre Ahaplasma. Chez les moutons du Congo, ils représentent
de gros points chromatiques, occupant dans le globule rouge
une position marginale ou paracentrale. Nous ne sommes pas
convaincus de leur nature parasitaire. Dans les essais de trans¬
mission que nous avons faits de mouton à mouton, nous lès
avons vus apparaître d’une façon irrégulière avant, après ou
simultanément avec les Piroplasmes. Leurs dimensions sont
inégales et à côté de formes représentant de petits points régu¬
liers de moins de 1 p, ayant parfois leur centre légèrement
éclairci, nous en avons trouvé qui avaient près du double et qui
nous ont rappelé des résidus nucléaires de la vie embryonnaire
des hématies. Les deux productions sont peut-être distinctes.
Nos essais de différenciation des Theileria ovis et des Ana¬
piasma (?) qui les accompagnaient, au moyen du Trypanbleu,
n’ont pas abouti, les Piroplasmes eux-mêmes ne disparaissant
pas complètement sous l’influence de la matière colorante.
Pathogénie. — Des trois troupeaux de moutons parmi lesquels
nous avons trouvé des animaux atteints de Theileria oms , deux,
celui de Doungou et celui de Dolo, étaient en bon état et se
reproduisaient ïiormalement ; le troisième, pâturant à Gombaii,
était en mauvais état, il souffrait d’ailleürs en même temps de
trypanose. Des quatre animaux infectés que nous y avons exa¬
minés, un seul était réellement très malade, amaigri et affaibli ,
anémié ; il se tenait à peine debout, il paraissait bien indemne de
Trypanose et l’inoculation endoveineuse de 5 cm3 de son sang à
un jeune cabri n’infecta pas celui-ci.
(1) Dschunkowsky et Luhs. Nuttallia und Piroplasma bei der Piroplasmose
der Einhufer in Transkaukasien. Parasitology , V , 1913, pp. 289-802.
104
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les Piroplasmes étaient nombreux dans son sang-. Tué à fin
d’autopsie, l’examen des organes fut noté comme suit :
Emaciation très prononcée; pas de teinte subiclérique des
tissus; taches pétéchiales discrètes, disséminées dans le tissu
interstitiel sous-cutané, au niveau des flancs abdominaux, et des
piquetés hémorragiques à la pointe du cœur, à la face interne
du ventricule droit et la face inférieure du diaphragme; léger
œdème à la base des deux poumons; rate normale; foie volu¬
mineux hyperémié ; reins gros, capsules non adhérentes ; urine
pâle avec traces d’albumine; intestins vides ; ganglions mésen¬
tériques normaux ; g. cervicaux peu engorgés.
Dans les frottis faits avec les différents organes et la moelle
des os, il était facile de retrouver des parasites; mais nulle part
je n’ai trouvé des formes pouvant faire croire à un cycle évolutif
analogue à celui décrit pour Theileria parva.
Diverses expériences de transmission faites les unes en cours
de route, les autres à Léopoldville, peuvent se résumer comme
suit :
I. Virus Gombari.
1. Jeune bouc « Maruka », 13-V1-1914, reçoit dans la veine 5 cm3 de
sang du jeune mouton autopsié (v. ci-dessus) à sang riche en parasites ;
l’animal fait ensuite journellement 15 à 20 km. déroute.
Le 20-VI, apparaissent dans le sang des globules rouges à granulations
basophiles et le 21 -VI nous trouvons après de longues recherches une
seule forme ovoïde; nous en retrouvons encore le 27-V1 alors que les
hématies à granulations sont devenues nombreuses.
L’examen du sang est continué dans la suite jusqu’au 1 0-VIÏÏ-l 914
sans résultats nets.
L’animal qui avait maigri notablement le premier mois après l’inocula¬
tion a regagné en poids et se développe normalement.
2. Bouc « Gris-bleu », demi-adulte, L3-VI-14, reçoit sous la peau du
cou, au devant de l’épaule, 1 cm3 d’une émulsion grossière obtenue par la
dilacération dans l’eau physiologique de fragments de poumons, foie, rate,
reins, ganglions et moelle des os du mouton autopsié.
L’inoculation reste sans résultats probants. La première semaine qui la
suit, la bête souffre, paraît fébrile, s’amaigrit, puis se remet rapidement
et continue son développement normal. L’observation poursuivie jusqu’au
20-VI II 14 ne permit pas de trouver des Piroplasmes dans son sang.
Ces deux cabris étaient originaires de Faradje.
IL Virus Douagou.
Un jeune bélier de Doungou fut amené à Léopoldville où son sang, qui
se montra constamment infecté de Piroplasmes, servit à inoculer divers
animaux :
Séance du g Février 1916 103
1. Mouton Dolo III ç? demi-adulte. Du 20 au 24-III-1913, 4 examens de
sang négatifs.
Le 24-11, inoculé dans la veine 10 cm3 de sang du mouton « Doungou »
renfermant ce jour des Piroplasmes assez nombreux et Trypanosoma
Cazalboui assez abondants.
Le 3-III, s’infecte de trypanosomes.
Les 1, 3 et 3-III et le 24-IV nous trouvons des Anaplasmes (?) ; l’obser¬
vation prolongée jusqu’au 26-Y ne montra jamais de Piroplasmes.
2. Mouton Dolo II çf demi-adulte, en observation depuis le 20-11 jus¬
qu'au 13-V, ne montre pas de Piroplasmes.
Le 13-V-1913, reçoit dans la veine du cou 5 cm3 de sang du mouton
« Doungou » présentant ce jour des Piroplasmes et des Tryp. Cazalboui
assez nombreux ; s’infecte de Trypanose le 19 ; est injecté le 23 de
Trypanbleu ; à ce moment n’était pas encore infecté de Piroplasmose. La
Trypanose évolua malgré l’intervention thérapeutique; l’observation pour¬
suivie jusqu’au 22-VI ne permit pas de constater dans le sang l’apparition
de Piroplasmes.
3. Agneau Dolo. Agnelet de 1 mois, né d’une mère qui au troisième exa¬
men montra des Piroplasmes extrêmement rares.
Du 6-1 II- 1 5 au 1 3- VI, 4 examens de sang négatifs.
Le 13-III-15, reçoit dans la veine du cou 5 cm3 de sang du mouton
« Doungou « présentant ce jour des Piroplasmes peu nombreux.
Le 15-111, apparaissent les premières granulations basophiles dans les
globules rouges; le 19, de très rares Piroplasmes ; le 20, des « marginal-
points ».
Jusqu’au 28-IV, les parasites furent toujours rares et l’animal resta en
bon état de nutrition. Il fut alors réinoculé de sang contenant des Piro¬
plasmes et des Tryp. Cazalboui.
Au cours de la Trypanose assez sévère qu’il fit dans la suite, les Piro¬
plasmes augmentèrent peu en nombre. L’animal succomba le 21-V-15 à la
suite de broncho-pneumonie.
De ces essais, seuls, deux réalisés avec de très jeunes animaux
ont donné des résultats positifs, ils sont peu probants et devront
être multipliés.
Le premier semble bien indiquer que les jeunes cabris sont
réceptifs, quoique très faiblement, au virus des moutons de Gom.
bari ; le second prouve que, par l’inoculation de sang parasité,
l’on détermine chez les agneaux une infection légère et chro¬
nique.
Il est probable, par conséquent, que les jeunes animaux s’im¬
munisent contre l’infection durant les premiers mois de leur
existence, la non-réussite des inoculations faites chez deux
moutons adultes vient à l’appui de cette hypothèse. (W. Schell-
iiase (i), en Afrique Orientale allemande, est arrivé aux mêmes
(1) W. Schellhase. Ein Beitrag zur Kenntnis der Piroplasmosis der Schafe
8
J 06 Bulletin de la Société oe Pathologie exotique
conclusions en étudiant une Piroplasmose ovine du pays. Nous
n’avons pas pu lire in extenso la note de cet auteur; peut-être
a-t-il expérimenté avec le même parasite que le nôtre),
Comme pour d’autres infections à Piroplasmes, lorsque les
conditions de vie des animaux immunisés deviennent mauvaises,
l’infection peut réapparaître, les parasites persistant dans le
sang pendant de très longues périodes. J’ai pu observer le fait
d’une façon très précise chez un mouton originaire de Doungou,
chez qui, pendant plus d ’un an et demi , les examens du sang
étaient régulièrement positifs dans la proportion de i sur 2.
Cet animal, au cours de cette période, fit une infection natu¬
relle de Trypanosoma Cazalboui , pendant l’évolution de laquelle
les Piroplasmes augmentèrent manifestement en nombre.
Cet animal porteur de virus, guéri de sa trypanose par l’émé¬
tique, vit encore actuellement et est en bon état de nutrition.
Il ne nous a pas été possible de faire dans de bonnes conditions
des expériences de transmission au moyen de tiques qui en
réalité sont rares sur les moutons ; les essais que nous nous
proposions d’entreprendre ont dû être remis à plus tard, par
suite des événements actuels.
Nous avons essayé dans deux cas faction du trypanbleu sur
cette Piroplasmose des moutons d’Afrique. La matière colorante
en solution aqueuse a été injectée directement dans la veine
jugulaire, à raison de 2 et 6 cg. par kg. de poids.
1. Mouton de Doungou f. Le 1 5-III- 1 5 l’examen du sang montre des
Piropl. assez nombreux; formes en croix faciles à trouver; Poids :
14 kg. ; Reçoit 0,28 gr. trypanbleu dans 14 cm3 d’eau, dans la veine.
16-111 et jours suivants jusqu’au 10-IV, Piroplasmes rares ou très rares.
2. Agneau Dolo. 10-V-15. Examen du sang : Piroplasmes assez rares;
poids 4 kg, 800, reçoit le 10-V 0,10 gr. trypanbleu, le lt-V 0,20 gr»
Le 15, 17 et 19 suivant, piroplasmes très rares.
Le médicament a donc déterminé dans les deux cas une dimi¬
nution réelle dans le nombre de parasites, mais n’a pas provoqué
leur disparition complète.
Conclusions. — La Piroplasmose des moutons de l’Ouellé et
du Moyen-Congo, paraît bien distincte de la piroplasmose des
Ovidés d’Europe ; elle se rattache par la morphologie de son
und Esel. Zeitschrift f. Inf. krankh . der Haustiere, XV, 1914, pp. 93-97
(résumé dans Bulletin de. V Institut Pasteur , t. XUI, n<> 9, p. 264.
Séance du 9 Février 1916
107
agent étiologique au parasite du Caucase, et doit être rangée
dans le genre Theileria.
Inoculée par voie sanguine, Theileria ouis provoque chez les
jeunes animaux des infections légères qui entraînent après elles
riminunité.
Au cours de celle-ci, les parasites peuvent persister dans le
sang pendant de très longues périodes sans affecter leur santé
générale.
Dans des circonstances encore mal déterminées, le parasite
peut acquérir une virulence exaltée et provoquer des manifesta¬
tions morbides chez les adultes, se traduisant par de l’anémie,
de l’émaciation et de la faiblesse générale et se révélant à la
nécropsie par des pétéchies dans le tissu interstitiel et les séreu¬
ses viscérales, de l’hyperhémie hépatique et un léger degré
d’œdème pulmonaire.
Theileria ouis paraît se comporter sous ce rapport comme
Theileria mutans du gros bétail, qui ne paraît exercer un effet
pathogène que dans des circonstances exceptionnelles.
Des recherches ultérieures avec des animaux neufs sont néces¬
saires pour élucider ce rôle pathogène et déterminer Faction des
Ixodes dans la propagation de la maladie.
Le parasite n’est que faiblement influencé parle trypanbleu.
3. Piroplasmose de Cobus defassa.
J’ai trouvé de très rares formes de piroplasmes, ovalaires, rap¬
pelant les grands parasites de Theileria mutans , chez deux Cohus
defassa , tués l’un au Nord de la Doungou à l’Est de Faradje,
l’autre près de l’Ouellé à quelques kilomètres à l’Ouest de Van-
kerckhovenville. Je n’ai pu, en cours de route, faire des essais
de transmission au moyen du sang de ces animaux.
Je rappellerai à ce sujet que Todd et NVolbach (i) ont signalé
des parasites analogues chez une Antilope de Gambie, et que
Montgomery (2) a relaté l’existence de petites formes de Piro¬
plasmes chez les Gazelles de Grant et de Bright dans l’Ouganda.
(1) Todd et Wolbach, Parasitic Protozoa from the Gambia. Journal of med.
Research, XXVI, 1912, p. 195-218.
(2) Annual Report of the Veterinary Pathologist , Nairobi, 1911-1912.
108
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
4- Piroplasma canis.
Le seul cas, que nous ayons rencontré de cette maladie, est
celui d’un chien (croisé de race Européenne) qui mourut entre
Faradje et Aba, mais qui s’était fort probablement infecté au
Nord de la Doungou, car il venait d’arriver de Yakouloukou.
Un certain nombre de chiens indigènes examinés à Aba et à
Faradje ne montraient pas de parasites dans leur sang.
En résumé, les examens de sang de divers animaux domes¬
tiques ou sauvages dans l'OuelIé, au point de vue Piroplasmose,
nous ont donné les résultats suivants :
Bovidés : 86 animaux examinés : 1 infecté de Piroplasma
bigeminam et i3 de Theileria mutans (cas positifs à Amadis,
Doungou, Henzi, Aba, Faradje).
Equid és : 5 animaux examinés; pas de cas d’infection.
Ovidés : 9 animaux examinés; 5 cas positifs, à Doungou et
Gombari, dus à Theileria oins.
Gapridés : 22 animaux examinés; pas de cas d’infection.
Antilopes diverses : 44 animaux examinés ; 2 Cobus defassa
à parasites analogues à Theileria mutans.
Canidés : 3 animaux examinés, dont l’un (mort entre Faradje
et Aba) était infecté de Piroplasma canis.
* •¥■
Pour terminer cette étude de Protozoaires pathogènes qui
attaquent les grands mammifères vivant dans l’OuelIé, je men¬
tionnerai brièvement quelques-uns des principaux Diptères
piqueurs de sang que j’ai personnellement capturés et identifiés
au cours de mon voyage.
I. — Stomoxydinæ
1. Slomoxys calcitrans ; outre cette espèce répandue dans
tout rOuellé, il existe plusieurs autres Stomoxes qui seront
déterminés ultérieurement.
2. Lyperosia minuta et Lyperosia punctigera, ces deux espèces
vivent sur les Rhinocéros simus, les Bubalis lelivel jacksoni , et les
Cobus defassa, au Nord de la Doungou, à l’Est du 29e méridien.
Les Rhinocéros sont toujours poursuivis par un grand nom¬
bre de ces insectes, et par d’autres Muscides piqueurs.
Séance du 9 Février 19 16
100
3. Glossina palpalis , Glossina morsitans et Glossina gr. fusca
se rencontrent dans l’Ouellé inégalement réparties ; voir à ce
sujet mon étude sur la répartition de la maladie du sommeil
dans ce territoire ( Bulletin de janvier).
II. — Pangoninæ
1. Chrysops silacea , Chrysops distinctipennis et Chrysops
fanebris.
Le premier est de loin le plus commun et le plus uniformé¬
ment répandu. A côté de ces trois espèces, il en existe une qua¬
trième que nous n’avonspu déterminer jusqu’ici. Nous n’avons
pas rencontré de Pangonia au cours de notre voyage; au Congo
Belge, Faire d’extension de ces insectes paraît bien limitée à
certaines régions du Katanga.
J II. — Tabaninæ
A côté des Tabanus sodas , secedens , ru fier as et biguttatus, il
existe toute une série d’autres espèces qui seront déterminées
ultérieurement en même temps qu’un groupe très nombreux de
Chrysozona .
Léopoldville, le 3o septembre 1 9 1 5 .
pC-
Diminution de virulence chez des trypanosomes
ayant subi un grand nombre de passages par
animaux de même espèce.
Par A. LAVERAN.
J’ai souvent constaté que la virulence des trypanosomes con¬
servés pendant longtemps au moyen de passages par un même
animal (cobaye ou souris) subissait une atténuation, parfois si
marquée qu’on pouvait craindre de perdre le virus. L’appari¬
tion des trypanosomes dans le sang des animaux inoculés est
tardive ; la pullulation des parasites est lente, si bien que l'exa¬
men du sang est souvent négatif ou ne révèle que l’existence
de rares trypanosomes ; la durée de l’infection s’allonge de
110
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
plus en plus et la terminaison par guérison, qui ne s’observait
jamais au début, devient de plus en plus fréquente.
J’ai réussi souvent à sauver des virus compromis par cette atté¬
nuation progressive en les inoculant à des animaux autres que
l’hôte habituel, à la souris par exemple lorsqu’il s’agissait d’un
trypanosome conservé sur cobayes.
Dans ces derniers temps, j’ai observé cette atténuation de
virulence chez plusieurs des trypanosomes que je conserve
depuis bon nombre d’années, j’en donnerai deux exemples.
Dans le premier cas, il s’agit du Tr. congolense que je gardais
sur cobayes et sur souris, et qui s’est atténué à ce point pour
ces animaux que les derniers inoculés ont tous guéri ; dans le
second cas, il s’agit du Tr. gambiense conservé sur cobayes ; j’ai
réussi cette fois à rendre au trypanosome sa virulence pour le
cobaye en lui faisant subir des passages par rat.
★
■+• *
Au mois d’octobre 1906, le Dr Broden a bien voulu m’envoyer
un cobaye infecté avec le Tr. congolense ; j’ai conservé le virus
de cette origine sur cobayes et sur souris j usqu’à aujourd’hui.
Au début de mes recherches, j’ai noté, pour les cobayes:
incubation 7 à 8 jours ; durée moyenne, pour 93 cobayes,
ï4 jours 76 (minimum, 9 jours ; maximum, il\ jours) ; pour les
souris : durée moyenne de l’infection, io5 jours, avec des écarts
très giands (minimum, 18 jours ; maximum, 3oo). L’infection
se terminait toujours par la mort chez le cobaye, presque tou¬
jours chez la souris ; les rares souris qui guérissaient n’avaient
pas l’immunité (1).
Depuis 1910, la durée de l'infection, chez le cobaye et chez la
souris, s’était sensiblement allongée, en meme temps que les
faits de guérison se multipliaient chez les souris. Depuis 2 ans,
les signes de l’atténuation du virus sont devenus de plus en plus
nets ; les observations résumées ci-dessous permettent de suivre
les étapes de l’atténuation du virus chez les cobayes.
1° Un cobaye inoculé le 14 janvier 1914, avec le Tr. congolense , sur
cobaye (2), a le 30 janvier des trypan. très, rares ; les examens postérieurs
du sang sont négatifs. — 12 juillet 1914, le cobaye en très bon état, vrai-
(1) A. Laver an, A nn. de l'Institut Pasteur, novembre 1908 et février 1910, Soc-
de path. exotique , 10 novembre 1909.
(2) Quand le procédé d’inoculation n’est pas indiqué, il s’agit d’inocula¬
tions dans le tissu conjonctif sous-cutané.
Séance du 9 Février 1916
111
semblablement guéri d’une infection légère, est réinoculé sur cobaye. —
22 juillet, trypan. rares. — 25, non rares. — 13 août le cobaye meurt de
la trypanosomiase, il pèse 600 g. ; la rate pèse 2 g. 50.
2° Un cobaye inoculé le 12 juillet 1914 de Tr. congolense, sur cobaye, a
le 10 août des trypan. rares; le 11 août, des trypan. nombreux et, le
29 août, des trypan. très rares. — Pendantles mois de septembreà décem¬
bre, l’examen du sang est presque toujours négatif ; on note 2 fois des
trypan. très rares. — De janvier à mai 1915, tous les examens du sang
sont négatifs ; le 2 mai, le cobaye qui paraît guéri de son infection à
forme traînante, anormale, est réinoculé sur cobaye. — 17 mai, trypan.
rares. — 18, non rares. — A partir du mois d’août, tous les examens du
sang sont négatifs et il ne paraît pas douteux que l’animal, qui vit toujours
et qui est en très bon état, est guéri de sa deuxième infection.
3° Un cobaye inoculé le 14 février 1915 avec le Tr. congolense , sur
cobaye, a le 27 février des trypan. non rares. — 31 mars, non rares. —
2 mai, très rares. — A partir du 17 mai, lesexamensdu sang sont négatifs.
— 19 août 1915, le cobaye qui paraît guéri est réinoculé, dans le péritoine,
sur cobaye. — 26 août, 5, 10, 13, 30 septembre, trypan. très rares. —
Depuis le mois d’octobre tous les examens du sang ont été négatifs et le
cobaye, qui vit et qui est en très bon état (30 janvier 1916), paraît guéri
de sa deuxième infection.
4° Un cobaye inoculé le 31 mars 1915 avec le Tr. congolense , sur cobaye,
a le 2 mai des trypan. non rares ; le 17 mai, des trypan. très rares, après
quoi les examens du sang sont négatifs. — 19 août, le cobaye est réino¬
culé, dans le péritoine, sur cobaye. Tous les examens du sang faits depuis
lors sont restés négatifs ; le cobaye qui vit et qui est en très bon état
(30 janvier 1916) a eu une infection légère et ne s’est pas réinfecté à la
suite de la deuxième inoculation faite cependant dans le péritoine.
5° Un cobaye inoculé le 1er juillet 1915 avec le Tr. congolense , sur
cobaye, a le 19 août suivant des trypan. très rares; après quoi les exa¬
mens du sang sont négatifs. — 13 septembre 1915, l’animal est réinoculé
sur cobaye, il ne se réinfecte pas ; le cobaye vit (30 janvier 1916) et il est
en très bon état.
6° Un cobaye inoculé le 1er juillet 1915 avec le Tr. congolense, sur cobaye,
a les 19 et 23 août, et 1er septembre suivants des trypan. très rares ; après
quoi, tous les examens du sang sont négatifs. Le cobaye, qui vit (30 jan¬
vier 1916) et qui est en très bon état, a guéri très vite d’une infection qui
a été très légère .
7° Un cobaye inoculé le 19 août 1915 avec le Tr. congolense , sur cobaye,
dans le péritoine, a montré du 5 au 13 septembre des trypan. très rares;
il était souvent difficile de trouver un seul trypanosome. L’animal sacrifié
le 13 septembre pour inoculer un chien pesait 370 g. ; la rate ne pesait
que 40 cg., ce qui montre combien l’infection était légère.
8° Un cobaye inoculé le 13 septembre 1915 avec le Tr. congolense , sur
cobaye, dans U péritoine, a les 23, 26 et 28 septembre des trypan. très
rares. — 30 septembre et 3 octobre, examens du sang négatifs. — 6, 9 et
12 octobre, trypan. très rares. — 16 et 20 octobre, examens négatifs.
24 octobre, trypan. très rares. — A partir du 27 octobre, tous les examens
du sang sont négatifs.. Le cobaye, qui vit (30 janvier 1916) et qui est en
très bon état, a eu évidemment une infection légère dont il paraît guéri.
112
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En résumé : le cobaye i vraisemblablement guéri au bout de
6 mois d une infection légère est réinoculé avec le Tr. congo-
lense , il se réinfecte et meurt; il n’avait donc pas acquis l’im¬
munité, ce qui est la règle pour les cobayes guéris d'une try¬
panosomiase.
Les cobayes 2 et 3 ont des infections légères mais assez lon¬
gues, 10 mois dans un cas, 6 mois dans l’autre ; réinoculés après
guérison apparente, ils ont des réinfections légères ; ils sont
vraisemblablement guéris aujourd’hui.
Les cobayes 4 et 5 ont des infections légères et courtes (2 mois
environ) ; réinoculés avec un virus affaibli, ils ne se réinfectent
pas. Leur guérison ne semble pas douteuse.
Les cobayes 6 et 8 ont également des infections légères et
courtes suivies de guérison.
Le cobaye 7, du poids de 370 g., sacrifié au cours d’une
infection légère, pour inoculer le chien dont il sera question
plus loin, avait une rate très petite, 11e pesant que 4o cg., ce qui
montre bien la bénignité de l’infection.
Des observations résumées ci-après il ressort que le Tr. con-
golense s’est atténué chez les souris, comme chez les cobayes, et
que l’atténuation a été jusqu’à la disparition complète de la
virulence.
1° Une souris est inoculée avec le Ir. congolense le 29 novembre 1913,
sur souris. — 15 décembre, trypan. rares. — 26 décembre 1913 au
26 février 1914, examens du sang négatifs. — 26 février, la souris est
réinoculée sur souris. — 26 mars au 25 avril, examens du sang négatifs.
— 25 avril 1914, la souris est réinoculée, dans le péritoine, sur souris. —
11 mai, trypan. nombreux. — 28, très nombreux. — De juin à octobre,
l’examen du sang révèle l’existence de trypan. non rares, rares ou très
rares. — La souris meurt le 8 octobre 1914, elle pèse 22 g. ; la rate forte¬
ment hypertrophiée pèse 87 cg.
2° Une souris est inoculée avec le Tr. congolense le 9 octobre 1914,
sur souris. — 17 et 31 octobre, trypan. rares. — Du 15 novembre 1914
au 23 juillet 1915 tous les examens du sang sont négatifs. — 23 juillet
1915, la souris est réinoculée, dans le péritoine, sur souris; elle ne se
réinfecte pas ; la souris est vivante (30 janvier 1916) et en très bon état;
examens du sang toujours négatifs.
3° Une souris est inoculée avec le Tr. congolense le 6 novembre 1914,
sur souris. — 15 novembre, trypan. non rares. — 1er décembre, rares. —
16 décembre 1914, 2 et 18 janvier 1915, examens du sang négatifs. —
4 février, trypan. très rares. — Les examens postérieurs, jusqu’au
23 juillet 1915, sont négatifs. — 23 juillet, la souris est réinoculée, dans
Séance du 9 Février 1916
113
le péritoine, sur souris ; elle ne se réinfecte pas. La souris est vivante
(30 janvier 1916) et en très bon état.
4° Une souris est inoculée avec le Tr. congolense\e 6 novembre 1914,
sur souris. — 15 novembre, trypan. assez nombreux. — 1er décembre,
trypan. non rares. — A partir du 16 décembre, tous les examens du sang
négatifs.
Le 30 janvier 1916, la souris évidemment guérie de son infection qui a
été très courte est en très bon état.
5° Une souris reçoit le 2 avril 1915, dans le péritoine, une grande partie
du sang d’une souris qui paraît guérie d’une infection forte par le Tr.
congolense et qui a été rénoculée sans résultat. — 22 mai 1915, la souris
qui ne s’est pas infectée est réinoculée sur une souris ayant des trypan -
très rares. — 23 juillet, trypan. très rares. — Tous les examens posté¬
rieurs du sang sont négatifs ; à la date du 30 janvier 1916, la souris est en
très bon état.
60, 7°, 8°, 9°, 10°. — 2 souris inoculées les 23 juillet et 21 août, dans le
péritoine, avec le sang de souris ayant des infections légères ne se sont
pas infectées; il en a été de même de 3 souris inoculées également, sur
souris, le 21 octobre 1915.
La souris 1, guérie d’une infection légère au bout de 3 mois,
s’est réinfectée après avoir été réinoculée et elle est morte de
trypanosomiase ; pour les souris, comme pour les cobayes, il est
en effet de règle qu’une première atteinte de trypanosomiase,
suivie de guérison, ne donne pas l’immunité.
Les souris 2 et 3 ont eu des infections très légères terminées
par guérison ; réinoculées sur souris, avec un virus déjà affaibli,
elles ne se sont pas réinfeclées.
Les souris 4 et 5 ont eu des infections très légères et très
courtes (4o jours dans un cas, 2 mois environ dans l’autre), ter¬
minées par guérison.
Enfin les souris 6 à 10, inoculées sur souris, ne se sont pas
infectées ; les inoculations avaient été faites cependant dans le
péritoine, et avec de fortes doses de sang, mais il s’agissait d’un
virus très affaibli.
Voyant que j’étais sur le point de perdre mon virus sur
cobaye et sur souris, j’ai inoculé un chien à deux reprises sur
des cobayes ayant des trypanosomes très rares ; l’incubation a
été très longue, en raison de l’affaiblissement du virus, mais le
chien s’est infecté et j’espère qu’il me fournira prochainement
un virus qu’il sera possible de régénérer. Je résume l’observa¬
tion du chien.
Un chien de moyenne taille reçoit le 13 septembre 1915, clans le péri-
114 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
toine, la presque totalité du sang d’un cobaye ayant des trypanosomes
très rares dans le sang. — 3 octobre, le chien qui n’a pas encore de trypa¬
nosomes dans le sang est réinoculé sur un cobaye ayant des trypan. très
rares ; l’inoculation est faite cette fois dans une des cuisses. — Du 6 octobre
au 13 décembre, tous les examens du sang sont négatifs au point de vue
de l’existence des trypanosomes mais les hématies s’agglutinent, ce qui
rend l’infection très probable. — 20 décembre, trypan. très rares. —
23 décembre 1915 au 9 janvier 1916, examens négatifs. — 14 janvier,
trypan. très rares. — 18 et 20, examens négatifs, agglutination des héma¬
ties. — 24, trypan. très rares.
*
Le Tr. gambiense que j’utilise pour mes recherches est con¬
servé depuis plus de 12 ans sur animaux, presque toujours sur
cobayes. Au début des passages j’ai constaté que la virulence
augmentait un peu pour les cobayes; la durée de l’infection,
toujours mortelle, qui pour les 10 premiers passages par cobayes
avait été de 89 jours, s’abaissait en effet à 5r jours pour les
10 passages suivants (1). Par la suite, la virulence du Tr .gambiense
baissa au contraire, et je dus à plusieurs reprises m’occuper de
la relever. Les observations résumées ci-dessous montrent que
le virus a subi, dans ces derniers temps, une nouvelle crise qui a
été conjurée comme les précédentes en faisant quelques passa¬
ges chez un animal autre que le cobaye.
1° Un cobaye est inoculé le 30 juillet 1914 avec le Tr. gambiense sur
cobaye. — 24 août, trypan. non rares. — 15 septembre, rares. — Aux mois
d’octobre et de novembre, les examens du sang sont négatifs. — ■ 9 décem¬
bre, trypan. très rares. - Du 21 janvier au 14 mai 1915, examens néga¬
tifs. — 15 mai 1915, le cobaye qui paraît guéri est réinoculé sur cobaye,
5 juin, trypan. non rares. — 9 juillet, nombreux. — Le cobaye meurt le
26 août 1915 ; il pèse 370 g. ; la rate pèse 5 g. ; il existe dans la rate lin
foyer hémorragique ancien avec une plaque de périsplénite qui remonte
évidemment à la première infection.
2° Un cobaye est inoculé le 2 octobre 1914 avec le Tr. gambiense , sur
cobaye. — 29 octobre, trypan. très nombreux. — 15 et 25 novembre, exa¬
mens du sang négatifs. — 9 décembre 1914 et 21 janvier 1915, trypan.
très rares. — 30 janvier et 3 février, examens négatifs. — Du mois de
mars au mois de septembre, on constate l’existence de trypan. rares ou
très rares. — A partir du 10 octobre, tous les examens du sang sont néga¬
tifs. — 26 janvier 1916, le cobaye qui est en très bon état paraît guéri.
3° Un cobaye est inoculé le 22 avril 1915 avec le Tr. gambiense , sur
cobaye. — 29 juin, trypan très rares. — Au mois de juillet, examens du
sang négatifs. — 15 août, trypan. très rares. — 8 septembre très rares. —
6 octobre, très rares. Le cobaye est réinoculé sur cobaye d’abord, puis sur
(1) A. Laveran et F. Mesnil, Trypanosomes et Trypanosomiases , 1912,
2« édit,, p. 706.
Séance du 9 Février 1916
115
un rat infecté de Tr. gambiense , dans le but d’obtenir un virus plus actif.
— 15 octobre, trypan. très rares. — Les- trypan. restent très rares puis
disparaissent complètement. Le 26 janvier 1916, le cobaye en très bon état
paraît guéri.
4° Un cobaye est inoculé le 8 mai 1915 avec le Tr. gambiense , sur cobaye.
— 29 juin, trypan. très rares. — 1er juillet, examen négatif. — 3, 7 et 9
juillet, très rares. — Aux mois d’août et de septembre, examens négatifs.
— 14 septembre, le cobaye est réinoculé sur cobaye. — 6 octobre, trypan.
non rares. — D’octobre 1915 à janvier 1916, les examens du sang sont
négatifs ou bien on trouve des trypan. très rares. Les 26 janvier et 2 février
le cobaye en très bon état a des trypan. très rares.
5° Un cobaye est inoculé le 9 juillet 1915 avec le Tr. gambiense, sur
cobaye. — 14 août, trypan. très rares. — 6 et 8 septembre, examens
négatifs. — 14 septembre, je réinocule le cobaye sur cobaye et, le 6 octo¬
bre, sur rat (forte dose de sang avec trypan. nombreux) dans le but d’ob¬
tenir un virus plus actif. — 15 octobre, trypan. très rares. — Le 26 jan¬
vier l’examen du sang est négatif mais le 2 février je trouve des trypano¬
somes non rares ; l’infection persiste donc au bout de 7 mois.
6° Un cobaye est inoculé le 15 août 1915 avec le Tr. gambiense sur
cobaye. — 6 septembre, trypan. très rares. — 8, examen du sang néga¬
tif. — 14 septembre, le cobaye est réinoculé sur cobaye et le 6 octobre sur
rat, dans le but d’augmenter la virulence du trypanosome. — 15 octobre,
trypan. très rares; l’infection reste légère. Au mois de janvier 1916, le
cobaye qui n’a plus de trypanosomes et qui est en très bon état paraît
guéri .
7° Un cobaye est inoculé avec le Tr. gambiense le 12 octobre 1915, dans
le péritoine, sur cobaye. Le 13 janvier 1916, l’examen du sang étant néga¬
tif, le cobaye est réinoculé dans la cuisse sur un rat fortement infecté de
Tr. gambiense (12e passage de rat à rat). — 29 janvier, trypan. assez nom¬
breux dans le sang du cobaye. — 2 février, trypan. nombreux.
8° Un cobaye est inoculé avec le Tr. gambiense le 12 octobre 1915, sur
cobaye. Le 13 janvier 1916, l’examen du sang étant négatif, le cobaye est
réinoculé sur rat, dans les mêmes conditions que le cobaye précédent. —
23 janvier, trypan. très rares. — 29 janvier, trypan. nombreux. — Le
cobaye meurt le 2 février 1916 ; il pèse 570 g. ; la rate pèse 2 g.
Les cobayes 1, 2, 3, 4, b et 6 fournissent des exemples d’infec¬
tions légères suivies de guérison au bout de 5 mois à un an.
Le cobaye 1, réinoculé sur cobaye, s'est réinfecté et a suc¬
combé à la deuxième infection ; de même que pour le Tr. congo-
lense , les cobayes guéris d’une infection à Tr. gambiense n’ont pas
l’immunité; réinoculés, ils se réinfectent, à la condition que le
trypanosome utilisé pour la réinoculation soit suffisamment
virulent.
Les cobayes 2 et 3 paraissent guéris après des infections qui
ont duré environ un an chez le premier, 8 mois chez le second.
Les cobayes 4 et 5 sont encore infectés 8 et 7 mois après la
116
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
première inoculation ; les réinoculations faites n’ont pas aug¬
menté d’une façon bien sensible la virulence du trypanosome.
Le cobaye 6 paraît guéri d’une infection légère 6 mois environ
après l’inoculation, 2 réinoculations, faites sans doute avec des
trypanosomes insuffisamment virulents, n’ont pas activé d’une
façon sensible l’évolution de l’infection.
Les cobayes 7 et 8, inoculés sur cobaye avec résultat négatif
(virus dégénéré), ont été réinoculés avec succès au moyen d’un
virus ayant subi i3 passages par rat (virus régénéré); à la date
du 29 janvier, les 2 cobayes avaient des trypanosomes nombreux
ou assez nombreux dans le sang; le cobaye 8 est mort le 2 février
1916.
★
En présence de cette atténuation de virulence des trypanoso¬
mes et notamment du Tr. gambiense , à la suite d’un grand nom¬
bre de passages par animaux de même espèce, on peut se
demander s’il ne se passe pas quelque chose d’analogue pour le
Tr. gambiense chez l’homme, dans les régions de l’Afrique où
règne la maladie du sommeil. On sait que cette trypanosomiase
qui a beaucoup de gravité dans les pays nouvellement envahis :
atteintes nombreuses, formes aiguës rapidement mortelles, paraît
s’atténuer à la longue : atteintes peu nombreuses, formes à mar¬
che lente pouvant se terminer par guérison. Mais ici la question
est plus complexe que dans les expériences de laboratoire; il ne
s’agit pas de transmissions directes entre des êtres de même
espèce ; l’hôte intermédiaire, la mouche tsétsé, intervient pour
retarder sans doute la dégénérescence du virus ; d’autre part, bien
que l’homme lui-même constitue le principal réservoir du virus,
les tsétsés s’infectent parfois sur des animaux sauvages.
*
*
Conclusions.
i° A la suite de nombreux passages par animaux de même
espèce, il arrive souvent que la virulence des trypanosomes s’at¬
ténue.
20 Les animaux (cobayes, souris) qui guérissent dans ces con¬
ditions n’ont pas l’immunité; réinoculés avec un virus actif de
la même espèce, ils se réinfectent.
3° Lorsque la virulence d’un trypanosome conservé sur des
animaux de même espèce s’atténue et qu’on peut craindre de
I
Séance du 9 Février 1916
117
perdre le virus, le meilleur moyen de parer à ce danger consiste
à inoculer le trypanosome à des animaux d’une autre espèce,
que celle employée d’ordinaire; après une série de passages par
ces animaux, on peut revenir à ceux de la première espèce.
/ M. Mesnil. — Je puis confirmer par d’autres exemples les faits
que vient de signaler M. Laveran. En voici un qui a été cité
dans la 2e édition de notre traité des Trypanosomes et trypanoso¬
miases (p. 569) et qui concerne le trypan. de la dourine. Le virus
de Rouget de 1904 tuait, au cours de l’été 1904, la souris régu¬
lièrement en 6 à 8 jours. Les passages par souris furent inter¬
rompus en avril et septembre et le virus fut conservé sur cobaye.
Reporté ensuite sur souris, il présenta d’abord une virulence
assez semblable à celle qu’il avait primitivement, mais avec cer¬
taines irrégularités ; constamment gardé sur souris, il se montra
de moins en moins virulent pour cet animal. L’infection devint
irrégulière, les parasites n’apparaissant plus qu’à intervalles
assez longs et la maladie se terminant souvent par guérison. Un
certain nombre de souris ne s’infectèrent pas. Finalement, en
raison de ces circonstances, le virus fut perdu (après 4 ans de
passages par souris).
J'ai eu depuis des ennuis de même ordre avec un virus de la
Dourine qui m’avait été envoyé de l’Ecole de Médecine tropicale
de Liverpool, et qui, gardé sur souris, a fini par ne plus infecter
cette espèce animale.
Nous avons observé encore des faits analogues avec le Schizo-
trijparuini cruzi. M. Blanchard notait en 1912 (1) que ce virus
tuait la souris en i5-20 jours. Il n’en était plus de même en
1914-1915 : les souris adultes ne contractaient qu’une infection
chronique et légère ; seules, les jeunes souris de 8-10 g. avaient
une infection subaiguë conduisant à la mort ; et, encore, les
dernières inoculées ont eu une infection légère et n’ont pas suc¬
combé.
(1) Ce Bulletin , t. V, p. 598.
118
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRfODIOUES
American Journal of Tropical Diseases and Préventive Médiane,
t. III, nos 5, 6 et 7, nov. et déc. 1916, janv. 1916.
Armais of Tropical Medicine and Paras itolocfij , t. IX, n° 4,
déc. 1915.
Br itish Medical 'Journal, nos 2867-2875, i5 déc. 191 5-5 février
ujt6.
Journal of the Royal Army Medical Corps , t. XX V, nos 5 et 6, nov.
et déc. igi5 ; t. XXVI, n° 1, janv. 1916.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene , t. XVIII, n° 24,
i5 déc. 1915.
Malaria e Malattie dei Paesi Caldi, t. VI, 1915, f. 1-6.
Malariologia , t. VIII, f. 6, i5 déc. 1915.
Memoricis do Instituto Oswaldo Crus, t. VII, f. 1, 1915.
Pediatria, t. XXII, f. 12, déc. 1915.
Philippine Journàl of Science, Trop. Med., t. X, n° 5, sept. 1915.
Review of applied Entomology , sér. A et B, t. III, f. 1 1 et 12, nov.
et déc. 1915 ; t. IV, f. 1, janv. 1916.
Revista de Veterinaria e Zootechnia , t. V, nos 4 et 5, août et
octobre 1915.
Revue scientifique, n° 24, 11-18 déc. 1915 ; nos 1 et 2, 1916.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. IX, n° 2, déc. 1915.
Tropical Diseases Bulletin, t. VI, nos 8 et 9, 3o nov. et i5 déc.
1915 et t. VII, n° 1, i5 janv. 1916.
Tropical Veterinary Bulletin, t. III, n° 4, 3o déc. 1915.
VOLUMES ET BROCHURES
i4th Annual Report of the lnstitute fur medical Research, Kuala
Lumpur, Federated Malay States, 1914-1915.
A. Aravandinos. La leishmaniose infantile (kala-azar). Athènes,
1915, en grec.
Séance du 9 Février 1916 119
Theodoro Bayma. L’Adrénaline dans la dysenterie amibienne.
Theodoro Bayma. A Typho-Vaccina em S. Paulo.
L. Gazalbou. Contribution à l’étude des Trichophyton à cul¬
ture faviforme.
L. Gazalbou. Observations générales sur les teignes et les cultu¬
res de leurs agents parasitaires.
L. Cazalbou. La Tuberculose est de nature mycosique.
Isadore Dyer. The Medical Gareer.
Isadore Dyer. Skin Cancer and its treatment.
E. Hegh. Notice sur les Glossines ou Tsétsés (Etudes de Biolo
gie agricole, n° 1, Ministère des Colonies de Belgique).
120
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive médiane.
American Society of Tropical Medicine.
Armais oj Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiene e Palhologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium biblio graphicum
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société dès sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal ofthe Royal Army Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Malariologia.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud.
Reuista de Veter inaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review o f applied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine c.id Hygicn '
(Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veterinary Bulletin.
Le Gérant : P. MASSON.
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 6oo pages
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SOMMAIRE DU NUMÉRO $
Séance du 8 mars 1916
PAGES
Le Président souhaite la bienvenue à M. J.-L. Todd, membre associé . 12 1
Réponse de M. Todd . .
PRÉSENTATION
A. Laveran. — Présentation de moustiquaires destinées spécialement
aux troupes en campagne et aux voyageurs (avec pl. IV et V) (suite). 122
COMMUNICATIONS
L. d’Anfreville. — Les moustiques de Salé (Maroc) . i4o
M. Bouilliez. — Sur une filaire du crapaud de la région du Chari . . i33
C. Fiori, M. et Mme Delanoë. — Au sujet du dimorphisme du trypano¬
some de Mazagan . .
Ch. Nicolle. — Chronique du Kala-Azar en Tunisie . 126
F. Noc. — Parasitisme intestinal en Cochinchine (diagnostic de l’ami¬
biase intestinale chronique) . I25
A. Railliet. — Sur les Filaires de Batraciens . T
I oir la suite du sommaire page III de la couverture
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n
PAGES
MÉMOIRES
G.Bouet. — Sur l’existence d’un petit foyer de trypanosomiase humaine
à la Basse-Côte d’ivoire . 1 68
M. Bouilliez. — Etude et répartition de quelques affections parasitaires
au Moyen-Chari (Afrique centrale) . — Discussion : J. L. Todd . . i/jd
J. Rodhain et F. Van den Branden. — Recherches diverses sur la Fi/aria
(Onchocerca) volvulus . 186
OUVRAGES REÇUS . i99
LISTE DES ÉCHANGES . • . 200
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fii
122
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qui nous attirent, nous Canadiens, en ce moment, vers la
France et nous font prendre les armes avec vous contre les
dangers qui vous menacènt. Il existe, en efïet, au Canada une
grande sympathie et pour la France et pour l’Angleterre. Mais
ce n’est pas seulement à cause de cette sympathie que les Cana¬
diens sont venus combattre aux côtés des Alliés. Ils ont senti
que leurs intérêts étaient communs avec les vôtres et qu’ils com¬
battaient, comme vous, pour des principes qui leur sont plus
chers que la vie : liberté de pensée, égalité entre les hommes,
fraternité entre les races ( Applaudissements ).
Présentation
Présentation de moustiquaires
destinées spécialement aux troupes
en campagne et aux voyageurs
(suite)
Par A. LAVERAN.
Dans la précédente séance, j’ai présenté plusieurs modèles
français de moustiquaires destinées spécialement au soldat en
campagne et aux voyageurs. J’ai dit que des modèles de mous¬
tiquaires de tète avaient été adoptés dans l'armée des Etats-
Unis et dans l’armée japonaise. Je n’avais alors que des rensei¬
gnements très incomplets sur les modèles adoptés dans l’armée
des Etats-Unis, je possède aujourd’hui ces modèles et je puis
présenter à la Société la moustiquaire de tète en usage dans
l’armée américaine.
Modèle de moustiquaire de tête en usage dans V armée des Etats-
Unis particulièrement au Texas. — Cette moustiquaire se com¬
pose d’un manchon en tulle noir, ouvert à ses deux extrémités,
mesurant 70 cm. de haut sur 5o de large. L’ouverture supérieure
est garnie d’une coulisse avec ganse permettant le serrage sur
Planche IV
Laveran
Fig*. 4. — Moustiquaire de tête avec épaulières employée au Texas (Etats-
Unis). La moustiquaire a été mise sur la tête d’un soldat français coiffé
d’un képi.
Planche V
Laveran
Fig-. 5. — Soldats japonais munis
de la moustiquaire régdementaire.
Séance du 8 Mars 1916 123
la coiffure. L’ouverture inférieure est bordée de toile et garnie
d’épaulières également en toile. Les épaulières ont la forme de
triangles tronqués ; la base du triangle se continue avec le bord
inférieur du manchon en tulle ; le sommet [tronqué est percé de
2 œillets dans l’un desquels est fixée une ganse de 80 cm. de
long.
Lorsqu'on veut s’abriter sous la moustiquaire, on adapte l’ori¬
fice supérieur à la coiffure au moyen de la ganse de serrage,
puis on passe la tête dans le manchon ; le bord inférieur vient
alors affleurer les épaules, comme le montre la figure 4 et les
épaulières sont fixées à l’aide des ganses qui sont ramenées sous
les bras et fixées dans les œillets antérieurs.
Ce modèle me paraît un peu compliqué et fragile pour le sol¬
dat en campagne ; d'autre part, je me demande si les épaulières
et les ganses qui les fixent ne gênent pas les mouvements des
bras, et si les moustiques ne peuvent pas réussir à s’introduire
sous le bord inférieur de la moustiquaire. Il me paraît plus sim¬
ple et plus sûr de rentrer la partie inférieure de la moustiquaire
sous le col du vêtement de dessus comme dans le modèle de
moustiquaire de tète que je préconise.
On fait usage aussi dans l’armée des Etats-Unis d'une mousti¬
quaire de lit très confortable, pouvant se démonter, mais qui en
raison de son volume et de son poids semble peu pratique pour
le soldat en campagne.
Modèle de moustiquaire de tête en usage dans l'armée japonaise .
— lime paraît intéressant, après avoir présenté la moustiquaire
de tête décrite ci-dessus, de rappeler comment est faite la mous¬
tiquaire de tête japonaise. La figure 5 qui représente deux sol¬
dats japonais munis de la moustiquaire est la reproduction
d’une photographie que je dois à l’obligeance de notre collègue
le Dr Matignon.
Pendant la guerre de Mandchourie, chaque officier ou soldat
de l’armée japonaise était muni d’une moustiquaire protégeant
la tête et le cou contre les piqûres des moustiques.
Cette moustiquaire est formée d’un sac cylindrique de gaze
commune de couleur verte ou cachou, monté sur deux légers
anneaux d’acier qu’un spiral du même métal maintient écartés.
Les anneaux ont 25 cm. de diamètre. La partie supérieure de la
moustiquaire est fermée par une pièce de gaze tendue sur l’an-
124 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
neau supérieur, la partie inférieure est ouverte pour permettre
d’y introduire la tête. A l’anneau inférieur est fixé un manchon
ample en toile cachou, long de 20 cm., qui peut être serré sur
le cou au moyen d’une coulisse.
La tête est libre de ses mouvements dans cette moustiquaire
qui peut être utilisée la nuit aussi bien que le jour.
L’appareil se replie sur lui-même et il est maintenu dans cette
position par deux boutons qui passent dans deux coulants en
ficelle; ainsi repliée, la moustiquaire a un centimètre et demi
d’épaisseur et elle ne pèse que 5o g.
D’après M. Matignon cet appareil a rendu des services aux
Japonais.
Séance du 8 Mars 1916
COMMUNICATIONS
Parasitisme intestinal en Cochinchine
(Diagnostic de l amibiase intestinale chronique)
Par F. NOC.
L’amibiase intestinale a des formes discrètes qui sont souvent
méconnues : de là, la production d’abcès du foie encore assez
fréquente chez des personnes niant tout antécédent dysenté¬
rique. Fréquemment encore, des médecins ou des expérimenta¬
teurs affirment la guérison de cas de dysenterie amibienne par
telle ou telle médication, soit que, en dehors des cas de guérison
spontanée toujours possible, l'examen des selles n’ait plus
révélé la présence des kystes caractéristiques de la nature de
l’affection ou des formes immobiles de l’Amibe dysentérique,
soit que les examens n’aient pas été suffisamment prolongés ou
assez souvent renouvelés. Je ne parle pas, en effet, des guéri¬
sons affirmées sans le contrôle des examens microscopiques
répétés, qui ne peuvent entraîner la conviction. La guérison de
l’amibiase chronique est chose si délicate et si difficile (pour ne
pas dire impossible dans certains cas et avec nos moyens actuels
de thérapie), qu’il m’a semblé utile de faire connaître aux méde¬
cins bactériologistes un procédé de recherche des kystes et des
Amibes dans l’intestin des personnes soumises à leur examen,
qui se recommande par sa simplicité et son caractère pratique.
Ce procédé consiste dans l’administration au sujet :
i° d’un lavement évacuateur de 5oo g. d’eau bouillie ;
2° après effet, d’un lavage ou instillation (durée, 3o m. environ)
de la solution suivante :
Thymol, 0 g. 50.
Eau bouillie, 1.000 g.
Ce lavage provoque généralement l’issue hors de l’intestin
d’un amas plus ou moins appréciable de mucosités, dans les-
125
i ,
126 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quelles le micrographe découvrira, sans trop de difficultés, des
Amibes caractéristiques de la dysenterie, avec leur noyau excen¬
trique, pauvre en chromatine, muni d'un petit karyosome cen¬
tral et quelquefois d'un centriole (Schaudinn) et faciles à diffé¬
rencier de l’Amibe du colon [E ntamœba ou Lôschia coli).
Ce procédé m’a permis de me rendre compte de la nature
amibienne d’un certain nombre de cas de diarrhée chronique
qui auraient pu être considérés comme des entérites banales ou
rapportés à d’autres hôtes de l’intestin (Nématodes ou Fla¬
gellés).
Il présente, en outre, l’avantage de constituer un mode de
traitement facile et inoffensif de la Trichocéphalose. Les Tri-
cocéphales, dont l’habitat coïncide avec celui des Amibes, dans
le cæcum tout au moins, peuvent créer des portes d’entrée pour
ces protozoaires. Brau a montré leur fréquence en Cochinchine.
Il est préférable, pour détruire des Nématodes, de les atteindre
directement avec la faible dose de thymol que je préconise sous
forme d’instillation, et dont on peut reconnaître l’efficacité en
cherchant dans l’eau du lavage le Tricocéphale expulsé, que
d’employer l’ingestion de thymol par la bouche, d'action plus
incertaine.
Le lavage thymolé, à faible dose, constitue donc, à la fois, un
moyen de préciser le diagnostic de l’amibiase intestinale et une
médication antiparasitaire. Permettant l’expulsion d’un certain
nombre d’Amibes logées dans la paroi du gros intestin (formes
immobiles, généralement émétino-résistantes), ce procédé peut
encore rendre des services dans le traitement de l’amibiase.
Chronique du Kala-Azar en Tunisie
Par Charles NICOLLE.
Kala-Azar humain. — Depuis la publication de notre dernière
statistique (i) jusqu’à ce jour, le nombre des cas de Kala-Azar
humain relevés dans la Régence, qui était alors de 38, s’est élevé
à 45.
Les sept cas nouveaux concernent quatre garçons et trois
. (i) Soc. de Pathologie Exotique, lojuin igr/j, p. 479
/ > .
Séance du 8 Mars 1916
127
P. G. . . , 5 ans.
45e cas de Kala-azar tunisien.
où s’est déclarée la maladie), deux cas appartiennent à la ville
de Tunis, deux à sa banlieue (Ras Tabia, ouest ; Ben Arous,
sud-est), un au contrôle de Tunis (Djebel Ressas, 20 kilomètres
sud-est de la capitale), un aux environs d’Utique, le dernier au
Ksour (Contrôle du Kef ; i4o kilomètres environ au sud-ouest de
filles; bage, auquel la maladie s’est déclarée chez ces enfants,
était : de moins d’un an (8 mois), r fois ; de 1 à 2 ans, 1 fois ;
de 2 à 3 ans, 2 fois ; de 4 à 5 ans, 2 fois ; de 7 ans, 1 fois. De ces
enfants, six sont issus de parents italiens, un de père maltais né
en Algérie et de mère française. En ce qui concerne la réparti¬
tion géographique (localité où l’enfant se trouvait au moment
128 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le Kala-Azar humain demeure, en Tunisie, une maladie
plutôt rare, puisque 45 cas seulement en ont été observés depuis
nos premières constatations, soit dans un laps de temps de
8 années passées. Il y est jusqu’à présent inconnu au-dessous de
l’âge de 6 mois et au-dessus de io ans et surtout fréquent de la
première à la troisième année (27 cas sur 45). Il frappe de pré¬
férence les garçons (28 contre 17 fdles) et prédomine sur la race
italienne (35 cas sur 45).
On ne Ta observé jusqu’à ce jour que dans le nord et l’ouest
de la Régence et seulement dans les contrôles de Tunis (32 cas),
Bizerte (6), Béjà (3), le Kef (4) ; il n’a peut-être pas été bien
cherché ailleurs.
Cultures des Leishmania. — Nousentretenons sur le milieu NNN
par repiquages, au moins bimensuels, quatre échantillons de la
Leishmania donovani provenant : deux de cas de Kala-Azar de
l’homme ; deux de chiens naturellement infectés. Les cultures
comptent actuellement (i5 février 1916), celles de la Leishmania
donovani var. infant uni , 160 et 110 passages, et celles de la
Leishmania donovani \ ar. canina 110 et 99 passages.
Une culture de la Leishmania tropica, isolée en novembre 1909,
s’est trouvée contaminée par une bactérie à son 1 35e passage ;
nous avons conservé cette culture impure pendant 21 passages ;
puis nous l’avons abandonnée au 166e. Durant la période de
culture mixte, le développement des Leishmania était normal et
abondant, tant que la température demeurait basse ( 18 à 200'), le
nombre des bactéries restant alors faible; il devenait difficile
dès que la température dépassait 20°, par suite du développe¬
ment plus considérable des bactéries associées. Nous avons
retrouvé notre culture de la Leishmania tropica à l’état de pureté,
grâce à une inoculation positive pratiquée sur l'homme ; elle
compte actuel lement 3 1 nouveaux passages non interrompus sur
milieu NNN et, si on ne tient pas compte de la période de con¬
servation sur l’homme qui a duré 5 mois, elle se trouve à son
i46e passage sur milieu artificiel depuis son premier isolement,
remontant à plus de 6 ans.
Anémies spléniques infantiles de cause inconnue. — Une fois de
plus, nous attirons l’attention sur l’existence en Afrique mineure
d’anémies avec hypertrophie de la rate, voisines au point de vue
symptomatique du Kala-Azar et dans lesquelles la ponction splé-
/
Séance du 8 Mars 1916
129
nique ne montre ni Leishmanici , ni parasites d’autres espèces
(hématozoaires, etc.).
La fréquence de ces anémies est sensiblement égale à celle du
Kala-Azar. Nous en relevons sur notre cahier d’observations 4 cas
en 1914 et 4 en 1915.
Ces 8 cas se répartissent ainsi : Sexe : tous garçons; âge :
moins de 6 mois, 2 ; 6 mois à 1 an, 2 ; 1 à 2 ans, 3 ; 5 à 6 ans, 2 ;
Races : italienne 2, arabe 3, israéiite 3 ; tous les cas ont été
observés à Tunis.
Les seules données qui nous permettent parfois, avant le
résultat négatif de la ponction splénique, de prévoir que nous
nous trouvons en présence d’un enfant atteint de cette anémie et
non de Kala-Azar, sont l’âge des malades lorsqu’il est inférieur à
6 mois et la dureté de la rate, appréciable souvent à la palpa¬
tion de l’organe, toujours à la résistance éprouvée par l’aiguille.
A noter aussi que la majorité des cas se rencontre chez des
enfants non italiens, tandis que la statistique du Kala-Azar
tunisien montre que, sur les cinq races qui habitent la Tunisie
et qui sont par ordre d’importance l’arabe, l’italienne, l’israél i te,
la française et la maltaise, la seconde à elle seule compte les
sept-neuvièmes des cas.
Le pronostic de ces anémies est moins sombre que celui du Kala-
Azar ; la plupart des cas paraissent se terminer par la guérison.
L’absence d’autopsie ne nous a pas permis jusqu’à présent de
pousser nos recherches plus loin que ces observations superfi¬
cielles et les résultats négatifs des examens microscopiques et
de quelques essais de culture.
O11 peut compter que, chaque année, nous avons l’occasion
de pratiquer à l’Institut Pasteur de Tunis de 12 à i5 ponctions
spléniques sur des enfants à grosse rate qui nous sont adressés
par des médecins tunisiens ; dans les deux tiers des cas, les
enfants présentent le tableau clinique au moins approché de
Kala-Azar, la moitié des cas en relevant, l’autre appartenant à
ce groupe d’anémies encore inconnues et dont nous venons de
parler ; le dernier tiers concerne des cas cliniquement différents
de ceux-ci, d’ailleurs disparates et parmi lesquels la ponction
splénique montre de temps en temps la présence des hémato¬
zoaires du paludisme.
(. Institut Pasteur de Tunis).
130
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sujet du dimorphisme
du Trypanosome de Mazagan
Par G. FIORI, M. et M‘lie P. DELANOË.
Deuxième J\ote
Nous avons, dans une précédente Note (i), insisté sur le
dimorphisme du trypanosome pathogène que nous avons ren¬
contré à Mazagan chez un cheval naturellement infecté.
Nous avons montré que ce dimorphisme avait nettement ten¬
dance à s'atténuer dès le premier passage par rat blanc. Si bien
que nous nous sommes demandés si, par passages successifs par
rats, les trypanosomes sans flagelle libre ne finiraient pas par
disparaître complètement au point que le trypanosome, de
dimorphe qu’il était à l'origine, finirait par devenir mono¬
morphe.
Il nous a paru dès lors intéressant de faire connaître que, chez
le lapin , au contraire de ce qui se passe chez le rat, le dimor¬
phisme du trypanosome de Mazagan n’a pas tendance à dimi¬
nuer.
Le virus avait subi deux passages par chiens avant d être ino¬
culé au lapin dont nous avons étudié les frottis du sang. Voici
l’observation, très incomplète d’ailleurs, de ce lapin (2) :
Jeune lapin blanc et noir pesant environ 750 g. — Inoculé le 2 nov.
15 sur une chienne infectée. — 7 nov. : 0 tryp. Pas d’auto-agglutination
des hématies. — 28 déc. 15 : maigre. Pas de chute des poils. Tryp. très
nombreux. Auto-agglutination marquée des hématies. Les tryp.- s’agglu¬
tinent par leurs extrémités postérieures. Les rosaces d’agglutination se font
et se défont. Les trypanosomes ne sont pas d’égale grandeur. Certains
tryp. paraissent être en dégénérescence : cytoplasme gonflé, vacuolisé. —
29 déc. : Tryp. nombreux. Dimorphisme des tryp. très net. Nous recon¬
naissons parfaitement entre lame et lamelle un tryp. sans flagelle libre.
De rares trypanosomes avec de grosses vacuoles dans le cytoplasme. —
7 janv. 16 : Tryp. très rares. Chute des poils à la base de l’oreille droite.
Animal gras. — 12, 15, 17, 19 janv. : 0 tryp. — 24 janv. : Tryp. très rares.
— 25 janv. : Tryp. non rares. — 26 janv. : Tryp. très rares. — 2, H,
(1) Bulletin de la Soc. de Pathol. Exotique , séance du 21 juillet 1915, n° 7.
(2) Nos occupations ne nous permettent pas de suivre régulièrement les
animaux que nous avons en expérience.
Séance du 8 Mars 1916 131
12 fév. : 0 tryp. Auto-agglutination des hématies très nette. Animal
très bien portant.
C’est à la date du 28 décembre, au moment où les trypano¬
somes étaient très nombreux dans la circulation sanguine, que
nous avons fait des frottis pour l’étude de la morphologie du
virus.
Nous avons dessiné et mensuré 61 trypanosomes, dont 34
n’avaient pas de flagelle libre. Voici sous forme de tableau les
dimensions maxima, minima et moyennes que nous avons
obtenues.
A part la longueur de la partie libre du 11 agelle qui est plus
grande chez le cheval que chez le lapin, on est frappé par ce
fait que toutes les autres dimensions moyennes obtenues chez le
lapin sont sensiblement très voisines de celles que nous avons ren¬
contrées chez le cheval.
Le plus grand trypanosome avait 36 i (n° 1 de la figure),
partie libre du flagelle comprise; le plus petit seulement i5 y
(n° 17 de la figure).
Nous avons rencontré chez le lapin de grands trypanosomes à
flagelle libre (nos 1, 1, 3, 4), de grands trypanosomes sans flagelle
libre (nos 5, 6, 7, 8, 9), de petits trypanosomes à flagelle libre
(nos 10, n, r5, 16) et de petits trypanosomes sans flagelle libre
( nos 12, 1 3, i4, 17, 18, 19).
Tous les trypanosomes avaient un blépharoplaste.
Il y avait un trypanosome sans flagelle libre pour environ
26 trypanosomes à flagelle.
Quand le cytoplasme des grands trypanosomes sans flagelle
libre s'effile en une mince lanière sur un assez long parcours, il
132
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
X 1.600 diam. enviroD.
Morphologie du Trypanosome de Mazagan chez le lapin
Séance du 8 Mars 19 i G
133
n’est pas toujours facile de les distinguer, entre lame et lamelle,
des grands trypanosomes à flagelle libre.
Nous avons aussi étudié les frottis de sang d’un lapin qui fut
inoculé sur un rat blanc, lequel fut inoculé sur le cheval natu¬
rellement infecté. Nous avons également rencontré chez ce lapin
un dimorphisme très net des trypanosomes. Les formes sans
flagelle étaient presqu’aussi nombreuses que les formes à
flagelle. Le fait est d'autant plus à noter que, chez le rat blanc,
le trypanosome avait une tendance très nette au monomorphisme.
Il semble donc bien que chez le lapin, au contraire de ce qui
a lieu chez le rat, le trypanosome de Mazagan est en règle
dimorphe.
Cette particularité morphologique nous paraît de nature à
bien différencier notre virus du trypanosome du Debab.
( Travail de V Infirmerie Vétérinaire de Mazagan et du Groupe
Sanitaire mobile des Doukkala-Abda) .
Sur une Filaire du Crapaud de la région du Chari
Par M. BOUILLIEZ.
A l’examen du sang de quelques Crapauds de l’espèce com¬
mune dans la région du Chari (1), nous avons constaté à diverses
reprises l’existence de Microfîlaires. Nous avons alors recher¬
ché la forme adulte qui avait engendré ces larves, et nous avons
eu la satisfaction de la rencontrer dans la cavité viscérale.
C’est cette forme adulte que nous allons tout d’abord décrire.
La cuticule est lisse, sans striation transversale ; par contre,
on remarque en certains points une apparence de striation lon¬
gitudinale, qui est due manifestement aux cellules musculaires.
Le corps est blanchâtre, transparent à l’état frais, filiforme, et
présentant sensiblement le même diamètre dans toute son éten¬
due, sauf aux extrémités. L’extrémité antérieure est un peu atté¬
nuée et se termine par une partie légèrement tronquée, sur
laquelle on ne remarque aucune papille ; la postérieure est
(1) D’après les renseignements que nous possédons, il s’agit de Bufo
regularis. '
134
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
plus atténuée, mais terminée dans les deux sexes par une pointe
très obtuse, incurvée en dessous. La bouche, non observée de
front, donne entrée directement dans l’œsophage. Celui-ci se
montre composé de deux parties : une antérieure relativement
courte, étroite, subcylindrique, assez transparente, et une pos¬
térieure beaucoup plus longue et plus large, quoique un peu
rétrécie dans sa région moyenne, de teinte foncée et d’apparence
glanduleuse. L’intestin est plus large que l’œsophage. Nous
n’avons pu situer exactement l’anneau nerveux ni le pore
excréteur.
Mâle long de 20 à 3o mm., large de 170 p.. Extrémité posté¬
rieure décrivant environ trois tours despire, et terminée par une
queue assez brusquement atténuée, mais très obtuse. Cloaque à
68 p. de l’extrémité caudale. Portion antérieure de l’œsophage
longue de 280 a, portion postérieure de 1 220 pi (total 1 mm. 5).
Cinq paires de papilles génitales assez fortes : trois postanales
légèrement granuleuses, immédiatement en arrière du cloaque ;
une adanaleetune préanale plus grosses et verruqueuses ; toutes
à peu près contiguës. Deux spiculés inégaux : le plus grand,
mince, strié en travers dans sa région proximale, comme s’il
était entouré à ce niveau d’une gaine plissée, se termine par une
pointe fine, qui nous a semblé porter une petite fourche rétro¬
grade ; il est long de 36o p*. ; le petit est notablement plus épais,
avec une extrémité proximale ou base élargie, rappelant quelque
peu l'aspect d'un pied humain, et une extrémité distale relati¬
vement mousse ; il est long de 125 pu
Femelle longue de 5o à 55 mm., large de 33o p.. Extrémité
postérieure non spiralée ; queue plus longuement atténuée que
chez le mâle, mais terminée également par une partie très
obtuse, à peu près de même épaisseur, et un peu incurvée en
crochet vers la face ventrale. Anus à 275 p. du sommet caudal.
Sections antérieure et postérieure de l’œsophage longues res¬
pectivement de 320 et 1.320 p. (total 1 mm. 64). Vulve à 1 mm. 3
de l’extrémité céphalique. Tubes génitaux étroitement enroulés
autour de l’intestin. Utérus remplis d’œufs à divers degrés de
développement ; œuf embryonné long de 34 p-, large de 3o. Dans
le matériel conservé, on trouve même dans les utérus quelques
embryons libres.
Habitat. — C’est dans la cavité viscérale exclusivement que
nous avons trouvé les Filaires adultes. Elles se trouvaient au
Séance du 8 Mars 1916
135
voisinage du foie, et, chez un des animaux disséqués, deux
exemplaires étaient même fixés à cet organe. Toutes les autres
étaient libres ; très vives, elles cherchaient, dès l’ouverture du
ventre, à se cacher derrière les viscères. Nous n’en avons vu
aucune dans le tissu cellulaire sous-cutané ou intermusculaire.
11 s’en trouvait sept ou huit dans chaque Crapaud : deux ou
trois mâles et cinq ou six femelles.
Sur 62 Crapauds examinés, cinq seulement étaient porteurs
de ces parasites, larves et adultes.
Microfilaire. Etat vivant. — Toujours très nombreuses dans
le sang des crapauds, elles possèdent des mouvements très vifs,
mais 11e se déplacent pas dans le champ du microscope.
Par des examens de nuit, nous nous sommes assurés de toute
absence de périodicité.
Leur longueur et leur largeur paraissent se rapprocher beau-
coup^des dimensions de Microfilaria perstans : i5o p. sur 7 p.,
en moyenne.
De couleur rouge verdâtre à un petit grossissement, elles
paraissent incolores et transparentes à un grossissement plus
fort.
abc
2 .
1. Extrémité antérieure de la microfilaire^en vie. — *2.t0uelques aspects
de la tache buccale après coloration de la microfilaire.
L’extrémité antérieure se termine assez brusquement et paraît
comme aplatie et recouverte d’une sorte de cuticule plus épaisse
que sur le reste du corps, et denteléeTrès finement enjarrière. Il
y aurait un très léger rétrécissement' entre cette calotte et le
reste du corps. Est-ce une sorte de prépuce ? Nous n’avons pu
nous en rendre compte, mais nous n’avons’observé aucune dif¬
férence dans l’épaisseur de cette partie deTanimal, aucun mou¬
vement de va-et-vient, malgré de longs^etf|nombreux examens.
136 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous n’avons vu non plus aucun dard ou pointe rétractile.
Assez effilée, l’extrémité caudale ne se termine pas en pointe
réelle.
Le corps cylindrique ne commence à se rétrécir pour former la
queue que vers le i/3 postérieur, et encore n’y a-t-il aucune
ligne de démarcation.
Quand le parasite est au repos, on aperçoit aisément aux
environs du tiers postérieur une tache blanche ovalaire. Puis
s’il vient à mourir, nous n’avons pu en effet les voir avant, on
distingue une tache au tiers antérieur et une autre au quart
postérieur.
Partout ailleurs les noyaux forment une colonne compacte et
occupent jusqu’à l’extrémité de la queue. Ils ne partent toute¬
fois pas de l’extrémité antérieure, dont ils sont séparés par un
espace clair visible en tout temps.
Aucune striation apparente du corps.
Il paraît exister une gaine, mais elle est très difficile à voir à
l'état frais, comme après coloration et doit être très étroitement
appliquée contre l’animal.
Coloration. — Plusieurs colorations vitales au bleu de méthy¬
lène ne nous ont rien montré de particulier. Elles favorisent
cependant l’examen de cette sorte de calotte, qui recouvre l’ex¬
trémité antérieure, dont nous avons parlé plus haut.
Avec les colorations ordinaires (hémalun, Giemsa, Leishman),
on voit que la colonne de noyaux est interrompue par trois
taches, qui sont, les deux premières au tiers antérieur et au
tiers postérieur, et la troisième au quart postérieur.
Ces noyaux occupent j usqu’à l’extrémité de la queue, mais ne
partent pas toujours à la même distance de la tête, qui ici paraît
arrondie. Nous pensons que ces différences assez sensibles dans
la position des noyaux proviennent de la situation occupée par
la tête de l’embryon, au moment où il a été fixé.
Un fin liseré indique l’existence d’une gaine.
Identification. — Les références nous manquent complètement
à Fort Archambault pour essayer d’identifier cette filaire, si
elle a déjà été décrite. Nous avons remarqué certaines ressem¬
blances entre notre microfilaire et celle qui est décrite in Mathis
et Leger (Recherches de paras, et de path. au Tonkin) comme hôte
de Rana limnocharis, mais nous n'avons vu chez la nôtre ni
Séance du 8 Mars 1916
137
bouton caudal, ni au moins d’une façon distincte, de prépuce
labial à l’extrémité antérieure. De plus ils n’ont pas décrit la
filaire adulte.
Travail du laboratoire de Fort Archambault.
Le 21 mars 1916.
Sur les Filaires de Batraciens
Par A. RAILLIET
La détermination spécifique de la Filaire observée par
M. Bouilliez dans la cavité viscérale du Bu/o regularis exige
une comparaison minutieuse avec les diverses formes actuelle¬
ment connues comme parasitant les Batraciens. Malheureuse¬
ment, ces formes, même et surtout les plus communes, ont été
pour la plupart insuffisamment étudiées, et leur identification
demeure assez délicate. Cette constatation, qui s'étend d’ailleurs
aux autres Nématodes des Batraciens, apparaît à première vue
comme paradoxale, mais elle s’explique par le fait que les des¬
criptions des Vers les plus communs remontent à une époque
déjà reculée, et que les observateurs modernes ont jugé super¬
flu de reprendre l’étude d’espèces banales. Ce serait cependant
un travail utile.
Sans tenir compte des Microfilaires du sang, on a signalé chez
les Batraciens une douzaine d’espèces de Filariidés, dont neuf
chez les seuls Anoures.
1. Filaria neglecta Dies., i 85 1 [F. Rance esculentœ C. E. V.). —
C’est la forme la plus commune, qui vit surtout dans le tissu
conjonctif sous-cutané et intermusculaire de Rana esculenta et
R. temporaria , et dont la description la moins vague est due à
de Nabias et Sabrazès.
2. Filaria nitida Leidv, i 856 . — Trouvée enroulée dans des
kystes ovoïdes du péritoine et des muscles abdominaux de Rana
pipiens , aux Etats-Unis. Paraît être une forme asexuée. En i858,
Leidy l’a signalée aussi chez des Reptiles et des Poissons, mais
il y a eu là sans doute une confusion d’espèces.
3. Filaria convolutci Molin, i 858 (F. rance M. C. V.). — Dans la
10
138
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cavité abdominale de Cystignathus gigas et Leptodactylus sibi-
latrix , au Brésil. La femelle seule est connue.
4. Filaria parvn Polonio, 1 8 5 g . — Dans des « follicules » situés
sous les muscles mylo-hyoïdiens de Bufo uiridis , à Padoue.
5. Filaria leiperi nov. nom. ( F . bu/onis Leiper, 1909, non
M. G. V., 1 858) . — Tissu conjonctif de Bufo regularis , à Nasser
(Rivière Sobat, au Soudan).
6. Filaria cochleata nov. nom. ( F . spiralis Oerley, 1882, non
von Linstow, 1879). — Tuniques de l’estomac d’une Grenouille
australienne ( Heleioporns albopunctatus ?)
7. Filaria- (?) rubella Rud., 1819. — Très grande forme (87 à
1 1 8 mm.) de teinte rosée, trouvée par Klug, à Berlin, dans
X estomac de Baria temporaria. Rudolpiii a cru pouvoir rattacher
à cette espèce des Vers plus petits (le plus grand, long de 39 mm.),
noirâtres ou jaune roussâtre, recueillis dans des nodules du
mésentère et de l’enveloppe externe de l’estomac et de l’intestin,
chez Baria esculenta. En tout cas, l’habitat des grands parasites,
qui représentent le type de l’espèce, suscite le doute le plus
sérieux quant à leur nature filarienne, en dépit de l'hypothèse
de Stossich, qui interprétait leur présence dans l’estomac
comme un cas de pseudo-parasitisme.
C’est par erreur évidemment que B. Blanchard, puis Porta et
=3 von Linstow, ont appliqué le nom de Filaria rubella à laFilaire
commune du tissu conjonctif des Grenouilles.
8. Filaria (?) eupemphigis marmorati Molin, i 858 (F. bufonis
M. G V.). — Ver non décrit, trouvé par Natterer, au Brésil,
dans la cavité abdominale d’ Eupemphix marmoratus. Molin n’en
a vu que deux femelles mal conservées; il 11’a pu trouver la
vulve dans la moitié antérieure du corps, et en conclut qu’il 11e
s’agit pas de Filaires.
9. Filaria (?) ranœ M. G. V., in Molin, i858 (non F. rance
M. G. V., in Molin, i 858, p. 390, nec Leuck., 1876). — Ver non
décrit, trouvé par Natterer, au Brésil, dans V intestin âX H y psi-
boas faber. Molin n’en a pu examiner qu’un exemplaire mal
conservé; il doute que ce soit une Filaire, et cette impression
nous semble j ustifiée en raison même de l’habitat.
Trois formes enfin sont parasites des Urodèles.
10. Filaria amphiumœ Leidy, i 856. — Vers enroulés dans la
paroi de l’estomac d’ Amphiuma means .
1 1. Filaria cingula = von Linstow, 1902. — Forme présentant
Séance du 8 Mars 1916
139
des sortes de bagues cuticulaires incomplètes qui rappellent
celles des Onchocerca. Dans la peau d’une Salamandre géante du
Japon (Cryptobranchus maximus) vivant depuis plusieurs années
au Jardin zoologique de Hambourg, et de plusieurs Crypt. alle-
ghaniensis capturés dans l’Ohio.
12. Filaria appendicnlata Schneider, 1866. — Dans des vésicu¬
les transparentes de la muqueuse de l’intestin grêle du Triton
tœniatus.
Si on compare les caractères de ces espèces donnés par les
auteurs à ceux de la forme observée par M. Bouilliez, on est
conduit à écarter immédiatement les trois parasites des Urodèles
(nos 10 à 12), puis les trois formes précédentes (nos 7 à 9), qui
vraisemblablement ne sont pas desFilaires, enfin les nos 2, 3 et 6,
qui présentent des particularités d’organisation tout à fait diffé¬
rentes.
Restent donc à considérer F. neglecta, F. parva et F. leiperi.
F. parva mesure seulement 3 mm. de long sur 100 p de large ;
le mâle a la queue accuminée, mucronée, avec une bourse cau¬
dale soutenue par des papilles eostifornes, dont 4 petites pré¬
anales; elle 11e peut donc pas être prise en considération.
F. neglecta, espèce commune de nos pays, qui produit les
Microfilaires si souvent étudiées, se rapproche beaucoup plus,
par ses dimensions, de la Fi I aire du Chari ; cependant, elle est
plus petite et plus épaisse (mâle 8 à 9 mm. sur moins de 260 jjl,
femelle 26 à 3i mm. sur moins de 1 mm.); elle a des papilles
céphaliques; sa queue est largement obtuse ; sa vulve est à 800 p
seulement de la tête; sa Microfilaire mesure 70 sur 4. Ce sont
là des caractères trop discordants pour autoriser une assimi¬
lation, bien qu’il paraisse exister entre les deux formes un
certain degré de parenté.
Mais, en ce qui concerne le F. leiperi , on constate au contraire
une concordance générale et presque parfaite. Les quelques
différences qu’on peut relever (mâle long de 19 mm. seulement,
spiculés 260 et 110 p; anus de la femelle à 36o p du sommet
caudal) ne dépassent pas les limites des variations individuelles
courantes ; Leiper décrit bien 2 papilles préanales, mais il avoue
que son examen ne lui a pas donné de certitude à l’endroit de
ces organes. L’habitat est cependant différent : les cinq exem¬
plaires étudiés par Leiper avaient été recueillis dans le tissu con¬
jonctif d’un Bti/o regularis par le Dr Wenyon, qui avait noté
140
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’extrême fréquence des embryons de ce parasite dans le sang
des Crapauds à Nasser; mais on connaît plus dune Filaire
capable de vivre dans le tissu conjonctif aussi bien que dans la
cavité générale.
Il nous paraît donc évident que la Filaire observée par
M. Bouilliez n’est autre que F. leiperi.
En terminant, nous ferons remarquer que cette espèce, de par
ses papilles génitales, ne peut être laissée dans le genre Filaria
s. str. ; elle devra rentrer dans un genre spécial dont F. neglecta
représentera peut-être le type.
Les Moustiques de Salé, Maroc
Par L. d’ANFREYILLE.
L’étude des moustiques du Maroc n’a pas encore été entre¬
prise d’une façon méthodique. Il est inutile d’en indiquer ici
l'importance. On doit donc désirer que ce travail, assez long et
spécial, soit promptement commencé et mené à bonne fin.
J’avais indiqué, dans une note parue au Bulletin de la
Société (i), la présence de Stegomyia fcisciata dans toutes les
localités de la côte marocaine où j’ai séjourné, à Mazagan,
Casablanca, Rabat et Salé. Je ne la signalerai donc que pour
mémoire dans cette étude à laquelle j’espère pouvoir donner
une suite.
Je n’ai pu commencer les premières recherches que dans le
mois d’octobre, c’est-à-dire au moment de la raréfaction des
Culicides. Certaines espèces plus fragiles ont donc pu disparaître
déjà, d’autres plus rares, m’ont peut-être échappé, de sorte que
la nomenclature suivante a des chances d’être incomplète.
Je n’ai pu entreprendre aucune recherche concernant les
larves ou les nymphes des Culicides. La capture, due au hasard,
d’une nymphe de Culeæ Jatigans mâle m’a seulement permis
de constater que la nymphose s’était prolongée dans ce cas, au
moins du 16 au 22 janvier. La nymphose est toujours plus
courte dans les pays plus chauds.
141
Séance du 8 Mars 1916
»
J’ai pu constater enfin que les Anopheles deviennent très
rares à partir d’octobre ; il en persiste toutefois un petit nombre
d’exemplaires jusqu’au début de janvier, c’est-à-dire jusqu’au
moment de la plus grande fraîcheur annuelle. Le thermomètre
descend alors à -(- 5 ou 6° la nuit.
L'époque de la disparition du paludisme coïncide avec celle
des Anopheles. La théorie de la transmission de cette affection
par les seuls culicides trouve donc, une fois de plus, ici sa
confirmation. Car on peut suivre mathématiquement le parallé¬
lisme que l’on reverra toujours si l’on sait bien en rechercher
les divers éléments, entre le nombre des cas nouveaux de l’in¬
fection et celui des moustiques qui la transmettent.
/
Enumération et description des espèces existantes
DE SEPTEMBRE A FEVRIER
Stegomyia fasciata ou calopus. — Apparaît vers avril, disparaît en sep¬
tembre ; type classique.
Anopheles maculipennis. — Apparaît vers avril, persiste en nombre jus¬
qu’au milieu d’octobre pour ne disparaître complètement qu’en décembre
ou janvier selon les années.
Type classique : A signaler sur le thorax variations des lignes sombres
longitudinales qui s’y remarquent ; sur les ailes, nombreuses variations
dans la disposition des nervures transverses (fig. nos \ et 2), fixité des
taches qui occupent toujours les mêmes emplacements.
Cedex annulatus : variété nouvelle marocanus. — Espèce très rustique, ne
disparaît en masse qu’avec les grandes fraîcheurs, fréquente peu les mai¬
sons. Les dessins très nets de la tête et du thorax décrits ci-dessous sem¬
blent permettre de créer une variété nouvelle que je propose d’appeler
marocanus .
Dimensions 8 à 12 mm., le ç? étant plus petit que la 9.
Trompe fauve sombre uniforme, un peu plus claire à l’union du labelle.
Palpes ç? : deux derniers articles en massue, dépassent légèrement la
trompe, leur extrémité apicale est blanche ainsi que la partie basale des
segments.
Chez 9» en massue, avec de grandes écailles blanches sur les extré¬
mités.
Antennes: les deux premiers segments couverts d’écailles blanches.
Tête : dessin en forme de cœur de carte à jouer, dessiné par des écailles
blanc sale ; une ligne noire longitudinale marquant son centre ; yeux noirs.
Fig. n° 3.
Nuque glabre.
Thorax: lyre nettement dessinée par un semis de petites écailles en bêche
étroites, blanc-sale, déposées sur un fond sombre qui les déborde. Semis
d’écailles étroites, fauves, entre les branches de la lyre. Ecailles étroites
blanc-sale, formant tache sur chaque hanche. L’écaillure blanche du tho¬
rax se prolonge sur le scutellum dont elle recouvre surtout le lobe médian.
Fig. n° 4.
142
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
«
Abdomen : sur la face supérieure, écailles blanc-sale délimitant les seg¬
ments et se prolongeant sur les flancs; nombreux poils roux disséminés.
Pattes: fémurs et tibias tachetés gris et blanc-sale, tarses foncés, légère¬
ment annelés de couleurs claires sons chaque article. Index unguéal;
çf 21, 21, 00; 9 00, 00, 00 (une excroissance, plus volumineuse du double
qu’une indentation de griffe, et paraissant placée sur le dernier article du
tarse peut, dans certains cas, faire croire à l'existence d’un index 3,1 pour
la première paire. De longues soies implantées sur son extrémité per¬
mettent de ne pas commettre cette erreur).
Ailes débordant l’abdomen ; écailles longues, denses, étroites et foncées:
nervures transverses généralement conformes à la figure n° 5. Taches ; la
première, à cheval sur la nervure transverse marginale ; la seconde sur
la transverse sous costale ; la troisième, souvent moins visible que les pré¬
cédentes, à la fourche de la deuxième longitudinale; la quatrième fré¬
quemment impossible à distinguer nettement, à la fourche de la 4e longi¬
tudinale.
La costa est très foncée, la branche antérieure de la 5e longitudinale
l’est souvent aussi.
Culex fatigans. — Espèce très rustique, ne disparaît en masse qu’avec
les plus grandes fraîcheurs, reparaît dès que la température s’élève un
peu. Pond partout, notamment dans les fosses d’aisance des maisons ara¬
bes et dans les norias des jardins.
Description classique : à signaler le
Thorax , uniformément marron, plus ou moins foncé, avec parfois deux
ou trois raies longitudinales mal tracées, indiquées par des traînées de
poils fauves.
Ailes . La disposition fréquemment très inclinée de la transverse sous-
costale est à signaler. Une disposition analogue se rencontre parfois pour
la transverse marginale : fig. n° 6.
Séance du 8 Mars 1916
143
Mémoires
Contribution à l’étude et à la répartition
de quelques affections parasitaires
au Moyen Chari (Afrique Centrale)
Par Marc BOUILLIEZ.
I. — Trypanosomiase humaine
Détermination de la zone d’endémicité. — Dans un précédent
rapport (1), nous avions signalé la présence d’un foyer de trypa¬
nosomiase humaine dans la circonscription administrative du
Moyen Chari : nous avons depuis cherché à savoir s’il n’en
existait pas d’autres dans la région, et à déterminer leur aire
aussi exactement que possible.
Des tournées effectuées dans ce but, des visites médicales à
des malades dans des postes éloignés, nous ont permis de par¬
courir une grande partie de la zone sud du Territoire, et dans
ces déplacements, nous n’avons jamais manqué d’examiner tous
les habitants que nous avons pu rassembler dans les villages
traversés; malgré ces recherches, nous n’avons réussi à décou¬
vrir aucun trypanosome ni sur le bahr Salamat, ni autour du lac
Iro, ni le long du bahr Iveita, pas plus qu’au début de 1914?
nous n’en avions trouvé sur l’Aouk, sur le Chari au-dessus de
son confluent avec le bahr Sara, sur les diverses rivières qui
constituent le bahr Ivo.
Naturellement nous 11e pouvons certifier avoir vu tout le
monde, bien loin de là, mais il en fut de meme sur le bahr Sara,
où nous avons quand même découvert un certain nombre de
malades, dans divers villages échelonnés tout le long de son
parcours dans le Territoire. Il nous semble donc que s’il y
avait eu de la maladie du sommeil dans les vallées précitées,
nous aurions dû également en découvrir quelques cas.
(1) Ce Bulletin , t. VU, nov. 1914? n0S 8-9.
144
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Des recherches, un peu plus rapides peut-être, n’ont amené
aucun résultat non plus sur le Logone, à Laï et environs, mais
nous ont donné des résultats positifs à 25 kilomètres à l’ouest,
sur le bahr Tendjibet, au poste deChoa, en pays réoccupé depuis
octobre 19 \l\.
L’occasion s’étant présentée de voir un certain nombre de
femmes de Goré, que la guerre avait amenées à Fort Archam¬
bault, nous pûmes découvrir chez plusieurs d’entre elles des
trypanosomes, qui nous firent penser également à l'existence de
la maladie à l’état endémique sur cette partie de la Penndé, ce
qui nous fut ensuite confirmé par des renseignements sérieux.
Cependant, dans la partie inférieure de son cours, cette rivière
(appelée aussi Logone oriental) ne paraît plus avoir de trypano¬
somiase sur ses rives : à Doba, où nous avons pu examiner une
grande partie de la population, nous n’avons trouvé qu’un seul
malade, mais piroguier de son état et remontant très souvent
ce cours d’eau. Cet unique cas ne peut donc indiquer contami¬
nation de ce point, car nous nous basons, pour dire que la
maladie est endémique dans un endroit donné, sur des cas con¬
tractés nettement sur place, par des gens y habitant et vivant
chez eux, sans se mélanger à celte population flottante qu’on
trouve ici dans tout poste et parmi laquelle existent souvent des
malades qui pourraient en contaminer d’autres par contagion
directe.
Le foyer de la Penndé et celui du bahr Sara, qui s’étend sur
cette rivière jusqu'à son confluent avec le Chari et le bahr Ko, se
rejoignent à leurs bases, d’après ce que nous ont affirmé des
personnes dignes de foi, avec les foyers de l'Ouahme, qui n’est
en somme que le haut bahr Sara et des affluents voisins de
l’Oubangui. Ils sont de plus réunis entre eux par l’intermédiaire
de la Nana-Baria, que nous nous proposons de visiter à la pre¬
mière occasion et où la maladie du sommeil serait très com¬
mune.
Quant à celui du bahr Tendjibet, nous ne savons s’il se pro¬
longe beaucoup au sud ou au nord de Choa, où nous 11e sommes
pas allé : il ne doit en tout cas pas s’étendre à l’Est, car la
région qui- sépare cette rivière du Logone est presque totalement
dépourvue d’arbres et encore plus de broussailles, et nous avons
vu plus haut que nous n’avions pas observé de cas de trypano¬
somiase à Laï.
Séance du 8 Mars 1916
145
Densité clés trypanosomés dans la zone d endémicité. — Très
importante à connaître ail point de vue de la prophylaxie et du
traitement des malades, cette partie de la question de la trypa¬
nosomiase humaine est malheureusement encore très peu avan¬
cée. En raison de la difficulté de réunir toute la population des
villages, dans un pays où le premier mouvement des indigènes
à la vue d’un européen est toujours la fuite, nous n’avions jus-
somiase; nous commençons seulement maintenant les tournées
de prophylaxie proprement dites que nous faisons autant que
possible coïncider avec les tournées administratives de recense¬
ment. Il sera ainsi permis, d’ici un an ou deux, suivant que nos
malades nous laisseront ou non la possibilité de nous absenter,
au moment propice, d’Archambault, d’avoir une liste nomina¬
tive, par village, de tous les malades connus. Cela permettra à
nos successeurs de se rendre compte de l’augmentation ou de la
diminution de la trypanosomiase humaine dans la région où
elle est endémique, ce qui est d’autant plus impossible à l’heure
actuelle que cette maladie y avait jusqu'ici passé inaperçue des
Européens. On pourra aussi de cette façon voir les résultats de
la prophylaxie par les injections d’atoxyl, faites à intervalles
espacés : 1 ou 2 fois par an, qui, de longtemps, seront certaine¬
ment le seul moyen prophylactique à pouvoir être employé ici.
Voici ce que nous avons trouvé dans les cinq villages où
nous sommes sûrs d’avoir vu tout le monde :
On voit par là que le nombre des malades varie beaucoup,
même dans des villages voisins comme le sont la plupart
d’entre eux.
Trypanosomiase importée. — Nous avons déjà signalé autre¬
fois le danger que nous paraissaient causeries cas d’importation
assez nombreux constatés chez les commerçants, boys, tirail¬
leurs, gardes, venant de l’Oubangui-Chari ou du Moyen-Congo,
et qui nous avaient paru s’élever à 10 0/0 en moyenne, et exac¬
tement à un peu plus de 5 0/0 chez les commerçants envisagés
J 4(3 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
seuls. Depuis, ce chiffre nous a paru diminuer et atteindre au
plus, en tout et pour tout, 5 o/o, quoique la visite de tout passa¬
ger soit, comme auparavant, passée à l'arrivée comme au départ
d’Archambault.
Mais, malheureusement, nous avons cru constater, et cette
remarque nous a été confirmée par d’autres, que bon nombre
de commerçants venant des régions contaminées du Sud, évi¬
taient Archambault et passaient par des voies détournées. Quant
aux boys, aux gardes licenciés, aux tirailleurs libérés, il n’y
en a presque plus depuis le début de la guerre, qui, elle-même,
a aussi agi sur les transactions et par conséquent les allées et
venues des commerçants par suite de l’impossibilité pour eux,
pendant plusieurs mois, de traverser le Cameroun pour se
rendre à Yola ou à Kano, en Nigeria anglaise.
Nous avons constaté un assez grand nombre de cas de trypa¬
nosomiase chez des indigènes prétendant n’être jamais allés en
région contaminée. Nous croyons que, chez une partie d’entre
eux, qui ne ment sans doute pas, ce sont des cas contractés par
contagion directe (insectes piqueurs quelconques : punaises,
poux, puces, moustiques) dans les groupements haoussas, bor-
nouans, djellabas ou autres, où tous les individus de même race
se réunissent à proximité des postes européens et où, par consé¬
quent, y séjournent de temps en temps des malades venus des
régions où la maladie du sommeil est endémique.
D’où le danger de ces cas de trypanosomiase chez les ambu¬
lants, en dehors de celui de pouvoir transporter le virus dans
des zones à Glossina pal palis, non encore infectées.
Evolution de la trypanosomiase. — Les divers cas de trypano¬
somiase que nous avons pu observer d’assez près et pendant
assez longtemps, n’ont guère différé dans leur évolution des
descriptions classiques. Les ganglions cervicaux étaient tou¬
jours hypertrophiés dans les cas récents, et d’une consistance
molle. Nous avons rencontré si rarement des trypanosomes dans
la circulation chez des malades avérés, que nous examinons de
suite maintenant le liquide ganglionnaire des individus sus¬
pects, sans nous inquiéter tout d’abord du sang. Nous n’en
recherchons l’autoagglutination que quand nous n’avons pas vu
de parasite dans la lymphe ganglionnaire, mais la fréquence
des fîlarioses enlève une grande partie de sa valeur au sym¬
ptôme au point de vue de ce diagnostic. L’œdème de la face, des
Séance du 8 Mars 1916
147
œdèmes généralisés même, nous ont paru communs à la pre¬
mière période de la maladie.
Par suite de la difficulté d’obtenir des renseignements exacts
et précis des malades et de leur traitement immédiat à l’atoxyl,
nous ne pouvons donner d’indications d’une valeur quelconque
sur la marche de la maladie, la fièvre, etc.
De même il nous est impossible, par suite des langues diverses
et variées employées par les malades, de tirer parti, autrement
que de leur simple signalement, des troubles psychiques con¬
statés à maintes reprises : délire tantôt gai, tantôt triste, méga¬
lomanie, tendance à la fugue, à l’homicide.
Inoculation aux animaux. Identification du trypanosome. —
N’ayant pu jusqu’à ces dernières semaines trouver de Glossina
palpcilis dans la région, nous nous étions demandé si nous
n’avions pas à faire à un autre agent que Trypanosoma gam-
biense , et, dans ce but, nous avons pratiqué avec des virus de
sources différentes des inoculations à divers animaux. Voici les
résultats :
lo Le nommé FÉi, ayant tryp. dans lig. gangl. N’est jamais allé au delà de Fort Archambault,
dans le Sud. Sang citraté inoculé à c. patas n° 1, âgé et méchant, le 26 juin 1914.
Quelques rares tryp. le 13 juillet, a. rares le 24,
3 août = tryp. a. rares. On n’en retrouve plus
par la suite chaque fois qu’il est examiné,
mais ces examens sont rares par suite de sa
méchancelé et de son maintien difficile.
Encore en vie. |
I
Inocul. d'un jeune chat le 24 juill. Agglutination
forte du 7 août à mort. Tryp. le 13 août, le 17
août, le 17 sept. Pas d’observation du 17 sept,
au 17 nov. 1914. Pas de tryp. jusqu’au 3 fév. 1915,
ou tryp. rai-es. Mort accidentelle à cette date.
I
Inoc. de 10 cm3 de
sang à c. patas, qui
n’a jamais montré
de tryp. pendant 2
mois, malgré exa¬
mens tous les 2 ou
3 j. Ce singe fut
infecté plus tard,
après inocul. d'un
autre virus.
août = inoc. d’un c. call.
n° 5. Tryp. les 13 et 17 août,
le 17 sept. Pas d’examen
jusqu’au 17, examens ensui¬
te jusqu’à mort. Tryp. rares
seulement le 1 février. Mort
le 10 juin 1915.
!
3 août = inocul. de
2 jeunes caïmans.
Pas d’infection.
3 août = inoc. péri-
périton. d’un rat.
Tryp. a. n. le 17
août. Rat se sauve.
Inocul. du c. patas n° 7 le 8 déc. 1914, a. n. tryp. les 22, 29 déc., les 2 et 8 janv. Mort du tétanos ?
(plaies aux hanches et au ventre, contractures).
I
Inocul. de c. call. n° 1 le 8 janv. Tryp. a. r. le 17 janv.; manquent le 23; a. n. le 1 fév. ; r. le 7 ;
absents jusqu'au 22 mars ou rares. Depuis absents. Encore en vie, mais amaigri ; il paraît légè¬
rement paralysé aux membres supérieurs.
2° Le nommé Baura, du village de Nang’Da. Tryp. dans ganglions. Sang inoculé à c. patas n° 2
le 4 août 1914, tr. a. n. les 17, 21, 25, 30 août ; les 4, 10, 17 sept. Pas d’examen jusqu’au 17 nov.
Plus oe tryp. de cette date au 28-1-1915 où meurt probablement de tétanos.
Sang inoculé après mort, à c. patas n° 2 bis le 28-1-15. Tryp. a. n. le 14 fév., absents le 21 ; n. le
1 mars ; absents le 7 ; tr. r. le 16 ; a. n. le 22 mars. Rare jusqu’au 22 mai, ou mort. Rien à l’autopsie.
148
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
3° Le nommé Ivara. (lu village de N’Da ayant tryp. dans gangl. sert à inoculer c. call. n» 10, le
4 août 1914. Tr. a. r. le 17 août — rien le 21 — n. tryp. le 25 ; a n. le 30 ; rien le 4. le 10 sept. ;
a. n. le 17 : pas d’examen jusqu’au 17 nov. — Tr. rares le 17 nov. Rien le 20 nov., les 2, 8,
15 déc. — tr r. tryp. le 18 déc. — rien le 29 déc. le 8 janv. 1915, rares le 18 janv. ; rien le 23 ; tr.
t. tr. r. le 1 fév. rien le 7, le 14 ; a r. tryp. le 21, le 1er mars , rien le 7, le 16 ; tr. r. le 22 mars ;
rien le 28 mars, a. n. le 20 mai, le 17 sept. Mort accidentellement le 25 septembre (tornade). Poids
1 k. 850, foie 70 g., rate 9 g. I
Inccul. d’un cynocéphale le 17 sept. Meurt le 26 sans avoir montré de trypanosome.
4° Le nommé Ibrahim, a été au Sokoto, n’est jam
Archambault Tryp. dans gamT. cervicaux.
Jnocul. de c. patas. n° 4 le 18 mai 1915. Tryp. le c
A cette date très nombreux. — Mort après tornade
l
Inoculation de c. patas n° 8 le 8 juin. — Tryp. n.
le 14 juin, rares les lfi, 18, 21. 24, 28 juin, 2 juil¬
let Absents le 5 et le 31 juillet. Tryp. t. rares
le 4 et le 6 août ; absents le 11 et le 14 août ;
tryp. rares le 28 août et le 11 sept. — Encore en
vie. |
Le 6 août, inoculation de jeunes rats. Tryp. rares le
le 10 sept. Meurent accidentellement/
ais venu auparavant dans la région de Fort
0 mai : sont assez nombreux jusqu’au 8 juin,
reçue la nuit.
Inoculation d’un jeune cabri blanc qui meurt
le 12 oct. 1915, sans avoir montré de trypa¬
nosomes ni avoir paru malade.
; a. nombr. le 23 ; rares le 25 août, le 2 sept.,
5° Le nommé Alikori a tryp. dans ganglions. Inoculation à c. patas n° 11 le 28 mai 1915.
Tryp. a. r. le 8 juin. Se voient en plus ou moins grande quantité jusqu’au 2 juillet. Absents du 2
au 21 juil. ou rares. Rares les 29 juil. et 11 août. Absenls depuis cette date. Encore en vie.
Inoculation d’un cabri le 9 juin. Inoculation de souris le Inoculation d’un cynocéphale le
Tr. rares tryp. le 5 juillet. 10 juin. Tryp. les 22. 24, 10 juin. Jamais de tryp. Encore
Jamais revus depuis. Encore en 27 juin, plus ensuite. Mort en vie.
vie. le 16 accident.
Ces animaux examinés fréquemment, nous ont montré un
trypanosome évoluant chez eux à la manière du Tr. gambiense ,
avec cette différence toutefois qu’il est peut-être moins virulent.
C’est ainsi qu’en général nos singes : Gère, patas ou Cerc. cal -
litrichus vivent très longtemps et peut-être même guérissent
après inoculation de nos trypanosomes. Nous avons actuellement
un C. patas , encore en vie, depuis plus de quatorze mois qu’il a
été infecté, et dont le sang inoculé en mai dernier à un autre
patas n’a plus paru virulent. D’autres patas sont encore en vie
après 4 et 5 mois d’infection, un callitriche après 9 mois. Des
C. patas ne sont morts qu’après 6 et 7 mois, des callitriches après
8 et i3 mois.
Deux C. patas sont bien morts en 1 mois et i4 jours, mais ces
décès ne sont pas survenus du fait de la maladie, mais soit par
suite de refroidissement dû à une violente tornade que l’un
d’eux reçut pendant toute une nuit, soit à la suite de plaies
infectées causées par la corde trop serrée qui les attachait.
Un cynocéphale inoculé avec un des virus ne put être infecté.
Séance du 8 Mars 1916
149
La difficulté de se procurer ces singes ne nous a pas permis
d'essayer les autres virus sur cet animal.
Deux cabris 11'ont donné que des infections peu fortes, l'un
d’eux ne nous a même jamais laissé voir de trypanosomes et
nous pouvons nous demander s’il a pris.
Nous sommes donc loin de la marche des infections dues à
7 r. rhodesiense , auquel la fréquence des Gl. morsitans dans tout
le pays pouvait faire songer, et si Tr. gambiense type n’était pas
en jeu, nous ne pourrions avoir ici que des infections à
Tr. nigeriense, à condition toutefois que la faible pathogénéité
d’un virus humain pour les animaux soit un caractère suffisant
pour créer une espèce.
Les formes des trypanosomes à l’état frais, ou après coloration,
nous ont également paru identiques à celles du Tr. gambiense :
il nous a été impossible, dans les nombreux examens fails à cette
intention, de découvrir ces formes courtes et trapues, à noyau
postérieur, si caractéristiques du rhodesiense.
Insectes transmetteurs. — Gomme nous venons de le dire plus
haut, nous n’avions trouvé, jusque tout récemment, aucune
Glossina palpalis. Ce n’est que dans une dernière tournée, en
septembre, que nous avons pu prendre nous-même quelques
exemplaires de ces tsétsés sur les rives de la Moula, rivière se
jetant dans le bahr Ko, mais assez voisine du bahr Sara. Il con¬
vient de dire que nous n’avons vu aucun cas de maladie du som¬
meil dans un village voisin, et que nous n’avons trouvé aucune
Glossina palpalis dans les villages ou à proximité des villages
du bahr Sara où règne la trypanosomiase humaine. Nous
croyons que ces mouches n’y sont pas très communes, qu elles
n’y existent que dans certains fourrés très boisés, et que, pour
les trouver, il serait nécessaire d’être guidé par les indigènes ou
de disposer de beaucoup de temps. Jusqu’ici les indigènes se
sont complètement refusés à nous prendre eux-mêmes ces insectes
par paresse et par insouciance : les promesses ou la crainte n’y
ont rien fait.
Glossina morsitans doit être, à notre avis, éliminée, pour la
région, comme insecte transmetteur de la maladie du sommeil :
elle est trop commune partout, alors que la trypanosomiase
humaine paraît bien localisée. Il paraît en être de même pour
Gl. tachinoïdes moins fréquente que Gl. morsitans, mais assez
répandue le long de tous les cours d'eau.
150
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mesures cle prophylaxie. — Nous nous sommes contenté jus¬
qu'ici de faire des injections d’atoxyl à tous les trypanosomes,
arrêtant et maintenant les plus malades dans un petit village de
ségrégation que nous avons créé à côté de Fort- Archambault.
Pour la zone d’endémicité, nous avons commencé des tour¬
nées de prophylaxie, au cours desquelles nous relevons aussi
exactement que possible le nombre des trypanosomés, leur nom
et leur sexe et nous leur injectons i g. d’atoxyl. Cette dose a
fourni de bons résultats à notre camarade Ouzilleau (i), qui a
pu faire de la prophylaxie en grand, et n’a donné lieu à aucun
mécompte chez ses malades. Quoiqu’un peu forte peut-être, elle
nous paraît nécessaire pour des indigènes qu'il nous faut au
moins stériliser et que nous ne pouvons espérer voir plus d’une
fois tous les six ou huit mois, sinon tous les ans.
Pour les cas ambulants, nous avons envisagé d’autres mesures,
proposées à l’autorité supérieure. La première consiste à donner
à chaque commerçant un livret, comprenant d’une part des indi¬
cations administratives : situation de l’individu au point de vue
de l’impôt et des patentes ; d’autre part, sur le recto de la feuille
opposée, des indications sanitaires : trypanosomé ou non, trai¬
tement suivi. Cela évitera une perte de temps de la part du méde¬
cin, chargé dans tout poste médical de visiter tous les passa¬
gers, et nous en avons ici une vingtaine en moyenne par jour,
et lui permettra de suivre l'évolution de la trypanosomiase.
Quant aux indications administratives, nous croyons que c’est la
meilleure façon d’intéresser l’administration à l’œuvre de la
prophylaxie de la maladie du sommeil.
Quant à la seconde mesure, ce serait l’obligation à tout indi¬
gène, commerçant ambulant, de passer par certains points, où
se trouveraient des postes médicaux, soit pour entrer, soit pour
sortir des régions où la trypanosomiase est endémique. Par
exemple Fort-Archambault serait imposé comme lieu de passage
à tous ceux qui se rendraient dans la région de la roule d'étapes
(Crampel-Possel Bangui) ou en reviendraient. Le temps que
pourrait faire perdre à quelques-uns de ces indigènes un chemin
un peu plus long pourrait être largement compensé par une
amélioration des routes obligatoires, la construction de ponts et
de caravansérails. L’Administration qu'il faut, croyons-nous,
(i) Ce Bail., t. VIII, içiG.
Séance du 8 Mars 1916
151
toujours intéresser directement, y trouverait son avantage dans
une surveillance beaucoup plus facile.
Tel est tout ce que nous croyons possible d entreprendre dans
ce but au Territoire.
II. — Trypanosomiases animales.
Nous n’avons en vue ici que les trypanosomiases pathogènes
des grands animaux domestiques: chevaux, ânes, bœufs, cabris,
moutons. Encore est-il bon d'ajouter qu'en dehors des cabris
qui se trouvent dans la région, des chevaux qui existent dans la
plus grande partie des circonscriptions du Moyen-Ghari et du
Moyen-Logone, les autres animaux y sont rares et n’y font l’objet
d'aucun élevage, sauf peut-être pour les bœufs, dans la région
nord du Moyen-Logone et de la subdivision de Bedroudo. Us
sont généralement amenés sur place et vendus pour la bouche¬
rie : bœufs et moutons; ou passent avec les commerçants, comme
animaux de bât : ânes, bœufs.
Trypanosoma Pecaudi. — Nous avons vu déjà (1) que ce try¬
panosome était le plus commun et peut-être même est-il le seul
qui soit autochtone, les autres espèces que nous avons observées
ayant été trouvées sur des animaux de passage ou tout au moins
venus d’autres régions.
Tr. Pecaudi se rencontre très fréquemment chez les chevaux
dont il fait mourir un grand nombre. Nous l'avons vu aussi très
souvent sur des ânes. Les bœufs, les moutons, les cabris le mon¬
trent très rarement dans leur sang.
Nous avons eu l’occasion de soigner deux chevaux atteints de
la baléri, pour lesquels nous avons employé sans aucun succès
l atoxyl et l’orpiment.
1° Cheval d’assez petite taille, tombé malade au retour d’une tournée.
Amaigrissement, marche peu. Scrotum légèrement œdématié et pendant,
quelques élevures en bouton. L’animal traîne les pattes de derrière en
marchant. Examen du sang le 2 mai 1914 montre nombreux trypanosomes
avec formes typiques du Tr. Pecaudi.
Tr. a. r. le 7, rares le 10 mai.
Tr. a. n. le 16 mai : injection de 4 g. d’atoxyl.
Tr. a. r. le 31 mai : —
Tr. n. le 9 juin : —
(1) Bull. Soc. Path. eæot., nos 8-9, t. VII, 1914* — Voir aussi même Bull.,
t. I, pp. 617 et 5iq, pour les constatations de Kérandel et de Ruelle-Mesnil.
152
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
10, 12, 14 juin : 0 tryp. — 15 et 16 juin : a. r. tryp.
Tr a. r. le 19 juin : injection de 4 g. d’atoxyl.
23 juin : 0 tryp.
Absent jusqu’au 23 juillet : pas d’examen.
23 juillet : r. tryp.
28 juillet : r. tryp.; orpiment en bol
1er août : tr. r. tryp. —
4 août : 0 tryp. —
11 — — —
13 — — -
M - - -
Le cheval est alors très maigre et peut à peine se traîner ; ne laisse voir
aucun trypanosome jusqu’à sa mort le 8 septembre.
8 g-
10 g.
12 g.
12g.
12 g.
12 g.
12 g.
2° Cheval de moyenne taille, tombe malade à la suite d’une tournée le
long du bahr Salamat et autour du lac lro, du 9 au 24 avril 1915. Le
1er mai, œdème du scrotum et du fourreau; le 6, plaque œdématiée à l’en¬
colure, à gauche. Marche difficile, peu d’appétit. Sang examiné le 16 mai
montre nombreux Tr. Pecaudi typiques. 'Le 19, œdème sous le ventre,
conjonctivite, nombreux trypanosomes ; orpiment en bol : 15 g.
20 mai : a. r. tryp. orpiment : 20 g.
21, 22, 23, 24 mai : pas de tryp., -diarrhée. — 4 g. d’atoxyl le 24 en
injection. — 25, 26, 27, 28 mai : pas de tryp., diarrhée, ne peut marcher,
orpiment 12 g. — 29, 30 mai : pas de tryp., œdème des membres posté¬
rieurs, du ventre, du fourreau, du scrotum ; paralysie du tronc postérieur,
grande faiblesse. 4 g. d’axtoxyl le 30 mai.
Ne montre plus de trypanosome aux examens du sang, les 1, 2, 4, 5, 8,
10, 14. 16, 21, 24, 27 juin. Meurt pendant absence le 23 juillet. Atoxyl et
orpiment avaient été continués en juin : 2 juin, 18 g. orpiment ; 5 juin,
5 g. atoxyl ; 8 juin, 20 g. orpiment; 10 juin, 5 g. atoxyl ; 14 juin, 22 g.
orpiment ; 16 juin, 5 g. atoxyl. A cette date, il avait paru avoir une légère
amélioration : marche plus facile.
21 juin, 25 g. orpiment, 24 juin, 27 g. orpiment; 27 juin, 30 g. orpi¬
ment.
Ces animaux ont peut-être été soignés trop tard, mais cepen¬
dant les résultats obtenus paraissent bien concorder avec ceux
qu’a enregistrés Pécaud.
1
Trypanosoma Caznlboui. - — Il a été trouvé en 1914 sur un
troupeau d’ânes de passage, venant du pays haoussa (1).
Trypanosoma dimorphon. — Ce trypanosome fut rencontré le
3 avril 1915 sur un âne venant du Soudan Egyptien, par Ouandi-
Djalé et N’Délé. Son aspect à l’état frais, sa morphologie, ses
mouvements ne pouvaient laisser aucun douleà son sujet, doute
qui d’ailleurs aurait été levé après examens de frottis colorés et
(1) Op. cit.
Séance du 8 Mars 1916
153
observation de l’évolution de la maladie chez les divers animaux
que nous avons inoculés avec ce virus. Celle-ci a été analogue à
ce qu’on connaît des affections dues à ce trypanosome.
Le 5 avril 1914, inoculation de 2 cm3 1/2 de sang citraté d’un âne, présentant du Tr. dimorphon
(Cet âne venait du Soudan Egyptien, via Ouandi-Djalé et N’Délé), à un jeune chien A.
9 avril — 0 tryp.
15 avril = 0 tryp.
17 avril = tr. n. tryp.
19 avril — tr. n. tryp,
21 avril — tr. tr. n. tryp.
23 avril = tr. tr. n. tryp.
24 avril mort du chien le matin.
Rate violacée, très grosse. Foie énorme. Liquide intra-péricardique. Sang ne laissant plus voir tryp.
est inoculé à
I
I
C. callit. n» 2
25 mai =0 tryp.
27 mai = t. r. tryp.
30 mai = t. r. tryp.
1 juin = a. n. tryp.
3 juin = 0 tryp.
5 juin = a. r. tryp.
8 juin = a. r.
10 juin = a. r.
12 juin = a. r.
14 juin = a. r.
16 juin — r. tryp.
18 juin = r.
21 juin = r.
24 juin. Mort. Somnolence
depuis 10 jours. Poids
2 k. Foie 75 g. Rate 8 g.
Ascite. Pas de tryp.
dans sang. Agglutina¬
tion des hématies tou¬
jours forte.
Chien foncé D
22 mai =a.r.tryp.
25 mai=a.n.tryp.
27 mai =t.n.tryp.
Mort. Rate et foie
voiumineux.
I
Chat hl. et noir n° 1
22 mai = t. r. tryp.
25 mai — a. r. tryp.
30 mai = t. n. trvp.
1 juin — t. n. tryp.
3 juin — t. n. tryp.
5 juin — 0 tryp.
8 juin = t. n. tryp.
10 juin = n. tryp.
12 juin = n. tryp.
14 juin -= n. tryp.
16 juin = a. n. tryp.
18 juin — n. tryp.
21 juin. Mort. Poids
595 g. Foie 40 g.
Raie 15 g. Sang
inoculé à mouton
noir qui, suivi jus¬
qu’au 9 septembre,
ne prend pas. Son
sang inoculé le 25
août à un chat noir
n’est pas virulent.
juin
8 juin
16
18
21
24
28
2
5
uin
10
12 juin
14 juin
0
0
0
o
0
= t. r. tryp.
= 0
- 0
= r. tryp.
= r, tryp.
= 0
■= r.
= 0.
= a. n. tryp.
= r. tryp.
min
juin
juin
juin
juin
juillet = r. tryp.
juillet = 0
15 juillet Mort. Poids 1.750. Foie
47
Rate 10 g. A toujours
présente forte agglutination.
I
Inoculation a chat noir n° 2.
24 juillet — 0 tryp.
31 juillet = 0 ti*yp.
4 août = n. tryp.
6 août = n. tryp.
11 août = n. tryp.
Mort dans nuit du 13 au 14. Poids
515 g. Foie 32 g. Rate 8 g. Sang
inoculé à c. call. n» 9 le 14 août.
17 août •= 0 tryp.
23 août = r. tryp.
25 août =* r. tryp.
le 25 Inoculation d’un jeune
chien E.
30 août = 0 tryp.
2 sept = 0 tryp.
6 sept. — a. n. tryp.
9 sept. = a. n. tryp.
I
30 août = x’. tryp.
Pas de tryp. les 2, 20, 22, 24, 27,
29 sept, et le 25 oct. Encore en
vie. A toujours présenté forte
auto-agglutination,
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
154
le 9, réinoculation du mouton noir
qui n’a pas pris avec chat bl. et
noir n° 1. Pas de tryp. les 16,
18, 90, 29, 24 sept
27 sept. — tr. n. tryp.
29 sept. = a. n. tryp.
2 oct. — a. r. tryp.
19 oct. = a. n. tryp.
21 oct. Mort. Pas de tryp. dans
sang. Paralysie légère des mem¬
bres depuis qques jours. Poids
14 k. 500. Foie 500 g. Rate 92 g.
Amaigrissement considérable.
10 sept. = t. n. tryp.
11 sept, — Mort. Etait triste
et abattu depuis le 9. Ne re¬
connaît plus. Poids 7 k.
Foie 350 g. Rate 130 g.
Liquide intra-péricardique.
Congestion broncho-pulm.
légère.
Nota. — Ccrc. call. n° 6, n° 9, chien foncé D, chien E, chien B, chat noir n° 2 avaient précé¬
demment été inoculés sans succès avec le trypanosome de Choa (Y. infra).
A l’autopsie des animaux morts de la maladie, la rate a pres¬
que toujours été volumineuse : chez de jeunes chiens, elle occu¬
pait une grande partie de la cavité abdominale.
A signaler également l’agglutination des hématies qui a tou¬
jours été très forte, surtout chez les singes.
Tous les animaux inoculés avec ce virus se sont infectés : un
mouton seul a paru légèrement réfractaire au virus, puisqu’il a
fallu deux inoculations successives pour le voir présenter des
trypanosomes. Il faut dire que la première inoculation avait été
faite avec le sang d’un animal mort déjà depuis quelques heures
et que les trypanosomes en étaient peut-être en fort mauvais
état.
Trypanosoma sp.? — Il est loin d’en avoir été de même pour
un autre trypanosome, faisant également partie du groupe
dimorphon et que nous avions trouvé en décembre igi4surun
cheval, venu de Choa, mais provenant probablement de Léré.
Ti *ès petit, à corps peu flexueux, avec extrémité postérieure
conique sans flagelle libre, ce trypanosome, malgré inocula¬
tions répétées, comme on peut s’en rendre compte sur le tableau
ci-joint où sont reproduites les diverses séries d’inoculations
tentées, n'a jamais voulu prendre sur Cercopithecus pcilas ou
callitrichus , sur chats , sur rats , sur genette. Il a donné l’infection
à des cabris et à des chiens, et encore certains animaux de cette
espèce n’ont-ils pas pris.
Nous n’avons probablement pas à faire ici à Tr. dimorphon
Lav. et Mesn. ; le trypan. en question est beaucoup plus petit et
d’autre part, malgré les irrégularités très grandes de virulence
constatées depuis longtemps chez les trypanosomes, nous ne pen¬
sons pas que des réinoculations à un même animal, après pas¬
sage du virus sur plusieurs animaux intermédiaires, ne réussis-
Séance du (S Mars 1916
1 55
sent pas mieux que la première inoculation, comme sur le
c. patas 3, trois fois réinoculé après cheval, puis cabri noir,
puis cabri blanc, etc. >
Un cheval de Choa, provenant, paraît-il, de la région de Léré (?), très maigre, légèrement para¬
lysé du train postérieur, fléchissant des reins à la moindre pression, ayant les bourses pendantes,
présente dans son sang de nombreux petits trypanosomes courts, sans flagelle libre, à grosse extré¬
mité postérieure. Ces trypanosomes sont nombreux le 10 déc. 1914, rares le 20 déc., absents le
24 et très rares le 31 décembre. Ce cheval quitte Archambault à cette date et nous avons appris
qu'il était mort le 5 février, après avoir été presque complètement paralysé pendant les derniers
jours. Son sang avait été inoculé à divers animaux.
Le 10 déc., inoculation
intrapéritonéale de 4
rats, de 2 espèces dif¬
férentes : rats de case
( Mus muiirus ?» et
rats de brousse (poils
roux et longs).
Ne s’infectent pas.
Le 24 déc., inoc. dans
cuisse de cerc. pa¬
tas n° 3.
Ne s’infecte pas.
Le 24 déc., inocul. dans
cuisse de cabri noir.
Celui-ci montre des
tryp. très rares le 28
janv., puis n’en montre
plus jusqu’à cette date,
car il est toujours en
vie. Son sang a été
inoculé à des dates
variables à plusieurs
animaux. |
Le 81 déc., inoc. dans
cuisse de c. calli-
triche na 6.
Ne s’infecte pas.
Le 28 janv., réinoculation
dans cuisse de c. calli-
triche n° 6 , qui une
première fois inoculé
avec sang du cheval, le
31 déc. n'avait pas pris.
Toujours pas d'infection.
Le 28 janv., réinoculation
de cerc. patas n° 3, non
infecté après inocula¬
tion du 2b déc.
Ne s’infecte pas encore.
.je 4 fév. 1915,
inoc. d’un chat
jeune quimeurt
le 15 de cocci-
diose intesti¬
nale, sans avoir
montré de try¬
panosomes.
Le 12 fév., inoc.
d’un cerc. patas
n° 7.
Pas d’infection.
Le 12 fév. inoc.
d’un c. callit.
n° <j.
Pas d’infection.
I
Le 28 janv., inoc. de
I
L’un pâle, montre
des tr. a. rares le
20 mars, a. n. le 22,
puis plus rien jus¬
qu’au 18 mai où
mort accidentelle.
Le 22 mars, réinoc.
avec sang du chien
pâle du c. call. n°6.
Ne s’infecte pas.
deux jeunes chiens.
L’autre, à collier
blanc, montre des
tr. a. n. le 22 mars ;
a. r. le 24, le 26 ;
rares le 28 ; ils sont
absents le 30; réap¬
paraissent a. r. le
1er avril ; a. n. le 3.
Puis plus rien jus¬
qu’au 18 mai où
mort accidentelle.
I
Inoc. le 18 mai avant
mort d’un jeune
chat noir n° 2 qui
ne s’infecte pas.
Le 3 mars 1915, inoc. d’un cabri blanc, qui
montre d’a. n. tryp. le 24 mars; de nombreux
le 26 ; d’assez nombr le 28 ; d’assez rares le
30 mars ; aucun les 3, 23 avril, 16, 25, 30
mai ; d’a nombreux le 3 juin. Il n’en pré¬
sente plus ensuite et meurt le 22 août après
avoir eu un léger oedème de la tête. Rien
d’anormal dans les organes.
Son sang a servi à inoculer divers animaux le
3 juin 1915.
Le 24 mars, inoculation
intrapéritonéale de jeu¬
ne chien foncé D.
Ne s’infecte pas.
Le 24 mars, inoculation
intra-musculaire de jeu¬
ne chien B.
Ne s’infecte pas.
Réinoculation du c. patas Inoculation de jeune Inoculation d’une genette Inoculation de cerc,
n° 3. chien E. ( GenettagenettoidesY ) call. n° 9.
Ne s’infecte pas. Ne s’infecte pas. Ne s’infecte pas. Ne s’infecte pas.
Nota. — Les cercop. call. n» 6, n° 9, les chiens D, E, E, le chat n° 2 qui ne se sont pas infectés
avec ce virus, ont pris ensuite avec le virus dimorphon.
Les c. call. n° 6, n° 9, cerc. patas n° 3 ont été inoculés plusieurs fois, sans aucun résultat, malgré
passage du virus sur d’autres animaux.
Nous devons ajouter que la plupart de ces animaux qui n’ont
pu être infectés par ce trypanosome, ont été inoculés avec suc¬
cès avec le Trj/pcinosoma dimorphon cité plus haut et ont présenté
une infection normale.
1 56
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La taille du trypanosome et sa morphologie nous permettaient
de penser à Tr. congolaise , à Tr. nanum et à Tr. pecorum qui
paraissent très voisins. Mais Tr. nanum ne semble pas être ino¬
culable au chien, et on a vu que nous en avions infecté deux ;
de plus on ignore s'il peut infecter les équidés, et notre trypa¬
nosome provient d’un cheval. Trypanosoma pecorum et Tr. con¬
golense ne paraissent pas présenter cette absence de pathogé-
néité que nous avons constatée ici pour les singes, les chats et
les rats.
Quoique paraissant provenir de pays autres que le Territoire,
il nous a quand même paru utile de donner la liste de ces trypa¬
nosomes pathogènes que nous avons rencontrés, car il n’est pas
douteux qu'on les observera souvent dans la région, soit par
suite des transactions de plus en plus faciles au fur et à mesure
que la tranquillité et la paix régneront par tout le Centre Africain,
soit par suite d’infection des animaux de ce pays, traversé par
des bêles contaminées.
111. — Leishmaniose
Au début d août 19 15, se présentèrent aux consultations deux
indigènes de Fort-Archambault, porteurs déboutons d’Orient;
ils nous ont assuré n'avoir pas depuis longtemps quitté le vil¬
lage. Chacun d’eux portait deux ulcères : chez l’un, ils étaient
côte à côte au-dessous du coude, sur la face antéro-in terne de
l’avant-bras ; chez l’autre, ils siégeaient au poignet et au genou.
Des frottis nous ayant montré, après coloration, de nombreu¬
ses Leishmania tropica , nous pratiquâmes des inoculations intra-
cutanées à des singes : cynocéphale, patas , d’autres intra-péri¬
tonéales, pour essayer de déterminer une infection générale chez
des singes, des souris, des chiens. Ces expériences 11e sont pas
encore assez anciennes pour nous permettre de conclure ; nous
nous contenterons de dire ici que le cynocéphale et le patas,
inoculés au niveau de la région malaire, ont présenté de beaux
boutons d’Orient.
Chez le cynocéphale inoculé le 10 août, clans le derme, on put remar¬
quer dès le 30 une nodosité au lieu d’inoculation, nodosité grosse comme
une lentille le 8 septembre, qui s’ouvre le 29 septembre, laissant s’écouler
quelques gouttelettes d’un liquide séro-purulent contenant de très-nom¬
breux parasites libres ou dans des globules .mononucléaires et polynuclé¬
aires. La petite tumeur augmente encore, devient de la grosseur d’un pois
Séance du 8 Ma rs 191 G
157
le 4 octobre et atteint celui d’une petite noisette vers le 19 octobre. L’ou¬
verture s’est alors agrandie et recouverte d’une croûte qui tombe le
28 octobre ; depuis diminution rapide de grosseur et assèchement de la
petite ulcération. Les Leishmania tropica sont encore vues le 27 octobre.
Le palets ne fut inoculé que le 3 septembre, directement sur le malade ;
une nodosité apparaît à la région malaire, siège de l’inoculation intra¬
dermique, vers la fin de septembre : elle est grosse comme une lentille
le 29 ; il en sort une gouttelette de pus séreux le 5 octobre, de nombreuses
Leishmania s’y trouvent : les unes, en très grand nombre à la fois, englo¬
bées dans de grosses cellules mononucléaires, les autres, peu nombreuses
ensemble, dans des polynucléaires, d’autres sont libres. Celles-ci sont
ovales ou plus souvent presque rondes et quelquefois très grosses, la plu¬
part renfermant des vacuoles, tl s’en trouve en voie de division, avec deux
noyaux et un blépharoblaste, ou avec deux noyaux et deux blépharoblas-
tes, encore dans la même masse protoplasmique. Le 21 octobre, il y a
encore écoulement de sérosité après enlèvement de la croûte, de même
le 27 octobre. Les Leishmania s’y rencontrent toujours. Actuellement le
bouton a le volume d’un gros pois et est recouvert d’une croûte.
Des recherches sur geckos (? Tarentola mauritanica), sur
lézards [Affama colonorum et autres espèces) n’ont permis de
voir ni dans leur sang1, ni dans les frottis de foie ou autres orga¬
nes, aucun parasite pouvant avoir un rapport quelconque avec
Leish mania trop ica .
Plusieurs geckos inoculés, soit sous la peau, soit dans la
cavité viscérale, en même temps que les singes, n’ont non plus
laissé voir aucun parasite dans leur sang, tout au moins jusqu'au¬
jourd’hui (novembre 1 9 1 5) .
11 est impossible de faire intervenir pour ces cas de bouton
d’Orient la présence voisine d’un sol rocailleux comme le pense
E. Chatton (r). Il faut faire une centaine de kilomètres au moins
pour trouver un terrain de ce genre aux environs de Fort-Ar¬
chambault; or, on a vu que nos malades nous ont certifié n’avoir
pas depuis très longtemps quitté le village, et ils n’étaient mala¬
des que depuis 2 ou 3 mois avant leur présentation à la visite.
On pourrait faire ressortir que ce ne sont que des cas acci¬
dentels : deux cas observés en deux ans, mais nous pensons que
cette maladie est plus fréquente qu’elle ne le paraît, mais que,
ne gênant pas beaucoup l’individu qui en est porteur, celui-ci
11e vient le plus souvent qu’après transformation du bouton
d'Orient en ulcère phagédénique, qui, lui, est extrêmement
commun et chez lequel il n’est plus possible de déceler de
Leishmania tropica à l’examen de frottis des parois.
(1) Ce Bulletin, t. VII, 1 9 1 4, p. 3o.
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous avons recherché s’il existait d’autres leishmanioses :
deux ponctions spléniques sur des individus à grosse rate, très
amaigris, des examens de viscères de chiens malades ne nous en
ont jamais montré.
IV. — Paludisme
Le paludisme est trop répandu dans la région pour ne pas avoir
attiré notre attention. Aussi avons-nous cherché à en établir
l’index endémique, en recueillant le plus possible de frottis de
sang d’enfants de moins de cinq ans.
Ces frottis ont naturellement été recueillis en saison sèche : il
eût fallu, pour avoir des résultats très précis, les obtenir par¬
tout à la même époque. Seul dans toute la circonscription, je
n’y pouvais pas songer. Nous nous sommes donc contenté de les
prendre entre fin novembre et juillet. Il pleut bien déjà à cette
dernière époque, mais il n’y a pas encore de mares persistantes,
l’eau disparaissant presque partout quelques heures après les
tornades, et les moustiques restent rares, puisqu’ils sont gênés
dans leur développement. Ce doit donc même être le moment où
l’index est le plus faible et les résultats que nous avons obtenus
confirment cette idée, puisque sur les frottis de juillet, qui
proviennent cependant de villages situés à proximité du Chari,
placés par conséquent dans d’excellentes conditions au point
de vue impaludisme, nous avons obtenu notre plus faible pour¬
centage : 70,3 0/0.
Considérant comme index endémique de la région du Moyen
Chari , le résultat obtenu par l’examen de tous les frottis recueil¬
lis dans les divers villages que nous eûmes l’occasion de traver¬
ser dans les mois indiqués ci-dessus, nous obtenons le chiffre
de 8o,5 0/0, sur 916 frottis, 788 examens étant positifs, contre
178 négatifs.
Cet index endémique très important, est cependant encore
inférieur à la réalité, car parmi les frottis où ne fut vu aucun
parasite, il doit tout de même s’en trouver d'enfants impaludés,
mais avec plasmodies très rares.
Au lieu d’un index général, il peut être intéressant de l’avoir
par région et par époque :
Séance du 8 Mars 1916 159
L’index de la région de Goundi, quoique basé sur des frottis
recueillis en fin novembre, c’est-à-dire un mois et demi après la
période des pluies, qui finissent aux premiers jours d’octobre,
n’est pas énorme par rapport à ceux obtenus en janvier et en
avril dans les vallées du bahr Sara, du bahr Salamat et du lac
Iro ; on en trouve facilement l’explication dans la situation géo¬
graphique de la région de Goundi qui se trouve sur un plateau
sans rivières et sans nombreuses mares.
L’index endémique de l’agglomération de Fort Archambault
a été obtenu en réunissant les résultats des villages de Togbao
(Niellines), de Naoura (Tounias), de Boronto (Tounias), de
Ouaïté (Saras) à celui des enfants des bandas, bornouans,
haoussas, etc., tous établis à proximité du poste.
On voit, par comparaison avec les index endémiques obtenus
en Afrique Occidentale Française, que le Moyen-Chari n’est
malheureusement pas une des parties les moins impaludées de
nos possessions africaines.
D'après Thiroux et d’ANFREviLLE, l’index endémique au Séné¬
gal varierait entre 60 et 70 ; d’après Bouffard et A. Lfger, on
arriverait dans la région de Bamako, en saison sèche, à 60 et
62,20 0/0 ; à la Côte d’ivoire enfin, d’après Sorel, il atteindrait
56 0/0 en moyenne, et encore ces résultats ont-ils été obtenus
avec des enfants de moins de 3 ans, donc dans des conditions
qui, toute proportion gardée, devaient donner des index supé¬
rieurs aux nôtres, relevés avec des enfants plus âgés.
Nous avons poussé notre étude plus loin et avons classé les
parasites observés suivant leurs variétés. Les résultats obtenus
ici, tout en se rapprochant encore beaucoup de la réalité, ne
(1) In Mathis et M. Leger Recherches de parasit. et de path. hum. et am¬
ies au Tonkin.
(2) A. Leger, Bull. Soc. path. exot ., 1914? L VII, p. 182.
(5) Sorel. Bull. Soc. pat. ex ., 1910, p. 792 ; 1911, p. 108,
160 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
peuvent cependant être aussi exacts que ceux que nous donnons
comme index endémique. Des frottis faits quelquefois dans de
mauvaises conditions : enfants récalcitrants, des fixations et
colorations parfois défectueuses, ont pu être la cause d'hésitation.
Nous n’avons admis comme parasites de la tierce bénigne ou de
la quarte que ceux qui en présentaient très nettement les caractè¬
res : schizontes à formes amiboïdes dans des globules hypertro¬
phiés, pigmentation, petites formes annulaires avec unique
caryosome malgré le volume du protoplasma, forme des gamè¬
tes, pour la première ; formes quadrangulaires ou en écharpes,
pigmentation des schizontes, globules atrophiés, pour la seconde.
Tout le reste a été classé comme parasite de la tropicale, dont
d’ailleurs les formes très nettes, multiples dans beaucoup de
frottis, l’emportaient incontestablement sur les autres : c’est en
effet au plus à une cinquantaine qu’on peut évaluer les cas où le
diagnostic laissa à désirer.
Parmi les formes de Plasmodium prœcox observées, nous
vîmes très souvent de petites formes annulaires, avec deux ou
trois caryosomes, dont un beaucoup plus petit, qui est donné
par certains auteurs comme rappel du blépharoplaste. Les glo¬
bules multi-parasites étaient fréquents. Parmi les gamètes, les
formes en croissant ne manquaient pas ; mais un grand nombre
aussi affectait la forme ovalaire, signalée déjà à la Côte Occiden¬
tale d’Afrique, par Marchoux (i).
Le Plasmodium prœcox se trouva donc ainsi 678 fois sur les
788 frottis positifs, contre 49 fois le Plasmodium vipax et n fois
seulement le Plasmodium malariœ. Soit donc comme index
endémique pour chacune de ces variétés : 76,9 0/0 de parasites
de la tropicale, 5,3 0/0 de parasites de la tierce bénigne et
1,2 0/0 de parasites de la quarte. Ces chiffres montent à 91 0/0
pour le Plasmodium prœcox , à 72 0/0 pour le Plasmodium vivax
et à 1,6 0/0 pour le Plasmodium malariœ, si nous n’établissons
le rapport qu’entre les parasites.
Il en serait donc autrement ici que dans le Haut-Sénégal-Niger,
région de Bamako, où les parasites dominants sont ceux de la
quarte. La proportion de PL uivcix est par contre à peu près la
même.
D’après nos souvenirs, il nous semble bien que nous avons
(1) Grall et Clarac, Traité de Path. Exot. Paludisme ,
Séance du 8 Mars i 9 i G
161
aussi trouvé une grande proportion de PL præcox à Brazzaville,
en août et septembre 1918. Lafont et Cadet qui, à Dakar, exa¬
minèrent six enfants revenant d’Afrique Equatoriale Française,
y avaient relevé une présence égale de tropicale et de quarte,
mais cet examen qui ne porte que sur un nombre infime, et
de provenances diverses sans doute dans l’Afrique Equatoriale
Française, ne peut être comparé avec nos observations.
Celte abondance du parasite de la tropicale tient-elle à l’insecte
vecteur du paludisme dans la région ? Cela ne nous paraît pas
impossible, car, parmi les nombreux moustiques que nous avons
recueillis un peu partout et en toutes saisons, nous n’en avons
trouvé guère qu’une seule espèce, très commune il est vrai en
hivernage, rentrant dans la sous-famille des Anophélines. C'est
un moustique de petite taille qui nous paraît être le Myzomijia
furies ta (1).
V. — Plasmodium Kochi
Ce parasite nous a paru rare, car, sur une trentaine de singes
cercopithèques, patas ou callitriches, et 3 cynocéphales que nous
avons eu l’occasion d examiner très fréquemment, nous ne
l’avons rencontré qu’une fois ; un callitriche en était porteur.
Du 10 août au 3i de ce même mois, jour de sa mort, il ne cessa
d’en montrer sous la forme gamète.
Ces gamètes avaient un pigment jaune d’or, à assez gros grains
pour les microgamétocytes, à grains plus fins pour les macro¬
gamètes, et, après coloration au Giemsa ou couleurs analo¬
gues, cette teinte jaune virait vers le noir pour les premiers, et
vers le bleu clair ou le vert pour les seconds. Le noyau était
formé d’une substance nucléaire toujours entourée d’une partie
claire : vacuole ou substance non colorable.
Les globules parasités paraissaient de grosseur normale.
Nous avons pu assez souvent assister à l’émission de flagelles.
Ils ne dépassaient jamais trois à la fois, mais souvent étaient
uniques. Pour cela, le microgamétocyte paraissait se contracter,
il diminuait en effet notablement de volume, son pigment entrait
en mouvement, tantôt rassemblé au centre, tantôt sur un des
bords du parasite; puis, à un moment donné, un pseudopode
paraissait s’allonger, animé lui-même de mouvements vifs et
(1) Détermination contrôlée par M, Koubaud,
162 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rapides qui finissaient par le détacher. Il disparaissait alors à
travers les globules.
12 3
Plasmodium Kochi.
(Dessinéd’après frottis desangcoloré provenant d’un cercopithèque callitriche).
i, 2, 4- — Schizontes avec légère pigmentation.
3. — Globules renfermant 2 schizontes, sans aucune pigmentation.
5, 6. — Forme en rosace ? — pas de pigment.
Du 22 au 27 août, en plus des gamètes, apparurent des sclii-
zontes. Ils affectaient soit une forme amiboïde, soit une forme
régulière, ovalaire ou ronde. Un caryosome en bandelette s’y
trouvait sur le bord du noyau non colorable. Pas de pigment.
Ces schizontes étaient quelquefois deux par globule.
Le 26, nous vîmes deux formes parasitaires que nous consi¬
dérons comme des rosaces en formation ou formées. En effet,
le parasite n’avait aucun grain de pigment et les caryosomes
étaient, dans l’un au nombre de 4, dans l’autre au nombre de 7
(le huitième ou caché ou non encore formé).
A la mort, l’autopsie montra de très nombreux ankylostomes
dans l’intestin, où ils formaient des tumeurs noirâtres. Le péri¬
toine renfermait du liquide, ainsi que le péricarde. Congestion
du poumon. Petit abcès costal. Foie normal. Rate noire, mais
non hypertrophiée. Le sang, le foie, la rate, le poumon renfer¬
maient de nombreux gamètes ; peut-être même se trouvait-il
quelques rares schizontes dans la rate. Rien dans la moelle
osseuse.
Des inoculations, soit avant la mort, soit à la mort, avaient
été pratiquées à 3 cerc. callitriches et à un c. patas, mais sans
aucun résultat.
Séance du 8 Mars 1916
163
VI. — Piroplasmose
Une petite épidémie de piroplasmose éclata dans un troupeau
de bœufs récemment acheté, mais ne paraît pas s’être propagée
aux bêtes provenant d’autres troupeaux et réunies aux premières.
Les parasites, endoglobulaires, très nombreux chez les ani¬
maux à leur mort, étaient très petits et ne paraissaientjpas se
trouver à plus de deux par globule. Ils avaient le plus souvent
une forme allongée avec le caryosome à une extrémité.
VII. — Filarioses
- . 1
Diverses filarioses existent dans la circonscription médicale
du Moyen-Chari, mais quelques-unes paraissent relativement
rares.
Le Ver de Guinée s’y rencontre peu fréquemment par exemple,
surtout si on compare ce pays avec les régions de Fort Lamy,
du Fitri, du Baguirmi, où il est excessivement commun. Les
quelques cas que nous en avons constatés ici, font été en hiver¬
nage, qui est la seule époque où les habitants prennent de l’eau
de mares, pour Tunique raison d’ailleurs que celles-ci se dessè¬
chent en saison sèche.
La Filaria voioulus aussi est peu commune, maigre la pré¬
sence d’un certain nombre de cas d’éléphantiasis, si toutefois il
faut admettre une relation entre sa présence et celle de cette
affection. Nous avons rencontré deux fois, dans le sang d’indi¬
vidus examinés pour toute autre raison, des microfilaires sans
gaine, se rapprochant de la taille des diurnci et nous les avons
attribuées à l’espèce voioulus, quoique les deux sujets n’aient sur
le corps aucune tumeur, comme cellesque produisent les F. vol -
valus adultes.
Les autres microfilarioses, à perstcins , nocturna et diurna sont
plus répandues que les deux précédentes. Nous avons souvent
rencontré ces embryons dans les examens de sang pratiqués
pour la recherche des trypanosomes et nous avons cru intéres¬
sant d’en établir l’index endémique pour la région. Nous n’avons
jamais vu d’adultes.
Index endémique des filarioses. — Pour obtenir un résultat
aussi exact que possible, nous nous sommes adressé, pour
prendre le sang à examiner, à deux groupes d’indigènes, prove¬
nant de toutes les parties de la circonscription et que nous pou-
104 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vions avoir facilement sous la main le jour ou la nuit: les pri¬
sonniers d une part ; de jeunes engagés volontaires d’autre part.
Les prises de sang furent opérées pour Micro filaria diarna , à
midi et à 3 h. du soir, suivant le groupement; pour Microfilana
nocturna, à 9 h. du soir et à minuit : ces frottis, pris le jour et
la nuit, servirent pour Microf. perstans.
Or sur 217 examens de sang, pris le soir, nous rencontrâmes
47 fois Micro filaria nocturna , soit donc dans 21, 65 0/0 des
frottis.
Micro filaria- diarna est loin d’atteindre le meme chiffre ; elle
ne fut rencontrée que 4 fois sur les 181 étalements de sang, faits
dans la journée, soit donc seulement dans 2,20 0/0.
Il n'en a plus été de même pour Micro filaria perstans , qui est
très fréquente. Sur les 181 examens desang du jour, nous l’avons
trouvée 64 fois, soit dans 35,35 0/0 des frottis ; dans la soirée,
elle nous a paru augmenter encore légèrement en nombre, puis¬
que sur les 217 lames récoltés sur les mêmes individus, nous
l’avons rencontrée 99 fois, c’est-à-dire dans 46,620/0 des cas.
Le plus souvent ces fîlaires étaient mélangées. En effet sur les
47 examens positifs concernant Microfilaria nocturna , on y
trouva également 26 fois Mf . perstans , de même que sur les
quatre cas de Mf. diurna , il y eut aussi deux fois avec elle
Mf. perstans.
Quant à l’existence simultanée de Mf. diurna et Mf. nocturna ,
nous n’avons pu nous en rendre compte, n’ayant pas numéroté
individuellement nos frottis de sang.
Si nous comparons ces index à ceux que nous pouvons con¬
naître des régions voisines ou analogues, nous remarquons que
la région de Fort-Archambault se différencie du reste du Congo
par la présence de nombreuses Mf. nocturna = 21, 65 0/0, alors
que Brumpt (i), Ouzilleau (2), Ringenbach etGuYOMARCH (3), n'en
rencontrent pas de l’Ouellé à la Côte, et de l’Ouahme au Gabon (4) :
mais un rapprochement peut s’établir avec la région de Bamako
= 12,64 0/0 d’après A. Leger (5), région qui comme celle de
Fort-Archambault, fait partie de la zone Soudanaise. Ce rappro-
(1) Précis de parasitologie , 2e éd., p. 4q7 et suivantes.
(2) Arc/i. méd. et hyg. col., no 3, 1918, p. 088.
(3) Bull. Path. exot., no 7, tome VII, 1 9 1 4? P- G19.
(4) Pourtant, Lebœüf ( Traité de Path. exot. de Grall et Clarac, t. VI,
p. 287), note sa présence à Brazzaville.
(à) Arch. méd. et hyg. col., no 1, 1914, p. 77.
Séance du 8 Mars i 9 i G 165
chement se continue avec Mf. diurna : 6,10 0/0 à Bamako,
2,20 0/0 à Fort-Archambault, contre 18,10 0/0 (Brumpt), et
16 0 0 (Ouzilleau) de FOuellé à la Côte et dans le M’Bomou. B faut
dire toutefois que Bingenbacii et Guyomarch n’en trouvent que
8,60 0/0 chez les adultes du Gabon.
Par contre notre index de Mf. perstans est assez proche de
celui de Brumpt, qui donne 47,2 0/0 alors que nous avons 35,35
et 45,62 pour le jour et la nuit. Au M’Bomou, il serait encore
supérieur d’après Ouzilleau : 64 0/0, alors qu’au Gabon, comme
sur le Niger, à Bamako., il n’atteindrait que 14,2 0/0 (R. et G.)
et 16,20 0/0 (A. L.).
VIII. — Goitre.
Dans une grande partie de la subdivision de Bédioudo, dans
un certain nombre de villages dépendant de celles de Moïssala,
de Béhagle et de Doba, se rencontrent une foule de goitreux.
Dans quelques villages des environs de Goundi, près de 80 0/0
de la population paraît atteinte.
Hommes, femmes, enfants sont porteurs de goitre ; il en est
de même de quelques animaux : chiens, cabris, peut-être même
chevaux.
Le goître commence à apparaître en toute saison et àtoutàge,
reste quelquefois très petit et demande à être cherché; mais le
plus souvent continue à s’accroître pour acquérir un gros volume :
tète d’enfant par exemple. Il agit alors par compression sur les
organes du cou, entraîne de l'oedème de la face par gêne de la
circulation, et de la suffocation par compression de la trachée :
la mort en est souvent le résultat. Tantôt sa surface est lisse,
tantôt elle est multilobée ; quelquefois complètement dure et
rigide à la pression, elle est, souvent aussi, molle et dépressible
en certaines parties.
Cette affection, d’après les indigènes, serait en extension. Ori¬
ginaire de la région de Goundi, elle aurait gagné ensuite un
grand nombre de villages, surtout depuis le passage de Rabah,
c’est-à-dire depuis une vingtaine d’années.
Elle n’est pas le privilège d’une race, elle s’observe, non seu¬
lement chez les Goulayes et chez les Madinguayes, mais aussi
chez les M’Bayes, chez les Lais et même chez les Baguirmiens.
Elle n’est pas héréditaire : des enfants de goîtreux sont indem-
I
166
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nés, alors que d autres, n’ayant aucun goitreux dans leur ascen¬
dance, en sont atteints.
Les indigènes paraissent lui reconnaître une origine infec¬
tieuse : port d’un objet précédemment en possession d’un goi¬
treux ou absorption d’eau contaminée par lui.
Nous avons cherché quel pouvait bien être la cause de cette
maladie. Nous nous empressons de dire tout d’abord que nous
ne sommes arrivé à aucun résultat.
Nous ne croyons pas en tout cas pouvoir faire intervenir dans
sa production une propriété physique ou chimique des eaux de
consommation de cette région. Cette eau est presque tout le
temps de beau de puits ; pendant quelques semaines toutefois,
au début de l’hivernage, on recueille l’eau de pluie et on la con¬
serve dans des vases de terre où elle est puisée au fur et à mesure
des besoins. Plus tard, on prend l’eau de mares, tant que celles-ci
existent. Cela se pratique dans la plus grande partie du Terri¬
toire et n’y entraîne nullement le goître. Ce serait donc peu en
rapport avec l’extension de la maladie.
Faut-il y voir une action de la radio-activité des eaux de puits
de la région ? Généralement les eaux radioactives existent sur
les pourtours des chaînes de montagnes et il ne s’en trouve
aucune ici : le pays est une sorte de plateau, très peu élevé et tra¬
versé par quelques rivières marécageuses. 11 y a cependant, à la
bordure nord-est, un très léger relief de terrain, constitué par
de la latérite. On en trouve dans beaucoup d’autres endroits en
Afrique et meme dans le Territoire, sans qu’il y ait de goîtreux.
On pourrait peut-être supposer l’existence, en des temps géolo¬
giques anciens, d’une chaîne montagneuse actuellement dispa¬
rue, mais alors il paraît difficile d’expliquer l’extension actuelle
de la maladie.
Aussi ne sommes-nous pas éloignés de croire à une origine
parasitaire. Nous écartons toutefois l’origine paludéenne, en
raison de l’intensité du paludisme dans toute la colonie et de la
localisation du goître en ce coin.
Nous avions cherché une indication dans la formule leuco¬
cytaire des goîtreux. Nous avons dû y renoncer après avoir cons¬
taté que la plupart d’entre eux avaient des filaires ou du palu¬
disme et que par conséquent les résultats obtenus par ce moyen
ne pouvaient être utilisés.
Des essais d’inoculation de sang à des cabris, à de jeunes chiens
M. Eouilliez
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M-XoaJbe
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Légende
G/ossina morsitans . .
G/ossina tactunoides.
G/ossina palpa /is .
- Village ou ont été vus des
trypanosomes .
| Zone d endémicité delà ma/ad/e
du Sommeil.
\ '
I Zone d'endémicité du cyo/tre.
-r+ +++
Réparation doterntoire duTchao
et de ÏOubangui-Chan .
Echel le
_ i /
5 O KH: approx-
M
Boumo • i
Carte schématique de la circonscription médicale, indiquant la répartition des tsétsés, de la maladie du sommeil et du goître, d’après nos observations personnelles.
C.-
Séance du 8 Mars 1916
167
ou à des singes, ne donnèrent rien. Il en fut de même d’ailleurs
d’un essai d’infection de jeunes rats par absorption d’eau de
puits d’un village très contaminé.
Nous aurions abandonné ces recherches depuis longtemps si
deux faits n’étaient venus nous engager à les continuer dans le
sens d’une origine parasitaire. i° Un enfant de l’école, récem¬
ment arrivé à Archambault de son village où le goitre existe, fut
pris d’une fièvre assez forte, durant plus d'un mois, sans jamais
montrer d’hématozoaire du paludisme, et à laquelle succéda du
goitre; 20 la découverte dans la région où la maladie est endé¬
mique d’un insecte de la famille des Réduvides, tribu des Acan-
thaspidiens, Acanthaspis sulcipes Fabr., proche parent des Cono-
rhines et des Triatomes, qui appartiennent à la même tribu (1).
Malheureusement nous sommes à i5o kilomètres environ du
pays goitreux et ce n’a été jusqu’ici qu’en le traversant deux fois
très rapidement que nous avons pu chercher à étudier l’origine
de cette maladie. Dans ces conditions, il eût fallu un concours
heureux de circonstances pour nous permettre d’élucider cette
intéressante question, que nous sommes obligé de remettre à
plus tard.
( Travail du laboratoire de Fort- Archambault l,
ier novembre 19 15).
M. J.-L. Todd. — Peut-être 11e serait-il pas sans intérêt de
mentionner que, au cours de notre expédition dans la Gambie
Anglaise, au commencement de l’année 1911, nous avons remar¬
qué un pourcentage de goitreux assez élevé chez les habitants
de quatre villages de la Haute-Gambie, rive droite, territoire
anglais. Le fait était d’autant plus remarquable que ces cas ont
été les seuls qui se soient présentés durant le cours de notre
itinéraire.
(1) Renseignements fournis parM. Roubaud, qui a pu déterminer l’insecte
par comparaison avec les types du Muséum de Paris.
168
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Existence d’un petit foyer de trypanosomiase
humaine à la Basse Cote d'ivoire
Par G. BOUET.
Un cas de maladie du sommeil ayant été reconnu clinique¬
ment et bactériologiquement chez un enfant métis, en pension
depuis quatre ans à l’Ecole de Bingerville, il importait de se
rendre compte si des foyers de trypanosomiase humaine existaient
en Basse Côte d’ivoire.
Les recherches que nous avons effectuées de 1906 à 1908 dans
la majeure partie de cette colonie, nous avaient fait admettre
l’hypothèse que la maladie n’existait pas endémiquement à la
Basse Côte. Nous désignons ainsi toute la partie de la Côte
d Ivoire comprise entre la côte et la limite Nord de la forêt tropi¬
cale, en comprenant dans cette zone la partie Sud du Baoulé,
qui, comme on le sait, est un pays de forêts coupé de savanes,
et en assignant, comme limite probable d’extension de la mala¬
die au Sud, les cercles de Bouaké et de Bouaflé.
En fait, le premier cas, contracté sur place, que nous rencon¬
trâmes alors, le fut chez un indigène de Bouaké.
Toutes nos investigations en Basse Côte, dans les nombreux
villages visités, restèrent négatives. Les cas signalés comme
ayant été constatés dans cette région par les médecins, dans les
formations sanitaires, furent reconnus, après enquête, d’ori¬
gine étrangère.
Les malades étaient pour la plupart des miliciens ayant
séjourné en Haute Côte et originaires des régions Soudanaises,
ou des indigènes venus en déplacement à la Côte. Nous ne
manquâmes pas de signaler l’extrême abondance des glossines
dans la zone forestière, en particulier la présence de G. pcilpalis
et par suite la possibilité, à un moment donné, de l’extension de
la maladie du sommeil dans les régions jusqu’alors indemnes (i).
Depuis 1908, les divers médecins en service à la Basse Côte
d’ivoire 11’avaient pas signalé, dans leurs rapports, de cas de
trypanosomiase d’origine nettement autochtone.
(1) Journal Officiel de la Côte d'ivoire , 29 février 1908, no 4, page 7a.
/
<V * • « / '
Séance du 8 Mars 1916
1 60
En 1 9 1 1 , le Dr Sorel, Directeur du Lal)oratoire de Bassam,
en collaboration avec le P1 Würtz, avait exploré, à ce point de
vue, une notable partie de la Basse Côte (Indénié et région des
Lagunes). Gomme nous, ces auteurs avaient admis que la mala¬
die du sommeil n’était pas endémique dans ces régions.
En septembre 19 1 3, l’attention du D1 Gouvy, successeur du
D1 Sorel au Laboratoire de Bassam, est attirée par la constata¬
tion d'un cas chez un enfant originaire de Drewin et n'ayant
habité que ce village et Bassam. On sait l’importance qu’a prise
la région du Bas Sassandra depuis l’installation des huileries
et le nombre élevé d’indigènes de la Haute Côte qui y travaillent.
Ce cas semblait isolé et on ne pouvait en expliquer la genèse par
la présence à Drewin de porteurs de virus venus du Nord.
Peu après, un cas fut encore constaté chez un enfant né à
Moossou, près Bassam, qui n’avait jamais quitté son village.
Les trypanosomes furent trouvés dans le liquide ganglionnaire,
mais il fut impossible au D1 Gouvy de suivre l’enfant, qui
disparut.
Enfin survint le cas de Bingerville en décembre 1914 chez un
enfant métis.
A la suite de cette dernière constatation nous avons été
chargé par le Gouvernement Général et l’Inspecteur Général des
Services Sanitaires et Médicaux de rechercher si des cas de
maladie du sommeil existaient à Bingerville et aux environs,
ainsi que, d’une façon générale, dans toute la zone de la Basse
Côte, et si la maladie s’était créée dans une région, jusqu'alors
indemne, des foyers d’endémicité.
Comme conclusions à ces recherches, nous devions enfin pré¬
coniser une série de mesures prophylactiques au Gouvernement
de la Côte d'ivoire.
Dès notre arrivée au Chef-lieu de la colonie, nous avons com¬
pulsé, dans les Archives du Gouvernement , les rapports médi¬
caux de 1905 à 19 1 5. Il importait en effet de se rendre compte
si, pendant ce laps de 10 années, la maladie du sommeil avait
fait quelques progrès et s’était étendue à des points considérés
comme indemnes jusqu’alors.
Pour 190b, le D1' Vjvie, alors Chef du Service de Santé, avait
publié dans les Annales d' Hygiène et de Médecine coloniales un
tableau où il note les cas contractés : Bassam, Lahou, 3;
Toumodi, 2 ; soit 9 pour la Colonie. Il ajoute « Les gens atteints
12
170
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
étaient originaires du Sénégal ou du Soudan, jamais du pays
lui-même ».
Nous avons groupé dans le tableau I les cas constatés ou
traités depuis 1906 dans les formations sanitaires et poste médi¬
caux de la Basse Côte (zone côtière et forestière) et du Baoulé
jusqu à Toumodi.
Le tableau II contient les postes de la Haute Côte, c’est-à-dire le
Baoulé-Nord et la zone soudanaise, depuis la limite Nord jusqu’à
la frontière. Nous n’avons point fait entrer pour Tannée 1907
dans le tableau II les résultats de nos propres constatations dans
la Haute Côte. Elles feront l’objet d’un autre rapport.
Nous avons marqué en caractères gras les cas d’importation,
c’est-à-dire constatés chez les indigènes non autochtones, venus
pour des raisons diverses se faire traiter dans nos formations
sanitaires. C’est le cas des tirailleurs, miliciens, gens de service,
porteurs etc. qui gravitent autour des Européens. Les cas non
soulignés sont ceux constatés chez des autochtones n’ayant
pas quitté le pays.
Tableau I
Indigènes reconnus trypanosomés dans la Base Côte d’ivoire.
Séance du 8 Mars i <j i (>
1 7 1
Tableau II
Indigènes reconnus trypanosomés dans la Haute Côte d’ivoire
Un simple coup d’œil jeté sur le tableau I montre que la
maladie du sommeil n’existait pas à l’état endémique dans la
Basse Côte, alors que le tableau II montre qu elle sévit chez les
indigènes de la Haute Côte. On peut objecter que les habitants
des régions du Sud de la Colonie, ne viennent vraiment à nous
que depuis quelques années et que nous ne voyons qu'un très
petit nombre de leurs malades. Cette objection ne suffit pas à
expliquer l'absence totale de cas autochtones de maladie du
sommeil pendant une aussi longue période. Quelques-uns des
médecins qui se sont succédés en Basse Côte d Ivoire ont vac¬
ciné dans de nombreux villages, y ont séjourné, comme nous,
au cours de fréquentes tournées. Cependant, aucun d’eux n’a
signalé l’existence de la maladie. Les indigènes de toutes ces
régions, si différents de langage, n’ont aucun nom pour dési¬
gner la maladie du sommeil. Ils en ignorent l’existence et la
nient quand on leur en indique les symptômes si nets de la der¬
nière période. Par contre, il n’est pas un dialecle indigène qui
n’ait un vocable pour désigner la mouche tsé-tsé. Voici le relevé
de quelques-uns de ces noms en dialectes de la Côte d’ivoire.
A e g ou fi
Alladian (Région de Jackville) .
Brignan (Région de Lahou).
172
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Adioukrou (Région de Dabon) .... Dé fri
Attié (Région de Agboville) . Nihin
Langue de Bassani . N' Go loué
Agni et Baoulé . Akohuè
Indén IC • • • • • • • • • * Akijékrou
Mandê-Dioula . Lé
Sénoufo (Région de Korogo) . Noconondo
Kollango . lnkanga
Dialectes d’autres régions de l'Afrique Occidentale Française.
Ouoloff ....
Peul et Toucouleur .
Sarrakolé ou Soninké
K ko s
Loi 1ère
Fa-kié
Nous avons dit plus haut qu’en i < j 1 3 , le Dr Gouvy avait exa¬
miné et traité pour trypanosomiase un indigène de Drewin
(Cercle de Sassandra) et avait attiré l’attention sur la possibi¬
lité de l'introduction de la maladie du sommeil par les indigè¬
nes venus du Nord de la Colonie. Deux cas chez les indigènes
de race bambara, par conséquent originaires du Nord, employés
aux huileries de Drewin, avaient déjà été signalés en 1912. Peu
après, Gouvy signalait un autre cas chez un enfant de Mossou
près Bassam.
C'est en décembre 1914 que le Dr Neveux, chargé du service
médical de l’école de Bingerville, trouva des trypanosomes
dans le sang d'un enfant métis, Victor Bogui, né à Lahou et
depuis 4 ans à l’école du chef-lieu.
L’enfant ayant passé en 1 () r 3 et n)i4ses vacances (juin-j uillet-
aoùt) chez sa mère à Moyen -Lahou, il y avait lieu de rechercher
si la contamination avait pu s’effectuer dans ce dernier village.
Des renseignements fournis par le médecin de l’administra-
teur de Lahou, il résulte que la maladie du sommeil est inconnue
des indigènes du Cercle. L’enquête très sévère faite également
près de l'entourage de la mère de l’enfant est restée négative.
Bogui, d’après les renseignements que nous avons recueillis à
Bingerville, aurait commencé à être malade vers mai 1914* II
se sentait faible et se plaignait de maux de tête. Le signe de
Kérandel semble avoir été chez lui des plus nets. La moindre
sensation de toucher lui était douloureuse. II avait de fréquents
accès de lièvre, rebelles à la quinine.
Le Dr Couvy, qui a vu la préparation de sang faite par le
D1 Neveux, y a trouvé d’assez nombreux trypanosomes. Le trai¬
tement ayant été institué dès la constatation des trypanosomes,
-Tu .
Séance nu 8 Mars t <> i (>
173
nous n'avons pu retrouver d’hématozoaires dans le sang* du
malade, par examen direct ou centrifugation, pas plus que dans
la lymphe d’n n volumineux ganglion susépitrochléen . Le cas n’en
avait pas moins été cliniquement et bactériologiquement con¬
firmé. Restait à chercher dans quelles conditions, l’enfant avait
pu se contaminer. L’hypothèse d’autres cas, parmi la population
de l’école, devait être écartée tout au moins provisoirement, car
depuis la constatation de la maladie de Bogui, des examens
répétés avaient été pratiqués par le Dr Neveux et à l’hôpital,
chez tous les enfants de l’école; ils avaient été négatifs. Il
importait donc de savoir si Bogui avait un genre de vie qui pou¬
vait faire supposer une contamination extérieure.
Tout en reconnaissant que les glossines ne sont pas rares à
Bingerville, il est certain que leur nombre est loin d’être aussi
considérable qu’il l’est, par exemple, aux abords de la lagune.
Ebrié, ou dans les sentiers, bordés d’une végétation dense, qui
conduisent des villages environnant Bingerville soit au Chef-
Lieu, soit aux divers « débarcadères » de la lagune.
Or, de l’enquête à laquelle nous nous sommes livré, il résulte
que, fréquemment, les enfants de l école allaient en promenade
avec leur instituteur et faisaient avec lui d’amples récoltes d'in¬
sectes. Souvent, le dimanche, nous les avons vus revenir de la
brousse avec leurs filets de chasse. Nul doute qu’ils aient été
souvent piqués, tout comme nos propres chasseurs de glossines,
dans les sentiers des environs de Bingerville. Il v a donc lieu
d’envisager l’hypothèse de la possibilité de la contamination de
l’enfant, au cours d’une de ses promenades, par une mouche
infectée.
D’autre part, il était bien évident qu’il y avait les plus gran¬
des chances pour que d autres cas fussent trouvés chez les indi¬
gènes de Bingerville ou des environs immédiats. Nous avons
procédé à l’examen méthodique aussi complet qu’il nous fut
possible des indigènes groupés autour de Bingerville.
Les vil l âges qui font partie de celte agglomération sont :
Bagba, situé au Sud et au pied de la colline où est bâtie la ville
européenne et à environ i kilomètre de celle-ci. Ce village est
en bordure de la lagune et les glossines y sont communes. Il
est presque uniquement peuplé d’étrangers au pays. La plupart
des gens qui l'habitent sont des Baoulés, des indigènes des
cercles du Nord (Mankono, Üdienné, Séguéla, Korogo, Kong,
174
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Bondoukou, etc.), des Soudanais, puis quelques Ebriés et Attiés
autochtones.
Le village de Santé qui est situé au Nord-Ouest de la ville
comprend deux agglomérations : l une, composée d’étrangers —
miliciens, boys et leurs familles, — est derrière Bingerville;
l’autre, dans la savane au Nord-Ouest, est composée d’un petit
groupement d’Ebriés autochtones. Enfin à 3 ou 1\ kilomètres de
Bingerville, à l’Est, se trouve le village d’Adjamé qui renferme
environ 260 à 3oo Ebriés. Quelques autres villages, assez éloi¬
gnés du Chef-lieu, ont fourni à nos recherches une soixantaine
d’hommes.
665 examens de sang ont pu être pratiqués; ils rïo/it donné
(j 11 un résultat positif \ chez un indigène autochtone d’Adjamé,
sur 222 examinés dans cette localité.
. Quelques indigènes présentaient des ganglions hypertrophiés;
tous, au nombre de 21, ont été ponctionnés sans aucun résultat
positif.
En résumé, les étrangers au pays n’ont présenté aucun cas,
alors que nous avons trouvé chez un Ebrié d’Adjamé des trypa¬
nosomes à l’examen direct du sang.
Le village d’Adjamé n’est pas situé aux abords immédiats de
la lagune, mais il possède un « débarcadère » qui y donne accès
par un sentier tracé en pleine forêt. Les glossines y sont nom¬
breuses et c’est un des points où nous en avons récolté un grand
nombre. D'autre part, les cultures vivrières des indigènes sont
situées au milieu de clairières aménagées dans les peuplements
naturels des palmiers à huile. On sait que les feuilles basses des
jeunes palmiers et la terre au pied des troncs sont des lieux
d’élection pour la ponte des tsétsés. Les indigènes sont donc
fréquemment piqués par les mouches pendant les journées
qu’ils passent au milieu de leurs cultures. On peut affirmer
que, chaque jour, dans leurs déplacements, ils sont en butte
aux piqûres des glossines. Aucun d’eux n’y échappe, surtout si
l’on songe aux conditions dans lesquelles ils travaillent, le
torse et les jambes entièrement nus.
Le malade, chez lequel nous avons trouvé des trypanosomes,
Anombo, est un homme de 16 à 18 ans, dont le regard fuyant et
l’air absent nous avaient frappé. Il est né à Adjamé et n’a pour
ainsi dire jamais quitté son village. Ses déplacements se bornent
à un ou deux voyages à Bassam, à Abidjan et à Grand Alépé,
Séance du 8 Mars 1916
175
où il n’a du reste pas séjourné. Il parle le français, mais scs
explications quand on l’interroge sont embrouillées. Il passe
d’un sujet à l’autre avec rapidité, sans aucune suite dans les
idées. Tout effort mental lui est difficile. Il est impulsif et, à
peine arrivé au Laboratoire, il demande à repartir chez lui. Le
tout est accompagné d’énervement dû à une très grande excita¬
bilité. Sa loquacité est intarissable. Si nous résistons à son désir
de départ, il se met à pleurer. Son émotivité est exagérée. Son
entourage l’a du reste remarqué et nous le signale. Mais en
dehors de ces symptômes mentaux et d’une céphalalgie presque
journalière, parfois accompagnée de fièvre, on ne découvre
aucun autre symptôme. Pas de ganglions ni cervicaux, ni
axillaires, ni inguinaux. Le signe de Kérandel n’existe pas.
L’examen du sang n’a été positif qu’une seule fois, le jour du
premier examen. Depuis, il nous a été impossible de retrouver
des trypanosomes à l’examen direct. Ajoutons qu’un cercopi¬
thèque (Cercopithecas callitrichus), inoculé avec 6 cm3 de sang, ne
s’est pas infecté une première fois, ni une seconde après une
inoculation de 10 cm3. Cette espèce de singes n’est cependant pas
réfractaire au trypanosome humain.
Les faits qui se dégagent de cette rapide observation du cas
d’ÂNOMRO montrent les difficultés que rencontre parfois le méde¬
cin dans le diagnostic précoce de la trypanosomiase humaine et
le peu de crédit qu’il faut souvent accorder aux résultats néga¬
tifs de l’examen direct du sang aussi bien qu’au syndrome
ganglionnaire.
Parmi les indigènes dont nous avons ponctionné les ganglions,
nous n’avons trouvé aucun trypanosomé et notre unique malade
ne présentait aucune hypertrophie de ces organes appréciable
au toucher. La ponction ganglionnaire qui rend les plus grands
services dans le diagnostic de la maladie du sommeil, n’acquiert
vraiment toute sa valeur que dans les régions où l’endémicité
de la trypanosomiase est déjà nettement établie.
La découverte du cas Anombo confirme donc l’hypothèse de
l’existence d’un petit foyer de maladie du sommeil dans la région
de Bingerville. Il est certain qu’un examen unique des indi¬
gènes vivant aux abords du chef-lieu ne nous permet pas
d’affirmer que les deux cas trouvés resteront les seuls. Des
examens fréquents de tous les indigènes seront nécessaires, si
l’on veut arriver à déceler des cas qui ont pu échapper à notre
170
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
enquête. Nous ne pensons pas cependant qu’il y ait de nom¬
breux indigènes atteints. Ce foyer n’a certainement pas encore
fait tache d’huile et on peut affirmer que la région n’est pas
contaminée au même titre que le sont les cercles du Nord.
Puisque la maladie semble avoir été de tous temps inconnue
aux indigènes, son apparition actuelle ne peut avoir qu’une
origine étrangère et récente. 11 est certain que, depuis la créa¬
tion du centre de Bingerville, d’assez nombreux cas de trypano¬
somiase y ont été constatés. En 1906, nous y avons examiné
un prisonnier parvenu à la dernière période de la maladie. Il
11’avait jamais été hospitalisé depuis le début de son affection et
était à Bingerville depuis 2 ans. Cet homme avait donc pu,
pendant de nombreux mois, remplir l'office de « réservoir à
virus » vis-à-vis des glossines du périmètre de la ville.
Oue ce fait se soit reproduit depuis lors, nous ne croyons pas
qu’il en faille douter et parmi la population attirée par la créa¬
tion du chef-lieu, nul doute qu’il ne se soit glissé des trypano-
somés à la première période de leur maladie.
Nous pensons qu’ils ont dû être les seuls « réservoirs de
virus » et nous basons notre hypothèse sur les résultats que
nous a donnés l’examen des animaux domestiques ou sauvages
que nous avons pu voir pendant notre séjour à Bingerville.
Trypanosomiases chez les animaux. — Nous avons visité d’une
part tous les animaux destinés à l’abatage, bœufs et moutons ;
puis les quelques animaux qui composent le troupeau adminis¬
tratif. Une sage réglementation a prescrit que la descente à la
côte du bétail des régions du Nord, ne pourrait s’effectuer que
par la voie ferrée. Le grand marché de Bouaké approvisionne
seul les villes de la région côtière.
L’organisation, d’une visite sanitaire devant permettre de
prémunir les régions côtières de l’importation d’animaux trypa-
nosomés, un service d’inspection avait été institué dans ce but à
Bouaké et à Korogo. Il a fonctionné d’une façon parfaite pen¬
dant tout le séjour à Bouaké du Dr Delanoe qui, systématique¬
ment. a examiné, au microscope tous les animaux en tran¬
sit. Depuis lors l’œuvre est tombée. La simple visite, soit par le
médecin ou même par l’infirmier indigène chargé du parc
vaccinogène, des troupeaux à leur arrivée à Bouaké, sans
examen microscopique, est tout à fait illusoire. Il en est de même
Séance du 8 Mars i 9 i 0
177
pour Korogo où le service fonctionne dans les mêmes condi¬
tions qu'à Bouaké actuellement.
Nous avons relevé à Bingerville sur 20 boeufs destinés à la
boucherie, un cas de trypanosomiase due au Trypanosoma cazal-
boui (Souma). Cette trypanosomiase ne se rencontre que rare¬
ment en Basse Côte, ainsi que nous l’avons montré en 1906. Le
bœuf atteint avait certainement été contaminé dans la Haute
Côte ou au Soudan. II avait donc transité à Bouaké sans qu’on
eut décelé son affection; peut-être aussi était-il alors en période
d’incubation.
De même, sur 22 moutons venus du Nord, un nous a montré le
même trypanosome.
Quant au troupeau administratif, composé de 22 bœufs et
vaches de race autochtone (petits bœufs de la Côte), aucun de
ces animaux ne présentait de Trypanosomes à l’examen du sang.
La race des petits bœufs de la Basse Côte d’ivoire représente
une race résistante vis-à-vis des trypanosomiases endémiques de
la Basse Côte.
Sur 7 moutons que possédait la station, un présentait du
Trypanosoma dimorphon , trypanosome le plus fréquent des
régions côtières et forestières de la Côte d’ivoire. Ce mouton,
d’origine étrangère, avait été introduit depuis un ou deux ans à
Bingerville.
Enfin un cheval, l’un des rares représentants de l'espèce en
Basse Côte, acheté par des Américains à un Européen et depuis
5 ou 6 mois seulement à Bingerville, présentait du T. pecaudi.
L’animal avait longtemps vécu à Bouaké où il s’était vraisem¬
blablement contaminé.
Notons enfin que les villages des environs de Bingerville ne
possèdent plus d’animaux domestiques. Ils ont été éloignés du
Chef-lieu par raison administrative et ils étaient fort peu nom¬
breux, du reste. Il ne reste que quelques chiens. Nous avons
montré dans notre précédente enquête qu’ils étaient parfois
atteints de T . dimorphon.
Les animaux sauvages sont relativement nombreux aux abords
de Bingerville. Nous avons pu examiner le sang de 2 antilopes :
Cephalophas maxwelli et Tragelaphus scriptus. Elles ne présen¬
taient pas de trypanosomes à l’examen du sang. Le manque
d’animaux d’expérience ne nous a pas permis de rechercher si
leur sang était infectant à haute dose,
178
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
Des résultats de ces examens on est en droit, selon nous, de
conclure au peu de chances que possède le trypanosome humain
de se créer un réservoir à virus en dehors de son hôte normal,
l’homme. Troupeaux et animaux sauvages sont trop peu nom¬
breux aux abords du Chef-lieu et leur nombre est infime par
rapport à la population humaine.
Pouvoir infectant des glossines. — Nous avons fait récolter
de nombreuses Glossina pal palis aux abords des divers villages
du périmètre du Chef-lieu. L’examen de ces mouches au point
de vue de la présence possible de flagellés a donné les résul¬
tats suivants :
i° Abords et sentiers du village de Bagba près de la Lagune
Ebrié. Mouches examinées : 81. Aucune n’est infectée.
2° Sentier conduisant à l’huilerie américaine et traversant de
nombreuses plantations des habitants de Bagba. Mouches exa¬
minées : 82 ; une infectée.
3° Abords et sentiers du village d'Adjamé (route de Bassam
comprise). Mouches examinées : 34- Aucune n’est infectée.
4° Abords et sentiers du village de Santé et du Nord de
Bingerville. Mouches examinées 2 449 9 infectées.
5° Plantation Granjan sur les bords de la Lagune au Sud-
Ouest de Bingerville. Mouches examinées 17, 2 infectées.
Ainsi, sur un total de 458 glossines examinées nous avons
constaté chez 12 mouches la présence de flagellés.
Nous avons identifié ces infections d’après le siège qu’occu¬
paient les flagellés dans le tube digestif et d’après leurs carac¬
tères morphologiques.
La mouche provenant du sentier de l’huilerie américaine, pré¬
sentait une infection dans l’intestin moyen, sans propagation
à la trompe ni aux glandes salivaires. Cette culture intestinale
nous a paru, d’après l’examen des flagellés, se rapporter aux
infections à T. dimorphon ou T. pecaudi. .
Les neuf mouches, provenant des abords de Santé, nous mon¬
trent le pourcentage élevé de contamination des glossines vivant
dans ces parages. Il est de 3,7 0/0. Disons de suite qu’aucune
de ces tsé-tsés ne présentait le type évolutif du Trypanosoma
gambiense (trypanosome humain) dans les glandes salivaires.
Une des infections siégeait dans la trompe seule avec culture
intense. Sur les parois du labre, de très nombreuses colonies.
)
V
179
Séance du 8 Mars 1916
L’hypopharynx renfermait 5 ou 6 flagellés sous la forme trypa¬
nosome. L’intestin par contre 11e présentait aucune trace de
flagellés en culture. C’est le type classique de l’infection par
Trypanosoma cazalboui , trypanosomiase animale assez rare en
Basse Côte, mais qui s’explique par la présence à Bingerville
de bœufs et moutons contaminés venus du Nord. Les bœufs
d’alimentation amenés au Chef-lieu et ceux du troupeau admi¬
nistratif vont paître dans la savane de Santé et la mouche fut
capturée sur le chemin y conduisant.
Oualre autres mouches ont montré une culture intense de l’in-
testin moyen. Un examen des formes rencontrées nous a montré
que nous avions affaire dans les quatre cas à un trypanosome
du type dimorphon. L’infection ne s’étant pas encore étendue à
la trompe, les mouches n’étaient pas infectantes.
Les quatre dernières mouches présentaient une infection
exclusive de l’hypopharynx sans aucune trace de flagellés dans
une autre partie de la trompe ou du tube digestif.
L’une des mouches présentait une infection très intense de
l’hypopharvnx qui était totalement rempli de formes trypano¬
somes. Deux autres n’avaient qu’une infection moyenne et enfin
la dernière 11e présentait que 2 ou 3 trypanosomes accolés par
le flagelle aux parois de l’hypopharynx et qui paraissaient en
voie de disparition. Il s’agit donc sans doute d’une désinfection
progressive naturelle, phénomène que nous avons signalé anté¬
rieurement avec Boubaud pour les virus du type dimorphon-
pecaudi (1).
Des deux mouches capturées à la plantation Granjan, l’une
présentait le type de l’infection totale. La culture intestinale
était intense et la trompe renfermait des formes trypanosomes
très nombreuses dans l’hypopharynx. Au labre, des formes Lep-
tomonas assez rares étaient fixées. Le pouvoir infectant de cette
mouche nous fut du reste démontré expérimentalement. Un
chien soumis à ses piqûres contracta une infection à T. dimor¬
phon. L’autre mouche ne présentait qu'une culture intestinale
n’ayant point encore envahi la trompe.
Les glandes salivaires de toutes ces glossines, disséquées avec
soin, ne présentaient aucune forme permettant de conclure au
(1) Bouet et Roubaud. Expér. diverses de transmission des Trypanosomes
par les Glossines. — III. Bull. Soc. Path. Exot., t* 111, 1910, p. 602.
ISO Bulletin de la Société de Pathologie exotique
développement du trypanosome humain chez les mouches des
abords de Bingerville.
Nous pouvons conclure de ces données que les seules infec¬
tions constatées dans ‘les Glossina palpcilis étaient dues à
T. dimorphon et à T . cazalboui , les deux trypanosomes enzooti-
ques à la Côte Occidentale d’Afrique.
Si des mouches ont pu et peuvent s’infecter sur des porteurs
de virus humain à la Basse Côte, nous pensons que le pourcen¬
tage des glossines ainsi infectées de T . gambiense est très faible.
La crainte de voir revêtir à la maladie 'une allure épidémique
semble devoir être écartée. Quant à la création de petits foyers
tels que celui de Bingerville, ils seront toujours à redouter tant
que l’on ne pourra pas astreindre les indigènes venus du Nord
à une visite sévère et fréquemment renouvelée. Nous y revien¬
drons du reste dans nos conclusions sur les mesures prophylac¬
tiques.
L’enquête sur Bingerville dont nous venons d’exposer les
résultats devait, nous l’avons dit, se poursuivre par les mêmes
recherches effectuées dans les différents points de la Basse Côte.
Nous fûmes malheureusement dans l’obligation d’abandonner
notre enquête peu après notre arrivée à Abidjan. Dans ce poste,
notre programme était de commencer avec le virus Anombo de
nouvelles expériences sur la transmission du virus humain par
des mouches nées au Laboratoire. Devant l’impossibilité de nous
procurer des pupes dans la nature, nous fûmes obligé de con¬
server au Laboratoire des femelles destinées à nous fournir des
pupes. Nous en profitâmes pour faire piquer ces mouches sur
des Fanimaux sensibles et confirmer ainsi nos recherches anté¬
rieures sur l’endémicité du Trypanosomci dimorphon à la Basse
Côte.
Environ i5o mouches ont ainsi piqué alternativement un chien
et des cobayes. Le chien s’est infecté de T. dimorphon. Les
cobayes de nos expériences restèrent indemnes : On sait le peu
/de sensibilité du cobaye à ce virus et les difficultés qu’on éprouve
à le contaminer même par injection de sang virulent.
Le chien fut piqué par l'une des mouches chez laquelle l'in¬
fection du tube digestif était totale et en particulier les trypano¬
somes de l’hypopharynx très nombreux.
Cet hypopharynx fut inoculé en totalité à un cobaye qui ne
s’infecta pas.
Séance du 8 Mars 1916
181
CONCLUSIONS
La maladie du sommeil, qui existe à l’état endémique dans les
centres de la Haute Côte d’ivoire, au delà de la limite Nord de
la grande forêt, avec extension aux cercles de Bouaké (Baoulé)
et de Bouaflé (Gouros), depuis une époque qu’il n’est pas possi¬
ble de préciser, mais certainement très ancienne et, en tout cas,
antérieure à notre occupation de la région (1898), semblait,
depuis lors, ne point s’être étendue à la zone forestière et côtière
de la Basse Côte d’ivoire. Les recherches effectuées dans ce but,
avaient été jusqu’à ces dernières années complètement négatives.
En 1913, un ou deux cas constatés en Basse Côte, sur des
indigènes du pays, n’ayant jamais quitté la région côtière,
avaient retenu l’attention des autorités médicales.
Enfin un deuxième cas, sur un enfant métis de l’Ecole de Bin-
gerville, chef-lieu de la Colonie, reconnu atteint en décembre
1914, engagea le Gouvernement de la Colonie à demander une
enquête plus minutieuse.
Les résultats de l’étude dont nous avons été chargé par le
Gouvernement Général peuvent se résumer ainsi :
A. — De petits foyers de trypanosomiase humaine existent
actuellement à la Basse Côte d’ivoire.
Nous pouvons affirmer l’existence de Lun d’eux aux abords
directs du chef-lieu. L’examen de la presque totalité des indi¬
gènes (65o), des abords de Bingerville, nous a permis, en plus du
cas de l’enfant métis de l'Ecole, de découvrir un second cas chez
un autochtone de race Ebrié n’ayant pas quitté la Basse Côte.
Le peu de temps dont il nous a été donné de disposer, ne nous
a pas permis de compléter notre enquête. Il eût été important de
rechercher si la maladie ne s’était pas créée d’autres foyers, en
particulier à Drewin. Quelques cas, dans cette localité, chez des
étrangers au pays, qui ont sans doute rempli l’office de « réser¬
voir à virus » et chez un autochtone, auraient j ustifié cette étude.
Les mêmes recherches devaient être entreprises pour les cen¬
tres de la Basse Côte les plus peuplés et les plus menacés par
l’apport d indigènes venant de régions où la trypanosomiasé
humaine est endémique. Elles restent à faire.
B. — L’examen des animaux domestiques pouvant servir de
« réservoir à virus » pour le trypanosome humain ne nous a
182
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
donné que des résultats négatifs. Nous n’avons jamais rencontré
un trypanosome se rapprochant du T. gcimbiense.
Ces recherches nous ont permis, par contre, de confirmer nos
études antérieures qui avaient établi l’endémicité du T. dimor-
phon en Basse Côte d’ivoire. C’est, en effet, le seul trypanosome
que nous ayons trouvé chez des animaux vivant depuis long¬
temps à Bingerville (troupeau administratif).
En outre les animaux importés depuis peu pour la consom¬
mation et venus du Nord par chemin de fer ont présenté du
T. cazalboai , agent de la sourna, dont l’endémicité en Haute
Côte d’ivoire et dans la boucle du Niger a été également démon¬
trée par nos recherches antérieures et celles de Bouffard.
Une autre conclusion de nos études sur le bétail nous paraît
devoir être mise en lumière : c'est l’accoutumance des races
autochtones, dans le cas particulier, les petits bœufs de la zone
forestière et côtière et aussi ceux du Baoulé qui s’en rapprochent,
vis-à-vis de principal virus enzootique à la Basse Côte, le Trg -
panosoma d im or p h on .
Par contre, les bœufs soudanais importés dans cette région
pour en peupler et en développer le cheptel, n’y peuvent vivre,
décimés qu’ils sont par cette trypanosomiase. II ne faut donc
plus penser acclimater, dans les régions à endémicité du Trypa-
nosomci dimorphon , des animaux autres que ceux qu’une longue
série de générations, a peu à peu accoutumés à ce virus.
Nous dirons de même pour le virus de la Souma, T. ccizul-
boui, dont la véritable zone d’endémicité correspond aux régions
des savanes de la Haute Côte et du Soudan jusqu’à la limite
Nord où vivent les glossines susceptibles de transmettre cette
trypanosomiase.
Dans ces régions, le bétail autochtone (race dama de Pierre)
a peu à peu acquis une certaine immunité à l’égard de ce virus.
Les seuls animaux qui y succombent sont ceux d’importation
étrangère et provenant de régions où les glossines n’existent pas
(Zébus du Nord).
Ces considérations ne devraient jamais être perdues de vue
dans les essais d’élevage ou d’acclimatement du bétail trop fré¬
quemment tentées à la légère, dans les zones à glossines.
Le gibier, assez abondant aux abords de Bingerville, consiste
surtout en petites antilopes du groupe des Céphalopes. Nous ne
pensons pas qu’il soit à incriminer comme « réservoir à virus »
183
Séance du 8 Mars 1916
pour la trypanosomiase humaine. Il joue par contre très vrai¬
semblablement ce rôle en Basse Côte vis-à-vis du T . dimorphon
ainsi que nous l’avons montré ailleurs, dans une zone où cette
trypanosomiase est enzootique (Dahomey). L’examen du sang- de
2 antilopes à Bingerville a été négatif.
C. — L’examen des glossines des environs du chef-lieu devait
corroborer et éclairer nos recherches sur l’homme et les animaux
domestiques.
Il a confirmé nos hypothèses antérieures et montré : i° que le
pourcentage des mouches, susceptibles d’être infectées par le
trypanosome humain, devait être peu élevé; qu’en tous cas, il
n’était même pas de 1 pour 45o, puisqu’aucune des 458 mouches,
dont nous avons examiné le tube digestif et tout particulière¬
ment les glandes salivaires, siège du développement du Trypa¬
nosoma gambiense chez la mouche, n’était contaminée. Dans les
pays où la maladie du sommeil sévit intensivement (Ouganda),
Bruce et ses collaborateurs ont trouvé 1 0/0 des mouches con¬
taminées dans la nature.
20 Que les mouches étaient infectées par le Trypanosoma
dimorphon dans une forte proportion, 3,7 0/0, ce qui explique
l’endémicité de cette trypanosomiase animale en Basse-Côte
(ailleurs le pourcentage d’infection ne dépasse pas 1 0/0, Daho-
mey)-
3° Que l’infection des glossines par T. cazalboui était plus
faible : 1 pour 45o et que cette contamination d’une unique
glossine, avait été vraisemblablement contractée sur les animaux
de boucherie, arrivés infectés de la zone soudanaise, où la
Souma présente une endémicité élevée, pouvant aller jusqu’à
70 0/0 (Bouffard) des mouches examinées.
Comme conclusions à ces résultats, nous ajouterons qu’il
nous paraît peu vraisemblable que la maladie du sommeil
puisse prendre à Bingerville une extension considérable et une
allure comparable à celle qu’elle a dans la Haute-Côte, où le
pourcentage des indigènes trypanosomés atteint parfois 1 et 2 0/0
par village.
L’absence de toute contamination par Trypanosoma gambiense
des 45o mouches examinées nous en paraît un sûr garant.
Il est un autre facteur, qui a peut-être son importance. En
Basse-Côte, et en général dans les pays où G. palpalis existe toute
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’année et est répandue partout, où par conséquent l’état hygro¬
métrique reste toujours élevé, les glossines ne sont pas nette¬
ment localisées à certains points bien déterminés. Elles circu¬
lent, en un mot, toute l’année, beaucoup plus que celles que
des conditions physiques obligent à ne point s’écarter de leurs
gîtes.
Gomme conséquence, il nous apparaît que G. palpalis, e n
Haute-Côte d’ivoire, a beaucoup plus de chances de se conta¬
miner avec T. gambiense, qu’à la Basse-Côte, en admettant, ce
qui nous paraît être la normale, que le « réservoir à virus » soit
l'homme.
Contaminée aux abords d’un marigot, en saison sèche, en un
point où la presque totalité du village se rend chaque jour, une
glossine ne s’écartera guère, durant toute sa vie, de son gîte qui
est le seul endroit où elle puisse vivre. Puisant le virus humain
sur l’homme même, elle contaminera, dès l’instant où elle
deviendra infectieuse, quiconque passera à sa portée. Nous avons
rencontré jadis un gîte de ce genre à Korogho, au marigot boisé
où s’alimentait la population. C’était en saison sèche le seul
gîte des abords du village.
En Basse-Côte, par suite de l’humidité permanente, les condi¬
tions de vie et par suite de contamination de la mouche sont
toutes différentes. La possibilité de l’infection d’une glossine
nous apparaît comme devant être beaucoup plus rare.
Mesures prophylactiques. — Les mesures prophylactiques qui
découlent des considérations précédentes viseront : i° l’homme,
2° les glossines.
Nous laisserons de côté la prophylaxie des trypanosomiases
animales (elle se confond avec celle de la trypanosomiase
humaine) ainsi que la question du gibier considéré comme
« réservoir de virus ». Si ce dernier a un rôle important dans
la propagation des trypanosomiases animales, ce rôle est loin
d’être élucidé en ce qui concerne la trypanosomiase humaine à
T. gambiense.
» .
i° Homme. — La découverte de cas contractés sur place, par
des autochtones de la Basse-Côte d’ivoire, nous a obligé à
adopter vis-à-vis des indigènes provenant des cercles du Nord et
susceptibles de servir de réservoir de virus, par suite de l’endé-
Séance du 8 Mars 1916
185
micité de la maladie, dans les régions d’où ils proviennent, une
réglementation aussi stricte que possible.
Nous croyons que la seule qui puisse donner des résultats
consiste à astreindre ces indigènes à la formalité du passeport
sanitaire.
Nul indigène, provenant des cercles du Nord, de la colonie ou
des colonies de la Guinée et du Haut-Sénégal-Niger, ne devrait
être admis à circuler et à résidera la Basse-Côte, sans avoir été,
au préalable, muni d’un passeport sanitaire délivré par un méde¬
cin dûment qualifié soit à son point de départ, soit à Bouaké, où
passent la majeure partie des gens qui gagnent le Sud. La pré¬
sence, en principe, à Bouaké, d’un médecin rompu aux examens
de laboratoire, sera une excellente garantie. Ces examens élimi¬
neront, pensons-nous, la totalité des malades, quoique nous ne
dissimulions pas qu’un certain nombre échapperont aux investi¬
gations des médecins, par suite des difficultés de la recherche
du trypanosome humain, à la première période de la maladie.
En ce qui concerne les malades reconnus atteints et envoyés
au camp de ségrégation de Korogho, nous croyons devoir
appeler l'attention de l’autorité administrative sur les conclu¬
sions adoptées par le Comité supérieur d’hygiène de l’A. O. F.
en sa séance du 19 novembre 1 9 r 3 , qui a condamné le principe
des camps de ségrégation et montré que les meilleurs résultats
pouvaient être obtenus par la stérilisation périodique des mala¬
des. Un registre tenu en double expédition par les comman¬
dants de cercles et les médecins attachés à ces cercles, permet¬
trait d’avoir un contrôle rigoureux des trypanosomés qui
seraient laissés dans leurs villages et périodiquement soumis aux
injections médicamenteuses destinées à stériliser leur sang.
Ces mesures ont été adoptées dans la majorité des colonies
étrangères et les résultats, enregistrés et publiés jusqu’à ce jour,
sont excellents.
Quant aux petits foyers existant en Basse-Côte, de fréquents
examens des habitants des zones suspectes devront être métho¬
diquement poursuivis pour déceler les cas qui pourraient se
produire et ceux qui auraient échappé à nos investigations aux
abords du Chef-lieu.
20 Glossines. — La possibilité de la contamination des glossi-
nes par le virus humain étant démontrée par la découverte de
cas de maladie du sommeil en Basse-Côte, cette possibilité doit
i3
1 86 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
avoir pour conséquence une lutte rationnelle contre les tsé-tsés.
Le déboisement des abords des points où séjournent ces
insectes, en particulier près des marigots et points d’eau, s’im¬
pose et devra être organisé d’une façon systématique.
(. Mission de 1 Inspecteur mobile d’ Hygiène de VA. O. F.).
Recherches diverses sur la Tilaria
( Onchocerca) vohulus
Par J. RODHAIN et F. Van den BRANDEN.
Les observations et les expériences diverses que nous publions
ici, font partie d’un programme de recherches, que nous nous
étions proposé de poursuivre, concernant divers aspects de la
biologie de Y Onchocerca volvulus et que les circonstances de la
guerre actuelle sont venues interrompre.
Ce travail est donc forcément incomplet ; il peut se diviser en
trois parties :
Dans la première, nous avons réuni les observations qui ont
eu pour but la recherche de la présence des microfilaires dans
la lymphe et le sang des porteurs de kystes vermineux.
Dans la seconde, nous groupons les essais par lesquels nous
avons étudié l’existence, dans le sang de l’homme parasité, d’an¬
ticorps déviant le complément et l’influence des extraits parasi¬
taires sur la formule leucocytaire du liquide sanguin.
Dans la troisième, nous relatons les expériences que nous
avons réalisées concernant l'évolution des microfilaires chez les
moustiques et les punaises. Nous y ajoutons quelques observa¬
tions isolées diverses que nous avons recueillies au cours de nos
études sur les kystes k volvulus.
Nous exposerons dans cet ordre les résultats auxquels nous
sommes arrivés.
★
* *'
I. — Sur la présence des Microfilaria volvulus dans le sang et
la lymphe des porteurs de kystes a Onchocerca volvulus.
Tous ceux qui se sont occupés d’examiner le sang de porteurs
de tumeurs fibreuses à F. volvulus , sont unanimes à affirmer,
Séance du 8 Mars 1916
187
sinon l’absence, du moins l’extrême rareté des microfilaires dans
la circulation sanguine. Déjà Brumpt (i) en 1904 constate cette
rareté et Ouzilleau (2) qui est celui qui de loin a examiné le plus
grand nombre de cas, dit que, sur 2.000 examens de sang faits
de jour et de nuit, il n’a rencontré qu’une seule fois des embryons
de uolvuliis.
E. Rodenwaldt (3) qui, simultanément avec Fülleborn (4), a
décrit longuement la forme micro filarie une de Y Onchocerca vol-
vulus , affirme également, qu’en dehors d’un cas positif, il a
recherché sans résultat des embryons spécifiques dans le sang
d’un très grand nombre de porteurs de kystes vermineux.
Mais si la Microfilaria volvulus est rare dans le sang, elle est
fréquente dans le suc lymphatique des ganglions inguinaux et
cruraux, qui sont précisément les glandes qui drainentles régions
où siègent de préférence les fibromes parasités. C’est Ouzilleau
qui le premier, a établi ce fait que Fülleborn a confirmé dans
le seul cas qu’il ait pu étudier.
Les observations que nous avons faites à ce sujet, confirment
celles de l’auteur français. Nous avons recherché en outre, chez
une série de noirs infectés d’ Onchocerca, la présence des embryons
dans le sang en nous aidant de la centrifugation fractionnée.
En opérant lentement la première sédimentation des globules
rouges, on peut arriver dès la 2e centrifugation à obtenir la tota¬
lité des microfilaires dans le deuxième culot; nous avons pour¬
tant toujours examiné les dépôts des 3 centrifugations suc-
. cessives.
(1) E. Brumpt. Précis de Parasitologie, 1913, p. 621. Paris, Masson.
(2} Ouzilleau. L’Eléphantiasis et les Filarioses dans le Boma-Haut Ouban-
gui, p. 699 et 700. Annales d’Hygiène et de médecine coloniales , nji3, n° 3,
et Bull. Soc. Path. exotique , t. VI, 1913.
(3) E. Rodenwaldt. Eine neue Mikrofilarie im Blut des Menschen. Archiv
für Schiffs und Tropenhy giene , t. 'XVIII, n» 1 , 1914.
(4) F. Fülleborn et Simon. Untersuchungen über das Vorkommen der
Larven von Onchocerca volvulus in Lympdrüsen und Zirkulation. Beikeft für
Schiffs und Tropenhy giene, t. XVII, App. 9, hji5.
188
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Examens de la Lymphe et du Sang chez de:
Les signes, j/ + ± ± fÈ que nous employons depuis longtemps pour marquer le volume des ganglions ;j|
+ des glandes ayant plus de 1 centimètre 1/2 de diamètre en longueur et 1 centimètre en épaisseur. + des gla: ejt
± des glandes ayant 1/2 cm. de longueur sur 1/2 cm. d’épaisseur. ÜÈ des glandes ayant moins de 1/2 cm. dans tou: os
189
Séance du 8 Mars 1916
Drteurs de Kystes à Onchocerca volvulus.
amies, signifient :
aj.nt au moins 1 cm. de longueur et épaisseur. ± des glandes ayant 1 cm. de longueur, sur 1/2 d’épaisseur,
if! qui ne sont plus guère ponctionables.
190
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
Le tableau ci-dessus résume l’ensemble de nos constatations;
nous pouvons les analyser rapidement.
i. Quant à la présence des Microfilaria volvulus dans les
ganglions.
i° 28 porteurs de kystes à volvulus, chez qui nous avons noté
l’état des ganglions inguinaux ou cruraux, avaient tous un
engorgement manifeste de ces glandes.
20 Une ponction unique de ces ganglions prouva la présence,
dans le suc lymphatique, de Microfilaria volvulus dans 11 cas
sur 28. , ' . .
Dans les deux seuls cas (Bango et Isiongo) où nous avons fait
plusieurs examens, nous avons obtenu 2 résultats positifs sur 5.
3° Chez i5 porteurs de volvulus , nous avons noté l'état des gan¬
glions du cou ; aucun n’avait une hypertrophie considérable de
ces glandes; chez 5, nous avons observé. 1-2 ou 3 glandes engor¬
gées, mais elles étaient petites et dures.
La ponction faite chez le malade Bango fut positive au point
de vue Microfilaria volvulus.
Nous devons faire remarquer ici que, dans aucun cas, nous
n’avons obtenu, par ponction des ganglions, un grand nombre
de microfilaires, le maximum d’embryons comptés a été de cinq
pour une goutte de lymphe.
2. Quant à la présence des microfilaires dans la circulation
sanguine.
i° Chez aucun de 29 noirs parasités de Onchocerca volvulus ,
l’examen direct du sang ne nous a permis de constater la pré¬
sence de la grande microfdaire sans gaine.
20 Chez i5 porteurs de kystes à volvulus , la centrifugation
fractionnée de iocm:! de sang ne permit pas non plus de déceler
des embryons filariens spécifiques.
3° Chez 6 porteurs de tumeurs vermineuses, l’examen journa¬
lier d’une goutte de sang pris à la pulpe du doigt, répété pen¬
dant un mois et pendant le jour, donna un résultat uniformé¬
ment négatif.
Les conditions de l’apparition dans le sang des microfilaires de
V Onchocerca volvulus restent donc encore à déterminer.
Comme nous le disions plus haut, ces résultats confirment celles
Séance du 8 Mars 1916
191
que le Dr Ouzilleau a faites dans le M’Bomou concernant l’exis¬
tence de la Mf. volvulas dans la lymphe des ganglions hypertro¬
phiés de l’aine et du triangle de Scarpa, chez les porteurs de
kystes à Onchocerca. Il est probable que si nous avions pu répé¬
ter les ponctions, nous aurions trouvé, comme le médecin fran¬
çais, des embryons filariens chez tous les noirs parasités des
vers adultes.
)
Les microfilaires, émigrant des kystes dans les ganglions
lymphatiques, nous avons recherché s’ils n’apparaîtraient point
dans le liquide d’exsudation provoqué par un vésicatoire appli¬
qué au niveau d’une tumeur.
Dans les deux essais que nous avons réalisés, il s’agissait de
petites tumeurs costales, le liquide citrin qui remplissait les bul¬
les, examiné ^4 heures après l’application de l’emplâtre vési-
cant, ne renfermait pas de microfilaires.
II. — La réaction de la déviation du complément chez les
PORTEURS DE KYSTES A F. VolvuluS . EOSINOPHILIE DUE AU NÉMATODE.
A côté des troubles locaux, ou résultant du voisinage direct
des adultes, ou des microfilaires qui en naissent, le parasitisme
de plusieurs espèces filariennes détermine chez l'homme des
manifestations morbides générales, qui paraissent dépendre des
produits des sécrétions diverses des helminthes. Ces troubles tra¬
duisent, en partie du moins, la réaction que l’organisme oppose
à ces toxines ou pseudo-toxines vermineuses. Il nous a paru
intéressant de connaître si, chez les porteurs de tumeurs à vol -
vulus , il apparaissait dans le sang des anticorps spécifiques capa¬
bles de provoquer la déviation du complément, tels qu’ils ont
été mis en évidence au cours d’autres helminthiases.
L’antigène dont nous nous sommes servis, est un extrait
alcoolique à' Onchocerca volvi/lus enlevées de leurs kystes, préparé
d’après la technique indiquée par Porges et Meier dans le traité
de Kraus et Levaditi.
Le dosage préalable de cet antigène fixa comme quantité h employer
dans les essais d'hémolyse, O.t à 0,2 cm3 ; ayant opéré avec une hémoly¬
sine active à 1/200, chacune des réactions effectuées comprenait un tube
renfermant :
0,1 ou 0,2 antigène dans 1 cm3 eau salée physiologique.
0,2 sérum à examiner dans —
0,1 complément de cobaye dans —
192
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
1 cm3 hémolysine à 1/50 dans 1 cm3 eau salée physiologique.
1 cm3 globules rouges à 5 0/0 —
Opposé à ce tube, une série de tubes sans antigène, mais avec double
dose de sérum 0,4.
1 tube sérum témoin normal.
I tube avec double dose antigène.
Le tableau suivant résume les résultats obtenus dans ces con¬
ditions chez 22 porteurs de Filaria volvulas.
II résulte de ces essais que :
Sur 22 sérums de Porteurs de kystes à volvalus , mis en pré¬
sence d’un extrait de blaire et d’un système hémolysant,
3 ont empêché complètement lhémolyse,
3 ont déterminé un empêchement partiel prononcé,
3 autres ont produit un empêchement léger,
i3 n’ont absolument pas influencé la dissolution des globules
rouges.
Parmi les sérums ayant produit la déviation complète du
complément, l’un appartenait à un ancien spéciflque, l’autre à
une trypanosée à la deuxième période de la maladie. Dans l’en¬
semble, la réaction ne se produit pas d’une façon régulière et il
n’est pas certain que, dans les cas où elle s’est montrée franche¬
ment positive, elle a été uniquement due à des anticorps
spéciflq ues.
Nous conclurons de ces essais : que, chez les porteurs de
kystes à Onchocerca volvulus , les anticorps spéciflques déviant le
complément, n’existent pas en général en quantité notable, la
réaction de Bordet-Gengou ne se produisant que chez 1 3,6 o/o
d’infectés.
Nous n’avons pas recherché la présence de précipitines.
On sait que, dans le liquide séro-purulent qui baigne les vers
adultes dans leurs kystes, les cellules éosinophiles sont très
abondantes, et Fülleborn signale la présence de ces éléments
dans les ganglions engorgés envahis par les microfllaires. L’Eosi¬
nophilie générale du sang est souvent difficile à apprécier chez
les noirs, par suite même de l’existence simultanée chez eux de
plusieurs causes déterminant l’augmentation des leucocytes à
granulations acidophiles ; nous nous étions proposé de recher¬
cher jusqu’à quel point l’injection des extraits d 'Onchocerca
volvulas , influait sur le nombre d’éosinophiles chez différents
Séance du 8 Mars 1916
193
194
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
animaux. Nous n’avons pu réaliser dans ce sens que deux expé¬
riences grossières préliminaires faites au moyen de fragments
de ver dilacéré dans l'eau physiologique.
Expér. 1. — Le 25-11. Un singe cercopithèque reçoit clans le péritoine
1 cm3 d’une émulsion de débris de filaires extraites de leur tumeur et
lavées à l’eau physiologique avant leur dilacération.
Le surlendemain 27, une ponction de l'abdomen ramène une goutte de
liquide louche renfermant, à côté de mononucléaires, un assez grand nom¬
bre d’éosinophiles. Le ventre de l’animal resta douloureux et tendu plu¬
sieurs jours de suite; une nouvelle ponction ne fut pratiquée que le 3-IV,
elle donna 1 goutte de liquide clair très pauvre en mononucléaires.
Le singe se remit dans la suite complètement.
Expér. 2. — 1 singe cercopithèque reçoit sous la peau du flanc le
contenu séropurulent de 3 tumeurs à volvulus , auquel sont mêlés desdébris
de filaires adultes. Le tableau ci-dessous résume les variations de sa for¬
mule hémoleucocvtaire.
Ces essais semblent bien indiquer que les produits des sécré¬
tions diverses de V Onchocerca volvulus , provoquent d’un côté, un
appel local d’éosinophiles, d’un autre côté, déterminent une
excitation générale des centres producteurs des globules blancs
à granulations acidophiles.
III. — Les microfilaires existant dans les kystes
peuvent-elles évoluer chez les moustiques ou les punaises?
Devant l'extrême rareté avec laquelle les embryons à' Oncho¬
cerca volvulus apparaissent dans le sang périphérique, nous
avons recherché si les microfilaires qu’on rencontre dans les
Séance du 8 Mars 1916
195
kystes parasités, 'étaient susceptibles d’évoluer chez des mous¬
tiques ou des punaises. Pour faire absorber par ces insectes les
embryons, nous avons introduit ces derniers dans du sang-
humain citraté dont se nourrissaient ensuite les hémiptères ou
les culicides.
Voici la technique générale adoptée pour ces expériences.
2 ou 3 kystes enlevés aseptiquement, sont placés dans une boîte de
Pétri stérile, partiellement remplie de sang humain citraté qui a subi
un chauffage préalable à 50° pendant 10 minutes, afin d’y tuer les embryons
de Fil. perstans ou loa qui auraient pu s’y trouver.
Les fibromes sont alors incisés, leur contenu répandu dans le liquide
sanguin, leurs parois exprimées et les vers adultes rapidement dilacérés
à l’aiguille.
Le sang, examiné après le mélange, contient, à côté d’un certain
nombre d’œufs embryonnés, des microfilaires en abondance variable.
Il est alors présenté aux insectes affamés dans un appareil sensiblement
identique à celui dont nous nous sommes servis pour faire absorber in vitro
du sang aux Gloss ina morsitans (1).
Les moustiques s’en gorgent en général rapidement, les punaises s'en
nourrissent beaucoup plus difficilement.
Dans ces conditions nous avons fait les essais suivants.
Série A. Des Stegomyia fasciata se nourrissent de sang conte¬
nant des microfilaires.
Expér. 1. — Le4-V-15, 12 stégomies élevées au laboratoire se gor¬
gent sur un tube de sang renfermant en assez grand nombre des microfi-
lai res bien mobiles.
Immédiatement après son repas, nous sacrifions un moustique pour
examiner son contenu stomacal. Nous y trouvons 3 embryons filariens
bien mobiles.
Le lendemain nous autopsions un deuxième insecte ; à côté de 3 embryons
morts, nous en trouvons encore 2 bien mobiles.
Les autres stégomies sont ensuite nourries de bananes fraîches jus¬
qu’au 7-V.
Ce jour, 7 survivent. Tuées pour autopsie, nous ne trouvons chez aucune
d’entre elles de traces de larves filariennes. .
>
Expér. 2. — Le 7-VI, 10 stégomies absorbent du sang contenant des
microfilaires. Les insectes reçoivent dans la suite une alimentation san¬
guine : ils se nourrissent sur un cobaye.
Le 30-VI, 7 moustisques survivent. Chez aucun nous ne trouvons de tra¬
ces de microfilaires.
Des 3 autres, 1 s’est échappé, 2 sont morts et ont égalementété autopsiés
sans résultats.
(1) J. Rodhain, C. Pons, F. Van den Branden et J. Bequaert. Rapport sur les
travaux de la mission scientifique du Katanga[iÇ)io-i§i2). Bruxelles, Hayez,
1918.
196
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Série B. Des punaises, Cimex rotundatus, se nourrissent de
sang contenant des microfilaires extraites de kystes.
Expér. 3. — Le 14-VI, 13 punaises adultes absorbent du sang contenant
des microfilaires.
Le 29 -VI, 6 survivent et sont autopsiées. Nous n’y trouvons pas de tra¬
ces de larves filariennes.
Expér. 4. — Le 23-VI, 4 punaises se gorgent de sang contenant des
microfilaires.
Le 29-V1 elles sont tuées et autopsiées sans résultat.
Expér. 5. — Le 21 -IX, 15 Cimex rotundatus nées au laboratoire et
nourries sur des cobayes, absorbent du sang contenant des microfilaires.
Le 20-IX, 13 survivent. Nous n’y trouvons plus de trace de larves fila-
riennes.
Dans ces deux séries d’expériences, respectivement 20 Stego-
myia fascicita et 3o Cimex rotundatus ont absorbé du sang
contenant des microfilaires vivanles extraites des kystes d ’Oncho-
cerca volvulus ; 17 moustiques et 23 punaises ont été autopsiés
plus de 4 jours après leur repas, et chez aucun, les embryons
du nématode n’ont poursuivi leur évolution.
Nous ne pouvons pas en conclure nécessairement que ces
insectes 11e jouent aucun rôle dans la transmission de YOncho-
cerca, car il est possible que les microfilaires des kystes
subissent, lors de leur passage dans le sang, une maturation
nécessaire à leur évolution ultérieure chez Ehôte invertébré qui
les transmet.
Les différences que Fülleborn signale entre les microfilaires
des kystes et celles du sang, paraissent bien appuyer cette sup¬
position.
Des expériences faites avec d’autres insectes et des embryons
sanguicoles pourront résoudre la question.
* *
Au cours de ces recherches, nous avons eu l'occasion d’exami¬
ner un grand nombre de kystes contenant des Onchocerca vol¬
vulus que l’un de nous a excisés, et avons remarqué que ces
tumeurs sont loin d’avoir toujours un aspect uniforme.
La tumeur type, la plus fréquente, contient dans la cavité où
font saillie les parties libres des vers, un liquide jaunâtre siru¬
peux, qui au microscope montre à côté de nombreuses cellules
éosinophiles, des cellules plasmatiques et des microfilaires.
Séance du 8 Mars 1916
197
Quoique généralement assez nombreuses, ces dernières peu¬
vent être très rares, et il est des liquides où il faut parcourir
plusieurs préparations avant d’en trouver un exemplaire ; nous
ne pouvons être à ce sujet du même avis qu’OuziLLEAu qui dit
que les embryons y « grouillent » surtout si l’on prend soin
d’ouvrir prudemment les tumeurs et d’en examiner le contenu
sans blesser les adultes qui font saillie dans la cavité kystique.
Dans ces tumeurs types, il îv existe pas de signe d’inflamma¬
tion aiguë proprement dite.
D’autres kystes au contraire sont manifestement hyperhémiés;
strie de sang.
Nous rappellerons à ce sujet que l’un de nous, avec Broden (i),
a trouvé au milieu d’un flot de pus, issu d’un abcès chaud sié¬
geant au niveau de la cuisse, région trochan lérienne, les débris
entortillés d ’Onchocerca adultes. On peut admettre que le pro¬
cessus inflammatoire avait eu comme point de départ le kyste
fdarien même, quoique la suppuration ne soit pas l’évolution
normale de ces tumeurs.
Dans un des kystes types, nous avons observé un exemple de
mort de plusieurs vers adultes, sans que pour cela il s’y fut éta¬
bli une vraie suppuration aiguë.
Fundi. çf adulte, porte au niveau de la crcte iliaque droite, une tumeur
grosse comme une noisette. — Excisée, c’est un kyste normal dont la cavité
contient un liquide jaunâtre riche en éosinophiles, mais où nous ne trou¬
vons pas de microfilaires (2 gouttes examinées).
L’aspect jaunâtre et flasque de certaines anses des vers saillant dans
la cavité attira notre attention. Nous dilacérons le peloton d’helminthes et
trouvonsune seule femelle gravide et vivante à côtéde plusieurs parasites
morts en état de dégénérescence graisseuse.
Cette constatation fait naturellement supposer que, dans cer¬
tains cas, tous les parasites d’un même kyste peuvent mourir.
La résorption des cuticules des vers morts peut-elle se faire
dans ces tumeurs au point qu’on n’en trouve plus de trace?
Cette éventualité expliquerait l’origine vermineuse de certaines
nodosités j uxta- articulaires dans lesquels on ne trouve plus de
traces de nématodes et qui d’autre part ne sont pas de nature
mycosique.
(1) A. Broden et J. Rodiiain. Rapport sur les travaux du Laboratoire de
Léopoldville , 1907-1908. Bruxelles, Hayez, 1909.
198
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A Léopoldville, les tumeurs à volvuhis ne sont pas rares parmi
le personnel de travailleurs de l’Etat, mais les nodosités j uxta-
arliculaires proprement dites sont rares. Le seul cas que nous
avons rencontré en six mois fut opéré, il n’était pas de nature
fil arien ne et les cultures. faites avec le contenu et les produits de
grattage des parois kystiques, ne donnèrent sur gélose glucosée
et maltosée que de rares colonies de staphylocoques dorés.
En signalant ce cas de mort des fil a ires adultes dans les kystes,
nous avons voulu attirer sur ce fait l’attention de ceux qui
auraient l’occasion d’extirper de nombreuses tumeurs à Oncho-
cerca voluulus.
(Laboratoire de Léopoldville , le 3o septembre r 9 1 5)
✓
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1
Séance du 8 Mars 1916
t
* -*r, .
>/
199
Ouvrages reçus
PÉRIODIOUES
‘ ' «l ï , \ "■
American Journal of Tropical Diseuses and Préventive Medicine,
t. III, n° 8, févr. 1916.
British Medical Journal , nos 2876-2880, 12 février-11 mars
i9l6-
Geneeskundig Tij dschrift voor N e derla 11 dscli- In d ië , t. LV, f. 6
i9l5-
Journal of the Royal Army Medical Corps, t. XXVI, n° 2, févr.
1916.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene , t. XIX, nos i-3,
1916.
Malaria e Malattie dei Paesi Caldi , t. VII, 1916, f. 1. j
Nipiologia, t. I, nos 1-2, 3i déc. 1915.
Proceedings of the Medical Association of the Isthmian (J anal
Zone, Ier avril-octobre 1914? t- VII, f. 1.
Pediatria , t. XXIV, f. 1 et 2, janv. et fév. 1916.
Philippine Journal of Science , Trop. Med., t. X, n° 6, nov. 191b.
Review of applied Entomolog y , sér. AetB, t. IV, févr. 1916.
Revista de Veterinaria e Zoolechnia , t. V, n° 6, décembre 1915.
Revue scientifique , nos 4 et 5, 1916.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. IX, n° 3, janvier 1916.
Tropical Diseases Bulletin, t. VII, n° 2, i5 févr. 1916.
>
200
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine.
American Society of Tropical Medicine .
Aimais of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium biblio graphicum
British medical Journal .
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société m é die o -chirurgie ale d'Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Qenceskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal of the Royal Army Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Malariologia.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud.
Reuista de Veter inaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review of applied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygienr
i Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veterinary Bulletin.
Le Gérant ; P. MASSON.
I.AVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cle.
Tome IX.
1916
Y
GY
No 4.
BULLETIN
LI8RARY
RECEI ved
JUN6 1916
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Le prix de l’Abonnement est : Finance, 18 fr. ; Union postale , 20
SOMMAIRE DU NUMÉRO 4
Séance du 12 avril 1916
PAGES
W. J. Yakimoff. — A propos de la noie deM. Rodhain sur Theileria ovis. 201
CORRESPONDANCE
Lettre du Ministre de l'Instruction publique . 202
Delanoë (M. et Mme) et Denis. — Leishmaniose canine au Maroc. . . 202
PRÉSENTATIONS
W. L. Yakimoff. — Leishmanioses du Turkestan . '. . 202
M. Langeron. — Traité de Microscopie . 2o3
E. Rouraud. — Présentation d’un Anopheles maculipenni s capturé à Paris. 2o3
COMMUNICATIONS
G. Blin et J. Kernéis. — Note concernant le premier cas de maladie du
sommeil constaté chez un Européen en Guinée française .... 23i
G. Bouet et E. Roubaud. — Nouvelle contribution à l’élude des Chéro-
myies de l’Afrique occidentale française . 242
Ch. Commes. — Nodosités juxta-arliculaires. Examen histologique . . 212
E. Escomel. — Contribution à l’étude de la Leishmaniose américaine
(Laveran et Nattan Larrier). Formes et variétés cliniques .... 2i5
Ch. Jojot. — Observation de nodosités juxla-articulaires (avec la pl. VI). 21 1
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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n
PAGES
X. Labounotte, JVI. et Mme Delanoë. — Au sujet de la Fièvre ondulante
à Mazagan . . 207
A. Laveran et E. Roubaud. — Sur un Myriapode ayant séjourné dans
les fosses nasales d'un homme . < . 244
F. Mesnil. — Trypanobleu et infections à trypanosomes. Discussion. . 241
L. Nègre, Ed. Sergent et H. Foley. — Le rôle des bacilles pseudodysen¬
tériques dans les affections intestinales en Algérie . 204
E. Pinoy. — Parasite des nodosités juxta-articulaires. Discussion . . 214
J. Rodhain et F. Van den Branden. — Sur la réceptivité de la roussette
Cynongcteris straminea aux différents virus de trypanosomes africain s. 234
J. Rodhain et F. Van den Branden. — Action comparative des matières
colorantes : trypanosan et trypanobleu, et des arsenicaux :salvarsan
cuprique, sur les trypanosomes animaux africains du groupe
congolense e t du groupe angolense ( cazalboui-vivax ) . 236
W. L. Yakimoff et Collab. — Microfilaires des animaux au Turkestan
russe avec la pl. VII . 219
W. L. Yakimoff, N. J. Schokhor et P. M.Koselkine. — Spirochétose des
poules au Turkestan russe . 227
W. L. Yakimoff et N. J. SchoEhor. — A propos du Trypanosoma theileri
au Turkestan russe . 229
W. L. Yakimoff et Mlle W. J. Wassilewsky. — Le traitement de la try¬
panosomiase des chameaux du Turkestan russe . 23o
MÉMOIRES
A. Carini et J. Maciel. — Quelques hémoparasites du Brésil .
Ch. Commes. — Traitement de la pneumonie chez les Tirailleurs Anna¬
mites par les injections intra-veineuses d’or colloïdal .
A. Laveran. — Leishmaniose cutanée expérimentale chez les macaques
et chez le chien. Conditions de l’immunité .
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iv
1
Neuvième année 1916 N° 4*
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 AVRIL I 9 I 6 -
PRÉSIDENCE DE M. LAVE KAN, PRESIDENT.
A propos de la note de M. Rodhain
sur Theileria ovis
Par W. L. YAKIMOFF.
Le n° 2 du Bail, de la Soc. de Pathologie exotique renferme
une note de M. Rodhain « sur les Trypanoses et les Piroplas¬
moses des grands animaux de FOuellé ».
M. Rodhain a vu dans le sang des Ovidés des parasites endo-
globulaires tout à fait identiques aux Theileria mutans des
Bovidés.
Je dois dire que, un an avant la Mission de M. Rodhain, j'ai
vu, en avril-mai 1913, au Turkestan russe, des Piroplas/na ouis
typiques et des parasites semblables à ceux décrits par
M. Rodhain. J’ai pensé que ces derniers sont des Theileria.
Au 3e Congrès vétérinaire russe de Kharkow, à la fin de 1913,
j’ai fait un rapport sur la question des maladies tropicales de
l’homme et des animaux au Turkestan. Dans ce rapport, j’ai
annoncé la découverte d’une Theileria des ovidés au Turkestan
et j’ai proposé alors de donner à ce parasite le nom de Theile¬
ria ouis n. sp.
R
202
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Correspondance
Le Président donne lecture de la lettre qu’il a reçue du
Ministre de l’Instruction publique invitant la Société, d’une part,
à apporter une extrême prudence dans le choix des articles
insérés dans l'organe de la Société, et, d’autre part, à soumettre
ses publications à la Censure. Le Président fait connaître que
les dispositions ont été prises pour se conformer à cette invi¬
tation.
★
* x
Leishmaniose canine au Maroc
M. et Mme P. DELANoë, et M. le vétérinaire aide-major Denis
ont entrepris des recherches sur la leishmaniose canine à Aze-
mour et à Mazagan (Maroc Occidental). Bien que les examens
des frottis de rate et de moelle osseuse ne soient point terminés,
ces auteurs tiennent dès maintenant à faire connaître que, sur
26 chiens adultes, ils ont déjà rencontré 5 chiens leishmaniés.
Ils publieront ultérieurement en détail les résultats de leurs inves¬
tigations (D’après une lettre de notre collègue P. DELANoë).
Présentations
■v' \
Le Secrétaire général signale, parmi les ouvrages reçus, le
tome I, consacré aux Leishmanioses, du Rapport sur les Travaux
de la mission scientifique pour les recherches des maladies
humaines et animales du Turkestan russe, en iqi3 ; mission
dirigée par notre collègue W. L. Yakimoff. Les principaux
résultats de celte mission ont été présentés à notre Société, et le
résumé français du volume que nous signalons (écrit en russe),
a été publié dans notre Bulletin de juillet 1916
Séance du 12 Avril 1916
203
K fc '
*f‘ ;
■ . \
M. Joyeux présente à la Société, au nom de notre collègue
M. Langeron, la deuxième édition du Traité de Microscopie que
celui-ci vient de faire paraître.
* •¥■
M. Roubaud. — J’ai l’honneur de présenter à la Société un
exemplaire Ç d 'Anopheles maculipennis Meig. qui a été capturé
vivant ces jours derniers par le garçon de mon service, dans le
laboratoire de M. le Professeur Mesnil à l’Institut Pasteur. Il a
vécu en captivité dans mon laboratoire pendant vingt-quatre
heures, s’alimentant de matières sucrées, mais se refusant à
piquer.
Les larves des Anophèles sont bien connues dans la banlieue
de Paris, où Ed. et Et. Sergent, en particulier, ies ont rencon¬
trées dans le Bois de Boulogne, à St-Cloud et à Meudon, mais
leur présence, à Paris même, doit être considérée comme tout à
fait improbable, à l’heure actuelle, bien que ce soit sur un
exemplaire prélevé dans le bassin de Saint-Magloirc au Faubourg
Saint-Jacques, que Joblot, en 1754, ait fait paraître la première
figure connue de ce type de larves. L’existence des Anophèles
adultes, à Paris même, n’a pas jusqu’ici été signalée, avec certi¬
tude, à notre connaissance; les travaux des anciens auteurs,
Réaumur, Robineau-Desvoidy, etc., qui les mentionnent comme
présents à Paris, doivent être compris sans doute, comme l’a
écrit B. Blanchard, dans un sens très large.
Il n’y a cependant rien d’impossible à ce que les espèces dont
les larves existent en abondance dans la région suburbaine,
soient véhiculées occasionnellement à l’intérieur de la ville. Les
tramways et les trains de banlieue, les voitures vivrières ou
fourragères, peuvent certainement les y introduire. Des faits de
ce type ont été observés pour nombre d’insectes piqueurs, en
particulier les Stegomyia , et 'd’après nos propi es observations,
les glossines. C’est sans doute à un transport de ce genre qu’il
faut attribuer l’existence, dans nos murs, de l’individu que j’ai
l’honneur de présenter.
204
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Le rôle des bacilles pseudodysentériques
dans les affections intestinales en Algérie
Par L. NÈGRE, Ed. SERGENT et H. FOLEY
Dans une note récente (i), Fun de nous a décrit les caractères
de quelques bacilles pseudodysentériques qu’il avait eu l’occa-
sion d'isoler en Algérie. Nous les avons rencontrés dans ce pays
avec une fréquence telle qu’ils semblent y prendre une impor¬
tance i nsou pçon née j usq u’ici .
Dans 74 ensemencements de selles faits depuis 18 mois, nous
avons obtenu 5 fois une culture de bacilles dysentériques (type
Flexner) et 26 fois une culture de bacilles pseudodysentériques.
Les bacilles dysentériques ont été obtenus chez 2 militaires et
3 civils; les bacilles pseudodysentériques chez 10 militaires
(9 européens, 1 indigène), chez 11 civils adultes (7 européens,
4 indigènes) et chez 5 enfants *(3 européens, 2 indigènes).
Caractères. — Les bacilles pseudodysentériques ont les carac¬
tères morphologiques et culturaux des bacilles dysentériques.
Certains cependant s’en séparent par la mobilité. Nous avons
isolé 21 races immobiles et 5 races mobiles.
Leurs réactions biochimiques et agglutinatives les distinguent
nettement des bacilles dysentériques.
La gélose lactosée tournesolée vire au rouge dans les 24-48
heures; le petit lait tournesolé est viré au rouge. Le lait est
coagulé au bout de 3 à 10 jours. La gélose au rouge neutre
n’éclate pas ou éclate très légèrement, elle est décolorée en 2
ou 3 jours. La gélose au plomb ne noircit pas. Il y a formation
d’indol dans les vieilles cultures.
Les bacilles pseudodysentériques font fermenter le lactose et
le glucose avec production de gaz. Ils font fermenter d'une
(1) C. li. Soc. Biologie, séance du 22 janvier 1916, t. LXXIX, p. 44-
Séance du 12 Avril kji6
205
façon constante les lévulose, galactose, maltose, mannile, arabi-
nose et d’une façon inconstante le saccharose et la dulcite.
Ils 11e sont agglutinés ni par un sérum Shiga, ni par un sérum
Flexner.
Recherche. — Dans les ensemencements de selles sur gélose
lactosée tournesolée pour la recherche du bacille dysentérique,
il ne faut donc pas éliminer systématiquement les colonies qui
deviennent rouges, mais examiner et repiquer toutes celles qui,
malgré leur virage au rouge, ont l’aspect des colonies du bacille
dysentérique.
Les colonies de bacille pseudodysentérique virent en général
plus lentement que celles du Bacterium coli.
Rôle pathogène. — Nous avons pu éprouver 11 races de bacilles
pseudodysentériques par le sérum des malades chez lesquels ils
avaient été isolés. Les microbes étaient agglutinés dans deux
cas au i/4ooo et au r/2000, dans cinq cas au 1/000. Pour les
quatre races qui n’étaient pas agglutinées, la prise de sang
n’avait pu être faite que plusieurs mois après la maladie.
L’aggl utination à un taux égal ou supérieur au i/rooo prouve
le rôle pathogène de ces microbes dans les affections où ils ont
été isolés.
Il faut remarquer aussi qu’ils 11e se présentent pas dans les
selles à l’état de rares colonies, mais qu’ils se rencontrent la
plupart du temps en très grande abondance. Ils nous ont paru
*
même dans certains cas constituer à eux seuls toute la llore
bactérienne de l’intestin. La pullulation de ces germes dans les
affections où nous les avons isolés nous semble constituer un
autre argument en faveur de leur rôle comme agents causaux de
ces maladies.
Nous n’avons jamais pu, malgré de nombreuses recherches,
constater la présence de bacilles dysentériques typiques à côté
des bacilles pseudodysentériques.
Toutes les selles ont été examinées microscopiquement, mais
la plupart un certain temps après leur prélèvement.
Chez deux malades, nous avons observé la coexistence, avec
les bacilles pseudodysentériques, dans un cas d’amibes ( Amæba
histoli/tica) (i), dans l’autre cas de petits spirilles très fins en très
grande abondance.
(1) Chez un enfant atteint de dysenterie, l'un de nous a également constaté
la coexistence d’amibes et de bacilles dysentériques (type Flexner). Ces deux
206
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nature des affections intestinales où les bacilles pseudodij sente-
niques ont été isolés. — Ces bacilles pseudodysenlériques ont
été isolés dans des affections intestinales que nous classerons en
trois groupes.
Premier groupe. — Deux cas chez deux enfants européens.
Fièvres à allure typhoïdique qui ont évolué en 4 à 5 semaines,
sans diarrhée, avec plutôt de la constipation. Tous les séro¬
diagnostics avec l’Eberth, les paratyphiques et les mélitensis ont
été négatifs. Les sérums des malades agglutinaient les bacilles
pseudodysentériques isolés des selles dans un cas au i/4ooo,
dans l’aulre cas au 1/2000.
Le sérum antidysentérique, employé à haute dose, dans le
traitement d'un cas, a paru provoquer une amélioration momen¬
tanée de la maladie, suivie peu après d'une forte reprise de l'in¬
fection.
Deuxième groupe. — 4 cas chez des européens, 2 adultes et
2 enfants : dysenterie aiguë, tous à caractère bénin. Le sérum
antidysentérique a été injecté à un des enfants et a paru hâter
la guérison.
Troisième groupe. — 18 cas chez i4 européens, 3 indigènes et
un enfant indigène : états intestinaux chroniques : diarrhée,
entérite, entérocolite avec ou sans selles glaireuses et sanguino¬
lentes.
Dans 5 cas, le microbe était agglutiné au 1/1000 par le sérum
du malade.
Dans 2 cas, où le traitement par le sérum antidysentérique a
été pratiqué, il n’a entraîné aucune amélioration dans l’état du
malade.
Pour deux races, nous n’avons pas pu avoir de renseigne¬
ments sur les affections intestinales dans lesquelles elles ont été
isolées.
Conclusions. — Les bacilles pseudodysentériques se rencon¬
trent avec une très grande fréquence en Algérie et peuvent y
provoquer :
i° Des infections à allure typhoïdique qui peuvent être diagnos¬
tiquées par l’absence de toute épreuve d’agglutination positive
avec le typhique et les paratyphiques et par la présence en très
/
cas sont à rapprocher des dysenteries avec association amœbo-bacillaire
observées en France depuis la guerre par divers auteurs.
Séance du 12 Avril 1916
207
grande abondance dans les selles de germes pseudodysentériques
agglutinés à un taux élevé par le sérum du malade.
20 Des dysenteries aiguës qui paraissent de nature bénigne.
Nous n’y avons jamais rencontré de bacilles dysentériques
(types Shiga etFlexner) à côté des bacilles pséudodysentériques ;
elles paraissent donc bien provoquées uniquement par le bacille
pseudodysentérique.
3° Des affections intestinales chroniques avec ou sans dysen¬
terie.
Dans ce dernier groupe, on peut se demander jusqu’à quel
point le bacille pseudodysentérique est l’agent causal de l’affec¬
tion et s’il n’en est pas seulement un témoin. Cependant les cas
positifs d’agglutination du microbe à un taux élevé par les
sérums des malades et f abondance des germes dans les ensemen¬
cements de selles, permettent de penser à un rôle actif du bacille
pseudodysentérique, à côté peut-être d’autres causes, dans la
genèse ou la persistance de la maladie (t).
(Travail de P Institut Pasteur d' Algérie et du Laboratoire
de Bactériologie de ! Hôpital Maillot).
Au sujet de la Fièvre ondulante à Mazagan
Par X. LABONNOTTE, M. et M™ P. DELANOË.
Il n’est peut-être pas sans intérêt de faire connaître les deux
premiers cas de fièvre ondulante qui aient été, à notre connais¬
sance, signalés à Mazagan.
1. Le 25 sept. 1914, nous sommes appelés à donner nos soins à L. C.,
15 ans. Profession : employé à l’Aconage. Le malade avait des douleurs
abdominales, accentuées surtout au côté droit, avec des gargouillements
dans les fosses et de la diarrhée légèrement fétide. Néanmoins le ventre
est souple et on le palpe sans difficulté. Langue humide, rosée, légère¬
ment chargée. Asthénie marquée, mais pas de stupeur, pas de prostra¬
tion, Intelligence intacte : le malade répond parfaitement à nos ques¬
tions. Visage très pâle, vraiment porcelanique , mais non grippé. Pas de
(1) Nous tenons à remercier les Dls Ardin-Delteil, Coste, Danvin, Delfau,
Lasserre, L. Raynaud, Sabadini, Saliège, Soulié, Susini, Trolard, qui nous ont
confié ces analyses et nous ont donné sur leurs malades les renseignements
qui nous ont aidés dans la rédaction de ce travail.
208
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
taches rosées. Pas de gros foie. Pas de grosse rate. Pas de signe delvernig,
mais, par instants, des secousses fî bri 1 lai res dans les muscles des membres.
Des sueurs abondantes la nuit, vers le matin. Bruits du cœur un peu
sourds. Pouls faible, plutôt ralenti, alors que la température la veille et le
jour même était de 40°. C’est même cette température élevée qui a affolé
la famille et l’a décidée, pour la première fois, à nous faire venir tous les
trois en consultation. Ajoutons que le malade ne présente aucun signe de
blennorrhagie. Nous verrons tout à l’heure l’importance de ce détail. Les
urines sont un peu louches. Leur analyse, faite par M. Marchai, Pharma¬
cien à Mazagan, adonné les résultats suivants :
Volume — i.3oo g. (pour 24 heures).
Couleur rr jaune ambré foncé.
Aspect : louche.
Dépôt : floconneux. Phosphates.
Odeur : sui generis.
Densité : ioi5.
Réaction : légèrement acide.
Pus : Néant.
Comme éléments organiques, des leucocytes, des débris muqueux, des
hématies, et de nombreux spermatozoïdes.
Nous-mêmes, lors de l’examen du malade, pouvons constater que le pus
fait franchement défaut dans les urines. On comprendra l’importance de
ce détail quand nous aurons ajouté que le diagnostic de pyélonéphrite
double avait pu être porté, en dehors de nous, chez notre malade.
La maladie avait débuté fin juillet 1914. Elle durait donc depuis à peu
près 2 mois quand nous fûmes à même de consulter le patient.
Fin juillet, la maladie se caractérisait par des vertiges, de la céphalée
et un énorme amaigrissement attribué, par la famille, à une croissance
excessive. Pendant tout le mois d’août, simplement des malaises et un
état général peu satisfaisant : les troubles intestinaux 11’ont pas encore
fait leur apparition. L. C. peut d’ailleurs vaquer à ses occupations ; il n’a
pas quitté son service. C’est seulement quand il se sent plus mal qu’il
consulte son médecin.
Fin août, la faiblesse s’accentue. Au moment où il se rendait au Dispen¬
saire, le malade eut, en cours de route, une syncope. Ces syncopes se répé¬
tèrent les jours suivants en même temps que les douleurs abdominales
accompagnées de diarrhée non fétide faisaient leur apparition. Le travail
est devenu impossible et L. C. quitte son service. Nous sommes alors au
commencement de septembre.
Durant le mois de septembre, la température a oscillé entre 38° et 39°.
A signaler, entre autres particularités, que le malade aurait eu à plusieurs
reprises des douleurs vers la fin delà miction. Les douleurs auraient été
accompagnées d’une émission de quelques gouttes de sang pur.
11 est bon de noter que jusqu’au 23 septembre le malade n’avait pas été
soumis à la diète lactée : il mangeait comme à l’ordinaire.
Comme antécédents personnels, rougeole et coqueluche en bas âge.
Père, mère, frère et sœurs bien portants.
Dès que nous vîmes le malade, nous n’eûmes pas de peine à repousser
formellement le diagnostic de pyélonéphrite double, l’absence depusdans
les urines et de tout symptôme de pyélonéphrite étant des plus nets.
Il fallait, pensions-nous, n’attribuer qu’une importance très secondaire
à ces mictions douloureuses et à ces émissions de gouttes de sang pur, et
Séance du 12 Avril 1916
209
les mettre sur le compte de certaines pratiques parfaitement compatibles
avec le jeune âge de notre patient
Nous pensâmes immédiatement à une infection paratyphoïde, étant
donnée la fréquence de cette maladie à Mazagan.
Cependant l’ensemencement du sang en bile de bœuf ne donna point de
culture et le sérum du malade n’agglutinait ni le bacille d’Eberth, ni le
para A, ni le para B.
Nous pensâmes alors à la fièvre ondulante et c’est à cet effet que nous
fîmes un deuxième prélèvement de sang Cette fois nous tombâmes juste
et la séroagglutination faite au laboratoire de campagne de Casablanca
par M. le Médecin-Major .Job fut positive, à l’égard du M . melitensis, à
1/400. A 1/500, le séro était négatif.
Etant donné le taux élevé de l’agglutination sérique, le diagnostic de
Fièvre de Malte ne faisait pas de doute.
A partir du 28 septembre, sur nos conseils, le malade fut soigné à f Hô¬
pital. Dès son entrée, il fut soumis à la diète lactée.
Pendant tout le mois d’octobre, les douleurs abdominales, localisées
surtout au niveau des colons, et la diarrhée ont persisté. Le signe de
Kernig, témoignage de la réaction des méninges à l’endroit du processus
infectieux, n’a duré que pendant les premiers jours d’octobre. L’amaigris
sement par contre, et cela va de soi, s’est accentué de jour en jour. Enfin
vers la mi octobre apparaissaient les arthropathies , si fréquentes au cours
de la fièvre ondulante qu’elles en sont presque pathognomoniques : dou¬
leurs des genoux, des chevilles et des poignets. Douleurs spontanées et
exacerbées par la palpation et le mouvement Pendant le mois d’octobre,
la température décrivit une ondulation typique
Durant novembre : disparition progressive de tous les symptômes. La
myocardite seule persiste et même augmente.
Le malade sort de l’Hôpital le 12 décembre, guéri, sans cependant être
au bout de sa convalescence. Après 4 mois 1 /2 de maladie, il était, comme
bien on pense, considérablement amaigri.
En février 1915, L.C partait pour la K rance, en compagnie de son frère
L. L., pour en revenir seulement en juillet en parfait état de santé.
Le traitement de L. G., comme c’est le cas dans la fièvre ondulante, fut
purement symptomatique. Nous avons combattu les excès de température
avec des antithermiques, des enveloppements froids. Nous avons secondé
le cœur par des injections quotidiennes de caféine, ou de spartéine, ou
d’huile camphrée. Nous n’avons pas eu besoin de faire des applications
d’un Uniment calmant sur les articulations douloureuses.
En somme, à part la diarrhée, L. G. a présenté le syndrome
de Bruce si fréquent au cours de la fièvre ondulante et caracté¬
risé, comme le dit Lemanski (i), par les sueurs, la constipation,
la fièvre ondulante et les arthra Igdes.
11. L. L., frère du précédent, âgé de 13 ans, quitte Mazagan en février 1915
pour accompagner son aîné en France. Depuis quelque temps, L. L était
sans entrain, sans appétit. Il avait des douleurs abdominales, un peu de
lièvre (entre 37 et 38), et il était constipé. Les parents craignant pour le
(1) Lemanski. La fièvre méditerranéenne (Fièvre de Malte). Paris, 1911,
G. Sleinheil, éditeur.
210
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cadet une maladie analogue à celle de l’aîné se décidèrent, en dehors du
médecin, à l’envoyer en France en même temps que L. C.
Durant tout son séjour dans la métropole, L. L. se porta très bien. Pen¬
dant la traversée, il fut mordu à la jambe gauche par un rat. La plaie,
mal soignée, s’était envenimée et la jambe était rouge, œdématiée au
moment où l'un de nous fut appelé à le consulter. Des compresses à l’eau
de mer bouillie eurent vite fait d’amener la guérison des complications de
cette morsure. 4 ou 5 jours après, L. L. fut à nouveau malade.
A la date du 10 juillet 1915, L. L., visité par l’un de nous, se plaint de
céphalée, d’anorexie, de lassitude générale, de lièvre et de constipation.
La langue est uniformément saburrale. Téguments pâles. Fosse iliaque
droite un peu douloureuse encore que le ventre soit souple et, de ce fait,
d’examen facile. Des soubresauts nerveux agitent par instants les muscles
du visage et des membres supérieurs. Sous les draps, les brusques mou¬
vements des bras s’accusent nettement. Pas de sueurs la nuit. Rate et foie
normaux.
La séro-réaction pratiquée par M. le Médecin-Major Job à Casablanca
donneles résultatssuivants : négativeà l’égard du bacilled’Ebeth à 1/50 avec
deux souches de bacilles ; négative à l’égard du Para A. à 1/50 avec deux
souches de bacilles ; négative à l’égard du Para R à t/100 avec une seule
souche de bacilles; négative à l’égard du M. melilensîs à 1/100, 1/250 et
1/500. Positive avec un paramelitensis à 1/100, 1/250 et 1/500.
Bref, d’après les données du laboratoire, il s’agissait d’une fièvre ondu¬
lante due à un microbe très voisin du M . melitemis.
La maladie de L. L. fut moins grave et sensiblement moins longue que
celle de son frère. Dès le début de septembre, la guérison était complète :
elle avait été obtenue sans amaigrissement notable.
Comme traitement : contre les douleurs intestinales, des compresses
humides sur le ventre la nuit ; contre la constipation, du calomel à dose
fractionnée ; contre la fièvre et la céphalée, la diète lactée, des purées et
des cachets de bromhydrate de quinine et d’antipyrine.
La fièvre ondulante existe donc à Mazagan. C’est la première
fois, à notre connaissance, qu’on Fy signale.
La Mélitococcie ne serait pas exceptionnelle sur cette partie de
la Côte Occidentale du Maroc. A Azemour, 2 fois l’un d’entre
nous a observé chez des Israélites des fièvres de longue durée,
accompagnées de sueurs abondantes, et qui avaient tout Pair
d’être des fièvres méditerranéennes. Malheureusement, tout
contrôle bactériologique fut impossible.
L. G., avant d’être malade, n’avait jamais bu du lait de chè¬
vre. En cours de maladie, et peu avant que nous le vîmes pour
la première fois, il avait bien pris à deux reprises du lait de
chèvre, mais le lait avait été bouilli. D’autre part, il ne fré¬
quenta personne de malade.
Néanmoins, il est certain que le troupeau de chèvres maltaises
qui, chaque matin, de bonne heure, sous la conduite de bergers
espagnols, parcourt les rues de Mazagan, en allant pour ainsi
Séance du 12 Avril 1916
211
dire de porte en porte pour la vente du lait, joue un rôle dans
la propagation de cette grave maladie.
D’après les renseignements que nous avons pris, les chèvres
maltaises de Mazagan viendraient de Malaga (Espagne). Or la
Mélitococcie est endémique à Malaga comme elle est endémique
à Gibraltar [Rock fever des Auteurs Anglais). Ces chèvres mérite¬
raient donc d’être surveillées de très près. Malheureusement, du
moins pour l’instant, l’absence à Mazagan de tout laboratoire
convenablement outillé rend cette surveillance impossible.
11 11’est pas douteux qu’au Maroc, comme en Algérie et en
Tunisie, des mesures rigoureuses finiront par être édictées à
l’égard de la fièvre ondulante.
En dernier lieu, ajoutons que le père de L. G. et L. L. est
boucher el que, dans sa boucherie, comme d’ailleurs dans les
autres, il se fait un notable commerce de viandes de moutons.
Or, on sait, depuis les recherches de P. Aubert, P. Cantaloube
et E. Thibault ( i), que les moulons peuvent être, tout en ayant
les apparences de la bonne santé, infectés par le M. melitensis.
Il n’est pas irrationnel de penser que L. C. et L. L. aient été
infectés par des viandes de boucherie. Cetle hypothèse nous
paraît cependant peu probable.
(Travail cle /’ Infirmerie^ Ambulance et de ! Hôpital Régional
Indigène de Mazagan).
Observation de nodosités juxta-articulaires.
Par C. JOJOT.
La malade est une femme /le race Soussou, habitant le Fouta-
Djallon (Guinée française) et venue spontanément à la consul¬
tation du Dispensaire de Kindia. Jeune, elle est dans un bon
état général apparent. Elle ne présente, en particulier, pas de
symptômes de tuberculose ni de syphilis. Elle se plaint de dou¬
leurs au niveau de tumeurs, apparues depuis deux ans environ,
symétriquement à la face postérieure des deux coudes et à la
face antérieure des deux genoux et qui n’ont cessé de se déve-
(1) Annales de V Institut Pasteur, tome XXIV, mai 1910.
212 Bullktin de la Société de Pathologie exotique
lopper depuis. Ces tumeurs paraissent cliniquement indépen¬
dantes des articulations dont le fonctionnement est normal. Le
traitement par l’iodure de potassium et un sel de mercure est
institué et suivi pendant quinze jours environ sans résultat. La
malade demandant à retourner à son village, une intervention
chirurgicale est proposée et acceptée. Il est procédé sans inci¬
dent à l’ablation de la tumeur située au niveau de l'un des
coudes.
Les cas de nodosités juxla-articulaires sont rares dans la
région de Guinée desservie par le poste médical de Ivindia et
peuplée surtout de Soussous et de Foulahs. Environ quatre ou
cinq cas se sont présentés en deux ans au dispensaire, alors
que les consultants se chiffraient pendant certains mois de la
saison sèche par centaines. Il y aurait eu, dans la famille de la
malade, un cas antérieur chez une sœur adulte morte de cause
inconnue.
[Laboratoire de K india II, Guinée française, 1914).
Nodosités juxta-articulaires. Examen histologique
Par Ch. GOMMES.
Nos examens ont porté sur trois nodosités. Nous décrirons .
d’abord la tumeur enlevée par le Dr Jojot (voir ci-dessus) et qui
était, conservée au laboratoire de M. le professeur Mesnil.
A la coupe au rasoir, on constate que ces nodosités sont
d’une consistance particulièrement ferme avec quelques points
moins résistants et se divisant en minces filaments sous la
moindre traction. Cette consistance d'ailleurs ne rappelle en rien
celle du tissu osseux ou même du tissu cartilagineux. On dirait
qu’on se trouve en présence de nodules fibreux noyés dans un
tissu moins dense.
Au microscope, nous avons fait de nombreux examens.
La simple coloration à l’hématéine-éosi ne nous montre des
noyaux de tissu fibreux nettement délimités, formant de véri¬
tables zones. Dans ce tissu fibreux, on 11e note que de rares cel¬
lules, conjonctives en majorité, et ces cellules sont toutes plus
Planche VI
Jo.tot
Nodosités juxta-arliculaires symétriques des 4 membres
Séance du 12 Avril 1916
213
ou moins atteintes dans leur vitalité, soit qu’elles aient perdu
tout leur protoplasma, soit qu’elles présentent une altération
considérable de leur noyau. Celui-ci a subi une véritable des¬
truction, nucléolyse des anatomo-pathologistes, sorte d’i ntumes-
cence qui probablement ne se rencontre que dans les cellules
mal nourries ou sur le point de disparaître. Les filaments chro¬
matiques 11e forment plus un tout comme dans la cellule nor¬
male, ils sont éparpillés çà et là; le nucléole lui-même est
atteint dans cette fonte générale de la cellule. Cette structure
des cellules conjonctives est intéressante à noter parce qu elle
montre qu’on se trouve en présence d’un tissu fibreux non dégé¬
néré, mais tout au contraire plein d’activité, en voie d’hyper¬
plasie.
Ce tissu fibreux a d’ailleurs une disposition caractéristique,
qui ne laisse aucun doute sur sa nature. Les fibrilles qui le com¬
posent sont imbriquées, présentent des sinuosités. Parfois leur
coupe est perpendiculaire et elles forment de véritables faisceaux
à l’intérieur de ces gros nodules fibreux. Entre les fibrilles qui
constituent tout ce tissu, on rencontre de nombreux espaces
clairs qui ne renferment aucune cellule et qui restent absolu¬
ment transparents à la lumière. Ces espaces ont les formes les
plus variées, depuis la simple ligne droite j usqu’aux arabesq ues
les plus saisissantes semblant disséquer le nodule. On y trouve
l’aspect en Y signalé par Fontoynont et Carougeau, mais dans
toutes on constate qu’il n’existe pas de cellules.
En certains points de la nodosité, on trouve des vaisseaux qui
ne présentent aucune altération. Leurs parois sont normales.
Autour d’eux on trouve des leucocytes en assez grand nombre,
infiltration leucocytaire qui se poursuit assez loin et s’accom¬
pagne de cellules conjonctives. Ces leucocytes sont pour la plu¬
part des polynucléaires neutrophiles, leur vitalité est normale
comme celle des cellules conjonctives. Parfois ces vaisseaux
sont au centre d’une formation fibro-conjoncti ve, les cellules
conjonctives et le tissu fibreux sont disposés en couches concen¬
triques très nettes.
La coloration de ces diverses coupes par la méthode de Gram
11e nous a donné aucun résultat.
Le bleu polychrome de Unna poussé à des degrés divers de
différenciation 11e nous a révélé rien de particulier en dehors des
métachromasies subies par les noyaux des cellules dégénérées.
214
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les filaments chromatiques de certaines cellules présentent
même une très grande dégénérescence. Parfois il y a un énorme
placard métachromatique d’un bleu violacé qui remplace tout le
noyau. On rencontre surtout des leucocytes neutrophiles et
quelques rares éosinophiles.
Les colorations au Giemsa ne nous apprennent rien de plus.
M. le D1 Pinoy, qui a bien voulu s’intéresser à notre étude,
nous a confié pour comparaison des nodosités enlevées en
Algérie (sud-oranais) par le Dr Foley. Voici les résultats :
Cas Foley IL — On rencontre la même disposition que dans
les descriptions précédentes. Seul le nombre des capillaires et
des vaisseaux est plus considérable. Ils apparaissent comme
étant le centre de développement de chaque petit nodule fibreux.
La polynucléose est également très intense.
Cas Foley 111. — Absolument semblable au cas IL Les capil¬
laires sont un peu moins nombreux que dans le cas précédent.
Comme on le voit, nous n’avons trouvé dans ces tumeurs,
comme la plupart de nos devanciers, aucune formation parasi¬
taire ; en particulier nous n’avons pas rencontré le. champignon
décrit par Carougeau et Fontoynont.
A ce propos, M. Pinoy nous a fait remarquer que l’imprégna¬
tion au nitrate d'argent mettait bien en évidence des figures ana¬
logues à celles de Fontoynont ; mais on trouve, à côté, des espaces
libres qui n’ont pas conservé le dépôt de nitrate. D'après
M. Pinoy, il s’agit tout simplement de capillaires et non de
champignons, puisque les autres méthodes de coloration ne
donnent pas de figures semblables.
{Laboratoire de M. Mesnil, à l'Institut Pasteur ).
M. Pinoy. — Sur les nombreuses coupes provenant de nodo¬
sités juxta-articulaires observées par le Dr Nègre et le D1 Foley
de l’Institut Pasteur d’Alger, je n’ai jamais vu le parasite qu’ont
décrit Fontoynont et Carougeau et que Gougerot a deviné sans
coloration. J'ai constaté des formes semblables à celles repré¬
sentées par ces auteurs dans des préparations imprégnées à
l’argent, mais il s’agissait de tissu conjonctif ou de capillaires.
(i) Fontoynont et Carougeau. — Les nodosités juxta-articulaires; Mycose
due au Discomyces Curongeaui. Arc/l. de parasitologie, t. XIV, 1910.
Séance du 12 Avril 19 i G
215
w -
Contribution à l'étude de la Leishmaniose
américaine (Laveran et Nattan-Larrier).
Formes et variétés cliniques.
Par E. ESCOMEL.
Dans le mémoire sur la Leishmaniose américaine présenté à
la Société de Pathologie exotique en mai 19 1 5, le professeur
Laveran donne une description complète de la maladie à toutes
ses phases, qui constitue le guide le plus précieux pour l’étude
de cette entité morbide; tous les éléments qui étaient épars,
sans ordre scientifique, ont été réunis et classés.
M. Laveran décrit les deux grandes formes cliniques de la
Leishmaniose, la forme cutanée et la forme muqueuse qui est tou¬
jours une forme mixte.
L’examen de nombreux malades venant de régions où la
Leishmaniose américaine est endémique nous a fourni l’occa¬
sion de constater l’existence de variétés cliniques qui nous
paraissent intéressantes. Nous proposons la classification sui¬
vante :
Variétés
Forme cutanée
F-M i
^ )
Forme muqueuse
Ulcéreuse.
Non-ulcéreuse ou papulo-tuberculeuse.
Atrophique.
Lymphangitique.
Circinée.
Sans solution de continuité avec la peau (ressem¬
blance avec le bouton d’Orient).
Avec solution de continuité avec la peau (ressem¬
blance avec la blastomycose).
i° Forme cutanée. — a) Var. ulcéreuse. — C’est la variété cou¬
rante, décrite par tous les auteurs et dont la description classi¬
que sera trouvée dans le mémoire du prof. Laveran.
b) Var. non ulcéreuse ou papulo-tuberculeuse . — Cette variété
a été bien décrite par Tamayo en 1908 dans son travail sur la
uta (1), par R. Palma fils la même année (2) et ensuite par d’au-
(1) Tamayo, La uta en il Périt, 1908.
(2) Palma, La uta en il Peru. Thèse, 1908.
216
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
très observateurs. Le début de la maladie se fait par un petit
bouton, qui grandit sans s’ulcérer et qui persiste très longtemps ;
l’épiderme qui recouvre le boulon est intact ou épaissi ; d’autres
fois il est ridé ou superficiellement sillonné à la manière d’une
grosse verrue vulgaire, rougeâtre, ou d’une volumineuse papule
syphilitique; unique ou multiple, le bouton siège à la face ou
sur les membres. Quelquefois plusieurs papules confluentes, à
surface papilliforme, se maintiennent plusieurs années sans
s’ulcérer et en grandissant très lentement.
Dans cette variété, la prolifération très active de la couche épi¬
dermique donne lieu à la formation de papilles qui pénètrent
dans le derme de distance en distance, et à l’aspect épithélioma-
teux très net de la lésion sans formation de perles épidermi¬
ques.
c) Var. atrophique. — J'ai eu l’occasion d’en voir plusieurs
cas ; cette variété s’observe plus particulièrement au niveau de
la ceinture, sur les cuisses et les fesses. Elle se caractérise par la
présence de plusieurs plaques d’un rouge foncé, arrondies ou
ovalaires, déprimées dans toute leur surface, le bord se mar¬
quant très nettement par sa dépression. Parmi ces plaques, les
unes s’ulcèrent, tandis que les autres pâlissent et guérissent sans
ulcération. Le plus souvent ces plaques riches en Leishmania
s’ulcèrent et guérissent en laissant des cicatrices glabres et blan¬
ches, déprimées. Il n’est pas rare de voir se rouvrir les cicatrices
à la suite d’un écart de régime ou d’une grande fatigue ; les
Le ishman ia reparaissent.
Les lésions anatomiques diffèrent de celles de la variété précé¬
dente. L’épiderme est aplati ; les papilles sont réduites presque
à une ligne droite ; les couches superficielles sont très minces et
atrophiées.
d) Var. lymphang itique (t). — Cette variété s’oberve plus par¬
ticulièrement sur les jambes; c’est une des formes qui donnent
lieu au plus grand nombre d’ulcères. L’ulcère primitif, siégeaut
près d’une des malléoles, est ainsi d’une traînée plus apprécia¬
ble au toucher qu’à la vue ; bientôt, à un centimètre ou plus de
l’ulcère primitif, un point rouge apparaît qui devient violet et
s’ulcère au centre lorsqu’il a atteint un centimètre de diamètre
environ. Plus loin, et en suivant toujours la voie lymphatique,
(i) Escomel, Congrès médical de Lima , 1903.
Séance du 12 Avril 1916
217
une autre tache se forme qui s’ulcère à son tour. Un de mes
malades avait plus de 3o ulcères, dont les plus hauts, les der¬
niers venus, près du genou, se continuaient avec de simples
taches d’un rouge foncé ; une toute petite tache rose existait à la
limite supérieure.
A la base de la jambe, les ulcères en grandissant parviennent
à se toucher de manière qu’il en résulte un ulcère à bords poly¬
cycliques, circiné, qui diffère de la variété suivante parce qu’il
s’est développé suivant la voie lymphatique.
L’anatomie pathologique de cette variété se caractérise sur¬
tout par les coupes des traînées lymphangitiques ou des taches
rougeâtres, sur lesquelles on voit les lésions des vaisseaux lym¬
phatiques et leur lumière bourrée de leucocytes mono et poly¬
nucléaires dont quelques-uns contiennent des Leishmania. A la
périphérie des vaisseaux, le processus réactionnel est très appa¬
rent surtout au niveau des taches. Lorsque l’ulcère est formé,
cette variété a tous les caractères de la première.
e) Var. circinée [ 1). — Elle se présente en général sous l’as¬
pect d’un seul ulcère grand, à bords irréguliers, polycycliques,
très semblable à l’ulcère de la variété précédente, mais qui en
diffère par ce fait qu’il ne s’agit pas d’ulcères conglomérés après
destruction de la peau saine qui les séparait, mais d’un proces¬
sus ulcéreux qui naît d'un seul centre et d’un polycyclisme qui
se développe de l'intérieur vers la périphérie, sans solution de
continuité. C’est particulièrement dans cette variété d'ulcères
qu’on trouve les formes flagellées de la Leishmania.
20 Forme muqueuse. — a) Var. en continuité avec ta peau. —
Exception faite des cas de Terra et de Freitas, la leishmaniose
des muqueuses commence presque toujours par la peau. La
variété que nous étudions se caractérise par le fait de l’exis¬
tence du « chancre leishmanique >' situé assez loin de la lésion
muqueuse ; la lésion initiale se trouvant sur le nez ou sur les
lèvres, atteint progressivement la muqueuse à une profondeur
plus ou moins grande, mais ne donne pas les grands délabre¬
ments de l'autre variété.
Cette variété prédomine dans la partie nord du Pérou et elle a
une parenté plus étroite avec le bouton d’Orient que la variété
suivante.
(1) Escomel. Congrès de Lima, 1915.
i5
218
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
b) Var. sans continuité avec la peau. — Pour cette variété,
il y a, dans la majorité des cas, une lésion primaire à distance,
sur les avant-bras, les jambes ou le cou, et c’est d’ordinaire
longtemps après l’apparition du chancre leishmanique (i) que
les lésions muqueuses apparaissent. Elles commencent par la
muqueuse nasale, descendent par le cavum, le voile du palais,
les joues, le pharynx, le larynx et même la trachée.
Cette marche progressive dure plusieurs années, sans mettre
en danger la vie du malade (i5, 20 ans et même davantage).
Les surfaces muqueuses sont bourgeonnantes, dépourvues
d’épithélium et tapissées par un mucus épais qui se concrète et
adhère fortement.
Des croûtes qui se forment dans les cavités du nez dégagent
une mauvaise odeur caractéristique.
Lorsque les lésions ulcératives ont fait disparaître la luette,
et atteint les cordes vocales, la déglutition est entravée et la
voix devient rauque, désagréable
L’anatomie pathologique a été si bien décrite par Laveran et
Nattan-Larrier que je n’ai qu’à prier le lecteur de se reporter au
mémoire cité du Prof. Laveran.
Dans des morceaux de muqueuse palatine ulcérée, Laveran
et Nattan-Larrier ont trouvé les lésions du granulome avec des
Leishmania typiques.
La confusion avec les lésions de la blaslomycose est facile (1);
Monje (2) ne l’a pas évitée quoi qu’il eût été dans un des foyers
les plus importants de la blaslomycose, dans les forêts du
Cuzco, et bien qu’avant lui, et avant même la découverte de la
Leishmania au Pérou, plusieurs auteurs : Tamayo, Palma et
autres eussent contesté l’identité clinique de la uta du Nord du
Pérou et de la espundia des zones méridionales.
Les travaux de Splendore, Carini, Migone, Franghini, da Matta,
Escomel, et les confirmations du Dv Morales, directeur de
l’Institut bactériologique de La Paz (Bolivie), sur la blaslomy¬
cose, et la blastomycose-leishmaniose, ont donné raison à ceux
qui, avec moi, ont soutenu, en raison des caractères cliniques,
que les ulcères de certaines régions forestières de l’Amérique
relevaient de causes différentes.
A
(1) Bien dictinct du chancre blastomycosique avec lequel il était confondu
naguère sous le nom d’espundia.
Seance du 12 Avril i 9 i G
219
La leishmaniose se distingue par ce fait qu’elle ne se propage
pas sous l’épithélium, tandis qu’on peut voir les taches jaunâtres
des blastomycomes sous l’épithélium buccal et surtout par les
résultats de la biopsie : dans le cas de leishmaniose, on constate
des lésions granulomateuses avec des Leishmania , tandis que,
dans la blastomycose, 011 trouve des nodules blastomyoosiques
avec leurs trois zones bien différenciées, et de nombreux Blasto-
myces.
Monje, qui est le chef des unicistes, considère la leishmaniose
américaine comme identique au bouton d’Orient ; il est yrai
que les caractères morphologiques et culturaux des parasites
des deux maladies sont les mêmes, mais le parasite du kala-
azar a aussi les mêmes caractères que celui du bouton d’Orient
et cependant on admet que le kala-azar et le bouton d’Orient
constituent deux entités morbides bien distinctes parce que, au
point de vue clinique, il est impossible de les identifier. C’est
aussi la clinique qui nous semble exiger qu’on fasse de la leish*
maniose américaine, sinon une espèce, au moins une variété dü
bouton d’Orient. i
?ii
/ ’ » 1
' ' * - . ^
Microfilaires des animaux au Turkestan russe
;
j
1
Par VV. L. YAKIMOFF et collaborateurs
Dans notre première note [Bull, de la Soc. de Pathol, exot.,
1914) nous avons décrit la microfilaire des chevaux au Turkestan
russe.
Continuant à examiner le matériel que nous avons rapporté
de ce pays, nous avons examiné les frottis de sang des autres
Solipèdes — ânes et mulets, et aussi des chameaux, des bovidés
et des chiens et chez tous nous avons trouvé les microfilaires.
(1) Escomel. La Blastomycose humaine dans le Pérou et la Bolivie .
(2) Monje. Les leishmanioses du derme , 1913.
220
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
' I
Microfilaires des ânes
Par W. L. YAKIMOFF, N. J. SGHOKHOR, en collaboration
avec l’étudiant en méd. S. D. Weniaminoff et les étudiantes en
inéd. Mlles T. A. Kolpakoff et S. J. Sakowitsch.
Nous avons examiné ces animaux à Taschkenle, Boukhara,
Térmese (frontière russo-afghane), Askhabade, Samarkande,
Merve et Kouschka (frontière russo-afghane). C’étaient des
animaux des marchés, sauf à Kouschka, où les ânes appar¬
tiennent aux troupes de la garnison.
Jusqu’à présent, nous avons examiné 847 animaux. La micro-
filariose existe chez 19 ou 2,21 0/0 pour tout le pays.
Par comparaison avec le nombre des chevaux infectés par la
microfilariose, nous voyons que le pourcentage de l’infection
chez les ânes est très faible : chez les chevaux, il monte jusqu’au
chiffre élevé de 37,60/0; chez les ânes, il n’est que de 3,29 0/0
(Askhabade).
La microfilaire des ânes ressemble beaucoup à la microfilaire
des chevaux ( Microfilaria Ninœ Kohl-Y akimovi) ; elle est sans
doute identique.
C’est un organisme allongé, avec gaine, à extrémité antérieure
arrondie et postérieure effilée. La colonne cellulaire n’est pas
compacte.
La microfilaire a trois, et parfois quatre taches claires :
1) Céphalique, ovale. Elle commence avec le parasite. Lon¬
gueur 5,68-9,94 p..
2) Transversale, petite (parfois longue). Largeur : 1/2 de la
Séance du 12 Avril 1916
221
largeur totale (parfois occupe toute la largeur et alors est
oblique) du parasite. Situation latérale. A 3g-5g p. de l’extrémité
antérieure. Dimension pour les petits exemplaires, 2,89 p, et
pour les grands, i5,62 jjl.
3) Irrégulièrement ovale. Avec l’entrée libre à une côte. Occupe
12-2/3 de toute la largeur. A 72-82 p de l’extrémité antérieure.
Dimension : 4,26-8,25 p.
4) Irrégulièrement ovale. Situation latérale. Occupe 1/2 de la
largeur totale. A 1 4-56 p de l’extrémité postérieure. Dimen¬
sion : 4,26-9,94 pu
La gaîne colorée en rose par le Giemsa, est parfois très longue :
de l’extrémité postérieure du parasite jusqu’à l’extrémité posté¬
rieure de la gaîne, il y a 69,6 71 p.
Longueur du parasite :
sans la gaîne : 170,40-257 p.
avec la gaîne : 184,45-295 p.
Largeur du parasite :
sans la gaîne : 4,25-7,10 p.
avec la gaîne : 7,10-10 p.
Nous avons voulu savoir comment la présence des microfi-
laires agit sur la formule leucocytaire du sang.
Nos examens qui ont porté sur 7 animaux de localités
diverses du pays, ont donné les chiffres suivants.
A l’exception d’un cas (Taschkente), nous voyons chez les
ânes, comme chez les chevaux, de l’éosinophilie et parfois à
un degré très considérable (jusqu'à 27 0/0).
Dans la bibliographie, nous n’avons pu relever qu’un cas de
microfilariose des ânes (Balfour et Wenyon (c) au Soudan ; lon¬
gueur 224 p).
(1) Balfour et Wenyon, 4 th Report of the Tropical Research Laborat
19”*
222 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
II
Microfilaires des mulets
Par W. L. YAKIMOFF et l’étudiant en méd. A. N. Karpoff
La religion de la population du Turkestan, qui est musul¬
mane, ne permet pas d’avoir des mulets. Pour cette raison, il y
en a peu dans ce pays et ils appartiennent aux Juifs.
Nous avons pris le matériel seulement de 46 mulets (à
Askhabade).
La microfilariose a été trouvée chez un animal (2,1 0/0).
Le parasite ressemble à la microfilaire des ânes. Il y a 4 taches
claires. Les dimensions sont les suivantes :
Tache céphalique . 8 p- 25
De la 1re tache à la 2e . 21 a 30
2e tache . 14 pu 20
De la 2e tache à la 3e . 1 4 p. 20
3e tache . 10 u.
De la 3e tache à la 4e . 71 a
4e tache . 7 p- 10
De la 4° tache à l’extrémité postérieure . 43 u.
Longueur sans la gaine . 204 pu 05
— avec la gaine . , 215 9. 40
Largeur sans la gaine . 7 p- 10
— avec la gaine ... 10 jj.
Cette microfilaire est sans doute identique à celle des ânes et
des chevaux du Turkestan.
On sait que Lingard (i) a signalé des microfilaires chez les
mulets.
III
Microfilaires des chameaux
Par W L. YAKIMOFF, N. J. SCHOKHOR, Mllc J. A. IWANOFF
et les étudiants en méd. S. D. Weniamionff et P. A. Nowikoff.
La microfilariose des chameaux existe dans tout le Tur¬
kestan russe. Nous avons examiné à Taschkent, Boukhara,
Merve, Askhabade, Samarkande, Térmese et Kouschka, 1 .3o6 ani¬
maux et nous en avons trouvé 117 infectés (8,96 0/0.
(1) Lingard, Observations on the Filariœ embryons fourni in t/ie general
circulation on the Equidœ and Bovidœ. Lendon, 1900.
Séance du 12 Avril 1 9 1 G
223
Le pourcentage n'est pas égal pour les diverses localités :
minimum chez les chameaux des marchés à Taschkent (0,94) et
maximum à Merve (2 2., 5) et à Termese (22,1).
La microfilaire a le même aspect général que chez les autres
animaux. Seulement la gaîne ne se colore pas toujours.
Il y a quatre taches claires :
1) Céphalique. Ovale. Commence à l’extrémité antérieure.
Longueur 5, 68-12,04 p-.
2) Transversale. Occupe toute la largeur du parasite. Parfois
elle estau milieu de la colonne cellulaire. Longueur 4,26-9,94 p..
Située à 38-07 P de 1 extrémité antérieure.
3) Irrégulièrement ovale. Un côté est libre. Longueur 1,42-
9,94 [a. A 64-93 p. de l’extrémité antérieure.
4) Caudale. Petite, allongée, oblique ou transversale. Lon¬
gueur 2,84-4,26 p.. A 9,94-29,82 pi de l’extrémité postérieure.
Longueur du parasite :
sans la gaine : 184-22G p.
avec la gaîne : 266 p.
Largeur :
sans la gaine : 3,68 p.
avec la gaîne : 7,10 p.
O 7 i
En dehors des embryons, nous trouvions souvent les larves au
stade initial avec le canal, gastro-intestinal commençant à se
différencier.
Balfour (i) (Soudan) a étudié les modifications du sang. Il a
vu l’hyperleucocytose. La formule leucocytaire a été :
Petits lymphocytes . 19,2 0/0
Grands lymphocytes . 40,6 0/0
Grands mononucléaires . 3,8 0/0
(1) Balfour, Fourth report of the tropical research laboratories in
Khartoum, 1911.
224
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Formes de transition ... ... 1 0/0
Polynucléaires neutrophiles . 32,8 0/0
Eosinophiles . 2 6 0/0
Nous avons examiné aussi la formule leucocytaire du sang
des chameauxavec microfilaires et nous avons trouvé les chiffres
suivants.
♦
Nous voyons que le pourcentage des éosinophiles s'élève jus¬
qu’au chiffre de 16 ; minimum : 2 0/0 En outre, dans un cas,
nous avons vu des myélocytes (2 0/0).
L’éosinophilie est-elle la conséquence de l’existence des micro-
fîlaires dans le sang?
Pour résoudre cette question, nous avons fait l’examen des
frottis du sang des chameaux sans microfilaires ni autres héma¬
tozoaires.
On rencontre donc aussi une éosinophilie, qui peut même
atteindre 18 0/0. Peut-être d’autres helminthes sont-ils en
cause (1) ?
Il semble que Evans est le premier qui ait trouvé des micro-
(1) Le méd. vét. du Turkestan russe K. J. Skriabine nous a dit que, chez les
chameaux au Turkestan, existent des vers ronds et des échinocoques.
Séance du 12 Avril 1916
225
filai res dans le sang- des chameaux des Indes [Micro filaria
evansi). Mais cet auteur n’a pas donné la description détaillée
du parasite.
En. et Et. Sergent (i) ont dit qu’ils ont vu chez les cha¬
meaux à Alger la même microfilaire.
Parmi les dromadaires que les auteurs examinaient, 4-5 p. 100 avaient
des embryons. Ces embryons s’agitent violemment sur place, mais ne
quittent pas le champ du microscope. Sur les préparations colorées, leur
longueur est en moyenne de 250 g x 8-10 g de largeur. L’extrémité
antérieure est obtuse, l’extrémité postérieure est modérément effilée. Les
taches claires occupent les positions suivantes : 1) une petite tache ne
couvrant pas toute la largeur du corps est située au 22/100 de la lon¬
gueur du corps, en partant de l’extrémité antérieure ; 2) une tache en
V est située au 35,5/100 de la longueur ; 3) une zone granuleuse dont le
milieu est situé au 72,2/100 de la longueur; 4) une tache en Y est située
au 90/100 de la longueur.
Mason (2) (Egypte) a trouvé la microfilaire dans le sang d’un
chameau très malade. Looss a cru qu’elle ressemble à celle des
Sergent.
Balfour (3) a vu les microfilaires sur les frottis du sang de
chameaux de la Province de la mer Rouge (Soudan).
4
Le parasite a une formecylindrique ; l’extrémité céphaliqueest arrondie,
la postérieure est effilée II y a quelques taches claires ; 1 ) la céphalique
de longueur 10 g ; 2) irrégulière à 45 g de l’extrémité céphalique ; 3) ovale
à 65 g, et 4) irrégulière à 30 g de l’extrémité postérieure. Le protoplasme
est transparent ; à la moitié postérieure, il y a une masse interne de
forme allongée. Longueur 220-237 g.
L’auteur a donné à cette microfilaire le nom provisoire de
Microfilaria cameiensis.
Dans le Rapport du Bureau microbiologique de la Nouvelle
Galles du Sud, 1909, il est question de microfilaires dans le sang
des chameaux de l’Australie occidentale qui ressemblent à Micro¬
filaria evansi.
Pricolo (4) a vu des microfilaires à Tripoli chez les chameaux
arrivés de Tunis et de l’Erytrée. Malheureusement sa descrip¬
tion n’est pas assez claire.
(1) Ed. et Er. Sergent, Sur des embryons des Pilaires dans le sang du dro¬
madaire, C. R. de la Soc. de Biol., 8 avril 190.5.
(2) Mason, Filariæ in the Blood of camels in Egypte, Journ. of comp. Path. a.
Ther ., 1906.
(3) L. cit.
(4) Pricolo, Larves des fi la i res dans le sang des chameaux tunisiens et de
PErytrée, Centralbl. f. Bacleriol I, 1914.
226 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il les a vuschez les animaux sains, chez un qui est mort de cause incon¬
nue et chez quelques très maigres. En général on rencontre 1 ou 2
exemplaires dans chaque préparation, quelquefois plus et une fois jusqu’à
20. L’extrémité céphalique est arrondie et la postérieure effilée La lon¬
gueur 298 y. (il yen a déplus petites) sur la largeur 6,2 y.. L’auteur dit que ces
dimensions sont loin de celles décrites par Balfour. Sur les prépara¬
tions colorées, on voit la cuticule très faiblement colorée et contenant la
substance granuleuse, sombre, intensivement colorée.
Comparons morphologiquement les microfilaires ( evansi ,
d’après la description de MM. Sergent, camelensis et celle de
Prtcolo) avec la nôtre du Turkestan.
Ces dimensions sont presque identiques.
Examinons les taches claires. Voici les distances respectives
de l’extrémité antérieure.
Les chiffres de notre microfilaire sont identiques aux chiffres
de Microfilaria camelensis Balfour. En outre, la tache céphalique
chez notre microfilaire et chez celle du Soudan commence à
l’extrémité antérieure ; chez la microfilaire algérienne, elle est
placée très loin.
Ainsi nous croyons que la microfilaire du Turkestan russe est
Microfilaria camelensis Balfour.
i
Planche VII
Yakimoff el col la b.
1. Microfilaire des chevaux ( Microfilaria Ninœ Kohl-Yakimovi).
2. Microfilaire des chameaux.
3. Microfilaire des chameaux. Le canal gastro-intestinal commence à se
différencier.
4. Microfilaire des ânes.
5. Microfilaire des mulets.
Séance du 12 Avril 1916
227
Spirochétose des poules au Turkestan russe
Par W. L. YAKIMOFF, N. J. SCHOKHOR et P. M. KOSELKINE
L’un de nous, depuis long-temps, soupçonnait l’existence de
la spirochétose des poules dans le Turkestan russe et en 1918
nous avons trouvé cette maladie dans ce pays — à Taschkente
et à Termese (sur la frontière afghano-russe).
Clinique. — Le Ier juillet iqi3, M. J. (à Taschkent) nous a
prié d’examiner 2 poules malades dans sa basse-cour.
Nous avons trouvé chez ces poules : t° 42°3 et 4 2°5 ; diar¬
rhée ; coma ; elles tombent sur le sol.
D’après M. J., la mortalité des poules a commencé en avril.
Les poules adultes sont tombées malades et ont succombé les
premières ; puis la mortalité a sévi sur les poussins. En général
les malades sont morts après 5 ou 6 jours, mais quelquefois
après 2 semaines.
Soupçonnant que cette maladie était causée par la spiroché¬
tose, nous avons trouvé les spirochètes dans le sang.
Les poules malades ont succombé.
Alors, nous avons examiné toute la basse-cour et sur les frottis
du sang de 43 poules (adultes et poussins), nous avons trouvé
les spirochètes chez 4 poules et chez 5 poussins.
La deuxième observation a été faite chez M. R. (à Taschkent)
qui a apporté une poule avec tous les symtômesde spirochétose
grave. Sur les frottis, nous avons trouvé un grand nombre de
spirochètes, isolés ou en amas (agglomération). Le propriétaire
nous a dit que c’était le premier cas dans sa basse-cour et qu’il
soupçonne que les poussins qu’il a achetés au marché ont apporté
la maladie.
Le lendemain, nous avons examiné toutes les poules et pous¬
sins de la basse-cour, et chez 2 poules et 9 poussins sur 5o, nous
avons trouvé les spirochètes.
Les symptômes cliniques du troisième cas (chez la femme du
colonel du régiment de cosaques d’Orenbourg, M. N.) ont été
si caractéristiques, que nous avons fait le diagnostic de spiro¬
chétose. Sur les frottis de sang, nous avons trouvé les spiro¬
chètes. Dans le sang de 5 poules parmi les 43 autres de la
228
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
basse cour, existaient aussi les spirochètes ; 5 dindons étaient
indemnes.
Quatrième observation. — A l'infirmerie pour les animaux, est
apporté un coq avec les symptômes caractéristiques de la spiro¬
chétose. Spirochètes dans le sang.
Une autre fois, à la même infirmerie, sont apportées 2 poules
avec 42°6 et 4^°9- Toutes les deux avaient les symptômes nets de
la spirochétose. Dans le sang, spirochètes en quantité considé¬
rable.
Transmission. — En même temps que les premiers cas de spiro¬
chétose à Taschkente, nous avons trouvé le deuxième foyer de
la maladie à Termèse.
Dans une basse-cour, existait une épizootie des poules ;
d’après la description, nous avons soupçonné la spirochétose.
Nous n’avons pas pu examiner le sang de ces poules, mais on
nous a apporté un grand nombre d 'Argas persicus. Nous avons
mis ces tiques sur deux poussins et l’un d’eux a été contaminé
(l’autre n’a pas été examiné ; nous croyons qu’il est immunisé,
parce qu’il provient d’une basse-cour où les Argas sont nom¬
breux).
Un mois après, nous avons mis ces Argas sur les poules et cel¬
les-ci aussi ont été contaminées.
A Taschkent, nous avons trouvé aussi des Argas qui ont
infecté expérimentalement nos poussins.
Autopsie. — Les poules mortes sont maigres. Liq uide sangui¬
nolent dans le péritoine. Sur la muqueuse de l’intestin, mucus
gris- verdâtre. La rate est augmentée de volume, molle et friable.
Le foie un peu hypertrophié, pâle et friable. Le cœur est en
diastole; dans le péricarde, liquide jaunâtre.
Traitement. — Nous avons injecté de l'atoxyl dans le muscle
pectoral : aux adultes, 0,06-0,1 g. et aux poussins, o,o3-o,o5 g.
Le traitement réussit bien (seulement une poule avec infection
grave est morte).
Séance du 12 Avril 1916
229
1/
A propos du Trypanosoma thcileri
au Turkestan russe
Par W. L. YAKIMOFF et N. J. SGHOKHOR.
Nous avons annoncé dans le Bull, de la Soc. de Pathologie
exotique , 1913, que nous avions trouvé le Trypanosoma
theileri (ou type voisin) chez les bovidés des abattoirs de
Taschkent par l’ensemencement de sang- en bouillon ordinaire.
De 9 animaux, 8 se sont montrés infectés. En examinant plus
de 1.000 bovidés, nous n’avons jamais trouvé dans le sang péri¬
phérique ce trypanosome.
Alors nous avons pris des frottis du foie des bovidés et, à
Termese, nous avons examiné 193 préparations.
Sur un frottis, nous avons trouvé un grand trypanosome du
type theileri.
Les extrémités sont effilées (surtout la postérieure). Le blépha-
roplaste est divisé en deux. Le noyau est situé presque au milieu
du corps. La membrane ondulante n’est pas bien colorée, mais
le flagelle bordant la membrane se voit bien. L’extrémité libre
du flagelle se perd sous l’amas des érythrocytes et des cellules
hépatiques.
Ainsi, au Turkestan, le Trypanosoma theileri ex iste à Taschkent
et à Termese, et sans doute aussi en d’autres points.
( Laboratoire de la Mission pour les recherches des
maladies tropicales de l'homme et des animaux au
Turkestan russë envoyée par le S peyerhaus , l' Institut
impérial de médecine expérimentale et le Département
vétérinaire de V Intérieur ( Chef de la Mission :
W. L. Yakimoff).
230 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le traitement de la trypanosomiase
des chameaux du Turkestan russe
Par W. L. YAKIMOFF et Mlle W. J. WASSILEWSKY.
(Note préliminaire ).
Nous avons traité les souris blanches infectées expérimentale¬
ment avec les trypanosomes des chameaux du Turkestan russe
par les remèdes suivants : i) atoxyl, arsinosolvine, salvarsan,
émétique et trixidine ; 2) trypanobleu et dianilbleu.
Nous avons obtenu les résultats suivants :
1) L’atoxyl fait disparaître les trypanosomes du sang à des
doses presque toxiques (1 cc. de la solution 1 : 200-25o-3oo
pour 20 g. du poids), mais il y a toujours des rechutes.
2) Nous avons trouvé que l’arsinosolvine 11e diffère pas de
l’atoxyl (peut-être est-il plus inférieur en qualité que ce dernier)
et son action est la même que celle de Tatoxyl.
3) Le salvarsan (Hochst-s.-Mein) est le meilleur remède.
4) L’émétique n’agit qu’aux doses presque toxiques (1 : 1.200) ;
avec la dose 1 : 1.000, il y a des rechutes.
5) La trixidine est un bon médicament; la dose minima pour
la guérison est de o g. 001 par kilo.
6) Le trypanobleu n’agit pas même à dose toxique.
7) Le dianilbleu est. un peu supérieur au trypanobleu.
Le traitement « par étapes » a donné les résultats suivants :
1) L’injection de l’atoxyl tous les deux jours (1 : 1.200) fait
disparaître les trypanosomes, mais n’empêche pas les rechutes.
2) L’émétique à petites doses 11’a pas donné de résultats
positifs.
Le traitement combiné (atoxyl ou émétique +- trypanobleu
ou dianilbleu) 11’a pas donné de résultats positifs.
Nous voyons que les meilleurs résultats nous sont donnés par
le salvarsan et la trixidine.
(Travail du service de W. L. Yakimoff au Bureau
hèmoparasitologique du Département vétérinaire de
/’ Intérieur).
Séance du 12 Avril 1916
231
Note concernant le premier cas
de maladie du sommeil constaté
chez un Européen en Guinée Française.
Par G. BLIN et J. KERNÉIS.
Si les cas signalés de maladie du sommeil chez les Européens
en Afrique équatoriale sont nombreux, il n’en est pas de même
en Afrique occidentale. Il y a donc intérêt, croyons-nous, à atti¬
rer sur eux l’attention de nos confrères.
T... fonctionnaire colonial âgé de 44 ans entre à l’hôpital Ballay le
4 mars 1916 en vue d’être proposé pour un congé de convalescence pour
fatigue générale consécutive à un séjour de plus de deux ans dans un
poste de l’intérieur de la colonie.
Depuis de nombreux mois, il se sentait fatigué, il avait de fréquents petits
accès de fièvre le soir, il notait un amaigrissement progressif [de 119 kg.
son poids était tombé à 88 kg.].
A son arrivée à l’hôpital, on constate que le malade présente des symptô¬
mes qui tout d’abord attirent l’attention, il a des rougeurs surtout le corps:
sur le tronc, sur les membres, sur le cou, sur la face. Ces rougeurs de
couleur rouge vif sont tantôt annulaires, tantôt en forme de S; par endroits
on pourrait penser à de l’herpès circiné [ce diagnostic fut même porté] ;
dans d’autres endroits, ces rougeurs simulent des placards d’érysipèle,
notamment à la cuisse gauche; à la jambe gauche, existe à la face antéro-
externe une cicatrice violacée consécutive à un furoncle. La cuisse gauche
présente une pachydermisation très nette au niveau de la région des adduc¬
teurs et du triangle de Scarpa ; à ces régions la température locale est
notamment plus élevée qu’ailleurs. Tout le membré inférieur gauche est
plus gros que le droit.
A la mensuration, on obtient les chiffres suivants :
1° A deux travers de main au-dessus des malléoles, à gauche 25 cm. 1/2,
à droite 23 .
2° Au mollet gauche 38, droit : 36.
3° A un travers de main au-dessus delà rotule, à gauche 47, à droite 41 .
4° A deux travers de main au-dessus du trochanter, à gauche 63, à
droite 52.
5° A la racine de la cuisse en suivant le pli inguinal et en passant par
le trochanter. A gauche, 72; à droite, 59.
Il y a peu d’œdème apparent et cependant le malade affirme que, par le
repos au lit, la différence de volume entre les deux membres s’atténue nota¬
blement.
A cause de cette pachydermisation qui vient d’être notée, on pense à la
filaire nocturne qui fut recherchée par centrifugation de 10 cm3 de sang
prélevés à 9 h. du soir. Cette recherche fut négative, mais ce résultat ne
suffit pas pour permettre d’éliminer définitivement la filaire nocturne...
232
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les rougeurs annulaires, la perte des forces, l’amaigrissement font pen¬
ser à la trypanosomiase. Dès que l’interrogatoire est poussé dans ce sens,
le malade donne les renseignements les plus précis.
Il raconte qu’en août 1914 il eut un bouton, une sorte de furoncle sans
tète, à la jambe gauche, au point où existe aujourd'hui une cicatrice vio¬
lacée. Ce bouton détermina un œdème très marqué de la région et causa
des accès de fièvre assez forts.
Le médecin de Mamou, à cause de la rougeur, de l’œdème, de la fièvre,
pensa à un phlegmon et incisa : il ne s’écoula pas de pus. Quelques pan¬
sements à l’eau oxygénée suffirent pour guérir la plaiae. Mais, huit jours
après la guérison, une sorte d’érysipèle envahissait la région où siégeait
primitivement le bouton, puis des rougeurs circulaires coururent autour
du genou, envahirent les cuisses et enfin tout le corps au point que le dia¬
gnostic de syphilis fut envisagé et que même un traitement d’épreuve fut
institué, sans résultat d’ailleurs.
(Le malade a reçu des injections de biodure de Hg. et a absorbé une
assez grande quantité de 1. K.).
Ces rougeurs s’accompagnaient de fièvre, de lassitude générale. Le
malade commençait à s’affaiblir, à maigrir. Trois mois après, en novem¬
bre 1914, les appétits génésiques disparurent complètement, toute érec¬
tion devint impossible.
En novembre également, le signe de Kérandel apparut très manifeste. Le
malade décrit ce signe de la façon suivante : « ma sensibilité augmenta
d’une façon effrayante; un simple coup, un serrement de main un peu
vigoureux me causaient des douleurs très vives au point de me trouver
mal. S’il m’arrivait en posant ma plume sur la table de heurter légèrement
des doigts un objet quelconque, j’épçouvais une douleur très vive tout à
fait hors de proportion avec le choc reçu. »
En mars 1915 les malaises s’accentuèrent ; les maux de tête devinrent
très violents, ils paraissaient tous les soirs. Malgré un appétit normal,
l’amaigrissement s’accentuait si bien que ses camarades croyaient que le
malade prenait quelque drogue pour maigrir.
En août une dysenterie qui dura 20 jours affaiblit le malade au point
qu’il avait peine à gravir les dix marches qui conduisaient à son domi¬
cile.
En septembre, l’état général se releva un peu sans traitement, les forces
revinrent en partie, mais tous les soirs les malaises et les maux de tête
réapparaissaient, l’appétit était précaire; les désirs génésiques restaient
absents; le signe de Kérandel gardait toute son intensité et cet état dura
7 mois jusqu’en mars 1916, date de son entrée à l’Hôpital Ballay.
A aucun moment il n’y a eu de tremblement de la langue ni des mem¬
bres. Les ganglions cervicaux, axillaires, épitrochléens, inguinaux sont
très manifestes. Ces ganglions forment même au niveau de l’arcade cru¬
rale gauche un amas considérable qui se confond avec les tissus pachyder-
misés.
L’agglutination du sang est très forte et l’examen du suc obtenu en ponc¬
tionnant un ganglion du cou permet de constater la présence de trypa¬
nosomes.
T... est le premier Européen qui ait été soigné pour maladie
du sommeil contractée en Guinée Française. Si dans cette colo¬
nie le trypanosome est loin d’être exceptionnel chez les indi-
Séance du 12 Avril 1916
gènes, si toute la colonie fait vraisemblablement partie du
domaine géographique de la trypanosomiase, aucun européen
n’y avait encore été traité pour celle maladie.
C'est bien en Guinée et Irès vraisemblablement à Mamou que
T..., qui est originaire des Basses-Pyrénées, fut infecté. A part
un an passé à Dakar en 1906, toute sa carrière coloniale s’est
écoulée en Guinée. Il occupa successivement les postes de Timbo
en 1907, Labé 1907-1908, Timbo 1909, Mamou 1910, Labé 191 r,
Conakry 19.11, Kankan jusqu’en 1 9 r 3 , Mamou 1914 où en août
de cette dernière année, sans avoir quitté ce poste, il ressentit
les premières atteintes du mal. Jusqu’à cette dernière date, août
1914, T... avait toujourseu une excellente santé et n’avait jamais
«
obtenu que des congés administratifs ; en 1912 il a passé iùjours
à l’hôpital pour furonculose qui est la seule affection qu’on
relève dans son passé médical colonial. Bien rarement ce fonc¬
tionnaire qui avait un emploi sédentaire [il était préposé du Tré¬
sor à Mamou], a eu à faire des tournées dans l’intérieur du pays;
il n’a presque jamais quitté son poste, aussi c'est très vraisem¬
blablement à Mamou qu’il a contracté la maladie du sommeil et
très vraisemblablement aussi l'accident initial fut ce furoncle
sans tête incisé en août 1914.
T... ne se souvient pas d’avoir été piqué. Il ne sait pas si à
Mamou il y a des tsé-lsés, des tabanides, des stomoxes et autres
mouches piquantes. Sa demeure, placée sur une hauteur, est au
milieu d’une brousse épaisse, d’une végétation intense ; elle
domine de 100 mètres un petit marigo, le Téliko, dont les berges
sont très embroussaillées.
Mamou est noté par les chefs de service de santé de la Guinée
comme étant un centre où la maladie du sommeil existe. Dans
ce poste comme dans toute la Guinée, les tsé-tsés, les mouches
piquantes, les moustiques existent. Ilien d étonnant dans ces
conditions que T... y ait contracté la maladie du sommeil qui,
pour toute exceptionnelle qu’elle paraisse chez les Européens en
Guinée, devra désormais être recherchée systématiquement par
les moyens du laboratoire si le moindre signe était constaté.
Le malade fut soumis à un traitement par l’atoxyl qui amena
une amélioration rapide. Deux jours après une première injec¬
tion deogr. 5o, les rougeurs disparurent sur le corps et la face et
même la tache érysipélateuse de la cuisse gauche s’est atténuée
dans de notables proportions. Les forces ont augmenté, l'état
Bulletin de lv Société de Pathologie exotique
534
général est très satisfaisant, et le malade réclame des injections
d’atoxyl.
Il doit quitter l’hôpital pour rentrer en France en congé de
convalescence. Il se rendra à l’Institut Pasteur de Paris pour
continuer son traitement.
Sur la réceptivité de la roussette,
Cynomjcteris straminea ,
aux différents virus de trypanosomes africains
Par J. RODHAIN et F. Van den BRANDEN.
Laveran et Mesnil, dans leur traité « Trypanosomes et Trypa¬
nosomiases », signalent, pour chaque espèce parasitaire qu’ils
étudient, sa pathogénéité vis-à-vis de différentes espèces ani¬
males. En ce qui concerne la grande chauve-souris ou roussette
qui est un animal rare dans les laboratoires, des expériences
n’ont guère été faites dans ce sens.
Laveran (Soc. de Biologie, 7 janv. kjo5) a inoculé avec succès
de surra une roussette de l’espèce Pleropus médias.
Ayant eu 1 occasion de conserver vivantes, en captivité, des
roussettes, Ggnongcteris straminea , nous en avons profité pour
essayer leur sensibilité vis-à-vis de différents virus de trypano¬
somes dont nous pouvions disposer :
1. Trgpanosoma Lewisi
Deux roussettes inoculées sous la peau avec o cm3 3 de sang de
rat, contenant de très nombreux trypanosomes, ne contractent
pas l’infection.
2. Trgpanosoma Cazalboui (viuax-angolense)
Deux roussettes inoculées sous la peau avec o cm3 5 et
1 cm3 de sang de mouton, riche eu trypanosomes du type Cazal-
boui-oiuax , 11e contractent pas d’infection.
3. Trgpanosoma congolaise
a) Deux roussettes inoculées sous la peau avec o cm3 26 de
sang de cobaye renferment des Tr. congolense (virus provenant
de J Institut Pasteur de Brazzaville) 11e s’infectent pas.
/
Séance du 12 Avril 1916 235
Un Cobaye, inoculé le même jour, présente de nombreux Tr.
congolense dans le sang1, dix jours après l’inoculation.
b) Trois roussettes, dont deux inoculées sous la peau, la troi¬
sième dans la cavité péritonéale, avec o cm3 3 de sang de cobaye,
riche en Trypcinosoma congolense , ne contractent pas d'in¬
fection.
4- Trypanosoma gambiense
a) Le 1 9 -TV- 1 91 5, nous inoculons, sous la peau d’une roussette, quatre
gouttes de sang d’un cobaye, contenant d’assez nombreux Tr. gambiense
(virus conservé au laboratoire de Léopoldville ; tue le cobaye en trois
mois).
Les trypanosomes apparaissent très rares dans le sang, le 24-ÏV-1915,
donc cinq jours après l’inoculation. Les premiers examens ultérieurs de
sang donnent les résultats suivants:
Le 2T-IV : trypanosomes, néant.
Le 30 TV : trypanosomes, néant.
Le 3-V : trypanosomes peu nombreux.
Depuis le 3-V jusqu'au 10- VI (mort de l’animal), les parasites sont tou¬
jours dans le sang, en nombre variable, tantôt rares, tantôt très nom¬
breux.
La roussette maigrit dès la deuxième semaine de l’infection et meurt,
sans symptômes spéciaux, 52 jours après l’inoculation.
A l’autopsie, nous Constatons ce qui suit :
Animal amaigri.
Thorax : Poumons normaux ; pas d’exsudat dans la plèvre.
Cœur gros, pâle et flasque, pesant 2 g. 350 (poids normal, 2 g.).
Péricarde légèrement œdématié.
Abdomen : Liquide citrin dans le péritoine (1 cm3).
Intestins vides, pâles.
Rate engorgée, encore ferme, pèse 1 g. 600 (poids normal, 1 g. 500).
Foie pâle, pèse 3g. 800 (poids normal, 4 g.).
Reins gros et pâles, sans hémorragies, pesant, les deux, 2 g. 500 (poids
normal, 2 g. 400)
Cerveau : Non hypérémié, pèse 3 g. (poids normal, 2 g. 300). Légère
congestion des vaisseaux méningés; pas d’adhérences.
Système lymphatique : Ganglions de l’aine, de l’aisselle et de la région
cervicale très peu engorgés, non hémorragiques.
b) Le 10-VI-i 91 5, nous inoculons une seconde roussette, sous la peau,
avec trois gouttes de sang contenant de nombreux trypanosomes, prélevé à
la première roussette, le jour de sa mort. La seconde roussette s’infecte le
septième jour et meurt de trypanose, le 1 7 - V I L 1 - 1 9 1 5 , après 68 jours
d’infection et ayant toujours montré des parasites dans le sang.
Conclusion. - — Le Tr. gambiense détermine, chez la roussette,
une infection chronique mortelle d’une durée de 52 à 68 jours.
Les roussettes, dont nous nous sommes servis dans nos expé¬
riences, étaient abondamment parasitées par des Nyctéribies,
Cyclopodia Grefji. Nous avons voulu nous assurer si le Tr.gam -
236
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
biense pouvait subir une évolution quelconque dans le tube
digestif de ces parasites.
Chatton ayant décrit chez un nyctéribiide, Cyclopodia Sykesi ,
un Trypanosomide, Crithidia nycteribiœ , nous avons d’abord
disséqué 25 insectes capturés sur des roussettes, dans le but d’y
retrouver des flagellés. Nous n’avons pas trouvé de traces de
T r y panosomides.
Nous avons ensuite examiné le tube intestinal d’une série de
Cyclopodia , nées au laboratoire et placées sur une roussette
montrant constamment des Tr. yambiense dans le sang : sur
8 insectes ayant vécu, sur des animaux infectés, des pério¬
des variant de deux jours à plusieurs semaines, trois avaient
des trypanosomes dans la dilatation stomacale qui forme
la partie antérieure de l’intestin moyen ; à côté de parasites
ayant leurs mouvements ralentis, certains étaient immobiles et
montraient des signes évidents de dégénérescence. Aucune Cyclo¬
podia ne montrait de flagellés, ni dans la partie postérieure de
l’intestin moyen, ni dans l’intestin postérieur.
Conclusion. — Le Tr. yambiense paraît ne pas pouvoir subir
de développement quelconque chez Cyclopodia Greffi.
En terminant, nous tenons à présenter nos remerciements à
notre collègue, le docteur Aubert, directeur de l’Institut Pasteur
à Brazzaville, qui a bien voulu mettre à notre disposition une
souche de Tr. conyolense.
(. Laboratoire de Léopoldville , le 19 janvier 1916).
9/ ,
Action comparative des matières colorantes : try-
parosan et trypanobleu et des arsenicaux : sal-
varsan cuprique, sur les trypanosomes animaux
Africains des groupes congolense et angolense
« cazalboui-vivax ».
Par J. RO DI1 AI N et F. Van den BRANDEN.
Nous avons déjà signalé (1) que le tryparosan constitue chez
(1) Rapport sur les travaux de la Mission scientifique du Katanga. J. Rod-
HAiN, C. Pons, F. van den Branden et J. Bequaert.
Séance du 12 Avril 1 9 1 G 237
le cabri, l'agent thérapeutique de choix contre les injections pro¬
voquées par le trypanosome du type dimorphon-congolense dans
le BaS'dvatanga. Nous donnons les nouveaux essais faits avec ce
médicament contre le trypanosome court à flagelle libre du
Moyen -Congo.
Administré par la bouche à la dose de o g. 5o par kg. de
poids chez le mouton, la chèvre, le cochon indigène et le cobaye,
le tryparosan fait disparaître définitivement les trypanosomes
au bout de vingt-quatre h. Une chèvre du poids de 18 kg. a
reçu du 26-6-14 au 28-6-14 en trois jours i3 g. de tryparosan,
soit o g. 70 par kg. de poids, sans présenter de phénomènes
d’intoxication. Un cobaye a bien supporté 1 g. par kg. de poids;
chez ce cobaye, les trypanosomes avaient disparu de la circula¬
tion périphérique au bout de 16 h.
Action du tryparosan sur le Trypcinosonia congolense.
•
Expérience 1. — Mouton. Poids : 20 kg.
14- 2-14 : Sang = trypanosomes 4- (4).
15- 2 14 : Sang = trypanosomes +.
Reçoit du 16-2-14 au 18-2-14, 8 g de tryparosan per os (0 g. 40 par kg.
de poids!.
Examens de sang négatifs jusqu’au 2910-14.
Expérience 2. — Bélier. Poids : 22 kg. 500.
16- 2-15 : Sang = trypanosomes -J- .
17- 2-15 : Sang = trypanosomes -h .
Reçoit du 19-2-15 au 21-2 15, Il g. 250 de tryparosan per os (0 g. 50
par kg. de poids).
Examens de sang négatifs jusqu’au 16*4-15.
Expérience 3. — Chèvre. Poids : 18 kg.
23- 6-14 : Sang — trypanosomes -H.
24- 6-14 : Sang = trypanosomes H- .
Reçoit du 26-6-14 au 28-6-14, 13 g. tryparosan per os (0 g. 70 par kg.
de poids).
Examens de sang négatifs jusqu’au 17-5-14. L’animal meurt le 16-7-14 ;
à l’autopsie noyaux pneumoniques dans les deux poumons.
>
Expérience 4. — Cochon indigène. Poids : 21 kg. 500.
25- 5-15 : Sang = trypanosomes +.
26- 5-15 : Sang = trypanosomes -h .
Reçoit 10 g. 75 tryparosan per os à partir du 26-5-15 (0 g. 50 par kg. de
poids).
Examens de sang négatifs jusqu’au 18-6-15. L’animal est abattu.
(1) Explication des signes -f- et zh :
trypanosome -1 — f- =r trypanosomes nombreux,
trypanosomes -j- — trypanosomes peu nombreux,
trypanosomes zfc = trypanosomes rares.
238
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Expérience 5. — Cobaye. Poids 075 g.
24- 1 -16: Sa ng = trypa nosomes -h 4- •
25- 1-16 : Sang — trypanosomes 4 4-
lieçoit le 26-1-16, Ô g. 337 de tryparosan per os (0 g. 50 par kg. de
poids).
Examens de sang négatifs jusqu’au 12-2-16.
Expérience 6. — Cobaye. Poids 350 g.
24- 1-16 : Sang — trypanosomes 4 4 .
25- 1-16 : Sang = trypanosomes 4+ .
Reçoit le 26-1-16, 0 g. 35 de tryparosan per os(l g. par kg. de poids).
Examens de sang négatifs jusqu’au 12-2-16.
Le trypanobleu n'a pas d'action sur le Tmjpanosoma congo¬
lense ; administré par la bouche chez le cobaye à la dose de
o g. 5o et même i g. par kg. de poids, il n’a pas fait disparaître
les trypanosomes fie la circulation.
Un mouton pesant 25 kg. et ayant reçu dans la veine du cou
o g. 3o du médicament dilué dans l\o cm3 d’eau distillée, souffre
de dyspnée pendant une h, après l’injection. L’évolution de la
trypa nose est nullement modifiée.
Action du trypanobleu sur le Trypanosoma congolense.
Expérience 7. — Cobaye. Poids 410 g.
24-1-16 : Sang = trypanosomes 4 4-
26- 1-16 : Sang = trypanosomes 44-
Reçoit 0 g 20 trypanobleu per os (0 g. 50 par kg. de poids).
Les trypanosomes ne disparaissent pas de la circulation.
Expérience 8. — Cobaye Poids 340 g.
24-1 1 6 : Sang = trypanosomes 4 4-
26-1-16 : Sang = trypanosomes 4 4.
Reçoit 0 g. 34 trypanobleu per os (1 g. par kg. de poids).
Les trypanosomes ne disparaissent pas de la circulation.
Expérience 9. — Mouton. Poids 25 ka;.
31-1-16 : Sa ng= trypanosomes 4.
1-2-16 : Sang — trypanosomes 4.
Reçoit le 2-2-16 0 g. 30 de trypanobleu par la voie veineuse (0 g. 012
par kg. de poids).
Le mouton souffre de dyspnée pendant une heure après l’injection.
Les trypanosomes ne disparaissent pas de la circulation.
Il est bien connu des expérimentateurs que les trypanosomes
du groupe congolense ne sont pas influencés par les arsenicaux.
Nous avons pu constater de plus que le salvarsan cuprique (i),
(i) Arc/t. f. Schiffs. u. trop. Hyg décembre igi3, t. XVII, no 24, p. 845 à
84g et novembre 1914 t* XVIII. n° 22, p. 748 à 708.
bulletin de la Soc. de Pathol, eæot., octobre igi5, t. VIII, n» 8, p. 682 à 586.
/
2 3 il
Séance du i ?. Avril 1916
qui est une association de cuivre et de salvarsan, n’a pas d’action
sur ce trypanosome.
Deux moutons infectés pesant respectivement 24 kg. et 2.3 kg-,
reçoivent chacun o g. 20 de K3 dans la veine du cou ; les trypa¬
nosomes 11e disparaissent pas de la circulation.
Le salvarsan cuprique à la dose de o gr. 008 par kg. de poids
n'a donc pas d’action sur les trypanosomes du groupe congolense.
Action du salvarsan cuprique sur le Trypanosoma congolense .
Expérience 10. — Mouton. Poids 24 kg.
5- 2-1 4 : Sang = trypanosomes +.
6- 2-14 : Sang = trypanosomes -f.
Reçoit le 7-2-14 0 g. 10 lv:} intraveineuse.
et le 10-2-14 0 g. 20 lv3 intraveineuse (0 g. 008 par kg. de poids).
Pas de stérilisation sanguine.
Expérience 11. — Mouton. Poids 23 kg.
23-2-14 : Sang — trypanosomes +.
25-2-14 : Sang = trypanosomes +.
Reçoit le 26-2-14 0 g. 20 Iv3 intraveineuse (0 g. 008 par kg. de poids).
Pas de stérilisation sanguine.
★
* +
Déjà en 1911 nous avons établi la sensibilité du Trypanosoma
cazalboui <v uivax » au tryparosan (voir expérience 12). Les
expériences i3 et i4 confirment cette observation.
Un mouton du poids de 16 kg. 200 reçoit par erreur o g. 60 de
tryparosan dans la veine du cou, l’animal se couche avec une
dyspnée intense et reste en danger pendant 2 h. Il se remet et
vit encore une semaine sans présenter de rechute.
Un second mouton pesant ry kg. reçoit le 25-5-1 5 o g. 3o de
tryparosan par la voie veineuse; les trypanosomes disparaissent
momentanément de la circulation, mais l’animal rechute le 1 5-6- 1 5
au bout de 21 jours. Une nouvelle dose de o g. 35 est adminis¬
trée le 2 r - 6- r 5 ; l’animal est tenu en observation et 11e présente
pas de rechute jusqu’en septembre 19 r 5 .
Action du tryparosan sur le Trypanosoma cazalboui.
Expérience 12 (1) — Chèvre noire. Poids 10 kg.
11-9 11 : Sang = trypanosomes +.
14-9-11 : Sang == trypanosomes +.
Reçoit le 15-9-11 4 g. de tryparosan per os en deux fois.
16- 9-11 : Sang = trypanosomes +. Reçoit encore 4 g. de tryparosan.
17- 9-11 : Sang = trypanosomes néant.
Examens de sang négatifs jusqu'au 17-Xl-U.
(1) Extrait du Rapport sur les travaux de la Mission scientifique du
Katanga.
240
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Expérience 13. — Mouton noir. Poids 16 kg. 200.
1 9-6-1 5 : Sang = trypanosomes -f- .
21-6 15 : Sang = trypanosomes -j-.
Reçoit le 21-6-15 0 g. 60 tryparosan par la voie veineuse (par erreur,
nous ne voulions donner que 0 g. 30).
L’animal se couche avec une dyspnée intense, reste en danger pendant
2 h. Se remet et vit encore une semaine sans présenter de rechute.
Expérience 14. — Mouton noir et blanc. Poids 17 kg.
23- 5-15 : Sang = trypanosomes +•
24- 5-15 : Sang = trypanosomes + .
Reçoit le 25-5-15 0 g. 30 tryparosan intra-veineuse (0 g. 017 par kg.
de poids).
Rechute le 16-5-15 après 21 jours.
Reçoit encore le 21-6-15 0 g. 35 tryparosan dans la veine.
Observé jusqu’à septembre : pas de rechute.
Le trypanosome du type Cnzalboui-vivax ne s’est pas montré
sensible à l’action du trypanobleu.
Un agneau et un mouton infectés, sont traités par le trypano¬
bleu ; ils reçoivent respectivement o g. 020 et o g. 016 du médica¬
ment par kg. de poids. Les trypanosomes ne disparaissent pas
de la circulation.
Action du trypanobleu sur le Trypanosorna cazalboui.
Expérience 15. — Agneau. Poids 4 k. 800.
7-5-15 : Sang == trypanosomes +.
8 5 15 : Sang = trypanosomes
Reçoit le 10-5-15 0,10 g. trypanobleu intraveineuse (0 g. 02 par kg. de
poids)
10-5-15 : Sang — trypanosomes en augmentation
Reçoit encore le 11-5-15 0 g. 10 trypanobleu intraveineuse
Les trypanosomes ne disparaissent pas de la circulation ; le mouton
meurt le 22-5-15.
Expérience 16. — Mouton. Poids 16 kg. 500.
23- 5-15 : Sang = trypanosomes -f.
24- 5-15 : Sang — trypanosomes -J-.
Reçoit le 25-5-15 0 g. 30 trypanobleu intraveineuse (0 g. 016 par kg. de
poids '.
Les trypanosomes ne disparaissent pas de la circulation.
Le salvarsan cuprique a produit chez un mouton infecté une
stérilisation momentanée de 6 jours. La trypanose évolue dans
la suite chez cet animal d’une façon chronique.
L’action du salvarsan cuprique sur le Trypanosorna cazalboui
est donc à peu près nulle.
Action du salvarsan cuprique sur le Trypanosorna cazalboui.
Expérience 17. — Mouton. Poids 14 kg.
O
Séance du 12 Avril 1 9 1 G 241
10-3-14 : Sang = trypanosomes -f.
12:3-14 : Sang = trypanosomes -f.
Reçoit le 13-3-14 0 g. 05 de Ks.
Les trypanosomes ne disparaissent pas de la circulation.
Reçoit encore le 16-3-14 0 g. 10 de K3.
Les trypanosomes disparaissent jusqu’au 22-3-14, jour de la rechute.
La trypanose évolue dans la suite d’une façon chronique.
Conclusions. — i° Le tryparosan est le médicament de choix
contre les injections provoquées par le trypanosome du type
congolaise.
20 Le trypanobleu et le salvarsan cuprique n'ont pas d’action
sur le Tnjpanosoma congolense.
3° Le trypanosome du type Cazalboui est sensible à l’action du
tryparosan.
4° Le trypanobleu n’a aucune action sur le trypanosome du
type Cazalboui.
5° Le salvarsan cuprique n’a paru avoir qu’une action tempo¬
raire, quasi nulle, sur l’évolution d’une infection provoquée chez
le mouton par le Trypcinosoma Cazalboui.
[ Laboratoire de Léopoldville , le 10-2-1916).
M. Mesnil. — Wenyon (i) avait déjà montré que le trypano¬
bleu, — que Maurice Nicolle et moi-même avons introduit sous
le nom de couleur A dans la thérapeutique et qui a acquis une si
grande importance en piroplasmoses, — est sans action sur les
infections à Tr. dimorphon , qui ne sont justiciables que des
couleurs rouges debenzidine. On peut conclure, après les recher¬
ches de Rodhain et Van den Branden, que cette inefficacité du
trypanobleu s’étend à tout le groupe dimor phon-congolense et au
cazalboui. En revanche, cette couleur et les autres couleurs
bleues ou violettes de benzidine, sont actives sur les Tr. brucei,
evansi , equinum, gambiense.
(1) NVenyon, Journ. of Hyg., t. VII, p. 273.
242
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nouvelle contribution à l'Etude des
Chéromyies de f Afrique Occidentale Française.
Par G. BOUETetE. ROUBAUD.
Au cours d’une mission récente dans la partie orientale de la
future voie ferrée, entre Tamba-Counda et Kayes (ligne de Thiès
à Kayes) et le Bas-Sénégal, l’un de nous a pu retrouver en grand
nombre les deux espèces de Chéromyies qui parasitent électi¬
vement les Oryctéropes et les Phacochères en Afrique Occiden¬
tale, et que nous avons fait connaître sous lesnomsde Ch. chœro¬
phaga et C h. boneti :. Ses investigations, poursuivies avec beaucoup
de soins et d’efforts, ajoutent des données nouvelles à celles que
nous avions antérieurement recueillies sur ces Calliphorines (i).
Nous donnons ici la liste des espèces rencontrées dans Tes
différentes localités visitées, la nature de leurs gîtes, ainsi que
les particularités diverses de biologie qui s’y rapportent.
Village de Bola. Dans un terrier d ’Oryctérope habité par l’animal, et
situé à t km. 500 du village: 5 Ch. chœrophaga çf ; 2 Ch. boueli çfçf.
Village de Leva-Diofoulbé. Dans un trou d’arbre à 100 m. du village :
l Ch. chœrophaga Q.
Village de Goumbo. Sous un arbre à baies sucrées, dans le village :
1 Cli. boueli Ç âgée, ainsi qu i Cordglobia anthropophaga Ç.
Environs de Nayes. Dans des terriers habités par des Phacochères,
8 Ch. chœrophaga çf ; 1 Ch. boueli çf.
Dans un terrier d ’Oryctérope, 9 Ch. chœrophaga dont 8 ç} et 1 Ç ; et 7
Ch. boueii .
Sénoudébou. Dans la case de campement: 2 Ch. boueti 9 9 avec 1 Cor¬
dglobia anthropophaga çf .
Goulouinbo. Dans la case de campement : 3 Ch. chœrophaga , dont 2 9
et 1 cf, avec 3 Auchmeromgia luteola , 2 9 et 1 çf .
Ambidédi. Dans la case de campement. 1 Ch. chœrophaga 9-
Dramané. Bords du fleuve Sénégal, dans la case de campement :
1 Ch. chœrophaga rf.
Boghé. Rive droite du Sénégal ; dans un terrier de phacochères habité en
permanence depuis plusieurs années : 17 Ch. boueli , tous c^cfi 6 Ch. chœ¬
rophaga çf.
Richard-Toll. Sur la rive gauche du fl. Sénégal, à 140 km. de la mer et
(i) V. Recherches sur les Auchméromyies. Bull, scient. France et Belgi¬
que , t. XLVII, 1913 et Eludes sur la Faune Parasit. de l'Afrique Occ. Fr.
Paris-Larose, 1914 : Nouvelle observation sur les Chéromyies de l’Afrique
Occid. française. Bull. Soc. Path. Exot t. VIII, n° 7, 1915.
Séance du 12 Avril KjïG
243
5 km. de l’ancien poste, dans des terriers de phacochères, (lesOryctéropes
ne paraissant pas exister dans la région) : 22 Ch. boueli , tous
Ces observations ont été faites, pour celles qui concernent les
régions de la future voie ferrée du Thiès-Kayes, pendant l’hiver-
nage. jusqu’en novembre ; pour celles qui ont trait aux bords
du Sénégal, pendant la saison sèche, de fin novembre à janvier.
Elles montrent, tout d’abord, que la spécificité relative des
deux espèces vis-à-vis de l’Oryctérope ou du Phacochère est sou¬
vent fortement en défaut. Dans les terriers de phacochères du
Bas-Sénégal ce sont, contrairement à ce que nous avions précé¬
demment observé au Soudan et dans la Haute Gambie, les
Ch. boaeti qui prédominent. Inversement, dans le terrier d’Oryc-
téropes de Nayes, ce sont les Ch. chœrophaga qui l’emportent
sur lautre espèce. Suivant les circonstances, l'une ou l’autre
espèce peut s’accommoder fort bien de l’un ou de l’autre type
d^hôte.
En second lieu, on notera la très grande prédominance des
males sur les femelles dans les terriers. Par contre, dans les
mouches qui ont été recueillies au dehors, soit dans les habita¬
tions, soit dans les cavités d’arbres, ce sont les femelles qui pré¬
dominent. Il apparaît donc que celles-ci se répandent plus
volontiers à l’extérieur, au moins à certaines époques de
l’année.
Nous signalerons enfin, comme plus particulièrement impor¬
tante à noter, la présence des Chéromyies femelles à l’intérieur
des habitations humaines, et dans les villages, où elles fréquen¬
tent alors avec l’Auchméroinyie humaine, A. hiteofa , et l’agent
du « Ver de Cayor », Cordylobia anthropophage! , Sans doute,
est-il permis de penser, qu’à l’occasion, ces femelles de Chéro¬
myies déposent leurs œufs au voisinage de l'homme, comme le
tait normalement CA. Inteola , et occasionnellement la Cordylo-
> 1
bie (i). Il est probable que des recherches ultérieures mettront
en évidence le parasitisme occasionnel chez l'homme, des vers des
terriers d’animaux à peau nue. Peut-être existe-t-il, entre
l’homme, les Auchméromyies et les Phacochères des relations
' «y
comparables à celles qui viennent d’être mises en évidence
pour YOrnithodorus moubcita par Lloyd (2), en Bhodésie.
v
(1) V. Et. sur la Faune Parasit. Afrique Occ. Fr. Paris-Larose, 1914 : Le
Ver du Cayor, pp. 114-168.
(2) On the Association of YVarthog and the Nkufu Tick ( Omithodorus
moubata). Ann. Trop. Med. Parasit ., t. IX, n° 4, 3o déc. 1916.
244
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sur un Myriapode ayant séjourné
dans les fosses nasales d’un homme
Par A. LAVERAN et E. ROUBAUD.
Le 4 mars 1916, M. le Dr G a pin faisait remettre à l’Institut
Pasteur un myriapode qu'un de ses clients venait, d’expulser en
se mouchant et demandait qu'on lui fît connaître la détermina¬
tion de l'animal.
Le myriapode sorti vivant des fosses nasales avait été mis dans
un flacon contenant un peu d’eau où il ne tarda pas à mourir;
on ajouta alors à l’eau un peu de formol pour conserver
l’animal.
M. le Dr Gapin a bien voulu nous fournir les renseignements
qui suivent; nous le remercions de sa grande obligeance. Son
client M. N . habite Melun, c’est un commerçant retiré des
affaires, dans une situation aisée. A diverses reprises, depuis
1910, le Dl> Gapin a soigné M. N . pour pharyngite granuleuse
et catarrhe naso-pharyngien, la dernière fois le 22 juillet 191b.
A la demande du Dr Gapin, M. N... a fourni les renseigne¬
ments qui suivent : •* Je crois, écrit-il, que je devais avoir ce
myriapode depuis plusieurs mois dans le nez, car depuis cette
époque je souffrais davantage de maux de tète et de vertiges;
auparavant j’avais parfois quelques douleurs névralgiques, mais
bien moins violentes; je pense que cet animal s’est introduit
pendant le séjour que je faisais presque tous les soirs dans mon
jardin, il m’arrivait fréquemment de me reposer sous un
cerisier ».
Les douleurs névralgiques que le malade éprouvait depuis
quelque temps ont disparu aussitôt après l'expulsion du
myriapode.
Il n’est pas possible, d’après ces renseignements, de fixer
exactement la date à laquelle le myriapode a pénétré dans les
fosses nasales; il nous paraît probable, comme le croit M. N...,
que l’animal a séjourné pendant plusieurs mois dans ces cavités,
occasionnant les douleurs névralgiques et les vertiges dont le
malade parle, accidents qui ont disparu aussitôt après l’expul-
Séance du 12 Avril 1916
245
sion du parasite; il est vraisemblable que Ranimai n’avait pas
les grandes dimensions qu’il présente quand il s’est introduit
dans le nez; enfin, si l’introduction s’est produite alors que le
malade se reposait dans son jardin, cela a dû se passer plutôt
à l’automne qu’en hiver, les myriapodes ayant une vie peu active
pendant cette dernière saison.
Le myriapode émis par M. N... (fig.
ci-contre), est un géophile mesurant
près de 6 cm. de longueur, et pourvu
de 58 paires de pattes. II a été reconnu
par M. Brolemann, à l’autorité de qui
nous avons soumis son identification
précise, comme une femelle normale
de Geophilus carpophagus Leach, es¬
pèce très répandue en France, surtout
dans le Nord, et qui peut atteindre
jusqu'à 70 cm. de longueur.
Le pseudo-parasitisme des Myria¬
podes chez l’homme, quoique rare„
n’est cependant pas un fait nouveau.
R. Blanchard, dans deux intéressantes
études (j), en a relevé l\o cas dans
lesquels ces animaux siégeaient 3i
fois dans les voies aériennes, et 9 fois
dans le tube digestif. De nouvelles
Geophilus carpophagus Ç
expulsé des fôsses nasales, après
plusieurs mois de séjour.
Grandeur naturelle.
observations permettent de porter à
33 le nombre des cas de pseudo-parasitisme dans les fosses
nasales actuellement signalés, indépendamment du nôtre.
Sur ces 33 observations touchant la présence de Myriapodes
dans les fosses nasales, le G. carpophagus a été constaté 4 fois
avec certitude et cinq autres observations le donnent comme
probable. Enfin, le même auteur (2) a signalé également ce
Myriapode dans le conduit auditif externe. Bien que d’autres
espèces aient été aussi rencontrées dans les voies aériennes,
comme Geophilus electricus, similis, cephalicus, Lithobius forfica-
(1) R. Blanchard, Sur le pseudo-parasitisme des Myriapodes chez l’homme.
Arch. Parasit., t. I, 1898 et Nouvelles observations sur le pseudo-parasitisme
des Myriapodes chez l’homme. Arch. Parasit ., t. VI, 1902.
(2) R. Blanchard, Un Myriapode dans le conduit auditif externe. Arch .
Parasitol., t. XIV, 1910.
246
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
tas , et r hœtechely ne vesuviana observé récemmeut par Verdun et
Bruyant (i), l e G. carpophagas est certainement l’espèce qui a
fourni les plus nombreuses observations analogues à celle que
nous rapportons. Comme nous l’a écrit M. Brolemann, c’est là
un fait certainement en relation avec les habitudes de ce Myria-
podedont la biologie est peu connue.
La durée de séjour dans les fosses nasales qui, d’après notre
observation, peut être estimée à plusieurs mois, n’est nullement
exceptionnelle. Dans les observations diverses relatées par
R. Blanchard, on trouvera des cas dans lesquels les parasites ont
accusé leur présence pendant plusieurs années. Bien que la plu¬
part de ces observations, comme la nôtre, aient été recueillies en
France, nous avons cru intéressant d’attirer sur elles l’atten¬
tion de la Société, parce qu’elles ouvrent un ample champ à
des investigations semblables, dans les régions chaudes.
1 *
" ' '•
Séance du 12 Avril 1916
247
Mémoires
Quelques hémoparasites du Brésil
Par A. CA RI NI et J. MACIEL.
Au cours de nombreux examens de sang* d’oiseaux, faits pen¬
dant ces dernières années, nous avons rencontré quelques hémo¬
parasites, que nous décrivons dans cette note comme une
modeste contribution à l hémoparasilologie des oiseaux du
Brésil,
La plupart de nos recherches ont été faites sur des prépara¬
tions sèches de sang* d’oiseaux tués à la chasse (1); donc, dans
presque tous les cas, il manque l’observation à l'état frais.
I.
Microfilaires
Les microfilaires sont relativement fréquentes chez les oiseaux
du Brésil. Nous en avons rencontré chez 16 espèces différentes.
Dans la littérature à notre portée, on n’a trouvé aucune des¬
cription sur des microfilaires d’oiseaux du Brésil, excepté une
Référence faite dans un travail de Splendore (2), qui dit avoir vu
chez le tico-tico, Zonotrichia pileata (Bodd), une microfilaire, mais
n’en donne pas la description. ,
De nos filaires, nous ne connaissons pas les formes adultes, ne
les ayant pas recherchées dans la plupart des cas, ou ne les
ayant pas trouvées dans les quelques cas où nous nous sommes
livrés à ces recherches.
1) Microfilaire de l’Uri on capoeira. (Odontophorus capueira
(Spix) ; fa ni il le O < 1 o n to p h o r i d æ ) . — Dans les préparations desan
«r
5)
(1) Nous remercions MM. H. et R. von Iuering, directeurs du Museu do Ipi-
ranga pour l’obligeance avec laquelle ils nous ont toujours prêté leur con¬
cours pour la détermination de nos oiseaux.
Pour la nomenclature, nous avons adopté celle du « Catalogo das aves do
Brazil » publié par le Museu paulis ta. S. Paulo, 1907.
" (2) Splendore, Tripanosomi di uccelletti e di pesce brasiliani. Rev. Soc.
Scient. S do Paulo , vol. V, 1910.
248
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de l’exemplaire parasité, tué dans les faubourg-s de Sâo Pàulo,
la microfilaire n’est pas abondante.
Elle mesure 70 p de long sur 3,5 p de largeur maxima.
Le corps, cylindrique, rectiligne et dépourvu de gaine, est
formé de grandes cellules distinctes, éloignées les unes des
autres et longitudinalement disposées en trois rangées.
L’extrémité céphalique est conique, la caudale pointue.
Vers le milieu du corps, il y a un espace clair, de forme ova¬
laire, suivi, à courte distance d’un autre espace, transversale¬
ment disposé. A 17 p de 1 extrémité caudale, il y en a un troisième
plus petit.
2) Microfilaire de la Pomba (Columba rufina (Temjvi.); famille
Columbidæ'). — Dans les préparations de sang de l’exemplaire
parasité, le parasite existe en petit nombre.
Il mesure 160 p de long sur 4 p de largeur maxima.
Le corps, grêle, cylindrique, dépourvu de gaine et élégamment
contourné, est constitué pardes cellules distinctes, longitudina¬
lement disposées sur deux rangées parallèles.
Au niveau de l’extrémité céphalique, on remarque un espace
clair plus grand placé à côté d’un deuxième espace plus petit.
L’extrémité céphalique est arrondie, la caudale effilée.
3) Microfilaire du Tucano (FUiamphastos dicolorus (L .); famille
Rhamphastidæ). — Dans les préparations de sang de l'exemplaire
parasité, la microfilaire était abondante.
Elle mesure 70 p de long sur 5 p de largeur maxima.
Le corps, court, épais, rectiligne et dépourvu de gaine, est
formé par des cellules de grande taille disposées en trois
rangées.
L’extrémité céphalique est arrondie, la caudale pointue.
Le long du corps, on remarque deux espaces clairs, dont le
plus grand est situé en deçà du centre, le plus petit étant placé
au delà.
4) Microfilaire du Pica-pao do campo ou chcm-chan (Colaptes
campestris (Vieil/.) ; famille Picidôe). — Dans les préparations de
sang de l’exemplaire parasité, tué aux environs de Sâo Paulo,
les embryons sont nombreux.
La microfilaire mesure 120 p de long sur 6 p de largeur maxima.
Le corps, cylindrique et dépourvu de gaine, est formé, de
Séance du 12 Avril 1916
249
petites cellules arrondies, uniformément distribuées et tassées
en quatre ou cinq rangées.
L’extrémité céphalique est arrondi»*, la caudale pointue.
Le long du corps, on remarque de petits espaces clairs, irré¬
guliers et inconstants.
5) Microfilaire de la Tovaca (Chamæsa brevicauda (Vieil/.);
famille Formicariidæ). — L'exemplaire parasité a été chassé à
Santa Maria (Etat de Rio Grande do Sul) en janvier 1915.
Dans les préparations de sang de cet exemplaire, le seul qui
ait été examiné, le parasite est rare et mesure 200 de long
sur 6 ul de largeur maxima. Le corps est relativement grêle et
pourvu d’une gaine très délicate et dépassant d’une petite lon¬
gueur son extrémité caudale. Cette gaine n’est bien visible que
dans les préparations fortement colorées. L’extrémité cépha¬
lique est arrondie, la caudale pointue. Le corps est constitué
par des cellules peu distinctes, longitudinalement disposées en
rangées.
Au niveau de l’extrémité céphalique, il y a un espace clair,
de forme ovalaire; à la limite du tiers moyen avec le tiers posté¬
rieur, il y en a deux autres, placés sur toute la largeur de l’em-
bryon.
6) Microfilaire du Joâo Tenenem (Cranioleuca pallida ( Wied .) ;
famille Dendrocolaplidæ). — Le parasile est peu abondant dans
les préparations de sang de l’unique exemplaire qui ait été exa¬
miné et qui a été tué à Rio Negro (Etat de Paranà) en février
1 9 r5-
Il mesure 45 p de long sur 6,5 u de largeur maxima.
Le corps, court, large et rectiligne, est dépourvu de gaine et
est formé par des cellules très indistinctes, longitudinalement
disposées en série.
L’extrémité céphalique est régulièrement arrondie et la cau¬
dale brusquement terminée en pointe.
Au voisinage du centre, du côté de l’extrémité caudale, il y a
un espace clair très visible.
7) Microfilaire du Tangarasinho (Neopelma aurifrons)( Wied.) ;
famille : Pipridæ). — Dans les préparations de sang de l’unique
exemplaire qui ait été examiné, tué à l’Ipiranga, environs de
Sâo Paulo, au mois de mars iqi5, les parasitesne sont pas nom¬
breux.
2 50 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Us mesurent 220 p. de long sur 4 p- de largeur maxima.
Leur corps est grêle, peu sinueux et dépourvu de gaine.
L’extrémité céphalique est conique, la caudale très effilée.
Le corps est formé par des séries rectilignes de petites cellules,
les unes arrondies, d’autres polygonales, toutes bien distinctes
et disposées dans le sens de leur plus grand diamètre.
A 5ô p. environ de l’extrémité céphalique, on remarque une
incisure transversale suivie, à courte distance, d’une autre de
plus grande taille ; à la limite du tiers moyen avec le tiers pos¬
térieur, il y en a encore une autre.
8) Micro filaire du Canelleirinho (Pachyramphus rulus ( Vieill.) ;
famille Cotingidæ). — Dans les préparations de sang de l’exem¬
plaire parasité, chassé à Serrinha (Etat de Parana) en février
1915, la microfilaire est abondante et mesure 80 p. de long sur
7 p. de largeur maxima.
Elle est courte, cylindrique, rectiligne et dépourvue de gaine.
L’extrémité céphalique est arrondie, la caudale régulièrement
effilée.
Le corps est formé par de grandes cellules bien distinctes et
longitudinalement disposées sur trois ou quatre rangées.
Au niveau de l’extrémité céphalique, on remarque un espace
clair et, au voisinage du centre, du côté de l’extrémité caudale,
on en trouve un deuxième, placé dans le sens transversal.
Au niveau de l’extrémité caudale, là où le corps commence à
s’effiler, il y a un autre espace clair qui n’est pas toujours
visible.
9-10) Microfdaires du Sabla laranjeira (Turdus rufiventris
( Vieil/.) ; famille Turdidæ). — Chez les oiseaux de cette espèce,
nous avons trouvé deux microfilaires qui nous semblent dif¬
férentes.
a) Dans les préparations de sang de l’un des exemplaires para¬
sités, la microfilaire existe en petit nombre. Elle mesure i2Ô pi
de long sur 4 p de largeur maxima. Le corps, cylindrique,
rectiligne et dépourvu de gaine, est formé par trois séries de cel¬
lules peu distinctes, tassées les unes contre les autres.
L’extrémité céphalique est arrondie et la caudale très effilée.
O11 remarque un espace clair au niveau de l’extrémité cépha¬
lique; il y en a un autre au voisinage de l’extrémité caudale.
Ces espaces sont petits, inconstants et peu visibles.
Séance du 12 Avril 1916
251
b ) Dans les préparations de sang- du deuxième exemplaire
infecté, tué à Santa Maria, Etatde Rio Grande do Sul, en janvier
1 9 1 5 , le parasite existe en petit nombre et mesure 5o p de long-
sur 3,5 [a de largeur maxima.
L’extrémité céphalique est conique, la caudale pointue.
Le corps, dépourvu de gaine, court et épais, est constitué par
des cellules peu distinctes, tassées les unes contre les autres et
rangées en séries.
Au niveau de l’extrémité céphalique, il y a un petit espace
clair. On remarque encore une incisure transversale très évidente
et près du centre.
1 1 ) Microfilaire du Pia-cobra ou Gaga-sêbo (Geothlypis æquino-
cialis cuculata (Vieil!.) ; famille Mniotiltidæ). — Le parasite est
très abondant dans les préparations de sang de l’unique exem¬
plaire qui ait été examiné et qui a été tué à Gacequy (Etat de Rio
Grande do Sul) en février iqi5.
Il mesure 240 y de long sur 5 y de largeur maxima.
Le corps, sinueux, dépourvu de gaine, est recourbé à son
extrémité caudale. Il est constitué par des cellules bien distinc¬
tes, les unes arrondies, d’autres allongées, éloignées les unes des
autres et longitudinalement disposées en séries linéaires.
L’extrémité céphalique est arrondie, la caudale pointue.
Au niveau de l’extrémité céphalique, on remarque toujours
un grand espace clair de forme conique ; 'à 5o p de celui-ci, il y
en a un autre, transversal, suivi, à courte distance, d’un troi¬
sième espace triangulaire. Enfin, on en trouve deux autres, net¬
tement visibles, au voisinage de l’extrémité caudale.
12) Microfilaire de la Pachysylvia pœcilotis (Temm.) (famille
Vireonidæ). — Le parasite n’est pas très abondant dans les pré¬
parations de sang du seul exemplaire qui ait été examiné et qui a
été chassé à Itatiba (Etat de Saô-Paulo), au mois de mars 1916.
Il mesure 160 p de long sur 5 a de largeur maxima.
Possède un corps cylindrique, peu sinueux, dépourvu de
gaine et formé par trois rangées de grandes cellules distinctes,
les unes arrondies, d’autres fusiformes, longitudinalement dis¬
posées.
L’extrémité caudale est pointue, la céphalique conique.
Le long du corps, on remarque de petites incisures, dont l’une,
de forme triangulaire, à 35 p de l’extrémité caudale; l’autre,
252
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mesurant 5 de long, placée sur toute la longueur du corps, se
trouve à 60 a de l'extrémité céphalique.
i3) Micro jîlaire du Tico-tico do campo (Embernagra platensis
(Gm.) ; famille Fringillidæ). — La micro filai re existait en grande
abondance dans les préparations de sang de l’exemplaire parasité,
tué à Rio Grande (Etat de Rio Grande do Sul) en février 1915.
Elle mesure 160 p de long sur 5 u de largeur maxima.
Le corps, cylindrique, tantôt rectiligne, tantôt sinueux,
dépourvu dégainé, est constitué de cellules juxtaposées, placées
sur trois lignes rapprochées, mais suffisamment distinctes.
L’extrémité céphalique est visiblement coupée à pic, la cau¬
dale va en s'effilant graduellement.
A 35 p de l'extrémité céphalique, il y a un espace clair,
linéaire, transversalement disposé et, un peu plus bas, on remar¬
que une incisure. A la limite du tiers moyen et du tiers posté¬
rieur, il y a un espace clair ovalaire et, à 3o p environ de l’ex¬
trémité caudale, on en trouve encore un autre.
i4 et i5) Microjilciires du Tico-tico (Brachyspiza capensis
(Mïd.L); famille Fringillidæ). — Chez cet oiseau, nous avons
trouvé deux microfilaires qui nous semblent appartenir à deux
espèces différentes.
a) Cette microfilaire a été rencontrée dans le sang de plu¬
sieurs exemplaires de tico-tico et souvent en assez grand nombre.
Elle mesure 65 ;x de long sur 5 g de largeur maxima.
Le corps, cylindrique, rectiligne, relativement court et gros,
dépourvu de gaine, est constitué par des cellules tassées les
unes contre les autres, peu distinctes et longitudinalement dis¬
posées.
L’extrémité céphalique est conique et présente une incisure
longitudinale qui la partage comme en deux lèvres; l’extrémité
caudale est pointue.
Vers le milieu du corps, il y a un grand espace clair irrégu¬
lier ; un peu en arrière de celui-ci, il yen a un autre semblable
et plus petit.
Près de l’extrémité caudale, il y a encore une faible incisure
transversale.
b) L'autre microfilaire est fréquente dans le sang des tico-
ticos (1) des environs de Sao-Paulo. Elle est souvent assez abon-
(1) Chez les tico-ticos qui renferment dans leur sang- cette. microtilaire, nous
avons trouvé en même temps des tilaires adultes dans le péritoine.
Séance du 12 Avril îgi G
253
dante dans les préparations et mesure i3o g de long sur 4 g de
largeur maxima.
L’extrémité céphalique est arrondie, la caudale très effilée.
Le corps, dépourvu de gaine, est formé de cellules polygo¬
nales juxtaposées, longitudinalement orientées en séries et assez
distinctes.
Au niveau de l’extrémité céphalique, on constate un petit
espace clair constant; il y en a un autre à la limite du tiers
moyen avec le tiers postérieur.
A 25 p. environ de l’extrémité céphalique, on voit une faible
incisure transversale.
16) Micro filaire du Papa-capim , colleiro ou tia-tam (Sporo-
phila cœrulescens (Bonn, et Vieill. ) ; famille Fringillidæ). — Des
deux exemplaires parasités, l'un a été tué aux environs de Sâo-
Paulo, l’autre à Serrinha (Etat de Parana).
Dans les préparations de sang qui ont été examinées, le para¬
site existe en petit nombre.
Il mesure 58 g de long sur 4 g de largeur maxima.
Le corps, cylindrique, court, épais et rectiligne, est dépourvu
de gaine et formé de cellules peu distinctes, tassées les unes
contre les autres.
L’extrémité céphalique est arrondie, la caudale très effilée.
Il y a un espace clair longitudinal au niveau de l’extrémité
céphalique; tout au milieu du corps, il y en a un autre, de forme
irrégulière ; enfin, à la limite du tiers moyen avec le tiers pos¬
térieur, il y en a un dernier.
17) Microfilaire du Vira-bosta ou c ho pim (Aaptus chopi
(Vieil/.); famille Icteridæ). — Dans les préparations de sang de
l’exemplaire parasité, chassé à Jacuhy (Etat de Rio Grande do
Sul) en février jqifi, la microfilaire n’est pas abondante.
Elle mesure i5o g de long'sur 5 g de largeur maxima.
Le corps, grêle, contourné et dépourvu de gaine est constitué
par de petites cellules tassées les unes contre les autres et placées
sur deux rangées.
L’extrémité céphalique est arrondie, la caudale est très pointue
et légèrement recourbée.
Au niveau de l’extrémité céphalique, on remarque un espace
clair longitudinalement disposé et, à 3o g de celui-ci, il y a une
petite incisure transversale.
Oiseaux parasités par des Microfilaires
2!> 4 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Séance du 12 Avril 1 9 1 0
O v* ^
Un peu au-delà du centre, là où le corps commence à s’effiler,
on trouve deux autres espaces clairs, peu visibles.
18) Microfîlaire du Melro ou soldado (Cacicus chrysopterus
(Vig.) ; famille Icteridæ). — Dans les préparations de sang de
l’exemplaire examiné, le parasite existait en grand nombre et
mesurait 60 (/. de long sur 3,5 p de largeur maxima.
La microfîlaire est conique* dépourvue dégainé et a la queue
légèrement recourbée.
L’extrémité céphalique est arrondie, la caudale pointue.
Le corps est formé par des cellules très peu distinctes et dis¬
posées en rangées.
Au milieu du corps, il y a un large espace clair, qui occupe
toute sa largeur.
IL — Trypanosomes
Au cours de nos recherches, nous avons trouvé cinq trypano¬
somes chez quatre espèces d’oiseaux :
j) Trypanosome du Siriri (Tyrannus melancholicus (Vieill.) ;
famille Tyrannidæ). — L’exemplaire parasité a été tué aux envi¬
rons de Sâo Paulo (Ipiranga), au mois de mars 19 15.
Le flagellé a été observé dans des préparations de sang fixées
et colorées par le Leishman.
Le protoplasme, bleu clair, est vacuolaire.
Le noyau, situé dans le tiers antérieur, coloré en rouge intense,
est formé par des granulations de chromatine lâchement dispo¬
sées à la périphérie, sous forme de couronne.
Le blépharoplaste, rond* fortement coloré en rouge, est très
visible et toujours assez éloigné de l’extrémité postérieure, qui
est pointue.
La membrane ondulante, mince, transparente et peu plissée,
est longée par un flagelle très fin et très délicat.
2) Trypanosome de la Rovaca (Chamæsa brevicauda (Vieill.) ;
famille Formicariidæ). — L’exemplaire parasité a été chassé à
Santa Maria, Etat de Rio Grande do Sul, en janvier 1916.
Le trypanosome a été observé en même temps que des micro-
filaires dans des préparations de sang fixées et colorées par le
Leishman. Le parasite n’était pas très abondant, mais sur chaque
lame on en a pu trouver plusieurs.
256
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
On en distingue deux formes; l'une plus mince et longue,
l’a u Ire un peu plus large et courte.
Le protoplasme se colore en bleu clair et présente un aspect
finement aréolaire et quelques vacuoles.
Le noyau, situé dans le tiers antérieur, se colore en rouge,
occupe presque tout le diamètre du parasite et est constitué par
des granulations bien distinctes de chromatine.
Le blépharoplaste, volumineux, ovale, coloré en rouge intense,
est situé tantôt tout près de l’extrémité postérieure, tantôt un
peu éloigné de celle-ci, qui, dans ce dernier cas, est très effilée.
Le flagelle est très fin et peu visible; il longe une membrane
ondulante à peine perceptible.
3) Trypanosome du Chopim ou Vira-bosta (Aaptus chopi
(Vieill.) ; famille fcteridæ). — L’exemplaire parasité a été tué à
Jacuhy, Etat de Rio Grande do Sul, en février 1915.
Le trypanosome est très rare ; la description a été faite sur
Punique parasite qui ait été trouvé dans une des préparations
de sang, fixée et colorée au Leishman.
Le protoplasme, très bleu, est aréolaire ; le noyau est peu
visible, le blépharoplaste, fortement coloré en rouge, se présente
très nettement sous la forme de bâtonnet. La membrane ondu¬
lante est mal délimitée. Le flagelle, recouvert par des hématies,
n’était pas visible.
4) Trypanosome du. Soldado ou Melro {Gacicus chrysopterus
(Vig.) ; famille Icteridæ). — L’exemplaire parasité appartenait à
la collection du jardin du Bosque da Saude. Dans les prépara¬
tions, le trypanosome était peu abondant.
Le trypanosome se présente sous forme un peu aplatie.
L’extrémité postérieure est souvent pointue, le blépharoplaste
est sub-terminal.
Le protoplasme se colore en bleu foncé et est très vacuolaire.
Le noyau est ovalaire, formé par de la chromatine lâche et
situé t r a n s ve rsa 1 e m e n t .
Le flagelle longe une membrane ondulante étroite, mais qui
présente des crénelures indistinctes.
A la base de la membrane ondulante, on voit un cordon coloré
en rouge violet qui donne 1 impression d'un deuxième flagelle
et qui peut être comparé à la baguette de soutien de la mem¬
brane ondulante chez les Trichomonas .
Séance du 12 Avril 1916 257
Dimensions moyennes des trypanosomes décrits.
La liste des oiseaux du Brésil chez lesquels on a
trypanosomes est la suivante :
décrit des
(1) Gîté par Castro Cerqueira.
(2) A. D. de Castro Cerqueira. Gontribuiçâo ao estudo dos trypanosomas dus aves. These.
Rio de Janeiro 1906.
(3) Splendore. Tripanosomi di uccelleti e di pesci brasiliani. Rev. Soc. Scient, de
S. P auto, 1910, Vol. V.
(4t Carini et Boteliio. Sur quelques trypanosomes d’oiseaux du Brésil. Bull. Soc. de
Pn'h exo 1914. p. 395.
(5' Carini et Boteliio. Alguns trypanosomas de passavos de Brazil. Annaes paulistas de
Med. e Cir., 1914, Vol. III.
258
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cette particularité le distingue de tous les trypanosomes que
nous avons rencontrés chez les autres oiseaux.
5) Trypanosome du Sabia laranjeira (Tu r d u s r 1 1 fi v e n t r i s f Vie HL) ;
famille Turdidæ). — L’exemplaire examiné a été tué à Santa
Maria, Etat de Rio Grande do Sul, en janvier 1 9 r 5, et était para¬
sité par des filaires.
La recherche a été faite dans des préparations de sang, fixées
et colorées par la méthode de Leishman ; sur chaque lame, on
trouve quelques trypanosomes.
On distingue des formes larges et des formes minces, ces der¬
nières étant les plus nombreuses.
Le parasite, dont l’extrémité postérieure est effilée, présente
très souvent des sinuosités qui donnent au corps une forme de S.
Le protoplasme, coloré en bleu intense, est typiquement aréo-
laire.
Le noyau, volumineux, placé au voisinage du centre, du côté
de l’extrémité antérieure, pauvre en chromatine, est entouré
d’une mince zone achromatique.
Le blépharoplaste, sub-terminal, fortement coloré en rouge,
est ovalaire. En avant du blépharoplaste, on trouve constamment
une petite vacuole.
La membrane ondulante, nette, surtout chez les formes larges,
est longée par un flagelle très fin et très peu visible.
III. — H alteridium ou Hæmoproteus
Ces parasites sont relativement fréquents chez les oiseaux du
Brésil.
Lutz et Meyer, chez un grand nombre d’oiseaux brésiliens
examinés durant quelques années, ont eu l’occasion de trouver
ces protozoaires chez les i4 espèces suivantes : Tico-tico, Papa-
capim, Gralha, Coruja, Gaviâo, Jabirû, Soco, Pato do mato,
Pombo domestico, Uru, Jacii-guassu, Seriema, Inhambu-guassù
et Macuco. . .
Parmi les oiseaux que nous en avons examinés, nous avons
rencontré des Hæmoproteus chez les dix espèces suivantes :
1. Jacu : Penelope superciliaris Temm. ; Fam. : G r acide r.
2. Cegonha : Euvenura mayuari (Gm.) ; Fam. : Ciconiidœ .
Séance du 12 Avril 1916 259
. «
3. Carapinha ou carancho (1) : Polyborus tharus Mol ; Fam. :
Falconidœ.
4. Maria branca ou pombinha das aimas : Tœnioptera neugeta
L. Fam. Tyrannidœ.
5. Thezoura : Muscivora tyrannus. Linn. Fam. : Tyrannidœ .
6. Ganelleirinho : P achyrhainpJius polychr opteras Vieill. Fam. :
Cotingidœ.
7. Canelleira : Hadrostomus rafas (Vieill.). Fam.: Cotingidœ.
8. Juruviara : Vireo chivi (Vieill.). Fam. : Vireonidœ.
9. Sanhassu : Tanagra sayaca L. Fam. : Tanagridœ.
10. Saliira : Calospiza tricolor Gm. Fam. : Tanagridœ.
Dans le tableau de la page 260, sont résumés les principaux
caractères des Hœmoproteus rencontrés.
IV. — Plasmodies ou Protéosomes
Ces parasites sont relativement rares chez les oiseaux du
Brésil .
Lutz et Meyer (2), dans la grande série d’oiseaux examinés,
ne parviennent à rencontrer ces parasites que chez deux espèces
seulement : chez la saracura et chez le tico-tico.
Chez ce dernier oiseau, nous avons vérifié quelquefois aussi la
présence du Plasmodium déjà décrit.
Nous avons rencontré des plasmodies aussi chez les trois
oiseaux suivants : Curutié , Pica-pau do campo et Ema.
1) Plasmodium du Curutié (Synallaxis ruficapilla (Vieill.);
famille Dendrocolaptidæ). — L’exemplaire parasité a été tué aux
environs de Sao Paulo (Spiranga), au mois de mars iqi5.
Dans la préparation de sang, qui a été examinée, le parasite
est en grande abondance
On y trouve en très grand nombre des scliizontes jeunes,
les uns arrondis, d’autres annulaires, ayant la masse de chroma¬
tine généralement située à la périphérie du protoplasme.
On y remarque également plusieurs formes de division schi-
zogonique, mesurant 5 p environ et renfermant de 4 à 8 méro-
zoïtes.
(1) Lut/, et Meyer. Hématozoarios endo^lobulares. Memoria apresentada
ao VI congr. braz. de Med. et Cir. Revista Medica de S. Paulo, 1908, n» 9, i5
de maio.
(2) Lut/ et Meyer, toc, rit.
Hœmoproteiis
200
BULLETIN Dli LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
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Séance du 12 Avril 1916 201
Les formes sexuées, aussi bien les macrogamètes que les micro¬
gamétocytes, sout ovalaires, libres ou endoglobulaires, et mesu¬
rent de 6 à 7 a de largeur maxima.
Le pigment est peu abondant et formé de fins granules mar¬
ron-clair.
L’hématie parasitée est légèrement déformée, sans présenter
cependant ni augmentation de volume, ni décoloration.
2) Plasmodium du Pica-pau do campo ou chan-clian (Colaptes
campestris ( VieilL ) ; famille Picidæb -- L’exemplaire parasité a
été tué àPiracicaba (Etat de Sao Paulo), en juillet 1914*
Dans les préparations de sang examinées, le parasite existe en
grand nombre. On y remarque des schizontes jeunes, arrondis,
et des schizontes adultes en division, renfermant de 8 à 12 méro-
zoïtes.
Les formes de division en rosace mesurent 5 u. environ.
Les formes sexuées, macrogamètes et microgamétocytes, sont
ovalaires et mesurent 6 ku sur 3,5 [jl
On remarque des microgamètes soit libres, soit en connexion
avec les microgamétocytes.
Le pigment, peu abondant et marron-clair, se présente sous
la forme de fines granulations.
Les hématies parasitées sont légèrement déformées et un peu
décolorées.
3) Plasmodium de l’ E ma. (llhea americana L. ; famille Rheidæ).
— L’exemplaire parasité nous a été envoyé mort par le directeur
du Jardin da Luz (Sao Paulo).
Dans les préparations de sang examinées, le parasite existe en
grand nombre. Les schizontes jeunes y sont de beaucoup les
plus abondants. Ils sont ou bien annulaires, ou bien présentant
la chromatine à la périphérie et mesurent o,5-i p. environ. Ils
peuvent être au nombre de '2 ou 3 dans une même hématie.
Les formes de multiplication schizogonique ou asexuée ne
sont pas rares et renferment, en moyenne, 8 mérozoïtes.
Les formes sexuées, mâle ou femelle, sont ovalaires et mesu¬
rent de 8 à 10 u. de largeur maxima sur 4>5 à 5 pi de diamètre
minimum.
Le pigment est abondant, marron-foncé, et formé de gros gra¬
nules ordinairement placés en un point de la périphérie du
parasite.
262
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les hématies parasitées ne s’hypertrophient pas ; elles sont
simplement déformées par le refoulement du noyau vers la péri¬
phérie et sont légèrement décolorées.
Y. — Toxoplasmes (ou Hémogrégarines ?)
Ces hématozoaires ont été signalés pour la première fois chez
les oiseaux par Laveran (i) ; plus tard, Adie (2), Aragao (3),
Marullaz (4), etc., les ont étudiés, mais, les observateurs ne
sont pas encore d’accord sur la classification de ces hémopa¬
rasites. Tandis que Aragao les considère comme des hémogréga¬
rines, Laveran et Marullaz les indentifient aux Toxoplasmes en
les classant sous le nom de Toxoplasma civium.
Jusqu’à présent, ces parasites ont été observés par Laveran
(1900), chez Padda orizivora ; par Adie (1909), chez le moineau
de l’Inde ; par Marullaz (1913), chez Estrilda phœnicotis , Lago-
nosticta senegala, Quele œrijthrops , Pyromelona franciscana et
Fringilla cœlebs ; par Laveran et Marullaz (5) (1914), chez Liothrix
lut eu s ; et par Froilano de Mello (6) (191b) chez le pigeon. Le
parasite observé chez le pigeon est probablement identique au
Toxoplasma columbœ Garini (7).
Au Brésil (1913), Aragao, qui a fait une très soigneuse étude
sur leur morphologie et leur biologie, les a trouvés chez les
espèces suivantes d’oiseaux brésiliens :
1) Cardeal.
2) Papa-capim
3) Ticu-tico .
4) Sanhaçu .
5) Tiê-sangue.
6) Andorinha.
Poroaria larvala .
Sporophila albogularis .
Brachyspiza capensis
Tanagra palmœrum .
Rhamphocell usb ras i l rus.
Atticora cyanoleuca .
fa m . F r in g illidæ .
» Fringillidæ.
» Fringillidæ.
» Tanagridæ.
» Tanagridæ.
» Hirundinidæ.
(1) Laveran. Au sujet de l’hématozoaire endogdobulaire du Padda orizivora.
C. R. Soc. de Biol., i3 janvier 1900.
(2) Adie. Note on a parasite in the sparrow. Ind. Med. Journal, 1909, p. 176.
(3) Aragao. Observaçôes sobre algumas hemogregarinas das aves. Mem.
do Inst. Oswaldo Cruz. t. III, 191 1, p. 54.
(4) Marullaz. Au sujet d’un toxoplasme des oiseaux. Bull. Soc. de Patfï.
exot ., ipi3, p. 323 .
(5) Laveran et Marullaz. Sur deux Hémamibes et un Toxoplasme du Lio¬
thrix luteus. Bull. Soc. de Path. exot., 1914, p. 25.
(6) Froilano de Mello. Preliminary note on a new Haemogregarine found
in the pigeon’s blood. Ind. Journ. of med. research. igi5, vol. 3, n° 1.
(7) Carini. Infection spontanée du pigeon et du chien due au Toxoplasma
cuniculi. Bull. Soc. de Path. exact., t. Il, 1909, p. 465.
Seance du 12 Avril i 9 i ( *>
2(53
Au cours de nos recherches, nous avons confirmé la présence
de ces hématozoaires chez papa-capim, tico-tico, sanhaçu et
andorinha, chez lesquels Aragao les avait déjà décrits.
Nous les signalons aussi chez les oiseaux suivants :
1) Sabia laranjeira. .
2) Tizio .
3) Chopim ou Vira-bosta
4) Bem-te-vi.
5) Guracava. . . .
6) Urubü-rei. ...
T ardus ru fiventris (Vie 1 l l . ) fam
Volatinia jacarini (L.). . »
A aptus chopi ( Vi e 1 l l . ) . . »
Pilau g us sulphuraius (L.). »
Elænea albiceps (d’Oiui. et
La f r.) . »
Gypaguspapa (L.) (1) . . »
Turdidæ.
Fringillidæ.
Icteridæ.
7 y rannidæ.
Tyrannidæ.
Cathartidæ .
Parmi les oiseaux qui ont été examinés, les tico-ticos et les
papa-capins ont été ceux qui nous ont fourni le meilleur maté¬
riel d’étude.
Ces oiseaux sont fréquemment parasités et il n’est pas rare
qu’ils le soient richement, surtout dans les organes internes
(poumon et foie).
Relativement à la morphologie et à la biologie générales de
ces hémoparasites, nos recherches confirment les observations
des auteurs précédemment cités.
A l'état adulte, ils ont une forme vermiculaire, elliptique ou
ovalaire, parfois semi-lunaire ; les plus grands mesurent 8,5 p.
de long sur 3-3,5 p. de largeur maxima. Ils sont ou bien libres, ou
bien à l’intérieur des leucocytes mononucléaires, souvent accol-
lés au noyau.
Le protoplasme est alvéolaire, et il n’est pas rare qu’il ren¬
ferme des granulations, qui se colorent en rouge par le Giemsa.
Le noyau, vésiculeux et central, est constitué par des masses
de chromatine régulièrement ou irrégulièrement disposées et
occupe toute la largeur du parasite.
Le caryosome et la membrane nucléaire ne sont pas toujours
constants; en outre, nous n’avons jamais observé de double
noyau, ni de formes flagellées.
Examinés à l’état frais, ils présentent des mouvements très
limités.
Ils se multiplient dans les cellules épithéliales de l’intestin,
du foie et spécialement du poumon.
Les cellules parasitées 11e présentent pas de modifications que
(1) Une courte noticesurce Toxoplasma ainsi que des préparations micros¬
copiques ont été présentées par Carini à la Soc. de Med. e Cir. de S. Paulo
dans la séance du 1er oct. 1914.
264
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’on puisse attribuer à l’acliou du parasite qui peut, néanmoins,
se trouver eu quantité variable, à l’intérieur d’une même cellule.
L’action pathogène' paraît également nulle, à en juger par
Pair bien portant de plusieurs oiseaux des espèces Bracîujspiza
ccipensis et Sporophila cœrulescens , chez lesquels l'infection était
cependant très intense.
Dans les organes, on trouve souvent de grands amas endocel-
lulaires de formes jeunes (3o à 4o et plus), toutes au même état
de développement, et nous ne savons pas encore s’ils provien¬
nent d’une division multiple (schizogonie) ou bien de divisions
binaires répétées, comme c’est le cas pour les amas du Trgpano-
sorna cruzi que l’on rencontre dans les tissus. La même question
n’a pas encore été tranchée pour les toxoplasmes des mammi¬
fères, ni pour le parasite du nambiuvü du chien (Rangelici
vitcilii).
Relativement aux autres phases du cycle évolutif de ces para¬
sites, nos connaissances sont encore tout à fait obscures. Il faut
croire, cependant, à une phase sporogonique chez un hôte inter¬
médiaire, comme pour V Hæmogregariiia mûris. Nous n’avons
pas encore eu loccasion de faire des essais à ce sujet.
Des expériences de transmission faites à des pigeons et à
d’autres oiseaux avec du matériel riche en parasites, prélevé à
des papa-capins, tico-ticos et urubiî-rei, ont toujours donné des
résultats négatifs. Cette absence de virulence de ces parasites
contraste avec le pouvoir pathogène constant des toxoplasmes
des mammifères.
Nos tentatives de cultures dans les milieux de Bass, Toyoda,
Novy et dans d’autres milieux ordinaires, ont échoué.
Lorsque les animaux sont richement infectés, il n’est pas dif¬
ficile de rencontrer dans le sang périphérique quelques leuco¬
cytes mononucléaires renfermant un ou plusieurs parasites. En
général, cependant, ce n’est qu’après l’examen des organes, et
spécialement du poumon, qu’on peut se rendre compte de l’in¬
fection.
Quoique nos recherches sur des frottis d’organes aient été fai¬
tes chez un nombre relativement restreint d’oiseaux, nous
avons eu l’occasion d’y constater fréquemment la présence de
parasites.
Nous sommes donc portés à croire que le Toxoplasma avium
265
Séance du 12 Avril 1916
détermine une infection assez commune parmi nos oiseaux (1).
(Institut Pasteur de Saô P auto).
Leishmaniose cutanée expérimentale
chez les macaques et chez le chien.
Conditions de l'immunité.
Par A. LAVERAN.
L an dernier j'écrivais, au sujet des rapports entre la leishma¬
niose cutanée (bouton d’Orient) et la leishmaniose viscérale
(kala-azar) : « Il y aura lieu de poursuivre les expériences ayant
pour but de rechercher si les animaux qui ont acquis une immu¬
nité solide pour la L. tropica peuvent être infectés par la
L. Donovani ou la L. infant uni, ou inversement » (2).
Pour ces expériences, j’ai pensé qu’il y avait lieu d’abord de
rechercher un procédé sûr d’inoculation du chien et des maca¬
ques par L. tropica et de s’assurer qu’une première atteinte de
la leishmaniose cutanée donnait l’immunité pour cette derma¬
tose ; les animaux ayant acquis une immunité solide pour
L. tropica seraient inoculés ensuite avec L . Donovani.
Si l’on passe en revue les faits d’inoculation de L. tropica
aux singes et au chien publiés jusqu’à ce jour, on constate que
les résultats ont été assez souvent négatifs, que la période d’in¬
cubation a été très irrégulière, et que l’existence de l’immunité,
à la suite d’une première inoculation positive, est douteuse.
Chez les macaques, C. Nicolle et ses collaborateurs signalent
des incubations de 24 à 101 jours de durée ; dans un cas de pas¬
sage de singe à singe, l’incubation a été de 7 mois.
(1) Splendore, ayant trouvé des toxoplasmes dans les frottis des organes de
tico-tieo (Brachyspiza), papa-capim (Spermophila) et canario da terra
(Sicalis), auxquels il avait injecté auparavant du matériel virulent avec
Toxoplasma cuniculi, a affirmé que ce parasite est transmissible à ces
oiseaux.
A la suite de nos recherches, qui montrent que ces oiseaux contiennent
très fréquemment des parasites morphologiquement identiques aux toxo¬
plasmes, la question de la transmissibilité du Toxoplasma cuniculi à ces
espèces d’oiseaux mérite d’être contrôlée.
(2) A. Laveran, Ann. de l'Institut Pasteur , 191b, t. XXIX, p- io3.
18
266
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Chez le chien, C. Nicolle et Manceaux ont eu des incubations
de 28 à 80 jours.
R. Rovv, chez un singe inoculé par scarification, a eu une
incubation de 2 mois.
Laveran, en se servant de cultures de L. tropica inoculées avec
un vaccinostyle ou avec la seringue de Pravaz, a obtenu 2 fois
chez des macaques des boutons bien caractérisés, mais 7 fois
les résultats ont été négatifs. 2 chiens inoculés avec des cultures
du bouton de Delhi ne se sont pas infectés.
G. Nicolle et Manceaux annoncent, dans un travail publié en
1910, qu’une première atteinte du bouton donne au chien
l'immunité, à la condition que la guérison du premier bouton
soit complète quand a lieu la réinoculation. Mais dans un tra¬
vail postérieur (1911), les memes observateurs constatent que
l’immunité conférée par une première inoculation ne paraît ni
bien solide ni bien durable chez le chien ; un chien guéri d’un
double bouton, inoculé 5 mois 1/2 plus tard avec le virus
humain, a présenté, après une incubation de 28 jours, un bouton
très net, alors qu’un singe et un chien neufs, inoculés dans les
mêmes conditions, ne s’infectaient pas (1).
Un singe de R. Row a pu être réinfecté avec le virus du
bouton d’Orient un mois après l’apparition des premières
lésions (2) ; à la vérité ces premières lésions n’étaient pas encore
guéries.
★
* *
En 1915, j’ai indiqué déjà qu'on infectait facilement les
chiens et les macaques en les inoculant sur des rats ou des
souris infectés avec la L. tropica, et j’ai publié les observations
d’un chien et d’un macaque qui, inoculés dans ces conditions,
ont présenté de très beaux boutons (3). Les inoculations avaient
été faites les unes avec un vaccinostyle chargé de matière viru¬
lente, les autres avec le produit du broyage de tissus contenant
de nombreuses Leishmania, mélangé à de l’eau physiologique,
et injecté dans le derme.
La technique suivante m’a donné de meilleurs résultats
(1) C. Nicolle et L. Manceaux, Ann. de l'Inst. Pasteur , septembre 1910 et
Soc. de pat h. exotique. 8 mars 1911.
(2) R. Row, Brit. med. Jl.. il\ septembre 1910.
(3) A. Lavekan, Les leishmanioses chez les animaux, Ann. de l’Inst. Pas¬
teur, février 191b.
267
Séance du 12 Avril 1 9 1 G
encore. Le lieu d’élection est la face externe des cuisses ; la pqau
moins vascularisée que celle de la tète saigne peu et l’on a,
même chez les petits animaux, beaucoup déplacé pour pratiquer
les inoculations à distance suffisante les unes des autres. La
peau est rasée et lavée à beau oxygénée. Avec un vaccinostyle
flambé, on fait 3 piqûres en laissant entre elles 1 cm. de distance
au moins. Les piqûres sont pratiquées obliquement à travers
toute l’épaisseur de la peau ; si elles saignent, on attend que
l’écoulement de sang soit arrêté. Avec une pince à mors très
fins on introduit alors au fond du trajet de chaque piqûre une
parcelle des tissus de la souris envahis par L. tropica. Les ino¬
culations faites dans ces conditions ne m’ont jamais donné d in^
succès et j'ai obtenu des boutons très beaux, rappelant tout à
fait l’aspect des boutons d’Orient chez l’homme. L’incubation est
courte.
Les deux observations suivantes concernant 2 Macacus rhésus ,
inoculés comme il vient d’être dit, sont des exemples remarqua¬
bles de leishmaniose cutanée chez les singes ; l’incubation, très
courte, a été de 10 jours dans un cas et de 8 jours dans l’autre.
La figure ci-jointe, reproduction d’une excellente photographie
que je dois à l’obligeance de notre collègue M. Rüubaud, donne
une bonne idée des lésions que présentait le rhésus n° 2 à la
période d’état de la dermatose (boutons ulcérés avec croûtes).
Dans toutes les observations où le mode d’inoculation n’est
pas spécifié, j’ai suivi la technique indiquée ci-dessus. Les ino¬
culations chez les chiens ont été faites quelquefois à la base des
oreilles.
1° Un Macacus rhésus femelle, de moyenne taille, est inoculé le 12 novem¬
bre 1915 sur une souris infectée par L. tropica ; 3 piqûres sont faites à la
face externe de la cuisse droite. — 18 novembre, on ne voit que la trace
des piqûres. — 24, nodules de la grosseur de grains de chènevis aux points
d'inoculation ; les 3 nodules po ctionnés donnent des Leishmania très
nombreuses, libres pour la plupart. — 1er décembre, on voit à la face
externe de la cuisse droite, aux points d’inoculation, 3 beaux boutons qui
ont le volume de gros pois. Les boutons sont intra-dermiques, la peau ne
paraît pas enflammée à leur niveau. Deux des boutons ponctionnes don¬
nent des Leishmania très nombreuses dans l'un, non rares dans l’autre.
— 7 décembre, les boutons ont encore grossi, ils se ramollissent et par la
ponction on retire une matière blanchâtre épaisse, puriforme ; la peau est
rouge, enflammée à la partie centrale des boutons. Les 3 boutons ponction¬
nés donnent des Leishmania très nombreuses dans un, assez nombreuses
dans un autre, rares dans le troisième. — 13 décembre, les boutons gros
et très saillants sont ramollis à leurs sommets et enflammés. A la ponc¬
tion, on obtient une matière muco-purulente qui s’étale mal. Le produit de
268
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la ponction de 2 boutons examiné contient des Leishmania assez nombreu¬
ses. — 20 décembre, les 3 boutons qui ont le volume de très gros pois sont
indurés à la base et recouverts d'une croûte brunâtre à leur sommet ; leur
aspect est bien celui de boutons de Biskra. Les 3 boutons ponctionnés à
leur périphérie donnent encore des Leishmania assez nombreuses. —
23 décembre, au-dessous des croûtes brunâtres, on trouve un peu de pus ;
2 boutons ponctionnés donnent des Leishmania assez rares et souvent en
mauvais état. - 3t décembre, on trouve toujours 3 beaux boutons envoie
de suppuration ; ulcérations sous les croûtes ; 2 boutons ponctionnés ne
montrent pas de Leishmania ; un nouvel examen de 2 boutons fait le
9 janvier 1916 est également négatif. — 14 janvier, boutons encore assez
gros avec des croûtes noirâtres ; l’examen de 2 boutons est négatif au
point de vue de l’existence des Leishmania. — 20 janvier, 2 des boutons
se sont cicatrisés ; le troisième a diminué beaucoup de volume et l’ulcéra¬
tion est en bonne voie de cicatrisation. — 3 février, le macaque est guéri,
il ne reste que des cicatrices brunâtres au niveau des 3 boutons.
2° Un Macacus rhésus femelle, de moyenne taille, est inoculé le 27 jan¬
vier 1916 sur une souris infectée par L Iropica ; 3 piqûres sont faites à la
face externe de la cuisse droite. - 3 février, petites nodosités de la gros¬
seur de grains de chènevis aux points d’inoculation ; 2 des nodosités ponc¬
tionnées donnent des Leishmania en grand nombre. — 1Ü février, on voit
aux points d’inoculation 3 beaux boutons de la grosseur de petits pois,
saillants, indurés. La ponction des 3 boutons permet de constater l’exis¬
tence de Leishmania en très grand nombre. — 17 février, les boutons ont
grossi, ils ont le volume de gros pois ; la peau est rouge, enflammée à la
partie centrale des boutons ; ponctionnés, les 3 boutons donnent un peu de
liq uide filant, trouble contenant des Leishmania moins nombreuses que
lors des ponctions précédentes. — 22 février, les boutons grossissent encore;
ils se sont recouverts à leur sommet de croûtes brunâtres sous lesquelles
on trouve des ulcérations et quelques gouttes de pus. (Le macaque est pho¬
tographié fig. ci-contre). La ponction des 3 boutons donne des Leishmania
non rares dans deux, rares dans le troisième. — 28 février, les 3 boutons
ulcérés, recouverts decroûtes brunâtres, ont tout à fait l’aspect de boutons
de Biskra : les ulcérations saignent facilement ; la base des boutons est
encore fortement indurée. La ponction des 3 boutons donne un peu de
sang avec des Leishmania très rares. — 6 mars, les boutons suppurent un
peu et sont couverts decroûtes brunâtres au centre ; la ponction des 3 bou¬
tons donne des Leishmania très rares dans un ; l’examen est négatif dans
les deux autres. — 1 3, les boutons ont beaucoup diminué de volume, ils
sont recouverts au centre par de petites croûtes sèches, brunâtres. Des
ponctions faites à la base des 3 boutons ne donnent aucune Leishmania .
— 20, les boutons continuent à diminuer de volume — 27, 2 des boutons
sont cicatrisés, il ne reste plus d’induration ; on sent encore un nodule au
niveau du troisième bouton qui est d’ailleurs cicatrisé comme les 2 autres ;
les cicatrices sont brunâtres.
Chez le premier rhésus, la durée de la dermatose a été de
8o jours, chez le second elle a été de 6o jours. Chez chacune des
guenons, les 3 piqûres faites à la cuisse droite ont donné de
beaux boutons qui, représentés au début par des nodules ayant
le volume de grains de millet, puis de grains de chènevis, ont
Planche VIII
Laveran
Boutons du Macacus rhésus no 2 à la face externe de la cuisse droite le
22 février 1916; les 3 boutons sont ulcérés et recouverts en partie de croûtes
(Réduction de 1/10 de la photographie grandeur naturelle).
I
Séance du 12 Avril 1916 269
atteint le volume de gros pois ou même de haricots. Au bout de
quelque temps, la peau s’est enflammée à la partie centrale des
boutons et ulcérée ; les ulcérations étaient couvertes d’un liquide
puriforme, visqueux, qui se concrétail facilement en croûtes
brunâtres.
Au début on trouvait des Leishmania en grand nombre dans
le produit de la ponction des boutons; à partir du moment où
l’ulcération s’est produite, le nombre des Leishmania a diminué
rapidement, ce qui concorde avec le fait bien connu que ces
parasites vivent difficilement en symbiose avec les bactéries ; il
est probable que ^envahissement des ulcérations par les bacté¬
ries a une part dans la guérison du bouton d’Orient.
A partir du moment où les Leishmania ont disparu, les bou¬
tons se sont affaissés et les ulcérations se sont rétrécies. Les
croûtes en tombant ont mis à nu des cicatrices rougeâtres ou
brunâtres.
★
* *
Grâce au procédé d’inoculation très sûr qui est exposé plus
haut, il devait être facile de s’assurer si les animaux guéris d’une
première atteinte de leishmaniose cutanée possédaient ou non
l’immunité pour cette dermatose.
En 1915, j’ai publié l'observation d’un Macacus cynomolgus
qui, inoculé une première fois sur souris, a présenté de très beaux
boutons avec des Leishmania en grand nombre et qui, réino¬
culé après guérison, ne s’est pas réinfecté (1); il s’en faut de
beaucoup qu’une première atteinte de leishmaniose cutanée
expérimentale donne toujours, comme dans ce cas, l’immu¬
nité.
Depuis deux ans il est devenu très difficile de se procurer des
singes, mes expériences ont donc porté sur des chiens.
Les 2 chiens dont les observations suivent, inoculés une
première fois avec succès, et réinoculés après guérison, se sont
réinfectés; ils n’avaient donc pas acquis l’immunité.
3° Un chien adulte, d’assez grande taille, est inoculé le 26 juin 1915 sur
une souris infectée de L. tropica ; on fait par le procédé ordinaire 2 ino¬
culations à la base de l’oreille droite et 2 autres à la face externe de la
cuisse droite. — 2 juillet, petites nodosités à l’oreille et à la cuisse aux
points d’inoculation — 9, les nodosités de l'oreille droite ont grossi; la
ponction d’une des nodosités donne une goutte d’exsudat contenant des
(1) A. Laveran, Ann. de l Inst. Pasteur , février 1915, t. XXIX, p. 83,
270
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Leishmania non rares. — 17, boutons très nets à l'oreille et à la cuisse ;
croûtelles sur les boutons de l’oreille, exfoliation sur les boutons de la
cuisse. — 22, les boutons ont un peu grossi ; la ponction d’un bouton de
l’oreille donne des Leishmania très nombreuses, la ponction d'un bouton
de la cuisse, des Leishmania assez nombreuses. — 4 août, les boutons ont
le volume de petits pois — 18, un bouton de la cuisse a grossi, ponc¬
tionné il donne des Leishmania nombreuses ; un bouton de l’oreille ponc¬
tionné donne des Leishmania très rares. — 27, boutons toujours très
beaux, croûtes sur les boutons de la cuisse et sur un bouton de l’oreille.
— 11 septembre, les boutons sont en bonne voie de guérison ; les nodules
diminuent de volume, les croûtes sont tombées. — 23, on ne trouve plus
à la cuisse que des cicatrices rougeâtres et de petites croûtes à l’oreille. —
4 octobre, cicatrices brunâtres à la cuisse et à l’oreille.
Le 12 novembre 1915, le chien est réinoculé sur une souris infectée de
L. tropica ; on fait 3 piqûres à la face externe de la cuisse gauche. —
25, nodules indurés aux points d’inoculation; la ponction de deux des
nodules donne des gouttes de sérosité louche avec Leishmania assez nom¬
breuses. — 30, 2 beaux boutons avec croûtes à la cuisse gauche. —
9 décembre, les boutons sont en voie de résolution. — 19, cicatrices rou¬
geâtres à la place des boutons ; on sent encore un peu d’induration au-des¬
sous. — 28 décembre, le chien est complètement guéri de sa deuxième
infection par L. tropica.
4° Un jeune chien pesant 3 kg. 400 est inoculé le 11 octobre 1915 sur
une souris infectée de A. tropica ; je fais 2 piqûres à la base de l’oreille
droite et 2 autres à la face externe de la cuisse droite. — 27 octobre,
2 boutons aux points d'inoculation de l’oreille droite ont le volume de
grains de chènevis : petit nodule à la cuisse, au niveau d’un des points
d’inoculation. Les boutons de l’oreille ponctionnés donnent chacun une
petite goutte d’exsudat contenant des Leishmania nombreuses, presque
toujours de forme allongée. — 12 novembre, les boutons de l’oreille ont
grossi ; à la cuisse, on sent 2 nodosités de la grosseur de petits pois, pas
d’inflammation vive ; pas d’ulcérations ni de croûtes. Un bouton de
l’oreille et un bouton de la cuisse sont ponctionnés, Leishmania en grand
nombre. — 17 novembre, boutons bien caractérisés, de la grosseur de pois,
à l’oreille et à la cuisse; un des boutons de l’oreille est recouvert d’une
croûte brunâtre. — 25 novembre, les boutons diminuent de volume ;
petites croûtes sèches sur 3 d’entre eux. — 9 décembre, on sent encore à
l’oreille et à la cuisse des nodules. — 19, on ne sent plus qu’un nodule à
l’oreille ; la cuisse est guérie. — 30 décembre 1915, le chien est complète¬
ment guéri.
27 janvier 1916, le chien est réinoculé sur une souris infectée par
L. tropica ; je fais 3 piqûres à la face externe de la cuisse gauche. —
5 février, nodules aux points d’inoculation de la cuisse gauche. —
10 février, les nodules ont grossi ; 2 des nodules ponctionnés donnent de
très petites gouttes d’exsudat contenant des Leishmania nombreuses. —
15 févrièr, les 3 boutons de la cuisse gauche ont le volume de gros pois;
ils sont ponctionnés, Leishmania nombreuses dans 1. assez nombreuses
dans les 2 autres. — 20 février, petites croûtes brunâtres au centre des
boutons qui sont toujours très beaux, caractéristiques. — 1er mars,
croûtes à la surface des boutons, un peu de pus au-dessous avec des bac¬
téries en grand nombre. La ponction de 2 boutons ne donne plus de
Leishmania. —6 mars, les boutons diminuent de volume. — 17 mars, les
Séance du 12 Avril 1916
271
croûtes sont tombées ; cicatrices rougeâtres ; on sent encore de légères
indurations à la place de 2 des boutons. — 30 mars, le chien est guéri.
Le chien n° 3 a présenté, à la suite de la première inocula¬
tion, de très beaux boutons à l'oreille et à la cuisse droites, avec
Leishmania très nombreuses; la durée de la dermatose a été de
3 mois. Réinoculé, après guérison complète, le chien a eu de
beaux boutons, avec Leishmanici moins nombreuses que la pre¬
mière fois, et la dermatose a eu une durée de 4b jours seule¬
ment.
Le chien n° 4 a présenté comme le précédent, à la suite de la
première inoculation, de beaux boutons à l’oreille et à la cuisse
droites avec Leishmanici en grand nombre. Réinoculé, après gué¬
rison complète, le chien a présenté des boutons plus petits, avec
Leishmania moins nombreuses que lors de la première inocula¬
tion, et la durée de la dermatose qui avait été la première fois de
79 jours, n’à été, à la suiie de la seconde inoculation, que de
56 jours.
Ces deux observations montrent qu’à la suite d'une première
inoculation positive de L. trop ica, le chien n’a pas une immunité
complète contre la leishmaniose cutanée, mais que la deuxième
attei nte de la dermatose est plus faible que la première.
Il résulte des observations suivantes que l’immunité est bien
marquée à la suite de la deuxième atteinte, mais qu elle n’est
pas solide.
5° Un chien âgé de 2 mois est inoculé le 25 mars 1915 avec la tumeur
testiculaire d’une souris fortement infectée par L. tropica. On fait 3
piqûres à la face externe de la cuisse droite. — 28 avril, rien encore aux
points d’inoculation ; le chien est réinoculé sur une souris infectée par
L. tropica. On fait 3 inoculations à la cuisse gauche avec la seringue à
injections hypodermiques, et 2 piqûres au vaccinostyle sur le nez. La
seringue est chargée avec le produit du broyage de la tumeur testiculaire
de la souris délayé dans de l’eau physiologique ; on insère dans chaque
piqûre de la peau de la cuisse gauche 1 à 2 gouttes du mélange. — I l mai,
3 nodules très nets aux points d’inoculation de la cuisse droite ; la ponc¬
tion d’un des nodules donne une goutte d’exsudat qui contient des Leish¬
mania en grand nombre. — 21 mai, on sent à la cuisse gauche des nodu¬
les aux points d’inoculation. — 25 mai, 2 nodules du volume de petits
pois à la cuisse gauche. Les nodules de la cuisse droite diminuent de
volume. — 26 mai, les deux boutons de la cuisse gauche ponctionnés four¬
nissent chacun une petite goutte d’un exsudât blanchâtre contenant des
Leishmania non rares. — 29 mai, petit nodule sur le nez au niveau d’un
des points d'inoculation 3 juin, le nodule du nez et les deux nodules de
la cuisse gauche ont grossi. Les boutons de la cuisse droite ont disparu
presque complètement. La ponction d’un bouton de la cuisse gauche et du
272 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
bouton du nez donne des Leishmania rares. — 13 juin, on ne trouve plus,
à la cuisse droite, que des cicatrices rougeâtres à l’emplacement des bou¬
tons. Les boutons du nez et de la cuisse gauche diminuent de volume. —
22 juin, les boutons des cuisses sont guéris. Bien qu’ils ne se soient pas
ulcérés, ils ont laissé des cicatrices rosées qui prennent par la suite une
teinte brunâtre. Petite croûte sur le nez. — 20 juillet 1915, le chien est
complètement guéri.
Le 31 juillet 191 5, le chien est réinoculé avec la tumeur testiculaire d’une
souris infectée de L. tropica ; on fait 2 piqûres à la cuisse droite, en
dehors des anciens boutons. — 10 août, nodules à la cuisse droite aux
deux points d’inoculation ; la ponction d'un des nodules donne des Leish-
mania rares. — 14, les boutons de la cuisse droite persistent, l’un d’eux
ponctionné donne des Leishmania rares. — 18, un des boulons de la cuisse
droite suppure un peu — 22, les boutons diminuent de volume. — 6 sep¬
tembre, les nodosités ont disparu à la cuisse droite, il ne reste que des
cicatrices rougeâtres.
Le 27 septembre 1915, le chien entièrement guéri est réinoculé sur une
souris infectée de L. tropica. On fait 2 piqûres à la cuisse gauche par le
procédé ordinaire. — 13 octobre, on sent aux points d’inoculation de très
petits nodules — 17 octobre, lespetitsboutons se dessèchent. — 21 octobre,
le chien est guéri. Les boutons étaient si petits et ils ont avorté si rapide¬
ment qu’il n’a pas été possible de procéder à la recherche des Leishmania.
6° Une chienne de six mois environ est inoculée le 25 novembre 1914
sur une souris infectée de A tropica ; on fait 3 piqûres à la base de
l’oreille droite, 3 à la face externe de la cuisse droite, et 1 piqûre à la
base du nez. — 26décembre, le résultat des inoculations paraissant négatif,
on inocule de nouveau la chienne sur souris ; on fait 3 piqûres à la base
de l’oreille gauche et 2 à la face externe delà cuisse gauche. - 11 janvier
1915, on sent 2 nodules à l’oreille gauche, au niveau de 2 des piqûres ;
chacun des nodules ponctionné donne une gouttelette de sérosité sangui¬
nolente contenant des Leishmania très nombreuses. La chienneest pleine.
— 13 janvier, la chienne a mis bas 4 petits vivants. — 16 janvier, 2 bou¬
tons à l’oreille gauche du volume de grains de chènevis, 1 bouton plus
petit à l’oreille droite. — 20 janvier, 2 boutons à l’oreille gauche, dont un
delà grosseur d’un petit pois ; 2 boutons à l’oreille droite. — 24 janvier,
outre les boutons des oreilles qui continuent à grossir, on sent 2 nodules à
la cuisse gauche et 1 nodule à la cuisse droite, aux points d’inoculation
Le bouton de la cuisse droite ponctionné donne une gouttelette de sérosité
sanguinolente contenant des Leishmania assez nombreuses. —28 janvier,
les boutons des oreilles et des cuisses grossissent. — 2 février, les boutons
de l’oreille gauche se sont ulcérés et sont recouverts de croûtes ; il en est de
même des boutons de la cuisse droite. — 6 février, les boutons des oreilles
etdes cuisses laissent suinter un liquide très plastique qui forme des croû¬
tes épaisses, ils ont par suite la plus grande ressemblance avec les bou¬
tons d’Orient chez l’homme. Petit bouton à la base du nez avec Leishma¬
nia non rares dans la sérosité qui suinte. — 14 février, tous les boutons
sont encore très apparents. Les petits chiens qui vont bien ne présentent
aucune lésion cutanée. — 17 février, tous les boutons sont en voie de cica¬
trisation mais il existe encore des indurations bien marquées de la peau au
niveau de chacun d’eux. L’examen d’un des boutons ne montre plus de
Leishmania — 1er mars, la cicatrisation des boutons est complète, il ne
reste plus qu'une petite croûte sur le bouton du nez. Un des petits chiens
A*;»". '
• • -
U
Séance du 12 Avril 1916 273
est mort. Les 3 autres ne présentent aucune lésion cutanée, un des chiens
est donné. — 3 avril, la chienne est guérie ; il ne reste que de petites cica¬
trices brunâtres au niveau des boutons.
18 juin 1913. La chienne qui est guérie depuis plus de deux mois est
réinoculée sur une souris infectée de L. Iropica ; on fait 3 piqûres sur la
cuisse droite. — 26 juin, une des piqûres est le siège d’un nodule qui,
ponctionné, montre des Leishmania en très grand nombre. — 29, les
3 piqûres faites à la cuisse droite ont donné toutes les 3 des boutons dont
2 petits et un gros qui s’est ulcéré ; le liquide séro-purulent qui suinte de
l'ulcération contient des Leishmania nombreuses. — 6 juillet, le gros bou¬
ton de la cuisse est recouvert d’une croûte brunâtre ; les 2 autres boutons
sont restés petits et ne se sont pas ulcérés. — 9 juillet, les boutons sont en
voie de résolution. La croûte qui recouvrait l’ulcération est tombée, les
bords de l’ulcère s’affaissent et se cicatrisent. — 26 juillet, la guérison est
complète, il ne reste que des cicatrices rougeâtres.
31 juillet 1915. La chienne est inoculée pour la troisième fois avec
L. tropica à la cuisse gauche, toujours sur souris. On note au niveau des
piqûres, du 6 au 10 août, une légère tuméfaction ; une ponction faite le 10
ne montre pas de Leishmania. La tuméfaction inflammatoire a complète¬
ment disparu le 18 août.
27 septembre 1915. La chienne est inoculée pour la quatrième fois, tou¬
jours sur souris ; on fait 2 piqûres à la cuisse droite; le résultat est com¬
plètement négatif.
12 novembre 1915. La chienne est inoculée pour la cinquième fois,
toujours sur souris. On fait 2 piqûres à la base de l’oreille droite. — 17,
petits nodules aux points d’inoculation. — 21, un des nodules a pris le
volume d’un petit pois, ponctionné il donne un peu de liquide puriforme
avec des Leishmania rires. — 25, les boutons sèchent. — 30, la ponction
du plus gros bouton ne donne pas de Leishmania. — 4 décembre, les bou¬
tons diminuent. — Le 30 décembre la chienne est guérie.
27 janvier 1916. La chienne est inoculée pour la sixième fois sur souris.
On fait 2 piqûres à la base de l’oreille gauche et 1 sur le nez. — 1er février,
petites nodosités aux points d’inoculation de l’oreille; la ponction de ces
2 nodosités donne des Leishmania non rares. — 10 février, 2 boutons très
nets à l’oreille. — 13, les boutons ponctionnés donnent des Leishmania
très rares. — 20, la ponction des boutons de l’oreille ne donne plus de
Leishmania. Ti ’ès petit bouton sur le nez. — 1er mars, les boutons dimi¬
nuent, petites croûtes. — 10 mars 1916, la guérison est complète.
Chez le chien n° 5, les premières inoculations, faites à deux
reprises, ont donné de beaux boutons avee Leishmania en
grand nombre ; la durée de Tinfection a été de 89 jours.
Une deuxième inoculation, pratiquée après guérison com¬
plète de la première infection, a donné des boutons moins
beaux que la première fois avec Leishmania rares; la durée de
Tinfection a été de 37 jours, courte par conséquent.
Une troisième inoculation a donné un résultat négatif; on
doit donc admettre qu’à ce moment l’immunité était acq uise.
Chez la chienne n° 6, les premières inoculations faites à
274
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2 reprises, ont donné de beaux boutons avec Leishmania très
nombreuses ; la durée de l’infection a été de q5 jours.
Une deuxième inoculation, pratiquée après guérison com¬
plète de la première infection, a donné un beau bouton (sur
3 piqûres) avec Leishmania en grand nombre; la durée de l’in¬
fection a été de 38 jours, c’est-à-dire beaucoup plus courte que
celle de la première.
Une troisième et une quatrième inoculations ont donné
des résultats négatifs, mais l’immunité n’a pas été de longue
durée.
Upe cinquième inoculation, pratiquée 109 jours après guéri¬
son des boutons de la deuxième inoculation, donne des nodules
dont un, du volume d’un pois, contient des Leishmania rares. La
durée des boutons est de 48 jours.
Une sixième inoculation, faite un mois après guérison des
boutons de la cinquième, donne encore des boutons très nets
avec Leishmania non rares. La durée de la dermatose est cette
fois de 43 jours.
L’immunité qui paraissait acquise à la suite de la deuxième
inoculation positive avait donc disparu, en partie, au bout de
3 mois. Dans ces conditions, on comprend qu’il soit difficile
de tirer des conclusions fermes d’expériences d’immunité croisée
portant su vL. trop ica et L. Donovani.
On dira peut-être que la fréquence des rechutes dans mes
expériences sur la leishmaniose cutanée chez le chien est due à
ce que j'ai employé de fortes doses de virus, mais, lorsqu’on
emploie de faibles doses, on s’expose à avoir des résultats néga¬
tifs même chez des animaux sensibles. D’ailleurs à la suite des
infections naturelles de bouton d’Orient chez l’homme, il n’est
pas rare d’observer des récidives comme Bedié, Willemin,
Masnou, Castaing, Weber, A. Laveran, Boigey l’ont constaté.
Conclusions
i° A l’aide du matériel fourni par les souris infectées au
moyen de L. tropica, on provoque à coup sûr chez les macaques
et chez le chien de très beaux boutons avec Leishmania en grand
nombre.
20 A la suite d’une inoculation positive, l’immunité s’éta¬
blit quelquefois; chez le chien, une réinoculalion faite après
Séance du 12 Avril 1916
275
guérison d’une première atteinte de leishmaniose cutanée est
le plus sou vent suivie d’une récidive, avec boutons bien caracté¬
risés, mais moins gros et de durée moins longue que lors de la
première atteinte.
3° Après la deuxième atteinte de la dermatose expérimentale,
l’immunité existe en général; les inoculations ne donnent plus
que des lésions abortives, mais il peut arriver qu’après une ou
deux inoculations négatives on obtienne de nouveau, quelques
mois après guérison des boutons de deuxième inoculation, des
lésions caractéristiques de la leishmaniose cutanée.
Traitement de la pneumonie
chez les Tirailleurs Annamites par les
injections intra-veineuses d'or colloïdal
Par Cn. GOMMES.
De toutes les affections qui frappent les contingents indigènes
venus en France, la Pneumonie est une de celles qui se rencon¬
trent le plus fréquemment.
Ch ez les tirailleurs annamites, cette affection évolue presque
toujours à grand fracas, les symptômes qu’ils présentent sont
alarmants dès le début.
Nous avons traité de nombreux malades par les méthodes
classiques (ventouses scarifiées, hypothermiques, toniques, car¬
diaques, diurétiques), les résultats ont été peu brillants et les
guérisons lentes à s’établir. Nous avons recherché une médica¬
tion plus énergique et nous avons eu recours à l’or colloïdal.
Avant nous, le médecin major P. Noël Bernard l’avait employé
avec succès chez les Tirailleurs Sénégalais.
L’or colloïdal (collobiase Dausse) peut être employé en injec¬
tions hypodermiques ou intra-veineuses. Nous avons pratiqué
les injections hypodermiques sans grand résultat. Nous avons
fait des injections intra-musculaires, le résultat fut identique.
Les injections intra-veineuses seules nous ont donné des amé¬
liorations évidentes, toujours suivies de guérison:
Les injections intra-veineuses d’or colloïdal sont accompa-
276
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
gnées d'une violente réaction de l’organisme : sueurs abon¬
dantes, angoisse, délire, mouvements désordonnés, élévation
thermique, etc. Il semble que l’état du malade s’aggrave, mais
trois à quatre heures après, on constate une défervescence
de r, 2°, les phénomènes pulmonaires s’atténuent, la dyspnée
disparaît et le malade déclare qu’il va beaucoup mieux. Aussi
le tirailleur annamite, pusillanime avant la première injection,
se prête facilement à la deuxième, sachant les bénéfices qu’il en
retirera.
Associées au traitement symptomatique classique, les injec¬
tions intraveineuses d’or colloïdal nous ont rendu les plus
grands services et nous pouvons dire que cette médication ne
nous a jamais donné d’insuccès.
/
Nous ne communiquerons que les observations où nous avons
pratiqué des injections intra-veineuses.
Observation n° 1. — Ng Van Chai, tirailleur annamite, 23 ans, entre à
Thôpital le 11 décembre 1913. Sa température est de 40 3, son pouls filant,
sa respiration haletante. Le malade présente tous les symptômes cliniques
d’une pneumonie du côté gauche.
Séance du 12 Avril 1916
277
Le 12 décembre à 17 h., on fait une injection intra-veineuse d’or colloï¬
dal (1 cm3); le lendemain matin la température est de 37°1, le malade
éprouve une sensation de bien-être. Le soir, nouvelle élévation thermique
(40°).
Le 14 décembre, on renouvelle l'injection inlra-veineuse, chute de la
température qui remonte à 40°2 dans l'après-midi.
Le 15 et le 16 décembre, les phénomènes pulmonaires s’améliorent;
l’expectoration est abondante, de sanglante devient purulente.
Le 17 décembre, l’état du malade est satisfaisant, l’amélioration continue
les jours suivants et le malade guérit.
Observation n° 2. — Ne Van Hung, tirailleur annamite, 24 ans, entre à
l’hôpital le 19 décembre 1915. Sa température est de 39°7 , son pouls bat
à 130, de plus il présente une forte dyspnée. On fait le diagnostic de pneu¬
monie double.
Le 20 décembre, on fait une injection intra-veineuse d’or colloïdal, elle
est suivie d’une chute de température d’un degré.
Le 21 décembre, nouvelle injection intra-veineuse d’or colloïdal, lu tem¬
pérature tombe de 39‘7 à 37° L
Dès le 22 décembre, les signes stéthoscopiques s’améliorent, cette amé¬
lioration s’accentue les jours suivants et la pneumonie se termine par la
guérison.
Observation n° 3. — Ne Van Tu, tirailleur annamite, 28 ans, entre à
l’hôpital le 19 décembre 1915. Le malade est très fatigué, respire difficile¬
ment, son pouls est à 140.
278
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
On diagnostique une pneumonie double.
Le lendemain on lui fait une injection intra-veineuse d’or colloïdal. Sa
tempérai ure qui était de 39°7 le 20 au soir est de 38°4 le 21 à 8 h. et de
36°8 à 16 b.
Le 22 décembre, la température est à 39°5, on fait une deuxième injec¬
tion intra-veineuse d’or colloïdal, la température revient à 37°1.
Le malade, se sentant mieux, commet une imprudence, il se lève ; nou¬
velle hyperthermie qui dure du 23 au 25. Son état s’améliore dès le 26, les
phénomènes pulmonaires régressent et le malade guérit.
Observation n° 4. — Trou San Chien, tirailleur annamite, 25 ans,
entre à l’hôpital le 20 décembre 1915 avec le diagnostic de congestion
pulmonaire.
Dès le lendemain, apparition de raies sous-crépitants, crachats souillés
et visqueux, matité, souffle axillaire, etc., on diagnostique une pneumonie
du côté gauche.
La température atteignant 40°3 le 22, on lui fait une injection intra¬
veineuse d’or colloïdal, le soir la température est de 37°9.
Le 23 à 8 h., 40°3, nouvelle injection qui ramène la température à 38°.
Dès le 25, l’état pulmonaire va s’améliorant et le malade guérit rapide¬
ment.
\
Observation n° 5. — Ng Van Phuong, tirailleur annamite, 18 ans, entre
à l’hôpital le 26 janvier 1916 pour pneumonie. L’état du malade est alar¬
mant.
Séance du 12 Avril 1916
279
280
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
On diagnostique une pneumonie du côté gauche.
Sa température est de 40 ‘7 le 26 à 16 h. On lui fait aussitôt une injection
intra-veineuse d’or colloïdal.
Le 27 à 8 h., la température est encore de 39°7 ; nouvelle injection ; à
16 h. la température n’est plus que de 37°4.
Le 28, ascension thermique (39°7), troisième injection ; à 16 h. la tem¬
pérature est de 38°3.
Le 29. la température est de 40°2, mais les phénomènes pulmonaires
étant en voie de régression on ne fait pas d’injection d’or colloïdal.
Dès le 30 l’état du malade va s’améliorant et sa pneumonie guérit.
Observation n° 6. — Nguyen Van Ngiiien, tirailleur annamite, 30 ans,
entre à l’hôpital le 25 janvier 1916.
Début de pneumonie du côté droit.
On fait au malade une injection intra-veineuse d’or colloïdal ; le 27,
chute de la température
Les phénomènes pulmonaires s'améliorent dès le lendemain. Le 31 jan¬
vier l’état du malade est satisfaisant.
Observation n° 7. — No Van Gan, tirailleur annamite, 27 ans, entre à
l’hôpital le 20 janvier 1916. Son état général est mauvais. On fait le dia¬
gnostic de pneumonie double.
Trois injections intra-veineuses d’or colloïdal ne donnent pas une
grande amélioration. Le malade très agité se découvre constamment et
commet des imprudences. Nouvelles injections le 24 et le 26. Dès le 27,
Séance du 12 Avril 1916 281
19
282
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l'état du malade s’améliore; on commence à entendre la respiration dans
certaines zones de ses poumons. Cette amélioration se continue et la pneu¬
monie guérit.
Observa tion n° 8. — Nu Van Ban, tirailleur annamite, 36 ans, entre à
l’hôpital le 26 janvier 1 916.
Début de pneumonie à gauche, température 40°2 à 8 h., 39°4 à 16 h. On
fait une injection intra-veineuse d’or colloïdal.
Dès le lendem tin, chute de la température et sédation des phénomènes
pulmonaires.
La pneumonie prise au début guérit très rapidement.
Conclusions : Il y a intérêt à pratiquer les injections intra¬
veineuses d’or colloïdal dès que le diagnostic clinique de pneu¬
monie est fait.
La dose peut varier de i à 2 cm3, sans aucun risque pour le
malade.
Les injections peuvent être répétées journellement, en général
trois injections suffisent pour amener une chute complète de la
température et arrêter l’évolution de la pneumonie.
(Hôpital auxiliaire 21 4, salle annamite, Marseille).
Séance du 12 Avril 1916
283
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
American Journal of Tropical Diseases and Préventive Medicine,
t. III, f. 9, mars 1916.
British Medical Journal, nos 2881-2883, i8mars-ier avril 1916.
Bulletin agricole du Congo belge , t. VI, nos 3-4, sept. -déc. 1915.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de T Indochine, t. V,
1914, nos 5-ro ; t. VI, 1915, en entier.
Indian Journal of Medical Besearch, t. III, n° 3, janv. 1916.
Journal ofthe Boyal Army Medical Corps, t. XXVI, n° 3, mars
•9'6-
Journal of Tropical Medicine and Hygiene , t. XIX, nos 4-5,
i5 févr. -ier mars 1916.
Malariologia, 29 févr. 1916.
Pediatria , t. XXIV, f. 3, mars 1916.
Beview of applied Entomology , sér. AetB, t.IV, f. 3, mars 1916.
Bevue scientifigue , nos 6 et 7, 11 mars-8 avril 1916.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. IX, n° 4, févr. 1916.
Tropical Diseases Bulletin, t. VII, n° 3, i5 mars 1916.
Tropical V et erinar y Bulletin, t. IV, n° 1, 3o mars 1916.
VOLUMES ET BROCHURES
L. Cazalbou. Sur la constitution de l’hyphe des champignons
pathogènes.
A. J. Chalmers et Salun Atiyah. Streptococcal puerpéral fever
in the Anglo-Egyptian Sudan.
A. J. Chalmers et Alex. Marshall. Nile Boils in the Anglo-
Egyptian Sudan.
E. D. W. Greig. Further Observations on Lésions of the Biliary
Passages of Rabbits dying after repeated Intravenous Injections
of Living Vibrios.
t
284 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
E. D. W. Greig. On the Alteration in Serological and Mor-
phological Characters of a Slrain of Vibrio.
H. C. de Souza Araujo (Inst. Osw. Cruz). Esludo clinico do
Granuloma Venereo. Thèse inaugurale, Rio de Janeiro.
W. L. Yakimoff. Rapport sur les Travaux de la Mission Scien¬
tifique pour les recherches des maladies humaines et animales
du Turkestan en 191.3. Tome I. Leishmanioses (en russe,, avec
résumé en français), 368 p., 16 pi.
Le Gérant : P. MASSON.
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît io fois par an
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
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4
Le prix de l’Abonnement est : France , 18 fr. ; Union postale, 20 tr.
SOMMAIRE DU NUMÉRO ç
Séance du 10 mai 1916
PAGES
PRÉSENTATION
Ch. Porcher et P. Godard. — Le lait et la fièvre méditerranéenne . . 285
COMMUNICATIONS
M. Bouilliez. — Un cas de kala-azar infantile au Moyen-Chari (Terri¬
toire du Tchad) . 299
A. Dubois. — Le rôle pathogène de Onchocerca volvulus . 3o5
E. Jeanselme. — Sur la structure des Nodosités j uxta articulaires . . 287
Ch. Jojot. — Note sur la lutte contre la maladie du sommeil au Came¬
roun, 1913-1914 . 3o3
Ch. Joyeux. — Nodosités juxta-articulaires. — Discussion . 290
A. Lignos. — La leishmaniose canine à Hydra . 3o2
A. Orticoni et Nepveux. — Sur l’étiologie de quelques diarrhées et
dysenteries rebelles . 293
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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a
PAGES
F. Van den Branden. — Fistule stercorale de la région inguinale droite
chez un noir . . 3io
R.. Van Saceghem. — Etudes complémentaires sur la dermatose conta¬
gieuse (Impétigo contagieux) . 290
MÉMOIRES
G. Blanc. — Recherches sur le typhus exanthématique, poursuivies
au laboratoire de Nich d’avril à octobre iqi5 . 3ii
F. Noc. — Amibiase intestinale, émétine, novarsénobenzol .... 345
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iv
Neuvième année
N° 5.
1916
“BULLETIN
«
DE LA
Société de
Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 MAI I 9 I G .
_
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
Présentation
Le Président. — J'ai l’honneur de faire hommage à la Société,
au nom de M. G. Porcher, Professeur à l’Ecole vétérinaire de
Lyon et de M. P. Godard, médecin aide-major, d’un ouvrage
qui a pour titre : Le lait et la fièvre méditerranéenne. La ques¬
tion si importante, au point de vue hygiénique, du rôle du lait
de chèvre dans la propagation de la fièvre méditerranéenne et
des mesures prophylactiques qui s’imposent, est très bien exposée
par MM. Porcher et Godard. Les conclusions de l’ouvrage sont
les suivantes :
« I. — La mélitococcie est une maladie microbienne, aisé¬
ment contagieuse pour l’homme, sévissant surtout dans l'espèce
. >
caprine.
« Ce sont les chèvres de Malte qui en sont le plus fréquem¬
ment atteintes. C’est de Malte que la maladie semble avoir
rayonné vers les autres pays.
a IL — L’homme se contamine presque uniquement en buvant
du lait cru de chèvres malades, ou en consommant du caillé ou
des fromages faits avec ce lait.
« III. — L’homme qui habite un milieu infecté ne devra boire
du lait de chèvre qu’après l’avoir fait bouillir; il devra égale-»
19
286
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ment se garder de consommer du fromage de chèvre à moins que
celui-ci ne soit de fabrication déjà ancienne.
« IV. — Toutes les mesures prophylactiques générales à préco¬
niser contre la maladie, doivent s’inspirer surtout du danger
que crée à l’homme le voisinage des chèvres malades.
« Il y a donc lieu d’ajouter la fièvre méditerranéenne à la liste
des maladies contagieuses des animaux domestiques inscrites
dans le Code rural.
« En admettant qu’une prophylaxie collective puisse donner
chez l’homme des résultats complètement heureux, cela ne sera
possible qu’après une action énergique des moyens dont pourra
alors disposer la police sanitaire vis-à-vis du cheptel caprin
contaminé. »
Plusieurs cartes donnant la distribution géographique de la
fièvre méditerranéenne sont d’un grand intérêt.
A la page 80, les auteurs ont reproduit les vœux formulés
par la Société de pathologie exotique pour la prophylaxie de la
fièvre méditerranéenne en Algérie et en Tunisie, vœux qui ont
été pris en considération par les Pouvoirs publics et qui ont été
le point de départ de mesures prophylactiques très efficaces.
Des remerciements ont été adressés à MM. Porcher et
Godard .
Si Ange DO 10 Mai 1916
287
V
COMMUNICATIONS
Sur la structure des Nodosités juxta-articulaires
Par E. JEANSELME.
La distribution géographique des tumeurs auxquelles j’ai
donné le nom de « nodosités iuxta-articulaires » est fort
étendue.
En 1899-1900, je lésai observées au Cambodge, au Siam et au
Laos. En 1904, j en donnai la première description au Congrès
colonial français (1). La même année, L. Steiner (de Sourabaya)
décrivait ces mêmes nodosités sur les indigènes de .lava (2).
En 1907, Gros (de Rébeval) a publié une note sur les « Nodo¬
sités juxta-articulaires chez les indigènes musulmans de l’Algé¬
rie (3) ».
Quelques mois plus tard, M. Neveux publiait un travail sur le
« Narindé, fibromatose sous-cutanée des Toucouleurs du
Boundou. » En 1908 il faisait une nouvelle communication sur
ce sujet (4).
Brumpt a vu des cas de « nodosités juxta-articulaires dans la
région du Haut-Nil. Leur existence a été constatée sur la côte
des Somalis. M. Fontoynont a signalé leur présence à Mada¬
gascar. A la séance dernière de la Société, M. C. Jojot a rapporté
l’observation d’une indigène du Fouta-Djallon, atteinte de cette
affection.
>
En résumé, les nodosités juxta-articulaires sont dispersées sur
(1) E. Jeanselme, Congr. colonial de Paris , 1904; Compte-rendu de la, Sect.
de Med. et d' Ilgg . coloniales , publié par le Prof. Blanchard, Paris, 1904, p. i5 ;
Rev. de Méd. et d' H g g . tropic ., 1908, t. II, n» 1, pp. n-i5 ; Arch. f. Schi/fs-
und Tropenhygiene , t. X, 1906; Rev. de Med. et d’Ilgg. tropic ., 1911, t. VIII,
n° 1, p. 33.
(a) L. Steiner, Ueber multiple subkutane harte fibrose Geschwülste bei den
JYIalayen, Arch. f. Schiffs and Tropenhygiene , 1904 ; Ibid., 190(1.
(3) Gros (de Rébeval), Bull, médic. de l'Algérie, i5 mars 1907.
(4) Neveux, Rev. de Méd. et d’Ilgg. tropic., 1907 et 1908.
288
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
un immense territoire. En Asie, elles ont été observées dans la
presqu’île Indo-Chinoise et les îles de la Sonde. En Afrique, on
en a constaté des foyers en Algérie, sur la côte occidentale de
l’Afrique, à Madagascar et sur la côte des Somalis.
Je n’ai pas eu l’occasion de faire un biopsie de ces tumeurs
en Indo-Chine, mais au commencement de l’année 1908, M. Fon-
toynont, professeur à l’Ecole de Médecine de Tananarive,
m’adressait une observation fort intéressante de tumeurs juxta-
arliculaires recueillie sur un indigène de Madagascar. A cet
envoi, il joignait des fragments provenant d’un nodule intact et
par conséquent indemne de toute infection secondaire.
11 me paraît intéressant de rapprocher l’examen histologique
de ces pièces que je fis, il y a une douzaine d’années, et que je
publiai dans la Revue d' Hygiène et de Médecine Coloniales (igo4)?
du cas qui a été communiqué dans la dernière séance de la
Société par M. Ch. Gommes.
« Retirés de l’alcool absolu dans lequel ils étaient immergés,
ces fragments apparaissaient constitués par un tissu dense, com¬
pact, parsemé de quelques taches d’un jaune opaque et de quel¬
ques foyers ramollis en forme de géodes.
Sur une coupe d’ensemble, vue à un faible grossissement, 011
distingue trois zones, une interne ou de dégénération, une externe
ou de réaction inflammatoire, une intermédiaire ou de tran¬
sition .
La zone dégénérative est formée de blocs irréguliers, homo¬
gènes et translucides, colorés en rouge intense par l’éosine. Ces
blocs sont fissurés en tous sens et leurs contours sont anfrac¬
tueux. A un plus fort grossissement (Ocul. I, Obj. 6), la sub¬
ment homogène est d’un rouge éclatant; l'autre plus ou moins
fondue avec la précédente est vacuolisée, vaguement fibri liai re ,
et d’un rouge violacé. Dans les fentes qui séparent les blocs en
fragments, s’insinuent des polynucléaires de la variété commune
en désintégration. Le nombre de ces leucocytes augmente à
mesure que l'on se rapproche de la périphérie des masses dégé¬
nérées. Ces masses sont situées dans de grands espaces vides qui
sont taillés à l'emporte-pièce, dans un tissu fibreux dense. Aux
alentours de ces grandes lacunes, sont disséminés des blocs
Séance du io Mai 1916
289
dégénérés plus petits, toujours faciles à reconnaître, même les
plus minimes, grâce à leur couleur rouge-vif.
La zone de réaction inflammatoire comprend elle-même deux
parties de structure bien différente, l une de tissu conjonctif
fibreux, Eautre de tissu jeune, analogue à celui des bourgeons
charnus. Dans ce dernier, on voit : des cellules fixes, volumi¬
neuses, anastomosées en un réticulum lâche dont les mailles
sont occupées par des fibrilles délicates entrecroisées en divers
sens ; des cellules fixes mises en liberté sous forme de macro¬
phages ; des cellules géantes à noyaux bourgeonnants de prove¬
nance conjonctive ; d’innombrables plasmazellen infiltrant les
espaces interstitiels ; des polynucléaires en proportion considé¬
rable, du type ordinaire pour la plupart et quelques éosino-
phü es ; enfin d énormes capillaires sanguins et lymphatiques
dont la paroi consiste uniquement en une rangée de cellules
endothéliales aplaties ou saillantes. Entre cette zone de réaction
inflammatoire franche et la sclérose, il existe des formes de pas¬
sage. Peu à peu, l’élément collagène prédomine sur l’élément
cellulaire, les fibrilles conjonctives se disposent en faisceaux
plus épais, séparés par d’étroits interstices tapissés de cellules
fixes aplaties, les vaisseaux se raréfient et leurs parois s'épais¬
sissent; en revanche, l’afflux des polynucléaires diminue.
La zone de transition , intermédiaire à la dégénération et à la
réaction inflammatoire, est caractérisée par l’homogénisation
graduelle des faisceaux connectifs qui perdent leur état fibril-
laire et prennent fortement l’éosine. Entre le foyer de nécrose
et le foyer inflammatoire, finit par se creuser un sillon d’élimi¬
nation, de sorte que la substance dégénérée devient un séques¬
tre, une sorte de corps étranger inclus dans une cavité creusée
en pleine sclérose.
L’examen bactériologique a été complètement négatif sur les
coupes traitées par le Ziehl ou le Gram, par l’éosine ou par la
potasse caustique à l±o 0/0; je n’ai pu mettre en évidence aucun
microbe, aucun cryptogame.
L’examen microscopique ne nous révèle donc pas la nature
de ces nodosités. Celles-ci ne relèvent certainement pas de la
tuberculose ou de la syphilis, ce ne sont pas des noyaux de xan-
thome, dont la structure est caractéristique, ce ne sont pas non
plus des fibromes ou des bourses périarticulaires transformées
en tumeurs scléreuses. L’hypothèse du tophus se présenle natu-
290
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tellement à l’esprit. Mais le siège des petites tumeurs, leur mul¬
tiplicité, leur indolence, leur structure, l’absence de tophus au
niveau des oreilles, la rareté des douleurs et des déformations
articulaires, enfin le régime et le genre de vie des indigènes, sont
peu en faveur d’une telle supposition.
Sans être en droit d’affirmer l’origine parasitaire de ces peti¬
tes tumeurs, je tiens cette hypothèse pour vraisemblable, et c’est
dans ce sens, à mon avis, que les nouvelles recherches doivent
être dirigées » (i).
M. G. Joyeux. — J’ai eu également l’occasion d’observer plu¬
sieurs cas de nodosités juxta-articulaires en Haute-Guinée
(Cf. ce Bulletin , t. VI, iqi3, p. 7 1 1 ) .
L’examen anatomo-pathologique m'a donné des résultats à peu
près analogues à ceux obtenus par MM. Jeanselme et Gommes :
tissu collagène, cellules conjonctives, lésions périvasculaires.
L’examen bactériologique a été négatif après diverses colora¬
tions. Les tentatives de culture sur milieux naturels ou géloses
maltosée et glucosée de Sabouraud, soit en aérobie soit en anaé¬
robie, ont toujours échoué. Seule, l’amélioration du malade par
l’iodure de potassium est un argument en faveur de leur nature
mycosique.
Etude complémentaire
sur la dermatose contagieuse
(Impétigo contagieux) (2)
Par Rene Van SACEGHEM.
Dans une étude intitulée La Dermatose j’ai décrit une maladie
de peau qui règne parmi les bovidés du Congo belge et est con-
(1) Trois fois, j’ai vu le Khi Huen accompagner les nodules juxta-articu¬
laires. S’agit-il d’une coïncidence fortuite ou d’une relation de cause à effet
entre ces deux affections; je ne saurais le dire. — Le Khi Huen est une der¬
matose vitiligino-squameuse cantonnée aux mains et aux pieds, souvent fami¬
liale et probablement parasitaire, dont j'ai donné ailleurs la description :
Cours de dermatologie exotique . 190/j, p. 243.
(2) Note communiquée par le Ministère des Colonies de Belgique, direction
Séance du io Mai 19 iG
291
nue sous le nom de dermatose contagieuse. Cette affection, qui
prend parfois une allure très pernicieuse, est due à un nouveau
parasite que j’ai dénommé Dermatophilus congolensis. Je me pro¬
pose dans ces quelques lignes de décrire le Dermatophilus que
je n’ai fait que mentionner dans mes travaux antérieurs.
Dans les lésions spécifiques qu'on observe sur la peau des
bovidés et même des ovidés et capridés, comme je viens de le
constater dernièrement, le Dermatophilus congolensis se présente
sous deux formes :
i° Sous forme de filaments droits ou contournés, parfois
ramifiés, d’une longueur très variable, qui peut atteindre 1 mm.
et d'une épaisseur toute aussi variable de o (a 6, o p. 2, 1 p l\, 1 p 8
et plus.
Les filaments se composent d’un substatum homogène (zoo-
glée), à l’intérieur duquel on observe de fines granulations de
o p 3. Ces granulations se colorent intensément par les procédés
de coloration ordinaires (Giemsa, fuchsine diluée, etc.). Ces gra¬
nulations sont disposées symétriquement. Le nombre de granu¬
lations varie de forme filamenteuse à forme filamenteuse. La
disposition symétrique des granulations est la résultante de leur
division qui se fait plus dans un sens que dans l'autre. On peut
observer assez rarement que les divisions se sont effectuées
identiquement dans les deux sens, le parasite affecte alors la
forme d’un carré.
20 La seconde forme sous laquelle se présente le Dermalophi-
lus congolensis est celle de grains isolés (cocci). Cette forme est
capable de donner naissance par divisions successives à la
forme filamenteuse. J’ai dénommé antérieurement spores les
granulations intrafilamenteuses ainsi que les cocci isolés. Par ce
terme que j’ai employé dans un sens général, j'ai voulu expri¬
mer que ces éléments étaient des agents de reproduction sans
vouloir leur attribuer une forme spéciale de résistance.
J’ai rattaché précédemment le Dermatophilus congolensis à la
classe des Champignons. M. le professeur Mesnil et M. le
Dr Pinoy, spécialement compétent en mycologie, qui ont eu
l’extrême obligeance d’examiner des préparations àe Dermatophi¬
lus congolensis que je leur avais envoyées, rattachent plutôt le
de l’Agriculture, qui a bien voulu nous autoriser à la publier dans le Bulle¬
tin de la Société comme suite à la note qui a paru dans le Bulletin de juin
iqi5. — F. Mesnil.
292
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nouveau parasite à la classe des Bactéries et notamment aux
formes bactériennes filamenteuses.
Je me rallie absolument à cette manière de voir, surtout que
de nouvelles observations que j’ai faites, établissent clairement
que nous avons bien à faire à une forme de bactérie.
Un grand nombre de milieux de culture ont été éprouvés
avant de trouver le milieu de choix ; celui-ci est le sérum d’âne.
Du sérum d’âne a été recueilli aseptiquement et transvasé dans
des tubes stérilisés. Des croûtes, dans lesquelles se trouvait le
Dermatophilus en culture pure, ont été finement pulvérisées,
puis disposées prudemment à la surface du sérum. La poussière
des croûtes doit se maintenir à la surface du sérum ; cette pré¬
caution est nécessaire pour activer la culture du Dermatophilus
qui est un aérobie obligatoire.
Le sérum des bovidés ne convient pas bien pour les cultures,
les nombreuses impuretés qui se trouvent dans les croûtes s’y
multiplient rapidement, notamment Bacillus zambiensis ; le
sérum d’âne est au contraire un mauvais milieu pour la culture
de toutes ces impuretés qui se trouvent dans les croûtes des
bovidés atteints de dermatose.
Le milieu de culture ensemencé est laissé à la température du
laboratoire, 26 à 3o°. Après deux jours, on peut observer que
l’ordination plus ou moins régulière des cocci dans les fila¬
ments, fait place, dans certains filaments, à des dispositions
beaucoup moins symétriques. Les cocci gagnent en volume, pas¬
sent de o jT 3 à o u. 5 ; ils s’isolent et, de ce fait, la forme fila¬
menteuse s’élargit; après quelques jours, tout le filament se
désagrège et chaque coccus vit pour son propre compte. J'ai pu
observer ce même phénomène de dissociation des filaments dans
de vieilles croûtes conservées au laboratoire. Au bout de quel¬
ques semaines, on remarque que les cocci ont repris la dimen¬
sion primitive de o [T 3.
Ces constatations établissent d’une façon péremptoire la
valeur du coccus. C’est lui qui est l’élément essentiel, la forme
filamenteuse n’est qu’une association de ces cocci.
Dans les cultures sur sérum, on peut observer, après quel¬
ques jours, qu’à la surface du sérum ensemencé, se forme un
voile d’où se détachent des flocons qui s’épaississent, devien¬
nent cohérents et descendent au fond du tube à culture où ils
Séance du io Mai 1916 293
forment un dépôt. Les vieilles cultures ont une odeur rance
très prononcée.
On peut repiquer sur gélose. Sur ce milieu, la culture est
blanc-grisâtre, visqueuse, composée de petites colonies qui lui
donnent un aspect granuleux.
Dans les cultures, la forme filamenteuse ne se reproduit plus;
nous 11e retrouvons plus cette orientation dans les divisions des
cocci. Les cocci s’y divisent indifféremment dans tous les sens et
les quelques courts filaments qu’on peut parfois encore observer
sont avortés. La forme filamenteuse apparaît donc comme une
forme envahissante sur l’animal infecté, tandis que le coccus
serait plutôt une forme de propagation.
Nous devons donc envisager le Dermatophilus congolensis
comme un coccus capable de former des filaments par divisions
successives.
Il peut être utile de répéter ici que le traitement que j’ai pré¬
conisé contre la dermatose est absolument spécifique. Tous les
animaux traités se sont guéris indistinctement. Ce traitement
consiste en applications de vaseline phéniquée à 5 ou 10 p. 100
d’après la sensibilité de l’animal. Cette médication se fait d’après
certaines règles et doit être associée aux soins hygiéniques que
j’ai déjà eu l’occasion de publier antérieurement (1).
( Laboratoire de Bactériologie de Zambi , Congo belge).
Sur r Etiologie de quelques diarrhées
et dysenteries rebelles
Par A. ORTICONI et NEPVEUX.
>
Parmi les syndromes diarrhéiques ou dysentériques constatés
chez les troupes dans la guerre de tranchées actuelle, il n’est
pas rare d’observer toute une catégorie d’affections à évolution
d’apparence chronique, et qui résistent à tous les moyens théra¬
peutiques habituellement employés (régime, lavements, purga¬
tifs, etc.).
(1) Bulletin de la Son. de Pathologie exotique, séance du 9 juin 1916, n° 0.
294-
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ce sont presque toujours des malades qui traînent d’hôpitaux
en hôpitaux, alimentant dans l’intervalle le recrutement des
dépôts de convalescents, sans y trouver de guérison ou même
d’amélioration sensible, quel que soit le régime qu^on leur
impose.
rite ou dysenterie chroniques c’est-à-dire avec un diagnostic
symptomatique essentiellement vague et imprécis.
Quelques-uns de ces sujets apparaissent à tort au médecin,
sinon comme des simulateurs, du moins comme des nerveux
peu dociles à leur régime et qui mettent de la mauvaise volonté
à guérir.
Pourtant, chez la plupart d’entre eux, ce reproche est souve¬
rainement injuste. Quand on prend soin, en effet, d’examiner les
matières fécales de ces malades avec le secours du microscope,
on s’aperçoit que ces diarrhées ou dysenteries rebelles ou soi-
disant rebelles, sont presque toujours des affections parasitaires
causées soit par des vers intestinaux, soit par des protozoaires,
comme nous avons eu l’occasion de le constater à différentes
reprises.
Nous n’insisterons pas ici sur la fréquence des dysenteries
amibiennes, qui sont devenues des faits d’observation courante,
non seulement chez d’anciens coloniaux, mais encore sur des
sujets qui n'avaient jamais quitté leur pays d’origine et ne
s’étaient, par conséquent, jamais exposés aux modes habituels
de contagion par ï Amœba histolytica.
Un certain nombre d’auteurs, en particulier Ravaut et Kronu-
litski, Roussel, Brulé, Barrat et Marie, Rist et Rolland, en ont
signalé un certain nombre de cas, qui permettent de penser
que la dysenterie amibienne a pris depuis la guerre une exten¬
sion assez importante et qu’elle est désormais entrée dans la
pathologie commune de nos régions. En 5 mois d’observations,
nous avons nous-mêmes constaté huit cas de dysenterie ami¬
bienne autochtone.
Ces faits sont actuellement connus de tous et nous ne voulons
les retenirque pour un certain nombre de remarques que nous
avons eu l’occasion de faire.
C’est ainsi que quelques médecins négligent l’examen micros¬
copique et se basent, comme moyen de diagnostic de la diarrhée
Séance du io Mai i g i G
295
amibienne, sur l’efficacité on la non-efficacité du traitement par
le chlorhydrate d’émétine.
Or les injections sous-cutanées d’émétine n’ont quelquefois
aucune action, surtout dans les cas où les amibes n’existent
que dans la lumière du canal intestinal et où les délabrements
de la muqueuse sont tout à fait minimes : d’où certaines erreurs
de diagnostic.
Nous avons constaté aussi que, dans la dysenterie amibienne
autochtone, l’amibe est rarement associée à d’autres proto¬
zoaires, alors qu’au contraire chez les dysentériques tropicaux,
elle est, comme l’on sait, très souvent associée à d’autres para¬
sites, et, en particulier, au Trichomonas intestinalis .
Sur dix cas d’amibiase autochtone, nous avons trouvé une
seule fois des Trichomonas associés à VEntamœba histolytica , alors
que chez les coloniaux atteints de dysenterie, l’amibe est asso¬
ciée à ce parasite dans plus de 5o o/o des cas.
Dans un autre cas observé, nous avons constaté sur la meme
préparation la présence d’amibes du colon en grand nombre
associées à l’amibe de Sciiaudinn ; les deux espèces étaient faci¬
lement reconnaissables à leurs dismensions différentes, aux
caractères différentiels de l’ectoplasme, et surtout à leurs mou¬
vements et à leur mode de progression. On sait, en effet, que
l’amibe du colon a des mouvements beaucoup plus lents que
l’amibe dysentérique. Cette dernière, après avoir poussé des
pseudopodes très mobiles, a des mouvements de propulsion en
masse qui la distinguent très nettement de l’amibe du colon.
C'est même là, à notre avis, un caractère différentiel des deux
amibes qui peut avoir quelquefois plus d’importance que la
présence de globules rouges à l’intérieur du parasite.
On peut observer, en effet, des amibes du colon contenant
des globules rouges en petit nombre, comme nous l’avons vu
chez des dysentériques bacillaires où le syndrome dysentérique
était compliqué par la présence d’une véritable floraison d’ami¬
bes du colon, dont quelques-unes hématophages.
A côté de ces cas d'amibiase autochtone, dont le nombre s’élève
chaque jour, voici un type de malades dont nous avons eu
l’occasion de relever plusieurs cas :
Le soldat C..., du Xe Régt. d’infanterie, originaire du département de
la Somme, où il exerce la profession de cultivateur, n’avait jamais rien
296
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
présenté d’anormal au point de vue intestinal dans ses antécédents per¬
sonnels.
Au mois d’octobre 1 91 i, il est atteint d’embarras gastrique avec selles
fréquentes (15 à 20 par jour), sans fièvre ; l’affection est étiquetée « enté¬
rite chronique » dans l’hôpital du front où il a été soigné.
Il est envoyé en convalescence sans avoir trouvé d’amélioration notable
par le régime qu’il a suivi.
Il retourne à son unité après quatre mois et demi d’absence. Il est éva¬
cué de nouveau un mois après pour entérite et traité par le régime lacté et
des bouillons de légumes.
11 obtient encore deux mois de convalescence, revient au front le
25 juillet 1915, est de nouveau évacué le 25 août avec le diagnostic d’enté¬
rite, obtient encore une convalescence et entre à l’hôpital de D... en obser¬
vation, avec le diagnostic « entérite chronique rebelle », au moment où il
venait solliciter une prolongation decongé.
Il présentait à ce moment là de la diarrhée banale avec environ huit
selles par jour, liquides, fétides, non sanglantes, sans fièvre. Peu de signes
abdominaux, si ce n’est un peu de ballonnement du ventre ; pas de coli¬
ques ni de ténesme. Au point de vue état général, le malade était un peu
anémié et avait maigri de 15 kg. depuis le début de la guerre.
L’examen microscopique permettait de constater la présence d’œufs de
tricocéphales en très grand nombre dans les matières fécales.
Le malade est soumis à un traitement par le thymol suivi de purgations
énergiques par le sulfate de soude.
Ce traitement a dû être répété trois fois et a amené une guérison com¬
plète. Les selles sont redevenues moulées et subnormales ; leur nombre est
tombé à deux ou une par jour, et le malade a repris une partie de son
embonpoint. Il a pu rejoindre son corps à la sortie de l’hôpital.
Nous avons eu l’occasion d’observersix autres malades du même
genre, dont un officier, qui n’avaient pas fait il est vrai des
séjours aussi prolongés à l’hôpital ou en convalescence que celui
de l’observation précédente.
Ils étaient tous atteints d’un même type de diarrhée, caracté¬
risé par des selles liquides, sans glaires ni sang, et dont le nom¬
bre variait entre cinq et douze par jour. Cette diarrhée s’accom¬
pagnait de douleursintestinales, quelquefois d’un peu de ténesme
et paraissait légitimer le diagnostic de dysenterie ou d’entérite
chronique rebelle, qui constituait l’étiquette d’entrée de ces
malades à l'hôpital.
Chez tous, l’examen microscopique nous a révélé la présence
d’œufs de trichocéphales, associés dans un cas à des œufs à' Asca¬
ris lumbricoides , sans amibes ni bacilles dysentériques. Au
point de vue histologique, on notait l’absence presque complète
de cellules de desquamation épithéliale, sans leucocy torrhée ni
présence de globules rouges. Il s’agissait, en somme, de colite
Séance du io Mai 1916
297
avec débâcles fréquentes caractérisées par une grande abondance
de matières fécales.
Nous avons soumis tous ces malades au traitement par le
thymol. Pour deux d’entre eux, nous avons obtenu une guérison
complète : les selles sont redevenues très rapidement normales
en nombre et en aspect. Dans un autre cas, le traitement par le
thymol ne nous a donné aucune amélioration, non plus d’ail¬
leurs que des potions à l’eau chloroformée.
Les trois autres malades ont été très améliorés par le thymol à
haute dose, mais la guérison n’était pas complète ; les selles
avaient diminué de fréquence, tombant à deux ou trois par jour,
mais contenaient encore de très rares œufs de parasites.
Voici maintenant un autre type de malade, dont nous n'avons
observé qu’un seul cas :
P..., caporal, classe 1904, originaire des environs d’Alençon, exerçait la
profession de voyageur de commerce. N'a jamais fait de séjour aux colo¬
nies. Rien à noter dans ses antécédents personnels. Cet homme n’a jamais
été malade avant la mobilisation.
II est arrivé au front le 1er octobre 1914. Quelques jours après,, était
atteint de diarrhéeavec 18 à 20 selles par jour, liquides, teintées de sang ;
le sang n’apparaissait qu’à la fin des garde-robes.
Pendant deux mois et demi, cet homme se contente de se présenter de
temps en temps à la visite de son médecin de régiment, qui institue un
traitement par des pilules d’opium, dont il n’obtient aucune amélioration.
Le malade entre à l’hôpital de N... le 20 décembre II est évacué à l'inté¬
rieur avec le diagnostic : « épuisement nerveux, dysenterie ». 11 y reste
jusqu’au 17 avril.
Après ses quatre mois de séjour à l’hôpital et un mois de convalescence,
il rentre à son dépôt, légèrement amélioré, mais non guéri ; il avait envi¬
ron six à sept selles diarrhéiques par jour, et un état de faiblesse assez
marqué qui le gênait pour les longues marches.
11 entre de nouveau à l’hôpital et obtient une nouvelle convalescence.
Le*18 juillet, il revient au dépôt; au commencement du mois d'août
1915, il entre de nouveau à l’hôpital. En octobre, il revient au dépôt et
part en décembre 1915 comme instructeur de la classe 1916.
Le malade n’est toujours pas guéri ; il présente les mêmes symptômes
de diarrhée avec plusieurs selles quotidiennes.
11 entre à l’hôpital de St... le 18 février 1916.
Il nous raconte que, depuis le début de la guerre, il a maigri de 25 kilos ;
il est affaibli, anémié, et présente toujours, depuis seize mois, la même
diarrhée.
Au moment où nous avons eu l’occasion de l’examiner, cet homme a
encore cinq à six selles liquides par jour ; les matières sont de couleur jau¬
nâtre, assez peu teintées parla bile, et ne contiennent ni glaire ni sang.
Les signes abdominaux sont peu marqués; à peine quelques douleurs
298
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
et quelques coliques, sans ténesme, et de fréquentes envies d’aller à la
garde-robe.
L’examen microscopique nous permet de constater la présence de Lam¬
blia intestinale en nombre très considérable : chaque champ de micros¬
cope pullule de parasites ; on ne constate ni amibes du colon ou dysenté¬
riques ni kystes d’amibes. Au point de vue histologique, on note quelques
globules rouges en petit nombre et quelques cellules de desquamation de
l’épithélium intestinal.
Trois jours après ce premier examen, nous revoyons le malade, qui n’a
subi aucun traitement. Les Lamblia intestinalis ont diminué de nombre,
mais, par contre, on trouve de nombreux éléments kystiques de Lamblia ,
facilement reconnaissables à leur forme ovalaire et à la ligne courbe carac¬
téristique. On ne trouve pas d’amibes et les globules rouges sont toujours
en très petit nombre.
Nous nous disposions à instituer chez ce malade un traitement par des
lavements d'ipéca, quand il a dû quitter le secteur pour être évacué sur
un hôpital éloigné.
En résumé, sous l’étiquette générale d' a entérite ou dysen¬
terie chroniques», on voit se grouper toute une catégorie d’affec¬
tions qui, avec des apparences cliniques communes, dérivent de
causes étiologiques diverses.
Si les faits d’amibiase autochtone sont actuellement connus de
tous, il semble bien que l’attention n’ait pas été suffisamment
attirée sur les diarrhées, colites et dysenteries, provoquées par
des parasites autres que les amibes.
La littérature médicale ne rapporte que très peu d’observa¬
tions cliniques complètes de trichocéphalose intestinale ou de
diarrhées dysentériformes à Lamblia intestinalis. On sait, d’ail¬
leurs, que le rôle pathogène du T richocephalus trichiurus a pu
être contesté, en raison de la fréquence de ce parasite chez des
individus sains exerçant certaines professions (mineurs de la
région du Nord). Il semble probable que Se fracas très variable
des symptômes intestinaux observés chez des porteurs de tricho-
cé pliai es est fonction du plus ou moins grand nombre de para¬
sites hébergés par l’individu. L’action spoliatrice du parasite
n’est probablement pas en cause, mais il est vraisemblable que
les symptômes n’apparaissent que par l’irritation de la muqueuse
intestinale, due à un parasitisme intense.
En ce qui concerne les diarrhées ou plutôt les entérites dysen¬
tériformes, provoquées par la Lamblia intestinalis , elles ont été
signalées chez des sujets habitant les régions chaudes. D’après
Noc, la contamination de l'homme se fait par l’eau de boisson.
On a incriminé également les aliments souillés par des déjec¬
tions de rongeurs (rats, souris).
Séance du io Mai 1916
209
Il paraît donc infiniment probable que le cas de diarrhée à
lambliesque nous avons observé est dû à un mode de contagion
analogue à celle de l’amibiase autochtone, c’est-à-dire favorisée
par le stationnement prolongé au contact de régiments coloniaux
ou africains.
Nous ne doutons pas, pour notre part, que les syndromes de
ce genre ne soient beaucoup plus nombreux que nous ne l’avons
observé nous-mêmes.
II suffirait, pour en constater la fréquence, de pratiquer Texa-
men méthodique des selles de tous les malades atteints de trou¬
bles intestinaux à évolution chronique.
On pourrait ainsi remonter à la cause précise de certains syn¬
dromes observés et récupérer pour la défense nationale des éner¬
gies perdues ou inutilisées par suite de séjours nombreux et pro¬
longés dans des hôpitaux ou des dépôts de convalescents.
(Travail de Laboratoire d' Armée).
u n cas de kala-azar infantile
au Moyen-Chari (Territoire du Tchad)
Par Marc BOUILLIEZ.
Le kala-azar n’a jamais, croyons-nous, été jusqu’ici observé
au Territoire du Tchad. Motais, Jamot et Robert en ont bien
soupçonné la présence dans la région est : Ouadaï, Sila, mais
n’en ont reconnu aucun cas (1).
Nous-même, depuis notre arrivée au Moyen-Chari, fin iqi3,
avions eu l’occasion de faire quelques ponctions spléniques sur
des jeunes gens maigres, à grosse rate, ou d’examiner la rate et
la moelle osseuse de chiens maigres autopsiés, sans jamais
jusqu’ici apercevoir aucun parasite des leishmanioses viscé¬
rales (2), quand le 5 février dernier, en regardant le sang d’un
jeune enfant, amené à la consultation, nous fumes assez heu¬
reux pour y découvrir de gros mononucléaires, renfermant une
ou plusieurs leishmanies.
(1) Bull. Soc. path. exot., t. VII, 10 juin 1914.
(2) Nous avons trouvé de la leishmaniose cutanée en août 1 9 1 5. Voir Bull.
Soc. path. exot., 8 mars 1916, p. iF>6.
300
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Observation du malade. — Rama, âge de ô a 6 ans environ, fils de
Alamadou, de race Goulaye, et de femme Séné, de race Sara Coumra, tous
deux captifs d’Arabes-Saîamats.
A la naissance de l’enfant, ils habitaient Log’hi, près Kousseri (ex-ter¬
ritoire allemand). Après l’occupation du pays, les parents sont venus à
Mandjaffa, sur le Chari, où ils restèrent 3 mois, puis à Farau, circonscri¬
ption du Moyen-Chari, proche de Fort Archambault, où ils demeurent
depuis un an environ.
Photographie de l’enfant,
maintenu debout par le bras
de son père (la déformation du
crâne est dûe à un accident de
la gélatine de la plaque).
du ventre.
Le petit Rama aurait été malade une
première fois, il y a trois ans, à Log’hi.
Cette maladie, nommée par les Arabes :
abou-cherfeur, fut caractérisée par un
malaise général, de la fièvre et de l’inap¬
pétence. L’enfant se plaignait du ventre
et sans doute de la région splénique, car
on y appliqua de grosses pointes de feu,
dont on voit encore les traces. En dix
jours il fut guéri et se porta ensuite très
bien jusqu’à l'an dernier.
Quelques semaines après son arrivée
à Farau, c’est-à-dire il y a 9 ou 10 mois,
il fut en effet repris de fièvre, avec
insomnie et perte d’appétit. L’amaigris¬
sement commença aussitôt, sauf au ven¬
tre qui, au contraire, augmenta de
volume. 11 y a 14 jours, il eut des hé¬
morragies nasales, gingivales et intesti¬
nales, ces dernières non accompagnées
de diarrhée.
Le père venant à Fort Archambault
pour affaire nous le présente le 5 fé¬
vrier 1916.
Etal actuel. — L’enfant qui ne pèse
que 10 kg. est squelettique, à l’exception
du ventre, dont le développement fait
ressortir davantage encore l’état de mai¬
greur des membres et du thorax. Les
pieds et la face sont légèrement bouffis,
il y a un œdème plus net aux régions
sous-orbitaires, mais toutefois sans go¬
det après pression digitale.
Le teint est pâle, les muqueuses sont
décolorées, pas de teinte noire aux mains
ou aux pieds. Traces de volumineuses
pointes de feu sur le côté gauche du
corps, les unes anciennes, les autres
toutes récentes. Une cicatrice linéaire
légère et noire, de tatouage descend
verticalement presque sur le milieu
Le foie paraît plutôt petit, il ne déborde pas le rebord costal et ne
remonte pas plus haut qu’à l’état normal. La rate est énorme, dure, pas
ou peu douloureuse, surtout augmentée de volume dans le sens vertical.
Séance du io Mai i g i G
301
Elle part du 7e espace intercostal pour pénétrer jusque dans la fosse
illiaque gauche. Sa hauteur maxiana est de 17 cm., sa largeur maxima de
8 cm.
Quelques ulcérations aux gencives, au collet de quelques dents de la
mâchoire supérieure ; elles saignent très facilement. On n’en voit pas aux
narines. Pas de diarrhée, ni de constipation. Appétit médiocre. Respira¬
tion un peu précipitée. Pas de fièvre au moment où il nous est apporté.
Urines claires, non albumineuses. L’enfant parle bien, mais paraît
assoupi.
Examen du sang périphérique pris au doigt. — A l’état frais, le sang est
presqu’ incolore, les globules rouges sont très pâles. Après coloration au
Leishman, aucun hématozoaire de Laveran n'est visible, mais quelques
grosses cellules mononucléaires contiennent des Leishmania facilement
reconnaissables. Généralement une ou deux par cellules parasitées, qui
sont rares, quelquefois trois ou quatre. Nous n’en avons pas ,vu en plus
grand nombre à la fois.
La numération leucocytaire donne les résultats suivants :
Polynucléaires . 48,3 0/0
Grands mononucléaires . . . 22,3 0/0
Petits mononucléaires . . . 28,9 0/0
Eosinophile . 0 0/0
Examen du sang pris au niveau des ulcérations gingivales. — Aucun
hématozoaire. Des microbes de toutes variétés en grand nombre : bacilles,
cocci, spirilles. Quelques rares bacilles fusiformes. Une grande quantité de
Trichomonas, quelques-uns contenant des globules rouges.
L’enfant nous est ramené les 6, 7, 8 et 9. Le sang périphérique
examiné le 6 et le 7 nous montre encore des leishmanies, mais on n’en
trouve pas le 8.
Malgré l’état de faiblesse de l’enfant, nous nous décidons à lui faire le 8
au matin une injection intra-rectale de salvarsan (006) de 30 cg. Elle
paraît bien supportée, mais l’enfant meurt dans la nuit du 9 au 10.
Le diagnostic ayant pu être fait par l’examen du sang périphérique,
nous n'avons pas fait de ponction de la rate, pour ne pas effrayer les
parents. Des raisons identiques nous ont empêché de pratiquer l’autopsie,
l’enfant ne demeurant pas à la formation sanitaire.
Cet enfant a-t-il été infecté à Log’hi, vers Page de 2 ans, ou
l’an dernier après son arrivée à Farau? Nous admettons plutôt
cette seconde hypothèse, car quoique la maladie ait pu som¬
meiller pendant 2 ans, il nous semble que la santé du jeune
Rama n’aurait pas été tout à fait bonne pendant ce temps, ainsi
que nous l’a affirmé le père.
D’après l’observation, le diagnostic de kala-azar infantile 11e
paraît pas douteux, il serait donc intéressant de savoir si des
chiens atteints de leishmaniose viscérale existent à Farau. Nous
nous y rendrons aussitôt que possible pour y contrôler les ren¬
seignements donnés de la présence en ce village de nombreux
chiens maigres, paraissant malades et nous assurer du genre de
maladie.
«O
302 Bulletin de la Société de Pathologie exotïque
Quoi qu'il en soit, on peut conclure de cette observation à la
présence du kala-azar infantile dans la vallée du Chari, puisque
le jeune malade ne l’avait jamais quittée : Log’hi, Mandjaffa et
Farau se trouvant sur cette rivière ou à proximité. L’aire
d’extension de cette affection est donc beaucoup plus grande
qu'on ne le pensait et il nous paraît probable, comme semble le
confirmer le cas de leishmaniose canine observé par A. Lafont
et F. Heckenroth, à Dakar (i), qu’elle doit se retrouver, quoique
toujours rare peut-être, dans toute la zone soudanaise, de la
Mer Rouge à l’Atlantique.
(Laboratoire de Fort Archambault , 11 février 1916).
La Leishmaniose canine à Hydra
Par Antoine LIGNOS.
Ayant examiné au point de vue de la leishmaniose quelques
chiens de File d’Hydra pendant la saison chaude (mai-octobre)
de l’année 1912, nous avons constaté l’infection dans une pro¬
portion de 16,66 0/0 (8 chiens infectés sur 48) (2).
Nous avons voulu savoir aussi la proportion de l’infection
pendant la saison froide.
Dans ce but, nous avons, du mois d'octobre 1914 au mois
d’avril 1915, procédé à l’examen de quelques chiens qui se
répartissent comme il suit :
La proportion de l’infection par Leish/nania des chiens de
Fîle d’Hydra est deux fois plus grande pendant la saison chaude
que pendant la saison froide.
(1) Bull. Soc. path. cxoi ., t. VIII, i4 avril 1915.
(2) Ce Bulletin , i3 février 1912.
(3) L’examen a porté sur la moelle du fémur.
Séance du ro Mai iq 16
303
Note sur la lutte contre la maladie
du sommeil au Cameroun i 91 3-1914(1)
Par Ch. JOJOT,
Après les travaux de Ziemann (1908-1906) sur les trypanoso¬
miases et les tsétsés au Cameroun, le Service de Santé de cette
colonie allemande a réclamé une lutte énergiq ue contre la mala¬
die du sommeil. Les Mediz i nalberichte , notamment ceux de 1907-
1908 avec le Dr Külz, de 1909-1910 avec le Dr Haberer, contien¬
nent à cet égard d’excellentes propositions. « Zu allem diesem
aber Geld und Ærzte, Ærzte und Geld » (2) répondait en 1908 le
Dr Waldow, chef du Service.
La maladie existait à l’état sporadique dans la moitié du
Cameroun située au nord-ouest de la Sanaga et la Logone occi¬
dentale. Des foyers dangereux paraissaient se constituer au sud-
est de celte ligne de démarcation. Les médecins allemands
tendaient en général à croire la maladie d’importation étran¬
gère et accusaient Fernando-po les uns, et les autres les Congo
belge et français.
Quand le traité du 4 novembre 1911 eut attribué à l'Allemagne
Je bassin de la Haute-Sangha, où les médecins français Kéran-
del, Heckenrotu, Ouzilleau, Aubert, etc... avaient étabbli l’exis¬
tence d’un foyer de maladie du sommeil et combattu l’épidémie,
le Prof. Schilling et le Dr Ziemann manifestèrent dans la presse
médicale leur inquiétude de voir le nouveau Cameroun conta¬
gionner l’ancien (. Berliner klinischeW ochenschrift, Deutsche medi-
zinische Wochenschrift , 1912).
L’arrière-pensée politique de déprécier les nouvelles acquisi¬
tions n’était peut-être pas étrangère à ces préoccupations.
Quoiqu’il en soit, la lutte contre la maladie du sommeil au
Cameroun en reçut une impulsion vigoureuse.
Une décision officielle déclara tous les territoires du nouveau
(1) A cette note, le D1 2 Jojot avait joint la copie d’une carte résumant les
travaux de la Mission allemande de la Maladie du sommeil 1918-1914.
(2) «. Pour tout cela, il faut de l’argent et des médecins, des médecins et
de l’argent ».
304
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cameroun contaminés. Le recrutement de porteurs ou de tra¬
vailleurs indigènes dans l’ancien Cameroun pour la Haute-Sangha
fut interdit.
Les « Geld und Ærzte » qui manquaient au Dr Waldow furent
trouvés. Sous la direction du Dr Kühn, une mission abondam¬
ment pourvue en personnel et matériel commença à fonctionner
en 1918. Elle comprenait des médecins, des Schwestern (infir¬
mières) de la « Deutsche Frauenverein vom roten Kreuz für die
Kolonien», des Sanitàtsunteroffiziere (sous-officiers sanitaires)
pourvus d’une réelle instruction technique et jouissant d’une
situation morale telle que les noirs les appelaient « Doctor ».
La mission fut partagée en deux groupes, qui opérèrent, l’un
sur le cours supérieur de la rivière Njong, à l’est de Jaunde
(Jaoundé), avec Ajoshôhe pour centre, l'autre sur la Mambéré
(Haute-Sangha) avec Kumbé (Koundé) pour centre. Des méde¬
cins étaient détachés quelquefois assez loin, comme à Onana-
basa de Ajos, et à M’Baïki de Kumbé. Les Schwestern restaient
aux centres d’opération, à Carnot et Kumbé par exemple pour
le groupe de la Mambéré. Les Sanitàtsunteroffiziere rayonnaient
dans les villages contaminés et pratiquaient les injections médi¬
camenteuses (atoxyl, arséno-benzol . ). La mortalité semble
être restée élevée.
Des défrichements furent opérés au voisinage des agglomé-
*
rations contaminées.
Il était interdit de sortir des zones contaminées, ou bien limi¬
tées ( 1), sans passe-port sanitaire. La réglementation était particu¬
lièrement rigoureuse pour le territoire compris dans le triangle
Aba-Berberati-Bula très infecté de maladie du sommeil. Il était
interdit par exemple aux porteurs venus de Carnot de séjourner
plus d’une heure à Aba. Ces mesures avaient pour but de con¬
traindre les foyers à s’éteindre sur place.
La guerre est venue interrompre les travaux de la mission.
Elle a provoqué au contraire des migrations de tribus, des
mouvements de colonnes armées et des allées et venues de con¬
vois de porteurs, une invasion d’une partie du Cameroun par
les Franco-Belges du Congo remontant la Lobaye et la Sangha.
Les opérations militaires terminées, il appartient aux nouveaux
(1) Deux zones voisines, assez restreintes, mais très contaminées, étaient
séparées par le cours supérieur du Njong-, Les bassins de la Sangha et de la
Lobaye formaient une autre zone.
Séance du io Mai kjiG
305
maîtres du Cameroun de réduire dans la mesure du possible les
dangers créés par les nécessités de la guerre.
Le rôle pathogène de Onchocerca volvulus Leuckart
Par A. DUBOIS.
Un séjour dans l'OuelIé (Uelé) m'a donné l'occasion de vérifier
les intéressants travaux de Ouzilleau sur Onchocerca volvulus
Leuckart. Les aulres filaires qui me sont connues chez l’homme
dans l’Ouellé sont : Acanthocheilonema perstans et F. loa. F.
Bancrofti au contraire m’est inconnue (une centaine d’examens
nocturnes négatifs). 11 faut du reste remarquer que les manifes¬
tations rattachées avec le plus de certitude à cette filariose
(hydrocèle chyleuse, hématochylurie) n’existent pas ici.
O. volvulus est commune dans beaucoup de régions du dis¬
trict du Bas-Ouellé, spécialement dans les environs des cours
d’eau importants. Sa fréquence est à peu près égale dans les
deux sexes, toujours moindre chez l'enfant, bien qu’encore con¬
sidérable dans les régions de forte infection.
Comme on le sait, cette filariose se décèle ordinairement par
les nodules classiques. Siègede prédilection : sur i .449 nodules,
448 (plus ou moins 3o o/o) sont trochantériens, 4^o (± 29 0/0)
sont aux crêtes iliaques, 3o5 (ztz 21 0/0) sont aux faces latéra¬
les du thorax. Les autres 276, soit zb 19 0/0, sont mixtes,
situés à deux ou trois des endroits précédents ; ou bien se
trouvent un peu partout : à l’articulation du genou, au sacrum,
à l’omoplate, au pubis, etc.
Pour fixer l’index endémique d’une région, on peut se con¬
tenter d’examiner les trois premières places, les autres cas étant
toujours rares. Ces nodules n’ont guère d’importance patholo¬
gique. Tout au plus occasionnent-ils parfois des douleurs pour
des raisons ignorées. Les porteurs en demandent alors l’excision.
J’ai vu en outre des cas rares où ces nodules nombreux et entou¬
rés de tissu conjonctif, formaient de véritables tumeurs défor¬
mant la région iliaque ou trochantérienne.
Il importe de savoir aussi que O. volvulus peut ne pas produire
de nodules apparents. Peut-être échappent-ils à l’examen par
300
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
leur petitesse ou leur situation particulière; on constate alors
l’infection, — si on la recherche, — par la présence de microfi-
laires dans les ganglions inguino-cruraux plus ou moins engor¬
gés. Il semble en effet que la seconde manifestation pathologique
à attribuer à O. volvulus soit une hypertrophie plus ou moins
accusée de ces ganglions et plus rarement des ganglions cervi¬
caux. Sans doute beaucoup de noirs adultes ont de l’engorge¬
ment des ganglions de l’aine à la suite de leurs nombreuses
ulcérations des jambes ou des organes génitaux; mais le phé¬
nomène m’a paru plus constant et plus accusé chez les porteurs
de nodules. Il peut du reste manquer.
Les ganglions sont indolores, et n’ont pas de tendance à la sup¬
puration. .le crois aussi au rôle causal delà filairedans certaines
hypertrophies ganglionnaires du cou. Rodhain les décrit en ces
termes : « O. volvulus pourrait intervenir dans cet engorgement
des glandes lymphatiques du cou, caractérisé par la présence de
2 ou 3 ganglions peu volumineux, d'une consistance assez dure,
dont on ne retire à la ponction qu’un liquide jaunâtre sirupeux
dans lequel on retrouve assez souvent des microfilaires sans
gaine » (rapport non publié sur une mission dans l’Ouellé).
On sait en effet que la présence des M. volvulus est régulière
dans la lymphe des ganglions inguino-cruraux. Elle est moins
fréquente à constater dans les ganglions cervicaux.
Il ne m’a pas été donné de rencontrer cet embryon dans le
sang.
Adénolymphocèle. — Celte affection m’est malheureusement
inconnue. Tout au plus ai-je rencontré parfois, chez les porteurs
de nodules, ce que Ouzilleau nomme un début d’adénolympho-
cèle : un replis cutané inguinal contenant des ganglions hyper¬
trophiés.
Eléphantiasis. — J’ai eu l’occasion d’examiner 53 porteurs
d’éléphantiasis. Il y avait 4 éléphantasis des jambes, i tout à fait
typique, 3 autres, au contraire, consistaient simplement en gon¬
flement élastique des jambes avec déformation cylindrique du
membre. La maladie siégeait aux organes génitaux masculins
dans 46 cas, à la vulve dans 2 cas, avec des tumeurs d’un poids
variant de 2-3 kg. à une trentaine. J’ai en outre assisté à une
attaque de lymphangite scrotale fébrile suivie peu après d’un
début d’éléphantiasis.
Sur ces 53 éléphantiasiques, 38 étaient porteurs de nodules à
Séance du 10 Mai njifi
MOT
volvulus dont certains, à vrai dire, auraient facilement échappé
à un examen superficiel et furent caractérisés par des ponctions
ou excisions. Chez n autres sujets, l’infection a été reconnue par
la ponction des ganglions de l’aine. Chez 4 individus seulement,
je n’ai pu établir la présence de O. volvulus. Il convient de
remarquer que, sur ces 4 observations, 2 furent faites alors que
je n’étais pas accoutumé à ce genre de recherche; r autre con¬
cerne un homme opéré il y a 7-8 ans et ne présentant plus de
ganglions ponctionnables ; la dernière concerne un enfant sans
nodules ni ganglions ponctionnables, vu en route, non opéré.
Bref, je crois pouvoir confirmer l’opinion de Ouzilleau : dans
l’Ouellé, tout éléphantiasique est infecté par O. volvulus.
J’ai opéré personnellement 16 éléphantiasiques, avec un con¬
frère 3 autres encore, sans mort à la suite de l’opération. Un
opéré a présenté dès le lendemain de l’opération une hémiplé¬
gie qui, à la longue, s’est quasi guérie. La récidive n’est nulle¬
ment obligatoire. J’ai observé des guérisons remontant à plu¬
sieurs années; j’en ignore du reste la proportion exacte. On ne
parvint ordinairement pas à enlever tout le tissu pathologique
et à trouver de la peau complètement saine. Quant au procédé
opératoire, j’ai utilisé dans la majorité des cas la technique
classique, une fois seulement celle de Guyomarc’ii sans y trouver
avantage. Il est intéressant de signaler l'existence de microfilai-
res volvulus dans la lymphe des tumeurs, recueillie à l’opération
et centrifugée. Cette lymphe est toujours souillée d’un peu de
sang, mais les centrifugations sanguines restant négatives, on
peut estimer que l’habitat de la filaire est le réseau lymphatique.
Ces microfilaires sont du reste peu abondantes.
Hydrocèle. — J’ai observé parfois l’hydrocèle chez les porteurs
de volvulus , mais rien ne m’a permis d’en affirmer la nature fila-
rienne (centrifugation de l’exsudât négative).
Il existait des lésions du testicule.
Kératodermie. — Cette affection cutanée, telle qu’elle est
décrite par Ouzilleau, est spécialement fréquente chez les por¬
teurs de nodules ‘à volvulus et dans la région géographique de
grande infection. Elle coexiste parfois avec l'éléphantiasis. Je
l’ai vue bien caractérisée chez des enfants.
»
Troubles généraux. — Evidemment, tout comme Ouzilleau,
j’ai vu chez les porteurs de nodules des troubles généraux sans
cause évidente, mais le commémoratif était trop vague pour oser
308
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
affirmer qu’il ne s'agissait pas de séquelles de maladies quelcon¬
ques ou même d'affections non diagnostiquées. Ayant seulement
voyagé et non séjourné dans la région de grande infection, j’ai
été à ce point de vue dans des conditions d’observation moins
favorables que celles dans lesquelles Ouzilleau se trouvait.
Répartition géographique. — J’ai dit que O. voluiilas existe
dans tout le district du Bas-Ouellé: je l’ai rencontré partout
depuis ritimbiri jusqu'aux affluents du M’Bomou ; dans la
forêt équatoriale (dont le cours de l'Ouellé forme à peu près la
limite nord) et dans les plaines du nord du district. La fréquence
est toutefois fort variable: dans deux séries de passagers adul¬
tes d’origines diverses de 5oo et i5o individus, j’ai trouvé respec¬
tivement 17 et 3o 0/0 de porteurs de nodules; dans diverses
régions, le pourcentage n’excède pas 6 à 10 0/0 (environs de
Zobia, région de forêt ; environs de Bili, région de plaine);
ailleurs il atteint 20 à 3o 0/0 (bord du Rubi près de Buta). Mais
la vraie région où l’on peut observer des conditions analogues à
celles décrites par Ouzilleau pour le M’Bomou, c’est l’Ouellé
entre Bambili et Bondo (probablement entre Amadi et Bambili
également, mais je n’ai pas parcouru cette contrée). Là, en effet,
le nombre des porteurs de nodules atteint 5o à 60 0/0 de la popu¬
lation adulte, i5 à 20 0/0 des enfants. C'est là aussi que l’élé-
phantiasis et la kératodermie apparaissent en abondance (Voir
tableau).
Cette corrélation est évidemment intéressante. Il faut pour¬
tant l’interpréter avec d’autant plus de prudence que, si l’on
ajoute aux porteurs de nodules les cas, qui paraissent nombreux,
d’infection sans nodules, on arrivera à peu près à considérer la
totalité de la population adulte comme infectée de O. voluulus.
Le fait que, dans les régions où O. volvulus est déjà plus rare,
les quelques cas d’éléphantiasis rencontrés existent chez des
sujets infectés par cette filaire, me fait croire qu’il y a là mieux
qu’une coïncidence.
1. Ouzilleau. L’éléphantiasis et les tilarioses dans le M’Bomou (Haut Ouban-
gui ).Ann. Hyg. et Méd. colon., t. 16, no 2 et 3. Voir aussi,, ce Bulletin , t. VI,
1913, p. 80.
2. E. Rodenw^ldt Eine neue Mikrotilarie im Blut des Menschen. Arch.für
Schiffs und Tropen Hygiene, t. 18, f. 1.
3. Iülleborn et Simon. Untersuchungen über das Vorkommen der Larven
von O. volvulus in Lymphdrüsen und in der Zirkulation. Beihefte zum Arch.
fur Sch. u. Tr . Hyg., 1913, no 9.
Séance du io Mai i 9 i G 309
Examen de la population de quelques Chefferies près de Bambili.
Remarque : Des conditions analogues ont été observées dans diverses
autres Chefferies, leur énumération serait sans intérêt.
Conclusion. — Dans l Ouelle, les sujets éléphantiasiques sont
toujours infectés par O. volvulus. En outre les zones de grande
fréquence de ces 2 affections sont les mêmes.
Il apparaît, d'après ces faits, que la théorie de Ouzilleau ne
manque pas de base solide, encore que ces rapprochements ne
puissent donner une certitude absolue. Il me semble que, dans
cette tnaladie peu accessible à l’expérimentation, une vaste
enquête étiologique menée dans différentes régions de l’Afrique
pourrait seule fournir des résultats décisifs.
Quant au « pourquoi » de l’éléphantiasis chez certains indivi¬
dus, petite minorité parmi les infectés; quant à la transmission
de O. ooluulus , ce sont là des questions encore obscures.
Buta, 2 mars 1916.
310
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Fistule stercorale de la région inguinale
droite chez un Noir
Par F. Van den BRANDËN. .
L’orifice cutané des fistules stercorales a, pour lieu d’élection,
les régions herniaires (aines, ombilic), la fosse iliaque droite.
Les observations de fistule stercorale de la région inguinale sont
cependant rares; depuis 1900 aucun cas de ce genre n’a été
signalé à l’hôpital des Noirs de la Ville où l’on hospitalise en
moyenne de l\bo à 5oo malades par année.
Nous avons rencontré au commencement de l’an 1916 un cas
que nous croyons utile de signaler. Gambeka, travailleur de la
Colonie à Kinshassa, entre à l’Hôpital le 10 février 1916; il
porte dans la région inguinale droite, à l’union du tiers inférieur
et du tiers moyen, une fistule par où s’écoulent des matières
fécales liquides. La nature fécale du liquide est confirmée au
microscope par l’existence de fibres végétales et animales. La
peau avoisinant la fistule étant gonflée et le siège d’un éry¬
thème du à l'irritation des matières fécales, nous avions à
première vue l'impression du n bubon mûr qui se serait ouvert;
n’eût été la nature suspecte du liquide qui s’écoulait par la
fistule, nous aurions été tenté d’inciser la tumeur. Quelques
jours après l’hospitalisation, tous les matins au renouvellement
du pansement, nous trouvions un petit bol de matière fécale de
la grosseur d’une noisette qui avait été éliminé la nuit par la
fistule.
Gambeka qui souffrait d’après ses dires d’une hernie ingui¬
nale, a eu un étranglement de Panse intestinale herniée, quel¬
ques jours avant son hospitalisation, fine partie de l’anse intes¬
tinale étranglée s’est gangrenée, a contracté des adhérences
avec la paroi du canal inguinal et il s’est formé une fistule
stercorale de la région inguinale.
Hôpital des Noirs de Léopolduille , le 7-3-1916.
Séance du io Mai 1916
341
Mémoires
Recherches sur le typhus exanthématique
poursuivies au laboratoire de Nich
d’avril à octobre 191 5
Par Georges BLANC.
Lorsqu’en avril iqi5, la Mission médicale militaire française
arriva en Serbie pour prêter son concours clans la lutte contre le
typhus exanthématique, l’épidémie, bien que sur son déclin,
était encore extrêmement sévère. Le manque de place, le défaut
de soins et de mesures prophylactiques lui prêtaient un tel con¬
cours qu elle semblait devoir, à noire époque, ramener le retour
des pestes antiques et médiévales.
A Nich, les hôpitaux présentaient un tel encombrement que
l’accès des salles était rendu presque impossible par l’abon¬
dance des malades. Les lits et les matelas, serrés côte à côte, por¬
taient chacun deux ou trois malades. Sous les lits, d’autres
misérables couchés venaient abriter leur dernier hoquet. Enfin,
l’espace central, ménagé entre les rangées de lits, servait d’asile
à tous ceux qui n'avaient pu trouver place ailleurs. Lorsqu’on
ne pouvait mourir couché, on mourait assis.
Les principaux foyers de propagation du typhus étaient les
baraquements où logeaient les prisonniers autrichiens.
Dans ce milieu favorable, la virulence du typhus atteignit son
maximum. Les formes cliniques graves abondèrent : Gangrène
des membres, gangrène de la verge, noma, parotidis, formes
méningées, etc. Puis, très rapidement, l’épidémie diminua ; les
cas bénins devinrent les plus fréquents et, dès le mois de mai, le
typhus ne se manifesta plus que de façon sporadique. Ce n’est
(1) Je tiens à remercier ici le IK Jaubert, Médecin principal de première
classe, chef de la mission médicale en Serbie, qui eut l’extrême bienveillance
de me confier le laboratoire de bactériologie de Nich.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
312
qu’à ce moment que j’eus entre les mains le matériel nécessaire
pour entreprendre quelques études expérimentales.
Exposé des recherches
Visant avant tout un résultat pratique, j’ai cherché un moyen
d’immunisation contre le typhus Au cours de ces essais, j’ai pu
faire quelques observations sur la virulence des organes et
humeurs des typhiques et quelques remarques sur le typhus
expérimental du cobaye.
(A) Inoculation au cobaye et conservation du virus par passages.
(B) Essais de vaccination préventive.
(G) Essais de vaccination curative.
(D) Virulence du liquide céphalo-rachidien des malades présen¬
tant une réaction méningée.
(E) Formule leucocytaire du cobaye infecté.
(F) Action du virus exanthématique sur la gestation du cobaye.
Non hérédité de 1 immunité acquise.
A. — Inoculation au cobaye et conservation du virus
par passages.
Par suite peut-être de la faible virulence du typhus, au
moment où je commençai mes expériences, les premiers essais
de transmission au cobaye demeurèrent infructueux.
Expérience 1 . — Le cobaye 1 reçoit le 17 mai dans le péritoine 3 cm3 de
sang de typhique. Le malade est au 11e jour de sa maladie ; température
39°; exanthème typhique, stupeur, rate normale. Pas d’infection.
Expérience JL — Le cobaye 3 reçoit le 22 mai dans le péritoine 3 cm3
de sang de typhique. Le malade est au 12e jour de sa maladie; tempéra¬
ture 39° ; exanthème typhique ; mort le lendemain de l’expérience.
Le cobaye 4 reçoit le 23 mai dans le péritoine 3 cm3 d’émulsion de
rate du précédent malade. La rate a été prélevée 10 minutes après la
mort.
Le cobaye 3 présente un typhus léger du 119 au 16e jour.
Le cobaye 4 ne s’infecte pas.
Deux cobayes (6 et 7), inoculés chacun dans le péritoine le G juin avec
3 cm3 de sang du Cobaye 3 ne font pas de typhus.
Expérience III. — Le cobaye 8 reçoit par voie péritonéale, le 12 juin,
3 cm3 de sang de typhique au 10e jour de sa maladie : température 38,9,
exanthème.
Le cobaye 8 présente un typhus très léger du 1 Ie au 15e jour ; le passage
à un autre cobaye reste négatif.
Séance du io Mai 191 G 313
Expérience IV . — Le cobaye 11 bis reçoit dans les mêmes conditions
que les précédents 4 cm3 de sang de typhique, llésultat négatif.
Expérience V. — Le 16 juillet, un typhique grave, avec exanthème et
réaction méningée me donne un virus que j’ai pu conserver sur cobaye
au laboratoire durant toute la durée de mes expériences, c'est-à-dire jus¬
qu’au 18 octobre et pendant huit passages. Le 1er cobaye de la série
(cobaye 12), inoculé dans le péritoine avec 4 cm3 de sang du malade, mon¬
tre une lièvre classique du 9e au 18e jour ( Courbe 1 ; v. page suivante).
Les passages successifs sont indiqués dans le tableau suivant.
Homme
16 juillet
Cobaye 12
(Typhus du 24 juillet-2 août)
26 juillet
Cobaye 15
(Typhus du 29 juillet-11 août)
6 août
Cobaye 17 Cobaye 18
(Mort le 10 août (Typ. du 14-22 août)
de dysenterie) 16 août
Cobaye 24 Cobaye 23
(Courbe irrégulière) (Typ. du 23-26 août)
26 août
I
Cobaye 52
(courbe
irrégulière)
Cobaye 26
(Courbe irrégulière)
Cobaye 27
(Typ. du 2-9 sept.
6 septembre
Cobaye 33
iT. le 15 sept., mort
de la
ponction au cœur)
15 septembre
I
Cobaye 32
(Courbe irrégulière)
,1 « I „ I II I
Cobave 39 Cobaye 40 Cobaye 38 Cobaye 37 Cobaye 36 Cobaye 35
(Typ. du 23 au (Typ. du 23- (Typ. «lu 25- (courbe irré- (Typ. du 25- (Typ. du 26-
27 septembre) 30 sept.) 1 oct.) gulière) 29 sept.) 28 sept.)
27 septembre
Cobaye 45
(Typ. du 10-14 oct.)
12 octobre
I
Cobaye 51
(la température
n’a pu être suivie)
Cobaye 44
(Typ. du 8 au 11 oct.)
Sur 20 cobayes de cette série, i3 ont fait un typhus net, un
est mort de dysenterie avant la fin de la période d’incubation,
un autre n’a pu être suivi; enfin, 5 ont présenté une tempéra¬
ture irrégulière et élevée, par conséquent impossible à inter¬
préter.
314 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
I
De l'examen de ce tableau, il ressort que le virus, adapté le
16 juillet sur cobaye, est un bon virus et qu’il permet de con¬
server le typhus sur les animaux.
J’ai recherché quelle était approximativement la dose minima
qu’il fallait avoir pour conférer le typhus au cobaye. J’ai
employé pour cette recherche une émulsidn d’organes virulents
dans de l’eau physiologique stérile. Les organes utilisés : foie,
rate, rein, poumons, cerveau, muscles, sont prélevés aseptique-
ment et lavés 3 fois à l’eau physiologique stérile pour les débar¬
rasser de la plus grande quantité possible de sang. Ils sont
ensuite broyés dans Peau physiologique stérile, à raison de
i g. de tissu de cobaye pour i cm3 d’eau. Celle émulsion con¬
stitue le virus normal ; diluée elle-même au i/io dans de l’eau
physiologique, elle donne le virus dècinormal.
Expérience VI. — Le Ier septembre le cobaye 33 est sacrifié après ponc¬
tion du cœur et prise aseptique de sang; il est au 1er jour de son typhus.
Ce cobaye sert à la préparation du virus normal et du virus dècinormal.
Le cobaye 36 reçoit en injection intrapéritonéale 1 cm3 de sang du
cobaye 33.
Le cobaye 35 reçoit en injection intrapéritonéale 1 cm3 de virus déci-
normal, et quelques gouttes de sang.
Le cobaye 52 reçoit en injection intrapéritonéale 1 cm3 de virus déci-
normal.
Le cobaye 40 reçoit en injection intrapéritonéale 1 cm3 de virus déci-
normal.
Le cobaye 39 reçoit en injection intrapéritonéale 4 cm*3 de virus normal.
Le cobaye 38 reçoit en injection intrapéritonéale 1 cm3 5 de virus
normaL.
Séance du io Mai 1916 31!)
Le cobaye 37 reçoit en injection intrapéritonéale 3 cm:i de virus normal.
Les résultats obtenus sont les suivants : cobayes 52, 36 et 37 pas de
typhus, courbes irrégulières ; cobaye 35 typhus abortif; cobayes 40, 39
et 38, typhus plus ou moins long, mais net (Courbes 2, 3, 4).
dotvctâ 3
Conclusion : 2 cm:! de virus décinormal peuvent suffire (cobaye
4o) pour conférer le typhus au cobaye; à noter que 3 cm
de virus normal (dose quinze fois plus élevée) n’ont dans
meme expérience rien donné de net au cobaye 3y.
3
la
B. — Essais de vaccination préventive.
Les recherches que j’ai entreprises ont été interrompues brus¬
quement le 18 octobre.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
I
316
i° Méthode emploi/ ée pour la préparation du vaccin.
A) Vaccin préparé avec les organes, stérilisés à 55°, de cobaye
typhiq ue.
Le cobaye au 4e jour de son typhus est sacrifié. Avant cette
date, on risquerait sans doute d’avoir un virus faible et, en
attendant plus de quatre jours, de voir la défervescence se pro¬
duire brusquement.
L’autopsie de l’animal est faite avec les plus grandes pré¬
cautions d’asepsie (instruments stérilisés à l’autoclave, lavage de
la peau à l’iode, etc.).
Les organes retirés sont lavés à plusieurs reprises dans l’eau
physiologique stérile. Les aponévroses et le tissu graisseux sont
retirés. Les organes, coupés en petits fragments, sont broyés sté¬
rilement dans l’eau physiologique et l’émulsion obtenue diluée,
comme il a été dit précédemment.
Le virus est chauffé 3o minutes au bain-marie à 55°, ce qui le
stérilise (Gu. Nicolle; J. Girard, etc.
2° Vaccin préparé avec le sang humain stérilisé à 55°.
Je prélève sur un typhique en période d’état, une quantité
suffisante de sang par ponction veineuse aseptique. Le sang est
reçu dans un ballon stérile contenant des perles de verre. Il est
défibriné, puis centrifugé. Le sérum est retiré et remplacé par
un meme volume d’eau physiologique stérile. Le tout est chauffé
3o minutes au bain-marie à 55°, ce qui le stérilise.
3° Expérimentation.
Expérience /. - Le cobaye 43 reçoit le 12 septembre, en injection sous-
cutanée, 1 cm3 de notre vaccin-sang humain, provenant d’un typhique et
préparé comme il a été dit. Pas de réaction fébrile pendant les 15 jours
qui suivent. Le 27 septembre, ce même cobaye reçoit, en injection intra¬
péritonéale, 4 cm3 de virus décinormal provenant du cobaye 39 infecté
(Voir Courbe 3 . La température est prise régulièrement jusqu’au 18 octo¬
bre. Pas de typhus.
Expérience 11. — Le cobaye 42 reçoit, le 12 septembre, en injection
sous-cutanée, 1 cm3 de vaccin-sang humain, de même provenance que dans
l’expérience I. Le 15 septembre, il reçoit, en injection intrapéritonéale,
1 cm3 de vaccin. Pas de réaction après chaque inoculation vaccinale. Le
27 septembre, injection intrapéritonéale de 4 cm3 de virus décinormal,
provenant du cobaye 39. Jusqu’au 18 octobre, pas d’élévation de tempé¬
rature, pas de typhus.
Séance du 10 Mai 1916
317
Expérience]/ Il (Témoin). — Le cobaye 45, non vacciné, reçoit le 27 sep¬
tembre en injection intrapéritonéale 4 cm3 de virus décinormal, prove¬
nant du cobaye 39. Ascension de la température au 15e jour, typhus léger
( Courbe 5).
Il n’est pas possible de tirer de conclusion générale de ces
essais pour établir une méthode de vaccination préventive, car
Charles Nicolle a établi, par de nombreuses expériences, que,
seul, un typhus expérimental grave pouvait vacciner à coup sûr
contre une inoculation virulente d’épreuve. Les cobayes sont
d’autre part un si médiocre réactif que les résultats négatifs
observés chez eux ne sont jamais absolument probants.
C. — Essais de vaccinothérapie.
Le but recherché par l’emploi d’un vaccin curatif est de venir
en aide à l’organisme du malade en permettant la production
d’une plus grande quantité d’anticorps qui viendront s’ajouter à
ceux formés sous l’influence de la maladie. Il s’agit là d’une
immunisation active, dont tout l'effort incombe à l’organisme
du malade et par conséquent nécessite de sa part un surcroît de
travail.
De ce fait, découle la règle d’emploi du vaccin curatif. Un
organisme épuisé ne retirera aucun bénéfice de ce mode théra¬
peutique et la vaccinothérapie antityphique curative ne devra
être appliquée qu'aux malades résistants, de préférence jeunes
et au début de leur affection.
21
,
318
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ce vaccin est préparé comme le vaccin préventif, dilué au
i/io et inoculé à la dose de r à 2 cm3 par jour.
Observations
Observation 1. — Soldat Serbe, entré à l’hôpital militaire de Tchélé-
KoulaàNich, lelSjuin 1915 ; il est au sixième jourde la maladie. T =38°;
Exanthème, constipation, aphasie. Le malade ne répond pas aux ques¬
tions posées, il semble cependant n’avoir pas d’obnubilation complète. Cet
état d’aphasie disparaît le lendemain de son arrivée. Il explique son
mutisme par l’impossibilité de faire le moindre mouvement lingual et par
une surdité momentanée.
Le 21 juin, il reçoit 2 injections de vaccin, de 1 cm3 chacune, sous la
peau de la cuisse. La température continue à monter. Le 25, une injection ;
le 26, 2 injections ; le 27 une injection. Chute et maintien de la tempéra¬
ture à la normale ( Courbe 6b A son arrivée, les battements du cœur sont
faibles, il y a de l’embryocardie. Celte embryocardie cesse ; après la pre¬
mière injection, les battements sont mieux marqués. Le pouls, très faible
et irrégulier, devient assez fort et plus calme après les premières injections.
L’état nerveux s’est également fort amélioré après la première injection.
Le délire assez violent a disparu le 22.
Observation 2. — Soldat Serbe, entré à l’hôpital militaire de Tchélé-
Koula à Nich, le 20 juin 1915, au 3e jour de son typhus. T — 38,6. Le 21 ,
apparition de l’exanthème, constipation et céphalée.
Du 22 au 28 juin, la température se maintient au-dessus de 39° ; puis,
elle tombe progressivement et devient normale le premier juillet. Du 22
au 30 juin, le malade a reçu 16 injections de 1 cm3 de vaccin chaque.
Aucune réaction après les injections qui sont indolores. Dès le 23, les
bruits du cœur qui étaient faibles se sont renforcés. Le pouls est retombé
à 96 le 1er juillet (Courbe 7).
Observation 3. — Soldat Serbe, entré le 17 juin 1915 à l’hôpital militaire
de Tchélé-Koula à Nich, au 7e jour de son typhus. T = 38,7. Céphalée,
exanthème, tachycardie, bruits du cœur assourdis, la température monte
à 39,8 le 19 juin et se maintient au dessus de 39 jusqu’au 24 juin, pour
retomber à la normale le 26.
Le malade reçoit 9 injections de 1 cm3 de vaccin du 21 au 25 juin. Gué¬
rison rapide et sans complications ( Courbe 8).
Observation 4. — Soldat Serbe, entré le 23 juin à l’hôpital militaire de
Tchélé-Koula à Nich, au 4e jour de son typhus. T= 38,7. Céphalée, exan¬
thème, légère bronchite, constipation, bruits du cœur assourdis. La tem¬
pérature monte à 39,2 le 24 juin, reste au dessus de 38° jusqu’au 29 juin,
retombe définitivement à la normale le 1er juillet ( Courbe 9).
Jusqu’au 1er juillet, état général mauvais, bruits du cœur très assourdis,
raideur de la nuque, abolition des réflexes rotuliens, pas de raie méningi-
tique, pas de signe de Babinski, tremblement des mains. Le 1er juillet,
disparition de tous les signes inquiétants, les bruits du cœur redeviennent
bien marqués, les retlexes réapparaissent. Typhus grave, guérison rapide.
Conclusions. — Ces quatre observations, prises à la même
époque, dans le même service, n’ont pas été faites sur des cas
319
Séance du io Mai 1916
particulièrement favorables. Tous les cas étaient graves, parti¬
culièrement celui de l'observation 4, où le malade présentait un
certain degré de réaction méningée. Dans ces quatre cas, la gué¬
rison a été rapide, la convalescence courte et il n’y a pas eu de
complications. L'action du vaccin a paru marquée sur le cœur.
D. — Virulence du liquide céphalo-rachidien
DES TYPHIQUES PRESENTANT UNE REACTION MENINGEE.
Au cours du typhus exanthématique, dans les formes graves,
il n’est pas rare d’observer, surtout à la fin du second septénaire,
des signes de réaction méningée. Le tableau clinique est par-
320
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
fois celai d’une véritable méningite cérébro-spinale. Chez les
malades qui présentent cette réaction méningée, la ponction
lombaire ramène toujours un liquide clair transparent, sous
pression normale ou légèrement augmentée. Pas d’hémolyse,
pas de culot à la centrifugation ; ni mono, ni polynucléose.
L’albumine se décèle par traces et le taux des chlorures reste
normal.
De nombreux essais de culture en gélose sucrée, gélose ascite,
gélose au sang, milieu de Bass, etc., étant restés infructueux,
j’ai recherché la virulence de ce liquide céphalo rachidien par
inoculation intrapéritonéale de fortes doses au cobaye.
Expérience 1 . — Le cobaye 2 reçoit le 22 mai en injection intrapérito¬
néale 3 cm3 de liquide céphalo-rachidien d’un typhique avec exanthème
et forte réaction méningée ; T = 39° ; le sang du même malade sert à
inoculer un autre cobaye (cobaye 3).
Le malade, âgé de 68 ans, moribond au moment de la ponction lom¬
baire, meurt le lendemain L’autopsie, faite immédiatement après la
mort, permet d'inoculer un 3° cobaye avec une émulsion de rate(cobaye 4).
Le cobaye 2, inoculé avec liquide céphalo-rachidien, ne fait pas de
typhus appréciable
Le cobaye 3, inoculé avec le sang, fait un typhus net du 11e au
16ft jour.
Le cobaye 4, inoculé avec rémulsion de rate, ne fait pas de typhus.
Expérience IL — Le cobaye 5 reçoit le 29 mai en injection intrapéri¬
tonéale 3 cm3 de liquide céphalo-rachidien de typhique, le malade âgé de
11 ans est au 8e jour de sa maladie. Exanthème, forte réaction méningée,
température au moment de la ponction lombaire 39°5, le malade meurt le
1er juin.
Le cobaye 5 présente un typhus léger du 14° au 22e jour ( Courbe 10).
Séance du io Mai i 9 i G
321
Expérience III . — Le cobaye 11 reçoit le 23 juin en injection intrapéri¬
tonéale 4 cm3 de liquide céphalo-rachidien d’un typhique avec exanthème,
mais sans réaction méningée. La température, prise pendant 31 jours,
reste normale.
Expérience IV. — Le cobaye 13 reçoit le 24 juillet 4 cm3 de liquide
céphalo-rachidien d’un typhique présentant une forte réaction méningée
et un exanthème typhique. Température, 39°. Le malade est au 12° jour
de son typhus ; 4 cm3 de sang du même malade, inoculés à un cobaye,
donnent un typhus net, dont le virus est conservé au laboratoire par
passages sur cobayes.
Le cobaye 13 présente une courbe très régulière qui monte brusque¬
ment au 17e jour qui suit l’inoculation ; la ponction du cœur, pratiquée le
20e jour, entraîne la mort de l’animal. La formule leucocytaire décèle une
mononucléose concordant avec l’élévation de la température. Un passage
pratiqué avec le sang de ce cobaye n’a rien donné de net.
Inoculation d'épreuve. — Le 16 août, les cobayes 2, 11 et le cobaye
témoin 23 reçoivent chacun en injection intrapéritonéale 2 cm3 de sang du
cobaye 18 au 3e jour d’un typhus net; température 40°2.
Le cobaye témoin fait un typhus confirmé par passage.
Les cobayes 2 et 11 présentent une courbe irrégulière, sans aucun
caractère.
Conclusion. — Il semble bien résulter de l’expérience II que,
chez l’homme, le liquide céphalorachidien des typhiques avec
réaction méningée est ou peut être virulent.
E.
Formule leucocytaire du cobaye typhique.
Le typhus exanthématique est une maladie dont l’expérimen¬
tation est difficile. Peu d’animaux sont réceptifs. A l’exception
des singes qu’il est parfois impossible de se procurer, il ne reste
comme animal de laboratoire que le cobaye.
Ch. Nicolle, Conor et Conseil, J. Girard, Ch. Nicolle et
G. Blanc ont montré qu’il était possible d’acclimater le virus
sur le cobaye et de le conserver indéfiniment par passages.
Cet avantage de « porteur de virus » du cobaye est atténué
par ce fait que les symptômes présentés par l'animal malade
sont insignifiants ou nuis. Seule, la courbe de température,
suivie minutieusement, permet d’affirmer que le cobaye a ou n’a
pas le typhus. Ce caractère n’a pas cependant une valeur
absolue; au cours des fortes chaleurs, la température normale
du cobaye peut s’élever à 39° et même 3q°5, ce qui rend extrê¬
mement difficile la constatation d’un typhus léger.
J’ai recherché si. dans la formule leucocytaire, il était possible
322
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de trouver chez cet animal une constante suffisamment précise
et suffisamment caractéristique du typhus.
Expérience 1 . — Le 12 juin 1915, le cobaye 8 reçoit en injection intra¬
péritonéale 3 cm3 de sang d'un typhique au 12e jour de sa maladie. T.
= 39°4. Exanthème net.
La courbe de température montre un typhus léger probable du 12e au
15e jour.
La formule leucocytaire, prise tous les jours du 22 au 30 juin donne :
En traçant parallèlement à la courbe de la température la courbe de
variation des mononucléaires et des polynucléaires de façon h ce que la
moyenne des mono et des polynucléaires soit sur la même ligne, on cons¬
tate qu’au cours de ce typhus léger il y a un véritable chevauchement des
courbes. Ascension brusque des mononucléaires et chute concomitante
des polynucléaires.
Expérience 11 . — Le 16 juillet, le cobaye 12 reçoit en injection intra¬
péritonéale 4 cm3 de sang d’un typhique au 8e de la maladie, exanthème.
T == 39°.
La formule leucocytaire, prise tous les jours du 17 juillet au 6 août
donne :
Séance du
io Mai 191 G
324
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le cobaye 12 fait un typhus prolongé du 10e au 17e jour (23 juillet au
1er août), line ponction du cœur est faite le 26 juillet, ponction qui, en
affaiblissant le cobaye, explique peut-être la longue durée de sa maladie.
L’inoculation du sang du cobaye 12 au cobaye 15 donne à ce dernier un
typhus caractéristique.
Dans l’observation 2, le renversement des courbes est également très
net (voir le graphique page précédente).
Expérience 111. — Le 26 juillet, le cobaye 15 reçoit en injection intra¬
péritonéale 3 cm3 du sang du cobaye 12. Elévation de température dès le
7e jour, chute le 11e jour et nouvelle ascension jusqu’au 17e jour. L’irré¬
gularité de la courbe thermique est due à ce que le cobaye, en outre du
sang virulent, a reçu 3 injections de sérum hétérogène (sérum de tortue)
les 29 juillet 1 cm3, 30 1 cm3, 31 0 cm3 5.
La formule leucocytaire, prise du 27 juillet au 12 août donne :
Dans cette observation, le renversement des courbes et la mononucléose
sont très nets. Le 30 juillet, une brusque ascension de la courbe des poly¬
nucléaires est, semble-t-il, produite par l’injection de sérum de tortue.
Conclusion. — Au cours du typhus exanthématique du cobaye,
on constate une mononucléose constante, surtout marquée à la
fin de la maladie.
Le taux des éosinophiles et des basophiles est élevé et l’en¬
semble des caractères de la formule leucocytaire constitue un
appoint pour le diagnostic du typhus exanthématique.
F. — Action du typhus sur la gestation du cobaye.
Non hérédité de l immunité.
Ch. Nicolle et L. Blaizot, opérant avec le virus de l’Institut
Pasteur de Tunis, ont constaté que l’inoculation du typhus
Séance du io Mai 1916
325
au cobaye entraîne l’avortement de la femelle gravide. Les
organes du fœtus sont virulents (1).
Le virus que j’ai fixé à Nich sur cobayes s’est toujours montré
faible. Il n’a jamais entraîné l’avortement des femelles gravides.
Expérience 1. — Le cobaye 7 reçoit le 6 juin en injection intrapérito¬
néale 3 cm3 de sang d’un cobaye typhique. Il présente un typhus net,
marqué par une ascension de température du 18e au 23e jour (22 au
28 juin). Le 2 juillet, portée de quatre petits venus à terme en parfait
état de santé.
Expérience 11. — Le cobaye 23 reçoit le 16 août en injection intrapéri¬
tonéale 2 cm3 de sang d’un cobaye typhique (cobaye 18).
Typhus du 8e au 11e jour. Portée de 2 petits à terme et en bon état de
santé le 26 août.
Ces cobayes, nés de mère typhique, ne présentent aucune immunité
contre le typhus.
Expérience 111 . — Le cobaye 40, fds du cobaye 7, reçoit le 15 septembre
en injection intrapéritonéale 2 cm3 de virus décinormal, provenant du
cobaye 23. Typhus du 11e au 15e jour.
Le cobaye 44, fils également du cobaye 7, reçoit le 27 septembre en
in jection intrapéritonéale 4 cm3 de sang du cobaye 39. Typhus du 9e au
11e jour.
Amibiase intestinale, émétine, novarsénobenzol
Par F. NOC.
Il est aujourd’hui bien démontré, après les observations de
Rogers, de Chauffard, de Marchoux, de Dopter, etc. (2) :
i° Que le chlorhydrate d’éméti ne est doué cl’une efficacité incon¬
testable sur la crise dysentérique et l’amibiase;
20 Que l’action de ce sel ne s’exerce pas sur les processus
intestinaux ou hépatiques d’une origine étrangère à l’amibiase;
3° Ou’il ne met pas lès malades à l’abri des rechutes de dysen¬
terie ou d’hépatite amibienne ;
4° Que même des cures répétées d’émétine au titre curatif, aux
doses de 6 ou 8 cg. par jour pendant plusieurs semaines
consécutives n amènent pas toujours la guérison radicale de
l’amibiase.
(1) Ch. Nicolle et L. Blaizot. Passage du virus exanthématique de la mère
au nouveau-né. G. R. Soc. Biologie , t. LXXVIII, 18 décembre 1916, p. 717.
(2) Bull. Soc. Pat h. exotique, 11 février 191/n et suiv.
326
T") Il L! JET IN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
Un malade atteint de dysenterie amibienne, à forme diarrhéi¬
que, m’a déclaré avoir reçu en injections sous-cutanées 3 cg.
du sel d’émétine par jour pendant 54 jours consécutifs et chez
ce malade on percevait très facilement au bout de ce temps l’épais¬
sissement du cæcum caractéristique de l’infiltration amibienne
de cette portion de l’intestin ; aussi les selles journalières renfer¬
maient-elles encore des amibes peu mobiles (stade minuta ) et
des kystes capables de persister dans les selles, malgré de nou¬
velles doses d’émétine de 8 cg. par jour.
L’émétine employée à titre curatif ne guérit donc pas toujours
l'amibiase chronique, de même que la quinine curative ne gué¬
rit pas le paludisme chronique (car l’action parasiticide de
ces médicaments est relativement comparable suivant les propo¬
sitions de Rogers et Chauffard). Il n’en est peut-être pas de
même de l’action de l’émétine au point de vue préventif, comme
l’a également conseillé Chauffard, par analogie avec la
méthode des traitements successifs à la quinine préconisée par
Layeran pour le paludisme. Cette notion de l’action préven¬
tive de l’émétine est de la plus grande importance pour la pra¬
tique coloniale, car c’est dans ce milieu que les dysenteries chro¬
niques sont les plus graves et les plus rebelles à la cure par
l’émétine, et c'est dans ce milieu que l’emploi de l’émétine
devrait être généralisé et mis à la portée de toutes les infirmeries
régimentaires, de tous les postes médicaux et en général de tous
les Européens (y compris les bateaux de rapatriement) sous forme
pratique, facilement injectable à la moindre alerte dysentéri-
forme.
Mais il est difficile d’appliquer les injections préventives d’é¬
métine, suivant les propositions de Chauffard et Dopter, par
séries de 5 à 6 jours tous les mois à des porteurs de kystes qui
ne présentent aucun symptôme intestinal. Cette pratique serait
cependant applicable en milieu endémique, en particulier dans
les infirmeries coloniales.
En attendant la réalisation de ce s desiderata, il serait utile de
traiter les dysentériques chroniques, sujets à des rechutes fré¬
quentes, par un médicament plus actif que l’émétine et dont
l’emploi amenât la destruction dans l’organisme des formes
d’amibes éméti no-résistantes.
Je me suis adressé dans ce but au novàrsénobenzol dont
l’efficacité (ou celle de ses homologues) dans le traitement de la
Séance du io Mai 19 i G
327
dysenterie amibienne avait déjà été signalé. Millian (i) le pre¬
mier avait rapporté à la Société Médicale des Hôpitaux l’obser-
vation d’un médecin des Troupes coloniales qui présentait à la
fois la syphilis et une dysenterie amibienne datant de 8 mois et
ayant résisté aux divers traitements classiques. Il fut guéri de
sa dysenterie amibienne 48 h. après une injection de 606.
Millian considère l'action du salvarsan comme merveilleuse
dans la dysenterie amibienne (2).
Depuis lors, les résultats énoncés par d’autres médecins n'avaient
pas paru aussi favorables. F. Y an den Branden et A. Dubois (3)
ont traité au Congo belge, sans grand bénéfice, par le néo-sal-
varsan, un certain nombre d’indigènes atteints de dysenterie
amibienne. Ils ne donnaient pas moins de 1 cg. 5 par kg.
Par contre, l’arséno-benzol serait un médicament d'une valeur
incontestable d’après P. Ravaut et G. Krolunitski (4), qui l’ont
employé au cours d’une épidémie de dysenterie amibienne à
Steenvoorde (Nord). D’après ces médecins, l’arséno-benzol en
injections intra-veineuses pratiquées tous les 6 jours avec la
dose initiale de o g. 4<r> augmentée progressivement à chaque
injection et intercalée de lavements avec 4b ou 60 cg. du même
produit, donnerait, dans les cas aigus de dysenterie amibienne,
des résultats extrêmement rapides qui seraient supérieurs à ceux
fournis parles autres médicaments.
Notre expérience actuelle du traitement de la dysenterie ami¬
bienne nous permet d’affirmer qu’on obtient des résultats égale¬
ment très rapides, ce qui est bien connu d’ailleurs, avec les
injections sous-cutanées de 8 cg. de chlor. d’émétine, particu¬
lièrement lorsque le traitement est institué dès le début de la
maladie.
Si l’on met en regard les quantités considérables d’arséno-
benzol employées par P. Ravaut et G. Krolunitski, et la facilité
d application du traitement émétiné, on se trouve peu porté à
donner la préférence au 606, bien que nos confrères nous garan¬
tissent l’innocuité de toutes les doses de ce composé arsenical
dans les conditions actuelles de son application.
On ne saurait donc, a priori , considérer l’efficacité de ce
(1) Milian, Bull, et Mém. Soc. Méd. Hôpitaux , 20 mars 1 9 1 3 .
(2) Miliax, Bull, et Mém. Soc. Méd. Hôpitaux , 5 nov. 1915.
(3) F. V. dex Bkaxdex et A. Dubois, Arch.f. Sch. u. Trop. Hyg ., 1 9 1 4 ? p • 3 7 5 .
(4) F. Ravaut et G. Krolunitski, Bull, et Mém. Soc. Méd. Hyg., i5oct. 1916.
328
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
médicament comme merveilleuse dans le traitement de l’ami¬
biase intestinale que si elle nous permettait de guérir les for¬
mes chroniques et d’empêcher les rechutes qui sont précisément
l’un des principaux caractères de cette affection. Or, il n’en est
pas toujours ainsi : P. Ravaut et G. Krolunitski nous avisent
que dans ces formes chroniques les résultats sont plus lents et
qu'il faut quelquefois attendre plus de trois semaines pour cons¬
tater des selles moulées, malgré 5 ou 6 injections intraveineuses
d’arséno-benzol.
La constatation de selles moulées dans le cours de l'amibiase
chronique ne constitue pas d’ailleurs un signe certain de guéri¬
son. Dans certaines formes de colite amibienne, où les ulcéra¬
tions sont en petit nombre ou très localisées, il ne survient de
débâcle diarrhéique que tous les 12 ou i5 jours et les selles
restent moulées dans l’intervalle. Il est donc nécessaire, pour
affirmer la guérison d’une amibiase, de suivre le malade pendant
plusieurs mois, quelquefois davantage, et de faire la recherche
des kystes d'amibes à différents intervalles, même très éloignés
les uns des autres. Les périodes d’excrétion des kystes sont en
effet de durée très variable suivant les cas et quel que soit le
régime suivi, il est difficile de dire dès le début d’une dysente¬
rie amibienne quelle sera la durée de sa chronicité.
C’est en tenant compte de ces faits, qui manquaient aux obser¬
vations de P. Ravaut et G. Krolunitski, que j’ai entrepris à
l’Hôpital militaire de Saïgon, de traiter un certain nombre de
dysenteries chroniques par le novarsénobenzol (c’est sous cette
forme que le 9 1 4 nous est présenté actuellement à Saïgon).
Avant de rapporter les observations que j’ai pu recueillir sur
ce sujet, je dois faire connaître une observation qui s’est présen¬
tée fortuitement en premier lieu et qui n’était guère encoura¬
geante vis-à-vis de l’action favorable du 914. Il s’agit d’un cas de
syphilis dans lequel le sujet, atteint d’amibiase chronique, a
présenté une rechute de dysenterie toutes les fois qu’il recevait
une injection de néo-salvarsan. Le malade ayant été soumis à
des examens microscopiques répétés, cette observation présente
un certain intérêt. Je dois déclarer que, dans le cours des traite¬
ments de dysentériques effectués ultérieurement par le sel arse¬
nical, je n’ai pas observé des symptômes similaires.
Obs. 1. — L. E., 39 ans, Officier ïnf. Col., entre à l’hôpital militaire
le 26 décembre 1913 pour troubles de l’innervation du facial gauche. Paré-
Séance du io Mai i y i 0
329
sie du facial gauche super, et infér. Sécheresse de la gorge. Pas de trouble
dans la mobilité du voile, pas de troubles auditifs du côté gauche. Bour¬
donnements d’oreille à droite, déjà anciens. Pas de douleur mastoïdienne,
pas d’écoulement. Examen oculaire : rien à signaler ^n dehors de
la parésie de l’orbiculaire Léger larmoiement.
Réaction de Wassermann positive.
Poids 77 kg. 900. Pas d’albumine, ni sucre dans les urines.
I janvier 1914 : inj. intra-veineuse de 0 g. 30 de néo salvarsan ;
5 au 14 janvier : inj, sous-cutanées d’arrhérial, 5 cg. par jour ;
8 janvier : inj. intrav. de 0 g. 45 néo-salvarsan :
15 janvier : 0 g. 75 néo-salvarsan en inj. intraveineuse;
19 janvier : selles diarrhéiques présentant des amibes immobiles et des
œufs de Trichocéphale.
Du 19 au 24 janvier : régime spécial. 4 cg. d’émétine par jour sous
la peau. Le malade sort amélioré le 26 janvier (Service deM. le l)r Dumas).
De cette date au 21 mars 1914, au Cap St-Jacques, de nouvelles rechu¬
tes de diarrhée se sont produites, avec des décharges intermittentes de
kystes amibiens, malgré le traitement à F émétine (4 à 8 cg. par jour pen¬
dant 13 jours, Dr Rencurel).
Nouvelle entrée à l’hôpital le 21 mars : 2 selles pâteuses par jour qui
deviennent normales au bout de quelques jours, par le repos, le régime,
et le traitement émétiné. Sort le 16 avril, pesant 69 kg.
10 juin 1914 : demande, se sentant fatigué, une nouvelle inj. intrav.
de 45 cg. de néo-salvarsan ; nouvelles injections de 60 le 24 juin et 75 le
8 juillet. Après chacune de ces injections, le malade a présenté des symptô¬
mes dysentériques.
L’état général s’est cependant beaucoup amélioré. Le 8 mars 1915,1e
poids est de 76 kg. malgré une nouvelle rechute, spontanée, de diarrhée
datant d’un mois, avec présence d’amibes (stades minuta et tetragena) et
ayant laissé 2 ou 3 selles pâteuses par jour.
Le ventre n’est pas douloureux à la pression, sauf en un point à la par¬
tie terminale du colon descendant ; le cæcum n’est pas épaissi.
On note à ce moment la présence dans les selles de bacilles pseudo¬
dysentériques peu nombreux, n’attaquant pas le lactose. Le séro-diagnos-
tic est positif pour le Flexner à 1 0/0.
Le malade reçoit le traitement suivant :
9 mars, 3 cm3 sérum antidysentérique ;
II mars, 1/4 cm3 vaccin anti-Flexner (bacilles chauffés à 51°) en injection
intra musculaire ;
13 mars, 1/2 cc. vaccin anti-Flexner. Une selle moulée le lendemain. Le
malade mange de la viande grillée et le î6 mars le régime ordinaire. On
note cependant, dans les selles moulées, la présence de kystes d’amibes à
4 noyaux, en petit nombre.
De mars à septembre, on constate encore 3 ou 4 rechutes de dysenterie
amibienne, dont deux, provoquées par des injections d’hectargyre, ont
guéri avec quelques centigr. d’émétine. La présence des amibes peu mobi¬
les (stade minuta ) a été constatée chaque fois.
Depuis cette époque, sans traitement nouveau, 1 état général
s’est amélioré peu à peu, la diarrhée a disparu. Le malade a été
revu au début de mars 1916, peu avant son départ en campagne:
il a des selles moulées, il ne présente plus de kystes d’amibes. Sa
330
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
maladie amibienne semble avoir rétrocédé peu à peu. La réaction
de Wassermann est également négative.
Cette observation reste peu favorable au traitement par l’arséno-
benzol. Il semble en outre que les injections de vaccin anti¬
bacillaire, en sti mulant la phagocytose des bacilles dysentériques
associés à l’amibiase, favorisent l’enkystement des Amibes.
Obs 2. — V., 22 ans, soldat, 11e llég. lnf. Col. 66
kCV
500
Entre à l’hôpital militaire le 21 déc. 1915 pour dysenterie amibienne et
paludisme. Evacué sur Saïgon pour qu’il soit statué sur son aptitude au
service militaire. Ce malade a été soigneusement examiné et traité par
le Dr Baujean à Pnompenh qui l’envoie à l’hôpital de Saïgon avec la note
suivante :
a Y. est atteint de dysenterie amibienne chronique et de paludisme, diag¬
nostics confirmés par l'examen microscopique des selles (présence d’Ami-
bes) et du sang (présence d’hématozoaire de la tierce).
Depuis le 23 juin 1915, il a fait, pour sa dysenterie, quatre séjours à
l’hôpital de Pnompenh.
1° Du 23 juin au 1er juillet ; 2° du 8 juillet au 28 juillet, séjour qui a été
suivi d’un congé de convalescence d’un mois (mois d’août) ; 3° du 13 au
19 septembre ; 4° séjour du 15 novembre jusqu'à maintenant. Dans l'inter¬
valle de ses séjours à I ’ hôpital , il n'a cessé de se présentera la visite médi¬
cale. Depuis environ six mois, ce soldat ne fait donc aucun service.
D’autre part sa dysenterie n’est pas améliorée. De multiples injections
d’émétine lui ont été pratiquées, soit à l’hôpital, soit à la compagnie. Des
lavages intestinaux quotidiens faits avec différents antiseptiques (nitrate
d’argent, permanganate, eau boriquée, liqueur Labarraque, hypochlorite
de soude Dakin) ont été administrés, sans résultats bien appréciables. Les
selles restent toujours pâteuses ou liquides avec, de temps à autre, pré¬
sence d’amibes révélées par l’examen microscopique
11 y aurait donc peut-être lieu de réformer temporairement le soldat V.
ou de le placer dans les services auxiliaires, et nous l’envoyons à Saïgon
pour qu’il soit examiné au point de vue de son aptitude au service mili¬
taire » (Dr Baujean).
Etat actuel : une selle journalière en partie moulée. Langue légèrement
saburrale. Pas de trouble des fonctions stomacales. Léger degré d’amai¬
grissement de la paroi abdominale. Pas de douleur spontanée en dehors
des crises. Pas de douleur à la palpation. Rien d’apparent au colon ;
cæcum et colon ascendant un peu épaissis. La matité hépatique ne déborde
pas. Rate percutable sur environ trois travers de doigts (Dr Noc).
Analyses bactériologiques :
22 décembre, selles : pas de kystes d’ Amibes ; pas d’œuf de ver ;
Sang
Po ly nucl éa i r és neu tro phi 1 es
Grands mononucléaires.
Moyens mononucléaires.
Petits mononucléaires .
Eosinophile .
51,0
6,0
3,5
19,5
19,0
0/0
0/0
0/0
0/0
0/0
23 décembre, selles : kystes d’Amibes présents ; pas d’œuf de ver.
Pas de fièvre. Traitement quinique préventif : 0 g. 50 par jour pendant
3 jours, ensuite 0 g. 25 deux fois par semaine.
SÉANCE DU 10 Mai 1916
331
La fièvre n’a pas reparu .
Du 22 au 30 décembre, traitement par des injections d'arrhénal , des
lavages intestinaux à la décoction d'ipéca et à /’ infusion de simarouba à
4 0/00. Les lavages sont administrés après évacuation de l’intestin par un
lavement huileux. Le régime est sévère : lait, œufs, purées.
Cependant les selles sont souvent au nombre de 2 ou 3 dans les 24 h.,
demi-liquides, demi-pâteuses, abondantes C’est l’aspect de la diarrhée
chronique.
Une nouvelle analyse du 1er janvier ne révèle pas de bacilles dysenté¬
riques. Le séro-diagnostic est négatif pour les types Siiiga et Flexner.
Les Amibes sont rares et immobiles ; elles sont à ce stade de préenkyste-
ment qu’on observe souvent chez les diarrhéiques, où le noyau est peu
visible, la périphérie irrégulière et condensée, avec des vagues d’ecto¬
plasme rares ou absentes (stade minuta , stade émétino-résistant).
Le poids est de 65 kg. à la date du 3 janvier.
Ayant constaté des effets utiles des vaccins antidysentériques dans cer¬
tains cas d’amibiase chronique, j’injecte 1/4 cm3 vaccin mixte le 5 jan¬
vier, puis 1/4 cm3 le 15 janvier. Pas d’amélioration.
Dans l’intervalle, du 7 au 12 janvier, j’institue un traitement mixte par
r hectine et /’ émétine.
0 g. 10 d’hectine et 0 g. 04 de chlorure d’émétine pro die en injection.
L’usage de la quinine préventive est continué.
Du 15 au 22, on injecte, comme tonique, du sérum de Hayem (150 et
200 g.).
Le 15, la formule leucocytaire montre une légère diminution de l'éosi¬
nophilie :
56,0 0/0
8,0 0/0
Polynucléaires neutrophiles .
Grands mononucléaires .
Moyens mononucléaires
Lymphocytoses
Eosinophiles .
3,0 0/0
20.5 0/0
12.5 0/0
Le poids du malade a augmenté de 600 g., 2 selles pâteuses tous les
jours avec présence d’Amibes rares immobiles après un lavage thymolé
(0 g. 50 0/00).
Le 23, on constate de nouveau des Amibes mobiles et des kystes nom¬
breux.
Le traitement au novarsêno -benzol est alors commencé :
24 janvier : lavage intestinal.
30 janvier : injection intraveineuse.
2 février : lavage .
7 février : injection intraveineuse .
0 g. 30 novarsénobenzol
0 g. 20 —
0 g. 30 —
0 g. 45
A la suite de cette dernière injection, les selles sont parfois moulées, le
malade se déclare mieux.
15 février : injection intraveineuse . 0 g. 60 de 914.
Le 17, on constate encore dans les selles des mucosités et des leucocytes
décelant l’entérite persistante, ainsi que des Amibes immobiles.
La Commission de réforme devant laquelle fut présenté le malade le
7 février, constatant un état général assez bon, ne crut pas devoir le
classer dans le service auxiliaire.
332
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 18, le malade demande à rejoindre son corps où il va essayer de
reprendre dn service actif.
Il sort le 19 février avec une selle pâteuse ou moulée par jour.
Le J)1' Baujean a eu l’amabilité de me tenir au courant de son état.
3 mars : nouvelle crise de dysenterie, 5 à 6 selles par jour, pâteuses,
avec rares Amibes faiblement mobiles et d’autres sur le point de s'en¬
kyster.
10 mars : selles pâteuses, très rares kystes d 'Amibes (un seul sur trois
préparations) (Dr Baujean).
Dans cette observation, ni les traitements émétinés successifs,
ni le traitement mixte arsénié-émétiné combiné à l’emploi de la
quinine, ni les injections de 9 1 4 à 3o et à 60 cg. n’ont réussi
à détruire les amibes incluses dans la paroi. L'issue d’amibes
peu mobiles à la suite de lavages thymolés montre bien qu’il
persiste dans certains cas d’amibiase des Amibes devenues de
véritables parasites du (issu intestinal et dont l'excrétion se fait
à différents intervalles sous l'influence du régime, du froid, ou
de toute autre cause d’hypersécrétion intestinale.
Obs. 3. — F. G., maître mécanicien de la marine, 33 ans, arrivé dans
la colonie en octobre 1915, a une première atteinte de dysenterie le
24 novembre. A fait usage de légumes crus. Le début s’est caractérisé par
de la diarrhée sans fièvre. Le 30 novembre, 40 selles bilieuses et muco-
bilieuses, avec quelques crachats sanguinolents, à la suite de purgatifs
légers.
Le cæcum paraît dilaté. Gargouillements. Sensibilité générale de
l’abdomen
1er décembre. Selles : Amibes mobiles nombreuses et kystes. Pas de
bacille dysentérique. Lamblies. Pas d’œuf de ver.
2 décembre : 14 selles, liquides, muco-bilieuses, abondantes.
Traitement émétiné du 1er au 5:0g. 04 cg. par jour..
Les selles se régularisent et, le 10 décembre, redeviennent moulées.
12 décembre. Pas d’œuf de ver; pas de kystes d’amibes.
Poids 72 kg. 300. Le malade sort le 14 décembre.
Nouvelle entrée le 19 janvier pour coliques violentes depuis plusieurs
jours. Les selles renferment des œufs de Trichocéphales rares, des kystes
de Lamblies et de rares Amibes mobiles.
Traité à l’émétine, au naphtol et au thymol, les selles restent pâteuses.
Le malade est examiné par M. le Médecin Principal Martel qui constate
de la sensibilité iliaque droite sur le colon ascendant et à l’angle colique
droit. Ganglions et crépitation dans la fosse iliaque ; l’intestin est épaissi
et comme parsemé de nodosités. Le poids a diminué : 68 kg. 300.
L’attention est attirée sur l’état de l’appareil respiratoire : Inspiration
rude et obscure au sommet droit, légèrement soufflante au sommet gauche.
Légère crépitation à la fin de l’inspiration au sommet droit. Sous la
clavicule, respiration moins bien perçue à droite. Pas de bruits anormaux.
Sous l’influence, semble-t-il, du repos et d’un nouveau traitement émé¬
tiné, les nodosités d’aspect ganglionnaire qui existaient dans la fosse
333
Sp:ance du i o Mai 1916
iliaque droite ont disparu. Sensibilité persistante à la pression. Intestin
épaissi roulant sous le doigt.
Le malade est évacué de nouveau sur le service des dysentériques pour
dysenterie amibienne.
27 janvier : Amibes dégénérées dans les mucosités ; kystes de Lambtia.
28 janvier : lavement avec 25 cg. novarsénobenzol.
1er février : lavement avec 45 cg. novarsénobenzol.
La cutiréaction à la tuberculine est positive. Le malade reçoit en même
temps un traitement récalcifiant.
4 février : injections intraveineuses 30 cg. novarsénobenzol.
6-7-8 février : 2 selles pâteuses.
7 février : 4 cg. émétine.
8 février : 4 cg. émétine.
9 février : lavement 60 cg. novarsénobenzol.
Légère expectoration muqueuse le matin. Pas de bacille de Koch.
Poids : 69 kg. 200. Selles toujours pâteuses.
15 février : injections intraveineuses 30 cg . novarsénobenzol .
A partir du 17, les selles deviennent moulées, une par jour.
19 février : pas de kystes d’Amibes.
24 février : les kystes d’Amibes réapparaissent peu nombreux.
25 février : injection intraveineuse 75 cg. novarsénobenzol.
27 février : Pas de kystes d’Amibes. Kystes de Lamblie.
Une selle moulée journalière.
Etat du sang :
Polynucléaires neutrophiles . . 48,5 0 0
Grands mononucléaires . . . 8,0 0/0
Moyens mononucléaires ... 1,0 0/0
Lymphocytoses . 39,5 0/0
Eosinophile . 3,0 0/0
Le malade sort le 29 février. Il y a une amélioration notable de l’état
général, mais la paroi abdominale reste amaigrie et sensible à la période
finale de la digestion. Pas de tuméfaction ganglionnaire. Le gros intestin
est toujours facilement perceptible.
L’examen des selles a été renouvelé 15 jours après. Pas de kystes
d’Amibes. Les kystes de Lamblies persistent.
En somme, sur ce terrain tuberculeux, le novarsénobenzol
n’a pas pu modifier beaucoup l’état général, mais la dose supé¬
rieure à 1 cg. par kg. paraît avoir eu des effets utiles et anti¬
parasitaires dans l’amibiase. Il est à noter que la médication
émétinée 11’a pas été totalement délaissée; de plus, le début de
l’infection était de date récente.
Obs. 4. — J. A., soldat au 11e Régiment colonial, évacué du Gap Saint-
Jacques le 14 janvier 1916 pour fièvre et anémie palustre, 31 mois de
séjour à la colonie, mauvais état général, anémie prononcée, fréquents
séjours à l’ambulance sans amélioration, à rapatrier.
Mis en traitement dans le service du Dr Couderc, on reconnaît qu’il
s’agit d’une amibiase chronique, 4 à 8 selles pâteuses par jour avec muco¬
sités, anémie, rate percutable, teint blafard, fatigue au moindre effort.
22
334
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Poids : 61 kg. Le début de la dysenterie chronique remonte au 25 mai 1915.
Analyse des selles du 18 janvier : Amibes immobiles, pas de kystes, pas
d'œuf de parasite, pas de bacille dysentérique.
Etat du sang :
Globules rouges . . . 4.070.000 p mm3.
Globules blancs . . . 10.500
Hémoglobine .... 70 à 75 0/0.
Selles : Kystes d’Amibes à 4 noyaux et Amibes (stade minuta).
Evacué sur le service des dysentériques le 30 janvier.
Poids : 61 kg. 500.
4 selles pâteuses, boursouflées, avec des parties muqueuses blanchâtres.
1er février : injections intraveineuses 30 cg. novarsénobenzol .
Les selles sont moulées pendant les jours qui suivent. Mais ce fait a
déjà été noté chez notre malade : après ses débâcles diarrhéiques, il a eu
des périodes de 6 à 7 jours et même 12 jours avec des selles d’apparence
normale.
9 février : le nombre des globules est passé de 10.500 à 13.000.
Eosinophilie sanguine 6,5 0/0.
Les selles renferment encore des kystes d’Amibes assez nombreux. Le
malade est soumis à l’usage de la quinine préventive bi-hebdomadaire.
11 février : 1 selle pâteuse. Présence de kystes à 2 noyaux.
15 février : 2 selles moulées. Injections intraveineuses 30 cg. novar¬
sénobenzol.
16 février : 2 selles moulées.
17 février : 3 selles pâteuses avec mucosités : Amibes mobiles et immo¬
biles (stade minuta et kystes). Poids : 62 kg.
18 février : 1 selle moulée.
Le régime suivi est comme pour les autres malades :
Œufs, purée, flan, viandes grillées, lait, bouillon.
21 février : injections intraveineuses 60 cg. novarsénobenzol.
L’éosinophilie sanguine tombe à 5 0/0 le 23 février.
24 février : pas de kystes d’Amibes dans les selles.
28 février : Kystes d'Amibes, peu nombreux.
Les selles sont pâteuses ou moulées.
3 mars : injections intraveineuses 75 cg. novarsénobenzol.
4 mars : pas de kystes d’Amibes dans les selles.
6 mars : Pas de kystes d’Amibes.
L’éosinophilie sanguine est de 3,5 0/0.
Le poids est de 63 kg. 600. Le malade présente un bon état général, le
faciès est coloré, les forces sont normales. Il demande. à sortir et reprend
son service le 8 mars.
Ce malade a été vu de nouveau le 30 mars : il a des selles pâteuses,
noirâtres, renfermant de nombreux kystes d’Amibes (quelques-uns avec de
grosses chromidies) et de petites Amibes mobiles. L’amélioration ne s’est
pas maintenue ; amaigrissement ; le sujet devra être rapatrié.
Obs. 5. — Al. de Pondichéry, 35 ans, entre à l’hôpital pour paludisme,
ictère, état cachectique, le 27 décembre 1915. Au cours de son traitement,
on constate qu’il présente de l’amibiase intestinale et il est évacué sur le
service des dysentériques. Son état est peu brillant. Réaction de Wasser¬
mann positive. Des lésions oculaires nécessitent un examen spécial du
médecin-oculiste qui constate :
Légère exophtalmie. Iritis ancienne, non soignée, ayant laissé quelques
Séance du io Mai 191C)
335
synéchies postérieures, surtout à droite. Corps vitré trouble. Névrite
optique en évolution avec état atrophique assez accentué des papilles du
nerf optique (origine svph. reconnue par le malade). Pronostic visuel très
réservé. O. I). : V. 1/3" O. G. : Y. 1/7 (Dr Tessier).
En outre, le sujet est un alcoolique. Son foie est dur à la palpation.
Ligne mamillaire : 11. Les sellas sont toujours pâteuses, décolorées, ren¬
fermant des Amibes dans les mucosités.
En somme, amibiase intestinale chez un sujet de 35 ans, paludéen,
alcoolique et syphilitique. Son poids est de 41 kg.
Le sang ne renferme pas d’hématozoaire.
Après quelques jours de traitement à l’émétine (2 inj. à 4 cg.) au sali-
cylate de soude, à la quinine, on commence le traitement par le 914. Le
poids a notablement augmenté : 46 kg. 300.
10 février : injections intraveineuses 15 cg. 9 lé.
A partir du 13, selles moulées, mais rares kystes d’amibes.
18 février : injections intraveineuses 30 cg. 9 lé.
21 février : poids : 48 kg. 500.
22 février : 2 selles moulées.
Examen des yeux : l’acuité visuelle s’est notablement relevée, surtout à
l’œil droit qui était le moins atteint. O. D. (90-1,50); Y : 2/3 ; O. G (90 1)
V : 1/2. 11 y a intérêt à continuer l’arsénobenzol qui paraît avoir une
action nettement favorable (Dr Tessier).
23 février : 2 selles moulées. Formule leucocytaire :
Polynucléaires . 56,0 0/0
Grands mononucléaires . . . 6,0 0/0
Moyens mononucléaires . . . 0,0 0/0
Lymphocytoses . 27,5 0/0
Eosinophiles . . . . . . 10,5 0/0
25 février : injections intraveineuses é5 cg. 9 lé.
29 février : Pas de kystes d’Amibes.
4 mars : Poids 51 kg. Injections intraveineuses 60 cg. 9 lé. Selles
moulées.
L’acuité visuelle se maintient stationnaire. L’examen ophtalmoscopique
ne permet plus de déceler de signe inflammatoire.
8 mars : Pas de kystes d’Amibes dans les selles qui sont normales.
17 mars : Pas de kystes d 'Amibes dans les selles qui sont normales.
Eosinophilie sanguine, 5 0/0
Le malade sort en bon état le 19 mars.
Ons 6. — B. A., 32 ans, soldat réserviste 11e Régiment Colonial. Entre
le 28 décembre pour diarrhée bilieuse. C’est un homme qui habite la
colonie depuis 10 ans consécutifs. Atteint à plusieurs reprises de palu¬
disme, il présente une diarrhée chronique discrète, se bornant à une ou
deux selles par jour, abondantes, bilieuses, avec parfois des mucosités
sanguinolentes. Etat d’anémie et d’amaigrissement assez prononcé. Teint
cachectique. Le malade est fumeur d’opium. Le foie ne paraît pas aug¬
menté de volume, mais le bord inférieur en paraît dur à la palpation.
336
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Poids 60 kg. Rate percutable et légèrement douloureuse à la palpation.
Dans une première analyse du 29 décembre, on ne trouve pas d’Amibes
dans les selles. Une flore bacillaire immobile donne quelques colonies rares
de B. dysentérique. Kystes de Lamblies rares. Des Amibes immobiles rares
sont découvertes dans une deuxième analyse.
Le fonctionnement rénal est normal. Pas d’albuminurie. Le malade est
traité du 29 décembre au 8 janvier à l’émétine, au sérum de Hayem émé-
tiné (4 inj. à 4,4 inj. à 8 cg.) et au vaccin antidysentérique sans amélio¬
ration. Les selles restent pâteuses ou liquides, à fermentation rapide.
Formule leucocytaire :
Polynucléaires neutrophiles
Grands mononucléaires .
Moyens mononucléaires .
Petits mononucléaires.
Eosinophiles ....
6T,0 0/0
5,0 0/0
1,0 0/0
24,5 0/0
2,5 0/0
Du 10 au 15 janvier, 6 inj. d’bectine à 10 cg. et concurremment 6 inj.
d’émétine à 4 cg. Le 18 janvier, après un lavage thymolé, on découvre
encore des Amibes immobiles dans les mucosités.
Poids 59 kg. 500.
20 janvier : Lavement avec 75 cg. novarsénobenzol.
21 janvier : 1 selle pâteuse moulée : Amibes immobiles très rares.
Pas de kystes .
24 janvier : nouveau lavement avec 75 cg. novarsénobenzol.
Les analyses suivantes du 25, du 27, du 30 janvier ne révèlent pas
d’Amibes ou de kystes.
30 janvier : inj . intrav. 30 cg. novarsénobenzol.
2 février : lavement avec 30 cg. novarsénobenzol.
6 février : inj. intrav. 30 cg. novarsénobenzol .
14 février : Poids 63 kg. 500. Léger degré d’entérite persistant. Petits
accès fébriles le soir. Une nouvelle injection intrav. 45 cg. 914 est prati¬
quée le 15 février.
L'état général reste peu satisfaisant. La cutiréaction à la tuberculine
est positive. Le sommet gauche montre un peu de congestion à l’auscul¬
tation (inspiration rude, expiration prolongée, légère submatité). Une
expectoration rare, muqueuse, existe le matin, sans bacilles de Koch.
Le foie reste dura la palpation ; le gros intestin ne montre aucune sen¬
sibilité à la pression et cependant les selles pâteuses ou moulées renfer¬
ment des mucosités translucides peu abondantes, avec des leucocytes.
Dans l’une d’elles on trouve une forme de kyste à 4 noyaux (5 mars).
L’emploi du calomel à doses filées amène une véritable amélioration du
côté des selles et vient montrer que la diarrhée chronique est plutôt en
rapport avec une cirrhose du foie déjà ancienne qu’avec l’amibiase.
En raison des antécédents (paludisme, peut-être tuberculose, amibiase
hépatique et intestinale, le malade est présenté à la Commission de
réforme en vue de la réforme temporaire. 11 sort le 12 mars ayant encore
présenté 2 selles pâteuses, sans changement.
Dans cette observation, le traitement au novarsénobenzol a
amené une amélioration passagère, mais ne pouvait avoir aucune
action sur l’état général en rapport avec des altérations ancien¬
nes du foie et de la rate.
Séance du io Mai 1916
337
Obs. 7. — Le G. François, 31 ans, soldat Artillerie Coloniale. Séjour
antérieur au Maroc où il a eu (1912) une fièvre typhoïde assez grave.
Première atteinte de dysenterie en août 1915. Entré à l’hôpital de Sai¬
gon le 1er août après une vingtaine de selles muco-sanguinolentes. Le
ventre est souple et indolore, l’état général bon.
Les selles renferment des Amibes immobiles, rares, et quelques colonies
de Bacilles dysentériques. Pas d’œuf de ver. Poids 66 kg. 500.
Du 1er au 5 août; 4 inj. d’émétine à 4 c g. Les selles tombent à 10,
puis à 9, à 3 selles liquides.
5 août : inj. intramusculaire 1/4 cm3 vaccin antidysentérique.
6 août : 2 selles en partie moulées.
Le 9 août le malade mange de la viande grillée.
9 au 11 août : 3e série 3 inj. émétine, lavage boraté.
24 août : Présence de kystes d’Amibes rares dans les selles.
25 au 29 août : 3e série 4 inj. émétine, lavages, quinine préventive con¬
tinuée.
En septembre, 3 séries d’émétine à 2 cg. avec intervalles de repos
de 5 et de 10 jours. Les selles sont moulées, l’état général est bon, mais
on trouve encore des Amibes immobiles le 20 septembre.
Le sujet sort le 27 septembre.
Envoyé au Cap Saint-Jacques, il entre à l’ambulance le 2 novembre 1916
pour diarrhée et du 2 novembre au 25 décembre, a trois rechutes de dysen¬
terie amibienne. Il est évacué le 25 sur l’hôpital de Saigon après avoir
reçu de nombreuses injections d’émétine sans résultat appréciable.
Poids 63 kg. au lieu de 78, poids normal .
On note l’épaississement du cæcum qui est dilaté et douloureux après
chaque repas jusqu’à ce que l’exonération se produise.
Au régime des œufs à la coque, du lait, de la purée, il y a 3 selles abon¬
dantes, bilieuses, tous les jours.
Pas d’hypertrophie du foie, ni de la rate. Elimination rénale normale.
Le malade boit abondamment et urine abondamment.
Deux examens successifs le 26 ne révèlent pas l’amibiase. L’Institut
Pasteur découvre encore des bacilles dysentériques type Shiga. Nombreux
cristaux Charcot-Bobin (Dr Denier).
Un nouvel examen des selles du 31 montre des kystes d’Amibes
rares .
Le traitement antibacillaire est repris :
27 décembre. Sérum antidysentérique 4 cm3.
28 décembre. Vaccin antidysentérique mixte 1/4 cm3.
31 décembre. Vaccin antidysentérique mixte 1/2 cm3.
Les selles restent pâteuses (2 par jour)
Du lef au 4 janvier, traitement émétiné intensif :
0,08 cg. par jour avec 150 g. sérum de Hayem, en inj. sous-cutanées.
4 janvier : 3 selles pâteuses. Kystes d’Amibes.
5 janvier : inj . intrav. 30 cg . novarsénobenzot.
Plus 0,04 cg. chlorure d’émétine le 5 et 6 janvier.
8 janvier : lavement 60 cg . novarsénobenzot.
Les kystes d’Amibes disparaissent, les selles deviennent moulées.
11 janvier : inj. intrav. 60 cg. novarsénobenzot.
14 janvier : Examen des selles : un œuf de Trichocéphale par prépara¬
tion, inaperçu dans les examens antérieurs ; un kyste du type Vahl-
kampfia .
Le malade supporte le régime ordinaire.
338
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
18 janvier : Amibes immobiles rares clans les selles qui redeviennent
pâteuses.
Lavage thymolé le 17 ; lavement de novarsénobenzol à 75 cg. le 19 .
Il y a encore des Amibes rares (20 janvier). Le poids est monté à
64 kg. 700.
Un essai de traitement par des pilules de chlor. d’émétine (à 1 cg. et à
5 mg.) associée à des toni-cardiaques (noix vomique, spartéine) est suivi
pendant quelques jours, sans amélioration.
4 février : inj. intrav. novarsénobenzol à 30 cg. (n° 4).
Les kystes d’Amibes qui avaient reparu le 30 janvier disparaissent
Le malade continue l’usage de la quinine préventive deux fôis par
semaine.
11 février : encore des œufs de Tricbocéphale. Lavage thymolé.
14 février : Kystes d’Amibes, Amibes immobiles dans les selles qui ren¬
ferment des parties moulées et des parties liquides. Cet état persiste dès
que le malade mange de la viande grillée. Au régime : œufs, purée, lait,
gâteau de riz, les selles redeviennent moulées. La cutiréaction à la tuber¬
culine est négative. 11 n’y aurait pas d’antécédent syphilitique.
L’épaississement du cæcum a notablement diminué à la palpation, la
région à la palpation profonde est encore sensible, mais le malade se
déclare très amélioré. De nouveaux lavages thymolés (0,30 cg. 0/00) font
disparaître les Trichocéphales.
Formule leucocytaire :
Polynucléaires neutrophiles .
Grands mononucléaires .
Moyens mononucléaires .
Petits mononucléaires
Eosinophiles .
50.5 0/0
7.5 0/0
1.5 0/0
39.5 0/0
1,5 0/0 (26 février)
L'infection intestinale est discrète, mais latente puisqu’un nouvel
examen de selles le 1er mars, montre des Amibes immobiles très rares.
Analyse des urines :
• ■ i |
Pas d’albumine.
Pas de sucre.
Chlorures 5 g 30 par litre.
Urée 6 g. (Dr Lahille).
Examen du sang :
Globules rouges : 4.371.000 p.mm3.
Globules blancs : 4.500 p. mm3.
Hémoglobine : 70 à 75 0/0 (3 février).
Dans les selles, au régime des laitages, on constate très souvent une
partie moulée suivie d’une partie liquide, celle-ci renferme quelques muco¬
sités à globules rouges et des débris cellulaires (mononucléaires, cellules
plates, hématies). Il y a évidemment une lésion ulcérative du cæcum qui
tend à la guérison, quand le régime est sévère, et dans laquelle les Amibes
deviennent de plus en plus rares.
13 mars : nouvelle inj . intrav. novarsénobenzol à 75 cg.
Poids : 65 kg.
A partir du 13 mars, les selles restent moulées au régime spécial. Le
20 mars, le malade est au petit régime. Un examen du 25 mars ne révèle
ni Amibes, ni kyste, ni élément cellulaire anormal. Selles moulées.
Séance du io Mai 1916 330
Legros intestin est indolore, la paroi du cæcum est plus devenue plus
souple.
Examen du sang du 25 mars :
Hémoglobine ....
Globules rouges .
Globules blancs .
Polynucléaires neutrophiles
Grands mononucléaires .
Moyens mononucléaires .
Petits mononucléaires
Eosinophiles ....
Le malade, présenté au Conseil de Santé, est rapatrié le 27 mars 1916,
malgré l’amélioration évidente, et en raison de l'anémie et de la fatique
générale qui ne permettent pas de l’exposer de nouveau au surmenage du
service colonial.
Dans deux autres observations (Obs. 8, Bi.., Obs. 9, G..,
janvier 191b) deux atteintes primaires de dysenterie amibienne
ont guéri à la suite d’injections d’émétine et les kystes d’Amibes
ont disparu dans les deux cas après deux lavements de novarsé-
nobenzol, mais les deux sujets n’ont pas été vus de nouveau
par la suite et il est impossible de conclure à leur guérison
complète.
Dans une observation 10, une diarrhée chronique amibienne
d’origine ancienne (deux ans) n’a reçu aucune amélioration de
lavements d’arsénobenzol. Le sujet était porteur de très nom¬
breuses petites Amibes dont la présence chez les diarrhéiques
comporte un pronostic sévère. Kuenen (de Deli, Sumatra) (1) a
fait les mêmes constatations dans cette forme d’amibiase à
petites Amibes.
Dans une observation 11, encore en traitement, amibiase
discrète chronique, le 9 t 4 ne paraît pas amener d’amélioration
notable.
Enfin une dernière observation 12, fera l’objet d’une note
spéciale. Il s’agit d’un porteur d’Amibes [Los chia coli ) où ce
protozoaire a disparu des selles diarrhéiques après deux injec¬
tions de novarsénobenzol, mais il y avait helminthiase et asso¬
ciation bacillaire concomitantes. La diarrhée a cessé avec
l’emploi du semen-contrà répété et des injections de vaccin
antidysentérique.
70 à 75 0/0
4.836.000 p.mm3
6.750 p.mm3
49 0/0
4.5 0/0
6.5 0/0
39 0/0
1 0/0
(1) W. Kuenen, Congrès de Méd. Trop. Ext. Orient, C. R., Saïgon, 1913,
p 53.
340 Bulletin de la Société de Pathologie exotïquê
En résumé, de la lecture de ces diverses observations, il
semble résulter que le dioxydiamidoarsénobenzol (sous la forme
de 914) ne constitue pas un véritable spécifique de l'amibiase
intestinale chronique. Médicament très utile pour relever l’état
général, supérieur aux composés arsenicaux ordinaires, il ne
doit pas faire négliger le traitement de la dysenterie amibienne
par le chlorhydrate d’émétine. Il semble plus actif quand l’infec¬
tion est de date récente. Il 11e détruit pas les formes de résis¬
tance de l’Amibe dysentérique. Il peut être employé aux doses
de 60 et 76 cg. (plus de 1 cg. par kg. en dernier lieu) sans
inconvénient, s’il n’y a pas de trouble de la fonction rénale. Il
ne paraît pas utile d’adjoindre les lavages aux injections intra¬
veineuses.
L’émétine reste un médicament précieux, d’un emploi facile,
dans la crise aiguë d’amibiase ; au titre préventif, son emploi est
également à conseiller.
Le traitement de l’amibiase doit tenir compte des associations
bacillaires ou helminthiasiques, à l’aide d’examens microbiolo¬
giques répétés.
Lorsqu’il y a amibiase sur un terrain paludéen, syphilitique,
ou même tuberculeux, l’association de l’arsénobenzol à l’émétine
peut rendre de grands services pour relever l’état général des
malades, sauf dans les cas d’altération du myocarde ou du rein.
Saïgon , le // avril 1916.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cle.
Tome IX.
1916
No 6.
P
BULLETIN
de la Société»^
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19m
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cuit
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 14 juin 1916
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E. COGÏT" &
Neuvième année
1916
N° 6.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU l4 JUIN 1 9 1 6.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
COMMUNICATIONS
Note au sujet des nodosités juxta-articulaires
chez les indigènes
Par J. BRAULT
Une première fois, au mois d’août 1910, dans le Janus ( 1);
une deuxième fois, dans la Province médicale du 20 juil¬
let 1911 (2), je me suis occupé des nodosités juxta-articulaires,
chez les indigènes algériens.
Je résumerai simplement ici ma deuxième note, la plus com¬
plète, où je donnais plusieurs observations.
La première se rapportait à un indigène envoyé d’un autre
service, pour avis. Cet homme présentait des nodosités d’une
dureté fibro-cartilagineuse, au pourtour des genoux et des poi¬
gnets (3). Je connaissais à cette époque le travail de Jeanselme
(1) Janus, Harlem, août 1910.
(2) Province médicale , 20 juillet 1911, page 309.
(3) Il ne s’agissait pas, bien entendu, de kystes synoviaux si fréquents
dans cette région et faciles à diagnostiquer.
23
342
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
et après un examen minutieux, j’inclinai pour des tumeurs ana¬
logues à celles qui avaient été décrites par cet auteur. Malheu¬
reusement, le malade ne m’appartenant pas, je n’ai pu le suivre
et il n’y a pas eu d’examen histologique.
Deux autres observations avaient trait à des indigènes observés
dans le service ; ici, l'ablation des tumeurs avait permis l’examen
h isto-bac (ériologique.
Voici ces observations très résumées.
Observation J. — A. T. B. M., 50 ans, journalier, originaire de Bougie,
entre dans le service pour chancre mou ; en l’examinant, je lui découvre,
à droite comme à gauche , des tumeurs occupant la région des trochanters.
Ces tumeurs un peu en forme de galet, lobulées, très dures, assez
mobiles sur les parties profondes, sont indolores; à leur surface, la peau
intacte peut être plissée.
Examen histo-baclêrioloyique. — Les coupes colorées à fhématéine-
éosine et avec divers autres colorants, m’ont montré à la périphérie des
nodules une couche fibreuse assez vasculaire; dans l’intérieur de la tumeur,
entre les travées fibreuses, plutôt assez rares, on ne trouvait que des lobes
composés par du tissu adipeux. •
Les préparations colorées d’abord avec le Ziehl, le Gram, puis avec le .
bleu de Unna, ne m’ont révélé la présence d’aucun micro-organisme.
Observation 11. — M. A..., 28 ans, n’est pas Kabyle, mais Arabe, origi¬
naire de Bou-Saada, il est seulement depuis un mois à Alger.
Ce journalier, lui aussi, entre pour chancrelle ; c’est en l’examinant que
je découvre une tumeur ovoïde, de la grosseur d’une noix, au niveau du
grand trochanter gauche. Cette tumeur de consistance fibreuse est assez
mobile sur les plans profonds, la peau intacte peut être plissée à sa sur¬
face. A la partie antérieure de la néoplasie, dans la profondeur, on sent
vaguement comme un tractus fibreux allant au trochanter.
Le malade se souvient de l’apparition de sa tumeur dans la seconde
enfance, elle ne l’a jamais gêné et j’ai toutes les peines du monde à
l'amener à son ablation.
La dissection montre qu’elle n’est pas très bien circonscrite, elle ne
s’énuclée pas à la manière d’un fibrome ou d’un lipome, je retrouve le
tractus fibreux dont j’ai parlé plus haut.
Examen histologique. — Cette deuxième tumeur ne ressemble pas à la
précédente, elle est à peu près exclusivement formée par du tissu fibreux ;
entre les faisceaux, de temps à autre, on voit des amas cellulaires plus ou
moins volumineux. Dans ces amas, on trouve des leucocytes, des cellules
embryonnaires, des cellules épithélioïdes, et en de très rares points, au
centre de semblables amas, j’ai vu des cellules géantes. En plusieurs
endroits, autour des vaisseaux, j’ai constaté des agglomérats de cellules
épithélioïdes, rappelant un peu ce qu’on voit dans les tuberculides.
.l’ai essayé divers colorants, le Ziehl, le bleu d’Unna, etc., je n’ai pu
mettre en évidence le moindre micro-organisme.
A ces observations, j’ajoutais celle d'un européen ayant
séjourné pas mal de temps sous les tropiques (i) et porteur
d’une tumeur, de la grosseur crune demi-mandarine, dans la
Séance du i4 Juin 191 G
343
région trochanlérienne ; le centre de cette tumeur était rempli
d’un magma blanchâtre, semi-liquide; la coque, à l’examen his¬
tologique, présentait les couches suivantes :
i° Une couche de tissu fibreux parsemée d assez nombreux
vaisseaux; 20 une couche pâle de tissu fibreux des plus nets;
3° enfin une dernière couche où le tissu fibreux avait perdu son
aspect fibril laire et, devenu homogène, prenait fortement l’éosine
qui le colorait en rouge vif; cette zone montrait en outre par
places quelques infiltrats de cellules rondes.
Là encore, je n'ai pu déceler aucun microorganisme, en parti-
culier le Discomyces Carougeaui , recherché, comme dans les
deux cas précédents, par les méthodes conseillées.
En fin de compte, dans la note en question, après avoir rappelé
les travaux de Jeanselme, de Gros, de Neveux, le mémoire
de Fontoynont et Garougeau, j’arrivais à conclure que les nodo¬
sités j uxta-articulaires qu’on rencontre aux colonies, principa¬
lement chez les indigènes, ne sont pas justiciables d’une étio¬
logie univoque,, mais renferment au contraire des cas d’origine
quelque peu disparate (2).
A côté des tumeurs peut-être d’origine mycosique et à struc¬
ture spéciale étudiées par Jeanselme, il faut tenir compte de
toute une série de tumeurs plus ou moins banales (fibromes plus
ou moins dégénérés, fibro-lipomes, etc.); puis de résidus de vieux
processus (hygromas plus ou moins calcifiés, abcès filariens,
foyers gommeux ou tuberculeux plus ou moins éteints); enfin
peut-être même de certaines tuberculides sous-cutanées (sar-
coïdes) ; dans ces conditions, les observations destinées à établir
les bases de ce chapitre de la pathologie exotique, ont besoin
d être étudiées avec toutes les ressources du laboratoire.
(1) Ce sujet ne présentait aucun des attributs de la goutte.
(2) Pour le détail, voir : Province médicale, loco citato.
3-44
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A propos de la distribution géographique
du goitre en Algérie
Par Etienne SERGENT.
M. Ch. Répin a noté l’affinité clés sources minérales et des
sources goitrigènes en Algérie (i). Se basant sur la carte (publiée
en 1912) de la distribution géographique du goitre en Algé¬
rie (2) et sur l'ouvrage fie M. Hanriot (3), il a montré que les
sources minérales se trouvent en grande majorité sur le versant
septentrional de l’Atlas, de même que l'on signale l'existence
de Tendémie goitreuse seulement sur ce versant méditerranéen.
La région comprise entre Oran et la frontière marocaine
n'avait pas été signalée comme strumigène, et M. Cii. Répin
insistait sur ce point : « des épanchements volcaniques, repo¬
sant sur du quaternaire, existent entre Oran et la frontière
marocaine; il est à penser que de nouvelles investigations per¬
mettraient de reconnaître la présence du goitre de ce côté, »
Or, voici que le médecin de Nédroma me signale l’existence
de goitres non rares dans sa circonscription (située entre la
frontière marocaine et Oran) et le médecin de Montagnac me
signale quelques cas de goitres contractés au nord de Tlem-
cen (4),
II y a lieu de compléter la carte de la distribution géogra¬
phique du goitre en Algérie en y ajoutant la région de Nédroma
et celle située au nord de Tlemcen, comme goitrigènes.
La supposition de M. Ch. Répin est donc tout à fait confirmée.
Institut Pasteur d'Algérie.
(1) Ch. R b pin. Distribution géographique du goitre en Algérie. Huit.
Soc. Pat-h. Exot., tome V, 3 mai 1912, p 299.
(2) Et. Sergent. Distribution géographique du goitre endémique en
Algérie. Bull. Soc. Path. Exot ., tome V, i4 février 1912, p. 122.
(3) Hanriot. Les eaux minérales de V Algérie , Paris, 1911.
(4) Nous adressons nos meilleurs remerciements au Dr Catiiala, de Né¬
droma, et au Dr Cubry, de Montagnac, pour les renseignements qu’ils ont
bien voulu nous fournir.
Séance du t/j Juin t 9 1 f>
u: i
A propos de l'hypothèse de la transmission
du goitre endémique par un insecte piqueur
Par Ernest de BERGEVIN et Etienne SERGENT.
M. Bouilliez a signalé l’existence (t), dans certaines régions
de l’Afrique centrale où le goitre est endémique, d'un insecte
de la famille des Kéduvides, tribu des Acanthaspidiens, Acan-
thaspis sulcipes Fabr.
Il était intéressant de se rendre compte si, en Algérie, où le
goitre endémique est fréquent (2) dans certaines localités bien
déterminées, se rencontre ce Rhynchote ou un insecte voisin.
Le genre Acanthaspis (Rediwiinæ) n’a point été rencontré
jusqu'ici dans l'Afrique du Nord.
En Algérie existent des représentants d'un genre assez voisin :
le genre Holotrichins ; mais il n’a pas encore été signalé comme
piquant spontanément l’homme. Comme genres peu éloignés des
Acanthaspis , V Ectomocoris ulalans Rossi, et, avec doute, le
Reduvius mayeti Put., ont été signalés comme piquant spontané¬
ment. L 'Ectomocoris ululans est désertique et subdésertique en
Algérie, il n’a pas été rencontré dans les régions montagneuses
proprement dites (régions goitrigènes) ; c’est d’ailleurs un ani¬
mal assez rare.
Il y a bien les Pirates : P. hybridas et strepitans qui sont
communs en Algérie, un peu partout et qui sont très voisins
des Ectomocoris , mais les espèces de ce genre ne sont pas con¬
nues comme piquant spontanément.
Il ne semble donc pas qu’il y ait, en Algérie, une relation
entre l’existence de Bhyncbotes suceurs de sang humain d une
part, et celle de l’endémie goitreuse d’autre part.
( Institu t Pasteur d ” A ! y crie) .
(1) Marc Bouilliez. Contribution à l'étude et à la répartition de quelques
affections parasitaires au Moyen Chari (Afrique centrale). Bull. Soc. Pat h.
exot ., tome IX, 8 mars 1916, p. 167.
(2) Et. Sergent. Distribution géographique du goitre endémique en
Algérie. Bull. Soc. Path. exot., tome V, \l\ février 1912, p. 122.
346
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Traitement et évolution
d’un Mycétome à grains rouges
Par A. LECOMTE et F. HECKENROTH
Au mois de mars 1 9 r 0 , notre confrère, le Docteur Jouenne,
dirigeait sur Dakar un indigène de Kaolack (Sénégal) atteint de
mycétome du genou droit.
Dans une note parue à ce Bulletin (1), M. Jouenne a rapporté
une partie de l’Histoire du malade. C’est la suite de cette obser¬
vation que nous publions à notre tour après avoir suivi le
patient pendant plusieurs mois et jusqu’à sa mort à l’Hôpital
Central Indigène de Dakar.
A son arrivée dans notre service, le 12 mars 19 1 5, le malade
est porteur d’une volumineuse tumeur du genou droit, plus
grosse qu’une tète d’homme, surtout proéminente dans la région
où l’affection a débuté, et aussi en dedans et en arrière, spéciale¬
ment dans le creux poplité où il existe comme une nouvelle
tumeur développée sur la première.
La masse dans son ensemble mesure 23 cm. de haut.
Au-dessous d’elle, la jambe est légèrement œdématiée et garde
l’empreinte du doigt. Au-dessus, la cuisse, vue de face, est
cylindrique, au lieu d’être tronconique. D’arrière, le profil tron-
coniquedela cuisse est renversé, la partie la plus mince se trou¬
vant en haut.
Dans leur partie moyenne, les membres inférieurs présentent
les périmètres suivants :
(1) Un cas de mycétome h grains rouges, par Jouenne, Huit. Soc. Pat h. Eæot.,
1910, no 9, novembre, p. 628.
Planche IX
Lecomte et Heckenroth
Mycétome du ^enou vu par la face aniéro-latérale
Ë*
Séance du i4 Juin i 9 i G 347
Le périmètre maximum se trouve donc au niveau de l’inter-
ligne articulaire.
La peau est tendue, brillante, marquée de veinosités très
apparentes sur la face postérieure et principalement sur le seg¬
ment supérieur de la tumeur.
La surface du mycétome n’est pas régulière, elle est bosselée
par de nombreuses nodosités dont beaucoup sont centrées par
une fistules à lèvres boursouflées, débordantes mais inversées.
Ces cratère ne siègent guère que sur les versants interne et
postérieur, ils empiètent à peine sur la partie interne de la face
antérieure. Ils laissent suinter spontanément et à la pression un
liquide plus ou moins purulent ou sanguinolent, odorant, con¬
tenant en suspension des grains rouges, de forme irrégulière et
de dimensions variables de 1//0 à 2/3 de mm. Un certain
nombre d’érosions à fond sanieux existent entre les cratères;
elles donnent lieu à un suintement sanguinolent continuel.
La tumeur est de consistance ferme, un peu plus dure en cer¬
tains points, pseudo-fluctuante en d’autres où on éprouve rim-
pression de fongosités. Dans son ensemble, elle est assez dure,
mais d’une dureté ni osseuse ni ligneuse, rappelant plutôt celle
du caoutchouc durci. Elle est d’ailleurs légèrement élastique,
car les tissus se laissent quelque peu déprimer, mais ne pren¬
nent pas l'empreinte du doigt. La tumeur, non douloureuse
spontanément, est légèrement sensible à la partie posléro
interne.
On note de la chaleur locale.
Les fistules sont de profondeur variable; la sonde s’y enfonce
de 1 à 2 cm. en moyenne, parfois aussi de 4 cm. et même de q?
dans le point le plus ulcéré, à la partie supérieure. Cette explo¬
ration au milieu de tissus fongueux détermine une petite hémor¬
rhagie en nappe qui s’arrête facilement par le tamponnement.
La sonde n’arrive pas sur l’os, elle est arrêtée par un tissu plus
dur, de consistance fibreuse ou cartilagineuse.
La tumeur est très peu mobile sur les plans profonds.
L'articulation du genou n’est pas atteinte; elle ne contient
aucun épanchement. La rotule est à sa place normale, on peut
la palper ainsi que l'interligne, le condyle externe du fémur et
la partie externe de la trocldée.
Les mouvements actifs du genou sont conservés ; l’extension
s’exécute complètement, la flexion dépasse l’angle droit; elle
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
est limitée seulement par le volume de la tumeur qui s’inter¬
pose entre la cuisse et la jambe. Le malade peut lever complète¬
ment le membre atteint placé en extension, les masses muscu¬
laires ne paraissent avoir subi d’autre atrophie que celle qui
procède de l’amaigrissement général.
Les ganglions cruraux du côté droit sont très engorgés, durs,
non douloureux.
L’état général est médiocre. Le malade présente de l’amaigris¬
sement, de l’inappétence, cependant les muqueuses ne sont pas
décolorées. Il n’y a pas de fièvre au moment de l’entrée; elle
n’apparaîtra que plus tard, par poussées irrégulières et spécia¬
lement à l'occasion des cures diodure.
L’examen des divers organes, notamment de l’appareil pul¬
monaire, ne révèle rien de particulier.
A l’examen radiographique du mycétome, on perçoit 3 zones :
une centrale, en forme d’éponge, grosse comme les 2 poings,
accolée à la face postéro-interne du fémur ; une intermédiaire,
moins foncée, de 2 cm. d’épaisseur ; enfin une 3e externe, com¬
prenant le reste du tissu cellulaire sous-cutané et la peau, d’en¬
viron 7 à 8 cm. d’épaisseur. Les os sont intacts.
Traitement. — Le malade est mis à l’iodure de potassium à
doses croissantes (2, 4, 6 g.) et à l’arrhénal, du 22 mars au
8 avril, date à laquelle une diarrhée d’intolérance oblige à sus¬
pendre le traitement.
Au i5 avril, on note une grosse amélioration locale: diminu¬
tion de volume (périmètre maximum 59 1/2 au lieu de 70),
diminution du suintement, de l’odeur, arrêt des hémorragies,
affaissement des boursouflures, cicatrisation de nombreux cra¬
tères, disparition de l’inflammation et de la douleur à la pres¬
sion. La flexion de la jambe est plus étendue, la mobilisation de
la tumeur sur les plans profonds est plus facile, il existe même
un certain degré de mobilisation active.
Traitement. — Le traitement ioduré est repris à l’intérieur.
On y ajoute des injections interstitielles dans la tumeur d’une
solution d iodure à 3 0/0, 3 injections, de 2 cc. chacune, tous
les 5 ou 6 jours. O11 remplace bientôt ces injections interstitiel¬
les par des injections d’une solution iodo-iodurée dans les trajets
fistuleux.
En avril, il se produit de l'infection par le pyocyanique.
Au 6 mai, la tumeur a encore diminué, le suintement est assez
«
Séance du i4 Juin 1916
349
considérable, mais plus clair et sans odeur, un certain nombre
de cratères se sont rouverts, le pyocyanique a à peu près disparu.
I^a diarrhée iodique reparaît.
Dans le courant du mois, l’état général s’altère, les muqueu¬
ses se décolorent.
Traitement. — Injections de cacodylate de soude. Cachets de
protooxalate de fer.
Le 3 juin, le périmètre maximum de la tumeur est de o m. 54,
mais le malade présente de la trachéo-bronchite, puis une pous¬
sée congestive du sommet des poumons avec toux, douleur rétro¬
sternale, expectoration rare et sans caractères, signes d'indura¬
tion des sommets surtout à droite. La fièvre qui, jusqu'alors,
n’avait été constatée que de loin en loin, devient presque con¬
tinue, s’élevant sous l’influence des cures d’iodure, peu ou pas
influencée par la quinine, mais paraissant céder temporairement
aux injections intra-veineuses de collargol (6 injections).
Le thermomètre monte, irrégulièrement, jusqu’à 3g°.
Le mycétome ne cesse de décroître. Son périmètre, qui est de
o m. 5o le 5 juillet, diminue de 8 cm. en 2 mois (o m. 42 le
8 septembre).
Malheureusement, pendant que la tumeur diminue, l’état
général s’aggrave de plus en plus malgré l’atténuation des phé¬
nomènes pulmonaires. Le malade dépérit pendant le mois
d’août, comme chaque fois qu’on tente de reprendre l’iodure.
Alors que sa taille est élevée (1 m. 76 environ), son poids passe
de 5g kg. 5oo le i3 juillet à 45 kg. 3oo le i4 septembre.
La fièvre vespérale et la diarrhée persistent, l'œdème cachec¬
tique des extrémités apparaît et le malade s’éteint le 21 septem¬
bre 1915.
Autopsie. — Homme cachectique.
Les poumons présentent des adhérences presque totales avec
la paroi costale et le médiastin, surtout à droite. Ces adhéren¬
ces sont peu anciennes et cèdent facilement à la traction. Pas de
tubercules ni de cavernes dans les poumons qui sont pâles,
dique droite, de chaque coté du phrénique.
Epanchement péricardique post-mortem.
Cœur petit, pâle, recouvert de dépôts fibrineux. Valvules nor¬
males.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le foie est volumineux, mais il ne présente macroscopique¬
ment/ rien d’anormal.
La rate, qui est de consistance et de volume normaux, est
couverte de plaques un peu surélevées, de dimensions variables
(une lentille en moyenne), de coloration rouge violacé ou rose.
Pas de périsplénile.
Sa section montre un nombre considérable de nodules, tassés
les uns contre les autres et de meme coloration que les plaques
surélevées rencontrées à la surface de l'organe. Le tissu spléni¬
que est comme truffé par ces nodules dont la coloration rouge
très marquée nous a fait un moment songer à la possibilité d’un
envahissement de la rate par le mycétome, analogue à celui ren¬
contré par Bouffard à Djibouti dans un cas de mycétome à
grains noirs (communication orale). Nous n’y avons cependant
trouvé aucun grain rouge et les coupes nous ont seulement
montré la transformation presque complète du tissu splénique
en nodules tuberculeux, à des stades d évolution differents, dans
lesquels on rencontre de très rares bacilles de Koch. Pas de fila¬
ment mycélien; aucune spore de Nocardia Petletieri.
Le foie est également envahi par la tuberculose. Les lésions
y sont peu nombreuses encore, mais on y trouve des follicules
tuberculeux très nets et des bacilles de Koch rares.
Rien à l'examen microscopique des surrénales.
Les autres organes abdominaux paraissent normaux macro¬
scopiquement.
La tumeur mesure dans son plus grand périmètre 38 cm., le
genou sain 33. Quelques fistules persistent, donnant issue par la
pression à un peu de pus ; à la coupe, leurs parois et le cul de-
sac qui les termine apparaissent noirâtres. On ne constate des
grains ronges qu’en un seul point.
Dans l’intervalle des traiets fistuleux, la tumeur est transfor-
mée en un tissu scléreux, larda cé, dur.
Les surfaces articulaires, os et synoviales, sont indemnes. La
périoste présente par places un peu de congestion et d’épaissis¬
sement.
Conclusions. — Notre malade a succombé à une tuberculose
généralisée, à évolution insidieuse, dont la marche pourrait bien
avoir été précipitée par le traitement ioduré.
Mais l’observation reste intéressante, car elle montre faction
Séance dit \[\ Juin 1916
351
nettement favorable de l’iodure de potassium, meme donné par
la voie buccale, sur l’évolution du mycétome à grains rouges.
Ce fait est à rapprocher des constatations analogues faites, à
l’occasion de tumeurs à grains jaunes, par Ch. Nicolle à Tunis
et par Mise à Camaran (r).
(Travail, de /' Hôpital Central Indigène
et du Laboratoire de Bactériologie de Dakar).
Epidémie de fièvre ondulante
à Arzew et Saint-Leu
(Dép. d’Oran, Algérie) en 191 5
1
Par Edm. SERGENT, L. NÈGRE et L. 130R1ES.
Dans un travail récent (2), nous avons signalé la diminution
des cas de fièvre ondulante dans les départements d'Alger et de
Constantine, où depuis deux ans nous n’avons trouvé que quatre
cas de cette maladie, tous diagnostiqués par les épreuves
d’agglutination et par l’hémoculture. Pareille diminution n’a
jamais été constatée dans le département d’Oran. Cette région,
et en particulier celle d’Arzew, a toujours été un foyer actif de
fièvre ondulante.
En 1907, deux d’entre nous (3) ont étudié une grave épidémie
qui désolait le village de Kléber depuis deux ans. En 1912,
Séjournant (4) est allé étudier sur place plusieurs nouveaux cas
de fièvre ondulante qui s’étaient manifestés depuis le mois de
février dans la meme localité et en a rapporté une race de
M. melitensis isolée par l'ensemencement de l'urine d'un
malade. .
(1) E. Pinoy, Traitement des mycétomes. Bull. Path. Exot ., t. VI, iqi3,
p. 710, no 10.
(2) Edmond Sergent et L. Nègre. La fièvre ondulante en Algérie. Revue
(T Hygiène et de Police sanitaire , t. XXXVI, n° 5, mai 1914, p- 49 3.
(3) Edm. Sergent et L. Bories. Etudes sur la fièvre méditerranéenne dans
le village de Kléber (Oran) en 1907. Annales de l'Institut Pasteur, t. XXII,
avril 1908, p. 217.
(4) Séjournant. La fièvre méditerranéenne en Algérie en 1912. Annales de
l'Institut Pasteur, t. XXVII, n« 10, 26 oct. 1913, pp. 828-838.
352
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
De 1910 à 1915, nous avons fait, dans le service des analyses
de l’Institut Pasteur d’Algérie, un très grand nombre de séro¬
diagnostics positifs pour des malades d’Arzew, Kléber, Saintc-
Léonie, Saint-Cloud et Oran, attestant que tous les foyers d'in¬
fection ne s’éteignaient pas.
En effel, au printemps de l’année 19 15, il s’est produit dans
les localités d’Arzew et de Saint-Leu une nouvelle poussée de
fièvre ondulante qui emprunte aux circonstances des caractères
particulière m eut i n lé ressauts.
Cette épidémie a sévi de février à mai et a atteint 20 per¬
sonnes : i3 militaires sur un effectif d'environ 10.000 hommes,
7 civils sur une population d’un chiffre équivalent; les agglomé¬
rations de Saint-Leu et d’Arzew ont fourni un nombre à peu
près égal de malades. Toutefois il est à remarquer que les pre¬
miers cas provenaient de Saint-Leu et que la plupart des cas
d’Arzew étaient observés chez des militaires ayant cantonné à
Saint-Leu, 1 ou 2 mois avant leur entrée à l’hôpital .
A l’exception de trois cas pour lesquels les prélèvements de
sang n’ont pas été faits, les sérodiagnostics ont été positifs, —
après chauffage du sérum à 56° pendant une demi-heure, — à
un taux élevé : r/5oo et 1/1000. Trois malades avaient un pou¬
voir agglutinant plus faible : i/5o et 1/100.
Le tableau page 353 indique les principaux symptômes et les
complications observées chez chaque malade.
La durée de la maladie, qui n’a été que de 35 jours chez deux
malades, a été en moyenne de 2 à 3 mois et s’est prolongée jus¬
qu’à 5 et 6 mois chez quatre autres. A noter 3 morts (35e jour,
45e jour, 85e jour).
Dm 'ée de la maladie
La maladie a été plus grave chez les militaires puisque trois
en sont morts et que presque tous les autres ont subi une longue
incapacité, du fait de la faiblesse générale, de la dépression
nerveuse et des diverses complications telles que : douleurs,
Séance du i4 Juin 1916
354
Bulletin de la Société de Pathologie exoiique
orchite, pneumonie, congestion pulmonaire, déterminées par
l’infection mélitensique.
A).îou.aae._ 0îtoiX à'/?>-a*Y>.ovtLag.tc ^iCU>ViÂc^iA.e, .
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A. — Au point de vue clinique, les cas observés peuvent se
ranger ainsi qu’il suit, d’après leurs caractères dominants :
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I
1 . Affection fébrile sans caractères spèciaux bien marques. .
2. Affection fébrile à allure typhique .
3. Orchile d’une durée de 3 mois .
4. Névralgie sciatique double de longue durée (3 mois).
5. Dépression nerveuse, douleurs et quasi soudure de toutes
les articulations, amaigrissement .
3
I
1
1
cas
Séance du \l\ Juin kjiG
00 O
H. — Nous avons observé des complications qui peuvent être
classées parmi les complications rares de la fièvre ondulante.
G. Ulcération gastrique ayant causé la mort par hémorragie après un
mois et demi de maladie.
7. Bronchopneumonie (guérison).
8. Congestion pulmonaire double et mgocardite ayant amené la mort
après 3 mois et 3 semaines de maladie.
9. Syndrome méningé suivi de mort au cours d'une défervescence
fébrile.
Les circonstances nous ont empêché d’aller sur place faire
une enquête sur l’épidémie de 1916, mais les deux travaux
signalés plus haut avaient déjà établi l’infection mélitensique
des animaux domestiques de la région.
Edm. Sergent et Bories avaient trouvé en 1907 une agglutina¬
tion positive pourles laits de chèvre dans la proportion de 3,3 0/0
et pour les sérums de 6 autres animaux (chevaux, ânes, chiens).
Séjournant a trouvé également en 1912 des laits de chèvre et des
sérums de chevaux, mulets et ânes, agglutinant le M. melitensis..
Les animaux domestiques de cette région paraissent donc héber¬
ger le M. melitensis à l’état enzootique. Si la poussée épidémique
de t 9 1 5 a été particulièrement forte, c’est qu elle a probable¬
ment trouvé un terrain favorable sur les militaires, sensibilisés
par le changement de milieu et la fatigue physique.
Sans en tirer aucune conclusion, puisque nous n’avons pas
pu observer les troupeaux de chèvres au moment de l’épidémie,
mentionnons que la plupart des malades ont bu du lait de
chèvre non bouilli ou mangé du fromage frais de chèvre.
Pour 2 malades sur 17, on ne peut pas attribuer la contami¬
nation à l’ingestion de lait cru ou de fromage frais de chèvre :
Un seul malade n’a jamais bu de lait de chèvre ni mangé de fromage
frais de chèvre.
356
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Un malade ne buvait que du lait de chèvre bouilli et n’a jamais mangé
de fromage frais de chèvre.
Six malades sur 17 11e buvaient pas de lait cru de chèvre, mais
ont mangé du fromage frais :
Deux malades ne buvaient pas de lait de chèvre, mais ont mangé une
seule fois du fromage frais de chèvre, un mois avant leur maladie.
Quatre malades ne buvaient que du lait de chèvre bouilli, mais man¬
geaient des fromages frais de chèvres.
Neuf malades sur 17 ingéraient du lait cru ou du fromage
frais de chèvre.
r E11 tout cas, que la contamination par les chèvres ait été
directe ou indirecte, il semble bien que la persistance de la
fièvre ondulante dans POranie est due à la race spéciale de
chèvres utilisées dans cette région.
Les départements d'Alger et de Constantine ont vu une dimi¬
nution frappante des cas de fièvre ondulante depuis l’arrêté
de 1908 qui interdit les importations de chèvres maltaises en
Algérie. Mais les chèvres du département d’Oran appartiennent
rarement à la race maltaise ; elles sont presque toutes de la race
espagnole de Murcie.
W. H. Horrocks et les médecins anglais de Gibraltar ont
montré que cette possession anglaise, contaminée par les chèvres
maltaises, a contaminé à son tour les villes espagnoles voisines.
Dans ces conditions, comme nous l’avons déjà dit, il semble¬
rait nécessaire, en présence de cette persistance de la fièvre
ondulante dans l’Oranie, de compléter l’arrêté du 4 mars 1908
par de nouvelles dispositions interdisant l'importation en Algérie
des chèvres venant d’Espagne ou du moins les soumettant à un
examen bactériologique approfondi.
Institut Pasteur d'Algérie.
Un nouveau flagellé des plantes :
Leptomonas Elmassiani
Par L.-E. MIGONE.
L’année dernière, — pendant une excursion pratiquée dans les
marécages du Rio Salado (rivière salée), par où s’écoulent les
Séance du i/j Juin 1916
357
eaux du lac lhpacarai, à proximité de l’Assomption, à cause
d’une épidémie de a Mal de Caderas » qui venait de se dévelop¬
per chez les « Carpinchos », Hydrochœrùs capybara (L.), — me
rappelant les travaux de Lafont sur certaines espèces d’Euphor-
bes, dans File Maurice, ceux de Carrougeau et Lafont à Tama-
tave et Diego Suarez et de Noc et Stévenel aux Antilles, je
m’arrêtai à examiner le. suc ou sève des plantes qui croissent
dans ces régions, au milieu d’une végétation vraiment exubé¬
rante. Line d’elles m’intéressa tout particulièrement, et ce fut
une Asclépiadacée : Arciujia angustifolia (Gris.) qui, au prin¬
temps, de septembre à décembre, couvre de ses branches
excessivement délicates et de son épais feuillage, les arbres qui
se trouvent à proximité.
En examinant au microscope le suc lactescent de cette plante,
avec une bonne lentille à immersion, on observe que les lines
granulations, en émulsion dans le liquide gommeux, sont en
mouvement continuel, ondulatoire, qui leur est communiqué
par un être complètement invisible en raison de sa transpa¬
rence. Ce mouvement peut durer dans la préparation plus de
24 heures.
Après avoir étendu le latex sur des lames, après l'avoir fixé
par la chaleur et l’avoir coloré lentement avec 12 gouttes de la
solution colorante de Giemsa, dans 3o g. d’eau distillée, pendant
12 h., nous obtenons la démonstration parfaite de ce que le
mouvement vibratoire, observé dans le liquide, est effectivement
produit par des êtres organisés semblables à ceux trouvés par
Lafont dans les Euphorbiacées. Ce microorganisme se trouve,
en général, dans toute la plante, et dans toutes celles de la
même espèce qui habitent la région.
La tige, les branches grimpantes, les radicelles, les feuilles,
le calice de la fleur, le fruit, vert ou mur, se trouvent envahis
par d’innombrables Leptomonas.
Pendant l’hiver, de juin à septembre, quand la plante se
trouve réduite à son tronc et à ses fines tiges, ses parasites ne
disparaissent pas. En général, les courbures des branches et
l’écorce du fruit contiennent plus de parasités que les autres
parties de la plante.
Cette plante, transportée dans une autre localité, dans une
autre terre, à l’Assomption, par exemple, malgré la facilité avec
laquelle elle se développe, perd peu à peu ses parasites. De
M
358
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
même, les plantes nées de graines infestées ne sont pas para¬
sitées.
Quand on brise les feuilles ou la tige, une odeur désagréable
se dégage, et j’ai pu observer qu’aucun animal n'y touche. Aucun
insecte ne vit sur elle.
.. *■
Le microorganisme est excessivement tenu et fragile. Les fixa¬
teurs en général ne lui conviennent pas; l’alcool semble dissou¬
dre ses chromatines ; les fixateurs de Zenker et de Schaudinn,
qui exigent de longs lavages consécutifs, ne m’ont pas, non
plus, donné de bons résultats pour la coloration. Seule la cha¬
leur à ioo° offre de grands avantages sur les liquides fixateurs.
La solution colorante préférable est celle de Giemsa, comme je
l’ai déjà dit.
Le corps est finement granuleux avec l’extrémité antérieure
terminée en pointe mousse et la postérieure en pointe effilée,
en forme de ruban tordu sur lui-même.
Il présente un gros noyau fortement coloré par les colorants
basiques; du centrosome ou blépharoblasle, part un filament
qui traverse la partie antérieure du parasite en passant par sa
partie médiane et sort à l’extérieur en se prolongeant en ondu¬
lations ; il dépasse le corps parasitaire des 3/4 de sa longueur.
Ce cil ou flagelle se colore imparfaitement par la solution de
Giemsa, mais il se colore mieux par la solution de violet de
gentiane aniliné.
Ce flagelle et l’extrémité postérieure en forme de ruban ser¬
vent d’organes de locomotion et c’est par eux que se produi¬
raient les mouvements vibratoires en divers sens des fines parti¬
cules amylacées émulsionnées dans le latex. Je n’ai pu observer
aucun bord filamenteux, aucune membrane ondulante, comme
t n
chez les Trypanosomes, parasites très semblables, nous le sa¬
vons, aux Leptomonas.
La multiplication s’effectue par division longitudinale ; on
rencontre très souvent deux parasites accollés par les extrémités
postérieures, stade final d’une division.
Les premiers indices d’une division sont le grossissement du
corps et l’apparition d’un autre blépharoblasle. Avant que la
division ne soit complète, on voit déjà des cils qui partent de
leurs centrosomes.
Le parasite mesure sans le flagelle i4 à i5 u. de longueur et
Séance eu i4 Juin i <j i G
3o9
i 1/2 à 2 (jl de largeur. H y a peu de formes intermédiaires, la
piriforme sans cil étant la plus commune.
Tous les individus en régression prennent la forme de crois¬
sants, perdent leur flagelle, leur blépharoblaste, et leur colora¬
tion devient plus difficile.
J’ai essayé de pratiquer des injections hypodermiques et
intrapéritonéales aux animaux avec du latex dilué dans un
sérum physiologique, afin de voir si la vie des parasites était
possible dans ces conditions, mais mes efforts furent infruc¬
tueux, parce que des septicémies d’un autre genre faisaient
succomber ces animaux peu de jours après leur inoculation.
Ce parasite est plus court que celui de David, décrit par
Lafont dans les Euphorbiacées. Il est constant dans toute la
plante et dans toutes celles de la même espèce de la région
infestée. Ce microorganisme est un parasite d’une famille de
plantes, très distante des Euphorbiacées, celle des Asclépiada-
cées. Pour ces raisons, je me permets de lui donner le nom de
Leptonionas , à cause de ses caractères généraux, et d ' Elmassiani,
en souvenir de mon ancien professeur et compagnon de tra¬
vail.
;<
Parasitologie de certains animaux du Paraguay
Par L.-E. MIGONE.
J’ai examiné de préférence les animaux de mon pays qui
vivent dans les rivières, les marécages et les endroits humides
ou sujets aux inondations, soit oiseaux ou reptiles, soit poissons
ou mammifères.
Ees parasites prédominants sont : les Hémogrégarines, les
Trypanosomes, les Microfilaires, les Myxosporidies, et un para¬
site assez mal connu aujourd’hui : les Einguatules.
Oiseaux. — Theristicus caudatas (Bodd.), fam . fbidœ, (Ku ru-kâu ,
nom guarani). Cet oiseau qui s’alimente et vit dans les endroits
bas et humides, présente une assez grande quantité de trypano¬
somes dans le sang. Ce trypanosome est assez long, mesure trois
fois le diamètre longitudinal du globule rouge. Ses mouve-
360
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ments sont rapides. Le noyau est assez gros, riche en chroma¬
tine; centrosome manifeste, net ; protoplasma granuleux et
membrane ondulante enveloppant deux fois le corps. Fixation
alcool. Coloration systématique Giemsa.
Butor ides striata (L.), f. Ardeidœ (lloko-i). Cet oiseau habite
les endroits franchement marécageux et présente aussi un try¬
panosome dans le sang, très semblable au précédent.
Le Tigrisoma inarnioratum (Vieill.) (Hoko-hovi ou Hoko-
parà) et le Syrigma sibiUilrix (Temm.) (Kuaraih-mimbih),
L Ardeidœ, qui vivent aussi dans les endroits marécageux, ne
présentent pas de parasites.
J'ai étudié avec beaucoup d’attention le sang des plus com¬
muns parmi les Anatidœ : Metopiana peposaca (Vieill ) (Yhpé-
peposacà) ; Nettium brasiliense (Gen.) (Yhpé-i ou Yhpé-ku-liri) ;
Dendrocggna viduata (L.) (Ylipé), mais aucun d’eux ne présente
de parasites.
Le Tuyuyii, Tantalus americanus (L.), l'un des plus grands
Echassiers, a des trypanosomes dans son sang. Ce trypanosome
est plus gros que le premier signalé, mais aussi long que lui.
Poissons. — Nos rivières et nos lacs sont très riches en diver¬
ses espèces de poissons, dont beaucoup vivent de végétaux ou
de restes organiques de toutes sortes sans exception. Les pois¬
sons sans écailles nous offrent généralement des parasites et
beaucoup plus que les autres.
Le Pseudoplatystoma coruscans (Agass.), Siluridœ (Surubi ou
Pirâ-para en guarani), est un poisson sans écailles, assez com¬
mun dans les grandes eaux; le sang est infecté d'Hémogrégari-
nes ; la peau est pleine de Myxosporidies et le canal intestinal,
la cavité péritonéale, le tissu sous-pleural et les muscles
costaux sont envahis par une Linguatule ou des kystes de Lin-
guatule.
Le Tangua ou ltauguâ, Doras armatus (Cuv.), appartenant aussi
aux Siluridés, est aussi très souvent, comme le Surubi, infecté
de parasites.
Loi autre Siluridé, peut-être le plus grand de nos poissons,
également sans écailles, le Zungaro rnangarus (Val.), Mangu-
ruyu ou Pira-guasû, est généralement infecté d’Hémogrégari-
nes, de Myxosporidies et de Linguatules.
Séance dit. i ^ Juin 191G
36 «
Des Dasyatidés, le Potamotrygon humboldti (Roullin) ou
Dyavevihi, est habituellement infecté de Myxosporidies.
Chez les Charasidés, le Prochilodus argenteus (Agass.) ou
Kharihmbatà et le Iloplias malabar icus (Bloch) présentent des
infections mixtes de Myxosporidies et de Linguatules dans les
organes internes : rate, foie, péritoine, et dans les branchies.
Reptiles. — Le Dyacaré-hu, Caïman solerops (Schneid.) est
celui qui contient le plus de parasites : dans son sang et les
organes internes, Hémogrégarine et Microfilaire ; dans la cavité
abdominale et dans les premières voies respiratoires, abondent
des kystes de Lingualule. Tous ces parasites peuvent être trou¬
vés sur le même sujet.
Le Tedyü-hovih, Ameiua ameiva (L.) et le Tedyu-guasii, Tupi-
nambis tegaixin (L.) sont aussi atteints d’Hémogrégarines.
Parmi les Ophidiens, j’ai étudié le sang du Sukuri, Eunectes
murinus (L.), du Nyacaninâ-hu, Spillotes pullatus (L.), des
Mboi-hovihs, Phylodrias Schotti et Olfersii (Licht.), du Kihrih-
riho, Lachesis neuwiedi (Wagl) et tous manifestent la présence
d ’ H é m o gréga r i n e s .
Mammifères. — Les mammifères infectés de Microfilaires sont:
l’Aguarâ-guasü, Canis jubatus (Desm.), le Carpincho, Hi/drochœ -
ras capybarn (L. ), le Kyhdyn, Mijocastor coj/pas (Mol.), l’Aguarâ-
popé, Proctjon cancrivorus hrasil iensis (Jhering).
H existe donc, dans le centre de l’Amérique du Sud, des para¬
sites parfaitement identiques à ceux déjà connus dans l’Ancien
continent et dans d’autres contrées d’Amérique.
Je connais les intéressants travaux du Professeur Carini, Direc¬
teur de l’Institut Pasteur'de Sâo Paulo, sur les Hémogrégarines
du Mas decumanus (1), sur celles du Phylodias Schotti (2), du
Tupinambis tagaixin et du Caïman.
D’autre part, le Professeur Laveran et Mme Phisalix ont fait
récemment une étude assez longue et étendue sur l’Hémogréga¬
rine d’une Vipère américaine, le Lachesis alternatus (3).
1 . Ilevista da Sociedade Scientifica de Sdo Paulo, 5 août 1910.
2. Idem, sept. 1910.
J. Bulletin de Pathologie Exotique, 191J.
362 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
J’ai renouvelé toutes ces études sur des animaux de la même
espèce existant dans mon pays, et, en me servant de ces travaux
comme base pour les miens, j'ai poursuivi mes investigations
sur les espèces énumérées plus haut.
Hémogrégarines. — Le sang du Zungaro mangurus , du Dora
armatns et du Pseudoplatystoma , présente une Hémogrégarine
réniforme avec un noyau central caractéristique, qui occupe
toute la largeur du parasite, avec très peu de granulations pro¬
toplasmiques et une membrane périphérique fort mince. Ces
parasites se trouvent logés dans les globules rouges et jamais
dans les leucocytes. Ils se développent dans le protoplasma cel¬
lulaire, déplaçant le noyau vers la périphérie, et, à mesure que
le parasite croît, le globule rouge se déforme et se détruit. La
grégarine se développe comme un vermicide, jusqu’à ce qu’elle
abandonne le globule hématique.
Quand on observe une préparation humide de sang, on voit
les hémogrégarines se déplacer dans le plasma sanguin avec un
mouvement lent vermiculaire. Dans cet état, état globulaire, ils
prennent difficilement une bonne coloration.
Dans le foie et la rate, on trouve de petits kystes à l’intérieur
desquels se dessinent les phases de la multiplication schizogo-
nique.
En outre de la forme vermiculaire du parasite, on trouve des
formes sphériques avec une riche masse chromatique, qui, pro¬
bablement, sont des individus de sexualité distincte.
Dans les globules rouges de ces divers poissons, on ne trouve
pas plus d’un parasite. Il n’en est pas de même dans le sang des
Lachesis alternatus (Mmo Phisalix et Laveran) ou dans celui de
L. Neuwiedi, dont quelques globules en contiennent deux ou
trois. Comme chez les poissons déjà étudiés, leurs Hémogréga¬
rines se ressemblent beaucoup, je crois qu’elles doivent être de
la même espèce.
Myxosporidies. — Les Myxosporidies, très longuement étudiées
chez les poissons d’Europe, se rencontrent aussi chez ceux du
Paraguay.
Chez les poissons sans écailles, il se forme dans toute la paroi
du ventre des tubercules sous-épidermiques. Dans mon pays, on
les considérait comme des kystes de vers, mais, en les dissé-
Séance du 1 1\ Juin 1910
303
quant avec soin, on peut extirper un tubercule blanchâtre de
2 à 3 mm. de diamètre. Une légère pression crève ces kystes,
qui laissent échapper un liquide laiteux plein de Myxosporidies.
Quand le poisson a des écailles, ces tubercules se trouvent
dans les branchies, le foie, la rate et le tissu sous-pleural. Le
sang et le tissu musculaire ne sont pas envahis par eux.
Microfilaires. — Chez le Caïman sclerops , Y Hydrochœrus
capybara, le Canis jabatus et le Mijocastor coypus, j’ai trouvé
dans le sang, la rate et le foie un grand nombre de Microfi¬
laires.
En général, les animaux atteints de Microfilaires sont malades,
lis manifestent quelques particularités de vie, s’éloignent des
marécages, maigrissent et il est relativement facile de les chas¬
ser, parce qu’ils se défendent fort peu.
Le foie de ces animaux est plus obscur que le foie normal,
mais sans avoir augmenté de volume. La vésicule biliaire est
énorme.
Le sang et les frottis des organes internes présentent d’abon¬
dantes Microfilaires enveloppés dans une bourse gélatineuse
hyaline ou complètement nues. Le parasite est annelé et gra¬
nuleux, avec noyaux périphériques.
Comme il s’agit d’observations pratiquées sur des animaux
sauvages, attrapés par des chiens ou tirés à coups de fusil, il
n’est pas possible de compléter les nombreuses phases de
l’étude des Microfilaires et encore moins d’en déterminer les
espèces.
Linguatules. — Les Linguatules, très mal connues jusqu’à pré¬
sent, sont assez communes chez les poissons qui proviennent
d’eaux contaminées par> des matières organiques en décomposi¬
tion. A l'Assomption, on en trouve assez souvent chez ceux qui
viennent de la rivière Confuso ou des ruisseaux voisins et
même chez ceux du llio Paraguay. Non-seulement, on les trouve
chez les poissons, mais encore chez le caiman et d’autres mam¬
mifères déjà signalés.
Quand on trouve un poisson infecté, on observe à première
vue dans la cavité abdominale de nombreuses Linguatules et
des kystes de petites Linguatules. Le péritoine, l’épiploon et
le péritoine pariétal logent communément ces parasites.
1
364 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ce qu’il y a de particulier, c’est que cet Arthopode pénètre
par le canal intestinal, ayant toujours la tête dirigée vers la
cavité péritonéale.
A côté de parasites bien développés de i à 3 cm. de long, il y
a aussi de nombreux kvstes de i à 3 mm. de diamètre, contenant
un peu de liquide et un vermicule complètement formé avec ses
pseudo-articulations et ses bons crochets.
Suivant les caractères généraux du parasite, il me semble être
en présence du Linguatala serra ta.
Comme je l’ai déjà dit, ce parasite se rencontre non seule¬
ment chez les poissons, mais encore chez les mammifères, qui
se nourrissent des poissons morts, qui se trouvent sur les bords
des rivières ou des lacs desséchés; c’est le cas du Canis jiibatds
et du Procyon cancrivoras brasiliensis.
Il est possible que les exemplaires de Linguàtules, trouvés
par Darltng et Vianna, aient pour origine alimentaire des pois¬
sons mal cuits, mal préparés ou peu propres à l'alimentation.
Les Filaires des Rapaces
(Falconiiformes et Strigiformes),
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
1. La plupart des auteurs décrivent sous le nom de Filqrici
attenuata Run., 1819, la Pilaire qui se rencontre le plus commu¬
nément dans les sacs aériens des Rapaces diurnes (Accipitres ou
Falconiiformes).
Il y a là une erreur qu’il importe de relever.
C'est en i8o3 que Rudolphi (i) a employé pour la première
fois le nom de FUaria attenuata, en l’appliquant à des Vers qu’il
avait récoltés dans l’abdomen d’un Corvus cornix , et qu’il assi¬
mila aux « Lombrichi » trouvés par Reoi dans le ventre des
Corbeaux et Corneilles, ainsi qu'aux « Ascarides » recueillis par
PALLAsdans la cavité thoracique et les poumons des Corneilles.
Disons tout de suite que ce nom ne nous paraît pas suscep-
(1) Rudolphi, Neue Beobachlungen ü ber die Eingeweidewürmer. Arch. f.
Zoot. 11. Zoot ., III, 2, i8o3, p. 3
Séance du \f\ Juin 1916
/ \
363
tilde d’être conservé, parce que Zeder l’a employé à la même
date (1) pour un parasite des chenilles, et qu’un traité comme le
sien mérite d’autant mieux d’assurer la priorité qu’à cette épo¬
que les éditeurs avaient l'habitude d'antidater les ouvrages,
alors que le plus souvent les journaux paraissaient avec un
certain retard. Du reste, l’abandon de ce nom eu ce qui concerne
la Pilaire des Corvidés fera disparaître une source de confusion.
C’est pourquoi, en classant dans notre genre Diplotriœna le
Filaria attennata Rud., i8o3, non Zeder, i8o3, nous avons
adopté U dénomination de Diplotriœna tricaspis (Pedtshenko,
Bientôt, d’ailleurs, la question se compliquait. En révisant le
groupe des Pilaires, Rudolpiii (2) arrivait à grouper, sous ce
nom de Filaria attennata, un mélange confus de formes vivant,
soit dans les cavités du corps, soit en d’autres points très variés,
non seulement chez les Corvidés, mais chez des Palconiiformes
et même des St rigi formés.
A compter de ce moment, les helminthologistes ont suivi les
errements de Rudolpiii, et bon nombre d’entre eux en sont même
arrivés à considérer Fil. attennata Rud. comme un parasite
propre aux Acci pitres.
Cependant, dès 1 858, Molin (3) faisait un départ très net
entre les Pilaires des Corvidés, celles des Palconiiformes et celles
des S tri g i for mes.
En premier lieu, il ramenait le Filaria attennata, Rud. à peu
près à ses limites primitives, en le considérant comme un para¬
site des cavités du corps — évidemment les sacs aériens et leurs
dépendances — des Corvidés. Cependant, il mentionne parmi les
hôtes de cette espèce d’autres Passeriformes : Stnrnefla , Cassi¬
ons, voire un Pic (Colaptes ) et même un Ciconiiforme (Ardea), ce
qui suscite quelques réserves. Mais il montre clairement que
cette Pilaire est une forme à armure chitineuse périœsopha-
gienne, caractère principal de notre genre Diplotriœna.
Quant au Filaria attennata Rud., 1819 ( pro parte), parasite des
Accipitres, il eu fait une espèce tout à fait distincte, à laquelle
il applique le nom nouveau de Filaria foveolata . Cette création
(1) Zeder, Naturgeschichte, i8o3, p. 38.
(2) Rudolpiii, Synopsis, 1819, p. 4 et 208.
(3) R. Molin, Versueh einer Monographie der Filarien. Sitsungsùer. d. k,
Akad. d. Wissenscft \.,math.-nat . CI vol. 28 (1857-1858), p. 365*46i, Taf. [-11 .
\
'<#k
366 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de nom n’était cependant pas nécessaire, car — en négligeant
ceux de Filaria falconis Gmelin, 1790 et de F. Falconum Rud.,
1809, qui sont des nomina nuda — Rudolpiii (i), en 1819, avait
décrit en quelques mots, mais d’une façon suffisamment claire,
des Vers à lui envoyés, sous le nom de Filaria tendo , par Nitzscii,
qui les avait recueillis en abondance dans les sacs aériens laté¬
raux d’un Falco peregrinus. GiEBEL(2)a publié, en 1866, la descrip¬
tion de ce parasite d’après le manuscrit laissé par Nitzsch. Il y a
donc lieu de restituer à la Filaire commune des sacs aériens du
Faucon pèlerin le nom de Filaria tendo Nitzsch, 1819, celui de
F.foveolata tombant en synonymie.
Molin signale en outre cette espèce dans la cavité abdominale
de Falco lanarias et F. lilhofalco , ainsi que dans les oreilles et
les narines de Cïrciis cyaneus. Il y rapporte meme les Filaires
trouvées dans les cavités du corps du Corons fragile gus en Suisse,
par Ecker, et du T hanmophilns staguras, au Brésil, par Natterer.
Pour ces deux derniers cas, des réserves s’imposent.
Si claire et si fondée que fût la séparation établie par Molin,
l’erreur commise par Rudolpiii, loin de disparaître, ne fit que
s’aggraver. C’est ainsi que Schneider (3) — qui semble d’ailleurs
avoir totalement ignoré les travaux de l’helminthologiste italien
— décrivit de nouveau, eh 1866, la Filaire des sacs aériens de
Falco peregrinus sous le nom de Filaria attenuata Rud., tout en
faisant remarquer à son tour que les Filaires de Strix et de
Corons glandarius représentent des espèces distinctes.
Par contre, von Linstow (4), douze ans plus tard, fournit sous
le nom de F. fooeolata Molin la description et la figure d’une
Filaire intra-abdominale de Falco peregrinus ; mais, reprenant
en 1899 (5) l’examen des exemplaires du Musée de Berlin qui
avaient servi à Schneider, il employa le nom de F. attenuata.
(1) Synopsis , p. 208.
(2) Giebel. Die itn zoologisehen Muséum der Universitat Ilalle aufgeslell-
ten Eingeweidewüriner nebst Beobachlungen über dieselben. Zeitschr . f.
d. gesammten Nalurwissenschciften , XXVIII, 18GG, N° X, p. 253-278. Voir
p. 276.
(3) Ant. Schneideic Monographie der Nemaloden, 18GG, p. 89.
(4) v. Linstow, Ilelminthologische Studien. Archiv f. Naturg., Jhg. 45, I,
n<> 2, 187g, pp. 172-173, Taf. XI, Fig. 18.
(5) v. Linstow, Nematoden aus der Berliner Zoologischen Sammlung. Mit-
teil. root. Samml. (tes Muséums f. Naturk. in Berlin , Bd. I, II. 2, 1899,
p. 2.5, Taf. VI, Fig. 78.
Séance du i/| Juin 1916
307
Rud., sans s’apercevoir que la figure qu’il en donnait était
identique à celle de son F. foveolcita.
A diverses reprises, Stossicu rapporta de même des Vers de
Faucons à F. foveolata; mais en 1897, dans sa Monographie (1),
il décrivit séparément un F . foueolatci et un F. atlenuata , celui-
ci comprenant encore un mélange d’espèces provenant des Fal-
coniiformes, des Strigiformes et des Corvidés.
On pourrait étendre de beaucoup ces remarques, mais l’exposé
précédent suffit à montrer qu’il était nécessaire d attirer l'atten¬
tion des helminthologistes sur une aussi fâcheuse confusion.
A la vérité, Filaria tendo Nitzscii, 1819 (F. attenuata Rud, 1819,
pro parte ; F. foveolcita Molin, i 858) n’est pas la seule Filaire
qui parasite les Accipitres. Molin et ses successeurs ont fait
connaître en effet quelques autres espèces dont les hôtes appar¬
tiennent également à ce groupe. Nous nous bornons à en donner
la liste :
Filaria nodispina Molin, i 858, thorax de Falco subbiiteo. Par
son court spiculé spiralé, celle forme rappelle les Diplotriæna ;
il y aurait lieu de s’assurer si elle ne possède pas l’armure bacil¬
laire périœsophagienne.
F. verrucosa Molin, i 858, non Stossicu, 1897, entre les mus¬
cles de la mâchoire inférieure de Gampsonyx swainsoni, au Brésil.
Forme à cuticule recouverte de nodules ou verrues.
F. guttata Schneider, 1866,, de Falco borigera , en Australie
(sans mention de siège; vraisemblablement sacs aériens, selon
Schneider). Même revêtement cuticulaire.
F. ? armata Gescheidt, 1 8 3 3 , corps vitré d ' Archibiiteo lagopus.
F ? papilloso-annulata Molin, i 858, entre les muscles oculaires
de Gampsonijx swainsoni , au Brésil. Pourrait bien être une forme
jeune du Ver recueilli par Merriam « sous les yeux » du même
hôte, aux Etats-Unis, et décrit sous le nom d'Fiistrongylus
buteonis Packard, 1 8 7 3 . "
F. ? campaniilata Molin, i 858, sous la nictitanle de Rupornis
magniroslris , au Brésil. Est vraisemblablement un Thelazia.
F. ? vulturis (Molin, 1860), entre les muscles de la mâchoire
inférieure de Sarcoramphus (Gy pareils) papa, au Brésil.
O liant au F. tnlostoma Hemprich et Ehrenberg, 1866, de Neo-
phron percnoplerns (siège non indiqué), c’est en fait, ainsi que
(1) M. Stossich, Filarie e Spiroptere. Bollctt. Soc. adriat. sc. nat. in Trieste,
vol. 18, 1897, p . io ét 55.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
368
l’a montré Seurat, Y Habronema unilatera/is (Molin, 1860), Spi-
ruridé parasite du gésier.
IL Comme on a déjà pu le prévoir d’après ce qui précède, la
confusion n’est pas moindre à l’endroit des Pilaires des Strigi-
formes, depuis le mélange injustifié effectué par Rudolphi.
Et pourtant, sur ce point encore, Molin, dans sa Monographie
des Pilaires ( 1 858), avait commencé à déblayer le terrain, en dis¬
tinguant les espèces suivantes :
Filaria quadridens Molin, 1808 (F. attenuata Rud., 1819, pro
parte), du tissu conjonctif sous-cutané céphalique, périauricu-
laire et lingual d ’Asio occipitrinus [Otas brachyotus). C’est le F.
strigis Gmelin, 1790 (nom. nud.), non Prôlich, 1802, nec Linstoyv,
1 877 , que Redi avait déjà reconnu pour une espèce particulière.
F. bipapillosa Molin, 1808, du tissu conjonctif sous-cutané cer¬
vical de Strix suinda , au Brésil.
F. Iigstrix Molin, i 858, de la cavité abdominale de Strix fl a ni-
mea , au Brésil. Forme à cuticule revêtue de petites épines
caduques.
F. Strigis torquatœ Molin, i 858 (F. attenuata Rud., 1819, pro
parte), abdomen du Strix torquata , au Brésil. Aucune des¬
cription .
Après Molin, quelques auteurs ont encore signalé chez les Rapa¬
ces nocturnes diverses espèces de Pilaires dont plusieurs sont
appelées sans doute à tomber en synonymie :
F. foveata Schneider, i 866 , à* Asio occipitrinus (siège non indi¬
qué), trouvé au Brésil par Olfers et Sello. Paraît être identique
à F. guadridens.
F. sp. Leidy, 188/4, cavi té abdominale d'Asio occipitrinus, aux
Etats-Unis.
F. megacantha Leidv, 1887, tissu conjonctif sous-cutané du cou
et de la mandibule d’As/o occipitrinus aux Etats-Unis. Semble
bien correspondre à F* quadridens, quoique un peu moins épais.
F. dehiscens Schneider, 1866, de Strix striata , au Dongola
(siège non indiqué).
F. aspera Nitzscii, > 866, sous la peau du cou d’As/o occipitri¬
nus, en Allemagne.
Ces deux dernières formes, qui peut-être ne constituent qu’une
seule et même espèce, possèdent, comme les F. verrucosa et
guttata, une cuticule revêtue de petits nodules, ce qui établit
V’
Séance du i4 Juin kji6
:m
une sorte de parallélisme entre les Filai res des Rapaces noctur¬
nes et celles des Rapaces diurnes.
Mais il n’en reste pas moins que tous ces parasites sont encore
très imparfaitement connus, et que leur étude mériterait d’ètre
reprise et complétée sur la plupart des points.
En attendant que s’accomplisse un travail aussi complexe, une
conclusion semble pouvoir être dégagée des quelques données
qui précèdent : c’est que, d une façon générale, une Pilaire
d’une espèce donnée n'habite que chez des hôtes appartenant à
un groupe zoologique assez étroitement limité.
De sorte que, dans les travaux de détermination, il convient
de tenir à priori pour différentes les formes rencontrées dans
des groupes distincts, et de n’admettre leur identité qu’après
une étude très attentive de tous leurs caractères.
Propriétés venimeuses de la salive parotidienne
chez des Colubridés aglyphes des genres T ropi-
donotus Kuhl, Zamenis et Tielicops vv'agler.
Par Mme M. PHISALIX et le R. P. F. CA1US.
Au petit nombre d’espèces de Colubridés aglyphes chez les¬
quels la venimosité de la salive parotidienne a été constatée,
soit par les effets de la morsure, soit par ceux de l’inoculation
de cette salive, nos recherches nous permettent d’en ajouter trois
nouvelles et d’étendre pour une quatrième les résultats précé¬
demment acquis.
Préparaliondu venin. — Lagiande parotidienne des Colubridés Aglyphes
est massive et les lumières glandulaires étroites ne peuvent, comme chez
les grands serpents venimeux, servir de réservoir à sa propre sécrétion.
Nousavons dû pour obtenir celle-ci faire un extrait de la glande. A cet effet
la pulpe est additionnée d’une petitequantité d’eau distillée. Après une demi-
heurede contact, le mélange est filtré sur papier ou exprimé dans un nouet
de toile fine. Le liquide obtenu estgénéralement incolore, visqueux, neutre
ou légèrement alcalin au tournesol; il est doué de propriétés venimeuses.
i° Zamenis gemonensis Laur.
Chez ces couleuvres, les parotides sont petites et le poids des
370
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
deux glandes à l'état frais ne dépasse pas 20 à 22 ing. chez les
pl as gros sujets.
Action sur le cobaye. — L’extrait aqueux correspondant aux
deux glandes tue le cobaye d’un poids de 3 à 5oo g. en 1 h. et
demie par injection intra péritonéale, et en 3 h. par inocula¬
tion sous-cutanée.
Au bout d’une dizaine de minutes, le sujet envenimé présente
de la parésie du train postérieur du corps, puis de la paralysie,
en même temps que se manifestent des accidents respiratoires :
le rythme est saccadé; le sujet, tête dressée, se tient relevé sur
les pattes antérieures, en perpétuelle imminence d’asphyxie; il
a de l’hypersécrétion nasale, puis il survient du rhoncus, des
hoquets, et la respiration finit par s’arrêter, un peu avant le cœur.
A l’autopsie, on constate un œdème sous-cutané hémorragi¬
que au lieu d’inoculation, avec une coloration violacée de la
peau, une vive congestion des vaisseaux de l’intestin grêle, dont
une portion contient un peu d’épanchement sanguin, des hémor¬
ragies ponctiformes sur les parois intestinales. En arrière, les
poumons présentent quelques lobules d’hépatisation rouge.
2° XaMENIS HIPPOCREPIS LlN.
Les sujets employés étaient de taille moyenne 11e dépassant
pas 80 cm. de longueur; le poids moyen des glandes variait de
i5 à 18 mg.
Action sur le cobaye. — La dose d extrait qui correspond aux
deux glandes fait périr en 24 h. un cobaye de 35o à 5oo g.
qui le reçoit sous la peau.
A cette moindre toxicité près, les symptômes et les lésions
d autopsie sont identiques à ceux que détermine le venin de
l’espèce précédente.
Mais nous n'avons jamais observé avec le venin de ces deux
espèces de Zamenis les violentes convulsions que Alcock et
Rogers ont signalées chez la souris avec le venin de l'espèce
Zamenis mucosus.
3° Tropidonotus piscator Schneider.
Chez cette espèce, la toxicité salivaire a été pour la première
fois constatée en 1902 par Alcock et Rogers.
Les parotides sont assez volumineuses; le poids des deux
réunies peut atteindre à l’état frais 72 mg.
Séance i>u i4 Juin i <j i (>
371
Action sur les Lézards. — Un sujet femelle de l’espèce Catotes
versicolor Kelaart, Ç, très commune aux Indes anglaises, et
pesant 5 g., reçoit par injection intrapéritonéale la dose corres¬
pondant à 4 glandes pesant ensemble 53 mg.
Le lézard ne manifeste aucun trouble dans la première demi-
heure qui suit l’inoculation ; mais, examiné quelques heures
après, on le trouve inerte, ne répondant plus aux excitations;
les mouvements respiratoires ralentis s’effectuent bouche
ouverte, à intervalles réguliers de 90 secondes et redeviennent
plus fréquents vers la fin. La mort arrive par arrêt de la respi¬
ration, et presque aussitôt après le cœur s’arrête à son tour,
5 h. environ après l’inoculation. A l’autopsie pratiquée aussitôt,
le cœur est immobile et exsangue, les poumons fortement con¬
gestionnés.
Action su /• les Oiseaux. — Un petit passereau de l'espèce
Ploceus baya Blytii, pesant 21 g. 5, reçoit dans le pectoral l’extrait
d'une glande qui pesait 19 111g. à l'état frais. Gomme chez le
lézard, l’inoculation n’a pas d’autre effet primaire que de stupé¬
fier l’oiseau qui reste immobile, dressé sur ses pattes. Mais au
bout d’une dizaine de minutes, survient de la faiblesse muscu¬
laire et des troubles respiratoires : le passereau s’affaisse sur les
tarses, la respiration s’accélère et devient anhélente ; puis les
accidents paralytiques s’accusent et intéressent les muscles de
la nuque : l’oiseau, tète pendante, affaissé sur toute la face ven¬
trale, tente vainement de se relever; il pousse de petits cris
plaintifs en tombant sur le dos. La mort arrive par arrêt de la
respiration, au bout de 22 m., précédée de hoquets et de quel¬
ques soubresauts convulsifs.
L’autopsie, faite aussitôt, montre que l’arrêt du cœur suit de
très près celui de la respiration ; les poumons sont conges¬
tionnés.
Deux autres sujets, pesant respectivement 23 et 19 g. 5 sont
morts l’un en i3 m., l’autre en ri, avec la dose d’extrait corres¬
pondant à 24 mg. de glande.
LTn corbeau indien, Corvus splendens Vieill., du poids de
291 g., s’est montré relativement plus sensible encore que les
petits passereaux : il est mort on 7 m., après avoir reçu
dans le pectoral la dose d’extrait correspondant à 48 mg. de
glande. .
Les symptômes ont d’ailleurs évolué de la même façon : stu-
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
872
peur au début, affaiblissement musculaire et respiratoire,
mort par arrêt de la respiration, sans convulsions. Le cœur con¬
tinue à battre 2 m. encore après l’arrêt de la respiration^ les
poumons sont congestionnés.
Action, sur les petits rongeurs. — Ils présentent, comme les
Lézards, une assez grande résistance au venin; un petit rat des
palmiers, Sciurus palmaruni L., du poids de ii4g-, reçoit sous
la peau du dos la dose d’extrait de 2 glandes pesant ensemble
72 mg.
Aussitôt après l’injection, l’animal est très agité : il est pris
de tremblements des membres, ses oreilles frémissent; mais
bientôt tout semble rentré si complètement dans l’ordre qu’on
cesse l’observation continue. Cependant l’animal meurt dans le
courant de la nuit, et l’autopsie, faite le matin, 11e montre pas
de lésions macroscopiques.
Chez les espèces sur lesquelles le venin de Tr. piscator a été
essayé, nous n’avons constaté comme lésion locale qu'un œdème
modéré et incolore sans tendances hémorragiques comme en
produisent les venins des espèces étudiées en Europe, Tr. natrix
et Tr. viper inus, sur le cobaye.
4° Helicops sciiistosus Daudin
La fonction venimeuse n'a jusqu’à présent été recherchée ni
conslatée dans aucune espèce du genre Helicops.
Chez II. sciiistosus, la glande parotide est assez grosse ; elle
s'étend en longueur sous les trois dernières labiales et s’arrête
au bord postérieur de l’œil. Son poids, chez les sujets employés
et qui étaient de tailles diverses, a varié de 1 à i3 mg. La sécré¬
tion en est d’ailleurs très toxique.
Action sur les Oiseaux. — Un Ploceus baya du poids de 20 g.
est tué en 2 h. 10 m. par la dose d’extrait qui correspond à
1 mg. de glande fraîche, et en îti m. avec une dose de G mg.,
inoculées Lune et l’autre dans le muscle pectoral.
L’inoculation est douloureuse et suivie immédiatement d’une
période d’excitation pendant laquelle le sujet s’agite et crie. Il
tombe bientôt sur le liane, se relève, circule, retombe, les pattes
faiblissant de plus en plus; il pique avec fureur quand on rap¬
proche. En même temps, se produisent des troubles de la respi¬
ration ; il y a de la dyspnée, des mouvements du bec, de la t ré-
Séance du i4 Juin i g i 6
373
mulation des ailes; puis une paralysie croissante des membres
et de la respiration qui s'arrête.
A l'autopsie, le cœur exsangue bat encore, les oreillettes 6 fois
plus vite que les ventricules; les poumons sont congestionnés et
recouverts d’ecchymoses. Le muscle pectoral, à l’endroit ino¬
culé, est infiltré d’un liquide visqueux et hémorragique.
Action sur les petits rongeurs. — Ils sont plus résistants que
les oiseaux au venin de l’Hélicops : il faut la dose correspondant
à 20 mg. de glande pour tuer en 24 h. un Sciurus palmarum
pesant 106 g., alors que 7 mg.^ne produisent aucun effet mor¬
bide immédiat ou éloigné.
Après une période de stupeur qui se prolonge environ 1 h. et
demie après l’inoculation, il se produit quelques symptômes
d’affaiblissement musculaire et d'accélération respiratoire ; mais
ces phénomènes sont peu marqués et fugaces ; le sujet, sem¬
blant complètement revenu à son état normal, n’est plus observé
qu’au matin du jour suivant : on le trouve immobile dans la
torpeur; il répond encore aux excitations; mais bientôt les
troubles respiratoires de la veille reparaissent et s’accentuent.
Vers le milieu de la matinée, les réflexes s’affaiblissent, toute la
région postérieure du corps devient paralysée; le sujet respire
difficilement, bouche ouverte ; puis il a du hoquet et meurt par
arrêt de la respiration avec un peu de clonisme des pattes anté¬
rieures.
A l’autopsie, qui n’a pu être pratiquée qu’une demi-heure
après, on trouve le cœur arrêté et rempli de sang noir, ainsi
que les gros vaisseaux. L’action locale est marquée par une infil¬
tration gélatineuse et hémorragique de toute la région ventrale.
Les résultats des expériences précédentes portent à 9 le nom¬
bre des espèces de Colubridés aglyphes chez lesquels la veni¬
mosité a été dûment constatée; ces espèces appartiennent à
cinq genres dont la liste suivante donne le résumé.
Xenodou BoïÉ :
\
Tropidonotus Kuhl
Zamenis Wagler
»
Coronella Laurenti
Helicops Wagler :
Xenodou severus Lin. (1).
V Tr. natrix Lin. (2).
\ Tr. viper inus Latr. (ici.),
f Tr. piscator Schn. (4).
( Z. mucosus Lin. (4).
•' /. gemonensis Laur.
r Z. hippocrepis Lin.
C. auslriaca Laur. (5).
H . schistosus Daud.
20
374
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Chez toutes ces espèces, la venimosité salivaire est corrélative
de l’existence delà glande parotide, glande que ne possèdent pas
tous les Colubridés aglyphes ; mais on ne sait pas encore si cette
glande a toujours une fonction toxique : la morsure de certaines
couleuvres opislhoglyphes des genres malgaches Ithycyphus et
Eteirodipsas (couleuvres constamment pourvues d’une parotide
déversant sa sécrétion par un crochet sillonné) n’est effective¬
ment pas considérée comme venimeuse par les indigènes; toute¬
fois aucune expérience n’ayant été faite à leur sujet, ce cas
négatif ne j uge pas la question ; mais l’exemple, plus éloigné, de
Batraciens tels que Ranci temporaria et R. csculenta , où la sécré¬
tion cutanée muqueuse est inoffensive chez la première, alors
qu elle est hautement toxique chez la seconde (6), montre qu’en
ce qui concerne la venimosité d'une même sécrétion, on ne peut
conclure d’une espèce aune autre éspèce, meme très voisine, d’un
même genre.
L’opinion de M. Jourdain (3), qui considère la salive de tous
les Ophidiens comme plus ou moins venimeuse, demande pour
chaque espèce une vérification expérimentale ; et les faits que
nous avons mis en lumière doivent rendre circonspects dans la
généralisation de quelques résultats dont la signification biolo¬
gique dépasse de beaucoup les faits eux-mêmes, puisqu’il s’agit
en l’espèce de savoir si, chez les Colubçidés aglyphes où appa¬
raît la fonction venimeuse en ce qu’elle a d'essentiel, cette fonc¬
tion est primitive ou secondairement acquise.
BIBLIOGRAPHIE
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1893.
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certain « non poisonous Colubrines ». Proc, of die R. Soc. of
London, t. LXX, p. 446, 1902.
V JT ' ■ ■ v*. ,
Séance du 1 4 Juin i 9 i G
375
(5) Mme Marie Phisalix. — Propriétés venimeuses de li salive parotidienne
d’une couleuvre aglyplie, Coronella austriaca Laur. C. li. Ac.
des Sc , CLIV, p. 1450, 1914.
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celle du venin de vipère. Journ. de Physiol. et de Palh. yen.,
pp. 326-330, mai 1910.
Laboratoire d' [{erpétologie du Muséum).
>
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
370
Mémoires
Pathologie de la Guyane française
'Paludisme. Fièvres continues et eaux de Cayenne.
Dysenterie. Helminthiase intestinale.)
Rapport sur les Travaux de l'Institut d’Hygiène
et de Bactériologie 19 14- 191 5
Par J. THÉZÉ
I. — PALUDISME
Le paludisme a toujours dominé la nosologie de la Guyane.
C’est à cette importante endémie que sont dus, pour une large
part, les échecs plus ou moins retentissants des entreprises de
colonisation tentées depuis deux siècles. De sorte que l’histoire
du paludisme en Guyane se confond souvent avec le souvenir
des jours les plus tristes que le pays ait traversés.
Depuis 1(326, date du premier établissement, jusqu’en 1764,
la maladie, à vrai dire, lit peu parler d’elle. Les expéditions qui
arrivaient en Guyane 11e comptaient que de petits contingents,
composés plutôt d’aventuriers que de colons, dont fort peu
demeuraient à la colonie. Celle-ci fut même deux fois complè¬
tement abandonnée (1 654 et 1688 ) (0* ap rès beaucoup de vicis¬
situdes, la Guyane ne comptait en 1740 que 5.290 habitants :
566 blancs, 54 affranchis, 4-634 esclaves et 36 indiens.
Les fièvres palustres étaient déjà fort communes : « 11 est
pourtant vrai, écrit de Milhau (2), qu’au temps qu’on brûle les
abatis, il y règne des fièvres. C’est ordinairement au mois de
novembre. La raison en est assez évidente : les terres étant
échauffées, il en sort des exhalaisons puantes qui forment un air
(1) Feuilles de la Guyane , année 1821 et suivantes.
(2) Histoire de la province de Guiane, par de Milhau, 1737.
Séance dtj i/j Juin 19 iG
> / L
épais et couvert de brouillards; mais ces fièvres ne sont pas dan¬
gereuses. 11 n’en est pas de même des fièvres continues et inter¬
mittentes; elles y sont très fâcheuses si l’on n'y apporte remède
promptement ». Cependant, à cette époque, en raison du petit
nombre d’individus réceptifs, éparpillés sur les rives du Sinna-
mary, de l'Oyapoc ou dans l’Ile de Cayenne au milieu d’esclaves
immunisés, le paludisme ne manifestait guère sa malignité.
Il n’en fut pas de même lorsqu’un peu plus tard on jeta d’un
seul coup sur la côte guyanaise plusieurs milliers de sujets non
immunisés. Recrutés pour la plupart dans les grandes villes de
France pour établir en Guyane « une population nationale et
libre, capable de résister par elle-même aux attaques étrangères
et de servir de boulevard aux autres colonies françaises d’Amé¬
rique », 12.000 malheureux furent débarqués à Kourou en
été 1768. Rien n’était prêt pour les recevoir. Abandonnés sans
aide et sans direction, ils ne tardèrent pas à être décimés par les
maladies. Il y eut 10.000 victimes en moins d’un an. « J’ai vu,
dit un contemporain, ces déserts (de Kourou) aussi fréquentés
que le Palais Royal. Des dames en robes traînantes, des mes¬
sieurs à plumet, marchant d’un pas léger jusqu’à l’anse, et
Kourou offrit pendant un mois le coup d’œil le plus galant et le
plus magnifique. On y avait amené jusqu’à des artistes, mais on
avait été pris au dépourvu. Les carbets n’étaient pas assez vastes
et 3oo à 4oo personnes logeaient ensemble. La peste commença
ses ravages, les fièvres du pays s'y joignirent, et la mort frappa
indistinctement ».
D’après les mémoires médicaux de l’époque, on a reconnu
dans cette peste le typhus exanthématique d’aujourd’hui. Il y eut
aussi beaucoup de dysenterie, mais le paludisme qui, dès le
début, prit une allure épidémique, eut un rôle prépondérant
par le nombre des atteints et par leur gravité. Deux auteurs
médicaux, Gampet (i) et Bajon (2), ont laissé des descriptions sai¬
sissantes de ce drame. Campet, nouvellement arrivé dans la
colonie, a décrit une maladie « où l’on vomissait noir comme de
l’encre ». Dans la suite, plusieurs auteurs ont cru y reconnaître
la fièvre jaune. Mais dans la description de Campet, beaucoup de
(1) Campet. Traité pratique des maladies (/raves des pays chauds.
Paris, 1802.
(2) Bajon. Mémoire pour servir à h histoire de Cayenne et de la Guyane
française , 1877.
378
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
symptômes importants manquent au tableau de l’amarilisme : la
phase congestive du début, l’importance de l’ictère, l’aspect du
cadavre, n’auraient certainement pas échappé à la claire obser¬
vation de Campet s’il se fut agi de la fièvre jaune. D’autre part,
Bajon ne reconnut pas dans ces accès pernicieux, dans ces
a fièvres bilieuses ardentes », le mal de Siam qu'il avait précé¬
demment observé à Saint-Domingue.
Après Kourou, ayant quelque peu développé l'immigration
des noirs d’Afrique, la Guyane connut un moment de prospérité
réelle. En i5 ans, elle augmenta sa population de G4 o/o (i).
Malheureusement l’ère révolutionnaire arriva, et par une singu¬
lière malchance à laquelle le souvenir de Kourou n’était peut-
être pas étranger, c’est la Guyane que choisirent les partis pour
y exiler leurs victimes. « En 1797 (2), la Guyane vit débarquer
sur ses rives les 16 déportés du 18 fructidor. L’année suivante
plus de 5oo nouveaux déportés y arrivèrent successivement. La
plus grande partie de ces malheureuses victimes de nos troubles
civils périrent de chagrin, de dénument et de maladies, dans
les déserts de Sinnamary, d’Approuague et de Gonamama. Le
sort funeste de tant d’infortunés, dont beaucoup de causes étran¬
gères aux localités précipitèrent la fin, et les sombres récits de
ceux des déportés du 16 fructidor qui parvinrent à revenir dans
leur patrie, ne firent que confirmer en France l’opinion fâcheuse,
qu’avait déjà établie le fatal dénouement de l’expédition de
Kourou, sur l’insalubrité de la Guyane française ».
Mais, si les exilés de Kourou et de la Révolution avaient été
abandonnés sur tout autre point de la zone tropicale, dans les
mêmes déplorables conditions, le résultat eût-il été de beaucoup
différent ? Sans paradoxe, on peut convenir que la Guyane, pour
avoir été le théâtre de tentatives maladroites de colonisation
européenne, a acquis sa mauvaise réputation avant de l’avoir
méritée.
Dans les premières années du xixe siècle, quelques essais de
(1) En 177.7 : 9.300 habitants dont i.3oo personnes hbreset 8.000 esclaves;
en 1790 : 14.520 habitants dont 2.000 blancs, 020 de couleur et 12.000 esclaves.
(2) La déportation commença en 1796 à la suite des événements du 9 ther¬
midor. Billaud -Varennes, Collot d'Herbois qui mourut de paludisme à Cayenne
en 9O, furent de ce dernier convoi.
Le convoi de fructidor amenait Picuegru, Barbé-Marbois, Tronçon-Ducou-
drav, Ange Pitou, Lavilleheurmois qui mourut de paludisme à Sinnamary avec
16 autres déportés.
Séance du \!\ Juin i 9 i 0
379
colonisation blanche furent encore tentés avec des Irlandais et
des paysans français. Ces essais échouèrent comme les précé¬
dents.
La cause était donc entendue. Tous ces insuccès donnaient à
penser que seule la main-d’œuvre noire insensible aux fièvres
permettrait l’exploitation régulière du pays, lorsque vers le
milieu du siècle se produisirent à quelques années d’intervalle
des événements politiques et économiques qui vinrent modifier,
en l’aggravant, la constitution du paludisme en Guyane. Ce
furent : i° l’abolition de l’esclavage (i8/|8); 20 l’institution du
régime de la transportation ( 1 852-54) ; 3° la découverte de l’or
en Guyane ( 1 8 5 5 ) .
L’abolition de l’esclavage, non seulement supprima l’intro¬
duction d’une population réfractaire à la malaria, mais eut pour
conséquence secondaire l’abandon du défrichement et des cul¬
tures, c'est-à-dire de la meilleure méthode d'assainissement
connue (1). En meme temps que les sujets réfractaires dimi¬
nuaient de nombre, la transportation introduisit un contingent
important et sans cesse renouvelé d’individus sensibles qui
augmentèrent considérablement les chances d’infection.
Enfin, la découverte de l’or acheva de détacher de la terre
les cultivateurs qui jusqu’alors lui étaient restés fidèles, et pro¬
voqua, sinon un « rush », du moins un courant d’immigration
continu d’Antillais (Martinique, Guadeloupe, Antilles anglaises),
tous parfaitement sensibles à la fièvre à laquelle ils paient un si
lourd tribut que, malgré ces immigrations, le chiffre de la popu¬
lation de la Guyane ne s’accroît que lentement.
Répartition du Paludisme. — Actuellement, les régions de la
Guyane exemptes de malaria, sont rares et peu étendues. Les
Iles du Salut, situées à 10 milles au large de Kourou, sont salu¬
bres à ce point de vue : fortement ventilés en toute saison, ces
îlots arides n’offrent aucun gîte favorable aux anophélines. 11
en est de même de tous les îlots de la côte. Il y a quelques années,
une compagne américaine exploitait un gisement de phosphates
sur Pilot du Grand-Connétable (devant l’embouchure de l’Ap-
prouague) ; aucun des 3o terrassiers qui composèrent ce chantier
(1) En 18/17, pour une population d'environ 21.956 habitants, il y avait
iS.ooo hectares cultivés ; en 1912, pour une population sédentaire de 26.000 ha¬
bitants : 3.5oo hectares environ,
CAYENNE .
380
Bulletin de la Société de Pathologie exotioue
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SÉANCE DU l/| •! U IN igi G 381
pendant plusieurs années n’eut à souffrir des fièvres palustres
(Dr A. Henry).
Sur le continent, à Cayenne, la fièvre 11e se contracte que par
exception dans le centre de la ville, mais il ne faut pas aller
bien loin pour rencontrer la zone infectée : les quartiers situés
au-delà du Boulevard Jubelin, où se trouvent le pénitencier, les
casernes des surveillants et de leurs familles, V hôpital-hospice
du Camp-Saint-Denis, sont territoire paludéen. Au sud, le canal
Laussat sert de frontière entre la partie indemne et la partie
malsaine de la ville et le paludisme empiète un peu sur la rive
nord du canal : j'ai observé deux cas de quarte chez des enfants
habitant rue Christophe-Colomb et qui n’avaient pas encore
quitté la chambre maternelle. Au nord, la ville est bordée par
la côte envahie par les palétuviers. Dans les jardins de ce quar¬
tier, on trouve des Anophélines, le Dr Levet et moi nous avons
maintes fois capturé à l’hôpital colonial des Anophélines chassés
par le vent. En somme le paludisme entoure Cayenne d une cein¬
ture étroite et presque continue.
A Saint-Laurent du Maroni, chef-lieu pénitentiaire, on sait
que les travaux d'assainissement, entrepris suivant les indications
de MM. Houillon et Blin, ont eu pour résultat, par le déboise¬
ment et le drainage de la plaine qui entoure la ville, de faire
reculer de plusieurs kilomètres la zone dangereuse.
A Saint-Jean, le déboisement et le comblement de vastes sur¬
faces inondées, poursuivis avec une remarquable unité de vues,
ont assaini considérablement ce pénitencier si malsain au début,
mais la malaria y est encore particulièrement fréquente et grave
à la fin de la saison sèche (septembre et octobre), au moment
des vents du Sud, qui chassent les anophèles de la foret vers la
ville. Quant aux chantiers forestiers de l'Administration péni¬
tentiaire, ils sont insalubresà tel point qu’au cours d’uneannée,
aucun de leurs occupantsm’échappe à la fièvre. Les aggloméra¬
tions du littoral, dans la région située entre Cayenne et le
Maroni, ont toutes un état sanitaire médiocre. Il y a du reste
beaucoup de différences à ce point de vue d’un bourg à l’autre.
Mana, largement ventilé, établi sur un sol très perméable, est
relativement peu impaludé. Sinnamary, établi sur la rive droite
de la rivière, sous le vent d’une zone marécageuse de palétu¬
viers, est très palustre. 11 en est de même de Kourou dont la
population ne fait que décroître, « surtout, dit Clarac, depuis
382
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que les travaux de dessèchement qui avaient donné des résultats
très encourageants, ont été complètement abandonnés » (La
population en 1889 était de i.4o3 habitants, de 822 en i8q5, de
652 en 1911, soit en 22 ans une chute de 54 0/0).
Mais, c’est dans les « quartiers » situés entre Cayenne et
l’Oyapoc, territoires inondés, coupés de criques et de vastes
estuaires, que la fièvre palustre sévit avec plus d’intensité; tous
les bourgs de cette région sont en décroissance: Kaw est tombé
de622 habitants en 1889 à i54en 191 1 (76 0/0 de perte), Approua-
gue de 891 à 790. Seul le bourg d’Oyapoc, point de communi¬
cation avec la Guyane Brésilienne, s’est accru de 866 à i.o4o
habitants. Sans doute, le paludisme n’est pas la seule cause du
dépeuplement de ces villages, mais c'est la cause prédominante :
quelques chiffres tirés d’observations faites sur les enfants de plu¬
sieurs localités fixeront lesidées sur rétenduedu mal. A Montjoly,
bourg relativement salubre, situé sur le sable du rivage, à
10 km. de Cayenne, dans un endroit presque complètement
débroussé, sur 44 enfants, 28 ont présenté des rates palpables
et 7 des hématozoaires dans le sang, la plupart de ces enfants
étaient des écoliers de 6 à 12 ans; au lieu d’un index splénique
de 65 0/0 et hématologique de 16 0/0, nous aurions trouvé des
index bien supérieurs si nous avions examiné seulement des
enfants de 1 à 5 ans.
A Rémire-Beauregard, sur 28 enfants, 16 rates palpables et
5 porteurs d’hématozoaires.
A Mathoury, village très insalubre, situé dans l’intérieur à
i3 km. de Cayenne, sur 22 enfants examinés, 22 rates palpables
(1000/0), 4 enfants en période fébrile et 7 porteurs de crois¬
sants (5o 0/0). Cette situation déplorable est celle de tous les
bourgs de l’intérieur.
Quant à la haute région, région des placers que l’on n’atteint
qu’après une navigation fluviale de 20, [\o jours et plus en piro¬
gue, nous sommes sans document au sujet de la géographie
médicale. Les chercheurs d’or en vantent généralement la salu¬
brité. Ces vastes territoires dont l’altitude s’élève à 200 et 3oom.
ont un aspect tout différent de la Basse-Guyane couverte de
savanes inondées et d’une végétation inextricable. Là haut, c’est
le « grand bois », c’est-à-dire une forêt d’arbres gigantesques,
où l’on avance comme « au milieu d’une colonnade sans fin,
sur un sol sans végétation, aussi net qu’une allée de parc ». Les
Séance du i4 Juin 1916
383
eaux stagnantes n’y existent guère et il est possible que les
moustiques y soient plus rares. Malheureusement, pour y arri¬
ver, le voyage est long et pénible et tous les voyageurs s’impa-
ludent en roule, les convois s’arrêtant toujours aux mêmes
escales infectées par le passage des convois précédents.
Jusqu’à plus ample informé, les mesures préventives anti¬
paludiques y sont donc de rigueur comme dans le reste de la
Guyane.
Les moustiques. — Les moustiques sont abondants partout ;
notre liste de la faune culicidienne est loin d’être complète, mais
notre impression est que, si les espèces paraissent jusqu’à pré¬
sent peu variées, chacune d’elles est amplement représentée.
On rencontre communément :
Culex pipiens, Culex fatig ans, Culex ofbitarsis , Culex tænio-
rhijnchus , Man son fa titillans , une espèce indéterminée de Jan-
thinosonia , Stegomijia calopus en abondance dans toutes les
habitations, et enfin, parmi les Anophélines qui ont été recher¬
chées particulièrement, Cellia argijrotarsis et C. albimana, com¬
munes dans le bassin de l’Amazone et dans les Guyanes.
« J .... .
J’ai dit déjà que des exemplaires de ces Cellia avaient été
capturés à l’hôpital colonial ; on les trouve également aux envi¬
rons immédiats de Cayenne. Au chantier de Ré mire- Beau re¬
gard, où une équipe de transportés est employée à l’entretien
des routes, j’ai recueilli en quelques minutes 26 de ces insectes
dans la moustiquaire d’un transporté atteint de fièvre. Aux
environs, de Saint-Jean du Maroni, avec le D1 Marque, nous en
avons pris plusieurs cen laines, au sommet d’un mamelon dénudé,
à proximité de la forêt. Sur la route de Sinnamary à Kourou,
les voyageurs (D^Ortholan, Amigues, etc..) sont assaillis par des
nuées de ces anophélines, qui s’abattent sur l’homme et sa mon¬
ture en quantité considérable. Il n’y a pas un point de la Guyane
où l’on ne soit exposé à la piqûre de ces vecteurs du paludisme.
Ils sont surtout nombreux pendant la saison sèche de juin à octo¬
bre et c’est surtout dans les collections d’eau temporaires qu’on
rencontre leurs larves. Les mares permanentes, couvertes d'une
riche végétation et peuplées d’une faune variée, en contiennent
beaucoup plus rarement. Œufs et larves y sont détruits par les
larves d’autres insectes (libellules en particulier), par de petits
batraciens et par les alevins de nombreuses espèces de poissons.
384
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pendant la saison des pluies, les gîtes sont plus rares ; les
pluies diluviennes noient les œufs et les nymphes et la lurbi-
dité des eaux se prête mal au développement des larves.
Variations saisonnières du paludisme. — Des chiffres sont
indispensables pour indiquer l’importance de la morbidité
paludéenne.
En voici quelques-uns concernant l’élément pénal soumis à
une surveillance médicale beaucoup plus étroite que la popu¬
lation libre.
Ces chiffres déjà démonstratifs devraient être doublés pour
donner une représentation exacte. Ils ne concernent en effet
que les malades hospitalisés et ne comprennent pas les malades
traités dans les infirmeries des nombreux camps et chantiers.
C’est, en moyenne, 100.000 journées d’invalidation qu’il faut
compter annuellement pour 4.000 hommes. Et cette évaluation
demeure encore au-dessous de la réalité.
Pour la population civile, on ne peut guère donner de chiffre,
les médecins et les hôpitaux font défaut et du reste les mala¬
des n’entrent pas à l’hôpital pour la fièvre. Ainsi, à l’hôpital-
hospice du Camp Saint-Denis, les entrées pour paludisme
n’arrivent pas au chiffre de 200 par an. Pour les 3o.ooo habi¬
tants (1) de la Guyane non agglomérés, le chiffre de 5oo.ooo
journées d’invalidation serait certainement modeste.
(1) Le dernier recensement de la Guyane donne le chiffre (un peu fort)
de 49.000 habitants : Communes, 26.000 dont la moitié agglomérés; chercheurs
d’or, non recensés individuellement, 12.000 ; élément pénal, 6.400; population
flottante, 1.000; tribus aborigènes et retournés à la vie primitive (Bonis
Boshs), 3.5oo (ces derniers éléments sont les seuls relativement réfractaires à
l’infection palustre).
385
Séance du i4 .Juin 1916
Celle morbidité ne se répartit pas uniformément sur toutes
les saisons. Les fièvres palustres sont au minimum pendant les
premiers mois de l’année (saison des pluies) et vont en
augmentant de fréquence de juin à octobre. 11 y a corrélation
parfaite entre le développement du paludisme, la chute des
pluies et, nous l’avons vu plus haut, avec le nombre des
moustiques.
Chule des plaies en centimètres (Cayenne).
Entrées pour paludisme (hôpital colonial).
C est pendant celte saison sèche qu’on voit éclore les accès si
puissants de première invasion sur les condamnés nouvelle¬
ment arrivés dans la colonie. Maintes fois nous avons trouvé,
à I autopsie, des rates de ,800 et 4oo g. chez des malades qui
n’avaient pas quatre mois de séjour. Les inoculations et les
réi floculations virulentes se succèdent à des intervalles si
rapprochés que la pyrexie devient presque continue, l’état
général fléchit rapidement et des doses massives de quinine 11e
préviennent plus le retour des accès.
La fin de cette période (octobre) est particulièrement dange¬
reuse. Elle se caractérise par des accès pernicieux qui arrivent
généralement en série, s’accompagnent de vomissements bilieux
noirâtres et d’ictères plus ou moins tardifs. La confusion avec
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
386
la fièvre jaune paraît avoir été faite quelquefois. Au Maroni,
cette période se proion ge pi us longtemps que sur la cote, elle se
présente avec une telle régularité qu’on peut la prévoir à
l’avance (vent du sud). Peut-être cette persistance dans la zone
forestière est-elle due à l’état hygrométrique qui reste élevé à
Saint-Laurent jusqu’en décembre (voir tableau), la forêt servant
de régulateur à l’évaporation des eaux de surface. Ces formes
graves, revêtant un cachet si spécial, sont signalées depuis
longtemps. On en trouve la description dans les mémoires
de Bajon(i777) sous l’appellation de « fièvre bilieuse ardente »
ou causas de l’école hippocratique.
Moyenne de l'état hygrométrique ( i g 1 5) .
- Cayenne - Saint-Laurent
Avec les premières pluies de novembre, la morbidité palu¬
déenne s’abaisse très brusquement, souvent en deux semai¬
nes. La maladie perd en même temps sa gravité.
Ainsi que le remarquait Clarac en 1902, au milieu de toutes
ces formes du paludisme, revêtant les aspects cliniques les plus
variés, 011 11e rencontre que fort peu de fièvre bilieuse hémoglo-
binurique (2 en 19 1 5) , alors que les circonstances apparemment
les plus favorables à son éclosion, semblent réunies surtout
chez les transportés (mauvais état général, insuffisance hépati¬
que, albuminurie et hypo-résistance globulaire). Les hémoglo-
binuries quiniques sont inconuues.
Formes du parasite paludéen. — En 1910, sur 1.223 examens
de sang pour la recherche de l’hématozoaire du paludisme,
577 ont été positifs. On a trouvé 218 fois le Plasmodium vivax ,
SÉANCE DU l/| .luiN 1 <J l (*)
387
335 fois le Plasmodium prœcôx et 24 fois le Plasmodium
malaria ?.
Dans les cas de tierce maligne, le sang périphérique contient
très souvent des formes gamétogoniques, non seulement en
dehors des accès, mais pendant les périodes fébriles. On rencon.
tre les croissants dans la proportion de \l\ 0/0 et c'est un mini¬
mum, car beaucoup d’examens n’ont porté que sur une ou deux
lames de sang. C’est là, nous semble-t-il, un caractère rare qui
rapproche le paludisme de la Guyane de ceux du Haut-Tonkin
et du Maroc. L'hypothèse que Ton a émise ailleurs pour inter¬
préter cette fréquence des croissants : le mauvais état général,
le surmenage des fébricitants, est également valable pour la
Guyane. Qu’il s’agisse d’ouvriers agricoles ou forestiers (placé-
riens, ouvriers du bois de rose ou du balata) aussi bien que de
l’élément pénal, c’est, de part et d’autre, la même absence
d’hygiène élémentaire, la même alimentation défectueuse ou
déficitaire, les mêmes tares aggravant le paludisme (alcoolisme,
albuminurie, helminthiase intestinale, etc...).
388
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Prophylaxie. — De ce que nous avons exposé, il résulte que
le fléau paludéen se caractérise en Guyane par :
i° la sensibilité vis-à-vis du virus malarique de la presque
totalité de la population ;
2° l'ubiquité des anophélines, hôtes intermédiaires;
3° la grande fréquence des formes gamétogoniques dans le
sang des malades.
Voilà donc réunies les conditions nécessaires pour voir se
réaliser, suivant l’expression de R. Ross, un « inoculation
rate », c’est-à-dire un coefficient d’endémicité, très élevé. Théo¬
riquement, un sujet indemne, s’exposant sans protection dans
Paire paludéenne, devrait contracter très rapidement le palu¬
disme. La réalité s’accorde ici parfaitement avec la théorie et
les exemples où des su jets indemnes s’infectent dans le minimum
de temps, sont d’observation courante. Nos confrères A. Henry
et Bremond, qui ont une pratique déjà longue de la médecine en
Guyane, possèdent sur ce point des documents aussi démons¬
tratifs qu’abondants. Nous-meme, pendant un séjour de 2 ans,
avons vu plusieurs fois des enfants de surveillants militaires,
sans antécédents paludéens, venir loger dans le quartier de
Cayenne où se trouve le pénitencier, et faire leur premier accès
moins de trois semaines après leur arrivée. Bien plus, les
chances de réinoculation sont si fréquentes que l’immunité la
plus solide ne résiste pas à l’infection. Pendant une certaine
période, l’occupation militaire de la colonie fut confiée à des
détachements sénégalais. Tous ces noirs qui, dans leur pays
d’origine, 11e souffraient pas de la fièvre, revinrent à Saint-Louis
du Sénégal profondément impaludés et invalidés pour longtemps
(Dr Rappin).
Sans conteste, la malaria est donc un obstacle formidable à la
mise en valeur de cette colonie si décriée, dont les richesses
seront plus tard un sujet d’étonnement. On n’a rien fait jusqu’à
présent pour lutter contre ce fléau.
Et avant de rechercher ce que doit être la prophylaxie anti¬
paludique, il convient d’examiner dans quelles conditions, dans
quel milieu, 'devront fonctionner ces mesures préventives.
La Guyane, a-t-on dit, est un « désert d’arbres ». La popula¬
tion agglomérée est concentrée sur* quelques points de la côte.
Hors de là,, les centres administratifs sont en quelque sorte
fictifs; le point qui, sur la carte, marque le siège d’une coin-
Séance du i4 Juin i g i 6
389
inune, ne correspond à rien de réel. Il représente le plus souvent
une mairie, une église, une école, mais la population est loin ;
elle est éparpillée sur des milliers d’hectares. Chaque groupe
familial restant isolé, à proximité de la rivière, sous une foret
profonde, dans des carbets peu confortables, distants les uns
des autres de plusieurs centaines de mètres.
La plupart de ces communes n’ont d’autre ressource que les
subventions que le Conseil général leur répartit, au prorata de
la population, sur l’octroi de mer. Leurs budgets sont obérés par
des dépenses de personnel et aucune d'elles, semble-t-il, n’est à
même de subvenir aux frais d’une voirie élémentaire, sauf Sin-
namary qui, à ce point de vue, reste un exemple unique et un
modèle.
Enfin, la Guyane, qui cependant possède une collection com¬
plète de fonctionnaires, est la seule de nos colonies qui n’ait pas
d’assistance médicale : en dehors de deux médecins exerçant à
Cayenne, du médecin militaire, directeur de la léproserie de
l’Acarouany qui assure le service à Mana, la colonie n’a d’autres
médecins que ceux de l’Administration pénitentiaire (Saint-Lau¬
rent, Saint-Jean, Iles du Salut et Kourou). Et ainsi plus de
3o.ooo habitants restent sans secours médical, sans direction
compétente en matière de santé. Ils sont abandonnés aux empi¬
riques qui abusent de leur ignorance, les soumettent aux prati¬
ques les plus vaines et leur suggèrent de regrettables préven¬
tions contre les médicaments les mieux éprouvés, la quinine en
premier lieu.
Dans de telles conditions, on voit dès maintenant l’impossi¬
bilité de pratiquer une prophylaxie offensive contre les Culicides
et leurs larves.
De grands travaux d’assainissement (dessèchement, drai¬
nage, etc..., en un mot tout ce qui constitue les grandes mesures
antilarvaires), même en les .limitant au voisinage des petites
agglomérations, ne peuvent être tentés. L’entretien des ouvrages
une fois construits serait à lui seul ruineux pour la colonie ou
les communes, et le résultat hors de proportion avec les sacri¬
fices consentis. D’autant plus que généralement ces travaux de
grande envergure ne sont entrepris que dans un but agricole, et
nous avons vu, qu en Guyane, les cultures sont abandonnées. Il
ne faut même pas songer aux petites mesures antilarvaires (fau-
cardement des berges, pétrolage, etc...) : la population est trop
26
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
390
clairsemée, le pays trop vaste, la végétation trop active. Pour de
longues années encore, la prophylaxie antipaludéenne ne peut
être que défensive.
Et comme cette vieille colonie est un pays neuf pour l’hygiène,
tout règlement serait inopportun. 11 ne faut donc compter que
sur la persuasion, à laquelle on arrivera, lentement, par la vul¬
garisation dans le public et par l'éducation scolaire.
Les principes à vulgariser seraient l’emploi de la quinine à
titre préventif et à titre curatif, les moyens de protection effec¬
tive contre les anophèles, les caractères de leurs larves, la décou¬
verte de leurs gîtes, etc...
Mais, avant de commencer cet enseignement dont l'opportu¬
nité à l'école n’est pas discutable, il conviendrait d’instruire
d’abord les maîtres et les maîtresses qui n’ont généralement sur
ces questions d’hygiène spéciale que des notions imprécises et
incomplètes. Les maîtres deviendraient à leur tour dans les
communes d’utiles conférenciers.
La vulgarisation, l’enseignement de l’hygiène locale étant mis
en train, il faudrait mettre le remède à portée du mal, en multi¬
pliant les dépôts de quinine. Enfin, ne serait-ce qu’à titre
d’exemple, instituer la protection collective de tous les groupes
sur lesquels les pouvoirs publics peuvent exercer une discipline
directe.
En résumé, l’antipaludisme en Guyane serait ainsi schéma¬
tisé :
i° Instituer des leçons et des démonstrations pratiques d’hy¬
giène antipaludique pour les jeunes gens suivant à Cayenne le
a cours normal » qui les prépare à l’enseignement. Ces leçons
seraient faites par le Directeur de l’Institut d’hygiène et les
matières enseignées feraient partie du programme d’examen de
fin d’année.
2° Réglementer la vente de la quinine par des textes analo¬
gues à ceux en vigueur en Algérie depuis le Ier janvier 1910.
3° Multiplier les dépôts de quinine dans tous les postes et
bureaux des Administrations publiques (postes, douanes, etc...).
4° Distributions gratuites chocolatines de quinine dans les
écoles.
5° Quinine préventive obligatoire pour l’élément pénal, quand
l’autorité médicale lejugera nécessaire.
6° Installer des treillis métalliques dans les chantiers parti-
Séance L)U i4 Juin i y i G
39 1
culièrement éprouvés par la fièvre. Fourniture gratuite aux
petits fonctionnaires (douaniers, instituteurs, etc...) de mousti¬
quaires de lit en tulle.
L’antipaludisme ne peut donc être qu'une œuvre de longue
durée, nécessitant des efforts persévérants, pour laquelle il ne
faut pas prévoir d’échecs avant d’avoir commencé la lutte. En
Guyane britannique, les cessions de quinine à prix coûtant com¬
mencèrent en 1906. La première année, la cession dépassa de fort
peu 000 g., pour une population de 3oo.ooo habitants. Actuel¬
lement la consommation est de 120 kg., elle suit tous les ans
une progression régulière. C’est encore peu sans doute, mais le
résultat est déjà sensible (sur certains « estâtes », le paludisme
a diminué de 60 0/0) et puisqu’il a été obtenu sans réglementa¬
tion, sans mesure coercitive, d’une population composée des
mêmes éléments que ceux auxquels 011 s’adresse en Guyane
française, cette expérience constitue, à nos yeux, un précédent
remarquable.
Les mesures énoncées plus haut concernent spécialement les
petites agglomérations et la population rurale et forestière. Il
va sans dire que, dans les grands centres, la lutte antipaludique
pourrait et devrait être plus active. Au Maroni, les travaux
indispensables de prophylaxie antilarvaire sont terminés ; il
faut seulement demander qu’ils soient entretenus avec soin, car
ils ont coûté cher en existences humaines.
A Cayenne, dans cet ordre d’idées, tout reste à faire.
II. — FIÈVRES CONTINUES. — LES EAUX DE CAYENNE
La fièvre typhoïde, commune dans les Antilles et les Guyanes
anglaise et hollandaise, est rare en Guyane française où nulle
part elle ne constitue à proprement parler un foyer permanent.
Elle se répartit très diversement suivant les localités.
C’est au Maroni et en général dans les milieux pénitentiai¬
res qu’on l’observe le plus souvent. Elle y frappe presque exclu¬
sivement l’élément pénal, et comme il s'agit la plupart du temps
de contagion directe, il n'existe aucun rapport entre sa fré¬
quence et la qualité des eaux potables.
Ainsi, aux Iles du Salut, malgré la médiocrité des eaux (1
(1) Brimont. Analyse des eaux des Iles du Salut. Ann. d’hygiène et de mède-
:ine coloniales , 1909.
302
Bulletin de la Société de PatiioloCxIE exotique
(puits et citernes), la maladie n’a pas été signalée depuis 2 ans.
A Saint-Laurent, où l’eau, chargée en chlorures, est recueillie
dans des puits peu profonds, 3 mètres en moyenne, où la nappe
souterraine n'est pas protégée contre un épandage non régle¬
menté, on 11e l’a pas observée l’année dernière. Au contraire, à
Saint-Jean, où l’eau bien captée n'a jamais causé d infection
parmi les fonctionnaires, le Dr Marque a observé 11 cas parmi
les relégués.
On est sans renseignements sur les bourgs où partout ou con¬
somme de l’eau des puits.
Au point de vue typhique, Cayenne est remarquablement
favorisé : 1 cas en 1914, 3 cas en 191 5. Les 3 cas de 1910 se
produisirent à quelques jours d’intervalle sur des malades habi¬
tant le même quartier et nous firent craindre un début d'épidé¬
mie. La première malade : une jeune fille de 18 ans demeurant
rue Lalouette, fît une fièvre de 2 mois. L’hémoculture confirma le
diagnostic clinique et nous permit d isoler un paratyphique A
(fermentation de la mannite, virage du rouge neutre sans frag¬
mentation de la colonne de gélose).
Le second cas fut celui d’une fillette de 10 ans, fréquentant
l’école des sœurs située en face du domicile de la malade n° 1.
L’hémoculture donna du paratyphique A. Le troisième cas, selon
toute vraisemblance cas de contagion directe, concerne la lionne
de la malade n° 2. L'hémoculture donna encore du paratyphique
A. Ces deux derniers cas furent mortels.
Ces trois cas survenant simultanément provoquèrent une
enquête de notre part. Il est douteux que la fillette n° 2 n'ait
pas consommé d’eau prise au robinet de l’école. D’autre part,
la conduite de la rue Lalouette qui alimente les deux immeu¬
bles avait été remplacée quelques jours auparavant sur une lon¬
gueur de 200 mètres ; les tuyaux neufs ont pu être contaminés
avant leur mise en place, soit par l’eau de la rue soit par un pas¬
sant, et la réparation terminée, l’eau a été livrée à la consomma¬
tion sans qu’une chasse énergique dans le secteur réparé ait pu
nettoyer ces tuyaux. Tel est le mécanisme probable de la conta¬
mination, mais la preuve n’a pu être faite, puisque l’analyse de
Peau des immeubles contaminés n’a été effectuée qu’une fois le
diagnostic établi, trop tard par conséquent.
La présence de la fièvre typhoïde à Cayenne est donc rare et
o
5)
Séance du \f\ Juin iqiG
393
purement accidentelle. Cette condition favorable est due à la
qualité de l’eau d’alimentation.
Cette eau est prise dans les collines du Mahury, à 12 kilomè¬
tres de Cayenne, trois vallées ont été barrées par des digues, à
une cote variant de 117 à i4o mètres, formant ainsi 3 lacs arti¬
ficiels: les lacs de Rémire (45. 000 nv!), de Lalouette (35. 000 m3)
et du Rorota (220.000 m3).
Du 1 ac de Rémire, l’eau s’écoule par un ruisseau en cascade
jusqu’au bassin de prise où s’opère une décantation partielle,
394 Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
une crépine arrête les grosses impuretés avant de permettre Pad-
mission dans le tuyau de conduite.
L’eau de Lalouette s’écoule dans le lac du Rorota, situé à
i4 m. en dessous ; de là, l’eau des deux lacs, par un bassin de
prise unique, s’en va par une conduite de io kilomètres vers le
bassin de distribution de Montabo (à 2 km. de Cayenne) d’où
partent les réseaux de répartition. La situation de ces lacs, cons¬
truits de 1867 à 1872, est remarquablement bien choisie : éta¬
blis aux creux de vallées étroites que couronnent des collines
couvertes jusqu’à leur faîte d’une végétation imposante, sous le
vent du large, à une altitude qui empêche la contamination par
les poussières, ils sont éloignés de toute habitation qui ferait
craindre une pollution d'origine humaine, et l'accès de leurs
abords est interdit.
Ils sont alimentés presque entièrement par l’eau météorique;
cependant, en saison sèche, divers filets dont les points d’émer¬
gence sont incomplètement connus, convergent vers la queue
du lac Lalouette. « Il n’existe pas de source proprement dite,
écrit M. l’ingénieur Deydier, le suintement de l’humus et des
détritus des feuilles tombées qui recouvrent les sommets des
monts, est la cause déterminante cle l’émergence de l'eau ». Cet
appoint, en saison sèche, au moment où l’eau des lacs est au
plus bas, est précieux; aussi, pour éviter sa déperdition par éva¬
poration au cours d’un trajet sinueux à travers le Lalouette vide,
a-t-on établi un siphon en fonte portant cette eau directement à
l’effluent du Rorota ( t 9 14-)-
Comme toutes les eaux de barrage, l’eau de Cayenne subit
des variations pour ainsi dire journalières au point de vue chi¬
mique et bactériologique, sa pureté étant la résultante de la
quantité d’eau pluviale qui arrive plus ou moins trouble, du
vent qui agite la surface et trouble la décantation, de la durée
d’insolation qui épure les couches superficielles, de la durée du
séjour dans le lac, etc... Mais toutes les analyses, quelle que soit
la saison à laquelle elles sont faites, donnent des résultats satis¬
faisants.
Au point de vue chimique, l’eau est très pure (degré hydroli-
métrique i,5), peu aérée, pauvre en matières azotées et en chlo¬
rures (o g. 00 1 5), pauvre en sels minéraux. Au point de vue
bactériologique, 2 analyses ont été pratiquées en 19 1 5 ; l’une,
en avril où les 3 cas de typhoïde signalés plus haut se sont pro-
Séance du i f\ Juin igif>
395
dails à Cayenne, c’est-à-dire en pleine saison des pluies au
moment de la turbidilé maxima, l’autre en août après io jours
sans pluie. Les 2 prélèvements ont été faits au bassin de M011-
tabo. L’analyse d’avril a donné 1.260 germes aérobies et 4o moi¬
sissures, celle du mois d’août 420 germes aérobies et 3g moi¬
sissures. La recherche du Bacterium coli a été négative dans les
deux cas.
La capacité totale des lacs est de 3oo.ooo m\ ils sont pleins
pendant 5 mois de l’année ; puis à la fin de la saison des pluies
leur niveau baisse en raison de la consommation journalière.
Dès ce moment, il devient impossible de donner l’eau à discré¬
tion ; la distribution devient intermittente, obligeant les pro¬
priétaires à construire chez eux des réservoirs et les habitants à
faire des provisions. Ainsi se constituent de nombreux gîtes à
larves qui expliquent la grande fréquence du Stecjoimjia calopus
à Cayenne; ainsi deviennent impossibles également les chasses
d’eau dans les closets et l’établissement de fosses septiques qui
seraient si utiles comme nous le verrons en étudiant les parasi¬
tes intestinaux. L’insuffisance en quantité est le seul reproche
que l’on puisse faire au Service des eaux de Cayenne. Les ingé¬
nieurs assurent que l’eau serait suffisante si elle n’était pas gas¬
pillée, et recommandent l’emploi des compteurs. Malheureu¬
sement les finances de la Colonie n’ont pas jusqu’à présent per¬
mis cette dépense, si désirable pour l’hygiène de la ville.
Maladie pyocyanique. — Dans les fièvres continues, se rangent
encore trois cas de fièvre à pyocyanique, observées en igi4-i5.
Le premier cas, vérifié par l’hémoculture, est celui d’un enfant
atteint de fièvre continue sans symptômes prédominants, qui fut
traité à l’hôpital Colonial. La fièvre durant trop longtemps au gré
de la famille, fut retiré dç l’hôpital et n’a plus été revu.
2e cas : Mme fi. L., 32 ans, allaite actuellement un enfant de 3 mois,
fionne santé générale antérieure ; « quand je l’ai vue le 25 février, dit le
l)r Henry, de grandes douleurs abdominales dominaient tous les autres
symptômes, la fièvre était à 40°, la langue saburrale, constipation énergi¬
que, foie gros, conjonctives subictériques, pas d’albumine dans les urines;
au cœur, ébauche d’aortite.
Elle entre à la Maison de Santé le 25, un vomitif lui fait rendre de la
bile à flots; pendant quelques jours elle rendra spontanément d’énormes
quantités de bile, puis tout rentre dans l’ordre et la fièvre seule subsiste à
l’exclusion de tout autre signe. »
L’hémocuUure pratiquée |e 26 février donna une culture pure de fi.
396
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pyocyanique; 4 mois après la guérison, le sérum de la malade agglutinait
encore un pyocyanique d’une autre souche à 1/60.
3° cas : Mlle F. P., 17 ans. Cette observation se caractérise comme les
précédentes par ensemble de symptômes négatifs. Fn voici la conclusion :
« Ce qui frappe dans cette affection, c’est la durée de la fièvre qui se joue
de tous les moyens thérapeutiques, sa violence parfois, ses rémissions
diurnes ou nocturnes qui défient toute classification, la lucidité qu’elle
laisse à la malade même dans son fastigium et aussi la liberté d’allures
qu’elle lui permet lorsqu’elle n’est pas très forte, même après des semai¬
nes. » (IV Henry).
III. - DYSENTERIE
La dysenterie amibienne est rare en Guyane. En 20 mois nous
n’avons noté que 29 fois la présence de Lôschia tetragena dans
les selles. Cette dysenterie est généralement bénigne, dépasse
exceptionnellement 20 selles par jour et ne se corn p'iq ne jamais
de gangrène ou d’hémorragie.
L’abcès du foie est rare aussi ; au service de la Transportation,
3 cas ont été observés en 1916.
En octobre dernier, nous avons mis en évidence l’existence de
la dysenterie bacillaire. Nos recherches de ce côté sont encore
trop récentes pour nous permettre de préjuger de la place que
tiendra plus tard cette maladie dans *la nosographie du pays,
mais nous la croyons très fréquente.
Notre première observation s’est présentée dans des conditions
très favorables à l’étude : notre préparateur qui avait pu s’infec¬
ter au cours d’examens de plusieurs milliers de selles, fut pris le
matin au réveil d’une fièvre assez forte, 38°9, et de douleurs abdo¬
minales violentes; dans la journée, on compta 22 selles muco-
sanglantes. L’amibe fut recherchée en vain dans les premières
selles bien que le malade ait eu 18 mois auparavant une atteinte
de dysenterie amibienne. Les selles furent ensemencées et nous
pûmes isoler un bacille dysentérique du type Flexner. La séro¬
thérapie fit la preuve du diagnostic en amenant la guérison en
2 4 heures. Quatre jours plus tard, le malade présentait de
nombreuses amibes dans les selles en même temps qu’une
rechute de redite qui céda rapidement à l’émétine.
Dans la suite plusieurs, autres cas ont été observés à la Trans¬
portation et en ville. Ces dysenteries bacillaires sont toutes très
bénignes. Les lésions intestinales sont très circonscrites et se
localisent au rectum. Le nombre des évacuations dépasse rare-
SÉANCE DU l 4 .JriN 1 9 1 G
397
ment 10 par jour. Elles ont disparu l'an dernier avec le retour
des pluies.
Dans les cinq isolements que nous avons pratiqués, c’est, tou¬
jours le même type Flexner qui s'est trouvé en cause.
IV. — HELMINTHIASE INTESTINALE
L’étude du parasitisme intestinal en Guyane, a déjà été l’ob¬
jet dans ces dernières années d’importantes contributions de la
part de Brimont(i) et de Blin. Nous n'aborderons donc à nou¬
veau cette question que pour présenter nos observations sur le
traitement et la prophylaxie de l’ankylostomiase.
Nos examens en 1914-1915 ont porté sur 1.282 échantillons. Le
nombre de selles parasitées a été de 79/1. Ont été rencontrés :
Ankylostome . G07 fois
Ascaris . 218 fois
Trichocéphale 220 fois
Oxyure . 8 fois
Dipylidium du chien .... 2 fois
Anguillules . G fois
Schistosomum Mansoni ... 3 fois
Le plus souvent les selles sont multiparasitées. Le tableau sui¬
vant donne pour les espèces les plus communes les diverses
associations rencontrées.
Ankylostomiase. — L'ankylostome, ou plus exactement Neca-
tor cunericanus , est donc le parasite le plus répandu en Guyane.
Nos recherches dans les milieux pénitentiaires sont confirma¬
tives des pourcentages donnés par Brimont : les transportés à
Cayenne sont parasités dans la proportion de 80 0/0; les libérés
sont un peu plus atteints encore ; non seulement, ils ont une
moyenne d’infestation plus élevée (85 0/0), mais c’est parmi eux
(1) Ankylostomiase et parasites intestinaux en Guyane française. Bulletin
de la Société de Path. Exotique, t. II, 1909, pp. 4i3 et 423.
398
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qu’on trouve les anémies les plus profondes. Ce sont eux qui
fournissent le plus grand nombre de décès.
Dans la population civile, nos examens ont été faits, avec la
collaboration du Dr Bremond, Directeur du Camp Saint-Denis,
sur les malades de l'hospice quel qu’ait été leur diagnostic d’en¬
trée. La moyenne a été de 57 0/0 de porteurs de vers. Mais ce
n’est là qu’une évaluation globale, composée elle-même de
chiffres très différents suivant le groupe social examiné. Car, en
Guyane comme en France, l’anémie des mineurs est une mala¬
die sociale. Les placériens, les ouvriers forestiers, en un mot
toute la portion réellement productrice de la population, sont
atteints au même degré que les transportés. Les habitants des
centres le sont moins. Les soldats créoles, soumis cette année à un
entraînement rapide, iront pas compté une seule entrée à l’hô¬
pital pour anémie vermineuse. Le rôle protecteur de la chaus¬
sure intervient ici d une manière très démonstrative; on peut
dire qu’en Guyane sont protégés de l’ankylostomiase ceux qui
ont l’habitude de porter des chaussures : l'infestation par voie
buccale compte pour peu ; c’est pourquoi, du reste, la prophy¬
laxie sera difficile à réaliser. L’action de la chaussure prend
dans certains centres pénitentiaires la valeur d’une démonstra¬
tion expérimentale; aux îles du Salut, par exemple, on trouve
d'un côté 80 0/0 d’ankylostomés dans l’élément pénal et moins
de 5 0/0 dans l'élément libre composé par les surveillants et
leurs familles, alors que celte seconde catégorie consomme pres¬
que exclusivement des légumes verts, produits d’un sol con¬
taminé.
La période d'infestation correspond au commencement de la
saison des pluies; c’est à cette époque qu’apparaissent commu¬
nément, surtout au bagne, les lésions prurigineuses d’aspect
eczémateux (ground itch, vvater i te h ) qui marquent l’entrée du
parasite dans l’organisme.
Le séro-pus, contenu dans les phlyctènes de ces lésions au
début, contient jusqu’à 98 0/0 d’éosinophiles. Quelques jours
plus tard, quelquefois avant l’apparition des œufs dans les selles,
l’éosinophilie se montre dans le sang où elle n’est pas en rap¬
port avec l'intensité de l’infestation, mais plutôt, semble-t-il,
avec l’intensité de la réaction sur l’organisme : c'est surtout
chez les ankyloslomés de fraîche date que l’on trouve une pro¬
portion élevée de polynucléaires acidophiles. Dans les cas de
Séance du i/| .Juin 1916
390
cachexie avancée, celte éosinophilie descend au-dessous de
5 0 /0 .
Les essais de traitement ont été nombreux. L'eucalyplol a été
complètement abandonné par son inconstance et la difficulté de
son administration. L’aristol (thymol bi-iodé) n’a donné aucun
résultat.
La méthode actuellement mise en pratique par Levet à la
Transportation est la suivante : Pendant trois jours consécutifs,
5 g. de thymol par cachet de 1 g. d’heure en heure. Le troi¬
sième jour, une heure après le dernier cachet : sulfate de soude
4° g-
La veille du traitement et pendant toute la durée de celui-ci,
le malade est au régime lacté absolu.
L’efficacité de la méthode a été contrôlée au laboratoire par
des examens faits le lendemain et, le plus souvent possible,
huit jours après l’administration du thymol. Les résultats ont
été heureux, sans exception, sur plus de 200 cas.
Malheureusement, cette pratique 11e saurait convenir à tous
les malades : les cardiaques, les paludéens très anémiés, les
femmes enceintes, les enfants, ne peuvent prendre sans danger
d’aussi grandes quantités de thymol. D’autre part, ce traitement,
parfaitement efficace, mais pénible, nécessite l’hospitalisation
et par conséquent convient mal à des travailleurs peu fortunés.
Un traitement qui produirait l’évacuation des parasites, sans
régime particulier et sans interruption du travail, serait donc
précieux. Pendant un séjour en Guyane britannique, nous avons
été vivement intéressé par une médication instituée par le
Dr Ferguson (Georgetown) et qui répond à ces désidérata. Le
meilleur de la main-d’œuvre nécessaire à la culture de la canne
et du riz est fourni, en Guyane anglaise, par des coolies, venus
de l’Inde, engagés par un contrat de travail spécial (indenture)
qui leur assure les soins médicaux, l’hospitalisation, etc... Dans
ce milieu discipliné, la surveillance d’un traitement est facile.
Ferguson administre à chaque ankyloslomé un comprimé d’en¬
viron Go cg. de thymol par jour, sauf le dimanche, car l’Hindou,
ce jour-là, rompt volontiers son jeune d’alcool. Après 80 jours,
la désinfestation est obtenue, quelquefois plus tôt, exceptionnel¬
lement plus lard.
Cette méthode s’est rapidement généralisée dans tous les
« nigger yards » de la colonie voisine : après en avoir constaté
400
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les bons effets en Guyane française, nous avons tenté d’en réduire
la durée et d’éviter le thymol, que nous avons remplacé par du
naphtol [j frais et bien conservé. Actuellement, nous prescri¬
vons : naphtol (3, 70 cg. pour un cachet n° 3o, 1 cachet par jour
le matin, sans modifier le régime alimentaire (chez les enfants,
5o cg. suffisent).
Le traitement dure donc un mois, les vers disparaissent bien
souvent au bout de trois semaines.
Débarrasser un ankylostomé de ses parasites est sans doute un
premier résultat, mais cela ne constitue pas à proprement parler
une mesure d hygiène. Le danger de la réinfestation subsiste et,
pour l’éviter, il faut assainir le sol. Cet assainissement a été
obtenu avec plus ou moins de facilité dans les mines d'Europe,
mais le problème se complique «singulièrement dans les pays
tropicaux en raison des immenses espaces contaminés. Cette
œuvre de large envergure* a cependant été entreprise en Guyane
anglaise. Le seul principe sur lequel est basée la prophylaxie
est l’aménagement des latrines de manière que les larves du
nématode soient éloignées du sol ou détruites. Dans les camps
d Hindous, on a installé de nombreux closels sur les canaux de
drainage qui conduisent le trop-plein de 1 eau d’irrigation vers
le fleuve; dans les hôpitaux des « estâtes », on a construit partout
des fosses septiques. On entreprend actuellement la même opé¬
ration dans les villages libres et si, dans les « nigger yards »,
les premiers résultats ont été rapidement sensibles (diminution
de la mortalité, augmentation de la natalité), il semble que, dans
les villages, la tâche d’assainissement soit plus rude. Les services
d’hygiène se heurtent à chaque pas au mauvais vouloir, à l’hosti¬
lité des habitants, qui n’admettent pas de faire des frais pour
changer le cours de leur routine, bien que ces services d’hygiène
soient aidés pécuniairement par le Rockefeller F and , qui con¬
struit des modèles, fait des aménagements communaux et même
privés.
Ce bel et coûteux effort ne portera donc ses fruits que dans
quelques années, et il est de la plus grande utilité pour notre
Guyane d’en suivre les phases, pour y trouver plus tard un
modèle. Mais, d’ici longtemps, une si vaste tentative ne nous
sera pas permise et nous devrons,, avec des moyens modestes,
essayer de circonscrire la maladie avant de procéder à sa
complète éradication. 11 faudrait commencer par Cayenne et les
autres agglomérations.
Séance du i4 Juin 1916
40 1
A Cayenne (et dans toutes les agglomérations), il n’existe
pour les vidanges ni régie directe ni adjudication. Les vidanges
sont recueillies par trois ou quatre entrepreneurs qui ont cha¬
cun leurs clients aux quatre coins de la ville. Ils parcourent,
chacun pour son compte et à tour de rôle, les différents quar¬
tiers, enlevant les tinettes dans des voitures dont quelques-unes
sont mal adaptées à ce but. Ils ont, aux environs de la ville,
des terrains de cultures où le contenu des tinettes est épandu
en surface, sans creuser le moindre fossé. L’eau pluviale vient
déliter les matières qui s’étendent suivant la pente naturelle
des terrains et aboutissent pour une grande part vers le canal
Laussat aux portes de la ville (v. fig. p. 38o).
11 suffit d’exposer ce système pour en rendre inutile la criti¬
que. Comme nous l'avons vu à propos de la fièvre typhoïde,
le système des tinettes mobiles est encore pour longtemps une
nécessité, puisque l’eau manque pour une évacuation hydrauli¬
que, à laquelle du reste les égoûts ne sont pas adaptés. Les
fosses fixes ne sont pas recommandables en raison de la per¬
méabilité des terrains de la proximité de la nappe souterraine,
du coût de la construction. Nous pensons qu'un grand progrès
serait réalisé si, tout en conservant les tinettes, on disposait sur
le bord d’une crique, à proximité de la ville, deux grandes
fosses septiques dans lesquelles le contenu des tinettes serait
vidé. Après une épuration suffisante, l eau de ces fosses s'écou¬
lerait sans odeur et sans danger vers la mer.
Bilharziose intestinale. — A. Henry ( i) a déjà signalé un cas
d’infestation par Schistosonium Mansoni en Guyane. II s’agissait
d une Guadeloupéenne, résidant à Cayenne depuis douze ans.
En 1914-15, nous avons observé trois nouveaux cas :
Le premier est celui d’un homme de 5o ans originaire de la
Guadeloupe, en Guyane depuis six ans ; l'œuf du trématode
a été trouvé en recherchant des œufs d’ankylostome dans les
selles. Sa présence nous a permis d’interpréter quelques légères
hémoptysies jusqu’alors inexpliquées. Plus tard le malade
a présenté de l’ascite qui elle aussi peut être d’origine bilhar-
zienne.
Le second cas est celui d une femme de vingt ans, Martini-
(1) Revue de Médecine et d" Hygiène tropicales (iyn).
4-02
Bulletin de la Société de Pathologie exoiique
quaise en Guyane depuis six ans ; Bœuf de Schistosomurn fut
trouvé au cours d’une dysenterie amibienne. Cette dysenterie
guérie, la malade n’a présenté aucun symptôme de parasitisme.
Le troisième cas concerne un placérien mobilisé. Antillais en
Guyane depuis douze ans, la bilharziose a été découverte au
cours d’une rectite amibienne.
Ainsi ces quatre premiers cas ont été observés chez des Antil¬
lais et bien que deux d’entre eux aient un séjour en Guyane de
douze ans, nous ne sommes pas en mesure d’affirmer que ce ne
sont pas des cas importés.
Helminthiases animales. — L’élevage du mouton est difficile en
Guyane ; presque tous meurent d’une anémie pernicieuse dont
nous avons rapporté la cause à l’infestation par Jlœmonchiis
confortas. Les chèvres sont également très touchées. Nous
n’avons pas rencontré ce parasite chez l’homme; nous l’aurions
recherché si nous avions rencontré ces formes géantes d’œufs
d’ankylostomes, dont parle Brimont.
Nous avons rencontré également la présence, chez les jeunes
gallinacés, de Syngamus trachealis , déjà signalé par Brimont au
Maroni. Ce parasite cause de grandes pertes dans les basses-
cours à la fin de la saison sèche.
Identité des virus exanthématiques
africain et balkanique
Par Charles NICOLLE.
Il semble à première vue que les preuves de certains faits soient
inutiles à donner quand on considère ceux-ci comme évidents.
La question de l’unité du typhus exanthématique nous a toujours
paru hors de discussion. Partout, au point de vue clinique, la
maladie se montre semblable à elle-même et les conditions de
ses épidémies, en tous pays, sont identiques comme elles l’ont
été dans le cours de l’histoire.
Cependant, comme il s’agit d’une infection à microbe invisible
et que, pour certaines maladies dont le microbe est connu, comme
Séance du 1 4 Juin iyit>
403
la spirillosè, un a pu noter des différences entre les propriétés
des virus de diverses origines, établir même des divisions tran¬
chées, le problème, examiné de plus près, offrait même pour le
typhus un intérêt à résoudre. Cet intérêt nous a semblé plus
grand en ces derniers temps, par suite de la publication de cer¬
tains travaux, à dire vrai superficiels, dont les auteurs, s’incli¬
nant devant l'évidence du rôle du pou dans la transmission du
typhus africain, remettaient celui-ci plus ou moins indirecte¬
ment en question dans leurs relations des épidémies des camps
de prisonniers en Allemagne et de celles des pays d’Orient.
II ne saurait être question d'une pluralité des virus exanthé¬
matiques en Afrique mineure. Nos premières expériences, qui
ont ouvert l’étude expérimentale du typhus et prouvé le rôle du
pou, avaient été réalisées avec des virus tunisiens. Le résultat le
plus clair de nos travaux ayant été la suppression presque totale
du typhus exanthématique dans la Régence; du fait des mesu¬
res prophylactiques adoptées, nous n’avons pu continuer nos
recherches que lorsque le hasard nous eut amené à Tunis des
malades contaminés en Algérie et au Maroc. Depuis plus de deux
ans, nous entretenons par passages sur cobayes des virus exan¬
thématiques originaires de ces pays voisins; ils nous ont permis,
entre autres, de préciser quelques points des conditions de
transmission de la maladie par les poux et ces expériences ont
par là même prouvé l’identité absolue de ces virus avec ceux
que nous avions maniés en Tunisie. Les expériences d’Edmond
Sergent et Foley, pratiquées avec un virus algérien, en confir¬
mant les nôtres sur le rôle du pou, sont venues ajouter une preuve
nouvelle à celle de l’identification de ces virus.
Cette note apporte à son tour la démonstration formelle de
l'identité des virus africain et balkanique. L’observation de cas
de typhus chez des soldats serbes et les expériences dont ces
malades ont été le point de départ nous Font permise.
Cliniquement, la maladie balkanique est identique à celle que
nous observons d’ordinaire en Berbérie. Relativement bénigne
dans la population où elle est endémique, sa gravité est au con¬
traire extrême sur les français contaminés. Un traitement spéci¬
fique, heureusement appliqué au moment de nos recherches, a
permis de réduire la mortalité chez nos français traités à i sur 25;
404
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sur 2 non traités, il y avait eu auparavant 2 morts. Les effets
évidents de ce traitement sont eux-mêmes une preuve de l’iden¬
tité des virus, le sérum employé ayant été préparé par l’inocu¬
lation de nos virus africains à l’animal.
Le virus serbe est identique au berbère dans ses effets sur le
singe et sur le cobaye. O11 trouvera plus loin l’observation et la
courbe thermique d’un singe, inoculé du virus balkanique. Chez
le cobaye, la maladie expérimentale est semblable pour les deux
virus. Notre collaborateur Georges Blanc a publié ici même (1),
avec courbes thermiques, les résultats des inoculations réalisées
par lui au laboratoire de Nich en 1 9 1 5 ; il a pu obtenir, avec un
virus particulièrement actif, jusqu'à 8 passages successifs par
cobayes; les circonstances seules l'ont empêché de poursuivre
plus loin et de conserver ainsi indéfiniment ce virus sur cet
animal. M. le Médecin de ire classe de la Marine IL Potel (de
PHôpital de Sidi Abdallah) et nous-même avons réalisé plusieurs
fois l’infection du cobaye, comme moyen de diagnostic, parl’ino-
culation du sang de malades exanthématiques de l’épidémie
balkanique. Un de ces virus a fait à l’Institut Pasteur de Tunis
cinq passages successifs par cobaye.
Enfin, les expériences que nous allons relater, si les précé¬
dentes 11e suffisaient pas. 11e laisseraient aucun doute. Elles
prouvent qu'une première atteinte expérimentale, occasionnée
par un des deux virus, vaccine contre l’inoculation d épreuve
pratiquée avec l’autre.
Ces expériences méritent d’être données en détail.
A. — Une inoculation effective du virus exanthématique africain
protège contre l'inoculation ultérieure du virus exanthématique
balkanique.
Cinq animaux ont été utilisés pour cette démonstration : trois
vaccinés, deux témoins ; dans chaque lot : un singe, les autres
animaux sont des cobayes.
Première inoculation (Virus africain).
Singe I (Macacus rhésus). — Reçoit dans la cavité péritonéale 3 cm3
de sang d’un cobaye, infecté avec notre virus marocain (42e passage de ce
virus par cobaye) ; ce cobaye est au 2^0111' de sa fièvre (2).
(1) Soc. de Path. exot., 10 mai, p. 3i 1 et suivantes.
(2) Tous les animaux dont l’observation est rapportée dans cette note ont
Séance bu i4 Juin 1916 403
* t
Chez le Singe I, incubation 9 jours ; typhus classique de 9 jours de durée.
Une saignée cardiaque, pratiquée au 4e jour, a permis l'infection de deux
autre singes (Courbe 1).
Cobaye 1 . — Inoculé avec 3 cm3 de sang d’un cobaye de 5b,î passage de
notre virus algérien. Incubation de 8 jours ; saignée le 5e jour de la fièvre
pour passage (positif) à deux autres cobayes; la température du cobaye I
n’a plus été prise à partir de la saignée ( Courbe 2).
Cobaye 2. — Inoculé avec 3 cm3 de sang d’un cobaye de 47° passage de
etc inoculés par voie péritonéale ; ils ont reçu: les signes 3 à 4 cm3, les cobayes
2,0 à 3 cm3 de sang recueilli par ponction cardiaque ; sauf indication spéciale,
celle ponction a été pratiquée le second jour de la lièvre.
27
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
406
notre virus marocain. Incubation 1 1 jours ; typhus classique de S jouis,
saignée le 2e jour de la fièvre pour passage (positif) à deux autres cobayes
(Courbe 3).
Inoculation d’épreuve (Virus serbe).
Le virus employé a été prélevé sur le soldat serbe W. A., atteint
de typhus exanthématique, au 7e jour de sa fièvre. Les singes
ont reçu 4 cm3 de sang, les cobayes 3.
Vaccinés. — Aucun des vaccinés n'a été infecté par /’ inoculation
d'épreuve (Température prise pendant 45 jours).
Le Singe l a reçu l’inoculation d’épreuve 146 jours après la guérison
de son typhus africain, 161 jours après l’inoculation du premier virus.
Le Cobaye 1, 25 jours après guérison, 41 après la première inoculation.
Le Cobaye 2, S) 2 et 113.
Témoins (animaux neufs). — Tous tes témoins ont été infectés.
Singe Jt (bonnet chinois). — Incubation 9 jours; typhus classique de
9 jours de durée ( Courbe 4).
Cobaye 3. — Incubation 22 jours; typhus léger de 7 jours ( Courbe 5).
B. — Une inoculation effective de virus exanthématique balkanique
protège contre l’inoculation ultérieure du virus exanthématique
africain.
Gomme pour l’expérience précédente, cinq animaux : trois vac¬
cinés, deux témoins et, dans chaque lot, un singe.
407
Séance du i/j Juin 19 iO
Courbe 5.
Première inoculation (Virus serbe).
? Singe H (bonnet chinois). — Son observation a été rapportée plus haut. Il
s’agit du témoin de la première série d’expériences : Incubation 9 jours,
typhus de 9 jours ( Courbe 4).
Cobaye 4. — Inoculé avec 2 cm3 5 de sang de l’infirmier français G.,
contaminé parles malades serbes, au 8e jour "de sa maladie.
Courbe G
Incubation IG jours ; typhus léger de 4 jours ; saignée au 2° jour, ce qui
a pu modifier la courbe thermique, pour un passage (positif) à un autre
cobaye ( Courbe 6).
Cobaye 5. — Inoculé avec 3 cm3 de sang du cobaye précédent. Incuba¬
tion 13 jours • typhus de 10 jours de durée ; saignée le 4e jour pour pas-
sage (positif) à un autre cobaye ( Courbe 7).
408 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Inoculation d épreuve (Virus africain).
Le virus employé pour l épreuve a été prélevé sur un cobaye
de 61e passage de notre virus marocain. Les singes ont reçu
4 cm3 de sang, les cobayes 3.
Vaccinés. — Aucun des vaccinés n’a été infecté par l' inoculation
d’épreuve.
Le Singe H a été éprouvé 27 jours après guérison de son typhus serbe,
45 jours après l'inoculation du premier virus.
Le Cobaye 4 après 82 et 103 jours.
Le Cobaye 5 après 36 et 59 jours.
Couspe 8
Séance dit i/| Juin i 9 i 0 409
Témoins (animaux neufs). — Tous les témoins ont été infectés.
Singe 111 (Bonnet chinois). — tncubation tt jours ; typhus de 7 jours
( Courbe S).
L’observation de ce singe est d’autre part intéressante parce
qu’elle montre qu’après deux années de conservation sur
cobayes, comportant 61 passages successifs sur cette espèce, le
virus se montre aussi actif qu’au premier jour pour le singe.
La courbe thermique du singe III 11e témoigne pas seulement
d’une infection positive; le crochet de la température aux 8e,
9e jour de l’incubation, quarante-huit h. avant le début de la
fièvre proprement dite, est pathognomonique du typhus. Un cli¬
nicien diagnostiquerait avec certitude le typhus par son seul
examen.
(Mage 6\ — Incubation 11 jours; typhus léger, mais net, de 6 jours
[Courbe 9).
On sait d’autre part que les expériences de Rigketts et Wil-
der, Anderson et Golrergèr, Gavino et Girard, en confirmant les
nôtres, en particulier sur l’étude expérimentale du typhus chez
les singes et le rôle du pou dans sa transmission interhumaine,
ne laissent aucun doute sur l’identité des virus américains (Mala¬
die de Brill à New-York, Tabardillo mexicain) avec notre virus
africain. Les recherches de Yersin et Vassal, en Indo-Chine fran¬
çaise (1), complètent le cercle.
(1) Ce Bulletin , t. I, 1908, p. i56.
4dO Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le typhus exanthématique est donc bien une maladie unique,
identique sur toute la surface du globe. La même prophylaxie,
un même traitement spécifique peuvent partout lui être opposés.
(. institut Pasteur de Tunis).
/
Séance du i 4 Juin icjiG
41 1
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
American Journal of Tropical Diseases and Préventive Me divine,
t. III, nos io et ii, avril et mai 1916.
Armais of Tropical Medicine and Parasitology, t. X, f. 1,
29 avril 1916.
British Medical Journal , nos 2884-2893, 8 avril-10 juin 1916.
Cronica médica , nos 633-634, mars et avril 1916.
Ceneeskundig Tijdschrift v. JSiederlandsch-Indië , t. LVI, f. 1,
1916; et tome LV, supplément consacré à la peste, f. 2.
Journal of the Royal Army Medical Corps , t. XXVI, n° 4-6,
avril-juin 1916.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene , t. XIX, nos 6-1 1,
i5 mars-ierjuin 1916.
Malaria e Malattie dei Paesi caldi , t. VII, f. 2, 20 avril 1916.
Malariologia , 3o avril 1916.
Nipiologia, 3 1 mars 1916.
Pediatria , t. XXIV, f. 4-6, avril-juin [916 (1).
Proceedings of the Medical Association of the Isthmian Canal
Zone Jor the Half Year , oct. 1914-march 1915, t. VII, f. 2, 1916.
Review of applied Entomology , t. IV, sér. A et B, f. 4 et 5, avril
et mai 1916.
Revue scientifique , nos 8-1 1, i5 avril-3 juin 1916.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. IX, f. 5 et 6, mars et avril 1916.
Tropical Diseases Bulletin*, t. VII, f. 4 et 5, i5 avril et i5 mai
igiG.
VOLUMES ET BROCHURES
A. Breinl. On the Occurrence and Prevalence of Diseases in
British New Guinea. — Gangosa in New Guinea and.its Etiology.
(1) La Bibliothèque de la société a reçu aussi, en échange des G premiers
volumes du Bulletin, les volumes 1908 à nji3 de Pediatria .
k 12 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
À. Breinl. Port Moresby to Daru.
A. Breinl et H. Priestley. Note on « boomerang' leg ».
Ch. Porcher et P. Godard. Le lait et la fièvre méditerranéenne,
Paris, Asselin et Houzeau.
Jésus Raphaël Risquez. Apuntes sobre la Bilharziosis en Vene¬
zuela. Contribueion al estudio de su Anatomia Patologica.
Diensl der Pestbestrijding. Batavia, 1 9 1 5 .
Le Gérant ; P. MASSON.
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IMPRIMERIE L. BARISEOUD ET G1®.
Tome IX.
1916
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Années 1908 à 1913 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 7
Séance du 12 juillet 1916
PAGES
PRÉSENTATIONS
H. Boucher. — Photographies du laboratoire de bactériologie de Grand-
Bassam . l\i§
R. Blanchard. — Tête de Davainea madagascariensis . 4ï3
COMMUNICATIONS
L. d’Anfreville. — La Kératodermie symétrique en Afrique avec la pl. X 442
A. Aravandinos. — Modification dans la technique de la ponction de la
rate . 444
M. Béguet. — Cutiréactions à la tuberculine faites à Alger, du 26 avril
1 91 1 au Ier juin 1916 . 425
H. Boucher. — Un cas de Blastomycose à la Côte d’ivoire .... 4r4
H. Boucher. — Un cas de tuberculose zoogléique à la Côte d’ivoire . . 4^
H. Boucher. — Traitement rapide de l'ulcère phagédénique des pays
chauds . 4J9
A. Carini et L. Migliano. — Sur un Toxoplasme du cobaye {T. cavice,
n. sp.) . 435
G. Finzi. — Leishmaniose et tuberculose chez le chien . 429
E. Jeanselme. — Répartition des eaux minérales et de l’endémie goi¬
treuse au Yunnan . 4*4
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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il
• T • ' • ( .
PAGES
M. Langeron. — Remarques sur les larves de Culex geniculatus et sur
les larves de Culicinés pourvues d’un long- siphon . . 438
A. Laveran. — Sur un cas de filariose due à F. loa, d’une durée de
i4 années . 430
R. Van Saceghem. — Observations sur des infections naturelles par
Toxoplasma cuniculi . . 432
MÉMOIRES
R. Rlanchard. — Quelques cas de pseudo-parasitisme et de xéno-parasi¬
tisme . 522
A. La Matta. — Sur les leishmanioses tégumentaires. Classification
générale des leishmanioses, avec les planches XI et XII .... 4q4
Discussion de A. Laveran . 5o3
Ch. Nicolle. — Quelques faits ou observations d’ordre expérimental
relatifs au typhus exanthématique, en particulier à l’entretien du
virus par passages. , 487
P. Ravaut et G Krolunitzki. — L’emploi du novarsénobenzol dans le
traitement de la dysenterie amibienne . . 5io
Et. Sergent. — Assainissement antipaludique et amélioration agricole
simultanés et rapides d’une région infectée par un ancien lit de
rivière (Oued Djer, Algérie), avec la planche XIII . 5o4
J. Thézé. — Pathologie de la Guyane (lèpre, filariose^ etc) .... 44h
Ch. Vialatte. — Rapport sur le fonctionnement du laboratoire de
microscopie de Reni-Abbès (Sahara Oranais) en 1 9 1 5 . 469
Ouvrages reçus . 5^2
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Neuvième année
1916 ' N° 7.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 JUILLET I y I 6 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Présentations
Le Médecin-major Boucher, -des Troupes coloniales, actuelle¬
ment directeur du laboratoire de Bouaké, envoie à la Société
une série de photographies du nouveau laboratoire de bactério¬
logie de Grand-Bassam représentant : i° la façade du côté de la
mer (l’appartement du médecin occupe l’étage) ; 2° une vue laté¬
rale montrant les dépendances ; 3° la salle de travail ; 4° le
bureau du directeur.
Tête de Davainea madagascariensis
M. R. Blanchard présente des dessins et donne une descrip¬
tion complémentaire de la tète de Davainea madagascariensis ,
d’après cinq spécimens complets qu’il a en sa possession. Il en
résulte que ce Gestode n’a pas seulement Je rostre armé, comme
l’a dit Leuckart, mais aussi les ventouses. Les crochets du rostre
sont au nombre de i îo environ ; ceux des ventouses sont dispo¬
sés au moins sur cinq rangs concentriques. Tous sont très
caducs, ce qui explique les divergences existant entre les
descriptions données précédemment par Leuckart et par
R. Blanchard.
28
414 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Répartition des eaux minérales
et de l’endémie goitreuse au Yunnan
Par E. JEANSELME
Comme M. Etienne Sergent, je puis apporter des constatations
qui sont favorables à la théorie de M. Ch. Répin, relative à l’af¬
finité des sources minérales et des sources goîtrigènes.
En 1905, j’ai donné la liste des sources d’eaux minérales du
Yunnan que j’ai pu répérer ou qui m’ont été signalées par des
Européens dignes de foi résidant depuis de longues années dans
la contrée (1).
En 1910, j’ai étudié la distribution du goître et du crétinisme
au Yunnan (2). Or, la répartit ion-des eaux minérales et l uire de
l’endémie goitreuse dans ces régions sont à peu près superpo¬
sables.
Un cas de Blastomycose à la Côte d’ivoire.
Par H. BOUCHER.
Anturobi, femme Abouré, âgée d’environ trente ans, a tou¬
jours vécu dans la région du bas Comoé. Son père est atteint de
tuberculose pulmonaire, sa mère est vieillie avant l âge, une de
ses sœurs est atteinte d’une maladie abdominale, voilà tout ce
que nous connaissons de ses antécédents héréditaires.
Dans l’enfance, elle a souffert de fièvre, de coryzas fréquents
(1) E. Jeanselme. Contrib. à l’étude des eaux minérales du Yunnan. Soc. de
Méd. et d'Ihjg. tropic ., déc. 1910 et Congr. colonial, juin 1905 (Vite section).
Voir aussi : Examen par M. Lépinois des Eaux naturelles recueillies par
M. Jeanselme au cours de sa mission en Extrême-Orient. Soc. de Méd. et
d’Hijg. tropic., déc. 1905.
(2) E. Jeanselme. Soc. de Méd. et d’ Hyg. tropic ., 1910.
415
Séance du 12 Juillet 1916
avec céphalée* Depuis la puberté, elle a toujours eu des men¬
strues régulières et n’a pas eu de maladies vénériennes. Elle a
eu six enfants, ce qui est une rare fécondité à la basse Côte
d’ivoire. De ces six enfants, cinq sont encore vivants et bien
portants, l’aînée est une filie d'environ treize ans, le dernier est
à la mamelle.
Depuis deux ans, Anîurobi souffre de douleurs osseuses,
diurnes et nocturnes, mais ne provoquant pas d'insomnies. Une
fièvre, sans frisson ni sueurs, vespérale ou nycthémérale, sur¬
vient par périodes irrégulières variant d’un à sept jours. L’état
général est satisfaisant, la menstruation n’a jamais été troublée.
A la face dorsale de la main gauche et au tiers moyen de la
face dorsale de l’avant-bras gauche se voient plusieurs cicatrices
cutanées.
Elles remontent à un an et proviennent d’ulcérations, accom¬
pagnées de fièvre, que mon prédécesseur avait diagnostiquées
« sporatrichose » et guéries en vingt jours par l’iodure de potas¬
sium.
Après cette guérison, un nodule s’est développé à la jambe
droite sur le tibia, à l'union du tiers moyen et du tiers supé¬
rieur. Il dépasse actuellement le volume d’un œuf de pigeon et
forme une voussure sur la crête et la face externe de l’os; sa
consistance est uniformément ferme et n’atteint pas la dureté
osseuse; on 11e sent ni ramollissement, ni fluctuation.
Depruis trois mois, la malléole péronière de la même jambe
est devenue douloureuse à son tour. Nous constatons qu elle est
modérément et uniformément gonflée, sans empâtement, cha¬
leur ou rougeur. Elle est plus douloureuse au palper que le
nodule tibial.
Le voile du palais est jaune, traversé d’avant en arrière par
une bandelette rougeâtre. On n’observe pas de lésions pharyn¬
giennes ou amygdaliennes/donc rien de comparable à la croix
palatine de la Espundia.
L’examen rhinoscopiqUe nous fait voir à gauche un cornet
inférieur très hypertrophié et une cloison, de teinte jaunâtre,
analogue à celle du voile du palais.
Les seins sont en période de lactation, ils présentent un gros
réseau veineux superficiel et fournissent un lait blanc crémeux.
La tumeur tibiale ponctionnée le 10 mars donne issue à du
sang rouge clair, qui, à l’examen microscopique, montre de nom-
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
breuses formes de levure, arrondies, à membrane épaisse
ayant un double contour. Le diamètre de ces levures est de 9 à
10 jt, dont 1 jt pour la membrane.
A Pétat frais le protoplasme montre plusieurs points réfrin¬
gents qui, selon l'éclairage, le font ressembler à une rnorula.
A l’état sec, après coloration au panoptique ou au panchrome,
11 apparaît uniformément rose, comme les hématies, tandis que
la membrane reste incolore : on croit voir sur la préparation
des hématies à membrane.
La malade disparut dès le 10 mars après l’examen de labora¬
toire. Nous ne la revîmes plus et l'ensemencement sur gélose de
Sabouraud, prête dès le lendemain, 11e put jamais être fait.
Bassam, i5 avril 1916.
Un cas de tuberculose zoogléique
à la Côte d'ivoire.
Par H. BOUCHER.
Alba, négresse apollonienne, âgée d’environ trente cinq ans, sans anté¬
cédents héréditaires et mariée sans enfants, dit n’avoir jamais eu de
maladie antérieure.
Sept ans auparavant, à la suite de la piqûre d’une écaille de graine de
palme, le talon gauche a gonlïé. Quinze jours plus tard, l’abcès se rompt à
la face plantaire, donnant issue à du sang et du pus. L’écoulement héma¬
tique dure un mois, puis la plaie se referme. Cinq mois plus tard, le
talon gonfle à nouveau, il est très douloureux, mais sans rougeur. Cinq
vésicules purulentes apparaissent, pour se transformer insensiblement en
fistules. Depuis un an, Alba a la sensation de posséder une pierre dans le
talon malade. De grandes taches d’achromie relative, d’un noir rougeâtre,
sont apparues sur le tronc, les bras ; une notamment couvre toute la lèvre
supérieure. La malade se croit lépreuse et vient nous consulter le 5 avril.
Malgré sa marche difficile et douloureuse, ses fistules purulentes, elle a
toujours conservé bon appétit et bon sommeil ; elle a pu continuer à faire
la cuisine et se livrer à la culture des arachides.
L’examen général nous montre un corps amaigri, de teinte noir gris
rappelant les fourneaux mal cirés. Les muqueuses sont très pâles, les
incisives inférieures sont orientées en avant, la voûte palatine est légère¬
ment ogivale, on entend des frottements dans les fosses sus-épineuses,
bien que la malade n’ait jamais toussé. Le myocarde est encore vigoureux,
l’endocarde présente la lésion du rétrécissement mitral. Le foie est dou¬
loureux à la percussion, bien que ne dépassant pas le rebord costal. La
rate.percutable et douloureuse à la percussion, ne s’étend pas plus bas que
Séance du 12 Juillet 1916
417
la 10e côte. L’abdomen, douloureux au palper, est sonore en certains points,
submat en d’autres, sans ascite.
L’examen du talon gauche nous montre une cicatrice blanche à la face
inférieure, et cinq fistules purulentes, presque toutes à l’union de la face
plantaire et de la face dorsale. Deux sont au niveau de la gouttière des
fléchisseurs (I et II), la troisième se trouve à la tubérosité interne (III), la
quatrième à la tubérosité externe du calcanéum (IV) ; la cinquième est vers
l’articulation astragalo-scaphodiienne (V).
L’opération du calcanéum est pratiquée le 7 avril Une longue incision,
faite au bord d’union de la face plantaire et de la face dorsale, commence
au cuboïde, passe en dessous des insertions du tendon d’Achille et vient
jusqu’au scaphoïde. Le lambeau cutané est rabattu vers les orteils au
moyen d’une compresse. On découvre alors un séquestre, long de 3 cm.,
large de 2, mobile, nullement adhérent à la face inférieure du calcanéum,
entouré de fongosités peu abondantes. Le séquestre est extrait sans
difficulté, les fongosités sont grattées à la curette. Toutes les fistules sont
également grattées et mises en communication avec l incision opératoire.
Celle-ci est suturée, après mise en place d’un drain h la partie antérieure.
Le 10 avril les fistules III et IV subsistent seules et donnent un peu de
pus; un liquide hématique visqueux sort du drain par pression, les deux
fistules sont touchées au naphtol camphré. Le 14 avril, ablation des points
de suture : un liquide visqueux et presque incolore, peu abondant, sort
par pression du drain et des fistules III et IV ; le drain est enlevé, les fistu¬
les sont pansées à l’iodargol. Les 17 et 19 avril, nouveau pansement à
l’iodargol. Le 21 avril, la malade entre dans le coma, le 22 elle meurt.
L’examen du pus fistuleux fait dès le 5 avril par le procédé de
Ziehl nous avait montré uniquement un cocco-bacille, non acido¬
résistant, groupé par zooglées. Un ensemencement sur les
divers milieux de culture est pratiqué dès le lendemain. Il nous
révèle les caractères suivants :
Bouillon. — Uniformément trouble à 24 heures, il se recouvre le jour
suivant d’un léger voile; celui-ci est net le 3e jour, en même temps qu’ap¬
paraît un dépôt, qui augmente d’épaisseur les jours suivants
Pomme de terre. — Colonies blanches claires, formant le 2e jour un
enduit compact ; celui-ci jaunit le 4e jour, puis devient au 8e jour brunâtre
crémeux, épais de 2 à 3 mm.
Gélose. — Colonies blanches claires formant une culture abondante à la
48° heure. Dépôt abondant dans l’eau de condensation à partir du 3e jour,
puis l’enduit devient jaunâtre le 8e jour.
Agar- gélatine inclinée — Mêmes caractères culturaux que sur gélose.
Agar-gèlatine en piqûre. — Développement blanchâtre le long de la
strie d’ensemencement à 24 heures. Voile blanc à la surface du milieu le
3e jour.
Agar-gèlatine au rouge neutre. — Culture plus abondante que ci-dessus.
La moitié inférieure du milieu est devenue fluorescente le 3,; jour. La fluo¬
rescence totale n’apparaît qu’au 8e jour.
Gélose glucosëede Sabouraud — Colonies blanches et saillantes de 1 mm.
de diamètre, rappelant celles du coccus Biusou, de développement plus
tardif que sur gélose simple.
418 Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
Lait. — Pas de modifications.
Bouillon lactose et carbonate. — Pas de développement les deux pre¬
miers jours. Trouble et dégagement gazeux le 3e jour. Dépôt au fond du
tube le 6e jour.
Toutes ces cultures sont formées par un microbe ne prenant
pas sur Gram, plus ou moins mobile, non sporujé, extrêmement
pléomorphe.
Sur bouillon, la culture de 24 heures est formée d’un bacille
minuscule, donnant plutôt l’impression d’un coccus; il faut un
fort oculaire pour s’apercevoir que ce pseudo-coccus n’est pas
arrondi. Le voile est formé de nombreuses zooglées, avec bacil¬
les plus allongés mais ne dépassant pas 2 p. de longueur, donc
appartenant à la variété courte.
Sur gélose ensemencée directement avec le pus fistuleux, on
observe à la 24e heure, à côté de nombreux bacilles courts, des
bacilles moyens et minces, des bacilles longs (5 pi), plus gros à
une extrémité. Si la semence provient du bouillon, seuls les
bacilles courts sont observés.
Sur agar gélatine au rouge neutre, on rencontre quelques
bacilles moyens, à côté des courts. Sur le lait, bacilles courts,
zooglées nombreuses. Sur bouillon lactosé, zooglées, bacilles
courts, avec centre parfois moins coloré que les extrémités : ce
n'est cependant pas l’aspect de la bactérie ovoïde. Sur gélose de
Sabouraud, on observe encore des bacilles longs, avec centre
aminci prenant mal les matières colorantes.
Action pathogène expérimentale. — Lin cobaye est inoculé le
8 avril à la face interne de la cuisse. Dès le i3, apparaît au
point d’inoculation un chancre croùteux, à bord taillé à pic, à
fond jaunâtre présentant de nombreuses zooglées. Le 18, la
croûte est tombée, le fond est rosé et manifeste de la tendance
à la guérison.
Appelé dans l’intérieur, nous n’avons pu, ni faire l’autopsie
de la morte, ni continuer l’étude expérimentale et culturale de
ce microbe, qui présente tous les caractères du cocco-bacille de
Malassez et Vignal, à l'exception de la fermentation de la lac¬
tose.
En raison des chaleurs excessives de la saison sèche, toutes
ces cultures ont été faites à une température qui, au laboratoire
estimé la maison la plus confortable de Grand-Bassam. n est
jamais descendue au-dessous de 290. Aussi avions-nous mis en
Séance du 12 Juillet 19 16
419
construction une étuve à basse température permettant les clô¬
tures sur gélatine, indispensables pour la différenciation des
espèces microbiennes des eaux.
Une particularité digne de remarque de ces cultures de cocco-
bacille de la tuberculose zoogléique fut d’attirer les pontes de
petits insectes du groupe des Psychodes. L’analyse concomitante
d’eaux très impures nous avait permis d’isoler des cultures
abondantes de bacille fluorescent putride, dont l’odeur nauséa¬
bonde avait attiré sur notre étuve un vol abondant de ces insec¬
tes. Ceux-ci pondaient leurs œufs soit sur le coton des tubes à
essais, soit dans l’interstice séparant le couvercle du fond de la
boîte de Pétri. Ces œufs au bout de 24 heures se transformaient
en larves mobiles, semblables à de petits asticots, qui souillaient
les cultures. Celles-ci furent détruites, l’intérieur de l’étuve fut
exposé à l’air et au soleil, puis soumis aux vapeurs d acide phé-
nique. L'odeur putride persista néanmoins, mais atténuée. Les
Psychodidés revinrent pondre sur les cotons des cultures de
tuberculose zoogléique et respectèrent toutes les autres cultures
de l’étuve (mucor, bacille pyocyanique, bacille de Koch, char¬
bon, streptocoque ulci, virus Danysz, coli).
Bassani, le 22 avril 1916.
Traitement rapide de Tulcère
phagédénique des pays chauds
Par H. BOUCHER
La nécessité de réduire au temps strict minimum les indispo¬
nibilités souvent si longues, dues à l'ulcère phagédénique des
pays chauds, a seule dirigé nos recherches. Les moyens très
limités dont nous disposions au cours de la période d’installa¬
tion d’un grand camp d instruction dans la brousse du Sénégal,
ne nous permettaient ni pansements fréquents, ni surveillance
des malades légers répartis dans toutes les tentes sur un grand
espace. En outre, l’instruction rapide donnée aux tirailleurs,
l’obligation d’évacuer les malades alités sur la ville voisine, les
gros effectifs réunis dans le camp, nous ont conduit à ne pas
420
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
laisser se constituer un groupe d indisponibles, habitués de
la visite, que la paresse noire aurait vite grossi. Ayant fait une
révision des médicaments mis à notre disposition, nous avons
arreté notre choix sur le formol qui, en vertu de son grand
pouvoir de pénétration, nous paraissait seul capable d’atteindre
et de détruire la zone d’infiltration des spirilles. Les résultats
ont dépassé nos espérances.
La solution commerciale de formol à 4o/ioo, un simple tam-
*
pon de coton hydrophile emmanché sur un bâtonnet et une
bande de gaze suffisent jusqu’à l’apparition de l'escarre. Le
nettoyage et le tamponnement au coton imbibé de formol, en ne
lésant pas les tissus du fond de la plaie, nous ont paru bien
supérieurs à tous les curetages. La minceur du pansement
est commandée par l’anaérobiose du bacille fusiforme. Une fois
l’escarre formée, un pansement sec au bismuth, avec colon
cette fois, est laissé en place une semaine et renouvelé à inter¬
valles aussi éloignés que possible j usqu’à la chute de l’escarre.
L’escarre étant indolore, la marche redevient possible dès le
deuxième ou le troisième (i) jour du traitement.
Voici quelques observations prises au hasard dans nos notes.
Observation 1. — Seliba Kamarra, Soussou sans antécédents hérédi¬
taires ou personnels. — Le 10 novembre 1914, le frottement du soulier lui
détermine au pied droit une petite excoriation de la peau en arrière de la
malléole tibiale; les grattages, le sable, les mouches et la saleté ne tardent
pas à aggraver cette lésion minime. Le 23 décembre, elle est devenue
une plaie circulaire, large de 2 cm., profonde d’un, entourée d’un
bourrelet surélevé et remplie d’un exsudatgrisâtre pulpeux, fétide, épais ;
nous pratiquons un nettoyage complet au formol, suivi d’un simple pan¬
sement à la gaze Le 24 le bourrelet circulaire de la plaie est devenu rouge,
l’exsudât minime représente à peine 1 mm. d’épaisseur et ne contient
plus que de rares spirilles. Nous procédons semblablement à une deu¬
xième application de formol.
Le 25 l’exsudât est insignifiant ; nous nettoyons à nouveau la plaie avec
un tampon imbibé de formol. Le 26 décembre, quatrième jour du traite¬
ment, une escarre noire et sèche, déprimée, très adhérente partout occupe,
toute la surface de la plaie, devenue complètement indolore. Nous faisons
un simple pansement au bismuth et donnons au tirailleur quatre jours de
repos.
Le 7 janvier 1915, l’escarre s’est détachée dans sa moitié inférieure,
laissant un fond rose et sec. Le 19 janvier, toute l’escarre a disparu; la
plaie, très réduite dans toutes ses dimensions, présente un joli fond
rose. Un pansement bismuthé achève la guérison en dix jours.
(i) Dans nos observations, nous donnions simplement quatre jours de repos
aux tirailleurs après l’apparition définitive de l’escarre.
Séance du 12 Juillet 1916
421
Observation II. — Bakary Diallo, Foula, 22 ans environ, a présenté
une diarrhée de longue durée pendant la première enfance. Engagé au
mois d’août 1914 comme tirailleur, il touche une paire de sandales. Le
frottement, sur le deuxième orteil, de la courroie de fixation, détermine à
chaque pied une plaie similaire suivie de semblable complication de pha¬
gédénisme attribuable au sable et aux mouches.
Le 26 décembre nous constatons à la face dorsale de la première pha¬
lange des deux seconds orteils une plaie circulaire de 1 cm. de diamètre
sur 1 de profondeur, présentant un fond rougeâtre, pulpeux, exsudatif,
et entourée d’un épiderme épaissi, taillé à pic.
Le nettoyage au formol met en évidence le tendon extenseur. Il est
suivi d’un simple pansement à la gaze.
Le malade ne revient à la visite que le 31 décembre. Une escarre noire
adhérente et presque de niveau avec le rebord circulaire a remplacé la
plaie phagédénique ; elle finit par tomber complètement le 15 janvier,
guérison.
Observation III. — Moussa Sidibe, Malinké, 25 ans environ, a présenté
du paludisme et des coliques dans la première enfance. Le 21 décembre
1914, il voit apparaître au pied gauche, juste en dehors du tendon
d’Achille, une vésico-pustule légèrement prurigineuse. Celle-ci. malgré
l’absence de grattages, ne tarde pas à se compliquer de phagédénisme
grâce aux mouches, au sable et à la saleté. Le 29 décembre, elle s’est
transformée en une plaie de la largeur d’une pièce d’un sou, entourée d’un
rebord circulaire bien net, recouverte d’un exsudât gris rougeâtre, et
ne présentant après nettoyage au formol, que 3 mm. de profondeur.
Le 30 décembre, à la suite du traitement, une escarre noire adhérente par¬
tout recouvre toute la plaie. L’escarre tombe le 9 janvier 1915 ; la guéri¬
son est complète.
Observation IV. — Alayéré Toure, Mossi, 25 ans environ, sans antécé¬
dents, est atteint d’un phlegmon du tiers inférieur de la jambe gauche fin
octobre 1914. L’incision et le traitement sont faits par un médecin tran-
çais. Il sort de l’hôpital au bout de 40 jours, ne présentant plus qu’une
croûte au niveau de la ligne d’incision, pratiquée à la face interne.
11 s'amuse à enlever par des grattages cette croûte encore adhérente.
Les mouches viennent alors inoculer la petite plaie Le 29 décembre elle
atteint 5 mm. de diamètre et a pris le caractère phagédénique ; le fond
est formé d’un exsudât pulpeux brun rougeâtre et le rebord circulaire est
taillé à pic. La profondeur est de 3 mm. après nettoyage et cautérisa¬
tion au formol.
Le 30 décembre, pas d’escarée, la plaie est devenue rouge sans exsu¬
dât, nous pratiquons un deuxième tamponnement au formol. Même aspect
le 31 décembre, pansement iodoformé. Le 9 janvier 1915, une croûte sim¬
ple, sans épaisseur, occupe seule l’emplacement de l'ancienne plaie. Gué¬
rison.
Observation V. — Komine Koubaigne, Djerma, a présenté dans l’enfance
une brûlure du pied droit. Le 15 août 1914, étant à bord d’un bateau, il
s’est blessé au pied droit au niveau de la face externe du talon. 11 a été
soigné par un Médecin français et n’a pas attendu la guérison complète
pour reprendre son service. Aussi le 29 décembre nous constatons dans
l’épaisseur de la corne du talon droit l’existence d’une petite plaie anfrac¬
tueuse, longue de 5 mm., large de 3, profond de 7, remplie par un exsu-
422
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dat pulpeux gris-verdâtre, contenant des bacilles fusiformes extrêmement
abondants.
Nettoyage au formol et simple pansement à la gaze. Le malade défait
son pansement le 1er janvier 1913, reprend son service et ne revient à la
visite que le 7. La plaie diminuée de longueur et de profondeur, entourée
d’une corne très épaissie, présente un fond gris noirâtre,
L’ablation de cette légère escarre au tampon formolé montre un fond
rouge de bonne couleur. Le 8 janvier une nouvelle escarre noire adhère
partout, Elle tombe le 29, laissant une dépression circulaire à fond sec.
Observation VI. — Ama Falgué, Ouolof épais, a présenté très fréquem¬
ment de la fièvre et de la diarrhée pendant l’enfance et l’adolescence. Le
10 décembre 1914, il s’est blessé superficiellement avec un clou, à la face
dorsale du pied gauche, au niveau du premier métatarsien. La plaie s’est
notablement agrandie par le grattage, les mouches, le sable et les panse¬
ments au suif. Le 30 décembre, elle est devenue elliptique, mesure 2 cm,
de longueur et 5 à 7 mm. de profondeur; elle est garnie d’un exsudât
pulpeux gris rougeâtre abondant, Nous pratiquons le nettoyage au tampon
formolé. Le 31 décembre, le fond de la plaie est devenu rose et ne présente
plus que de petits amas de séro-pus, ce qui nécessite une deuxième
application de formol. Le 2 janvier 1913, une forte escarre noire très adhé¬
rente remplace la plaie, elle ne tombe que le 29 janvier laissant un sub¬
stratum parfaitement sec.
Observation VIL — Mianankaoli Boaré, Bambara, 18 ans, a souffert
dans son enfance de maux de tête et d’une plaie du pied droit ayant duré
un mois. Au moment de son engagement en juillet 1914, il s’est blessé
au pied gauche en arrière de la malléole péronière, au moyen d’une tige
épineuse. Soigné une première fois à l’infirmerie pour cette affection, il
en est sorti guéri au bout d’un mois. Le 20 décembre il s'est blessé au
même point, La plaie, grâce aux mouches et au sable, n’a pas tardé à
s’agrandir et à se compliquer de phagédénisme. Le 2 janvier 1915, elle
présente 2 cm. 5 de longueur sur 2 cm. de largeur; elle est triangulaire,
ses bords épaissis, évasés, ne sont pas taillés à pic ; son fond rouge gris,
atone, est en grande partie recouvert de crofites adhérentes aux bords ;
l’exsudât est peu abondant.
Nous pratiquons un nettoyage soigné au formol. Le 3 janvier, une
escarre noire, sèche et adhérente, recouvre toute la plaie. Elle tombe le
25 janvier. Guérison complète.
Observation VIII. — Demba Keyta, Kissi, 30 ans, le 15 décembre 1914,
heurte une pièce de bois avec le pied droit et se blesse légèrement en
arrière de la malléole péronière. Le 2 janvier 1915, la plaie devenue ova¬
laire, à bords taillés à pic. présente 2 cm. de longeur sur 1,5 de largeur et
7 mm. de profondeur ; elle est garnie d’un exsudât rouge gris abon¬
dant. Nous pratiquons le nettoyage au formol. Le 3 janvier, les dimensions
de la plaie sont déjà réduites, le rebord seul est entouré d’une escarre
noire, le fond est rougeâtre et encore garni d’un exsudât sans épaisseur
qu’un second tamponnement formolé fait disparaître. Le 5 janvier, une
escarre gris noir sèche, recouvre toute la plaie. Le 20 janvier, l’escarre s’est
détachée dans sa moitié inférieure laissantun fond rose. Le 2 février, seule
subsiste une croiite médiane. Le tirailleur part pour le Maroc.
Observation IX. — Mari Kamara, Bambara, 20 ans. Ramassé en bas
âge par les Français lors de la prise de Sikasso, il ne se souvient ni de
Séance du 12 Juillet 1916 '423
son père ni de sa mère. A l’âge de 10 ans, fait une grave chute de
cheval, l’animal s’abat sur lui, lui fracturant deux côtes. Il reste cou¬
ché cinq mois à la suite de cet accident, et présente une escarre sacrée. Le
22 décembre 1914, il voit apparaître à la face dorsale du pied droit, au
niveau de la racine du deuxième orteil, une papule rouge prurigineuse qui
ne tarde pas à se transformer en vésicule remplie d’un liquide clair. Les
grattages et surtout les nombreuses mouches font rapidement apparaître à
la place de la vésicule une large plaie pbagédénique, triangulaire, à base
antérieure qui, le 2 janvier 1915, mesure 3 cm. de longueur sur 2 de large
et présente en son milieu un godet profond de 1 cm. Ces caractères ne sont
devenus sensibles qu’après le nettoyage au formol, car un vaste exsudât
rouge grenat semi-fluide couvrait non seulement toute la plaie, mais cou¬
lait sur tout le voisinage et macérait les tisssus. Les frottis de l’exsudât
et du fond de la plaie n’ont montré ni filaire de craw-craw ni Leishmania.
Le 3 janvier, une escarre noire sèche et adhérente occupe presque toute
la plaie; seul le fond de la cupule est rose sans liquide ni exsudât; nous
déposons une goutte de formol, sans frotter. L’escarre tombe le 21 jan¬
vier : la plaie réduite de moitié a un joli fond rose. Un pansement à la
graisse de python iodoformée achève la guérison en dix jours (1).
Observation X. — Mary Diarra, Bambara, 20 ans, a été atteint de la
variole à l’âge de 13 ans. Le 3 janvier 1915, un morceau de bois lui pénè¬
tre sous l’ongle du deuxième orteil droit. Un petit abcès se forme immé¬
diatement et grâce aux mouches et au sable, le phagédénisme apparaît
comme complication. Le malade vient à la visite dès le 7 janvier. Nous
constatons que l’ongle macéré est réduit à sa moitié postérieure. Un exsu¬
dât gris vert recouvre le lit de l’ongle creusé en formede cupule. Nous pra¬
tiquons l’ablation des fragments mortifiés d’ongle et nettoyons soigneuse¬
ment toute la plaie au formol. Le lendemain une escarre recouvre toute la
partie malade, le malade reprend son service. La guérison est complète le
30 janvier par chute de l’escarre.
Observation XI, — - Lancina Samake, Bambara, 22 ans, a présenté dans
l’adolescence la variol *, puis la dysenterie deux ans plus tard, enfin du
paludisme. Le 4 janvier 1915, il voit apparaître au pied gauche, en avant
et en bas de la malléole péronière, une vésico-pustule blanche prurigineuse.
Il la détruit par le grattage. Les mouches, les frottements agrandissent la
petite plaie, la douleur augmente et le pied gonfle uniformément. Le
11 janvier, nous constatons dans la région sus-nommée l’existence d’une
plaie circulaire, rougeâtre, de 1 cm. de diamètre sur 4 à 5 mm. de pro¬
fondeur, à périphérie plus ou moins garnie de croûtes noires, à fond gri¬
sâtre. Nettoyage au formol et pansement à la gaze.
Le 12 janvier, le gonflement a beaucoup diminué, une escarre noire
(1) La graisse de python légèrement fluide et très fine, dont l’usage nous
avait été enseigné par un vieux médecin annamite, est indubitablement le
meilleur corpsgras à employer comme excipient pour les pommades. Addition¬
née soit de mercure, soit d’extrait de belladone, elle nous avait jadis donné en
Cochinchine des résultats bien supérieurs à ceux de l’onguent napolitain du
Codex et de l’onguent belladoné. Comme elle se présente à l’état anatomique
sous formede lobules du volume d’une amande, réunis par du tissu conjonctif,
il faut la faire fondre à, chaud dans une marmite contenant un peu d’eau, la
décanteret lui incorporer le médicament avant solidification. Un python de
2 m. fournit facilement 3oo g. de graisse.
424
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
occupe toute la plaie. Le 16 l’escarre est de niveau avec les tissus environ¬
nants. Elle tombe le 30 janvier. Guérison.
Observation XII. — Bilali Kourouma, Bambara, sans antécédents. Le
25 décembre 1914, il reçoit sur le bord interne du pied gauche, le long du
premier métatarsien, un coup de coupe-coupe. Les mouches et le sable
amènent la complication du phagédénisme. Le 13 janvier, la plaie, garnie
d’un fond gris sale, présente 12 mm. de long sur 10 de large et 7 de pro¬
fondeur ; nous en pratiquons le nettoyage avec le tampon formolé. Le
malade ne revient à la visite que le 19 janvier, la plaie a guéri par la
périphérie et une escarre noire adhérente en représente le centre. Le 29 jan¬
vier, l’escarre s’est détachée, découvrant un fond blanc jaune; nous appli¬
quons le formol une seconde fois. Une simple croûte subsiste le 4 février.
Le tirailleur part pour le Maroc.
Observation XIII. — Bokari Souma, Soussou, 18 ans, est sujet depuis
l’enfance à la céphalée nocturne. Sa mère souffre depuis longtemps d’une
plaie. Atteint de gâle depuis quatre mois, il s'est beaucoup gratté. Les
mouches sont venues se poser en grand nombre sur une plaie de grattage
située à la partie postérieure de la jambe droite. Le phagédénisme a suivi
les mouches. Le 14 janvier 1915, la plaie de la jambe, triangulaire à angles
arrondis, mesure 2 cm. de long sur 1 et demi de large ; elle a ses bords
taillés à pic, son fond rempli par un exsudât jaunâtre peu abondant, con¬
tenant des bacilles fusiformes. L’ablation de l’exsudât au tampon formolé
montre un fond gris atone à environ 4 mm. de profondeur. Pas de traite¬
ment antisyphilitique. Le 15 janvier, ni exsudât ni escarre, le fond de la
plaie est en partie rose ; nous appliquons le formol une deuxième fois.
Le 22 janvier, l’exsudât peu épais et rougeâtre est revenu sous l’escarre,
ce qui nécessite un troisième nettoyage complet au formol. Le 23 janvier,
nouvelle escarre noire, qui ne se détache complètement que le 17 février.
Guérison.
Observation XIV. — Ibrahima Sonkoné, Malinké, 22 ans. Le 25 novem¬
bre 1914, il est atteint d’un phlegmon du tiers inférieur de la jambe droite,
qui lui vaut 38 jours d hôpital. 11 reprend son service. Un nouveau phleg¬
mon qui s’abcède spontanément se déclare au même point. Grâce aux
mouches, la plaie d’élimination du pus change rapidement d’aspect en
8 jours. Le 26 janvier 1915, elle a pris le dessin d’une poire ; elle mesure
5 cm. de long sur 3 de large, a une couleur lie de vin et se trouve de
niveau avec l’épiderme. Elle représente le type du bourgeon charnu de
mauvaise qualité, formé de cellules conjonctives, spirilles et bacilles
fusiformes. A l’aide du tampon imbibé de formol, nous détruisons cette
couche bourgeonnante dont la hauteur est de 3 mm. Nous rencontrons
en-dessous une aponévrose épaissie. Le 27 janvier, une grosse escarre
noire remplace la plaie. Guérison complète le 17 février par élimination de
l’escarre.
En résumé, sur i4 observations, 8 fois un seul nettoyage au
formol a suffi et 2 fois seulement trois applications ont été
nécessaires.
Nos sujets observés étaient jeunes, bien nourris, soumis à un
entraînement au grand air. Leur ration de viande atteignait
4oo g. par jour. On était donc loin de la vie d’apathie et de paresse
Séance du 12 Juillet 1916
425
des villages noirs. Aussi 11e tardait-on pas à constater le rapide
développement corporel des tirailleurs.
Les tissus soumis au formol sont secs, durcis, peu colorés, peu
propres à une réinfection.
Signalons aussi la fréquence des mouches comme agents de
contage du pha gédénisme; elles ne semblent jouer par leurs pat¬
tes qu’un rôle de vecteurs accidentels. La plus grande fréquence
du phagédénisme en saison pluvieuse est un argument en faveur
de cette hypothèse.
Ce traitement au formol nous a permis également d’extraire en
un seul temps des vers de Guinée. II suffit d’inciser la tumeur
ramollie et d’introduire dans la plaie un coton imbibé de formol
monté sur un bâtonnet. Le ver est extrait sans la moindre rup¬
ture, par rotation de la baguette et le séro-pus est vidé par pres¬
sion.
Comme soins consécutifs, un pansement sec pour 4 jours, puis
un simple morceau de diachylum suffisent.
La méthode au formol se distingue donc essentiellement par
deux qualités, simplicité et rapidité d’action.
Cutiréactions à la tuberculine faites à Alger
du 26 avril 1911 au icr juin 1916
Par M. BÉGUET
1.601 cutiréactions à la tuberculine ont été effectuées à Alger,
à l’Institut Pasteur (Quartier du Hamma), du 26 avril 1911 au
ierjuin 1916
Nous nous sommes servis de la tuberculine brute de l'Institut
Pasteur diluée au quart dans la glycérine, et nous avons pro¬
cédé, pour l’inoculation, par scarifications légères sur la saillie
deltoïdienne, au bras droit.
Les résultats étaient contrôlés du 3e au 6e jour.
Sur ces 1.601 réactions, 1.446 ont porté sur des Européens,
122 sur des Musulmans indigènes et 33 sur des Israélites indi-
gènes.
Européens. — 455 résultats positifs ont été observés sur
4-26 Bulletin de la Société de Pathologie exotiqué
i446 cutiréactions, donnant un index tuberculinique total de
49,7 0/0.
La réaction locale observée le plus souvent consistait en une
plaque plus ou moins étendue et surélevée d érythème très net
autour des traits de scarifications.
Alger. — Population européenne.
Cutiréactions positives du 2O avril hji / au /er juin igi6.
Au t tal i Enfants 3go cutiréactions positives sur 1 354 soit 28 0/0
u o ai ^ adultes 05 cutiréactions positives sur 92 soit 70,6 0/0.
Index tuberculinique total
28,8 -(- 70,6
- - - = 49>7 0/0.
En décomposant suivant l'âge» la réaction est très rare chez
l’enfant de moins d’un an : deux résultats positifs seulement
sur 2/j 2 épreuves, soit 0,8 0/0. Elle est assez fréquente de i à
5 ans : 65 résultats positifs sur 670 épreuves, soit n,4 0/0. Mais
c’est surtout à partir de 5 ans qu’on la rencontre chez les
enfants : sur des sujets de 5 à i5 ans, 325 résultats ont été posi¬
tifs sur 782 épreuves, soit l\i 0/0. Il est intéressant de remarquer
Séance dû 12 Juiûlèî 1916 427
que tous ces sujets étaient des enfants des écoles,** appartenant
au quartier populeux du Hamma, près Alger.
Le nombre total des adultes examinés étant relativement peu
important, surtout pour les sujets de plus de 3o ans (16 CUti-
réactions seulement sur des sujets de 3o à 43 ans et aucune sur
des sujets plus âgés), le pourcentage a moins de valeur : 65 résul¬
tats positifs sur 92 épreuves, soit 73 0/0.
Les sexes semblent à peu près égaux devant la réaction* En
laissant de côté les nourrissons dé moins d un an, où les deux
seuls cas positifs ont été trouvés sur des tilles, on trouve plutôt
une proportion légèrement plus forte pour le sexe masculin*
toujours la même, sensiblement pour chaque âge 33 0/0 pour les
enfants mâles et3o,i 0/0 pour les filles.
Musulmans indigènes. — 4q résultats positifs ont été observés
sur 122 cutiréactions, donnant un index tuberculinique total de
54,8 0/0.
Alger. — Population indigène.
Cutiréactions positives du 26 avril igr / au /et juin igid.
. . ( Enfants 44 sur 1 1 5 soit 38,2 0/0
11 o ai j Adultes 5 sur 7 soit 71,4 0/0.
Index tuberculinique total
38,2 -j- 71,4
2
54,8 0/0.
I
428
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La réaction locale observée était la même que celle observée
chez les Européens: une plaque d'érythème autour des scarifica¬
tions. Les sujets examinés provenaient presque tous de l’agglo¬
mération indigène de Belcourt et appartenaient à des familles
pauvres vivant dans de mauvaises conditions d’hygiène.
Comme pour les Européens, les nourrissons de moins d’un an
présentent rarement une réaction positive, mais la proportion
est pourtant plus élevée : i résultat positif sur 5i épreuves, soit
1,9 o/o. De i à 5 ans, on trouve io cas positifs sur 5o épreuves,
soit 20 o/o et de 5 à i5 ans 34 cas positifs sur 65 épreuves, soit
52,3 o/o.
Pour les adultes, la faible proportion de sujets examinés ne
permet pas d’établir un pourcentage : 5 cas positifs sur
7 épreuves.
L’influence du sexe ne peut être mise en évidence, le nombre
des cas observés étant trop faible pour chaque âge.
Israélites indigènes. — 33 cutiréaclions seulement ayant pu
être contrôlées, on ne peut établir de pourcentage ni d’index
tuberculinique. Voici quels sont les chiffres :
V
Alger. — Population israélite
Cutiréaclions positives du 26 avril igi / au /er juin igiO.
Séance eu 12 Juillet 1916
429
La proportion semble évidemment plus forte que pour les
Européens et les Musulmans indigènes.
La réaction locale observée a été toujours sensiblement plus
5 cas fournis par les membres d une même famille, on a pu cons-
plaque érythémateuse.
à Alger (quartier du Hamma) montrent un index total de 5o 0/0,
soit de 29,8 pour les enfants et de 70,2 pour les adultes. La
population indigène musulmane et surtout la population iudi-
tion d origine européenne.
Institut Pasteur d Algérie.
Leishmaniose et tuberculose chez le chien
Par Gui do FINZI
<( Les leishmanioses chez les animaux » (1) donne une expo¬
sition exacte et complète des cas de leishmaniose naturelle
observés chez le chien.
Aux observations de G. Nicolle et G. Comte, de W. L. Yakimoff
et Mme Yakimoff, de Gray, de G. Nicolle, de Langeron, de En.
et Et. Sergent et Sevenet, de Lemaire, Ed. Sergent et Lhéritier,
de Critien, de Wenyon, de D. Alvarès et Pereira da Silva, de
G. Pittaluga, de R. Jemma, de Sangiorgi, de Basile, de Caiionia
et di Giorgio, de Pringault, de Cardamatis, de Lignos, de
Dschunkowsky et Luus, de Marzinowsky, de W. L. Yakimoff,
Mme Yakimoff et N. J. Schokhor, de Bousfield, sur la leishma-
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ultérieurement au classique travail de A. Laveran, par W. L.
Yakimoff (i), par M. et Mme P. Delanoë et M. Denis (2).
Ne recevant pas en ce moment d’une façon régulière les
revues scientifiques étrangères, nous ne pouvons pas assurer que
d’autres observations n’ont pas été publiées sur la question.
Certainement, en nous basant sur ce que Castellani écrit dans
son Traité (3), nous devons comprendre dans les observations de
leishmaniose canine naturelle à A. infant urn , cl non à L. dono -
oani, les cas observés par Castellani lui- meme, à Colombo. L’A.
en effet, à la page 363 de son Traité, écrit : « Ist must be noted,
« however, that Colombo, being one of the greatest harbours of
« the world, sorne of the dogs found are in reality imported
dogs ».
Nous croyons inutile de citer les cas d’infection naturelle du
chien par la L. tropica.
Le 21 mars 1916, Mme B. . . (rue Valeggio, 21, Turin) présenta à la Cli¬
nique médicale de la B. Ecole Vétérinaire de Turin une chienne, fox-terrier
âgée de deux ans, qui appartenait à M. le Major Sala. La chienne depuis
quelque temps avait perdu son habituelle vivacité et maigrissait considé¬
rablement, sans cause apparente, sauf un peu de toux. La chienne était
née en Cyrénaïque, où chez M. le Major Sala, qui était alors en Cyrénaïque,
elle avait joui toujours d’une parfaite santé.
Emmenée en Italie par le même propriétaire au mois d’août, la chienne
se porta tout à fait bien jusqu’à la fin du mois d’octobre, époque à laquelle
on s’aperçut qu’elle maigrissait beaucoup.
A l’examen objectif : conformation du squelette régulière, masses mus¬
culaires très réduites, apophyses épineuses saillantes, peau adhérant aux
tissus sous-jacents, ganglions explorables normaux, muqueuses apparentes
anémiques, température subfébrile (39°7), dyspnée intense, pouls arythmi¬
que et rapide, déambulation très difficile. A l’examen de l’appareil respira¬
toire, on observa : altération du rythme respiratoire, sensibilité normale
à la pression intercostale, à la percussion son surclair, murmure vésicu¬
laire rude aux tiers moyen et supérieur de l’aire pulmonaire, son presque
obtus (mat) et râles à petites bulles au tiers inférieur.
A l’examen du cœur : battements faibles, irréguliers et arythmiques. A
l’examen de l’abdomen : foie hypertrophié. La chienne présentait aussi
un certain degré de parésie du train postérieur.
L’examen des urines révèle l’existence d’une considérable quantité d’al-
(1) L. W. Yakimoff, Rapport sur les travaux de la mission scientifique pour
les recherches des maladies humaines et animales du Turkestan russe dont
les principaux résultats ont été présentés et résumés dans le Bull, de la Soc .
de Path. Exotique, juillet 1 9 1 5 .
(2) M. et Mme P. Delanoë et Denis, Leishmaniose canine au Maroc. Bull .
delà Soc. de Path. Exotique, avril 191O.
(3) Castellani and Chalmers, Manual of Tropical Medicine , 2 e édit,, iqi3.
Séance du 12 Juillet 1916
431
bumine. Le soir la température atteint 40°, la chienne ne mange pas, elle
est profondément abattue et a de fréquentes quintes de toux.
Le jour suivant, la chienne est dans un état très grave : Température 38°.
On fait plusieurs préparations avec le sang périphérique qui est fluide et
pâle. La petite chienne mourut dans la journée.
Autopsie : foie gros, avec de nombreux nodules blanchâtres. Ganglions
mésentériques modérément hypertrophiés. Rate de volume presque nor¬
mal, dure, sclérosée, avec quelques petits tubercules. Reins présentant
des lésions évidentes de néphrite interstitielle chronique. Poumons œdé¬
mateux avec des foyers tuberculeux aux sommets et de nombreux tuber¬
cules grisâtres. Ganglions péribronchiques légèrement grossis. Dans les
foyers caséeux, de nombreux bacilles acido-résistants.
Le diagnostic de tuberculose généralisée s’imposait. L’obser¬
vation devenait donc pour nous de peu d’intérêt, car les cas
de tuberculose que nous rencontrons chez le chien dans notre
clinique, sont fréquents ; par suite l’animal fut détruit.
Le jour suivant, en examinant les préparations du sang,
colorées avec le Giemsa, nous fumes surpris de trouver, spécia¬
lement à la limite extrême de l’étalement, un certain nombre
de leucocytes parasités et de parasites libres dans le sang.
Toutes les préparations faites avec le sang périphérique ren¬
fermaient des formes parasitaires. Nous avons alors coloré, par
la méthode de Giemsa, deux frottis faits avec la pulpe splénique
prélevée au niveau des petites lésions nodulaires et même dans
celles-ci et nous avons pu mettre en évidence des formes para¬
sitaires qui ont été identifiées facilement à des Leishmariia
infantum .
Bien que certains auteurs (Gabbi-Spagnolio et Giugni), se basant
sur la forme clinique de la Leishmaniose naturelle et sur les
manifestations cliniques de la Leishmaniose expérimentale du
chien, obtenue par l’inoculation du virus humain, et que d’au¬
tres expérimentateurs (Scordo, Giugni et Moldovan), en invo¬
quant les résultats de réactions biologiques spéciales, contes¬
tent l’identité de la Leishmaniose naturelle du chien et du kala-
azar humain, la grande majorité des auteurs s’accorde à
admettre cette identité.
G. Basile (i), dans un intéressant travail, qui a été publié
récemment, insiste encore une fois sur le concept de funicité de
la leishmaniose de l’enfant et de celle du chien et, à l’appui de
cette thèse, il cite le fait suivant qui nous paraît fort intéressant.
(1) Carlo Basile. Leishmaniosi interna, Annnli d’Igiene. Anno XXVI, no 4.
3ô aprile rqiG, p. '248. ...
432
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
En 1909, Basile, pour compléter certaines recherches sur la
Leishmaniose, achète et sacrifie presque tous les chiens trouvés
infectés à Bordonaro (petit pays qui compte 2.000 habitants et
foyer endémique de leishmaniose infantile et canine). En 1909
7 cas de leishmaniose infantile avaient été observés à Bordo¬
naro ; or, en 1910, aucun cas n'a été signalé et en 1911 un seul
cas a été constaté.
En nous appuyant sur les faits cités par Basile, nous pensons
qu’il y aurait lieu de prohiber l’importation des chiens de
Lybie (notre chienne provenait de cette région) ou de prendre
du moins des mesures sanitaires spéciales contre les chiens de
cette provenance : taxe d’importation très élevée, etc...
Une dernière remarque. Chez notre chienne, il nous a été
facile de mettre en évidence dans le sang périphérique un cer¬
tain nombre de Leishrnania typiques. Suivant la plupart des
observateurs, le fait serait rare. L’existence des Leishrnania dans
le sang est peut-être plus commune qu’on ne le croit, car rare¬
ment on recherche le parasite dans le sang, cette recherche dans
la moelle des os, dans la rate ou le foie étant plus facile. Nous
pensons aussi que, dans notre cas, l’infection par le bacille de
Koch, primitive ou secondaire à la leishmaniose, peut avoir mis
l’organisme dans des conditions de moindre résistance vis-à-vis
de l’infection à Leishrnania , en permettant à cette dernière de
prendre une allure clinique à caractère plus grave qu’à l’ordi¬
naire.
{Laboratoire de Clinique Médicale à l'Ecole Supérieure
Royale Vétérinaire de Turin).
Observations sur des infections
naturelles par Toxoplasma cuniculi
Par K. Van SACEGHEM.
J’ai pu observer chez des lapins domestiques plusieurs cas
d infections naturelles produites par Toxoplasma cuniculi. Les
lapins que j'ai trouvé infectés par cet intéressant protiste étaient
nés au Congo à Zambi, Bas-Congo. L’infection naturelle n’a été
Séance du 12 Juillet 1916
m
constatée que sur des jeunes sujets, âgés de deux mois et demi
à trois mois.
Les lapins qui ont pris l’infection étaient logés dans une
grande caisse disposée sur quatre piquets de 2 dm. de hauteur.
Cette caisse ne renfermait que des jeunes lapins. Des lapins
logés dans des cages construites sur pilotis de 1 m. de hauteur
sont tous restés indemnes. Cette observation semble établir que
si c’est un insecte qui est facteur de l’infection produite par
Toxoplasma cuniculi , cet insecte ne se déplace qu’à des hau¬
teurs relativement peu élevées, ce qui fait supposer qu’il ne
peut se mouvoir au moyen d’ailes. L’infection produite par
Toxoplasma cuniculi chez le lapin semble toujours mortelle
pour celui-ci. Les premiers symptômes de l’infection sont ceux
d'une anémie profonde, les conjonctives sont blanches, l’animal
se nourrit mal, se déplace très peu. Bientôt apparaît de la parésie
des membres, ce dernier symptôme précède la mort de quel¬
ques heures. A la palpation, on se rend très bien compte de
l’hypertrophie de la rate. A l’autopsie, on constate un épanche¬
ment citrin dans la cavité péritonéale. La rate est fortement
hypertrophiée — 10 cm. de long sur 2 cm. de large — parse¬
mée de taches blanchâtres et d’ecchymoses. Le foie ainsi que le
poumon présentent également des taches. A première vue, on
se croirait en présence d’une tuberculose miliaire. Le sang de
l’animal présente des altérations, notamment de la basophilie
et de la lymphocytose ; aucun parasite n’a été trouvé dans la
circulation périphérique.
Des frottis de rate, colorés au Giemsa, m’ont permis de déceler
rapidement et facilement le parasite typique de Splendore. En
plus des formes caractéristiques en croissant, j’ai pu observer
des formes plus ou moins arrondies. La longueur moyenne des
parasites était de 6 à 7 microns, certaines formes de division
atteignaient 21 microns. La position du noyau est très irrégu¬
lière; parfois situé au centre, d’autres fois, il se trouve refoulé
à une extrémité ou se retrouve dans des positions intermédiai¬
res. Le noyau est parfois dense ou vacuolaire, parfois divisé en
un grand nombre de masses chromatiques, parfois même réduit
à un simple trait ou grain. Dans certaines formes en division,
j’ai pu mettre en évidence un ou deux grains de chromatine,
bien distincts. Ces masses de chromatine pourraient bien avoir-
une signification toute spéciale (micronucleus).
434
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le Toxoplasma cuniculi parasite les grands mononucléaires
de la rate (voir les deux figures de droite de la dernière
ligne) ; dans le protoplasme de certains grands mononucléaires,
on peut retrouver des noyaux du toxoplasme en division schi-
zogonique. A un moment donné, le grand mononucléaire dont
le noyau est refoulé contre un des bords du globule se dissocie
et met en liberté les jeunes mérozoïtes. .J ai pu observer des
formes de 21 microns; elles affectaient des dispositions plus ou
moins circulaires, contenaient un grand nombre de noyaux. Je
n’y ai pu mettre en évidence des reliquats de noyau de grand
mononucléaire, ce qui semble prouver que ces grandes formes du
protiste sont de véritables schizontes. Autant la chromatine est
irrégulièrement répartie dans le parasite, autant le protoplasme
est irrégulièrement coloré. Certains parasites ont toute la masse
protoplasmique qui se colore intensivement en bleu par le
Giemsa, chez d’autres parasites, on n’observe la coloration bleue
qu’aux extrémités ; d’autres formes ont un protoplasme plutôt
granuleux. Certains parasites ont le protoplasme absolument
incolore ; on ne trouve qu’un contour bien net et un noyau.
Laboratoire de Bactériologie de Zambi, le 3 avril 1916.
Séance du 12 Juillet 1916 435
Sur un Toxoplasme du cobaye
( Toxoplasme r caviæ n. sp.).
Par A. CARÏNI et L. MIGLIANO.
• • î'.
Nous avons eu dernièrement l’occasion d’observer un cas
d’infection spontanée du cobaye par des Toxoplasmes. Il s’agis¬
sait d’un tout jeune cobaye, âgé de quatre semaines et qui fai¬
sait partie d’un petit élevage. lia été trouvé mort le 21 avril sans
que notre attention ait été éveillée par aucun symptôme de
maladie.
A l’autopsie, nous avons trouvé la rate 3 à 4 fois plus grosse
qu’à l’état normal, friable et de consistance un peu plus ferme;
le foie était aussi augmenté de volume et hyperémique ; les pou¬
mons présentaient des foyers de congestion ; l’intestin était rouge
et ses vaisseaux sanguins engorgés.
A l’examen microscopique des frottis des organes malades,
après coloration par le Leishman et le Giemsa, nous avons
trouvé des corpuscules qui présentaient tous les caractères
des toxoplasmes. C’étaient des éléments de 5-8 p. de longueur
pour 2-4 [a de largeur, le plus souvent un peu recourbés,
ovalaires ou piriformes, rarement arrondis ou irréguliers. Le
protoplasme se colorait en bleu pâle, le noyau en rouge-violet.
Ces parasites étaient d’ordinaire libres, parfois endocellulaires.
Dans les préparations du foie, nous avons trouvé des formes de
multiplication, représentées par des amas de protoplasme* par¬
semés de nombreux noyaux.
De suite après avoir constaté ces parasites, nous avons ino¬
culé sous la peau de deux pigeons une émulsion dans du sérum
physiologique des organes du cobaye parasités. Ils sont morts
tous les deux 17 jours après. Pendant les premiers i4jours, nous
n’avons remarqué aucun symptôme digne d’être noté. Seulement
dans les 3 derniers jours se sont manifestées une soif intense,
de l’inappétence, de la diarrhée, et le dernier jour les pigeons
se montraient très tristes et avaient les plumes hérissées.
A l’autopsie l’on rencontra comme lésions importantes : à la
surfacedes poumons de nombreuses petites taches grisâtres, cor¬
respondant à autant de tubérosités nodulaires constituées par
436 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
t
des foyers de nécrose ; le foie très augmenté de volume et hyper¬
émie. Les parasites étaient en grand nombre dans le foie et en
nombre encore plus grand dans les poumons.
Nous avions déjà constaté deux fois la présence de toxoplas¬
mes chez des cobayes, mais il s’agissait alors d’animaux inoculés
avec des matériaux pathologiques divers, nous n'avions pas la
certitude d’avoir affaire à des infections spontanées ; il semblait
juste de supposer que les animaux avaient été infectés par les
injections pratiquées. C'est un fait déjà noté par plusieurs cher¬
cheurs (|ue le cobaye peut être infecté expérimentalement par
les toxoplasmes.
Le cas que nous venons de constater nous autorise d’autre part
à affirmer catégoriquement, que chez le cobaye, Pou peut obsqrver
des infections spontanées de toxoplasmose.
Il est fort probable que le toxoplasme rencontré chez le cobaye
estle mêmeque celui du lapin et du chien, maisjusqu’à quecela
soit prouvé d’une façon certaine, nous proposons pour celui que
nous avons observé le nom de Toxoplasma caviæ.
La liste des Toxoplasmes signalés jusqu’à présent est la sui¬
vante :
Toxoplasma cuniculi , Splendork, 1908.
» gondii , Nicolle et Manceaux, 1908.
» canis, Mello, 1910.
» talpæ , Mine, 1910.
» columbæ , Carini, 1911.
» m use uli, Sangior gi , 1 9 1 3 .
» avium , Adie, 1909; Marullar, 1913.
» pyrogeues , C a stel l an i , 1914.
» ralti, Sangiorgi, 1914
» caviæ , Carini et Migliano, 1916.
[Laboratoire de microbiologie de la Faculté
et Hôpital italien Umberto /, San Pauloi),
Sur un cas de filariose due à T, loa
d’une durée de 14 années
Par A . LA VER AN.
J'ai eu plusieurs
été infecté par la
fois l’occasion d’examiner un malade qui a
Fi/aria loa pendant 1 /j années; j’extrais des
Séance du 12 Juillet 1916
437
notes qui m’ont été remises par ce malade que je désignerai par
la lettre X l'observation suivante.
En 1899, X obligé de vivre durant plusieurs mois dans la
brousse de l'Ogowé gabonais, fut fréquemment piqué par des
moustiques dont il trouvait le matin de nombreux échantillons
sous sa moustiquaire ; il suppose que c’est à ce moment qu’il a
contracté la filariose.
v
En 1899, X est rapatrié pour une dysenterie amibienne qui a
duré 1 1 ans, avec des périodes d’amélioration suivies de rechutes ;
en 1900 il retourne au Gabon où il passe 8 mois dans la foret.
Rapatrié pour bilieuse hémoglobinurique, il reste en France pen¬
dant 18 mois.
C’est en mars 1901 que X voit, pour la première fois, une
filaire circuler sous la conjonctive d’un des veux.
En 1902, un chirurgien tente d’extraire une filaire du coin
gauche de l’œil gauche sans y parvenir ; le parasite qui avait dû
être endormi par la cocaïne se présente au niveau de la bouton¬
nière faite à la conjonctive lorsque X est rentré chez lui, il
forme une boucle mais disparaît dans les tissus avant que le
malade ait eu le temps de le saisir; la filaire était grosse comme
un crin de Florence. A celte époque, j’examinai le sang du
malade et je n’y trouvai pas de microfilaires.
De iqo3 à 190b, X fait 2 séjours au Sénégal, la filaire se pré¬
sente à longs intervalles (2 mois au minimum) ài'un ou à l’autre
des yeux, souvent pendant la nuit.
En 1907, séjour à Koulikoro (Soudan) ; au bout de 8 mois de
ce séjour, le malade qui est atteint d’albuminurie avec phospha-
. turie rentre en France.
C’est à peine si de 1907 à 1909 deux passages certains de
filaires sous les conjonctives sont notés.
En 1909, X est à Conakry. Notre collègue le Dr Blin extirpe
une filaire femelle longue/de 6 cm. environ, de la grosseur d'une
ficelle de bureau, d’un jaune foncé. En même temps on constate
l’existence dans le sang de microfilaires en assez grand nombre
[F. clin ma).
En 1910, à Saint-Louis (Sénégal), notre collègue le Dr Tiiiroux
extirpe une filaire adulte qui se trouvait sous une des conjonc¬
tives.
Pendant l’hiver de 1912, à Alger, le Dp Aboijlkère, chirurgien de
l’hôpital de Mustapha, extirpe une troisième filaire qui, comme
438
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les filaires précédentes, se trouvait sous une des conjonctives.
De nombreux examens du sang faits, de 1911 à 1913, dans
différents hôpitaux, révèlent tous l’existence de microfilaires en
plus ou moins grand nombre.
Au mois de décembre 191/b X est au Sénégal ; le Dr Rousseau,
de P Assistance indigène, extirpe de la paupière inférieure droite
une petite filaire mâle. Quelques instants auparavant, les méde¬
cins de l’hôpital de Dakar avaient essayé sans succès de capturer
une grande filaire femelle sous la conjonctive oculaire droite.
« Depuis quelques années déjà, écrit le malade, les filaires se
présentaient par deux, à quelques minutes d'intervalle, le mâle
poursuivant la femelle et se trompant parfois de sillon ».
Depuis 1914. les filaires ne se sont plus montrées et des examens
du sang faits au mois de juin 1 9 t 5 à Dakar par notre collègue
le Dr Hegkenrotii et en novembre 1916 à Paris par moi ont été
négatifs au point de vue de l’existence des microfilaires. Le
malade paraît donc guéri de sa filariose, il est encore atteint
d’une albuminurie légère dont la relation avec la filariose est
très douteuse.
Cette observation confirme l’opinion émise par Mànson, et
acceptée aujourd’hui par la plupart des observateurs, que la
F. diurnae st la larve de F. loa, et elle donne une bonne idée des
tribulations des malades atteints de cette filariose.
Remarques sur les larves du Culex geniculatus
et sur les larves de Culicinés
pourvues d’un long siphon
• \
Par M. LANGERQN.
Lorsqu’on'examine le produit de pêches au filet fin, effectuées
dans les gîtes à larves d’Anophélinés, on y rencontre très fré¬
quemment des larves de Culicinés, remarquables par la lon¬
gueur et l’étroitesse de leur siphon respiratoire. Ces larves sont
grêles, leur tête est large et volumineuse; elles sont toujours en
petit nombre. Leur port diffère notablement de celui des autres
Séance du 12 Juillet 1916
439
larves de Culicinés, qui vivent en troupes nombreuses dans de
petites collections d’eau.
J’ai rencontré ces larves à grand siphon dans deux régions de
la France : dans l’Ouest, en Bretagne (Erquy, Côtes-du-Nord) et
dans l’Est, en Franche-Comté (Rathier, Jura) et dans le Lyon¬
nais (étangs des Dombes). Je les ai retrouvées en Tunisie (vallée
de l’oued Bezirck). Dans toutes ces localités, ces larves vivent
exclusivement dans les stations de larves d’Anophélinés, c’est-
à-dire dans des mares pérennes, à eau claire, limpide et à bords
herbeux.
J’ai élevé les larves pêchées en Bretagne et j’ai obtenu des
nymphes et des adultes. Ces derniers ont été déterminés par
M. Edwards (i), qui y a reconnu le Culex hortensis Ficalbi,
1889 ( Culex genicalatns Olivier, 1791). Les larves de Franche-
Comté et du Lyonnais sont identiques aux larves de Bretagne.
Les larves de Tunisie ont une morphologie différente et ne sont
pas encore déterminées sûrement, faute d’avoir pu procéder à
l’élevage.
Je ne retiendrai donc, dans cette note, que les larves de Culex
geniculatus . Cette espèce est assez mal connue, même à l’état
adulte. Très sommairement décrite par Olivier en 1791, revue
aux environs de Paris par Robineau-Desvoidy en 1827, il ne
semble pas qu’elle ait jamais été observée de nouveau en France.
Ficalbi l’a découverte en Italie et l'a décrite en 1889 sous le nom
de Culex hortensis. Elle a été vue depuis en Palestine. R. Blan¬
chard (2) etTiiEOBALD (3) ont établi l'identité de C. hortensis et
de C . geniculatus.
Je ne crois pas que les larves de cette espèce aient jamais été
décrites. En voici les éléments caractéristiques :
La longueur totale de la larve (sans le siphon) est de 6 à 7 mm.
La tête est large, volumineuse, pourvue de brosses ou soies
buccales d'un jaune orangç.
Les antennes, longues et saillantes, comprennent (fig. 2) une
portion basilaire allongée, claire, couverte de fins piquants,
terminée par une touffe latérale dense, formée de longues soies
plumeuses; la portion apicale est courte, foncée et terminée par
(1) Je suis très obligé à M. Edwards d’avoir bien voulu déterminer mes
échantillons.
(2) R. Blanchard, hes Moustiques, Paris, 1906, p, 3G7.
(3) F. W. Theobald, A monograph of thé Calicidœ of the world , II, pp. 117
et 170, III, pp. 21 G, V, p. 362 et 366.
440
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Fig-, i. — Larve de Culex geniculatus. Le contour seul est figuré, toutes
les soies non caractéristiques ont été supprimées; sur la tête, sont indiquées
les antennes, les brosses et les soies épistomales.
Fig. 2. — Antenne. La toulï’e latérale, très épaisse, n’est indiquée que par
ses deux soies extrêmes, pour alléger la figure.
Fig. 3. — Plaque mentale.
Fig. 4. — Mandibules.
Fig. 5. — Ecailles du peigne du 8e segment.
Fig. fi. — Siphon respiratoire.
. *
Fig. 7. — Deux groupes d’écailles du peigne du siphon.
Fig. 8. — Papilles anales,
Séance du 12 Juillet 1916
441
denx groupes, l’un de deux fortes soies, l’autre de trois soies ;
une longue et foncée, une courte et foncée, et une troisième for¬
mée de deux portions, la basilaire foncée, la terminale claire
et molle.
Les soies qui ornent la télé fournissent des caractères impor¬
tants, comme l’a montré Knab (i) qui les a nommées soies ëpis-
tomales. Chez nos larves (fig. i), il y a quatre paires de ces soies :
une paire à la base des antennes, formée de deux soies Mabel li-
formes à 7 ou 8 branches; deux paires sur la portion médiane
de la tête, dont une paire antérieure simple et une paire posté¬
rieure de soies doubles.
Les autres parties caractéristiques de la tête sont les pièces
buccales. La plaque mentale (fig. 3) est formée de 1 3 à 1 5 dents
courtes et larges. Les mandibules (fig. 4) sont constituées par
une forte dent tricuspide foncée, une grande dent tricuspide
plus claire et, entre les deux, une petite dent bicuspide claire.
Le peigne du Xe segment abdominal est formé d’environ
60 écailles, d’abord étroites et allongées (fig. 5), puis élargies
et finement laciniées. Ces écailles sont disposées à peu près en
quatre rangées.
Le siphon est très long et très étroit (2.5oo u. de long sur i3o
à 1 35 u de large) ; il est parcouru (fig. 6) par deux tubes trachéens
étroitement cylindriques. 11 porte à sa base un double peigne,
formé de deux rangées de i4 à 21 dents. Ces dents (fig. 7) sont
droites et possèdent deux ou plus rarement trois pointes aiguës.
Ce siphon porte 8 à 9 touffes de 2 à 4 poils fins et souples. L’index
siphonique est égal à 9, 5.
Les papilles anales (fig. 8) sont moins longues que le 9'* seg¬
ment, étroites au sommet, élargies à la base.
Les caractères qui viennent d’être énumérés rapprochent d’une
façon frappante la lafve de G . geniculatus de celle de C. terri-
tans Walker, f 856 . Celte 'espèce, très commune dans certaines
parties de l’Amérique du Nord (New-Jersey, New-York, Connec¬
ticut), y représente certainement le C. geniculatus d’Europe. Ses
larves vivent de même en société avec les larves d Anophéliués,
sur les bords herbeux des eaux claires et tranquilles. La larve
de Culeæ salinarius Coouillet, 1904, est assez voisine de celle
(1) F. Knab, The cpistouial appendages of Mosquito larvæ. Journ. New- York
t. -ntuniol . Soc., XII, qo 3, pl . X, p. 17 4, 1904.
442
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de C. territaris ; pourtant, son siphon, quoique très allongé, est
plus épais, plus volumineux, et les tubes trachéens sont plus
larges (i). C’est une forme adaptée aux eaux saumâtres, mais
vivant de préférence dans les marécages permanents.
Au même groupe biologique, appartiennent les larves des
Melanoconion , caractérisées par un long siphon, de couleur
foncée dans la portion distale, et par des papilles anales longues
et étroites. Ces larves vivent aussi dans les marécages herbeux,
où végètent en abondance les Algues dont elles se nourrissent.
Ces Moustiques se rencontrent principalement aux Antilles, dans
l’Amérique du Sud (Guyane, Brésil) et même dans l'Amérique
du Nord (AI. melanurus Coouillett, 1902).
Il existe encore quelques espèces dont les larves sont pour¬
vues d’un siphon long et étroit, mais sur lesquelles nous ne
possédons pas de données biologiques. Ce sont : Cul ex mime-
tiens Noe, 1899; Culex imitator Theobald, 1903, et certaines
formes de Culex fat ig ans Wikdemann.
Il existe donc, chez les Cul ici nés, un groupe de formes lar¬
vaires convergentes, caractérisées par la présence d’un tube
respiratoire étroit et très allongé et par l’habitat dans les maré^
cages herbeux, permanents, à eau claire et tranquille, générale¬
ment en société avec les larves d’Anophélines. Ces larves à long
si Phon se nourrissent d’Algues et surtout de Diatomées. Elles
forment un groupe biologique remarquable, embrassant plu¬
sieurs genres, et répandu sur une aire très vaste,. dans l’ancien
et le nouveau monde.
La Kératodermie symétrique en Afrique
Par L. d’ANFREVILLE.
J’avais photographié à Saint-Louis du Sénégal (à l’hôpital
civil que je dirigeais à cette époque) un cas typique de cette
curieuse affection. On la nomme Koulfeting en Toucouleur et
elle se rencontre quelquefois dans la colonie.
Elle paraît être plus fréquente au Maroc. J’en ai constaté six
(1) E. P. Felt, Mosquitos or CuHcidæ of New-York State. N-. Y . State
Muséum, Bull . 79, Entomol. 22, 190/1, pl . AI. IR., fïg\ 5 et 0.
Séance du 12 Juillet hji6
443
ou huit cas à Rabat et à Salé. J’accompagne d’un bref commen¬
taire les observations incomplètes que j’ai pu recueillir sur
quelques-uns de ces cas.
1° Fatou X., fille Bambara, d’environ 12 ans, venue de Dagana à Saint-
Louis; pas d’antécédents syphilitiques. Il y aurait eu un cas de kératoder¬
mie dans sa famille ?
L’affection a commencé aux pieds, il y a 4 ans, par des démangeaisons.
Des vésicules, bientôt remplacées par des croûtes, ont suivi au bout de
peu de temps. Les mains ont été prises quelques mois plus tard.
La malade présente au moment de l’examen de nombreuses callosités de
la grandeur d’une lentille à celle d’une pièce de 50 centimes, épaisses
parfois de plus d’un centimètre, séparées les unes des autres par de pro¬
fonds sillons, couvrant près de la moitié de la plante des pieds et un quart
de la paume des mains. Le tissu hypertrophié est corné, on l'enlève au bis¬
touri. Les lésions correspondantes des mains sont un peu moins caracté¬
ristiques, leur épaisseur ne dépasse pas six ou huit millimètres.
Le traitement consistant en bains tièdes prolongés, suivis d’applications
de pommade à l’huile de cade, puis à l’oxyde de zinc, avec épais pansement
ouaté, a donné de bons résultats, mais la malade n’a pas été suivie
jusqu’à guérison complète.
2° Hadj Mohamed, âgé de neuf ans, né à Salé, mais ayant été à la Mecquç,
comme son nom l’indique. Enfant de la classe pauvre, pas d’antécédents
héréditaires.
L’affection a commencé il y a huit mois par des démangeaisons. Pré¬
sente actuellement un léger épaississement épidermique de la surface plan¬
taire des deux pieds, épaississement qui remonte sur les côtés à plus de
deux centimètres de hauteur. Cinq ou six profonds sillons sont visibles sur
la partie externe de chacun des pieds, depuis les talons jusqu’aux orteils.
L’épiderme de la paume des mains est tanné, légèrement hypertrophié
au milieu etentrecoupé de sillons qui paraissent pour ce motif plusnette-
ment dessinés que sur une main normale. Le malade n’a pu être suivi.
3° Lasmi, forgeron, âgé d’environ 40 ans, a eu la syphilis il y a 20 ans,
présente des exostoses des deux tibias, des cicatrices dégommés, la verge
a complètement disparu. En janvier 1915, à la suite, dit le malade, d’une
station prolongée dans l’eau froide, il a ressenti des démangeaisons aux
pieds . dont la plante a commencé à épaissir puis à se crevasser. Fatigue
rapide à la marche et douleurs. Rien aux mains.
Les lésions sont surtout visibles aux talons, sillonnés de cinq ou six
crevasses profondes de plusieurs millimètres. Elles couvrent environ la
moitié delà surface plantaire et remontent à un ou deux centimètres de
hauteur sur les côtés.
Traitement à l’iodure de potassium et au proloiodure de mercure, le
malade ayant refusé des injections.
Localement, décapage à l’huile de cade et oxyde de zinc, port de
chaussettes. Le malade cesse bientôt de venir, les douleurs ayant disparu.
4° Sal Akbi, âgé de 80 ans, ancien artilleur du Sultan, n’a aucuns anté¬
cédents syphilitiques, ne présente rien aux mains. Il y a 15 ans environ,
ses pieds ont été atteints. Un voit actuellement 10 à 12 crevasses profondes
rayonnant autour des talons et à la naissance du gros orteil droit. La
surface plantaire est peu hypertrophiée. Le malade ne revient pas.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
4M
5° Bout I' Akina , femme de 3a ans, originaire de Fez, pas d’antécédents
syphilitiques L’atTection localisée aux deux pieds a commencé il y a trois
ou quatre ans par des démangeaisons. Les lésions, surtout localisées aux
talons, se présentent sous la forme de six ou huit crevasses profondes et
d'une légère hypertrophie plantaire.
Je crois pouvoir étiqueter de la même façon les lésions de
tous ces malades, quelque différences d'intensité et de localisa¬
tion qu’elles présentent. Certains médecins du Maroc les ratta¬
chent toutes à la syphilis, je ne crois pas pouvoir partager leur
opinion. Un malade que j’ai seulement croisé dans la rue ayant
une jambe éléphantiasique, présentait de ce côté des lésions
infiniment plus caractérisées que de l’autre. La syphilis peut de
même, dans certains cas, renforcer l’action de la maladie. La
fréquence nettement plus marquée des lésions aux pieds et chez
les individus de la classe pauvre, dans un pays humide et froid
en hiver, où le peuple ne porte tout au plus comme chaussures
que des sandales de cuir, me fait supposer, quelle que soit
l’étiologie véritable de la maladie, que Faction des agents exté¬
rieurs influe beaucoup sur sa naissance et son intensité.
Modification dans la technique
de la ponction de la rate.
Par Anast. AKAVAND1NOS
Si on reconnaît généralement la grande valeur diagnostique
de la ponction de la rate, on n en ignore pas moins que celte
ponction présente des dangers et qu elle peut parfois entraîner
la mort du malade. Cette dernière opinion est tellement répan¬
due, même en dehors du cercle ‘médical, que très souvent le
docteur se heurte à un refus formel des parents qui n’hésitent
pas à interdire cette ponction chez l’enfant atteint de leishma¬
niose interne. Dernièrement un collègue, dont l'enfant malade
depuis plusieurs mois présentait tous les signes de cette mala¬
die, a catégoriquement refusé de soumettre son enfant à la ponc¬
tion de la rate.
Et pourtant la ponction de la rate constitue le seul moyen sur
et prompt pour diagnostiquer cette maladie mortelle. Il faut
Planche X
d’Anfreville
Kératodermie
symétrique : cas de Falou X
Séance du 12 Juillet 1916
445
reconnaître que la grande tuméfaction de la rate, la friabilité
du parenchyme splénique, entraînent avec elles le danger de pro¬
duire dans la rate avec l’aiguille une déchirure plus ou moins
grande, d’ouvrir un sinus, un vaisseau splénique et de détermi¬
ner ainsi une hémorragie qui peut facilement devenir mortelle
avec le concours de la coagulabilité amoindrie du sang, sym¬
ptôme régulier de cette maladie. La mort peut survenir en quel¬
ques heures, tantôt plus tôt, tantôt plus tard.
Cette mauvaise issue de la ponction de la rate est, si j’ose le
dire, presque toujours due à une technique maladroite.
Notre expérience nous a démontré que la ponction de la rate
n’offre pour ainsi dire pas de danger si I on se conforme aux
deux conditions suivantes :
i° Une grande vitesse dans l’exécution.
20 Ne pas chercher à voir du liquide jaillir dans la seringue.
La persistance du docteur à vouloir obtenir du liquide dans
la seringue peut entraîner des suites malheureuses. Je connais
le cas d’un confrère qui, dans ce but, ayant répété la ponction
trois fois de suite en quelques minutes, vit l’enfant mourir six
heures après.
Nous avons l’expérience que, quand on tire le piston, on aspire
toujours dans l’aiguille ou dans une partie de celle-ci du jus
splénique. Quand la ponction est bien exécutée, on ne voit pas
de liquide sanguinolent dans la seringue, ceci n’arrive que quand
l’aiguille est entrée dans un sinus splénique et, dans ce cas,
non seulement une hémorragie est à redouter, mais encore le
résultat n'est pas parfait, puisqu’on a dans la seringue du sang
et non du suc splénique.
Mais la condition principale qui écarte le danger dans la
ponction de la rate est la célérité dans l’exécution. Après avoir
choisi l’endroit, où l’on veut faire la ponction, — paroi abdo¬
minale ou paroi thoracique, selon la grandeur de la rate — on
y fait pénétrer l’aiguille, on tire le piston de la seringue et on
retire aussitôt l’aiguille. Gagner en vitesse, c’est diminuer le
danger, c'est sauver la vie du malade. Pour arriver à ce résultat,
nous avons eu l’idée de réduire les trois temps de la ponction
— enfoncer l’aiguille, tirer le piston, retirer l’aiguille — à
deux.
De ces trois temps, le plus long est celui qu’on met pour
opérer le vide dans la seringue en tirant le piston. Cette mani-
3o
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pulation entraîne aussi des mouvements de l'aiguille qui peu¬
vent élargir le trou fait dans la rate.
L’aiguille étant fixée en deux points, d’un côté entre la paroi
abdominale ou thoracique, de l’autre par la seringue entre les
doigts du docteur, se trouve ainsi immobilisée et doit forcément
élargir le trou dans la rate, qui suit les mouvements de la respi¬
ration et ne peut jamais être tenue immobile par la main de
l’aide, surtout quand il s'agit d’un enfant qui crie et pleure.
En interposant un tube de caoutchouc entre l’aiguille et la
seringue, l’aiguille n’étant plus fixée qu'en un seul point n’est
plus immobilisée et peut suivre jusqu’à une certaine extension
les mouvements de la rate. Ainsi on évite aussi de communiquer
à l’aiguille les mouvements de la seringue pendant qu’on tire le
piston. Ce tube en caoutchouc doit avoir la paroi assez épaisse
pour qu’elle ne s’affaisse pas pendant qu’on fait le vide, ce qui
rendrait l'absorption de suc splénique impossible. Mais un tube
à paroi un peu forte offre une certaine résistance et peut même,
en servant de levier, augmenter les mouvements de l’aiguille si
l’on procède avec moins de dextérité. Dans tous les cas, meme si
l’on parvient à limiter les mouvements de l’aiguille, le temps
qu’on met à tirer le piston ne cesse pas d’être le plus long et
par suite grand est le danger de léser la rate.
Nous avons pu obtenir un gain considérable de temps en ren¬
dant le recul du piston automatique. Nous avons fait placer
autour de la tige du piston en dehors du tube de la seringue
(une seringue modèle « Record » de la capacité de 2 cm3) un
ressort, qui s’appuie d'un côté sur la fermeture supérieure de la
seringue, de l’autre sur le bouton auquel aboutit la tige du
piston, ([Lie nous avons fait allonger dans ce but. Quand on
pousse le piston, le ressort est comprimé et maintenu en cet
état par un levier de premier ordre dont l'autre branche finit
près de l’extrémité de la seringue où l’on fixe l’aiguille. Une
simple pression exercée par le doigt lève la pression du cliquet,
et le ressort, en se détendant, entraîne le piston et fait le vide
nécessaire pour absorber du jus splénique. Pour le bon fonc¬
tionnement du piston, on l’enduit de vaseline liquide préalable¬
ment stérilisée, afin de pouvoir procéder à l'ensemencement des
cultures avec le jus retiré.
Avec cet armement automatique de la seringue, la ponction
de la rate est sensiblement simplifiée. On fait pénétrer l'aiguille,
Séance du 12 Juillet 1916
447
et dès que celle-ci est arrivée à la profondeur désirée, on fait
agir le ressort tout en retirant l’aiguille. L’absorption du jus
splénique a eu lieu et la ponction se fait très vite, dans une
phase de respiration. Le danger résultant de la ponction de la
rate est réduit par la suite à la plus basse limite possible, le
ressort ayant donné au piston un mouvement dans la direction
de Paxe de la seringue sans imposer des mouvements obliques à
l’aiguille.
Le jus obtenu suffit pour faire des préparations colorées et
pour l'ensemencement de cultures. Dans le cas où l’on voudrait
ensemencer plusieurs tubes ou infecter un animal, on peut
diluer le jus avec un peu de solution stérilisée de sérum physio¬
logique.
Avec cette seringue modifiée, on doit employer une aiguille
d’acier neuve, pas très fine.
Le danger de la ponction de la rate étant ainsi diminué, nous
croyons de notre devoir d'en recommander une exécution plus
fréquen te.
Si l’on consulte les traités classiques, on voit qu’il existe une
certaine appréhension pour la ponction de la rate. Mais s’il y a
un certain danger pour la leishmaniose interne et, en général,
pour les maladies avec le syndrome de tuméfaction de la rate,
d’anémie et de coagulabililé de sang diminuée, le danger pour
les autres maladies est presque nul ; peu justifiée est aussi la
crainte qu’on pourrait avoir de contaminer la cavité pleurale et
abdominale. Une hémorragie éventuelle du parenchyme splé¬
nique par le vide produit est minimale et sans aucune impor¬
tance pour la vie du malade.
Par contre l’utilité de la ponction pour le diagnostic peut
être capitale. Des parasites du paludisme qui 11e circulent pas
dans le sang périphérique peuvent être découverts dans la rate
en même temps que deis cellules contenant du pigment. En
étendant sur une lame du suc splénique d’un typhique pendant
les premiers jours de la maladie, on y colore les bacilles ü’Eberth,
et la culture faite avec le suc splénique réussit facilement à
cause de l’abondance des microbes, proportionnellement à la
quantité des anticorps, ce rapport étant inverse dans le sang. Le
diagnostic de la tuberculose miliaire, de la tuberculose de la
rate peut être facilité, si l’on trouve dans le jus splénique des
bacilles acido-résistants colorés. En dehors des infections, on
448
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
peut aussi employer la ponction de la rate pour aider au
diagnostic, par exemple pour constater la métaplasie myélogène
de la rate dans des affections aleucémiques.
Nous avons essayé de donner une solution au problème de la
célérité dans l’exécution de la ponction de la rate, méthode
diagnostique très utile et souvent indispensable. Mais cette ques¬
tion pourrait être résolue d’une autre façon. Par exemple, on
peut faire communiquer la seringue sans piston à une pompe
(Potain) et faire entrer l’aiguille pendant qu’on fait le vide et la
retirer aussitôt, ou préparer le vide dans la seringue et, par un
mécanisme automatique, ouvrir la communication de la seringue
à l’aiguille quand celle-ci aura pénétré dans la rate. On pourrait
aussi, pour gagner encore plus de temps, pratiquer l’entrée et la
sortie de l’aiguille au moyen d’un ressort, mais je craindrais
que, dans ce cas, l’aiguille n’étant pas conduite par la palpation,
la méthode ne fût plutôt défectueuse.
Je crois toutefois que le modèle que je donne représente la
méthode la plus simple et la plus pratique, mais si un autre
procédé devait assurer une innocuité parfaite, nous l’adopterions
volontiers, heureux d'avoir contribué par notre essai à cette
modification si importante dans la ponction de la rate.
Séance du 12 Juillet 1916
449
Mémoires
Pathologie de la Guyane française
[Suite) (/)
(Lèpre, Filariose, etc.).
Rapport sur les Travaux de Hnstitut d’Hygiène
et de Bactériologie 1914-1915
Par J. THÉZÉ
V. — LA LÈPRE
Historique de la réglementation en Guyane. — Le premier
essai de prophylaxie de la lèpre aux colonies date probablement
de 1 685, époque à laquelle parut l’édit royal (complété par
l’édit de 1716) appelé code noir , qui réglait la discipline de l’es¬
clavage et interdisait la vente et l’immigration hors de leur pays
d’origine des esclaves atteints de la lèpre.
Si ces édits avaient été bien obéis, la Guyane eût été sauvée
de la désolante maladie, car il est généralement admis, après
les témoignages d’LÏLLOA (Brésil"' et de Guillaume Pinson (Pérou),
que la lèpre n’existait pas au Nouveau-Monde avant l'introduc¬
tion des esclaves.
Mais le « code noir » ne fut pas complètement observé et
Campet (2) nous indique à quels répugnants maquillages se
livraient les capitaines dé négriers pour écouler leur « matériel
humain » contaminé : ayant acheté un esclave, « après avoir
bien fait laver et nettoyer le corps de ce nègre, dit-il, je recon¬
nus qu’il avait sur le dos une tache couleur de cuivre rouge
foncé et qu’on avait noircie avec quelque drogue pour la déro¬
ber à la vue. » Cet expédient ne dut pas être une exception,
(1 ) Voir le Bulletin de juin, pp. 376-402.
(2) Campet, loc. cit.
450
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
puisque la lèpre fut réglementée pour la première fois en Guyane
en 1743, alors que la colonie ne comptait que 3. 000 esclaves :
les malades devaient être isolés dans des cases éloignées de
toute habitation.
Cet isolement, sans surveillance ni sanction, ne fut que trop
relatif et n’arrêta pas la marche envahissante du mal de Lazare.
« Si la police était un peu plus sévère et plus exacte à Cayenne,
écrit Bajon (i) en 1777 , cette maladie n’y serait pas aussi
commune ; presque tous les habitants ont sur leurs habitations
des nègres qui en sont attaqués. La seule précaution qu’on a
coutume de prendre, c’est de séquester ces malades dans de
petites cases, souvent peu éloignées des autres nègres avec les¬
quels ils ont toujours communication. C’est ainsi que le mal se
communique et se perpétue, et qu’il continuera de se perpétuer
tant qu’on r.e prendra pas de mesures plus sages et plus actives
pour détruire et éteindre ce virus destructeur. »
Des mesures plus actives furent prises la même année. Une
ordonnance locale du 9 janvier 1777, créa une léproserie à Filet
la Mère, une des îles de Rémire, à quelques milles au large de
Cayenne, avec déclaration obligatoire par les propriétaires des
esclaves lépreux. En 1802, le nombre des malades ainsi isolés
fut de 3o. Puis vint l’occupation étrangère, la colonie restant
aux mains des Portugais jusqu’en novembre 1817. Après notre
reprise de possession, un des premiers soins du Gouvernement
fut de rétablir l'ordonnance de 1777, avec quelques modifications
concernant les Européens malades. C’est le premier texte com¬
plet que nous possédions (Code de la Guyane, tome I, 1824).
Cette ordonnance (ier janvier 1818) prescrit l’isolement à I ’ I le t-
la-Mèrc des esclaves noirs ou mulâtres libres atteints de lèpre ;
la déclaration obligatoire par les propriétaires des malades,
l’obligation pour les Européens malades de quitter la colonie,
dans le délai d’un an, faute de quoi ils seront internés à 1 ’Il e t-
la-Mère.
Depuis ce premier texte jusqu’à nos jours, les archives de la
Guyane n’enregistrent pas moins de quarante documents qui ont
été colligés par Jeanselme et Tissier (2) et par Guillon (3).
(1) Bajon, loc. cit.
(2) Jeanselme et Tissier. Histoire des léproseries à la Guyane. Revue de
Médecine et d’ Hygiène tropicales, 1908.
(3) Guillon. Lèpre, lépreux et léproseries de la Guyane. Paris, 1912.
Séance du 12 Juillet 1916
451
Beaucoup de ces textes ne concernent que des faits d’intérêt
passager (déplacement de la léproserie, fixation du régime inté¬
rieur et de la ration, recensement des lépreux, etc...) ; nous 11e
citerons que ceux qui ont trait à la réglementation proprement
dite.
L’ordonnance de 1818 resta en vigueur jusqu’en i84o, date à
laquelle intervint un décret colonial (24 août) qui introduisait
les modifications suivantes :
La séquestration, «c’est-à-dire la mise en dépôt dans un lieu à
ce destiné sans aucune communication directe avec l'exté¬
rieur ;>, est maintenue, mais la déclaration obligatoire n’existe
plus.
Pour la remplacer, l’administration locale étant chargée de
pourvoir par les règlements particuliers à la recherche des
lépreux, des médecins non spécialisés devaient parcourir les
quartiers à la piste des malades qu’on cachait. Les lépreux ainsi
repérés comparaissaient devant une commission permanente
composée du Maire de Cayenne, du Chef du Service de Santé,
d’un magistrat, d’un notable, du Chef du bureau de l’Intérieur,
de deux médecins civils ou militaires, qui confirmaient le
diagnostic et envoyaient les malades esclaves à l’Acarouany (un
second lazaret pour malades libres était créé à l’Ilet-la-Mère,
nous ignorons s’il a jamais été occupé).
Mais, cette recherche des lépreux par des médecins ignorant
le pays et opérant dans un milieu, hostile par intérêt à leurs
recherches, ne pouvait aboutir à des résultats suffisants. On s’en
aperçut vite et un second décret (28 janvier 1 844) tenta
d’améliorer le précédent, en modifiant les conditions de la
recherche et en instituant dans chaque commune une commis¬
sion composée du maire, d’un notable et d’un médecin, les¬
quels constateraient l’état des malades susceptibles d’être
séquestrés, et les présenteraient pour diagnostic définitif au
Conseil de Santé de Cayenne.
Cette seconde méthode de recherches ne fut pas plus heureuse
que la première ; les maires, effectuant dans leur localité même
des examens gênants pour les familles de leurs administrés, ne
pouvaient espérer faire œuvre bien utile, aussi revint-on en
1860 (16 septembre) au texte de i84o sur la composition de la
commission chargée de statuer sur l’état des lépreux, mais il
n’est plus question de la recherche des malades. En fait, la
452 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
recherche systématique des lépreux est abandonnée, comme
l’avait été préalablement la déclaration obligatoire.
Enfin (nous passons sous silence l’arrêté local du 28 janvier
1887 qui ne fut en vigueur que six mois), nous arrivons à la
réglementation fixée par le décret du 11 mai 1891 et l’arrêté local
du 28 juillet 1892.
D’après ces règlements, seront envoyées à PAcarouany, toutes
les personnes qui en feront la demande, et d’office, toutes celles
qui n’auraient aucun moyen de se soigner (vagabonds, men¬
diants, etc.). Les « personnes aisées » sont autorisées à se soi¬
gner à domicile, sans qu’il soit indiqué de conditions d’habitat,
d’hygiène individuelle ou familiale, mais elles s'éloigneront à
deux kilomètres de Cayenne, et à un kilomètres des bourgs.
Ces dispositions constituent au point de vue de l’hygiène
toute l’originalité des textes de 1891-92. Nous verrons plus loin
les conditions de leur application.
Ainsi, depuis un siècle, la réglementation de la lèpre en
Guyane a passé par trois phases :
i° en 1818, déclaration et isolement obligatoires ;
20 en i84o, abolition de la déclaration obligatoire, à laquelle
se substitue une recherche des lépreux qui se ralentit peu à
peu ;
3° en 1892, absence de toute recherche et isolement facultatif,
car, en pratique, seuls, les rares malades qui en font la demande,
tous miséreux, et les vagabonds cueillis sur la voie publique,
entrent à PAcarouany.
Ce relâchement de la défense contre le fléau correspond-i I à une
diminution de la maladie ? Loin de là, la lèpre est en augmenta¬
tion constante. En 1 833 , la léproserie comptait 80 malades; en 1 838,
il y en avait 120 ; depuis, le chiffre est tombé à 3o ; actuellement
il oscille entre 4o et 55, mais ces modifications d’effectif ne sont
que le fait d’une réglementation changeante; la lèpre ne subit
pas toute cette variation ; elle va en empirant et l’on pourrait
presque dire que c’est parce que le mal a augmenté que la
réglementation s’est atténuée. On a constamment reculé pour ne
pas avoir trop à frapper.
r
Essai de statistique. Etat actuel de la lèpre. — Malheureu¬
sement* cet accroissement de la lèpre, pourtant manifeste après
Séance du 12 Juillet 1916 453
quelque pratique, ne peut être mis en évidence par des chiffres
précis.
Une statistique des lépreux est difficile partout, spécialement
en Guyane. Pour l’établir, tout manque : la déclaration obliga¬
toire des maladies contagieuses ne fonctionne pas plus en
Guyane qu’en France et, du reste, il n'y a de médecins nulle
part en dehors du chef-lieu; les médecins qui jusqu’à présent
ont été chargés de l’hygiène se sontsuccédés trop vite pour pro¬
céder à un recensement suivi, qui serait une œuvre de longue
haleine ; enfin, les malades se cachent ; « même dans les familles
très modestes, ils se cantonnent chez eux et le hasard seul amène
leur découverte. Le lépreux avéré n’appelle pas le médecin, il a
sa conviction faite sur le traitement médical dont la longueur
fatigue son apathie. »
La difficulté d’une statistique excuse, j usqu’à un certain point,
les chiffres si fantaisistes qu’on trouve dans la littérature médi¬
cale, concernant la lèpre en Guyane et à Cayenne tout spéciale¬
ment.
Laure (1) en r 85g constate que « depuis l’émancipation (des
esclaves), la lèpre envahit les familles blanches. Elle se propage
avec une telle rapidité qu’un dizième de la population est
affecté ».
En 1879, « un missionnaire » déclare (2) : « nous nous adres¬
sâmes à des personnes intelligentes, bien renseignées... Quelle
proportion nous fut alors indiquée? La moitié. Le curé de tel
village m’a assuré que ses paroissiens étaient presque tous
atteints... Ne veut-on pas accepter l’accablante moitié? que l’on
prenne 1/10 comme le Dr Laure, 1/20 comme Mgr Enouet, tran-
séat, l’effroi subsistera toujours. »
Plus récemment, un auteur médical, basant son appréciation
<l sur une conversation privée avec une personne très bien placée
dont les moyens d’information, l’intelligence »... etc., évalue
à 2.000 ou 3.ooo le nombre des personnes atteintes en Guyane,
dont 1.000 pour Cayenne !
A côté de ces chiffres sans fondement, acceptés à la légère
sans même le contrôle du sens commun, on trouve des estima¬
tions plus réfléchies ; en 1886, Orgeas (3) écrit : « si on soumettait
(1) Laurk. Considérations pratiques sur les maladies de la Guyane.
(2) La lèpre est contagieuse , par « un missionnaire » Paris et Trinidad,
1 879.
(3) Pathologie des races humaines. Paris, 1886.
454 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la population entière à un examen médical, on trouverait peut-
être ioo lépreux, peut-être 200, peut-être davantage. Le nombre
desxlépreux internés à LAcarouany ne peut donner la mesure
réelle de la lèpre dans la population ». Enfin Ehlers (i), en 1909,
donne la note qui nous semble la plus exacte. « En 1898, on
estimait à 3oo le nombre des lépreux en Guyane, dont i5o pour
Cayenne seul et ses environs (Kermorgant) ; sur ce nombre, il
n’y avait que 4q malades internés à l’Acarouany. Les Guyanais
ne prennent pas de mesures assez rigoureuses contre les lépreux,
aussi constate-t-on chaque jour ces promiscuités surprenantes;
on les fréquente, on les visite, on mange avec eux et on cohabite
de même. »
Clarac déclare en 1900 que la lèpre est en progression évi¬
dente à la Guyane et donne le chiffre de 35o malades.
Pour aboutir au moins par une approximation acceptable au
dénombrement des lépreux, M. le Gouverneur de la Guyane a
prescrit en 191F) une enquête dans chaque commune par les
soins des autorités municipales. Les résultats de ces enquêtes
sont réunis dans le tableau suivant :
Nombre des malades.
Les communes de Maroni, Rémire, Matoury, Montsinéry n’ont
pas signalé de lépreux.
Sur ces 81 cas, 37 fois les âges sont indiqués : 2 de 8 à 10 ans,
8 de 10 à 20 ans, i3 de 20 à 3o ans et au delà.
(1) Géographie de la lèpre. Lepra, vol. 8, suppl., 1909.
Séance du 12 Juillet 1916
455
49 sont du sexe masculin et 32 du sexe féminin ; au point de
vue des professions, i5 sont indigents, les autres sont des jour¬
naliers et pour la plupart iront pas de métier défini. Signalons
cependant un boulanger, qui tient une cantine, une couturière,
une modiste.
Mais ce chiffre de l’enquête administrative est manifestement
trop faible; nous avons pu nous convaincre que, pour Cayenne,
il ne concerne que les cas de lèpre avancée dont le diagnostic
est facile. Ne pouvant établir pour toute la Guyane une vérifica¬
tion complète de ces premiers éléments de statistique fournis
par l’enquête officielle, nous nous sommes borné à la recherche
des lépreux de Cayenne et nous avons eu recours à la bonne
volonté de notre confrère Henry dont la collaboration de plu¬
sieurs mois nous a été très précieuse, non seulement parce qu’il
connaît parfaitement Cayenne où il exerce depuis i5 ans, mais
parce qu’il s’est toujours intéressé activement à cette question
de la lèpre.
Après plusieurs mois, nous sommes arrivés pour Cayenne au
chiffre de 83 malades, le chiffre n’est encore qu’approximatif :
quelques malades nous ont certainement échappé, surtout parmi
les adultes, mais leur nombre doit être très peu élevé car la
lèpre au début, c’est-à-dire l’époque où le médecin est le plus
ordinairement appelé à la reconnaître, est plus rare chez l’adulte
que chez l'enfant, et presque tous les enfants ont été examinés.
La population de Cayenne, constituant un peu moins du tiers
et un peu plus du quart de la Colonie, celle-ci aurait donc, en
lui appliquant la proportion des malades trouvés à Cayenne,
environ 3oo lépreux.
Le chiffre des malades recensés par l’enquête administrative
représentant environ 3o 0/0 des malades de Cayenne, on arrive¬
rait, en appliquant la même proportion à la Colonie toute
entière, au chiffre minimum de 280 lépreux.
Enfin les travaux des conseils de révision et de la commission
militaire de réforme qui examine actuellement des milliers
d’hommes entre 18 et 45 ans, paraissent devoir donner finale¬
ment un taux de réformes pour lèpre égal ou même un peu
inférieur à 1 0/0. Pour toutes ces raisons et avec les réserves
qu elles comportent, nous sommes porté à estimer le nombre
des lépreux de la Guyane à 3oo, ou au grand maximum 35o
456
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
(sans compter bien entendu les malades déjà isolés à l’Aca-
rouany ou à Pilot Saint-Louis).
Revenons maintenant à nos 83 cas de Cayenne ; ils se décom¬
posent cliniquement en :
33 cas de forme maculeuse ;
28 cas de forme tuberculeuse ou à prédominance tubercu¬
leuse ;
18 cas de forme nerveuse ou à prédominance nerveuse ;
4 cas de forme mixte.
L’énorme proportion des lèpres à forme maculeuse, c’est-à-
dire des lèpres au début, est, pour nous, une preuve bien con¬
vaincante de l’envahissement de la maladie. D’autre part, cette
proportion nous montre aussi que le réservoir du virus lépreux
n’est pas près de se tarir en Guyane ; ces lèpres jeunes consti¬
tuent une terrible menace pour l’avenir, lorsqu’ayant évolué en
majeure partie vers la forme tuberculeuse, elles dissémineront
dans quelques années le bacille de Hansen qui fera de nouveaux
malheureux en plus grand nombre.
L’âge moyen de ces lèpres maculeuses, ou plus exactement
Page auquel le médecin a été appelé à les découvrir, est de moins
de î3 ans; si Pou considère la lenleur avec laquelle évoluent
les macules qui n’attirent l'attention des parents que lorsqu’elles
acquièrent une certaine étendue (la paume de la main, par exem¬
ple), il faut donc reporter le début de la maladie à quelques
années plus tôt. C’est là, croyons-nous, une des caractéristiques
de la maladie en Guyane. Elle frappe surtout les enfants, elle est
fréquente à l’école. Nous ^relevons dans notre liste des enfants
de 6, 10 et 12 ans en grand nombre. Un seul malade de cette
période est âgé de 35 ans. Elle évolue vite aussi, les premières
infiltrations de la face et des oreilles se produisent très souvent
au moment de la puberté et l’on trouve des léonins de 10, 12 et
i5 ans.
Quel sera le sort de ces malheureux ? Tant qu’il n’existe que
des taches achromiques, les parents vont d’un médecin à l’autre
avec l’espoir que tous se trompent, et ne font guère de traite¬
ment. L’alarme commence avec les taches hyperchromiques,
cuivrées, qui viennent si souvent à la face (mal rouge de
Cayenne). On soumet alors l’enfant aux pratiques des empiri¬
ques jusqu’au jour où l’on constate leur inefficacité. Alors c’est
le désespoir et l’on abandonne tout. Il n’y a pas 3 0/0 des
Séance du 12 Juillet 1916
457
lépreux qui aient jamais suivi un traitement médical prolongé
seulement pendant 18 mois. L’opinion publique professe que
« la maladie suit le sang » et cette explication est acceptée
d’autant plus volontiers que la filiation de la contagion nous
échappe le plus souvent. Puisque la maladie suit le sang, il
devient inutile de protéger l’entourage qui est de même sang que
le malade. L’entourage cou tractera ou non la maladie, c’est une
chance à courir; ainsi le malade se cache parce qu’il a honte de
lui-même, et la famille le cache parce que la désolante maladie
n’est plus seulement un déplorable accident, mais une tare de
famille. Il faut vivre dans un pays à endémicité lépreuse pour se
rendre compte de tout le mal moral, de toutes les entraves à la
prophylaxie, qu’a créé la néfaste théorie de l’hérédité de la lèpre,
si facilement acceptée par le public.
La presque totalité de ces lépreux sont des indigents ou des
enfants dont les parents n’ont pour ressource que leur travail
journalier; comme la tuberculose en France, la lèpre en Guyane
est, en général, une maladie des classes peu aisées. Quoi qu’on
en ait dit, les familles plus ou moins fortunées restent presque
totalement à l’abri du fléau, soit du fait d’un confortable favora¬
ble à l’hygiène, soit du fait de leur instruction : « A Cayenne, il
11’y a pas de rentiers et tout le monde exerce une profession ;
or, si nous consultons, dans l’annuaire de 1914, la liste des
patentés et des industriels, lesquels forment toute la classe aisée,
nous constatons que sur 200 notables environ, il en est 3 à
retenir : un qui a 3 enfants malades, un autre qui en a un, et un
troisième dont un parent est malade, mais qui réside depuis de
longues années en France (Dr Henry).
Au point de vue delà race, les Indiens seuls, autochtones du
pays, sont indemnes de la lèpre, moins peut-être par immunité
naturelle qu’en raison de leurs mœurs qui les éloignent de la
civilisation *
Les Hindous (une centaine) comptent 1 cas; les Syriens (une
centaine) sont indemnes. La totalité des lépreux se trouve parmi
les éléments importés, venus à l’origine de France ou d’Afrique,
et dont les descendants sont plus ou moins métissés, c’est à leur
contact que se contaminent les transportés. Les Européens pro¬
prement dits, fixés dans le pays à titre sédentaire, comptent
2 cas.
~ 458
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Léproseries. — Il existe deux léproseries : l’unç pour la popu¬
lation civile, FAcarouany; l’autre pour l’élément pénal, Pilot
Saint-Louis.
L’Acarouany, à il\ km. à vol d’oiseau de Mana, en réalité à
35 km. par suite des méandres de la rivière, seule voie d’accès,
est situé sur le bord d’une crique, complètement isolé par l'eau
et la forêt vierge. Tout y respire l'abandon : les carbets qui
abritent insuffisamment les malades, l’ordinaire trop modeste et
trop monotone, l’eau rare montée de la crique par des moyens
précaires, l’absence du plus humble confortable et de tout maté¬
riel d'hygiène, etc...
A ces différents points de vue, le procès de 1 Acarouany a été
fait tant de fois et par tant de personnalités, que nous ne croyons
pas utile d insister. Dans l’esprit de tous, l’Acarouany est con¬
damné ; il ne faut, pour s’en convaincre, que lire les comptes
rendus des séances du Conseil Général depuis 1906. Mais, met¬
tons les choses au mieux et donnons aux malades de ce triste
établissement les conditions matérielles suffisantes, l’Acarouaiïy
n’en restera pas moins, par sa situation même, un véritable
tombeau vers lequel les malades s’achemineront toujours avec
le même désespoir, sachant qu’ils ne reverront plus jamais tout ce
qu’ils laissent derrière eux. Jamais une visite de parent du d’ami,
le voyage est trop long et trop cher; jamais un témoignage
d’intérêt ni une démarche qui les console. Ils sont enterrés
vivants et, véritablement, il 11e leur manque que le drap mor¬
tuaire et l’office des morts qu’on leur chantait jadis, pour les
convaincre qu’ils sont abandonnés des hommes.
Aussi, « nulle part, jamais, vous ne trouverez un maire qui
consentira à prendre des lépreux pour les envoyer mourir dans
ce trou infecte de l’Acarouany » (1). Si vous voyez l’Acarouany,
vous ne penseriez qu’il puisse y avoir là un établissement où
vivent des êtres humains ». L’enquête ordonnée par M. le Gou¬
verneur Levecoue confirme, de la part des officiers municipaux,
cette manière de voir; elle nous montre que, sur 8r lépreux,
39 sont notés comme indigents; un maire ajoute que les lépreux
indigents de sa commune reçoivent des secours occasionnels sur
les fonds communaux, mais il n’est pas, il ne saurait être ques¬
tion de l’Acarouany.
(1) Conseil Général de la Guyane, 1909, C. It. officiel , p. 127.
Séance du 12 Juillet 1916
Seuls les malades abandonnés s’en vont donc à la léproserie.
Leur nombre a beaucoup varié d’une époque à l’autre et ne
représente que l’infime partie des malades susceptibles d’être
isolés. Il y en avait 53 en 1912, 53 en 19 13 et 4 2 en 1914* Sur ce
chiffre, on n’en comptait pas 10 qui étaient en état de faire le
moindre travail.
Quant au second lazaret, l’ilol Saint-Louis, il est réservé aux
malades de la Transportation. La lèpre n’a pas envahi les Péni¬
tenciers; on ne pourrait, j usqu’à présent, citer un seul cas de
contagion parmi les transportés qui ne sont pas allés travaillera
l’extérieur.
Les malades de Pilot Saint-Louis sont exclusivement des hom¬
mes qui ont été employés au milieu de la population civile, à des
travaux divers. Ils ont tous plus de 8 ans de séjour en Guyane.
L’effectif moyen de cette léproserie est d’environ 60 ; le chiffre
des entrées est en moyenne de 8 à 10 par année et tend chaque
année à augmenter.
Les malades de cette catégorie ont un sort bien supérieur à
celui des malades de i’Acarouany ; I l lot Saint-Louis est situé à
6 km. en amont de Saint-Laurent, sur le Maroni, à proximité
d’un camp de relégués qui fournit aux lépreux une ration amé¬
liorée (légumes verts, viande fraîche, lait, etc...). Les malades
occupent des constructions en maçonnerie à raison de 2 ou 3
par pièce, lis ont liberté relative, en ce sens qu’aucun surveil¬
lant ne vient contrecarrer leurs caprices ; ils ne sont tenus à
aucun travail ; ils ne pêchent et ne jardinent que pour se dis¬
traire. Les conditions matérielles sont donc très suffisantes,
mais par dessus tout, ils n’ont pas cette impression de solitude
complète qui pèse si lourdement sur les malades de PAcarouany.
Prophylaxie. — Telle est la situation actuelle de la lèpre dans
la Colonie. Pour cornbattrè le mal, que trouve-t-on en définitive?
un règlement tombé en désuétude et pas de moyens d’exécution.
La lutte contre la lèpre n’existe donc pas en Guyane. Nous
allons rechercher maintenant quelles mesures il conviendrait
de prendre en nous inspirant du projet de loi actuellement à ’
l’étude pour la prophylaxie de la lèpre.
Cette prophylaxie, en l’absence de tout procédé de diagnostic
précoce, de tout traitement infailliblement actif, de toute vacci¬
nation et même de toute notion précise sur le mécanisme de la
460
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
contagion, ne peut être basée actuellement que sur la découverte
des lépreux et leur mise en état de répandre le mal lorsqu’ils
sont reconnus contagieux.
La difficulté commence avec la découverte des malades. Nous
avons vu, en étudiant la réglementation, quels procédés avaient
été successivement tentés en Guyane : la déclaration par les
propriétaires d'esclaves n’a pas abouti, à une époque où aucune
question de sentiment n’était en jeu, où seul l’intérêt pécuniaire
pouvait intervenir. Réussirait-elle mieux aujourd’hui si elle était
rendue obligatoire soit pour les familles, soit pour le médecin?
Gela est fort douteux, la déclaration n’est entrée dans les mœurs
ni en France ni en Guyane et ce n’est pas de la Guyane qu’il faut
attendre le premier progrès dans cette voie.
La recherche des lépreux par l'autorité, soit avec le concours
de médecins spécialement instruits dans ce but, soit à l’aide de
commissions communales aidées de médecins spécialisés, ne
donnerait pas de meilleurs résultats qu’en i84o. Il semble donc
qu’on ne puisse, pour le présent, s’en rapporter qu’à la notoriété
publique. Les renseignements de cette source ne seront évidem¬
ment accueillis qu’avec la plus grande prudence, carie peuple
ne connaît pas la lèpre aussi bien qu’on pourrait le croire ; il
l’impute à des malades atteints, par exemple, de paralysie alcoo¬
lique des extenseurs, de paralysie infantile, d'acné, d’eczéma,
de vitiligo, de lésions syphilitiques, etc.
Nous avons exposé d’autre part qu’en Guyane la lèpre est pré¬
coce et que très souvent ses premières manifestations apparais¬
sent avant i3 ans. Il y a là une particularité qui mériterait d'être
mise à profil pour la découverte des lépreux précoces. Une
visite médicale de tous les écoliers (sans limite d’âge pour les
garçons, jusqu’à 12 ans pour les filles) amènerait sans bruit la
découverte de plus des 3/4 des futurs contagieux. A condition
qu’il s’agisse d’un examen somatique complet, l’enfant étant
entièrement déshabillé, car les macules apparaissent dans 85 0/0
des cas sur les régions couvertes par les vêtements (région fes-
sière, dos et cuisses). Nous avons tenté de telles recherches en
1 9 1 5, nous avons été empêché de continuer par les criailleries
de la partie la plus ignorante de la population ; il faudrait que
le médecin puisse compter sur l’appui des pouvoirs publics.
La personne reconnue malade serait « soumise à la surveil¬
lance médicale et tenue de se soumettre aux visites et examens
Séance du 12 Juillet 1916
461
du médecin inspecteur, elle serait tenue en outre de faire con¬
naître ses changements de résidence » (art. V du projet de loi).
La surveillance de ces lépreux précoces n’apporterait pas seu¬
lement une sécurité plus complète à la société, elle aurait en
même temps un résultat beaucoup plus élevé : celui de per¬
mettre le traitement de ces enfants qui actuellement sont aban¬
donnés sans soins. Nous avons exposé que les malades de cette
période ne sont pas traités avec assez d'assiduité : qui pourrait
dire les résultats d’un traitement opiniâtre, entrepris au moment
où la maladie est le plus curable, sous une surveillance sans
défaillance pendant des années? Par celte méthode, beaucoup
d’enfants verraient leur maladie se cristalliser et leur éviter l’in¬
ternement qui les guette.
Cette surveillance médicale active serait donc profitable à
l’hygiène de la collectivité et au malade, qui se soumettrait au
traitement d’autant plus volontiers qu’il saurait ce qui l’attend
en cas d’échec. Mais, malgré tout, certaines lèpres évoluent si
vite qu’il se produira de ces échecs. La période de sécrétion
bacillaire arrivera souvent très vite, le malade sera devenu con¬
tagieux.
Pour le malade contagieux, le projet de loi prévoit deux sortes
de dispositions : l’isolement à domicile et l’isolement dans une
formation hospitalière, spéciale ou non. Etudions d’abord le
régime à domicile.
c< Le régime à domicile, est-il dit dans l’exposé qui accompa¬
gne le projet de loi, est défini à l’article VI : (Le malade est tenu
d’observer les diverses prescriptions arrêtées en ce qui le con¬
cerne, et dont copie lui est remise). « Cette disposition ne sau-
« rait être précisée davantage. Les espèces sont en effet très difïe-
« rentes. Il eut été vain de prévoir dans la loi elle-même ou
« même dans un règlement d’administration publique tous les
« cas qui se peuvent présenter, il y a une série de prescriptions
« appropriées à chaque espèce qui ne pourraient être détaillées
« et précises que dans la notice individuelle qui sera remise à
« l’intéressé. Ces prescriptions viseront notamment les condi-
« tions d’habitat, de blanchissage, d’hygiène individuelle et
« familiale, de propreté du corps et du logis... »
« Il est à peu près unanimement admis que, dans la plupart
« des cas, les lépreux peuvent, sans inconvénient pour la collec-
« tivité, vivre à domicile, si les conditions d’habitat sont satis-
3i
462
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« faisantes et si le malade s’astreint à certaines précautions :
« c’est le régime même institué en Norvège. »
Ainsi entendu, le régime à domicile suppose deux conditions :
l’aisance et une éducation hygiénique élémentaire. En isolant le
lépreux à domicile, on ne prétend pas lui imposer la séquestra¬
tion rigoureuse que l’on imposerait à un cholérique ou à un
varioleux; il semble qu’on doive le placer plutôt dans des con¬
ditions telles que, par exemple, dans une famille aisée et nom¬
breuse, un tuberculeux ne puisse répandre son affection, avec
cette réserve que nos connaissances sur la contagion de la lèpre
étant encore imprécises, nous sommes obligés à des précautions
encore plus étroites. Il faudra donc au lépreux une ou deux
pièces à son usage personnel, un ameublement personnel, une
lessiveuse, une baignoire, etc..., un espace libre où le malade
puisse sortir, enfin, toute une coûteuse installation hygiénique
qui assure une sécurité complète pour les voisins et réalise pour
ainsi dire un sanatorium individuel.
Ces conditions d’habitat seront doublées par des prescriptions
minutieuses qu’indiquera une notice individuelle, mais cette
notice individuelle n'aura d’efficacité que si les malades ont
non seulement des notions d’hygiène, mais la pratique de l'hy¬
giène. Nous comprenons fort bien que, dans des pays de vieille
culture comme la Norvège et la France, où du reste la lèpre est
beaucoup moins contagieuse qu’en Guyane, cet ensemble de
mesures puisse remplir son but; mais en sera-t-il de même
dans notre colonie?
En Guyane, avons-nous dit déjà, la presque totalité des
lépreux appartient aux classes peu aisées, peu instruites et
vivant sans aucun souci d’hygiène. L’isolement à domicile ne
peut donc être qu’un régime d’exception, il n’existe peut-être
pas dans le pays io malades qui soient en état d’en profiter, et
il est grandement désirable que la future réglementation, par
des dispositions appropriées, précises et rigoureuses, laissant
le moins d’initiative possible aux Com missions locales, consacre
cette situation de principe sinon de fait. Autrement on verra
se reproduire les erreurs que nous constatons tous les jours et
le nouveau texte deviendra aussi inutile que son devancier de
1892. Car l’isolement à domicile n’est pas une formule nouvelle
pour la Guyane : l'arrêté de 1892 prévoit le traitement à domi¬
cile des personnes aiséees, une commission devant statuer sur
Séance du 12 Juillet 1916
463
l'état de leurs ressources. Mais, en fait, les Commissions char¬
gées d'apprécier les ressources de ces malades ne se préoccupè¬
rent jamais de savoir à quelles dépenses correspondrait cette
méthode d'isolement; elles en accordèrent le bénéfice à des
gens incapables d’en supporter les charges, d’où l’atténuation
de toute prophylaxie ; c’est ainsi que tout dernièrement un
lépreux, ancien libéré de toute servitude pénale, vivant depuis
longtemps à Cayenne du métier de colporteur, put éviter l’Aca-
rouany où il aurait dû normalement être isolé. Qu’on suppose
pour plus tard vingt cas semblables (il y en a actuellement bien
davantage), et qu’011 juge ce que vaudra l’isolement à domicile.
La grande masse des lépreux devra donc être soumise à Lin-
ternement collectif, et sur les3oo ou 35o lépreux que nous avons
comptés en Guyane, il faut en prévoir i5o à 180 susceptibles
d’être isolés dès l'application du futur décret. Nous avons vu que
l’Acarouany était à juste titre condamné par tous, il faudra donc
créer un vaste établissement capable de recueillir tous ces
malades.
Les projets ne manquent pas, mais celui q ui semble recueillir
le plus de suffrages serait l’établissement de la léproserie à
LIlet-la-Mère, à quelques milles au large de Rémire, la lépro¬
serie reviendrait ainsi à l’endroit qu elle occupait il y a plus de
100 ans. L’établissement à l’Ilet-la-Mère serait certes un progrès
sur l'Acarouany, i'internement serait complet, le ravitaillement,
la communication avec Cayenne, seraient plus faciles, mais l'iso¬
lement 11e serait-il pas trop rigoureux? Ce qu’il nous faut recher¬
cher actuellement, c’est moins l’internement rigoureux de quel¬
ques malades, qu'un isolement du plus grand nombre possible
de lépreux, même au prix de quelques évasions. Aussi, au lieu
du transfert de la léproserie à 1 Ilet-la-Mère, peut-être l’installa-
sion au lazaret de Larivot serait elle préférable (Le lazaret de
Larivot serait reporté à son tour à LIlet-la-Mère). Le Larivot est
établi, sur la rivière de Cayenne, devant la pointe de Macouria,
à environ 6 kilomètres de Cayenne. Il est relié au Chef-lieu par
une route et par la rivière. Les malades auraient là de vastes
terrains de culture et pourraient être visités plus fréquemment
par les familles.
Ma is, un seul établissement recueillant tous les lépreux de la
Colonie 11’est pas la seule solution possible. Peut-être pourrait-
on étudier un projet créant des léproseries régionales. Le sys-
464
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tème paraît avoir échoué en Nouvelle-Calédonie, mais il a la
faveur en maintes possessions étrangères, en Indo-Chine et à
Madagascar. Il a pour avantage de disperser les malades qui
peuvent être isolés à proximité des leurs, de détendre une dis¬
cipline nécessairement étroite pour une agglomération de
3oo malades, plus douce lorsqu’il s’agit seulement de l\o ou
5o pensionnaires, d’éviter aux malades, habitués d’avoir leurs
coudées franches, les petites vexations de la vie en commun.
Trois ou quatre maisons de santé pour les lépreux en Guyane,
auraient peut-être plus de chance de recueillir les contagieux
qu’un vaste établissement qui, par ses frais d’administration et
de surveillance, coûterait plus cher sans être plus efficace.
Pour tous les détails de l’aménagement de ces léproseries, il
y aurait lieu de se conformer, aussi étroitement que possible,
aux conditions établies par la Société de Pathologie exotique
(voir Bulletin , t. Il, 1909, p. 166 et suivantes) et agréées par
M. le Ministre des Colonies.
VI. — FILARIOSE
Après Péléphantiasis des Grecs, l’éléphantiasis des Arabes.
C’est également une maladie très répandue en Guyane, où l’on
observe toutes les manifestations cliniques que l’on a coutume
de rattacher à la filariose (chylurie, hydrocèle et ascite chyleuses,
Jymphoscrotum, lymphadénome, etc ). Elle frappe tous les habi¬
tants ; les Européens séjournant à demeure en Guyane n’en sont
pas absolument exempts, mais elle est beaucoup plus fréquente
parmi la population de couleur. Avec la collaboration du
D1' Bremond, nous avons fait des prises de sang la nuit sur des
malades de l’Hospice ; nos examens, qui ont porté sur 1 33 per¬
sonnes de tout âge, ont été positifs 87 fois, soit donc une pro¬
portion de 28 0/0 de porteurs de Mf. noctnrna. Ce chiffre ne
représente qu’un minimum, car le sang n’a été prélevé qu’une
seule fois pour chaque malade et ‘il\ étaient atteints d’éléphan-
tiasis avancé (et l’on sait que, dans ces cas, Mf, noctnrna est
rarement mise en évidence).
Nous n’avons fait aucune remarque particulière, au point de
vue de la morphologie du parasite. La plupart du temps, sa
périodicité a été strictement nocturne ; cependant, chez les
Séance du 12 Juillet 1916
465
malades moribonds, la microfilaire est généralement visible aussi
bien le jour que la nuit.
Sur ces 1 33 cas, la Mf. Démarquai/ i a été reconnue 3 fois.
Microfilaire indéterminée. — Le Dr Henry nous a prié d’étu¬
dier une microfilaire qu'il avait recueillie dans les conditions
suivantes :
Une femme d’environ 5o ans, atteinte d'un Ivmphadénome
peu prononcé, portait, au niveau du triangle inguinal droit,
deux petites tumeurs tout à fait sous cutanées, grosses comme
une noisette et communiquant l’une avec l’autre par un trajet
plus profond. La pression exercée sur l’une faisait dilater la
seconde. Périodiquement, elles se rompaient sans jamais s’ulcé¬
rer et laissaient écouler en abondance une lymphe claire dans
laquelle flottaient de petits flocons d’aspect albumineux. Au
microscope, ces flocons furent reconnus être constitués par des
amas de microfilaires. Après quelques jours, la tumeur s’apla¬
tissait et se cicatrisait pour se gonfler et se rompre à nouveau
plus tard.
La fille de cette malade portait également une tumeur sem¬
blable au-dessous du sein. La même microfilaire fut obtenue
dans le liquide de ponction.
Le mari de la première malade, qui ne portait pas de stigmate
de filariose, fit un jour de l’hémochylurie. Dans l’urine centri¬
fugée, la microfilaire fut retrouvée associée à la Mf. nocturna.
Ces malades, qui ont quitté Cayenne, n’ont pu être suivis assez
longtemps, mais nous avons appris que les tumeurs que por¬
taient la mère et la fille s’étaient enfin cicatrisées pour ne plus
reparaître.
Examinée à l’état frais, la microfilaire, trouvée dans les 3 cas,
est très mobile, possède des mouvements de fouet et de pro¬
gression, et sort avec facilité du champ du microscope. Elle est
très souple, sauf à l’extrémité antérieure dont les mouvements
ont toujours de la raideur. Sa longueur est de 280 à 3o5 ;jl, sa
largeur de 7 [jl ; elle est donc très fine. Elle n’a pas de gaîne, il
nous a semblé que la bouche était bordée de 4 lèvres sans spi¬
culé, l’extrémité céphalique est arrondie, l’extrémité caudale est
très effilée.
Après coloration (Giemsa i/4o, hématéi ne-éosi ne), la lon¬
gueur est réduite à 270-290 a. Vers l’extrémité céphalique les
466
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
noyaux sont relativement espacés, ils forment une colonne plus
dense après la deuxième tache. A partir de cet endroit, les
noyaux sont de plus en plus clairsemés, si bien qu’il existe une
cinquième tache qui n’apparaît pas toujours. La position des
taches est la suivante :
la première est à l’extrémité céphalique;
la deuxième à 24,1 0/0 de la longueur totale;
la troisième oblique, très longue commence à 30,4 et finit h 35,6 ;
la quatrième est à 58,20. C’est entre la troisième et quatrième tache que
l’on voit nettement le corps central, quelquefois rétracté et boudiné, quel¬
quefois allongé en double massue ;
la cinquième tache, inconstante, est à 79,1 0/0 de la longueur.
Cette microfilaire n’a jamais été trouvée dans le sang, par
Henry ou par nous, quelle que soit la quantité de sang recueilli
le jour ou la nuit. Ce n'est donc ni une perstans ni une Deniar-
quayi. Tous ses caractères, aussi bien que les lésions observées
chez les porteurs, la rapprocheraient plutôt de Mf. voloulus , si
cette espèce existait en Amérique.
VII. — EXAMENS DIVERS
Tuberculose. — Peu fréquente en Guyane.
Voici quelques chiffres sur les entrées et décès pour tuber¬
culose à l’hospice du Camp Saint-Denis :
La maladie évolue rapidement, moins peut-être du fait du
climat cependant peu favorable, que du fait d une hygiène ali¬
mentaire défectueuse et de maladies aggravantes comme le palu¬
disme et l’ankylostomiase. Le tuberculeux succombe avant que
la contagion ait eu le temps de répandre son mal.
Or la contagion interhumaine paraît le seul mode d’expansion
delà tuberculose dans le pays. Le danger de contamination par
le lait de vache est très réduit; qu’il s’agisse de la viande fournie
par le cheptel local ou des animaux de boucherie importés du
Séance du 12 Juillet 1 9 1 G
467
Venezuela, les saisies pour tuberculose sont inférieures à un pour
mille. Du reste, pour les enfants de premier âge, on utilise sur¬
tout du lait de conserve, et l’on passe de très bonne heure aux
bouillies de féculents. La mortalité des nourrissons est considé¬
rable, mais elle n’est pas le fait du bacille de Koch.
Syphilis. — Sur 169 réactions de Wassermann faites en 1 9 1 5 ,
89 ont été positives. La syphilis est en progrès. Dans son rapport
pour 1914, le Dl Brémond s’exprime ainsi : « La syphilis avait
toujours été considérée comme rare en Guyane, mais depuis
quelque temps elle augmente de fréquence. De plus, de nom¬
breux cas anciens méconnus ont été révélés par la méthode de
Wassermann, grâce au laboratoire de bactériologie. »
Leishmaniose de la peau et des muqueuses. — Cette maladie
est contractée uniquement dans les forêts de la Haute Guyane,
d’où son nom vulgaire de pian-bois. Les Leishmanies sont faci¬
lement mises en évidence dans les lésions jeunes, très difficile¬
ment dans les anciennes.
Les lésions des muqueuses sont rares et ne présentent jamais
cette allure de malignité, décrite par les auteurs sud-amé¬
ricains.
La maladie est en général bénigne et guérit spontanément
après deux ou trois ans. La Leishmaniose cutanée de la Guyane
paraît une maladie atténuée.
Toxoplasmose. — En terminant, citons un cas de toxoplas¬
mose naturelle, chez un jeune singe hurleur ( Stentor seriilicus ,
Geoff). Cet animal était au laboratoire depuis quelques
semaines, lorsqu’on le vit maigrir, faire de la fièvre avec de vio¬
lents frissons et perdre sa fourrure. A sa mort, nous trouvâmes
des toxoplasmes dans la moelle osseuse, la rate et surtout le foie.
Des inoculations furent pratiquées sur des cobayes et des lapins,
mais elles furent faites dans de mauvaises conditions (injection
intra-péritonéale) et ne donnèrent pas de résultats.
CONCLUSIONS
Le laboratoire de bactériologie créé à la veille de la guerre,
n’a pu jusqu’à présent fonctionner qu’avec des ressources et un
468 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
matériel insuffisants. Les premières observations faites dans ces
conditions défectueuses ne peuvent être considérées que comme
des sommaires, des têtes de chapitre qu’il faudra reprendre une
à une dans la suite.
En 191/i, plus de i.5oo examens ont été pratiqués; leur nom¬
bre s’est élevé à 2.654 en iqi5; le détail est donné dans le
tableau suivant :
Tableau des examens pratiqués
Cependant, de ces recherches préliminaires, il se dégage net¬
tement que, pour la Guyane, les trois principales maladies,
causes de son insalubrité et de sa mauvaise renommée, sont le
paludisme, l’ankylostomiase et la lèpre.
Ce sont trois maladies évitables ;
Pour la lèpre, le mal est moins étendu qu’on s'est souvent plu
à le dire; la prophylaxie n’en sera que plus rapide, dès que les
textes actuellement à l’étude seront promulgués.
Pour l’ankylostomiase, les mesures prophylactiques basées
surtout sur l’éducation hygiénique de la population seront
plus longues à réaliser, mais dès maintenant un traitement appro¬
prié et facile peut limiter le mal.
Pour le paludisme, qui est réellement le plus grand fléau, qui
à lui seul arrête l'essor économique du pays, il est grand temps
de commencer la campagne.
Cette campagne demande l’initiative individuelle de la part
des habitants, mais elle nécessite aussi l’intervention des pou-
Séance du 12 Juillet 19 16
469
oirs publics. En assistant les malades et en protégeant les
hommes valides, ces pouvoirs 11’accompliront pas seulement un
devoir d’humanité, ils contribueront puissamment à la prospé¬
rité du pays. Les dépenses pour l’hygiène dans un pays comme
la Guyane ne sont pas seulement une bonne action, elles
deviennent rapidement une bonne affaire ; elles s’imposent,
car sans l'hygiène, il est illusoire d’attendre le développement
de la Colonie.
Rapport sur le fonctionnement
du laboratoire de microscopie
de Beni-Abbès (Sahara-Oranais)
en 191 5
( Paludisme , 'Fièvre récurrent:. Trypanosomiase, Æicrofilariose,
Myiase , etc. J.
Par Ch. VIALATTE.
L’exploration de la zone septentrionale du Sahara au point
de vue de la pathologie humaine et animale et de l’histoire
naturelle se poursuit méthodiquement depuis quelques années.
Les travaux du laboratoire de Beni-Uunif, ceux des missions
organisées par l’Institut Pasteur d’Algérie (y) marquent dès
maintenant lesr traits principaux de la nosographie saharienne.
La création récente (1914) d’un laboratoire de microscopie dans
l’Extrême Sud oranais, à Beni-Abbès (2) nous permet d’apporter
à cette étude quelques nouveaux matériaux,
Disons tout de suite que la pathologie saharienne est loin de
(1) Foley, L’infirmerie indigène de Beni-Ounif de iqo5 à 1911. Jourdan,
1911. — Ed. Sergent et H Foley, Exploration scientifique dans les vallées de
I Extrême Sud Oranais. Bull. Soc. Path. exot ., t. III, n° 7, i3 juillet 1910,
p . 4 7 i-483. - Ed Sergent et Foley, Exploration scientifique du Sahara constan-
t i n ois (O Rir’-O-Souf) (avril 1912). Bull. Soc. Path. exot., t. VII, no 5, 1914?
p . 4 1 2 B, — et passim in Annales Institut Pasteur, Bull. Soc. Path. exot., C. B.
Ac. Sc C. B. Soc. Biol., depuis 1908.
(2) Ch Vialatte, Rapport sur le fonctionnement du laboratoire de micros¬
copie de Beni-Abhès en 1914? Bull. Soc. Path. exot., t. VIII, u» 2, 10 février
iqi5, pp. 66 70.
470
Bulletin' de la Société de Pathologie exotique
posséder la riche variété de la pathologie tropicale. Néanmoins,
certaines maladies régnantes telles que spirilloses, trypanoso¬
miases, filarioses, paludisme, etc., sans compter tant d’autres
affections parasitaires qui n’ont pas encore été signalées au
Sahara, mais qui le seront peut-être demain, constituent un
champ d’études qui ne peut être utilement abordé qu’avec les
méthodes précises du laboratoire.
Le modeste outillage dont nous disposons ne se prête qu’à
des techniques simples et à des recherches élémentaires. Pour
la plupart, ces recherches ont été pratiquées soit à l’occasion
de tournées médicales dans la région de l’oued Saoura, soit au
cours de nos consultations quotidiennes. C’est dire qu’elles ne
sont que le complément de notre pratique journalière ; elles en
condensent en quelque sorte la matière ; elles n’ont pas d’autre
prétention.
En iqi5, nos investigations ont porté, en premier lieu, sur le
paludisme dont nous avons étudié l’épidémiologie dans l’oued
Saoura, et spécialement à Beni-Abbès; sur la trypanosomiase
animale connue sous le nom de « debab », et sur une filariose
sanguine du Cheval.
Nous avons aussi étudié une myiase cavitaire du Dromadaire
et quelques points particuliers de parasitologie et d’histoire
naturelle.
I. — ÉPIDÉMIOLOGIE DU PALUDISME
DANS L'OUED SAOURA ET SPÉCIALEMENT A BENI-ABBÈS
T. - LE PALUDISME DANS l’oüED SAOURA
Situation géographique. Climatologie. — L’oued Saoura est
formé par la réunion près d’Igli (4°4o Long. O. et 3o°3o Lat. N.)
de l’oued Guir et de l’oued Zousfana. Il se dirige du N. -O.
au S.-E., parcourt environ 25o km. et vient se perdre au
Foum-El-Kheneg (3°3o Long. O. et 290 Lat. N.) dans une zone
d’épandage.
Son étroite vallée est limitée à l'Est par le grand Exg dont les
hautes dunes de sable se déroulent sans interruption jusqu’aux
environs d’El-Golea; à l’Ouest par la « hammada », immense
plateau pierreux sur lequel font relief, de loin en loin, quelques
chaînes de montagnes dénudées. Comme tous les oueds saha¬
riens, l’oued Saoura ne coule qu’à la saison des pluies. Son lit
Séance du 12 Juillet 1916
471
est envahi par des broussailles el des arbustes ; le tamaris y pré¬
domine. O11 peut noter, en passant, que le laurier-rose, encore
abondant dans la Zousfana, disparaît dans l’oued Saoura.
Si l’oued ne coule qu’à la saison des pluies, on trouve en tout
temps des mares ou « gueltas » aux points où la nappe superfi¬
cielle affleure. Leur étendue et leur profondeur sont très varia¬
bles. L’eau en est généralement salée ; la concentration saline
diffère d’ailleurs, d’une façon sensible, d’une « guelta » à l’autre.
Le climat offre les particularités du climat saharien. Elles
sont connues : c'est essentiellement la sécheresse de l’air, la
rareté des pluies, les grandes variations nycthémérales de la
température.
Eléments ethniques. — Habitat. — Sur toute la longueur de
l’oued Saoura, s’égrènent une vingtaine de ksour entourés de
leurs palmeraies. Les ksour de l'oued Saoura sont des agglomé¬
rations de masures en terre crue, simplement séchée au soleil,
édifiées sans aucun souci d’hvgiène. Entourés de murailles et
munis de fortifications rudimentaires, ils servaient jadis de
refuge contre les incursions des pillards. Aujourd’hui les habi¬
tants les délaissent assez volontiers, et préfèrent s’installer au
milieu des jardins qu’il leur est ainsi plus facile de surveiller.
Les éléments ethniques sont ceux qu’on trouve dans la plu¬
part des oasis sahariennes : Arabes nomades ou sédentarisés,
nègres emmenés du Soudan par- la traite, harratin-négroïdes
dont l’origine est controversée, enfin îlots berbères qui ont plus
ou moins bien conservé leur intégrité.
La culture du dattier est peu prospère dans la région, et
toute cette population (environ 7.000 habitants) vit miséra¬
blement.
Gîtes a moustiques. — L’eau est relativement rare dans l’oued
Saoura. Aucun puits artésien n’y a été foré ; donc, pas de maré¬
cages par excès d’eau. Les sources assez abondantes pour être
captées dans des séguias, y sont l’exception : donc pas d’eau
stagnante dans des bassins de réserve. Là où le sous-sol n’a pas
l’humidité nécessaire au palmier, il faut, pour irriguer, aller
chercher l’eau dans la nappe souterraine, parfois à une dizaine
de mètres de profondeur : labeur considérable réalisé à l’aide
d’un système de puits à bascule d’une extrême rusticité. Aussi
peut-on dire que pas une goutte de cette eau précieuse ne se
perd.
472
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les puits, dont le fonctionnement est quotidien, dont l’eau
est sans cesse agitée, ne peuvent pas constituer des gates à Mous¬
tiques bien dangereux ; mais il y en a d’autres où l’eau reste en
repos pendant un laps de temps qui peut être suffisant pour
l’évolution des Moustiques ; enfin ceux de ces puits qui sont
abandonnés deviennent des gîtes certains, jusqu'à ce qu’ils soient
lentement ensablés.
D’autre part, on a dit plus haut qu'aux points d’affleurement
de la nappe aquifère se forment des mares permanentes ou
« gueltas » situées pour la plupart au voisinage immédiat des
palmeraies. Elles offrent des conditions très favorables au déve¬
loppement des Anophèles.
Il faut signaler enfin certaines conditions particulières à l'an¬
née écoulée et qui ont pu influer sur l'épidémiologie du palu¬
disme.
L'hiver, le printemps et l’été de 1915 furent très secs. Les col¬
lections d eau dormante se trouvèrent réduites au minimum.
Les Moustiques apparurent tardivement et ne furent pas très
nombreux. C’est ainsi que, du mois de mai au mois de juillet, le
chef de poste d’Igli, malgré des recherches soigneuses, ne put
nous envoyer un seul Anophèle et que les Culicines se mon¬
traient fort rares.
En septembre et octobre, survinrent successivement deux for¬
tes crues. L’oued déborda et laissa en se retirant une grande
quantité de petites mares dont quelques-unes persistèrent pen¬
dant des semaines.
Nous devons ajouter que, dans les mares que nous avons pu
examiner, nous n'avons trouvé que des larves de Culicines.
Réservoirs de virus. Intensité de l’infection palustre. — La
région qui nous occupe semble n’avoir jamais partagé cette
réputation d’immunité vis-à-vis du paludisme qu’on a faite à
tort pendant longtemps aux Oasis Sahariennes. Nous avons pu,
en parcourant les principales agglomérations indigènes, faire un
certain nombre de frottis de sang. L'élude de ces frottis dont
nous allons exposer les résultats donne quelques notions sur
l’intensité et la qualité de l’infection palustre dans l'oued
Saoura.
L’index endémique, ou plus exactement pré-épidémique du
ksar d’Igli, a été établi au mois de mai. Les examens ont porté
Séance du 12 Juillet 1916 473
sur 4i enfants de o à i5 ans. Voici les constatations qui ont été
faites :
Tableau I
4
Index prcèp idémique du ksar d'Igli
(mai 1915).
Les ksour suivants ont été visités au mois de novembre, c’est-
à-dire au cours eu ou déclin de la période épidémique.
Pour ceux-ci les résultats signalés ne représentent plus l’in¬
dex endémique. Les sujets qui ont donné lieu aux prélèvements
de sang n’ont pas été pris au hasard, comme les précédents. Ce
sont des enfants qui étaient fébricitants au moment même de
notre visite ou bien qui étaient amenés par les parents pour des
troubles ou des malaises divers paraissant en rapport possible
avec une infection palustre. Ce sont donc en réalité des malades.
Les comparaisons sont d’ailleurs rendues faciles du fait que
tous ces sujets sont du même âge et également réceptifs (enfants
de o à i5 ans). Les adultes qui ont, dans les mêmes conditions,
motivé des prélèvements de sang, sont énumérés séparément.
On voit par la lecture du tableau ci-dessous :
i° Que le paludisme n’e^t pas rare dans l’oued Saoura puis¬
qu’on a pu trouver 3 r porteurs d’Hématozoaires sur 121 malades
venus à la consultation dans des conditions qui ne permettaient
pas un examen bien prolongé ;
20 Que la forme de l’Hématozoaire la plus fréquente est le PL
falciparum ; vient ensuite PL malariœ , enfin PL uivax. On verra
plus loin que, à Béni Abbés, la formule est un peu differente.
Les préparations à PL falciparum contenaient souvent des corps
en croissants très nombreux. Nous avons rencontré une seule
474
< .
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
fois l’association de Pl. falcipararn et de PL uivax. Cette pré¬
paration renfermait de petits plasmodes annulaires assez nom¬
breux, des croissants non raies, et de très rares hématies hyper¬
trophiées avec plasmode amiboïde et grains de Sch affiler.
Tableau II
Recherche de C hématozoaire du paludisme dans quelques ksour
de J oued Saoura .
Nombre de malades examinés
Total
Enfin nous avons trouvé assez fréquemment, dans des prépara¬
tions qui ne renfermaient pas d’Hématozoaires, des hématies
polvchromatophi les et des corps en pessaire ou en demi-lune.
Prophylaxie. — Que faut-il conclure pratiquement de cet
Séance du 12 Juillet 1916
475
exposé, en ce qui concerne la prophylaxie ? Il suffit de savoir à
quelle négligence et à quelle incurie on se heurte parfois, dans
des milieux soi-disant éclairés, lorsqu’il s’agit d’appliquer avec
méthode les mesures antilarvaires pour ne pas fonder d’espoir,
un seul instant, sur ce mode de prophylaxie, parmi les miséra¬
bles populations de l’oued Saoura.
Tout ce qu’on peut faire actuellement, c’est de distribuer la
quinine, largo, manu. On pourra ainsi diminuer la longueur de
l’infection palustre, en atténuer la gravité, et dans quelque
mesure, stériliser les porteurs de virus. Les indigènes n’ont d’ail¬
leurs pas tardé à apprécier l’action spécifique de ce médicament,
et lorsque le médecin ou un officier passe dans leurs ksour, ils
viennent d eux-mêmes lui en demander.
LE PALUDISME A BENI-ABBES
Beni-Abbès, centre administratif et militaire de la région de
l'oued Saoura, est constitué par plusieurs agglomérations bien
distinctes. Ce sont :
i° L’ensemble des bâtiments militaires (bordj et redoute) habi¬
tés par une trentaine de Français: Officiers, gradés, ouvriers de
la Compagnie Saharienne, infirmiers, télégraphistes, etc. . . et par
un maghzen indigène de 5o hommes. Ces bâtiments s'élèvent
sur une sorte d’éperon qui domine la vallée de l’oued d’une
quarantaine de mètres.
20 Le « village ». 11 est construit sur les pentes d’un ravin et
habité par les militaires de la Compagnie stationnant à Beni-
Abbès, par quelques boutiquiers arabes et une petite colonie de
juifs fil al iens. Un seul commerçant français y réside également.
3° Le ksar, situé au centre de la palmeraie, et construit sur les
terrains d’alluvion de l’oued.
4° Entre le village et le ksar, se trouvent quelques gourbis où
demeurent des ha ira tin.
Le chiffre de la population indigène a été évalué l’année pré¬
cédente à 680 habitants environ.
Il va sans dire que les considérations sur le climat, l’habitat,
les éléments ethniques, etc., qui ont été exposées à propos des
autres ksour, s'appliquent également à Beni-Abbès.
Signalons à titre de renseignement que la température
moyenne maxima a atteint en juillet 4b°9 et en août 47°9-
476
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Gîtes a moustiques. — Quelques Anophélines femelles ont été
capturés en juillet et en novembre. Les Culicines ne disparais¬
sent jamais complètement. Nous avons capturé un Culex clans
un appartement le 28 décembre. Quant aux larves de Culicines,
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on peut en trouver en toute saison. Les récipients toujours pleins
d’eau que le service des Subsistances entretient en cas d’incen¬
die, à l’intérieur de la Redoute, en contiennent en permanence.
Séance du 12 Juillet 1916
477
D’autres gîtes à Moustiques sont représentés par les « guellas »
situées à l’ouest de la palmeraie ; et aux environs immédiats des
bâtiments militaires et du village, par des bassins où se collecte
l'eau que des foggaras amènent en minces filets.
Il Faut y ajouter les baquets et vases de toutes sortes dont l’eau
est insuffisamment renouvelée et qui servent, pendant l’été, à
rafraîchir les boissons.
Réservoirs de virus. — L’index endémique du paludisme dans
la population autochtone fut établi en 1914 par l’examen de
1 1 3 enfants (1). L’index splénique donnait 19,30/0, l’index plas¬
modie n 7 0/0.
En ce qui concerne le milieu militaire, on y constate tous les
ans quelques cas de paludisme. Ce milieu militaire est consti¬
tué presque exclusivement par des indigènes. Les cadres seuls et
les ouvriers de la Compagnie sont Français. Les indigènes se
recrutent parmi les Chaambas (Touggourt, Ouargla, El-Golea) et
les Chenanemas (Oued Saoura), tribus nomades sahariennes.
Dans l’un et l'autre de ces groupes d’origine bien différente, on
trouve un nombre assez considérable de sujets qui ont été anté¬
rieurement impaludés.
Les Français des Compagnies Sahariennes se recrutent dans
les Corps de Troupe d’Algérie. O11 compte aussi parmi eux quel¬
ques anciens paludéens.
Comme on le voit, le réservoir de virus est multiple.
Le tableau suivant résume les constatations faites à propos
des examens de sang qui ont été pratiqués pendant l’année chez
les malades en traitement, ou venus en consultation, à l’infir¬
merie de Beni-Abbès.
Si l’on compare ce tableau au précédent, on voit qu i! 11’y a pas
similitude entre Beni-Abbès et le reste de l’Oued Saoura pour
ce qui concerne les formes de l’Hématozoaire le plus souvent
rencontrées. >
Dans les autres ksour de l’Oued Saoura, on trouve par ordre
de fréquence laT. M., la O., la T. B. — A Beni-Abbès on a T. B., T.
M., O. Encore faut-il noter que les deux cas de quarte observés
ne sont pas autochtones. L’un des malades était simplement de
passage, et provenait du Bas-Touat; l'autre était un mokhazeni,
originaire d’un ksar de l’Oued Saoura et résidant depuis peu à
Beni-Abbès.
(1) Hulletin (le la Société de Pathologie exotique, l. VIII, février 1 9 1 5, p. O7.
478
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau III
Examens microscopiques de sang à Béni- Abbés en kji5.
Sur ces 18 cas de paludisme, 4 au moins sont des cas non dou¬
teux de première invasion. Ils concernent deux gradés français
de la Compagnie et deux tout jeunes enfants habitant le village.
Ces quatre cas étaient tous dus à Plasmodium uivax.
On enregistre simplement ces faits sans en tirer de conclusion.
Au point de vue clinique, tous les paludéens que nous avons
pu suivre ont présenté une symptomatologie relativement béni¬
gne. On n’a jamais constaté d’accès pernicieux.
On a eu à traiter deux malades indigènes, anciens paludéens,
qui présentèrent l'un et l’autre une forte hypertrophie splénique
avec accès fébriles irréguliers, troubles digestifs et mauvais état
général. Des examens de sang répétés ne montrèrent pas de plas¬
modies, mais l’un deux présentait en grand nombre des hématies
en demi-lune et des corps en pessaire.
Prophylaxie. — Un certain nombre de mesures prophylacti¬
ques sont mises en œuvre à Beni-Abbès contre le paludisme.
C’est ainsi que tous les locaux du Bordj et de la Redoute occupés
par des Français ont leurs fenêtres munies de toiles métalliques.
Dans le courant de l’année dernière, le Bureau des Affaires
Indigènes a fait exécuter dans la palmeraie d’iiqportants travaux
de terrassements qui ont eu pour effet de transformer en jardins
un marécage où pullulaient les Moustiques.
Mais il reste encore un certain nombre de progrès à réaliser,
notamment en ce qui concerne les petites mesures antilarvaires.
Séance du 12 Juillet 1916
II. — LA FIÈVRE RÉCURRENTE
479
Nous avons vu en 1915, 5 malades atteints de fièvre récurrente,
ce qui porte à i3 seulement le nombre de cas de cette maladie
que nous avons observé en 20 mois de pratique médicale à Beni-
Abbès.
On a enregistré celte année à peu près les mêmes particularités
saisonnières que l’année précédente, dans l’apparition de cette
maladie.
Répartition saisonnière de la fièvre récurrente en igi4 et /p/J.
On a pu remonter à l’origine des 3 cas apparus au mois de
mai. Les deux premiers malades étaient des militaires indigènes
qui furent évacués du Poste d'Igli. Au moment où ils furent
atteints, une petite épidémie qui ne put être étudiée sur place
venait de se manifester dans le ksar d’Igli.
Le troisième malade était un jeune hartani (1) qui venait de
passer une quinzaine de jours dans cette même localité, et qui
présenta le premier accès de fièvre trois ou quatre jours après
son retour à Beni-Abbès.
Le 4e malade est un indigène de Beni-Abbès qui n’avait pas
quitté le pays. Le 5e venait de la Basse Saoura. On n’a pu savoir
comment la contagion s’est réalisée dans ces 2 cas.
Ces quelques observations n’apportent aucun élément nouveau
pour la connaissance de la fièvre récurrente Sud-Oranaise. Les
principaux caractères cliniques que nous avons eu à constater
peuvent se résumer en quelques lignes: Absence d’état « typhi-
(1) Singulier de harratin (négroïde).
480
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que » ; le malade est plus ou moins abattu, mais le psychisme
reste net. La fièvre a toujours été une seule fois récurrente, la
courbe thermique des accès fébriles présentant assez bien le type
classique. La douleur à la pression de la région hépato-spléni-
que était rarement absente. Dans un cas, la rate est demeurée
hypertrophiée et douloureuse plusieurs jours après la chute défi¬
nitive de la température ; la douleur splénique avait été particu¬
lièrement aiguë pendant toute la durée du cycle fébrile.
Un signe qui nous a toujours frappé par sa netteté et sa cons¬
tance c'est la démarche ébrieuse du malade que l’on amène au
cours ou même au début de l’accès fébrile.
lit.
LE « DEBAB
La trypanosomiase connue sous le nom de « debab » paraît
n’avoir frappé que très légèrement cette année les animaux de la
Compagnie Saharienne.
Sur 3i méhara(i) examinés, nous n’avons trouvé qu’un seul
parasité, soit une proportion de 3,5 o/o, alors que l’année précé¬
dente, la proportion des trypanosomés était de 17,9 0/0.
Les Chevaux examinés, au nombre de 34, étaient tous indem¬
nes, tandis que l’année précédente, la proportion des trypano¬
somés était de 6,4 0/ o.
Ces différences qui paraissent surprenantes de prime abord
s’expliquent aisément lorsqu'on connaît 1 épidémiologie du
« debab ». Le Trypanosome du « debab » est inoculé par diverses
espèces de Tabanides qui vivent dans les endroits humides et
broussailleux. On voit se reproduire ici ce qui a lieu pour le
paludisme. La maladie disparaît lorsque disparaît l lnsecte ino-
culateu r.
On a déjà dit que l'année 1910 s était signalée par sa séche¬
resse. Les conditions favorables à l’évolution des Taons se trou¬
vaient donc diminuées.
Ces i»îtes à Taons sont bien connus. Aux environs médiats ou
CD
immédiats de Beni-Abbès, ce sontcertains fonds d’Ou'eds humides
et couverts d’arbustes, dans la Saoura et dans le Cuir. Ils sont
facilement évitables. Une autre région infestée par les Taons
pendant la saison chaude, est la région de l’Oued Daoura qui
(1). Dromadaire de selle.
Séance du 12 Juillet 1916
48 1
délimite vers l'Ouest le territoire de l'Annexe, r^e t te zone dan¬
gereuse est moins évitable.
En effet, de l’autre côté de l'Oued Daoura, vivent des tribus de
Béraber insoumises et guerrières qui doivent être constamment
surveillées.
Cette surveillance exige qu’on lasse circuler, à tout moment
dans l’Oued Daoura, des détachements de méharistes.
Cette année les meilleures conditions se trouvèrent réunies :
d’une part, les Tabanides ne furent pas abondants, d’autre part,
on put éviter de trop stationner, de mai à septembre, dans la zone
dangereuse.
Nous aurions désiré suivre l’évolution de la maladie chez les
animaux que les examens de l'année précédente avaient montré
atteints de trypanosomiase. Cette observation fut malaisée, car
les méhara ne viennent qu’exceptionnellement à Beni-Abbès. Ils
vivent soit au pâturage, à trois ou quatre journées de marche
dans l'Erg, soit dans les « hammadas » de l’Ouest où un groupe
mobile de la Compagnie assure à grande distance la protection
de la région. Voici néanmoins les renseignements qui ont pu
nous être fournis un an environ après que le diagnostic micros¬
copique de trypanosomiase avait été établi.
Un an après l’examen, sur i3 Dromadaires trypanosomés,
3 étaient morts, 3 avaient été réformés (et probablement abattus),
2 étaient en mauvais état, 2 paraissaient améliorés, mais étaient
encore incapables de faire du service, 2 paraissaient en bon
état (1), r dont le propriétaire avait été libéré, n avait pu faire
l’objet d aucun renseignement (Dans les Compagnies Saha¬
riennes, les animaux n’appartiennent pas à l’Etat; chaque mili¬
taire amène avec lui 2 méhara qui restent sa propriété).
Sur 3 chevaux trypanosomés, 2 étaient morts, t réformé et
vendu n’a pas été suivi.
Nous avons précédemment (2) signalé la présence chez le
Chien d’un Trypanosome pathogène présentant morphologiq ue-
(1) « Il y a lieu de distinguer entre la guérison clinique (retour de l’ani¬
mal à la santé) et la guérison microbiologique ». Laveran et Mesnil, Trypa¬
nosomes et trypanosomiases . 2e édition. 1912, p. i53. De tels animaux seraient
donc des porteurs de virus. On conçoit l’intérêt qu’il peut y avoir, au point de
vue prophylactique, à les connaître et à les éliminer des pelotons de méha¬
ristes et des troupeaux.
(2) Bull. Soc. Pathol. Exot., t. VIII, février 1910, p. 70.
482 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ment les plus grandes ressemblances avec Trijpdhosoma berbe-
rum, agent du « debab ».
Ce virus a été conservé par passages successifs sur Lapins et
nous avons pu constater que vis-à-vis de ces animaux il présente
aussi une action nettement pathogène. La mort survient au bout
d’un temps variable suivant que l’inoculation a été intrà-périto-
néale ou sous-cutanée. Le tableau symptomatique est assez uni¬
forme : chute des poils, amaigrissement, croûtelles aux oreilles,
œdème du museau, conjonctivite, enfin opacification de la cornée
et cachexie terminale.
Aucune occasion favorable ne s’étant présentée, il ne nous a
pas encore été possible d’adresser à l’institut Pasteur d’Alger un
animal inoculé pour identifier d’une façon sûre ce Trypano¬
some, par l’épreuve de Laveran et Mesnil.
Ajoutons que plusieurs essais d’élevages de Tabanides ont été
tentés dans le but d’étudier la biologie de ces Diptères et l’évo¬
lution des Trypanosomes dans leur organisme. Nous avons mal¬
heureusement échoué dans nos diverses tentatives.
IV. — SUR LES EMBRYONS DE FILAIRE DANS LE SANG DU CHEVAL
En examinant à frais pour rechercher les Trypanosomes, le
sang de 34 Chevaux, on a rencontré chez 8 d’entre eux des
embryons de filaire.
La filariose ne se manifestait chez ces animaux par aucun
signe objectif. On n’a jamais constaté notamment ni hémorra¬
gies cutanées, ni nodosités, ni ulcérations, ni aucune lésion
externe, en général. Notons pour mémoire que l’un d’entre eux
est atteint d’une sorte de prurigo périodique provoquant des
lésions de grattage ; un autre aurait présenté, il y a quelques
mois, de l’amaigrissement, sans cause apparente. Les Chevaux
parasités vivent au Sahara depuis un temps qui varie entre
7 mois et 6'ans. Ils proviennent de la vallée du Guir, de Meche-
ria, Saïda et Géryville.
Il nous est impossible de dire si la présence de cette micro-
filaire dans le sang périphérique est soumise à une règle de
périodicité, les prélèvements de sang n’ayant pu être faits pour
la plupart qu’entre i3 et i5 heures. Quelques préparations faites
le matin renfermaient également des microfilaires.
Nous n’en avons jamais rencontré un grand nombre. Les
Séance du 12 Juillet 1916 483
préparations colorées les plus riches n’en contiennent pas plus
de 5 ou G.
Dans des préparations à bords vaselinés, laissées à la tempé¬
rature du laboratoire (environ 20°), cette microfilaire présentait
après 48 heures des mouvements trop actifs pour permettre
l’étude des détails de structure.
Cette microfilaire n’a pas été déterminée ; elle est encore à
l’étude. Sur des préparations colorées au Giemsa au t/4o, elle
présente les caractères morphologiques suivants : absence de
gaine, striation transversale très nette, présence sur presque
toute la longueur de l’embryon d’une ligne claire médiane
interrompue, par endroits, par la colonne des noyaux, répar¬
tition assez irrégulière des taches.
Les dimensions de cette microfilaire varient entre 1 3 1 et
172 [j. de longueur sur 4 b à 5 4 de largeur.
Microfilaire du cheval
Il convient de noter que, sur io4 Dromadaires examinés à
Beni-Abbès depuis environ * vingt mois, on n’a jamais trouvé
de microfilaires dans le sang.
V. — SUR UNE MYIASE CAVITAIRE DU DROMADAIRE
Dans une Compagnie de méharistes, un fait qui ne peut man¬
quer de frapper l'observateur le moins attentif, c’est le grand
nombre d’animaux qui expulsent par les narines, pendant la
marche, une grosse larve de couleur blanchâtre.
484
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous tenons de M. César, Adjudant à la Compagnie Saha¬
rienne de la Saoura, qui a une expérience déjà longue des
choses sahariennes, que, au-dessus de deux ans, presque tous les
Dromadaires en sont porteurs.
Le nombre de ces larves varie avec la saison; elles seraient
surtout abondantes du mois de mars au mois de juillet. On est
presque sur d'en trouver à l’ouverture du crâne de tout animal
abattu. On les trouve alors fixées à la muqueuse des cavités
naso-pharyngiennes, ou bien dans les sinus. Il y en a en
moyenne une trentaine, mais on peut dans certains cas, en trou¬
ver un nombre bien plus élevé. Lorsque une larve a acquis son
complet développement, elle se détache, et le Dromadaire la
rejette en une sorte d’éternuement. A ce moment, la larve d’une
couleur blanc-ivoire se déplace agilement sur le sol. Contractée
elle mesure 18 à 20 mm. de long, et dans son allongement
maximum de 28 à 80 mm. La largeur est de 7,8 mm. Elle pré¬
sente dix rangées d’épines, chaque rangée correspondant à un
segment du corps. Un certain temps après leur expulsion, les
larves se rétractent, brunissent, se transforment en pupes à
coque dure et noirâtre.
Les élevages en plusieurs séries 11’ont réussi qu’une fois, et
dans ce cas-là nous ne connaissions pas l’âge exact des pupes
qui nous avaient été envoyées. On n’a donc pu noter le temps
nécessaire pour l'éclosion de l’Insecte parfait.
On connaît déjà au moins une larve cavicole du dromadaire :
la larve de Cephalomyin rnaciilata (1).
Des spécimens de larves et deux Insectes d’élevage viennent
d’être adressés à l’Institut Pasteur d’Algérie.
Il nous semble inutile d insister sur les opinions qui ont
cours parmi les indigènes au sujet de l’origine et du rôle de celte
larve cavicole. L’opinion la plus répandue veut qu’elle ait été
placée dans la tête du méhari pour le rendre docile, et que les
animaux dits « charad », c’est-à-dire entêtés et difficiles à con¬
duire, soient dépourvus de ce parasite bienfaisant.
Bien qu’on puisse faire des réserves sur l'innocuité absolue de
ce parasitisme, il paraît être, en fait, assez inoffensif.
(1) Neveu Lemaire, Parasitologie des animaux domestiques , 1912, p. lu/p.
Séance du 12 Juillet i()iG
VI. — HISTOIRE NATURELLE
48:;
f . - SUR LES IÏEMOGR KGAR1 X ES DE QUELQUES REPTILES DE LA REGION
DE MENES- A RB ES.
Nous avons recherché les Hémogrégarines dans le sang- des
Reptiles les plus répandus de la région de Beni-Abbès, entre le
mois de février et le mois d’octobre.
Nous donnons ci-dessous l'indication des espèces examinées
et du nombre d’individus parasités.
Les Hémogrégarines rencontrées dans le sang de ces Reptiles
se ramènent à deux types bien différenciés morphologiquement.
Le premier type dont l’hôte est Varanus r/risens présente sur
îles préparations colorées (Giemsa au 20°) les caractères sui¬
vants : Elément réniforme, allongé, à concavité regardant 1e.
noyau de l’hématie qui est refoulé, souvent même atrophié. Par¬
fois un espace clair apparaît sur l’un des bords du parasite endo-
globulaire ; celui-ci semble alors être situé dans une sorte de
logette, au milieu de l’hématie. L’Hémogrégarine présente à sa
partie moyenne une masse nucléaire assez volumineuse, trans¬
versale, qui se colore fortement en lilas foncé. Le protoplasma
est de teinte bleu clair, avec un aspect légèrement granuleux.
Les dimensions moyennes de cet élément sont i5 y de long sur
5 de large.
L’Hémogrégarine rencontrée chez Tarentola se rapproche
beaucoup de la précédente et semble ne s’en différencier que par
des dimensions un peu plus grandes.
Le deuxième type rencontré chez des Lacertiens appartenant à
des espèces et à des variétés diverses, présente une forme ovoïde,
des dimensions moyennes de 9 à 10 u sur 3 à 4 [J-> On ne voit pas
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de masse nucléaire compacte. Seuls les pôles et les bords de cet
élément fixent la matière colorante. Sur un fond clair, apparais¬
sent de légères travées ou des granulations colorées soit en bleu
pâle soit en lilas plus ou moins foncé. Le protoplasma paraît
vacuolaire et la chromatine diffuse.
2. — sur un ectoparasite de la mouche [M. domestica ?)
On connaît des Acariens parasites de certains Moustiques (i).
Nous avons eu l’occasion de capturer pendant les fortes cha¬
leurs de l’été, et seulement à cette période, quelques Mouches
[M. domestica ?) également parasitées par un Acarien. Les
ectoparasites étaient implantés sur l'abdomen et à la base des
pattes. On en trouvait de r à 8 sur les Diptères parasités.
Ce sont des deutonymphes de Gamases (espèce indétermi¬
née) (2).
3. - A PROPOS DES PHLÉBOTOMES
On a décrit (3) à Beni-Ounif (lisière Nord du Sahara Oranais)
de véritables éruptions papuleuses apparaissant en été, chez des
sujets à peau délicate, qui sont déterminées par les multiples
piqûres d'un petit Nématocère du genre Phlebotomus. Ce
Phlebotomas nous a paru assez rare à Beni-Abbès. On n’en a
trouvé dans les appartements, vers la fin de l’été, qu’un petit
nombre de spécimens.
Institut Pasteur d’Algérie.
(1) Edm. Sergent, Recherches expérimentales sur la pathologie algérienne,
1910, p. i5o.
(2) Détermination due à l’obligeance de M. le Prof. Trouessart.
(3) H. Foley et Leduc Bull. Soc. Path. exot ., Tome V, 10 juillet 1912.
Séance dü 12 Juillet 1916
J87
Quelques faits ou observations d’ordre
expérimental relatifs au typhus
exanthématique, en particulier à
l’entretien du virus par passages.
Par Charles NICOLLE.
Au cours des passages nécessités par l’entretien de nos virus
exanthématiques sur cobayes, nous avons été amenés à faire un
certain nombre de remarques ou à pratiquer des expériences
d’importance évidemment secondaire, mais qui nous paraissent
présenter néanmoins un réel intérêt. Nous grouperons ensemble
les unes et les autres dans cette note, malgré leurs caractères
assez disparates.
ENTRETIEN DU VIRUS EXANTHÉMATIQUE SUR COBAYES
Nous avons dépassé pour nos deux virus (I algérien, II maro¬
cain) le délai de 2 ans de conservation sur animaux, avec
68 passages (dont les l\\ derniers par cobayes) pour le virus I, 66
(tous sur cobayes à l’exception du premier) pour le virus IL
3oo cobayes environ ont été utilisés pour chacun de ces virus.
Si nous bornons nos observations au virus II, le seul (abstrac¬
tion faite du premier passage par un singe) qui ait été conservé
depuis son prélèvement seulement sur cobayes et que nous
retranchions du nombre des animaux inoculés ceux qui ont
servi à des expériences spéciales ou qui sont morts accidentelle¬
ment, nous obtenons un total de 217 animaux inoculés de ce
même virus et dans des conditions identiques quant au mode
d’inoculation (voie péritonéale) et à la nature et à la dose dü
produit inoculé (2,6 à 3 cm3 de sang).
De l’examen comparatif des courbes thermiques de ces
217 cobayes, découlent les constatations suivantes :
Nombre absolu des infections positives chez les inoculés. —
182 cobayes ont présenté une courbe thermique typique ; 18 n’ont
eu qu’un typhus abortif ou douteux; chez 17, l’examen thermo-
188
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
métrique bi-quotidien, prolongé pendant 24 jours au moins,
n’a décelé aucune fièvre. Soit 35 cas négatifs ou inutilisables
contre 182 positifs et le pourcentage suivant : Succès : 83,88 0/0 ;
Insuccès : 16,12 0/0; ce qui fait exactement lin insuccès sur six
cas. La plupart des cobayes n'ayant pas réagi étaient des animaux
jeunes et à température normale relativement élevée (4o°).
Répartition des résultats suivant oueloues circonstances occa-
sionnelles. — Les 33 premiers passages (1), correspondant à la
première année de conservation du virus, ont fourni 16 résultats
négatifs ou douteux sur 98 passages, soit 83,68 0/0 de succès et
i6,32 0/0 d'insuccès. Les trente-deux suivants (seconde année)
19 résultats négatifs ou douteux sur 1 1 9 ; soit 84, o4 0/0 de succès
et 15,96 0/0 d’insuccès.
U influence du nombre des passages paraît donc nulle.
Des singes inoculés avec le sang de cobayes des 9e, 16e, 21e,
34e, 42e et 61e passages de ce virus II ont présenté chacun un
ty p h u s gra ve , c 1 assi q u e , co m pa rab 1 e .
Le virus du cobaye semble bien constituer d'emblée un virus
fixe.
Nous avons cherché Yinjluence des saisons. Elles nous ont
donné les chiffres suivants, comme pourcentage des insuccès :
Hiver (janvier, février, mars) 19,64 0/0; printemps i3,ii 0/0;
été 1 3 , 6 3 0/0 ; automne 17,80 0/0 ; donc, en ne considérant les
saisons que dans leur ensemble, influence absolument négligea¬
ble. 11 en va tout autrement si l’on envisage une période parti¬
culière sous un climat excessif et aussi variable que celui de la
Tunisie. Les périodes de chaleur extrême se montrent tout à fait
nuisibles au développement des courbes thermiques classiques
chez les cobayes inoculés. Sous l’influence du siroco, on voit, au
même moment de la journée, toutes les températures des ani¬
maux en expérience monter d'une quantité sensiblement égale et
qui peut dépasser un degré. Lorsque le siroco souffle plusieurs
jours, l’interprétation des courbes thermiques devient souvent
impossible, l’infection avorte et, même dans les cas où la défer¬
vescence survenant (car l'hypothermie ne fait jamais défaut et
elle résiste à l'influence hyperthermisante des grandes chaleurs)
(1) Ou plutôt les passages 2 à 33; nous supprimons le premier passage
(singe à cobaye) comme différent des autres (cobaye-cobaye).
Séance du 12 Juillet 1916
489
montre que la période fébrile n’a pas manqué, il a fallu préci¬
sément que celle-ci cessât pour que sa signature apparut enfin sur
le graphique. De tels cas, étant inutilisables, se confondent pra¬
tiquement pour l’entretien du virus avec les cas purement
négatifs
Durée de l’incubation. — L’examen des courbes thermiques
des 182 cobayes infectés positivement de notre série II donne
les chiffres suivants :
Incubation de J jours (le jour de l'inoculation comptant
comme premier jour et le jour du début de l’ascension thermi¬
que étant exclus) dans .4 cas ; de 6 dans i3 ; de 7 dans 1 1 ; de 8
dans 3i ; de y dans 38; de 10 dans 34; de 11 dans 20; de 12
dans 1 r ; de i3 dans 5; de / j dans 5; de 10 dans 2 : de ili
dans 4; de ij dans 2; de 18 dans 1; de 1 y dans 1 et de 21
dans i. Soit, comme chiffres extrêmes, 5 et 21 jours et, comme
chiffres les plus communs, 8 à 11 jours. Cette période de 8 à
11 jours correspond à elle seule aux deux tiers des cas
(67,58 0/0); la période antérieure au 8e jour ne comptant pas
pour un sixième ( 1 4 ,83 0/0) et celle qui lui est postérieure
dépassant à peine cette fraction (17,58 0/0).
Influence du jour de la maladie auouel a lieu la prise de sang
SUR LE RÉSULTAT DE L INOCULATION ET, DANS LES CAS POSITIFS, SUR LA
longueur de l’incubation. — L’étude de la virulence du sang chez
nos singes infectés nous ayant antérieurement montré son pou¬
voir infectieux pendant toute la période fébrile (ou plus exacte¬
ment des heures qui précèdent l’élévation thermique au second
jour de la défervescence), nous avons prélevé sur nos cobayes le
sang destiné à assurer les passages à des jours variables de la
fièvre, rarement avant le 2e jour, mais aussitôt eu général que
l'examen de la courbe nous donnait la certitude d’une infection
typique.
Il nous paraît intéressant d’examiner les résultats obtenus sui¬
vant le jour de la fièvre auquel a eu lieu le prélèvement du sang
de l'animal infecté. Nous diviserons ces résultats en négatifs et
positifs et, dans les cas positifs, nous distinguerons trois catégo¬
ries : cas à infection précoce (incubation inférieure à 8 jours),
cas à incubation moyenne (du 8e au 1 Ie jour), cas tardifs ( incuba¬
tion supérieure à ii jours).
490
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sang prélevé le premier jour de la fièvre. — Nombre des cas 10 : néga¬
tifs 3, soit 30 0/0 ; positifs 7, soit 70 0/0.
Sur les 7 cas positifs, on compte : précoce 1, soit 14,28 0/0 ; moyens 5,
soit 71,42 0/0; tardif 1, soit 14,28 0/0.
Sang prélevé le second jour. — Nombre des cas 52 : négatifs 8, soit
15,38 0/0 ; positifs 44, soit 84,62 0/0.
Sur les 44 cas positifs, on compte : précoces 5, soit 1 1 ,36 0/0 ; moyens 33,
soit 75 0/0 ; tardifs 6, soit 13,63 0, 0.
Sang prélevé le troisième jour. — Nombre des cas 58 : négatifs 7, soit
12,06 0/0 ; positifs 51, soit 87,94 0/0.
Sur les 51 cas positifs, on compte : précoces 5, soit 9,80 0/0 ; moyens 33,
soit 64,70 0/0 ; tardifs 13, soit 25,49 0/0.
Sang prélevé le quatrième jour. — Nombre des cas 43 : négatifs 7, soit
16,27 0/0 ; positifs 36, soit 83,73 0/0.
Sur les 36 cas positifs, on compte : précoces 7, soit 19,44 0/0 ; moyens
21 , soit 58,33 0/0 ; tardifs 8, soit 22,22 0/0.
Sang prélevé le cinquième jour. — Nombre des cas 41 : négatifs 7, soit
17,07 0/0 ; positifs 34, soit 82,93 0/0.
Sur les 34 cas positifs, on compte : précoces 8, soit 23,54 0/0 ; moyens 23,
soit 67,64 0/0 ; tardifs 3, soit 8,82 0/0.
Sang prélevé les 6Q, 7e et 8e jours. — Nombre des cas 1 1 : négatifs 2,
soit 18,18 0/0 ; positifs 9, soit 81,82 0/0.
Sur les 9 cas positifs, on compte : précoce 1, soit 11,11 0/0 ; moyens 6,
soit 66,66 0/0 ; tardifs 2, soit 22,22 0/0.
L’examen de ces chiffres montre une similitude à peu près
complète des résultats, quel que soit le jour de la prise ; tout au
plus semble-t-il un peu plus hasardeux de pratiquer l’inocula¬
tion avec le sang prélevé le premier jour de la fièvre ; or, on a
tout intérêt en pratique à attendre le second ou le troisième jour
pour avoir la certitude de l’infection. Si bien qmen choisissant
l’un de ces deux jours, qui sont les plus commodes, on se place
en même temps dans les conditions les meilleures pour obtenir
un résultat positif. La durée de l' incubation ne paraît point liée
au jour de la prise de sang , mais à des variations impossibles à
préjuger dans l’activité du virus ou la résistance du cobaye
inoculé.
Séance du 12 Juillet 191G
491
VIRULENCE DES ORGANES CHEZ LE COBAYE INFECTE
Dans un travail antérieur, nous avons montré que, chez le
cobaye atteint de typhus exanthématique expérimental, tous les
organes, même lavés, étaient virulents.
11 est donc possible pour les passages de substituer au sang un
organe quelconque, broyé dans l’eau physiologique et inoculé
dans la cavité péritonéale. Nous avons pour notre part souvent
fait usage d’une émulsion mixte de capsules surrénales et de
rate.
En parcourant notre cahier d expériences, nous trouvons
8 cobayes de la série II (Virus marocain), inoculés avec une
émulsion de rate seule : dans un cas, le résultat a été négatif, dans
un faible; la durée de l’incubation dans les cas positifs a varié
de 7 à 1 1 jours ; dans un seul cas, l’infection a été précoce, jamais
elle n’a été tardive ; les animaux-virus avaient été sacrifiés du 3e
au 5e jour. Le cas négatif appartient à un cobaye, chez lequel le
virus avait été prélevé le second jour de la fièvre.
Les émulsions de capsales surrénales ont été utilisées i3 fois
par nous par voie intrapéritonéale, sans insuccès ; la durée de
1 incubation a varié de 5 à 12 jours; dans 5 cas, l’infection a été
précoce, dans 7 moyenne, dans 1 tardive ; les animaux-virus
avaient été sacrifiés du 2e au 4e jour de la fièvre.
L’émulsion de cerveau , utilisée deux fois, nous a donné deux
résultats positifs après 6 et 7 jours, donc précoces, le virus ayant
été prélevé les 5e et 3e jours de la fièvre.
Deux résultats positifs également sur deux essais, avec la
moelle osseuse : incubation 7 et 18 jours (prélèvements aux 5° et
3e jours).
La rate ne serait donc pas préférable au sang pour les passa¬
ges, la moelle osseuse parait d’une virulence égale ; les capsules
surrénales et le cerveau semblent plus virulents.
INOCULATIONS INTRAVEINEUSE ET INTRA CÉRÉBRALE DU VIRUS
Depuis que nous avons constaté dans nos premières recher¬
ches, en particulier chez les singes, l’infériorité de la voie sous-
cutanée, nous employons communément pour infecter nos
animaux d expériences l’inoculation intrapéritonéale.
Dans un seul cas jusqu’à présent, nous avons essayé la voie
492
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
veineuse chez un cobaye. Cet animal a reçu dans la jugulaire
2 cm3 de sang d'un autre cobaye infecté, au 3e jour de sa fièvre.
Le résultat a été positif, après une incubation de 8 jours.
La voie intracérébrale a été employée par nous sur deux
cobayes avec d’excellents résultats, malgré la quantité faible de
virus inoculé. Le premier de ces animaux a reçu une goutte
d’une émulsion de capsules surrénales d’un autre cobaye au
7e jour de son typhus; il s'est infecté après i3 jours d’incuba¬
tion. Le second, inoculé d'un dixième de cm* de sang d’un autre
cobaye au 3e jour de sa fièvre, a fait un typhus particulière¬
ment grave après io jours d’incubation (Cf. la courbe ci-jointe).
L'emploi de quantités notables de virus étant nécessaire pour
assurer l'infection du cobaye par voie intrapéritonéale, nous
espérons beaucoup de l’inoculation intracérébrale pour obtenir
des passages avec un moindre matériel et mieux juger les ques¬
tions de virulence.
_
RECHERCHE DE LA VIRULENCE DU SANG ET DES ORGANES AVANT
L’ASCENSION THERMIOUE ET APRÈS LA DÉFERVESCENCE
Nous avons pu constater, par l'inoculation au singe, la viru¬
lence du sang d un cobaye de r()e passage de notre virus II, à la
veille de l’ascension thermique (17e jour de l’inoculation).
Le délai pendant lequel nous avions reconnu la virulence du
sang chez l’animal inoculé avant que débute la fièvre n’était jus¬
qu’à présent que de quelques heures (observation concernant un
singe) ; il se trouve donc reporté à un jour.
Séance du 12 Juillet 1916
m
Par contre, la rate cPun cobaye, mort spontanément le lende¬
main de la défervescence d’un typhus typique, n’a pas infecté
deux cobayes, inoculés avec une émulsion de cet organe.
ABSENCE D’IMMUNITE HEREDITAIRE CHEZ L
ET MÈRES AYANT EU LE TYPHUS ET GUÉRIS
•ÎS
Le fait a déjà été mis en évidence par Georges Blanc (Cf. Bull.
Soc. Path. exot., 10 mai 1916, p. 325). Sur six cobayes, nés de
parents ayant eu tous deux le typhus,, que nous avons éprouvés
vers l’âge de 3 à 4 mois par l’inoculation intrapéritonéale
de sang (cinq) ou d’émulsion de rate (un), cinq ont contracté
une infection typique, un seul (sang) n’a montré qu’une fièvre
abortive. La proportion d’insuccès (un sixième) est exactement
la même que pour les cobayes provenant de parents, sans passé
ex a n th é m a t i q u e .
On peut par conséquent utiliser, pour les expériences sur le
typhus, en particulier pour les passages, des cobayes nés de
parents guéris de l’infection.
DUREE DE L’IMMUNITE PAR PREMIERE ATTEINTE EXPERIMENTALE
CHEZ LE SINGE
Nous avons rapporté antérieurement l’observation de deux-
singes infectés, l’un par piqûres de poux, l’autre par inoculation
de sang et qui avaient résisté, après un délai d'un an, à une
inoculation virulente d'épreuve. Les cas d’animaux (singes,
cobayes), éprouvés avec même résultat après des délais de quel¬
ques semaines ou quelques mois consécutifs à la première infec¬
tion, sont banals.
Nous avons, au cours d'expériences plus récentes, constaté la
persistance de l’immunité vis-à-vis d une inoculation d’épreuve
sévère pour les témoins (sang de cobaye par voie péritonéale)
chez deux singes infectés l’un un an, l'autre quinze mois aupa¬
ravant, le premier par inoculation de poux infectieux broyés,
l’autre par inoculation de sang virulent.
L'immunité conférée au singe par une première atteinte de
typhus expérimentale est donc durable.
33
494 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ESSAIS THÉRAPEUTIQUES
En dehors de la sérothérapie spécifique, nous avons essayé
sur un certain nombre de cobayes l’action de quelques médica¬
ments : pyocyanine, solution formolée, salicylate de soude, tous
ces médicaments employés par voie sous-cutanée.
La pyocyanine s’est montrée sans action et très toxique,
le formol inactif ; seul, le salicylate de soude à doses, soit unique
de 0,26 cg., soit quotidiennes (pendant 2 à 4 jours) de 0,10 cg.,
a amené une baisse consécutive de la température, mais celle-ci
remontait à son degré initial dès le lendemain de l’inoculation.
Appliqué par voie buccale à la dose de 4 à 8 g. par jour au trai¬
tement du typhus exanthématique, d’ailleurs bénin, d’une
dizaine de malades serbes, le salicylate de soude n’a pas paru
modifier sensiblement leur état, ni hâter leur guérison (Obser¬
vations de MM. Morsou et Naamé, médecins traitants de l’Hôpi¬
tal temporaire de Sidi-Fattallah, que nous remercions ici pour
l’aide amicale qu’ils ont prêtée aux expériences que nous avons
pratiquées dans leurs services).
(Institut Pasteur de Tunis),
Sur les leishmanioses tégumentaires.
Classification générale des leishmanioses.
Par A lfr. da MATTA.
Les Protozoaires flagellés ont une très grande importance en
pathologie. Parmi eux les Trypanosoma et les formes similaires
occupent le premier plan. Protozoaires dépourvus de cils vibra-
tiles, ils possèdent en général un ou plusieurs flagelles et une
membrane appelée membrane ondulante. Les Trypanosoma ,
les Trichomonas et autres en sont des exemples typiques.
En principe, ils présentent un corps composé d’un proto¬
plasme ayant noyau et centrosome. Dans celui-ci, on trouve
insérés un ou plusieurs flagelles.
La famille des T rypanosomidœ est bien représentée dans la
pathologie médicale par deux genres très nuisibles : Trypano -
Séance du 12 Juillet 191G
495
soma et Leishmania. C’est de ce dernier que nous nous occupe¬
rons.
Il y en a cinq espèces, savoir : Leishmania, furunculosa ,
L. infantum , L. Donovani , L. niloticci, L. brasiliensis , toutes
ayant des affinités surprenantes avec les Trypanosoma dont elles
ne s’écartent que par un certain stade dans leur évolution.
Cependant, protozoaires endocellulaires, elles ne présentent ni le
prolongement flagellifère spécial ni la membrane ondulante du
trypanosome, leur évolution se faisant dans un milieu très difîé-
rent. Elles en conservent, néanmoins, le blépharoplaste et le
rhizoplaste, et n’ont éprouvé que de simples modifications pour
s’adapter au milieu. Dans la parasitologie médicale, on a mis
en relief les Leishmania , et les Trypanosoma avec leurs flagelles
et leurs membranes ondulantes, si indispensables à la vie dans
un milieu liquide comme le sang. Aussi admet-on les deux
groupes distincts et bien définis des Trypanosomoses (parasitisme
sanguin) et des Leishmanioses (parasitisme endocellulaire).
Ces dernières ont éveillé un grand intérêt scientifique à cause
du polymorphisme de leurs manifestations pathogènes; de là
une série d’études réalisées sur ce groupe de maladies dont
l’importance est grande au point de vue biologique comme à
celui de la pathologie générale.
Dans ce mémoire, je ne m’occuperai que des leishmanioses
tégu mentaires observées dans l’Amérique du Sud, spécialement
au Brésil.
Je commencerai par le Bouton d'Orient, dont la cause est la
Leishmania furunculosa. J. Moreira l’a trouvé à Bahia ; je l'ai
observé dans l’Amazone. Le Bouton d’Orient commence par une
petite papule d’un rose foncé qui est le siège de prurit. Bientôt
il se forme une vésicule qui finit par se rompre. Le prurit
disparaît à la suite de la rupture et la papule commence à s’ul¬
cérer. La plaie se couvre d’une croûte qui s’y maintient pendant
des mois, et dont l’épaisseur est variable.
A la périphérie de l’ulcère, large de 4 à 5 cm., ou davantage,
on remarque une zone toujours congestionnée et enflammée.
Cette évolution met des mois et parfois une année pour s’accom¬
plir jusqu’à ce que la cicatrisation s’opère, de là la dénomina¬
tion de Bouton d'un an , C’est alors que la croûte se détache len¬
tement ; des boutons charnus surgissent, la cicatrisation se
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
complète, et, finalement, à la place Je la plaie, il reste une
cicatrice indélébile. Le malade jouit de l'immunité.
Maladie exclusivement cutanée, le Bouton d’Orient se produit
dans des régions du corps assez restreintes : sur les parties décou¬
vertes, à l’exception de la plante des pieds et de la paume des
mains; il a un pronostic toujours bénin et il est caractérisé par
son évolution cyclique : papule prurigineuse, ulcération, cica¬
trisation .
La Leishmanin brasiliensis est l’agent de leish manioses cuta¬
nées et cutanéo-muqueuses (i). La forme cutanée non-ulcéreuse
présente un aspect assez caractéristique, et constitue une vérita¬
ble modalité clinique. Les habitants de l’intérieur de l’Ama¬
zone l’appellent éponge à cause de sa ressemblance avec la
maladie du même nom qui attaque les ânes et les chevaux.
Cette leishmaniose présente le type papillomateux. Sa surface,
d'une coloration en général rose foncé, est rugueuse, couverte
de nodosités hémisphériques, ayant les dimensions d’un grain
de plomb et même de petit pois. Elle constitue la vraie forme de
la leishmaniose papillomateuse ou miliaire, qui dépasse de très
peu les surfaces cutanées adjacentes. Le tissu néoplasique émet
toujours un liquide ichoreux, fétide, qui peut infecter la peau
saine en produisant une nouvelle leishmaniose miliaire. Lors¬
que la maladie est arrivée à une période avancée, ce tissu se
couvre d’ordinaire d’une croûte plus ou moins épaisse, d’où se
dégage toujours une odeur répugnante.
Il y a une autre variété non ulcéreuse, présentant de même un
aspect clinique original. Les tissus s’hypertrophient considéra¬
blement; il se forme d’énormes nodosités irrégulières, tubercu-
liformes, les plus petites ayant les dimensions d’une noisette;
quelques-unes sont isolées, d’autres sont confluentes ; d une
coloration rose pâle ou blanchâtre, elles dépassent de 4 cm. au
maximum la surface cutanée. Des croules se forment sur cer¬
tains points. C’est dans les espaces compris entre les nodosités
que l’on trouve le liquide ichoreux, d'une fétidité intolérable.
Le néoplasme a en somme l’aspect d'un chou-fleur.
La partie la plus profonde de ces leishmanioses tuberculifor-
(i) Au r. da Matta. Subsidio para o esludo da physionomia clioica, classi-
ticaçâo e synonimias das leishmanioses na America do Sut. Brazil Medico ,
o v
no 34, kjiS.
Séance du 12 Juillet 1916
497
mes est à l’ordinaire le siège préféré des Leish mania brasiliensis.
Carlos Ciiàgas les a très bien décrites ( 1).
Un des symptômes importants de ces variétés est la tendance
aux hémorragies, notamment aux endroits où ont été enlevées
des particules de tissu pour préparer des frottis. Elles ont tou¬
tes deux un grave pronostic, et une durée de dix, quinze années,
et davantage, sans processus ulcératif et encore moins régressif.
Elles attaquent n'importe quelle partie du corps ; mais les
membres, principalement les inférieurs, sont les plus attaqués
et la maladie y prend plus de développement qu ailleurs.
La peau, qui borde les lésions, a en général une coloration
rouge et elle présente un léger œdème; il n’est pas rare de trou¬
ver en certains endroits des nodules ( Fig- 4), et dans d’autres
de véritables foyers secondaires de leishmaniose (Fig. 4-tO-
Ces leishmanioses cutanées, non ulcéreuses, qui diffèrent tant
du Bouton d'Orient par leur symptomatologie et par leur pro¬
nostic, et qui sont dues à la L. brasiliensis , présentent les deux
modalités cliniques indiquées qui, à mon avis, sont typiques :
Leishmaniose miliaire ou papillomatense et Leishmaniose macro-
I liber Californie (Fig. 10-1 1).
L’autre modalité clinique due à la L. brasiliensis est par
excellence ulcéreuse. On la trouve dans plusieurs pays de
l’Amérique du Sud : Paraguay, Bolivie, Pérou, Venezuela,
Colombie et Guyanes...
Au Brésil, les premiers cas ont été identifiés par Linden-
rerg (2), Carini et Paranhos (3) ; la maladie a été constatée à
S. Paulo par G. Rao sur un malade de l'Amazone (4), à Manaos
(Amazone) par Alfr. da Matta (5), à Bahia par Pirata (6).
D’un pronostic très grave, cette leishmaniose (comme les deux
autres modalités décrites ci-dessus) a rendu de nombreuses per¬
sonnes fortes et vigoureuses inaptes au travail, comme Car-
los Chagas (7) Fa signalé en 1912.
La forme ulcéreuse commence par une démangeaison qui se
(1) OsvAi.no Chu/. Relatorio sobre as condiçoes sanitarias do Valle do
Amazonas. Jornal do Commercio, do Rio de Janeiro, 191 J.
(2) Rev. Med. de S. Paulo , p. 11O, 1909.
(?>) Id., p. ni, 1909.
(4) fd.y p. 1 65, 1910.
(5) fd.y p. 44o, 1910.
(b) Id., p. 267. 1912.
(7) In Relatorio , rit.
498
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
produit en des points déterminés, au niveau desquels surgissent
ensuite des érythèmes papulo-prurigineux (Fig. 5-6). Deux à
cinq jours après, il se forme des pustules isolées ou non, pleines
de pus (Fig. 6), qui atteignent parfois le diamètre de 3 mm.,
et dont le volume varie de celui d une tète d'épingle à celui
d’un petit grain de maïs. Lorsque la pustule se rompt, un
liquide purulent, glutineux, jaunâtre, s’en écoule en mettant à
nu le fond de la petite plaie, aux bords œdémateux et conges¬
tionnés. Alors le prurit disparaît et la phase d ulcération com¬
mence. L’infestation se produit aisément par le pus dès qu'il
entre en contact avec une solution de continuité de la peau,
soit sur le malade même, soit, je le crois du moins, sur une
personne quelconque, particulièrement dans le voisinage de
certains organes lymphatiques, où l’infection semble se produire
avec plus de rapidité.
L’ulcère formé, ses dimensions augmentent sensiblement, et
un liquide ichoreux s’en écoule. En pleine évolution et débar¬
rassé du pus qui s'y forme, l’ulcère se montre rouge, saignant,
son fond est granuleux, ses bords sont saillants. Parfois l’ulcère
reste toujours couvert d’une croûte épaisse ; par suite, une cer¬
taine quantité de pus d’une fétidité intolérable est retenue sous
cette croûte. Dès qu’on enlève la croûte, l’ulcère apparaît pro¬
fond, avec des bords saillants. C’est la forme lardacée, à mon
avis improprement nommée « leishmaniose lardacée sèche».
Je pense que la destruction des tissus est activée par la pré¬
sence permanente, entre la croûte et la plaie, du liquide ichoreux,
qui détermine un processus toxi- infectieux, d’autant plus nui¬
sible que le malade, croyant que la croûte annonce un commen¬
cement de cicatrisation, se garde de l’enlever. Or tant que la
croûte n'est pas enlevée, tous les traitements topiques sont
inutiles.
Ces leishmanioses s’attaquent à n’importe quelle région du
corps; Garini en a constaté même au niveau des organes géni¬
taux de l’homme.
On compte des cas très rares de guérison spontanée. Les cica¬
trices sont grandes et indélébiles. Les « seringueiros do Ama-
zonas », Nord du Brésil, nomment la maladie feridas bravas
(plaies méchantes) à cause de sa résistance aux traitements
(Fi g. 12).
J’en ai observé un cas que je considère comme typique, parce
Séance du 12 Juillet 1916
499
que le malade avait 5i plaies présentant la série complète des
différentes phases de la maladie, c’est-à-dire : irritation, prurit,
papules, jusqu'à l’ulcération à ses divers degrés, cicatrisation à
la suite d’un long traitement, enfin cicatrices.
Je m'occuperai maintenant des leishmanioses des cavités,
dues aussi à la L. brasiliensis. Localisées dans les fosses nasales,
dans la bouche, dans le pharynx, dans le vagin, elles ont une
marche très variable. Les rhinites, rhino-pharyngites, rhino-
bucco-pharyngites, sont les modalités cliniques les plus com¬
munes. Les leishmanioses des organes génitaux sont rares ; je
n’ai enregistré qu'un cas de vulvo-vaginile dans ma clinique.
Les leishmanioses cavitaires, appelées par moi cancéreuses ,
ont été, comme les autres déjà citées, étudiées au Brésil par
Bueno Miranda, Carini, Lindenberg, Splendore, Rabelle, Horta,
Araujo Filiio, Chagas, Pedroso, Marinho, Aragao, Leal,
O. AgUIAR, MosES, WeRNECK, C. CeROUEIRA, CaRVALHO, d’UTRA,
Piraja, Torres et autres.
Dans l’Argentine, dans l’Equateur, en Colombie, dans l’Uru¬
guay, au Venezuela, en Bolivie, au Pérou, au Paraguay, aux
Guyanes, à Panama, au Mexique, Morales, Sagarnaga (i), Esco-
mel (2), (en l’honneur duquel Laveran et Nattan-Larrier ont
appelé les leishmanioses cavitaires chancre espundique d’Esco-
melu), Velez (3), Strong, Tyzzer, Brues, Sellards, Gastiaburu (4),
Reballioti (5), Flu (6), Migone (7), Darling, Bâtes, Seidelin,... en
ont donné des descriptions.
Les leishmanioses des cavités sont toujours cutanéo-muqueu¬
ses, et ont une marche envahissante caractéristique, terrible,
chancreuse. En général, elles commencent par une petite intu¬
mescence ou durcissement cutané, accompagné d’un prurit
incessant. Le point initial de la lésion est luisant, tuméfié, d’un
rouge foncé. Des vésicules très petites y surgissent, contenant
un liquide séreux. Ce sont ces vésicules qui, rompues par acci-
(1) El nuevo concepto de la espundia. La Rev. Med., nos 101-102. La Paz.
Bolivia, 1912.
(2) La espundia. Bu/l. Soc. Path. Exot., p. 489, 1911.
(3) Uta y Espundia. Bull, cil., p. 545, 1918.
(4) Verruga peruana, Oroya fever and Uta. Journ. Amer. Med. Assoc.,
P- ï793> ï9i3:
(5) Etiologia da Uta. Cronica Medica, juin. Perù . 1914*
(6) G entrai bl. f. Bakter., p. 624, t. LX, 1 9 1 1 .
(7) La Buba da Paraguay. Leishmaniose américaine. Bull, cité, p. 210,
1913.
500
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dont ou à cause du prurit, forment les points par où commence
l'ulcération (Fig. 8-9), qui par la suite donne un abondant exsu¬
dât muco-purulent verdâtre. Parfois des granulations roses se
forment; lorsqu’elles sont en grande quantité, elles constituent
des végétations mûriformes qui s’ulcèrent (Fig. 8). Il peut même
se former des papillomes, pédicules ou non, dans les fosses nasa¬
les, qui gênent la respiration (Fig. 3).
J’ai constaté dans plusieurs cas la coexistence initiale des
formes vésiculeuse et granuleuse; 5, 8 et 10 jours après, on
voit se former de petites plaies, parfois nombreuses, ou des gra¬
nulations.
La forme granulo-ulcéreuse, la plus commune, envahit à bref
délai, comme dans les rhinites, toute la muqueuse, qui est for¬
tement attaquée et couverte par la sécrétion ichoreuse, qui, en
séchant, prend l’apparence du mucus nasal. La sécrétion et le
mucus 11e sont pas totalement éliminés. Il en résulte que l'ab¬
sorption de la première se fait lentement et que l’infection des
zones avoisinantes se produit au fur et à mesure que la secré¬
tion contamine la lèvre supérieure et ensuite la cavité buccale.
C'est ainsi que la maladie se propage successivement du nez
aux lèvres, à la bouche, au pharynx et au larynx.
Dans l’infection du naso-pharynx, le palais est toujours
envahi ; la muqueuse, œdémateuse en certains endroits, est
fortement attaquée par le processus leishmaniosique ; elle pré¬
sente en certains points l'aspect mûriforme et, en d’autres, une
apparence granuleuse. Ici, la Leishmania a beaucoup proliféré ;
là, elle ne s’est pas répandue, se bornant à attaquer des points
espacés. De là, des différences de niveau qu’on remarque sur le
palais, et de véritables sillons.
La maladie, à marche très lente et progressive, donne lieu à
de sérieuses complications. Les fosses nasales deviennent insuf¬
fisantes à l’entrée de l’air nécessaire aux fonctions respiratoires;
la bouche entr’ouverte laisse écouler continuellement la salive
et les mucosités.
Dans un délai plus ou moins long, des troubles se produisent
dans les organes de l’odorat, de l’ouïe, de la phonation et même
dans ceux de la vue. Les plus fréquents se manifestent dans le
cavum, dans le rhinopharynx et dans l'appareil tubo-tympani-
que. La perte de l’odorat et les altérations de la voix, avec modi-
Planche XI
da Matta
Planche XII
da Matta
$
Séance du 13 Juillet i q i ( »
m
fication sensible du timbre et même aphonie, ne sont pas rares
(Fig-. 2-3).
Viennent ensuite les troubles du côté des voies digestives :
gastrites, entérites, enléro-colites, gastro-entérites, produits par
l’ingestion du liquide ichoreux mêlé à la salive et aux aliments.
Les lésions à marche lente et insidieuse, produisent souvent
de grandes destructions des tissus (Fig. 2) qui rendent impro¬
pres à leurs fonctions les organes où elles se manifestent.
Les leishmanioses cutanéo-muqueuses sont assez rebelles au
traitement considéré comme spécifique; je les regarde comme
des formes malignes.
Un signe qui doit être noté et qui n’est pas aussi rare que Je
croient quelques auteurs, est la turgescence et l’augmentation
temporaire de volume des ganglions lymphatiques des régions
attaquées par les leishmanioses, surtout dans la première phase
de l’infection. Ces adénites sont probablement l'indice de la
propagation de la Leishmania par voie lymphatique.
Une observation clinique très importante pour le diagnostic
différentiel : les leishmanioses 11’altaquent pas plus qu’elles ne
détruisent les os du nez. Dans des cas terminés par la guérison,
j’ai remarqué la destruction du septum et des ailes du nez, les
os restant intacts. Une autre observation clinique intéressante
est que les glossites n’ont pas encore été constatées.
La destruction des os du nez est due au Treponema pnllidum
Schaudinn, ou à l’évolution de la syphilis et de la leishmaniose
en concomitance, jamais à la leishmaniose exclusivement.
Loi autre symptôme différentiel important : des ulcères sur les
lèvres ou aux bords des narines, effleurant la muqueuse, sans
toutefois l’attaquer ou l’envahir, sont des ulcères pianiques, dus
au Treponema per tenue Castellani. Au Brésil le mot Bouba est
en général appliqué au Pian des Français, Yaws des Anglais et
Frambœsia des Allemands (>i).
Nous voyons par tout ce qui a été dit que ces modalités clini¬
ques des leishmanioses cutanées ou cutanéo-muqueuses, béni-
(1) Terra (F.) e Araujo Filho (Silva). Diag-nostico enlre a Bouba, Leishma¬
niose, Esporotriehose e Biastomycose. Meni. apres, ao 7° Coiif/r. Braz. de
Med. e Ciruvg ., 1912 ; Alfr. da Matta. Boubas (Frambœsia tropica), tn Ber.
Med. (le S. Paido, n° 17, iqi3 ; Alfr. da Matta. Bouba e Leishmaniose sâo
doenças distinctes. Synonimias das Leishmanioses na America do Sul, espe-
cialmente no Bra/il. Brazil Medico , n° a3, 1910; Escomel. La Biastomycose
humaine au Pérou et en Bolivie. Bull. Soc. Pâlit, Exot ., p. 21, 191C (Vide).
502
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
gnes ou non, appelées américaines par le Prof. Laveran (i), sont
causées par des protozoaires du genre Leishmania (2). Dans ce
meme genre, il y a des espèces produisant les leislnnanioses
viscérales, qui n’ont pas été constatées dans l’Amérique du
Sud (3).
Le schéma ci-dessous représente, à mon avis, la classification
générale des leishmanioses, avec leurs synonymies.
Nodules de Leishman ) Leishmania nilntica
i Rrumpt, 191.3.
non
ulcéreuses
lÉponge, plaie spongieuse,
plaie méchante (pro parte). i
Durée : 5, io, i5 ans Pro-> L. brasiliensis ,
nostic grave. Fréquente!
dans l’Amazone (N. Brésil).
V3
«
C/3
O
Tégumen-
taires.
Cutanées
Bouton d'Orient (caractérisé
par sa marche cyclique :
bouton, ulcération, cica¬
trisation).
L.furunculosa Firlh
1891 ( Sporozoa fu-
runculosa 1891 ;
Helcosoma tropi-
cum Wright 1903 ;
Ouoplasma orien¬
tale Marzi nowsky
et Bogrow 190/p.
« i
^2
c n
"v
-J
ulcéreuses
L. brasiliensis Gas-
par V7ianna 191 1 ;
L. trop ica var.
americana Lave¬
ran etNattan-Lar-
rier 1912 ; L.
farunculosa (pro
parte).
Ulcère de Avanhandava,
ulcère de Bauru, ulcère du
Nord-Ouest, ulcère de Ba-
hia, ulcère de l’Amazone,
bouton de Bahia et ferida
brava (plaie méchante))
(pro parte), au Brésil ; uta,
kjapa, tiacarana, juccuya
qcepo llaga, ulcère de'
Torreabla, dans la Bolivie,
au Pérou, en Colombie;
pian-bois (pro parte), dans
la Guyane française; fo-
rest yaws dans la Guyanel
anglaise; bossie yassi eti
boshyaws dans la Guyane
hollandaise ; ear ulcer of
the chicleros (Mexique).
Cancro espundico deEscomel
(Laveran et Nattan Lar-
rier) ; Leishmaniose cance-i
Cutanéo-muqueuses. J rosa (Alfr. da Matta) L. brasiliensis.
Leishmaniose cavitaire
gallico ; cancer phagédé-1
nique; espundia (Escomel).
Kala-azar, leishmaniose tropicale, fièvre dumdum, /L.Donouaru Laveran
splénomégalie tropicale. \ et Mesnil igo3.
Viscérales^Kala-azar infantile, splénomégalie infantile, .L. infantum Ch. Ni-
eishmaniose splénique infantile. £ eoile 1908.
(1) Prof. Laveran (A.). Leishmaniose américaine de la peau et des
muqueuses. Bull. Soc. Path. Exot., p. 284, i9i5(Vide).
(2) Brumpt. Précis de Parasitologie , 2e édit,., 1 9 1 3, Paris.
(3) Migone a observé un cas de kala-azar à Assuncion, Paraguay, le seul
connu jusqu’ici. Bull, cité, février iqi3.
Séance du 12 Juillet 1916
503
EXPLICATION DES PLANCHES XI ET XII
Fig. 1. Leishmania brasiliensis Gaspar Vianna (L. tropica var. amevicana Laveran et
Nattan-Larrier).
Fig. 2. Leishmaniose rhino-bucco-pharyngée (forme phagédénique).
Fig. 3. Leishmaniose rhino bucco-phary ngée (forme pseudo-papillomateuse) .
Fig1. 4- Leishmaniose cutanée non ulcéreuse (macro-tuberculiforme).
Fig. 5. Erythème papulo- prurigineux (commencement de la leishmaniose).
Fig. 6. Erythème papulo-prurigineux et vésicules isolées pleines de sérosité leish-
’maniosique.
Fig. 7. Leishmaniose naso-labiale (phase du début : une vésicule très petite sur la
lèvre inférieure et petits ulcères leishmaniosiques sur le septum et les
ailes du nez).
Fig. 8. Leishmaniose naso-labiale (phase plus a\ancée : ulcères de la lèvre supé¬
rieure et dans le nez).
Ces deux cas montrent la marche progressive de la leishmaniose cuta¬
néo-muqueuse.
Fig. 9. Leishmaniose ulcéreuse de l’oreille externe ( Ear ulcer of the chicleros du
Yucatan, observée par moi à Manaos, Amazone).
Fig. 10. Leishmaniose cutanée non ulcéreuse (forme miliaire ou papillomateuse).
Fig. xi. Leishmaniose cutanée non ulcéreuse (macro-tuberculiforme).
Fig. 12. Leishmaniose ulcéreuse (forme très commune).
Hospital de Misericordia de Manaos ( Amazonas ).
p'M. Laveran. — Je crois devoir rappeler à l'occasion de l'in¬
téressant travail de M. le Dr A. da Matta que nous avons reçu
cette année un travail de notre collègue M. le I)1' Escomel sur la
leishmaniose américaine, ses formes et ses variétés, qui a été
publié dans le Bulletin du 12 avril 1916. Ce numéro de notre
Bulletin n’était probablement pas parvenu encore à Manaos
(Amazone) quand le Dr da Matta a rédigé son travail sur le même
sujet, ce qui explique q u *i 1 ne le cite pas.
M. le Dr da Matta désigne la Leishmania du bouton d’Orient
sous le nom de Leishmania fur unculosa Firth au lieu de L. tro¬
pica Wright. Il est vrai que, dès 1891, Firth a décrit sous le nom
de Sporozoa furunculosa un parasite du bouton d’Orient, mais
sa description n’est pas claire et, si nous ne possédions que cette
description delà Leishmania en question, nous serions évidem¬
ment très mal renseignés. Au contraire, avec le travail de Wright,
toute hésitatioh disparaît, il est impossible de méconnaître le
parasite dans l’excellente description et dans les photographies
qui en sont données sous le nom de Helcosoma tropicum( de sXxoç
bouton). Je crois donc que c’est avec raison que la plupart des
observateurs donnent au parasite du bouton d’Orient le nom de
L . tropica Wright.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
504
Assainissement antipaludique et
amélioration agricole simultanés et rapides
d ’une région infectée par un ancien lit
de rivière (Oued Djer. Algérie).
Par le IV Etienne SERGENT.
L’oued Djer, rivière descendant des montagnes d’Hainmam-
Rhira. a creusé son lit profond dans une des parties les plus
fertiles de la Mitidja, entre El-Afifroun et Attatba, et décrit des
méandres nombreux en se dirigeant vers le nord, où elle se jette
dans la Méditerranée sous le nom d'oued Mazafran.
Depuis de nombreuses années, le cours de cet oued a été
artificiellement détourné, à environ 2 kilomètres au nord
d’EI-Affroun, par un grand canal rectiligne, vers le Bouroumi,
oued voisin et parallèle. L’ancien litde l’oued Djer avait été ainsi
asséché immédiatement en aval du point où il avait été détourné ;
mais, à environ 2 kilomètres plus au nord, la nappe souterraine
apparaissait au fond de l’ancien lit de l’oued, et sur plus de
5 kilomètres de long, formait un marais de 5 à i5 mètres de
large, encaissé entre les berges, souvent verticales, de 3 à 4
mètres de hauteur. Une végétation très abondante y poussait ;
les Anophélines y pullulaient à l’aise. La région était peuplée
d’indigènes agriculteurs; quelques rares fermes européennes y
avaient été créées, mais on avait du, au bout de quelques
années, en abandonner l’exploitation à des indigènes, les fer¬
miers européens y étant terrassés par les fièvres paludéennes
au bout d’un court séjour. Les indigènes, minés par les fièvres,
y vivotaient misérablement. Cette terre si riche n’était plus tra¬
vaillée qu’à la mode indigène, et les touffes de jujubiers sau¬
vages, que la négligence des laboureurs laissait subsister dans
les champs, hérissaient la plaine à moitié ensemencée.
En 1907, les européens propriétaires des domaines riverains,
soucieux de cet état sanitaire, demandèrent son aide à l’Admi¬
nistration supérieure, par l’entremise du dévoué médecin d’El-
Aflroun, le Dr Plantier, et du Service antipaludique. L’étude
complète, épidémiologique et prophylactique, fut faite, et les
Planche XIII
Et. Sergent
PHOTOGRAPHIES PRISES DU MEME POINT, A PLUSIEURS ANNEES DE DISTANCE
1907. Marécage dans l’ancien lit de l’oued Djer.
1908. On a commencé à écrêter les berges.
1909. Les travaux sont terminés. Un fossé médian draine les eaux de pluie.
1915. Nouvel aspect du ravin, où les saules ont poussé.
lgo7 \ I90B
Séance nu 12 Juillet iqiG
505
conclusions du Service antipaludique furent les suivantes, en
vue de l'assainissement de la région :
Recouvrement de la surface d’eau du fond de l'ancien lit de
F oued, en écrêtant les berges qui s’élèvent à pic à plusieurs mètres
de hauteur. Aménagement d’ un fossé médian longitudinal , permet¬
tant F écoulement des eaux des pluies printanières vers le Bou-
roumi , suivant la pente naturelle du sol. Pour détruire les gîtes
d moustiques du lit de Foued , il n est pas question de combler ce
lit bord à bord , mais simplement de recouvrir d’une légère couche
de terre la surface de la nappe souterraine , de façon à ce que
F eau ne soit pas d ciel ouvert , et que les pontes ne puissent pas g
avoir lieu. De plus , quininisation intensive des indigènes de la
région , qui constituent le réservoir de virus.
La région, où l'action de ces mesures devait s’étendre, mesure
environ 5 kilomètres de long. Comme les Anopliélines, dans la
Mitidja, volent jusqu'à 2 kilomètres de leur lieu d’éclosion,
il faut compter que l’action nocive de ce « marais en long »
mesure 2 kilomètres de chaque coté du lit de l’oued Djer. La
région s’étend donc sur 5 kilomètres de long et 4 kilomètres de
large, c’est-à-dire comprend 2.000 hectares.
Les propriétaires riverains se réunissent en syndicat « de
l’assainissement de la région de l’ancien lit de l’oued Djer ».
La demande qu’ils adressent à I Administration supérieure, par
l’intermédiaire du Service antipaludique, est tout de suite
favorablement accueillie : le syndicat fournira la main-d’œuvre,
et l’Etat enverra sur place un Conducteur du Service spécial de
la Colonisation pour diriger les travaux, et accordera la subven¬
tion nécessaire. Ainsi sera appliqué le principe : Aide-toi, l’Etat
t’aidera.
L exécution des travaux fut menée activement, grâce à la lar¬
geur de vues de M. Gauckler, Ingénieur en chef, et à l'intelli¬
gente direction de M. Ciïauzy, Conducteur des Ponts-et-Chaus-
sées. Une équipe de 200 marocains du Riff, excellents terras¬
siers, se mit incontinent à l’œuvre, faisant d'abord disparaître
la broussaille, puis abattant rapidement la crête des berges. La
vaste étendue d’eau dangereuse fut bientôt recouverte d’une
couche de 3o à 5o cm. de terre ; tout le long du lit, un petit fossé
médian de 80 cm. de large recueillait l’eau qui achevait de
s’écouler.
Pour achever d assécher la terre rapportée, 3o.ooo arbres ont
506
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
été plantés, aB.ooo saules dans les parties basses et 5.ooo sujets
divers (frênes, robiniers, acacias, plaqueminiers, Taxodium
distichum ) sur les berges à pente adoucie.
Les dépenses de ces travaux de comblement se sont élevées
au chiffre de 3i .000 francs, y compris une participation de
5.827 fr. 5o des propriétaires riverains. La région qui a profité
de ces mesures comprenant environ 2.000 hectares, il s’en¬
suit que les frais d’assainissement sont revenus à i5 francs
l’hectare.
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^4u O MIW'U •
de C ancien Cil de C éWd. 6)jee.
(Jdec/UHo&xncc cW /^u/ceen/touj
,dcé ÿ><x.fu toto&eoUc^u.et> Av^mÀ/ô
Ce défunt de fa 6xXLe .arvtqo a&uilcpxe.
Le printemps suivant, quelques mares subsistent encore;
elles sont rapidement desséchées, et dès le mois de j uillet 190g,
tout le lit de l’oued est à sec. Le petit canal de dessèchement
avait donc suffi pour faire écouler l’eau des pluies. C'est la
première fois que, de mémoire d’homme, on a vu l’ancien lit de
Loued Djer à sec.
507
Séance du 12 Juillet 19 1 G
La quininisation des familles indigènes fut commencée dès le
début de l'été 1908, à Laide d’un agent européen qui, se ren¬
dant à domicile, selon la technique habituelle du Service anti¬
paludique, faisait absorber devant lui 3, 2 ou r dragées de
20 cg. de bichlorhydrate de quinine à chaque habitant indi¬
gène (homme, femme ou enfant), proportionnellement à son
âge. 3oo indigènes en moyenne étaient quininisés ainsi tous
les 6 jours. Ces tournées de quininisation étaient effectuées du
Ier mai au 3o novembre ; chaque année, ces quininisations sont
reprises régulièrement; c'est toujours un agent européen qui
les exécute.
* *
Dès le premier été qui suivit le comblement du lit de l’oued
Djer, on constata, d’abord, la diminution extrêmement sensible
du nombre des Anophélines, et l’atténuation des fièvres.
Les constatations des médecins de la région (Dr Plantier,
Dr Chaylard), des propriétaires possédant d’importants domaines
(MM. Averseng, Germain, Monjo), peuvent se résumer ainsi : la
salubrité apparaît rapidement, et le pays devient habitable.
Par les procédés de contrôle du Service antipaludique, on
obtient le graphique ci-joint qui permet de juger des résultats,
d’un coup d’œil : la proportion des grosses rates paludéennes se
trouve réduite rapidement à un chiffre infime. Seules persistent
encore les rates énormes, scléreuses, des cachectiques incura¬
bles, qui traîneront toute leur vie misérable la tare que leur a
infligée l’intoxication paludéenne.
Chaque année, de nouveauxou vriers indigènes s’installent dans
la région, apportant un virus récolté ailleurs, et entretiennent
ainsi un pourcentage restreint, mais non négligeable, de palu¬
déens. C’est pour cela que la quininisation des indigènes est
continuée chaque année; elle est toujours nécessaire; son arrêt,
pendant quelques mois, du à l'état de guerre, fut suivi en 1914
d’une légère poussée de paludisme, rapidement jugulée dès la
reprise de la quininisation.
Alors qu’avant l’assèchement du lit de l’oued, Je médecin
d’El-Affroun trouvait souvent dans les fermes voisines des
familles entières alitées par suite de fièvres; au contraire, il
mentionne maintenant chaque année dans ses rapports combien
l’état sanitaire est remarquablement bon, comparativement aux
années précédentes et aux localités voisines : en 1911, les
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
508
communes d’El-Affroun, d’Ameur el-Aïn et d'Attatba subissent
une recrudescence de paludisme : la seule localité où les fièvres
fassent défaut est l'ancien lit de l’oued Djer; cette région est
devenue une de celles où le paludisme fait le moins de vic¬
times.
Les habitants se félicitaient chaque année de cet état de
Salubrité remarquable, mais pour que le résultat fût absolument
probant, il fallait poursuivre les observations au cours d une
épidémie générale, comme il s'en produit à intervalles éloignés
en Algérie. Cette circonstance s'est présentée en 1916 : les
pluies tardives du printemps, les chaleurs particulièrement fortes
pendant L é té suivant, ont favorisé dans toutes les campagnes
algériennes la dissémination et l'exaltation du virus paludéen.
Or, en 1916, dans la région de l'ancien lit de l'oued Djer, pas
de fièvres! Le pourcentage des grosses rates reste toujours très
faible. L’amélioration, si sensible, se maintient. La constatation
de ce résultat pendant celte période d’épidémie générale donne
plus de force à l'affirmation suivante : les mesures prises ont
assaini la région.
★
* *-
La salubrité étant obtenue, la confiance renaît : en 1908, les
habitants, nomades pour la plupart, n'hésitent pas à s'y installer
définitivement. 3 km. de routes sont construites pour faciliter
l'accès des fermes qu’on remet eu culture. La salubrité étant
parfaite, il en résulte pour la propriété une plus-value considé¬
rable (1).
En 1909, il 11’y a plus de terrains en friche, d'importantes
plantations de tabac sont faites; les propriétaires n’hésitent pas
à poursuivre les améliorations commencées dès le début des
travaux., telles que canaux d écoulement, plantations diverses,
constructions, voies d’accès empierrées, etc. E11 1911, les saules
ont dépassé de beaucoup la hauteur des berges. O11 peut suivre
de loin les sinuosités du lit de l’oued par l’aspect des vertes
cimes des arbres. Les plantations de vigne, puis d'orangers, rem¬
placent peu à peu les guérets incultes. Chaque année voit de
(1) Un résultat accessoire des travaux de comblement du ravin, a été d’aug¬
menter la surface des terres cultivables : la berge de l'oued, primitivement
à pic, a été écrêlôe, et sa pente adoucie a permis d’y planter du tabac, des
céréales (voir fig., p. 609). Une bande de 5 à 6 m. sur 5 km. de long a été ainsi
gagnée pour l agriculture, tout en permettant d’effectuer la destruction d’un
important foyer de paludisme.
Séance du 12 Juillet 1616
509
nouvelles cultures prendre la place des anciens champs en
friche : géranium, luzerne, etc. Ainsi le développement écono¬
mique de la région augmente, grâce à la salubrité qui y règne.
ANCIEN LIT DE l’ûUED DJER, AVANT ET APRÈS LES TRAVAUX
En B, la berge appartient à des Européens, qui l'ont fait abattre pour con¬
tribuer au comblement de l’ancien lit Ils ont ainsi gagné du terrain culti¬
vable, immédiatement mis en culture.
En A, la berge appartient à des Indigènes qui ont refusé de la laisser abattre.
En résumé, deux mille hectares de terrain parmi les plus fer¬
tiles de la Mitidja , à ^5 kilomètres d'Alger à vol d'oiseau , étaient
inhabitables pour les Européens , il g a quelques années encore.
E assainissement de la région fut exécuté très rapidement , en
détruisant de façon rationnelle les points d'eau donnant nais¬
sance aux Anophélines , et en tenant patiemment en échec le virus
des fièvres des habitants indigènes , au moyen de la quininisation
méthodique, reprise chaque année. Les mesures prises ont permis
la mise en valeur de la région et ont donné un essor remarquable
à l'agriculture.
Ces magnifiques résultats font le plus grand honneur à l’Ad-
ministration algérienne qui n hésita pas à contribuer dans une
large part aux dépenses des travaux dont les agriculteurs tirent
le plus grand bénéfice. Ceux-ci ont donné un bel exemple en
s’associant pour une œuvre d’intérêt général aussi bien que
d’intérêt particulier. Institut Pasteur d’Algérie.
34
510 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’emploi du novarsénobenzol dans
le traitement de la dysenterie amibienne
Par Paul RA VAUT et Georges KROLUNITZKY.
Pour apprécier l’activité d’un médicament dans le traitement
de la dysenterie amibienne, il faut se rappeler d'abord qu'il s’agit
d’une maladie essentiellement chronique, mais sujette à des pous¬
sées aiguës ayant l’allure de véritables crises, et qu’en second
lieu, son agent pathogène est un protozoaire bien caractérisé.
Les moyens de contrôle sont donc doubles : d'une part, sur les
symptômes et l’évolution cliniques, d’autre part, sur Amœba
histolytica à ses différents stades évolutifs.
Les uns et les autres peuvent donner lieu à des erreurs d’in¬
terprétation dont il faut tenir un grand compte. Ainsi il faut
bien savoir que la crise dysentérique peut cesser spontanément
sans le secours d’aucun médicament, qu’entre les crises, le
malade peut présenter tous les signes d’une santé parfaite
pendant un très long temps, et que certains peuvent être sujets
tout à coup à des compacations dues à l’amibiase sans que,
dans leurs antécédents, le médecin puisse relever de troubles
intestinaux caractéristiques. D’autre part, les amibes dysentéri¬
ques peuvent disparaître des selles sans le secours d’aucun
médicament, mais, en revanche, elles traduisent leur présence
dans l’intestin du malade par l’élimination de kystes et ce sont
ces derniers qui sont les véritables témoins des effets de toute
action thérapeutique. Ils nous montrent, par leur présence, que
pendant les longues périodes silencieuses de la maladie, les
parasites restent toujours enkystés dans l’organisme, y végètent
sourdement et révèlent de temps en temps leur existence par
des épisodes plus ou moins aigus. C’est surtout à reconnaître ce
parasitisme latent, puis à le combattre, que doit tendre l’effort
du médecin. Une maladie à protozoaires ne doit pas être consi¬
dérée comme ‘guérie parce qu'elle est silencieuse : loin de là
bien souvent, et il faut se pénétrer de cette notion capitale pour
apprécier toute intervention thérapeutique au cours de la dysen¬
terie amibienne.
Séance du 12 .Juillet 1916
511
Tout ce que nous connaissons sur la thérapeutique des autres
affections à protozoaires est applicable à l’amibiase. C’est à la
suite de ces considérations que nous avons songé à appliquer
l’arsénobenzol au traitement de cette affection.
Nous avons eu d’autant plus volontiers recours à ce médica¬
ment que, dans certaines formes, nous avions constaté que
l’émétine 11e nous avait pas toujours donné les résultats que
nous étions en droit d’en attendre. Chez certains malades, anté¬
rieurement traités sans succès durable par ce médicament,
l’action nous avait paru beaucoup plus lente au cours d’une
nouvelle crise; chez d’autres, il fallait employer de très grosses
doses pour obtenir les effets thérapeutiques nécessaires et nous
avons remarqué, chez certains ayant du recevoir de 8 à 10 cg.
du médicament par jour, que, vers le sixième ou septième jour,
apparaissaient des signes de défaillance cardiaque, de la tachy¬
cardie et de la dépréssion générale; outre un état nauséeux
spécial, de l’agitation, de l’insomnie, l’appétit diminuait, l’état
général était moins bon et très vite les malades demandaient
que l’on cessât les piqûres surtout lorsqu'elles étaient doulou¬
reuses. Parmi ces derniers, étaient des territoriaux de 35 à
4o ans et nous avons remarqué qu’ils supportaient beaucoup
moins bien le médicament que des individus jeunes. Et cepen¬
dant il fallait recourir à ces doses élevées et en prolonger
l’usage pour obtenir le résultat thérapeutique recherché.
Enfin, si, malgré ces quelques inconvénients, l’émétine gué¬
rissait complètement la maladie, ils n’auraient qu’une impor¬
tance secondaire, mais ainsi que l'ont montré Rogers, Marchoux,
Chauffard, Dopter et nous-mêmes, l’émétine ne met pas à l’abri
de rechutes ou d’hépatite et n'a pas d’action sur l’élimination
des kystes. Ce dernier fait montre qu’il existe toujours des
parasites dans l’intestin et c’e^t là peut-être le meilleur argu¬
ment à invoquer pour rechercher si d’autres médicaments ne
seraient pas plus actifs contre ces formes enkystées de l’amibe
dysentérique ou ne pourraient pas être associés à l’émétine,
car, dans ces maladies à protozoaires, l'association de deux médi¬
caments actifs donne souvent de très bons résultats. C’est donc
dans l’espoir de trouver un médicament supérieur à l’émétine,
et guidés par une conception d’ordre parasitologique, que
nous avons appliqué l’arsénobenzol au traitement de l’amibiase.
Antérieurement aux recherches systématiques que nous avons
512
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
entreprises, différents auteurs avaient déjà remarqué l’action de
l’arsénobenzol sur les crises dysentériques. Milian (i) constate
que, chez un syphilitique atteint d’amibiase, les amibes dispa¬
raissent à la suite d'une injection de néosalvarsan et il conseille
d'essayer ce médicament dans cette maladie. Puis Wadham et
Hill (2) rapportent les observations de trois syphilitiques atteints
en même temps de dysenterie amibienne et chez lesquels les
injections de salvarsan faites pour la syphilis déterminent une
grande amélioration des crises dysentériques. En revanche, Van
den Branden et Dubois (3) ont traité au Congo belge, sans
grand bénéfice, par le néosalvarsan, un certain nombre d’indi¬
gènes atteints de dysenterie amibienne. Pour notre part (4), nous
avons déjà rapporté les premiers résultats obtenus et nous
voudrions aujourd’hui étudier cette question plus longuement.
N oc (5), tout récemment, a publié quelques faits intéressants
sur cette question, mais leur interprétation est très discutable.
Nous avons employé le néosalvarsan et surtout le novarséno-
benzol en injections intraveineuses, en lavements et par voie
buccale.
Les injections intraveineuses ont été faites soit chaque semaine
en injections massives, soit tous les trois jours par petites
injections de o g. 3o répétées, de façon à ne pas dépasser la
dose de o g. 90 par semaine. Elles ont été pratiquées en solu¬
tion concentrée selon la technique que l’un de nous (Ravaut) a
déjà proposée dans le traitement de la syphilis en ne faisant
usage, pour toutes les doses, que de 1 cm1 2 3 4 5 1/2 d’eau bouillie ou
stérilisée. Grâce à cette technique, l'injection de novarséno-
benzol est aussi simple à pratiquer que 11'importe quelle autre
injection intraveineuse et ne détermine aucune réaction.
Dans quelques cas, nous avons eu recours à des lavements de
200 cm3 d’eau physiologique dans lesquels nous faisions dis¬
soudre o g. 43 ou o g. 60 du même produit auquel nous ajoutions
i5 gouttes de teinture d’opium pour qu’il puisse être conservé.
(1) Milian, Presse Médicale d'Egypte , 1er juillet 1911. Société Médicale des
Hôpitaux , 4 décembre 1 91 3.
(2) Wadham et Hill. Trois cas de dysenterie amibienne traités par le Sal¬
varsan. The Journal of the American Medical Association, 9 août 1913.
(3) Van den Branden et Dubois, Archiv. Jür Sch. und Trop. Jlyg 191/1,
p. 375.
(4) P. Ravaut et Krolunitsky, Société médicale des Hôpitaux , i5 octobre 191b.
(5) Noc, Société de Pathologie exotique, séance du 10 mai 1916.
Séance du 12 Juillet 1916
513
Mais ce mode d’administration est assez compliqué et souvent
les malades ne gardent pas le lavement.
La voie buccale est beaucoup plus pratique et les résultats
obtenus nous paraissent des plus intéressants, comme nous le
verrons. M. Billon a préparé dans ce but, sur notre demande,
des capsules gélosées de novarsénobenzol dosées à o g. o5 par
capsule. Prises au moment des repas, elles sont très bien tolé¬
rées ; il est en effet nécessaire de recourir à ce mode de prépa-
tion, car les solutions de ces sels arsenicaux sont mal supportées
par l'estomac.
Dans cette étude, il nous paraît absolument nécessaire de
sérier les questions et nous étudierons successivement Faction
de Parsénobenzol sur la crise dysentérique, sur les formes chro¬
niques latentes, et sur quelques complications.
I. — Action du novarsénobenzol sur la crise dysentérique.
De nombreux médicaments ont une action efficace sur la crise
dysentérique, mais cet épisode aigu de l’amibiase guérit parfois
spontanément ; de plus la durée et l’intensité de ces crises sont
extrêmement variables d’un malade à l’autre. Ces faits rendent
très délicate l’appréciation de l’activité thérapeutique d’un
médicament et les résultats obtenus ne doivent être interprétés
qu’avec prudence.
L’injection intra-veinense de novarsénobenzol pratiquée à la
dose de o g. 3o ou o g. 45, en pleine crise dysentérique, mani¬
feste presque aussitôt son action par une diminution des phé¬
nomènes douloureux et du nombre des selles. En général quel¬
ques heures après l’injection, les douleurs, parfois très vives,
ressenties le long du gros intestin, s’atténuent ou même dispa¬
raissent; les épreintes et le ténesme sont moins vifs. Les mala¬
des en éprouvent une sensatioirde bien-être qu’ils accusent aussi¬
tôt. Certains qui, depuis plusieurs jours, souffraient constam¬
ment et ne dormaient pas, sommeillent la nuit même qui suit
l’administration du médicament et dès le lendemain matin cer¬
tains demandèrent que l’on répétât l’injection. En même temps la
sensibilité du ventre, l’anorexie et les autres accidents en rap¬
port avec cette crise, diminuent dans les jours suivants ; en règle
générale, une seconde injection pratiquée trois jours après
accentue la rapidité de cette détente. Lorsqu’il existe un peu de
514
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
fièvre, elle tombe assez rapidement. D’autre part, le nombre
et le caractère des selles se modifient parallèlement, mais
moins vite. Il faut noter cependant que, parfois, quelques
heures après l’injection, le malade a des coliques et des éva¬
cuations abondantes, mais dès le lendemain la détente devient
évidente. Peut-être s’agit-il dans ces cas spéciaux d’une réaction
locale, déterminée par l'action violente du médicament, compa¬
rable à la réaction de Herxheimer chez les syphilitiques. Dans
les formes graves, les selles restent encore glairo-sanguinolentes
pendant plusieurs jours ; puis, au milieu des glaires, apparais¬
sent des matières fécales et, généralement au bout de huit jours,
tout glaire sanglant a disparu : le malade émet, une ou deux
fois par jour, des matières molles, pâteuses, abondantes, qui se
moulent quelques jours après. D’autres fois le résultat est beau¬
coup plus rapide : glaires et sang disparaissent dès la première
injection ; de dix à quinze, les selles tombent à deux ou trois en
vingt-quatre heures ; quelques jours après, elles sont moulées.
Enfin dans certains cas, l'action est plus lente : il s’agit de
malades souffrant depuis longtemps et présentant dans leurs
sell es de véritables crachats purulents qui ne disparaissent qu’au
bout de io à i5 jours de traitement. En même temps, l’on con¬
state de la fièvre, des douleurs violentes au niveau d une région
limitée du gros intestin, et tout nous porte à croire qu’il s’agit
dans ces cas d’infections secondaires tenaces ou de suppura¬
tions profondes de la muqueuse intestinale. L'action bienfai¬
sante du médicament se fait d’abord sentir sur les douleurs et
la fièvre, mais les modifications des selles se font plus lentement.
L’examen microscopique montre que les amibes disparaissent
rapidement et l’on peut suivre toutes les transformations de leur
nombre et de leur aspect; souvent, les jours suivant la crise, on
les retrouve sous leur forme kystique, ce qui prouve que, malgré
son action évidente, le médicament n’a pas débarrassé le malade
de ses parasites.
La médication arsenicale nous a permis d'alimenter nos mala¬
des ; elle excite leur appétit et leur permet de tolérer rapidement
une alimentation reconstituante. Dans les premiers jours, nous
les mettons au régime du bouillon et des pâtes ; puis quelques
jours après, nous leur donnons de la viande. Aussi, ils engrais¬
sent, prennent des couleurs et les forces reviennent vite.
En même temps, le caractère se modifie et, de moroses et
Séance du 12 Juillet igiG
o!5
sombres qu’ils étaient, certains malades deviennent beaucoup
plus gais. Cette action sur la nutrition est tellement nette que
nous nous sommes souvent demandés si ce n’était pas là le vrai
mode d’action de l’arsenic dans la dysenterie amibienne, mais
il suffit de considérer d’autre part son action si nette sur l’évo¬
lution de la crise dysentérique, sur l’aspect des selles, sur la
transformation rapide des amibes pour être convaincu qu’il
agit directement sur l’amibe elle-même.
• v -S.
II. — Action du novarsénobenzol sur la dysenterie chronique
ET LES FORMES LATENTES.
Comme les autres médicaments, l’arsenic agit beaucoup
moins rapidement sur les formes chroniques que sur les formes
aiguës. Lorsque la crise dysentérique est terminée, le malade
présente, ordinairement, une convalescence assez longue pen¬
dant laquelle les phénomènes généraux ne s’effacent que len¬
tement. Les selles restent pâteuses ; les amibes sont extrême¬
ment rares et même disparaissent le plus souvent; cependant
elles existent encore, mais sous la forme kystique. Dans ces
conditions, il faut prolonger assez longtemps le traitement et
nous avons eu recours aux injections intraveineuses de o g. 3o
pratiquées tous les trois jours. Chez des malades présentant
depuis plusieurs mois ou même des années, des selles glaireuses
avec filets de sang, des douleurs intestinales vives au moment
des digestions, nous avons obtenu, dès les premières injections,
des modifications notables de tous ces symptômes, mais il faut
attendre, tout en continuant le traitement, quinze jours, trois
semaines et même plus, avant de constater des selles moulées.
Enfin, chez certains malades, vieux dysentériques coloniaux ne
présentant que des douleurs au moment des défécations et une
diarrhée chronique, les améliorations ne se font que très lente¬
ment et ce n’est qu'au bout de 8 à 10 injections que les matières
commencent à se mouler.
D’ailleurs, en matière de dysenterie chronique, l’étude des
phénomènes cliniques, l’aspect des matières, 11e sont pas tou¬
jours des guides suffisamment précis pour apprécier le rôle de
tel ou tel médicament. Chez ces malades, de nombreux facteurs
entrent en jeu pour déformer la maladie : tantôt ce sont des
infections secondaires, tantôt des parasites intestinaux sur-
516
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ajoutés à l’amibe, tantôt des complications viscérales, des insuf¬
fisances secrétoires des glandes gastriques ou intestinales, qui
contribuent à entretenir un mauvais état général et l’aspect
pathologique des selles, alors que l’amibe elle-même ne joue
qu’un rôle effacé. Aussi le véritable critérium de l’action du
médicament doit être fourni par la présence ou l’absence du
parasite dans les selles, soit sous la forme d’amibe soit sous la
forme kystique.
Si nous nous plaçons sur ce terrain, nous savons que les diffé¬
rents médicaments proposés jusqu’alors ne sont pas capables de
faire disparaître les kystes amibiens. L’expérience montre que
tout malade qui, bien que paraissant cliniquement guéri, pré¬
sente encore des kystes dans ses selles, est susceptible de pré¬
senter des rechutes ou des complications graves, des abcès du
foie par exemple.
C’est en étudiant dans ce sens nos malades que nous avons
voulu éprouver l’action des sels arsenicaux sur eux. Malheureu¬
sement, nous n’avons pas pu les suivre pendant un temps suffi¬
sant pour être fixés sur leur avenir; nous avons du dans de
nombreux cas procéder par tâtonnements de sorte que ces résul¬
tats manquent souvent de précision. Nous avons pu cependant
en tirer quelques faits qui peuvent servir d’indications pour
des recherches ultérieures.
Tout d’abord, nous avons pu voir dès le début que le nov-
arsénobenzol, même après plusieurs injections, ne faisait pas
disparaître les kystes chez tous les malades; nous avons donc
institué un traitement par petites doses répétées et tous les trois
jours nous pratiquions une injection de o g. 3o de novarséno-
benzol ; après une série de 10 injections, nous avons pu con¬
stater que l’état général était très amélioré, mais que, chez la
moitié de nos malades, les kystes persistaient dans les selles.
Chez quelques-uns, nous avons recommencé celte série de
10 injections et constaté que le nombre des kystes avait encore
diminué. Il esl donc évident que l’arsénobenzol agit favorable¬
ment sur leur élimination et qu’ils sont d autant moins nom¬
breux que la cure en a été plus longue. Chez tous nos sortants,
nous pratiquions à trois reprises différentes la recherche des
kystes et, sur 67 malades examinés, nous avons constaté dix fois
leur présence. Quelques-uns avaient reçu simultanément des
piqûres d’émétine, mais nous savons que ce médicament n’a pas
Séance du 12 Juillet 1 9 1 G
517
d'action sur les kystes. Bien entendu, nous ne considérerons pas
ces malades comme guéris et nous avons en effet appris depuis
que plusieurs d'entre eux avaient présenté quelques mois après
des rechutes de dysenterie.
Nous avons également recherché s’il ne serait pas possible de
détruire les kystes chez les malades porteurs de germes soit
qu’ils aient eu autrefois la dysenterie, soit qu'il s’agisse de por¬
teurs de germes sains (1).
Chez quelques-uns, nous avons eu recours aux injections intra¬
veineuses comme précédemment et les résultats ont été tout à fait
comparables. Chez d’autres, nous avons voulu tenter une théra¬
peutique bien plus simple en administrant le novarsénobenzol
par la voie buccale. Nous avons renoncé presque aussitôt à la
potion qui est mal tolérée et employé les capsules gélatineuses :
elles contiennent o g. o5 de médicament par capsule. En les don¬
nant à la dose de deux par jour, au moment des repas, pendant
10 jours, le malade absorbe ainsi pendant ce temps 1 g. de nov¬
arsénobenzol. Elles sont très bien tolérées et pas un de nos
malades ne s’en est plaint. Nous avons pu constater que, dès
l’absorption des premières pilules, les kystes disparaissent pres¬
que toujours des selles ; non seulement les kystes de Amœba his-
tolytica ne se voient plus, mais encore ceux de A. coli.\ en même
temps, nous avons vu disparaître d’autres parasites comme les
Lamblies et leurs kystes, et les spirilles. Nous n’avons pas, malheu¬
reusement, une expérience suffisamment longue de ce traitement
pour donner une conclusion ferme ; nous ne pouvons pas déter¬
miner au bout de combien de temps ils reparaissent, car nous ne
prétendons pas obtenir un résultat durable aussi rapidement. Ces
faits demandent à être confirmés et surtout approfondis, mais il
nous paraît intéressant de les signaler dès maintenant., car ils
permettront peut-être de tenter un véritable traitement ambulant
de l’amibiase chronique.
Les sels arsenicaux ont donc une action efficace sur la dvsen-
%)
terie amibienne chronique et les porteurs de kystes. L’effet n’est
pas immédiat, il nous paraît supérieur à celui de l'émétine
dans cette forme de dysenterie, mais le traitement doi l être long¬
temps et méthodiquement prolongé.
(1) P. Ravaut et Krolunitsky. Les kystes amibiens. Importance de leur
recherche dans le diagnostic et la pathogénie de la dysenterie amibienne.
Presse médicale, 3 juillet 191b.
518
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
III. — Action du novarsénobenzol sur quelques complications
Nous n'avons observé et traité par les sels arsenicaux que deux
séries de complications : des hémorragies intestinales et des
poussées d’hépatite.
Chez trois malades, nous avons constaté des hémorragies
intestinales au cours de l’évolution d’une forme chronique de
dysenterie. Les matières moulées étaient entourées de sang
rouge, parfois très abondant ; quelquefois l’hémorragie se pro¬
duisait spontanément et, à la place de matières, le malade
émettait quelques caillots sanglants comparables au sang d’hé¬
morroïdes internes. Chez deux d’entre eux, l’ergotine et l’émé¬
tine n’avaient pas été suffisants; quelques lavements de néosal-
varsan suffirent à arrêter ces hémorragies. Chez un autre malade
qui avait contracté, longtemps avant, la dysenterie à Madagas¬
car et présentait deux ou trois fois par mois des coliques sui¬
vies d’hémorragies intestinales, les injections intraveineuses de
néosalvarsan firent disparaître ces accidents ; pendant les 45 jours
de son séjour à l’hôpital, il ne présenta ni douleurs ni pertes de
sang, ce qui ne lui était pas encore arrivé depuis qu’il avait
contracté la dysenterie.
Chez deux autres atteints d’amibiase, nous avons vu se déve¬
lopper des poussées d’hépatite.
Chez le premier, apparut de l’ictère avec gonflement très dou¬
loureux du foie : ces symptômes disparurent rapidement sous
l’influence d injections intraveineuses de néosalvarsan. Le second
avait contracté la dysenterie sur le front des Dardanelles ; pen¬
dant plusieurs mois, l’affection fut méconnue et il vint à l’hô¬
pital pour une crise de dysenterie amibienne. Depuis le début
de sa maladie, il avait cependant déjà ressenti de violentes
douleurs dans le côté droit avec fièvre, mais ces accidents
n’avaient attiré l’attention de personne. Au cours de son traite¬
ment, il est pris tout à coup de douleurs extrêmement violentes
dans le flanc droit, le foie double de volume en quelques jours,
l’ictère apparaît, la fièvre s’élève à 39° par une série de grandes
oscillations et le pouls à 120. Des ponctions exploratrices pro¬
fondes furent pratiquées sans résultat. Tous ces symptômes
rétrocèdent en quelques jours sous l'influence de lavements et
d’injections intraveineuses de néosalvarsan.
Nous n’avons pas d’autres faits à rapporter dans cet ordre
Séance du 12 Juillet 1 9 1 0
519
d’idées, mais ces derniers nous paraissent suffisamment nets
pour montrer l’action efficace des sels arsenicaux dans le traite¬
ment de ces complications de l’amibiase.
IV. — Résumé et conclusions
De l’ensemble de tous ces faits, il se dégage nettement que les
sels arsenicaux agissent avec efficacité sur l’amibiase. Ou’il
s’agisse d’une crise dysentérique ou d'une forme chronique,
nous avons pu observer l’amélioration des symptômes cliniques
et la disparition des amibes.
Chez les porteurs de kystes amibiens, l’action est parfois très
évidente, mais nous ne pouvons pas dire actuellement combien
de temps a duré leur disparition, car nous n’avons pas pu
suivre assez longtemps nos malades. Cependant ce résultat ne
nous avait pas été donné par l’émétine et c’est une des raisons
pour lesquelles nous estimons plus efficace l’action du novarsé-
nobenzol. De plus, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer,
lorsqu il faut injecter de grosses doses d’émétine, lorsqu'il faut
en prolonger l’usage, peuvent apparaître chez les malades des
symptômes de dépression cardiaque et de faiblesse générale.
Avec les sels arsenicaux, le contraire se produit : très rapide¬
ment les digestions s’améliorent, l’intolérance pour la viande
disparaît, les malades engraissent et sont ainsi en excellentes
conditions pour réparer les dégâts causés par l’amibiase.
Mais, quel que soit leur état de santé apparente, bien qu'ils
présentent tous les signes d'une guérison que l’on pourrait
croire définitive, il faut se rappeler que, tant que les selles con¬
tiennent des kystes, la maladie n’est pas guérie. Elle sommeille
et peut se réveiller d'un moment à l’autre. Il faut également se
rappeler que l’élimination des kystes est très capricieuse et ne
se fait parfois qu’à des intervalles très éloignés; pour en cons¬
tater la présence, il faut parfois multiplier les examens. Chez
tous nos sortants, nous avons pratiqué trois fois au moins la
recherche des kystes et nous l'avons trouvée souvent négative ;
or, parmi ces derniers qui ne se plaignaient d’aucun symptôme
dysentérique, qui sortaient en bonne santé, gros et gras et parais¬
saient guéris, nous avons appris que certains avaient cependant
présenté, plusieurs mois après, des rechutes de dysenterie.
Pas plus que les autres médicaments, les sels arsenicaux ne
520
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
guérissent rapidement la dysenterie amibienne, mais ils ont
l’avantage d’agir simultanément sur la cause même de la maladie
et sur l’état général.
Mais, pour bien comprendre ce que doit être le traitement de
la dysenterie amibienne, il faut toujours penser que cette affec¬
tion est essentiellement chronique, qu’elle est déterminée par un
protozoaire s’enkystant, ayant une vie latente au sein même de
l’organisme, sans qu’aucun trouble en révèle la présence : la
recherche des kystes est le moyen le plus précis que nous possé¬
dions pour en déceler l’existence. Il faut, à l’égard d’un tel
parasite, adopter les règles de conduite que nous suivons dans
le traitement d’autres maladies comparables comme la syphilis,
le paludisme, la maladie du sommeil. L’expérience nous a montré
que seul un traitement long, méthodique et bien réglé, peut en
avoir raison. Il en est de même pour l’amibiase. D’ailleurs, l’on
avait déjà remarqué que, de tous les modes de traitement
employés, ceux qui s’inspiraient de cette règle paraissaient les
plus efficaces. Avant la guerre, les professeurs Chauffard et
Dopter insistèrent à plusieurs reprises sur la nécessité de recou¬
rir à des cures répétées d’émétine pour obtenir des résultats
durables. C’est dans ce sens que doit être dirigé le traitement de
l’amibiase II ne suffit pas d’injecter quelques doses d’émétine
ou de novarsénobenzol au moment de la crise ou d’une rechute,
mais il faut poursuivre le traitement d’une façon méthodique et
ne pas abandonner les malades, car, dans ces conditions, la
rechute est presque fatale.
En nous inspirant de ces faits, nous avons commencé le traite¬
ment par une première série de io injections intraveineuses de
novarsénobenzol de o g. 3o en mettant entre chacune d elles un
intervalle de deux jours. Dans certains cas, pour intensifier le
traitement, nous injections chacun de ces deux jours de o g. 02
à o g. o/| d’émétine ; ces injections d’émétine peuvent être con¬
tinuées pendant toute la cure, mais, en règle générale, nous ne
les faisions que pendant la première et la dernière semaine de la
série de piqûres de novarsénobenzol. A la fin de cette cure,
nous mettions les malades en observation et recherchions systé¬
matiquement chaque jour les kystes ; si le résultat était positif,
nous recommencions la cure bien que l’état de l’intestin et l’état
général dans la plupart des cas aient pu permettre.de considérer
le sujet comme guéri. Malheureusement nous n’avons pas pu
Séance du 12 Juillet i 9 i G
521
suivre nos malades ; deux cependant nous ont prévenus qu’ils
avaient eu des rechutes six mois après leur sortie de l’hôpital,
bien que nous n’ayons pas vu de kystes dans leurs selles à ce
moment. Il est probable que ces rechutes ne se seraient pas
produites si, quelque temps après leur sortie, une nouvelle cure
avait été instituée.
Mais, dans les circonstances actuelles, il est impossible d hos¬
pitaliser ou de suivre assez longtemps les malades pour conti¬
nuer un traitement qui est cependant nécessaire. Aussi pour
trancher ces difficultés essayons-nous en ce moment un traite¬
ment par la voie buccale au moyen de capsules contenant 5 cg.
de novarsénobenzol (1). Chez certains dysentériques chroniques
et chez des porteurs de germes, nous avons vu rapidement dis¬
paraître les kystes, mais nous ne savons pas encore au bout de
combien de temps ils reviendront. Il est bien évident que si ces
résultats se confirmaient, il serait tout à fait pratique, en ce
moment surtout, d’instituer ainsi un traitement ambulant de la
dysenterie chronique sans hospitaliser les malades; on pourrait
ainsi maintenir les bons effets d'une cure instituée dans un
hôpital au cours d’une crise dysentérique et éviter chez ces
malades les rechutes ou les complications qui surviennent pres¬
que fatalement chez tout dysentérique amibien dont le traitement
est suspendu.
Peut-être enfin pourrait-on par ce procédé instituer un vérita¬
ble traitement préventif de l’amibiase en faisant prendre aux
porteurs de germes sains ou à ceux qui sont susceptibles de se
contaminer, des doses préventives de médicament et obtenir des
résultats comparables à ceux que donnent les doses préventives
de quinine dans le paludisme.
En tout cas, les résultats globaux de ce traitement mixte émé-
tino-arsenical nous paraissent très supérieurs à ceux que donne
la cure d’émétine seule. Il serait utile de commencer le traitement
de tout amibien par une cure vigoureuse au novarsénobenzol
en injections intraveineuses et à l’émétine associées ; puis, quel¬
que temps après, de maintenir les bons effets de cette cure en
prévision des rechutes, en donnant pendant quelques jours par
mois des capsules de novarsénobenzol. La première cure devrait
(1) Nous avons essayé des capsules contenant o g 00 de novarsénobenzol
et o g. 02 d’émétine, mais ce dernier produit est mal toléré par les voies diges¬
tives et provoque des nausées et même des vomissements.
522
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
être faite à l’hôpital . Les traitements suivants pourraient être
faits sans interruption de service, dans les compagnies même.
C'est dans ce sens que nous poursuivons nos recherches en ce
moment et nous espérons pouvoir bientôt donner des indications
précises sur ce sujet ; mais avant tout, le traitement de la dysen¬
terie amibienne doit être méthodique, poursuivi pendant long¬
temps par des cures successives et s’inspirer des règles théra¬
peutiques dont l’expérience a doté celui d’affections compara¬
bles comme la maladie du sommeil ou la syphilis.
Quelques cas de pseudo-parasitisme
et de xéno-parasitisme
Par R. BLANCHARD
Dans l’art icle Pseudo-parasites du Dictionnaire encyclopédique
des sciences médicales (1889), j’ai formulé pour la première fois
la théorie de l’origine du parasitisme aux dépens d’espèces ani¬
males et végétales nées libres, amenées fortuitement sur le corps
ou dans l’organisme d’autres êtres vivants. J’ai rattaché ainsi,
comme un simple phénomène d adaptation, la vie parasitaire à
la doctrine de la variabilité des espèces, par suite de la variation
des conditions de leur existence.
Grâce à celte conception nouvelle du parasitisme, les êtres
qvie l’on s’accorde à considérer comme des pseudo-parasites, et
auxquels on ne donnait jusqu’alors qu’une attention secondaire,
prennent à nos yeux une très grande importance. C’est parmi
eux, en effet, qu’on a chance d’observer les divers degrés de
l’adaptation à la vie parasitaire, c’est-à-dire les modifications
initiales, d’ordre morphologique, anatomique et physiologique,
par lesquelles les espèces libres, non encore parasites, cherchent
à se plier à de nouvelles conditions biologiques. Aussi, toutes
les fois que l’occasion s’en est offerte, ai-je porté d’une façon
toute spéciale mon attention sur les pseudo-parasites. La preuve
en est donnée par quelques-unes de mes publications, par l’im¬
portante collection que j’ai constituée au Laboratoire de Parasi¬
tologie de ia Faculté de médecine de Paris et par la part sou-
523
Séance du 12 Juillet 1 9 1 (>
vent importante que j’ai donnée aux pseudo-parasites dans mon
enseignement.
- Depuis trente ans, en effet., j’en ai recueilli un grand nombre
de cas. Les pièces qui s’y rapportent viennent prendre place
dans ma collection, à mesure qu’elles sont étudiées, déterminées
et cataloguées. Chacune d’elles est accompagnée d’un dossier
renfermant les lettres, notes, croquis et autres documents qui la
concernent. Les pièces rentrant dans cette catégorie sont déjà
nombreuses, mais un petit nombre seulement ont été l’objet
d’une publication. Les pièces non encore déterminées, tout au
moins non cataloguées, 11e sont guère moins nombreuses. Je
crois donc pouvoir dire que j’ai constitué une importante série,
dont il serait difficile de trouver ailleurs l’équivalent.
A la vérité, j’ai déjà mentionné plusieurs fois dans mon cours
les pièces les plus intéressantes de celle collection, notamment
dans la série de douze leçons sur les pseudo-parasites que j’ai
faites en décembre 1910 et janvier 1911. Mais un exposé oral ne
constitue pas une publication et, puisque la Société de patho¬
logie exotique s’intéresse au pseudo-parasitisme, je crois oppor¬
tun de lui faire connaître quelques-unes de mes observations.
Comme je l’ai indiqué dans l’article cité plus haut, il est
d’usage de confondre sous le nom de pseudo-parasites , non seu¬
lement « les animaux ou les plantes qui se rencontrent acciden¬
tellement à la surface ou à l’intérieur du corps de l’Homme ou
de l’animal, qu’ils soient normalement parasites chez d’autres
espèces ou qu’ils mènent normalement une vie indépendante »,
mais aussi « tout corps organisé ou inorganisé, organique ou
inorganique, observé chez l’Homme ou chez les animaux ». Il
existe donc dans le langage courant une réelle confusion, mais
chacun comprend et accepte cette dénomination ambiguë, et les
choses vont ainsi sans trop d’inconvénients.
Mon ancien préparateur, le"Dr Thébault, a publié dans les
Archives de Parasitologie (1) un mémoire (2) sur lequel j’aurais
(1) Imprimées à Lille, les Archives de Parasitologie ont dù cesser leur
publication depuis que cette ville est entre les mains de l’ennemi. Le Fasci¬
cule 4 et dernier du tome XVI porte la date du 1er août iqi/j. ; il était livré au
chemin de fer, quand la guerre a été déclarée; il a dù être retiré et, depuis
lors, n’a pu être mis en distribution . Le sommaire en a été publié dans le
Journal of Parasitology, II, p. i48, mars 1916.
(2) V. Thébault, Sur quelques formes du parasitisme, le xénoparasitisme et
les opsites. Archives de Parasitologie , XIII, p. 383-435, 1909.
524 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quelques réserves à formuler; mais ce n’est pas ici le lieu. Attri¬
buant le nom de pseudo-parasite ou de faux-parasite à tout être
vivant qui entre en contact avec les tissus ou les organes, mais
sans pouvoir s’y acclimater, il appelle xéno-parasite tout corps
dénué de vie qui, entrant en contact avec les tissus ou les
organes, est incapable d'y produire des manifestations patholo¬
giques primitives.
En somme, rien n’est changé, si ce n’est qu'un vocable nou¬
veau s'introduit dans le langage scientifique. Il eût mieux valu
ne pas faire intervenir, dans la formation de ce vocable, l’idée de
parasitisme, puisque le xéno-parasite, tel que Thébault le défi¬
nit, n’est autre chose qu’un corps étranger ; on pourrait même
soutenir que l'opportunité d’un terme nouveau pour désigner ce
dernier est contestable. Quoi qu’il en soit, on peut adopter l’ex¬
pression nouvelle, d’autant plus que Thébault invoque en sa
faveur une notion à laquelle on n’a pas donné, jusqu’à présent,
toute l’importance qu’elle mérite. Nous la formulerons comme
suit :
Le pseudo-parasite est nuisible et agressif par lui-même, de
quelque manière que ce soit ; il peut n’être qu’un simple sapro¬
phyte ou qu’un simple saprozoïle (r), mais il peut aussi devenir
pathogène.
Le xéno-parasite est inerte et non pathogène, à moins d’agir
secondairement, par traumatisme, par intoxication ou par les
microbes qui l’accompagnent.
Cette formule, d’ailleurs, n’est pas absolue et il serait facile
d’en faire la critique. Elle est applicable, néanmoins, à un grand
nombre de cas.
Les notes qui vont suivre rentreront dans l’une ou l’autre de
ces deux catégories, sans qu’il soit besoin de donner à cet égard
de plus amples détails.
1. — Limages dans le tube digestif
J'ai recueilli deux cas de ce pseudo-parasitisme.
i° Cas de A. Dutournier , 1889. — Le 22 novembre 1889,
(1) .l’applique celte qualification aux animaux qui vivent dans le corps, aux
dépens de matières en décom position (déchets épithéliaux, mucosités, contenu
intestinal, liquides excrémentitiels, etc ), sans provoquer aucune action
pathogène. Cf Semaine médicale, XXVI, p . 1, 1906.
Séance du 12 Juillet 1916
525
M. A. Dutournier, étudiant en médecine, me remet une Limace
qu’il prétend avoir été trouvée dans les déjections d’un enfant
de neuf mois. Aucun autre renseignement sur ce cas, dont l’au¬
thenticité reste douteuse.
L’animal appartient au genre Limax , à coquille non exté¬
rieure. Il fait partie de ma collection (n° 374).
20 Cas de A. J. Pelâez , 1908. — Le 10 novembre 1908, un de
mes anciens élèves, le Dl A. J. Pelaez, de Titiribi, département
d’Antioquia (République de Colombie), m’adresse deux préten¬
dus Trématodes qu’il considère comme une variété de Distome
hépatique et comme différant de toutes les Douves jusqu’alors
observées dans l’espèce humaine. Ces prétendus Helminthes ont
été évacués par deux femmes.
Au moment de leur expulsion, écrit Pelaez, ils étaient longs de 30 mm.,
larges de 8 à 10 mm. dans leur moitié postérieure ou caudale et de 5 à
6 mm. dans leur moitié antérieure, qui va en se réduisant déplus en
plus vers la ventouse buccale. La région dorsale présente une dilatation
en forme d’ampoule, d’où se détache ou naît un prolongement, véritable
membrane mince, transparente, à bords réguliers. Cet appendice est long
de 10 mm. et large de 5 mm.
La forme de ce parasite, récemment expulsée, est celle d’une petite
Sangsue.il est d’une couleur gris obscur à la région dorsale, blanc laiteux
ou perlé à la partie ventrale. Le prolongement décrit plus haut doit lui
servir à adhérer dans les conduits biliaires, puisqu’il est dirigé en sens
contraire de la direction suivant laquelle marche l’animal.
Dans les deux cas, le parasite a été expulsé après qu’on eût administré
aux malades une potion à l’extrait fluide de Cascara sagrada.
Les deux animaux me parviennent dans l’alcool. Ils ont perdu
à peu près la moitié de leur taille primitive, tous deux étant
sensiblement égaux et mesurant 17 mm. de longueur sur
4 mm. de largeur. De forme lancéolée, à pointe postérieure,
ils présentent deux faces.. L’une d’elles, grisâtre et coriace,
a la plus grande ressemblance avec la sole plantaire d'un
Mollusque gastéropode; on iVy trouve aucune trace de ven¬
touse. L’autre face, de teinte plus foncée, porte un repli antéro¬
postérieur, qui a l’apparence d’un repli palléal. A l’extrémité
antérieure s’ouvre une bouche, entourée de replis cutanés qui
donnent l’impression de petits tentacules, mais tui ne sont peut-
être que le résultat d’une rétraction des tissus sous l'influence
de l’alcool. En fendant, suivant sa longueur, l’extrémité buccale,
ou met en évidence une radula, dont deux fragments ont été
enlevés et montés en préparation microscopique.
Les deux spécimens que nous venons de décrire sont donc
35
520
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des Mollusques gastéropodes pulmonés, de la famille des Lima •
cidæ. L'absence de coquille à la partie postérieure du corps
nous indique en outre qu'ils appartiennent à la section des
lÀmacinæ. Ce sont donc des animaux terrestres, et nullement
des Trématodes. En ce qui concerne leur pays d’origine, la con¬
naissance des Gastéropodes à coquille est assez avancée, mais
celle des Limaciens l'est beaucoup moins, en sorte qu’il serait
difficile d’arriver à une détermination précise du genre et de
l'espèce auxquels appartiennent nos animaux.
Ces constatations faites, je les fis connaître au Dr Pelaez, par
une lettre en date du 6 janvier 1909; j'émis l'opinion que peut-
être il avait été induit en erreur par ses deux malades, qui
étaient des femmes et pouvaient être soupçonnées de simula¬
tion.
Le 20 février de la même année, le Dr Pelaez me répond qu’il
est impossible de croire à de la simulation, attendu que, dans
les deux cas, les animaux en litige ont été expulsés avec des
Ankylostomes. Les malades présentaient de l'ictère, et c'est pour
cette raison qu’il croit les parasites expulsés du foie; l'ictère
disparut d’ailleurs peu de temps après leur évacuation. Mon
correspondant n’accepte donc pas qu'il puisse s’agir de Lima¬
ces; il m’invite à présenter les animaux en question aux socié¬
tés savantes, à solliciter l’avis des compétences et regrette que
Davaine soit mort, car il eut pu sans doute trancher le débat.
De toute cette discussion, je 11e veux retenir qu’un fait, que
j’accepte sans difficulté, à savoir que les deux Limaces sont sor¬
ties de l'intestin ; ce n’est pas la première fois que pareil cas se
présente. Quant à porter le débat devant un Aréopage, la Société
de Pathologie exotique me semble constituer le meilleur qu’il
soit possible de rencontrer. Elle s’unira au Dr Pelaez et à moi-
même pour regretter la mort prématurée de Davaine; elle se
déclarera suffisamment éclairée, si je lui affirme que les deux
animaux sont d'espèce semblable ou du moins très voisine et
que l'un deux, le seul qui ait été endommagé, est porteur d'une
radule ou râpe linguale. Cet organe est absolument caracté¬
ristique des Gastéropodes. Ainsi se trouve donc démontré, d’une
façon indiscutable, que les deux animaux recueillis par Pelaez
sont des Mollusques, par conséquent de simples pseudo-parasi¬
tes. Ils ont été déposés dans ma collection (n° 1176).
J’ai dit plus haut qu’il existait déjà quelques observations
Séance ou la Juillet i y i (>
527
relatives à la présence de Limaces dans le tube digestif de
l’Homme. Résumons-les et efforçons-nous de les interpréter.
t° Cas du Hunterian Muséum . — Le Musée limiter, au Collège des
Chirurgiens de Londres, possède, sous le numéro 195, un flacon renfer¬
mant deux Pseudhelminthes, qui auraient été évacués par l’anus. Celui
d’en haut est un Gardai Slurj , c’est-à-dire une Limace des jardins. Celui
d’en bas est une Chenille (1).
2d Cas d Anderson, cité par Poppe (2), 1834. — Un paysan ayant l'habi¬
tude de boire l'eau des mares est pris de vomissements fétides, qui se
renouvellent deux ou trois fois par jour ; il est atteint de constipation
tenace. 11 accuse à l’épigastre une tumeur qui est douloureuse à la pres¬
sion ; il ne peut se coucher sur le cùté droit sans être pris de vomisse¬
ments. On lui administre un traitement, à la suite duquel le malade rejette
par le vomissement une Limace (Arion ru fus) longue de quatre pouces,
qui vécut encore cinq jours. La guérison s’ensuivit.
3° Cas de Truempy , cité par Poppe, 1834. — Au mois de juillet, après
avoir bu l’eau d’un marécage, une femme perd l’appétit et le sommeil
et accuse une soif ardente, en même temps qu’une douleur à l’épigastre.
L’automne suivant, elle sent un animal vivant s’agiter dans son estomac:
les vomissements apparaissent. L’alimentation carnée et saline augmente
les douleurs : le lait les calme. La malade est prise de convulsions et sent
l’animal s’agiter plus vivement. Au mois de juin, elle expulse, au milieu
de très vives douleurs accompagnées de diarrhée et de ténesme, une
Limace (A non rufus) de grande taille.
De même que la précédente, cette observation ne peut être
acceptée qu’avec les plus expresses réserves. 11 semble inadmis¬
sible qu’une Limace puisse vivre onze mois dans l’estomac. Les
symptômes éprouvés par la malade dénotent un cas indéniable
de zoopathie ; on en connaît bien d’autres exemples (3). J’ai
rapporté jadis la curieuse histoire de 1’ « Homme aux Serpents »,
c’est-à-dire un castrés démonstratif de simulation hystérique (4*
Le cas de Truempy me paraît avoir exactement la même signifi¬
cation.
4° Cas de Shipley (5), 1914. - Un médecin rend dans ses déjections une
Limace légèrement digérée. On la> prend d’abord pour un Trématode ;
(1) Il existe plusieurs observations, vraies ou apocryphes, de pseudo-
parasitisme des Chenilles. L’interprétation de telles observations reste tou¬
jours très incertaine.
(2) F. A. Ed. Poppe, Collectanea qnœdani de Venu i bu s in cor pore hiunatio
uiuentibus. Lipsiæ, in-8 de vi-53 p., 1 834 i cf. p 5i.
(3) H. Lévy, Les délires de zoopathie interne. Thèse de Paris, 190O.
(4) R. Blanchard, L’Homme aux Serpents. Cas de pseudo-parasitisme
simulé chez un hystérique. Archives de Parasitologie , II, p. 460-4 79., 1899.
(5) A. E. Shipley, Pseudo-parasitisme. Parasitology , VI, p. 35 r , 1914.
528 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Collinge, de Birmingham, y reconnaît un exemplaire de Milax margînatus
(M ül 1er).
Shipley dit ne pas comprendre comment un être aussi mou a
pu traverser le lube digestif sans être digéré.
La collection Collingede Gastéropodes pulmonés, déposée au
Musée zoologique de Cambridge (Angleterre), renferme des
spécimens d’un Veronicella d’espèce indéterminée, sortis de
Bintestin d’un Cheval, à Lagos; ils sont encore moins digérés
que le Milax en question (i).
\
5 0 Cas de C. Gordon Hewitt( 2), 1914. — A Ottawa (Canada), une femme .
d’un certain âge, sentant des troubles d’estomac après s’être couchée, se
lève et prend un vomitif. Elle rejette une Limace vivante, longue de
35 mm. environ. Celle-ci, sur le conseil du médecin, fut présentée encore
vivante à IIewitt, qui reconnut effectivement une Limace commune des
jardins, mais sans en faire une détermination plus précise.
La malade était restée une quinzaine de jours sans manger ni légumes,
ni salade, ni aucun autre aliment végétal. Deux semaines plus tut, elle avait
mangé de la Laitue fraîche. C’est vraisemblablement à la faveur de celle-ci
que la Limace avait été déglutie. Elle était donc restée quinze jours dans
le tube digestif, sans périr et sans manifester en rien sa présence, sauf le
jour de son expulsion.
/ . ■
Comme la dentition des Mammifères, comme l’hypostome et
le péritrème des Ixodidés ou encore comme la plaque labiale
des larves de Moustiques, la radule des Gastéropodes présente,
dans chaque espèce, une structure particulière, en sorte que la
détermination spécifique de ces Mollusques peut se faire en
toute certitude d’après son seul examen. Dans la pratique, on
n’en est pas encore arrivé à un tel point, attendu qu’on n’a
encore décrit et figuré la radule que chez un très petit nombre
d’espèces; il y a là, néanmoins, un caractère distinctif d’une
valeur absolue.
Puisque je parle ici de la radule des Gastéropodes, qu’il me
soit permis de rappeler une intéressante observation de
Bavay (3). Ce savant helminthologiste a eu l’occasion d examiner
des corps spiralés, ayant ( aspect d’un ressort de montre, qui se
trouvaient en abondance dans les déjections d’un malade. II y
(1) Le genre Milax Gray, 1 855, résulte d’un dédoublement du genre Limax ,
par anagramme.
(2) G. G. Hewitt, On lhe occurrence of a Slug [Limax sp.) in the human
stoinach. Parasitology, VII, p. 127, 1914.
(3) A. Bavay, Un singulier Pseudhelminthe. Bull. Soc. Zool. de France,
XXI, p. 162, 189G.
Séance du 12 Juillet 1916
529
reconnut des radules de Patella vulgata , c’est-à-dire de ce
Gastéropode banal, en forme de cône, qui se fixe, souvent en
extrême abondance, sur les rochers battus par les vagues. Ces
intéressants spécimens ont été donnés par Bavay à la collection
de mon laboratoire; ils y figurent sous le numéro 38 r .
J’ai cru bon de citer ici cet exemple, afin d’avertir que des
cas semblables à celui de Bavay peuvent journellement se pré¬
senter à tout médecin, les différents Gastéropodes comestibles
étant tous pourvus d'une radule chilinoïde, qui n'est pas attaquée
parles sucs digestifs et peut, par conséquent, se retrouver dans
les déjections. La petitesse de cet organe est l’unique raison pour
laquelle, dans bien des cas, il passe inaperçu.
Au pseudo-parasitisme des Limaces, se rattache encore une
observation publiée par le professeur P. S. de Magalhaes (i), de
l’Université de Rio-de-Janeiro. Il s’agit d’une Limace de grande
taille, qu’un médecin de Rio prétendait être sortie du vagin
d’une de ses clientes et avoir été la cause de fortes hémorragies
utérines et même d’une grande perte de substance du col de la
matrice. En examinant ce cas de plus près, P. S. de Magaliiaes
a reconnu que le Mollusque n avait nullement séjourné dans
le vagin, mais s’était trouvé simplement sur des draps souillés
du sang de la malade et déposés depuis quelque temps déjà sur
le sol d’une cour ou d’un jardin.
Pour en finir avec l’histoire des Mollusques rencontrés chez
l’Homme, il me reste à rappeler que le Dr Michou a pu extraire
de la trachée d’un enfant de sept ans, près Essoyes (Aube), une
petite coquille d’Escargot dont l’enfant se servait comme de
sifflet (2).
Il ne me reste plus maintenant qu’à expliquer pourquoi la
Limace évacuée par le médecin dontSuiPLEY rapporte l ' histoire,
a pu traverser le tube digestif sans être digérée. La chose est
très simple et mon ami le Professeur Shipley me permettra de
lui rappeler que les Limaciens, quand on les irrite, se couvrent
d’une épaisse couche de mucus qui leur constitue une protec¬
tion efficace. Comme le venin cutané des Batraciens, comme
celui que produisent les foramina repugnatoria des Myriapodes
chilognathes, cette abondante substance glaireuse fait que les
(1) P. S. de Magalhaes, Notes d’helmintholog-ie brésilienne, huitième série .
Archives de Parasitologie, XU, p. 218-223, 1908; cf. p. 220.
(2) Journal de clinique et de thérapeutique infantiles , V, p. 939, 1897.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
530
Limaciens sans défense, non abrités dans une coquille, sont
généralement délaissés par les Oiseaux rapaces, par les Mammi¬
fères insectivores ou carnivores et, d'une façon générale, par les
animaux qui se nourrissent de proies vivantes. Introduites
fortuitement dans le tube digestif de l’Homme ou de quelque
animal, les Limaces sécrètent donc d'abondantes mucosités et
échappent ainsi, dans la plus large mesure, à l'action des sucs
digestifs.
IL — De ux cas de Myriapodes dans l’intestin
Depuis la publication des deux mémoires (i ) dans lesquels
j'ai démontré que les Myriapodes sont fréquemment pseudo¬
parasites de l'Homme, les observations de ce genre vont en se
multipliant. Elles confirment les faits d'ordre pathologique et
d'ordre biologique qui ont été formulés pour la première fois
dans les deux travaux susdits. L’intéressante observation rappor¬
tée récemment par MM. Laveran et Roubaud (2) en est une nou¬
velle preuve. Il en est encore de même pour deux cas nouveaux,
dont voici l’histoire :
1° Cas du JP Desprez, 11)10. — Une fillette de trois ans et demi pré¬
sente de légers symptômes d’embarras gastrique avec vomissements, mais
sans élévation de la température. Cet état dure depuis trois à quatre
jours, quand on appelle le I)*' Desprez, d’Epernon (Eure-et-Loir). Le
13 novembre 11110, on administre à l’enfant une cuillerée à café d’huile de
ricin et ce médicament provoque une selle dans laquelle on trouve un
Myriapode vivant. La guérison s’ensuit.
Le Myriapode m’est envoyé par l’intermédiaire de M. André
Lille, externe des hôpitaux, qui me le remet le 2.3 janvier 1911.
Il s’agit d’un Geophilus carpophagus , non encore catalogué.
2° Cas de //. Blanchard , 1915. — Le 16 juillet 1915, un petit garçon de
trois ans, jusqu’alors gai et bien portant, commence à manifester de l’in¬
quiétude; il pleurniche, se montre grognon et, l’après-midi, s’endort sur
les genoux de sa mère. Rien de particulier au cours de la nuit suivante, si
ce n’est qu’il transpire, contrairement à son habitude.
(1) K. Blanchard, Sur le pseudo-parasitisme des Myriapodes chez l’Homme.
A rchives de Parasitologie, I, p. 452-/jpo, 1898. — Nouvelles observations sur
le pseudo-parasitisme des Myriapodes chez l'Homme. Ibidem , VI, p. 2/j5-2.r)f>,
1902.
(2) A. Laveran et E. Roubaud, Sur un Myriapode ayant séjourné dans les
fosses nasales d’un Homme. Bulletin de la Soc . de pathol . exotique, IX. p. 2/j/j-
2 4 1 > . 1916.
Séance du 12 Juillet i i (>
V O 1
9 O J
Dang la matinée du 17, rien de spécial. Après le déjeuner, l’enfant est
maussade et pleurniche ; il a la tète chaude, les pieds froids et vomit. Il
vient s’endormir sur les genoux de sa mère ; d’habitude il ne dort jamais
l’après-midi. La nuit est calme, mais il transpire.
Le 18, tout va bien dans la matinée, mais l’enfant a les veux cernés, la
ligure pâle et fatiguée. Au repas de midi, il a bon appétit. Puis il devient
maussade et grimpe sur les genoux de sa mère, où il s’endort immédiate¬
ment. Au bout d’une heure, on le dépose sur un divan ; il y continue son
somme pendant deux à trois heures. Après son réveil, il va jouer au jar¬
din avec son frère et sa sœur jusqu’au dîner; mais il est mal en train, gro¬
gnon et a la paupière lourde. Il mange sa soupe à sept heures, comme
lous les jours, et va se coucher. Lien de spécial pendant la nuit.
Le 19, l’enfant est assez dispos. Il joue toute la matinée au jardin, puis
déjeune normalement. Après déjeuner, il joue encore jusqu’à quatre
heures, puis il est pris de somnolence et vient s’assoupir sur les genoux
de sa grand’mère. lien descend de temps à autre, pour se remettre au jeu,
mais il se fatigue vite et est obligé de s’interrompre. Vers sept heures, on
lui donne un peu de lait, et on le couche. Il s’endort aussitôt profon¬
dément.
Vers minuit, l’enfant gémit. Sa bonne va le voir et le trouve au milieu
de déjections liquides, glaireuses. Il ne souille plus son lit depuis long¬
temps, mais on lui laisse quand même, par précaution, une toile cirée et
un lange de coton. La bonne rassemble les coins du lange, l’enroule et le
pose dans le cabinet de toilette voisin, sur le linoléum. On nettoie l’enfant
et on le remet au lit ; il se rendort aussitôt.
Le 20 au matin, on le retrouve dans des déjections semblables aux pre¬
mières. Il a conscience d’être dans la saleté et s’en montre très vexé. A
son réveil, il a faim. Il reste somnolent toute la matinée, il est très fatigué
et s’endort sur les genoux de sa mère. A midi, il se plaint encore de la
faim; il mange abondamment, après quoi il se sent mieux. Il peut désor¬
mais être considéré comme guéri.
L’examen des déjections rendues vers minuit, dans la nuit du 19 au 20,
réservait une intéressante surprise. On y découvrit un animal vivant, que
l’on prit d’abord pour un Ver, mais qui portait de nombreuses pattes, à
l’aide desquelles il se mit à courir, aussitôt que le lange fut suffisamment
déroulé. On le recueillit et on le conserva vivant dans un tube en verre.
On examina avec le plus grand soin, mais sans y rien trouver, les
déjections évacuées par l’enfant dans son lit, dans la seconde moitié de la
nuit. Tl eut dans la matinée une selle semi-liquide, non fétide, avec abon¬
dance de gaz ; cetteselle est passée à travers un linge de coton, sans qu’on
y puisse trouver aucun animal. On administre alors à l’enfant deux pas¬
tilles de semen-contra au chocolat, et tout rentre dans l’ordre.
L’animal recueilli vivant me fut apporté le jour même ; il était
très actif. J’ai cherché à le nourrir et à le garder en vie, mais
sans aucun succès ; il est mort dans la nuit du 21 au 22 ‘juillet.
Cette fois encore, il s’agit d’un Geophilus carpophagus mâle.
Il est long de 48 mm., antennes non comprises, celles-ci possé¬
dant 14 articles, Il est pourvu de 5i paires de pattes ; la pince
532
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
génitale possède 5 articles. Il est déposé dans ma collection,
mais non encore catalogué.
L’enfant qui fait l’objet de cette observation habite Thiais
(Seine) ; il appartient à une famille de mes relations et je le
connais très bien. Son histoire présente un réel intérêt, en ce
qu’elle nous donne un tableau très complet des symptômes
déterminés parla présence d’un Myriapode dans le tube diges¬
tif. L’enfant jouait dans un jardin où se trouvent des Fraisiers
et divers arbres fruitiers; quand il pouvait échapper à la sur¬
veillance, il ramassait les fruits tombés pour les manger. Il est
donc facile de comprendre comment il a pu déglutir un Myria¬
pode.
Il résulte de nombreuses observations que les Myriapodes sont
capables de faire un séjour prolongé soit dans les voies aérien¬
nes, soit dans l’appareil digestif de l’Homme. Aux cas déjà
connus, Shipley vient récemment d’en ajouter un autre qui appelle
quelques réflexions.
Il s’agit d’une femme de (58 ans qui, depuis dix-huit mois, rend jour¬
nellement sept ou huit Myriapodes et parfois davantage, soit avec les
selles, soit par le vomissement, soit même par les narines. Ils provoquent
de l’épistaxis et des hématémèses. Le thymol, l’extrait éthéré de Fougère
mâle et l’essence de térébenthine sont sans action sur eux. La patiente a
la langue sèche et comme vernie, avec un enduit de sang desséché ; le
pharynx est dans le même état, mais le cœur, les poumons et l’abdomen
sont normaux. Le sang est également normal.
L’origine de ces pseudo-parasites est inconnue. Quatre ans auparavant,
se trouvant en Ecosse, la patiente y mangea beaucoup de Laitues et de
fruits. Son médecin pense qu’elle s’est contaminée dans ces conditions et
que, depuis lors, les Myriapodes se reproduisent dans son intestin.
Les animaux en question appartiennent à l’espèce Geophilus
gorizensis Latzel, d après la détermination de Shipley. Ce
savant parasitologue, se basant sur ce qu’on sait des mœurs des
Géophiles et des conditions de leur reproduction, se refuse à
croire que ceux évacués par la patiente aient pu se reproduire
dans l’intestin. Il note que les spécimens vus par lui présentaient
de très légers signes de digestion, mais il ne dit rien de leur
taille et de leur âge probable. On doit le regretter vivement, car
c’est là que gît toute la question.
Si ces animaux étaient capables de se reproduire dans le tube
digestif, la malade eût certainement évacué des individus de
tout âge et de toute taille, et le fait, assez frappant, n’eût pas
manqué d’être signalé. En l’absence de cette indication et en
Séance du 12 Juillet 1916
533
reconnaissant une grande valeur aux raisons invoquées par
Shipley, je me crois donc autorisé à conclure avec lui que les
Myriapodes ne sont pas nés dans le tube digestif.
Dès lors, comment interpréter cette observation ? La chose
n’est pas facile. Notons toutefois l’absence de tous symptômes
gastro-intestinaux, l’état normal du sang et de sa formule leuco¬
cytaire, l’absence à peu près complète d’éosinophiles, dont le
nombre ne dépasse pas 1 p. 100, et concluons sans hésiter que
les Myriapodes ne sont point passés par le tube digestif. Il s’agit
donc ici d’un cas de simulation, tout à fait comparable à celui
que j’ai publié avec le Dr Savignac, concernant une femme de
55 ans, qui vomissait ou crachait journellement des Annélides
terrestres de la famille des Enchytréides (1).
Une telle observation ne saurait donc être invoquée en faveur
du parasitisme inchoatif, comme disait Giard, c’esl-à-dire de
l’adaptation des Myriapodes à la vie parasitaire.
III. — Anguillüles dans l’urine
Le Dr D., ancien interne des hôpitaux, donnait ses soins à un
homme de 5o ans, atteint de néphrite grave avec hématurie très
abondante et présence constante de cylindres granuleux dans
l’urine. Une certaine quantité d'urine fut envoyée à fins d’ana¬
lyse à M. G., pharmacien très distingué et micrographe habile.
En procédant à l’examen microscopique de l’urine, M. G. trouva
dans la préparation un certain uombre de Nématodes vivants ;
plusieurs préparations successives donnèrent le même résultat.
MM. D. et G. vinrent alors me trouver pour me montrer leurs
préparations ; c’était le 2 juin 1904. Les Nématodes étaient
morts, mais ils étaient facilement reconnaissables pour des larves
d’Anguillule. Chacune des trois préparations qui me furent
montrées en contenait de 4 à 10. Un flacon renfermant environ
80 cm! d’urine me fut laissé; j’y cherchai les Anguillules, mais
sans succès, malgré un grand nombre de préparations. L’urine
fut centrifugée en totalité, par doses fractionnées, mais dans
aucun cas il ne me fut possible de trouver la moindre Anguillule
dans le culot. Je prévins donc MM. D. et G. de l'insuccès de mes
(1) R. Rlanchard et R. Savignaç, Pseudo-parasitisme des Oligochèles chez
l'Homme, à propos d’un cas nouveau. Bull, de C Acad. de méd., (3), LXIII,
p. /| 1 9-/|33. 1910. Archives de Parasitologie, XIV, p. 4û-53, 1910.
534
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
recherches ; le lendemain, ils m’écrivaient qu’ils avaient constaté
de nouveau la présence des Anguillules vivantes dans l'urine
du même malade ; ils m'envoyaient en même temps un nouveau
flacon d’urine. Celle-ci, examinée par les mêmes procédés, ne
renfermait aucune Anguillule. Les choses en restèrent là.
Un peu plus tard, le 20 juin 1904, M. G. recevait, aux fins
d analyse, l'urine d'un jeune homme d'une vingtaine d'années,
atteint de néphrite aiguë avec légère hématurie et avec cylindres
fibrineux dans l’urine. H retrouva encore des Anguillules et
m’envoya de l’urine, dans laquelle, pour ma part, je ne pus
observer rien de çemblable.
Décidément, il devait exister quelque cause d’erreur. J’insis¬
tai pour qu’elle fut recherchée; on finit par constater que les
Anguillules provenaient des godets d’un porte-tube en bois. La
pipette avec laquelle on puisait l'urine à analyser était posée
finalement dans ce porte-tube; elle n’était d'ailleurs pas toujours
lavée entre deux prises d’urine. La petite cupule, dans laquelle
la pointe de la pipette s’égouttait, avait offert un bon milieu de
culture à des œufs d’Anguillule disséminés avec la poussière;
les embryons et les larves remontaient dans la pipette et, lors
du prélèvement d'une goutte d'urine pour l’examen microsco¬
pique, se trouvaient ainsi transportés sur la lame de verre.
Telle était l'explication du mystère. Des Vers, dont aucun
n’était adulte, furent effectivement trouvés en assez grand
nombre dans plusieurs godets du porte-tube. Eu égard à leur
abondance relative, il est surprenant que ces pseudo-parasites
n’aient pas été observés plus fréquemment dans les préparations
microscopiques par M. G., dans le laboratoire duquel se fait
chaque jour un certain nombre d’analyses d’urine.
L' Anguillula aceti, qui se trouve ici en cause, est un Nématode
des plus répandus. II vit communément en saprozoïte dans le
vinaigre, dans l’empois d’amidon et dans d'autres milieux nor¬
malement acides ou pouvant le devenir par fermentation. Il s’y
multiplie très facilement et présente même la plus grande
résistance à l’égard de substances très toxiques (1).
Ses œufs, incorporés à la poussière et soulevés par le vent,
sont disséminés de toute part et viennent tomber sur les milieux
les plus divers. Ainsi s’explique son extrême ubiquité.
• * #
(1) IA. IAlanchard, Sur la préparation et la conservation des organismes
inférieurs. I truite internai tonale des sciences , [II, p. a/|5, 187p.
Séance du 12 Juillet 1916
v* r\ \*
II est le type d'un genre autrefois assez vaste, mais récemment
démembré par l’éminent zoologiste hollandais, mon ami J. -G. de
Man, et ne comprenant plus à l'heure actuelle que trois espèces.
L'une de celles-ci, Angiiillala Silusiæ de Man, nous offre un
certain intérêt, en ce sens qu’elle pourrait être observée quelque
jour à l'état de pseudo-parasite. Elle abonde en effet, ainsi que
certains Acariens, dans les disques de feutre qui servent dans
les brasseries de supports pour les verres de bière. Elle a été
découverte dans ces conditions dans la ville de Schleusingen,
en latin Silasia, d'où son nom spécifique (i).
Des Nématodes appartenant à la famille des Anguillulidés ont
été déjà rencontrés dans l’urine par d’autres observateurs. J’ai
cité ailleurs (2) le cas rapporté par Scheiber en 1880. Il s’agissait
d’une paysanne hongroise, qui rejetait journellement par l’urine,
depuis un certain temps, un très grand nombre de V ers. Ceux-ci
furent déterminés comme appartenant à l’espèce Rhabditis peJlio
(Schneider, 1866).
L’espèce en question habite normalement la terre chargée de
matières organiques en décomposition ; elle n’est aucunement
parasite. Amenée au niveau de la vulve par des ablutions ou
plus vraisemblablement par des cataplasmes de terre, dont les
paysans hongrois font souvent usage, elle a pu néanmoins péné¬
trer dans le vagin et, trouvant dans, le mucus une nourriture
suffisante, s’y multiplier abondamment.
Aux Etats-Unis, Stiles et Frankland (3) ont publié l'observa¬
tion d’une jeune femme dont l’urine renfermait l’Anguillule du
vinaigre (. Anguillula aceti ) à tous les états de développement.
Cette fois, les Vers provenaient réellement de la vessie, et non
du vagin. On les trouvait dans l’urine émise normalement, tout
aussi bien que dans celle puisée dans la vessie au moyen d’une
sonde. La malade était atteinte de néphrite parenchymateuse
chronique; son urine était aèide et renfermait fréquemment de
l’albu mine.
Les parasites étaient très actifs, tant que l’urine, conservée
(1) J. -G. de Man, Angiiillala Silnsiae de Man, eine neue in den sogenannten
Bierfilzen iebende Art der Galtung Anguillula Ehrb. Annales de la Soc. roijale
zool. et malacol. de Belgique, XLVIII, p. 1-9, 1914.
(2) R. Blanchard, Traité de Zoologie médicale. Paris, 2 vol. in-8. 1890 ; cf.
Iï, p. 64.
(3) Gh.-YV. Stiles and W.-A. Frankland, A case of vinegar Bel {Anguillula.
aceti) infection in lhe bu ni an bladder. Bulletin B. . I . n» 35, p. 35, 1902,
536
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans un vase restait acide; ils devenaient immobiles et mou¬
raient, quand celle-ci devenait alcaline. Ils ne semblaient avoir
aucune corrélation avec l’état pathologique Ils se reproduisaient
dans l’urine, tout comme ils l’eussent fait dans le vinaigre ou
dans la colle de pâte. C’étaient donc de simples saprozoïtes. On
n'a pu élucider de quelle manière ils étaient arrivés dans la
vessie.
IV. — Un faux cas de Strongle géant
Voilà environ six ans, vers les six heures et demie du soir, je
me disposais à quitter le laboratoire, quand on m’annonça la
visite de mon jeune ami M. X., interne des hôpitaux et fils d’un
de mes collègues de l’Académie de médecine.
— Je passais par ici, me dit-il ; j’ai vu de la lumière et je suis
monté pour vous saluer, pensant qu’il vous intéresserait de voir
des préparations que j’ai précisément sur moi.
— Très volontiers. De quoi s’agit-il ?
— D’un cas de Strongle géant. Nous avons trouvé les œufs en
abondance dans l’urine. Cliniquement, le cas est grave; on doit
pratiquer demain matin la néphrectomie.
J'examine deux ou trois préparations : aucune d’elles ne con¬
tenait d'œufs de Strongle géant ; en revanche, on y trouvait un
grand nombre de sphérules de leucine.
— Voilà les œufs, inédit M. X., en me montrant les sphérules.
J’eus quelque peine à lui faire comprendre que le chirurgien
dont il était l’interne, que lui-même et les autres personnes du
service qui avaient examiné les urines au microscope, avaient
été victimes d’une redoutable erreur de diagnostic. Je dus lui
montrer une préparation renfermant l’œuf véritable du Strongle
et lui mettre sous les yeux une figure représentant la leucine,
telle qu’elle se présente dans l’urine; l’allas de Degijy et Guil¬
laumin me servit à cette démonstration (i).
(i) M. Deguy et A. Guillaumin, Traité de microscopie clinique. Paris,
grand in-8 de viii-427 p- et q3 planches, 1906; cf. p. 33o et pl. LXX, fig. 2. —
« La leucine pure cristallise en fines lamelles larges, superposées, dont les con¬
tours se distinguent difficilement. Dans les urines pathologiques, elle appa¬
raît sous la forme de sphérules d’aspect terne et de couleur jaunâtre, plus ou
moins régulièrement arrondies, ressemblant assez à des cellules adipeuses.
Ces sphérules sont de grosseur variable, tantôt isolées, tantôt réunies à
d’autres sphérules plus petites accolées à leur surface ».
Séance du 12 Juillet 1916
537
Une fois convaincu, M. X. se rendit en toute bâte auprès de
son chef de service et l’opération fut contremandée.
— J’en frémis encore, me dit-il par la suite, quand je pense à
ce qui aurait pu arriver, si je n’avais pas eu l’heureuse inspira¬
tion de venir vous voir et la chance de vous rencontrer (1).
V. — Un faux cas de kyste hydatioue du poumon
L’observation qui va suivre date de l’année 1896. Par un senti¬
ment de déférence que chacun comprendra, je n’ai pas voulu la
publier, tant que le savant très estimable qui s’y trouve impliqué
était encore de ce monde ; elle n’eût jamais été publiée, si j étais
mort le premier. On reconnaîtra qu’il est nécessaire de la mettre
au jour, puisque cette publication doit avoir pour conséquence
de faire disparaître une erreur qui n’a duré que trop longtemps
et qui, propagée par un ouvrage classique tiré à de multiples
éditions, a répandu des idées fausses parmi plusieurs générations
médicales. Amiens P lato , sed magis arnica veritas.
Le 12 octobre 1896, le Dr L. R., ancien interne des hôpitaux
et actuellement l’un des praticiens les plus en vue de Paris,
m’apportait, de la part du Professeur Dieulafoy, dont il était
alors l’assistant, une préparation microscopique, consistant en
une coupe d’une membrane rendue par un malade de l’hôpital
Necker. « Nous pensons, me dit-il, qu’il s’agit d’un kyste hyda¬
tique du poumon et nous en voyons la preuve dans les crochets
qui se montrent en abondance dans la préparation ». Gela dit, il
me raconta l’histoire du malade.
Celui-ci 11’était autre que le concierge de l’hôpital Necker.
Depuis plusieurs mois, il était sujet à une petite toux sèche, inces¬
sante, sans expectoration ou s’accompagnant tout au plus de
quelques gouttes de salive spumeuse. Le Professeur Dieulafoy
l'avait pris en observation. Il avait cru tout d’abord à de la tuber¬
culose pulmonaire, mais le Bacille spécifique faisait complète¬
ment défaut, l’auscultation et la percussion ne donnaient aucun
signe certain. A force d’examiner le malade, que cette toux inces¬
sante incommodait et qui avait légèrement maigri, on finit par
(1) Pour donner à ce cas un caractère d’authenticité indéniable, j ai cité
devant la Société de pathologie exotique le nom des personnes en cause. On
comprendra que je m’abstienne de le répéter ici.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
538
penser à de la tuberculose miliaire, sans jamais se demander si
la toux n’était pas due plutôt à quelque irritation de la gorge ou
des premières voies aériennes.,
Les choses duraient ainsi depuis plusieurs mois et le diagnostic
restait incertain, quand un jour le malade, à la suite d'un accès
de toux, rejeta une membrane large comme l'ongle du pouce,
après quoi la toux cessa complètement et d’une façon définitive.
Grand émoi à la clinique î On recueille la membrane et l’on
conclut à l'existence d’un kyste hydatique du poumon, rompu
dans les bronches et partiellement expectoré. On tenait enfin le
diagnostic de ce cas singulier, qui avait tant intrigué tout le
service î Les coupes pratiquées dans la membrane avaient con¬
firmé, sans aucune hésitation possible, ce diagnostic, puisqu’elles
présentaient en grand nombre les crochets que chacun sait être
caractéristiques de l’J {ydatide.
« Gomme vous voyez, me dit le Dr L. H. en concluant, le cas
est des plus intéressants; M. Dieulafoy va en faire l'objet d’une
de ses prochaines leçons cliniques. »
.l’examinai donc la préparation qui m’était apportée et je
reconnus, au premier coup d’œil, qu’il ne s’agissait nullement
d’une membrane hydatique, mais bien d’une membrane végé¬
tale. Ce qu’on avait pris pour des crochets d’Hydatide, ce n’était
pas autre chose que de longs poils développés sur des cellules
épidermiq ues (fig. î).
Mon interlocuteur avait apporté le reste île la membrane
rejetée par le malade. Examinée à la loupe, elle présentait indu¬
bitablement le caractère d’une membrane végétale. Je rendis le
Dl L. R. témoin de ces constatations et je conclus à une erreur
de diagnostic. Il n'y a donc pas lieu, lui dis-je, d’envisager ce
cas comme un exemple de kyste hydatique du poumon et encore
moins de lui consacrer une leçon clinique.
Il partit convaincu et rapporta mon opinion à son chef. Celui-
ci n’en tint aucun compte : il fit sa leçon clinique et y présenta
son malade comme ayant évacué par une vomique un kyste
hydatique du poumon; il insista sur les difficultés du diagnostic
de ce cas remarquable et en analysa les symptômes avec sa
virtuosité coutumière. Fort heureusement, cette leçon ne figure
dans aucun des volumes publiés sous le titre de Clinique médi¬
cale de r Hôtel-Dieu de Parus : l’observation a d’ailleurs été faite
à l’hôpital Necker. Mais celle-ci est rapportée dans plusieurs
Séance di: ra Juillet 1916
éditions successives du Manne! de Pathologie interne et s y
trouve donnée comme un exemple typique de kyste hydatique
du poumon. Voici en quels termes (1) :
Fig. 1. — Coupe du Dr L. K , déposée dans les colleclions de mon laboratoire.
Dans bien des cas l’ouverture du kyste est précédée ou accompagnée de
lésions broncho-pulmonaires importantes à connaître et à signaler ; la
congestion pulmonaire, la broncho-pneumonie, la pleuro-pneumonie, ont
été observées (Walske, Loiueux). Ce coté de la question a été délaissé
par quelques-uns des auteurs, qui ont décrit l’Ilydatide pulmonaire. Un
cas que j’ai observé l’an dernier dans mon service à l’hôpital Necker,
résume bien cette question. Il s’agit d’un de mes infirmiers qui fut pris de
lièvre, de toux, de douleurs thoraciques et d’une expectoration hémo¬
ptoïque. A l’examen du malade on trouva des raies muqueux, sous-
crépitants, et un souille léger dans le tiers moyen de la poitrine, en
arrière, du coté droit. Cet état là simulait une pneumonie bâtarde ou
un infarctus pulmonaire. Fendant plusieurs jours ces signes stéthosco¬
piques ne se modifièrent pas, à l’exception de quelques frottements
qui vinrent se mélanger aux râles diffus. L’expectoration continuait à être
abondante, visqueuse et hémoptoïque, puis elle changea de nature, elle
devint muco-purulente, et un jour, le malade rendit et nous montra
quelques lambeaux de membranes bydatiques qui permirent immédiate¬
ment de faire le diagnostic de cette lésiou broncho-pleuro-pulmonaire. La
lièvi’c céda. Le kyste hydatique avait suppuré et tout le territoire avoisi-
( 1 ) G. Dikulafov, Manuel de Pathologie interne . Paris, 8« édition, 3 vol.
112 X 1O2 mm., 1890. Tome b‘r. p. 345-35 1, kt/ste hydat'ujue du poumon ; cl.
p. 348-349.
540
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nanl en avait subi le contre-coup sous forme de pneumonie bâtarde. Ces
poussées pneumoniques (lésions à Pneumocoques) peuvent exister à diffé¬
rentes périodes de l'évolution du kyste ; elles sont aussi importantes à
connaître que les pleurésies dont je parlais au début de cet article.
Le Professeur Dieulafoy est mort depuis plusieurs années :
son œuvre appartient donc à la critique historique et je ne crois
pas manquer à sa mémoire en redressant l’erreur de diagnostic
commise par lui dans les circonstances qui nous occupent.
Gomme je le disais plus haut, je considère comme une obli¬
gation de corriger cette erreur et de dire aux médecins qui
ont lu ou qui liront le passage ci-dessus que les signes clini¬
ques du kyste hydatique du poumon ne sont point tels qu’ils
s’y trouvent exposés.
Sur ma demande, le L)1 L. H. se dessaisit de la membrane
expulsée par le malade, en faveur de la collection du Labora¬
toire de Parasitologie ; elle y a été déposée sous le numéro 378.
J’ai donc pu en prélever un fragment et pratiquer des coupes ;
celles-ci se sont montrées identiques à celle qui m’avait été
remise et qui figure également dans mes collections.
La membrane est limitée d’un côté par un épiderme portant
de longs poils et de l'autre par de larges cellules déchiquetées,
sans épiderme. 11 n’y a de stomates nulle part. Qu’est-ce ? Frag¬
ment d’une feuille douée d’une certaine épaisseur et dédoublée
Séance du 12 Juillet 1916
54 1
par délamination en son milieu? Ou bien enveloppe d’un fruit
charnu et velu, tel que la pêche ? Cette dernière supposition
était exacte, comme la suite va le montrer.
En cette saison, les pêches fraîches étaient introuvables, mais
il n’était pas difficile de se procurer des pêches de conserve. La
peau de l’une d’elles, enlevée et débitée en coupes, me donna
des préparations identiques à celles fournies par la membrane
rejetée par le malade (fig. 2).
Aucun doute n’est donc possible : il ne s’agit aucunement,
dans cette observation , d’un kyste hydatique du poumon évacué
par vomique, mais du rejet, dans un accès de toux, d’une pelure
de pêche qui était venue se coller contre une amygdale ou
contre l’un des piliers du voile du palais et qui était demeurée
des mois en cette position, jusqu’à ce qu elle fût expulsée par un
accès de toux. L’exploration de la gorge au laryngoscope, peut-
être même simplement à l’œil nu, aurait fait découvrir à coup
sûr le corps du délit et aurait évité l’erreur de diagnostic qui fait
l’objet de cette histoire.
★
* *
Le 16 décembre 19 10, je faisais ma sixième leçon sur les pseudo¬
parasites. Racontant à mes auditeurs l’histoire des deux Limaces
de Colombie, rapportée plus haut, je disais combien il est habi¬
tuel devoir tenir en médiocre estime la Parasitologie et les ren¬
seignements qu elle est en mesure d’apporter à la Clinique. Je
m’exprimais en ces termes, qui me semblent être la conclusion
logique de ce qui précède :
« C’est monnaie courante de voir contester les secours que la
Parasitologie apporte à la Médecine, mais nous nous en conso¬
lons facilement, car il en est toujours ainsi à l’égard de toute
doctrine nouvelle. Nous savons bien que nous aurons le dernier
mol, et cela nous est la meilleure des satisfactions. Le flambeau,
A
que nous tenons d’une main ferme, qu'aucune bourrasque ne
pourra plus éteindre, et à la lumière vivifiante duquel vous venez
vous instruire, répandra désormais des clartés infinies dans le
domaine encore si obscur de la Médecine : grâce à lui, celle-ci
va accomplir d’immenses progrès dont nous saluons l’aurore
avec une absolue confiance. »
542
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
American Journal of Tropical Diseuses and Préventive Medicine ,
t. 111, n° 7, juin 1916.
British Medical Journal, nos 2894-2897, 17 juin-8 juillet 1916.
Geneeskundig Tijdschrift voor JAederlandsch-Indiè\ t. LVI,
f. 2, 1916.
Indian Journal of Medical Research , t. 111, f. l\, avril 1916.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene , t. XIX, n° 12,
i5 juin 1916.
Malaria e Malattie dei Paesi caldi , t. VII, f. 3, 20 juin 1916.
Malariologia , t. IX, n° 3, 3o juin 1916.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz, t. Vil, f. 2, 1915.
Review of applied E ntomolog y , sér. A et B, I. IV, f. 6, juin 1916.
Revue scient ificfue, nos 1 2- r 3 , 10 juin -S juillet 1916.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. IX, n° 7, juin 1916.
Tropical Diseases Bulletin , t. VII, nos 6 et 7, i5 juin et 1 5 juil¬
let 1916.
Tropical Veterinary Bulletin, t. IV, n° 2, 3o juin 1916.
Séance du 12 Juillet 1916
543
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine .
American Society of Tropical Medicine .
Armais of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana .
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum .
British medical Journal .
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar _
Genceskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal of the Royal Army Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Malariologia.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences ).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud.
Revista de Veterinaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review of applied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
('Londres').
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veterinary Bulletin.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
IMPRIMERIE L. BARNEOIID ET C,e
2 : , * '
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Tome IX.
1916
No 8.
.
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
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Séance du 11 octobre 1916
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît 10 fois par an
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
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Neuvième année
1916
N» 8.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU II OCTOBRE 1 9 1 6 .
PRESIDENCE DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
Le Président. — Mes chers Collègues, j’ai le grand regret de
vous taire connaître que notre Société a été, dans ces derniers
mois, cruellement éprouvée.
Décès du Professeur Elie Metchnikoff
Le Professeur E. Metchnikoff qui était membre honoraire de
notre Société a succombé le i5 juillet dernier a une longue et
douloureuse maladie ; sa mort a suscité d’universels regrets.
Elie Metchnikoff était né le i6 mai i845 dans un village du
Gouvernement de Kharkoff (Russie); après avoir terminé ses
études classiques au gymnase de Kharkoff, il suivit les cours
de la Faculté des sciences naturelles de cette ville et, au bout de
deux ans, après avoir passé sos examens de licence, il partit
pour l'étranger.
Metchnikoff séjourna successivement à Helgoland, où il com¬
mença ses études sur la faune maritime, dans les Universités
de Giessen et de Gœttingen, à l’Académie de Munich et à Naples ,
où il prépara ses Thèses de doctorat.
En 1867, Metchnikoff est docent en Zoologie à la nouvelle
Université d Odessa, puis à l'Université de Saint-Pétersbourg. En
1870, il retourne à l’Université d'Odessa en qualité de Professeur
^7
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
546
ordinaire de Zoologie et d’Anatomie comparée et il y reste jus¬
qu'en 1882.
A cette époque, il part pour Messine dans le but de poursui¬
vre ses études d’embryologie comparée, et c’est là qu'il découvre
le phénomène de la phagocytose chez les animaux inférieurs,
découverte mémorable qui donne à ses travaux une orientation
nouvelle.
En 1886, Metciinikoff est nommé Directeur du laboratoire bac¬
tériologique d’Odessa et, en 1888, il entre à l lnstitut Pasteur où
Pasteur l'accueille avec empressement, cequi lui permet de con¬
tinuer dans d’excellentes conditions ses recherches sur la pha¬
gocytose.
Metciinikoff, après tous les déplacements que je viens de signa¬
ler, était entré au port ; c’est de son laboratoire de la rue Dutot
que sont sortis, depuis 1888, tous les ouvrages qui ont rendu son
nom célèbre; c'est dans ce laboratoire qu’il a travaillé infatiga¬
blement jusqu'au jour où la maladie l a terrassé.
En 190.5, Metchnikoff avait été nommé Sous-Directeur de l'Ins¬
titut Pasteur.
L'œuvre de Metciinikoff est si grande, et si complexe, que je ne
puis pas songer à donner même une simple énumération de ses
travaux; je devrai me borner à rappeler ses découvertes les plus
importantes et ceux de ses ouvrages qui présentent, au point de
vue médical, le plus d’intérêt.
Metciinikoff a consacré d’abord son activité scientifique à l’em¬
bryologie comparée des animaux inférieurs; il a publié deux
volumes remarquables sur l’embryologie des Insectes et sur l’em¬
bryologie des Méduses.
C’est en étudiant les larves des étoiles de mer connues sous le
nom de Bipinnaires que notre regretté collègue a été conduit à
faire ses premières observations sur le rôle des leucocytes. Ces
larves sont minces et transparentes, si bien qu’il est possible de
procéder sur elles à des observations microscopiques in vivo.
Metchnikoff constata que, si on introduisait une écharde piquante
dans le corps d’une Bipinnaire, on voyait le lendemain une masse
de cellules, d’ordinaire mobiles dans le corps de l’animal, entou¬
rant l’écharde. Il en conclut que cet afflux de cellules vers le corps
étranger représentait un procédé de défense de l’organisme qui
probablement pouvait être utilisé contre les microbes patho¬
gènes.
Séance ou n Octobre 1916
U1
Pour vérifier cette hypothèse, Metchnikoff se servit des Daph¬
nies (connues vulgairement sous le nom de puces d’eau)qui sont
sujettes à une maladie occasionnée par un microbe dont les spores
tsonl en forme d’aiguille. Avalées par une Daphnie, ces spores tra¬
versent la paroi du tube digestif et pénètrent dans la cavité du
corps ; là une lutte s’engage entre elles et les cellules mobiles qui
correspondent aux leucocytes du sang des Vertébrés et, comme
il s’agit d’un animal très petit et transparent, on peut suivre au
microscope les différentes phases de cette lutte sur la Daphnie
vivante. Quelquefois les spores réussissent à germer, et les
microbes pullulent, plus souvent les cellules mobiles tuent
et digèrent les spores infectieuses et assurent l’immunité de l'or¬
ganisme.
Telles sont les deux expériences très simples et très démons¬
tratives qui ont servi de base à la théorie phagocytaire de l'im¬
munité. L’application de cette théorie à des organismes élevés a
présenté, naturellement, beaucoup plus de difficultés que chez
les Daphnies, et c'est seulement à la suite de longues controver¬
ses que Metchnikoff et ses élèves ont réussi à démontrer le rôle
capital des phagocytes dans la lutte que l'homme et les animaux
supérieurs ont si souvent à soutenir contre les maladies micro¬
biennes.
En 1892, Metchnikoff publia ses Leçons sur la pathologie com¬
parée de V inflammation et, en 1901, son ouvrage intitulé : U im¬
munité dans les maladies infectieuses , œuvres magistrales qui
eurent un grand succès et qui consacrèrent le nom désormais
célèbre du Professeur de l’Institut Pasteur.
Parmi les travaux les plus connus de Metchnikoff, je citerai
encore les Recherches sur la syphilis chez les singes, faites en
collaboration avec notre éminent collègue le D1 E. Roux, les
Etudes sur la flore intestinale dans ses rapports avec les mala¬
dies du tube digestif, enfin les travaux sur la vieillesse, les cau¬
ses de la déchéance qu elle entraîne plus ou moins rapidement
et les moyens de prévenir cette déchéance ou du moins de la
retarder.
Metchnikoff était membre associé de notre Académie des
Sciences et de notre Académie de Médecine, Docteur honoraire
des Sciences de 1 Université de Cambridge, membre étranger de
la Société Royale de Londres, membre honoraire de l’Académie
des Sciences et de l’Académie de Médecine de Pétrograd, mem-
548
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
bre correspondant de plusieurs autres Académies ; Commandeur
de la Légion d’Honneur. En 1908, le prix Nobel de médecine et
de physiologie avait été attribué à Metchnikoff et à Eiirljch pour
leurs travaux sur l'immunité.
Au nom de la Société de pathologie exotique, je prie
Madame Metchnikoff qui a été la dévouée collaboratrice de notre
très regretté collègue dans la plupart de ses recherches d’agréer
{ assurance de notre respectueuse et profonde sympathie et
j adresse de très sincères condoléances à notre éminent collègue
le D1 Houx qui, en perdant Metchnikoff, a perdu un ami de
trente ans et un très précieux collaborateur.
Décès de M. le D Borel
Le 1> F. Borel, membre associé de notre Société, est mort au
mois de juin dernier à Marseille.
Le Dr Borel qui appartenait au Service sanitaire maritime
avait fait partie du service international de santé de Gonstanti -
nople, il avait été ensuite Directeur du lazaret de Camaran ;
rentré en France, il avait été nommé, eu 1904, Directeur du ser¬
vice sanitaire maritime au Havre.
Mobilisé avec le grade de médecin-major, Borel fut nommé
Directeur de la santé à Marseille eu 1916; dans ce poste, si
important en tout temps, et particulièrement surchargé depuis le
début de la guerre, notre collègue fut soumis à des fatigues
extrêmes qui altérèrent rapidement sa santé; il resta courageu¬
sement à son poste jusqu’à la veille de sa mort.
Borel est Fauteur d’une série d’ouvrages d’un grand intérêt au
point de vue de l'hygiène et de la police sanitaire maritimes ; on
}ui doit un ouvrage sur le pèlerinage de la Mecque ; en collabora¬
tion avec M. le Professeur Ghantemesse il a publié les ouvrages
suivants: Frontières et prophylaxie , Mouches et Choléra , Mous-
tigues et Fièvre jaune ; en collaboration avec MM. Ghantemesse
et Dupuy, il avait commencé un Traité d hygiène maritime dont
le premier volume a paru.
Au nom de la Société de pathologie exotique j’adresse de sin¬
cères condoléances à la famille de notre très regretté collègue.
r. ; .v ' ff.,
» 1
Séance du ii Octobre 19 iG
349
Décès de M. Roudsky (David
Notre collègue D. Roudsky, membre correspondant de la
Société, attaché depuis plusieurs années à mon laboratoire, est
mort glorieusement le mois dernier au cours d'une des offensi¬
ves victorieuses de nos armées en Picardie.
x4u moment de la mobilisation, Roudsky, bien que sa santé
laissât à désirer, tint à honneur de servir la France, sa seconde
patrie ; n’ayant encore que 10 inscriptions en médecine, il fut
nommé médecin auxiliaire et attaché à un régiment d'infan¬
terie. Pendant deux ans il remplit, au front, ses périlleuses
fonctions avec un dévouement et un courage admirables, ce qui
lui valut d'être cité deux fois à l’ordre. Je transcris le libellé d’une
des citations dont il fut l’objet au 5e Corps d'armée: « Après
l’explosion d'une mine allemande, le 3i juillet, s’est empressé de
monter dans la tranchée de première ligne, est entré le premier
dans la mine éboulée pour sauver des hommes ensevelis, a sti¬
mulé par ses paroles énergiques et par son exemple l’entrain de
tous et a pu ramener à la vie, après 5o minutes de soins éclai¬
rés, le maître-ouvrier Barberousse. A subi lui-même un com¬
mencement d asphyxie ».
A plusieurs reprises Roudsky avait vu la mort de bien près ;
le 24 septembre dernier, la veille de sa mort, il m’écrivait qu’en
4 jours, sur 20 hommes de son personnel, il en avait perdu 12,
dont 5 tués et 7 blessés, et il m'annonçait qu’une attaque aurait
lieu prochainement. C’est au cours de cette attaque, le 20 sep¬
tembre, qu’il a été atteint, au thorax, par un gros éclat d'obus ;
la mort a du être instantanée.
Le médecin-major qui était le chef de service de Roudsky m’a
fait connaître en ces termes la triste nouvelle : h J’ai la douleur
de vous annoncer la mort de Roudsky tombé au champ d’hon¬
neur ; c’était un auxiliaire précieux et un ami ».
Un brancardier qui a vu notre collègue à l’œuvre a écrit:
« C'était un homme d une belle et grande bravoure qui ne recu¬
lait devant aucun danger pour aller porter secours à ses cama¬
rades sur le champ de bataille ».
Roudsky a publié une série de travaux très intéressants basés
presque tous sur des recherches expérimentales où il se complai¬
sait. La plupart de ces travaux ont pour objet les trypanosomes.
L’étude des rapports existant entre le Trypanosoma Lewisi et
#
550
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
I
1
'il;
%
t
/
le Tr. Duttoni a été conduite d’une façon remarquable par
Roudsky qui a réussi à obtenir une variété du Tr. Lewisi inocu¬
lable en série à la souris et pathogène pour ce rongeur et une
variété du Tr. Duttoni de la souris inoculable en série au rat et
pathogène pour ce rongeur; Roudsky a montré enfin qu’il y
avait immunité croisée entre le Tr. Lewisi et le Tr. Duttoni.
devenu infectieux pour le rat, d’où il résulte que les 2 trypano¬
somes ne constituent pas des espèces distinctes, mais des variétés
d’une même espèce, adaptées à des animaux différents.
En collaboration avec moi, Roudsky a étudié l’action si
curieuse de l’oxazine et de l’acridine sur différents trypanosomes
et les effets thérapeutiques de plusieurs composés chimiques
dans les trypanosomiases expérimentales.
Je citerai enfin des notes sur la culture aseptique de Zea maïs
dans un milieu liquide où l’azote minéral était remplacé par du
sérum de cheval et en présence de quelques quinoïdes.
Roudsky avait commencé la rédaction d’une thèse de Doctorat
ès-Scie lices sur les Trypanosomes qui aurait été une œuvre
remarquable.
La mort d’un jeune savant aussi travailleur, aussi bien doué
que l’était Roudsky, et dont les premiers travaux donnaient
d’aussi belles espérances, constitue une grande perte que chacun
doit déplorer ; pour ma part, je déplore d’autant plus cette mort
que j’avais trouvé en notre collègue un précieux collaborateur
et un ami.
Le souvenir de Roudsky, de sa vie, trop courte, hélas ! consa¬
crée entièrement à la science, et de sa mort glorieuse pour une
noble cause, ne périra pas.
J’adresse à la famille de notre très regretté collègue, déjà si
éprouvée, l’expression sincère de notre profonde sympathie.
Elections
La Société, sur la proposition du Conseil, décide d’ajourner à
nouveau les élections de fin d’année, à l’exception, — cette
année, — des élections de membres correspondants, français et
étrangers. Elle procède en conséquence au renouvellement partiel
de la Commission des correspondants : M. Jeanselme, Mme Phisa-
lix et M. Wurtz, présentés par le Conseil, sont nommés parla
Société.
Séance du ii Octobre 1916
551
COMMUNICATIONS
La méningite cérébro-spinale à Kindia,
Guinée française (janvier-avril 1916).
par J. ARLO.
Le 17 janvier 1916, un indigène apportait à l’infirmerie du
Poste médical de Kindia un jeune garçon de \!\ ans environ
malade depuis quelques jours. Cet enfant présentait de l'obnu¬
bilation intellectuelle marquée, une céphalalgie violente, de
l'herpès labial, une raideur généralisée du cou et du tronc qui
rendait impossible la station debout ou assise et le faisait crier
à chaque mouvement.
Nous pratiquons séance tenante une ponction lombaire. Elle
donne issue à un liquide franchement opalescent. Le culot de
centrifugation de ce liquide montre une grande quantité de
polynucléaires dans lesquels se trouvent quelques éléments en
forme de diplocoques. Ces diplocoques ne prennent pas le Gram.
Nous avions donc affaire à un cas de méningite cérébro-spinale,
dont nous soupçonnions déjà l’existence à Kindia.
Mis en éveil par ce cas, nous avons recherché systématique¬
ment à l’infirmerie chez tous les tirailleurs malades, la ménin¬
gite par la ponction lombaire. Et chez un assez grand nombre
de malades entrés avec des étiquettes différentes : courbature
fébrile, bronchite et fièvre, broncho-pneumonie, paludisme, la
ponction a donné un liquide plus ou moins trouble contenaut
de nombreux leucocytes polynucléaires, présentant de rares
diplocoques intracellulaires.
Nous avons traité nous-même 18 cas. D’autres cas assez nom¬
breux ont été traités à l’infirmerie du 33e bataillon de tirailleurs.
Nous n’avons examiné que le liquide céphalo-rachidien de ces
cas. L’épidémie a débuté dans le courant du mois de janvier et
s’est éteinte vers la fin du mois d’avril 19 iG.
L'allure générale de la maladie a été différente presque
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
y v* i\
avec chaque malade considéré. Nous avons noté des formes
comateuses d’emblée, des formes délirantes, des formes
adv nam iq ues.
Nos malades se sont présentés en général à la visite pour de
la fatigue générale avec céphalalgie et fièvre plus ou moins élevée
atteignant rarement 4o° au début et se tenant entre .H70 et 3q°.
Chez quelques malades, la fièvre ne s’est montrée que les trois
derniers jours avant la mort.
La courbe de température n’a rien présenté de spécial. Elle
avait quelquefois le type rémittent, mais n’a jamais imposé le
diagnostic.
La mort a toujours été annoncée par l’élévation brusque de la
température. L’herpès n'a jamais fait défaut. Il a été le plus
souvent labial. Il a été aussi mentonnier et a alteint la conjonc¬
tive dans un cas.
Le signe de Kernig a été très variable. Chez les uns, il était
nettement prononcé. Chez le plus grand nombre, le mouvement
de flexion du tronc sur les cuisses se faisait assez facilement,
mais la flexion simultanée de la tète était impossible.
Nous avons noté quelquefois du strabisme qui a disparu
après guérison. La majorité de nos malades a présenté des
signes fugaces de congestion pulmonaire ou de bronchite. A
l’autopsie, nous n'avons pas trouvé de traces de congestion
pulmonaire.
Le diagnostic a toujours été fait grâce à la ponction lombaire.
La quantité de liquide soustraite a été variable de 10 à i5 cc.
jusqu’à 5.0 cc (‘liez les malades graves.
Le liquide était soit parfaitement clair soit purulent avec
tous les degrés intermédiaires. Il n’a été citrin que dans deux
cas. Il donnait après centrifugation un culot plus ou moins
abondant. Ce culot, étalé sur lame et fixé, était coloré par la
méthode de Gram et par la thionïne phéniquée.
Les éléments microbiens ont toujours été rares, mais se colo¬
raient bien. Jamais nous n’avons rencontré la grosse cellule
bourrée de parasites des descriptions classiques.
Au point de vue cytologique, nous avons vu surtout des poly¬
nucléaires assez mal colorables, avec une certaine quantité de
lymphocytes. La formule leucocytaire a d’ailleurs suivi l’évolu¬
tion de la maladie.
Nous avons pratiqué systématiquement faulopsie de tous les
Séance du it Octobre 191G
v v n
o 53
cas mortels. En général nous avons constaté une congestion
intense du cuir chevelu et du crâne. Les vaisseaux piemériens
étaient saillants et gorgés de sang. Chez les malades qui avaient
succombé rapidement, la convexité du cerveau était semée d îlots
de pus répartis irrégulièrement. On trouvait encore des îlots
de pus sur la base, sur les deux faces du cervelet et dans le
canal rachidien.
Les ventricules du cerveau étaient distendus par le liquide
qui s’écoulait en grande abondance à la coupe.
L’examen des organes thoraciques et abdominaux a toujours
été négatif. Nous avons trouvé dans quelques cas le foie décoloré
ayant l’aspect muscade.
Nous résumons ici quelques observations de malades chez qui
la maladie a évolué un peu différemment.
Übs. III. — Loue Y. 14 ans indigent. Entre le 17 janvier. Ne peut rester
assis, couché sur le dos les jambes relevées, signe de Kerneig prononcé,
herpès labial, subdélire, céphalée violente. Après la ponction revient à la
salle de visite à quatre pattes demander un médicament. Amaigrissement
prononcé.
TODE Y. entre /e 17 Janvier, scrN /e 7 Omar s 1916. guéri .
Ponction lombaire le meme jour, à 14 heures, issue avec force de
20 ce. de liquide trouble. Le culot de centrifugation contient de rares
diplocoques intracellulaires et une véritable purée de polynucléaires.
L’état reste stationnaire les jours suivants. Le malade se plaint toujours
delà tête, ne peut rester en place. L’amaigrissement continue.
La courbe de température a une forme bizarre qui est rapportée ici
(voir figure 1).
Au bout dune quinzaine de jours, la fièvre tombe, le regard s’éclaire,
la raideur est de moins en moins prononcée et petit à petit tout rentre
554
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans l’ordre. Le malade sort guéri le 10 mars, apyrétique depuis le
5 février.
Obs. V. — Bala S. originaire du Soudan. Entré à l'infirmerie de Kindia
pour bronchite et fièvre. Etat général peu satisfaisant. Amaigrissement
prononcé, attitude raide, figée, signe de Kernig peu net.
Ponction lombaire positive. Mort.
A l’autopsie, signes nets de méningite.
H A S S A N A entre le 2tjanu/en décédé le 4 Février .
Obs. V. — Hassana entré le
22 janvier pour broncho-pneu¬
monie. Pas de signes pulmo¬
naires nets; mais herpès labial,
fièvre, agitation, extrême délire
nocturne avec fuite et lacéra¬
tion de ses effets .
Ponction lombaire : liquide
clair citron. Quelques très rares
méningocoques dans le culot.
Mort le 4 février. Autopsie :
cerveau fortement congestion¬
né, les ventricules sont forte¬
ment dilatés par un liquide
louche. Le bulbe baigne dans
le pus.
Obs. VI — Famié Y, entré
le 28 janvier semi comateux.
Mort le 30 janvier dans le coma.
Autopsie : cerveau fortement congestionné couvert de pus sur toutes ses
faces; pus dans le canal rachidien et dans les Ventricules cérébraux. Les
frottis de pus révèlent la présence de rares méningocoques.
Obs. XIII. — M amadou K. Entré à l’infirmerie le 31 janvier. En obser¬
vation, raideur de la nuque, rien aux poumons.
Ponction lombaire le 2 février, liquideopalescent, rares méningocoques.
Température à l’entrée 38°2 le matin ; le soir 38°5
— le 1er février 37°8 — — 39°2
— le 2 — 37°5 — — 39°
Le lendemain 37°5 le matin et 38° le soir; la température baisse encore
le 4 pour remonter à 39°8 le 5 au soir avec céphalée violente, contracture,
obnubilation intellectuelle. Mais le 6 tout rentre dans l’ordre ; la tempé¬
rature descend au-dessous de la normale et se maintient entre 36°8 et 37°5
pendant trois jours.
Le 9 nouvelle élévation thermique à 38°4. Ponction lombaire : liquide
à peine opalescent contenant encore des polynucléaires et de rares diplo-
coques.
A partir de ce jour, la température tombe peu à peu et le malade quitte
l’infirmerie le 10 mars, apyrétique depuis un mois.
Obs. XVIII. — Ivomia O. Kissi, infirmier au 33e bataillon T. S. Entré
le 6 février pour méningite cérébro-spinale, s’est contaminé à l’infir¬
merie. Se présente à la visite du matin pour céphalalgie et raideur du cou.
Séance du ii Octobre 1916
555
Une ponction est pratiquée aussitôt et donne 30 cc. de liquide purulent
composé uniquement de polynucléaires. Les éléments microbiens sonl
rares.
KOM1A O. entre le 6 Février, decede Je é Xars.igiô
La lièvre est peu élevée : 37°5à 38° le soir pendant cinq jours. Elle monte
à 38® le 11 au soir et à 39°3 le 12, 38°8 le 13. Le malade est de plus en
plus raide, la tète est renversée en arrière, les cuisses sont fléchies et il
joue avec ses mains comme un enfant.
Nouvelle ponction le 18 qui donne 40 cc. de liquide trouble laissant un
dépôt abondant. Diplocoques non rares.
A la suite de la ponction, la température baisse, le malade semble mieux.
Le 22 le thermomètre remonte. Nouvelle ponction avec le même résultat.
Le malade est dans un demi coma. Un escharre fessière se montre qui
grandit peu à peu. Délire doux, contracture généralisée, selles involon¬
taires. L’état s’aggrave peu à peu et le malade s’éteint le 4 mars.
Autopsie : cerveau fortement congestionné, lacs purulents sur divers
points de la convexité. Le cervelet et le bulbe baignent dans le pus.
Dilatation des ventricules cérébraux et du canal épendymaire parle liquide
purulent.
- r
Gomme nous n avions pas de sérum de Dopter à notre disposi¬
tion, le traitement a été uniquement symptomatique : bains,
révulsion sur le cou et la colonne vertébrale par frictions téré-
benthinées, pointes de feu et ponction lombaire. La ponction
a paru avoir une action favorable. Dans presque tous les cas, la
lièvre est tombée le jour même ou le lendemain et les malades
ont été soulagés de leurs maux de tête.
La mortalité a été élevée : quatorze malades sur dix-huit sont
morts, soit une proportion de 77 0/0. Il est vrai de dire que ces
556
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
malades sont arrivés à l’infirmerie avec un étal général peu
satisfaisant et à une période avancée de la maladie.
Nous avons essayé de cultiver le méningocoque et de l iden-
tifier. Mais nous avons éprouvé quelques difficultés. Au début
nous n'avions pas de liquide d’ascite, puis celui que nous avons
pu nous procurer s’est infecté rapidement et a gêné nos cultures.
Nous avons pu cependant cultiver le parasite provenant du
liquide du tirailleur Komia O. (Obs. XVIII). Il a mis longtemps
à se développer, mais nous a donné des colonies caractéris¬
tiques.
L’inoculation intra-péritonéale de liquide céphalo-rachidien
au cobaye a été positive. Un cobaye de 3oo gr. a reçu dans le
péritoine 4 cc. de liquide contenant le culot de centrifugation
de i5 cc. de liquide, le 2 février 1916. Il tombe malade le
18 février et est trouvé mort dans sa cage le 20 au matin.
A l’autopsie 011 note que l'animal est très amaigri, l’intestin
est vide et ratatiné contre la colonne vertébrale. Le foie est
décoloré, graisseux et la rate est augmentée de volume.
La cavité thoracique est entièrement comblée par un exsudât
noirâtre purulent, très adhérent, dans lequel les poumons et le
cœur disparaissent; l'ensemencement de sang du cœur a été
souillé et n’a lien donné. Les frottis des différents organes ont
présenté des diplocoques ne prenant pas le Gram.
Nous nous sommes donc trouvés en présence d’une épidémie
de méningite cérébro-spinale relativement peu grave par le petit
nombre d individus atteints sur une population d environ
4.000 indigènes. Les Européens sont restés indemnes.
Il a été impossible de déterminer l’origine de cette épidémie.
Elle semble avoir suivi les passages de troupes venant du Haut-
Sénégal-Niger. La maladie est à l’heure actuelle implantée dans
le pays. En effet, un certain nombre de jeunes recrues effrayées
par le décès rapide de leurs camarades, ont déserté et sont allés
mourir dans leurs villages. Et les administrateurs comman-
dants de Cercles com mencenl à signaler la méningite dans leurs
provi nces.
C’est là un fait très regrettable, car il sera à peu près impos¬
sible d'arrêter le fléau avec les moyens réduits dont disposent
les médecins de l’Assistance médicale indigène.
Ivindia, le 10 mai 1916.
Séance dc ir Octobre 191 fi
557
Encéphalo-myélite pseudo-épizootique du cheval
Par Gaston URBAIN*
Lors de mon arrivée au Paranâ (Brésil), j’ai été amené à 'étu¬
dier une maladie très meurtrière pour les chevaux, que Jes indi¬
gènes dénomment « Peste de Gegar » (peste d’aveuglement),
rappelant ainsi un des symptômes les plus caractéristiques de la
maladie.
Dans un article publié dans la lievista Veterinaria de décem¬
bre 1913, mon collègue 0. Dupont rattacha la cause de la
maladie à une embolie du tronc de l’artère grande mésenté¬
rique. On sait, en effet, que le Strongijlus equinus ou valgaris
(forme agame) peut provoquer de violentes coliques et la mort
de l'animal par embolie; ce fait est bien connu des vétérinaires
qui ont un peu de pratique. Toutefois, de tels accidents sont
relativement rares, vu que la présence du strongle dans la
grande mésentérique est, règle générale, inoffensive à tel point
que, très souvent, la constatation de ce parasite est une surprise
d’autopsie : sur i3 autopsies de chevaux atteints de cylicosto-
mose, je l’ai rencontré 7 fois.
La forme épizootique de la « Peste de Gegar » me fit supposer
immédiatement que le susdit parasite ne pouvait être la cause
de cette maladie. De plus, la marche de cette maladie, ses
symptômes, les résultats des autopsies, les recherches microsco¬
piques la différencient parfaitement de la strongylose.
En iqih, notre confrère Dupont émit une autre théorie : A son
avis, la Peste de Gegar du Paranâ pourrait être la maladie de
Borna. Je montrerai plus loin qu’il n'en est rien.
Symptomatologie et diagnostic : Les symptômes sont toujours
les mêmes, ce qui en rend le diagnostic facile.
a) La maladie se présente sous deux formes : l'une lente,
l autre rapide, celle-ci étant de loin la plus fréquente.
b) La maladie commence toujours par de l'aveuglement par¬
tiel puis total.
c ) Mouvement en cercle ; obligeant l’animal à marcher, on
' , •' I **. '•* 1 -
558 Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
remarque qu’il a une tendance à tourner en cercle, levant déme¬
surément les membres antérieurs.
A ces symptômes, succède une paralysie unilatérale. Celle-ci
apparaît toujours du côté de l’œil aveuglé le premier : ce fait
s’explique si on se rappelle l’anatomie du système nerveux.
d) L’animal debout me rappela l’immobilité (encéphalite
chronique), ce qui me fit penser, à l'examen du premier cas, à une
réplétion des ventricules latéraux ; plus tard, étudiant les
lésions, je montrerai que je ne m’étais pas complètement
trompé.
L’animal reste des heures et des heures sans se mouvoir ; laisse
la paille en bouche (on dit alors qu’il fume la pipe) ; conserve
des positions anormales, telles que les membres antérieurs croi¬
sés. A noter en plus que les reins sont sensibles, la muqueuse
oculaire normale (ce qui ne serait pas dans le cas d’embolie
mésentérique) ; le pouls reste normal très longtemps ainsi
que la température ; la respiration est un peu courte et accélérée.
11 y a constipation et rétention d’urines.
Sept à huit heures après l’apparition de l'aveuglement, l’ani¬
mal manifeste subitement des symptômes de folie furieuse; il
court d’un côté et d’autre, butant contre tous les obstacles qu’il
rencontre.
Observant de près les chevaux des régions atteintes, j’ai pu
constater que, une à deux semaines avant l’apparition des symp¬
tômes susmentionnés, ils sont tristes, travaillent avec moins de
vigueur, mangent peu, et, parfois, montrent des coliques : ce
qui fait supposer un commencement d intoxication.
Comme on peut s’en rendre compte, la Peste de Cegar du
Paranâ est très caractéristique et se présente toujours de la
même manière : aveuglement, mouvement en rond, immobilité,
période d’excitation, période de dépression, coma et mort.
1! n’est pas possible de la confondre avec la maladie de Borna.
Comme on le sait, celle-ci est une méningite cérébro-spinale
épizootique du cheval, rencontrée aussi chez les bovidés, carac¬
térisée cliniquement par des accidents d’excitation cérébrale
accompagnés de contractions musculaires et suivis de paralysie.
SlEDAMOGROTZKY, SciILEGEL, OsTERTAG, LOHR, JoiINE etc., préten¬
dent que l’agent infectieux est un microcoque spécifique des
centres nerveux. La maladie existe enzootiquement en Saxe
Séance du 11 Octobre iqi6
359
(méningite de Saxe), Hongrie, Angleterre, Russie, Etats-Unis.
Je fai constatée à Santa-Gruz, près de Rio de-Janeiro.
Comment différencier cliniquement la maladie de Borna de
la Peste de Gegar du Paranâ ?
1) Dans la maladie de Borna, il y a toujours de la contraction
des muscles de la nuque et de la partie supérieure du cou, avec
extension forcée de la tète. Ce dernier symptôme est considéré
comme signe pathognomonique de la maladie. C’est pour cela
qu’en Saxe on la désigne sous le nom de maladie de la crampe
de la nuque.
Gomme je le dis plus haut, j'ai observé à Santa-Gruz, avec
le confrère Ghaltein, un cas de méningite cérébro-spinale épizoo¬
tique avec contraction des muscles de la face, des lèvres, des
yeux (strabisme), des masséters (trismus) et surtout contractions
violentes et spasmodiques de la nuque.
Dans la Peste de Cegar du Paranâ, cette contraction forcée des
muscles de la nuque n’existe pas.
2) La maladie de Borna attaque les chevaux, mais aussi les
bœufs (Allemagne), les moutons et chèvres (France, Italie, Alle¬
magne). La peste de Gegar 11'allaque que les chevaux.
3) La maladie de Borna débute au printemps pour atteindre
son maximum d'intensité en été. L’épizootie du Paranâ apparaît
aux mois de juillet, août et septembre (hiver, commencement
de printemps au Brésil) pour disparaître complètement en été.
4° Malgré de nombreuses et patientes recherches, je n’ai
jamais pu mettre en évidence le microcoque de Siedamgrotzky.
Autopsie : a) L’estomac est fortement dilaté par le maïs non
digéré et en état de fermentation ; la muqueuse se détache avec
facilité dans la partie pylorique qui est toujours très enflammée.
b) Le tube digestif est vkle ; le duodénum, quelque peu
enflammé; les reins, foie, poumons sont noirs, intoxiqués; le
cœur est intact; la vessie pleine d’urine. Le sang se coagule
plus difficilement. L’artère grande mésentérique ne présente
rien d anormal.
c) Gonsidérant de plus grande importance les symptômes
nerveux, je fis l’autopsie minutieuse des centres. Le système
nerveux est le plus riche en lésions : infiltrations hémorragi¬
ques des circonvolutions frontales, hémorragiques des couches
560
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
optiques, des corps striés, de la protubérance annulaire ou du
t
bulbe rachidien.
Replétion des ventricules latéraux, avec dégénérescence des
cellules nerveuses en contact avec le liquide cérébral, faisant
Croire, à première vue, à un abcès.
La moelle épinière présente les mêmes lésions.
Analyse microscopique : L’analyse microscopique révèle, dans
le contenu stomacal, un champignon (aspergillus) ; dans le
sang, une grande quantité de globules rouges en partie détruits
ainsi que la dégénérescence granulo-graisseuse de quelques
globules blancs; les cellules nerveuses montrent une dégénéres¬
cence granuleuse des plus typiques. Je n’ai rencontré aucun
microbe.
Analyse chimique : Les urines indiquent de l’albumine et du
sucre, ce qui se comprend si l’on se rappelle que les reins et le
bulbe sont intoxiqués.
Expériences bioloy iques : Les injections sous-cutanées, intra¬
péritonéales et intra-crâniennes du sang et du liquide cérébral
faites à des lapins et rats, cheval et mouton, n’ont donné
aucun résultat.
Culture: Lue tentative de culture sur agar-glycérine resta
sans effet.
Etiologie : .le crois pouvoir affirmer que la cause de la « Peste
de Cegar » est un champignon (un aspergillus) vivant dans le
maïs, pour les motifs suivants :
a) J’ai toujours rencontré dans le maïs et dans l’estomac des
animaux morts une grande quantité de champignons (asper¬
gillus) provoquant des fermentations. /
A rappeler en passant que l’estomac est toujours fortement
dilaté et parfois crevé (d’où le nom de « Peste do eslomago
arrebentado » encore donné à cette maladie) par le maïs fer¬
menté.
b) La maladie apparaît surtout au printemps, époque de cha¬
leur humide nécessaire pour le développement des champignons
et immédiatement après la cueillette du maïs : celui-ci, non
séché et conservé en tas, fermente avec facilité, contenant une
grande quantité d’eau de composition (on dit alors que le maïs
sue).
Séance du ii Octobre 1916
561
c) Seuls les animaux qui mangent du maïs, contractent la
maladie.
d ) Les éleveurs qui, sur mes conseils, torréfièrent ou seule¬
ment ventilèrent ie maïs, ne perdirent pl us de chevaux de celte
maladie.
Enfin, le D1' José Maria Ouevedo a décrit une en cép halo myé¬
lite épizootique du cheval, en Argentine, présentant les mêmes
symptômes et lésions que la « Peste de Cegar » et reconnaissant
comme cause Y Aspergillus ma y dis.
Pour terminer, je dirai que je ne peux admettre la théorie du
confrère Dupont qui accuse les eaux des marais (banhados)
de renfermer le virus, cause de la maladie.
En effet a) les chevaux des fermes, vivant dans les marais, ne
contractent jamais la maladie. Il en est de même pour les bovi¬
dés qui eux passent toute leur vie dans les prairies marécageuses.
c ) La maladie attaque uniquement les chevaux des charre¬
tiers, chevaux qui ne vont jamais dans les prairies, s’alimentant
presqu exclusivement du maïs acheté dans les magasins situés
le long des routes.
d) Lorsque les charretiers constatent un cas de « Peste de
Cegar », ils ont la précaution de mettre leurs chevaux dans les
prairies ; ils voient toujours avec satisfaction que la maladie
disparaît.
P
Méningo-encéphalo-myélite
des poules (? spirillose
Par Gaston URBAIN
Pendant mes nombreuses pérégrinations dans l’Etat du Parana
(Brésil), j’ai rencontré une maladie très intéressante des poules,
à laquelle les indigènes ont donné le nom de « ar », deu ar nas
gallinhas, c’est-à-dire les poules ont pris courant d’air.
Vu les symptômes et les lésions je crois pouvoir dénommer
cette maladie : Méningo-encéphalo-myélite des poules.
Symptomatologie : Chose curieuse, il semble que les poules
adultes, de race ou non, sont seules atteintes. La maladie 11’est pas
38
562
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
contagieuse, un ou quelques cas seulement apparaissant dans
les poulaillers ; elle a une durée de i5 à 3o jours environ. L’ani¬
mal montre de la somnolence, restant des heures entières à la
même place, refusant toute nourriture. Le 3e ou 4e jour appa¬
raît de la conjonctivite, ensuite de la kératite d'un seul œil. A
ce moment, l’animal a les yeux fermés, les pattes semi-fléchies,
les ailes tombantes. Si on l’oblige à se mouvoir, il se montre
très irritable et tourne en cercle, ce qui indique une lésion des
centres nerveux ou du labyrinthe.
Peu à peu les symptômes augmentent d’intensité et le second
œil, bien que ne présentant aucun symptôme d’inflammation,
devient aveugle (lésion centrale). En même temps, apparaissent
des symptômes de méningite : contraction forcée de la nuque
et des muscles du cou. La tête fait un demi-tour sur elle-même
de façon à présenter l’œil atteint de kératite dirigé vers le haut;
le cou se contracte de plus en plus au point de faire toucher la
tête au corps. Les ailes et les pattes se paralysent de plus en
plus; un ou deux jours avant de mourir, l’animal présente des
attaques épileptiformes.
A noter que la crête reste normale très longtemps, ne noir¬
cissant que peu de temps avant la mort. Les ouvertures naturel¬
les n'ont rien d’anormal; parfois, cependant, il y a un peu de
diarrhée (i).
Lésions : Le sang se coagule plus difficilement. J’ai parfois
rencontré le symplectopte cysticole et le cylodite nu ; je ne
crois pas que ces acariens jouent un rôle pathogène, étant donné
que je les rencontre aussi à l’autopsie de poules saines.
Le gésier renferme des matières alimentaires en état de fer¬
mentation ; il y a un peu d entérite.
Le cloaque est dilaté, paralysé, renfermant environ 5 cm3 d’un
liquide opalescent qui, à l’analyse, indique de l albumine et du
sucre dus à des altérations du bulbe et des reins.
Le foie, la rate, les reins, la pointe du cœur sont dégénérés.
C’est dans les centres nerveux que se trouvent les lésions les
(i) Gomme on le voit, la maladie est d’assez longue durée. Toutefois, j'ai
rencontré une autre maladie (peut-être est-ce la forme aigrie de celle que
j’étudie) qui tue en 3 jours, attaquant surtout les adultes et dont le symptôme
principal est la paralysie des pattes et des ailes. Malgré de patientes recher¬
ches, je n’ai pu rencontrer le Spirochœta gaflinarimu Le sang des malades
injecté à d’autres poules les tue en !\ jours."
Séance eu ii Octobre i <j if>
o63
plus caractéristiques : inflammation des méninges, présence
d un liquide citrin entre celles-ci et le cerveau. Pointillés hémor¬
ragiques dans les lobules olfactifs, les hémisphères, les lobules
optiques, l’hypophyse, les nerfs optiques, le bulbe et la moelle
épinière.
Une moitié du cerveau est de teinte plus obscure que l’autre.
Le labyrinthe n’a rien d'anormal.
Analyse microscopique : N’ayant pas eu à ma disposition le
matériel nécessaire pour des coupes, je me suis vu dans l'obli¬
gation de me contenter de l’étude de frottis.
0
a) Sang : montre une éosinophilie très marquée.
b) Organes parenchymateux ; éosinophilie du sang qui y
circule et dégénérescence des cellules nobles.
c) Sécrétions de la conjonctive, liquide de la chambre anté¬
rieure de l’œil, sécrétions de la gorge, contenu intestinal, sub¬
stance. nerveuse : un microorganisme ayant la forme d’un spi¬
rille qui se colore en bleu par le Giemsa, présentant 2 ou
3 corpuscules colorés en rouge ; ces corpuscules rappellent assez
bien ceux que Pon rencontre dans la diphtérie.
J’ai rencontré ce micoorganisme en culture pure dans 1 œil et
le cerveau.
Expériences biologiques : Jusqu’ici je n’ai obtenu aucun
résultat appréciable à la suite des injections sous-cutanées, intra-
abdominales et intra-crâniennes du sang ou d’une émulsion du
cerveau d’animaux malades, faites à des lapins et poules. Il est
vraiment à regretter que, par manque de matériel indispensable,
je n’aie pu tenter des cultures.
Note sur l'état de la lèpre au Maroc
Par P. REMLINGER
A ce que la lèpre existe au Maroc, il ne saurait y avoir
matière à surprise. On sait qu’elle est loin d’être rare en Algérie
où elle paraît sévir avec prédilection sur les Espagnols tandis
que les indigènes (musulmans et israéiites) sont le plus souvent
indemnes (Gémy et Raynaud) (i). Elle 11’est pas exceptionnelle
(1) Gémy et Haynaud, Etude sur la lèpre en A lgérie et plus spécialement à
Alger (Alger, 1897, Torrent, éditeur).
364
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
en Tunisie où elle s'observe surtout sur le littoral, particulière¬
ment chez les Maltais (Bastide et C. Nicolle, ^i). On connaît
enfin son existence en Espagne (foyers de Galice, des Asturies
et surtout d’Andalousie) et en Portugal (foyer de Parcent).
Gémy et Raynaud ont relevé à Alger 4 o cas de lèpre (20 chez
des Espagnols). L’enquête de Bastide et G. Nicolle leur a permis
de déceler en Tunisie la présence d’une soixantaine de lépreux
et, en 1907, ils évaluaient à cent le nombre de ces malades sur
tout le territoire de la Régence. C'est avec une fréquence sensi¬
blement égale que la lèpre paraît se manifester au Maroc.
La maladie parait avoir existé de tout temps dans l’Empire
Chérifien et y avoir été tenue pour contagieuse.
A Fez, puis à Marrakech, des quartiers spéciaux étaient
assignés aux lépreux ainsi, naturellement, qu'à certains syphi¬
litiques et à des cutanés divers, dont l’affection était confondue
avec la maladie de Lazare. La léproserie de Marrakech a été
récemment déplacée et installée sous des noualas (2), à une
petite distance de la ville. Elle abriterait de 20 à 3o lépreux (3).
Ce foyer de lèpre du Haouz est bien connu au Maroc. Il est
généralement ignoré par contre que la maladie a été observée
dans les régions suivantes que nous énumérerons en remontant
du sud au nord :
La vallée de l’Oued Souss paraît être un foyer d'endémie
lépreuse. 11 en est de même de la tribu des Ida ou Guelloul
(fraction des Haha) au sud de Mogador et de celle des M’touga à
l’est de cette même ville. De ces différents points, sept ou
huit lépreux venaient chaque année à Mogador consulter le
l)1’ de Campredon, Médecin-Chef du dispensaire indigène, de qui
nous tenons ces renseignements. Tous ces malades, atteints de
lèpre tuberculeuse ou mixte, jamais de lèpre anesthésique pure,
étaient des Berbères musulmans (une seule exception pour un
jeune israélite du Sous) et appartenaient au sexe masculin, cette
dernière particularité due probablement à ce qu’au Maroc les
femmes ont beaucoup moins recours que les hommes aux soins
médicaux.
(1) Bastide et C. Nicolle, La lèpre en Tunisie. Archives de V Institut
Pasteur de Tunis, avril 1907, pp. 55-122.
(2) Huttes en chaume.
(3) Protectorat Marocain. Etat du Service île la. Santé et de ! Assistance
Publiques du Protectorat et considération sur T épidémiologie marocaine à la
Jin de Tannée igin. Casablanca, Imprimerie Rapide, 1916. p. 48
r
Séance du rt Octobre r 9 1 0
Dans les Doukkala (hinterland de Mazagan), un village de
lépreux paraît avoir existé jusqu’en r 8 9 3 , époque à laquelle ses
habitants furent dispersés par un caprice du Sultan (1). Quel¬
ques malades existent encore aujourd’hui dans la région et
viennent de temps à autre consulter les médecins de la côte. Un
cas a été signalé récemment au Douar Ourarda, chez les Ouled
Bou-Aziz et un autre à Mechra ben Abbou (Rehamna). 11 est du
reste probable (jue la léproserie de Marrakech draine un certain
nombre de lépreux des Doukkala comme aussi de la vallée du
Sou ss.
Nous avons visité en 191 r, sur la plage de Casablanca, aux
portes mêmes de la ville, un marabout censé donner asile à des
lépreux et où nous n’avons trouvé que des mendiants. La
maladie a cependant été signalée dans la Chaouia. M. le Méde¬
cin-Major Maupin a observé en janvier 1916, au douar des
Ouled Ahd, à 10 kilomètres au Nord de Ber-Rechid, deux cas
typiques de lèpre chez deux frères (2). Au mois de mai de la
même année, le groupe sanitaire mobile de Settat, parcourant
les Msra, a constaté de même au Douar Delkaoua l’existence de
six lépreux vivant en association et portant comme signe
distinctif un chapeau de paille (3).
Deux autres cas ont été signalés à Tedders, dans les
Zemmou r.
Plus au nord, M. le Dr Brau, médecin du dispensaire fran¬
çais de Larache, a eu l’occasion d observer quatre cas de lèpre
chez des Arabes, originaires des douars de la vallée du Loukkos,
en amont d’El-Ksar (4).
Depuis l’année 1911, nous avons pu, d autre part, étudiera
Tanger cinq cas de lèpre (3 hommes, 2 femmes). A l’encontre
des précédents, tous de provenance autochtone et — à une
exception près — recueillis chez des Arabes, ils portaient sur
des non musulmans et étaient manifestement des cas d’impor¬
tation. L’1111 de nos mala.des était un jeune Portugais, né en
Andalousie où la lèpre est, comme on sait, loin d'être excep-
(1) L. Raynaud, Etude sur V hygiène et ta médecine nu Maroc. Paris, 1902.
Baillière, édit., p. 1 t\~j .
(2) Pvenseignement aimablement fourni par M. le Directeur Général du
Service de Sauté du Protectorat marocain à Rabat.
(3) Protectorat Marocain. Etat du Sernice de la Santé , etc..., p. /|8.
(4) Renseignement particulier fourni par notre distingué confrère.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
V ' ' .
366
tionnelle et arrivé à Tanger déjà porteur des premiers symp¬
tômes de son affection. Les quatre autres étaient des Israélites
nés à Tanger ou nés au Brésil de parents tangérois. Tous quatre,
après avoir contracté leur maladie dans la province de Para ou
dans celle de Rio, étaient revenus au Maroc dans l'espoir que
l’air natal les améliorerait ou, plus vraisemblablement à ce
qu'il nous a paru, parce que déclarés « indésirables » dans leur
pays d émigration. Le courant qui, il y a un certain nombre
d’années, portait les Israélites marocains vers l’Amérique du
Sud a du reste complètement pris fin depuis l’établissement du
Protectorat et il n’y a nullement à s’en inquiéter au point de vue
de l’hygiène.
Les régions du Maroc explorées par nos médecins ne consti¬
tuent qu'une faible partie de l'Empire chérifien. Le recours
aux soins médicaux n’est pas encore entré pleinement dans les
mœurs des indigènes et la lèpre prête — tout au moins dans
quelques-unes de ses formes — aux erreurs de diagnostic (i).
Pour ces raisons — encore ne mentionnons-nous que les prin¬
cipales — le nombre réel des cas de lèpre existant au Maroc
est certainement supérieur à celui que nous a révélé une enquête,
rapide au surplus et très incomplète. Il semblé toutefois pouvoir
être conclu de ce qui précède au minime danger de la maladie
de Lazare pour l’Empire chérifien. On notera — contrairement
à ce qui a été observé en Tunisie et en Algérie — la répartition
à peu près égale de la maladie sur la côte et dans l’intérieur; la
très large prédominance de l’affection chez les Musulmans;
l’intégrité des Européens (2) ; enfin la rareté de la démonstra¬
tion de la contagion (un cas chez deux frères). Trois au moins
des malades que nous avons observés à Tanger vivaient dans
les pires conditions d’hygiène. De nombreuses personnes parta¬
geaient leur maison, leur chambre, sinon leur lit. Les bacilles
que mettaient à chaque instant en liberté leurs léprômes ulcérés,
comme leur mucus nasal, étaient extrêmement nombreux. Néan¬
moins ces malheureux 11e paraissent jusqu’ici avoir été le point
(1) Tous les cas signalés se rapportent aux formes tuberculeuse ou muti¬
lante, les plus faciles à reconnaître. Nous n’avons pas eu connaissance de
formes anesthésique ou nerveuse pour lesquelles les malades viennent évidem¬
ment moins consulter et qui, le cas échéant, seraient d’un diagnostic moins
aisé.
(2) Il i mporte toutefois de noter que la population européenne est beaucoup
moins nombreuse au Maroc qu’en Algérie ou en Tunisie.
Séance du i i Octobre i 9 i O
567
de départ d’aucun cas de transmission et on peut se demander
si le Maroc — dont la banale pathologie paraît plus européenne
qu’africaine — ne doit pas prendre place parmi les pays visés
par Zambaco, où la contagion de la lèpre est exceptionnelle.
Il ne semble donc pas que de sévères mesures de prophylaxie
s'imposent actuellement dans l’Empire chérifien. La question
de l’interdiction de l’entrée au Maroc de tout individu porteur
de lésions lépreuses ; celle du renvoi dans leur pays d'origine
des lépreux ayant contracté leur affection au dehors, peuvent
néanmoins se poser. Déjà du reste cette dernière mesure a été
prise en 1914 par la Direction générale du Service de Santé à
l’égard de Tirailleurs sénégalais qui paraissaient avoir apporté
de Guinée le germe de leur maladie. L’attention des médecins du
Protectorat a été attirée sur la lèpre. Si la maladie venait à
prendre de l’extension, la création d'une ou de plusieurs (1)
léproseries pourrait être indiquée. Il semble que 1 il e de Mogador,
située à proximité de la vallée du Souss et où il existait autre¬
fois un Lazaret, conviendrait fort bien pour l’une d'elles. Outre
qu elle est située à proximité de la ville la plus peuplée du
Maroc, la léproserie de Marrakech n'a guère de léproserie que le
nom. C’est un simple groupement plus ou moins volontaire de
malades divers autour d’une « zaouia » (2) qui assure partielle¬
ment leur subsistance.
Trypanosomiase des chevaux du Maroc.
Infestation d’un jeune chien par l’allaitement
Par H. VELU et R. EYRAUD.
A
Les recherches de Nattan-Larrier (3) ont démontré que « le
Schizotrypanum Crazi passe constamment dans le lait des
femelles infectées, tandis que le trypanosome de la dourine ne
se montre que par exception dans la sécrétion lactée. »
(1) Il conviendrait de séparer les Européens des Indigènes, les Musulmans
des Israélites.
(2) Confrérie.
(3) Nattan-Larp.ier. Revue de Pathologie comparée, déc. 191.3, p. 282.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
568
Celles de Lanfranchi (i) ont précisé que « les animaux infec¬
tés avec les virus brucei el gambiense peuvent infecter les nou¬
veau-nés par l’allaitement. »
Au cours des travaux entrepris par l’un de nous sur la Trypa¬
nosomiase des chevaux du Maroc , nous avons pu constater un
fait similaire : Une chienne, infectée avec le virus marocain , a
pu transmettre la maladie à l’un de ses produits. Les faits de ce
genre étant assez rares, nous croyons intéressant d'en publier la
relation.
Une chienne en état de gestation avancée nous est amenée de la fourrière
au début du mois de mars 1916. bile met bas le 8. Le 13, elle reçoit sous
la peau 20 cm3 du sang d’une chèvre infectée avec le trypanosome des
chevaux du Maroc . Elle a fait une première poussée thermique le 16 mars,
mais les parasites n’apparaissent que le 27 dans la circulation périphé¬
rique : ils sont très rares, disparaissent le lendemain ; nous les retrouvons
nombreux du 21 au 26 avril et du 3 au 18 mai, date de la mort.
Les chiots sont séparés de leur mère le 22 mars, alors qu’elle n’a pas
encore réagi. L’un deux reste dans le service ; jusqu’en ûn avril il
s’échappe chaque fois qu’il le peut, pour aller retrouver la mère et téter;
les deux autres n’ont plus aucun contact avec elle ; ils croissent normale¬
ment, tandis que, vers le 15 mai, le premier semble arrêté dans son déve¬
loppement. 11 s’entretient mal, devient triste, malingre, somnolent, comme
hébété, puis il maigrit, s’affaiblit progressivement, reste constamment
couché. Le 10 juin, des troubles oculaires apparaissent : conjonctivite,
puis kératite à droite. Le 14 juin, il nous est présenté. Les commémoratifs
nous font immédiatement penser à la trypanosomiase : l’examen du sang
est positif. Les trypanosomes sont rares ; ils deviennent assez nombreux
le 17, nombreux le 21, très nombreux à partir du 23 juin. La température
reste constamment entre 39 et 40° du 14 au 23. Le chien meurt en hypo¬
thermie à 35°8 le 25. Au moment de la mort, il pèse 4 kil. 830 et la rate
atteint 135 grammes.
Ce fait isolé est néanmoins intéressant, car il
ment la possibilité d’infestation avec le virus
l’allaitement.
montre nette-
marocain par
f Travail du Laboratoire de J recherches du Service de /'Elevage,
Casablanca).
(i) Lanfkanchi. Sur le passage des Trypanosomes dans le lait. Bull, de là
Soc. de Pat h. Exot . iyi5, p. 38.
Séance bu ii Octobre 1916
569
Contribution à l’étude de la transmission
du Trypanosoma Cazalboui
Par R. VAN SAGEGHEM.
Des glossinës sont les propagatrices incontestées de trypanoso¬
miases animales. Des trypanosomes pathogènes ingérés par la
glossine au moment de la succion sur un animal infecté de
trypanose, subissent dans le tractus digestif de la glossine des
transformations qui aboutissent à la formation de formes
métacycliques du trypanosome. Ces formes métacycliques sont
infectantes ; inoculées par la glossine quand elle se nourrit sur un
animal réceptif, elles peuvent infecter cet animal de trypanose.
Certaines espèces de trypan. semblent, à l étal naturel, se pro¬
pager exclusivement par les glossines, ce sont des virus à glos-
sines : Tryp. Brucei-Pecaudi , congolense-dimorphon , rhodesiense.
D’autres espèces se transmettent d’une façon plus simple, elles
11e subissent plus des évolutions spécifiques chez l'hôte inter¬
médiaire, elles se propagent mécaniquement. Les trypanosomes
se fixent sur les organes piqueurs et suceurs de certains insectes
hématophages, quand ceux-ci se nourrissent sur des animaux
infectés de trypanosomes, ils s’y maintiennent un temps plus ou
moins long et peuvent être inoculés par l'insecte à un nouvel
animal réceptif. Ainsi le Surra, produit par Tryp. evansi , se pro¬
page, d’après Daruty de Grandpré par Stornoxys nigra . Leese a
eu des résultats positifs dans la transmission du Surra par des
Tabnnus , des Hœmatopota , des Stomoæes. Un grand nombre
d'expérimentateurs sont arrivés à des résultats identiques.
Le mal de caderas, occasionné par Tryp. equiniim, se transmet
également par des mouches hématophages autres que des glos¬
sines. D’après Sivori et Lecler, les taons seraient les agents pro¬
pagateurs ; pour d’autres auteurs, ce seraient les Stornoxys
calcitranst
Des expériences de Bouet et Roubaud font ressortir la grande
facilité de transmission des virus sahariens par les stomoxes.
Des stomoxes seraient restés virulents pendant deux et trois
jours.
370
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les frères Sergent ont observé un cas de transmission de
Tryp. soudanense var. berbera après 22 h. avec un Tabanus.
Enfin nous trouvons une 3e catégorie de trypanosomes : ceux
qui peuvent se propager indifférement par des glossines et
d’autres insectes hématophages ; ce sont des virus intermédiaires
entre les virus à glossines et les virus transmis par d’autres
mouches que les glossines.
Trypanosoma Gcizalboui est une espèce de cette troisième
catégorie. Déjà son évolution chez la glossine est bien différente
à celle des purs virus à glossines. Au lieu de produire une infec¬
tion totale de tout le tractus digestif de la glossine, elle ne pro¬
duit qu’une infection directe, localisée à la trompe. Cette infec¬
tion y produit une culture permanente qui évolue en formes
Crithidia courtes, donnant naissance aux formes métacycli-
ques qui se fixent dans l hypopharynx. Cette évolution par
fixation directe dans la trompe donne une infection très facile.
Elle prouve un stade d’adaptation plus élevé que celui des purs
virus à glossines, qui exigent une culture intestinale avant de "
pouvoir donner les formes infectantes.
L'évolution du Tryp. Cazalboui sur place, dans la trompe de
la glossine, est une preuve de l'acheminement à la transmission
mécanique du trypanosome.
Des expériences de Bouffard à Bamako ont établi nettement
la possibilité de la transmission actuelle de la Souma [Tryp.
Cazalboui) par les stomoxes chez le bœuf maintenu en enceinte
grillagée. Des expériences de Bouet et Boubaud ont confirmé
ces expériences.
Bouffard et Pécaud insistent sur le rôle que les stomoxes
jouent dans la propagation de Tryp. Cazalboui .
Des cas de Souma observés en Erythrée et dans la province
de Kassala au Soudan égyptien, où il n’existe pas de glossines,
méritent d’être signalés.
Toutes ces expériences et observations prouvent que Tryp.
Cazalboui n’est pas un virus exclusivement à glossines et que d’au¬
tres insectes doivent pouvoir le propager, même à l’état naturel.
Au Laboratoire de Bactériologie de Zambi, j'ai eu l’occasion
de faire des observations qui prouvent d’une, façon péremptoire
que Tryp. Cazalboui var. pigritia (1) que j'ai trouvé dans la
(1) Contribution à l’étude et au traitement des Trypanosomes animales. Etude
laite au Laboratoire de Bactériologie à Zambi, iqi5.
Séance du ii Octobre 1916
571
région de Xambi, se propage sûrement par d’autres mouches que
les gloss in es.
C D
Avant d’exposer mes observations, je tiens à bien spécifier
sur quelle espèce de trypanosome ont porté mes expériences.
Ce trypanosome je l’ai nommé Tryp. Cazalboui var. pigritia ;
il répond à la description morphologique suivante : longueur
21 a 6, largeur 1 a 8, extrémité postérieure arrondie, blépharo-
blasle tout à fait postérieur, très visible, arrondi. Noyau ova¬
laire, se colore irrégulièrement par le procédé de Giernsa ;
on observe couramment un espace non coloré à son centre. Il
y a une partie libre au flagelle. Le protoplasme est généra¬
lement peu granuleux. Dans les formes en division, on observe
que le ou les blépharoblastes se trouvent fréquemment placés
sur un des bords du parasite, disposition qu’on retrouve éga¬
lement chez Tryp. congolaise. En règle générale, la membrane
vibratile est peu visible.
Je n’ai jamais pu observer les translations rapides, en flèche, à
travers le champ microscopique. Les mouvements du trypa¬
nosome se font sur place avec peu ou pas de déplacement.
Mes observations ont porté sur un grand nombre de cas.
M. Roubaud, dans une communication verbale, m’a fait savoir
qu’il avait déjà observé cette forme peu mobile de Tryp. Cazal¬
boui chez des bovidés du Dahomey.
Dans la région de Zambi (Bas-Congo), il y a des troupeaux de
bovidés qui se trouvent cantonnés dans des endroits ou n’existent
sûrement pas de glossines. Les recherches minutieuses que j’ai
faites pendant deux ans me permettent de l'assurer. Ces élevages
sont placés à l’intérieur du pays, loin du fleuve, dans une con¬
trée non boisée. Des cas de trypanose, dus à Tryp. Cazalboui
var. pigritia , se constatent dans ces troupeaux.
Les nouveaux cas ne se déclarent que pendant une certaine
période de l’année. Tous les airs, les premiers cas se présentent
vers le mois de novembre et après le mois de mai aucun nouveau
cas n’est plus signalé. Ainsi pendant l’année r 9 1 5, du mois d’avril
au mois de novembre, aucun nouveau cas n’a été enregistré dans
ces troupeaux. De novembre r 9 1 5 au mois de mai 1916, j’ai eu
au contraire un grand nombre de cas de Trypanosomiases. Cette
constatation semble avoir son importance. La période dange¬
reuse coïncide avec la saison des pluies, la période d’accalmie
avec la saison sèche. Un moment j’ai cru qu’il pouvait exister
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
;> t,
des gîtes temporaires deglossines pendant la saison des pluies;
des recherches faites minutieusement me permettent d’assurer
qu’il est impossible de trouver une glossine dans le secteur
que ne quittent jamais ces troupeaux. Un fait m'avait frappé,
certains troupeaux restaient absolument indemnes, tandis que,
pour d’autres troupeaux, tous les animaux s’infectaient. Cette
observation m’a amené à faire les constatations suivantes : Les
troupeaux qui s’infectaient étaient ceux qui pâturaient près des
marais à papyrus (endroit peu favorable aux tsétsés) tandis que
ceux qui pâturaient loin de ces marais restaient indemmes.
J’ai observé i° que les premiers cas de trypanosomiase coïnci¬
dent avec l’apparition d'un Uœmatopota : H . perturbons Edwards.
2° Oue les endroits où pâturent les troupeaux qui s’infectent
sont des régions où foisonne //. perturbons, qui recherche le
voisinage des marais à papyrus.
3° Que //. perturbons n'existe pas où pâturent les troupeaux
qui restent sains.
4° Que les //. perturbons, capturés sur des animaux infectés de
Trijp . Gazalboui var. pigritia , présentent dans le tractus intes¬
tinal des trypanosomes bien vivants. Ce qui prouve que le suc
salivaire de ces //. n’est pas néfaste au trypanosome et il paraît
tout naturel que des tryp. pathogènes puissent se fixer sur les
organes piqueurs et suceurs d ’//. perturbons et y rester vivants
pendant un certain temps. Ces trypanosomes peuvent servir à
infecter un animal réceptif lors d une nouvelle succion.
5° Dans les régions où, en 1912, on a signalé à Zambi plus de
4o 0/0 de cas de trypanosomiases, il n'existe pas de glossines,
mais H. perturbons v est très commune.
Uœmatopota perturbons Edwards est une nouvelle espèce que
j’ai récoltée le premier. Elle fut envoyée à M. Roubaud, de l’Ins¬
titut Pasteur de Paris, qui eut la grande amabilité de la faire
examiner par M. Edwards. La description paraîtra incessam¬
ment.
J’ai trouvé //. perturbons sur des bovidés et des chevaux; elle
se fixe de préférence sous le ventre et entre les cuisses. La
piqûre semble excessivement douloureuse. Quand on passe à
cheval dans une région infestée par //. perturbons , il est difficile
de conserver sa monture au pas, le cheval tend à prendre le
galop pour échapper aux piqûres. C’est surtout quand H. pertur¬
bons enfonce ses organes piqueurs dans la peau de l'animal que
Séance du i i Octobre 1916
573
la douleur semble vive; au contraire, au moment de la succion,
l'animal semble peu se soucier de la présence d //. perturbons.
Les réservoirs à virus, où TI. perturbons trouve les trypanoso¬
mes, doivent être, à mon avis, les bovidés malades ou incomplè¬
tement guéris ou encore ceux qui sont atteints chroniquement.
Certains animaux sauvages de la contrée doivent également
jouer un rôle. Tous les examens de sang que j’ai pu faire ont
été négatifs. Ces examens ont porté sur des Gobas ellipsiprymnus,
Tragelaphus g ratas , Tragelaphus scriptus , Cervicapra arandi-
num. .le me propose pourtant de continuer ces recherches que je
n’ai pu faire assez nombreuses.
Comme conclusion, il semble donc établi :
i° Oue Tryp. Cazalboui va v. pigritia est propagée à l’état natu¬
rel par d’autres mouches que des glossines.
20 Que l’agent propagateur principal de Tryp. Cazalboui var.
pigritia est, dans la région de Zambi, Hœmatopota perturbons
Enw.
Je ne prétends pas que Tryp. Cazalboui , var. pigritia soit pro¬
pagé exclusivement par H . perturbons ; au contraire, à mon avis,
des stomoxes, des Lyperosia , et probablement des moustiques et
même certaines tiques, peuvent être, au moins à courte dis¬
tance, des propagateurs de Tryp. Cazalboui var. pigritia.
Les Phlébotomes dans la région parisienne
Par M. LANGERON
Les Phlébo tomes sont connus dans le monde entier, sauf en
Australie. Malgré l'amplitude de cette aire géographique, les
localités où sont signalées les différentes espèces sont dissé¬
minées et comme sporadiques** Cela tient en grande partie à la
petite taille de ces Insectes, à leur faible visibilité et à leur
agilité remarquable, qui les font échapper facilement à l’obser¬
vation .
Il semblait aussi, jusqu’à ces dernières années, que les Phlé-
botomes vivaient de préférence sous les climats chauds, par
conséquent, en Europe, dans les régions méridionales. C’est en
effet dans les contrées chaudes qu’on rencontre le plus grand
nombre d'espèces et d individus.
574 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pourtant, des observations récentes démontrent que ces insec¬
tes remontent beaucoup plus haut en latitude qu’on ne l’avait
supposé jusqu’ici. L’étude de leur répartition en France est très
instructive à ce point de vue. Ces animaux sont signalés pour
la première fois sur le territoire français par R. Blanchard (i)
qui fait connaître les localités de Saint-Vallier-de-Thiey (Alpes-
Maritimes) et de Montpellier (Hérault). La même année, Lesne (2)
trouve le Phlebotomus papatasi à Varennes, près de Beaune
(Côte-d’Or), c’est-à-dire dans la partie septentrionale du bassin
de la Saône. Son existence à l’état endémique y est certaine, car
Lesne (3) l’y a retrouvé en 1912, après l’avoir cherché vainement
en 1 9 r 1 . En 1912 aussi, j’ai signalé (4) la localité lyonnaise de
Saint-Cyr-au-Mont-d’Ür, découverte par le regretté Dr Aubert.
Plus à l’Est, enfin, Galli-Valerio a fait connaître la présence de
ce Phlébotome au nord de l’Italie, en Valteline (5) (1911) et en
Suisse, à Orbe (G), dans le Jura vaudois (19 1 1). Enfin Legendre (y)
vient d’attirer l’attention sur l’existence probable de cet animal
dans le département de la Somme, à Vignacourt. Malheureuse¬
ment, l’état des échantillons récoltés n’a pas permis une déter¬
mination certaine.
Par contre, j’ai eu la bonne fortune de capturer, à deux repri¬
ses, le Phlebotomus papatasi dans une localité de la banlieue sud
de Paris, à Bourg-la-Reine (Seine).
Ma première observation date du mois de juillet 1914^ époque
à laquelle j'ai capturé, le soir, une femelle qui se disposait à
me piquer à la main. Je n'ai pas revu avec certitude de Phlé-
botomes en 1 9 1 5, quoique, au mois de juillet, j’aie vu fréquem-
(1) Blanchard, Quelques mots sur les Phlébotomes. Audi. de parasitologie,
XIII, 1909; Bull. Soc. entomol. de France, p. 192-196, 1909.
(2) P. Lesne, Capture du Phlebotomus pappataci Scop. en Bourgogne. Bull .
Soc. entomol. de France, p. 333, 1909.
(3) P. Lesne, Captures du Phlebotomus papatasi Scop. en Bourgogne (2« note).
Bull. Soc. entomol. de France, p. /Qu, 1912.
(4) M. Lanc.eron, Localités nouvelles de Phlébotomes. C. B. Soc. de biologie,
LXXII, p. 973, 1912.
(5) B. Galli-Valerio, Notes de parasitologie, Centralblatt far Bakteriologie ,
Orig., LX, p. 362, 1911.
(6) B. Galli-Valerio et K. de Jongh, Ueber das Vorkommen von Phleboto¬
mus papatasi im Ivanton Waadt. Centralblatt J tir Bakteriologie, Orig., LXIII,
p. 226, 1912 et Bail. Soc. Vaudoise des sci. nat., mars 1912 (séance du
1er novembre 1911).
(7) J. Legendre, sur l’existence dans la Somme du Phlebotomus papatasi i
sup. C. B. Soc. de biologie, LXXIX, p. 26, 8 janvier 1916.
Séance du il Octobre 1916
575
ment voltiger le soir, autour des lumières, de petits Nématocères
qui leur ressemblaient beaucoup. Cette année, en 1916, j’ai eu
plus de facilités pour répéter mes observations et j’ai fini, non
sans peine, par capturer encore deux femelles. D’autres m’ont
échappé, qui étaient certainement aussi des Phlébotomes.
Voici donc l’existence des Phlébotomes bien établie dans la
région parisienne, et probable dans la région de la Somme ; ces
localités constituent actuellement, pour l’Europe, la partie la
plus septentrionale de leur aire.
L’époque des captures est intéressante à Considérer : mes
deux observations et celle de Legendre ont été faites en juillet ;
Lesne a effectué ses deux captures en juillet et en août. C’est
aussi en été que ces animaux pullulent à Saint-Cyr-au-Mont-
d’Or, au point d’être très gênants.
Ceci nous amène à noter la fréquence relative de ces insectes :
très abondants en individus dans la localité lyonnaise, ainsi
que dans les deux localités méridionales françaises, où ils
constituent de véritables fléaux, ils semblent très peu nombreux
dans les localités septentrionales, puisque Lesne et moi en
avons capturé chacun trois exemplaires dans nos deux localités.
Ceci joint à leur très petite taille et à leur agilité, expliqué
pourquoi ils ont passé jusqu'ici inaperçus.
Le Phlébotome de Bourg-la -Reine est le Phlebotomas papa -
tasi. Bien que je n’aie pu capturer que. des femelles, j’ai trouvé
dans tes caractères de l'aile une certitude suffisante pour donner
cette détermination. J’ai pu d’ailleurs comparer les exemplaires
de Bourg-Ia-Reine à ceux que je possède du Lyonnais et de
Tunisie. J’espère bien arriver, dans les années suivantes, à
capturer des mâles et à confirmer ainsi ma détermination, puis¬
que la systématique de ce genre est basée sur la configuration
de l’appareil génital mâle (1).
Un intéressant problème est celui de l'hibernation de cette
espèce. Elle semble 11e se montrer, à l’état adulte, que dans les
mois les plus chauds et pendant un court espace de temps; mais
il faut bien que, pendant le reste de l’année, elle existe sous la
forme larvaire ou nymphale, car il est malaisé d’admettre le
transport par le vent pour des animaux aussi délicats. Malheu¬
reusement, les larves sont très difficiles à découvrir et, jus-
(1) L. M. SummerSj A Synopsis. of l lie genus Phlebotomas. Jourh. London
School oj trop, mecl., II, p. ro4-n6, iqi3.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
576
qu’ici, j’ai échoué dans mes recherches, dans les crevasses des
murs de la maison et du jardin où ces animaux ont été capturés.
Il reste à relier entre elles ces diverses localités : par Lyon et
Beau ne, les Phlébotomes remontent les vallées du Rhône et de
la Saône : on peut penser qu'ils existent le long- de la vallée du
Doubs et surtout en Alsace, dans la vallée du Rhin, où le
climat est doux. Cette hypothèse est d’autant plus plausible, que
la localité d Orbe, située au sud du lac de Neuchâtel, se trouve
exactement entre les vallées du Rhône et du Rhin, qui commu¬
niquent facilement par Genève et la plaine suisse, le long du
versant oriental du Jura. D’autre part, les Phlébotomes existent
dans le bassin de la Seine, bien qu’il soit séparé de celui du
Rhône par les montagnes de la Côte-d’Or et le plateau de Lan-
gres ; on peut donc penser qu’ils se trouvent aussi dans le bas¬
sin de la Loire et dans tout l’ouest de la France, car le climat y
•est bien moins rude que dans les régions de l’Est où les Phlé¬
botomes sont déjà connus.
Un cas de gale démodectique du cheval.
Contagion à Thomme.
Par Gaston URBAIN.
Pendant les années iqi3, iqi/| et r 9 1 3, il m’a été donné d'ob¬
server dans les Etats de Santa-Catharina et Paranâ (Brésil) bon
nombre de parasites végétaux et animaux, surtout les acariens
suivants : le symplectopte cysticole et le cytodite nu des poules ;
le Demodex folliculoriim du chien ; les sarcopte, psoropte, cho-
riopte et Demodex du cheval.
I. Poules. — a) Le symplectopte cysticole. — J’ai maintes fois
rencontré dans le tissu sous-cutané de poules saines ou malades
des nodules blancs, durs, de 3 à 4 mm. : ce sont des nodules
inflammatoires développés autour du symplectopte mort.
b) Le cytodite nu. — Je l’ai vu vivant en colonies excessive¬
ment nombreuses dans les sacs aériens ; il ne m’a pas paru jouer
de rôle pathogène.
IL Chien. — Outre un cas de Microsporuni avec contagion à
Séance du ii Octobre 1916
577
une famille nombreuse (7 personnes), j'ai étudié plusieurs cas
de Demodex follicnlorum .
Cette affection cutanée, grave, incurable une fois généralisée,
provoquant des lésions du sang et la cachexie grâee au mau¬
vais fonctionnement de la peau et surtout aux sécrétions des
parasites, présente encore un point obscur, à savoir : 1 e Demodex
follicnlorum du chieivest-il contagieux ?
Je trouve cette question non encore résolue, -quoiqu’en disent
certains auteurs.
En effet, les nombreuses inoculations expérimentales qu’il
m a été donné de faire sont restées sans résultat.
Quelques auteurs émirent une théorie très curieuse : pour
eux, le chien mange les œufs de l'acare qui, évoluant dans le
corps du parasité, passe par les différentes phases suivantes :
larve hexapode, nymphe octopode et enfin état adulte dans le
bulbe pileux.
Je n’ai pas grande confiance dans cette théorie pour les motifs
suivants : a) mes nombreuses recherches microscopiques ne
m’ont jamais permis de rencontrer les phases intermédiaires
du demodex dans le corps du chien ; b) faisant ingérer à des
chiens le produit de raclage de la peau d'un chien galeux, je
n’ai pu reproduire la maladie. J’ai observé, dans l’Etat de Santa-
Catharina, un fait qui pourrait donner une solution raison¬
nable : une chienne galeuse (bulldog) donna la gale à ses trois
chiots alors que deux jeunes fox-terriers qu’elle avait adoptés
11e furent pas atteints. De ce fait, il semblerait que la gale démo-
dectique du chien est contagieuse, mais nécessite pour sa multi¬
plication un certain état constitutionnel de l’hôte, état qui serait
héréditaire.
III. Cheval. — Les sarcopte, psoropte, choriopte sont très
connus et se diagnostiquent facilement par la localisation.
Le sarcopte : attaque le tronc -et non les régions couvertes de
crins.
Le psoropte : attaque en premier lieu les régions cou vertes de
crins pour s’étendre ensuite au tronc.
Le choriopte : attaque les membres.
Le Demodex : si la gale démodectique du chien est grave et
fréquente, celle du cheval est bénigne et rare.
Quatre cas ont été relatés : deux par Erasme Wilson et Gros:
les autres par Walters et Schenzel.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
578
Je décrirai un cas que j’ai observé dans une ferme, près de
Ponla Grossa (Paranâ). Je n'y aurais pas attaché grande impor¬
tance, s’il ne venait contribuer à résoudre un problème inté¬
ressant, à savoir : la gale démodectique du cheval est-elle conta¬
gieuse pour l’homme ?
Le 7 décembre 191 5, un fermier me fit appeler afin d’examiner une
vache atteinte de rhumatisme et maigrissant énormément. Au Paranâ,
cette maladie du bétail, excessivement fréquente, est due à une intoxica¬
tion vermineuse : l’œsopbagostomose, comme je l’ai prouvé par les analyses
microscopiques de fèces des malades et par les guérisons nombreuses
obtenues par l’emploi du thymol et de la naphtaline.
Une charrette conduite par deux chevaux me transporta à la ferme. En
cours de route, je fus étonné de l’état de maigreur, de la paresse de l’un
d’eux et des dépilations du tronc et du cou; à première vue je crus avoir
affaire au psoropte, très fréquent au Paranâ.
Dès mon arrivée à la ferme, je vis un jeune homme de 17 ans environ,
présentant de nombreux comédons sur le front et les joues. Intrigué, j’ana¬
lysai les comédons et le produit de grattage des régions dépilées du cheval :
je rencontrai dans les deux préparations le même parasite : le demodex.
J’appris dans la suite que ce jeune domestique qui soignait les chevaux
était entré dans la dite ferme un an auparavant, n’ayant rien sur la figure ;
ce n’est que petit à petit que les comédons sont apparus.
De cette observation, je crois pouvoir admettre que la gale
démodectique du cheval est contagieuse pour l’homme.
Sur le cycle évolutif de quelques Cestodes.
Note préliminaire.
Par Ch. JOYEUX.
Les Cestodes dont le cycle évolutif nous est connu d’une façon
plus ou moins complète sont en nombre infime comparativement
à la grande quantité d’espèces décrites. Ayant eu l’occasion de
faire quelques expériences sur ce sujet, j’indique dans la
présente note les résultats obtenus, me réservant de les publier
en détail lorsque les circonstances le permettront.
Dipylidium caninum (L.). — Ce parasite du Chien et occasion¬
nellement de l’Homme a comme hôte intermédiaire Tricho-
dcctes canis (Retz.), que Melnikow infesta expérimentalement,
et 2 Puces : Ctenocephalus canis (Curtis) et Pulex irritans (L.).
Le mécanisme de l’infestation de ces derniers Insectes, étudié
Séance eu ii Octobre 1916 579
par Sonsino et surtout par Grassi et Rovelli, est mal élucidé.
Sonsino en effet, par l’examen des trompes de Puces, s’est con¬
vaincu que le calibre de cet organe était trop faible pour
admettre un oeuf de Dipylidium ; il en a conclu que l’infestation
ne pouvait avoir lieu qu’à l’état larvaire, mais Grassi et Rovelli
n’ont jamais trouvé de larves de Puces infestées ; de plus ils ont
suivi chez l’adulte tous les stades de développement, depuis
l'embryon hexacanthe débarrassé de ses enveloppes jusqu’au
cysticercoïde complètement formé.
Je me suis efforcé de trancher cette question par la voie
expérimentale. Des coupes transversales de trompes de Puces
m ont montré, en effet, qu’il était impossible à l’œuf du Gestode
de pénétrer dans la cavité formée par les pièces buccales modi¬
fiées. De plus, 37 Insectes ayant piqué des animaux dont la
peau avait été barbouillée de capsules ovigères de Dipylidium ,
sont restés indemnes. J’ai alors nourri des larves avec les œufs
en question et suis arrivé aux résultats suivants : la larve, munie
de pièces buccales du type broyeur, avale facilement l’œuf ;
arrivé dans l'intestin, il s’échappe de ses enveloppes et pénètre
dans la cavité générale; on le trouve souvent au niveau des
derniers segments.
Il est à ce moment au sein des masses adipeuses, très diffi¬
cile à voir, soit par dissection soit par coupes en séries, et ce
n’est que par un heureux hasard que l’on peut arriver à obtenir
quelques préparations démonstratives.. Ainsi s’explique parfai¬
tement qu'il ait pu échapper à l’observation des savants auteurs
italiens. Il existe ainsi pendant toute la durée de la métamor¬
phose de l’Insecte ; puis,, lorsque l’adulte est éclos, l’hexacanthe
se met à évoluer avant même que son hôte ait commencé à se
nourrir. Au deuxième ou troisième jour, on le voit augmenté de
volume, la lacune primitive commence à se former et l’on assiste
alors à l’évolution décrite p&r Grassi et Rovelli. II y a donc
infestation de la Puce à l’état larvaire et développement du
cysticercoïde chez l'adulte. Cette donnée expérimentale nous
fournit une précieuse indication pour la prophylaxie de la
maladie canine : destruction des larves et des cocons de Puces,
qui sont accumulés dans le fond de la niche où se repose
l’animal, par grands lavages à l’eau bouillante, qui seront renou¬
velés tous les i5 jours à peu près pendant la belle saison; ce
moyen me paraît le plus simple et le plus économique.
580
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Hymenolepis di minuta (Rud.). — D’après Grassi et Rovelli,
les Insectes suivants, trouvés porteurs de Cysticercoïdes, peu¬
vent servir d’hôtes intermédiaires à ce Cestode du Rat et parfois
aussi de l'Homme.
Puralis (. Asopia ) farinalis L. La chenille et le papillon sont
parasités.
Reprenant cette étude expérimentalement, je suis arrivé aux
conclusions suivantes. La Chenille s'infeste facilement en man¬
geant des œufs mûrs et le cysticercoïde se développe chez elle
dès l’absorption. Le Papillon, contrairement à d’autres Lépidop¬
tères, a une trompe parfaitement conformée pour la succion et
se nourrit en effet, mais de liquides exclusivement. Il ne touche
pas aux matières fécales du Rat qui pourraient le contaminer ;
en outre le calibre de son appareil suceur permettrait difficile¬
ment à l'œuf du Cestode d’être aspiré. Les cysticercoïdes vus par
Grassi et Rovelli chez l’imago provenaient donc d’embryons
avalés par la Chenille, .le possède des chrysalides infestées qui
hibernent actuellement et qui me permettront de voir si la larve
du Ténia peut se retrouver au printemps chez le Papillon.
Anisolabis annulipes Lucas. Orthoptère Forfîculide qui n’est
représenté en France que dans la région méditerranéenne. Je
Fai infesté expérimentalement. Par contre je n'ai pu réussir
avec le représentant parisien le plus commun de ce groupe :
Forficula aaricularia L. (Perce-oreilles), ni avec les Blattes de
nos habitations : Periplaneta orientalis (L.) et Blatta cjermanica L.
A /as spinosa (L.) et Scaurus striatus (Fail). Ces Coléoptères
Ténébrionides n’existent que dans la région méditerranéenne.
J’ai cherché à infester à Paris des espèces voisines pouvant se
trouver en contact avec des Rats : B laps mortisaga L. et Tene-
brio molitor L. Le premier reste indemne, le second s'infeste
avec une extrême facilité, mais à l'état adulte seulement. Sa
larve, connue dans le commerce de l’oisellerie sous le nom de
« ver de farine », est incapable de servir d’hôte intermédiaire.
Ceratophyllas fasciatus Bosc et Xenopsylla cheopis Roms.,
Puces du Rat, ont été également trouvés parasités par Johnston,
Nicoll et Minchin, en Australie et en Angleterre. Ici, comme
pour la Puce du Chien, je n’ai pu infester l’adulte à cause du
calibre insuffisant de sa trompe. Les larves absorbent facilement
les œufs; mais, contrairement à ce qui se passe pour IJipijli-
diurn caninum, Fhexacanlhe évolue aussitôt, indépendamment
Séance du i r Octobre 1916
581
des métamorphoses de son hôte. J’ai également infesté les larves
de Pulex irr items L. et Ctenocephalus canin (Curtis).
Je n insiste pas sur les détails zoologiques de révolution du
cysticercoïde, qui a seulement été vu complètement développé par
Grassi et Rovelli ; j’y reviendrai, avec figures à Pappui, dans mon
mémoire. Comme pour les Cystiques de ce groupe, on observe
les stades suivants : allongement ellipsoïde de Phexacanthe avec
formation d une lacune primitive ; prolifération active à l’extré¬
mité opposée aux crochets ; étranglement de la base lui donnant
une forme en bissac ou en sablier, la lacune se trouvant dans
chacune des moitiés ; puis allongement de la partie médiane
qui se remplit de mésenchyme. L’extrémité portant les crochets
dégénère et se termine finalement par une petite sphère creuse,
reste d’une des moitiés du bissac ; l’autre moitié, pendant ce
temps, a grandi notablement, son extrémité a continué à proli¬
férer en forme de dôme, l’ébauche du rostre et des ventouses est
apparue ; le dôme s’étrangle légèrement à sa base et le scolex
est formé ; il ne lui reste plus qu’à s’invaginer dans la vésicule
qui lui est sous-jacente. La queue devient alors très fragile ;
beaucoup de cyslicercoïdes la perdent à ce moment au moindre
choc ; en tous cas, une petite quantité d’alcali suffit à provo¬
quer la scission ; en ajoutant du suc intestinal à la préparation,
on obtient la dévagination du scolex qui présente des mouve¬
ments très vifs.
On infeste facilement les Rats, même adultes, en leur faisant
absorber ces divers Insectes parasités. C’est d’ailleurs une règle
générale que l’infestation de l’hôte définitif est plus facile que
celle de l’hôte intermédiaire.
Hymenolepis nana v. Siebold. — Parasite de l’Homme, surtout
de l’Enfant, décrit par v. Siebold en 1802. Un autre Cestode vivant
chez le Rat a été nommé par Dujardin en 1 845 : Tamia ( Hyme¬
nolepis ) marina ; ce nom devra malheureusement être changé, car
il constitue une faute de nomenclature. Pour certains auteurs,
il s’agit d’une seule espèce ; d’autres ont décrit des caractères
permettant de les différencier. L’étude morphologique compara¬
tive en est difficile. Le Cestode du Rat peut être recueilli et fixé
suivant une technique correcte en sacrifiant un Rongeur para¬
sité ; mais celui de l'Homme, évacué généralement par des anti-
helmi nlhiques, est presque toujours en mauvais étal. Jusqu’à pré-
582
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sent je irai pu faire aucune distinction entre les deux animaux ;
les caractères, soit disant différentiels, décrits par certains hel¬
minthologistes, notamment par y. Siebold, sont très exagérés.
L’évolution du Cestode du Rongeur se fait directement d’après
Grassi : le même hôte étant à la fois intermédiaire et définitif.
J’ai pu reproduire facilement ces expériences et infester un
grand nombre de Rats et Souris en leur faisant absorber des
œufs mûrs d ' Hymenolepis. Le cysticercoïde se développe bien
dans les villosités intestinales comme l'a vu l’auteur italien.
D’autre part, Minciiin et Nicoll, Johnston disent avoir vu le cys¬
ticercoïde de cette espèce dans la cavité générale des Puces du
Rat : Xenopsylla cheopis Roth, et Geralophyllus fasciatus Bosc.
Je n’ai jamais réussi à infester expérimentalement ces Puces ni
les espèces voisines, pas plus à l’état larvaire qu’à l’état adulte.
Une première atteinte paraît, suivant la règle générale, confé¬
rer l'immunité ; un animal parasité avalant des œufs n’est pas
infesté par celte deuxième absorption. Outre le Rat et la Souris
de laboratoire, j'ai transmis ce Cestode exceptionnellement au
Mulot [Mus sylvaticus L.) et au Campagnol (Microtus arvalis
Pallas).
Quant à ce qui est de l’identité des deux parasites de l’Homme
et du Rat, Grassi a fait ingérer à des enfants des œufs du Ces¬
tode de Rongeur: il a vu-un sujet sur six s’infester, mais cette
expérience n’a pu être faite avec toute la rigueur désirable. J’ai
tenté de faire l'inverse et d’infester des jeunes Rats avec des
Cestodes d’enfants. La technique est assez compliquée; en effet
les anneaux expulsés par les antihelminthiques sont tués et
incapables de développement, ainsi que je m’en suis assuré avec
Y Hymenolepis du Rongeur. Le seul moyen est donc de prendre
des œufs dans les selles des malades et de les faire avaler à l’ani¬
mal ; mais comme ils sont souvent rares, il faut enrichir les sel¬
les par centrifugation ; cette opération n’altère aucunement les
embryons ainsi que je l’ai également constaté pour le Cestode
du Rat, à condition bien entendu de ne mêler aucun produit
chimique aux matières fécales. En procédant de la sorte, je n’ai
pas e n co rè^f^tPfS^à- parasiter le Rat avec des œufs provenant de
l’Homme ; mais le nombre de mes expériences est trop restreint
pour me permettre de conclure. Néanmoins la répartition géo-
graphi que différente de chaque parasite semble confirmer mes
premiers résultats. 11 s’agirait donc de deux espèces biologiques,
Séance du i r Octobre 1916
383
adaptées l'une à l'Homme l'autre au Rongeur, très voisines si
non identiques morphologiquement et impossibles à distinguer
autrement que par l'expérimentation.
L’helminthiase des enfants aurait donc pour cause une conta¬
gion purement interhumaine sans l’intervention du Rat, et la
prophylaxie devrait être établie en conséquence : surveillance
des sujets venant de pays où le Ver est beaucoup trop fréquent
et difficile à expulser pour qu’il soit possible de le faire dispa¬
raître actuellement.
584
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Aperçu médical sur la campagne
du Cameroun de 1914-1916 (1).
Par Gh. JOJOT.
Le Cameroun est entièrement situé en région tropicale. Il
comprend deux zones :
La zone maritime, côte du Cameroun sur la baie de Biafra,
est à terres basses, coupées par les estuaires des fleuves. Elle est
recouverte d'une forêtdense (« Urwald » des Allemands). Le cli¬
mat est chaud et humide, la température moyenne de 25°4, les
extrêmes de 220 et 32°. Le degré hygrométrique moyen est de
92 centièmes, les extrêmes sont q4 et 82. 11 tombe en moyenne
4.000 mm. de pluie en 200 journées. La saison des pluies va de
juin à octobre. Les tornades accompagnent les périodes de tran¬
sition mars à juin, octobre et novembre. Janvier est le mois le
plus chaud et le plus sec, juillet le plus frais et le plus humide.
La zone continentale est formée de hauts plateaux en terras¬
ses, d’altitude variant de Ooo à 1.200 m. La forêt déborde des
terres basses, escalade les versants des plateaux et se prolonge
le long des fleuves. Mais la majeure partie des hautes terres pré¬
sente des steppes herbacées, le « Grasland ». La température
moyenne y est de 18 à 20°, les extrêmes de 120 à 4o° 5 le degré
hygrométrique 80 centièmes, s’abaissant à 65 en certains points.
La saison des pluies est plus courte et les pluies sont de moins
en moins abondantes à mesure que l’on s’éloigne de l’Océan. A
Jaunde (600 m. d’altitude) à la lisière de la forêt tropicale, il ne
tombe déjà plus que i.4oo mm. d’eau en i5o journées de pluie.
Les ressources en bétail et plantations sont notablement plus
considérables sur les hauts plateaux que dans la forêt tropicale.
La zone des forêts est de beaucoup la plus insalubre, les opéra¬
tions militaires y sont aussi le plus difficiles.
(i) Publication autorisée par M. le Ministre de la Guerre.
Séance du ri Octobre 1916
585
Les principales voies d’accès pour les alliés étaient le front
maritime modifié par la colonisation allemande (port de Duala,
voies ferrées Duala-Nkong samba et Duala-Eseka, réseau de
routes entre Edea, Jaunde, Kribi, Ebolowa, sur lesquelles le ser¬
vice britannique a pu utiliser des voitures automobiles (Ford),
1 e s vo i e s fl u v i a l e s N i ge r-B e n o u é , C o n go - S a n g h a , G o n go -O u b a n gu i .
Partout ailleurs les opérations militaires et sanitaires ont du
s'effectuer par transport sur têtes de porteurs (hamacs et bran¬
cards pour blessés et malades) en suivant les pistes indigènes.
586 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La superficie du Cameroun égale celle de l’Allemagne, par
suite les colonnes alliées ont dû opérer aussi bien au point de
vue médical que militaire, le plus souvent indépendamment les
unes des autres. Les contingents du Territoire militaire du Tchad
avaient leur base à Fort-Lamy, la colonne de la Lobaye à Ban-
gui, celles de la Sangha, à Brazzaville, la colonne du Gabon à
Libreville, les colonnes anglaises du nord-ouest en Nigeria, les
contingents franco-britanniques de Duala à Lagos, Accra, Free¬
town pour l’élément britannique, à Dakar pour l’élément fran¬
çais. Les relations étaient établies par des vapeurs fluviaux et
sur mer par des transports affrétés ou les courriers postaux de
TElder-Dempster et des Chargeurs réunis. Le Service de Santé
n’a malheureusement jamais disposé de navires hôpitaux.
La conquête effectuée, la plupart des colonnes anglaises, bel¬
ges et françaises firent leur concentration à Duala pour quitter
le Cameroun par voie maritime, amenant à l’hôpital de cette
ville des malades et des blessés.
Du fait même des alliés, en négligeant les Allemands, les
documents nécessaires pour une histoire médicale de la cam¬
pagne du Cameroun seront longs à rassembler. Il serait préma¬
turé de vouloir apporter dès maintenant des statistiques. La
présente note est basée sur les constatations faites à l'hôpital
de Duala de 19 \!\ à 1916 et les renseignements obtenus des méde¬
cins des colonnes, notamment lors de la concentration finale à
Duala.
Les troupes alliées et allemandes en présence se composaient
presque exclusivement d’indigènes encadrés par des européens.
Elles étaient obligées de se faire accompagner de nombreux por¬
teurs venant de tout l’Ouest africain, dépassant le chiffre des
combattants. Les Français évacuèrent sur Dakar dès le commen¬
cement de 1916 une compagnie européenne formée de réservis¬
tes de l’Ouest africain qui payait un trop lourd tribut au palu¬
disme.
Les Alliés ont bénéficié des établissements hospitaliers et des
approvisionnements laissés par les Allemands, particulièrement
importants à Duala, Yiktoria, Garua et Ebolowa. Le Base hos¬
pital de Duala a fonctionné dans les bâtiments du Regierungs
Hospital avec le mobilier sanitaire, le matériel chirurgical et
bactériologique, une partie même du personnel infirmier indi¬
gène allemand.
Séance dü ü Octobre 1916
587
Les pertes par blessures de guerre ont été beaucoup plus
importantes que dans les campagnes coloniales antérieures, ce
qui n’a pas lieu de surprendre puisque les deux partis en pré¬
sence étaient armés et dirigés par des Européens. Il y eut cepen¬
dant peu de blessures de guerre parmi les porteurs.
La plupart des plaies étaient causées par des armes à feu,
fusils ou mitrailleuses. Pas de lésions par projectiles d’artillerie.
Les rares blessures par arme blanche étaient présentées par des
indigènes du Cameroun, objets de sévices de la part des parti¬
sans allemands chargés de faire le vide dans les territoires
menacés.
Les projectiles étaient des balles modernes de petit calibre,
mais dont la chappe dure avait été dans certains cas modifiée
pour accroître l’effet nocif, des balles de fusil ancien à plus gros
calibre, des morceaux de métal irréguliers, charge de fusils de
traite. La forêt tropicale était propice aux embuscades et les
coups de feu tirés souvent à très courte distance.
Les plaies des blessés, à leur arrivée dans les formations sani¬
taires étaient infectées par des associations microbiennes, dans
lesquelles est à signaler la fréquence du bacille pyocyanique.
Les infections locales consécutives n'ont pas toujours pu être
arrêtées et la septicémie chronique a été la cause la plus com¬
mune des décès parmi les blessés de guerre (à l’hôpital de Duala,
le service britannique eut 89 décès de blessés, le service français
26 dont un seul européen). La gangrène gazeuse a été extrême¬
ment rare.
Aucun cas de tétanos ne s’est produit à la section française de
l'hôpital de Duala, où l’emploi préventif du sérum antitétanique
était régulièrement pratiqué. Par contre, il y eut quelques cas
mortels à l'ambulance française d'Edea où cette prophylaxie
n’avait pas toujours pu être suivie et la section britannique du
Base Hospital de Duala accusait 5 décès par tétanos malgré
l’emploi du sérum antitétanique.
Les invalidités et hospitalisations par maladies ont dépassé
de beaucoup celles causées par les blessures de guerre.
Cependant, malgré des relations constantes avec les ports de
l’Ouest africain et l’Europe, il n’y eut pas d'épidémie importée
au Cameroun, à l’exception d’une poussée bénigne d’oreillons
en 19 t 4 dans un contingent français de Duala. Ce résultat fait
d’autant plus honneur aux Services sanitaires britannique et
588
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
français que la peste existait à Dakar en 1914, que la variole
épidémique régnait en Sierra-Leone en 1915-1916 et qu’il y eut
en iqi5 une alerte de fièvre jaune en Nigeria (les stegomyes sont
très abondantes à Duala).
Le contingent anglaisa souffert à différentes reprises de peti¬
tes épidémies de varicèle.
Le béribéri a sévi dans le contingent français de la colonne
qui opérait dans la zone maritime, exclusivement chez les indi¬
gènes, fin r 9 1 4 ù Duala, en janvier 191b à Kribi. Il disparut
quand les compagnies atteintes quittèrent ces localités. Il repa¬
rut à Edea dans le cours de T910 pour disparaître à nouveau
quand la colonne commença la marche sur Jaunde. En 1916, la
colonne de Campo fut atteinte à son tour. Le plus souvent, le
béribéri a été caractérisé par des troubles de la marche, de
l’œdème généralement peu prononcé des membres inférieurs,
des troubles cardiaques. Les décès, déterminés par cachexie ou
syncope, ont été rares, mais la plupart des sujets ont dû être
évacués du Cameroun. Le riz blanc asiatique complètement
décortiqué était la base de l'alimentation, mais il en était sensi¬
blement de même pour le contingent anglais qui n’a eu qu'un
chiffre insignifiant de cas, environ 20 contre 4oo chez les Fran¬
çais. Les porteurs français, moins favorisés que les tirailleurs au
point de vue alimentation, vêtements et logement, ont beaucoup
moins souffert du béribéri. A signaler le cas de 2 sections d’une
compagniede Kribi qui avaient l'alimentation en commun, mais
des cantonnements différents ; une seule fut atteinte.
Le paludisme existe sur toute l’étendue du Cameroun, mais
est plus sévère dans la forêt tropicale de la zone maritime. Indi¬
gènes et européens des colonnes alliées avaient pour la plupart
habité antérieurement des pays palustres. Dans la campagne du
Cameroun, le paludisme a été rarement une cause d’hospitalisa¬
tion pour les indigènes. Chez les Européens qui ont payé un
lourd tribut, l’affection se traduisait le plus souvent, au début,
par une fièvre continue ou rémittente avec troubles gastro-intes¬
tinaux et hépatiques, ensuite par des accès de fièvre intermit¬
tents sans intervalles bien réguliers. La splénomégalie a été rare
et peu prononcée, la mortalité presque nulle au moins à la sec¬
tion française de l’hôpital de Duala, mais beaucoup de sujets en
apparence rétablis par les injections de quinine avaient des
Séance du ii Octobre 1916
389
rechutes, s’anémiaient, et le paludisme a été la cause du plus
grand nombre des évacuations d’Européens.
La recherche de l’hématozoaire dans lésant a donné des résul-
CD
tats positifs dans environ 4o 0/0 des cas. Parmi les résultats
positifs, la forme d’hématozoaire décrite comme typique pour
la fièvre tropicale a été trouvée dans une proportion de 80 0/0, les
formes de la tierce bénigne et de la quarte dans 10 0/0 chaque.
Il y a lieu de noter que la prophylaxie du paludisme par la
quinine préventive à la dose de o g. 26 par jour était prescrite et
le plus généralement pratiquée. Les Allemands au Cameroun
faisaient prendre un gramme en une fois chaque semaine.
La fièvre bilieuse hémoglobine rique s’est montrée exclusive¬
ment chez les Européens et par séries de gravité très variable.
Elle a contribué dans une proportion importante à la mortalité
des Européens. La thérapeutique par injections de solutés de
chlorure de sodium n’a donné que des mécomptes à la section
française de l’hôpital de Duala.
La dysenterie a sévi comme le paludisme avec intensité, mais
aussi bien chez les indigènes que chez les Européens. Pour le
Service britannique elle aurait motivé 700 hospitalisations. Elle
a entraîné un nombre important de décès chez les indigènes
français tirailleurs et surtout porteurs. Dans la grande majorité
des cas, il s’agissait de dysenterie amibienne. Cependant quel¬
ques cas de dysenterie bacillaire ont été établis par l’examen bac¬
tériologique. D'après les Allemands, la proportion de la dysen¬
terie bacillaire à la dysenterie amibienne au Cameroun était de
3 à 7. L’abcès du foie a été une complication exceptionnelle de
la dysenterie amibienne cà Duala (2 cas en 18 mois à la section
française de l'hôpital).
La dysenterie amibienne a été traitée avec grand succès chez
les Européens et les indigènes par les injections d’émétine aux
doses de 4 à 8 c g. par jour; cependant, par rechute ou réinfec¬
tion, la maladie s’est reproduite chez certains sujets. Des essais
de traitement par le sérum antidysentérique des quelques cas
d’ailleurs très graves de dysenterie bacillaire n’ont pas donné de
résultats.
Un petit nombre de cas de fièvre typhoïde établis par les
recherches bactériologiques et pour certains confirmés par l’au¬
topsie, se sont produits chez des Européens et indigènes des
contingents britanniques et français. Les médecins allemands
590
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
avaient déjà signalé l’existence de la fièvre typhoïde au Came¬
roun et notamment ses ravages dans la main-d’œuvre indigène
des plantations ( Médis inalbericht über das Schntzgebiet Kcimerun ,
notamment celui fur das Berichtjahr 1907-1908).
La sensibilité particulière de la race noire pour le pneumoco¬
que s’est affirmée par un nombre important de pneumonies et
quelques cas de méningites à pneumocoques. La pneumonie a
surtout sévi pendant là saison des pluies 1915 et plus particu¬
lièrement parmi les porteurs. Elle a joué un rôle important
dans la morbidité et la mortalité indigène.
Le Service de Santé allemand avait publié dans les Medizinal
Berichte la carte de l’extension de la lèpre au Cameroun. Quel¬
ques cas caractérisés par des macules achromiques anesthési¬
ques se sont produits chez des tirailleurs indigènes. Il n’y avait
pas de rhinite concomittante et le bacille de Hansen n’a pas été
décelé.
La trypanosomiase ne s’est manifestée que chez un petit nom¬
bre d’Européens et d’indigènes, généralement par l’engorgement
ganglionnaire cervical, les trypariides, la fièvre, les douleurs
profondes à la pression des parties molles. Cependant, la
région de la Haute Sangha (plombe re Fluss des Allemands), les
rives du Bodinge (affluent de la Lobaye), le cours supérieur de
la Njong et la région de Campo, où les opérations militaires
ont été actives, sont des foyers dangereux de maladie du som¬
meil. La Glossina pal-palis abonde au Cameroun, particulièrement
le long des fleuves. Les effets de la campagne du Cameroun sur
le développement de la trypanosomiase dans cette colonie n’ap¬
paraîtront vraisemblablement que plus tardivement.
Les Helminthiases, fréquentes au Cameroun, comme sur toute
la côte ouest de l’Afrique, n’ont pas été évitées par les colonnes
alliées. Des cas de parasitisme intestinal par le tænia inerme et
l’ascaris lombricoïde se sont présentés chez les Européens et
les indigènes, l’ankylostomiase, la bilharziose rectale et vésicale
chez les indigènes, sans revêtir un caractère de fréquence alar¬
mant. Cependant une carte allemande d’avant la guerre mon¬
trait l’extension redoutable de l’ankylostomiase dans la colonie.
L’ulcère phagédénique a été un véritable fléau par le nombre
d’invalidités qu’il a déterminées parmi les indigènes tirailleurs
et porteurs britanniques ou français. Des abcès multiples, que
certains médecins attribuaient aux filaires, sans qu’il ait été
Séance du li Octobre 191G
591
possible de vérifier cette assertion, ont causé à la section fran¬
çaise de l'hôpital de Duala une dizaine de décès d’indigènes, la
plupart porteurs. Un petit nombre d’Européens et d’indigènes
ont présenté la Filaria loa. Les abcès par ver de Guinée et les
lésions par chiques ont été communs. Le ver de Guinée était
antérieurement inconnu au Cameroun et la campagne aura con¬
tribué à sa dissémination.
Parmi les maladies cutanées, l’herpès circiné, l’impetigo, et
les lésions papulo-croûteuses, étiquetées « craw-craw », se sont
signalés par leur fréquence, de même les maladies vénériennes
très répandues dans les populations indigènes des ports de la
côte.
Les autres affections cosmopolites, qui ont constitué la patho¬
logie des colonnes n’ont pas eu de caractère particulier.
Mais cet aperçu resterait incomplet, sans la mention des rava¬
ges causés parmi les porteurs britanniques et français, par les
privations et le surmenage de la campagne. A la fin de 1915 et
au commencement de 1916, la mortalité fut particulièrement
élevée. Beaucoup succombèrent dans la brousse, d'autres ne
parvinrent dans les formations sanitaires que dans un état de
misère physiologique tel que tous les soins étaient inutiles. Le
Service sanitaire de Duala eut un effort considérable à fournir
pour recueillir, réconforter ces pauvres gens et les évacuer sur
leurs colonies d’origine.
La reconnaissance de ce fait imputable à des nécessités mili¬
taires, ne diminue pas l’œuvre de chirurgie de guerre et de
prophylaxie des maladies exotiques accomplie. La campagne du
Cameroun, la plus importante expédition coloniale française en
pays tropical depuis la conquête de Madagascar, paraît dès
maintenant avoir justifié les espérances que permettaient de
concevoir les progrès de la pathologie tropicale.
592
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Note sur les vaccinations contre la peste,
faites pendant et après
répidémie de Dakar (1914-1915-1916)
Par André MA RCA N DIE R.
Médecin de ife classe de la Marine.
Les renseignements suivants sont basés sur 70.000 injections
de vaccin de Haffkine réparties de la façon suivante :
lre injection . 24.265
2e , — 20.775
3« — . . 19.616
4« — 5.348
70 . 004
45.ooo environ ont été faites pendant la période épidémique
(i5 avril 1 9 1 4- 1 cr février 19 1 5), soit :
1 re vacci nation . 17. 400
2« — 14.868
3“ — 12.953
45.221
A ces totaux qui représentent les injections faites par nous-
même à Pinfirmerie de l’Arsenal de la Marine, il faut aujouter
environ 8.000 autres vaccinations faites par les médecins de la
municipalité, de l’Hôpital Central indigène, du Laboratoire de
bactériologie, du Camp de ségrégation, etc... Si l’on estime à i5
ou 18.000 individus (il est difficile d’avoir un chiffre précis) la
population civile indigène de Dakar, 011 peut avancer qu’en fin
d’épidémie presque toute cette population avait subi la première
vaccination ; les 3/4 environ, la deuxième et la troisième.
En dehors de la période épidémique, seuls, les indigènes
quittant Dakar par la voie ferrée, étaient revaccinés quand leur
dernière vaccination datait de plus de 5 mois. A partir d’avril
1916, jusqu’au 20 mars 1916, les trois vaccinations périmées ont
été remplacées par une quatrième injection.
Les 25.000 vaccinations faites pendant cette dernière période
ont donc porté sur les indigènes qui constituent une partie de la
population flottante de Dakar, et qui, par leurs déplacements
Séance du ii Octobre 1916
503
incessants, sont les plus susceptibles de transporter la peste
dans l'intérieur du Sénégal
Vaccins employés. — Ils provenaient :
i° De l Institut Pasteur. — Les plus utilisés dataient de juin,
juillet, août, octobre, novembre 1914, août, septembre 1910.
Enfin un grand nombre d’injections ont été laites en novembre,
décembre 1914, avec un vaccin marqué Iv 1 4-
20 Du laboratoire de bactériologie de l’Afrique Occidentale
Française. — La technique de sa préparation a été résumée par
le Dr Lafont, alors directeur de ce laboratoire, dans le Bulletin
de la Société de pathologie exotique (10 novembre 1 9 r 0 , p. 660).
Ces deux vaccins ont été à peu près également utilisés.
Au moment de son emploi, le vaccin de l’Institut Pasteur
datait en général de 3 à (S mois, celui du laboratoire local, de
i5 jours et moins, à 2 mois.
Dans leur ensemble, les réactions thermiques obtenues avec
ces deux vaccins ont été à peu près identiques.
On a remarqué que l’aspect extérieur du vaccin de l’Institut
Pasteur n’était pas toujours le même. A coté des vaccins troubles,
on a rencontré des vaccins parfaitement limpides (même après
agitation du tube). Ces variations dans l'aspect extérieur ne
s'accompagnent pas de différences dans le degré d intensité des
réactions.
Technique des injections. — Après les précautions antiseptiques
habituelles, l’injection était faite dans le tissu cellulaire sous-
cutané à trois travers de doigt environ au-dessous et dans le pro¬
longement de l’angle inférieur de l'omoplate. La première injec¬
tion était faite à gauche, la deuxième à droite ; on utilisait pour
la troisième le tiers inférieur de l’espace omo-vertébral gauche.
Dans ces régions, la piqûre est à peu près indolore, la réaction
locale se développe librement dans un tissu cellulaire lâche, la
gène dans les mouvements du bras et de l'épaule est minime.
Les injections dans le tissu cellulaire sous-cutané de l’abdo¬
men ont été mal acceptées des indigènes. Le frottement des
ceintures qu’ils portent habituellement inoculait souvent le
point d’injection ; il en résultait des abcès douloureux.
Doses. — O11 a débuté par une seule injection de 1 à 2 cm3
594 Bulletin de la Société de Pathologie eXoîIQUë
pour un adulte. Mais, pendant la phase aiguë de répidémie (août
i (> 1 4), de nombreux décès s’étant produits chez les sujets vaccinés
une fois, l’inspecteur des Services sanitaires prescrivit deux, puis
trois vaccinations de i cm3 chacune, à 7 ou 8 jours d'intervalle.
Dans la pratique, l’application de cette mesure a présenté des
difficultés. 11 était très souvent impossible d’obtenir des indi¬
gènes de revenir au jour fixé. Ceux qu’on renvoyait ne reparais¬
saient plus. Les indigènes, pressés de quitter Dakar par la voie
ferrée, demandaient qu’on abrégeât l’intervalle entre chaque
injection. D’autre part, il fallait aller vite, profiter de l’afllux de
la population et injecter une dose notable de vaccin tout en
obtenant une réaction modérée, mais nette.
Après une série de tâtonnements, on reconnut qu’on pouvait
réduire l’intervalle entre chaque vaccination, et d’autre part
augmenter les doses sans obtenir de réactions exagérées.
Vers le milieu de novembre 1914, on a commencé à injecter
systématiquement une dose totale de 4 cm3 1/2, répartie en trois
injections (1 cm3, 1 cm3 1/2, 2 cm3) faites à intervalles variables
(2 à 5 jours). Des milliers de vaccinations ont été faites par cette
méthode.
Dans la suite, l’expérience nous a montré qu’on pouvait injec¬
ter sans danger à un adulte vigoureux une dose totale de 5 cm3
à 5 cm3 1/2, en trois injections à dose croissante, faite à un
intervalle de 24 h. à 5 j. Bien que dans un très grand nombre
de cas, cet intervalle de 24 h. soit suffisant pour que la tem¬
pérature du sujet revienne à la normale, c’est un minimum
qui ne semble pas devoir être dépassé : on risquerait d’avoir
des réactions exagérées, et peut-être de diminuer les moyens
de défense de l’organisme. 11 est préférable de laisser écouler
3 à 5 j. entre chaque injection.
Les doses ci-dessus indiquées concernent les adultes de taille
et de poids moyens, on les réduisait pour les femmes (4 cm3) et
pour les enfants. Chez ces derniers, ou maintenait un large
intervalle entre chaque vaccination. Les trois vaccinations
n’étaient d'ailleurs pratiquées qu’au-dessus de trois ans.
Les méthodes de vaccination ont varié suivant les doses de
vaccin injectées antérieurement. A partir du i5 avril 191b, chez
les sujets vaccinés trois fois, et dont la troisième vaccination
datait de plus de 5 mois, on a injecté sans inconvénient une
dose massive de 4 cm3. Tout récemment, i5o marins indigènes
Séance du 1 1 Octobre 1916
59 H
ayant subi antérieurement six vaccinations, la dernière datant
d’un an, ont reçu une dose totale de 5 cnr à 5 cm:l i/4, répartie
en deux injections faites à 5 j. pleins d’intervalle : les réactions
ont été extrêmement faibles.
Réactions consécutives. — i° Réactions locales. — 3 à 6 h.
après l’injection, tuméfaction douloureuse au point d inocula¬
tion, avec irradiations dans les régions lombaires et axillaires
(lorsqu’on fait l’injection au-dessous de l’angle inférieur de
l’omoplate). Ganglions axillaires légèrement augmentés de
volume, durs, douloureux.
20 Réaction générale. — Céphalée, courbature, arthralgie,
4 ou 5 h. après l'injection. Fréquemment diarrhée, insomnies.
Les enfants nourris au sein ont eu des vomissements la nuit qui
a suivi l’inoculation de la mère.
Fièvre. — L’élévation thermique est faible et 11e dépasse pas 38°.
Elle oscille généralement entre 37° et 37°8. Sur 100 vaccinations,
on a observé trois fois seulement une température supérieure
à 38° ; le maximum a été38°3. L’élévation thermique commence
2 à 4 h. après l’injection. Le lendemain matin, la température
est généralement revenue à la normale. Il n’est pas rare qu’elle
remonte dans la soirée du deuxième jour.
Lorsqu'on fait trois injections, la température la plus élevée
s’observe généralement après la première, la deuxième et la
troisième étant suivies de réactions moins marquées. Quand
cette première réaction thermique est faible, ou manque, le
maximum de température s’observe après l'une des deux inocu¬
lations suivantes.
On observe des courbes thermiques analogues après les vacci¬
nations antityphiques.
Ces types de courbe sont surtout nets lorsque les trois injec¬
tions sont séparées par un intervalle de 3 à 5 j.
Quand on fait trois injections quotidiennes, la température
revient chaque fois à la normale le lendemain matin, mais il
arrive qu’elle remonte 24 ou 36 h. après la dernière inoculation.
Contre-indications. — Chez les enfants en bas âge (de 18 mois
à 3 ans), il 11’était fait qu’une vaccination, les tuberculeux, les
vieillards, les sujets ayant un état fébrile d’origine indéterminée,
n’ont pas été vaccinés.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
On a été très réservé dans l'emploi du vaccin chez les femmes
enceintes, bien que nous n’ayons pas observé d’avortement
nettement imputable aux vaccinations. Dans le cas de grossesse,
on ne dépassait guère i cm3, i cm3 1/2.
On s’est efforcé de dépister les su jets porteurs de bubons ou en
incubation de peste, qui se présentaient assez fréquemment
aux séances de vaccinations. Bien que Faction aggravante du
vaccin ne soit pas nettement établie, la mort de ces malades,
survenant peu de jours après l’injection, frappait les indigènes
et discréditait dans le public la méthode des vaccinations.
Malgré toutes les précautions prises, les jours de grande
affluence, quand il n’était pas possible d’examiner chaque indi¬
gène, des individus en incubation de peste ou même porteurs de
bubons, ont réussi à se glisser dans la foule et ont été vac¬
cinés.
Nous citerons quelques exemples :
Abdoulaye Su. la, 31 ans, manœuvre à la Compagnie des charbonnages,
est vacciné une première fois le 17 juin 1914. Le 1er juillet, vers 16 h., se
sentant fatigué, il qui tte son travail et court se faire vacciner une seconde
fois, pensant que l’injection de vaccin le guérirait. Décédé le 4 juillet :
peste pneumonique.
Maram Diop, 27 ans, vacciné le 27 juin 1914 et le 17 octobre, décédé
le 21 du même mois. Peste bubonique.
Diabaye Touré, 46 ans, vacciné le 28 octobre 1914, décédé le 5 novem¬
bre : peste bubonique. /
Abdoulaye Diaye, 25 ans, vacciné le 19 juin et le 21 septembre 1914,
décédé le 1er octobre. Peste bubonique.
Isaac Boume, 29 ans, vacciné les 19 et 26 octobre 1914, décédé le 28 oc¬
tobre. Peste bubonique.
Accidents. — Aucun accident grave n'a élé noté au cours des
réactions qui ont suivi les vaccinations faites suivant les diverses
méthodes indiquées ci-dessus.
Abcès. — Ils étaient de deux sortes :
i° Abcès chauds, banals, dus à des fautes d’antisepsie, à la
malpropreté des indigènes, aux applications de terre, de poudre
de tabac sur le point d’inoculation, aux traumatismes de la
région injectée (Certains indigènes, aussitôt après la vaccination,
cherchaient à faire ressortir le liquide en exprimant violemment
la boule d’œdème produite par l’injection).
20 Des abcès indolores, torpides, augmentant lentement de
volume, et causés par l’injection de certains vaccins provenant
Séance du
i I
Octobre
597
du Laboratoire de Bactériologie de l’Afrique Occidentale fran¬
çaise.
Dans le courant du mois de septembre, nous avons ouvert un
grand nombre de ces abcès ; ils dataient en général d’un mois
et plus, et étaient plus gênants par leur volume que par la dou¬
leur qu’ils occasionnaient. Nous citerons les cas suivants :
Fode Koita, 38 ans, vacciné le 20 juillet, se présente le 16 septembre
1914 : abcès du volume d’une grosse orange, indolor,e.
Mammadou Tall, 38 ans, vacciné le 26 juin, se présente le 17 septem¬
bre 1914. Abcès du volume d’un gros œuf, indolore.
Il nous est arrivé d’inciser un abcès datant de 7 mois, du volume d’une
tête d’enfant.
Le pus des abcès un peu anciens était jaune, filant comme de
l’huile; à l’examen bactériologique, il était souvent aseptique,
ou ne contenait que des bactéries banales.
La fréquence de ces abcès était telle qu’à un certain moment
on a été obligé de réduire les doses de vaccin, et de n'employer
que du vaccin de l’Institut Pasteur. Dans la suite, les vaccins
provenant du Laboratoire local, iront donné lieu à aucun
accident.
Résultats des vaccinations. — On les apprécie généralement
par la comparaison du taux de la mortalité chez les vaccinés
et chez les non vaccinés.
Une pareille comparaison est à peu près impossible à faire
pour l’épidémie de Dakar, les causes d’erreurs étant trop nom¬
breuses : incertitudes sur le chiffre de la population, et le total
des décès, grand nombre des cas suspects, impossibilité de con¬
trôler la vaccination des décédés par suite de la perte ou du
trafic des cartes de vaccinations, exode des vaccinés au début
de l’épidémie, etc.
A titre de renseignements, nous donnerons les chiffres du
mois d’août, point culminant de l’épidémie :
Total des décès causés par la peste .... 355
Vaccinés . 87
Non vaccinés . 181
Indéterminés au point de vue vaccination . . 48
Cas suspects . 39
On voit donc que la somme des cas suspects et indéterminés
(égale au total des vaccinés) est assez considérable pour fausser
l'appréciation des résultats. La même remarque s’applique aux
598
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mois suivants. Antérieurement au mois d aout, il est impossible
d’avoir la moindre certitude sur le chiffre des décès.
De l’examen comparatif des courbes de décès par décades, et
de vaccinations par quinzaines, il résulte que le plus grand
nombre de vaccinations a été fait en fin d’épidémie. Presque
tous les individus vaccinés 3 fois n’ont donc pas subi la phase
aiguë et Ton risquerait de surestimer l’effet des 3 vaccinations
en prenant comme base d’appréciation le faible taux de la mor¬
talité parmi eux. Ajoutons que 4 ou 5.ooo indigènes vaccinés
3 fois ont été isolés dans un nouveau village créé aux environs
de Dakar, et soustraits ainsi aux chances de contamination.
D’une façon générale, il ne semble pas que les vaccinations
aient à elles seules influencé la marche de l'épidémie, les 6 ou
7.000 premières vaccinations faites en mai-juin n’ont pas
empêché la poussée aiguë de juillet-août et le nombre de décès
commençait à décroître alors que les 2e et 3° vaccinations
n’avaient été pratiquées que sur un nombre très restreint
d’individus.
Tout ce que l’on peut dire, c’est que, combinées aux autres
mesures de prophylaxie, les 3 vaccinations ont abrégé la période
décroissante de l’épidémie, et peut-être, empêché son réveil, à
Dakar, l’année suivante.
11 est certain qu’un grand nombre de sujets vaccinés une fois
n’ont pu traverser la période aiguë de l’épidémie. Parmi ces
décès après une vaccination, 5q ont pu être contrôlés :
6 sont survenus de 0 à 15 jours après la vaccination.
12 — 15 j. à 1 mois — —
20 — 1 m. à 2 mois — —
12 — 2 m. à 3 mois * — —
6 — 3 m. à 4 mois — —
3 — au-dessus de 4 mois —
Sur il\ décès contrôlés au mois d’août :
2 sont survenus 15 jours après la vaccination.
16 — 1 mois et au-dessus après la vaccination.
6 — 2 mois — —
La plus grande fréquence des décès paraît être entre 1 mois
et 2 mois. C’est peut-être là la limite de l’immunité obtenue
après une vaccination.
Plusieurs cas de décès après 3 vaccinations ont pu être
observés et contrôlés. Souvent, il s’agissait d’individus vaccinés
Séance du i i Octobre 1916
599
3 fois, mais dont la irG vaccination était notablement éloignée
des 2 autres, et qui habitaient dans des cases depuis longtemps
contaminées. Il nous suffira de citer les exemples suivants :
Barka Dow, 20 ans, habite un des quartiers les plus contaminés de
Dakar, dans une case faisant partie d’un carré où de nombreux cas se sont
produits. Vacciné par nous, les 22 juin, 27 août, 9 septembre 1914. Décédé
le 8 décembre. Peste bubonique à marche rapide.
Suc ganglionnaire fourmillant de bacilles de Yehsin qui tuent le rat en
4 jours. Quelques jours après, dans la meme case, nouveau décès.
Issanou Seck, 60 ans, habite le même quartier que ,1e malade précédent,
dans un groupe de cases fortement contaminées. Vaccinée par nous les
17 juin, 22 octobre, 6 novembre 1914. Décédée de peste bubonique le
22 décembre.
Une poussée épidémique survenue au début de juillet 1916 «à
Tiaroye, village des environs de Dakar, a permis d’avoir une
idée de la durée de l’immunité conférée par 3 vaccinations.
La maladie sévissait sous la forme bubonique; elle était
remarquablement bénigne. Or, en décembre 1914? nous avions
vacciné la plus grande partie des habitants de ce village.
L’examen des cartes de vaccinations de plusieurs malades a
permis d'établir le fait suivant :
Des individus vaccinés 3 fois à des intervalles de 3 à 4 jours,
avec une dose totale de 4 à 4 cm3 1/2, ont contracté la peste
bubonique 7 mois environ après la dernière inoculation.
Nous citerons les cas suivants :
Penda Ivane, femme de 24 ans, vaccinée les 12, 15, 19 décembre 1914
(vaccin de l’Institut Pasteur), contracte la peste bubonique (bubon
axillaire), le 17 juillet 1915. Diagnostic confirmé bactériologiquement, les
cultures tuent le rat en 8 j. 1/2.
Bineta Diop, fillette de 14 ans, vaccinée les 12, 14, 18 décembre 1914
(vaccin de l’Institut Pasteur). Peste bubonique le 11 juillet 1915 (bubon
inguinal). Diagnostic confirmé bactériologiquement. Les cultures tuent le
rat en 4 j. 14 h.
Aminata M. Baye, femme de 24 ans, vaccinée les 12, 14 et 19 décembre
(vaccin de l’Institut Pasteur), contracte la peste bubonique le 14 juillet.
Mendicou Sene, homme de 33 ans, vacciné les 9, 12, 14 décembre 1914
(vaccin de l’Institut Pasteur pour les 2 premières injections, du labora¬
toire local pour la 3e), contracte la peste bubonique le 11 juillet 1915.
Assane Dienè, homme de 65 ans, vacciné une seule fois (vaccin de
l’Institut Pasteur) le 19 décembre 1914, puis revacciné 3 fois du 18 au
28 juillet 1915. Décédé le 31 juillet 1915. Peste bubonique (bubon
inguinal].
Ce dernier sujet avait été vraisemblablement vacciné, étant en
incubation de peste.
Il semble donc qu’au bout de 7 mois, l'immunité acquise à la
000 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pas suffisante pour protéger contre la peste ; tout au plus, la
maladie est-elle atténuée. On peut admettre que cette immunité
ne dépasse pas 5 ou 6 mois.
Nous terminerons en citant en faveur de l'efficacité des 3 vac¬
cinations, les faits suivants :
20o marins indigènes, vaccinés 3 fois, dès la fin du mois de
juillet, n’ont fourni qu’un cas de peste très bénin, bien que les
rats pesteux aient été trouvés dans certains locaux appartenant
à la marine.
20 femmes et enfants amenés par un second-maître indigène,
et vaccinés dans les mêmes conditions que précédemment, sont
restés indemnes pendant toute la durée de l’épidémie.
D’ailleurs les cas de peste ont été exceptionnels parmi les
familles des marins indigènes’.
8 ouvriers de l’arsenal habitant les rues les plus contaminées
de la ville sont restés indemnes. La case de l’un d’entre eux a
été incinérée parce qu’un de ses parents est venu mourir de la
peste chez lui.
Le i3 janvier 19 15, le nommé N’Diankou Sene, non vacciné,
venu des environs de Dakar, meurt de la peste bubonique
(bubon crural) dans une case faisant partie d’un îlot, où
jusqu’ici aucun cas de peste 11e s’était produit. 5 indigènes habi¬
tant la même case, et vaccinés 3 fois, restent indemnes.
Le 23 janvier 1 9 r 5, la nommée Yacine Diop, 80 ans, non
vaccinée à cause de son grand âge, meurt de peste bubonique.
La fille, le gendre et la petite-fille de cette femme, qui vivaient
avec elle, vaccinés 3 fois, n’ont pas contracté la maladie.
Cachexie osseuse des équidés.
Cachexie vermineuse des équidés. Cylicostomose.
Par Ch. CONREUR
Nombreuses sont déjà les dénominations données à cette affec¬
tion. Parmi elles, nous pouvons citer: ostéoporose, ostéoclastie,
ostéofragie, cachexie ossifrage, ostéomalacie, ostéite enzootique,
gouttes, et, au Brésil, cara inchada ou grosse face.
Séance du i r Octobre i 9 1 6
601
Toutes ces dénominations caractérisent à peiné diverses
phases ou états transitoires de la maladie et non la maladie elle-
même. Pour, ce motif, je trouve plus appropriés les noms sui¬
vants : cachexie osseuse des équidés, cachexie vermineuse des
équidés et cylicostomose.
L’expression ostéoporose désigne tout simplement une phase
de la maladie, durant laquelle certains os ou certaines parties
d’os deviennent moins compacts, ont des aréoles plus grandes et
des canaux de Harvers plus larges. Cet état correspond à la phase
d’ostéite raréfiante et n'a rien de bien caractéristique. Nous l’ob¬
servons en effet dans les cas de traumatismes du périoste et des
os, dans les cas d’ostéites de fatigue. Nous le provoquons à
volonté, artificiellement, lorsque, en clinique hippique, nous
recourons à la cautérisation pénétrante ou sous-cutanée dans
le but de faire disparaître des exostoses anciennes. Les exos¬
toses ainsi traitées ne disparaissent pas sans passer par l’état osléo-
porosique.
Les expressions : ostéofragie, ostéoclcistie et cachexie ossifrage ,
se réfèrent exclusivement à la fragilité, à la grande propension
aux fractures, de tous les os ou de certains d’entr’eux, en une
certaine période de la maladie. A Rio-de-Janeiro, en 1 9 1 3 , j'ai
eu l'occasion d’observer plusieurs cas de fractures qui, isolé¬
ment, ne me paraissaient pas dépendantes de la cachexie osseuse,
malgré l'insignifiance des motifs. C’est que je 11e connaissais pas
encore assez la maladie et le milieu. Par la pratique, je sais
maintenant que le clinicien devient, après un certain nombre
d’observations, capable de faire le bilan des cas de fractures
accidentelles et des cas de fractures dépendantes de la superfra¬
gilité des os, apparaissant au cours de la maladie.
Ainsi que le terme ostéoporose, ces trois dénominations ne
renseignent pas très bien sur la nature de la maladie.
Le mot : ostéomalacie , se réfère à l’état de ramollissement
anormal des os. Les os, cependant, ne deviennent mous que sur
la fin de la maladie. La phase d’ostéomalacie représente l’état le
plus avancé de la déminéralisation auquel peuvent arriver
les os.
La dénomination : ostéite enzootique, paraît spécialement indi¬
quer que la maladie dont nous nous occupons apparaît à la fois
dans plusieurs écuries ou dans plusieurs pâturages d’une meme
région et s’y maintient. Le nom n’est pas mauvais; toutefois, il
602
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lui manque un qualificatif qui rappelle la nature intime de la
maladie.
Le terme : gouttes , pourrait se justifier seulement dans certains
cas, lorsque, outre les lésions des osJ apparaissent des synovites
ou des arthrites des rayons inférieurs des membres.
« Cara inchada » ou grosse face, est le nom que les éleveurs
brésiliens ont donné à la maladie. C’est un nom assez expressif,
seulement, il se réfère exclusivement à un des phénomènes
observés chez un certain nombre d’animaux malades et unique¬
ment durant les derniers temps de la maladie.
Nous ne devons pas oublier que le gonflement des os maxil¬
laires n’existe pas chez tous les animaux malades et qu’il peut
aussi persister chez des animaux guéris. « Grosse face » ne cor¬
respond pas à la réalité. Une irritation locale quelconque, cer¬
tains défauts de dentition, les tumeurs siégeant dans les sinus
maxillaires, tant inférieur que supérieur, les sinusites chroni¬
ques avec collections, les infections banales des alvéoles des
dents molaires, la morve même, peuvent provoquer le phéno¬
mène « grosse face », indépendamment de la maladie qui nous
occupe.
L’expression : cachexie osseuse , adoptée par Moussu, incontes¬
table autorité en pathologie vétérinaire, indique clairement que
la maladie, à évolution lente, se caractérise toujours, tôt ou
tard, par la diminution considérable des phénomènes de nutri¬
tion générale et que les lésions principales ont pour siège les os.
Par analogie, la maladie peut être dénommée : cachexie ver¬
mineuse. De cette manière, se trouvent réunis les divers caractè¬
res essentiels de cette entité morbide : sa forme essentiellement
chronique, sa tendance progressive à l’appauvrissement géné¬
ral, et, génériquement, la nature exacte de sa cause détermi¬
nante.
Le nom : cglicostomose , indique exclusivement le genre de
parasites qui provoquent la maladie. Cette expression convient
tout aussi bien que beaucoup d’autres noms adoptés par les
pathologistes modernes pour désigner les maladies parasitaires,
tels que : piroplasmose, distomatose, ankylostomose, actino¬
mycose, etc.
RÉCEPTIVITÉ
La maladie attaque les chevaux, les ânes et les mulets.
Séance du i i Octobre 1916
603
Les cas de maladie chez les mulets, au Brésil, paraissent plus
rares que chez les chevaux, j’en ai vu dans l’Etat de Santa-
Catharina et à Rio-de-Janeiro.
On ne peut pas se faire, au Brésil, une idée exacte de la récep¬
tivité des ânes, parce que le nombre de représentants de cette
espèce y est insignifiant. J’ai eu l'occasion d’en constater deux
cas au Poste Zootechnique de Pinheiros, chez des animaux qui
présentaient d’énormes déformations des os de la face et un
autre, à Mar de Hespanha, dans l’Etat de Minas Geraes. Ce der¬
nier, un jeune baudet espagnol de deux ans et demi, était atteint
déjà de parésie postérieure, présentait de l’élongation des ten¬
dons d’Achille et de la déviation des deux jarrets ainsi que des
exostoses des calcaneums. Le D1 A. Carini, de l’Institut Pasteur
de Saint-Paul, signale un cas et dit que la maladie est très rare
chez les ânes. Les confrères français, au service du Gouverne¬
ment dans les colonies, disent aussi que les ânes sont rarement
attaqués. Le confrère Urbain en a vu un cas chez un âne entier
espagnol à Ponta Grossa, Etat du Paranâ.
Chez les chevaux, la maladie est très fréquente, tout spéciale¬
ment chez les jeunes, apparaissant généralement entre deux ans
et deux ans et demi. Chez les poulains de un à deux ans, la
maladie est déjà beaucoup moins commune. Chez les chevaux
de quatre et de cinq ans, la maladie diminue encore de fré¬
quence et elle apparaît moins fréquemment encore chez les ani¬
maux âgés de plus de cinq ans.
Les animaux de pur sang, importés bien sains, quand ils sont
introduits dans un milieu contaminé, sont les plus facilement
attaqués. Les poulains de deux ans, malgré les soins de la part
des entraîneurs, se contaminent très vite et présentent des symp¬
tômes suspects, déjà cinq à six mois après leur arrivée au Brésil.
Je connais à Rio-de-Janeiro, une écurie qui, en kji3 et 191/1?
a reçu plus de trente poulains anglais ou français de deux ans.
De ce nombre, de juin 1 9 r 3 jusqu’en janvier 191b, devinrent
malades, de cachexie osseuse, plus de vingt; quinze en mou¬
rurent.
Des animaux importés à l’âge de trois ans, quelques-uns
deviennent aussi malades, mais beaucoup plus lentement. Ils
arrivent parfois à la période des tumeurs osléroporosiques.
Les animaux des races de trait ou des races métissées, quand
ils sont importés jeunes, deviennent aussi malades avec une cer-
604
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
taine facilité, quelques mois après leur arrivée au Brésil. J'ai
vu des chevaux ardennais, andalous, hackuey et argentins
atteints de grosse face, moins d’un an après leur arrivée.
Les animaux de pur sang anglais ou métis, nés et élevés au
Brésil, sont aussi très prédisposés à la maladie. Je connais des
poulains nés dans l'Etat de Rio-de-Janeiro, qui présentèrent le
gonflement des maxillaires avant Page de deux ans. Chez le
plus jeune de ces malades, les maxillaires ont commencé à
augmenter de volume à l'àge de treize mois. D'autres du meme
âge avaient atteint la phase des boiteries et des perturbations
médullaires.
Les juments poulinières, même lorsqu'elles ont atteint l'état
adulte, sont plus prédisposées à contracter la maladie que les
chevaux entiers. Chez les juments, la maladie se manifeste ou
s’aggrave à l’occasion d'un accouchement ou durant la période
d’allaitement; j’ai vu, en 1914, une jument de six ans, qui a
manifesté les symptômes maxillaires quelques semaines après
un avortement et est morte, un peu plus tard, par fracture ver¬
tébrale.
Les animaux indigènes paraissent résister beaucoup plus à
l’infection. Cependant, dans les endroits où existent les para¬
sites, apparaissent de véritables épizooties de cachexie osseuse.
A l’occasion d'une visite que j'ai faite au Poste zootechnique de
Pinheiros, en 191,3, j’ai vu, dans les pâturages de l’établisse¬
ment, dix-huit animaux nationaux, déjà à la phase de l'ostéo¬
myélite maxillaire. Outre ces animaux, presque tous des juments,
il y avait encore quelques cas avec des manifestations bien
suspectes.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
-X.-
Nous savons déjà que la maladie se rencontre au Tonkin, tout
spécialement chez les chevaux importés de la France et de
l'Algérie ('Germain). Garougeau dit qu’il la rencontre à Mada¬
gascar, de préférence chez les chevaux et les mulets, et rare¬
ment chez les ânes. Elle existe aussi en Australie, aux Philippi¬
nes, à Havaï, en Afrique méridionale, etc.
Au Brésil, la « cara inchada » a été constatée par Lutz dans
le Bas-Amazone en 1908. Elle existe dans plusieurs zones de
l’Etat de Saint-Paul, dans les Etats de Minas Geraes, de Rio-
de-Janeiro, de Rio-Grande-du Sud, ainsi que dans le Districto
Fédéral .
Séance du i i Octobre i 9 1 G
605
Personnellement, je l'ai constatée dans les Etats de Pernam-
buco et Sergipe, en 1910, et Santa-Gatharina, en 1911. En ces
tempslà, je croyais encore, avec le plus grand nombre des patho¬
logistes vétérinaires, que la maladie pouvait être la conséquence
de l'insuffisance de l’alimentation, ce qui explique pourquoi je
ne m’attachai pas à chercher si la maladie existait aussi dans les
Etats de Bahia, Céara et Parana, quand j'ai eu l’occasion de les
parcourir, en 1910. Récemment, Urbain la constatait sur une
assez grande échelle dans de nombreux endroits du Haut pla¬
teau du P ara mi.
ÉTIOLOGIE
Le problème de l'étiologie de la cachexie osseuse des équidés
a déjà provoqué un grand nombre d’interprétations et de théo¬
ries entre lesquelles nous pouvons en détacher trois absolument
différentes :
i° Celle de Zundel (1870), encore admise par Moussu en 1911,
qui attribue la maladie à l’alimentation incomplète au point de
vue chimique (manque ou insuffisance de phosphate ou de
chaux).
20 Celle des bactériologistes qui, pour avoir l’une ou l’autre
fois, rencontré l’un ou l'autre staphylocoque, microcoque ou
diplocoque dans les lésions des os de certains animaux morts ou
sacrifiés in extremis , pensent que le microbe qu’ils ont rencontré
est la cause de la maladie.
3° A ces théories, j’ai été amené à ajouter celle basée sur la
parasitologie, en vertu de nombreux faits minutieusement
observés, de nombreuses autopsies pratiquées en milieu propice
et des résultats récemment obtenus en clinique par l’emploi de
vermifuges, seuls ou associés aux arsenicaux.
L’insuffisance alimentaire peut très bien préparer le terrain
pour la cachexie osseuse et non pas la produire. O11 peut la con¬
sidérer comme une des causes adjuvantes et non comme cause
détermina nte.
C’est un lait bien positif que les animaux susceptibles de
r
contracter la cachexie osseuse, qui nous occupe, sont les Equi¬
dés. Mais, comme le régime alimentaire des animaux dans une
exploitation d’élevage extensif, est le même pour tous les ani¬
maux qui vivent ensemble sur les mêmes pâturages, je ne puis
pas admettre que, lorsqu'il y a manque ou insuffisance de chaux
606
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
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ou (le phosphates pour les équidés., le même manque ou la
même insuffisance n’existe pas aussi pour les animaux des
autres espèces. Or, à l’intérieur du Brésil, dans les mêmes pâtu¬
rages, dans des conditions absolument identiques d’alimenta¬
tion, nous rencontrons, vivant en la plus intime promiscuité,
des bœufs osseux, forts, de bonne conformation et bien gras et
des équidés jeunes, maigres, difformes et attaqués de cachexie
osseuse.
Le manque de matières minérales dans les aliments devrait
produire non pas l’ostéoporose ou l'ostéomalacie chez les équi¬
dés seulement, mais bien le rachitisme chez les jeunes animaux
de diverses espèces. La même cause, dans les mêmes circon¬
stances, devrait produire, si non des effets absolument égaux,
tout au moins des troubles du même ordre. Notons en plus que
ce qui provoque la cachexie chez les moutons ne la provoque
généralement pas chez les bovins, que ce qui la provoque chez
les bovins ne la provoque pas chez les équins, et ce qui la pro¬
voque chez les équins épargne aussi les autres espèces. Il y a là
une certaine spécificité des causes cachectisantes qui ne cadre
pas avec l’invariabilité de l’alimentation.
A Madagascar, la maladie se constate à l’intérieur du pays,
principalement dans l’Imerina, chez les équidés importés depuis
un an et un an et demi, tandis que sur le littoral, et tout spécia¬
lement à Diego-Suarez, ces mêmes animaux restent indemnes.
Moussu attribue ce fait à ce que l’alimentation de ces derniers
consiste en substances importées de France et de meilleure qua¬
lité chimique.
Carougeau affirme aussi que, à Madagascar, le transfert de cer¬
tains animaux attaqués d’ostéomalacie pour certaines zones
déterminées, est suffisante, par lui seul, pour améliorer leur état
et même pour les guérir, sans traitement spécial. La même
constatation aurait déjà été faite ici, au Brésil, s’il faut en croire
certains éleveurs. Au poste zootechnique de Pinheiro, les mala¬
des se sont rétablis par le changement de pâturage.
Divergeant absolument des partisans de l’origine alimentaire
de la cachexie osseuse, j’interprète, actuellement, l’existence de
ces zones libres d’ostéomalacie, d une autre manière, comme
nous le verrons plus loin.
La véracité de la raison chimique comme cause de la maladie
paraît démontrée par la notable diminution des cas d’ostéoma-
Séance du i i Octobre i 9 i G
607
lacie chez les jeunes chevaux élevés en pâturages artificiels,
avec des aliments de meilleure qualité chimique, produits par
les terrains bien travaillés et par les prairies saturées d’engrais
chimiques phosphatiques et de chaux.
Il est évident que la richesse des herbages en phosphates est
un élément très précieux et très puissant pour le bon dévelop¬
pement des jeunes poulains; mais, dans le cas présent, cette
richesse ne peut pas donner toute satisfaction à ceux qui exigent
une explication bien positive, ainsi que nous allons le voir.
A Rio-de-Janeiro, les chevaux les plus fréquemment atteints
sont ceux de pur-sang anglais, dont l’alimentation, toujours de
bonne qualité et abondante, consiste en avoine, maïs, son et
luzerne sèche. A part le maïs, qui est national, et un peu de
fourrage vert, les aliments sont tous importés de pays où n’existe
pas la cachexie osseuse. L'alimentation des chevaux nationaux
(créoles) communs, est de beaucoup inférieure. Eh bien !
malgré la différence d’alimentation, au contraire de ce que
nous dit Moussu, c’est parmi les animaux bien nourris, dans une
ville du littoral, que je rencontre une quantité incroyable d’ani¬
maux cachectiques. Chez ces chevaux, le manque de matières
minérales ne peut être incriminé. Dans ce cas, les animaux en
régime de pâturage tropical n’échapperaient jamais à la cachexie
osseuse.
L hypothèse de l’existence d'un agent microbien, comme
cause spécifique de l’ostéoporose, a été émise il y a déjà long¬
temps. Grand nombre d’investigateurs ont déjà tenté, sans
résultat appréciable, d’isoler et cultiver le germe en question,
et ont cherché à reproduire artificiellement la maladie, en ino¬
culant des cultures ou des produits recueillis chez des animaux
atteints d ostéoporose ou d’ostéomalacie.
Petrone avait déjà prétendu que l’ostéomalacie de l’homme
était provoquée par le Micrococcns nitrificans, et avait affirmé
que des cultures pures du meme microbe, inoculées chez des
chiens, produisaient des lésions ostéomalaciques. La question
est, je crois, restée en ce point.
Je n’ai pas la prétention d’être encyclopédique et je ne veux
pas empiéter sur le terrain de la médecine humaine ; néanmoins,
je crois que l’ostéoporose et l’ostéomalacie de l’homme 11e repré¬
sentent pas toujours une entité morbide propre, mais bien
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
\S
plutôt sont des symptômes de certaines maladies graves géné¬
rales.
Robertson, en 190:3, signale la cachexie osseuse du cheval
comme très fréquente en Afrique du Sud, et la considère d’ori¬
gine infectieuse.
En 1 9 1 r , le Dr A. Garini, de l lnstitut Pasteur de Saint-Paul,
dnns un travail qu’il a publié sur cette question, dit que :
«. La recherche de parasites protozoaires dans le sang et les
autres liquides de l’économie, dans les organes internes, dans
les os altérés, répétée pendant les divers états de la maladie,
avec les procédés les plus variés et avec tous les artifices, a tou¬
jours été négative... Ont aussi été négatives dans les premières
autopsies les recherches de bactéries, soit par observation
directe, soit par cultures ».
Le même auteur déclare, en outre, que les résultats de toutes
les inoculations tentées ont été négatifs.
Toutefois, autopsiant un cheval, le Dp. Garini réussit à ren¬
contrer dans les os ostéomalaciques un staphylocoque, et, plus
tard, a aussi rencontré un staphylocoque dans le sang.
Le professeur Garini reconnaît que l’inconstance avec laquelle
il a rencontré le staphylocoque, son absence dans les lésions
durant la phase de développement de la maladie, sont raisons
de très grande valeur pour ne pas croire au rôle étiologique de
ce germe.
Carougeau, dans un travail qui traite des recherches du microbe
de l’ostéomalacie qu'il réalisa, à Madagascar, eu 1911, a écrit :
« Le plus grand nombre des ensemencements sont restés
stériles, ou ont donné un petit Microçoccus qui paraît spécial.
Ce germe, plus petit que les staphylocoques, se présente très
souvent sous la forme de diplocoque. Il 11e donne que des cultures
très pauvres. ... les réensemencements sont stériles ». Carou¬
geau, dans certains cas, a aussi isolé divers staphylocoques .
Récemment, en 1914, le Dr P. Parreiras Horta, chef de la
section technique du service vétérinaire à Rio-de-Janeiro, a
décrit un microcoque auquel il donne le nom de Miçrococcus
osteoporosi.
Ge germe a été isolé du matériel recueilli dans le maxillaire
supérieur ostéomalacique d’un cheval ardennais de quatre ans,
qui m’avait été cédé pour études, en mars 1914, par un pro¬
priétaire de Rio-de-Janeiro. Ge cheval, atteint de cachexie
Séance du il Octobre 191O
609
osseuse, contracta l affection typhique qui régnait en r 9 1 3 et
1914, parmi les chevaux de la capitale du Brésil. Rétabli pres¬
que spontanément de cette maladie, ce cheval se conserva très
faible et très maigre, à cause de I état avancé des lésions des os;
c’est pourquoi le propriétaire résolut de l’abandonner.
Le matériel recueilli chez d'autres animaux n’a rien donné ou
a donné divers staphylocoques.
Le L)1 P. Parreiras Horta écrit : « Afin de vérifier l’action
1 *
pathologique du microcoque, nous avons fait des inoculations
à des lapins, en inoculant sous le périoste du maxillaire supé¬
rieur, très près de l’arcade dentaire, une goutte d’émulsion en
eau physiologique, d’une culture sur agar. A la tin d’un mois,
nous avons observé une petite élévation dans la partie inoculée,
et, procédant à l’autopsie des lapins, nous avons vu que le maxil¬
laire, au point d’inoculation et dans les zones les plus proches,
se présentait teinté de rouge, friable et un peu augmenté de
volume ».
En résumé, nous pouvons simplement déduire que nombreuses
ont été les recherches bactériologiques, que ces recherches
représentent une somme de travail bien respectable, mais que,
jusque maintenant, elles n’ont rien éclairci.
L’origine parasitaire de la cachexie osseuse des équidés ou
grosse face, est pour moi un fait bien positif.
J’ai été amené à diriger mes recherches dans ce sens par les
nombreuses constatations que j'ai faites, en 1 9 1 3 et 1914- Cer¬
tains chevaux malades que je devais soigner me laissaient, au
début très embarrassé.
En face d’éléments nouveaux pour moi, en milieu neuf pour
le vétérinaire, obligé de traiter des animaux de pur sang de
grande valeur, je me trouvais aux prises avec une maladie
grave, réputée incurable, d'origine encore absolument inconnue,
bien que déjà largement discutée. Je 11e connaissais pas l’évo¬
lution complète de la maladie ni les différentes modalités sous
lesquelles elle se présentait, et je devais traiter quand même.
Au sujet des animaux, examinés durant la première et la deu¬
xième phase de la maladie, j’étais obligé d’intervenir d’accord
avec les symptômes dominants au moment de l'examen. J’ai
souffert de nombreuses déceptions, vu que, contre mon attente,
à la fin de quelques mois, le tableau aboutissait très souvent
au même dénouement : l’apparition de la grosse face, des
4i
010
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
boiteries fréquentes, des coliques périodiques, des inappétences
accompagnées d’un état de faiblesse générale et d’anémie grave,
m’ont obligé à recourir aux principes toniques généraux. De
cette façon, j’ai obtenu des résultats tantôt nuis et tantôt excel¬
lents, bien que, parfois, très fugaces. Plus tard, quand j’ai
employé les arsenicaux par voie intraveineuse ou sous-cutanée,
simultanément avec l’usage interne de substances douées de
certain pouvoir vermicide, les résultats ont déjà été plus dura¬
bles. Maintenant que j'obtiens des résultats positifs et assez
rapides par l’emploi exclusif de bons vermifuges intestinaux,
tous mes doutes sont dissipés.
Je croyais, anciennement, que la grosse face était, ni plus ni
moins, qu’une manifestation locale de l’ostéoporose, dépendante
d’un défaut de l’alimentation. Les faits se sont chargés de me
démontrer le contraire.
La solution cherchée parles bactériologistes me parut, ensuite,
raisonnable et je suis devenu partisan gratuit de la théorie
microbienne.
Il est arrivé, que toutes les tentatives faites pour isoler et
cultiver un germe propre à la maladie, ont toujours failli. Il
est vrai que l’on a rencontré, dans certaines lésions des os et
tout spécialement dans les os maxillaires, quelques microbes,
et ceux-ci ont été cultivés.
Il convient cependant de ne pas oublier que, si la maladie
était de nature microbienne et si son germe était cultivable, ce
germe spécifique devait être constant ou presque constant, et
toujours être le même.
Rencontrer des microbes dans certaines lésions osseuses et
tout spécialement dans la partie tuméfiée des maxillaires de
l’un ou l’autre cheval sacrifié, lorsqu’il est arrivé à la phase
d’ostéomalacie, lorsqu’il est presque arrivé à la mort par inani¬
tion ou par septicémie, lorsque les dents molaires sont presque
libres dans leurs alvéoles enflammées qui abritent des micro-
organismes de tout genre, est un fait qui ne peut surprendre
personne.
Ce qui surprend encore moins, c’est la variabilité des microbes
rencontrés et l insuccès de toutes les tentatives d’inoculation
de ces microbes. Personne, jusqu’aujourd’hui, n’est arrivé, par
les inoculations microbiennes, à reproduire ni la maladie ni
autre chose qui s’en approche.
Séance dü ii Octobre 1916
611
Provoquer par inoculations l’inflammation, la tuméfaction ou
même l’ostéoporose au point inoculé, en divers os et particu¬
lièrement clans les maxillaires, est une chose facile que l’on
obtient avec les éléments vivants ou inertes les plus variés.
Un microbe propre, rencontré chez les animaux malades,
durant la première ou la seconde phase de la maladie, avec une
certaine constance, et qui, inoculé aux chevaux, reproduirait,
après une période d’incubation de quatre à six mois, la maladie
typique, pourrait être considéré comme spécifique, jusqu’à
preuve du contraire. Malgré cela, pourtant, la découverte d’un
microbe qui se comporterait de cette façon, ne permettrait pas
encore d’expliquer certains faits absolument incontestables. La
bactériologie ne répondrait pas aux points suivants :
I. — Comment se fait-il qu’un animal atteint d’ostéoporose,
lorsqu’il est transféré d’un endroit contaminé en un autre
endroit, dans les mêmes conditions de climat, peut se guérir
spontanément ?
IL — Comment se fait-il qu’un animal sain, qui ne présente
pas et n’a jamais présenté le moindre symptôme d’ostéoporose,
lorsqu’il sort d’une écurie ou d’un pâturage contaminé, peut
aller vivre en contact avec des animaux sains, en lieu indemne,
sans contaminer ses compagnons pendant deux ou trois ans, et
conserve, pendant tout ce temps, le pouvoir de contaminer les
jeunes animaux qui par hasard ont le malheur de vivre quelque
temps en sa compagnie ?
III. — Comment se fait-il que, là où la maladie existe, l’ostéo¬
porose ne se constate pas chez les poulains tout jeunes ou de
moins d’un an, est rare chez les poulains de un à deux ans,
apparaît très fréquemment chez les animaux de deux ans à trois
ans et demi, devient moins fréquente chez les animaux de
quatre à cinq ans et se révèle plus rarement encore chez les
animaux de plus de cinq ans ?
IV. — Comment se fait-il que les poulains, nés de mères
malades de l’ostéoporose, sont parfaitement sains et se dévelop-
pent bien normalement ?
V. — Comment se fait-il que les améliorations de la culture7
la création de pâturages artificiels et temporaires, le phospha¬
tage, le chaulage et le drainage des terrains, diminuent le
nombre et la gravité des cas de maladie et peuvent même faire
disparaître celle-ci ?
(ri 2
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ces différents points, importants dans le cas qui nous occupe,
sont insolubles par la bactériologie. Par contre, ils se consta¬
tent et s'expliquent parfaitement à propos de certaines maladies
parasitaires chez d’autres espèces. La strongylose ou hémon-
chose des jeunes moutons, l’œsophagostomose et la broncho¬
pneumonie vermineuse des bovins etc., sont dans ce cas.
Des moutons atteints de strongylose, transférés de pâturages
contaminés dans certains autres pâturages dont la flore est diffé¬
rente, en région plus sèche ou en terrains de compositions diffé¬
rentes, peuvent guérir spontanément, parce que, rencontrant
certaines substances vermifuges, leur appareil digestif se débar¬
rasse des parasites. D’autres verminoses, inclus la cachexie
osseuse des chevaux, sont susceptibles du même sort.
Au contraire de ce qui se passe avec les maladies parasitaires,
un cas de guérison de maladie microbienne, en de telles con¬
ditions, serait une rare exception.
La composition physique et chimique des terrains, dans les
zones indemnes, peut ne pas être favorable à l’évolution nor¬
male des parasites, parce que les œufs, déposés sur le sol avec
les excréments des animaux malades se trouvent dans l’impos¬
sibilité de se transformer en embryons et en larves, et parce
que les larves ne parviennent pas à se conserver vivantes dans
un tel milieu.
Il y a de ces régions indemnes pour les maladies parasitaires
ainsi que pour la cachexie osseuse des chevaux, et non pas
pour les maladies microbiennes.
Un mouton ou un bœuf adulte, apparemment sain, mais por¬
teur de strongles ou d’œsophagostomes, retiré d’un troupeau
dans lequel existe ou la strongylose ou l’œsophagostomose chez
les animaux relativement jeunes, et transféré dans unezonequi
n’est pas occupée encore par les parasites, peut très bien con¬
server vivants, dans l’organisme, une bonne partie des para¬
sites, et, peu à peu, contaminer les pâturages. Dans ces pâtu¬
rages, à la fin d’un, de deux ou de trois ans, les jeunes animaux
ingérant les larves seront en condition de manifester la maladie,
lorsqu ils seront suffisamment parasités. Le même fait se con¬
state au sujet de la cachexie osseuse et non pas quand il s’agit
d une maladie microbienne.
Les poulains, fils des juments attaquées de cachexie osseuse,
naissent sains et se développent bien. Les agneaux, fils de
Séance du ii Octobre j 9 1 0
613
brebis attaquées de strongylose ou hémonchose, naissent sains,
se développent bien et deviennent seulement malades lorsqu’ils
sont parasités, et cela à l’âge de six mois à deux ans. Les veaux
issus de mères attaquées ou qui ont été attaquées de broncho¬
pneumonie vermineuse ou d’œsophagostomose, naissent dans de
bonnes conditions, grandissent bien normalement et deviennent
malades plus tard seulement, les premiers (de broncho-pneu¬
monie) en général à partir de l’âge de cinq mois, et les seconds
. (d’œsophagostomose) à l'âge d’un an à un an et demi, et rare¬
ment plus tard.
Les maladies enzootiques microbiennes n’ont pas de ces pré¬
férences en ce qui concerne l’âge des animaux récepteurs. La
cachexie osseuse des équidés montre ces préférences au même
titre que les verminoses susdites.
Les améliorations des procédés culturaux, le chaulage des
pâturages, le phosphatage des terrains, l’établissement de pâtu¬
rages artificiels et temporaires, éléments absolument incapables
de combattre une maladie d’origi ne microbienne, sont considérés
par les autorités en la matière, comme motifs de la diminution
et même de la disparition des cas de cachexie osseuse. Certains
éleveurs brésiliens, des mieux instruits et des meilleurs obser¬
vateurs, ont déjà constaté le même fait dans ce pays.
Ce sont justement ces mêmes améliorations culturales qui
représentent la principale mesure de prophylaxie de la plupart
des verminoses. Il n’y a aucune différence en ce qui se rapporte
à la cachexie osseuse.
Moussu, en 1911, dit que les améliorations des procédés cultu¬
raux auxquelles j'ai fait allusion, plus haut, concourent à modi¬
fier la valeur de l’alimentation et justifient ainsi la théorie basée
sur l’insuffisance chimique.
Les partisans de l’origine microbienne de la cachexie osseuse,
moins heureux, ne rencontreront jamais une explication de
cette valeur à l’appui de leur manière de voir.
Les divers points que je viens d’énoncer et de commenter,
montrent bien dans quel groupe de maladies on doit ranger la
cachexie osseuse. C’est dans le groupe des parasitaires.
L’objection qui a été formulée disant que la cachexie osseuse
ne pouvait avoir aucune relation avec la cylicostomose parce
qu’il n’v a aucune verminose connue qui provoque des lésions
des os, n'a aucune valeur, pour être absolument gratuite.
614
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Chaque espèce de vers intestinaux secrète ses toxines propres
et chaque espèce animale a aussi ses procédés propres pour
réagir aux toxines vermineuses.
Dans l’espèce humaine, il y a aussi des sujets ostéoporosiques
et ostéomalaciques et les causes de ces états ont déjà été beau¬
coup étudiées et discutées. N’y a-t-il pas des cas d’ostéoporose
et d’ostéomalacie de l’homme, dus à des maladies parasitaires
bien connues ?
Les médecins qui ont parcouru les plaines marécageuses du
littoral brésilien ainsi que certaines zones de l’intérieur du
pays, observant les enfants anémiques, atrophiés et rachitiques,
ont la parole pour nous dire, avec sincérité, quelle. est la
relation qui existe entre les cas d’ankylostomose et les cas de
perturbations squelettiques.
Les médecins vétérinaires rencontrent des faits qui, parfois,
sont très intéressants, au point de vue de la pathologie com¬
parée. C’est ainsi qu’ils voient que les maladies parasitaires et
spécialement les verminoses, ont des points communs.
Les symptômes généraux et principaux de la strongylose et
de la distomatose du mouton, de l’œsophagostomose et de la
broncho-pneumonie vermineuse des bovins, sont tous très res¬
semblants, de même que leurs lésions. Dans le rachitisme d’ori¬
gine vermineuse du chien et l’ostéoporose ou grosse face du
cheval, les symptômes généraux et les lésions sont aussi les
mêmes. Seulement, nous observons, en plus, avec certaine fré¬
quence, les lésions osseuses.
Ce qui caractérise les verminoses, c'est l’intoxication de l’or¬
ganisme qni varie suivant l'espèce de parasite et suivant l’es¬
pèce parasitée. Si les toxines sont variées, ne le sont pas moins
les ressources dont chaque espèce dispose pour neutraliser ces
toxines. C’est peut-être pour ce motif que, chez les ruminants,
les symptômes généraux les plus saillants sont l’apparition des
œdèmes et l’amaigrissement; que, chez les équidés, l’état
cachectique apparaît plus lentement et les exostoses et ostéites
sont plus fréquentes ; que chez les chiens, outre l’amaigrisse¬
ment et les démonstrations du squelette, nous constatons de
fréquentes perturbations nerveuses. Néanmoins, le fond du
tableau symptomatique est toujours le même.
J’avais déjà, dès le début, rencontré des parasites intestinaux
auxquels je n’attribuais pas un rôle saillant dans l’étiologie de
Séance du ii Octobre 1916
165
la maladie. Plus tard, seulement, mon opinion au sujet de
l’étiologie a évolué d’accord avec mes nombreuses observations
et avec les résultats des divers traitements expérimentés. J’ai
cherché et j’ai réalisé un assez grand nombre d’autopsies.
Chez ces animaux atteints déjà d’ostéoporose ou d’ostéoma¬
lacie autopsiés durant le second semestre de 1914, j’ai toujours
rencontré ce que j’avais rencontré déjà plus tôt sans lui attribuer
son importance, une pléiade de nématodes de petite taille, du
genre Cylicostornum.
Il convient de noter, ici, que, en plus de ces vers, je rencontre
chez les chevaux que j’autopsie au Brésil, de nombreuses
espèces de vers intestinaux dont l’action pathogène est plus ou
moins connue, tels que : ténias, anoplocéphales, oxyures,
ascarides, strongles.
Les ténias et anoplocéphales sont relativement rares. Les
oxyures, ici comme en Europe, se rencontrent chez beaucoup
d’équidés. Les ascarides sont fréquents, meme chez les poulains
très jeunes, bien qu’on les rencontre en petit nombre dans le
même intestin. Jusqu’à présent, je n’ai pas encore vu de chevaux
porteurs de ces grandes quantités d’ascarides que j’ai plusieurs
fois rencontrées en Belgique.
Les strongles armés ou équins ou vulgaires (sclérostomes
armés) sont fréquents. Toutefois, bien qu’ils existent chez plus
de la moitié des chevaux, même très jeunes, en certains pays,
leur présence dans l’organisme n’est pas incompatible evec un
état apparent de santé. Il est vrai que ces strongles existent en
nombre souvent très restreint, dans le cæcum et le colon.
Malgré leur fréquence, les strongles n’existent pas chez tous les
chevaux atteints de cachexie osseuse.
Le genre constant de nématodes chez les animaux atteints de
cachexie osseuse est le genre Cylicostornum représenté par le
Cylicostornum tctracanthum .
L’action pathogène des cylicostomes n’a pas été déterminée
jusque maintenant. Quelques auteurs disent seulement que les
cylicostomes, quand ils se trouvent en grand nombre dans l’in¬
testin, peuvent provoquer des coliques et une anémie grave,
l’anémie pernicieuse.
L’observation clinique, la thérapeutique employée et la
pathologie comparée m’ayant démontré la nature vermineuse de
"■ / ' ■ 1 ■ ,
■ I
616
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’affection, la vérification constante d une verminose intense me
paraît élément suffisant pour une affirmation catégorique.
Quant à Pespèce de parasite, je la désigne par le nom de
Ci/licostomam tctracanthum ( Sclerostomnm tetracanthum ), pre¬
mière dénomination qui a été donnée aux vers de ce genre, les
premiers rencontrés. Durant ces dernières années, les parasito-
logistes ont donné des noms à une infinité de variétés ou
espèces de cylicostomes qui ont été rencontrés en Asie on en
Afrique ; Cylicostomum labratnm , G. labiatnm , C. coronatum ,
G . bicoronatum , C. poculatwn , G. calicatum , C. alueatum , C . cati-
natam, G . nassutum, G. radiatnm , <7. élongation , G. aariculatum.
Tous ces parasites ont été rencontrés dans le cæcum et le gros
colon des équidés.
La dénomination qui convient le mieux, d’après la nomen¬
clature nouvelle, aux cylicostomes rencontrés, a une importance
relative au point de vue pratique.
Les cylicostomes existent chez tous les animaux atteints de
cachexie osseuse, en nombre incalculable, dans le cæcum et le
colon replié. En certains points du colon replié, principalement
dans la seconde partie, près de la courbure pelvienne, leur
nombre est tel, à la surface de la muqueuse et de la masse
alimentaire, qu'ils rappellent 1 hémonchose ou strongylose de
la caillette des jeunes moutons.
La constatation invariable du même phénomène, chez tous
les animaux attaqués d’ostéomalacie, m’a convaincu de ce que
grand nombre de symptômes observés chez ces animaux, déjà
plusieurs mois avant l’apparition de lésions osseuses visibles,
sont du même ordre que ceux observés chez les représentants
des autres espèces, quand ils sont attaqués d’anémies graves,
provoquées par des parasites. Les parasites cylicostomes exis¬
tent dans l’organisme bien longtemps avant la franche déclara¬
tion de l’intoxication.
Dans ce groupe de maladies parasitaires, nous pouvons citer :
la strongylose ou hémonchose des moutons, les broncho-pneu¬
monies vermineuses (par leurs effets généraux), Lœsophagos-
lomose et la strongylose des bovins, la distomatose des mou¬
tons, le rachitisme vermineux des chiens, l’ankvlostome de
l'homme, etc.
017
Séance du ii Octobre 1916
SYMPTOMATOLOGIE
Gomme les chevaux de course, de pur sang* anglais, ont fourni
la plus grande partie de mes observations, en r 9 1 3 et 1914, je
décrirai les symptômes les plus saillants chez ces animaux. J’ai
accompagné, pas à pas, plus de soixante cas, par conséquent,
je crois avoir vu suffisamment. Je ne doute pas, toutefois, que
les conditions de service des autres animaux ne modifient
quelque peu les manifestations des premières phases de la
maladie.
Au point de vue de son évolution, nous pouvons diviser la
maladie en quatre phases :
I. — Phase prodromique;
II. — Phase des boiteries et des perturbations motrices ;
III. — Phase de l’ostéoporose et des fractures ;
IV. — Phase de l’ostéomalacie.
Phase initiale ou prodromique. — Les poulains de pur sang,
âgés de moins de deux ans, sont très rares dans le voisinage de
Rio-de-Janeiro, c’est pourquoi j’ai fait très peu d’observations à
leur sujet. J’en ai vu sept cas à peine. Les quelques rares que
j’ai vus atteints, maigrissent tout à coup, sans motif bien
appréciable, mangent avec irrégularité, restent couchés beau¬
coup plus qu’à l’ordinaire, ont le poil long, dressé et sec, per¬
dent de la gaieté habituelle des jeunes animaux. Après être
restés dans cet état, durant un certain temps, ils montrent cer¬
taines lésions caractéristiques des os.
Les animaux importés qui arrivent à Rio de-Janeir.o, à l’âge
de deux ans, quand ils sont logés dans des écuries déjà conta¬
minées, passent quelques mois avant de manifester les premiers
symptômes. Les poulains qui commencent la maladie, alors
qu’ils sont déjà à l’entraînement, se montrent fatigués au moin¬
dre effort, maigrissent, mangent peu et avec caprice, présentent,
de temps en temps, de légères coliques, boitent tout à coup, par
suite de l'apparition de péricostite des os du canon ou des
phalanges, et 11e tardent pas à présenter quelques suros. Ces
accidents, à première vue, paraissent sans importance et sont
généralement considérés comme accidents accidents banaux,
inhérents au genre de travail.
Le repos absolu est généralement suffisant pour que l’état des
618
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
animaux s’améliore temporairement et pour que ceux-ci puissent
reprendre leurs exercices d'entrainement.
Le clinicien, dans ce cas, s’il n’a en vue que les symptômes
observés, est loin d’évaluer la gravité de ce qui se prépare.
Quand la maladie apparaît chez des poulains qui ont déjà
couru et en parfait état d’entraînement, l’erreur est encore plus
facile à commettre.
Phase des boiteries et des perturbations médullaires, phase
pseudo-rhumatismale. — Lesj eu nés malades, apparemment rétablis
des premières manifestations de la cachexie osseuse, et arrivés
au point de recommencer à travailler, ne tardent pas à empirer.
L’état général se modifie de nouveau ; les boiteries réapparais¬
sent. Celles-ci siègent dans les membres antérieurs ou dans les
postérieurs. Ces boiteries sont généralement intermittentes et
migratoires. En cette occasion, peuvent apparaître déjà les pre¬
mières manifestations médullaires. Les malades, dans ces condi¬
tions, paraissent pris des reins et trompent souvent leurs entraî¬
neurs qui croient à des efforts ou torsions accidentelles de la
colonne vertébrale. Pendant cette phase de la maladie, appa¬
raît souvent de la périostite végétante des extrémités du méta*
carpe, de l’extrémité inférieure du genou, de la première ou de
la seconde phalange. Bien des fois, j’ai constaté aussi certaines
exostoses humérales ou scapulaires, des jardes, des courbes et
des déformations des os du bassin.
Il y a des malades qui, périodiquement, sont attaqués de coli¬
ques, de diarrhées intermittentes. Les uns mangent peu, les
autres mangent avec gourmandise une ration exagérée, et, mal¬
gré cela, restent maigres. Les pouliches, particulièrement, ont
une tendance à manger très peu et très irrégulièrement. Le pica
ou vice de manger la terre se constate chez presque tous les
malades. Chez les chevaux indigènes, un des symptômes les plus
frappants dès le début de la maladie est la contraction des
muscles abdominaux (ventre levretté).
La maladie, d'habitude, évolue sans fièvre, le pouls, générale¬
ment, est normal ; les muqueuses apparentes sont un peu pâles
avec une tendance à jaunir. 11 n’est pas rare de constater des
petits foyers hémorragiques dans l’épaisseur de la sclérotique
ou de la conjonctive. Quand il y a entérite, les muqueuses peu¬
vent être rouges.
Séance du ii Octobre 1916
619
La respiration paraît normale, quand le malade est au repos,
mais elle s’accélère facilement au moindre effort.
Certains poulains tiquent à l’ours ou sont atteints d’aéropha¬
gie, d’autres se livrent au vice de l’onanisme et s’épuisent com¬
plètement. Un symptôme que j’ai aussi fréquemment constaté,
est l’arrêt de fonctionnement des glandessudoripares (anhidrose).
Souvent même, ce symptôme est un des premiers à apparaître,
déjà durant la première phase de la maladie.
Chez certains malades, les ganglions lymphatiques superficiels
sont tuméfiés ainsi que les corps thyroïdes. Certaines manifes¬
tations nerveuses sont incontestablement dépendantes de la
maladie, telles que l’ataxie locomotrice, les boiteries migratoires,
la marche de coq, la parésie et l’atrophie des extenseu rs des mem¬
bres antérieurs. Je crois aussi pouvoir rattacher à la maladie le
cornage observé chez certains poulains qui acquièrent ce défaut
au cours de la maladie, en l'absence de tout autre motif auquel
on puisse rattacher la paralysie des aryténoïdiens.
L’animal atteint de cachexie osseuse, quand il est en repos,
debout, bien tranquille dans son box, prend la position « en ras¬
semblé ». L’animal obligé à se retourner dans son box, le fait
avec crainte et gémit, comme s’il souffrait de la colonne verté¬
brale ou des muscles de la région dorso-lombaire. Les chevaux
malades se couchent et se lèvent avee difficulté. Les mouvements
de montée et de descente sont généralement pénibles. Beaucoup
de malades présentent des manifestations du « tour de rein ».
Chez ces animaux, les mouvements se caractérisent invariable¬
ment par l’excès de rigidité de la région dorso-lombaire.
Dans le tour de rein que nous observons chez les chevaux des
races de trait, en Europe, nous constatons, presque toujours,
l’ataxie locomotrice, l’exagération de la flexibilité de la colonne
vertébrale et une amplitude exagérée des mouvements des mem¬
bres postérieurs. Fréquemment aussi, des chevaux qui bercent
fortement la croupe quand ils marchent au pas, ont un trot assez
élégant. Chez les poulains atteints de cachexie osseuse, le pas
au contraire est plus court et le trot difficile. En règle générale,
pendant les vingt ou trente premiers mètres à l’allure du trot,
l’animal trotte du devant et paraît sauter du derrière, en con¬
servant les pieds postérieurs presque joints. Après cela, le petit
trot est possible. Le galop, quand il est possible, est irrégulier
et très court. Le cabrer est généralement impossible.
620
Bulletin de la Société de Pathologie exotioue
Ces divers symptômes, avec des alternatives de mieux et de
pire, durent plus ou moins longtemps, trois, quatre ou cinq mois
ou même plus, suivant la résistance individuelle du malade, et,
probablement aussi, suivant le siège et la gravité des lésions et
l'intensité de l’intoxication vermineuse.
Dans les derniers temps de cette phase de la maladie, peuvent
apparaître des synovites des gaines grande et petite sésamoïdien-
nes, des arthrites métacarpo-phalangiennes, arthrites du genou,
du jarret, du grasset. J’ai même vu un malade de cachexie
osseuse atteint d’arthrite de l’articulation temporo-maxillaire.
Le traitement local de ces arthrites par les applications irritan¬
tes et vésicantes est généralement plus nuisible qu'utile et rend
les animaux plus malheureux encore.
Phase de l’ostéoporose, des fractures et de la grosse face. —
Longtemps après le début de la maladie, les lésions localisées,
jusque-là, dans les parties les plus exposées par la nature même
du travail exigé des animaux, c’est-à-dire sur les tubérosités
d’insertion des tendons et des ligaments, sur les extrémités arti¬
culaires des os qui concourent à former les articulations à grands
mouvements, se généralisent dans tout le squelette, intéressant
spécialement les os les moins compacts.
C'est généralement en cette occasion que, chez les chevaux de
course, apparaît la tuméfaction des maxillaires. Cette apparition
coïncide souvent avec le travail de remplacement des dents
molaires. L'ostéomyélite des os maxillaires se localise de préfé¬
rence dans les parties les plus congestionnées qui sont, en ce
moment, les grandes alvéoles des dents molaires. Les maxillaires
souffrent alors le même processus pathologique que les autres
os, quand ils sont irrités. L’ostéite prend la marche progressive
et déminéralisante à cause des toxines vermineuses.
Comme la tuméfaction des os maxillaires appelle particulière¬
ment l'attention des profanes, le mal, pour eux, commence seu¬
lement en cette occasion, alors que, bien au contraire, c'est un
des derniers symptômes à apparaître. La grosse face apparaît
seulement chez les animaux malades depuis six mois à un an, et
même plus.
Chez les chevaux indigènes, presque tous des produits dégéné¬
rés du type arabe, élevés en liberté, en régime extensif, le com¬
mencement de la maladie passe facilement inaperçu, pour le
Séance du 1 1 Octobre i 9 1 6
621
motif probable qu’ils vivent souvent soustraits à toute observa¬
tion et que l’on n’exige d eux aucun travail, avant Page de trois
ou quatre ans. Chez ces chevaux, j ’ai toujours noté que les exos¬
toses des os des membres sont moins communes, et que, par
contre, les lésions de la colonne vertébrale sont plus fréquentes.
Beaucoup deviennent ensellés ou bossus ; l’obliquité des os du
bassin devient parfois exagérée et les aplombs des membres anor¬
maux (chevaux bouletés, jarrets déviés etc.). En un mot, leur
aspect est souvent celui des animaux rachitiques.
Quand le malade est arrivé à cette phase de généralisation de
l’ostéoporose, la cause la plus insignifiante peut occasionner des
fractures mortelles. II y a des chevaux qui se fracturent un mem¬
bre, lorsqu’ils marchent au pasou au trot; d'autres se fracturent
le bassin ou la colonne vertébrale, les fémurs, les humérus, dans
l’écurie meme, quand ils se lèvent. J'ai vu, par exemple, une
jument de quatre ans, qui se fractura l’extrémité supérieure de
l’avant-bras droit en se relevant. Par les efforts consécutifs, elle
se fractura les deux paturons postérieurs.
La fin la plus commune des chevaux atteints d’ostéoporose
est la mort par fracture de la colonne vertébrale, dans la région
lombaire ou au niveau des dernières vertèbres dorsales.
Très rares sont les animaux qui passent cette phase de la
maladie et atteignent l’état franchement ostéomalacique.
Phase de l’ostéomalacie. — L’étalleplus avancé de la cachexie
osseuse se caractérise par la déminéralisation presque complète
des os. Ceux-ci augmentent de volume, sont flexibles et mous;
quelques-uns, de droits, deviennent courbes par l’action du poids
du corps ou sous l’influence des contractions musculaires. Dans
les maxillaires, les dents molaires arrivent au point de devenir
mobiles dans leurs alvéoles, ce qui nuit considérablement aux
fonctions digestives. J’ai vu dès chevaux atteints de cornage
nasal par suite de l’épaississement des maxillaires supérieurs.
Chez certains, les deux branches du maxillaire inférieur se rap¬
prochent au point de presque remplir le creux de l’auge.
Dans cet état, il est clair que les malades ne pouvant plus
s’alimenter convenablement, s’affaiblissent de plus en plus. Ils
ne peuvent même plus se coucher quand ils en ont l’envie, et,
quand ils arrivent à se coucher ou à tomber, ils ne peuvent
plus se relever.
I
622
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La mort termine le tableau symptomatique.
Chez les chevaux importés à l’àge de trois ou quatre ans,
révolution de la cachexie osseuse est déjà très différente; elle
apparaît plus rarement et beaucoup plus lentement, il paraîtrait
que, chez êux, l’infection vermineuse est plus lente et plus
difficile. Grand nombre même paraît vivre très bien et impuné¬
ment en milieu contaminé. Le même fait se présente, comme
nous l’avons déjà dit, au sujet de la verminose du mouton et du
bœuf qui devient très rare à partir d’un certain âge.
Les symptômes d’affaiblissement, l’amaigrissement lent et
progressif, la difficulté d’entrer en forme et en bon état d’entraî¬
nement, certaines boiteries rebelles, certaines atrophies muscu¬
laires sans motif appréciable, un peu d’ataxie locomotrice,
l’apparition prématurée de certaines exostoses, font générale¬
ment croire que les chevaux de pur sang, importés, s’acclima¬
tent mal.
Bon nombre de ces symptômes doivent se rattacher à la
cachexie osseuse. Une fois de plus, nous voyons que, dans cette
question d acclimatement dans les pays chauds, il en est des
animaux comme de l’homme, les ennemis sont les parasites.
Ces animaux, récemment atteints, restent plus ou moins
longtemps dans cet état douteux ou sont victimes de fractures,
ou, beaucoup plus tard, montrent des signes plus évidents de la
cachexie.
Chez ces malades, n’apparaît pas toujours la tuméfaction des
maxillaires.
Les juments parasitées, mais en état de santé apparente, sont
plus exposées aux manifestations tardives, quand elles sont
livrées à la reproduction.
Chez les animaux de cinq ans et plus, indigènes ou importés,
c’est-à-dire ceux chez qui la dentition est déjà complète avant
leur arrivée dans un milieu contaminé, la maladie se constate
rarement. Nous devons, cependant, excepter certaines juments
poulinières, comme nous l’avons déjà fait remarquer; chez
celles-ci, les modifications physiologiques inhérentes à leurs
fonctions paraissent favorables à une poussée de la maladie.
L’avortement n’est pas rare.
Lésions. — Les lésions principales sont celles de toutes les
cachexies vermineuses, avec prédominance des lésions osseuses,
Séance du ii Octobre kjiG
623
chez la plus grande partie des malades, durant la troisième
ou la quatrième phase de la maladie. Durant la première et la
seconde phases, apparaissent des lésions de périostite et d’ostéite
en divers points.
Durant la phase d’ostéoporose, les lésions sont celles que nous
décrit Moussu : « Les lésions des os sont caractérisées par la
raréfaction du tissu compact, l’augmentation des dimensions du
canal médullaire des os longs et des canaux de Harvers et
l’augmentation des aréoles du tissu spongieux».
On peut parfois constater la disparition des cartilages inter¬
vertébraux chez des animaux atteints d ataxie locomotrice,
autopsiés durant la phase d’ostéoporose. Fréquemment on ren¬
contre des érosions des cartilages d’encroûtement des os longs.
Dans la phase d’ostéomalacie, les os sont parfois tellement
déminéralisés qu’ils se laissent sectionner par le bistouri.
Toujours, dans le cæcum et le colon, on rencontre des mil¬
liers de cylicostomes, en partie fixés à la muqueuse intestinale
et en partie libres dans la lumière intestinale et mélangés à la
masse alimentaire. Dans l’épaisseur de la paroi intestinale,
existent parfois des nodules vermineux. Les ganglions mésenté¬
riques sont toujours hypertrophiés. Il y a aussi, très souvent,
des nodules de néoformation dans le mésentère.
L’examen du sang révèle toujours de l’éosinophilie et de la
dégénérescence granulo-graisseuse de certains globules blancs
(Urbain).
Chez presque tous les chevaux atteints d’ostéoporose ou d’os¬
téomalacie, on constate des épanchements séreux, péritonéal,
pleural ou péricardique.
Quand la cylicostomose est associée à la strongylose équine,
ce qui est fréquent, outre les cylicostomes, on trouve, dans le
cæcum et le gros intestin, des strongles. Il y a alors, dans les
parois intestinales et dans les ganglions abdominaux, des nodu¬
les contenant des larves. Fréquemment aussi, existent des ané¬
vrismes vermineux de l’artère grande mésentérique et de ses
divisions.
Dans le foie et les poumons de certains chevaux, on trouve
un certain nombre de petites tumeurs contenant des larves
enkystées.
Chez les animaux fortement cachectisés, certains muscles sont
624
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
émaciés et décolorés ; certains points du tissu conjonctif sont
infiltrés d’une substance d’aspect gélatineux.
L’existence des cylicostomes, en très grand nombre, est de la
plus grande importance, car, là où je rencontre la cachexie
osseuse, toujours existe la cylicostomose. Le confrère Urbain en
a fait systématiquement la vérification dans les Etats de Santa-
Catharina et Parana. Dans les écuries où existent des poulains
atteints de cachexie osseuse, la verminose se généralise facile¬
ment. Dans ces écuries, certains chevaux adultes peuvent être
parasités, bien que ne paraissant pas malades.
En autopsiant des chevaux malades, on voit que l’intensité de
la maladie paraît être en raison directe de la durée du parasi¬
tisme et de sa généralisation. Urbain a observé presque de la
dégénérescence des grosses masses musculaires (Zenker) chez
un cheval du Parana présentant à l’autopsie de nombreux
nodules vermineux du foie et du poumon.
Durée. — Je ne puis pas encore déterminer, avec l’exactitude
désirable, quel est le temps maximum de durée de la cachexie
vermineuse. Je connais, par exemple, des animaux chez qui j’ai
constaté les premiers symptômes de la maladie, il y a plus de
deux ans, et qui n’ont pas été spécialement médicamentés. Ils
sont, toutefois, en proportion relativement restreinte. Il me
manque encore un an d observations pour pouvoir avoir une
base exacte à ce sujet.
Quant au temps minimum, j’ai vérifié que, après leur entrée
dans des écuries contaminées, les poulains de pur sang, importés
entre vingt et vingt-quatre mois, et qui sont les plus prédisposés,
passent de quatre à six mois avant de manifester les premiers
symptômes de la maladie et que, quatre à six mois plus tard,
apparaissent seulement des symptômes plus évidents. C'est
après l’espace de dix à quinze mois de séjour à Rio-de-Janeiro,
qu’apparaît seulement l’ostéoporose.
En l’état ostéomalaciq ue, les animaux résistent très peu.
Rares sont les malades qui arrivent jusque-là, parce qu’ils meu¬
rent ou sont sacrifiés pour cause de fractures, durant la seconde
ou la troisième phase de la maladie.
Chez les chevaux de quatre ans et plus, il arrive que la mala¬
die, durant la seconde ou troisième phase, s’arrête ou prend
une forme bien chronique, très bénigne et dure longtemps sans
présenter de modifications bien sensibles.
Séance du ii Octobre i 9 i C»
62 H
Chez ces malades à forme chronique el bénigne, les cas de
cachexie osseuse sans ostéite maxillaire visible, ne sont pas
rares.
DIAGNOSTIC
Le diagnostic est facile quand le malade examiné a déjà
atteint la troisième phase de la maladie et quand il existe déjà
de l’ostéite des maxillaires.
Durant la première et la seconde phases, le diagnostic est
excessivement délicat pour le médecin vétérinaire qui, pour la
première fois, rencontre la maladie. Le plus grand nombre des
symptômes observés paraissent des accidents banaux.
Le diagnostic précoce de la cachexie osseuse est possible
quand le clinicien connaît parfaitement le milieu et sait que les
malades se trouvent dans des locaux antérieurement contami¬
nés. De vingt-cinq écuries pour chevaux de courses, qui existent
à Rio-de-Janeiro, j’en connais actuellement plus de dix qui
sont contaminées.
Le diagnostic de la cachexie osseuse dans les grandes écuries
communes de Rio-de-Janeiro, appartenant à diverses compa¬
gnies de transports et à des loueurs, ainsi que dans les écuries
des régiments de cavalerie, doit être un peu plus difficile, parce
que la plupart des animaux recrues, de provenances diverses,
sont achetés à l’âge de plus de quatre ans, alors qu’ils ont déjà
acquis une certaine résistance à l'infection cylicostomique.
Les ostéopériostites qui apparaissent pour motifs futiles, les
exostoses précoces, les boiteries ambulatoires, les coliques fré¬
quentes, l’amaigrissement, l'ataxie locomotrice, la diarrhée
intermittente, les arthrites des articulations inférieures des
membres, chez des animaux de conformation normale, l’hyper¬
trophie des corps thyroïdes, la somnolence, le pica, l’onanisme
et autres tics nerveux, sont des symptômes importants pour le
diagnostic de la maladie.
En cas d’œdèmes de la partie inférieure des membres ou de
tuméfaction des ganglions lymphatiques, la malléine doit être
employée pour le diagnostic différentiel de la morve.
Le microscope se charge de lever tous les doutes, car dans les
excréments d animaux atteints de cachexie osseuse, ou trouve
une grande quantité d’œufs de cylicostomes. On trouve aussi,
parfois, des larves des mêmes parasites.
42
Bulletin Dfc la Société de Pathologie exotique
626
Lorsque l’on ne trouve que très peu d’œufs, il est bon de
répéter l’examen et de procéder aussi à leur recherche dans les
excréments des chevaux qui font partie du même groupe.
Chez un certain nombre de malades de cachexie osseuse,
existent en même temps, des cylicostomes et des strongles. Cette
circonstance est non seulement de nature à aggraver la mala¬
die, mais rend difficile le diagnostic exact, si, bien entendu, les
œufs sont en petit nombre dans les excréments, au moment de
l’examen.
Il est convenable, dans ce cas, de conserver un peu de fèces,
dans un endroit chaud et humide, et d'attendre l’éclosion des
larves pour procéder à un nouvel examen microscopique. Les
larves de cylicostomes ont un appendice caudal plus long et
leurs mouvements sont beaucoup plus lents. Quant à la diffé¬
rence entre les œufs de strongleset de cylicostomes, elle consiste
dans la différence de taille. Les œufs de strongles sont un peu
renflés vers le milieu et leur diamètre longitudinal est moins du
double du transversal. Les œufs de cylicostomes sont apparem¬
ment plus longs et leur diamètre longitudinal est au moins le
double du transversal.
Quand le nombre d’œufs rencontrés dans les excréments est
grand, et lorsque l’on sait que l’animal suspect vit en milieu
infesté de cylicostomes, la constatation microscopique des œufs
est plus que suffisante pour le diagnostic.
Le clinicien expérimenté et renseigné sur le milieu dans lequel
il exerce, peut, dans bien des cas, diagnostiquer la cachexie
osseuse durant les deux premières phases de la maladie, rien que
par l’examen clinique. Nombreux sont les animaux de pur-sang,
de deux à trois ans, qui ont présenté la tuméfaction maxillaire
de six à huit mois seulement après que j’avais émis un diagnos¬
tic positif, rien que par l’examen clinique.
Dans ces derniers temps, à titre d’étude, le diagnostic clinique
a toujours été confirmé par l’examen microscopique des fèces.
PRONOSTIC
La cylicostomose ou cachexie osseuse est une maladie très
grave et généralement mortelle. La mort, presque toujours, est
la conséquence de fractures. Les fractures des os ostéoporosj-
ques sont très rarement susceptibles de consolidation.
Durant la première et la seconde phase de la maladie, la gué-
Séance du ii Octobre 1916
627
rison est généralement possible. La guérison peut encore s’ob¬
tenir durant la troisième phase ou phase de généralisation des
ostéites, si, bien entendu, les perturbations médullaires ne pré¬
dominent pas. En cas de guérison, cependant même après que
l’état général du malade est revenu à la normale et que celui-ci
peut travailler impunément, persistent certaines déformations
des os. Je connais des chevaux de pur-sang qui ont été sérieu¬
sement affectés et qui courent, bien que porteurs d’exostoses et
même de la grosse face.
La guérison devient impossible lorsque le malade a atteint
l’état ostéomalacique.
La présence des strongles, associés aux cylicostomes, peut
modifier considérablement lasituation des malades. Si les stron¬
gles n’ont pas, par eux seuls, la propriété de provoquer la
cachexie osseuse, ils peuvent, en tout cas, préparer, faciliter ou
aggraver l’intoxication cylicostomique et modifier faction des
médicaments employés contre la cylicostomose.
La cylicostomose, dans ce cas, peut disparaître et la cachexie
vermineuse strongylosique persister, si les lésions dépendantes
de cette dernière sont graves. Je connais des chevaux guéris de
la cachexie osseuse, dont l'état général est excellent, et chez qui,
de temps en temps, je rencontre encore des œufs de strongles.
TRAITEMENT
Le traitement de cette maladie est curatif et préventif.
Le traitement curatif consiste à tonifier et décachectiser l'orga¬
nisme et éliminer les parasites intestinaux.
Si l’expulsion des vers libres dans l’intestin est théoriquement
facile, la destruction des vers fixés aux parois intestinales ou des
larves enkystées dans les nodules des couches musculeuses de
l'intestin ou enkystées dans les ganglions mésentériques ou
autres, ainsi que dans les granulations de néoformation de l’épi¬
ploon, du foie ou des poumons, est déjà beaueoup plus difficile.
Ce résultat peut être atteint, mais incomplètement, par l'em¬
ploi des vermicides solubles ou par les produits arsenicaux
solubles, administrés par voie intraveineuse ou sous-cutanée, à
doses moyennes et répétées.
Les produits arsenicaux, dans l’organisme, agissent élective¬
ment sur le système lymphatique et sur les tissus de substance
conjonctive. Comme nous le dit Finzi, « les toxines vermineuses
628
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ont un caractère commun, celui d'exercer, toutes, une action
plus ou moins intense sur les organes hématopoiétiques ». Or,
la fonction hématopoiétique est, sans contredit, une des fonc¬
tions principales de la moelle des os et des ganglions lymphati¬
ques. Dans la cachexie osseuse, les toxines cylicoslomiques agis¬
sent, en même temps, sur ces organes, ce qui saute aux yeux du
clinicien, immédiatement. Par conséquent, il est naturel d’ad¬
mettre que, dans les cas de cachexie osseuse, les arsenicaux, en
agissant sur la moelle des os, modifient aussi, parallèlement, le
travail d'ossification, travail constant qui est devenu anormal
par l'action des toxines déminéralisantes.
L action bienfaisante des composés arsenicaux, je l’ai large¬
ment constatée chez mes nombreux patients. Les résultats obte¬
nus concordent parfaitement avec ce que dit Railliet dans son
travail sur les vermicides, présenté, récemment, au Congrès de
Londres, relativement à l’emploi de Latoxyl dans les helmin¬
thiases.
C’est par déduction, en cherchant à interpréter les effets des
arsenicaux et à les harmoniser avec ce que je constatais dans les
autopsies, que je suis arrivé à attribuer à l’helminthiase cylicos-
tomique des chevaux atteints d'ostéoporose, son véritable rôle.
Ln peu de temps, la nutrition s’améliore et l’état général se
modifie. Avec facilité, les lésions ganglionnaires périphériques
disparaissent. Les lésions des ganglions internes doivent subir
I es. m è m es m odi fica lions.
Quant aux anévrismes de la grande mésentérique et de ses
divisions ou d’autres artères, anévrismes généralement produits
par les larves du strongle armé, il est matériellement impossible
de les guérir. Heureusement, à part leur action mécanique sur
la circulation, les lésions dépendantes de strongles sont beau¬
coup moins graves que les lésions provoquées par les cvlicos-
tomes.
A titre de médication générale, j’ai employé presque tous les
produits de la série arsenicale : cacodylate de soude, arrhénal,
atoxyl, salvarsan. Je les employais déjà comme toniques géné¬
raux, assez longtemps avant d’avoir la certitude de la constance
de la présence des cylicostomes, et j'obtenais, comme je l’ai déjà
dit. des résultats assez bons, bien que parfois très fugaces. Ces
résultats sont devenus plus constants et plus durables, lorsque
le traitement arsenical général a été aidé par l’action de Lacide
Séance du ii Octobre 1916
G 29
arsénieux, calomel, créosote, etc, à hautes doses, par voie gas¬
tro-intestinale. Les premières tentatives de traitement ont été
réalisées par tâtonnements, et ces essais ont été modifiés d’ac¬
cord avec la symptomatologie, les autopsies et l’étude compara¬
tive des diverses théories émises jusqu’à ce jour.
Les produits arsenicaux ont été employés par voie sous-cuta¬
née ou intraveineuse, à des doses de 60 à 120 cg., deux ou trois fois
par semaine, durant quatre à huit semaines. Les injections intra¬
veineuses ont presque toujours été préparées en solution physio¬
logique additionnée de glyeéro-phosphate de chaux ou de phos¬
phate de chaux ou de phosphate de soude soluble.
Après m’être convaincu de l’existence de la verminose
cylicostomique chez tous les malades de cachexie osseuse indis¬
tinctement, j’ai commencé à expérimenter divers traitements
anti-helminlhi ques purs et simples contre la cylicostomose.
Dans ce but, j’ai employé l'acide arsénieux en doses quoti¬
diennes de 2 à 4 g-, la santonine à la dose de 1 g. J’ai repris
les expériences de Giles et Tiieobald avec le thymol. A propos
de ce médicament, j’ai commencé mes expériences par des doses
de 6, de 8 et de 10 g., et, sur des chevaux de peu de valeur, je
suis passé successivement à des doses de 12 g., i4 g- et 16 g.
Augmentant toujours les doses de 2 g., je suis arrivé à l\2 g. avant
de constater des effets toxiques. Ces doses ont été administrées
en suspension dans l’eau ou en pilules (bols) chez les animaux
d’expériences qui pesaient de 27b à 3oo kilos.
Chez les chevaux de courses, pesant un peu plus (de 3oo à
35o kg.-), je ne me suis pas risqué aux doses massives, afin
d’éviter des surprises désagréables.
Actuellement, en clinique, aux poulains de pur sang, âgés
d’un à deux ans, je fais administrer trois ou quatre des bols
suivants :
Pr. : Thymol ..>... G g.
Santonine .... 30 cg.
Aloès du Cap ... 6 g.
Savon médicinal . . q. s.
Pour un bol.
. Ces bols sont administrés, un chaque lois, en laissant entre
les diverses administrations un intervalle de deux ou trois ou
quatre jours.
Pour les animaux de trois à quatre ans, je prescris la formule
suivante ;
630
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pr. : Thymol . . .
Santonine . .
Aloès du Cap .
Savon médicinal
Pour un bol.
10 g.
75 cg.
8 °'
° »•
q. s.
Pour les animaux atteints de cachexie osseuse et qui ont plus
de trois ans, je prescris de la manière suivante :
Pr. : Thymol . . .
Santonine . . .
Aloès du Cap .
Savon médicinal .
Pour un bol.
14 g.
I g.
10 g.
q. s.
Tr. : Administrer trois ou quatre bols égaux à celui-ci,
intervalles de 2 à 4 jours.
en laissant des
Les résultats de l'administration de ces médicaments, durant
la première et la deuxième phases de la maladie paraissent être
excellents, puisque les poulains qui ne reçoivent aucune autre
médication se modifient complètement en trois à cinq semaines.
Quelques chevaux ainsi traités, alors qu’ils étaient incapables
de travailler, sont déjà arrivés à gagner des courses, deux mois
après avoir été traités.
J’ai déjà expérimenté aussi, comme vermifuges, l’essence de
térébenthine, à la dose de 5o à roo g. et la créosote, à la dose
de io à 20 g. par jour. Ces dernières expériences sont encore
trop récentes pour pouvoir juger leurs effets.
PROPHYLAXIE
Le traitement préventif ou prophylactique , comme dans toutes
les maladies parasitaires, est le seul que Ton peut considérer
réellement efficace et qui doit retenir tout spécialement notre
attention.
D’après les nombreuses recherches que j’ai réalisées, les cyli-
coslomes qui, d’habitude, occupent les premières parties du
gros intestin, ne sont pas rencontrés dans les excréments des
chevaux malades. Il paraît qu’ils meurent et se désagrègent en
très peu de temps, lorsqu’ils abandonnent leur milieu de prédi¬
lection. Les œufs, au contraire, parcourent tout le gros intestin
et se rencontrent dans les excréments frais, en très grand
nombre, soit intacts, soit à diverses phases du développement
de l’embryon.
Ces œufs, dans les fumiers, dans les eaux, dans les terres
631
Séance du ii Octobre 1916
humides, à la température ambiante de Rio-de-Janeiro (entre
les extrêmes de i5 et 35° G.), donnent, du second au cinquième
jour, naissance à des larves. Celles-ci résistent longtemps et
peuvent, par l’intermédiaire des eaux et des aliments souillés,
passer dans l’appareil digestif des autres chevaux, où elles
acquièrent la forme adulte, dès qu’elles atteignent le cæcum.
On comprend facilement combien est dangereux, pour les
chevaux, de consommer les aliments verts cueillis sur les ter¬
rains où se répand le fumier des chevaux porteurs de cylicos-
tomes, malades ou non.
Dans le voisinage des grandes villes du Brésil, il existe, dans
des endroits généralement humides, des prairies artificielles
plantées (capinzaes) qui produisent l’alimentation verte pour les
chevaux de la ville. Ces prairies, où la végétation doit être
excessivement rapide, servent d’habitude de dépôts pour le
fumier des chevaux. Comme l’humidité et la chaleur font rare¬
ment défaut dans ces endroits, les larves s’y développent très
facilement.
II serait, par conséquent, très désirable que le fumier des
chevaux ou autres équidés ne restât pas accumulé dans le voisi¬
nage des écuries ou répandu sur les prairies et fût, plutôt,
enterré sans retard, dans des terrains secs qui servent pour la
culture. Il serait même bon de conseiller de ne pas donner aux
jeunes chevaux des fourrages verts, produits par les terrains
contaminés ou par ceux qui sont simplement suspects.
A ceux qui n’ont pas de place pour enfouir les fumiers, on
pourrait même conseiller de les brûler.
En ce qui concerne les pâturages, il est bien inutile d insister
sur la facilité avec laquelle les chevaux et surtout les poulains
peuvent s’y contaminer. Il suffit d’y introduire un seul animal
porteur de cylicostomes, pour semer les œufs, contaminer en
peu de temps tous ses compagnons et provoquer, en peu de
mois, l’apparition de la maladie chez les animaux lès plus
jeunes, c’est-à-dire, ceux de moins de trois ans, et même chez
les juments poulinières.
Dans les écuries pour chevaux de courses qui existent à Rio-
de-Janeiro, les boxes sont généralement isolés. La séparation des
animaux est cependant plus fictive que réelle et les moyens de
contagion ne manquent pas. Bien rares sont les écuries où l’on
ne rencontre pas grand nombre de petits animaux domestiques,
632
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
comme des chèvres, des moutons, des poules, qui peuvent servir
de véhicules pour les œufs de parasites et qui sont capables de
souiller les aliments.
Les petits rongeurs (souris et rats) et les insectes, spéciale¬
ment les blattes, qui se rencontrent toujours en grand nombre
dans les écuries et ont l’habitude de partager la ration des
chevaux ou de s’alimenter de l’avoine ou du maïs non digéré par
ceux-ci, sont aussi des commensaux incommodes et loin d’être
inoffensifs. Avec la plus grande facilité, ces petits animaux par¬
courent tous les recoins des écuries et transportent les œufs et
les larves partout.
Le fait qui est bien évident est que, là où il y a et là où il y a
eu des malades ou des animaux, sains en apparence, mais por¬
teurs de cylicostomes, les poulains de deux ans ne peuvent pas,
en général, passer indemnes de contamination.
Quant aux poulains, nés en milieu contaminé, ou fils de
juments parasitées, je crois que le contage peut s’effectuer déjà
très tôt, puisque, comme je l’ai déjà dit, j’ai eu l’occasion de
constater la cachexie osseuse et même la grosse face, chez des
poulains d’un peu plus d’un an. 11 est très probable qu’ils se
contaminent déjà durant les deux premiers mois de la vie extra¬
utérine, lorsqu’ils ont le vice de manger les crottins de leurs
mères.
Lhi nombre relativement restreint d’œufs ou de larves, inglu-
tis avec les aliments ou avec l’eau, peut, je crois, provoquer, en
peu de mois, la maladie. Les parasites, en effet, paraissent
susceptibles de se reproduire et de se développer dans l'appareil
digestif de l'hôte. A côté des cylicostomes adultes, on rencontre
dans le cæcum et dans le colon, un nombre incalculable d’œufs?
les uns intacts, les autres déjà transformés eu embryons, ainsi
qu’une quantité notable de larves.
La verminose, inoffensive au début, s’intensifie de plus en
plus, au moins chez les jeunes animaux. Chez ceux-ci, après
quelques mois d’incubation, probablement par l’accumulation
de quelques générations de nématodes, apparaissent les pre¬
miers symptômes de l’infection et les premiers phénomènes de
l'intoxication.
La véritable prophylaxie doit donc consister en ces deux
points principaux :
i° Eviter d’introduire, dans des écuries ou des pâturages
Séance du 1 1 Octobre i 9 1 6
(533
exempts de parasites, des animaux porteurs de cylicoslomes ;
20 Là où les parasites existent, chercher à les détruire par
l’action de certains vermicides, et à les faire disparaître des
terrains par le chaulage, le sulfatage, le drainage, et de préfé¬
rence par le labourage et la culture des terrains suspects.
L’usage momentané des vermifuges n'est pas suffisant pour
éviter la reproduction de la maladie, parce que, après l’élimi¬
nation des parasites contenus dans l’intestin, la verminose peut
réapparaître par le passage dans l’intestin, de parasites enkystés
ou implantés dans les parois intestinales.
En milieu contaminé, la réinfection des’ animaux est tou jours
facile. Les jeunes animaux, après avoir été traités par les vermi¬
fuges, doivent continuer à recevoir périodiquement les mêmes
médicaments, ou doivent être transférés dans des pâturages
nouveaux, encore libres de parasites.
Dans les fermes où l’on élève des chevaux, il est indiqué de
faire usage de vermifuges pour les juments pleines, que l’on
croit contaminées, durant le dernier mois de la gestation ou
durant les premiers jours qui suivent la mise-bas, afin d'éviter
la contamination des poulains déjà avant le sevrage.
A ceux qui importent des chevaux pour les courses et dont
les écuries sont contaminées, on pourrait aussi conseiller de ne
pas importer des animaux de deux ans qui sont justement les
plus prédisposés.
Rio-de-Janeiro , août 1 <) /.J.
M. Van Saceghem. — Je tiens à signaler qu’à Zambi (Congo
Belge) tous nos équidés sont parasités par Cylicostomum tetra-
canthnm. Aucun cas d’ostéoporose n’a été signalé à Zambi où il
y a une centaine d’équidés.
Des équidés transportés de Zambi à Kitobola (Bas-Congo) y ont
fait l’ostéoporose. Ce n’est donc pas G. t. qui semble être la
cause étiologique de l’ostéoporose. Je trouve que le terme ostéo¬
porose caractérise très bien les lésions.
Quant à la distribution géograph ique de l’ostéoporose, M. Gon-
iieur ne signale pas le Congo Belge où la maladie règne à Létal
enzootique.
ou
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Epidémie de polynévrite palustre
simulant le béribéri
Par R. BAUJEAN.
Six indigènes entrent le 20 mars 1916 dans notre service de
l’Hôpital de Phnôm-Penh pour béribéri. Ce sont tous les six des
coolies provenant d'une pêcherie dans les Grands Lacs, où ils
étaient employés.
A un examen superficiel, ils présentent en effet tous les
symptômes du béribéri.
lis sont atteints, les uns de paralysie complète, les autres de
parésie très marquée des membres. Ceux qui peuvent faire quel¬
ques pas en s’appuyant- aux objets avoisinants ont la démarche
caractéristique des béribériques ; ils écartent fortement les jam¬
bes pour élargir leur base de sustentation, et ils stoppent, fléchis¬
sant fortement la cuisse sur le bassin pour empêcher la pointe
du pied, inerte et tombante, de buter contre terre.
Les réflexes rotuliens sont abolis ou très diminués.
Il existe des troubles subjectifs et objectifs de la sensibilité :
douleurs spontanées dans les membres, douleurs excessivement
vives à la plus légère pression des masses musculaires, liypoes-
thésie ou hyperesthésie cutanées.
L'atrophie musculaire est extrême et ces malades sont littéra¬
lement squelettiques.
Enfin il existe des troubles cardiaques et respiratoires bien
marqués : tachycardie, bruits de souffle, dyspnée et oppression.
On ne constate pas d’œdèmes. Il n’y a pas de troubles sphinc¬
tériens.
Le « trépied béribérique » : troubles cardiaques, parésie et
paralysie des membres, abolition du réflexe rotulien, existe donc
chez tous ces malades, et comme ils proviennent tous de la
même localité, qu'ils étaient soumis au même travail et à la
même alimentation, il est naturel de penser au béribéri.
Un fait néanmoins attire l’attention : c’est que tous ces mala¬
des ont de la fièvre. La température est peu élevée, ne dépassant
pas en moyenne 37°5. Chez deux d’entre eux, et qui semblent les
Séance du il Octobre 1916
635
plus gravement atteints (paralysie complète des membres), elle
dépasse 38°, ce qui nous incite à leur prélever du sang.
Ces deux derniers malades meurent le lendemain de leur
entrée à l’hôpital, à quelques heures d’intervalle, et l’examen
des frottis de sang prélevé la veille montre, dans les deux cas,
la présence d’une grande quantité d’hématozoaires du palu¬
disme, sous les deux variétés suivantes :
i° Plasmodium falciparum de la fièvre Tropicale, sous forme
de gamètes en croissant.
20 Plasmodium vivax de la fièvre Tierce, sous forme de grands
schizonles, renfermés dans des hématies hypertrophiées et bour¬
rées de granulations polychromatophiles de Schüffner.
Le parasitisme était intense. Pas un champ du microscope
qui, sur le frottis de sang d’un de ces malades, ne renfermât un
ou deux gamètes en croissant et autant de schizontes de tierce.
Chez l’autre, la proportion était moindre, mais le nombre de
parasites était encore très considérable.
En présence de ces constatations, nous avons aussitôt prélevé
du sang aux quatre autres survivants, bien que leur tempéra¬
ture, normale le matin, fût d’environ 37°5, l’après-midi, au
moment de la prise de sang. Et chez tons les quatre, l’examen
microscopique nous a révélé, comme chez les deux premiers,
la présence des deux variétés d’hématozoaires de la Tropicale
Plasmodium falciparum) et de la Tierce {PI asm. vivax ), en nom¬
bre variable suivant chaque individu, mais toujours consi¬
dérable.
Un interrogatoire serré de ces malades nous a appris les par¬
ticularités suivantes :
Ils avaient été tous les six (les deux décédés et les quatre sur¬
vivants) embauchés, par le même patron annamite, comme
coolies, pour travailler aux pêcheries des Grands Lacs, depuis
le mois de décembre (rqi5), c’est-à-dire depuis le commence¬
ment de la saison propice à ces pêches (Saison des Basses-
Eaux).
Ils provenaient chacun de différents points du Cambodge
(Kompong-Thom, Kompong-Speu, Kampot, Phnôm-Penh, etc...)
et même de la Cochinchine, et n’avaient jamais été malades
auparavant. En particulier ils n'avaient jamais eu d’accès fébri¬
les importants.
Bulletin le la Société de Pathologie exotique
636
Aux Grands Lacs, ils habitaient, en commun, dans une même
pai 1 lotte sur pilotis.
Ils faisaient un métier extrêmement pénible : ils avaient une
moyenne de 18 heures de travail par jour. Tous les jours, ils
passaient six heures dans l’eau, avec l’eau jusqu’à la ceinture ou
la poitrine ; les douze heures restantes étaient employées à
débiter, nettoyer, et saler le poisson.
Leur alimentation était défectueuse, tant au point de vue
qualitéque quantité. Elle était uniquement composée de poisson
et de riz ; ce riz. blanc, décortiqué, était le plus souvent moisi et
avarié. La quantité aussi laissait à désirer, et ces coolies ne
mangeaient pas toujours à leur faim.
Ils ont commencé par avoir des accès de fièvre, d’abord inter¬
mittents, puis continus. El, point important sur lequel les décla¬
rations de tous ces malades sont précises et formelles, la fièvre
a précédé de longtemps les troubles de la marche : ceux-ci n'ont
fait leur apparition qu’après quinze à vingt jours de fièvre
élevée et continue.
Ils faisaient partie d’une équipe d’une quarantaine de coolies-
pêcheurs, qui habitaient la même paillotteen même tempsqu’une
vingtaine rie femmes et enfants. Quinze d’entre eux sont tombés
malades, avec de la fièvre d’abord, puis des troubles de la mar¬
che, qui devenait difficile ou impossible.
Les malades que nous avons interrogés sont très affirmatifs
sur la succession des phénomènes morbides, tant chez eux que
chez leurs camarades ; et ils déclarent et répètent tous, sans
aucune contradiction, que, chez tous, la fièvre a précédé les
troubles de la marche.
De ces quinze coolies malades, cinq, assez légèrement touchés,
sont restés sur place. Les rlix autres, plus gravement atteints, ont
été évacués sur Phnôm-Penh, ou quatre sont restés chez eux, et
les six restants sont entrés à l’hôpital.
Dans un périmètre d'une centaine de mètres autour de la
maison sur pilotis où vivaient ces coolies sur les Grands Lacs,
se trouvaient six autres maisons semblables, appartenant à diffé¬
rents patrons-pêcheurs, et logeant chacune une soixantaine
d’individus (4o coolies -h i5 à 20 femmes et enfants).
Ces coolies étaient un peu mieux nourris que ne l'étaient nos
malades, surtout comme quantité. Le poisson était plus abon¬
dant, le riz à discrétion, et les coolies mangaient à leur faim :
Séance du ii Octobre kjiG
mais le riz qu’on leur distribuait était le même riz blanc décor¬
tiqué et souvent moisi.
Il y avait aussi, dans cette agglomération de coolies, quelques
malades. Ils avaient des accès de fièvre, et un certain nombre
d entre eux présentaient des troubles de la marche. Mais ces
troubles moteurs ne furent pas aussi graves que chez nos mala¬
des. En particulier il n'y eut jamais de paralysie complète des
membres, et il ne fut pas nécessaire de les évacuer sur Phnom-
Penh ou de les licencier.
Plusieurs femmes et enfants de ces pêcheurs eurent aussi des
accès de fièvres, mais ne présentèrent pas de troubles moteurs.
Notons, à ce propos, que les femmes, tout en aidant leurs maris,
fournissent une somme de travail moins considérable, ne s’occu¬
pent que de la préparation, du nettoyage, de la salaison, et de
rassèchement du poisson; mais ne travaillent jamais ou très
exceptionnellement dans l'eau.
OBSERVATIONS CLINIOUES
1. Signes communs aux quatre malades
Motilité. — Parésie ou paralysie des membres, plus accusées
aux membres inférieurs qu'aux membres supérieurs, et d’autant
plus accentuées qu'on va de la racine des membres vers leur
extrémité. Le pied est flasque, tombant, ballant quand on le
secoue. La flexion du pied est impossible. Aussi la démarche
est-elle celle du stoppage : ne pouvant relever la pointe du pied,
le malade fléchit fortement la cuisse sur le bassin, pour éviter
que la pointe du pied n'accroche le sol, car c'est celte pointe
qui touche la première le sol, et non le talon, comme dans la
démarche normale.
Ceux des malades qui ne sont pas complètement paralysés
peuvent ainsi, très lentement et très prudemment, faire quelques
pas, en écartant fortement les jambes pour élargir leur base de
sustentation, et en s’appuyant aux objets avoisinants. Essayent-
ils de marcher seuls, ils tombent.
La flexion des jambes sur les cuisses et des cuisses sur le
bassin est limitée. Cette, particularité s’observe bien lorsque les
malades, assis les jambes pendantes en dehors du lit, veulent se
coucher : pour ramener leurs jambes dans le plan du lit, ils
sont obligés de s’aider de leurs mains et de tirer sur leurs
638
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cuisses, de manière à faire accomplir à celles-ci le mouvement
de flexion nécessaire.
Les troubles moteurs existent aussi aux membres supérieurs.
Quoique moins accusés qu'aux membres inférieurs, ils sont
néanmoins très prononcés et la force musculaire est très dimi¬
nuée. L’un des malades ne peut même pas prendre sa nourriture
seul : ce sont les infirmiers qui sont obligés de lui donner à
manger. Les poignets sont tombants, les mouvements de flexion
de la main et de l’avant-bras sont limités, en même temps qu’on
constate un aplatissement très marqué de la paume des mains.
Il n’existe pas de contractures.
En résumé : parésie ou paralysie flasque, symétrique, plus pi‘o-
noncée aux extrémités des membres qu’à leurs racines, et plus
accusée aux membres inférieurs qu’aux membres supérieurs.
Les réflexes tendineux, rotuliens et achilléens, sont abolis ou
très diminués. Il en est de même du réflexe des radiaux et du
long supinateur.
Pas de troubles pupillaires : réflexes à la lumière et à l'accom¬
modation conservés; pas de signe d’Argyll-Robertson.
Pas de troubles sphinctériens.
Pas de trépidation épileptoïde des pieds.
Nous ne mentionnons pas le signe de Babinski : chez les indi¬
gènes, qui marchent pieds nus, et dont la plante des pieds est
recouverte d’une épaisse couche cornée, le phénomène des
orteils ne peut être provoqué.
Les autres réflexes cutanés (réflexes abdominal et crémastérien)
sont conservés.
L'atrophie musculaire est extrêmement prononcée. Les mem¬
bres sont squelettiques. Les membres inférieurs ont la forme
d’un cylindre. Les fesses sont tellement atrophiées que lorsque
les malades sont debout, les deux jambes jointes, on aperçoit
l’orifice anal. Le gril costal se dessine sous la peau. Du reste le
degré de cette atrophie musculaire est bien donné par les poids
des malades, qui varie entre 35 et l\o kilos, pour une taille
de i m. 60.
Sensibilité. — Sensibilité à la piqûre. — La sensibilité est tou¬
jours conservée, et les troubles, constitués suivant les malades
par de Phypoesthésie ou de l’hyperesthésie des membres, sont,
relativement aux troubles moteurs, peu accentués. Ils sont plus
Séance du 1 1 Octobre 1916
639
accusés à l'extrémité des membres qu’à leur racine. L’hypoes-
tliésie s’accompagne de retard dans la perception douloureuse.
Sensibilité au chaud et au froid . — Elle est diminuée à la
moitié inférieure des membres (jambes et pieds, mains et avant-
bras), et à un degré variable suivant chaque malade. Aussi, la
dissociation entre les deux modes de sensibilité est-elle très
nette chez deux de ces malades, qui présentent au même niveau
de l’hyperesthésie à la piqûre avec hypoesthésie à la chaleur
accompagnée de retard dans la perception.
La palpation des troncs nerveux aux points d’élection, creux
polité, tête du péroné, face interne du tendon d Achille, ou
leur élongation par la manœuvre de Lasègue déterminent de
vives douleurs.
Les masses musculaires sont extrêmement douloureuses à la
pression, même à une pression légère.
Les jambes sont le siège de douleurs spontanées, que les
malades comparent à des piqûres d’aiguilles, à des morsures,
ou à des coups de marteau.
Les malades se plaignent aussi de douleurs dans toute la
région thoracique antérieure, avec maximum d’intensité à la
partie médiane pré-sternale. Ces douleurs, qui n’existent pas
quand le thorax est immobile, sont réveillées par les mouve¬
ments respiratoires, et d’autant plus vives que ces mouvements
sont eux-mêmes plus accentués. Aussi la respiration est-elle
courte, dyspnéique (35 à 4o respirations par minute), le nombre
des respirations étant augmenté aux dépens de leur amplitude.
La respiration se fait suivant le type costal supérieur. L’ins¬
piration s’effectue par les scalènes, et à chaque mouvement
inspiratoire, il y a dépression de l’abdomen au lieu de la dila¬
tation normale, les malades « avalant leur diaphragme » (névrite
du phrénique). *
Il existe de l’aphonie ou plus exactement de la dysphonie, la
voix n’étant pas complètement éteinte, mais sourde et voilée à
un degré variable suivant chaque malade (névrite des nerfs
laryngés).
Ces différents troubles sont surtout apparents lorsqu’on fait
causer les malades. L’inspiration ayant forcément alors un peu
d’amplitude, chaque bout de phrase réveille des douleurs qui
font grimacer le patient , et celui-ci 11e peut répondre qu’à phrases
640
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
entrecoupées, avec une voix enrouée et un accroissement mani¬
feste de la dyspnée et de l'oppression.
Cet ensemble de troubles respiratoires et phonateurs, qui
démontre la névrite des nerfs phréniques et pneumogastriques,
et qui existe à différents degrés chez tous les malades, est tout-
à-fait frappant pour l'observateur.
Troubles cardiaques. — Ils consistent, suivant chaque malade,
en tachycardie avec ou sans rythme embryocardique, assour¬
dissement des bruits du cœur, arythmie, bruits de souffle, accès
d’angoisse. Le cœur n’est pas hypertrophié. Il n’y a pas d’aug¬
mentation de volume de l’organe.
Les troubles trophiques sont nuis ou peu prononcés. 11 n'y a à
signaler que l'état sec et écailleux de l'épiderme des membres,
qu’explique suffisamment l’état de maigreur de ces malades. Pas
d’œdèmes. Pas d’escharres.
Pas de troubles psychiques : la mémoire et l’intelligence sont
conservées.
Rien à signaler dans les urines, qui ne renferment ni albu¬
mine, ni sucre, ni pigments biliaires.
En somme : polgnévrite généralisée ne respectant que la face,
sensitivo- motrice, mais plus motrice que sensitive, ascendante,
les troubles étant plus accentués à l’extrémité qu’à la racine des
membres, avec lésions des nerfs cardiaques et respiratoires : tel
est le tableau symptomatique résumé présenté par tous nos
malades.
Voici maintenant les symptômes propres à chacun d’eux.
11.
Symptômes propres a chaque malade,
Signalons d’abord les deux malades qui sont morts le lende¬
main de leur arrivée à l’Hôpital, dont nous n’avons pu relever
l’observation complète, et dont l’autopsie n’a malheureusement
pu être pratiquée. Il s’agissait de deux Cambodgiens. L’un,
nommé « Mol » âgé de 18 ans, était né dans la province de
Baraï, circonscription de Kompong-Thom, où il résidait avant
de partir aux pêcheries des Grands Lacs.
L’autre, nommé « Uong », venait de la circonscription de
Preyveng.
Ils étaient tous les deux complètement paralysés, avec troubles
Séance du il Octobre 1916
641
cardiaques très accentués, et c'est chez eux que nous avons
découvert, en premier lieu, l’extrême abondance d’hématozoai¬
res du paludisme, ainsi que nous l’avons déjà relaté.
Voici les observations des quatre autres malades.
Ghan-Yong : Cambodgien Agé de 20 ans, né à Kompong-Speu (Rési¬
dence de Kandal). Résidait à Prey-Ping, village situé à quelques kilomè¬
tres de Kompong-Speu, avant d’aller aux Grands Lacs.
N’avait jamais eu de fièvre ni de troubles de la marche auparavant.
A son entrée à l’hôpital (22 mars 1016).
Poids : 37 kg. 300.
Paralysie complète des membres inférieurs. Parésie très marquée des
membres supérieurs : ne peut prendre seul sa nourriture, les infirmiers
sont obligés de lui donner à manger.
Réflexes rotu liens et achilléens abolis.
Douleurs lancinantes dans les jambes.
Douleurs pré-sternales et intercostales très- violentes, présente au com¬
plet les troubles de la phonation et de la respiration décrits précédemment :
dyspnée, aphonie presque complète, paroles saccadées, type respiratoire
costal supérieur, etc...
Sensibilité à la piqûre et à la chaleur diminuée à la partie inférieure
des membres, et conservée à leur partie supérieure et à la face.
Se plaint de « ne pas sentir » ses jambes et ses avant-bras.
Au cœur : Tachycardie avec 120 à 130 battements à la minute ; rythme
fœtal ; bruits du cœur excessivement sourds ; pas de bruits de souffle.
Rate non perçu table.
Foie non hypertrophié.
Température oscillant entre 36°8 et 37°8.
Examen microscopique du sang : Nombreux hématozoaires de la Tropi¬
cale et de la Tierce.
Traitement : quinine, arrhénal, novarsénobenzol, quinquina.
Poids au 31 mars : 34 kg. 700.
7 avril : Etat stationnaire. Les douleurs précordiales ont seulement un
peu diminué.
Mort le 16 avril :
Autopsie le 17 avril :
Pas d’épanchements dans les séreuses, et en particulier dans la péri¬
carde.
Cœur : Très petit, 160 g., mais pas d’aspect feuille morte, couleur
rosée normale ; pas de surcharge graisseuse, le tissu graisseux est même
complètement absent .
Poumon : Gauche 250 g. Droit 350 g. Tous les deux d’aspect normal.
Foie : 940 g. Aspect normal.
Raie : 220 g. Pas d’hématozoaires dans les frottis
Rein : droit 65 g. Gauche 70 g.
Rien à signaler du côté du tube intestinal.
In-Yim : Cambodgien, 18 ans, né à Kandal-Stung (Résidence de Kandal)
ou il résidait avant d’aller aux Grands Lacs. Déclare n’avoir jamais eu de
fièvre auparavant.
22 mars : Marche presque impossible. Peut seulement faire quelques
pas en s’appuyant aux objets voisins.
43
64-2
Bulletin DE La Société de Pathologie EXoîIquE
Réflexes rotuliens el achilléens abolis. Réflexe des radiaux diminué.
Douleurs en « coups de martean » dans les jambes, très vives, presque
continuelles et empêchant le malade de dormir.
Douleurs dans la région pré-sternale, dyspnée, type respiratoire costal
supérieur. Dysphonie légère.
Sensibilité à la piqûre conservée partout, et augmentée aux jambes, où
la sensibilité au chaud et au froid est très diminuée (dissociation).
Cœur : Tachycardie (100 battements). Rythme fœtal. Souffle systolique
au foyer pulmonaire.
Température oscillant entre 37° et 39°.
Examen microscopique du sang. Nombreux hématozoaires de la Tierce.
Hématozoaires de la Tropicale moins nombreux.
Traitement : quinine et arrhénal, quinquina.
Poids : 35 kg. 900.
7 avril : Amélioration générale.
Le malade commence à pouvoir marcher. La flexion des pieds est moins
limitée et le stoppage diminué.
Les réflexes rotuliens et achilléens demeurent abolis; mais le réflexe
des radiaux est redevenu normal.
Les douleurs dans les jambes ont diminué. Les intercostales n’existent
plus, même pendant les fortes inspirations.
Les masses musculaires sont moins douloureuses à la pression.
Au cœur : plus de tachycardie, le nombre des battements est même
tombé au-dessous de la normale (55 à 00). Le souffle au foyer pulmonaire a
diminué d’intensité.
Poids : 38 kg. 700.
Le traitement quinique (1 g. par jour) est toujours continué.
24 avril. — Après quatre jours d’interruption dans son traitement qui¬
nique, le malade a eu un accès de fièvre (39°5-40°). Le sang prélevé en
plein accès s’est montré littéralement bourré de rosaces et de grands
schizontes de Plasmodium vivax : pas un champ microscopique sans une
et quelquefois deux rosaces ou schizontes. Rarement U est donné de voir
un frottis aussi démonstratif et une infection aussi intense.
Point à noter : les douleurs présternales et intercostales, qui, ainsi que
nous l’avons signalé, avaient disparu, sont revenues avec l’accès de fièvre,
empêchant les inspirations de quelque amplitude.
Les bruits du cœur sont sourds, sauf au foyer pulmonaire où ils sont au
contraire claquants et où le sou fie a disparu.
Etat stationnaire par ailleurs.
Sor. — Cambodgien, 19 ans, né à Baraï (Résidence de Kompong-Thom)
où il résidait avant d’aller aux Grands Lacs.
N’avait jamais été malade auparavant. N’avait jamais eu de fièvre.
22 mars. — Parésie des membres. Ne peut se tenir debout tout seul et
tombe si on ne le soutient pas. En s’appuyant aux objets avoisinants, peut
faire quelques pas, très lentement, en écartant fortement les jambes.
Poids : 48 kg. 800.
Réflexes rotuliens : aboli à droite, à peine marqué à gauche.
Réflexes achilléens : diminués, mais non disparus.
Douleurs en piqûre d’aiguilles dans les jambes; fourmillements dans les
pieds. /
Sensibilité à la piqûre conservée partout et augmentée à la partie infé-
Séance nu ii Octobre 1916
m
rieure des membres (jambes et pieds, mains et avant-bras) où la sensi¬
bilité à la chaleur est très diminuée ( dissociation très nette).
Douleurs à la région thoracique, dyspnée, dysphonie, parole saccadée
caractéristique, type respiratoire costal supérieur.
Cœur : Tachycardie peu prononcée : 90 pulsations à la minute. Arythmie.
Souffle systolique intense au foyer pulmonaire, dans le deuxième espace
intercostal gauche. Soufle systolique léger au foyer mitral.
Rate non percutable.
Température oscillant entre 36°8 et 38.
Examen microscopique du sang : Nombreux hématozoaires de la Tropi¬
cale et de la Tierce.
Traitement : quinine et arrhénal, quinquina.
25 avril. — Etat à peu près stationnaire.
Motilité : Pas de changement. Il semble même qne la parésie ait fait
des progrès, et c’est h peine si, même appuyé, le malade peut se tenir
sur ses jambes ; il est obligé, pour se déplacer seul, de se traîner comme
un cul-de-jatte.
Les réflexes rotuliens sont maintenant complètement abolis. Les réflexes
achilléens ont également disparu.
Il y a une amélioration dans les troubles de la sensibilité. Plus de dou¬
leurs dans les jambes. Les douleurs thoraciques ont également disparu,
même pendant les grandes inspirations. Aussi le langage n’est plus
saccadé. Le type respiratoire diaphragmatique ou abdominal normal
a du reste fait son apparition. Mais il persiste toujours de l’enrouement.
L’hyperesthésie cutanée signalée plus haut a fait place à de l’hypoes-
thésie.
Cœur : Mêmes symptômes que précédemment. L’arythmie persiste.
Mais le soufle au foyer pulmonaire a diminué d’intensité.
Poids : 43 kg. 200.
Le malade se sent moins fatigué.
Tran-Van-Minch : Annamite, 22 ans, né à Chaudoc (Cochinchine) et
résidait à Kampot avant d’aller aux Grands Lacs.
Parésie des membres. Peut faire quelques pas en se tenant aux objets
avoisinants, et en écartant fortement les jambes.
Réflexes rotuliens abolis, achilléens diminués.
Réflexes des radiaux conservés.
Sensibilité à la pipitre et à la chaleur diminuées au niveau des membres,
et particulièrement à leur partie inférieure.
Douleurs spontanées en « coup de marteau » dans les jambes.
Douleurs dans région pré-sternale, mais moins accusées que chez les
autres malades, et survenant surtout pendant les fortes inspirations. Type
respiratoire costal-supérieur.
Pas de dysphonie. Pas de troubles de la parole bien accentués.
Cœur : Tachycardie (100 à 110 battements). Rythme pendulaire. Souffle
systolique intense au foyer pulmonaire (deuxième espace intercostal
gauche).
Température de 37°5 en moyenne.
Examen microscopique du saug. Hématozoaires de la Tropicale et de la
Tierce.
Poids : 43 kg.
Traitement : Quinine et Arrhénal. Quinquina.
22 avril. — Amélioration générale.
644
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Parésie des membres diminuée. Le malade peut marcher seul sans
tomber. Mais la démarche est encore nettement stoppante, les jambes très
écartées.
La sensibilité à la piqûre est revenue aux membres supérieurs et infé¬
rieurs. Aux jambes et aux pieds, l’hypoesthésie a même fait place à
l'hyperesthésie, et comme la sensibilité à la chaleur est restée diminuée à
ce niveau, il y a maintenant dissociation des deux modes de sensibilité.
Les réflexes rotuliens réapparaissent, mais ils sont faibles, à gauche
surtout. Les réllexes achilléens sont redevenus normaux.
Au cœur, plus de tachycardie, mais une légère arythmie a fait son appa¬
rition. Les bruits du cœur sont sourds. Le souffle systolique au foyer pul¬
monaire n’existe plus.
Plus de douleurs dans les jambes; plus de doulenrs thoraciques, sauf
pendant les inspirations forcées. Type respiratoire redevenu abdominal.
Poids : 40 kg. 600.
* *
<( On tend aujourd’hui encore, écrit Primet dans son Rapport
« sur le Béribéri (i), à ranger sous l'étiquette béribéri les
« polynévrites les plus diverses. La polynévrite paludéenne,
« moins rare que ne le pense Patrick Manson, est, de toutes
« les névrites, celle que l’on prend le plus souvent pour du
« béribéri. »
Chez les malades dont nous venons de relater I observation, la
confusion est très explicable. Il faut même avouer, qu’en ne
tenant compte (pie des signes cliniques, et sans le secours de
l’examen microscopique, la distinction entre les deux maladies
est difficile, sinon complètement impossible.
Tout permet de penser au béribéri chez des individus qui
présentent presque au complet le tableau clinique de la forme
dite sèche du Kakké. Troubles moteurs, sensitifs, trophiques,
troubles de réflexes, troubles cardiaques, tout y est.
On ne peut considérer la fièvre comme un symptôme diffé¬
rentiel. Plusieurs auteurs, entre autres Grimm (i), l’ont signalée
dans les épidémies de béribéri.
Il n’est pas jusqu’au caractère épidémique de la maladie et
aux circonstances ayant entouré son éclosion qui ne plaident en
faveur du béribéri ; consommation de riz blanc décortiqué et
avarié — encombrement — hygiène défectueuse chez les indi¬
gènes soustraits à leur vie normale, au point de vue tant de
(1) Rapport sur le Béribéri. Commission composée de Bréaudat, Le Dantec,
Jeanselme, Kermougant, Marchoux, Poitevin, — Primet, Rapporteur (Bulletin
Pathologie exotique , 1 91 1 ) .
(2) Cité par Jeanselme in : Jeanselme. — Le Béribéri , page .”>8 et suivantes.
Séance du rr Octobre 1916
045
l’habitat que de l’alimentation — surmenage — toutes condi¬
tions considérées comme des facteurs étiologiques du béribéri.
Et cependant il s'agit incontestablement de polynévrite
palustre. Le degré d'infection véritablement énorme du sang
de ces malades par l’Hématozoaire de Laveiian ne permet pas le
do u te.
Et, à la lueur de cette constatation microscopique, certaines
particularités attirent l'attention et plaident aussi en faveur de
l'origine palustre de la maladie :
i° accès fébriles intermittents et rémittents ayant précédé les
troubles moteurs et sensitifs.
20 influence bienfaisante et assez rapide, chez les individus
non mortellement touchés, de la médication quinique et arse¬
nicale.
3° Chez un des malades, In-Yijvi, qui, après quelques jours
d'interruption de son traitement à la quinine, présenta un vio¬
lent accès fébrile, avec réapparition dans le sang de très nom¬
breux hématozoaires, réapparition également de certains
troubles sensitifs et cardiaques ressortissant de la polynévrite.
Il semble que les mêmes facteurs, qui favorisent l’éclosion du
béribéri, aient favorisé chez nos malades l’éclosion de la névrite,
en localisant au système nerveux périphérique l’action de la
toxine palustre.
Sous l'influence de l'encombrement, de la mauvaise alimen¬
tation, et surtout de la fatigue et du surmenage, ces indigènes
ont fait de la polynévrite, au lieu d'avoir, par exemple, des
accès pernicieux ou des accès intermittents ou rémittents,
comme le fait aurait pu se produire, avec le même facteur étio¬
logique, à savoir l'hématozoaire, mais dans d’autres conditions
de vie. Du reste, les femmes et les enfants de ces indigènes, qui
n’étaient pas soumis aux mêmes fatigues et qui 11e travaillaient
jamais dans l’eau, n’enrentque des accès de fièvre, et ne présen¬
tèrent pas de troubles moteurs.
Il y a encore dans l’étiologie du béribéri beaucoup de points
obscurs. Mais, dans toute épidémie simulaut le béribéri, il faut,
pour ne pas compliquer inutilement le problème, éliminer la
polynévrite palustre. Et, ainsi que le prouve l’observation de
nos malades, il est indispensable pour cela de recourir à
l'examen microscopique du sang. Seul, en effet, il permet, en
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
révélant la présence d’hématozoaires, d’établir le diagnostic de
polynévrite palustre et d’éliminer le béribéri.
(. Laboratoire de bactériologie de Phnom-Penh , Cambodge).
M. Laveran. — Les faits qui font l’objet de la note de M. Bau-
jean sont très intéressants, mais l’interprétation de ces faits qui
a été admise par l’auteur me paraît discutable.
Six indigènes du Cambodge, provenant d’une pêcherie,
entrent à l'hôpital de Pnom-Penh ; ils présentent les symptômes
classiques du béribéri, mais ils ont en plus de la fièvre et l'exa¬
men du sang révèle l’existence d’hématozoaires du paludisme en
grand nombre. Le diagnostic de paludisme s'impose et M. le
Dr Baujean écartant le diagnostic de béribéri, qui avait été porté
d’abord, conclut à une épidémie de polynévrite palustre simu¬
lant cette maladie.
La polynévrite palustre existe mais elle est rare et elle se pré¬
sente sous des formes variées ; l'existence d’une polynévrite chez
6 malades palustres sur 6 provenant d’une meme localité, et
d'une polynévrite simulant exactement le béribéri chez les
6 malades me paraît peu vraisemblable ; je serais bien plus dis¬
posé à admettre que les 6 malades en question ont été atteints
de paludisme et de béribéri.
Ces 6 malades, je le répète, présentaient les symptômes classi¬
ques du béribéri: troubles cardiaques, parésie ou paralysie des
membres, abolition du réflexe rotulien, et ils avaient été placés
dans les conditions les plus favorables au développement de
cette maladie : alimentation insuffisante composée principale¬
ment de riz blanc, décortiqué et souvent avarié.
M. Baujean insiste sur le fait que les accidents fébriles, de
nature palustre, ont précédé les accidents nerveux, mais il est
très admissible que le béribéri se soit développé chez des palus¬
tres et que son développement ait été favorisé par l’existence
antérieure du paludisme. Urriola a constaté en Colombie et à
Panama que le béribéri s’observait souvent dans ces conditions.
Il me paraît très probable, en somme, que les faits signalés
par M. le Dr Baujean ne se rapportent pas à une épidémie de
polynévrite palustre mais à une épidémie mixte de paludisme
et de béribéri.
M. Kkrandel. — Ayant passé quelques mois au Cambodge,
i
Séance du t i Octobre 1916
U1
je partage entièrement l'avis exprimé par M. le Prof. Laveran.
Le paludisme y est assez peu répandu et présente rarement des
formes graves; au contraire le béribéri est très fréquent chez
les coolies dont l’alimentation est souvent défectueuse quand ils
sont employés aux pêcheries, lis sont en général nourris avec du
riz poli de Saigon transporté dans de simples sacs et exposé à
l'humidité.
La résistance globulaire dans quelques cas
de paludisme, de fièvre bilieuse
hémoglobinurique et de maladie du sommeil
Par André MARC A ND 1ER.
A. — PALUDISME ET FIÈVRE BILIEUSE HÉMOGLOBINURIQUE. -
BUT DE CES RECHERCHES.
Au cours de deux années passéesà Dakar, nous avons été frappé
du grand nombre d’accès palustres survenus chez les marins
européens logés dans les casernes de l’Arsenal, et de la fré¬
quence, parmi eux, des accès bilieux hémoglobinuriques.
Dans un but pratique, on s’est proposé de rechercher :
i° Si, chez les paludéens, la résistance des hématies déplas-
matisées vis-à-vis des solutions salines, variait au cours des
divers épisodes de l’impaludation, et si l’étude de ces variations
permettait de prévoir l’imminence d’un accès bilieux hémoglo¬
binurique.
20 Si, chez les sujets atteints de bilieuse hémoglobinurique,
la résistance globulaire revenait à la normale immédiatement
après l’hémoglobinurie, et si l’étude de cette résistance dans
l’intervalle des accès bilieux permettait de renseigner sur l’im¬
minence d’une récidive.
Technique . — On a utilisé la technique indiquée par Chauf¬
fard et J. Troisier ( Traité du sang de Gilbert et Weinberg 19 k L
Article Résistance globulaire , p. 229).
Les recherches ont porté sur le sang capillaire. Le sang,
obtenu par piqûre aseptique du doigt, était aspiré dans une
pipette stérilisée et dilué dans une solution deNaCI à 9 p. 1.000,
648
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
stérile, contenue dans un tube à centrifuger. Après centrifuga¬
tion, on décantait la plus grande partie de la solution saline,
ne laissant que la très faible quantité de liquide nécessaire à la
dilution du culot d'hématies.
Lorsqu’on opérait sur une quantité un peu trop considérable
de sang ou que la centrifugation n’avait pu être effectuée immé¬
diatement, il est arrivé qu’un caillot se formait au-dessus du
culot d’hématies centrifugées. Dans ce cas, on décollait le cail¬
lot avec la pointe d’une pipette stérilisée, et on le retirait après
l’avoir agité dans le liquide surnageant pour le débarrasser de
la plus grande quantité de ses hématies. On recommençait ensuite
la centrifugation.
Solution mère de NaCl. — Le chlorure de sodium employé,
était un sel chimiquement pur, fourni par la Pharmacie Centrale
de Dakar; on le fondait à Laide d’une lampe à souder. La solution
à 7 p. 1.000 était faite dans l’eau distillée récente, exacte, stérile.
On la conservait dans les flacons stérilisés, bouchés à l’émeri.
Le titre, vérifié y ne première fois par nous-même à Laide
d’une solution titrée de nitrate d'argent, était contrôlé par un
deuxième dosage effectué à la Pharmacie de l’hôpital Colonial de
Dakar. De nouvelles vérifications avaient lieu en cours d’expé¬
rience. Les solutions n’étaient employées qu’après avoir été
ramenées à la température du laboratoire.
On opérait alors de la façon suivante :
Dans une série de 20 petits tubes d’hémolyse, à Laide d’une
pipette à boule constituée par un compte-gouttes de Duclaux,
tenue toujours dans la même position, on versait dans le premier
tube une goutte d’eau distillée, puis deux gouttes dans le
deuxième etc. Puis, avec la même pipette asséchée à Lalcool-
éther, chauffée et rincée avec la solution saline à employer, on
versait dans le premier tube 34 gouttes de la solution de NaCl
à 7 p. 1.000, 33 gouttes dans le second, et ainsi de suite. On
avait ainsi une échelle de solutions salines de concentration
variable. Le premier tube contenant une solution à 0.68 p. 100,
le dixième tube une solution à o.5o p. 100, le quinzième
à o.4o p. 100, le vingtième à o.3o p. 100.
Avec une pipette ordinaire, 011 déposait ensuite une goutte des
hématies du malade dans chacun des tubes. On agitait tous les
tulies, on centrifugeait pendant 3 à 4 minutes : on lisait ensuite
les résultats.
Séance du ti Octobre t 9 ï G
649
Les tubes à hémolyse, à centrifugation, les pipettes, étaient
stérilisées au four à ri5° avant chaque recherche.
On s’efforcait d’opérer toujours dans les mêmes conditions.
La température du laboratoire était assez constante (entre 2.5°
et 28°).
Pour l’appréciation des divers degrés d’hémolyse, on a utilisé
les notations suivantes (Chauffard et J. Troisier),
Hm Hémolyse légère (teinte jaune pâle, quelquefois très difficile à voir).
Ht Hémolyse nette (jaune franc).
H2 Hémolyse (rose).
H3
Pour abréger, la résistance globulaire sera désignée au cours
de ces recherches par les lettres R. G.
Sujets témoins. — On a observé, comparativement avec les
malades, un certain nombre de sujets témoins.
Etant donné le matériel restreint dont nous disposions, il n’a
pas été toujours possible de prendre aux mêmes heures, et dans
la même journée, la R. G. de plusieurs malades et celle d'un
nombre correspondant de témoins.
Il s’ensuit qu’un seul témoin a pu servir de terme de compa¬
raison avec un certain nombre de malades atteints de paludisme,
d’accès bilieux hématurique, ou de trypanosomiase.
Dans quelques cas où il a paru nécessaire de prendre deux fois
la R. G chez le même malade, le même témoin a servi pour les
deux recherches. La IL G. des témoins a été recherchée avec le
même matériel, les mêmes solutions salines et dans les mêmes
conditions que pour les malades.
La technique ci-dessus exposée, a été appliquée aux groupes
de malades suivants. La R. G. des trypanosomés sera étudiée
à part.
Paludisme
Ier Groupe . — Recherches comparatives pendant et après l’accès.
Observation I. — Le C..., 23 ans, Quartier-Maître Mécanicien, arrivé à
Dakar, le 2 juin 1915. Pas de séjours coloniaux antérieurs. Nombreux
accès dont 6 très violents, le 15 août, le 3 septembre, le 21 octobre,
le fi novembre, le 21 novembre, le 4 décembre.
Temp. «à 14 h. 30 : 38°8, à Témoin Pr..., européen (pas
15 h. 25 : 37°8 ; stade de sueurs d’hématozoaires dans le sang).
Prise de sang, lre recherche. vient d’arriver de France.
Hm 0.48 Hm 0.4fi
111 0.46 H1 0.44
112 0.44 H 2 0.42
H3 0.34 H3 0.30
650
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Examen d’un frottis de sang : assez nombreux schizontes de Plasmo¬
dium falciparum ; grand mononucléaires 20 p. 100.
Injection de 0.30 cg. de chl. de quinine après la recherche.
2 4 décembre matin : 36°4 ; soir : 36° 1 .
25 décembre matin 36°7. Sulfate de quinine 0 g. 25 cg.
Prise de sang, 2e recherche. Témoin Péz.. , Européen vient
d’arriver de France. Sujet anémié
et chétif (Pas d’hématozoaires).
Hm 0.48 Hm 0.50
Ml 0.46 Ht 0.48
112 0.42 H2 0.44
H3 0.34 H3 0.34
Examen d’un frottis de sang. Très rares schizontes de Plasmodium
falciparum ; granulations de Maurer dans les globules parasités.
Ce malade dont les accès étaient devenus presque quotidiens et qui se
trouvait très anémié, a été rapatrié dans le courant de février 1916.
Observation II. — P..., Quartier-maître, fusilier, 23 ans, arrivé à
Dakar le 28 février 1915. Pas de séjours coloniaux antérieurs.
Nombreux accès palustres dont 4 violents (les 22 juin, 5 et 28 août,
1 2 novembre) Schizontes d ^Plasmodium falciparum constatés dans le sang.
23 décembre, température à 7 heure, 38°2. Stade de chaleur, quelques
vomissements bilieux. N’a pas pris de quinine depuis plusieurs jours.
A 8 h . 45 prise de sang l,e recherche (Temp. 39°6).
Hm 0.44
111 0.42 Même témoin que pour le ma-
112 0.40 lade précédent.
113 0.32
Examen d’un frottis de sang : nombreux schizontes de Plasmodium
falciparum .
Injection de 0.75 cg. de quinine en 2 injections.
24 décembre, température matin 36°.
24 décembre, température soir à 13 heures 37°, à 18 h. 30 39°, injection
de 0.50 cg. de chlorydrate de quinine.
25 décembre, température matin 36°7.
25 décembre, température soir 36°6. Injection de 0.50 cg. de chl. de
quinine.
26 décembre, température matin 36°2 à 9 h. 50.
Prise de sang, 2e recherche.
Hm 0.44
H1 0.42
112 0.38
H 3 0.36
Même témoin que pour le ma -
lade précédent .
Examen d’un frottis de sang : quelques débris de parasites endoglobu-
laires (Grands mononucléaires 26 p. 100).
Observation III. — D..., 24 ans, Quartier-Maître fusilier, a fait cam¬
pagne dans le Levant à bord du Bruix. Opéré d’un abcès du foie à Salo-
nique en 1913. Aurait eu après cette opération plusieurs accès palustres ?
Arrivé à Dakar le 28 février 1915, nombreux accès palustres dont 6 vio¬
lents, les 25 août, 1er septembre, 12 octobre, 2 novembre, 18 novembre
et 17 décembre.
Légère céphalée le 2 janvier, à 14 heures.
Séance du ii Octobre 1916
651
3 janvier 1916. Température 39°6, vomissements bilieux. A 15 heures,
prise de sang, température 40ü5.
Prise de sang, 1re recherche. Témoin Johns P... Indigène.
Pas de paludisme, formule leuco¬
cytaire normale.
Hm 0.46 Hm 0.44
H1 0.44 Ml 0.42
H2 0.42 H2 0.40
H3 0.32 H 3 0.32
Examen d’un frottis de sang : nombreux schizontes de Plasmodium
falciparum avec granulation de Maurer.
Injection de 0 g. 25 de chl. de quinine après la prise de sang, à 18 heu¬
res, température 36°8;.
4 janvier, température matin 36°6.
4 janvier, température soir à 15 h. 36°8 ; à 20 heures 39°4. Injection de
0.50 cg. de chl. de quinine en 2 fois.
5 janvier, température matin 36°7
5 janvier, température soir 36°9. Injection de 0.75 cg. de quinine en
2 fois. Légère céphalée le soir.
6 janvier, température matin 36° I .
6 janvier, température soir 36°3. Injection de 0.25 cg. de quinine, plus
0.10 cg. par la bouche.
7 janvier, température matin 36°6.
7 janvier, température soir 36°2 (a pris un cachet de 0 g. 10 à 9 heures).
A 15 heures prise de sang,
2e recherche
Hm 0.44 Même témoin que pour la pre-
H1 0.42 mi ère recherche.
H 2 0.40
H 3 0.30
Examen d’un frottis de sang. Pas de parasites; globules rouges géants,
polychromatophiles (Grands mononucléaires 21 p. 100).
Observation IV. — Le Ment..., 28 ans, Quartier-Maîtremécanicien. Séjour
à Saigon en 1910, dysenterie, pas d’accès palustres. A Dakar depuis le
5 juillet 1915, nombreux accès palustres, dont 5 violents, les 18 août,
Ier octobre, 31 octobre, 20 novembre, 13 décembre. Très nombreux
schizontes de Plasmodium falciparum.
13 janvier 1916, à 15 h. 15. Température 39°2. Stade de chaleur.
Prise de sang, tre recherche. Témoin Bok Dial... (1). Indigène
pas d’hématozoaires. Eosinophilie
notable.
Hm 0.48 ' Ilm 0.44
H1 0.46 111 0.42
112 0.44 H2 0.38
H3 0.34 H 3 0 32
Examen d’un frottis de sang. Assez nombreux schizontes de Plasmo¬
dium falciparum .
' Moyens mononucléaire 12 p. 100
Grands
Formule leucocytaire. <j Lymphocytes —
Eosinophiles —
Polynucléaires —
8 p. 100
9 p. 100
0 p. 100
71 p. 100
652
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Injection de 0.25 cg. dechl. de quinine.
14 janvier. Injection de 0.50 cg. de chl. de quinine.
15 janvier. Injection de 0.50 cg. de chl. de quinine.
16 janvier. Sulfate de quinine 0.50 cg. par la bouche.
17 janvier. Température matin 36°3.
17 janvier. Température soir36°6.
Prise de sang à 15 h. 30,
2e recherche.
Hm 0.46
III 0.44
H 2 0.42
113 0.32
Examen d’un frottis de sang. Pas d hématozoaires endoglohulaires,
1 corps en croissant (Mononucléose nette).
Observation V. — Le Cach..., 32 ans, second- maître. Pas de séjours
coloniaux antérieurs. Arrivé à Dakar le 5 juillet 1015 . Nombreux accès
dont deux violents les 24 septembre et 8 décembre.
31 décembre, température matin 38°8, vomissements bilieux, foie un peu
sensible : à 14 b. 45, température 40° 1.
Prise de sang, 1r0 recherche. Témoin Jobus Pea... Indigène,
n’a jamais été malade. Pas d’hé¬
matozoaires dans le sang.
Mm 0.42 Hm 0.44
Ht 0.40 111 0.42
U 2 0.36 112 0.40
113 0.34 113 0.32
Examen d’un frottis de sang. Nombreux parasites (Plasmodium vivax),
hématies hypertrophiées, granulations de Schüfïner très nettes. Mononu¬
cléose.
à 17 heures 39°9 ; injection de 0.25 cg. de chl. de quinine.
Ier janvier 1916, temp. matin 3 6° 5.
1er janvier 1916, temp. soir 38°1 à 14 heures, 39°1 à 19 heures ; injec¬
tion de 0.50 cg. de chl. de quinine en deux fois.
2 janvier, temp. matin 37°.
2 janvier, temp. soir 36°. Injection de 0.50 cg. de chl. de quinine.
3 janvier, temp. matin 36°2.
3 janvier, temp. soir 36°3. Chl. de quinine 0 g. 25 en 1 injection.
4 janvier, temp. matin 36°.
4 janvier, temp. soir 36°7.
Prise de sang à 9 h. 45
2e recherche
Hm 0.44
111 0.42
11 2 0.38
113 0.32
Examen d’un frottis de sang : pas d’hématozoaires.
Même témoin que pour la pre¬
mière recherche.
Observation VI. — P..., 32 ans, second-maître charpentier,
10 mois 1/2 de séjour. Nombreux accès dont un très violent le 8 décembre
1915 ; entre le 9 janvier à l'infirmerie pour un nouvel accès, vomissements
bilieux, nombreux hématozoaires (, Plasmodium fa le ip a nu a) dans un
frottis de sang.
O
SÉANCE DU II OCTOBRE I C) 1 6
653
10 janvier, reçoit U. 75 cg. de chl. de quinine en deux injections, le soir
vomissements bilieux, céphalée. 1 1 janvier, a passé une mauvaise nuit,
légère teinte subictérique, foie sensible.
A 7 heures, temp. 37°9, à 8 h. 45, 39°6 :
Prise de sang lre recherche.
Uni 0.44
H1 0.42
112 0 38
113 0.32
Même témoin que pour le ma¬
lade précédent.
Fxamen d’un frottis .de sang assez rares schizontes de Plasrn. falci-
parum ; vers 15 heures, crise de sueurs, sensation de bien être.
12 janvier, temp. matin 38°7 ; chl. de quinine 0 g. 75 en 2 injections.
Soir 37°8.
13 janvier, temp. matin 36°2 ; chl. de quinine 0 g. 25 en 1 injection.
Soir 36°2.
14 janvier, temp. matin 36°2. Sulfate de quinine 0 g. 30 en deux prises
par la bouche.
14 janvier, temp. soir36°2.
15 janvier, temp. matin 36°2 (même dose de quinine).
15 janvier, temp. soir 36°2.
10 janvier, temp. matin 36°1. Sulfatede quinine 0.20 cg. par la bouche.
16 janvier, temp. soir 36°2.
17 janvier, temp. matin 36°3 (même dose de quinine).
17 janvier, temp. soir 36°4.
18 janvier, temp. matin 36°2.
Prise de sang 2e recherche :
H ni 0.44
ni 0.42
112 0.38
H3 0.34
Iîok Dial..., Indigène, pas d'hé¬
matozoaires; éosinophilie notable.
Jim 0.44
111 0.42
112 0.38
113 0.32
Examen d’un frottis de sang. Pas d’hématozoaires. Rapatrié dans les
premiers jours de février, ce malade a eu de très violents accès en
France .
Pour les deux malades qui font l’objet des deux observations suivantes,
la recherche de la résistance globulaire n’a pu être faite qu’au cours de
l’accès.
Observation VII. — Phil.., 27 qiis, Quartier-maître fusilier, pas de
séjours coloniaux antérieurs, arrivé à Dakar le 28 février 1915 ; nombreux
accès, dont 2 très violents, les 29 octobre et 24 novembre (présence de
corps en croissant).
15 décembre 1916, frisson vers
température 39°, (n'avait pas pris
de quinine depuis 10 jours).
1 re recherche :
Hm 0.46
111 0.42
112 0.40
143 0.38
13 heures. A 15 b. 45, prise de sang,
Témoin Aly S,.., indigène, pas
d’hématozoaires. Eosinophilie très
marquée.
11m 0.44
111 0.42
H2 0.40
113 0.34
654
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Examen d’un frottis : nombreux schizontes de Plasmodium falciparum.
Injection de 0.40 cg. de chl. de quinine.
16 décembre à 7 heures, temp. 36°; prend 0 g. 30 de sulfate de quinine
parla bouche. A 15 h. 40, prise du sang, temp. 38°3.
2^ recherche :
Hm 0 48 4
[U q 4g Meme témoin que pour la 1 re re-
112 cherche.
H3 0.36
Examen d’un frottis : assez nombreux schizontes de Plasmodium falci¬
parum.
17 décembre matin 36°1.
Observation Ylli. — L.., 26 ans, 2e maître mécanicien; pas de séjours
coloniaux antérieurs; à Dakar depuis le 28 février 1015. Nombreux accès,
dont 3 très violents, habitude d’intempérance.
Entre le 16 décembre 1915 au matin, température 39°1, le soir 37°1 ;
vomissements bilieux; teinte subictérique ; céphalée. Pas de quinine.
17 décembre, temp. matin 36°3. Pas de quinine.
17 décembre, temp. soir 36°4. Pas de quinine.
Témoin Cii..., Européen, vient
d’arriver de Erance ; pas de palu-
18 décembre. Prise de sang à
10 heures, temp. 39°5.
11. G. Mm 0.50 (Teinte jaune ex¬
trêmement pèle).
III 0.48
H2 0.44
H3 0.36
ni s me.
It G. Hm 0 48
III 0.46
H2 0.42
H3 0.38
Examen d'un frottis ; nombreux schizontes de Plasmodium falciparum .
' . • . * ' • •
2i: Groupe. — Sujets impaludés antérieurement, et en période
dapyrexie.
Observation. IX. — C..., 22 ans, Quartier-maître. Pas de séjours colo¬
niaux antérieurs. Arrivé à Dakar le 28 février 1915 ; nombreux accès dont
5 très violents, les 1er août, 18aoùt, 19 septembre, 21 octobre, 26 novembre
(nombreux schizontes de Plasmodium falciparum).
11 décembre, temp. matin 38°1.
11 décembre, temp. soir 39°4. Chl. de quinine 1 g. en 2 injections.
12 décembre, temp. matin 36° 1 .
12 décembre, temp. soir 36°2. Sulfate de quinine 0 g. 50 en 3 cachets.
13 décembre, temp. matin 36°2.
Témoin Aly S..., indigène, pas
Prise de sang : d’hématozoaires. Eosinophilie très
marquée.
11. G. II m 0 44 Ilm 0.44
III 0.42 III 0.42
H 2 0.38 112 0.40
H 3 0.32 113 0.34
Observation X. — 1)..., 22 ans, Quartier-Maître. Pas de séjours colo¬
niaux antérieurs, 9 mois 1/2 de présence à Dakar. Nombreux accès dont
4 très violents, les 29 septembre 1915, 23 octobre, 5 novembre (présence
dans le sang de schizontes de Plasmodium falciparum , 18 novembre.
Séance du il Octobre i 9 i 6
655
11 décembre 1915, lemp. matin 37°5.
I l décembre 1915, temp. soir 38°6, chl. de quinine 1 g. en injection.
12 décembre 1915, temp. matin 36°2. Sulfate de quinine 0.50 cg. en
3 cachets. . <
12 décembre 1915, temp. soir 39°1 (à 18 heures).
13 décembre, prise de sang. Temp. 36°7.
R. G. Hm 0.46
H1 0.42 Même témoin que pour le rna-
H2 0.38 lade précédent.
113 0.34
Observation XL — I)..., 30 ans, canonnier au 6e d’Artillerie coloniale,
6 ans de service ; 30 mois de séjour au Sénégal, 10 entrées à l’infirmerie
pour accès palustres. Ethylique. Dernier accès le 30 décembre 1915.
Le 14 janvier 1916 à 9 h. 30,
prise de sang (Temp. normale).
R G. Hm 0.46
111 0.44
11 2 0.40
113 0.34
Témoin Bok D..., Indigène, pas
d’hématozoaires. Eosinophilie.
Uni 0.44
H1 0.42
H2 0.38
113 0.32
Pas d’hématozoaires dans un frottis de sang. Faible mononucléose.
Observation XL — G..., 25 ans, canonnier au 6e Colonial, 6 ans de
service, 36 mois de séjour au Sénégal, syphilitique, 12 entrées à l’infir¬
merie pour paludisme, dernier accès le 12 janvier 1916.
Prise de sang le 14 janvier J 9 1 6
Même témoin que pour le ma¬
lade précédent.
à 9 h. 40.
R. G. Hm 0.46
H1 0.44
112 0.38
H3 0.32
Pas d’hématozoaires dans un frottis de sang. Grands mononucléaires
23 p. 100.
On peut joindre à ce groupe les 2 recherches suivantes, por¬
tant sur les indigènes, pris d’abord comme témoins pour les
malades des observations IV et XI, mais chez qui l’examen d’un
frottis de sang a fait découvrir des schizontes de Plasmodium
falciparum , et des corps en croissant.
Ces 2 sujets ne s’étaient présentés à la visite et déclaraient
n’avoir jamais été malades :
Observation XII. — Nicolas R..., 22 ans, Quartier-Maître mécanicien
originaire de Bathurst, sujet très vigoureux :
R. G. Hm 0.44
111 0.42 Recherche laite le même jour
112 0.38 que pour le malade précédent.
113 0.32
Examen d’un frottis de sang : schizontes d e Plasmodium falciparum , non
rares, avec granulations de Maurer Eosinophilie considérable (21 p. 100).
656
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Observation XIII. — Macoumba I)..., 28 ans, Quartier-Maître Gaptot,
sujet d’une vigueur exceptionnelle.
Recherche faite comparative¬
ment avec celle de l'observation IV.
R. G. lira 0.48
lit 0.46
112 0.44
113 0.34
Très rares corps en croissant dans un frottis de sang.
conclusions
_ •
D’après Chauffard et .1. Troisier, la résistance globulaire nor¬
male vis-à-vis des solutions salines de NaCl, oscille entre
o,48 et 0,42. A o,5o, elle commence à être diminuée; à o,4o, elle
commence à être augmentée. Pour H3 (hémolyse totale, dispari¬
tion macroscopique du culot), il est difficile de donner un chiffre
précis, les auteurs admettent o,3o à o,34-
Dans les i3 cas de paludisme étudiés ci-dessus, 12 fois la
11. G. a oscillé dans les limites de la normale.
Dans un seul cas (Obs. VIII), chez un malade très impaludé,
en plein accès, la R. G. a paru légèrement diminuer (o.5o). Ce
léger fléchissement n'a pas été suivi d’accès bilieux hémoglobi-
nurique. D’ailleurs, le deuxième témoin de l’observation \ }
indemne de tout paludisme, a présenté une R. G. légèrement
diminuée. Dans tous les autres cas, la R. G. des sujets témoins
a oscillé dans les mêmes limites que celle des malades.
Le degré d’impaludation, la période de l’accès, le traitement
quinique, 11e paraissent pas influencer dans un sens nettement
déterminé la R. G.
11 ne semble donc pas qu’on puisse tirer de la recherche de la
R. G. chez les paludéens, des renseignements permettant de
prévoir l’imminence d’un accès bilieux hémoglobinurique.
Il est essentiel de remarquer qu’on a opéré avec les hématies
déplasmalisées ; il est possible qu’avec le sang total, on obtienne
des résultats différents. Si l’on admet avec J. Troisier, Widal,
Abrami et Brulé, que la fragilité globulaire est due à la fixation
d'hémolysine sur l’hématie, la mesure de la différence, s'il en
existe une, entre la R. G. prise avec les hématies déplasma-
tisées, et la R. G. prise sur le sang total, permettrait peut-être
d’avoir une idée du pouvoir fragilisant du plasma.
D’après de nombreuses formules leucocytaires établies sur
Séance du ii Octobre 1916
657
r-
frottis du sang ayant servi aux recherches de la R. G. des
malades et des témoins, il ne semble pas qu’il existe un rapport
entre les variations de la R. G. et la plus ou moins grande pro¬
portion de certaines variétés de leucocytes.
En particulier, l’éosinophilie si fréquente chez les indigènes,
ne parait pas influer sur la résistance globulaire.
Fièvre bilieuse hèmoglobinurique
Pour abréger, on désignera cette affection par les lettres B. H.
Observation XIV. — N..., 27 ans, sergent. Séjours coloniaux anté¬
rieurs : Guinée 18 mois, Sénégal 7 mois.
lre Bilieuse hèmoglobinurique le 28 novembre 1914, atteinte très grave
de 2 mois d'hôpital.
2e atteinte en février 1915 légère.
3e atteinte le 19 janvier 1916. Le 18 janvier dans la journée, prend par
la bouche une pincée de quinine (environ 0 g. 75). A 3 heures du matin,
m ines noires, vomissements bilieux.
Entré le 19 à l’hôpital de Dakar : ictère assez prononcé, urines noires
foncées, rate volumineuse. Temp. matin 38°, soir 38°8.
20 janvier, temp. matin 37°.
20 janvier, temp. soir 37°2 ; se sent mieux.
Hématies : néant ; hémoglobine : très grande quantité pigments biliaires.
Analyse des urines : néant.
Dépôt- : cellules épithéliales, grands leucocytes, cylindres granuleux. A
uriné 2 litres 700 dans la journée.
21 janvier, urines claires, pas d’albumine. Ictère assez prononcé.
Temp. matin 36°6.
Temp. soir 36°4.
Prise de sang. Résistance globu¬
laire :
Hm 0 44
III 0.42
H2 0.38
H 3 0.30
Témoin : Bokar Di.., indigène.
Normal.
Hm 0.44
Hl 0.42
H2 0.40
H 3 0.32
Pas d’hématozoaires dans le frottis examiné. Grands mononucléaires
23 p. 100. A partir du 21 janvier, l’état du malade s’améliore progressi-
ment : il sort le 5 février.
4e atteinte le 1er mars 1916. AvaiLeu plusieurs accès palustres, et pre¬
nait de la quinine par la bouche depuis une quinzaine de jours environ;
était allé jusqu’à 0.75 cg. Depuis deux jours, prenait 0.50 cg. par jour en
2 oachets.
A 14 h. 30, urines noires. Température 38°6.
2 mars, temp. matin 38°9.
2 mars, temp. soir 40°, vomissements bilieux, urines noires 1 1. 500.
3 mars, temp. matin 3899.
3 mars, temp. soir 39°7, ictère prononcé, vomissements moins abon¬
dants, urines moins foncées, pouls dépressible très rapide.
Analyse des urines du 2 mars : hématies : néant; hémoglobine : grande
44
658
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quantité; pigments biliaires : traces. Cylindres granuleux; débris
pigmentaires.
Prise de sang. Résistance globu¬
laire :
Hm 0.50 jaune très pâle.
H1 0.48 ‘
H2 0.44
H 3 0.34
Témoin F..., Européen, vient
d’arriver à Dakar. Pas de palu¬
disme.
Hm 0.48
H1 0.46
H2 0.42
H3 0.32
Pas d’hématozoaires dans le frottis examiné.
Vers le soir délire, urine abondamment, les dernières urines de la
journée sont claires.
• 4 mars, temp. matin 37°7, a uriné 2 litres, langue saburrale.
4 mars, temp. soir 39°1, grosse rate.
5 mars, temp. matin 38°5. Urines claires (2 litres environ). Traces
d’albumine, injection de 0.25 cg. de quinine.
5 mars, temp. soir 38°.
Jusqu’au 9 mars, la température oscille entre 37° et 38° malgré une
injection quotidienne de 0.25 cg. de chl. de quinine. Elle revient à la nor¬
male le 12 mars. Rapatrié le 24 mars.
Observation XV. — G.., 26 ans, Adjudant réserviste :
1re atteinte 7 décembre 1915. Etait entré à l’hôpital de Dakar le 28 no¬
vembre 1915 pour paludisme chronique (séjours coloniaux antérieurs :
38 mois de Sénégal, 14 mois de Cameroun où il eut de nombreux accès).
Le 6 décembre, étant en traitement à Thôpital, vers 18 heures, frissons,
température 38°8 ; le matin du 7 : ictère net. urines noires (hématies très
rares, hémoglobine en grande quantité, pas de pigment biliaires).
Temp. matin 37°7. Dans la journée du 8. les urines augmentent de
volume et s’éclaircissent.
Temp. soir 38°3. Amélioration progressive. Part en congé le 27 décembre.
2e atteinte le 21 janvier 1916, n’avait pas eu d’accès depuis sa sortie de
l’hôpital Le 20, vers 15 heures fièvre; prend 0.50 cg. de quinine, puis le
lendemain 21, 0.25 cg. A 11 heures urines noires.
Temp. matin (à l’entrée) 38°6.
Temp. soir 39°3. Ictère léger.
Prise de sang faite 6 heures environ après l’émission des premières
urines noires.
Résistance globulaire :
Mm 0 50 Teinte jaune très pâle.
111 0.48
H2 0.44
H3 0.34
Témoin B..., Européen arrivé à
Dakar depuis quelques jours. Pas
d’hématozoaires.
Hm 0.46
H1 0.44
H2 0.42
H 3 0.32
Examen d’un frottis de sang : rares schizontes de Plasmodium falci-
parum. Au moment de la prise de sang, les urines étaient couleur Porto ;
analyse des urines du 21 : pas d’hématies, grande quantité d’hémoglobine,
quelques cylindres, quelques leucocytes.
22 temp. matin 37°7 ; les urines s’éclaircissent dans la soirée, et aug¬
mentent de volume (2 1. 500).
22 temp. soir 38°4.
Séance du ii Octobre 1916
659
23 temp. matin 37°2.
23 temp. soir 37°6, urines de la soirée claires.
A partir de cette date, l’état du malade s’améliore progressivement.
Rapatrié le 30 janvier (1).
Observation XVI. — S..., 25 ans, canonnier 6e artillerie coloniale.
Le 16 au soir, a été pris de fièvre avec émission d’urines noires.
Avait pris le matin 0.20 c g. de quinine.
Entré le 17 janvier : teinte subictérique, langue saburrale. Temp. 39°5.
18 janvier, vomissements bilieux, urines abondantes, mais noires, 2 li¬
tres. Temp. matin 38°5. Temp. soir 39°2.
19 janvier, urines très noires avec dépôt {2 litres). Pouls 95 bien frappé,
plus de vomissements, ictère couleur paille. Temp. matin 38°2. Temp.
soir 38°6.
20 janvier, urines (2 1. 400) s’éclaircissent depuis la nuit, pouls bon.
21 janvier, urines 3 litres claires. Pouls un peu rapide, bien frappé.
Prise de sang. Temp. matin 37°5. Temp. soir 38°.
Même témoin que pour le malade
de l’observation XI V.
Résistance globulaire.
Hm 0.42
111 0.40
112 0.34
H3 0.30
réaction difficile à voir à cause de la faible quantité de sang recueilli et de
la teinte très pâle des différentes colorations.
Examen d’un frottis de sang : nombreux schizontes de Plasmodium
falciparum , avec granulations de Maurer. Très rares corps en croissant.
22 janvier, pouls 105 sensation de fatigue, dyspnée légère urines 3 l.
23 janvier, temp. matin 38° même état.
» » soir 39°4.
24 » » matin 37°8, état d'anémie aiguë, pouls 105.
» » soir 37°, urines claires, abondantes 3 I.
Décès le 28 janvier.
Observation XVII. — D..., 38 ans, chef ouvrier à l’Arsenal de Dakar.
Profondément anémié, 11 ans au Sénégal coupés de courts séjours en
France. Très nombreux accès palustres. Bilieuse hémoglobinurique assez
srrave, dans le cours de novembre 1915 :
Prise de sang, le 4 janvier 1916
R. G. Hm 0.44
111 0.42
112 0.40
H3 0.34
Pas d’hématozoaires dans un
frottis de sang.
Témoin Johns B..., normal (voir
obs. III).
Hm 0.44
Hl 0.42
H2 0.40
H 3 0.32
CONCLUSIONS
Dans les observations XIV (ire recherche) et XVI, la R. G.
(1) Ces 2 observations ont été prises dans le service de notre camarade le
Dr Nogue, médecin des troupes coloniales.
660
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
prise aussitôt après la fin rie l’hémoglobinurie, s’est montrée
normale. Dans l’observation XVII, i mois 1/2 après une B. H.
assez grave, la R. G. du sujet s’est montrée également normale.
Enfin, dans les observations XIV (2e recherche) et XV, la R. G.,
prise au déclin de l’hémoglobinurie, s’est montrée légèrement
diminuée.
Il semble donc que les atteintes antérieures de B. H. ne lais¬
sent pas après elles un état de fragilité globulaire qui permette
de prévoir l’imminence d’une rechute. La R. G. diminue pen¬
dant l’hémoglobinurie et parait remonter aussitôt après, à son
taux normal.
L’observation XIV est particulièrement intéressante. A la troi¬
sième atteinte de B. H., presqu’aussitôt après l’hémoglobinurie, le
malade présentait une R. G. normale; 4o jours après, il avait
une nouvelle rechute. Ces observations sont trop peu nom¬
breuses. Il n’a pas été possible de prendre comparativement
la R. G. immédiatement avant, pendant, et après l’hémoglo¬
binurie.
Contrairement à ce qui s’était passé l’année précédente, aucun
cas de B. H. ne s’est produit parmi le personnel militaire de
l’arsenal de Dakar, malgré le nombre exceptionnel des accès
palustres.
Ce fait est peut-être du au changement radical apporté cette
année-là au mode d’administration delà quinine. Chez les sujets
déjà impaludés, il n’a été fait usage que de la quinine en injec¬
tions, toute dose un peu forte étant précédée de l’injection d’une
dose plus faible. Par la bouche, on a utilisé les doses fractionnées
o. 10 cg. par exemple toutes les 2 heures.
Dans les observations XIV et XV, le rôle de la quinine dans
le déclanchement de l’accès bilieux parait assez net.
B. — LA RÉSISTANCE GLOBULAIRE
DANS OUELOUES CAS DE TRYPANOSOMIASE.
Les recherches ont porté sur des malades indigènes venus
pour la plupart de la région de Nianing (Petite Côte) pour se
faire traiter au laboratoire de bactériologie de l'Afrique occi¬
dentale Française à Dakar.
Ces malades étaient en général arrivés à la deuxième période
(dans quelques cas, très avancée) de la maladie.
V
Séance du i i Octobre 1916
661
Les prises de sang- étaient faites avant tout traitement, Les
témoins ont été choisis parmi des marins indigènes originaires
de régions non contaminées. Les recherches ont été faites dans
les mêmes conditions et avec les mêmes solutions salines.
Observation I. — Gagna Fof..., femme, 17 ans, de Nianing, malade
depuis 4 mois, céphalée, fièvre le soir, ne dort pas dans la journée.
Tremblement très accentué des mains, de la langue Marche difficile,
traînante.
Le 19 janv. 1916, ponction d’un ganglion cervical gauche : trypanoso¬
mes rares. Examen du sang : hémo -agglutination, blaires. A la deuxième
centrifugation : trypanosomes rares.
Résistance globulaire.
Hm 0.42
111 0.40
H2 0.38
113 0 30
Observation II. — Bilali Diaka..., homme, 22 ans, de Nianing, malade
depuis 2 ans : céphalée ; lièvre ; dort dans la journée. Tremblement de la
langue, des paupières, des mains. OEdème des pieds, marche traînante.
Pouls rapide.
Le 19 janvier 1916 :
somes assez nombreux
nosomes très
Ponction d’un ganglion cervical droit. Trypano-
Examen du sang : hémoagglutination forte. Trypa-
nombreuxà la deuxième centrifugation.
Résistance globulaire
Hm
H1
112
113
0.44
0.42
0 36
0.30
Témoin : Bokar [)..., laptot,
24 ans. Bonne santé habituelle.
Résistance
Hm
globulaire
111
112
H3
0.44
0.42
0.40
0.32
(Pas de parasites dans un frottis
de sang. Mêmes solutions salines
que pour les malades des obs. I.
IL III. IV. V).
Observation LU. — Lamine Souma. .., 33 ans, de Malekounda près de
M’Bour, se présente le 20 janvier 1916. Malade depuis 2 ans. Faciès
hébété, tremblement des mains, de la langue, des lèvres, des paupières.
OEdème de la face et des jambes. Pouls 120. Mauvais état général.
Ponction d’un ganglion axillaire : trypanosomes très nombreux.
Examen du sang (direct) : Trypanosomes très rares.
A la troisième centrifugation : rares.
Résistance globulaire :
Hm 0.38
H1 0.36
112 0.32
H3 0.33 (il persiste
un culot très notable).
Témoin : Amadé N..., laptot;
bonne santé habituelle.
Résistance globulaire.
Hm 0.46
Ht 0.44
H 2 0.42
H3 0.32
Pas de parasites dans un frottis
examiné.
662
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Observation IV. — MammadouF. . . , 42 ans, homme, vient de M’Bour.
Se présente le 26 janvier 1916. Malade depuis 1 an 1/2 environ. Fièvre,
céphalée. Dort dans la journée. Aspect hébété. Tremblement de la langue
Ponction d’un
et des mains. Œdème des pieds, marche traînante,
glion cervical : trypanosomes très nombreux.
gan-
Examen direct du sang : pas de
trypan. 3e centrifugation : trypa¬
nosomes rares. Résistance
laire :
globu-
Hm
H1
H 2
H 3
0.44
0.40
0.36
0.30
(Même solutions salines que pour
les malades obs. I. II. III. IV. V.)
Témoin : ToMBoSouMA...,26ans,
n’a jamais été malade.
Résistance globulaire.
Hm
H1
H2
H3
0.48
0.46
0.40
0.32
de
Pas de parasites dans un frottis
sang.
Observation V. — Daouda ND. . ., homme, 47 ans, vient de Rufisque.
Se présente le 26 janvier 1916. Malade depuis 6 mois. Fièvre, céphalée.
Dort dans la journée. Faciès hébété. Tremblement de la langue et des
mains. OEdème des pieds. Marche traînante. Pouls 112. Ponction ganglion
cervical droit : trvpanosomes très nombreux.
Examen direct du sang : hémo¬
agglutination, pas de trypanos.
2e centrifugation : trypan. assez
nombreux.
Résistance globulaire :
Hm 0.46
H1 0.44
H2 0.40
113 0.32
Témoin : Boubakar N..., Laptot,
24 ans.
Résistance globulaire :
Ilm 0.46
H1 0.44
H2 0.40
H 3 0.32
Pas de parasites dans le sang.
(Memes solutions salines que pour
les malades des obs. VI et VII).
Observation VI. — Abdoulaye Diongo D. . ., homme, 35 ans, vient de
Nianing. Malade depuis 2 mois. Se présente le 8 février 1916. Fièvre et
céphalée. Ne dort pas dans la journée. Marche normale. Etat peu avancé.
Ponction ganglionnaire, très rare
trypanosomes. Examen direct du
sang : trypanosomes non rares.
Résistance globulaire :
Hm 0.46
III 0.44
H 2 0 40
113 0.32
Observation VII — Aminata M. B..., femme, 17 ans, vient des envi¬
rons de Popinguine. Se présente le 12 février 1916. Malade depuis 3 ans.
S’est fait enlever des ganglions par un marabout. Aspect hébété. OEdème
de la face et des jambes. Marche traînante. Tremblement de la langue et
des paupières, pouls rapide. Ponction d’un ganglion sous-maxillaire.
Trypanosomes très nombreux.
Séance du ii Octobre 1916
663
Examen direct du sang : Trypa¬
nosomes rares. Résistance globu¬
laire :
11m 0.48
Ht 0.46
H2 0.42
H 3 0.32
Observation VIII. — Fatoun F..., femme, 40 ans, vient de Rufisque, se
présente le 14 février 1916. Malade depuis 1 an. Fièvre, céphalée. Dort
dans la journée Tremblement des paupières, de la langue, des mains,
démarche traînante. Faciès hébété. OEufs de Schislosomum haematobium
dans les urines. P. 120.
Ponction d’un ganglion cervical. Trypanosomes très nombreux.
Examen direct du sang : Hémoagglutination intense. 2e centrifugation:
trypanosomes très nombreux.
Résistance globulaire :
Hm 0.48
H1 0.46
H2 0.42
H3 0.32
Témoin : B..., 24 ans, Européen.
Pas de séjours coloniaux anté¬
rieurs. Arrivé à Dakar depuis
quelques jours.
Hm 0.46
Ht 0.44
H2 0.42
113 0.32
Pas de parasites dans le sang
(Mêmes solutions salines que pour
les malades des obs. VIII et IX).
Observation IX. — Abdoul D..., homme, 17 ans, venu des environs de
Popinguine, se présente le 16 février 1916.
Malade depuis un an. Fièvre, céphalée. Tremblement des mains, de la
paupière et de la langue. Marche traînante. Faciès hébété. OEdème des
pieds et de la face. S’est fait enlever des ganglions cervicaux à gauche.
Ponction d’un ganglion cervical. Trypanosomes assez nombreux.
Examen direct du sang : try¬
panosomes rares.
Résistance globulaire :
Hm 0.48
III 0.46
H2 0.42
113 0.32
Observation X. — Daouda G..., 7 ans, garçon, vient de Barni, se pré¬
sente le 24 février 1916. Malade depuis un an. Fièvre. Céphalée. Dort dans
la journée. Tremblement de la langue, des paupières, des mains. OEdème
de la face et du pied. Marche hésitante, traîne les talons.
Examen direct du sang : hémoagglutination intense. Ponction gan¬
glionnaire : trypan. rares ; 2e centrifugation : Trypan. non rares.
Résistance globulaire :
Hm 0.50 (teinte jaune pâle, très
faible). y.
H1 0.48
H2 0.44
H3 0.30
664
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Observation XI. — Foalla D..., femme de 25 ans. Vient de M’Bour, se
présente le 23 février 1916. Malade depuis deux ans. Depuis 7 mois dort
dans la journée. Fièvre, Céphalée, tremblement des paupières et des
mains. Marche hésitante, traîne les pieds. Air hébété.
Ponction ganglionnaire : trypan. très rares. Examen direct du sang :
hémoagglutination intense.
2e centrifugation : trypan. assez
nombreux.
Résistance globulaire:
Hm 0.46
111 0.44
H 2 0.42
113 0.30
Témoin : Abdoul D..., laptot,
22 ans, bonne santé habituelle.
Résistance globulaire :
Hm 0.48
Ht 0.46
FI2 0.42
H3 0.32
Pas de parasites dans un frottis
de sang.
(Recherche faite avec les mêmes
solutions salines et dans les mêmes
conditions que pour les malades
des obs. X et XI).
Observation XII. — Kilao D..., homme de 35 ans, du cercle deNianing,
se présente le 1er février 1916. Malade depuis un an. Fièvre, céphalée,
tremblement de la langue, des paupières et des mains. Marche traînante.
OEdème des pieds.
Ponction ganglion cervical : trypan. rares. Examen direct du sang :
hémoagglutination intense.
Résistance globulaire : Témoin : F.. , Européen, 24 ans,
Quartier-maître. N’a jamais fait de
colonies. Sujet extrêmement vigou¬
reux :
Hm 0.46
Hm 0.48
111 0.44
H 2 0.42
H3 0.32
Ht 0 46
112 0.42
113 0.32
(Mêmes solutions salines que
pour les malades des obs. XII et
Xïll).
Pas de parasites dans un frottis examiné.
Observation XIII. — Aram S..., femme, 20 ans, des environs de
Rufisque, se présente le 1er février 1916.
Malade depuis 3 ans. Fièvre, céphalée, dort dans la journée. Tremble¬
ment de la langue, des paupières, des mains. OEdème de la face et des
pieds. Marche traînante.
Ponction ganglion cervical : Trypan. nombreux. Examen direct du
sang : hémoagglutination très forte. Très rares trypanosomes.
Résistance globulaire :
Hm 0.50
111 0.48
H2 0.44
H3 0.34
Observation XIV. — Foulla T..., tirailleur, 23 ans, se présente le
Séance du ii Octobre 1916 665
1er février 1916. Malade depuis un an. Fièvre, céphalée. Dort dans la
journée. Tremblement des mains, des paupières, de la langue. Etat assez
grave. Air hébété. Répond difficilement aux questions posées.
Ponction ganglionnaire : tryp. nombreux.
Résistance globulaire : Témoin: Kanté N. D. ., 23 ans,
laptot, bonne santé habituelle.
Résistance globulaire :
lade de lobs. XIV).
CONCLUSIONS
De Fexamen comparatif des observations ci-dessus, il résulte
que, dans i4 cas de maladie du sommeil arrivée à la 2e période,
la résistance des hématies déplasmatisées vis-à-vis des solutions
salines, s’est montrée :
Dans 1 cas : nettement augmentée (observation III).
Dans 2 cas : très légèrement diminuée (observation Xet XIII).
Dans 1 1 cas : normale.
Les observations X et XIII concernent, l'une, un petit garçon
de 7 ans, l’autre une femme de 20 ans.
Il ne semble donc pas que la maladie du sommeil (même
avec présence de trypanosomes dans le sang périphérique)
exerce une influence bien marquée sur la résistance globulaire.
666
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
)
Ouvrages reçus
PÉRIODIOUES
Arquivos do Instituto Bacteriologico Camora Pestona , t. IV,
f. 3, 1916.
British Medical Journal , nos 2898-2909, i5 j u ille t-3o sept. 1916.
»
Cronica Médica, nos 635 638, mai-août 1916.
Geneeskundig Tijdschrift voor Aederlan dsch-In d ië, t. LVI,
f. 3, 1916.
lndian Journal oj Medical Besearch , t. IV, f. 1, juill. 1916.
Journal oj the Boyal Army Medical Corps , t. XXVII, nos i-3,
j ui 1 1 et-sept . 1916.
Journal of Tropical Medicine and Hggiene , t. XIX, nos i2-i5,
1 5 juin- Ier août 1916.
Malaria e Ma la t fie dei Paesi Caldi , t. VII, f. 4, 20 août 1916.
Malariologia , t. IX, n° 4, 3i août 1916.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz , t. VIII, 1916, f. 1.
New Orléans Medical and S urgical Journal, t. LXIX, nos 1 et 3,
juill. et sept. 1916.
Nipiologia , t. II, n° 2, 3o juin 1916.
Pediatria , t. XXIV, f. 7-8 et 10, juillet-septembre 1916.
Philippine Journal of Science, Tropical Medicine , t. XI, B, f. 1,
janv. 1916.
Beuiew oj applied E htomolog y , A et B, f. 7 et 8, juillet et août
1916 ; — sér. B, tables t. III.
Bevue scientifique , nos i4-i6, 1 8- 1 9, 1 5 j ui llet-7 oct. 1916.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiène ,
t. IX, n° 8, juillet 1916.
Tropical Diseases Bulletin , t. VII, tables ; t. V III, nos i-4,
i5 juillet- 15 sept. 1916.
Union of South Africa , Dep. of Agriculture, 3d et 4th Reports
of the director of Veterinary Research, nov. 1915.
Séance du i i Octobre 1916
VOLUMES ET BROCHURES
667
Guillermo Almenara. Anatomia patolôgica de las Leishma-
niasis dérmicos.
R. G. Archibald, W. Logan et W. Campbell. Reports of the
M. and H. Laboratories dealing with the diseases aflfecting the
troops in the Dardanelles.
L. Cazalbou. Les champignons pathogènes et Fanaérohiose. —
Les Bactériacées et Fanaérohiose. — Rapports de l’oxygène avec
les levures alcooliques et Y Aspergillus niger. — La chaleur et la
matière vivante. L’incubation de l’œuf.
Cazalbou et Pradel. Au sujet de la lymphangite épizootique
chez le cheval.
A. J. Chalmers et O’Farrell. A note on Vaccine Treatment in
Streptococcal Puerpéral Fever. — Preliminary Remarks upon
Epidémie Cerebrospinal Meningitis as seen in the Anglo-Egyp-
tian Sudan.
A. J. Chalmers et G. Haddad. Streptococcus equinus Septicæ-
mia in the Anglo-Egyptian Sudan.
A. J. Chalmers et A. Marshall. Pathogenic « Fæcalis » Strep-
tococci in the Anglo-Egyptian Sudan.
Henry Fraser. The Bacteriology of Dysentery in Malaya.
J. A. Le Prince et A. J. Orenstein. Mosquito Control in
Panama, j vol. G. F. Putnam et fils, New-York et Londres.
G. H. F. Nuttall etC. Warburton. Les Tiques du Congo belge
et les maladies qu elles transmettent.
668
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine.
American Society of Tropical Medicine.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum .
British medical Journal .
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar .
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal ofthe Royal Army Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Malaria et Malattie dei Paesi Caldi.
Malarioloyia.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud.
Revista de Veter inaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review of cipplied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veter inary Bulletin.
_
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
IMPRIMERIE L. B ARN EOIID ET C,e
Terne IX.
1916
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Le prix de l’Abonnement est : France , 18 fr. ; Union postale, 20 f r.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 9
Séance du 8 novembre 1916
PAGES
COMMUNICATIONS
\J M. Béguet. — 4e campagne contre les Acridiens ( Schistocerca peregrina
01.) en Algérie au moyen du Coccobacillus acridiorum d’Hérelle. . 679
J. Bridré. — Dermite ulcéreuse des Equidés. — Discussion .... 678
F. Bussière. — Note sur un essai de traitement du typhus par l’injec¬
tion extemporanée de sang de typhique en convalescence . . . . 678
Ch. Gommes et H. deVallandé. — Myxo-sarcome du bras chez un Bambara. 702
E. Escomel. — Le traitement actuel de la leishmaniose américaine. . 699
A. Gauducheau. — L'immunisation variolique du singe . 669
F. Heokenroth. — Deux nouveaux cas de leishmaniose canine à Dakar. 696
E. Jeanselme. — Note sur la fréquence de la lèpre parmi les recrues
coloniales . 935
E. Jeanselme — Cas de paludisme autochtone contracté en France au
contact des troupes indigènes . 693
M. Langeron. — Remarques sur l’évolution larvaire de Theobaldia
annulata (Schrank 1776) .
E. Pringault — La leishmaniose canine à Marseille . 697
Edm. et Et. Sergent et de Mouzon. — 4e observation algérienne de kala-
azar . 694
P.-L. Simond. — Lèpre des recrues coloniales. — Discussion .... 687
1 oir ta suite du sommaire page III de ta couverture
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P. SABATIER* IO , Rue JP ierre-Ducreux, RA.RIS.
PAGES
E. W. Suldey. — La fièvre récurrente malgache. Origine. Mode de pro¬
pagation. Extension . . 688
R. Van Saceghem. — Etude sur des cas de dermite ulcéreuse des Equi¬
dés observés au Congo Belge . 675
II. Velu. — La lutte contre Schistocerca peregrina , au Maroc, en 1916,
par ia méthode biologique . 682
MÉMOIRES
Clapiek. — Les bilharzioses dans la Région militaire de la Guinée. . 789
F. Heckenroth. — La Trypanosomiase humaine au Sénégal. . . . 728
A. Laveran. — Surra, nagana ferox, nagana de l’Ouganda et infections
dues au Trypanosoma rhodesiense . 781
Discussion de F. Mesnil et R. Van Saceghem . 737 et 788
F. Noc. — Dysenterie bacillaire, dysenterie amibo-bacillaire et diarrhée
chronique en Cochinchine . 709
Ouvrages reçus . 748
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IV
Neuvième année
1916
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 8 NOVEMBRE I <j I 6.
PRÉSIDENCE
DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
COMMUNICATIONS
L’immunisation variolique du singe
Par A. GAUDUCHEAU.
L immunisation du singe par la variole contre la vaccine a
été récemment contestée par MM. Wurtz et Huon (1). Voici le
résumé de leur mémoire, d’après la Presse médicale (2) :
« Le singe est l’animal d’expérience idéal comme réceptivité dans l’étude
de la variole. Ayant eu l’occasion de varioliser un assez grand nombre de
singes appartenant à des espèces différentes, Wurtz et Huon ont pu
observer les différentes modalités cliniques de la maladie chez ces ani¬
maux. De même ils ont pu suivre l’évolution de la vaccine, qui est tout à
fait semblable à celle de la variole inoculée.
Les auteurs ont recherché si, chez le singe, les choses se passent comme
chez l’homme au point de vue de l’immunité conférée par la variole vis-
à-vis de la vaccine et inversement. La vaccination des singes semble les
(1) Wurtz et Huon. Note sur la variole expérimentale du singe. Archives
de Méd. expér., t. XXVI, n° l\, 1 <j 1 4 , juillet, pp. 402-421.
(2) Presse médicale , jeudi 1er juin 1916, n° 3i, p. 24^-
45
670
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rendre indifférents à une revaccination ou à une variolisation pratiquée
dans le cours de quelques semaines à quelques mois ; mais la variolisa¬
tion, ainsi que l’ont montré Roger et Weil, ne les protège pas contre la
vaccination. »
D’après cette note, Roger et Weil d’une part, Wurtz et Huon
d’autre part, auraient observé que la variolisation des singes ne
les protège pas contre la vaccination.
Cette conclusion, si elle était confirmée, serait d’une impor¬
tance considérable au point de vue de nos connaissances sur les
relations de la variole et de la vaccine. Une des bases expéri¬
mentales de l'immunité serait remise en question.
L’expérience que nous rapportons ci-dessous aboutit à une
conclusion absolument opposée. Contrairement aux auteurs pré¬
cités, nous avons vu que le singe était nettement protégé par la
variole contre la vaccine. Nous considérons donc que le prin¬
cipe de l’immunité bivalente est aussi vrai pour le singe que
pour les autres espèces réceptives à la variole et à la vaccine.
Voici le détail de notre expérience.
Origine de noire virus variolique. — Nous avons prélevé notre virus
variolique chez un Annamite âgé de 20 ans du village de O-Thong, près
de Sontay, le 24 juillet.
La maladie était au 7e jour. Les pustules étaient très nombreuses, con-
lluentes en certains points, distendues, volumineuses. Malgré l’intensité
de l’éruption, l’état général n’était pas trop mauvais, la lièvre modérée.
Le sujet aurait été vacciné dans son jeune âge. Nous avons opéré notre
prélèvement à la face externe d’une jambe. Le liquide des vésico-pustules
était encore assez lluide pour pénétrer facilement dans une pipette.
Aucune vaccination n’avait été faite dans celte région depuis plusieurs
mois. Le Dr Gaillet, qui a eu l’obligeance de nous conduire auprès du
malade, pratiqua des vaccinations publiques le lendemain de notre prélè¬
vement. 11 n’y eut donc aucune possibilité de souillure du virus variolique
par le vaccin.
Technique de T inoculation variolique. — Nous rasons largement la peau
du dos et des lianes, depuis les épaules jusqu’aux hanches, de manière à
préparer un large champ. Après avoir soigneusement aseptisé la peau,
nous inoculons le virus variolique par 6 à 8 lignes de piqûres parallèles
s’étendant sur toute la longueur du dos. Les lignes sont espacées de
I cm. 1/2 en moyenne. Les piqûres formant ces lignes sont très nombreu¬
ses, de sorte que les pustules produites se touchent et ont l’apparence de
lignes continues.
Nous avons employé 6 singes.
1° 3 témoins, Macacus rhésus.
2° 3 variolés dont 2 M. rhésus et un autre singe macaque d’espèce
très voisine que nous croyons être, sous réserves, Macacus nemestrinus
(diffère du rhésus par une peau plus blanche, le poil plus roux et la queue
moins longue).
Séance du 8 Novembre 1916
Variolisation des singes. — Notre virus variolique d’homme apporté
aussitôt après sa récolte au laboratoire de Thai-ha, y fut inoculé 2 h.
après son prélèvement, à deux, singes macaques, le 24 juillet.
Le 31 juillet 1916, matin, papulo-pustules bien rouges et développées
chez un singe, moyennes chez lautre.
On récolte ces virus primaires, après 7 jours ; on les sèche dans le vide
sec et froid (vers 8°).
Le 3 août, fort exanthème chez un singe ; lièvre, faligue chez tous les
deux.
Le 4 août, le singe qui n’a pas eu d'exanthème meurt.
Le 6 août, très violent exanthème chez le survivant.
Le 2 août m. ce virus primaire bien desséché de 1er passage singe est
inoculé à deux autres singes et à deux buttions.
Le 8 août, après 6 jours, rien sur les bufflons.
Ce même jour papulo-pustules habituelles chez les singes.
Le 9 août 111. après 7 jours, on récolte ces varioles primaires des deux
singes de 2° passage.
Ces singes ont quelques pustules d’exanthème sur la face.
Les plaies faites par le curetage des pustules sont lavées au crésyl.
Exanthèmes très modérés.
Vaccination des singes. — Le 24 août matin, nous inoculons du vaccin
jennérien, souche bu filon de notre institut vaccinal, aux 3 singes précé¬
dents, guéris de leur variole. Nous inoculons sur les fesses et la face
externe des cuisses préalablement rasées : à droite vaccin éthérisé ; à
gauche, vaccin ordinaire. En même temps 3 singes neufs témoins sont
inoculés de la même manière.
Le 27 octobre 1916 matin, après 3 jours :
1° le vaccin éthérisé n’a rien donné, chez aucun des 6 animaux ;
2° le vaccin ordinaire a donné des petites pustules chez les animaux
neufs et rien sur les animaux précédemment variolés.
Le 28 octobre 1916 matin, après 4 jours :
1° rien chez les animaux précédemment variolés :
2Ù chez les animaux neufs :
a) le vaccin ordinaire a donné des pustules observées la veille et qui
aujourd’hui, ont augmenté et sont déjà en grande partie fondues.
b) le vaccin éthérisé a commencé à donner quelques petites papules
rouges rares.
Le 29 octobre 1916 matin, après 0 jours :
1° rien chez les animaux précédemment variolés.
2° chez les animaux neufs témoins :
a) les pustules du vaccin ordinaire ont légèrement augmenté de volume
et sont bien fondues. Leur centre est déprimé largement, leur bourrelet
lymphatique est jaunâtre avec aréole rouge inflammatoire extérieure
nette. En résumé pustules vaccinales caractéristiques ;
b) sur les parties inoculées par le vaccin éthérisé, il est venu des pus¬
tules assez grosses et très pures. Ces pustules sont d’apparition plus tar¬
dive que celles du vaccin ordinaire. Après 3 jours elles ne sont pas encore
fondues ou n’ont blanchi que partiellement, Il n’y a pas encore de dépres¬
sion du centre chez la plupart de ces pustules de vaccin purifié.
Le 30 octobre 1916, les pustules des témoins sont arrivées à maturité ;
il rfy a toujours aucune pustule chez les anciens variolés.
Les jours suivants l’évolution normale des pustules se poursuit chez les
672
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
singes témoins, se terminant par la dessiccation habituelle. Toujours rien
chez les anciens variolés.
Objection habituellement opposée aux expériences uni ci s tes. —
Lorsqu'un observateur a noté des faits de variole-vaccine com¬
portant une conclusion uniciste, on ne manque jamais de lui
opposer 1 objection des contaminations accidentelles et ou dit
que le cow-pox a souillé la variole, que les expériences unicistes
faites dans un institut vaccinal sont sans valeur.
Cet argument est avancé à notre avis, sans assez de discerne¬
ment.
Nous rappellerons à ce sujet que depuis io ans nous nous
occupons île la variole-vaccine du singe et du buffîon. Entre
autres séries, nous citerons celle d’une souche variolique que
nous avons pu conserver pendant trois ans et faire passer 43 fois
successivement sur le singe. Nous avons essayé ce virus sur
j > I u s de ioo bovidés et lapins, à toutes les époques de son ancien¬
neté, pour voir s'il était devenu vaccinal et les innombrables
essais de cette série ne nous ont jamais donné une seule pustule
de cow-pox, mais bien toujours la papule variolique de Chau¬
veau. Malgré toutes ces manipulations ayant duré des années,
notre virus était resté pur. Nous estimons donc que l'on peut
conserver dans un même laboratoire et sans confusion la variole
et la vaccine, aussi facilement que l’on conserve le charbon et la
peste par exemple.
Il suffit pour cela de suivre les techniques pastoriennes.
Les conditions particulières à la conservation de ces virus, qui
résultent de nos travaux antérieurs, sont : i° des purifications
glycérinées ou éthérées suffisantes pour éliminer périodique¬
ment les associés nuisibles ; 2° des dessiccations qui ont pour
effet de renforcer les virus et d'augmenter leur capacité exan-
thématiq ne.
Conclusion. — Chez le singe, comme chez les autres animaux
réceptifs à la variole-vaccine, l’immunité conférée par la variole
vis-à-vis de la Vaccine est réelle.
(. Institut vaccinogène de Thai-hà-ap, près Hanoi \ Tonkin).
Séance du 8 Novembre i q i 6
Note sur un essai de traitement du typhus
par l'injection extemporanée de sang
de typhique en convalescence
Par Fr. BUSSIÈRE.
Au cours de la mission médicale en Serbie, dans son service
à l’hôpital militaire de Belgrade, l'auteur eut l’idée de traiter
le typhus exanthématique par des injections de sang de conva¬
lescent, faisant l’hypothèse qu'un sujet qui a triomphé d’un
typhus grave doit être capable de fournir du sang contenant des
an ticorps spécificj lies.
L’injection directe de sang complet de convalescent parut
plus réalisable et plus expéditive que l’injection de sérum dont
le prélèvement et la conservation exigent des garanties d’asepsie
irréalisables dans les conditions de travail où se trouvait hau¬
teur.
Les typhiques furent répartis en deux groupes :
i° Convalescents du quinzième au vingt-cinquième jour de
leur atteinte, destinés à fournir le sang;
2° Malades graves avant le quinzième jour du début du
typhus.
La petite opération se fait rapide et simple comme suit ;
a) Application d’un lien constricteur à la racine d’un des bras du conva¬
lescent ;
b ) Recherche du réseau veineux du pli du coude et choix de la veine ta
plus saillante ;
c ) Lavage à l'alcool et attouchement à la teinture d’iode de la région ; -,
d) Ponction veineuse et aspiration de 10 à 20 cm3 de sang dans une
seringue en verre stérilisée par ébullition (1 5') dans du sérum physiolo¬
gique afin de retarder la coagulation. Ce remplissage ne présente aucune
difficulté si l’on a soin de choisir une aiguille à lumière de 0 mm. fi à
0 mm. 8. '•
La seringue étant ainsi chargée, l’injection de sang est faite
immédiatement au typhique exanthématique en convalescence,
de préférence dans le tissu cellulaire sous-cutané de l’abdomen ;
la crainte d'une embolie veineuse par coagulation possible du
contenu de la seringue a fait rejeter la transfusion intra-veineuse.
674
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’auteur n’a opéré que sur des cas cliniquement désespérés ou
très graves.
Les résultats obtenus lui permettent de conclure qu’il peut
s’agir là, en l’attente d’un sérum préparé dans le calme du labo¬
ratoire, d’un remède spécifique susceptible de faire tomber
considérablement la mortalité effrayante du typhus exanthéma¬
tique.
22 malades graves ont été traités de la sorte, dont 3 presque
in extremis\ 19 ont guéri avec une convalescence plus courte,
moins traînante qu'habituellement, et sans présenter les séquelles
ordinaires.
Le nombre des injections n’a jamais dépassé trois, espacées
de 24 heures; au total, chacun de ces malades a reçu de 3o à
5o cm3 de sang de convalescent.
Les injections sont faciles, indolores, bien acceptées des
malades. Les symptômes graves du typhus s'amendent dans les
24 à 36 h. après la première ou la seconde injection : la
céphalée tenace et féroce du typhus s’atténue et disparaît, la
température tombe de 2 à 3°; le délire se calme; un bie.n-être
se fait sentir chez le malade, qui lui permet enfin de dormir ;
une diurèse critique se produit ; bref un mieux général s’établit.
Dans l’esprit de l’auteur, ces essais de traitement Iwmo-hëmo-
thérapique pourraient recevoir d’autres applications, notamment
dans les maladies épidémiques dont le virus n'a pu être isolé, et
pour lesquelles la sérothérapie n’est réalisable que de cette façon
raccourcie. *
Cette méthode n’est guère applicable qu’à l’hôpital et elle
exige quelques précautions générales qu’il ne faut pas négliger.
Il faut choisir un convalescent vigoureux, examiner avec soin
son état de santé, rechercher attentivement les stigmates de
syphilis.
Ces observations prudentes seront très sagement confirmées
par une réaction de Wassermann chaque fois qu'elle sera pos¬
sible. Dans le typhus exanthématique qui fait courir de l\o à
76 0/0 de risques de mort au malade, après un examen clinique
sérieux, il n’y a pas lieu de s’arrêter trop longtemps à la crainte
d’une contamination, si l’on est dans l’impossibilité d’obtenir
cette réaction : ce qu'il faut, c’est agir vile et, en l’absence d’un
sérum ou d’un vaccin encore à trouver, dans l’insuffisance
notoire de la thérapeutique actuellement opposée au typhus
Séance du 8 Novembre 1916
675
exanthématique, ce traitement homo-hémothérapique rationnel ,
à la portée de tout médecin, ne nécessitant aucun matériel com¬
pliqué ou coûteux, capable de sauver des malades, est suscep¬
tible d’une application plus vaste dans le traitement du typhus
exanthématique.
Etude sur des cas de dermite ulcéreuse
des Équidés observés au Congo Belge.
Par René Van SACEGHEM.
• J’ai constaté plusieurs cas de dermite ulcéreuse spécifique au
Congo belg'e. Cette affection y est très commune parmi les Equi¬
dés. Les ânes sont spécialement atteints. Les chevaux sont éga¬
lement réceptifs, mais les lésions ne prennent jamais, chez eux,
le caractère pernicieux qu’elles ont chez l’âne.
Lai observé que la dermite ulcéreuse attaque les ânes de race
africaine comme ceux de race européenne.
Il y a deux ans, un âne adulte, de la race maure d Afrique,
présentait une plaie située à la poitrine. A l’inspection, la
plaie semblait une plaie contuse résultant d’un coup de pied.
Malgré tous les soins antiseptiques prodigués, la plaie n’avait
aucune tendance à se cicatriser. Toute la région du poitrail se
transforma en un vaste phlegmon, avec formation de trajets
Pistuleux, d'où s’écoulait un pus abondant.
A p rès un nouvel examen, on fut tenté de croire à une fracture
de Tépisternum, avec formation d’esquilles osseuses. Une opé¬
ration fut tentée, qui amena à constater qu’il n’y avait pas de
fracture. Les trajets fistuleux furent drainés. Quelques fistules
se fermèrent, de nouvelles se firent jour. La peau indurée était
parsemée de petits trajets ulcéreux.
Bientôt on put observer la formation de tumeurs de volume
variant de celui d’une lentille à celui d’un œuf de pigeon. Ces
tumeurs étaient dépilées ou couvertes de poils. Incisées, elles
laissaient échapper un pus huileux. Cet exsudât avait l’aspect
d’un sérum clair, tenant des grumeaux de pus en suspension.
Dans le fond de la lésion, se retrouvait un macéré de faisceaux
076
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
1
m
f Si
I
et fibrilles conjonctives. De petits ulcères se formèrent à plu¬
sieurs endroits de la région ; par pression, on pouvait en faire
sourdre une gouttelette du pus huileux caractéristique.
Tous les soins antiseptiques et hygiéniques, l'injection sous-
cutanée d’atoxyl, de galyl, furent impuissants à guérir les
lésions. L’animal mourut accidentellement en janvier 191b, pris
par un crocodile.
Un autre cas fut celui d’une ânesse de la race de Lombardie,
introduite à Zambi en 1911. Cette ânesse portait en 1914 une
plaie au genou gauche. Cette plaie évolua sous forme de phleg¬
mon abcédé. Tout le genou présentait un fort engorgement. Le
sondage des trajets fistuleux démontrait un décollement de la
peau jusqu’au milieu du canon. Le tout fut débridé. J’ai pu éli¬
miner des tissus nécrosés, l’arcade carpienne était à nu. Le tout
lut cureté et désinfecté. Tous les petits trajets ulcéreux furent
débridés. Les lymphatiques de l'avant-bras étaient fortement
hypertrophiés, mais non abcédés. Des ulcères, s’écoulait le
meme pus huileux que j'ai déjà signalé.
Un traitement consistant en grands lavages au permanganate
de potasse fut institué. Une amélioration apparente fut obtenue.
Mais bientôt de nouveaux ulcères se montrèrent. L’avant-bras
s’entreprit, il s’v forma un grand phlegmon, d'abord dur, qui se
ramollit en plusieurs points et évolua en un ulcère avec des
bords à pic. Cet ulcère était recouvert de pus huileux, le fond en
était grisâtre.
Ace moment, j’ai commencé à faire à l’ânesse des injections
d’atoxyl et de galyl. Ces injections eurent comme résultat d’accé¬
lérer la cicatrisation des ulcères. Des bourgeons charnus roses
se formèrent et en deux semaines tout l’ulcère de l’avant-bras
fut cicatrisé, A un certain moment, la formation du tissu cica¬
triciel fut exubérante et les bourgeons charnus évoluèrent en
véritables chéloides, dont certains affectaient l’aspect de sarco¬
mes. Plusieurs de ces tumeurs furent enlevées au bistouri.
Leur ablation entraînait une forte hémorragie. L'application
d’une pommade arsenicale amena la disparition de ces tumeurs.
A la date de ce jour, la guérison n’est pas encore obtenue. De
nouveaux petits trajets se font continuellement jour. Le traite¬
ment local qui semble m'avoir donné les meilleurs résultats est
l’application d'une solution alcoolique d’acide picrique.
Séance du 8 Novembre 1916
677
Un autre cas fut celui d'une an esse de Poitou, introduite éga¬
lement à Zambi en r 9 1 r .
Cette âuesse avait des lésions de dermite ulcéreuse au coté
droit. Clle mit bas. Le jeune, le lendemain de sa naissance, pré¬
sentait une forte induration du côté droit de la tète. L’ânon était
d’une faiblesse extrême, il ne pouvait se tenir sur ses jambes et
mourut trois jours plus tard.
A la palpation, tout le côté droit de la tête de l’ânon avait la
dureté du bois. Quelques scarifications firent sourdre du sérum
clair.
A l'autopsie, le cœur, foie, rein montrèrent une dégénéres¬
cence albumino-graisseuse très prononcée. Le poumon était farci
de tubercules grisâtres qui avaient absolument l’aspect de
pseudo-tubercules morveux. Ils étaient très adhérents au tissu
pulmonaire et entourés d’une zone ecchymotique.
La lésion du côté droit de la tête était une vaste infiltration
d’exsudat jaunâtre, au centre duquel se trouvait une tumeur
rouge ecchymotique. Cette lésion rappelait à s’v méprendre une
tumeur due au charbon bactéridien.
La rate, à part la dégénérescence, ne montrait aucune lésion
spéciale. La dermite ulcéreuse de l’ânesse fut traitée au néo-sal-
varsan. Ce traitement sembla pousser à la cicatrisation sans
pourtant amener la guérison.
Les premiers cas que j'ai constatés de l'affection que j’ai nom¬
mée dermite ulcéreuse, me firent penser à la lymphangite épi¬
zootique. Des examens réitérés du pus, provenant des lésions,
ne m’ont jamais permis de mettre en évidence le cryptocoque,
cause étiologique de la lymphangite épizootique.
Cliniquement l'affection semble devoir se rattacher à la lym¬
phangite ulcéreuse. Au point de vue bactériologique, il m’a été
impossible de mettre en évidence le FL de Preisz-Nocard. Des
injections de pus virulent faites*à des moutons ont été négatives.
Pour infirmer la morve, les animaux atteints de dermite
ulcéreuse ont été malléinés; ils ont tous donné une réaction
absolument négative.
Tous les frottis, faits avec le pus huileux des lésions, m'ont
permis de déceler dans chaque cas, ainsi que dans les lésions
pulmonaires de l’ânon, la présence de petits cocci, mesurant
o a 5. Ces cocci se présentent sous forme de diplocoques ou en
amas, ou encore en courte chaînette. Ces cocci sont très souvent
678
Bulletin df. la Société de Pathologie exotique
logés dans des leucocytes polynucléaires neutrophiles ou dans
des grands mononucléaires.
Le coccus se cultive très bien sur sérum, où il se présente sous
forme de streptocoques en courte chaînette.
Un centimètre cube de culture, injecté au cobaye, produit
après 24 h. un phlegmon dur. Ce phlegmon s’abcède et dans le
pus se retrouve une culture pure du microcoque.
Une culture soumise pendant 5 h. à 70° fut inoculée à un âne
atteint de dermite ulcéreuse. Il se produisit une réaction générale
de 89° et une forte réaction locale qui disparut le surlen¬
demain.
Ce microcoque est, à mon avis, la cause étiologique et spéci¬
fique des cas de dermite ulcéreuse observés au Congo.
Les ânes doivent s'infecter surtout en se roulant dans le sable î
ce sont en effet les régions exposées aux excoriations : genoux,
jarrets, chanfrein, côtes, qui s’entreprennent toujours.
.l’ai constaté la dermite ulcéreuse à Zambi et des éléments
d’étude reçus de Dolo (Moyen-Congo ) me permettent d’établir
qu elle existe également dans cette localité.
Je propose de nommer le micrococcus Der/natococcus conçjo-
lensis.
LTne communication verbale de M. Bridré m’a fait savoir qu’il
fait en ce moment des observations qui concorderaient avec
celles que j’ai faites au Congo, .le me demande si la dermite
ulcéreuse n’est pas une affection des pays chauds qui vient
d’être introduite en France par l’importation d’équidés?
M. Bridré. — M. Van Saceghem a eu l’amabilité de rappeler,
dans sa note, une conversation que nous avons eue le mois der¬
nier. J’ai, en effet, commencé l’élude d’une lymphangite ulcé¬
reuse qui, par ses manifestations et par l’agent qui la provoque,
présente, avec la maladie décrite par M. Van Saceghem, quel¬
ques traits communs.
Depuis le travail de Nocard sur la lymphangite ulcéreuse, il
est classique d’attribuer la maladie au bacille de Pretsz-Nocard
seul. Pourtant, si l'on se reporte au mémoire publié par Nocard,
on voit que, sur 24 chevaux examinés, le bacille n'a été mis en
évidence que 16 fois. Pour les huit autres chevaux, de l’aveu
même de l'auteur, la nature de la lymphangite 11’a pu être
déterminée. M’étant trouvé, depuis quelques mois, en présence
Séance du 8 Novembre 1916
679
de plusieurs cas de lymphangite ulcéreuse dans lesquels l’exa¬
men microscopique n’a pas révélé la présence du bacille de
Preisz-Nocard, j’ai pensé qu’un autre agent pouvait jouer un
rôle identique à celui de ce bacille et provoquer des lésions
analogues. J’ai donc fait des prélèvements sur une vingtaine de
chevaux et dans quatre cas, j’ai trouvé, dans le pus des abcès
clos, à l’état pur, libre ou inclus dans les leucocytes, un petit
microcoque qui ne prend pas le Gram. Les cultures rappellent
celles des streptocoques et l’examen microscopique d une culture
montre que le microcoque affecte une disposition en courtes
chaînettes.
L’inoculation au cobaye (1/2 cm! de culture en bouillon sous
la peau) a produit un simple abcès. L’inoculation de i/4 cm'1
d’une culture en bouillon, sous la peau d’un cheval, au niveau
du boulet, a provoqué un fort engorgement du membre jus¬
qu’au jarret et la formation d’un abcès qui s’est ouvert sponta¬
nément au bout de dix jours. Trois semaines après l’inoculation,
l’engorgement persiste.
J’espère pouvoir poursuivre l’étude de cette lymphangite et
j’aurais attendu d avoir des résultats plus com plels pour les
publier si la note de M. Van Saceghem ne m’avait amené à vous
parler de mes observations.
Je dois dire encore que la lymphangite ulcéreuse que j’ai
étudiée chez le cheval siégeait, dans tous les cas, à un membre
postérieur, contrairement à la dermite observée sur l'âne, au
Congo, par M. Van Saceghem.
Quatrième campagne contre les Acridiens
(. Schislocerca peregrina Ol.) en Algérie
au moyen du Coccohacillus acridiorum d'Hérelle
Par M. BÉGUET.
Les expériences pratiquées en Algérie avec le Coccobacillus
acridiorum d’Hérelle ont montré ces dernières années qu’il y a
intérêt à ajouter ce virus aux autres modes de destruction des
Acridiens. Mais ces expériences avaient été entièrement exécutées
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
680
sur place par des bactériologues. Pour faciliter l’utilisation de
la méthode, nous avons étudié cette année la possibilité d’en
confier l'application à des agents non spécialistes, quoique
suffisamment instruits, les bactériologues ne s’occupant que de
l’exaltation du virus, ainsi que de la technique de la préparation
et de la pulvérisation des cultures virulentes.
Nous avons organisé un essai de campagne basé sur la colla¬
boration de l’Institut Pasteur et du Service de Défense des
Plantes, dont le Directeur, M. Stotz, a bien voulu désigner un
contremaître indigène susceptible de faire un chef d équipe.
Les autorités locales devaient fournir dans chaque région les
hommes de corvée et les montures nécessaires.
L’invasion de Schistocerca peregrina 01. étant surtout impor-
tanteen 1916 dans le Sud oranais* nous avons choisi comme lieu
d’expériences les steppes qui s’étendent entre Méchéria et Ain
Sefra, où la lutte par les moyens mécaniques ordinaires était
rendue presque impossible par le manque d eau et la rareté de
la main-d’œuvre.
Le principe était le suivant : une équipe très mobile préparant
les milieux de culture sur place et recevant de l’Institut Pasteur,
tous les jours, du virus exalté.
Le matériel destiné à la préparation du bouillon se composait de 6 mar¬
mites de 14 1., en tôle émaillée, recouvertes d’un couvercle soudé et
munies d’une cheminée bouchée au coton. Les produits concentrés dispo¬
sés en doses toutes prêtes, et en quantité suffisante pour préparer 2001.
de bouillon, étaient envoyés chaque semaine au chef d’équipe dans des
boîtes postales. Chaque dose, comprenant un petit pot d’extrait, un flacon
de solution alcali nisante et un paquet de sel, permettait de préparer
10 1. de bouillon par simple dissolution dans une des marmites. Ce
bouillon était ensuite porté à l’ébullition sur un feu de broussailles ou
d’alfa, et maintenu à cette température pendant une heure et demie. Enfin
après 12 h. de refroidissement, il était ensemencé, dans la marmite
même, avec le virus envoyé par l’Institut Pasteur.
Le virus, exalté à Alger sur des criquets frais et vivant dans un vaste
« acridiarium » parvenait tous les jours sous la forme de cultures sur
gélose mises en suspension dans l’eau physiologique, et renfermé dans des
ampoules scellées. Chaque ampoule, contenant une cinquantaine de cc.,
était destinée à l’ensemencement d’une marmite et utilisée dès réception.
Pendant les temps de refroidissement etde culture, les marmites étaient,
autant que possible, placées dans un lieu habité, à l’abri des écarts de
température fréquents dans les régions sahariennes, mais des caisses
spéciales permettaient aussi de les transporter, même remplies de bouil¬
lon, sur n’importe quelle monture. 36 h. après l’ensemencement, les
marmites étaient transportées sur les lieux de la pulvérisation, et le
bouillon était pulvérisé avec un appareil Yermorel ordinaire, à raison de
1 1. environ par hectare.
Séance du 8 Novembre 1916
681
En établissant un roulement dans le jeu des 6 marmites, le chef
d’équipe pouvait préparer et pulvériser chaque jour 20 1. de bouillon,
sans interrompre ses déplacements.
Toute la région étant uniformément infestée de criquets, sans
que l’on pût choisir de bandes isolées, 4oo 1. de bouillon
furent pulvérisés du 8 juin au 2 juillet rqiôen divers points de
secteurs très différents les uns des autres, recouvrant une super¬
ficie totale de 7.000 ha. environ. Les envois de virus et les
milieux de culture sont toujours arrivés sur les lieux en excel¬
lent état, et leur utilisation a toujours été facile dans les condi¬
tions les plus diverses. Le matériel de préparation et de transport
du bouillon s’est montré très bien adapté aux plus durs servi¬
ces, et la petite caravane comprenant une dizaine d hommes et
trois chameaux seulement, a pu parcourir 45 km. dans des
montagnes absolument désertiques et franchir un col à plus
de 2.000 m. d’altitude sans interrompre son travail et tout en
assurant son ravitaillement. Le chef d’équipe, déjà habitué aux
manipulations délicates par son rôle dans le Service de Défense
des Plantes, et guidé par des instructions précises, a pu appli¬
quer les diverses techniques ainsi simplifiées, et les quelques
difficultés qui se sont présentées auraient été facilement aplanies
par une connaissance plus complète des mœurs des criquets.
Les résultats constatés pendant cette campagne d’application
pratique de 1916 ont été analogues aux résultats de la campagne
expérimentale de Barika en 1916 1).
i° La pulvérisation de cultures virulentes de Coccobacillus
acridiorum (LHerelle sur les pâtures que dévorent les criquets
a toujours créé une épizootie dans les bandes de Schistocerca
peregrina Ou.
(1) M. Bégüet, L. Musso et Et. Sergent. — Troisième campagne contre les
acridiens ( Schistocerca peregrina Ol.) en Algérie au moyen du Coccobacillus
acridiorum cTHbrelle. Bull. Soc. Pat h. e.rot t. VIII, nov. r 9 1 f>, p. 634.
Et. Sergent. — Campagne d’expérim'êntationde la méthodebiologique contre
les Schistocerca peregrina en Algérie, dans la vallée de Haute Tafna (Com¬
mune mixte de Sebdou, dép. d Oran). Ann. Inst. Pas/., t. XXX, mai 1916,
pp. 209-224.
M. Béguet. — Campagne d’expérimentation de Ja méthode biologique con¬
tre les Schistocerca peregrina en Algérie, dans la région de Barika (dép. de
Constantine). Ann. Inst. Past., t. XXX. mai 1916, pp. 220-242.
Musso. — Campagne d’expérimentation de la méthode biologique contre
les Schistocerca peregrina en Algérie, dans la région de Bougzoul Msiline
(Commune mixte de Boghari, dép. d’Alger), Ann. Inst. Pas/., t. ; XXX, juil¬
let 1916, pp. 819-329.
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2° Cette épizootie n’a jamais amené la disparition complète des
bandes contaminées : elle était seulement marquée par une mor¬
talité journalière plus ou moins importante, disséminée dans les
terrains uniformes, ou centralisée dans les terrains accidentés
comprenant des abris tels que : arbres, haies, etc.
3° La destruction n’a été intéressante que dans les expériences
effectuées longtemps avant la métamorphose, et lorsque les cri¬
quets s’étaient infectés en masse le jour de la pulvérisation. Les
résultats ont été presque nuis dans les étendues d’alfa, où les
pâtures sont trop peu abondantes, et dans les jardins où la lutte
active par les moyens mécaniques avait empêché les criquets de
dévorer les appâts.
4° La propagation de l'infection ne s’est jamais étendue d’une
façon appréciable à plus de i km. dans la direction suivie par
les criquets : une colonne en marche dans un terrain uniforme se
stérilise.
5° Il semble, sans
produit une véritable immobilisation des bandes pulvérisées,
même dans les cas où l'épizootie est restée peu importante.
6° En résumé, on peut essayer d’appliquer la méthode biolo¬
gique en suivant la technique expérimentée, qui permet d’utili¬
ser les chefs de chantier du Service de Défense des cultures, se
déplaçant avec les criquets, et guidés de loin par les bactériolo¬
gues du laboratoire central.
En terminant cette note, nous sommes heureux de remercier
M. Stotz pour sa bonne collaboration.
(Institut Pasteur d' Algérie).
toutefois qu’on puisse l’affirmer, qu’il s’est
La lutte contre Schistocerca peregrina
au Maroc en 1916 par la méthode biologique.
Deuxième campagne d expérimentation
Par H. VELU.
La campagne d'expérimentation contre Schistocerca pere¬
grina , au Maroc, en 1910, avait démontré que les conditions de
réussite tiennent surtout à l’époque à laquelle ont lieu les
Séance du 8 Novembre 19 16
m
contaminations; le moment le plus Favorable étant celui où les
criquets vivent en masse compacte, se déplacent lentement et
où l’acridiophagie, principal facteur de contamination, est
portée à son degré maximum.
En 1916, nous avons cherché les résultats pratiques que l'on
pouvait attendre de ce mode de destruction.
Les premiers vols de sauterelles ont été signalés respective¬
ment le 24 novembre et le 7 décembre 19 15, dans la région du
Souss et les environs d’Agadir. L’invasion se développe assez
rapidement vers l’Est, puisqu’elle atteint EI-Kelaa (région de
Marakech) Je 29 novembre, plus lentement vers le Nord, con¬
trariée qu elle est, par les conditions climatériques défavorables.
Dans le courant de juillet, tout est fini, les vols de deuxième
génération sont partis vers le Sud.
Au mois de décembre 19 15, le vétérinaire-major Barrette
observe une mortalité notable avec diarrhée noire sur les pre¬
miers vols qui passent à Mogador.
Le 24 février 1916, le vétérinaire aide -major Bouin relève
également une mortalité assez considérable avec diarrhée noire
sur les vols, au Sud-Est de Marakech.
Tous les vols qui passent en Chaouia sont contaminés par un
coccobacille , très fin, allongé en bâtonnet, virulent, et qui donne
sur gélose des cultures opaques porcelainées. La maladie sem¬
ble évoluer surtout à la faveur des conditions climatériques
défavorables. Cette infestation des vols se traduit par deux con¬
séquences importantes :
i° Il est tout à fait impossible d'exalter la virulence du coccoba¬
cille de souche américaine , conservé in vitro depuis le mois de
juillet ip! 5.
20 Les criquets <[ui naissent au moment du passage des vols
contaminés sont contaminés .
A partir du mois de mai, l'exaltation de la virulence s est
laite d’une façon normale. Des pulvérisations ont été pratiquées
dans les Abda (région de Safi), en Chaouia, dans le Gharb. La
quantité de bouillon pulvérisée a été de 1.600 I. (bouillon
jeune — 24 à 36 h. — tuant en 6 h. par inoculation au labora-
toire).
Les différentes observations relevées répondent à 3 stades de
développement des acridiens :
i° de criquets jeunes au 3(> stade (12 jours environ) :
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
•2° de criquets jeunes au 4e stade (12 à 20 jours)
3° de criquets jeunes au 5e et 6e stade (plus de 20 jours) ;
Des résultats obtenus, nous avons pu tirer les conclusions sui¬
vantes :
Les facteurs qui tendent à rendre les infestations plus effi¬
caces sont tous ceux qui augmentent la densité des bandes de
criquets (jeune âge, séjour dans les jardins, etc.) et qui favori¬
sent par conséquent facridiophagie.
Le moment le plus favorable pour les contaminations est la fin
du stade. Les criquets forment alors des taches très com¬
pactes qui se déplacent fort peu. La contagion est fatale et il a
été possible d’observer, dans la région de Safi, une destruc¬
tion presque totale des bandes infectées. La couche de cadavres
atteignait en certains endroits 10 cm. cF épaisseur.
Dès le je stade , la propagation de F infection est beaucoup moins
certaine. La densité des colonnes est beaucoup moindre; l’es¬
pace parcouru chaque jour devient de plus en plus considéra¬
ble ; les cadavres sont disséminés sur une très grande surface;
les malades forment , en arrière du gros de la colonne , des éche¬
lons de retardataires gui meurent éloignés des autres et sont ainsi
perdus pour la contagion , sauf dans les cas où les colonnes
séjournent dans les jardins.
A mesure que l’on approche du moment de la dernière mue,
les colonnes de criquets sont ainsi soumises à des règles sanitaires
de plus en plus sévères qui assurent F élimination automatique des
porteurs de germes. Les dernières périodes de la vie larvaire ne
sont donc pas favorables à l’application de la méthode biologi¬
que su /‘tout en terrain découvert.
Les conditions d’application du procédé d’HÉRELLE réclament
une précision si difficile à obtenir qu’on ne peut, jusqu’à nouvel
ordre, le considérer comme pouvant suffire, à lui seul, à la
solution intégrale du rude problème de la lutte antiacridienne.
Par contre, on ne peut contester que son efficacité, lorsqu’elle
est obtenue, ne la rende pas très économique. Sans songer à
renoncer à aucun des moyens de défense employés jusqu'ici, il
convient donc de chercher à tirer de la méthode biologique le
meilleur parti possible.
! Travail du Laboratoire de recherches du service
de l'élevage. Casablanca).
Séance du 8 Novembre 1916
Note sur la fréquence de la lèpre
parmi les recrues coloniales
Par E. JE ANSELME.
Depuis le début de la guerre, j’ai eu trois fois l'occasion de
faire réformer des soldats atteints de lèpre, lis avaient passé
devant plusieurs commissions médicales, sans que la nature de
la maladie dont ils portaient les stigmates évidents eût été
soupçonnée.
Deux de ces malades avaient des manifestations tégumentaires
d’aspect syphiloïde qui avaient fait porter le diagnostic de syphi-
lide tuberculo-ulcéreuse. Le troisième, dont les symptômes domi¬
nants étaient l’amyotrophie et la rétraction en griffe des extré¬
mités, avait été hospitalisé pour une polynévrite de nature
indéterminée.
Ces erreurs de diagnostic ne paraissent pas rares. Récemment,
MM. Guillain et Pignot ont rapporté l’histoire d’un soldat qui a
fait de nombreux mois de campagne avant d’être reconnu
lépreux. Or, ce malade, actuellement dans mon service à l'hô¬
pital Broca, présente au grand complet tous les signes d’une
lèpre en pleine évolution, y compris le masque léontiasique.
Si des cas de lèpre aussi avérés sont méconnus, combien de
formes frustes et mono-symptomatiques doivent passer inaper¬
çues !
Plusieurs médecins placés à la tète de centres de dermato¬
logie et de neurologie m’ont demandé de leur indiquer les carac¬
tères différentiels de la lèpre. Je leur ai adressé la note sui¬
vante dans laquellejene mentionne que les signes de certitude.
Chaque fois qu’un indigène ou un blanc ayant séjourné aux
colonies porte des nodules eu tanés, ou bien des taches érythéma¬
teuses ou pigmentaires dont la nature reste indécise, il faut
rechercher s’il n'existe pas, au niveau de ces éléments, des trou¬
bles sensitifs. La superposition d’une anesthésie en îlot sur l’aire
des taches et des tubercules suspects est en effet un signe qui
appartient en propre à la lèpre. Cette anesthésie est en général
du type thermo-analgésique.
40
681Î
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Lorsqu’un sujet présente une amyotrophie disposée symétri¬
quement à 1 extrémité des membres, et en particulier lorsqu'au
niveau des mains le premier interosseux dorsal et les petits mus¬
cles des éminences thénars et hypothénars ont londu, sans qu’il
vait à proprement parler de paralysie, mais une simple dimi¬
nution de la contraction musculaire proportionnelle au degré
d’atrophie, il faut soupçonner l’existence de la lèpre et recher¬
cher s'il existe des troubles sensitifs superposés aux troubles
locomoteurs.
L’anesthésie symptomatique de la lèpre affecte au début une
forme rubanée. Elle occupe, au membre supérieur, l’auriculaire,
l.e bord cubital de la main et de 1 avant-bras; au membre infé¬
rieur, le gros orteil, le bord interne du pied et du bas de la
jambe. Cette anesthésie est toujours plus accusée aux extrémités
qu’à la racine du membre; elle affecte inégalement les divers
modes de la sensibilité. En général, les sensations, thermique
ou douloureuse, disparaissent avant la sensibilité tactile; la
sensation de pression survit fort longtemps ( i).
Un autre signe, peut-être aussi pathognomonique que l’anes¬
thésie, est l’augmentation du volume des troncs nerveux. De
toutes les névrites, en effet, — si l’on excepte la névrite hyper¬
trophique familiale qui est d'une extrême rareté, — la névrite
lépreuse est la seule qui s’accompagne d’hyperplasie.
Si I on palpe le cubital au-dessus de l épitrochlée chez un
lépreux, on constate souvent que ce nerf est induré, amplifié et
moniliforme. Parfois aussi, les branches du plexus cervical
superficiel et quelques-uns des filets nerveux qui rampent sous
la peau des avant-bras, sont transformés en cordelettes noueuses
facilement perceptibles au toucher et même à la vue.
La rhinite lépreuse est en général un signe précoce; quel¬
quefois même elle paraît être l'accident initial. Celte rhinite est
tenace et s’accompagne d’une hypersécrétion abondante et d’épis¬
taxis. .l’ai montré, depuis 1896, par des examens réitérés, l’inté¬
rêt qu’il y a, en cas de diagnostic douteux, à faire la recherche
».
(i)La recherche des troubles sensitifs est assez délicate. Pour l'exploration
de la sensibilité douloureuse, il faut se servir d’une aiguille bien acérée, qui
pénètre dans les tissus sans les déprimer. La sensation tactile sera recherchée
à l’aide d’un flocon d'ouate promené superficiellement sur la peau. Pour
l'examen des sensibilités thermiques, on emploiera deux tubes à essai rem¬
plis d’eau, l’un à la température ordinaire, l’autre d’eau chaude ne dépassant
pas/pjo.
Séance du 8 Novembre i <j i 6
H8'
des bacilles de Hansen dans le mucus nasal el dans la muqueuse
pituitaire qui est souvent, à sa partie inférieure, le siège d une
infiltration lépro mate use. Ces recherches ont été vérifiées et con¬
firmées par Sticker dans l’Inde, par Auché en Nouvelle-Calé¬
donie, par Thiroux à Madagascar et par tous les médecins qui
ont adopté ce mode d’investigations.
Voici comment il faut procéder : après avoir insensibilisé et
anémié la muqueuse pituitaire, en introduisant dans la narine
un tampon imbibé d’une solution de cocaïne et d’adrénaline,
on gratte vigoureusement et l’on entame, avec une curette tran¬
chante stérilisée, la portion de la muqueuse nasale qui tapisse
la cloison immédiatement au-dessus du vestibule de la narine.
Les lambeaux de muqueuse ainsi obtenus sont écrasés, lami¬
nés et étirés entre deux lames de verre, puis colorés par la
méthode de Ziehl. Les bacilles de la lèpre se distinguent des
autres acido-résistants par leur tendance à se grouper en boules
épineuses o u glo b i ( i ) .
S’il existe sur les téguments un nodule infiltré dont la
nature est incertaine, il n’est pas nécessaire de recourir à la
biopsie. 11 suffit de gratter méthodiquement la surface de l’élé¬
ment à l'aide d’une curetle tranchante jusqu’à ce que le derme
soit mis à nu, et d’examiner la sérosité, obtenue par expression,
après coloration par la méthode de Ziehl. Le grattage doit être
fait avec soin de manière à ne pas ouvrir les capillaires des
papilles, ce qui gênerait l'examen microscopique.
AL Simond. — Je dois signaler que, parmi les bataillons indi¬
gènes recrutés au Tonkin, quelques sujets lépreux ont réussi à
s’introduire par substitution. Le fait m’a été affirmé par plu¬
sieurs des médecins des troupes coloniales qui ont procédé au
recrutement.
(i) Lorsque la rhinite lépreuse n'existe pas, on peut essayer de provoquer
un coryza par l’administration de 3 g. d’iodure de potassium, et rechercher
les bacilles de Hansen dans l'écoulement nasal.
688
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i l
La fièvre récurrente malgache.
Origine. Mode de propagation. Extension.
Par E. W. SULDEY.
La fièvre récurrente a été jusqu'ici peu étudiée à Madagascar.
Signalée pour la première fois par Tiiézé en 1 9 r 1 , puis observée
d’une façon plus détaillée par Lamoureux en 1912 et 191 3, cette
affection, confondue généralement avec le paludisme (faute
d’examen héinatologique), présente une importance sur laquelle
on doit fixer lattention.
Au cours d’un séjour de plusieurs mois dans la zone infestée,
nous avons pu recueillir quelques précisions sur cette spocliétose.
A l’Infirmerie de garnison et à l’Hôpital indigène de Maintirano,
et lors des tournées médicales dans les provinces de Moron-
dava et de Majunga, puis plus tard à l’Ambulance militaire et à
l’Hôpital indigène de Majunga, nous avons noté d’assez nom¬
breux cas de la maladie, ce qui nous permet d’avoir sur elle une
vue d’ensemble que nous essayerons d’exposer.
Nous n’envisagerons que la fièvre récurrente de la côte nord-
ouest de Madagascar, dans la zone s’étendant de Morondava à
Majunga, car n’ayant pas eu l’occasion de nous déplacer dans les
autres parties de la Grande Ile, il nous a été impossible d’étendre
plus loin nos investigations. Cependant nous croyons que le
principal foyer morbigène est la région de Morondava-Maj unga.
I
Origine.
Le Ivongon’ Morima
La fièvre récurrente malgache est donc surtout sakalave.
J’ignore si l'agent transmetteur de la spocliétose, c’est-à-dire
YOrnithodorus , doit être confondu avec le « Poropondy )> ou
tique des vaches des Vazimbas de la Tsiribihina, selon la relation
de Drury et l’interprétation de Tiiézé (admise peut-clre par
Lamoureux et par Brumrt), mais en tout cas, dans la région
infestée, les Indigènes, connaissent tous Y Ornithodorus et le dési¬
gnent unanimement sous le nom de KongoiY Morima (prononcé
Koümjoun Mrinia). Que veut dire exactement cette expression?
En interrogeant les Sakalaves, j’ai appris que Kongono est le
Séance du 8 Novembre 1916
mot malgache signifiant punaise , et Morinia désigne d'une façon
générale les Makoas ou plus exactement le pays d’origine des
Makoas. Or les Makoas viennent de la Côte O ri en taie d’Afrique.
Ainsi donc, le Kongon Morinia ou punaise des Makoas est, de
par son nom même, propre aux Makoas, c’est-à-dire originaire
de l’Afrique Orientale (Notons en passant que l’on confond
souvent les Makoas avec les Sakalaves; c'est là une erreur déplo¬
rable, car le Sakalave vrai est un type arabe, alors que le
Makoas a tout à fait le type africain. Cette confusion vient sans
doute du fait que les Sakalaves possédaient un grand nombre
d’esclaves makoas; lesquels esclaves faisaient partie de la famille
sakalave, exécutant tous les travaux de culture, d’entretien
et de surveillance des troupeaux, tous les soins domesti¬
ques, etc., etc.; beaucoup de ces esclaves makoas, absolument
dévoués à leur maître, se sont enrichis en héritant de riches saka¬
laves morts sans descendance; d’autre part la race des Makoas,
excessivement prolifique sur la Côte nord-ouest de Madagascar,
a peu à peu remplacé les purs Sakalaves, lesquels ne se rencon¬
trent plus que dans certaines régions à l’intérieur du pays, assez
loin de la côte parfois).
Ces détails ethnographiques ont leur importance, car ils expli¬
quent, sans faire intervenir aucun autre facteur, pourquoi VOrni-
thodorus moubata devait exister à Madagascar, pourquoi la fièvre
récurrente sakalave n’est autre qu’une maladie apportée par les
Makoas et partant d'origine africaine et comparable, sinon iden¬
tique, à la Tick fever.
Les points de vue clinique et parasilologique confirment-ils
cette donnée? Nous allons le vérifier dans le cours de cette
étude.
Etiologie. — Transmission
Légende du ho/nanga . — L’agent du typhus récurrent saka¬
lave est un spirochète en tous .points semblable morphologique¬
ment au S. Duttoni. 11 est inutile d'entrer à ce sujet dans des
descriptions qui ne seraient que des redites, quant à son aspect
dans le sang périphérique.
En tout cas, la maladie est transmise par un Ornithodorus
absolument identique à ['Ornithodorus moubata.
Nous avons recueilli beaucoup de ces insectes dont nous avons
rapporté quelques échantillons; leur morphologie étant connue,
il serait oiseux de les décrire de nouveau.
090
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mais le point de vue capital sur lequel nous désirons insister
pour le moment est la relation de cause à effet existant entre la
piqûre de rOrnithodorus et l'éclosion de la fièvre récurrente.
A ce sujet il est intéressant de signaler en passant « la légende
du Komanga ». Le Komanga est un arbre qui croît sur la route
d’étapes de Besalampy-Majunga surtout dans la région de Son¬
ia la, plus exactement de B è 'mena à Boëni , il existe là une vérita¬
ble foret que I on met 4 à 5 j. à franchir à pied. Or le principal
foyer infesté par les Ornithodorus est précisément dans cette
région. Les tirailleurs Sénégalais qui empruntent cette route
redoutent ce passage, car pour eux ils contractent la mauvaise
fièvre « en respirant l’odeur du Komanga »; ils prétendent même
que l’eau où baignent les branches et les racines de cet arbre
est empoisonnée et que son absorption peut occasionner sinon
la mort, du moins la maladie du Komanga (cette appellation
désigne toutes les affections qu'ils peuvent contracter en cours
de route après la traversée de cette forêt : telles paludisme, inso¬
lation, varicelle, mais surtout la fièvre du Komanga qui n’est
autre que la récurrente). Ouelqu’effort qu'on puisse faire pour
leur persuader que ce sont les Kongori Marina et non pas le
Komanga qui donnent la fièvre, nos braves tirailleurs n'en veu¬
lent pas démordre : quand ils ont déclaré « Komanga là, y a
mauvé même ! » avec une sainte terreur, ils ont fait leur acte de-
foi. Cependant ils connaissent le « Kongori Morina », le consi¬
dèrent comme un bien vilain compagnon de lit, mais ne peuvent
croire que ce soit là la vraie cause de la maladie.
Bien que persuadé de l’erreur de nos bons Sénégalais, je vou¬
lus être fixé exactement néanmoins sur le rôle éventuel du
Komanga. Ne pouvant me déplacer moi-même dans cette région,
je priai M. le capitaine Bonhomme de vouloir bien s’en charger.
Cet officier conduisait en effet une compagnie de Sénégalais vers
Majunga venant de Moroudava, en passant par Maintirano.
A Maintirano déjà, quelques cas de spirochétose s'étaient décla¬
rés chez ses hommes, mais c’est surtout à partir de Besalampy
que les Ornithodorus les assaillirent; et presque tout son contin¬
gent arriva à Majunga, pour entrer à l’hôpital avec la fièvre (?)
Le capitaine Bonhomme a eu l’amabilité de m’adresser ses
impressions par lettre dès son arrivée à Majunga; je transcris
les plus intéressantes :
« Tous mes Européens, écrit-il, sont actuellement à l’hôpital, ainsi que
Séance du 8 Novembre 1916
091
12 tirailleurs, sans compter une vingtaine de malades à la chambre cha¬
que jour. Cette route est vraiment néfaste, mais je crois que vous avez
raison : le Komanga me paraît étranger à cette maladie. Je reste seul
solide parmi les Européens, et si je suis resté indemne, je l’attribue à deux
causes : à mon lit Picot qui m’a préservé des piqûres du Kongori Morina ;
et à ce que j’ai toujours couché en plein air. Vos conseils étaient donc
bons; j’ai évité le contact des insectes et je n'ai pas été atteint par la
maladie qui a mis sur le flanc le quart de ma compagnie et tous ses cadres
Européens.
« C’est surtout après Soalala que j’ai eu le plus de malades : jusque-là
tous avaient assez bien résisté. A l’arrivée à Majunga, je n’avais plus un
Européen debout; le jour même et les jours suivants ils entraient fous à
l’hôpital où ils sont encore.
« Le Général s’est ému de cette situation, il m’a demandé un rapport;
dans ce rapport, que j’ai envoyé il y a quelques jours, je me suis appuyé
sur votre avis pour déclarer qu’il fallait voir l’origine du mal dans la piqûre
de l’insecte précité, qui pullule vraiment dans les cases de cette région.
J’ai aussi parlé de fièvre récurrente, m’appuyant toujours sur votre avis;
j’ai écarté complètement le « Komanga », car j’ai vu des indigènes manger
des feuilles de Komanga , pour bien me démontrer qu’il n’y avait rien à
craindre de cet arbre en dehors de l’époque de sa floraison, laquelle était
passée. A l’époque de la floraison, il paraît que le pollen des fleurs peut
causer quelques affections, telles des troubles oculaires... »
La piqûre de EOrnithodorus détermine donc la fièvre récur¬
rente sur la cote nord-ouest de Madagascar. Plusieurs exemples
sont là pour le confirmer (nos tirailleurs d’escorte piqués, pré¬
sentèrent 5 à 8 j. après des accès fébriles avec spirochètes dans
le sang), ce sont là des faits presqu’expérimentaux. En outre les
Sénégalais, pour aller de Majunga à Moroudava, empruntent la
voie de terre ou la voie de mer.
Ceux qui traversent pour la première fois la région de Soalala
contractent tous la fièvre récurrente soit dans la région de Soa¬
lala, soit dans celle de Maintirano (la région de Maintirano 11e
possédant pas de Komanga).
Les Sénégalais savent d’ailleurs fort bien qu’ils ne contractent
qu’une seule fois la fièvre du Komanga et la majorité des mala¬
des présentent des traces de pîqûres d’Ornithodorus nettement
visibles (ils emportent du reste toujours quelques insectes dans
leur barda).
Ajoutons pour conclure que les punaises et les poux ne nous
ont pas paru avoir une influence notable dans la transmission
de la maladie. Car dans des postes où pullulaient des punaises,
dans des villages où les habitants étaient couverts de poux
(Pedicn/us capitis ;), les cas de fièvre récurrente n’ont été observés
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
092
que chez des individus provenant depuis peu de localités infes¬
tées par l’Ornithodorus.
Extension. — Propagation
La fièvre récurrente malgache semble être actuellement une
maladie surtout sakalave. Les foyers de contagion étant natu¬
rellement sur la route d’étape de Maintirano à Majunga, nous
avons recherché les nids principaux d’Ornithodorus. Nous
croyons en avoir découverts les centres : i° dans le cercle de
Besalampy au village dAmpary ; 20 dans le district de Soalala
aux villages de Ambohipaky, de Bemena (où commence la forêt
de Komanga), d’Antsahamo, de Soalala, de Bedango, d'Analalava,
avec extension aux villages de Mitsinjo, d’Ambato et de Boeni-
Andouny ; 3° plus au sud, c’est le district de Maintirano qui est
le principal foyer avec le village de Maintirano, et les villages
échelonnés le long des routes qui en partent dans la direction
d’Antsalova vers le sud, de Morajenobe vers l'est, et de Tambo-
liarano vers le nord.
Néanmoins la région surtout infestée paraît être la route d’étape
du District de Soalala (province de Majunga). Existe-t-il d’autres
foyers? Nous l’ignorons, mais il est certain que l’Ornithodorus
ne saurait tarder à être disséminé dans les provinces voisines.
En effet les porteurs et travailleurs émigrants, « les bourjanes »,
se déplacent actuellement avec plus de facilité qu’auparavant,
emportant comme tout mobilier une natte, quelques haillons et
une marmite. La natte leur sert de lit; elle est souvent étendue à
même le sol des cases de passage et partant sert de refuge et
de véhicule aux Ornithodorus, lesquels sont transportés à des
distances assez considérables.
Beaucoup de cases de passages de la région (sans compter des
cases des villages ) sont remplis d’Ornithodorus. C’est chose facile
de les retrouver même pendant le jour; voici comme on procède :
A l’aide d’un morceau de bois, on gratte doucement et par petits
coups le sol de la case, et cela surtout dans les coins ou le long
des murailles, là où existent des petits amas poussiéreux.
En rejetant doucement la poussière on arrive à projeter en
même temps des Ornithodorus, que l’on reconnaît à leur couleur
gris ardoisée, leur forme ovalaire; d’abord immobilisés par le
choc, ils ont vite fait de reprendre leur activité pour essayer de
Séance du 8 Novembre iç)i6
693
s’enfuir. La nuit, on les découvre plus facilement, car ils sortent
de leur cachette et circulent tout le long- du has des murailles
et sur le sol à la recherche de leur proie, c’est-à-dire du dor¬
meur étendu par terre.
»
Les indigènes se préservent de la piqûre soit en laissant un
peu de bois allumé toute la nuit, soit en élevant un lit som¬
maire, qui les place à distance respectable du sol.
Les cas de fièvre récurrente que nous avons étudiés ont été
observés à Maintirano : i° chez des Tirailleurs Sénégalais venant
de Majunga et ayant passé par Soalala; 20 chez des indigènes
du pays Betsilés de passage à Maintirano, et des Tirailleurs
Malgaches et Sénégalais, lesquels avaient été infectés à Main¬
tirano ou dans ses environs; 3° chez des enfants dans les villages
sur les routes d’étapes conduisant vers Maintirano, notamment
au voisinage d’Antsalova village de Tsangaloky) ; 4° à Ma Jung a
sur des Miliciens et des Européens (Anglais) revenant de la
région de Soalala.
On doit donc considérer les provinces de Majunga (Soalala) et
de Morondava (Maintirano) comme de gros foyers de fièvre
récurrente, et tenir comme suspect les provinces limitrophes,
notamment celle de Maevetanana.
Cas de paludisme autochtone contracté
en France au contact des troupes indigènes
Par E. JEANSELME.
II s agit d’un soldat de 24 ans, qui est né et a vécu à Paris jus¬
qu’à l’époque du service militaire qu'il a fait à Verdun. Il n’était
pas libéré au moment de la déclaration de guerre et a fait cam¬
pagne dans la Meuse, puis dans la Somme. Il n’a pas souvenir
qu’aucun de ses camarades ait été atteint de paludisme.
Le 4 septembre dernier, il est blessé à la tête et évacué sur
l’hôpital de Beauvais. Le 17 septembre, 10 à 12 jours après être
entré dans cet hôpital, il a un premier accès fie fièvre paludéenne,
qui a été traitée par la quinine.
Cette première atteinte a été violente. La température a monté
694
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
jusqu’à 4o° dans la journée trois jours consécutifs. Ces groupes
d’accès étaient séparés par des intervalles d’apyrexie de trois
jours également.
Après une quinzaine de jours, les accès francs ont disparu,
mais le malade est encore sujet à des accès de sueurs et à des
maux de tète qui sont les signes d’un paludisme latent. Actuelle¬
ment, la rate mesure encore 0,10 de diamètre longitudinal et
0,1 5 de diamètre transversal. ♦
Un examen du sang fait dans le service de M. Mesnil à l'Insti¬
tut Pasteur le 3 novembre n’a pas permis de déceler d’hémato¬
zoaires, mais la mononucléose est fort accentuée (4o o/o).
Ce qui fait l’intérêt de cette observation, c’est que le malade
était couché dans une salle de chirurgie qui contenait des Marti¬
niquais et des Annamites, indigènes qui, comme on le sait, sont
souvent des réservoirs d’hématozoaires. Au mois de septembre,
les moustiques sont communs en France. Toutes les conditions
nécessaires à la transmission du paludisme étaient donc réalisées.
D'autant plus que les indigènes n’étaient pas soumis à la quini¬
nisation méthodique, et qu’ils n’étaient pas isolés sous desmous-
tiq uai res.
Il serait donc désirable que les recrues coloniales ne soient
pas hospitalisées dans les mêmes locaux que les recrues métro¬
politaines. Au cas où il ne serait pas possible d’effectuer cette
séparation, il serait rationnel de distribuer à tous les hospitalisés
vivant en commun de la quinine, et de les abriter sous les mous¬
tiquaires.
Quatrième observation algérienne de Kala-Azar
Par Edm. et Et. SERGENT et de MOUZON.
Jusqu’ici deux cas de kala-azar ont été signalés dans le dépar¬
tement de Constantine et i cas à Alger (i-3). L’observation qui
suit est celle d’une petite française née et habitant dans le
département d’Oran.
(1) Lemaire, /in//. Ac. Méd. 6 juin i g 1 1 , Bul/. Soc. Poth. exot., t. IV, 1911,
p . 554*
(2) Ed. et Et. Sergent, Lombard et Ouiliciiini. Bu//. Soc. Path. exot.> t. V,
1912, p. 93 .Bu//. Soc. Path. exot., t. VI, 1918, p. 495.
(3) Conor et Calo. Bu//. Soc. Path. .exot., t. Vil, 191 4, p. 42.
Séance du 8 Novembre 1916
695
B. N., sexe féminin, 3 ans, parents français, habile depuis sa naissance
le village de (îuillaumet, arrondissement de Mostaganein (département
d’Oran).
Début de la maladie en janvier 1916, fièvre irrégulière, pâleur, douleur
du côté de la rate.
Le Dr de Mouzon voit la petite malade le 6 juillet 1916, institue un trai¬
tement qui nique qui reste sans aucun effet sur la fièvre. De plus l’hyper¬
trophie de la rate, l’anémie et l’amaigrissement vont en progressant. Le
Dr de Mouzon pense au kala-azar et envoie l’enfant à l’Institut Pasteur
pour que le diagnostic microscopique soit fait.
Etat le 6 septembre 1916 : grande anémie, pâleur jaunâtre de la face,
essouflement facile. Pas d’œdème. Pas d’hémorragies. Pas de diarrhée,
plutôt constipation. Appétit capricieux. Vésicules violâtres sur les mem¬
bres, surtout sur les avant-bras, près des paupières, au cou, sur la poi¬
trine, atteignant parfois le volume d’un œuf de pigeon. Ganglions cruraux
hypertrophiés des deux côtés. Ganglions cervicaux et axillaires de dimen¬
sions normales. Rate énorme, dure, occupant toute la moitié gauche de la
cavité abdominale, descendant jusque dans le bas-ventre el allant a. d roi te
jusqu’à l’ombilic.
Formules leucocytaires
Ponctions de la rate positives les 6, 11 et 12 sept. 1916. Les parasites
sont tous vus libres isolés. Très nombreux. Cultures en NNN. obtenues
facilement.
Un chien kabyle, recueilli sur la route tout jeune en juillet 1913, est
tombé malade en été 1916 : croûtes sur tout le corps, yeux chassieux,
amaigrissement, et mort en septembre.
La dispersion des 4 cas de kala-azar signalés jusqu’ici en
Algérie peut faire penser que cette maladie existe peut-être
méconnue dans d’autres régions de ce pays. Nous engageons
très vivement nos confrères algériens à la rechercher : les
hypertrophies de la rate accompagnées d’une fièvre irrégulière
rebelle à la quinine, avec de la pâleur et de la bouffissure de la
face, doivent faire penser au kala-azar. L’examen microscopi-
!
696
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que du suc splénique tranchera le diagnostic. L’attention devra
être surtout attirée par les malades présumés paludéens chez
qui la quinine n’agit pas, bien plus, semble être nocive. Ce sont
les cas où a la quinine paraît faire enfler la rate ». L'observation
ci-dessus en est un exemple. Signalons aussi dans cette observa¬
tion la coïncidence d'une maladie mortelle chez un chien fami¬
lier de la maison.
(Institut Pasteur dy Algérie).
Deux nouveaux cas
de Leishmaniose canine à Dakar
Par F. HECKENROTH.
Depuis la publication de notre note sur la leishmaniose
canine au Sénégal, en collaboration avec A. Lafont (i), nous
avons pu examiner, au laboratoire de LA. O. F., r26 chiens
provenant de la fourrière.
Ces chiens capturés à Dakar étaient pour la plupart des chiens
européens, ou des chiens européens croisés de chiens du pays.
Rarement il nous a été donné d’observer des chiens indi¬
gènes (i4).
Sur ces 126 chiens, deux ont été trouvés parasités par des
leishmania :
Le premier était un braque bordelais, très âgé, amaigri, galeux, pré¬
sentant un foie volumineux et une rate relativement petite. Cet animal
montrait de nombreux parasites dans les frottis de foie, de rate et de
moelle osseuse.
Le 2P était également un chien européen, qui paraissait en bon état,
mais montrait à l’autopsie une rate élargie dans sa partie inférieure, gra¬
nuleuse et friable. Sur les frottis de cet organe, on trouvait d’assez nom-
I reuses Leishmania dont nous avons facilement obtenu de la culture sur
gélose au sang.
Le pourcentage des chiens atteints de leishmaniose se montre
donc assez faible à Dakar. Il est regrettable que jusqu’ici notre
enquête n’ait guère porté que sur des chiens européens. C’est
(1) A. Lafont et F. Heckenroth. IJn cas de leishmaniose canine à Dakar.
Bull. Soc. de Pat h. h'xo/., I Vllt, avril 1916, p. 162.
Séance du 8 Novembre i y i G
697
sur le chien indigène
poursuivre, elle n’est
brousse.
que cette recherche serait intéressante à
guère possible que dans les villages de la
[Laboratoire de Bactériologie de FA. O. F.,
Dakar, le 20 septembre).
La leishmaniose canine à Marseille
Par E. PH INGAU LT.
Continuant nos recherches sur la leishmaniose, nous avons
eu l’occasion de constater trois nouveaux cas sur 07 chiens exa¬
minés.
l(r Cas. — Chien 311. Présenté vivant le vendredi 26 juin 191 4 au Comité
Médical des Bouches-du-Rhône. Jeune chien d’une vingtaine de mois, né à
St-Henri (Banlieue de Marseille). Elevé à Marseille et très bien portant.
Après une petite escapade de 48 h. le chien devint triste et maigrit de jour
en jour, jusqu’au moment où son propriétaire nous fit part de ses craintes.
Une ponction du foie effectuée le 17 juin nous montre sur les frottis un
nombre considérable de corps de Leishman.
Sacrifié le 12 juillet à l’autopsie.
Ilate hypertrophiée pesant 39 g. de consistance et de couleur normale,
parasites en nombre colossal, presque tous intra-cellulaires.
Eoie congestionné, poids 135 g. Corps de Leishman très.nombreux dans
les grands mononucléaires.
Moelle osseuse, très abondante, rose pâle.
Tous les autres organes normaux.
Examen histopathologique. — Rate. — Stroma épaissi au niveau de la
capsule et surtout au niveau des zones vasculaires.
Pulpe blanche. — Les corpuscules de Mai.pighi ont un aspect diffluent,
leurs différentes couches sont bouleversées et leur centre est coupé par de
gros macrophages, mononucléaires dont les noyaux sont les sièges d’une
dégénérescence vacuolaire commençante.
Pulpe rouge. — Présence de plasmodies multinucléés à protoplasme assez
fortement colorable noyés au sein de la pulpe rouge et rappelant le type
de la cellule géante. Le fin stroma des espaces vasculaires ne parait pas
modifié quant à son volume. Les cellules qu’il supporte ont pour la plu¬
part un aspect cylindrique et leur lumière renferme d’innombrables
macrophages remplis de corps de Leishman. Les vaisseaux sont peu
modifiés, mais on note par endroits de très légères traînées hématiques
dans le sein de la pulpe rouge. Ces traînées se font plus abondantes dans
certaines zones sous capsulaires de cette pulpe.
Foie. — Les éléments du parenchyme sont peu modifiés, sauf un aspect
légèrement granuleux des cellules des travées hépatiques. Les capillaires
698
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
hépatiques sont gorgés de sang. Au sein du tissu propre, on note deux
petits nodules rappelant l’aspect du nodule toxi infectieux dont la péri¬
phérie est plutôt sombre et formée d’éléments leucocytaires mononucléés
à noyaux pycnotiques. Le centre plus clair montre de vastes plages pro¬
toplasmiques parsemées de corps de Leishman. Ces nodules d’aspect
toxi-infectieux sont inégalement répartis dans le parenchyme et ne sui¬
vent pas régulièrement la disposition des espaces vasculaires. Au niveau
des espaces porte, périvascularite légère avec congestion (manchons leu¬
cocytaires périvasculaires).
Les plages plasmodiales observées dans la rate ne se retrouvent pas ici,
à moins qu’on ne veuille en rapprocher certains gros macrophages à pro¬
toplasme fondu et à noyaux juxtaposés.
Capsules surrénales. — La couche conjonctive périvasculaire est sensible¬
ment épaissie avec épaississement des premières travées intercellulaires.
Congestion légère des vaisseaux de la médullaire. La couche gloméru¬
laire paraît peu modifiée, on note seulement une légère distension des
noyaux qui sont un peu gonflés et dont la membrane nucléaire paraît
fixer plus facilement le colorant.
La zone fasciculaire est normale ainsi que la zone réticulaire.
Les cellules de la couche médullaire ont un aspect normal, mais leurs
travées sont distendues et tiraillées par quelques hémorragies intertrabé¬
culaires.
Poumons. — Plèvre peu modifiée.
Alvéoles. Les unes sont les sièges d’une desquamation épithéliale sans
exsudât fibrineux. Les autres plus nombreuses ont leur lumière encom¬
brée par des nappes hémorragiques assez confluentes en certains endroits
pour rappeler l’infartus. Bronches normales. V
Pancréas normal. Ilots de Langerhans peu nombreux. Les autres orga¬
nes normaux.
2° Cas. — Chien n° 332. 12 avril 1916. Amaigrissement extrême. Nom¬
breux corps de Leishman dans la moelle osseuse.
3e Cas. — Chien n° 334. 19 septembre 1916. Très amaigri,
Leishman très nombreux (une dizaine par champ).
corps de
Pour ces deux derniers cas, des recherches plus complètes
auraient été de mise, il nous est matériellement impossible à
l’heure actuelle de pratiquer sur nos chiens autre chose que
l’examen de la moelle.
Laboratoire cl Anatomie Pathologique , Ecole de Médecine).
Séance du 8- Novembre 1916
m
Le traitement actuel de la Leishmaniose américaine
Par E. ESCOMEL.
Le meilleur traitement actuel que nous employons dans la
Leishmaniose américaine est celui au tarlrate d’antimoine et de
potassium inauguré au Brésil par Vianna, suivi par Machado,
O. cl Utra É Silva, Terra da Silva, Garini, Sepa et autres, par San-
jinés et Yeintemillos en Bolivie et par Arce, Lanfranco et d’au¬
tres au Pérou:
Il est à signaler que, dans le petit village de Chota au Pérou,
on emploie depuis longtemps la poudre de tartre stibié pour le
traitement local de la Leishmaniose (Uta) avec succès; le Doc¬
teur Alarcon me Ta fait savoir, mais ce traitement était très dou¬
loureux par suite du manque d’anesthésie préalable chez les
naturels du pays.
Aussitôt qu'un malade leishmaniosique se présente, je lui fais
une injection intra-veineuse de 5 cm3 d’une solution de tartre
stibié à 1 p. 100 dans de l’eau distillée, filtrée au Berkefeld.
D'après la réaction produite par cette première injection, je
fais tous les 4, h ou 8 jours une nouvelle injection de 10 cm1 si
la tolérance est bonne, de 5 cm3 si le malade réagit fortement.
En même temps j institue le traitement local de la manière sui¬
vante :
a. Nettoyage des ulcères cutanés par des cataplasmes pendant
24 heures.
b. Attouchement de la surface des plaies par le liquide de
Bonnain des oto-rhino-laryngologistes :
Itp. : Cocaïne. .
Menthol
Acide phénique
c. Après dix minutes saupoudrage méthodique de toute la
surface ulcérée avec du tartre stibié finement pulvérisé.
d. Couvrir avec de la gaze stérile, du coton et une bande.
Le lendemain nettoyage ordinaire de la plaie que Ton recouvre
avec la pommade rapportée par L. Ghampionnière au Baume du
Pérou :
1
700 Bulletin dë la Société de Pathologie exotique
Rp. : Baume du Pérou
Oxyde de zinc.
id. de bismuth .
Vaseline blanche .
Lanoline .
M. S. A. pommade.
Ouate et bande qu’on renouvelle tous les trois jours seu¬
lement.
Au deuxième ou au troisième pansement, une grosse pseudo¬
membrane, produite par l'action caustique du tartre stibié, se
détache, laissant voir une surface d’un violet foncé, molle, indi¬
quant la persistance de tissus malades.
On fait alors un deuxième pansement au tartre stibié pulvé¬
risé, d'après les règles précédentes, qui fait tomber une nouvelle
pseudo-membrane, jusqu’à ce qu’on arrive à un tissu consistant,
d'un rouge vif, qui indique que la partie saine est atteinte et
que le traitement local est fini.
J’ai employé au moins deux, au plus six pansements au tartre
stibié, et de deux à quatre injections intra-veineuses pour
obtenir la guérison d'un cas moyen de Leishmaniose américaine.
Pour l’injection intra-veineuse, il faut avoir grand soin d évi¬
ter qu'une goutte du liquide injecté sorte de la veine, ce qui
donne lieu à des réactions violentes des tissus environnants,
réactions qui sont très douloureuses pour le malade et dont la
guérison est lente.
Aussitôt qu’on constate que l'aigu i I le est sortie de la lumière
de la veine, il faut la retirer pour recommencer l'injection dans
une autre veine.
L’injection sera poussée très lentement, car l'injection intra¬
veineuse elle-même est douloureuse si elle est faite très rapide¬
ment et elle peut donner lieu à une endophlébile de quelques
jours de durée, sans conséquences ultérieures.
L’anesthésie locale au moyen du liquide de Bonnain m’a paru
toujours suffisante. Dans quelques cas, j’ai saupoudré l'ulcère
avec de la cocaïne ou de la novocaïne (0,10 cg.) pour renforcer
l’action anesthésique du liquide de Bonnain.
Chez les sujets pusillanimes je fais une anesthénie intra-der¬
mique premièrement autour de l'ulcère, à i cm. de son bord et
ensuite dans la masse même du derme ulcéré.
.l’ai obtenu toujours de bons résultats en faisant un panse¬
ment au tartre-stibié pulvérisé comme il a été indiqué plus
Séance du 8 Novembre 1916
701
haut, et, après la chute (le la pseudomembrane, une galvano-cau-
térisation du fond de l’ulcère et de ses bords jusqu’à une partie
dans laquelle il n’existe plus vraisemblablement de Leishmania :
8 à 10 j. après, je détache l’escharre (à l’aide de ouataplasmes ou
de ciseaux) et je fais un dernier pansement au tartre stibié.
Dans tous les cas ainsi traités, j’ai obtenu la guérison sans
rechute.
A la face, et en particulier au pavillon de. l'oreille, 3 on 4 pan¬
sements au tartre stibié pulvérisé ont suffi en général.
A l’oreille, après le premier pansement, 011 voit apparaître le
cartilage de l’hélix qui fait saillie; on le coupe au ras de la sur¬
face bourgeonnante. Après le 2e ou le 3è pansement, on rappro¬
che les bords de la plaie à l’aide de sparadrap caoutchouté, de
façon à ce qu'ils s’adossent en recouvrant le cartilage. Si i5 j.
après le dernier pansement, l’oreille n'est pas cicatrisée, c’est
qu’il existe encore des Leishmania vivantes qu’il faut détruire
par un nouveau et dernier pansement, et une nouvelle injection
intra-veineuse.
»
Le traitement local des lésions muqueuses est plus difficile à
cause des anfractuosités des parties malades.
.le prescris un grand lavage journalier des muqueuses nasale,
buccale et pharyngée avec une solution de bicarbonate de soude
à 10/1000, jusqu’à ce que toutes les croûtes soient tombées, lais¬
sant à nu les surfaces ulcérées. On fait ensuite une pulvérisa¬
tion avec :
Rp. Cocaïne . 1 g.
Eau distillée . 100 g.
Acide phénique cristallisé .... I g.
qui imprègne bien toutes les parties malades.
Dix minutes après on fait une deuxième pulvérisation avec:
Rp. Tartre- stibié . I à 2 g.
Eau distillée . 100 g.
qu’on prépare au moment de Remployer et qu’011 peut garder
tant que des flocons de moisissures ne s’y forment pas, ce qui est
assez fréquent.
Suivant la susceptibilité individuelle, ce traitement est quoti¬
dien ou bien on l'applique tous les 2 ou 3 jours.
Tous les 4 à 8 jours, le médecin fait, après nettoyage et anes¬
thésie des parties malades, un attouchement très soigné des par¬
ties avec une solution de tartre stibié à saturation à Laide d’un
47
4
702 ËULLETiN DE LA SoClÉTE DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
tampon à peine imprégné, en prenant grand soin de ne pas lais¬
ser tomber une seule goutte de cette solution dans le larynx, ce
qui provoquerait un spasme très fâcheux.
Les injections intra-veineuses doivent être répétées un plus
grand nombre de fois que dans les cas de leishmaniose limitée à
la peau, la forme muqueuse étant beaucoup plus rebelle au
traitement que la forme cutanée.
En résumé, le meilleur traitement actuel de la leishmaniose
américaine consiste à employer le tartre stibié simultanément
par la voie intra-veineuse et eu applications locales. Celles-ci
sont d’autant plus efficaces qu’elles atteignent plus rapidement
et plus énergiquement les Leishmania là où l’anatomie patholo¬
gique nous enseigne qu elles demeurent dans les ulcérations
cutanées et muqueuses.
Myxo-sarcome du bras chez un Bambara
Par Ch. GOMMES et H. de VALLANDÉ.
La question des tumeurs malignes est loin d’être éclaircie
aux colonies. Nombre de précis de Pathologie exotique déclarent
même que les tumeurs sont rares sous les Tropiques et surtout
en Afrique.
Sans compter les cas assez nombreux que nous avons rencon¬
trés dans la brousse et dont nous n’avons pu faire l’examen
histologique, il nous faut signaler un cas intéressant qui vient
de se présenter au dispensaire de Bamako.
Goivan Coulibaly, âgé de 37 ans, demeurant à N’Gombougou, cercle de
Bamako, se serait aperçu, il y a environ trois mois, de la présence d’un
« bouton » sur son bras. Ce « bouton » augmentant de volume assez rapi¬
dement, il rouvrit à diverses reprises avec un couteau rougi.
A son arrivée au dispensaire de Bamako, on constate au niveau de l'ex¬
trémité inférieure du bras droit, sur la région postéro-externe, immédia¬
tement au-dessus de l’articulation du coude, une tumeur du volume des
deux poings. Cette tumeur adhère à la peau ainsi qu’aux plans profonds,
gênant considérablement les mouvements de flexion et d’extension. Elle
présente à sa partie centrale un orifice d’environ 3 cm. de diamètre,
ancien point de pénétration du couteau rougi, par où s’écoule un pus ver¬
dâtre, fétide. Cet écoulement n’est pas très abondant. L’examen du pus
révèle une flore microbienne très riche en cocci et en bacilles prenant ou
ne prenant pas le Gram, sans filaments mycéliens.
Séance du 8 Novembre 1916
703
On procède à l’ablation de la tumeur. Kl le a un pédicule de consistance
osseuse qui la maintient adhérente à l'humérus Ce pédicule s’insinue à
travers les tendons sans que ceux-ci participent à la formation de la
tumeur. La cicatrisation se fait au bout de quelques jours et le membre
reprend sa mobilité normale.
Le poids total de la tumeur est de 1 kg. 275. A la coupe on constate
que la peau est épaissie, le tissu cellulaire sous cutané œdématié. La
tumeur est constituée par des sortes de nodosités de consistance plutôt
ferme, mais ne criant pas sous le couteau. La partie centrale de ces nodo¬
sités laisse s’écouler un liquide clair, gommeux.
L’examen microscopique pratiqué au niveau de différentes régions nous
montre que nous sommes en présence d’une tumeur complexe.
Nous voyons d’abord des amas de cellules allongées fusiformes, à mas¬
ses protoplasmiques s’enchevêtrant les unes les autres. Le plus grand
nombre de ces cellules est de petite dimension, d’autres sont plus allon¬
gées et semblent former des faisceaux isolant les premières. Leur noyau
est irrégulier, mais le plus souvent ovoïde, il se divise parfois en deux
masses nucléaires réunies par un pont de chromatine. Les filaments chro¬
matiques prennent fort bien les colorants. De nombreuses figures de mitose
se rencontrent ça et là. Ces cellules fusiformes, groupées en faisceaux,
forment des volutes, des tourbillons autour de lumières vasculaires, de
vaisseaux néoformés sans parois propres. Ces néoformations vasculaires
sont nombreuses, dans quelques-unes il y a des globules rouges et des
leucocytes. Les cellules conjonctives fusiformes constituent la zone sarco¬
mateuse de la tumeur, zone à cellules jeunes en pleine activité.
A côté on rencontre des zones constituées uniquement par des cellules
muqueuses, vastes cellules ramifiées, s’anastomosant souvent entre elles
et dont les prolongements protoplasmiques se noient dans la substance
interstitielle. Leur noyau ne présente pas de figure de mitose; certaines
de ces cellules ont des filaments nucléaires se colorant mal. On a l’impres¬
sion que ces cellules, .encerclées par la masse sarcomateuse, sont en voie
de dégénérescence. Cette partie delà tumeur est la portion myxomateuse .
La peau n’est pas atteinte par le processus sarcomateux, les diverses
assises épithéliales ne sont pas bouleversées. On ne trouve pas de cellules
osseuses et cartilagineuses.
E11 résumé, il s’agit d'un myxo-sarcome du bras développé
aux dépens des plans aponévrotiq ues.
*
* *•
Après la première intervention qui a eu lieu le 18 juillet 1916,
il s’est produit une récidive. Ua tumeur atteignant le volume
d’un poing on décide l'amputation du bras le 19 septembre
1916. Un des nouveaux noyaux sarcomateux, le plus volumi¬
neux, est ulcéré sur une surface de ro cm. de diamètre.
(Travail du laboratoire de Bamako ,
H a u t-Sën écjal-N iger) .
70 i
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Remarques sur l’évolution larvaire
de Theobaldia annulata (Schrank, 1776)
Par M. LANGEKON.
La larve de Theobaldia annulata est, à l’état de développement
complet, une des plus volumineuses parmi les larves des Cuti¬
cules d’Europe, aussi est-elle connue et décritedepuis longtemps.
Mais, depuis que les entomologistes américains ont commencé
à étudier systématiquement les larves des Moustiques, les des¬
criptions anciennes de cette larve se sont trouvées très incom¬
plètes.
Cette espèce est commune en France; nos observations, com¬
mencées depuis plusieurs années, ont été laites en Bretagne, à
Erquy (Côtes-du-Nord), où elle est abondante. On la rencontre
aussi bien dans les fossés et les mares des prairies, que dans
les réservoirs ou tonneaux des jardins. Dans ces derniers, elle
vit en société avec divers Cal ex et même avec Anopheles bifur-
catus , qui ne craint pas ces eaux chargées de débris de plantes.
Voici les éléments caractéristiques de la larve de Theobaldia
annulata :
La longueur totale , sans le siphon, est de 9 à 10 mm.
La tête est petite, tronquée, transversalement elliptique, peu
colorée.
Les antennes (fig. i) sont courtes et bien différentes de celles
des Culex s. str. ( C . pipiens ou C. geniculatus), elles se rapprochent
plutôt de celles des Stegomginæ. Leur couleur est brun clair;
les trois segments sont peu distincts ;la touffe latérale est maigre
et les soies terminales courtes. Ces dernières sont pourtant en
nombre normal, soit: deux au sommet du 2e segment et deux au
sommet du 3e, qui porte aussi la papille sensorielle.
Les soies épistomales (fig. 2) sont au nombre de 4 paires : deux
paires latérales fia bel I i formes, à 8 et 10 soies plumeuses, et deux
paires médjanes, la plus externe à deux soies et la plus interne
à fi soies.
La plague mentale { fig. 3) est haute, épaisse, fortement colorée
et pourvue de 29 à 3i dents courtes et larges.
Séance dij 8 Novembre i 9 1 (>
70 0
Les mandibules (fig. 4) sont armées d'une forte dent tricus-
pide très foncée et d une grande dent plus claire à six pointes
irrégulières.
En outre, la bouche possède des organes très caractéristiques,
qui, à ma connaissance, n’ont jamais été signalés. Il s'agit des
brosses adaptées au cannibalisme. On sait, en effet, que les larves
dites carnivores ou cannibales possèdent des brosses transfor¬
mées en organes de capture. Au lieu d'ètre formées de filaments
lisses, souples, rectilignes, elles sont constituées par des lames
chitineuses courbes, portant sur leur concavité des dents dis¬
posées comme celles d'un peigne (fig. 5).
Chez les larves cannibales déjà connues, et appartenant aux
genres Megarhimis , Toxorhynchites* Mucidus, Psorophora , Lutzia
et Culex (C. conçolor et C. tigripes ), les brosses sont couchées
latéralement, sous forme de touffes compactes d’appendices
cornés et pectinés. Chez Theobaldia annulata , les brosses sont
étalées en éventail et rétractiles, comme chez les autres Culex ,
mais formées en grande partie d éléments pectinés (fig. 5). Le
cannibalisme de ces larves est donc partiel ; il est facile à consta¬
ter, dans les élevages qui sont rapidement dévastés, si la nourri¬
ture n'est pas abondante.
Le peigne du 8e segment abdominal est formé d’environ 45 fortes
écailles, disposées à peu près en quatre rangées. Chaque écaille
(fig. 6) est formée d'une partie basilaire triangulaire, fortement
colorée en brun, pourvue latéralement de fortes épines, et d’une
portion distale, élargie en spatule, faiblement colorée et pourvue
de dents ou laciniures fines, molles, égales.
Le siphon est court, un peu renflé, à peu près trois fois aussi
long que large (1600 p. de long sur 700 g de large) ; il est par¬
couru par deuxgros tubes trachéens. Un double peigne très carac¬
téristique (fig. 7 et 8) s’étend sut une partie de sa longueur : il
comprend à la base une douzaine de petites dents bi- ou tricus-
pides, puis une vingtaine de longues soies simples. En outre, il y
a à la base, de chaque côté, une grosse touffe formée d’une dou¬
zaine de soies plumeuses. Indice si phonique =2, 5.
Le (je segment porte un anneau chitineux brun clair et com¬
plet; les papilles anales sont plus courtes que la totalité du
segment; la touffe ventrale est formée de 3 petits pinceaux anté¬
rieurs et d’un groupe postérieur de 17 pinceaux attachés à
706 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
une aire grillagée; la touffe dorsale est formée d’un épais pin
ceau et de deux forts poils très longs et rameux.
— Antenne.
— Soies épistomales.
— Plaque mentale.
— Dents mandibulaires.
— Brosses pectinées.
— Ecaille du peigne du 80 segment.
— Peigne du siphon .
— Dents du peigne du siphon.
— Ecailles du peigne du 8© segment, très jeune 1
— Peigne du siphon, très jeune larve.
arve.
Séance du 8 Novembre 1916
707
Ces caractères rapprochent d’une façon frappante les larves de
Theobaldia annulata des larves américaines de Th. absobrina ,
Th. incidens , Th. consobrina. Les excellentes figures de Th. abso¬
brina , données par Felt (i), coïncident, à quelques détails près,
avec la description que je viens de faire. Les figures de Mei-
nert (5), excellentes pour l'époque (1886), ne donnent qu’une idée
très imparfaite de ces caractères. Cependant Meinert avait bien
vu la forme des antennes, aussi s'explique-t-on difficilement
que Christophers (3), observateur si précis et si scrupuleux,
place la larve de Th. annulata à coté de celle de Ciilex fatigans
et lui attribue les mêmes caractères antennaires et siphoniques.
Il est vrai que Christophers ne paraît pas avoir eu en mains, pas
plus que Dyar et Knab (4), de larves de Th. annulata et il se base
sur une figure de Theobald (5). Or cette figure ne donne qu’une
silhouette générale imprécise, sans qu'il soit possible d’y trouver
aucun des caractères larvaires essentiels.
La description que je viens de donner est celle de la larve de
Th. annulata, après sa dernière mue. Mais, si on examine atten¬
tivement le produit des pêches effectuées dans les gîtes de ce
Moustique, on y trouve en grand nombre des larves de petite
taille, qui, à première vue, rappellent d’une façon frappante
l'aspect des larves de Stegomijia. La tête et le siphon sont forte¬
ment colorés en brun foncé ; la tête est petite et porte des
antennes d’un type rudimentaire, le siphon est gros et court, et
enfin les brosses buccales sont pectinées, caractère qui se
retrouve chez les larves de Stegornyia et qui ne paraît pas avoir
été signalé.
Ces larves sont si différentes des larves définitives de Th. annu¬
lata, que j’ai dû suivre attentivement des élevages, pour m’assu-
(1) E. P. Felt, Mosquitos or Culicidæ of New-York State. New- York State
Muséum y Bull. 79, Entomol. 22, 1904.*
(2) Fr. Meinert, De encephale Myg-gelarver. Sur les larves eucéphales des
Diptères. Danske videnskahcrne Selskahs S kr if ter, III, p. 3y3-4p3, pl. I-IV,
1886 ; cf. pl. I.
(3) S R. Christophers, On the importance of larval characters in the classi¬
fication of Mosquitoes . Scient, mem . by Officers rned . and saint départ, oj
India, new sériés, n» 25, 190G.
(4) Dyar et Knab, The larvæ of Culicidæ classified as independent orga¬
nisons. Journ . New-York entomol. Soc .,X1V , p . 169-230, pl. IV-XVI, 1906 ; cf.
p . 203 .
(5) F. V. Theobald, Monograph of the Culicidæ, III, p. i5o, fig . 81, a,
708
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rer cjue les unes dérivent bien des autres, par des mues succes¬
sives. Je n ai pu encore établir exactement le nombre de ces
mues, mais j'ai pu reconnaître trois stades :
i° Très jeunes larves , longues de 3 mm., à tête et siphon très
foncés. Le siphon, dont la structure est particulière, est orné de
deux peignes de 5-6 épines 4-5-dentées et de deux longs poils
simples (fig. 9) ce qui rappelle le peigne siphouique des Stego-
mgia. \J indice siphonique est = 2. Le peigne du 8e segment est
formé de 10- ii dents très allongées (fig. 10). Le 9e segment
porte, sur le quart de sa circonférence, une plaque chitineuse
foncée, et seulement 4 grands poils postérieurs. La tête porte
12 soies épistomales simples.
20 Jeunes larves , longues de 6 à 7 mm., à tête et siphon très
foncés, de structure très peu différente de celle des grandes
larves. Indice siphonique = 1,6 à 2.
3° Larves définitives , dont la tête et le siphon sont d’abord
très pâles, ce qui fait un étrange contraste avec le stade précé¬
dent. Ces organes deviennent peu à peu plus foncés, mais restent
toujours loin d’atteindre la coloration des deux premiers stades.
J’insiste sur ces transformations, car les jeunes larves de
Theobaldia annulata peuvent en imposer, à première vue, pour
des larves de Stegomyia et constituer une cause d’erreurs.
L’examen microscopique des caractères larvaires lèvera d’ail¬
leurs tous les doutes. En outre, Christophers (i) a décrit, dans
l’Inde, des formes larvaires dont les adultes n’étaient pas con¬
nus ou pas déterminés à cette époque (1906) et dont les carac¬
tères coïncident étonnamment avec ceux des jeunes larves de
Th. annulata. Il s'agissait peut être d’évolutions larvaires ana¬
logues.
Four résumer et justifier ces détails descriptifs, concluons
que la brièveté des antennes, la forme du siphon, le peigne
siphonique si remarquablement sétacé et le cannibalisme par¬
tiel, révélé par les brosses buccales pectinées, font du Theobal-
dia annulata et des espèces voisines ( 77/. incidens , Th. absobrina ,
Th. consobrina ), un groupe à part, bien distinct des véritables
Culexs. str et plus voisin des Megarh ininæ et des Stegomginæ.
(1) Loco cilato, pl. I, fig*. 6 ; pl. II, lig. 7-10 elpl. III, fig. 2.
Séance pu 8 Novembre 1916
TOU
Mémoires
Dysenterie bacillaire, dysenterie amibo-bacillaire
et diarrhée chronique en Cochinchine (i).
Par F. NOC.
La dysenterie bacillaire parait, à première vue, n'occuper
qu’une faible place dans la nosologie de la Cocliinchine. C’est
ainsi qu'en igi5, à l’Hôpital militaire de Saïgon, sur 2 19 entrées
pour dysenterie ou diarrhée, on note 17.3 entrées pour dysente¬
rie amibienne et rq entrées seulement pour dysenterie bacillaire
(diagnostics rectifiés), plus 2 y entrées pour diarrhée chronique.
Or, si I on tient compte de ce fait que, dans plusieurs cas de diar¬
rhée chronique, les seuls microbes isolés auxquels on puisse
accorder un caractère pathogène sont des bacilles du groupe
dysentérique (Flexner, Y de 11 iss, etc.) ; que d’autre part, les
diarrhées chroniques d’origine amibienne s’accompagnent sou¬
vent de la présence de bacilles dysentériques ou pseudodysenté¬
riques (V. les recherches de Denier) (2) : enfin qu’à maintes repri¬
ses se sont produites des poussées épidémiques de dysenterie
bacillaire grave à formé hémorragique (v. Observ. de Brau et
Huet) (3), on doit reconnaître que, vis-à-vis des troubles apportés
à la santé publique par Y Amibiase, de beaucoup les plus impor¬
tants et les plus répandus en Cochinchine, la morbidité par les
affections bacillaires du gros intestin n’est cependant pas négli¬
geable et le traitement de ces affections ainsi que celui des por¬
teurs de germes présente un certain intérêt.
Les quelques observations relatées ici concernent surtout,
l’étiologie et le traitement des formes aiguës de la dysenterie
bacillaire et des formes chroniques (diarrhée chronique simple
(1) Mémoire présenté à la séance du it octobre.
(2) Denier. Bull. Soc. Path. 1912, p. 363 et 468 ; 1913, p. l\i‘6 : 1916, p. 720.
(3) Brau. Ann. Hyg. Méd. Col., n° 3, U)i3: Huet, ibid., n° 3, U|i3.
Tin
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
à bacilles du type Flexner et voisins) et de /’ entéro-colite chroni¬
que ou diarrhée amibo-baciilaire.
1. — Dysenterie bacillaire
En 1914, j’ai eu recours à la sérothérapie seule pour le traite¬
ment de 26 dysentériques atteints pour la plupart des formes
aiguës de la dysenterie bacillaire (malades hospitalisés ou fonc¬
tionnaires des services extérieurs). Sur ces 26 personnes, 20 pré¬
sentaient des bacilles dysentériques seuls (type Shigaou Flexner,
ce dernier plus fréquent), 6 autres étaient atteintes de dysenterie
bacillaire avec association amibienne (type histolytica). Les bacil¬
les dysentériques ont été isolés soit à l’Hôpital militaire par
moi-même, soit à l’Institut Pasteur où le Dr Denier a déjà fourni
une statistique complète des types bacillaires isolés dans les
diverses maladies intestinales observées à Saïgon (1).
Il v a eu deux décès sur les amibo-bacillaires, undécèssur un
bacillaire non amibien ; les autres malades ont guéri.
Toutefois, dans les cas d’amibiase associée à la dysenterie
bacillaire, la sérothérapie n’a produit que des améliorations
passagères et les porteurs d’Amibes ont été rapatriés non guéris
ou convalescents.
Le traitement de la dysenterie bacillaire étant bien connu,
je ne rapporterai que quelques observations de cette dysenterie
qui présentent un intérêt particulier soit au point de vue clini¬
que, soit à celui du traitement spécifique.
En ce qui concerne la dysenterie amibo-baciilaire, il a été mis
en évidence récemment dans la zone des armées ( Ravaut (2),
Roussel, Brulé, Barat et Pierre- Marie) (3) qu’il 11e faut pas se
contenter de la recherche des bacilles dysentériques dans les cas
de dysenterie aiguë, mais poursuivre la recherche des Amibes et
se méfier des associations amibo-bacillaires. Ces faits sont bien
connus en Extrême-Orient où la greffe bacillaire se réalise fré¬
quemment sur un terrain amibiasique. Il faut donc des recher¬
ches cliniques et bactériologiques aussi complètes que possible.
Que l’affection soit bacillaire d’emblée ou amibienne et bacil-
laire secondairement, dans les deux cas, elle peut être très sévère
( 1 ) Denier. Bull. Soc. Path. Exot., 1916, p. 720 .
(2) Kavaut et Krolunitsky.. Soc Med. Hop., i5 oct. 191a.
(P>) Roussel, Brulé. Barat. Aodré Pierre-Marie. Soc . Méd . Hôp., 26 tév. 1916.
Séance du (S Novembre 1916
711
et amener la mort si le traitement par le sérum n’est pas com¬
mencé à haute dose dès le début de la maladie. Dès que les prélè¬
vements nécessaires ont été faits sur les selles , il faut donc injecter
le sérum antidysentérique aussitôt que possible, concurremment
avec l’émétine si la présence d’Amibes est constatée. A défaut de
sérum, il est bon de pratiquer une injection d’émétine sous-
cutanée et une injection intramusculaire de Bacilles chauffés à
5i° [i/4 cm1 2 3 d’une émulsion 1/20 (\ tube gélose pour 20 cm3 de
solution physiologique)] (1).
Mais dans les cas graves (selles fréquentes, fièvre, pouls rapide,
faiblesse), le traitement par le sérum sera fait à haute dose
(80 cm3 le premier jour), indépendamment des stimulants du
système nerveux. Naturellement, les enveloppements chauds
du ventre, l’immobilisation, les toni-cardiaques, le sérum de
Hayem sont de grande utilité. De même l’usage du sulfate de
soude et du semencontra si l’on soupçonne une association de
lombricose.
Dans les formes sévères, l’infection dysentérique s’est généra¬
lisée rapidement à tout le gros intestin y créant, surtout dans le
cæcum et le colon, une vaste surface ulcérée, toxigène, à grands
placards hémorragiques ou diphtéroïdes, occupant toute la lar¬
geur de l’anse intestinale. Une congestion intense du mésentère
avec teinte hortensia, accompagne ces ulcérations à l’autopsie.
Les ganglions mésentériques sont hypertrophiés, le foie est
comme lavé et présente de la dégénérescence granulo-graisseuse.
Ces lésions ne diffèrent pas essentiellement des lésionsde la dysen¬
terie bacillaire observées dans les pays tempérés et décrites dans
l'excellente monographie de Ch. Dopter (2).
Dans la dysenterie bacillaire greffée sur l’amibiase chronique,
on constate toutefois un épaississement plus marqué du gros
intestin, surtout au niveau du cæcum, et la présence d’Amibes
dans les parois, ayant résisté,, aux traitements émétinés et créé
des loci minus résistant i;e à l’infection bacillaire.
Il y a, à Saïgon, des formes moyennes de dysenterie à type
Shiga comme à type Flexner qui guérissent rapidement avce
peu de sérum. Mais rien n’en indique au début le pronostic.
(1) Noc. Bal/. Soc. Médico-Chir. Judo-Chine, n° 0, 9 mai 191s.
(2) Ch. Dopter. Anat. Path. des dysenteries. Arch. Méd. Expér. et Anal.
Path., mai-juil let-scptembre 1907.
712
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La rapidité du pouls donnée par Rencurel (i) comme un signe
de valeur dans le diagnostic de la dysenterie bacillaire, est un
symptôme qui se retrouve toutes les fois que les évacuations
sont fréquentes, .le l’ai observé dans des dysenteries amibiennes
pures à 20 et 3o selles par jour. Il ne peut servir au pronostic
qu’associé aux autres symptômes.
La dysenterie bacillaire se termine plus franchement que les
formes amibo-bacillaires quand le traitement spécifique a été
suivi. Dans une de mes observations, le malade (médecin), après
avoir présenté de la dysenterie amibienne aiguë avec rares colo¬
nies de Flexner sur gélose lactosée, a été pris de diarrhée chro¬
nique, avec mucosités rares, et présence de Bacilles type Flexner.
Il a guéri, à la suite cl injections répétées de sérum antidysenté¬
rique. cette diarrhée, malgré l’apparition de larves d’AnguilJules,
celles-ci peut-être en rapport avec le régime de crèmes de fécules,
de farineux, auxquels s’était réduit le malade. Néanmoins l’ami¬
biase a persisté, latente, puisqu'un an après, notre camarade cons¬
tatait encore l'apparition brusque de mucosités sanguinolentes,
malgré les précautions minutieuses d'un régime quasi-stérilisé.
Quelquefois les phénomènes fébriles persistent longtemps
après les injections répétées de sérum antidysentérique. Si les
selles sont améliorées, si le foie n’est pas douloureux (spontané¬
ment ou à la pression), ccs symptômes fébriles peuvent se rappor¬
ter à des accidents sériques ou au paludisme. D’ailleurs les exa¬
mens de sang doivent suivre les malades et le traitement
antidysentérique ne doit pas empêcher l'usage de la quinine
préventive.
La dysenterie bacillaire peut aussi revêtir des aspects un peu
différents, à cause de I association de troubles variés.
Chez l'alcoolique, cas malheureusement trop fréquent, il faut
pressentir des troubles généraux plus rapides. Chez l'un de nos
malades, porteur d'A nguillu les, d'Amibeset de Bacilles Flexner,
la mort est survenue à cause de l'ancienneté de l'infection sur
un sujet aux organes sclérosés par l’abus des boissons alcooli¬
ques. Cette observation a été publiée dans une note précé¬
dente (2).
Dans un cas compliqué de stomatite uicéro-membraneuse, il y
(1) Rencurel. Bull . Soc. Med. Chic. Indo-Chine , 1 4 juillet 1915.
(2) Bull. Soc. Pat h. Exot ., n<> 4> 1910, p. 2i4-
Séance du 8 Novembre 1916
713
a eu pendant la convalescence apparition de troubles mentaux
(mélancolie suivie de guérison : obs. 23). Ici l'alcoolisme n était
pas en jeu, mais une association infectieuse de la bouche chez
une femme prédisposée (délire toxi-infectieux).
Mme S..., 32 ans. A présenté une débâcle diarrhéique brusque le 24 sept,
avec fièvre : M. 38° ; S. 40°3.
La diarrhée est dysentériforme, les selles sont fréquentes, toutes les
heures. Le traitement à l'émétine fut commencé le même jour.
La température le lendemain 26 était : M, 38°8 ; S. 38° t .
La malade est alors envoyée à l’hôpital où l'on constate un état très
saburral des voies digestives supérieures, avec de l’angine.
Le ventre est un peu douloureux à la pression, dans la région cæcale
principalement. Le pharynx esl rouge, et des plaques blanchâtres se des¬
sinent sur le voile du palais. Pouls à 112, régulier.
Les selles sont envoyées à. l’analyse qui révèle de nombreuses Amibes
immobiles, des cellules épithéliales cylindriques, des leucocytes très nom¬
breux et quelques colonies de IL dysentérique (type Y de Hiss, Institut
Pasteur de Saïgon).
Par mesure de prudence, en attendant ces résultats, on fait une injec¬
tion de sérum antidysentérique : 10 cm3. La température descend à 37° 1 .
Le traitement à l’émétine est continué : 0,06 cg. par jour pendant 4 jours.
Les selles tombent à 12 pour 24 h., toujours sanguinolentes. 11 y a de
l’agitation nocturne, de l'insomnie.
28 sept. La stomatite et l’angine sont nettement ulcéro-membraneuses et
les frottis de mucus amygdalien révèlent de nombreux spirochètes et bacil¬
les fusiformes. Traitement local au salicvlate de soude.
29 sept. L’excitation de la nuit persiste, la malade présente un état mar¬
qué d’anxiété. Elle déclare que son mari veut la jeter parla fenêtre. Bains
tièdes, glace sur la tête. Bromure. Pouls à 136. T. M. 38°5. T. S. 39°9.
20 sept. Excitation nocturne moins marquée. Pouls à 144. Selles invo¬
lontaires, fécaloïdes. Mutisme. T. M. 39°8; ï. S. 40°.
7er octobre. Une vingtaine de selles involontaires. T. M. 39". Pouls à 132.
T. S. 38°.
2 oct. Pouls à 128.
Formule leucocytaire (29 sept.): P. N. 79.3 0/0; (i. M. 1 0/0: Moy. 2.3:
Pet. 17 0/0; Eos. 0.
Sérodiagnostic négatif pour typh. et paratyph. A et B.
Urines : Pas de sucre. Pas d’albumine.
.7 oct. Pas d’œuf de ver dans les selles. Pas d’Amibés.
La température se maintient aux environs de 38-39.
Agitation permanente. Quelques moments de lucidité. Les selles,
pâteuses, sont encore involontaires.
i oct. 3 selles pâteuses. Insommie. Pouls à 112.
Ô oct. 1 selle moulée. Mutisme persistant. Refuse les soins corporels.
Sommeil.
Les selles renferment encore des kystes d'Amibes.
Mutisme jusqu’au 10 oct. Le 10, la malade a prononcé quelques mots
dans la journée.
12 oct. Eruption sérique urticarienne. Amélioration de l’état mental.
Commence à s’intéresser à ce qui l’entoure.
714
Bulletin DE la Société de Pathologie exotique
15 oct. Sommeil. Traitée par le laudanum et l’élixir de Garus.
21 oct. Etat général meilleur. Selles encore parfois involontaires.
27 oct. La malade fait plusieurs promenades, mais avec le secours de
l’infirmière. Ne s’habille pas seule. N’a plus de selles involontaires. Con¬
sent à parler. Etat mélancolique persistant.
4 nov. Idées tristes. A cherché à plusieurs reprises à se jeter par la
fenêtre. Surveillance nécessaire.
12 nov. Encore quelques idées dépressives. Pas d’hallucination.
19 nov. Ne présente plus que des tendances mélancoliques. Les idées
de suicide deviennent rares, cependant la tendance dépressive a des
retours irréguliers. Menstruation normale.'
Poids, 42 kg.
23 nov. Sort quelques heures par jour sous la surveillance et la respon¬
sabilité de la famille depuis plusieurs semaines.
Lestera 8 jours au minimum à domicile.
Exeat le 25 nov. Sort le 26. La malade est venue nous voir plusieurs
mois après, complètement rétablie. N’a pas eu de rechute de dysenterie.
Chez ies enfants, la dysenterie bacillaire est souvent méconnue
et confondue avec certaines formes de gastro-entérite. Comme
la contagiosité de cette dysenterie est chose plus facile encore
chez l’enfant que chez l’adulte, il importe d’attirer l’attention
des médecins sur la nécessité des examens bactériologiques
dans ces entérites infantiles dont la gravité est fréquente.
J'ai vu se produire à l’hôpital, entre deux enfants en bas âge
portés par leur mère, un cas de contagion avec augmentation de
la gravité de l’affection chez le deuxième enfant, qui indique
précisément la nécessité du gélo-diagnostic dans les entérites
i nfantiles.
Enfant I). , 2 ans, accompagne sa mère à l’hôpital, le 10 nov. 1915.11
présente soudainement de la dysenterie avec épreintes.
13 nov. 12 selles mucosanguinolentes.
La recherche des bacilles dysentériques pratiquée tardivement reste
négative, mais les mucosités renferment de nombreux polynucléaires et
ne présentent pas cT Amibes. T. 39°3.
Une injection de sérum antidysentérique de 10 cm3 amène la disparition
des épreintes et l’apparition de selles fécaloïdes avec persistance de la
diarrhée pendant quelques jours.
Mais le surlendemain, le 15 nov , le frère de cette enfant, âgé de 9 mois,
a été pris également de symptômes dysentériques avec épreintes doulou¬
reuses, fièvre, etc.
L’examen des selles révèle cette fois de nombreuses colonies de B. dysen¬
tériques (type Elexner presque à l’état de pureté, gélo diagnostic).
15 nov Inj. de sérum antidysentérique 5 cm3. Selles fréquentes, muco-
sanglantes pendant la nuit.
16 nov. 8 cm3 sérum. 3 selles dont une fécaloïde.
17 nov. 4 selles.
18 nov. 5 selles avec mucosités pyoïdes.
Séance du 8 Novembre 1916
715
t9 nov. Potion au chlorure de calcium. 10 selles mucosangainolentes.
20 nov. 8 cm3 sérum. 6 selles bilieuses, avec amas de mucosités puri-
formes.
21 nov. 5 selles mucosanglantes.
L’amélioration se prononce les jours suivants jusqu’au 27 où il n'y a
plus qu’une selle pâteuse.
Chez les enfants, lorsqu il y a lieu de répéter les injections de
sérum, j’ai été conduit, en vue de diminuer la possibilité des
accidents sériques, à donner le sérum antidysentérique en lave¬
ments.
Le sérum est d'abord injecté sous la peau, puis le deuxième
jour la même dose (ro ou 20 cm3) est portée dans le rectum avec
60 cm3 d'eau stérilisée ; on maintient un tampon d’ouate à l’anus
et on relève les jambes de l’enfant jusqu’à ce que tout soit
absorbé (environ 20 m.). Si le lavement n est pas gardé, on
continuera les injections sous-cutanées. On sait d’ailleurs qu’il
n’y a aucun danger sérieux d'anaphylaxie avec les injections
sous-cutanées de sérum et les rapports récents de L. Martin et
de Netter sur cette question ont montré combien les accidents
étaient rares. Néanmoins l’utilité des lavements de sérum anti¬
dysentérique chez les petits enfants n’échappera à personne: il
y a intérêt à ménager la sensibilité des tout petits qu'effrayent
les piqûres multiples; de plus, le lavage du gros intestin par le
sérum contribue à la destruction des germes qui sont éliminés
pendant plusieurs jours et s’oppose au retour de la maladie
sous forme de diarrhée chronique. Dans deux cas ainsi traités
je n ai observé aucun accident sérique.
11.
Diarrhée chronioue.
En 1916, dès que l’origine bacillaire de certaines formes de
diarrhée chronique m’apparut évidente, j’ai eu recours à la vacci-
nothérapie combinée à la sérothérapie. Cette méthode a permis
d’abord d’économiser le sérum. A la portée des laboratoires les
plus modestes, elle a semblé d’application facile et sans incon¬
vénient. Elle a été appliquée surtout aux formes chroniques,
les formes aiguës ayant diminué de fréquence en 1916. Dans
certains cas, chez les porteurs d’helminthes., par exemple, elle
a servi à préciser l’étiologie de la diarrhée, tant s’est montrée
rapide Faction d’une faible quantité de microbes tués. Enfin
716
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l'efficacité du vaccin est plus prolongée que celle du sérum
antidysentérique.
Je rappelle qu’il s’agit d’émulsions de cultures jeunes de
bacilles dysentériques sur tube de gélose peptone de 18 mm.de
diamètre diluées dans 20 cm1 2 3 d’eau physiologique et chauffées
une heure à 5i° ( r).
Depuis quelques mois, m’inspirant des observations de Le Moj-
gnig et Pin o y (2) sur les lipo-vaccins, j’utilise des émulsions
huileuses (huile d’amandes douces lavée à l'alcool et stérilisée).
V '
Ces émulsions sont tout à fait indolores en injections sous-cuta¬
nées et leur action prolongée se montre efficace dans le traite¬
ment des affections bacillaires du gros intestin.
Par cette méthode mixte, ou par le vaccin seul, 58 cas ont été
traités, pour la plupart à l'Hôpital militaire de Saïgon. Dans
44 cas, il y avait diarrhée amibo-bacillaire. II s’agissait d'ami-
biasiques porteurs de bacilles : 22 ont été améliorés à la suite
des injections de vaccin; chez les autres, l’amélioration n’a pas
été notée. Dans la plupart des cas, l’amibiase a continué à évo-
luerselon les circonstances particulières à chaque malade.
Dans i4 cas de diarrhée bacillaire simple, il y a eu 12 guéri¬
sons à la suite des injections de vaccin, un rapatriement, un
décès (ce dernier relevant d’une affection rénale suivie d’urémie
et d’origine syphilitique démontrée).
1. — Observation de diarrhée chronique bacillaire simple.
N. L. B. Agent Douanes et régies, 47 ans.
Nombreux séjours en Indo-Chine: Tonkin 7 ans, Cambodge J ans, Saïgon
8 ans
Atteint de diarrhée chronique depuis 1913 Entré à l’hôpital en 1914
pour ce motif : 5 selles, 6 selles par jour. Traité au thymol sans résultats.
L’examen microscopique n’avait pas révélé de parasites, ni Amibes, ni
œuf de ver. Quelques llagellés et de petites Amibes indéterminées (3).
Traité au thymol, au calomel, sorti le 30 décembre 1914 avec 2 selles
pâteuses tous les jours. Poids 48 kg.
Nouvelle entrée le 27 mars 1915 pour diarrhée chronique.
Le sujet est très amaigri ; poids 42 kg. 800. Dans les 24 h., il y a
4 selles purée de pois, bilieuses, avec des mucosités blanchâtres dissémi¬
nées. La paroi abdominale est amincie, on perçoit avec facilité à la palpa¬
tion les anses intestinales rétrécies et comme cordées. La langue est
dépouillée de son épithélium, très rouge, comme vernie.
(1) Bull. Soc. Méd. Chic. Indo-Chine, n° 6,9 mai 1916 et 1108, 12 sept. 191a.
(2) Le Moignic et Pinoy. G . II. Soc. Biol 4 mars 1916.
(3) Il s'agissait vraisemblablement d’Amibes du type Umax , que bon voit
quelquefois se multiplier dans les selles en dehors de l’organisme.
Séance du 8 Novembre 1916
717
Le foief et la rate paraissent diminués de volume. Traces de bronchite.
Diurèse normale. Les urines renferment cependant des traces d’albumine.
Les chlorures ne sont pas diminués.
Les selles renferment des amas de leucocytes 1res abondantes. Un y découvre
des colonies de Bacilles dysentériques (du type Flexner) . Pas d’Amibes.
Formule leucocytaire :
Polynucléaires neutrophiles . . . 81.5 0/0
Grands mononucléaires .... 3.
Moyens . . 4.
Petits . 7 .
Eosinophiles .... . . 4.5
Le séro diagnostic est nettement positif pour le Flexner au 100e. On
applique le traitement suivant :
28 mars. 10 selles liquides. 1/4 cm3 vaccin anti-Flexner(microbes chauf.
à 51°) intramusculaire.
29 mars. 4 selles plus pâteuses. 200 g. sérum de Hayem. Régime : œufs
coque, purée jaunes d’œufs, lait, bouillon, eau de Vichy et eau de chaux.
20 mars. 5 selles.
31 mars. 1/4 cm3 vaccin mixte. 200 cm3 sérum de llayem. Lavage intes¬
tinal à l’eau bouillie 1 litre. 6 selles. Théobromine I g.
2 avril. 5 cm3 sérum antidysenlérique. 3 selles plus pâteuses. Nouvel
examen : pas de parasite intestinal.
7 avril. 1/4 cm3 vaccin antidysentérique mixte. Sérum de llayem. 3 selles
dans les 24 heures, pâteuses. Le malade se sent beaucoup mieux.
8 avril. 4 selles.
9 avril. 3 selles.
!0 avril. 3 selles.
11 avril. 3 selles, avec parties moulées Urines : traces d’albumine, le
taux des chlorures n’a pas varié : 7 g. 15 par litre.
15-16 avril. Selles : mucosités peu abondantes, leucocytes, 1/4 vaccin
antidysentérique. Le malade prend de la cervelle, des œufs au plat, des
purées, de la viande grillée. 2 selles pâteuses.
17 avril. 3 selles pâteuses. Poids 44 kg. 900.
Même état jusqu’au 26. 2 selles par jour avec des parties moulées.
26 avril. 1/4 cm3 vaccin mixte (inj . n° G). Le malade est mis exeat le
lor mai pour être rapatrié : il quitte la colonie le 5 mai.
II. — Observation de diarrhée bacillaire survenue un an
après une dysenterie amibienne .
J..., soldat Inf. Col. 22 ans. Arriver dans la colonie en mars 1914. Entre
à l’ambulance du Cap avec de la dysenterie et de la fièvre (39°6) le
27 juin. Evacué sur 1 hôpital de Saigon le 3 juillet 1914 après 5 jours
de maladie.
i juillet. 18 selles liquides bilieuses avec mucosités sanguinolentes,
montrant des Amibes immobiles et de nombreux leucocytes. Reçoit dès
son entrée par mesure de précaution 40 cm3 de sérum antidysentérique.
L’examen des selles pratiqué à l'Institut Pasteur ne révèle pas de Bacille
dysentérique. Le ventre est tendu et douloureux.
5 juillet. G cg chlor. d’émétine ; 30 cm"
15 selles bilieuses, légèrement sanguinolentes.
/v •
sérum antidysentérique .
Pas de fièvre.
48
718
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
(j juillet. 13 selles liquides bilieuses, 6cg. émétine ; 30 cm3 sérum anti-
dysentérique.
7 juillet. M. P. 12 selles liquides.
8 juillet. M. P. 7 selles liquides
9 juillet. 10 cm3 sérum matin et soir. 20 selles mucobilieuses.
Reçoit au total jusqu’au 14 juillet 7 injections d’émétine à 6 cg. et
26 cm* de sérum antidysentérique.
L’état intestinal ne s’améliore que lentement. Le malade a toujours 7 ou
8 selles liquides par jour jusqu’au 18 juillet. Sérodiagnostic négatif pour
le bacille typhique.
18 juillet. 3 selles pâteuses.
19 juillet. 2 selles pâteuses avec véritable leucocytorrhée. Pas d’Amibes.
Une nouvelle série d’injections d’émétine est pratiquée du 23 juillet au
29 juillet (36 cg. en 6 jours).
Le malade s’améliore de jour en jour. Le régime devient plus substantiel.
Pas de kystes d’Amibe.
/er septembre. Pas de kystes d’Amibe.
18 septembre. Pas de kystes. Cependant les selles redeviennent pâteuses
de temps en temps.
Sort en bon état le 4 octobre.
Le sujet est syphilitique. Il fait une rentrée le 7 novembre pour gomme
du testicule qui s ulcère et qui guérit sous l’influence du traitement. 11 sort
guéri le 16 janvier 1915.
Une petite fistule s’est formée ensuite qui nécessite une incision. Les
accidents sont guéris le 15 juin.
Nouvelle entrée le 27 juin pour dysenterie. Le malade , qui nia pas cessé
d'avoir des selles pâteuses, présente brusquement 1 i selles mucobilieuses
avec amas de mucosités blanchâtres. Le ventre est plutôt amaigri , indolore.
On ne trouve dans les selles ni Amibes ni œufs de ver, mais des colonies de
Bac. dysentérique (type Y de U iss, Inst. Pasteur).
Ier juin. 3 selles pâteuses bilieuses.
2 juin. 1/4 cm3 vaccin antidysentérique.
•7 juin. 1 selle pâteuse.
6 juin. 1 selle après lavement.
Régime : oeufs, purée, viande grillée, pain, lait.
7 juin. 1/2 cm3 vaccin antidysentérique. 2 selles pâteuses.
1 1 juin. 1 selle moulée.
! 6 juin. 1/2 cm3 vaccin mixte. Une selle pâteuse.
Supporte bien le régime ordinaire. Portion entière à partir du 24 juin.
Sort guéri le 27 juin.
Dans l’observation qui précède et dans les suivantes, je n'en¬
visage que 1 action bienfaisante de la bactériothérapie, soit par
ses effets stimulants ou opsonisants, soit par la production d’an¬
ticorps spécifiques et je réserve mon opinion sur le caractère
pathogène des Bacilles dysentériques ou pseudo-dysentériques
dans chaque cas particulier : pour chacun en effet, une étude
minutieuse des germes isolés serait nécessaire. Mais l’augmen¬
tation de leur virulence à certains moments (dysenteries surai-
Séance du 8 Novembre i g i 6
719
guës) et la réceptivité des terrains amibiasiques vis-à-vis d’eux
justifie d’ores et déjà ces essais de bactériothérapie.
111. — Observation de greffe bacillaire (B. dysentérique type
Saigon) dans li amibiase chronique.
M. C. Soldat lnf. Col., 21 ans. en Cochinchine depuis mai 1914, entre à
l'hôpital le 24 octobre pour dysenterie, 30 à 40 selles par jour, 4 jours
après le début.
II est traité aussitôt à l’émétine, 0,06 c g. par jour pendant 3 jours. Pré¬
sence d’Amibes dysentériques dans les selles ; pas de Bacille dysentéri¬
que, pas d’œuf de ver. L’état général est^bon, le ventre indolore. 11 se
rétablit au bout de quelques jours.
Formule leucocytaire :
Polynucléaires neutrophiles .... 58.5 0/0
Grands mononucléaires . 1.5
Moyens . 4.5
Petits . 27.
Eosinophiles . 8.5
29 octobre. Pas de kystes d’Amibes dans les selles.
Il reçoit encore deux injections d’émétine à 0,06 cg., le 9 et le 10 novem¬
bre, deux lavages intestinaux et sort en bon état de santé le 18.
Envoyé au poste de Poulo-Condore, il a des rechutes de dysenterie et
revient à l’hôpital le 1er avril 1915.
A chacune de ses rechutes, il y a en un léger mouvement fébrile,
38°, 38°5 : A ce moment le cæcum, épaissi, est douloureux ainsi que le
cul-de-sac rétro- vésical. Foie non augmenté de volume Pas de réaction de
défense de la paroi. Cette dernière rechute guérit encore après trois injec¬
tions d’émétine. Le cæcum est plus souple, la douleur disparaît. Cepen¬
dant les selles renferment de nombreuses Amibes immobiles et des colo¬
nies de Bacilles dysentériques. Le séro-diagnostic est négatif pour les types
Shiga et Flexner, la formule sanguine est :
Polynucléaires neutrophiles .... 73 0/0
Grands mononucléaires . 8.5
Moyens . 5.
Petits . . 9.5
Eosinophiles . . 4.
Les selles restent pâteuses. Le 12 avril, on y retrouve des kystes d’Ami¬
bes et des Amibes peu mobiles (stade minuta).
Le malade reçoit des lavages à Fin fusion de simarouba et alternative¬
ment des injections d’émétine à 0,04 cg. et des injections de vaccin anti¬
dysentérique mixte. Il continue lusage de la quinine préventive. Après la
deuxième injection de vaccin, les selles redeviennent moulées. Le malade
reprend le régime ordinaire. Il sort le 23 mai porteur de kystes dl Amibes
nombreux , malgré une nouvelle série émétinée (3 injections à 0,04 cg.)
Récidive le 1er juin avec une quinzaine de selles à nombreuses Amibes
mobiles. Le pouls est large, régulier, à 80. Le gros intestin est légèrement
contracturé. Il y a 30 selles le 13 juin, avec coliques, sueurs et insomnie.
Nouveau traitement émétiné, sérum de Hayem, élixir parégorique,
lavages boratés, compresses landanisées.
720
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Une nouvelle analyse pratiquée par l’Institut Pasteur ne révèle pas de
Bacille dysentérique.
Analyse du 29 juin : Pas de kyste d’Amibe.
Analyse du 2 juillet : Pas de kyste d’Amibe.
Analyse du 11 juillet : Pas de kyste d’Amibe.
Sort le 15 juillet.
Nouvelle poussée de diarrhée bilieuse le 30 juillet. Il s’agit d’un homme
qui se livre fréquemment à des excès. L’analyse de l’Institut Pasteur
révèle un Bacille du type Saigon qui accompagne les Amibes cette fois.
Cependant le sujet ne présentant qu’une selle pâteuse moulée par jour
reprend son service.
Le *7/ octobre , coliques violentes, diarrhée avec mucosités sanguino¬
lentes, 12 selles par jour. Nouveau traitement émétiné : 5 injections à 0,04 cg.,
des lavages thymolés et traitement par le vaccin antidysentérique :
4 nov. 1 4 cm3 intramusculaire
9 — 1/2 —
15 — 1/4 —
19 - 1/4 —
24 — 1/2 —
Les selles deviennent moulées à partir du 17 et le bon état se maintient
jusqu’au 1er décembre. Le dernier examen du 14 décembre ne relève plus
de kystes. Le malade n'a pas été revu depuis.
IV. — Observation de polyparasitisme intestinal chez un porteur
de Bacilles dysentériques.
Del. T., 36 ans, IIe Rég. Inf. col., évacué du Cap Saint-Jacques sur l’hô¬
pital de Saigon, pour « fièvre et anémie palustre, sujet très anémié,
amaigri, 54 mois de séjour, à rapatrier».
En réalité ce malade présente une diarrhée discrète se bornant à 2 ou
3 selles par jour avec des périodes de rémission intercalée. Son poids est
de 62 kir. L’anémie est caractérisée comme su i I
O
Hémoglobine.
Globules rouges.
Globules blancs.
60 à 65 0/0
3.743.000 p. mm3
8 . 000
Formule leucocytaire :
Polynucléaires neutrophiles .
Grands mononucléaires
Moyens .
Petits .
Eosinophiles .
57.5 0/0
12
v
5
La rate est percutable. Le foie, plutôt diminué de volume. Pas de fièvre.
Les selles renferment des larves d’Anguillules, des Trichomonas, des Lam-
blies, des Blastocystis et des Amibes immobiles accompagnées de kystes
volumineux (20 à 25 a). Rares colonies de Bacilles dysentériques sur
gélose lactosée tournesolée. Dans une deuxième analyse du 10 février, on
observe des œufs de Trichocéphale rares, des Amibes à gros kystes de 25 jj.,
à huit noyaux (A. colt ), des Lainblies, des Prowazekia Weinbergi , des
Blastocystis.
Séance du 8 Novembre i 9 1 0
721
Malgré le traitement à l’émétine, les selles sont tantôt pâteuses tantôt
liquides. Un traitement mixte est institué :
Emétine en injections intraveineuses.
Semen contra, 8 g. par jour, contre les Anguillules.
Lavages thymolés contre les Trichocéphales.
Novarsénobenzol en injections intraveineuses.
On voit disparaître rapidement les larves d’Anguillules et les Amibes,
mais les selles restent tantôt pâteuses, tantôt moulées, tantôt liquides jus¬
qu’au 7 mars.
3 mars. ... 1/4 cm3 vaccin antidysentérique, mixte
7 mars. 1/4 —
21 mars. 1/2 —
A partir de cette date, les selles sont restées moulées jusqu’au 7 avril,
date à laquelle le malade a été rapatrié. Le poids était remonté à 63 kg. 500,
l’hémoglobine à 70-75 p 100 ; globules rouges, 4.991.000, globules blancs,
6.700. Les larves d’Anguillules sont présentes de nouveau dans les selles
et cependant ce n’est qu’à la période de vaccination antidysentérique
qu’une amélioration évidente de l’état général et de l’état intestinal s’est
produite, indépendamment des effets utiles des médications antérieures
dirigées contre le polyparasitisme !
D’une manière générale, on n'a pas noté de prédilection des
Bacilles dysentériques pour l'association amibienne à Lôschia
dysentenœ ou pour L. coli. Cette dernière espèce amibienne est
de beaucoup moins fréquente que l'Amibe dysentérique. On l’a
observée une douzaine de fois au cours de deux années d’exa¬
men sur 2.328 examens de selles diarrhéiques ou dysentériques.
Il est probable que L. coli a été confondue dans certains cas
aux pays chauds avec les stades peu mobiles de l’Amibe dysen¬
térique. Dans les 12 cas notés à Saigon, L. coli était nettement
caractérisée.
Chez un malade (obs. E.) atteint de dysenterie chronique à
Amibes (stades minuta et tetragena) avec séro-diagnostic positif
pour le Flexner, la guérison des symptômes a été obtenue par le
régime, plusieurs séries de traitement à l'émétine et par des
injections de vaccin antidyseqtériq ue et des injections répétées
de sérum de Hayem. Cette guérison se maintient un an après le
traitement qui dura un mois.
Dans un autre cas d’affection mixte (Amibes et Bacilles
type Y de Hiss) traitée dès le début par l’émétine, puis par un
auto-vaccin, la guérison fut obtenue en i5 jours (obs. M.).
On observe assez souvent à Saïgon des Bacilles pseudo-dysen¬
tériques que quelques caractères rapprochent du B. col/ corn -
munis et dont la présence, lorsqu'ils sont très abondants, est
722
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
une indication à l’emploi des auto-vaccins en vue du traite¬
ment.
Dans un cas d’association de Trichomonas intestinalis , dans
les mucosités, aux Amibes et aux Bacilles (Flexner), les Tricho¬
monas ont disparu à la suite de lavages au borate de soude à
dose croissante (5 g., 10 g., 20 g., pour 1000)
En somme, d’après les observations les plus caractérisées?
dans certains cas de diarrhée chronique, l’amibiase ne joue pas
seule le rôle capital : il s'agit de dysenterie chronique amibo-
bacillaire , d' enter o-colite chronique. Il peut y avoir, dans ces cas,
association d’Anguillules ou d’autres Helminthes. Cependant le
parasite dont l’activité prédomine est V Amibe dysentérique (st.
minuta et tetragena).
En dehors des poussées dysentériques, cette diarrhée amibo-
bacillaire n’affecte pas une allure bien spéciale. Les Amibes
ne présentent d’ailleurs pas d’affinité particulière pour les
bacilles dysentériques. Sur les préparations à l'hématoxyline
ferrique renfermant des Amibes aux stades histolytica ou
minuta , on décèle dans ces protozoaires soit des Bacilles fins,
soit des Diplocoques, soit même de longs filaments volumi¬
neux qu enferment plusieurs vacuoles contiguës : une telle
variété dans l’alimentation de l’Amibe, qui comporte également
l’ingestion de globules rouges, 11e permet aucune affirmation
en ce qui concerne les Bacilles dysentériques. Les Amibes se
nourrissent aussi probablement des substances colloïdales du
plasma. Dans la lumière de l’intestin, elles se montrent peu
difficilessur lechoix de leur ingestion. C’est ainsi que j’ai constaté'
dans une Amibe dysentérique la présence d’un kyste de
Lamblia facilement reconnaissable. Récemment le Dr Saujeon
observait au laboratoire, dans une préparation riche en Prowa-
zekia, un de ces flagellés englobé par une Amibe et encore
mobile dans une vacuole.
Dans l’étiologie de l’association amibo-bacillaire, on ne peut
donc invoquer une symbiose spéciale. On peut seulement affir¬
mer que les ulcérations de l’amibiase favorisent la multiplica¬
tion des Bacilles dysentériques ou pseudo-dysentériques ingérés
en même temps que les kystes, de même que toute lésion con¬
gestive de la muqueuse d’origine microbienne ou helminthia-
sique peut favoriser la multiplication des Amibes.
Dans d’autres formes, la diarrhée apparaît après un court
»
Séance du 8 Novembre 19 1 G
723
épisode amibien, la greffe bacillaire prédomine et les analyses
ne révèlent plus que des Bacilles, c’est la diarrhée chronique
simple.
Dans 1 un et dans l’autre cas, le tableau final, si la maladie
n est pas traitée convenablement, est celui de la diarrhée de
Gochinchine. Mais ici les lésions du foie (cirrhose atrophique)
et même du rein s’ajoutent inévitablement à celles de l’intestin
et l’infection amibo-bacillaire peut être guérie, mais lentéro-
colite chronique persister avec acholie, digestion incomplète des
matières grasses, des féculents, et troubles cachectiques.
Le sprue véritable, décrit par Van der Burg (i) et par
P. Manson (2), s’observe rarement. Dans une observation récente,
une amélioration rapide a suivi les injections de sérum et de
vaccin; les aphtes buccaux dont l’apparition alternait réguliè¬
rement avec les crises de diarrhée ont disparu également, mais
en raison des troubles fonctionnels du foie, le malade, bien que
très amélioré, a été rapatrié.
(Senuce des Dysentériques et Laboratoire de bactério¬
logie , Hôpital de Saigon).
La Trypanosomiase humaine au Sénégal
Par F. HECKENROT1L
La trypanosomiase humaine ne semble pas près de s éteindre
au Sénégal si l'on se reporte aux notes que nous avons recueillies
du ier janvier 1915 au ier août 1916 au Laboratoire de bactério¬
logie de Dakar.
Dans cette période de 19 mois, nous avons reconnu porteurs
de trypanosomes : >
En 1 9 1 5, io5 indigè nés, et, dans les sept premiers mois de
1916, 79, soit 184 malades nouveaux qui ont été mis en traite¬
ment. Ces 184 malades se répartissent en 99 hommes, 39 fem¬
mes et 4b enfants.
(1) Van der Burg, China lmp . Marit. Customs, Medical Reports 27^1 issue,
1880 .
(2) P. Manson, China lmp. Mari! . Customs , Medical Reports , jpth issue,
p. 33.
724
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le tableau suivant qui indique les localités où les malades ont
contracté leur affection montre que presque tous nos trypano-
somés ( 1 6 1 ) sont originaires de la « Petite Côte ».
Cette région peut être délimitée au Nord par la ligne du che¬
min de fer Dakar-Saint-Louis, depuis Dakar jusqu’à Sébikotane;
à l’Ouest par la Côte depuis Dakar jusqu’à Joal ; à l’Est par une
ligne reliant Joal à Sébikotane :
Cette région de la Petite Côte a été visitée en 1908 par la Mis¬
sion d’Etudes de la Maladie du Sommeil au Sénégal, qui étendit
son enquête jusqu’au pays des Niayes, entre Dakar et Saint-
Louis.
Cette mission vérifiait (1) l'existence de la trypanosomiase
humaine dans la plupart des villages de l’itinéraire qu’elle
s’était fixé, mais elle ne put, dans les conditions où elle devait
opérer, recueillir de renseignements suffisants pour établir le
pourcentage probable des malades dans les groupements qu elle
traversait. Cette donnée, qui permettrait de régler l’effort pro¬
phylactique à fournir, n’a pas encore été apportée. Depuis 1908,
aucun médecin 11’a parcouru les villages de la Petite Côte ou des
Niayes et aucune recherche systématique des malades n’a été
faite. C’est pourquoi il nous paraît intéressant de faire con-
(1) Rapport de la Mission d’Etudes de la Maladie du Somme^W des trypa¬
nosomiases animales sur la Petite Côte et dans la région des Nuryes au Séné¬
gal par A. Thiroux, R. Wurtz, L. Teppaz. Arm. Inst. Pasteur , juillet 1908,
p. 56G.
Séance du 8 Novembre 1916
725
naître aujourd’hui le chiffre des malades du sommeil nouveaux
que nous avons eu à soignera Dakar depuis 191O, car il contient,
pour la Petite Côte, du moins, une indication assez précise de
l’étendue du mal. Il n’est pas douteux, en effet, pour qui con¬
naît l'indigène et les difficultés de communication entre Dakar
et les villages de la Petite Côte, que ce chiffre représente l’infime
minorité des trypanosomés de cette région; la plupart, que la
négligence, la crainte ou toute aulre considération retiennent
au village, échappent à notre contrôle.
Les malades du sommeil qui passent entre nos mains au
Laboratoire sont soumis à un traitement, mais il est rare qu’ils
poussent au delà de quelques semaines la cure à laquelle ils
sont venus spontanément se soumettre. Ils en retirent néan¬
moins quelque bénéfice, puisque le nombre de ceux qui se pré¬
sentent à nous reste toujours élevé et paraît meme augmenter :
79 malades au ieraoût 1916 pour 59 au ieraoût 1916.
Voici d’ailleurs le chiffre mensuel des indigènes reconnus
porteurs de trypanosomes :
A la suite des travaux de la Mission d’Etudes de la Maladie
du Sommeil au Sénégal en 1908, f Administration de la Colonie
vit la nécessité qu’il y avait à entreprendre la lutte contre la try¬
panosomiase humaine.
Cette lutte paraissait facile, car la zone infestée était bien
délimitée et relativement peu* étendue. Grâce aux efforts du
Dr Thiroux, un village d’isolement destiné à recevoir tous les
indigènes du Sénégal reconnus atteints de la maladie du som¬
meil était créé à Sor, près de Saint-Louis. Ce village devenait le
centre unique et obligatoire de traitement pour les trypanoso¬
més du pays.
De juin 1908 à décembre 1909, on y enregistrait 58 entrées ;
mais, au cours des années suivantes, le nombre des malades en
72G Bulletin de la Société de Pathologie exotique
«
traitement tombait successivement à 44 (1910), 3y (1911), 22
(1912), et, au début de 19 t 3, il n'y avait plus que 8 trypanosomes
soignés à Sor. Pourtant les malades continuaient à être nom¬
breux dans les centres indigènes, mais ils se cachaient soigneu¬
sement de l’Administration grâce à la complicité des chefs de
village qui considéraient, comme eux, l’internement dans un
camp d’isolement comme une mesure vexatoire.
C’est alors qu’une commission chargée par le Gouvernement
général de l’A. O. F. d’étudier les améliorations à apporter à la
prophylaxie de la maladie du sommeil au Sénégal fit ressortir
auprès du chef de la Colonie combien la réglementation en
cours semblait aller à l’encontre du but poursuivi et obtenait
pour le Laboratoire de Dakar l’autorisation de traiter les malades
du sommeil qui pouvaient se présenter à cet établissement.
Ceux-ci ne tardaient pas à accourir nombreux de la région de
la Petite Côte et un mouvement, qui n’a pas cessé depuis, se
créait ainsi sous l’impulsion des Drs Ninaud, Dupont et Lafont.
Pour les années 1 9 r 5 et 1916, en 19 mois, sans aucune aide
administrative, nous avons reconnu trypanosomés 184 malades,
alors que dans la même période de temps, en 1908-1909, le vil¬
lage de Sor recevait seulement 58 indigènes. 11 est incontestable
que l’assurance que le Sénégalais, atteint de la maladie du som¬
meil, a aujourd’hui de circuler librement, malgré son affec¬
tion, n'a pas peu contribué à amener auprès du médecin un
plus grand nombre de sujets. Le traitement de ces malades
fournit un résultat heureux, mais insuffisant. Il faut reconnaître,
en effet, d'une part que la création d’un centre de traitement
pour trypanosomés reste une mesure de prophylaxie incomplète
si elle ne s’accompagne pas de la recherche systématique des
malades sur place et de l’obligation pour eux de se soumettre
à un traitement, et qu’on ne peut songer, d’autre part, à exiger
de tous les trypanosomés de la Colonie qu’ils viennent se faire
traiter dans un centre unique, dont leurs villages seront souvent
très éloignés. Il faut au contraire aller au devant des malades, et
c’est là un des desiderata exprimé par la Commission de 1913
qui demandait la création de circonscriptions sanitaires placées
sous la surveillance de médecins spécialisés, dont le rôle aurait
été de rechercher et de soigner les malades. Cette question n’a
pas encore été entièrement solutionnée. Elle mérite cependant
toute notre attention, car le chiffre des malades du sommeil
Séance du 8 Novembre 1916
727
venus à nous spontanément de la Petite Côte indique, pour cette
• région au moins, la gravité du mal. Les renseignements recueillis
auprès des noirs semblent indiquer que le pays du Diander et des
Niayes paie à la trypanosomiase un tribut au moins aussi lourd
et c'est également l’avis du Dr Ninaud qui estime, après 20 ans
d’observation au Sénégal, que le nombre des porteurs de trypa¬
nosomes est environ deux fois plus élevé dans celte dernière
région, où la population est assez dense, que sur la Petite Côte.
Un arrêté qui date déjà de plusieurs années impose aux indi¬
gènes qui viennent des colonies du sud (A. E. F., Congo Belge)
un examen médical visant spécialement la trypanosomiase. C'est
une mesure à laq uelle sont régulièrement soumis les Tirailleurs
sénégalais (et leur famille) rapatriés du Congo sur leur pays
d’origine. Elle peut rendre de réels services en évitant la diffu¬
sion de la maladie du sommeil dans de nombreux points du
Sénégal ou du Soudan encore indemnes.
Ainsi nous avons trouvé pour :
375 tirailleurs revenant du Cameroun.
6 tirailleurs revenant du Moyen-Congo.
20 tirailleurs revenant du Gabon .
1 tryp.
0
»
»
Sur ce nombre, 7 seulement revenant de l’A. E. F. avaient été
signalés par cette colonie comme atteints de la maladie du som¬
meil, 4 rapalriés du Gabon n'avaient pas été reconnus Irypano-
somés à leur départ de Libreville.
Cette dernière constatation montre l'importance de l'examen
imposé, à l’arrivée en A. O. F., aux militaires provenant des
colonies du sud.
Une première visite médicale que les circonstances rendent
parfois trop rapide ou i ncomplète, passée au départ de ces colo¬
nies, sera heureusement contrôlée par un nouvel examen pra¬
tiqué à Dakar.
Il est regrettable que l’obligation de subir cet examen prévu
cependant par l’arrêté n° 769 du Gouverneur Général de TA. O. F.
en date du i5 juillet 19 11 et par l’arrêté n° 102 1 d u Gouverneur du
Sénégal en date du 26 juin 1912, ne soit pas faite aux Sénéga¬
lais non militaires : commerçants, boys et ouvriers qui revien-
ment de LA. E. F., du Congo Belge et du Congo Portugais. Si,
en A. E.F., un passeport sanitaire est généralement délivré aux
indigènes qui se dirigent sur le Sénégal, dans les autres colonies
728
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les embarquements s’effectuent sans surveillance, du moins en
ce qui concerne la trypanosomiase humaine.
En exigeant l'application sévère de l’arrêté du i5 juillet r 9 t r ,
l’Administration exercera sur les indigènes provenant des colo¬
nies voisines un contrôle qui complétera efficacement les mesures
de surveillance qui pourront être prises vis-à-vis des malades
du sommeil du Sénégal.
Les observations que nous ont fourni nos malades du sommeil
sont, dans Pensemble, celles que les médecins qui nous ont pré¬
cédé dans le pays ont déjà faites.
Trois points seulement ont retenu d’une manière spéciale
notre attention :
i° C’est d’abord la lenteur avec laquelle la trypanosomiase
humaine paraît évoluer au Sénégal, et qui ressort des constata¬
tions suivantes : les malades qui se présentent ici à notre visite
après un, deux et même parfois trois ans de maladie, ne sont
pas en plus mauvais état que les indigènes de l’A. E. F. après
six mois et un an de maladie. Les malades du sommeil du
Sénégal qui se soustraient à notre surveillance, sans avoir subi
de traitement ou après un traitement très insuffisant, ne mon¬
trent pas de grandes modifications dans leur état de santé lors¬
qu’on les retrouve quelques semaines plus tard, alors qu’au
Congo il était constant de noter pour les malades de cette caté¬
gorie une aggravation de l'état général.
20 Chez r 38 malades ayant tous contracté leur affection au
«
Sénégal, sur la Petite Côte, nous avons recherché la présence
des trypanosomes dans le sang.
Nous avons rencontré le parasite 1 1 fois à l'examen direct
d’une goutte de sang prolongé pendant 5 à 10 minutes et 9 5 fois
après centrifugation de 10 cm* pour les cas où l’examen direct
était resté sans résultat; 21 fois la centrifugation est restée néga¬
tive. Dans 11 cas, la centrifugation n’a pas été faite.
Ainsi sur 1 38 malades, à toutes périodes de l’affection, nous
avons trouvé 106 fois des trypanosomes dans le sang, soit dans
76 0/0 des cas, on peut même dire 83 0/0 des cas en défalquant
les 11 cas pour lesquels il n’y a pas eu centrifugation. O11 se
rappelle que la Mission d’études de la maladie du sommeil au
Congo (1) les rencontrait dans ce pays chez 92 0/0 des malades.
(1) Martin el Lebœuf. Diagnostic microscopique de la trypanosomiase
humaine Ann. Inst. Pasteur, 1008, p. 010.
Séance du <S Novembre >9 16
729
Onze fois, nous avons mis en évidence des trypanosomes à
l’ examen direct du sang, soit dans 7,90/0 des cas. Ce chiffre est
loin derrière celui que nous avons enregistré dans la Sangha au
Congo (i),32,2 0/0, sensiblement voisin lui-même de celui que
donnaient Martin, Lebœuf et Roubaud pour d autres régions de
l’A. E. F. (37,78 0/0); mais notre pourcentage s’écarte aussi de
ceux établis pour le Sénégal par Thjroux, Wurtz et Teppaz (2)
qui, chez 4o malades du sommeil, n’ont pas rencontré de trypa¬
nosomes à l'examen direct du sang; par Thiroux et d’Anfre-
ville(3) cjui chez 5o trypanosomes n’ont eu qu’un examen direct
du sang positif, par Bourret (4) enfin qui, dans les mêmes con¬
ditions, n'a trouvé qu une seule foisdes trypanosomes sur 45 indi¬
vidus dont 20 non traités. Seul Dupont (5) en 1912-1913 a comme
nous noté plus fréquemment que ces auteurs la présence de
trypanosomes à l'examen d’une goutte de sang frais. Sur
34 observations de ce médecin, nous avons relevé 5 cas positifs,
soit du 1 4, 7 o o. Ce pourcentage supérieur au nôtre n'en montre
pas moins comme lui que les trypanosomes sont incontestable¬
ment plus rares dans le sang périphérique des malades’ du som¬
meil au Sénégal qu'au Congo.
Chez ceux de nos trypanosomés où l'examen direct du sang
s'est montré positif, les trypanosomes ont été très rares ou rares
b fois, non rares 5 fois. Ils ont été vus :
Chez un malade en très bon état (N. H.), 1 fois.
Chez des malades au début de la deuxième période (N. R., N. R. et
T. R.), 3 fois.
Chez des malades à la tin de la deuxième période (N. R., R., T. R ),
3 fois.
Des observations de Dupont et des nôtres, il ressort que l’on
peut rencontrer à toute période de l’année des trypanosomes à
(1) Heckenroth. In «la maladie du sommeil au Congo français ». Gustave
Martin, Lebœuf, Roubaud, p. 282, 1909. Masson.
(2) A. Thiroux, Wurtz et L. Teppaz .> Sur la maladie du sommeil et les try¬
panosomiases animales de la Petite Côte et dans la région des Niayes au
Sénégal. Soc. de Pathologie Exot., 1908, p. 269.
(3) Thiroux et d’Anfreville. La maladie du sommeil et les trypanosomiases
animales ail Sénégal , p. 2"). Baillière, 1911.
(4) G Bourret. Recherche sur le parasitisme intestinal, la dysenterie et de
la maladie du sommeil à Saint-Louis (Sénégal). Annales d’ Hygiène et de Méde¬
cine coloniales, 1913, p 283.
(5) Dl> Dupont. Traitement de /</. syphilis et de la maladie du sommeil par
deux dérivés arsenicaux nouveaux, le galyl elle ludyl. Moderne Imprimerie,
Paris, 1913.
730 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’examen direct da sang. Thiroux, WuRTzet Teppaz avaient émis
l’hypothèse: « Puisque l’infection première semble presque tou¬
jours se produire pendant la saison des pluies » (j uillet, août, sep¬
tembre, octobre), « qu’à cette époque on aurait quelques chances
pour trouver dans un petit nombre de cas, par examen direct
du sang, Trypanosoma gambiense qui ne doit être visible par ce
procédé que pendant un temps relativement court ».
3° Lafont et Dupont (i) ont signalé la présence d’albumine
dans les urines des trypanosomés du Sénégal dans 80 o/o des
cas. C’est une constatation que nous n’avions jamais faite parmi
les nombreux malades suivis par nous au Congo.
Chez 1 1 7 malades de la Petite Côte, nous avons analysé les
urines, et, 33 fois, l’albumine a été décelée. Nous ne pensons
pas que cette albuminurie soit exclusivement le fait de la trypa¬
nosomiase; nous croyons plutôt que, dans la majorité des cas,
la présence de l’albumine doit être mise sur le compte d’une
maladie intercurrente, et plus particulièrement d’une infection
des voies urinaires par les bilharzies. La recherche des œufs de
ces parasites dans les urines de 20 de nos trypanosomés à urines
albumineuses, a toujours été positive et, chez presque tous ces
malades, on pouvait constater à la centrifugation des urines des
globules rouges en plus ou moins grande quantité.
Chez 5 malades qui ne présentaient pas d'albumine décelable
par la chaleur et l’acide azotique, nous avons rencontré des
œufs de Bilharzici .
L’évolution de la M. du S. plus lente au Sénégal qu’au Congo,
la fréquence moindre des trypanosomes dans le sang périphé¬
rique des malades, semblent indiquer, pour le virus du Sénégal,
qui semble pourtant identique spécifiquement au virus du
Congo (2), une atténuation de virulence dont il faut chercher
peut-être l’explication dans les conditions de vie différentes pour
les tsétsés au Congo (pays humide) et au Sénégal (pays sec).
Rouraud (3) n’a-t-il pas déjà établi l’action des influences phy-
(1) A. Lafont et Dupont. Traitement de la trypanosomiase humaine au
Sénégal par le galyl et le ludyl. Bull. Soc. Path. Exot décembre 1 q r /| ,
p. 1G0.
(2) Voir la note récente de F. Mesnil et G. Bourret. Sur un trypanosome
humain du Sénégal. Bull. Soc. de Path. ExoL ., décembre 1914, p. 717.
(3) E. Roubaud, Influences des réactions physiologiques des glossines sur
le développement salivaire et la virulence des trypanosomes pathogènes.
C. Pi. Académie des Sciences, t. CEI, 24 octobre 1910.
Séance du 8 Novembre 1916
731
siques extérieures sur le développement et la virulence de Try-
panosoma Cazalboui chez Glossina palpalis 9
( Laboratoire de Bactériologie de F A. O. F.,
Dakar, le i5 septembre 1916).
Surra, nagana ferox, nagana de l'Ouganda
et infections dues au T rypanosomci rhodesiense
Par A. LAVERAN.
Des divergences se sont produites entre les auteurs au sujet
des rapports existant entre le Tr. Brucei et le Tr. rhodesiense et
au sujet de l’unité ou de la pluralité des trypanosomiases qui
ont été décrites sous le nom de nagana.
D. Bruce et ses collaborateurs ont conclu de leurs recherches,
basées principalement sur la biométrie, que Tr. rhodesiense
devait être identifié à Tr. Brucei (1).
J'ai publié, en 1912, l’expérience suivante qui me paraît ne
laisser aucun doute sur la non identité du Tr. Brucei Plimmer
et Bradford et du Tr. rhodesiense : un bélier et un mouton gué-
ris d’infections produites par le Tr. Brucei ' (nagana ferox d’Eim-
lich), étayant acquis l’immunité pour ce trypanosome, ont été
inoculés avec le Tr. rhodesiense , le premier le 3 décembre, le
second le 27 décembre 1 9 r r . Les deux animaux ont présenté
des infections aiguës, caractérisées surtout par une fièvre vive
etcontinue avec des températuresqui ont atteint ou même dépassé
4i°. Dans les deux cas la maladie s’est terminée par la mort, en
54 jours chez le bélier, en 44 jours chez le mouton (2).
On trouvera dans la note actuelle les observations de 2 chèvres
qui, ayant acquis l’immunité’* pour le nagana (nagana ferox
dans un cas, de l’Ouganda dans l’autre), se sont montrées sensi¬
bles au Tr. rhodesiense.
Ces faits me paraissent plus probants en faveur de la non
identité du nagana et des infections dues au Tr. rhodesiense
(1) David Bruce, D. Harvey, A -E. Hamerton, J. -B Davey et Lady Bruce. Pro-
ceed of the R. Soc., août 1912 et 1 9 1 3. B, t. 86, p. 3o2.
(2) A. Laveran, Soc. de pathol. exotique, i/j février 1912.
732
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que ne le sont les données biométriques en faveur de l’opinioii
contraire.
Duke, Schilling et SchreckoiU très bien montré que la méthode
biométrique est sujette à des causes d'erreur (i).
Il parait démontré que sous le nom de nagana on a confondu
des trypanosomiases animales de nature différente (2); la ques¬
tion d’identité ou de non identité s'est posée notamment pour
le virus du Zoulouland (Plimmer et Bradford), le nagana ferox
et le nagana de l'Ouganda.
D'après les recherches de Stephens et Blacklock, le parasite
du nagana du Zoulouland est un trypanosome monomorphe,
tandis que celui du nagana de l’Ouganda est du type dimorphe,
par suite ces trypanosomes ne doivent pas être identifiés;
Stephens et Blacklock ont donné le nom de Tr. ugandæ au
trypan. de l’Ouganda (3).
Une chèvre, ayant l’immunité pour le nagana du Zoulouland,
inoculée par Mesnil avec le nagana Ouganda a contracté une infec¬
tion qui s'est terminée par la mort au bout de 2 mois ; de ce fait,
et de recherches sur l’immunité passive, ayant porté sur un bouc
inoculé avec le virus de l’Ouganda et sur 2 chèvres inoculées
avec le virus du Zoulouland, Mesnil conclut que le Tr. ugandæ
diffère du Tr. Brucsi (4).
Les auteurs sont d'accord pour reconnaître que le nagana du
Zoulouland est bien distinct du surra ; l’identité du nagana
du Zoulouland et du nagana de l'Ouganda étant contestée, il m'a
paru intéressant de rechercher si des caprins immunisés contre
le surra de Maurice restaient sensibles au nagana de l’Ouganda.
Mes recherches ont porté sur 5 chèvres et sur 1 mouton.
Les virus employés ont été les suivants : viru$ du surra de
Maurice conservé dans mon laboratoire; virus du nagana ferox
provenant du laboratoire du Professeur Ehrlicii, conservé depuis
plusieurs années dans mon laboratoire ; virus du nagana de
l’Ouganda dû à l’obligeance de notre collègue Sir David Bruce,
conservé dans mon laboratoire ou dans le laboratoire deM.MEs-
(1) H -L. Duke. Proceed. of t/ie li. Soc., 3i octobre 1 <j r 2 . — Cl. Schilling
et H. Schreck, Arc/l. f. Protistenk,, juillet nji4-
(2) A Laveran et F. Mesnil, Tr/fpunosomes et Trr/panosomiases , r' éd. 1912,
p. 4 18.
(3) J.-W.-W. Stephens et Blacklock, Proceed. of the R. Soc., 1 9 1 3, B,
l. 86, p. 187.
(4) F. Mesnil, Soc. de path. exotique , 10 décembre 1 9 1 3 .
Séance du S Novembre 1916
733’
nil ; Tr. rhodesiense provenant dés Runcorn research Laborato¬
ries de Liverpool, conservé depuis 5 ans dans mou laboratoire.
Les observations ci-jointes des 6 animaux peuvent être résu¬
mées comme il suit :
l. ;
Chèvre 1. — Chèvre neuve qui, inoculée avec le virus de l'Ou¬
ganda, s’est infectée et a succombé au bout de 66 jours.
Chèvres 2 et 3. — Ces chèvres ayant l'immunité pour le surra
de Maurice, inoculées avec le virus de l’Ouganda, se sont infec¬
tées et sont mortes, la première en 96 jours, la deuxième eu
62 jours.
Chez ces 3 animaux* l’infection produite par le virus de l’Ou¬
ganda s’est caractérisée par de la fièvre, de l'amaigrissement et
par des accidents nerveux à la période terminale : parésie du
train postérieur, tremblement, mouvements ataxiques, convul¬
sions ; dans les 3 cas, la maladie a été mortelle.
La chèvre 4, inoculée le 10 septembre 1914 avec le nagana de
l’Ouganda, s’est infectée et, au mois de juin 1916, elle avait
acquis l'immunité pour cette trypanosomiase. Inoculée, le ^sep¬
tembre K)i5, avec le Tr. rhodesiense elle s’est infectée; au mois
de juin 1916, elle était guérie et possédait l’immunité pour ce
trypanosome ; inoculée, le 23 août 1916, avec le virus du nagana
ferox, elle ne s'est pas infectée.
La chèvre 5, inoculée du nagana ferox le 6 avril 1916, s’est
infectée et, au mois de septembre 1910, elle avait l’immunité
pour cette trypanosomiase. Inoculée, le 22 janvier 1916, avec le
virus du nagana de l’Ouganda à 2 reprises la chèvre ne s’est pas
infectée. Inoculée, le 16 août 1916, avec le Tr. rhodesiense elle
s’est infectée.
Le mouton qui avait acquis, au mois d’août 1914, une immu¬
nité solide pour le nagana ferox, inoculé, le i3 novembre 19 r4,
avec le virus du nagana de l’Ouganda s’est infecté et a succombé.
1° Une chèvre neuve pesant 31 Jyg. est inoculée, le 15 juin 1915, sur
un cobaye infecté avec le trypan. du nagana de l’Ouganda. — Des examens
histologiques du sang de la chèvre faits les 1er et 14 juillet sont néga¬
tifs. — 19 août, la chèvre est malade, amaigrie, toujours couchée;
quand on la force à se lever, elle titube sur ses pattes. La température
est de 40° le 19 au soir. — 20 août, la chèvre continue à s'affaiblir, l’affai¬
blissement portant surtout sur le train postérieur; la température est de
39°6 le matin et de 39°9 le soir. L’examen du sang révèle l’existence de
trypan. très rares. Le 20 août, à 7 h. du soir, mouvements convulsifs ; mort à
7 h. 1/2.
L’autopsie est faite le 21 août ; la rate, augmentée de volume, pèse
4g
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
734
165 g.; son parenchyme est ramolli ; l'examen des autres viscères ne
révèle rien d’anormal.
2° Une chèvre guérie d’une infection par le surra de Maurice, et ayant
acquis l’immunité pour cette trypanosomiase, est inoculée, le 9 octobre
1910, sur un rat infecté avec le nagana de l’Ouganda qui m’a été très
obligeamment envoyé par notre collègue Sir D. Bruce. La chèvre
pèse 59 kg. — A la suite de rinoculation, la chèvre ne présente pas de
lièvre et les examens du sang faits à plusieurs reprises, du 15 au 31 octo¬
bre, ne révèlent pas l’existence de trypan. — 27 octobre, un chien reçoit
dans le péritoine 30 cm3 du sang de la chèvre, il s’infecte et meurt le
18 novembre. — ler décembre, la chèvre a maigri, elle ne pèse plus que
54 kg. — 27 décembre, la chèvre est malade, elle continue à maigrir, son
poids n’est, plus que de 47 kg. Anémie très marquée, sang pâle. Un chien
reçoit dans le péritoine 30 cm3 du sang de la chèvre, ii s’infecte et meurt
le 12 janvier 1911 — 3 janvier 1911, la chèvre s’affaiblit visiblement et
maigrit, elle ne pèse plus que 39 kg. L’examen histologique du sang
révèle l’existence de trypan. très rares. — 9 janvier, la chèvre s’affaiblit
de plus en plus, elle reste couchée, quand on la fait lever, on constate
qu’elle se tient difficilement sur ses pattes. Lièvre, le 9 au matin, la tem¬
pérature est de 40°5, sang pâle. — 12 janvier, la chèvre est couchée sur
le flanc droit.
La chèvre meurt le 13 janvier 1911, elle ne pèse plus que 38 kg. Le
péritoine contient de la sérosité citrine assez abondante. La rate augmen¬
tée de volume pèse 195 g. Le foie et les reins ont l’aspect normal. Un
peu de sérosité citrine dans le péricarde. Poumons congestionnés.
3° Une chèvre guérie d’une infection par le surra de Maurice, et ayant
acquis l’immunité pour cette trypanosomiase, est inoculée, le 6 février
1915, avec le nagana de l’Ouganda sur cobaye. La chèvre pèse 40 kg. —
6 mars, l’examen histologique du sang de la chèvre est négatif; 2 cobayes
qui ont reçu chacun, dans le péritoine, 8cm3 du sang delà chèvre s’infec¬
tent. — 21 mars, la chèvre est malade, tremblements, ataxie; fièvre, 39°9
le matin, 40°7 le soir. Examen histologique du sang négatif au point de
vue de l’existence des trypan. — 22, la chèvre est très faible ; quand on
l’oblige à se lever, elle s’appuie au mur de l’écurie pour ne pas retomber.
Amaigrissement très marqué; fièvre, 39°6 le matin, 39°7 le soir. — 23,
la chèvre très faib e sur ses pattes est presque toujours couchée ; tremble¬
ments et mouvements ataxiques. 38° le matin, 39°5 le soir. — 24, la fai¬
blesse augmente. 39° le matin, 39°7 le soir. — 25, 38°8 matin et soir. La
chèvre couchée sur le flanc ne peut plus se tenir sur ses pattes. Pendant
la nuit du 25 au 26, bêlements plaintifs et mouvements convulsifs. — 26,
38°6 le matin, 39° le soir ; mouvements convulsifs moins forts que pen¬
dant la nuit dernière. — 27, 39°3 le matin, 39°5 le soir; la chèvre est tou¬
jours étendue sur le flanc, ne mange presque plus. Examen du sang néga¬
tif au point de vue de l’existence de trypan. Les hématies s’agglutinent.
— 28, 39°2 le matin ; 39°6 le soir, l’état de la chèvre continue à s’aggraver.
La cornée droite est trouble. — 29, 39°2 le matin, 39n4 le soir. — La
chèvre meurt le 30 mars 1915, elle ne pèse plus que 29 kg., elle a donc
beaucoup maigri. La cornée droite est opaque. La rate, assez grosse et
molle, pèse 178 g. Foie et reins normaux. Cœur normal, un peu de séro¬
sité dans le péricarde. Poumon gauche fortement congestionné à la base.
L’humeur aqueuse de l’œil droit est louche, elle contient des leucocytes
assez nombreux et des trypanosomes rares.
Séance du 8 Novembre 1916
733
4° Une chèvre, pesant 38 kg., est inoculée, le 10 septembre 1014, à la base
de l’oreille droite, avec quelques gouttes du sang d’une souris infectée avec
le virus du nagana de l’Ouganda ayant de nombreux trypanosomes. —
Des examens du sang de la chèvre faits les 26 septembre, 1 r, 7, 9, 13, 19
et 26 octobre sont négatifs. Le 1er octobre, la chèvre pèse 36 kg. — Le
10 octobre 1914, 2 cobayes reçoivent chacun, dans le péritoine, 6 cm3 du
sang de la chèvre, ils sont infectés à la date du 19 octobre et meurent l’un
le 24 octobre, l’autre le 14 décembre. — Le 2 novembre et le 2 décembre,
la chèvre ne pèse plus que 30 kg., elle a donc sensiblement maigri. —
8 janvier 1915. La chèvre pèse 31 kg. 2 cobayes reçoivent chacun dans le
péritoine, 8 cm3 du sang de la chèvre ; ils sont infectés à la date du 26 jan¬
vier et meurent, l’un le 6, l’autre le 20 février 1913, de trypanosomiase.
— 8 mars, 2 cobayes reçoivent chacun, dans le péritoine, 8 cm3 du sang
de la chèvre, ils ne s'infectent pas. — En mars, avril et mai, le poids de la
chèvre se maintient à 31 kg. 1/2. — 4 juin 1915, la chèvre qui est en bon
état est réinoculée à la base de l’oreille droite avec le même virus du
nagana de l’Ouganda que lors de la première inoculation. — 1er juillet,
poids : 32 kg. — 3 juillet, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du
sang de la chèvre, il ne s’infecte pas, d’où l’on peut conclure que la chèvre
a acquis l’immunité pour le nagana de l’Ouganda
Le 14 septembre 1915, la chèvre qui est en très bon état (poids 33 kg.)
est inoculée, à la base de l’oreille droite, avec quelques gouttes du sang
d’une souris fortement infectée par le Tr. rhodesiense. — Les examens
du sang de la chèvre faits les 29 septembre, 6, 13 et 20 octobre, au point de
vue de l’existence de trypanosomes, sont négatifs. La température prise cha¬
que jour du 30 septembre au 15 novembre 11e dépasse pas 38° 6 ; il n’y a donc
pas de poussées fébriles. — 14 octobre, un chien reçoit, dans le péritoine,
30 cm3 du sang de la chèvre ; à la date du 24 octobre, le chien a des try¬
panosomes très rares qui augmentent rapidement de nombre, et il
meurt le 10 novembre 1915 avec trypan. très nombreux. — La chèvre
pèse 32 kg. le 2 novembre, et 34 kg. le 1er décembre, — 14 décembre, un
chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm* du sang de la chèvre; à la date du
4 janvier 1916, le chien a des trypan. très rares. L’existence de l’infection
est constatée à plusieurs reprises, après quoi le chien qui est fortement
galeux est sacrifié. — En janvier et février, le poids de la chèvre, en très
bon état, se maintient à 34 kg. — 29 février, un chien qui a reçu dans le
péritoine 30 cm3 du sang de la chèvre ne s’infecte pas. — De mars à juif
let le poids de la chèvre se maintient à 34 kg. — Le 5 mai 1916, la chè¬
vre est réinoculée de Tr. rhodesiense avec une forte dose du sang d’une
souris ayant des trypan. nombreux. — 5 juin, un chien reçoit dans le péri¬
toine 30 cm3 du sang de la chèvre, il ne s’infecte pas. — Le 1er juillet et le
4 août la chèvre, en très bon état, pèse 34 kg.
23 août 1916, la chèvre est inoeûlée de nagana ferox sur une souris ayant
des trypan. nombreux. — 9 septembre, un chien reçoit, dans le péritoine,
30 cm3 du sang de la chèvre : il ne s’est pas infecté à la date du 8 novem¬
bre. — Le 2 octobre, la chèvre pèse 34 kg. 800.
5° Une chèvre pesant 33 kg. est inoculée, le 6 avril 1915, avec le Tr.
Hrucei du nagana ferox; à cet effet on lui injecte, à la base de l’oreille
droite, quelques gouttes du sang d’une souris fortement infectée de nagana
ferox. — 6 mai, la chèvre pèse 33 kg. L’examen histologique du sang
est négatif. Deux cobayes reçoivent chacun, dans le péritoine, 10 cm3 du
sang de la chèvre; ils s’infectent et meurent, l’un le 26 juin, l’autre le
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
7 36
8 juillet 1915, avec trypan. très nombreux. — Le 1er juillet, la chèvre qui
ne présente aucun signe morbide pèse 33 kg. — 21 juillet, 2 cobayes reçoi¬
vent chacun, dans le péritoine, 10 cm3 du sang de, la chèvre, ils ne s'in¬
fectent pas. Le Ie* août et le 1er septembre la chèvre pèse 34 kg. — 24 sep¬
tembre 1915, la chèvre est réinoculée avec une forte quantité du sang
d’une souris infectée de nagana ferox avec trypan. nombreux. —
23 octobre, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre,
il ne s’infecte pas. — Les Ier octobre et 2 novembre, la chèvre pèse
34 kg. 1/2, le 1er décembre 1915 et le 3 janvier 1916, son poids est de
35 kg. 1/2.
22 janvier 1916. La chèvre qui a acquis l’immunité pour le nagana ferox
est inoculée avec le virus du nagana de l’Ouganda ; à cet effet on lui injecte
à la base de l'oreille droite quelques gouttes du sang d’une souris infectée
avec le virus du nagana de l'Ouganda ayant de nombreux trypanosomes.
— Le 2 février, la chèvre pèse 35 kg. 1/2. Des examens du sang faits les
7, 16, 21 et 28 février sont négatifs. — Le 22 février, un chien reçoit,
dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre, il ne s’infecte pas. —
Pendant les mois de mars, avril et mai, le poids de la chèvre se maintient
à 35 kg. 1/2. — 24 avril 1916, la chèvre est réinoculée avec une forte
quantité du sang d’une souris infectée avec le nagana de l’Ouganda et
ayant des trypan. très nombreux. — 24 mai, un chien reçoit, dans le
péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre, il ne s’infecte pas. — 1er juillet,
la chèvre pèse 35 kg. 1/2.
16 août 1916, la chèvre est inoculée avec le Tr. rhodesiense ; à cet
effet on lui inocule, à. la base de l’oreille droite, quelque gouttes du sang
dilué d’un cobaye ayant des trypan. nombreux. — 31 août, un chien reçoit,
dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre, il s’infecte rapidement,
dès le 7 septembre il a des trypan. non rares dans le sang; il meurt for¬
tement infecté (trypan. nombreux) le 2 octobre 1916.
Un mouton est inoculé, le 12 septembre 1913, avec quelques gouttes
du sang dilué d’une souris infectée avec la variété acentrosomique du
Tr. Brucei (nagana ferox). Le mouton s’infecte; il pèse 44 kg. le 2 octo¬
bre et 38 kg. le 2 novembre. Jusqu’au 28 mars 1914, les chiens inoculés
avec le sang du mouton s’infectent. — Le 12 juin 1914, un chien reçoit,
dans le péritoine, 30 cm3 du sang du mouton, il ne s’infecte pas. — Le
4 juillet le mouton pesé 55 kg.
Le 12 août 1914, le mouton est inoculé avec le virus souche du nagana
ferox. Un chien inoculé le 12 septembre ne s'infecte pas. Le mouton a
donc acquis l’immunité pour le nagana ferox.
Le 13 novembre 1914, le mouton est inoculé avec le nagana de l’Ou¬
ganda; à cet effet j’injecte, à la base d’une oreille, quelques gouttes du
sang d’un cobaye fortement infecté. A la suite de cette inoculation, l’exa¬
men du sang du mouton ne révèle pas l’existence de trypanosomes, mais
2 cobayes inoculés le 14 décembre 1914 chacun avec 10 cm3 du sang du
mouton s'infectent. Le 15 décembre le mouton pèse 56 kg. — Le 7 février
1915, le mouton est malade, il tourne sur lui-même et il a des mouvements
convulsifs ; à midi sa température est de 39° et à 5 heures du soir de 39°4.
A 10 I i eu res du soir, le mouton pousse des cris plaintifs, il est couché sur
le liane et présente des convulsions violentes, il meurt à 10 h. 1/2.
Autopsie faite le 8 février. Le mouton pèse 56 kg. Un peu d’œdème de
la paroi abdominale Epiploons chargés de graisse. La rate augmentée de
volume pèse 128 g. Reins et foie d’aspect normal. Sérosité sanguinolente
t
Séance du 8 Novembre 1916
737
(1ÜG g. environ) dans le péricarde. Poumons congestionnés aux bases.
Cerveau normal.
De ces faits on peut tirer, je crois, les conclusions suivantes :
i° Les chèvres 2 et 3, ayant l'immunité pour le surra de Mau¬
rice, se sont infectées par le virus du nagana de l’Ouganda
comme la chèvre neuve 1 et la maladie a présenté la même gra¬
vité chez les 3 animaux ; le nagana de l’Ouganda n'a donc aucun
rapport avec le surra.
La chèvre h, ayant l’immunité pour le nagana de l’Ouganda, et
la chèvre 5, ayant l'immunité pour le nagana ferox et le nagana
de l'Ouganda, inoculées avec le Tr. rhodesiense se sont infec¬
tées, d’où il résulte que les virus des nagana ferox et de l’Ou¬
ganda n'ont aucun rapport avec le Tr. rhodesiense.
La chèvre 4, ayant acquis l’immunité pour le nagana de l’Ou¬
ganda et le Tr. rhodesiense, inoculée avec le nagana ferox, 11e
s’est pas infectée, de même la chèvre 5, ayant l'immunité pour
le nagana ferox, inoculée à deux reprises avec le virus du nagana
de l’Ouganda ne s’est pas infectée, mais le mouton ayant l’im¬
munité pour le nagana ferox s’est montré aussi sensible qu'un
animal neuf au nagana de l’Ouganda.
Ces derniers faits qui semblent contradictoires peuvent s’ex¬
pliquer si l’on admet que le nagana de l’Ouganda et le nagana
ferox sont, des variétés d’une même espèce, l’une des variétés
pouvant acquérir une virulence supérieure à celle de l'autre. Je
n’ai pas constaté entre le trypanosome du nagana ferox et celui
de l’Ouganda des différences morphologiques assez marquées
pour exclure cette hypothèse.
M. Mesnil. — J’ai donné l’observation, que rappelle
M. Laveran, d’une chèvre ayant l’immunité pour le nagana type
du Zoulouland, qui succombe en 2 mois au nagana de l’Ou¬
ganda. M. Laveran cite de son côté un mouton ayant l'immu¬
nité pour le nagana ferox (qui ne serait qu’une, variété de
laboratoire du nagana du Zoulouland) et aussi sensible qu’un
témoin au nagana de l'Ouganda. Mais je crois, comme lui, à
l'unité spécifique en raison des résultats qu’il a obtenus d'immu¬
nité croisée de chèvres. En pareille matière, j’ai déjà eu l’occa¬
sion de le faire remarquer, les faits positifs d’immunité doivent
primer ies faits négatifs.
Un autre point mérite d’attirer l’attention : le nagana ferox,
738
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
le nagana du Zoulouland des laboratoires, sont des trypano¬
somes monomorphes. Or, le nagana de l’Ouganda, observé dans
le pays d’origine par sir David Bruce et ses collaborateurs, —
comme le nagana du Zoulouland lors de son introduction en
Europe en 1896, — était polymorphe; il l'était encore quand
Stephens et Blacklock l’ont étudié et me Pont envoyé en 1911 ;
mais je notais déjà en 1913 qu’il était en voie de perdre ses
formes courtes et trapues. M. Laveran note aujourd’hui qu’il
ne diffère guère au point de vue morphologique du nagana
ferox. Les virus naganiques, de même que le Tr. gambiense , et
sans doute d’autres virus du même groupe, de polymorphes
dans la nature, deviennent monomorphes dans les laboratoires,
et c’est une notion, sur laquelle j'ai déjà attiré l’attention plu¬
sieurs fois dans mes analyses, qu’il ne faut pas perdre de vue
dans les classifications.
M. Van Saceghem. — Dans une communication verbale, M. Van
Raes, inspecteur vétérinaire au Congo belge, m'a fait savoir,
que dans tous les cas d’infection naturelle par Tryp. Brucei , il
a toujours observé du polymorphisme.
11 a étudié un virus type Brucei venant du Zoulouland. Ce
trypanosome provenait d’une infection naturelle d’une mule.
Ce trypanosome lui est parvenu sur lapin. Il était polymorphe:
à côté des formes longues et grêles, il y avait des formes trapues
et plus courtes. Ce polymorphisme s'est maintenu sur équidés,
bovidés, chèvres, moutons, lapins, cobayes. Au contraire, sur le
rat blanc, il n'a obtenu que des formes intermédiaires.
Le polymorphisme sur les autres animaux que le rat était très
marqué. Tantôt c'était la forme longue, tantôt la forme courte
qui prédominait, et cela parfois dans des proportions de 90 o/q,.
Les observations de Van Raes semblent établir que la forme
naturelle de Tryp. Brucei serait polymorphe et que le passage
sur rat blanc pourrait rendre cette forme monomorphe.
Van Raes n'a pas expérimenté si la forme monomorphe du
rat se conserve par passage sur d’autres animaux.
Séance du 8 Novembre i 9 1 6
730
Les bilharzioses dans la Région militaire
de la Guinée
Par CLAPIER,
Médecin-Major de 2e classe des Troupes Coloniales.
Le continent Africain dans toute son étendue, semble infesté
par la Bilharziose; des recherches systématiques nous ont per¬
mis de déceler une infestation très intense dans une région où,
pendant de longs mois, nous ri’avions pas soupçonné la pré"
sence de cette affection. Notre attention a été attirée sur ce sujet
par la constatation d’un oeuf caractéristique au cours d’un examen
de matières fécales : en effet, l’indifférence des indigènes est
très grande vis-à-vis d’une maladie qui débute dès les premières
années de la vie et qui se traduit souvent objectivement par de
simples pissements rouges intermittents; ce parasitisme peut
également rester longtemps silencieux et parfaitement ignoré
des malades.
Le pays où ont été faites nos recherches, est la Région mili¬
taire delà Guinée, c’est-à-dire tout le territoire situé sur la fron¬
tière du Liberia, entre le Sierra-Leone à l 'Ouest et la Côte d’ivoire
à l’Est. Géographiquement, c’est dans cette région qu'est située
la ligne de partage des eaux entre les bassins des fleuves côtiers
de la Côte des Graines et îe bassin des affluents de droite du
Haut-Niger ; dans celte région également, vient mourir
«
l’extrème-sud soudanais et commence la zone de la forêt dense
qui s’étend jusqu’à la côte.
Trois peuplades principales se partagent cette étendue de
terrain en la débordant d’ailleurs surtout vers le Sud en Liberia :
ce sont : les Kissiens à l’Ouest, les Tornas au centre, les Guerzes
à l’Est.
Nous avons fait des observations dans les trois races; par le
grand nombre de cas observés, la Bilharziose nous apparaît
désormais comme un des facteurs essentiels de la constitution
médicale de ce pays et des contrées voisines : en effet, quelques
examens positifs se rapportant à des sujets de passage ou arri¬
vés depuis peu de Sierra-Leone, du Liberia, des cercles de
Faranah et de Kissidougou, dénotent que cette maladie doit y
710
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
être commune; en outre le D'LeConiac du cercle deBEYLA, s’est
rappelé avoir constaté dans cette dernière région, chez de jeunes
enfants, des troubles vésicaux qu’il rapporte à la schistosomiase.
Nous avions d’abord pensé nous trouver en présence unique¬
ment de cas de Bilharziose vésico-rectale par Schistosomum
haematobium: les découvertes récentes, en particulier celles de
Leiper, nous obligent à reconnaître que les cas de Bilharziose
intestinale que nous avons pu observer se rapportent à Schisto¬
somum Marisoni , puisque nous avons observé l’œuf à éperon
latéral, caractéristique de l’espèce.
Nos investigations ont surtout porté sur la Bilharziose uri¬
naire; nous donnons d’abord les résultats obtenus pour la Bil¬
harziose intestinale que nous avons recherchée peu systémati¬
quement.
Fréquence des infections
Bilharziose intestinale. — L’examen des selles de i54 enfants
de 5 à i5 ans environ, nous a révélé 11 cas de schistosomiase :
dans 10 cas. l’éperon était latéral ; dans un cas, il était termi¬
nal; d’après les idées actuelles, ce cas doit être considéré comme
une localisation aberrante de Schistosomum hæmatobium et
rattaché à la bilharziose urinaire.
Nous avons donc trouvé chez ces enfants une proportion de
6.4 o/o rie parasités par Schistosomum Mansoni; ce chiffre est
inférieur à la vérité, car, dans presque tous les cas, l’examen a
porté sur une seule selle ; pour être rigoureux, nous aurions dû
examiner plusieurs selles d’un même sujet et les centrifuger;
l’expérience en effet nous a appris que, contrairement à ce qui
se passe généralement pour la bilharziose vésicale, les œufs de
Sch. Mansoni ne sont pas constants dans les selles des bilhar-
ziens intestinaux et de plus sont souvent très rares. Cependant
il est certain, d’après les chiffres que nous donnerons ulté¬
rieurement, que la Bilharziose intestinale par Sch. Mansoni est
moins fréquente que la Bilharziose vésicale par Sch. hæmato¬
bium. Lorsque nous pensions qu’il s’agissait du même parasite
ayant des localisations différentes, nous disions que la bilhar¬
ziose intestinale était moins intense ou moins précoce que la
bilharziose urinaire.
Bilharziose urinaire. — Nos observations sont plus importantes
en ce qui concerne la bilharziose vésico-urinaire.
Séance du 8 Novembre 1916
741
Dans une première série d’observations en pays kissien, une
enquête rapide nous a obligé dans la plupart des cas à poser
uniquement le diagnostic clinique. Elle a porté sur les enfants
(surtout les garçons) de très nombreux villages, de 5 à i5 ans,
pris au hasard.
Nombre de sujets examinés . 227
Sujets trouvés bilharziens :
après centrifugation de burine et examen microscopique du
culot . 9
par constatation de l’hématu rie . 6
par coexistence de plusieurs signes cliniques (urines troubles
à la miction, douleur vésicale, etc.) . 22
27
Ce chiffre est certainement trop faible; il nous donne une pro¬
portion de 0/0, soit un enfant bilharzien sur 7; mais
l’affection est souvent cliniquement silencieuse, et, d’autre part,
nous n'avions guère de causes d’erreur, le jeune âge des sujets
éliminant l’hypothèse de la nature vénérienne des phénomènes
présentés, et la filariose n’étant pas très fréquente dans le pays
Kissien.
Dans le pays Toina, notre enquête plus restreinte par le
nombre est beaucoup plus rigoureuse, car l’examen de l’urine a
toujours été pratiqué, après centrifugation, par l’observation
microscopique du culot.
Dans une première série de cas, nous avons réuni 108 obser¬
vations ; il s’agit d enfants, surtout de garçons, de très nom¬
breux villages :
Cas positifs après centrifugation .
Cas négatifs après centrifugation.
Tota 1 .
(>4
44
Ï08
Soit ; 5q,i 0/0, ou plus de un enfant bilharzien sur deux,
chiffre énorme qui indique y n e infestation comparable à celle
des pays les plus atteints tels que l’Egypte.
Ce chiffre si élevé nous avait fait supposer une infestation du
même ordre chez l’adulte ; nous avons voulu vérifier cette hypo¬
thèse et avons procédé pour cela à de nouvelles recherches
encore en pays Toraa. Nous avions également pour but la déter¬
mination de la différence possible du degré d’infestation sui¬
vant l’Age ou le sexe.
Dans plusieurs villages, nous avons examiné
après centrifu-
742
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
gation les urines de tous les habitants qui ne se sont pas déro¬
bés à l’examen.
« - t
Villages de Bogbossou et de X...
Examinées Cas positifs
Femmes adultes (20 à 40 ans env.) . 1 1
Femmes âgées (40 à 50 ans) 15 0
Femmes vieilles (50 ans et au delà). 2 1
Hommes adultes . 2 0
Hommes âgés . 0 0
Village de Forobakoro
Examens Cas positifs
Filles . .
Femmes adultes .
Femmes âgées
Femmes vieilles .
Garçons . .
Hommes adultes.
Hommes âgés
Hommes vieux .
5 2
4 3
2 0
• t
1
13
H
1
4
1
a
Village de N'Delenu
Filles . 4
Femmes adultes . 11
Femmes âgées . M
Femmes vieilles . 5
Garçons ......... 19
Hommes adultes, * . 3
Hommes âgés . 9
Hommes vieux . 7
Villages autres
Filles . 4
Hommes adultes.- . 8
3
8
3
I
8
1
1
0
3
0
Sur un total de 1 47 examens nouveaux, nous avons donc
trouvé 6o cas de bilharziose; le groupement par village permet
déjà de voir des différences profondes dans la fréquence de
l’infestation suivant l’âge ou le sexe ; la totalisation des cas par
âge et par sexe permettra de mieux saisir ces différences :
Garçons : 20 examens, 9 cas positifs, soit 45 0/0.
Filles : 13 examens, 8 cas positifs, soit 01,5 0/0.
Ces résultats se rapprochent très sensiblement de ceux déjà
obtenus chez les enfants tomasdans notre première série d’obser-
Séance du 8 Novembre î(Ji6
743
Hommes adultes : 26 examens, U cas positifs, soit 42,3 0/0.
Femmes adultes : 16 examens, 14 cas positifs, soit 87,5 0/0
Hommes âgés et vieillards : 28 examens, 2 cas positifs, soit 7,1 0/0.
Femmes âgées et vieilles femmes : 54 examens, 16 cas positifs, soit
29,6 0/0.
Pratiquement, on peut dire : En pays toma, on trouve un
enfant, garçon ou fille, bilharzien sur deux ; ensuite, chez
l'homme, la fréquence de la maladie diminue considérablement
de l’âge adulte à la vieillesse ; chez la femme, la bilharziose
devient presque générale à l’âge adulte et est encore très com¬
mune dans lâge le plus avancé; à tous les âges, ce parasi¬
tisme est nettement plus fréquent chez la femme que chez
l'homme. Nous ajouterons que, d’après nos observations, l’in¬
tensité de l’infestation serait plus grande chez la femme : en
effet les œufs se rencontrent souvent en nombre plus considé¬
rable chez elle que chez l’homme ; de plus, nous avons vu plu¬
sieurs cas d’hématurie chez de très vieilles femmes alors que
nous n’en avons pas observé chez le vieillard: chez lui, dans
les cas où les urines renfermaient des œufs, elles étaient simple¬
ment plus ou moins troubles. Nous dirons donc bilharziose plus
commune et plus intense chez la femme.
L’explication de ces faits paraît assez facile : Leiper a reconnu
que les Miracidia Bilharziens se transforment en cercaires dans
le corps de certains mollusques : ces cercaires libérées dans
1 eau deviennent infestantes à la fois par voie cutanée et par
voie buccale; le fait a été démontré expérimentalement sur les
animaux. Somme toute, le rôle que l’on attribuait autrefois aux
miracidia est rempli en réalité par les cercaires, mais le méca¬
nisme et les voies d’entrée dans l’organisme de l’hôte définitif
sont les mêmes.
Chez l’homme comme chez la femme toma, les facilités de
contamination par la voie buccale sont égales ; mais, si nous
envisageons la possibilité de l’infestation par la voie cutanée,
la femme paraît beaucoup plus exposée : les enfants des deux
sexes se roulent à peu près nus sur la terre humide ou barbo¬
tent dans les flaques autour des cases et les risques de contami¬
nation sont égaux; mais de très bonne heure la fillette colla¬
bore aux travaux du ménage ; en particulier, elle est préposée
au charroi de l’eau et au lavage des calebasses; plus tard, lors¬
qu’elle devient mère de famille, la femme, par ses fonctions
ménagères, est en contact fréquent avec l’eau : transport de
744 Bulletin de La Société de Pathologie exotique
l’eau, lavage des objets culinaires, des pagnes, des enfants ; elle
passe plusieurs heures par jour dans les dépendances des cases
où, pendant la saison pluvieuse, ne manquent pas les flaques
d’eau, certainement très infestées, car les enfants urinent tout
autour des cases. A la femme, est également dévolue la pèche
aux silures dans les petits ruisseaux; même les très vieilles
femmes trouvent là leur principale occupation : ce sport,
qu’elles pratiquent avec une sorte d’épuisette, ne nécessite pas
de grands efforts, mais les oblige à rester longtemps les jambes
dans l’eau.
L'homme au contraire fréquente habituellement des endroits
plus secs : il travaille aux champs qui ne sont pas boueux comme
en Egypte, étant presque tous en terrain fortement déclive, et,
lorsqu'il se tient dans le village, il aime particulièrement à
s’allonger en oisif en hamac ou à s’asseoir sur les pierres plates
des tombeaux.
En outre, les organes génitaux-externes de la femme, par le
développement considérable de la surface muqueuse et par la
présence de nombreux replis qui peuvent, après un bain par
exemple, retenir des gouttes d’eau contaminée, semblent avoir
une disposition susceptible de faciliter l’infestation.
Durant toute sa vie, la femme loma se trouve donc, par suite
de contacts multiples avec des eaux suspectes, beaucoup plus
exposée que l’homme aux réinfestations.
Notes cliniques
Bilharziose intestinale. — Nous n’avons pu relever aucun cas
de diarrhée ou de dysenterie se rattachant uniquement a la
bilharziose intestinale. Tous nos bilharziens avaient du parasi¬
tisme intestinal associé ; la participation du S ch. Mansoni dans
les troubles observés était certaine sans doute, mais impossible
à déterminer quantitativement. Souvent les selles étaient molles
comme chez la plupart des indigènes; mais, dans un cas, elles
étaient parfaitement moulées.
Le toucher rectal pratiqué plusieurs fois ne nous a jamais
révélé la présence de papillomes : nous avions donc affaire à
des cas légers.
Bilharziose vésicale. — Généralement la maladie débute dès
l’âge de 4 à 5 ans pour se poursuivre des années et peut-être la
vie durant.
Séance du <S Novembre i <j 1 6
/.4 a
Dans la moitié des cas environ, l'affection passe complètement
inaperçue, le parasité étant simplement à son insu un « pisseur
d'œufs ». Dans les autres cas, la maladie se révèle par des héma¬
turies; le symptôme douleur rétro-pubienne les accompagne;
elle peut être assez vive pour arracher des pleurs au jeune
malade, mais le plus souvent la souffrance est légère.
Le plus fréquemment, les hématuries sont matutinales et
intermittentes : ordinairement terminales, elles accompagnent
parfois toute la miction.
Nous n'insisterons pas sur tous les signes d’intolérance vési¬
cale.
Chez le jeune enfant, l’atteinte générale de l'organisme est
profonde ainsi qu'en témoignent les résultats suivants de l’exa¬
men du sang de io enfants ne présentant en apparence aucun
trouble particulièrement grave.
Examen du sang. — Dans le tableau, la colonne :
N° 1. — Indique : La proportion pour cent en hémoglobine d’après
l’hémoglobinomètre de Tallouist.
N° 2. — Indique : Le nombre de globules du sang sains que contien¬
drait un millimètre cube du sang examiné.
N° 3. — Indique : Le nombre de globules sanguins par millimètre cube
trouvé dans le sang examiné.
N° 4. — Indique: Le rapport des deux nombres précédents, qui exprime
la valeur globulaire.
Au point de vue globulaire, nous avons donc : Nombre d’hé¬
maties normal ou bien hypoglobulie légère ou moyenne.
Au point de vue richesse en hémoglobine, nous avons toujours
une diminution considérable : la valeur globulaire, considéra¬
blement amoindrie, oscille autour de G = o,5n. Les résultats
74b
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
fournis par l’examen à l’hémoglob. Tallquist indiquent égale¬
ment ce déchet en hémoglobine.
Nos io sujets étaient tous ankylostomés, mais l’absence d'au¬
tres symptômes nous fait penser qu'ils n’étaient pas encore de
vrais ankylostomiasiques et que la plus grande part de l’anémie
constatée revient à la bilharziose.
Sur les io cas, 5 présentaient de l’hématurie au moment de
l’examen; ce sont ceux où l’on a constaté le plus grand abais¬
sement du nombre d hématies.
L’éosinophilie a été trouvée toutes les fois où elle a été recher¬
chée ; nous n’attachons aucune importance à ce fait car tous nos
sujets étaient porteurs d’uncinaires et souvent d’autres hel¬
minthes.
Urines. — En dehors de leur caractère d’ètre souvent hémati¬
ques, les urines en présentent un autre qui est constant et sur
lequel nous voulons insister. Toutes les urines de bilharziens
présentent, dès leur émission, avant tout refroidissement, un
trouble quelconque : il est parfois réduit à un nuage très léger,
mais la limpidité de l’urine normale est toujours altérée. Cdiez
les enfants pour lesquels lhypothèse vénérienne ne se posait
pas, nous arrivions à poser le diagnostic à coup sur.
Chez l’adulte, les signes cliniques sont les mêmes que chez
l'enfant; les complications possibles de la bilharziose sont bien
connues, nous nous contenterons de signaler deux cas cliniques
qui doivent se rencontrer fréquemment :
Le premier concerne une femme âgée arrivée à un degré extrême de
cachexie ; la bilharziose a été la seule affection que nous avons pu déceler :
la quantité d'œufs émise était énorme et toutes les mictions étaient héma-
turiques du commencement à la fin.
Le deuxième cas est celui d'un adulte déjà bilharzien qui contracta une
uréthrite blennorrhagique (contrôlée par color. Gram). 11 eut très rapide¬
ment des phénomènes de cystite, présenta à partir de ce moment des héma¬
turies considérables et son état général périclita beaucoup : nous n’avions
jamais observé un tel dépérissement dans la cystite gonococcique simple.
î
Œufs et Miracidia. — Nous serons très bref. Nous avons déjà
signalé l’observation d’un œuf à éperon terminal, donc de Sch .
hœmatobium , dans les fèces; de même dans l’urine, nous avons
trouvé trois fois des œufs à éperon latéral, donc appartenant à
Sch. Mansoni. Dans deux de ces derniers cas, les deux sortes
d’œufs voisinaient : parmi ces œufs à éperon latéral, un grand
Séance du 8 Novembre 19 1 G
747
nombre paraissaient avoir des formes anormales ou même étaient
nettement dégénérés.
De même, lorsque nous avons pu faire l’observation des fèces
et de burine, nous avons trouvé plusieurs fois l’infestation vési¬
cale par Sc/i. hœm. et l’infestation intestinale simultanée par
S ch. Mansoni.
Au sujet des embryons, contrairement à ce qui est écrit géné¬
ralement, il n’est pas indispensable d ajouter de l’eau tiède à
l’urine pour observer leur vitalité et assister à l’éclosion du mira¬
cidium : nous avons observé des miracidia très agiles dans de
l’urine pure, et, dans un cas, 10 li. après la miction; il est cer¬
tain que, dans ce dernier cas, l’éclosion remontait à peu de
temps. Chaque fois que la température extérieure était aux envi¬
rons de 3o°, nous observions des embryons vivants dans presque
toutes les urines parasitées.
Conclusions.
La Région militaire de la Guinée est un foyer intense de
bilharziose vésicale et de bilharziose intestinale ; son degré
d infestation est comparable à celui de l’Egypte; au point de
vue géographie médicale, ce fait la rattache au Soudan où la
bilharziose a été signalée depuis longtemps.
Les manifestations morbides de cette affection sont parfois
très graves; dans la majorité des cas elle détermine, au moins
chez l’enfant, un degré certain d’anémie assez considérable ; donc
la connaissance de la grande diffusion de cette grave affection,
nous impose de développer chez l’indigène toutes les notions
utiles d’hygiène et de prophylaxie.
Travail de la mission d' abonnement Franco-Libérienne
748
Bulletin de t\ Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
Armais of Tropical Medicine and Parasitology , l. X, f. 2,
3o sept. 1916.
Br itish Medical Journal, n08 2911-2914, i4 oct.-4 nov. 1916.
New Orléans Medical and Surgical Journal , t. LXIX, n° l±, oct.
1 9*6
Pediatria , t. XXIV, f. 9, sept. 1916.
Philippine Journal of Science, Tropical Medicine, t. XI, f. 2,
mars 1916.
Review of applied Entoniologg, A et B, f. 9 et 10, ; — sér. B,
tables t. III.
Revue scientifique , n08 20-21. i4 oct. -4 nov. 1916.
Tropical Diseuses Bulletin, t. VIII, n° 5, i5 oct. 1916.
Tropical Veterinarg Bulletin, t. IV, n° 3, 3o sept. 1916.
VOLUMES ET BROCHURES
L. Cazalbou. La culture naturelle des champignons pathogènes,
lsadore Dyer. The sex question in public Health. - — The con-
troi of syphilis.
Emilio Robledo. Geographia medica del Departemento de
Caldos, 1 vol. Monizale, 1916.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET C,e.
Tome IX.
iyi6
No
io.
BULLETIN
1 ^*-4 • * -♦-#• * i r_ ^
de la Société f :7
0E *"‘~;*'**î 0/ ,j. .
fjr' . * _ '<?/>£
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 13 décembre 1916
PARIS
MASSON & O, ÉDITEURS
LIBRAIRES DE L’ACADEMIE DE MEDECINE
i2o, Boulevard Saint-Germain (6e)
Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît io fois par an
«5 jours après chaque séance, qui a lieu le 2e mercredi du mois, sauf en août et
septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 6oo pages
Années 1908 à 1913 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
Le prix de l’Abonnement est : France , 18 fr. ; Union postale , 20 fr.
SOMMAIRE DU NUMÉRO io
Séance du 13 décembre 1916
PAGES
PRÉSENTATIONS
A. Laveran. — Singe patas infecté de bouton d’Orient . 749
Ch. Nicolle et L. Blaizot. — Technique de la préparation d u sérum anti¬
exanthématique à l’Institut Pasteur de Paris. Démonstration. . . y5o
Décès de M. le Prof. Brault . 753
Election de membres correspondants . 754
COMMUNICATIONS
P. Delanoë. — Existence de Phlebotomus papatasii à Mazagan . . . 762
E. Escomel. — A propos d’un cas de Blastomyose au Pérou .... 756
Greggio. — Le novarsénobenzol et quelques affections au Congo
belge (avec la pl. XIV) ... . 760
A. da Matta. — Tableau synoptique de la classification des leishmanio-
ses . 761
E. Roubaud. — Les Porcins et la conservation des Ectoparasites humains
dans les régions chaudes . 768
E. Roubaud et R Van Saceghem. — Observations sur quelques insectes
et acariens parasites du bétail au Congo belge . 768
Rudler. — Enquête sur l’alcoolisme dans la population scolaire indi¬
gène de l’Algérie . 773
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
Les Établissements POULENC Frères
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— *
n
.. . -
PAGES
Et. Sergent et A« Alary. — Petite épidémie d’acariose en Algérie . 771
MÉMOIRES
G. Bouet. — Contribution à l’étude des zones à glossines du Sénégal.
Région du chemin de fer de Thiès à Kayes .
A. Sarrailhé. . — Dengue et fièvre de trois jours .
H. Soulié et G. Derrieu. — Parasitisme intestinal des enfants des éco¬
les maternelles d’Algérie. Détermination d’un indice parasitaire.
Application de cet indice à la mesure delà pureté des eaux de bois¬
son . . .
R. Van Saceghem et E. Nicolas. — L’émétique dans le traitement des
trypanosomiases .
Ouvrages reçus . .
Liste des échanges . .
Table analytique des matières .
Table alphabétique par noms d’auteurs .
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Neuvième année
1916
N° 10.
“BULLETIN
DE LA,
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU l3 DÉCEMBRE I 9 I (3 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Présentations
M. Laveran. — J’ai riionueur de présenter un jeune patas
femelle ( Gercopithecus patas ) auquel j’ai inoculé la Leishmania
tropica et qui est porteur de beaux boutons d’Orient.
Le singe a été inoculé le 16 novembre dernier sur une souris
infectée par L. tropica. La technique employée pour l’inocula¬
tion a été celle que j'ai indiquée dans une communication
antérieure ( i ) ; 3 piqûres ont été faites à la face externe de la
cuisse droite. Dès le 23 novembre, 7 jours après l’inoculation,
on sent au niveau des piqûres des nodules de la grosseur de
grains de millet; la ponction de 2 des nodules donne un peu
de sang avec des Leishmania rares. Le 29 novembre, les bou¬
tons ont grossi, ils ont le voliraie de grains de chènevis. La
ponction des 3 boutons donne des Leishmania nombreuses dans
deux, très nombreuses dans le troisième. Le 3 décembre, les
3 boutons ont le volume de petits pois, la ponction de 2 bou¬
tons donne des Leishmania très nombreuses. Le n décembre,
les boutons très saillants ont le volume de gros pois, ils sont
indurés, non ulcérés, et ne paraissent pas douloureux à la pres-
(1) A. Laveran, Soc. de path. exotique, 12 avril 191O.
5o
750
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sion. La ponction des 3 boutons donne des Leishmania en très
grand nombre. Il est probable que les boutons ne tarderont pas
à s'ulcérer.
J’ai jusqu’ici inoculé le bouton d'Orient à 4 espèces de singes :
Macacus sinicus , Mac. cy no mol gus , Mac. rhésus et Cercopithecus
patas , ces quatre espèces se sont montrées également sensibles.
Un Mac. sinicus qui a été inoculé en meme temps que le petit
patas, et dans les mêmes conditions, présente en ce moment des
boutons qui sont aussi beaux que ceux du patas.
Je rappelle que, à Fort-Archambault, notre collègue M. le
Dr Bouilliez a inoculé avec succès le bouton d'Orient à des
patas (i).
Notre collègue M. Boubaud auquel j’avais demandé de déter¬
miner le singe que je présente a bien voulu me remettre la note
qui suit.
« Le Cercopithecus patas a été considéré par Pocock (1907)
comme formant 2 sous-espèces : C . patas-patas (à bandeau noir
et museau noirâtre) et C. patas pyrrhonolus (à bandeau blanc et
nez blanc).
« Les débats relatifs aux 2 variétés du Patas sont d’ailleurs
très anciens.
Les 2 singes dont vous m’avez confié l’examen appartiennent
au Cercopithecus patas-patas (sensu Pocock). On peut les dési¬
gner aussi sous le terme de variété à bandeau noir du Patas ».
Technique de la préparation du sérum antiexanthématique
à l’Institut Pasteur de Paris. Démonstration.
\
Par Cn. Nicolle et L. Blaizot.
Au début de l’automne, l’Institut Pasteur de Paris a organisé
un service pour la préparation du sérum antiexanthématique,
laquelle y est poursuivie conformément à la technique que nous
avons récemment publiée (2). Nous sommes profondément recon¬
naissants à M. Roux d’avoir décidé la création de ce nouvel
organisme qui nous met en mesure de donner toute l'extension
(1) M. Bouilliez, Soc. de path. exotique , 8 mars 191(1, t. IX, p. 1 56 .
(2) Archives Institut Pasteur , Tunis ; Annales Institut Pasteur, Paris.
SÉANCE DU l3 DÉCEMBRE I Q 1 6
751
voulue à nos premiers résultats obtenus dans cet ordre de recher¬
ches. Nous exprimons nos sincères remerciements à M. le pro¬
fesseur Laveran, à M. le docteur L. Martin et cà M. le professeur
Mesnil qui ont eu l'obligeance de nous fournir l’installation et
les moyens désirables pour la réalisation de cette tâche.
La proximité de ce nouveau service nous fournit l’occasion de
présenter à la Société les principaux éléments sur lesquels
s’appuie notre technique.
Le virus, destiné à l’inoculation des chevaux, est entretenu
sur cobayes par passages successifs : retiré par ponction asepti¬
que du cœur, le sang du cobaye malade est inoculé dans le
péritoine du cobaye sain : 2 cm3 5 de sang représentent la dose
optima destinée à chaque cobaye neuf. L’éclosion de l’infection
exanthématique est décelée, chez le cobaye, par la lecture de sa
courbe de température. Les courbes qui circulent sous vos yeux
sont celles de nos séries en cours. Elles montrent que l’hyper-
thermie débute parfois le 4e ou 5e jour, en général du 6e au 9e,
parfois aussi tardivement que le i5e. La plupart de ces courbes
sont interrompues par la saignée du cobaye, généralement pra¬
tiquée au 2e ou 3e jour de la température. Les cobayes non sai¬
gnés montrent de la fièvre pendant 6-8jours ; leur courbe s’éta¬
blit alors en plateau ; puis la température descend assez
brusquement, passe par un stade d’hypothermie et revient
ensuite à la normale.
Au cours de l’an dernier, nous avons constaté que les organes
du cobaye exanthématique se montraient infectieux même après
qu’on les avait, par un lavage prolongé de leurs vaisseaux,
débarrassés de tout le sang qu’ils contenaient. Cette constatation
fut le point de départ de nos essais d’immunisalion des chevaux
en vue de la production d’un sérum thérapeutique. La possibi¬
lité de réduire en émulsion fine différents organes nous offrait
la perspective d’obtenir, sur chaque cobaye, une quantité con¬
sidérable de substance virulente, que le sang 11’aurait jamais
pu nous fournir. L’expérience nous a prouvé que les chevaux
subissent sans troubles l’inoculation intraveineuse d’émulsion
fraîche d’organes de cobayes, alors que ces émulsions tuent si
facilement, par leur thrombokinase, d’autres animaux (lapins,
cobayes). Les organes que nous faisons entrer dans notre émul¬
sion vaccinale sont régulièrement la rate, les capsules surré¬
nales, les reins.
752
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pour tirer parti de ce matériel réduit et, par la présence des
reins, difficile à broyer, nous avons dû fabriquer un broyeur peu
volumineux, très énergique et permettant
de récupérer toute la substance engagée.
Nous avons simplement choisi le présent
tube de nickel, dont le couvercle est fermé
par la pression d une vis s’appuyant sur
un étrier d’acier. Entre le tube et le cou¬
vercle, le joint est formé par une couronne
d’amiante caoutchoutée, que M. Jouan a
bien voulu mettre à notre disposition
comme étant la substance s’adaptant le
mieux à cet usage, ce dont nous le remer¬
cions vivement.
Le tube contient une série de billes de
nickel, les unes grosses (diam. 8 min.), les
autres petites (diam. 4 mm.) : lors du
mouvement de va-et-vient imprimé au
tube, les plus grosses billes apportent leur
force vive et commencent l’attaque des
organes ; et quand ceux-ci se trouvent
divisés en particules assez petites, les billes
les plus fines deviennent alors efficaces et
achèvent de les réduire en pulpe. L’appa¬
reil va-et-vient dont nous nous servons est mû par un moteur
électrique (puissance : i/4 HP), avec un système de démultipli¬
cation donnant 200 secousses à la minute. Un quart d’heure
suffit pour pulper entièrement une masse d’organes composée
de 2 reins, 2 capsules surrénales, 1 rate.
Une fois pulpée, la masse d’organes est additionnée d’eau phy¬
siologique, remise à l’agitateur, puis centrifugée vigoureuse¬
ment et ramenée, par de l’eau physiologique, au volume conve¬
nable, soit 5o cm3 dans l’état actuel de notre travail. C’est la
dilution ainsi obtenue qu’on inocule aux chevaux. Une goutte
de cette dilution, inoculée dans le péritoine d’un cobaye, lui
confère le typhus dans les délais accoutumés («le fais circuler
deux courbes qu’en fournissent la démonstration).
Par séance, chaque cheval reçoit dans les veines 5 cm3 de
l’émulsion précédente. Les inoculations sont répétées presque
quotidiennement. Nous basant sur les résultats de nos premiers
Séance du i3 Décembre i 9 i G
essais, nous fixons à 2 mois i/2-3 mois la durée d’immunisation
des chevaux. Ces chevaux, qui ont actuellement reçu 45 inocula¬
tions, n’ont cessé d’être apyrétiques et ont tous maintenu leurs
poids.
Décès de M. le Professeur Brault
Le Président. — J'ai le regret d’annoncer que le Professeur
Brault, membre associé de notre Société, a succombé récem¬
ment à Alger.
J. Brault était né à Bennes le 16 novembre 1862 ; il avait
commencé ses études médicales à l’Ecole de médecine de Rennes
un passage dans la médecine militaire, Brault qui était un grand
travailleur résolut de se vouer à l’enseignement. En 1897, il fut
nommé Professeur suppléant de chirurgie et d’obstétrique à
l’Ecole de plein exercice d’Alger, puis Professeur titulaire des
Maladies des Pays chauds. Cette chaire fut transformée trois
ans plus tard en Clinique des Maladies des Pays chauds, et en
1902 la chaire des Maladies cutanées et syphilitiques y fut
jointe.
En 1910, lors de la transformation de l’Ecole de Médecine
d’Alger en Faculté, Brault fut maintenu danssa chaire.
Brault est l’auteur d’un grand nombre de notes ou de mémoi¬
res qui, pour la plupart, concernent la pathologie exotique, ou
l’étude des maladies cutanées et syphilitiques. Parmi ses publi¬
cations les plus intéressantes, je citerai celles qui concernent la
bilharziose en Tunisie, les ulcères phagédéniques des pays
chauds, le bouton des pays chauds, le craw-craw, l’actinomy¬
cose, les pseudo-dysenteries, la fièvre de Malte, le farcin d’Afri¬
que chez l’homme, le paludisme, le cancer chez les indigènes
d’Algérie, la pelade, différentes mycoses (le pied de Madura en
particulier), la lèpre, la dothiénenterie chez les Arabes et les
Kabyles. Plusieurs des travaux de Brault ont été publiés dans
nos Bulletins.
En 1898, Brault avait émis l’hypothèse que la maladie du
754
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sommeil était une trypanosomiase [Janus, juillet-août 1898).
Cette hypothèse si judicieuse fait honneur à la clairvoyance de
notre regretté collègue.
Brault a publié, en 1899, un Traité pratique des maladies des
pays chauds et, en 1905, un volume sur la pathologie et l’hy¬
giène des indigènes musulmans d’Algérie
L'importance de la contribution que Brault a apportée à
l’étude de la pathologie algérienne n’est pas contestable ; la
mort prématurée de ce travailleur infatigable constitue une
grande perte pour la Faculté de médecine d’Alger et pour notre
Société.
J’adresse à la famille de notre très regretté Collègue, au nom
de notre Société, des condoléances bien sincères.
J’ai l’honneur de déposer sur le Bureau la liste complète des
travaux (3u Professeur Brault; cette üste, qui m'a été envoyée
par notre collègue le D‘‘ Ed. Sergent, ne comprend pas moins de
278 numéros; elle sera déposée dans nos Archives.
*
Election de membres correspondants
Sont élus :
Correspondants français.
MM.
G. Blanc, Chef de Laboratoire à l’Institut Pasteur de Tunis.
A. Boquet, Chef de Laboratoire à l'Institut Pasteur d’Algérie.
P. Brau, Médecin-major de ire Classe des Troupes coloniales.
V. Dupont, Médecin principal de l’Assistance indigène en A. O. F.
C. Jojot, Médecin-major de ire Classe des Troupes coloniales.
A. Lecomte, Médecin principal de 2e Classe des Troupes colo¬
niales.
A. Lhéritier, Chef de Laboratoire à l’Institut Pasteur d'Algérie.
F. Miramond de la Roquette, Médecin-major de ire Classe.
F. Ouzilleau, Médecin-major de 2e Classe des Troupes colo¬
niales.
Séance du i3 Décembre i 9 i 0
Cor res pon dants étrangers.
75$
MM.
M. Ciuca, Chef de Laboratoire à la Faculté de Médecine de
Bucarest.
G. Franchini, Libero docente de Pathologie exotique à l’Uni¬
versité de Rome, attaché à l’Institut Pasteur de
Paris.
R. J emma, Professeur de Pédiatrie à l’Université de Naples.
A. Lanfranchi, Professeur de Clinique vétérinaire à l’Université
de Bologne.
B. Leiper, Professeur à l’Ecole de Médecine tropicale de Londres.
L. W. Sambon, Professeur à l’Ecole de Médecine tropicale de
Londres.
F. Van den Branden, Médecin chef de service, Directeur p. i. du
Laboratoire de Léopoldville.
R. Van Saceghem, Vétérinaire militaire de ire Classe, Directeur
du Laboratoire de Zambi, Congo belge.
W. Yorke, Professeur de Parasitologie à l’Université de Li ver-
pool.
756
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
A propos d'un cas de Blastomycose au Pérou
Par E. ESCOMEL
Le cas clinique qui fait l'objet de cette note est intéressant
parce qu’il montre les débuts des lésions muqueuses blastomy-
cosiques et parce qu'il m’a permis de contrôler l’existence de
cellules géantes, déjà décrites par Splendore.
S. R., conducteur de mulets chargés de marchandises (arriero)
dans la zone leishinanio-blastomycosique de Aslillero et Lim-
bani, a fait de nombreux voyages entre ces régions et Aréquipa.
Le 20 janvier 19 15, il revint d’un de ces voyages, et vingt jours
après son arrivée, il senlit une forte démangeaison, suivie de
tuméfaction, à la partie inférieure et externe de l’avant-bras
droit.
Cette tuméfaction persista pendant trois mois sans qu’il y eut
aucune plaie. C’est alors seulement que la peau s’ulcéra; l’ulcé¬
ration s’agrandit jusqu'à atteindre un diamètre de 4 cm.
La plaie fut soumise à tous les traitements employés d’ordi¬
naire pour des cas semblables sans qu’on obtint une guérison
complète. Pourtant, lorsque je fus consulté, onze mois après le
début de l'ulcération, celle-ci présentait des signes très nets de
réparation. L’ulcère n’avait plus qu’un centimètre et demi dans
son plus grand diamètre, le fond, jaunâtre,, sécrétait un liquide
épais; les bords rougeâtres un peu saillants se continuaient en
plan incliné avec la peau saine.
A ce moment, le malade ne se plaignait de rien du côté des
fosses nasales, malgré les questions qui lui furent posées, à ce
sujet, mais on voyait à la fosse nasale droite, sur la cloison, au
commencement de la muqueuse, une petite ulcération, arrondie,
mamelonnée, de la grandeur d’une pièce de cinquante centimes,
ayant de la tendance à perforer la cloison.
Au niveau de la tête du cornet inférieur du même côté, la
Séance dtj i3 Décembre 1916
757
muqueuse était dépolie, première manifestation des lésions
secondaires ou muqueuses de la blastomycose.
Dans la narine gauche, on ne voyait rien d’anormal.
Le ier février nous avons extirpé, au moyen du galvano-cau-
tère, l’ulcère de la peau en empiétant de plus d’un centimètre
sur les parties saines; nous avons aussi cautérisé profondément
le fond des ulcérations de la muqueuse nasale après extirpation
des parties malades.
L anatomie pathologique des lésions était caractéristique de la
blastomycose.
Dans la lésion régressive de l’avant-bras, chancre initial , nous
avons vu des blastomycomes typiques avec les trois zones carac¬
téristiques : zone centrale parasitaire, zone intermédiaire et
zone externe à cellules blastomycosiques (plasmocytes). Dans
beaucoup de blastomycomes, en régression plus ou moins
avancée, les parasites se raréfient, de même que les cellules
réactionnelles que remplace un tissu granulomateux.
On voit par exemple à la place d’un blastomycome, un granu¬
lome ordinaire entouré par du tissu conjonctif et fibreux,
dépourvu de parasites.
Le tissu cicatriciel se substitue peu à peu au tissu malade.
Les vaisseaux sont nombreux et l’on distingue quelques labro¬
cytes qui ne s'aperçoivent pas facilement dans les blastomy¬
comes.
Nous avons vu, dans la lésion initiale en régression, des cel¬
lules géantes très nettes , pourvues de 20, 3o noyaux, et plus, grou¬
pés aux pôles des cellules ou disséminés. Quelques-unes de ces
ce llul es renfermaient des Blastomyces très nets.
Dans la lésion secondaire du nez , nous avons vu de nombreux
blastomycomes ayant le même aspect que dans la peau, avec les
3 mêmes zones, et les cellules caractéristiques que nous avons
décrites en détail ( 1 ).
Nous avons eu la chance de voir 3 Blastomyces et 2 plasmo¬
cytes au milieu de la muqueuse comme première manifestation
d’un blastomycome naissant.
Quelques blastomycomes sont recouverts par l’épithelium de
la muqueuse, tandis que d’autres affleurent à la surface; la zone
(1) Escomel. La Blastomycose humaine au Pérou et en Bolivie. Bulletin de
la Société de Pat/i. Exotique , 1916.
758
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
centrale parasitaire, étant à nu, cela permet de recueillir de
nombreux parasites, lorsqu’on racle la surface avec le fil de
platine pour faire une coloration sur lame. Cela est très intéres¬
sant, car, pour faire un diagnostic rapide et une bonne pré¬
paration, on doit râcleren beaucoup de points, au fond des sil¬
lons, pour recueillir des parasites qui ça et là sont à la surface
des blastomycomes superficiels.
Un autre caractère important pour le diagnostic, est fourni
par la présence de groupes de cellules épithélioïdes des uns,
plasmocytes des autres, cellules blastomycosiques qui caracté¬
risent la lésion par leur nombre, leur groupement, leur appa¬
rence typique après coloration au Giemsa, alors même que les
Blastomyces font défaut.
Les caractères cliniques de la dermatose et la présence des
cellules blastomycosiques chez un malade venant des zones
endémiques, suffisent pour que Ion puisse porterie diagnostic
de Blaslomycose. La Leishmaniose, qui au point de vue clinique
présente une grande ressemblance avec la Blastomycose, ne
présente pas ce groupement de cellules.
Tous les doutes seront levés si on examine d’autres coupes ; on
y trouve les blastomycomes avec leurs trois zones.
Traitement. — Après ablation totale du chancre initial et de
la lésion nasale secondaire, et la gai vano-cautérisation profonde
de la surface mise à découvert le ier février, nous fîmes au
malade, le 4 février, une injection intra-veineuse de 5 cm3 de
tartre stibié en solution aqueuse à xo o/o. Le 1 1 février, deuxième
injection de 5 cnU de la même solution. Le 18 février, troisième
injection de io cm3.
Le 24 février les ulcères cautérisés s’étaient cicatrisés complè¬
tement, tandis que 1 ulcération à peine visible de la tête du cornet
droit ri avait pas été modifiée par b action du tartre stibié , ce qui
me décida à cautériser au galvano celte ulcération.
Nous avons revu le malade le 27 mai; il était en apparence
guéri de toutes ses lésions.
Malgré notre avis, il se rendit à la région endémique en juin
1916 ; il revint en juillet. 11 se plaignait alors de catarrhe nasal.
La lésion de l’avant-bras était parfaitement guérie; la narine
droite présentait de nouveau des ulcérations avec des Blasto¬
myces, et la fosse nasale gauche, qui n’avait rien présenté
jusqu'alors, montrait une lésion blastomycosique à la tête du
Séance du i3 Décembre 1916
739
cornet inférieur et une autre petite ulcérai ion sur la cloison.
L’état général du malade était bon.
Depuis lors j’ai soumis le malade au traitement suivant :
iu Lavage journalier des fosses nasales à l’eau oxygénée
mitigée; 20 pulvérisation d’une solution de cocaïne à 1/100;
3° pulvérisation, 10 minutes après, d’une solution de tartre
stibié à 2/100.
Une fois par semaine : r° Nettoyage du nez; 20 attouchement
des parties malades avec une solution de cocaïne à 10/100;
3° attouchement avec une solution saturée de tartre stibié, le
nez penché en avant pour que cette solution ne passe pas dans
la bouche, et ne tombe pas dans le larynx, ce qui donnerait lieu
à un spasme très fâcheux.
Le i5 août 1916, on constate une amélioration manifeste des
lésions muqueuses.
Conclusions .
i° Les cellules géantes existent dans la blaslomycose (surtout
dans les lésions en régression) ;
20 Dans les lésions secondaires qui commencent, on trouve
tous les éléments de la blastomycose (blastomycomes avec leurs
trois zones : parasitaire, dégénérative et à cellules blastomy-
cosiques) ;
3° La présence de cellules blastomycosiques révélables au
Giemsa en particulier, est constante et facile à constater;
4° L’aspect du malade, l’origine de la maladie et la présence
de ces cellules, fournissent pour le diagnostic des indications
d’une grande importance ;
5° Les cellules blastomycosiques ne se trouvent pas dans la
Leishmaniose avec la disposition que nous avons indiquée ;
6° Pour faire une bonne préparation microscopique, il faut
racler la surface et les sillons sur beaucoup de points; on a
ainsi de grandes chances de passer sur un blastomycome dont
la zone centrale parasitaire affleure à la surface ;
70 Des lésions secondaires se sont développées chez notre
malade bien que la lésion primaire fut guérie à la suite de la
cautérisation ;
8° Le tartre stibié ne donne pas dans la Blastomycose les
bons et rapides résultats que l’on observe dans la Leishma¬
niose.
Arèquipa , août iyiO.
760
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le novarsénobenzol et quelques affections
au Congo belge
Par le Rd P. GREGGIO
Le « 914» a trouvé un large emploi chez les populations de la
vallée de llnkissi dans le Moyen Congo belge. Près de 5oo noirs
ont été injectés en moins de 3 ans au lazaret de Kisantu, et à
part quelques cas d’une gravité exceptionnelle, la guérison a
suivi le traitement.
Voici dans leurs noms indigènes les principales affections
soignées : Nkoulou (Pian), Nzeku ou Bilwa, Ngulunga Mbaki,
Mboko.
Nkoulou (Pian). C’pst l’infection la plus répandue. Pour ne
citer qu’un exemple, à Kingombe, village de la chefferie de
Kisantu, sur 109 habitants interrogés en 1914? 5o l’avaient con¬
tractée au cours de leur vie.
Nos riverains (rive droite de l lnkissi) prétendent que le Pian,
jadis, 11’existait pas chez eux, mais qu’il leur a été transmis
parles habitants de l’autre rive au moyen du a loukou » (pain
de manioc). Ceux-ci procédaient de la façon suivante : Ils dissi¬
mulaient au milieu delà boule du manioc quelques fines croûtes
de leurs boutons pianiques, et venaient vendre leurs produits
ainsi contaminés sur nos marchés. Dans l’idée du noir vendeur,
s’il parvenait à communiquer, à passer sa maladie au consom¬
mateur, il en restait lui-même délivré : la maladie émigrait. Je
cite le fait à titre documentaire. Au dire des indigènes, ce triste
procédé continuerait de nos jours encore, mais je n’ai jamais pu
observer directement un fait.
Les indigènes traitaient le « Nkoulou » — avant l’arrivée des
blancs — de la façon suivante. Ils prenaient des morceaux de
scories de forge (leurs ancêtres travaillaient fort bien le fer), et,
après les avoir chauffés à blanc, ils touchaient légèrement les
boutons pianiques avec cette matière incandescente. Inutile de
dire les douleurs qu’endurait le patient pendant l’opération,
qu’on répétait de temps en temps. A elles seules, sans compter
la honte d’ètre couvert de Pian, elles expliqueraient le succès du
« 914 » dans cette région.
-7
Pl. XIV
G UEGGIO
Séance du i3 Décembre 1916
701
Nous donnons dans la planche ci-contre les photographies
de 3 pianiques, l’un d eux (n° 1) avant et après traitement.
N° 1 . Bisengo. A état avant traitement.
Reçoit 0,90 de 914 en injection unique.
B. Ln mois après l’injection.
Bien que tout couvert de pustules, je trouvai ce malade en train de soi¬
gner sa femme qui venait de mettre au monde un enfant ! Quoi d’étonnant
dès lors que la maladie se répande si facilement?
N° 2. Ntoya. Les boutons pianiques dans leur plein épanouissement
avant de commencer à sécher.
Injection de 0,90. Guérison.
N° 3. Mampuya Les boutons avant de disparaître.
Injection de 0,90. Guérison.
On obtient également de bons résultats dans le traitement du
nzeku ou bilwa, qui ne paraît être qu’une manifestation tardive
du pian; etsurles deux autres affections sus-nommées, ngulunga
mbaki et mboko, dont l’étiologie ne nous est pas connue.
Tableau synoptique de la classification
des leishmanioses
Par Alfr. da MATTA.
Lorsque j’ai terminé mon travail sur les leishmanioses (1), je
ne connaissais pas encore l’étude du D1 2 3 4 Escomel (2) ni la thèse
n
du Dr Almenara (3). Après lecture de ces intéressants travaux,
j’ai dû refaire, pour le rendre plus complet, le schéma publié
dans ce Bulletin.
Dans les travaux précités aussi bien que dans le magistral
mémoire du Professeur Laveran (4), les variétés et formes clini¬
ques de la leishmaniose tégumentaire sont parfaitement décrites,
je me contenterai donc de Reproduire mon tableau synoptique
de la classification des leishmanioses un peu modifié.
(1) Sur les leishmanioses tégument ai res. Classification générale des leishma¬
nioses. Bail. Soc. Pat h. Exot., no 7, 1916.
(2) Contribution à l'étude de la leishmaniose américaine (Laveran et Nat-
tan-Larrier). Formes et variétés cliniques. Bail. Soc. Path. Exot., no 4> 1916.
(3) Anatomia Patologica de las leish maniasis dermicas. Lima, 1916.
(4) Leishmaniose américaine de la peau et des muqueuses. Bull. Soc. Path.
Exot ., iqih, n°* 5 et 6.
762
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ui
w
in
O
S
a
c n
w
-J
Tégumentaikes
Viscérale
Cutanées
Cutanéo *
aqueuses
( nodulaire.
I papillomateuse ou
var. Hypertrophique' miliaire.
(non ulcéreuse). ) macro-tuberculifor-
f me.
(, pseudo-verruqueuse.
var. Ulcéreuse.
boutonneuse (B. d’O-
rient.).
atrophique,
circinée,
lymphangitique.
phagédénique.
var. Pseudo-papillomateuse.
var. Cancéreuse ou phagédénique.
var. Leishmaniose tropicale ou Kala-azar.
var. Kala-azar des enfants.
Hosp. de Misericordia de Manaos {A ma zonas).
Existence de Vhleboîomus Papatasii Scopoli
à Mazagan
Par P. DELANOË.
PJdebotomas Papatasii Scopoli existe à Mazagan.
Pendant les mois de juin el juillet 1916, j’en ai vu cinq exem¬
plaires sur lesquels quatre ont pu être capturés. Il s’agissait de
quatre femelles. Trois femelles ont été prises à l'Infirmerie-
Ambulance à la tète des lits des malades : ces phlébotomes
étaient posés contre la paroi des baraques, à portée de la main ;
leur ventre était gorgé de sang.
Le quatrième phlébotome fut capturé chez moi, un matin, au
lever, juste au-dessus du lit de mon fils. L’abdomen de cet insecte
était également gonflé de sang.
Je me suis permis de rattacher à l’espèce Phlebotomus Papa¬
tasii les femelles que j’ai capturées, encore que la systématique
de ces diptères soit basée sur la structure de l’armature génitale
externe du mâle. Tous les caractères que j’ai constatés se rap¬
portaient en effet à l’espèce Papatasii.
Je 11’ai pas pu trouver à Mazagan de phlébotomes pendant l’été
1916. Il est vrai que, de par mes fonctions, je suis obligé de pas¬
ser la moitié environ de mon temps dans le bled.
Il se peut que la fièvre des trois jours, autrement dit la den¬
gue, existe à Mazagan. J’ai, en juillet 1915, chez mon propre
Séance du i3 Décembre 1916
763
enfant âgé alors d’un peu plus de 4 ans, constaté une fièvre
qui dura typiquement trois jours et qui le soir atteignait et
dépassait 3g°. Cependant, avec Edm. Sergent, nous reconnais¬
sons qu’il est impossible, hormis les cas d’épidémie, de poser
avec certitude le diagnostic de « fièvre à pappataci » en se basant
sur les seules données de la clinique (1).
Sauf erreur, c’est la première fois que les phlébotomes sont
signalés sur la Côte occidentale du Maroc.
Travail du laboratoire du Groupe Sanitaire Mobile
des Doukkala-Abda.
Observations sur quelques insectes
et acariens parasites du bétail
au Congo Belge
Par E. ROUBAUD et R. Van SACEGHEM.
Pendant son séjour à la Station vétérinaire de l'Etat à Zambi,
l’un de nous a pu recueillir un certain nombre d’insectes et
d’arthropodes piqueurs, intéressants à divers titres, soit par
leur habitat, soit par leurs conditions parasitaires, et sur les¬
quels il nous a paru utile d’attirer l’attention. La station vétéri¬
naire de Zambi est, en effet, de création récente dans un pays
qui ignorait jusqu’à présent l’élevage. Nous signalerons, dans
les lignes suivantes, les principales indications qui se dégagent
de ces observations.
I. Larves productrices de Myiases animales dans le Bas-Congo
A. Œstrides gastricoles„ — Dans le tube digestif d’un Elé¬
phant tué à Bokala (district du Kassaï) ont été rencontrées deux
espèces de larves de Cobboldia au 3e stade. L une qui est dépour¬
vue de protubérances coniques latérales aux segments 7 à 11,
est conforme au type distingué par l’un de nous (2) et par
(1) Bulletin Société de Pathol . Exotique , nos 8-9, séance du 11 nov. 1914.
(2) Roubaud .Etudes sur la Faune Parasit. de V Afrique Occidentale , i«rfasc.
Paris, Larose, 1914» P- 204
764
Bulletin de la Société dr Pathologie exotique
Rodhain et Bequaert (i) sous le nom de Cobboldia loxodontis
Brauer. L’autre type de larves qui se différencie immédiatement
des précédentes par sa taille moindre et l’existence sur les
bourrelets latéraux du 8° au i i° segments de chaque côté, d une
protubérance conique papilliforme, est identique aux larves de
la nouvelle espèce récemment décrite par UooiiAiNet Bequaert (2)
sous le nom de C. chrysidiformis. Ce nouveau parasite a été
rencontré par les auteurs qui l’ont fait connaître à l’état de larve
et de mouche adulte, également au Congo belge, mais dans
l’Ouellé. Il n’est pas encore connu avec certitude dans d’autres
régions de l’Afrique tropicale.
Dans l’estomac d’ânes et d’ânesses des races de Lombardie et
du Poitou introduits en 1 9 1 1 à la Station d’Elevage de Zambi,
des larves correspondant au type du Gastrophilus intestinalis
d’Europe ont été rencontrées. L’éducation de quelques-unes
d’entre elles a donné des adultes très voisins de la forme G. asi-
ninus distinguée par Braukr et que nous considérons comme
une variété géographique du Gastrophilus intestinalis d Europe.
Il est intéressant de faire remarquer à ce sujet que ces parasites
sont le résultat d’une importation extérieure et d’une acclima¬
tation locale de l’espèce. Primitivement, il n’existait certaine¬
ment pas de Gastrophiles à la Station de Zambi, pas plus que
dans le Bas-Congo, en raison de l'absence d’Equidés domesti¬
qués ou sauvages dans le pays. Les premiers animaux suscepti¬
bles d’héberger ces Œstres ont été amenés à Zambi en 1911.
A cette époque, des chevaux, provenant du Sénégal, ont été très
certainement les premiers porteurs de larves introduits à la
Station. L’existence du G. asininus a été constatée en effet par
l’un de nous chez les chevaux de l’Afrique Occidentale Fran¬
çaise et particulièrement du Sénégal. Le parasite importé au
Congo s’est ensuite multiplié sur place aux dépens des animaux
de la Station.
Aucun (Estride Cauicole n’a été observé tant sur les animaux
domestiques que sur les mammifères sauvages (une dizaine de
bœufs indigènes ou introduits, 2 chevaux, 5 Cobus ellipsypr mi¬
nus, 1 Tragelaphus y rat us, 2 Tr. script us, 3 Cervicapra arundi-
num, ont été examinés).
#
(1) Bull. Soc. Palh. E.rot t. VIII, 1916, p. 769.
(2) L. cil., p. 773
Séance du i3 Décembre 1916
765
B. Muscides. — La Myiase à Chrysomyia ( Pycnosorna ) bezzia-
mini Vill. ■= megacephala Bezzi est fréquente chez les bovidés
de la Station. Jusqu’ici cette myiase n’a été observée que chez
les grands animaux domestiques : bœufs (Rovere, Buoden,
Bouet et Roubaud), cheval (Joyeux) (r). Elle existe également à
Zambi sur les porcs, particulièrement aux oreilles et au scrotum.
Enfin la même myiase a été rencontrée sur une jeune antilope
( Tragelaphus scriptus) domestiquée. Il apparaît donc que dans
la nature la Myiase doit sévir aussi chez les Mammifères sauva¬
ges. Au point de vue de son origine, les observations faites par
l’un de nous paraissent contredire l’opinion de Rovere, d’après
laquelle les œufs de la mouche seraient déposés directement sur
la peau et non sur des plaies préexistantes. Dans les cas obser¬
vés à Zambi il s’agissait toujours de complications de plaies.
La Myiase à Lucilia argyrocephala Maco. qui n’a été signalée
jusqu’ici que chez les mammifères et chez l’homme (2) paraît
également très répandue chez les oiseaux. Des mouches adultes
de cette espèce ont été obtenues par l’éducation de larves recueil¬
lies sur les plaies d’un canard de barbarie. Des larves corres¬
pondant exactement à la même espèce ont été également rencon¬
trées sur une poule.
Enfin des pupes recueillies dans des nids de Tisserins ( Ploceus
collaris) ont encore donné naissance à la même espèce de Lucilie.
La variété de ces hôtes confirme la notion, déjà exprimée par
l’un de nous, de la spécificité de cette espèce dans la production
des myiases africaines.
Il est à remarquer que dans les nids de Tisserins où ont été
rencontrées les pupes de L. argyrocephala existaient aussi des
pupes de Passeromyia heterochæta Vill., le Muscide à larve
hémophage des oiseaux du Congo dont Rodiiain (3) et Rodhain
et Bequaert (4) ont précisé l’histoire. Sans doute cette association
des deux Mouches n’est-elle pas accidentelle.
Il semble que l’apparition de la myiase à L. argyrocephala
chez ces oiseaux, soit ici une conséquence directe de l'action
parasitaire antécédente des larves hémophages de Passeromyia.
(1) Voir pour la bibliographie de celte question : Roubaud, Et. Faune Para¬
sita Afrique Occidentale , I, Producteurs de Myiases, etc. Paris, Larose, 1 9 1 A-
(2) Roubaud, L. cit., p. 2 4.
(3) Reçue Zool . Africaine , III, n° 2, p. 2i3.
(4) Bull. Scient . France et Belgique, t. XL1X, 3, 29 avril 1916.
5i
766
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les érosions cutanées multiples produites par les piqûres de ces
larves, les lésions de grattage qu’elles entraînent chez les jeunes
oiseaux des nids parasités, paraissent constituer très certaine¬
ment une porte d’entrée nécessaire pour le parasite producteur
de myiases. Il y aurait dans ce cas dépendance de deuxième
parasite vis-à-vis du premier.
II. Insectes piqueurs et acariens recueillis sur le bétail a Zambi
Nous donnons ci-après la liste des principaux insectes piqueurs
recueillis à Zambi.
Tabanides. — Hæmatopota perturbons Edw. Le rôle de cette
espèce dans la transmission probable du Trypanosoma Cazal-
boui a été précédemment exposé par l'un de nous (i).
Tabanus canus Karsch ; T. ditœnialus Macq., T. Pluto Walk.,
T. par Walk. T. biguttatns W ., T. tœniola P. B.
Stomoxydes. — St. calcitrans est fréquent sur les bestiaux.
Lyperosia pallidipes Roub. déjà signalée de Brazzaville (2) et
du Bas-Congo se rencontre en abondance sur les bœufs aux
environ de Zambi.
Hippoboscides. — Malgré l’importation d’Equidés, d’Europe
et du Sénégal, aucun Hippobosque n’a encore été observé à la
station .
Pulicides. — La Puce-chique de l'homme, Sarcopsylla péné¬
trons L.f infeste les porcs en quantités telles qu’elle constitue un
vent prendre un caractère gangreneux. Les pieds, le scrotum,
les mamelles sont les parties du corps les plus atteintes. La chi¬
que des poules S. gallinacea Westw. est fréquente autour des
yeux des volailles. Elle pent infester également les chats domes¬
tiques.
Pédiculides. Li Hæmatopinus suis L. se rencontre abondamment
sur les porcs indigènes comme sur les porcs introduits. Sur les
bœufs VH. eurysternus Nitzsch. a été observé autour des yeux.
Sur un buffle importé d’Italie et qui fréquentait librement les
buffles sauvages aux environs de la station, VH. tuberculatus
Grib. var. penicif lotus , a été recueilli. Nous ne saurions établir
si ce parasite est de provenance européenne.
(1) Bull. Soc. Path. Exot., t. IX, n» 8, 11 oct. 1916.
(2) Roubaud. Stomoxydes nouveaux du Congo. Ann. Inst. Pasteur, 1907.
Séance du i3 Décembre 1916
767
Acariens. — Chez la chèvre, l’otacariase psoroptique signalée
en France sur des chèvres des Pyrénées et au Congo par Mense
et par Gedoelst (i), est assez répandue à Zambi.
Chez le mouton, où elle n’a pas encore été signalée, la même
forme d’Otacariase s’observe également, avec des caractères
identiques à ceux de la chèvre ; la conque de l’oreille est remplie
de croûtes d’un jaune grisâtre, compactes, très anfractueuses,
dans lesquelles se rencontrent les parasites. Les caractères mor¬
phologiques des parasites observés chez la chèvre et chez le
mouton sont semblables. Il s’agit pour nous d’une commune
variété du Psoroptes commuais var. caprœ.
Chez les lapins domestiques, la gale psoroptique auriculaire est
également fort répandue. Ces lapins provenaient du Mayumbe;
ils avaient été introduits d’Europe depuis quelques années.
Nous considérons également comme d’origine européenne les
Dermanyssus gallinœ , Cnemidocoptes mutans , très répandus sur
les volailles et le Chorioptes equi Her agent de la gale symbio¬
tique du cheval, qui s’observe couramment chez les Equidés de
la station.
Parmi les Ixodides recueillis à Zambi sur les animaux, nous
avons identifié Rhipicephalus appendiculatus Neumann, Rh. simus
Koch et Rh. capensis Koch, Amblyomma variegatum Fabr. et
splendidum Giebel, Margaropus annulatus Say. Sur un éléphant
provenant du Kassaï Amblyomma Tholloni Neumann. Enfin, dans
les étables à porc de la localité de Paso-Kondé entre Borna et
Zambi, la Tique de l’homme, Ornithodorus moubata a été obser¬
vée en très grande abondance, dans le bois pourri des étables
aussi bien chez les indigènes que dans la porcherie de l’Etat.
La fièvre récurrente n’a pas été signalée dans la localité, et les
noirs n’y paraissaient pas connaître l’Argas. L’examen de quel¬
ques Ornithodorus au point de vue spirilles a été négatif. Il
convient de remarquer que la localité signalée est la seule aux
environs de Zambi, où l’existence des Ornithodorus ait pu être
constatée. A Zambi même, dans les porcheries de l'Etat, ces
x\rgasides n’existent pas. Cette observation de Y Ornithodorus
moubata chez le porc, déjà signalée par Wellmann dans l’Angola,
devra, pensons-nous, être prise en considération particulière,
au point de vue de la prophylaxie de la Tick fever.
(1) Archiv.f. Schijps a. Trop. Hyg t. XIII, 1909, p. i5o.
768
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les Porcins et la conservation des
Ectoparasites humains, dans les régions chaudes
Par E. BOUBACJD.
Au cours de mes recherches sur les Auchméromyies (i), j’ai
été amené à faire ressortir les rapports curieux qui existent, au
point de vue du parasitisme de ces larves de Calliphorines
suceuses de sang, entre l'homme, et certains types de mammi¬
fères à peau nue vivant dans des terriers (Phacochères, Oryc-
téropes). Les Phacochères sont des Porcins sauvages, très répan¬
dus en Afrique tropicale. Les Oryctéropes sont des Edentés beau¬
coup moins fréquents, vivant comme les précédents, dans des
terriers. Les uns et les autres offrent la particularité d’avoir
comme l’homme un épiderme à peu près dégarni de poils, et
qui permet aux larves des Auchméromyies, dont l’hémo p h âgisme
est subordonné à des conditions biologiques très étroites, de
manifester leur parasitisme. De tous les mammifères, ce sont
incontestablement ces animaux qui se rapprochent le plus de
l’homme au point de vue de la constitution macroscopique de
la peau.
J’ai pu montrer que les Chèromijies qui fréquentent les ter¬
riers de phacochères et dont les larves sucent le sang de ces
animaux, sont étroitement apparentées à V Auchméromyie
humaine, dont la larve, qui suce le sang des noirs en Afrique
tropicale, est bien connue sous le nom de Ver des cases. L’un et
l’autre type de larves peut être éduqué expérimentalement sur
le porc et sur l'homme. Dans une note récente, nous avons, de
plus, montré avec Bouet (2) que les Chéromyies 11’étaient pas
rigoureusement confinées, à l’état adulte, aux terriers de leurs
hôtes, mais qu’elles pouvaient aussi fréquenter les habitations
humaines, vraisemblablement pour y pondre. Tout permet de
penser que la spécificité habituelle des larves suceuses de sang
d’Auchméromyies vis-à-vis de leurs hôtes respectifs, n’est que
(1) Bull . Scient. France et Belgique , t. XLV1I, 2, 24 juin 1913 et Etudes
Faune Paras it. Afrique Occ. Franç., I, Paris, Lurose, 1 9 1 4-
(2) Bull. Soc. Path. Eæoi., t. IX. no 4, 12 avril 1916.
Séance du i3 Décembre 1916
769
relative, et que suivant les circonstances il peut se produire des
suppléances entre les hôtes. De toutes manières, ces recherches
nous ont révélé les étroits rapports qui existent, au point de vue
des possibilités de nutrition des Ectoparasites, entre l’homme et
les mammifères à peau nue, particulièrement les Porcins. Des
observations diverses, que j’ai cru utile de réunir ici, viennent
souligner l’importance de cette notion jusqu’alors demeurée
purement théorique.
Dans des terriers de Phacochères , Lloyd (1), en B.hodésie, a
reconnu l’existence de la tiquede l’homme, Ornithodorns moubaïa,
le redoutable convoyeur de la tickfeuer , dans une région éloignée
de tout village et où la tique n'était pas connue chez les indi¬
gènes. Il insiste sur l’importance que présente cette donnée
pour la prophylaxie de la tick fever. Wellman (2) dans l’Angola
a observé la tique dans les étables à porcs domestiques. Notre
collègue H. Y an Saceghem vient de faire aux environs de Zambi
(Bas-Congo belge) une observation de même nature. Dans les
étables à porcs de la station vétérinaire et dans celles des indi¬
gènes, il a rencontré en très grande abondance Y Ornithodorus
moubata , qui n’est pas connu dans les intérieurs indigènes de
cette localité. Une autre espèce de ces Argasides, YO. turicata
Dugès, est déjà connu comme s’attaquant à la fois au porc et à
l’homme au Mexique.
L’entretien spécifique par les Porcs, de la Puce chique de
l’homme ( Sarcopsijlla pénétrons L.) est également à signaler
dans cet ordre d’idées. Dans certaines régions du Brésil, cette
chique porte le nom caractéristique de hic ho de porco. Notre
collègue M. Van Saceghem a observé à Zambi que les porcs
domestiques cultivaient ce parasite en abondance telle qu’il
formait de véritables placards autour des pieds, des mamelles
et du scrotum, empêchant parfois l’allaitement des jeunes. Cette
observation est à rapprocher de celle de B. Blanchard, que
j’emprunte aux traités classiques : sur un pied de porc rapporté
par J. Jullien de la Bépublique de Libéria, les chiques étaient
si nombreuses et tellement serrées les unes contre les autres,
« qu’elles donnaient à la peau, après l’extirpation, l’aspect d'un
rayon de. miel » (3).
(1) Ann. Trop. Med. Parasit t.IX, n°4, déc. 1915. p. 55g.
y 2) Amer. Soc. of Trop. Med., 1906 (v. p. 3 de la brochure).
(3) Railliet, Traité de Zool. Méd. et Agric., Paris. i8g5.
770
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le rôle de préférence joué par les Porcins dans la conserva¬
tion d’ectoparasites susceptibles de s’attaquer à l’homme peut
également être vérifié pour les diptères piqueurs. Je ne citerai à
ce sujet qu’un seul exemple, mais il me paraît topique par
son importance, c’est celui des Porcs sauvages de file du
Pri nce, vis-à-vis de la tsé-tsé la plus adaptée à l homme, Glos-
sina palpalis.
Les membres de la Mission portugaise de la maladie du som¬
meil à Plie du Prince, ont fait ressortir dans leur intéressant
Rapport final (i) l’étroite association existant dans l’Ile entre
les Porcs et la Mouche. Dans le Nord de Pile, erraient en liberté
environ 5.ooo porcs demi-sauvages, descendant de races domes¬
tiques et qui fréquentaient particulièrement les gîtes ombragés
et humides de la palpalis. La distribution géographique de la
mouche dans l’étendue de Pîle et ses migrations suivant les
saisons, y étaient en relations intimes avec les déplacements
des bandes errantes de ces mammifères. Les glossines mar¬
quaient une véritable prédilection pour ces animaux. Au
moment des battues, on les voyait couvrir en nombre le corps
des bêtes sacrifiées. L’abatage systématique des porcs bravos ,
joint aux mesures directes de destruction des glossines, ont
rapidement amené la disparition de ces insectes. Dans la Nigéria
du Nord, Moiser (2) a fait également ressortir l’abondance des
Phacochères, dans les gîtes de Gl. tachinoïdes.
Il est désormais permis de penser que beaucoup d’autres
Ectoparasites normaux ou occasionnels de l’homme peuvent
trouver, dans les Porcins domestiques ou sauvages, leurs hôtes
de suppléance ou de préférence, et inversement. Le Sarcopte de
la galle du porc se transmet aisément à l’homme alors qu’on ne
lui connaît pas d’autres hôtes. Celui de la chèvre se transmet
aussi à l’homme et au porc. Dans ses recherches récentes sur la
transmission du typhus exanthématique, Noller (3) a reconnu
que le pou de porc peut demeurer longtemps vivant sur l’homme,
et qu’inversement le pou de vêtements humain, peut être main¬
tenu en vie pendant plus de 7 jours, nourri sur porc.
D’après cet ensemble de données convergentes, les Porcs se
manifestent comme les animaux les plus voisins de l homme en
t
(1) Arquivos de Higiene e Pathologici Exoticas, t. V, 3o mars iqi5.
(2) Bull. Entom. Res., 1913. 1 2 3
(3) Berlin, kl in. Woch., 10 juillet 1916.
771
Séance du i3 Décembre 1916
ce qui concerne les possibilités de nutrition des Ectoparasites.
On saisit l’importance de cette notion au point de vue expéri¬
mental et pratique.
A la liste déjà longue des Endoparasites transmissibles à
1 homme que les Porcins hébergent dans leur organisme ( Tœnia
solium , Trichinella spiralis , Ascaris lumbricoïdes , Paragonimus
Westermanni, Balantidium coli, etc., etc.), il conviendra d’ajouter
sans doute aussi bien des parasites du sang convoyés chez
1 homme par des Ectoparasites hémophages. Le fait est déjà
aquispour certains typesde trypanosomes pathogènes (7V. dimor-
phon , Tr. Pecaudi (1), Tr. rhodesiense en particulier). 11 est
important de multiplier les recherches dans ce sens. Mais, dès à
présent, il me paraît nécessaire d’appeler l’attention des hygié¬
nistes tropicaux sur les « Mammifères à peau nue », et particu¬
lièrement les Porcins, domestiques ou sauvages, comme suscep¬
tibles de conserver et d’entretenir, en commun avec l’homme,
nombre de parasites hémophages, agents vecteurs possibles de
grandes endémies tropicales.
Petite épidémie d’acariose en Algérie
Par Etienne SERGENT et A. ALARY
Les démangeaisons produites par le Pediculoïdes ventricosus ,
acarien de l’orge, peuvent devenir intolérables et simuler une
vraie maladie qui se communique facilement, au point de cons¬
tituer de vraies petites épidémies (2).
Une épidémie de ce genre a été observé en automne 1916 dans
deux localités de la haute vallée du ChélifF : Lavigerie et Vol¬
taire. Les symptômes pouvaient en imposer pour de l’urticaire
ou de la gale, ou pour une intoxication d’origine alimentaire.
37 cas ont été constatés chez des Européens (hommes, femmes
et enfants) ; les indigènes au service des familles atteintes ont été
aussi victimes de l’affection.
*
(1) D’après Bouet, le porc s’infecte facilement de 77*. Pecaudi , mais résiste
à son infection.
(2) Voir ce Bulletin, t. I, 1908, no 3, p. 177, Dr. Plàntier et Dr. Billet; et
no 5, p. 249, Dr. Gros ; t. III, 1910, no 1, p. 3g, Dr. Etienne Sergent.
772
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Des démangeaisons très fortes précédaient de très près et
accompagnaient une éruption débutant par les membres, la face
ou le cou et s’étendant ensuite au reste du corps, surtout au tho¬
rax : certains malades étaient complètement couverts de bou¬
tons. Celte éruption présentait la plupart du temps, et surtout
chez les femmes et les enfants une forme, rappelant l’urticaire.
Néanmoins la plaque urticarienne portait presque toujours vers
son centre une petite vésicule remplie de sérosité. Puis se pro¬
duisait du gonflement de la face et du cou. Au bout de quelques
jours, les plaques s’affaissaient, les démangeaisons persistaient
et les lésions de grattage apparaissaient.
Chez d’autres malades, l’éruption prenait d’emblée l’aspect de
la gale avec des sillons caractéristiques. Mais les localisations
habituelles à cette dernière affection n’étaient pas constantes ;
par contre le cou et le visage étaient atteints. Comme dans la
gale, la chaleur et la période nocturne paraissaient activer les
démangeaisons. Tous les malades ont signalé une augmentation
de prurit pendant le repos de la nuit.
L’infestation était très rapide : une jeune fille, venue de Vol¬
taire en visite chez ses parents, embrasse son père, porteur de
lésions prurigineuses; un quart d’heure après, elle est affectée
de démangeaisons intolérables, et, 4 heures après, l'éruption
urticarienne est complètement déclarée : le cou et la face sont
littéralement tuméfiés. La contagion d’homme à homme est très
nette, mais les premiers atteints reconnaissent avoir éprouvé ces
démangeaisons après avoir manipulé de forge. Chez une femme
de Voltaire contaminée depuis plus d’un mois, l’amélioration
survenue à deux reprises dans son état avait été suivie d’une
recrudescence de la maladie chaque fois qu elle avait manipulé
de forge.
Livrée à elle-même, faffection paraît évoluer en unedouzaine
de jours, mais, surtout chez les enfants, les lésions de grattage
déterminent fréquemment des pustules blanchâtres, longues à
guérir.
Dans toutes les orges soupçonnées, le Pediculoïdes ventricosas a
été retrouvé constamment (nymphes ou femelles encore vierges) ;
nous n’y avons pas cousfaté, comme dans les cas observés en
1910, la présence de Cheletes, gros Acariens friands de Pediculoï-
des. Nous n’avons pas vu d’Acarien dans l’avoine de ces loca-
Séance du i3 Décembre 1916
773
lités, qui avait été manipulée aussi par les personnes atteintes de
démangeaisons.
Les lotions antiseptiques ont calmé le prurit. Un malade s’est
guéri lui-même et a guéri ses ouvriers indigènes par des frictions
avec du soufre. Une seule application de pommade d'Helmerich
a débarrassé un autre malade de son affection.
\
Institut Pasteur cl Algérie.
Enquête sur l'alcoolisme dans la population
scolaire indigène de l'Algérie
In memoriam Dr RUDLER.
Le Médecin-major Rudler, des Batteries montées d’Alger, avait com¬
mencé, en 1910, l’étude de l’alcoolisme en Algérie et il avait adressé au
Recteur de l’Académie d’Alger un questionnaire relatif à l’alcoolisme
scolaire indigène. Victime d’un accident de cheval, ce jeune médecin
d’avenir mourut en 1910. Cependant les réponses des Instituteurs au
questionnaire étaient réunies. M. Akdaillon, Recteur de l’Académie, nous
remit le dossier. Nous en donnons l’analyse dans l’espoir que l’étude de
M. Rudler sera reprise un jour.
Dr Edmond Serrent.
Le Dr Rudler avait fait envoyer le questionnaire suivant dans
un certain nombre d’écoles d’indigènes des trois départements :
Classe de . Nombre d'élèves indigènes.
Enquête sur /’ alcoolisme dans la population scolaire indigène.
Boissons consommées par les enfants et jeunes écoliers.
Alcoolisme infantile.
Constate t-on des cas d’alcoolisme aigu ?
Y a-t-il des enfants qui, héréditairement, présentent une tendance
instinctive à se livrer aux excès de boissons?
Y a-t-il des enfants faibles et dégénérés dont les tares physiques et men¬
tales semblent relever de l’alcoolisme familial ?
1° Tares physiques : existe-t-il des types de dégénérés offrant, avec un
faible degré intellectuel, des difformités, des asymétries très accusées de
la tête ou de la face, des déviations du nez, des malformations des oreilles,
du strabisme ; noter seulement les signes nettement caractérisés et attri¬
buables à l’alcoolisme familial.
2° Tares mentales : Sans parler des cas d’idiotie ou imbécillité qui
échappent à l’école, observe-t-on fréquemment un arrêt du développement
intellectuel, de la douzième à la quinzième année?
774
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
Ces arrêts de développement intellectuel, qui ne sont pas exceptionnels
chez les jeunes indigènes, paraissent-ils dus :
1° à des excès sexuels précoces; 2° ou à des habitudes précoces d’in¬
tempérance; 3° ou aux deux causes réunies; 4° surviennent-ils, parfois,
sur des enfants indemnes de ces deux facteurs, spontanément, et peuvent-
ils être attribués alors, dans certains cas, à l’alcoolisme des parents?
Mauvais instincts, immoralité, vices \ dans leurs rapports possibles avec
désobéissance, vagabondage, vol. ( l’alcoolisme.
Crises nerveuses, épilepsie, hystérie constatées par les médecins-inspec¬
teurs des écoles, dans leurs rapports avec la consommation d’absinthe,
d’anisette et l’alcoolisme des parents.
Fréquence de la méningite, de la tuberculose.
Et tous renseignements résultant d’une longue expérience du milieu
scolaire indigène. Si ce milieu est encore indemne, y a-t-il tendance au
moins dans les villes, à l’aggravation?
Protection et éducation de l’enfance. Enseignement anti-alcoolique
scolaire et post-scolaire dans les écoles mixtes et indigènes. Ses formes,
ses résultats. Protection de la race indigène contre l’alcoolisme.
Hussein-Dey, le 15 février 1910.
Signé : Rudleiu
Il y a lieu de rappeler d’abord que la population indigène de
l’Algérie comprend des Israélites et des Musulmans. Les Israé¬
lites ne sont pas compris dans l’objet de cette étude; on peut
seulement noter que l’alcoolisme est fréquent chez eux dans les
régions du Sud.
Les Musulmans sont, dans les Territoires du Nord, de race
berbère, ou de race arabe. Les Berbères (Kabyles) sont origi¬
naires des montagnes, mais émigrent de plus en plus, soit tem¬
porairement, soit définitivement, dans les plaines, et envahissent
les villes où ils se montrent d’habiles commerçants. Dans les
Territoires du Sud, existe une race spéciale dont l’origine est
discutée : les Mozabites ou habitants du Mzab, et une race
négroïde, les Harratin, qui sont les habitants sédentaires des
oasis.
La question de l’alcoolisme dans le milieu musulman peut
être étudiée :
i° Dans les campagnes;
2° Dans les grandes villes ;
3° Dans les Territoires du Sud (oasis).
i° Dans les campagnes. — Les Instituteurs sont unanimes à
constater que l’alcoolisme infantile est inconnu et même que,
775
Séance du i3 Décembre 1916
d’une façon générale, l’alcoolisme des campagnards adultes
n’existe pas.
Réponses totalement négatives :
Département d'Alger : Birkadem, l’Arba, Tizi-Ouzou, Affreville, Dra-el-
Mizan, Chellala, Lamartine.
Département de Conslantine : Jemmapes, El Arrouch, El Kseur,
Sedrata, Oued Zenati, Perigotville, La Galle, Mac Mahon, Biskra, Ouled
Ali ben Nacem, Chemini, Cuenzet.
Département d' Or an : Relizane, Mostaganem, Mazagran, Nemours, Mas¬
cara, Vallée-des-jardins, Palikao, Saïda, Ammi-Moussa, Kalâa.
L’inexistence de l’alcoolisme vient de l’observation des pré¬
ceptes coraniques, de la pauvreté extrême, et de l’absence des
mauvais exemples.
Les boissons usuelles pour les enfants sont : l’eau pure, le
leben (lait aigre), le lait. Les adultes absorbent aussi du café ou
du thé suivant les régions.
La plupart des instituteurs signalent la rareté des tares phy¬
siques ou mentales chez leurs élèves.
Tous les Instituteurs confirment le fait bien connu de l’arrêt
du développement intellectuel vers la douzième année. Ils
l’attribuent tous à des excès sexuels précoces. L’alcoolisme est
absolument hors de cause.
Les mauvais instincts (immoralité, vices, désobéissance, vaga¬
bondage, vol), quand ils existent, sont dûs, d’après les Institu¬
teurs, à une mauvaise éducation familiale. Un Instituteur
musulman incrimine la polygamie, car, dit-il, les enfants d’une
épouse délaissée sont en butte à l’indifférence et même aux
mauvais traitements du reste de la famille et ils deviennent des
sujets dévoyés.
L’extension de la tuberculose, reconnue par les Instituteurs,
n’a, dans les campagnes, aucun rapport avec l’alcoolisme.
En somme, concluent l’unanimité des Instituteurs qui ont
répondu au questionnaire, aucun danger d’alcoolisme chez les
indigènes de la campagne, > 11’ayant pas de rapports constants
avec les Européens.
20 Dans les grandes villes. — La population scolaire indi¬
gène des villes est encore presque absolument indemne d’alcoo¬
lisme.
Cependant le danger du mauvais exemple la menace, car les
indigènes adultes, surtout ceux des basses classes, prennent
trop souvent les habitudes funestes des Européens qu’ils fré-
776 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quenlent. C’est ainsi que l'alcoolisme sévit furieusement chez
les portefaix, commissionnaires, charretiers, hommes de peine,
chez certains ouvriers. Les anciens tirailleurs rapportent sou¬
vent ce vice de leurs garnisons. Les prostituées indigènes sont
presque toutes des alcooliques frénétiques et ce sont elles qui
souvent entraînent les jeunes gens à boire. Parfois même des
fonctionnaires musulmans partagent la mauvaise habitude de
l'apéritif de leurs collègues européens.
Quelques Instituteurs font remarquer que certains colons
encouragent l’usage des boissons fermentées chez leurs ouvriers
musulmans, s'imaginant, à tort, augmenter le rendement de
leur travail.
Les boissons alcooliques que préfèrent les indigènes sont :
l anisette, puis l’absinthe, puis les cognacs et rhums, etc. Ils
boivent peu le vin, car ils recherchent surtout l’ivresse. Le
champagne est préféré par certains personnages.
Fort souvent, à l’âge mûr, à la suite d’un accident, ou sim¬
plement par suite du désir de faire une belle mort et de s'assu¬
rer le Paradis éternel, les Musulmans se défont de l’habitude
des boissons fermentées, et la guérison peut être absolue.
Dans un tel milieu, les stigmates de l’alcoolisme héréditaire
ne pourront être retrouvés que chez les enfants de quelques
anciens militaires.
Très rares sont à l'heure actuelle les jeunes gens qui font
usage des liqueurs fermentées. Ce sont des dévoyés, entraînés
par de mauvaises fréquentations, et qui s’intoxiquent en même
temps en fumant du Kif.
Réponses des Instituteurs d’Alger (Ecole rue Monlpensier,
Ecole Boulevard Valée), Oran, Constantine, Sétif. Réponse du
Directeur de la Médersa de Tlemcen.
3° Dans les territoires du Sud. — C’est dans les régions
sahariennes que l'alcoolisme fait le plus de progrès et qu’il est
devenu un véritable danger pour les populations musulmanes.
Plusieurs Instituteurs rapportent des détails navrants sur la
contamination qui a gagné le Mzab, pourtant très religieux, et
les populations négroïdes sédentaires des oasis. A l’absinthe et
à lanisette, s’ajoute l’eau-de-vie de dattes (mahia). Au Mzab,
presque tous les ménages juifs possèdent un alambic rudimen¬
taire et ils 1 ’ u ti lisent régulièrement.
A Chardaïa les cas d’alcoolisme aigu, rares chez les enfants
Séance du i3 Décembre 1916
777
musulmans, le sont beaucoup moins chez les adolescents appar¬
tenant à la même religion. Un trop grand nombre de ces der¬
niers, et, notamment ceux de familles aisées, s’enivrent de
liqueurs alcooliques, de kif, de haschich, chaque fois qu’ils en
ont l’occasion et surtout aux jours de fête.
Un Instituteur de Chardaïa écrit :
cc II est hors de doute que la presque totalité des ivrognes, musulmans
« ou juifs, que j’ai pu observer, étaient, par ailleurs, des êtres profondé-
« ment immoraux. Et je n’hésite pas à penser que leur immoralité, chez les
« Musulmans au moins, étaitbien le résultat de l’alcoolisme puisque ceux
« d’entre eux qui, sous l’influence des exhortations de leurs marabouts — -
« et de la crainte de l’enfer — ont renoncé à toute boisson alcoolique sont
« redevenus de forts honnêtes gens : bons pères, bons fils, travailleurs et
« probes.
« L’usage des liqueurs ou boissons fermentées rend, au MzaU les
« indigènes paresseux et voleurs ; il en fait des piliers de maisons de
« tolérance ».
Réponses des Instituteurs de Laghouat, de Chardafa.
En résumé : Le danger de l’alcoolisme est insignifiant chez
les campagnards des Territoires du Nord. Il se développe dans
les milieux ouvriers des agglomérations où indigènes et euro¬
péens partagent la même existence. 11 progresse effroyablement
chez les sédentaires des oasis sahariennes, où les enfants même
sont contaminés.
Protection des races indigènes contre F alcoolisme.
Les Instituteurs de la campagne considèrent que l’observation
de la loi coranique suffit à préserver les Musulmans de l'alcoo¬
lisme. Plusieurs reconnaissent que si le Coran ne suffit pas,
renseignement scolaire sera impuissant chez ces races aux
passions vives. C’est pourquoi un certain nombre d’instituteurs
réclament nettement et parfois éloquemment (en 1910) l’inter¬
diction absolue de la vente aux Musulmans de boissons fermen¬
tées, et surtout de l’anisette et de l’absinthe (1).
En terminant cette courte analyse du travail préparé par le
Dr Rudler, nous tenons à rendre hommage aux sentiments
élevés et à l’esprit d’observation souvent fort pénétrant des
Instituteurs qui ont répondu à son questionnaire.
(1) Iis rappellent aussi la nécessité de mieux faire observer l’interdiction
de la vente du kif et du haschich.
778
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Dengue et fièvre de trois jours (i)
Par A. SAURAI LH E.
Une brochure officielle publiée à Londres chez Harrison et
fils et intitulée « Mémoire sur quelques maladies régnantes
dans le Bassin Méditerranéen pendant la Guerre », contient
une étude sur la Dengue et la Fièvre à Phlébotomes, envisagées
comme deux maladies distinctes. La description clinique de ces
deux affections est traitée avec beaucoup de soin et accompagnée
de courbes de température qui, d’après les auteurs, seraient
caractéristiques de chacune d’elles. Un dessin des insectes
piqueurs qui sont les agents vecteurs de l’infection est joint au
texte.
Au cours d’un séjour de six mois aux Dardanelles en 1916,
j’ai eu l’occasion d’observer une véritable épidémie de Fièvre à
Phlébotomes et, en collaboration avec MM. Armand Delille et
Richet fils, nous avons adressé à l’Académie de Médecine une
note sur l’aspect clinique de l’évolution de la maladie que nous
avions vu se manifester autour de nous par centaines de cas.
En Macédoine, pendant l’été et au début de l’automne 1916,
j’ai vu réapparaître la Fièvre à Phlébotomes. Un certain nom¬
bre de foyers d’épidémie ont été signalés et j’en ai observé un
d’une façon très complète, en collaboration avec le Médecin-
Major Minelle, dans un état-major de brigade cantonné en
Macédoine Occidentale.
La maladie s’est manifestée en Macédoine et aux Dardanelles
sous des formes un peu différentes, mais il m’a paru que l’en¬
semble clinique, dans une région comme dans l’autre, présentait
une identité complète. L’expérience que j’ai pu acquérir de la
symptomatologie de la Fièvre à Phlébotomes m’a convaincu que
celle-ci et la Dengue sont une seule et même maladie; je me
(1) Mémoire présenté à la séance du 11 octobre.
Séance du i3 Décembre 1916
779
sépare donc en cela de l’opinion soutenue par les experts anglais,
qui veulent les classer nettement en deux entités distinctes et je
désire présenter ci-après, avec la description d’ensemble de la
maladie observée sur les troupes fravçaises d’Orient, les raisons
qui motivent suivant moi la théorie de l’unicité morbide.
Dengue. — Voici, d'après quelques auteurs, les caractères
primordiaux qui distinguent la Dengue :
i° Traité de Pathologie exotique de Jeanselme et Rist, édition
1909, art. Dengue, page 198 :
« La Dengue est une maladie aiguë, fébrile, épidémique, contagieuse,
« caractérisée par son évolution cyclique et dont les symptômes les plus
« frappants sont les douleurs articulaires et musculaires violentes d’une
« part et une éruption polymorphe d’autre part. »
Elle se rapproche beaucoup des fièvres éruptives et se décompose
comme elles en quatre stades : incubation, invasion, éruption, desqua¬
mation.
Dans la majorité des cas, la fièvre tombe brusquement vers la fin du
2e j. D’autres fois, et dans certaines épidémies, la fièvre tombe en lysis,
dans l’espace de 3 à 4 j. ; après une intervalle de 1 à 4 j., le thermomètre
remonte pendant 2 à 3 j.
Traité de Pathologie Exotique de Grall et Clarac, édition
1912, t. III, art. Dengue, page i :
« La Dengue est une maladie aiguë, infectieuse et épidémique, à évolu-
« tion cyclique, caractérisée par des douleurs articulaires et musculaires
« violentes et par des éruptions polymorphes ».
La température tombe au bout de 2 j. sans revenir franchement à la
normale et présente une rechute après 4 à 5 j.
La Dengue et la Grippe , Mémoire de W. Chasseaud, Médecin
de l'hôpital Saint-Antoine, à Smyrne, 1890. - Description résu¬
mée d'après le texte :
Maladie aiguë, très contagieuse, caractérisée par des douleurs articu¬
laires et musculaires extrêmement vives et une éruption polymorphe avec
desquamation.
La fièvre reste élevée pendant 3 à 4 j., puis elle présente une rémission
qui ne descend presque jamais à la normale, et, dans labnajorité des cas,
offre une reprise après un intervalle de 24 h. à 3 j.
Enfin, d’après le Mémoire anglais : La Dengue est une
maladie contagieuse, fébrile, accompagnée de douleurs articu¬
laires et musculaires violentes et dans 70 0/0 des cas d une
éruption initiale; de type scarlatiniforme et terminale : de type
morbilleux. La température demeure élevée 3 à 4 j-, puis elle
780
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
baisse quelquefois jusqu’à la normale, reste basse de 12 h. à
3 j., puis monte de nouveau rapidement pour redescendre au
bout de 24 à 4& h.
Fièvre a phlébotomes ou fièvre de trois jours. — Il m’est
impossible de réunir le meme nombre de descriptions cliniques
pour la Fièvre à Phlébotomes que pour la Dengue, la vie aux
armées 11e permettant pas une bibliographie abondante. D’après
les auteurs du Mémoire anglais, la Fièvre à Phlébotomes ou
Fièvre à Pappalaci, ou Fièvre de trois jours, aurait les carac¬
tères distinctifs suivants :
i° Douleurs dans le dos et les jambes comme celles de l’in—
fluenza, et une raideur générale des muscles.
20 Rougeur intense qui couvre la figure, embrasse le cou et la
partie supérieure de la poitrine. Ce 11'est pas une éruption, mais
elle peut en offrir l’apparence par les nombreuses piqûres et,
résultat probable des égratignures et de l’irritation, on peut
retrouver l’aspect de graves lésions, pouvant même simuler
F exanthème de la petite vérole.
3° La fièvre reste élevée 24 h. et commence à tomber en
descendant graduellement le troisième ou le quatrième jour. Il
est extrêmement rare de trouver une reprise de la température.
De l’exposé de tout ce qui précède, il semble qu’on puisse
ranger les caractères respectifs principaux de la Dengue et de la
Fièvre de trois jours dans le tableau suivant :
En présence d’un tel tableau, conçu suivant les données clini¬
ques des auteurs du Mémoire Anglais, il paraît déjà très diffi¬
cile de savoir si, dans une épidémie déjà observée, on a eu
Séance du i3 Décembre 1916
781
affaire à la Dengue ou à la Fièvre à Phlébotomes. Discutons-en
les trois symptômes :
i° Douleurs. — Il semble bien que le symptôme douleurs soit
identique dans les deux affections : la Dengue a été appelée
« grippe d’Orient » à cause du caractère particulier des myal-
gies et des arthralgies que présentaient les malades. Or, le
mémoire anglais décrit les douleurs de la Fièvre à Phlébotomes
comme analogues à celles de la Grippe.
20 Eruption et fièvre. — L’épidémie de Sed-UI-Bahr a été
caractérisée par l’absence d’éruption du type décrit dans la
Dengue. Nous avons. observé assez souvent la rougeur de la face
et des conjonctives, gagnant parfois le cou et le haut du tronc,
mais ce n’est qu’à titre exceptionnel que nous avons constaté
un exanthème facial à type rubéoliforme ou ortié ou un exanthème
du voile du palais avec piqueté rouge. Or, l’épidémie de Sed*UJ-
Bahr s'est signalée par la fréquence des rechutes, au moins 5o 0/0,
ce qui empêcherait de la classer dans la fièvre à Phlébotomes,
où la rechute fébrile est exceptionnelle.
Une épidémie observée en juin 1916 en Macédoine Occiden¬
tale, à Oreovica par le Médecin Major Minelle, qui n'avait
jamais vu de Dengue, porte sur 52 cas où l’éruption typique de
la Dengue a été constante dans tous les cas, alors que la fièvre
11’a présenté de rechute que chez deux malades ; chez le premier,
la température est tombée de 39° à 37° et s’y est maintenue envi¬
ron 12 h., pour remonter ensuite à 39°. Chez le deuxième,
on note une défervescence en lysis, suivie de deux rechutes
séparées chacune par un jour d’apyrexie. 11 est très probable
que, dans ce dernier cas, la dengue s’est compliquée de Palu¬
disme à forme tierce, comme l’a constaté le Dr Abrami pour un
cas de son observation personnelle. La courbe de température
jointe à cette étude montre d’ailleurs nettement les caractères
de la lièvre tierce (v. p. 794 en haut).
Quelque temps après l’épidémie d’Oreovica, la Dengue était
signalée en plusieurs points de Macédoine, notamment à
Kugundzi, à une vingtaine de kilomètres au nord-est d’Oreovica,
dans la région du lac de Doiran. Là, elle affectait une forme
analogue à celle des Dardanelles : absence ou rareté de l’érup¬
tion, rechutes fébriles fréquentes.
De la périphérie de la Macédoine, l’affection a gagné les
régions voisines île la mer et Salonique elle-même. A Zeitenlick,
782
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
le Médecin aide-major Abrami en a suivi 20 cas éclos dans son
service de l'Hôpital 3, pendant le mois de juillet 1916. Tous ces
malades ont présenté une éruption type de Dengue et une lièvre
sans rechute, sauf un seul qui, après 5 jours d’apyrexie, a fait
une poussée thermique brusque à 4o°7 • L’examen du sang fait
à ce moment a révélé la présence du Plasmodium falciparum. A
l’Hôpital Narischkine, le Médecin aide-major Leremboure a vu
une épidémie intérieure de Dengue se produire pendant le cou¬
rant du mois d’août. Il a observé environ 60 cas survenus dans
les salles chez des malades entrés la plupart pour affections chi¬
rurgicales.
Les courbes de température d’un certain nombre des malades
observés en Macédoine pendant les mois de juin, juillet et août
par MM. Abrami, Leremboure et Minelle sont annexées à ce
travail. Elles montrent que la Dengue de Macédoine s’éloigne
du type classique des auteurs en ce qu’elle présente presque
constamment une éruption cutanée et exceptionnellement une
rechute fébrile, alors que celle des Dardanelles n ’offre presque
jamais d’exanthème et que la reprise thermique est de règle dans
5 o 0/ o des cas.
Donc, à n’envisager que les trois symptômes cardinaux pré¬
cités, il semble que Dengue et Fièvre à Phlébotomes entremê¬
lent leurs caractères distinctifs au point de se confondre.
Mais, poussons plus loin l’analyse et recherchons tous les
points communs que présente l’évolution respective de chacune
des maladies :
Les troubles digestifs sont identiques dans les deux cas : la
langue est saburrale, il y a des nausées, parfois des vomisse¬
ments; la constipation est la règle.
L'état du pouls : Il est le même dans les deux cas ; ralenti et
en discordance complète avec la température. On voit couram¬
ment un malade présenter une fièvre à 4o°, avec un pouls à 60
à la minute. Les deux maladies offrent aussi la particularité
d’un ralentissement considérable du pouls à la défervescence :
pouls à 5o et même à 4°-
La formule hémoleucocgtaire : Leucopénie sans autre modifica¬
tion sanguine.
Conjonctives : D’après le Mémoire Anglais, les conjonctives
sont injectées dans la Fièvre à Phlébotomes et non dans la
Dengue. Or, dans les Traités de Pathologie de Jeanselme et Rist,
Séance du i3 Décembre 1916
783
de Grall et Clarag et dans l’opuscule précité de Chasseaud, il
est explicitement dit que les conjonctives sont injectées et souvent
larmoyantes, au point d’en imposer dans certains cas d’éruption
delà face, pour une rougeole à son début.
Convalescence : Enfin, le mode de la convalescence ramène les
deux maladies au même type morbide; la poussée aiguë est
courte, c’est une flambée violente qui n’excède presque jamais
8 jours. Mais la fièvre terminée, le malade présente un état de
dépression physique et psychique qui est tout à fait hors de
proportion comme intensité et comme durée avec la brièveté de
l’atteinte primitive.
Mais, diront les auteurs du Mémoire Anglais, il est possible
que, dans les divers points où la Dengue a été observée aux Dar¬
danelles ou en Macédoine, la Fièvre à Phlébotomes ait été con¬
statée concurremment et que le mélange des symptômes
provienne de ce fait. 11 nous reste donc à aborder la question de
l'insecte vecteur: dans la «Dengue », d’après les auteurs anglais,
c/est le Culex fatigans ou une espèce de Stegomijia. Dans la
« Fièvre de 3 jours », c/est le Phlebotomus papatasii, Là encore,
il y a matière à controverse en ce qui concerne l'épidémie des
Dardanelles. A Sed-Ul-Bahr, depuis le mois de mai jusqu’au
mois d’octobre 19 15, date à laquelle les Phlébotomes ont disparu
de la presqu’île de Gallipoli, il a fait une sécheresse excep¬
tionnelle. A peine, en 5 mois, 1 ou 2 pluies d'orage, peu abon¬
dantes et bues par le sol altéré presque aussitôt après leur
chute. De ce fait, les moustiques étaient des plus rares. On
trouvait de temps à autre quelques Culex et exceptionnellement
des Anophèles. C’est une des raisons qui expliquent pourquoi
le Paludisme n’a pour ainsi dire pas été enregistré à Sed-Ul-
Bahr pendant la saison estivo-automnale. Or, pendant cette
époque, il y a eu des éclosions massives de Phlébotomes; avec
leur apparition, a coïncidé le début de l’épidémie de fièvre de
3 j. qui s’est éteinte en même temps que disparaissaient les
Phlébotomes et qu’on commençait, grâce aux premières pluies
d’octobre, à voir se développer un nombre restreint mais appré¬
ciable de Culex (1).
(1) Des phlébotomes envoyés à l’Institut Pasteur en septembre 1 g 1 5 ont été
déterminées par E. Koubaud, Phi . perniciosus ; mais les Phi. papatasii ont pu
exister aussi.
784
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Jl semble donc indubitable que le Phlébotome ait été l'agent
vecteur de l’infection à Sed-Ul-Bahr. Or, nous avons vu que
celle ci s’était manifestée par une température à rechute
dans 5o o/o des cas et par l’absence presque constante de l’exan¬
thème typique de la Dengue.
En 1916, en Macédoine, à Oreovica, l’épidémie de Dengue a
absolument coïncidé avec l’éclosion d’un nombre prodigieux de
Phlébotomes. Et ici, comme à Gallipoli, la question du Culex
se tranche avec la plus grande netteté. L’ambulance alpine 3,
que dirigeait le Médeci n -Major Minelle, était installée sous des
tentes dans un petit bas-fond où l’on trouvait en mai et juin
des Culex en quantité et déjà bon noiiîbre d’Anophèles. Il n’y
avait pas de Phlébo tomes, il n’y a pas eu un seul cas de fièvre
de trois jours parmi les 100 hommes composant l’effectif de
1 ambulance. 11 en a été de même pour un certain nombre des
compagnies ou batteries voisines, campées également sous la
tente. Par contre, à 200 mètres de l’ambulance, se trouvait le
village d’Oreovica, composé de maisons en ruines, où s’était
installé l’Elat-Major d’une brigade. Sur 80 hommes habitant les
maisons du village, 62 ont été atteints en 10 jours, soit 65 0/0
de l’effectif. Or, l’enquête faite par moi, dans les maisons
d’Oreovica, m’a fait découvrir des nuées de phlébotomes dans
les interstices des vieux murs. II paraît indubitable qu’ici encore
c’est le Phlébotome qui a été le vecteur de l’infection. M. Bou-
baud a déterminé l’espèce comme Phi. papatasii.
Dans le centre hospitalier de Salonique, et à Zeitenlick, où
les Culex et les Anophèles pullulaient depuis le printemps, les
foyers de fièvre de 3 jours ont toujours été constatés à chaque
éclosion brusque de Phlébotomes. Ceux-ci, qui n’existaient pas
dans les baraques ou les tentes abritant les malades, se rencon¬
traient en abondance dans les vieilles maisons du voisinage et
envahissaient périodiquement les pavillons d’hôpital à chaque
éclosion massive de ces insectes.
De ce qui précède, il paraît incontestable pour le foyer d’üreo-
vica et très vraisemblable pour les foyers de Salonique et des
environs, que l’agent vecteur de l’infection a été le Phlébotome.
La maladie serait donc, d’après les experts anglais, la fièvre à
Phlébotomes ou fièvre de 3 j - , mais comment la faire entrer dans
le diagnostic différentiel avec la Dengue, puisqu’en Maeédoine
elle a présenté presque constamment un des symptômes tvpes de
Séance du i3 Décembre 1916
785
la Dengue : l’exanthème ru béoli forme ou ortie, avec prurit et
desquamation ?
Pour terminer cette longue discussion, il me reste à signaler
que le virus de la Dengue, comme celui de la Fièvre de 3 j., est
un virus invisible, qui traverse les bougies retenant le melitensis
et qui se trouve dans le sang du malade à un certain moment
de la phase aiguë. Ceci semble un argument de plus en faveur
de la parenté des deux affections. Une seule chose différerait,
d’après les auteurs anglais : le Calex fatigans est capable de
transmettre la « Dengue » à un sujet sain immédiatement après
la piqûre sur un malade, — le « Phlébotome » n’est capable d’ino¬
culer la « Fièvre de 3 j. » qu’après un laps de temps de 6 j. Ce
sont là des faits d’observation. On pourrait simplement souhaiter
voir reprendre cette question de la transmission et voir confir¬
mer à plusieurs reprises Pinoculation du germe surtout pour
ce qui concerne les Culicidés. Mais cette différence dans l’éta¬
blissement de l’infectiosité de l'insecte vecteur, laisse intacte
l’opinion que je soutiens de l’identité des deux maladies médi¬
terranéennes ; car le rôle des Culicines dans la Dengue a été
établi surtout par des observations et expériences faites en
Extrême-Orient. La dengue d’Extrême-Orient est-elle identique
à la dengue méditerranéenne ? Il conviendrait d’abord de l’éta¬
blir. On peut concevoir d’ailleurs qu’un même virus soit transmis
avec incubation par un insecte (le phlébotome en l’espèce), et
dans des conditions plus ou moins mécaniques par d’autres
(Culicines).
Je donne ci-dessous, la description de la maladie que j’ai
observée avec de nombreux médecins tant dans la presqu'île de
Gallipoli en 19 15 qu’en Macédoine en 1916 et je propose de
donner à cette affection le nom de « Dengue méditerranéenne »,
ceux de « fièvre de trois jours 0 ou de « fièvre à Phlébotomes »
prêtant encore à discussion ou n’embrassant pas la totalité des
formes revêtues par la maladie.
Dengue méditerranéenne
Cette maladie, observée sur les troupes françaises du corps
expéditionnaire d’Orient en 1916 et sur celles de Farinée d’Orient
en Macédoine en 1916, est une affection contagieuse, épidémi¬
que, caractérisée par des douleurs multiples, musculaires, arti-’
786
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
culaires ou osseuses, une fièvre élevée qui tombe généralement
après trois jours et une éruption qui, dans certaines épidémies,
consiste en un exanthème polymorphe de type plutôt rubéoli-
forme et dans d'autres se traduit par un érythème congestif de
la face et du cou accompagné d’exanthème du voile du palais.
Voici la description clinique moyenne de la maladie :
Incubation. — Mal déterminée, mais paraît devoir être fort
courte, de 36 à 4& h. Nous avons vu en effet des voisins de lit
pris à cet intervalle.
Invasion. — Début brusque se faisant en général au milieu de
la journée. Le sujet est pris subitement au milieu de ses occu¬
pations d’un sentiment de malaise et de fatigue générale; en
même temps, il éprouve de la rachialgie lombaire ; si l’on prend
sa température, on constate qu elle est déjà au-dessus de la
normale. La face et les paupières se bouffissent et se congestion¬
nent, les conjonctives sont injectées. Il peut y avoir de la photo-
ph obie et du larmoiement. H y a une céphalée intense, le malade
est obligé de s'aliter et le thermomètre indique une température
rectale qui atteint et dépasse 3g°, tout en arrivant rarement à 4o°.
Exceptionnellement, on peut observer à ce moment des nau¬
sées et des vomissements.
Période d’état. — En quelques heures, la période d’état est
constituée. Elle est caractérisée par des phénomènes généraux
et des symptômes fonctionnels contrastant avec le petit nombre
des symptômes objectifs. Les phénomènes généraux consistent
en une prostration très marquée, rendant le malade incapable de
s’adonner à une occupation. Elle s’accompagne d’une céphalalgie
intense, surtout sus-orbitaire avec douleur à la pression des
globes oculaires et d’une insomnie presque absolue ; le délire
est rare.
Pendant toute la période d’état, la fièvre reste élevée, la tem¬
pérature est en plateau, aux environs de 3g°, sans notables rémis¬
sions matinales; le pouls bat à 90 en moyenne, ne dépasse pas
100 à la minute; il est plutôt tendu, pas dépressible.
Parmi les signes fonctionnels, le plus notable consiste en
courbatures extrêmement pénibles et douloureuses, principale¬
ment lombaires et dans les muscles des cuisses et des mollets.
Chez certains malades, on observe de véritables topoalgies au
niveau des articulations cervicales, lombaires, des genoux, des
chevilles et des petites articulations : claviculaires, temporo-
787
Séance du i3 Décembre 1916
maxillaires, chondro-costales, sans qu'on y observe de gonfle¬
ment ni de phénomènes d’arthrite.
Les douleurs des diaphyses osseuses sont aussi parfois extrê¬
mement vives, certains médecins atteints les comparent à des
douleurs ostéocopes ; elles siègent surtout dans les tibias et les
fémurs et sont réveillées dans les essais de station debout et de
marche.
Les troubles digestifs consistent principalement en une ano¬
rexie absolue, presque toujours accompagnée d’état nauséeux et
en constipation, qui se prolonge pendant toute la période d’état
et souvent même après. Pas de troubles circulatoires, en dehors
de la congestion de la face et de l’état du pouls.
Comme symptômes respiratoires, nous avons noté à titre excep¬
tionnel de l’enchifrènement et un certain degré de catarrhe bron¬
chique superficiel.
Les urines sont peu abondantes, assez colorées, mais transpa¬
rentes et sans dépôts uraliques, elles contiennent quelquefois des
traces d’albumine.
Des symptômes éruptifs se montrent souvent à la période
d’état, mais il est intéressant de signaler qu’à côté des formes
éruptives, il y a des épidémies qui ne comportent pas d’exan¬
thème et des formes frustes, sans fièvre, dont les symptômes
sont réduits au minimum, mais qui présentent constamment
l’exanthème typique.
Caractères de l'éruption. — Elle siège surtout sur la figure et
la nuque, la face dorsale des mains et les poignets, les malléoles
et la face dorsale des pieds : c’est-à-dire les parties découvertes
et exposées aux piqûres. Très rarement elle atteint les jambes,
les cuisses ou la partie supérieure du corps et à ce niveau les
traces sont généralement discrètes. Le type de l’éruption est
polymorphe, il affecte le plus souvent l’aspect d'un exanthème
morbi lieux confluent. Les éléments sont maculo-papu leux, tantôt
petits de type purpurique, tantôt et plus souvent moyens ou
larges rappelant l’éruption d’une rougeole boutonneuse. Cet
exanthème est très prurigineux et chez certains malades qui se
grattent, les papules deviennent vésiculeuses, formant des pla¬
cards ortiés. Les démangeaisons sont de type plutôt nocturne et
parfois assez vives pour troubler le sommeil. Un œdème quel¬
quefois très considérable des extrémités, mains et pieds, a été
noté dans certains cas, œdème sous-jacent à un large gâteau
788 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
éruptif où les éléments pustuleux formaient de véritables verru¬
cosités à la surface de la peau. Dans ces cas et dans ceux où existe
une éruption plus ou moins intense, on a observé un retentisse¬
ment lymphatique sur les gang-lions de la région correspon¬
dante, inguinaux, épitrochléens ou cervicaux.
L’éruption, si elle n’est pas accompagnée de lésions de grat¬
tage, ne tarde pas à s’atténuer, les éléments s’affaissent et
pâlissent. On n’a noté de desquamation qu’à titre exceptionnel.
Dans certaines épidémies, l’exanthème est absent ou très rare,
il est remplacé par un érythème diffus de la face et du cou et par
un énanthème qui siège exclusivement sur le voile du palais et
les piliers. Cet exanthème a l’aspect d’un piqueté rouge ; il ne
s’accompagne pas de dysphagie. Dans ces formes où la détermi¬
nation cutanée est réduite au minimum, on voit souvent, au
moment de la défervescence, apparaître une teinte carminée de
la face palmaire des mains, étendue parfois à la plante des pieds.
La durée de cette période d’état, période fébrile, est de 3 j.
dans presque tous les cas; exceptionnellement elle se raccour¬
cit à 2 j., rarement elle dure 4 à 5 j.
A ce moment, la température s’abaisse assez brusquement
dans l’espace d'une nuit, soit en crise avec sudation, soit en lysis
et retombe aux environs ou au-dessous de 37°, s’accompagnant
de bradycardie, avec pulsations cardiaques à moins de 60, sou¬
vent 56-54 ; nous avons même constaté 48 pulsations par minute.
Convalescence. — Après défervescence, on constate une séda¬
tion et une disparition presque complète de tous les symptômes,
mais sans la sensation de bien-être qui accompagne habituelle¬
ment la convalescence. «
En effet, les courbatures généralisées persistent, avec des
ostéoarthralgies souvent très vives; l’anorexie persiste également
pendant de longs jours et même pendant des semaines, s’accom-
gnant d’une asthénie générale musculaire et nerveuse hors de
proportion avec la brièveté de la maladie ; à cette asthénie intense,
se joint une dépression psychique très marquée, avec insomnie
rebelle pendant les nuils qui suivent.
Le système nerveux peut être touché et, bien que chez aucun
malade nous n’ayons noté d’abolition des réflexes tendineux,
dans un cas néanmoins, l’un de nous a observé, chez un jeune
médecin auxiliaire, une parésie bilatérale dans le domaine du
Séance du i3 Décembre 1916
789
radial avec intégrité du long supinateur. Ces phénomènes ont
persisté 3 j.
La maladie peut s’en tenir aux phénomènes que nous avons
décrits et le malade se remet progressivement, très lentement et
péniblement, ayant de la difficulté pour tout exercice muscu¬
laire ; mais dans certaines épidémies, la rechute est la règle et
s’observe dans une proportion de cas très élevée.
Rechute. — Elle se fait d’ordinaire 4 à 5 j. après la déferves¬
cence ; elle est d’une durée variable, et s’accompagne en général
de phénomènes moins intenses que la première fois.
Elle se caractérise par des accès de fièvre aux environs de 38°5,
avec rémittences matinales plus marquées, avec accentuation de
l’anorexie, des phénomènes de fatigue générale et des courba¬
tures.
On voit souvent après la défervescence de l’atteinte primitive,
la température s’élever brusquement avec des frissons, un
malaise général, la réapparition des courbatures. Si le Palu¬
disme existe dans le pays, il s’agit très souvent d’un accès
palustre réveillé par la Dengue.
Quelquefois, la rechute est plus tardive, pouvant seulement se
produire au bout de trois semaines; on peut se demander dans
ces cas s’il ne s’agit pas d’autres infections surajoutées. La
prédisposition au développement d’autres infections pendant la
convalescence paraît par contre incontestable ; dans plusieurs cas,
nous avons vu la fièvre typhoïde ou une infection paratyphoïde B
se développer dans les deux semaines qui ont suivi la fièvre
de 3 j .
Le Paludisme, quand il n’est pas réveillé très vite après la
défervescence, s’observe très souvent dans la semaine ou la
quinzaine qui suit la disparition de la fièvre.
Diagnostic. — Il peut se poser, surtout avant que l’épidémie
soit confirmée, avec différentes autres maladies infectieuses ;
nous ne faisons que les énumérer : rhumatisme articulaire aigu,
fièvre typhoïde et paratyphoïde, fièvre récurrente, paludisme,
fièvre ondulante méditerranéenne. L’examen du sang et l’hémo¬
culture devront toujours être pratiqués avant de poser un dia¬
gnostic ferme.
Propagation. — L’agent vecteur des épidémies de Dengue
signalées dans le monde est variable. On a établi le rôle du
Calex fatigans, dans l’Inde, aux Philippines et dans le Bassin
790
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Méditerranéen, en Egypte et en Syrie. Celui du Stecjoirujia a été
avancé au Tonkin. Enfin celui du Phlébotome a été déterminé
en Dalmatie par les recherches de Doerr, Franz et Taussig. Il
paraît établi que les épidémies survenues dans les troupes fran¬
çaises au cap Hellès et en Macédoine sont dues au Phlébotome.
Aux Dardanelles, la maladie était limitée très étroitement aux
maisons de Sed-ul-Bahr, habitées par les troupes du camp. C’est
aussi dans ces maisons que l’on trouvait le Phlébotome, en
quantité considérable.
En Macédoine, c’est encore dans les maisons abandonnées ou
dans les formations neuves situées à proximité des vieilles mai¬
sons qu’a éclaté la maladie et qu’on a découvert le Phlébotome.
L’insecte se trouve de préférence dans les maisons en pisé
dont les murs présentent des anfractuosités dans lesquelles se
réfugient les insectes. Pour les trouver, on cherchera dans les
pièces mal éclairées, les coins sombres et de préférence les
endroits où sont pendus les vêtements. L’insecte est tout petit,
deux ou trois fois plus qu’un moustique; ses ailes sont ovales,
écartées du corps. Il se déplace contre les murs par petits sauts,
sans aller très loin d’un seul vol. La couleur ambrée de l’insecte
(corps et ailes) le fait plutôt prendre pour une mouche minus¬
cule que pour un moustique. Il pique aussi bien de jour que de
nuit, si l’on se tient dans les pièces obscures. Comme les ailes
sont garnies de poils, le vol est silencieux et I on est piqué sans
avoir entendu venir l’insecte.
La date d’apparition de la Dengue Méditerranéenne suit de
près celle de l’éclosion massive des Phlébotomes, c’est une mala¬
die de la saison estivo-automnale exclusivement; il est excep¬
tionnel de la voir commencer avant les premiers jours du mois
de juin et on ne la constate guère au delà des derniers jours de
septembre. Lorsqu’elle prend la forme épidémique, l’acmé
s’observe habituellement entre la fin du mois de juillet et le début
du mois d’août.
Traitement. — D’une façon générale, les malades atteints de
fièvre de 3 j. ne doivent pas être évacués, la maladie ne présen¬
tant aucune gravité. L’état saburral des voies digestives est avan¬
tageusement combattu le premier jour par un purgatif sali n. On
donne l’aspirine contre les algies diverses. Pendant la conva¬
lescence, qui peut traîner une quinzaine de jours, laisser le
malade au repos et lui donner des névrosthéniques.
Séance du i3 Décembre 1916
791
De tout ce qui précède, on peut déduire une règle généaale de
prophylaxie des plus importantes pour une armée en campagne :
les troupes ne doivent jamais cantonner dans les maisons, car
c’est là et là seulement que vit le Phlébotome, agent vecteur de
la Dengue. L’usage de la moustiquaire est rendu vain par l’exi-
guité de taille de cet insecte, qui lui permet de traverser les
tulles de moustiquaire les plus fins. Il est donc indispensable
de coucher sous la tente ou sous des baraquements protégés par
de la toile métallique, à mailles serrées. Si ces précautions
n’étaient pas observées, l’abondance des Phlébotomes et la mul¬
tiplication des inoculations peuvent amener de véritables épidé¬
mies de Dengue atteignant souvent 5o et parfois 80 0/0 des
effectifs dans un laps de temps des plus courts.
Observations du médecin aide-major Abrami, hôpital
temporaire III
Obs. I. — P..., Louis, 30 ans. Début brusque,
céphalée, courbatures, rachialgie. Pas de vomisse¬
ment.
Le 3e jour, 3 juin, éruption ortiée, à très larges
placards (avant-bras, épaules, abdomen), exanthème
piqueté. Pas de prurit, pas de rate.
Eruption disparue en 36 b. (voir tracé de tempé¬
rature ci-contre).
l> '
Obs. IL — G... Début brusque :1e 13 juillet, cépha¬
lée, courbatures, vomissement; rachialgie violente,
surtout frontale et occipitale.
Pas de rate. Pas d’éruption. Température : 40°2.
Le lendemain 14 juillet, éruption discrète, papuleuse, morbiliforme,
localisée aux épaules, aux avant bras et aux pieds (type taches rosées
lenticulaires). Pas de prurit. Pas d’exanthème. Temp. mat., 39°8; vespér.,
40°4.
Le 15 juillet, 1 placard circiné, urticarien, sur le flanc droit. Temp.
mat., 38°8 ; soir, 39°2.
16 juillet, disparition de l’éruption et des symptômes fébriles. Tempér.
mat., 37°; soir, 37°3.
Obs. I 11 . — L..., Antonin. Début brusque : courbature, frisson, cépha¬
lée, rachialgie.
Pas de vomissements. Myasthénie très douloureuse.
Le lendemain, 1 épilaxis, Céphalée sus-orbitaire intense. Myalgies et
rachialgie. r
Le 3e jour, 15 juillet, congestion face et conjonctives.
Eruption polymor phe : purpurique aux avant-bras et aux pieds, mor¬
billiforme aux épaules et au thorax, rien au cou, à l’abdomen, aux
cuisses.
792
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pas de prurit. Exanthème, en piqueté, du voile
du palais.
Adénopathie cervicale postérieure et latérale, dou¬
loureuse
Pas de rate.
4e jour : disparition de l’érythème, sauf aux avant-
bras et aux pieds (tracé de température ci-joint).
Obs. IV. — H..., 21 ans. Début brusque, la veille
de l’entrée : céphalée, courbatures violentes, frisson.
Le 18 juillet à l’entrée : congestion intense face et
conjonctives, douleurs sus-orbitaires et occipitales,
arthralgies généralisées, rachialgie violente Pas de
rate. Pas de vomissements. Tempér. mat., 38°2 ;
vespér., 38°9.
Petits ganglions axillaires, occipitaux, très douloureux.
Erythème ortié, généralisé: aux membres, larges placards, peu pruri¬
gineux ; à l’abdomen, érythème en cocarde ; cou et face respectés ; énan-
thème en piqueté du voile, disparu le lendemain.
19 juillet, tempér. mat., 38°9 ; soir, 39°2.
20 juillet, tempér. mat., 37°8 ; soir, 36°9, puis reste normale les jours
suivants
Sort guéri le 28.
Obs. V. — A..., 22 ans. Début brusque le 2 août. Céphalée sus-orbi¬
taire, vertiges, courbatures (arthralgies, myalgies, rachialgie). Pas de
frissons. Pas de vomissements. Tempér. mat., 39°2 ; vespér., 39°7.
Le 3 août, congestion intense des conjonctives.
Eruption morbilliforme des avant-bras, du cou et des épaules ; énan-
thème en piqueté, avec gonflement du voile. Prurit.
Adénopathie occipitale douloureuse.
Pas de rate. Tempér. mat., 38°8 ; vespér., 37°8.
Eruption disparue le soir même.
Le 4 août : tempér. mat., 37 T ; vespér., 37°4 à 38°2 ; normale les jours
suivants.
Après 6 jours d’apyrexie, un crochet fébrile, sans malaise ni aucun
signe anormal objectif. La température revient à la normale le lendemain
et s’y maintient.
Guérison et sortie le 14 août.
Observations du 7)r Leremboure,
/ / opital Narischkine
Obs. VI. — S..., 27 ans. Plaie
de l’oreille; section du pavillon
droit ; dengue avec éruption
(tracé de température ci-joint).
Obs. VIL — A..., Fernand, 26
ans. Plaie superficielle de la paroi
abdominale coté droit par balle. Dengue avec érup¬
tion (tracé de température ci-joint).
Séance du i3 Décembre 1916 793
Observations du médecin-major Minelle, Ambulance alpine 3
Obs. VIII. — G. Pierre, 25 ans. Dengue avec éruption.
Prodromes : Faiblesse et perte de l’appétit, 2 à 3 jours avant l’appari¬
tion de la fièvre.
Le 17 juin 1916 au soir : brusque accès de fièvre, courbature, mal aux
jambes. 39°9. Pouls normal, nausées, inappétence, céphalée frontale,
éblouissements, photophobie intense, conjonctivite légère.
Eruption très légère coïncidant avec l’apparition des premiers symptô¬
mes et localisée aux poignets, s’atténue, puis 'reparaît plus vive le 17,
gagne les chevilles, les jambes, le pli du genou, les cuisses. Eruption pru
rigineuse ; pas de desquamation.
Le 18, tempér. matinale, 37ü8 ; vespérale, 38°2 Le 19, tempér., 37°4 et
37°6, le 19, tempér., 36°8 et reste ensuite normale.
Le 23, sort par guérison.
Obs. IX. — F..., Georges, 27 ans. Dengue avec éruption.
Le 11 juin au soir : brusque frisson, fièvre, sueurs, grande faiblesse,
courbatures, congestion des yeux, larmoiement, photophobie, insomnie,
crampes d’estomac.
Le 12, matin : face dorsale des mains et poignets couvertes de papules
rouges. Tempér. mat., 40°; vespér., 39°6.
Le 13 : éruption abondante sur les pieds, les jambes, les avant-bras.
Tempér. mat., 39°2 ; vespér., 38°6.
Le 14 : l’éruption gagne la figure, aspect vultueux de la face, gan¬
glions inguinaux, épitrochléens, axillaires, cervicaux gonflés, asthénie
absolue. Tempér. oscille autour de 38°.
Le 15 : amélioration sensible, chute brusque de la
température à 36°6, puis reste normale.
Guérison le 18.
Obs. X. — S..., Henri. Dengue avec éruption (tracé
de température ci -contre).
Le 12 juin : poignets et chevilles couverts de papules
rouges,- sans fièvre; fatigue, insomnie, démangeaisons.
Le 18 au matin : brusquement fièvre, sueurs, cépha¬
lées, nausées et vomissements, constipation, anéantisse¬
ment complet. Le malade ne se tient pas debout. Ar-
thralgies, rachialgie, myalgie. L’éruption gagne les
cuisses.
Le 21 : exeat, guérison.
Obs. XI. — G..., Biaise, 23 ans. Dengue avec
éruption (tracé de température ci-contre).
Le 12 juin : légère éruption sur les poignets sans
autre symptôme.
Le 15 au soir : brusquement grand frisson, fiè¬
vre intense, céphalée, insomnie, anéantissement.
Eruption maculo-papuléuse gagne les avant-bras,
les épaules. Prurit très vif.
Le 16 : éruption gagne la figure et le cou.
Le 18 et le 19 : amendement général de tous les
symptômes. Guérison Exeat le 21.
'•k
794 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Obs. XII. — M..., Léopold. Dengue avec éruption. Accès palustres
tierces. (Tracé de température ci-contre).
12 juin : éruption sur les poignets et les
avant bras, coïncidant avec une grande lassi¬
tude, sans fièvre.
Le 15 au soir : nausées, éblouissements,
grande faiblesse, vertiges, vomissements, cé¬
phalées. L’éruption gagne les chevilles et les
jambes. Température : 38°8. Constipation,
inappétence.
Le 16 : entre à l’ambulance alpine 3. Dé¬
mangeaisons considérables au niveau de
l’éruption qui a gagné le tronc. Tempér. mat.,
38°4 ; le soir, 38°2.
Le 17 : Pommade soufrée sans résultat.
Tempér. : 37°4 et le soir 37°6.
Le 19 : Sédation légère du prurit avec chute presque complète de la
fièvre. Tempér. : 37°5.
Le 20 : Tempér. : 37°1.
Le 21 : Exeat. Etat général très amendé.
Le 21 au soir : Devient avec 40°6. Accès terminé le matin.
Le 23 au soir : Rechute fébrile, ayant les caractères d’un accès intermit¬
tent palustre.
Le 25 au soir : Rechute fébrile; à cette date, rate un peu perceptible et
sensible à la pression.
Obs. XIII. — V. . , Jean, 21 ans. Dengue avec éruption.
Le 17 juin : début brusque. Fatigue, courbature, frissons, lièvre, érup-
ion généralisée d’emblée à tout le corps, crampes d’estomac, nausées.
tion
insomnie. Tempér. : 39 1 .
îe,
Le 18 : aspect vultueux de la face, conjonctives injectées, photophobi
asthénie profonde, prurit, adénopathie inguinale et épitrochléenne.
Rien au cœur; rate, poumons normaux. Tempér. mat., 38°6 ; vespér,,
38°8.
Le 19 : Tempér. mat., 38°4 ; vespér., 49°4.
Le 20 et 21 : oscille autour de 38°.
Le 22 : température normale.
Le 23 : amélioration complète de tous les symptômes. Exeat le 25, gué¬
rison.
Obs. XIV. — De G..., 28 ans. Dengue avec érup¬
tion (tracé de température ci-contre).
Le 21 malaise, fatigue générale, inappétence abso¬
lue.
Le 22 : éruption poignets et chevilles, démangeai¬
sons nocturnes, insomnie.
Le 23 : Fièvre élevée, éruption presque générali¬
sée, maculo-papuleuse, injection des conjonctives,
larmoiement, algies multiples, accablement, consti¬
pation.
a Le 26 : Sédation brusque dans la nuit des symp¬
tômes douloureux et de la fièvre. Le soir, reprise de
la fièvre et des autres symptômes. Ganglions ingui¬
naux et épitrochléens. Pouls lent. Poumon, foie, rate normaux.
Séance du i3 Décembre 1916 795
Le 28 : fièvre disparue. Il subsiste un peu de faiblesse générale. Gué¬
rison.
Parasitisme intestinal des enfants des écoles
maternelles d’Algérie. Détermination d’un
indice parasitaire. Application de cet indice
à la mesure de la pureté des eaux de boisson.
Par Henri SOULIÉ et G. DE11RIEU.
Nous nous sommes proposés d’étudier le parasitisme intes¬
tinal des enfants des écoles maternelles d’Algérie. Nos examens
ne se sont pas étendus à toits les enfants fréquentant la ou les
écoles de la localité. Nous nous sommes bornés à 10 enfants
seulement, mais remplissant tous une condition essentielle,
c’est d’être nés dans la localité et ne l'avoir jamais quittée.
L’âge de ces enfants varie de 2 à 6 ans; dans de très rares
exceptions, il atteint 7 et 8 ans.
Notre matériel se compose d’un prélèvement des déjections
placé dans un petit tube rempli d’eau phéniquée à 5 0/0. Chaque
tube porte un numéro qui est reproduit sur un tableau conte¬
nant les noms, prénoms, âges des enfants.
Ces tubes homœopaliques sont renfermés dans un étui de bois
qui les protège et facilite leur transport par la poste. Le prélè¬
vement est effectué à l’aide d’une anse de laiton individuelle
rejetée après l’usage.
Les prélèvements ont été effectués avec le plus grand soin,
conformément à nos instructions, par les Directrices des Ecoles
Maternelles. Nous les remercions, ainsi que M. Tailliart,
Inspecteur d'Académie d’Alger, de leur précieux concours.
Nous avons recherché les /eu fs des parasites éliminés avec les
déjections. Nous avons effectué trois préparations pour chaque
enfant; lorsque ces premiers examens étaient négatifs, nous
avons procédé à trois nouveaux examens ; en cas d’insuccès
dans cette deuxième tentative, l’enfant était considéré comme
non parasité.
Nos investigations ont porté sur 34 écoles maternelles prove¬
nant de 3o localités différentes. Les villes d’Alger et de Blida
796 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ont contribué pour quatre et deux écoles. Nos examens ont eu
lieu pendant les mois de mai et juin i g 1 4 (i).
Le nombre total d'enfants examinés s’élève à 3 1 6. 11 aurait dû
atteindre le chiffre de 34o. Le déficit lient à un certain nombre
de tubes brisés dans les manipulations; quelquefois, pour un
motif ou pour un autre, on n'a pu trouver les io enfants réali¬
sant les conditions voulues.
Nous avons rencontré les œufs de quatre parasites de
l'homme : trois appartiennent aux Nématodes; ce sont par
ordre de fréquence, le Trichocéphale, l’Ascaride et l’Oxyure. Un
autre fait partie des Cestodes, Y Hymenolepis nana (2).
Si nous considérons l’ensemble des 3 1 6 enfants examinés,
nous voyons qu’il y en a 1 55 parasités et 161 non parasités, soit
environ la moitié, ou plus exactement 49 P* 100 de parasités et
5i [>. 100 non parasités.
Au point de vue de la nationalité, ces 3 1 6 enfants se décom¬
posent ainsi :
Européens et Israélites naturalisés .... 309
Indigènes musulmans . 7
Ces derniers sont proportionnellement plus infestés que les
premiers. On trouve en effet 5 parasités pour 2 indemnes. Les
parasites rencontrés chez les musulmans sont 3 fois Y Hymenole¬
pis, 1 fois l’Ascaride et 1 fois le Trichocéphale.
Qu’on veuille bien remarquer le jeune âge des enfants, leurs
conditions matérielles relativement bonnes et l’on se convaincra
aisément de la proportion élevée de sujets parasités.
Généralement, il n’existait qu’un seul parasite ( 1 34 cas) ; dans
20 cas, nous avons trouvé deux parasites, et dans r cas, 3 para¬
sites.
Le Trichocéphale est le parasite que nous avons le plus fré¬
quemment rencontré. Nous l’avons trouvé seul chez 6/j enfants
et i3 fois en association, soit en tout chez 77 enfants.
L Hymenolepis nana vient ensuite par ordre de fréquence; il
existait à l’état de parasite unique chez 5o enfants et associé
(1) Nous devions étendre nos recherches à toutes les écoles d’Algérie. La
guerre formidable qui s’est déchaînée sur le monde au mois d’août 1914 ne
nous l’a pas permis. Nous estimons cependant que les premiers résultats
obtenus sont intéressants et méritent d’être publiés.
(2) Nous remercions M. le Professeur Guiakt qui a bien voulu examiner
nos préparations et confirmer notre détermination de ce parasite.
1
Séance du i3 Décembre 19 iG
797
chez i4 autres, soit au total chez 64 enfants. Généralement le
nombre d’œufs de ce dernier parasite est très élevé ; nous en
avons observé j usqu'à 5 dans un champ microscopique, facile¬
ment reconnaissables à leur taille, à leur transparence, à leurs
crochets et à leur forme si spéciale et si caractéristique de leurs
enveloppes. La description de ces œufs concorde avec celle qu’en
a récemment donnée M. Foley (r) après les auteurs classiques;
nous croyons inutile d’y revenir.
La fréquence de ce Cestode que l’un de nous avait déjà con¬
statée il y a quelques années dans des observations inédites n’a
pas été sans nous étonner. Cette fréquence (20 0/0) est bien plus
élevée que celle de M. Foley (12, «5 0/0) chez les enfants indigè¬
nes du même âge de Figuig; elle dépasse de beaucoup celle que
M. Parrot (2) a trouvé chez les indigènes adultes de Ouzerville
qui n’arrive qu’à i,5 0/0. L 'Hymenolepis nana découvert en
Egypte, existe d’une manière assez répandue en Italie. Il doit se
rencontrer avec plus ou moins de profusion dans tout le bassin
méditerranéen. L’évolution de ce ver, les conditions d’infestation
ne sont pas encore très clairement élucidées; les matériaux sont
assez nombreux en Algérie, pour entreprendre des recherches
utiles sur ce point encore imparfaitement connu de la parasi¬
tologie.
Nous avons rencontré i5 fois, l’Ascaride lombricoïde, seul et
i5 fois associé à un autre parasite.
L’Oxyure vermiculaire est celui qui s’est le plus rarement
montré à notre observation. Nous avons observé seulement
5 fois les œufs de ce parasite seul et 1 fois associés à ceux de deux
autres nématodes. Nous estimons que ces chiffres sont au-des¬
sous de la réalité. Il arrive en effet que ce petit ver existe dans
le tractus intestinal et que la présence de ses œufs dans les
déjections passe inaperçue. Nous avons trouvé un cas négatif au
point de vue des œufs, alors que nous avons observé dans les
déjections un oxyure mâle adulte.
Les associations de parasites ont été : 8 fois Ascaride-//////ze-
notepis , 7 fois Trichocéphal e-Hymenolepis et 6 fois Ascaride-
( 1 ) H. Foley. Parasitisme intestinal chez les Berbères sédentaires de Figuig.
Fréquence d’Hymenolepis nana dans la population infantile. Bull. Soc. Path.
exot., 1 9 1 1 . n° 6, p. 42 1 •
(2) L. Pahrot. Parasitisme intestinal chez les Arabes du Tell Algérien. Pré¬
sence d’ « Hymenolepis Nana ». Bull. Soc., 1914, n° 4> P- 3oi.
53
■ r ■
798 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Trichocépliale. Dans un seul cas enfin nous avons trouvé les
3 Nématodes réunis, Ascaride-Oxyure-Trichocéphale.
En résumé, sur 3 1 6 enfants examinés, nous en avons trouvé
1 55 qui avaient des œufs de parasites dans leurs déjections.
Les parasites se répartissent ainsi :
Nous réunissons dans un tableau d’ensemble (p.799) le nom des
localités, le nombre d’enfants examinés et les résultats fournis
par cet examen.
En prenant pour base le nombre d’enfants parasités, les loca¬
lités que nous avons examinées se classent de la façon suivante :
Nous pensons qu'on peut tirer du parasitisme intestinal des
jeunes enfants nés dans une localité et 11e l’ayant jamais quittée
des déductions importantes au point de vue de l’hygiène.
799
Séance du i3 Décembre 1916
Parasitisme intestinal des écoles maternelles d’Algérie
Si nous laissons de côté Y Hymenolepis nana dont les modes
d’infestation ne sont pas entièrement élucidés, les trois Néma¬
todes que nous avons rencontrés, le Trichocéphale, l’Ascaride
et l’Oxyure, o;it un développement direct, sans migrations. Les
œufs sont rejetés avec les déjections ; ils subissent donc toutes
les vicissitudes du contenu intestinal. Toutes les fois qu’un de
ces Nématodes se développera chez un enfant jusque-là indemne,
c’est que cet enfant aura ingéré Tœuf qui lui a donné naissance,
et cet œuf provient des matières intestinales d’un enfant infesté.
800
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En d’autres termes, la présence des parasites intestinaux en
question implique d’une façon irréfutable l'absorption, à dose
plus ou moins diluée, plus ou moins homœopathique, de matières
fécales d’un sujet parasité.
Quelle est la voie suivie par les œufs de Némathelminthes
pour arriver du milieu extérieur où ils sont rejetés, jusqu'au
tube digestif du nouvel hôte? Cette voie est le plus fréquemment
la voie hydrique ; l’infestation se fait avec l’eau de boisson. Cette
eau provient de puits ou de sources presque toujours mal pro¬
tégés.
On remarquera que c'est dans les campagnes que l’on observe
le parasitisme le plus élevé. Il se trouve que c’est précisément
dans les campagnes que l’absence d’égouts, les évacuations
intestinales dans les fosses non étanches, ou bien à l'air libre,
rendent plus facile la pollution des eaux potables.
L’infestation peut se produire aussi par les légumes crus, par
les fruits ou par le contact. Mais quel que soit le mode réalisé,
il exige, pour se produire, l'absorption, avec les ingesta, d’une
partie plus ou moins considérable de produits intestinaux.
Ces conditions sont précisément celles de l’infection du groupe
des bacilles typhoïdiques, qu’il s’agisse du bacille typhique
ou des bacilles paratyphiques.
Il est bien évident que lorsque des œufs volumineux d’Hel-
minthes, dont la taille et la masse sont infiniment plus considé¬
rables que celle des bactéries pathogènes, peuvent gagner l’in •
testin de l’homme, à plus forte raison ces bactéries pourront
plus facilement l’envahir.
On peut légitimement déduire, en se basant sur les considé¬
rations qui précédent, que la présence dans le tube digestif des
Helminthes que nous avons rencontrés, provient de l’ingestion
plus ou moins fréquente, plus ou moins copieuse, de matières
fécales. Si l’on veut bien admettre que la voie hydrique est la
voie la plus habituelle de propagation des Némathelminthes
intestinaux, on en conclura sans peine et avec une incontesta¬
ble logique que la présence plus ou moins considérable des vers
intestinaux témoigne de la contamination plus ou moins mar¬
quée des eaux par les matières fécales.
Ces vues étant admises, il est facile de voir les applications
qu’on pourrait en faire à l’hygiène publique. L'analyse bactério¬
logique d’une eau porte forcément sur un volume limité de
Séance du i3 Décembre 1916
801
liquide; elle n’a de valeur que pour l'échantillon analysé, sans
tenir compte de la pollution antérieure ni de celle qui peu tse pro¬
duire quelque temps après; ses indications sont donc très limi¬
tées dans le temps et dans l’espace. De plus, une analyse bac¬
tériologique n’est pas à la portée de tous les praticiens; elle
exige un laboratoire et aussi une habitude de ce genre d’opé¬
rations.
Lorsque les œufs des parasites intestinaux sont absents de
l’intestin des enfants d’une localité, cela ne suffit pas pour con¬
clure que les eaux sont à l’abri d’une pollution éberthienne, le
bacille typhique pouvant suivre des trajets impraticables aux
œufs à cause de leur taille. Mais la présence des œufs indiquera
que la contamination des eaux est largement possible par les
bacilles typhiques.
La recherche des œufs des parasites dans les déjections ne
comporte pas de laboratoire, elle exige seulement un microscope.
La plupart des praticiens sont familiarisés en Algérie avec la
recherche de ces œufs; il suffirait de quelques heures, à ceux
qui ne le sont pas, ou qui ne le sont plus, pour se remettre en
mémoire les formes et les dimensions de ces œufs. La technique
est des plus élémentaires et ne demande aucune initiation.
Voici une localité dans laquelle s'installe un Médecin. S’il
veut se rendre compte de la propreté de la localité, qu’il examine
les déjections des jeunes enfants qui y sont nés et qui ne l’ont
pas quittée; d'après le nombre plus ou moins élevé d’œufs
qu’il y rencontrera, il pourra conclure avec certitude à l’absorp¬
tion nulle, peu ou très fréquente, de contenu intestinal.
Il est facile de classer les localités en prenant le parasitisme
intestinal pour base. On peut ainsi établir un indice parasitaire
d’après le nombre de cas positifs sur 10 ou sur 100 examens.
Nous avons vérifié le bien fondé de ces considérations en exa¬
minant les cas de fièvre typhoïde qui se sont produits en Al Sé¬
rie en 1913. Il se trouve que*, pour les localités examinées, la
proportion des fièvres typhoïdes se superpose d’une manière
presque parfaite avec le coefficient du parasitisme intestinal.
Conclusions
i° Dans 34 écoles maternelles d’Algérie, nous avons trouvé la
moitié environ des 3 1 6 enfants que nous avons examinés, exac¬
tement 49 0/0, porteurs de vers intestinaux.
802
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ces jeunes enfants étaient nés dans la localité et ne Pavaient
jamais quittée. Ils s’étaient donc infectés sur place.
2° Ces enfants étaient porteurs dans la très grande majorité
des cas (i34) d'un seul parasite; quelquefois il existait 2 para¬
sites (20 cas), exceptionnellement 3 parasites (r cas).
Par ordre de fréquence les parasites étaient les suivants :
Parasite unique En association
Trichocéphale .
Hymenolepis nana .
Ascaride
Oxyure . . . .
04 fois, 20 0/0
50 fois, 15,8 0/0
15 fois, 4,7 0/0
5 fois, 1,5 0/0
77 fois, 24,3 0/0
64 fois, 20 0/0
30 fois, 9 0/0
6 fois, 1,9 0/0
Le double parasitisme était ainsi constitué :
Ascs.v\âe-Hymenolepis . . . 8 fois, 2,5 0/0
Trichocêp\u\\e-Hymenolepis . 6 fois, 1,9 0/0
Ascaride-Trichocéphale . . 6 fois, 1,9 0/0
Le triple parasitisme était composé de :
Ascaride-Oxyure-Trichocéphale 1 fois, 0,3 0/0.
3° Le développement des Nématodes intestinaux parasites de
l’Homme étant direct et leur propagation s’effectuant la plupart
du temps par la voie hydrique, la fréquence plus ou moins
grande de leurs œufs dans les déjections pourrait servir de
mesure à la pollution des eaux par les matières fécales.
4» Il y aurait i ntérêt à déterminer l’indice parasitaire des
enfants de chaque locatité. Cet indice donnerait, au sujet de la
pureté des eaux, des indications plus précieuses et plus éten¬
dues que les analyses bactériologiques les plus répétées et les
mieux conduites.
Contribution à l'étude des zones
à glossines du Sénégal
(Région du chemin de fer de Thiès à Kayes)
Par G. BOUET.
La voie ferrée qui reliera le Sénégal au Soudan, de Thiès à
Kayes, a une longueur d’environ 700 km. dont 4oo sont à l'heure
actuelle livrés à l’exploitation.
Séance du i3 Décembre 1916
803
La culture intensive de l’arachide a contribué, dans une cer¬
taine mesure, au débroussement progressif des régions traver¬
sées par la ligne, dans ses 3oo premiers km. Il subsiste, cela va
sans dire, en dehors des zones cultivées, une végétation où les
arbres, baobabs, acacias divers, tamariniers, rôniers, Ptero-
carpas et Stercaiia , forment une futaie abritant toute une flore
d’arbrisseaux xérophiles, jujubiers, mimosées, Bauhinia , etc.
Au fur et à mesure que la ligne s’enfonce dans l’intérieur, le
faciès botanique change un peu. Après avoir longé le désert du
Ferlo, où la végétation se fait plus rare, on traverse une zone
où, tout en recontrant les mêmes essences, en peuplement plus
serré, de nouvelles espèces apparaissent, en particulier le bam¬
bou, donnant un aspect un peu différent au pays. Cette végéta¬
tion persiste à peu près jusqu'à la Falémé, c’est-à-dire vers le
km. 57b. Nous devons ajouter que toute la voie ferrée n’est tra¬
versée par aucun cours d’eau permanent et qu'en hivernage
seulement, on trouve un peu d’eau dans les lits desséchés des
marigots.
Toute la partie du Sénégal traversée par le chemin de fer ne
semble pas botaniquement et climatiquement incompatible avec
l’existence des glossinesde l’espèce xérophile Glossina morsitans
Westw. Cependant cette mouche ne se rencontre qu’à partir du
804
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
km. 44o vers Synthiou Coulé où nous avons constaté sa pré¬
sence, pour disparaître après la Falémé à quelques kilomètres du
village de Naïes (km. 576) . Quelles sont les raisons de la pré¬
sence de cette glossine dans cette zone, identique à celle tra¬
versée plus à l’Est par le rail ?
On ne peut invoquer la latitude qui est sensiblement la même
sur tout le parcours. Le rail court de l’Ouest à l'Est entre le i4e
et le i5e de latitude Nord.
Dans une note précédente ( 1), nous avons montré avec Rou-
baud que toute la région du Sénégal désignée sous le nom de
Haute Gambie et dont la partie du Thiès-Kayes où se rencon¬
trent les glossines constitue la limite Nord, était le centre d’une
zone à G. morsitans et que cette zone coïncidait exactement avec
celle de répartition du gros gibier. Tout ce pays est en effet peu
peuplé et l’éléphant, les buffles, les antilopes de haut port de
l’Afrique Occidentale, s’y rencontrent ou tout au moins le par¬
courent, à certaines époques de l'année.
Nous pouvons aujourd’hui fixer à peu près définitivement les
limites d’extension de Glossina morsitans dans cette partie de
l’Afrique Occidentale.
Cette zone s’étend au Nord jusqu’à la voie ferrée du Thiès-
Kayes qu’elle ne semble pas dépasser beaucoup. Au Sud, elle tra¬
verse le fleuve Gambie et s’enfonce en territoire guinéen jusque
vers le parallèle Kadé-Yambéring ainsi que l’a montré G. Mar¬
tin (2).
En Casamance, nous avons trouvé G. morsitans jusqu’à Kolda,
qui paraît être sa limite Ouest de ce côté en territoire français.
Elle semble faire défaut dans le Niani-Ouli et le Sandougou,
mais reparaît à quelques kilomètres de Guénoto près de l’ex¬
trême frontière de la Gambie anglaise.
Roubaud (à) l’a signalée dans la partie du cercle de Kaolack
désignée sous le nom de Niom Rato où elle occupe un îlot très
(1) G. Boüet et E. Roubaud. Notes sur des expériences diverses de transmis¬
sion des Trypanosomiases par les Glossines (Trypanosomiases et gdossines de
la Haute Gambie et de la Casamance). Bull. Soc. de Pathologie exotique, t. V,
1912, p. 204.
(2) G. Martin. Les Trypanosomiases de la Gainée Française , 1906. Maloine,
édit .
(3) Roubaud. Les zones à Tsé tsés de la petite Côte et du Bas Saloum. Bull.
Pathologie exotique, t. VIII, 191b, p. i3o.
Séance du i3 Décembre 1916 805
restreint dans une zone inhabitée, mais où pullule le gros
gibier.
On peut rattacher à cet îlot les points où sa présence a été
constatée par les Anglais dans leur colonie au Nord du fleuve
Gambie (1).
Il est très probable, comme P a exprimé Roubaud, qu autrefois
cet îlot à Glossina morsitans du Niom Bato se rattachait à celui
de la Haute Gambie. Il en a été séparé par le peuplement et la
mise en culture des régions du Niani-Ouli et du Sandougou qui
ont fait peu à peu régresser le gros gibier vers la Haute Gambie
très peu peuplée.
Enfin, à l’Est, la limite d’extension de G. morsitans s’étend sur
la rive droite de la Falémé et sa présence a été constatée par nous
depuis Satadougou jusqu’à Dougasita, village à 80 km. au Sud
de Bafouiabé. D’après nos renseignements, la mouche n’est pas
rare dans le Sud du cercle de Kayes.
On voit, en résumé, que la zone d habitat de G. morsitans dans
cette partie de l’Afrique Occidentale Française occupe une
superficie importante dont la caractéristique est l’abondance du
gros gibier et la faible densité de la population.
Un autre caractère de ces régions à glossines est l’existence
d’une race de petits bœufs très résistants aux trypanosomiases à
tsé-tsés et qui, comme le gros gibier, joue le rôle de réservoir de
virus. C'est la race N dama ou du Fouta-Djalon (Pierre) dont
nous avons déjà parlé dans nos précédents travaux. Dès que
ces animaux font place aux races métis (races Bambara ou
Mandé et race Djakoré) et aux zébus, on peut être certain que
la tsé-tsé n’existe pas dans la région. On peut poser comme
axiome que la tsé-tsé limite , au sud , /’ extension du zébu en Afri¬
que Occidentale et ne permet que difficilement F existence des races
métis.
Dès que le rail parvint vers le 3ooe km., des caravanes com¬
mencèrent à se former au Soudan et à s’acheminer vers la nou¬
velle voie que nous ouvrions.
On fut amené à créer, parallèlement à la voie ferrée, une
route pour les piétons. Les convois de bœufs que le Soudan
envoyait vers le rail, tout d’abord pour la nourriture des tra-
(1) Simpson. Entomolog-ical Research in British West Africa : Gambia. Bul¬
letin o f E.itomological Research, vol. II, oct. 1911.
806
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
va il! eurs du chemin de fer, devinrent plus nombreux et peu à
peu se créa un mouvement commercial.
En iqi4 une usine de viande frigorifiée s’ouvrit à Lyndiane
près de Kaolack, desservi parle nouveau chemin de fer. Sa pré¬
sence accentua le mouvement des caravanes de bœufs provenant
du Haut- Sénégal et Niger.
Dès 1913, l’autorité militaire utilisa la même voie et établit
des convois par bœufs porteurs, de Kayes à Koussanar,
auxquels elle substitua en 1915 et 1916 des mulets.
Il y eut une grosse mortalité sur les bœufs et les chevaux
loués à Kayes à des indigènes. Sur 395 bœufs, 70 moururent en
1913; en 1914, 36 sur 89 succombèrent, et 4 chevaux sur 1 1 . Les
mulets en 1915 résistèrent davantage et il n’y eut que 4 décès
sur une trentaine d’animaux employés aux convois.
Justement préoccupé de la mortalité sévissant sur les ani¬
maux circulant sur la nouvelle route, que lui signalaient les
colonies du Sénégal et du Haut-Sénégal-Niger, le Gouvernement
Général de l’Afrique Occidentale Française, à la demande du
Lieutenant Gouverneur du Sénégal, nous chargea d’aller étudier
les causes de ces épizooties que l’autorité administrative
croyait pouvoir attribuer, pour une large part, à la mouche
tsé-tsé signalée dans îa partie du cercle de Bakel traversée par
la future voie ferrée et par la nouvelle route.
Nos recherches, comme toutes celles que nous avons poursui¬
vies sur le même sujet en Afrique Occidentale depuis 1906, ont
été effectuées suivant le même plan — Recherche et biologie des
mouches; transmission des maladies à trypanosomes par les
glossines récoltées dans les régions parcourues ; examen micros¬
copique du sang des animaux domestiques dans les villages
traversés. Les résultats obtenus par cette méthode sont suffisants
pour donner une vue d’ensemble sur les Trypanosomiases
sévissant dans une région et sont de plus comparables entre eux.
Glossines
Nous avons dit plus haut que c’est à partir de Synthiou Coulé
au km. 44o, à peu de distance du point terminus actuel de la
ligne, que nous avons rencontré les premières tsé-tsés, apparte¬
nant à l’espèce xérophile Gloss ina rnorsitans Westw.
La route, à cette hauteur, passe au Sud du tracé de la voie
Séance du i3 Décembre 1916
807
ferrée ; plus loin elle le traverse pour cheminer parallèlement, ou
à peu près, au rail, à une distance de 10 à i5 km. environ.
On peut donc dire que les observations faites sur la piste
routière s’appliquent également à la voie ferrée.
Les dernières glossines capturées l’ont été à Naïes près de la
Falémé (km. 57b). Ces récoltes ont eu lieu en septembre et
octobre.
L'examen des mouches nous a montré que le nombre des
femelles par rapport aux males était insignifiant, tout au moins
à ce tte époque de l’année : 3 femelles pou r 70 mâles ( ier octobre)
à Dioulanguel ; 11 mâles sur ri à Naïes (ier novembre).
Il ressort de cette constatation que la reproduction de l’espèce
doit avoir lieu à une autre époque de l’année. Au dire des
indigènes, les mouches disparaissent à peu près totalement
pendant l’hivernage et ne commencent à se montrer que dans le
mois qui suit la récolte du mil (fin septembre). Elles seraient
surtout abondantes pendant les mois froids (janvier, février,
mars) et leur nombre irait en diminuant dès que la chaleur qui
précède l’hivernage se fait sentir.
Ces données s’accordent avec nos constatations et avec celles
que nous avons faites en Haute Gambie (novembre). Nos mul¬
tiples recherches pour trouver des gîtes à pupes ont été infruc¬
tueuses. Il est probable que la rareté des femelles à cette époque
fut surtout la cause de nos insuccès.
Les glossines se posent à terre, sur la route, presque toujours
en plein soleil et sur les pistes suivies par les troupeaux aux
abords des villages, sur le gros gibier dans les régions inhabi¬
tées. Actuellement les bandes d’éléphants, de bubales, d’hippo-
tragues, ne sont pas rares dans toute cette partie de la ligne. Elles
régressent un peu à l’arrivée de la locomotive et il est probable
que, dans quelques années, elles ne viendront plus aux abords
de la voie et se cantonneront entre la Gambie et ses affluents, le
Nieri Ko et le Niocolo Koba.^Leur disparition entraînera peu à
peu celle de la G. morsitans.
Les localités où nous avons rencontré G. morsitans en plus ou
moins grande abondance sont les suivantes: entre les villages
de Dioulanguel (au Sud de Synthiou Coulé) et Bala ; entre Bala
et Koutia ; entre Paraol et Loredji ; entre Synthiou Amadou
Boubou et Goumbo ; entre Goumbo et Youpé; entre Youpé et
Bollé ; à Naies. Synthiou Coulé est au km. 44<Y Naies près du
808
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
576. C'est donc sur un trajet de 1 35 km. que la mouche se ren¬
contre.
Nous avons signalé plus haut l’absence totale de cours d'eau
permanents, dans toute la région traversée par le chemin de fer
de Thiès à Kayes. En hivernage seulement, le Niori Ko, affluent
de la rive droite de la Gambie présente de place en place quel¬
ques cuvettes où l’eau séjourne pendant les quelques mois de la
saison des pluies. La galerie forestière de cours d’eau est très
restreinte. Egalement, sur les plateaux latéritiques, se forment
des mares vite asséchées après l’hivernage. Ces conditions oro¬
graphiques font que, dans toute la région que nous avons par¬
courue, on ne trouve pas l'espèce G. palpalis qui ne remonte
pas aussi haut sur les bords des affluents de la rive droite de la
Gambie.
Trypanosomiases animales
Nous avons recherché si les mouches des régions traversées
étaient contaminées et quels trypanosomes elles étaient suscep¬
tibles de convoyer.
Exp. 1. — Sur un cabri encore à la mamelle et pris dans un village en
dehors de la zone à tsé-tsés, nous avons fait piquer du 5 au 23 octobre 88
G. morsitans capturées entre les villages de Dioulanguel, Bala et Paraol.
Le 23 il ne reste plus que 5 mouches.
Le 24 octobre les trypanosomes apparaissent dans le sang du cabri.
Trypanosoma dimorphon. Le cabri meurt le 21 novembre.
Nous n’avons pu examiner les mouches de cette expérience,
La présence de T. dimorphon dans la région n’a rien qui doive
nous surprendre. Nous l’avions déjà signalée dans la Haute
Gambie dont la région du Thiès-Kayes, où nos recherches ont
été faites, n’est que la limite Nord. Cette constatation étend
plus au Nord la zone d’endémicité de cette Trypanosomiase.
Dans les villages compris entre Tamba Counda et la Falémé,
on rencontre fort peu de chevaux. Les indigènes disent qu’ils y
vivent difficilement et les chefs seuls, en général, en possèdent,
qu’ils sont d’ailleurs obligés de renouveler fréquemment.
Le chemin de fer, pour effectuer ses transports sur les chan¬
tiers, possède des chevaux, mulets, et ânes; mais, à l’époque où
nous avons fait notre voyage, les travaux n’étaient point encore
parvenus dans les régions à glossines. Tamba Counda est à
4o km. de la zone où la mouche apparaît.
809
Séance du i3 Décembre 1916
Sur 7 chevaux et un mulet du chemin de fer, examinés à
Tamba Counda, aucun ne présentait de trypanosomes. A 10 km.
plus loin, à Ida-Coto, était installée une écurie des chantiers :
i3 chevaux, 17 mulets, et 3 ânes examinés étaient indemnes;
3 cependant paraissaient douteux (autoagglutination du sang et
œdèmes).
A Coutiari, à 12 km. plus à l'Est, sur 10 chevaux examinés, un
seul présentait du T. dimorphon. Cet animal était sorti assez
fréquemment de la zone indemne de tsé-tsés, et, au cours de
tournées dans la région infestée, avait du se contaminer.
L’examen du cheval mis à notre disposition pour effectuer
notre voyage pratiqué au départ de Cotiari-Naoudé fut négatif.
Un mois plus tard, à Naies, nous trouvions les premiers trypa¬
nosomes dans son sang.
Ainsi donc, sur une cinquantaine de chevaux et mulets des
Travaux neufs, n’ayant point encore pénétré dans la zone à tsé-
tsés, nous n’avons trouvé qu’un seul cheval atteint. II n'est pas
douteux que, dès que les travaux s’effectueront en terrain à
glossines, il y aura un gros déchet sur la cavalerie des chantiers.
A Dioulanguel, village à quelques kilomètres duquel nous
avons commencé à rencontrer G. morsitans , le peu de temps
dont nous disposions, ne nous a permis que l’examen du cheval
du chef. Il était indemne, mais le propriétaire nous a dit que
c’était le cinquième qu’il achetait depuis 3 ou 4 ans. En général
les chevaux dans toute la région ne vivent pas plus d’un an. On
a soin de les maintenir constamment dans la cour des habita¬
tions et on ne s’en sert que fort rarement. Dioulanguel possède
un beau troupeau de 25o à 3oo bœufs de la race du Foula-Djal-
lon (race N dama de Pierre) dont la variété malinké de la Haute
Gambie dérive. Ce sont de petits bœufs à robe fauve, à extré¬
mités noires, râblés, à poil luisant, en très bel état et dont nous
avons signalé la résistance. Dans les villages entre Tamba
Counda et Dioulanguel, nous avions vu dans les troupeaux, outre
des animaux de cette race, un certain nombre de métis de la
race du Niani, dérivée elle-même des djakorés (Pierre) du Baol,
de taille plus grande, et de robe variant du blanc au gris et au
noir.
Dès qu’on pénètre dans les zones à tsé-tsés, on n’en rencontre
plus qu’un petit nombre. Ainsi à Bala, le troupeau du village est
810 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
seulement composé d animaux venus originairement du Niani-
Ouli.
Cette race semble avoir acquis peu à peu des caractères de
fixité et s’ètre habituée au T. dimorphon tout en lui payant un
tribut plus élevé que la race du Fouta.
A Bala, l’examen de ioo bœufs, 5 ânes, 7 moutons et i4 chè¬
vres a été négatif. Les moutons et les chèvres appartenaient aux
races du Fouta-Djallon (race du Sud). D’après les indigènes, les
moutons et chèvres d’importation maure meurent 2 ou 3 mois
après leur arrivée dans le pays. 11 y aurait une mortalité élevée
sur les ânes.
Sur 3 chiens qui sont les seuls du village, deux présentent du
T. dimorphon , le troisième paraît indemne.
Le chien, comme on sait, est très sensible à la Trypanoso¬
miase des chevaux de Gambie et les indigènes disent qu’ils les
perdent tous.
A Ivoutia, examen de deux chevaux (en très mauvais état)
négatif. Le village possède un troupeau bovin d’une centaine
de tètes, des moulons et des chèvres; F examen n’a pas été fait.
A Tiotiol, 1 cheval et 1 âne sont examinés négativement.
A Paraol, sur 7 chevaux étrangers au village et dont les pro¬
priétaires habitent Senoudebou près de la Falémé, 2 sont atteints
de T. dimorphon ; 6 chiens du village sont indemnes.
A Sinthiou Amadou Boubou, les examens suivants son l prati¬
qués: io4 bœufs (race du Fouta), examen négatif; 6 ânes dont
1 présente du T. dimorphon ; 2 chevaux récemment achetés sont
indemnes ainsi que 10 moutons et 4 chiens. Les glossines sont
rares aux abords même de Sinthiou.
A Youpé Amadi, sur 77 bœufs (métis et N’dama) 3 présentent
du T. dimorphon , ce sont des métis ; 2 chevaux, 8 ânes et
11 chiens sont indemnes. Sur 33 .chèvres, 3 sont atteintes de
T. dimorphon ainsi qu’un mouton sur 10 examinés.
A Youpé-Paté l’examen de 62 bœufs (métis et N’dama) donne
2 cas de T. dimorphon (métis); 1 cas sur 18 moutons (les mou¬
tons maures dominent) et 1 cas sur 22 chèvres.
Youpé-Amadi et Youpé-Paté sont placés au milieu d’une*
plaine qui est au pied des collines qui constituent la ligne de
partage des eaux de la Falémé et de la Gambie; les glossines
comme le gibier y sont rares. Les métis bovins, les moutons et
les chèvres maures y sont nombreux; mais comme ces animaux
Séance du i3 Décembre 1916
81 1
vont, en certaines périodes, pâturer dans des zones à glossines,
ils s’y contaminent et paient un lourd tribut au T. dimorphon.
C’est ce qui explique le pourcentage élevé d’animaux conta¬
minés.
Naies forme deux groupements sur la rive gauche et la rive
droite de la Falémé. A Naies (rive gauche), sur 86 bœufs (métis
pour la plupart), 1 présente du T . dimorphon; sur 4 2 chèvres,
1 est contaminée; 7 ânes et 2 moutons sont indemnes. A Naies
(rive droite), sur i3 bœufs (métis), 2 sont atteints de T. dimor¬
phon; sur 5 chiens, r est également contaminé; 25 moutons,
26 chèvres, 10 chevaux et 8 ânes sont examinés sans résultat.
A Senoudebou, plus au Sud sur la Falémé, 61 bœufs (métis et
quelques zébus), 25 moutons, 8 chiens, 3 ânes et 3 chevaux ne
présentent pas de trypanosomes. Sur 26 chèvres, une montre du
T. dimorphon. Elle est depuis cinq ans dans le village. Des che¬
vaux d’indigènes de Senoudebou vus à Panel étaient parasités.
Senoudebou est au pied d une colline aux bords de la Falémé,
où la végétation est rare, sans galerie forestière susceptible de
retenir l’espèce G. palpalis et les gites à G. morsitans sont fort
loin du village. On évite d’y conduire les troupeaux.
A Alahina, village à 3 ou 4 km. au Nord de Naies (rive
gauche), l’examen de 44 bœufs (métis) donne 1 cas de T. dimor¬
phon et 2 cas sur 48 chèvres (la plupart de race maure) ; 1 âne est
indemne.
A Goulombo, village à 35 km. à l’Est de Naies (rive droite),
nous avons constaté un cas de T. dimorphon sur 4p chèvres
examinées. l\i bœufs, i4 moutons et 3 ânes 11e présentaient pas
de parasites dans leur sang.
G. morsitans disparaît après Naies et on ne la retrouve plus
sur la route jusqu’à Ambidédi, terminus du chemin de fer. A
partir de Dramané, gros village des bords du Sénégal, la route
suit le fleuve. — Les zébus composent presque uniquement les
troupeaux et sont de belle venue.
Dès qu’on atteint les parages du fleuve, on rencontre de nom¬
breux Bembex qui suivent les montures et les débarrassent des
mouches (Stomoxes surtout). Malheureusement ces précieux
auxiliaires font totalement défaut dans les zones à tsé-tsés.
Conclusions
Le chemin de fer de Thiès à Kay es traverse, entre les km. 44o
812
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
et 576, soit sur une longueur de 1 35 km., une zone à G. morsi-
tans. Les glossines existent par îlots, en général assez loin des
gros centres. — Elles sont fonction de la présence du gros
gibier ou tout au moins s’établissent sur les sentiers qu’il suit à
certaines époques de l’année.
Les glossines de cette zone, comme celles de la région de la
Haute Gambie (dont le chemin de fer forme d’ailleurs la limite
Nord) ne semblent convoyer que la Trypanosomiase à T. dimor-
phon. Elles sont actuellement indemnes des autres Trypanoso¬
miases animales à glossines, T. Pecaudi et T. Casaiboui de
l’Afrique Occidentale.
11 est à craindre que le passage de nombreux troupeaux
(zébus en particulier) destinés à l’Usine de Lyndiane, troupeaux
provenant de toutes les régions soudanaises, n’introduise dans
la zone du Thiès-Kayes ces deux autres virus que G. morsitans
est susceptible de convoyer (1).
Réciproquement les troupeaux soudanais indemnes passant à
travers cette région, se contamineront de T. dimorphon ; mais
comme la plupart des animaux sont destinés à être abattus dans
la quinzaine qui suit leur arrivée à Lyndiane, il n’y aura qu’une
très faible mortalité due à cette cause, mais la morbidité sera
certainement élevée.
L achèvement du rail modifiera cet état de choses si l’on a
soin de faire voyager le bétail en wagons grillagés, comme cela
se fait sur le chemin de fer de la Côte d lvoire.
Les changements .qu’apportera dans le pays la voie ferrée en
déterminant des migrations de populations qui viendront
s’établir le long du rail pour cultiver l’arachide, feront peu à
peu disparaître de celte zone le gros gibier et par voie de con¬
séquence G. morsitans.
La route de Coliari à Ambidédi suivie, pendant une partie de
l’année, pour la relève du personnel militaire et civil du Sou¬
dan, va être aménagée pour y permettre la circulation automo¬
bile et c'est là un progrès sur les années précédentes.
Il est à souhaiter que l’emploi de la traction mécanique se
généralise dans toutes les zones de l’Afrique Occidentale Fran¬
çaise où sévissent les Trypanosomiases à glossines.
En terminant, nous ne saurions trop insister sur l’intérêt que
(1) G. Bouet et E. Roubaud. Expériences diverses de transmission par les
g'tossines. Bulletin de la Société de Pathologie exotique , t. V, 1912, p. 204.
Séance du i3 Décembre 1916
813
présente l'introduction de la race bovine du Fouta-Djallon
(N dama) dans les régions à Isé-tsés, Gomme nous l’avons mon¬
tré dans nos différents travaux, elle seule peut résister aux
Trypanosomiases animales. Les essais d'introduction des zébus
et des métis seront toujours voués à des échecs certains.
Mission de i Inspecteur mobile d' Hygiène
de VA. O. F.
L’émétique dans le traitement des trypanosomiases
Par R. Van SACEGHEM et E. NICOLAS.
L’émétique ordinaire, antimoniotartrale acide de potassium,
est un des médicaments qui ont donné jusqu’ici les meilleurs
résultats dans le traitement des trypanosomiases. Il fut expéri¬
menté contre les trypanosomiases d’abord par Plïmmer et Thom¬
son (1), Mesnil et Brimont (2). Patrick Manson (3) lit alors quel¬
ques tentatives d’administration de l’émétique à des malades
trypanosés, mais on peut dire que cette substance a été réelle¬
ment introduite dans la thérapeutique médicale des affections à
trypanosomes par Broden et Rodhain (4) suivis peu de temps
après par G. Martin et Lebœuf (5), ainsi que par L. Martin et
Darré (6).
Les beaux résultats obtenus par l’emploi de l’émétique dans
la trypanosomiase humaine et la guérison de tous les bovidés
atteints de Trypcinosoma Cazcilboiii réalisée par l'un de nous au
Laboratoire de recherches vétérinaires de Zambi (7) (Congo
belge) prouvent toute l’importance de ce produit dans le traite¬
ment des infections à trypanosomes.
L’émétique à dose thérapeutique (6 mg. par kg.) en injection
(1) Plimmrr el Thomson. Proc. Pot/. Soc. B,, t. RXXX, 1908,
(2) Mesnil et Brimont. Bull. Soc. Path. exol, janvier et pvril 1908.
(3) Patrick Manson. Aimais of Tropical Metl. and Paras, vol. II, n° 1.
Mars 1908.
(4) Broden et Rodhain. Arch. f. Sch. a. Trop. Hyg ., t. XII, 1908, p. 448.
(5) Bull. Path. e.rot., 1908, p. 5o8.
(6) Bull. Path. exot., 1908, p. 569.
(7) Van Saceghem. Contribution à l’étude et au traitement des trypanoso¬
miases. Ministère Colonies de Belgique. Rapport 191b.
54
814
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sous-cutanée, fait disparaître en onze minutes les trypanosomes
de la circulation périphérique de cobayes infectés par les Try-
panosoma ugandœ et congolense.
En présence d une action aussi rapide, aussi énergique et
vraiment spécifique de l’émétique sur les trypanosomes de la
circulation périphérique, la question se pose de savoir d’où pro¬
viennent les trypanosomes qui donnent les rechutes. Deux hypo¬
thèses se présentent : i° il y aurait des formes résistantes à
l’émétique : 2° il y a dans l’organisme des trypanosomes qui
échappent à l’action de ce corps.
Des trypanosomes résistant d’emblée à l’émétique n’ont
jamais été mis en évidence par aucun observateur. Ces formes,
si elles existaient, se retrouveraient dans la circulation et
devraient être infectantes ; or, nous savons que le sang d’ani¬
maux trypanosés, qui viennent d’être traités à l’émétique, ne
peut infecter un autre animal (i). D’autre part, en combinant
l’inoculation de trypanosomes à un animal réceptif à l’injection
.d’une dose thérapeutique d’émétique, on empêche toute infec¬
tion. 11 faut donc admettre que si aucun trypanosome de la cir¬
culation périphérique n’échappe à l’action de l’émétique, il y a
cependant dans l’organisme des parasites, disséminés dans cer¬
tains points, sans doute éloignés de la dite circulation, qui ne
sont pas soumis à l’influence de ce produit.
Comment ces trypanosomes réussissent-ils à se soustraire à
l’action pourtant si fortement trypanocide de l’émétique ?
Il est prouvé que le sérum de cobayes qui ont reçu une dose
mortelle d’émétique n’a in vitro aucune action trypanocide (2)
quelques minutes après l’administration de l’émétique par voie
sous-cutanée. Cette expérience démontre que l’émétique dispa¬
raît rapidement, du moins en tant qu’émétique actif, de la cir¬
culation. Oue devient-il?
Ou bien il est rapidement transformé sur place, c’est-à-dire
dans le sang qui le reçoit, >en produits inactifs, ou il quitte de
bonne heure la circulation et s’élimine par les émonctoires
habituels, par le rein notamment, ou se fixe sur certains tissus
(1) Van Saceghem. Expériences sur le traitement des trypanosomiases ani¬
males Bull. Soc. pat h. exoL, 1910, p. 389.
(2) M. Ciuca. Sur l’action protectrice et immunisante du sérum des animaux
trypanosés traités à l’émétique de potassium. Bull. Soc. Path. exot., t. VII,
1914, p. O71.
(3) M. Ciuca, /. c.
Séance du i3 Décembre 1916
815
dans lesquels il séjourne plus ou moins long-temps et se modifie.
Quoiqu’il en soit, son séjour, en tant qu’émétique, dans la
circulation périphérique, si court soit-il, est suffisant pour lui
permettre d’anéantir tous les parasites qui pullulent dans le
sang. Mais, soit par suite d’une élimination rapide, soit peut-être
à cause de modifications spéciales qu’il éprouve en des points
quelconques de l’organisme, il exerce une action trop peu
« pénétrante » pour pouvoir atteindre les trypanosomes abrités
dans les lacunes profondes des tissus. Aussi ces trypan. feront-ils
souche et serviront-ils après un temps plus ou moins long à
réinfecter la circulation périphérique. Une période d’incubation
sera nécessaire avant que l’animal traité présente des trypano¬
somes dans le sang, incubation d’autant plus longue que fac¬
tion de l’émétique aura été plus profonde.
Il est du reste possible qu’après l’administration d’émétique,
la multiplication des trypanosomes qui ont échappé à faction
directe de ce médicament, se trouve entravée par la formation
d’anticorps. Dans le traitement par l’émétique, on détruit, en
effet, en peu de temps, un grand nombre de trypanosomes. Les
produits de désagrégation des parasites sont résorbés, jouent le
rôle d’antigènes et peuvent donner naissance à des anticorps
qui empêchent momentanément la multiplication des trypan.
Nous savons d’ailleurs que l’émétique injecté à des animaux
fortement trypanosés augmente le pouvoir protecteur du sérum
de ces animaux (1).
L’observation de faction en quelque sorte « superficielle »:de
l’émétique nous a amenés à rechercher quelle influence exerce
le sérum sanguin, ainsi que des solutions acides ou alcalines,
sur l’émétique et son action trypanocide.
Quand on ajoute à 10 cm3 d’une solution concentrée (saturée
ou à 5 p. 100) d’émétique, du sérum sanguin goutte à goutte
(sérum de cheval par ex.), on obtient, avec les premières gouttes,
un abondant et volumineux précipité albumineux qui se dissout
dans un excès, même léger, de sérum, ainsi que dans les alcalis
et carbonates alcalins. Ce précipité n’apparaît point dans les
solutions de tartre stibié, préalablement additionnées de sel
marin ou dans les solutions trop étendues. Dans les solutions
(1) M. Ciuca, /. c.
816 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de concentrations intermédiaires, il est remplacé par un louche
plus ou moins accentué.
La présence d’un excès de sérum empêche donc la formation
d’un précipité albumineux sous l’influence de l’émétique. Ce
précipité se développe abondamment quand, au mélange lim¬
pide d’émétique-sérum, on ajoute une solution acide, d’acide
tartrique par exemple, dans un excès de laquelle il n’est pas
soluble, alors qu’il se dissout très bien en milieu alcalin.
C’est, semble-t-il, grâce à son alcalinité que le sérum, lorsqu’il
est en quantité suffisante, doit d’être ainsi protégé de l’action
précipitante que l’émétique exerce sur l’albumine.
Le sérum sanguin dont l’alcalinité est due surtout au bicar¬
bonate CCPNaH et au phosphate de sodium P04Na2H, exerce
encore une autre influence : outre qu’il neutralise d’abord l’aci¬
dité de l’émétique, par qui le bicarbonate de sodium est attaqué,
il détermine, lorsqu’il est en proportion suffisante, l’apparition
d’un autre précipité, blanc, pulvérulent, très fin, différent du
premier et constitué sans doute surtout d’un mélange d’émétique
de calcium et d’oxyde aritimonieux (ce que nous vérifierons
ultérieurement).
Ce précipité n’apparaît pas instantanément; il est quelq uefois
lent à se former et se fait au bout d’un temps plus ou moins
long, suivant les proportions relatives d'émétique et de sérum
en présence, plus rapidement à 87° qu’à la température ordi¬
naire. Insoluble dans l’eau, il se dissout dans l’acide chlorhy¬
drique, dans l’acide tartrique, et ces solutions donnent les réac¬
tions caractéristiques des composés de l’antimoine.
Ces indications fournies sur la façon dont se comporte
l’émétique en présence de sérum sanguin, nous allons citer,
sans commentaires, quelques expériences et constatations que
nous avons pu faire sur l’action trypanocide de ce corps dans
différents milieux.
In vivo. — O11 mélange une solution d'émétique à 2 0/0 à son
volume de sérum de cheval; on injecte le mélange à une souris
après quelques instants de contact et avant la formation d’un
précipité; on constate que l’activité trypanocide de l’émétique
est ralentie. Ainsi, une souris de 20 à 25 g. reçoit o g. ooo5
d’émétique dissous dans du sérum de cheval. Les trypanosomes
( Tryp . Brncei) 11e disparaissent de la circulation périphérique
qu’après une heure.
Séance du i3 Décembre 1916
817
Non seulement le sérum atténue l’action trypanocide de l’émé¬
tique, il diminue aussi son action irritante dans le tissu con¬
jonctif.
On injecte à un cheval, sous la peau de l’encolure, un mélange
d’une solution d’émétique et de sérum de cheval contenant 4o
à 5o cg. de produit; les phénomènes locaux se réduisent à une
tuméfaction de faible étendue, ayant la grosseur d’un œuf, peu
douloureuse, mais lente à disparaître complètement. On sait
que les injections sous-cutanées de solutions aqueuses d’émé¬
tique produisent des désordres autrement importants.
Le précipité antimonié blanc que forme le sérum en excès
dans une solution d’émétique, injecté après lavage et centrifu-
ga tion successifs à une souris trypanosée, ne possède, comme on
pouvait s’y attendre, aucune action trypanocide directe, capable
de s’exercer à une échéance relativement courte.
Une souris fortement trypanosée reçoit en injection sous-
cutanée 1/2 cm3 d une suspension de ce précipité dans de l’eau
physiologique. Les trypanosomes n’ont jamais disparu de la
circulation périphérique et la souris meurt le surlendemain
avec de nombreux trypanosomes dans le sang.
L’acide tartrique n’a in uiuo aucune action trypanocide. Une
souris infectée de Tryp. gambiense reçoit o g. 01 d’une solution
à 2 0/0 d’acide tartrique. Elle meurt le surlendemain de trypa¬
nosomiase sans qu’on ait noté une diminution dans le nombre
des trypanosomes de la circulation périphérique.
L’admi nistration de 0,01 d’acide tartrique à une souris infec¬
tée de nagana a un pouvoir empêchant sur l'action d’une dose
thérapeutique d’émétique.
Une souris de 20 à 25 g. infectée de Tryp.Brucei reçoit émétique 0g. 0007.
Les trypanosomes disparaissent de la circulation périphérique après
10 minutes.
•Une autre souris également infectée par Tryp. Brucei reçoit la même
dose d’émétique, précédée de l’injection sous-cutanée d’une solution ren¬
fermant 0,01 d’acide tartrique ; une heure après, il y a encore des trypa¬
nosomes dans la circulation ; beaucoup de ces trypanosomes se sont trans¬
formés en formes dévolution, formes en têtards et en boules et l’animal
meurt deux heures après l’administration d’émétique avec des trypanoso¬
mes dans le sang.
L’acide tartrique injecté se transforme nécessairement au fur
et à mesure qu’il arrive dans le sang, au contact du bicarbonate
de sodium, en tartrate de sodium, qui n’a aucune propriété
818
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
trypanocide, mais dont la formation entrave, pour des raisons
que nous ne connaissons pas encore, Faction trypanocide de
l’émétique.
L’acide chlorhydrique à i o/o, à la dose de 0,025 pour une
souris de 20 g-., n’a aucune action trypanocide.
Les carbonate et bicarbonate de sodium diminuent manifeste¬
ment la toxicité de l’émétique. Line souris de 20 g. reçoit o,oo4
de Na2C03 en solution aqueuse plus o,ooi5 d’émétique : les try¬
panosomes disparaissent et la souris survit.
Une autre souris également trypanosée reçoit la même dose
d’émétique seule ; elle meurt au bout d’une heure.
In vitro. — Les carbonate et bicarbonate de sodium employés
en solution isotonique, n’ont aucune action sur les trypanosomes.
Les solutions de ces substances, ajoutées à une solution d'émé¬
tique, diminuent, comme le fait le sérum sanguin, les proprié¬
tés trypanocides de ce corps. Le carbonate neutre paraît agir
d’une façon plus marquée que le bicarbonate, en raison de son
alcalinité plus forte.
L’acide tartrique, employé en solution à 2 0/0, a une action
trypanocide manifeste in vitro , action qu'il doit à son caractère
acide (HCl à 1 0/0 exerce une action identique). La neutralisa¬
tion préalable par Na2C03 empêche cette action, ce qui est con¬
forme a l’observation que nous avons déjà faite in vivo , et
démontre l'inactivité du tartrate de soude.
Les résultats acquis jusqu’à maintenant par l’expérimenta¬
tion prouvent que, dans l'émétique, c’est le côté antimoine, le
groupement SbO, qui jouit de la propriété trypanocide, puis¬
que le support tartrique, pris séparément, est, après neutralisa¬
tion, dénué de toute action nocive sur les trypanosomes. Ce
support doit jouer cependant un rôle important. Il a, entre
autres avantages, celui d’offrir l’antimoine sous une forme
soluble et stable en présence de l’eau, facilement diffusible et
capable d’agir plus rapidement et plus énergiquement que
d’autres formes sur les parasites qu’il rencontre. Nous verrons
dans la suite comment il est possible de remédier à l’inconvé¬
nient, qu’il partage avec d’autres composés solubles de l’anti¬
moine, d’être irritant, voire même caustique.
Comment peut-on administrer l’émétique ?
Dans le tissu conjonctif sous-cutané, l’action irritante de
Séance du i3 Décembre 1916 819
l’émétique produit un engorgement considérable et souvent de
l’escarrification.
Les injections de solutions aqueuses d’émétique dans les
veines sont très bien supportées par l’homme et les animaux.
Ldi de nous a introduit dans la thérapeutique des trypanoso¬
miases l’injection intramusculaire d’émétique. Des injections de
solutions de tartre stibié dans le tissu musculaire profond de
l’encolure des animaux, d’après la technique indiquée (1), se
font sans formation d’abcès. Cette voie d’administration jouit
du grand avantage d’être pratique et facile. L’administration de
l’émétique per os dans le traitement des trypanosomiases ne
peut être envisagé que comme un adjuvant d’un traitement, et
encore ce mode d’administration nous semble très aléatoire.
Des expériences que nous avons faites établissent qu’en met¬
tant l’émétique en suspension aussi fine que possible dans un
corps gras huileux (huile d’olives, partie liquide de la graisse
de cheval, etc.), ou dans la vaseline liquide, on diminue de
beaucoup l’action irritante de l’émétique dans le tissu conjonctif.
Le camphre, qu’on peut dissoudre dans l'huile, atténue encore,
par son pouvoir sédatif, l’irritation que produit l’émétique.
L’adjonction à une solution d’émétique, à 5 p. 100 par exem¬
ple, de son volume ou plus de sérum sanguin (sérum de cheval),
fait perdre également à cette solution une partie de son pouvoir
irritant; ce qui tient sans doute à l’alcalinité du sérum et, en
partie du moins, à l’atténuation ou au changement qu’elle
apporte dans la réaction, primitivement acide, du milieu
injecté.
Un effet identique serait vraisemblablement obtenu en rem¬
plaçant le sérum par une solution de bicarbonate de sodium,
ajoutée en proportion convenable, de façon à éviter une modi¬
fication, du moins rapide, de l’émétique avec précipitation
d'oxyde antimonieux. Les huiles, la vaseline liquide agissent
mécaniquement en englobant l’émétique en suspension très fine
et en retardant de cette façon sa dissolution, par suite son pou¬
voir irritant et sa diffusion dans l’organisme.
Les suspensions huileuses camphrées d’émétique à dose thé¬
rapeutique sont très bien supportées en injection intraveineuse
par les grands animaux.
(1) Van Sageghem. Expériences sur le traitement des trypanosomiases ani¬
males Bull. Soc. Pnth. Exol., 1915, p. 33g.
820
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En ralentissant la diffusion de l’émétique dans le sang1, ces
suspensions doivent diminuer la toxicité de cette substance,
permettre l’emploi de doses plus fortes et prolonger la durée
de son action.
Traitement des trypanosomiases par l’émétique
L’émétique est un médicament spécifique des Trypanosomia¬
ses. Des solutions de 1/20.000 tuent in vitro , sans déforma¬
tion, Trypanosoma Cazalboui. Des solutions de 1/40.000 tuent
lentement « in vitro » ce même trypanosome, après l’avoir immo¬
bilisé et donné naissance à des formes d évolution (1).
Les trypanosomes ( Cazalboui ’, ugandæ , congolense) de la cir¬
culation périphérique disparaissent en quelques minutes, après
une injection intraveineuse, sous-cutanée ou intramusculaire
d’émétique. Pourtant, si dans certaines trypanosomiases, le trai¬
tement à l’émétique n’a guère donné que des succès, notamment
dans le traitement de Trypanosoma Cazalboui , congolense ,
évansi et equiperdum (souris), il semble que pour d’autres espèces
de Trypanosomes, comme Trypanosoma Brucei , gambiense et
equinum (souris), les résultats 11e son.t pas constants.
Tout en reconnaissant une résistance spéciale de certains trypa¬
nosomes vis-à-vis de Léméiiquç, nous croyons pouvoir mettre
en regard une autre cause d’insuccès du traitement de l'éméti¬
que dans certaines trypanosomiases.
Nous avons exposé plus haut l’action peu pénétrante de l’émé¬
tique, grâce à laquelle des trypanosomes, logés dans les lacu¬
nes profondes de l’organisme, échappent à son action. Or, ce
sont précisément les trypanosomes qui ont le plus de tendance
à s’infiltrer profondément dans l’organisme ( Tr. gambiense , Bru¬
cei) qui résistent le plus à l’action thérapeutique dé l’émétique
et qui donnent le plus de rechutes après un traitement avec ce
médicament. Au contraire, la plupart des trypanosomiases pro¬
produites par des trypanosomes dont la transmission mécani¬
que exige un grand nombre de parasites dans le sang et qui,
de ce fait, se localisent spécialement dans la circulation péri¬
phérique, ne résistent guère à l’action thérapeutique de l’émé¬
tique [surra, dourine (souris), souma].
(i) Broden et Hodiiain. Bull Soc. Path., Exot., 1909, p. 12 5
821
Séance du i3 Décembre 1916
Ainsi, des expériences qu’un de nous (Van Saceghem) a faites
au Laboratoire de Zambi ont prouvé qu’on arrive à guérir des
bovidés infectés par Tryp. Cazalboui par une seule injection
intramusculaire d’émétique à dose thérapeutique.
Pour obtenir le maximum d’effet de l’émétique, il faut tenter
de produire une action profonde de ce corps sur l’organisme.
On peut essayer d’y parvenir de plusieurs façons.
i° En administrant des doses massives dissoutes dans l’eau.
Mais ces fortes doses sont toxiques et elles produisent une
action dépressive générale, notamment sur le cœur. Il y a une
diminution rapide et considérable de la force musculaire et de
la pression sanguine. Dans le but de combattre l’action dépres¬
sive de l’émétique, l’un de nous (Van Saceghem) a conseillé
d’associer à l’injection de ce corps celle d’atropine. On a pu de
cette façon augmenter considérablement la dose d’émétique
introduite dans l’organisme.
20 En administrant l’émétique en suspensions huileuses. — Ce
moyen mécanique empêche une diffusion rapide et permet à
l’émétique d’agir profondément en même temps qu’il autorise
l’emploi de doses plus fortes. Les particules d’émétique englo¬
bées dans l’huile peuvent être charriées bien loin et aller agir à
des endroits éloignés du point d’introduction. Ces suspensions
peuvent être administrées par voie sous-cutanée, intraveineuse
et intramusculaire.
Il est avantageux, croyons-nous, d’adjoindre du camphre à ces
suspensions. Lecamphre, qui. se dissout bien dans les huiles,
par son pouvoir sédatif diminue l’action irritante de l'émétique ;
de plus, c’est un tonique cardiaque merveilleux qui s’oppose,
dans une certaine mesure, à l’action éminemment dépressive de
l’émétique, notamment sur le système nerveux et le cœur. En
outre, grâce à son pouvoir vaso-constricteur, il augmente la
pression sanguine et peut favoriser la pénétration de l’émétique
dans tous les points de l’orgânisme, même là où la ci rculation est
d’ordinaire ralentie.
Les suspensions d’émétique dans les corps gras ou dans
l’huile de vaseline peuvent être réalisées simplement de la façon
suivante : incorporer au mortier l’émétique porphyrisé, du
moins aussi finement pulvérisé que possible dans l’huile, de
façon à avoir un mélange bien homogène. Verser la suspension
de préférence dans un ballon, dans lequel on a mis des perles
822
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de verre. Stériliser au bain-marie bouillant ou, si l’on peut, à
l’autoclave à iio° pendant i/4 d’heure.
Après refroidissement, ajouter la proportion voulue de cam¬
phre (io à 25 o/o), préalablement dissoute dans un peu d’éther.
Avant l’emploi, agiter le mélange vigoureusement. Grâce aux
perles de verre, l’émétique est remis rapidement en suspension
et se répartit uniformément dans la masse liquide.
Dans le traitement des trypanosomiases par l’émétique, on a
employé pl usieurs voies d’administration.
i° La voie buccale. — Dans le traitement des trypanosomiases,
l’émétique, par cette voie d’administration, ne donne aucun
résultat.
2° Éa voie sous-cutanée. — L’action thérapeutique de l’éméti¬
que administré par cette voie est manifeste. Malheureusement,
l'émétique introduit eu solution aqueuse dans le tissu conjonc¬
tif sous-cutané est très irritant, il produit un engorgement con¬
sidérable et, très souvent, de l’escarrification. En mettant l’émé¬
tique en suspension dans une huile dans laquelle on a dissous
du camphre, on atténue de beaucoup l’action irritante de l’émé¬
tique dans le tissu conjonctif.
La suspension de l’émétique dans l’huile camphrée en injection
sous-cutanée peut être utilisée dans la thérapeutique des trypa¬
nosomiases chez les grands animaux; on emploiera une dose de
4 à 6 mg. d’émétique par kg. et on se servira d’une suspension de
ce corps dans ioo cm3 d’huile camphrée à io et même à 20 et 25 o/o.
Gastellani ( 1 ) préconise également l’utilisation de certains autres
mélanges dans l’administration de l’émétique.
3° La voie intraveineuse. — Celte voie d'administration est très
bonne. Elle permet l’administration facile de doses thérapeuti¬
ques de solution d’émétique dans l’eau distillée ou le sérum
physiologique. La dose pour grands animaux est de 1 à 2 g.
dissous dans du sérum physiologique.
Broden et Roduain ont remarqué que l’administration d’émé¬
tique par la voie veineuse donne moins de guérisons que l’ad¬
ministration par voie sous-cutanée (2).
Gela peut s’expliquer par la disparition plus rapide de l’émé¬
tique de la circulation quand il est administré par voie intra-
(1) Gastellani, British Medical Journal, 21 oct. 1916.
(2) Bkoden et Rodhain, Bull. Soc. Bat h. exot., 1910, p. 237.
Séance du i3 Décembre 1916 823
veineuse que quand on fait des injections sous-cutanées ou
intramusculaires avec lesquelles la résorption de l'émétique se
fait lentement.
Pour retarder et prolonger l’action de l’émétique introduit
par voie intraveineuse, nous conseillons l’injection, dans la
veine, d’une suspension huileuse camphrée. Ces suspensions
sont très bien tolérées par les animaux. Nous avons injecté à
des chevaux jusqu’à 1 g. d’émétique en suspension dans 20 à
25 cm3 d’huile renfermant 4 à 5 g. de camphre, sans aucun dom¬
mage pour les animaux.
L’émétique en suspension dans l’huile doit se dissoudre et se
diffuser beaucoup moins vite dans le plasma sanguin qu’une
solution aqueuse; de ce fait, son action doit se prolonger.
4° La voie intramusculaire. — La réaction locale après l’injec¬
tion intramusculaire d’émétique, 6 mg. par kg. dans 5o cm3 de
sérum physiologique, est nulle ou passagère. Bien faite d'après
la technique que nous avons exposée (1), elle ne donne jamais
lieu à des abcès. Des animaux, sacrifiés après avoir reçu depuis
un mois des injections intramusculaires d’émétique, présentaient
une petite tumeur dans les couches musculaires profondes.
Cette tumeur avait 5 cm. de diamètre, était entourée d’une mem¬
brane fibreuse épaisse de plusieurs millimètres qui circonscrivait
une poche remplie d’un liquide clair, légèrement citrin.
Au bout de quelque temps, cette lésion se réduit à un simple
fibrome imperceptible.
de suspensions huileuses et camphrées d’émétique. Dose d’émé¬
tique : 6 mg. par kg. On emploiera une suspension de 2 g. d’émé¬
tique dans 100 cm3 d’huile camphrée à 10 et même à 20 et 25 0/0.
Les trypanosomes utilisés dans nos expériences (T. Brucei ,
type du Zoulouland; gambiense , souche G-y) provenaient du
laboratoire de M. le Professeur Mesnil, de l’Institut Pasteur de
Paris. des trypanosomes y sont conservés depuis longtemps sur
souris (le gambiense l’a d’abord été sur rats).
Nous sommes heureux de pouvoir remercier M. le Professeur
Mesnil de l’amabilité qu’il nous a témoignée et de la bienveil¬
lante hospitalité qu’il a offerte à l’un de nous (Van Sagegiiem) dans
son laboratoire.
(1) Van Saceghem, Bull. Soc. Path. eæol., 1916, p. 33q.
824
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIOUES
Agricultnr al Research Institute, Ptfsa(Inde), Bull. n° 60, 1916.
British Medical Journal , n°29io, 7 oct. 1916, nos 2916-2916,
1 1 nov.-9 déc. 1916.
Cronica Medica , nos 639 et 64o, sept. -oct. 1916.
Geneeskundig T ij dschrift voor JA e derlandsch-I ndië , suppl. 3 au
t. LV, et t. LVI, f. 4, 1916.
Journal of the Rogal Army Mediccd Corps, t. XXVII, nos 4 et 5,
oct. et nov. 1916.
Journal of Tropical Medicine and Hggiene , nos i5-23, ier août-
ier déc. 1916.
Malariologia , t. IX, n° 5, 3r oct. 1916.
Ne/v Orléans Medical and S urgical Journal, t. LXIX, n° 2, août
1916 ; n° 5, nov. 1916.
Nipiologia , t. Il, n° 3, 3o sept. 1916.
Review of applied Entomologg , t. IV, sér. A et B, f. 11, nov.
1916-
Revue scientifique , nos 22-23, ir nov. -9 déc. 1916.
Transactions of the Societg of Tropical Medecine and Hygiène ,
t. X, n° 1, nov. 1916.
Tropical Diseases Bulletin , t. VIII, nos 6 et 7, 3o oct. et 3o nov.
1916.
VOLUMES ET BROCHURES
Dienst der Pestbestrijding-. Verslag over het derde Kwartaal
1915.
A. J. Chalmers et N. E. Waterfield. Paracholera caused by
17 brio gindha, Pfeiffer, 1896.
A. J. Chalmers et N. Macdonald. Enteric-like fever in the
Anglo-Egyptian Sudan.
A. J. Chalmers et W. B. O’Farrell. Measurements of Dutton
Séance du i3 Décembre 1916 825
and Todd’s Gambian Strain of Trypanosoma gambiense Dutton
1902.
A. J. Chalmers et W. Pekkola. A New Human Intestinal Fla-
gellate in the Anglo-Egyptian Sudan.
E. Escomel. La Leishmaniasis americana de Laveran y Nattan-
Larrier.
J. Iturbe et E. Gonzalez. A new Trypanosoma of the Vampi-
rops lineatus. — El Paludisino de los Aves en Venezuela. — Cul-
tivo in vitro del Plasmodium vivax. — Contribucion al estudio
de los germènes patôgenos del agua.
A. da Matta. Flora Medica Braziliense, Manaos, 1913.
— . Geographia Topographia medica de Manaos.
— . Paludismo, variola, tuberculose en Manaos. — A Febre
biliosa hemoglobinurica no Amazonase seu tratamento pela
Cecropia. — ABC da Prophylaxia do Paludismo (Sezôes).
Ch. Nicolas. Eléments pratiques de Pathologie exotique. Paris,
Maloine, 1917.
826
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive médiane.
incorporé au New-Orleans Medical and Sargical Journal.
American Society of Tropical Médiane.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal of the Royal Army Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Malaria et Malattie dei Paesi Galdi.
Malariologia.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud .
Revista de Veter inaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review of applied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine a;ia Hygierr
( Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veter inary Bulletin.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cle.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS
LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
PENDANT L’ANNÉE 1916
PAGES
A
Acariens parasites du bétail au Congo belge .
Acariose. Epidémie (Pediculoides ventricones) en Algérie .
Afrique du Nord. Voir aussi Algérie, Maroc, Tunisie.
Identité des virus exanthématiques africain et balkanique .
— occidentale. Chéroinyies .
!
— — Myxo sarcome du bras chez un Bambara .
— — Voir aussi Guinée, Sénégal, etc.
Alcoolisme dans la population scolaire indigène de l’Algérie.
Algérie. Charbon bactéridien dans la région de Constantine
Rôle des pseudo-dysentériques dans les affections intestinales.
Distribution géographique et étiologie du goître . . 344,
— Fièvre ondulante à Arzew et Saint-Leu (département d’Oran)
en 1915 .
— Cuti-réactions à la tuberculine faites à Alger .
— Fonctionnement du laboratoire de Beni-Abbès en 1915
Assainissement antipaludique dans la région de l’Oued-Djer.
— Quatrième campagne contre les Acridiens par le Coccobac.il-
lus acridiorum .
— Quatrième observation de kala-azar .
— Epidémie d’acariosc . .
— Enquête sur l’alcoolisme dans la population scolaire ind'gène.
— Parasitisme intestinal des enfants des écoles maternelles d’Al
gérie . .
Allocution du Président .
Amérique du Sud. Leishmaniose .
Amibes dans quelques diarrhées et dysenteries . .
Amibiase. Diagnostic de T — intestinale chronique .
— intestinale, émétine, novarsénobenzol .
— Traitement par le novarsénobenzol .
— Voir aussi Dgsenterie .
763
771
402
242
702
773
79
204
345
351
425
469
504
679
694
771
773
795
1
215
293
125
325
510
828 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Ane. Micro filaires au Turkestan . 220
— Gastrophilus asininus au Congo belge . . 763
Anémie splénique infantile de cause inconnue . 128
Anguillules dans l’urine . 532
Anguillulose en Cochinchine . 15
Ankylostomiase à la Guyane française. . . . . . . . . 397
Annamites (tirailleurs). Traitement de la pneumonie par les injections
intraveineuses d’or colloïdal . 275
Antilopes de l’Ouellé. Infection à Theileria mutans ..... 95
Asclépiadacée (Araujia angusti folia) parasitée par un flagellé . . 356
Auchméromyies . 242, 768
B
Batraciens. Filaires . 137
— Pilaire du crapaud . . . 133
Béribéri pendant la campagne du Cameroun . 588
— Epidémie de polynévrite palustre simulant le — .... 634
Bilharziose intestinale à la Guyane française . 401
— dans la région militaire de la Guinée ...... 739
Blastomycose humaine au Pérou et en Bolivie . 21, 756
des équidés. Traitement . , 73
Cas à la Côte d’ivoire . 414
Blessures de guerre pendant la campagne du Cameroun .... 587
Bolivie. Blastomycose humaine . 21, 756
Borel (P.). Eloge . 548
Bouton d'Orient. Voir Leishmaniose cutanée.
Bovidés de l’Ouellé. Trypanosomiases et piroplasmoses . 95
— Dermatose contagieuse . , . 290
Brault. Eloge . 753
Brésil. Hémoparasites des oiseaux . 247
— Encéphalo-myélite pseudo-épizootique du cheval ..... 557
— Méningo-encéphalo-myélite des poules . 561
— Gale démodectique chez le cheval. Contagion à l'homme, . , 576
— Cachexie osseuse des équidés . 600
C
Cachexie osseuse des équidés au Brésil , . . 600
Cameroun. Lutte contre la maladie du sommeil 1913-1914 .... 303
— Aperçu médical sur la campagne militaire 1914-1916 . , 581
Céphalo-rachidien (liquide). Virulence dans le typhus exanthématique, 319
Cestodes, Tête de Davainea madagascariensw 413
— Cycle évolutif . 578
Chameaux. Microfijaires au Turkestan .......... 222
— Traitement de la trypanosomiase des — du Turkestan, . 230
— Débab du Sud oranais ............ 480
Table analytique des Matières
829
PAGES
Chameaux. Myiase cavitaire . 483
Charbon bactéridien dans la région de Constantine . 79
Chauve-souris. Kéceptivité de la roussette (Cynonycteris straminea)
aux trypanosomes africains . 234
Chéromyies de l’Afrique occidentale . 242, 768
Cheval. Microfilaires . 482
EnCéplialo-myélite pseudo-épizootique . 557
Cas de gale démodectique. Contagion à l’homme .... 576
Chèvres laitières de Tunis et fièvre ondulante . 86
— de l’Ouellé. Trypanosomiases et piroplasmose . 95
— de la Guyane française. Helminthiase . 402
— Otacariose au Congo belge . 763
Chiens de TOuellé. Trypanosomiases et piroplasmose . 95
— Leishmaniose cutanée expérimentale . 265
Leishmaniose et tuberculose chez un — . 429
— Leishmaniose . . 202, 302, 696, 697
Cobayes et virus exanthématique . 312
— Toxoplasme du — - . 435
Cochinchine. Parasitisme intestinal et dysenteries . 15
— Dysenterie bacillaire, dysenterie amibo-bacillaire et diar¬
rhée chronique . 709
Congo belge. Maladie du sommeil dans TOuellé à la fin de 1914 . . 38
— — Trypanosomiases et piroplasmoses des grands animaux
de TOuellé . 95
— — Dermite ulcéreuse des équidés . 675
— — Traitement de quelques affection (pian, etc.) .... 760
— — . Arthropodes piqueuses parasites du bétail . 763
— français. Filaire du crapaud de la région du Cliari . 133
— — Affections parasitaires au Moyen-Chari . 143
— — Un cas de kala-azar infantile au Moyen-Chari . . . 299
Côte d’ivoire. Petit foyer de trypanosomiase humaine à la Basse Côte. 168
— Présentation de photographies du Laboratoire de Grand-
Bassam . 413
Cas de blastomycose . 414
Cas de tuberculose zoogléique . 416
Cylicostomose ou cachexie osseuse des équidés au Brésil .... 600
D
Davainea madagascariensis. Structure de la tête . 413
Dengue et fièvre de trois jours . 778
Dermatococcus congolensis (n. sp.) . 675
Dermatose contagieuse des bovidés. Etude du Dermatophilus congo¬
lensis . 290
Dermite ulcéreuse des équidés au Congo belge . 675
Diarrhées. Etiologie de quelques — rebelles . 293, 709
Dipylidium camnum. Cycle évolutif . 578
55
• 7 s'* :>!
830 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Dysenterie amibienne. Voir aussi Amibiases.
— indo-chinoises . * . 15
— Etiologie de — rebelles . 293
— à la Guyane' française . 396
— amibienne pendant la campagne du Cameroun . . . . 589
— bacillaire et amibo-bacillaire en Cochincbine .... 709
Dysentériques (bacilles pseudo-). Rôle dans les affections intestinales
en Algérie . 204
E
Eaux de Cayenne . 391
— de boisson. Indice parasitaire comme mesure de leur pureté. . 795
Elections . 550, 754
Eléphantiasis et Onrhocerca volvulus . 305
Emétine et amibiase intestinale . 325
Emétique, Traitement des trypanosomiases. Modes d’action et d’admi¬
nistration . 813
Encéphalo-myélite pseudo-épizootique du cheval . 557
Equidés de l’Ouellé. Trypanosomiases et piroplasmoses . 95
— Micro fi laires au Turkestan . . 220, 222
Cachexie osseuse au Brésil . 600
— Dermite ulcéreuse au Congo belge . 675
— Voir aussi Ane, Cheval et Malet .
• I
F
Fièvres continues (typhoïde, etc.) à la Guyane . 391
— — — pendant la campagne du Cameroun. . . 589
— de trois jours et dengue . 778
hémoglobinurique pendant la campagne du Cameroun. . . 589
— — Résistance globulaire . 647
— ondulante Enquête sur les chèvres laitières de Tunis ... 86
— — à Mazagan (Maroc) . 207
— — et lait (Présentation) . . . 285
— — Epidémie dans le département d’Oran en 1915 . . 351
— récurrente à Beni-Abbès (Sahara oranais) . 479
— — malgache. Origine, mode de propagation, exten¬
sion . 688
Filaires du crapaud de la région du Chari . 133
— de batraciens . 137
— des oiseaux rapaces . 364
— Microfîlaires au Turkestan . . . 220, 222
— — des oiseaux du Brésil . 247
— — des vertébrés du Paraguay . 363
— — du sang du cheval dans le Sahara oranais . . 482
Filaria Bancrofti . 163
«
Table analytiqueéides Matières 831
pages
Filaria loa . 163
— (Onchocerca) volvulus. Recherches diverses . 186
— — Rôle pathogène . 303
— per st ans . 163
.Filarioses au Moyen Chari . 163
— Cas de — dû à F. loa , d'une durée de quatorze années . 436
en Guyane française . 464
Fistule stercorale de la région inguinale droite chez un Noir ... 310
Flagellé nouveau des plantes ( Leptomonas Elmassiani ) . 356
G
Gale démodectique du cheval. Contagion à l’homme . 576
Glossines de la région de l’Ouellé . 38
— Pouvoir infectant à la Côte d’ivoire . 176
— Zones à — du Sénégal . 802
Goitre au Moyen Chari . 165
— en Algérie. Distribution, étiologie . . 344, 345
— et répartition des eaux minérales au Yunnan . . 414
Grèce. Leishmaniose canine à Hydra . 302
Guinée française. Méningite cérébro-spinale à Kindia, janvier-avril 1916. 551
— — Bilharziose dans la région militaire en — . . . . 739
Guyane française. Pathologie . 376,' 449
H
Hœmatopota per turbans. Transmission de Trypanosoma Cazalboui . 569
Helicops. Propriétés venimeuses de la salive parotidienne. . . . 369
Helminthiase intestinale à la Guyane française . 397
— animale à la Guyane française . 402
— pendant la campagne du Cameroun . 590
Hématies. Résistance globulaire dans quelques cas de paludisme, de
fièvre hémoglobinurique et de maladie du sommeil . . 647
Hématozoaires des oiseaux du Brésil . 247
Hémocytozoaires. Ilœmoproteus des oiseaux du Brésil . . . . . 258
— Protéosomes — . 259
Hémogrégarines des oiseaux du Brésil . 262
— des vertébrés du Paraguay . 362
— de reptiles de Beni-Abbès . 485
Hydatique (Kyste) du poumon. Faux cas . 537
Uymenolepis diminuta. Cycle évolutif . 580
— nana — 581
I
Immunisation variolique du singe . 669
832 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
Insectes piqueurs de l’Ouellé . 95
— — parasites du bétail au Congo . . 763
Intestinales (Affections). Uôle des b. pseudo-dysentériques en Algérie. 204
K
Kala-azar. Voir Leishmaniose interne.
Kératodermie symétrique en Afrique . 442
L
Laboratoire. Photographie du — de Grand-Bassam . 413
— Examens du — de Cayenne . 468
— Fonctionnement du — de Beni-Abbès (Sahara oranaisi . 469
Lait. Enquête sur les chèvres laitières de Tunis au sujet de la f. médi¬
terranéenne . 86
— et fièvre ondulante (Présentation) . 285
Lamblies dans diarrhées et dysenteries rebelles . 293
Lapin. Toxoplasmose naturelle . 432
— Galle psoroplique auriculaire au Congo belge . 763
Leishmania. Culture . 128
Leishmaniose américaine. Formes et variétés cliniques. . . 215, 494
— • — en Guyane française . 467
— — Traitement actuel . 699
— canine au Maroc . 202
— — à Ilydra (Grèce) . 302
— — et tuberculose . 429
— — Deux nouveaux cas à Dakar . 696
— à Marseille . 697
— cutanée au Moyen-Chari . 136
— — expérimentale chez les macaques et le chien. 265
— — — du singe patas . 750
Conditions de l’immunité . 265
— interne. Historique en Grèce . 10, 74
— — en Tunisie . 126
— — Quatrième observation algérienne .... 694
— — Un cas au Moyen-Chari . 299
— — Ponction de la rate . 444
— tégumentaire en général. Classification générale . 494, 761
— — du Turkestan russe . . 202
Lèpre en Guyane française . 449
— au Maroc . 3(33
— pendant la campagne du Cameroun . 590
— Fréquence parmi les recrues coloniales . 685
Leptomonas Elmassiani parasite d’une Asclépiadacée . 356
Leucocytaire (formule) du cobaye typhique (exanth.) . 321
Limaces dans le tube digestif . 524
Table analytique des Matières 833
pages
Linguatules des vertébrés du Paraguay . 363
Lymphangite ulcéreuse du cheval . 678
M
Macaques. Voir Singes.
Madagascar. Fièvre récurrente . v . 688
Maladie du sommeil. Voir Trypanosomiase.
Mammifères du Paraguay. Microfilaires . 361
Maroc. Dimorphisme du trypanosome de Mazagan . 130
— Moustiques de Salé . 140
— Fièvre ondulante à Mazagan . 207
— Kératodermie symétrique . 442
— Lèpre . 563
Destruction du Schisiocerca peregrina par Coccobacilhis acri-
diorum . 682
— Phlebotomus papatasi à Mazagan . 762
Marseille. Leishmaniose canine . 697
Méningite cérébro-spinale en Guinée française . 551
Méningo-encéphalo myélite des poules . 561
MetchnikofT. Eloge . 545
Microscopie. Traité de — (Présentation) . 203
Mouches, Ectoparasites (nymphe de Gamase) de la — domestique. . 486
Moustiquaires destinées spécialement aux troupes en campagne et aux
voyageurs . 75, 122
Moustiques de Salé (Maroc) . 140
Anopheles mciculipennis capturé à Paris . 203
à la Guyane française . 383
— Larves du Culex geniculafus et larves de Culicinés pour¬
vues d’un long siphon . 438
— Evolution larvaire de Theobaldia annulata (Schrank,
4776) . 704
Moutons de l’Ouellé. Trypanosomiases et piroplasmoses . 95
— Theileria ovis . 95, 201
de la Guyane française. Helminthiase . 402
— Otacariose au Congo belge . 763
Mulets. Microfilaires au Turkestan . 222
Muscides. Larve hémophage ( Passeromyia ) des oiseaux . 763
— Voir aussi Myiases.
Mycétome à grains rouges. Traitement, évolution . 346
Myiase cavitaire du dromadaire . 483
— animales dans le Bas-Congo . 763
Myriapode des fosses nasales de l’homme . 244
— Deux cas dans l’intestin . 530
Myxo-sarcome du bras chez un Bambara . 702
Myxosporidies des poissons du Paraguay . 363
854 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
N
Néosalvarsan. Durée de la stérilisation sanguine chez les trypanosomés. 13
— et amibiase . 325, 510
— Traitement d'affections (pian etc.) du Congo belge . . 760
Nez. Myriapode des fosses nasales de l’homme . . . 244
Nodosités juxta-articulaires. Observations . 211, 341
— — Examen histologique . , . 212,287, 341
Noirs. Pneumococeie à métastases pulmonaires et extrapulmonaires
chez un tirailleur . . 7
— Fistule stercorale de la région inguinale droite ..... 310
— Myxo-sarcome du bras chez un Bambara . 702
Œstrides gastricoles au Congo belge . 763
Oiseaux du Brésil. Parasites du sang . 247
— — Paraguay. Trypanosomes . . , 359
— Fi lai res des rapaces . 364
Or colloïdal. Traitement de la pneumonie des tirailleurs annamites . 275
Ouvrages reçus . 118, 199, 283, 411, 542, 666, # 748
P
Paludisme au Moyen-Chari . 158
— à la Guyane française . 376
— dans l’Oued Saoura et à Béni-Abbès . 470
Assainissement antipaludique et amélioration agricole d’une
région infectée par un ancien lit de rivière . 504
pendant la campagne du Cameroun . 588
Epidémie de polynévrite simulant le béribéri . 634
Résistance globulaire ... . 647
Cas autochtone contracté en France au contact des troupes
indigènes . 693
Paraguay. Flagellé parasite d’une Asclépiadacée . 356
— Parasitologie des vertébrés du — . 359
Parasitisme intestinal en Cochinchine . 15. 125
des enfants des écoles maternelles d’Algérie.
Indice parasitaire ; son application à la mesure
de la pureté des eaux de boisson . 795
— Cas de pseudo - et de xéno . . 522
Pérou. Blastomycose humaine . 21, 736
Peste. Vaccination à Dakar . 592
Phlébotomes du Sahara oranais . 486
dans la région parisienne . 573
— à Mazagan (Maroc) . . . 762
Table analytique des Matières 835
PAGES
Phlébotomes. Dengue et fièvre de trois jours . ' . 778
Pian. T raitement par le novarsébenzol . 760
Piroplasmose des grands animaux de l’Ouellé . 95
— au Moyen-Chari . 163
— Theileria oins . 95, 201
Plasmodium Kochi au Moyen-Chari . 161
Pneumococcie à métastases pulmonaires et .extrapulmonaires chez un
tirailleur sénégalais . 7
— pendant la campagne du Cameroun . 590
Pneumonie. Traitement chez les tirailleurs annamites par les injec¬
tions intraveineuses d’or colloïdal . 275
Poissons du Paraguay. Parasites . 360
Porc. Insectes et acariens ectoparasites au Congo belge . 763
Porcins et conservation des ectoparasites humaines dans les régions
chaudes . 768
Polynévrite. Epidémie de — palustre simulant le béribéri .... 634
Poules. Spirochétose au Turkestan russe . 227
— Méningo-encéphalo-myélite au Brésil . 561
Myiase des poules et puce chique au Congo belge .... 763
Protéosomes des oiseaux du Brésil . 259
Puce chique parasite des porcs au Congo belge . 763
Pyocyanique (maladie) à la Guyane française . 395
R
Rate. Modification dans la technique de la ponction . 444
Reptiles du Paraguay. Parasites . 361
— Ilémogrégarines de — de la région de Béni-Abbès .... 485
— Voir aussi Serpents.
Roudsky (David). Eloge . 549
S
Salive. Propriétés venimeuses de la — parotidienne chez les Colubridés
aglyphes des genres Tropidonotus, Zamenis et I/elirops . 369
Salvarsan. Durée de la stérilisation sanguine chez les trypanosomés . 13
— cuprique. Durée de la stérilisation sanguine chez les trypa¬
nosomés . 13
— — Action sur les 7V. congolense et cazalboui . . 236
Sarcome (Myxo — ) du bras chez un Bambara . 702
Sauterelles. Destruction du Schistocerca peregrina au moyen du
Coccobacillus acridiorum . 679, 682
Sénégal. Pneumococcie à métastases . 7
— Vaccination contre la peste. . 592
— Leishmaniose canine . 696
— Trypanosomiase humaine . 723
836 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Sénégal. Etude des zones à glossines de la région du chemin de fer de
Thiès à Kayes . 802
Serbie. Recherches expérimentales sur le typhus exanthématique. . 311
— Identité des virus exanthématiques africain et balkanique . 402
Serpents. Propriétés delasalive parotidienne chez des Colubridés agly-
phes des genres Tropidonotus, Zamenis et IJelicops . . 369
Sérum humain normal. Sensibilité des trypanosomes d’origine
humaine . 81
Singe. Leishmaniose cutanée expérimentale . 265
— Cas de toxoplasmose . 467
— Immunisation variolique . 669
Spirochétose des poules au Turkestan . 227
Strongle géant. Un faux cas . . * . 536
Syphilis à la Guyane française . 467
T
Technique. Ponction de la rate . 444
Tétanos pendant la campagne du Cameroun . 587
Tiques. Ornithodorus moubata et fièvre récurrente à Madagascar . 693
— parasite du porc . 763
Toxoplasmes des oiseaux au Brésil . 262
— Infection naturelle du lapin au Congo . 432
— du cobaye ( Toæoplasma caviœ n. sp .) . 435
— d’un singe de la Guyane française . 467
Traitement de l’amibiase . *. 325, 510
— actuel de la leishmaniose américaine . 699
— des blastomycoses . 73
— du mycétome . 346
— du pian par le novarsénobenzol . 760
— de la pneumonie par les injections intraveineuses d’or col¬
loïdal . ' . 275
— du typhus exanthématique par injection de sang de typhi¬
ques en convalescence . 673
— des trypanosomiases (matières colorantes et arsenicaux). 236
— — (émétique) . 813
— ! de la trypanosomiase humaine . 13
— de la trypanosomiase des chameaux . 230
de l’ulcère phagédénique . 419
Trichocéphales dans diarrhées rebelles . 293
Trichomonas dans diarrhées rebelles . . . . 293
Tropidonotus. Propriétés venimeuses de la salive parotidienne . . 369
Trypanobleu. Action sur les Tr. congolense et cazalboui .... 236
Trypanosoma Brucei. Comparaison avec T. rhodesiensee t T. ougandæ. 73l
— Cazalboui . 152, 176
— — Sensibilité de la roussette .... . 234
— — Traitement . 236
Table analytique des Matières 837
PAGES
Trypanosoma Cazalboui. Transmission . 569
— congolense. Diminution de virulence . 109
— — Sensibilité de la roussette . 234
— — Traitement . 236
— . Cruzi. Diminution de virulence . 117
— dimorphon * . 152, 176
— equiperdum. Diminution de virulence . 117
— Evansi. Comparaison avec T. ougandœ ..... 731
— gambiense. Sensibilité au sérum humain normal . . 81
— — Diminution de virulence . 109
— — Sensibilité de la roussette . 234
i
— Lanfranchii. Sensibilité au sérum humain normal. . 81
— Lewisi. Sensibilité de la roussette . 234
— ougandœ. Comparaison avec Tr. evansi, rhodesiense
et brucei . 731
— Pecaudi . 151
— rhodesiense. Comparaison avec Tryp. brucei . . . 731
— theileri au jTurkestan . 229
Trypanosomes d’origine humaine. Sensibilité au sérum humain nor¬
mal . . 81
— Diminution de virulence après un grand nombre de
passages par animaux de même espèce . 109
— * de Mazagan. Dimorphisme . 130
— des oiseaux du Brésil . 255
— — Paraguay . 361
— Infestation d’un jeune chien par l’allaitement (virus du
Maroc) . . 567
Trypanosomiases. Traitement par l’émétique (modes d’action et d’ad-
— ministration . 813
— animales dans l’Ouellé . 95
— — au Moyen-Chari . 151
— — à la Basse Côte d’ivoire . 176
— — (chameaux). Traitement . 230
— — Debab du Sahara oranais . 480
— — Surra, nagana ferox, nagana de l’Ouganda
et infections dues au Tryp. rhodesiense . 731
— — des zones à glossines au Sénégal . . . 802
Trypanosomiase humaine dans l’Ouellé (Congo belge) à la fin de 1914. 38
— au Moyen-Chari . 143
— — à la Basse Côte d’ivoire . . 168
— — Premier cas chez un européen en Guinée
française . 231
— — au Sénégal . 723
— — Lutte au Cameroun 1913-1914 . 303
— — pendant la campagne du Cameroun. . . 590
— — Durée de la stérilisation sanguine par une
dose de divers médicaments . 13
838 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Trypanosomiase humaine. Résistance globulaire ....... 660
Tryparosan. Aclion sur les Tr. congolense et cazalboui . 236
Tuberculose. Cuti -réactions à la tuberculine faites à Alger .... 425
— et leishmaniose chez le chien . 429
— à la Guyane française . 466
zoogléique. Cas à la Côte d’ivoire . 416
Tumeurs. Myxo-sarcome du bras chez un Bambara . 702
Tunisie. Enquête sur les chèvres laitières de Tunis au sujet de la fièvre
méditerranéenne . 86
Turkestan russe. Microfilaires . . 219
— — Spirochétose des poules . 227
— — Trypanosoma t/ieileri . 229
Typhus exanthématique. Recherches expérimentales au Laboratoire
de Nich . 311
— — Comparaison des virus africain et balkanique . . 402
— — Entretien du virus sur cobayes . 487
— — Virulence des organes chez le cobaye infecté. 491, 492
— — Mode d’inoculation . 491
— — Absence d’immunité héréditaire . 493
— — Durée de l’immunité chez le singe . 493
— — Essais thérapeutiques . 494
— — Traitement par injection extemporanée de sang de
typhique en convalescence . 673
— — Technique de la préparation du sérum anti à l’Insti¬
tut de Paris . 750
U
Ulcère phagédénique. Traitement rapide . 419
— — pendant la campagne du Cameroun. . . 590
V
Vaccination dans le typhus exanthématique . 315
— contre la peste à Dakar . 592
Vaccine. Immunisation variolique du singe . 669
Vaccinothérapie dans le typhus exanthématique . 317
Variole. Immunisation — ique du singe contre la vaccine .... 669
Venin. Propriétés venimeuses de la salive parotidienne chez les Colu-
bridés aglyphes des genres Tropidonotus, Zamenis et fleti-
cops . 369
Z
Zamenis. Propriétés venimeuses de la salive parotidienne. . . . 369
TABLE ALPHABETIQUE PAR NOMS D’AUTEURS
A
PAGES
Alary (A.) et Sergent (Et.). Petite épidémie d’acariose en Algérie . . 771
Anfreville (L. d’). Les moustiques de Salé (Maroc) . 140
— La Kératodermie symétrique en Afrique, avec la pi. X . . . 442
Aravandinos (A ). Contribution â l’étude de l’historique de la leishma¬
niose interne . 10
— Modification dans la technique de la ponction de la rate . . 444
Arlo(J.). La méningite cérébro-spinale à Kindia, Guinée française
(janvier-avril 1916) . 551
B
Baujean (R.). Epidémie de polynévrite palustre simulant le béribéri. . 634
Béguet (M.). Cutiréactions à la tuberculine faites à Alger, du 26 avril
1911 au 1er juin 1916 . 425
— 4e Campagne contre les Acridiens (Schistoeerca peregrina Ol.)
en Algérie au moyen du Coccobacillus acridiorum d’HÉRELLE. 679
Bergevin (E. de) et Sergent (Et.). A propos de l’hypothèse de la transmis¬
sion du goitre endémique par un insecte piqueur .... 345
Blaizot (L.) et Nicolle (Ch.). Technique de la préparation du sérum
antiexanthématique à l’Institut Pasteur de Paris. Démonstration 750
Blanc (G.). Recherches sur le typhus exanthématique poursuivies au
laboratoire de Nich, d’avril à octobre 1915 . 311
Blanchard (R.). Tête de Davainea madagascariensis . — Présentation 413
— Quelques cas de pseudo-parasitisme et de xéno parasitisme . 522
Blanchard (M.) et Mesnil (F.). Sensibilité au sérum humain normal de
Trypanosomes d’origine humaine . 81
Blin (G.) et Kernéis (J.). Note concernant le premier cas de maladie du
sommeil constaté chez un Européen en Guinée française . . 231
Borses (L.), Sergent (Edm.) et Nègre (L.). Epidémie de fièvre ondulante
à Arzew et Saint-Leu (Département d’Oran) en 1915 . . . 351
Boucher (IL). Photographies du laboratoire de bactériologie de Grand-
Bassam. — Présentation . 413
— Un cas de Blastomycose à la Côte d’ivoire . 414
Un cas de tuberculose zoogléique à la Côte d’ivoire .... 416
— Traitement rapide de l’ulcère phagédénique des pays chauds . 419
840 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Bouet (G.). Sur l’existenre d'un petit foyer de trypanosomiase humaine
à la Basse- Côte d’ivoire . 468
Contribution à l’étude des zones à glossines du Sénégal.
Région du chemin de fer de Tliiès à Kayes . 802
Bouet (G.) et Roubaud (E.). Nouvelle contribution à l’étude des Chéro-
myies de l’Afrique occidentale française . 242
Bouilliez (M.). Sur une fîlaire du crapaud de la région du Ghari. . . 433
— Etude et répartition de quelques affections parasitaires au
Moyen-Chari (Afrique centrale) . . 443
— Un cas de kala-azar infantile au Moyen-Chari (Territoire du
Tchad) . 1 . 299
Brault (J.). Note au sujet des nodosité juxta-articulaires chez les indi¬
gènes . 341
Bridré (J.). Sur le traitement des blastomycoses. — Discussion . . . 73
Dermite ulcéreuse des Equidés. Discussion . 678
Bussière (F.). Note sur un essai de traitement du typhus par l’injection
extemporanée de sang de typhique en convalescence . . . 673
C
Carini (A.) et Maciel (J.). Quelques hémoparasites du Brésil .... 247
Carini (A.) et Migliano (L ). Sur un Toxoplasme du cobaye {T. caviœ ,
n. sp.) . 435
Clapier. Les bilharzioses dans la région militaire de la Guinée . . . 739
Commes (Ch.). Pneumococcie à métastases pulmonaires et extrapulmo¬
naires chez un tirailleur sénégalais . 7
— Nodosités juxta-articulaires. Examen histologique .... 212
— Traitement de la pneumonie chez les Tirailleurs Annamites
par les injections intra-veineuses d’or colloïdal . 274
Gommes (Ch.) et Vallandé (II. de.) Myxo-sarcome du bras chez un Bam¬
bara . 702
Coureur (Ch.). Cachexie osseuse des Equidés. Cachexie vermineuse des
Equidés. Cylicostomose . 600
D
Delanoë (P.). Existence de Phlebotonius papatasii à Mazagan . . . 762
Delanoë (M. et Mme) et Denis. Leishmaniose canine au Maroc . . . 202
Delanoë (M. et Mme) et Fiori (C.). Au sujet du dimorphisme du trypa¬
nosome de Mazagan . 430
Delanoë (M. et Mme) et Labounotte (X.). Au sujet de la Fièvre ondu¬
lante à Mazagan . 207
Denis et Delanoë (M. et Mme). Leishmaniose canine au Maroc . . . 202
Derrieu (G.) et Soulié (IL). Parasitisme intestinal des enfants des éco¬
les maternelles d’Algérie. Détermination d’un indice parasi-
Table alphabétique par noms- d’Auteurs
841
PAGES
taire. Application de cet indice à la mesure de la pureté des
eaux de boisson . . 795
Dubois (A.). Le rôle pathogène de Onchocerca volvuius . 305
E
Escomel (E.). La Blastomycose humaine au Pérou et en Bolivie. . . 21
— Contribution à l’étude de la Leishmaniose américaine (Laveran
et Nattan-Larrier). Formes et variétés cliniques . 215
— Le traitement actuel de la leishmaniose américaine. . . . 699
— A propos d’un cas de Blastomycose au Pérou . 756
Eyraud (A.) et Velu (IL). Trypanosomiase des chevaux du Maroc. Infes¬
tation d’un jeune chien par l’allaitement . 567
F
Finzi (G.). Leishmaniose et tuberculose chez le chien . 429
Fiori (C.), M. et Mme Delanoë. /Vu sujet du dimorphisme du trypano¬
some de Mazagan . 130
Foley (IL), Nègre (L.) et Sergent (Edm.). Le rôle des bacilles pseudo¬
dysentériques dans les affections intestinales en Algérie. . . 204
0
G
Gauducheau (A.). L’immunisation variolique du singe . 669
Gobert (E.) et Nicolle (Ch.). Seconde enquête sur les chèvres laitières
de Tunis au sujet de la fièvre méditerranéenne . 86
Godard (P.) et Porcher (Ch.). Le lait et la fièvre méditerranéenne Pré¬
sentation . 285
Greggio. Le novarsénobenzol et quelques affections au Congo belge
(avec la pi. XIV) . 760
H
Heckenroth (F.). Deux nouveaux cas de leishmaniose canine à Dakar . 696
La Trypanosomiase humaine au Sénégal . 723
Heckenroth (F.) et Lecomte (A.). Traitement et évolution d’un mycétome
à grains rouges . 346
Henry et Marin. Le charbon bactéridien dans la région de Constanline. 79
Henry (A.) et Kailliet (A.). Les Filaires des Rapaces (Falconiiformes et
Strigiformes) . 364
J
Jeanselme (E.). Sur la structure des Nodosités juxta-articulaires. . . 287
842 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Jeanselme (E.). Répartition des eaux minérales et de l’endémie goitreuse
au Yunnan . 414
— Note sur la fréquence de la lèpre parmi les recrues coloniales. 685
— Cas de paludisme autochtone contracté en France au contact
— des troupes indigènes . 693
Jojot (Ch.). Observation de nodosités juxta-articulaires (avec la pl. VI). 211
— Note sur la lutte contre la maladie du sommeil au Cameroun
1913,1914 . 303
— Aperçu médical sur la campagne du Cameroun de 1914-1916. 584
Joyeux (Ch.). Nodosités juxta-articulaires. Discussion . 290
— Sur le cycle évolutif de quelques Cestodes. Note préliminaire 578
K
Kernéis (J.) et Blin (G.). Note concernant le premier cas de maladie du
sommeil constaté chez un Européen en Guinée française . . 231
Kérandel. Polynévrite palustre simulant le béribéri. Discussion. . . 646
Krolunitzki et Ravaut(P). L’emploi du novarsénobenzol dans le traite¬
ment de la dysenterie amibienne . 510
L
Labounotte (X.), M. et Mme Delanoë. Au sujet de la Fièvre ondulante à
Mazagan . 207
Langeron (M.). Traité de Microscopie. Présentation . 203
— Remarques sur les larves de Culex geniculatus et sur les lar¬
ves de Culicinés pourvus d’un long siphon . 438
— Les Phlébotomes dans la région parisienne . 573
— Remarques sur l’évolution larvaire de Theobaldia annulata
(Schrank 1776) . 704
Laveran (A.). Au sujet de l’historique de la leishmaniose viscérale. Dis¬
cussion . 74
— Présentation de moustiquaires destinées spécialement aux
troupes en campagne et aux voyageurs (avec pl. il à V) . 75, 122
Diminution de virulence chez les trypanosomes ayant subi un
grand nombre de passages par animaux de même espèce . . 109
— Leishmaniose cutanée expérimentale chez les macaques et. chez
le chien. Conditions de l'immunité . 265
— Sur un cas de tilariose due à F. loa , d’une durée de 14 années. 436
Leishmanioses tégumentaires. Discussion . 503
— Polynévrite palustre simulant le béribéri. Discussion . . . 646
Surra, nagana lerox, nagana de l’Ouganda et infections dues
au Trypanosoma rhodesiense . 731
— Singe patas infecté de bouton d’Orient. Présentation . . . 749
Laveran (A.) et Roubaud (E.). Sur un Myriapode ayant séjourné dans
les fosses nasales d’un homme . 244
Table alphabétique par noms d’Auteurs 843
PAGES
Lecomte (A.) et Heckenroth (F.). Traitement et évolution d’un mycé-
tome à grains rouges . 346
Lignos (à. ). La leishmaniose canine à Hydra . , 302
M
Maciel (J.) et Carini (A.) . Quelques hémoparasites du Brésil. . . . 247
Marcandier (A.) Note sur les Vaccinations contre la peste laites pen¬
dant et après l’épidémie de Dakar (1914-15-16) . 592
— La résistance globulaire dans le paludisme, la fièvre bilieuse
hémoglobinurique et la maladie du sommeil . 647
Marin et Henry. Le charbon bactéridien dans la région de Constantine. 79
üa Matta(A.). Sur les leishmanioses tégumentaires. Classification géné¬
rale des leishmanioses avec les planches XI et XII .... 494
— Tableau synoptique de la classification des leishmanioses . . 761
Mesnil (F.). Atténuation de virulence des trypanosomes. Discussion . 117
Trypanobleu et infections à trypanosomes. Discussion. . . 241
— Nagana du Zoulouland et nagana de l’Ouganda; comparaison.
Discussion . 737
Mesnil (F.) et Blanchard (M.) Sensibilité au sérum humain normal de
Trypanosomes d’origine humaine . 81
Migliano (L.) et Carini (A.). Sur un Toxoplasme du cobaye (T. caviœ,
n. sp.) . 435
Migone (L.-E.). Un nouveau liage! lé des plantes : Leplomonas elmas-
sicini . 356
— Parasitologie de certains animaux du Paraguay . 359
Mouzon (De) et Sergent (Edm. et Et.). 4e observation algérienne de
Kala-azar . 694
♦
Nègre (L.), Bories (L.) et Sergent (Edm.). Epidémie de fièvre ondulante
à Arzew et Saint-Leu (Département d’Oran) en 1915. . . . 351
Nègre (L.), Sergent (Ed.) et Foley (IL). Le rôle des bacilles pseudo¬
dysentériques dans les affections intestinales en Algérie. , . 204
Nepveux et Orticoni (A.). Sur l’étiologie de quelques diarrhées et dysen¬
teries rebelles . * . 293
Nicolas (E.) et Van Saceghem (K.). L’émétique dans le traitement des
trypanosomiases . 813
Nicolle (Ch.). Chronique du Kala-Azar en Tunisie . 126
Identité des virus exanthématiques africain et balkanique . . 402
— Quelques faits ou observations d’ordre expérimental relatifs au
typhus exanthématique, en particulier à l’entretien du virus
par passages . . ..... 487
Nicolle (Ch.) et Blaizot (L ). Technique de la préparation du sérum
antiexanthématique à l’institut Pasteur de Paris. Démonstration 750
844 Bulletin oe la Société Pathologie exotique
pages
Nicolle (C.) et Gobert (E.). Seconde enquête sur les chèvres laitières de
Tunis au sujet de la fièvre méditerranéenne . 86
Noc (F.). Parasitisme intestinal en Cochinchine (nouvelle contribution à
Fétude des dysenteries indo-chinoises) . 15
Parasitisme intestinal en Cochinchine (diagnostic de l’amibiase
intestinale chronique) . . 125
— Amibiase intestinale, émétine, novarsénobenzol . 345
Dysenterie bacillaire, dysenterie amibo-bacillaire et diarrhée
chronique en Cochinchine . 709
O
Orticoni (A.) et Nerveux. Sur Pétiologie de quelques diarrhées et dysen¬
teries rebelles . 293
i
P
Phisalix (Mme M.). Propriétés venimeuses de la salive parotidienne
chez les colubridés aglyphes . 369
Pinov (E.). Parasite des nodosités juxta-arliculaires. Discussion. . . 214
Porcher (Ch.) et Godard (P.). Le lait et la fièvre méditerranéenne. Pré¬
sentation . 285
Pringault (E.). La leishmaniose canine à Marseille . 697
« • »
R
Railliet (A.). Sur les Pilaires de Batraciens. . . 137
Railliet (A.) et Henry (A.). Les Pilaires des Rapaces (Falconiiformes et
Strigi formes) . 364
Ravaut (P.) et Krolunitzki (G.). L’emploi du novarsénobenzol dans le
traitement de la dysenterie amibienne . 510
Remlinger (P.). Note sur l’état de la lèpre au Maroc . 563
Rodhain (J.). La maladie du sommeil dans POuellé (Congo belge) à la
fin de 1914 . .... .... 38
— Note sur les Trypanoses et les Piroplasmoses des grands ani- 95
maux de POuellé ... 95
Rodhain (J.) et Van den Branden (P.). Recherches diverses sur la Filaria
( Onc.hocerca ) volvulus . 186
— Sur la réceptivité de la roussette, Cynonycteris straminea, aux
différents virus de trypanosomes africains . 234
— Action comparative des matières colorantes : tryparosan et try-
panobleu et des arsenicaux : salvarsan cuprique, sur les trypa¬
nosomes animaux africains du groupe congotense et du
groupe angolense ( cazalboui-vivax ) . 236
Roubaud (E.). Présentation d’un Anopheles màçulipennis capturé à
Paris . 203
84-5
PAGES
Table alphabétique par noms d'Auteurs
Roubaud (E.). Les Porcins et la conservation des ectoparasites humains
dans les régions chaudes . 768
Roubaud (E.) et Bouet (G.). Nouvelle contribution à l’étude des Chéro-
myies de l’Afrique Occidentale française . 242
Roubaud (E.) et Laveran (A.). Sur un Myriapode ayant séjourné dans
les fosses nasales d'un homme . 244
Roubaud (E.) et Van Saceghem (R.) Observations sur quelques insectes et
acariens parasites du bétail au Congo belge . 763
Rudler. Enquête sur l’alcoolisme dans la population scolaire indienne de
l’Algérie . 773
S
Sarhailhé (A.). Dengue et fièvre de trois jours . 778
Schokhor (N. -J.), Koselkine (P.-M.) et Yakimoff (W. L.). Spirochétose
des poules au Turkestan russe . . 227
Schokhor (N. -J.) et Yakimoff (YV.-L.). A propos du Trypanosoma theileri
au Turkestan russe . » . w 229
Sergent (Edm.), Foley (H.) et Nègre (L.). Le rôle des bacilles pseudo-
dysentériques dans les affections intestinales en Algérie „ . 201
Sergent (Edm.), Nègre (L.) et Bories (L.). Epidémie de fièvre ondulante
à Arzew et Saint-Leu (Département d’Oran) en 1915. . . . 351
Sergent (Edm. et Et.) et de Mouzon. 4e observation algérienne de Kala-
Azar . 694
Sergent (Et.). A propos de la distribution géographique [du goitre en
Algérie . 344
Assainissement antipaludique et amélioration agricole simulta¬
nés et rapides d’une région infectée par un ancien lit. de rivière
(Oued Djer, Algérie), (avec la planche XIII) . 504
Sergent (Et.) et Alary (A.). Petite épidémie d’acariose en Algérie . 771
Sergent (Et.) et Bergevin (E. de). A propos de l’hypothèse de la trans¬
mission du goitre endémique par un insecte piqueur . . . 345
Simond (P.-L.). Lèpre des recrues coloniales. Discussion . 687
Soulié (IL) et Derrien (G.). Parasitisme intestinal des enfants des éco¬
les maternelles d’Algérie. Détermination d’un indice parasi¬
taire. Application de cet indice à la mesure de la pureté des
eaux de boisson . . 795
Suldey (E.-W.). La fièvre récurrente malgache. Origine. Mode de pro¬
pagation. Extension . 688
T
Thézé (J.). Pathologie de la Guyane (paludisme; affections intestinales). 376
— Pathologie de la Guyane (lèpre, filariose, etc.) . 449
Todd (J.-L.). Allocution de bienvenue du Président et réponse de — . . 121
— Goitre en Gambie. Discussion . 167
56
840 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
U
Urbain (G.). Encéphalo-myélite pseudo-épizootique du cheval. . . . 557
Méningo-encéphalo-myélite des poules (? spirillose) .... 561
— Un cas de gale démodectique du cheval. Contagion à l’homme. 576
V
Vallaxdé (H. de) et Hommes (Ch.). Myxo-sarcome du bras chez un Bam¬
bara . 702
Van ben Branden (F.). Valeur moyenne de la durée de stérilisation san¬
guine chez les trypanosés par une dose de salvarsan, néosal-
varsan, salvarsan cuprique et sel sodique du salvarsan cuprique. 13
Fistule stercorale de la région inguinale droite chez un noir . 310
Vax den Branden (F.) et Kodhain (J.). Recherches diverses sur la Fila -
ria (Onchocerca) volvulus . 186
Sur la réceptivité de la roussette ( Cynonyceteris straminea)
aux différents virus de trypanosomes africains . 234
— Action comparative des matières colorantes : tryparosan el
trypanobleu, et des arsenicaux : salvarsan cuprique, sur les try¬
panosomes animaux africains du groupe congolaise et du groupe
angolaise ( cazalboui-vivax ) . 236
Van Saceohem (R.). Etudes complémentaires sur la dermatose conta¬
gieuse (Impétigo contagieux) . 290
Observations sur des infections naturelles par Toxoplasma
ciiniculi . 432
— Contribution à l’étude de la transmission de Trypanosoma
Cazalboui . 569
— Etude sur des cas de dermite ulcéreuse des Equidés observés
au Congo belge . . 675
— Cylicostomose ef cachexie osseuse des Equidés. Discussion . . 633
— Morphologie du Trgpan. Brucei. Discussion . 738
Vax Saceghem (R.) et Nicolas (E.). L’émétique dans le traitement des
trypanosomiases . 813
Van Saceghem (R.) et Roubaud (E.). Observations sur quelques insectes
et acariens parasites du bétail au Congo belge . 863
Velu (IL). La lutte contre Schistocerca pcregrina , au Maroc en 1916,
par la méthode biologique . 682
V elu (II.) et Eykaud (R.). Trypanosomiase des chevaux du Maroc. Infes¬
tation d’un jeune chien par l’allaitement . 567
YTalatte (Ch.). Rapport sur le fonctionnement du laboratoire de micros¬
copie de Béni-Abbès (Sahara Oranais) en 1915. . 469
W
Wassileyvsky (Mite W.-J.), Yakimoff (YV.-L.). Le traitement de la try¬
panosomiase des chameaux du Turkestan russe . 230
Table alphabétique par noms d’Auteurs
847
PAGES
Y
Yakimoff (W.-L.). A propos do la note do M. Rodiiain sur Theileria
ovis . 201
— Leishmanioses du Turkestan. Présentation . 202
Yakimoff (W.-L ) cl collab. Microfilaires des animaux an Turkestan
russe, (avec la pl. VIT) . 219
Yakimoff (W.-L.) el Schokhor (N. -J.). A propos du Trifpanosoma theileri
au Turkestan russe . 229
Yakimoff (W.-L.), Schokhor (N. -J.) et Koselkine (P.-\L). Spirochétose
des poules au Turkestan russe ... 227
Yakimoff (W.-L.) et Wassilewsky ( AI • te W.-L). Le traitement de la
trypanosomiase des chameaux du Turkestan russe .... 230
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