Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
A. AUBRÉVILLE
Membre de l’Institut
Professeur Honoraire
au Muséum
Jean-F. LEROY
et
Professeur
au Muséum
Série 2
TOME 15
Fascicule 1
1975
Date de Publication : 30 Mai 1975
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
16, rue Buffon, 75005 Paris
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
A. Aubréville : Membre de l’Institut, Professeur Honoraire au Muséum national
d'Histoire naturelle.
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandri : Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle.
J.-F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Schnell : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M.-L. Tardieu-Blot : Directeur de Laboratoire à l’E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
Rédacteur en chef : A. Le Thomas.
Gérant-éditeur : J. Raynal.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d'article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l'auteur ne doit y être y mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Pour tous les articles de taxonomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères gras
et les noms d’auteurs des differents taxons.
Le format des planches doit être de 16 X 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptées.
Les auteurs reçoivent gratuitement cinquante tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, rue Buffon, 75005 Paris — Tél. : 331-30-35
Prix de l’abonnement 1976 : France et Outre-Mer : 130 F
Étranger : 140 F
C.C.P. : Association de Botanique Tropicale
La Source 33075.20 W
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1), 1975.
SOMMAIRE
Brenan J. P. M., Franks J. W., Raynal J. & Cullen J. — Report of
working party on electronic data processing in major european
plant taxonomie collections. 7
Raynal J. — Le recensement des types de Papavéracées du Muséum
de Paris : richesses et misère de l’herbier national français. . . 25
Aubréville A. — Essais sur l’origine et l’histoire des flores tropi¬
cales africaines. Application de la théorie des origines poly-
topiques des Angiospermes tropicales. 31
Aubréville A. — Essais de géophylétique des Bombacacées. . . 57
Leroy J.-F. — Taxogénétique : Étude sur la sous-tribu des Mitra-
gyninæ (Rubiaceæ-Naucleeæ) . 65
Leroy J.-F. — Le mode de développement dans le genre Oldenlandia
(Rubiaceæ-Hedyotideæ) . 89
Holttum R. E. — A new species of Racemobambos (Gramineæ) from
New Guinea . 95
Raynal J. — Les Cypéracées des Nouvelles-Hébrides. Résultats de
l’Expédition de la Royal Society aux Nouvelles-Hébrides en 1971 99
Bosser J. — Note sur les Graminées de Madagascar. IX. Identité du
genre Perulifera A. Camus et révision du genre Pseudechinolæna
(Hook. f.) Stapf. 121
Badré F., Cadet Th., Cusset G. & Hideux M. — Position systéma¬
tique, étude morphologique et palynologique du genre Bérénice 139
Boiteau P., Allorge L. & Sévenet T. — Notes sur les Ochrosiinées de
Nouvelle-Calédonie (I. Nouveaux taxons d 'Ochrosia; II. Note
complémentaire sur les Calpicarpum) . 153
La publication d'un article dans Adansonia n'implique nullement que cette revue approuve
ou cautionne les opinions de l'auteur.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 5-6, 1975.
ADANSONIA DANS SA QUINZIÈME ANNÉE
Qu ’Adansonia soit une des grandes revues internationales de la Biologie
végétale, nul ne saurait le contester. En témoignerait, éventuellement,
non pas le nombre d’abonnés, infime à coup sûr quelle que soit la compa¬
raison, mais la qualité de la distribution. Adansonia est l’un des outils
utilisés quotidiennement partout dans le Monde, là où la flore des Pays
chauds est à l’étude, là où prend forme la Phytotaxonomie, là où la struc¬
ture, l’adaptation, la fonction, le comportement, la distribution, l’origine,
le mouvement des plantes supérieures sont soumis à la recherche.
Fondée en 1960 par le Professeur Aubréville, Adansonia prenait alors
la place des Notulae Systematicae si excellemment dirigées par le Profes¬
seur Humbert : évènement chargé de signification. Non pas mépris, ou
désaveu, ou rupture. Simplement, une étape étant franchie, un virage écla¬
tant, triomphai, signe d’une foi totale dans les destinées et les mérites de
la Systématique et de la connaissance, assimilait l’histoire dans la vision
de l’avenir. L’émergence de la nouvelle venue parée d’une couverture symbo¬
lique signifiait que la tradition du grand Adanson, tout ensemble explorateur
de l’Afrique tropicale et puissant génie, devait nourrir les actes, les sous-
tendre et y présider. Elle tenait de sa devancière tous les traits essentiels
du Journal classique de Systématique, Journal technique parfaitement
rigoureux, outil indispensable. Mais l’attention portée à la forme, l’élar¬
gissement de l’horizon thématique révélaient une ambition nouvelle, laquelle
sans doute n’était pas démesurée puisque aujourd’hui quinze volumes
ont paru, soit huit mille pages, et que l’audience est celle du plus haut
niveau international.
Animée par les équipes du Laboratoire de Phanérogamie, auxquels
se joignent de nombreux collaborateurs étrangers, Adansonia peut s’enor¬
gueillir d’une production régulière et soignée, et sans doute de représenter
une part considérable de la recherche en Systématique tropicale et subtropi¬
cale, sous les angles de l’analyse et de la synthèse. Les recherches faites
sur les flores des Antilles, de Guyane, de Gabon, du Cameroun, de Mada¬
gascar, du Vietnam, de Nouvelle-Calédonie s’y reflètent au fur et à mesure
de leur avancement. Les nouveaux taxons y sont décrits, les milieux ana¬
lysés, comme les distributions floristiques. Elle est aussi le lieu où s’exprime
la pensée, celle-ci s’efforçant, à partir de l’écologie et de la morphologie
comparative, de comprendre la taxogenèse et les grands mouvements
taxogènes. Science souveraine où la Revue comme le Laboratoire trouvent
leur principe d’unité, depuis la prospection sur le terrain et la récolte pour
l’herbier ou les notations écologiques jusqu’à l’analyse ultrastructurale en
laboratoire.
Source : MNHN, Paris
— 6 —
Adansonia reste égale à elle-même. Elle devrait, malgré les grandes
difficultés d’ordre financier aujourd’hui rencontrées, poursuivre sa route.
La perspective y est infinie, et pour cette raison même nous avons le devoir
de ne pas abdiquer. Devoir pour la connaissance, pour les applications
économiques aussi. Devoir, enfin, devant une nature tropicale en voie
d’anéantissement accéléré et dont on aura eu raison, peut-être, avant l’an
2000 .
Adansonia poursuivra sa route, si à l’occasion de l’impulsion nouvelle
que nous lui donnons aujourd'hui en accentuant son insertion dans la
Science de pointe, elle peut accroître ensemble et sa pénétration dans les
milieux scientifiques... et ses recettes.
J.-F. Leroy.
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Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 7-24, 1975
REPORT OF WORKING PARTY ON
ELECTRONIC DATA PROCESSING IN MAJOR
EUROPEAN PLANT TAXONOMIC COLLECTIONS
by J. P. M. Brenan, J. W. Franks, J. Raynal & J. Cullen
An international conférence under the auspices of the Eco-Sciences
Panel of NATO was held at the Royal Botanic Gardens, Kew, England,
on 3-6 October 1973 to study the scope for the use of electronic data Pro¬
cessing methods in major European plant taxonomie collections. A pre-
liminary account of the proceedings of this conférence was published in
Taxon 23 : 101-107 (1974); the full proceedings are awaiting publication
elsewhere.
At this conférence a number of resolutions were passed, including the
following relating to the setting up of a Working Party and its tasks:
« 1. That data-banks related to plant collections should hâve an
identical minimal standard set of descriptors, in the first instance
based upon herbarium label-data.
2. That a Working Party be set up to advise, in the first instance,
European herbaria upon the sets of descriptors referred to in
Proposai 1.
5. That the Working Party, in addition to carrying out its primary
function, of advising upon the sets of descriptors, should also
deliberate upon software and Systems, and the possibility of
establishing a pilot project in one or more European institutions.
6. That the Working Party shall be empowered to consider and
advise national herbaria on the appropriate steps to be taken for
forming an international type-register. »
The Organising Committee of the conférence itself was to be respon-
sible for the setting up of the Working Party, « with due regard to geo-
graphical représentation and technical qualifications. » The Organising
Committee accordingly met on 10 December 1973 at the Linnean Society
of London, considered nominations to the Working Party and made a
sélection. They also recommended that the Working Party should form
three groups, each to consider one of the topics: descriptors, Systems
and software, and a type-register. The groups would be asked to appoint
Source : MNHN, Paris
— 8 —
their own chalrmen and thus hâve the power to meet and act autonomously
within their ternis of référencé.
The Working Party was constituted in the event as follows, the figures
1, 2, 3 preceding each name corresponding with the constituent groups
of which they were also members (1, Systems and Software; 2, Descriptors;
3, Type-Register):
1 Dr. F. A. Bisby, Universily of Southampton, U.K.
Mr. J. P. M. Brenan, Royal Botanic Gardons, Kew, U.K. (Chairman of
Working Party).
3 Mr. J. F. M. Cannon, British Muséum (Natural History), London, U.K.
2, 3 Dr. J. Cullen, Royal Botanic Garden, Edinburgh, U.K.
1 Mr. T. W. Davies, Organisation and Methods, Ministry of Agriculture,
Fisheries and Food, London, U.K.
2, 3 Dr. J. W. Franks, University of Manchester, U.K.
3 Prof. Dr. C. Kalkman, Rijksherbarium, Leiden, Netherlands.
2 Mr. R. D. Meikle, Royal Botanic Gardens, Kew, U.K.
1, 2 Mr. J. Raynal, Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, France.
3 Prof. Dr. M. Riedl, Naturhistorisches Muséum, Wien, Austria.
Dr. J. L. Cutbill, Sedgwick Muséum, Cambridge, U.K., was subsequently coopted
to the Systems and Software Group. The Groups elected the following Chairmen:
1. Systems and Software: Dr. J. W. Franks.
2. Descriptors: a) Mr. T. W. Davies, b) Mr. J. Raynal.
3. Type Register: Mr. J. Cullen.
The first fui! meeting of the Working Party took place at the Linnean
Society of London on 5-6 February 1974. The recommendations of the
Organising Committee were accepted, guidelines for the groups were
agreed, and each group held independent meetings. A provisional time-
table for the operation of the Working Party was agreed, with a final meet¬
ing in the autumn of 1974.
The subséquent proceeding of the Type-Register Group were, prior
to the final plenary meeting, entirely by correspondence ; the other two
groups held meetings during the summer at Kew and in Paris. The final
plenary meeting of the Working Party took place at the Rijksherbarium,
Leiden, Netherlands, on 24-25 October 1974, preceded by independent
meetings of the three constituent groups.
Dr. Lars Osterdahl, Swedish Muséum of Natural History, Stockholm,
Sweden, was invited to and attended the Leiden meeting. Dr. H. M. Bur-
det and Mr. A. Charpin of the Conservatoire et Jardin Botaniques, Genève,
Switzerland, attended the Leiden meeting as observers.
At this stage it is a pleasant duty to thank Professor C. Kalkman,
Director of the Rijksherbarium, Leiden, Professor J.-F. Leroy, Director of
the Laboratoire de Phanérogamie, Muséum National d’Histoire Naturelle,
Paris, and Professor J. Heslop-Harrison, Director of the Royal Botanic
Gardens, Kew for facilities and hospitality given during these meetings.
Subséquent to the Leiden meeting, the chairman of each of the groups
drew up a report on each of the three topics the groups were required to
consider, and these reports follow this introduction.
It shouid be emphasised here that the groups, in spite of an overlap in
Source : MNHN, Paris
— 9 —
membership (definitely désirable!), met independently and kept their own
minutes. Their conclusions and recommendations are offered as advice
and of course cannot be mandatory. Nevertheless, it is confidently hoped
that institutions and herbaria will ftnd them of value in framing their future
policy for E.D.P.
The pilot-list of types of Papaveraceæ drawn up by the Type-Register
Group under Dr. J. Cullen is a lengthy one, running to nearly 50 pages.
This has been distributed to the Working Party, but as the list is still incom¬
plète, the report of the group here is confined to the introduction to the list
and the subséquent discussion of the project by the group.
It is a pleasure to thank ail members if the Working Party for the time
and hard work they hâve given, and in particular the chairmen of the
groups for their invaluable coordination and for drawing up these reports.
J. P. M. Brenan
Chairman, Working Party
REPORT OF SYSTEMS AND SOFTWARE GROUP
Members: Dr. F. A. Bisby. — University of Southampton, U.K.
Dr. J. L. Cutbill. — University of Cambridge, U.K.
Mr. T. W. Davies, — Ministry of Agriculture Fisheries and Food, U.K.
Dr. J. W. Franks. — Manchester Muséum, U.K. (Chairman).
Mr. J. Raynal. — Laboratoire de Phanérogamie, Muséum National d’His-
toire Naturelle, Paris, France.
The group was constituted from members of the Working Party
deriving from the International Conférence on E.D.P. methods in Euro-
pean Taxonomie Collections held at Kew in October, 1973.
Four meetings of the group were held during 1974:
1. At the full Working Party meeting in London, Jan. 1974.
2. At Kew, Feb. 1974.
3. At the Laboratoire de Phanérogamie, Paris, June, 1974.
4. At the full Working Party meeting in Leiden, Oct. 1974.
The terms of référencé of the group were:
1. To consider existing Systems and software and to discuss the possi¬
bilités of recommendation or advice on these.
2. To consider pilot schemes.
Source : MNHN, Paris
— 10 —
CONSIDERATION OF TERMS OF REFERENCE (ITEM 1)
Almost ail discussion at the meetings was concerned with this item.
There was general agreement that it was at this stage neither practical nor
désirable to recommend any one System for universal usage. It was,
therefore, decided to produce an aid to those contemplating the use of
E.D.P. methods. This appears below as, E.D.P. in Taxonomie Collections
— General Considérations. It was also decided to attempt to produce a
list of Systems in use. This list which appears at the end of this report is
based largely on the personal knowledge of the group and for this reason
and due to limited time schedules it is necessarily incomplète.
It was felt that, for the purposes of improving the coverage of this
list, and to act as an advisory body, it might be useful for this group to
stay in being at least until a substitute body could be constituted.
CONSIDERATION OF TERMS OF REFERENCE (ITEM 2)
A meeting was held at Kew in September 1974 to consider the setting
up of a pilot project using the data from the Royal Society expédition to
Aldabra and from some historié material held at Kew.
the meeting were:
Dr. J. W. Franks
Dr. J. L. Cutbill
Mr. T. W. Davies
I Systems & Software
( Group
Dr. W. Clayton
M r. S. Renvoize
D r. D. B. Williams
I (Royal Botanic Gardens,
I Kew)
(British Muséum,
Natural History)
The scope of the project was defined, and methods discussed.
Spécifications of the project and estimâtes were prepared and sub-
mitted to the Kew authorities. J. Raynal is preparing spécifications for
a pilot project on a group of the Cyperaceæ, to be based on Paris.
E.D.P. IN TAXONOMIC COLLECTIONS — GENERAL CONSIDERATIONS
Procedures
1.1. Review présent methods in
your institution, i.e. ail steps
taken on entry of a specimen to
the institution leading to its sto-
rage and/or incorporation in
the collections; and the généra¬
tion of records (card — cata¬
logue — accession book entry,
etc.).
Notes
(a) It will probably be found that
there are considérable inadequacies
in the existing procedures.
(b) There is often an inbuilt bias
towards existing methods in any
institution, therefore, the group
considering them should include
junior members of staff and /or
outsiders.
Source : MNHN, Paris
— 11 —
Procedures
1.2. Review the advantages and di-
sadvantages of altering the
existing arrangements to the
standard where the record ge-
nerated can be used as E.D.P.
input if so required.
2.1. Consider the reasons put for-
ward for using E.D.P. methods.
2.2. List the advantages expected.
2.3. Ask: What can be done now?
2.4. Ask : What could be done by
simply implementing the chan¬
ges at 1.2.
2.5. At this stage the problem may
separate naturally into two
parts. 1, the general considéra¬
tion of E.D.P. in the collection
as a whole, and 2, spécifie re-
search projects and specialized
operations within the whole.
2.6. Customers: (1) Internai! Ask:
How important would an
E.D.P. System be to them?
(2) External !
Ask: How many customers?
What do they want? What is
their présent cost to the insti¬
tution?
(3) Are the customers likely to
want more than y ou offer?
If so, should you build in a
facility for providing extras?
Notes
(a) Centralized entry area.
(b) Problems of altering curato-
rial routines.
(c) Use of standardized data for¬
mats.
(d) Cost.
(e) Staff résistance.
(a) i.e. Questions one would ex¬
pert to be able to answer.
(b) If this is the same as 2.2. then
there is little point in going further.
(a) These may often be separately
funded and organized, but compa-
tibility with any general scheme
should be an aim.
(a) Many curators spend expen¬
sive time on information retrieval;
an E.D.P. System should provide a
better return for this time.
(a) Should they be asked to pay
for an improved service?
(b) Will they afford it?
(b) Expérience has shown that
catalogues and directory type list¬
ings are saleable items.
Source : MNHN, Paris
— 12 —
Procedures
2.7. Size of data bank. If any de-
tailed information Service is to
be offered, then the size of the
source becomes a question of
importance. We consider that
with up to 10,000 items a data
bank can be handled by manual
methods but that at over this
figure E.D.P. becomes essential
on économie grounds alone.
3.1. Data capture. If having gone
through the above exercise it
is decided to go ahead with
préparation for an E.D.P. sche-
me, the next considération must
be the method, scope and cost
of data capture. This is cer-
tainly going to account for the
bulk of the expenditure in any
scheme and the way in which
the problem is approached
needs careful thought.
It is vital at this stage to consi¬
der data formats and the use of
standardised recording forms.
As the average record as appli-
ed to a herbarium sheet will
be not more than 250 charac-
ters it is recommended that the
whole of the record be captur-
ed at once.
The cost of data capture will
vary from institution to institu¬
tion and country to country.
The following formula for its
estimation is suggested: Trans¬
cription of record from well
written label — card — mini¬
mum content form etc. to
Notes
(a) There is a distinction to be
made here between old and new
records.
(b) The most detailed work on
this subject is that done by I.R.G.
M.A. Information on this from
Muséums Association, 87, Charlotte
Street, London WIP 2BX.
(c) This average record length
seems to be applicable to most mu¬
séum specimens.
(a) The amount saved by extract-
ing part of the record will be mini¬
mal. Later extraction of additional
data will double costs.
(b) Cost of extraction etc. not
applicable to new records (see 1.2.
notes).
Source : MNHN, Paris
— 13 —
Procedures Notes
machine-readable E.D.P. in-
put = 20 records per hour at
Clérical Assistant or Copy Ty-
pist rate. To this should be
added the cost of finding the
herbarium sheet or record; ex-
tracting from place of storage
and its return after transcrip¬
tion.
4.1. Ail the processes mentioned so
far can be undertaken without
the use of E.D.P. Probably ail
of them if implemented will
produce by themselves sub-
stantial benefits to the institu¬
tion implementing them. The
following stages will largely
dépend upon involvement in
the use of computing services.
5.1. Data storage. Data can be
stored on cards, forms, punch-
ed cards, paper and magnetic
tapes or dises. The type of
storage used will probably be de-
termined by the system chosen.
6.1. Data manipulation on any con¬
sidérable scale will involve the
use of computer technology.
At this stage a system review
will be required.
Aspects of Systems which need
to be considered are:
1. Local availability of a com¬
puter on which they will run.
2. A clear understanding of the
limitations of the Systems offer-
ed.
(a) Data storage costs are halving
every three years whilst data cap¬
ture costs, being labour-intensive,
are increasing.
(a) Fixed or variable field length.
(b) Coding or non-coding Systems.
(c) Ability to hold and manipulate
ail data.
(d) Arrangements for maintenance
and improventent of system.
Source : MNHN, Paris
— 14 —
Procedures Notes
7.1. The end product. It would
seem unlikely that many taxo¬
nomie institutions would re-
quire or be able to afford to
hold their records in a form
available for immédiate com¬
puter access. It is, therefore,
suggested that the record be
used to produce directory type
listings for which it is anticipat-
ed there would be a ready
market.
Dr. J. W. Franks,
Chairman, Systems and Software
LIST OF EDP PROJECTS AND SYSTEMS
OF INTEREST TO TAXONOMISTS
It is realised that this list is imperfect, and that there may be schemes
in operation that hâve not been given much publicity and that hâve thus
been missed. Nevertheless, it is hoped that this communication will be
valuable.
NAME AND LOCATION OF PROJECT DIRECTOR OF PROJECT,
OR SYSTEM WHERE KNOWN
SELGEM-U.S. National Muséum of Natural His-
tory, Washington, U.S. A. (see also MESH News-
letters)
TAXIR-University of Colorado, U.S.A. (widely used
in Universities)
Flora of Veracruz Programme, National University of
Mexico
Data-bank for taxonomie purposes at Bolus Herba-
rium, University of Cape Town, South Africa
Flora North America—I.B.M. generalised information
System (not now in operation)
Biological Records Centre, Monks Wood, U.K. (uses
80-column cards)
British Antarctic Survey, Botanical Data Bank, U.K.
Cambridge Geological Data System, Sedgwick Mu¬
séum, Cambridge, U.K.
J. F. Mello
D. J. Rogers
A. Gomez Pompa
A. V. Hall
S. G. Shetler
F. H. Perring
S. W. Greene
J. L. Cutbill
Source : MNHN, Paris
15
Cambridge Geological Data System, British Muséum
(Natural History), ail departments
Living plants record System, Royal Botanic Garden
Edinburgh, U.K. (uses 80-column cards)
GIPSY—a taxonomie System, University of Oklahoma,
U.S.A.
Muséum Computer Network, New York Art Mu¬
séums, U.S.A.
Commonwealth Agricultural Bureaux, U.K. computer-
based services
MEDLARS )
SCI. SEARCH 2 British Library, U.K.
MEDLINE )
CABER i Forestry Commission, U.K.
DISCUS j
Zoological Record, Royal Zoological Society, London,
U.K.
Economie Abstracts, University of Norwich, U.K.
D. B. Williams
J. Cullen
J. Sweeney
D. Vance
J. Barkham
For further general information, see Crovello & Macdonald in
Taxon 19 : 63-67 (1970) and also J. L. Cutbill, Data Processing in Biology
and Geology (1971, Academie Press, London and New York).
REPORT OF DESCRIPTORS’ GROUP
The word “ descriptor ” covers the different categories of information
making possible a référencé to a given specimen of a collection. For
instance a collector’s name, a locality of collection, etc., are descriptors.
Within the Working Party on E.D.P. in Europaean herbaria, a group
was formed on Feb. 5,1974 in London, which was more especially concerned
with the définition of descriptors. This Group met again twice during
the year in Paris and Leiden. While organizing detailed discussions on its
spécifie problems, contact was maintained with the other Groups, in par-
ticular the Systems and Software Group; this link is important because of
the numerous interrelations between the topics, such as the bearing ot
technical and économie constraints on the possibilities of a fruitful treatment
of the descriptors.
Thanks to this flexible organization, quick progress towards a general
agreement was made; the last meeting in Leiden (Oct. 1974) made possible
a seulement about the required set of descriptors to record in the individual
collections, within the project of internationally exchangeable data capture.
These conditions required are below.
If one tries to make a complété list of possible descriptors, it first
Source : MNHN, Paris
— 16 -
appears to be very difficult, especially if one wants to include morphological
descriptors of the specimens.
However, the nature of the descriptors useful to a given project is the
resuit of the possible questions asked to the data bank, that is of the project
itself. A limited but very specialized project may use many different des¬
criptors; on the other hand projects operating on a large part, or even on
the whole, of a large herbarium, will use only, for économie reasons, a
restricted number of essential descriptors. Owing to its international rôle,
the Working Party felt more especially devoted to the définition of such a
minimal set of descriptors, minimal but essential and common to ail sorts
of possible projects.
Consequently, the descriptors here listed are by no means considered
by the Group as the only useful ones, but as a skeleton without which no
sensible automated treatment of the information could be performed.
EXAMPLES OF PROCESSING
The products of the data processing may be very diverse; we shall
only mention here the more frequent ones:
— Monographie listings of the specimens classified taxonomically
according to a preestablished or alphabetical list, within every taxon the
specimens being listed either by collectors’ names or geographically.
— Floristic listings of the taxa existing in a given country, with or
without listing of the specimens and localities. Related to this is the
frequent question: “ Does this species (or this genus) exist in that country?”.
— Compilation of botanical gazetteers.
— Reconstruction of collectors’ itineraries.
These two last examples do not constitute goals per se ; however,
they are very often most useful precursors to biogeographical work, especially
accurate distribution maps, which prove so essential today. These steps
nowadays achieved by time-consuming and expensive manpower would
greatly benefit from automated treatment.
— Automated plotting of distribution maps.
— Chronological lists of collections of a given species and lists of
endangered species.
— Lists of montane taxa.
— Lists for curatorial use, such as lists of ancillary collections (spirit
collections, slides, etc.) arranged according to the corresponding herbarium
sheets.
Of course, many other kinds of treatments can be performed, especially
if morphological descriptors are included. But such projects would be of
a specialized nature; for the reasons exposed above, morphological des¬
criptors hâve been excluded from the restricted set considered by the group.
Source : MNHN, Paris
— 17 —
FORMAT OF THE INFORMATION
Once a set of descriptors is fixed for a given project, the question arises
of the format in which the data will be recorded. This format dépends on
the system used, and can be classified under three general headings:
— Full record without limitation of length (variable fields);
— Full record within a given maximum length (fixed fields);
— Coded record.
The coded record has been used extensively in the past, both in most
mechanical treatments, and also in early electronic data processings.
Nowadays some Systems operate with such codes (e. g. a code number
for every species, or for every collector’s name, etc.); however, the technical
possibilities of modem computers make this preliminary coding —which
may be a source of errors— generally useless.
Thus the Working Party did not consider the problem of coding, nor
sought for a standardized and generally accepted list of codes.
The question of fixed- or variable-Iength fields is also a matter of
local decision, depending on the available computers and Systems; the
Descriptors Group did not décidé anything about it.
So, whatever the local conditions of processing, the information exchan-
geable between different data banks ought to be clearly expressed.
A last important point concerning the interrelations between descrip¬
tors and Systems is connected with the sort of processing wanted. The
idéal data bank would permit direct access and sorting of every kind of
descriptor. However, for économie reasons, it may be advisable to restrict
the “ retrievability ” only to certain descriptors, and to leave the remain-
ing information as ancillary descriptors, stored by the machine but not
directly accessible or sortable; such information may be outprinted as a
complément to the primary descriptors, but cannot be individually reached
or sorted. In this category may enter for instance authorities of scientific
names. ecological or descriptive information, etc.
ESSENTIAL DESCRIPTORS
The essen'.ial descriptors may be classified in three main headings:
— Curatoria! identifiers;
— Taxonomie and nomenclatural identifiers;
— Locality descriptors.
I. CURATORIAL DESCRIPTORS
II . Herbarium code
When processing data which may corne from different data banks or
herbaria, any record must indicate the herbarium where the specimen is
kept. This descriptor does not raise any problem as a standardized list
of herbarium abbreviations already exists.
Source : MNHN, Paris
— 18 —
12. Accession number
A unique accession number, associated with the herbarium code,
unequivocally désignâtes a given herbarium sheet. Such a unique cura-
torial identifier is highly désirable for both processing and curatorial pur-
poses. Some herbaria already use such a numbering System for their
specimens and the number will be directly recorded in the bank. In other
instances, the progressive allocation of such numbers to herbarium speci¬
mens as the data banking proceeds will be an useful by-product from the
curatorial viewpoint.
13. Collector(s) name(s)
Collectors’ names, owing to the bulk of information they implicitly
contain (country and time of collecting, place(s) where the collections are
kept), and their general use, obviously belong to the essential necessary
descriptors. A provision has to be made for collections made jointly,
and also for intermediate persons or bodies (e. g. X in Y, or X in FHI...).
Due to the many homonyms, initiais of collectors should be cited.
14. Collection number
The collection number (or sometimes the number in a private collec¬
tion), associated with the collector’s name, generally provides sufficient
information enabling the different parts of a sample distributed to different
herbaria to be linked. Sometimes this fails in old collections, or even
today in some amateurs’ collections, when no collection number has been
given, or —a worse case indeed— when the same number has been allocated
to different samples collected in various places at various dates but once
considered as belonging to the same taxon. In this last instance the number
is more a species number than a collection one; the sample can no longer
be identified with certainty unless other information, such as place and
date of collection, is added. This is a strong additional reason to consider
this last kind of information as essential (see below).
15. Anci/lary collections indicator
A simple indicator for ancillary collections (spirit material, photo-
graphs, drawings, microscopie slides, living collections, etc.) has been
judged very useful; the complété désignation of these ancillary collections
may be added either as fully retrievable descriptors or as complementary
non-retrievable information.
2. Taxonomic and nomenclatural descriptors
21. Family name
It seems necessary to indicate to which family a specimen belongs as
soon as one wants to outprint, for instance, a list of various specimens in
taxonomic order. The only way to avoid recording of the family name
would be to use a memorized synopsis of generic names associated with
Source : MNHN, Paris
— 19 —
their corresponding families, a device which is not necessarily possible
with ail Systems.
22. Scientific tiame
221. Generic name
222. Spécifie epithet
223. Infraspecific epithet
224. Tnfraspecific rank
These four items constitute the most abbreviated désignation of the
taxon with which the specimen has been identified. The identification itself
should be the one obtained fom the last révision of the specimen; no
provision is made, as far as essential descriptors are concerned, for previous
identifications. It must be understood that for specialized projects such
as type-registers a retrievable record of the name typified by the specimen
is compulsory. In this particular instance, this name may even be more
important than the up-to-date identification.
Authors’ names hâve been judged as unnecessary as retrievable des¬
criptors; they may advantageously be added as complementary information.
Another interesting item is the name of the identifier, but it does not
seem to be an essential retrievable descriptor.
23. Type indicator
To indicate whether the specimen is'or is not a type has been considered
as essential, but any fuller information about the typified name, the literature,
or any other items which may be considered as essential for specialized
projects (type-registers) are excluded as already mentioned.
3. Geographical descriptors
The Group has discussed at length the nature and the degree of detail
necessary for the geographical descriptors taken from herbarium labels.
An agreement has been reached on the following points:
31. Corntry
Notwithstanding the inconveniences which may raise, it appears that
the country of origin is one of the most necessary and useful bits of informa¬
tion, especially for ail floristic works. The Group is fully aware of the
trouble one may hâve in some parts of the world where boundaries changed
frequently in the past (e. g. Central Europe) ; however, the possible resulting
mistakes or inaccuracies are not judged as a considérable hindrance com-
pared with the great practical value of this descriptor.
Several members of the Group wish that the geopolitical localization
of the specimens were more complété and hierarchized (province, district,
etc.). Such additional descriptors are indeed useful in some kinds of
specialized projects, but their consistent use at an international scale does
not look essential.
Source : MNHN, Paris
— 20 —
32. Géographie coordinales
The Group has weighed the respective advantages of different Systems
in use for an accurate plotting of botanical samples; it has especially dis-
cussed the merits of grids such as the ones largely used in the recent years.
The Group felt that the System which was the only really universal as well
as the simplest System, useful both for manual plotting as well as for auto-
matic processing, remained géographie coordinates (latitude and longitude).
A précision of a minute of arc (i.e. less than 2 km) in the figures has been
judged necessary and sufficient.
The strongest objection to the use of grids where a specimen is located
only by a presence /absence datum in a more or less large rectangular area,
is that one can always translate coordinates into such a grid, but the reverse
operation is impossible at the degree of précision required.
33. Locality name
It seems necessary to record in a retrievable way the full name of the
locality of collection (village, valley, mountain, beach, etc.). The needs
for citation of such names in many kinds of works, their use in compiling
and using botanical gazetteers, the évident help they provide in identifying
old collections without numbers, are as many reasons for considering
locality names as essential descriptors.
34. Collection date
This item may be important from several points of view: history of
the records, reconstruction of itineraries, phenology, identification of
specimens without number, etc. Storing this information is not expensive
hence its recording as an essential descriptor has been found advisable.
35. Altitude
Despite its connection with ecology rather than with geography itself,
this ‘ third coordinate ’ is considered as useful and inexpensive enough to
be included among essential descriptors. The précision needed is of 100 m.
It is felt that it is impossible to record ecological data such as topo-
graphy, plant communities, soils, etc. in a easily retrievable form, since
there are still too many disagreements between ecologists on generally
applicable descriptive terms for plant formations.
Such is the relatively short list of the information the recording of
which in any data bank is considered as absolutely compulsory. Of
course, this does not mean that only the specimens carrying this complété
information should be recorded. Many specimens, especially older ones,
carry only a limited amount of information and sometimes lack some of
the more essential data, such as locality or even country, or date. Such
specimens ought to be recorded, the missing information being left blank.
Ail the présent essential descriptors will be recorded. It should be noted
Source : MNHN, Paris
— 21 —
that some information may at a later stage be added to incomplète sets as
Processing proceeds (e. g. unknown localities located later thanks to itine-
rary reconstruction).
It is hoped that a by-product of such an effort of complété recording
of the necessary information will be a standardisation of collectors’ notes.
Many institutions already use collectors’ notebooks of which collectors
just fill in blanks on forms; such a method is to be encouraged.
PILOT SCHEMES
Two pilot schemes hâve been proposed to the Working Party; one is
a floristic approach and deals with the whole vascular dora of a restricted
area (Aldabra Island Project); the other is restricted taxonomically to one
or a few généra but geographically spreadsover a continent (African Cypera-
ceæ). It is hoped that these projects will be started and give at least pre-
liminary results before Leningrad Botanical Congress. They will permit
practical and efficient testing of the Systems operated and of the set of
essential descriptors here proposed.
J. Raynal,
Chairman, Descriptors Group.
REPORT OF TYPE-REGISTER GROUP
Following an International meeting on Electronic Data Processing
in European Botanical collections, held at Kew in October 1973, a Work¬
ing Party was set up to consider {inter alia) the production of a register of
type specimens held in European herbaria. The members of the Type
Register Group of the Working Party were: J. F. M. Cannon (British
Muséum (Natural History), London), J. Cullen (Royal Botanic Garden,
Edinburgh), H. Demiriz (Istanbul University), C. Kalkman (Rijksher-
barium, Leiden) and H. Riedl (Naturhistorisches Muséum, Wien).
At their first meeting, the group considered previous attempts at pro-
ducing a Type Register (mostly those discussed by Shetler in Smithsonian
Contributions to Botany 12, 1973), and decided that the expérience repre-
sented by these, which were ail in a purely American context, was not
adéquate for them to recommend any particular approach for adoption
in a European context. It was therefore decided to set up pilot-schemes to
détermine the level of collaboration that could be achieved among the very
numerous European collections, and the nature of the difficulties likely
to be encountered. This report covers the pilot-scheme for flowering
Source : MNHN, Paris
— 22 —
plants, which was organisée! and co-ordinated from the Royal Botanic
Garden, Edinburgh (another pilot-scheme, involving Diatoms, is being
organised by Dr. Riedl).
In order to carry out the survey, two sets of choices were necessary:
1) a taxonomie group to be surveyed; and, 2) the nature of the descriptors
to be used. It was agreed from the outset that the scheme should be as
simple as possible so that curators of herbaria should not be overwhelmed
by the amount of work involved. This meant, in practice, that curators
should be asked to provide information about those specimens in their
collections which were thought to be types (i.e. were marked or segregated
in some way), with the minimum possible référencé to literature. The
minimum list of descriptors was agreed as: 1) Name of taxon of which
the specimen is type (not the currently accepted name); 2) the country of
origin of the specimen according to modem political geography; 3) the
collector’s name and number, if any; 4) the date of collection; and 5) the
status of the specimen (i.e. holotype, isotype, lectotype, etc.).
The taxonomie group chosen for the survey would hâve to fulfil certain
conditions : à) be of reasonable size, but not so large that the survey would
be beyond the scope of a pilot-scheme (a size of about 200 species was
thought appropriate) ; b) be of wide distribution, but hâve a substantial
European component; and c) be reasonably well-known taxonomically.
No taxonomie group fits these conditions ideally, but the one used, the
Papaveracex sensu stricto, is adéquate (about 200 currently recognised
species, widely distributed, though absent from the African and Asian
tropics and much of the Southern hémisphère, common in Europe).
METHOD
In April 1974 a letter was sent out to ail the European herbaria listed
in Index Herbariorum ed. 5, 1964 —288 in ail— explaining the project
and asking curators to reply with lists of specimens by October 1, 1974.
This letter was sent in English, French or German, as appropriate. A
reminder letter was sent out to certain large herbaria in August. By
October 6, the data on which the survey was completed, replies had been
received from 82 herbaria (about 30 %), including most of the larger.
The type of reply received can be tabulated as follows:
Herbaria with types. 35
Herbaria with no types. 33
Herbaria unable to participate at présent*. 8
Put in from literature . 2
Letters returned by postal authorities. 4
* Mainly due to herbarium réorganisation or lack of staff.
Source : MNHN, Paris
— 23 -
The information provided was put on to cards, using the following
format:
ESCHSCHOLTZIA APICULATA B BAKER 3088
Greene BP
BR
K
U.S.A. 1903
which allowed for the listing of the information in various orders. The
replies received covered 500 taxa represented by 600 gatherings.
PRESENTATION
The information is presented as a master list (not reproduced in our
introduction), including ail the details provided, arranged alphabetically
by the names of the taxa; and two indexes, one arranged by collector’s
names, the other by herbaria. These were thought to be the most useful
arrangements. Other listings (e. g. by country of origin, or date of collec¬
tion) are possible, but do not seem to be of any great value.
Copies of the list hâve been sent to members of the Working Party
and other will be sent to ail the contributing herbaria.
CONCLUSIONS
The level of collaboration (30 %) is quite high, as the 82 herbaria
participating, or willing to participate, include ail the larger ones. Smaller
herbaria withsmall staffs could probably annotate a listing of this type more
easily than they could produce the information de novo.
Curators were asked to comment on the scheme, and in particular
to mention the difficulties they encountered. Comment covered a wide
spectrum, and the extracts below indicate the range:
“ The project will be extremely useful to ail botanists. ”
“ ... it would be better if taxonomists spent their time actually doing
taxonomy. ”
“ Many herbaria hâve types unmarked so it is necessary to some
extent for them to go through the literature. ” (a comment made,
in various forms, by several curators).
“ The change from label geography to current political geography
can be time-consuming
“ Great difficulty is experienced in deciding the status of the type. ”
(also repeated by several curators.)
These comments, on the whole, speak for themselves. The final
one mentioned, the problem of deciding the status of the types, is common
Source : MNHN, Paris
— 24 —
to ail herbaria, so only the holotypes (where claimed) are mentioned in the
master list.
The amount of time spent in extracting the information was mentioned
by several collaborators, as follows:
B: 60 working hours.
BM : about 1 /> minute per specimen.
GOET: 2 working hours.
K: one senior staff member, 10 hours.
L: done twice: a technical officer took 1 hour and extracted
2 specimens, a senior member of staff took 8 hours and
extracted 20 specimens.
M: 24 working hours.
The time spent at Edinburgh on the organisation and coordination of
the project was 30 hours for an assistant (Miss L. McLuckie, to whom
thanks are due for her considérable efforts) and, for myself, one working
week (42 hours).
DISCUSSION AT LEIDEN ON THE PILOT-PROJECT
Discussion centred on the pilot-project on the types of the Papaveraceæ
already carried out. The group felt that the response from the European
herbaria had been good and that the exercise was worthwhile, showing
that a more widely based scheme was feasible.
J. Raynal remarked on the fact that no E.D.P. had been used in the
pilot-project and felt that this was perhaps a mistake, in view of the opera¬
tions and name of the working party. The Chairman agreed but pointed
out that the pilot scheme was undertaken to détermine what level of colla¬
boration could be achieved among the European herbaria; the possibility
of applying E.D.P. methods to such a simple, though voluminous, task was
not in question.
Dr. Riedl explained some of the difficulties encountered in organising
a similar pilot project for microscopie cryptogams but reiterated his
intention to pursue the matter further. The Chairman mentioned the
existence of an unpublished type register of the Bolbitiaceæ (a small group
of Basidiomycetes).
It was agreed that work on the Papaveraceæ project should continue
in its présent form and J. Raynal (Paris) and Dr. Burdet (Geneve) agreed
to provide additions from their institutions 1 .
It was further agreed that the pilot project had shown that the task
of producing a type-register, though large, was possible and that a recom¬
mendation to this effect should be presented at the Leningrad Congress.
J. CULLEN
Chairman, Type-Register Group.
1. Since then information from Paris has been received (see J. Raynal, Adansonia
15 ( 1 ) : 25 - 30 , 1975 ).
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1): 25-30, 1975
LE RECENSEMENT DES TYPES DE PAPAVÉRACÉES
DU MUSÉUM DE PARIS : RICHESSES ET MISÈRE
DE L’HERBIER NATIONAL FRANÇAIS
par J. Raynal
Summary: In connection with an international Type-register pilot-scheme resulting
from the Kew EDP conférence (oct. 1973), the type-specimens of Papaveraceæ from
the Paris Muséum herbarium (P) hâve been extracted and listed. With nearly 200 taxa
typified, Paris seems to be the richest herbarium in the world, as far as type-specimens
are concerned, a rather unexpected resuit for a family which has not been especially worked
upon by French botanists. Thus the total number of types in P is evaluated between
two and three hundred thousand. Some comments are made about the primordial
rôle of our herbarium on an international level, and the impérative need for better financial
support and technical assistance.
Aujourd’hui, une taxonomie vraiment moderne ne peut se contenter
de l’étude classique des caractères morphologiques externes d’après les
seuls échantillons d’herbier. Les résultats de cette étude doivent, chaque
fois que c’est possible, être confrontés avec les apports de disciplines plus
variées, anatomie, palynologie, cytologie, etc., ainsi qu’avec une observation
biologique critique de l’être vivant dans son milieu naturel. Appliquées
à un même matériel, chacune de ces disciplines apporte son faisceau propre
d’arguments taxonomiques, contribuant ainsi à la construction progressive
d’une systématique à la fois synthétique et dialectique, chacun des résultats
partiels retentissant immédiatement sur la direction des recherches voisines.
Cela signifie-t-il, comme certains semblent parfois le croire, la dispari¬
tion des collections desséchées classiques, des herbiers? Bien évidemment
non. Dans tous les cas où matériellement il est impossible à un même cher¬
cheur d’étudier sur place toutes les populations d’une espèce — la grande
majorité des cas — l’herbier demeure la seule façon de comparer instantané¬
ment des échantillons provenant des régions les plus diverses, et d’apprécier
l’étendue des variations morphologiques. A l’heure où la pression démo¬
graphique humaine fait reculer partout le monde végétal sauvage, l’herbier
demeure le conservatoire attestant la présence passée de populations dis¬
parues. Il demeure enfin, pour toutes les recherches portant sur un matériel
végétal, le lieu de dépôt de tous les spécimens-témoins autorisant des véri¬
fications ultérieures d’identité. Le rôle de l’herbier est, plus que jamais,
irremplaçable, et bon nombre de nations, jeunes ou vieilles, l’ont bien
Source : MNHN, Paris
— 26 —
compris, en assurant à leurs herbiers nationaux un statut et des moyens
d’existence dignes des collections qu’ils conservent et des services qu’ils
sont appelés à rendre.
LES SPÉCIMENS-TYPES
Dans le même temps où la taxonomie se diversifiait, un grand effort
d’uniformisation de la nomenclature botanique se faisait jour, et, de congrès
international en congrès, aboutissait à l’élaboration d'un Code aujourd’hui
universellement approuvé et appliqué; les modifications apportées par
les derniers Congrès ne portent plus que sur des points de détail. L’un des
grands principes de la nomenclature moderne est ce qu’on appelle le « sys¬
tème des types ». Les types sont des échantillons d’herbier ayant acquis
une importance, un statut particulier pour avoir servi à la description d’une
plante nouvelle pour la science. Ce sont en quelque sorte les étalons des
espèces végétales; en principe, toute détermination de l’identité d’une
plante consiste en une comparaison avec un spécimen-type. En réalité,
dans la pratique, l’utilisateur n’effectue cette comparaison qu’à travers des
étalons secondaires, échantillons de référence dûment contrôlés, ou, plus
souvent encore, à l’aide d’ouvrages décrivant les espèces végétales (mono¬
graphies et flores). Mais l’essence même du travail d’identification revient
bien à une confrontation avec le type, et c’est bien à cette confrontation
directe qu’a recours le taxonomiste lorsqu’il révise un groupe de façon
critique.
Il se peut que le terme de « type » soit mal choisi 1 ; un type n’a d’autre
rôle — purement nomenclatural — que de permettre l’exacte application
d’un nom, par son inclusion ou son exclusion de la circonscription — établie
au préalable par l’étude non du seul type mais du plus grand nombre pos¬
sible d’échantillons — d’un taxon. Un « type » ne prétend donc en aucune
façon représenter un état idéal, typique, normal, moyen ou modal du taxon
typifié. Le rôle du type, bien réduit à son exacte application, demeure toute¬
fois absolument essentiel sous peine de confusion généralisée — une situa¬
tion connue par la botanique scientifique à ses débuts. Même les adversaires
de la méthode typologique 2 n’ont à ce jour rien proposé qui puisse avanta¬
geusement la remplacer.
De ceci résulte que définition et étude des types — qui, bien entendu,
se trouvent dispersés dans tous les herbiers du monde — sont une source
de grande activité et de nombreux échanges d’information et de matériel,
jouant pour une part certaine dans l’importance et le rôle internationaux
des institutions qui les détiennent. Ainsi les herbiers les plus anciens et
actifs, comme ceux de la plupart des capitales européennes, ont-ils accumulé
depuis deux siècles, au gré des études poursuivies localement et aussi d’in¬
tenses échanges de doubles, plus de spécimens-types que d’autres.
1. Comme déjà le soulignait A. De Candolle, Phytogr. : 51 (1880), in obs.
2. Leur principal argument repose précisément sur la confusion que peut entraîner
le mot de type. Il s’effondre totalement si l’on veut bien n'accorder aux types que le seul rôle
nomenclatural auquel ils prétendent.
Source : MNHN, Paris
— 27 —
L’INDEX DES TYPES
C’est dans le but de faciliter la localisation des types que la Commission
de travail sur l’introduction de l'informatique dans les collections botaniques
européennes, formée à la fin de 1973 après une première réunion internatio¬
nale à Kew sur ce sujet \ a décidé de réaliser à titre d'essai un Catalogue
des types conservés en Europe, pour un groupe taxonomiquement limité, en
l’occurrence la famille des Papavéracées. Cette famille d’environ 200 espèces,
surtout boréale, bien représentée dans les régions à climat de type médi¬
terranéen, mais presque absente des zones intertropicales, constituait en
effet un échantillon intéressant, ne réclamant pas une somme de travail
trop considérable, d'autant que les recherches bibliographiques se trou¬
vaient facilitées par l’existence de plusieurs monographies, entre autres
celle de F. Fedde 1 2 ; cette dernière contient un très utile Index collectorum,
qui permet une vérification aisée et rapide d’un grand nombre d’échantillons
antérieurs à 1905.
L’organisateur et coordinateur du projet était J. Cullen, du Royal
Botanic Garden d’Edinburgh. Grâce à une participation active des princi¬
paux herbiers européens, il a pu, en peu de mois, réunir une copieuse
documentation, permettant d’établir rapidement une première liste pro¬
visoire — non publiée — des types de Papavéracées des herbiers européens,
liste comptant 461 taxons (313 espèces et 148 taxons infraspécifiques) 3 .
Seules, des grands herbiers d’Europe, manquaient les contributions de
Genève — alors en cours d’installation dans des locaux modernes — et
Paris. Notre herbier parisien a le triste privilège d’être à la fois l’une des
collections mondiales les plus riches (le nombre total de spécimens est
évalué entre 5 et 6 millions) et l’une des moins bien tenues en ordre, faute
de place, de crédits de fonctionnement décents et de personnel technique
en nombre suffisant. Le repérage et la protection des types y sont effectués
depuis environ 15 ans seulement, au gré des révisions; mais c’est une tâche
de très longue haleine; rien n’avait encore été fait dans les Papavéracées;
dans les conditions de travail actuelles, il aurait été impossible à nos techni¬
ciens de procéder au recensement demandé, et c’était la raison de notre
retard.
REPÉRAGE DES TYPES ET RANGEMENT DES PAPAVÉRACÉES DE PARIS
J’ai donc effectué cette tâche, dans le double but de procurer rapide¬
ment à J. Cullen la liste des types parisiens, et de remettre, pour ce qui
concerne les Papavéracées, l’herbier en ordre et à neuf, sans toutefois
procéder à une révision taxonomique, étrangère à ma spécialisation. En
même temps cette opération « peau neuve » constituait un sondage des plus
1. Cf. Brenan, J.P.M., Taxon 23 (1) : 101-107 (1974); Brenan & al., Adansonia 15 (1) :
7-24 (1975).
2. Pflanzenreich 40 (IV. 104), 430 p. (1909).
3. Compte tenu d’un petit nombre de rectifications.
Source : MNHN, Paris
— 28 —
intéressants sur le degré de richesse de notre herbier national en types;
ce sondage, s’il manquait de représentativité, pécherait plutôt par défaut,
car la famille concernée n’est pas tropicale, et n’a guère été étudiée par les
botanistes français — qui y ont donc peu créé de types.
Bien que les spécimens concernés par cette remise en état n’aient pas
été dénombrés avec exactitude, leur nombre doit avoisiner 5 000; le travail
effectué représente donc en gros un millième de ce qu’il faudra faire pour
rénover toutes nos collections. En ce qui concerne les types, il a été jugé
nécessaire, pour leur sélection, de contrôler dans chaque cas la correspon¬
dance entre description originale et spécimen-type; cette nécessaire confron¬
tation — non demandée initialement dans le cadre du projet de J. Cullen
— a permis de rectifier et d’éviter des erreurs. Techniquement les types ont
fait l’objet d’un étiquetage et d’une protection particulière sous chemises
cartonnées fermées — la phase de loin la plus coûteuse en matériel de ce
travail. En outre le matériel usagé (cartons, chemises, sangles) a été remplacé,
les étiquettes refaites; la nomenclature a dû souvent être remise à jour;
les spécimens ont été reclassés géographiquement; nombre d’entre eux
— principalement des collections de France — ont été montés pour la
première fois ou remontés après séparation de feuilles composites. Montage
mis à part (un mois de travail d’une technicienne) l’ensemble de ces opéra¬
tions a pris environ 80 heures; bien entendu la véritable sélection des types
n’entre que pour une part dans cette évaluation.
La liste détaillée des spécimens-types de Papavéracées de l’herbier
de Paris, communiquée à J. Cullen, sera intégrée à l’index général en
préparation, et n’a donc pas sa place ici ; mais il est très intéressant d’exa¬
miner les résultats globaux obtenus pour une famille qui, répétons-le,
n’est pas particulièrement favorisée dans nos collections.
RICHESSE EN TYPES DE L’HERBIER DE PARIS
Le nombre total de types repérés 1 s’élève à 238, correspondant — du
fait de l’existence de syntypes — à 197 taxons typifiés (132 espèces et
65 taxons infraspécifiques). Même en les recherchant systématiquement,
il est bien difficile d’être certain d’avoir retrouvé tous les types d’un herbier;
néanmoins il est probable que plus de 90 % le sont désormais à Paris;
sans doute n’est-ce pas le cas de certains autres grands herbiers européens,
si l’on en croit la liste provisoire de J. Cullen; malgré cette réserve, les
comparaisons sont instructives : d’après cette liste, Kew conserve les types
de 157 taxons de Papavéracées; Berlin — où cette famille n’a pas souffert
des destructions de 1943 — 169; si l’on ajoute aux types de Kew ceux du
British Muséum et de la Linnean Society on arrive à 195 taxons pour les
herbiers londoniens. Le premier résultat remarquable est donc que Paris
arrive en tête des herbiers européens pour les types d’un groupe dans lequel
notre institution n’est pas spécialisée. Les autres herbiers du monde étant
1. Compte non tenu de doubles parfois nombreux. Il s'agit bien de 238 spécimens-types
différents.
Source : MNHN, Paris
— 29 —
géographiquement plus spécialisés, donc relativement moins riches, notre
herbier national se trouve ainsi, pour un critère au moins aussi intéressant,
sur le plan international, que le seul volume de ses collections, en tête
des collections mondiales. Que ne reçoit-il une considération et des crédits
proportionnés à cette richesse?
Si l’on extrapole ce chiffre, obtenu pour un échantillon d’un millième,
c’est au bas mot à 200 000 qu’il faut évaluer le nombre total de types conser¬
vés à Paris; l’estimation même grossière de ce nombre jusqu’ici totalement
insoupçonné constitue le second résultat important de ce travail.
Dans le détail, d’autres faits sont dignes d’intérêt : sur les 238 matériaux-
types, 45 sont des holotypes ou syntypes, 193 des isotypes ou isosyntypes;
ces derniers proviennent pour la plupart de l’important courant d’échanges
qui exista entre Paris et les autres grands herbiers tout au long du xix e siècle.
Ce courant s’est malheureusement beaucoup tari depuis, par le jeu de
plusieurs facteurs : une certaine spécialisation du Laboratoire de Phanéro-
gamie, découlant presque obligatoirement des découvertes coloniales; les
études se concentrèrent alors sur les flores souvent très diversifiées, encore
presque inconnues, des nouveaux territoires; des matériaux très abondants
en provenaient continuellement, du plus haut intérêt mais longs à étudier
en détail, et donc peu distribués à l’étranger, même parfois après étude.
Sur cette politique de spécialisation et d’isolement, qui eut certes ses par¬
tisans, vient de plus en plus se greffer l’incapacité matérielle dans laquelle
nous nous trouvons, faute de personnel, d’assurer un service d’échanges
réellement actif. A mon avis, les conséquences de cette tendance, aujour¬
d’hui encore peu sensibles, seront à l’avenir très regrettables; nous n’en¬
voyons — et ne recevons — aujourd’hui, chaque année, que peu de spé¬
cimens-types; l’importance relative de nos collections, partant de notre
institution, pourraient avec le temps en souffrir.
Un dernier fait, tiré de notre recensement des types, illustre l’origina¬
lité, en Europe, de l’herbier de Paris : sur les 197 taxons typifiés dans nos
collections, 76 sont à ajouter à la liste provisoire qui regroupait, rappelons-le,
tous les grands herbiers d'Europe sauf le nôtre et Genève; ceci signifie que
beaucoup d’isotypes de nos collections n’existent pas ailleurs en Europe;
ils proviennent pour une grande part des herbiers nord-américains, et leur
présence à Paris résulte de cet afflux, évoqué plus haut, de matériaux de
grande valeur au cours du xix e siècle, à une époque où l’herbier de Paris
tenait encore le rang qu’il mérite.
Les résultats ici exposés n’éclairent pas la nature des collections bota¬
niques françaises d’un jour nouveau, mais apportent, bien que tirés d’un
échantillon limité, des faits très précis qui illustrent, mieux que la simple
évaluation numérique des collections, le rôle qu’elles assument, de façon
permanente, sur le plan international, rôle assurément prestigieux quoique,
à la limite, complètement indépendant de l’importance et de la qualité des
recherches poursuivies par notre Laboratoire : notre herbier est, entre
autres, un conservatoire de types de tout premier plan; tout devrait être
fait pour que ce rôle puisse être en toutes circonstances assuré de façon
décente. Nous en sommes loin. Si j’ai pu, en deux semaines, remettre à
Source : MNHN, Paris
— 30 —
neuf un millième de notre herbier, c’est donc 2000 semaines (soit une
personne pendant 40 ans, ou, mieux, 5 pendant 8 ans...) et 1 500 000 francs
de matériel qui sont nécessaires pour rendre à nos collections la présenta¬
tion à laquelle elles peuvent prétendre, présentation assurée, est-il besoin
de le dire, dans la plupart des autres grands herbiers européens. Et, bien
entendu, il n’est fait ici mention ni de bâtiments ni de mobilier modernes,
qui, comparés à notre actuel Laboratoire, à l’architecture imposante mais
antifonctionnelle, seraient une bien grande amélioration.
En fonction de ce que j’ai exposé, et dans les conditions de misère
matérielle où nous nous trouvons, il me semble impérieux que chacun
contribue, dans la mesure de ses possibilités, au maintien, à l’amélioration,
à l’enrichissement de nos collections, en attendant activement et non passive¬
ment des jours meilleurs. Enrichir nos collections, ce n’est pas seulement
en récolter de nouvelles de par le monde; c’est aussi reprendre, avec les
institutions étrangères, l’échange de nos nombreux doubles surnuméraires,
pour obtenir des matériaux d’égale valeur mais complétant nos lacunes.
C’est volontairement que, dans cet article consacré aux types, je n’ai
pas abordé la question des recherches effectuées à Paris. Mais il est certain
que toute l’ardeur, la foi même de nos chercheurs ne sera rien si, en haut
lieu, rien n’est fait pour reconnaître enfin l’importance culturelle de notre
herbier national, au même titre que d’autres richesses telles que nos musées
d’art ou la Bibliothèque Nationale, et pour, un jour prochain, lui assurer
mieux qu’une précaire survie.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 31-56, 1975.
ESSAIS SUR L’ORIGINE ET L’HISTOIRE
DES FLORES TROPICALES AFRICAINES.
APPLICATION DE LA THÉORIE DES ORIGINES POLYTOPIQUES
DES ANGIOSPERMES TROPICALES
par André Aubréville
Communication présentée au Congrès International de Botanique de
Léningrad.
Résumé : L'Afrique tropicale et subtropicale est divisée en un certain nombre
de secteurs floristiques, décrits brièvement géographiquement et par quelques caractères
essentiels botaniques et biologiques. En application de la théorie polytopique de l’origine
des flores tropicales exposée récemment par l'auteur, l'origine présumée de ces flores est
présentée. La bande équatoriale européo-ouest asiatique se déplaçant vers le sud-ouest
en sens opposé du déplacement de la Pangée vers le nord-est, presque toute l’Afrique est
envahie, d’abord par un flux de flores laurasiennes qui constitue le fonds de la flore sèche
soudano-zambézienne. La bande équatoriale humide qui suit en retrait ce déplacement
est le berceau de la flore guinéo-congolaise, mélange de flore laurasienne et de flore
gondwanienne en évolution. Cette flore parvenue à sa position présente sera encore
le siège de perturbations au Quaternaire.
L’Afrique orientale, en contact avec les continents adjacents à l’Afrique avant le
démembrement de la Pangée, reçoit des apports d'une flore gondwanienne australe
qui est l’un des fondements de la flore montagnarde actuelle de l’Éthiopie au Cap. La
flore capienne enfin, restreinte à une petite aire à l’extrémité sud de l’Afrique, provient
de migrations de ces flores australes.
Le cas curieux de la migration de la tribu des Césalpiniées de l’Amérique du Sud
à l'Afrique australe puis à l’Afrique orientale est examiné.
Cette explication générale appliquée au continent africain permet de donner des
réponses à de nombreuses questions relatives à la répartition des flores africaines.
Summary : Tropical and subtropical Africa divides into several floristic zones,
here briefly described with respect to their geography and esssential botanical and biolo-
gical features. As an application of the theory of polytopic origin of tropical floras,
an hypothesis is proposed about the origin of the different floras of these zones. An
Eurasian équatorial belt has migrated south-westwards, due to the general move north-
eastwards of the Pangæa. Nearly ali the African continent is accordingly invaded,
first by the laurasian flora, which gives the original stock of the present-day dry soudano-
zambesian flora; afterwards cornes the wet équatorial belt itself, which originates the
guineo-congolan flora, a mixture of laurasian and gondwanian phyla. Once in place
the latter flora is still disturbed during the Quaternary.
East Africa, in contact with adjacent continents before the Pangæa dismantled,
received austral gondwanian éléments, which are now part of the montane flora from the
Cape to Ethiopia. The Cape flora, now restricted to a small area at the Southern end
of the continent, also originated in these austral éléments.
Source : MNHN, Paris
— 32 —
The striking example of the tribe Cæsalpinieæ , is given; they migraied from South
America to South Africa, then to East Africa.
Such a general hypothesis, applied to African continent, provides answers to many
questions concerning présent distribution of African floras.
Cette théorie a été exposée en 1974 dans hs C. R. Acad. Sc. Paris et
dans Adansonia (30). Je résume : les Angiospermes prirent naissance
et migrèrent dans la bande équatoriale qui à l’aube de la période méso¬
zoïque, s’étendait dans la Laurasie entre l’Asie du Sud-est et l’Alaska. De
l’ensemble de cette flore archaïque tropicale, il ne reste plus, en place, outre
des fossiles, que la flore tropicale vivante du Sud-est asiatique et malaise,
comprise entre le sud de la Chine et l’archipel malais. Un déplacement
général de la Pangée vers le Nord-est, autour d’un axe approximativement
fixé dans l’Est asiatico-malais, entraîna un mouvement général opposé des
flores tropicales vers le sud-ouest et, en conséquence du refroidissement
climatique, l’extinction ou l’évolution des flores demeurées en place à
l’exception des flores indo-malaises attachées à un climat tropical demeuré
stable.
Cet exode floristique tropical se poursuit durant le Secondaire et le
Tertiaire, aboutissant finalement à l’actuelle position de la bande floris¬
tique équatoriale et tropicale.
Les migrations sensiblement du nord vers le sud de la flore pantropicale
divergeant de la bande équatoriale permo-triasique se firent par plusieurs
voies à partir de plusieurs centres d’origines. L’un d’eux fut à l’origine des
flores tropicales américaines; d’autres, européo-asiatiques, sont à l’origine
des flores africaines. Cette histoire des déplacements d’une flore chaude
primitivement laurasienne puis évoluant dans le Gondwana, explique
pourquoi il existe aujourd’hui sur les continents issus du démembrement de
la Pangée, en dépit de leur large séparation actuelle par des mers et des
déserts, une certaine homogénéité floristique fondamentale, des ressem¬
blances aussi dues à des évolutions parallèles, des affinités certaines, et
même des groupes communs, bref un fonds pantropical commun qui se
dégage au-delà des différences relevées jusque dans les détails par les systé-
maticiens, lesquelles sont à la base de leurs classifications morphologiques.
Avant la dislocation finale de la Pangée, des échanges floristiques
eurent lieu entre les futurs continents libres, encore attachés plus ou moins
à l’Afrique, laquelle au Gondwana occupait une position centrale. Ils
eurent pour effet de renforcer l’entité pangéenne d’une flore pantropicale.
Enfin, à mesure que la bande climatique équatoriale traversait l’Afrique
septentrionale en se déplaçant vers sa position présente, naissait une nou¬
velle flore tropicale gondwanienne, en Afrique, en Australasie et en Amérique
du sud, se confondant avec les vestiges de la flore laurasienne.
C’est sur cette trame à mailles grossières que nous allons tenter de
retracer l’histoire des flores tropicales africaines. Les recherches et les
observations publiées sur les faits de distribution des taxons sont à ce jour
innombrables et je crois utile de tenter de les rassembler dans une explica-
Source : MNHN, Paris
— 33 —
Voies de migration de quelques composantes caractéristiques des flores africaines. — Les
continents constituants de la Pangée sont représentés par leurs contours actuels entourés
d’une ligne de tirés marquant la limite approximative des socles continentaux (sauf le
continent antarctique). L’Afrique du nord-est est seule modifiée, pour tenir compte de
sa forme probable au crétacé.
tion générale, largement hypothétique certes, mais cohérente et vraisem¬
blable. Elles sont si nombreuses, même à l’échelle d’un seul continent,
qu’elles justifieraient une bibliographie considérable que nous renonçons
à joindre ici à notre étude.
I. LES RÉGIONS FLORISTIQUES D’AFRIQUE
A. — Flore humide occidentale et centrale. Elle s’éloigne peu à
plus de 4-5° de l’équateur. C’est celle de la forêt dense humide guinéo-
congolaise, sempervirente dans les régions les plus constamment pluvieuses,
Source : MNHN, Paris
Fig. 2. — Croquis de la répartition des flores africaines : En noir, massifs montagneux, boisés
ou non; hachures inclinées, la forêt dense humide guinéo-congolaise; hachures verticales,
zone périphérique d’extension ancienne de la forêt dense guinéo-congolaise.
Flore guinéo-congolaise humide, GC.
Flore soudano-zambézienne :
Flores soudaniennes : soudanienne, SO; angolo-zambézienne, AZ.
Flores sahéliennes : sahélienne, S; saharo-sahélienne, SaS; somalo-kenyienne,
SoK; kalaharienne, SKa; du Veld, Ve; Basutoveld, Bv.
Flores du Sud-Est africain : Namib, Na; Namaqualand, Ny; Karroo, Kar.
Flore capienne, C.
Flores afromontagnardes : natalienne, Na; knysnienne, Ky.
Source : MNHN, Paris
— 35 —
semi-décidues (semi-caducifoliées), dans celles où existe, coupant le régime
des pluies, le répit d’une courte saison sèche.
On y distingue des sous-types écologiques : flores des secteurs maré¬
cageux, flores ripicoles, mangrove sur le littoral de la mer.
B. — Flore sèche, occupant autour de la forêt dense humide équato¬
riale, des étendues considérables sur tout le continent du nord au sud et de
l’ouest à l’est. Sous des climats à saison sèche plus ou moins longue, c'est
la flore de formations forestières variées, allant des « forêts sèches denses »
— formations fermées qui paraissent succéder aux forêts denses humides,
dans un système écologique logique —, aux « forêts claires », formations
plus ou moins ouvertes où le peuplement des arbres domine une strate
herbacée continue — aux « savanes boisées », formations forestières très
ouvertes, où une strate arborescente arbustive plus ou moins dégradée
lutte pour la vie contre des strates herbeuses parfois denses favorisées par
les « feux de brousse » de saison sèche. On peut joindre à ce type de flore
sèche celle des fourrés, qui sont des types écologiques.
Cette flore sèche est celle de la vaste région soudano-zambézienne
ainsi nommée parce qu’elle couvre toute l’Afrique sèche depuis le Soudan
dans l’hémisphère nord jusqu’au Zambèze et l’Angola dans l’hémisphère sud.
On sépare justement de cette région une sous-région sahélienne, qui
groupe de vastes domaines parfois sub-désertiques : saharo-sahélien et
sahélien compris entre le désert du Sahara et le Soudan, somalo-kényen
(éthiopien) au nord-est de l’Afrique orientale et, en Afrique australe,
kalaharien dans l’Ouest, et du Veld dans l’Est. La flore de cette sous-
région sahélienne est, à l’exception d’éléments soudano-zambéziens, une
flore spéciale, typifiée physionomiquement par les Acacia et des paysages
forestiers très ouverts, à aspect de forêt claire ou de savane boisée. Le sol
est couvert de formations graminéennes plus ou moins continues, non
régulièrement dévastées par les « feux de brousse » de saison sèche.
C. — Flore steppique sub-désertique du Sud-Est africain (Namib,
Namaqualand et Karroo) entre le Kalahari sahélien et l’océan atlantique.
D. — Flore capienne en Afrique du Sud, d’origine tropicale mais
non africaine, dans une bande étroite de fourrés et de steppes.
E. — Flore afromontagnarde des montagnes de l’Afrique orientale,
depuis l’Éthiopie jusqu’à la Province du Cap, mais également sur les mon¬
tagnes de l’Afrique occidentale. Flore de forêt dense, distincte de la forêt
planitiaire.
Nous distinguons, à l’extrême sud de la région afromontagnarde,
un sous-type natalien et knysnien.
Toutes ces flores humides et sèches appartiennent à des régions phyto-
géographiques bien déterminées géographiquement et bioclimatologique-
ment. Elles comprennent certains genres communs, mais peu d’espèces
Source : MNHN, Paris
— 36 —
communes. En particulier les espèces de forêts sèches ne peuvent, sauf
exceptions rares, vivre dans les forêts humides et inversement, même celles
qui sont taxonomiquement proches d'espèces de forêt humide. Les domaines
floristiques peuvent s’interpénétrer à la faveur de conditions écologiques
locales. Ils peuvent aussi s’accroître les uns aux dépens des autres sous des
causes externes temporaires perturbantes, mais si l’équilibre écologique
a le temps de se rétablir, l’une ou l’autre flore reprend son emprise. Elles
sont stables dans des limites bioclimatiques bien définies.
II. — L’HISTOIRE DES FLORES AFRICAINES
A. — FLORE GUINÉO-CONGOLAISE HUMIDE
La région guinéo-congolaise est divisée en 3 domaines principaux :
libéro-ivoréen (Libéria, Côte d’ivoire), camerouno-gabonais (Cameroun,
Gabon), congolais (Congo).
Flore de la forêt dense humide sempervirente, ou semi-décidue vers
les lisières. La plupart des grandes familles tropicales — ou presque —
des régions tropicales humides sont présentes. L’endémicité est faible à
l’échelon des familles. On compte ordinairement 6 petites familles endé¬
miques : Scytopétalacées, Hoplestigmatacées, Octoknématacées, Pandacées,
Lépidobotryacées, Pentadiplandracées.
Les familles les plus abondamment représentées sont, par ordre d’indice
de volume générique : Légumineuses (20 %), Euphorbiacées (13 %),
Annonacées (8 %), Sapotacées (7 %), Flacourtiacées (6 %) — proportions
très approximatives.
A côté soulignons la pauvreté ou même la rareté en Composées,
Palmiers, Monimiacées, Bignoniacées, Humiriacées, Bombacacées, Laura-
cées, Lécythidacées, Myrtacées, Diptérocarpacées, et plus significativement
encore l’absence de Protéacées, Icacinacées, Cunoniacées, Hamamélidacées,
Oliniacées, Musacées, Eléocarpacées, Magnoliacées, Canellacées, Célas-
tracées, etc., Gymnospermes (à l’exception cependant du genre Gnetum
dans un secteur congolais). Ce hiatus africain dans la distribution mondiale
de la flore pantropicale sera évoqué plus loin sous le titre de « La disjonction
africaine ».
En revanche l’endémisme générique est très grand. Une analyse faite
par sondage statistique sur près de 500 genres appartenant à 45 familles
montre environ :
2/3 de genres endémiques africains;
1 /3 de genres communs avec d’autres continents, se divisant en
12,4 % de genres pantropicaux, 14,6 % paléotropicaux et 6 % néotropicaux.
L’endémisme africain est très fort. Cette flore n’est pas une flore
« africano-zeylanaise », ni une flore « indo-malaise » comme certains
auteurs l’ont proposé. Il est à remarquer qu’en dépit de la soudure des
deux continents Afrique-Amérique du sud qui s’est maintenue jusqu’au
Jurassique (120-150 M.A.), le nombre de genres néotropicaux est relative-
Source : MNHN, Paris
— 37 —
ment faible ce qui est le signe soit d’une provenance de centres d’origines
distincts, soit d’évolutions phylogénétiques séparées dans le cas de mêmes
communautés d’origine.
La répartition générique dans cette vaste région n’est pas homogène.
L’endémisme domanial et l’endémisme interdomanial (commun à plusieurs
domaines) sont accentués. Un sondage portant sur 45 familles et 420 genres
de la région indique :
122 genres endémiques domaniaux ou interdomaniaux dans le domaine
camerouno-gabonais,
56 genres endémiques domaniaux ou interdomaniaux dans le domaine
congolais,
48 genres endémiques domaniaux ou interdomaniaux dans le domaine
libéro-ivoréen,
soit environ un peu plus de la moitié de genres endémiques domaniaux ou
interdomaniaux dans la région. En particulier l’endémisme proprement
congolais est presque 10 fois plus faible en Afrique équatoriale centrale
(Congo) que l’endémisme domanial du Cameroun-Gabon.
La forêt guinéo-congolaise humide s’étend presque symétriquement de
part et d’autre de l’équateur sur environ 4-5°, avec un prolongement à
l’Ouest le long du Golfe de Guinée, qui laisse encore des vestiges jusqu'à
son extrême limite, la presqu’île du Cap Vert, et un autre au sud au nord-
ouest de l’Angola. Cette forêt atteint à l’Est le fossé tectonique des grands
lacs de l’Afrique orientale. Plus à l’Est dans un domaine savanicole on la
retrouve en îlots sur des massifs montagneux en mélange avec la flore
afromontagnarde et aussi, mais très appauvrie, dans des formations littorales
du Kenya et de Tanzanie.
Ses contours sont quelquefois extraordinairement découpés en golfes
profonds.
L’hétérogénéité de la composition floristique est de règle dans la
forêt dense humide où des centaines d’espèces se disputent, avec les avan¬
tages ou les désavantages de leur tempérament respectif, la place à la lumière
et dans le sol. En dépit de conditions écologiques relativement stables dans
toute l’aire, la variation phylogénétique, par ailleurs inexpliquée, est grande
entre genres monospécifiques, paucispécifiques, et multispécifiques (23).
La densité des genres endémiques est variable dans les différents domai¬
nes. Elle peut s’expliquer par les modifications survenues à différentes
époques dans l’emprise de la forêt, les secteurs longtemps stabilisés conser¬
vant une flore plus riche que ceux où elle fut très mouvante, soit en pro¬
gression soit en régression.
Il existe des genres ou des espèces qui, favorisés par une biologie
expansive, deviennent, dans certains secteurs, particulièrement abondants
et assez caractéristiques, tant en nombre dans la composition que par
l’aspect immédiat de la forêt, pour être désignés utilement comme types
représentatifs locaux. Exemples : Forêt à Gilbertiodendron dewevrei, à
Légumineuses (Gabon-Cameroun), à Lophira alata, à Sacoglottis gabo-
nensis, à Okoumé (ce type étant d’origine secondaire anthropique), à Des-
Source : MNHN, Paris
— 38 —
bordesia et Calpocalyx, à Cynometra alexandrii, à Brachystegia laurentii,
à Scorodophlœus zenkeri, etc.
L’existence signalée plus haut de genres non endémiques africains
résulte évidemment de la commune origine des flores tropicales dans la
bande permo-triasique laurasienne, des connections qui s’y établirent entre
les divers centres et finalement aussi des mélanges de flores qui s’établirent
entre continents avant l’éclatement du Gondwana. Il convient ici de sou¬
ligner encore la médiocre proportion de genres communs à l'Afrique et à
l’Amérique, environ 18 % (12,4 % + 6 %) d’après notre sondage, dont
6 % seulement de genres néotropicaux. On aurait compris une plus grande
proportion, en raison de la longue durée de la liaison Afrique-Amérique
du sud. Il faut observer que l'Amérique du sud ne fut soudée qu’à la partie
sud de l’Afrique (l’actuelle Afrique australe), et qu’ainsi elle fut relative¬
ment longtemps éloignée de la bande équatoriale lorsque celle-ci était
située plus au nord. Les éventuels échanges intercontinentaux des flores
humides furent donc difficiles. C’est pourquoi des familles abondamment
représentées dans la flore humide américaine, issues sans doute de centres
d’origine situés vers l'Ouest de la bande équatoriale laurasienne et d'une
évolution gondwanienne proprement américaine, le sont très pauvrement
en Afrique. Ex. Vochysiacées, 1 genre à 1-2 espèces en Afrique; Humi-
riacées, 1 seule espèce de Sacoglotiis en Afrique. Parmi les genres ; Heisteria
(40 sp. amér., 2-3 sp. afr.); Aptandra (4 sp. amér., 1 sp. afr.); Copaifera
(25 sp. amér., 5 afr.); Swartzto (70 sp. amér., 4 sp. afr.); Guarea (170 sp.
amér., 7 sp. afr.); etc. Inversement quelques genres africains multi-spéci-
fiques n’ont détaché qu’une espèce en Amérique du sud, tels Pterocarpus,
Dialium, Gambeya, Mosluea, Milletia, Parinari. On peut aussi se demander
si certaines de ces liaisons sporadiques ne résultent pas de transports trans¬
océaniques relativement récents.
Les liaisons floristiques, à l’échelle des familles et des genres, entre
l’Afrique et la flore indomalaise sont plus importantes. Près de 30 % des
genres sont communs, dont environ 15 % endémiques intercontinentaux,
Afrique-Sud-est-asiatique. Cependant l’Afrique équatoriale occidentale et
centrale où actuellement se concentre surtout la flore africaine humide
n’a jamais été reliée directement par voie terrestre à l’Asie du sud-est et à
la Malaisie. Elles furent toujours séparées par la mer mésogéenne et ses
extensions. Il faut alors remonter à une plus lointaine origine des flores
tropicales où elles pouvaient communiquer entre elles dans la bande équato¬
riale laurasienne mère, dont il ne subsiste plus aujourd’hui que le centre
permanent extrême oriental, en Asie du sud-est et en Malaisie. C’est sans
doute l’explication de la présence de ces genres extrême-orientaux qui ne
sont représentés que par des aires très réduites, ou même par des espèces
uniques sur les côtes de l’Afrique occidentale, séparés donc des aires princi¬
pales extrême-orientales par des diastèmes considérables. Nous avons déjà
cité plusieurs exemples (22) : Sindora 1 , Ctenolophon, Tarrietia, Canarium,
1. Par exemple M n,c Van Campo a rapproché du pollen du Sindora klaineana celui d’une
espèce de la Sibérie occidentale, du Jurassique-Paléocène, Loranthacites pilaius (Grana Palyno-
logica 4 (3), 1963). Peut-être pourrait-on voir dans l'espèce sibérienne le chaînon d'un âge
crétacé qui manque entre le Gabon et l’Asie du Sud-Est.
Source : MNHN, Paris
— 39 —
Hildegardia, Ventilago, Mezoneurum, Pterolobium, Ancistrocladus, Morus.
Il y eut vraisemblablement aussi des communications établies par les
rives de la Mésogée, notamment dans les mangroves qui les bordaient.
B. — FLORE SOUDANO-ZAMBÉZIENNE
a. FLORE SOUDANIENNE
La sous-région soudanienne, par ses deux domaines, soudanien dans
l'hémisphère nord, angolo-zambézien dans l’hémisphère austral, entoure
la région guinéo-congolaise. C’est ainsi qu’en franchissant les lisières de la
forêt dense humide on entre brusquement dans des paysages de savanes
boisées, plus ou moins ouvertes par les feux de brousse annuels, lesquels
sont un très important facteur biophytogéographique de toute l’Afrique
sèche.
La flore sèche soudanienne est encore riche, mais beaucoup moins
que la flore guinéo-congolaise. Les affinités des deux flores sont évidentes
et celà a posé le problème de la dérivation des flores sèches à partir des
flores humides (Théorie de Bews) ou même l’inverse. Il y a des arguments
pour chacune des deux thèses opposées.
Cependant ces deux flores africaines humides et sèches sont systéma¬
tiquement et biologiquement distinctes. Sauf quelques cas sur lesquels
nous reviendrons, aucune espèce de forêt dense humide ne vit dans les
régions sèches et inversement. On peut mal s’expliquer comment une adapta¬
tion aux conditions biologiques de la savane ou de la steppe ait pu se faire
à partir de groupes végétaux de la forêt dense humide ou inversement,
connaissant la coupure biologique brutale entre la vie en forêt humide et
celle dans les savanes. En réalité, à l’origine il est vraisemblable qu’il n’y
eut pas comme aujourd’hui brusque passage de la forêt humide à la savane
boisée, mais transition par des types de forêts sèches denses puis de forêts
claires, avant que celles-ci ne se dégradent lentement vers les actuelles
savanes boisées. Sans doute des changements climatiques lents et prolongés
durant des millions d’années ont pu entraîner une évolution phylogéné¬
tique sans heurts.
La flore humide guinéo-congolaise compte 41 genres communs avec
la flore soudanienne, ce qui représente une part très importante de la
flore soudanienne, environ 44,5 %, mais 8 % seulement de la flore guinéo-
congolaise. Ces proportions semblent bien indiquer que la flore sèche
soudanienne et la flore guinéo-congolaise eurent à l’origine des souches
communes.
La famille des Légumineuses occupe dans les deux flores une place
prépondérante. Plus rarement des familles absentes dans la flore guinéo-
congolaise sont parfois présentes dans la flore soudanienne (Protéacées,
Ericacées), mais de très nombreuses familles guinéo-congolaises en sont
absentes. Graminées et Combrétacées abondent dans la flore soudanienne.
Il n’y a aucune famille endémique; l’endémisme générique est faible;
l’endémisme spécifique est fort. Contrairement aux formations humides,
Source : MNHN, Paris
— 40 —
il y a peu de lianes et peu d’épiphytes. Cette sous-région est particulière¬
ment le domaine commun et compétitif des Graminées, des plantes her¬
bacées en général.
Un sondage portant sur 92 genres, sur leurs affinités floristiques inter¬
continentales probables indique 33,6 % de genres pantropicaux, 19 % de
genres paléotropicaux, 4 % de genres néotropicaux et 38 % de genres afri¬
cains, soit environ 3 /5 de genres extra-africains pour 2 /5 de genres africains.
L’explication de ces caractéristiques est la même que celle que nous avons
donnée à propos de la flore guinéo-congolaise.
Les relations avec la flore sèche américaine sont parfois curieuses.
C’est ainsi qu’il existe dans la sous-région soudanienne sur des aires très
importantes une espèce d'Andira (30 sp. en Amérique du sud), une espèce
de Swartzia (70 sp. am.), 2-3 espèces d ’Annona (110 sp. am.), un Prosopis
(35 sp. am.). Le Spondias mombin américain a probablement été introduit
au Soudan pour ses fruits.
Il est intéressant de comparer les flores des deux sous-régions, sou¬
danienne au nord, angolo-zambézienne au sud de la bande guinéo-congo¬
laise qui les sépare et interdit pratiquement les passages d’espèces de l'une
dans l’autre (exception faite de quelques espèces ripicoles). Le couloir
étroit de l’Oukamba, libre de forêt dense, qui existe dans les secteurs mari¬
times du Kenya et de Tanzanie paraît par son exiguïté peu propice àl’échange
de flores entre les deux sous-régions.
Ces deux domaines sont typifiés par des endémismes, spécifiques et
génériques, mais, en dépit des différences le fait essentiel est l’homogénéité
générale des deux groupes floristiques nord et sud. Quelques observations
fondamentales que nous utiliserons pour retracer l’histoire des flores
doivent être faites :
1) Il existe souvent de part et d’autre dans les deux domaines des
espèces ou groupes d’espèces homologues (vicariantes). Quelques espèces
communes également ex. : Burkea africana, Erythrophleum africanum,
Swartzia madagascariensis, Trichilia emetica, Sterculia setigera, Holarrhena
febrifuga, etc.
2) La flore sèche angolo-zambézienne est nettement plus riche en
genres et espèces que la flore sèche soudanienne.
3) Ces flores ont des compositions très mélangées. Cependant quelques
espèces sont parfois dominantes, notamment dans des types de forêts claires.
Le domaine austral est très caractéristique par ses forêts claires à Brachyste-
gia, Isoberlinia, Julbernardia ; à Diptérocarpacées, Monotes et Marquesia;
à Uapaca, à Cryptosepalum, etc.
On retrouve certaines de ces forêts claires dans le domaine soudanien
mais alors ne comptant plus qu’un très petit nombre d’espèces caracté¬
ristiques; 1-2 Isoberlinia, 1 Uapaca, 1 Monotes, par exemple. Les Brachy-
stegia si typiques du domaine austral sont ici absents. Les forêts claires
à'Anogeissus sont soudaniennes et non angolo-zambéziennes; le genre
Anogeissus est d’ailleurs connu par de nombreux fossiles dans tout le
Sahara.
4) Dans le domaine soudanien, un fait important apparaît. Il existe,
Source : MNHN, Paris
— 41 —
dans la flore, des espèces arborescentes qui ont une espèce sœur dans la
proche forêt guinéo-congolaise. Elles ne se séparent que par des caractères
morphologiques secondaires. Ce sont des espèces vicariantes à biologie
différente (écophylétiques). De semblables liaisons n’apparaissent pas dans
le domaine angolo-zambézien. Le rapprochement de la flore soudanienne
avec la flore guinéo-congolaise est très marqué par quelques espèces binômes
endémiques remarquables, par exemple des genres : Detarium, Bombax,
Lophira, Daniellia, Pericopsis, Uapaca, Khaya, etc.
Nous tirerons plus loin les conclusions de ces observations.
b. FLORE SAHÉLIENNE
Au nord la sous-région sahélienne comprend : un domaine sahélien
proprement dit, puis, en bordure du Sahara, un domaine saharo-sahélien.
La transition du premier au suivant est insensible. On passe des savanes
boisées soudaniennes à des savanes ou des steppes peu boisées, comportant
des peuplements d’arbres ou arbustes épineux, surtout des Acacia ; puis les
boisements s’éclaircissent encore plus en approchant du Sahara. Il en est
de même de la strate herbeuse qui, continue et dense dans le sud, s’ouvre
de plus en plus jusqu’au désert nu.
La sous-région sahélienne à l’Est, sous l’équateur, aux confins éthiopien-
somalo-kenyen, comprend un domaine assez distinct des deux autres que
nous appelons domaine somalo-kenyen.
La flore des deux domaines prédésertiques sahéliens est pauvre, pauvre
aussi en succulents caractéristiques des zones désertiques, sans endémisme
générique, avec un faible endémisme spécifique. Elle est quelque peu
enrichie vers le sud par des intrusions de la flore soudanienne. Elle est
caractérisée : par des espèces d 'Acacia, formant souvent des peuplements
clairs, une zygophyllacée épineuse Balanites ægyptiaca, Salvadora persica
panafricain, des Zizyphus épineux, des Commiphora et Boswellia constitués
parfois en peuplements purs étendus, des Calotropis charnus au suc laiteux
et des Capparidacées ( Mærua , Cadaba, Boscia, etc.).
La région sahélienne avec ses rares plantes succulentes, ses rares
formes d’adaptations xérophytiques est l’antichambre d’un désert jeune,
quaternaire. Le Sahara n’est cependant pas un vide floristique l . Les nom¬
breuses plantes annuelles (flore d’acheb) lui confèrent une originalité.
Le domaine somalo-kenyen est une zone de steppes herbeuses, steppes
à épineux et de savanes herbeuses, quelquefois boisées (sols argilo-sableux),
coupées de fourrés et de galeries forestières. La flore est relativement riche
par comparaison avec celle des deux précédents domaines.
Contrairement à ceux-ci elle est caractérisée par ses succulents et ses
arbrisseaux à tiges monstrueuses : Trematosperma et Pyrenacantha (Icaci-
nacées), Obetia (Urticacées), Adenium (Apocynacées). Comme dans toute
1. De nombreux inventaires ont été faits : Maire au Hoggar (1921), 350 spp., Monod
au Tibesti (1939-40) plus de 300 sp., Quézel au Tibesti, 568 sp., Ozenda au Sahara septen¬
trional et central, plus de 700 sp., Carvalho & Gillet, Ennedi, 410 sp.
Source : MNHN, Paris
— 42 —
la sous-région sahélienne, les Acacia sont très nombreux, les Commiphora
(40 sp.) et Boswellia (8 sp.) sont beaucoup plus nombreux que dans les
deux précédents domaines.
Il est remarquable d’y constater la présence d’espèces de légumineuses
arborescentes communes avec Madagascar, des genres Cadia (présent aussi
au Yémen) et Delonix ; de genres endémiques de Papilionacées monoty¬
piques ( Platycelyphium, Dicræopetalum), puis de plusieurs genres de
Césalpiniées qui n’existent pas dans les régions sahélienne et soudanienne
(Cordeauxia endémique, Peltophorum, Pterolobium, Bussea, Cæsalpinia ).
A signaler aussi : avec Salvadora persica et Dobera tous deux de la famille
des Salvadoracées, plusieurs Balanites et une Ulmacée endémique Barbeya.
Ce domaine se présente comme un carrefour d’espèces des régions
très sèches, de l’Afrique saharienne orientale, australe, méditerranéenne,
et d’Arabie méridionale. Lebrun avec raison l’a apparenté avec son domaine
oriental.
Des rapports entre les flores soudano-sahéliennes et les flores sèches
de l’Inde péninsulaire
Les ressemblances floristiques et des paysages sont frappantes. On
reconnaît dans cette flore sèche indienne beaucoup de genres et même
d’espèces des flores soudanienne et sahélienne (19). Sans aucun doute
floristiquement l’Inde fit partie jusqu’au mi-Tertiaire (40 M. A.) du continent
africain. Les liaisons floristiques possibles aujourd’hui avec l’Afrique sèche
du Nord-Est sont quasi inexistantes, à travers les déserts asiatiques du
Sind, du Punja, du Balouchistan et d’Arabie. Au début du Tertiaire la
péninsule indienne était encore ancrée à l’Arabie, les communications avec
la flore africaine étaient donc faciles. Les noms déjà donnés à cette flore
soudano-sahélienne de « soudano-deccanienne » et de « saharo-sindienne »
sont parfaitement justifiés. Les forêts claires indiennes à Boswellia, à Ano-
geissus, la présence des Salvadora et Balanites, classent typiquement l’Inde
sèche en Afrique soudano-sahélienne. Dans les fourrés sclérophytiques
de la côte carnatique à l’Est on retrouve aussi beaucoup de genres typiques
de la flore africaine sèche.
Domaine kalaharien
Il est, en Afrique australe, l’homologue par rapport à l’Équateur du
domaine sahélien dans l’hémisphère boréal. Très étendu, il couvre les
terres basses du sud de l’Angola, la plus grande partie du S-W africain, le
Betchuanaland et partie des pays voisins dans le bassin du Limpopo.
On le divise en deux secteurs. Le Kalahari « extérieur » s’étend presque
de part en part en Afrique australe. Il est très caractérisé par l’existence de
forêts sèches claires ou denses, parfois pures ou presque, de deux Césalpinioï-
dées : Colophospermum mopane et, dans une aire moindre, Baikiæa plurijuga.
Les premières dominent dans la vallée du Zambèze presque jusqu’à la mer;
Source : MNHN, Paris
— 43 —
elles occupent toute la région sud de la Rhodésie et la vallée du Limpopo.
En dehors de ces forêts, ce sont des régions de savanes à Eragrostis et de
steppes boisées à épineux où abondent : les Acacia et les Combrétacées,
notamment Terminalia sericea, et où se retrouve Burkea africana panafri¬
cain, toujours des Légumineuses dont 2 genres de Papilionacées, Bolusan-
thus endémique, Xanthocercis, et le baobab ( Adansonia digitatà). Cette
savane boisée recouvre des dunes fixées. Au bord des cours d’eau, deux
palmiers, Hyphaene et Phoenix.
Le secteur kalaharien intérieur, au sud du premier, comprend des
zones désertiques sableuses sur les confins du sud-ouest du Betchuanaland,
de l’Est du S-W africain et du nord-ouest de la République d’Afrique du
Sud au nord du fleuve Orange. Les Acacia sont parsemés sur les dunes. A
signaler deux Bignoniacées arbustives épineuses du genre monotypique
endémique Catophractes et du genre Rhigozum.
Domaine du Veld
Il comprend des savanes sur des plateaux d’altitude moyenne (750-
1 200 m), le « bushveld », et le « high veld » à des altitudes supérieures
(1 200-1 500 m). La flore pauvre des savanes boisées sur sols sableux et des
savanes à épineux sur sols de tourbe noire rappelle la flore kalaharienne.
Ces savanes à Hyparrhenia comptent de nombreux Aloe et des Euphorbia.
Le « high veld » sur les vastes hauts plateaux du Transvaal à l’ouest
de l’escarpement des Drakenbergen, est couvert d’une savane-steppique
à Themeda triandra (short grass), presque sans arbres sauf le long des
rivières permanentes. Les plantes herbacées et les plantes à bulbe sont
communes sur les sols profonds. A noter un Salix capensis ripicole. Cepen¬
dant en dépit de la présence de quelques espèces d 'Acacia le rapprochement
avec la sous-région sahélienne n’est pas certain. Aucune information ne
nous est connue sur d’éventuels types primitifs de la flore.
HISTOIRE GÉNÉRALE DES FLORES SOUDANO-ZAMBÉZIENNE ET GUINÉO-
CONGOLAISE
La flore soudano-zambézienne et la flore guinéo-congolaise ont, en
dépit de la différence considérable de leur densité floristique, une homologie
initiale certaine. Elles eurent à l’origine un même berceau. Nous l’avons
théoriquement conçu dans une bande équatoriale permo-triasique supposée
être donc celle de la naissance des premières Angiospermes. Elle s’étendait
dans la Laurasie de l’Indo-Malaisie à l’Alaska. Les premiers groupements
se constituèrent dans divers centres qui eurent entre eux des contacts et des
échanges. A l’ouest, au nord de l’Amérique du nord, furent issus les grou¬
pements qui sont un des fondements principaux de la flore américaine tro¬
picale, un second en Europe-Asie de l'Ouest; un troisième sud-asiatique et
malais, le seul demeuré en place et encore actuel.
Au cours du déplacement général des flores tropicales vers le sud et
Source : MNHN, Paris
— 44 —
en particulier de l’invasion du Gondwana au centre de la Pangée, l’Afrique
fut atteinte par le flux floristique échappé de ce qui devait devenir l’Europe
et les secteurs adjacents asiatiques. Outre des fossiles, certains genres appar¬
tenant à des familles tropicales, laissèrent en place des espèces adaptées à
des climats tempérés chauds et alors toujours vivantes dans leur descendance
phylétique. Elles sont assez nombreuses dans les régions des U.S.A. tem¬
pérées chaudes. Dans la région méditerranéenne citons les genres Cercis,
Ceratonia, Celtis.
Une flore sèche tropicale envahit d’abord toute l’Afrique, du nord au
sud, à mesure que la Pangée se déplaçait en bloc vers le N-NE. La bande
équatoriale plus tard suivit avec sa flore laurasienne enrichie des apports
cumulés d’une flore nouvelle gondwanienne laquelle ajoutée à la première
constitua l’archétype de l’actuelle flore de la forêt dense humide. Au Crétacé
nous supposons qu’elle fut à hauteur du Sahara moyen. L’occupation du
Sahara par une flore crétacée successivement sèche et humide est prouvée
par les fossiles (1). Malheureusement à ce jour les trouvailles fossiles ne per¬
mettent pas encore de retracer avec quelque sûreté les voies de migrations.
Elles existèrent vraisemblablement à l’Ouest (Rio de Oro), au Sahara central
et à l’Est (Égypte, Turquie occidentale).
Dans son déplacement vers le sud, la flore humide submergea évidem¬
ment la flore sèche déjà installée, quoique on puisse concevoir que des
mélanges de ces flores purent coexister, au moins temporairement. Aujour¬
d’hui encore en Afrique occidentale dans les rares restes de la forêt dense
sèche, on rencontre — mais non loin de la forêt dense humide — des espèces
qui normalement appartiennent à celle-ci. Mais il est évident qu’une grande
partie de la flore sèche ne pouvait survivre au flux floristique équatorial
humide.
Nous trouvons déjà dans cette progression de la flore humide l’explica¬
tion du fait noté plus haut de la pauvreté relative de la flore sèche boréale
par rapport à la flore sèche australe homologue laquelle n’a pas connu
cette irruption d’une forêt dense humide mésozoïque et prétertiaire. Des
espèces de la forêt sèche vraisemblablement aussi s’adaptèrent à de nou¬
velles conditions biologiques humides. D’une part certaines espèces, d 'Acacia
de Combretum par exemple, arbustives héliophiles, en formation sèche,
s’adaptèrent au nouveau milieu humide prenant des formes lianoïdes en
vivant dans les cimes des arbres de la forêt dense. Mais au-delà, il est pro¬
bable que certaines autres espèces d’arbres ou d’arbustes, s’adaptèrent au
nouvel environnement, donnant naissance à ces espèces vicariantes d’espèces
de forêt sèche soudanienne qui adaptées vivent aujourd’hui dans la forêt
dense humide. Là est l’explication de ces espèces jumelées écophylétiques
que nous avons signalées plus haut, l’une demeurée en savane, l’autre émi¬
grante en forêt. Par exemple : Lophira alaia ayant son aire en forêt guinéo-
congolaise, et Lophira procera dans la sous-région soudanienne; Detarium
senegalense en savane, Detarium microcarpum en forêt, Pericopsis laxiflora
1. De nombreux chercheurs, suivant Boureau, découvrirent bois et pollens fossiles
(pour ne citer que les français : Lecointre, Koeniguer, Magnien, Lefranc, Louvet).
Source : MNHN, Paris
— 45 —
espèce de savane, Pericopsis elata, espèce de forêt humide, Bombax costatum
en savane et Bombax buonopozense en forêt, etc. Ces espèces jumelées sont
pour nous une des preuves du passage de la bande équatoriale humide à
travers les régions aujourd’hui sahéliennes et soudaniennes dans le domaine
de la flore sèche au nord de l’Équateur.
La forêt dense humide s’est donc incrustée au sein des forêts sèches,
coupant l’Afrique sèche en deux parties floristiquement homologues, boréale
et australe, complètement séparées, ou presque, aujourd’hui. C’est cette
homologie floristique de l’Afrique sèche du nord et du sud qui est la meil¬
leure preuve que la flore sèche a précédé en Afrique continentale la flore
humide, mais chacune des deux flores, sèche et humide, par contact, adapta¬
tion, et mutation a modifié plus ou moins la composition de l’autre.
HISTOIRE PLIO-Q U A TERNAIRE DE LA FLORE GUINÉO-CONGOLAISE
La flore humide équatoriale s’est-elle définitivement stabilisée entre
le seuil du quaternaire et nos jours? Celà est douteux. L’intrication plus
ou moins confuse des aires dans l’actuelle forêt dense humide, les variations
brusques dans la densité générique et spécifique à l’intérieur de cette forêt,
laissent supposer des brassages floristiques. La richesse de la région australe,
enveloppant la forêt humide au sud de ses lisières, en grandes espèces
grégaires groupées en forêts claires dont la flore est étroitement apparentée
à celle de la forêt équatoriale : forêts claires à Brachystegia, à Uapaca, à
Baikiaea, à Colophospermum mopane etc. (formations reliques mais d’une
grande vitalité), fait concevoir une ancienne occupation d’une partie de
l’Afrique australe par la forêt humide guinéo-congolaise, suivie d’un retrait
vers le nord, vers sa position actuelle. Faut-il mettre en cause des mouve¬
ments de l’écorce terrestre, ayant entraîné la bande équatoriale jusqu’à
une position située au sud de la position actuelle, puis un mouvement en
sens contraire, jusqu’à la fixation actuelle. Je ne saurais aller aujourd’hui
jusque là. Toutes les modifications de la forêt guinéo-congolaise dont nous
constatons les traces relèvent d’une explication autre que celle des déplace¬
ments d’ensemble du socle du continent africain.
Non moins curieuse est l’existence de part et d’autre de la bande
équatoriale actuelle de zones périphériques de savanes herbeuses ou pau¬
vrement boisées sous des climats cependant toujours forestiers, intercalées
entre les lisières de la forêt et celle de la zone des savanes boisées et des
forêts claires à la flore soudano-guinéenne. Il y a en quelque sorte au nord
comme au sud de l’Équateur, un « hiatus forestier », un vide floristique
plus ou moins large, comme si des contractions relativement récentes de la
masse forestière équatoriale, avaient laissé en se retirant une zone « vide »,
appauvrie; contractions si le retrait forestier se fit simultanément sur les
lisières nord et sud, ou pulsations s’il s’agissait d’un déplacement d’en¬
semble vers le sud, suivi d’un mouvement en sens inverse vers la position
de départ. Des explications anthropiques sont localement valables, mais
elles ne suffisent pas dans le cas d’une bande périphérique de grande ampleur.
Les lisières forêt-savane furent mouvantes, et le sont encore. On peut
Source : MNHN, Paris
— 46 —
constater aujourd’hui comment par divers processus la forêt peut avancer
sur les savanes environnantes. Dans certains cas on observe que des galeries
forestières prolongent en savane l’emprise de la forêt au delà des lisières.
Elles se rejoignent parfois, quadrillant le terrain. A l’intérieur d’un quadri¬
latère isolé de savane, si celle-ci ne brûle pas, les lianes sortent du milieu
forestier, progressant puis étouffant les herbages, tandis que des semis
forestiers s’installent. La progression des lisières forestières finalement
submerge puis étouffe la savane. Quelquefois il y a une véritable envolée
des semis d’espèces héliophiles forestières qui garnissent rapidement les vides.
Ailleurs la progression forestière s’effectue de point d’appui en point
d’appui. Des arbres isolés réussissent d’abord à s’installer en savane.
Sous leur ombrage protecteur d’autres plantes forestières se pressent,
formant un flot. Celui-ci s’agrandit ensuite par progression de ses lisières.
Finalement ce sont des boqueteaux aux contours arrondis qui parsèment
la savane. S’ils ne sont pas gênés par les feux de brousse, ils finissent par
se rejoindre et à marquer une avance définitive des lisières anciennes de
la forêt.
Autre indice de probabilité de migrations quaternaires de la forêt
guinéo-congolaise : la présence de taches de savanes herbeuses, d’étendues
plus ou moins importantes, à l’intérieur même de la forêt humide. Les
unes sont très récentes et d’origine anthropique; d’autres sont nettement
édaphiques (sols latéritiques rocheux en surface), d’autres enfin paraissent
anciennes et en voie de lente régression devant l’expansion constatée de la
forêt humide qui les entoure. Toutes marquent des traces d’un recul ancien de
la forêt, en rapport avec des péjorations du climat, suivi d’une tendance à la
reprise du terrain par la forêt actuelle (21).
Les déplacements de la flore consécutifs à des variations climatiques
expliquent les variations locales de la composition floristique, la flore
s’appauvrissant ou même disparaissant dans les secteurs où la sécheresse
s’accentue, et au contraire se maintenant dans des secteurs écologiquement
plus favorisés. Ceux-ci forment alors de véritables bastions floristiques,
généralement en altitude, plus ou moins isolés, lesquels dans le cas d’un
retour à des conditions climatiques meilleures constituent des centres de
dispersion d’espèces qui en sortent pour coloniser les secteurs précédemment
affectés par des péjorations climatiques.
Nous savons qu’au Quaternaire, de grands changements de climat,
influençantl 'hydrographie et la végétation, affectèrent le Sahara, dûment
prouvés par l’étude des macrofossiles et des pollens fossiles et par des
relictes de l’ancienne végétation méditerranéenne ou tropicale qui alterna¬
tivement s’installa dans le désert réhumidifié. Tous ces changements qui
ont nécessairement affecté la zone équatoriale elle-même sont peut-être
à mettre en parallèle avec des glaciations quaternaires.
Les apophyses de la forêt guinéo-congolaise, le long du Golfe de
Guinée d’une part jusqu’à la presqu’île du Cap Vert, d’autre part au sud
en Angola dans la région de Luanda, et plus encore les extensions de la
flore montagnarde en Afrique orientale, parallèlement aux côtes de l’Océan
Indien de l’Éthiopie à la province du Cap en Afrique du Sud (Flore knys-
Source : MNHN, Paris
— 47 —
nienne), témoignent aussi de poussées à l’époque quaternaire de la forêt
dense humide hors de son territoire bioclimatique moyen.
Nous avons dit que les espèces de forêt sèche n’étaient pas adaptées
au milieu de la forêt humide. Il y a cependant des exceptions aberrantes.
Il arrive de trouver en pleine forêt dense humide des individus appartenant
à des espèces de forêt sèche. Généralement leur port est caractéristique-
ment celui des espèces de la forêt sèche différent de celui des espèces de la
forêt dense. Pour nous ce sont des témoins exceptionnels de modifications
relativement récentes de la forêt dense humide et d’adaptations au moins
temporaires. C’est ainsi que nous avons trouvé en forêt dense de la Côte
d’ivoire par exemple : Detarium microcarpum, essence soudanienne, Afzelia
africana, espèce de transition forêt-savane, Chlorophora regia, Cussonia
bancoensis, etc.
DISJONCTIONS AFRICAINES ( 12 )
L’étude de la chorographie des taxons, à l’échelle mondiale, fait ressortir
de nombreux cas de disjonctions africaines, à l’échelle des genres, des
tribus et des familles. Ces taxons ont une aire géographique américaine
et une autre en Asie-Océanie, sans aucune représentation africaine inter¬
médiaire. Citons à l’échelle des familles : Magnoliacées, Symplocacées,
Sabiacées, Actinidiacées, Wintéracées, Illiciacées, Schizandracées, Myrta-
cées (à l’exception du genre pantropical Eugenia), Lauracées (sauf 2-3 espèces
d ’Ocotea et du genre pantropical Beilschmiedià), Théacées (Ternstroemia-
cées) sauf rares exceptions, etc. Ce vide floristique peut s’expliquer par
l’absence de ces familles dans le centre initial « européen » de dispersion,
mais aussi par des obstacles aux migrations comme, par exemple, le fran¬
chissement de la Mésogée ou celui d’aires érémitiques (tel aujourd’hui le
Sahara) ou encore, comme les cas que nous évoquons à propos de la flore
montagnarde, la concurrence de la flore gondwanienne actuelle équatoriale
éliminant une flore installée précédemment au cours de périodes plus
tempérées.
Il convient de remarquer que certaines disjonctions africaines ne
sont pas toutes étendues à Madagascar qui, bien qu’étant un morceau détaché
de l’Afrique, a conservé une très nette individualité floristique. Par exemple
l’Afrique est très pauvre en Lauracées, mais non Madagascar qui compte
même des genres endémiques.
Non moins remarquable est une quasi disjonction africaine, lorsqu’une
famille importante américaine et asiatique, n’est représentée que par un
très petit nombre d’espèces en Afrique, dispersées souvent dans les mon¬
tagnes, à l’Est ou à l’Ouest. C’est le cas par exemple de rares espèces de
Théacées ( Melchiora , Ternstrœmia ) et de Monimiacées ( Glossocalyx endé¬
mique à 3 espèces en Afrique équatoriale), Xymalos à 3 espèces en Afrique
orientale (Madagascar en revanche compte 5 genres de Monimiacées).
Ces espèces ont par leur répartition un caractère de relictes des relations
intercontinentales d’avant le démembrement de la Pangée.
Source : MNHN, Paris
— 48 —
C. — FLORE STEPPIQUE OU DÉSERTIQUE DU NAMIB, NAMAQUALAND,
KARROO
La flore tropicale africaine occupe encore les secteurs les plus arides
à l’extrémité sud-ouest du continent, à l’état de steppes, devenant très
ouvertes dans le désert côtier du Namib. Elle fait place plus au sud à une
flore totalement différente, caractérisant un autre empire floristique, à la
pointe même de l’Afrique, la flore du Cap, réduit à une petite et étroite aire
côtière.
Les steppes de la région sud-ouest africaine sont monotones, de cou¬
leur grise ou brune, mais non verte. Le Karroo, très aride, est occupé
par des steppes de sous-arbrisseaux nains, de succulents et de plantes à
bulbes. La plus importante famille est celle des Composées, souvent à port
de bruyères ( Pentzia , Pteronia, Senecio, Helichrysum). Peu de Graminées.
Nombreux Euphorbia épineux formant parfois des fourrés denses et élevés
(Addobush). Également caractéristique du Karroo sont les Aizoacées,
notamment de nombreuses espèces de Mesembryanthemum, des Crassu-
lacées à feuilles succulentes ( Crassula , Cotylédon), des Pélargonium à tiges
succulentes (Géraniacées), des Stapéliées succulentes, de nombreux Aloe,
Zygophyllacées, et ces Bigoniacées épineuses déjà signalées au Kalahari,
Rhigozum, Catophractes.
La flore du type sahélo-soudanien est encore présente avec des Acacia
dans les lits à sec des rivières, et de nombreuses Papilionées.
Le Namaqualand est une étroite bande s’étendant du nord au sud,
séparant le Karroo de la bande côtière désertique du Namib. Il est formé
de grands plateaux arides et pierreux, surmontés de « kopjes » et de « mesas ».
Le caractère steppique du Karroo y est encore plus accusé. Rappelant la
flore kalaharienne qu’il prolonge à l’Ouest, on y trouve plusieurs mimosées :
Acacia sp. ( albida , giraffæ), des Césalpiniées (À 'erocladia endémique, Elé¬
phant orrizd), deux espèces de Césalpiniées américaines d’origine, Parkin-
sonia et Hæmatoxylon, des Capparidacées habituelles des régions arides,
Cadaba, Bosci'a, Capparis, Mœrua. La Bignoniacée épineuse Catophractes
est souvent très commune. Dans la vallée du fleuve Orange, les peuplements
du curieux Pachypodium namaquanum sont remarquables.
La flore dans son ensemble demeure typiquement africaine tropicale,
sans apport « capien », notamment sans Protéacée, ni Ericacée.
Le Namib est une bande côtière également très étroite du sud de
l’Angola à la République sud-africaine. C’est un désert maritime de dunes
couvertes d’une végétation très diffuse de succulents et d’épineux. Il est dû
à l’influence du courant marin froid du Benguella qui remonte la côte
jusque dans le sud de l’Angola et dont l’influence climatique se fait sentir
jusqu’au large du Cap Lopez au Gabon. La flore devient très pauvre com¬
prenant une forte proportion de plantes annuelles. Elle est particulièrement
remarquable par la présence d'un Conifère archaïque nain, à très larges
feuilles couvrant le sol Welwitschia mirabillis, qu’on ne connaît pas ailleurs
qu’au Namib. Cependant il est curieux d’observer que des pollens de
Welwitschia auraient été découverts dans la région de la mer Caspienne.
Source : MNHN, Paris
49 —
A signaler également une Cucurbitacée épineuse Acanthosicyos horrida
et des Zygophyllacées.
D. — EMPIRE AFRICANO-AUSTRAL OU ANTARCTIS. FLORE CAPIENNE OU
MAQUIS DU CAP
Elle n’occupe qu’un étroit territoire à l’extrémité de l’Afrique, sous
un climat de type méditerranéen, celui de Cape Town. Ce n’est pas une
flore tropicale proprement dite, en dépit de quelques éléments tropicaux
africains.
La végétation est un fourré sclérophylle (maquis du Cap) à physio¬
nomie uniforme de 3-6 m de haut où les arbres sont rares ( Leucadendron
argenteum peut atteindre 15 m de hauteur). Le feuillage persistant est
souvent éricoïde. Les épineux sont peu nombreux, de même que les succu¬
lents. De nombreux arbrisseaux ont un port de bruyère. La flore est extra¬
ordinaire dans son ensemble. Elle est surtout caractérisée par son haut
degré d’endémicité, en genres et espèces, et aussi par l’importance prise
dans sa composition par certaines familles (Protéacées, Éricacées, Compo¬
sées, Papilionacées, Rutacées, Aizoacées, Géraniacées). La représentation des
familles d’Herbacées et Ligneuses est sensiblement égale. Les Monocoty-
lédones sont relativement nombreuses par rapport aux Dicotylédones
(Good). Les Graminées n’occupent qu’un rang modeste, remplacées par
les Restionacées, Monocotylédones australes (20 genres, 230 espèces).
Trois familles sont endémiques : Bruniacées (dérivées des Hamamé-
lidacées, à port de bruyère (12 g., 65 sp.); Pénéacées (Thyméléales à port
de bruyère 5 g., 25 sp.); Grubbiacées (1 g. à port de bruyère); Geissolo-
matacées (1 g., 1 sp.), voisines des Pénéacées.
La concentration de la famille australe des Protéacées, en genres et
espèces est remarquable. On compte plus de 250 espèces. Signalons immé¬
diatement que deux genres seulement ont essaimé dans la région soudano-
zambézienne, Protea et Faurea. Ils ne pénètrent pas la région guinéo-
congolaise des forêts denses humides. Non moins remarquable est l’abon¬
dance de la famille des Ericacées, avec 24 genres présents dont 19 endé¬
miques. Le très commun genre Erica à lui seul rassemble presque 500 espèces
en Afrique du sud. Plusieurs autres genres font partie des flores monta¬
gnardes africaines ( Philippia , Ericinella, Blæria). L’extraordinaire genre
Erica a essaimé jusqu’en Europe, et l’espèce méditerranéenne E. arborea
a laissé des traces vivantes et fossiles au Sahara.
La prolifération de ces familles caractérisant la flore australe du Cap
dans un territoire très localisé est le signe évident que l’origine de la flore
capienne est différente de celles des flores africaines déjà passées en revue.
Notons encore parmi les plus représentatives : très nombreuses Papilionées,
20 genres endémiques, plusieurs à port de bruyère; Composées plus ou
moins ligneuses au moins à la base, souvent naines et fréquemment à port
de bruyère, en particulier abondance d’Helichrysum (plus de 76 sp.) et
Source : MNHN, Paris
— 50 —
Senecio (plus de 100 sp.), à signaler des fourrés d’ Elytropapyrus rhinocerotis
à port de bruyère; abondance de Pélargonium (plus de 80 sp.); très nom¬
breux Mesembryanthemum succulents (43 g., de la famille des Aizoacées);
nombreuses Rutacées, arbrisseaux souvent éricoïdes, 12 genres endémiques
avec plus de 200 espèces; nombreuses Thyméléacées dont plusieurs à port
de bruyère, etc.
Faisant contraste remarquons l’absence des Césalpiniées, Mimosées,
Palmiers, et la pauvreté de la représentation générale des familles guinéo-
congolaises.
Les origines de la flore capienne ont engendré des hypothèses diver¬
gentes. Pour les uns, elle est venue du nord (Levyns 1952), et certains
éléments ont alors proliféré dans le cul de sac de l’Afrique du sud. Pour le
Maréchal J. S. Smuts, il s’agirait de la survivance d’une flore antarctique
et subantarctique qui s’étendait à l’origine beaucoup plus au sud. La pré¬
dominance des familles australes et les nombreuses liaisons floristiques avec
le monde austral nous font adopter cette théorie. Un cas typique est celui
d’une espèce unique du genre Metrosideros (Myrtacées) océanien, présente
dans la flore capienne. La flore capienne est vraisemblablement une relicte
d’un véritable empire floristique africano-austral qui à l’époque de la
Pangée réunissait la végétation des extrémités des deux continents Amé¬
rique du sud-Afrique et qui s’étendait sur une grande partie du continent
antarctique. Le titre qui lui est parfois conservé d’« empire » est évidem¬
ment peu en rapport avec l’aire actuelle de la flore capienne, mais il fait
bien ressortir l’originalité et l’individualité de cette flore. Celle-ci sous les
changements climatiques intervenus depuis le mésozoïque a rétrogradé,
repoussée aussi par la flore africaine qui s’est avancée jusque non loin de
Cape Town. Il est certain aussi que cette flore capienne eut autrefois une
plus grande extension vers l’Afrique centrale. 11 en subsiste des reliques
en Rhodésie et à Madagascar (Weinmarck, Wild).
Il faut se reporter à l’histoire de la Pangée avant son démembrement.
L’Australasie fut alors reliée à l’Afrique du sud et au continent antarctique.
La famille typiquement australe des Protéacées, à aires aujourd’hui dis¬
jointes dans l’hémisphère austral, s’est alors répandue de l’Est à l’Ouest
depuis l’Australasie (44 genres, 750 espèces en Australie) jusqu’en Amé¬
rique du sud, en passant par l’Afrique du sud, lorsque ces 3 continents
étaient adjacents. Quelques Protea et Faurea ont ensuite essaimé dans toute
la zone soudano-zambézienne et à Madagascar. Dans cette hypothèse
d’où seraient issues les Ericoïdées qui pullulent aussi en Afrique capienne?
Il faut rapprocher de cette famille celles des Epacridacées affines dont
l’Australie avec la Nouvelle-Zélande sont les terres d’élection. Les Epacri¬
dacées ont franchi le seuil antarctique; le genre Lebentanlhus endémique
de la pointe extrême de l’Amérique du sud, est le témoin de la liaison
ancienne par la voie antarctique de la famille des Epacridacées archaïques.
Nous avons suggéré l’hypothèse que des Ericoïdées sud-africaines seraient
les traces du passage à l’extrémité sud de l’Afrique des Epacridacées aus¬
traliennes. Ainsi l’extraordinaire concentration des éricoïdées capiennes
trouverait son explication dans cette mutation. Ensuite un petit nombre
Source : MNHN, Paris
— 51 —
de genres seulement dérivèrent en direction du nord; certains sont des
éléments importants de la flore afromontagnarde.
E. — FLORE AFROMONTAGNARDE
a. FLORES NATALIENNE ET KNYSNIENNE
Entre l'Océan Indien, les escarpements des plateaux côtiers et ceux
des pentes inférieures des montagnes côtières, en République sud-africaine,
est allongée une bande étroite de forêt dense humide, très découpée par
l’action humaine et alors remplacée par des savanes à hautes herbes. Elle
se divise en deux secteurs. Le plus méridional s’étend entre Mossel Bay et
Humansdorp sur environ 250 km. La forêt en dépit de la relativement
basse latitude est toujours du type tropical. Ne couvrant que 72 000 ha
(F. van Breitenbach) elle est isolée totalement d’un second secteur côtier
qui partant du Port Elisabeth au sud, suit les côtes du Natal, jusque vers
Lourenço Marquès au Mozambique. A la flore du premier secteur, qui
comprend la forêt de Knysna, nous donnons le nom de flore knysnienne;
à celle du second celui de flore natalienne. Ces deux flores se ressemblent
beaucoup par leur composition, la flore knysnienne étant cependant nette¬
ment plus pauvre. Celle-ci incluse dans le secteur capien est aussi plus riche
en éléments capiens caractéristiques, notamment en Protéacées et Ericacées.
Alors que par exemple les Erica capiens sont des centaines, ils ne comptent
plus que 23 espèces dans les montagnes du Natal, réduites à 2-3 en s’appro¬
chant de la côte ; les Protea de la région capienne au nombre de 86 ne sont
plus que 9 au Natal.
La ressemblance entre les deux flores natalienne et knysnienne est
évidente. Toutes deux comprennent deux genres austraux gondwaniens de
Gymnospermes, Podocarpus et Widdringtonia. Outre ces Conifères, les
apports austraux bien qu’en petit nombre d’espèces sont remarquables;
deux genres de Cunoniacées, Cunonia extraafricain et Platylophus endé¬
mique. une Cornacée du genre Curtisia ; une Hamamélidacée, Trichodadus ;
les genres Olinia (Oliniacées) et Piltosporum (Pittosporacées).
Les affinités avec la flore afromontagnarde sont évidentes : Rham-
nacées ( Rhamnus , Scutià), Apocynacées (Gonioma, Acocanthera), Méliacées
( Ekebergia ), Aquifoliacées (Ilex mitis ), Oléacées (3 sp., Oleà), Icacinacées
(. Apodyles, CaSsinopsis), Myricacées ( Myrica ), Euphorbiacées ( Clulia ),
etc.
La région natalienne comprend une famille endémique monotypique,
Greyiacées, affine de la famille des Mélianthacées (rosale-archaïque) et
d’assez nombreux genres endémiques : Leucosidea (Rosacées), des Anacar-
diacées : Smodingium, Harpophyllum , Loxostylis ; des Légumineuses ( Umtiza ,
Virgilia, Schotià), Sapindacées ( Smelophyllum, Hippobromus), Euphor¬
biacées ( Heywoodia ), Méliacées ( Ptaeroxylon ), etc.
Il existe des genres communs avec l’Afrique guinéo-congolaise.
Source : MNHN, Paris
— 52 —
Nous examinons le problème de l’origine de cette flore à propos de la
flore afromontagnarde, la flore natalienne et knysnienne n’étant que des
cas géographiquement dissociés de la flore afromontagnarde.
b. FLORE AFROMONTAGNARDE
Distinguons deux régions géographiques, occidentale et orientale, et
3 étages : étage de forêt dense faisant transition avec la flore tropicale
des plaines, étage à Ericacées, étage afro-alpin. La région orientale est de
beaucoup la plus importante puisque elle réunit toutes les hautes montagnes
africaines qui sont situées sur une ligne nord-sud, allant de l’Éthiopie à la
région capienne, en suivant la cassure continentale jalonnée par les grands
lacs, puis les escarpements des hauts plateaux austraux. La région occiden¬
tale comprend des massifs isolés de la Guinée aux confins Libéria-Côte
d’ivoire, puis au Cameroun et au nord de l’Angola.
Afrique orientale et australe. La flore tropicale planitiaire guinéo-
congolaise disparaît à une certaine altitude devant une flore strictement
montagnarde. Celle-ci est composée d’éléments endémiques africains, aux¬
quels s’ajoutent des apports de la flore tempérée boréale, et des éléments
austraux extraafricains.
La flore boréale s’est facilement infiltrée en suivant les massifs monta¬
gneux se succédant du nord au sud. On retrouve sur ces massifs des genres
bien connus de la flore tempérée boréale, par exemple : Vaccinium, Berberis,
Rubus, Viola, Clematis, Myosotis, etc.
Parmi les familles non endémiques, n’ayant aucun représentant dans
la flore planitiaire africaine citons : Conifères (Juniperus d’origine boréale,
Podocarpus et Widdringtonia d’origine australe); Aquifoliacées ( Ilex );
Cornacées ( Cornus, Curtisia ); Hamamélidacées ( Trichodadus ); Moni-
miacées (Xymalos); Ternstrémiacées ( Melchiora, Ternstrœmia); Cari-
cacées ( Cylicomorpha ); Alangiacées ( Alangium); Lauracées ( Ocotea ); Icaci-
nacées ( Apodytes ); Ericacées ( Erica, Philippia, Ericinella, Agauria, Blaeria );
Canellacées ( Warburgia ); Cunoniacées (Cunonia, Curtisia); Pittosporacées
( Pittosporum ).
Les Conifères (sauf Juniperus ), Ericacées, Cunoniacées sont d’origine
australe. Le genre Ocotea appartient à la flore américaine; les genres Mel¬
chiora et Ternstrœmià ont des affinités asiatiques, de même Apodytes,
Alangium; Pittosporum est australasien. Plus difficile à comprendre est la
présence insolite d’un représentant de la famille américaine des Caricacées
(< Cylicomorpha ) et de la famille des Canellacées ( Warburgia ).
Remarquons que l’ordre des Rosales compte plusieurs familles appa¬
rentées aux Rosacées ( Hagenia, Parinari, Rubus, Alchemilla, Prunus (= Py-
geum); d’autres sont des Rosales archaïques (Cunoniacées, Breyiacées
(endémiques), Hamamélidacées, Myrothamnacées).
L’étage afro-alpin, au-dessus de 3 000 m d’altitude est le domaine
étrange des forêts de Senecio et de Lobelia géants, voisinant avec des fourrés
d’immortelles (Helichrysum, Composées) et des alpages à Alchemillia
(Rosacées). Citons encore une Rosacée arborescente (Hagenia), une
Source : MNHN, Paris
— 53 —
Ericacée ( Philippia ), des Ombellifères ( Peucedanum et Heteromorpha ) (1).
Certains genres ont des aires sud-est asiatiques, malaise et austra¬
lienne tel Alangium; l’aire africaine semble alors bien être une branche
laurasienne; de même : Apodyles, Icacinacée, dont l’aire est disjointe entre
l’Indo-malaisie, le sud de l’Inde et l’Afrique orientale; Rhamnus de la
flore tempérée boréale et indo-malaise; les Cornus et Curtisia paraissent
s’être échappés de l’aire tempérée boréale de la famille des Cornacées; les
Myrica d’Afrique orientale dérivent de l’aire générale boréale du genre;
de même les Schefflera (Araliacées) pan tropicaux. Plus rare est la présence
dans ces montagnes africaines d’un genre Ocotea dont le centre d’origine
est nettement de l’Amérique tropicale et subtropicale ; nous admettrons que
d’autres branches secondaires d 'Ocotea se sont dirigées vers l’Afrique, issues
de la bande équatoriale laurasienne. Nous admettrons aussi l’hypothèse que
certains taxons, dont l’aire se limite exclusivement à la région des hautes
montagnes africaines, peuvent être d’origine laurasienne, tels Trichocladus
de la famille boréale des Hamamélidacées; Dicorypha, Hamamélidacée
endémique malgache.
Des genres appartenant à des familles australes, donc gondwaniennes,
ont atteint, avant le démembrement de la Pangée, l’Afrique orientale.
C’est le cas des deux Cunoniacées, Cunonia et Curtisia, du genre Pittosporum
qui a envahi vers l’Est au-delà des montagnes orientales une grande partie
de l’Afrique. C’est aussi le cas du Metrosideros, Myrtacée océanienne qui
a abordé l’Afrique à son extrémité méridionale en empruntant la voie de
migration antarctique (n’appartient pas à la flore montagnarde africaine).
Nous rangeons dans la flore gondwanienne, des genres montagnards
strictement africains orientaux, tels Sparmannia (Tiliacée), Trimeria (Samy-
dacée), Olinia de la famille africaine endémique des Oliniacées, Calodendron
(Rutacée), des Flacourtiacées, Scolopia et Kigelia et l’Ombellifère Hetero¬
morpha.
Le peuplement des hautes montagnes africaines aurait donc été le
fait de la rencontre d’un flux laurasien venu directement du nord, avec un
flux gondwanien issu des continents pangéens soudés à l’Afrique orientale
et australe, et de la genèse exclusivement africaine de taxons archaïques
endémiques.
La disjonction, dans le continent africain, de certains genres monta¬
gnards en deux aires séparées par un grand diastème entre une petite aire
occidentale atlantique et l’aire principale orientale, pose des problèmes
d’origine très spéciaux (23). La flore montagnarde du Cameroun et de
certains autres massifs montagneux d’Afrique occidentale et de l’Angola
compte en effet des genres qui appartiennent à la flore montagnarde d’Afri¬
que orientale. Les aires sont aujourd’hui séparées par la forêt dense guinéo-
congolaise imperméable à ces genres orophiles. C’est le cas des genres
Alangium, Ocotea, Olinia, Rhamnus, Sparmannia, Rapanea, Myrica, Croto-
gynopsis, Ternstrœmia, Clutia. Il faudrait ajouter à cette liste le genre
1. Selon O. Hedberg (1957) la flore des plus hautes altitudes de l’Afrique orientale
compte 39 familles, 116 genres et 279 espèces.
Source : MNHN, Paris
— 54 —
Podocarpus. Ce dernier, gondwanien, d’origine australienne, s’est dans sa
migration initiale subantarctique d’abord fixé en Afrique australe puis de
là, en suivant la ligne des hautes montagnes de l’Afrique orientale, il a atteint
l’Éthiopie d’une part et la forêt de Knysna d’autre part. Le rattachement de
l’aire orientale à l’aire occidentale ne peut se comprendre que s’il y eut une
époque où le continent africain aux latitudes actuelles subéquatoriales,
avait un climat tropical tempéré comparable au climat tropical montagnard
actuel, qui permettait alors à une flore de Podocarpus et d’Angiospermes
montagnardes de s’installer dans le centre de l’Afrique. Plus tard l'accen¬
tuation de la tropicalisation du climat de ces régions et l’arrivée de la flore
actuelle concurrente aurait refoulé la flore en place, laquelle n’aurait trouvé
refuge que dans les montagnes de l’Ouest et de l’Est.
Aujourd’hui il existe toujours des espèces communément monta¬
gnardes qui ont en Afrique centrale des aires transversales continues ou
presque. Citons les genres : Myrica, Schefflera, Cussonia, Polyscias, Hetero-
morpha, Ochtocosmus, Pittosporum, Dovyalis. On peut concevoir que les
mêmes facilités ont existé à certaines époques, pour Podocarpus , Olirtia,
Rhamnus, etc. qui leur ont permis de s’installer au Cameroun, comme au
Kenya par exemple.
III. FLORE SÈCHE AFRICAINE ORIENTALE ET AUSTRALE DES
CÉSALPINIÉES (13)
La tribu des Césalpiniées (Eucésalpiniées) a une répartition très parti¬
culière en Afrique, distincte de celle de la sous-famille des Césalpinioïdées
qui domine dans la flore guinéo-congolaise et dans la flore soudano-zambé-
zienne. Ce sont des espèces d’arbres et d’arbustes de pays arides ou sub¬
désertiques. Elles n’existent qu’en Afrique orientale et Afrique australe, et
sont absentes de la flore sèche soudano-zambézienne. En Afrique australe
existent 2 espèces de Peltophorum, 1 Parkinsonia, plusieurs Hoffmanseggia,
1 Hæmatoxylon, 1 Umtiza. En Afrique orientale (Éthiopie, Kenya) :
1 Cordeauxia, 2 Parkinsonia, 2-3 Delonix, 1 Stuhlmania. A Madagascar
2 genres endémiques, Tetrapterocarpon, Colvillea, et plusieurs Delonix.
Le problème de l’origine de cette flore en Afrique est très particulier.
Les aires laurasiennes du genre Gledilschia (U.S.A., Iran, Chine, Japon),
les aires des genres Gymnocladus (U.S.A., Chine), Cercidium (U.S.A.,
Chili), indiquent que l’origine de la tribu est laurasienne avec un centre
américain et un centre asiatique d’où divergèrent du premier les genres
américains tropicaux (8 genres reconnus notamment en République Argen¬
tine) et d’autre part les genres répandus en Asie. Quant aux genres présents
en Afrique du sud certains existent également en Amérique du sud ( Pelto¬
phorum, Parkinsonia, Hoffmannseggia) et il est vraisemblable qu’à l’époque
où les deux continents étaient proches l’un de l’autre ces genres essaimèrent
de l’Amérique du sud en Afrique du sud. Au delà, certains comme Par¬
kinsonia, Peltophorum, « remontèrent » à travers l’Afrique australe vers
l’Afrique orientale, jusqu’en Éthiopie. D’autres enfin atteignirent Mada-
Source : MNHN, Paris
— 55 —
gascar venus du N-E africain à une époque où l’île était vraisemblablement
soudée au continent plus au nord que sa position actuelle. Il y aurait eu
en Afrique dans cette hypothèse un double mouvement floristique à sens
opposés de Césalpiniées, l’un « descendant » du nord affectant l’Éthiopie
et Madagascar, l’autre provenant du sud de l’Amérique du Sud « remontant »
de l’Afrique du sud à l’Afrique orientale.
L’exclusivisme dans la répartition en Afrique orientale des Césalpiniées
est simplement atténué par l’existence sur le littoral atlantique de lianes
du genre pantropical Cæsalpinia et d’espèces ripicoles du genre Bussea
dont le centre de dispersion est cependant dans l’Afrique orientale sèche.
Certaines Césalpiniées ne sont pas seules à migrer depuis une aire de
dispersion américaine en Afrique du sud puis de là dans l’Afrique de l’Est
et du nord-est. La famille des Loasacées américaine, et surtout chilienne,
comprend dans le Sud-ouest africain aride un xérophyte du genre Kissenia,
dont une espèce disjointe s’étend sur la Somalie et le Yémen.
Le courant migrateur d’une flore xérophytique issu de l’Afrique du
sud-est est bien marqué dans la tribu des Stapéliées (Asclépiadacées) dont
la densité générique et spécifique décroit de la République sud africaine
(14 g., 180 sp.) à l’Afrique orientale (10 g., 60 sp., au Kenya), et se répand
en Asie tropicale sèche avec un petit nombre d’espèces (Arabie du sud,
Inde, et secteur aride au centre de la Birmanie où il s’éteint n’ayant plus
qu’un genre et 2 espèces). Un seul genre diverge en Afrique occidentale
et au Sahara, Caralluma (9 sp.) au port cactoïde, touchant même le sud de
l’Espagne.
Contribution de l’auteur a la phytogéographie actuelle
ET ANCIENNE DE L’AFRIQUE TROPICALE
1. (1932) — La forêt de la Côte d’ivoire. Bull. Com. Et. hist. et Sc. de l'A.O.F.
2. (1936) -— Flore forestière de la Côte d’ivoire. 3 vol. in 4°, 893 p., 2° éd. 1958.
3. (1937) — Remarques écologiques sur la distribution géographique de quelques
espèces d'Acacia en Afrique occidentale. Rev. Bot. Appl. et d’Agr. Trop.
4. (1938) — La forêt coloniale. Ac. Ss. Col., 1 vol. in 4°, 238 p.
5. (1939) — Forêts reliques en A.O.F. Rev. Bot. Appl., 14 p.
6. (1947) — La Casamance. Agr. Trop.
7. (1947) — Les brousses secondaires en Afrique équatoriale. Bois et Forêts des
Tropiques.
8. (1948) — Etude sur les forêts de l'Afrique équatoriale française et du Cameroun.
1 vol-, 131 p.
9. (1949) — Climats, Forêts et Désertification de l’Afrique tropicale. 1 vol., in 4°, 351 p.
10. (1949) — Contribution à la paléohistoire des forêts de l’Afrique tropicale. 1 vol.,
98 p.
11. (1950) — Flore forestière soudano-guinéenne. 1 vol. in-4°, 523 p.
12. (1955) —La disjonction africaine dans la flore forestière tropicale. C. R. Soc. Biogéo. :
42-49.
13. (1956) —■ Répartition des Eucaesalpiniées et leur disjonction Ouest-Africaine. C. R.
Soc. Biogéo. : 70-82.
14. (1957) — Échos du Congo Belge. Bois et Forêts des Trop. : 28-39.
15. (1957) — A la recherche de la forêt de la Côte d'ivoire? Bois et Forêts des Trop.
56 : 17-47.
Source : MNHN, Paris
— 56
16. (1959) — Étude comparée de la famille des Légumineuses dans la flore de la forêt
équatoriale africaine et dans la flore de la forêt amazonienne. C. R. Soc.
Biogéo. 314 : 43-57.
17. (1962) — Savanisation tropicale et glaciations quaternaires. Adansonia, ser. 2, 2
(1) : 16-84.
18. (1964) — Problèmes de la mangrove d’hier et d’aujourd’hui. Adansonia, ser. 2, 4
(1) : 19-23.
19. (1964) — Végétation et flores comparées dans l’Inde et l’Afrique tropicale. Adan¬
sonia, ser. 2, 2 (1) : 16-94.
20. (1965) — Principes d’une systématique des formations végétales tropicales. Adan¬
sonia, ser. 2, 4 (2) : 153-196.
21. (1966) — Les lisières forêt-savane des régions tropicales. Adansonia, ser. 2, 6 (2) :
175-187.
22. (1969) — Essais sur la distribution et l’histoire des Angiospermes tropicales dans
le monde. Adansonia, ser. 2, 9 : 189-247.
23. (1970) — A propos de la spéciation dans les forêts tropicales. Adansonia, ser. 2,
10 (3) : 301-307.
24. (1971) — Le Pacifique centre d’origine, d’évolution et de distribution des Angio¬
spermes d’après Albert C. Smith. Adansonia, ser. 2, 11 (4) : 593-598.
25. (1971) — La flore saharo-lybienne tropicale d’après Paul Louvet. Adansonia,
ser. 2, 11 (4) : 583 : 592.
26. (1971) — Paléogéographie du mésozoïque et histoire des premières Angiospermes
d’après David Axelrod. Adansonia, ser. 2, 11 (4) : 599-602.
27. (1972) — Étude phytogéographique de la famille des Sapotacées malgaches dans le
cadre géographique africain. Adansonia, ser. 2, 12 : 55-59.
28. (1973) — Déclin des genres de Conifères tropicaux dans le temps et l’espace. C. R.
Acad. Sc. Paris, 276 : 717-720; et Adansonia, ser. 2, 13 : 5-35.
29. (1973) — Distribution des Conifères dans la Pangée, Essais. C. R. Acad. Sc. Paris.
276 : 1973-1976; et Adansonia, ser. 2, 13 : 125-133.
30. (1974) — Nouvelle théorie des origines polytopiques des Angiospermes tropicales
C. R. Acad. Sc. Paris 278 : 245-247; Les Origines des Angiospermes, l re partie
Adansonia, ser. 2, 14 : 5-27; Origines polytopiques des Angiospermes tropi¬
cales, 2 e partie. Adansonia, ser. 2, 14 : 145-198.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 57-64, 1975
ESSAIS DE GÉOPHYLÉTIQUE DES BOMBACACÉES
par A. Aubréville
Axelrod (8) dénombre 31 genres et environ 225 espèces de Bom-
bacacées, réparties entre 4 tribus endémiques en Amérique tropicale,
une en Asie du sud-est, archipel malais et quelques intrusions en Nouvelle-
Guinée, et une pantropicale principalement américaine. La richesse floris¬
tique des Bombacacées américaines, fait mieux ressortir la pauvreté afri¬
caine, et l’individualité de l’Asie du sud-est. Nous nous proposons d’exa¬
miner de plus près cette distribution mondiale disharmonique, en tenant
compte d’une part de notre théorie sur l’origine des Angiospermes exposée
récemment et d’autre part des mêmes critères de l’évolution floristique
retenus dans nos études sur la phylétique de la famille des Sapotacées (9).
C’est un premier essai concret d’application de la théorie à la géophylé-
tique d’une famille tropicale.
Attirons d’abord l’attention sur le caractère exclusivement tropical
de la famille. Aucune espèce n’est signalée dans la zone tempérée marquant
une transition entre les deux flores, tempérée et tropicale, contrairement
à ce qui est fréquent chez d’autres familles tropicales.
Sans fossiles il est impossible de se représenter ce que furent les proto¬
tribus de Bombacacées issues du foyer phylétique de la bande équatoriale
laurasienne. Cependant la persistance des Bombacacées dans l’extrémité
de l’ancienne Laurasie, Est-asiatique et Malaisie, permet de distinguer
quelques groupes primitifs parmi les plus archaïques. Ils constituent les
phylums des Durionées qui n’ont aucun représentant dans les autres conti¬
nents. A côté d’eux quelques espèces du genre Bombax prolongent à l’ex¬
trême Est la famille pantropicale des Adansoniées.
Il est difficile de relier par application d’une évolution raisonnée ces
phylums des Durionées aux autres phylums de Bombacacées. Ils sont
très évolués mais chronologiquement leur place par rapport au genre Asia-
tico-malais Bombax, qui partage leur aire géographiquement mais en est
morphologiquement très éloigné, est incertaine.
De quels critères pouvons-nous disposer pour décider du plus ou
moins haut degré d’évolution des groupes floristiques. Reprenons ceux que
nous avons accepté pour la famille des Sapotacées c’est-à-dire : la réduc¬
tion du nombre des pièces florales, pétales et surtout étamines, la tendance
à la soudure des pièces homologues dans chaque cycle de l’organisation
Source : MNHN, Paris
— 58 —
Fig. 2. -— Dispersion des Bombacacées (d'après Croizat) à partir d'un centre antartique.
Source : MNHN, Paris
— 59 —
florale, la diminution du nombre des ovules, d’une façon générale la ten¬
dance vers la régularité et la symétrie.
Ce sont surtout les androcées qui chez les Bombacacées ont des carac¬
tères évolutifs remarquables. Ils pourraient être le fondement d’une clé de
classification phylétique. Les étamines sont généralement nombreuses,
plus rarement en petit nombre défini, les filets sont ou libres ou longuement
soudés en phalanges et souvent en tube. C’est le cas des genres Durio (25 sp.),
Boschia (6 sp.) qui ne diffèrent que par les déhiscences des anthères, par
fentes chez le premier, par pores chez le second. Le genre indien Cullonia
(2 sp.) est le plus évolué de ce phylum par l’absence de pétales et le long
tube staminal à l’extrémité duquel se serrent de très courts filets staminaux
porteurs chacun de 3 anthères. Géographiquement il est situé à l’extrémité
occidentale de l’aire des Durionées, à Ceylan et dans l’Est de l’Inde.
Cependant ce caractère évolutif de la soudure des filets des étamines
en phalanges ou en tubes plus ou moins longs, n’a pas été retenu dans la
systématique des Durionées. Le genre Durio par exemple réunit des espèces
montrant tous les passages entre un groupement d’étamines libres, à un
groupement par phalanges et aussi à un tube staminal portant des anthères
à son sommet. Si ces modes de soudure, résultant cependant d’une évolu¬
tion normale devaient être retenus comme critères de genres, le genre Durio
devrait être décomposé en nombreux genres secondaires.
Un autre phylum de Durionées rassemble des petites étamines nom¬
breuses à très courts filets formant une petite couronne à la base de l’ovaire.
Elles ont une seule anthère à 2 loges ( Neesia , 8 sp.) ou 2 anthères (Cœloslegia,
5 sp., Kostermansia, 1 sp.).
Tous ces phylums ont en commun beaucoup de caractères remar¬
quables qui sont donc ceux de la famille des Durionées : fleurs couvertes
d’écailles peltées, présence d’un épicalyx, feuilles simples, à la face inférieure
couverte également d’écailles peltées, fruits capsulaires à 5 valves, épineux
ou réticulés-tuberculés en surface, graines arillées ou non. Ce sont ces
caractères de la feuille, de l’épicalyx et du fruit épineux qui définissent le
mieux la tribu des Durionées; les exceptions sont peu nombreuses.
Un troisième phylum rapprochera le genre Camptostemon (2-3 sp.)
qui habite la mangrove malaise, à capsule non épineuse à 2 valves, à 1-2
graines logées dans une bourre laineuse, anthères groupées au sommet
du tube staminal, et le genre Papuodendron (2- 3 sp.) à fruits à 5 valves.
Nous examinerons le cas du genre Bombax voisin de station des
Durionées en Indo-Malaisie dans l’étude générale des Adansoniées.
En Amérique tropicale, nous comptons 5 tribus, 22 genres, 159 espèces.
La systématique de certaines de ces bombacacées est encore indécise. De
nombreux genres (9 g.) sont monospécifiques ou paucispécifiques. Les
Matisiées (8 genres) sont très évoluées avec une longue colonne staminale
au sommet de laquelle se groupent des anthères sessiles bilobées, en nombre
indéfini. Les feuilles sont simples sauf chez Bernouillia (trifoliolées, 1 sp.)
et Huberodendron (unifoliolées, 2 sp.).
Le mode de groupement des anthères différencie les genres. Chez
Quararibea (12 sp.) la colonne staminale porte à son sommet un seul épi
Source : MNHN, Paris
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d’anthères. Chez Ochroma (11 sp. ou 1 seule avec des variétés selon les
botanistes), Patinoa (2 sp.) et Bernouillia (2 sp.) elle est fendue à son som¬
met, donnant un aspect zygomorphique à la fleur.
Les fruits sont capsulaires ou bacciformes; les graines sont entourées
d’une bourre laineuse {Patinoa), ou de kapok (Ochroma), ou ailées Ber¬
nouillia, Huberodendron).
La tribu cohérente des Matisiées mais imparfaitement connue se divise
donc en plusieurs phylums mal définissables.
Le phylum de la tribu des Ceibées réunit des genres assez bien carac¬
térisés par leurs fruits capsulaires à kapok, rappelant ceux des Adansoniées.
Le caractère évolutif qui les rassemble est le nombre défini, jusqu’à 15, des
étamines, réunies en un tube à la base, et les feuilles digitées. Les troncs
sont parfois énormes ( Ceiba (10 sp.), Chorisia (9 sp.)). Ce type d’un long
tube staminal terminé par quelques anthères sessiles, pourrait faire consi¬
dérer le genre Chorisia comme le plus évolué non seulement du phylum
des Ceibées mais de celui des Adansoniées. 11 faut noter ici que les Chorisia
habitent essentiellement le sud de l’Amérique du sud et qu’ainsi leur aire
géographique se distingue notablement de celles des genres qui sont surtout
groupés en Amérique centrale et dans le nord de l’Amérique du sud, et
même des genres plus spécialement amazoniens.
Les Adansoniées, de beaucoup les plus nombreuses, comprenant les
genres Pachira (2 sp.), Pseudobombax (20 sp.), Bombacopsis (20 sp.), Rhodo-
gnaphalopsis (9 sp.), Eriotheca (20 sp.), constituent pour nous une Alliance.
Robyns dans sa monographie récente (7) du genre Bombax s.l., ne les
distingue dans sa clé que par des caractères fondés sur la palynologie et
la blastologie. Toutefois Pseudobombax a des folioles inarticulées; elles
sont articulées chez tous les autres genres voisins. Parmi ces derniers Bombax
a un calice caduc après anthèse; chez les genres voisins il est persistant ou
accrescent. L’analyse morphologique ne va pas au-delà.
Le mode de soudure des filets des très nombreuses étamines, paraît
à priori être un critère commode de séparation de ces genres. Mais il n’est
pas toujours constant dans chacun d’eux. Chez Eriotheca par exemple,
le tube staminal est, selon les espèces, tantôt court, mais chez d’autres c’est
un véritable tube allongé. Tous ces genres ont en commun le fruit capsulaire
et les graines enrobées de kapok. C’est un caractère de l’Alliance dont il
faut toutefois distraire le genre bispécifique Pachira remarquable par ses
fleurs extraordinaires mesurant jusqu’à 35 cm de long, et par ses capsules
sans kapok, à graines peu nombreuses enrobées dans la partie charnue de
l’endocarpe. Son aire est limitée du sud du Mexique au nord de l’Équateur
(Équateur, N. Pérou, N. Brésil (Para, Maranhao). C’est pour nous le ber¬
ceau du genre le plus primitif des Adansoniées américaines.
Les autres genres de l’Alliance ont également de grandes fleurs multi-
staminales. Celles d 'Eriotheca peuvent atteindre 5,5 cm de long d’après
Robyns, et celles de Bombacopsis 25 cm.
Gyranthera (2 sp.) est un élément proche du phylum des Adansoniées
par ses feuilles digitées, proche de Eriotheca par son long tube staminal;
mais l’évolution l’en éloigne avec ses graines ailées et donc l’absence de
Source : MNHN, Paris
— 61 —
kapok. Au-delà, chez des tribus à feuilles simples, les systématiciens ont
encore séparé deux tribus Cathostémmatées (2 g., Aguiaria, Cathostemma)
et Hampées (3 g., Hampea, Scleronema, Cavanillesià). Elles sont imparfaite¬
ment définies et il est difficile de proposer leur place dans des chaines évolu¬
tives vraisemblables. Les étamines sont nombreuses à filets bien distincts,
soudés en tube à la base. Les feuilles sont simples, plus rarement palmati-
lobées. Cavanillesia (5 sp.), bien caractérisé, à des fruits ailés renfermant
une seule graine dans une pulpe molle, et un tronc monstrueux renflé
comme ceux des Adansonia et ChoriSia. Il marque une transition avec les
Adansoniées.
Nous venons d’examiner l’aire géographique des Bombacacées à ses
deux extrémités. Nous y trouvons deux ensembles très différents, très
évolués, l’un en place en Indo-Malaise depuis la Laurasie, l’autre en Amé¬
rique, originaire aussi de la Laurasie mais détaché de sa partie occidentale
qui était située au nord des U.S.A. Entre les deux il y a l’Afrique et un
nouvel exemple de la disjonction africaine fréquente chez les angiospermes.
Les quelques Bombacacées présentes en Afrique posent des problèmes
de chorologie très intéressants.
La tribu des Ceibées est américaine. Le genre Ceiba à lui seul compte
10 espèces dont le Ceiba petitandra, un arbre géant, le plus grand de la
« varzea » amazonienne. Son aire s’étend des Antilles et de l’Amérique
centrale à l’Amazonie. Ce C. pentandra, le fromager des africains, est
également très répandu en Afrique occidentale et centrale dans la forêt
dense humide guinéo-congolaise. Il est surtout présent dans les vallées
cultivées et au bord des fleuves. Il ne fait pas partir de la flore de la forêt
« vierge ». C’est manifestement une espèce de forêt secondaire que l’effica¬
cité et la puissance de dissémination de ses graines à kapok rendent très
envahissante. L’espèce est certainement spontanément venue de l’Amérique
du sud, mais elle n’a pris une grande extension dans l’Afrique occidentale
humide qu’à la suite de l’occupation humaine et du défrichement de la
grande forêt. Elle n’existe pas dans l’Afrique sèche, ne tolérant pas les feux
de brousse. Sur l’époque de son introduction, relativement récente ou
témoin de l’ancienne liaison des deux continents, nous ne pouvons émettre
d’opinion.
Le genre Bombax de la tribu des Adansoniées est représenté par
2 espèces, l’une B. buonopozense (et des variétés) est répandue dans toute
la forêt dense humide guinéo-congolaise. En zone soudanienne au nord
de la forêt humide existe une autre espèce B. costatum (et des variétés),
petit arbre des savanes boisées. C’est une espèce vicariante, écophylétique
de la première, que nous considérons comme une des traces vivantes de la
« descente » du nord au sud en Afrique de l’antique flore laurasienne. Le
genre Bombax est surtout de l’Est-asiatique et de la Malaisie. Son aire
générale va de l’Inde et Ceylan à la Nouvelle-Guinée; on y dénombre
6 espèces. Il est donc caractéristique de la flore laurasienne extrême orientale.
L’espèce africaine appartenait primitivement à cette même flore.
Le genre Bombax fait floristiquement partie de l’Alliance des Bomba¬
cacées que nous avons signalée à propos des Bombacacées américaines, mais
Source : MNHN, Paris
— 62 —
contrairement aux autres genres de l’Alliance, son individualité est très
marquée, aussi il se sépare aisément.
Le genre Rhodognaphalon appartient à la famille des Adansoniées.
C’est également un grand arbre dont l’aire paraît découpée en deux parties.
L’une occidentale avec 2 espèces correspond aux secteurs maritimes de la
flore guinéo-congolaise du Libéria à l’embouchure du Congo. La seconde
séparée de la première, compte 4 espèces d’arbres des forêts claires de
l’Afrique orientale, du Kenya au Mozambique. Ce genre, comme le genre
Bombax, est affilié à l’Alliance des Bombacacées américaines déjà signalée.
11 est très proche du genre Rhodognaphalopsis américain. Robyns ne le
sépare pratiquement que par des différences dans la pubescence, poils en
bouquets chez le premier, poils écailleux ou étoilés chez le second. Pour
nous incontestablement, le genre africain dérive d’un genre américain.
Comment la séparation s’est-elle produite? On pense au Bombax africain
dérivé d’un ensemble laurasien extrême oriental. Mais le rapprochement
n’est pas possible. Rhodognaphalon n’a pas de correspondant asiatique. Au
surplus, il n’a aucun représentant dans la flore soudanienne qui témoigne¬
rait d’une migration laurasienne, comme c’est le cas du Bombax africain. Il
n’y a plus d’autre explication que d’admettre que ce genre africain est une
relicte du temps où l’Afrique et Amérique étaient liées dans le Gondwana.
Reste à examiner le cas de l’extraordinaire genre Adansonia qui a
donné son nom à la tribu des Adansoniées. Le genre est africain, surtout
malgache, et australien. En Afrique, c’est l’arbre le plus caractéristique
de la flore sèche soudano-zambézienne, par sa taille impressionnante
dans les savanes et même dans certaines forêts sèches ; c’est le « baobab »
répandu dans toute l’Afrique sèche du Sénégal au Kalahari, et de l’Océan
Atlantique à l’Océan indien. L’espèce A. digitala est unique en Afrique
continentale. L’écorce et le fruit, ayant de nombreux usages parmi les
anciennes populations il est probable qu’elle fut disséminée très ancienne¬
ment déjà par l’homme.
Madagascar surprend avec ses huit espèces de grands Adansonia,
dont A. digitata. Ils se trouvent dans les secteurs occidentaux de l’île,
dans une végétation xérophytique de forêts décidues. 11 semble évident que
le genre a une origine malgache. Il déborde aussi dans l’Australie du Nord,
témoignant ainsi des attaches pangéennes de Madagascar et de l’Australie.
Floristiquement c’est une Adansoniée, mais très différente des Adan¬
soniées américaines. Elle est très primitive avec son énorme fleur, bouquet
dense d’étamines reliées à la base en un fort tube staminal. Les feuilles sont
digitées. Le fruit est indéhiscent et contient des graines enveloppées dans
une pulpe, comestible quand elle est fraîche, dure comme la craie en vieillis¬
sant. Les sépales sont libres ou presque, à l’opposé du calice entier ou
presque des Adansoniées.
Nous n’avons aucun argument permettant de relier à aucun autre
ce genre malgache. Faute d’autres informations nous le considérons pro¬
visoirement comme un genre gondwanien formé à l’époque où Madagascar
occupait une position plus septentrionale, accolée au continent africain, à
l’Inde et à l’Australie. Rien n’empêche cependant que son origine soit
Source : MNHN, Paris
TABLEAU SYNOPTIQUE DES PHYLUMS DE LA FAMILLE DES BOMBACACÊES 1
Amérique du Sud : 159 sp.
Feuilles simples, Capsules
sans kapok (exc. Ochroma)
Alliance
Malisiées 32 sp. «—
- Matisia, Quararibea, Patinoa,
Pragmatheca, Septotheca
- Bernouillia, Huberodendron
- Ochroma (capsule à kapok)
- Catostemmatées 5 sp.
- Catostemma, Aguiaria
Hampées 24 sp.
Scleronema, Cavaniliesia,
Hampea
Feuilles digitées.
Capsules a kapok
Adansoniées 76 sp.
Pachira (pas de kapok)
I
Bombacopsis
Pseudobombax
Rhodognaphalopsis —>
I_Eriotheca
Ceibées
Ceiba-
Neobuchia (1 sp. Haïti)
Chorisia
Gyranthera (?) gr. ailées
Adansoniées Adansoniées j Adansoniées
Bombax 2 sp. <-1 I— Bombax 6 sp.
Adansonia 1 sp.<-Adansonia-^
Australie 2 sp.
Rhodognaphalon 6 sp. Durionées 45 sp.
- Durio, Boscia, Cullenia
- Neesia, Coelostegia, Koster-
mansia
- Camptostemon, Papuodendron
1. Deux genres parfois rattachés aux Bombacacées, Humbertiella de Madagascar, Maxwellia de la Nouvelle-Calédonie appartiennent plutôt
à d'autres familles (Malvacées!).
Source : MNHN, Paris
— 64 —
laurasienne, et qu’elle soit à rechercher dans le centre laurasien européo-
asiatique, de même que celui d’où s’est échappée l’espèce africaine de Bombax.
Une migration du proto-Adansonia à travers le nord-est de l’Afrique, serait
très plausible, puisque nous avons supposé que File malgache au crétacé
était située à la hauteur de l’actuelle région somalo-kenyenne, très au nord
de sa position actuelle. Nous reviendrons sur Madagascar dans une autre
note.
La quasi disjonction africaine dans le cas de la famille des Bomba-
cacées s’explique simplement soit par la pauvreté en souches de Bomba-
cacées dans le centre laurasien europeo-asiatique, soit dans des obstacles
au passage vers le sud au travers de la Mésogée.
Bibliographie récente spéciale aux Bombacacées
1. Ign. Urban. — Arkiv for Botanik 22 (3) : 101 (1929).
2. Cuatrecasas. — Palinoa. Rev. Bot. Appl. 306 (1953).
3. Kostermans A.J.G.H. — The Genus Durio. Reinwardtia 4 (3) : 47-153 (1958).
4. Soegeng Reksodihario W. — Reinwardtia 5 (1) : 1-9 (1959).
5. Soepadno. — Monographie du genre Neesia. Reinwardtia 5 (4) : 481-508 (1961).
6. Robyns A. — Rev. Jard. Bot. État Bruxelles 33 : 28 (1963).
7. Robyns A. — Essais de monographie du genre Bombax s.l. Bull. Jard. Bot. État
Bruxelles 33 : 1-2, 1-312 (1963).
8 Axelrod. — Mesozoic paleogeography angiosperm history. The Botanical Review
(1970).
9. Aubréville. — Géophylétique florale des Sapotacées. C.R. Acad. Sc. Paris 276 :
2641-2644 et Adansonia 13 (3) : 255-271 (1973).
10. Aubréville. — Origines polytopiques des Angiospermes tropicales. Adansonia
14 (1); 14 (2) (fig. 45, 46, 47) (1974).
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 65-88, 1975.
TAXOGÉNÉTIQUE : ÉTUDE SUR LA SOUS-TRIBU
DES MITRAGYNINÆ (RUBIACEÆ-NA UCLEEÆ)
par Jean-François Leroy
Summary: According to Haviland (1897) the genus Mitragyna is composed of
two sections. Here is established that one of them is a genus of its own. This new
genus, named from Nicolas Halle Hallea is represented by three species distributed
throughout the rain forest in tropical Africa : H. stipulosa (DC.) Leroy, H. ciliata (Aubr.
& Pell.) Leroy, H. rubroslipulaia (K. Schum.) Leroy. This genus is of great interest on
account of several characters, in particular of its development pattern which is monopodial.
In contrast with Hallea, the genus Mitragyna exhibits a sympodial pattern of development;
its only species in Africa, with calyptrated stipules, is not closely related to Hallea species.
The origin of Hallea is to be looked for, not in Mitragyna, but in some primitive ancestor
from which Mitragyna also originated. The two généra, perhaps with Uncaria, represent
a very natural and singular subtribe of Naucleæ.
Dans sa monographie toujours classique sur les Naucléées (1897),
Haviland distinguait deux sections dans le genre Mitragyna. Section 1 :
six espèces dont cinq indo-malayo-pacifiques et une africaine (M. inermis
(Willd.) G. Kuntze). Section 2 : deux espèces africaines : M. macrophyüa
Hav., M. rubrostipulata (K. Schum.) Hav. (nommée par erreur M. rubros-
tipulacea). Une coupure que nous considérons comme essentielle était ainsi
reconnue, fondée sur un ensemble remarquable de caractères :
— Feuilles relativement petites dans l’ensemble; pétales dorsalement
glabres; anthères réfléchies; gorge de la corolle pubescente; stigmate
oblong, dans la section 1.
— Feuilles grandes; pétales dorsalement pubescents et prolongés par
un appendice glabre, cylindrique, caduc; anthères non réfléchies; gorge
de la corolle glabre; stigmate court, dans la section 2.
Ces excellentes observations (PI. 1) qui ouvraient la voie de recherche
que nous empruntons aujourd’hui, trois quarts de siècle après Haviland,
posaient un problème taxonomique. En effet, l’existence de deux espèces,
propres à l’Afrique, présentant en commun un complexe caractériel naturel
d’au moins quatre-cinq composantes singulières indiquait une taxogenèse
déjà puissante \ Haviland, en n’exprimant la dichotomie que par la création
I. Nous proposons le terme de Taxogénétique pour désigner la science traitant de la
genèse des taxons (espèces, genres, tribus, etc.) ou taxogenèse : c’est une taxonomie de dynamique
phylétique; la taxonomie classique en est un chapitre. Elle couvre en particulier la spéciation.
On pourrait dire aussi Taxogénie, comme on dit souvent Ontogénie ou Phylogénie, terme
qui a l’avantage de ne prêter à aucune confusion avec la génétique, mais il a deux inconvé¬
nients : 1) aucun autre nom de science n’est formé sur le même principe; 2) il n’exprime pas
que l'étude des mouvements taxogènes fait finalement partie d’une génétique sensu tatissimo.
Source : MNHN, Paris
— 66 —
de sections, ne sous-estimait-il pas cette puissance? Les faits semblent
patents : le groupe africain à la fois très naturel et bien différencié dans une
aire vaste et hétérogène doit remonter à une haute antiquité. D'ailleurs
Haviland lui-même l’avait noté : « the true africain species M. macrophylla
and M. rubrostipulacea are quite different from the Asian species, and
must hâve been separated from them for a long time ». Hypothèse qu’est
venu renforcer la mise au jour du Mitragyna ciliata (Aubréville & Pelle-
grin, 1936), très belle espèce des milieux marécageux de la forêt équatoriale,
confondue par Haviland avec une autre espèce, M. stipulosa (DC.) G.
Kuntze, sous le nom de M. macrophylla.
Ayant soupçonné l’existence d’une discontinuité profonde, nous avons
procédé à un approfondissement de l’analyse, laquelle nous a fait découvrir
plusieurs caractères majeurs et discriminatoires. En conséquence nous
proposons de donner à la section 2 de Haviland le statut de genre, lequel
sera nommé Hallea en hommage à Nicolas Halle, auteur de deux beaux
ouvrages sur les Rubiacées du Gabon.
HALLEA J.-F. Leroy, gen. nov.
Hallea geitus novum Mitragynæ Korth. affine a qua foliis majoribus, corolla fattce
glabra, petalis extra pubescentibus, in appendices glabras, cylindricas, caducas terminan-
libus. antheris inclusis, erectis, haud extra reflectis, stigmate submitriformi , breviore,
ramis floriferis axillaribus, crescentia monopodiali, stipulis semper liberis v. non nisi base
connatis differt.
Species typica: Hallea stipulosa (DC.) Leroy, comb. nov.
Le genre Hallea comprend trois espèces :
H. stipulosa (DC.) Leroy, comb. nov.
— Nauclea stipulosa DC., Prodr. 4 : 746 (1870); Type : Leprieur s.n., riv. Gambie
près d'Albreda, 1829 (P!).
— Mitragyna stipulosa (DC.) G. Kuntze.
H. ciliata (Aubr. et Pell.) Leroy, comb. nov.
— Mitragyna ciliata Aubréville et Pellegrin, Bull. Soc. Bot. Fr. 83 : 36 (1936);
Type : Aubréville 877, Côte d’ivoire (PI).
H. rubrostipulata (K. Schum.) Leroy, comb. nov.
Adina rubrostipulata K. Schum., Engler Pflanzenw. Ost. - Afr., Theil C : 378
(1895). Syntypes : Vol ken s 1583, Landschaft Kiboscho Sinas Borna, Steppe
am Ouare; Stuhlmann 1151, 1566
— Mitragyna rubrostipulata (K. Schum.) Hav.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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FONDEMENTS DU GENRE H ALLE A
I
La reconnaissance de deux complexes caractériels par Haviland en
1897 justifiait à nos yeux celle de deux genres, le caractère naturel de l’un
et l’autre étant renforcé par la ségrégation géographique. 11 y a deux types
de fleurs bien distincts, et si chacun des caractères de section pris isolément
peut paraître faible il n’en est pas moins singulier au même titre que leur
ensemble. La valeur taxonomique est donc double.
Mais la faiblesse elle-même du caractère relève d’une appréciation
parfaitement subjective :
Pubescence dorsale des pétales. — Elle représente une véritable
coiffe du bouton floral et le rôle de protection dans le capitule double celui
des bractéoles; ce rôle, comparable à celui des bractéoles, ou, chez le
Neonauclea à celui des lobes spécialisés des sépales, se retrouve dans le
genre Uncaria de la même sous-tribu des Mitragyninées. La partie glabre
de la corolle (tube et base des pétales) résulte d’une croissance différentielle
touchant la partie du bouton cachée par le calice.
Appendice apical des pétales. — II n’a peut-être aucune fonction
mais sa présence chez trois espèces peut laisser supposer au moins une
corrélation fonctionnelle importante. A moins que le rôle de protection
ne soit direct. Il semble, en effet, que l’appendice soit partie intégrante de
l’ensemble apical du pétale à parois épaisses et en capuchon. La protection
est bonne aussi chez le Mitragyna où un capuchon à parois très épaisses
est constitué, mais glabre et sans appendice.
Stigmate. — La morphologie comparative du stigmate montre que la
similarité exprimée par le terme de mitriforme n’est qu’apparente. Sans
doute Haviland attachait-il beaucoup d’importance à la variation stigma-
tique dont il tirait l’un de ses caractères de niveau générique, mais il n’a pas
poussé assez loin encore l’analyse.
Dans la sous-tribu des Mitragyninées, où il ne voit qu’un seul genre
il y a deux types de stigmate : chez Hallea le stigmate est court, ové-tronqué
ou subglobulaire, entièrement papilleux et seulement submitriforme, avec
de légères variations dans le contour et dans la taille selon les espèces.
Chez Mitragyna il est oblong et porte deux aires papilleuses, l’une au som¬
met, l’autre à la base; il est nettement mitriforme, et l’on perçoit à des
détails — sommet et base bilobés — qu’il est composé de deux parties.
C’est une structure parfaitement caractérisée et singulière, quoique bien
diversifiée au niveau spécifique, en rapport avec l’organisation de l’androcée
et le mécanisme ixoroïde de fécondation. Si l’unité de type est assez frap¬
pante dans l’un et l’autre genre (PL 1), il faut noter 1) une diversification
stigmatique de niveau spécifique faible chez Hallea, forte chez Mitragyna:
2) un type de stigmate quelque peu transitionnel, quoique essentiellement
mitragynien, chez M. parvifolia. Le stigmate halléien a une capacité remar¬
quable de rétention du pollen sur toute sa surface.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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Bouton floral. — Il est plus allongé chez le Mitragyna que chez les
Hallea : et cela en rapport avec le sommet très épais des pétales et le carac¬
tère oblong du stigmate.
Étamines. — L’agencement et le mécanisme des étamines en relation
possible avec la pubescence intérieure de la corolle forment un système
assez complexe chez le M. inermis et les espèces voisines. La gorge de la
corolle y est très pubescente, les anthères ont un court filet, les pétales sont
longs, très épais au sommet, et de consistance moins ferme dans leur moitié
inférieure. Chez Hallea les pétales sont épais, et s’ouvrent peu. Tout cela
serait à observer de près sur le vivant.
Mais quel que soit le rôle biologique de ces caractères, le taxonomiste
fait le constat pur et simple de deux blocs de corrélations dont la représenta¬
tion plurispécifique montre la constance et l’ancienneté héréditaires.
L’existence de deux genres à préfloraison valvaire indique le niveau
élevé de ce caractère : non pas niveau de genre, mais de sous-tribu, et, si
l’on tient compte d’autres caractères, sous-tribu fort singulière. En mainte¬
nant ses « Mitragynées » monotypiques, Haviland n’a pas su échapper à la
tyrannie du caractère fort de la préfloraison valvaire, et il en a finalement
réduit l’amplitude.
II
L’existence de trois espèces dans le genre Hallea donne la mesure de la
taxogenèse. La seule espèce africaine du genre Mitragyna sensu stricto,
M. inermis, est un petit arbre à feuilles réduites des zones soudaniennes de
l’Afrique tropicale depuis le Tchad jusqu’à la Mauritanie et le Sénégal;
il ne pénètre guère dans la forêt dense humide.
Bien différenciées, les quatre espèces des deux genres (PI. 1 à 5)
occupent des aires souvent parfaitement distinctes, et s’insèrent dans des
écosystèmes différents. Voici quelques données écogéographiques sur ces
espèces : toutes peuplent les endroits humides, les marécages, les vallées
inondables.
Les Hallea stipulosa et ciliata sont de grands arbres à fût droit pouvant
atteindre 35 m; on les appelle Abura (nom du Nigeria), Bahia en Côte
d’ivoire, et le bois en est commercialisé. Très souvent, ils forment des
peuplements presque purs. Le H. stipulosa est établi dans les galeries
forestières de la zone guinéenne au Sud (Angola, Congo) et au Nord de
l’Équateur, parfois en mélange en limite d’aire (Man, Côte-d’Ivoire) avec
le H. ciliata. Cette dernière espèce appartient, selon Aubréville, à la forêt
dense équatoriale : Liberia, Côte-d’Ivoire, Cameroun, Gabon, Mayombé.
« Le bois du Mitragyna stipulosa est à grain plus fin et d’une densité plus
grande que celui de l’autre espèce », écrit Aubréville. Et il ajoute que ces
arbres « sont intéressants au point de vue forestier car ce sont des espèces
grégaires à grand pouvoir envahissant ». D’après White (1962), le M. sti¬
pulosa, avec ses racines en pneumatophores, est le plus grand arbre des
forêts marécageuses à Syzygium owariense, S. cordatum, Xylopia æthiopica
Source : MNHN, Paris
71 —
en Rhodésie. Nous avons nous-même été impressionné par la taille de ces
Rubiacées dans les forêts marécageuses de Côte-d’Ivoire.
Le H. rubrostipulata, espèce prise par K. Schuman (1895) pour un
Adina , est un petit arbre qui se rencontre en altitude jusqu’à 2 200 m en
Afrique orientale (lac Albert, Kivu, Ruanda, Burundi, Ruwenzori, Tan-
ganyika). C’est une espèce très nettement caractérisée, notamment par le
calice à cinq grands lobes, sublobés aux sinus, les stipules souvent incom¬
plètement soudées en position extrapétiolaire.
Apparemment, et sans doute réellement, il n’y a aucun rapport direct
de parenté entre le Mitragyna inermis et le Hallea : hypothèse que renfor¬
cent l’isolement géographique et la différenciation écologique.
Source : MNHN, Paris
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III. DEUX MODES DE DÉVELOPPEMENT; DEUX ORIENTATIONS D’ÉVO¬
LUTION
Les auteurs qui nous ont précédé ont utilisé les caractères de l’inflores¬
cence, mais aucun n’ayant réussi à en saisir la nature, n’a pu en donner une
définition, ni par conséquent l’établir comme caractère taxonomique.
Pratiquement l’analyse de l’inflorescence est ici assez décourageante et la
notion classique que nous en avons se dérobe sans cesse, à l’effort d’ana¬
lyse. Devant la difficulté, on se réfugie dans l’ambiguïté : l’inflorescence
est dite « terminale ou axillaire », ce qui n’a franchement aucune significa-
Source : MNHN, Paris
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tion. Nous avons cependant noté chez White (1962) la saisie du caractère
(« Infl. large, axillary, of 3-5 cymosely arranged fl.-heads »), mais dépourvue
de tout essai d’appréciation et d’exploitation taxonomiques générales.
Voici nos observations personnelles :
A. — Mitragyna
Chez le M. inermis: 1) l’inflorescence termine une unité de développe¬
ment, laquelle est composée d’une seule paire de feuilles-bractées et d’un
seul capitule terminal; la paire de feuilles-bractées conserve généralement
ses potentialités végétatives axillaires. Bref l'inflorescence est typiquement
terminale et solitaire. Voir à cet égard, comme matériel de référence, le
spécimen Chevalier 2100 (P) où les aisselles bractéales ont donné naissance
à des rameaux végétatifs monopodiaux à plusieurs nœuds (PL 6).
2) Il y a bien entendu chez cette essence des rameaux végétatifs mono¬
podiaux, mais quand la floraison intervient, le capitule se forme en position
terminale et bloque définitivement le monopode. Il sera fort intéressant
d’étudier l’architecture de l’arbre et d’en reconnaître les axes monopodiaux
indéfinis. Chez le M. inermis ce qui peut paraître constituer un rameau
florifère axillaire, généralement constitué d’un long pédoncule 2-articulé,
avec une paire de feuilles-bractées, est en fait un ensemble composite :
domaine végétatif à la base, jusqu’aux feuilles comprises, domaine géné-
ratif ensuite (capitule et pédoncule supérieur) (PI. 6).
3) Les stipules, à chaque paire de feuilles, y sont soudées entre elles
en positions intra- et extra-pétiolaires, constituant un sac clos, une calyptre,
laquelle renferme donc soit le bourgeon végétatif, soit le bourgeon inflores-
centiel. Ce caractère de grand intérêt n’a jamais été signalé dans aucune
espèce du genre Mitragyna sensu lato. On le retrouve partiellement réalisé
ou parfois complètement chez les autres espèces indo-malayo-pacifiques.
4) Parfois la plante obéissant à un certain rythme produit une inflo¬
rescence élémentaire (un capitule), puis dans l’aisselle de chaque feuille-
bractée une nouvelle inflorescence élémentaire (M. inermis, Heudelot 456,
Sénégambie). Le processus peut se poursuivre, avec une atténuation pro¬
gressive des facultés végétatives : on obtient un grand ensemble de ramifica¬
tions à capitules terminaux et à aisselles sexualisées. Ce grand ensemble est
terminal et homologable à une inflorescence composée, cas rencontré
chez la plupart des espèces.
En résumé : dans le genre Mitragyna le développement sympodial
est mis en œuvre; l'inflorescence est toujours terminale, solitaire ou composée ;
les stipules foliaires et bractéales sont en calyptre complète ou partielle.
B. — Hallea
1) L’examen du type ( Leprieur , Sénégambie) confirmé par celui de
toute la collection déposée au Muséum conduit à statuer : le H. stipulosa
est une espèce à inflorescences axillaires et à développement monopodial.
Les rameaux florifères axillaires tels qu’on les voit dans le type n’ont
plus aucune potentialité végétative. Les feuilles-bractées, parfois très
Source : MNHN, Paris
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grandes (jusqu’à 20-25 cm de long) 1 (PI. 2) sont annexées au domaine
reproducteur. Là aussi, tout le rameau est homologable à une inflorescence,
ce rameau pouvant résulter de l’activité d’une ou de deux périodes de déve¬
loppement (PI. 2 et 3). Nous avons des raisons de penser que le rameau
florifère hétérochrone (deux périodes d’activité) est encore un rameau
axillaire : a) les aisselles terminales de la première période sont de nature
générative (PI. 2, A). — b) la collection de Paris ne livre aucun cas de
développement sympodial. — c) il est peu vraisemblable que les deux
mécanismes soient en jeu dans l’espèce, car nous n’avons observé aucun
cas intermédiaire. Souvent les rameaux florifères portent 5 à 9 capitules :
axe central à 3 capitules, 2 axes latéraux à 1 capitule (PI. 2, A’; PI. 3, E);
3 axes à 3 capitules (PI. 3, D); 5 axes à 1-3 capitules (PI. 3, C), etc. Souvent
aussi le rameau est à 11 capitules (PI. 2, A, B). Parfois le nombre de capi¬
tules atteint 15 (PI. 3, A) le maximum noté dans la collection de Paris
étant 19 (PI. 3, B). (3-10 capitules, rarement plus, d’après N. Hallé.)
Chez le H. ciliala le rameau florifère peut être géant et comporter
des ramifications de 30-40 capitules. Nous n’y avons pas noté un seul
cas de développement sympodial, mais le matériel de collection se prête
mal à ce genre d’analyse. L’exemplaire F. Hallé HO (PI. 4, B) d’Adiopo-
doumé, en particulier est un cas typique de développement monopodial
associé à la floraison axillaire. Il y a dans la Flore Forestière de la Côte-
d’Ivoire d’AuBRÉviLLE une excellente illustration de ce mode de développe¬
ment (PI. 345, 1959). De même, en ce qui concerne le H. rubrostipulata,
le spécimen Alluaud 207, Kiboscho (PI. 5, A) est un bel exemple d’inflores¬
cences axillaires 4-articulées sur un rameau monopodial indéfini. N. Hallé
a tranché : « inflorescences terminales ou axillaires » chez Mitragyna
stipulosa, « inflorescences terminales composées » chez M. ciliala. L’erreur
que nous relevons ici viendrait du fait que l’existence même du rameau
florifère en tant que tel n’a pas été décelée. Pour les raisons déjà invoquées,
nous pensons que même des rameaux dont l’échantillon d’herbier ne révèle
pas la position sur l’arbre, sont des rameaux florifères axillaires (PI. 4, A).
L’inflorescence des Hallea n’est peut-être jamais terminale, le capitule
jamais solitaire. Le rameau axillaire y est entièrement sexualisé, et condensé.
Souvent le phénomène de condensation aboutit à la formation de pseudo¬
ombelles de capitules (PI. 2, A). Le mécanisme de développement semble
fondamentalement monopodial. En assimilant dans un certain sens les
capitules à des fleurs — ils ont une unité comparable à celle de la fleur —
on peut dire que l’inflorescence des Hallea est un ensemble cymeux, axil¬
laire (PI. 2, 4, 5). L’étude de l’architecture de l’arbre et de la position des
axes monopodiaux indéfinis sera d’un grand intérêt.
Nous avons pu procéder à l’étude un peu poussée du rameau génératif
1. Petit (1958) a noté l'existence de deux types de feuilles chez son Mitragyna stipulosa:
« celles qui accompagnent les branches florifères ou fructifères, ovales ou subarrondies, et à
nervure principale bifurquée, et celles des branches stériles... ». Il y a peut-être, en effet, deux
types de feuilles, mais ils restent à définir. Sur le terrain les feuilles des rameaux florifères peuvent
être très grandes, mais elles restent toujours, sur une même branche, en deçà de la taille des
feuilles des parties végétatives (lesquelles atteignant parfois 30-40 cm et plus).
Source : MNHN, Paris
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chez le Hallea ciliata (F. Hallé 161, Adiopodoumé). La différenciation y
est acropète (PI. 4, A, A'), mais le phénomène n’est pas sommairement
généralisable. On le retrouve chez le H. rubrostipulata (fig. 5, A), mais
nous avons noté des cas différents. Parfois (PI. 5, A'), l’axe principal se
termine par un capitule au stade bouton floral, alors que le capitule de la
dernière aisselle foliaire est également au stade bouton floral. On peut
Source : MNHN, Paris
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supposer que la formation d’un nœud surnuméraire avant celle du capitule
terminal de l’axe principal est à l’origine du retard marquant le développe¬
ment du capitule. Parfois (fig. 5, B), la différenciation acropète n’est pas
décelable sur tout l’axe principal : le rameau, s’il est vraiment assimilable
à une inflorescence, est comme décomposé en une pluralité d’inflorescences :
trois niveaux indépendants (nœuds 1, 2, 3). Le rameau a d’ailleurs un
caractère végétatif marqué.
Source : MNHN, Paris
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PI. 7. — Hallea ciliata (Aubr. & Pell.) Leroy : en haut, rameau florifère avec une paire de grandes
feuilles-bractées; en bas, détails d'un dichasium terminal : le capitule terminal est constitué
de fleurs à l'anthèse; remarquer les stigmates ovés, les lobes de la corolle fermés; les deux
capitules latéraux portent des boutons floraux dont seul le sommet saille (ce sommet est
protégé par une couche pileuse, entre les boutons floraux un pseudo-tissu dense de brac-
téoles). Cl. N. Hallé (Adiopodoumé, I960).
Source : MNHN, Paris
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2) Les stipules foliaires et bractéales sont de grandes lames foliacées
libres entre elles, sauf à la base, et non pas soudées en calyptres.
IV. RÉDUCTION DU GENRE PARADINA Pitard AU GENRE MITRAGYNA
Pitard, par référence aux matériaux et aux analyses de Pierre, et
sans contrôle suffisant d’après les collections a créé en 1922 le genre Para-
dina. La Flore d’Indochine (1922) fait état du P. hirsuta: plante à placentas
érigés et à calice 5-lobé. On est fort surpris d’après la description qu’appuie
un dessin (fig. 4, p. 41) de voir une Naucléée aussi aberrante par ses placentas
alors que les pétales sont valvaires, le stigmate mitriforme, les anthères
réfléchies. En fait le P. hirsuta a les placentas du Mitragyna; c'est le M.
hirsuta Hav. (fig. 1), espèce remarquable par son calice profondément
5-lobé (variation parallèle à celle du Hallea rubrostipulata ).
V. ANATOMIE TAXONOMIQUE
Xylotomie. — Caractères généraux des quatre espèces ( Mitragyna
et Hallea) (PI. 8 et 9).
Vaisseaux isolés ou accolés radialement ou en groupes par 2-6 ou
plus, nombreux, petits ou moyens. Éléments de vaisseaux de dimension
moyenne : 300-600 n, à perforations uniques, à ponctuations intervasculaires
aréolées, en files obliques, petites à très petites, semblables aux ponctuations
vaisseau-rayon. Parenchyme dispersé en cellules isolées ou en chaînettes
courtes. Rayons nombreux, courts de 350-900 n et fins de 30-50 n; 1-sériés
et 2-3-4-sériés, acrohétérogènes, avec une partie centrale à cellules couchées,
± régulières, à section arrondie à elliptique en coupe transversale, de hau¬
teur variable et des prolongements I-sériés de cellules dressées ou carrées.
Fibres à ponctuations aréolées, en files, larges de 15-22 n.
Mitragyna inermis (Willd.) Kuntze 1 (PI. 8).
Causdale 167, Ghana.
Vaisseaux : isolés ou accolés en files radiales par 2-3; très nombreux :
43 par mm 2 ; de petite taille : 65-70 n de diamètre tangentiel moyen, à sec¬
tion elliptique, allongé radialement, à contour régulier. Ponctuations inter¬
vasculaires : très petites : 4-5 (x.
Parenchyme : moyennement abondant, dispersé, ou en ébauche de
chaînettes 1-sériées. Ponctuations en tamis très petites : inférieures à 1 *.
Rayons : très nombreux : 20 par mm; 1-sériés et (2)-3-4-sériés.
Fibres : à double paroi (le 5-6 jx d’épaisseur.
1. Voici les caractères du M. parvifotia Korth. (d'après Moll & Janssonius, 1920) :
vaisseaux isolés; 2 types de rayons : 1-sériés, à cellules dressées d’une part; 2-8-sériés, hétéro¬
gènes d’autre part.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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Hallea ciliata (Aubr. & Pell.) Leroy (PL 8).
CTFT 16423, Gabon.
Vaisseaux : isolés ou accolés en files radiales ou en groupes par 2-6;
nombreux : 26 par mm 2 , moyens de 125 (x de diamètre tangentiel moyen,
à section arrondie ou elliptique, à contour sinueux. Ponctuations inter-
vasculaires petites : 5-6 (x.
Parenchyme : dispersé et en chaînettes très courtes. Ponctuations en
tamis : 1-4 |x.
Rayons : nombreux : 10 par mm; 1-sériés et 2-3-sériés.
Fibres : à double paroi de 9-12 [x d’épaisseur.
Hallea stipulosa (DC.) Leroy (PL 9).
CTFT 6621, Guinée française.
Vaisseaux : isolés ou accolés en files radiales ou en groupes par 2-6-(8);
nombreux : 33 par mm 2 , moyens de 90 ix de diamètre tangentiel moyen, à
section elliptique, allongé radialement, à contour régulier. Ponctuations
intervasculaires petites : 5-7 jx.
Parenchyme : dispersé et en chaînettes 1-sériées très courtes. Ponc¬
tuations en tamis : 1-3 [x.
Rayons : nombreux : 10 par mm; 1-sériés et (2)-3-4-sériés.
Fibres : à double paroi de 7 [x d’épaisseur.
Hallea rubrostipulata (K. Schum.) Leroy (PL 9).
CTFT 20700, Burundi.
Vaisseaux : i solés ou en files radiales par 2-4, mais surtout en groupes
par 2-4-(6) ; nombreux : 30 par mm 2 , moyens de 90 |x de diamètre tangentiel
moyen; à section arrondi à elliptique, à contour anguleux et irrégulier.
Ponctuations intervasculaires petites : 6-10 |x.
Parenchyme : dispersé et en chaînettes 1-sériées très courtes. Ponc¬
tuations en tamis : 1-3 fx.
Rayons : nombreux : 10 par mm; 1-sériés et 2-(3)-sériés.
Fibres : à double paroi de 7 (x d’épaisseur.
Le Mitragyna se distingue du Hallea par les caractères suivants :
pores surtout isolés, plus nombreux, plus petits, ponctuations intervascu¬
laires plus petites, rayons plus nombreux, fibres plus fines.
Le bois de deux espèces seulement de Mitragyna étant connu, on ne
peut tirer aucune conclusion définitive de la xylotomie.
Anatomie foliaire. — Il n’en est pas de même quant à l’anatomie
des limbes foliaires, laquelle nous a livré un caractère paraissant très impor¬
tant (PL 10, 11).
Ce qui frappe entre le Hallea et le Mitragyna, c’est l’existence chez
celui-ci d’énormes cristaux (mâcles d’oxalate de calcium?) chez toutes les
espèces observées (M. inermis, tubulosa, speciosa, diversifolia, hirsuta ) et
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
PI. 11. — Hallea Leroy : sections et surfaces supérieures du limbe : 1-2, H. stipulosa (DC.)
Leroy ( Joshi 184); 3-4, H. ciliata (Aubr. et Pellegr.) Leroy ( Zenker 1619); 5-6, H. rubro-
stipulata (K. Schum.) Leroy ( Humbert 7760). Pas de gros cristaux. Présence d'un hypo-
derme continu chez le Hallea ciliata, discontinu chez le H. stipulosa. Chez cette dernière
espèce la taille des cristaux se rapproche de celle des cristaux du Mitragyna tubulosa.
(Gr. x 175.)
Source : MNHN, Paris
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leur absence absolue chez les trois espèces du Hallea. Les mâcles se pré¬
sentent comme des sphéroïdes occupant une cellule de parenchyme à paroi
parfaitement circulaire en section, au sommet des faisceaux, ou en rapport
avec eux, immédiaement sous l’épiderme supérieur. Ces cristaux géants
sont d’un diamètre égal à la hauteur du tissu palissadique — ce qui équivaut
à la largeur de 5 cellules de l’épiderme supérieur.
Il y a chez le Hallea des cristaux, parfois de bonne taille, mais en
rien comparables à ceux observés chez le Mitragyna. Ce caractère histo¬
logique est certainement l’expression de deux physiologies bien différentes.
VI. PALYNOLOGIE
Une étude palynologique partielle et sommaire a été faite 1 : elle n’est
nullement en désaccord avec les données obtenues d’autre part. Comme
on le voit d’après les figures (PI. 12), les pollens de Mitragyna inermis
et de Hallea ciliata sont assez différents, notamment par l’aspect de la
surface ectexinale et par la structure et l’épaisseur de l’ectexine (coupe
optique méridienne)
Lorsque la taxonomie du genre Mitragyna aura été mise au point,
l’étude palynologique des deux genres dans leur ensemble sera reprise et
approfondie dans le cadre de la taxonomie générale.
Voici la description provisoire du pollen chez une espèce dans chacun
des deux genres :
Mitragyna inermis (Willd.) G. Kuntze.
Symétrie et forme : pollens isopolaires, 3-colporés, bréviaxes, subelliptiques
en vue méridienne, circulaires en vue polaire, subtriangulaires en
coupe optique équatoriale.
Dimensions : p = 14,8 p (14-15); E = 16,5 p (16-18); P/E = 0,89.
Apertures :
— ectoaperture : sillon large subobtus et s’amincissant aux extrémités,
de 12 x 2-2,5 p;
— endoaperture : subarrondie, de 2 p de diamètre.
Exine :
— ectexine : épaisseur sensiblement constante, d’environ 1 p;
— endexine : d’environ 1 p, s’épaississant, avant de s’interrompre,
au niveau des apertures, de 1,5 p, vers l’extérieur et vers l’intérieur.
Au microscope électronique à balayage :
Surface ectexinale :
— surface réticulée : réseau à mailles irrégulières, hétérogène dans
son ensemble sur toute la surface du grain. Au niveau du mésocolpium
le diamètre de la lumière d’environ 2 à 3 fois supérieur à la largeur des murs.
Sur les bords du sillon présence de mailles plus petites à diamètre de la
lumière 4 à 5 fois inférieur à la largeur des murs;
1. Avec le concours du Laboratoire de Palynologie de l'E.P.H.E. près le Muséum et
de M. Lescot.
Source : MNHN, Paris
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PI. 12. — Pollens : Mitragyna inermis (Willd.) G .Kuntze. -— Microscopie photonique x 1 000 :
1, vue polaire; 2, coupe optique équatoriale; 3, vue méridienne, aperture de face; 4, coupe
optique méridienne. — Microscopie électronique à balayage : 5, vue polaire basculée
x 2 750; 6, aperture x 5 750; 7, vue polaire, détail x 5 750. — Hallea ciliata (Aubr. et
Pell.) Leroy. — Microscopie photonique x 1 000 : 8, vue polaire; 9, coupe optique équa¬
toriale; 10, vue méridienne, aperture de face; 11, coupe optique méridienne. — Micro¬
scopie électronique à balayage : 12, vue polaire basculée x 2 750; 13, aperture x 5 750;
14 vue polaire, détail x 5 750. — Clichés au MEB réalisés au Laboratoire de Géologie,
du Muséum.
Source : MNHN, Paris
l'i.
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— sillon : sole et résidus de columelles;
— endosperture entourée d’un petit bourrelet, épaississement péri-
apertural de nature endexinique au sens large (sole et endexine au sens
strict).
Hallea ciliata (Aubr. & Pell.) Leroy.
Symétrie et forme : pollens isopolaires, 3-colporés, bréviaxes, elliptiques
en vue méridienne, circulaires en vue polaire, subtriangulaires en
coupe optique équatoriale.
Dimensions : P = 15,2 (15-16); E = 17,4 n (17-18); P/E = 0,87.
Apertures :
— ectoaperture : sillon large, subobtus et s’amincissant aux extré¬
mités, de 12 X 2 ni
— endoaperture : subellipitique, de 2,5-3 n de diamètre.
Exine :
— ectexine : épaisseur sensiblement constante, d’environ 0,5-0,7 /i ;
— endexine : d’environ 0,5-0,7 /*, s’épaississant, avant de s’inter-
rimpre, au niveau des apertures, de 1,2 n, vers l’extérieur et vers l’intérieur.
Au microscope électronique à balayage :
Surface ectexinale :
— surface réticulée à perforée (à lumières souvent réduites à une
perforation), subhomogène dans son ensemble.
— sillon : sole et résidus de columelles. Surface tectale ± compacte
en bordure du sillon;
— endosperture entourée d’un bourrelet, épaississement périapertural
de nature endexinique au sens large (sole et endexine au sens strict).
VI. CHIMIOTAXONOMIE
Les recherches biochimiques conduites depuis une dizaine d’années
par Shellard et ses collaborateurs à l’Université de Londres sur le genre
Mitragyna sensu lato nous apportent un faisceau de données de très grand
intérêt, mais dont il semble prématuré de tirer des conclusions définitives.
Sur le plan anatomique, il a été montré (Shellard & P. Shadar,
1963) que les feuilles des deux espèces de la forêt dense africaine sont
pratiquement similaires, si toutefois l’on met à part la structure du limbe
liée au facteur lumière, caractère qu’il y aurait lieu d’étudier sur le plan
génétique.
Par contre l’anatomie florale (Shellard & Wade, 1967, 1969) a livré
quelques faits notables. Les deux espèces de forêt dense et le M. inermis
se différencient microscopiquement par beaucoup de petits caractères, et
aussi par des caractères nettement significatifs.
— absence de cristaux d’oxalate de calcium dans le pédoncule, le réceptacle
et le calice du M. inermis. Présence dans les deux autres espèces.
Source : MNHN, Paris
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— Pas de stomates dans le calice du M. inermis (ils sont présents dans les
deux autres espèces). Stomates nombreux dans les pétales. Bractéoles
non lignifiées.
Les travaux sur les alcaloïdes des Mitragyna amorcés par Tackie
(1963) ont conduit à la reconnaissance de toute une série de corps. En
1969, Shellard & Sarpong en reconnaissaient une dizaine dans les feuilles
du M. inermis: rotundifoline, isorotundifoline, rhynchophylline, isorhyn-
chophylline, ciliophylline, rhynchociline, speciophylline, uncarine F (petite
quantité), mitraciliatine, traces d’un deuxième alcaloïde indolique (de type
corynanthine?), et un composé à réaction positive au Dragendorff (décelé
par Tackie, 1963). Sept des alcaloïdes présents (6 oxindoliques et un indoli¬
que) sont les mêmes que ceux trouvés dans les feuilles du M. ciliata. Cepen¬
dant, tandis que les alcaloïdes oxindoliques ont la configuration normale
[C (3)-Ha, C (20)-H [l], l’alcaloïde indolique (mitraciliatine) a la pseudo¬
configuration [C (3)-Hp, C (20)-Hp]. Par ailleurs le composé réagissant au
Dragendorff est identique à un alcaloïde décelé par Shellard & Philipson
(1964) dans les feuilles d’une espèce birmane (M. rotundifolia (Roxb.)
G. Kuntze).
Dans une récente note (1970), Shellard & Sarpong ont montré
contre toute attente que le spectre des alcaloïdes du M. inermis est très
voisin de celui du M. ciliata et assez éloigné de celui du M. stipulata. Chez
cette dernière espèce, la présence de mitraphylline dans les feuilles est
confirmée, de même que l’absence d’alcaloïdes indoliques. Le système
enzymatique contrôlant la méthylation des alcaloïdes C (9)-OH paraît y
avoir été perdu.
En fait le problème est très complexe, et Shellard & Sarpong
pensent que le type métabolique en rapport avec les alcaloïdes C (9)-
OMe est très différent chez M. inermis et chez M. ciliata.
On voit par ces résultats que l’étude est en plein développement.
Il y a aujourd’hui 40 alcaloïdes isolés du Mitragyna sensu lato, et carac¬
térisés (Shellard, 1974).
CONCLUSION
Les genres Mitragyna et Hallea forment un ensemble naturel et fort
singulier, au sein des Naucléées, mais ils représentent aussi les deux branches
d’une dichotomie évolutionnelle déjà bien marquée, des directions adapta¬
tives divergentes. Le développement sympodial semble universel chez le
Mitragyna dont certaines espèces ont acquis la protection calyptrale des
bourgeons végétatifs et génératifs, et des jeunes capitules, notamment
l’unique espèce africaine, M. inermis. Cette espèce propre à la zone sou-
danienne, a besoin de lumière et tolère une sécheresse considérable. Les bois
connus de certaines espèces présentent des anneaux de croissance. Peut-
être tous les Mitragyna sont-ils des arbres étrangers à la grande forêt dense
humide.
Le Hallea compte trois espèces de la forêt ombrophile d’Afrique. Le
Source : MNHN, Paris
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développement y semble généralement monopodial, les inflorescences
axillaires. Les stipules y sont presque entièrement libres. Le Hal/ea n'a
aucun rapport direct de parenté avec le seul représentant africain du genre
Mitragyna; M. inermis, c’est un genre paléoendémique qui témoigne d’une
présence ancienne d’espèces ancestrales par rapport aux Mitragyninæ
actuelles.
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Laboratoire de Phanérogamie
Muséum et Laboratoire de Phytomorphologie
de l’E.P.H.E. - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 89-94, 1975.
LE MODE DE DÉVELOPPEMENT DANS LE GENRE
OLDENLANDIA
(RUBIACEÆ - HEDYOTIDEÆ)
par Jean-F. Leroy
Summary: In this paper is studied the development pattern in the African species
of Oldenlandia L. Bremekamp has already provided some essential information about
this, but his paper, without illustration, is not always unambiguous. His general results
are agreed with according to which the Oldenlandia inflorescence is terminal or pseudo-
axillary, but his views about the inflorescence of O. corymhosa L. are not finally very
convincing. In particular, he infortunately introduces a break into ontogenetic unity
of the African species. The présent paper puts forward a notion by which consistency
of the general arrangement in these plants becomes obvious, namely the development
unit. An elementary development unit is composed of three parts: an axis with a pair
of leaves terminated by one flower. Practically the unit is often more complicated
because it is composed of numerous elementary units; the terminal inflorescence being
several-flowered. However one is striken by homogeneous aspect of the African species
of the genus Oldenlandia : they are composed of development units and their development
patern is sympodial.
N. Halle (1966) a fondé sa clé de détermination des Oldenlandia du
Gabon sur l’inflorescence. Pour cet auteur les inflorescences de Y Olden¬
landia corymbosa sont « axillaires, (l-)2-3(-4)- flores, généralement insérées
sur un pédoncule commun », ce que la clé résume : « cymes pauciflores
(1-4-flores), axillaires ». Les Oldenlandia nervosa et affinis sont aussi à
inflorescences pédonculées, mais celles de la première espèce ne font l’objet
d’aucune définition, celles de la seconde sont « en cymes axillaires ou
± terminales, souvent groupées en panicules lâches ». Les Oldenlandia
lancifolia, herbacea , capensis, sont à « fleurs axillaires ». Y?Oldenlandia go-
reensis est à inflorescences terminales ou axillaires.
Ce traitement est en contradiction avec celui présenté par Bremekamp
(1952), lequel a énoncé que l’inflorescence de Y Oldenlandia est généralement
terminale ou pseudo-axillaire. Tout récemment (1974), cet auteur a confirmé
sa conception, et il a montré que le développement de la plante à la floraison
met en jeu un mécanisme sympodial.
Dans le cas, écrit-il, où les fleurs se présentent par paires, le pédicelle
de l’une d’elles est toujours précédé d’un très court entrenœud présentant
une paire de feuilles au sommet, ce qui prouve qu’elle est en réalité la
fleur terminale d’un rameau axillaire réduit à un seul entrenœud : “ This
Source : MNHN, Paris
— 90 —
means that the position of the other flower too is to be interpreted as ter¬
minal, and that the next internode of the flowering shoot is the first internode
of an axillary branch produced in the axil of the other leaf, and as at the
top of this internode a pair of leaves and a similar pair of flowers are pro¬
duced, the flowering part of the shoot is to be seen as a sympodium
Bremekamp suit Troll et assimile l’ensemble d’une pousse en fleurs
à une inflorescence. « Chez O. herbacea, écrit-il et chez les autres espèces
où à chaque nœud de la partie en fleurs de la pousse deux fleurs sont pro¬
duites, l’une avec un pédicelle précédé par un court entrenœud, la partie
en fleurs de la pousse peut alors être interprétée comme un dichasium dont
une des deux branches à la base de chacune des fleurs est réduite à une
pousse courte... ». La pousse en fleurs de VOIdenlandia herbacea serait un
dichasium avec une branche réduite. Chez VOIdenlandia corymbosa la
situation serait tout autre. Chez cette espèce la fleur ou la paire de fleurs
fait place à une inflorescence également terminale, mais cymeuse; la ressem¬
blance avec VOIdenlandia herbacea ne serait qu’apparente, et Bremekamp
évoque, dans une comparaison, pour aussitôt l’écarter, la structure de thyrse,
tel que défini par Troll. Finalement nous serions devant un type d’inflo¬
rescence jusqu’alors non défini quoique méritant un nom particulier.
“ The “ inflorescence ” would therefore deserve a name of its own. Howe-
ver, before coining such a name, it is perhaps better to wait until we know
whether this kind of inflorescence is restricted to O. corymbosa and its
nearest allies or not. ”
Dans l’ensemble, nos analyses confirment pleinement la conception
de Bremekamp, mais il n’est pas toujours aisé de le suivre tout au long
de son argumentation, alors qu’aucune figure n’illustre son texte. En outre
la place à part qui est donnée à VOIdenlandia corymbosa ne nous semble
aucunement fondée.
Nous porterons tout d’abord notre attention sur O. affinis (R. & S.)
DC., espèce très répandue depuis l’Afrique tropicale jusqu’en Malaisie,
dans les milieux bien éclairés et en savane. Elle est, écrit N. Hallé, à « inflo¬
rescences pédonculées », « en cymes axillaires ou ± terminales, souvent
groupées en panicules lâches. Axes grêles, glabres et divariqués ; ramifica¬
tion bipare, parfois d’aspect tripare ». C’est là une bonne description
empirique qu’illustre un excellent dessin (PI. 17, p. 103, fig. 2). L’inter¬
prétation théorique de cette structure n’est pas des plus aisées.
Considérons le dessin de N. Halle reproduit ici (PI. 1, fig. 1). Nous
écarterons tout d’abord la considération du nœud inférieur, que nous
appellerons n u d’où partent deux axes apparemment axillaires. Prenons
l’axe de gauche; il est constitué d’un article basal portant une paire de
feuilles réduites, puis vient une trifurcation : à gauche un fruit ancien (il
est ouvert et a dû libérer ses graines), pédicellé; au centre un axe terminé
par un fruit ancien, portant un fruit jeune pédicellé; à droite un ensemble
constitué d’un article basal portant une paire de feuilles encore plus réduites
que les précédentes; une nouvelle trifurcation : à droite un fruit ancien
pédicellé; au centre un fruit ancien pédicellé; à gauche un axe terminé
par un fruit et portant un jeune fruit sur un axe 2-articulé.
Source : MNHN, Paris
— 91 —
Théoriquement la première des deux trifurcations que nous venons
de citer consiste en un fruit terminal pédicellé (le fruit ancien à gauche).
Nous appelons l’ensemble constitué de 3 parties, axe, une paire de feuilles,
fruit pédicellé : unité élémentaire de développement. Nous admettons que
cette unité de développement est axillaire dans le nœud n u lequel devait
porter un fruit terminal pédicellé (qui a dû être détruit accidentellement).
L’unité de développement basale serait donc une unité amputée; elle porte
à gauche une unité complète ( a 2 ). Celle-ci porte à son tour deux formations
axillaires; l’une constituée de deux fruits est une double unité réduite :
fruit terminal pédicellé, fruit latéral plus jeune; l’autre comporte une unité
de développement complète (a 3 ), mais de grandeur réduite : axe, paire
de feuilles, fruit terminal. Cette dernière unité porte à son tour deux forma¬
tions axillaires qui sont deux unités de développement très réduites : à
droite un fruit pédicellé, à gauche une unité de développement réduite à
un axe terminé par un fruit (a 4 ), axe qui porte une dernière unité réduite
à un fruit sur un axe 2-articulé (a 5 ). Il y a depuis la base, un axe en zig-zag
fait de 5 unités de développement. Au fur et à mesure qu’on s’élève chaque
paires de feuilles se réduit, l’une d’elles, au niveau n 4 , étant anormalement
absente. Cet axe est un symbole.
Toute la plante est construite sur ce mode. On voit qu’à chaque nœud
Source : MNHN, Paris
— 92 —
l’une des pousses est favorisée par rapport à l’autre, d’où le port de la
plante avec des axes longs et des axes courts. Ce qui ramène à une onto¬
genèse de type cyme unipare. La définition de l’inflorescence est évidem¬
ment conventionnelle, et l’on peut assimiler toute la plante en fleurs à une
inflorescence. Ce qui est important, c’est de définir le mode de développe¬
ment et ce qu’est l’inflorescence élémentaire dans ce mode. Ici nous par¬
lerons sans hésiter d 'inflorescence terminale 1-flore et de développement
sympodial. On ne peut pas comprendre les plantes en cause en l’absence
d’une analyse théorique de leur agencement architectural : c’est ce que nous
avons écrit déjà il y a longtemps au sujet des Cojfea en suivant la voie
tracée par J. Lebrun.
L’unité de développement chez VOldenlandia affinis pose cependant
un problème : la fleur terminale pédicellée est généralement implantée
non pas au centre, mais en position latérale, la partie centrale ou apicale
de l’axe étant vide (PI. 1, fig. 2).
L’analyse comparative permet, croyons-nous, de résoudre ce pro¬
blème : l’inflorescence 1-flore chez VO. affinis représente une inflores¬
cence 2-flore réduite. En d’autres termes, l’inflorescence 1-flore est une
inflorescence 2-flore bloquée très fidèlement à un stade très précis et très
précoce; il y a une fleur potentielle jamais produite.
Le cas de VOldenlandia herbacea (L.) Roxb. est à cet égard particulière¬
ment éclairant. A chaque nœud il y a division du bourgeon en 3-5 méris-
tèmes. L’inflorescence élémentaire est une inflorescence terminale 2-flore;
elle est flanquée, de part et d’autre, d’une ou deux pousses ; la pousse privi¬
légiée étant toujours contiguë à l’inflorescence terminale. L’unité de déve¬
loppement se termine par une inflorescence 2-flore. Cette inflorescence
est elle-même une unité composée réduite à 2 fleurs : une terminale, une
latérale, c’est-à-dire un monochasium. Voici l’interprétation du dessin de
N. Halle (PI. 17, p. 103, fig. 5) : les 2 fruits pédicellés représentent le mono¬
chasium terminal, l’un à droite étant terminal; il y a deux pousses d’un
côté, une pousse de l’autre (PI. 2, fig. 3).
Par son agencement architectural VO. herbacea se place tout à côté de
VO. affinis, et cela malgré les apparences. Vient ensuite VO. corymbosa L.
L’unité de développement s’y termine par une inflorescence 3-flore assi¬
milable à un dichasium, réduit le plus souvent à l’état de monochasium.
Chez VO. lancifolia (Schum.) DC., l’inflorescence élémentaire est
1-flore et terminale, mais des bourgeons latéraux peuvent donner des
pousses très contractées, d’où l’existence à certains nœuds de 3-4 fleurs.
A la vérité, il y a autant de nœuds que de fleurs. En fait, tous les axes en
fleurs sont des sympodes constitués par des chaînes d’unité de croissance
1-flore. A chaque nœud, en général, une seule pousse est favorisée : elle
prolongera l’axe principal. L’inflorescence élémentaire peut y être inter¬
prétée comme un monochasium réduit à la fleur terminale (cas de VO.
affinis).
Chez VOldenlandia capensis L. f. var. pleiosepala Bremek., l’inflorescence
est terminale, 1-4 (-7)-flore, les fleurs sont à pédicelle court ou subsessile.
Source : MNHN, Paris
— 93
Fig. 2'. — 4, Oldenlandia nervosa Hiern : pied de très petite taille, d’après N. Hallé, 1966
(W. Halle2097); 5, Oldenlendia herbacea (L.) Roxb., d’après N. Hallé, 1966 ( Dybowski82).
A la vérité, l'inflorescence est une cyme très réduite, terminale, comportant
2 branches 1-3-flores chacune; les 2 préfeuilles basales en sont observables
mais obsolètes. L’unité de développement y est donc complexe, mais le
mode de développement est le même : simplement, l’inflorescence terminale
y est à la fois contractée et relativement développée.
Ces observations peuvent être étendues à YO. goreensis (DC.) Summ.
dont les « fascicules floraux 3-10-flores » sont des inflorescences terminales.
De même YO. nervosa Hiern, dont voici l’interprétation d’après le dessin
de N. Hallé (PI. 16, p. 97, fig. I) et l’échantillon Hallé 2097 (PL 2, fig. 4) :
— un monopode que nous nommerons, a u 4-articulé, trifurqué au
sommet. En fait, au sommet il y a 5 pousses, dont 2 extérieures, réduites
chacune à une fleur, à peine décelable sur le dessin (point noir dans chaque
aisselle).
— à la floraison, il y a eu formation d’une inflorescence en position
Source : MNHN, Paris
— 94 —
terminale, et démarrage de deux pousses axillaires contiguës à l’inflores¬
cence terminale (il faudrait une étude dans le temps). Chacune de ces deux
grandes pousses reproduit une plante au moment de la floraison : elle
comporte deux articles longs; à chaque nœud il y a 3-5 pousses comme au
sommet de l’axe a x .
L’ensemble est ici beaucoup plus complexe et d’une analyse, dans le
détail, très difficile. Mais le principe de l’agencement est évidemment le
même que précédemment. L’unité de développement y est constituée d’un
axe avec une paire de feuilles terminé par une inflorescence pluriflore.
L’inflorescence pluriflore étant elle-même un ensemble d’unités de dévelop¬
pement très simples de type dichasial, mais contractées et réduites. Dans
le dessin de N. Hallé, la grande branche de droite se termine par un dicha-
sium typique. Les deux grandes branches issues de la trifurcation sur a x
sont des sympodes. La trifurcation a 2 , où se voit une paire de feuilles
réduites, est composée d’une inflorescence terminale et de deux axillaires.
Parmi ces deux axillaires, l’une est favorisée et s’allonge, c’est un des deux
éléments du sympode qui aboutit à la trifurcation a 3 (à gauche seulement
bifurcation). La trifurcation a 4 , à droite, est le dichasium élémentaire parfait.
UOIdenlandia nervosa est une herbe qui ramifie bien et forme de beaux
monopodes; au moment de la floraison les méristèmes se sexualisent et
toute la plante édifie des montages d’unités de développement.
BIBLIOGRAPHIE
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de l’E.P.H.E. - Paris
Laboratoire de Phanérogamie du Muséum
Laboratoire Associé du C.N.R.S. n° 218
Source : MNHN, Paris
Adansonia,
2, 15 (I) : 95-97, 1975.
A NEW SPECIES OF RACEMOBAMBOS (GRAMINEÆ)
FROM NEW GUINEA
by R. E. Holttum
This genus (Holttum, 1956) was based on four species from Bornéo
and one from Malaya, with Bambusa gibbsiæ Stapf as type. To these I
added four species from New Guinea in 1967, and more recently another
from Bornéo (Holttum, 1973). Ail are slender bamboos of mountain
forest, their main culms insufficiently strong for self-support, in habit
like most species of Nastus, but with elongate Arundinaria- like spikelets; the
structure of each floret in a spikelet of Racemobambos is identical with
that of the single floret of Nastus, which can thus be regarded as a specializ-
ed development from the condition seen in Racemobambos.
The new species here described was found by J. Raynal during the
King Léopold III Expédition to Irian Jaya (Western New Guinea) in 1973.
It is only distinguishable from the other species of New Guinea by the
structure of its spikelet (except that R. multiramosa is distinguished by
rigid deflexed hairs on branch-internodes), and I know of no character by
which flowerless plants of Racemobambos can be distinguished from Nastus.
Plants of both généra are most commonly found in a flowerless condition,
and there is no information about frequency of flowering. The most
distinctive végétative characters are to be found in the sheaths on new
culms (see Holttum, 1967 : 279, fig. 2) but unfortunately young culms
with good sheaths are often not available simultaneously with flowering
material. These plants need more field study by persons who can make
repeated visits to mountain forests. The new species is described briefly
by stating the différence in its spikelets and flowers from the known species
to which it appears to be most nearly allied ( R. hirta, from similar altitudes
in Eastern New Guinea) and a detailed description in English of such
végétative parts as are available.
Racemobambos raynalii Holttum, sp. nov.
R. hirtæ Holttum (1967 : 283) affinis, differt : internodiis ramorum floriferorum omnino
breviter hirsutis ; spiculis usque ad 4,5 cm longis, lemmatibus 5 mm longis, ad apicem abrupte
contractum apiculo minuto præditis, dorso apicem versus tantum pilis paucis brevibus
adpressis vestitis, carinis palearum omnino ciliatis, lodiculis apice pilosis.
Type : J. Raynal 17642, Irian Jaya, région du Mt. Carstensz, Tembagapura, forêt
à Mousses escarpée, dans les environs de la station radio du Mile 64, ait. 2 600 m, abon¬
dant mais un seul pied fleuri, 8.5.1973 (holo-, P; iso-, BO, BR, K).
Source : MNHN, Paris
— 96 —
PI. 1. — Racemobambos ravnalii Holttum : 1, a?2X of a leafy branch x 2/3; 2, base of leaf
bladc, showing auricle x 6; 3, distal part of a culm bearing short flowering branchlets
at two nodes x 2/3; 4, spikelet x 5; 5, yot ng fioret enclosed by palea and lemma x 10;
6, lodicules x 10; 7, ovary and stigmas X 20.
Source : MNHN, Paris
— 91 —
Slender scandent or trailing bamboos; largest culm-internodes seen
c. 15 cm long, smooth, 6 mm diameter, walls c. 1 mm thick; several subequal
leafy branches at each node ; each branch c. 30 cm long, branch-internodes
(where exposed) glabrous, apical leaves longest, to 17 x 0.8 cm, sessile,
glabrous apart from short hairs on upper surface near base and on edges
and surface near apex, auricles not enlarged but bearing a few slender
setæ 5-10 mm long, ligules short, entire; at some of the distal nodes there
is one much larger elongate branch in addition to the subequal short ones,
this longer branch with internodes c. 10 cm long and 2-2.5 mm diameter,
bearing at its nodes c. 8-10 subequal leafy or flowering branches. Flowering
branches c. 5-10 cm long, some very short linear fringed leaves présent at
their bases, leaves above the base mostly reduced to sheaths but 1-2 leaves
with blades 5 X 0.3 cm sometimes produced; each flowering branch bear¬
ing a few short latéral branchlets and up to c. 8 spikelets, ail internodes
covered with very short spreading whitish hairs; latéral spikelets almost
sessile. Spikelets 3.5-4.5 cm long, consisting of 5-8 florets, the terminal
one sometimes imperfect; basal empty glumes usually 2, lower one 4-5 mm
long, narrowed gradually to an acute apex, its back bearing numerous very
short slender appressed hairs, upper glume 5.5-6.5 mm long, shaped as
lemmas with abruptly rounded and shortly apiculate apex and dorsal
hairs near apex only; rhachilla-internodes 4 mm long, flattened distally,
glabrous apart from very short hairs on edges of flat distal part; lemmas
c. 5 mm long (lowest one sometimes to 6 mm) shaped as upper glume;
paleæ c. 0.5 mm longer than lemmas, apex shortly bifid, keels and apex
bearing short stiff hairs, some hairs also on infolded edges near apex, no
veins between keels, 1-2 veins between keel and edge; lodicules 1-1.5 mm
long, broadly pointed with short hairs near apices; anthers c. 3.5 mm long
when mature; ovary almost or quite glabrous on its distal part, stigmas
2 mm long; partly developed fruit seen in some basal florets with apex of
ovary enlarged to a broad dome-shape (as in Nastus hooglandii, in Holttum,
1967 : fig. 4, 5, 9).
REFERENCES
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia,
2, 15 (1) : 99-119, 1975.
LES CYPÉRACÉES DES NOUVELLES HÉBRIDES
RÉSULTATS DE L’EXPÉDITION DE LA ROYAL SOCIETY
AUX NOUVELLES HÉBRIDES EN 1971
par J. Raynal 1
Résumé : L'ensemble des spécimens disponibles de Cypéracées des Nouvelles-
Hébrides a fait l'objet d'une révision; cette mise au point (dans laquelle ne subsistent
que 4 des noms utilisés par Guillaumin dans son Compendium de 1948) était motivée
par la récente expédition de la Royal Society aux Nouvelles-Hébrides, en 1971, qui a
nettement amélioré la connaissance floristique de l’archipel, et, pour ce qui est des Cypé¬
racées, fait passer le nombre d’espèces de 25 à 33.
Le présent article comprend un catalogue critique des taxons recensés, mentionnant
la synonymie courante, les spécimens étudiés et la répartition géographique générale.
Le peuplement végétal des Nouvelles-Hébrides, archipel récent, parait provenir de toutes
les terres plus anciennes environnantes, en fonction de leur richesse floristique et de leur
éloignement. La richesse apparente de la petite île méridionale d’Aneityum pose un
problème. Des prospections systématiques sont encore nécessaires dans la moitié nord
de l’archipel.
Enfin une clef locale pratique des Cypéracées néo-hébridaises est donnée.
Summary: Ail the available specimens of Cyperaceæ from the New Hébrides hâve
been revised; this account (in which only 4 of the names listed by Guillaumin, 1948,
still stand) is a resuit of the Royal Society's Expédition to the New Hébrides, 1971,
which considerably improved the floristic knowledge of the archipelago, and raised the
number of known sedges from 25 to 33.
This paper includes a critical synopsis of the New Hebridean Cyperaceæ, with
current synonymy, citation of the specimens and general géographie range. This recent
archipelago seems to hâve received its flora from ali the surrounding older lands, with
respect to their richness and distance. The seemingly richer flora of the small Southern
island of Aneityum raises a particular problem. Further collecting is still needed, espe-
cially in the northern half of the archipelago.
An artificial key of the New-Hebridean sedges is given.
L’archipel mélanésien des Nouvelles-Hébrides, qui s’allonge sur près
de 1000 km du NW au SE entre les îles Salomon, les Fidji et la Nouvelle-
Calédonie, a fait l’objet, dans le passé de prospections botaniques peu
nombreuses; en 1948, Guillaumin (7), commentant son inventaire floris¬
tique de cette région du monde, la qualifiait de « peut-être la plus mal
connue du globe ». Sur les 710 espèces que Guillaumin recensait alors,
18 appartenaient aux Cypéracées. Compte tenu de certaines synonymies,
cette liste correspondait en fait à 16 espèces. Toutefois Guillaumin ou-
I. Communication présentée au Meeting sur les résultats de l’expédition de 1971 aux
Nouvelles-Hébrides (Royal Society, Londres, octobre 1974).
Source : MNHN, Paris
— 100 —
bliait 8 taxons déjà récoltés mais dont les échantillons n’étaient pas passés
par ses mains, ou avaient été pris pour des espèces déjà recensées. Compte
tenu d'une espèce ajoutée par M. Schmid, qui explora récemment la partie
méridionale de l’archipel (16-20), 25 taxons avaient donc été récoltés en
1971, dénotant une flore cypérologique à coup sûr très pauvre, eu égard
à la situation intertropicale de ces îles et à leur relative proximité de régions
beaucoup plus riches (Nouvelle-Calédonie, Nouvelle-Guinée). Cette
pauvreté ressemble en fait beaucoup à celle des archipels polynésiens,
pourtant beaucoup plus éloignés des masses continentales ou des grandes
îles.
L'expédition de la Royal Society aux Nouvelles-Hébrides en 1971,
organisée conjointement avec le Muséum National d’Histoire Naturelle
de Paris, et à laquelle j’ai eu le plaisir de participer pendant trois mois, a
permis, sans pour autant épuiser la question, de prospecter des zones encore
peu ou pas explorées, en particulier la grande île d’Espiritu Santo (ou
Santo). Elle a dans son ensemble permis d’allonger de façon appréciable
l’inventaire botanique de l’archipel; plusieurs espèces nouvelles ont déjà
été décrites dans diverses familles (Gesnéracées, Euphorbiacées, Zingibé-
racées). Un nouvel inventaire floristique, en cours de préparation par
P. Green, sera publié ultérieurement.
En ce qui concerne les Cypéracées, 8 espèces ont été ajoutées par
l’expédition, portant ainsi le total à 33 taxons (32 espèces et une sous-
espèce). L’expédition a rencontré 21 des 25 Cypéracées préalablement
connues, et ce pourcentage de 85 % souligne le caractère relativement
exhaustif des prospections de 1971. Les quatre taxons non revus sont :
Carex graeffeana, Scleria levis, Fimbristylis dichotoma subsp. depauperata,
Baumea milnei. Il est intéressant de noter que des 8 espèces nouvelles pour
la dition, une seule a une aire restreinte au Pacifique; les autres sont des
plantes à très vaste répartition; l’une d’elles (Kyllinga polyphylla) est d’in¬
troduction récente.
Le nombre total d’échantillons de Cypéracées révisés ici est de 153,
soit une moyenne de 4,5 par espèce, chiffre honorable témoignant lui aussi
d’un degré déjà satisfaisant de prospection globale. Cependant l’archipel
est composé de nombreuses îles, et si l’on examine en détail les récoltes
île par île, on constate une considérable disproportion : près du tiers du
matériel récolté provient d’Aneityum, qui est à la fois la plus petite et la
plus méridionale des îles principales, et devrait donc représenter assez mal
l’ensemble de l’archipel. Espiritu Santo, grande île au climat nettement
plus équatorial, plus élevé, aux biotopes donc probablement plus variés,
ne participe que pour 26 échantillons, ce qui est évidemment beaucoup
trop peu. D’autres îles, en particulier celles de la branche NE de l’archipel,
n’ont livré jusqu’ici que quelques rares échantillons; des prospections
intensives y sont encore très souhaitables, ainsi qu’aux îles du nord, Banks
et Santa Cruz (ces dernières politiquement rattachées aux Salomon, et non
comprises dans le cadre du présent inventaire).
Un autre indicateur de prospections encore insuffisantes est que 10 es¬
pèces ne sont encore connues que d’une seule île. Sans vouloir pousser
Source : MNHN, Paris
— 101 —
trop loin cette analyse, il est évident qu’on ne peut aujourd’hui, sans pros¬
pections complémentaires, parler de façon satisfaisante de la répartition
détaillée des espèces végétales dans les différentes îles de l’archipel. Il serait
donc prématuré de présenter l’inventaire actuel — cypérologique ou géné¬
ral — comme définitivement clos. Les apports de l’expédition de 1971 ont
considérablement élevé le degré de connaissance floristique de cette région,
mais beaucoup reste encore à faire, et une nouvelle expédition, ayant pour
but la moitié septentrionale de l’archipel, est très souhaitable.
INVENTAIRE DES CYPÉRACÉES
L’inventaire qui suit repose sur la révision de tous les spécimens
accessibles de Cypéracées provenant des Nouvelles-Hébrides et conservés
dans les herbiers suivants : Paris (P), Nouméa (NOU), Kew (K), British
Muséum (BM), Genève (G), Zürich (Z), Honolulu (BISH), Sydney (SYD).
Quelques spécimens, non vus, sont cités, sous toutes réserves, d’après
la littérature. Certaines espèces sont citées de trois îles méridionales (Efate,
Tanna, Aneityum) d’après différents rapports de M. Schmid (16-20) mais
ne sont pas confirmées faute d’échantillons de référence.
Sauf exceptions, la citation des synonymes a été volontairement
limitée soit aux noms acceptés dans divers travaux régionaux récents, en
particulier Flora Malesiana, ou utilisés dans les inventaires antérieurs de
Guillaumin et Schmid.
Les îles sont énumérées du sud au nord ; pour chaque île, les échantil¬
lons sont cités dans l’ordre chronologique de récolte. Ceux récoltés au
cours de l’expédition de 1971 se signalent par le sigle RSNH intercalé
entre nom du collecteur et numéro.
CARICOIDEÆ
1. Scleria levis Retz.
Obs. 4 : 13 (1786); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 732 (1974).
Erromango : Aubert de la Rüe s.n., bord de marais, E Novolu, 200 m, 21.2.1936, P.
Espèce asiatique, répandue de l’Inde au Japon, et, dans le Pacifique
occidental, jusqu’au Queensland, en Nouvelle Guinée et en Nouvelle Calé¬
donie. Non revue récemment dans l’archipel. A noter que l’unique échan¬
tillon connu était initialement mêlé au spécimen de Rhynchospora corymbosa
récolté au même endroit.
2. Scleria polycarpa Bock.
Linnæa 38 : 509 (1874); Schmid, Fl. N. Hébr. : 49 (1973); Kern, Fl. Males., ser. 1,
7 (3) : 738 (1974).
— S. margaritifera auct. non Willd. 1805 nec Gaertn. 1788 : Guillaumin, Bull. Soc.
Bot. Fr. 74 : 709 (1927); Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 9 (1948); Schmid, Fl.
Anatom : 12 (1970).
Source : MNHN, Paris
— 102 —
— S. multifohata auct. non Bock. : Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6,
5-6 : 9 (1948).
— S. hebecarpa auct. non Nees : Guillaumin, Bull. Soc. Bol. Fr. 103 : 282 (1956).
— S. purpurascens auct. non Steud. : Schmid, Fl. Anatom : 12 (1970); Fl. Tanna :
7 (1970).
— S. lithosperma auct. non (L.) Sw. : Schmid, Fl. Tanna : 7 (1970).
Aneityum : McGillivray 11, 10.1858, BM; Cheesntan A 5, 1.1955, BM; A 29,
entre côte et Saddle Mt., 1.1955, BM. P; Schmid 3562, Anowounamabo, 2.12.1970,
NOU; J. Raynat RSHN 16101 bis, ravin boisé entre Aatium et Inyamet, 20.7.1971, P.
Tanna : W. Anderson s. n., 1774, BM.
Efate : J. Raynat RSHN 16088, étang de Pangona, 15.7.1971, P.K.
Malekula : N. Halle RSNH 6455, SW Bay, forêt marécageuse, 14.10. 1971, P, K.
Santo : Campbell s. n. (non vu, cité par Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 74 : 709,
1927).
Pentecôte : Aubert de la Rite s. n., Lalak, 510 m, 6.12.1935, P.
S. loc. : J. Staer 65, 1902, SYD.
Malgré la diversité des noms attribués aux spécimens, il n’existe dans
l’archipel qu’un seul des grands Scleria à feuilles pseudo-verticillées :
S. purpurascens Steud. (= S. multifoliata Bock.) ne dépasse pas vers l’est
les Philippines et Celebes; 5. margaritifera Willd. non Gaertn., fondé sur
un spécimen de Forster censé provenir de Tanna, correspond en réalité
à une espèce connue seulement de Nouvelle-Calédonie. Très vraisemblable¬
ment une confusion s’est produite entre des matériaux récoltés au cours
du même voyage et considérés alors comme conspécifiques : la récolte
de W. Anderson provenant de Tanna (voir ci-dessus) et une récolte de
Forster provenant de Nouvelle-Calédonie; c’est ce matériel, identifié à
tort Carex lithosperma L. par Forster, et base du Scleria margaritifera
Willd., qui est sans doute à l’origine de la citation de Scleria lithosperma
des Nouvelles-Hébrides par M. Schmid, Guillaumin ayant cité ‘ Carex
lithosperma Forst. f. ’ en synonymie de son S. multifoliata (7).
S. hebecarpa Nees est un synonyme de S. levis Retz. Quant au vrai
S. lithosperma (L.) Sw. c’est une petite herbe très différente, pantropicale,
se rencontrant çà et là dans le Pacifique, entre autres en Nouvelle Calédonie,
mais encore inconnue des Nouvelles-Hébrides.
Scleria polycarpa Bock., caractérisé par un akène subsphérique, à
surface comme martelée en petites facettes polygonales et parsemée de
poils courts, se rencontre dans une aire pacifique assez vaste, de l’Australie
et des Moluques à l’ouest jusqu’aux Samoa à l’est.
3. Scleria brownii Kunth.
Enum. 2 : 349 (1837); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 731 (1974).
— S. depauperata auct. : Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 9 (1948);
Schmid, Fl. N. Hébr. : 49 (1973), vix Bock.
Aneityum : Schmid 3931, près Anelgahoat, forêt à gaiac, 30 m, 1971, NOU.
Foutouna : Milite 401, 403, 12.1853, K.
Erromango : Veillon 2951, Happy Land, 28.6.1973, P.
Efate : J. Raynal RSNH 16023, plantation Harris, côte N, 3.7.1971, P, K.
Malekula : N. Hallé RSNH 6316, Tisbel, sous-bois près de la côte, 28.9.1971,
Source : MNHN, Paris
— 103 —
Espèce de petite taille, des sous-bois dégradés herbeux. Scleria brownii
au sens large recouvre des formes assez diverses dont la taxonomie précise
n'est pas encore clarifiée; l’espèce se rencontre en Australie, en Nouvelle-
Calédonie, aux Tonga, aux Fidji et en quelques points de Nouvelle-Guinée.
Quant à l’identité de Scleria depauperata Bock., elle n’est aujourd’hui
connue qu’à travers une détermination faite par Clarke dans l'herbier
de Kew; en effet le type de ce taxon ( Graeffe in herb. Luerssen, Samoa)
semble perdu, et la description de Bôckeler est insuffisante. Scleria brownii
n’est pas signalé des Samoa, aussi est-il permis de s’interroger sur l’inter¬
prétation de Clarke, d'autant que la description de Bôckeler suggère
une probable synonymie de S. depauperata et S. lithosperma (L.) Sw.
(inflorescence d’épillets distants, disque hypogyne indistinct).
4. Carex fissilis Boott
III. Carex 2 : 86, tab. 245 (1860).
— Carex indica L. var. fissilis (Boorr) Kük., Pflanzenr. 38 (IV-20) : 264 (1909), excl.
syn. C. dietrichiæ Bock.
— Carex neohebridensis auct. non Guill. & Kük. : Guillaumin, Journ. Linn. Soc.,
Bot. 51 : 565 (1938); Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 9 (1948), p. p., quoad
insul. Samo.
— Carex sp., Schmid, Fl. Anatom : 11 (1970); Suppl. Fl. Analom : 4 (1971).
Aneityum : Mil ne 289, type, K; Schmid3561, forêt à Mousses, 550-690 m, 5.12.1970,
NOU; P. Green RSNH 1155, pic au S du Mt. Inrero, 746 m, 21.7.1971, K; J. Raynal
RSNH 16122, forêt d'altitude, Nezwon Netounemla, 500 m. 21.7.1921, P, K.
Erromango : aucun échantillon à ce jour, mais un Carex stérile observé sur une
crête vers 400 m d'altitude, en forêt au N du camp du km 17 (W d’Ipota), appartient
très vraisemblablement à cette espèce.
Efate : A. Morrison s. n., près de Seaview, 17.8.1896, K.
Santo : I. & Z. Baker 14, Mt. Tabwemasana, 909 m, 4.11.1933, BM; J. Raynal
RSNH 16320, sous Nokowoula, 900 m, 1.9.1971, P, K; RSNH 16385, Mt. Tabwemasana,
1650 m, 4.9.1971, P, K.
Herbe de sous-bois montagnard, endémique. Son endémisme et son
individualité spécifique bien marquée sont restés méconnus, sans doute
par suite d’une localisation trompeuse du type dès la description originale :
‘ Anuteum, New Caledonia group ’; plus tard Kükenthal (11) considère
le matériel comme néo-calédonien et l’assimile au C. dietrichiæ Bock.,
n’en faisant alors qu’une variété de C. indica L. Pour Raymond, Mém.
Jard. Bot. Montréal 53 : 43 (1959), C. dietrichiæ est indistinct de C. indica;
par contre, C. indica var. fissilis lui semble une race géographique bien
distincte. De fait, les matériaux australiens et néo-calédoniens ne semblent
pas différer spécifiquement de C. indica: par contre la plante néo-hébri-
daise en diffère par des caractères constants, de l’utricule en particulier,
et mérite à mon avis pleinement une réhabilitation au rang spécifique.
5. Carex neohebridensis Guillaumin & Kükenthal
Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. 2, 9 : 304 (1937); Guillaumin, Ann. Mus. Col.
Marseille, ser. 6, 5-6 : 9 (1948), p. p., excl. cit. Santo insul.
Source : MNHN, Paris
104 —
Epi : Aubert de la Rite s. n., Mt. Nueliliu, sommet, 843 m, 23.11.1935, type, P.
Santo : J. Raynal RSNH16329, Mt. Tabwemasana, au-dessus de 1 600 m, 2.9.1971,
P, K.
Herbe vivace des crêtes boisées sommitales, endémique. Les espèces
les plus proches se trouvent en Indonésie et aux Philippines. C’est par
erreur que Guillaumin (6) signalait déjà l’espèce de Santo à 900 m d'alti¬
tude. Il s’agissait de C. fissilis Boott (voir ci-dessus). A Santo C. neohebri-
densis ne se rencontre qu’au voisinage du sommet, de 1600 à 1850 m.
La présence de l’espèce à 840 m à Épi n’est pas contradictoire : les micro¬
climats sommitaux — et partant la flore qui leur est liée — ne sont pas
fonction des altitudes absolues, mais bien des altitudes relatives par rapport
aux îles respectives, fait que j’ai déjà souligné (14) et observé à nouveau
depuis en Polynésie. Ce phénomène me semble en relation directe avec
l’accumulation de nuages en « chapeau » autour des sommets.
6. Carex brunnea Thunb.
Fl. Japon. : 38 (1784); Schmid, Suppl. Fl. Anatom : 4 (1971).
Aneityum : McGillivray 48, 2.1859, BM, P; Schmid 3754, sud-est, 50-100 m,
19.5.1971, NOU; J. Raynal RSHN 16106, entre Inyamet et Issel, ravin boisé, 20.7.1971,
P, K.
Espèce largement répartie en Asie, de l’Inde au Japon, présente aussi
à travers les Océans Indien et Pacifique, des Mascareignes aux Hawaii
et à la Nouvelle-Calédonie. Atteint apparemment sa limite sud-orientale
à Aneityum.
7. Carex graeffeana Bock.
Flora 58 : 22 (1875).
Aneityum : Cheesman 4, grève caillouteuse de cours d’eau, 1 mile dans l’intérieur,
15 m, 31.10.1930, K.
Espèce connue de Java à l’ouest jusqu’aux Samoa à l’est 1 . Non revue
récemment dans l’archipel.
RH YNCHOSPOROIDEÆ
8. Rhynchospora corymbosa (L.) Britt.
Trans. N. Y. Ac. Sc. 11 : 84 (1892); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 713 (1974)'
— R. rubra auct. non (Lour.) Mak. : Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6’
5-6 : 9 (1948); Bull. Soc. Bot. Fr. 103 : 282 (1956); Schmid, Fl. Anatom : 12 (1970)’
1. Je conserve ici au Carex graeffeana Bock, la définition donnée par Kükenthal (11);
l’examen attentif de spécimens provenant tant d’Indonésie ou des Philippines que des Fidji
ou des Samoa ne m’a en rien convaincu de la valeur des Carex philippinensis et C. exploratorum
créés par Nelmes, Kew Bull. 1938 : 108-109; ces espèces sont fondées sur des caractères soit
mal observés (les tailles d'akènes données par Nelmes. sont nettement fausses; l'utricule de
son C. philippinensis n’est aucunement cilié-scabre, même à un fort grossissement), soit forte¬
ment influencés par l’état de maturité du spécimen (nervation et contour des utricules, qui de
toute façon ne sont jamais réellement « obovati »). Il est douteux qu’on puisse conserver à ces
taxons même un statut de races géographiques.
Source : MNHN, Paris
105 —
Aneityum : Milne 288, 11.1853, K; McGilUvray 920, 11.1853, K; 19, 10.1858, BM,
P; Cheesman A 18, Anelgahoat, 1.1955, BM.
Erromango : Aubert de la Rite s. n.. Terres Rouges, versant . W du grand massif
du N, 260 m, 19.2.1936, P;s.n., marais à l’E de Novolu, 200 m, 21.2.1936, P; Cheesman 65,
W de l’île, bord de cours d’eau, 100 m, K; Campbell (non vu, cité par Guillaumin,
Bull. Soc. Bot. Fr. 74 : 709 (1927).
Efate : J. Raynal RSNH 16049, côte S, marais à l’E de la R. Teouma, 10.7.1971,
P, K; RSNH 16087, étang de Pangona, 15.7.1971, P, K.
Epi : Aubert de la Rite s. n., marais, Votlo, 17.11.1935, P, Z.
Grande Cypéracée grégaire des marécages permanents en régions
intertropicales humides, pantropicale.
R. rubra (Lour.) Mak. est une herbe basse à inflorescence capitée,
sans aucun rapport avec R. corymbosa ; ses plus proches localités sont en
Australie et en Nouvelle-Guinée.
9. Gahnia aspera (R. Br.) Spreng.
Syst. Veg. 2 : 114 (1825); Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 9
(1948); Schmid, Fl. Anatom : 11 (1970); Fl. N. Hébr. : 49 (1973); Kern, Fl. Males.,
ser. 1, 7 (3) : 708 (1974).
Aneityum : McGilUvray s. n., 11.1853, BM; Cheesman A 11, Anelgahoat, 1.1955,
BM; Bernardi 12947, Anawounamalo, 5.5.1968, P; Schmid 3559, 3.12.1970, NOU;
3753, forêt à gaiac, 18-20.5.1971, NOU; Chew RSNH 52, Niezouma, SE Anelgahoat,
19.7.1971, K, P; J. Raynal RSNH 16114, entre Aatium et Oumetch, 20.7.1971, P, K.
Erromango : Cheesman 93, NW de l’île, sur corail exhaussé, 200 m, 24.8.1930, K;
Aubert de ta Rite s. n.. Terres Rouges, versant W du massif du N, 200 m, 19.2.1936, P;
Quantin in Schmid 708, W de l’île, 200-400 m, 10.1965, NOU.
Herbe fréquente dans les maquis jusqu’à environ 500 m d’altitude;
espèce à vaste répartition pacifique assez discontinue, de l’Australie à la
Polynésie et aux îles Riou-Kiou, avec une sous-espèce aux Hawaii.
10. Cladium mariscus (L.) Pohl subsp. jamaicense (Crantz) Kük.
Rep. Sp. Nov., Beih. 40 (1) : 523 (1938); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 690 (1974).
Efate : J. Raynal RSNH 16089, étang de Pangona, 15.7.1971, P, K.
Grande Cypéracée grégaire des marais permanents, subcosmopolite;
la sous-espèce est pantropicale. Nouvelle pour l’archipel.
11. Baumea articulata (R. Br.) S. T. Blake
Contr. Queensl. Herb. 8 : 29 (1969).
-— Machærina articulata (R. Br.) Koyama, Bot. Mag. Tokyo 69 : 62 (1956); Kern,
Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 700 (1974).
— Lepironia articulata auct. non (Retz.) Domin : Schmid, Suppl. Fl. Anatom : 4 (1971).
Aneityum : Milne 285, 11.1853, K; J. Raynal, RSNH 16138, Titchou, marais dans
le maquis, 22.7.1971, P, K; vu aussi en abondance, mais stérile (non récolté) dans le
marais d’Ànelgahoat.
Grande Cypéracée aphylle joncoïde, grégaire, des marais permanents.
Espèce australe (Australie, Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie) attei¬
gnant ici sa limite, ainsi qu’en Nouvelle-Guinée où elle est très rare.
Source : MNHN, Paris
— 106 —
12. Baumea milnei (C. B. Clarke) S. T. Blake
Contr. Queensl. Herb. 8 : 30 (1969).
— Cladium milnei C. B. Clarke, Kew Bull., Add. ser. 8 : 46 (1908); Guillaumin, Ann.
Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 9 (1948); Schmid, Fl. Anatom : 11 (1970).
Aneityum : Milite s. n., hauteurs de Pile, 11.1853, type, K.
Erromango : Kajewski 326, Dillon Bay, 400 m, 29.5.1928, K; 327, ibid., P; Aubert
de la Rüe s. n.. Pointe des Traîtres, au-dessus de Port Narevin, 200 m, 9.1934, P.
Herbe au port caractéristique (feuilles équitantes) des landes et maquis,
non revue récemment. Longtemps considérée comme endémique des
Nouvelles-Hébrides mais retrouvée depuis en Nouvelle-Guinée.
13. Machærina robinsonii (Merrill) Koyama
Bot. Mag. Tokyo 69 : 65 (1956).
— Vincentia monticola Guillaumin, Bull. Mus. Hist. Nat. Paris, ser. 2, 9 : 304 (1937);
Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 9 (1948); Schmid, Fl. Tanna : 7 (1970).
— Machærina monticola (Guill.) Koyama, /. c. : 64 (1956); Schmid, Fl. N. Hébr. : 49
(1973).
— M. Sinclairii auct. non (Hook. F.) Koyama : Kern, Fl. Males, ser. 1,7 (3) : 694 (1974).
Tanna : Kajewski 155, Mt. Toukosmereu, 1000 m, 15.3.1928, K, P; Schmid 3932,
ibid., 1080 m, 28.7.1971, NOU.
Ambrym : Aubert de la Rites, n., Mt. Marum, 900 m, 8.1.1936, P; s. n., Mt. Bembow,
900 m, 9.1.1936, P (syntypes, avec le suivant, de Vincentia monticola Guill.).
Vanua Lava : Aubert de la Rüe s. n., grande solfatare, 450 m, 7.1934, P.
Autre herbe à feuilles équitantes, plus robuste que la précédente, appar¬
tenant à un genre de taxonomie difficile, pantropical mais essentiellement
pacifique, dont la plupart des espèces sont montagnardes, habitant les
forêts à mousses des crêtes ou les parois humides escarpées. Je ne vois,
dans l’état actuel des connaissances sur ces plantes encore insuffisamment
récoltées, aucune raison de distinguer Vincentia monticola de l’espèce
décrite d’Amboine et dont l’aire s’étend de Sumatra aux Philippines et à la
Nouvelle-Guinée. Elle a été assimilée par Kükenthal (13) et Kern (9)
au M. sinclairii décrit de Nouvelle-Zélande, mais ce dernier me semble
spécifiquement distinct. Quant à M.falcata (Nees) Koy., c’est par confusion
avec M. robinsonii que Kern {Le.) le cite des Nouvelles-Hébrides.
CYPEROIDEÆ
14. Schœnoplectus mucronatus (L.) Palla
Sitzb. Zool. Bot. Ges. Wien 38 : 49 (1888).
— Scirpus mucronatus L., Sp. PI., ed. 1,1 : 50 (1753); Guillaumin, Ann. Mus. Col.
Marseille, ser. 6, 5-6 : 9 (1948); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 510 (1974).
Aneityum : Milne 284, 11. 1853, K.
Erromango : McGillivray 7, 9.1853, BM, P; Aubert de la Rüe s. n., bord de marais,
E Novolu, 200 m, 21.2.1936, P.
Santo : J. Raynal RSNH 16275, estuaire de l’Apouna, 23.8.1971, P, K.
Source : MNHN, Paris
— 107 —
Herbe aphylle assez grégaire des marais plus ou moins temporaires
et des rizières, largement répandue de l’Europe méridionale au Japon, à
l’Indonésie, l’Australie et l’Afrique tropicale. Semble atteindre ici sa limite
orientale.
15. Schœnoplectus validus (Vahl) A. & D. Love
Bull. Torr. Bot. Cl. 81 : 33 (1954).
— Scirpus validus Vahl, Enum. 2 : 268 (1805).
— S. lacustris L. subsp. validus (Vahl) Koyama, Can. Journ. Bot. 40 : 927 (1962);
Kern, Fl. Males., ser. 1,7 (3) : 508 (1974).
— S. lacustris auct. : Schmid, Fl. N. Hébr. : 49 (1973).
Santo : McKee RSNH 24110, estuaire du Tabol, 26.8.1971, P, K; J. Raynal RSNH
16394, ibid., 12.9.1971, P, K.
Cette grande Cypéracée aphylle joncoïde est nouvelle pour l’archipel ;
elle existe aussi en Nouvelle-Calédonie. L’aire de l’espèce couvre l’Asie
tropicale, l’Océan Pacifique et une partie du continent américain.
16. Fimbristylis cymosa R. Br.
Prodr. : 228 (1810); Schmid, Fl. N. Hébr. : 49 (1973); Kern, Fl. Males., ser. 1,
7 (3) : 557 (1974).
— F. spathacea Roth, Nov. PI. Sp. : 24 (1821); Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille
ser. 6, 5-6 : 9 (1948); Schmid, Fl. Tanna : 6 (1970); Suppl. Fl. Anatom : 4 (1971).
Aneityum : Cheesman A 18a, entre la côte et Saddle Mt., 1.1955, BM.
Tanna : Schmid 3179, littoral SW, 5.5.1970, NOU; P. Green RSNH 1213, rochers
littoraux près Bethel, 26.7.1971, K.
Erromango : J. Raynal RSNH 16210, Ipota, plateforme corallienne littorale,
2.8.1971, P, K.
Malekula : N. Halle RSNH 6328, Tisbel, 29.9.1971, P, K.
Aoba : Aubert de la Rite s. n„ coulée de lave, côte SW, 7.1934, P.
Herbe cespiteuse littorale, pantropicale.
17. Fimbristylis complanata (Retz.) Link
Hort. Berol. 1 : 292 (1827); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 548 (1974).
Malekula : N. Halle RSNH6405, R. Matanoui, 10.10.1971, P, K.
Santo : J. Raynal RSNH 16269, Malao, 23.8.1971, P, K; RSNH 16431, R. Jour¬
dain, 14.9.1971, P, K.
Herbe pantropicale banale des lieux humides. Nouvelle pour l’archipel.
18. Fimbristylis dichotoma (L.) Vahl subsp. dichotoma
Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 575 (1974).
— F. dichotoma (L.) Vahl, Enum. 2 : 287 (1805).
— F. diphylla (Retz.) Vahl, I. c. : 289 (1805); Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille,
ser. 6, 5-6 : 9 (1948); Schmid, Esp. vég. Vaté : 8 (1965); Fl. Anatom : 11 (1970); Fl.
Tanna : 6 (1970).
— F. commuais Kunth, Enum. 2 : 234 (1837); Guillaumin, I. c. : 9 (1948).
Source : MNHN, Paris
— 108 —
Aneityum : Milite 291, 11.1853, K; McGillivrav 24, 10.1858, BM, P, G; P. Green
RSNH1139, versant S de l'Inrero, 380 m, 20.7.1971, K ; J. Raynal RSNH16141, Aneplizey.
22.7.1971, P. K; RSNH 16143, versant S de l’Inrero, 330 m, 23.7.1971, P, K; Campbell
(non vu, fide Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 74 : 709, 1927).
Tanna : fide Schmid, I. c.
Erromango : Aubert de la Rite s. n., versant W du massif du N, 20.2.1936, P.
Efate : Blanchon 863, plateau, 220 m, s.d., P; J. Raynal RSNH 16044, marais E R.
Teouma, 10.7.1971, P, K; RSNH 16071, reboisement entre Rarao et Maat, 280 m, 11.7.
1971, P, K; RSNH 16074, Tagabé, 12.7.1971, P, K.
Santo : Mckee RSNH 24219, Nokowoula, jachères, 1100 m, 5.9.1971, P, K;
J. Raynal RSNH 16408, estuaire du Tabol, 12.9.1971, P, K.
Pentecôte : Aubert de la Riie s.n., Lerik, sommet dominant la baie Melsisi, 430 m,
16.12.1935, P; s.n., Teraibe, 500 m, 12.1935, P.
Cette herbe vivace de taille moyenne ou basse, fréquentant les lieux
humides de toutes sortes, est l’une des Cypéracées les plus communes des
régions tropicales du monde entier.
19. Fimbristylis dichotoma (L.) Vahl subsp. depauperata (R. Br.) Kern
Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 576 (1974).
Erromango : Kajewski 318, Dillon Bay, 300 m, 28.5.1928, P, BISH.
Sous-espèce de F. dichotoma apparemment localisée au Pacifique
occidental, bien moins fréquente que la sous-espèce typique. Elle s’en
distingue d’abord par son port annuel, ainsi que par son style court et
large. Non revue récemment dans l’archipel.
20. Fimbristylis squarrosa Vahl
Enum. 2 : 289 (1805); Schmid. Suppl. Fl. Tanna : 8 (1970); Fl. Nouv. Hébr. : 49
(1973); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 585 (1974).
Tanna : Schmid 3560, bords du L. Siwi, sur cendre volcanique, 10.12.1970, NOU;
y. Raynal RSNH 16208, ibid., 30.7.1971, P, K.
Petite annuelle pantropicale des sables temporairement inondés.
21. Abildgaardia ovata (Burm. f.) Kral
Sida 4 : 71 (1971).
— Fimbristylis ovata (Burm. f.) Kern, Blumea 15 : 126 (1967); Fl. Males., ser. 1, 7 (3) :
565 (1974); Schmid, Fl. Nouv. Hébr. : 49 (1973).
— F. monostachyos (L.) Hassk., PI. Jav. Rar. : 61 (1848); Guillaumin, Ann. Mus. Col.
Marseille, ser. 6, 5-6 : 9 (1948); Schmid, Esp. vég. Vaté : 8 (1965); Fl. Anatom : 11
(1970).
Aneityum : McGillivray s.n., 2.1859, P; Milne44, G; observé en 1971 sur les pelouses
dominant la côte S entre Oumetch et Issel, mais non récolté.
Efate : Blanchon 861, plateau, 220 m, s.d., P; Schmid 249, Port Havannah, 300 m,
24.5.1965, NOU.
Herbe basse vivace des lieux secs, pantropicale.
Source : MNHN, Paris
— 109 —
22. Cyperus nutans Vahl
Enum. 2 : 363 (1805); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 609 (1974).
Malekula : N. Halle RSNH 6411 , S W Bay, R. Matanoui, 10.10.1971, P, K.
Santo : J. Raynal RSNH 16272, Malao, 23.8.1971, P, K; Veillon RSNH 4503,
ibid., 23.8.1971, P, K.
Asie tropicale de l’Inde à la Chine, Indonésie. Nouveau pour l’archipel,
où il atteint sa limite orientale.
Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 74 : 709 (1927), signale d’Aneityum
Cyperus distans L. f. d’après une récolte de Campbell, récolteur dont je
n’ai vu aucun échantillon. Étant donné le grand nombre d’inexactitudes
relevées dans les déterminations de Guillaumin, il n’est pas possible de
reprendre aujourd’hui cette information sans contrôle. Cyperus distans
est une espèce pantropicale banale, mais rare dans le Pacifique (îles Fidji);
sa présence aux Nouvelles-Hébrides, particulièrement comme adventice,
n’est pas impossible; d’autre part il se peut que Guillaumin ait pris pour
cette espèce le Cyperus nutans ci-dessus; à noter qu’il n’en fait plus mention
dans ses travaux ultérieurs (7).
23. Cyperus rotundus L.
Sp. PI. ed. 1,1 : 45 (1753); Schmid, Esp. vég. Vaté : 8 (1965); Fl. Tanna : 6 (1970);
Suppl. Fl. Anatom : 4 (1971); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 604 (1974).
Aneityum : fide Schmid, I.c.
Tanna : fide Schmid, I.c.
Efate : fide Schmid, I.c. ; J. Raynal, observé à Vila, dans les pelouses de la Rési¬
dence Britannique (non récolté).
Malekula : N. Hallé RSNH 6466, S W Bay, 15.10.1971, P.
Espèce vivace à stolons et tubercules souterrains, vraisemblablement
originaire des régions tropicales sèches d’Afrique et d’Asie occidentale,
mais aujourd’hui répandue dans toutes les régions chaudes du globe, où
elle envahit parfois dangereusement les cultures. D’introduction probable¬
ment récente aux Nouvelles-Hébrides, où son extension est à éviter.
24. Cyperus stoloniferus Retz.
Obs. 4 : 10 (1786); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 606 (1974).
Aneityum : J. Raynal, observé en abondance dans une anse vaseuse de la côte S,
mais non récolté (stérile), 7.1971.
Espèce voisine de C. rotundus mais s’en distinguant, outre certains
caractères morphologiques, par son écologie exclusivement littorale. Côtes
de l’Océan Indien, de Madagascar à l’Australie, et du Pacifique occidental
(Chine, Philippines, Indonésie, Samoa, Nouvelle-Calédonie). Nouvelle
pour l’archipel.
Source : MNHN, Paris
— 110 —
25. Mariscus pennatus (Lam.) Domin
Bibl. Bot. 85 : 440 (1915); Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 8
(1948); Schmid, Fl. Anatom : 12 (1970); Fl. Tanna : 6 (1970); Fl. Nouv. Hébr. : 49
(1973).
— Cyperus javanicus Houtt., Nat. Hist. 2, 13, Aanw. PI. (1), lab. 88 (1782); Kern,
Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 635 (1974).
— Mariscus javanicus (Houtt.) Merr. & Metc. 1945, nom. illeg., non (Zoll. & Mor.)
O. Ktze. 1891.
Aneityum : Milne 289, 11.1853, K; McGiUivray 921, 11.1853, K.
Tanna : Schmid 3178, côte SW, 5.5.1970, NOU.
Epi : Aubert de la Rüe s.n., Big Bay, 10.1935, P.
Malekula : N. Hallé RSNH 6381, Tisbel, arrière-plage, 3.10.1971, P, K; RSNH
6429, SW Bay, sous les cocotiers, 12.10.1971, P, K; A. W. Herre 51, 3.4.1929, BISH.
Santo : J. Raynal RSNH 16270, Malao, arrière-plage, 23.8.1971, P, K.
Herbe cespiteuse vivace aux feuilles raides et coupantes, des côtes
des Océans Indien et Pacifique; vicariante de M. ligularis (L.) Urb. des
littoraux atlantiques.
26. Mariscus seemannianus (Bock.) Palla
Denk. Ak. Wien Math.-Nat. Kl. 84 : 452 (1909).
Aneityum : J. Raynal RSNH 16134, Eili, 22.7.1971, P, K.
Tanna : P. Green & Allen RSNH 1217, 9 km SE Lenakel, 27.7.1971, P, K.
Jusqu’ici connu seulement plus à l’est : Fidji, Tonga, Samoa, douteux
à Tahiti. Nouveau pour l’archipel.
27. Mariscus cyperinus (Retz.) Vahl
Enum. 2 : 377 (1805); Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 8 (1948),
p.p.; Schmid, Fl. Anatom : 12 (1970); Fl. Tanna : 6 (1970).
— Cyperus cyperinus (Retz.) Valck'. Sur., Gesl. Cyp. Mal. Arch. : 154 (1898); Kern,
Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 641 (1974).
Aneityum : fide Schmid, l.c.
Tanna : J. Raynal RSNH 16207, Loanengo, 29.7.1971, P.
Erromango : Kajewski 277, Dillon Bay, 19.5.1928, P, K, BISH.
Santo : J. Raynal RSNH 16274, Malao, 23.8.1971, P, K; RSNH 16305, moyenne
vallée de l’Apouna, 28.8.1971, P, K; McKee RSNH24236, Nokowoula,cultures, 1100 m,
5.9.1971, P, K; /. & Z. Baker 2, Mt. Tabwemasana, 1200 m, 29.10..1933 (BM, non vu,
cité par Guillaumin, Journ. Linn. Soc., Bot. 51 : 565, 1938); 181, 182, Hog Harbour,
3.1.1934 (BM, non vu, cité par Guillaumin, ibid.).
Espèce rudérale répandue de l’Inde à la Chine et à la Polynésie.
28. Mariscus sumatrensis (Retz.) J. Raynal, comb. nov.
— Kyllinga sumatrensis Retz., Obs. 4 ; 13 (1786) (Type : Wennerberg, LD!).
— Scirpus cyperoides L., Mant. 2 : 181 (1771).
-— Cyperus cyperoides (L.) O. Ktze., Rev. Gen. PI. 3 (2) : 333 (1898); Kern, Fl. Males.,
ser. 1, 7 (3) : 642 (1974).
— Mariscus cyperoides (L.) Urb. 1900, nom. illeg., non (Roxb.) Dietr. 1833.
Source : MNHN, Paris
— Kvllinga umbellata Rottb., Descr. : 15 (1773), nom. illeg.
— Mariscus cyperinus auct. non (Retz.) Vahl : Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 74 : 709
(1927).
ANEm-UM : McGillivray 43, 12.1858, 2.1859, BM, P, G.
Tanna : J. Raynal RSNH 16168, Ikouroup, 28.7.1971, P, K.
Malekula : N. Hallé RSNH 6443 B, SW Bay, cocoteraies de Wintoua, 12.10.1971 ,P.
Espèce paléotropicale répandue de l’Afrique à la Polynésie, mais plus
ou moins fréquente selon les régions, souvent rudérale. Généralement
bien distincte de la précédente, dont elle est affine, par ses épillets disposés
à angle droit ou même réfléchis sur l’axe de l’épi, et non à angle aigu comme
dans M. cyperinus. Toutefois certains échantillons sont de détermination
difficile, surtout dans le Pacifique. De même, en Afrique, la séparation de
cette espèce et de M. sublimis C. B. Clarke est parfois obscure (présence
d’hybrides?) .
La présentation typographique de la description originale de Kyllinga
sumatrensis Retz, pourrait faire croire que Scirpus cyperoides L. est cité
comme synonyme, ce qui rendrait le binôme de Retzius automatiquement
illégitime. Il n’en est rien, Scirpus cyperoides L. n’étant indiqué que comme
une espèce peut-être affine : ‘ et forte hue potius, quam ad Kyllingam umbella-
tam pertinet ’.
29. Torulinium odoratum (L.) S. Hooper
Kew Bull. 26 : 579 (1972); Schmid, Fl. Nouv. Hébr. : 49 (1973).
— Cyperus odoratus L., Sp. PI., ed. 1, 1 : (1753); Kern, Fl. Males., ser. 1, 7 (3) : 645
(1974).
— Torulinium ferax (L. C. Rich.) Hamilt., Prodr. PI. Ind. Oce. : 15 (1825); Guillaumin,
Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6,5-6 : 8 (1948); Schmid, Suppl. Fl. Anatom : 4 (1971).
Aneityum : McGillivray 927, 11.1853, K; Schmid 3752, ouest, 80 m, 20.5.1971,
NOU.
Tanna : J. Raynal RSNH 16169, Ikouroup, 200 m, 28.7.1971, P.
Malekula : N. Hallé RSNH 6404, R. Matanoui, 10.10.1971, P, K.
Santo : I. & Z. Baker 126, entre Loweri et Ladogh, 27.12.1933, BM; J. Raynal
RSNH 16271, Malao, 23.8.1971, P, K; McKee RSNH24297, estuaire duTabol, 14.9 1971.
P, K.
Espèce pantropicale, souvent adventice dans les cultures en zones
humides.
30. Pycreus polystachyos (Rottb.) Pal. Beauv.
PI. Ow. Ben. 2 : 48 (1807); Guillaumin, Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 6, 5-6 ; 8
(1948); Schmid, Fl. Anatom : 12 (1970); Fl. Tanna : 7 (1970).
— Cyperus polystachyos Rottb., Descr. Progr. ; 21 (1772); Kern, Fl. Males., ser. 1,
7 (3) : 649 (1974).
Aneityum : fide Schmid, Le.
Tanna ; Aubert de ta Rite s.n.. Baie du Soufre, 3.1934, P.
Erromango : Aubert de la Rite s.n., E Novolu, 200 m, 21.2.1936, P.
Santo : J. Raynal RSNH 16321, Nokowoula, 1130 m,] 1.9.1971, P, [K; RSNH
16430, R. Jourdain, 14.9.1971, P, K.
Source : MNHN, Paris
— 112 —
Herbe vivace pantropicale commune surtout dans les régions littorales,
mais montant également en altitude; manque dans de vastes régions conti¬
nentales (indice d’introduction relativement récente?) comme en Afrique
par exemple.
31. Kyllinga polyphylla Willd. ex Kunth
Enum. 2 : 134 (1837).
—- Kyllinga aromatica Ridl., Trans. Linn. Soc., Bot. 2 : 146 (1884).
— Cyperus aromaticus (Ridl.) Mattf. & Kük.. Pflanzenr. 101 : 581 (1936); Kern,
Fl. Males., ser. 1 ,7 (3) : 656 (1974).
Efate : J. Raynal RSNH 16266, terrain vague près l’aéroport de Vila, 16.8.1971,
P. K.
Herbe vivace originaire d’Afrique tropicale, introduite en divers points
d’Asie et du Pacifique, où elle s’étend rapidement et peut être dangereuse¬
ment envahissante dans les pâturages (cas des Fidji et de Tahiti). Aux
Nouvelles-Hébrides elle semble avoir été introduite tout récemment à
partir de la Nouvelle-Calédonie, où elle est déjà abondante. 11 serait judi¬
cieux de l'exterminer avant toute extension, chose actuellement aisément
réalisable.
32. Kyllinga brevifolia Rottb.
Descr. : 13 (1773).
— Cyperus brevifolius (Rottb.) Hassk., Cat. Hort. Bogor. : 24 (1844); Kern, Fl. Males.,
ser. 1, 7 (3) : 656 (1974).
— Kyllinga aromatica auct. non Ridl. : Schmid, Esp. vég. Vaté : 8 (1965).
Tanna : Schmid 3930, pentes du Mt. Toukosmereu, 450 m, 28.7.1971, NOU.
Efate : Aubert de la Rite s.n., R. Teouma, 9.1934, P; J. Raynal RSNH 16041,
plantation Harris, côte N, 7.7.1971, P, K; RSNH 16050, prairies marécageuses, E R.
Teouma, 10.7.1971, P, K.
Malekula : N. Halle RSNH 6402, R. Matanoui, 10.10.1971, P, K; RSNH 6443 A,
SW Bay, cocoteraies de Wintoua, 12.10.1971, P.
Santo : J. Raynal RSNH 16280, Malao, 24.8.1971, P, K; McKee RSNH 24237,
24238, Nokowoula, cultures, 1100 m, 5.9.1971, P, K.
Herbe à rhizome traçant, s’installant dans les pâturages, tendant à
devenir pantropicale mais encore très rare en Afrique continentale. Com¬
mune en Asie, en Amérique et dans le Pacifique.
33. Kyllinga nemoralis (J. R. & G. Forst.) Dandy ex Hutch.
Fl. W. Trop. Afr., ed. 1, 2 : 487 (1936).
-— Thryocephalttm nemorale J. R. & G. Forst., Char. Gen. PI. : 129 (1775).
— Kyllinga monocephala Rottb., Descr. : 13 (1773), excl. syn., nom. illeg.; Guillaumin,
Bull. Mus. Hist. Nat., ser. 2, 9 : 304 (1937) (sphalm. ‘ macrocephala ’); Ann. Mus.
Col. Marseille, ser. 6, 5-6 : 8 (1948); Schmid, Fl. Anatom : 12 (1970).
ANErTYUM : Milne 290, 11.1853, K; McGillivray 53, 12.1858, BM, P, G; Qnaife
(non vu, cité par Kükenthal, Pflanzenr. 101 : 607, 1936).
Tanna : J. Raynal RSNH 16158, White Sands, 27.71971, P; RSNH 16179, Loanengo,
28.7.1971, P.
Source : MNHN, Paris
— 113 —
Erromango : Kajewski 276, Dillon Bay, 19.5.1928, P, K.
Efate : Aubert de la Rite s.n., R. Teouma, 9.1934, P; Levât s.n., Vila, s.d., P.
Epi : Aubert de la Rüe s.n.. Baie Nelson, 10.1935, P.
Santo : I. & Z. Baker 185, Hog Harbour, 13.1.1934; MeKee RSNH 24279, 24281,
Nokowoula, cultures, 1100 m, 7.9.1971, P, K; /. Raynal RSNH 16410, 2 km S Malao,
cultures, 13.9.1971, P, K.
Herbe vivace aux inflorescences en têtes blanches caractéristiques.
Surtout en Asie et dans le Pacifique, rare en Afrique, très rare en Amérique.
REMARQUES BIOGÉOGRAPHIQUES
La flore cypérologique des Nouvelles-Hébrides reste, avec 33 taxons,
une flore pauvre. La Nouvelle-Calédonie voisine compte 92 espèces, la
Nouvelle-Guinée, plus vaste, aux biotopes très variés, plus de 400 espèces.
Le contraste est encore plus marqué pour le degré d’endémisme : 2 endé¬
miques seulement aux Nouvelles-Hébrides (soit 6 %) contre 30 % en
Nouvelle-Calédonie, chiffre élevé eu égard aux nombreuses espèces pluri-
régionales que compte la famille.
Les caractères de la flore des Nouvelles-Hébrides sont en effet ceux
d’un archipel océanique récent, où ni colonisation ni spéciation n’ont
encore joué de façon complète.
Si l’on considère le spectre biogéographique des Cypéracées néo-
hébridaises, 11 espèces, soit exactement un tiers, sont pantropicales ; un
autre tiers rassemble des espèces à vaste répartition paléotropicale ou
asiatique. Le dernier tiers, composé d’espèces dont l’aire est restreinte
au Pacifique, nous intéresse plus directement; les aires de ces espèces se
répartissent comme suit :
2 endémiques (Carex Jissilis et C. neohebridensis ) d’affinités plutôt ma¬
laises.
2 malaises (Machxrina robinsonii, Baumea milnei);
3 australes (Scleria brownii, Baumea articulât a, Fimbristylis dichotoma
subsp. depauperata );
1 pacifique (Mariscus seemannianus );
3 espèces à vaste répartition pacifique mais d’affinités plutôt :
— malaise ( Scleria polycarpa, Carex graeffeanà),
— australe (Gahnia aspera).
Au total, sur ces 11 espèces biogéographiquement intéressants, 6 relè¬
vent de la région malaise, 4 de la région australe, 1 seulement du Pacifique
central. Ce dernier chiffre doit être corrigé en fonction de la relative pauvreté,
de la moindre diversification de la flore pacifique.
Il serait vain de vouloir faire dire trop à des chiffres aussi faibles;
les Cypéracées ne représentent qu’une petite partie de la flore néo-hébri-
daise. Néanmoins il me semble qu’elles reflètent assez bien la situation
générale — et les résultats obtenus sur d’autres familles le prouvent — en
ce sens que le territoire récent des Nouvelles-Hébrides a de toute évidence
joué, par rapport aux régions avoisinantes plus anciennes, le rôle de colonie :
Source : MNHN, Paris
— 114 —
le peuplement s’est effectué à la fois par le nord (Nouvelle-Guinée, Salomon),
le sud (Nouvelle-Calédonie) et l’est (Fidji), dans des proportions sensible¬
ment fonction des distances en jeu et des richesses floristiques relatives
des « réservoirs » environnants. Après quoi la spéciation a pris place de
façon encore timide, comme l’atteste le bas endémisme.
Il est intéressant d’examiner la répartition et l’intérêt biogéographique
des Cypéracées néo-hébridaises par sous-familles. En premier lieu, consta¬
tons l’absence de la sous-famille des Mapanioideæ, dont l’Indonésie est le
centre principal de diversification, et qui n’atteint les Nouvelles Hébrides
ni par le nord ( Capitularina , Scirpodendron sont aux Salomon, le second
arrivant même très près, à Vanikoro Santa Cruz) ni par le sud ( Lepironia,
Chorizandra s’arrêtant en Nouvelle-Calédonie). Les trois autres sous-
familles sont représentées de façon inégale : Caricoideæ et Rhynchospo-
roideæ sont à égalité avec respectivement 7 et 6 espèces; les Cyperoideæ
dominent largement avec 20 taxons.
La confrontation des aires géographiques pour les différentes sous-
familles est instructive : Caricoideæ et Rhynchosporoideæ ne comptent
chacune que 2 paléo- ou pantropicales. Le Pacifique occidental est en effet
une région de grande diversification, donc d’endémisme, de ces deux sous-
familles, la première surtout en Malaisie, la seconde surtout en Australie.
Notons en passant que l’endémisme néo-hébridais, restreint au seul genre
Carex, est en rapport avec la haute diversification de ce genre dans cette
région du monde. Par contre les Cyperoideæ, qui dominent par le nombre
mais n’ont pas leur centre principal de diversification dans les environs
(il est plutôt en Afrique), ne présentent que 2 taxons localisés au Pacifique,
les 18 autres étant des espèces à très vaste répartition (dont 9 pantropicales
sur 11); certaines sont même des herbes très banales ou des adventices
envahissantes, comme Cyperus rotundus ou Kyllinga polyphylla.
Si, pour conclure, on examine les florules respectives des îles princi¬
pales, on constate avec étonnement qu’Aneityum vient loin en tête avec
19 espèces, les autres îles formant un peloton compact avec 13 espèces (Santo,
Tanna), 11 (Erromango) ou 10 (Efate, Malekula). Aneityum compte
4 espèces non encore vues ailleurs dans l’archipel; trois d’entre elles sont
très probablement venues de Nouvelle-Calédonie ( Carex brunnea, Baumea
arliculata, Cyperus stoloniferus). Mais la quatrième vient du Nord ( Carex
graeffeand). Il est donc vraisemblable que l’apparente richesse d’Aneityum
résulte en partie d’une colonisation provenant de la Nouvelle-Calédonie,
« réservoir » proche et très riche, en partie aussi d’une prospection plus
intensive, plus complète; elle devrait décroître en valeur relative quand les
autres îles seront mieux explorées. Rien de semblable ne peut se produire
au nord, où les îles Salomon ne constituent pas un réservoir aussi riche,
et où la Nouvelle-Guinée est trop lointaine.
Si d’ores et déjà les traits fondamentaux du peuplement végétal des
Nouvelles-Hébrides se dessinent assez nettement, il apparaît donc que des
conclusions plus solidement établies ne peuvent résulter que de nouvelles
et actives prospections.
Source : MNHN, Paris
— 115 —
CLEF DES CYPÉRACÉES NÉO-HÉBRIDAISES
Pour faciliter localement la détermination des Cypéracées, j’ai jugé
utile d’en donner ci-dessous une clef pratique, qui ne suit pas forcément
la hiérarchie taxonomique mais par contre s’efforce, dans la mesure du
possible, de faire appel à des caractères aisément observables sans entraîne¬
ment particulier ni observation microscopique. De ce fait, les caractères
utilisés ne sont souvent pas les critères les plus étroitement spécifiques,
et cette clef pratique locale ne prétend évidemment à aucune valeur en
dehors de la région et des espèces concernées.
1. Plantes sans feuilles basales développées.
2. Tige triangulaire; inflorescence en tête dépassée par la bractée qui
semble prolonger la tige . 14. Schanoplectus mucronatus
2'. Tige cylindrique
3. Tige sans cloisons transversales . 15. Schanoplectus valu/us
3". Tige pourvue de cloisons transversales visibles extérieurement...
. 11. Baumea articulât a
1 '. Plantes à feuilles bien développées le long des tiges ou à leur base.
4. Feuilles équitantes, à limbe dans un plan vertical (comme les feuilles
d’iris).
5. Feuilles larges de 1-2 cm, vertes; inflorescence fournie, dense, pyra¬
midale; épillets brun foncé, longs de 6-7 mm; filets staminaux très
longs, exserts . 13. Machærina robinsonii
5'. Feuilles larges de 6-7 mm, glaucescentes; inflorescence allongée à
rameaux grêles et épillets distants, longs de 3-4 mm; filets stami¬
naux non longuement exserts . 12. Baumea milnei
4'. Feuilles non équitantes, à limbe dorsiventral.
6. Inflorescence réduite à un seul épillet blanchâtre, lancéolé, d’en¬
viron 7x2 mm, à glumes insérées sur deux rangs opposés....
. 21. Abildgaardia ovata
6'. Inflorescence composée de plusieurs épillets.
7. Inflorescence constituée d’inflorescences partielles étagées sur
la tige, à l’aisselle de bractées distantes.
8. Fructification constituée d’un petit sac clos (utricule) enfer¬
mant complètement l’akène.
9. Inflorescence constituée d’épis denses longs de 4-6 cm,
longuement pédonculés, cylindriques, composés de
fleurs S dans leur partie inférieure, et de fleurs 3 dans
leur partie supérieure très rétrécie. Utricules dépour¬
vus de bec. Stigmates 2. 7. Carex graeffeana
9'. Inflorescence composée de racèmes courts (1-2 cm) por¬
tant des fleurs peu denses (utricules non perpendicu¬
laires à l’axe du racème). Utricules longuement atténués
en bec.
10. Utricules pubescents, à nombreuses fines nervures,
biconvexes, à bec droit. Stigmates 2. .. 6. Carex brunnea
10'. Utricules glabres (tout au plus ciliés-scabres sur les
marges), renflés-trigones, à nervures peu nom¬
breuses (3 par face), à bec souvent courbé. Stig¬
mates 3.
11. Racèmes étalés ; préfeuilles axillant les rameaux
renflées en sac; glumes vertes ou brun clair,
arrondies et membraneuses-translucides au
sommet, prolongées en fine arête scabre....
. 4. Carex fissilis
Source : MNHN, Paris
— 116 —
11 Raccmes fastigiés (dressés parallèlement à
l’axe de l’inflorescence); préfeuilles non ren¬
flées; glumes brun-rouge lancéolées-aiguës,
non aristées . 5. Carex neohebridensis
8'. Fructification constituée d’akènes nus à l’aisselle des glumes
12. Épillets fusiformes bruns, d’env. 5-8 x 2 mm, réunis
en grande panicule composée (les panicules partielles
inférieures peuvent être réduites et l’inflorescence deve¬
nir ainsi subombelliforme). Feuilles larges de 1-2 cm,
carénées en V. Akène couronné d’une stylobase dévelop¬
pée conique égalant sa longueur, l’ensemble atteignant
6-8 mm. Herbe robuste des zones marécageuses....
. 8. Rhynchospora corymbosa
12'. Épillets et akènes moins longs, de forme différente.
13. Inflorescences partielles lâches à ramifications bien
visibles.
14. Feuilles raides, canaliculées, coupantes, se
terminant en longue pointe effilée,.
. 10. Cladium mariscus
14'. Feuilles planes non longuement effilées.
15. Feuilles disposées en pseudo-verticilles
de 3; akène sphérique mat, parsemé de
petites touffes de poils (loupe!).
. 2. Scieria pot y carpa
15'. Feuilles non verticillées; tige ailée par la
décurrence des gaines foliaires; akène
pubescent ou glabre, brillant 1. Scleria levis
13'. Inflorescences partielles condensées en glomérules
cachant leur ramification.
16. Herbe basse à feuilles vertes larges de 2-4 mm;
glumes verdâtres, akène sphérique blanchâtre
long de 2-3 mm; glomérules distants, d’env.
1 cm de diamètre. 3. Scleria brownii
16'. Herbe robuste à feuilles glaucescentes planes
larges de 1-2 cm; inflorescence en épi inter¬
rompu dense, glomérules brun foncé longs
de 2-3 cm; akène mûr rouge vif, retenu par le
pincement des filets staminaux dans le som¬
met des glumes . 9. Gahnia aspera
T. Inflorescence entourée à sa base de bractées involucrales insé¬
rées pratiquement toutes au même niveau.
17. Inflorescence en tête compacte de moins de 1 cm de dia¬
mètre, groupant des épillets très petits peu distincts. Stig¬
mates 2. Souche ± rampante.
18. Inflorescences blanches; glumes à carène ailée-renflée
au sommet (loupe!) . 33. Kyllinga nemoralis
18'. Inflorescences vertes; glumes à carène non ailée.
19. Bractées involucrales 3-4; plante basse, tiges iso¬
lées le long d’un rhizome grêle à entrenœuds
longs de 1-2 cm. 32. Kyllinga brevifolia
19'. Bractées involucrales 5-7; plante robuste, à tiges
serrées le long d’un rhizome épais à entrenœuds
très courts. 31. Kyllinga polyphylla
17'. Inflorescences à caractères différents.
20. Épillets à glumes insérées sur deux rangs opposés
(distiques).
21. Souche rampante.
Source : MNHN, Paris
— 117 —
22. Rhizome et stolons grêles, munis en profon¬
deur de tubercules ligneux noirâtres; plante
rudérale . 23. Cyperus rotundus
22’. Rhizome peu profond robuste, ligneux.
Plante littorale . 24. Cyperus stoloniferus
21'. Souche cespiteuse.
23. Épillets linéaires ou linéaires-lancéolés,
à la fois longs (au moins 7 mm) et étroits
(moins de 2 mm).
24. Epillets linéaires-lancéolés (env.
7 x 1,5 mm), comprimés-carénés,
jaune verdâtre ou brunâtre; inflo¬
rescence souvent contractée en tête
unique de 15-30 mm de diamètre.
Stigmates 2. 30. Pycreus polyslachyos
24'. Épillets linéaires, non comprimés-
carénés, en épis lâches formant une
inflorescence ample de 5-25 cm de
diamètre.
25. Épillets fastigiés (dressés paral¬
lèlement à l’axe de l’épi); glu-
mes espacées et écartées, lais¬
sant voir l’axe de l’épillet; à
maturité glumes et akènes
tombent, dénudant l’axe de
l’épillet qui reste entier.
. 22. Cyperus nutans
25'. Épillets étalés à angle droit;
glumes non écartées, cachant
l’axe de l’épillet ; à maturité
celui-ci se désarticule fleur par
fleur. 29. Torulinium odoratum
23'. Épillets non linéaires, plus larges ou
plus courts.
26. Feuilles raides, glaucescentes, cou¬
pantes, à nervures reliées en échelle
dessellées) par des anastomoses
transversales (loupe!). Tige trigone
à angles arrondis. Inflorescence en
ombelle composée, épillets lancéo¬
lés blanchâtres ou brunâtres. Plante
robuste, littorale.
. 25. Mariscus pennatus
26'. Feuilles non tessellées; plantes
moins robustes. Inflorescence en
ombelle d’épis simple ou presque.
27. Épillets lancéolés de 4-6 mm, réunis en épis
lâches; tige triquètre à angles aigus.
. 26. Mariscus seemannianus
27'. Épillets courts (3-4 mm) réunis en épis denses
souvent sessiles, l’ombelle étant alors con¬
tractée en tête.
28. Épis cylindriques, épillets insérés à angle
droit . 28. Mariscus sumatrensis
28'. Épis atténués en coin à la base, épillets
insérés à angle aigu.... 27. Mariscus cyperinus
20'. Épillets à glumes insérées tout autour de l’axe en hélice,
non orthodistiques.
Source : MNHN, Paris
— 118 —
29. Feuilles larges d'au moins 1 cm, épillets bruns fusi¬
formes aigus longs de 6-8 mm; akène surmonté d’une
stylobase conique et entouré de soies scabres (inflo¬
rescence normalement en panicule étagée).
. 8. Rhynchospora corymbosa
29'. Caractères différents.
30. Épillets ovoïdes-coniques renflés, 4-7 x 2-3 mm,
non anguleux; glumes brunes, ovales, arrondies
au sommet .
31. Herbe vivace .
18. Fimbristylis dicholoma subsp. dicholoma
31'. Herbe annuelle.
19. Fimbristylis dicholoma subsp. depauperala
30'. Épillets étroits, non renflés.
32. Tige aplatie, feuilles planes larges de 2-3 mm
à sommet brusquement rétréci-obtus; épillets
anguleux . 17 Fimbristylis complanata
32'. Tige cylindrique.
33. Plante vivace littorale à épillets brun
foncé et akènes noirs; glumes non mu-
cronées. 16. Fimbristylis cymosa
33'. Herbe annuelle de petite taille, ± étalée
sur le sol; tiges et feuilles sétacées; épil¬
lets verts, glumes prolongées par un
mucron,. 20. Fimbristylis squarrosa
BIBLIOGRAPHIE
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Source : MNHN, Paris
— 119 —
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20. — Supplément à la florule d’Anatom, rapport O.R.S.T.O.M. ronéo, 21 p. (1971).
21. Schmid, M. — Flore des Nouvelles-Hébrides, rapport O.R.S.T.O.M. ronéo, 030 p.
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22. Willdenow, C. L. — Caroli a Linné Species plantarum..., ed. 4, 6 vol. (1797-1825).
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 121-137, 1975
NOTE SUR LES GRAMINÉES DE MADAGASCAR. IX
IDENTITÉ DU GENRE PERULIFERA A. Camus
ET RÉVISION DU GENRE PSEUDECHINOLÆNA (Hook. F.) Stapf
par J. Bosser
Résumé : Le genre Perulifera A. Camus est mis en synonymie de Pseudechinolæna
(Hook. f.) Stapf. Ce dernier genre est révisé; il comprend une espèce pantropicale :
P. polystachya (Kunth) Stapf, largement répandue et 5 espèces endémiques de Mada¬
gascar.
Summary : Perulifera A. Camus is treated as a synonym of Pseudechinolæna (Hook.
f.) Stapf. This genus is revised and comprises the well-known P. polystachya (Kunth)
Stapf and five endemic species from Madagascar.
Le genre Perulifera fut créé par M lle A. Camus en 1927 (2), pour une
curieuse espèce récoltée par Waterlot près de Tananarive. 11 fut placé
dans la tribu des Boivinelleæ, au voisinage du genre Cyphochlaena Hack.
Mais, en fait, si au point de vue de l’organisation de l’inflorescence ces
genres ont des traits communs, ils n’ont pas d’autre affinité et se distinguent
nettement par la structure de leurs épillets. L’épillet fertile, donnant le
caryopse, a, chez Perulifera, les deux glumes herbacées, la lemma de la
fleur inférieure en partie et à peine épaissie, les glumelles de la fleur supé¬
rieure hermaphrodite finement coriaces. Ce genre se rattache donc à la tribu
des Paniceæ ; chez Cyphochlæna cet épillet a, à maturité, des glumes et la
lemma de la fleur inférieure coriaces, devenant opaques et blanchâtres,
alors que les glumelles de la fleur supérieure, femelle ou hermaphrodite,
restent membraneuses, minces et hyalines. Perulifera ne peut donc être
maintenu dans la tribu des Boivinelleæ qui, en définitive, ne comprend
plus que le seul genre Cyphochlæna, le genre Boivinella n’étant, comme je
l’ai démontré antérieurement (1) qu’un synonyme de ce dernier.
En cherchant à trouver la place que pouvait avoir le genre Perulifera
dans la tribu des Paniceæ, j’ai été frappé par la ressemblance de l’épillet
avec celui de Pseudechinolæna. Il est certes beaucoup plus petit, et la glume
inférieure possède une arête longue et fine, mais la forme de l’épillet et
surtout les caractères de la glume supérieure qui porte sur ses faces latérales
des expansions accrescentes munies au sommet d’un cil couché, rendaient
nécessaire une étude plus poussée. A l'analyse, les structures des épillets,
des inflorescences, se sont révélées identiques.
Je considère que ces deux genres ne sont séparés par aucun caractère
important; il convient donc de mettre Perulifera A. Camus en synonymie
de Pseudechinolæna.
Source : MNHN, Paris
— 122 —
PSEUDECH1NOLÆNA (Hook. f.) Stapf
in Prain, Fl. Trop. Afric. 9 : 494 (1919).
— Panicum Linn. sect. Pseudechinolæna Hook. f., Fl. Brit. Ind. 7 : 28 (1896).
— Perulifera A. Camus, Bull. Soc. Bot. Fr. 74, 9 : 889 (1927), syn. nov.
CARACTÈRES DU GENRE
Herbes annuelles à chaumes grêles, procombants à la base et enracinés
aux nœuds. Limbe foliaire plan, lancéolé à linéaire lancéolé, de texture
molle; ligule membraneuse tronquée. Inflorescences terminales, paniculées,
formées de racèmes spiciformes, unilatéraux, solitaires, plus ou moins lâche¬
ment disposés le long de l’axe ; rachis des racèmes grêles, aplatis ou plus ou
moins triquêtres. Épillets géminés, l’un nettement pédicellé, l'autre subsessile
ou à pédicelle court, tous deux bien développés, ou, assez souvent, l’épillet
pédicellé seul bien développé donnant le fruit, l’épillet subsessile, plus
petit, seulement <? ou vestigial et stérile. Épillets normalement développés
obliquement ovoïdes, comprimés latéralement, adaxiaux, tombant entiers,
mais à pédicelles persistants. Glumes herbacées, hétéromorphes, subégales,
aussi longues que l’épillet ou plus courtes, ou inégales, l’inférieure pouvant
être plus courte ou plus longue que la supérieure; glume inférieure, ovale
aiguë ou oblongue, mutique ou plus ou moins longuement aristée, concave,
arrondie ou presque plane sur le dos, 3-5-nervée; glume supérieure très
concave, naviculaire, comprimée latéralement et gibbeuse à la base, 5(-7)-
nervée, ayant, surtout dans la moitié inférieure, entre les nervures et parfois
sur la nervure médiane, des glandes plus ou moins translucides ou de petits
mamelons développant, à la maturité de l’épillet, en leur centre ou à leur
sommet, des expansions linéaires piliformes plus ou moins longues, munies
à leur extrémité d’un cil couché, ou encore ayant, entre les nervures et
parfois sur la nervure médiane, des lignes glandulaires développant, à la
maturité des épillets, des expansions accrescentes aliformes, munies sur
la crête de cils couchés dirigés vers le sommet de l’épillet. Sur les épillets
jeunes, ces diverses expansions ne sont pas développées et les cils sont direc¬
tement insérés sur la glume. Fleur inférieure 3 ou neutre, aussi longue que
l’épillet, mutique; lemma oblongue, 3-5(-7)-nervée, à sommet faiblement
tronqué, un peu comprimée latéralement, arrondie sur le dos, herbacée
au sommet, plus ou moins épaissie et cartacée sur le dos dans la partie
médiane, ayant à la base, ou le long de la nervure médiane, une zone mince
hyaline, translucide, et de part et d’autre de cette zone, une plage glandu¬
leuse, parfois papilleuse, peu visible, marges amples, enserrant lâchement
la paléa; paléa linéaire oblongue, aussi longue que la lemma ou presque,
mais beaucoup plus étroite, obscurément binervée, à marges membra¬
neuses involutées. Fleur supérieure hermaphrodite, nettement plus courte
que l’épillet, étroitement ovale aiguë, un peu comprimée latéralement,
convexe sur le dos, à glumelles finement coriaces, brillantes et lisses; lemma
naviculaire, obscurément 3-5-nervée, à marges amincies, non enroulées,
embrassant étroitement la paléa, celle-ci oblongue, de même taille que la
Source : MNHN, Paris
— 123 —
lemma, binervée, à marges membraneuses involutées; lodicules 2, cunéi¬
formes; étamines 3; styles libres, à stigmates plumeux, subterminaux,
exserts; caryopse oblong vu de face, plan convexe, scutellum elliptique
atteignant la moitié de la longueur du caryopse, hile subbasal, punctiforme.
CLÉ DES ESPÈCES
1. Épillets longs de 3,5-5 mm . 1. P. polystachya
V. Épillets atteignant au plus 3 mm de longueur. 2
2. Épillets longs de 2,5-3 mm, munis d’expansions aliformes 5. P. camusiana
2'. Épillets atteignant au plus 2,5 mm de longueur, munis d’expansions
aliformes ou piliformes . 3
3. Glume inférieure à arête longue et fine. 3 .P. madagascariensis
3'. Glume inférieure mutique ou à arête très courte. 4
4. Racèmes basaux longs de 3-5 cm; épillets lâchement groupés;
glume supérieure pourvue à maturité de 3 expansions aliformes
très développées . 4. P. tennis
4'. Racèmes basaux ayant au plus 2 cm de longueur; épillets densé¬
ment groupés; glume supérieure pourvue à matuiité d’expan¬
sions piliformes ou de carènes, mais sans aile bien développée.. 5
5. Glume supérieure seulement pourvue d’expansions pilifor¬
mes; épillets longs de 2,2-2,5 mm. 2. P. perrieri
5'. Glume supérieure pourvue latéralement de protubérances
courtes munies à leur sommet d’un cil très court, et d’une ca¬
rène médiane munie de cils sur la crête. (Parfois aussi de
2 carènes latérales peu développées); épillets longs de 2 mm
. 6. P. moratii
1. P. polystachya (Kunth) Stapf
in Prain, Fl. Trop. Afric. 9 : 495 (1919).
— Echinolæna polystachya Kunth, in Humb. & Bonp., Nov. Gen. et Sp. 1:119 (1816)-
Type : Amérique équatoriale, Rio Magdalena, in Herb. Humb. & Bonp. (P!) .
Cette espèce est de très vaste répartition et on la trouve dans les régions
tropicales des deux mondes. C’est une plante de zone humide et chaude
qui préfère une ombre légère et des sols bien pourvus en eau. Étant donné
son écologie, et l’étendue de son aire, l’espèce est assez variable. Les varia¬
tions concernent la taille de la plante, le développement de l’inflorescence,
les dimensions des feuilles : leur longueur peut varier de 1 à 7 cm et leur
forme de ovale lancéolée à lancéolée linéaire. L’épillet subsessile est parfois
développé; il reste en général plus petit que l’épillet pédicellé et sa glume
inférieure est nettement plus courte. Mais la plupart du temps l’épillet
subsessile est réduit et vestigial. Sur l’épillet pédicellé à maturité, les glumes
peuvent souvent être dites subégales. Cependant leur longueur varie un
peu l’une par rapport à l’autre et par rapport à la longueur de la fleur
inférieure. Dans le type de l’espèce par exemple, la glume inférieure à la
même longueur ou presque que la première fleur; elle est aiguë au sommet
et a 3 ou 5 nervures. La glume supérieure est légèrement plus longue. Sur
1. Pour les synonymes voir N. L. Bor, The grasses of Burma, Ceylon, India and Pakis¬
tan; Int. ser. of monographs on pure and applied biology 1 : 352 (1960).
Source : MNHN, Paris
— 124 —
les autres échantillons, la glume inférieure est assez souvent plus longue
que la glume supérieure, dépassant parfois la première fleur. Dans d’autres
cas les 2 glumes sont nettement plus courtes que cette fleur. La glume
inférieure est toujours aiguë au sommet; la pointe peut être prolongée
jusqu’à former une arête courte, droite, scabérule. La glume supérieure,
toujours mutique, varie peu quant à sa forme; elle est 5-7-nervée et pos¬
sède, à maturité, entre les nervures, des rangées d’expansions piliformes
parfois très longues, portant à leur sommet un cil couché. Ces expansions
sont accrescentes et ne s’observent pas sur les épillets jeunes où les cils
paraissent insérés directement sur la glume. En règle générale, elles n’exis¬
tent que sur la glume supérieure. La glume inférieure est lisse ou scabre;
nous avons cependant trouvé 2 échantillons américains, l’un du Vénézuela
(A. Lourteig 95.813 ), l’autre du Mexique (Botleri & Sumichrast 154) sur
lesquels la glume inférieure était aussi munie entre les nervures d’expansions
accrescentes.
Malgré ces variations, qui sont du reste taxonomiquement peu impor¬
tantes, l’espèce reste parfaitement reconnaissable dans l’ensemble de son
aire. Elle se distingue aisément des autres espèces du genre par la taille de
ses épillets et les caractères de la glume supérieure. Elle est assez commune
à Madagascar dans le domaine de l’Est et la partie N-W du domaine de
l’Ouest. Elle peut monter en altitude jusqu’à 800-900 m, à la limite des
domaines de l’Est et du Centre.
Elle ne semble pas exister aux Mascareignes. Aucune récolte n'a été
faite aux îles Comores où son existence est posssible.
Est : Boivin 1629, île Ste Marie; Bosser 16871, Ilaka-Est; Geay 7258, Mananjary;
Humbert 6048, col de Fitana, bassin de la Manampanihy; Viguier & Humbert 525, Anivo-
rano. — Nord-Ouest : Bosser 20233, 20235, entre Ambanja et Ambilobe; Decary 1224,
Maromandia; Perrier de la Bâthie 891, Morataitra, rive droite de la Betsiboka; 11084,
massif du Manongarivo; 11042, 11138, 11247, haut Bemarivo; 13853, Majunga. —
Centre : Bosser 16638, Vodivelatra, nord d'Andilamena; Moral 4516 bis, Antsiasiaka,
seuil de Mandritsara.
2. P. perrieri A. Camus
Bull. Soc. Bot. Fr. 96 (1) : 51 (1949), emend. J. Bosser.
Herba anima, admis gracilibus geniculatis ascendentibus, 15-30 cm altis, glabris,
vel sub nodis inferioribus pubescentibus, basi procumbente. Laminæ foliorum plante, auguste
ovato-acutæ vel oblongæ, basi rotundatæ lateribus non convenientibus, 0,8-3 cm longte,
0,4-0,8 cm latte, pagina superiore a glabra usque taxe pilosa, inferiore taxe pilosa marginibus
tenuiter scaberulis; vaginis striatis, internodiis brevioribus, glabris vel saepius basilaribus
pilosis ; ligulis membranaceis truncatis, 0,5-1 mm altis, apice ciliatis vel non ; nodis pilosis.
lnflorescentia longe exserta, 4-12 cm longa; racemis 5-8 unilateralibus, solitariis.
subsessilibus cons tans, basilaribus longioribus ad 0,5-2,5 cm longis et 1,5-3,5 cm dis tant ibus,
ad maturitatem extransverso patulis vel leviter refractis, axibus triquetris, gracilibus,
glabris. Spiculæ geminatæ, oblique ovato-acutæ, a latere paulo compressæ, 2,2-2,5 mm
longæ ; pedicellis inaequalibus uno a subnullo usque 0,5 mm longo, allero 0,5-1 mm longo.
Glumæ herbaceæ virides, inferiore oblonga, apice acuta usque mucronala, 3-5-nervia,
1,5-2,2 mm longa, glabra; superiore fere aequilonga, perconcava, apice gibbosa, acuta.
5-nervia, in partibus tertiis duabus inferioribus inter nervos pilos accrescentes apice cilio
munitos ad maturitatem evolutos gerente. Flos inferior spiculæ aequilongus, neuter ; lemma
auguste ovalum, dorso rotundatum, trinerve, in parte transversa media coriaceum, alibi ab
Source : MNHN, Paris
125 —
Source : MNHN, Paris
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herbaceo usqe hyalino ; palea linearis, angusta, lenuiler charlacea, lemmale tequilonga,
binervis. Flos superior 9, 1,5 mm longus, spicula minor, auguste ovato-acutus, plano-convexus,
lemma sicut palea tenuiter coriaceis, glabris, laevibus, nitentibus, primum albidis ad matu-
ritatem dein fusco-castaneis ; lemma concavum naviculare, marginibus tenuibus non involulis ;
palea dorso leviter rotundata. — PI. 1.
Type : Perrier de la Bâtltie 11224, bois sablonneux secs, Ankarafantsika, près de
Marovoay, Madagascar (lecto-, P!).
J. Bosser 19124, bord de ruisseau, abri de rochers, Ranohira, Isalo.
Décrivant son Pseudechinolæna perrieri, M lle A. Camus cite 3 échan¬
tillons de Perrier de la Bâthie. Or il se trouve que ces plantes appartiennent
à 3 espèces différentes dont 2 sont restées jusqu’ici inédites. Nous avons
choisi comme type de P. perrieri le n° 11224 Perrier de la Bâthie, car il
correspond le mieux à la description donnée par M Ue Camus. Elle précise
en effet que « les poils de la glume supérieure sont épaissis à la base et en
hameçon au sommet ». Ceci ne s’observe que sur cet échantillon, les deux
autres ayant des épillets dont la glume supérieure porte à maturité des
expansions aliformes développées. Aucune mention n’est faite de ce dernier
caractère dans la diagnose. Il était dans ces conditions nécessaire d’amender
cette dernière et de préciser les caractères de l’espèce.
La plante ressemble à P. polystachya, mais elle est beaucoup plus grêle.
Les feuilles ne dépassent pas 3 cm de longueur; les racèmes sont courts,
denses, sessiles, le plus souvent simples, mais le racème basal peut porter
1 ou 2 courts racémules de 2-3 paires d’épillets; à maturité, ils sont plus
ou moins horizontaux mais peuvent aussi être réfractés. Morphologique¬
ment, l’épillet est très semblable à celui de P. polystachya mais il est beau¬
coup plus petit, ne dépassant pas 2,5 mm de longueur. L’épillet subsessile
est parfois vestigial, mais parfois aussi développé que l’épillet pédicellé;
la fleur supérieure est alors ÿ et donne un caryopse. Cet épillet se développe
plus tardivement que l’épillet pédicellé et arrive à maturité alors que celui-ci
est déjà tombé. On peut le distinguer morphologiquement de l’épillet
pédicellé par le fait que sa glume inférieure est nettement plus courte. La
fleur inférieure semble toujours être neutre; mais comme l’espèce n’a,
jusqu’à présent, été trouvée que deux fois, il est possible que de nouvelles
récoltes ne confirment pas cette observation. La glume inférieure est 3-5-
nervée, oblongue, aiguë ou faiblement mucronée au sommet, lisse ou très
faiblement scabérule; à très fort grossissement, on voit qu’elle est ponc¬
tuée sur le dos de minuscules poches glanduleuses hyalines; ceci s’observe
aussi chez P. polystachya. La glume supérieure est 5-nervée, abondam¬
ment pourvue à maturité, dans la moitié inférieure et entre les nervures,
d’expansions linéaires, piliformes, munies d’un cil à leur sommet; elle porte
par ailleurs, comme la glume inférieure, de très petites poches glanduleuses
hyalines. La lemma de la fleur inférieure est oblongue, concave, comprimée
latéralement, arrondie sur le dos, 5-nervée. Elle est herbacée et mince
dans sa moitié supérieure, épaissie coriace du milieu au tiers inférieur,
mince et hyaline à la base; les marges s’épaississent à maturité et devien¬
nent faiblement révolutées; de part et d’autre de la partie hyaline basale
on peut observer, à fort grossissement, une plage portant de petites papilles
Source : MNHN, Paris
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sphériques de nature glanduleuses. Les étamines sont au nombre de 3, à
anthères oblongues, longues de 1 mm, à loges apiculées à leur base. Le
caryopse est plan-convexe, obtus au sommet, de 1 mm de longueur.
C’est une espèce de sous-bois, de la forêt sèche semi-décidue de l’Ouest,
ou de la forêt sclérophylle des pentes occidentales. Les deux stations, d’où
elle est connue, sont distantes de 750 km à vol d’oiseau.
3. P. madagascariensis (A. Camus) J. Bosser, comb. nov.
— Perulifera madagascariensis A. Camus, Bull. Soc. Bot. Fr. 74 (9-10) : 890 (1928)
Herbe annuelle grêle, à chaumes dressés ou genouillés ascendants,
ramifiés aux nœuds inférieurs, de 10-20 cm de hauteur; glabres, lisses,
souvent lavés de violacé, à 5-6 nœuds, feuillés jusqu’au sommet ou presque.
Limbe foliaire de linéaire-lancéolé à linéaire, long de 1,5-6,5 cm et large de
3-8 mm, aminci en pointe sétacée au sommet, rétréci à la base et un peu
dissymétrique, plan, de texture molle, à face supérieure glabre ou à pilosité
très lâche et courte, face inférieure glabre, plus souvent à pilosité plus
longue, lâche, marges étroitement cartilagineuses scabérules, un peu ondu¬
lées vers la base; gaines plus courtes que les entrenœuds, membraneuses
striées, ciliées sur le bord recouvrant ; ligules finement membraneuses,
arrondies ou tronquées, assez longuement ciliées au sommet, de 0,5 mm de
hauteur; nœuds pileux.
Inflorescence spiciforme, peu exserte ou engainée par la dernière
feuille, souvent colorée de rouge violacé, linéaire, étroite, de 2,5-7 cm
de longueur, à axe glabre, anguleux scabérule ou assez longuement cilié
sur les bords à la base, formée de 5-13 racèmes unilatéraux courts et denses,
portant des épillets dès la base ou paraissant pédonculés par suite
de l’avortement des paires inférieures d’épillets; racèmes obliquement
dressés, s’écartant peu de l’axe principal, les basaux, plus longs, de 0,8-
1,3 cm, pouvant être distants de 1-1,5 cm, souvent plus rapprochés : 4-5 mm,
rachis trigone, sinué, large de 0,2-0,3 mm, pubescent à la base, scabérule
sur les bords, terminé par un épillet. Épillet pédicellé bien développé,
pédicelle long de 0,2-0,4 mm; épillet subsessile réduit et vestigial, briève¬
ment aristé, ou, dans les paires d’épillets du sommet des racèmes supérieurs,
bien développés, mais arrivant à maturité après l’épillet pédicellé.
Épillet long de 2 mm (sans l’arête), obliquement ovale, baillant au
sommet, très comprimé latéralement, souvent teinté de violacé. Glume
inférieure longue de 1,5 mm, oblongue concave, arrondie et scabérule sur
le dos, 3-nervée, longuement aristée au sommet, arête droite, scabérule
longue de 3-4 mm; glume supérieure longue de 1,7-2 mm, très concave et
comprimée latéralement, gibbeuse à la base, 5-nervée, à faces latérales
munies, dans leur moitié basale, d’expansions piliformes courtes, densé¬
ment groupées, portant à leur sommet un cil court, couché; au stade jeune,
ces expansions sont représentées par de petits tubercules ciliés au sommet,
sur la face interne de la glume leur implantation apparaît sous forme d’une
petite dépression circulaire; certains de ces tubercules se développent
ensuite en courtes expansions linéaires; la moitié supérieure de la glume est
Source : MNHN, Paris
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seulement scabérule. Fleur inférieure £; lemma longue de 1,5-1,6 mm,
trinervée, oblongue, concave, gibbeuse sous le sommet qui est obtus, un
peu récurvé, scabérule et ciliolé, dos arrondi, glabre, épaissi cartacé, sauf
à la base qui reste mince et hyaline, avec de part et d’autre 2 plages glandu¬
leuses brunâtres; paléa oblongue, obtuse au sommet, finement cartacée,
binervée, ciliolée au sommet. Fleur 5, longue de 1,2-1,3 mm, étroitement
ovale aiguë, convexe sur le dos, plane face ventrale, légèrement comprimée
latéralement; glumelles finement coriaces, lisses, brillantes, glabres; lemma
3-5-nervée; étamines 3, anthère jaune orangé, linéaire, longue de 1,2 mm;
caryopse jaune orangé, étroitement ovale ou oblong, faiblement tronqué
au sommet, arrondi sur le dos, presque plan ventralement, long de 1 mm.
— PI. 2.
Type : Waterlot s. n., Tananarive, Madagascar (holo-, P!).
J. Bosser 15290, 15582, abri de rocher, station forestière d'Angavokely, canton
de Carion; H. Humbert 20869, savoka sur argiles latéritiques et granités, Mt. Angavokely,
près Carion (Imerina).
Cette espèce n’est connue que d’une seule station, près de Tananarive.
C’est une annuelle à cycle végétatif très court. Elle végète sous certains
rochers où elle reçoit peu de lumière, et où elle est alimentée en eau par les
nappes qui ruissellent le long des rochers pendant les pluies. La floraison
a lieu fin mars, début avril.
Décrivant son genre Perulifera, M lle Camus compte 6 étamines dans
la fleur. Il n’y en a en réalité que 3. Elle sépare son genre du genre Pseude-
chinolaena estimant que « l’orientation et la disposition des épillets sont
différents ». Il est assez difficile dans certaines conditions d’apprécier l’orien¬
tation des épillets, surtout dans le cas où les épillets sont groupés par paires
et où l’épillet subsessile est avorté, ce qui se produit souvent chez cette
espèce. Nous pensons que l’orientation et la disposition des épillets sont les
mêmes que chez P. polystachya, type du genre Pseudechinolæna. Les remar¬
quables caractères de l’épillet de P. polystachya se retrouvent point par
point dans l’épillet de cette plante, et l’attribution au même genre de ces
deux espèces ne fait aucun doute.
4. P. tenuis J. Bosser, sp. nov.
— P. perrieri A. Camus, Bull. Soc. Bot. Fr. 96 (1) : 51 (1949), p.p., quod ad specim.
Perrier de la Bâthie 11219, excl. specim. Perrier 11224 et 11152.
Herba annua, culmis gracilibus, glabris, geniculatis ascendentibus, 20-35 cm altis.
Lamina foliorum plana, anguste ovali-acuta, 0,6-1,5 cm longa, 0,3-0,6 cm lata, basi dissym?-
trica utraque pagina taxe pilosa, marginibus tenuiter scaberulis, vagime internodiis breviores,
striato-nerviæ, pilis longis munitæ, folii superiores subglabra; ligula membranacea 0,5-
0,7 mm alta, truncata, apice irregulariter denticulata, ciliata ; nodi pilosi.
Inflorescentia longe exserta, laxa, 8-12 cm longa, axi gracili, glabro, racemis 4-8 uni-
lateralibus constans, basilaribus ad 3-5 cm longis, 5-7 cm distantibus ; racemis composais,
basi racemulos brèves 2-3 gerentibus vel nonnunquam racemuli abortivi sicut racemorum
bases nuda videntur; racemorum rachis trigona, gracilis, scaberula, Spiculæ geminatæ,
irregulariter pedicellatæ, una subsessili, altéra cum pedicello fere 1 mm, utraque bene evoluta
vel spicula subsessili minuta. Spicula oblique ovali-acuta, a latere paulo compressa, 2-2,2 mm
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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longa ; g lu ma inferior auguste ovali-obtusa, herbacea, 1,8 mm longa, 3-nervia, glabra;
gluma superior perconcava, cymbiformis, 2 mm longa, herbacea, apice acuta, vel subobtusa,
5-nervia, nervo mediano sicut nervis lateralibus submarginalibus statu maturo alis mem-
branaceis accrescentibus munitis, 0,5 mm altis, apice cilia procumbentia gerentibus, laterihus
tuberculatis, tuberculis brevissime ciliatis. Flos inferior masculus vel neuter, 2 mm longus ;
lemma amplum ovali-obtusum, glabrum, 3-nervium, tenuiter chartaceum cum fasciola
mediana in longitudinem hyalina ; palea auguste ovalis, concava, glabra, lemmate tequilonga,
tenuiter binervia ; stamina 3, antheris linearibus. 0,7-0,8 mm longis ; flos superior herma-
phroditus auguste elliptico-acutus, 1,5 mm longus, dorso convexus, a latere paulo compressus ;
glumellæ scariosæ usque tenuiter coriaceæ, glabræ, laeves, nitentes ; caryopsis ovale sub¬
acutum, plano-convexum, 1 mm longum. — PI. 3.
Type : Perrier de la Bâthie 11219, bois sablonneux de l’Ankarafantsika, près de
Marovoay, Madagascar (holo-, P!).
Petite herbe grêle à inflorescence longuement exserte, lâche, formée de
racèmes distants, obliquement dressés, pouvant, finalement, être plus ou
moins réfractés, ceux de la base pouvant atteindre 5 cm de longueur et
porter 2 ou 3 courts racémules secondaires formés de 2-3 paires d’épillets;
racèmes brièvement pédonculés à subsessiles, pouvant paraître longuement
pédonculés par suite de l’avortement des paires d’épillets ou des racémules
basaux; paires d’épillets lâchement disposées sur le rachis. Épillets mutiques,
obliquement ovales aigus, arrondis et gibbeux sur le dos, plans ventrale-
ment, un peu comprimés latéralement. Glume inférieure herbacée, verte,
scabérule sur le dos, plus courte que l’épillet, obtuse ou à nervure médiane
un peu épaissie et mucronulée au sommet; glume supérieure aussi longue
que l’épillet ou un peu plus courte, herbacée, brun clair à maturité, 5-nervée,
la nervure médiane et les nervures latérales submarginales portant, à
maturité, des ailes membraneuses, accrescentes, bien développées, n’attei¬
gnant pas le sommet de la glume, finalement plus ou moins lacérées fim-
briées, ciliées sur la crête, cils couchés dirigés vers le sommet de l’épillet ;
les faces latérales, entre la nervure médiane et la première paire de nervures
latérales portent de petits tubercules plus ou moins nombreux, muni d'un
cil au sommet, ces tubercules peuvent se développer en appendices pili-
formes courts; la marge de la glume, involutée, porte aussi des appendices
courts de même nature. Au stade jeune, on observe seulement des lignes
de cils couchés sur les nervures, et de petits tubercules sur les faces laté¬
rales. La lemma de la fleur inférieure est ovale obtuse, finement ciliolée
au sommet, par ailleurs glabre, 3-(5)-nervée, les nervures latérales pouvant
donner une ramification vers les marges; elle est munie sur le dos, le long
de la nervure médiane d’une bande un peu déprimée, finement membra¬
neuse hyaline; de part et d’autre, les faces latérales sont un peu épaissies,
cartacées; les marges sont amples membraneuses, faiblement révolutées
sur leur bord ; 2 plages glanduleuses latérales se trouvent à la base.
Cette espèce se reconnaît à son inflorescence lâche, à longs racèmes
basaux, et à ses petits épillets munis à maturité de 3 ailes bien développées.
C’est une plante du sous-bois clair de la forêt semi-décidue sur sable de
l’Ouest malgache. Elle n’est connue que par son type.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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5. P. camusiana J. Bosser, sp. nov.
— P. perrieri A. Camus /. c., p.p., quoi! adspecim. Perrier de la Bâlhie 11152, excl. specim.
Perrier 11219 et 11224.
Herba anima, 20-30 cm alta ; culmi glabri, basi procumbente ; laminse foliorum anguste
ovatæ, usque lanceolatæ-lineares, acutæ, glabræ vel taxe pilosæ, 1-4 cm longæ, 0,5-0,7 cm
latæ, basi paulo dissymetricæ, multinerviæ ; ligulæ membranaceæ, truncatæ, apice ciliolatæ.
0,7-1,2 mm altæ ; vaginæ foliorum internodiis breviores, laxæ pilosæ ; nodi parum pilosi.
Inflorescentiæ 4-8 cm longæ, racemis 4-6 unilateralibus, simplicibus, densis, ad 2,5 cm
longis constantis, basilaribus 1,5-3 cm distantibus, axi paulo sinuoso, scaberulo. Spiculæ
geminatæ, inaequaliter pedicellatæ, utraque vulgo bene evoluta, oblique ovato-acutæ, 2,5-
3 mm longæ, a latere paulo compressæ dorso convexo ; gluma inferior herbacea, elliptica,
mucronulata, trinervia, scaberula, 1,5-2 mm longa; gluma superior tenuiter chartacea,
perconcava, a latere compressa, 5-nervia, dorso glabro, laevi, marginibus alis 2 accrescen-
tibus, paulo scariosis suffuscis apice ciliatis munitis. Flos inferior neuter vel c?, lanceolatus,
spicula æquilongus ; lemma concavum, 5-nervium, fasciola dorsali hyalina in longitudinem
medio extensa ; palea lemmate aequUonga, binervia. Flos superior <j anguste elliptico-acutus,
dorso convexus, 1,5-1,6 mm longus, lemmate tenuiter coriaceo, laevi, nitente, 3-nervio ;
palea textura simili, binervia; stamina 3, antheris linearibus, 1,4-1,5 mm longjs; caryopsis
ovali-lanceolatum, plano-convexum, apice obtusum, 1,2-1,3 mm longum. — PI. 1.
Type : Perrier de la Bâthie 11152, sables ombragés, Ankirihitra, près du Mt. Tsiton-
droina, Madagascar (Ouest) (holo-, P!).
Herbe annuelle, à tiges procombantes, s’enracinant et se ramifiant
aux nœuds. Inflorescence longuement exserte, paniculée, formée de racèmes
simples, solitaires, unilatéraux, courts et denses, obliquement dressés,
lâchement échelonnés sur l’axe, portant des épillets dès la base. Épillets
géminés, inégalement pédicellés, tous deux souvent développés mais l’épillet
subsessile arrivant à maturité après l’épillet pédicellé; pédicelles scabérules,
le plus long de 0,7-1 mm, le plus court de 0,2-0,3 mm. Épillets obliquement
ovales aigus, arrondis sur le dos et un peu gibbeux à la base, comprimés
latéralement, faiblement arrondis ou plans ventralement ; glume inférieure
herbacée, verte, 3-nervée, en général plus courte que l’épillet, mucronulée
au sommet, lisse ou scabérule sur le dos; glume supérieure très concave,
naviculaire, 5-nervée, à 2 paires de nervures latérales submarginales, fine¬
ment cartacée à maturité, à dos glabre et lisse, développant entre les ner¬
vures latérales, une aile membraneuse accrescente, devenant un peu sca-
rieuse et brunâtre, finalement étalée à plus ou moins réfléchie, n’atteignant
pas le sommet de l’épillet et portant sur sa crête des cils couchés; marges
de la glume involutées portant quelques expansions accrescentes piliformes
courtes munies d’un cil au sommet, dos parfois pourvu latéralement de
quelques rares expansions du même type. Au stade jeune, on n’observe
qu’une ligne de cils couchés entre les nervures latérales et quelques petits
tubercules sur les faces latérales et sur les marges. Fleur inférieure S ou
neutre étroitement ovale à oblongue, de la taille de l’épillet, lemma concave,
5-nervée, un peu aplatie sur le dos, herbacée au sommet, ayant le long de la
nervure médiane, une bande longitudinale déprimée, membraneuse hyaline,
faces latérales dans la partie médiane, épaissies cartacées, base membraneuse
hyaline, pourvue latéralement de 2 plages glanduleuses, marges amples,
enserrant lâchement la paléa, membraneuses, à bord légèrement révoluté.
Espèce qui, par sa taille et son port rappelle P. polystachya. Elle se
Source : MNHN, Paris
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distingue par ses épillets un peu plus petits, à dos glabre, portant à maturité
deux ailes latérales étalées. C’est une plante du sous bois sec de la forêt
semi-décidue sur sables de l’Ouest malgache. Elle n’est connue que par
son type.
var. tricistata J. Bosser, var. nov.
A typo differt , racemis pluribus ( 5-10) longioribus (2,5-5 cm) et gluma superiore
cristis 3 accrescentibus muni la. — PI. 1.
Type : J. Bosser 2846 , sous bois et jachères sur alluvions, Betainkankana, Ankaizina,
Madagascar (holo-, P!).
La plante a le même port et sensiblement le même développement que
P. camusiana. L’inflorescence est plus développée et peut avoir un nombre
plus élevé de racèmes. Les 2 épillets d’une paire sont souvent tous deux bien
développés. La glume inférieure, qui est aussi longue ou un peu plus courte
que l’épillet est subulée à brièvement aristée au sommet; la glume supé¬
rieure est plus courte que l’épillet, et est pourvue, à maturité, de 3 ailes
membraneuses à scarieuses, brunâtres, l’une médiane les 2 autres sub¬
marginales. Ces ailes se développent dans la moitié basale de l’épillet.
C’est une espèce de sous bois ombragés de la partie N.-NW. de l’île.
Elle peut, localement, devenir une adventice des cultures sur alluvions
limoneuses bien pourvues en eau. Elle n’est connue jusqu'à présent, que
d’une seule région : près de la station agricole de Betainkankana (district
de Bealana) dans l’Ankaizina.
6. P. moratii J. Bosser, sp. nov.
Herba annua, admis gracilibus, 15-25 cm allis, basi procumbens. Laminæ fotiorum
ovales vel angusle ovales, acinæ, basi dissymetricæ, 1-2,5 cm longæ, 0,4-1 cm latæ, glabræ
vel taxe pilosæ, plurinerviæ, marginibus tenuiter scaberulis ; ligula membranacea, truncata.
0,5-1 mm alla, dorso taxe ciliata; vaginæ internodiis breviores iis foliorum superiorum
glabris aliis plus minusve pilosis ; nodi pilosi.
Inflorescentiæ longe exsertæ, 3-6 cm longæ, racemis 6-8, unilateralibus oblique ereclis,
simplicibus, densis, spiculas a basi gerentibus ; racemi basilares 1,2-2 cm longi, 0,8-2,5 cm
dislanlibus, rachi trigono, gracili, scaberulo. Spiculæ gémi natte, inaequaliter pedicellalæ,
una subsessili, altéra pedicello 0,5-1 mm longo suffulla; spiculis utraque bene evolutis vel
spicula subsessili minuta. Spiculæ a latere compressæ, 2 mm longæ, oblique ovales, acutæ ;
gluma inferior elliptica, mucronata, parum concava, trinervia, 1,5 mm longa ; gluma superior
cymbiformis, basi paulo gibbosa, apice acuta, 1,5-1,6 mm longa, trinervia, statu maturo :
nervo mediano carinato et tubera piliformia brévia plus minusve coalescentia, apice cilio
procumbenti munita gerente ; lateribus inter nervos in tertiis partibus duabus tubera libéra
vel plus minusve connata, apice brevissime ciliata gerentibus, margines inflexæ, verrucosæ ;
flos inferior masculus vel neuter, spicula aequilongus ; lemma amplum. laie ovali-obtusum,
a latere compressum 3( — 5)-nervium, glabrum, paulo incrassato-coriaceum, basi excepta
ubi membranaceo-hyalinum manet ; palea lemmate paulo brevior, auguste elliptica, subacuta,
concava, binervia, chartacea, glabra, apice paulo scaberula ; stamina 3, antheris linearibus,
0,9-1 mm longis ; flos superior hermaphroditus, angusle elliptico-acutus, plano-convexus,
a latere paulo compressus, 1-1,1 mm longus, glumellis scariosis usque tenuiter coriaceis,
laevibus, nitentibus, glabris; caryopsis anguste ovato-obtusum, plano-convexum, a latere
paulo complanatum, 0,7-0,8 mm longum. — PI. 3.
Type : Morat 720, raphière, réserve naturelle n° 8, d 1 . Soalala Madagascar (Ouest)
(holo-, P!).
Source : MNHN, Paris
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Petite herbe annuelle grêle, à chaumes couchés à la base, ramifiés et
radicants aux nœuds. Inflorescence longuement exserte, à pédoncule et
axe grêles et glabres. Racèmes courts, denses, simples et solitaires, oblique¬
ment dressés, portant des épillets dès la base, à axe triquêtre, un peu sinueux,
pubescent à la base, scabérule sur les bords. Épillets assez souvent tous
deux bien développés, l’épillet pédicellé arrivant à maturité avant l’épillet
subsessile; épillets petits, obliquement ovales aigus, comprimés latérale¬
ment, plus ou moins teintés de rouge violacé; glume inférieure aussi longue
ou, plus souvent, un peu plus courte que l’épillet, herbacée, mucronée au
sommet, glabre, trinervée, à nervure médiane nettement en relief, un peu
scabérule; glume supérieure cymbiforme, arrondie gibbeuse à la base,
plus courte que l’épillet, nervure médiane munie, à maturité, sur les 2/3
inférieurs, d’une carène portant des expansions piliformes accrescentes
courtes, plus ou moins coalescentes en crête continue pourvue au sommet
de cils couchés, faces latérales entre la nervure médiane et les nervures
latérales ayant, dans les 2/3 inférieurs, des protubérances, libres ou plus
ou moins soudées, un peu accrescentes, munies normalement à leur som¬
met de très petits cils; une zone submarginale de protubérances contiguës
peu développées ou pouvant donner de courtes expansions ciliées au som¬
met peut aussi parfois s’observer dans la moitié inférieure. Sur l’épillet
jeûne, on ne voit qu’une ligne de cils couchés, dirigés vers le sommet de la
glume, sur la nervure médiane carénée, fortement en relief, et un certain
nombre de petits tubercules, plus ou moins densément groupés, sur les
faces latérales. Lemma de la fleur inférieure aussi longue que l’épillet,
largement ovale, naviculaire, obtuse au sommet, comprimée latéralement,
ample, englobant lâchement la paléa, herbacée au sommet, épaissie coriace
sur le dos sauf à la base où elle est membraneuse et hyaline et munie latéra¬
lement de 2 plages papilleuses, marges minces faiblement révolutées.
Plante de station humide et ombragée, vivant dans les raphières dans
l'Ouest de Madagascar. C’est une espèce bien caractérisée qui rappelle
un peu par ses petits épillets P. madagascariensis des plateaux. Elle n’est
connue que par son type.
REMARQUES :
Il est curieux de pouvoir rattacher à ce genre, resté longtemps mono¬
spécifique, 5 espèces endémiques de Madagascar. C’est un genre bien diffé¬
rencié; les caractères de l’épillet sont remarquables. Il se distingue par sa
forme : il est obliquement ovale aigu, comprimé latéralement, arrondi
et gibbeux à la base, et par les particularités de la glume supérieure qui
possède toujours des appendices accrescents d’origine glandulaire, et de
la lemma de la fleur inférieure qui est herbacée au sommet, épaissie cartacée
dans sa partie moyenne, membraneuse hyaline à la base ou le long de la
nervure médiane.
Malgré sa large répartition à travers le monde, P. polystachya peut
être considérée comme une espèce peu variable, donc relativement bien
Source : MNHN, Paris
135 —
fixée. Si un certain nombre de synonymes ont été proposés, on peut consta¬
ter que leur nombre est peu élevé, et qu’aucun botaniste n’a été tenté,
en des temps récents, de séparer de nouveaux taxa dans cet ensemble.
Les espèces malgaches, semblent être des microendémiques. Toutes, à
part une (P. perrieri, dont on connaît 2 points de récolte très éloignés l’un
de l’autre), n’ont été trouvées qu’en une seule localité. Certes la prospection
botanique est loin d’être suffisante à Madagascar et d’autres stations seront
ultérieurement découvertes, mais nous doutons qu’un jour ces plantes
puissent être considérées comme communes. Si on examine la carte de
répartition géographique, on est frappé par le fait que 4 des 5 espèces
endémiques (P. tenuis, P. camusiana, P. perrieri, P. moratii) se trouvent
dans le Boïna, région au Sud de Majunga. Trois d’entre elles sont des
plantes de sous-bois sablonneux secs (forêt de l’Ankarafantsika et ses
confins) la quatrième (P. moratii) est une plante de raphière, donc de sta-
Source : MNHN, Paris
— 136 —
tion très humide; quant à la 5 e espèce, P. madagascariensis , elle est isolée
sur les plateaux, et ne semble exister que dans la station forestière d’Anga-
vokely à une trentaine de kilomètres à l’Est de Tananarive.
Pour ce qui est des affinités entre les espèces, on peut dire que P. camu-
siana, par son aspect général et son développement, P. perrieri par les
caractères de son épillet, sont assez proches de P. polystachya. Par contre
P. tenuis, P. moratii, P. madagascariensis sont des espèces nettement indivi¬
dualisées. Si on compare l’aire de répartition de P. polystachya et l’aire
de répartition des Pseudechinolæna endémiques, on voit qu’elles sont
séparées. P. polystachya étant une plante de zone chaude et humide se
trouve surtout dans les domaines de l’Est et du Sambirano. Elle parvient,
dans le NW, jusqu’à Majunga où elle végète dans des endroits humides,
sur alluvions fraîches, en sous-bois. Elle est donc, dans cette région, plus
ou moins en contact avec les espèces endémiques du Boïna.
On peut imaginer l’existence d’une espèce très ancienne, se main¬
tenant dans les parties intertropicales des terres actuelles. Cette espèce,
trouvant dans le Boïna malgache des conditions très particulières, s’y
serait différenciée, donnant les endémiques. Ces conditions spéciales ayant
disparues au cours des temps, ces endémiques ont régressé et ne se trouvent
plus que dans quelques stations reliques. Étant donné la vaste répartition
de P. polystachya, il est difficile de penser qu’il n’ait pas aussi trouvé ailleurs,
au cours des changements climatiques, les conditions lui permettant de
donner d’autres formes. Pourtant l’hypothèse de conditions particulières à
Madagascar, à un moment de sa migration vers le Sud, n’est pas à rejeter
absolument. Car ce que l’on observe pour Pseudechinolæna se retrouve
dans d’autres groupes de plantes. Pour ne citer qu’un autre exemple, pris
aussi chez les graminées, le genre Thuarea n’a longtemps compté qu’une
espèce T. involuta (G. Forst.) R. Br., commune sur les rivages du SE de
l’Asie, et présente aussi à Madagascar. Or dans cette île existe en outre
une deuxième espèce, T. perrieri A. Camus, bien différente de la première,
vivant plus à l’intérieur de l’île. Quant à la nature exacte des conditions
qui ont déterminé cette différenciation, il n’est, pour l’instant, guère possible
de les préciser.
Une autre hypothèse, en quelque sorte inverse de la première, est de
considérer le Boïna comme centre de dispersion du genre. Parmi les espèces
qui s’y seraient différenciées, l’une, P. polystachya aurait acquis la faculté
de se multiplier aisément et de se disperser, gagnant peu à peu son aire
actuelle. Il est certain que grâce aux expansions crochues qui couvrent,
à maturité, la glume supérieure de l’épillet, l’espèce est facilement disséminée
par les animaux. On peut alors concevoir quel’espèce primitive est P. perrieri -,
mais on ne voit guère pourquoi elle ne s’est pas elle-même répandue, son
épillet étant recouvert des mêmes expansions crochues que celui de P. polys¬
tachya. Si on remarque que 3 des espèces trouvées dans le Boïna, l’ont été
par Perrier de la Bâthie qui vécut plusieurs années fixé dans cette région,
on peut se demander si le choix du Boïna comme centre de dispersion des
espèces du genre n’est pas surtout déterminé par ce dernier détail. Ceci
montre la fragilité qui peut entacher parfois ce genre d’hypothèse. Une
Source : MNHN, Paris
— 137 —
étude de l’armature chromosomique des différentes espèces apporterait
sans doute des éléments de discussion importants. Mais la récolte de ces
plantes, dont plusieurs n’ont été trouvées qu’une fois, est déjà un problème
difficile.
Signalons pour terminer que Herter avait placé dans le genre Pseude-
chinolæna deux plantes américaines. Ce sont en fait des Echinochloa: E.
spectabilis (Nees) Link, E. helodes (Hack.) Parodi. De même Pittier avait
fait un Pseudechinolæna du Cenchrus inflexus Poir., qui est YEchinolæna
inflexa (Poir.) Chase.
BIBLIOGRAPHIE
1. Bosser, J. — Note sur les Graminées de Madagascar. II. Sur l’identité des genres
Boivinella A. Camus et Cyphochlæna Hack., Adansonia, ser. 2, 5 (3) : 411-413
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2. Camus, A. — Perulifera, genre nouveau de la tribu des Boivinelleæ, Bull. Soc. Bot.
Fr. 74 (9-10) : 889-893 (1928).
3. — Quelques Graminées nouvelles de Madagascar, Bull. Soc. Bot. Fr.
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4. Jacques-Félix, H. — Les Graminées d’Afrique tropicale, 1 vol., 345 p. (1962).
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ORSTOM et Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 139-146, 1975
POSITION SYSTÉMATIQUE, ÉTUDE MORPHOLOGIQUE
ET PALYNOLOGIQUE DU GENRE BERENICE
par F. Badré & Th. Cadet (Systématique, écologie),
G. Cusset (morphologie), M. Hideux (palynologie)
Résumé : L’étude morphologique et palynologique du genre monotypique Bérénice,
endémique de l’île de la Réunion, confirme la place de ce genre dans la famille des Campa¬
nulaceæ plutôt que dans celle des Saxifragaceæ. L'espèce Bérénice arguta n’est pas éteinte
comme le prouvent plusieurs récoltes.
Summary : On grounds of morphology and palynology, it is shown that the mono-
typic genus Bérénice, endemic of the Réunion Island, must be referred to Campanulaceæ
rather than Saxifragaceæ. It is pointed out that the species Bérénice arguta is still alive.
Ali new collections are cited.
Le genre monotypique Bérénice a été décrit par Tulasne (1857) qui
l’a placé dans la famille des Saxifragaceæ, trib. Escallonieæ DC. Cette
conception a été partagée avec de légères modifications par la plupart
des auteurs : Bentham & Hooker (1883), trib. Escallonieæ-, Engler (1891),
« Ord. » Escallonioideæ puis (1930), subfam. Escallonioideæ, trib. Argo-
phylleæ Engl., suivis par de nombreux auteurs de traités.
Erdtman & Metcalfe (1967), après l’étude du pollen, l’examen de
la structure de la tige et de la feuille de Bérénice arguta, ont indiqué les
affinités de cette espèce avec la famille des Campanulaceæ. Hutchinson
( 1967) partage cette opinion et exclut le genre Bérénice de la famille des
Saxifragaceæ.
Bérénice arguta Tul.
Morphologie
Arbrisseau sarmenteux, faiblement rameux, à latex blanchâtre, haut
de 1-1,50 m; jeune rameau couvert de poils dressés, unicellulaires. Tige
glabrescente; phyllotaxie alterne sur 2 hélices foliaires dextrogyres; feuilles
sans stipules; pétiole grêle, couvert de poils dressés, devenant glabre chez
les feuilles les plus âgées, 1,5-3 x 0,1 cm; limbe papyracé, couvert de poils
sur les 2 faces à l’état jeune, faiblement pubescent à quasiment glabre
chez les feuilles âgées (nervures et nervilles exceptées), elliptique-lan-
céolé, avec un acumen atténué au sommet, décurrent et ± dissymétrique
Source : MNHN, Paris
— 140 —
à la base, 7-10 X 3-3,5 cm; marge dentée; dents sinuées-acrodesmes,
apiculées, longues de 1,5 mm et au nombre de 9 par cm; 10-12 paires de
nervures secondaires, camptodromes, sans relief; pas de nervures inter¬
calaires; nervation secondaire à nervures courbes, festonnées dans le
1/3 secondaire; réseau tertiaire à mailles lâches; nervilles translucides.
Inflorescence racémeuse, composée de nombreuses inflorescences par¬
tielles. Chaque inflorescence partielle élémentaire est une « grappe » à
fleur terminale unique surmontant 2-4 bractéoles dont le produit axillaire,
probablement floral, nous a semblé resté inhibé après l’émission de 1-2
pièces foliacées. Les inflorescences partielles élémentaires se groupent en
2-4 grappes de deuxième ordre, latérales, à entre nœud de base très développé
et axillées par des pièces étroitement linéaires. Elles se réunissent en grappes
de troisième ordre, axillées par des bractées à pétiole net, ayant la silhouette
des feuilles végétatives. Dans la zone terminale de l’inflorescence, on ren¬
contre, axillées par des bractées deltoïdes sessiles, 1 à 4 grappes de troisième
ordre, puis 2-4 grappes simples constituées comme les inflorescences élémen-
aires. La floraison est ascendante mais presque simultanée.
Cinq sépales glabres, vert violacé, de 2-2,5 sur 1-1,5 mm, insérés sur
un hypanthium hémi-ellipsoïdal (2-2,5 x 2,5-3 mm), triangulaires, arrondis
au 1 /4 inférieur, à sommet obtus, à 1 nervure principale se prolongeant
dans l’hypanthium et portant 4-5 paires de nervures latérales en arceaux.
Alternant avec les sépales, 5 pétales blancs (à extrémité rose-violacé dans
le bouton), soudés entre eux dans leur 1 /6 inférieur en formant des sinus
étroits mais arrondis, réfléchis très fortement à l’anthèse, ovales-triangu-
laires, de 3,5-4,5 sur 2-2,5 mm, à 3 nervures principales sensiblement
parallèles; la médiane se continue dans l’hypanthium, chaque latérale
rejoignant un cordon vasculaire circulaire tout autour de la corolle au
niveau des sinus interpétalaires. Cinq étamines oppositisépales, à anthères
blanches, dorsifixes, obcordées, de 0,5-0,75 sur 0,4-0,7 mm, à déhiscence
longitudinale introrse; filets linéaires, un peu élargis à leur extrême base,
d’environ 2 x 0,2 mm. Chaque filet staminal contient 1 nervure unique
qui se termine aveuglément dans le toit de l’ovaire mais se raccorde latérale¬
ment à tout un ensemble vasculaire hypanthial.
Disque vert sombre, continu, un peu échancré en face des étamines,
en tore asymétrique, plus développé du côté externe, non vascularisé, ne
paraissant pas glanduleux, Il est entièrement compris entre le cordon
circulaire vasculaire de la corolle et un cordon circulaire hypanthial qui
lui est parallèle. Ovaire infère, à 3 loges séparées par des cloisons minces,
adné à un hypanthium à 10 nervures principales longitudinales (se prolon¬
geant dans les sépales et les pétales) devenant bien visibles après l’anthèse.
Ces nervures sont réunies par de nombreux arceaux secondaires et une
nervation tertiaire libre. Trois placentas volumineux, peltés, pendants,
paraissent insérés dans l’angle interne supérieur de chaque loge, en réalité
seulement subapicaux et laissent au-dessus de leur insertion une colonne
non vascularisée, mais rattachée au toit de l’ovaire dès le bouton; colonne
I. Nous tenons à remercier vivement Monsieur J. Mouton qui a bien voulu se charger
de la description des feuilles.
Source : MNHN, Paris
— 141 —
Source : MNHN, Paris
— 142 —
formée de petites cellules isodiamétriques se distinguant bien de la partie
sous-jacente, celle-ci à cellules allongées et parcourue par 3 cordons vascu¬
laires qui se ramifient abondamment dans les placentas pour innerver les
ovules, et qui, à leur base, ont une nette récurrence vers le haut, dans
l'hypanthium, avant d'atteindre le pédicelle. Ovules nombreux, oblongs,
à funicules courts et épais et à base asymétrique. Style simple, cylindrique,
aussi long que le reste de la fleur, fortement exsert, parcouru par 3 faisceaux
provenant du toit de l’ovaire et sans connexion avec la vascularisation de
la colonne placentaire; 3 stigmates longuement obovales, à surface interne
couvertes de papilles très développées.
Capsule surmontée par les restes du calice et le disque rétracté formant
un bourrelet, de 4,5-5 mm de diamètre sur 3-3,5 mm de hauteur, campanulée,
tronquée à sa face supérieure où peuvent subsister des restes du style,
nettement pentagonale et brusquement élargie dans sa région tout à fait
distale, hémisphérique en-dessous et contracté au niveau du pédicelle fructi¬
fère. Dix nervures longitudinales très nettes convergent vers le pédicelle
et sont reliées par une réticulation lâche d’arceaux vasculaires. La déhiscence
se faisant par 3 valves transverses, confluant au centre de la face supérieure
plate, chacune au niveau d’une des loges, est donc loculicide; les parois
latérales ne s’ouvrent pas.
Graines 6 à 12, 0,8-0,9 x 0,5-0,6 mm, ovoïdes-oblongues, un peu
aplaties, à base oblique au niveau du funicule, à testa coriace brun clair,
réticulée de dépressions rectangulaires (2x1) sur les faces et circulaires,
un peu plus grandes, sur le bord. Albumen assez abondant. Embryon dico-
tylé, droit.
Cette structure morphologique ne saurait conduire à laisser le genre
Bérénice dans les Saxifragaceæ. En effet, dans cette famille, on ne pourrait
le rapprocher que des genres Forgesia et Argophyllum, tous deux de la sous-
famille des Escallionoidex. Du premier, il se distingue nettement par l’ovaire
vraiment infère (et non semi-infère), la capsule loculicide (et non septicide),
la présence de 3 styles et de 3 placentas peltés (et non 2 styles et 2 placentas
bilobés). Du second, il diffère essentiellement par les pétales non « ligulés »
et par la structure du disque en tore (et non en 5 lames). Par contre, dans
les Campanulaceæ, 3 genres, Githopsis, Wahlenbergia et Lightfootia présen¬
tent une morphologie analogue à celle de Bérénice mais non sans quelques
points de divergences en ce qui concerne le fruit. Ainsi on peut les dis¬
tinguer facilement à la structure de leur capsule.
Dans les Githopsis, les cloisons de l’ovaire ont généralement disparu
à maturité, laissant une colonne placentale libre au centre de la capsule.
La déhiscence se fait par un système de fentes radiaires, confluentes en un
cercle de déhiscence qui entoure le style et provoque sa chute, et par des
pores, semblant non fonctionnels sur les parois latérales. Les genres Wahlen¬
bergia et Lightfootia ont une déhiscence très régulière par valves apicales
dues à des fentes loculicides. Quand ces valves s’ouvrent, la colonne placen¬
taire se fissure longitudinalement et les filaments qui en résultent s'écartent
en restant adhérents aux cloisons interloculaires adnées aux valves.
Source : MNHN, Paris
— 143 —
Dans le genre Bérénice , la déhiscence est d’un type très comparable:
des valves apicales sont découpées par des fentes loculicides. Cependant
la colonne placentaire ne se fissure pas longitudinalement, mais se casse
transversalement un peu en dessus du niveau d’insertion des placentas;
les cloisons interloculaires se cassent de la même façon; leur partie supé¬
rieure demeure adnée à la valve qui se recourbe sur le toit de l’ovaire, se
séparant de leur partie inférieure qui reste en place.
Ces différences dans la morphologie de la capsule, jointes à quelques
détails floraux (degré de jonction de la corolle, forme des stigmates, nombre
d’ovules), ne permettent pas d’assimiler le genre Bérénice à l’un de ces
3 genres. Il ne fait cependant pas de doute, qu’il en est très proche, notam¬
ment du genre Wahlenbergia dont il pourrait être issu. De toute façon,
la morphologie de ce genre conduit à le placer dans les Campanulaceæ,
et non dans les Saxifragaceæ.
Type : Boivin s. n., les hauts de Saint-Denis, forêt de Crève-cœur et bois de Madame
Des Bassyns, dans les hauts de Saint-Paul (holo-, PI).
La planche d’herbier vue par Tulasne est constituée de deux récoltes de Boivin
provenant de ces deux localités. D'après De Cordemoy (1895) la plante a disparu de
ces localités.
Ecologie. — La floraison a lieu de janvier à février; la fructification
de mars à avril. La plante est très hygrophile et sciaphile. Les bords des
torrents ombragés dans la forêt hygrophile représentent son habitat de
prédilection.
Source : MNHN, Paris
— 144 —
Nos propres observations et celles données par Tulasne et Boivin
indiquent que Bérénice arguta n’a pas d’exigence très stricte vis-à-vis de la
température (Saint-Paul, moyenne annuelle : 29°9; Plaine-des-Cafres,
1550 m, moyenne annuelle : 13°7).
La régénération semble se faire correctement. La dispersion des graines
semble bonne aussi, puisque nous avons observé des jeunes plants isolés,
sans la présence de pieds reproducteurs dans le voisinage. Le biotope de
cette espèce étant encore largement répandu dans l'île, Bérénice arguta ne
nous paraît pas menacée d’extinction dans l’immédiat.
Répartition : Jusqu’à ce jour, Bérénice arguta est connue dans les
stations suivantes (récoltes toutes postérieures à 1970) :
— Région de Basse-Vallée (Saint-Philippe), sous-bois de forêt hygrophile, 800-1000 m.
— Vallée de Takamaka, hauts de Saint-Benoît, sous-bois, berge d’un torrent, 800 m :
Bosser J. 20915 (fl., déc.); Cadet Th. 3205 (fr„ avr.) et 3412 (fl., janv.).
— Cirque de Mafate, haute vallée du Bras Bémale, sous-bois de forêt hygrophile, le
long d’un ravin, 1400 m. Cadet Th. 3425, herb. du Centre Universitaire de la Réunion.
— Plaine-des-Cafres, lieu dit « Notre-Dame de la Paix », sous-bois de forêt très hygro¬
phile, sur la berge d’un torrent, 1600 m, Cadet Th. 3069 (bout., fév.).
— Grand-Tampon, bord d’un ruisseau en forêt, Friedmann F. 1018 (bout., fév.).
De Cordemoy (1895) signale l’espèce dans les forêts, aujourd’hui
détruites, du Bois-Court et du Piton Hyacinthe, vers 1400 m (Plaine-des-
Cafres), ainsi qu’à la Nouvelle, entre 1800-2000 m (Cirque de Mafate).
Palynologie :
La méthode descriptive a déjà fait l’objet d’un article antérieur
(Hideux, M. & Marceau, L., 1972).
Pollen isopolaire à symétrie d’ordre 3, triporé, subéquiaxe (P/E = 1),
subcirculaire en coupe optique méridienne et équatoriale (P = E = 32,5 um).
Exine. Structure finement striée-rugulée du tectum (t) avec présence
d’une superstructure (r + 1) constituée par de grandes épines coniques
(t + 1 > 2t), columelles (t + 1) massives et cylindriques (t/t— 1 > 1),
sole-endexine épaisse (s + en # t).
Apertures. Ectoaperture-pore et endoaperture-pore équatoriaux et
confondues avec présence d’un léger épaississement périendoapertural.
Le pollen de Bérénice (Erdtman & Metcalfe, 1963) appartient à l’un
des deux types définis chez les Campanulaceæ par Dunbar, 1973 : “ The
pollen in Campanula and Jasione are spheroidal and provided with 3-4 pores.
The surface is covered by spinules, short ridges, or ridge-like éléments
and grooves ”.
Le genre Heterochænia ( Campanulaceæ ), genre également endémique
des Mascareignes, possède ce même type pollinique (Badré & coll., 1972).
L’étude des Saxifragaceæ ligneuses (Hideux, 1973), Hideux & Fer-
guson, confirment indubitablement l’éloignement du type pollinique de
Bérénice de l’ensemble des genres de la famille. A partir d’une classification
palynologique corrélative (Davis & Heywood, 1963) portant sur 27 genres
de Saxifragaceæ ligneuses australes, le genre Bérénice est isolé et n’entre
Source : MNHN, Paris
PI. 3. — Bérénice arguta Tul. (y. Bosser 20537, La Réunion, P) M. Ph. x 1 000 : 1. vue méri¬
dienne; 2, vue polaire superficielle; 3, niveau inférieur; 4, coupe optique équatoriale. —-
M.E.B. : 5, grain de pollen entier en vue polaire x 3 500; 6, détail surface tectale finement
striée-rugulée et épines x 7 500; 7, vue méridienne x 2 700 ; 8, détail zone aperturale :
pore x 7 500; 9, coupe de l'exine, noter les épaisseurs relatives : tectum, épines, columelles
et sole-endexine x 15 000. — Clichés M.E.B. Laboratoire de Géologie du Muséum
National d'Histoire Naturelle.
Source : MNHN, Paris
— 146 —
dans aucun triangle d’ombrage établi par la matrice de similarité. Une
analyse factorielle des correspondances portant sur 130 taxons des Saxi-
fragaceæ s.l. (Hideux & Ferguson) confirme pleinement cet isolement.
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Adansonia, ser. 2, 15 (1) : 147-153. 1975
NOTES SUR LES OCHROSIINÉES
DE NOUVELLE-CALÉDONIE
par P. Boiteau, L. Allorge & T. Sévenet
Summary : A new species, a new variety and a new form of Ochrosia from New-
Caledonia are described. The key of neo-caledonian species of the genus Ochrosia
is set up Discriminâting characters between the two genus Calpicarpum and Cerbera are
comparately enumerated. The key of neo-caledonian species of Calpicarpum is set up.
Le genre Ochrosia Jussieu sensu stricto, tel qu’il a été défini dans une
note précédente (1) compte encore une espèce, une variété et une forme
nouvelles.
La présente note a pour objet de les décrire et d’en préciser la réparti¬
tion géographique.
Afin de les situer dans le contexte des autres espèces, elle comprend
aussi une clef de l’ensemble des Ochrosia néo-calédoniens.
Il est utile de noter que la conception du genre Ochrosia sensu stricto,
définie par Boiteau, Allorge, Sévenet & Potier (1) a été presque simul¬
tanément exposée par Fosberg & Sachet (2). Cette pécision nouvelle
dans la classification des Ochrosiinx était donc ressentie comme une nécessité 1 .
I. — NOUVEAUX TAXONS D 'OCHROSIA
1. Ochrosia grandiflora Boiteau, sp. nov.
Arbor 8-12 m al lus ; rami nigri vel brunnei, glabri ; folia verlicillala ; petiolus 1,5-2 cm
longus ; lamina ovalia vel lanceolala, abrupte brevilerque acuminaia, basi longe allenuala,
16-35 cm longa, 5-10 cm lata, nervi secundarii latérales plus quam 1 cm inter se distantes
rete nervulorum tertiorum bene conspicuum. Inflorescentiæ terminales, modo cymarum
pleiocltasialum ± laxarumdispositæ ; pedunculus commuais 2-4 cm longus ; pedicelli 2,5-4 mm
longi ; flos grandis, tubus 1,7 cm longus, lobi 1,7 cm longi. Fructus malurus ruber, latitudo
maxima infra centrum mericarpii ; mericarpium lias latum, compressum, 4,5 cm longum,
2,5 cm latum, 0,8-1 cm in crassitudine, ala ± irregulari circumcinctum, apice obscure acumi-
natum.
Type : Mc Kee 26457 (holo-, P!).
Nouvelle-Calédonie et Ile des Pins (endémique):
Mc Kee 26457 et 27423, Koumac, vallée des Palmiers, forêt-galerie sur calcaire,
50 m ait., Mc Kee 28122, Haute Neavin, vallée du Nu, forêt-galerie sur schiste, 100 m
ait.; Sévenet 419, Koumac, vallée des Palmiers; Sévenet 656, île des Pins.
1 . Nous remercions F. R. Fosberg et M.-H. Sachet d’avoir bien voulu nous communi¬
quer une épreuve de leur travail avant même sa parution.
Source : MNHN, Paris
— 148 —
PI. I. — Ochrosia grandiflora Boiteau : 1, rameau fleuri x 2/3; 2, fragment de feuille, face
inférieure; 3, fragment de corolle x 2; 4, clavoncule x 20; 5, méricarpe x 2/3 (Mc Kee
26457). — Ochrosia elliptica Labill : 6, rameau fleuri avec jeune fruit x 2/3; 7, détail de
la nervation; 8, fragment de corolle x 2; 9, clavoncule x 20; 10, méricarpe x 2/3 (Virot
561); 11. coupe longitudinale montrant la graine et la position de l'embryon; 12, coupe
transversale du méricarpe.
Source : MNHN, Paris
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La planche 1 montre bien les caractères de cette espèce, représentés
comparativement à ceux de O. elliptica Labill. et à la même échelle. La
nervation des feuilles est du même type que chez O. silvatica Dan. (PI. 2),
mais elles sont nettement plus grandes. La dimension des fleurs est remar¬
quable et distingue nettement cette espèce de tous les autres Ochrosia néo-
calédoniens. La forme des méricarpes, souvent asymétriques, à aile irré¬
gulière, obscurément acuminés au sommet, est également très distincte
parmi les espèces néo-calédoniennes. A l’état jeune, les méricarpes sont
extraordinairement plats, presque laminaires, verruculeux.
L’espèce est relativement rare, ce qui explique qu’elle soit passée
inaperçue jusqu’ici. Elle atteint la taille d’un arbre de 8 à 12 m mais peut
être réduite à un arbuste de 4 m. C’est une essence de sous-bois des galeries-
forestières, assez ubiquiste quant à la nature du sol mais préférant les collu-
vions humifères.
2. Ochrosia balansæ (Guill.) Guillaumin
Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., sér. 2, 27 : 475 (1956); Bâillon ex Guillaumin,
Ann. Mus. Colon. Marseille, ser. 2, 9 : 195 (1911) nom. nud.
— Excavatia balansæ Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 88 : 362 (1941).
var. balansæ
Feuilles ovales, de 9-10 x 4-4,5 cm, obtuses et brusquement acuminées
au sommet, courtement atténuées ou un peu échancrées à la base. Méricarpe
du fruit, longueur : 3 cm, largeur max. 3,5 cm, épaisseur : 1 cm.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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var. excelsior Boiteau, var. nov.
Folia majora quam in var. balansæ, ad 12-14 X 4-4,5 cm. Mericarpium angustior
basin versus longe attenuatum, 4,5 cm longum, 2 cm latum, 1,2 cm in crassitudine ; diameter
maximus in tertia parte superiore.
Type : Jeanniot 305 (holo-, P!).
Endémique de Nouvelle-Calédonie : Jeanniot 305, Boulinda, Pic Poya (fl. el
fruit); Sévenet 209, Mont Boulinda, 850 m ait. (fl. avril).
Variété bien distincte par ses feuilles plus grandes, moins brusquement
acuminées au sommet, plus longuement atténuées à la base; ainsi que par
les méricarpes de ses fruits plus étroits (PI. 2, fig. 11-12). C’est aussi un
arbre plus élevé que la var. balansæ, beaucoup plus rare que cette dernière,
localisé dans le massif du Boulinda ou la var. balansae n'a pas été observée
(carte jointe).
3. Ochrosia elliptica Labill.
Sertum Austro-Caled. : 259, t. 30 (1824).
F. syncarpa Boiteau, /. nov.
A typo differt mericarpiis in parte inferiore coadnatis.
Type : Mc Kee 25865, H. Hmakone et G. Sam coll. (holo, P!).
Mc Kee 25865, île Walpole (à l’Est de l’île des Pins), plateau calcaire vers 80 m ait.;
Sévenet 686, îlot Beautemps-Beaupré (au Nord d’Ouvéa, archipel des Loyautés).
Cette forme semble être localisée sur ces deux îlots isolés, très distants
l’un de l’autre. Elle semble constituer une variation récente. Il est apparu
utile de la distinguer pour l’étude comparée de sa teneur en alcaloïdes
(ellipticine).
CLEF DES OCHROSIA NÉO-CALÉDONIENS
1. Feuilles sans acumen; méricarpe non ailé.
2. Limbe ne dépassant pas 5x2 cm, à marge révolutée, coriace, à ner¬
vation peu distincte. Inflorescences en cymes dichasiaies. Méricarpe,
longueur : 20-22 mm, largeur max. 13 mm, épaisseur : 9-10 mm.
. O. mulsantii Montr.
2'. Limbe de plus de 7 cm de long.
3. Limbe de 7-11 x 2,5-3,5 cm, aigu ou obtusiuscule au sommet;
Inflorescences cincinnoïdes, 1-3 flores. O. bodenheimarum Guill.
3'. Limbe de 8,5-9 x 4,5-5 cm, très obtus ou émarginé au sommet.
Méricarpe, longueur : 4 cm, largeur max. 2,3 cm, épaisseur : 1,4-
1,5 cm . O. elliptica Labill.
1'. Feuilles acuminées; méricarpe ailé.
4. Nervures secondaires parallèles, serrées, plus de 12 paires, séparées
par des nervures interstitiales; pas de réticulum tertiaire. Méricarpe
à largeur max. au-dessus du milieu . O. balansæ (Guill.) GuilL
5. Méricarpe très brusquement acuminé, courtement atténué vers la
base, largeur max. : 3,5 cm . var. balansæ
5'. Méricarpe rarement acuminé, longuement atténué vers la base,
largeur max. 2 cm . var. excelsior Boiteau
Source : MNHN, Paris
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4'. Nervures secondaires moins de 12 paires; réticulum tertiaire entre les
nervures latérales. Méricarpe à plus grande largeur au-dessous du
milieu, non ou obscurément acuminé.
6. Fleurs ne dépassant pas 2,5 cm de long. Limbe foliaire de 9,5-10 x 3-
3,5 cm . O. silvalica Dân.
6'. Fleurs de 3,5 cm de long. Limbe foliaire de 15-16 x 5-5,5 cm-
. O. grandiftora Boiteau
II. — NOTE COMPLÉMENTAIRE SUR LES CALPICARPVM
Dans une note précédente (1), le genre Calpicarpum G. Don entend.
Boiteau a été distingué du genre Ochrosia Jussieu.
On a fait allusion, dans la partie historique de cette note, aux confu¬
sions qui ont longtemps régné entre les genres Cerbera L. et Calpicarpum.
Il a donc paru utile de présenter comparativement les caractères qui
distinguent ces deux genres. Le genre Cerbera appartient à la sous-famille
des Cerberoïdées, Cerberoideæ Pichon (3), alors que le genre Calpicarpum
appartient à la sous-famille des Plumérioïdées. Ils sont donc plus éloignés
l’un de l’autre que ne le sont les Ochrosia des Calpicarpum. Les différences
de composition chimique qui les séparent ne sont pas moins nettes que
celles de caractère morphologique.
Calpicarpum
Feuilles opposées ou verticillées.
Fleurs dextrorses, les lobes de la
corolle à bord droit recouvrant
dans la préfloraison.
Tube de la corolle très rétréci à la
gorge au-dessus des étamines.
Étamines sans acumen.
Loges des étamines parallèles colla¬
térales; déhiscence introrse.
Pas d’écailles à l’intérieur du tube.
Endocarpe muriqué, émettant dans
le mésocarpe des fibres qui lui
restent soudées.
Graines à albumen.
Cotylédons très grands : 20-25 mm
de long; radicule dix fois plus
courte que les cotylédons.
Cerbera
Feuilles alternes ou irrégulièrement
groupées au sommet des rameaux.
Fleurs sinistrorses, lobes à bord
gauche recouvrant dans la pré¬
floraison.
Tube de la corolle élargi, ± infundi-
buliforme ou campanulé au-dessus
des étamines.
Étamines pourvues chacune d’un
acumen; l’ensemble des 5 acu-
mens soudé en cône.
Loges des étamines apposées dos
à dos; déhiscence sublatérale.
Tube de la corolle portant, au-
dessus et au-dessous des étamines,
des écailles transversales.
Fibres mésocarpiques indépendantes
de l’endocarpe; ce dernier lisse
ou rugueux mais non muriqué.
Graines sans albumen.
Cotylédons de moins de 10 mm de
long; radicule d’au moins 5 mm,
deux fois plus courte que les
cotylédons.
Source : MNHN, Paris
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Calpicarpum
Alcaloïdes indoliques. Pas de Car-
dénolides.
Écorce souvent utilisée en thérapeu¬
tique empirique; graines non toxi¬
ques.
Cerbera
Cardénolides libres ou sous forme
de glucosides. Jamais d’alcaloïdes
indoliques.
Très toxiques dans toutes leurs
parties.
Graines utilisées dans les ordalies
judiciaires. Jamais utilisés en thé¬
rapeutique empirique. Inspirent
une terreur magico-religieuse.
CLEF DES CALPICARPUM DE NOUVELLE-CALÉDONIE
1. Feuilles de plus de 8 cm de long.
2. Feuilles largement ovales ou elliptiques : 10-32 x 6-15 cm. Tube corol-
lin : 7 mm, 2 fois moins long que les lobes.C. oppositifolium (Lam.) Boiteau
2'. Feuilles obovales ou oblongues, la longueur supérieure à 2 fois la largeur.
3. Feuilles obtuses ou émarginées au sommet : 15-17 x 4-5 cm.
Tube de la corolle : 13 mm, égal aux lobes.C. confusum (Pichon) Boiteau
3'. Feuilles acuminées au sommet.
4. Nervures latérales saillantes. Feuilles : 18-45 x 5-10 cm.
. C. Ihiollierei (Montr.) Boiteau
4'. Feuilles à nervures latérales non saillantes, plus petites.
5. Feuilles coriaces, obovales, acuminées-aiguës : 10-30 x 2-7
cm. Pédoncule de l’inflorescence robuste : 7-10 cm long.
Inflorescences pluriflores en cymes trichasiales .
. C. mianum (Bâillon) Boiteau
5'. Feuilles membraneuses, obovales, acuminées-obtusiuscules :
8-13 x 3,5-4 c m. Inflorescences pauciflores, cincinnoïdes;
filet des étamines glabres. C. breviiubum (Boiteau) Boiteau
Y. Feuilles de moins de 8 cm de long. Inflorescences pauciflores, cincinnoïdes.
Filet des étamines pileux. C. sevenelii (Boiteau) Boiteau
BIBLIOGRAPHIE
1. Boiteau, P., Allorge, L., Sévenet, T. & Potier, P. — Adansonia, ser. 2, 14 : 485-
497 (1974).
2. Fosberg, F. R. & Sachet, M.-H. — Micronesica 10 (2) : 254-255 (1974).
3. Pichon, M. — Notulæ Systematicæ 13 : 212 (1948).
P.B., L.A. : Laboratoire de Phanérogamie, Muséum - Paris
et Laboratoire Associé du C.N.R.S., n° 218.
T.S. : Laboratoire des plantes médicinales,
C.N.R.S. - Nouméa.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ACHEVÉ d'imprimer LE 28 MAI 1975
SUR LES PRESSES DE FD EN SON
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE-61002 ALENÇON
Dépôt légal : 2 e trimestre 1975 - 78.475
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris