15/4
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
A. AUBRÉVILLE
Membre de l’Institut
Professeur Honoraire
au Muséum
Jean-F. LEROY
et
Professeur
au Muséum
Série 2
TOME 15
Fascicule 4
1976
Date de Publication : 20 Avril 1976
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
16, rue Buffon, 75005 Paris
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
A. Aubréville : Membre de l’Institut, Professeur Honoraire au Muséum national
d’Histoire naturelle.
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandri : Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle.
J.-F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Schnell : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M.-L. Tardieu-Blot : Directeur de Laboratoire à l’E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
Rédacteur en chef : A. Le Thomas.
Gérant-éditeur : J. Raynal.
RECOMMANDATIONS AUX ACTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d’article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l’auteur ne doit y être y mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Pour tous les articles de taxonomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères gras
et les noms d’auteurs des différents taxons.
Le format des planches doit être de 16 X 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptées.
Les auteurs reçoivent gratuitement cinquante tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, rue Buffon, 75005 Paris — Tél. : 331.30.35
Prix de l’abonnement 1976 : France et Outre-Mer : 130 F
Étranger : 140 F
C.C.P. : Association de Botanique Tropicale
La Source 33075.20 W
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) 1976.
SOMMAIRE
Frihdmann F. & Cadet Th. — Observations sur l’hétérophyllie
dans les îles Mascareignes.423
Toma C. —- Étude histo-anatomique des cotylédons de certaines
Légumineuses (Onobrychis Adans., Coronilla L., Trifolium L.). 441
Morat Ph. — Sur la présence à Madagascar d’un genre endémique
d’Eriocaulacées : Moldenkeanthus .463
Davis T. A. & Sukhendu S. G. — Morphology of Adansonia digi-
tata L.471
Thomasson M. — Le fourré d’Orangéa (Nord-Ouest malgache). . . 481
Jacques-Félix H. — Localités et espèces nouvelles de Mélastoma-
tacées du Cameroun et du Gabon.491
Cremers G. — Aloe nouveaux du nord de Madagascar.497
Hall J. B. — A new species of Turræa ( Meliaceæ) from Ghana . . . 505
Guého J. — Sur l’identité du Phylica ( Rhamnaceæ) des îles Masca¬
reignes .509
Guillaumet J.-L. & Cornet A. — Observations sur les variations
morphologiques saisonnières de quelques Labiées malgaches. . 515
Raynal J. — Notes cypérologiques : 24. Mapania paradoxa, nou¬
veauté de Guyane.531
— Notes cypérologiques : 25. Le genre Schœnoplectus. I. Sur quel¬
ques espèces sud-africaines.537
Le Thomas A. & Lugardon B. — De la structure grenue à la structure
columellaire dans le pollen des Annonacées.543
Rauh W. — A propos de la mort de Cari Troll.573
La publication d'un article dans Adansonia n'implique nullement que cette revue approuve
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 423-440, 1976.
OBSERVATIONS SUR L’HÉTÉROPHYLLIE
DANS LES ILES MASCAREIGNES
par F. Friedmann & Th. Cadet
Résumé : Les auteurs présentent un type d'hétérophyllie liée aux formes de jeunesse,
les plantes juvéniles ayant des feuilles plus petites que les adultes. Après avoir étudié la
répartition géographique, la distribution taxonomique et certains aspects de l'écologie
des espèces hétérophylles, ils attribuent à la sécheresse du milieu le déterminisme global
du phénomène. Ce type d’hétérophyllie peut être considéré comme une forme biologique
particulière adaptée à ce milieu.
Summary : The heterophylly here dealt with is that of juveniie microphylly versus
adult mesophylly. Account is given of the geographical and taxonomie distribution of
heterophyll species. There is a significant relation between the occurence of heterophylly
and the xeric condition of the environment. This type of heterophylly may be considered
as a spécial life-form adapted to that environment.
Un certain nombre d'espèces ligneuses des îles Mascareignes (La
Réunion, Maurice et Rodrigues) présentent au cours de la croissance des
variations remarquables de leur feuillage.
Les dimensions et la forme des feuilles dans les premières années
suivant la germination sont très différentes de celles de l’adulte, à tel point
que, sans des indications précises du collecteur, il est impossible, en herbier,
de déterminer ce type de plantes juvéniles 1 .
Non seulement les jeunes plants sont différents des adultes mais
également les rejets de souche (arbre coupé par exemple) et les rejets qu’un
individu adulte émet spontanément à sa base.
On trouve fréquemment sur une même plante la forme juvénile et la
forme adulte. Ce fait est important par ses implications physiologiques et
donne évidemment une preuve irréfutable de l’appartenance à une même
espèce, de morphologies foliaires parfois étonnamment différentes.
Beaucoup d’arbres de la forêt tropicale ( Mimusops , Calophyllum,
etc.) présentent des formes de jeunesse à feuilles plus grandes que celles
des adultes. Nous envisageons ici l'hétérophyllie inverse, celle où la surface
du limbe juvénile est plus petite que celle de l’adulte.
I. Cavanilles (1785) a créé plusieurs espèces affines de Dombeya acutangula sur des
termes de passage entre la forme juvénile et la forme adulte de cette espèce.
Source : MNHN, Paris
— 424
l a forme juvénile est « marquée » par la surface réduite des feuilles
et le passage au stade adulte est visualisé par l’acquisition de feuilles nor¬
males.
La phase juvénile n’est pas éphémère mais dure plusieurs années
après la germination. La durée de cette phase semble conditionnée par le
milieu. Ainsi à Rodrigues (surtout à Plaine Corail), la phase juvénile
microphylle 1 est indéfiniment prolongée. Des Elæodendron, Diospyros,
Scolopia, y prennent la forme de buissons bas à souche épaisse et on peut
estimer leur âge à plusieurs dizaines d’années. A La Réunion par contre,
le passage à la forme adulte peut se produire après 5 ou 10 ans.
La forme microphylle ne fleurit jamais même lorsqu’elle devient
très « âgée » comme à Rodrigues (sauf exception, voir ch. V, § 3).
A la microphyllie juvénile s’ajoute parfois une modification de la
forme de la feuille dans le sens d’une plus grande complexité. Ainsi, la
feuille juvénile est disséquée chez une espèce à feuilles adultes simples,
ou bien, chez une espèce à feuilles composées, le nombre de folioles est
beaucoup plus grand au stade juvénile qu'au stade adulte.
Sur une branche à feuillage adulte nous n’avons jamais observé de
pousse juvénile (après une lésion par ex.). La forme juvénile ne subsiste
ou réapparaît sur un individu adulte que dans la zone qui « a été juvénile »
au cours du développement, c’est-à-dire à la base du tronc et jusqu’à une
hauteur variable suivant les espèces. Une réversion de l’état adulte vers
l’état juvénile semble donc impossible.
Ces quelques observations permettent de cerner le phénomène que
nous allons tenter d'analyser.
Ce type d’hétérophyllie, moins fréquent, semble-t-il, que le type inverse
(feuilles juvéniles plus grandes que les adultes) a été signalé en Nouvelle-
Zélande, Nouvelle-Calédonie et, par Balfour, à Rodrigues dès 1879.
Vaughan & Wiehe (1939), dans leurs travaux sur la végétation de l’Ile
Maurice, montrent, sur un petit nombre d’espèces, que ce phénomène
est lié au milieu. A La Réunion, Rivals (1952) arrive à la même conclusion.
Nous présentons ici un inventaire, mis à jour, des espèces hétérophylles
des Mascareignes, une étude de leur répartition et de leur écologie, et
une discussion sur la signification du phénomène.
I. — LES DIVERSES FORMES DE JEUNESSE MICROPHYLLES
Pour certaines espèces nous n’avons vu que des plantes juvéniles
(marquées J dans les listes ci-dessous) d’une part et des plantes adultes à
feuilles normales d’autre part. La détermination de ces jeunes a pu être
faite grâce à la proximité des porte-graines adultes, en procédant par élimi¬
nation.
Chez d’autres espèces ( Fernelia, Scolopia, Elæodendron, etc.) la forme
foliaire observée sur les jeunes plants se retrouve absolument identique
1. Microphylle par rapport à l'adulte et non en valeur absolue au sens de Raunkiaer.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 426 —
sur les rejets spontanés ou provoqués (marqués R dans les listes ci-dessous).
Cette identité de la forme modifiée du jeune plant et celle des rejets ayant
été établie dans la majorité des cas, il est légitime de généraliser et d’admettre
que l’hétérophyllie existe aussi chez les jeunes individus d’espèces où seuls
les rejets ont été observés ( Gymnosporia , Olax, Scyphochlamys, Vitis).
Chez un grand nombre d’espèces, les adultes présentent spontanément
des rejets ou des vestiges de la phase juvénile à la base du tronc; chez
d’autres, on n’en observe jamais, sauf si l’arbre a été coupé ( Mathurina ).
Nous distinguerons 3 sortes de feuilles juvéniles :
— les feuilles seulement miniaturisées par rapport à la feuille adulte
mais de même forme générale;
— les feuilles linéarisées;
— les feuilles disséquées.
Les 3 catégories retenues (miniaturisation, linéarisation, dissection)
ne sont pas absolument homogènes. Si, à la feuille adulte à nervation
palmée correspond une feuille juvénile palmatiséquée, les feuilles minia¬
turisées, linéarisées ou pennatiséquées ont toutes une nervation du type
penné.
Chez Carissa la réduction est accompagnée de spinescence sur les
axes, chez Scolopia sur la marge des feuilles, etc.
On peut néanmoins admettre ces catégories comme une première
approximation et dans un but de présentation.
Une telle classification des formes de jeunesse, suivant le type de modi¬
fication, a déjà été tentée par Balfour (1879) pour les plantes de Rodrigues.
Nous y ajouterons nos observations récentes dans cette même île confirmant
celles de Balfour, ainsi que celles faites à Maurice et à La Réunion. Toutes
les espèces citées ont été vues dans leur milieu naturel, sauf Randia hetero-
phylla, de Rodrigues, qui n’a pas été retrouvée.
L’hétérophyllie n’avait pas encore été signalée chez une vingtaine
des 48 espèces citées ici.
1. MINIATURISATION DES FEUILLES
Elle s’observe chez les espèces suivantes :
Mau. Réu. Rod.
Carissa xylopicron Thouars
Fernelia buxifolia Lam.
Erylhroxylon hypericifolium Lam.
G ranger ia borbonica Lam.
Ludia mauritiana J. F. Gmel.
Psiadia dentata DC.
Scutia comntersonnii Brongn.
Securinega durissima J. F. Gmel.
Scolopia heterophylla (Lam.) Sleumer
Ce sont les cas les plus simples d’hétérophyllie puisque la feuille n’est
pas modifiée dans son organisation mais sa croissance est seulement arrêtée
très rapidement.
J Apocynacées
JR Rubiacées
JR Erythroxylacées
J Rosacées
JR Flacourtiacées
J Composées
JR Rhamnacées
JR Euphorbiacées
JR Flacourtiacées
Source : MNHN, Paris
— 427 —
2. LINÉARISATION DES FEUILLES JUVÉNILES
Les feuilles juvéniles ont un limbe étroit et allongé, à bords presque
parallèles, souvent plus long que les feuilles adultes. Ce type de modifica¬
tion est le plus fréquent.
Brentontiera ammoxylon DC.
Clerodendron helerophyllum R. Br.
Diospyros diversifolia Hiern.
Dombeya aff. ferruginea Cav.
Elæodendron orientale Jacq.
Eugenia cotinifolia Jacq.
Fœtidia mauritiana Lam.
Gastonia cutispongia Lam.
Gyntnosporia trigyna Baker
Mathurina penduliflora Balf. f.
MaiUardia borbonica Duchartre
Olax psittacorum (Lam.) Vahl
Pleurostylia pachyphlcea Tul.
Psiadia coronopus Benth. & Hook.
Pyrostria trilocularis Balf. f.
Randia heterophylla Balf.f. (non vu)
Scyphochlamys revoluta Balf.f.
Secamone saligna Dcne
Sideroxylon galeatus (Hill.) Baehn.
Stillingia lineata (Lam.) Muell. Arg.
Tanulepis sphenophylla Balf.f.
Tylophora lævigata Dcne
Terminalia Bentzoe (L.) L.f.
Vitis ntappia (Lam.) Baker
J Papilionacées
JR Verbénacées
JR Ebénacées
R Sterculiacées
JR Célastracées
JR Myrtacées
J Lécythidacées
R Araliacées
R Célastracées
R Turnéracées
J Moracées
R Olacacées
JR Célastracées
R Composées
R Rubiacées
R »
JR Asclépiadacées
R Sapotacées
JR Euphorbiacées
R Asclépiadacées
JR »
J Combrétacées
R Vitacées
Mau. Réu. Rod.
Chez Bremonliera (Indigofera?), la feuille juvénile est constituée
d’un limbe linéaire articulé sur une partie basale très réduite. Au cours
de la croissance, on assiste à une réduction de la portion linéaire tandis
que la base s’allonge et s’élargit pour constituer seule le limbe de la feuille
adulte, l’appendice terminal disparaissant totalement (PI. 3, 8).
3. DISSECTION DES FEUILLES JUVÉNILES
Les feuilles juvéniles sont pennatiséquées ou palmatiséquées alors
que les adultes sont entières ou simplement lobées. Chez les espèces à
feuilles adultes composées, les feuilles juvéniles ont des folioles réduites
mais en nombre beaucoup plus grand que les feuilles adultes ou bien les
folioles sont elles-mêmes pennatiséquées (Molinæa). Nous groupons dans
cette catégorie toutes les espèces dont les feuilles juvéniles sont plus com¬
plexes que les feuilles adultes.
Source : MNHN, Paris
— 428 —
Feuilles juvéniles pennées ou pennatiséquées :
Acacia heterophylla (Lam.) Willd.
Clerodendron laciniatunt Balf.f.
Doratoxylon apelalunt (Poir.) Radlk.
Dombeya populnea (Cav.) Baker
Quivisia heterophylla Cav.
Zanthoxylum heterophyllum (Lam.) Sm.
Zanthoxylum paniculatunt Balf.f.
Aphloia theæformis (Vahl) Bennett
Molinæa aller ni folia Willd.
Mau. Réu. Rod
JR Légumineuses »
R Verbénacées »
JR Sapindacées » » »
JR Sterculiacées » »
JR Méliacées » » »
JR Rutacées )) »
JR » »
J Flacourtiacées ? »
J Sapindacées ? »
Les Doratoxylon et Zanthoxylum ont des feuilles juvéniles possédant
3 à 5 fois plus de folioles que les adultes. De plus les Zanthoxylum juvéniles
sont épineux (rachis des feuilles et axes), alors que les adultes sont inermes.
Feuilles juvéniles palmatiséquées :
Dombeya acutangida Cav.
JR Sterculiacées »
Réu. Rod.
Ficus morifolia Lam.
JR Moracées
»
Hibicus columnaris Cav.
R Malvacées »
Hibicus liliiflorus Cav.
JR » »
Obetia ficifolia Gaud.
R Urticacées
Ruizia variabilis Jacq.
R Sterculiacées
II. —
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
DES ESPÈCES HÉTÉROPHYLLES
Presque toutes les espèces citées sont des plantes thermophiles ayant
leur optimum de croissance au-dessous de 800 m d’altitude (sauf Acacia,
1 500-2 000 m).
Dans les deux grandes Mascareignes (Maurice et La Réunion), les
espèces hétérophylles sont concentrées dans les régions occidentales plus
sèches dites « Sous le Vent ». Plus rares sont celles qui se rencontrent aussi
dans la zone « Au Vent », plus humide car soumise au choc direct des
alizés d’Est Sud-Est. Ces espèces sont : Grangeria horbonica, Maillardia
borbonica, Aphloia theæformis, Molinæa alternifolia. Ficus morifolia, Acacia
heterophylla, Doratoxylon apetalum. Hibiscus liliiflorus.
A La Réunion, elles sont toutes (sauf les précédentes) inféodées au
« secteur mégathermique sec » au sens de Rivals (1952). Cet auteur a
souligné l’abondance dans cette région des espèces présentant un dimor¬
phisme foliaire : sur la soixantaine de plantes ligneuses que compte la
végétation de ce « secteur », 22 espèces sont nettement hétérophylles,
soit plus du tiers, dont 15 strictement limitées à cette basse région occiden¬
tale; 7 habitent aussi la région orientale humide mais y sont rares et dans
des conditions édaphiques particulières.
De nos jours, on ne les rencontre plus que dans des vestiges de végéta¬
tion naturelle plus ou moins dégradée, accrochés aux falaises abruptes
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 430 —
qui encaissent les torrents de l’Ouest : versant droit de la Rivière de St-
Denis, Ravine de la Grande Chaloupe, vallées de la Rivière des Galets,
du Bras de Cilaos, et du Bras de la Plaine.
Un certain nombre d’espèces, à la faveur d’un relèvement des isothermes
et d’une grande sécheresse édaphique, parviennent à s’installer dans les
cirques de Cilaos et Mafate jusqu'à 1 000-1 100 m ( Elæodendron , Zanthoxy-
lum, Dombeya acuiangula, Pleurostylia, Bremontierà).
Quelques espèces, parmi les endémiques les plus intéressantes, ne
s’observent plus qu’à l’état d’individus isolés dans une végétation secon¬
daire hostile et sont menacées d’extinction (Bremontierà, Clerodendron
heterophyüum, Ruizia variabilis).
A l’île Maurice, les espèces hétérophylles sont essentiellement canton¬
nées, dans la région Sous le Vent, aux pentes des inselbergs : Junction
Peak, Corps de Garde, Montagne du Rempart, Trois Mammelles, Morne
Brabant, etc. Parmi elles, deux endémiques mauriciennes : Gymnosporia
trigyna et Vitia mappia.
A l’île Rodrigues, la dissymétrie climatique entre les versants Ouest
et Est étant peu sensible et l’altitude n’excédant pas 400 m, les espèces
hétérophylles se rencontrent un peu partout dans l’île mais les cas les plus
spectaculaires d’hétérophyllie (intensité du phénomène, densité d’individus
et nombre d’espèces) peuvent être observés sur la Plaine Corail (Wiehe,
1949; Cadet, 1972), zone à substrat calcaire, à pluviométrie faible et forte¬
ment exposée à des vents quasi permanents.
Parmi les espèces endémiques de cette île et à hétérophyllie très marquée,
citons : Diospyros diversifolia, Mathurina penduliflora, Scyphochlamys
revoluta, Clerodendron laciniatum, Sideroxylon galeatus.
III. — ÉCOLOGIE DES ESPÈCES HÉTÉROPHYLLES
L’hétérophyllie se manifeste donc essentiellement dans les régions les
plus sèches des Mascareignes.
Si l’on se réfère uniquement aux moyennes annuelles de pluviométrie,
la sécheresse dans les 3 îles apparaît toute relative.
A Rodrigues, les précipitations annuelles les plus faibles sont rarement
inférieures à 1 m et dans les régions les plus élevées, le total dépasse souvent
1 500 mm.
Les régions occidentales de l’île Maurice reçoivent entre 500 et 1 600 mm
de pluie par an.
A La Réunion, le minimum de pluies est enregistré sur le littoral
Ouest (600 mm à St-Gilles) et, à l’altitude où se rencontrent encore des
espèces hétérophylles (700-800 m), la pluviométrie atteint déjà 1 500 mm.
Mais dans chacune des 3 îles, quelle que soit l’exposition et plus parti¬
culièrement dans les régions Sous le Vent, les hauteurs annuelles moyennes
n’ont pas une grande signification du point de vue écologique.
En effet, ces pluies sont très inégalement réparties dans l’année et des
pluviométries importantes peuvent être concentrées sur des périodes très
Source : MNHN, Paris
— 431 —
courtes, liées au passage sur les îles ou à leur voisinage de perturbations
cycloniques. A Rodrigues, il peut tomber en un seul mois le 1 /3 du total
annuel. Dans l’ensemble des Mascareignes, les mois de saison chaude
(décembre à avril) reçoivent entre les 2/3 (région au Vent) et les 4/5 (région
Sous le Vent) des précipitations de l’année. A La Réunion, et dans la
zone où croissent préférentiellement les espèces hétérophylles, il ne tombe
qu’entre 100 et 300 mm au cours des 7 mois de saison fraîche. Comme les
températures moyennes du mois le plus froid varient entre 15 et 20°, on
conçoit que dans cette région, il règne chaque année plusieurs mois écolo¬
giquement secs malgré la quantité totale annuelle de pluies relativement
importante.
Il faut ajouter que les pentes toujours fortes rendent le ruissellement
important et qu’une bonne partie de l’eau s’infiltre profondément dans un
substratum perméable en grand.
Autant qu’on puisse en juger d’après leur répartition actuelle, notam¬
ment à La Réunion, le caractère plus ou moins xérophile des espèces hétéro¬
phylles est souligné par le fait qu’elles se maintiennent uniquement sur des
falaises abruptes et très ensoleillées, sur des crêtes exposées, donc dans des
milieux presque constamment secs. Il est remarquable de constater que les
quelques espèces xérophiles qui s’aventurent en zone humide ( Elædendron ,
Gaslonia, Zanthoxylum, Scolopià) ne prospèrent que sur des coulées de
laves récentes encore intactes, très perméables. Malgré l’humidité du climat,
il semble qu’elles puissent se développer grâce à la sécheresse relative du
substrat. On ne trouve effectivement jamais de jeunes individus de ces
espèces dans les forêts climaciques hygrophiles établies sur des sols évolués
et pourtant situées dans le même contexte climatique.
Certaines espèces citées dans nos listes ( Aphloia , Doratoxylon et
Molinæà) ne manifestent pas d’hétérophyllie dans la forêt hygrophile.
Mais lorsqu’elles se développent dans la zone plus sèche, elles présentent
une forme juvénile microphylle. Ces 3 espèces ne sont donc hétérophylles
que lorsque leur habitat devient plus sec et tend vers la limite inférieure de
leurs besoins hydriques.
IV. — DISTRIBUTION TAXONOMIQUE DE L’HÉTÉROPHYLLIE
Dans les listes ci-dessus, on voit que l’hétérophyllie apparaît dans un
large éventail de familles allant des Urticacées aux Composées. Toutes les
espèces citées sont arborescentes ou arbustives, sauf les Asclépiadacées
qui sont des lianes ligneuses.
Ce type d’hétérophyllie semble donc apparaître exclusivement chez
des plantes ligneuses. Nous n’avons pas trouvé aux Mascareignes d’espèces
herbacées hétérophylles. (Balfour a décrit une Composée herbacée,
vivace, de Rodrigues ( Abrotanella rhynchocarpà), qui serait hétérophylle.
Les feuilles sont d’abord simples puis progressivement disséquées, donc
une succession inverse des autres espèces. Cette plante n’a jamais été
retrouvée depuis Balfour).
Source : MNHN, Paris
— 432 —
Les plantes hétérophylles sont également toutes sempervirentes.
Certaines peuvent se défeuiller partiellement à un rythme bi- ou tri-sannuel.
L’absence d’hétérophyllie chez les Ptéridophytes et les Monocotylé-
dones semble être liée au manque ou à la rareté d'espèces ligneuses dans
ces groupes.
Les Sterculiacées et les Rubiacées ont chacune 4 espèces hétérophylles 1
mais il s’agit de familles ayant la plus grande richesse spécifique aux Masca¬
reignes et ce sont presque exclusivement des plantes ligneuses.
La rareté des Légumineuses (une seule espèce) est en rapport avec le
petit nombre d’espèces indigènes.
Certains taxons ne sont représentés dans les Mascareignes que par
des espèces hétérophylles : Mathurina (Turnéracées), Fœlidia (Lécythi-
dacées), Clerodendron (Verbénacées).
Un certain nombre de genres ont à la fois des espèces hétérophylles
et d’autres qui ne le sont pas.
Dombeya: D. populnea et D. acutangula, hétérophylles; D. pilosa,
D. elegans, D. reclinata, etc. sont des espèces à feuilles juvéniles souvent
plus grandes que les adultes.
Sideroxylon : S. galeatus de Rodrigues, hétérophylle, alors que d’autres
espèces comme S. borbonicum et majus ne le sont pas.
Erythroxylon : E. hypericifolium est hétérophylle (feuilles adultes nano-
phylles et feuilles juvéniles leptophylles dans la classification de Raunkiaer
et E. laurifolium a des feuilles toutes mésophylles.
Quivisia: Q. heterophylla... opposée à Q. decandra.
Diospyros: D. diversifolia est une espèce hétérophylle de Rodrigues
tandis que D. melanida , de Maurice et de La Réunion, n’est pas hétérophylle.
On voit donc que la microphyllie juvénile se rencontre dans des familles
très diverses et ne concerne que certaines espèces au sein d’un genre. Des
espèces d’un même genre peuvent avoir des formes juvéniles de type diffé¬
rent : l’un des Clerodendron est linéarisé, l’autre est disséqué; de même
pour Dombeya aff. ferruginea opposé à D. populnea.
L’hétérophyllie se manifeste de façon indépendante chez chacune
de nos espèces. C’est un caractère de niveau spécifique donc d’acquisition
relativement récente. Son existence chez un aussi grand nombre d’espèces
très diverses ne peut s’expliquer par des affinités phylogéniques. On pourrait
plutôt la considérer comme une manifestation de la spéciation.
V. — SIGNIFICATION DE L’HÉTÉROPHYLLIE
I. RELATION AVEC LES BESOINS HYDRIQUES
Si nous comparons l’écologie des espèces hétérophylles et normales
dans chacun des 5 genres précédents ( Dombeya , etc.), la liaison entre
hétérophyllie et xérophilie apparaît nettement. Dans chaque genre les
1. Coffea vaughani Leroy, endémique de Maurice, semble avoir aussi une forme juvénile
± linéarisée.
Source : MNHN, Paris
— 433 —
PI. 3. — 1, Carissa xylopicron; 2, Fernelia buxifolia; 3, Erythroxylum hypericifolium; 4, Scutia
commersonii ; 5, Securinega durissima; 6, Diospyros diversifolia; 7, Olax psittacorum;
8, Bremonliera ammoxylon; 9, Eugenia colinifolia; 10, Pleurostylia pachyphloca; ll.Psiadia
coronopus; 12, Tylophora lævigata; 13, Clcrodcndron hctcrophyllum; 14, Elæodendron
orientale; 15, Fœtidia mauritiana; 16, Gymnosporia trigyna; 17, Pyrostria trilocularis;
18, Tanulepis sphenophylla; 19, Secamone saligna; 20, Tcrminalia bentzoe; 21, Stillingia
lineata. (Chaque espèce est représentée par un rameau adulte à gauche et juvénile à droite).
Source : MNHN, Paris
— 434 —
espèces hétérophylles sont limitées aux régions xérothermiques alors que
les espèces normales croissent dans les forêts hygrophiles. La même liaison
se retrouve chez Aphloia, Doratoxylon et Molinæa qui ne sont hétérophylles
que dans les stations les plus sèches de leur aire. En fait, sur 48 espèces
hétérophylles, 5 seulement sont franchement hygrophiles : Grangeria
borbonica, Maillardia borbonica. Ficus morifolia. Hibiscus liliiflorus et
Acacia heterophylla. Dans 90 % des cas la microphyllie des stades juvéniles
est donc bien liée à une xérophilie plus ou moins marquée.
Cette relation a déjà été soulignée par Vaughan & Wiehe (1939)
en comparant les dimensions foliaires de quelques espèces de l’île Maurice
vivant à la fois à basse et à haute altitude dans un climat plus humide.
Pour ces auteurs, ce type d’hétérophyllie peut être considéré comme un
caractère xéromorphique.
Quel que soit le type de modification (linéarisation, dissection, etc.)
des feuilles juvéniles, le résultat pour toutes les espèces est une réduction
de la surface foliaire chez les plantes juvéniles par rapport aux adultes.
Les quelques données ci-dessous le montrent clairement :
Espèces
Surface
DE LA FEUILLE
ADULTE
(mm 2 )
Surface
DE LA FEUILLE
JUVÉNILE
(mm 2 )
Rapport
Diospyros divers!folia .
610
44
env. 14
Mathurina pendutiflora .
1 850
200
env. 9
Scolopia heterophylla .
1 700
40
env. 42
Securinega durissima .
700
20
env. 35
Ruizia variabilis .
3000
600
env. 5
La modification juvénile pourrait donc être liée à l’économie de l’eau
à ce stade du développement. Étant donné le biotope de ces espèces, l’ali¬
mentation des jeunes plants à enracinement superficiel est fréquemment
déficiente alors que les adultes au système racinaire plus développé et plus
profond se trouvent rarement en situation critique.
La réduction de la surface foliaire entraîne une diminution de la
transpiration et favorise ainsi la survie des plantules, pendant la phase
d’installation du système racinaire. La phase juvénile correspondrait donc
à la période où le système racinaire est incapable d’assurer une alimen¬
tation en eau suffisante.
2. CARACTÈRE HÉRÉDITAIRE OU ACCOMODAT
Chez Aphloia et Molinæa, la modification n’a été observée qu’en
zone sèche et seulement sur des plantules. Les rejets ont des feuilles de
type adulte. Les plantules à feuilles disséquées de ces deux espèces ne
seraient donc que les accomodats à la sécheresse.
Source : MNHN, Paris
— 435 —
Si au niveau de la plantule et des jeunes individus la microphyllie
peut s’expliquer par un phénomène d’accomodat, il n’en va plus de même
pour les rejets de souche qui eux aussi présentent la forme juvénile, chez
toutes les autres espèces hétérophylles. Dans le cas d’un arbre coupé, les
rejets sont typiquement juvéniles 1 bien que leur alimentation en eau soit
surabondante.
Il faut alors admettre que la microphyllie juvénile est une différen¬
ciation endogène qui persiste durant toute la vie de la plante.
La morphologie juvénile manifeste la même indépendance envers le
milieu au niveau des plantules : elles restent microphylles même lorsque
l’alimentation est abondante. Nous avons vérifié ceci sur des jeunes Dombeya
populnea, Scolopia heterophylla, Zanlhoxylum heterophyllum et Fœtidia
mauritiana, en culture. (Il en est certainement de même chez toutes les
espèces ayant à la fois des plantules et des rejets de type juvénile).
L’hétérophyllie apparaît donc comme une constante taxonomique
chez toutes ces espèces.
On peut penser que ce caractère a été sélectionné par le milieu en
raison de sa valeur de survie pour la plante jeune et qu’il est maintenant
fixé « génétiquement ». C’est un caractère héréditaire dont l’expression
ne dépend plus du milieu : seule la durée de sa manifestation y est sou¬
mise. La phase juvénile peut être réduite à quelques années dans un milieu
favorable à la croissance ou au contraire durer plusieurs dizaines d’années
dans un biotope défavorable.
L’endémicité des espèces hétérophylles (toutes sauf Aphloia lheæformis,
Doratoxylon apetalum et Ludia mauritiana qui existent aussi à Madagascar 2
prouve que l’hétérophyllie est apparue sur place et s’est inscrite dans leur
patrimoine héréditaire au cours de la spéciation sur ces îles.
La plupart des genres sont représentés hors des Mascareignes par
des espèces non hétérophylles.
Pour expliquer l’origine du phénomène, il ne semble pas nécessaire
d’invoquer un climat différent dans le passé, puisque l’hétérophyllie est
reliée de façon significative au biotope actuel des zones les plus sèches
des Mascareignes.
3. UN CAS DE NÉOTÉNIE?
Chez toutes les espèces, sauf une, Carissa xylopicron, la floraison n'a
jamais lieu pendant la phase microphylle typique telle qu’on l’observe dans
les premières années suivant la germination. Dans les conditions extrêmes
de la Plaine Corail à Rodrigues, on peut estimer l’âge de certains individus
morphologiquement juvéniles à plus de 50 ans. Nous ne les avons jamais
trouvés en fieurs ou en fruits.
1. Vérifié sur Malhurina penduliflora, les 2 espèces de Cterodendron, et Vitis mappia
(qui est une espèce arborescente du type « arbre-bouteille »).
2. Aphloia et Ludia n'y sont pas hétérophylles; Capuron signale un cas d'hétérophyllie
chez Doratoxylon : forme de jeunesse à folioles disséquées; quelques plantules de ce type ont
également été trouvées aux Mascareignes.
Source : MNHN, Paris
— 436 —
Un seul individu de Carissa, typiquement juvénile, a été trouvé en
boutons floraux. Un tel cas de néoténie semble très rare, même chez cette
espèce, où il n’a été observé qu’une fois.
En général, la floraison ne se produit que sur les rameaux portant
des feuilles proches des dimensions normales telles qu’on les trouve dans
les stations plus favorables à la végétation.
La durée de la phase microphylle est alors réduite à quelques années.
La transition vers la phase adulte n’est pas brutale, mais se réalise par
toute une série de formes intermédiaires.
A quel moment se produit l’induction florale? Nous avons observé
qu’elle peut se produire sur les formes de transition les plus proches de la
forme adulte définitive. Chez Dombeya acuiangula, quatre espèces ont été
décrites à partir de ces différentes formes. Nous n'en retenons plus qu’une,
basée sur la forme définitive. Scolopia helerophylla montre aussi des varia¬
tions de ce type. En zone sèche, les individus fertiles ont des feuilles d’assez
grande taille, de forme presque circulaire (PI. 1, 1). En zone humide, par
contre, les arbres de 10-15 m fleurissant et fructifiant normalement ont des
feuilles qui restent intermédiaires entre la forme microphylle et la forme
adulte circulaire. Tout ce passe comme si cette espèce n’atteint pas son stade
de complet développement morphologique en milieu humide alors qu’elle
l’atteint en zone sèche. Des graines prélevées dans les deux milieux donnent
des plantules identiques, microphylles. On peut considérer ces cas comme
une tendance vers la néoténie.
4. CAS DES ESPÈCES A TENDANCE HYGROPHILE
Les observations précédentes sont valables pour la majorité des espèces,
celles qui sont xérophiles et dont l’hétérophyllie est un caractère fixé.
Nous avons déjà parlé des espèces qui ne sont hétérophylles que dans
les stations où un déficit hydrique commence à se manifester : Aphloia.
Molinæa. Ces plantes n’étant pas hétérophylles dans un biotope humide,
on peut se demander si la sélection de ce caractère n’est pas en cours dans
leurs stations limites. Si la microphyllie des plantules n’est réellement
qu’un accomodat à ces biotopes particuliers, les graines de ces espèces,
semées en milieu humide, ne devraient donner que des plantules normales,
c’est-à-dire développant très rapidement la forme foliaire adulte.
De telles vérifications expérimentales sont encore nécessaires avant
de conclure au sujet de ces plantes.
Le comportement de Doratoxylon est très voisin, mais contrairement
aux deux espèces précédentes, ses rejets sont également microphylles. Il
ne peut s’agir ici d’accomodats. Chez cette espèce, la différenciation entre
plantes de zone humide et de zone sèche est donc plus poussée. Il n’y a
pas, cependant, dans la morphologie florale, de différences permettant de
distinguer des taxons dans cet ensemble.
Que dire des espèces hétérophylles de forêt humide? L’hétérophyllie
du Tamarin des Hauts (Acacia helerophylla) est bien connue. La phyllo-
Source : MNHN, Paris
— 437
PI. 4. — I, Clerodendron laciniatum; 2, Quivisia heterophyila; 3, Aphloia theiformis; 4, Dom-
beya aculangula; 5, Hibiscus columnaris; 6, Hibiscus liiiiflorus; 7, Zanthoxylum hetcro-
phyllum; 8. Acacia heterophylla. (Chaque espèce est représentée par un rameau adulte
à gauche et juvénile à droite.)
dinisation précoce, qui se retrouve chez tout un groupe d’espèces austra¬
liennes, est interprétée comme une adaptation à la sécheresse. C’est une
constante phylogénique et les feuilles de jeunesse bipennées sont le « souve¬
nir » d’un caractère ancestral (Vassal, 1972). Grâce à la plasticité que
manifeste le groupe des Acacia à phyllodes, l’espèce de La Réunion croît
en milieu humide à moyenne altitude en conservant le caractère acquis
au cours de l’évolution.
Source : MNHN, Paris
— 438 —
Chez cette espèce l'hétérophyllie est donc de nature totalement diffé¬
rente de celle des autres espèces, puisque c’est la phase adulte qui est ici
modifiée et la feuille juvénile bipennée qui est « normale ». Il n’y a qu’une
ressemblance superficielle avec d’autres espèces hétérophylles ayant des
feuilles juvéniles complexes et adultes simples.
Il ne reste donc que G ranger ia borbonica , Maillardia borbonica, Ficus
morifolia et Hibiscus lilliiflorus. La modification des feuilles juvéniles est-
elle bien une xéromorphose et non pas une ressemblance superficielle avec
les autres espèces hétérophylles?
Si ces espèces sont devenues hétérophylles dans un milieu plus xérique
on comprend qu’elles puissent conserver ce caractère dans leur biotope
actuel. La nature xéromorphe de la microphyllie juvénile est masquée,
dans ce biotope où elle a perdu sa valeur adaptative. Il faudrait alors sup¬
poser des variations climatiques dans le passé. Nous n’avons pas d’expli¬
cation satisfaisante à proposer pour ces espèces.
VI. — LA MICROPHYLLIE JUVÉNILE HORS DES MASCAREIGNES
Si l’hypothèse de la sélection par le milieu est exacte, on doit retrouver
le phénomène dans d’autres régions à caractères climatiques semblables.
Dans le pays le plus proche, Madagascar, ce type d’hétérophyllie
a été peu signalé (Stereospermum variabile, Doraioxylon apeialum, Ter-
minalia sp.). Ceci est peut-être dû en grande partie à la complexité de la
flore, moins bien explorée dans le détail que celle relativement pauvre des
Mascareignes. Dans les provinces occidentales, à climat se rapprochant
le plus de celui des Mascareignes, il est probable que le phénomène est
plus fréquent qu’il ne paraît. Il serait à rechercher d’abord chez les espèces
qui sont encore sempervirentes sous ce climat.
L’hétérophyllie est également signalée en Nouvelle-Zélande dont le
climat est cependant bien différent de celui de notre archipel. Elle se super¬
pose, pour un certain nombre d’espèces, à une modification très caracté¬
ristique du port des jeunes désigné sous le nom de « buisson divariqué »
(Cockayne, 1911, cité par Philipson, 1963). Une microphyllie juvénile
du type de celle des Mascareignes ne se manifeste que chez un petit nombre
d’espèces, et l’hétérophyllie de certaines d’entre elles est encore compliquée
de tropophilie. Les auteurs qui se sont intéressés à ce problème ont des
opinions assez divergentes sur la signification des formes juvéniles.
Cockayne suggère que « le dimorphisme rappelle une période ancienne
où les espèces étaient soumises à des conditions écologiques différentes
(sécheresse plus grande) des conditions actuelles » (ce qui pourrait corres¬
pondre aux espèces hétérophylles-hygrophiles des Mascareignes). Aucune
liaison avec l’un ou l’autre des facteurs du climat n’apparaît évidente à
Went (1971) qui pense qu’il ne peut s’agir d’une adaptation au milieu.
Wardle (1963) admet cependant que le phénomène est une réponse
à des conditions actuelles d’un environnement plutôt sec. Mais il semble
Source : MNHN, Paris
— 439 —
que la liaison avec les conditions de milieu apparaisse moins nettement
que dans les Mascareignes.
En Nouvelle-Calédonie (Virot, 1956), le phénomène est également
signalé. Là, le climat est plus proche de celui des Mascareignes. Il est donc
probable que les cas de microphyllie juvénile soient du même type que
les nôtres.
En résumé, les observations se rapportant à l’hétérophyllie faites
dans d’autres territoires phytogéographiques sont encore trop fragmentaires
pour qu’on puisse affirmer qu’il s’agit d’un phénomène identique à la
microphyllie juvénile qui se manifeste dans les Mascareignes.
CONCLUSION
Dans cette étude de l’hétérophyllie au sens restreint où nous l’en¬
tendons, nous n’avons abordé que l’aspect biogéographique du phénomène
et l’aspect physiologique accessible à l’observation directe (présence de
rejets microphylles et modalités de réapparition du stade juvénile).
L'étude du mécanisme de cette métamorphose n’est évidemment
possible que par des interventions expérimentales, greffes, transplantations,
comme celles réalisées par divers auteurs sur d’autres espèces (Doorenbos,
1954, sur le lierre, en particulier).
De même, le mode de transmission de l’hétérophyllie, caractère héré¬
ditaire, n’est pas élucidé. A quel niveau se situe ce caractère parmi l’ensemble
des facteurs héréditaires? Peut-on penser que le milieu a sélectionné chez
toutes ces espèces les mutations favorables? L’hypothèse d’un déterminisme
purement génique de l’hétérophyllie se heurte à la faible probabilité de
telles mutations parallèles dans une quarantaine d’espèces appartenant à
des groupes taxonomiques très divers (Went, 1971). Il faudrait donc envi¬
sager un mécanisme héréditaire non chromosomique.
L’analyse biogéographique permet en tout cas d’attribuer au milieu
le déterminisme d'ensemble du phénomène. La majorité des espèces hétéro-
phylles sont inféodées à un milieu où leur forme juvénile microphylle a
une valeur adaptative certaine.
Dans les îles Mascareignes, l’hétérophyllie apparaît comme une forme
biologique particulière, adaptée au climat des régions Sous-le-Vent.
Bibliographie
Baker, J. G. — Flora of Mauritius and the Seychelles, Reeve and Co, London (1877).
Balfour, 1. B. — Botany of Rodriguez, Phil. Transact. Royal Soc. Lond. 168 (extra
vol.) : 302-419 (1879).
Cadet, Th. — La végétation des régions calcaires de l’ile Rodrigue, Cahiers Centre
Univers. Réunion 2 : 1-7 (1972).
Cockayne, L. — The végétation of New-Zealand, ed. 3, Engelmann Ed. (1958).
Doorenbos, J. — « Rejuvenation » of Hedera hélix in graft combinations, Proc. Kon.
Ned. Akad. Wetensch. ser. C, 57 : 99-102 (1954).
Jacob de Cordemoy, E. — Flore de Plie de la Réunion, Klinksieck, Paris (1895).
Source : MNHN, Paris
— 440 —
Philipson, W. R. — Habit in relation to âge in New-Zealand trees, J. Indian Bot. Soc.
42 A : 167-179 (1963).
Raunkiaer, C. — The life forms of plants and statistical plant geography, Oxford,
Clarendon Press, 632 p. (1934).
Rivals, P. — Études sur la végétation naturelle de Pile de la Réunion, Toulouse, 214 p.
(1952).
Schnell, R. — Introduction à la phytogéographie des pays tropicaux, 2 vol., Gauthier-
Villars, Paris (1971).
Vassal, J. — Apport des recherches ontogéniques et séminologiques à l'étude morpho¬
logique, taxonomique et phylogénique du genre Acacia, Trav. Lab. For. Toulouse
1 (8) : 1-125 (1972).
Vaughan, R. E. & Wiehe, P. O. — Studies on the végétation of Mauritius.
I. — A preliminary survey of the plant communities, J. Ecol. 25 (2) : 289-343 (1937).
II. — The effect of environment on certain features of leaf structure, J. Ecol. 27 (2) :
263-281 (1939).
Virot, R. — La végétation canaque, Mém. Mus. Hist. Nat., ser. B, 7 (1956).
Wardle, P. — Evolution and distribution of the New-Zealand flora as affected by qua-
ternary climates, N. Zeal. J. Bot. 1 (1) : 3-17 (1963).
Went, F. W. — Parallel évolution, Taxon 20 : 197-226 (1971).
Wiehe, P. O. — The végétation of Rodriguez Island, The Mauritius Bull. 2 (5) : 279-
304 (1949).
F.F. — Mission O.R.S.T.O.M., C/o D.D.A.,
97489 St-Denis - La Réunion.
T.C. — Centre Universitaire,
B.P. 5, Ste-Clotilde - La Réunion.
Source : MNHN, Paris
Adansonia,
r. 2, 15 (4) : 441-461, 1976.
ÉTUDE HISTO-ANATOMIQUE
DES COTYLÉDONS DE CERTAINES LÉGUMINEUSES
(ONOBRYCHIS Adans., CORONILLA L., TRIFOLIUM L.)
par C. Toma
Résumé : L’auteur analyse la structure des cotylédons chez 34 espèces de Légu¬
mineuses (appartenant à 3 genres : Onobrychis Adans., Coronilla L., Trifolium L.),
avant et après la germination de la semence, jusqu’à leur verdissement et enfin leur chute.
Parmi les caractères étudiés l’auteur mentionne nettement la structure de l’épiderme
vu de face (qui diffère d’après dimensions, forme, contour des parois latérales, etc. ;
toutes les espèces étudiées ont des cotylédons amphistomatiques) et la structure du méso-
phylle (on fait les constatations suivantes : chez la semence en état de repos le méso-
phylle apparaît plus ou moins homogène, souvent d’aspect palissadique; pendant la
sortie du cotylédon à la lumière, le mésophylle manifeste une tendance à la différenciation
en tissu palissadique et tissu lacuneux). Chez certaines espèces des genres Onobrychis
et Coronilla le mésophylle est de type plus ou moins inégal-équifacial, tandis que toutes
les espèces de Trifolium ont un mésophylle de type dorsiventral.
INTRODUCTION ET HISTORIQUE
Dans notre étude sur la morphologie des plantules des genres Ono¬
brychis, Coronilla et Trifolium ( 16 ) nous avons mis en évidence certaines
différences visibles et constantes dans la structure des cotylédons, concer¬
nant la forme générale du limbe, ses dimensions et celles du pétiole (cf.
Tableau), le type de nervation, etc.
Dans cet article nous continuons cette analyse structurale en insistant
sur les caractères de l’épiderme. La mise en évidence des particularités
histo-anatomiques des cotylédons au niveau spécifique, peut apporter des
critères diagnostiques et écologiques intéressants. L’étude anatomique des
cotylédons présente également un intérêt dans l’explication de leur histo¬
genèse; se développant non pas sur le cône végétatif, comme les feuilles,
mais dans le proembryon, les cotylédons ont une structure anatomique
spéciale, en particulier au niveau de l’épiderme.
Sur la morphologie des cotylédons de différentes plantes, il existe
une riche littérature. Dans certains ouvrages les cotylédons sont étudiés
Source : MNHN, Paris
— 442
surtout en liaison avec les problèmes de systématique, phylogénie et embryo¬
logie; dans d’autres, du point de vue de leur fonction, de la biologie de
leur développement et de la germination. Dans la première catégorie
mentionnons les travaux de Vasilitchenko (22), Serebriakow (13),
Compton (2), Zacharevitch (23), Auer (1), Csapody (3), etc.
Les données d’ordre anatomiques sur les cotylédons se trouvent tant
dans des ouvrages assez anciens (4, 5, 7, 9, 11), ou plus récents (1, 14, 23).
Celles qui concernent la structure des cotylédons des Leguminosæ
sont encore peu nombreuses (5, 7, 9, 11, 14, 15) et restreintes à quelques
espèces : Arachis, Lupinus, Phaseolus, Pisum, Trigonella, etc. Les études
sur l’épiderme cotylédonaire sont relativement peu nombreuses (1, 15, 23)
et concernent, le plus souvent, d’autres familles. Dans les ouvrages à carac¬
tère monographique (6, 8, 12) la structure du cotylédon est généralement
étudiée dans la semence, sans poursuivre l’évolution jusqu’à la chute du
cotylédon. Il résulte, de cette revue bibliographique, qu’il n’existe jusqu’à
présent aucun travail sur l’anatomie comparée des cotylédons des trois
genres que nous avons étudiés.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Nous avons analysé les cotylédons tant avant la germination de la
semence qu’après, jusqu’à leur verdissement et ensuite à leur chute. Le
matériel, provenant de 34 espèces (cf. Tableau), a été fixé et conservé dans
l’alcool à 70°. Les coupes ont été effectuées sur les semences en état de
repos (épaisseur, 7 n) et sur des cotylédons fixés (épaisseur, 5-10 n), pro¬
venant de plantules à différentes étapes de l’organogenèse. Les coupes
(obtenues à l’aide du microtome Minot, à paraffine) proviennent de la
portion médiane du limbe cotylédonaire. L’épiderme, qui se détache très
difficilement des cotylédons, a été décrit d’après la méthode utilisée pour la
description de l’épiderme foliaire (19). Les dessins (groupés en 11 planches)
ont été exécutés au microscope L-Zeiss, à l’aide du miroir de projection
(Projektionszeichenspiegel-VEB C. Zeiss, Jena); les dimensions des coty¬
lédons et le nombre des éléments épidermiques ramené à l’unité de surface,
sont rassemblés dans le tableau ci-après.
RÉSULTATS DES RECHERCHES
L’histoire du développement du cotylédon peut être divisée (5) en
trois étapes : le développement jusqu’à la maturité, l’état de maturité ou
la vie latente (état de repos), le développement depuis le moment où la
semence entre en germination jusqu’à la chute du cotylédon.
Dans une étude anatomique, la fin de la germination (qui, d’après
tous les auteurs (5), est le moment où ses substances de réserve sont épui¬
sées et pendant lequel l’embryon vit du produit de son activité assimila¬
trice) ne doit pas signifier la fin de la recherche (comme il arrive souvent),
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 444 —
mais celle-ci doit être poursuivie jusqu’à la fin de l’existence du cotylédon.
Dans ce travail, nous ne nous occupons pas de l’analyse des premiers âges
de l’embryon (les premières divisions cellulaires qui ont pris place dans le
sac embryonnaire), parce qu’ils ont été étudiés chez de nombreuses plantes,
et qu’en règle générale, dans le cadre d’une même famille, les processus
se déroulent d’une manière semblable. Nous ne traiterons pas non plus du
développement du contenu cellulaire, parce qu’une telle étude a été déjà
faite chez les Légumineuses même (5, 7, 14).
Chez les semences en état de repos, l’épiderme des cotylédons repré¬
sente un tissu qui rappelle un méristème constitué par de petites cellules
polygonales, isodiamétriques. Le contour des parois latérales (en plan)
est le même (droit) sur les deux faces du cotylédon. La sinuosité du contour
des cellules (vues de face), si fréquente chez celles de l’épiderme inférieur
de certaines espèces et qui apparaîtra à l’époque de la germination, est
absente dans ce stade. Dans quelques portions de l’épiderme s’esquissent
les futurs complexes stomatiques. A ce stade (donc lorsque la semence se
trouve en état de repos) les différences de configuration des cellules de
l’épiderme des cotylédons de différentes espèces sont très petites ou même
n’existent pas. On peut observer seulement une différence insignifiante
dans les dimensions des cellules des deux épidermes.
Pendant la germination des semences, dans l’épiderme des coty¬
lédons commence la division cellulaire et apparaissent les stomates (dans
des cellules qui se comportent encore, dans les semences en état de repos,
comme des cellules-mères des stomates). Les divisions cellulaires dans
l’épiderme des cotylédons et la croissance des cellules se poursuivent jus¬
qu’à la sortie des cotylédons à la surface du sol ; en même temps, les fonc¬
tions des cotylédons sont : la photosynthèse et l’échange des gaz. Alors
commence une puissante croissance de la surface du cotylédon, ce qui
active aussi, à son tour, le développement de l’épiderme.
Nous ne nous référons ensuite qu’à l’image de l’épiderme des coty¬
lédons issus à la surface du sol, donc après la germination.
1. ÉPIDERME VU DE FACE
Onobrychis Adans. (PI. 1, Tableau) : Les cellules de l’épiderme
( ± semblables à celles de la feuille (17, 18) ont un contour polygonal sur
les deux faces du cotylédon, les parois latérales modérément sinueuses ne
se rencontrant que chez quelques espèces (O. gracilis, O. transsilvanica,
O. viciifolia) et seulement sur la face inférieure. Les dimensions des cellules
ne diffèrent pas sensiblement sur les deux faces du limbe cotylédonaire,
étant toutefois plus petites chez certaines espèces (O. arenaria — la face
inférieure, O. gracilis — la face supérieure). Les cotylédons sont amphisto-
matiques, la densité des stomates par unité de surface (cf. Tableau) variant
chez les espèces étudiées : la plus grande densité se rencontre chez O. alba,
la moindre chez O. viciifolia. En ce qui concerne le nombre d’éléments
Source : MNHN, Paris
— 445 —
supérieur; Ei, épiderme inférieur.
Source : MNHN, Paris
— 446 —
Source : MNHN, Paris
— 447
épidermiques par unité de surface (cf. Tableau), on constate que, en règle
générale, l’épiderme inférieur a moins de cellules épidermiques et de sto¬
mates, seul O. transsilvanica faisant exception. Dans le même tableau on
observe que le nombre de cellules par unité de surface est plus grand chez
les espèces à grands cotylédons (O. gracilis, O. arenaria ) et inversement.
Coronilla L. (PI. 2, Tableau) : Comme chez les espèces du genre ana¬
lysé plus haut, chez Coronilla les cotylédons ont des cellules épidermiques
à contour polygonal (± semblables à celles de la feuille (18, 21), à parois
latérales ± droites (planes); seulement chez C. cretica (dans l’épiderme
inférieur) et C. varia (dans les 2 épidermes) les cellules ont les parois laté¬
rales sinueuses, l’amplitude des ondulations étant très grande chez la
dernière espèce, où les parois latérales sont même pliées en zig-zag. Quant
aux dimensions des cellules, on voit qu’il n’y a pas de variations très grandes;
à la face supérieure des cotylédons, seul C. vaginalis se distingue par des
cellules visiblement plus petites que chez les autres espèces; sur la face
inférieure les cellules sont, en règle générale, quelque peu plus petites que
sur la face opposée; à cela fait exception C. scorpioides qui a de très grandes
cellules. Les cotylédons sont amphistomatiques, la densité des stomates
par unité de surface étant moindre chez C. cretica et C. varia. En ce qui
concerne le nombre de cellules épidermiques par unité de surface (cf.
Tableau), la situation est inverse en comparaison de celle qui est décrite
pour le genre Onobrychis: en règle générale, l’épiderme inférieur a des
cellules nombreuses et plus petites, C. scorpioides faisant exception; chez
C. varia (comme chez Onobrychis viciifolia ), dans les deux épidermes les
cellules ont ± les mêmes dimensions. En rapportant le nombre de
cellules épidermiques par unité de surface aux dimensions des cotylédons,
nous observons que si chez C. scorpioides les cotylédons sont de beaucoup
plus longs et larges que chez les autres espèces, le nombre de cellules est
pourtant ± semblable à celui des autres espèces, mais leurs dimensions
sont très grandes (PI. 2); C. scorpioides est, d’ailleurs, l’espèce qui a des
cellules un peu plus nombreuses sur la face supérieure des cotylédons.
Trifolium L. (PI. 3-6, Tableau) : A l’exception de T. dubium, T. patens,
T. repens et ± T. resupinatum, T. campestre, les cotylédons des espèces
analysées ont l’épiderme supérieur formé par des cellules polygonales, à
parois latérales droites (planes) ou très faiblement courbées. Au contraire,
l’épiderme inférieur, chez la majorité des espèces étudiées, est constitué
par des cellules à parois latérales sinueuses-ondulées, les ondulations étant
d’une amplitude plus {T. dubium, T. campestre, T. patens, T. repens, T. ba-
dium, T. hybridum) ou moins (T. strepens, T. pratense, T. pallescens, T. resu¬
pinatum, T. neglectum, T. striatum, T. alpestre, T. angustifolium, T. arvense)
grande, comme dans le cas de la feuille (18, 19).
Dans toutes les espèces de Trifolium étudiées ici, les cotylédons sont
amphistomatiques, le nombre de stomates étant, en général, plus grand
dans l’épiderme inférieur. La densité maximale de stomates se rencontre
chez T. subterraneum (en particulier dans l’épiderme inférieur). En ce
Source : MNHN, Paris
— 448 —
PI. 4. — Épiderme des cotylédons vu de face chez différentes espèces de Trifolium : Es, épiderme
supérieur; Ei, épiderme inférieur.
Source : MNHN, Paris
T.alpestre T.angustifol ium T.ochroleucum
Source : MNHN, Paris
— 450 —
DIMENSIONS DES COTYLÉDONS ET NOMBRE D'ÉLÉMENTS ÉPIDERMIQUES
Espèces
Limbe
Pétiole
Épiderme
supérieur
Épiderme
inférieur
geeur
Lar¬
geur
Lon-
Cellul.
miqucs
Sto¬
mates
Cellul.
miques
Sto-
1.
Onobrychis alba (W. et K.)
Desv.
7,50
5,00
89
20
76
16
2.
O. arenaria (Kit.) DC. . . .
9.00
6,25
107
11
61
3.
O. gracilis Bess.
10.00
5.50
1,00
102
12
57
5
4.
7,25
4,25
59
7
77
12
5.
O. viciifolia Scop.
8,75
5,25
54
11
52
3
6.
14,00
6,00
4,00
36
6
68
9
7.
14,00
4,00
1,00
24
4
35
3
8
C. scorpioides (L.) Koch . .
23,50
5,25
1.00
37
8
25
6
9.
C. vaginalis Lam.
11,00
5,00
1.00
60
7
10.
C. varia L.
16,00
8,00
1,00
25
3
25
4
11.
Trifolium alpestre L.
3,50
2,00
2,00
52
10
57
10
12.
T. angustifoiiuni L.
5.00
1,75
1,75
62
13.
3.00
1,25
1,25
63
13
14.
T. badiunt Schreb.
4,25
2.00
2.00
115
9
40
6
15.
T. campestre Schreb.
3,75
1,50
1,50
68
12
57
11
16.
T. dubium Sibth.
4,00
1,75
1,75
40
17.
T. fragiferum L.
4,75
2,50
2,50
86
13
194
18.
T. hybridum L.
3,50
2,50
2,50
31
6
22
19.
T. incarnatum L.
8.00
4.50
4,50
59
12
20.
5.00
1.00
1,00
106
13
21.
2,00
1,00
1.00
91
16
238
27
22.
T. neglectum C.A.M.
4.00
2,50
2,50
59
187
23.
T. ochroleucum Huds.
6.00
2,00
2,00
29
5
187
24.
T. pallescens Schreb.
3,25
2,00
2,00
75
11
131
25.
T. patmonicum Jacq.
6,50
1,75
1.75
20
5
44
26.
T. païens Schreb.
6,00
3,00
3.00
38
5
27.
T. pratense L.
5,50
7,00
7.00
48
7
76
28.
T. repens L.
4,25
2,00
2,00
29
6
29.
T. resupinatum L.
4,75
3,00
3,00
30
8
93
30.
T. rubens L.
4.50
3,00
3.00
85
15
31.
T. scabrum L.
3,25
1,00
1.00
50
9
32.
T. strepens Cr.
3,25
0,50
0,50
52
50
33.
T. striatum L.
4,75
1,00
1,00
40
9
93
34.
T. subterraneum L.
8,75
9,25
9,25
59
10
193
1. Par unité de surface : champ microscopique (au microscope L-Zeiss) : oc. 10 x ob. 40,
c'est-à-dire S = 0,0941 mm'.
Source : MNHN, Paris
T. pallescens T. r
Source : MNHN, Paris
— 452 —
qui concerne le nombre et les dimensions des éléments épidermiques
(cf. Tableau), nous relevons les faits suivants : chez T. alpestre, T. strepens
et ± T. campestre les cellules épidermiques sont, en dimensions et nombre,
semblables dans les deux épidermes. Parmi les 24 espèces que nous
avons analysées, seuls T. badium, T. maritimum (moins chez T. campestre
et T. strepens ) ont des cellules plus nombreuses et plus petites sur la face
supérieure des cotylédons; dans toutes les autres espèces, il y a davan¬
tage de cellules à la face inférieure des cotylédons et, corrélativement,
plus de petites cellules par unité de surface (en particulier chez T.
neglectum, T. ochroleucum, T. resupinatum, T. rubens, T. subterraneum et,
moins, chez T. medium). Le nombre de stomates est, en général, tou¬
jours plus grand sur la face inférieure des cotylédons (en particulier chez
T. angustifolium, T. incarnatum, T. medium, T. neglectum). Un cas
particulier est celui de T. subterraneum, chez lequel le nombre de sto¬
mates de l’épiderme inférieur est presque 6 fois plus grand que celui
de l’épiderme opposé ; le même cas — mais concernant cette fois le nombre
de cellules épidermiques par unité de surface — s’observe aussi chez T. ochro¬
leucum, fait qui distingue nettement cette espèce de T. pannonicum , avec
laquelle, du point de vue morphologique, elle présente beaucoup de res¬
semblances. De ce point de vue, nous ne trouvons presque aucune diffé¬
rence entre T. campestre et T. strepens, espèces qui, elles aussi, se distinguent
difficilement d’après les caractères morphologiques externes. Parmi les
espèces que nous avons étudiées, T. rubens et en particulier T. medium
ont le plus grand nombre de cellules épidermiques par unité de surface, en
considérant ensemble les deux épidermes; chez la dernière espèce les cellules
se caractérisent par leurs très petites dimensions.
2. COUPE TRANSVERSALE DU COTYLÉDON
Onobrychis Adans. (PI. 7, 8) : Aussi longtemps qu’il se trouve dans la
semence (PI. 7, A ; 8, B) le mésophylle du cotylédon apparaît ± homogène,
à cellules polygonales riches en petits granules d’amidon, faiblement allongés
perpendiculairement aux deux épidermes, en particulier au supérieur, où
les cellules forment un tissu palissadique typique. A ce stade, il n’y a pas
d’espaces aérifères entre les cellules.
A la sortie du cotylédon à la lumière (PI. 8, B) le mésophylle manifeste
une tendance de différenciation en tissu palissadique et tissu lacuneux,
des espaces aérifères étant visibles parmi les cellules du dernier. A mesure
que les substances nutritives des cellules se consomment (pour les nécessités
de la croissance de la plantule), l’épaisseur du cotylédon se réduit elle-
même graduellement. Dans le cotylédon déjà foliacé, vert, assimilateur
(PI. 7, C) l’épaisseur du mésophylle est visiblement réduite en compa¬
raison de celle du cotylédon compris dans la semence; la structure du
cotylédon, à ce stade de développement, ressemble beaucoup à celle de la
feuille (17); les deux tissus, palissadique et lacuneux, s’y distinguent nette¬
ment, le dernier occupant environ deux tiers de l’épaisseur du mésophylle:
Source : MNHN, Paris
Es
Tps
TIC
E.i
B
0. viaïfolia £
PI. 7. — Coupes transversales du cotylédon d'Onobrychis viciifolia : A, semence en état de
repos; B, sorti à la lumière; C, vert (avant sa chute). — E. s, épiderme supérieur; T.ps,
tissus palissadique; T.le, tissu lacuneux; !m, bois; Ib, liben; E.i, épiderme inférieur.
entre les cellules des deux tissus se trouvent de grands espaces aérifères.
Le tissu palissadique est formé par 3-4 couches de hautes cellules,
perpendiculaires à l’épiderme supérieur, riches en chloroplastes. Le tissu
lacuneux est représenté par 10-15 couches de cellules ± isodiamétriques,
arrondies, plus pauvres en chloroplastes et ayant des espaces aérifères
plus grands. Les nervures (avec des faisceaux vasculaires) ne font jamais
saillie au-dessus du niveau de l’épiderme; la nervure médiane est un peu
plus grande, tandis que de chaque côté se trouvent 4-8 nervures plus petites,
disposées symétriquement, la forme générale de la coupe transversale du
cotylédon étant, elle, asymétrique (PI. 8, A). La nervure médiane est la
seule où le bois possède plusieurs vaisseaux, tandis que dans les petites,
ceux-ci sont rares ou font défaut, les faisceaux étant réduits souvent seule¬
ment aux éléments du liber.
Les espèces d'Onobrychis étudiées diffèrent entre elles par les dimen¬
sions des cellules épidermiques, la fréquence des stomates dans les deux
épidermes, le nombre des couches de cellules dans les deux catégories
de tissus composant le mésophylle et les dimensions des cellules respectives
— donc par l’épaisseur générale des cotylédons, le nombre et l’épaisseur
des nervures, la forme générale de la coupe transversale du cotylédon, etc.
Cette constatation est mise aussi en relation avec les dimensions des coty¬
lédons (Tableau), qui chez O. gracilis sont visiblement plus grandes que
chez les autres espèces que nous avons analysées.
Coronilla L. (PL 8, 9) : Le cotylédon de la semence (avant la déchirure
du tégument) est formé (PI. 8, B) de cellules polygonales, sans espaces
Source : MNHN, Paris
C varia
T. rubens
9
PI. 8. — Coupes transversales du cotylédon de Onobrychis, Coronilla cl Trifolium (seulement
de la semence en état de repos) ; A, schémas; B, détails. — Es, épiderme supérieur; Ei,
épiderme inférieur; T. ps, tissu palissadique; T. le, tissu lacuneux.
aérifères entre elles, allongées perpendiculairement aux deux épidermes;
sous l’épiderme supérieur les cellules sont de beaucoup plus hautes et
étroites (le rapport : hauteur/largeur = 7/l), formant un tissu palissadique
typique qui occupe approximativement la moitié de l’épaisseur du méso-
phylle. Une fois apparu à la lumière et devenu foliacé, vert, le cotylédon
présente une structure semblable à celle de la feuille (21), le mésophylle
étant nettement différencié en tissu palissadique et tissu lacuneux (PI. 9);
les cellules ont entre elles des espaces aérifères, tandis que celles du tissu
palissadique sont relativement courtes. Bien que petites, les différences de
Source : MNHN, Paris
— 455 —
c„ri,r
C. scorpioides
chez les différentes espèces de Coronilla :
structure sont pourtant visibles dans les cotylédons aux différents stades
du développement (PI. 9, a, b, c); dans le jeune cotylédon, le tissu palis-
sadique est formé par quelques couches de cellules (PI. 9, a), présentant,
avant la chute, à peine une seule couche de cellules courtes et larges
(PI. 9, c).
Les diverses espèces que nous avons analysées diffèrent entre elles
par l’épaisseur générale des cotylédons, le nombre des couches de cellules
palissadiques, la hauteur de celles-ci, le nombre, l’épaisseur et la dispo¬
sition des nervures, etc. Dans toutes les espèces, le cotylédon a une struc¬
ture bifaciale-dorsiventrale (chez C. scorpioides s’esquisse quelquefois aussi
une couche palissadique sous l’épiderme inférieur) et les nervures ne font
pas saillie au-dessus de l’épiderme (à l’exception de C. varia, où la nervure
Source : MNHN, Paris
— 456 —
médiane présente une faible saillie à la face inférieure du cotylédon, entourée
d’une gaine parenchymatique incolore).
Trifolium L. (PI. 8, 10, 11) : Déjà dans la semence, le cotylédon a
une structure bifaciale-dorsiventrale, à tissu palissadique en 3-4 couches;
certaines cellules du tissu lacuneux (en particulier celles situées sous l’épi¬
derme inférieur) sont légèrement allongées en direction de l’épiderme;
les cellules (riches en granules d’amidon) laissent déjà place aux espaces
aérifères.
Pour les 24 espèces de Trifolium étudiées, nous ne donnons les dessins
que pour 12 d’entre elles, où l’on voit les principales différences existant
dans la structure des cotylédons.
L'épiderme a des cellules de la même forme et la même structure sur
les deux faces du cotylédon (T. subterraneum, T. hybridum, T. campeslre,
T. fragiferum), ou celles de la face supérieure sont plus grandes. Les cel¬
lules épidermiques peuvent être très petites (T. dubium, T. fragiferum,
T. incarnatum, T. pratense, ± chez T. repens, T. rubens, T. subterraneum),
petites (T. hybridum, T. medium, ± chez T. ochroleucum ) ou relativement
plus grandes (T. campestre, T. pannonicum); les dimensions différentes
des cellules doivent être rapportées, sans doute, aussi à l’épaisseur générale
du cotylédon.
Quant à l’aspect général des cotylédons, nous soulignerons le fait
que chez T. incarnatum et T. ochroleucum les cotylédons sont très épais,
tandis que chez T. subterraneum (et moins chez T. pratense) ils sont très
larges (voir aussi le tableau).
En ce qui concerne le mésophylle (qui est toujours différencié en
tissu palissadique et tissu lacuneux, comme chez la feuille (20), les varia¬
tions se réfèrent au nombre de couches de chaque tissu. Le tissu palis¬
sadique ; 2 couches (T. campestre, T. repens), 3 couches (cellules basses :
T. hybridum ; cellules ± hautes : T. pannonicum, T. fragiferum, T. pratense,
T. medium, ± T. rubens), 4 couches (T. incarnatum, T. subterraneum,
T ochroleucum, ± T. dubium). Dans sa totalité, ce tissu occupe la moitié
de l’épaisseur du mésophylle seulement chez quelques espèces (T. incar¬
natum, T. ochroleucum, T. repens, T. dubium)-, chez les autres espèces
le tissu lacuneux domine quantitativement. Le tissu lacuneux ; 4-5 couches
(T. campestre, T. dubium, T. ochroleucum), 5-7 couches (T. fragiferum,
T. hybridum, T. incarnatum, T. medium, T. pannonicum), 6-8 couches
(T. subterraneum, T. pratense. T. rubens).
Chez quelques espèces s’esquisse aussi un tissu palissadique sous
l’épiderme inférieur, représenté par 1 ( T. pannonicum, T. ochroleucum, etc.),
2 (T. incarnatum) couches de cellules courtes, mais orientées perpendi¬
culairement à l’épiderme.
En ce qui concerne le nombre et les dimensions des faisceaux vascu¬
laires (les nervures), on observe des variations très grandes, liées souvent
directement à la forme (16) et aux dimensions des cotylédons (Tableau) :
1 (rarement 2 latéraux extrêmement petits : T. dubium), 3 (T. campestre),
5 (T. pannonicum, T. repens), 6 égaux (T. fragiferum) ou de différentes
Source : MNHN, Paris
— 457 —
dimensions (T. ochroleucum, T. pralense), 8 de différentes dimensions
(T. hybridum, T. rubens, T. medium), 13 de différentes dimensions (T. in-
carnatum ), 16-17 de différentes dimensions (T. sublerraneum). Le plus
souvent, le faisceau médian est plus épais, mais il n'est jamais saillant
au-dessus de l’épiderme. Comme dans le cas des deux autres genres analysés,
les grands faisceaux sont de type collatéral, les petits faisceaux ne conten-
nant que des éléments de liber; chez toutes les espèces, les faisceaux vascu¬
laires sont entourés d’une gaine parenchymatique incolore.
DISCUSSIONS ET CONCLUSIONS
L’épiderme des cotylédons se différencie déjà dans la semence, pen¬
dant la formation de l’embryon. Chez les semences en état de repos toutes
les cellules épidermiques des cotylédons ont le caractère méristématique;
à ce stade, seules les cellules-mères des stomates sont visibles. Pendant la
germination de la semence, dans l’épiderme des cotylédons se différencient
tant les cellules épidermiques, que les stomates.
Le plus souvent, les cellules des deux faces du cotylédon diffèrent
entre elles par les dimensions, forme, contour des parois latérales; en
règle générale, les cellules de l’épiderme inférieur sont plus grandes (à
l’exception des espèces de Coronilla) et ont des parois latérales ondulées.
Un petit nombre des espèces étudiées a des cellules épidermiques à parois
latérales planes ( Onobrychis alba, O. arenaria, Coronilla vaginalis, C. scor-
pioides. Trifolium fragiferum, T. medium, T. negleclum, T. seabrum, T. sub-
terraneum, T. maritimum, T. rubens) ou, au contraire, ondulées sur les
deux faces du cotylédon (Coronilla varia. Trifolium dubium, T. païens,
T. repens, etc.). Toutes les espèces que nous avons analysées ont des coty¬
lédons amphistomatiques, la densité des stomates étant, en général, plus
grande soit dans l’épiderme supérieur (Onobrychis), soit dans l’épiderme
inférieur (Trifolium). On remarque particulièrement T. sublerraneum,
chez lequel le nombre de stomates de l’épiderme inférieur est presque
6 fois plus grand que dans l’épiderme supérieur; la même remarque — mais
concernant le nombre de cellules épidermiques par unité de surface —
peut être faite pour T. ochroleucum.
Parmi les espèces étudiées, T. rubens et en particulier T. medium ont
le plus grand nombre de cellules épidermiques par unité de surface, si l’on
considère ensemble les deux épidermes, les cellules de T. medium étant
aussi caractérisées par des dimensions très petites.
De l’analyse de l’épiderme vu de face, chez les espèces des trois genres
étudiés, il résulte qu’il existe une série de particularités de structure, d’après
lesquelles les espèces appartenant à un même genre peuvent être distinguées
les unes des autres : la forme générale des cellules, le contour des parois
latérales et, en particulier, les dimensions et le nombre de cellules épider¬
miques et de stomates par unité de surface.
Source : MNHN, Paris
— 458 —
En ce qui concerne la structure du mésophylle, on fait les constatations
suivantes : chez la semence en état de repos, le mésophylle du cotylédon
apparaît ± homogène, souvent d’aspect palissadique (aucun des ouvrages
spécialisés consultés ne parle de structure palissadique du mésophylle du
cotylédon de la semence en état de repos); avec l’apparition du cotylédon
à la lumière, le mésophylle manifeste une tendance à la différenciation en
tissu palissadique et tissu Iacuneux. Chez certaines espèces des genres
Onobrychis et Coronilla le mésophylle est de type ± inégal-équifacial
Source : MNHN, Paris
— 459 —
T.dubium T pratense T. medium
PI. II. — Coupes transversales du cotylédon vert, chez différentes espèces de Trifolium :
Es, épiderme supérieur; Ei, épiderme inférieur; T. ps, tissu palissadique; T. le, tissu lacu-
neux; Im, bois; Ib, liber; fc, faisceaux libéro-ligneux.
(isolatéral), tandis que toutes les espèces de Trifolium ont le mésophylle
de type dorsiventral.
En ce qui concerne le nombre et les dimensions des faisceaux vascu¬
laires (nervures) on observe de très grandes variations, en liaison souvent
avec la forme et les dimensions des cotylédons.
Par conséquent, les espèces de Leguminosæ étudiées dans ce travail
diffèrent entre elles par les dimensions des cellules épidermiques, la fré-
Source : MNHN, Paris
— 460 —
quence des stomates dans les deux épidermes, le nombre de couches de
cellules dans les deux catégories de tissus composant le mésophylle et par
les dimensions des cellules respectives — donc par l’épaisseur générale
des cotylédons, le nombre et l’épaisseur des nervures, la forme générale
de la coupe transversale du cotylédon.
Ces 34 espèces de Légumineuses : 5 Onobrychis, 5 Coronilla et 24 Tri¬
folium (Tableau, PI. 1-11) sont toutes présentes dans la flore spontanée
de la Roumanie.
L’étude complète de la structure de la racine, de la tige, de la feuille,
des stipules et des cotylédons, que nous avons faites sur ces trois genres
de Leguminosæ (16-21) apporte donc de nombreux caractères qui, s’ajoutant
à ceux de la morphologie externe, permettent de distinguer les espèces
plus facilement.
Bibliographie
1. Auer, S. — Untersuchungen zur Epidermis-Entwicklung an Keimblâtern von
Pulsatilla vulgaris , Zeitschr. f. Bot., 50 (2) : 128-153 (1962).
2. Compton, R. H. — An investigation of the seedling structure in the Leguminosæ,
Journ. Linn. Soc., Bot. 41 : 1-122 (1912).
3. Csapody Vera. — Keimlingsbestimmungsbuch dér Dikotyledonen, Akadémiai
Kiado, Budapest (1968).
4. Dose, W. — Beitrâge zur Anatomie der Kotyledonen und Primarblâtter, Inaug.-
Diss., Gôttingen (1914).
5. Godfrin, J. — Recherches sur l’anatomie comparée des cotylédons et de l’albumen,
Ann. Sci. Nat., Bot., ser. 6, 19 : 5-158 (1884).
6. Linsbauer, K. — Die Epidermis, in K. Linsbauer : Handbuch der Pflanzenana-
tomie, 4 (2) (1930).
7. Maige, A. — Observations sur l’amylogénèse dans les cotylédons du Pois, C.R.
Acad. Sci. Paris 183 : 669-671 (1926).
8. Metcalfe, C. R. & Chalk, L. — Anatomy of the Dicotyledons, Oxford, (1950).
9. Muller, C. — La tige feuillée et les cotylédons des Viciées à germination hypogée,
La Cellule 46 : 195-354 (1937).
10. Nyârâdy, A. & Nyârâdy, I. E. — Leguminosæ, in Flora R. P. Romane 5, Bucuresti
(1957).
11. Ramaley, Fr. — The cotylédons and leaves of certain Papilionaceæ, Univ. Coior.
Stud. 1 : 239-243 (1933) (cf. Bot. Ctbl. 93, 1903).
12. Schnarf, K. — Vergeichende Embryologie der Angiospermen, in K. Linsbauer :
Handbuch der Pflanzenanatomie 2 (10) (1929).
13. Serebreakov, 1. G. — Morfologhia veghetativnîh organov vîssih rastenii, Izd.
« Sovetskaia nauka », Moskva (1952).
14. Smith, D. L. & Flinn, M. A. — Histochemistry of the cotylédons of Pisum arvense
L. during germination, Planta 74 (1) : 72-85 (1967).
15. Teodorescu, E. — Aparitia si dezvoltarea stomatelor pe cotiiedoanele de legumi-
noase ( Lupinus albus L.) (Rezumatul Tezei de doctorat), Cluj (1973).
16. Toma, C. — Contribuai la studiul morfologiei comparate a plantulelor de legumi-
noase ( Trifolium L., Coronilla L., Onobrychis Adans.), An. st. Univ. Iasi, sect.
2 a, 12 (1) : 27-40 (1966).
17. — Recherches d’histo-anatomie comparée sur les espèces d'Onobrychis Adans.
qui vivent en Roumanie. I. La feuille. 1. Le limbe, Lucr. ses. st. a Stat. de cercet.
marine « Prof, loan Borcea » Agigea (1-2 noiembrie 1966), Iasi : 137-149 (1968).
18. — Cercetàri de morfologie si histo-anatomie la unele Leguminosæ ( Onobrychis
Adans., Coronilla L., Trifolium L.) (Rezumatul Tezei de doctorat), Bucuresti
(1969).
Source : MNHN, Paris
— 461 —
19. — Studiul epidermei frunzelor la genul Trifolium L. din flora României, An.
st. Univ. Iasi, sect. 2 a, 15 : 41-47 (1969).
20. — Cercetàri de histo-anatomie comparatà la speciile de Trifolium L. din flora
României. I. Frunza. I. Limbul, An. st. Univ. Iasi, sect. 2a, 15 (2) : 279-283
(1969).
21. — Cercetàri de histo-anatomie comparatà la speciile de Coronilla L. ce cresc
în România. I. Frunza. 1. Limbul, Comunic. de bot. ale Soc. st. biol. din R. S.
România, 10 : 63-71 (1969).
22. Vasilicenko, T. I. — Morfologhia prorastania sem. bobovîh (Leguminosæ) v sveazi s
ih sistema- tikoi i filogheniei, Trudî bot. in-ta im. V. L. Komarova AN SSSR,
ser. 1,4 : 347-425 (1937).
23. Zaharevici, F. S. — Osobennosti stroenia i sravnitelno-anatomiceskaia harakte-
ristika epidermî semeadolei nekotorîh vidov i sortov kapustî ( Brassica L.),
Trudî po prikl. bot., ghenet. i selekt. 32 (3) : 193-213 (1959).
Laboratoire d’anatomie végétale
Université « Al I. Cuza »,
Jassy-Roumanie.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 463-469, 1976.
SUR LA PRÉSENCE A MADAGASCAR
D'UN GENRE ENDÉMIQUE D’ÉRIOCAULACÉES :
MOLDENKEANTHUS
par Ph. Morat
En 1955, la Flore de Madagascar et des Comores de H. Humbert
s’enrichissait d’un nouveau volume : les Eriocaulacées, rédigé par
H. N. Moldenke.
Les récoltes faites jusqu’à cette date permettent à l’auteur de recon¬
naître à Madagascar 4 genres d’importance très inégale :
Eriocaulon comprenait 17 espèces 1 (en excluant E. sollyanum Royle
d’extension paléotropicale mais de présence douteuse dans la Grande Ile),
Mesanthemum était représenté par deux espèces endémiques tandis que
Pæpalanthus et Syngonanthus étaient monospécifiques.
L’étude complète des récoltes entreposées au Laboratoire de Phané-
rogamie du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris élargira très
sensiblement les dimensions de la famille à Madagascar. Le genre Erio¬
caulon, en particulier, s'agrandira de quelques espèces nouvelles au moins
pour le territoire si ce n’est pour la science 2 .
D’autres échantillons, tels Bosser 19567 et Morat 4263 récoltés à 10 ans
d’intervalle en provenance d’une même localité (Massif de l’Itremo, altitude
1 600 m, domaine du Centre) dans un milieu identique (sables temporaire¬
ment humides) correspondent à une espèce remarquable qui se présente
ainsi :
Plante minuscule, acaule, cespiteuse, haute de 5 à 13 mm (pédoncules
floraux non compris), vivace. Souche recouverte d’un feutrage de longs
poils fins argentés. Feuilles ternes, grisâtres, les plus anciennes brunes,
de 4 à 7 mm de longueur sur 0,5 mm de largeur subaiguës et parsemées de
quelques poils.
Pédoncules floraux nombreux, de 5 à 30 mm de hauteur densément
couverts de longs poils glanduleux, et entourés à la base d’une bractée
1. Dans la mesure où ce chiffre correspond à de bonnes espèces, car H.N. Moldenke
souligne déjà les affinités très étroites entre d'une part E. bifistulosum Van Heurck & Muell.
Arg. et l'espèce américaine E. metanocephalum Kunth, et d'autre part entre E. heterochiton
Korn, E. mulalum Brown et E. mokalense Moldenke.
2. Ces espèces ne pourront être nommées ou décrites qu'après consultation des herbiers
d’Amérique, région où la famille est le mieux représentée.
Source : MNHN, Paris
— 464 —
engainante se prolongeant latéralement par un limbe triangulaire étroit
de 5 mm de longueur, et recouverte des mêmes poils glanduleux.
Capitule petit, de 2 à 2,5 mm de diamètre; bractées de l’involucre
(9 à 11) papyracées, de 3 mm de hauteur; réceptacle poilu, mais sans bractées
florales, comprenant 5 à 6 fleurs dont 1 à 2 fleurs mâles au centre entourées
de 4 à 5 fleurs femelles.
Fleur <? : 3 sépales soudés à la base jusqu’au milieu de leur hauteur;
3 pétales soudés en entonnoir courtement trilobé au sommet et portant
3 étamines réduites à des anthères bithèques rigoureusement sessiles,
insérées aux extrémités des lobes corollins, incurvées 1 à l’intérieur de
l’entonnoir; reste avorté des carpelles présent.
Fleur Ç : 3 sépales libres, 3 pétales libres jusqu’à la base mais dont
les sommets sont légèrement recouvrant sur leurs marges et adhèrent
fortement à chacune des 3 branches respectives du style; ovaire de 3 car¬
pelles soudés, surmonté d’un style court cylindrique se divisant rapidement
en 3 lobes rubanés d’abord divergents, puis jointifs au sommet par leurs
stigmates; appendices du style absents.
Akènes ellipsoïdes à parois brunes et striées de 0,3 mm de longueur.
Par les 3 étamines et les pétales soudés des fleurs cî, cette espèce se
range indubitablement dans la sous-famille des Pæpalanthoidées. Mais
quelle appartenance générique lui attribuer?
En utilisant la clé des genres proposée par W. Ruhland en 1903 et
reprise par lui en 1930 sans changement notable, la présence d’étamines
bithèques dans la fleur cî, de pétales libres dans la fleur $, place cette espèce
près des Leiothrix ou des Pæpalanlhus. Or, toujours d’après W. Ruhland,
ces deux genres se distinguent de la façon suivante :
« poils du périgone et des bractées très obtus, rarement obtiuscules, granuleux à
l’intérieur, souvent tuberculés et appendices du style insérés à l'intérieur des stigmates
et à la même hauteur qu'eux sur un style rond . Pæpalanlhus
« poils du périgone et des bractées toujours très aigus, lisses à l’intérieur et jamais
granuleux; appendices très visiblement insérés toujours plus bas que les stigmates sur
un style triangulaire . Leiothrix
Le premier caractère concernant les poils du périgone — qui sont
ici pointus et à parois lisses — rapproche l’espèce des Leiothrix tandis que
le style — rond dans le cas présent — la rapproche des Pæpalanlhus. Mais
ce sont là des caractères difficilement appréciables.
Quant au critère de hauteur d’insertion des appendices stigmatiques
qui devrait permettre de trancher, il est inutilisable puisque ces derniers sont
totalement absents dans le cas qui nous intéresse. De plus, ce caractère
perd une grande partie de sa valeur quand on sait que certaines espèces
totalement dépourvues d’appendices, décrites ou révisées par Ruhland
lui-même, sont rangées indifféremment dans l’un ou l’autre genre (P. scirpeus
Mart., L. arechavaletæ Ruhl., L. hirsuta (Wichstr.) Ruhl. var. blanche!iana...).
1. Ceci quelque soit le stade de développement de la fleur.
Source : MNHN, Paris
— 465 —
Source : MNHN, Paris
— 466 —
On est en droit de se demander sur quoi l'auteur se fondait réellement pour
différencier ces deux genres?
Quoi qu’il en soit, notre espèce ne satisfait pleinement à aucun des
critères permettant de l’attribuer avec certitude à l’un ou l’autre de ces
genres, ni à aucun de ceux qui ont été décrits postérieurement à 1930 1 .
Par contre elle possède d’autres traits remarquables qui sont :
1° fleur S : étamines réduites à des anthères bithèques insérées au
sommet des lobes du tube corollin et incurvées;
2° fleur ? : style divisé en lobes rubanés sur lesquels adhèrent forte¬
ment les pétales eux-mêmes se recouvrant.
Ces particularités qui n’existent, pour autant qu’on le sache, nulle
part ailleurs dans la famille 2 sont suffisamment importantes pour justifier
la création d’un nouveau genre dont la diagnose s’établit comme suit :
MOLDENKEANTHUS P. Morat, gen. nov.
Flores trimeri, masculis sepalis basi connaris, petalis in infundibulo connutis, cujus
lobi stantinibus 3 dilhecis, ad imunt arcuatus producti. Flores v sepalis 3 liheris, petalis 3
ttsque ad basin liberis sed apice ntarginibus inter se tegentibus et ramis styli valde cohæren-
tibus ; stylo brevi cylindrico prope basin in rantis fascioliformihus divisa primum divergen-
tibus, ultra ad apicem confluentibus.
Espèce-type :
Moldenkeanthus itremensis P. Morat, sp. nov.
Planta rrtininta, acaulis, cæspitosa, 3-15 mm alla, foliis 4-7 mm longis, 0,5 mm latis.
Florum pedunculi 5-20 mm longi, pilis longis glandulosis dense tecti. Capitulum parvum
2-2,5 mm latum. Involucri bracteæ 1 mm longæ. Receptaculum pilosum sed bracteis floralibus
destitutum, floribus 5-6, quorum masculis in centro 1-2. Flores S sepalis 3 fere usque ad
medium connatis, petalis 3 omnino in infundibulo apice breviter lobato connatis, stamina
3 antheris bilocularibus restricte sessilibus ad imum arcuatis contracta, gerente ; vestigio
abortivo carpellorum præsenti. Flores 9 sepalis petalisque usque ad basin liberis, petalis
apice conniventibus cum ramis styli cohærentibus. Ovarium carpellis 3, stylo brevi in ramos
3 complanatos divergentes supra in stigmatum unicum confluentes diviso ; appendicibus
Type ; J. Bosser 19567, sables temporairement humides, Ambatomenaloha Itremo,
Madagascar, avril 1964 (holo-, P!).
Autre matériel : Ph. Morat 4263, sur arène de sable fin quartzitique humide,
Itremo, mai 1973.
Cette espèce croît en tapis clairsemé dans des dépressions humides
de sables grossiers au milieu d’une végétation herbacée constituée essen¬
tiellement de Trachypogon spicatus (L.) O. Kuntze, Hypparrhenia nyassæ
(Rendle) Stapf et en compagnie de Drosera burkeana Planch.
1. Rondonanthus Herzog, 1931 : Pétales de la fleur 3 libres jusqu'à la base et diécie pro¬
bable.
Comanthera L. B. Smith, 1937 : Présence d'une seule étamine bithèque dans la fleur.
Cartpotepala H. Moldenke, 1951 : 3 étamines bithèques libres alternipétales; sépales
et pétales libres dans les fleurs des deux sexes; ovaire triailé.
2. Nous remercions vivement M. H. N. Moldenke à qui ce genre est dédié, qui a confirmé
ce fait et nous a fait profiter de sa grande compétence en la matière.
Source : MNHN, Paris
— 467 —
Cette espèce n’est pas la seule du genre. Une autre récolte de J. Bosser
provenant d’un marais du lac Mantasoa situé à 1 500 m d’altitude et à
50 km à l’Est de Tananarive, présente les mêmes caractères génériques.
Source : MNHN, Paris
— 468 —
Moldenkeanthus bosseri P. Morat, sp. nov.
Planta herbacea perennis caulescens 3-4 cm alta, foliis 1,5 cm longis, 0,6 mm latis.
Florum pedunculi pilis glandulosis aliquibus parte superiore prope capitulum ornati, basi
caulium inserti et vagina tubulari castanea scariosa circumdati. Capitula fere 30-flora,
dimidia parte florum in centroS, receptaculo piloso sed bracteis floralibus destituto. Flores 3
sepalis 3 glabris, basi connatis, petalis 3 membranaceis in tubo connatis, cum lobis 3 acutis
ad interiorem arcuatis et staminibus 3 ad imum arcuatis continuatis, antheris bilocularibus ;
gynacii abortivi vestigiis præsentibus. Flores ? pedicello 2 mm longo, sepalis 3 navicularibus
1,5 mm longis, liberis, marginibus pilosis, mat ur il ale caducis ; petalis 3, membranaceis,
basi liberis sed apicibus connatis et cum styli ramis cohærentibus. Ovarium carpellis 3,
stylo articulato in ramis 6 fasciolatis cum petalis cohærentibus diviso.
Type : J. Bosser 19993, marais lac de Mantasoa, mars 1970 (holo-, P!).
Plante vivace herbacée caulescente de 3-4 cm de hauteur. Feuilles de
1,5 cm de longueur sur 0,6 mm de largeur recouvertes sur la face extérieure
des parties basales d’un feutrage serré de longs poils fins.
Pédoncules floraux de 2-15 cm de hauteur, glabre à la base, mais
recouverts de longs poils glanduleux au sommet juste sous l’inflorescence,
insérés à l’extrême base des tiges et entourés d’une gaine tubulaire brune
et scarieuse qui se prolonge latéralement par un limbe triangulaire aigu.
Capitule petit de 4-5 mm de diamètre; bractée de l’involucre papy-
racée, de 2 mm de longueur. Réceptacle poilu mais sans bractée florale
supportant une trentaine de fleurs dont la moitié sont des fleurs $ disposées
au centre et entourées de fleurs $.
Fleur 3 pédicellée; 3 sépales papy racés, glabres, plus grands (1,8 mm)
que le reste de la fleur et soudés à la base; 3 pétales membraneux, soudés
en tube, à lobes pointus recourbés vers l’intérieur et se prolongeant par
3 étamines incurvées et à anthères bithèques. Reste du gynécée avorté,
présent sous forme d’un court appendice trifide.
Fleur $ de 2 mm de longueur portée par un long pédicelle poilu;
3 sépales naviculaires de 1,5 mm de longueur entièrement libres et pileux
sur les marges, aussi longs que la fleur et caducs à maturité; 3 pétales mem¬
braneux munis de longs poils sur la face externe, libres jusqu’à la base et
involutés au sommet, connés à leur extrémité supérieure, leurs marges se
recouvrant et adhérant fortement aux branches du style; ovaire formé de
3 carpelles, surmonté d’un style articulé à la base (bien visible dans les
stades jeunes) qui se divise en 6 branches rubanées confluentes et adhérant
fortement 2 par 2 aux extrémités des pétales.
Cette espèce, qui n’est connue que par le type, diffère très nettement
de la précédente par sa taille supérieure, son port caulescent, son réceptacle
d’une trentaine de fleurs, ses fleurs 3 plus nombreuses avec des sépales à
peine soudés à la base, les lobes de la corolle plus marqués et le style des
fleurs $ divisé en 6 lobes au lieu de 3.
La présence à Madagascar d’un genre endémique voisin des Leiothrix
et Pæpalanlhus, tous deux exclusivement ou essentiellement américains,
comme d’ailleurs la presque totalité de la famille 1 présente un très grand
1. A part le genre Mesanthemum de répartition africano-malgache, tous les autres genres
connus d’Eriocaulacées, au nombre de 11 sont, soit endémiques américains, soit bien mieux
représentés en Amérique que partout ailleurs.
Source : MNHN, Paris
— 469 —
intérêt biogéographique. Cela renforce les affinités floristiques anciennes
américano-malgaches déjà existantes.
Bibliographie
Herzog, Th. — Neue und weniger bekannte Eriocaulonaceæ aus Nordbrasilien und
dem angrenzenden Venezuela, Fedde repert. 29 : 210 (1931).
Moldenke, H. N. — Eriocaulaceæ. Botanical exploration in Venezuela, Fieldiana Bot.
28 (1) : 126 (1951).
— in H. Humbert, Flore de Madagascar et des Comores, Eriocaulacées, 36° famille
(1955).
Ruhland, W. —■ Eriocaulonaceæ in Engler, Das Pflânzenreich, Regni vegetabilis cons-
pectus (1903).
— Eriocaulaceæ in Engler, Die natürlichen Pflanzenfamilien (1930).
Smith, L. B. — A new genus of Eriocaulaceæ, Contribution Gray Herb., ser. nov., 117 :
38 (1937).
O.R.S.T.O.M.
et Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum — Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 471-479, 1976
MORPHOLOGY OF ADANSONIA DIGITA TA
par T. Antony Davis & Sukhendu S. Ghosh
Summary : The aestivation of corolla of Adansonia digilala is clearly contorted
(regularly twisted), ail the five petals in one flower veer clockwise and in another, counter-
clockwise. As in most species of Bombacaceæ and Malvaceæ, the left-twisting and
right-twisting flowers in any tree are distributed equally. The number of stamens per
flower of A. digilala varies from 721 to 1 600. A right-twisting flower, on an average,
bears a greater number of stamens than a left-twisting flower. Sizes of dry- and water-
soaked pollen grains were measured.
INTRODUCTION
Adansonia digilala L. cornes under the exclusively tropical family of
Bombacaceæ (Rendle, 1959). Adansonia is named after Michael Adan-
son (1727-1806), a French naturalist. The genus has 10 species distributed
in Africa and Australia (Bailey, 1966). Adansonia digilala is native to
tropical Africa. Species such as A. madagascariensis are endemic in arid
régions of western Madagascar. A. gregorii, prévalent in Australia, has
greater affinity to the African A. digilala. Richards (1948) described
it as one of the Sudanian trees. He divided the African forests into diffe¬
rent zones. According to him, A. digilala is included in the common
trees of Northern Guinea savannahs which fall under the Sudan Zone.
The commonly met trees are Lannea unicrocarpa, Balanites ægyptica,
Combretum glutinosum, Sclerocarya birrea, etc. A. digilala dominâtes
the plains of Tropical Africa from the west coast along the Southern border
of the Sahara upto the région of East Africa (H. C. D. de Wit, 1963).
It is introduced in India by the Arabs (Hooker, 1875). Good specimens
of this species can be seen at Aurangabad and near Madras in the south.
At the Alipore Zoological garden in Calcutta and the Indian Botanical
Garden, Howrah, impressive Adansonia trees are growing, producing
profuse fruits every year. In the campus of the Indian Statistical Institute,
Calcutta some seedlings were planted of which one has started flowering
from 1974. There are a few, long-fruited A. digilala growingat theLucknow
Zoo (Randhawa, 1965). None of the trees in India has developed the
peculiar “ inverted tree ” like shape as one sees them in Africa.
It is interesting to note that the stamens of Adansonia digilala vary
Source : MNHN, Paris
— 472 —
greatly from flower to flower within a tree and between trees. The aestiva-
tion of corolla of the flowers of this species as typical of Bombacaceæ is
contorted, twisting clockwise or counter-clockwise (Davis, 1967). A
striking observation made during the current investigations is that the
flowers with counter-clockwise twisting corolla hâve a greater number of
stamens. However, no right-twisting flowers were available from one tree.
Stamens from flowers of five different trees were counted and ail showed
the same trend. Measurements of pollen grains were also repeated.
BRIEF MORPHOLOGY
Adansonia, though not a very tall tree, is the heaviest of the bomba-
caceous trees as its trunk is grotesquely thickened, often upto 30 feet
(PI. 1). Sometimes it grows even upto a diameter of 40 feet, and there
are such stout trees in existence which are estimated to be 1,000 years old.
Tn 1750, Adanson attributed an âge of 5,150 years to a particular tree
growing at the mouth of the Sénégal river. De Wit (1963) remarked
that probably Adanson was over-generous here. The tree takes a mush-
room like appearance for the widely placed horizontal branches. As it
thrives in almost desert-like places, it has developed a peculiar morpho-
iogical adaptation to reserve water in the hollow of its trunk. The trunk
becomes hollow inside with the advancement of âge. It is believed that
it can contain as much as 250 gallons of water even in this way, and thus,
old trees are helped to survive periods of drought (Benthall, 1946). The
bark is fibrous and very tough, which protects the inner water-reservoir
(Lorus & Milne, 1967). Wood is quite light and soft and so not suitable
for carpentry work. Sometimes the bark is used as a raw material for
making rope and rough cloth. The central hollow space is often used as
a room by cutting open a small door-way on the thick wall (Santapau, 1966).
During drought, large mammals penetrate the stem by the tusks to get the
moisure présent inside.
The wide branches bear large palmate, entire Ieaves during the rainy
season. But the Ieaves are shed soon afterwards to appear again in May
next only. Flowering season is June-July and goes upto August in Cal¬
cutta. Flowers are large, white and pendent on a long thick peduncle
(PI. 2). They bloom at midnight and turn brown by next mid-day and
wither away by the evening.
Sepals are divided into five prominent parts and this protects the
other inner floral members especially in the bud stage (PI. 2; 3, 1 ). They
are leathery and silky-to-hairy within. Petals are 5 and contorted or
regularly twisted (PI. 3, 2). Ail the petals in one flower twist clockwise,
and in another, counter-clockwise. Stamens are many and crowded on
the monadelphous staminal tube (PI. 3, 3; 4). Anthers are single-cham-
bered but folded in such a manner that they take the appearance of two-
chambered anthers. The pollen grains are smooth. Ovary is 5-10-celled,
style is long, passing through the staminal tube and keeping the stigmatic
Source : MNHN, Paris
— 473 —
PI. 1. — Trunk of Adansonia digilata growing at the Indian Botanic Garden, Calcutta.
lobes in well-emerged, exserted position. Ovules are many. Fruit is
oblong, woody, indéhiscent with mealy acidic pulp inside containing
reniform seeds embedded within the pulp (PI. 2).
MATERIALS STUDIED
66 flowers (left- as well as right-twisting) were collected from five
different trees of Adansonia digitaia from Calcutta and were examined to
détermine their stamen numbers. The flowers were sorted out into left-
Source : MNHN, Paris
— 474 —
and right-twisting ones according to the aestivation of their petals, and
their stamens counted.
The number of stamens per flower varied from 720.67 to 1 599.50
for the left-handed fiowers, while from 764.33 to 1 359.83 for the right-
handed fiowers. It could be possible that the range would be wider still
if some right-twisting fiowers were available for tree n° 5 where the left-
twisting fiowers possessed the maximum number of stamens. The variance
was calculated for the two kinds of fiowers separately. The range of
variance in the left-handed and right-handed fiowers was also calculated.
The variance for the left-handed fiowers ranged between 1 165.42 and
26 330.17 but similar values for the right-spiralled fiowers ranged between
1 200.32 and 9 808.89. The data are given in Table 1.
Source : MNHN, Paris
PI. 3. — 1, Flowers of A. digitata showing fleshy gamo-sepalous calyx. Petals partially visible;
2, Flowers showing left-twisting (L) and right-twisting (R) corolla; 3, Filaments separating
from monadelphous staminal tube.
Source : MNHN, Paris
— 476 —
Table 1
Adansonia digitala: Number of stamens per flower
T REE
N° OF
FLOWERS
Stamens per
FLOWER
left-twisting
variance
right-twisting
variance
1.
12
720.67
1 165.42
764.33
1 200.32
2.
20
1 055.20
8 396.76
1 086.90
9 808.89
3.
20
1 037.00
2 625.60
1 084.70
1 441.21
4.
12
1 345.17
26 330.17
1 359.83
9 151.54
5.
2
1 559.50
7 656.25
nil
nil
Three ftowers and three fruits from one of the trees growing within
the Lucknow Zoo were also examined. The flowers (ail right-twisting
bore the following stamens :
Flower one.. . 868 stamens
Flower two. 942 stamens
Flower three.1 004 stamens
Mean per flower. 938 stamens
The fruits of the trees at Lucknow are strikingly larger than those
of any tree from Calcutta. But though the fruit is large, the seeds are
lighter than those of Calcutta trees. The actual values are given in Table 2.
Table 2
Adansonia digitala: Weights of fruits & seeds
Characters
F»"™
F TREES FROM
Lucknow
Calcutta
Wt. of one fruit.
252.5 gm
125.0 gm
Length of fruit.
37.5 cm
21.5 cm
Maximum diameter of fruit.
7.1 cm
7.0 cm
Wt. of 100 seeds.
46.3 gm
59.8 gm
Source : MNHN, Paris
— 477 —
Source : MNHN, Paris
— 478 —
DISCUSSION
The pollen grains of A. digitala are of different sizes, varying
from 63.27 |x to 90.63 jx in dry condition. The average diameter was
calculated to be 70.76 m- on a sample of 100 pollens, and only 2 % of the
pollens had the thickness of 90.63 ix. The percentage distribution of
pollen grains in dry and water-soaked conditions is given in PI. 5. In
a previous paper, Davis (1967) observed the average size of pollen to be
58.3 (x which is a much smaller value in comparison with the présent finding.
The différence must be due to some variation between trees. This becomes
more pronounced if the increase in diameter due to soaked condition is
considered. The soaked pollens recorded earlier measured 71.5 ix and
the percentage of enlargement was found to be 22.7. In the présent case,
however, 33 % of the pollen grains were 97.47 |x thick, 20 % of them were
104.31 |x thick and 21 % were 90.63 y. thick. So, on an average, 74 %
of the total pollen grains showed thickness ranging between 90.63 jx to
104.31 [x. So it is clear that 75 % of the dry pollens enlarged to 90.63 ix
to 104.31 |x. The percentage enlargement is 29-36. On an average,
among 100 pollen grains, it was observed that the dry pollens increased
from 70.76 fx as diameter to 92.34 |x thereby recording a 30 % expansion.
Source : MNHN, Paris
— 479 —
Bibliography
Bailey, L. H. — Manual of cultivated plants, Macmillan Company, 667 p. (1966).
Benthall, A. P. — The trees of Calcutta and its neighbourhood, Thacker Spink
& Co. Ltd. : 45-47 (1946).
Davis, T. A. — Stamen number and pollen size in levo- and dextro-rotatory flowers of
Bombacaceæ , Rev. Palaeobotany. Palynol. 3 : 133-139 (1967).
De Wrr, H.C.D. — Plants of the World. The higher plants, 1. Translated by A. J. Pome-
rans, Thames and Hudson (London) : 260-261 (1963).
Hooker, J. D. — Flora of British India, 1, Oxford, 348 p. (1875).
Lorus & M. Milne. — Living plants of the World, Thomas Nelson & Sons Ltd., 148 p.
(1967).
Randhawa, M. S. — Flowering trees, National Book Trust, India : 133-134 (1965).
Rendle, A. B. — The classification of flowering plants, 2, Cambridge University Press,
254 p. (1959).
Richards, P. W. — The tropical rainforest, Cambridge University Press, 337 p. (1948).
Santapau, H. — Common trees. National Book Trust, India : 15-19 (1966).
Acknowledgement : We thank Mr. S. K. De Artist, Indian Statistical Institute,
for making the drawings.
Indian Statistical Institute,
Calcutta 700-035, India.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia,
r. 2, 15 (4) : 481-489, 1976.
LE FOURRÉ D’ORANGÉA
(NORD-OUEST MALGACHE)
par M. Thomasson
Résumé : La fréquence de certains caractères morphologiques dans le fourré d’Oran-
géa est étudiée. Des comparaisons entre ce fourré, ceux du Sud-Ouest malgache et une
forêt dense sèche sont effectuées, mettant en évidence les liens de parenté entre ce fourré
et la forêt dense sèche.
Summary : The frequency of some morphological characters is studied in the
Orangea’s bush. Comparisons between this bush, those of the South-West of Mada¬
gascar and a dry forest show the great morphological similarities of this bush with the
dry forest.
INTRODUCTION
Située à l’extrême nord de Madagascar, sur la côte Est, près de Diégo-
Suarez, la « forêt d’Orangéa » occupe une étroite bande côtière d’environ
10 km de long sur 3 km de large (PI. 2, 1). Contrairement à ce que la déno¬
mination locale pourrait laisser supposer, il ne s’agit pas véritablement
d’une forêt, mais plus exactement d’un fourré : cette formation végétale
est en effet assez basse (4 à 6 m en général), seuls quelques arbres épars
pouvant atteindre 8 à 10 m par place. Essentiellement composé de buissons
et de petits arbustes, ce fourré présente des aspects très différents selon
l’époque de l’année. En saison sèche (nous avons pu l’observer aux mois
de juillet et d’août), la ressemblance est frappante avec les fourrés xéro-
philes du Sud-Ouest malgache; la majorité des espèces est alors défeuillée,
à l’exception de quelques végétaux à rameaux courts ou à feuilles petites,
et la végétation a une coloration plus ou moins grisâtre. Au mois de mars
tout au contraire, au cœur de la saison des pluies, ce fourré devient mécon¬
naissable, uniformément vert. Très dense, il est très difficilement pénétrable.
On y découvre une grande abondance d’espèces lianescentes, lesquelles
sont rares ou absentes des fourrés xérophiles du Sud-Ouest. Les feuilles
rappellent alors beaucoup, par leurs dimensions moyennes, celles des
forêts denses sèches du Domaine de l’Ouest;
D’un point de vue floristique, il convient de noter la iprésence, dans
Source : MNHN, Paris
— 482 —
le fourré d’Orangéa, d'éléments xérophiles [une Euphorbe crassulescente,
Euphorbia suareziana Croizat (PI. 1, /), un Pachypode, Pachypodium
rutenbergianum Vatke] côtoyant des éléments nettement plus hygrophiles
[Dracæna sp. (PI. 1, 2)].
L’opposition entre ces deux aspects saisonniers de la végétation,
ainsi que cette dualité floristique nous ont conduit à comparer le fourré
d’Orangéa d’une part avec les fourrés xérophiles du Sud-Ouest, d’autre
part avec la forêt dense sèche précédemment étudiés (3) en utilisant les
mêmes méthodes : présence ou absence de rameaux courts, densité de
ramification (1), modèles de ramification (2), localisation de la feuille
sur le rameau (3), superficies foliaires. La proportion d’espèces spinescentes
a également été évaluée.
Avant d’aborder la comparaison envisagée ci-dessus, nous fournirons
les caractéristiques morphologiques du fourré après une esquisse rapide
des conditions de milieu dans la région d’Orangéa.
LE CLIMAT
Les quelques données que nous fournissons ici sont extraites de la
notice accompagnant la carte de la Végétation de Madagascar de
H. Humbert (1955).
La région de Diégo-Suarez est caractérisée par une température
moyenne annuelle élevée (27°) et une amplitude thermique annuelle faible
(3°). La hauteur moyenne annuelle des pluies y est d’environ 900 mm;
il y a sept mois secs et l’indice xérothermique égale 161.
LE SOL
Le fourré d’Orangéa est implanté, pour la plus grande partie, sur des
bancs de calcaire massif; il existe toutefois par endroits des affleurements
sableux ou argileux.
CARACTÉRISTIQUES DU FOURRÉ
L’échantillon sur lequel nous avons travaillé comporte 117 espèces
ligneuses (les lianes étant exclues).
Les rameaux courts
8,5 % des espèces récoltées différencient des rameaux courts. Leur
superficie foliaire moyenne est d’environ 520 mm 2 ; il s’agit donc essen¬
tiellement d’espèces microphylles.
Source : MNHN, Paris
— 483 —
Source : MNHN, Paris
— 484 —
La densité de ramification 1
37,6 % des espèces observées ont une densité de ramification égale
à 1, leur superficie foliaire moyenne avoisinant 710 mm 2 . Ce sont donc,
là encore, des espèces principalement microphylles.
Les modèles de ramification 2
Le tableau I fournit les résultats de nos observations. Une représen¬
tation graphique est donnée sur la figure 2 de la PI. 2.
Deux faits méritent d’être soulignés : la dominance du modèle
dans la végétation d’Orangéa, d’une part, la très faible proportion de
rameaux en zig-zag, d’autre part, qui n’existent que chez deux espèces
rattachées au modèle M 3 .
Tableau I
Modèle
DE RAMIFICATION
Nombre absolu
d'espèces
Proportion
RELATIVE
(%)
Superficie foliaire
MOYENNE
S!
S 2
Ml
Ms
M 3
M s
11
60
20
23
2
9.4
2.5
51,3
17,1
19,7
1,7
3 215
1 520
940
475
Localisation de la feuille sur le rameau
Nos résultats sont donnés dans le tableau II, leur représentation
graphique sur la figure 3 de la PI. 2.
1. La densité de ramification a été définie comme étant le nombre d’entrenœuds existant
entre deux niveaux successifs de ramification (I).
2. Six modèles de ramification ont été distingués (2) : trois sympodiaux, Si à densité de
ramification différente de I, Ss à densité de ramification différente de 1 et sommet des articles
à entrenœuds courts, S3 identique à S2 mais à densité de ramification égale à 1 ; trois raono-
podiaux. Mi à densité de ramification différente de I et à axes tous équivalents, Mi à densité
de ramification égale à 1 et à axes tous équivalents, M3 à densité de ramification égale à 1 et à
axes différenciés, les uns à croissance rapide, les autres à croissance lente ou limitée; chaque
modèle monopodial a été d’autre part subdivisé en modèle à rameaux rectilignes (Md) et
modèle à rameaux en zig-zag (Mz).
Source : MNHN, Paris
— 485 —
Tableau II
Catégorie
DE LOCALISATION
DE LA FEUILLE
Nombre absolu
d’espèces
Proportion
relative
(%)
Superficie foliaire
MOYENNE
(mm 1 )
n
1
0,9
0
rc
26
22,2
710
t
76
65
2 690
a
14
11,9
2 690
La catégorie t est ici nettement dominante alors que la catégorie n
n’est représentée que par une seule espèce (Euphorbia suareziana Croizat).
La spinescence
6 % des espèces récoltées sont spinescentes : deux espèces différencient
des aiguillons et cinq autres des épines, résultant de la transformation de
rameaux courts chez deux d’entre elles et étant de nature foliaire chez les
trois autres.
Le spectre biologique foliaire
Nos résultats sont donnés dans le tableau III, et leur représentation
graphique sur ia figure 4 de la PI. 2.
Tableau III
Classe foliaire
Nombre absolu
Pourcentage
(%)
Leptophylles.
2
1,7
Nanophylles.
10
8,5
Microphylles.
66
56,4
Mésophylles.
38
32,5
Macrophylles.
1
0,9
Mégaphylles.
-
Source : MNHN, Paris
— 486 —
La classe des microphylles est la mieux représentée dans l’échantillon
étudié (plus de 56 % des espèces). En deuxième position vient la classe
des mésophylles avec 32,5 % des espèces.
DISCUSSION - CONCLUSION
Malgré la similitude physionomique existant, à certaines époques
de l’année, entre le fourré d’Orangéa et les fourrés xérophiles des environs
de Tuléar, les observations ci-dessus semblent montrer une parenté mor¬
phologique entre la végétation d’Orangéa et celle des forêts denses sèches
de l’Ouest malgache.
Le tableau IV fournit les résultats des comparaisons que nous avons
faites, d’une part entre le fourré d’Orangéa et le fourré xérophile des environs
de Tuléar développé sur calcaire (correspondant à nos échantillons « Cal¬
caire I » et « Calcaire II » (3), d’autre part entre le fourré d’Orangéa et
la forêt dense sèche du PK 895 de la route nationale 7 (correspondant
à notre échantillon « Calcaire III » (3). Le test du y 2 a été utilisé pour
comparer les proportions; les superficies foliaires moyennes des espèces
différenciant des rameaux courts et de celles dont la densité de ramification
est égale à 1 ont été comparées à l’aide du test U de Mann & Whitney
(cette comparaison n’a été effectuée qu’entre le fourré d’Orangéa et la
forêt dense sèche).
De profondes différences morphologiques marquent l’originalité du
fourré d’Orangéa par rapport à ceux du Sud-Ouest malgache. Un seul des
caractères étudiés (spinescence) a une fréquence statistiquement constante :
encore faut-il noter que la proportion d’espèces épineuses est inférieure
dans la végétation d’Orangéa à ce qu’elle est dans la végétation des envi¬
rons de Tuléar; d’autre part, la faible importance numérique de ces espèces
épineuses rend leur rôle négligeable dans la physionomie du fourré
d'Orangéa.
Tout au contraire, la similitude morphologique est remarquable
entre fourré d’Orangéa et forêt dense sèche : les fréquences de tous les
caractères étudiés se retrouvent statistiquement constantes dans ces deux
types de formations végétales. Seules, les superficies foliaires moyennes liées,
d’une part à la présence de rameaux courts, d’autre part à une densité de
ramification égale à 1, sont plus élevées dans le fourré d’Orangéa que dans
la forêt dense sèche : il n’est pas impossible que ceci soit une conséquence
directe de l’influence des précipitations, celles-ci étant plus abondantes
et plus régulières dans la région de Diégo-Suarez que dans celle de la forêt
dense sèche étudiée.
Source : MNHN, Paris
— 487 —
Source : MNHN, Paris
Tableau IV
Caractère étudié
Comparaison
ENTRE FOURRÉ D'ORANGÉA
ET fourrés xérophiles
Comparaison
ENTRE FOURRÉ D'ORANGÉA
ET FORÊT DENSE SÈCHE
Fréquence des rameaux
Fréquences significativement
différentes au risque 1 %,
(X 2 = 21,57)
Fréquences homogènes
(X 2 = 2,34)
Fréquence des espèces à den¬
sité de ramification égale
à 1
Fréquences significativement
différentes au risque 1 %
(X 2 = 12,23)
Fréquences homogènes
W = 0,13)
Fréquence des modèles de
ramification (S, Mi, Mi
et M 3 )
Fréquences significativement
différentes au risque 1 %,
(X 2 = 23,28)
Fréquences homogènes
(X*= 1,08)
Fréquence des rameaux mo-
nopodiaux en zig-zag
Fréquences significativement
différentes au risque 1 %,
(X 2 = 29,54)
Fréquences homogènes
fX*= 1,19)
Fréquence des diverses caté¬
gories de localisation de la
feuille sur le rameau
Fréquences significativement
différentes au risque 1 %,
(X 2 = 41,01)
Fréquences homogènes
(X 2 = 4,02)
Fréquence de la spinescence
Fréquences homogènes
(X 2 = 3,03)
Fréquences homogènes
(X* = 0,14)
Fréquence des diverses clas¬
ses foliaires
Fréquences significativement
différentes au risque 1 %,
(X* = 71,74)
Fréquences homogènes
(X 2 = 3,55)
Superficie foliaire moyenne
des espèces différenciant
des rameaux courts
-
Superficies foliaires mo¬
yennes significativement
différentes au risque 6 %
(écart réduit = 1,88)
Superficie foliaire moyenne
des espèces à densité de
ramification égale à 1
-
Superficies foliaires mo¬
yennes significativement
différentes au risque 3 %
(écart réduit = 2,29)
Ces observations confirment, d’un point de vue morphologique, les
distinctions faites par H. Humbert (1955) dans sa carte de végétation de
Madagascar entre Domaine de l’Ouest (fourré d’Orangéa et forêt dense
sèche) et Domaine du Sud (fourrés xérophiles des environs de Tuléar).
De grandes similitudes morphologiques peuvent ainsi s’observer dans des
formations végétales physionomiquement différentes. Ce résultat ne fait
que confirmer ce que nous avions dit (3) quant au rôle prépondérant des
pluies sur la morphologie des espèces d’un groupement végétal, et il peut
être tentant d’envisager l’utilisation de la fréquence de réalisation de certains
caractères morphologiques pour définir les bioclimats.
Source : MNHN, Paris
— 489 —
Bibliographie citée
1. Thomasson, M. — Remarques sur la végétation des environs de Tuléar (Sud-Ouest
malgache). II. Superficie foliaire et ramification chez les végétaux ligneux, Can-
dollea 25 (1) : 7-13 (1972).
2. — Remarques sur la végétation des environs de Tuléar (Sud-Ouest malgache). III.
Modes de ramification des végétaux ligneux, Bull. Soc. Bot. Fr. 119 : 207-214
(1972).
3. — Essai sur la physionomie de la végétation des environs de Tuléar (Sud-Ouest
malgache). Bull. Muséum Nat. Hist. Nat., ser. 3, 246 (1974).
Équipe de Phytogéographie Tropicale
Université de Paris VI, U.E.R. 59,
1, rue Guy-de-La-Brosse, 75005 Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 491-496, 1976.
LOCALITÉS ET ESPÈCES NOUVELLES
DE MÉLASTOMATACÉES DU CAMEROUN ET DU GABON
par H. Jacques-Félix
Summary : The Dissolis barteri, reputed endemic of Principe island, occurs also
in Gabon; new localities of Côte d'ivoire, Cameroun and Gabon, are cited for Dissolis
rupicola. Two species: Amphibiemma amanunt and Cincinnobotrys letouzeyi, are des-
Dissotis barteri Hook. f.
Fl. Trop. Afr. 2 : 454 (1871); Triana, Trans. Linn. Soc. Lond. 28 : 57 (1871);
Cogn., Mon. Phan. 7, Melast. : 374 (1891); Gilg, Mon. Afr. 2, Melast. : 20 (1898);
Exell, Cat, Vase. PI. S. Tomé : 178 (1944); Ferreira, Garcia de Orta 16 : 72 (1968);
Exell, Bull. Br. Mus. Bot. 4 (8) : 347 (1973).
Gabon : N. Hallé & J.-F. Villiers 4952, rocher Fané, Efout, à l'est de Médouneu;
arbuste de 2 m sur pente rocheuse éclairée, 5.2. 1968.
Depuis 1858, date de sa découverte par Ch. Barter à Principe, ce
beau Dissolis n’avait été retrouvé en cette même île que par A. W. Exell.
Bien que sa présence sur le continent modifie notre opinion sur son endé¬
misme, il reste rare et sa distribution en deux stations étroitement loca¬
lisées, nettement disjointes, et en zone équatoriale, pose quelques questions.
Il appartient à un groupe d’espèces héliophiles, plus ou moins frutescentes,
normalement absentes des formations forestières, surtout fréquentes dans
la région zambézienne. Vers le nord on peut toutefois le comparer au
D. splendens A. Chev. & Jac.-Fél. des falaises gréseuses de Guinée, alors
que les autres espèces savanicoles sont annuelles, géophytes ou hémi-
cryptophytes. Le D. barteri peut être considéré comme une espèce paléo¬
endémique, enclavée en forêt à la faveur de quelques pointements rocheux.
Dissotis ( Heterotis ) rupicola Gilg ex Engl.
Pflanzenw. Afr. 3 (2) : 748 (1921); A. & R. Fern., Bol. Soc. Brot. 29 : 50, lab. 4
et 5 (1955), descr. antpi.
— D. rupicola Hutch. & Dalz., non Gilg, Fl. W. Trop. Afr. 1 : 211 (1927).
— D. glauca Keay, Fl. W. Trop. Afr. ed. 2, 1 : 257 (1954).
Source : MNHN, Paris
— 492 —
Cameroun : Letouzey 12735, colline de Nkoltsia, 18 km NW de Bipindi, 12.1.1974;
J.-F. Villiers 976, même localité, 24.11.1974. — Gabon : N. Halle & G. Cours 6173,
route de Mbigou à Lebamba, 500-700 m ait., clairière latéritique de Coumou-
Mangoundou, 23.5.1963; Le Tesiu 5292, même station, 25.4.1925. —- Côte d’Ivoire :
Chevalier 19488', colline granitique de Niénokoué, 500 m ait., 18.7.1907; Chevalier
(Coll. Fleury) 21484, Hte Sassandra, Mt Dou 1 340 m ait., 6.5.1909; Guillaumet 1510,
inselberg de Niénokoué (même localité que Chevalier 19488), rocher ensoleillé à la limite
de la forêt culminale, juin 1963.
Cette espèce est mieux connue depuis que A. & R. Fernandes en
ont retrouvé le type et amélioré la description. Nous avons ajouté les
récoltes de Côte d’ivoire restées inédites. La distribution de cette espèce
est également assez remarquable, puisque les quelques stations connues
sont dispersées de Sierra Leone au Gabon. Dans tous les cas, il s’agit d’habi¬
tats intraforestiers, collines et pointements rocheux, ou plateau latéritique
comme au Gabon, assurant un certain ensoleillement, bénéficiant d’une
bonne pluviométrie et protégeant l’espèce de la végétation zonale. Ce
Dissotis appartient à un groupe surtout représenté en Afrique occidentale.
Amphiblemma amœnum Jac.-Fél., sp. nov.
A A. cymoso (Schrad.) Naud., floribus minoribus manifeste piloso-glandulosis,
staminibus minus heteromorphis differt.
Subarbuscula herbacea sympodialis radicans, 2-3 nodis foliatis. Folia membranacea,
petiolo gracili, 1-5 cm longo furfuraceo. Lamina cordiformis vel ovato-cordiformis, usque
8 x 9 cm; supra intense viridis, sparse setis gracilibus erectis basibus bullatis albidis;
subtus purpurascens glabra ; 5-(7)- nervis subtus prominulis furfuraceis; marginibus laxe
denticulatis ciliatis.
Cymæ terminales et interdum axillares ; pedunculo gracili usque 6 cm longo, furfuraceo ;
2-4 ramis digitatis monochasialibus, usque 4 cm longis, utroque cum 3-8 floribus remotius-
culis brevipedicellatis ; rhachidibus furfuraceis. Flos parvus, pedicello 1-1,5 mm longo,
furfuraceo ; receptaculo, calyce, petalisque, pilis sparsis gracilis capito-glandulosis ornatis.
Receptaculum campanulatum ; calycis lobi 1 mm longi late ovato-triangulares apice mucro-
nati. Corolla rosea; petalis 5 mm longis. Stamina fere homomorphia ; antisepala 7 mm
longa, anthera 3 mm longa sursum attenuata ; pedoconnectivo vix producto, antica appendice
1 mm longa, oblongo-truncata vel clavata ; postico calcari obtuso brevi ; filamento 3,5 mm
longo ; antipetala 6 mm longa, anthera 2,5 mm longa, pedoconnectivo manifeste producto,
crasso, appendice antica similari, postico talo obsoleto obtuso; filamento 3 mm longo.
Corona epigyna glabra, margine integro vel undulato. Stylus elongatus 8 mm longus. Capsula
campanulata 4x4 mm. Vertex ovari infundibuliformis, coronæ squamis emarginatis
accrescentibus, inclusis. Semina paucinumerosa, ovoidea sparsim papillosa, appendiculata,
1 mm longa.
Type : Letouzey 13892 (holo-, P; iso-, YA).
Arbrisseau herbacé, ascendant, sympodial; tige d’abord dressée, sub¬
angulaire, furfuracée, avec deux à trois paires de feuilles et entrenœuds
courts, puis ultérieurement épaissie, couchée et radicante. Feuilles délicates,
membraneuses, à pétiole grêle, de 1 à 5 cm, canaliculé au-dessus, modéré¬
ment furfuracé; limbe cordiforme ou ovo-cordiforme, jusqu’à 8 X 9 cm;
1 . Ce n° a été publié sous le nom de Diodia rubricosa Hiern, dans : A. Chevalier, Explora¬
tion botanique A.O.F. : 348 (1920).
Source : MNHN, Paris
— 493 —
Source : MNHN, Paris
494
acurnen obscur et obtus; face supérieure avec soies molles très éparses,
face inférieure glabre; 5-(7) nervures ascendantes modérément saillantes
et furfuracées en dessous, les submarginales peu prononcées et lobées avec
les nervilles transversales espacées; marges lâchement dentées et ciliées.
Cymes terminales, solitaires ou par deux, parfois une axillaire sur le
nœud précédent; pédoncule grêle, furfuracé, jusqu’à 6 cm, terminé ou non
par une fleur axiale et divisé en deux à quatre branches furfuracées, scor-
pioïdes, longues de 2 à 4 cm et portant chacune de 3 à 8 fleurs quelque
peu espacées.
Fleur petite, à pédicelle bien défini, long de 1 à 1,5 mm, furfuracé;
réceptacle (avec calice) et corolle ornés de poils capités, grêles, dispersés,
longs de 2 mm; réceptacle 3x3 mm; lobes du calice largement ovo-
triangulaires, hauts de 1 mm, mucronés. Corolle délicate, rose; pétales
longs de 5 mm. Étamines peu dissemblables; celles du verticille externe
longues de 7 mm; anthère 3 mm; pédoconnectif court avec appendice
antérieur oblong, tronqué ou légèrement dilaté, long de 1 mm, ergot posté¬
rieur court, obtus; filet de 3,5 mm; celles du verticille interne longues de
6 mm; anthère de 2,5 mm; pédoconnectif plus précis, épais, avec lobe
antérieur identique et talon postérieur, épais, obtus; filet de 3 mm. Cou¬
ronne épigyne glabre, à marge entière, ou chacune des écailles émarginée;
style grêle, long de 8 mm. Capsule campanulée, vaguement 5-gone, 4x4 mm,
à parois épaisses; ovaire déprimé, à marge épaisse, atteignant le haut du
réceptacle et pouvant sembler exserte par destruction du réceptacle et du
calice sur les fruits âgés. Graines peu nombreuses, à corps obovoïde, éparsé-
ment papilleux; appendiculées au sommet par expansion du raphé; longues
de 1 mm.
Cameroun : Letouzey 13698, entre Tabo et Akoumayip, 20 km W de Mamfé;
forme un tapis sur le sol sablonneux; tige radicante, charnue, couchée sur le sol; feuilles
presque en rosette, vert sombre et parsemées de soies claires à la face supérieure, violet
vif à la face inférieure, 2.6.1975; 13812, colline à 20 km NW de Ngouti, sous-bois sur
pente granitique; feuilles vert sombre hérissées de soies claires dessus, violacées dessous;
fleurs roses, 13.6.1975; 13892, massif du Nta Ali, 25 km SE de Mamfé; sous-bois ombragé
sur pente rocheuse vers 850 m ait.; fleurs roses, 20.6.1975; 14342, entre Ekoua et Boubaji
près Supé, 40 km N de Koumba; berges rocailleuses de ruisseau en forêt de pente, 20.8.
1975.
Cette espèce est tout à fait du groupe d’A. cymosum par ses cymes
pédonculées, lâchement fleuries. Son aire est étroite, mais elle est bien repré¬
sentée dans les stations fraîches des forêts pentues de la région de Mamfé.
Sa découverte confirme le compartimentage de la plupart des espèces du
genre et en porte le nombre à treize 1 .
Cincinnobotrys letouzeyi Jac.-Fél., sp. nov.
A C. oreophila Gilg, foliis lanceolatis, connectivo staminunt majorunt longiori ambi-
appendiculato differt.
1. H. Jacques-Félix : Le genre Amphiblemma Naud., Adansonia. ser. 2, : 13 : 429-459
(1973); Complément au genre Amphiblemma: description d’une espèce nouvelle, l.c. 14 : 469-
472 (1974).
Source : MNHN, Paris
495 —
Source : MNHN, Paris
— 496 —
Herba minuta, rliizomatosa sympodialis folio singulari. Internodi rhizomatis sparse
setosi, partem distalem versus incrassati. Folium tenue ; petiolo gracili, usque 12 cm longo,
minute strigilloso. Lamina membranacea, lanceolata vel lanceata, usque 5,5 x 12 cm:
supra glabrescens, subtus pubescens; 5-(7) nervis subtus prominulis pubescentibus ; margini-
bus plus minusve duplicato-serratis, ciliatis.
Cyma terminais ; pedunculo gracili, usque 12 cm longo, sparse pilis capitato-glan-
dulosis patulis ; ad basim bracteis parvis setosis ; ad apicem 2-3 ramis digitatis monochasia-
libus, 5-12 ftoribus pedicellatis, remotis ; sxpe redacta pauciftora ; rhachidibus pedicellisque
minute piloso-glandulosis. Flos pedicello 2-3 mm longo. Receptaculum campanulatum
minute piloso-glandulosum ; lobi calycis triangularis, apice acutis setaceis. Corolla rosea vel
albo-rosea ; petalis 12 mm longis. Stamina imequilonga ; majora, anthera arcuata sursum
attenuata, 3 mm longa ; pedoconnectivo 0,5 mm longo, appendice antica truncata vel emar-
ginata, postico calcari truncato ; filamento 3,8 mm longo ; minora sursum attenuata 2 mm
longa ; pedoconnectivo recto, 0,3 mm longo, ad basim calloso vel antice minute bituberculato
postice calcarato ; filamento 3 mm longo. Stylus elongatus 10 mm longus ; stigmate capitati.
Capsula campanulata, squamis epigynis valde accrescentibus, 1 mm exsertis membranaceis
rubescentibus : placentæ sessiles axiales. Semina oblonga 2 mm longa inappendiculata.
Type : Letouzey 14326 (holo-, P; iso-, YA).
Herbe à rhizome sympodial, rarement ramifié; entrenœuds de 0,5
à 1,5 cm, éparsément sétuleux, tubérisés à leur partie distale. Un seul
entrenœud annuel avec feuille unique; pétiole grêle jusqu’à 12 cm, régulière¬
ment strigilleux; limbe membraneux jusqu’à 5,5 X 12 cm; lancéé à lancéolé,
base en coin ou arrondie, jamais cordée, sommet acuminé aigu ; glabrescent
ou pubérulent sur la face supérieure, pubescent sur la face inférieure;
5-(7) nervures ascendantes, finement saillantes et pubescentes en dessous;
marges obscurément serretées vers la base, puis variablement biserretées
ciliées vers le haut.
Cyme terminale sur un axe court, sétuleux, portant de 3 à 5 bractées
scalariformes, sétuleuses; pédoncule grêle, jusqu’à 12 cm, glabrescent ou
avec poils capito-glanduleux dispersés et quelques soies vers le sommet;
divisé en 2 à 3 branches scorpioïdes grêles, à fleurs pédicellées et espacées;
jusqu’à 10 fleurs, mais réductions fréquentes à 1-3 fleurs; axes des pédi-
celles et réceptacles avec soies courtes et poils glanduleux. Fleur à pédicelle
de 2 à 3 mm; réceptacle campanulé; lobes du calice dentiformes, aigus-
sétacés, 1,5 X 1 mm. Corolle rose ou blanc rosé; pétales longs de 12 mm.
Étamines externes à anthère de 3 mm; pédoconnectif de 0,5 mm, variable¬
ment appendiculé par un lobe tronqué-émarginé à l’avant et par un éperon
tronqué à l’arrière; filet de 3,8 mm; étamines internes à anthère de 2 mm;
pédoconnectif droit, épaissi en coussinet à la base, ou bien obscurément
bituberculé en avant et brièvement éperonné à l’arrière; filet de 3 mm.
Ovaire adhérent sur le tiers ou la moitié de sa hauteur; style grêle, long de
10 mm, stigmate capité. Capsule campanulée, 3x4 mm; ovaire modéré¬
ment déprimé, mais à écailles épigynes accrescentes longues de 1 mm,
exsertes, membraneuses, purpurines, à marge denticulée; placentas sessiles,
axiaux. Graines oblongo-cunées, longues de 2 mm.
Cameroun : Letouzey 14326, près de Numba, 45 km ENE de Mamfé; paroi humide
et moussue d’un rocher près d’un torrent, vers 350 m ait., 18.8.1975.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 497-503, 1976.
ALOE NOUVEAUX DU NORD DE MADAGASCAR
par G. Cremers
Résumé : Au cours d'une tournée dans le Nord de Madagascar, un certain nombre
d'Aloe (Liliaceæ) ont été récoltés. Deux espèces sont décrites dont une imparfaitement
connue.
Summarv : During a round in the North of Madagascar, a certain number of Aloe
(Liliaceæ) hâve been collected. Two species are described, one of them is imperfectly
known.
C’est au cours d’une tournée dans le Nord de l’île, faite en compagnie
de notre collègue et ami A. Peyrieras, que nous avons trouvé des Aloe
qui nous semblaient nouveaux pour la flore malgache.
Perrier de la Bâthie (1926-1938), puis Reynolds (1958 et 1966)
ont contribué le plus à la connaissance de ce genre, toujours fort recherché
par les amateurs de plantes crassulescentes.
Si nous établissons une carte de répartition des espèces actuellement
décrites à Madagascar, nous nous apercevons combien la région des Pla¬
teaux, formant le Domaine du Centre, a été bien explorée depuis Tananarive
jusqu’à Ambalavao au Sud. Les axes Ihosy-Tuléar et Ihosy-Fort Dauphin,
ainsi que le Domaine du Sud l’ont été aussi. Par contre, le Nord et surtout
la partie au delà de Majunga ne renfermerait que six espèces et variétés :
Aloe divaricala Berger, A. capitata var. silvicola H. Perr., A. bulbillifera
H. Perr. et sa variété paulianæ Reynolds, ainsi que A. suarezensis H. Perr.
et A. trachyticola (H. Perr.) Reynolds (PI. 1).
Nous savons combien le Nord de Madagascar est difficile d’accès,
les pluies empêchent toute circulation de décembre à mai, période qui
serait, en fait, la meilleure pour les botanistes. En ce mois d’août, il nous
a été possible de voir les dernières fleurs de A. suarezensis et d’un Aloe
qui s’est avéré nouveau; nous en donnons la description ci-après.
Nous remercions MM. Bosser et Lavranos, éminents connaisseurs des Aloe, tant Sud-
africains que malgaches, qui ont bien voulu nous donner leur avis sur notre matériel et faire
quelques remarques à propos de ce travail.
Source : MNHN, Paris
— 498 —
Aloe guiliaumetii G. Cremers, sp. nov.
Racemo laxifloro affinis A. viguieri H. Perr. sed forma perigonium satis distinguitur ;
affinisque A. deltoideodonta Baker, sed inflorescentia simplice discedit ; ab ambo haec
speciebus foliis anguslis, ereclis, albomaculatis differt.
Planta carnosa, glabra, acaulescens, cæspitosa, foliis 6-12, ascendentibus copiose,
albo-maculatis, viridibus vel rubro-tinctis, usque 40 cm longis, basi 2-5 cm lotis, apiceobtusis,
superne concavis, infra convexis, marginibus cartilagineis, dentibus deltoideis, albescentibus.
Nous avons le plaisir de dédier cetle espèce à notre ami le D r J.-L. Guillaumet, qui
depuis onze ans nous a fait connaître la botanique tropicale, et nous a guidé dans nos travaux;
qu'il en soit ici sincèrement remercié.
Source : MNHN, Paris
— 499 —
1 mm longis, 2-5 mm inter se distantibus armatis ; inflorescentiis simplicibus, pedunculo
gracili, 80-110 cm longo ; racemis laxifloris, 25-30 cm longis ; bracteis florum lanceolatis,
acutis, 4 mm longis, basi 2 mm latis ; pedicellis 15-20 mm longis ; perigoniis 25 mm longis,
segmentibus externis per 9 mm liberis, 3-nerviis, internis liberis; staminibus filiformibus
complanatis ; antheris ætate per 2 mm exsertis; ovario albido 4 mm longo, 2 mm lato ;
stylo tereti. Fructus subgloboso, 15 mm longo, 9-10 mm lato; seminibus parvis, nigris,
albialatis.
Type : Cremers 2670, 10 km Est d’Ambilobe, vers Morafenobe, Madagascar
(holo-, P!).
Plante charnue, glabre, croissant en touffes compactes. Feuilles crassu-
lescentes, dressées, en rosette de 6 à 12, vertes à la base, rouge violacée à
la partie supérieure, les deux teintes en mélange au milieu, les deux faces
tachetées de blanc; longues de 38-40 cm, larges de 2-5 cm à la base; concaves
à la face supérieure; extrémité arrondie portant quelques aiguillons blan¬
châtres longs de 1 mm et distants de 2-5 mm sur un liseré cartilagineux
blanc de moins de 1 mm de largeur. Inflorescence dressée, simple; pédoncule
grêle, long de 80-110 cm; racème lâche, long d’une trentaine de centimètres;
bractées florales lancéolées, de 4 x 2 mm; pédicelle de la fleur violacé,
long de 15-20 mm; corolle rouge à la base passant au rose, puis verte à
la moitié supérieure, longue de 25 mm, étranglée au-dessus de la base
renflée, large de 5 mm au niveau de l’ovaire, de 6 mm au niveau de la gorge ;
segments externes soudés sur 16 mm, à 3 nervures se réunissant à l’apex;
segments internes libres, les 3 nervures très proches l’une de l’autre; étamines
à filet filiforme, aplati, blanc, long de 20-22 mm; anthère longue de 2 mm;
ovaire blanc, long de 4 mm et de 2 mm de diamètre, à 3 loges à sillon médian
bien marqué; style dressé. Fruit dressé, subglobuleux, 15 X 9-10 mm;
nombreuses graines noires à petites ailes blanchâtres, 5x2 mm.
Floraison de juin à août; fructification de juillet à octobre. Cultivé
au Parc de Tsimbazaza à Tananarive.
Affinités :
Cet Aloe présente des affinités avec A. deltoideodonta Bak. par sa
croissance, son port en touffe et ses feuilles en rosette dense et dressée.
Mais il se singularise par de longues feuilles minces. Le liseré cartilagineux
blanc bordant celles-ci est très étroit dans les deux espèces.
En ce qui concerne l’inflorescence les affinités sont plus grandes avec
A. viguieri H. Perr., qui possède aussi un axe unique, un racème plus lâche¬
ment disposé, alors que chez A. deltoideodonta l’axe est souvent ramifié
et présente des fleurs densément disposées; cependant la forme des fleurs
se rapproche de celle de cette dernière espèce.
Écologie :
Cet Aloe vit sur un affleurement en pente douce, de grès rose très
érodé, en touffes de 10 à une cinquantaine de pieds. Chaque touffe est
en contre-pente d’un bloc, comme si celui-ci l’empêchait d’être emporté
par le ruissellement des fortes pluies de novembre à avril (1 800 mm),
Source : MNHN, Paris
— 500 —
le maximum étant en janvier-février. Le reste de l’année, c’est-à-dire six mois,
est sec.
Cet affleurement marque la base d’un petit massif et est visible de
loin au mois d’août par la différence de teinte entre les deux types de
végétation. Sur l’aire qui nous occupe, à cette époque, tout est sec. On y
trouve une Mélastomatacée (en pleine floraison), une Malpighiacée, mais
la plante la plus abondante est une Euphorbe coralliforme qui se rapproche
de Euphorbia analalavensis Leandri. Dans les creux se trouvent de petites
populations de Pandanus grallatus B.C. Stone. On remarque aussi des
Orchidées, l’une terrestre du genre Angræcum et d’autres épiphytes comme
les Ærangis. Sur le sol on rencontre des tapis d'Actiniopteris australis
(L.f.) Link., et aussi une Velloziacée du genre Xerophyta.
Aloe peyrierasii G. Gremers, sp. nov.
Planta carnosa, solitaria, caule 3-4 m longo ; foliis crassulescentibus viridibus, 165 cm
longis, basi 12 cm latis, marginibus cartilagineis 3-4 mm, dentibus deltoideis, 3-5 mm longis,
12-27 mm se distantibus armatis; inflorescentiis 2-4 ramis, 60-75 cm altis ; pedunculo
compresso, 15-20 mm lato, pedunculo laterali 5-7 mm lato ; racemis densis 8-10 cm longis,
pedicellis gracilibus, 25-30 mm longis. Flores et fruclus ignoti.
Type : Cremers 2495, face NW de la forêt d’Analamera (Est Anivorano Nord),
Madagascar (holo-, P!).
A. vaombe
A. vaotsanda
A. helenæ
A. suzannæ
A. peyrie-
P, akttv ■
Axe.
simple
simple
simple
parf. furqué
simple
Taille.
2-3 m
4 m
2-4 m
3-4 m
3-4 m
Feuilles :
Longueur . . .
80-100 cm
100 cm
140 cm
80-100 cm
165 cm
Longueur des
15-20 cm
15 cm
12-15 cm
8-9 cm
12 cm
Distance entre
5-6 mm
5-6 mm
2-3 mm
2 mm
3-5 mm
les dents . ..
15-20 mm
15 mm
8-10 mm
12-27 mm
Couleur ....
vert net
vert
sans taches,
rougeâtre
avec taches
dessins
violacées
Inflorescences ..
ramifiée
ramifiée
simple
simple
ramifiée
Longueur . . .
90 cm
50 cm
40-60 cm
300 cm
40-50 cm
Racème ....
ascendant
à oblique
dr“é
ascendant
retombant
Pédoncule . . .
comprimé
comprimé
35 mm
15-20 mm
Pédicelle. . . .
12 mm
20-30 mm
28-30 mm
25-30 mm
Nous dédions cette espèce à notre ami A. Peyrieras, entomologiste à l’O.R.S.T.O.M.
pour le concours qu’il nous a apporté lors de notre tournée et dont nous le remercions vivement.
Source : MNHN, Paris
— 501 —
PI. 2. — Aloe guillaumetii G. Cremers : 1, port de la plante x 1 /2; 2, fleurs
à des stades différents de développement x I.
Source : MNHN, Paris
— 502 —
PI. 3. — Aloe peyrierasii G. Cremers : forêt d’Analamera.
Plante charnue, solitaire, formant un tronc pouvant atteindre 4 m
de hauteur chez les quelques rares pieds rencontrés, non ramifié. Feuilles
crassulescentes, dressées quand elles sont jeunes, peu à peu retombantes
(formant lorsqu’elles sont desséchées un véritable manchon le long du
tronc), vert jaunâtre, tachées de violacé sur les bords, longues de 165 cm,
larges de 12 cm à la base, concaves à la face supérieure, légèrement étran¬
glées au-dessus de la base, à extrémité pointue; aiguillons violacés longs de
3-5 mm et distants de 12-27 mm sur un liseré large de 3-4 mm. Plusieurs
inflorescences se développent chaque année, horizontales à retombantes
Source : MNHN, Paris
— 503 —
par pliure du pédoncule, celui-ci ramifié 2 à 4 fois; axe long de 40-50 cm
avant la première ramification, aplati, large de 15-20 mm; axes secondaires
longs de 25 cm, légèrement aplatis, larges de 5-7 mm ; racèmes serrés, longs
de 8-10 cm; pédicelle de la fleur long de 25-30 mm. Fleurs et fruits inconnus.
Comme on le voit dans le tableau comparatif entre les différentes
espèces de grande taille à Madagascar, cette espèce se rapproche de VAIoe
vaotsanda R. Decary par son port, la couleur de ses feuilles, la position
et la ramification des inflorescences, mais la taille des feuilles en est bien
supérieure, alors que la largeur en est inférieure. Les pédicelles floraux sont
4 à 5 fois plus longs que ceux de VA. vaotsanda. Il faut noter aussi la diffé¬
rence de milieu dans lequel vivent ces deux espèces : l’une dans le bush
à Didiéréacées et autres épineux du Sud, l’autre en forêt sèche au Nord
du Domaine de l’Ouest.
Écologie :
L’espèce pousse isolément en sous-bois dans la forêt d’Analamera
(N.E. de l’île). Cette forêt est du type semi décidu et appartient au Domaine
de l’Ouest. Il y a environ 8 mois de saison sèche. La pluviosité annuelle
est d’environ 1 200 mm, le maximum de pluie tombant en janvier-février.
Bibliographie
Bosser, J. — Espèces et hybride nouveaux d’AJoes de Madagascar, Adansonia, ser. 2,
8 (4) : 505-512 (1968).
Lavranos, J. — Une nouvelle espèce d ’Aloe (Liliacées) de Madagascar, Adansonia,
ser. 2, 14 (1) : 99-101 (1974).
Perrier de la Bâthie, H. — Les Lontatophyllum et les Aloe de Madagascar, Mém.
Soc. Linn. Normandie 1 (1) : 3-59 (1926).
— Liliacées in Humbert H., Flore de Madagascar, 40 e famille, 1 vol. (1938).
Reynolds, G. W. — Les Aloes de Madagascar, Nat. Malg. 10, 1 vol. 156 p. (1966).
O.R.S.T.O.M. et
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 505-508, 1976.
A NEW SPECIES OF TURRÆA (MELIACEÆ)
FROM GHANA
by J. B. Hall
Résumé : Description d’une nouvelle espèce de Turræa du Ghana plus proche
des espèces est-africaines que de celles déjà connues en Afrique occidentale.
Summary : A new species of Turræa is described from Ghana, which is more closely
related to some East African species than to other West African species.
In the second édition of the Flora of West Tropical Africa (Hutchin-
son & Dalziel, rev. Keay, 1 : 708, 1958), Turræa is represented by the
following four species: T. heterophyüa Sm., T. vogelii Hook. f. ex Benth.,
T. leonensis Keay and T. pellegriniana Keay. A further species has since
been described from Ivory Coast: T. adjanohounii Aké Assi (Bull. Jard.
Bot. Brux. 31 : 507, 1961). Recent collecting in Ghana has revealed the
existence of a sixth species.
Turræa ghanensis J. B. Hall, sp. nov. — PI. 1.
T. floribundæ Hochst. affinis sed ovario dense persislenle pubescenti 6-8-Ioculari,
stigmate turbiniformi umbonato, tubo staminunt appendicibus brevioribus angustioribus,
fructu pubescenti minus sulcato, foliis minoribus, satis distinguenda.
Arbor parta ad 5 m alta ; truncus usque 8 cm diametro ; ramuli juventute pubescentes,
virides, 1-1,5 mm diametro, maturitate glabrescentes, brunnei. Folia membranacea, ovata
tel elliptica, basi cuneata, apice obtuse subacuminata, margine integra tel 1-2 crenis præ-
bentia, (3-) 6-8 cm longa, (2-) 3-4 cm lata, lamina nervisque utrinque pubescentibus haud
glabrescentibus ; nervi latérales utrinque circiter 6 arcuati; petiolus tenais circiter 5 mm
longus.
Inflorescentiæ racemiformes pubescentes 1-3-floræ ex axillis foliorum delapsorum in
ramulis maturis sub ramulis novellis exortæ; pedunculus 1-2 mm longus; rhachis florifera
3-8 mm longa, bracteis ovatis 1-1,5 mm longis instructa ; pedicelli 5-6 mm longi ad apicem
rhachidis inserti. Calyx campanulatus, extus pubescens intus glaber, tubo 1,5 mm longo,
lobis deltoideis acutis 1,5 mm longis. Petala 5, alba, glabra, 2,5-3 cm longa, anguste spathu-
lata, parte proximali lineari 2 mm lata induplicata, parte distali elliptica usque 5 mm lata
plana. Staminorum tubas omnino glaber, reclus anguste trombiformis, 1,5-2 cm longus,
basi 1 mm apice 2,5 mm diametro, appendicibus terminalibus 1,5 mm longis profunde
bifidis, lobis antheris æquantibus, 0,1-0,2 mm latis ; antheræ 9-10 sessiles, ellipticæ apiculatæ,
1 mm longæ, 0,5 mm latæ, in ora tubi insertæ. Ovarium dense pubescens, ovoideum circiter
Source : MNHN, Paris
— 506 —
3 Mm longum, 2 mm diamelro, 6-8-loculare ; Stylus glaber 2,5-3 cm longus, ! mm diametro ;
stigma turbinatum 1,5 mm longum 1,5 mm diametro, umbone papilloso 1,2 mm diametro
0,3 mm alto coronatum. Discus annularis inconspicuus.
Capsula dense patente pubescens, ante dehiscentiam subsphærica, leviter sulcata,
circiter 2 cm diametro, parietibus crassis, per dehiscentiam in 4 valvis ad dimidiuM fissa
septa aurantiaca præbens. Semina brunnea nitida reniformia, circiter 5 mm longa, 3 mm
diametro, arillo aurantiaco septo adhærenti.
Typus : Adjei GC 44522 (holo-, FHO; iso-, G C, K, P).
Shrub or small tree to 5 m high, much branched with slender twigs
to 1.5 mm diameter., Leaves pubescent, thin, ovate or elliptic, cuneate
at the base and subacuminate at the apex, margin entire, or somewhat
lobed especially in young plants. The short, racemose, 1-3-flowered
inflorescences (or leafy spur-shoots) develop in the late dry season from the
axils of recently-fallen leaves, and the flowers open just as the young leaves
of the current year’s new shoots are expanding; consequently the leaves
on the twigs bearing flowers are smaller than those on fruiting twigs.
Inflorescences densely pubescent, with peduncle 1-2 mm long, axis
3-8 mm long, mostly obscured by 1 mm long ovate braçts, and pedicels
5-6 mm long inserted from axils of distal bracts. Calyx pubescent, with
tube 1.5 mm long, and deltoid, acute lobes 1.5 mm long. Petals white,
completely glabrous, narrowly spathulate, 2.5-3 cm long, induplicate below
and fiat distally. Stamen tube completely glabrous, straight, narrowly
trumpet-shaped, 1.5-2 cm long, up to 2.5 mm in diameter, bearing 9-10
sessile stamens on its rim. Outside the stamens and alternating with them
are bifid appendages with narrow lobes of about the same length as the
stamens. Ovary densely pubescent, 6-8-locular. Style completely glabrous,
ending in a turbinate stigma with a shortly papillose umbo.
Fruit densely spreading-pubescent, grooved, thick-walled, splitting
about half-way to reveal orange septa attached to the orange arils of the
shiny, brown, bean-shaped seeds.
Ghana : Hall & Enti GC 40249, Akosombo, undergrowth of dry forest, stérile,
25.5.1970; Hall GC 43628, same locality, immature fruits, 6.5.1972; Adjei GC 44522,
same locality, flowering, April 1973; Hall GC 43689, same locality, fruiting, 26.5.1975;
Hall GC 43398, Kpandu Range Forest Reserve, margin of dry forest, stérile, 18.6.1972.
A revised key to the species of Turræa known from the area of the
Flora of West Tropical Africa ( T. adjanohounii is included although its
status will not be certain until its flowers are better known):
1. Slender woody climbers in moist forest; leaves normally entire, nerves
7 to 12 on each side of lamina.
2. Inflorescence 1-2-flowered, peduncle less than 1 cm long; fruit 4-
valved; latéral nerves 9-12 on each side of lamina. T. adjanohounii
2'. Inflorescence to 15-flowered, peduncle about 5 cm long; fruit 5-valved;
latéral nerves about 7 on each side of lamina . T. vogelii
1'. Erect shrubs or small trees, in drier forest; leaves often lobed (ex. T. pelle-
griniana); nerves c. 6 per side.
3. Inflorescences produced from axils of fallen leaves on previous year’s
Source : MNHN, Paris
— 507 —
Source : MNHN, Paris
— 508 —
4. Anther insertedand concealed within thecrenate-margined stamen
tube, which is 10 mm long and pubescent within; inflorescences up
to 20-flowered; ovary glabrous, 5-locular; leaves up to 15 cm
long, glabrescent . T. pellegriniana
4'. Anthers inserted at the mouth of the stamen tube, approximately
equal in length to bifld appendages which are attached outside
them, stamen tube 15-20 mm long, completely glabrous; inflores¬
cences 1-3-flowered; ovary densely pubescent, 6-8-lobed; leaves
pubescent, to 8 cm long . T. ghanensis
y. Inflorescences produced from axils of existing leaves on current year’s
5. Inflorescence 6-16-flowered, stamen tube 25-28 mm long, anthers
about twice as long as appendages of the stamen tube; ovary
5-locular; small tree to 5 m high . T. leonensis
5'. Inflorescence 1-2-flowered, stamen tube 9-13 mm long, anthers
about half as long as appendages of stamen tube; ovary 5-8-
locular; shrub to 2 m high . T. heterophyUa
T. ghanensis is not closely related to any other of the above species,
differing from ail of them (so far as is known) in the following ways: 1) sta¬
men tube completely glabrous; 2) anthers approximately equalling stamen
tube appendages; 3) ovary and fruit pubescent; 4) fruit thick-walled,
splitting only halfway when ripe;5) leaves persistently pubescent on both
lamina and nerves. It seems, rather, that T. ghanensis is more similar to
a group of East and Central African species : T. floribunda occurring from
Uganda and Kenya to South Africa appears to be its closest relative;
T. wakefieldii Oliv. from Moçambique and T. mombassana Hierm ex C. DC.
from Kenya are also fairly close.
The dry forest on the slopes of the Volta Gorge at Akosombo, where
T. ghanensis occurs, is rather rich in disjunct species. Growing with it
(and with strikingly similar leaves) is Pteleopsis habeensis Aubrév. ex Keay,
otherwise known from the Bandiagara area in Mali and the Yankari Game
Reserve in Northern Nigeria. Talbotiella gentii Hutch. & Greenway is
locally dominant in the Akosombo forests; formerly thought to be endemic
to Ghana it has now been discovered (R. Letouzey, pers. comm.) in
northern Cameroun. Acalypha neptunica Muell. Arg., characteristic of
Talbotiella forests in Ghana, is otherwise known only from central and
eastern Africa. On rocky outcrops in forest here, and on nearby hills,
is found Ochna ovata F. Hoffm., an East African species not known else-
where in West Africa. The discovery of this new species of Turræa is
thus interesting as providing further evidence of a former connection
between the dry forest of Coastal Ghana and similar végétation at the other
side of Africa.
Department of Botany
University of Ghana
Legon.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 509-513, 1976.
SUR L’IDENTITÉ DU PHYLICA (RHAMNACEÆ)
DES ILES MASCAREIGNES
par J. Guého
Résumé : Révision taxonomique du genre Phylica L. pour la flore des Masca¬
reignes. Les matériaux des herbiers du Royal Botanic Gardens de Kew, du British
Muséum, du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, du Mauritius Herbarium
du M.S.I.R.I. à Réduit, île Maurice, du Centre universitaire de St-Denis à la Réunion,
ainsi que les herbiers de Jacob de Cordemoy de Marseille et de P. Rivals de Toulouse
ont été examinés. Les études et les comparaisons que nous avons pu faire nous conduisent
à penser qu’il n’y a, dans ces îles, qu’une seule espèce de Phylica, au demeurant assez
variable; cette espèce devant être nommée Phylica niiida Lam.
Lamarck, quand il décrivit son Phylica niiida dans son « Tableau
encyclopédique et méthodique des trois règnes » (2 : 77, 1797), désigna
le Cap de Bonne Espérance comme lieu d’origine de la plante, et Sonnerat
comme collecteur. On trouve dans son herbier un échantillon nommé
de sa main Phylica niiida, mais cet échantillon ne porte aucune mention
du lieu d’origine ni du nom du collecteur. On y trouve une annotation,
toujours de la main de Lamarck « an Ph. eriophoros? ait. », qu’il a reportée
dans la diagnose de l’espèce. Il ne fait pas de doute qu’il s’agit bien du
type de Phylica nitida. Lamarck, dans sa description des Phylica, dont
une bonne partie récoltée par Sonnerat venait du Cap de Bonne Espérance,
a pensé que cet échantillon sans indication provenait de la même localité.
Or, Philica nitida n’a pas été trouvé depuis en Afrique et aucun échantillon
africain ne peut être assimilé à cette espèce. D’ailleurs, dès 1860, W. Sonder
dans Harvey & Sonder (Flora Capensis 1 : 502), affirme que P. nitida
n’est pas une plante du Cap et que l’on trouve des exemplaires de cette
espèce, provenant de l’île Maurice, dans l’herbier Willdenow et dans
d’autres herbiers. Plus tard, Tchihatchef, dans sa traduction française de
Grisebach « Die végétation der Erde » (La végétation du globe 2 : 819,
(1878), note que P. nitida, selon G. de l’Isle, croît en abondance à l’île
de La Réunion.
Dans l’herbier de Paris on trouve de nombreux échantillons de ce
Phylica. Des récoltes de Commerson, faites à la plaine des Cafres à La
Réunion sont en tous points identiques au type de Lamarck. Certains de
Source : MNHN, Paris
— 510 —
ces échantillons portent plusieurs étiquettes et, bien que sur deux d’entre
elles la localité « Cap de Bonne Espérance » ait été portée, cette mention
a été ensuite rayée par Commerson lui-même et remplacée par « Ile Bour¬
bon ». Nous avons donc de bonnes raisons de penser que le type de Lamarck
est une part de la récolte de Commerson provenant de La Réunion.
Considérée par Lamarck comme africaine, la plante a, aux Masca¬
reignes, au cours des temps, reçu différents noms. Bory de St. Vincent,
durant son voyage à La Réunion en 1802, la récoltait entre le Coteau
maigre et la Plaine des Cafres et signalait que la plante était commune
dans les hauts. Dans sa relation « Voyage aux quatre îles principales des
mers d’Afrique » (1804), l’attribuant à la famille des Ericaceæ, il la décrivit
sous le nom de Blæria leucocephala. Un échantillon de Bory dans l’herbier
de Paris peut en être considéré comme un type. Dans sa flore de La Réunion
(1895), Jacob de Cordemoy la met à sa véritable place et fait la nouvelle
combinaison : Phylica leucocephala (Bory) Cordemoy. Il formule aussi
l’hypothèse de l’identité spécifique des plantes réunionnaises et mauri¬
ciennes. A l’île Maurice, Bojer, dans son Hortus Mauritiannus (1837),
nomme sans le décrire le Phylica local sous le vocable P. mauritiana.
Ce binôme est validé par J. G. Baker dans sa « Flora of Mauritius and
the Seychelles » (1877). N. S. Pillans, en 1942, révisant le genre Phylica,
et ne tenant pas compte des indications de Sonder et de Tchihatchef,
ou les ignorant, continue de considérer P. nitida comme africain et le
place en synonymie avec P. imberbis Berg var. eriophoros (Berg) Pillans.
Cette synonymie ne peut à notre avis être maintenue. Il reconnaît aux
Mascareignes la présence de deux espèces : P. mauritiana Boj. ex Baker,
avec une variété : linearifoiia Pillans, et P. arborea Thouars. Pour la pre¬
mière espèce, il donne la répartition suivante : La Réunion, Maurice et
Madagascar, cette dernière localité sur la foi d’un échantillon de Cha¬
pelier que nous n’avons pas retrouvé. La var. linearifoiia est dite endémique
de Maurice. Quant à P. arborea , il est signalé aux îles Amsterdam, Tristan
da Cunha, Nightingale et Inacessible et à l’île Maurice où une unique récolte
aurait été faite par Groëndal. Le Blæria leucocephala Bory (P. leuco¬
cephala) est, lui, exclus du genre Phylica.
Quant à nous, nous pensons que le Phylica des Mascareignes, bien
différent du P. emirnensis (Tul.) Pillans de Madagascar, n’existe pas dans
cette dernière île. De même P. arborea, espèce distincte, n’existe pas à
l’île Maurice, l’échantillon de Groëndal portant vraisemblablement une
localité erronée. Par contre, Blæria leucocephala Bory est bien un Phylica.
La description de Bory, quoique sommaire, s’applique fort bien au P. nitida
et un échantillon de Bory, dans l’herbier de Paris, noté Blæria peut être
pris comme type de son espèce.
La synonymie de P. nitida s’établit alors comme suit :
Phylica nitida Lam.
Tabl. Encycl. et Méthod. 2 : 77 (1797).
— Blæria leucocephala Bory, Voy. îles mers d’Afr. 3 : 172 (1804); type : Bory s. n., La
Réunion, P!; syn. nov.
Source : MNHN, Paris
— 511 —
— Phylica leucocephala (Bory) Cordem., Flore Réunion : 414 (1895).
— Phylica mauriliana Boj., Hort. Mauritianus : 70 (1837) nom. nud.
— Phylica mauriliana Boj. ex Baker, Flor. Maurit. Seych. : 53 (1877); type : Bojer
s. n., île Maurice, K!; syn. nov.
— Phylica mauriliana Boj. ex Baker var. linearifolia Pillans, Journ. S. Afric. Bot.
8 : 16 (1942); syn. nov.
Type : s. col., s. loc., P, LA!
Distribution et écologie
A l’île de La Réunion, comme le signale P. Rivals dans son étude
de la végétation, P. nitida est caractéristique des formations arbustives
d’altitude. Il existe à partir du niveau supérieur de la forêt et atteint une
croissance optimale entre 1 500 et 2 000 m. Là, sur des sols généralement
bien drainés, il forme avec d’autres arbustes à port plus ou moins éricoïde,
dont le plus abondant est Philippia montana (Willd.) Klotz., un type de
fourré arbustif souvent très dense. Au-dessus de 2 500 m et jusqu’à 3 000 m
au Piton des Neiges, il croît çà et là sur les versants pierreux, en touffes
basses, atteignant au plus 30 cm de hauteur, accompagné le plus souvent
d’individus rabougris de Stœbe passerinoides (Lam.) Willd. On peut le
trouver à plus basse altitude, au-dessous de 1 500 m; il occupe alors, le plus
souvent toujours mêlé aux Philippia, des crêtes érodées exposées au vent.
A l’île Maurice, P. nitida n’est connu que de stations particulières,
à des altitudes supérieures à 650 m. On le trouve sur des sols latéritiques,
en milieu acide, à Pétrin et sur le flanc nord de la Montagne Laselle. Là
aussi il compose avec les Philippia un fourré éricoïde arbustif, atteignant
1 à 2 m de hauteur.
P. Rivals note que l’espèce fleurit bien, à La Réunion, dans l’ensemble
de son aire, mais qu’elle ne fructifie ordinairement que sur les rocailles des
montagnes les plus élevées. Des échantillons en fruits ont cependant été
récoltés à des altitudes plus basses : Plaine des Cafres, Dos d’Ane. A l’île
Maurice nous avons pu observer des fructifications assez abondantes dans
les deux stations mentionnées plus haut.
Variations morphologiques
Phylica nitida se présente ordinairement sous la forme d’un arbuste
atteignant 1,50 à 2,50 m de hauteur (rarement plus). Le tronc peut atteindre
une dizaine de centimètres de diamètre. Les rameaux sont obliquement
dressés et sont densément feuillés dans la partie terminale. Ce port peut
varier avec l’altitude; sur les pentes du Piton des Neiges par exemple, la
plante devient un sous-arbrisseau tortueux et rabougri, ne dépassant pas
30 cm de haut; ou avec la station, comme à la Plaine des Cafres, au pied
du Piton Mare à Boue, où, sur dalle basaltique, en milieu très humide,
il prend l’aspect d’un arbuscule de 20-30 cm, plus ou moins plaqué contre
la roche (Bosser 21760, PI). A l’île Maurice, on le trouve le plus souvent
sous forme d’un arbuste ne dépassant jamais 2 m de hauteur.
Source : MNHN, Paris
— 512 —
Si le pétiole varie relativement peu, des variations importantes affectent
le limbe foliaire. Elles concernent la taille, qui peut passer pour la longueur,
de 0,4 à 1,3 cm, la forme, qui va d’étroitement ovale à linéaire oblongue,
la pilosité plus ou moins dense, plus ou moins longue, la texture plus ou
moins coriace. Ces caractères sont liés d’une part à la physiologie de la
plante et d’autre part aux conditions écologiques. Sur une même plante,
les feuilles des rejets vigoureux sont plus grandes, plus pileuses et ont une
forme différente de celles des rameaux âgés. Ceci est nettement visible sur
l’échantillon Friedmann 2200, P!, récolté au Morne des Patates à Durand
à La Réunion. Les pousses vigoureuses sont extrêmement pubescentes,
soyeuses, blanchâtres, plus épaisses, à feuilles atteignant 1,3 cm de longueur,
d’abord étroitement ovales, à marges peu révolutées, puis linéaires oblon-
gues à marges plus fortement enroulées. La face inférieure est couverte
d’un tomentum blanc, persistant; la face supérieure d’une pubescence
apprimée, finalement caduque. Les rameaux sénescents sont plus grêles,
glabrescents, noirâtres, à feuilles plus petites de 0,5-1 cm de longueur,
linéaires oblongs, à marges étroitement révolutées; la face supérieure est
glabrescente.
Pour ce qui est de l’influence des conditions écologiques, on constate
que les plantes vivant à altitude moyenne (1 500 m) à La Réunion, ont
des feuilles de plus grande dimension que celles vivant à plus basse alti¬
tude. A l’île Maurice où la plante se trouve à des altitudes nettement infé¬
rieures (650-700 m) la taille des feuilles des rameaux âgés est réduite par
rapport aux plantes réunionnaises. A altitude élevée, au-dessus de 2 200 m
(Nez de Bœuf à la Plaine des Cafres, Piton des Neiges) où la plante est
soumise à des conditions climatiques plus rigoureuses (gelées d’hiver, vents
violents) les feuilles sont plus courtes, très coriaces et les pousses sont
densément pileuses, cette pilosité semblant persister longtemps sur la face
supérieure des feuilles, alors qu’elle est rapidement caduque à plus basse
altitude.
Sur la fleur et le fruit nous n’avons observé que peu de variations.
Tout au plus peut-on dire que le limbe du pétale peut être orbiculaire ou
largement ovale et l’onglet obtriangulaire ou linéaire oblong.
Étant donné les observations faites, l’existence de tous les intermédiaires
entre les extrêmes indiqués, nous avons été conduit à considérer qu’il
n’existe qu’une seule espèce de Phylica aux îles Mascareignes, et qu’il
n’était guère possible d'établir valablement des divisions infraspécifiques,
tout au moins dans l’état actuel de nos connaissances.
Matériel étudié :
Ile Maurice : Bojer s. n., au Grand Bassin, dans les montagnes, type de Phylica
mauritiana Boj. ex Baker, K; ColvilleBarclay 408, Pétrin, K; Commerson s.n., s. loc., P;
Guého 1123J, Pétrin, MAU; 16045, montagne Laselle, MAU; Lorence 16227, Pétrin,
MAU; Vaughan 10990, Pétrin, MAU. — La Réunion : Alphonsine, serv. forest. s. n.,
plaine des Salazes, P; Armange s.n., s. loc., P; Balfour s. n., s. loc., K; Barbier s. n., s. loc.,
P; Barlhe s. n., médecin de la frégate La Sybille, s. loc., P; Boivin 209, s. loc.; 1383, Brûlé
du Grand Bénard; s.n., plaine des Cafres, P; Bory de St. Vincent s.n., s. loc., type de
Blæria leucocephala, P; Bosser 9356, plaine des Cafres, P; 11541, gîte du volcan; 21265,
Source : MNHN, Paris
— 513 —
21265 bis, crêtes de Dos d'Ane, P.; 21760, piton Mare à boue, plaine des Cafres, P;
Cadet 1433, planèze du Grand Bénard; 3775, la Grande Montagne St. Denis: 4257,
chaîne du bois de Nèfles, hauts de la rivière St. Louis, Herb. Réunion; Chabouis s.n.,
route du volcan, P; Colville Barclay 465 et 508, plaine des Cafres, MAU; Contmerson
s.n., hauts de la plaine des Cafres, août 1771, P; Coode 4545, s. loc., K; Cordemoy 32,
s. loc.; s.n., s. loc., MARS; Delessert s.n., s. loc., P; herb. Desvaux 138, plaine des Cafres,
P; Du Petit-Thouars s.n., s. loc., P; Frappier 305, 306, 307, 308, s. loc., P; Friedmann 648,
1571, 1735, Dos d'Ane, P; 2200, Morne des Patates à Durand, P; Geay 9157, s. loc., P;
Giraudy s.n., s. loc., P; Guého 15276, Dos d’Ane, MAU; Lorence 15708, forêt de Bébour,
MAU; 15709, sentier du piton des Neiges, MAU; Monin s.n., s. loc., P; Moral 2761,
2764, Nez de Bœuf, plaine des Cafres, P; Richard 164, s. loc.; 147, s. loc., P; Rivais s.n..
Plaine des Chicots; s.n., sentier forestier au-dessus du Piton des Neiges; s.n.. Piton des
Neiges, au-dessus de la caverne Dufour; s.n.. Roche écrite; s.n.. Piton des Neiges; s.n.,
Guillaume les Hauts, Herb. Rivais TL; Staub 13007, sentier du Piton des Neiges, MAU;
Terrier, serv. forest. s.n., Plaine des Cafres, P; Wiche 1701, la grande montée, entre
Plaine des Palmistes et Plaine des Cafres, MAU; Anonyme s.n., s. loc., type de Phylica
nitida, P, LA.
Bibliographie
Baker, J. G. — Flora of Mauritius and the Seychelles, Londres (1877).
Bojer, W. — Hortus Mauritianus; île Maurice (1837).
Bory de St Vincent, J. B. — Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique,
Paris (1804).
Cadet, Th. — Étude sur la végétation des hautes altitudes de l'ile de La Réunion (Océan
Indien), Vegetatio 29 (2) : 121-130 (1974).
Commerson, Ph. — Manuscrits inédits. Muséum Hist. Nat. Paris.
Cordemoy, E. J. de. — Flore de l’île de La Réunion, Paris (1895).
Johnston, M. C. — Rhamnacete, in Milne-Redhead & Polhill, Flora of Tropical
East Africa (1972).
Lamarck, J. B. — Tableau encyclopédique et méthodique des trois règnes de la nature
2 (1797).
Perrier de la Bâthie, H. — Rhamnacées, in Humbert, Flore de Madagascar, 123®
famille (1950).
Pillans, N. S. — The genus Phylica Linn., Journ. S. Afric. Bot. 8 : 1-164 (1942).
Rivals, P. — Études sur la végétation naturelle de l’île de La Réunion, Toulouse (1952).
Sonder, W. — Rhamnacex, in Harvey & Sonder, Flora Capensis 1 (1860).
Tchihatchef. — • La végétation du globe (Traduction de Grisebach, Die végétation
der Erde) 2 (1878).
Vaughan, R. E. — Catalogue of the flowering plants in the herbarium, Bull. Maur.
Inst. I (1) : 1-120 (1937).
Vaughan, R. E. & Wiche, P. O. — Studies on the Végétation of Mauritius. I. A preli-
minary survey of the plant communities, Journ. Ecol. 25 : 289-343 (1937).
— The structure and development of the uplant climax forest, Journ. Ecol. 29 : 127-
160 (1941).
Mauritius herbarium
M.S.I.R.I., Ile Maurice.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 515-529, 1976.
OBSERVATIONS
SUR LES VARIATIONS MORPHOLOGIQUES SAISONNIÈRES
DE QUELQUES LABIÉES MALGACHES
J.-L. Guillaumet & A. Cornet
Quelques espèces malgaches de Labiées saxicoles présentent deux types
de feuilles très différentes : feuilles crassulescentes en saison sèche et feui-
les « normales », non crassulescentes, en saison des pluies.
Nous avons étudiés trois espèces qui montrent ce phénomène à des
degrés différents.
La première espèce, Burnatastrum lanceolatum (Boj. ex Benth.) Briq.,
montre en saison sèche des feuilles plus petites et plus charnues qu’en
saison humide; elles ont une section presque circulaire et présentent un
léger aplatissement de la face supérieure (PI. 2, 7 et 5). Les deux types de
feuilles se succèdent au rythme des saisons sur les mêmes rameaux (PI. 2, 1) ;
en saison humide, les entrenœuds s’allongent et les inflorescences appa¬
raissent. Cette plante est très commune sur les rochers des hautes terres
malgaches.
La seconde espèce appartient au genre Solenostemon par les caractères
de son calice. Elle n’est assimilable à aucun autre Solenostemon décrit,
et nous la considérons comme nouvelle : Solenostemon veyretæ J.-L. Guil¬
laumet & A. Cornet sp. nov. 1 . Le dimorphisme foliaire est beaucoup plus
marqué que chez Burnatastrum lanceolatum (Boj. ex Benth.) Briq. En saison
humide les entrenœuds sont longs avec des feuilles normales, verticillées
par trois (PI. 4, /); en saison sèche, les feuilles petites, sessiles, très charnues,
grossièrement triangulaires et dentées, densément pubescentes et glandu¬
leuses apparaissent très serrées les unes contre les autres par réduction des
entrenœuds; elles aussi sont verticillées par trois (PI. 4, 2 et 5).
En fin de saison des pluies, après la fructification, les rameaux longs
se dessèchent et tombent; les rameaux de saison sèche apparaissent soit
directement de la souche, soit par transformation de très jeunes rameaux
longs. A la saison humide, ils reprendront leur croissance et les petites
I. Se reporter à l'analyse taxonomique constituant la 2° partie de ce travail.
Source : MNHN, Paris
— 516 —
feuilles charnues tomberont rapidement avec l’allongement de l’axe destiné
à fleurir.
La troisième espèce est également un Solenostemon, S. rutenbergianus
(Vatke) J.-L. Guillaumet & A. Cornet, comb. nov 1 . La différenciation
foliaire, si elle est moins spectaculaire, est encore plus achevée que dans
les espèces précédentes : les deux formes sont entièrement séparées sur la
plante. En saison des pluies, celle-ci ne présente que des rameaux à entre¬
nœuds allongés, avec des feuilles normales non crassulescentes (PL 3, /);
les rameaux de saison sèche sont à entrenœuds plus courts et porteurs de
feuilles, verticillées par 3, très charnues, densément pileuses et glandu¬
leuses (PI. 3, 2). Ces rameaux ne portent jamais de fleurs, celles-ci n’appa¬
raissent que sur le type à feuilles normales; quelques-uns peuvent persister
pendant la saison humide; ils apparaissent normalement sur de jeunes
rameaux de saison humide.
Ces trois espèces montrent une progression dans l’alternance des
deux formes saisonnières : chez Burnatastrum lanceolatum (Boj. ex Benth.)
Briq., les deux phases se succèdent plusieurs fois sur le même rameau;
une seule fois chez Solenostemon veyretæ J.-L. Guillaumet et A. Cornet,
le rameau disparaissant après la fructification; enfin Solenostemon ruten¬
bergianus (Vatke) J.-L. Guillaumet & A. Cornet présente deux sortes
de rameaux qui ne vivent normalement que l’espace d’une saison. Ces
trois phénocycles 2 sont représentés schématiquement sur la planche 1.
On peut considérer Burnatastrum lanceolatum comme un chaméphyte
et les deux Solenostemon comme des hémicryptophytes.
PI. 1. — Phénocycles : 1, Burnatastrum lanceolatum (Boj. ex Benth.) Briq.; 2, Solenostemon
veyretæ J.-L. Guillaumet & A. Cornet; 3, S. rutenbergianus (Vatke) J.-L. guillaumet
& A. Cornet.
1. Se reporter à l'analyse taxonomique constituant la 2 e partie de ce travail.
2. J.-F. Leroy (1972, p. 350) propose « ... sans trop la définir la notion de phénocycle
en botanique pour désigner les périodes de caractère cyclique et régulier au cours desquelles
s'édifie et se renouvelle le corps végétatif et génératif de la plante ».
Source : MNHN, Paris
— 517 —
Enfin deux échantillons présentent des caractéristiques intermédiaires :
J. Bosser 17590 (Rochers entre Mandritsara et Befandriana-nord, janvier
1963) semble bien appartenir à l’espèce Solenostemon rutenbergianus, à
quelques différences morphologiques près, mais son type de développe¬
ment est à rapprocher de celui de S. veyretæ; au contraire, le spécimen
H. Perrier de la Bâthie 10421 a des rameaux de saison sèche comparables
à ceux de S. rutenbergianus et se rattache à S. veyretæ par sa morphologie.
ÉTUDE EXPÉRIMENTALE
Nous avons tenté de connaître les facteurs écologiques responsables
de cette alternance de formes; notre choix s’est porté sur Solenostemon
veyretæ qui possède l’avantage de réunir successivement les deux phases,
morphologiquement très tranchées, sur le même rameau.
Cinq lots ont été constitués :
I. — Atmosphère humide et sol maintenu à la capacité de rétention.
II. — Atmosphère humide et sol maintenu au 1 /3 de la capacité de
rétention.
III. — Atmosphère sèche et sol maintenu à la capacité de rétention.
IV. — Atmosphère sèche et sol maintenu au 1 /3 de la capacité de rétention.
V. — Témoin cultivé en conditions naturelles.
Note : Atmosphère humide, soit une humidité relative variant de 90 à 100 %.
Atmosphère sèche, soit une humidité relative variant de 60 à 70 %; bien que différente
de la précédente, elle est encore élevée.
La capacité de rétention en eau du sol est maintenue, au maximum ou à 1/3 par
arrosage tous les 7 jours.
Les conditions extérieures (lot V) sont variables, avec des valeurs extrêmes de 40
et 100 % et 10 journées où, à 12 h, l'humidité relative est inférieure à 50 %.
Tableau 1. — Humidité relative moyenne mensuelle (en %)
Décembre 1972
Janvier 1973
Février 1973
Mars 1973
12 h.
17 h .
80
57
67
68
77
87
63
75
Durant cette période, saison des pluies à Tananarive, l’humidité au
sol est restée supérieure à la moitié de sa capacité de rétention.
Lors de la mise en expérience, le 20 novembre 1972, les plantes possé¬
daient toujours les feuilles de saison sèche, mais à l’extrémité des rameaux,
les premières feuilles de saison humide commençaient à apparaître.
Par la suite, quels que soient les lots, les feuilles et les rameaux de
Source : MNHN, Paris
— 518 —
saison humide se sont développés et les feuilles de saison sèche sont tombées.
La croissance s’est poursuivie jusque vers le 5 mars 1973, date à laquelle
apparurent dans tous les lots les premières fleurs.
Tableau 2. — Taille moyenne des plantes a la floraison
Lot i
50 à 60 cm
Lot II
Lot III Lot IV
30 cm 15 cm
Lot V
> 80 cm
A l’intérieur des lots I, II, III et IV, les tailles sont très homogènes
contrairement au témoin (V). Ceci peut provenir des possibilités d’enraci¬
nement meilleures en pleine terre. Pour les quatre premiers lots, les tailles
sont en liaison directe, d’abord avec l’humidité atmosphérique, ensuite
avec l’humidité du sol.
On a observé en même temps l’apparition des premiers rameaux de
saison sèche :
1 jj J 3 plantes sur 4 ont donné des pousses de saison sèche.
— le 5 avril ... - , . .
i III. — 2 plantes sur 4.
f IV. — 0 plante sur 1.
— le 24 mai, toutes les plantes de tous les lots ont donné des pousses
de saison sèche.
...... ... poids de matière sèche (mg)
Nous avons mesure 1 indice de sclerophylhe, - ? —V;—
unité de surface (cm 2 )
pour les différents lots. Les prélèvements, 5 échantillons sur chaque plante
de chaque lot, ont été réalisés à l’emporte-pièce sur les feuilles du quatrième
nœud avant l’inflorescence.
On a ajouté un sixième lot (V') constitué par les feuilles de saison sèche
en conditions naturelles.
L’étude statistique de comparaison des moyennes par le test de Keuls
montre que l’on peut répartir nos 6 lots de plantes en 4 groupes : V', V, I ;
III; II; IV.
Entre les groupes, la différence est significative au seuil de P = 0,05;
à l’intérieur des groupes, les différences ne sont pas significatives.
RÉSULTATS ET CONCLUSIONS
Le dimorphisme raméal n’est pas lié à l’âge de la plante et la forme de
saison sèche ne peut pas être assimilée à une forme de jeunesse.
La forme de saison sèche est un véritable xérophyte, elle en présente
les caractéristiques morphologiques : réduction des entrenœuds et des
Source : MNHN, Paris
— 519 —
Tableau 3. — Indice de sclérophyllie (mg/cm 2 )
Feuilles de saison humide
Feuilles
DE SAISON
Lot I
Lot II
Lot III
Lot IV'
Lot V
Lot V'
2,68
1,65
1,86
1,94
5,73
43,3
2,55
1,43
2,89
1,62
5,57
49,8
1.83
1,25
2,04
1,83
5,71
41,2
1,43
1,51
2,15
1,43
4,33
49,8
2,76
1,96
2,34
1,62
6,13
54,2
1,67
2,23
5,81
50,5
1,59
2,09
2,68
5,28
65,7
1,83
1,33
1,73
5,42
52,0
2,65
1,35
2,79
5,44
72,2
2,28
1.49
1.99
6,34
75,1
2,87
1,73
2,50
4,91
42,6
2,23
2,28
2,23
5,15
73,6
2,79
1,73
2,55
5,79
70,8
2,92
1,81
2,50
5,63
54,9
2,84
1,43
1,73
5,89
69,3
2,81
1,33
2,65
5,76
67,9
2,50
1,73
2,28
4,99
69,3
2,28
1,65
2,60
6,03
53,4
3,03
1,67
1,73
3.98
68,6
2,39
1,78
1,70
5,20
67,1
Moyenne X,
= 2,40 X„
1,65 X,„
2,26 5T IV =
1,69 K v = 5,14 Xy=59,6
1. Le lot IV a perdu une partie importante de son effectif à la suite d'une erreur d'arrosage.
feuilles, augmentation de la pilosité, indice de sclérophyllie élevé et crassu-
lescence des feuilles.
L’humidité du sol a une action significative sur l’indice de scléro¬
phyllie.
L’apparition des feuilles de saison humide et la floraison est indépen¬
dante de l’humidité du sol et de l’air, qui n’intervient que sur la taille des
plantes à la floraison; ce déclenchement pourrait dépendre d’un facteur
écologique (durée d’éclairement?) ou d’un rythme interne.
Le phénomène de variation morphologique saisonnière chez les
Labiées de ce groupe semble jouer un rôle particulièrement important à
Madagascar. Il existe dans d’autres régions du monde, notamment en
Afrique du Sud, mais il n’est pas apparu dans le groupe important d’Afrique
occidentale dont plusieurs espèces sont pourtant saxicoles.
Nous avons indiqué qu’il devait exister des formes intermédiaires
Source : MNHN, Paris
— 520 —
entre le second et troisième phénocycle. A l’extrême, nous avons vu une
espèce encore indéterminée qui possède en permanence des feuilles crassu-
lescentes; ce pourrait être, sans qu’il y ait pour cela filiation évolutive, une
fixation de la forme de saison sèche telle qu’elle est représentée chez Burna-
tastrum lanceolatum, où la forme de saison des pluies aurait complètement
disparu.
Ainsi tout se passe comme si des plantes, non spécialisées à l’origine,
étaient arrivées par un moyen original à surmonter les conditions de séche¬
resse de certains milieux de Madagascar.
NOTE TAXONOMIQUE
SUR QUELQUES OCIMOIDEÆ-PLECTRANTHINÆ (LABIÉES)
DE MADAGASCAR
En cherchant à identifier les espèces dont nous venons d’analyser les
variations morphologiques, nous avons été amené à analyser le matériel
malgache de Plectranthus l’Herit. et Coleus Lour. Il nous est apparu que
la position générique de beaucoup de ces espèces était à revoir. Il est évident
que le complexe formé par les genres Plectranthus, Coleus et voisins ne
pourra être éclairci que par l’étude de l’ensemble du matériel connu;
cependant le statut des espèces malgaches peut être résolu en se basant sur
les récentes études du matériel africain de J. K. Morton (1962), E. Lau-
nert (1968) et L. E. Codd (1971).
Les limites génériques sont essentiellement fondées sur les caractères
morphologiques floraux et très précisément ceux du calice. Ce découpage
est sans doute artificiel et d’autres liens, non encore mis en évidence, existent
peut-être entre ces genres, mais il a le mérite d’établir des catégories dans
un ensemble très complexe. Et puisque ces catégories permettent de classer
les espèces malgaches, nous ne reviendrons pas sur leurs limites et leurs
positions relatives.
Les conceptions génériques adoptées ici sont celles de J. K. Morton
(1962), parce qu’elles nous paraissent d’une grande clarté.
Les espèces malgaches se répartiraient dans quatre genres :
PLECTRANTHUS L’Hérit. (1784)
Par leur calice campanulé à lobe supérieur largement ovale et décurrent
sur le tube, lobes moyens acuminés, non réduits, et lobes inférieurs acuminés
séparés l’un de l’autre, huit espèces malgaches se rattachent bien au genre
Plectranthus. Ce sont :
Plectranthus canescens Benth.
Lab. gen. et sp. : 33 (1832-36); type : Bojer s.n., Madagascar, in sylvis Bé-fouroun,
K, P!
Source : MNHN, Paris
— 521 —
humide.
Source : MNHN, Paris
— 522 —
Plectranthus hexaphyllus Bak.
Journ. Soc. Linn. 25 : 341 (1888); type : R. Baron 1799, K!
Plectranthus hoslundioides Sc. Elliot
Journ. Soc. Linn. 29 : 44 (1890); type : G.F. Scott Elliot 2645, K, P!
Plectranthus longiflorus Benth.
Lab. gen. et sp. : 33 (1932-36); type : Bojer s.n., in sylvis Bé-fouroun K, P!
Plectranthus madagascariensis (Pers.) Benth.
Lab. gen. et sp. : 37 (1832-36).
— Ocintum madagascariense Persoon, Syn. 2 : 135 (1807); type : Commerson 266, P!
— Plectranthus villosus Sieb. ex Benth., Lab. gen. et sp. : 38 (1832-36), nom. inval.
Plectranthus melleri Bak.
Journ. bot. 20 : 243 (1882); type : Meller 127, K!
Plectranthus mocquerysii Briq.
Ann. Conserv. et Jard. bot. Genève : 233 (1898); type : A. Mocquerys 239, G!
Plectranthus vestitus Benth.
Lab. gen. et sp. : 32 (1832-36); type : Bojer s.n., in sylvis vastis provinci Bézon-
Zông insuie Madag., K!
BURNATASTRUM Briq. (1897)
Le genre Burnatastrum a été créé par J. Briquet (1897) à partir d’une
section du genre Plectranthus, dont il se distingue par le calice courbé
et renflé à maturité, muni de petites dents triangulaires presque égales,
et l’inflorescence (PI. 2).
Nous ne voyons aucune différence significative entre les deux espèces
malgaches, ni dans les organes reproducteurs, ni dans les parties végétatives
hormis des différences de dimensions d’autant moins importantes que les
échantillons sont plus nombreux. Il nous paraît donc justifié de les réunir
sous un même nom :
Burnatastrum lanceolatum (Boj. ex. Benth.) Briq.
Pflanzenfam. 4 (3a) : 358 (1897).
— Plectranthus lanceolatus Boj. ex Benth., Lab. gen. et sp. : 40 (1832-36); type : Bojer
s.n., Antoungoun, P!
— Plectranthus lavanduloides Bak., Journ. Soc. Linn. 20 : 230 (1882), syn. nov. type :
R. Baron 938, K!
Source : MNHN, Paris
V'.\-
— 523 —
Source : MNHN, Paris
— 524 —
— Plectranthus burnati Briq., Bull. herb. Boiss. 2 : 124 (1894); type : Coudai s.n., env.
de Tananarive 1839, G!
— Burnatastrunt lavanduloides (Bak.) Briq., Pflanzenfam. 4 (3a) : 358 (1897), syn. nov.
SOLENOSTEMON Schum. (1827)
Les caractères utilisés par J. K. Morton (1962 : 252-253) pour redé¬
finir clairement le genre sont le calice à deux lèvres, une supérieure ovale
et décurrente sur le tube, une inférieure formée par la fusion des deux lobes
inférieurs, ovales et entiers ou échancrés, ou en forme de lanière et fourchus
au sommet, les lobes latéraux étant réduits ou deltoïdes.
Seule la section Coleoidea, lobes inférieurs du calice soudés à la base
mais séparés et acuminés au sommet et lobes latéraux deltoïdes ou triangu¬
laires et émoussés, serait représentée à Madagascar.
Deux espèces malgaches de Plectranthus et tous les Coleus (5) sont des
Solenostemon : les lobes inférieurs soudés, acuminés, mais séparés au
sommet, les lobes latéraux qui, s’ils ne sont pas exactement triangulaires,
n’en sont pas moins émoussés et beaucoup plus réduits, le montrent à
l’évidence.
Solenostemon cymosus (Bak.) J.-L. Guillaumet & A. Cornet, comb. nov.
— Plectranthus cymosus Bak. Journ. Linn. Soc. 21 : 434 (1885); type : Baron 2250,
Solenostemon rutenbergianus (Vatke) J.-L. Guillaumet & A. Cornet,
comb. nov.
— Plectranthus rutenbergianus Vatke, Bremen Abh. 9 : 135 (1885); type : Riitenberg
s.n., nahe des Itasi-sees, 19.12.1877, non vu.
Les collections de Rütenberg furent déposées à Brême, puis auraient
ensuite été transférées à Iéna, mais le type de Plectranthus rutenbergianus
n’a pas été retrouvé dans ces villes, ni ailleurs. La description de Vatke
nous permet cependant de le reconnaître surtout par le caractère de son
limbe «... basi cordatis abrupte in petiolum longe decurrentibus... » (PI. 3)
qui le distingue sans conteste de toutes les autres espèces malgaches décrites,
même si les dimensions des différents organes ne coïncident pas exactement
quand nous savons leur variabilité!
Contrairement à l’opinion de W. Vatke, nous ne pensons pas que
cette espèce soit proche de Plectranthus hexaphyllus Baker dont l’attribu¬
tion générique est indiscutable.
L’échantillon que nous avons étudié est F. Friedmann s.n., rochers
de la région d’Ambalavao, 1969, P, K, Tan.
Le type avait été récolté près du lac Itasy, le 19 décembre 1877, par
le D r Diedrich Christian Rütenberg, né à Brême le 18 juin 1851, arrivé
à Vohémar le 3 octobre 1877 et assassiné par ses domestiques et porteurs
le 25 août suivant, près du fleuve Maningoza au sud du Cap Saint-André.
Source : MNHN, Paris
— 525 —
Durant ces quelques mois, D. C. Rütenberg avait récolté 605 espèces
végétales, dont 5 genres nouveaux et 168 espèces ou variétés nouvelles
(Fr. Buchenau, 1882 et 1894).
Solenostemon bernieri (Briq.) J.-L. Guillaumet & A. Cornet, comb. nov.
— Coleus bernieri Briq., Bull. herb. Boiss. 2 : 128 (1894); type : Bernier 147, K, P!
Solenostemon bojeri (Benth.) J.-L. Guillaumet & A. Cornet, comb. nov.
—- Coleus bojeri Benth., Lab. gen. et sp. : 52 (1832-36); type : Bojer s.n., Bé-tani-mena,
K, P!
Solenostemon goudotii (Briq.) J.-L. Guillaumet & A. Cornet, comb. nov.
— Coleus goudotii Briq., Bull. herb. Boiss. 2 : 126 (1894); type : Goudot s.n., env. de
Tananarive, 1839, G!
Solenostemon gracilifolius (Briq.) J.-L. Guillaumet & A. Cornet, comb.
— Coleus gracilifolius Briq., Bull. herb. Boiss. 2 : 127 (1894); type : Goudot s.n., Fito
(Ambanivoula), 1833, G!
Solenostemon paniculatus (Pers.) J.-L. Guillaumet & A. Cornet, comb.
nov.
— Ocimuntpaniculatum Pers., Syn. 2 :135 (1807); type : Contnterson s.n., Madagascar, P!
— Coleus persoonii Benth., Lab. gen. et sp. : 55 (1832-36).
Nous rappelons pour l’espèce suivante la synonymie établie par
J. K. Morton :
Solenostemon rotundifolius (Poir.) J. K. Morton
Journ. Linn. Soc. 58 : 272 (1962).
— Germanea rotundifolia Poir. in Lam., Enc. méth. bot. 2 : 763 (1812).
— Coleus rotundifolius (Poir.) A. Chev. & E. Perrot, Vég. util. Afr. trop. 1 : 101, 119
(1905).
— Coleus rotundifolius (Poir.) A. Chev. & E. Perrot var. nigra A. Chev., Exp. bot.
Afr. occ. : 520 (1920).
— Coleus dysentericus Bak., Kew. Bull. : 10 (1894).
— Coleus salagensis Gürke, Engl. Jahrb. 19 : 220 (1894).
— Plectranthus coppinii Cornu, C.R. Acad. Paris 130 : 1268 (1901).
— Coleus pallidiflorus A. Chev., Journ. bot., ser. 2, 2 : 112-128 (1909) et Exp. bot. Afr.
occ. : 519 (1920).
Ce n’est pas sans hésitations, enfin, que nous sommes amenés à décrire
une nouvelle espèce, conscients de pouvoir être abusés par l’importance
du dimorphisme foliaire dont on ne trouve nulle trace sur aucun des échan¬
tillons types des espèces décrites antérieurement mais qui a pu échapper
aux récolteurs, comme ce fut le cas si la plante que nous assimilons à
Source : MNHN, Paris
— 526 —
Plectranthus rutenbergianus correspond bien au type de Vatke. Rappelons
cependant que si on peut ne pas voir les feuilles de saison sèche sur cette
plante, parce qu’elles sont situées sur des rameaux différenciés absents
en saison sèche, il n’en est pas de même pour notre plante où elles se trou¬
vent à la base des rameaux florifères et qui, bien que caduques, laissent
des traces.
Des Solenostemon malgaches décrits, S. rotundifolius (Poir.) J. K. Mor¬
ton se distingue par ses tubercules souterrains; S. rutenbergianus (Vatke)
J.-L. Guillaumet & A. Cornet par son limbe décurrent sur le pétiole;
5. bojeri (Benth.) J.-L. Guillaumet & A. Cornet par les faibles dimensions
de ses organes et sa taille qui en font une petite plante gracile vraisemblable¬
ment d’endroits humides et ombragés. Les cinq autres espèces sont très
proches entre elles, ainsi que de notre plante; on ne peut que regretter l’in¬
suffisance et la médiocrité du matériel qui a servi à établir toutes ces «espèces»
dont aucune donnée écologique ou géographique ne vient compléter la
connaissance. Il est bien vraisemblable que toutes ces espèces devraient
être réunies. Aucun travail ne sera possible avant une étude soigneuse
sur le terrain ; notre nouvelle espèce a au moins le mérite d’être représentée
par un matériel abondant accompagné d’observations exemplaires (J. Bosser
17591, H. Perrier de la Bâthie 2364 et 10415).
Solenostemon veyretæ J.-L. Guillaumet & A. Cornet, sp. nov.
Herba perennis mulncauhs : coûtes tempore sicco internodiis brevibus et foliis parvis
( 1,3-2 cm x 2-2,5 cm) angutato-ovatis, breviter petiolalis, carnosis, crenatis obtusis,
tempore humido caulibus floriferis (40-80 cm) internodiis tongis ( 3-4 cm) et foliis
angulato-ovatis (3-4,5 X 5-7 cm), non carnosis, petiolalis (3-5 cm), crenato-serratis.
successi, Racemus taxus basi compositus, verticillis 3-7-floris. Bractea foliacea minuta
caduca. Catyx glandulosus (1-2 mm). Corolta 17-20 mm longa. Catyx sub fructupersistens
(5-6 mm).
Type : Y. Veyret 1154, août 1969, Manasamody, Nord-Ouest de Madagascar,
P, K, TAN. Cultivé au jardin botanique de Tsimbazaza à Tananarive (PI. 4).
Nous dédions cette espèce à M lle Veyret, botaniste à l'O.R.S.T.O.M.,
qui récolta cette plante et en ramena des souches que nous pûmes observer
en culture.
Autres échantillons : J. Bosser 17591, janvier 1963, rochers entre Mandritsara
et Befandriana-nord (feuilles de saison humide et de saison sèche); R. Decary 2263,
7-11-1923, environs de Bekodaka (forme de saison sèche avec départ de la forme
de saison humide); H. Perrier de la Bâthie 2364 Ambatomahitso, Haut Bemarivo (feuilles
de saison humide seulement mais feuilles de saison sèche observées et décrites); 10415,
août 1907, Haut Bemarivo (feuilles de saison humide et de saison sèche); 10447, mars
1910, montagnes du Haut Bemarivo, Ambatomahy (feuilles de saison humide).
H. Perrier de la Bâthie 10421 (mai 1904, Mont Ambohibenga, Ambohitsotsy,
Milonja) présente une forme de saison sèche beaucoup moins condensée que le type
ou les échantillons précités.
Note : Cette plante a été figurée sous le nom Æolanthus sp. dans
Koechlin, J., Guillaumet, J.-L. & Morat, Ph. — Flore et végétation de
Madagascar : 547, tab. 34 (1974).
Source : MNHN, Paris
— 527 —
Source : MNHN, Paris
— 528 —
ISODICTYOPHORUS Briq. (1917)
L’espèce décrite par Baker sous le nom de Plectranthus albidus se
distingue de toutes les espèces du groupe par les caractères floraux. C’est
incontestablement une Ôcimoideæ (style gynobasique, calice à 5 lobes
presque égaux, corolle bilabiée, 4 étamines incluses dans la lèvre inférieure)
et plus spécialement une Plectranlhinæ par cette lèvre inférieure très déve¬
loppée, beaucoup plus grande que la supérieure et renfermant les étamines.
Elle présente tous les caractères du genre Isodictyophorus créé par
Briquet pour une espèce de l’Afrique de l’ouest (Mém. Soc. Bot. Fr. 8 :
285-286, 1917), en particulier le calice à 5 dents presqu’égales, tri-nervées-
réticulées, inséré obliquement sur le pédicelle et la corolle bilabiée avec une
lèvre inférieure très large et deux petits lobes latéraux réduits. Elle n’en
diffère que par un calice campanulé-rotacé (campanulé dans l’espèce
connue) et la corolle pratiquement droite (très nettement coudé vers le
haut). Ce ne sont que des caractères mineurs et nous assimilons Plectranthus
albidus au genre Isodictyophorus (PI. 5).
Isodictyophorus albidus (Bak.) J.-L. Guillaumet & A. Cornet, comb. nov.
— Plectranthus albidus Bak., Journ. Soc. Linn. 25 : 341 (1888); type : Baron 5230, K, P!
C’est un buisson ou un arbrisseau haut de 1 à 2 m alors que l’espèce
ouest africaine est une herbe sous-frutescente.
Il est indéniable cependant que les deux espèces font partie d’un même
ensemble morphologique, le genre Isodictyophorus, dont la répartition pose¬
rait alors un problème biogéographique du plus haut intérêt si elle n’était
pas le reflet de l’insuffisance de connaissance dans ce groupe de Labiées.
Source : MNHN, Paris
— 529 —
Une interprétation possible serait l’absence d’affinités directes entre ces
deux plantes dont la similitude résulterait d’une évolution morphologique
indépendante à partir du complexe Plectranthus-Solenostemon. Cette
hypothèse est d’autant plus justifiée que ce phénomène semble exister
par ailleurs; ainsi la tendance à réaliser le type Burnatasirum à Madagascar
et en Afrique avec une espèce reconnue comme telle (B. spicatum (E. Mey.)
Briq.) et une autre ( Plectranthus myrianthus Briq.) qui n’en semble pas
bien éloignée (J. K. Morton, 1962, p. 245), ou encore l’acquisition d’un
mécanisme de résistance à la sécheresse dans les catégories génériques
différentes comme nous l’avons montré.
Bibliographie
Briquet, J. — Labiatæ in Engler & Prantl, Die Natürlichen Pflanzenfamilien 4 (3a) :
348-363 Leipzig (1897).
Buchenau, Fr. — Reliquiæ Rutenbergianæ I. Einleitung, Abh. nat. Ver. Bremen 7 :
1-4 (1882).
— Christian Rutenberg’s Ende, Abh. nat. Ver. Bremen 13 : 87-90 (1894).
Chevalier, A. & Perrot, Em. — Les pommes de terre des pays chauds (Coleus à tuber¬
cules alimentaires) in Les Végétaux utiles de l’Afrique tropicale française 1, (1), IV :
100-152 (1965).
Codd, L. E. — Generic limits in Plectranthus , Coleus and allied généra, Mitt. Bot.
Staatssamml. München 10 : 245-252 (1971).
Launert, E. — Miscellaneous notes on Labiatæ, Mitt. Bot. München 7 : 295-307 (1968).
Leroy, J.-F. — Prospections des caféiers sauvages de Madagascar : sur deux espèces
sympatriques du nord, Adansonia, ser. 2, 12 (3) : 345-358 (1972).
Morton, J. K. — Cytotaxonomic studies on the West African Labiatæ, J. Linn. Soc.,
Bot. 58 (372) : 231-282 (1962).
Vatke, W. — Reliquiæ Rutenbergianæ II. Abh. nat. Ver. Bremen 9 (1885).
O.R.S.T.O.M. Tananarive
et Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 531-536, 1976.
NOTES CYPÉROLOGIQUES :
24. MAPANIA PARADOXA, NOUVEAUTÉ DE GUYANE
par J. Raynal
Résumé : Description d'une espèce de Mapania physionomiquement voisine de
M. sylvatica mais aux caractères floraux très originaux posant un problème de délimi¬
tation générique.
Summary: A new Mapania is described, superficially resembling M. sylvatica.
However it exhibits very peculiar features of the inflorescence bearing on a problem
of generic circumscription.
En 1970, le P r Mangenot me soumettait un spécimen de Mapania
récolté en Guyane française. Un examen trop hâtif me le fit classer à l'époque
comme M. sylvatica Aublet. En effet, l’absence de feuilles basilaires déve¬
loppées, réduites à des gaines sans limbe (cataphylles) pourprées embrassant
la base des tiges, conférait à cet échantillon un port jusque-là considéré
comme caractéristique de la sect. Mapania.
Cette section ne compte que deux espèces, M. sylvatica, espèce-type
du genre, abondante et depuis longtemps connue de Guyane, et sa vica-
riante occidentale M. assimilis Koyama, récemment décrite de Colombie,
et dont le statut spécifique peut être contestable : des quelques différences
invoquées par Koyama (7) certaines sont inexistantes (souche « rampante »,
commune en fait aux deux espèces) ou très faibles (différences de taille
et de pilosité des glumes). L'aspect offert par les fruits semble un meilleur
critère : mats et ornés de lignes ramifiées nettement en relief chez M. syl¬
vatica, ils sont presque lisses, brillants, chez M. assimilis. Cependant un
échantillon récent de Guyane, F. Hatlé 1064, montre aussi de tels akènes
lisses et brillants. Aussi serait-il peut-être judicieux, étant donné la faiblesse
des caractères différentiels, de revenir à la conception d’une espèce unique
répartie du Brésil au Costa Rica, tout en conservant les deux taxons
comme races géographiques vicariantes.
D’autre part, la plante africaine décrite par Chermezon ( 1 ), sous le
nom de M. gabonica a été souvent citée (Koyama, 7,8,9) comme bel exemple
des relations biogéographiques afro-américaines. Ces auteurs l’ont consi¬
dérée comme distincte de M. sylvatica. Pourtant, des observations réitérées
Source : MNHN, Paris
— 532 —
m’ont convaincu que, à moins de caractères particuliers dans la fructifi¬
cation, encore inconnue, de la plante africaine, il n’y a aucune différence
spécifique appréciable entre ces deux taxons traités en conséquence comme
synonymes (J. Raynal, 12). Il s’agit bien, des deux côtés de l’Atlantique,
d’une seule et même espèce, dont l’écologie forestière exigeante rend impro¬
bable une introduction récente; cela ne fait que renforcer l’intérêt bio¬
géographique d’une plante qui, de chaque côté de l’océan, demeure
inchangée depuis peut-être fort longtemps.
Revenons au matériel du P r Mangenot. Superficiellement donc très
semblable à M. sylvatica, il s’en distingue néanmoins par des bractées
involucrales beaucoup plus longues ainsi que par une inflorescence com¬
posée de plusieurs épis cylindriques d’importance égale, comme dans les
sect. Pycnocephala ou Cephaloscirpus et non, comme dans la sect. Mapania,
d’un épi principal unique ovoïde accompagné ou non, à sa base, de 1-3 épis
satellites plus petits. L’importance de ces deux caractères, pourtant diffé¬
rentiels, m’avait d’abord échappé; celle du second, en particulier, était
masquée par l’existence, dans divers herbiers étrangers, de spécimens de
la sect. Pycnocephala faussement identifiés M. sylvatica.
C’est donc avec surprise que j’ai constaté lors d’un examen plus appro¬
fondi du matériel de G. Mangenot que les caractères de l’inflorescence
et des fruits de cette plante en faisaient une espèce inédite, simulant M. sylva¬
tica, mais ne pouvant entrer dans la section Mapania à moins d’en modifier
sérieusement la définition.
Mapania paradoxa J. Raynal, sp. nov.
Herba perennis rhizomate breviter repente sympodiali. Caulis erectus trigonus lævis
40-60 cm altus, basi cataphyllis elaminatis papyraceis subacutis carinatis atropurpureis
conspicuis, supremis 8-10 cm longis, vestitus. Bracteæ involucrales 3 foliaceæ virides erecto-
patentes inflorescentiæ basin involventes, lamina lineari-lanceolata 25-35 cm longa , 28-35 mm
lata, basi cuneata, apice longe acuminato-subcaudata, margine scabra, nervo medio infra
elevato, nervillis minute tessellatis.
lnflorescentia e 4-10 spicis fusiformibus æqualibus ca. 10 X 3-4 mm sessilibus confertis
constructa. Squamæ brunneæ oblongæ apice subobtusæ 5-6,5 x 2 mm. Spiculæ 5,5-6 mnt
longæ, squamel/is 4 linearibus membranaceis, exterioribus lateralibus 2 carina ciliatis,
interioribus medianis 2 glabris. Stamina 3 ad axillis squamellarum lateralium et anterioris
inserta. Anthera unica linearis albida haud bene explicata tantum visa, ceteræ jam delapsæ.
Grana pollinis ovoidea 22-23 X 19-20 ji. Stylus longe bifidus, nonnisi facie interiore stigma-
tum papillosus. Achænium lenticulare compressum, 1,5-1,7 x 1,2-1,4 x 0,9 mm, margine
paulo incrassato-carinatum, apice breviter mucronatum, testa viridi-grisea nitida tenuissime
puncticulata. Vide tab. 1.
Species habit u M. sylvaticam Aubl. valde simula ns, sed bracteis longioribus linearibus
nec ovatis, spicis æqualibus 4-10 et præcipue spiculæ structura et achænii figura ontnino
distincta.
Typus : G. Mangenot 3, e Guyana gallica, loco dicto « Crique Grégoire », anno
1970, P!
Specimen alterum stérile : Deward 7, eod. loc., 17.5.1971, P!
Comme chez M. sylvatica et M. assimilis, la souche de cette espèce
est sympodiale, les tiges se succédant à une distance de 1-2 cm, construisant
un rhizome horizontal à ramification pseudo-dichotome, comme chez de
Source : MNHN, Paris
— 533 —
Source : MNHN, Paris
— 534 —
nombreuses Zingibéracées. Les cataphylles concolores d’un pourpre fonce
sont, d’après les notes de Deward, gorgées d’eau sur le vif; d’après ces
mêmes notes la tige atteindrait une taille de 1 m, mais il s’agit sans doute
de la taille totale de la plante, y compris les longues bractées obliquement
dressées; leur limbe vert foncé à la face supérieure est beaucoup plus pâle
en dessous.
Chez les Mapania l’épillet offre un stade d’évolution à mi-chemin
entre l’inflorescence et la fleur; c’est un très bon exemple d'état préfloral
avancé (Emberger, 3; Nozeran, 11).
On a en effet :
— un axe subnui, assimilable à un réceptacle floral;
— un diagramme fixe, avec, en succession centripète, un cycle de
pièces axillantes (= périanthe externe), un cycle d’étamines à l’aisselle
de ces pièces (= androcée) en alternance avec un cycle interne de pièces
stériles (= périanthe interne) et, au centre, une fleur $ unique (= gynécée);
— un rapport numérique entre les pièces des différents cycles, qui
sont soit trimères 1 (sect. Mapania), soit dimères (sect. Pycnocephala ),
pour ne parler que des espèces américaines.
Le caractère tout à fait nouveau et paradoxal de la nouvelle espèce
est que, quoique à cycles dimères, son épillet montre constamment 3 étamines,
la squamelle interne antérieure axillant une étamine.
Où classer Mapania paradoxa? Par son port on en ferait aisément
un nouveau membre de la sect. Mapania aux côtés des M. sylvatica et
M. assimilis. Mais ce serait obéir à un caractère unique (feuilles basilaires
sans limbe) spectaculaire, mais dont l’importance taxonomique, en tout
état de cause, est certainement moindre que la structure de l’inflorescence;
la perte des limbes basilaires est vraisemblablement plus aisée, génétique¬
ment parlant, que la réduction du plan inflorescentiel du type 3 au type 2.
Par ailleurs, le fruit de M. paradoxa ressemble beaucoup à ceux de la sect.
Pycnocephala, et c’est, je pense, dans cette section qu’il faut placer la
nouvelle espèce, malgré la persistance de la 3 e étamine médiane, témoin
d’une évolution imparfaite vers le type dimère.
Cette fertilité vestigiale du cycle interne devrait faire exclure la nou¬
velle espèce du genre Mapania, pour la rapprocher des genres monospéci¬
fiques Exocarya (Australie) ou Mapaniopsis (confins vénézuélo-brésiliens).
Ces deux genres ont des inflorescences diffuses, non contractées en tête:
ils ne ressemblent physionomiquement pas aux Mapania, dont ils ne sem-
I. La description donnée par Koyama (7) de i'épillet des Mapania et genres voisins est
en désaccord à la fois avec les diagrammes donnés par la plupart des cypérologues (Clarke. 2;
Uittien, 13; Kern, S; Lorougnon, 10) et l'observation des faits : Koyama distingue, dans
tous les cas, les deux pièces externes latérales comme à part, suivies de soit 2 soit 4 pièces internes,
avec dans ce dernier cas la pièce inférieure fertile (fl. monandre). Le fait que, dans les épillets
à 6 pièces, la pièce médiane externe, postérieure, soit à la fois fertile et à nervure médiane
ciliée au moins vers le haut, suffit à mon avis à l'assimiler aux deux pièces latérales externes,
avec lesquelles elle constitue bien un cycle externe trimère, entourant de façon alterne un
cycle interne également trimère, exactement comme dans une fleur de Colchicum ou de Juncus,
l’actinomorphie en moins... Plus généralement, il n"y a donc pas deux pièces externes puis
soit 2 soit 4 pièces internes, mais bien toujours deux cycles isomères comptant chacun soit 3
Source : MNHN, Paris
— 535 —
blent pas pouvoir dériver phylétiquement; il était normal que le diagramme
différent de leur épillet les ait fait distinguer au rang générique Par
contre, Mapania paradoxa, par tous ses caractères, excepté cette étamine
surnuméraire, est bien affine des autres Mapania sud-américains; elle
dérive certainement d’un Mapania trimère inconnu, sans doute disparu
(ancêtre commun avec la sect. trimère Mapania?), et constitue probable¬
ment un rameau latéral du chaînon ayant conduit aux vrais Pycnocephala.
II n’en reste pas moins que l’existence de cette espèce ne peut pas ne pas
remettre en discussion le statut des genres Mapaniopsis et Exocarya.
Les Mapanioïdées, groupe certainement ancien, nous donnent l’exemple
d’une évolution très réticulée, dont seuls des chaînons fragmentaires nous
parviennent aujourd’hui, préservés dans les lambeaux d’une forêt dense
humide vierge que ces plantes n’ont pu quitter, lambeaux malheureusement
de plus en plus menacés et morcelés. Il n’est pas étonnant, dans ces condi¬
tions, que le découpage de genres vraiment naturels reflétant l’enchaîne¬
ment phylétique y soit très aléatoire, et que les classifications y soient
contestées et éphémères. Devant une telle situation, en effet, deux attitudes
sont possibles : ou bien ne distinguer que quelques grands genres à défini¬
tion large, ou bien élever au rang générique de petits groupes homogènes
mais correspondant si possible à des rameaux phylétiques véritables dont
on peut imaginer les interrelations dans le temps et dans l’espace. Cette
seconde attitude, nettement plus fructueuse, n’est pas encore applicable
dans les Mapanioïdées en raison des lacunes de nos connaissances; la
classification actuelle reste bâtarde et provisoire, de même que la position
de l’espèce ici décrite. Il est à souhaiter que des observations nouvelles
viennent permettre la construction d’une taxonomie fondée sur des faits
originaux venant relayer une morphologie à court d’arguments.
Bibliographie
1. Chermezon, H. — Cypéracées nouvelles du Gabon, Bull. Soc. Bot. Fr. 77 : 275-279
(1930).
2. Clarke, C. B. — Illustrations of Cyperaceæ, 144 pl. (1909).
3. Emberger, L. — in Chadefaud, M. & Emberger, L., Traité de botanique systé¬
matique. II. Les végétaux vasculaires, fasc. 1, 755 p., Paris (1960).
4. Holttum, R. E. — The spikelet in Cyperaceæ, Bot. Review 14 (8) : 525-541 (1948).
5. Kern, J. H. — New look at some Cyperaceæ mainly front the tropical standpoint,
Adv. Science 19 (78) : 141-148 (1962).
6. Koyama, T. — Classification of the family Cyperaceæ (1), Journ. Fac. Sc. Univ.
Tokyo, Bot. 8 (1-3) : 37-148 (1961).
7. — Cyperaceæ-Mapanioideæ, Mem. N.Y. Bot. Gard. 17 (1) : 23-79 (1967).
8. — DiplacruM africanum newly found in Tropical America, Rhodora 73 (793) :
159-160 (1971).
9. — Cyperaceæ-Rhynchosporeæ and Cladieæ, Mem. N.Y. Bot. Gard. 23 : 23-89 (1972).
10. Lorougnon, G. — Contribution à l'étude des Hypolytrées de Côte d’ivoire, Thèse
3 e cycle, 57 p., Paris (1963).
1. En 1961, Koyama (6) a inclus Mapaniopsis et Thoracoslachyum dans Mapania; aujour¬
d’hui (7) il semble qu’il rétablisse Mapaniopsis au rang générique, tout en gardant Thoraco¬
slachyum comme section de Mapania ; les raisons de ce choix ne sont pas clairement explicitées.
Source : MNHN, Paris
— 536 —
11. Nozeran, R. — Contribution à l’étude de quelques structures florales (essai de
morphologie comparée), Ann. Sc. Nat., Bot., ser. 11, 16 : 1-224 (1955).
12. Raynal, J. — Notes cypérologiques : XIII. Variation curieuse d’un Mapania afri¬
cain, Adansonia, ser. 2, 8 (3) : 411-415 (1968).
13. UrrriEN, H. — Studies in Cyperaceæ-Mapanieæ. I. A révision of Thoracostachyum,
Rec. Trav. Bot. Néerl. 33 : 133-140 (1936).
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 537-542, 1976.
NOTES CYPÉROLOGIQUES :
25. LE GENRE SCHŒNOPLECTUS
I. SUR QUELQUES ESPÈCES SUD-AFRICAINES
par J. Raynal
Résumé : L’introduction rappelle l’histoire du genre et la nécessité de ie distinguer
aujourd’hui. Trois espèces sud-africaines affines, jusqu'ici confondues, sont définies et
comparées.
Summary: After a foreword recalling the history and value of the genus, three
South African species, closely related and hitherto merged, are compared and distinguished
from one another.
Au sens large traditionnel, le genre Scirpus est essentiellement défini
par des caractères négatifs, des absences de spécialisation morphologique :
stylobase non différenciée, soies hypogynes non pétaloïdes, épillet non
distique, à glumes toutes fertiles... Rien d’étonnant dans ces conditions
qu’ainsi Scirpus soit un rassemblement passablement hétéroclite de taxons
dissemblables n’ayant en commun que ce plan floral sans originalité.
Encore faut-il se demander si l’apparente simplicité du diagramme
floral n’est pas parfois le résultat d’une évolution complexe aux nombreuses
étapes. De même que les Mapanioïdées présentent une gamme de dia¬
grammes, de l’inflorescence complexe indéfinie de Scirpodendron au stade
préfloral défini de Mapania, homologue de la fleur de Fuirena, de même
on peut interpréter la série des diagrammes observables chez les Cyperoideæ
comme un second cycle de contractions et de simplifications conduisant
de l’épillet de Fuirena à la fleur de Scirpus squarrosus, espèce représentant
en fait un genre Rikliella (J. Raynal, 7) très éloigné des véritables Scirpus
s. str. (proches, eux, des Fuirena).
L’hétérogénéité des anciens Scirpus est apparue dès le début du
xix e siècle, mais le manque de critères autres que morphologiques rendait
la plupart des découpages proposés assez artificiels et peu convaincants.
C’est pourtant de cette époque que datent des genres tels qu'Isolepis R. Br.,
Eleogiton Link, Blysmus Panzer. A la fin du siècle dernier les études anato¬
miques de Palla et Rikli mirent en évidence de nouvelles différences.
Source : MNHN, Paris
— 538 —
amenant Palla (5, 6) à découper Scirpus en reprenant plusieurs genres
anciens et en élevant au rang générique d’anciennes sections, créant ainsi en
particulier le genre Schœnoplectus (Reichenbach) Palla. Ce genre regroupe
d’assez nombreuses espèces joncoïdes, c’est-à-dire à feuilles pratiquement
réduites à leur gaine, la fonction photosynthétique étant remplie par les
tiges et les bractées involucrales.
Sans doute ces efforts taxonomiques n’entraînèrent-ils pas l'adhésion
des cypérologues « classiques », tels que Clarke, Kükenthal et Cher-
mezon, qui continuèrent de considérer Scirpus dans un sens large, et dont
l’autorité justifiée a sans doute joué un rôle dans le maintien d’une position
prudemment conservatrice. Depuis environ trente ans la division de Scirpus
proposée par Palla est pourtant réapparue çà et là dans des ouvrages
floristiques tempérés; rien n’était cependant fait à l’échelle monographique
mondiale, quand Van der Veken (8) apporta par ses travaux embryo-
graphiques en 1965 une argumentation de poids en faveur de l’éclatement
du genre; sans pousser ses résultats jusqu’à leur conclusion taxonomique
logique, l’auteur montre clairement quels groupes possèdent un type
d’embryon homogène et méritent une individualisation taxonomique.
Le genre Schœnoplectus est caractérisé par un type d’embryon très
évolué qui, s’ajoutant aux critères morphologiques et anatomiques, suffit
parfaitement à le faire accepter aujourd’hui; en ce qui concerne l’Afrique
tropicale, Lye (3) a ainsi forgé un certain nombre de binômes couvrant les
espèces est-africaines.
Les auteurs sont en général unanimes sur la délimitation de groupes
d’espèces au sein de Schœnoplectus ; ils le sont beaucoup moins quant au
rang taxonomique et aux noms à attribuer à ces groupes, qui peuvent
se définir ainsi :
— Plantes cespiteuses ( Actæogeton , Supini).
— Plantes à rhizome rampant et soies hypogynes scabres ( Schœnoplec¬
tus ) ou plumeuses ( Pterolepis ).
C’est à dessein que, dans cet article préliminaire, ces groupes ne sont
pas présentés sous un statut nomenclatural formel.
Le présent article concerne des espèces sud-africaines de la sect. Schœno¬
plectus. En Afrique tropicale cette section est principalement représentée
par Sch. corymbosus 1 dont l’aire s’étend jusqu’en Asie; restent plus étroite¬
ment cantonnés à l’Afrique orientale et méridionale Sch. muricinux 2 ,
dont Sch. confusus (N.E.Br.) Lye n’est peut-être pas spécifiquement dis¬
tinct, et Sch. rogersii (N.E.Br.) Lye,qui ne quitte guère la région zambésienne.
En Afrique du Sud, en dehors de Sch. muricinux représenté par de
nombreuses récoltes et présentant comme Sch. rogersii et Sch. confusus
1. Schœnoplectus corymbosus (Roth ex Roem. & Sch.) J. Rayn., in B. Peyre de Fabrf-
gues & J.-P. Lebrun, Catal. PI. Vase. Niger : 343 (1976).
— tsolepis corymbosa ROTH ex Roem. & Sch., Syst. 2 : 110 (1817), non Presl 1830.
— Scirpus corymbosus Heyne ex Roth 1821, nom. illeg., non L.
— Schœnoplectus brachyceras (HOCHST. ex A. RiCH.) Lye, 1971.
— Schœnoplectus inclinatus (Del. ex Barbey) Lye, 1971.
2. Schœnoplectus muricinux (C. B. Cl.) J. Rayn., comb. nos.
— Scirpus muricinux C. B. Clarke, Bot. Jahrb. 38 : 135 (1905).
Source : MNHN, Paris
— 539 —
des akènes transversalement ridés, on rencontre des Schœnoplectus à akène
lisse — voisins en cela de Sch. corymbosus — tous réunis par C. B. Clarke (1)
sous le nom de Scirpus paludicola Kunth. L'examen du matériel corres¬
pondant des herbiers de Paris et de Londres (K, BM) me conduit à reprendre
une distinction proposée il y a près de 140 ans, mais abandonnée par
Clarke, peut-être par suite d’une confusion nomenclaturale à l’origine.
En effet, en 1836, Nees von Esenbeck (4) décrivit un Isolepis decipiens
dépourvu (d’où son nom) de soies hypogynes bien développées. L’année
suivante Kunth (2) reprenait l’espèce de Nees, mais décrivait également,
dans la même page, un Isolepis paludicola fondé sur un spécimen de Drège;
dans le même ouvrage il créait d’après un autre spécimen de Drège pourvu,
lui, de soies hypogynes bien développées, un Scirpus paludicola qui, malgré
l’homonymie d’épithète, n’a donc rien à voir avec l 'Isolepis. Cette homo¬
nymie malencontreuse sera peut-être pour beaucoup dans les confusions
ultérieures. Toujours dans Y Enumérât io Plant arum, Kunth décrit enfin
une troisième Cypéracée scirpoïde, mais dans le genre Ficinia en raison
d’un bourrelet prononcé à la base de l’akène, pris pour un disque hypogyne;
il n’est en fait constitué que par les bases confluentes de soies hypogynes
abortives, comme le reconnaîtra Clarke (1) qui placera ce Ficinia pulchella
dans la synonymie de Scirpus paludicola, ainsi qu 'Isolepis paludicola,
réunissant ainsi sous un seul taxon les trois espèces distinguées par Kunth.
En créant dans le genre Schœnoplectus des combinaisons spécifiques
nouvelles, Palla (5) n’a pas explicitement indiqué leurs basionymes; certes,
son article entier traitant d’un démembrement du genre Scirpus, on est
en droit de considérer que, sauf indication contraire, les basionymes sont
des Scirpus, ce qui permet ainsi de considérer ses combinaisons comme
validées par référence indirecte 1 .
Pourtant tous les basionymes de ces combinaisons ne sont pas des
Scirpus. Ceux appartenant à d’autres genres sont, à certains endroits de
l’article de Palla, explicités, ainsi Dichostylis pygmæa, basé sur un Cyperus,
ou D. congesta, fondé sur un Fimbristylis ; dans les Schœnoplectus cependant,
la liste des combinaisons ne fait aucune référence particulière; la plupart
des basionymes sont bien des Scirpus, mais « Sch. senegalensis (Hochst.) »
est visiblement fondé non sur Scirpus senegalensis Lam., mais bien sur
Isolepis senegalensis Hochst. ex Steud., 1854. Dans ce cas l’application
de l’Art. 32 du Code International de Nomenclature Botanique semble
inévitable : Palla ne fait aucune référence, même indirecte, au basionyme.
1. Comme l'indique l'Index Kewensis (Suppl. 1), le genre Schanoptectus a bien été
créé par Palla en 1888 dans le compte-rendu de la communication de ses travaux à la Société
zoologique et botanique de Vienne (5). Mais l'Index Kewensis fait état de 8 combinaisons
spécifiques publiées au même endroit. En réalité, si Palla cite bien 8 espèces de Scirpus entrant
dans le nouveau genre, aucun des binômes correspondants n'est exactement formulé (Code
International de Nomenclature Botanique, Art. 33). Trois de ces binômes {Sch. tabernæ-
monlani, triqueter et mucronatus ) seront validement publiés la même année par Kerner, Sched.
Fl. Austr.-Hung. 5 : 89-91 ; les autres combinaisons ne seront explicitées, donc validées,
qu’en 1889 (6); aux 8 espèces « européennes » déjà citées Palla ajoute 9 espèces « extra¬
européennes » dont les noms, comme le souligne Lye (3), n'ont pas été repris par l’Index
Kewensis.
Source : MNHN, Paris
— 540 —
et Schœnoplectus senegalensis doit être considéré comme validé tout
récemment 1 .
Le cas de « Sch. paludicola (Kunth). Vom Kap » est légèrement diffé¬
rent. A mon avis, c’est Scirpus paludicola Kunth qui doit être considéré
comme le basionyme de ce nom ; cependant l’existence d’un Isolepis palu¬
dicola Kunth, également du Cap, mais nomenclaturalement non synonyme,
laisse planer une certaine ambiguïté sur l’intention véritable de Palla,
d’autant que son Sch. senegalensis figure à la ligne précédente. La combi¬
naison Sch. paludicola réclame sans doute elle aussi une validation dans
le présent article.
D’après une note manuscrite sur l’échantillon Dieterlen 1335 dans
l’herbier de Kew, Turrill avait bien vu la valeur spécifique de Ficinia
pulchella Kunth, auquel il avait donné un nom resté inédit, et la définition
suivante : « affinis S. paludicola Kunth sed nucibus multo minoribus
differt ».
C’est à A. E. Schuyler que nous devons, après 70 ans de confusion,
d’avoir à nouveau distingué, lors d’un examen des collections de Paris
qui contiennent les deux isotypes, les espèces Scirpus paludicola et Isolepis
paludicola ( comm. verb., 1966). Il semble être revenu depuis sur cette opinion
(in litt., 1975); celle-ci me paraissant pourtant assez fondée, et ces espèces
réclamant un statut nomenclatural sous Schœnoplectus, je donne ci-dessous
les caractères distinctifs, la synonymie et la répartition géographique des
trois espèces étudiées :
CLEF DES ESPÈCES
1. Soies hypogynes 6, toutes développées, égalant presque l’akène. Glumes
longues de 2,2-2,4 mm, concolores ferrugineuses à reflets dorés. Akène
noir luisant de 1,3-1,6 mm . Sch. paludicola
1'. Soies hypogynes nulles, rudimentaires ou seulement 1-2 brèves.
2. Glumes longues de 2,5-3 mm, discolores, paille à sommet pourpré,
mucronées-aristées. Soies hypogynes 0-2 brèves. Akène de 1,3-1,5 mm,
terne. Sch. decipiens
2'. Glumes courtes (1,5 mm) brunes, submutiques. Soies hypogynes nulles
réduites à un bourrelet clair sous l’akène noir luisant de 0,7-0,9 mm
. Sch. pulchellus
Schœnoplectus decipiens (Nees) J. Rayn., comb. nov.
— Isolepis decipiens Nees, Linnæa 10 : 157 (1836).
—■ Isolepis paludicola Kunth, Enum. PI. 2 : 198 (1837). Type : Drège 3959 a (iso-, P!).
— Scirpus paludicola auct. non Kunth : C. B. Cl., Fl. Cap. 7 : 230 (1898), p.p.
Syntypes : Ecklon & Zeyher s.n., entre Boschmanskloof et Gaurit R., Zwellendam
(iso-, P! Kl); Ecklon & Zeyher s.n., Zwartkops R.
1. Schœnoplectus senegalensis (Hochst. ex Steud.) Palla ex J. Rayn., in B. Peyre de
Fvbrègues & J.-P. Lebrun, l.c. : 344 (1976).
— Isolepis senegalensis Hochst. ex Steud., Syn. Cyp. : 96 (1855).
— Schœnoplectus jacobi (Fischer) Lye, 1971.
Source : MNHN, Paris
Fig. 1. — dûmes et akènes des Schœnoplectus sud-africains étudiés x 25 : 1, Sch. decipicns
(Nees) J. Rayn. (Dieterlen 733, Lésotho); 2, Sch. pulchellus (Kunth) J. Rayn. (Drège 4427,
type); 3, Sch. paludicola (Kunth) Palla ex J. Rayn. (Drège 4426, type). Dessin de J. Raynal.
Afrique du Sud ; Verreaux s.n., Tulbagh, P!; Ecklort & Zeyher s.n., syntypes;
Drège 3959a, entre Zondag R. et Zuureberg, 27.10.1832, P! K’.; 3959 c, Blesbokvlakte,
24.4.1832, P!; 3959d, entre Los Tafelberg et Wildschutsberg, 12.12.1832, P! K!; 3959e,
Nieuwe Hantom, 22.2.1833, P!; Zeyher 4386, Zwellendam, 1847, P! K!; Rogers 18428,
Transvaal, 1.1916, K!; Baur 778, Shiloh, ca. 1885, K!; Burit-Davy 18149a, Burttholm,
12.1919, K!; Archibald 5267, Karhaar Vlakte, Addo Nat. Park, 23.9.1954, K!; Acocks
16309, 10 mi. SW Colesberg. K!; 17924, 8 km SE Queenstown, 18.2.1955, K!; 20155,
New England, 14.1.1959, P!; Lubke 103, 10 mi. de Grahamstown, Fish R., 12.4.1961,
P! K! — Lesotho : Dieterlen 733, Leribe, s.d., P! K!
Schœnoplectus paludicola (Kunth) Palla ex J. Rayn., comb. valid.;
Palla, Bot. Jahrb. 10 : 299 (1889), comb. ambig.
— Scirpuspaludicola Kunth, Enum. PL 2 : 163 (1837); C. B. Clarke, Fl. Cap. 7 : 230
(1898), p.p.
Type : Drège 4426, entre Key et Gekau, 20.1.1832 (iso-, P! K!).
Afrique du Sud : Drège 4426, type; Mac Owan 1964 b, Boschberg, Somerset, ca.
1872, K!; 2086, Vanstaden R., 12.1872, P!; Buchanan 357, Natal, ca. 1875, K!; Schlechter
Source : MNHN, Paris
— 542 —
63/8, Inyunga, 17.1.1895, K!; Tyson 2600, Clydesdale, 12-1884, K!; O. Kunize 278 ,
Toise R., King Williamstown, 27.2.1894, K!; Dyer 172, Grahamstown, 10.1925, K!;
Huniley 509, Pietermaritzburg-Bisley, 2.1949, K!; Acocks 16261, Turpin Dam, Bedford,
28.2.1951, K!; 21332, Brandwacht, Mosselbai, 8.8.1960, K!; 22204, 8 km W Mosselbai.
19.6.1962, K!; Moll 2285, Glen Mill, basse Tugela R., 21.9.1965, K!
Schœnoplectus pulchellus (Kunth) J. Rayn., comb. nov.
— Ficinia pulchella Kunth, Enum. PI. 2 : 261 (1837).
— Scirpus pulchellus (Kunth) Bock., Linnæa 36 : 698 (1870).
— Scirpus paludicola auct. non Kunth : C. B. Clarke, Fl. Cap. 7 : 230 (1898), p.p.
Type : Drège 4427, Fish R., 9.1.1832 (iso-, P! K!).
Afrique du Sud : Drège 4427, type; Burti-Davy 18149b, Burttholm, 12.1919, K!;
Moss 9701, Springs, 11.5.1924, K!; 11200, Benoi, Witwatersrand, 19.4.1925. K! — Leso¬
tho : Dielerlen 1335, Mafeteng, 2.3.1918, P! K! BM!
Les caractères différentiels principaux des trois espèces sont illustrés
par la fig. 1. L’étude de leurs répartitions géographiques montre qu’elles
sont largement sympatriques dans une vaste région au sud-est de la Répu¬
blique sud-africaine; la seule observation possible est que Sch. decipiens
semble plus montagnard que Sch. paludicola; mais c’est sur le terrain que
cette hypothèse devra être vérifiée.
Bibliographie
1. Clarke, C. B. — Cyperaceæ, in Thiselton-Dyer, W. T., Flora Capensis 7 : 149-310
(1897-98).
2. Kunth, C. S. — Enumeratio Plantarum 2, 592 p. (1837).
3. Lye, K. A. — Studies in African Cyperaceæ. III. A new species of Schœnoplectus
and some new combinations, Bot. Notis. 124 : 287-291 (1971).
4. Nees von Esenbeck, C. G. — Cyperaceæ Capenses secundum novissimas Ecklonii
collectiones, Linnæa 10 : 129-207 (1836).
5. Palla, E. — Verhandl. Zool.-Bot. Ges. Wien 38, Sitzb. : 49 (1888).
6. — Zur Kenntnis der Gattung “ Scirpus ”, Bot. Jahrb. 10 : 293-301 (1889).
7. Raynal, J. —- Notes cypérologiques : 19. Contribution à la classification de la sous-
famille des Cyperoideæ, Adansonia, ser. 2, 13 (2) : 145-171 (1973).
8. Van der Veken, P. — Contribution à l’embryographie systématique des Cyperaceæ-
Cyperoideæ, Bull. Jard. Bot. Et. Bruxelles 35 (3) : 285-354 (1965).
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 543-572, 1976.
DE LA STRUCTURE GRENUE
A LA STRUCTURE COLUMELLAIRE
DANS LE POLLEN DES ANNONACÉES
par A. Le Thomas & B. Lugardon
Sommaire : Après un bref rappel des différents types d’organisation de l’exine
chez les Annonacées, le pollen de plusieurs espèces est étudié dans divers genres mon¬
trant le passage de la structure infratectale grenue à la structure columellaire. Il ressort
des exemples proposés que ce phénomène est lié à une différenciation de toute la couche
grenue : — les columelles résultent soit d’une coalescence des grains, soit d’une transfor¬
mation de leur forme; — l’apparition de la structure columellaire est en relation étroite
avec la différenciation de la couche profonde feuilletée lamellaire; -— l’évolution de
la partie infratectale de l’exine s’accompagne de modifications structurales au niveau
du tectum lui-même.
Summary: The various types of exine architecture among Annonaceæ is briefly
summarized. Then, pollen grains of several species are described, enlightening a trend
from infratectal granular to columellar structure. The selected examples show that
this évolution is linked with a différentiation of the whole granular layer ; — colu-
mellae resuit from either a coalescence of the grana or a transformation of their individual
shape; — the building of a columellar structure is closely connected with the différentiation
of the lamellar foliated basal layer; — évolution of the infratectal zone of the exine
goes along with changes of structure within the tectum itself.
Il est maintenant largement admis qu’il existe deux grands types
de structure infratectale chez les Angiospermes, la structure columellaire
et la structure grenue (Van Campo & Lugardon, 1973; Le Thomas & Lu¬
gardon, 1974; Walker & Skvarla, 1975; Doyle, Van Campo & Lugar¬
don, 1975). On sait également que ces deux structures infratectales se
rencontrent simultanément dans certaines familles de cet ensemble, et en
particulier à l’intérieur de familles appartenant à l’ordre des Magnoliales
(Praglowski, 1974; Walker, sous presse).
Les Annonacées représentent à cet égard un exemple extrêmement
intéressant. La structure grenue a été mise en évidence chez de nombreuses
espèces de cette famille (Van Campo & Lugardon, 1973; Le Thomas &
Lugardon, 1974 et sous presse; Lugardon & Le Thomas, 1974; Walker
& Skvarla, 1975; Walker, sous presse), tandis que d’autres espèces
montrent une structure columellaire typique (voir par exemple Le Tho-
Source : MNHN, Paris
— 544 —
mas & Lugardon, 1972). En fait, la structure exinique est exceptionnelle¬
ment diversifiée chez les Annonacées, comme nous l’avons déjà montré
à l’occasion du Symposium palynologique consacré à « The Evolutionary
Significance of the Exine » (Londres, septembre 1974).
Nous avions alors indiqué que l’exine de pollen simple sulqué, com¬
portant seulement un tectum continu et une couche infratectale formée de
grains serrés et peu individualisés, peut être considérée comme étant,
dans cette famille, « the most primitive, subsequently diversifying in
different ways... » (Le Thomas & Lugardon, abstract 1974) L Nous
avions également évoqué et défini les différentes voies de diversification
suivies par l’exine — ou plus précisément par l’ectexine puisque cette
exine est toujours dépourvue d’endexine — des Annonacées à partir de
ce type particulièrement simple (sous presse).
Dans le cas des exines grenues, il est possible de distinguer deux direc¬
tions essentielles. L’une se traduit par la fusion des grains les plus profonds,
puis des grains plus superficiels, ce qui entraîne la différenciation d’une
couche basale (ou sole) plus ou moins compacte et continue ( Cananga ,
Xylopia pro parle) pour aboutir à une exine presque parfaitement massive
(Boutiquea) 1 2 . La seconde, amorcée par l’apparition de courts feuillets à
la base de la couche grenue ( Lettowianthus , PI. 16), conduit à l’édification
d’une couche basale continue d’un type très particulier, composée d’un
plus ou moins grand nombre de feuillets distincts à ultrastructure lamellaire
( Uvaria , Letestudoxa, Isolona, Miliusa).
Dans les exines à structure columellaire qui comportent toujours
trois parties en raison de la présence constante d’une couche basale feuilletée
lamellaire, nous avons également distingué plusieurs tendances. Pour
l’essentiel, celles-ci se concrétisent par l’acquisition de columelles de plus
en plus régulières, et par l’épaississement du ou des feuillets superficiels
de la couche basale; il tend ainsi à se former, au niveau de la base des
columelles, une couche massive et continue comparable à la sole classique
des exines columellaires, tandis que les feuillets plus profonds conservent
leur individualité.
Au cours de cette étude (sous presse), comme dans les précédentes
notes consacrées à l’exine des Annonacées, nous avions volontairement
décrit séparément les pollens à structure grenue et les pollens à structure
columellaire. Nous nous étions bornés à souligner d’une part le caractère
primitif de certaines exines grenues ( Piptostigma, Polyceratocarpus), d’autre
part le stade de différenciation avancé de quelques pollens simples à struc-
1. Walker & Skvarla (1975) appellent « atectate » (atectées) les exines de ce type ou
de types plus ou moins analogues qui, selon eux, « lack a tectum because their more or less
amorphous exine has little or no internai structure ». Nous considérons pour notre part que
la couche superficielle de ces exines ( Piptostigma , Polyceratocarpus, Le Thomas & Lugardon,
1974) est un tectum parfaitement défini, de telle sorte que le terme « atecté » paraît difficilement
applicable à de telles exines.
2. On notera que cette structure, qui se classe dans les « atectate » de Walker & Skvarla
comme celle qui caractérise le type primitif des Annonacées, a une valeur phylogénique très
différente : elle provient d’une fusion secondaire de l'ensemble des grains de la couche infra¬
tectale avec le tectum, et représente en fait le terme d’une des voies de différenciation de l’exine
de la sous-famille Fusæa (sensu Walker, 1971).
Source : MNHN, Paris
PI. 1. — Polyalthia stuhlmanii (Engl.) Verdcourt : 1 , (x 25 000), coupe transversale du sporo-
derme montrant une structure de l'exine grenue simple avec ébauches de feuillets dans
la partie profonde; 2, (x 75 000), détail mettant en évidence la différence de structure
entre le tectum massif et la couche grenue infratectale encore peu différenciée.
Source : MNHN, Paris
— 546 —
ture columellaire (Polyallhia capuronii ); nous avions seulement suggéré,
dans quelques descriptions, l’hypothèse d’une relation directe entre les
structures grenues et les structures columellaires (Lugardon & Le Thomas,
1974 : ... « amas de grains infratectaux affectant grossièrement la forme
de columelles » chez Miliusa indica; Le Thomas & Lugardon, sous presse :
« les grains tantôt épars, tantôt empilés, directement liés au tectum, prenant
alors l’aspect de columelles » chez Isolona zenkeri).
Ces remarques posaient déjà, par elles-mêmes, le problème des rap¬
ports entre grains et columelles, et de ce fait celui de l’origine des colu¬
melles chez les Annonacées. Mais, préférant ne pas formuler prématuré¬
ment des hypothèses qui, quoique séduisantes, nous paraissaient encore
insuffisamment étayées, nous avons cherché à approfondir cet intéressant
problème en étudiant systématiquement le pollen de plusieurs espèces dans
des genres où l’exine montre, d’une espèce à l’autre, des différences mor¬
phologiques et ultrastructurales particulièrement significatives.
Comme nous allons le voir, ces recherches ont permis de mettre en
évidence plusieurs exemples qui illustrent le passage de la structure grenue
à la structure columellaire, démontrant ainsi de façon tangible que le grain
est à l’origine de la columelle chez les Annonacées.
Matériel et techniques
Les différents pollens étudiés proviennent soit de fleurs conservées en alcool ou
FAA (Letouzey, Thanikaimoni), soit d'échantillons d’herbier (Kew, Paris). Les déter¬
minations ont été faites par A. Le Thomas.
Le matériel étudié au MeB a été observé plein ou après avoir subi une acétolyse
ménagée; les coupes ont été obtenues sur un microtome à couteaux de verre après inclu¬
sion dans une solution de gomme arabique et de glycérine (Hideux & Marceau, Adan-
sonia, ser. 2, 12 : 609, 1972). Les clichés ont été réalisés au Laboratoire de Géologie du
Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.
Les coupes ultrafines ont été faites pour la plupart sur du pollen plein; fixation par
formaldéhyde/ OsOi; inclusion dans l’épon; contrastants : acétate d'uranyle/citrate de
plomb. Les clichés ont été réalisés au Laboratoire de Biologie végétale de Toulouse.
Principales abréviations portées sur les figures : Cy, contenu cellulaire des grains
de pollen; E, épine; F, feuillets de la couche basale; G, grains infratectaux; In, intine;
L, lamelle; p, perforations; T, tectum.
1. Le genre POLYALTHIA
Ce genre est commun aux parties tropicales d’Afrique, Madagascar,
Asie et Australie. Quatre espèces sont étudiées ici; deux d’entre elles sont
africaines, une asiatique, une malgache. Ces exemples constituent une
série complète montrant le « passage » d’un type grenu très simple et
relativement primitif à un type columellaire parfait, type qui se rencontre
rarement aussi bien défini, dans la famille des Annonacées.
Source : MNHN, Paris
— 547 —
PI. 2. — Polyalthia suaveolens Engler & Diels : 1, (x 25 000), coupe transversale du sporo-
derme montrant une structure de l’exine compacte; la partie interne est constituée de
1-3 feuillets; 2, (x 70 000), la couche infratectale est composée d’un grand nombre de
petits grains, mieux individualisés prés du tectum.
Source : MNHN, Paris
-- 548 —
a) P. stuhlmanii (Engler) Verdcourt : Rawlin 303B, Kenya, K —
PI. 1, 12.
Pollen simple, sulqué, présentant en surface de larges, irréguliers et
peu proéminents mamelons juxtaposés. En coupes ultrafines, l’exine peu
épaisse montre un tectum massif, homogène, recouvrant une couche infra-
tectale grenue très peu épaisse, constituée de petits grains (600 Â) assez
espacés, directement reliés au tectum. Sous cette couche on distingue
quelques éléments allongés très ténus (100 Â), discontinus, noyés dans un
matériel de nature mal définie; ces éléments, qui sont rattachés çà et là
aux grains de la couche infratectale et laissent deviner par places une
structure tripartite, sont l’ébauche d’une véritable couche basale feuilletée
(cf. Lettowianthus, Londres, 1974, sous presse). L’intine est particulière¬
ment épaisse (3-5 fois l’épaisseur de l’exine) et hétérogène.
b) P. suaveolens Engler & Diels ( Greenwayodendron ) : R. Lelouzey
11806, Cameroun, P — PI. 2, 12.
Pollen simple, sulqué dont le tectum dessine des massifs arrondis
irréguliers à surface faiblement verruqueuse. Ce tectum recouvre une
couche grenue constituée d’un grand nombre de très petits grains (200-
300 Â); près du tectum les grains sont relativement bien individualisés et
forment un ensemble continu très dense, tandis qu’ils sont, en profondeur,
plus intimement soudés et répartis en amas irréguliers et discontinus. La
partie interne est constituée de 1-2 (rarement 3) feuillets plus ou moins
discontinus et anastomosés entre eux. Ces feuillets épais (400-700 Â),
qui ont un contour irrégulier et ne montrent pas de ligne médiane claire,
paraissent dépourvus de lamelle et constitués par la simple juxtaposition
de grains. C’est la raison pour laquelle nous avons cru devoir les dis¬
tinguer des feuillets lamellaires en les appelant « moniliformes » (Le Thomas
& Lugardon, Abstract 1974); mais des observations récentes nous ont
permis de constater dans plusieurs cas que les deux types de feuillets existent
dans le même genre, et on peut supposer que l’aspect particulier des feuillets
que nous trouvons ici résulte seulement d’un dépôt de sporopollénine
plus important et plus irrégulier. L’intine a une épaisseur variable, de l’ordre
de celle de l’exine.
c) P. Iongifolia (Sonnerat) Thwaites : Thanikaimoni s.n., Indes. —
PI. 3, 12.
Pollen simple (40 n), sulqué, échinulé à épines courtes et arrondies.
L’exine a une apparence très désordonnée sur les coupes ultrafines. Com¬
paré à celui des deux exemples précédents, le tectum peu épais paraît
en quelque sorte disloqué : il se présente sous l'aspect d’une chaîne sinueuse
de grains irréguliers, plus ou moins allongés tangentiellement. La couche
grenue infratectale est composée d’éléments épars, souvent assez gros,
parfois empilés les uns sur les autres, ou plus ou moins allongés radiale-
ment et affectant alors la forme de columelles très irrégulières. Deux à
Source : MNHN, Paris
PI. 3. — Polyalthia longifolia (Sonnerat) Twaites: 1, (x 30 000), coupe transversale de l'exine
à couche infratectale grenue; 2, (x 48 000), çà et là les grains tendent à s’organiser en
s'empilant les uns sur les autres sous les éléments tectaux très fragmentés; certains gros
grains du tectum présentent un diverticule qui constitue une courte épine. — Polyalthia
capuronii Cav. & Ker. : 3, (x 24 000), la couche infratectale est parfaitement columellaire.
la base des columelles étant reliée par une couche basale massive dans sa partie superficielle.
Source : MNHN, Paris
— 550 —
trois feuillets (épais de 300 Â environ) constituent la couche basale de
l'exine; très discontinus, directement rattachés aux grains les plus pro¬
fonds, ces feuillets montrent distinctement la ligne claire d’une lamelle
médiane. Çà et là, un grain du tectum particulièrement gros, et reposant
le plus souvent sur un grain infratectal également très volumineux, pré¬
sente un diverticule qui constitue l’une des épines caractéristiques de
l’ornementation exinique de cette espèce. L’intine est relativement peu
épaisse (environ la moitié de l’épaisseur de l’exine).
d) P. capuronii Cav. & Keraudren : Capuron 11795 SF, Madagascar,
P — PI. 3, 12.
Pollen simple, sulqué, hétéropolaire à tectum lisse perforé. Déjà
décrite (Le Thomas & Lugardon, sous presse), la structure de l’exine
atteint ici le stade le plus élaboré de la structure columellaire chez les
Annonacées : un tectum très massif interrompu par de nombreuses perfo¬
rations; des columelles courtes, mais très régulières; une couche infra-
columellaire qui présente une partie externe massive et continue reliant la
base des columelles, et une partie profonde composée de 1-3 feuillets
lamellaires discontinus (250-300 Â) rattachés par endroits à la partie
massive.
Dans le genre Polyalthia on rencontre donc une série de différen¬
ciation presque complète de la structure de l’exine. Il est à peu près certain
que l’étude du pollen provenant d’autres représentants de ce genre nous
fournirait de nouveaux maillons de cette série. Mais en nous en tenant
à ces quatre exemples, nous voyons successivement : une structure grenue
simple avec ébauche de feuillets dans la couche profonde chez P. stuhlmanii,
puis une structure grenue mieux différenciée et des feuillets plus nets chez
P. suaveolens, puis des grains sensiblement plus gros avec une tendance
à la structure columellaire chez P. longifolia où les grains s’empilent ou
affectent la forme de columelle, et enfin chez P. capuronii la columelle
parfaite s’appuyant sur une couche basale très élaborée. On peut noter
également que le tectum marque une tendance vers la fragmentation en
même temps que la couche grenue s’organise, et qu’il tend au contraire à
se reconstituer lorsqu’apparaissent des columelles bien définies.
Cette corrélation entre la reconstitution du tectum et la différen¬
ciation de la structure columellaire se manifeste plus ou moins nettement,
comme on pourra le remarquer, dans chacun des autres genres pris comme
exemples.
2. Le genre ISOLONA
Genre africano-malgache dont le pollen est simple, hétéropolaire,
inaperturé.
Source : MNHN, Paris
— 551 —
PI. 4. — Isolona thonneri (De Wild. & Th. Dur.) Engl. & Diels : 1, (x 25 000), coupe trans¬
versale du sporoderme montrant une exine presqu'entièrement grenue; seuls quelques
éléments de la surface externe se soudent pour former une ébauche de tectum ; 2, ( x 50 000),
on remarque la présence de la lamelle médiane blanche au milieu des feuillets.
Source : MNHN, Paris
— 552 —
PI. 5. — Isolona hcxaloba (Pierre) Engl. & Diels : 1, (x 10 000), coupe transversale du sporo-
derme : les éléments tectaux fusionnent fréquemment en amas allongés, les grains de la
couche infratectale s'empilent en forme de columelles; 2, (x 50 000), détail montrant
des grains uniques allongés d'aspect columellaire.
Source : MNHN, Paris
— 553 —
a) I. thonneri (De Wild. &Th. Dur.) Engler & Diels : Letouzey 10205,
Cameroun, P — PI. 4, 13.
Pollen hétéropolaire ou subglobuleux (L = 50 n; 1 = 30-40 n) à orne¬
mentation verruqueuse, mais présentant une modification de l’exine dans
sa région proximale, modification pouvant s’expliquer par la durée du
stade tétrade (Guinet & Le Thomas, 1973) et non assimilable à une véri¬
table aperture proximale. L’intine présente quant à elle la même épaisseur
tout autour du grain.
Dans cette espèce, toute la partie superficielle et moyenne de l’exine
est formée de grains volumineux pour la plupart, disposés apparemment
sans aucun ordre; au niveau de la surface externe, qui montre au MeB
une ornementation verruqueuse très désordonnée, quelques grains légère¬
ment aplatis tangentiellement et soudés l'un à l’autre forment par place
une ébauche de tectum de faible étendue. La couche profonde de l’exine
consiste en 2-3 feuillets lamellaires (600 Â), serrés, mais très souvent inter¬
rompus sur de longues distances, à nombreux points de jonction, reliés
aux grains de la couche infratectale et directement en contact avec l’intine.
Celle-ci est peu épaisse, et montre un contour extrêmement sinueux sur
sa face interne.
b) I. hexaloba (Pierre) Engler & Diels : Letouzey 10419, Cameroun,
P — PI. 5, 13.
Pollen hétéropolaire (L = 47 jx; 1 = 39 jx) à tectum perforé.
Dans cette seconde espèce d 'Isolona, la partie externe et moyenne
de l’exine est également constituée de très gros grains, mais elle tend nette¬
ment à se différencier. Les grains les plus externes fusionnent plus fré¬
quemment et se soudent en amas allongés plus réguliers constituant un
tectum relativement peu épais à très nombreuses perforations. La couche
sous-jacente présente une organisation encore assez désordonnée, mais
les grains tendent à s’empiler les uns sur les autres ou à s'allonger per¬
pendiculairement à la surface, se reliant directement au tectum à la manière
des columelles (Le Thomas & Lugardon, sous presse). Deux à quatre
feuillets lamellaires (500-600 Â) contournés et fusionnant en de nombreux
points se rattachent aux grains les plus profonds et constituent la couche
basale de l’exine qui repose sur une intine peu épaisse.
Dans le genre Isolona, la columelle parfaite n’est pas encore réalisée,
mais les deux espèces étudiées montrent qu’à partir d’une structure grenue
très désorganisée les grains tendent à s’agencer d’une manière plus ou
moins « columellaire ».
3. Le genre ARTABOTRYS
Les deux exemples africains que nous décrivons dans ce genre paléo¬
tropical montrent un stade plus avancé dans la différenciation de l’exine
qui atteint ici une structure réellement columellaire.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PI. 7. — Artabotrys thomsonii Oliver : 1, (x 15 000), coupe transversale du sporoderme mon¬
trant une structure infratectale columellaire; 2, (x 50 000), on note les columelles hautes
et reliées à la base par le feuillet superficiel très épaissi et continu.
Source : MNHN, Paris
— 556 —
a) A. aurantiacus Engler & Diels : Letouzey 12141, Cameroun, P —
PI. 6, 13.
Pollen simple, hétéropolaire, à tectum rugulé-verruqueux perforé.
Il n’y a pas de véritable aperture, mais seulement une simple réduction de
la partie externe de l’exine dans une zone très peu étendue de la paroi.
En coupe transversale, le tectum se présente sous la forme d’une
succession de massifs subglobuleux ou hémisphériques, séparés par de
petites discontinuités correspondant à des perforations. La couche infra-
tectale comprend d’une part des grains généralement petits, disposés en
quantité très variable à proximité immédiate de la face interne du tectum,
d’autre part des éléments beaucoup plus importants allant du tectum à la
couche basale. Ces gros éléments « columellaires », qui semblent parfois
provenir de la soudure de deux grains superposés, montrent le plus souvent
une partie sous-tectale effilée tandis que leur partie inférieure est fortement
renflée et forme avec le feuillet superficiel de la couche basale une sorte
de sole très irrégulière. La couche basale est composée de 3-4 feuillets peu
écartés qui laissent rarement deviner la présence d’une lamelle médiane
et sont relativement épais (400-500 Â pour les feuillets profonds, souvent
près du double pour le feuillet superficiel). L’intine est très fine au niveau
de la partie amincie de l’exine, beaucoup plus épaisse sur l’autre face du
grain de pollen.
b) A. thomsonii Oliver : Letouzey 10413, Cameroun, P (Le Thomas
& Lugardon, sous presse. — PL 7, 13.
Le pollen hétéropolaire rugulé-perforé de cette espèce montre en
coupe un tectum constitué de massifs plus ou moins importants séparés
par de petites discontinuités, nettement plus continu que dans l’espèce
précédente. 11 n’y a pas de grains dans la couche infratectale qui ne
comporte ici que de « vraies » columelles, allongées, de forme régulière,
légèrement élargies à la base et réunies par le feuillet superficiel très épaissi
de la couche infracolumellaire.
L'intine hétérogène est, comme dans l’espèce précédente, très épaissie
à l’opposé de la partie amincie de l’exine et extrêmement fine au niveau
de cette dernière partie de l’exine.
Dans le genre Artabotrys, nous trouvons donc un stade de différen¬
ciation de la columelle plus avancée que dans le genre Isolona, grains et
« pseudocolumelles » constituant la couche infratectale d'A. aurantiacus
alors que la columelle « classique » se trouve réalisée chez A. thomsonii.
Les exemples suivants sont pris parmi les pollens en tétrades dans
lesquels on peut constater les mêmes types de différenciation de la structure
columellaire à des niveaux identiques.
Source : MNHN, Paris
PI. 8. — Uvariopsis congensis Rob. & Ghesq. : 1, (x 25 000) : coupe transversale du sporo-
derme montrant une exine presqu'entièrement constituée de grains juxtaposés; le tectum
est très fragmenté, les feuillets très irrégulièrement épaissis. — Uvariopsis congolana
(De Wild.) Fries : 2, (x 28 000), tectum massif, couche infratectale composée de colu-
melles courtes et globuleuses et de gros grains épars; on distingue la lamelle médiane
dans les feuillets.
Source : MNHN, Paris
— 558 —
4. Le genre UVARIOPSIS
Genre africain dont les grains de pollen se présentent en tétrades
subcarrées-planes, cohérentes, inaperturées (Le Thomas & Lugardon,
sous presse; Guinet & Le Thomas, 1973) à tectum rugulé ou verruqueux.
a) U. congensis Rob. & Ghesq. : Letouzey 10641, Cameroun, P —
PI. 8, 14.
Tétrade subcarrée-plane tétragonale, de 90 n de diamètre environ. Le
tectum verruqueux perforé est constitué de verrues de taille très inégale.
En coupe, la région externe et moyenne de l’exine apparaît constituée de
grains juxtaposés (Le Thomas & Lugardon, sous presse) et plus ou moins
soudés. On passe insensiblement d’un tectum très fragmenté formé de gros
grains soudés irrégulièrement à une couche infratectale montrant des
grains épars ou réunis de façon désordonnée, puis à quelques feuillets épais
et contournés en continuité avec les grains voisins de la couche grenue. Ces
feuillets dans lesquels on ne distingue aucune trace de lamelle ont d'abord
été appelés « moniliformes » et interprétés comme ayant une structure
différente des feuillets lamellaires. En réalité, comme dans le genre Polyallhia,
on rencontre également dans le genre Uvariopsis de vrais feuillets lamel¬
laires : ces feuillets moniliformes ou très irrégulièrement épaissis pour¬
raient ne provenir que d’un dépôt plus irrégulier etplusimportantdesporo-
pollénine, sans constituer pour cela une structure particulière réellement
différente.
b) U. congolana (De Wild.) Fries : N. Hallé 2817, Gabon, P — PI. 8, 14.
Tétrade subcarrée-plane, très cohérente (D = 90-100 n) à tectum
rugulé perforé, à rugules larges. Sur les coupes, le tectum est massif et très
épais, interrompu par des discontinuités plus ou moins larges. La couche
infratectale de même épaisseur que le tectum est constituée de grosses
columelles encore très irrégulières, courtes, à contour hémisphérique à la
base, conservant souvent la forme de grains. Entre les columelles, il y a
çà et là quelques gros grains épars rattachés directement au tectum ou à la
couche basale. La couche infracolumellaire comporte 3-6 feuillets (300-
600 Â) très contournés, plus ou moins écartés, anastomosés entre eux et
rattachés à la base des columelles. L’intine est aussi épaisse ou plus épaisse
que l’exine, et sculptée à sa face interne.
Au MeB on peut reconnaître ce même type de structure et de tectum
chez U. letestui Pellegrin (N. Hallé 3006, Gabon). — PI. 14.
Parmi les grains de pollens en tétrades, on peut comparer ce niveau
de différenciation de la columelle à celui que nous avons décrit dans le
pollen simple du genre Isolona où l’on voit apparaître, à partir d'une
structure infratectale grenue très désordonnée, l’amorce d’une columelle
encore imparfaite en-dessous d’un tectum de moins en moins fragmenté.
Source : MNHN, Paris
PI. 9. — Uvariastrum pynærtii De Wild. : I, (x 5 000), coupe transversale de l'exine à couche
infratectale entièrement grenue; 2, (x 25 000), détail montrant la tendance de certains
grains à s'allonger prenant l'aspect de columelles globuleuses; le feuillet superficiel de
la couche basale est très irrégulièrement épaissi.
Source : MNHN, Paris
— 560 —
5. Le genre UVARIASTRUM
Genre africain dont le pollen se présente en tétrades subcarrées-planes
très cohérentes et inaperturées. L’exine offre ici un stade de différenciation
légèrement plus avancé.
a) U. pynærti De Wild. : Letestu 8473, Gabon, P — PI. 9, 15.
Tétrades de 75 à 80 n de diamètre, à tectum rugulé perforé. Le tectum
très épais est constitué de massifs arrondis, séparés par d’étroites perfora¬
tions ou soudés entre eux sur une distance plus ou moins longue. La couche
infratectale, de structure assez désordonnée, est essentiellement constituée
de gros grains, isolés ou le plus souvent agglomérés en amas importants et
irréguliers reliés au tectum. Çà et là, cependant, de très gros grains allongés
ou provenant de la fusion de plusieurs grains prennent l’aspect de colu-
melles courtes et massives dont l’extrémité inférieure repose directement
sur la couche basale feuilletée. Celle-ci, composée de 1 à 6 feuillets lamellaires
très contournés, est caractérisée par l’épaississement très important et très
irrégulier du feuillet le plus superficiel.
b) U. pierreanum Engler & Diels : Letouzey 10225, Cameroun, P
(Lugardon & Le Thomas, 1974). — PI. 10, 15.
Tétrades de 90 à 95 |x de diamètre, à tectum rugulé perforé, à rugules
larges.
Sur les coupes transversales, les massifs tectaux sont beaucoup plus
allongés que dans l’espèce précédente. La couche infratectale a ici un
aspect plus columellaire que grenu, les columelles massives et courtes
étant encore très irrégulières, souvent épaissies et irrégulièrement coales-
centes à leur base, munies d’excroissances plus ou moins globuleuses. Les
espaces intercolumellaires sont partiellement occupés par de gros grains
isolés ou agglomérés en amas irréguliers parfois directement rattachés
au tectum. La couche basale infracolumellaire présente 2 à 5 feuillets peu
écartés, larges de 500-600 Â pour les plus profonds tandis que le feuillet
superficiel s’épaissit considérablement et très irrégulièrement, réunissant
ainsi la base des columelles en une couche épaisse, très contournée et
discontinue.
Le genre Uvariastrum nous fournit deux étapes de différenciation de
la columelle : dans la première, l’exine est essentiellement grenue mais
la columelle est amorcée par la présence de gros grains columellaires
rattachés au tectum et à la couche basale feuilletée; dans la seconde, l’exine
présente un aspect plus columellaire, la columelle étant cependant encore
très imparfaitement réalisée.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 563 —
6. Le genre HEXALOBUS
On rencontre dans ce genre essentiellement columellaire, deux étapes
montrant un processus de différenciation identique, mais à un stade légère¬
ment plus avancé. Chez Hexalobus sp. (Le Thomas & Lugardon, 1974), le
tectum aréolé est formé de massifs arrondis et la couche infratectale présente
quelques grains épars entre des columelles provenant manifestement de la
superposition de grains, tandis que chez H. monopetalus (A. Rich.) Engl.
& Diels (Le Thomas & Lugardon, 1972), le tectum perforé est
constitué de massifs allongés recouvrant une couche infratectale com¬
posée de columelles plus ou moins globuleuses mais dépourvue de grains
isolés. — PI. 11, 15.
INTERPRÉTATION
Les deux grands types fondamentaux de la structure exinique des
Angiospermes sont ainsi bien représentés chez les Annonacées : d’une
part la structure infratectale grenue qui est très largement répandue et
fournit les formes les plus primitives dans ce groupe; d’autre part, la struc¬
ture infratectale columellaire qui ne semble réellement bien fixée que dans
un nombre de genres relativement réduit.
La structure « de base » de l’exine des Annonacées, apparemment
comparable à celle que l’on rencontre chez Degeneria et Eupomatia, est
caractérisée par un aspect massif ou amorphe et par l’existence de deux
couches : un tectum continu de structure homogène, et une couche infra¬
tectale grenue plus ou moins épaisse, très peu différenciée. Ce type de
structure extrêmement simple se diversifie dans plusieurs directions, à la
fois par différenciation de la couche grenue elle-même, par acquisition et
organisation d’une couche basale feuilletée lamellaire, et par réagencement
du tectum.
1. Différenciation de la couche grenue
Faute d’exemples suffisamment nombreux et significatifs, nous n’avions
jusqu'à présent volontairement établi aucun lien direct entre la structure
grenue et la structure columellaire. Pourtant les Annonacées sont, parmi
les Angiospermes primitives, une des familles qui semble particulièrement
privilégiée puisqu’elle a conservé de multiples manifestations de différen¬
ciation de l’exine à des niveaux variés. Ceci nous permet de montrer la
relation qui existe entre le grain et la columelle.
Dans certains taxons, tels qu 'Isolona, Uvariopsis ou Uvariastrum,
la structure grenue est encore prédominante et l’on assiste, seulement chez
les espèces les plus différenciées, à la mise en place des tout premiers stades
columellaires, soit par coalescence des grains, soit par modification de la
forme du grain (Van Campo, Abstract, 1975). Dans d’autres taxons, tels
Source : MNHN, Paris
PI. 12. — MEB : Polyalthia stuhlmanii (Engl.) Verdcourt (plein) : 1, pollen entier (x 2 200);
2, tectum continu (x 5 500). — Polyalthia suaveolens Engl. & Diels (acétolysé); 3, tectum
verruqueux ( x 9 500). — Polyalthia longifolia (Sonnerat) Twaites (plein) : 4, pollen entier,
face opposée au sillon (x 2 200); 5, tectum échinulé (x 5 500). — Polyalthia capuronii
Cav. & Ker. (acétolysé) : 6, tectum continu perforé (x 10 000).
Source : MNHN, Paris
— 565 —
qu 'Artabotrys, c’est au contraire la structure columellaire qui prédomine,
tandis que certaines espèces ont conservé les stades plus anciens qui témoi¬
gnent de l’origine grenue de la columelle : les grains sont encore présents
dans l’exine et la columelle plus ou moins imparfaitement constituée
semble réellement provenir d’une modification de leur forme.
Dans les groupes uniquement columellaires, les exines les plus primi¬
tives se reconnaissent à leur type de columelles encore mal formées ( Hexa-
lobus) ou aux grains vestigiaux présents parmi elles ( Annona reliculata,
Lugardon & Le Thomas, 1974).
Enfin, certains genres comme Polyalthia — l’un des plus largement
répandu et parmi les représentants les plus anciens de la famille — ont
gardé l’ensemble des manifestations des potentialités de diversification
de l’exine, depuis la structure grenue encore très peu différenciée, jusqu’à
la columelle parfaite.
A travers ces divers exemples, il paraît donc possible d’affirmer que la
structure columellaire dérive directement de la structure grenue chez les
Annonacées, par différenciation progressive de toute la couche grenue 1 .
2. Acquisition et organisation d’une couche feuilletée lamellaire
Par ailleurs, divers exemples montrent que dans certains groupes, les
premières phases de la différenciation de la couche grenue s’accompagnent
de l’apparition d’ébauches d’éléments lamellaires ( Lettowianthus stellatus,
Polyalthia stuhlmannii). Ces éléments à structure très caractéristique condui¬
sent aux feuillets et à la différenciation d’une troisième couche ectexinique.
Cette troisième couche feuilletée lamellaire, caractéristique des Anno¬
nacées (Lugardon & Le Thomas, 1974), prend à l’intérieur de cette famille
une extension de plus en plus grande et tend à s’organiser de différentes
manières. En particulier, dès que les columelles commencent à acquérir
une forme bien définie, on voit dans tous les cas le feuillet le plus super¬
ficiel s’épaissir considérablement en un élément plus massif joignant l’une
à l’autre les bases des columelles ( Artabotrys ). Le type d’organisation
le plus « évolué » de cette couche correspond ainsi au type columellaire le
mieux réalisé; chez Polyalthia capuronii par exemple, la couche basale
apparaît constituée de deux parties structuralement distinctes, une partie
externe épaisse et continue reliant la base des columelles, une partie interne
constituée de minces feuillets peu écartés; dans les tétrades comme celles
A'Annona, il y a également réunion de la base des columelles par le feuillet
le plus superficiel épaissi avec, simultanément, multiplication des feuillets
profonds. Cette couche interne feuilletée lamellaire des Annonacées semble
donc avoir, dans la différenciation de l'exine, des implications phylogéniques
aussi importantes que la couche infratectale elle-même.
Si l’on peut soutenir que les columelles se différencient réellement
I. Certains auteurs ont émis l'hypothèse que, chez les Annonacées, les columelles sem¬
blent toujours se développer à partir d'une zone de grains plus ou moins sphériques et localisés
à la face interne de l'exine (Walker & Skvarla, 1975; Walker, sous presse).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 567 —
Source : MNHN, Paris
— 568 —
à partir de la zone grenue de l’exine, on ne peut donc affirmer — au moins
dans le cas des exines d’Annonacées à couche basale feuilletée — que
cette couche basale résulte directement de la fusion de grains, comme le
suggèrent Walker & Skvarla (1975).
Bien que le pollen des Magnoliacées ne présente pas autant de diversi¬
fication dans ses structures exiniques, il a cependant conservé de très nom¬
breux stades pré-columellaires. L’excellente monographie de Praglowsky
(1974) nous permet par exemple de retrouver dans les genres Magnolia
ou Alcimandra l’origine de la columelle dans la coalescence de grains;
on constate en outre que la couche la plus interne est toujours plus ou
moins lamellaire, même chez les espèces où la partie la plus superficielle
de la nexine est massive. 11 est donc permis de penser que cette couche
basale a, chez les Magnoliacées, une importance structurale et phylo¬
génique comparable à celle qu’elle a chez les Annonacées.
3. Diversification du tectum
Une troisième remarque doit être faite à propos de la différenciation
du tectum au cours de la « columellisation ». Dans le genre Polyalthia
qui a gardé toutes les manifestations des potentialités de différenciation de
l’exine, P. stuhlmannii montre un tectum massif et à peu près imperforé,
les petites dépressions de sa surface ne le traversant pas complètement.
Parallèlement à la diversification des couches infratectales, grenue et
feuilletée lamellaire, le tectum tend à se fragmenter en massifs verruqueux
avec de rares perforations chez P. suaveolens, ou en verrues épineuses
nettement individualisées chez P. longiflora, tandis que chez P. capuronii
l’édification de columelles et d’une couche basale bien différenciée s’accom¬
pagne de la réapparition d’un tectum continu perforé. Il y a donc, dans
ce même genre, fragmentation puis reconstitution du tectum.
Dans les autres genres, où nous avons montré des séquences de diffé¬
renciation de la couche infratectale plus brèves, seules quelques manifes¬
tations de ces mêmes potentialités sont visibles. Mais chaque fois que
l’organisation columellaire se manifeste avec quelque netteté, on constate
que le tectum tend, de son côté, à se reconstituer : les éléments les plus
externes s’allongent ( Isolona ) ou fusionnent de plus en plus, le tectum
devenant rugulé-perforé ( Uvariopsis , Uvariastrum) ou perforé ( Artabotrys ).
Si l’on considère l’ensemble des structures rencontrées dans la famille,
on voit alors que le tectum lisse perforé peut correspondre, d’une part à
une structure grenue primitive ( Lettowianthus , PI. 16), d’autre part à l’un
des types de structure exinique columellaire les plus avancés que l’on trouve
chez les Annonacées.
Ainsi, la série de différenciation la plus complète de l’exine (. Polyalthia )
montre que le caractère « tectum perforé » peut être acquis à la suite d’une
fragmentation puis d’une reconstitution du tectum : dans ce cas il ne
correspond donc plus à un type primitif, mais il représente au contraire
l’aboutissement d’une évolution complexe.
Source : MNHN, Paris
PI. 15. — MEB (acétolysé) : Uvariatrum pynaertii De Wild .: 1, tectum rugulé-perforé (x 6 000);
2, coupe de l'exine (x 10 000). — Uvariastrum pierreanum Engl. & Diels : 3, tectum à
larges rugules et perforé (x 5 800); 4, coupe de l’exine (x 10 000). — Hexalobus sp.
(Letouzey 10614) : 5, tectum aréolé (x 5 000); 6, coupe de l’exine (x 10 000). — Hexa¬
lobus monopetalus (A. Rich.) Engl. & Diels : 7, tectum perforé lisse (x 5 000); 8, coupe
de l’exine (x 10 000).
Source : MNHN, Paris
— 570 —
Source : MNHN, Paris
— 571 —
Les pollens de la sous-famille « Annona » (Walker, 1971), dont l’exine
montre, dans l’ensemble, les structures les plus avancées, ont un tectum
toujours perforé mais présentant, semble-t-il, deux directions dans sa
diversification :
— l’une, dans la tribu « Hexalobus », où les columelles sont encore
souvent très imparfaitement réalisées, montre une tendance à la reconsti¬
tution du tectum plutôt qu’à une réduction ( Isolona, Uvariopsis, Uvariastrum,
Hexalobus)',
— l’autre, dans les tribus « Annona » et « Asimina », où la structure
columellaire est plus élaborée, conduit à une diminution du tectum par
élargissement des perforations (tectum microréticulé, tectum réticulé).
Il ressort donc de l’étude de ces diverses structures chez les Anno-
nacées, que les différentes couches de l’exine (tectum, couche infratectale,
couche basale feuilletée) se sont différenciées de façon simultanée, et qu’une
interprétation phylogénique des structures ne peut être donnée sans tenir
compte à la fois de l’ensemble des couches.
Remerciements : Nous sommes très reconnaissants à M. P. Brenan, Keeper de
l’Herbier du Jardin Botanique de Kew, d’avoir autorisé le prélèvement de certains spéci¬
mens étudiés, et à MM. R. Letouzey et G. Thanikaimoni de nous avoir fait parvenir
du matériel frais du Cameroun et des Indes.
Bibliographie
Dahl, A. O. & Rowley, J. R. — Pollen of Degeneria vitiensis, Journ. Arnold Arbor.
45 (3) : 308-323 (1965).
Doyle, J. A., Van Campo, M. & Lugardon, B. — Observations on exine structure of
Eucommiitides and lower Cretaceous angiosperm pollen, Pollen et Spores 17 (3) :
429-484 (1975).
Faegri, K. & Iversen, J. — Textbook of pollen analysis, ed. 3, Copenhague, 295 p.
(1975).
Guinet, Ph. & Le Thomas, A. — Interprétation de la répartition dissymétrique des
couches de l’exine dans les pollens composés. Conséquences relatives à la notion
d’aperture, C. R. Acad. Sc. Paris, ser. D, 276 : 1545-1548 (1973).
Le Thomas, A. & Lugardon, B. — Sur la structure fine des tétrades de deux Annonacées
(Asteranthe asterias et Hexalobus monopetalus), C. R. Acad. Sc. Paris, ser. D, 275 :
1749-52 (1972).
— Quelques types de structure grenue dans l’ectexine de pollens simples d'Annonacées,
C. R. Acad. Sc. Paris, ser. D, 278 : 1187-90 (1974).
— Structure exinique chez quelques genres d’Annonacées, in Symposium of Linn. Soc.
London (Abstract, sept. 1974), Bull. Linn. Soc. Lond., sous presse.
Lugardon, B. & Le Thomas, A. — Sur la structure feuilletée de la couche basale de
l’ectexine chez diverses Annonacées, C. R. Acad. Sc. Paris, ser. D, 279 : 255-58
(1974).
Praglowski, J. — Magnotiaceæ in World pollen and spore flora 3 : 1-45 (1974).
Thanikaimoni, G. — Pollen morphological terms and définitions of Phylogenetic signi-
ficance. Symposium, Assoc. Palynol. langue française, Paris (oct. 1975).
Van Campo, M. — Ultrastructure des parois polliniques des Phanérogames, in XII Intern.
Bot. Congress Léningrad, Abstract : 210 (1975).
Lugardon, B. — Structure grenue infratectale de l’ectexine des pollens de quelques
Gymnospermes et Angiospermes, Pollen et Spores 15 :171-187 (1973).
Source : MNHN, Paris
— 572 —
Walker, J. W. — Pollen morphology, phytogeography and phylogeny of the Anno-
naceæ, Contr. Gray Herb. Harv. 202 : 1-132 (1971).
— Evolution of exine structure in the pollen of primitive Angiosperms, Am. J. Bot. 61 :
891-902 (1974).
— Evolutionary significance of the exine in the pollen of primitive Angiosperms, Bull.
Soc. Linn. London, sous presse.
— & Skvarla, J. J. — Primitively columellaless pollen: a new concept in the evolu¬
tionary morphology of Angiosperms, Science, N.Y. 187 : 445-447 (1975).
A.L.T. — Laboratoire de Phytomorphologie
de l’E.P.H.E., 16, rue Buffon,
75005 Paris.
B.L. — Laboratoire de Biologie végétale,
Université P. Sabatier,
39, allées J. Guesde,
31400 Toulouse.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 573-574 1976.
A PROPOS DE LA MORT DE CARL TROLL
par W. Rauh 1
Le 21 juillet 1975, Cari Troll, professeur émérite de géographie de
l’Université de Bonn, disparut à l’âge de 75 ans. Avec lui, la science géo¬
graphique a perdu un de ses chercheurs les plus remarquables; par la
diversité de ses idées et l’originalité de sa pensée, ainsi que par ses innom¬
brables publications il lui avait donné de nombreuses impulsions.
Né le 24 décembre 1899 à Gabersee, en Bavière du Sud, fils du
D r Théodore Troll, Cari Troll se consacra, dès sa jeunesse, avec son
frère Guillaume (aujourd’hui le grand spécialiste mondialement connu
de la morphologie végétale), aux problèmes de botanique, de géographie
et de géologie relatifs à son pays. A la fin de ses études scientifiques, il
obtint à Munich, à l’âge de 22 ans, le titre de Docteur ès Sciences, après
avoir soutenu une thèse de botanique sous la direction de Karl von Goebel.
Influencé par le géographe A. Penck, il commença à s’orienter davantage
vers les problèmes de géographie, en particulier ceux de morphologie gla¬
ciale. En 1925, il devint agrégé de Géographie de l’Université de Munich
et dès 1926, partait aux Andes centrales de Bolivie, au Chili du Nord et
au Pérou du Sud ; au cours de cette expédition, pendant deux ans et demi,
il étudia les diverses formations végétales de la végétation tropicale, les
problèmes de glaciation de la Cordillère au Pleistocène et les problèmes
agricoles des Indiens. En 1928-29, il passa un an en Ecuateur, Colombie
et Panama et c’est lors de cette mission qu’il établit les principes méthodo¬
logiques de l’exploitation des photographies aériennes en écologie. En 1930,
C. Troll fut nommé professeur de Géographie économique à l’Université
de Berlin; en 1938, il devint Directeur de l’Institut Géographique de l’Uni¬
versité de Bonn et c’est à ce poste qu’il allait consacrer, jusqu’à sa mise
à la retraite, toute son énergie à l’enseignement et à la recherche.
Pendant les années qu’il passa à Berlin, C. Troll fit une expédition
en Afrique pour y étudier la végétation des hautes montagnes, de la mer
rouge par l’Éthiopie jusqu’au Cap de Bonne-Espérance (1933-1934); en 1937,
il revint seul survivant des participants de l’expédition allemande à l’Hima-
laya, les 16 autres ayant péri dans une avalanche de glace. Les résultats
1. Le texte original a été traduit par H. Heine, Muséum, Paris.
Source : MNHN, Paris
— 574 —
scientifiques de cette mission à l’Himalaya ont été incorporés dans la carte
de la végétation du Nanga Parbat.
Cari Troll s’est particulièrement intéressé à l’étude de la végétation
de haute montagne sous les tropiques dans les différents continents, et
aux problèmes de structure géomorphologique en trois dimensions. Sa
carte des climats saisonniers du monde (publiée avec K. H. Paffen) pro¬
pose une nouvelle classification des climats; elle est le résultat de nombreuses
missions au cours desquelles les rapports entre climat et tapis végétal ont
été étudiés et montre que les événements hydrologiques, biologiques
et économiques sont dominés par le cycle annuel du climat. L’écologie
des hautes montagnes et l’étude des formes de la vie végétale (à partir des
travaux classiques d’Alexandre de Humboldt) firent l’objet de certaines
autres de ses recherches. Ces dernières années. Cari Troll s’est consacré
de nouveau aux problèmes de géomorphologie glaciale.
Ses publications, de réputation mondiale, se chiffrent largement à
plus de 300. Il a collaboré très activement avec de nombreuses organi¬
sations internationales (U.N.E.S.C.O., I.G.U., I.U.C.N.R., etc.) et fut
nommé Président de l’International Géographie Union (l.G.U.) de 1960
à 1964. En 1968, Cari Troll fonda au sein de l’I.G.U., la commission
d’écologie des hautes altitudes (High Altitude Ecology). Son œuvre scienti¬
fique lui valut de très nombreuses distinctions honorifiques internationales :
il a été Doctor honoris causa des Universités de Louvain et de Vienne,
membre de 15 académies scientifiques dans 11 pays, et il a reçu 16 médailles
pour ses mérites scientifiques.
Cari Troll n’était pas seulement un scientifique de grande renommée,
mais encore un éminent professeur d’Université qui a suscité et patronné
un grand nombre de thèses sur les sujets les plus divers. Sur le plan humain.
Cari Troll était une personnalité supérieure; il faisait preuve d’une forte,
mais souple énergie et d’une puissance de travail remarquable; se ména¬
geant peu, il avait l’habitude de travailler du matin au soir et souvent très
tard dans la nuit. Par sa gentillesse et son charme, il savait toujours enchanter
son entourage et l’enthousiasmer par ses idées scientifiques.
Un grand savant et un grand homme nous a quittés en la personne
de Cari Troll, et sa disparition laisse un vide difficile à combler dans la
science géographique du monde entier.
Institut de Systématique
Botanique et de Phytogéographie,
Université de Heidelberg.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 15 (4) : 575, 1976.
INFORMATIONS
PRIX DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES
Le prix Auguste Chevalier (1975) a été décerné à M. Ph. Guinet, directeur-adjoint
du Laboratoire de Palynologie de l’École pratique des Hautes Études, pour ses travaux
sur les pollens d’Asie tropicale.
FLORE DU CAMEROUN
Vol. 19 : J.-F. Villiers : Célastracées, Aquifoliacées, Salvadoracées, Pandacées,
Avicenniacées, Bixacées, Cannabacées, Bombacacées, 104 p., 25 pl. (1975) — 42 F.
FLORE DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE ET DÉPENDANCES
Vol. 6 : R. Virot : Epacridacées, 160 p., 27 pl., 20 cartes (1975) — 64 F.
Vol. 7 : H. Heine : Acanthacées, Bignoniacées, Boraginacées. Solanacées, 200 p.,
47 pl. (1976).
FLORE DU CAMBODGE, DU LAOS ET DU VIETNAM
Vol. 15 : M. Keraudrcn-Aymonin : Cucurbitacées, 123 p., 17 pl. (1975) — 60 F.
FLORE DE MADAGASCAR ET DES COMORES
Fam. 169 : Markgraf : Apocynacées (sous presse).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
achevé d’imprimer le 9 Avril 1976
SUR LES PRESSES DE FD EN SON
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE-61002 ALENÇON
Dépôt légal : 1 er trimestre 1976 - 80.665
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris