Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
sous la direction de
A. AUBRÉVILLE
Membre de l’Institut
Professeur Honoraire
au Muséum
et Jean-F. LEROY
Professeur
au Muséum
Série 2
TOME 16
Fascicule 2
1976
Date de Publication : 12 Août 1976
ISSN 0001-804X
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
16, rue Buffon, 75005 Paris
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
A. Aubréville : Membre de l’Institut, Professeur Honoraire au Muséum national
d’Histoire naturelle.
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandri : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
J -F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Schnell : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M.-L. Tardieu-Blot : Directeur de Laboratoire à l'E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
Rédaction : A. Le Thomas et J. Jérémie.
Gérant-éditeur : J. Raynal.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d’article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l’auteur ne doit y être y mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Pour tous les articles de taxonomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères gras
et les noms d’auteurs des différents taxons.
Le format des planches doit être de 16 X II cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptées.
Les auteurs reçoivent gratuitement cinquante tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, rue Buffon, 75005 Paris — Tél. : 331.30.35
Prix de l’abonnement 1976 : France et Outre-Mer : 130 F
Étranger : 140 F
C.C.P. : Association de Botanique Tropicale
La Source 33075.20 W
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2), 1976.
SOMMAIRE
Leroy J.-F. — Essais de Taxonomie syncrétique. 1. Étude sur les
Meliaceæ de Madagascar. 167
Aubréville A. — Essai d’interprétation nouvelle de la distribution
des Diptérocarpacées.205
Raynal J. — Notes cypérologiques : 27. Identification de deux Scleria
de Poiret.211
Govindarajalu E. & Raynal J. — Notes cypérologiques : 28. Com¬
pléments sur le genre Rikliella J. Rayn. 219
Bosser J. — Le genre Hederorkis Thou. ( Orchidaceæ) aux Masca¬
reignes et aux Seychelles.225
Letouzey R. & White F. — Chrysobalanacées nouvelles du Cameroun
et du Gabon.229
Friedmann F. & Cremers G. — Observations sur les Euphorbes
coralliformes de Madagascar.245
Boiteau P. & Allorge L. — Sur le statut des Conopharyngia au
sens de Stapf..259
Bourreil P., Ghiglione C. & Thinon M. — Contribution à l’étude
morpho-anatomique, biométrique et biochimique des caryopses
de Graminées du genre Stipagroslis Nees.283
La publication d'un article dans Adansonia n'implique nullement que cette revue approuve
ou cautionne les opinions de l'auteur.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2) : 167-203, 1976.
ESSAIS DE TAXONOMIE SYNCRÉTIQUE
1. ÉTUDE SUR LES MELIACEÆ DE MADAGASCAR
par Jean-François Leroy
Abstract: Besides numerical taxonomy, and perhaps in a slight opposition to
it, there is a modem taxonomy attempting to emphasize the biological viewpoint, founded
on the ontogenetic and phylogenetic study of organisms. According to these views,
one must not consider isolated or empirical characters, but relationships between them
and their biological significance. Taxonomy is a theoretical enterprise endeavouring.
as far as possible, an intégration of isolated characters into a superior function (évolution
or development). It should be named syncretic taxonomy in order to underline the
importance of characters considered as parts of an integrated whole.
Here these ideas are enlightened by studies on Malagasy Meliace ,t. Besides a
theoretical part, five new taxa are described, viz. three new species, and one genus typi-
fying a new subfamily.
Toutes les descriptions de Meliaceæ publiées, y compris celles dont
je suis l’auteur, sont des descriptions classiques de type dit empirique
ou objectif. Elles rassemblent ou prétendent rassembler les données que
tout botaniste d’expérience est capable de percevoir, en se gardant de
l’inférence, à la suite d’une analyse suffisamment poussée des organes de
la plante. C’est là une opération mal définie, car dans le rapport de connais¬
sance entre le descripteur et le caractère, celui-ci n’a que les contours qu’on
lui prête et celui-là ignore une bonne part des déterminismes intellectuels
mis en branle dans les profondeurs de son subconscient. En fait, allant à
chaque pas au-delà du strict constat des faits bruts, la description classique
réunit sur un même plan des éléments parfaitement hétérogènes quant à
leur signification scientifique. Affirmer, comme je l’ai fait, qu’il existe
1-2 ovules vestigiaux par loge chez le Capuronianthus n’est qu’une hypo¬
thèse, mais en raison du très grand degré de probabilité qui s’y attache,
je l’ai fait inconsciemment accéder au rang de fait; et fait de rang très élevé
— mais l’établissement de la hiérarchie relève d’un deuxième temps et
plein de conscience celui-là — venant se joindre à quelques autres : cap¬
sules à déhiscence septifrage, graines non ailées, semblant constituer le
syndrome d’une sous-famille à part, où prendraient place le Carapa et
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le Xylocarpus: les Carapoideæ. J'ai dit « semblant constituer » indiquant
ainsi la frontière au-delà de laquelle commence le domaine de l’hypo¬
thèse reconnue. Domaine où les auteurs ne se laissent entraîner qu’avec
prudence ou crainte, et qui, de toute évidence, reste étranger à celui de la
description taxonomique. Mais celle-ci, sur le plan des progrès de la connais¬
sance, ne vaut-elle pas que dans la mesure où elle touche la frontière de
l’hypothèse? où, sorte de « schème moteur », elle incite à cette dernière?
La description empirique, statique, celle qu’on exprime communément
par le dessin du visible et qui semble la plus incontestable, est certaine¬
ment d’un grand intérêt pratique. Se donnant pour telle, elle ne trompe
pas, et peut, par sa perfection, aider grandement aux progrès de la science
et confiner aux sommets du travail humain. Dans son essence cependant,
elle ne relève pas de la science, laquelle est une entreprise théorique et
périlleuse. Au-delà de la description classique, se trouve un immense
domaine de recherche presque encore vierge, celui de la Taxonomie fondée
sur l’ontogénétique générale et comparative : étude des formes et des
fonctions au cours du développement de l’individu, dans ses rapports avec
le milieu et dans ses rapports de parenté et de descendance, taxonomie
des mécanismes ontogénétiques dans un cadre phylogénétique.
En opposition aux méthodes anciennement établies, fondées sur le
principe de la subordination des caractères et accusées, souvent à juste
titre, de subjectivité, les méthodes modernes de la taxonomie numérique
ont tenté de pousser à l’extrême l’objectivité de la connaissance, en décom¬
posant l’objet en éléments supposés sans relation entre eux, introduisant
ainsi la notion de caractère isolé. A la limite, l’être vivant devient taxono-
miquement une mosaïque de caractères et donc matériel privilégié pour
le traitement mathématique et l’emploi de l’ordinateur. C’est une méthode
intéressante dans la mesure où elle force à pratiquer une analyse rigou¬
reuse et approfondie de l’objet, mais dont la portée reste limitée, voire
même dangereuse en ce qu’elle ne résout nullement le problème classique
posé par la nature du fait. De plus, elle nous prive d’emblée d’une part
d’information : celle que, par intuition — due à l’ordinateur cérébral
après une longue expérience pratique — nous semblons détenir a priori
et comme subjectivement.
Je propose au contraire de retenir initialement cette information et
d’en faire la trame de recherches poussées, redonnant ainsi à l’intuition
son rôle moteur en taxonomie. C’est en procédant de la sorte, et malgré
les embûches insurmontables, que les grands naturalistes du xvm e et du
xix e siècle — je pense notamment à Bernard et Antoine Laurent de Jus¬
sieu — ont fait leurs œuvres immortelles; c’est aussi en procédant de la
sorte qu’ils se sont du même coup exposés aux critiques modernes et qu’ils
ont suscité les réactions de la taxonomie numérique déjà pressentie par
Adanson dès 1763. En vérité, la science des siècles passés ne permettait
pas plus la construction biologique d'une taxonomie qu’elle ne permettait,
parce que le caractère taxonomique est un caractère biologique, l’élabo¬
ration d’une taxonomie numérique.
La taxonomie syncrétique 1 , par opposition à la taxonomie numérique,
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tente de saisir les rapports entre caractères et de fonder sur le lien, sur la
fonction, sur le global. En direction non pas seulement de l’établissement
de syndromes de caractères mais aussi de leur compréhension génétique
et physiologique, et, éventuellement, de leur réduction à l’unité, dans la
perspective encore bien lointaine de la taxonomie moléculaire.
Voici, par exemple, quelques caractères extraits d’une description
du Capuronianthus par Pennington & Styles, auteurs d’une très belle
monographie sur les Meliaceæ (15) :
Bourgeons nus. Feuilles décussées pennées. Fleurs unisexuées en
courts racèmes ou panicules axillaires. Calice profondément 4-lobé ou
avec 4 sépales libres, imbriqués. Pétales 4 (5), libres, ordinairement contortés,
moins fréquemment imbriqués. Anthères 8... Ovaire 2-4-loculaire... Capsule
à 3-4 valves, courtement rostrée avec un stipe court.
Cette description, excellente dans le mode classique, exprime une
analyse strictement empirique, soigneusement tenue en dehors de toute
considération théorique. Aucune indication des rapports existant entre
les différentes parties, type de rapports dont rend compte le diagramme
théorique. Aucune indication relevant de l’ontogénétique et mettant en
lumière des rapports de succession ou des faits de genèse.
On trouvera ci-dessous un essai de taxonomie syncrétique appliquée
à l’étude de deux genres de Meliaceæ présents à Madagascar et très loin-
tainement apparentés : Neobeguea et Capuronianthus. J’y ajouterai l’étude
d'un genre nouveau assez extraordinaire, relevant d’un tout autre groupe
encore inconnu, le Neomangenotia.
Je tenterai de traiter ces genres dans l’esprit que j’ai défini, en m’ef¬
forçant de saisir les apparentements, démarche qui devrait éclairer la signi¬
fication taxonomique des caractères, mais qui entraîne à étendre l’étude à
d’autres genres comme le Khaya, proche parent du Neobeguea, d’une part,
le Xylocarpus et le Carapa, parmi les alliés éloignés du Capuronianthus,
d’autre part.
J’ai, bien entendu, choisi un terrain où dans l’état actuel de nos connais¬
sances, je pouvais amorcer pratiquement une Taxonomie syncrétique. Les
champs difficiles où la phylogenèse et l’ontogenèse en sont encore à des
balbutiements ont été écartés, notamment la Caryologie, la Palynologie,
la Chimiotaxonomie. L'œuvre de l’avenir sera de jeter les ponts et de cons¬
truire une science d’ensemble parfaitement intégrée. Dans mon esprit,
la Taxonomie syncrétique est une méthode absolument générale, mais qui,
pour le moment, ne peut prétendre qu’à une amélioration notable de la
Taxonomie classique, à la fois sur le plan pratique, dans certains secteurs,
1. Appellation, déjà proposée dans une publication antérieure (13), d'une méthode que
j'ai pratiquée et définie entre 1961 et 1968. Il faut se garder ici de prendre le terme de syncré¬
tisme dans ses sens habituels tels qu'ils sont rapportés par André Lalande (Dict. phil.). II
n’y entre, bien entendu, aucune connotation de connaissance grossière ou conventionnelle.
Appliqué à une méthode, il signifie l’accent mis sur le global, non seulement au départ — l’ana¬
lyse pouvant être immédiate — mais comme finalité du processus, essentiellement analytique,
de recherche. Le global final est un global reconstitué, théoriquement élaboré, rendu adéquat
aux préoccupations de la connaissance. Comme l’écrit B. Verdcourt (18) « when a classifica¬
tion is natural it is found that... it has useful information locked up in it not apparent at first
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et sur le plan des perspectives. Elle n’est en somme qu'un infléchissement
biologique déterminé, conforme à la définition de la science intégrative
supérieure qu’est la Taxonomie.
La Taxonomie syncrétique, portée par essence vers la liaison des carac¬
tères, se prête mal à l’exposé analytique. Conventionnellement, je diviserai
celui-ci en 6 parties : I, Présentation sommaire des genres en taxonomie
classique; II, Les mécanismes de développement; III Écologie; IV, Hypo¬
thèses sur l’évolution; V, Taxonomie syncrétique des genres Neobeguea
et Capuronianthus-, VI, Mise en évidence d’un type d’organisation encore
inconnu dans la famille.
I. — PRÉSENTATION DES GENRES.
DESCRIPTION DE TROIS ESPÈCES NOUVELLES
KHAYA A. Juss. — Arbres à feuillage caduc. Feuilles paripennées,
à folioles entières, glabres. Inflorescences en grands thyrses axillaires très
ramifiés. Fleurs 4-5-mères, unisexuées l . Calice 4-5-lobé, à lobes imbriqués
ou soudés. Pétales 4-5, contortés. Tube staminal portant 8-10 anthères ou
anthérodes. Disque bien développé dans les fleurs <?. Ovaire 4-5-loculaire,
12-16 (-18) ovules par loge. Style largement capité en disque recouvert
de papilles stigmatiques. Fruit : capsule érigée, plus ou moins globuleuse,
ligneuse, septifrage, s’ouvrant en 4-5 valves du sommet, à valves restant
jointes à la base, à grosse columelle ligneuse, 4-5-gone. Graines 8-10 par
loge, étroitement ailées tout autour, à albumen mince. Embryon à cotylédons
collatéraux, radicule légèrement exserte. — 5-6 espèces africano-malgaches,
très proches l’une de l’autre et ne formant guère qu’une super-espèce. Le
Khaya est un genre très proche du Swietenia Jacq., genre de la forêt dense
humide d’Amérique tropicale réduit lui aussi à une super-espèce S. maha-
goni (L.) Jacq.; il est également apparenté aussi au Soymida A. Juss.,
grand arbre très rameux du sud de l’Inde et de Ceylan, également mono¬
spécifique (S. febrifuga (Roxb.) J. Juss.). Le Soymida présente deux carac¬
tères d’un intérêt particulier : les valves de la capsule se séparent en deux
couches, comme chez le Swietenia, l’inflorescence est terminale (ou, d'après
Pennington & Styles, axillaire), caractères qui se retrouvent chez le
Neobeguea.
NEOBEGUEA Leroy (7, 10). — Arbres à feuillage caduc. Feuilles
paripennées, à folioles dentées ou subentières. Inflorescences terminales ou,
chez une espèce, terminales et axillaires. Fleurs 4-mères, unisexuées. Calice
gamosépale 4-lobé. Pétales 4, contortés. Tube staminal portant 8-10 anthères
ou anthérodes. Disque bien développé dans les fleurs <J. Ovaire 3-loculaire,
à 4-6 ovules par loge. Style capité en disque stigmatique. Fruit : capsule
1. Les genres Khaya, Neobeguea, Capuronianthus, Xylocarpus et Carapa sont, d'après
Pennington & Styles, à fleurs unisexuées.
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PI. I. — Neobeguea ankaranensis : 1, rameau florifère X 2/3; 2, foliole X 2/3; 3, poil sur
rameau; 4, fleur (J? après retrait du périanthe x 12; 5, fleur 2? après retrait du périanthe
x 12; 6, pétale x 8; 7, anthère x 20; 8, coupe schématique du pistil; 9, fruit x 2/3;
10, coupe schématique dans un fruit; 11, columelle du fruit x 2/3 (1, 3, 6269-SF; 2, 9,
3043-SF ; 4, 5, 6, 7, 8 (spécimen non noté), 10, 11, 6I86-SF).
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érigée ± trigone, 3-valvaire, ligneuse, septifrage, à valves s’ouvrant du
sommet et se détachant isolément et en deux couches. Columelle ligneuse,
trigone, avec cicatrices des graines au sommet. Graines 3-4 par loge, à aile
périphérique large; albumen mince. Embryon à cotylédons collatéraux,
chiffonnés, séparables, à radicule à peine exserte.
Genre endémique de Madagascar composé de 3 espèces bien définies,
(PI. 10). Récolté dès 1841, par Pervillé dans l’Ambongo, puis par Perrier
et par de nombreux prospecteurs, le Neobeguea mahafaliensis, Andy ou
Bemahova, était considéré comme un Khaya. C’est à Perrier que l’on doit
la première récolte du N. leandriana: un échantillon en fleurs du Tsingy
de Bemaraha (1911). Quant à la 3 e espèce, N. ankaranensis, (PI. 1, 7, 10),
le gavoala des Malgaches, elle n’a été découverte que récemment (Capu-
ron, 1951, plateau calcaire de l’Ankarana).
Neobeguea leandriana Leroy, sp. nov.
Arbor mediocris v. magna. Rami veteres robusli glabri, lenlicellis et fotiorum cica-
tricibus ornati, longitudinaliter striati. Ramuli novelli haud visi. Gemmæ perulis scariosis
tectae. Folia adulta rachi tereti, basi dilatata, 10-20 cm longa, c. 1,5 mm crassa, pilis glan-
dulosis minutis instructa, 4-8 foliolis 4-9 cm longis, 3-4 cm latis, breviter petiolulatis :
foliota opposita v. subopposita , ovata v. ovato-elliptica, satis v. paulo asymmetrica,
basi obtusa v. subrotundata, apice acuta v. acuminata, subintegra, supra glabra, subtus
secus nervos et venas pilis glandulosis instructa ; nervi latérales graciles utrinque 5-9 adscen-
dentes, curvati, subtus satis prominentes ; petiolulus satis tomentosus, supra paullo canali-
culatus, 0,5-2 mm longus. Inflorescentiæ thyrsoideæ, terminales v. axillares, e ramulis vete-
ribus prodenlibus, pilis glandulosis albis minutis instructa? ; axis primarius 10-20 cm longus ;
axes secundarii plus minusve rectangularii, glomeruli cymosis terminât'!. Brades oblongæ,
caducs. Flores unisexuales, 3-4 cm longi, in sicco rubescentes; calyx 4-lobus; petala 4
concavo-cucullata ; stamina 8; tubus stamineus c. 2,5 mm altus, urceolatus infloribus 3,
16-lobatus ; antheræ 8, vix oblongæ, 0,7 mm longs, stériles in floribus $, inclusæ. Disais
crassissimus in floribus 3, obsoletus in Ç. Ovarium $ subconicum, 2,5 mm altum, 2-3-tocu-
lare, in quoque loculo 4-ovulatum. Capsula trigona, c. 3 cm diametro. Semina adulta in
quoque loculo 2-4. — PI. 2, 7, 10.
Type : Leandri 2127, Antsingy, vers Ambodiriana, E d’Antsalova, ait. 100-150 m,
11.12.1952, fr. (holo-, P; iso-, P, TAN).
Autre matériel : Ouest : Perrier 5895, Tsingy du Bemaraha, bois rocailleux cal¬
caires, arbuste de 3-4 m, juill. 1911, fl.; Perrier 1551, Ambongo, bois rocailleux, cal¬
caires, arbre de 10-20 m, juill. 1903, fl.; Perrier 17941, calcaires éocènes près de Majunga,
arbre de 10-15 m, mai 1927, fl., fr.; Decary 15689, Rés. Nat. 8, Namoroka, Dist. Soalala,
15.9.1940, jeunes fr.; 6278-RN, Rés. Nat. 8, dans les rochers, 17.6.1954, n. vern.
voatangena, fl.; 6132-RN, Rés. Nat. 8, mars 1954, fr.; 18028-SF, Antsingy, grand arbre,
9.7.1957, fl.
Neobeguea mahafaliensis Leroy, sp. nov.
Arbor mediocris v. parva v. arbuscula, 5-12 m alla, plerumque omnino glabra. Ramuli
cortice griseo v. subrubro, sparse lenlicellis instructi. Ramuli novelli pilis glandulosis minu-
tissimis instructi. Folia adulta 12-20 cm longa. glaberrimi, rachi petiolulisque interdum
leviter pubescentibus, foliolis 10-18, sæpissime 14, 2-5 cm longis , 1-2 cm latis, ovatis, longe
asymmetricis, basi obtusis, apice longe acuto-attenuatis, dentatis, dentibus inæqualibus,
in sicco plus minusve uncinatis v. spinosis, hinc 7-13, hinc 1-3 nervis lateralibus utrinque
tenuibus vix prominulis, ad apicem parum arcuatis, propter marginem obscure conjunctis,
hinc 5-8, hinc 3-4, petiolulis gracilibus / cm longis raro brevissimis (2-3 mm). Inflorescentiæ
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bourgeon végétatif terminal (1, 3, Léandri 2127; 2, 4, 9, RN 6132).
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thyrsoideæ in ramulis novellis terminales, brèves, 3-5 cm longæ, floribus in cymulas 3-floræ
dispositis ; bracteæ minuta', oblongæ, sublineares, glabræ. Flores unisexuales, 3-4 mm
longi, glabri, viridi-lutei ; calyx minutus, fere I mm longus utrinque glaber v. subglaber ;
petaia 4 subæqualia, cucullata, 3-4 mm longa, fere 2 mm lata, oblongo-elliptica, glabra,
stamina 8 ; tubus stamineus 2-3 mm altus, in floribus 3 urceolatus, profunde 8-lobatus,
lobis truncatis concavis ; antheræ 8, oblongæ, submucronulatæ, glabræ, inclusæ, 0,8 mm
longæ. Discus in floribus S valde crassus, in floribus Ç obsoletus. Ovarium globoso-ovoideum,
2-3 mm longum, 3-loculare (raro 2- v. 4-lcculare), in quoque loculo 4-ovulatum. Capsula
trigona v. subglobosa, 2-3 cm diam., trivalvis (raro 2- v. 4-valvis). Semina matura in quoque
loculo 2-4, superposita. — PI. 3, 4, 7, 8, 10.
Type : Humbert 20238 (fr., graines), lac Tsimanampetsotsa (côte sud-ouest); handy
en mahafaly (holo-, P; iso-, P, TAN).
Autre matériel : Ouest : Humbert 2504, delta du Fiherenana; Humbert 20052
environs de Manombo (sud-ouest), forêt d'Isonto (sables roux), ait. 80-150 m; Capuron
27935-SF, route de Manombo, N du Fiherenana; Leandri 2242, 4009; Bosser 15866;
Decary 18206; Humbert 20226 ter, 20238; Perrier 19163, lac Tsimanampetsotsa (sud-
ouest); Capuron 7185-SF, Andoharano, Belo sur Tsiribihina; Capuron 5908-SF,
5917-SF, Kinlo, route de Tuléar-St Augustin; Humbert 14388 bis ; 10496-SF. 14282-SF.
4977-SF, colline de la Table; Capuron 1500-SF, Tananarive-Tuléar; Capuron 12259-SF,
Sakaraha-Tuléar ; Capuron 4276-SF, Bevilany-Ranopito, Fort-Dauphin ; Capuron 4438-SF,
Namolory-Antanimory, Fort-Dauphin; Bosser 4021, Ifotaka (sud); Capuron 28275-SF,
haut bassin de la Menarahaka, Est d'Ihosy; Capuron 23530-SF; J. H. McWhirter 244,
bassin de la haute Menarahaka, d'Ihosy à Iakora, vers 700 malt.; Humbert 29533, estuaire
de l’Onilahy; Capuron 10676-SF, Amberery-Antsalova ; Capuron 6871-SF, Menabe,
forêt sur sables au NW de Besara, dist. d'Antsalova, Capuron 3613-SF, Ambovongidro,
dist. de Soalala; Pervillé 624, Ambongo; Capuron 18852-SF, forêt d’Ambondro-Ampasy,
canton d'Antonibe, dist. d’Analalava; Capuron 9437-RN, Analalava, dist. d'Amboasary;
Capuron 283I3-SF, Est d’Amboasary; Capuron III89-SF, Ambondro-Morondava;
Capuron 3955-SF, Misokitra-Befasy-Morondava; Capuron 14870-SF, Analavo-Moron-
dava; Capuron 7738-SF, Sakave-Antanimora, Androy; Decary 9341, Beteny, gneiss
à la limite NE de l'Androy ; Perrier 5887, bois de la mer entre le Manambola et la Soaha-
nina; Peltier 1399, sud d'Ambatoveve, dist. de Betioky; Capuron 3847-SF, Betsako-
Ankasoabo; Humbert 11295, vallée du Mangoky et de l'Isakaina, environs de Beroroha;
Decary 9641, Sianamaro ouest d’Ambovombe; Perrier 5930, Plateau Mahafaly; Capuron
12661-SF, Ambohilelaby-Tuléar; Leandri 2242, forêts côtières de Besaraha.
CAPURONIANTHUS Leroy (8). — Arbres à feuillage persistant.
Feuilles décussées, paripennées. Inflorescences en racèmes ou panicules
axillaires. Fleurs unisexuées *. Calice à 4 lobes imbriqués. Pétales 4, géné¬
ralement contortés. Tube staminal portant 8 anthères (ou anthérodes).
Disque bien représenté dans les fleurs <?. Ovaire 2-4-loculaire à 2 ovules bien
développés par loge, et deux vestigiaux. Style très court, avec une tête
stigmatique réduite. Fruit : capsule 2-4-valvaire, à 0-1-2 graines par valve;
épicarpe indéhiscent, endocarpe septifrage. Graines non ailées, à tégument
(sarcotesta) liégeux, superposées ou collatérales. Embryon exalbuminé,
à cotylédons soudés, à radicule supère.
Genre composé de deux espèces, endémique à Madagascar, extrême¬
ment isolé sur le plan morphologique, et ayant une aire bipolaire; on le
I. Les fleurs ,J sont beaucoup plus nombreuses que les fleurs Ç et, sur le plan morpho¬
logique, elles se distinguent à peine; simplement le disque est plus important, l'ovaire moins
développé, et, bien entendu, les anthères fertiles.
Source : MNHN, Paris
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3. — Neobeguca mahafaliensis : 1, rameau avec fruit x 2/3; 2, inflorescence x 2; 2', bou¬
ton floral en place x 6; 2", poils; 3, fleur 9? après retrait du périanthe x 12: 4, 5, pétale
x 8 et anthères x 20; 6, fleur j? après retrait du périanthe x 12; 7, anthère x 20;
8, coupe schématique du pistil x 12; 9, 10, fruit immature et fruit adulte x 2/3 (2, 8,
28275-SF; 2', 2 11189-SF; 9, 10, 2242-SF).
Source : MNHN, Paris
— 176 —
trouve d’une part dans les fourrés du Sud-Sud-Ouest (C. mahafaliensis.
PI. 5, 8, 10) d’autre part dans le Nord-Est autour de Vohémar (C. vohe-
marensis).
Capuronianthus vohemarensis Leroy, sp. nov.
Arbor mediocris v. excelsa (ad 20 m alla, 0,50 m-0,60 m in diametro), corlice squamato,
ramis ramulisque robuslis, glabris. Innovaliones printum pubescenles deinde glabrescentes,
postremo glabris; inflorescenliis in axillas foliorum inferiorunt sæpe bracteiformium,
caducorum, nascentibus. Folia adulla paripinnata 2-6-juga, peliolo 2-3 cm longo; foliota
coriacea, opposila, oblonga, maxime inæqualia usque subdimidiala, apice acuta, basi hinc
î. — Neobcguea mahafaliensis, étude du fruit : A, schéma d'une loge après retrait de 3 des
4 graines (noter l’ampleur de l'aile séminale a et l'emplacement de l'embryon e); B, C,
embryon vu des côtés abaxial et adaxial; D, embryon partagé en deux et vu de l'in¬
térieur; E, coupe schématique de l’embryon dans le tégument (10676-SF).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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acuta, illinc obtusa, 5-10 cm longa, 2-4 cm lata, petiolulo 0,5 cm longo, nervis secondants
hinc 11-12, illinc 7-8. Paniculæ elongatæ, foliorum adulti rhachim æquantes, ramosæ,
longe peduncuiatæ, bracteis brateolisque glabris, ciliolatis ; panicularum cymæ adultæ
subglabræ, 4-5-plo dichotomie. Flores pedicello glabro, 1 mm longo; sepala 4 imbricata,
glabra, ciliolata, 1 mm longa, 1 mm lata ; petala, in æstivatione contorta, interdum imbricata,
oblongo-elliptica, navicularia, apice rotundata, basi acuto-cuneata, glabra, disjuncta, 4 mm
longa ; tubus stamineus ovoideus glaber, 8-laciniatus, 3 mm longus, laciniis bifidis, longitu-
dine 1/5 tubi æquantibus; antheræ 1 mm longæ, sessiles; gynophorum basi contractum,
apice discoideum ; ovarium 2-4-loculare, glabrum. basi latum, plus minusve conicum, stylo
brevissimo, stigmate leviter peltato. Fructus oblongo-pyriformis, apice apiculatus, 4-5,5 cm
altus, 2,5-3,5 cm in diam., non nisi ad apicem septifragus. endocarpio omnino septifrago,
dissepimentis membranaceis, 2-8-spermus; calyx et pedunculus ad maturitatem fructus
persistentes ; semina angulosa, testa crassa, dura ; embryo crassits, cotyledonibus oblongo-
rotundatis, imequalibus, conferruminatis, 1,8 cm longis, 1,2 cm latis, radicula inclusa.
—PI. 6, 10.
Type : Capuron 27320-SF, vestige de forêt entre Belinta et Ambatrabe, au NW
de Vohémar, S de Mantialaka, 10-18.12.1966, fl. (holo-, P; iso-, P, TAN).
Autre matériel : Est (N) : Capuron 27258-SF', pentes dominant le Lac Vert au
S de Vohémar, 12.12.1966, fl.; Capuron 27493-SF, vestiges forestiers dominant la rive
ouest du Lac Vert, 10.3.1967, fr.; Capuron 27475-SF, forêt littorale sur sables au S de
Vohémar, 13.23.1967 (échantillons non vus). — Ouest (N) : Capuron 24852 bis-SF,
vestiges de forêt entre Belinta et Ambatrabe, 14.10.1966, fr.; Capuron 24508-SF, forêt
de Sahafary, bassin de la Saharenena, sur sables, 7.2.1966, fr.
La première récolte du Capuronianthus remonte à 1951, et ce n’est
qu’en 1966 que cette deuxième espèce fut récoltée. Il est assez surprenant
que de beaux arbres présents dans les vestiges forestiers bordant une route
asphaltée aux environs de Tuléar et de Diégo-Suarez n’aient jamais été
remarqués auparavant, mais l’événement vaut d’être noté, car il montre
à quel point il est erroné de supposer presque terminé l’inventaire de la
flore malgache. Les deux espèces sont des essences à bois très dur utilisé
en charpenterie, à écorce odorifère bien connue en pharmacopée malgache.
Le Capuronianthus vohemarensis est très étroitement apparenté au
C. mahafaliensis (PI. 5) dont il semble se distinguer cependant par un
ensemble de caractères : l’inflorescence du C. vohemarensis est beaucoup
plus développée (c’est une panicule de cymes souvent 4 fois dichotomisées,
chez le C. mahafaliensis l’inflorescence est une panicule de cymes simples)
le tube staminal est à dents généralement subdivisées une fois, le pédicelle
est plus long, certaines parties de l’infloresence sont finement poilues, les
feuilles sont plus grandes, et généralement aiguës au sommet, les fruits
souvent 4-loculaires sont plus gros, et peuvent contenir parfois 7-8 graines.
On peut aussi le considérer comme une simple sous-espèce. C’est un arbre
de bonne taille à feuilles persistantes, à écorce platanoïde (PI. 6) qui vit
dans la partie la moins sèche du domaine de l’Ouest. L’adaptation du
Capuronianthus à la sécheresse ne semble pas avoir entraîné de profondes
modifications morphologiques.
Le genre a été établi (8) d’après l'espèce du Sud, C. mahafaliensis.
1. Numéro illustré dans Pennington & Styles sous le nom de C. mahafaliensis Leroy.
Source : MNHN, Paris
— 179 —
PI. 6. — Capuronianthus vohemarensis : 1, rameau florifère x 2/3; 2, inflorescence x 4; 2',
poil sur rameau; 3, fleur ?? androcée et gynécée x 12; 4, fleur cj? androcée et gynécée
x 12; 5, fleur complète x 8; 6, fruit vu du dessus (noter la déhiscence sommitale)
x 2/3; 7, fruit dont une partie du péricarpe a été retiré, on voit l'endocarpe déhiscent
x 2/3; 8, fruit, une loge est à 2 graines superposées x 2/3; 9, graine x I (I, 2, 2 ', 5,
... 6-7, 24508-SF; 8-9, 27494-SF).
27320-SF; 3-4, 27258-SF; >
Source : MNHN, Paris
— 180 —
laquelle est représentée dans les collections du Muséum par les numéros
suivants : Capuron 10687-SF, Ranomainty-Androy, 16.9.1954, fl., vazoa:
Capuron 10850-SF, route entre Ranomainty et Amboasary, Androy,
1.10.1954, fl.; Capuron 8487-SF, bush entre le Mandrare et Bevilany,
environs du village de Ranomainty, 23.9.1953, fl.; Capuron II877-SF,
bassin de la Basse Menarandra, plateaux et vallons sur calcaires éocènes
au N de Bevoalavo, f.; Capuron 5855-SF, P.K. 60 route Tuléar-Sakaraha,
10.11.1952, fr.; 35-R-191-SF, route Tuléar-Tama, 55 km de Tuléar,
23.10.1951, f., manirake; Capuron 8441-SF, forêt entre les P.K. 50-60.
route Tuléar-Sakaraha, fl.; Capuron 15469-SF, Andranohinaly à 300 m
ait., route Tuléar-Tananarive, sur calcaires éocènes, vazoa (antandroy,
mahafaly), tsifolahy (bara), fr.
J’avais proposé de considérer le Capuronianthus comme le type d’une
tribu spéciale : les Capuroniantheæ. Pennington & Styles, allant plus
loin, ont élevé la tribu au rang de sous-famille : les Capuronianthoidex.
Il y a de solides arguments pour l’une ou l'autre option, mais je crois
cependant que la création d’une sous-famille oblitère les liens qui me
paraissent exister entre les Xylocarpex et le Capuronianthus, taxons que
j’avais juxtaposés en élevant le second au rang de tribu, dans la sous-
famille des Carapoideæ (= Xylocarpoideæ). Pennington & Styles, tout
en reconnaissant ces liens, considèrent que les Xylocarpex sont plus proches
des Swieteniex que du Capuronianthus : affaire plutôt subjective que, sans
doute, il est prématuré de vouloir résoudre.
Dans la fondation de leur sous-famille des Capuronianthoidex, Pen¬
nington & Styles mettent en avant plusieurs caractères différentiels pour
établir la coupure entre le Capuronianthus et les Swietenioidex où ils placent
les Xylocarpex:
1) Chez le Capuronianthus les bourgeons seraient nus (buds naked)
alors qu’ils sont protégés par des écailles chez le Carapa, le Xylocarpus
et toutes les Swietenioidex. Je ne crois pas que ce caractère ait quelque
poids au niveau des sous-familles. A la vérité, nous le verrons, ce sont les
mécanismes de développement qui sont absolument différents. Aucune
coupure essentielle entre les deux types de bourgeons.
2) La décussation des feuilles. — C’est peut-être, comme le pensent
Pennington & Styles, un caractère taxonomique majeur : on ne la
retrouve en effet nulle part dans les Swieteniex, ni dans les Xylocarpex.
11 sera reconsidéré plus loin.
3) Le style faiblement capité, alors qu’il est discoïde dans les Swiete¬
niex et les Xylocarpex. Ce caractère aussi est important et bien établi,
mais il est cependant assez variable à l’intérieur même des Swietenioidex,
où le Chukrasia est à style capité, parfois même à l’intérieur d’un même
genre ( Lovoa ).
4) Les loges à 2 ovules normaux et à 1-2 ovules vestigiaux, alors
qu’elles sont multi-ovulées chez les Swieteniex et les Xylocarpex: les
Melioidex (déhiscence loculicide ou fruits indéhiscents, loges 2-ovulées)
étant écartées.
Source : MNHN, Paris
— 181 —
En fait, le Xy/ocarpus avec son ovaire 4-Ioculaire à loges ± 4-ovuIées
est exactement du même type que le Capuronianthus où l’ovaire est 2-4-
loculaire à loges ancestralement 4-ovulées. — PI. 8.
5) La superposition des ovules qui sont 2-sériés chez les Swietenieæ
et les Xylocarpeæ. II n’est pas exact qu’ils soient superposés. En fait il n’y
a, à cet égard, aucune différence essentielle : les ovules chez le Capuro¬
nianthus, comme chez les Swietenieæ et les Xylocarpeæ sont 2-sériés; les
graines sont superposées ou collatérales.
En résumé, le Capuronianthus est à fruits capsulaires à déhiscence
septifrage partielle, à columelle mince, à graines liégeuses, non-ailées,
exalbuminées : autant de caractères des Xylocarpeæ (un seul étant partagé
par les Swietenieæ : la déhiscence septifrage). De plus, les Swietenieæ,
soit 9 genres, sont intégralement composées d’espèces à feuillage caduc.
Le Capuronianthus, comme les Xylocarpeæ, est à feuillage persistant :
caractère lié à l’adaptation et aux mécanismes de développement. Il n’y
a peut-être, en fin de compte, qu’un caractère essentiel séparant le Capuro¬
nianthus des Xylocarpeæ: la décussation des feuilles.
Quel que soit le degré d’incertitude attaché aux hypothèses classi¬
ficatoires — et j’ai reconnu que la mienne était assez hardie —je retiendrai
ici l’apparentement certain des deux groupes : Capuroniantheæ ou Capuro-
nianthoideæ d’une part, Xylocarpeæ d’autre part.
XYLOCARPUS Koen. — Arbres à feuillage persistant. Feuilles pari-
pennées. Inflorescences en thyrses terminaux. Fleurs unisexuées. Calice
gamosépale 4-lobé. Pétales 4. Tube staminal portant 8 anthères ou anthé-
rodes. Disque important. Ovaire 4-locuIaire à 3-4 ovules par loge. Style
à tête discoïde. Fruit : capsule septifrage, s’ouvrant en 4 valves, à colu¬
melle très mince. Graines 2-4 par loge, grandes, liégeuses, non-ailées, exalbu¬
minées. Embryon à cotylédons fusionnés. — PI. 7, 8.
Genre dont les deux espèces, X. obovata et X. granatum, présentes
à Madagascar, habitent les mangroves de l’Océan Indien.
CARAPA Aublet — Très grands arbres à feuillage persistant, à feuilles
paripennées, de l’Afrique et de l’Amérique tropicales. Le genre de 2-3
espèces se distingue du Xylocarpus notamment par les grandes feuilles à
6-12 paires de folioles, le calice à 4-5 sépales imbriqués, l’ovaire à 3-8 ovules
par loge, les graines à tégument ligneux, les adaptations (aucune espèce
de mangrove), la distribution géographique (atlantique). — PI. 7, 8.
II. — MÉCANISMES DE DÉVELOPPEMENT DANS LES GENRES
CARAPA, XYLOCARPUS, CAPURONIANTHUS, KHAYA, NEOBEGUEA
Pour Pennington & Styles, tous ces genres, à l’exception du dernier,
sont strictement à inflorescences axillaires : racèmes ou panicules chez le
Capuronianthus, thyrses chez le Carapa, le Xylocarpus, le Khaya. Le Neobe-
guea est à groupes de thyrses terminaux ou sur de courtes pousses latérales.
Source : MNHN, Paris
— 182 —
Ces résultats, consignés dans une étude par ailleurs magistrale, sont particu¬
lièrement révélateurs des immenses dangers de l’empirisme, prôné et
pratiqué cependant pour ses vertus d’objectivité.
CARAPA : voici quelques appréciations : Panicules axillaires (Ben¬
tham & Hooker, 1867). Panicules axillaires cymeuses (Oliver, 1868).
Inflorescences axillaires ou terminales (Bâillon, 1874). Inflorescences
axillaires en très grandes panicules apparaissant au sommet des rameaux
(Staner & Gilbert, 1958). Fleurs... en thyrses axillaires très ramifiés
multiflores (Pennington & Styles, 1975).
D’après l’examen empirique, les inflorescences du Carapa apparaissent
en effet le plus souvent comme axillaires. Elles sont rassemblées, chacune
à l’aisselle d'une bractée, au sommet des branches, lesquelles se terminent
par un bouquet de bractées serré formant bourgeon. En fait ce bourgeon
terminal n’est que l’extrémité bloquée de la grande inflorescence.
En classant le Carapa guianensis Aublet sous leur « modèle de Scar-
rone », F. Hallé & Oldeman ont eu raison : « le tronc est un monopode
à croissance rythmique — ce qui confère aux branches une disposition
verticillée ou subverticillée. Les branches sont orthotropes à structure
sympodiale. La floraison est apicale sur les éléments constitutifs de ces
sympodes » (4).
XYLOCARPIJS : l’axe en fleur est, pour l’observation empirique,
terminé par un bourgeon d’écailles au-dessous duquel se trouvent d’un
côté une feuille adulte, de l’autre l’inflorescence. Dans cette organisation
inhabituelle, on note d’une part qu’il n’y a qu’un seul bourgeon, alors
que l’on est en droit d’en trouver deux : le bourgeon terminal et le bourgeon
axillaire; on note d’autre part que l’inflorescence n’est sous-tendue par
aucune bractée. Deux interprétations sont possibles :
1) l’inflorescence est extra-axillaire, par suite d’une croissance diffé¬
rentielle. Dans ce cas, et en contradiction avec les faits observés, la feuille-
bractée supposée devrait être dépourvue de bourgeon axillaire, ce qui
n’est pas le cas. De plus, on n’explique pas l’absence de bourgeon axillaire
au niveau de la feuille supérieure.
2) l’inflorescence est terminale; le bourgeon apparemment terminal
est axillaire, axillé par la dernière feuille formée avant l’inflorescence.
C’est, de toute évidence, la bonne interprétation. Elle est d’ailleurs pleine¬
ment satisfaisante pour la cohérence de l’esprit puisque le Xylocarpus
est à coup sûr un genre apparenté au Carapa (tribu des Carapeæ ou Xylo¬
car peæ.) Sans avoir fait d’observations sur le terrain, on peut penser que
le Xylocarpus est constitué comme le Carapa : tronc monopode (?), branches
sympodes (orthotropes?).
CAPIJRONIANTHUS : c’est un arbre pouvant atteindre 20-25 m à
tronc et à branches monopodiaux, à inflorescences typiquement axillaires,
donc, à cet égard, parfaitement distinct des Xylocarpeæ. Au moment de la
floraison, il porte deux types de pousses. Immédiatement avant le débourre-
Source : MNHN, Paris
— 183 —
PI. 7. — Capuronianthus mahafaliensis Leroy (cliché du 31.1.1959) : 1, plantule obtenue de
graine récoltée le 15 mars 1955 et mise en germination en décembre 1958; germination
crvptocotylaire, les 2 premières feuilles sont composées, paripennées, le pot a 8 cm de
diamètre; tige épicotylée nue de 4,5 cm de longueur (11877-SF); 2, le même individu
le 17 juin 1959 : il porte 8 feuilles, il en portera 13 en janvier 1960, 15 en avril. — Neobe-
guca mahafaliensis Leroy (cliché du 31.1.1959) : 3, plantule issue d'une graine récoltée
le 11 août 1954, conservée en collection et mise en germination en décembre 1958: germi¬
nation phanérocotylaire (cotylédons suborbiculaires, entiers; hypocotyle de 1,5 cm de
longueur), les premières feuilles formées sont simples (le pot a 6 cm de diamètre)
( 10676-SF ); 4, le même individu le 17 juin 1959 : 4 feuilles composées-imparipennées
ont été produites après 3 feuilles simples (divergence 2/5). — Xylocarpus granatum
(8088, carpologie, P) : 5, fruit de 7 cm de diamètre. — Carapa procera (Heudetot 749) :
6, fruit long de 8 cm (explication PI. 8). — Capuronianthus mahafaliensis : 7, écorce
et feuilles, en forêt xérophile, près de la route d’Enjamala, à 65 km de Tuléar, dans le
Source : MNHN, Paris
— 184 —
ment, les rameaux extrêmes portent quelques paires de feuilles chacune
avec son bourgeon axillaire, et se terminent par un bourgeon au repos
(naked bud de Pennington & Styles). Au réveil, le bourgeon terminal va
former, à la base, des axes inflorescentiels axillaires, lesquels peuvent
être axillés par des feuilles réduites, des feuilles-écailles ou des feuilles
normales. Au-delà, le développement végétatif se poursuit jusqu’au blocage
par le bourgeon dormant. La pousse ayant procédé du développement du
bourgeon terminal est donc porteuse d’inflorescences latérales à la base
et des jeunes feuilles, elle est hétérogène. Le développement s’est fait dans
la continuité au cours d’une même période, elle est homochrone ; le résultat
est la production d’une pousse que je désignerai comme indéfinie, hétérogène
et homochrone.
De même, les bourgeons axillaires des feuilles anciennes peuvent
entrer en activité : les pousses qu’ils donnent sont généralement réduites,
sans feuilles, portant simplement les axes inflorescentiels axillés par des
bractées-écailles. Pousses théoriquement semblables aux précédentes, homo-
chrones, mais très courtes, pratiquement (définies?) homogènes (entière¬
ment génératives).
Dans tous les cas, le développement est rigoureusement monopodial,
et le caractère essentiel pour définir le taxon est ce caractère, absolu sur
le plan théorique.
KHAYA : F. Halle & Oldeman ont classé le Khaya ivorensis A. Chev.
dans leur « modèle de Rauh » : le tronc est un monopode dont la croissance
rythmique confère aux branches une disposition verticillée ou subverticillée.
Les branches sont orthotropes, donc morphologiquement identiques au
tronc. Chaque branche est un monopode dont la croissance rythmique
confère aux branches latérales qu’elle porte une disposition verticillée ou
subverticillée. La floraison est toujours latérale. Le genre voisin Swietenia,
l'Acajou d’Amérique, est du même type. De même aussi le genre africain
Entandrophragma.
NEOBEGUEA : l’intérêt tout particulier présenté par ce genre tient à
deux raisons : en premier lieu, la diversité des mécanismes à l’intérieur
du genre, en rapport avec la taxogenèse. En second lieu, l’étroit apparente¬
ment au Khaya, lequel présente un mécanisme de développement inconnu
chez le Neobeguea. En d’autres termes, nous nous trouvons avec certitude
devant un ensemble de mécanismes dérivant d'un seul et unique mécanisme
originel.
Le N. mahafaliensis, espèce assez répandue dans le Sud et le Sud-
Ouest de Madagascar, est richement représenté dans les collections du
Muséum. L’analyse extrêmement fine des rameaux m’a révélé que ceux-ci
sont composés d’éléments assimilables à ce que j’ai appelé ailleurs (1968,
1972) articles ou unités de développement : chaque pousse nouvelle, qu’elle
soit végétative ou végétative-générative, est généralement issue d’un bour¬
geon axillaire proche du bourgeon terminal, celui-ci avortant. Toute pousse
est généralement définie. Toute pousse homochrone (formée continûment
Source : MNHN, Paris
— 185 —
au cours d’une même phase de développement) est hétérogène (végétative-
générative) ou homogène (végétative ou générative par accélération onto-
génétique). Le développement est sympodial exclusif.
Je ne sais si le N. ankaranensis est à développement sympodial exclusif,
mais il présente au moins un développement sympodial en rapport avec
la floraison. Les pousses en sont hétérogènes.
Chez le N. leandriana le mécanisme est original : les pousses homo-
chrones sont exclusivement homogènes, donc le méristème génératif se
spécialise d’emblée, mais elles peuvent être terminales. Il y a donc un
développement sympodial en rapport avec la floraison, ou partiellement
monopodial.
III. — ÉCOLOGIE
Avec ses 3 espèces, le Neobeguea couvre une aire coïncidant avec
la Région occidentale de Madagascar dont il est un élément caractéristique.
Arbre à feuillage caduc, comme le Khaya, il est étroitement adapté à cette
région classiquement divisée en deux Domaines, Domaine de l’Ouest
et Domaine du Sud (Humbert, 1955) où, comme on sait, le facteur limitant
est l’humidité. La saison sèche y dure 6-7 mois au moins, de mai à novembre,
pendant lesquels il ne tombe que quelques millimètres de pluie chaque
fois, à moins qu’elle ne soit absolue, ce qui est la règle dans le sud. La
Source : MNHN, Paris
— 186 —
pluviométrie annuelle peut atteindre 1900 mm à Analalava entre le Sambi-
rano et Majunga, mais elle descend au-dessous de 1000 mm à Diégo-
Suarez, 500 mm dans le Sud. Morat (1974) y distingue deux bioclimats :
le type subhumide chaud des secteurs Nord et de l’Ambongo-Boina et du
Secteur de l’Ouest-moyen au-dessus de la Tsiribihina, d'une part, d'autre
part le type semi-aride de la Tsiribihina au Cap Sainte Marie ( 14 ). La
flore subsistante, marquée par une grande originalité de composition et
de végétation, s’y différencie en fonction de la latitude et surtout de la
nature des sols. Les savanes mises à part, ce qui représente 80 % de la
superficie totale, les formations forestières y constituent du Nord au
Sud une petite bande extrêmement morcelée, souvent proche de la côte
et donc de faible altitude et sur sols sableux ou occupant les vastes étendues
calcaires à faciès karstique : Forêts denses sèches du Domaine de l’Ouest,
Fourrés xérophiles du Sud (Koechlin, Guillaumet & Morat, 1975) (6).
L’un des traits les plus frappants de cette flore occidentale est précisément
en rapport avec l’importance des substrats karstiques. Plateau Mahafaly
(Nummulitique), Tsingy du Bemaraha, Kelifely, Ankarana de Diégo-
Suarez (Jurassique) où la sécheresse varie selon l’épaisseur du sol. Après
Perrier de la Bâthie, les auteurs ont rappelé que la végétation y fleurit
souvent au cours de la saison sèche au sein des forêts presque entièrement
défeuillées, ce curieux phénomène offert par le Dalbergia et le Pachypodium
entre autres, l’est aussi par le Neobeguea mais selon un mécanisme extrême¬
ment intéressant dont j’ai tenté d’amorcer l’analyse dans la perspective
d’une ouverture sur la compréhension des modes d’évolution.
Le Neobeguea mahafaliensis est un arbuste, un petit arbre ou un arbre
ne dépassant guère ordinairement 10-12 m. Il affectionne le calcaire, mais
on le trouve aussi sur gneiss, et sur les sables côtiers : Androy et Plateau
Mahafaly au Sud, fourrés de la région de Tuléar, forêts depuis le Mangoky
jusqu’à Morondava et au-delà de la Tsiribihina. Deux stations dont une
vers 7-800 m en sont connues près d’Ihosy. Une forme particulière (qui
pourrait être un hybride fixé mahafaliensis x leandriana ) est incluse dans
l'aire du N. leandriana vers Majunga et au-dessous du Sambirano vers
Analalava. Dans son aire, le N. mahafaliensis fleurit de mai à novembre,
pendant toute la saison sèche. Les bourgeons terminaux et axillaires des
branches débourrent à tout moment à partir de mai, alors que les arbres
sont entièrement nus, et reconnaissables seulement à leur port, à leurs
branches courtes et tortueuses, à leur écorce platanoïde se détachant par
plaques et laissant des cicatrices (ressemblant à des pièces d’un puzzle,
selon l’excellente image de Capuron). Les pousses nouvelles sont consti¬
tuées de deux parties : à la base, l’axe est végétatif et porteur d’un certain
nombre de feuilles, chacune axillant un bourgeon au repos; au-dessus
l’axe est génératif : la feuille fait place à la bractée-écaille et dans chaque
aisselle une ramification d’inflorescence se développe ou avorte, l’axe
principal se termine par une fleur. L’ensemble de l’inflorescence est une
petite panicule terminant une pousse végétative et formée au cours du
développement de celle-ci, sans discontinuité de développement.
Une telle pousse nouvelle est ce que j’ai appelé (1967) une pousse
Source : MNHN, Paris
— 187 —
homochrone : elle se construit en un seul temps et porte fleurs et feuilles.
Si cet événement survient en mai ou juin, au plus fort de la grande sécheresse,
l’arbre chargé de son feuillage prend un caractère insolite en disharmonie
par rapport au climat. En fait, le N. mahafaliensis présente une adaptation
remarquable du tronc à la sécheresse : d’une part, et c'est là un caractère
générique, l’assise subéro-phellodermique y fonctionne activement pour
produire une carapace corticale se renouvelant par plaques; d’autre part,
le tronc a la capacité de se renfler à la base et d’accumuler des réserves
hydriques. Les malgaches utilisent d’ailleurs ces réserves à des fins médi¬
cinales. Ce caractère que j'ai observé dans la nature en 1970, est un carac¬
tère génétiquement fixé dont j’avais noté l’existence sur plantule obtenue
par germination en serre dès 1960.
Le N. ankaranensis est généralement un arbre médiocre, mais, d’après
Capuron, dans de bonnes conditions, il peut, avec un fût droit, dépasser
25 m et 0,80 m de diamètre. Il est strictement localisé — d’après les données
dont on dispose — dans la région de Diégo-Suarez, pentes calcaires de la
Montagne des Français, causses de l’Ankarana, sables de Sahafary. La
plànte fleurit plus classiquement en octobre-novembre, à la fin de la saison
sèche. De belles pousses homochrones comparables à celles du N. mahafa¬
liensis sont alors formées, mais avec de grandes feuilles pouvant atteindre
30-40 cm de long. L’inflorescence est une grande panicule très ramifiée,
beaucoup plus développée que celle du N. mahafaliensis. Les fruits arrivent
à maturité au cours de la saison sèche. Ici la correspondance est réalisée
entre saison sèche et chute des feuilles : le phénocycle est parfaitement
inséré dans son cadre.
Avec le N. leandriana , c’est à un tout autre système que nous avons
affaire : l’arbre a « découvert » le mécanisme monopodial en rapport avec
la floraison axillaire, mais selon une modalité différente de celle du Khaya.
Le développement végétatif et le développement génératif sont libérés
l’un par rapport à l’autre, mais feuilles et inflorescences ne relèvent pas
d’une même pousse homochrone. L’inflorescence est produite par un
bourgeon axillaire strictement génératif, mais sur du bois de la précédente
saison, ou plus ancien. L'axe feuillé procède d’un bourgeon terminal ou
axillaire au repos depuis la ou une précédente saison. Ainsi, les inflores¬
cences apparaissent en mai-juin-juillet sur des arbres dépouillés, au cceur
de la saison sèche, sans doute à la faveur de quelque pluie. Quand vient la
saison des pluies, l’arbre, porteur de fruits déjà gros, se pare de son feuillage.
Le bourgeon terminal des axes longs peut rester végétatif pendant plusieurs
saisons, mais il est appelé à se transformer un jour : le développement
monopodial n’est que partiel. Quand survient la sécheresse, les feuilles
tombent, le bourgeon terminal entre en repos à l’état végétatif ou à l’état
génératif, à l’abri de plusieurs cycles d’écailles; on peut penser que les
bourgeons axillaires au repos eux aussi sont alors encore indifférenciés
ou déjà différenciés en bourgeons génératifs. Deux phénomènes inter¬
viennent : il y a 1) rupture de la continuité du processus de développe¬
ment à l’arrivée de la saison sèche, 2) déplacement de l’équilibre hormonal
déterminant les différenciations méristématiques.
Source : MNHN, Paris
— 188 —
Le N. leandriana semble inféodé aux substrats calcaires : reliefs kars¬
tiques de FAntsingy du Bemaraha et du Kelifely, calcaires éocènes de
l’Ambongo et du Sud de Majunga. C’est parfois un bel arbre atteignant
20 m, toujours reconnaissable, comme les autres espèces, à son écorce
platanoïde. Le mode de développement qui lui est propre, s’exprime par
la dissociation des mécanismes producteurs de feuilles d’une part, de
fleurs d’autre part, conférant ainsi à la plante une très grande souplesse
d’adaptation au milieu et aussi une capacité plus grande de développement.
On peut penser que les conditions dures du milieu ne sont pas étrangères
à la sélection de ce type de comportement marqué par un rééquilibrage
hormonal du déterminisme sexuel.
Les Khaya sont des arbres héliophiles des forêts denses sempervirentes
ou semi-décidues, des forêts claires et des galeries forestières (dans les
savanes soudaniennes). Le K. ivorensis ou Acajou de Bassam vit dans les
forêts denses de la basse Côte d’ivoire. Le K. madagascariensis, extrême¬
ment voisin morphologiquement du K. senegalensis habite la forêt ombro-
phile de la Grande Comore et de la côte orientale de Madagascar, les forêts
d’alluvions de la Mahavavy, du Sambirano, pénétrant fort loin dans l’Ouest,
le long des berges des fleuves jusqu’au Sud de Majunga, dans le Borna.
Comme les espèces africaines — auxquelles il pourrait être rattaché —
c’est un arbre à feuillage caduc : il peut atteindre 30 m et 1,50 m de diamètre.
Sa floraison prend place en saison sèche, en septembre, ou, dans la forêt
humide, au début de la saison des pluies : la pousse étant homochrone,
l’arbre se couvre alors de feuilles.
Il n’y a pas de genre taxonomiquement plus proche du Khaya que ne
l’est le Neobeguea, mais ce sont cependant deux taxons bien différents
sous deux aspects. D’une part, leurs besoins écologiques et leurs aires
géographiques ne coïncident pas, le Neobeguea étant une plante strictement
caractéristique des formations xérophiles de l’Ouest et du Sud. D’autre
part, ils ne se situent pas sur le même niveau, ni dans la même orientation
évolutionnels. Nous nous trouvons devant un très bel et indiscutable
ensemble naturel africano-malgache dont la taxogenèse soumise à des
pressions différentes a divergé. Dans ce cas on passerait du sympode au
monopode, au moins relativement aux rameaux.
Le Capuronianthus mahafaliensis est un bel arbre à feuillage persistant,
pouvant atteindre 20-25 m. On le trouve exclusivement dans le domaine
de l’Ouest : Androy (jusqu’à 60 km de la côte et 300 m d’altitude), Bassin
de la Basse Menarandra (Plateaux et vallons sur calcaires éocènes), et
dans le secteur Nord, au Nord et au Sud de Vohémar, dans la forêt côtière
sur sables et dans la forêt de Sahafary également sur sables. Il fleurit en
septembre-octobre-novembre-décembre, et mûrit ses fruits au cours de
l’année.
Élément des forêts côtières ou subcôtières sur sables, inconnu à l’Est
et au Centre, le Capuronianthus a des exigences écologiques qui rappellent
à bien des égards celles du Xylocarpus. A Madagascar le X. obovatus est
une essence de la mangrove : côte Est, côte Ouest. C’est d’après Perrier
de la Bâthie une espèce commune dans la mangrove, les individus isolés
Source : MNHN, Paris
— 189 —
croissent au bord des cours d’eau où la marée remonte. Le X. granatum
est beaucoup plus rare; on le trouve à la limite extrême de la mangrove
là où les eaux saumâtres ne parviennent pas. D'après Perrier, c’est une
essence plutôt calciphile que halophile. Le Carapa n’existe pas à Mada¬
gascar : le genre est composé d’une espèce africaine (C. procera) et une
américaine (C. guianensis) et peut-être une ou deux autres espèces améri¬
caines. Le Carapa procera est, d’après Aubréville ( 1 ), un arbre des gale¬
ries forestières et des parties fraîches de la zone soudanienne, abondant sur
les lisières septentrionales de la forêt dense, en Afrique occidentale et
centrale, jusqu’en Angola ; on le trouve aussi, assez curieusement, sur les
montagnes de Man et du Nimba. La floraison en est plutôt erratique :
de juillet à octobre, mais aussi de décembre à mai, la fructification prin¬
cipale étant de novembre à mars.
Le C. guianensis est parfois un très grand arbre qui peut atteindre 40 ou
50 m, avec des contreforts. On le trouve dans les deltas et dans les plaines
inondées de l’Amazonie, du Vénézuela et en Guyane, parfois en peuple¬
ments presque purs. Il fleurit en juin et requiert une année pour mûrir
ses fruits.
II est probable que le Xylocarpus a eu pour souche un genre voisin
du Carapa , dont l’adaptation écologique est assez large.
IV. — HYPOTHÈSES SUR L’ÉVOLUTION
Mes recherches sur les Caféiers, commencées en 1961, ont abouti,
en 1967, à l’établissement d’une classification fondée sur le principe syn¬
crétique (9). Elles m’ont amené à regrouper les espèces d’après les méca¬
nismes ontogénétiques : d’un côté Coffea, Psilanthus, Psilanlhopsis ; de
l’autre côté Paracoffea, accordant à chacun de ces taxons le rang générique 1 .
C'est en m'appuyant sur le principe syncrétique que j’ai émis l’hypothèse
d'une évolution selon laquelle le Coffea (comme le Psilanthus et le Psilan-
thopsis) serait issu de plantes à fonctionnement sympodial du type Para¬
coffea (9, 11 ). Dans le même esprit, j’ai conçu une « loi de corrélation de
croissance » qui met en évidence un principe d’unité, un lien, entre les
caractères apparemment « en mosaïque ». C’est aussi au cours de ces tra¬
vaux (1968, 1972) que j’ai élaboré la notion d 'unité de développement ou
article ou métamère, rejoignant ainsi les orientations de M.-F. Prévost,
qui, simultanément, mais indépendamment (1967) proposait dans le même
sens le terme d 'article, dans son étude des Apocynacées ( 16 ). Au même
moment aussi (3), F. Hallé & R. Martin, dans leur étude sur la croissance
de l'Hevea (1968), avançaient en lui donnant un sens différent, mais appa¬
renté, le terme d'unité de morphogenèse , celle-ci étant l’homologue, dans
le mécanisme monopodial, de l’article dans le mécanisme sympodial.
1. Il peut sembler préférable de réunir tous ces genres comme sous-genres dans le seul
genre Coffea.
Source : MNHN, Paris
— 190 —
F. Halle & Oldeman (1970) ( 4 ) ont exprimé clairement 1 le rapport phylo¬
génétique qu’il paraît y avoir entre l’axe articulé et l’axe monopodial, et
ils ont eu le mérite de donner à ce rapport une signification générale : ce
que j'avais développé, de mon côté (1961-1968) sur le cas particulier des
Caféiers — où la notion d'unité de morphogenèse ne peut être appliquée —
en montrant comment on passait du rameau articulé au rameau mono¬
podial. Dans mon hypothèse, le méristème végétatif terminal, dans le
mécanisme monopodial, resterait toujours en deçà du niveau qualitatif
où il serait à même d’édifier l’inflorescence (en d’autres termes le change¬
ment du végétatif en génératif est réprimé;) niveau qui serait atteint, par
accélération (absence de répression) par les méristèmes latéraux. Chez le
Paracoffea, l’accélération (absence de répression) générative porterait
généralement sur un méristème terminal, lequel réussit, plus ou moins bien
— d’où la production d’épicalices — mais réussit toujours à constituer
une inflorescence.
Dès 1949, l’un des plus éminents botanistes de notre époque, E. J. H.
Corner (2), attirait l’attention sur l’architecture des arbres tropicaux, et ses
ouvrages entre 1949 et 1966 (The Durian Theory or the Origin of the Modem
Tree, Wayside Trees of Malaya, The Life of Plants, etc.) ont eu la plus
grande influence sur l’orientation des recherches contemporaines. Pour
ce Maître, qui a eu quelques-unes des plus brillantes intuitions sur l’évolu¬
tion « les ancêtres des plantes à fleurs modernes devaient avoir été des
arbres tropicaux de hauteur faible ou moyenne, à branches rares et sympo-
diales..., ces arbres devaient se reproduire par de grosses graines arillées,
nées de follicules rouges, massifs, succédant à des fleurs ou inflorescences
terminales ».
Disciples de Corner, et prenant son œuvre pour base, F. Halle &
Oldeman ont admis la vision cornérienne de l’évolution phylogénétique
où la plante primitive est un arbre massif, de faible hauteur, monocaule,
à floraison terminale.
Cette première « approche », quant à l’origine des arbres, n’est certaine¬
ment pas sans valeur; j’en retiens notamment que la notion de sympode
et de floraison terminale y a une grande place.
La réflexion à laquelle je me suis livré (12) 2 , sur l’évolution des méca¬
nismes ontogénétiques m'a amené à formuler l’hypothèse que les « Angio¬
spermes ancestrales devaient être des plantes ligneuses de faible gabarit,
à développement sympodial dont seraient issues d’une part la masse des
espèces herbacées et buissonnantes où prédominent largement les méca¬
nismes sympodiaux et où les systèmes d’adaptation sont innombrables,
d’autre part le lot réduit des espèces ligneuses géantes où l’anthosphère peut
se trouver portée jusqu’à 50-100 m au-dessus du sol, grâce aux mécanismes
monopodiaux ».
1. Leur figure 76 est cependant fautive en ce qu’elle ne montre pas que c'est toute l’inflo¬
rescence représentée dans le fonctionnement défini qui devient latérale dans l’unité de morpho¬
genèse. En outre, celle-ci devrait être raccourcie de toute la longueur de l'inflorescence de
2. J’ignorais alors les travaux de Stebbins.
Source : MNHN, Paris
— 191 —
En effet, s’il s’avère que les plantes ancestrales ont été à développement
sympodial, on est amené à considérer que les très grands arbres stricte¬
ment à développement monopodial, représentent plutôt un accroissement
d'évolution. Ce qui entraîne cette conséquence que la forêt dense humide
des régions tropicales, peuplée pour une bonne part d’arbres géants, ne
serait pas le berceau des Angiospermes. Hypothèse formulée, pour d'autres
raisons, par Stebbins, dès 1965, et reprise par cet auteur récemment
(1974) (17). Pour Stebbins, les Angiospermes primitives étaient des plantes
ligneuses de faible taille, à ramifications fines et capables de fleurir au bout
de quelques années après la germination, et habitant non pas les Tropiques,
mais des pays à climat constrasté-chaud de type méditerranéen.
En poussant plus loin ma conception, on en vient à poser que l’ancêtre
des Angiospermes a pu être, non pas un arbre massif, mais une petite
plante ligneuse hapaxanthe, à branches hapaxanthes (sans possibilité de
ramification véritable, monopodiale). Que penser alors de l’arbre massif
et court dont parle Corner? On peut admettre aisément que la plante
ligneuse originelle ait augmenté sa taille jusqu’à donner un type extrême,
mais qu’à partir de cet arbre ayant tous les traits d’une fin de phylum,
« modèle de Holttum » dans la nomenclature de F. Halle & Olderman,
ait pu se produire la mutation qualitative de la sympodisation, je ne suis
guère enclin à l’admettre. Il me semble raisonnable de faire l’économie
de ce type archaïque en tant qu’élément de séquences conduisant aux
types modernes.
Pour F. Hallé & Oldeman, cependant, ce serait la miniaturisation du
« modèle de Holttum » qui aurait conduit à l’émergence de la monopo-
disation et du « modèle de Corner ». Le « modèle de Corner » me semble
beaucoup plus sûrement un « modèle » de niveau d’évolution élevé, un
« modèle » pseudo-archaïque produit par évolution de types sympodiaux,
ce que j’ai tenté de montrer chez les Rubiacées (12).
Quoi qu’il en soit, me plaçant à mi-chemin entre Corner et Stebbins,
je crois que le berceau des Angiospermes primitives, plantes ligneuses de
faible taille, arbustes ou buissons, a dû être, non pas nécessairement la
forêt dense humide, mais les régions tropicales au sens large. Le climat y
est de loin le plus diversifié du Globe et y présente dans l’espace, et pour
le moins, l’équivalent des contrastes dans la succession des systèmes médi¬
terranéens : les plantes passées au crible des conditions tropicales de
climat, de sol, d’altitude, de compétition, de défense ou d’ordre géodyna¬
mique, ont été soumises à une épreuve très rude, mais qui comportait tous
les créneaux de la préadaptation aux divers milieux du Globe, y compris
les milieux froids.
Je pense avec F. Hallé & Oldeman que le développement chez le
Khaya « issu des modèles d’AuBRÉviLLE et de Scarrone » doit être considéré
comme l’aboutissement d’un long processus de perfectionnement de l’acti¬
vité méristématique ». Cette thèse se trouve considérablement renforcée par
l’existence de la structure articulée que j’ai mise en évidence chez le Neobe-
guea mahafaliensis. Chez cette plante, le rameau devient un véritable écha¬
faudage d’unités de développement. En tentant de prendre une vue générale.
Source : MNHN, Paris
— 192 —
fût-ce en acceptant de s’enfermer dans la pure spéculation, l’hypothèse
qui vient à l’esprit est que 1’ « unité » a pu être l'organisme originel.
Dans le Neobeguea, l’unité végétative et l’unité générative étant par¬
faitement homologues, je vais jusqu’à poser que la première pourrait pro¬
céder de la seconde.
Nous rejoignons ainsi les théories de la métamérie, écartées de la
science moderne sans avoir été réfutées de façon convaincante, ou soumises
à un examen critique approfondi. L’existence d’une telle unité primitive
relève cependant de la pure conjecture, et je suis incapable d’en esquisser
quelque définition. On doit noter que les méristèmes angiospermiens fonc¬
tionnent de façon rythmique, le rythme élémentaire étant mesuré par la
durée des plastochrones. Même la pure construction végétative apparaît
comme une répétition, et ainsi se trouve introduite la notion de multiple
qui est à la base de l’échafaudage des unités et de l’architecture des plantes
ligneuses et herbacées.
Le rameau du Neobeguea leandriana semble marquer une étape : il
s’y est produit un rééquilibrage hormonal entraînant la production d'in¬
florescences latérales sur le vieux bois ou d’inflorescences terminales sur
le bois de la saison précédente. Les unités sont composées, et liées à la
floraison terminale : le monopode est partiellement réalisé. Le mécanisme
permet le maintien de la floraison en période sèche, ce qui peut être favo¬
rable dans la sélection (possibilité d’une moindre virulence des parasites
des fleurs ou meilleures chances de fécondation, etc.) et une meilleure adéqua¬
tion de la caducité des feuilles au climat.
D’après l’hypothèse que j’ai retenue, le Carapa pourrait bien repré¬
senter un raté de la monopodisation des branches. En effet, le rameau
florifère, d’ailleurs de fort volume, se développe en donnant des branches
latérales (garnies de fleurs) aux aisselles de bractées, puis le plus souvent
il se produit une condensation brusque, en bourgeon, des bractées : le déve¬
loppement est bloqué. La monopodisation déjà « inventée » pour le tronc
est amorcée pour les branches qui sont orthotropes. Un pas de plus et le
bourgeon terminal serait végétatif.
Avec le Capuronianthus, la monopodisation des branches est réalisée.
Par ailleurs, l’arbre est de belle venue et à feuillage persistant, donc appa¬
remment moins bien adapté aux milieux xériques que le Neobeguea. L’évolu¬
tion a porté sur les fruits : capsules-drupes à déhiscence imparfaite et
qui ne produisent que deux graines par loge. Ces graines, légères, non
ailées, bien protégées, semblent préadaptées à la dispersion par les cours
d’eau.
Des essais de germination (PI. 7), pratiqués sur le Neobeguea et sur
le Capuronianthus ont permis quelques observations intéressantes, en
particulier de mettre en évidence une durée extrêmement longue du pou¬
voir germinatif, ce qui confère un avantage important en milieu rigoureux.
Une graine de Neobeguea mahafaliensis, récoltée le 11 août 1954, soumise
au traitement anti-parasitaire et conservée en collection a été mise en
germination en décembre 1958. Elle a donné une plantule (germination
cryptocotylaire) avec deux cotylédons suborbiculaires, entiers, deux feuilles
Source : MNHN, Paris
— 193 —
simples, puis au cours des six mois suivants quatre feuilles imparipennées,
à folioles dentées (divergence 2/5). La plante a été conservée en culture
jusqu’à maintenant. Une graine de Capuronianthus, récoltée le 12 mars 1955,
traitée et conservée, a été mise en germination en décembre 1958. Elle
a donné une plantule à germination phanérocotylaire produisant directe¬
ment des feuilles composées. Au bout de six mois, elle portait huit feuilles
composées paripennées, treize en janvier 1960. quinze en avril.
Le Neobeguea, en rapport avec l’étroitesse écologique des milieux
xériques et plus ouverts qu’il occupe, a progressé dans l’amélioration de
la diaspore par rapport au Khaya. Cette amélioration se marque à l’évidence
par la réduction du nombre des graines, par leur miniaturisation corrélative
du repliement des cotylédons, par l’extension considérable de l’aile sémi¬
nale périphérique. La diaspore du Neobeguea est une graine parfaitement
anémochore. La réponse à deux pressions de sélection différentes est ici
particulièrement claire : d’un côté, dans les fourrés et savanes arborés, un
arbre petit avec des graines légères, largement ailées, peu nombreuses (ce
qui permet la réduction de taille du fruit), ayant un pouvoir germinatif de
très longue durée ; de l’autre côté, un arbre grand ou très grand, de la forêt
dense humide, aux graines lourdes, à aile réduite, nombreuses (fruit relative¬
ment gros à 4-5 loges).
V. — TAXONOMIE SYNCRÉTIQUE DES GENRES
NEOBEGUEA ET CAPURONIANTHUS
NEOBEGUEA : Les longues considérations d’ordre ontogénétique
que je viens de rapporter sur le genre Neobeguea n’ont aucune place dans
la taxonomie classique. Et l’excellente description de Pennington &
Styles n’en révèle que deux traits : arbres caducifoliés, inflorescences en
thyrses terminales ou sur de courtes pousses latérales. Influencés par les
orientations à base numérique de la taxonomie, Pennington & Styles
ont établi une clé synoptique des genres par référence aux caractères diffé¬
rentiels. C’est un essai utile et intéressant, mais que je cite ici pour la raison
que tout caractère relevant de l’ontogénétique en est exclu : rien n’est retenu
quant au mécanisme de développement. Or, les unités de développement
dans l’ensemble Khaya-Neobeguea sont des caractères différentiels absolus.
Mettre dans une description : « arbres caducifoliés » revient en somme
à ne signaler que la marque d’un phénomène complexe ayant de multiples
variantes génétiquement fixées sans rien révéler de celles-ci. La définition
de l’unité de développement précise les types d’adaptation et le mode de
développement. Elle est aussi la base de toute hypothèse phylogénétique
et de toute étude organogénétique.
Mettre que les inflorescences en thyrses sont terminales ou sur de
courtes pousses latérales ne donne aucune indication sur les conditions
génétiques et écologiques de ces importants caractères dont nous savons
qu’ils sont des adaptations fixées et les éléments d’une séquence évolution-
nelle où prend place le Khaya. La notion de syncrétisme permet à la recherche
Source : MNHN, Paris
— 194 —
taxonomique qu’elle inspire de ménager ou de favoriser les ouvertures vers
la connaissance des fonctions et des parentés, et ce faisant ainsi, de fonder
sur des bases solides, et vraiment biologiques, la systématique.
Quoique partielles et approximatives, les études méthodiques et
expérimentales restant à faire, nos connaissances sur le Neobeguea per¬
mettent d’introduire dans la description plusieurs éléments essentiels de
taxonomie syncrétique, relatifs aux branches et à leur développement. A
eux seuls, ils permettent la discrimination des trois espèces. De plus, ils
ont un rôle déterminant dans l’organisation générale et le comportement
de la plante. A ces éléments s’ajouteront, le jour venu, les caractères relatifs
au tronc, au port, et à tout autre différenciation qualitative des méristèmes.
La description devra se doubler d’au moins deux rapports, l’un écologique,
l’autre phylogénétique.
Taxonomie. — N. mahafaliensis : 1) développement sympodial exclusif.
2) pousses hétérogènes, homochrones, définies.
N. ankaranensis : 1) développement sympodial en rapport avec la
floraison. 2) pousses hétérogènes, homochrones, définies.
N. leandriana: 1) développement sympodial en rapport avec la florai¬
son. 2) pousses hétérogènes, hétérochrones, définies (chaque phase homo¬
gène est homochrone).
Khaya: 1) développement monopodial exclusif. 2) pousses hétéro¬
gènes, homochrones, indéfinies.
Écologie. — N. mahafaliensis: Pousses hétérogènes, produites en
saison sèche. Tronc renflé au niveau du sol et capable de constituer d’im¬
portantes réserves hydriques.
N. ankaranensis : Phénocycle en étroite correspondance avec le climat :
pousses hétérogènes à la fin de la saison sèche.
N. leandriana: Pousses génératives homogènes latérales et terminales
en saison sèche. Pousses végétatives homogènes en saison des pluies.
Khaya: Pousses hétérogènes indéfinies en saison sèche et au début de
la saison des pluies.
Phylogénétique. — Le N. leandriana est peut-être l’espèce la plus
avancée du genre, dans ses mécanismes ontogénétiques adaptés à la xéro-
philie. Le N. ankaranensis est insuffisamment connu sous cet angle. Le
N. mahafaliensis a pu se maintenir et prospérer dans un milieu rigoureux,
malgré la pérennité de sa métamérisation, peut être grâce à 1’ « invention »
d’un procédé de mise en réserve de l’eau. 11 semble d’ailleurs que les méca¬
nismes sympodiaux puissent être très satisfaisants en milieu xérique.
Le Neobeguea , composé de trois espèces xérophiles profondément
différenciées, est un genre paléoendémique s'étant engagé dans l’adaptation
rapide aux milieux xériques de la Région Occidentale de Madagascar :
d’où la coexistence des archaïsmes du mode de développement et des
Source : MNHN, Paris
— 195 —
caractères très évolués de l’appareil génératif. Le Khaya, représenté margi¬
nalement à Madagascar par une forme (venue tardivement?) de la super¬
espèce africaine, est un genre africain orienté vers l’occupation de la grande
forêt tropicale. Étant donné le faible degré de différenciation intragénérique
du Khaya on peut penser que ce genre est d’origine récente, l’ancêtre com¬
mun du Khaya-Neobeguea, habitant l’aire africano-malgache avant l’élar¬
gissement du canal de Mozambique, ayant disparu.
CAPURONIANTHUS : La décussation phyllotaxique propre à ce
genre, dont la valeur taxonomique a été mise en avant par Pennington &
Styles, commande en fait l’ensemble architectural et organogénétique de la
plante. On sait que chez les Meliaceæ les feuilles évoquent plus qu’ailleurs
ce que la nature de la feuille a de commun avec l’axe, en particulier elles
peuvent avoir une croissance discontinue prolongée. Le rachis se termine
souvent par une pointe représentant un méristème avorté, les folioles tenant
un peu la place de feuilles sur un axe. Rien de surprenant donc que chez le
Capuronianthus les feuilles soient paripennées (mais ce peut n’être que
coïncidence). La structure des bourgeons à écailles décussées relève de la
même loi. De même aussi celle de l’inflorescence où les bractées — et donc
les ramifications — sont décussées.
L’inflorescence est d’un type cymeux bien marqué. Il est apparent
que la fleur est le résultat de l’accélération du processus sexuel. Le calice
est à 4 lobes imbriqués : plus précisément 2 cycles très condensés de 2 pièces
décussées situées en rapport avec la disposition phyllotaxique de la bractée
et des bractéoles. Le calice ne se distingue des bractéoles que par sa situa¬
tion immédiatement au-dessous de la corolle, et par l’élongation du pédi-
celle. Néanmoins la condensation extrême des 2 cycles le constituant est
l’équivalent physiologique d’un seul et unique cycle de 4 pièces : ce qui
entraîne la constitution d’une corolle de 4 pièces alternant par leur base
avec les pièces calicinales (et confortées dans leur partie supérieure);
il y a changement qualitatif de la phyllotaxie. Jusqu’à la corolle incluse,
l’unité morphologique du Capuronianthus est remarquable.
Avec les étamines et les carpelles, l’ordre phyllotaxique se maintient.
La même loi de développement règle de façon frappante l’architecture de
l'arbre, la structure des inflorescences, celle des fleurs (et peut-être celle
des feuilles).
Le caractère si singulier de la décussation doit être replacé comme
élément d’un ensemble dont nous connaissons la loi. Chez les Meliaceæ,
de façon générale, l’inflorescence est plus ou moins cymeuse : les bractées
fonctionnelles sont décussées. La décussation dans ce cas exprime une
accélération brusque de la transformation végétatif-génératif. Chez le
Capuronianthus on peut admettre — sans exclure le principe d’une généra¬
lisation à l’ensemble des Angiospermes — que toute la plante se prête
d’emblée à cette opération précoce : chaque plastochrone est plus fortement
sexualisé qu’à l’ordinaire et deux cycles se trouvent condensés en un,
comme cela arrive au niveau du cycle externe du calice. Mais au stade
floral, les événements se précipitent et aboutissent.
Source : MNHN, Paris
— 196 —
Si l’homologie entre la décussation des feuilles et leur condensation
dans les cycles sexuels était admise, on pourrait se demander si l’étalement
et la précocité du processus sexuel ne seraient pas un caractère relictuel.
11 y a certainement des arguments en faveur de cette thèse! Là encore un
caractère primitif, aurait été conservé chez un organisme par ailleurs assez
évolué et présentant précisément un fonctionnement méristématique évolué,
mais c’est là pure conjecture, car la thèse de la décussation en tant que
caractère avancé peut être aussi aisément soutenue.
Quoi qu’il en soit, l’examen sous l’angle syncrétique du Capuronianthus,
montre qu’il y a un lien entre la décussation des feuilles et les autres struc¬
tures de la plante : sur le plan ontogénétique ce n’est pas un caractère
isolé. 11 montre aussi que les « naked buds » sont en réalité des bourgeons
comparables à ceux des Swietenioideæ monopodiales : constitués de feuilles
réduites à des écailles et de feuilles embryonnaires obéissant à la loi phyllo-
taxique. Cet examen cependant n’autorise pas à trancher la question de
l’apparentement. De toute façon la conception taxonomique de Pennington
& Styles et la mienne sont, sur le fond, presque identiques.
VI. — MISE EN ÉVIDENCE D’UN TYPE D’ORGANISATION
JUSQU’ALORS INCONNU DANS LA FAMILLE
Les recherches que je poursuis depuis 1958 sur les Meliaceæ mal¬
gaches m’ont amené à mettre en évidence un certain nombre de structures
rares de niveau générique : Trichilieæ à drupe et à poils étoilés ( Lepido-
trichilia, Astrotrichilia ) ou à baies ( Malleastrum ), Turræeæ à fruit indéhis¬
cent (Humbertioturræa) ou dépourvues de tube staminal et d’arille ( Calode-
carya) (la découverte de cette structure m’a entraîné à classer le Nymania
S.O. Lindb. dans les Meliaceæ,) Swietenioideæ à embryon chiffonné ( Neobe-
guea). Ces résultats imposaient de modifier, parfois assez sérieusement,
les idées que l’on se faisait, à la suite de la monographie de Harms(5), sur
les rapports taxonomiques des espèces, sans que les cadres principaux
établis par cet auteur en soient ébranlés. Mais j’ai aussi mis au jour ou
reclassé des types d’organisation ne trouvant pas leur place dans le système
de Harms, cas du Cedrelopsis et du Capuronianthus, cas du Neomange-
notia dont il va être traité ci-dessous.
Au cours de prospections dans le nord de la Grande Ile, précisément
le 15 novembre 1970, j'eus la chance de découvrir une Meliaceæ que je pris
tout d’abord pour un Neobeguea, voisin du N. leandriana, mais que l’analyse
devait révéler être une Meliaceæ nouvelle et fort étrange. C’était un arbuste
dépouillé de ses feuilles et portant des fruits et de minuscules fleurs. Habitant
les rocailles calcaires où croît aussi le Neobeguea ankaranensis et certains
Coffea (C. pervilleana, C. boiviniana, C. perrieri) et, dans des stations
voisines, le Capuronianthus, le Coffea mogeneti (= C. heimii), cette plante
xérophile semble bien adaptée et propre à la Région occidentale. Elle pré¬
sente une organisation qui n’a pas d’équivalent dans les sous-familles
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 198 —
décrites. Je propose de considérer l’espèce comme le type d’un genre nouveau
sous le nom de Neomangenotia 1 :
NEOMANGENOTIA Leroy, gen. nov. (PI. 9,10).
Arbuscula foliis caducis. Inflorescentiæ paniculatæ axillares. Flores 9 perigyni, recep-
laculo cupulalo, sepala 4 valvata, petala 4 leviler intbricata v. subvalvala, stamina 8 ( 2-plo 4)
ferenli; discus nullus; ovarium 2-loculare, ovulis collaleralibus in quoque loculo 2, ab
apice pendentibus , seplo apice imperfecte clauso ; Stylus brevis, stigntatibus 2 cohaerentibus.
FloresS ignoti. Capsula drupacea septicida, loculis I-2-sperntis. Serrten exa/atum, nticropyle
apicenl versus locata.
Typus generis : Neomangenotia ankaranensis Leroy.
Neomangenotia ankaranensis Leroy, sp. nov.
Ramuli defoliati crassissimi, 6-7 mm diam., tenuiter tomentosi, résina rubella ; juvé¬
niles valde tomentosi. Folia imparipennata, 7-9-foliolata, juvenilia valde tomentosa. Foliota
nervis 7-8-jugis, apice cuneata v. spathulata. Axis inflorescentiæ striatus, 4-12 cm longus.
Flores pedicellati, 2-3 mm longi , Bradeæ alterna’ v. oppositæ, 1-3 mm longæ. Bracteoleæ
oppositæ v. suboppositæ.
Type : Leroy 11-25, forêt de Mahory au sud d’Anivorano N, Ankarana, fl., fr.,
15.11.1970 (holo-, P).
Le Neomangenotia se caractérise par des pousses homochrones, hétéro¬
gènes, indéfinies, produites à la fin de la saison sèche, l’arbre étant encore
complètement dépouillé. Ces pousses sont comparables à celles du Khaya,
mais les besoins écologiques sont différents et, taxonomiquement, les genres
sont très éloignés. Le mécanisme de développement du Neomangenotia
ankaranensis semble, dans l’interprétation donnée ci-dessus, d’un niveau
élevé d'évolution.
Par l’ensemble de ses caractères : fleurs périgynes, ovaire à 2 loges,
loges 2-ovulées, c’est une plante relativement évoluée. Certains de ses
caractères essentiels, drupes septicides, fleurs périgynes, ne se retrouvent
nulle part dans les Meliaceæ. En particulier, la périgynie y est singulière :
au moment de la chute des fruits, ceux-ci se détachent au niveau de la
partie supérieure de la coupe réceptaculaire (conceptacle), laquelle reste
attachée aux axes de l’infrutescence.
Sur le plan phyllotaxique, la fleur n’a rien d’original. Les bractéoles
sont opposées ou subopposées, 4 sépales valvaires, 4 pétales valvaires.
8 étamines (sans pollen dans les fleurs 9). Ovaire 2-loculaire, à loges 2-ovu-
lées. 2 stigmates.
Apparentement : le Neomangenotia est une structure profondément
isolée qui mérite, semble-t-il, de constituer le type d’une sous-famille à
part, les Neomangenotioideæ, proche des Melioideæ:
1. Dédié au Prof. G. Mangenot avec qui j’ai fait une prospection dans le Sud de
Madagascar en 1970.
Source : MNHN, Paris
— 199 —
PI. 10. — Distribution géographique des genres Neobeguea, Capuronianthus et Neomangenotia.
(C’est par erreur que la limite entre des domaines de végétation de l’Est, du Centre et
de l'Ouest (N) n’a pas été représentée par un seul trait allant jusqu'à la côte.)
NEOMANGENOTIOIDEAE, Leroy, subfam. nov.
Folia spiraliter disposita. Flores perigyni. Loculi 2 ovulis præditi. Stylus breviter
capitatus. Capsula drupacea septicide dehiscens. Sentina exalata.
Typus subfamiliæ : Neomangenotia Leroy.
Voici (page suivante) sous forme de tableau la position relative des
Neomangenotioideæ dans la famille.
Ce tableau appelle quelques commentaires et développements :
1) Les 5 sous-familles (les 4 de la classification de Pennington &
Styles et la 5 e aujourd’hui ajoutée) composant la famille sont présentes
à Madagascar.
Cependant, les Melioideæ n’y sont représentées que par 2 tribus ( Tur-
ræeæ, Trichilieæ ) sur 7, lesquelles se trouvent aussi en Afrique mais avec
Source : MNHN, Paris
— 200 —
Quivisian-
Ihoideæ
Carapoideæ
Swietenioideæ
Melioideæ
Neomange-
notioideæ
Capuronian-
Carapeæ
fl. hypogynes
fl. hypogynes
fl. hypogynes
fl.hypogynes
fl. hypogynes 2
fl. périgynes
loges (1-) 2-
ovulées
loges 2-ovu-
lées, souvent
1-2 ovules
vestigiaux
loges multio-
vulées
loges multio-
lées’ 2 "’ VU '
lées
capsules locu-
licides
drupes capsu-
laroïdes, en¬
docarpe sep-
tifrage, colu-
melle mince
capsules sep-
tifrages, colu-
melle mince
capsules sep-
tifrages, colu-
melle épaisse
capsules locu-
licides ou fr.
indéhiscents
drupes septi-
graines ailées
graines non
ailées liégeu-
graines non
ailées liégeu-
graines ailées
graines non
ailées
SS" ” on
1. Pour Pennington & Styles, les Carapeæ prendraient place dans les Swietenioideæ,
les Capuroniantheæ, accédant au rang de sous-famille, deviendraient des Capuronianthoideæ.
2. Les pétales peuvent être soudés partiellement au tube staminal (Turræanthus, Mun-
une troisième, pantropicale, les Guareæ. 4 tribus sont endémiques dans
l’aire Asie-Pacifique : Melieæ, Vavæeæ, Aglaieæ, Sandoriceæ.
La différenciation des Melioideæ a pour centre originel l’Asie, mais
certaines ont rapidement gagné l’Afrique et Madagascar, atteignant parfois
l’Amérique, avant la disjonction.
2) 3 sous-familles sont monotypiques.
3) Ces 3 sous-familles sont endémiques à Madagascar. L’étude taxono¬
mique des Meliaceæ est encore insuffisamment avancée pour que des
conclusions solides puissent être tirées. Les faits que je viens de rapporter
amènent cependant à considérer la Grande Ile comme une partie au moins
du berceau de la famille, ce qu’y atteste l’existence de 3 lignées très isolées
et paucispécifiques.
Les Swietenioideæ, à l’exclusion des Xylocarpeæ, devaient être réparties
déjà de façon large avant les disjonctions continentales, et les lignées géné¬
riques étaient en place.
Sur le plan aréologique, en effet, il y a 3 groupes absolus de genres :
1) Les américains : Cedrela, Swietenia, Schmardæa.
Source : MNHN, Paris
— 201 —
2) Les africano-malgaches : Neobeguea, Khaya, Entandrophragma,
Pseudocedrela, Lovoa.
3) Les asiatiques : Toona, Soymida, Chukrasia.
On note la présence des seules Swietenieæ en Afrique, à l’exclusion des
Cedreleæ et là leur relative importance (5 contre 2). Les genres sont parfaite¬
ment délimités, mais la parenté est assez proche entre Khaya, Soymida,
Swietenia et Neobeguea.
Chacun des 3 groupes est phylogénétiquement hétérogène, et il n’y a
aucune coïncidence entre les rapports morphologiques d’une part, géogra¬
phiques d’autre part.
Le berceau des Swietenieæ semble donc être l’Afrique tropicale et Mada¬
gascar, où leur taxogenèse était très avancée déjà avant les disjonctions
continentales.
Curieusement, l’Afrique ni l’Amérique n’ont aucune tribu endémique.
Sur un total de 52 genres, 25 genres dont 21 endémiques sont de l’aire Asie-
Pacifique; 19 de l’Afrique, dont 12 endémiques; 13 malgaches dont 8 endé¬
miques; 8 américains dont 4 endémiques.
Comme on peut le penser d’après l’ampleur et la profondeur du phéno¬
mène, la taxogenèse des Meliaceæ a eu l’Ancien Monde pour cadre prin¬
cipal. Et dans quelques-unes de ses orientations elle s’est montrée particu¬
lièrement active : le genre Aglaia compterait une centaine d’espèces, le
Trichilla environ 70, le Dysoxylum et le Turræa environ 60 chacun. D’autres
comptent entre 15 et 30 espèces : Guarea, Chisocheton, Entandrophragma,
Mafleastrum, Astrotrichilia. Mais, pour les trois quarts, les genres de
Meliaceæ sont paucispécifiques et comptent de 1 à 5 espèces. Les études
de structure et de phylogénétique devront nous renseigner sur l’ancienneté
de ces genres.
REMARQUES GÉNÉRALES ET RÉSUMÉ
Il est notable que la taxonomie des plantes se pratique presque, aujour¬
d’hui encore, comme si le grand phénomène de l’évolution biologique n’avait
pas été découvert. Celui-ci n’intervient guère sinon dans l’esprit du moins
dans la conscience du descripteur d’espèces ou de genres ; considéré comme
relevant de l’hypothèse, il en est même le plus souvent délibérément écarté 1 .
Le taxonomiste classique pense que les faits doivent imposer l’idée, celle-ci
venant a posteriori, et nous en serions encore à l’étape préalable d’accumu¬
lation des faits bruts, allant jusqu’à tenter parfois, dans les plus récentes
démarches de la science, de substituer l’ordinateur à la pensée du botaniste
1. C'est ce qu’exprime, semble-t-il, mais à sa manière idéaliste, le Faust de Gœthe :
« Pour connaître et décrire une chose vivante,
On cherche tout d’abord à en chasser l'esprit;
On tient dans sa main les parties.
Ne manque hélas! que l'esprit qui les lie. »
Gœthe, La Métamorphose des Plantes, Triades, Paris 1975, p. 17.
Source : MNHN, Paris
— 202 —
suspectée par principe d’imprégnation subjective. Or, la science a marché
depuis le xvi e siècle, et d’innombrables idées ont pris rang de fait et ont pu
être intégrées dans la loi suprême de l’évolution.
Je pense que la taxonomie moderne doit s’ouvrir à la théorie et com¬
prendre qu’elle s’identifie à la biologie elle-même ce que des développements
récents comme la physiologie comparée de la photosynthèse ou celle des
protéines, démontre bien.
Au niveau pratique de l’analyse des taxons, et compte tenu des diffi¬
cultés de toutes sortes dues à l’insuffisance du matériel et des moyens de
connaissance, je préconise au moins une condition primordiale : l’orienta¬
tion biologique. Dans cette orientation, le taxonomiste prendra en compte
les acquisitions théoriques de la science. 11 ne décrira pas ce qu’il voit, mais
le schème théorique de ce qu’il voit. On lui demandera de situer les faits
l’un par rapport à l’autre, dans l’espace et dans le temps, et de relier entre
eux les niveaux d’intégration.
Nous sommes très loin ici des principes de la taxonomie numérique,
non pas en ce qu’elle propose l’utilisation de nouveaux outils, mais dans la
mesure où tournée vers la statique elle tranche entre les caractères qu’elle
immobilise et isole, efface l’intuition et prétend obtenir de la machine
qu’elle résolve les problèmes K
Vus sous l’angle syncrétique les faits se relient entre eux, les fonctions
s’imposent dans leur unité, le mouvement devient caractère essentiel d’une
taxonomie synonyme de taxogénétique.
J’ai tenté d’appliquer, sans dépasser les limites d’une ébauche, les
principes de cette méthode, que j’appelle taxonomie syncrétique, aux Melia-
ceæ, et l’on a pu voir que je n’ai guère freiné les élans de mon imagination,
m’aventurant parfois dans le pur inconnu, mais je dois attirer l’attention
avec force sur le fait que la taxonomie syncrétique se définit par son principe
d’une part, par ses apports d’autre part. L’hypothèse la plus incontrôlée
peut y avoir sa place, à condition de se donner clairement pour telle. Sur
le plan des apports, la méthode a conduit à une moisson très positive :
découverte de la structure articulée chez le Neobeguea mahafaliensis, établis¬
sement d’une clé des espèces d’après les modes ontogénétiques, recon¬
naissance du mécanisme sympodial chez le Xylocarpus, hypothèses diverses
sur le développement et les apparentements, etc.
BIBLIOGRAPHIE
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brasiliensis Müll. Arg.) Euphorbiacées-Crotonoïdées, Adansonia, ser. 2, 8 (4) :
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1. Mais il est sûr, cependant, qu’un jour, quand l'approfondissement biologique aura
mieux fait comprendre les caractères, les deux méthodes se rejoindront.
Source : MNHN, Paris
— 203 —
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croissance des arbres tropicaux, Paris, Masson (1970).
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Carapoideæ subf. nov., C. R. Acad. Sc. Paris 247 : 1374-1376 (1958).
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13. — Espèces et spéciation. Remarques à propos du genre Schizolæna (Sarcolænaceæt),
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Fr. 114 : 23-36 (1967). Colloque sur la Physiologie de l’Arbre, Paris (1966).
17. Stebbins, G. L. — Flowering Plants Evolution above the Species Level. Belknap
Harvard (1974).
18. Verdcourt, B. — Remarks on the Classification of the Rubiaceæ. Bull. Jard. Bot.
Etat Bruxelles 28 : 209-290 (1958).
Laboratoire de Phytomorphologie de l’E.P.H.E.
Laboratoire associé n" 218 du C.N.R.S.
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2) : 205-210, 1976.
ESSAI D’INTERPRÉTATION NOUVELLE
DE LA DISTRIBUTION DES DIPTÉROCARPACÉES
par A. Aubréville
Résumé : Il est rappelé que la famille des Diptérocarpacées se divise en deux sous-
familles. l’une africaine, les Monotoîdées, l’autre indo-malésienne, les Diptérocarpoïdées.
Une explication est proposée de la curieuse répartition de la première. La confirmation
par Boureau de la découverte de bois fossiles tertiaires de Dipierocarpoxylon en Afrique
du Nord-Est est rapprochée de la vraisemblable position de l'Inde, pièce détachée du
continent africain avant ia dérive générale au Crétacé des continents adjacents à l’Afrique.
L’Inde était alors comprise entre la côte somalienne et les Seychelles où existent encore
des Diptérocarpoïdés. Ainsi il est vraisemblable qu’il existait alors une deuxième aire
africano-indienne de cette sous-famille, distincte de son centre d’origine indo-malésien
habituellement reconnu.
Abstract: Dipterocarpaceæ comprise two subfamilies, the African Monotoideæ
and the Indo-Malesian Dipierocarpoideæ. A tentative explanation of the odd distri¬
bution of the former is given. Boureau’s discovery of Tertiary fossil wood of Dipiero¬
carpoxylon in N.E. Africa is compared with assumed position of the Indian subcontinent
broken from Africa before the Cretaceous general drift of other neighbouring continents.
Then India was placed between Somalian coast and Seychelles archipelago where Diptero¬
carpoideæ still exist. Consequently this subfamily probably occupied at that time a
second area in Africa and India, distinct from its usually admitted Indo-Malesian cradle.
Cette famille se divise en deux sous-familles géographiquement bien
délimitées, les Monotoîdées africaines et les Diptérocarpoïdées indo-
malésiennes. Les premières ne comptent que 2 genres, Marquesia (4 esp.)
et Monotes (48 esp.). Les secondes 15 genres et 500 espèces environ.
DISTRIBUTION DES MONOTOÎDÉES (2, 7, 8).
Les Marquesia sont de grands arbres, formant parfois des peuple¬
ments purs, ou presque, de forêt claire au Katanga et au Kwango, c’est-à-
dire aux lisières sud de la forêt dense humide congolaise, sur les confins
donc du Zaïre, de l’Angola et du nord de la Zambie. L’aire principale
du genre n’atteint pas à l’Ouest l’Océan atlantique, ni à l’Est l'Océan indien;
elle est essentiellement centrale. Il faut cependant signaler en dehors de
Source : MNHN, Paris
— 206 —
cette aire, quelques petites aires fragmentaires dans la forêt dense du Gabon
et dans la Guinée Espagnole, qui ont un caractère de relictes.
Les Monotes sont des espèces de petits arbres communs en Afrique
australe, dans les forêts claires et savanes boisées à Légumineuses de l’An¬
gola, du Katanga méridional, de la Zambie, qui s’étendent au Mozambique
jusqu’à l’Océan indien et même dans le sud de Madagascar (1 esp. M. mada-
gascariensis). Leur aire s’étend de part en part de l'Afrique australe, entre
les deux Océans, au sud de la forêt dense congolaise, dans une bande écolo¬
giquement semi sèche. Une seule espèce M. kerstingii est complètement
détachée de l’aire principale, formant dans l’hémisphère nord, une bande
relativement étroite depuis le Mali à l’Ouest jusqu’au Soudan à l’Est,
n’atteignant pas à ses extrémités les deux Océans atlantique et indien. Elle
est sensiblement parallèle à la lisière septentrionale de la forêt dense humide
guinéo-congolaise dont elle se tient éloignée sous un climat soudanais
demi-sec. Les deux aires nord et sud du genre Monotes sont complètement
séparées. Nous proposerons plus loin une explication de cette disjonction
entre une seule espèce septentrionale et un ensemble austral de plus de
40 espèces, toutes espèces écologiquement bien adaptées aux climats semi-
secs des savanes boisées et forêts claires africaines.
Aucune Monotoïdée n’a été signalée en Asie. En Europe, plusieurs
fossiles de Monotoïdées tertiaires ont été reconnus dont les déterminations
sont encore contestées (7, 8, 10). Citons Woburnia porosa Stopes (1912),
bois fossile du crétacé inférieur dans le Bedfordshire (Angleterre). Krausel
(1922) et Schweitzer (1958) le nomment Dipterocarpoxylon parosum.
Bancroft fait de sérieuses réserves sur cette identification (1933). Harris
(1956) et Hughes (1961) expriment également leurs doutes. Gothan &
Weyland (1964) reconnaissent des fruits du tertiaire de Rhénanie, Suisse
et Autriche. Mais Gottwald & Parameswaran ne sont pas convaincus
(1966).
Plus extraordinaire serait la découverte de Wolffe (1969) d’une
Diptérocarpacée dans la flore tropicale éocène de l’Alaska. Boureau (8)
discute aussi ces déterminations, mais semble admettre la réalité de la
présence du genre Monotes dans le Crétacé et le Tertiaire européen.
Les distances considérables qui séparent les aires des Monotoïdées
vivantes, et plus généralement les Diptérocarpoïdées asiatico-malésiennes
des fossiles européens, sans intermédiaires reconnus, en Afrique du nord
particulièrement, autorisent à priori le scepticisme. Cependant des inter¬
prétations sont possibles que nous avons déjà exposées du point de vue
général de l’Afrique tropicale (4), en application de notre théorie de l’ori¬
gine polytopique des Angiospermes (5). Nous pouvons concevoir que les
centres d’origine des Monotoïdées tertiaires et plus anciennes soient euro¬
péens et cela expliquerait la curieuse répartition de la sous-famille en
Afrique.
Les Monotoïdées à l’Eocène, selon nous, auraient envahi toute l’Afrique
alors que la bande équatoriale avec son cortège de flore humide était située
à la hauteur de l’Europe. Puis en rapport avec le déplacement de la Pangéc
vers le nord-est, le mouvement de forêt dense humide vers le sud au travers
Source : MNHN, Paris
— 207 —
de l’Afrique septentrionale, aurait amené l'extinction plus ou moins
complète de la flore sèche prétablie au Sahara, et la destruction en parti¬
culier des Monotoïdées, ne laissant en place que l’ancêtre de l’actuel
Monotes kerstingii. Ce s déplacements nord-sud amenèrent la bande équato¬
riale sur sa position présente, et épargnèrent l'Afrique australe qui conserva
donc la richesse floristique initiale de sa flore sèche. Les Marquesia en
particulier furent repoussés sur les lisières sud de la bande équatoriale;
cependant quelques éléments résistèrent à l'assaut de la forêt dense humide,
et se maintinrent en place à l’état des vestiges que nous observons encore
au Gabon. Ainsi peut s'expliquer la curieuse répartition des Monotoïdées
en Afrique, qui n’est d’ailleurs qu’un cas particulier de toute la flore de
l’Afrique semi-sèche.
DISTRIBUTION DES DIPTÉROCARPOIDÉES.
La concentration de leurs genres et nombreuses espèces en Indo-
malésie est un fait remarquable. Souvent leurs espèces de grands arbres
entrent dans les forêts équatoriales asiatico-malésiennes pour des parts
très importantes du peuplement des futaies. Elles y remplacent les Légumi¬
neuses de la forêt africaine. Les plus hautes concentrations (12) s’observent
à Bornéo (13 g., 276 esp.), et dans la zone malésienne à l’extrémité de la
péninsule malaise (14 g., 168 esp.). A l’Ouest de la ligne Wallace, la fréquence
reste très élevée aux Philippines, Sumatra, Indo-Chine, Siam, Birmanie.
Elle diminue très sensiblement dans l’Inde (6 g., 14 esp.), mais curieusement
redevient très forte dans l’île de Ceylan (10 g., 44 esp.). La limite nord de
l’aire générale suit les soubassements de la chaîne de l’Himalaya, puis
elle suit, un peu en retrait, les frontières de l’Assam, de la Birmanie et de
Fig. 1. — Distribution des Diptérocarpacées : M, ni, Monotoïdées; D, d, Diptérocarpoïdées.
Source : MNHN, Paris
— 208 —
l’Indo-Chine. Elle ne pénètre pas en Chine, sauf rares exceptions dont
une espèce de Vatica dans l’île chinoise de Haïnan. La poussée des Diptéro¬
carpoïdées ne s’est pas faite vers le nord. Ce sont des espèces strictement
équatoriales et tropicales. En revanche, attirées par le climat tropical de
la Mélanésie, elles ont franchi vers l’Est la ligne Wallace. En Nouvelle-
Guinée, à l’extrême Est de l’aire, on ne compte plus que 3 genres et 5 espèces.
Elles n’existent pas en Australie.
Il apparaît que cette forte densité indo-malésienne, désigne tout natu¬
rellement la place du centre d’origine de la sous-famille en Malésie (Bornéo-,
Sumatra, Péninsule malaise). Un autre argument essentiel se trouve dans
le fait que des fossiles tertiaires ont été trouvés à l’intérieur de la zone
actuelle de la sous-famille. Des listes de nombreux fossiles d’âge mi-tertiaire
à quaternaire relatifs à 4 genres, ont été présentés par Bancroft (1933),
Schweitzer (1958), et récapitulés par Lakhampal (10). Il est donc évident
que les Diptérocarpoïdées étaient déjà abondantes au Tertiaire sur les
mêmes aires qui portent les actuelles forêts indo-malésiennes. Des bota¬
nistes comme Takhtajan, A. C. Smith, van Steenis, ont tiré de ces faits
la conclusion que le climat de l’Indo-Malésie était demeuré tropical depuis
le Tertiaire, et c’est une explication de la richesse de la flore indo-malésienne.
Sur cette stabilité climatique nous nous sommes également appuyé pour
établir notre théorie de la rotation de la Pangée autour d’un axe situé
précisément vers l’Indo-Malésie.
A l’Ouest, dans l’Inde, la concentration des Diptérocarpoïdées diminue
avec 6 genres et 14 espèces, exception faite de Ceylan (10 g., 44 esp.). La
migration de la sous-famille depuis l’Indo-Malésie vers l’Inde paraît évidente.
Elle a été relevée par Blasco & Legris (6). Cependant la richesse en genres
de Ceylan, dont 4 endémiques, demeure assez étonnante, même si on
l’explique par un isolement relatif de l’île, fût-il très ancien.
A rapprocher de ce fait la présence dans une île des Seychelles en plein
Océan indien, plus proche de Madagascar que de l’Inde, d’un genre Vate-
riopsis très proche du Valeria indien, à une seule espèce V. seychellarum.
Le genre Vateria est endémique dans le sud-est de l’Inde et à Ceylan. On
peut évoquer pour sa présence dans l’île des Seychelles une migration très
aléatoire par voie océanique, explication facile que nous ne retiendrons pas.
Il nous semble préférable d’admettre que les Seychelles étaient autrefois
en contact avec la côte du sud-est de l’Inde tertiaire, et cela nous donne un
point pour tracer avec vraisemblance cette côte de l’Inde tertiaire.
Finalement la répartition et l’origine des Diptérocarpoïdées qui
d’abord ne paraissait pas poser de problèmes, n’est probablement pas
si simple. D’ailleurs d’autres hypothèses ont déjà été proposées par des
botanistes insatisfaits. Croizat (9), Ashton (l) croient en une origine
gondwanienne, à l’Ouest donc de l’aire actuelle, et à une migration ulté¬
rieure vers l’Indo-Malésie.
Très importantes nous paraissent être les découvertes de fossiles
tertiaires de Diptérocarpoïdées en Afrique orientale : Bancroft (1933)
près du Mont Elgon, Chiarugi (1933) des Somalies, attribués à Diptero-
carpoxylon africanum; Seward (1935) des grès nubiens d’Égypte, deux
Source : MNHN, Paris
— 209 —
Dipterocarpophyllum ( D. humei et D. zeraibense) ; Lemoigne, bois de Dipté-
rocarpacées d’Éthiopie. Boureau m’a affirmé qu’il ne s’agissait pas de
Monotoïdées, mais bien de Diptérocarpoïdées. Ce sont les premières
Diptérocarpoïdées reconnues en Afrique, non loin de l’aire des Mono¬
toïdées. Ainsi l’aire des Diptérocarpoïdées tertiaires se serait étendue à
l’Afrique orientale alors qu’aucune espèce vivante de cette sous-famille
n’a jusqu’à présent été signalée en Afrique.
Cela nous conduit à examiner la position pangéenne de l’Inde et de
Ceylan son satellite. II semble admis que la péninsule indienne était accolée
à l’Afrique continentale, avant sa dérive vers l’Asie au Crétacé. L’Inde
était alors une fraction du Gondwana. Pour des raisons phytogéographiques
nous considérons que l’Inde était connectée avec l’Afrique à hauteur des
Somalies, de même que Madagascar. Cet ensemble de la pointe Est de
l’Afrique orientale, de l’Inde et de Madagascar prolongeait l’Afrique dans
l’Océan indien. La flore indienne a des affinités évidentes avec celles de
l’Afrique (3).
Cela nous amène à faire un rapprochement entre les Diptérocarpoïdées
fossiles de l’Afrique orientale et celles de l’Inde tertiaire et de Ceylan, et
d’envisager une aire tertiaire qui inclurait par ailleurs les Seychelles où
Fig. 2. — Croquis de la répartiton des fossiles de Diptérocarpoïdées et de la position pré¬
sumée de l'Inde et de Madagascar avant leur dérive : 1, Fossile des grès nubiens de Diptero¬
carpophyllum Seward, Égypte; 2, Dipterocarpoxylon africanum Chiarugi des Somalies:
3, Dipterocarpoxylon africanum Bancroft au Mt. Elgon; 4, Dipterocarpoxylon malavii
Ghosh et Ghosh de Kutch (Inde); 5, Vateria Seychellanum ( Vateriopsis ); 6, Fossiles des
grès de Cuddalore (Sud de l'Inde); Mo, Limite Est de l'aire des Monotoïdées.
Source : MNHN, Paris
— 210 —
subsiste un Vateria (ou Vateriopsis) genre indien. Nous sommes donc
conduit à envisager la possibilité d’un centre d'origine tertiaire gondwanien
de la sous-famille. En dériverait la flore des Diptérocarpoïdées actuelles
de Ceylan, notamment celle des genres endémiques ceylanais, et celle du
sud de l’Inde. Il faut noter au surplus la présence dans la région de Kutch
d’un bois fossile de Dipterocarpoxylon (D. malavii Ghosh & Ghosh, 1959)
qui pourrait être une trace fossile de la connection tertiaire du N-W de
l’Inde avec la Somalie (point 4 sur notre croquis).
L’existence possible d’un centre tertiaire africano-indien des Diptéro¬
carpoïdées n’exclut pas la vraisemblance d’un autre centre laurasien indo-
malésien, chacun des deux centres étant isolé et séparé de l’autre par la
Téthys. La sous-famille aurait donc eu deux aires à l’origine, l’une gondwa-
nienne, l’autre laurasienne. Les échanges de leurs flores, avant le soulève¬
ment himalayen, auraient pu se faire par la rive nord de la Téthys, mais
cela attendra pour être prouvé, la découverte de nouveaux fossiles.
Je remercie M me G. Maury pour les références bibliographiques qu'elle m’a
communiquées.
Bibliographie
1. Ashton, P. S. — Spéciation among tropical forest trees, some déductions in the
light of recent evidence, Biol. J. Linn. Soc. 1 (1969.)
2. Aubréville, A. — Flore forestière soudano-guinéenne. A.O.F. Cameroun. A.E.F.,
ed. 1 (1950), ed. 2 (1975).
3. — Végétation et Flore comparées dans l’Inde et l’Afrique tropicale, Adansonia,
ser. 2, 4 (2) : 208-215 (1964).
4. — Essais sur l’origine et l’histoire des flores tropicales africaines, Adansonia,
ser. 2, 15 (1) : 31-56 (1975).
5. — Centres tertiaires d’origine, radiations et migrations des flores angiospermiques
tropicales, Adansonia, ser. 2 (sous presse).
6. Blasco & Legris. —■ Les migrations de flore en Inde et l’évolution, C. R. Congr.
Soc. Sav. Toulouse (1971).
7. Boureau, Ed. — A propos de la répartition des Diplerocarpaceæ fossiles, C. R. Soc.
Biogéo. (1957).
8. Boureau, Ed. & Tardieu, M. L. — Répartition géographique des Diplerocarpaceæ
vivantes et fossiles, C. R. Soc. Biogéo. (1955).
9. Croizat, L. — Manuai of phytogeography (1952).
10. Lakhanpal, R. N. — Geological history of the Diplerocarpaceæ , Symp. Origine
et Phytogéo. of Angiosperms, Birbal Sahni Institute of Paleobotany, Lucknow
(1974).
11. Prakash & Awasthi. — Fossil woods from the tertiary of eastern India, The Paiaeo-
botanist, Lucknow (1969).
12. Symington, C. F. — Forester’s manuai of Dipterocarps, Malayan forest records
(1941).
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2) : 211-217, 1976.
NOTES CYPÉROLOGIQUES :
27. IDENTIFICATION DE DEUX SCLER1A DE POIRET
par J. Raynal
Résumé : L'examen des types de Scleria disions Poir. et Scleria mucronaia Poir.,
matériel demeuré méconnu des récents monographes du genre, les fait identifier respec¬
tivement à Scleria nutans Willd. ex Kunth et à S. cubensis Bock.; ces deux noms, posté¬
rieurs à ceux de Poiret, doivent être remplacés.
Abstract: Examination of types of Scleria distans Poir. and S. mucronaia Poir.,
two collections unrecognized by recent authors, leads to their identification as Scleria
nutans Willd. ex Kunth and S. cubensis Bock. These last names become later synonyms
and must be replaced.
1. IDENTITÉ DE SCLERIA DISTANS Poir.
Les Scleria sect. Hypoporum du groupe de S. hirtella Sw. comptent
des espèces d’aspect très homogène, souvent confondues, de délimitation
difficile variant au gré des auteurs. Ces plantes vivent dans les régions de
savanes des deux côtés de l’Atlantique, fréquentant, souvent en mélange,
les marais herbeux ou les abords de mares temporaires peu profondes sur
cuirasses latéritiques et dalles rocheuses ensoleillées. Plusieurs d’entre elles
ont été récoltées dès les premiers temps de l’exploration botanique tropicale,
et décrites dès la fin du xvm e siècle.
Toutes les conditions se trouvaient ainsi réunies pour que ce groupe
taxonomique puisse connaître une intense et durable confusion, établie
dès le début du xix e siècle par des auteurs qui, en l’absence du matériel
original, ont interprété à leur façon les descriptions trop succinctes des
taxons les plus anciens. Seuls des travaux modernes, fondés à la fois sur
une taxonomie biologique prenant en considération la variation intra-
spécifique, et sur une nomenclature précise impliquant recherche et examen
critique des types, pouvaient clarifier une situation très confuse. La révision
des Scleria américains de Core (2) devait constituer un très appréciable
premier pas dans cette voie, mais c’est Robinson (7, 8) qui, confronté avec
les problèmes posés par le groupe en Afrique, a minutieusement reconstitué
l’histoire de chacun des taxons, étudiant lui-même les spécimens originaux
Source : MNHN, Paris
— 212 —
et la possible variabilité de chaque entité. Il établit ainsi la véritable identité
de Scleria hirtella Swartz, espèce annuelle, dont le nom était appliqué par
erreur depuis un siècle à une espèce rhizomateuse vivace, S. nutans Willd.
ex Kunth, commune tant en Amérique qu’en Afrique.
Malheureusement, dans sa recherche des spécimens originaux, Robin¬
son s’est parfois fié à des échantillons autres que les holotypes. Dans le
cas de spécimens anciens, à l’étiquetage souvent très sommaire, et dans le
cas d’un groupe taxonomique aussi confus aux espèces souvent récoltées
en mélange, cette procédure comportait des risques auxquels Robinson
n’a pu échapper : il cite ainsi (7, 8) comme type de Scleria interrupta L. C.
Rich. un échantillon « Richard s.n. in Willdenow 17327, B », et comme type
de Scleria distans Poir. un « Desfontaines s.n., Porto Rico, in Willdenow
17328, B ». Il ne s’agit évidemment pas des holotypes, et il n’est même pas
certain que Willdenow ait bien reçu des parts des récoltes originales, dues
respectivement non pas à Richard et Desfontaines, mais bien à Leblond
et Ledru, et conservées à l’herbier du Muséum National d’Histoire Natu¬
relle (P), que, malheureusement, Robinson n’a pas consulté à cet effet.
Le type de Scleria interrupta L. C. Rich. ne pose aucun problème;
c’est une récolte homogène, dont toutes les infrutescences présentent des
akènes profondément sculptés, trabéculés-tuberculés (c’est-à-dire dont
l’ornementation consiste en mailles surélevées plus ou moins quadrangu-
laires, les « murs » étant rehaussés en tubercule à leur point de jonction,
surtout à la partie supérieure de l’akène). Cette ornementation est bien
celle observée par Robinson sur l’échantillon de Berlin, qui, sans doute,
est bien un double adressé à Willdenow par Richard. Il faut remarquer
que l’ornementation ne correspond pas à la description faite par Core (2),
qui oppose S. interrupta (« achene sparsely tuberculate ») à S. pinetorum
Britton (« achene deeply muricate-reticulate »); il rejette ainsi l’opinion
de Kükenthal (3) pour qui ces deux taxons sont conspécifiques. A plusieurs
reprises {Le., pp. 9, 14, 24) Core insiste sur l’ornementation éparse et légère
de son S. interrupta. Mais le type de Richard, non vu par Core, a des
akènes profondément sculptés, et corrobore par conséquent l’opinion de
Kükenthal. Les spécimens cités par Core pour son S. interrupta, que je
n'ai pas vus, sont sans doute semblables à certains échantillons conservés
à Paris, provenant essentiellement de Guyane et généralement récoltés en
mélange avec le vrai S. interrupta. Leur akène présente de rares tubercules
aigus pointant sur un fond lisse. Cet aspect, exactement intermédiaire
entre celui des S. hirtella et S. interrupta, ne constitue pas pour autant une
gamme de formes intermédiaires reliant de façon continue les deux espèces
et permettant de douter, comme le fait Robinson, de leur valeur. Ces
échantillons intermédaires pourraient très aisément résulter d’hybridation;
il ne m’a pas paru nécessaire pour l’instant de leur attribuer un statut
nomenclatural formel.
Le type de Scleria distans Poir. est un mélange, en proportions très
inégales, de deux espèces, et pose par conséquent un problème d’inter-
Source : MNHN, Paris
— 213 —
prétation. La récolte originale, effectuée en 1797 à Porto Rico par Ledru,
se répartit aujourd’hui à Paris sur 5 feuilles d’herbier différentes :
1. Herbier Poiret (aujourd’hui dans l’herbier général) : une inflo¬
rescence unique, aux épillets hirsutes et réfléchis. L’étiquette est entière¬
ment de la main de Poiret : « Scleria distans encyclop. /valde différé videtur
a Scier, ciliata/mich. flor. amer./porto ricco, savannes marécageuses/dédit
Ledru ».
2. Herbier Poiret (id.) : une autre inflorescence unique, à épillets
glabrescents dressés. Étiquette d’une main inconnue (Ledru?), sur laquelle
Poiret a ajouté « Scleria distans encycl. ».
3. Herbier Lamarck (P-LA) : inflorescence unique, semblable au
n° 1 ; étiquette portant, de la main de Lamarck, « de porto-rico /le Dru »,
et de celle de Poiret « Scleria distans Dict. ».
4. Herbier d’Adrien de Jussieu (aujourd’hui dans l’herbier général) :
deux tiges fleuries; l’une, semblable au n° 1, encore insérée dans une étiquette
manuscrite « Scleria ciliata Michaux/n 0 110 Porto-rico. Le Dru, 1797 »;
l’autre, semblable au n° 2, sans étiquette.
5. Herbier général dès l’origine : une feuille rassemble ce qui consti¬
tuait sans aucun doute le gros de la récolte de Ledru : 15 inflorescences.
L’étiquette porte « Scleria distans poiret. Encyclop. », d’une écriture qui,
d’après une note de Spach, serait celle de Poiret, mais cela paraît assez
douteux. Des 15 inflorescences, 14 sont semblables à l’échantillon n° 1,
une seule au n° 2.
L’identification des deux espèces en présence est très aisée : le n° 1,
représenté au total par 17 inflorescences, correspond à la plante à épillets
hirsutes réfléchis, vivace, commune en Amérique et en Afrique et dénommée
depuis le travail de Robinson Scleria nutans Willd. ex Kunth. Les bases
manquent complètement à la récolte de Ledru, mais les akènes de cette
espèce offrent une particularité à laquelle les auteurs semblent avoir porté
peu d’attention : les « pores », cavités à la base de chaque face de l’akène
trigone au-dessus de la bande représentant le disque hypogyne, très visibles
chez les espèces annuelles du groupe, sont chez S. nutans totalement colmatés
et pas ou très peu visibles. En outre c’est la seule espèce américaine à épillets
réfléchis.
L’espèce de l’échantillon n° 2, dont on trouve au total seulement
3 tiges, est l’annuelle glabrescente constamment dénommée S. distans
depuis au moins un siècle, et dont la forme typique (S. distans sensu Core),
à feuilles glabres, se rencontre de Cuba à la Guadeloupe. Les épillets ne
sont pas réfléchis, les glumes ne portent que quelques cils épars sur la
nervure médiane, les akènes, lisses, présentent à leur base des pores très
caractérisés.
La part de l’herbier Willdenow indiquée par erreur par Robinson
comme type de Scleria distans Poir. est sans doute, d’après la description
de Robinson, une quatrième inflorescence conspécifique de l’échantillon
n° 2, probablement envoyée par Desfontaines à Willdenow, d’où l’étique-
Source : MNHN, Paris
— 214 —
tage; mais ceci n’est qu'une présomption, et rien ne prouve que ce n° 17328
de l’herbier Willdenow représente bien une part du matériel original.
De toute évidence, Poiret, en présence de ce matériel reçu sous le nom
erroné de Scleria ciliata Michx., s’est attaché à le différencier de cette
espèce, chose aisée; mais son hétérogénéité lui a échappé, et il n’a pas
distingué ses deux composantes à vrai dire très affines; elles partagent
de nombreux caractères, et, dans son ensemble, la description faite par
Poiret (6) convient aussi bien à l’une qu’à l’autre; des caractères spéci¬
fiques distinctifs l’un n’est pas disponible (souches); d’autres n'ont pas été
remarqués par Poiret (épillets réfléchis ou non, akènes avec ou sans pores).
Un seul caractère diagnostique est décrit : « bractées... fortement ciliées »;
ce caractère qualifie visiblement bractées et glumes de Scleria nutans, et
non celles de S. distans auct., qui sont seulement éparsement poilues.
Étant donné la prédominance numérique du matériel de S. nutans,
il est tout naturel que la description originale de Poiret s’applique mieux
à ce taxon. Sur le plan nomenclatural les conséquences sont regrettables,
car il devient ainsi impossible de choisir un lectotype stabilisant l’emploi
du binôme 5. distans. De plus, Scleria distans, devenant synonyme de
5. nutans, a la priorité, et doit être substitué à ce nom restauré par Robinson
il y a peu d’années mais déjà largement en usage dans différents travaux
(en particulier la Flora of West Tropical Africa, ed. 2 : 5).
Je désigne donc comme lectotype de Scleria distans Poir. l’échantillon
de l’herbier Poiret ci-dessus numéroté 1. L’échantillon 3 et, en partie, les
échantillons 4 et 5, sont des isolectotypes; l’échantillon 2 est exclu du
matériel-type.
Finalement, on remarquera que, fort curieusement, les deux noms
Scleria hirtella Sw. et S. distans Poir. ont subi un sort étonnamment sem¬
blable quoique inverse, un chassé-croisé qui a fait attribuer à la plante
annuelle le nom de l’espèce vivace et vice versa; Robinson n’avait, en fait,
corrigé que l’une des deux erreurs.
2. — APPLICATION DU NOM SCLERIA HIRTELLA Sw.
Robinson a démontré que Scleria hirtella Sw. était une espèce annuelle;
le matériel-type de Swartz a des akènes lisses, mais, d’après Robinson,
certaines parts montrent une certaine tendance à un léger relief. S’ap¬
puyant sur les reliefs divers observés dans le matériel américain de l’herbier
Willdenow, Robinson conclut que ce caractère d’ornementation, qu’il
utilise pourtant abondamment dans les espèces africaines du genre, n’a
pas valeur spécifique dans ce cas précis. Il conclut à la conspécificité, sous
le nom de S. hirtella Sw., des S. distans et S. lindleyana C.B. Cl. (akène
lisse), et des S’, interrupta L.C. Rich. et S. trichôlepis Nelmes (akène forte¬
ment réticulé-tuberculé).
La révision de la totalité du matériel américain de ce groupe dans
Source : MNHN, Paris
— 215 —
l'herbier de Paris ne me permet pas d’arriver à cette conclusion d’ailleurs
a priori surprenante : il était difficile d’admettre que ce groupe de Scleria,
diversifié en Afrique de façon telle que les espèces, généralement bien
définies, sont pourtant dans certains cas de détermination difficile, ait, en
Amérique, produit une seule espèce très polymorphe. En réalité on peut
distinguer dans le matériel d’Amérique tropicale les espèces à akène lisse
de celles à akène sculpté (S. interrupta, S. verlicillata ); la seule distinction
effectivement contestable est celle entre S. disions sensu Core (feuilles
glabres, glumes glabrescentes, des Antilles) et S. lindleyana C.B. Clarke
(toute la plante poilue, d’Amérique méridionale). Premièrement la séparation
géographique des deux taxons n’est pas aussi nette que le dit Core; des
individus intermédiaires difficilement classables existent, et les deux taxons
me paraissent conspécifiques, pouvant prétendre tout au plus à un rang
infraspécifique. Par contre Scleria interrupta L.C. Rich. me semble suffi¬
samment distinct et constant pour constituer une bonne espèce; l’existence
d’individus — souvent récoltés mélangés à l’une des autres espèces —
pourvus d’akènes lisses avec seulement quelques tubercules me paraît
résulter d’hybridations sans doute aisées entre espèces sympatriques et
taxonomiquement aussi proches.
Reste le problème de l’identité de la plante africaine nommée par
Nelmes S. tricholepis, et amalgamée par Robinson à l’annuelle américaine
S. hirtella. Si cette dernière a des fruits lisses, le nom ne peut convenir à la
plante africaine, aux akènes constamment réticulés-tuberculés, de façon
d’ailleurs assez variable dans le détail, plus variable que le S. interrupta
américain et présentant en général un dessin différent, aux lignes festonnées
et non horizontales. On peut donc se demander s’il ne conviendrait pas de
rétablir à la plante africaine un statut spécifique distinct. Cependant l’exa¬
men attentif d’un abondant matériel africain me fait renoncer à cette
possibilité, certains échantillons s’écartant du type africain moyen pour
ressembler de façon plus nette aux spécimens américains. Je maintiens
donc, pour les échantillons annuels plus ou moins poilus et à akène réticulé,
un taxon amphi-atlantique dénommé 5. interrupta L.C. Rich.
Les synonymies s’établissent désormais comme suit :
Scleria distans Poir., Enc. Méth., Bot. 7 : 4 (1806), excl. auct. subseq.
— Scleria interrupta Michx., Fl. Bor. - Am. 2 : 168 (1803), non L. C. Rich. 1792.
Type : Michaux s.n., U.S.A., P!
— Hypoporum interruptum (Michx.) Torr., Ann. Lyc. N.Y. 3 : 382 (1836).
— Cenchrus hirsutus Spreng., Neue Entdeck. 3 : 15 (1822). Loc. typ. : Hispaniola.
— S. nutans Willd. ex Kunth, Enum. PI. 2 : 351 (1837); E. A. Robinson, Kirkia 4 :
179 (1964); D. Napper, in Hutch. & Dalz., Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 3 (2) : 344
(1972). Type : Humboldt s.n., Venezuela (holo-, B; iso-, PI).
— Hypoporum nutans (Willd. ex Kunth) Nees, in Mart., Fl. Bras. 2 (1) : 170 (1842).
— Scleria cenchroides Kunth, l.c. : 352 (1837). Type : Drège 4365, Afrique du Sud
(iso-, P! K).
— S. mollis Kunth, l.c. : 352 (1837). Type : Sellow s.n., Brésil (iso-, K).
— S. michauxii Chapm., Fl. S.U.S. : 532 (1860). Fondé sur S. interrupta Michx. non
L. C. Rich.
— S. hirtella var. pauciciliata Britt., Ann. N.Y. Ac. Sc. 3 : 236 (1885).
Source : MNHN, Paris
— 216 —
— S. humilis Britt., I.c. : 235 (1885).
— Hypoporum Inimité Nees, Linnæa 9 : 303 (1834), nom. nud.
— Scleria bojeri C. B. Clarke, in Dur. & Schinz, Consp. Fl. Afr. 5 : 669 (1895), nom.
nud.
— 5. hirlella auct. mult. non Sw.
Type : Ledru 110 p.p., Porto Rico (holo-, P!; iso-, P!, ? B).
Scleria hirtella Swartz, Prodr. Veg. Ind. Occ. : 19 (1788); Fl. Ind.
Occ. 1 : 93 (1797); E. A. Robinson, Kirkia 4 : 176 (1964), p.p., excl.
pl. afr.
— Carex hirlella (Sw.) Gmel., Syst. Nat. 2 : 138 (1791).
— S. lindleyana C. B. Clarke, Bull. Mise. Inf., add. ser. 8 : 56 (1908). Type : Sahmann
s.n., Brésil (lecto-, K; iso-, P!).
— 5. hirta Willd. ex Kunth, En. Pl. 2 : 352 (1837), nom. inval. in syn., quoad specim.
Willd. 17329.
— S. disions auct. mult. non Poir.
Type : Swartz s.n., Jamaïque (hoto-, BM; iso-, B, M, S).
Scleria interrupta L. C. Rich., Act. Soc. Hist. Nat. Paris 1:113 (1792).
— Hypoporum interrupium (L. C. Rich.) Nees, Linnæa 9 : 303 (1834).
— Scleria distans var. interrupta (L. C. Rich.) Kük., Rep. Sp. Nov. 23 : 214 (1926).
— S. melanotricha var. glabrior C. B. Cl., in This.-Dyer, Fl. Trop. Afr. 8 : 496(1902).
Type : Scott Elliot 4187, Sierra Leone (holo-, K).
— 5. pinetorum Britton, Bull. Torr. Bot. Cl. 42 : 492 (1915); Core, Brittonia 2 (1) :
24 (1936). Type : Wilson 1724, Cuba, NY.
— S. tricholepis Nelmes, Bull. Mise. Inf. 1955 (3) : 447 (1956). Type : Jones 194, Sierra
Leone (holo-, K).
— S. tenuiflora Willd. ex Kunth, En. Pl. 2 : 353 (1837), nom. inval. in syn., quoad
specim. Willd. 17331.
— S. hirtella auct. non Sw. : E. A. Robinson, Kirkia 4 : 176 (1964), p.p., quoad pl. afr. :
Kew Bull. 18 (3) : 499 (1966), excl. syn. nonnull.; D. Napper, in Hutch. & Dalz.,
Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 3 (2) : 344 (1972).
Type : Leblond s.n., Guyane française (holo-, P!; iso-, P!, B).
3. — IDENTITÉ DE SCLERIA MUCRONATA Poir.
Un autre changement nomenclatural de moindre portée est provoqué
par l'identification du type de Scleria mucronata Poir. Son auteur déjà
« ignore le lieu natal de cette plante », qu’il « soupçonne originaire des
Indes (v.s. in herb. Lam.) ».
L’holotype est en effet toujours dans l’herbier Lamarck, et ne porte
aucune indication d’origine; il s’accompagne d’un isotype, fragment d’in¬
florescence conservé par Poiret dans sa collection personnelle, aujourd’hui
dans notre herbier général.
Le matériel appartient au subgen. Ophryoscleria, complètement absent
d’Asie, et s’identifie sans difficulté à Scleria cubensis Bock., des Antilles.
Source : MNHN, Paris
— 217 —
Cette détermination m’a permis après coup de rapprocher le type de Scleria
mucronala d’un échantillon de l’herbier général, provenant de l’herbier
d’Adrien de Jussieu : sur la même feuille sont montés : une tige de S. cuben¬
sis récoltée à Porto Rico en 1797 (Ledru 83), et une tige de Scleria pterota
ayant peut-être la même origine. Les seules récoltes en provenance à cette
époque des grandes Antilles et conservées dans l’herbier Lamarck étant
dues à Ledru, ces différents échantillons de Scleria cubensis représentent
quasi-certainement des parts d’une même récolte de Ledru. Leur rapproche¬
ment autorise ainsi à localiser à Porto Rico le type de Scleria mucronala.
Le genre Scleria n’a jamais fait l’objet d’une révision d’ensemble à
l’échelle mondiale; c’est sans doute la raison pour laquelle le nom Scleria
mucronala, assorti de sa fausse localisation originelle, n’a jamais été repris
ni même discuté au xx e siècle. Seul Sprengel (9, p. 381), l’assimilant à
Scleria mitis, s’approche de la vérité; il n’est pas sans intérêt de noter que
c’est sous ce nom que Jussieu avait classé le matériel de Ledru. Mais,
plus tard, Kunth, suivi par Steudel, se contentent de classer Scleria
mucronala dans les espèces douteuses de l’Ancien Monde. Ensuite, c’est
sauf erreur, le silence le plus complet sur ce nom dont, aujourd’hui, la
restauration n’affecte qu’un territoire limité et unpetit nombre d’échantillons.
Scleria mucronata Poir., Encyc. Méth. Bot. 7 : 3 (1806).
— 5. cubensis Bock., Cyp. Nov. 2 : 42 (1890), syn. nov. ; Core, Brittonia 2 (1) : 44 (1936).
Type : Eggers 5113, Cuba (iso-, P!).
—■ S. microcarpa var. subeciliata C. B. Clarke, Symb. Ant. 2 : 149 (1900). Fondé sur
S. cubensis Bock.
— S. calalinæ Britt., Bull. Torr. Bot. Cl. 42 : 489 (1915). Type : Van Hermann 3272,
Cuba (holo-, NY).
— S. microcarpa auct. non Nees : Gris., Cat. PI. Cub. : 248 (1866), p.p.
Type : Ledru 83 p.p., Porto Rico (holo-, iso-, PI).
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3. Kükenthal, G. — Cyperaceæ novæ vel criticæ imprimis antillanæ, Rep. Sp. Nov.
23 : 183-222 (1926).
4. Kunth, C. S. — Enumeratio Plantarum 2, 592 p. (1837).
5. Napper, D. — Scleria, in Hutchinson, J. & Dalziel, J. M., Flora of West Tropical
Africa, ed. 2, 3 (2) : 338-346 (1972).
6. Poiret, J. L. M. — Encyclopédie Méthodique, Botanique 7, 731 p. (1806).
7. Robinson, E. A. — Notes on Scleria: III. Scleria hirtella Sw. and some allied species:
a transatlantic group, Kirkia 4 : 175-184 (1964).
8. — A provisional account of the genus Scleria Berg. ( Cyperaceæ ) in
the ‘Flora Zambesiaca' area. Kew Bull. 18 (3) : 487-551 (1966).
9. Sprengel, C. — Systema Vegetabilium, ed. 16, 3, 936 p. (1826).
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2) 219-224, 1976.
NOTES CYPÉROLOG1QUES :
28. COMPLÉMENTS SUR LE GENRE RIKLIELLA J. Rayn.
par E. Govindarajalu & J. Raynal
Résumé : Le genre paléotropical de Cyperoideæ-Cypereæ Rikliella, formé par les
anciens Scirpus sect. Squarrosi, compte une quatrième espèce, méconnue par la précé¬
dente révision, endémique d’Australie. Par ailleurs l’espèce asiatique R. squarrosa fait
l’objet d’une étude anatomique détaillée.
Abstract: The palæotropical genus Rikliella (Cyperoideæ-Cypereæ) includes pre-
vious Scirpus sect. Squarrosi; it comprises a fourth species, overlooked until now, from
Australia. Secondly anatomy of the Asian R. squarrosa is studied.
Le genre Rikliella J. Rayn., défini en 1973, comptait jusqu’ici trois
espèces préalablement considérées comme appartenant au genre Scirpus.
11 a été montré (5) que ce genre, très distinct des autres Scirpus s. lat. anato¬
miquement (structure chlorocypérée) et physiologiquement (photosynthèse
en C4), représentait en réalité un stade très évolué d’un phylum de la tribu
des Cypereæ, au voisinage d 'Ascolepis et Lipocarpha.
Le présent article rassemble des faits nouveaux relatifs à ce genre;
tout d’abord une mise au point (J.R.) consécutive à l’inclusion dans le
genre d’une quatrième espèce; puis une étude anatomique (E.G.) de l’espèce
asiatique Rikliella squarrosa (L.) J. Rayn.
I. — LE GENRE RIKLIELLA EN AUSTRALIE
C’est, semble-t-il, à Bentham (1) qu’on doit la première mention de
Scirpus squarrosus L. en Australie, d’après un spécimen ramené du Northern
Territory par l’expédition McDougal Stuart. Cette citation a échappé
à mon attention quand j’ai révisé le groupe de Scirpus squarrosus (4) puis
créé pour ce groupe le genre Rikliella (5). L’échantillon vu par Bentham
appartient effectivement au genre Rikliella, mais non à l’espèce asiatique
R. squarrosa (L.) J. Rayn. : des différences constantes, corroborées par
une série de spécimens plus récents, en font une espèce distincte, qu’il
convient d’ajouter aux trois précédemment connues dans le genre.
Bentham assimilait le spécimen étudié par lui à un taxon décrit depuis
Source : MNHN, Paris
220 —
peu par Bôckeler, Scirpus dietrichiæ. Il créait même — sans doute conscient
des différences avec le vrai S. squarrosus — la combinaison S. squarrosus
var. dietrichiæ (Bock.) Benth., ceci bien que sa citation du type de Bôckeler
— non vu par lui — soit accompagnée de la réserve “ if correctly identified
Or l’examen du matériel-type ( Dietrich s.n., Z!) fait apparaître une
erreur de Bôckeler, qui n’a pas vu les deux pièces hyalines antéro-posté¬
rieures incluses entre glume et fleur et caractéristiques du genre Lipocarpha.
Tout comme Scirpus leptocarpus F. Muell., S. dietrichiæ Bock, n’est qu’un
synonyme de Lipocarpha microcephala (R. Br.) Kunth, espèce asiatique et
ouest-pacifique dont j’ai déjà souligné (4,5) l’extrême ressemblance avec
les Rikliella.
Il en résulte que le Rikliella australien a jusqu’ici constamment reçu
des dénominations erronées, et doit faire l’objet d’une description :
Rikliella australiensis J. Rayn., sp. nov.
— Scirpus squarrosus var. dietrichiæ auct. non (Bock.) Benth. : Benth., Fl. Austral.
7 : 329 (1878), p.p., excl. syn. et specim. Dietrich.
Herba annua erecta 15-30 cm alla. Caules graciles basi paucifoliati, lamina setacea
10-15 cm longa. Bracteæ involucrales 2-3 sub inflorescentia patentes, 1-6 cm longs. Inflo-
rescentia capitata 6-10 mm in diametro e 2-6 spicis ovoideis sessilis squarrosis 5x3 mm
constructa. Squamæ auguste lineari-lanceolatæ, 1,7-1,8 mm longs, 0,2 mm lats, acuminatæ,
dorso trinerves. Stamen 1, anthera ovoidea 0,3-0,4 mm longa. Stigmata 2,0,3 mm longa,
stylo subnullo. Achsmum lineare trigonum, basi angustato-truncatum, apice submucro-
natum, 0,8-l,0 x 0,2 mm, testa cellulis isodiametricis tenuiter punctata.
A ceteris speciebus generis achænio anguste lineari bene distinguenda.
Type : H.S. McKee 9504, Queensland, Gorge Creek, Mareeba, 20.4.1962 (holo-,
PI; iso-, K!, NSW!).
Australie septentrionale et orientale.
Matériel étudié : Northern Territory : McDougal Stuart s.n., lat. 17°50'
(loc.fide Bentham, l.c.), K!; R. Taie NSW 72846, 1894, NSW!; Chippendale NT 5413,
Morphett Creek, Stuart highway, 9.3.1959, NSW!; Latz 2098, Mt. Cockburn, 22°47' S,
130“29' E, 17.2.1972, K!; 2133, Wartupunya Rockhole, 22°48' S, 131°33' E, 19.1.1972,
NSW!; 2510, Marshali R., 22»57' S, 136°08' E, 19.5.1972, NSW! — Queensland :
Schoelte in Rodway 9511, entre Mt. Isa et Camooveal, 6.1936, NSW!; McKee 9504,
type; M.S. Clemenss.n. ,Springvale, 4.4.1946, K! — N. S. Wales : F. Hely NSW122517,
W Narrabui, 31.12.1949, NSW!
Le matériel de cette espèce se trouvait presque toujours confondu avec
Lipocarpha microcephala (R.Br.) Kunth, tout comme l’est souvent celui
des autres Rikliella, en Asie et en Afrique, soit avec ce même Lipocarpha,
soit avec Ascolepis dipsacoides (Schum.) J. Rayn. Ces confusions s’expli¬
quent aisément par l’étroite ressemblance générale de toutes ces plantes,
qui trahit non pas, comme on l’a longtemps cru, une étonnante conver¬
gence de forme, mais bien une très réelle affinité au sein des Cypereæ évoluées.
Le lecteur trouvera des informations plus complètes sur la synonymie
et la répartition des trois autres espèces dans les travaux précédents (4, 5).
Source : MNHN, Paris
— 221 —
Fig. I. — Glumes x 30, akènes et stigmates x 50 des quatre espèces du genre Rikliclla : 1, R.
australiensis J. Rayn. ( McKee 9504, Australie); 2, R. squarrosa (L.) J. Rayn. ( Thom¬
son s.n., Inde); 3, R. kernii (Raym.) J. Rayn. ( Schweinfurth 2572, Sudan); 4, R. rehmannii
(Ridl.) J. Rayn. ( Robinson 2813, Zambie). Dessin de A. Raynal (partiellement repris
(2-4) d'Adansonia, ser. 2, 8 : 96, 1968).
La présence de R. kernii en Inde, signalée par Donde (3) en 1967, se trouve
confirmée par la révision de spécimens de l’herbier de Kew par S. Hooper
( coll? 79, Mysore, s.d. ! ; Rama Rao 845, Tili, Sangor, 14.10.19631).
Les caractères distinctifs des quatre espèces du genre sont rassemblés
dans la clé ci-dessous et illustrés dans la figure 1.
Clé des espèces
1. Akène linéaire, 0,8-1,0 x 0,2 mm. Stigmates 2, longs de 0,3 mm. Glumes
longues de 1,7-1,8 mm. R. australiensis
1'. Akène obovoïde-comprimé, 0,5-0,7 x 0,3-0,4 mm.
2. Glumes longues de 1,0-1,8 mm. Bractée involucrale dressée prolon¬
geant la tige, l’inflorescence paraissant latérale. Akène trigone, stig¬
mates 3 très courts (0,1 mm). R. squarrosa (Asie)
2'. Glumes longues de 1,7-3,0 mm. Bractées involucrale toutes étalées
sous l’inflorescence. Stigmates longs de 0,2-0,4 mm.
3. Stigmates 3. Akène trigone orné de grosses cellules proéminentes
en 15 rangs environ. R. rehmannii (Afr. trop, mérid., Madagascar)
3'. Stigmates 2. Akène lenticulaire ponctué de 25-30 rangs de petites
cellules. R. kernii (Afr. trop, sept., Tanzanie, Inde)
Source : MNHN, Paris
— 222 —
II. — ANATOMY OF R1KL1ELLA SQUARROSA (L.) J. Rayn.
The présent paper is part of work on systematic anatomy of South
Indian Cyperaceæ. No information is available on the anatomy of
Rikliella squarrosa (L.) J. Rayn. (= Scirpus squarrosus L.) which has
consequently been investigated along with other Scirpus s. lat. (see
Adansonia, ser. 2, 16 (I) : 13-38, 1976).
Rikliella shares the characters common to other Scirpus s. lat. ( l.c .,
p. 14) with the following exceptions, which support well the conclusions
of Raynal (5) regarding the taxonomie status of S. squarrosus L.:
— subsidiary cells of stomata low dome-shaped in both culms and
sheaths,
— absence of air-cavities in leaves,
— bundle sheath in leaf-sheaths single-layered, fibrous, complété,
— bundle sheath in culms 3-layered, with parenchymatous O.S. and
I.S. and fibrous middle Iayer (‘chlorocyperoid’ anatomy).
LEAF. Abaxiai surface: Intercostal cells short, broadly hexagonal,
thin-walled, smooth. Stomata (L. & W. 40-44 n), circular; subsidiary
cells tall, dome-shaped ; interstomatal cells short with concave ends. Silica-
cells short, rather broad, thin-walled, occurring in 1-2 continuous rows,
each cell possessing 2-3 large conical silica-bodies surrounded by satellites.
Adaxial surface: Cells large, broadly hexagonal, thin-walled, smooth.
Silica-cells elongated, narrow, thin-walled, developed in 1-2 continuous
rows, each cell with 3-4 cone-shaped silica-bodies surrounded by satellites.
Lamina, transverse section (Fig. 2, 1): Outline thickly crescentiform.
Cuticle absent on either surface. Keel absent. Adaxial epidermal cells
Iarger than those of the abaxiai. Margins pointed curving upwards.
Hypodermis (adaxial) consisting of a single Iayer of large translucent cells,
sometimes 2-layered. Assimilatory tissue présent in the form of radiating
chlorenchyma around vb’s. Air-cavities absent. Bulliform cells as such
not differentiated. Vascular bundles 10, more or less of same size, circular
in outline, forming a single row, and belonging to type III A; metaxylem
vessel members (D. 12 n); metaphloem of Tegular type’. Bundle sheaths:
O.S. fibrous, I.S. parenchymatous, cells of the latter containing tannin:
O.S. complété, I.S. incomplète. Sclerenchyma strands (adaxial: Ht.
24-28 n; W. 44-48 y), rectangular, abaxiai strands 10 in number (Ht. 20-
40 |i; W. 20-24 y) trapezoid, Secretory cells présent in inner sheaths.
SHEATH. Abaxiai surface: Intercostal cells moderately elongated,
broad, thin-walled, smooth. Stomata (L. 36-40 n; W. 32-36 fi), more or
less circular, thin-walled; subsidiary cells low dome-shaped; interstomatal
cells moderately elongated. Silica-cells elongated, rather broad, thin-
walled, smooth, présent in 2 continuous rows, each cell containing 3 large
cone-shaped silica-bodies with satellites.
Source : MNHN, Paris
— 223 —
Fig. 2. — Rikliella squarrosa (L.) J. Rayn. : 1, T.S. lamina, ground plan x 80; 2, T.S. culm,
ground plan x 80; 3, T.S. culm, peripheral bundle x 500. — AB.E., AD.E., abaxial and
adaxial epidermis: CU, cuticle; E, epidermis; HY, hypodermis; I.S., M.S., O.S., inner.
middle. outer sheath; M.V., melaxylem vessel; P, parenchyma; PH, metaphloem; P.L.,
proloxylem lacunæ ; S.S., sclerenchyma strand: V.B., vascular bundle.
Transverse section: Cuticle thin. Abaxial epidermal cells larger than
those of the adaxial. Hypodermis (abaxial) of 2 layers of parenchyma
cells; adaxial hypodermis of 1 layer of parenchyma cells. Air-cavities 7,
regularly alternating with as many vb’s and containing stellate parenchyma.
Sclerenchyma strands (Ht. 22.5-27.0 n; W. 27.0-36.0 n), trapezoid. Vas¬
cular bundles 7 in a single circle, ail belonging to type I. Bundle sheaths:
single, fibrous, complété. Secretory cells less common.
CULM. Epidermis, surface view: Cells short, hexagonal, broad, thick-
walled, variable, smooth. Stomata (L. 40 n; W. 28-32 n), elliptical, thick-
walled; subsidiary cells low dome-shaped; interstomatal cells moderately
elongated. Silica-cells elongated, narrow, thin-walled, smooth, represented
by 2 discontinuous rows; cone-shaped silica-bodies 4, large with satellites
présent in each cell.
Transverse section (Fig. 2, 3) : Outline circular with wavy surface.
Source : MNHN, Paris
— 224 —
Diameter of the cuLm examined c. 0.9 mm. Cuticle thick. Epidermal
cells large, radially elongated, thin-walled. Assimilatory tissue in the form
of radiating chlorenchyma around the vb’s. Substomatal chamber narrow,
small. Hypodermis of 2 layers of parenchyma cells. Air-cavities absent.
Vascular bundles c. 18, of two sizes and arranged in two circles; outer
circle represented by 14 small vb’s (type I), inner of 4 large vb’s (type III B)
with protoxylem lacunæ; metaxylem vessel members (D. 16-20 n); meta-
phloem of ‘regular type’; both types of vb’s circular to oval in outline;
few large vb’s connected with peripheral vb’s by elongated cells. Bundle
sheaths: 3-layered in small vb’s, O.S. and I.S. parenchymatous, the latter
containing tannin, the middle sheaths fibrous (Fig. 2, 2); of large vb’s
2-layered, O.S. parenchymatous, I.S. fibrous; sheaths of large and small
vb’s complété. Circumvascular sclerenchyma absent. Sclerenchyma
strands (Ht. 28-40 n; W. 60-80 n), pulviniform with angular sides, corres-
ponding with as many vb’s in the peripheral circle. Central ground tissue
composed of abruptly enlarged parenchyma cells. Secretory cells common
in parenchymatous inner sheath cells of small vb’s (Fig. 2, 2).
ROOT. Transverse section: Diameter of the root examined c. 0.3 mm.
Metaxylem vessel members (D. 20 n). Other detail like in Scirpus juncoides
Roxb., see Adansonia, ser. 2 : 16 (1) : 25 (1976).
Materials examined (Co. = Govindarajalu) : Ennore, Madras Dt., Go. 5602;
Neyyoor, Kanyakumari Dt., Ernest Thaya Singh 85; Sriperumpudur, Chinglepet Dt.,
Go. 5666; Mahabalipuram, Chinglepet Dt., Go. 5536; Irumbuliyur, Madras Dt., Go. 5406,
5343; Smmaod R. side, Coimbatore Dt., Ramakrishnan 6871 ; Cheriakanam, Thekkady,
Kérala State, Go. 6441 ; Mayuram, Thanjavur Dt., Go. 5784 A ; Vedanthangal, Chinglepet
Dt., Go. 5706; Courtallam, Tirunelveli Dt., Rajasekaran & Thanyakumar 10316; Tiru-
pathi, Chittoor Dt., Rajasekaran & Rangarajan 11326.
Bibliographie
1. Bentham, G. & von Mueller, F. — Flora Australiensis 7, 806 p. (1878).
2. Bôckeler, O. — Ein Beitrag zur Kenntniss der Cyperaceen Flora Neuholland's
und einiger polynesischer Inseln (Forsetzung), Flora 58 (7) : 107-112 (1875).
3. Donde, V. P. — Scirpus kernii Raymond—A new record for India, Bull. Bot. Surv.
India 8 : 358 (1967).
4. Raynal, J. — Notes cypérologiques : XI. Sur quelques Scirpus et Ascolepis de l'An¬
cien Monde, Adansonia, ser. 2, 8 (I) : 85-104 (1968).
5. — Notes cypérologiques : 19. Contribution à la classification de la sous-
famille des Cyperoideæ, Adansonia, ser. 2, 13 (2) : 145-171 (1975).
J. R. — Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
E. G. — Presidency College
Madras, India.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2) : ,225-228 1976.
LE GENRE HEDERORKIS Thou. (ORCHIDACEÆ)
AUX MASCAREIGNES ET AUX SEYCHELLES
par J. Bosser
Résumé : Étude du genre Hederorkis Thou., Orchidaceæ, qui comprend 2 espèces
de l'ile Maurice et des Seychelles. Ses caractères le rapprochent des Polystachyinæ.
Abstract: The genus Hederorkis Thou., Orchidaceæ , comprises 2 species from
Mauritius and the Seychelles. The affinities are with Polysiachya Hook., and the allied
Le genre Hederorkis fut décrit sommairement en 1809 par Du Petit-
Thouars. Aucun nom spécifique n’était donné à la seule plante qu’il lui
rattachait. Elle ne fut nommée qu’en 1822. Cette plante était restée jus¬
qu’à nos jours énigmatique. Baker, dans sa flore de Maurice et des Sey¬
chelles la passe totalement sous silence. Plus tard, Rolfe émit l’opinion
qu’il s’agissait d’un Bulbophyllum , et, en 1968, P. F. Hunt la plaça dans ce
genre sous le nom de B. mauritianum. Cette espèce est endémique de l’île
Maurice et il en existe peu de matériel. Cependant, les échantillons du
Mauritius Herbarium sont suffisants pour permettre une bonne analyse
et nous pensons qu’il s’agit d’un genre bien caractérisé ayant des affinités
avec les Polystachyinæ.
HEDERORKIS Thouars
Nouv. Bull. Soc. Philom. Paris 19 : 319 (1809).
Plantes épiphytes ou épilithes à rhizomes sympodiques rampants,
couverts de gaines imbriquées se désagrégeant en fibres. Pseudobulbes
absents. Feuilles géminées, divergentes, insérées au sommet d’une pousse
du rhizome; limbe plan, épais, articulé sur une gaine courte. Inflorescence
en grappe simple, latérale et naissant à l’aisselle d’une gaine du rhizome,
ou naissant à l’extrémité d’une pousse à l’aisselle de la dernière gaine.
Fleurs non résupinées (labelle supérieur) : labelle trilobé, les 2 lobes latéraux
dressés, le lobe terminal plan; éperon nul. Colonne allongée, dressée,
ayant à sa base un pied court ou subnui, sur lequel s’articule le labelle.
Source : MNHN, Paris
— 226 —
Anthère incombante, caduque, munie à l’avant d’un petit labre arrondi
et à l’arrière d’une crête charnue peu élevée. Pollinies formées de 2 masses
céracées, reliées à un rétinacle commun, chaque masse formée de 2 parties
de taille inégale, subhémisphériques, se séparant aisément.
Espèce-type : Hederorkis scandens Thou.
Le pollinaire possédant un rétinacle nettement différencié (qui n’existe
pas chez les Bulbophyllinæ), les fleurs non résupinées, nous font placer
ce genre près des Polystachya, dont il diffère par les inflorescences pouvant
être latérales et la colonne à pied très court. Ce genre comprend 2 espèces.
1. H. scandens Thou.
Orch. Isles Aust. Afr., tab. 90 (1822).
— Neottia scandens Thou., I.c. (1822).
— Bulbophyllum mauritianunt P. F. Hunt, Kew Bull. 22 (3) : 491 (1968).
Plante épiphyte, à rhizome rampant, ramifié, plaqué contre les troncs.
Jeunes pousses couvertes de gaines imbriquées se désagrégeant ensuite en
fibres, portant au sommet 2 feuilles divergentes. La croissance de la pousse
est alors arrêtée et une inflorescence peut naître à côté des feuilles, à l’aisselle
de la dernière gaine, ainsi qu’un bourgeon latéral donnant une nouvelle
pousse. L’inflorescence peut aussi être axillaire d’une gaine quelconque
du rhizome. La grappe est simple, pauciflore (3-6 fleurs), atteignant (avec
le pédoncule) 5-15 cm de longueur. Les fleurs sont résupinées, rappelant
un peu les fleurs de Polystachya , de couleur pourpre sombre (d’après
Thouars), de petite taille : sépales longs de 7-8 mm, pétales longs de
6-7 mm, labelle long de 5-6 mm, sans éperon. La colonne est charnue,
érigée, haute de 4-4,5 mm; l’anthère hémisphérique, de 1-1,5 mm de dia¬
mètre, munie à l’avant d’un labre peu prononcé et sur le connectif, à l’ar¬
rière, d’une protubérance charnue peu élevée. Le rétinacle est formé d’une
pièce de contour semi-circulaire de 0,3-0,4 mm de diamètre sur laquelle
est fixé un stipe oblong, un peu concave sur sa face antérieure, portant les
pollinies. Pollinies 2, ovoïdes, longues de 0,6-0,7 mm, formées chacune
de 2 parties inégales, accolées, se séparant aisément. — PI. 1.
Type : Du Petit-Thouars s.n., s.loc. (holo-, P!).
Autre matériel : MAU 1856, sans coll.; Vaughan 977 et 1411, réserve de Perrier;
Cuého & Sraub 12627, Bassin Blanc, MAU; Guého 14869, entre le Mt. Camisard et le
Piton Bambou, MAU; d’Unienville 17858, MAU; Justice Blackburn s.n., s.l., K; Home
s.n.. Bassin Blanc, Savannah, K.
Espèce endémique de Maurice, actuellement connue seulement de
4 localités.
2. H. seychellensis Bosser, nom. nov.
— Bulbophyllum scandens Rolfe, Kew Bull. (Bull. Mise. Inf.) : 23 (1922). non Hederorkis
scandens Thou. (1822), non Bulbophyllum scandens Kraenzl. (1904).
Source : MNHN, Paris
— 227 —
Source : MNHN, Paris
— 228 —
Cette espèce est épiphyte ou épilithe et est très semblable à la précédente
par son mode de croissance et son port. Elle est beaucoup plus robuste,
son rhizome atteignant plus de 1 cm d’épaisseur et ses feuilles étant beau¬
coup plus grandes. La fleur est également non résupinée, mais les différentes
pièces sont de plus grande taille : sépale médian long de 11-12 mm; sépales
latéraux et pétales longs de 10 mm; labelle long de 8-10 mm, sans éperon,
peu courbé, à bords relevés et infléchis à la base, à lobe terminal linguiforme
et plan, arrondi et brièvement apiculé au sommet, à bords et surface papil-
leux; tiers basal du labelle orné de 2 crêtes assez élevées, glabres, parallèles,
prolongées vers l’avant sur le lobe terminal par 2 carènes peu marquées.
Anthère hémisphérique de 1 mm environ de diamètre, munie à l’avant d’un
labre arrondi peu net et à l’arrière d’une protubérance charnue. Rétinacle
formé d’une pièce ovale arrondie au sommet, longue de 0,5 mm, sur laquelle
se fixe un stipe obtriangulaire portant les pollinies.
Type : Thomasseï 32, Cascade Patates, Seychelles (lecto-, K!).
Autres échantillons : Stanley Gardiner s.n.. Mare aux Cochons, Silhouette, K;
Stanley Gardiner s.n., Mahé, K; Horne 603, Mahé et Silhouette, K; R. Dupont s.n..
Casse les Dents, K ; P. G. Archer 173, Mahé, K.
Cette espèce est endémique des Seychelles où elle n’a été trouvée qu’à
Mahé et Silhouette. D’après Thomasset les fleurs seraient de couleur crème
ou pourpre. Elle végète dans les forêts ou sur les rochers entre 400 et 600 m
d’altitude. M. Lesouëff l’a retrouvée récemment (1975) à Mahé.
L’herbier de Kew possède aussi un échantillon, sans nom de collecteur,
marqué « Aldabra août 1916 », qui bien que stérile appartient certainement
à cette espèce. On peut avoir un doute quant à l’exactitude de l’origine
de cet échantillon.
O.R.S.T.O.M
et Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2) : 229-243, 1976.
CHRYSOBALANACÉES NOUVELLES
DU CAMEROUN ET DU GABON
par R. Letouzey & F. White
Résumé : Description de Magnistipula bimarsupiata R. Let., endémique gabonaise
proche de M. glaberrima Engl.; Maranthes sanagensis F. White, endémique camerou¬
naise proche de M. gabunensis (Engl.) Prance; Parinari hypochrysea R. Let. & F. White
dont l’aire s’étend au Sud-est nigérian, longtemps confondue avec P. excelsa Sabine;
Acioa librevillensis R. Let. du Gabon (proche d 'A. gillelii De Wild.) et Acioa letestui
R. Let. du Cameroun et du Gabon (proche d 'A. barteri Hook. f. ex. Oliv. et d 'A. scabri-
folia Hua, ainsi que d'A. lehmbachii Engl.).
Abstract: Description of Magnistipula bimarsupiata R. Let., endemic from Gabon
close to M. glaberrima Engl.; Maranthes sanagensis F. White, endemic from Cameroun
close to M. gabunensis (Engl.) Prance; Parinari hypochrysea R. Let. & F. White with
area extending to South East Nigeria and previously mistaken for P. excelsa Sabine;
Acioa librevillensis R. Let. from Gabon (close to A. gillelii De Wild.) and Acioa letestui
R. Let. from Cameroun and Gabon (close to A. barteri Hook. f. ex Oliv. and A. scabrifolia
Hua, as well as A. lehmbachii Engl.).
A l’occasion de la préparation d’une « Monographie générique de la
famille des Chrysobalanacées » (à paraître) et de l’étude de la « Distri¬
bution des espèces africaines de Chrysobalanacées » (sous presse, Bull.
Jard. Bot. Nat. Belg.) par l’un d’entre nous (F. W., et collaboration R. L.
pour le genre Acioa), ainsi que d’une étude poursuivie en commun pour la
publication de cette famille dans les Flores du Cameroun et du Gabon,
nous sommes amenés à décrire cinq nouvelles espèces intéressant ces deux
territoires :
1. Magnistipula bimarsupiata R. Letouzey, sp. nov.
Arbor (vel frutexl); rami novelli hispidi , stepe tumoribus conoideis fusiformibusve
instructi. Petiolus 1-3 mm ; lamina glabra, lanceolata vel oblongo-elliptica, interdum leviter
falcata, ad 9-15 cm x 3,5-5 metiens, basi obtuso-rotunda plerumque bimarsupiata, apice
acutata; nervi latérales 6-8-jugi arcuati, lamina glandulis parvis rotundis sparsis infra
prædita. Panicula terminalis, hispida ; bracteolæ lanceolatæ, 1-2 mm, villosæ ; pedicellus
5-8 mm; flos glaber,ca. 8 mm, receptaculo ventricoso, 5mm longo, intus villoso-intricato;
sepala triangula, interius breviter spisseque setulosa ; petala caduca ; stamina ca. 7, arcuata ,
3-4 mm, usque ad medium unita ; labrum staminodiferum dentatum. Fructus ignotus.
Type : Bernard 507 SRF, Gabon (holo-, P).
Source : MNHN, Paris
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Arbre (ou arbuste?). Jeunes rameaux portant des poils hispides épars,
atteignant 2 mm de longueur; entrenœuds de 2-3 cm, souvent garnis çà
et là de renflements conoïdes ou fusiformes, environ 10-12 x 4 mm, pré¬
sentant une perforation vers la base. Stipules?, apparemment sous la
forme d’une languette allongée, à sommet aigu, 12 x 1,5 mm, avec poils
hispides couchés. Pétiole épais, 1-3 mm, ± hispide. Limbe glabre, lancéolé
à oblong-elliptique, parfois un peu falciforme, atteignant jusqu’à 9-15
X 3,5-5 cm; base obtuse-arrondie, presque toujours munie d’un rétrécis¬
sement formé de 2 pochettes latérales renflées, à bord retourné au-dessous,
présentant parfois intérieurement une glande circulaire; sommet aigu,
souvent garni d’un pseudo-apicule caudé muni de 2 petites glandes circu¬
laires à la base; 6-8 paires de nervures latérales courbées; rares petites
glandes circulaires éparses sous le limbe, particulièrement de part etd’autre
de la nervure médiane.
Inflorescences en panicule terminale, peu ramifiée, environ 15 cm
de hauteur et 10 cm de largeur, avec axes inférieurs pourvus d’une feuille
axillante et axes supérieurs avec bractée foliacée allongée très réduite;
axes éparsement hispides et bractées densément garnies de poils hispides
couchés; parfois axes avortés et transformés en renflements conoïdes,
environ 20 x 4 mm; bractéoles lancéolées, 1-2 mm, couvertes de poils
villeux ± disposés en touffe vers l’extrémité. Pédicelle grêle, 5-8 mm. Fleur
ouverte à réceptacle appliqué contre le pédicelle, glabre extérieurement et
atteignant, sans les pétales, env. 8 mm dont 5 mm pour le réceptacle ventri-
culeux très renflé, intérieurement garni de poils villeux enchevêtrés; sépales
triangulaires, brièvement et densément sétuleux intérieurement, le supé¬
rieur dressé atteignant 3 x 1,5 mm, les inférieurs les plus petits réfléchis;
pétales caducs; étamines env. 7, courbées, longues de 3-4 mm et soudées
presque jusqu’à mi-hauteur; rebord staminodial portant de petites pointes
triangulaires; jeune fruit ellipsoïde.
Infrutescence et fruit mûrs inconnus. — PI. 1.
Notes taxonomiques :
Cette espèce, par sa fleur, peut être rapprochée de Magnistipula
glaberrima Engl, du Cameroun et du Gabon; les stipules, semble-t-il, et
surtout la base de la feuille différencient ces deux espèces, de même l’ab¬
sence ou la présence de glandes sous le limbe. Il y aurait lieu de rechercher
sur le terrain si l’existence de la pubescence hispide n’est pas en relation
avec la myrmécophilie qui caractérise biologiquement et morphologique¬
ment l’espèce en cause (tout comme chez d’autres espèces myrmécophiles).
Notes phytogéographiques :
Magnistipula bimarsupiata R. Let. n’est connue que par 3 échan¬
tillons récoltés, entre 1948 et 1951, en 2 localités voisines de Port Gentil
au Gabon. Cette localisation très particulière est peut-être sans rapport
avec celle des espèces sud-américaines myrmécophiles » du genre voisin
Hirtella; elle mérite cependant d’être soulignée.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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Noms vernaculaires : akoghe-medzim (fang. Quint RICC 163 SRF);
idouimbéné (dialecte?, RICC 3); ngone (fang, Bernard 507 SRF). Excellent
exemple des incertitudes concernant la fourniture de noms vernaculaires
lorsque la plante, relativement rare, est cependant bien caractérisée
morphologiquement.
Matériel gabonais étudié : Bernard 507 SRF (t>pe), Equata ( = Ekwata), 80 km
NE Port Gentil, 3.8.1951 (fl.), P; Quint RICC 163 SRF , lac Alombié, 90 km ESE Port
Gentil, 21.12.1948 (stér.), P; RICC 3, lac Alombié, 90 km ESE Port Gentil (stér.; bois :
5536 CTFT), P.
2. Maranthes sanagensis F. White, sp. nov.
Arbor parva, 6-8 m alla. Truncus brevis sed usque ad 1 m diametro, sæpe contortus
et prostratus. Lamina folii 8,5-15 x 4,5 — 9,5 cm; apex abrupte cuspidatus; basis sub-
cordata; pagina inferior glabra; venatio prominula et reticulata. Inflorescentia : racemus
pro portione florum paucorum (c. 20), simplex vel ramosus, cymis 1-3-floris consistens.
Pedicellus c. 1,2 cm longus. Tubus receptaculi elongato-turbinatus, sensim in pedicellum
angustatus, c. 1,5 x 0,5 cm, extra tomentello griseo velutino præditus. Sepala c. ! cm
longa, suborbicularia , extra tomentello griseo velutino prædita. Petala c. 1,8 x 1,3 cm,
viridi-alba. Filamenta c. 6 cm longa, viridi-alba. Drupa c. 5 x 3 cm, anguste ellipsoidea,
glabra, verruculosa.
Type : Leeuwenberg 5476, Cameroun (holo-, P; iso-, BR, K, WAG).
Petit arbre de 6-8 m de hauteur, à tronc peu élevé mais atteignant
jusqu’à 1 m de diamètre, souvent tordu et prostré; cime globuleuse étendue.
Feuilles à limbe de 8,5-15 x 4,5 — 9,5 cm, à base subcordée, à sommet
abruptement cuspidé, glabre dessous, à nervation subproéminente et
réticulée.
Inflorescences relativement peu fleuries (env. 20 fleurs), simples ou en
racèmes branchus avec cymes de 1-3 fleurs. Pédicelle env. 1,2 cm de longueur.
Réceptacle allongé-turbiné, graduellement rétréci sur le pédicelle, d’environ
1,5 x 0,5 cm, extérieurement gris tomentelleux-velouté ; de même les
sépales suborbiculaires env. 1 cm de longueur; pétales blanc verdâtre,
d'environ 1,8 x 1,3 cm; filets staminaux blanc verdâtre, env. 6 cm.
Drupes d’environ 5x2 cm, étroitement ellipsoïdes, glabres, verru-
queuses. — PI. 2.
Notes taxonomiques :
Maranthes sanagensis F. White se distingue aisément de toutes les
autres espèces de Maranthes, sauf de Maranthes gabunensis (Engl.) Prance,
par ses grandes fleurs. Elle diffère de cette dernière par sa feuille à base
subcordée (non cunée ou arrondie) et à sommet abruptement cuspidé
(non caudé-acuminé), par ses fleurs plus courtes, de 3,5 cm (non 5-5,5 cm,
cette dimension étant prise de l’articulation du pédicelle au sommet du
sépale postérieur), couvertes extérieurement d’un tomentellum gris (et non
glabres), et par ses plus longs filets staminaux de 6 cm (non d’env. 4 cm).
Source : MNHN, Paris
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PI. 2. — Maranthes sanagensis F. White : rameau avec fleurs x 2/3 (Leeuwenberg 5476 et 5478).
Source : MNHN, Paris
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Notes phytogéographiques :
Cette espèce n’est connue que des galeries forestières des rives de la
moyenne Sanaga au Cameroun et des basses vallées de ses affluents; elle
se localise sur les sables alluviaux et parmi les blocs de gneiss. En période
d’inondation ces arbres peuvent être submergés sous 2 à 3 m d’eau.
Matériel camerounais étudié : De Wilde c.s. 2652 a et 2652 b, rives de la Sanaga
près Nachtigal, 60 km SE Bafia, ait. 400 m, juin (fl., fr.), BR, K, P, WAG; Leeuwenberg
5476 (type) et 5478, rives de la Sanaga, 7 km N Olembé, 60 km N Yaoundé, ait. 500 m,
avr. (fl.), BR. K, P, WAG; Letouzey 9606 bis, rives du Ndjim, Yangafok II, 25 km ENE
Bafia, nov. (fl.), BR, K, P; 9786, rives de la Sanaga, au confluent de l’Asamba, près
Ndjoré, 45 km Obala, déc. (fr.), BR, P; 9809, rives de la Sanaga, en amont du pont de
Kikot, 70 km SSW Bafia, janv. (fl.), BR, K, P; J. & A. Raynal 10531, rives de la Sanaga
près Nachtigal, 60 km SE Bafia, mars (fl.), P.
3. Parinari hypochrysea Mildbraed ex R. Letouzey & F. White,
sp. nov.
Mildbraed, Wiss. Ergebn. zweit. deutsch. Zentral.-Afrika Exped. 1910-11, 2 : 75
(1922), nom. nud. (Parinarium hypochryseum).
■— « Parinari sp. » Keay, Onochie & Stanfield, Nig. trees 1 : 319 (1960).
—- « Parinari sp. » De Saint-Aubin, Forêt Gabon : 167, ill. (1963).
Arbor alla anteridibus et coma' subhemisphærica prædita. Ramuli juvenes pubes-
centia aureo-fulva vestili; slipulæ longæ Iriangulæ 25 (-40) x 5 mm, basi amplecienles
longitudine nervatæ, interius giabræ ; petiolus media parle glanduiis duabus magnis cupuli-
formibus marginalis instructus ; lamina oblonga, 10-28 x 5-11 cm, basi rolunda leviler
cordata, apice obluso acuminato. nervis lateralibus (20-) 25 (-30)-jugis, glandula mimtta
subsphærica complanala marginataque extremitate infra munilis, pagina supera scabra.
Ramuli evoluli similes sed stipula; caducæ, pubescenlia pariialis tantum infra laminam,
bac manifeste elliptica, 6-12 x 3,5-8 cm, nervis lateralibus 20-25-jugis.
Paniculæ terminales t foliatx, 15 cm longæ, axes omîtes fulvi dense villosi; cymulæ
ultimæ triftoræ bracteis duabus perconcavis acuminatis, 3,5 mm longis, intra glabris, amplec-
tantibus. Alabastrum hispidulosum ; flos apertus Stella tus, 5 mm diametro ; pedicellus
1,5-2 mm, infra receptaculum curvatum ; receptaculum oblique maxime dilatatum, tantum
ca. 1 mm longum; sepala triangula, 2 X 1,5 mm, intra tomentella; petala ovata acuta
unguiculata. 1,5 X 1 mm, extra pubescentia, caduca ; stamina 7, filamento 1,5 mm longo
et anthera ciliolata; labrum inferum androcei staminodiis destitutum et cum receptaculo
labium amplum, incrassatum induratumque, introrsum papillosum, formons ; receptaculum
intus post carpellum (-a) tantum pubescens. Fructus ignotus.
Type : Mildbraed 5023, Cameroun (holo-, HBG).
Grand arbre avec contreforts et cime hémisphérique un peu aplatie.
Rameaux juvéniles à pubescence fauve doré; stipules longuement triangu¬
laires, 25 (-40) X 5 mm, à base embrassante et nervation longitudinale,
glabres intérieurement; pétiole garni au milieu de 2 grosses glandes cupuli-
formes marginées; limbe oblong, 10-28 X 5-11 cm, à base arrondie un peu
cordée, à sommet obtus acuminé, à (20-) 25 (-30) paires de nervures latérales
avec très petite glande subsphérique aplatie et marginée infralaminale
1. Coma (= Copa), sensu R. B. Fernandes, Vocabulârio de termos botânicôs. Anuàrio
da Sociedade Broteriana 38 : 207 (1972).
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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en extrémité (hydatode), à surface supérieure scabre. Rameaux adultes
semblables mais stipules caduques, pubescence partielle sauf au-dessous
du limbe, celui-ci nettement elliptique, 6-12 x 3,5-8 cm avec 20-25 paires
de nervures latérales.
Panicules terminales ± feuillées, hautes de 15 cm, tous axes fauves
densément villeux; cymules extrêmes triflores embrassées par 2 bractées
très concaves acuminées, hautes de 3,5 mm, glabres intérieurement. Bouton
floral hispiduleux; fleur ouverte étoilée, 5 mm de diamètre; pédicelle 1,5-
2 mm, réceptacle courbé sur celui-ci, très évasé obliquement, haut seule¬
ment d’env. 1 mm; sépales triangulaires, 2 X 1,5 mm, tomentelleux inté¬
rieurement; pétales ovales aigus avec onglet, 1,5 x 1 mm, pubescents
extérieurement, caducs; 7 étamines à filet haut de 1,5 mm et anthère ciliolée;
rebord inférieur de l’androcée dépourvu d'appendices staminodiaux et
formant avec le réceptacle une large lèvre étalée, épaisse et indurée, papil-
leuse intérieurement; réceptacle pubescent intérieurement seulement
derrière le(s) carpelle(s).
Infrutescence et fruit inconnus. — PI. 3.
Notes taxonomiques :
Parinari hypochrysea Mildbr. ex R. Let. & F. White présente, sur
pied, de grandes ressemblances avec Parinari excelsa Sabine; si des confu¬
sions paraissent parfois possibles entre les feuilles des deux espèces, par
contre les fleurs sont nettement différentes.
Notes phytogéographiques :
Cette espèce n’est connue qu’en Nigeria (Calabar), au Cameroun et
au Gabon 1 .
Au Cameroun, Parinari hypochrysea Mildbr. ex R. Let. & White est
répandue dans toute la forêt biafréenne à Césalpiniacées et est parfois
localement abondante. Elle est ainsi présente dans toute la zone côtière
s’étendant jusqu’à Mamfe, Yabassi, Eséka et Sangmélima; alors que Pari¬
nari excelsa Sabine ne s’aventure guère dans cette zone. Hors de cette
région côtière les deux espèces se rencontrent parfois géographiquement
côte à côte, mais Parinari hypochrysea se trouve alors presque toujours
localisée au milieu de peuplements de Gilbertiodendron dewevrei (35 km
SE Yaoundé, 65 km S Nanga Eboko, 50 km SE Lomié), exceptionnelle¬
ment hors de ceux-ci (30 km E Lomié).
D’après De Saint-Aubin ( loc. cit.), l’espèce paraît répandue dans
tout le Gabon (dans la mesure où elle n’a pas été confondue sur le terrain
1. L’échantillon Adam 16662 de Kitoma au Liberia, provenant certainement d'une
jeune tige, par ses feuilles aiguës au sommet, dépourvues de glandes pétiolaires et laminaires,
à pubescence assez hirsute.doit, semble-t-il, être rattaché à Parinari excelsa Sabine, malgré des
ressemblances, difficiles à interpréter pour de jeunes tiges, avec Parinari hypochrysea Mildbr.
ex R. Let. & F. White. Si cette dernière espèce était effectivement présente au Liberia, elle
offrirait un type de disjonction connu déjà pour quelques espèces appartenant à diverses
familles.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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avec Parinari excelsa Sabine) et peut y être localement grégaire; les échan¬
tillons récoltés n’attestent cependant sa présence certaine que dans les
Monts de Cristal, vers Libreville, Ndjolé et au Sud de Lambaréné (Agouma).
Noms vernaculaires : bayokop (bassa); assila (boulou. désigne divers Parinari);
akoum, akoung été, ekoum élé (yaoundé, désigne divers arbres à feuillage fauve au-dessous :
Anthonotha, Parinari, ...); ekoa, ekoua, ossangeli (fang); nsassange? (loango); ntouemba
(mpongwé).
Matériel camerounais étudié : Ejiofor FHI15253, rés. for. South Bakundu près
Kumba (j. pl.), FHI; Hédin 1592 et 1658, Muyuka près Mbanga, oct. (j. pl. et fl.), P.;
Letouzey 1232 SRFK, Eséka, févr. (fll.); 1712, Nkolébomon, 65 km S Nanga Eboko,
avr. (fll.); 3645 et 3646, entre Kongo et cote 648 NW Mayang, 30 km E Lomié, mars
(j. pl., fll.); 4138, Bella, 45 km NE Kribi, janv. (fll.); 4232, Nkomo près Ngoase au S de
la riv. Lobo, 130 km SSW Akonolinga (j. pl.); 10194, Colline Ongongondje près Ako-
nekye, 15 km NW Ambam, mars (fll.); 11297 et 11302, vallée de la Tofini près Bikok,
35 km SE Yaoundé, juin (j. pl., fll.); 11712 et 12051, Mbalam près Ngoila, 50 km SE
Lomié sur axe Lomié-Souanké, déc. (fll., j. pl.); 12430, Bitoutouk, 20 km SSE Edéa
(j. pl.); 12538 et 12538 bis, Manguingues, 15 km SSW Eséka, janv. (fl., j. pl.); omnes
P et YA p.p.; Mildbraed 5023 (type), entre Yokadouma et Mpan (ex Assobam) sur
piste Yokadouma-Lomié, avr. (fll.), HBG; 5971, Fenda, 60 km E Kribi, juill. (fll.),
HBG, WAG.; Olorunfemi FHI 30502, rés. for. South Bakundu près Kumba, avr. (fll.),
FMO; White 8562, 8563 et 8616, lac Ejagham, 35 km W Mamfe, mars (fll., j. pl.), FHO.
Matériel gabonais étudié : Aubréville 114, Libreville (j. pl.), P ; De Saint-Aubin
1987 SRF, 18 km E Libreville, janv. (fl.; bois 11641 CTFT), P; Fleury s.n., mission
Berlin, 1917, sin. Ioc. (j. pl.), P; Hallé 1527, Libreville (j. pl.); 2013, 10 km SW Ndjolé
(j. p.), P.; Hallé & Villiers 4656, Chute de Kinguélé, Monts de Cristal (j. pl.), P; Le
Testu 5837, Agouma, 85 km S Lambaréné, déc. (fl.), P; Sébire 488 SRF, Ramboué,
90 km SE Libreville, nov. (fll.), P.
4. Acioa librevillensis R. Letouzey, sp. nov.
Frutex sarmentosus. Stipulas lanceolatæ, hispidulæ. Lamina elliptica ( 8-10 x 4-5 cm),
basi apiceque acuta, acuminata; nervi latérales 4-5-jugi et nervus præcipuus sparsim infra
hispidi. Racemi (3-5 cm) axillares subterminales ; bracteæ reflexæ, lanceolatæ; pedicelli
graciles ; bracteolæ 5-palmatilobæ-palmatipartitæ glaudulosæ, suboppositæ, subterminales.
Flores parvi (receptaculum 7-10 mm, sepala 4-5 mm, andracium 20-25 mm,filamenta ca. 15).
Fructus ignotus.
Type : Klein 55, Gabon (holo-, P; iso-, B).
Arbre ± grimpant (sarmenteux?). Jeunes rameaux éparsement hispi-
dules avec poils apprimés puis glabrescents. Stipules fixées vers la base
du pétiole, lancéolées, 3-4 mm. Pétiole 3-5 mm, hispiduleux. Limbe ellip¬
tique, 8-10 X 4-5 cm, largement aigu à la base et au sommet, celui-ci
acuminé (5x3 mm); nervure médiane et limbe parfois un peu falciformes;
4-5 paires de nervures latérales, toutes nervures et éventuellement ner-
villes éparsement hispides dessous; 2 grosses glandes circulaires à la base
du limbe dessous, quelques petites glandes circulaires sous l’acumen,
parfois aussi de part et d’autre de la nervure médiane vers le haut et vers
le bas du limbe.
Racèmes solitaires, terminaux et surtout axillaires vers l’extrémité
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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des rameaux, 3-5 cm de longueur, à axe éparsement hispide; pédoncule
court (inf. 1 cm), garni de quelques bractées profondément tricuspidées,
extérieurement densément hispiduleuses avec poils ascendants; bractées
rapidement réfléchies, lancéolées, 3 mm de longueur, ± hispiduleuses
au sommet et parfois garnies sur leur marge vers la base de 1-2 glandes
brièvement stipitées; portion des pédicelles sous l’articulation grêle
10-15 mm, obliquement dressée, portant presque au sommet 2 bractéoles
subopposées palmatilobées-palmatipartites avec 5 glandes longuement
stipitées (1-2 mm), la portion terminale articulée du pédicelle ne dépassant
pas le sommet de la bractéole supérieure. Pédicelle de la fleur désarticulée
2-6 mm. Réceptacle 7-10 mm, nettement gibbeux à la base, glabre; sépales
4-5 mm, glabres en ce qui concerne les parties exposées à l’extérieur dans
le bouton, ailleurs couverts d’une pubescence soyeuse argentée, clairsemée
sur les faces internes, dense sur les marges externes, le sépale paraissant
mince et nervuré; pétales (rares sur l’échantillon) 4-5 mm; androcée 20-
25 mm, environ 15 filets.
Infrutescence et fruit inconnus. — PI. 4.
Notes taxonomiques :
Acioa librevillensis R. Let. est très proche d'Acioa gilletii De Wild.
du Congo, du Zaïre et d’Angola mais s’en distingue essentiellement par
ses bractéoles subterminales 5-palmatipartites (non placées au milieu
du pédicelle et 3(-5)-palmatiséquées), ses fleurs plus petites à sépales de
4-5 mm de hauteur (non 8-10 mm), l’androcée étant aussi plus court (20-
25 mm au lieu de 30-40 (-50) mm) et moins fourni (env. 15 filets au lieu
de 20-30); cette espèce paraît de plus isolée géographiquement.
Par suite d’une erreur, F. Pellegrin (in herb. P) l’a rapprochée
antérieurement d'Acioa parvifolia Engl. = Acioa unwinii De Wild., syno¬
nymes d'Acioa smeathmannii Baill., espèce de Sierra Leone que De Wil-
deman, par inattention, semble-t-il, a dénommée Acioa parviflora Engl.
(Bull. Jard. Bot. Brux. 7 : note p. 191, 1920); la taille réduite des fleurs
d'Acioa librevillensis R. Let. peut en définitive expliquer la méprise de
F. Pellegrin.
Notes phytogéographiques ;
Acioa librevillensis R. Let. n’est connue que par un seul échantillon
provenant du Cap Esterias au Gabon.
Matériel gabonais étudié : Klein 55 type, (non Klaine ), Cap Esterias près Libre¬
ville, févr. (fl.), B. P.
5. Acioa letestui R. Letouzey, sp. nov.
— ? Acioa tessmannii Engler, Pflanzenwelt Afrikas 3, 1 : 311 (1915), nom. nud. Voir
note taxonomique ci-après.
— Acioa scabrifolia auct. non Hua : De Wildeman, Bull. Jard. Bot. Brux. 7 : 206 (1920),
p.p ., quoad specimen Tessntann 221 tantum.
Source : MNHN, Paris
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Arbor. Ramuli glabri lenlicellali. Stipula' lineares. Lamina glabra, elliptica ( 6-11,5
x 3,5-6 cm), sæpe leviter ovata, basi apiceque obtusa, acuminata ; nervi latérales 4-5-jugi.
Racemi ( 3-8 cm) terminales axiUaresque, glabri; bracteæ ovatæ vel lanceolatæ, glandulosæ;
flores numerosi, alabastrum globosum glabrum; basis pedicellorum ( 5-10 mm) bracteolis
2 alternis lanceolatis 5-7-dentatis glandulosisque instructa. Receptaculum 5-6 mm, tubulo-
sum vel anguste infundibuliforme supra pedicelli vestigium 6-10 mm longum ; sepala peta-
laque 4-5 mm ; andrœcium 20-25 mm, filamenta ca. 15. Drupæ globulosæ (2-3 X 2-2,5
X 1,7 cm in vivo), buUatte.
Type : Le Testu 9352, Gabon (holo-, P).
Arbre atteignant 60 cm de diamètre et 25 m de hauteur totale mais
à fût court (6 m), à cime globuleuse. Rhytidome gris rougeâtre se desqua¬
mant en fines écailles longitudinales. Bois de cœur très dur, brun orangé
et ± rougeâtre vers le centre. Jeunes rameaux glabres. Stipules linéaires,
3-6 mm, parfois subdenticulées. Pétiole 3-5 mm. Limbe glabre, elliptique,
6-11,5 x 3,5-6 cm, fréquemment un peu ovale, largement aigu à obtus
à la base et au sommet, celui-ci acuminé avec apex obtus; nervures laté¬
rales (3-) 4-5 paires; 2 (-3) grosses glandes circulaires sous la base en général
triangulairement rétrécie du limbe.
Racèmes solitaires terminaux ou axillaires subterminaux, glabres,
3-8 cm de longueur avec pédoncule 0,5-2 cm ; bractées ovales à lancéolées-
triangulaires, env. 2-3 mm, à marge souvent subglanduleuse, voire glandu¬
leuse vers la base, occasionnellement (1-) 2 (-3) grosses glandes latérales
cratériformes vers le milieu de la hauteur. Fleurs nombreuses formant
parfois corymbe vers le haut du racème; bouton floral globuleux, un peu
pointu, glabre; portion des pédicelles sous l’articulation 5-10 (-15) mm, pour¬
vue, entre leur milieu et l’articulation, de 2 bractéoles alternes, rarement
subopposées, lancéolées, 1-1,5 mm, 5-7-dentées avec glandes substipitées à
stipitées vers la base, la portion terminale articulée du pédicelle dépassant
un peu le sommet de la bractéole supérieure en général. Pédicelle de la
fleur désarticulée 6-10 mm. Réceptacle 5-6 mm, tubuleux ou étroitement
obconique et ± gibbeux à la base; sépales verts, 4-5 mm, glabres pour les
parties exposées à l’extérieur dans le bouton floral (avec marges externes
subglanduleuses en extrémité des nervures parfois), ailleurs couverts d’une
dense pubescence laineuse argentée; pétales blancs, obovales avec base
obtuse, 4-5 mm de hauteur; androcée 20-25 mm, environ 15 filets.
Infrutescences peu garnies de fruits portés sur de forts pédoncules,
ne dépassant pas 10-20 mm, munis au sommet des sépales réfléchis. Drupe
globuleuse atteignant 2-3 X 2-2,5 X 1,7 cm ( in vivo), à surface bosselée
puis ridée mamelonnée, de teinte vert pâle puis vert brunâtre, tomentelleuse
avec poils hispiduleux épars. — PI. 5.
Notes taxonomiques :
La détermination Acioa tessmannii Engl., nom. nud. (foc. cil. : 311),
aurait très vraisemblablement pu être adoptée pour désigner cette espèce
car l’échantillon Tessmann 221 (in herb. K!) de Guinée équatoriale paraît
se situer à l’emplacement de ce taxon dans la clef établie par Engler,
Source : MNHN, Paris
— 242 —
malgré les imperfections de celle-ci, d’une part et, d’autre part, seul cet
échantillon de Tessmann, parmi les Acioa et les Chrysobalanacées, nous
paraît correspondre à cette classification sommaire. L’holotype possible
pour Acioa tessmannii Engl. nom. nud. semble avoir disparu de l’Herbier
de Berlin, aucun isotype ne paraît figurer à Hambourg 1 et l’isotype pos¬
sible de Kew ne porte que les mentions « Griffonia barteri Hook. f. ex Oliv. »
de la main de ce dernier semble-t-il, puis « Acioa scabrfolia Hua » de la
main de De Wildeman (cf. Bull. Jard. Bot. Brux. 7 : 206, 1920). Par pru¬
dence nomenclaturale a donc été choisie la nouvelle désignation Acioa
letestui R. Let.
Cette espèce est très proche d 'Acioa barteri Hook. f. ex Oliv. mais
s’en distingue rapidement par son réceptacle glabre et son fruit globu¬
leux, ce dernier caractère la différenciant aussi d 'Acioa scabrifolia Hua
à réceptacle également glabre, toutes réserves étant cependant faites quant
à la connaissance incomplète et imprécise des fruits de ces deux autres
espèces.
Des rapprochements sont aussi possibles avec Acioa lehmbachii Engl,
mais ici la feuille possède une nervure médiane pubescente et 5-7 (-9) paires
de nervures latérales, le limbe n’est pas garni au-dessous de glandes bien
visibles, l’inflorescence est ± ramifiée, les bractées sont dépourvues de
glandes, les bractéoles plus profondément divisées, enfin la drupe serait
pointue.
Notes phytogéographiques :
Acioa letestui R. Let. est connue au Cameroun, mais seulement à
l’Est de la longitude de Yaoundé, en Guinée équatoriale ( Tessmann 221, K!)
et au Gabon, vers les confins camerounais et guinéens d’une part et en
haute Ngounyé d’autre part.
Au Cameroun, cette espèce est signalée dans les forêts périodiquement
inondées au long des rivières et dans les raphiales marécageuses sur sol
sablo-argileux.
Comme suite aux notes taxonomiques ci-dessus, il doit être souligné
qu’Acioa scabrifolia Hua n’est connue que de la Guinée au Ghana. Acioa
barteri Hook. f. ex Oliv. s’étend par contre de la Sierra Leone au Gabon,
mais dans ce dernier territoire ainsi qu’au Cameroun elle paraît se can¬
tonner au voisinage de l’Océan (Libreville, Campo, Bipindi, Kribi). En
ce qui concerne Acioa lehmbachii, localisée dans le Sud Est nigérian et
dans les régions voisines du Cameroun, il est à noter qu’elle a été retrouvée
(Bâtes 855) au voisinage de la boucle du Dja où elle cohabite alors avec
Acioa letestui R. Let. ( Bâtes 1740).
1. Par suite d'une erreur typographique dans le fascicule 7 de la Flore du Cameroun
(R. Letouzey : Les Botanistes au Cameroun, 1968), il faut lire page 58, en ce qui concerne
le dépôt des collections de Tessmann : HBG (et non G), l'Herbier de Hambourg possédant
170 numéros de ce récolteur (entre n» 1 et 1100). On peut ajouter que c'est l'Herbier de Berlin
qui, en 1913, détenait les collections originales de Tessmann : Sér. A (1906-1907) n° 1 à 147
et Sér. B (1907-1909) n” 1 à 1104.
Source : MNHN, Paris
— 243 —
Matériel camerounais étudié : Baies 1740, Bitye, 50 km ENE Sangmélima (fl.),
P; Breteler 932 (= Letouzey 3263), rive de la Sanaga près Goyoum, 20 km W Deng
Deng, janv. (fl.); 1646, près du Nyong, 40 km SE Yaoundé, juill. (fr.); 2795, rive de la
Doumé près Bimba, 40 km SW Balouri, avr. (fr .); omîtes P, WAG ; De Wilde W. c.s. 1919,
30 km S Mbalmayo, févr. (fl., j. fr.), P, WAG; Letouzey 3143, Nyamtimbi, près de la
Doumé, région de Bertoua, févr. (fl., j. fr.); 3263 (= Breteler 932), rive de la Sanaga
près Goyoum, 20 km W Deng Deng, janv. (fl.); 5626, 10 km ENE Mesok, 50 km E
Lomié, août (fll., bois); ontnes P et YA p.p.
Matériel gabonais étudié : Le Testu 6537, Mbigou, juill. (fl.), BM, BR, P;
9352 type, La Lara, 30 km S Mitzic, oct. (fl., fr.), P.
R.L. : CNRS. Laboratoire de Phanérogamie
et Laboratoire associé du CNRS,
n° 218. Muséum - Paris.
F.W. : Department of Botany and Forestry
University of Oxford.
South Parks Road. Oxford OX1 3RB.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia,
r. 2, 16 (2) : 245-257, 1976.
OBSERVATIONS SUR LES EUPHORBES CORALLIFORMES
DE MADAGASCAR
par F. Friedmann & G. Cremers
Résumé : Le complexe « Euphorbia leucodendron » se révèle composé de 2 espèces
distinctes. Pour des raisons de typification l’une doit s’appeler E. alluaudii Drake, l'autre
apparemment non encore décrite est appelée E. famaiantboay Friedmann & Cremers.
Une sous-espèce nouvelle de cette dernière, subsp. itampolensis, est décrite et l'espèce
connue sous le nom de E. oncoclada Drake devient une sous-espèce de E. alluaudii.
Les deux espèces à large répartition se sont différenciées de façon parallèle en
des sous-espèces à aire restreinte et écologiquement plus spécialisées.
Abstract: The E. leucodendron complex appears to be composed of 2 distinct
species. After examination of the available types, the first species is found to be
E. alluaudii Drake, the second previously undescribed, is named E. famaiamboay. A
new subspecies of the latter, subsp. itampolensis is described and the species known as
E. oncoclada is reduced to a subspecies of E. alluaudii.
The two species are rather widely distributed and hâve evolved similarly into two
more localised and ecologically specialised subspecies.
Les Euphorbes « coralliformes » (Leandri, 1952-53) sont de petits
arbres unisexués, dioïques, à rameaux charnus, à feuilles rapidement cadu¬
ques. Leur aire de répartition est essentiellement limitée au Sud-Sud Ouest
de Madagascar.
Ce groupe de plantes du genre Euphorbia L. comporte une quinzaine
d’espèces dont certaines sont encore mal connues.
A PROPOS DE \J EUPHORBIA LEUCODENDRON Drake
Cette espèce a été décrite par Drake del Castillo en 1903, puis étudiée
par Costantin & Gallaud (1905), Poisson (1912), Denis (1921),
Leandri (1966).
Ces auteurs ont présenté cette espèce comme étant un arbuscule buis-
sonnant ou un petit arbre atteignant 3 m de hauteur. Le port est ovoïde
globuleux (Drake). Les rameaux sont ascendants, sauf les inférieurs qui
sont légèrement décombants (Drake, Leandri). Les rameaux sont consti-
Source : MNHN, Paris
— 246 —
tués d’articles cylindriques, charnus, d’environ 10 cm de longueur sur
1 cm d’épaisseur, obtus à fusiformes au sommet, contractés à la base
(Drake). Les articles sont marqués par des cicatrices foliaires. Ils ont à
la base un sillon de désarticulation (Leandri).
Les feuilles sont ovales, lancéolées, sessiles, très petites et caduques,
entourées à la base par un disque annulaire glanduleux.
Les cyathiums sont unisexués, au sommet des rameaux, groupés par
cymes de 3 à 8.
Les capsules sont stipitées, à 3 coques arrondies, glabres.
Or, in situ nous avons pu rencontrer un grand nombre de plantes pou¬
vant correspondre à cette description, ce qui nous a permis de voir à quel
point cet ensemble n’était pas homogène. S’il est exact qu’il n’est pas tou¬
jours aisé de différencier les espèces sur les échantillons d’herbier, sur le
vivant il est facile de les dissocier au moins en deux taxons. Nous donne¬
rons une description aussi complète que possible des deux taxons, que nous
appellerons d’abord A et B, puis les comparerons. Dans la discussion
nous donnerons les arguments qui, d’après la bibliographie et l’examen
des échantillons d’herbier déposés au Muséum d’Histoire Naturelle de
Paris, permettent de les nommer.
DESCRIPTION DES DEUX TAXONS
EUPHORBIA A (PI. 1, 1).
C’est un petit arbre de 3 à 4 m de hauteur, atteignant parfois 8 m en
forêt. Le tronc atteint un diamètre de 15 à 20 cm, c’est un monopode à
croissance rythmique saisonnière atténuée par le faible accroissement
annuel de l’axe principal.
Les rameaux latéraux sont dressés, au sommet du tronc, puis en des¬
cendant le long de celui-ci, les rameaux ne sont plus qu’ascendants aux
extrémités, les inférieurs sont décombants. Les rameaux sont des mono-
podes à croissance rythmique saisonnière bien marquée, présentant de
place en place des « étranglements », correspondant aux arrêts de crois¬
sance; il faut cependant noter que les « étranglements » peuvent être absents
chez les jeunes pieds et plus particulièrement ceux poussant en sous-bois,
dont la croissance est plus ou moins continue. Chaque accroissement,
correspondant au terme d’« article » donné par les différents auteurs, est
cylindrique, d’environ 1 cm de diamètre et séparé du suivant par un de ces
« étranglements », qui porte les cicatrices des inflorescences. La longueur
des articles est fonction de l’intensité de la croissance : elle varie de quelques
centimètres sur des rameaux sénescents à 50 cm et plus sur les rameaux
jeunes. Les rameaux peuvent s’allonger ainsi longtemps et porter de nom¬
breux (plus de 10) « articles » successifs. C’est pourquoi les rameaux les
plus âgés sont décombants sous leur propre poids. La ramification a lieu
le plus souvent dans la partie distale des accroissements, mais on peut en
rencontrer aussi dans la partie basale. Les rameaux sont verts et assurent
l’assimilation chlorophyllienne. Ils peuvent aussi être recouverts d’un
Source : MNHN, Paris
— 247 —
Source : MNHN, Paris
— 248 —
exsudât cireux plus ou moins épais, et avoir alors une couleur plus glauque.
Parfois cet exsudât est très abondant et devient pulvérulent.
Les feuilles, très éphémères, sont insérées sur un petit anneau brun
rougeâtre, glanduleux; elles sont sessiles, mais peuvent parfois avoir un
pétiole de 1 à 1,5 mm; le limbe est lancéolé, 4-7 x 2-4 mm, étalé ou en
forme de gouttière, papilleux sur les deux faces.
Il n’y a pas de zone d’abscission (équivalent au « sillon de désarticula¬
tion », Leandri, 1966) à la base des rameaux, qui ne sont pas caducs, ce
qui fait que toutes les ramifications sont conservées; les branches âgées de
la base de la couronne meurent et subsistent longtemps sous forme de
« bois mort ». Après leur désagrégation lente et progressive, il reste sur le
tronc des creux plus ou moins circulaires qui marquent leur emplacement
(PI. 2, 1).
La floraison a lieu au printemps (septembre) à la partie apicale des
rameaux (PI. 2, 2). Il faut noter cependant que sur quelques rares plantes
très vigoureuses, nous avons rencontré une floraison située sur le quart
distal des rameaux. Les plantes sont unisexuées. Les cymes o comportent
environ 8 cyathiums larges de 4 mm. Les cymes $ comportent environ
3 cyathiums hémisphériques larges de 3 mm. Cyathophylles 2, petites,
scarieuses, triangulaires, mucronées, connées à la base, 1 -2 mm de hauteur.
Glandes 5, réniformes à elliptiques, contiguës. Bractées interglandulaires
petites et aiguës. Ovaire rond, 1,5 mm de diamètre, pédonculé, calice sub¬
tronqué. Styles 3, soudés sur la moitié de la hauteur; stigmates courtement
bilobés. Cyathiums à 25 étamines à filets longs de 4 mm.
Les fruits sont des capsules, glabres, à 3 coques ovoïdes, arrondies,
surmontant un pédicelle de même longueur que le fruit.
EUPHORB1A B (PI. 1, 2).
C’est un petit arbre d’abord monocaule, puis se ramifiant souvent à
moins d’un mètre du sol, mais il arrive que cela n’ait lieu qu’à 3-4 m du
sol. La taille maximum rencontrée est de 6 m.
Le tronc est un monopode à croissance rythmique saisonnière. Les
axes secondaires à leur tour peuvent avoir rythmiquement des rameaux
tertiaires. C’est l'ordre ultime rencontré pour les axes lignifiés, car tous
ces axes portent à leur extrémité des rameaux courts caducs, verts et assu¬
rant l’assimilation chlorophyllienne. Ce qui fait que l’on ne rencontre chez
les pieds âgés qu’une petite couronne de ces rameaux courts à l’extrémité
des axes lignifiés.
Les rameaux courts sont cylindriques, longs de 15-20 cm, d’environ
1 cm de diamètre, obtus au sommet, ne présentant aucun étranglement
lors des arrêts de croissance, qui sont seulement traduits par une diminu¬
tion de la taille des entrenœuds. Ils sont verts jaunâtres ou plus ou moins
pigmentés, marqués par les cicatrices foliaires. Ces rameaux ont à la base
une zone d’abscission (sillon de désarticulation), laissant après leur chute
une cicatrice bien visible sur les rameaux lignifiés (PI. 2, S). Les rameaux
Source : MNHN, Paris
— 249 —
Source : MNHN, Paris
— 250 —
charnus ont une durée de vie courte (environ 2 à 3 ans), après quoi ils sont
caducs au niveau de la zone d’abscission.
Les feuilles sont insérées sur un petit anneau brunâtre, glanduleux; le
pétiole mesure à peine 1 mm; le limbe triangulaire est mucroné, plié en
gouttière, 3x2 mm.
La floraison a lieu au printemps (septembre) sur le tiers distal des
rameaux courts, les seuls à être florifères (PI. 2, 4). Les plantes sont uni-
sexuées, dioïques. Les cymes £ comportent 3 cyathiums (parfois cya-
thiums solitaires) de 5 mm de largeur et de 3 mm de hauteur. Les cyathiums
9 sont isolés et mesurent 3,5 mm de largeur et 4 mm de hauteur. Cyatho-
phylles 2, quadrangulaires, 2x2 mm, ± découpées au sommet. Glandes 5,
ovales, se touchant, vertes à roses. Bractées interglandulaires fimbriées au
sommet, légèrement plus hautes que les glandes. Ovaire trigone vert, pédon-
culé; calice à 3 lobes peu marqués sous les côtes de l’ovaire. Styles 3, épais,
verdâtres, soudés sur le tiers inférieur, formant une gouttière à la face
supérieure; stigmates bilobés. Cyathiums <J à 25 étamines en 5 groupes,
filets longs de 3 mm.
Les fruits sont trigones, verts à rougeâtres sur les faces exposées au
soleil, dressés quand ils sont jeunes puis retombants, pubescents, 6x6 mm,
sur un pédoncule de 8 mm ; graines 3, carénées sur la face dorsale, 3x2 mm.
CARACTÈRES DISTINCTIFS DES DEUX TAXONS :
A
Chez les pieds âgés, présence de
branches mortes sur le tronc, leur
chute laissant des creux ± circulaires
(PI. 2, 1).
A la base des rameaux pas de zone
d’abscission.
Pas de cicatrices.
Rameaux présentant des étrangle¬
ments successifs, et s’allongeant in¬
définiment.
Floraison le plus souvent à l’apex
des rameaux (PI. 2, 2).
Cymes d’environ 8 cyathiums.
Cymes $ d’environ 3 cyathiums.
B
Chez les pieds âgés le tronc et les
rameaux lignifiés sont nus (PI.
3, 3).
A la base des rameaux courts, pré¬
sence d’une zone d’abscission.
Cicatrices circulaires, bien visibles,
un peu en relief, provenant de l'ab¬
scission des rameaux.
Rameaux ne présentant pas d’é¬
tranglements (il y a seulement des
raccourcissements des entrenœuds),
à croissance en longueur limitée.
Floraison sur le tiers distal des
rameaux (PI. 2, 4).
Cymes S de (1-) 3 cyathiums.
Cymes 9 de 1 cyathium.
Au vu de ces différences on peut affirmer qu’il s’agit de 2 espèces
nettement distinctes l’une de l’autre.
La présence de rameaux courts caducs, chez l’espèce B suffit à elle
Source : MNHN, Paris
— 251
seule à la différencier de l’espèce A. La présence ou l’absence de ce caractère
détermine le port bien différent des 2 espèces.
RÉPARTITION-ÉCOLOGIE
Les deux espèces ont leur optimum dans le Domaine du Sud. Dans
cette zone elles poussent souvent en mélange. La pluviométrie est d’environ
500-600 mm.
L’espèce A semble avoir des aptitudes écologiques plus amples et se
retrouve dans les Domaines du Centre et de l’Ouest dans des stations
particulières (où les conditions édaphiques stationnelles compensent l’aug¬
mentation de la pluviosité générale).
RECHERCHE DE LA NOMENCLATURE
En herbier les échantillons de l’espèce A sont appelés Euphorbia
leucodendron Drake, ceux provenant de l’espèce B sont appelés parfois
Euphorbia alluaudii Drake. Pouvons-nous d’emblée utiliser ces 2 noms
pour nos espèces?
Reprenons les diagnoses originales de Drake (1903) :
Euphorbia leucodendron Drake
Arbuscule buissonnant, de port ovoïde-globuleux, branches inférieures
ascendantes, à rameaux plus jeunes charnus, articulés; articles (de 10 cm
de long, de 1 cm d’épaisseur) ronds, obtus au sommet, contractés à la base,
marqué par les cicatrices des feuilles tombées, couvert d’un indûment
blanc, cireux, pulvérulent. Feuilles éparses, ovales-lancéolées, sessiles,
entourées à la base par un disque annulaire glanduleux. Cymes unisexuées,
3-5, au sommet des rameaux, bractées et bractéoles ovales, aiguës, ciliées,
à fleurs solitaires ou ternées; les centrales sessiles, les latérales pédicellées;
périanthe hémisphérique, à dents petites ciliées; glandes oblongues; capsule
stipitée, obpyramidale, trigone.
Decorse s.n., brousse du Sud de Madagascar.
Euphorbia alluaudii Drake
Arborescente, à tronc peu élevé, ou parfois presque nul, à rameaux
grandement intriqués; rameaux charnus articulés (articles de 10 cm et plus
de long, 1 cm de large). Feuilles inconnues. Fleurs unisexuées. Cymes en
petit nombre, groupées au sommet des rameaux, très courtes, pédoncule en
coussinet : mâles de 8-16 fleurs; femelles de 1-4. Périanthe cupuliforme
(2 mm) entouré à la base par des bractées ovales aiguës, courtes, lobes
petits; glandes charnues.
Capsule obovoïde, trigone (7 mm), brièvement stipitée (2 mm).
Grandidier s.n., Tongobory, septembre-octobre 1901.
Source : MNHN, Paris
— 252 —
« Cette espèce a été trouvée également par M. Alluaud à Andra-
homana. »
Le manque de précision de ces diagnoses ne permet pas d’attribuer
avec certitude un de ces noms à nos espèces et aucune autre diagnose ne
peut correspondre à l’espèce A ou B.
La référence à des holotypes est impossible, ceux-ci n’ayant pas été
désignés par Drake (1903). Costantin & Gallaud (1905) ont réétudié 1
le matériel de Drake. Ce matériel est actuellement en grande partie introu¬
vable et a probablement disparu.
Nous n’avons trouvé qu’un échantillon d’herbier de Grandidier :
« sans n°, Tongobory, 25.9.1901 » dont les références (collecteur, localité,
date) correspondent au matériel étudié, cité pour E. alluaudii par Drake
qui fait toutefois allusion à une autre récolte en octobre 1901. En consé¬
quence, nous désignons l’échantillon de Grandidier comme lectotype
de E. alluaudii.
C’est un fragment de notre espèce « A », bien reconnaissable aux
« étranglements » visibles sur l’échantillon. Aucun élément de la diagnose
ne s’oppose à ce rapprochement. De plus le caractère « fleurs <j groupées
par 8-16 correspond bien à l’espèce A (dans l’ensemble les cyathiums sont
nettement plus nombreux par cyme chez l’espèce A, que chez l’espèce B).
La localité du type, citée par Drake pour E. alluaudii, Tongobory,
n’abrite que l’espèce A que nous avons retrouvée là en abondance.
A Andrahomana, l’espèce A existe également en abondance, l’espèce B
y est aussi présente, mais moins fréquente.
L’espèce A, bien connue jusqu’à présent sous le nom d'E. leucodendron,
doit donc s’appeler en fait E. alluaudii Drake.
Pouvons-nous appliquer le binôme E. leucodendron à l’espèce B?
Dans sa diagnose de E. leucodendron, Drake dit que cette espèce a
été récoltée par Decorse dans le Sud de Madagascar. Il ne donne pas
d’autre précision. Nous n’avons trouvé aucun échantillon de Decorse
susceptible d’être pris pour type de cette espèce. D’autre part, la diagnose
est trop imprécise et ne nous permet pas de dire que le nom de E. leuco¬
dendron s’applique à telle espèce bien caractérisée. Nous ne pouvons donc
choisir de néotype. Le binôme E. leucodendron peut être considéré comme
douteux et nous donnerons un nom nouveau à l’espèce B 2 .
1. Costantin & Gallaud, 1905 : « Ce travail a présenté quelques difficultés, car aucun
des nombreux échantillons types sur lesquels M. Drake avait établi ses descriptions ne portait
d’étiquette; ils étaient le plus souvent conservés en alcool, en fragments très minuscules et
uniques... Il nous a donc fallu recommencer l’identification de toutes les espèces de M. Drake.
Nous y sommes heureusement parvenus... »
2. Au reste il est possible que Drake n'ait décrit sous le nom de E. leucodendron qu'une
forme de E. alluaudii. En effet M. Denis indique comme localités de E. leucodendron : Androy
(Decorse) et Andrahomana. Nous ne savons pas d’où il tenait cette information, mais nous
avons pu constater nous-même qu’à Andrahomana les espèces A et B coexistent. L’espèce A
(E. alluaudii) y possède des caractères que l’on trouve notés dans la diagnose de E. leucodendron :
« indûment blanc, céracé, pulvérulent » qui n’existent pas chez l’espèce B. Nous pouvons
donc, avec un certain doute, mettre E. leucodendron en synonymie avec E. alluaudii. Decorse,
dans son article de 1901, décrit une euphorbe appelée befolsy qui, pour nous, est une forme
d’£. alluaudii. C’est cette plante que Drake a décrite sous le nom de E. leucodendron. Il est
donc probable que l'espèce B n’ait jamais été décrite bien que souvent récoltée.
Source : MNHN, Paris
— 253 —
Dénomination des 2 espèces :
Espèce A : Euphorbia alluaudii Drake
Bull. Mus. Hist. Nat. Paris 9 : 43 (1903).
— ? E. leucodendron Drake, Bull. Mus. Hist. Nat. Paris 9 : 46 (1903); type : Decorses.n.,
brousse du Sud de Madagascar, non retrouvé.
Lectotype : Grandidier s.n., 25.9.1901, Tongobory, Madagascar, P.
Espèce B : Euphorbia famatamboay Friedmann & Cremers, sp. nov.
Planta fruticosa ad 5-6 m alla ; ranti longi nudi ramulis brevibus, confertis, carno-
sis, caducis, cylindricis , haud ceraceis coronati, ramulorum delapsorum cicatrices valde
conspicuas eæhibentes. Cyathia solitaria vel terna versus ramulorum floriferum tertiam
superiorem partem disposita.
Type : Friedmann 1909, environs de Beloha (holo-, P!).
Matériel étudié : Menarandra, près d’Androka (Ampanihy), Cours 5241 ; environs
de Tsihombe, Humbert & Swingle 5563 ; environs d’Ampanihy, Humbert & Swingle 5563;
Ambovombe, Decary 3010, 3026, 3045, 3361, 3371, 3385, 9247, 9249; Andrahomana,
Decary 10674.
Exemplaires en culture à Tsimbazaza (Tananarive),
UNE SOUS-ESPÈCE DE E. FAMATAMBOAY
Dans une aire très localisée, il existe des plantes appartenant à la
même espèce, légèrement différentes du type : les arbustes sont plus trapus,
ne dépassant pas 3 m de hauteur; ils ont des rameaux plus épais (15 mm
de diamètre) couverts d’un exsudât cireux blanchâtre, cyathiums plus
petits, les 3 larges d’environ 3 mm, hauts de 3,5 mm (les S?).
Hormis ces différences quantitatives, ces plantes sont de plus stricte¬
ment calcicoles. Elles ne poussent jamais en mélange avec la forme typique.
En culture au Jardin Botanique de Tsimbazaza à Tananarive, elles
n’ont pas une croissance normale sans un apport calcique (la forme typique
n’en a pas besoin).
Cultivées en plein air ces plantes gardent leur port plus ramassé, leur
couleur plus blanchâtre et une croissance plus lente que la forme typique
cultivée dans les mêmes conditions.
En serre, par contre, avec des arrosages fréquents, le port se modifie
profondément, les rameaux charnus deviennent plus grêles, plus longs et
perdent totalement leur pellicule cireuse épidermique. La forme typique,
toujours en serre, garde pratiquement son port naturel, seule sa croissance
est plus rapide.
Cultivées dans des conditions artificielles identiques, les 2 formes
sont modifiées et tendent à se ressembler plus que dans la nature, sans
toutefois devenir identiques, en particulier la forme trapue a toujours
une croissance plus lente que la forme typique quelles que soient les condi¬
tions de culture.
Source : MNHN, Paris
— 254 —
Compte tenu d’une part des grandes ressemblances dans les carac¬
tères généraux (surtout caducité des rameaux courts), d’autre part des
différences : exigence en calcaire, croissance lente, port trapu, nous consi¬
dérons que la forme calcicole est une sous-espèce de E. famatamboay.
Nous n’avons trouvé ces plantes que dans une aire limitée, aux environs
du village d’Itampolo, sur la côte SW, elle est aussi signalée plus au Sud.
Son aire connue est très limitée. Elle serait donc inféodée à ce biotope
aride qui caractérise les formations calcaires du rebord ouest du Plateau
Mahafaly.
Euphorbia famatamboay subsp. itampolensis Friedmann & Cremers,
subsp. nov.
A typo differt ramis crassioribus (Max. 15 mM diamelientibus ) exsudait) ceraceo
subalbido tectis, cyathiis minoribus.
Type : Humbert & Capuron 29739, embouchure de la Menarandra, Bevoalava-
Ankazondranto, bush xérophile sur calcaire (holo-, P!).
Matériel étudié : Basse vallée de la Menarandra (rive droite) de Bevoalava vers
Ampanihy, Leandri 4133 ; Itampolo, Cremers 2347.
Exemplaires en culture à Tsimbazaza (Tananarive).
SUR L’IDENTITÉ DE E. ONCOCLADA Drake
Ce biotope limité à une étroite bande côtière allant de Tuléar au
Cap Sainte-Marie abrite un certain nombre de taxons endémiques parmi
lesquels on peut citer : AUuaudia montagnacii Rauh, Kalanchoe grandidieri
Bâillon ex Grandidier, K. rhombopilosa Mann. & Boit., etc.
E. oncoclada Drake fait également partie de ce biotope. Cette euphorbe
coralliforme se caractérise par ses rameaux en « chapelets de saucisses »
dus à l’abondance des étranglements marquant les arrêts de croissance.
Par ailleurs cette espèce est très voisine de l’espèce A, E. alluaudii
(anciennement E. leucodendron ) par le mode de croissance : rameaux cylin¬
driques à croissance indéfinie, pliant sous leur propre poids et finissant
par mourir et se dessécher sur place, et par la disposition des inflorescences
groupées à l’apex des rameaux.
Ces ressemblances ont été soulignées par M. Denis puis par Leandri.
L'abondance des étranglements qui caractérise cette espèce n’est en fait
qu’une exagération d’un phénomène qui se produit à un degré moindre
chez E. alluaudii (voir description plus haut).
Comme pour E. famatamboay et sa sous-espèce itampolensis, ce sont
là encore des différences essentiellement quantitatives qui séparent ces
deux taxons. Ainsi les rameaux de E. oncoclada sont couverts d’un exsudât
cireux abondant, donnant une couleur blanchâtre à la plante, alors qu’il
est le plus souvent absent chez E. alluaudii (existe chez les rameaux sénescents).
Source : MNHN, Paris
— 255 —
PI. 3. — Carie de répartition : 1, Euphorbia alluaudii Drake; 2, E. alluaudii subsp. oncoclada
(Drake) Friedmann & Cremers; 3, E. famatamboay Friedmann & Cremcrs; 4, E. fama-
tamboay subsp. itampolensis Friedmann & Cremers.
Source : MNHN, Paris
— 256 —
Les cyathiums de E. oncoclada sont légèrement plus petits que ceux de
E. alluaudii et de couleur brunâtre.
En culture, E. oncoclada nécessite des apports de calcaire sinon sa
croissance est arrêtée.
En serre humide sa croissance est totalement modifiée, les rameaux
s’accroissent d’une façon continue et ne font plus d’ « étranglements ».
La croissance est malgré tout lente et l’épiderme tout en perdant presque
tout son enduit cireux garde une teinte légèrement glauque.
E. alluaudii en serre a une croissance rapide et plus ou moins continue
ce qui supprime pratiquement les « étranglements » sur les rameaux qui
prennent une allure lianoïde. L’abondance de ces « étranglements » ou au
contraire leur absence totale est conditionnée par le milieu et n’est pas
due à un rythme endogène (contrairement à l'interprétation de Théodore,
1969).
On constate que les différences entre E. alluaudii et E. oncoclada sont
du même ordre que celles existant entre E. famatamboay et sa sous-espèce
itampolensis.
Ceci nous amène à proposer, suivant en cela M. Denis : « L 'E. oncoclada
ne me paraît être, jusqu’à plus ample informé, qu’une forme remarquable
de VE. leucodendron », pour E. oncoclada le rang de sous-espèce de E. alluaudii.
L’autre possibilité était de donner rang d’espèce à la subsp. itampolensis
et garder E. oncoclada comme espèce distincte, pour donner à ces plantes
un traitement taxonomique homogène. C’eût été mettre l’accent sur des
différences superficielles. Les ressemblances sont bien plus profondes et
témoignent d’une étroite affinité.
Euphorbia alluaudii subsp. oncoclada (Drake) Friedmann & Cremers,
stat. nov.
— E. oncoclada Drake, Bull. Mus. Hist. Nat. Paris 9 : 44 (1903).
Type : Grandidier s.n., Sarondrano, vallée de la Lovokampy, août 1901. P!
Diffère de la forme typique par ses rameaux portant de nombreux
étranglements (correspondant aux arrêts de croissance) couverts d’un
exsudât cireux blanchâtre, ses cyathiums plus petits, ses aptitudes écolo¬
giques à la xérophilie et la calcicolie, et sa croissance plus lente.
Il y a donc peu de caractères morphologiques pour distinguer les
deux sous-espèces. L’indication de l’origine géographique semble encore
le plus sûr « caractère » pour la détermination.
En effet l’aire de répartition de la subsp. oncoclada est distincte de
celle de la sous-espèce typique. Elle est localisée au rebord Ouest du Pla¬
teau Mahafaly, entre Tuléar et le Cap Sainte-Marie. Les deux plantes
ne poussent jamais en mélange.
Par contre, les aires de E. alluaudii subsp. oncoclada et E. famatamboay
subsp. itampolensis se recouvrent, la première étant cependant plus étendue.
De même les sous-espèces typiques de E. alluaudii et E. famatamboay sont
sympatriques, la première englobant la seconde.
Source : MNHN, Paris
— 257 —
Au sein de chacune des deux espèces, la barrière édapho-climatique
qui sépare l’intérieur des terres de la bande côtière détermine deux sous-
espèces vicariantes.
Chez ces deux espèces il y a donc un parallélisme remarquable dans
la différenciation en fonction du milieu. Les deux formes typiques à répar¬
tition et aptitudes écologiques plus ou moins larges ont donné des formes
spécialisées, à aptitudes écologiques plus étroites, adaptées à un milieu
plus rigoureux.
On peut remarquer que E. alluaudii qui est l’espèce la plus répandue,
et donc la plus « agressive » dans sa dissémination a donné une sous-espèce
à aire relativement vaste.
E. famatamboay, qui a une aire moins étendue que E. alluaudii et
semble moins compétitive, a donné une sous-espèce qui, corrélativement,
a une aire minuscule et semble moins compétitive que E. alluaudii subsp.
oncoclada dans le biotope des plateaux calcaires.
La différenciation de ces sous-espèces a dû mettre en jeu un petit
nombre de caractères, surtout d’ordre physiologique : c’est essentielle¬
ment l’aptitude à végéter sur les lithosols calcaires qui les distingue des
formes typiques, aptitude qui est devenue irréversible.
Les caractères morphologiques des sous-espèces sont restés très fluc¬
tuants et plus ou moins réversibles : la dimension des cyathiums est
peut-être un caractère plus stable; l’observation en culture des différents
taxons ne nous a pas renseignés sur sa variabilité.
Les différences d’aspect entre les sous-espèces typiques et les autres,
qui sont si marquées dans la nature (surtout entre E. alluaudii et sa subsp.
oncoclada, dans leurs biotopes respectifs) ne semblent donc dues que pour
une faible part à des caractères héréditaires. Ceci nous paraît justifier la
hiérarchie taxonomique proposée.
Bibliographie
Costantin, J. & Gallaud, J. — Nouveau groupe de six Euphorbes habitant Madagascar,
Ann. Sc. Nat. Bot., ser. 9, 2 (1905).
Decorse, G. — Note sur quelques plantes de l’Androy (Madagascar), Rev. Cuit. Colon.
9 (82) : 68 (1901).
Denis, M. — Les Euphorbiées des Iles australes d'Afrique, Rev. Gén. de Bot. (1921).
Drake del Castillo, E. — Note sur les plantes recueillies par M. Guillaume Grandidier
dans le Sud de Madagascar en 1898 et 1901, Bull. Mus. Hist. Nat. Paris 9 : 43-46
(1903).
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Leandri, J. — Observations sur VEuphorbia oncoclada Drake et sur quelques euphorbes
coralliformes malgaches, Adansonia, ser. 2, 6 (3) : 331-349 (1966).
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Librairie maritime et coloniale (1912).
Ravet, J. — Atlas climatologique de Madagascar, Publ. du Serv. Météo, de Madag.,
Tananarive (1948).
Théodore, G. — Remarques sur la croissance de VEuphorbia oncoclada Drake, Bull.
Soc. Bot. Fr. 116 : 39-48 (1969).
O.R.S.T.O.M.
et Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2) : 259-281, 1976.
SUR LE STATUT DES CONOPHARYNGIA
AU SENS DE STAPF
par P. Boiteau & L. Allorge
Résumé : Apocynaceæ, subfam. Tabernæmontanoideæ, trib. Tabernæmontane a>.
L'ex-genre Conopharyngia G. Don étant tombé en synonymie, le statut des espèces qui
le composaient est discuté. Quatre nouveaux genres sont décrits : Sarcopharyngia (Stapf)
Boiteau, Camerunia (Pichon) Boiteau, Leptopharyngia (Stapf) Boiteau et Protogabunia
Boiteau. On précise en outre les limites des genres Gabunia Pierre ex Stapf, Ephippiocarpa
Markgraf et Domkeocarpa Markgraf.
Abstract: Apocynaceæ, subfam. Tabernæmontanoideæ, trib. Tabernæmontaneæ.
In place of the late genus Conopharyngia G. Don, four new african genus are described:
Sarcopharyngia (Stapf) Boiteau, Camerunia (Pichon) Boiteau, Leptopharyngia (Stapf)
Boiteau and Protogabunia Boiteau, The boundaries of the genus Gabunia Pierre ex
Stapf, Ephippiocarpa Markgraf and Domkeocarpa Markgraf are defined.
Dans un travail précédent (1), il a été montré que le genre Conopha¬
ryngia G. Don devait être considéré comme synonyme de Pandaca Noronha
ex Du Petit-Thouars. Ces deux genres ont, en effet, pour type la même
espèce : Pandaca retusa (Lam.) Markgraf (6), de Madagascar; et le nom
Pandaca (1806) doit être préféré à Conopharyngia (1837).
Mais on sait que Stapf (10) a rangé dans le genre Conopharyngia un
certain nombre d’espèces africaines. Cette appellation est encore communé¬
ment rencontrée dans les collections botaniques et chez les horticulteurs.
11 convenait donc de déterminer sous quel nom générique devaient être
rangées les espèces précédemment considérées comme faisant partie de
ce genre.
Trois hypothèses de travail étaient permises :
1. les intégrer au très vaste et très confus amalgame appelé Tabernæ-
montana sensu lato. C’est ce qu’ont fait Pichon (8) et plus récemment
Huber (4);
2. les ranger dans le genre Pandaca puisque ce genre est désormais
repris pour les espèces malgaches (7);
3. les distinguer en un ou plusieurs genres spécifiquement africains.
Pour trancher, il convient non seulement d’étudier la morphologie
comparée des Tabernæmontana sensu stricto, tous américains, des Pandaca
Source : MNHN, Paris
— 260 —
malgaches et des espèces africaines en cause, mais encore d’essayer, en
s’appuyant sur l’ensemble des informations morphologiques, anatomiques,
palynologiques et chimiotaxonomiques disponibles, de reconstituer la
phylogenèse de ces trois groupes afin de préciser s’ils appartiennent bien
à un même ensemble ou, au contraire, à deux ou trois phylums distincts.
MORPHOLOGIE COMPARÉE DES TROIS GROUPES
Les Tabernæmonlana L. au sens strict se distinguent au premier coup
d’œil des espèces africaines tant par leur appareil végétatif que par leurs
fleurs. Les feuilles sont membraneuses, souvent pubescentes, avec des
stipules intrapétiolaires absentes ou réduites et adnées au pétiole. Les
fleurs (PI. 1, 8, 9, 10), sont nettement plus petites, à corolle peu épaisse
et tendre, facile à disséquer; le tube est étroit, non tordu dans sa partie
basale, long de 5,5 à 16 mm. Les anthères, petites, longues de 2,2 à
2,6 mm, sont insérées dans la partie supérieure du tube et souvent par¬
tiellement exsertes. L’ovaire a des carpelles étroitement apprimés l’un contre
l'autre, non bordés sur leur face de contact. Le style égale 1 fois 1 /2 à
6 fois la longueur de la clavoncule; cette dernière est petite, longue de
0,7-0,9 mm (dilatation basale non comprise), avec une collerette basale
peu différenciée, à cinq lobes charnus, épais, mais non coriaces. Le style
est fistuleux et comporte un canal conducteur des tubes polliniques; il est
tendre, ne comportant jamais de sclérenchyme et n’est ni tordu, ni spiralé.
Les ex-Conopharyngia ont toujours des feuilles beaucoup plus grandes,
souvent coriaces, à stipules intrapétiolaires très développées, non adnées
au pétiole. Les fleurs (PI. 1 , 1, 2, 3, 4) sont grandes ou très grandes, à
corolle épaisse, souvent très coriace, difficile à disséquer. Le tube large
ou très large, très fortement tordu à la base, atteint 30 à 90 mm de lon¬
gueur. Les anthères grandes ou très grandes (5,5 à 25 mm) sont toujours
profondément incluses dans le tube, le plus souvent insérées dans sa partie
inférieure et en tout cas au-dessous de la moitié. L’ovaire présente des
carpelles bordés à leur face de contact par des contreforts débordant
souvent latéralement et pénétrant parfois dans une dépression du récep¬
tacle. Le style ne dépasse pas 2 fois 1 /2 la longueur de la clavoncule. Celle-ci
est toujours grande ou très grande : 1,5 à 5 mm de hauteur (collerette
basale non comprise), à dilatation basale bien différenciée en collerette à
dix lobes aigus, coriaces. Le style est plein, sans canal conducteur, souvent
coriace et tordu en spirale.
Ces différences morphologiques montrent nettement l’existence de
deux ensembles distincts : espèces américaines, d’une part, que nous consi¬
dérons comme les seuls vrais Tabernxmontana ; espèces africaines, d’autre
part.
Entre les Pandaca malgaches et les ex-Conopharyngia africains, les
distinctions sont plus subtiles. Si l’on se base sur l’espèce-type du genre
Pandaca, P. relusa (Lamarck) Markgraf (PI. 1, 7), il est certain qu’on
Source : MNHN, Paris
— 261
Source : MNHN, Paris
- 262 —
trouve des affinités très nettes avec un arbuste africain représenté (PI. 1, 4),
décrit tout d’abord sous le nom de Tabernæmontana ventricosa Hochst.
ex DC. Mais, d’une part, P. retusa est une espèce surtout littorale qui a
peu évolué; d’autre part, il occupe une place très spéciale dans l’ensemble
des Pandaca. Quant à Tabernæmontana ventricosa Hochst. (première variété
décrite d’une espèce beaucoup plus vaste comme nous le verrons dans un
travail ultérieur), il est surtout représenté au Natal, c’est-à-dire à l’extrême
sud-est de la zone aujourd’hui occupée par les ex-Conopharyngia. C’est
vraisemblablement la raison pour laquelle Stapf, sans jamais l’avoir écrit
à notre connaissance, envisagea l’éventualité d’un ancêtre commun entre
ses Conopharyngia et les Pandaca Malgaches.
Maintenant que le genre Pandaca est révisé (7), il est devenu plus
intéressant de comparer l’ensemble de ses espèces, dont la plupart étaient
inconnues à l’époque de Stapf, avec les espèces africaines que nous connais¬
sons également mieux.
Ce qui frappe alors, c’est que les espèces malgaches présentent entre
elles de très grandes différences qui n’ont pu être que le résultat d’une longue
endoévolution. Il existe, par exemple, des Pandaca à carpelles soudés et
à fruit syncarpe : P. humblotii (Bâillon) Markgraf, P. callosa (Pichon)
Markgraf et P. speciosa Markgraf, caractère qui nous semble devoir être
considéré chez les Tabernæmontaneæ comme archaïque. Il existe aussi
des Pandaca dont les stigmates sont fort longs, par exemple : P. caducifotia
Markgraf et P. longituba (Pichon) Markgraf, ce qui pourrait être, là aussi,
la marque d’un archaïsme relatif. Enfin l’appareil végétatif lui-même est
très varié chez les Pandaca: depuis des espèces à feuilles très membra¬
neuses, caduques en saison sèche ( P. caducifoUa déjà nommé) jusqu’à
d’autres aux grandes feuilles coriaces persistantes (par exemple P. crassi-
folia (Pichon) Markgraf) beaucoup plus proches de l’aspect des ex-
Conopharyngia.
Les espèces africaines que nous grouperons au sein du nouveau genre
Sarcopharyngia (une ancienne section de Stapf), sont dans leur ensemble
exemptes des caractères d’apparence archaïque que nous venons de signaler
chez les Pandaca. Il nous semble donc sûr qu’il existait des Pandaca à
Madagascar avant la séparation africano-malgache, mais il nous paraît
difficile d’admettre que ce soit à partir de ces Pandaca archaïques qu’aurait
pu se constituer l’ensemble africain qui nous occupe. Tout au plus pour¬
rait-on penser, comme nous l’avons déjà dit, qu’une espèce du sud-est
africain comme Tabernæmontana ventricosa Hochst., proche par son
origine des premiers Pandaca, aurait pu, après la séparation de Madagascar,
donner la nombreuse descendance des Sarcopharyngia.
Les différences d’ensemble entre ces deux groupes sont : la clavoncule,
toujours beaucoup plus basse chez les espèces malgaches que chez les
africaines; les anthères plus petites et insérées dans la partie supérieure
du tube, au-dessus de la moitié, avec quelques espèces ou variétés à
étamines nettement exsertes par leur sommet; l’absence de torsion de
la base du tube de la corolle et de la base du style, quasi-générale par contre
chez les espèces africaines. Il faut y ajouter, au moins chez certains Pandaca,
Source : MNHN, Paris
— 263 —
OD
PI. 2 — Coupes anatomiques transversales : au niveau des stigmates (1, 5, 9), sommet de la
clavoncule (2, 7, 10), base de la clavoncule (3, 6, 11), style (4, 8, 12). —-1-4, Sarcopharyngia
sp. (Le Teslu 1621); stigmates ciliés et fortement vascularisés; pas de méat conducteur dans
le style. — 5-8, Pandaca caducifolia Markgraf (S.F. 27330, Madagascar) : clavoncule
bipartite; méat régulier dans le style. — 9-12, Tabernæmontana citrifolia (Fournet s.n.,
Guadeloupe) : méat diverticulé dans le style. (Grossissements x 40, sauf 8 x 110).
Source : MNHN, Paris
— 264 —
la présence d’un canal conducteur des tubes polliniques; l’existence fré
quente d’appendices latéraux plus ou moins développés de part et d’autre
du filet staminal au niveau où celui-ci se soude au tube de la corolle, carac¬
tère inconnu dans le phylum africain (voir PI. 2).
TENDANCES ÉVOLUTIVES ET PHYLOGENÈSE
DES ESPÈCES AFRICAINES ET MALGACHES
Dans toute la tribu des Tabernæmontaneæ Boiteau & Sastre (2), on
constate des tendances évolutives qu’il importe de bien préciser si l’on veut
tenter de reconstituer la phylogenèse des espèces. Ces tendances intéressent
notamment :
a) l’appareil stigmatique : longueur relative des stigmates proprement
dits et différenciation de plus en plus poussée de la clavoncule et de ses
ornements;
b) la soudure originelle des carpelles et leur libération progressive,
généralement parallèle à l’évolution du fruit : syncarpe, hémisyncarpe puis
apocarpe;
c) la forme des pollens.
En ce qui concerne l’appareil stigmatique, la clavoncule proprement
dite, d’abord à peine distincte du sommet du style, s’en distingue de plus
en plus nettement; elle s’enfle progressivement, s’orne à la base de cinq ren¬
flements charnus puis d’une collerette de mieux en mieux différenciée;
elle peut aussi s’élargir et se différencier à son sommet; sa section trans¬
versale, d’abord circulaire, devient pentagonale, puis en étoile à cinq
branches, enfin de plus en plus compliquée du fait de l'apparition de canne¬
lures et de costules verticales. Parallèlement, les stigmates, d’abord très longs,
plus longs en tout cas que le corps clavonculaire, c’est-à-dire la clavoncule
non comprises ses dilatations basale et éventuellement apicale, se réduisent
progressivement semble-t-il à de très petits apicules, beaucoup plus courts
que la clavoncule proprement dite.
A ces deux égards, les ex-Conopharyngia de Stapf (10) sont hétérogènes.
On sait que Stapf distinguait dans son genre deux sections, très inégales
par leur nombre d’espèces : les sections Sarcopharyngia et Leptopharyngia,
toutes deux retenues ultérieurement comme sous-genres par Pichon.
Les Sarcopharyngia de Stapf constituent un ensemble très homogène,
à une seule exception près, Conopharyngia penduliflora Stapf, que cet
auteur ne rattachait d’ailleurs qu’avec un point de doute (?) au genre
Conopharyngia . Pour cette même espèce, Pichon (8) créa plus tard la
section Camerunia de son genre Tabernæmontana sensu lato.
Nous proposerons plus loin la création d’un genre Camerunia, dis¬
tinct des Sarcopharyngia.
La section Leptopharyngia ne comprenait qu’un seul représentant :
Conopharyngia elegans Stapf, du Mozambique. Cet arbuste est reconnaissable
parmi tous les autres Conopharyngia au sens de Stapf, par ses stigmates
Source : MNHN, Paris
265 —
nettement plus longs que la clavoncule elle-même, et par sa clavoncule pré¬
sentant une collerette à la base, mais ne dépassant pas 0,5 mm de hauteur
et n’ayant pas la coupe en étoile à cinq branches caractéristique des Sarco-
pharyngia. Cette ancienne section de Stapf doit, à notre avis, constituer le
genre Leptopharyngia qui, dans l’état actuel de nos connaissances, paraît
monospécifique.
Pichon (8) avait pensé pouvoir lui rattacher Gabunia letestui Pellegrin
qui présente, en effet, des stigmates aussi longs que la clavoncule. Les
fruits, comprimés dans le sens dorsiventral, ailés, de couleur orangé à
maturité, l’éloignent nettement des Leptopharyngia dont les fruits sont
globuleux, non ailés et verts à maturité, comme ceux des Sarcopharyngia.
Nous décrivons plus loin une espèce nouvelle ayant des caractères ana¬
logues. C’est pourquoi il nous paraît nécessaire de grouper ces deux espèces,
dont les affinités avec le genre Gabunia sont manifestes, en un genre nouveau
que nous nommerons Protogabunia.
Pichon (8) a aussi proposé le rattachement au genre Leptopharyngia
(pour lui sous-genre de Tabernæmontana sensu lato) de deux autres espèces.
L’une : Conopharyngia humilis Chiovenda, doit à notre avis être attri¬
buée au genre Ephippiocarpa Markgraf dont nous préciserons plus loin
les caractères.
L’autre : Domkeocarpa pendula Markgraf, constitue un genre énigma¬
tique dont tout le matériel a été détruit lors de l’incendie du Musée de
Berlin-Dahlem le 1 er mars 1943. Elle est originaire du Mont Cameroun
et aucun matériel nouveau ne semble en avoir été récolté depuis lors.
Le genre Leptopharyngia tel que nous venons de le délimiter, réduit à
une espèce d’Afrique sud-orientale, notamment du Mozambique, a des
affinités surtout marquées avec le genre malgache Hazunta Pichon. Ils ont
en commun : le port arbustif, une clavoncule à dilatation apicale absente,
de grands stigmates soudés à la base en colonne stigmatique sur une hauteur
appréciable. Il se distingue, par contre, des Hazunta par ses fruits; ceux
de Leptopharyngia, comme nous l’avons déjà dit, sont gros, charnus, à
méricarpes globuleux, tardivement déhiscents; alors que ceux des Hazunta
sont à péricarpe plus mince, à méricarpes semi-lunaires, anguleux, à déhis¬
cence plus précoce. Notons que le genre Hazunta proprement dit existe
probablement aussi en Afrique continentale au moins pour une de ses
espèces : Hazunta coffeoides (Bojer) Pichon signalée aux îles Seychelles et
Comores, mais que nous pensons avoir identifiée dans du matériel récolté
à Zanzibar et en Tanzanie.
Le genre Protogabunia, comprenant deux espèces de la zone guinéo-
congolaise, a bien effectivement, au moins sur certaines fleurs, de grands
stigmates plus ou moins soudés en colonne stigmatique à leur base (PL 4),
et un port d’arbuste érigé comme les Leptopharyngia. Mais ses autre
caractères, notamment ses fruits comprimés dans le sens dorsiventral
ailés, de couleur orangé à maturité, le rapprochent plutôt du genre Gabunia
d’ailleurs endémique de cette même région.
Le genre Ephippiocarpa Markgraf se distingue des Leptopharyngia
par ses carpelles soudés jusqu’à mi-hauteur et ses fruits hémi-syncarpes.
Source : MNHN, Paris
— 266 —
Il s’en rapproche, au contraire, par ses grands stigmates, sa clavoncule à
dilatation apicale absente. Avec deux espèces limitées à l’Est africain, l’une
dans le Gazaland, tout au sud, l’autre en Somalie, tout au Nord, il fait
figure de relique et semble devoir être considéré comme plus archaïque
encore que les Leptopharyngia.
La soudure des carpelles semble en effet, dans ce groupe, être la marque
des formes les plus archaïques. Nous avons vu qu’on la trouve chez certains
Pandaca paraissant antérieurs à la séparation africano-malgache. En
Afrique, elle n’est complète que chez les genres Tabernanthe et Domkeo-
carpa. Les fruits hémi-syncarpes d’autres Pandaca, comme P. eusepala
(DC.) Markgraf, se retrouvent en Afrique chez le seul genre Ephippiocarpa.
Toutes les autres Tabernæmontaneæ ont des carpelles libres et des fruits
apocarpes.
Un autre caractère auquel nous avons déjà fait allusion, celui des
pollens, semble montrer aussi dans ce groupe des tendances évolutives.
Vera Markgraf a bien voulu faire pour nous un premier travail de micros¬
copie optique demeuré inédit. Elle a montré que les pollens ont quatre
pores ronds dans les genres qui paraissent les plus archaïques : Ephippio¬
carpa, Protogabunia et les Pandaca à fruits syncarpes ou hémi-syncarpes;
des pores allongés en colpi chez les Pandaca à fruits apocarpes, les Hazunta
et Leptopharyngia; enfin, un grand colpus équatorial chez les Tabernæ-
montana sensu stricto (américains) et les Sarcopharyngia. Ces travaux préli¬
minaires montrent au moins qu’il n’y a pas opposition entre les tendances
évolutives basées sur la morphologie et celles qu’on peut dès maintenant
apercevoir en palynologie. Une étude d’ensemble des pollens des Apocy-
naceæ en microscopie électronique vient d’être entreprise par le D r S. Nils-
son (*) et apportera des précisions supplémentaires.
Les genres Ephippiocarpa et Leptopharyngia ont leur origine géogra¬
phique dans l’Est africain. Ces deux genres nous paraissent être les plus
représentatifs de ce qu’ont pu être les ancêtres des Sarcopharyngia. Dans
ce dernier genre, les espèces qui nous semblent les moins évoluées, comme
S. ventricosa, sont également localisées dans l’Est ou le Sud-Est, alors
que les espèces à très grandes fleurs, beaucoup plus spécialisées, ont gagné
peu à peu la zone guinéo-congolaise.
VOIES DE LA BIOSYNTHÈSE DES ALCALOÏDES INDOLIQUES
ET PHYLOGENÈSE DES TABERNÆMONTANEÆ
Depuis le travail fondamental de Janot, Le Men & Garnier (5),
il est généralement admis que les alcaloïdes indoliques dérivent de trois
squelettes fondamentaux respectivement appelés : type I : corynanthane,
type II : ibogane, type III : aspidospermane.
La planche 3 montre qu’à partir d’un alcaloïde de type I comme la
geissoschizine se constituent des alcaloïdes du même type, notamment la
(*) Palynologiska Laboratoriet, Naturhistoriska Riksmuseet, 10405 Stockholm 50.
Source : MNHN, Paris
— 267 —
dregamine et la tabernæmontanine, qu’on trouve chez toutes les Tabernæ¬
montaneæ. A partir de la geissoschizine, prennent aussi naissance des
substances intermédiaires comme la stemmadénine et la sécodine. Mais
à partir de cette dernière, deux voies, d’ailleurs réversibles, sont possibles :
l’une vers les alcaloïdes de type II, comme la conopharyngine; l’autre vers
les alcaloïdes de type III, comme la conoflorine. Suivant les résultats de la
synthèse réversible, dans chacune de ces voies, et ceci en fonction de l’équipe¬
ment enzymatique et partant génétique, on assistera à une accumulation
privilégiée, soit des alcaloïdes de type II, soit des alcaloïdes de type III,
soit d’un mélange de ces deux types.
Dans le phylum des Tabernæmontaneæ américaines et notamment
chez les Tabernæmontana sensu stricto, on trouve, outre les alcaloïdes de
type I, un mélange d’alcaloïdes des types II et III, montrant un équilibre
relatif entre ces deux voies biosynthétiques. Des constatations analogues
peuvent être faites pour les genres malgaches, notamment les Pandaca,
Hazunta et Pandacastrum. De même chez le vaste genre Ervatamia (abusive¬
ment incorporé aux Tabernæmontana par de nombreux auteurs) qui s’étend
de l’Asie du sud-est jusqu’à la Polynésie.
Par contre, chez les Tabernæmontaneæ africaines, on ne trouve très
Source : MNHN, Paris
— 268 —
généralement que des alcaloïdes du type II, s’ajoutant bien entendu à ceux
du type I. C’est notamment le cas dans le genre Leptopharyngia. L. elegans
a en effet été récemment étudié par Gabetta & coll. (3). Ses alcaloïdes
monomères sont exclusivement la dregamine et la tabernæmontanine,
donc du type I ; mais il est cependant capable de faire la synthèse du type II,
car ses alcaloïdes dimères relativement abondants (conduramine, tabernæ-
legantine, etc.) résultent de la combinaison de deux bases; l’une de type II,
l’autre de type I.
Tous les Gabunia et Sarcopharyngia étudiés jusqu’ici, à une seule
exception sur laquelle nous allons donner des précisions, ne renferment
également que des alcaloïdes des types I et II, aussi bien chez leurs mono¬
mères que chez leurs dimères. L’exception est l'ex-Conopharyngia longiflora
de Stapf, que nous considérons comme un Sarcopharyngia ; il est le seul
à avoir fourni la conoflorine qui appartient au type III. Cette même espèce
renferme d’ailleurs aussi un dimère, la vobtusine, qui résulte de la combi¬
naison de deux monomères du type III.
Ainsi, sur le plan chimique, il est possible de distinguer au sein des
Tabernæmonlaneæ, un phylum africain caractérisé par la prépondérance
très générale des alcaloïdes de type II et la quasi-absence des alcaloïdes
de type III. Ce phylum se distingue d’une part du phylum américain, d’autre
part du phylum malgacho-océanien chez lesquels la voie biosynthétique
aboutissant au type III est sensiblement aussi active que celle qui mène
au type II.
Le fait d’avoir englobé dans un amalgame hétérogène, sous le nom
de Tabernæmonlana, des espèces américaines, africaines, malgaches, asia¬
tiques et océaniennes, sans aucune discrimination, fait auquel s’ajoute
malheureusement en ce qui concerne les travaux chimiques de fréquentes
erreurs de déterminations, n’a pas contribué, c’est le moins qu’on puisse
dire, aux progrès de la chimio-taxonomie dans ce groupe difficile.
Un travail d’ensemble sur la chimio-taxonomie des Tabernæmonlaneæ
est en cours à l’Institut de Chimie des Substances Naturelles du C.N.R.S.,
sous la direction de P. Potier et fera l'objet de publications ultérieures plus
détaillées.
PARTICULARITÉ DU PHYLUM AFRICAIN
Pour les diverses raisons morphologiques, anatomiques et chimiques
que nous avons exposées, les Sarcopharyngia africains, ne nous semblent
pouvoir dériver ni des Tabernæmonlana américains, ni des Pandaca
malgaches.
Si l’on veut que la systématique reflète la phylogenèse de ce groupe,
comme c’est son rôle de le faire, un genre devant dans toute la mesure du
possible être l’ensemble des espèces d’un même phylum, il est impossible
de faire entrer dans un même genre Tabernæmonlana, trois ensembles
séparés les uns des autres depuis des dizaines de millions d’années et dont
l'évolution essentielle s'est produite postérieurement à leur séparation.
Source : MNHN, Paris
— 269 —
Autant il paraît souhaitable chez les Apocynaceæ, et notamment dans
la sous-famille des Plumerioidex qui paraît la plus archaïque, comme
l’avait déjà très bien noté Pichon, de traiter comme des ensembles les
genres dont l’évolution essentielle s’était effectuée avant la partition gondwa-
nienne, par exemple les genres Landolphia ou Rauvolfia qui comme on le
sait, présentent à la fois des espèces américaines, africaines et malgaches,
sans parler d’autres régions encore, autant il nous paraît relever d’une
regrettable tendance à la confusion de le faire pour certains genres appar¬
tenant aux Echitoideæ et aux Tabernæmontanoideæ, c’est-à-dire, de l’avis
général, aux deux sous-familles les plus modernes, car l’essentiel de leur
évolution s’est effectué postérieurement à la partition du Gondwana.
Ceci a d’ailleurs été bien compris, grâce aux travaux de Woodson
et de Pichon, notamment, en ce qui concerne les Echitoideæ. Il reste à le
faire sur des bases aussi précises que possible pour les Tabernæmontanoïdées.
C’est pourquoi la phylogenèse des Tabernæmontaneæ que nous avons
tenté d’esquisser, rend nécessaire la distinction :
— d’un genre Tabernæmontana américain;
— d’un genre Pandaca malgache;
— et de genres spécifiquement africains.
Des trois hypothèses de travail que nous avions avancées au début
de cette note, seule la troisième nous paraît donc devoir être admise.
PROBLÈMES TAXONOMIQUES ET COMBINAISONS NOUVELLES
Stapf (11) notait déjà : « Among the Tabernæmontanoideæ the Taber¬
næmontana had grown, by the addition of numerous (often imperfectly
known) species, into an assembly of most incongruous types. With the
alternatives of reducing ail the Tabernæmontanoideæ to one genus or break-
ing up Tabernæmontana into several généra, as already proposed by Pierre
and Schumann, I decided in favour of the latter as being the only way of
obtaining généra approximately équivalent to those composing the two
other tribes l . One resuit of the study of the Tabernæmontanoideæ of both
hemispheres was the exclusion of Tabernæmontana from the Old World. »
Effectivement, avec les seuls critères de la morphologie externe obser¬
vables en herbier, sur un matériel dont la pauvreté interdisait souvent la
connaissance simultanée des fleurs et des fruits, ont été rangées dans le
genre Tabernæmontana des espèces appartenant à chacun des quelque
trente genres que compte en fait la sous-famille des Tabernæmontanoideæ.
Mais il y a plus : on a même souvent baptisé Tabernæmontana des espèces
appartenant aux trois autres sous-familles : Plumerioidex, Echitoideæ et
Cerberoideæ, et ceci dans les tribus les plus diverses. Le tableau 1 en donne
un aperçu. Il a paru utile de le publier afin de montrer combien erronées
avaient pu être, dans le passé, les attributions à ce genre, non de la faute
1. Il s’agit des deux autres sous-familles : Plumerioidex et Echitoidex.
Source : MNHN, Paris
— 270 —
TABLEAU I
Espèces attribuées
ANTÉRIEUREMENT AU GENRE
Noms
Tabernæmontana
PUIS EXCLUES DE LA SOUS-FAM.
des Tabernæmontanoideæ
ACTUELLEMENT RETENUS
Position systématique
1°
T. fasciculata Poiret, Encycl.
7 : 531 (1807)
ous-famille des PLUMERI
Parahancornia fasciculata
(Poiret) Pichon (1948)
3IDEÆ
Carisseæ-Couminæ
T. orientalis G. Don, Gen.
Syst. 4 : 92 (1837)
Melodinus orientalis Blume
(1826)
Carisseæ-Melodininæ
T. squamosa Sm. ex Spreng.,
Syst. Veg.,ed. 16, 1 : 639
(1825)
Landolphia gummifera
(Lam.) Poiret (1807)
Carisseæ-Landolphiinæ
T. nitida Stapf, Kew Bull. :
22 (1895)
Picralima nitida (Stapf) Du¬
rand (1910)
Carisseæ-Pleiocarpinæ
T. taxa Benlh. in Hooker s
Journ. Bot. 3 : 244 (1841)
Molongum laxum (Benth.)
Pichon (1948)
Ambelanieæ
T. volkensii K. Schum. in
Engler, Pflanzenw. Afr. C:
316 (1895)
Rauvolfia volkensii (K.Sch.)
Stapf (1902)
Rauvolfieæ
T. kamassi Eckl., S.-Afr.
Quart. Journ. 1 : 371
(1830)
Gonioma kamassi (Eckl.)
E. Meyer (1837)
Alstonieæ-Plectaneiinæ
T. elliptica Thunb., Fl. Ja¬
pon. : 111 (1784)
Amsonia elliptica (Thunb.)
Roem. & Schult. (1817)
Alstonieæ-Catharanthinæ
2» Sous-famille des ECH1TOIDEÆ
T. elastica Spreng.. Syst. 1 :
639 (1825)
Urceola elastica Roxb.
(1798)
Ecdysanthereæ-Urceolinæ
T. polvantha Miq., Fl. Ind.
Bat. 2 : 394(1829)
Urceola elastica Roxb.
(1798)
id.
T. polyantha Bl., Bijdr. 1029
(1825)
Micrechites polyantha Miq.
(1829)
Parsonsieæ
T.flavescens Willd. ex Roem.
& Schult., Syst. 4 : 798
(1827)
Malouetia flavescens Muell.
Arg. (1868)
Nerieæ
3° Sous-famille des CERBEROIDEÆ
T. obtusifolia Poiret, Encycl.
5 : 275 (1817)
Cerbera venenifera Steudel
(1840)
Thevetieæ-Cerberiinæ
des systématiciens, mais en raison d’un matériel et de méthodes insuffisantes.
L’exclusion du genre Tabernæmontana et le rattachement à leurs véritables
taxons de tant d’espèces (et nous n’avons donné qu’un très petit nombre
des exemples qu’on peut relever) nous semblent caractériser l’une des voies
du progrès en systématique. Encore n’avons nous pas tenu compte des
Source : MNHN, Paris
— 271
Source : MNHN, Paris
— 272 —
espèces attribuées par certains auteurs au genre Tabernæmontana alors
qu’il ne s'agissait même pas d’Apocynacées (1).
Les résultats auxquels on peut arriver sur la base de la seule compa¬
raison des caractères morphologiques observables sur herbier sont illustrés
par les faits suivants : dans sa très scrupuleuse monographie du genre
Tabernæmontana sensu lato, Pichon (8) est amené à inclure un sous-genre
Pupula endémique de Madagascar (en réalité une section du genre Pandaca)
entre les sous-genres Peschiera et Bonafousia, tous deux américains. Par
contre, dans un autre travail, Pichon (9) exclut des Tabernæmontana sensu
lato, le genre Stemmadenia Bentham, à propos duquel il écrit cependant :
« Ce genre ne diffère des Tabernæmontana que par les anthères à queues
relativement courtes et la présence de crêtes ou de coussinets post-staminaux
poilus. »
Les Stemmadenia se trouvaient ainsi placés fort loin des Tabernæ¬
montana au sens strict dont ils sont pourtant extrêmement proches. De
tels rapprochements de taxons appartenant manifestement à des phylums
différents, ou au contraire la dispersion dans divers groupes de genres dont
les liens phylogéniques sont peu discutables, nous semblent devoir être
évités dans toute la mesure du possible.
C’est pourquoi maintenant que nous avons, non seulement des herbiers
plus riches, mais la possibilité de recourir à l’étude anatomique de matériel
frais et fixé, à la palynologie, à la chimio-taxonomie, le genre Tabernæ¬
montana nous semble devoir être conservé uniquement dans son sens strict,
c’est-à-dire qu’il doit regrouper les seules espèces américaines répondant
réellement à sa diagnose.
Nous pouvons d’ailleurs témoigner que, dans la dernière période de
son activité, Pichon s’était rallié à cette opinion et avait commencé à ranger,
par exemple, sous le label du genre Pandaca les espèces malgaches qu'il
avait précédemment décrites comme des Tabernæmontana. On sait que,
malheureusement, une mort prématurée et très brutale l’empêcha de mener
ce projet à son terme.
Nous sommes donc amenés à proposer, à la place du genre Conopha-
ryngia au sens de Stapf (10), la reconnaissance de quatre genres nouveaux
décrits ci-dessous.
SARCOPHARYNGIA (Stapf) Boiteau, stat. nov.
— Conopharyngia sect. Sarcopharyngia Stapf, in Thiselton-Dyer, Fl. Trop. Afr. 4 (1) :
140 (1902).
— Tabernæmontana subgen. Sarcopharyngia (Stapf) Pichon, Notul. Syst. 13 (3) : 250
(1948), excl. sect. Camerunia.
Arbres ou arbustes dressés. Stipules intrapétiolaires bien développées.
Cymes pédonculées dressées. Sépales soudés à la base, parfois ciliés aux
bords, pourvus d’écailles glanduleuses. Corolle à tube charnu, coriace,
tordu vers la droite à la base. Étamines insérées en-dessous de la moitié
du tube; anthères complètement incluses, dressées, longues de 5,5-25 mm.
Source : MNHN, Paris
— 273 —
Source : MNHN, Paris
— 274 —
conniventes au sommet. Carpelles intrusifs dans le réceptacle. Clavoncule
haute de 1,4-5 mm, à peine renflée au sommet. Stigmate très petit.
Stapf (10) n’ayant pas choisi de type pour sa section Sarcopharyngia
à laquelle il attribue 17 espèces, nous devons choisir une espèce comme
lectotype :
Espèce-lectotype :
Sarcopharyngia contorta (Stapf) Boiteau, comb. nov. — PI. 7.
— Tabernæmonlana contorta Stapf, Kew Bull. : 23 (1894);
■— Conopharyngia contorta (Stapf) Stapf, in Thiselton-Dyer, Fl. Tr. Afr. 4 (1) : 142
(1904).
Le genre compte 15 espèces et un certain nombre de variétés et fera
l’objet d’une prochaine révision. Il est très homogène et, contrairement à
ce que pensait Pichon (8), ne peut être scindé en deux sections. Cet auteur
distinguait, en effet, une section Bolbocephalus, caractérisée par un bouton
floral à tête globuleuse, bulbiforme ou ogivale, et une section Sphenanthus
dont le bouton aurait au contraire une tête conique très surbaissée. Ces
deux formes existent bien effectivement, mais chez certaines espèces on
passe de la forme Sphenanthus à la forme Bolbocephalus au cours du déve¬
loppement d’une même fleur. C’est ainsi que Pichon a classé, dans sa
section Bolbocephalus, Tabernæmonlana crassa Benth., et dans sa section
Sphenanthus, T. durissima Stapf, alors que, comme le note justement
Huber (4), ces deux espèces sont synonymes.
CAMERUNIA (Pichon) Boiteau, stat. nov.
— Tabernæmonlana sect. Camerunia Pichon, Notul. Syst. 13 (3) : 252 (1948).
Arbres dressés. Pétioles courts ou nuis. Cymes sessiles, pendantes.
Lobes de la corolle infléchis dans le bouton, descendant très légèrement
(1,5-2,2 mm) en-dessous de la gorge. Sépales soudés à la base, ciliés aux
bords, munis d’écailles glanduleuses. Tube de la corolle subcoriace, long
de 6-8,5 mm, droit à la base, portant les étamines en-dessous de sa mi-hau¬
teur; lobes égalant le tube, glabres sauf à l’intérieur près de leur base, à
bords recouvrants parfois ciliés. Anthères incluses, dressées, longues de
3-4,3 mm, conniventes au sommet, adnées dorsalement sur 1,6 mm. Cla¬
voncule haute de 1,3-1,4 mm (non comprise la partie inférieure renflée),
non renflée au sommet. Stigmate beaucoup plus court que la clavoncule,,
ne dépassant pas 0,3 mm de longueur.
Espèce-type :
Camerunia penduliflora (K. Schumann) Boiteau, comb. nov. — PI. 6.
— Tabernæmonlana penduliflora K. Schum, Bot. Jahrb, 23 : 225 (1897).
— Conopharyngia (?) penduliflora (K. Schum.) Stapf, in This.-Dyer, Fl. Trop. Afr.
4 (1) : 149 (1902).
Source : MNHN, Paris
— 275
Source : MNHN, Paris
— 276 —
Notre diagnose ne fait que reprendre en grande partie la description
de Pichon (8). Mais le genre ne peut plus être considéré comme mono¬
spécifique. Il fera l’objet d'une étude ultérieure.
LEPTOPHARYNGIA (Stapf) Boiteau, slat. nov.
— Conopharyngia sect. Leptopharyngia Stapf, in This.-Dyer, l.c. : 141 (1902);
— Tabernæmoniana subgen. Leptopharyngia (Stapf) Pichon, Notul. Syst. 13 (3) ; 249
(1948).
Arbustes dressés. Stipules intrapétiolaires bien développées. Cymes
pédonculées dressées. Sépales soudés jusqu’à mi-longueur, glabres aux
bords, pourvus d’écailles glanduleuses. Tube de la corolle subcoriace,
long de 5-6 mm, droit à sa base, portant les étamines en-dessous de sa
mi-hauteur; lobes presque égaux au tube, glabres, non ciliés. Anthères
complètement incluses, dressées, longues de 5,5 mm, conniventes au som¬
met. Clavoncule haute de 1,25 mm (non comprise la partie inférieure
renflée), à 5 côtes proéminentes. Stigmate lone de 1,5 mm. Fruit globu¬
leux, non ailé, vert à maturité.
Espèce-type :
Leptopharyngia elegans (Stapf) Boiteau, comb. nov. — PI. 5.
— Tabernæmoniana elegans Stapf, Kew Bull. : 24 (1894);
— Conopharyngia elegans (Stapf) Stapf, in This.-Dyer, FI. Trop. Afr. 4(1): 149 (1902);
Harvey & Sonder, Fl. Cap. 4 (1) : 506 (1907).
— Tabernæmoniana laurifolia Klotzsch, in Peters, Reise Mossamb. : 200 (1864); [ non
Tabernæmoniana laurifolia A.DC.].
Espèce du sud-est africain : Tanzanie, Mozambique et Natal. Le genre
doit être considéré comme monospécifique dans l’état actuel de nos
connaissances.
PROTOGABUN1A Boiteau, gen. nov.
Frutices erecli. Slipulæ minulæ inlrapetiolares. Cymæ subsessiles erectæ. Sepala
basi breviler connaia, marginibus ciliata, squamulis glandulosis prædila. Corollæ tubus
membranaceus, 15-18 mm longus, parle infima reclus, infra medium staminifer; lobi tubo
breviores. Anlheræ lolæ inclusæ, erectæ, apice conniventes, 5,5 mm longæ. Clavuncula
1,25 mm alla, absque parte infima dilatala, prominule 5-coslulala. Stigmata in floribus
longislylis clavuncula subæqualia, 1,25-1,50 mm longa, basi connaia, in floribus brevislylis,
clavuncula brevioria, 0,2 mm longa. Fructus compressus, alatus auranlicolor.
Espèce-type :
Protogabunia letestui (Pellegrin) Boiteau, comb. nov. — PI. 4.
— Gabunia letestui Pellegrin, Bull. Mus. Nat. Hist. Nat. 31 : 467 (1925);
— Tabernæmoniana letestui (Pell.) Pichon, Notul. Syst. 13 (3) : 250 (1948).
Source : MNHN, Paris
— 277 —
Source : MNHN, Paris
— 278 —
Espèce endémique du Gabon. C’est à tort, à notre avis, que Pichon
a inclus cette espèce dans son sous-genre Leptopharyngia. Il nous semble
indispensable, au contraire, d’en faire le type d’un genre nouveau qui se
distingue des Leptopharyngia notamment par ses stipules moins développées,
par son tube de corolle plus long et plus tendre, par l’existence de fleurs
brévi- et longistylées (caractère déjà signalé par Stapf chez les Ervatamia
et que nous avons retrouvé chez certains Hazunta malgaches), par ses
fruits comprimés dorsiventralement et ailés, de couleur orangée à maturité;
ainsi que par sa distribution géographique limitée à l’Afrique occidentale
équatoriale.
Des Gabunia, avec lesquels ils nous semblent avoir les affinités les plus
étroites, les Protogabunia se distinguent par leur port érigé, leurs fleurs
plus petites et la longueur des stigmates, plus développés même dans les
fleurs brévistylées. Ces caractères qui nous paraissent moins évolués que
ceux des Gabunia justifient à nos yeux l’appellation de Protogabunia.
Une seconde espèce doit être attribuée à ce genre :
Protogabunia latifolia Boiteau, sp. nov. PI. 4, 6-14.
A P. letestui foiiis majoribus, 18 x 6 cm, petiolatis (petiolo 4-5 mm longo), sepalis
majoribus , 2-2,5 mm longis, haud ciliatis, floribus majoribus. alahastro elongatiore differt.
Type : N. Haité 13551, Gabon (holo-, P).
Les quatre genres que nous venons de proposer se distinguent par les
caractères que résume la clé suivante :
1. Méricarpe comprimé dorso-ventralement, orangé à maturité. Présence de
fleurs brévi- et longistylées; stigmates longs ou courts, soudés à la base
. Protogabunia
f. Méricarpe globuleux, vert à maturité. Styles et stigmates identiques sur
toutes les fleurs.
2. Stigmates plus longs que la clavoncule proprement dite. Corolle peu
coriace. Style non tordu-spiralé à la base. Anthères petites (2,2 mm),
à caudicules de 0,5 mm. Leptopharyngia
2'. Stigmates beaucoup plus courts que la clavoncule. Corolle coriace,
tordue dans sa partie inférieure. Style tordu-spiralé à la base. Anthères
grandes (5 à 25 mm), à caudicules de plus de I mm.
3. Inflorescences sessiles à fleurs pendantes. Lobes de la corolle
plus longs que le tube. Embryon à cotylédons étroits; radicule
2 fois plus longue que les cotylédons. Camerunia
3'. Inflorescences pédonculées; pédoncule fort, érigé. Lobes de la
corolle plus courts que le tube. Embryon à cotylédons larges;
radicule égale aux cotylédons. Sarcopharyngia
Source : MNHN, Paris
— 279 —
AUTRES GENRES AFRICAINS CLASSÉS PAR DIVERS AUTEURS
PARMI LES « TABERNÆMONTANA » OU LES « CON O PH A R YNGIA »
AU SENS DE STAPF
GABUNIA K. Schumann
in Engler Bot. Jahrb. 23 : 224 (1896); Stapf, in Thiselton-Dyer, Fl. Trop. Afr.
4 (I) : 136 (1902).
Pichon (8) et Huber (4) ont inclus les Gabunia dans leur genre Tabernæ-
montana sensu lato. Ce genre, parfaitement individualisé, se distingue des
Protogabunia par son port lianoïde, ses fleurs plus grandes, ses stigmates
beaucoup plus réduits. Des Sarcopharyngia, il se distingue aussi par :
le port lianoïde, les stipules intrapétiolaires moins développées, la glabres-
cence du tube corollin au-dessous des étamines; la clavoncule courte,
haute de 1-1,9 mm, dilatation basale exclue, non dilatée au sommet; les
fruits toujours plus ou moins comprimés dorsi-ventralement, non globu¬
leux, pourvus de côtes ou d’ailes plus ou moins développées; le péricarpe
plus mince, lisse, d’un beau rouge orangé à maturité.
Ce genre fera l’objet d’une prochaine révision.
EPHIPPIOCARPA Markgraf
Notizbl. Bot. Gart. Mus. Berlin 8 : 309 (1923).
Genre caractérisé, comme nous l’avons dit plus haut, par ses carpelles
soudés à leur base et ses fruits hémisyncarpes. Proche des Leptopharyngia
par sa clavoncule, ses stigmates plus longs que la clavoncule proprement
dite, son port arbustif, il s’en distingue par son fruit hémisyncarpe et ses
carpelles soudés à leur base. Il ne peut être confondu avec les Callichilia
qui ont, non seulement des fleurs plus grandes, mais encore des anthères
mucronées à l’apex, des fruits apocarpes et enfin un pollen en tétrades.
Outre l’espèce prise par Markgraf pour type de son genre, nous lui
rattachons le Conopharyngia humilis Chiovenda.
Espèce-type :
Ephippiocarpa orientalis (S. Moore) Markgraf
Notizbl. Bot. Gart. Mus. Berlin 8 : 309 (1923)
— Callichilia orientalis S. Moore, Journ. Linn. Soc. 40 : 139 (1912).
Espèce d’Afrique du Sud (Gazaland). Ses affinités nous paraissent
surtout proches de Leptopharyngia elegans (Stapf) Boiteau.
Source : MNHN, Paris
— 280 —
Ephippiocarpa humilis (Chiovenda) Boiteau, comb. nov.
— Conopharyngia humilis Chiovenda, Atti Soc. Natur. Matem. Modena 66 : 12 (1935).
De Somalie, entre Mogadiscio et Balad. Le matériel concernant cette
espèce (conservé au Muséum de Florence) n’a pu être examiné jusqu’ici,
mais la description d’Emilio Chiovenda: « baccæ geminatæ ovoideæ base
inter se coalitæ », ne peut laisser de doute sur l’appartenance à ce genre.
Son étrange répartition géographique, d’une part tout au nord pour
la dernière espèce, et tout au sud au contraire pour l’espèce-type, de l’Afrique
orientale, lui confère, comme nous l’avons déjà dit, un caractère de relique.
DOMKEOC ARPA Markgraf
Notizbl. Bot. Gart. Mus. Berlin 15 : 421 (1941).
Ce genre énigmatique dont tout le matériel, comme nous l’avons dit,
a été détruit en 1943, ne semble pas avoir été retrouvé depuis lors.
F. Markgraf a bien voulu examiner le matériel de l’herbier de Paris que
nous avions trié comme susceptible d’être rapporté à ce genre. Il s’est
avéré qu’aucune récolte effectuée depuis 1941 ne lui était attribuable.
La seule espèce de ce genre : Domkeocarpa pendula Markgraf, est
un petit arbre (« arbor parvor, squarrosa, lactescens »), d’après la diagnose
de Markgraf; ou une liane d’après les souvenirs, lointains il est vrai, du
collecteur Walter Domke qui écrivait à la date du 17 mai 1973 : « Sie
errinern mich an wunderbare Tage im Kamerungebirge, wo ich in ca.
1 500 m m.s.m. diese schône Liane mit ihren grossen weissen Blüten und
etwa apfelgrossen, innen orangenroten Früchten an einem kleineren Baum
klettern sah. »
Le port restant douteux, le genre Domkeocarpa nous semble se rap¬
procher plutôt des Tabernanthe qui ont comme lui un fruit syncarpe et
des carpelles soudés. Il en diffère par sa fleur nettement plus grande, à
lobes beaucoup plus longs que le tube (l’inverse est vrai chez les Taber¬
nanthe) et surtout longs et étroits : 15 X 6 mm et ciliolés sur les bords.
Des Gabunia, il se rapproche par sa clavoncule, mais se distingue par
le fruit syncarpe, à péricarpe vert jaunâtre à maturité, sans côtes ni ailes.
Des Sarcopharyngia, enfin, il diffère nettement par l’ovaire à carpelles
soudés, 5-angulé, le style qui s’évase en cône au sommet sous la collerette
basale de la clavoncule, la clavoncule sans dilatation apicale, 5-lobée sur
la coupe et non pentagonale; les stigmates atteignant 2 mm de hauteur; et
aussi par le fruit syncarpe, à péricarpe moins épais et une « pulpe » de
couleur orangée qui se distinguerait de l’arille d’un rouge plus sombre.
Il serait particulièrement précieux de retrouver des matériaux de ce
genre dont l’étude pourrait avoir une importance particulière pour éclairer
la phylogenèse des Tabernæmontaneæ africaines. On sait que le Mont
Cameroun, dont ce genre paraît endémique, était situé dans l’ex-Cameroun
Source : MNHN, Paris
— 281 —
britannique; il est donc encore possible qu’il soit représenté à Kew dans
les collections que nous n’avons pas encore examinées.
Remerciements : Nous remercions : le P r F. Markgraf et le D r W. Domke pour
les renseignements personnels qu’ils ont bien voulu nous donner sur le genre Dontkeo-
carpa; Vera Markgraf pour l’étude des pollens des Tabernxmontanea.’ en microscopie
optique; les directeurs du Jardin Botanique National de Belgique et des Royal Botanic
Gardens de Kew pour le prêt de matériel; H. P. Husson, Maître de Recherches au
C.N.R.S., qui a bien voulu nous aider pour l’élaboration du tableau retraçant la bio¬
synthèse des alcaloïdes des Tabernæmontaneæ africaines.
Bibliographie
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2. Boiteau, P. & S astre, C. — Adansonia, ser. 2, 15 (2) : 239-250 (1975).
3. Gabetta, B., Martinelli E. M. & Mustich G. — Fitoterapia 46 (5) : 195-198
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4. Huber, H. — in Hutchinson & Dalziel, Fl. W. Trop. Afr.,ed. 2,2 : 65 (1963).
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6. Markgraf, F. — Adansonia, ser. 2, 10 (1) : 29-35 (1970).
7. — in Humbert, Flore de Madagascar et des Comores, 149 e famille :
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9. — Mém. Mus. Nat. Hist. Nat. Paris, ser. nov. 27 (6) : 228-231 (paru
1949).
10. Stapf, O. — in Thiselton-Dyer, Fl. Trop. Afr. 4 (1) : 139-150 (1902).
11. — op. cit. 6 (1) : 25 (1904).
Laboratoire de Phanérogamie
Laboratoire associé du CNRS, n° 218,
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (2) : 283-291, 1976.
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE MORPHO-ANATOMIQUE,
BIOMÉTRIQUE ET BIOCHIMIQUE DES CARYOPSES
DE GRAMINÉES DU GENRE STIPAGROSTIS Nees - I
par P. Bourreil, C. Ghiglione & M. Thinon
Résumé : Certaines caractéristiques des caryopses, morphologiques et anatomiques,
pondérales et dimensionnelles, exprimées statistiquement, sont indiquées à partir de
quelques exemplaires de Slipagrosiis plumosa en provenance de Tamanrasset (Hoggar).
La composition en acides aminés des protéines totales des caryopses est déterminée et
un parallèle est établi avec S. uniplumis, ainsi que certaines espèces de la section typique
du genre Arislida.
Abstract: Some morphological and anatomical characteristics are given along
with weight and size, as statistically evaluated, of some shoots of Slipagrosiis plumosa
from Tamanrasset (Hoggar). The amino-acid composition of the total proteins of the
caryopsis of this species has been determined and comparison is made with that of
S. uniplumis and with that of the typical section of the genus Arislida.
Ayant montré, récemment, à propos de recherches sur la spéciation
l’intérêt de l’étude des caryopses de quelques espèces du genre Arislida (13,
19 & 20), nous envisageons, ici, le même thème dans le cadre du genre
Slipagrosiis.
Origine du matériel.
Environs de l’aéroport de Tamanrasset (Hoggar) : M. Thinon s.n.,
24.10.1975.
Identification.
En nous référant, tout au moins provisoirement, à la révision du
complexe Slipagrosiis plumosa (37 & 38), les échantillons récoltés corres¬
pondent à l’entité Slipagrosiis plumosa (L.) Munro ex T. Anders subsp.
seminuda (Trin. & Rupr.) H. Scholtz.
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Technique d’étude des caryopses.
1. Détermination des longueurs. Les longueurs sont évaluées en mm.
L’erreur absolue affectant chaque mesure est de l’ordre de ± 20 n.
2. Détermination des poids. Les poids sont évalués en mg. La précision
de chaque pesée implique une erreur absolue de ± 0,01 mg.
3. Traitement des embryons. Les caryopses sont sectionnés au-dessus
de l’extrémité apicale de l’embryon, trempés durant une demi-journée dans
de l’eau distillée maintenue à 30 °C, puis fixés (8). Le rinçage, la déshydra¬
tation, l’inclusion à la paraffine et le déparaffinage sur lames (9) permettent
de colorer les coupes longitudinales et transversales à l’hématoxyline
régressive (7).
4. Dosage des acides aminés totaux. Consulter à ce sujet la référence 20.
5. Dosage de l'amidon. L’amidon est dosé après hydrolyse en milieu
sulfurique et le pouvoir réducteur est déterminé par la méthode d’HAGE-
dorn-Jansen (cf. 28).
RÉSULTATS
I. CARACTÉRISTIQUES EXTERNES DES CARYOPSES.
Caryopses de couleur fauve à brun clair, fusiformes, légèrement
bombés, parfois à vestige stylaire. Face adaxiale pourvue dans le plan
sagittal d’une légère impression linéaire du raphé (fig. la). Face abaxiale
à embryon développé, occupant un peu plus de la moitié de la longueur
du caryopse (fig. le). Faces latérales à extrémités différemment anguleuses,
l’apicale subaiguë, émoussée, la basale plus acuminée dans la zone où le
tégument du caryopse ensache la coléorhize ou radicule embryonnaire
(fig. lb). Coupe transversale subcirculaire au niveau le plus large (fig. ld).
II. CARACTÉRISTIQUES ANATOMIQUES DES EMBRYONS.
En se référant à la classification de Van Tieghem (41), l’embryon
(fig. 2a & 2b) est plagiodesme : entrenœud allongé; axe vasculaire pro¬
cambial principal dont les extrémités avoisinent la radicule séminale et la
gemmule; cordon vasculaire procambial du scutellum rudimentaire (voir
aussi 18).
Si l’on complète cette donnée par celles de Reeder (34) généralement
admises (1, 23 & 31) et basées sur la présence ou l’absence d’épiblaste
(+ ou —) et sur 3 critères dont les modalités de référence sont du type
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festucoïde (F) ou panicoïde (P), la formule anatomique de l’embryon est
conforme à celle du tableau 1.
Tableau 1. Formule embryonnaire du Stipagrostis plumosa
Observation en coupe longitudinale
Observation
EN COUPE TRANSVERSALE
(l re feuilleembryonnaire)
Entrenœud
Comparaison des marges
et course
Épiblaste
Talon
Nombre de faisceaux
du système
vasculaires procambiaux
vasculaire
procambial
(1)
(2)
(3)
(4)
Modalité
P
-
P
F
Cette formule embryonnaire caractéristique du type arundinoïde-
danthonioïde (1, 34) a déjà été attribuée à diverses espèces de la tribu
Aristideæ (12, 17, 34 & 35). Nous pouvons préciser, en outre, que la formule
d’alternance de la vascularisation procambiale du limbe de la première
feuille de l’embryon est du mode â—C—A—C—â (3 & 5).
III. CARACTÉRISTIQUES BIOMÉTRIQUES DES CARYOPSES ET DE LEURS
EMBRYON.
Dans le cadre de l’étude statistique, on considère 1 2 la moyenne arith¬
métique (X), l’écart-type (a), l’erreur standard (Sm) de la moyenne et le
coefficient de variation (21 & 24). Pour le calcul de la variance, au lieu
de n, nombre de mesures effectuées, il est tenu compte de n-1, nombre de
degrés de liberté (26 & 36).
Les mesures concernent 4 critères : le poids des caryopses et leur
longueur, le segment a (distance séparant les extrémités apicale du scutellum
et basale du caryopse, fig. lb) -, le segment b (distance séparant les extré¬
mités apicale de la piléole et basale du caryopse, fig. lb). Les résultats figurent
au tableau 2 et à la planche 1.
1. Afin de réduire les calculs de la moyenne et de la variance, on utilise une moyenne
provisoire (24) ou origine provisoire (36).
2. Dans le tableau 9 (13), le segment a est celui que nous avons improprement appelé
L. scutellum. De même, le segment b correspond à celui que nous avons désigné L. axe
embryonnaire.
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Tableau 2. Biométrie des caryopses de Stipagrosiis plumosa
Critères d’études
Poids
(mg)
Longueur
Longueur a
Longueur b
Intervalle de varia-
0,33-0,91
2,35-3,02
1,25-1,69
0,90-1,45
Intervalle de classe. .
0,06
0,08
0,04
0,04
X.
0,65
2,77
1,57
1,23
0,1374
0,1293
0,0771
0,0676
X±o.
0,51-0,79
2,64-2,90
1,49-1,65
1,16-1,30
Sm.
0,0132
0,0124
0,0074
0,0065
X ± 2,6 Sm . . . .
0,62-0,68
2,74-2,80
1,55-1,59
1,21-1,25
Coefficient de varia-
21,1 %
4,7%
4,9 %
5,5%
Remarques : Pour chaque critère, l’échantillonnage est tel que : n — 110; X L.
car./X L. a = 1,76; XL. car./X L.b = 2,25 ; X L.a/X L.b = 1,28. Les diamètres
orthogonaux d'une coupe transversale effectuée au niveau le plus large du caryopse
mesurent 0,65 mm (d. vertical) et 0,63 mm (d. horizontal) pour une erreur de ± 8 jx.
Les seules données antérieures aux nôtres sur les mesures des caryopses
de ce Stipagrosiis sont celles de la flore de Maire (27). Elles n’ont aucune
ampleur statistique et les valeurs indiquées pour la longueur totale (3 mm),
le segment a (1,25 mm), correspondent à l’une des bornes des intervalles
de variations respectifs, mentionnées au tableau 2.
La valeur du rapport X L. car. /X L.a confirme le fait que chez cer¬
taines tribus de Graminées, l’embryon occupe une bonne partie de la
longueur du grain (23).
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PI. I. — Slipagrostis plumosa subsp. seminuda : Configuration du caryopse : la, face adaxiale;
1b, face latérale; le, face abaxiale; ld, vue en coupe transversale au niveau le plus large.
— Anatomie de l'embryon : 2a & 2b, vues en coupes sagittales ; 3, coupe transversale au
niveau de la piléole. — Histogrammes de fréquence : 4 à 7 (sont indiquées les limites des
intervalles de classe et la fréquence des mesures qui s’y rapportent). — Abréviations :
a, albumen; c, coléorhize; e.n., entrenœud;/.e., l rc feuille embryonnaire; p. procambium
de la vascularisation; pi, piléole; r.s., racine séminale; sc., scutcllum; I. talon. Illus¬
tration : P. BOURREIL & N. COSTE.
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IV. TENEUR EN AMINO-ACIDES ET AMIDON.
Quoique les résultats du tableau 3 ne proviennent pas de caryopses
récoltés en milieu homogène, ils sont assez suggestifs si l’on prend en
considération l’aire climatique et la structure anatomique 1 des deux
espèces mises en parallèle. Il s’ensuit que S. uniplumis est nettement moins
xérophile que S. plumosa. Quelle est l’incidence biochimique de tels faits
d’observation? On peut la supputer en se référant aux recherches de
Hubac (22). Chez le Carex pachystilis très xérophile, la privation d’eau
provoque dans les feuilles et les racines une certaine variation des acides
aminés libres. Il y a essentiellement augmentation de la proline et diminution
des acides aspartique et glutamique. Chez Stipagrostis uniplumis comparé
à S. plumosa, parmi les amino-acides totaux des caryopses, la proline
augmente au détriment de l’acide glutamique tandis que la teneur en acide
aspartique reste inchangée. En fonction de ce qui a été précisé, et, en accord
avec l’interprétation de Hubac, on peut penser que l’augmentation de la
teneur en proline constitue un processus compensatoire de résistance à la
sécheresse. Or, au vu de son amplitude écologique et de sa structure anato¬
mique, S. uniplumis est l’une des espèces du genre Stipagrostis les moins
parfaitement adaptées à la sécheresse. Il est donc probable que, chez un bon
nombre de taxons de ce genre — tout au moins les pérennes — on mettra
en évidence des teneurs en proline et acide glutamique des caryopses de
l’ordre de celles du S. plumosa qui les différencieront (19 & 20) de la plu¬
part des espèces de la section typique du genre Aristida statistiquement
réparties sur des aires moins xériques (6 & 10).
Il reste donc à étendre les investigations expérimentales et encore à
prouver, par la culture en milieu homogène, la nature génotypique de la
différenciation biochimique des sections, autrement dit à mettre en évidence
le caractère écophylétique de cette différenciation.
Sans pour autant négliger le reste de la plante, les recherches sur les
caryopses sont, comme nous venons de le montrer, intéressantes à plus
1. L’aire de répartition de S. plumosa s'intégre dans les zones désertiques et arides jde
l’Afrique du Nord. Plus précisément, l’exemplaire récolté provient du sous-étage bioclimatique
saharien inférieur (préc. moy. ann., 0-50 mm). L’aire de répartition de S. uniplumis en Afrique
boréale est largement inféodée au bioclimat tropical accentué (6, 14, 15, 16, 32). Dans l’hémi¬
sphère africain austral, cette espèce végète depuis le bioclimat tropical accentué jusqu'au
bioclimat désertique avec un échelonnement des précipitations moyennes annuelles variant
de 500 à 0 mm (4, 17, 25, 33 & 39). Son aire est, d'après la définition de Monod (30), du type
symétrique avec un diastème oriental d'hémisphère sud. Ses dispositifs anatomiques de résis¬
tance à la sécheresse sont moins efficaces que ceux du 5. plumosa : trichome bien plus discret,
limbes à fermeture moins hermétique (6 & 10) en raison du plus grand nombre de faisceaux
d'ordre supérieur et de la faible profondeur des sillons adaxiaux (2, 3 & 17), système racinaire
moins puissant et à gaine mucilagineuse (6) inexistante ou très peu fonctionnelle.
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Tableau 3. Composition en amino-acides totaux
ET EN AMIDON DES CARYOPSES DE 2 Stipagrostis
Amino-acides
Stipagrostis
unipluntis
Stipagrostis pluntosa
Résidus (%)
(inspiré de Taira)
Résidus (%)
Grammes (%)
Acide aspartique. .
4,9
4,8
1,49
Thréonine.
3,1
3,0
Sérine.
5,9
4,2
1,03
Acide glutamique. .
23,3
34,3
13,24
Proline.
12,9
5,7
1,53
Glycine.
7,3
5,0
0,88
Alanine.
9,3
8,6
1,79
Valine.
5,1
6,7
1,83
1 /2 Cystine ....
0,8
traces
Méthionine.
2,8
traces
Isoleucine.
3,5
3,8
1,16
Leucine.
12.0
14,0
4,29
Tyrosine.
1,5
U
0,47
Phénylalanine . . .
3,4
3,1
1,19
1,2
1,6
0,68
Histidine.
1,1
1,7
0,83
Arginine.
1,9
2,4
1,19
100,00
100,00
32,84
Amino-acides (m.Eq. /g.).
2,34
Amino-acides (uEq./car.).
1,52
Amidon ( %).
54,20
(*) Les résultats de Taira (42) formulés en grammes d’amino-acides pour 16 g
d’azote ont d’abord été transformés (à l’exception du tryptophane) en m.Eq. d’amino-
acides pour 1 000 m.Eq. totaux (Résidus pour 1 000 résidus) avant d’être convertis en
pourcentages de résidus.
d’un titre 1 et la comparaison de matériel aborigène et de spécimens de
culture 2 le confirmera. Dans une acception protéinique, Miège (29) a
montré l’importance que revêt l’étude des graines. Notre dessein, quant à
certaines Graminées, est de les circonscrire dans un cadre élargi englobant
également cette optique.
1. Voir aussi la référence bibliographique 11 pour la différenciation spécifique.
2. Recherches en cours.
Source : MNHN, Paris
— 290 —
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M.T. — Laboratoire de Botanique
Faculté des Sciences et Techniques
13397 - Marseille Cedex 4.
CI.G. — Laboratoire de Chimie organique
Faculté de Pharmacie
13385 - Marseille Cedex 4.
Source : MNHN, Paris
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ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 3 AOUT 1976
SUR LES PRESSES DE FD EN SON
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE-61002 ALENÇON
Dépôt légal : 3 e trimestre 1976 - 81.172
Source : MNHN, Paris
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