Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
H. HUMBERT A. AUBRÉVILLE
Membre de l’Institut Professeur
Professeur Honoraire
Nouvelle Série
Tome II
FASCICULE 1
1962
PARIS
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
16, rue de BufTon, Paris (5 e )
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
Aubréville A. — Savanisation tropicale et glaciations quater¬
naires . 16
Aubréville A. — Capurodendron, genre nouveau de Sapotacées
de Madagascar. 92
Capuron R. — Contribution à l’étude de la Flore forestière de
Madagascar ( Tsebona ; Synonymes et combinaisons nouvelles). 122
Halle N. — Observation taxonomiques, morphologiques, et
écologiques sur deux Lasiodiscus d’Afrique (Rhamnacées).... 129
Humbert H. — Composées nouvelles de Madagascar. 85
Kern J.-H. — Le genre Scleria (Cyperacées) en Indochine. 99
Leandri J. — Un grand systématicien français émule d’Adanson :
Ernest-Henri Bâillon 1827-1895 . 3
Leandri J. — Notes systématiques, phénologiques et autoéco¬
logiques sur l’Euphorbia orthoclada Bak. 117
Letouzey R. -— Deux Rutacées mal connues d’Afrique Centrale.. 134
Tardieu-Blot (M me M.-L.). — Sur les Grammitis des Iles Aus¬
trales . 111
Source : MNHN, Paris
UN GRAND SYSTÉMATICIEN FRANÇAIS
ÉMULE D’ADANSON : ERNEST-HENRI BAILLON
1827-1895
par J. Leandri
Au moment où le nom d ’Adansonia est donné de nouveau à une
grande Revue française de Botanique systématique, il est juste de rappeler
la mémoire de celui qui, il y a un siècle déjà, avait choisi le premier
pour son : « Recueil périodique d’observations botaniques », ce nom,
destiné à rendre hommage à l’auteur des Familles des Plantes.
Tous les lecteurs de notre Revue connaissent le nom d’Henri Bâil¬
lon. Ce grand systématicien, dont l’œuvre étonne par son étendue et sa
variété, a laissé la réputation d’un esprit synthétiseur, réunisseur, mieux
fait pour découvrir et mettre en lumière les relations et les affinités entre
les unités taxinomiques de tous ordres que les différences qui les sépa¬
rent. Il suffit de rappeler à ce propos qu’il n’a admis dans son Histoire des
Plantes que cent quarante familles naturelles. Le fait d’avoir rédigé seul
cet ouvrage énorme, comparable aux Nalurlichen Pflanzenfamilien qui
ont occupé plus de cinquante collaborateurs, montre assez son extraordi¬
naire puissance de conception et son efficacité dans le travail. Son grand
Dictionnaire de Botanique en quatre gros volumes, ses traités de bota¬
nique médicale, phanérogamique et cryptogamique, le Bulletin de la
Société linnèenne de Paris qui devait prendre la suite du premier Adan-
sonia et publier 167 numéros de 1874 à 1897, sont aussi des publications
si importantes que l’on a peine à concevoir qu’elles aient été l’œuvre d’un
seul. En effet, sans rabaisser les collaborateurs du premier Adansonia et
du Bulletin de la Société linnèenne, il est permis de dire que ces Revues
étaient surtout rédigées par Bâillon lui-même.
On s’étonne souvent qu’un botaniste de cette valeur n’ait jamais pu
obtenir un fauteuil ni au Muséum, où il a effectué la plupart de ses travaux
scientifiques, ni à la Sorbonne, ni à l’Académie des Sciences, qui à la veille
de sa mort avait encore refusé de l’admettre. En fait, il avait reçu de plus
grands honneurs à l’étranger que dans son pays, car il était membre de la
Société Royale de Londres, qui l’avait choisi parmi les botanistes du monde
entier pour remplacer l’illustre De Candolle; de l’Académie impériale
des Sciences de Saint-Pétersbourg, de la Société Royale des Sciences
d’Upsala, et du Torrey Botanical Club, qui n’avait pas la réputation
d’accueillir facilement des membres étrangers.
C’est que malheureusement ses qualités intellectuelles s’accompa¬
gnaient d’un caractère à la fois difficile et ironique qui lui avait fait des
ennemis, et si ses partisans, au Muséum comme à l’Institut, étaient chauds
et convaincus, ses adversaires ne l’étaient pas moins. On se souvient sans
Source : MNHN, Paris
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doute de ses démêlés avec Decaisne, son concurrent heureux à la chaire de
Culture du Muséum, dans les travaux duquel il avait entrepris de relever
les erreurs botaniques qu’il publiait par centuries entières, les envoyant
à ses confrères comme s’il s’agissait d’une distribution de fleurs, sinon
rares du moins brillantes. Il n’est pas étonnant qu’après avoir reçu de
ces marques d’intérêt, ceux qui en étaient l’objet aient fait de leur mieux
pour tenir leur confrère éloigné de fauteuils où son voisinage n’aurait
présenté pour eux aucun agrément.
Pour donner un exemple de l’humour de notre botaniste, nous cite¬
rons ce qu’il écrivait au sujet de Linné : II fui assez mallrailé par des
botanistes jaloux (il y en avait dans ce temps-là) pour être obligé de quitter
la Suède... Bâillon lui, n’a pas eu à quitter la France, mais il a sérieuse¬
ment envisagé de le faire, comme le montrent ses démarches pour obtenir
une charge en Angleterre, et échapper ainsi aux confrères envieux, dont
l’espèce ne s’était pas éteinte avec le siècle de Louis XV. Ailleurs, il déclare
en termes d’une ironie à peine voilée qu’il pense devoir son élection à l’Aca¬
démie des Sciences de Saint-Pétersbourg, au fait qu’il avait obtenu
27 suffrages dans celle de son propre pays... mais il l’écrit malheureusement
dans sa propre notice de candidature, destinée à des savants habitués à
voir l’aspirant confrère, surtout s’il est botaniste, se présenter avec cette
fleur de modestie qui convient au candidat!
Tout ceci explique peut-être pourquoi ce prince de la systématique
n’a pas obtenu dans son pays tous les honneurs qu’il méritait par son
talent et son travail. Né à Calais en 1827, Henri Bâillon avait fait des
études médicales à Paris dans des conditions si brillantes qu’il a fallu
que la botanique ait eu pour lui des attraits exceptionnels pour lui avoir
fait quitter une voie qui semblait toute tracée : premier à l’externat des
hôpitaux, premier prix de l’externat, premier prix de l’Ecole pratique de
la Faculté, premier au concours de l’Internat, premier prix de l’Internat,
premier au concours de l’Agrégation de médecine, il paraissait déjà à
vingt-neuf ans destiné à la plus brillante carrière médicale. Toutefois il
avait goûté à la science pure, ayant travaillé à la Sorbonne dès l’âge de
vingt-deux ans dans le laboratoire de zoologie d’A. Milne-Edwards.
De là, il devait passer à la Botanique et devenir l’élève du professeur
Payer, l’auteur du Traité d’organigénie de la fleur (1857), qui lui donna
le goût des dissections minutieuses d’organes, et de leur utilisation dans
la recherche des affinités et des enchaînements des végétaux. Il devenait
ainsi Docteur ès sciences naturelles en 1858.
Laissant de côté ses importants travaux de Botanique appliquée,
en particulier ceux consacrés aux Cryptogames, nous allons tenter de
donner une idée plus précise de son œuvre dans les domaines qui intéres¬
sent cette Revue, la Systématique et les sciences sur lesquelles Bâillon
l’appuyait, organographie et organogénie, anatomie et même physiologie.
Bâillon n’était pas à proprement parler un Aoriste ni un phytogéo-
graphe, et bien qu’il ait entrepris à la demande d’Alfred Grandidier,
l’élaboration de la partie botanique de l 'Histoire de Madagascar, il ne
s’est que peu intéressé aux problèmes que posent les végétaux envisagés
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au point de vue de leur distribution et des facteurs qui régissent cette
dernière, ou l’ont régie à des époques plus ou moins éloignées dans le
passé.
Ce n’est pas sans raison que Bâillon avait choisi Adanson entre tous
les botanistes pour donner son nom à la première Revue botanique qu’il
fonda. En effet pour Payer, Bâillon et leur école, Adanson restait le
maître qui avait ouvert la voie et montré la méthode que doivent suivre
les botanistes pour découvrir l’enchaînement du monde végétal; celle
qui consiste à tenir compte du plus grand nombre possible de caractères,
même des vertus médicinales, point de vue qui n’est d’ailleurs pas si
éloigné des travaux modernes sur la signification taxinomique de la chimie
des plantes; la subordination des caractères, bien qu’importante, ne pré¬
sentant pas une valeur décisive si elle s’oppose à la masse des autres argu¬
ments. Payer avait d’ailleurs contribué à préparer la seconde édition des
Familles des Plantes publiée après la mort d’ADANSON; achevé la mise au
point de son Cours d’Histoire naturelle; il était bien un des champions de la
remise en honneur des méthodes naturelles qui avaient été complètement
éclipsées à la fin du xvm e siècle par le succès pratique de la nomenclature
linnéenne et des méthodes artificielles de classification; cependant,
comme nous l’avons dit, il n’attribuait pas une importance essentielle
au principe de la subordination des caractères.
Le plus important des ouvrages de Bâillon, parce qu’il constitue à la
fois un travail colossal et un ensemble homogène, c’est l’Histoire des
Plantes, où toutes les Phanérogames sont passées en revue. A la mort de
l’auteur il ne restait plus qu’un volume à publier, celui consacré aux
Orchidées. Bâillon voulait faire une étude complète de cette famille
avant de la rédiger, afin de pouvoir exposer des vues personnelles. Le soir
du 18 juillet 1895, à son retour de l’herbier du Muséum, il entrait dans sa
baignoire où son fils le trouvait quelques instants plus tard la tête plongée
dans l’eau, ayant succombé à une congestion cérébrale. Bien que la rédac¬
tion du dernier volume de VHistoire des Plantes fût très avancée, ce volume
ne fut pas publié, peut-être surtout pour des raisons financières.
L’ouvrage est dédié à la mémoire de J.-B. Payer, Membre de l’Insti¬
tut et professeur à la Faculté des Sciences de Paris et à l’Ecole normale
supérieure (1818-1860), qui avait été le maître de Bâillon, et était mort
jeune après avoir publié d’importants ouvrages, parmi lesquels le Traité
d'Organogénie comparée de la fleur. Payer avait formé le dessein d’écrire
cet ouvrage, qui devait être réalisé après sa mort par son élève : Ce n’est,
écrivait-il, que dans une sorte de Généra plantarum illustré, entrepris il y a
près de dix ans, et qui, je l’espère, pourra être publié avant peu d’années,
que je montrerai par des applications nombreuses toute l’importance des
études organogéniques pour démontrer les véritables affinités des plantes
entre elles... Nous apprenons du moins des sévères leçons de la mort, ajoute
Bâillon au texte de son maître, que pour élever à la science un pareil
monument il importe d’en commencer l’exécution de bonne heure. Bâillon
devait en effet travailler à son Histoire des Plantes de 1861 à 1895 et la
laisser presque achevée. Les premières livraisons ont paru en 1867.
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Les familles sont partagées en séries, correspondant en général aux
« tribus » d’autres auteurs. Chaque série commence par la description
précise d’un type principal, illustrée de figures. Les détails, les caractères
secondaires, les données historiques et bibliographiques destinées aux bota¬
nistes de profession sont dans des notes en petit texte. La description des
séries est suivie de l’histoire sommaire de la famille, de l’exposé de ses
affinités, de sa distribution, de la discussion de sa valeur et de celle de
chaque série, de la mention des plantes utiles et de leurs popriétés; le
texte de chaque famille est suivi d’un Généra en latin où les caractères
propres de chaque genre sont succinctement indiqués. On peut noter tout
de suite dans la présentation des genres par enchaînement, d’après leurs
points de rapprochement avec le « type principal », la marque de l’esprit
synthétiseur de Bâillon.
L’ordre d’exposition des familles n’était pas décidé a priori, et c’est
au cours de ses travaux que l’auteur a choisi sa voie au fur et à mesure
qu’il approfondissait l’étude des genres. Il a dû néanmoins prendre un
point de départ et commencer par les Dicotylédones, et parmi celles-ci,
par les « Polycarpiques » indiquant ainsi l’importance particulière qu’il
accordait à l’organe reproducteur femelle. Cependant, il refuse d’« admettre
ni le caractère absolu ni la subordination immuable, fondements de ce qu’on a
appelé de nos jours la classification naturelle». S’écartant ainsi des principes
de Robert Brown pour rester fidèle à Adanson, Bâillon s’exposait à
être en désaccord avec les vues nouvelles sur la classification, vues que
devaient confirmer bientôt les travaux anatomiques de Hofmeister.
On peut considérer cette évolution de la classification comme un
corollaire de celle de la technique, l’école de la loupe à fort grossissement,
avec pour champions Payer et Bâillon, devant finir par céder le pas
à celle du microscope avec Hofmeister, Van Tieghem, et leurs succes¬
seurs, dans l’établissement des grandes divisions du règne végétal.
C’est ainsi que Bâillon, en retard à ce point de vue de plusieurs
décennies, ne tient pas compte des découvertes de Robert Brown, et
place encore comme Lindley, Endlicher et Brongniart. les Gymnos¬
permes parmi les Dicotylédones; et qu’il considère le cyathium des
Euphorbes comme une fleur ordinaire.
Voici d’ailleurs à titre d’exemple, le début de sa classification des
familles :
DICOTYLÉDONES
A. Renonculacées. I. Série des Ancolies : a. forme régulière (Aqui-
legia, Xanlhorrhiza, Nigella, Helleborus, lsopyrum, Trollius, Callha...);
b. forme irrégulière : Aconilum, Delphinium. II. Série des Renoncules
(Ranunculus, Myosurus, Anemone, Adonis, etc... Bâillon y place le genre
Hydraslis, considéré de nos jours comme le type d’une tribu distincte).
III. Série des Clématites (Clematis, Atragene, Thaliclrum, Aclaea...).
IV. Série des Pivoines ( Paeonia, Crossosoma [genre considéré parles auteurs
actuels comme formant une famille distincte entre les Platanacées et les
Rosacées],
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B. Dilléniacées. I. Série des Candollea (Candollea [nous dirions
aujourd’hui Hibbertia p.p.] ; Adrastaea [aujourd’hui section du g. Hibber-
tia], Pachynema). II. Série des Hibberlia (dans cette famille, le nombre,
déterminé ou non, des étamines, qui avait paru le plus important à Bâil¬
lon, n’est même plus considéré aujourd’hui comme un caractère géné¬
rique) ( Hibbertia , Schumacheria, Tetracera, Davilla, Curalella, Empedoclea
(rattaché aujourd’hui à Tetracera ), Acrolrema (considéré généralement
aujourd’hui comme formant une tribu distincte). III. Série des Dillenia
(Dillenia, Wormia; les espèces sont distribuées de nos jours entre ces deux
genres plutôt selon la présence ou l’absence d’arille, que comme le faisait
Bâillon; ce dernier rattache en outre au genre Dillenia les Actinidia,
que l’on prend aujourd’hui pour type d’une petite famille distincte
comprenant aussi les Sladenia, Clemaloclelhra, Saurauia).
Ajoutons quelques indications très sommaires sur les familles sui¬
vantes du début de l’ouvrage : C. Magnoliacées (séries des Magnoliers,
des Schizandra, des Badianiers (comprenant le genre Drimys et érigée
aujourd’hui en famille distincte (Wintéracées) ; des Euptelea (famille
moderne des Trochodendracées) ; des Canella (famille moderne des
Canellacées). Notons que Bâillon voyait parfaitement le caractère hété¬
rogène de sa « famille » des Magnoliacées.
D. Anonacées (on écrit aujourd’hui Annonacées) avec les séries des
Anones (comprenant : a. Uvariées; b. Unonées; c. Xylopiées; d. Rolli-
niées; e. Oxymitrées); des Miliusa, des Monodora, des Eupomalia (type
de la famille moderne des Eupomatiacées).
E. Monimiacées, avec les séries des Calycanthes (famille moderne
des Calycanthacées), des Hortonia, des Tambourissa, des Alherosperma,
des Gomorlega (dont on fait aujourd’hui une famille distincte). C’est ici
le lieu de rappeler les vues exposées récemment par le regretté Marcel
Pichon, qui séparait aussi des Monimiacées sensu stricto deux familles
des Atherospermatacées et des Amborellacées.
F. Rosacées, avec les séries des Rosiers, des Aigremoines, des Frai¬
siers, des Spirées, des Quillais, des Poiriers, des Pruniers, des Icaquiers
(nous dirions Chrysobalanoïdées), avec une sous-série à gynécée central
et une à gynécée excentrique comprenant les Grangeria, Hirtella, Parina-
rium).
Nous avons déjà dit que l’ordre des familles de l’Histoire des Plantes
n’avait pas été fixé a priori, mais établi de proche en proche par Bâillon,
qui n’avait choisi d’avance que le point de départ, les Dicotylédones, et
parmi elles le groupe des Polycarpiques et la famille des Renonculacées.
Il est intéressant de voir d’un coup d’œil la suite des groupes élaborés
suivant cette méthode intuitive, et c’est pourquoi nous donnerons, en
espérant ne pas trop lasser le lecteur, le sommaire des treize volumes
publiés de l’ouvrage :
Tome I. Renonculacées, Dilléniacées, Magnoliacées, Annonacées,
Monimiacées, Rosacées.
Tome II. Connaracées, Légumineuses, Mimosées, Caesalpiniées et
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Papilionacées, Protéacées (nous reconnaissons encore dans ce rappro¬
chement la trace des idées de Brongniart et de Lindley; Bâillon va
plus loin en écrivant : Par leurs types les plus élevés, dans lesquels nous trou¬
vons des ovaires mulliovulés, des fruits polyspermes déhiscents suivant leur
longueur... nous pensons que les Protéacées se relient surtout aux types arbo¬
rescents, monopérianlhès... des Légumineuses, principalement des Césalpi-
niées (les systématiciens modernes placent en général les Protéacées près
des Santalacées, Loranthacées, etc...); Lauracées, Elaeagnacées, Myristi-
cacées.
Tome III. Ménispermacées, Berbéridacées, Nymphaeacées, Papavé-
racées, Capparidacées, Crucifères, Résédacées, Crassulacées, Saxifraga-
cées, Pipéracées (le rapprochement des deux dernières familles reposant
sur leurs affinités communes avec les Datiscacées et les Myosurandrées
( = Myrothamnacées modernes, entre les Cunoniacées et les Pittospora-
cées); Urticacées.
Tome IV. Nyctaginacées, Phytolaccacées, Malvacées, Tiliacées,
Diptérocarpacées, Chlaenacées, Ternstroemiacées, Bixacées (avec nos
Flacourtiacées, Samydacées, Lacistémacées, Turnéracées, Cochlosper-
macées, etc...), Cistacées, Violacées, Ochnacées, Rutacées (comprenant
les Simarubacées, Cnéoracées, Zygophyllacées, Coriariacées, et ratta¬
chées aux Ochnacées par le g. Bigioslachys (Simarub.)).
Tome V. (Bâillon parle encore dans le tome IV d’une famille des
Burséracées, très voisine des Rutacées, mais dans le tome V ce n’est
plus qu’une série des Térébinthacées) : Géraniacées (comprenant les
Balsaminacées, Tropaeolacées, Oxalidacées et les Neurada, rattachés
aujourd’hui aux Rosacées) ; Linacées (comprenant les Erythroxylacées),
Trémandracées, Polygalacées (avec le genre Krameria rattaché aujour¬
d’hui aux Césalpiniacées), Vochysiacées (comprenant les Trigoniacées),
Euphorbiacées (avec les Dichapétalacées et Callitrichacées ; mais Bâillon
en séparait avec raison les Buxacées), Térébinthacées (avec les Burséra¬
cées, Corynocarpacées, Icacinacées actuelles) ; Sapindacées (avec Staphy-
léacées, Sabiacées, Hippocastanéacées, Mélianthacées, Acéracées, et le
g. Ailonia considéré aujourd’hui comme une Méliacée); Malpighiacées,
Méliacées;
puis, en abrégeant (et conservant l’orthographe de Bâillon) :
Tome VI. Célastracées, Rhamnacées, Penaeacées, Thyméléacées,
Ulmacées, Castanéacées, Combrétacées, Rhizophoracées, Myrtacées,
Hypéricacées, Clusiacées, Lythrariacées, Onagrariacées, Balanopho-
racées.
Tome VII. Mélastomacées, Cornacées, Ombellifères, Rubiacées,
Valérianacées, Dipsaeacées.
Tome VIII. Composées, Campanulacées, Cucurbitacées, Loasacées,
Passifloracées, Bégoniacées.
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Tome IX. Aristolochiacées, Cactacées, Mesembryanthémacées,
Portulacacées, Caryophyllacées, Chénopodiacées, Elatinacées, Franké-
niacées, Droséracées, Tamaricacées, Salicacées, Batidacées, Podostéma-
cées, Plantaginacées, Solanacées, Scrofulariacées.
Tome X. Bignoniacées, Gesnériacées, Gentianacées, Apocynacées,
Asclépiadacées, Convolvulacées, Polémoniacées, Boraginacées, Acantha-
cées.
Tome XI. Labiées, Verbénacées, Ericacées, Ilicacées, Ebénacées,
Oléacées, Sapotacées, Primulacées, Utriculariacées, Plombaginacées,
Polygonacées, Juglandacées, Loranthacées.
Tome XII. Conifères, Gnétacées, Cycadacées, Alismacées, Triuri-
dacées, Typhacées, Naiadacées, Centrolépidacées, Graminées, Cypéra-
cées, Restiacées, Eriocaulacées, Liliacées.
Tome XIII. Amaryllidacées, Broméliacées, Iridacées, Taccacées,
Burmanniacées, Hydrocharidacées, Commélinacées, Xyridacées, Maya-
cacées, Phylidracées, Rapatéacées, Palmiers, Pandanacées, Cyclantha-
cées, Aracées.
Rendons hommage, en conclusion à ce bref résumé de l’œuvre capi¬
tale de Bâillon, au talent de son dessinateur Faguet dont l’illustration
est parfaite à la fois au point de vue de l’exactitude scientifique et de la
beauté artistique.
Une autre publication très connue est le Dictionnaire de Botanique
en quatre gros volumes in-4° richement illustrés, parfois de planches en
couleurs. Pour cet ouvrage, Bâillon déjà accablé par le travail de pré¬
paration de l 'Histoire des Plantes et l’élaboration de ses notes pour Adan-
sonia et le Bulletin de la Société Linnéenne de Paris s’était adjoint des
collaborateurs. Il comporte une Préface historique et critique et l’exposé
de nombreuses questions d’anatomie, de morphologie, de physiologie
et de taxinomie. Conformément aux préoccupations auxquelles Bâillon
est resté toujours fidèle, une part importante est faite aux propriétés et
usages des plantes et à l’histoire de la botanique. L’ouvrage est destiné,
comme le dit le principal auteur, non pas aux débutants ni aux savants
chevronnés, mais à la masse de ceux qui sont étrangers à la Science, tout
en ayant besoin souvent de connaître, rapidement et sans effort, la signi¬
fication des termes botaniques. Il doit néanmoins pouvoir rendre service
aux botanistes de profession en leur montrant la voie à suivre dans l’étude
des problèmes qui ne sont pas de leur spécialité. Voici quelques-uns des
thèmes caractéristiques de Bâillon dans cet ouvrage. Il s’y élève contre
l’idée fausse qui fait attribuer le concept de genre à Linné et montre que
c’est Tournefort qui en est le véritable père. Il proteste donc contre le
choix des noms génériques linnéens pour des unités systématiques parfai¬
tement définies par l’auteur des Inslilutiones rei herbariae. « Adanson,
écrit-il, fui seul assez juste et assez patriote pour venger Tournefort
Source : MNHN, Paris
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des « déprédations » de Linné. Pourquoi sa voix ne fut-elle pas entendue? »
Bâillon rappelle aussi l’intérêt des herborisations et loue Tournefort
d’en avoir introduit le goût à la ville et même à la cour, où il était de bon
ton d’herboriser au sortir des Tuileries, dans un bois proche du Cours la
Peine et nommé les Champs-Elysées.
Sans diminuer la gloire de la lignée des Jussieu, Bâillon rend sur¬
tout hommage à deux hommes qui au siècle dernier, onl peut-être le plus fait
en France pour les progrès de la Botanique, el qui sont cependant les moins
connus: l’un même, aux yeux du dogmatisme officiel, est comme une sorte
d’ennemi: c’esl Adanson. L’autre est peu cité comme ayant étudié les plantes,
et les botanistes qui dédaignent la partie descriptive de leur science ne le vantent
guère que comme ayant traité des hautes questions de philosophie scientifique
qui sont actuellement à l’ordre de jour: c’est Lamarck... Michel Adanson
a consacré à la Science sa vie et sa fortune. Pour elle il est mort pauvre, el
pour elle il a souffert jusqu’au bout. Outre son Voyage au Sénégal, son
Traité d’Histoire naturelle et ses observations sans nombre, de zoologie
et d’astronomie, il est surtout célèbre par son livre des Familles des Plantes,
qui fut présenté à l’Académie des Sciences de Paris, à sa séance de rentrée de
la Saint-Martin, l’année 1763. Bien qu’ Adanson ail emprunté quelque
chose à l’ordre établi par Bernard de Jussieu dans le classement des plantes
du jardin de Trianon, et que sa méthode l’ait conduit d ne pas séparer les
Monocoiylédones des Dicotylédones, il doit être considéré comme le plus
grand des botanistes de notre pays, comparable au gigantesque Baobab
qu’il a étudié avec prédilection, qui a reçu son nom, et qui est le colosse des
végétaux.
Citons encore cette phrase, écrite déjà en 1875, où Bâillon se
console de l’incompréhension qui le frappe : Pour ne parler que des morts,
ceux qui sont aujourd’hui regardés comme les plus grands et comme ayant
rendu le plus de services à notre science, furent aussi les plus indépendants.
C’est que Vindépendance d’esprit et de caractère peut bien, dans un pays de
dogmatisme, entraver les carrières el susciter de périlleux ressentiments,
mais que jamais la servilité n’a été une condition de réputation durable.
Il est assez curieux de constater en passant que bien que Bâillon
écrive au sujet de Robert Brown et des changements qu’il a apportés au
Généra de Jussieu : ... ces changements sont importants souvent, justifiés
toujours..., il n’a pas cru devoir adopter dans l’ Histoire des Plantes la divi¬
sion des Phanérogames en Angiospermes et Gymnospermes. Il ne pou¬
vait sans doute renoncer aux idées qu’il avait défendues avec chaleur
sur la fleur des Conifères. Notons encore les phrases où Bâillon, peut-
être avec l’arrière-pensée de défendre encore Adanson, montre qu’il
n’existe pas en réalité de frontière nette entre les « systèmes » et la méthode
naturelle basée sur la subordination des caractères : ... comme si le
système, alors qu’il a recours seulement d plus d’un caractère, et il n’en a
jamais été autrement en Botanique dans les temps modernes, ne les faisait
pas forcément passer l’un avant l’autre! Et comme s’il allait à plaisir choisir
seulement ceux de peu de valeur pour les appliquer d l'édification d’une classi¬
fication... Antoine-Laurent de Jussieu, homme de raison avant tout, eût été
Source : MNHN, Paris
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bien surpris qu’on lui accordât dans l’histoire de la science le privilège
d’avoir, succédant à d’innombrables syslémaliciens tous affligés de vues
étroites et embarrassées, reçu en partage la faculté de tout voir, de tout com¬
prendre, de tout embrasser et de mettre chaque chose à sa place! Antoine-
Laurent en eût sans doute reporté tout l’honneur à son grand-oncle
Bernard. Mais, écrit Bâillon, je n’affirmerais pas qu’il en eût exclu tota¬
lement Adanson, car il savait bien tout ce qu’en fait de méthode il devait d ce
dernier, et combien Adanson avait ajouté d ce qu’il avait pu recevoir de
Bernard de Jussieu lui-même... Nous croyons mieux apprécier A.-L. de
Jussieu [que ceux qui prêtaient à Bâillon des opinions auxquelles il
était en réalité étranger] en refusant de l’amoindrir au niveau d’un pur
théoricien, alors que c’est dans la pratique que se révèle sa véritable puissance.
Ce qu’il faut admirer surtout dans l'œuvre d’Antoine-Laurent, si para¬
doxal que cela paraisse, ce n'est pas sa méthode, mais sa classification, à
laquelle il est arrivé par tâtonnements.
Quant à la véritable expression de la méthode naturelle, Bâillon
se croit en droit de dire que c’est Adanson qui s’en est le plus rappro¬
ché. Cependant sa classification est à peine connue, car elle n’avait pas
l’avantage d’être facile. En botanique, les caractères de premier ordre sont,
pour l’un tirés de la fleur, pour l’autre du fruit... Pour Jussieu, ce sont les
cotylédons et ce que les esprits superficiels trouvent « naturel » dans la méthode
de Jussieu, c’est précisément la subordination des caractères.
Or, la subordinaion absolue existe-t-elle réellement dans la nature?
Les nuances réduisent souvent à rien la valeur d’un caractère « de premier
ordre ». Qu’eût dit Antoine-Laurent de Jussieu s’il avait su que dans les
familles hypogynes par excellence, il pouvait se présenter des différences
notables dans l’insertion, et que, par exemple, il y a des Renonculacées qui
cessent d’être complètement hypogynes, et des Crucifères dont l'insertion est
nettement périgynique? Adanson avait vu que dans certaines familles il
y a des Monocotylédones mêlées aux Dicotylédones. Endlicher, admira¬
teur de Jussieu, admet tout un groupe des Pariétales, alors que Jussieu
n’accorde aucune valeur au caractère de la placentation. Si les principes
d'ADANSON avaient été adoptés, ils auraient conduit aussi, par une sage
application, à une classification naturelle, peut-être meilleure. Adanson
admettait que chaque groupe naturel a « son génie » et qu’un caractère
qui, dans telle famille, doit prendre le premier rang, ne peut, dans telle
autre, recevoir que le deuxième, le troisième, ou même être relégué parmi
ceux qui sont de minime importance. Bien que la classification n’ait pas
évolué dans le sens indiqué par Bâillon, ses vues ont été mises à profit
par les systématiciens d’aujourd'hui, souvent obligés de distinguer la
classification de la phylogénie.
Après Adanson, c’est l’anatomie qui devait apporter des idées
nouvelles. Elève de Brisseau-Mirbel, le rénovateur de l’anatomie,
J.-B. Payer, fondateur de l’organogénie végétale, introduit en botanique
l’idée de l’évolution des organes de la fleur à partir d'ébauches d'abord
semblables. Son Traité d’organogénie comparée de la fleur, ouvre une
ère nouvelle pour la Botanique. On sait ce que lui doivent les recherches
Source : MNHN, Paris
— 13 —
les plus récentes sur l’ontogénie et les thèmes géométriques de l’édification
du végétal. Pour Bâillon, de l’identité des principes de l’évolution onto-
génique et du développement découle aussi l’unité fondamentale des
physiologies végétale et animale : la vie est identique dans les deux
groupes. Mais tout en reconnaissant l’intérêt de traiter certains problèmes
physiologiques par les méthodes de la physique et de la chimie, Bâillon
s’élevait contre l’intrusion abusive des sciences exactes dans les sciences
naturelles et l’accusait d’apporter la confusion dans les mots et dans les
idées, plutôt qu’un progrès dans les sciences. C’esl par les naturalistes que
les sciences naturelles doivent être étudiées.
Les idées de Bâillon ne sont plus valables, surtout à l’échelle de la
biologie cellulaire ou à celle de l’agronomie ou de la phytosociologie des
régions tempérées, mais le restent jusqu’ici en systématique et en anato¬
mie. C’est aux adeptes de la génétique, de la taxinomie expérimentale et de
la biométrie de montrer qu’à côté de l’esprit de finesse, l’esprit de géomé¬
trie a aussi son mot à dire dans les progrès de la Botanique.
Pour achever de montrer sous leurs aspects divers les tendances de
l’auteur de l’Histoire des Plantes, rappelons ses Herborisations Parisiennes
(1890), où, reprenant les procédés des « philosophes » du xvm e siècle, déjà
rénovés par Le Maout, puis Gaston Bonnier dans les Plantes des champs
et des bois (1887), il commence leur étude à la fin de l’hiver, alors que peu
d’espèces sont fleuries et que leur distinction est facile; puis en mai, quand
le lecteur a appris à connaître une cinquantaine de plantes, il montre
à quelles familles elles appartiennent, ce qui caractérise ces familles :
il les analyse au cours de l’été, alors que les espèces développées sont nom¬
breuses... Le débutant marchant ainsi du connu d l’inconnu, apprend sans
effort d étudier et à aimer les plantes.
Rappelons aussi V Iconographie de la Flore française avec les figures
en couleurs des espèces indigènes, dont 500 environ ont été publiées, avec
leurs caractères, propriétés, distribution géographique, synonymie; le
Traité d'organographie, d’anatomie et de physiologie végétales pour l’ensei¬
gnement secondaire (1882) ; le Traité de botanique médicale phanérogamique
(1883-1884).
Nous avons déjà dit que le célèbre voyageur Alfred Grandidier
avait chargé Bâillon de l’élaboration de la partie botanique de son
Histoire de Madagascar, ouvrage monumental comprenant de nombreux
volumes in-4°. Bâillon compare, sans exagération excessive, la flore
phanérogamique de ce continent en miniature à celle de l’Australie. Il
avait décrit dans le Bulletin de la Société linnéenne de Paris de nombreuses
espèces, il est vrai sommairement, et parfois il faut bien l’avouer, sous
plusieurs noms différents. Plus de 400 planches, œuvres des remarquables
dessinateurs d’ApREVAL et Faguet, avaient été gravées et publiées à la
mort de Bâillon, mais le texte de l’ouvrage pour lequel il n’avait laissé
que des notes, devait être seulement ébauché vers 1900 par Drake del
Castillo, l’auteur de la Flore de la Polynésie. On sait qu’il était réservé
au Professeur Henri Humbert, l’un des directeurs de cette Revue, de
réaliser sur des bases nouvelles et sur des récoltes considérables constituées
Source : MNHN, Paris
— 14 —
surtout au cours de ses propres voyages et de ceux du grand naturaliste
Henri Perrier de la Bathie, une belle Flore moderne de la grande île
de l’Océan Indien, dont l’élaboration doit être achevée dans peu d’années.
Les Mémoires originaux et les autres publications d’Henri Bâillon
sont si nombreux et si variés que nous ne pouvons espérer en donner une
idée complète. Après le premier Adansonia, presque entièrement rédigé
par lui et qui a comporté 12 volumes d’environ 380 pages chacun, avec de
nombreuses planches splendidement gravées, publiées de 1860 à 1879,
il a dirigé, de 1874 à sa mort, le Bulletin de la Société linnéenne de Paris
dont il a rédigé plus des deux tiers des articles, représentant un millier
de pages, sans parler d'autres travaux.
Un des premiers et des plus importants est V Élude générale du groupe
des Euphorbiacées (684 pages, 28 planches), présentée par Bâillon comme
thèse de doctorat, et qui soulève à chaque pas des questions qui intéressent
tous les points capitaux de la science. Tous les genres connus sont réduits à
14 types ou séries, 5 pour les Biovulées et 9 pour les Uniovulées. Les fleurs
des Euphorbes et Pedilanthes sont considérées comme hermaphrodites,
en désaccord avec les idées modernes. L’auteur démontre que les Dale-
champia sont totalement distincts des deux types précédents, tandis que
les Anlhostema doivent être considérés comme ayant des fleurs $ monan-
dres en cymes, au centre desquelles se trouvent les fleurs $ , ce qui les
rapproche des Sapium. Il est curieux de voir que Bâillon n’admet pas que
ce sont justement les Anlhostema qui montrent par leur organisation inter¬
médiaire, que les cyathiums des Euphorbes ne sont pas des fleurs. Les
Euphorbiacées ont primitivement une corolle, qui manque plus souvent
dans la fleur Ç. La préfloraison est très variable et le « réceptacle »
essentiellement polymorphe. La forme des anthères n’a pas de valeur pour
la distinction des genres; l’origine de l’ovule et de la caroncule, celle de
l’obturateur sont d’un grand intérêt. La famille est divisée en 235 genres
et l’auteur en exclut 22 autres qui lui avaient été rapportés. On voit que
si les botanistes n’ont pas toujours suivi Bâillon dans ses interpréta¬
tions, les documents qu’il apporte ont été un élément capital dans l’étude
de cette famille.
D’autres recherches de notre savant concernent : les Aurantiacées, au
sujet desquelles il se rallie à l’opinion de Brongniart; le Buis, qu’il sépare
(avec les Sarcococca et Pachysandra) des Euphorbiacées, avec lesquelles
ils ne présentent que des ressemblances superficielles. Il réunit par contre
les Antidesmées et les Scépacées (Aporosa) aux Euphorbiacées, point de
vue contre lequel la science moderne (Hurusawa. 1954) a tendance à
réagir.
Dans ses Recherches organogéniques sur la famille des Conifères, et
plus tard dans de nouvelles recherches, il croyait pouvoir démontrer le
bien-fondé de la théorie de Brisseau-Mirbel, qui voyait dans le sac en
forme de bouteille porté sur le pédoncule des Cyprès ou des Pins, un pistil
au fond duquel se trouve un mamelon celluleux, l’ovule réduit à son
nucelle.
Il avait abordé aussi l’étude des mouvements dans les organes sexuels
Source : MNHN, Paris
— 15 —
des végétaux et dans les produits de ces organes (agrégation de médecine,
1856), celle du mode de fécondation des Calaselum, des plantes accidentelle¬
ment monoïques, de l’hermaphroditisme accidentel des Euphorbiacées, de
l’organogénie des graines charnues des Hymenocallis, celle des Triphasia,
des Jussiaea, des Callilriche, des Philesiacées, des Asarum, le développe¬
ment des fleurs à couronne, des Ericacées, des Caprifoliacées, des Maran-
tées, des Byttnériacées, des Berbéridées, des Loranthacées, des Brunia-
cées, des Rhizophorées, des Mappiées, des Saxifragées, le développement
du fruit des Morées, la parthénogénèse etc..., etc..., dans des centaines de
notes.
En ce qui concerne la flore du Gabon, qui doit être étudiée dans un
grand ouvrage en cours de publication sous la direction du Professeur
André Aubréville au Laboratoire de Phanérogamie du Muséum, Bâillon
avait donné des articles dans son Adansonia, en particulier sur les Dillé-
niacées, Annonacées, Ménispermacées et Légumineuses récoltées par
Griffon du Bellay et Duparquet.
On voit quelle a été l’importance de l’œuvre de Bâillon, la variété
de son talent; il fut l’un des rares à avoir étudié de façon approfondie et
personnelle tous les groupes de Phanérogames, et avancé sur chacun des
idées originales. Il reste un des princes de la systématique, un digne conti¬
nuateur de celui à qui il avait voué une admiration infinie et dédié sa
première Revue, le grand auteur des Familles de Plantes, Adanson.
Source : MNHN, Paris
SAVANISATION TROPICALE ET GLACIATIONS
QUATERNAIRES
par A. Aubréville
INTRODUCTION
La revue Adansonia qui a succédé aux Notulae Syslemalicae est
ouverte à toutes les études qui contribuent à la connaissance des flores
et de la végétation et en particulier à celles de leur répartition dans le
Monde. J’ai pensé aussi qu’il était utile et certainement bénéfique pour
l’esprit de s’élever à l’occasion au delà de la systématique descriptive
et exégétique, indispensable mais sévère, et accessible à quelques spécia¬
listes seulement, en réfléchissant sur l’histoire, fut-elle même largement
hypothétique, des flores et des végétations qui dans leur évolution et
leurs migrations ont changé maintes fois le visage de la Terre. C’est pour¬
quoi j’ai donné à Adansonia cette étude d’analyse écologique et d’hypo¬
thèses paléoclimatologiques.
Il y a dans la répartition des savanes herbeuses et des forêts denses
humides en Afrique et en Amérique tropicales des faits écologiquement
aberrants, c’est-à-dire que dans certaines régions de savanes herbeuses
régnent des conditions écologiques qui sont favorables à l’existence de
forêts denses humides ou au moins de formations de forêts sèches ou de
savanes boisées. Si le déterminisme écologique est un mode de raisonne¬
ment scientifique valable, il y a là un ensemble de faits qui méritent d’être
exposés et doivent être expliqués. Je propose dans le présent essai une
explication d’ordre paléoclimatologique, l’explication anthropique, vrai¬
semblable ou certaine dans de nombreux cas ne me paraissant dans d’au¬
tres ni valable ni probable à l’échelle des faits signalés.
J’ai dans mes recherches de causalité retrouvé une hypothèse que
j’avais proposée très sommairement dans un opuscule paru en 1949
Conlribution à la paléohisloire des forêls de l’Afrique tropicale. Depuis cette
date j’ai parcouru de nouveaux pays et fait de nouvelles observations tant
en Afrique qu’en Amérique. Elles me permettent aujourd’hui de dévelop¬
per et de préciser mon hypothèse de 1949.
J'avais aussi eu l’occasion en mars 1958 au cours d’un colloque
organisé à l’Université d’Achimota au Ghana d’exposer ma conception
de l’origine des savanes herbeuses à boqueteaux de la région des lagunes
en Côte-d’Ivoire. L’explication proposée est ici étendue à toute l’Afrique
tropicale et au continent latino-américain.
Source : MNHN, Paris
— 17 —
Bien entendu je ne me suis placé qu’au point de vue du phytogéo-
graphe et de l’écologiste qui recherche une théorie générale qui lui paraisse
la plus convenable à l’explication d’un faisceau de faits biologiques et qui
ne prétend pas apporter des arguments en faveur d’hypothèses telles que
le déplacement des pôles ou des continents qui ne sont pas de sa compétence
mais qui, cependant, si elles sont contestées par d’éminents spécialistes
sont toujours défendues par d’autres sans que des preuves définitives
puissent encore être apportées pour ou contre.
LE MILIEU ET LES FORMATIONS VÉGÉTALES
Le milieu conditionne les formes de la végétation. Une forêt, une
savane, une steppe existent ici ou là, parce que ici ou là sont réunies des
conditions du milieu convenant à la forêt ou à la savane, ou à la steppe.
Elles se résument pour chaque formation en certains types de bioclimats
associés à certaines natures du sol. On doit s’attendre donc à constater
en chaque lieu, sauf perturbations accidentelles dues généralement à
l’occupation humaine, un équilibre milieu-formation. Ce déterminisme
est le fondement même de cette science des relations entre le milieu et les
êtres vivants que l’on nomme l’écologie. Si le milieu vient à changer, la
formation végétale se transforme et un nouvel état d’équilibre s’établit
entre le milieu modifié et un nouveau type de végétation. L’adaptation
de la végétation aux changements mésologiques peut être lente car il y a
une inertie des formations végétales. On peut aussi concevoir que certaines
adaptations sont impossibles lorsque les variations du milieu sont trop
grandes, et alors qu’il y a substitution brutale d’un type de végétation
au type préexistant. Chaque fois qu’un nouveau milieu se constitue, la
végétation prend des formes nouvelles qui à la longue parviennent à un
état stable que l’on appelle un climax, du moins si aucune autre pertur¬
bation n’intervient.
C’est un des objectifs de la géographie des plantes que la détermina¬
tion des conditions mésologiques qui commandent l’existence des diffé¬
rents types de végétation. Notre propos ici se limitera à la végétation
tropicale. Les facteurs biométéorologiques et du sol qui entrent en cause
sont très nombreux : indice pluviométrique annuel et régime des précipi¬
tations atmosphériques ; durée, aridité, intensité, régularité de la ou des
saisons sèches; déficit de saturation de l’atmosphère et son régime;
régime de la température, amplitude thermique, absence ou présence de
saisons froides ou fraîches, gelées; nébulosité; brouillards, brumes, rosées;
régime de la radiation solaire globale.
Les facteurs édaphiques sont également très importants : nature du
sol (sablonneux, calcaire, argileux, rocailleux, etc...); richesse en éléments
nutritifs; profondeur; structure; régime de l’eau dans le sol; etc...
Tous ces éléments interfèrent entre eux, les uns compensant l’insuffi¬
sance des autres, ou au contraire additionnant leurs effets favorables ou
Source : MNHN, Paris
— 18 —
défavorables. Des formules climatiques, en grand nombre, ont été propo¬
sées en fonction de divers facteurs climatologiques agissant simultané¬
ment. Elles sont généralement peu satisfaisantes lorsqu’elles sont appli¬
quées à l'échelle de grandeur des continents, surtout quand elles ne
tiennent pas compte des régimes des facteurs mis en cause et de leurs
interférences. Aussi bien dans nos études écologiques (1-2) avons-nous
adopté une méthode analytique d’étude des régimes annuels moyens et
de leurs variations possibles de tous les principaux facteurs biométéoro¬
logiques. Lorsqu’une telle étude est faite pour différents types de forêts
denses humides par exemple, d’après les données fournies par des sta¬
tions météorologiques situées dans ces régions forestières, on peut rassem¬
bler toutes les combinaisons qui se présentent des facteurs mésologiques,
y compris ceux des sols, permettant l’existence de telles forêts denses
humides et ensuite autant que possible dégager quelques conclusions
écologiques générales définissant le climat général de la forêt dense
humide.
CONDITIONS ÉCOLOGIQUES DES FORÊTS DENSES HUMIDES
J’ai fait ces études pour les grands massifs forestiers équatoriaux
et subéquatoriaux du Brésil et de l’Afrique (1-2) et conclu qu’à l’intérieur
de ces aires de forêt dense humide, l’indice pluviométrique était généra¬
lement supérieur à 1 400-1 500 mm sans limite supérieure, et qu’il pouvait
descendre à 1 250 mm lorsque les pluies étaient très régulièrement distri¬
buées dans l’année. Ces forêts peuvent supporter des saisons sèches 1
courtes de 1-3 mois consécutifs, et même à l’extrême limite 4 mois lorsque
ces saisons sèches assez longues sont peu arides, c’est-à-dire lorsqu’en
raison de la tension très élevée de vapeur d’eau atmosphérique et de la
nébulosité, le déficit de saturation y demeure très faible en dépit de
l’arrêt des pluies. La condition d’un déficit de saturation faible ou moyen
et peu variable dans l’année est impérative pour la forêt dense humide.
Lorsque durant la saison sèche ou demi-sèche 1 ou 2 mois accusent un
déficit assez fort *, la forêt a tendance à disparaître sauf sur des sols frais
et profonds.
Lorsque l’indice pluviométrique est près de sa limite inférieure et que
la saison sèche dure plus de 2 mois 3 , ou qu’elle devient assez aride au cours
d’une certaine période, la forêt dense humide tend à prendre le type biolo¬
gique dit semi-caducifolié (décidu) tandis que la flore change. Des sols
1. Conventionnellement, pour la zone intertropicale, 1 mois est considéré comme
écologiquement sec si son indice pluviométrique est < 30 mm. Il est humide si cet
indice > 100 mm. Entre 30 et 100 mm le mois est selon l’incidence d'autres conditions
écologiques demi-sec ou demi-humide.
2. Nous avons adopté l’échelle de qualification suivante pour le déficit de satu¬
ration. Excessif > 15 mm. Très fort 10-15 mm. Fort 7-10 mm. Moyen 5-7 mm. Fai¬
ble 3-5 mm. Très faible < 3 mm.
3. Conventionnellement nous avons adopté l’échelle suivante pour la longueur
d’une saison sèche : Très longue > 8 mois. Longue 7 mois. Assez longue 4-5-6 mois
Courte 2-3 mois. Très courte 1 mois.
Source : MNHN, Paris
— 19 —
sablonneux, très perméables modifient les seuils des minima d’indice
pluviométrique et de durée de la saison sèche; le caractère décidu de la
forêt s’accuse en général, son aspect et sa flore changent aussi (forêts sur
sables blancs notamment).
La présence d’une nappe phréatique peu profonde dans le sol, supplée
dans une certaine mesure aux insuffisances de la pluviométrie et de
l’humidité atmosphérique. De même la nature d’un sol ayant un grand
pouvoir de rétention pour l’eau.
L’étude analytique des forêts sèches denses semi-décidues ou décidues
de l’ouest de Madagascar (Majunga) montre que celles-ci se maintiennent
sous des climats moins humides que les précédents. L’indice pluviomé¬
trique est encore élevé (1 350 mm), mais la saison sèche est très accusée
et longue (5 mois). Le déficit de saturation peut être fort, mais il est faible¬
ment variable, un peu plus fort seulement en saison sèche qu’en saison
des pluies. Ces conditions médiocres autorisent donc l’existence d’une
forêt dense, mais celle-ci perd ses feuilles en saison sèche. La nature du sol
(argileux, sableux, calcaire) ajoute son influence sur le faciès forestier et
peut accentuer le caractère xérophytique de la forêt quant à sa densité, à
la hauteur de la futaie, et au port des arbres. Ces forêts sont des cas
limites, car elles ont une médiocre vitalité, ce que l’on observe dans le cas
de défrichements : la reconstitution forestière spontanée des aires défri¬
chées est difficile, très lente, ou même impossible.
Cet exemple nous permet d’évoquer la notion biologique de sta¬
bilité de la forêt. Une formation stable, dans le cas d’une destruction
accidentelle, se reconstitue spontanément avec facilité par divers stades
progressifs. Une formation instable se reforme difficilement et peut
être remplacée dans des cas extrêmes sans transition par une formation
herbacée. Les forêts de l’Ouest et aussi celles des Hauts Plateaux de
Madagascar se trouvaient ou se trouvent dans ces conditions limites;
leur fragilité biologique explique leur faible résistance aux incendies
et aux feux de brousse. Nous pourrions multiplier les exemples en exa¬
minant tous les cas qui peuvent se présenter en Afrique et en Amérique
du Sud.
Les forêts du Mayumbé et les restes de celles du Fouta Djalon
en Guinée subsistent aussi dans des conditions limites. Indice pluvio¬
métrique généralement inférieur à 1 400 mm (Mayumbé). Saison sèche
très accusée de 4 mois, mais relativement peu aride en raison de la
nébulosité et des brouillards. Déficit de saturation très peu variable,
faible ou moyen, le minimum se plaçant en saison sèche, contrairement
au régime tropical le plus commun où il se produit à la saison pluvieuse.
Au Fouta Djalon, la station encore forestière de Mamou est fortement
arrosée (2 m), la saison sèche y est très accusée tant par sa durée
4 mois, que par le déficit de saturation qui prend de fortes valeurs
influence desséchante de l’harmattan, vent du Nord-Est, alors que
tout le reste de l’année il est faible.
Ces forêts sont encore des forêts denses humides mais très instables,
très vulnérables après défrichement.
Source : MNHN, Paris
— 20 —
CONDITIONS ÉCOLOGIQUES DES SAVANES BOISÉES ET FOBÊTS
CLAIRES *
Également intéressant est le cas des savanes boisées et forêts claires
qui recouvrent une très grande partie de l’Afrique tropicale (Région
chorologique soudano-zambézienne), et celui des savanes boisées du
Brésil (sous le nom de campos cerrados). Sur des superficies aussi consi¬
dérables, l’aridité des climats varie beaucoup quant aux 3 éléments
principaux : pluviométrie, durée de la saison sèche, déficit de saturation.
Il ne peut être question ici d’entreprendre une étude écologique détaillée.
Nous n’examinerons que 3 cas moyens; ceux des savanes boisées et forêts
claires soudaniennes (climat soudano-guinéen) ; des forêts claires et savanes
boisées du Haut-Katanga et du nord de la Rhodésie du Nord (climat haut-
Climats
Indiens pluviomitriques
Durée de la
saison sèche
écolo; que
Déficit de saturation
duTéîicH nï
savanes boisées et
forêts claires sou¬
daniennes
soudano-
guinéen
moyen ou élevé :
950-1 750 mm
4-5 mois
fort : faible
ou moyen en
saison plu¬
vieuse, très
élevé en sai¬
son sèche.
forêts claires et sa¬
vanes boisées du
Haut-Katanga et
du nord de la N.
Rhodesia
haut-katan-
gien
moyen : 1 000-
1 400 mm
5-6 mois
à la fin de la
saison sèche.
— id. — N. et S.
Rhodesia
rhodésien
faible ou moyen :
600-1 200 mm
6-7 mois
moyen : fort
à la fin de la
saison sèche.
savanes boisées
(campos cerrados)
du Brésil central
brésilien cen¬
tral
é 'i e 900 ’ mm °°
«
moyen : faible
ou moyen en
euse, fort en
saison sèche.
1. Rappelons ici la nomenclature qui a été adoptée et recommandée à Yan-
gambi en 1956 par un groupe de phytogéographes spécialistes de la végétation de
l'Afrique au Sud du Sahara réunis par le Conseil scientifique africain de la C. C. T. A.
Les formations mixtes forestières et graminéennes (herbacées) comprennent : les
savanes herbeuses sans végétation ligneuse en mélange (ou presque) ; les savanes boisées,
mélange d'une formation graminéenne et d’une formation forestière d’arbres et
d’arbustes plus ou moins ouverte; les savanes arbuslives où la formation forestière
ne compte que des arbustes et pas ou peu d’arbres; les forêts claires dans lesquelles
la formation forestière assez dense est constituée d’arbres dont les cimes sont jointives
ou presque et revêt alors l’aspect d’une forêt. Chez tous ces types de végétation, il
y a un tapis herbacé plus ou moins dense, qui généralement est desséché en saison
sèche et alimente alors les feux de brousse.
Source : MNHN, Paris
— 21 —
katangien); des campos cerrados du centre du Brésil (climat brésilien-
central).
Ainsi qu’on peut l’observer sur ce tableau, ces bio-climgts sont
assez variables, bien qu’ils correspondent tous au même type de for¬
mation, la savane boisée ou à son faciès optimum, la forêt claire.
On rencontre aussi dans ces régions des petites taches de forêt
sèche dense. La saison sèche dure de 4 à 7 mois, la pluviométrie
varie beaucoup entre 600 et 1 900 mm, le déficit de saturation annuel
est moyen ou fort, mais surtout il est toujours fort en saison sèche, et
parfois très élevé (Soudan). En dépit de ces conditions climatiques sévères,
la formation correspondante est semi-forestière : savane boisée ou forêt
claire. La plupart de celles-ci sont en réalité d’anciennes forêts sèches
denses fermées, dégradées depuis longtemps, parfois très anciennement
par les feux de brousse et les défrichements culturaux. Elles sont cons¬
tituées d’une flore assez riche, spécifique de ces formations mixtes,
comprenant des genres et de nombreuses espèces endémiques.
CONDITIONS ÉCOLOGIQUES DES STEPPES BOISÉES ET FOURRÉS
A ÉPINEUX ‘
Les climats accusent un caractère d’aridité plus grand dans les pays
de steppes boisées et de fourrés à épineux. Comparons encore 3 cas :
les steppes boisées à Acacia et les savanes boisées sahélo-soudanaises (cli¬
mat sahélo-soudanais), à la limite du Sahel et du Soudan en Afrique
1. La steppe d’après la définition de Yangambi est une formation très ouverte,
herbeuse, ou mixte, herbeuse et forestière. Le tapis graminéen est moins élevé et
moins dense que dans la savane. La steppe peut être herbeuse, ou arbustive, ou arbo¬
rée, ou buissonnante ou succulente.
En général elle n’est pas parcourue par les feux, Ecologiquement elle est liée à
des climats arides.
Le fourré est une formation arbustive, dense, fermée, continue ou discontinue,
parfois impénétrable, qui peut <Hre aussi dominée de place en place par quelques
arbres. Dans le fourré à épineux les plantes épineuses sont nombreuses.
Source : MNHN, Paris
— 22 —
occidentale et centrale ; les fourrés à Didiéracées et euphorbes du sud de
Madagascar (climat Madagascar Sud); la catinga du nord-est du Brésil
(climat nord-oriental du Brésil).
Ces trois climats se ressemblent par leur faible pluviosité et la longue
durée en général de la saison sèche. Le déficit de saturation est souvent
très fort, moyen seulement à l’extrémité sud de Madagascar.
Les conditions mésologiques sont donc très médiocres. Cependant
ces régions sont couvertes de steppes boisées souvent à épineux, ouvertes
ou très fermées, et même de fourrés denses à Madagascar. La flore de
ces régions est très individualisée, et parfois riche en genres et espèces.
Nous aboutissons à cette conclusion générale que dans les pays
tropicaux il est possible de déterminer les conditions écologiques des
diverses formations végétales, celles-ci étant déterminées et pouvant
être donc caractérisées par celles-là. En outre et c’est le point sur lequel
nous insistons; quelles que médiocres que soient les conditions imposées
par le climat, le type végétal comporte toujours de nombreux éléments arbus-
ifs et arborescents associés aux formations herbacées et il est constitué
d’une flore individualisée parfois très riche. Ce type est ou une steppe
boisée très ouverte, ou une savane boisée, ou une forêt claire, ou un
fourré dense, ou une forêt sèche dense basse, ou une lande.
Dans la réalité ces pays, très vastes, sont occupés par une mosaïque
de toutes ces formations, dont les taches sont réparties en relation avec
les types de sols si du moins nous faisons abstraction des modifications
dues aux défrichements des populations. La nature du sol a d’autant plus
d’importance que le climat devient aride. Cette influence est très visible, lors¬
qu’on approche des véritables déserts, la végétation se diffuse de plus en
plus, plantes herbacées comme plantes ligneuses; la flore aussi s’appauvrit
beaucoup. Les paysages demeurent ceux des steppes boisées, très ouvertes
et discontinues, dont le spectre biologique continue à compter beaucoup
d’arbrisseaux, et de sous-arbrisseaux appartenant à une flore érémique
spécialisée.
CONDITIONS ÉCOLOGIQUES DES FORMATIONS MONTAGNARDES
Les formations végétales des hautes montagnes sont naturellement
liées à des climats, des sols et des conditions topographiques très parti¬
culières. Selon l’altitude, la position géographique, les expositions aux
vents dominants, la raideur des pentes, elles se diversifient en : forêt
dense humide montagnarde sempervirente ou décidue, fourrés sem-
pervirents ou décidus, hautes bambusaies, landes, prairies altimon-
taines, et dans les très hautes montagnes de l’Afrique orientale à
haute altitude en peuplements extraordinaires de grands séneçons
et de lobélies, fourrés d’alchemilles, d’Helichrysum, etc... A chaque
type végétal correspond un type de milieu. Il n’y a pas place ici pour
développer ce sujet d’écologie et de bioclimatologie. Nous voulons seu¬
lement faire ressortir ce fait capital : dans les régions tropicales humides,
Source : MNHN, Paris
23 -
jusqu'à l’étage des glaciers, la végétation ligneuse dense et fermée prend
toujours possession du sol, et ceci si abruptes que soient les pentes ; presque
verticales, la végétation ligneuse s’y accroche encore dans l’étage des
nuages. Dans les pays semi-arides alors que les plaines et les collines
de piedmont sont couvertes de savanes boisées ou de steppes, souvent
la végétation ligneuse fermée coiffe encore sommets et crêtes les plus
élevés exposés aux vents océaniques. Reconnaissons tout de suite que
beaucoup de chaînes de hautes montagnes en zone tropicale sont au
contraire dénudées de toute végétation ligneuse, à l’exception fréquente
de ravins d’érosion qui sont boisés; il y a plus de montagnes dénudées
que de massifs montagneux intégralement boisés. L’explication en est
simple, l’homme, les défrichements et les feux sont responsables de la
destruction d’un manteau sylvestre initial. Les formations de montagne
étant installées sur des sols le plus souvent superficiels, ou couvrant
des pentes abruptes, facilement érodables par ravinement ou glissement,
étant violemment irradiées lorsque les brumes et nuages s’entrouvrent
sont particulièrement instables et vulnérables aux incendies. C’est le
feu qui a détruit les formations montagnardes primaires. Les bambu-
seraies, les bois de séneçons, peuvent être eux aussi incendiés en dépit
des sols spongieux, couverts de couches épaisses de mousses gorgées d’eau
dans les hautes montagnes de l’Afrique équatoriale orientale (Kenya,
Ruwenzori (4)). Or, soit que la faible couche de terre soit arrachée par
les pluies après la destruction de la couverture végétale, soit que la réins¬
tallation d’une végétation soit toujours difficile et lente à haute altitude
du fait du climat, on comprend que la montagne puisse demeurer défi¬
nitivement dépourvue de toute végétation ligneuse après incendie ou
défrichement. Le fait essentiel à retenir et dont il faut tirer toute la
conclusion est que lorsqu’un pays tropical humide de haute altitude
est totalement inhabité, les formations ligneuses, parfois naines et parfois
inextricables, les recouvrent d’un manteau continu sur les escarpements
les plus raides, jusqu’aux crêtes les plus aiguës. Des arrachements de
terre peuvent s’y produire pendant les saisons pluvieuses, mais les coulées
de terre sont à la longue reconquises par la végétation lianoïde et arbus-
tive. Les photographies des hautes crêtes boisées du Tsaratanana et
du Marojejy (7) à Madagascar sont à cet égard particulièrement démons¬
tratives; alors que certains contreforts à la base du Tsaratanana sont
en proie à une érosion intense qui les transforme en extraordinaires
paysages dénudés de « bad lands ». On connaît les magnifiques photogra¬
phies qui ont été publiées de la végétation du Ruwenzori et des volcans
de la chaîne des Virunga qui montrent cette splendeur de la végétation
sous le climat équatorial de haute montagne, doux ou froid selon l'altitude,
mais à température moyenne peu variable dans l’année, et sur des sols
saturés de l’eau des pluies et des brouillards.
LES CLIMAX FORESTIERS DANS LA ZONE INTERTROPICALE
Nous arrivons alors à ces conclusions générales très importantes
d'écologie tropicale que dans les pays tropicaux la végétation primaire
Source : MNHN, Paris
— 24 —
est sous les climats humides une végétation de forêt dense, ou plus géné¬
ralement de végétation ligneuse dense et, sous les climats semi-arides,
encore une végétation ligneuse, biologiquement différente des précédentes,
fermée ou ouverte; lorsqu’elle est ouverte il y a transition vers des formes
mixtes graminéennes et forestières. Dans les régions semi-désertiques
les formations climax sont encore des steppes à végétation ligneuse,
de sous-arbrisseaux nains et de succulents, très ouvertes, où les herba¬
cées pérennes (graminées) n’ont plus une place prépondérante, alors
qu’au contraire les herbacées annuelles abondent en saison estivale
pluvieuse. Tels sont à notre avis les grands types climaciques de végé¬
tation tropicale.
Je suis allé autrefois plus loin encore à propos des formations mixtes
graminéennes et forestières, mais je me contenterai de résumer ici
mes conclusions. Je suis arrivé à la conviction que ces formations mixtes
appelées communément savanes boisées et forêts claires ne sont clima¬
ciques que dans des pays très arides, où vu la pénurie d’humidité dans le
sol, les systèmes radiculaires des arbustes et des arbres sont dans l’obli¬
gation de s’étendre et, arbustes et arbres donc de laisser des intervalles
suffisants entre eux, lesquels sont évidemment occupés par une végé¬
tation graminéenne qui, avide de lumière et proliférante comble rapi¬
dement les vides.
C’est le cas extrême par exemple, de ces peuplements sahéliens
d’arbres épineux, que logiquement on pourrait appeler aussi des « forêts
claires à Acacia », qui se trouvent sur des sables à la périphérie du désert.
Mais dans les régions qui ne sont que semi-arides, où la saison des pluies
est encore assez longue (région soudano-guinéenne par exemple), où la
végétation arborescente est dormante durant la saison sèche et ne requiert
donc pas beaucoup d’eau en dépit du fort déficit de saturation qui s’y
produit, le conflit arbre-graminée, forêl-savane ne peut manquer d’éclater.
Les graminées habituelles des savanes sont très héliophiles et suppor¬
tent non ou mal d’être sous l’ombrage des arbres; elles dépérissent et
si les cimes du couvert forestier se rejoignent, lorsque ce couvert se ferme,
elles disparaissent parfois complètement. Inversement, les graminées
lorsqu’elles se développent librement en groupements denses empê¬
chent ou entravent le développement des semis et des jeunes plants
des espèces ligneuses. Une formation faite d’un mélange, d’une commu¬
nauté d’arbustes et d'une communauté de graminées est donc sauf le
cas exposé plus haut des pays arides, une anomalie, un groupement
antinaturel, où la végétation forestière, où la végétation herbacée dans
cette union apparente devrait l’emporter. Dans la plupart des cas, si
des facteurs extérieurs n’intervenaient pas en faveur des herbages comme
les feux de brousse annuels et les défrichements, la strate forestière
finirait par l’emporter, car elle a pour elle la position dominante, la
longévité, la puissante installation en profondeur dans le sol, la vigueur
de la souche. Rarement en fait elle peut emporter la décision, et une
sorte de fire-climax, de climax du feu, finit par acquérir une stabilité
apparente, sous forme d’une savane boisée. Mais alors quel est le vrai
Source : MNHN, Paris
— 25 —
climax? Pour moi, — je n'ai aucun doute à ce sujet —, c’est la forêt
sèche dense, formation fermée constituée en grande partie des mêmes
espèces ligneuses qui existent dans la savane boisée (1, 3). Des preuves
expérimentales ont été apportées de la possibilité de la reconstitution
d’un type forestier par simple protection contre les feux assurée pendant
des temps plus ou moins longs (5, 6, 8, 34). Il existe aussi des vestiges,
rares il est vrai de ces anciennes forêts sèches denses (1, 3, 9). Mais je
ne veux pas m’étendre ici plus longtemps sur ce sujet que j’ai largement
développé ailleurs.
En résumé dans des conditions climatiques analogues à celles du
climat soudano-guinéen la formation climacique n’est ni la savane boisée,
ni même la forêt claire, l’une et l’autre dégradées que nous voyons aujour¬
d’hui, mais une forêt sèche dense à faciès variés, où les graminées n’occu¬
paient que des emplois secondaires de compagnes dans les sous-bois
clairiérés.
Des objections à ces affirmations viennent immédiatement à l’esprit.
Tous ceux qui ont voyagé dans les pays tropicaux ont vu plus souvent
des montagnes pelées que des montagnes boisées, de médiocres savanes
arbustives que de forêts sèches denses, parfois aussi plus de savanes
strictement herbeuses que de savanes boisées, et même beaucoup de savanes
herbeuses dans des régions de grande forêt. C’est toute l’écologie qui semble
en défaut confrontée avec ces observations que l’on peut faire aujour¬
d’hui selon lesquelles sous climat très humide comme sous climat semi-
aride peuvent se rencontrer d’immenses étendues de savanes purement
herbeuses ou presque. Pour nous chez qui le déterminisme écologique
est le fil conducteur sûr, il y a des explications à trouver à ces faits appa¬
remment contradictoires. Puisque dans des conditions très médiocres
de climat, nous avons montré que les sols étaient tout de même couverts
de formations forestières, forêts denses ou fourrés, ou au pis de formations
mixtes forestières et graminéennes comment peut-il se faire que dans
des conditions biologiques bien meilleures, celles du climat forestier,
il puisse y avoir des étendues considérables de savanes herbeuses ou
très médiocrement arbustives même dans des régions presque inhabitées.
L’écologiste s’y perd peut être d’abord mais doit finalement comprendre
et espérer convaincre.
SAVANES ANTHROPIQUES
Les défrichements, les incendies et les feux de brousse ont large¬
ment transformé les paysages végétaux des régions tropicales.
Le défrichement des forêts est un fait d’hier et d’aujourd’hui qui
prend de plus en plus d’ampleur avec le développement démographique
et économique dans les pays tropicaux. S’il y a encore tout de même des
régions où la végétation paraît intacte et peut être considérée comme
le type climacique, surtout dans les régions humides de grande forêt,
c’est parce qu’elles sont demeurées pratiquement inoccupées par l’homme
jusqu’aujourd'hui. Tandis que partout ailleurs où sont établies depuis
Source : MNHN, Paris
— 26 —
longtemps les populations, la dégradation de la végétation est un fait
acquis. Effectivement il y a beaucoup de savanes anthropiques dans
la forêt dense. Ce sont des faits évidents, aussi nous n’avons pas l’inten¬
tion de développer ce sujet, bien connu et qui a alimenté une abondante
bibliographie. Beaucoup de savanes herbeuses ou quasi herbeuses des
régions forestières sont îe dernier terme d’une série régressive : forêt dense
humide, défrichements, cultures-formations secondaires, défrichements-
cultureset finalement savane herbeuse brûlée chaque année à la saison sèche.
Sur les lisières actuelles forêt-savane, la savane herbeuse anthro¬
pique (à Pennisetum, Afrique occidentale) est d’ailleurs colonisée assez
rapidement par quelques espèces arbustives banales, très résistantes
aux feux de brousse, qui en dépit de la concurrence des hauts herbages
réussissent à s’y installer. Ce processus a été étudié par nous-mêmes
autrefois en Côte-d’Ivoire et en Guinée ex-française sur la périphérie
de la forêt (1-3). A la longue la colonisation se renforce d’autres éléments
et finalement les savanes boisées sur ancien sol de forêt dense humide
défriché arrivent à ressembler par l’aspect comme par la flore aux savanes
boisées et forêts claires issues de la dégradation des anciennes forêts
sèches denses. En général, la reconstitution forestière a tendance à se
développer dans les savanes herbeuses anthropiques, soit sous forme
d’une formation secondaire fermée, soit d’une savane boisée. L’expli¬
cation anthropique souvent satisfaisante ne peut cependant à notre
avis être valable pour certaines régions entièrement ou presque recou¬
vertes de savanes herbeuses ou pauvrement arbustives. Nous y revien¬
drons à propos des exemples que nous exposons plus loin.
SAVANES ÉDAPHIQUES
Mettons tout de suite à part le cas des savanes herbeuses édaphi¬
ques. Il y a des sols qui sont inaptes à porter une végétation ligneuse.
Ce sont ceux où une couche imperméable se trouve à la surface ou près
de la surface du sol. Un exemple fréquent est celui des « demboes »,
dépressions topographiques peu accusées, colmatées, où stagnent les
eaux des pluies. Un autre cas est celui de sols sableux peu profonds
recouvrant encore une couche d’argile peu profonde, et mal draînés.
En saison sèche, le milieu est très sec, et en saison des pluies il est gorgé
d’eau et parfois inondé. Aucune végétation forestière ne tolère ces sols
alternativement secs et gorgés d’eau, aucune plantule ne peut s’installer
dans ces conditions. Parfois la couche imperméable affleure sous l’aspect
d’une cuirasse ferrugineuse non fissurée. Seules des herbacées peuvent
vivre dans les craquelures superficielles de la croûte et dans les cavités
où s’accumule un peu de terre. Beaucoup de petites savanes herbeuses
incluses en forêt ont cette origine. Les bancs de sable récemment exondés
portent aussi une végétation pionnière herbeuse.
En général ces savanes édaphiques n’ont que des aires relativement
petites et se présentent sous forme de clairières à l’intérieur des forma¬
tions forestières.
Source : MNHN, Paris
Fig. 1. — La forêt guinéo-congolaise actuelle et les secteurs de savanes herbeuses
aberrantes (limites révisées d'après les documents les plus récents de Letouzey
(Cameroun) et Devred (Congo) : 1, Savanes herbeuses à boqueteaux de la région
des lagunes en Côte d’ivoire. — 2, Le saillant ou V du Baoulé (Côte d’ivoire). —
3, Les savanes de la côte du Ghana et des plaines de la basse Volta. — 4, Les
savanes herbeuses (plaines) du Gabon. — 5, Savanes herbeuses ou pauvrement
arbustives de la Ngounié, de la Nyanga et du Niari (République du Congo). —
6, Savanes herbeuses des plateaux batékés (République du Congo). — 7, Savanes
herbeuses arbustives de la haute Sanga (République centrafricaine). — 8, Savanes
herbeuses du Congo méridional.
Source : MNHN, Paris
— 28 —
LES RÉGIONS DE SAVANES HERBEUSES
ÉCOLOGIQUEMENT ABERRANTES
L’objet principal de notre étude est de répondre à cette question :
lorsque les sols ne peuvent être mis en cause, ni l’action anthropique, et
qu’il s’agit de vastes régions de savanes sous climat favorable aux forêts
denses, humides ou sèches, quelle est la cause de ces paysages écologiquement
aberrants?
Nous allons exposer un certain nombre de cas d’espèces, et de tout
le faisceau des faits d’observation nous tenterons une explication d’ensem¬
ble cohérente.
LES SAVANES HERBEUSES A BOQUETEAUX DE LA RÉGION DES
LAGUNES EN COTE-D'IVOIRE
La région côtière de la Côte-d’Ivoire entre Fresco à l’Ouest et la
frontière du Ghana à l’Est est remarquable par un chapelet de grandes
lagunes réunies par des marécages qui sont d’anciennes lagunes colma¬
tées par les alluvions fluviales. Autrefois une seule lagune s’étendait
sans discontinuité, séparée de la mer par un cordon littoral plat, large
de quelques kilomètres à quelques dizaines de mètres seulement. La
plage littorale est absolument rectiligne sur 300 km environ, ou plutôt
dessine un angle de près de 180° dont le sommet rentré vers l’intérieur
est à hauteur d’Abidjan. Le bord des lagunes côté terre est au contraire
extraordinairement découpé en baies profondes. C’est évidemment
une ancienne côte marine. Le plateau sablo-gréseux tertiaire qui cons¬
titue ici le rebord du continent se termine assez abruptement au-dessus
des lagunes, parfois d’une hauteur de 95 m (Bingerville).
Le cordon littoral plat est boisé mais rayé parfois de lignes de savanes
étroites, parallèles à la Côte, sur bancs de sable alternant avec des rides
boisées qui sont les restes d’anciens fossés de drainage, qui se formaient
parallèlement à la mer sans pouvoir trouver un exutoire. Il est coupé
en de rares points par les embouchures des fleuves, Niouniourou à Fresco,
Bandama à Grand-Lahou, Comoé à Grand-Bassam, Bia-Tanoé à l’Ouest
et près d’Assinie.
Le plateau littoral forme une étroite bande de grès tertiaires qui
borde les lagunes. D’un modelé mou il est coupé par les basses vallées
des nombreuses rivières aux eaux jaunes qui se jettent dans les lagunes,
et par les vallées courtes très ramifiées aux versants raides de petites
rivières qui ne drainent que le plateau; les eaux de celles-ci coulant sur
des sables, sont toujours claires, à peine salies à la saison des pluies. La
forêt dense humide sempervirente le recouvre mais des savanes, parfois
très étendues, rompent de place en place le manteau forestier. Ce sont
des savanes herbeuses, garnies de quelques peuplements clairs de rôniers
(Borassus flabellifer) et par places de boqueteaux. Elles sont brûlées
annuellement. Le sol de ces savanes est de la même nature que celui
Source : MNHN, Paris
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de la forêt environnante, seulement un peu moins riche en matière orga¬
nique dans l’horizon superficiel. On y a installé avec succès près de Dabou
des plantations de palmiers à huile.
L’existence de ces savanes sur le plateau a posé depuis longtemps
le problème de leur origine. Leur présence en effet étonne sous un climat
quasi équatorial : saison sèche de 1-2 mois écologiquement tempérée
par la tension de vapeur d’eau toujours très élevée, déficit de saturation
constamment très faible, pluviosité atteignant 2 m d’eau, climat donc
éminemment favorable à la forêt dense humide, celle-ci étant par ailleurs
au contraire desservie dans une certaine mesure par le sol sablonneux
très perméable et pauvre en éléments nutritifs. Cependant elle existe
autour des savanes sur les mêmes sols, nullement décadente et d’une
grande exubérance.
On a mis en cause les défrichements. Il est probable que la région
Source : MNHN, Paris
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lagunaire a dû être habitée depuis très longtemps par des populations
attirées là par les facilités de communication offertes par les lagunes
et par les possibilités de pêche. Les populations ont défriché la forêt
pour la cultiver. De fait, tout autour des grandes savanes côtières, la
forêt est souvent transformée en une vaste palmeraie d ’Elaeis guineensis
d’origine évidemment anthropique. Dans les savanes de Dabou et de
Bingerville des boqueteaux isolés sont parfois devenus après défriche¬
ments et cultures des touffes de palmeraie. Cependant depuis cinquante ans
que ces savanes sont observées, nul cas n’a été noté d’un recul des lisières
de la forêt. Au contraire, là où le feu n’est plus passé, dans une plantation
de caféiers par exemple, — car on a tenté de planter des caféiers dans
des savanes —, l’envahissement du sol est visible par des espèces fores¬
tières typiques de la forêt secondaire. Certains boqueteaux dans les
savanes de Bingerville apparaissent être en extension, sous la conduite
d’ailleurs d’une essence exotique, le goyavier (Psidium guajava).
La puissance d’installation de la forêt en basse Côte-d’Ivoire, même
sur les sols sableux de la région des lagunes, constatée au surplus par
ce fait qu’aucune savane n’y est en extension en dépit d’une activité
humaine certainement plus grande qu’autrefois, semble devoir faire
rejeter à la fois l’hypothèse « savanes édaphiques » et aussi celle d’une
origine anthropique. En quelque sorte les conditions du milieu présent
sont telles que ces savanes ne devraient pas exister. Puisqu’elles existent
c’est qu’elles se sont établies sous un climat sec antérieur au climat
actuel plus humide. Depuis l’humidification climatique, la forêt a ten¬
dance à les envahir. Comme sa puissance d’envahissement est grande,
qu’elle demeure en dépit de l’action de retardement due aux défriche¬
ments et aux feux de brousse, et puisque des plaques herbeuses subsis¬
tent encore de nos jours, c’est que les conditions climatiques qui ont
permis la formation des savanes furent celles d’une période relativement
récente et que nous assistons encore de nos jours au développement
de la colonisation forestière consécutive à l’humidification climatique.
LE SAILLANT DES SAVANES HERBEUSES OU ARBUSTIVES DU BAOULÊ
EN COTE-D'IVOIRE
Les lisières de la forêt dense qui sont environ à 300 km à vol d’oiseau
de la mer, dans l’ouest et dans l’est de la Côte-d’Ivoire, le long des fron¬
tières du Libéria et du Ghana s’infléchissent brusquement vers la côte
dans la région centrale, dessinant une poche étroite en forme de V, ayant
son sommet un peu au nord de Tiassalé sur le fleuve Bandama, et un
axe Bouaké-Tiassalé, de direction sensiblement Nord-Sud. Cette poche
est habitée par les baoulés dont le cœur du pays est Bouaké; on la désigne
souvent sous le nom de saillant du Baoulé.
Le fond de ce coin de savanes enfoncé dans la masse de la forêt est
tacheté de forêts, tandis que sur sa bordure ouest, la forêt au-delà des
lisières est encore criblée de savanes. La séparation entre forêt et savane,
toujours précise dans le détail est parfois vague à grande échelle, tant
Source : MNHN, Paris
1. — Vue d’ense
Au premier |
e des savanes herbeuses à boqueteaux de Dabou (Côte-d’Ivoire).
- Au-dessus des savanes herbeuses du Gabon, trouées de cirques d’érosion éteints.
(Photo Sarlin C. T. F. T.)
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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l’interpénétration est grande. Les savanes du saillant sont garnies d’une
flore forestière arbustive soudano-guinéenne très pauvre à Terminalia
glaucescens, Vitex cuneata, Bridelia ferruginea, Crossopleryx febrifuga,
Bauhinia Thonningii, etc..., flore banale colonisatrice des savanes anthro¬
piques les plus récentes.
Là encore le problème de l’origine s’est posé. Cette avancée des
savanes en pointe jusqu’à une centaine de kilomètres seulement de la
mer doit recevoir une explication. Le climat est toujours forestier, bien
que l’on se trouve ici dans un couloir de sécheresse relative; la forêt y
trouve de moins bonnes conditions de vie. Mais surtout les conditions
édaphiques sont médiocres. Le sol est très sablonneux, le sous-sol granito-
gneissique. Cependant non loin de là on trouve, un peu plus à l’ouest, des
sols également sablonneux couverts d’une forêt dense du type semi-
décidu, moins belle peut-être que le type habituel qu’elle revêt en Côte-
d’Ivoire, mais forêt dense tout de même qui se contente de ces sols sablon¬
neux trop perméables où elle souffre incontestablement durant la saison
sèche surtout par les périodes du vent desséchant d’est (harmattan).
Défrichée, sa reconstitution est vraisemblablement plus difficile que sur
bons sols. Mais écologiquement parlant, elle pourrait exister aussi dans
tout le saillant du Baoulé.
L’hypothèse anthropique est tentante pour expliquer ce saillant des
savanes, d’autant plus que les baoulés qui l’habitent sont des grands
défricheurs, cependant l’importance territoriale de ces savanes en pays
forestier laisse de sérieux doutes sur sa généralisation.
LES SAVANES HERBEUSES DES « PLAINES • DU GABON
Au sud de l’estuaire du Gabon et presque jusqu’à l’embouchure du
Congo, sur des formations côtières tertiaires de sables, de grès tendres et de
d’argiles, en pleine zone équatoriale (la ligne de l’équateur traverse
l’estuaire du Gabon) on peut voir d’inattendus paysages de forêts et de
grandes savanes plaquées sur un relief ondulé. La forêt occupe générale¬
ment le fond des vallées mais aussi elle se divise en bois et boqueteaux qui
paraissent distribués au hasard sur des croupes, des plateaux, des versants,
dans toutes sortes de positions topographiques. De place en place ces
collines savanisées sont creusées de grands entonnoirs spectaculaires,
avec parois d’amont verticales, en forme de cirques, d’où le nom de « série des
cirques » donné par les géologues à ces formations du tertiaire continental.
Quelques-uns, parmi les plus grands, dont un a plusieurs kilomètres de
diamètre, sont en pleine phase d’activité érosive (3) ; les falaises rouges
taillées à vif dans ces sédiments friables reculent lentement, et le fond
de l’entonnoir est sculpté en arêtes vives ruiniformes. La végétation fores¬
tière s’est installée dans les creux et progresse elle aussi dans les ravineaux
jusqu’au pied des falaises. D’autres cirques sont morts, leurs parois se
sont affaissées, les contours et les pentes se sont adoucis; ils sont fixés
par la savane herbeuse, mais leur forme reste bien visible. Parfois du
sommet d’une croupe plus élevée, on aperçoit la mer au loin, vers l’ouest,
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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tandis que, à l’horizon opposé, s’étend la grande masse de la forêt équa¬
toriale continue.
Ces savanes herbeuses, aux herbages peu denses, pratiquement sans
la moindre végétation arbustive ont reçu le nom de « plaines » au Gabon,
sans doute parce que dans ces grandes éclaircies inattendues de la forêt
équatoriale, la vue s’étend très loin, comme dans les plaines de l’Europe.
Le climat est subéquatorial; pluviosité de ^ 2 m; existence d’une
saison sèche de trois mois, très marquée, régulière, pouvant certaines
années dans le secteur sud durer quatre mois, exceptionnellement plus,
mais saison peu aride, la tension de la vapeur d’eau étant élevée en
permanence et le déficit de saturation moyen mensuel étant constamment
faible. C’est un climat forestier attesté d’ailleurs par la forêt vigoureuse
qui partage ces sols érodables avec la savane.
La tendance évolutive de la végétation forestière est expansive. La
forêt qui a colonisé le fond des cirques et dont l’avant-garde d’arbrisseaux
et de lianes grimpe jusqu’au pied des falaises en est une manifestation.
Il y en a d’autres. Les études sur la régénération naturelle de l’essence
forestière la plus exploitée de la forêt gabonaise, l’okoumé (Aucoumea
Klaineana) apportent des renseignements intéressants. L’okoumé est
un grand arbre très commun au Gabon. C’est une espèce de lumière qui
ne peut se reproduire qu’exceptionnellement dans les sous-bois sombres
de la forêt, mais dont les jeunes plants envahissent spontanément par
exemple les talus des routes et plus généralement tous les espaces tempo¬
rairement découverts, tels que les terrains de culture. Les graines ailées
légères, la croissance rapide de cette espèce à bois dense, en favorisent
naturellement la distribution. L’okoumé a ainsi le tempérament d’une
espèce pionnière de la colonisation des savanes. De fait, lorsqu’on se
trouve dans une savane herbeuse entourée des lisières de la forêt on a
souvent l’impression que cette forêt est une forêt d’okoumé, car beaucoup
d’arbres sur les lisières sont des okoumés aux cimes aisément reconnais¬
sables. En réalité ce n’est qu’une bande périmétrale de la forêt qui est
ainsi constituée d’okoumés; à l’intérieur cette espèce se raréfie. Si on a la
curiosité de traverser cette bordure forestière, on peut parfois constater
qu’elle est faite sur une profondeur de quelques mètres à plusieurs dizaines
de mètres d’un gaulis de jeunes okoumés qui se pressent et se disputent la
place et la lumière en bordure de la savane. Incontestablement, la forêt
ici gagne sur la savane et l’okoumé est un de ses meilleurs pionniers. J’ai
autrefois parcouru cette région, et fait de nombreuses observations qui
permettent d’affirmer que cette tendance évolutive positive de la forêt
au détriment des savanes gabonaises est nette. L’okoumé n’en est d’ail¬
leurs pas le seul agent. La progression forestière est cependant retardée par
les feux de brousse annuels, qui détruisent les jeunes plantes et semis trop
audacieux pour s’établir au-delà des lisières ; mais de plus, ces feux lors¬
qu ils sont poussés par le vent grillent les feuillages de la végétation
bordière, peuvent même pénétrer dans le sous-bois et faire périr des
parcelles de la forêt. Les lisières ainsi grignotées par les feux se signalent
très visiblement par les alignements des fûts des arbres et arbustes morts.
3
Source : MNHN, Paris
— 34 —
Le conflit entre la forêt en expansion et les feux de la savane, gêne ou arrête
évidemment la progression de celle-là, aussi ceux qui ont visité ce curieux
pays en rapportent souvent l’opinion que les limites forêt-savane sont
fixées. Cependant lorsque une petite aire de savane est indemne des
feux annuels durant un certain temps, les espèces de forêt sortent des
lisières et colonisent la savane qui à la longue se ferme ; le couvert forestier
dès qu’il est constitué élimine sous lui les graminées (3, 10, 11). L’okoumé,
l’ozouga (Sacoglottis gabonensis), l’éveuss (Klainedoxa gabonensis) se
remarquent particulièrement parmi les colonisateurs.
Ainsi l’écologie et les observations sur le terrain permettent de
conclure que ces savanes herbeuses gabonaises sont véritablement aber¬
rantes. On comprend que les feux aujourd’hui empêchent la forêt de les
envahir, mais ceux-ci ne suffisent pas à expliquer comment de telles
formations de savane peuvent exister ici sous l’équateur, en mélange
avec une forêt qui cherche à s’étendre à leur dépens.
On pense évidemment tout de suite à une origine anthropique. Le
pays est très peu habité; dans de vastes secteurs il est même vide d’habi¬
tants. Mais à cette objection on peut faire valoir qu’il n'en a pas toujours
été ainsi. L’esclavage a ravagé autrefois ce pays, dont la côte, où la barre
habituelle des plages de la côte de Guinée est ici absente, était propice
aux embarquments des négriers. On a constaté aussi dans les couches
superficielles du sol de la forêt la présence de traces de charbon, de débris
de poteries. Mais ceci ne prouve cependant pas que la population était
assez dense pour avoir détruit la forêt qu’elle occupait.
Personnellement j’ai soutenu cette opinion autrefois (3). Dans une
région du bassin de la Ngounié, à l’intérieur de la forêt gabonaise, j’avais
eu l’occasion d’observer comment une forêt occupée pouvait disparaître,
et comment après une première phase de cultures sur défrichements en
forêt, la population pouvait être amenée à émigrer en bloc dans une autre
région de forêt primaire parce que les terres étaient épuisées et surtout
envahies par une végétation ligneuse et herbacée secondaire dont il
devenait difficile de se débarrasser pour cultiver. Dans ces terres aban¬
données, les feux de brousse annuels effectuaient à la longue un nettoyage
des rémanents forestiers, consolidaient l’emprise d’une savane herbeuse,
tandis que la forêt se maintenait par places sous forme de boqueteaux,
là où sa dégradation était moins profonde.
L’explication anthropique est certainement partiellement valable.
C’est une grande difficulté d’apporter des conclusions sur la valeur d’une
hypothèse lorsque plusieurs facteurs actifs sont en opposition.
Je ne crois plus aujourd’hui que cette explication puisse être généra¬
lisée à toutes les savanes des « plaines » du Gabon. D’autres hypothèses
que nous exposerons plus loin me semblent mieux à l’échelle de l’impor¬
tance territoriale des savanes aberrantes, surtout si au-delà des faits
locaux on examine le problème sur le plan de toute la zone tropicale.
Au surplus les prospections du Service forestier en vue d’étudier la
composition moyenne de la forêt gabonaise en espèces exploitables, ont
mis en évidence un autre fait qui me paraît très important.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 35 —
Il y a plusieurs types de forêts au Gabon. Des forêts primaires de
l’intérieur sur le vieux socle cristallin peuvent être caractérisées par
l’abondance d’espèces de grandes légumineuses. Il existe aussi une forêt
typique où deux arbres dominent, l’alep (Desbordesia glaucescens), l’un
des plus grands arbres du Gabon, et le miama (Calpocalyx Heilzii). Ces
deux types constituent le principal de la forêt gabonaise. Fait curieux,
dans le secteur maritime de la forêt des « plaines », ils n’existent plus.
Cette forêt est une formation très spéciale caractérisée notamment
par l’abondance de l’okoumé (Aucoumea Klaineana) et de l’ozouga
(Sacogloltis gabonensis), précisément par ces deux espèces dont nous
avons plus haut signalé le caractère envahissant. Elle est moins riche
floristiquement que les forêts de l’intérieur. J’en conclus qu’il s’agit d’une
forêt nouvelle, installée depuis des temps récents dans la bande littorale
des sédiments tertiaires.
Ainsi la distribution si curieuse de forêts et de savanes herbeuses
dans le secteur maritime de la série des criques, serait due à une forêt
pionnière en cours de progression, celle-ci étant toutefois ralentie par les
feux de brousse et par places par l’occupation humaine.
Le mystère persiste donc sur l’origine récente de cette forêt spéciale
et de cette savane, en plein pays équatorial humide et forestier.
LES SAVANES DES VALLÉES DE LA NGOUNIÊ, DE LA N Y AN GA ET DU
NIABI EN AFRIQUE ÉQUATORIALE
Entre le massif précambien des Monts de Chaillu à l’intérieur du Gabon,
recouvert par la forêt dense équatoriale, et les collines rubannées du
Mayombé qui constituent parallèlement au littoral une bande également
forestière, s’étendent les savanes de la Ngounié affluent de l’Ogooué,
auxquelles succèdent vers le sud celles de la Nyanga puis celles du Niari
qui conduisent à proximité de Brazzaville. Elles recouvrent un soubasse¬
ment précambien schisto-calcaire donnant des sols très argileux.
Elles dessinent une sorte de golfe de savanes qui avance profondément
dans la ceinture équatoriale de la forêt, prolongeant ainsi curieusement
vers le nord la grande Région chorologique soudano-zambézienne des
savanes de l’Afrique australe. Dans le fond du « golfe », ces savanes sont
herbeuses, mais lorsqu’on les suit en allant vers le sud, petit à petit
des espèces arbustives apparaissent qui leur donnent l’aspect de savanes
pauvrement arbustives. Cette flore forestière compte très peu d’espèces;
ce sont des espèces banales répandues dans une large partie de l’Afrique
soudano-zambézienne, espèces ubiquistes, très résistantes au feu, et de
grand pouvoir colonisateur (les plus communes : Hymenocardia acida,
Anonna arenaria, Bridelia ferruginea, Sarcocephalus esculenlus; puis des
Syzygium, Vilex, Psorospermum, Gardénia, Milletia, Dichroslachys). Elle
a donc tous les caractères d’une flore secondaire ; sa pauvreté et sa banalité
indiquent que son installation est récente.
Fréquemment des blocs d’une latérite ferrugineuse scoriacée sont
épars et gisants dans la savane, restes d’anciennes cuirasses désagrégées.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 37 —
Ces savanes alternent avec des boqueteaux, des massifs aux lisières très
déchiquetées et des galeries forestières.
Dans la Ngounié-Nyanga les sols sont plus sableux, la savane est
constituée d'un tapis clair à Anadelphia ou à Loudetia. Dans la vallée du
Niari le tapis graminéen de grandes andropogonées est parfois très dense.
Le climat est encore forestier. Dans la vallée du Niari il devient
moins humide. La pluviométrie s’abaisse à 1 300 mm; la saison sèche
s’allonge, intense durant quatre mois, plus longue certaines années;
mais elle demeure peu aride en raison d’un déficit de saturation faible.
Ces conditions peuvent encore comporter la présence d’une forêt dense
humide semi-décidue. Partout en dehors de ces plaines et plateaux désolés
couverts de la haute savane à Hyparrhenia, celle-ci est présente par des
vestiges sur les plateaux schisto-gréseux dits des Cataractes et sur les
parties méridionales du massif gabonais.
Les mêmes questions que nous nous sommes posées, et que nous nous
poserons à propos de toutes les savanes en zone équatoriale, au climax
forestier, se présentent au sujet de leur origine et de leur histoire.
Les hypothèses anthropiques sont toujours douteuses eu égard à la très
faible densité des populations, à la vigueur de la végétation forestière, et
à la grande échelle territoriale des savanes considérées. Ce sont bien encore
des savanes aberrantes.
LES SAVANES DES PLATEAUX BATÊKÉS ET DE LA HAUTE SANGA
EN AFRIQUE ÉQUATORIALE
En approchant de Brazzaville-Léopoldville venant de l’ouest les
paysages changent. On pénètre alors sur d’épaisses assises de grès secon¬
daires (crétacé et jurassique) dites du continental intercalaire, qui consti¬
tuent une grande auréole autour de la cuvette tertiaire et quaternaire
du Congo. Les plateaux batékés au nord de Brazzaville en font partie,
de même les plateaux bayas de la haute Sanga, les premiers au sud de la
bande forestière équatoriale, les seconds au nord. Les sols sont sableux,
très perméables, fortement lessivés. Les rivières qui y découpent des
vallées assez profondes coulent des eaux claires. Une savane herbeuse,
basse, de fines graminées (Loudetia) recouvre ces paysages tabulaires, ou
de dômes et de collines aux larges ondulations, à l’exception de galeries
forestières et de boqueteaux logés dans des creux des versants. Parfois
elle est garnie de petits peuplements arbustifs, notamment d ’Hymeno-
cardia acida.
Ces savanes batékés forment un large « golfe » dans la zone forestière
équatoriale entre le bassin gabonais boisé de l’Ogooué à l’ouest et la cuvette
boisée marécageuse de la Sanga à l’est, et c’est une chose étonnante que ces
paysages herbeux qui se prolongent jusque sous l’équateur lui-même.
Quelle explication en donner?
La pluviométrie est moins élevée qu’au Gabon ou que dans la cuvette
congolaise, sans être cependant inférieure à 1 500 mm. La saison sèche
dure de un à trois mois, quatre mois vers Brazzaville. Le déficit de satu-
Source : MNHN, Paris
— 38 —
ration est moyen et faiblement variable. Les conditions climatiques quoique
moins bonnes, à latitude égale, que dans les régions forestières voisines à
l’ouest et à l’est sont donc encore favorables à la forêt dense humide. Le
sol sableux suffit-il à donner l’explication de ces savanes équatoriales?
Certainement pas, car les exemples de sols également sableux portant tout
de même des forêts denses ne manquent pas dans ces mêmes conditions de
climat (forêt dense humide semi-décidue de Mayama, région de Brazza¬
ville, sur plateau très sableux; environ 1 700 mm de pluies, une saison
sèche de quatre mois).
Résultat de l’occupation humaine? Raison non valable non plus,
le pays est très faiblement habité. Les feux de brousse parcourent les
savanes, mais leurs maigres aliments herbeux ne les rendent pas très
dommageables pour les lisières forestières.
La tendance évolutive de la végétation est dirigée vers la forêt.
Une curieuse démonstration involontaire s’observe dans des boqueteaux
qui dans un certain secteur garnissent en grand nombre les collines.
Us sont dus à une curieuse coutume de la population. Celle-ci installe ses
cultures et ses villages de préférence en savane. Des palmiers Elaeis issus
des graines tombées des régimes de fruits apportés pour la fabrication
de l’huile de palme s’implantent spontanément dans ces villages; les
piquets des clôtures faites de tiges et de branches de deux espèces qui se
bouturent avec une extrême facilité, Ficus sp. et Milletia Laurentii, s’enra¬
cinent et se couvrent de rameaux et de feuilles; d’autres espèces arbus-
tives s’introduisent; ainsi le village devient une petite oasis de végétation
forestière dans la savane nue. A un moment donné les habitants parce
qu’ils estiment que leur village est trop « sale de verdure », ou bien parce
qu’ils pensent qu’il est opportun de déplacer leurs cultures sur des terres
neuves, émigrent et vont fonder un autre village plus loin dans la savane.
Dans l’ancien village abandonné, la végétation forestière qui s’accroît
vraisemblablement de graines apportées par les animaux forme un
véritable petit bois constitué d’espèces de forêt secondaire.
Incontestablement donc les plateaux de grès dans une ambiance
humide équatoriale devraient être boisés. Pourquoi ne le sont-ils pas?
Ce sont encore des exemples typiques de régions à savanes aberrantes.
UN HIATUS BIOLOGIQUE ABERRANT : LES SAVANES DU CONGO MÉRI¬
DIONAL
J’ai déjà signalé en 1949 (1) l’anomalie écologique présentée par les
régions de savanes herbeuses nues ou pauvrement boisées qui sur des aires
considérables font suite vers le sud à la forêt dense équatoriale laquelle
sans solution de continuité s’étend du Gabon à la cuvette congolaise et
aux hautes montagnes de la dorsale Congo-Nil. Les régions savanisées
que nous venons d’examiner dans les vallées de la Ngounié, et du Niari
au sud du massif forestier gabonais, ou sur les plateaux batékés ne sont
que des extensions remarquables vers le cœur de la forêt équatoriale des
savanes du sud, des cas particuliers donc de cette large bande de savanes
Source : MNHN, Paris
Kig. 5. Paysage «le» savanes pauvrement arbuslives de la Nyanga. Au loin les contre-
forts boisés du Mayunibé.
Source : MNHN, Paris
— 40 —
qui borde la ceinture forestière équatoriale. Elles recouvrent dans le sud
du bassin du Congo ces formations de grès continentaux jurassiques,
crétacés et tertiaires qui entourent la dépression congolaise elle-même et
constituent ainsi la plus grande partie de l’énorme bassin du grand fleuve
centrafricain. Ces savanes qui succèdent brusquement à la forêt sont
herbeuses ou arbustives, souvent même absolument dénudées de toute
végétation ligneuse sur les grands plateaux de sable traversés par ce curieux
réseau hydrographique des rivières affluents du cours inférieur du Kasai
qui ont toutes une direction générale sud-nord, et dont les vallées sont
au contraire garnies de forêts denses strictement vallicoles.
Si ces sols sableux ne sont généralement pas très propices à l’instal¬
lation de la forêt dense humide ■—- qui semble se réfugier dans les vallées
et les thalwegs, de sorte que la forêt dense se dilue dans des panoramas
caténiques de forêt digitée — le climat demeure forestier, et cela suffirait
à étonner l’écologiste constatant cette « cassure » séparant deux formations
opposées, forêt et savane herbeuse, cette absence de gradient végétal
alors que les variations climatiques sont continues.
Mais le hiatus biologique apparaît plus profond encore et plus
inexplicable si on observe qu’au sud de ces régions dénudées, en s’élevant
sur le plateau austral, la végétation forestière reparaît non plus certes sous
le type de la forêt dense humide, mais sous celui de belles forêts claires
ou de savanes boisées, dans l’Angola, le Katanga et la Rhodésie du Nord,
constituée d’une flore ligneuse individualisée et riche en espèces endé¬
miques, nettement plus riche d’ailleurs que les formations homologues
de l’hémisphlre boréal, flore typique de la vaste Région bi-tropicale
soudano-zambézienne. J’ai indiqué plus haut les caractéristiques climato¬
logiques principales de certaines de ces formations mixtes forestières
et graminéennes qui parfois se muent en véritable forêt sèche dense. Ces
caractéristiques sont biologiquement moins propices au développement
de la végétation forestière que celles qui régnent dans les antichambres
savanisées de la forêt équatoriale. Comment peut-on comprendre qu’entre
deux régions différentes certes, mais toutes deux puissamment forestières,
s’étende le hiatus d’une région de savanes quasi nues, en opposition avec
toutes les raisons que nous avons exposées déjà d’un point de vue général.
Il y a de plus, tout de même encore des taches de forêt dans ces régions
dépouillées d’arbres qui prouvent que la forêt peut y vivre. Aux appro¬
ches de Léopoldville-Brazzaville notamment, ae larges plaques de forêt
subsistent sur les sables, dans les vallées, sur leurs versants et sur des
crêtes. Des expériences faites par des forestiers aux environs de Brazza¬
ville (34) sur des sables, montrent que la progression forestière est très
nette lorsque les parcelles expérimentales sont protégées des feux de
brousse. Duvigneaud a signalé aussi que la progression vers le nord des
espèces de la forêt claire australe était très marquée dans les savanes du
Kouango.
La tendance évolutive est à la progression des forêts: celle de la forêt
dense humide vers le sud, celle de la forêt claire australe vers le nord, tendance
qui conduirait ces formations d se rejoindre au travers des actuelles savanes.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 42 —
Tel est le problème qui se pose à l’écologiste dans cette région de l’Afrique
équatoriale.
Des observations analogues peuvent être faites au nord de la forêt
équatoriale. Cette forêt n’y est pas toujours, il s’en faut parfois de beau¬
coup, au contact des aires où la flore forestière soudanienne est à son
optimum. Entre elles s’étendent aussi des secteurs de savanes herbeuses
ou de savanes médiocrement boisées, mais le hiatus n’est ni aussi large
ni aussi accusé que dans l’hémisphère austral et au surplus les influences
anthropiques y ont probablement pris une plus grande ampleur. Les
défrichements, les feux de brousse, l’influence desséchante du vent
saharien d’est, l’harmattan, en saison sèche, ont contribué dans une grande
mesure à la dégradation et au recul des forêts denses humides semi-
décidues qui constituent la marge de la forêt dense humide dans cet
hémisphère. Là donc l’explication anthropique des savanes prend une
valeur plus grande qu’au sud de l’équateur, d’autant plus vraisemblable
que devant nos yeux le processus de la régression de la forêt dense humide
se déroule et s’amplifie. Mais je pense que ce fait anthropique ne peut
être seul mis en cause pour expliquer certaines larges discontinuités entre
forêt dense humide actuelle et la zone optimum de savanes boisées et
forêts claires soudaniennes dans des secteurs tels par exemple que le
saillant du Baoulé décrit plus haut, les savanes du plateau camerounien
jusqu’à l’Adamaoua, les savanes peu boisées des plateaux sableux de la
haute Sanga, et la bande préforestière dans la région de l’Oubangui
(Mboumou)-Ouellé.
Mais il m’est impossible d'examiner toutes ces régions où se présentent
des problèmes écologiques relatifs à cette distribution forêt-savane. Je
suis d’ailleurs très loin de les connaître toutes en Afrique et je me limite
aux cas que je connais personnellement et qui me paraissent géographi¬
quement les plus remarquables.
LES SAVANES-STEPPIQUES DU HAUT VELD EN AFRIQUE AUSTRALE
Nous sortons maintenant de la zone équatoriale humide pour entrer
dans des régions de hauts plateaux arides au-delà du tropique du Capri¬
corne qui s’étendent au sud du fleuve Limpopo sur l’est du Transvaal,
l’est de l’Orange et le Basutoland, c’est-à-dire sur les secteurs orientaux
des hauts plateaux de l’Afrique du Sud qui se terminent par les escarpe¬
ments des Drakensbergen dominant les plaines du Natal. Ils sont le
domaine du haut Veld, c’est-à-dire des savanes-steppiques herbeuses, sans
arbres sauf quelques acacias au bord des cours d’eau. Ce sont des savanes
de courts herbages (short grass) à Themeda Iriandra sur les parties les plus
élevées du plateau. Elles sont entourées de secteurs qui ne sont pas
exclusivement graminéens : savanes boisées du Bankenveld au nord du
Transvaal; savanes à épineux à l’Ouest annonçant le Kalahari, savanes
boisées à épineux des plaines du Limpopo, savanes de hauts herbages à
l’est de l’escarpement du Drakenberg, coupées des « kloofs » à forêt
dense humide sempervirente qui se rattachent physionomiquement et
Source : MNHN, Paris
— 43 —
floristiquement aux restes de forêt dense humide de la zone côtière du
« palm belt » au Natal. On peut schématiser en écrivant que ces savanes
du « high veld » à courts herbages forment une zone dénudée entre les
rémanents des forêts denses humides planitiaires et montagnardes de
l’Est et les steppes et savanes boisées kalahariennes de l’Ouest. C’est
cette dénudation qui requiert une explication, car biologiquement elle
se comprend mal entre une région orientale humide anciennement fores¬
tière mais aujourd’hui en grande partie déforestée et une région nord et
ouest sèche mais couverte cependant de formations mixtes forestières et
graminéennes. Un nouveau problème se présente qui n’est pas sans
analogies avec le précédent.
Les phytogéographes de l’Afrique du Sud n’ont pas manqué de
proposer des explications à ce cas écologique assez étrange.
Pour certains le tapis herbacé est un climax [Acocks 12, Bayer 13].
L’excès de sécheresse et l’intensité du gel s’opposeraient à la croissance
des arbres. L’opinion contraire existe aussi [West 14, Staples 15] selon
laquelle ces savanes du « high veld » seraient des formations substituées
(Pire subclimax) adaptées au climat des hauts plateaux mais résultant
de la destruction ancienne de formations ligneuses par les feux. Sous
le climat correspondant à ce « high veld », que j’ai nommé autrefois
« du Transvaal oriental », (1), l’indice pluviométrique est de 730 à 1 500 mm
(moyenne de 10 stations, 967 mm) avec une saison sèche d’une durée
de quatre-cinq mois en général. Ce sont dans les régions subtropicales
des conditions pluviométriques toujours favorables aux forêts sèches
et au moins aux forêts claires et savanes boisées si communes en Afri¬
que australe. Le déficit de saturation est faible et faiblement variable
dans l’année, conditions favorables également à des formations fores¬
tières. La saison d’hiver comporte au-dessus de 1 000 m d’altitude,
deux mois froids à température moyenne inférieure à 10°. Le minimum
hivernal coïncide avec la saison sèche. Il semble donc que les gelées
qui se produisent doivent avoir une influence atténuée sur la végéta¬
tion ligneuse qui à cette époque est dormante ou arrêtée. Les sols sont
réputés profonds.
Plus à l’Ouest, à moindre altitude, la sécheresse est plus grande,
la pluviométrie varie de 450 à 620 mm avec cinq-six mois secs, le déficit
de saturation est faible, la température moyenne du mois le plus froid
est de 11-12°. Dans l’Est d’Orange les conditions sont encore moins
bonnes avec 400-500 mm de pluies en général, un déficit de saturation
moyen ou assez fort, et des températures moyennes du mois le plus froid
de 4° à 7°5. Le minimum du déficit de saturation et la température la
plus froide se manifestent toujours au plus fort de la saison sèche.
Ces conditions climatologiques excluent-elles la présence totale
de formations forestières denses ou mixtes? Celà me paraît improbable.
N’y a-t-il pas dans le « high veld » vers 1 200-1 500 m d’altitude des
arbres le long des cours d’eau permanents, espèces banales telles que
Acacia karroo, Salix capensis, Combretum erythrophyllum, c’est-à-dire
dans les dépressions du relief les plus exposées au froid et aux gelées.
Source : MNHN, Paris
— 44 —
Si en pays subtropical, la végétation peut être très sensible aux gelées
qui surviendraient exceptionnellement, il y a dans le monde des exem¬
ples de formations ligneuses tropicales montagnardes qui sont adaptées
au froid et aux gelées. Il demeure donc pour moi étonnant qu’un climax
forestier n’ait pas été primitivement celui du haut veld. Qu’il ait été
très instable, et qu’il soit difficilement reconstituable spontanément
après destruction, nous le croyons volontiers.
LES STEPPES DES HAUTS PLATEAUX DU CENTRE ET LES SAVANES
HERBEUSES DE L'OUEST DE MADAGASCAR
Les conditions climatiques sont meilleures ici que dans le veld
austral, cependant on peut observer des paysages graminéens sans
arbres sur les hauts plateaux ainsi que des savanes herbeuses ou arbus-
tives dans les pays de l’Ouest, et sur de grandes étendues. Les sols ne
sont certainement pas en cause. Dans les hauts plateaux les « tampo-
ketsa », sortes de plateaux couverts de cuirasses ferrugineuses plus ou
moins désagrégées qui ne portent que des steppes graminéenes, ont des
sols superficiels particulièrement impropres à la végétation ligneuse,
mais il n’en a certainement pas toujours été ainsi à en juger d’après
des forêts reliques. Les caractéristiques essentielles des écoclimats des
hauts plateaux, et des régions basses de l’Ouest sont les suivantes :
Hauts plateaux
Ouest
Indice pluviométrique
moyen ou élevé
1 300 à 1 850 mm
moyen ou élevé
1 350 à 1 800 mm
Durée de la saison écosèche
5 mois (4-6)
5 mois
Déficit de saturation moyen
MENSUEL
faible et très faible¬
ment variable dans
l’année
fort, peu variable
Température moyenne du mois
12» à 15»
24» à 25 »5
Il est sur le cas écologique de Madagascar plus facile d’avoir une
opinion ferme que sur celui du veld austral. En effet qu’il s’agisse des
hauts plateaux ou des secteurs occidentaux, on peut y trouver, parfois
difficilement, car ils se raréfient, des vestiges des formations forestières
anciennes qui ont certainement occupé la totalité du pays.
En altitude il y avait des formations denses montagnardes; dans
l’Ouest, des forêts denses sèches semi-décidues. J’ai déjà eu l’occasion
d’indiquer qu’elles étaient toutes très instables et qu’un seul défriche¬
ment pouvait suffire parfois à les faire disparaître définitivement. La
cause de leur disparition constatée sur de grandes étendues, paraît
Source : MNHN, Paris
— 45 —
certaine : l’incendie, allumé par l’homme. Ces formations étaient très
vulnérables (36). Le problème ici qui se pose est celui précisément de
cette grande instabilité, proche du déséquilibre. On ne peut manquer
de se demander si ces formations dont il subsiste aujourd’hui des ves¬
tiges, parfois encore importants, sont bien adaptées au milieu actuel,
et si elles ne doivent pas être plutôt regardées comme des formations
archaïques qui auraient pris naissance sous un paléoclimat différent
du climat actuel. Il est également étonnant que lorsqu’elles sont atta¬
quées par l’homme et par l’incendie elles disparaissent intégralement
remplacées immédiatement par des steppes et des savanes herbeuses,
contrairement aux forêts sèches soudano-zambéziennes par exemple
de l’Afrique continentale qui s’adaptent plus ou moins au feu et se trans¬
forment en savanes boisées et forêts claires. Par comparaison avec Mada¬
gascar, et bien que les milieux soient différents, on peut penser que
le « high veld » austral lui aussi fut occupé primitivement par des for¬
mations forestières montagnardes, et qu’il fut exposé à une destruction
par l’incendie, encore plus brutalement que celles des hauts plateaux
malgaches, puisqu’il ne reste, semble-t-il, plus trace de l’ancien revête¬
ment forestier.
DES LLANOS DE L'ORÊNOQUE AUX CAMPOS DU HAUT RIO BRAN CO
Nous retrouvons en Amérique du Sud des problèmes écologiques
du genre de ceux que nous venons d’exposer pour l’Afrique. Les Llanos
de l’Orénoque en posent un, discuté depuis longtemps. Les savanes her¬
beuses de l’Orénoque s’étendent dans les plaines du bassin de l’Orénoque
sur environ 1 000 km de long et sur 300 km de large depuis le delta de
l’Orénoque, dans une direction générale N-E, S-W jusqu’au 2° lat. N
environ. Leur limite sud peut être approximativement marquée par la
rivière Guaviare affluent de l’Orénoque. Elles recouvrent donc des super¬
ficies considérables dans les territoires vénézuélien et colombien. Ces
grandes plaines dont l’altitude ne dépasse pas 200 m sont dominées au
Nord-Ouest par la Cordillière orientale des Andes, au Nord par la Cor-
dillière de Mérida et la Cordillière du Vénézuéla qui les isolent de la
mer Caraïbe. Le soulèvement des Andes au dessus des Llanos est exces¬
sivement brutal. Le drainage de ces plaines est médiocre, surtout dans
le secteur oriental où elles demeurent plus ou moins inondées en saison
des pluies. Elles sont depuis longtemps le domaine de choix de l’élevage
extensif.
Leur aspect est divers, tantôt celui de grandes plaines purement
herbeuses, mais parfois aussi de savanes criblées de boqueteaux de
toutes formes et grandeur. Des galeries forestières aux contours irré¬
guliers les sillonnent. Une aussi grande tache de savanes sur les cartes
ne pouvait manquer d’intriguer les géographes. Pourquoi ce hiatus
entre la forêt guyanaise et l’Hylaea amazonienne d’une part et d’autre
part les forêts qui descendent depuis le pied des Andes à leur rencontre
sans pouvoir les joindre.
Source : MNHN, Paris
— 46 —
Fig. 8. — Les secteurs de savanes herbeuses aberrantes en Amérique du Sud tropi¬
cale : 1, les Uanos de l’Orénoque. — 2, La Gran Sabana de la Guyane vénézué¬
lienne. — 3, Les campos du haut Rio Branco. — 3’ Fourrés sur sables blancs du
haut Rio Negro. — 4, Les campos et forêts denses sèches de la basse Amazonie. —
5, Savanes d’Amapa. — 6, Savanes inondables de Marajo. — 7, La forêt d’Arau-
caria et ses campos. — 8, Limite des vestiges de conifères (Araucaria et Podocar-
pus ). — 9, Forêt de Goias. —10, Forêts vallicoles et de plateaux du Paranaïba. —
11, Forêt du Parana.
Source : MNHN, Paris
— 47 —
Le climat des Llanos apporte une réponse partielle. Il est évidem¬
ment impossible écologiquement qu’il permette l’établissement d’une
forêt dense humide. La pluviométrie varie de 900 mm à l’Est à 1 300 mm
à l’Ouest et probablement plus sur la périphérie; mais surtout la saison
sèche est intense et très aride durant quatre mois où le déficit de satu¬
ration prend des valeurs fortes ou très fortes. La forêt dense du pied
des Andes a d'ailleurs elle même un caractère nettement semi-caduci-
folié. Les sols, là où ils sont mal drainés, sont également défavorables
à une couverture boisée. Cependant si ces conditions du milieu four¬
nissent une explication des Llanos qui semblera satisfaisante au géo¬
graphe climatologue, le phytogéographe écologiste et botaniste lui ne man¬
quera pas d’être toujours surpris d’une part par le caractère de savane
herbeuse ou de savane à boqueteaux des Llanos et également par l’extrême
pauvreté de la flore arbustive là où elle se présente dans les savanes.
Cette dernière flore constitue même parfois des bandes de savanes arbus-
tives (« chaparrales ») alignées sur des collines de piedmont des Andes
formées de bancs épais de sables grossiers ou de gros galets. Elle comprend
ces espèces très rustiques qui colonisent toutes les savanes de l’Améri¬
que du Sud, Brysonima crassifolia, Curatella americana, Bowdichia
virgilioides, etc... Cette flore arbustive banale et numériquement très
pauvre est incontestablement pour nous l’indice d’une flore secondaire
et d’une introduction récente. La savane herbeuse et les « chaparrales »
des Llanos, nous les avons trouvés précédemment sous d’autres aspects
et évidemment avec d’autres espèces en Afrique équatoriale. Ce ne sont
pas des formations climaciques. Certes le climat est médiocre, mais il
est au moins équivalent à celui des savanes boisées et forêts claires de la
Région soudano-zambézienne de l’Afrique; il est même plus humide,
moins aride. D’ailleurs au Vénézuela au climat très aride de la Côte caraïbe
correspondent des steppes boisées et des fourrés épineux constitués
par une flore originale relativement riche. Donc pour nous les Llanos
sont récentes et leur équilibre écologique n’est pas atteint.
D’une façon plus générale nous pensons que les paysages de savanes
à boqueteaux, qui sont fréquents, sont un autre signe d’une végétation
forestière en progression, s’établissant par petites taches sur les terrains
qu’elle peut atteindre et qui lui conviennent. Il y a une grande diffé¬
rence d’aspect et du point de vue de l’évolution entre une savane boisée
africaine ou américaine (campos cerrados) et une savane à boqueteaux.
Les premières sont des formations plus ou moins dégradées dérivées
des forêts sèches denses, où colonisant d’anciennes terres forestières
défrichées et incendiées, les secondes sont un stade progressif d’une
flore de forêt dense humide envahissant une savane herbeuse.
L’impression que j’ai eu en survolant ces régions a confirmé celle
que j’avais eu à terre. A partir des massifs de forêt dense probablement
caducifoliée qui bordent les grandes savanes, des galeries forestières
et des bandes de forêt s’échappent, s’élargissent, se soudent, compar¬
timentent des savanes; la forêt « s’effiloche » sur ses bords et tisse une
toile de végétation ligneuse dans la savane voisine.
Source : MNHN, Paris
— 48 —
Les feux de brousse allumés par les éleveurs, retardent évidemment
l’installation d’un équilibre. Les défrichements dans certains massifs
forestiers accroissent certainement localement l’aire de la savane; faits
qui ne sont pas incompatibles avec notre appréciation de la tendance
évolutive de la végétation lorsqu’elle est abandonnée à elle-même.
En pleine Guyane vénézuélienne, à l’Ouest des Monts Pakaraïma,
et à proximité de la Guyane britannique, les cartes indiquent sous le
nom de « La Gran Sabana » une autre tache importante de savanes her¬
beuses incluses dans la forêt dense guyanaise. Je n’ai aucune information
sur ces curieuses savanes de pays montagneux, non plus que sur leur
climat qui est vraisemblablement forestier.
Au sud de la « Gran Sabana », au delà de la Sierra Pacaraïma boisée
qui fait frontière avec le Brésil, dans le haut bassin du Rio Branco affluent
du Rio Negro, s’étend une grande région de plaines et de collines cou¬
vertes de campos entre les 5° et 2° Lat. N. Une telle dénudation des
paysages est étrange entre la forêt dense humide guyanaise et la forêt
amazonienne. J’ai eu l’occasion de visiter cette région et j’ai ailleurs
déjà exposé le problème écologique qu’elle soulève (2). Le climat, que
j’ai appelé haut-brancosien, est curieusement semi-aride entre les aires
climatiques très humides qui l’entourent au nord et au sud. L’indice
pluviométrique est cependant assez élevé avec environ 1 500 mm de
pluies. La saison demi-sèche règne durant sept mois. Le déficit de satu¬
ration est fort pendant huit mois. Ces conditions éliminent sans aucun
doute la forêt dense humide sempervirente, mais elles ne semblent pas
incompatibles avec des types de forêts sèches denses. Beaucoup de pays
tropicaux sont boisés qui connaissent des climats plus arides. Comment
donc expliquer la présence de ces grandes savanes en zone équatoriale?
Ce sont le plus souvent des savanes herbeuses, avec quelques savanes
arbustives, la flore ligneuse étant alors constituée des mêmes espèces
que les chaparrales vénézuéliens. Dans le cas du haut rio Branco il y
existe un autre élément d’appréciation que nous n’avons pas aperçu
dans les LIanos : l’existence de lambeaux de fourrés dans les collines et
de petites taches de forêt sèche dense, qui semblent bien être des ves¬
tiges de la flore ancienne autochtone. La dénudation serait ici très récente,
et les feux en auraient été l’agent de destruction. Les grands campos
sont un pays d’élevage extensif, ce qui suggère la raison probable des
incendies.
D’autres taches de grands campos sont portées sur les cartes, avec
des limites indécises au sud des Guyanes anglaises et hollandaise en
territoire brésilien. Je n’ai rien trouvé dans la bibliographie sur ces régions
et leur climat.
Constatons donc en résumé l’existence d’une bande discontinue
de vastes campos dans le nord de l’Amérique du Sud, depuis le bassin
de l’Orénoque jusqu’à l’équateur au sud des Guyanes, et nous pourrions
alors faire aussi un rapprochement entre cette présence et celle au nord
du fleuve Amazone d’aires étendues de formations forestières sur sables(2):
fourrés dits pseudo-catinga du haut rio Negro, du Rio Uaupés, forêts
Source : MNHN, Paris
— 49 —
sèches de Santarem, Monte Alegre, fourrés et forêts sèches du rioBranco,
formations d’ailleurs très mal connues, écologiquement, territorialement
et floristiquement.
Nous reconnaîtrons ainsi qu’iZ y a au nord de Véquateur une sorte de
zone d instabilité biologique qui est pour le moins curieuse, comprise d’une
façon schématique entre les Andes à l’ouest, la forêt dense du plateau des
Guyanes au nord et l'Hylaea amazonienne au sud. Un équilibre a été rompu
par places, faisant apparaître de grands campos aberrants écologiquement.
LES CAMPOS DU BRÉSIL MÉRIDIONAL
C’est aussi une question qui a été souvent discutée (16, 19) de l’ori¬
gine des campos des plateaux du Brésil méridional. Ces savanes herbeuses
Rouvrent sur des plateaux ondulés, de 500 m à 900 m d’altitude, dans les
Etats du sud du Brésil, Parana, Santa Catarina et Rio Grande do sul,
comme de vastes clairières à l’intérieur de la forêt de pin de Parana
(Araucaria angustifolia). En dessous de 500 m, la forêt d’Araucaria cède
la place à la forêt dense subtropicale du bassin du Parana. La forêt d’Arau¬
caria est dans l’État de Parana un curieux mélange de haute futaie
d’Araucaria dominant des sous-étages de forêt feuillue tropicale. Le pro¬
blème de son installation s’est posé car l 'Araucaria espèce héliophile, à
graines lourdes ne semble pas se régénérer spontanément dans les sous-
bois trop épais de la forêt feuillue sous-jacente. Mais alors comment ces
forêts se sont-elles constituées et peuvent-elles se survivre? Le climat est
éminemment forestier. La pluviométrie est permanente ; il n’y a aucune
saison sèche écologique; l’indice pluviométrique varie de 1 300 à 1 900 mm.
Le déficit de saturation est très faible. Ce climat subtropical est doux ; les
températures moyennes peu élevées; aucune moyenne mensuelle n’est
au dessus de 23°. La saison automnale-hivernale est assez froide (10° à
15°). Il y a quelques jours de gelées par an; jusqu’à 30 jours dans le sud de
Rio Grande do Sul. La forêt d’Araucaria se complait particulièrement
sous ce climat pluvieux, humide, à été pluvieux tempéré chaud (mois le
plus chaud, 20-21°), à saison hivernale assez froide et comportant quelques
On a pensé, comme toujours, à l’action anthropique pour expliquer
la formation des campos. Si les feux de brousse parcourent ces régions
d élevage, pour assurer le renouvellement des pâturages, et si ainsi ils
consolident d’année en année l’emprise des herbages en empêchant toute
installation de végétaux ligneux, il est douteux qu’ils soient la cause géné¬
rale de ces campos trop vastes. Les défrichements aussi, en vue précisé¬
ment d’augmenter la superficie des pâturages, ont été l’origine de la des¬
truction de surfaces considérables de forêt, cause d’autant plus évidente
qu elle est toujours actuelle. Mais les grands campos existaient déjà avant
la colonisation européenne. Il faudrait alors mettre les destructions au
passif des populations précolombiennes. Culpabilité douteuse, les indiens
n’étaient pas de grands défricheurs comme le furent les conquérants
blancs. Les mayas firent exception en Amérique centrale, mais en dépit
Source : MNHN, Paris
— 50 —
de leurs destructions de forêt, celle-ci d’un type secondaire revêt aujour¬
d’hui leurs anciennes villes et leurs temples. Ils n’ont pas laissé de campos
derrière eux. .
Aucune explication écologique satisfaisante n’a été jusqu a présent
apportée aux campos du sud brésilien. On a indiqué que la nappe phréa¬
tique était plus profonde sous campos que sous forêt. Mais la pluviosité
permanente, ordinairement de l’ordre de I 700 mm, devrait permettre
une humidification convenable du sol quelle que soit la structure de ce
dernier. J’ai proposé une autre explication, que nous reprendrons plus
loin, car elle rentre dans le cadre général de l’hypothèse que je développe¬
rai.
J’arrête ici mon exposé descriptif et critique sur de grandes régions
savanisées de la zone tropicale et subtropicale. Il pourrait probablement
s’étendre à d’autres savanes que je n’ai pas eu l’occasion de voir en Afrique
et en Amérique, ces continents étant beaucoup trop vastes pour qu’un
seul voyageur puisse en prendre toute la connaissance qu’il souhaiterait
en acquérir. J’espère cependant avoir réuni un faisceau assez épais de
faits semblables qui à mon avis par leur nombre et leurs homologies
caractérisent un phénomène général de l’évolution de la végétation et
doivent donc relever d’une explication d’ensemble cohérente. Il n’y a pas
de doute — si du moins l’on admet le déterminisme écologique — et par
comparaison avec d’autres régions actuellement recouvertes de formations
stables forestières denses ou mixtes, qui jouissent de milieux analogues,
qu’elles ont été antérieurement elles aussi couvertes de formations fores¬
tières qui ont disparu récemment, ou qu’elles pourraient l’être, toutes les
conditions écologiques requises étant dès à présent satisfaites, et qu en
conséquence la présence de ces vastes savanes est aberrante.
L’état de déséquilibre actuel est rendu plus vraisemblable encore
dans certains cas par ce que nous avons dit de la tendance évolutive
actuelle de la végétation forestière en progression sur les savanes. Dans
d’autres il semble que l’on n’en soit seulement qu’à la fin de la phase de
rétrogradation des formations forestières autochtones (Madagascar, haut
rio Branco).
Dans tous ces cas les formes actuelles de la végétation des savanes
ici en cause sont de simples états de faux équilibre, après la rupture d’un
équilibre réel, récente sans doute puisque la Nature n’a pas encore rétabli
un ordre conforme aux lois de l’écologie.
Les explications mésologiques et anthropiques que nous avons exa¬
minées dans des cas d’espèces ne nous ont pas donné pleinement satisfac¬
tion. Nous allons maintenant proposer une explication applicable à tous
les cas, découlant d’un phénomène général, que nous n’avons pu trouver
ailleurs que dans les plus récentes oscillations paléoclimatiques.
Source : MNHN, Paris
— 51 —
SUR LES CAUSES GÉNÉRALES PALÉO CLIMATIQUES
DES AIRES SAVANISÉES A CLIMAX FORESTIER
La savanisation écologiquement aberrante est l’effet direct et pro¬
longé jusqu’aujourd’hui de péjorations paléoclimatiques. Les savanes
ont succédé à des forêts denses humides ou sèches. La substitution de
végétation est récente et fut brutale. On ne peut la concevoir autrement, car
si elle était très ancienne et puisque le climat qui y règne aujourd’hui
est forestier, compte tenu de la puissance d’invasion de la forêt tropicale
quand les conditions du milieu lui sont propices, la « forêt » aurait eu le
temps de réoccuper son domaine perdu, à partir des secteurs où elle s’est
maintenue et on n’apercevrait plus de régions aberranment savanisées.
D’autre part si la régression de la forêt avait été lente, une transformation
ménagée d’un type forestier en un autre type forestier écologiquement
adapté au nouveau milieu devenu plus aride se serait produite, mais non
pas un passage brusque de la « forêt » à la savane herbeuse actuelle. Il y
eut donc à l’origine du changement du couvert végétal, c'est-à-dire du passage
de la forêt à la savane, une cause climatique brutale. Puisque dans la période
historique rien ne décèle un tel bouleversement climatique, on ne peut
manquer de faire un rapprochement de ces faits d’évolution biologique
accélérée avec la dernière phase de la période glaciaire, où le dernier boule¬
versement climatique intervint il y a moins de vingt mille ans. Les éton¬
nantes régions absurdement herbeuses de la zone inierlropicale seraient l’ul¬
time trace visible aujourd'hui en pays tropical du cataclysme glaciaire.
Nous le pensons. Comme les innombrables lacs des pays nordiques barrés
par d’anciennes moraines, les blocs erratiques, les rochers striés, sont la
preuve de l’extension ancienne des glaciers dans des pays jouissant
aujourd hui de climats tempérés ou encore froids mais sans glaciers,
les grandes savanes herbeuses tropicales sont une manifestation réelle, bien
que non évidente et moins apparente de la même période glaciaire. Nous
ajoutons cependant des précisions ou des conditions à l’évolution survenue
à la fin de la période quaternaire; elle fut récente et très rapide. Autrement
qu’une évolution que l’on conçoit généralement comme un phénomène
se déroulant lentement dans le cours de ces temps où l’on ne compte que
par millions d années, imperceptible à l’homme quaternaire contemporain,
il s’est agit de vrais cataclysmes, d’un typhon climatique, qui dans le
cours de quelques milliers d’années seulement, mais avant l’aube histo¬
rique, là où il s’est manifesté dans toute sa puissance a anéanti en certaines
régions de moindre résistance biologique la végétation forestière à laquelle
les formations herbeuses se substituèrent immédiatement. C’est ce que,
croyons-nous, il y a de nouveau dans notre conception.
Puisque le climat de ces grandes aires accidentellement savanisées
est aujourd’hui forestier, c’est que depuis le bouleversement il s’est
adouci et qu’il est redevenu à peu près au moins ce qu’il était auparavant
Au dessèchement qui fit disparaître des forêts a succédé un climat plus
humide qui ne put que favoriser la reprise forestière. Cette réinstallation.
Source : MNHN, Paris
— 52 —
nous avons dit que nous l’observions souvent, là du moins où l’homme
ne l'empêche pas en défrichant et en brûlant. La végétation forestière
progresse par les rives des cours d’eau, s’allonge en galeries forestières,
de là s’installe sur les collines, sur les plateaux riverains où elle s’établit
sur les sols les plus frais, ou encore dans des ravins d’érosion plus humides
et protégés des feux de brousse. Les tentacules qu’elle lance dans le pays,
se rejoignent ensuite isolant des savanes. Celles-ci désormais normale¬
ment préservées des feux de brousse, se garnissent petit à petit d’ar¬
bustes, de petits arbres, les lianes sortent des lisières intérieures des
périmètres forestiers, les herbages se réduisent sous le couvert des cimes, et
finalement la forêt recouvre la savane. A l’avant-garde arborescente se
détachent autour d’un arbuste pionnier déjà fixé dans la savane, d’autres
lianes et arbrisseaux qui forment un cercle compact au centre duquel
émerge cet individu qui abrite les premiers semis. Lorsqu’on survole en
avion ces zones inhabitées de savanes herbeuses, on aperçoit bien ce réseau
de galeries forestières, d’avancées de forêt, de boqueteaux qui forme ses
mailles au travers des savanes. J’ai eu nettement cette impression d une
réinstallation de la forêt par progression rampante en survolant les Llanos
au pied des Andes ainsi qu’au nord et au sud de la forêt congolaise.
La transgression actuelle est vraisemblablement beaucoup plus lente
que ne l’a été le recul; les reconstitutions sont toujours plus lentes que les
destructions, c’est vrai des constructions de pierre comme des manifesta¬
tions biologiques. Au surplus, même là où l’homme ne peut être mis en
cause par des défrichements dans la forêt en voie de reconstitution,
presque toujours le feu sauvage sévit cependant qui, parcourant annuel¬
lement la savane, entrave ou stoppe la poussée colonisatrice de la forêt.
Le mouvement de balance me parait cependant certain dans plusieurs cas
et continuant dans un sens positif sous les conditions climatiques présentes.
Toutes ces savanes herbeuses seraient appelées à être submergées par la
forêt dans quelques dizaines de siècles et peut être moins, si l’homme n’y
opposait le défrichement et le feu. Le climax est aujourd’hui forestier
dans nombre de ces savanes aberrantes, et la nature y reprendra ses
droits, autant qu’il lui sera possible de le faire. Aujourd’hui le mouvement
de progression est inachevé, ce qui nous donne la possibilité d observer
encore ces étonnants paysages herbeux, restes du récent bouleversement
glaciaire.
Pour éviter toute confusion qui pourrait naître, précisons tout de
suite que dans ces considérations générales, lorsque nous écrivons,
« forêt », « climax forestier », « végétation forestière », nous entendons
« forêt » dans le sens très large qui l’oppose à la « savane herbeuse ». Forêt
ici n’est pas pris au sens de forêt dense humide, mais englobe toutes les
formations forestières, humides ou sèches et même celles qui ressemble¬
raient, aux fourrés, forêts claires, savanes et steppes boisées, bref toutes
les formations qui comportent une végétation ligneuse ayant une flore
forestière bien caractérisée. A toutes ces formations, la savane exclusi¬
vement herbacée et graminéenne, ou presque, oppose son « vide » appa¬
rent.
Source : MNHN, Paris
— 53 —
L’impression d’être en présence de traces témoignant de péjorations
climatiques récentes, traces visibles dans la répartition actuelle des
flores et de la végétation a été partagée par d’autres observateurs en pays
tropical. Là où le dessèchement climatique atteignit un paroxysme, le
stade régressif de la savane herbeuse fut évidemment dépassé; là où il y
avait des forêts a succédé le désert. Aujourd’hui dans ces déserts récents,
en quelques stations privilégiées on peut découvrir des vestiges de la végé¬
tation ancienne des périodes humides. C’est ainsi que Bruneau de Miré et
Quézel (20) à propos de la flore résiduelle du Tibesti au cœur du Sahara,
soulignent la désertification « très récente » des axes montagneux saha¬
riens. Insistant sur la soudaineté et la brutalité de la glaciation quater¬
naire, Furon (17) parle de la « catastrophe » ou du « cataclysme » gla¬
ciaire. Le terme est repris par Vachon (18). Elle n’est pas à cet égard un
phénomène cyclique qui apparaîtrait lentement et disparaîtrait de même.
Elle surgit comme un accident.
L’abandon du Hodh par les populations sédentaires en pays sahélo-
saharien (Mali) est daté de quatre mille ans A. C. Le Sahara est un désert
très jeune, cela paraît admis aujourd’hui par tous ceux qui ont étudié
les restes de son peuplement vivant. Cette désertification ne peut être
un phénomène localisé au Sahara, elle n’est qu’un épisode — grandiose
certes à l’échelle du territoire — mais tout de même manifestation saha¬
rienne d’un changement climatique qui a affecté le Monde entier, plus
visiblement sans doute les régions tempérées qui furent couvertes par une
calotte glaciaire mais aussi, bien que moins perceptiblement les régions
tropicales humides.
Des précisions sont données aujourd’hui sur la date des dernières
grandes manifestations de la période glaciaire. Les dates citées sont entre
—- 10 000 et — 20 000 A. C. A l’échelle des temps géologiques, cela s’est
passé hier à l’aube. Très significatives nous paraissent les précisions
recueillies dans des études faites par la « Humble Oil Company » (21) sur
l’âge de coquillages trouvés dans divers étages alluvionnaires du Mississipi
en Louisiane, parce que dans la mesure où elles sont exactes elles prouve¬
raient le caractère brutal et récent de la dernière glaciation, ce qui est
conforme à nos vues. Ces fossiles sont les traces nettes des anciens niveaux
des eaux océaniques dans le delta du Mississipi. Leur âge a été évalué par la
méthode du radio carbone, ou carbone 14, qui permet de mesurer l’an¬
cienneté de toute substance organique fossile ayant moins de trente-
cinq mille ans, avec un compteur de radiations atomiques.
On peut ainsi dater les variations du niveau des eaux océaniques
depuis les 20 derniers millénaires. Les mers auraient été il y a dix-sept
mille ans à 50 m en dessous du niveau actuel. Ce niveau ancien ensuite
aurait encore baissé, pour brusquement descendre à la cote — 145 il y a
douze mille ans. Le relèvement aurait été encore plus rapide. Il y a
onze mille ans environ, le niveau serait revenu à la cote — 50, puis ensuite,
plus lentement il se serait rapproché du niveau actuel qu’il aurait atteint
il y a quatre mille ans environ. Cette baisse « subite » est évidemment
corrélative de la dernière glaciation qui serait survenue brutalement vers
Source : MNHN, Paris
— 54 —
]’an — 13 000. Les glaciations accumulent en effet des quantités considé¬
rables de glace autour des pôles surtout lorsqu’il s’agit d’inlandsis coiffant
des régions montagneuses, retirant autant d’eau aux océans et faisant
ainsi baisser leur niveau.
Retenons ce caractère soudain de la glaciation et de la déglaciation,
dans leur phase aiguë, et leur date récente puisqu’elle ne précède que de
sept mille ans environ le début de la protohistoire de l’humanité, alors
que la période quaternaire a duré selon les auteurs entre six cent mille
et un million d’années.
Nous allons maintenant tenter de reconstituer l’histoire de la végé¬
tation tropicale en Afrique et en Amérique du Sud, durant cette période
du cataclysme, ou du moins de sa phase terminale et brutale, si proche
de nous. Nous serons alors amenés à proposer notre explication des
savanes écologiquement anormales et d’autres étrangetés de la répartition
actuelle des flores et de la végétation tropicales. Un certain nombre
d’hypothèses doivent être choisies au préalable. Il importe par exemple
d’avoir une idée sur le paléoclimat glaciaire. Les conceptions sont très
diverses suivant les auteurs qui sont innombrables à avoir exprimé leurs
opinions à ce sujet. Le plus souvent il est admis que la glaciation corres¬
pondait à une période de grande humidité. Est classique la succession de
périodes pluviales glaciaires et de périodes interglaciaires plus chaudes,
parfois même plus chaudes que le climat actuel. Certains ont même écrit
que les glaciations ne correspondraient pas nécessairement à une période
froide, ou contesté qu’un refroidissement ait été la cause essentielle
de la glaciation. Vachon cite des chiffres(18) : la température ne s’est
pas élevée de plus de 3° dans les périodes interglaciaires, ni ne s’est abais¬
sée de plus de 5-6° au maximum des glaciations. Simpson (1934) a même
soutenu que la glaciation était due à un léger réchauffement de la tempé¬
rature du globe entraînant l’augmentation de l’évaporation sur les océans,
donc un accroissement corrélatif de la pluviosité et une crue des glaciers.
Cependant au Quaternaire supérieur on constate d’une .façon certaine la
présence de nombreux troupeaux de rennes dans le sud-ouest de la France,
du bœuf musqué et du mammouth, ce qui témoigne tout de même d'un
refroidissement certain. Voilà quelques opinions parmi de nombreuses
autres.
Plus rarement on a soutenu que le climat glaciaire était sec et très
froid (Stehlin 1933, Boule, 1888). C’est encore cette opinion que nous
soutiendrons. Pour que l’épaisseur d’une calotte glaciaire s’accroisse il
n’est pas indispensable que les précipitations neigeuses soient très abon¬
dantes, il suffit que la neige tombant même en quantité relativement faible
s’accumule et ne fonde pas en été. Ainsi s’est sans doute constitué l’in¬
landsis du Groenland où il neige encore peu mais où la neige tient (P.-
E. Victor). .
En se plaçant au point de vue du climat général de la Terre, il n est
pas concevable que le climat glaciaire puisse être à la fois très humide
(très pluvieux) et très froid. En effet s’il est froid, l’évaporation et donc
les précipitations diminuent. S’il est chaud, l’évaporation et la pluviosité
Source : MNHN, Paris
— 55 —
sont grandes, mais il est difficile de croire que ce climat doux sinon chaud
soit propice à la génèse d’inlandsis. Nous croyons que la période de glacia¬
tion fut une période froide, aux pluies moins abondantes liées à une évapo¬
ration réduite par rapport à des périodes non glaciaires. A ce climat général
plus froid et surtout moins humide, correspondait dans les régions tou¬
jours chaudes intertropicales un climat sec, c’est-à-dire, dans ces régions,
générateur de sécheresse, d’aridité. A la période de glaciation correspondait :
dans les régions tropicales des climats plus secs, entraînant dans les régions
semi-arides une plus grande aridité et même la désertification; dans les
régions tropicales humides, une diminution des pluies et une régression des
formations végétales humides.
Cette régression sera accusée plus encore par la diminution de l’effet
des moussons. On se souvient du mécanisme de la mousson du Golfe de
Guinée en Afrique. Ce grand courant aérien déplace les masses d’air
chaud et très humide de la zone équatoriale de l’Océan atlantique dans
une direction S-W-N-E vers le centre de l’Afrique où règne une dépression
atmosphérique d’origine thermique. Ce courant est permanent, mais il est
plus puissant en été où le continent est surchauffé par rapport à l’océan.
Il pénètre alors profondément, déversant des pluies dans les régions souda-
niennes, et même sahéliennes et sud-sahariennes où l’humidité de la
courte saison des pluies que l’on y observe ne peut évidemment provenir
de l’évaporation terrestre (1). En hiver (astronomique) au contraire, le
centre de l’Afrique est moins chaud, aussi la mousson, si elle souffle
encore faiblement sur la Côte de Guinée, ne pénètre plus profondément
à l’intérieur, refoulée par ailleurs par le courant contraire desséchant
d’Est, Nord-Est, venant des régions sahariennes. Si le climat général de
la Terre se refroidit, il est donc vraisemblable que la mousson verra
son influence diminuer, et qu’en conséquence plus restreintes seront en
superficie les régions qu’elle arrose. Par ce double effet de la perte de
puissance des moussons et de la diminution générale d’humidité, les
régions tropicales seront donc exposées à une offensive de l’aridité ou de
la désertification, selon leur position géographique.
En période de déglaciation ce sont évidemment des effets contraires
qui se manifesteront. Pour nous résumer nous admettrons donc qu’en
zone intertropicale, la phase de glaciation correspond à un climat plus
sec, donc à des périodes de moindre pluviosité ou d’aridité, et qu’à la
phase suivante de déglaciation est liée un climat plus humide et pluvieux.
C’est aussi l’opinion de Tricart (22).
Nous avons souligné que cet exposé liminaire était relatif au climat
général de la Terre. Des augmentations de pluviosité ne sont pas exclues
en période de glaciation et d’aridité générale, mais elles sont locales,
du fait par exemple de la présence d’inlandsis entraînant des changements
dans le régime des vents. Nous admettrons que des vents plus froids issus
des inlandsis polaires pourront amener des fortes chutes de pluie dans
certaines régions adjacentes, dans le bassin mériterranéen spécialement
et pensons-nous aussi dans le Sahara méditerranéen.
Nous sommes maintenant conduits à admettre une autre hypothèse
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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fondamentale très vraisemblable et fort importante pour la zone inter¬
tropicale : qu'il y ait refroidissement ou réchauffement général de la Terre,
les règles de la circulation générale de l’atmosphère ne seront pas sensible¬
ment modifiées. Le régime des alizés persistera en particulier, l’aire d’in¬
fluence de ces vents permanents pouvant seulement être modifiée. Nous
avons dit plus haut comment l’action des moussons pouvait également
être réduite en période de glaciation.
Ces hypothèses étant admises nous pouvons maintenant tenter une
esquisse vraisemblable de la paléoclimatologie de la période glaciaire en
zone intertropicale et des conséquences qui en découleront logiquemenr
pour la répartition des types de végétation tropicale dont nous connais¬
sons les exigences écologiques. Nous nous placerons dans deux cas hypo¬
thétiques.
CAS DE L’HYPOTHÈSE DU DÉPLACEMENT RÉEL
OU RELATIF DES PÔLES AU QUATERNAIRE
Sur les causes de la ou des périodes glaciaires toutes les théories
possibles ont été exprimées, toutes controversables, controversées et
finalement non unanimement retenues. Parmi elles un mécanisme mettant
en jeu un déplacement du pôle Nord en direction de l’Europe et de
l’Amérique du Nord, plaçant sous la calotte glaciaire le nord du Canada,
les pays Scandinaves et le nord de l’Angleterre expliquerait très bien la
formation d’un inlandsis sur le nord de l’Europe et le nord de l’Amérique.
Dans le cas d'une position du pôle à 77°5 lat. et 0° long., le parallèle de 70°
entourerait le Groenland, toute la Scandinavie, le nord de l’Angleterre et
Fig. 9. — Position hypothétique du pôle Nord tertiaire à 70° lat., 180° lat. E., des
parallèles de 80°, 70°, 50°, des tropiques et de l’équateur.
L’Europe occidentale, l’est et le sud des Etats Unis ont un climat subtropical
ou tempéré chaud. La forêt équatoriale occupe le sud du Sahara et le Sahel actuels.
Dans l’est du Brésil la forêt à conifères s’étend beaucoup plus au nord qu’aujour-
d’hui.
Fig. 10. — Glaciation européenne. Position hypothétique du pôle Nord à 77°5 lat.,
0° long. E., des parallèles de 80°, 70°, 50°, du tropique du Cancer et de l’équateur.
La forêt équatoriale africaine s’est déplacée vers l’Afrique australe, et ne se
maintient plus qu’en bastions isolés en Afrique occidentale et centrale : Côte
d’ivoire, Ghana, Cameroun, Gabon. La savanisation et la désertification s’éten¬
dent dans toute l’Afrique occidentale et centrale. Humidification au contraire du
Sahara septentrional et central. Les hautes montagnes sahariennes sont coloni¬
sées par la flore sylvestre méditerranéenne.
Fig. II. — Glaciation nord américaine. Position hypothétique du pôle Nord à 72° lat.,
90° long. E., des parallèles de 80°, 70°, 50°, des tropiques et de l'équateur.
L’Europe occidentale a un climat plus chaud que l'actuel. Désertification du
Sahara central et septentrional. En Amérique du Sud migration de la flore équa¬
toriale vers le sud. Destruction partielle des forêts d’Araucaria au Brésil rempla¬
cées par des savanes (campos). Formation d’une zone intérieure aride dans le
nord de l’Amérique du sud couvrant le Vénézuela et une grande partie du bassin de
l'Amazone.
Source : MNHN, Paris
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du Danemark (fig. 10). Dans ces conditions, l’inlandsis qui se formerait
correspondrait probablement avec celui qui s’est effectivement établi
au cours d’une des plus fortes périodes glaciaires. En effet sous le climat
polaire actuel les glaciers se forment sur les continents à cette latitude et
même, au pôle Sud à une latitude parfois moindre, jusqu’au cercle
polaire antarctique (66°5). La pointe sud du Groenland dépasse même
le 60° lat. N.
Les hypothèses sur le déplacement des pôles et la dérive des continents
qui ont rendu célèbre le nom de Wegener ont été vivement critiquées.
Cependant elles ont conservé leur crédit auprès de certains biologistes et
aujourd’hui elles retrouvent la faveur de certains physiciens et géo¬
graphes à la suite des études sur le paléomagnétisme et les directions des
vents aux époques anciennes (23, 24). L’aimantation de certaines roches
n’ayant pas changé depuis l’époque de leur formation, l’examen de la
direction de leur magnétisation a montré que les distances des continents
et leur orientation par rapport au pôle magnétique ont changé. Des cartes
ont été publiées qui d’après les observations paléomagnétiques effectuées
en différentes stations de l’Angleterre, des Etats-Unis et de l’Australie,
figurent la position des pôles magnétiques aux différentes époques géolo¬
giques entre le précambien et le miocène. Le pôle nord aurait subi une
lente migration — un degré par million d’années — à travers l’Océan
Pacifique atteignant au permocarbonifère l’emplacement des côtes
actuelles de la Chine du Nord et du Japon. Au Crétacé et à l’Éocène il
aurait cheminé sur les côtes nord de la Sibérie orientale, s’approchant
au Miocène très près de sa position actuelle.
Wegener avait déjà placé le pôle nord de l’époque tertiaire vers
le détroit de Behring. Cette position rend parfaitement compte du paléo¬
climat subtropical qui régnait alors sur la plus grande partie de l’Europe.
J’ai indiqué sur la figure 9 pour fixer les idées, une position possible du
pôle Nord à l’époque tertiaire (70° lat., 180° long. E.) vers la pointe
extrême Est de la Sibérie. Le tropique du Cancer aurait alors traversé
le Mexique, la Floride, le sud de la France et le nord de l’Italie. L’équateur
aurait coupé le nord de l’Amérique du Sud et le centre du Sahara. C’est
dans cette hypothèse que je me suis placé dans une étude antérieure (25)
pour expliquer certains faits de distribution des flores tropicales africaines.
Quoiqu’il en soit ces hypothèses sur la migration des pôles depuis le
précambrien, remises à jour par l’étude du paléomagnétisme rémanent,
sont distinctes de celles qui seraient nécessaires d’admettre si les périodes
glaciaires du quaternaire étaient dues à des déplacements réels ou relatifs
du pôle, car si dans le premier cas la migration est excessivement lente et
semble se faire (24) sur une courbe allant du Pacifique Sud à la Sibérie
au travers de la Chine du Nord, dans le second cas il s’agirait de mou¬
vements beaucoup plus rapides, car pour que le parallèle de 70° coupe le
nord du Canada et le nord de l’Europe il est nécessaire que le pôle soit
déplacé depuis sa position actuelle de 15° de latitude, c’est-à-dire qu’il
soit placé vers le 75° de latitude, et ceci dans la durée d’une période
glaciaire du quaternaire. Au surplus pour expliquer par la même hypo-
Source : MNHN, Paris
— 59 —
thèse la formation de l’inlandsis de l’Amérique du Nord, qui s’est étendu
au-delà des grands lacs, nettement au sud du 50 e parallèle actuel, il fau¬
drait que le pôle se soit décalé par rapport à la première position de 40°
environ de longitude. Si ces hypothèses étaient fondées il s’ensuivrait par
ailleurs que le summum de la glaciation ayant affecté l’Amérique du
Nord ne se serait pas manifesté à la même période que celui de l’Europe,
il l’aurait précédé. Les glaciations n’auraient pas été simultanées. Le
professeur américain Charles Hapgood (26) a soutenu récemment que le
climat durant la dernière partie de la période glaciaire (— 10.000 ans)
avait changé rapidement et non dans une longue période de temps, et
il a expliqué le mécanisme de ce changement brusque par un glissement
de la croûte terrestre sur la croûte sous-jacente du globe, plastique et
visqueuse, causé par la poussée exercée par la force centrifuge née de
l’accumulation considérable excentrée des glaces de la calotte glaciaire
antarctique.
Nous examinerons ce qui se serait passé si l’hypothèse de la gla¬
ciation effet d’une migration du pôle vers le sud était vraie, d’abord à
l’apogée de la glaciation européenne (fig. 10), puis à l’apogée de la
glaciation canadienne (fig. 11). Cette hypothèse de travail a l’avantage
de permettre de fixer avec précision pour l’esprit les positions correspon¬
dantes de l’équateur et des tropiques, facilitant la compréhension des
explications qui suivent.
PHASE DE GLACIATION
CONSÉQUENCES EN AFRIQUE D'UN DÉCALAGE DES ZONES CLIMATI¬
QUES VERS LE SUD
Plaçons-nous donc d’abord dans le cas de la figure 10. Le nord de
l’Europe est surchargé d’un inlandsis. La position du pôle Nord est
supposée être à 77°5 lat. Nord et 0° long. Le tropique du Cancer traverse
le nord du Mexique, Cuba et coupe l’Afrique occidentale à peu près à la
hauteur du lac Tchad. L’équateur, notablement au sud de la ligne actuelle
passe dans le nord du Brésil, son point le plus bas a pour coordonnées :
longitude O., latitude 12°5 S. En Afrique australe il joint Benguela en
Angola au nord de l’archipel des Comores, passant donc à la limite du
Katanga et de la Rhodésie du nord, traversant ensuite le lac Nyasa puis
le nord du Mozambique. Il recoupe l’équateur actuel dans l’île de Sumatra.
Migration vers le sud de la forêt équatoriale
Cette migration de 12°5 de latitude au maximum a pour la végétation
de l’Afrique une importance considérable. La bande équatoriale de forêt
dense humide n’a pu que suivre l’équateur dans sa « descente » vers le
sud. Si, comme c’est admissible, elle a la même largeur qu’actuellement,
c’est-à-dire si elle s’étend comme aujourd’hui de 4° de latitude au plus de
part et d’autre de l’équateur dans le centre de l’Afrique, elle couvre une
Source : MNHN, Paris
— 60 —
grande partie de l’Angola, du haut Katanga et de la Rhodésie du Nord,
territoires occupés aujourd’hui par des forêts claires à Brachyslegia, des
savanes boisées, et des steppes boisées dans le sud de l’Angola. Le littoral
angolais demeure cependant couvert de savanes et de steppes bien que
compris dans la bande équatoriale, en raison de l’influence désertifiante
du courant de Benguella qui s’il n’y a plus la force qu’il a actuellement
où il se fait sentir climatiquement jusqu’au cap Lopez au Gabon, doit
encore faire sentir son action sur la côte dans le sud de l’Angola. Mossamé-
dés demeure un désert maritime avec ses étranges Welwitschia.
Il y a dans cette zone qui marquerait l’avance extrême de la forêt
équatoriale vers le Sud des vestiges évidents de cette forêt : la forêt de
la province de Luanda, les forêts d’Amboine dans l’Angola à flore guinéo-
congolaise qui se sont maintenues en montagne, en dépit de précipi¬
tations peu importantes mais grâce à une atmosphère humide de
brouillards dus aux condensations de l’air humide et frais du courant de
Benguela sur le rebord angolais du haut plateau austral. Reliques égale¬
ment les « muulus » des confins katangiens-rhodésiens. Ce sont des petits
bois, de quelques hectares au plus chacun, de forêt dense humide ou semi-
décidue, constitués d’une flore guinéo-congolaise comprenant de grands
arbres au port d’arbres de forêt équatoriale (Entandrophragma, Chloro-
phora, Erylhrophleum), en contraste absolu avec la forêt claire à Brachys-
tegia qui est la formation commune du pays. Ces petits bois sont établis
sur les sols les plus frais, parfois groupés en archipels d’ilots forestiers.
Rongés sur leurs lisières par les feux, quelques-uns dévastés et en voie
de destruction, ils apparaissent bien comme des reliques de massifs
autrefois beaucoup plus étendus.
La forêt équatoriale de l’époque glaciaire était probablement soudée
aux forêts de montagne qui marquent aujourd’hui encore le rebord
oriental du plateau austral. Les témoins de son ancienne extension dans
la flore et la végétation ne manquent donc pas dans ces pays compris
aujourd’hui dans la Région soudano-zambézienne.
L’équateur passant non loin de la pointe nord de Madagascar, la
grande île dans son domaine occidental était probablement soumise à
des précipitations plus abondantes déterminant un type sempervirent de
végétation dans le nord-ouest à la place des formations décidues et des
savanes actuelles.
Découpage de la forêt guinéo-congolaise en bastions refuges
LITTORAUX ET OROGRAPHIQUES
La grande forêt accompagnant l’équateur dans sa migration australe
a nécessairement laissé derrière elle des savanes et des steppes dans des
pays en voie de dessication. Il est vraisemblable cependant que des massifs
sont demeurés d l’intérieur de la bande tropicale sur les montagnes, ainsi
qu’à proximité de la mer.
Comme nous l’avons admis, dans cette période de glaciation maxi¬
mum l’Afrique occidentale et centrale est entrée dans une période de
Source : MNHN, Paris
— 61 —
dessèchement. La mousson fait sentir une action amoindrie sur les côtes
du golfe de Guinée, mais sans doute suffisante pour permettre à la forêt
de subsister dans des bastions encore assez arrosés par les pluies. Le grand
massif guinéo-congolais qui aujourd’hui s’étend du Libéria au Congo et
à l’Ouganda, avec une coupure nette entre le Ghana et la Nigeria (Togo-
Dahomey), séparant un massif libéro-ivoréen d’un massif camerouno-
gabonais, et de grands golfes de savane pénétrant la forêt, en moyenne
Côte-d’Ivoire, sur les plateaux batékés dans l’ex Moyen-Congo français,
dans la vallée de la Ngounié au Gabon, dans celle du Niari, ce massif
s’est fragmenté en plusieurs morceaux, qui constitueront durant cette
période sèche les bastions reliques de la forêt dense humide. Il est facile
en accentuant les avancées présentes des savanes vers le cœur de la forêt
guinéo-congolaise, en en exagérant la largeur, de comprendre comment
s’est fragmentée l’ancienne forêt équatoriale de la fin du quaternaire. Cette
idée est logique, puisque ces avancées de savanes correspondent aujour¬
d’hui encore à des lignes de moindre résistance écologique de la forêt, le
long desquelles la pluviosité est moindre, la saison sèche plus longue qu’à
latitude égale de part et d’autre. Si la sécheresse s’accentue, si les vents
desséchants du désert en saison sèche qui sont les agents d’accentuation
de la dessication, soufflent plus fort et plus longtemps par ces couloirs de
sécheresse, la forêt disparaîtra d’abord le long de ces couloirs et ainsi
seront isolés des massifs mieux placés écologiquement pour subsister. Nous
pouvons donc les situer approximativement connaissant leur climat actuel.
Il est ainsi vraisemblable que résistèrent à la période de régression
des forêts vers le sud, le bastion libéro-ivoréen correspondant à la pointe
du cap des Palmes traversée par le fleuve Cavally, et un bastion ivoréen-
ghanéen aux confins de la Côte-d’Ivoire et du Ghana dont la pointe
extrême-Sud est marquée par le cap des trois Pointes. La Côte-d’Ivoire
centrale est alors largement ouverte aux savanes, les masses d’air
desséchant de l’harmattan s’y engouffrent en saison sèche. Subsistent
peut-être encore sur le littoral des lambeaux de forêt dense dans les
creux de vallées. Peut-être aussi sur les montagnes de Man et du Nimba,
à l’intérieur, se maintiendront quelques massifs.
Ces bastions sont des refuges pour la flore de forêt dense humide.
Sur la côte, ils chevauchent ce qui est alors le 17 e parallèle. La présence
de forêt tropicale à ces latitudes est normale au bord de la mer. On peut
aussi admettre qu’il y a des restes de flore guinéo-congolaise, en basse
Casamance vers le 12°5 latitude actuel et même à la presqu’île du Cap
Vert, vers le 14° dont quelques traces subsistent jusqu’à nous. En effet,
par exemple en Amérique du Sud, au Brésil, la forêt littorale tropicale
descend vers le Sud presque jusqu’au 30°. La forêt de la Serra do Mar près
de Sao Paulo est sous le tropique du Capricorne. Rien d’étonnant donc
qu’en dépit du dessèchement général, des bastions de forêt dense humide
sempervirente ou semi-décidue persistent au Libéria, en Côte-d’Ivoire,
au Ghana, et plus au Nord encore sur la côte. C’est de ces bastions que sorti¬
ront les éléments de reconstitution de la forêt à la reconquête de son ancienne
emprise lorsque surviendra la réhumidificalion.
Source : MNHN, Paris
— 62 —
--limite extrême Sud du Sahara au summum glaciaire; \ migration de la
flore sylvestre méditerranéenne vers les montagnes du Sahara central; \ migra¬
tion de la flore afromontagnarde.
Source : MNHN, Paris
— 63 —
A partir du Cap des trois Pointes au Ghana jusqu’au sud de la Nigeria,
les savanes se sont ouvertes une large voie. La côte depuis Accra jusqu’à
Lomé aujourd’hui encore est remarquablement peu pluvieuse, à tel
point que la forêt y cède encore la place à des fourrés, des forêts basses
et des savanes herbeuses. Pour les mêmes raisons développées ci-dessus,
la forêt s’est maintenue dans le bas Cameroun et en Nigéria autour des
hautes montagnes qui jalonnent l’actuelle frontière, mais elle a vraisem¬
blablement été chassée des plateaux du moyen Cameroun où la pluviosité
n’est aujourd’hui que d’environ 1 500 mm.
C’est au Gabon qu’il nous semble que la forêt a conservé un domaine
assez grand, non pas dans la région littorale sablonneuse où elle a dû dispa¬
raître rapidement mais sur les massifs montagneux intérieurs, Monts de
Cristal au nord de l’Ogooué, Monts de Chaillu au sud de l’Ogooué. Au¬
jourd’hui c'esl dans ces régions que la flore est la plus riche en genres et
espèces de tout le massif forestier guinéo-congolais, parce qu’elle a résisté
sur place à la période de dessèchement. Cependant elle a été séparée des
forêts marécageuses de la cuvette congolaise. Le golfe aujourd’hui encore
savanisé des plateaux batékés qui atteint l’équateur au sud de Ouesso
s’est creusé et approfondi, et une profonde coupure savanisée marque
alors le bassin de la Sangha.
Dans la cuvette congolaise que n'arrosent plus que difficilement les
pluies de mousson, puisqu’elle est maintenant très au nord de la bande
équatoriale, c’est la dessication intense. Je pense que la forêt ne s’est
maintenue que dans la partie occidentale marécageuse de la cuvette, et
à l’Est sur les montagnes qui bordent le fossé tectonique des grands Lacs.
De même dans l’Ouganda, au Kenya et au Tanganika la forêt, comme
aujourd’hui d’ailleurs, n’existe plus qu’à l’état d’oasis sur les hautes
montagnes.
Répercussions de la migration équatorienne en Afrique australe
Dans notre hypothèse l’Afrique du Sud est maintenant entièrement
dans la zone intertropicale. Le réchauffement du climat par rapport au
climat actuel a vraisemblablement pour effet d’augmenter les précipi¬
tations dans les chaînes de montagnes qui marquent la limite orientale
du grand plateau austral, Monts Ingangani, Drakenbergen, et donc de
favoriser l’extension des formations forestières afromonlagnardes sur ces
montagnes et sur les hauts plateaux. Il est ainsi vraisemblable que celle flore
montagnarde s’est étalée sur ces hauts plateaux aujourd’hui couverts d’une
steppe herbeuse que l’on appelle le haut Veld au Transvaal. Les conditions
climatiques plus chaudes et humides ont de même déterminé une poussée
vers le Sud de la flore afromontagnarde et lui ont permis d’atteindre l’extré¬
mité de l’Afrique. Ainsi s’expliquerait la présence étonnante de très
nombreux éléments afromontagnards tropicaux dans la région de Knysna
en Afrique du Sud qui constituent aujourd’hui un Ilot subtropical avancé
de flore tropicale à l’intérieur de la Région chorologique capienne où la
flore est très différente.
Source : MNHN, Paris
— 64 —
La région côtière du S-W africain toujours sous l’influence du couvert
froid du Benguela est demeuré désertique, de même le Karroo. Cette
permanence de l’état désertique ou subdésertique dans ces régions australes
occidentales est une des raisons qui expliquent comment le spectre biolo¬
gique de leur végétation soit aussi différent de celui du Sahara qui est un
désert jeune soumis en outre depuis le tertiaire d d’incessants bouleversements
de climats et de flores. Nulle part autour du Sahara actuel on ne trouve
par exemple des steppes à succulents ou à sous-arbrisseaux nains à port
de bruyère du genre de celles du Karroo, ni une végétation semblable
à celle des déserts du Namib et du Namaqualand.
Le domaine méridional de la sous-région occidentale de Madagascar
toujours abrité de l’alizé de l’Océan indien est également demeuré très
aride durant cette période et donc couvert de la même végétation qu’au-
jourd’hui avec ses fourrés et forêts sèches étranges de plantes épineuses
et succulentes.
Conséquences pour les régions sahariennes
Ce décalage général des zones climatiques vers le sud apporte l’expli¬
cation de la présence de ces curieux témoins d’une flore méditerranéenne
ayant pénétré dans une période récente jusqu'au cœur du Sahara, au
Hoggar et au Tibesti. Les recherches récentes de palynologie au Hoggar
(Quézel 28) ont permis de découvrir des pollens d’espèces arborescentes
appartenant toutes à des lignées méditerranéennes de l’Algérie tellienne :
pin d’Alep, cèdre de l’Atlas, Thuya de Berbérie, Cyprès de Duprez, Géne-
vriers, Chênes, en particulier Chêne vert, aulne, micocoulier, divers
érables, lentisque, bruyère arborescente, frêne dimorphe, olivier et juju¬
bier. Dans des paléosols du Hoggar on a même reconnu des pollens de
Tilleul et de Noyer. La présence ancienne du Tilleul aujourd’hui disparu
de l’Afrique avait par ailleurs été reconnue en 1892 par Loret en étudiant
la flore pharaonique à travers les inscriptions hiéroglyphiques (Boureau).
Cette existence du Tilleul au Sahara quaternaire est donc confirmée. Dans
des sédiments datés du Moustéro-atérien saharien par les industries pré¬
historiques en place, vers dix mille ans A. C., on a trouvé une flore riche
en éléments caducifoliés, chênes, érables, tilleuls, aulnes (28).
Des études palynologiques de diatomites du Borkou, dans l’horizon
le plus superficiel de sédiments de l’ancienne zone lacustre quaternaire
de la dépression du Borkou, à plus de 300 km au sud du Tibesti, à basse
altitude ici (180-350 m) ont révélé (Quézel et Martinez, 27) l’existence
étonnante à cette basse latitude de Juniperus, Callitris, Cupressus, Cedrus,
Pinus, halenpensis, Quercus cf. ilex ou coccifera, Olea europea, mélangés
à des espèces sahéliennes tropicales, telles que des Acacia Seyal et Raddiana
A ces basses latitudes et altitudes les flores méditerranéenne et tropicale
se trouvaient alors en contact.
D’autres analyses palynologiques au nord du Tibesti (Mossei) par
Bouvet vers 800 m d’altitude dans des débris de remplissage d’un abri
sous roche, très riches en débris charbonneux provenant surtout de bois
Source : MNHN, Paris
— 65 —
de pins et de génevriers, avec des restes d’industries néolithiques, indi¬
quent une prépondérance de graminées (60 %) et d 'Acacia flava (35°)
sans aucun élément méditerranéen. La flore saharo-sahélienne dominait
donc à cette époque; la steppe à épineux (Acacia) remplaçait la flore
méditerranéenne, mais les habitants devaient encore trouver des bois
morts pour faire leur feu, ou quelques arbres vestiges des anciennes forêts
de conifères. Quézel et Martinez (27) interprètent ce remplacement
brutal au Tibesti de la flore méditerranéenne par la flore sahélienne au
néolithique comme la conséquence « d’une variation importante et sou¬
daine des conditions climatiques ». Nous retrouvons ici notre impression
du changement climatique brutal qui s’est produit au quaternaire récent,
ayant causé des destructions et des migrations de flores. Quézel estime qu’en
quatremille ans, la région chorologique méditerranéenne a reculé de plus
de 1 500 km dans les zones montagneuses du Sahara. Pour lui l’invasion
du Sahara septentrional par la flore forestière méditerranéenne de coni¬
fères et d’éléments caducifoliés se serait produite entre dix mille et six
mille années A. C.
Il y a aujourd’hui encore de nombreuses reliques de la flore méditer¬
ranéenne qui ont trouvé refuge sur les hautes montagnes du Sahara cen-
tral Des especes de souche méditerranéenne, olivier, myrte, pistachier
de 1 Atlas, Cyprès, Armoises, au dessus de 2 000 m au Hoggar dominent
encore dans le paysage végétal.
La proximité de l’inlandsis européen ou le décalage climatique
consécutif au déplacement du pôle N., ou les deux, expliquent très bien
cette humidification du nord du Sahara.
La pluviosité a donc augmenté dans le Sahara septentrional et cen¬
tral et surtout sur les hautes montagnes du Sahara central. Cette période
fut ainsi favorable à des contacts entre les avancées sahariennes de la
flore méditerranéenne et la flore tropicale afromontagnarde de l’Afrique
orientale par l’Ethiopie, le Darfour (Mts Marra 3 000 m), l’Ennedi
(1 430 m) et le Tibesti. Peut être peut-on expliquer ainsi l’aire de l’Erica
arborea L., la bruyère arborescente qui aujourd’hui a une aire méditerra¬
néenne disjointe d’une aire éthopienne et d’une aire en Afrique orientale,
séparée par le Sahara, dans lequel les stations des pollens subfossiles
trouv'és au Hoggar et au Tibesti jalonnent la branche saharienne de l’aire
quaternaire qui reliait les actuelles aires disjointes.
COIVSÊQUENCES EN AMÉRIQUE DU SUD D’UN DÉCALAGE DES ZONES
CLIMATIQUES VERS LE SUD
Demeurant toujours dans l’hypothèse de la figure 10, il reste à exami¬
ner quelles purent être les conséquences au quaternaire de la formation
d un inlandsis sur l’Europe septentrionale consécutive au déplacement
du pôle vers le 77°5 lat. N. 0° long. L’équateur et la bande de forêt
dense humide qui lui est liée traversait alors l’Amérique du Sud de la
République de l’Équateur au Nord-Est du Brésil. Dans le centre du
Brésil l’Hylaea occupait donc son emplacement actuel, toutefois avec une
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 67 —
extension vers le sud plus grande qu’aujourd’hui où ses limites atteignent
le 14e parallèle sud. Il y a une différence importante entre la répartition
de la forêt équatoriale en Afrique et au Brésil. Si dans ce premier conti¬
nent la bande équatoriale est comprise sensiblement entre les parallèles
de 4°, de part et d’autre de l’Équateur, il n’en est pas de même au Brésil
où la distribution de l’Hylaea au nord et au sud de l’équateur est dissy¬
métrique. En Colombie amazonienne ses lisières se placent vers les So¬
dé parallèle Nord; au Vénézuela elles s’élèvent jusque vers les 7 e -8 e paral¬
lèles; tandis qu’au sud, au Matto Grosso, elles sinuent vers le 14 e parallèle.
J’ai donné antérieurement une explication de cette dissymétrie (2).
L’équateur au centre du Brésil, dans le cas où nous sommes placés, étant
décalé d’environ 8°, on peut admettre que la forêt équatoriale s’étendait
dans le bassin du Parana dans l’État de Sao Paulo où elle se reliait à la
forêt atlantique. Le massif de Goias, les forêts actuelles ripicoles et de
plateaux du haut bassin du Paranaïba (37) sont les vestiges de l’ancienne
progression vers le sud de l’Hylaea, mais aujourd’hui l’Hylaea propre¬
ment dite est séparée de la forêt atlantique par des campos cerrados
(savanes boisées). Cette forêt atlantique de l’Est du Brésil, dite la Serra do
Mar, due aux conflits des alizés du Sud-Atlantique et des vents froids
venant du Sud s’étend en une bande plus ou moins large et plus ou moins
déchiquetée depuis le nord-est du pays jusque dans l’Etat brésilien méri¬
dional de Rio Grande do Sul. Elle est vraisemblablement toujours demeu¬
rée en place, étant fille de l’Océan. Les savanes boisées (campos cerrados)
du Brésil central qui couvrent aujourd’hui des étendues considérables
dans les États du Brésil central, devaient avoir une aire plus restreinte
comprise entre les deux aires forestières agrandies de l’Hylaea au Nord
et à l’Ouest, et de la Serra do Mar à l’Est et au Sud.
Toujours en raison du décalage vers le sud des aires climatiques,
le Brésil méridional était plus chaud qu’aujourd’hui, le Tropique du
Capricorne devait traverser l’État de Rio Grande do Sul. Ces conditions
étaient devenues peu favorables au maintien des forêts de conifères (Arau¬
caria et Podocarpus) qui couvraient plateaux et montagnes à l’intérieur du
pays. Elles disparurent ne laissant que ces vestiges que l’on voit actuelle¬
ment encore dans les États de Minas Geraes (Romariz D. de A., 35) et de
Sao Paulo. Elles ne se maintinrent qu’au sud dans les montagnes de
Santa Catarina et de Rio Grande do Sul. Là où elles disparurent elles firent
place aux actuelles savanes (campos) herbeuses qui sont si typiques dans les
États du Sud du Brésil. Telle pourrait être l’origine mystérieuse et si dis¬
cutée de ces campos des États brésiliens méridionaux.
Les régions du nord du continent toujours situées à l’intérieur de la
zone intertropicale étaient abondamment, comme aujourd’hui, arrosées
par les pluies de l’alizé nord-atlantique dans les secteurs maritimes. La
forêt guyanaise est donc restée en place. Il est probable que la bande
équatoriale s’étant éloignée, la zone plus ou moins sèche comprise entre la
forêt des Guyanes et l’Hylaea amazonienne sur laquelle nous avons attiré
l’attention, marquée aujourd’hui par une succession de types de végéta¬
tion plus ou moins xérophytiques allant des Llanos (savanes à boque-
Source : MNHN, Paris
— 68 —
teaux) du Vénézuéla, aux savanes d’Amapa et aux catingas du Piauhy
et du Ceara, par les pseudos catingas du haut rio Negro, les campos du
haut rio Branco, les campos et forêts sèches du moyen Amazone, cette-
zone était plus sèche et qu’ainsi il est vraisemblable qu’une sorte de continuité
existait entre ces aires semi-arides, séparant la forêt du plateau Guyanais
de l’Hylaea du Brésil central, laissant dans une certaine mesure la cuvette
du moyen Amazone plus ou moins déforeslée.
La côte nord du Brésil entre l’estuaire de l’Amazone et Natal placée
dans la même situation que les côtes de Guyane aujourd'hui devait être
boisée, même entre Sao Luis de Maranhao et Natal à la place de la catinga
actuelle. Ces variations climatiques et leurs conséquences sur la végétation
se sont encore accusées au cours de la glaciation canadienne (fig. 11 et 13).
CONSÉQUENCES EN ASIE DU SUD-EST;[INDO-MALAISIE ET AUSTRALIE
La position du pôle de la période glaciaire tel que nous l’avons fixée
hypothétiquement est telle que les déplacements de l’équateur et des tro¬
piques sont maxima en Afrique (fig. 10) et en Amérique du Sud (fig. 11).
L'Indo-malaisie au contraire demeure dans la zone équatoriale, ou elle
s’en écarle peu. Il en résulte que les changements climatiques et ceux de la
végétation n’ont pas eu l’ampleur de ceux que l’on peut admettre pour
l’Hémisphère occidental. La forêt dense équatoriale depuis le Tertiaire
jusqu’à maintenant a couvert les îles indomalaises et la Nouvelle Guinée.
L’Australie ne parait pas avoir subi non plus de grandes vicissitudes
climatiques durant le quaternaire. Notre étude cependant ne comprend ni
l’Asie, ni l’Australie.
PHASE DE DÉGLACIATION
DÉPLACEMENT DU POLE JUSQU’A SA POSITION ACTUELLE)
Cette période a été peut-être encore plus courte et soudaine que la
précédente. Le pôle vient alors occuper la position qu’il a aujourd’hui,
la végétation et la flore suivent, mais avec un certain relard. Des reliques
s’accrochent là où les conditions de milieu permettent encore cette survi¬
vance. Période de déglaciation, de réchauffement en Europe, dans la moitié
nord de l’Afrique et au nord de l’Amérique du Sud. Ce moment où l’équa¬
teur revenu vers le nord se rapproche et atteint sa position présente, appar¬
tient aux temps protohistoriques. Donc c’est celui qui devrait laisser les
traces les plus visibles dans la végétation. C’est en effet ce que nous
constaterons.
CONSÉQUENCES EN AFRIQUE AU SUD DE L'ÊQUATEUR DU REPLI
EQUATORIEN
L’équateur abandonne sa position extrême-sud en Afrique aus¬
trale. La forêt dense humide suit en principe, laissant comme traces de sa
courte installation, comme nous l’avons écrit déjà plus haut les forêts
Source : MNHN, Paris
— 69 —
denses des montagnes de l’Angola et des muulus au Katanga. La régres¬
sion est rapide comme soudainement le climat est devenu demi-aride.
Lorsque la forêt équatoriale après son repli s’est à peu près stabilisée sur
ses emplacements actuels depuis le Gabon jusqu’à l’Ouganda, elle laisse
au sud entre ses nouvelles lisières qui se forment el les positions qu’elle occupait
lors de son avance extrême sud, sur plusieurs degrés de latitude de vastes
régions envahies par les graminées. Alors la flore forestière semi-xérophylique,
celle des actuelles forêts sèches, forêts claires et savanes boisées soudano-
zambézienne bien ly pi fiée par le genre Brachystegia, repliée vers le sud,
progresse en direction du nord dans toutes les régions nouvellement savani-
sées. Elle s’y installe. Sa progression est toutefois moins rapide que le recul
de la forêt dense humide. C'est pourquoi il subsiste entre les lisières sud
actuelles de celle-ci et les forêts claires de Brachystegia si caractéristiques de
l'Angola, du Katanga, el de la N. Bhodesia ces très vastes étendues de savanes
herbeuses ou médiocrement boisées dont nous avons signalé l'étonnant hiatus
biologique. La forêt claire à Brachystegia angolo-rhodésienne progresse
toujours de nos jours vers le nord, à travers ces savanes herbeuses,
comme l’a constaté Duvigneaud, et elle n’a pas encore établi le contact
avec la forêt équatoriale. Celle-ci d’ailleurs a marqué elle aussi un retard sur
le changement climatique. C’est pourquoi vers la périphérie méridionale
actuelle, où les conditions climatiques sont moins bonnes que sous l’équa¬
teur lui-même, elle n’a pas encore fixé ses limites définitives, celles que lui
accorderaient les conditions du milieu. Elle progresse lentement elle aussi, à
la rencontre des forêts claires katangiennes. La zone intermédiaire des
savanes herbeuses, où se disputeront plus tard forêt dense humide,
forêt claire et savanes boisées a cependant été immédiatement envahie
par places par cette flore arbustive colonisatrice très banale, et très
pauvre, où se signalent quelques espèces très envahissantes d ’Hyme-
nocardia, Annona, Bridelia, etc..., flore secondaire si pauvre que son
origine récente nous parait évidente.
La forêt dense humide à partir des bastions gabonais, peut-être aussi
mayombéens et congolais central, s’est donc maintenant à nouveau
étalée le long de l’équateur dans des régions qui n’étaient plus que savanes
et steppes, herbeuses ou boisées. Sa progression a été plus ou moins lente
selon la nature du sol et le climat local. La reconquête est loin d’être termi¬
née; par exemple dans la zone maritime du Gabon à cause de la saison
sèche assez longue (trois mois) et des sols sablonneux, d’où le paysage des
« plaines du Gabon » que nous avons décrit précédemment, où alternent
bois et savanes. La forêt nouvelle est une forêt à Okoumé et Ozouga (Aucou-
mea et Sacogloliis), caractérisée par ces deux espèces de lumière colonisa¬
trices, forêt dont la composition est nettement différente de la forêt
gabonaise de l’intérieur; celle-ci a une flore beaucoup plus riche en raison de
son ancienneté et de la permanence de son installation dans le refuge
gabonais. Plus au sud, la forêt n’a pas encore réoccupé les plaines du Niari
el de la Ngounié, à cause du climat moins favorable; elle ne s’est pas réinstal¬
lée sur les plateaux balékés, gênée par les sols sableux et la présence d’une
saison sèche. D’où ces golfes de savanes équatoriales dont nous avons
Source : MNHN, Paris
— 70 —
signalé l’existence aberrante. Ainsi par cette migration de l’équateur et de
la forêt équatoriale, toutes les anomalies de la végétation en Afrique équa¬
toriale trouvent leur explication. L’écologie n’est pas en défaut, mais
les adaptations de la végétation à un milieu nouveau étant relativement
lentes, il y a eu un déphasage entre les changements climatiques et l'installation
des nouveaux types climaciques. Telle est l’explication que nous propo-
CONSÊQUENCES EN AFRIQUE OCCIDENTALE
La savane boisée soudanaise dans la période précédente était parve¬
nue jusqu’à la mer sur la Côte occidentale d’Afrique en Côte d’ivoire, au
Ghana, au Togo-Dahomey, à l’exception de quelques bastions où la flore
forestière s’était réfugiée, dans certains secteurs maritimes et monta¬
gnards. Le renversement de la situation climatique, amène évidemment
une reconquête par la forêt, les essences les plus héliophiles étant à l’avant
garde de la réinstallation, la progression étant cependant retardée sur
les sols sablonneux et d'une façon générale dans les régions occupées par
l’homme néolithique où comme aujourd’hui les feux de brousse devaient
ravager les savanes. De sorte que aujourd’hui la forêt n’a pas encore pu
s’établir sur tous les terrains où le climax est redevenu forestier.
Les conséquences de cette extension récente freinée sont en Côte
d’ivoire les suivantes. Dans la bande littorale de grès ferrugineux tertiaires
qui s’étend de l’embouchure au fleuve Sassandra au Cap des trois Pointes
à la frontière du Ghana, le sol sablonneux a gêné la reprise de possession
par la forêt. C’est l’origine de ces savanes littorales aberrantes de la région des
lagunes en Côte d’ivoire. La forêt durant la période d’aridité s’était proba¬
blement maintenue dans les ravins d’érosion (forêt à Turreanlhus afri¬
cana), elle s’est répandue de là sur les plateaux mais incomplètement.
Il n’y a pas de témoins certains d’une ancienne flore soudanienne dans ces
savanes, à l’exception du palmier rônier (Borassus). Peut-être est-ce le
signe que la savane boisée soudanienne de l’intérieur n’a pas progressé
jusqu’à la côte. Je pense plutôt que les espèces de savane si elles sont
arrivées jusque là n’ont pas pu s’y maintenir lorsque le climat est rede¬
venu forestier, à l’exception du rônier ; les espèces de régions arides dégé¬
nèrent lorsque le climat devient humide en permanence. La forêt aujour¬
d’hui pourrait envahir ces savanes. De nombreux faits d’observation le
prouvent. Cependant les défrichements en lisière pour la culture, ceux
des boqueteaux isolés dans la savane, aboutissant à la formation de
la palmeraie littorale à Elaeis guineensis, montrent que l'occupation
humaine change complètement les données du problème écologique posé
ici. Tendance forestière progressive et défrichements s’opposant ont des
résultantes localement très variables.
Vers la périphérie septentrionale de la forêt, la progression a été
plus grande à l’est et à l’ouest de la Côte d’ivoire, moindre dans le secteur
central sablonneux, d'où la formation de ce curieux V dessiné par la limite
de la forêl, V de savanes encore creusé et consolidé par l’occupation
Source : MNHN, Paris
— 71 —
humaine qui a contribué largement à enfoncer et à élargir ce coin dans la
zone forestière.
Notre hypothèse explique également d’autres faits de distribution
floristique. D’abord la flore forestière de l’ensemble Côle d’ivoire-Ghana est
très nettement moins riche en nombre de genres et d’espèces que la flore gabo¬
naise par exemple. C’est l 'effet de celte contraction excessive de la forêt sur la
côte occidentale d’Afrique lors de l’éloignement de l’équateur, tandis que
la forêt gabonaise, demeurée plus proche de l’équateur a pu se conserver
dans une aire plus vaste, soumise à une aridité moindre et pendant une
période plus courte.
Il faut noter aussi que les aires réoccupées par la forêt en Côte d’ivoire
et au Ghana le sont par une flore qui est assez différente par ses espèces
caractéristiques de la flore des anciens bastions. La première est celle de
la forêt que nous appelons aujourd’hui « forêt dense humide semi-décidue
à malvales et ulmacées »; la seconde est celle que nous appelons « forêt
dense humide sempervirente à légumineuses ». Sans doute ces deux forma¬
tions sont-elles liées écologiquement aux conditions climatiques différentes
qui régnent aujourd’hui dans leurs aires, mais il me paraît qu’il y a aussi
dans la répartition actuelle des espèces des anomalies qui se conçoivent sans
peine si l’on met en cause les aires résiduelles de ces espèces dans la période
paléoclimatique aride ayant précédé la phase d’expansion, à partir des¬
quelles les aires actuelles ont été occupées.
D’autres faits de distribution floristique, inexplicables écologique¬
ment, deviennent compréhensibles avec l’hypothèse des successives
contraction et dilatation des aires de forêt dense humide.
D’abord en Côte d’ivoire la présence d’espèces dans la forêt de l’Ouest
que l’on ne trouve pas dans la forêt de l’Est, et inversement. Toutes se
rencontrent cependant en taches isolées, au Ghana, au Cameroun ou dans
l’Oubangui Chari, toutes leurs aires étant séparées les unes des autres
parfois par de grandes distances donnant bien l’impression qu’il s'agit d’aires
anciennes probablement continues puis disloquées, au cours des périodes
des brusques oscillations climatiques dont nous tentons de montrer ici la
vraisemblance. J’ai donné dans les publications précédentes des exemples
de ces fragmentations d’aires inexplicables dans les conditions écologiques
du présent (32; 33).
Ce que nous venons de dire pour la flore forestière de la Côte d’ivoire
est valable pour la flore forestière du Ghana voisin. Mais ici il y a un fait
nouveau. La forêt actuelle s’arrête devant les plaines d’un grand fleuve,
la Volta. A l’est du fleuve elle ne se retrouve qu’en massifs isolés sur les
régions montagneuses de la frontière Ghana-Togo. Par une très large
ouverture dans ce bassin de la Volta la savane soudanaise perce donc
jusqu’à la mer. Au surplus la côte du Ghana à l’Est du Cap des trois Pointes,
sur une bande étroite est couverte non de forêt coupée de savanes comme
en Côte d’ivoire, mais de fourrés et de savanes à boqueteaux ou de savanes
à termitières buissonnantes. Cette côte est remarquablement peu arrosée
par les pluies. Elle est soumise à un climat du type structural Guinéen-
forestier où la pluviosité serait très diminuée, l’humidité demeurant élevée
Source : MNHN, Paris
Fig. 14. — Acacias sahélo-sahariens et formes affines soudanaises en Afrique occidentale.
Source : MNHN, Paris
— 73 —
et le déficit de saturation très faible. Les conditions écologiques ne sont
donc pas favorables à la forêt dense humide et la présence de formes parti¬
culières de végétation s’explique. Il n’en est pas partout de même dans le
bassin inférieur savanisé du fleuve Volta. Le climat y est assez médiocre
pour la forêt dense humide, mais il n’interdit pas à celle-ci de s’installer
en certains secteurs. Sans doute il faut voir dans cette « avancée » de la savane
soudanaise encore une conséquence à retardement de la dernière période
d'aridité du rythme glaciaire.
CONSÉQUENCES AU SOUDAN ET AU SAHARA
La période de désertification précédente a fait progresser le Sahara
méridional vers le sud, alors qu’au contraire le Sahara septentrional
jusqu’aux montagnes du Sahara central était envahi par la végétation syl¬
vestre méditerranéenne. Sans doute l’hydrographie de l’actuel Sahara méri¬
dional permettait-elle une certaine occupation humaine et des communica¬
tions transsahariennes plus faciles qu’aujourd’hui, puisque vraisemblable¬
ment les oueds sahariens dirigés [vers le sud écoulaient partie [des [eaux de
ruissellement relativement abondantes du Hoggar et du Tibesti. Le vrai
désert saharien devait alors occuper l’actuelle zone sahélienne. Les dunes
etjles manteaux de sables qui y sont fixés aujourd’hui devaient être des ergs
sahariens, au Ferlo sénégalais, dans le nord de la Nigeria; le fleuve Niger
et le lac Tchad étaient à sec. La zone soudanaise devait se réduire à une
bande assez étroite sur le Golfe de Guinée, profitant d’une mousson
atténuée. L’Oubangui-Chari devait être à l’état de semi-désert. La réhu¬
midification qui a suivi par le sud a établi le nouvel ordre de fait qui
existe aujourd’hui.
Il est resté des séquelles floristiques de l’ancienne poussée d’aridité; des
espèces d’Acacia se sont maintenues en zone soudanienne, qui ne sont que
des variétés écologiques, des espèces écophylléliques dérivées des espèces sahélo-
sahariennes dont les aires sont aujourd’hui nettement plus septentrionales et
disjointes des aires des variétés soudaniennes. C’est ainsi que VA. Samoryana
ACACIA SAHELO-SAHARIENS ACACIA SOUDANAIS
(limite N et S)
A.flava
<—> ( Afa)
A
flava v.atacorensis
--—
(limite N et S)
A.mellife
a
A
gourmaensi
—
/ Asc :
A
stenocarpa
v chariensis
(limite Sud)
A.Seyal
J
A
Seyal v.ca
merounensis
\ : AsB ;
A
stenocarpa
v.boboensis
(limite Sud)j
A.senegal
A
senegal v
Samoryana
O o°°°o 0o ;
A.laeta
Source : MNHN, Paris
— 74 —
de la Haute Yolta soudanaise est une variété de l’Acacia senegal, le gom¬
mier sahélien. L’Acacia flava saharien a une variété atacorensis dans les
Mts Atacora de la zone soudanaise du haut Togo-Dahomey. Acacia Seyal,
le typique arbrisseau sahélien à fût ou rouge ou vert tendre a de nombreuses
variétés en pays soudanais : var. chariensis dans l’Oubangui, var. boboensis
en Haute Volta, var. camerounensis dans le haut Cameroun. A. mellifera
de l’Ennedi a une lointaine espèce vicariante en Haute Volta soudanaise,
A. gourmaensis
Il subsiste aussi, preuve évidente de l’ancienne désertification les
dunes mortes de l’actuelle zone sahélienne. L’occupation humaine de la
zone soudanaise a évidemment apporté des perturbations considérables
dans la végétation et la flore, aussi rarement le climax initial d’avant la gla¬
ciation a été reconstitué. Au lieu de forêts^sèches on ne voit que savanes
boisées, savanes arbustives et forêts claires, toutes plus ou moins dégra¬
dées. Dans le Sahara central septentrional au contraire, le désert s’est
réinstallé. Les hautes montagnes du Hoggar et du Tibesti ont servi de
refuge à quelques espèces méditerranéennes.
CONSÉQUENCES EN AMÉRIQUE DU SUD
Le nord de l’Amérique du Sud se réchauffe, la pluviosité augmente,
l’Hylaea amazonienne prend sa position actuelle. La zone des savanes
qui s'était largement dilatée entre les Guyanes et l’Amazone se réduit à
ce qu’elle est : des secteurs isolés de campos. Le nord-est du Brésil après
la courte période de passage de la bande équatoriale est soumis au régime
aride qu’il connait actuellement. Cependant la forêt humide laisse derrière
elle des éléments d’une flore sempervirente sur le relief dont quelques
traces subsistent aujourd’hui (remarquablement le palmier babassu,
Orbignija Martiana, qui est une relique de cette époque dans ses stations
extrême Est à la limite du Piaui et du Ceara) (2).
En Amazonie occidentale, les changements ne semblent pas être impor¬
tants. L’Amazonie péruvienne en effet est restée dans l’aire de l’Hylaea
en raison du faible déplacement de l’équateur à cette longitude. C’est dans
l’Est du Brésil que de grands bouleversements se manifestent. Forêts
sèches, savanes boisées (campos cerrados) et catinga (steppes boisées)
suivent la régression de la forêt dense humide et élargissent leur domaine.
Des rémanents de forêt dense subsistent cependant sur les sols riches et
frais, c’est alors que les forêts du plateau du haut Paranaïba (37) sont déta¬
chées de l’Hylaea glissant vers le nord.
Les changements dans le sud du Brésil sont plus sensibles. La forêt
d’Araucaria avait disparu d’une partie de son aire, sauf dans les États
les plus méridionaux de Santa Catarina et de Rio Grande do Sul, succom¬
bant à la diminution de pluviosité dûe à la migration de la zone tropicale
Sèche vers le sud. L’établissement du climat actuel plus humide et plus
frais amène le retour de l 'Araucaria qui actuellement tend à coloniser à
nouveau les campos herbeux; mais sa progression est lente sur le plateau
méridional brésilien, d’autant plus que l’espèce étant à graine lourde, elle
ne se fait que de proche en proche, contrairement à la dispersion par le
Source : MNHN, Paris
— 75 —
vent de tous les conifères à graines ailées légères. De larges enclaves de
campos herbeux subsistent donc. La forêt tropicale du Parana elle aussi
est favorisée par l’humidification du climat; elle se développe librement
à une altitude inférieure à 500 m; à plus haute altitude elle est en concur¬
rence avec la forêt à Araucaria. C’est cette progression simultanée et
concurrente sur les mêmes sols de la forêt d’Araucaria et de la forêt tropicale,
qui conduit d ces forêts mixtes de l’Etat de Parana, où une haute futaie
pionnière d'Araucaria domine des étages inférieurs d’une végétation tro¬
picale dense qui rend difficile la régénération des Araucaria.
CAS DE L’HYPOTHÈSE DES PULSATIONS CLIMATIQUES
Comme la précédente elle a ses théoriciens et l’avantage de ne heurter
ni la mécanique rationnelle peu encline à admettre la théorie du bascu¬
lement de l’axe de rotation terrestre, ni les partisans de la fixité de la
croûte terrestre. Pour certains tenants de l’hypothèse des pulsations clima-
tiqeus la température moyenne de laTerre était autrefois, durant de longues
périodes, d’environ 22°. Elle s’abaisserait pendant les périodes glaciaires
jusqu’à 5°. Nous sommes entrés depuis un million d’années dans une de
ces périodes glaciaires, la glaciation quaternaire. Elle est entrecoupée de
périodes interglaciaires plus chaudes, comme celle où nous vivons et où
depuis la fin de la dernière glaciation la température moyenne serait
remontée de 8° à 15°. Sur la cause de ces apparitions brusques de glacia¬
tions les théories ne manquent pas : passage au travers de zones spatiales
riches en poussières cosmiques interceptant le flux solaire calorifique
et lumineux et abaissant la température terrestre; poussières volcaniques
dans les couches supérieures de l’atmosphère formant écran vis à vis du
rayonnement solaire consécutives à une période d’intenses éruptions
volcaniques ; variations cycliques dans l’activité thermonucléaire du soleil
amenant des variations dans le rayonnement solaire. Beaucoup de théories
ingénieuses ont été échafaudées.
La paléoclimatologie ne me semble cependant pas toujours d'accord
avec ces théories des pulsations climatiques. Il est connu que les régions
polaires ont été à certaines époques géologiques couvertes de forêts
exubérantes qui ont laissé des dépôts de charbon, et que des régions équa¬
toriales furent recouvertes de glaciers dont témoignent les traces d’éro¬
sion glaciaires et les couches de tillites. Ces faits géologiques sont plutôt
en faveur des théories qui font varier les positions respectives des pôles
et des continents. Par exemple si nous imaginions qu’à la fin du tertiaire
le rayonnement solaire était plus intense qu’aujourd’hui et qu’ainsi la
température moyenne de la Terre était nettement plus élevée que la tempé¬
rature de notre temps, nous aurions sans doute l’explication de ces faits
connus qu’une végétation de palmiers, de fougères arborescentes, de bana¬
niers poussait au Groenland et que l’Europe occidentale avait une flore
subtropicale; les fossiles nous apportent la preuve évidente de sa présence.
Mais quid des régions tropicales ! La température y était encore plus forte
qu’aujourd’hui. Cailleux a montré (29) d’après Molliard (1921, 1923)
Source : MNHN, Paris
— 76 —
que cette température était particulièrement favorable à un développe¬
ment intensif de la vie végétale, et qu’en conséquence non seulement la
vie végétale y était toujours possible, mais qu’au delà on pouvait croire
qu’elle ait pu atteindre dans ces conditions son summum biologique. Je
me rends d’autant plus volontiers à ce raisonnement que réchauffement
général devait entraîner une humidification de l’atmosphère et donc une
pluviosité considérablement accrue dans les régions équatoriales. Cette
augmentation de l’intensité du rayonnement devait par ailleurs être
notablement atténuée dans ses effets calorifiques en zone intertropicale
par l’épaississement probable de l’écran nuageux et l’importance du
refroidissement résultant de l’évaporation terrestre après les pluies. Il
faudrait donc envisager dans ces régions intertropicales, une extension
considérable des forêts denses humides résultant du renforcement des
pluies de toute origine, de mousson, d’alizé, de convection ou de relief.
L’Afrique aurait dû être recouverte alors dans une très large zone équato¬
riale de forêt dense humide, sans discontinuité de l’Océan atlantique
à l’Océan indien. Cette conclusion ne concorde pas avec celle des géo¬
logues. Furon (30) estime que les formations de sable et de grès de l’Afri¬
que équatoriale indiquent au tertiaire un climat désertique et que la
présence de la forêt équatoriale dans ces régions est inconcevable avant
l’époque quaternaire.
Il y a entre cette hypothèse et l’affirmation du géologue R. Furon
une contradiction absolue : « La grande forêt équatoriale n’a pas pu occuper
ses emplacements actuels avant le quaternaire dont la base semble marquée
par une carapace ferrugineuse. Elle a dû se trouver réduite à des refuges
favorisés, d’où elle a pu repartir à la conquête de l’Afrique centrale ».
Cette opinion est fondée sur l’existence d’une série de grès polymorphes
nummulithiques reconnue dans tout le bassin du Congo (plateaux baté-
kés), en Angola et même au Gabon. En Afrique équatoriale encore le
Miocène inférieur avec une pénéplaine recouverte de graviers et des forma¬
tions limonitiques semble avoir connu un climat chaud à deux saisons
tranchées, l’une sèche, l’autre pluvieuse. Au dessus de la cuirasse ferrugi¬
neuse se trouve la série supérieure continentale du Kalahari, constituée
de limons sableux de couleur ocre, témoignant encore d’un climat aride.
Le botaniste A. Chevalier (31) a émis l’opinion, en se plaçant à
un autre point de vue, que la forêt dense en Côte d’ivoire lui semblait
d’origine assez récente.
Outre ces observations d’ordre géologique la théorie des pulsations
climatiques conduit à des développements sur les variations dans la distri¬
bution de la végétation intertropicale au quaternaire, en Afrique et en
Amérique, qui ne concordent que partiellement avec ceux qui ont été
exposés en conséquence des théories mobilistes.
CONSÉQUENCE DE LA PÉRIODE GLACIAIRE EN AFRIQUE OCCIDEN¬
TALE ET ÉQUATORIALE
Le refroidissement général, la réduction de la pluviosité qui en est la
conséquence amènent une rétraction et une fragmentation de la bande
Source : MNHN, Paris
— 77 —
forestière équatoriale. Comme dans l’hypothèse précédente, l’aridité
augmentant surtout dans les secteurs de moindre résistance écologique,
cette bande est découpée en plusieurs bastions isolés, refuges de la flore
guinéo-congolaise : bastion libéro-ivoréen dans le bassin du bas Cavally,
bastion ivoro-ghanéen dans le bassin de la Tanoé, bastion bas-camerou¬
nais, et surtout bastion gabonais. Peut-être aussi un bastion congolais
s’est aussi constitué dans la dépression marécageuse de la cuvette congo¬
laise ainsi que dans les hautes montagnes du Congo oriental.
Les conséquences de cette contraction de la forêt seraient donc en
gros les mêmes que dans le cas où nous nous sommes placés précédemment.
Observons toutefois que la persistance des forêts actuelles sur les mon¬
tagnes de l’Angola, et celles des reliques forestières au Katanga ne peut
s’expliquer que si la bande forestière équatoriale avait avant le boule¬
versement glaciaire une largeur beaucoup plus grande qu’aujourd’hui
avec des limites sud dépassant le 10 e latitude Sud au lieu du 4 e latitude
Sud actuellement.
Avec cette réserve l’hypothèse du refroidissement général survenu
brutalement aurait amené les mêmes conséquences sur la végétation
africaine équatoriale que dans l’hypothèse précédente et il n’est pas
nécessaire d’y revenir en détail. Il n’en est pas ainsi pour l’Afrique australe.
Dans le premier cas, il y avait réchauffement de cette partie du continent
africain par comparaison avec les températures actuelles, du fait du dépla¬
cement vers le Sud de la zone intertropicale et donc une pluviosité accrue,
d’où des extensions de la flore tropicale afromontagnarde vers le Sud.
Dans le cas présent l’Afrique du Sud n’est pas épargnée par l’aridité
et il y a une régression biologique générale de la végétation. Pour expliquer
l’imprégnation actuelle de la flore tropicale dans l’est et le sud de l’Afrique
australe, il faut admettre qu’à l’aube quaternaire cette flore s’étendait
très largement dans l’Est de l’Afrique australe, couvrant montagnes et
plateaux. Sa disparition brutale aurait laissé ces vides du Veld de l’Afrique
du Sud qui n’ont été que partiellement repris par la forêt lors des périodes
interglaciaires et en particulier au cours de celle où nous nous trouvons.
La seconde hypothèse permet donc encore de répondre aux questions
relatives aux variations de la distribution de la végétation et des flores
qui se sont manifestées au quaternaire.
Dans l’hémisphère nord des difficultés se présentent au Sahara à
l’époque de la glaciation. L’aridité y est intense, plus qu’aujourd’hui. La
présence de la calotte glaciaire européenne est-elle suffisante à expliquer
une humidification de l’Afrique du Nord et du Sahara septentrional,
alors que la diminution des pluies est un fait fondamental de la climato¬
logie des périodes de glaciation? Il est douteux que l’inlandsis européen
ait pu déterminer un phénomène aussi grandiose que celui de l’invasion
des montagnes du Hoggar par la flore forestière méditerranéenne. Dans
l’hypothèse précédente cela se comprenait puisque outre l’effet direct
possible de l’inlandsis il y avait surtout le déplacement des zones clima¬
tiques et que l’on pouvait imaginer que le parallèle de 50° était à hauteur
de l’Algérie tellienne. La présence des reliques méditerranéennes au
Source : MNHN, Paris
— 78 —
Sahara central ne devient alors explicable que si nous admettons que ces
reliques sont en réalité des vestiges d’une flore tempérée chaude humide
paléoquaternaire d’avant les glaciations.
Nous serions donc conduits à envisager que l’Afrique à la fin du ter
riaire, du moins avant la catastrophe glaciaire, était dans son ensemble
beaucoup plus arrosée par les pluies qu’aujourd’hui et qu’en conséquence
la végétation forestière y avait une extension plus grande que maintenant;
que le nord du Sahara était couvert au moins par places d’une flore tem¬
pérée chaude, à conifères et feuillus caducifoliées; que la zone de forêt
équatoriale était très largement dilatée par rapport à son emprise actuelle;
que l'Afrique orientale était également couverte de forêt tropicale et
subtropicale jusqu’à son extrémité sud, et que les déserts dans l’ensemble
étaient beaucoup moins étendus qu’aujourd’hui ou même inexistants.
C’est bien à cette dernière conclusion que nous aboutissons : il n’y aurait
pas eu de grands déserts à la fin du tertiaire. Elle se heurte aux opinions
des géologues.
CONSÉQUENCE DE LA PÉRIODE GLACIAIRE EN AMÉRIQUE DU SUD
La même hypothèse d’une large extension de la flore équatoriale et
tropicale humide à l’époque tertiaire appliquée à l’Amérique du Sud
n’est pas non plus satisfaisante. Des reliques d’une ancienne forêt à
Araucaria el Podocarpus, nous l’avons déjà dit, se trouvent très au nord de
la forêt d’Araucaria continue actuelle, dans laquelle ne commence que
l’État de Parana. Cette forêt requiert un climat très pluvieux et doux,
elle est incompatible avec un climat équatorial pluvieux et chaud. Ce
climat optimum de VAraucaria devait donc être celui d’une partie du
plateau central brésilien couvert aujourd’hui de forêt tropicale humide
et de campos cerrados sous un climat qui n’est plus propice à l’Araucaria.
CONCLUSIONS
Nos préférences dans l’état présent de nos connaissances très limitées
et tenant compte essentiellement des faits biologiques et éventuellement
géologiques vont plutôt à la première hypothèse. Une période soudaine et
brutale de glaciation a eu pour conséquence dans la zone équatoriale et
subéquatoriale de forêt dense humide une aridification qui a entraîné la
disparition rapide de la plus grande partie de cette forêt en place, à l’excep¬
tion de quelques bastions refuges de la flore. A la forêt a succédé immédia¬
tement la savane herbeuse ou boisée. Dans le Sahara les effets ont été
différents au Nord et au Sud. Au Nord, un climat plus humide et plus
froid s’est établi entraînant l’extension jusque dans les montagnes du
Sahara central de la végétation sylvestre méditerranéenne à conifères et
espèces feuillues caducifoliées. Au Sud la désertification s’est aggravée,
sévissant dans de grands secteurs de la zone actuelle sahélienne et souda-
1. Le botaniste Froes a découvert des Podocarpus dans la forêt amazonienne, à
l’ouest de S. Luiz de Maranhao, non loin de la mer.
Source : MNHN, Paris
— 79 —
nienne. Cependant les rivières descendant vers le sud des montagnes du
Sahara ont probablement permis des communications et des contacts de
la flore méditerranéenne et de la flore tropicale sèche, en dépit de l’aridité
climatique.
Au sud de l’équateur actuel le climat devient plus chaud et plus
humide, attirant la forêt équatoriale qui tend à occuper une nouvelle
bande territoriale vers le centre de l’Angola et le sud du Congo. Derrière
elle les savanes herbeuses prennent possession des anciens sols forestiers.
En Afrique orientale ce climat favorise l’expansion des forêts tropicales
sur les montagnes et les hauts plateaux, ainsi que leur extension vers le
sud où elles approchent de la région du Cap (Knysna). Les mêmes varia¬
tions climatiques favorisent la progression des forêts dans le secteur
N-W de Madagascar.
Les migrations de la végétation sont nécessairement en retard sur
le bouleversement climatique qui s’est produit; la disparition de la forêt
dense humide quand le milieu devient aride est vraisemblablement brutale,
mais sa progression vers le sud à climat devenu propice est lente. La forêt
avance probablement en s’étirant le long des rivières et par les ravins
dans le relief; on peut difficilement croire à un déplacement de masse de
la forêt.
La phase de déglaciation qui n’est pas moins soudaine et rapide que
la phase de glaciation, et peut être au contraire plus brutale, ramène
partiellement la forêt équatoriale sur ses positions initiales, avec un grand
décalage dans le temps, de sorte qu’aujourd’hui toute l’aire écologiquement
possible pour cette forêt n’est pas encore occupée. La tendance à la pro¬
gression persiste, entravée par les défrichements et les feux de brousse.
Quelques séquelles forestières subsistent dans le sud où progressent
les savanes boisées et forêts claires à la rencontre des nouvelles lisières
(actuelles) de la forêt équatoriale. Ainsi les savanes des plaines de la
Ngounié, les savanes littorales du Gabon, de la Côte-d'Ivoire, de la vallée
du Niari, des plateaux balékés, les plateaux gréseux du sud du Congo, etc...
s’étendent sur des aires qui furent abandonnées par la forêt équatoriale dans
le déroulement de ses migrations les plus récentes et dont certaines ne sont pas
encore reconquises tandis que d'autres au Sud ne sont pas encore colonisées
par la flore en expansion des savanes boisées et forêts claires australes. La
forêt dense n’a pas encore réussi d récupérer tous les sols trop sableux el
toutes les aires où les conditions locales du climat ne lui sont pas très favo¬
rables. Les lisières septentrionales de la forêt marquent le front actuel
de la progression vers le Nord mais elles n’ont pas encore atteint les
limites qui leur sont écologiquement accessibles. La reconquête de la
terre est entravée partout où les conditions du milieu, surtout celles du
sol, sont moins favorables puis aussi par les défrichements et les feux.
Ainsi s’expliquent en partie les savanes du V en moyenne Côte-d’Ivoire,
les savanes du plateau camerounais, celles des grès de la Sangha, de
l’Ouellé au Congo.
Il y a aussi régression générale des forêts de montagnes des hauts pla¬
teaux en Afrique orientale, de même dans le centre et l’ouest de Madagascar.
Source : MNHN, Paris
— 80 -
Les sleppes herbeux du haut Veld de l’Afrique du Sud, les steppes des hauts
plateaux de Madagascar, l’instabilité des forêts malgaches de l’Ouest et du
Centre en sont le résultat.
Quant au Sahara, la péjoration du climat intervenue dans le Nord a
fait disparaître la flore forestière méditerranéenne, sauf des vestiges
montagnards.
SUR LES HOMOLOGIES
DES FLORES AFROMONTAGNARDES
OCCIDENTALE, ORIENTALE ET AUSTRALE
C’est un fait remarquable, bien reconnu, que les grandes homologies
qui existent entre les flores des hautes montagnes de l’Afrique occidentale
et celles des chaînes de montagnes de l’Afrique orientale et australe, en
dépit des distances considérables qui les séparent. Beaucoup de genres
orophiles africains sont communs à tous ces sommets, certaines espèces
aussi ; d’autres, de l’Est et de l’Ouest, considérées comme différentes ne
sont que des espèces vicariantes. Cette flore est caractéristique d’une
Région chorologique afromontagnarde, où l’on peut suivant l’altitude
distinguer deux domaines; domaine afro-alpin au-dessus de 3 000 m
et domaine afro-altimontain en-dessous de 3 000 m. Ce dernier peut
être subdivisé géographiquement en plusieurs sous-domaines : oriental,
austral, angolan et occidental.
Le domaine afro-alpin n’est pratiquement pas représenté en Afrique
occidentale, le Mt Cameroun seul dépassant 3 000 m. Le second Domaine
occupe en Afrique occidentale des aires incomparablement plus petites
qu’en Afrique orientale et australe, ce qui avec les distances considérables
qui séparent les hautes montagnes.de l’Est de celles de l’Ouest, rend encore
plus remarquable la similitude des flores. Ce sous-domaine occidental
comprend la chaîne des volcans alignés le long d’une ligne de fracture
S.-W.-N.-E. passant par les îles San Tomé (2 024 m), Fernando Po (Pic
St-Isabel 3 007 m, Pic Serrano 2 662 m) et jalonnée sur le continent par
les volcans du Mt Cameroun (4 070 m), Manengouba (2 420 m) et des
Bamboutos (2 679 m). En Afrique occidentale les plus hauts sommets
sont le Mt Loma (2 000 m) en Sierra Leone et les Mts Nimba (1 800 m)
sur les confins Côte-d’Ivoire-Guinée. La flore afro-montagnarde sur ces
montagnes de l’Afrique occidentale de très moyenne altitude est très peu
importante. Cependant il est à noter qu'on y a signalé la présence de
quelques espèces afro-montagnardes qui n’existent pas dans la forêt
dense humide de basse ou moyenne altitude, laquelle sépare d’une barrière
qui leur est infranchissable la Guinée et le Cameroun de l’Afrique orientale.
Ainsi parmi ces espèces orophiles caractéristiques on a signalé un houx,
Ilex mitis, au Mt Nimba qui se trouve sur toutes les hautes montagnes de
l’Afrique et même de Madagascar, des espèces de Maesa, Lachnopylis,
d’Olea au Fouta Djalon.
C’est au Cameroun et à Fernando Po évidemment que cette flore
afro-montagnarde occidentale est la mieux représentée. On y retrouve tous
Source : MNHN, Paris
— 81 —
ces genres caractéristiques : des conifères, Podocarpus / des éricacées,
Blaeria, Agauria, Philippia; rosacées, Pygeum, Parinari, Bubus; myrica-
cées Myrica; monimiacées, Xy malos ; solanacées, Discopodium ; thyméléa-
cées, Gnidia ; myrsinacées, Rapanea, Maesa ; une légumineuse, Adenocarpus
Mannii; une caricacée, Cylicomorpha ; une ternstrémiacée, Mechiora; une
alangiacée, Alangium; etc.Cette flore orophile de l’Ouest africain est
beaucoup moins riche en nombre d’espèces et en degré d’endémicité que
la flore correspondante de l’Afrique orientale, dont elle dérive manifeste¬
ment.
Il y a nécessairement une explication à cette présence dans les chaînes
des volcans du fond du Golfe de Guinée de familles ou de genres qui n'ont
aucun représentant dans la flore planitiaire africaine, et qui au contraire
constituent les éléments essentiels d’une flore très spécialisée des hautes
montagnes de l’Afrique orientale dont elles sont séparées par des milliers
de kilomètres de forêt dense guinéo-congolaise et de savanes.
Il n’y a pas de relais possible pour cette flore entre le Cameroun et
les montagnes qui bordent les grands fossés tectoniques de l’Afrique de
1 Est. Les distances sont trop grandes pour expliquer ces aires disjointes
par des transports accidentels. Il faut donc bien admettre que ces aires
furent à certaines époques reliées les unes aux autres mais non nécessaire¬
ment simultanément, c’est-à-dire, puisqu’il n’y a pas de hauts reliefs
continus entre les montagnes de l’Ouest et celles de l’Est, comme c’est
le cas en Afrique orientale dans la série des chaînes de montagnes qui
s allongent du Nord au Sud, de l’Éthiopie au Cap, que ces liaisons se sont
faites par les forêts de basse ou moyenne altitude à une certaine époque
où cela était écologiquement possible.
La flore afro-montagnarde pour nous est une relique aujourd’hui
réfugiée en montagne d'une très ancienne flore de basse ou de moyenne
altitude. Elle trouve à haute altitude ( > 2 000 m) les conditions clima¬
tiques de la montagne en pays tropical humide et chaud, c’est-à-dire
des températures moyennes modérées, sans importante amplitude dans
1 annee, c’est-à-dire sans véritable hiver, ue grande humidité permanente,
un faible déficit de saturation. De telles forêts n’existent plus à basse
altitude en Afrique.
Peut-être peut-on faire un certain rapprochement avec la forêt de
Knysna en Afrique du Sud, au bord de la mer vers le 34 e latitude Sud et
plus généralement avec certaines des forêts de basse altitude du Natal,
où des espèces appartenant à des genres de la forêt afro-montagnarde se
trouvent en mélange avec une flore spécialeà la Région Sud-Est africaine.
On y trouve par exemple des Podocarpus, Olea, Apodytes, Rapanea, Maesa
Enca, Philippia, Blaeria, Xymalos, Olinia, Ilex, Pygeum, Lachnopylis,
La forêt côtière de Knysna vers 200-500 m altitude connaît une tempé¬
rature moyenne annuelle de 15-16°, une saison assez froide de cinq-six mois
sans un mois à température moyenne inférieure à 12°. L’amplitude
thermique est forte cependant (8°). Les températures maxima sont excep¬
tionnellement très élevées. Il y a quelques gelées dans les vallées, mais
Source : MNHN, Paris
— 82 —
peu fréquentes et peu dommageables. L’indice pluviométrique varie de
850 à 1 200 mm et plus. Aucun mois sec. Les pluies sont réparties très
régulièrement. Le déficit de saturation est faible, avec une amplitude
annuelle très faible.
Ce n’est évidemment pas dans la zone équatoriale que l’on peut
trouver de telles conditions climatiques, mais dans une zone subtropicale
qui serait bien arrosée par les pluies. Nous ne pouvons concevoir la
possibilité d’un tel régime climatique dans la région couvrant les volcans
du bas Cameroun et les montagnes de l’Afrique occidentale qu’avec des
changements climatiques considérables qui dépassent de beaucoup ceux
qui ont pu intervenir au quaternaire. Cette possibilité apparaît cependant
si nous nous reportons au croquis de la position hypothétique d’un équa¬
teur tertiaire au travers du Sahara (fig. 9), avec le Tropique du Capricorne
coupant ce qui est aujourd’hui le nord de l’Angola et le sud du Congo.
En effet sur le plateau austral pouvait alors régner un climat subtropical
assez doux, or à cette latitude (vers 12-13° lat. S.), il y a une succession
de hauts plateaux et de montagnes depuis la chaîne des Mitumba (le
long du lac Tanganika) jusqu’aux montagnes les plus hautes de l’Angola
(2 570 m) par le nord de la N. Rhodesia (1 610 m). Il semble qu’il y ait
là un cheminement possible pour une flore subtropicale orientale, qui de
là aurait pu par les montagnes de la province de Luanda en Angola, des
Mts de Chaillu au Gabon et le plateau camerounien atteindre d’abord
la région tectonique des volcans du Cameroun. Certaines espèces auraient
également pu poursuivre vers l’Ouest dans les secteurs côtiers suffisam¬
ment arrosés et atteindre les montagnes de Guinée.
Il y a dans le sous-domaine angolan montagnard, des genres apparte¬
nant à la flore montagnarde orientale, qui peuvent être considérés comme
des reliques de l’ancienne flore, tels que : Sparmannia, Maesa, Myrsine,
Apodyles, Hypericum, Lachnopylis, Pitlosporurn, Heteromorpha, Clutia,
Calpurnia , Fagariopsis, Osyris, etc...
Il convient aussi d’observer qu’il n’est pas impossible que nombre
d’espèces de la flore afro-montagnarde puissent vivre sous des climats
plus chauds que leur climat orophile actuel, c'est-à-dire à des altitudes
moindres, mais que cette descente leur est interdite par la concurrence
interspécifique de la flore de forêt dense humide des basses et moyennes
altitudes. Cette plasticité écologique entravée par la compétition multis¬
pécifique n’est pas invraisemblable. Elle expliquerait comment la flore
afro-montagnarde a pu se répandre au tertiaire dans une large zone
subtropicale humide traversant l’Afrique, puisqu’elle n’était alors pas
encore en concurrence avec la flore mégatherme qui se trouvait dans
l’hémisphère Nord, quelque part au travers du Sahara.
Ainsi la flore afro-montagnarde actuelle serait une ancienne flore
subtropicale de climat tempéré chaud et humide, réfugiée en haute
montagne depuis l’établissement de l’équateur sur sa position actuelle.
Dans l’hypothèse du refroidissement et du dessèchement glaciaire ou du
déplacement vers le sud de l’équateur au quaternaire, l’emprise de cette
flore tertiaire aurait subi de grands bouleversements.
Source : MNHN, Paris
Bibliographie sommaire
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bras. gèo. e esta., 1953.
Les publications sont énumérées dans l’ordre où elles sont citées dans le texte.
Sommaire
I. Le milieu et les formations végétales.
Conditions écologiques des forêts denses humides.
Conditions écologiques des savanes boisées et des forêts claires.
Conditions écologiques des steppes boisées et des fourrés à épineux.
Conditions écologiques des formations montagnardes.
Les climax forestiers dans la zone intertropicale.
Savanes anthropiques.
Savanes édaphiques.
II. Les régions de savanes herbeuses écologiquement aberrantes.
Les savanes herbeuses à boqueteaux de la région des lagunes en Côte d’ivoire.
Le saillant des savanes herbeuses ou arbustives du Baoulé en Côte d'ivoire
Les savanes herbeuses des * plaines » du Gabon.
Les savanes des vallées de la Ngounié, de la Nyanga et du Niari en Afrique
équatoriale.
Les savanes des plateaux batékés et de la haute Sanga en Afrique équatoriale
Un hiatus biologique aberrant, les savanes du Congo méridional.
Les savanes-steppiques du haut Veld en Afrique australe.
Les savanes steppiques des hauts plateaux du centre et les savanes herbeuses
de l’Ouest de Madagascar.
Des Llanos de l’Orénoque aux campos du haut rio Branco.
Les campos du Brésil méridional.
III. Sur les causes générales paléoclimatiques des grandes aires de savanes herbeuses
à climax forestier.
Cas de l’hypothèse du déplacement réel ou relatif des pôles au quaternaire.
Phase de glaciation.
Conséquences en Afrique d’un décalage des zones climatiques vers le sud.
Migration vers le sud de la forêt dense humide équatoriale.
Découpage de la forêt guinéo-congolaise en bastions refuges littoraux
et orographiques.
Répercussions de la migration équatoriale en Afrique australe.
Conséquences pour les régions sahariennes.
Conséquences en Amérique du Sud d’un décalage des zones climatiques
vers le sud.
Conséquences en Asie du Sud-Est, Indo-malaisie et Australie.
Phase de déglaciation. Déplacement du pôle jusqu’à sa position actuelle.
Conséquences en Afrique au sud de l’équateur du repli équatorien.
Conséquences au Soudan et au Sahara.
Conséquences en Afrique occidentale.
Conséquences en Amérique du Sud.
Cas de l’hypothèse des pulsations climatiques.
Conséquences de la période glaciaire en Afrique.
Conséquences en Amérique du Sud.
Résumé et conclusions sur ces deux hypothèses.
IV. Sur les homologies des flores afro-montagnardes occidentale, orientale et australe.
Source : MNHN, Paris
COMPOSÉES NOUVELLES DE MADAGASCAR
par Henri Humbert
Les espèces décrites ci-dessous sont les dernières reconnues nouvelles
avant la publication du tome III des Composées dans la Flore de Mada¬
gascar el des Comores publiée sous les auspices du gouvernement de la
République malgache et sous la direction scientifique de l’auteur de la
présente note, qui a élaboré lui même la famille 1 2 .
Celle-ci, en raison de son ampleur, a été divisée en trois tomes. Le
tome I (paru en 1960) comprend les tribus suivantes : Vernoniées, Eupa-
toriées, Astérées; le tome II (paru en janvier 1962), les Inulées; le tome III
(terminé, à paraître dans le courant de 1962), les Hélianthées, Anthémi-
dées, Sénécionées, Mutisiées, Cichoriées), soit au total plus de 900 pages
copieusement illustrées (162 planches de dessins, toutes les espèces
figurées, au moins par des détails distinctifs).
Apodocephala Coursii H. Humb. sp. nov.
Frutex (ca. 4 m altus) ramosissimus ramulis validis, costulalis, pubes-
centia fusca minuta, crispa, paulum araneosa, laxe praeditis. Folia alterna,
firma, petiolata, limbo late elliptico vel ovato (10-12 cm longo, 7-8 cm lato),
e media parte ad basim breviter cuneatam attenuato, minutissime serrulato,
dentibus obliquis (ca. 2 mm basi latis, 0,5 mm altis) apice callosis, supra
papilloso, subtus pubescentia fusca, pilis flagelliformibus flagello crispo leviter
adpresso instructa, dense onusto, pinnatinervio, nervo medio valide subtus
prominente, nervis secundariis obliquis sub angulo 45-60° diductis, leviter
1. Les Composées se placent au deuxième rang parmi les Phanérogames de la
Grande Ile (plus de 550 espèces « linnéennes •, dont près de 500 endémiques, nombreu¬
ses sous-espèces et variétés), le premier rang revenant de loin aux Orchidées; les
autres familles dont l’importance numérique avoisine celle des Composées sont les
Graminées (dont la rédaction par M“® A. Camus est à peu près achevée), les Légu¬
mineuses, les Rubiacées, les Acanthacées, en cours d’élaboration. Actuellement
7308 pages de la Flore ont déjà été publiées, par fascicules correspondant aux familles
avec 1207 planches de dessins; 1500 pages sont prêtes pour l’impression, avec 270 plan¬
ches.
2. Depuis la publication de mon travail d’ensemble sur les Composées de Mada¬
gascar dans les Mémoires de la Société Linnéenne de Normandie (Caen, 1923, t. XXV),
où figure la bibliographie relative à cette famille pour la Grande Ile, j’ai décrit un
grand nombre d’espèces nouvelles, dans le Bulletin de la société Botanique de France
(Paris, 1931, LXXVII, à 1948, XCV), dans le Bulletin du Muséum, 2° série (Paris,
1932, IV) dans les Mémoires de l’Institut scientifique de Madagascar, série B (Tana-
narive 1955, VI) et dans les Notulae Systematicae (Paris 1939, VIII à 1960, XVI).
Source : MNHN, Paris
x 6; 10, style x 6; 11, jeune akène (face externe, poils non figurés) x 6; 12 ,
idem (de profil).
Source : MNHN, Paris
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arcuatis, 12-18 utroque latere, inter se et reticulo tertiario anastomosatis,
petiolo supra canaliculato (3-3,5 cm longo), basi leviter dilatato. Capitula
ovoidea (0,8-1 cm louga, 0,6 cm lata), breviter pedunculata, in glomerulos
densos aggregata, glomeruli in corymbos compositos terminales dispositi;
ramuli corymborum bracteis foliaceis axillantibus abrupte diminutis basi
praediti, ceterum ebracteati, puberuli. Involucri bracteae parum adpressac,
ca. 4-seriatae, praeter apicern valde induratae, nervis parallelis impressis
5-7 percursae, apice in appendicem tenerem semi-orbicularem, fimbriatam
et papillosam productae, infcriores laxe araneosae, ceterae dorso glabrae.
Receptaculi paleae bracteis parum dispares, angustiores, vix induratae,
bracteas intimas aequantes. Flosculi ca. 15 paleas paulo superantes; corollae
(4 mm longae) tubus triente inferiori angustus, pilis albidis hirtis minutis
dense tectus, supra campanulatus, laxe hirtellus, lobi acuti trientem superio-
rem tenentes, papillosi, uninervi, post anthesim arcuatim patuli. Ovarium
dorsiventraliter compressum, breviter stipitatum, e basi modice ampliatum,
pilis albidis lucidis majusculis (usque ad 2 mm longis), oblique hirtis, praedi-
tum, apice abrupte truncatum et collo angustissimo superatum, collo more
litteram S bis geniculato, facie externa partis superioris ovarii arcte adpresso,
superne in annulum, basim corollae efformantem (ut in nonnullis speciebus
generis), abrupte dilatatum (Acbaenia matura non visa).
En forêt ombrophile sur la piste de Befotaka à Baraka (côte Est)
vers 700 m ait. 17 septembre 1959, G. Cours 5299 (Holotype P).
C’est la 9 e espèce actuellement connue de ce genre endémique
d’Astérées propre à la région orientale de l'île. Toutes sont ou des arbustes,
ou des arbres, certains de première grandeur b
A. Coursii est à placer au voisinage de A. radula par les caractères
des involucres, des paillettes et des fleurs, en particulier par le curieux
col gibbeux surmontant l’ovaire et au sommet duquel s’insère la base
dilatée, annulîîorme, de la corolle (base seule persistante sur l’akène
dans A. radula), mais il diffère profondément de celui-ci par les caractères
foliaires : dans A. radula, les feuilles sont sessiles, entières, oblancéolées-
panduriformes, densément hérissées de poils raides sur les deux faces;
en outre, les ovaires et les akènes sont glabres et marginés.
Emilia Decaryi H. Humb. sp. nov.
E caudice lignoso bienni vel perenni caules nonnulli erecti basi sublignosi
orti, ramosi (3-6 dm alti), glabri, leviter costulati. Folia glabra, ima basi sub
anthesim delapsa, sequentia limbo anguste oblanceolato (2-4 cm longo,
0,3-0,6 cm lato), integro vel superne levissime sinuato, in petiolum angustum
1. Cf. H. Humbert, Flore de Madagascar et des Comores, Composées, t. I (1960),
220 (flg. XLIV, 1-8).
2. Dédiée à M. Gilbert Cours, directeur de l’Institut de Recherches Agronomiques
de Madagascar, qui a récolté lui-même et envoyé au Muséum depuis 1937 un total de
5802 n”'.
Source : MNHN, Paris
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circa dimidio breviorem attenuato, media majora, sessilia (5-8 cm longa,
0,3-1 cm lata), intermodiis circiter aequilonga, basi plus minusve in auriculis
minute dentatis dilatata, ceterum integra vel leviter denticulata, anguste
acuta, ultima diminuta, saepe angustissima ; omnia laete viridia, subtus
pallidiora, pennatinervia, nervo medio supra impresso, subtus prominente,
nervis secundariis 8-15 utroque latere inaequalibus, nonnullis angustissime
obliquis, sparse ramosis, ceteris magis apertis, reticulo tertiario vix distincto.
Capitula minima (3-5 mm longa), in corymbos laxos, irregulares, disposita,
pedunculis filiformibus nudis (1-2 cm longis); involucrum campanulatum
(2-4 mm longum, 1,5-2 mm media longitudine latum), bracteis ca. 8, glaberri-
mis; flores roseo-violacei. Achaenia minima (ca. 1 mm longa), secus costas
hispidula; pappi setae numerosae, tenuiter denticulatae (2 mm longae).
Vallée de l’Ikopa au NW d'Ankazobe, Decary 7548 (Holotype P),
mars 1930 — Tampoketsa 1 entre les vallées de l’Ikopa et de la Betsi-
boka à Mahatsinjo, vers 1 000 m ait., Humberl (avec Perrier de la Bâlhie)
2147, août 1924 — Mont Ambohiby au SE de Tsiroanomandidy, lieux
découverts en lisière de forêt, J. Leandri 1784 (forme angustifoliée),
vers 1 600 m ait., novembre 1952.
Emilia infralignosa H. Humb. sp. nov.
E caudice lignoso bienni vel perenni caulis unicus ortus, vel caules
nonnulli erecti, parce ramosi (3-5 dm alti), glabri, leviter costulati. Folia
parum numerosa, remota, inferiora (sub anthesim pleraque delapsa) et media
parte ad apicem acutissimum et ad petiolum sensim attenuato, laxe
dcntato, dentibus obliquis parum profundis, apice vix callosis, 3-4 utroque
latere, vel subintegro, petiolo a parte inferiori limbi parum distincto, inferius
angusto (1-2 cm longo), decurrentia limbi alato, basi paulo dilatato; folia
superiora sessilia, longe oblonga vel sublinearia, basi late auriculata; omnia
ut caules et rami juvéniles pallide viridia, subtus pallidiora, tenera sed leviter
incrassata, glabra vel primo aetate subtus vix nevix minutissime puberula,
nervo medio supra impresso, subtus prominente, nervis secundariis anguste
obliquis 2-4 utroque latere, inter se anastomosatis, tenuibus, supra haud
distinctis, reticulo tertiario inconspicuo. Capitula parva (ca. 7 mm longa),
in corymbos laxos, irregulares disposita, pedunculis filiformibus nudis (1-3 cm
longis); involucrum campanulatum (5-6 mm longum, 2,5 mm media longi¬
tudine latum), bracteis ca. 8, glaberrimis; flores luteo-citrini. Achaenia
parva (2 mm longa), secus costulas hispidula ; pappi setae numerosae, tenuiter
denticulatae (4 mm longae).
Massif du Marojejy (Nord-Est), dans le lit et sur les berges rocail¬
leuses (roches granitoïdes) des torrents en forêt ombrophile primaire,
entre 1 200 et 1 400 m ait., dans le bassin de l’Antsahaberoka, affluent
de l’Androranga, Humberl 31 620 (avec Saboureau), novembre 1959
1. Ce nom indigène désigne des péniplaines dont l’altitude s’échelonne d’environ
800 à plus de 2 000 m ait., dans le Nord-Ouest de l’ile.
Source : MNHN, Paris
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(Holotype P) — Antérieurement récolté par Perrier de la Bâlhie 14 521 le
long d’un chemin entre Ambalavao et le massif de l’Andringitra vers
1 200 m ait., puis par Cours 3 697 à l’Aloatra.
Comme d’autres espèces malgaches de ce genre, celle-ci tend à se
répandre hors de ses stations naturelles dans les lieux cultivés où elle
fleurit dès la première année sous un port herbacé d’espèce annuelle.
Dans le mémoire XXV de la Société Linnéenne de Normandie (1923 :
127 et 303), j’avais cité le n° 14 521 Perrier sous le nom de E. cilrina DC.
var. angustifolia Humb. var. nov. Les nouveaux specimens recueillis
depuis lors et l’observation de cet Emilia en plusieurs points de la
Réserve naturelle du Marojejy ne permettent pas de maintenir cette
subordination. Le nom spécifique angustifolia ne peut être maintenu
car il s’applique à d’autres espèces ou variétés de ce genre.
Senecio Beguei H. Humb. spec. nov. 1
Frutex (ca. 2 m altus) ramis erectis, tenuitcr costulatis, pilis minutis
crispis fulvis hirtis. Folia alterna, paulo discreta, breviter petiolata, limbo
elliptico-lanceolato (ca. 4 cm longo, 2 cm lato), sublauriforme, praeter trientem
inferiorem serrulato, dentibus parvis acuto-mucronulatis paulum obliquis,
8-10 utroque latcre, ad apicem acutum et ad basim cuneatam fere aeque
attenuato, pagina superiore tenuiter et laxe papilloso, pagina inferiore
tomento fulvo crispo dense praetido, petiolo (6-8 mm longo) tomentoso;
nervi pinnati, nervo mcdio valido subtus prominente, nervis secundariis
6-8 utroque latere, obliquis, tenuibus, reticulo tertiario inconspicuo. Capitula
hetcrogama radiata in corymbos terminales laxos disposita, abibus tomentosis
bracteis axillantibus foliaceis minutis instructis; pedunculi ultimi longitu,
dinem involucrorum circiter aequantes vel ad duplum longiores. Involucri
(ca. 5 mm diam.) bracteae praecipuae 12-14, lineares, acutae, tomentosae,
apice papillosae, marginibus scariosis, disco breviores (3-4 mm longae). Flores
lutei, ca. 20, exteriores $ ligula oblonga (6-7 mm longa). Achaenia haud
Trouvée d’abord non fleuri en janvier 1951 sur les pitons ryolithiques
d’Ambohimirahavavy au N de Mangindrano, dans le Nord du domaine du
Centre, vers 2 200 m. ait., Humbert 25 320 ter (avec Capuron ), cette
espèce facile à distinguer par les caractères du feuillage a été récoltée
récemment sur la Tsaratanana, vers 2 500 m ait. Service Forestier 19 120
SF (Holotype P) en fleurs, en juin 1957, dans le même secteur à 25 Km
au NW de la première localité. C’est un arbuste de la végétation éricoïde
des sommets. Elle est apparentée de près à S. hypargyraeus DC. Chez
1. Dédié à l’Inspecteur général Louis Bégué, chef de Service des Eaux et Forêts
de Madagascar de 1950 à 1955, service auquel l’Herbier du Muséum est redevable,
avec la précieuse collaboration de l’Inspecteur principal René Capuron, des plus
importants envois de spécimens d’arbres et arbustes de la flore autochtone (26022 n°*
reçus depuis 1949). M. R. Capuron a publié à Tananarive en 1957 un important ouvrage
intitulé : Essai d’introduction à l’étude de la Flore forestière de Madagascar.
Source : MNHN, Paris
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celui-ci le limbe est beaucoup plus lâchement et irrégulièrement denté,
l’indument consiste en un tomentum aranéeux blanchâtre tôt caduc à la
face supérieure, mince, très apprimé, parfois caduc, à la face inférieure,
et l’involucre ne comporte que 8 à 10 bractées principales.
Senecio Saboureaui H. Humb. spec. nov. 1
Suffrutex carnosus (4-6 dm altus), omnino glaber (praeter fasciculum
pilorum minutorum ad axillas foliorum), ramis lignosis gracilibus erectis,
costulatis, basibus foliorum delapsorum confertis, valde prominentibus,
instructis. Folia parva, apice ramorum spiraliter conferta, brevissime petiolata
(petiolo 1 mm longo), limbo subelliptico vel obovato (1-1,6 cm longo, 0,6-1 cm
lato) marginibus auguste callosis, integerrimis ; nervi inconspicui, praeter
nervum medium ad basim paginae inferioris leviter prominentem. Capitula
heterogama radiata, in corymbos terminales oligocephalos laxos, irrcgulares,
apice axium primariorum gracilium, nudorum vel bracteolarum 1-4 praedi-
torum, disposita ; axes secundarii bracteis axillantibus et bracteolis lateralibus
sublinearibus instructi. Involucri bracteae praecipuae ca. 12 (8 mm longae),
bracteolae externae parvae, valde inaequales. Flores lutei, numerosi, exte-
riores $ ligulati, ligulis oblongis (ca. 5 mm longis). Achaenia costulata, glabra.
Massif du Marojejy (Nord-Est) de 1700 à 2100 m ait., sur le sommet
oriental, Humbert 22 715, décembre 1948, et sur les pentes NE des sommets
occidentaux (bassin supérieur de l’Antsahaberoka, affluent de l’Andro-
ranga), Humbert 32 100 (avec Saboureau) (Holotype P), novembre 1959,
dans la végétation éricoïde sur roches cristallines (gneiss).
Ce Senecio est à rapprocher de S. melastomaefolius Bak. auquel nous
l’avions rattaché comme variété microphyllus Humb. (in Mém. Inst. Sci.
Mad. Série B., VI, 1955 : 197). Les nouveaux spécimens recueillis en 1959
et un matériel devenu abondant du S. melastomaefolius nous ont amené
à l’élever au rang d’espèce; le binôme S. microphyllus, s’appliquant à
une espèce anciennement décrite du Chili (Phil. in Linnaea XXIX,
1857-58), ne peut être retenu pour l’espèce malgache.
Celle-ci diffère de S. melastomaefolius par le port bien plus grêle,
les feuilles plus petites que dans toutes les formes de S. melastomaefolius,
très brièvement mais nettement pétiolées et non sessiles, la nervation
indistincte à l’exception de la base de la nervure médiane sur la face
inférieure, tandis que S. melastomaefolius présente de 3 à 5 nervures
principales très apparentes sur les deux faces, ce qui correspond à des
détails anatomiques différents.
1. Dédié au Conservatur des Réserves Naturelles Paul Saboureau, qui a enrichi
l’Herbier de Madagascar au Muséum d'importantes collections effectuées sous son
contrôle par le personnel de ce service (15051 n°‘ rerus depuis 1949).
Source : MNHN, Paris
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Senecio Capuronii H. Humb. spec. nov. 1
Suffrutex carnosus (4-5 dm altus) omnino glaber, caule e basi ramoso,
ramis inferne diffusis, altius erectis. Folia spiraliter confertissima, sessilia,
integra, anguste oblanceolata sublinearia (10-15 mm longa, 1,5-2 mm lata),
ad apicem subacutum mucronulatum breviter attenuata, ad basim angustis-
simam longius attenuata, satis crassa (1-1,5 mm crassitudine), trinervia.
Capitula heterogama radiata, apice pedunculi scapiformi (10-12 cm longi)
laxe bracteolati solitaria. Involucri bracteae praecipuae 12-14 (6-7 mm longae),
bracteolae externae numerosae, dimidiam longitudinem bractearum aequan-
tes. Flores lutei, numerosi, exteriores Ç ligulati, ligulis oblongis (5 mm longis).
Achacnia matura non visa.
Sommet d’Andrambovato à l’est de Fianarantsoa, Humbert 28 522 bis
(avec Capuron) (Holotype P), janvier 1956, dans des dépressions humides
des rochers siliceux découverts, à 1130 m ait. (en très petit nombre
d’exemplaires).
Cette espèce appartient au groupe des Kleinoidei de de Candolle
(Prodr. VI) et de Harvey (Fl. Trop. Afr.). Elle est voisine de S. quarl-
zilicolus Humb. (in Not. Sysl. Paris X-3, 1942 : 107), dont le port dressé
est tout différent, dont les feuilles étroitement elliptiques-lancéolées
sont à peu près 2 fois plus larges et présentent des détails anatomiques
différents, et dont les ligules des fleurs 9 sont 2 fois plus longues. En
outre, l’habitat et la répartition géographique de S. quartzilicolus sont
fort différents : c’est une espèce propre aux crêtes de quartzites du
Vakinankaratra et de l’W du Betsileo, entre 1700 et 2250 m ait.
Source : MNHN, Paris
CAPURODENDRON 1
GENRE NOUVEAU DE SAPOTACÉES
DE MADAGASCAR
par A. Aubréville
Un certain nombre d’espèces de Sapotacées de Madagascar ont été
décrites comme Sideroxylon par Engler (1890), Baker (1890), Scott-
Elliot (1891), Jumelle et Perrier (1907), Lecomte (1919). Ce ne sont pas
toutes des Sideroxylon L. Des espèces de Sideroxylon vrai existent à Mada¬
gascar, caractérisées essentiellement, comme l’espèce type du genre de
Linné S. inerme, par une graine à cicatrice très exactement basale et
circulaire, et à embryon horizontal. Ces caractères sont ceux du genre
Calvaria sensu Dubard, qui n’est pas autre donc que le Sideroxylon L.
Les espèces de faux Sideroxylon auxquelles nous faisons allusion
ont des graines d cicatrice latérale basi-venlrale ou ventrale, el sans endos-
perme. Elles sont au nombre d’une vingtaine à Madagascar. R. Capuron,
sans les décrire, ni publier de combinaisons nouvelles, les rapporte dans
son « Essai d’introduction à l’étude de la Flore forestière de Madagascar »,
étude ronéotypée à Tananarive (mars 1957), au genre Pouleria. Il établit
très nettement la distinction entre les Sideroxylon vrais et les autres
qu’il attribue au genre Pouleria Aublet de l’Amérique du Sud de la façon
suivante dans sa clé générique :
Staminodes bien développés.
Graines très dures, à cicatrice basale, circulaire; embryon hori¬
zontal, albuminé; staminodes pétaloïdes souvent fortement
appliqués l’un contre l’autre et cachant l’ovaire; style conique,
relativement court. Sideroxylon.
1. Capurodendron Aubr. gen. nov.
Arbores vel frutices. Folia interdum stipulata. Stipulae caducae. Flores generaliter
pentameri, fasciculati, axillares. Sepala 5 (rare 6-8), libéra. Corolla 5-loba (rare 6-8)
lobis distincte liberis. Stamina 5 (6-8), epipetala, lobos aequantia; filamanta brévia,
corollae fauce nata; antherae extrorsae. Staminodia 5-6-8, petaloidea, margine saepe
villosa, saepe compressa. Ovarium 5-loculare, in quoque loculo uniovulatmu, saepe
cucullo staminodiali conico coronatum. Stylus filiformis. Fructus uniseminatus.
Semen ellipsoideum vel fusiforme, hilo elliptico vol oblongo fusiformi, ventrali vel basi
ventrali notatum. Endosperma = O.
Type : Capurodendron rubrocoslalum (Jum. et Perr.) Aubr. comb. nov. = Side¬
roxylon rubrocostalum Jum. et Perr. Ann. Mus. Col. Marseille, sér. II, V :
370 (1907).
Source : MNHN, Paris
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Fig. 1. — Fleurs de Capurodendron x 4:1, C. nodosum (R. Cap. mss.), fleur et coupe. —
Fragments de corolle, faces externe et interne : 2, C. nodosum (R. Cap. mss.) ; 3, C.
apollonioides (R. Cap. mss.); 4, C. pseudolerminalia (R. Cap. mss.); 5, C. salca-
lava (R. Cap. mss.); 6, C. delphinensis (R. Cap. mss.); 7, C. rufescens f R. Cap. mss.).
Source : MNHN, Paris
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Graines à téguments peu durs, à cicatrice latérale, occupant
parfois toute la longueur de la face ventrale de la graine ; graine
non comprimée latéralement; embryon vertical, non albuminé. Pouteria.
R. Capuron attribuait ces espèces de faux Sideroxylon au genre
Pouleria Aublet très élargi au sens que lui donne Baehni. En réalité
ce ne sont pas des Pouteria. Les fleurs sont différentes. Les Pouteria
vrais ont des fleurs tétramères, des slaminodes subulés, des étamines à
filets relativement longs soudés d mi-hauteur du tube ou un peu plus bas.
Les fleurs des faux Sideroxylon malgaches sont pentamères, les slaminodes
sont pélaloïdes, souvent appliqués les uns contre les autres et cachant alors
l’ovaire comme c’est aussi souvent le cas chez les Sideroxylon, les étamines à
filets courts sont insérées au même niveau que les slaminodes, à la hauteur
de la soudure des lobes de la corolle.
Les Pouleria ont des fruits ordinairement à plusieurs graines; les
faux Sideroxylon malgaches ont des fruits toujours monospermes.
Ce qui a permis le rapprochement avec le genre Sideroxylon chez
les auteurs cités ci-dessus, c’est évidemment l’organisation florale qui
rappelle bien celle d’un Sideroxylon, avec ses staminodes pétaloïdes
souvent appliqués fortement l’un contre l’autre, à tel point qu’on les
sépare quelquefois difficilement, et aussi par les étamines insérées au même
niveau que ces staminodes. Mais les graines sont, comme R. Capuron l’a
indiqué, si différentes que la séparation générique est justifiée. La corolle
du genre africain Synsepalum ressemble beaucoup à celle de ces deux
genres, mais les staminodes sont nettement séparés, les sépales sont soudés
sur plus de la moitié de leur longueur, et les graines ont une cicatrice qui
couvre toute leur surface à l’exception d’une étroite bande vernissée
dorsale. Les Xanlolis indo-malais ont des fruits drupacés, et des graines
à endosperme.
Aucun rapprochement avec un autre genre ne pouvant être fait, il était
nécessaire de décrire un nouveau genre. Nous le nommons Capuro-dendron
en l’honneur de R. Capuron qui a établi la séparation avec Sideroxylon et
qui a découvert de nombreuses espèces à Madagascar. Ces espèces ne
sont pas encore décrites, plusieurs étant nommées dans l’herbier et
rapportées au genre Pouleria. Nous citerons les noms de ces espèces, qui
seront provisoirement des nomina nuda laissant à leur découvreur R. Ca¬
puron le soin de les décrire valablement dans la « Flore de Madagascar ».
Le genre Capurodendron paraît endémique à Madagascar. Il est
remarquablement homogène par l'organisation florale qui rappelle donc
celle des Sideroxylon. Deux différences cependant entre les deux genres.
Comme chez la plupart des fleurs de Sapotacées les lobes de la corolle
des Sideroxylon se rejoignent sur la ligne de soudure, à la naissance de la
gorge. Chez les Capurodendron ces lobes sont nellemenl séparés les uns des
autres, et paraissent parfois insérés sur le bord du tube comme des pièces
florales qui seraient indépendantes. Entre eux les staminodes se voient
de l’extérieur très visiblement. Les styles sont filiformes chez Capuroden¬
dron, plus courts chez Sideroxylon.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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Cette homogénéité de la structure florale ne connaît qu’une exception,
celle du C. Perrieri (H. Lee.) Aubr. Alors que les fleurs de Capudendron
sont pentamères et que leur ovaire est à 5 loges, les fleurs attribuées au
C. Perrieri sont hétéromorphes. Les fleurs de l’holotype sont aussi penta¬
mères, l’ovaire étant toutefois 4-loculaire. Mais sur d’autres spécimens
qui semblent bien devoir être rapportés à cette espèce, il y a des fleurs à
6-8 sépales, 6-8 lobes de la corolle, 6-8 étamines, 6-8 staminodes et des
ovaires à 8 loges. Les graines comme nous l’indiquons plus loin sont éga¬
lement assez extraordinaires dans le genre. Peut-être y aura-t-il lieu
lorsque l’espèce sera mieux connue de la distraire du genre Capurodendron
auquel nous l’attribuons provisoirement.
En revanche les graines des Capurodendron ont des formes et des
cicatrices très variables, à tel point que l’on peut être tenté d’établir
des séparations génériques ou sous-génériques. Mais la difficulté de préciser
des lignes séparatives et l’homogénéité des caractères floraux nous
conduisent à ne considérer qu’un genre unique.
Les graines sont épaisses, non comprimées; parfois ellipsoïdes,
courtes, à la forme arrondie, avec une cicatrice latérale elliptique ne cou¬
vrant que la moitié inférieure de la face ventrale ; parfois aussi plus grandes,
avec une cicatrice latérale très large ; parfois enfin fusiformes, très grandes,
avec une cicatrice latérale très allongée. Un cas extraordinaire est celui
du C. Perrieri (H. Lee.) Aubr. dont la cicatrice basiventrale est à surface
vernissée, alors que le reste de la graine ordinairement vernissé est mat,
c’est-à-dire que l’apparence de la graine est exactement inverse de ce que
l’on voit et qui est si typique chez les graines de Sapotacées. La fleur
de ce C. Perrieri est cependant bien du type du genre. Le fruit du C. coslata
est remarquablement ailé. C’est le second cas, à ma connaissance, d’un
fruit ailé chez les Sapotacées; l’autre étant celui du Paramicropholis
aculangula (Duke) Aubr. et Pellegr. espèce américaine.
Les feuilles ont des types de nervation variés.
Les espèces nommées à ce jour dans l’Herbier de Paris et dont j’ai
vérifié l’appartenance au nouveau genre sont les suivantes :
Capurodendron coslaium (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria coslala R. Cap.
mss. Calcaires de l’Antsingy.
C. microlobum (Baker) Aubr. comb. nov. = Sideroxylon microlobum
Baker Journ. Linn. Soc. XXV : 333 (1890). Dunes.
C. sakalava (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouleria sakalava R. Cap. mss
Calcaires de l’Antsingy.
C. lampinense (H. Lecomte) Aubr. comb. nov. = Sideroxylon lampinense
H. Lee. Bull. Mus. Hist. Nat. Paris XXVIII : 87 (1922).
C. ankaranensis (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouleria ankaranensis R. Cap.
mss. Arbre. Plateaux calcaires de l’Ankarana.
Source : MNHN, Paris
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Fig. 3. — Graines de Capurodendron (grandeur naturelle) : 1, C. rubrocostalum (Jum
et Perrier) Aubr.; 2, C. microphyllum (S. Elliot) Aubr.; 3, C. androyensis (R. Cap.
mss.); 4, C. Perrieri (H. Lee.) Aubr.; 5, C. Bakeri (S. Elliot) Aubr.; 6, C. Grevea-
num (H. Baili. mss.); 7, C. sakalava (R. Cap. mss.); 8, C. microlobum (Baker)
Aubr.; 9, C. anlongiliensis (R. Cap. mss.); 10, C. aff. lampinense (H. Lee. mss.);
11 ,C.apollonioides (R. Cap. mss.).
Source : MNHN, Paris
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C. anlongiliensis (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria antongiliensis R. Cap.
mss. Arbre. Région de la baie d’Antongil.
C. apollonioides (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria apollonioides R. Cap.
mss. Région de la baie d’Antongil.
C. Bakeri (S. Elliot) Aubr. comb. nov. = Sideroxglon Bakeri S. Elliot
Journ. Linn. Soc. XXIX : 31 (1891). Holotype de Fort Dauphin.
Petit arbre.
C. delphinensis (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria delphinensis R. Cap.
mss. Grand arbre. Forêt sublittorale sur sable. Fort Dauphin.
C. gracilifolia (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria gracilifolia R. Cap. mss.
Arbre.
C. Greveanum (H. Baill. mss.) Aubr. = Sideroxylon Greueanum H. Baill.
mss. Arbre. Bois sur sols calcaires.
C. madagascariense (H. Lee.) Aubr. comb. nov. = Sideroxylon mada-
gascariense H. Lee. Bull. Mus. Hist. Nat. Paris XXV : 274 (1919).
Holotype du Boïna. Arbre.
C. nodosum (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria nodosum R. Cap. mss.
Arbre.
C. Perrieri (H. Lee.) Aubr. comb. nov. = Sideroxylon Perrieri H. Lee.
1. c. : 270 (1919). Arbuste ou petit arbre des bois sur le sol
sablonneux. Holotype de l’Ambongo. Bois sur sols sablonneux.
C. pseudolerminalia (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria pseudolerminalia
R. Cap. mss. Arbre.
C. rubrocoslalum (Jum. et Perrier) Aubr. comb. nov. = Sideroxylon
rubrocostalum Jum. et Perrier Ann. Mus. Col. Marseille sér. II, V :
370 (1907). Holotype du Boïna. Arbre.
C. rufescens (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria rufescens R. Cap. mss.
Arbuste ou petit arbre.
C. androyensis (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria androyensis R. Cap.
mss.
C. mandrarensis (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria mandrarensis R. Cap.
mss. Arbuste ou petit arbre.
C. microphyllum (S. Elliot) Aubr. comb. nov. = Sideroxylon micro-
phyllum S. Elliot Journ. Linn. Soc. XXIX: 31 (1891). Holotype de
la vallée de la Mandrare.
C. Pervillei (Engl.) Aubr. comb. nov. = Sideroxylon Pervillei Engl.
Bot. Jahr. XII : 518 (1890).
C. lerminalioides (R. Cap. mss.) Aubr. = Pouteria lerminalioides R. Cap.
mss. Arbre.
Source : MNHN, Paris
LE GENRE SCLERIA (CYPÉRACÉES) EN INDOCHINE
par J. H. Kern
(R ijksherbarium, Leyde)
L’année passée j’ai entrepris la révision des espèces malaisiennes
de Scleria, travail très difficile en l’absence de monographie du genre.
Les résultats de mes études ont été publiés dans Blumea 11 : 140-218
(1961).
La répartition géographique des Cypéracées de Malaisie ne peut
être déterminée avec quelque certitude sans entreprendre l’étude des
espèces trouvées dans les régions environnantes, plus particulièrement
de celles de la Péninsule indochinoise et de l’Australie tropicale.
On trouvera ici l’énumération des espèces de Scleria trouvées en
Indochine, basée principalement sur les riches collections du Muséum
National d’Histoire Naturelle de Paris. Pour la Thaïlande j’ai donné un
aperçu des Cypéracées dans Reinwardtia 6 : 25-83 (1961) et pour cette
raison je l’ai exclue de la liste ci-dessous.
L’aire de répartition de la plupart des espèces asiatiques de Scleria
est à peu près semblable; elle s’étend depuis Ceylan et l’Inde jusqu’à la
Malaisie, ou même l’Océanie, ou l’Australie. Il n’y a qu’une seule espèce
pantropicale, à savoir Scleria lilhosperma. Il est cependant remarquable
que certaines espèces communes à la Malaisie et à l’Indochine, telles que
Scleria benlhamii, S. psilorrhiza, S. junghuhniana et S. carphiformis,
ne soient connues que de quelques localités très éparses. Scleria neesii ne
pénètre que très peu dans la Péninsule malaise. Il en est de même de
Scleria Ihwailesiana Boeck. et S. reliculata (Holtt.) Kern, qui, jusqu’à
présent, n’ont pas été trouvés dans la Péninsule indochinoise hors de la
Thaïlande.
Scleria kerrii, S. tortkinensis et S. exigua sont probablement des
endémiques de la Péninsule indochinoise. D’autre part plusieurs espèces
répandues dans la Malaisie orientale n’ont pas atteint le continent asia¬
tique. C’est surtout le cas pour les espèces annuelles d’Australie qui ont
pu se répandre dans la Nouvelle Guinée et les Moluques ou même jusqu’aux
Philippines (S. novae-hollandiae Boeck., S. tricuspidala S. T. Blake,
S. taxa R. Br., S. brownii Kunth). Scleria molleyi C. B. Clarke et quelques
espèces voisines sont endémiques en Malaisie. Scleria scrobiculata Nees a
une répartition plus étendue; assez commun dans la Malaisie orientale,
elle devient de plus en plus rare vers l’ouest et n’atteint guère le continent!
L’énumération ci-après diffère considérablement de celle de
Source : MNHN, Paris
— 100 —
M. E.-G. Camus dans la Flore Générale de l’Indo-Chine. Quelques espèces
sont nouvelles pour l’Indochine, d’autres taxa ont changé de rang,
d’autres encore ont été réduits en synonymie. La nomenclature confuse
et la circonscription de nombreuses espèces de Scleria ont été éclaircies
par les recherches de E. L. Core, E. Nelmes et S. T. Blake. Il en résulte
plusieurs changements pour les espèces indochinoises.
Je tiens à remercier spécialement M. A. Aubréville, Directeur du
Muséum National d’Histoire Naturelle, Laboratoire de Phanérogamie,
qui m’a permis d’étudier les collections de cette institution.
1. Scleria levis Retz., Obs. 4 : 13 (1786); S. T. Blake, Journ.
Am. Arb. 35 :226 (1954); Kern, Reinw. 6 :72 (1961) ; Blumea 11 :164, f. 3h
(1961). = S. zeylanica Poir., Enc. Méth. 7 : 3 (1806). = S. hebecarpa
Nees in Wight, Contr. Bot. Ind. : 117 (1834); E. G. Camus in Lecomte,
Fl. Gén. Indochine 7 : 166 (1912). = S. japonica Steud., Syn. 2 : 169
(1855); E. G. Camus, 1. c. : 168. = S. pubescens Steud., 1. c. : 168;
E. G. Camus, 1. c. : 167.
Comme cela a été démontré par S. T. Blake, l’espèce généralement
nommée Scleria hebecarpa Nees doit porter le nom de S. levis Retz. Ce
dernier nom a été appliqué à tort à une espèce nettement distincte, tandis
que, à l’instar de Clarke, le nom S. zeylanica a été appliqué par erreur à
l’espèce dont le nom correct est S. rugosa. Il est hors de doute que l’excel¬
lent spécimen type de S. zeylanica dans l’herbier de Lamarck (P) est
conspécifique avec celui de S. levis (LD).
Comme il a été déjà indiqué dans la Flore Générale, S. pubescens
Steud. ne diffère du S. levis typique que par sa pubescence, caractère
sans valeur taxonomique.
2. Scleria benthamiiC. B.Clarke, KewBull., add.ser.8 : 58 (1908) ;
Kern, Reinw. 6 : 78 (1961); Blumea 11 : 166, f. 3i. (1961) = S. khasiana
C. B. Clarke in Hook. f., Fl. Br. Ind. 6 : 692 (1894), non Boeck. (1890).
Espèce voisine de Scleria levis Retz., dont elle diffère surtout par ses
fruits non apiculés et le disque hypogyne épais en forme de tricorne à
cause des lobes dressés et mucronulés.
Elle est évidemment très rare et connue seulement de quelques
localités très éparses (Khasia, Indochine, Luzon, Australie tropique).
Tonkin : Route de Laokay à Chapa, prov. de Laokay, savanes
herbeuses, vers 1000 m : Pételot 8548 (herb. M. Raymond).
3. Scleria oblata S. T. Blake, Blumea 11:219 (1961) ; Kern, Reinw. 6 :
73 (1961); Blumea 11 :169, f.3j (1961). = S. levis (non Retz.) E. G. Camus
in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 169 (1912).
S. T. Blake a montré que le nom Scleria levis Retz, a été appliqué à
tort à une espèce bien distincte, qu’il a nommée S. oblata, parce qu’aucune
épithète légitime plus ancienne n’est disponible. Scleria levis est le nom
correct de l’espèce généralement nommé S. hebecarpa Nees.
Source : MNHN, Paris
— 101 —
4. Scleria terrestris (L.) Fass., Rhodora 26 : 159 (1924); Kern,
Reinw. 6 : 72 (1961); Blumea 11: 170, f. 5a-c (1961). = S. data Thwaites
En. PI. Zeyl. 353: (1864); E. G. Camus in Lecomte, FI. Gén. Indo-Chine 7:
167 (1912).
Le nom Zizania terrestris L., Spec. : 991, PI. 2 (1753), basé sur Katu-
Tsjolam Rheede, Hort. Mal. 12 : 113, t. 60 (1703), paraît être le premier
nom valablement publié de cette espèce très variable.
5. Scleria ciliaris Nees in Wight, Contr. Bot. Ind. : 117 (1834);
S. T. Blake, Journ. Arn. Arb. 35 :227 (1954) ; Kern, Reinw. 6: 73 (1961);
Blumea 11 : 174, f. 5d (1961). = S. chinensis Kunth, En. 2 : 357(1837);
E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 167 (1912). =
S. bancana Miq., Fl. Ind. Bat., Suppl. : 262, 602 (1861); E. G. Camus
l.c. : 168.
Je suis d’accord avec Blake, 1. c., sur le fait que Scleria ciliaris et
S. bancana ne peuvent être séparés spécifiquement, puisqu’il n’y a aucune
différence essentielle dans les épillets, les fruits, le disque hypogyne, etc.
Espèce voisine de Scleria terrestris (L.) Fass. et de même très variable;
elle se reconnaît notamment à l’appendice de la contreligule, scarieux
et très allongé.
Scleria chinensis Kunth n’est qu’un nom superflu pour S. ciliaris
Nees.
6. Scleria harlandii Hance, Ann. Sc. Nat., Sér. 5, 5 : 248 (1866);
Journ. Linn. Soc., Bot. 13 : 133 (1873); C. B. Clarke, Journ. Linn. Soc.,
Bot. 36 : 264 (1903). Typus : Hongkong, Hance 1055 (BM, holotypus;
K, P). = S. purpurascens (non Steud.) Benth., Fl. Hongk. :400 (1861). =
S. data (non Thwaites) E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 :
167, p.p (1912). —Fig. I, 1-3.
Cette espèce, tombée dans l’oubli à cause de confusion avec S. purpu¬
rascens Steud., S. sumatrensis Retz, et S. terrestris (L.) Fass. (= S. data
Thwaites), est néanmoins bien reconnaissable. Ses tiges ne sont pas
triquètres, mais obtusément trigones, même arrondies dans la partie
inférieure, très lisses, comme polies, caractères non observés dans les autres
espèces asiatiques de Scleria. Les gaines des feuilles sont de même très
lisses, d’un pourpre foncé au-dessus des noeuds et dépourvues d’ailes, les
supérieures souvent imbriquées. La contreligule (l’appendice de la gaine
opposé au limbe) est très courte, arrondie, non scarieuse et densément
ciliée de poils courts et très raides. L’inflorescence étroite est composée
de quelques panicules partielles très courtes, pyramidales, portant des
épillets d’un pourpre foncé. Le fruit est obtusément trigone, parfaitement
lisse, brillant, blanc, et le disque hypogyne profondément trilobé, à lobes
largement lancéolés ou triangulaires, obtus, denticulés.
L’ensemble de ces caractères sépare bien l’espèce du Scleria terrestris,
dont elle est pourtant voisine. Les affinités avec S. purpurascens et
Source : MNHN, Paris
— 102 —
Fig. 1. —■ Scleria harlandii Hance : 1, épillet fructifère X 7; 2, fruit x 10; 3, id.,
face inférieure x 10. — Scleria kerrii Turrill. : 4, épillet fructifère x 7; S, fruit
X 10; 6, id., face inférieure x 10. — Scleria lonkinensis C. B. Clarke : 7, épillet
fructifère x 7; 8, fruit X 10; 9, id., face inférieure.
S. sumalrensis, dans lesquelles les feuilles sont verticillées par 3 à 5, sont
beaucoup moins grandes.
J’ai examiné les spécimens suivants ;
Hongkong : Hance 1055 (BM, K, P) — Furet 274 (P) — Mt Victoria :
Lamont 875 (BM, L).
Hainan : Nodoa, forêt : McClure CCG 9236 (BM).
Tonkin : Thu Phap, dans les bois : Balansa 2797 (P) — Prov. de Phu
Tho, Phu Ho : Pételot 1703 (P), 5308 (P) — Prov. de Pu Tho, réserve
forestière de Chân-Mông : Fleury, herb. Chevalier 32 173 (P).
Annam : Than-hoa : Bon 5093 (P) — Confin sud de la province de
Source : MNHN, Paris
— 103 —
Quang Nam, entre les villages moi de « Gô Oi et Mô 0 », forêt, sol grani¬
tique, 1000- 1200m : Poilane 31 689 (P) — Prov. du Haut Donaï, Kil. 119
de la route 20, Blao, terre rouge couverte de brousse, 900 m : Poilane
20 951 (P).
Cambodge : Mont de l’Eléphant, grande herbe de forêt, atteint 3 m de
haut, sol argileux tourbeux, 1000 m ; sur la montagne où les chevaux ne
trouvent rien à pâturer, ils recherchent cette plante avec avidité ; peut-être
elle pourrait être utilisée comme fourrage : Poilane P 253 (P).
7. Scleria kerrii Turrill, Kew Bull. : 384 (1910); ibid. : 426 (1912);
E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 165 (1912); Kern, Reinw.
6 : 73(1961). — Fig. 1,4-6.
Dans la Flore Générale cette espèce n’est indiquée que provenant
de la localité type : Siam, Xieng-mai, Doi Sootep : Kerr 1239.
Je l’ai vue aussi en provenance des localités suivantes :
Annam : Prov. du Haut Donaï, canton de Laouan, délégation de
Djipinh, sous les pins, 1000 m : Poilane 22 648 (P) — Entre Langanh et
Laouan, sur sol acide, 1000 m : Poilane 30 431 (MTJB).
8. Scleria psilorrhiza C. B. Clarke in Hook. f., Fl. Br. Ind. 6 :
691 (1894); E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 164 (1912);
Kern, Reinw. 6 : 74 (1961); Blumea 11 : 176, f. 5e (1961). = S. alla (non
Boeck.) E. G. Camus, 1. c. : 166.
Scleria psilorrhiza est mentionné dans la Flore Générale sous l’auto¬
rité de Clarke, qui y rapporta avec quelque doute un jeune spécimen du
Cambodge, Mont de Pursat, juin 1875 : Godefroy-Lebeuf 406 (K). L’Excel¬
lent spécimen de cette collection, cité par Camus sous le nom de Scleria
alla Boeck. (P), appartient de fait à S. psilorrhiza. L’aire de répartition
de cette espèce couvre l’Inde, la Thaïlande, la Malaisie et l’Australie du
Nord, mais elle est partout très rare.
Le véritable Scleria alla du Bengale oriental, très différent de S. psi
lorrhiza, est surtout caractérisé par son disque hypogyne cyathiforme,
obpyramidal ; jusqu’à présent il n’a pas été récolté en Indochine.
9. Scleria junghuhniana Boeck., Linnaea 38 : (1874) 499; Kern,
Blumea 11 : 177, f. 5f (1961).
La répartition de cette espèce, qui est nouvelle pour l’Indochine,
est à peu près inconnue. Le spécimen, récolté par Junghuhn dans la partie
centrale de Java, près d’Awu-awu, environ 1840 et sur lequel la description
détaillée de Boeckeler a été fondée, n’est plus présent dans l’herbier de
Berlin. L’espèce a été retrouvée par Van Steenis en 1935 le long d’un
fossé dans la sylviculture Indramaju (Java occidentale) et je l’ai vue en
outre de Luzon et des localités indochinoises citées ci-dessous.
Scleria junghuhniana est bien distinct des autres espèces asiatiques
de la section Scleria par sa tige robuste, spongieuse à la base, ses feuilles
larges (7-13 mm) à gaines non ailées, son inflorescence ample, mais
très lâche, à rameaux extrêmes spiciformes, les fascicules d’épillets
Source : MNHN, Paris
— 104 —
distants de 1 à 2 cm, le disque hypogyne non lobé, triangulaire, bordé
d’une enflure basse du péricarpe, et par les gros fruits ovoïdes, mutiques,
très lisses et brillants, longs de 3 1/2 mm, larges de 2 2/3 mm, qui, à longue
distance, donnent à la plante l’aspect d’un Coix en fruits.
Cambodge : Forêt de Pnom-penh : d’Alleizette s. n. (L).
Cochinchine : Prov. de Bienhoa, km 65 de la route coloniale n° 20;
plante de 1 m, dans marécage, avec riz sauvage, terre noire basaltique :
Poilane 21 326 (MTJB).
10. Scleria poaeformis Retz., Obs. 4 : 13 (1786); Fischer, Kew
Bull. : 265 (1931); Kern, Reinw. 6 : 74 (1961); Blumea 11 : 178, f. 5 g
(1961). = S. oryzoides Presl, Rel. Haenk. 1 : 201 (1828); E. G. Camus in
Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 164 (1912).
Après avoir examiné l’excellent échantillon type de Scleria poae¬
formis Retz. (India orientalis, leg. Koenig, LD), je suis d’accord avec
Fischeb sur ce que le nom correct de l’espèce généralement nommée
Scleria oryzoides Presl, est celui de Retzius, qui date de 1786.
11. Scleria sumatrensis Retz., Obs. 5 : 19, t. 2 (1789) ; E. G. Camus
in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7: 170, f. 21,9 (1912); Kern, Reinw. 6 :
75 (1961); Blumea 11 : 182, f. 5 h (1961).
12. Scleria scrobiculata Nees et Mey. ex Nees in Wight, Contr.
Bot. Ind. : 117 (1834); Kern, Reinw. 6 : 74 (1961); Blumea 11 : 184, f. 6b
(1961).
A l’exception du Scleria sumatrensis Retz., qui se reconnaît aisément
à son disque hypogyne cyathiforme cachant au moins les 1/2-3/4 inférieurs
du fruit, les espèces de Scleria à feuilles verticillées sont très difficiles à
distinguer. Tandis que S. purpurascens Steud. est très répandu en Indo¬
chine, je n’ai vu S. scrobiculata que de quelques localités en Thailande
(voir Kern, Reinw. 6:74.1961.) et d’une seule en Cochinchine. En Malaisie
S. scrobiculata est très rare dans la partie occidentale, mais assez commun
dans la partie orientale.
Il se distingue de S. purpurascens par ses feuilles glabres, les épillets
fructifères arrondis à la base et le fruit scrobiculé.
Cochinchine : Environs de Bien Hoa : d’Alleizette s. n. (L).
13. Scleria purpurascens Steud., Syn. 2 : 169 (1855); Kern,
Reinw. 6 : 75 (1961); Blumea 11 : 187, f. 6 f (1961). = S. mullifoliala
Boeck., Linnaea 38 : 510 (1874); E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-
Chine 7 : 169 (1912).
A l’instar de Clarke le nom Scleria purpurascens Steud. est cité dans
la Flore Générale comme un synonyme de S. sumatrensis Retz. Il est
cependant hors de doute que le type dans l’herbier de Steudel (P) repré¬
sente la même espèce que le type de S. mullifoliala Boeck. Le nom de
Steudel est antérieur à celui de Boeckeler.
Source : MNHN, Paris
— 105 —
14. Scleria corymbosa Roxb., Fl. Ind., ed. 2, 3 : 574 (1832);
C. B. Clarke in Hook. f., Fl. Br. Ind. 6 : 686 (1894); 111. Cyp. t. 124, f. 1-3
(1909); Kern, Reinw.6: 75 (1961); Blumea 11 : 189, f. 6g(1961). = S. rid¬
leyi C. B. Clarke in Hook. f., Fl. Br. Ind. 6 : 686 (1894); 111. Cyp. t. 124,
f. 4 (1909); E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 160 (1912).
Dans l’échantillon type de Scleria ridleyi (K; dupl. in SING), je
ne trouve aucune différence essentielle avec le type de S. corymbosa (BM).
D’après Clarke S. ridleyi serait caractérisé par son port moins robuste et
ses fruits plus pointus. Les nombreux spécimens de S. corymbosa que j’ai
examinés montrent que la vigueur de l’espèce est très variable et qu’il
n’y a aucune différence entre les fruits de S. corymbosa et ceux de S. ridleyi.
Pour cette raison les spécimens de S. ridleyi du Tonkin doivent être
rapportés à S. corymbosa .
15. Scleria lithosperma (L.) Sw., Prodr. : 18 (1788); E. G. Camus
in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7:161 (1912) ; Kern, Reinw. 6 : 77 (1961 ) ;
Blumea 11 : 191, f. 6h(1961).
16. Scleria carphiformis Ridl., Journ. Fed. Mal. St. Mus. 6 : 194
(1915); Kern, Blumea 11:193, f. 6j (1961). = S. neesii Kunth var. borneenssi
Clarke ex Ridl., Mat. Fl. Mal. Pen. (Monoc.) 3 : 115 (1907). = S. neesii
Kunth var. hirsulissima E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 :
164 (1912).
C’est à bon droit que le taxon originellement décrit comme une variété
de Scleria neesii Kunth a été élevé au rang d’espèce par Ridley. Scleri
carphiformis est nettement distinct de S. neesii par des caractères impor¬
tants et très constants. Les tiges sont plus élevées (jusqu’à 40 cm) et les
feuilles plus larges (3-5 mm); l’inflorescence est composée de deux (parfois
trois) panicules denses capituliformes, l’une terminale, l’autre (ou les
autres) latérales (dans S. neesii il n’y a toujours qu’un seul capitule
terminal) ; les épillets sont un peu plus grands, longs de 8-9 mm (6-8 mm
dans S. neesii), les glumes des épillets femelles aigues (non mucronulées
comme dans S. neesii) et plus nombreuses (5-6), et tandis que le disque
hypogyne de S. neesii est rudimentaire, stipitiforme, celui de S. carphi¬
formis est bien développé et patelliforme.
Jusqu’à présent la station de Cochinchine (Thorel 566, P) est la
seule hors de la région malaisienne.
17. Scleria neesii Kunth, En. 2 : 358 (1837); E. G. Camus in
Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 164, f. 21, 6 (1912), excl. var. hirsutis-
sima Camus; Kern, Reinw. 6 : 76 (1961); Blumea 11 : 194, f. 7a (1961).
Bien que n’étant mentionnée dans la Flore Générale que de Cochin¬
chine, cette espèce rare parait être répartie dans toute la Péninsule indo¬
chinoise.
Tonkin : Pagode de Soc Son, prov.de Phui Yen, endroits humides :
Pételot 5582 (P).
Source : MNHN, Paris
— 106 —
Laos : Banthat à 12 kil. de Savannakhet : Poilane 16 346 (P).
Annam : Environs de Hué : d’Alleizette s. n. (L) ; environs de Nha-
trang : d’Alleizette s. n. (L).
Cochinchine : Sans indication de localité précise : Pierre s. n. (K,
BM). — Thorel 566 p. p. (P). — Région de Bien Hoa : d’Alleizette s. n.
(L). — Phu-quoc : Godefroy 895 (P). — Phu-quoc, in locis inundatis :
Pierre s. n. (P).— Marais de Ongiem : Bois 2197 (P).
18. Scleria tonkinensis C. B. Clarke, Kew Bull., add. scr. 8 : 57
(1908) ; Kern, Reinw. 6 : 77 (1961). Typus : Tonkin, Balansa 2800 (K, P) ;
Cochinchine, Germain 21 (P). = S. radula (non Hance) E. G. Camus in
Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 165 (1912), quoad specim. cit. — Fig. I,
7-9.
Plante vivace, à rhizome assez épais, brièvement rampant, couvert
d’écailles striées d’un rouge brun. Tiges dressées, assez grêles, triquètres,
plus ou moins pubescentes, nues dans le 1/3-1/2 supérieur, hautes de
(25-)30-60(-90) cm, 1,5-2 mm diam. Feuilles rigides, brièvement acu-
minées, subobtuses, à bords scabriuscules, densément pubescentes
jusqu’à subglabres, larges de 5 à 15 mm; gaines lâches, étroitement
triailées, parfois pourpres à la base; contreligule très courte, subtron¬
quée, scarieuse, pubescente ou glabre. Inflorescence : une seule panicule
terminale (rarement avec une seconde panicule latérale plus petite),
contractée, dense, ovoïde ou oblongue, longue de 2 à 6 cm, large de 1,5 à
3 cm, à branches courtes, rigides, pubescentes; bractée inférieure foliacée,
étalée, un peu plus longue ou un peu plus courte que l’inflorescence,
les supérieures plus étroites, souvent sétacées. Epillets hermaphrodites
(rarement quelques-uns femelles) et mâles, subsessiles, longs de 8-9 mm,
les mâles lancéolés, les fructifères ovoïdes-lancéolés, la partie mâle 1-pluri-
flore, parfois stérile. Glumes ovales-lancéolées, acuminées-mucronulées,
couvertes de poils blancs. Etamines 3; anthères linéaires, longues de 3 à
4 mm, à crête courte, rougeâtre, scabriuscule. Disque hypogyne épais,
large, réfléchi, haut de 2/3 à 1 mm, non lobé, trigone, souvent subhexa¬
gone à cause d’une côte longitudinale sur chaque face, fauve. Fruit large¬
ment ellipsoïde, à peine trigone, tronqué à la base, lisse, glabre, blanc,
brillant, long de 2,5-2,2/3 mm, large de 2,1/3 mm, à bec court cylindrique.
Par son port, sa pubescence et ses grands épillets cette espèce res¬
semble à Scleria neesii Kunth. et S. carphiformis Ridl., mais elle occupe
cependant une position spéciale parmi les espèces asiatiques du genre
par ses gros fruits complètement lisses, la présence d’épillets herma¬
phrodites et la forme particulière du disque hypogyne.
Tous les spécimens cités par Camus sous le nom de Scleria radula
Hance appartiennent à S. tonkinensis. Quant au véritable S. radula,
avec qui S. tonkinensis n’a aucun rapport, il m’a paru impossible de le
séparer spécifiquement de S. terreslris (L.). Fass. à cause de l’existence
d’un grand nombre d’intermédiaires. Puisque la description dans la Flore
Générale se rapporte à S. Radula, celle de S. tonkinensis a été donnée
ci-dessus.
Source : MNHN, Paris
— 107 —
Pour les stations de S. tonkinensis en Thaïlande voir Kern, Reinw. 6 :
77(1961).
Tonkin : Tonkin occidental : Bon 6037 (P). — Poste de Bat-bac,
dans les broussailles : Balansa 2800 (K, P). — Environs de Quang-Yen :
d’Alleizette s. n. (L). — Lang-co, prov. de Thua-Thien : Eberhardt 1608
(P). — Sept Pagodes, broussailles : Mouret 462 (P).
Annam : Tourane et environs : Clemens 3180 (BM, K, P, U). —
Environs de Nha-trang, la Mère et l’Enfant : d’Alleizette s. n. (L). —
Presqu’île Cam Ranh : Barry 20, 21 (P). — Environs de Phan-rang :
d’Alleizette s. n. (P).
Cambodge : Kampot: Geoffray 32 (P). — Kadak, à 21 km de Kampot,
route de Réam, sol sablonneux, acide et mauvais, semi-inondé : Poilane
27 343 (MTJB).
Cochinchine : Sans indication de localité précise : Talmy 1668 (P),
Thorel s. n. (P). — Bencat : Pierre s. n. (K, L, P). — Environs de Bien
Hoa, forêt : d’Alleizette s. n. (L). — Poulo Condor : Germain 12 (P).
19. Scleria pergracilis (Nees) Kunth, En. 2 354 (1837);
E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 160, f. 21, 1-4 (1912),
Kern, Reinw. 6 : 78 (1961); Blumea 11 : 196, f. 7b (1961).
Espèce très rare ; en plus du Laos (cf. Camus, 1. c.) elle a été récoltée
en Tonkin.
Tonkin : Environs de Lao Kay : d’Alleizette s. n. (L).
20. Scleria biflora Roxb., Fl. Ind., ed. 2, 3, : 573 (1832); E. G.
Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 163, f. 21, 7 (1912); Kern,
Reinw. 6 : 75 (1961) (ssp. biflora) ; Blumea 11 : 198, f. 7c (1961).
ssp.ferruginea(Ohwi) Kern, Reinw.6 :76 (1961); Blumea 11 : 199, f.
7d (1961). = S. ferruginea Ohwi, Act. Phytotax. Geobot. 7 : 37 (1938)
Diffère de Scleria biflora typique par son port plus élancé et ses
feuilles plus étroites et plus rigides, mais surtout par les lobes du disque
hypogyne plus courts, ovales, mucronulés, et par les fruits moins profon¬
dément lacuneux, d’abord densément tomenteux, à bec plus court.
Scleria ferruginea a été réduit à l’état de synonyme de S. biflora
par Koyama (Journ. Fac. Sc. Univ. Tokyo, Bot. 8 : 137) (1961), mais
les caractères différentiels mentionnés ci-dessus m’ont amené à le consi¬
dérer comme une race de cette espèce, répartie des Iles Riou-Kiou à la
Péninsule malaise.
Cambodge : Kadak, à 21 km de Kampot, route de Réam, sur sol
sablonneux acide, mauvais et inondée; cypéracée grêle de près de 1 m de
haut : Poilane 27 349 (MTJB).
21. Scleria parvula Steud., Syn. 2 : 174 (1855); Kern, Reinw.
6 : 75 (1961); Blumea 11 : 202, f. 7i (1961). =? S. tessellala (non Willd.)
E. G. Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 75 (1912).
Bien que Scleria tessellala Willd., Spec. Plant. 4 : 315 (1805), soit
nettement caractérisé par ses fruits subcylindriques, régulièrement mais
Source : MNHN, Paris
— 108 —
peu profondément cancellés et par les lobes du disque hypogyne larges
et obtus, à peu près rectangulaires, il a été souvent confondu avec quelques
autres espèces annuelles, surtout avec S. parvula Steud., qui en diffère
par les fruits ellipsoïdes ou subglobuleux, profondément cancellés et par
les lobes du disque ovales, acuminés.
Scleria lessellala se trouve de l’Afrique tropicale et Madagascar à
l’Inde, mais je ne l’ai jamais vu provenant de l’Indochine ou de Malaisie.
Je n’ai pas vu le spécimen du Laos, leg. Thorel, cité dans la Flore Géné¬
rale; celui de Cochinchine, leg. Germain, appartient à S. biflora Roxb.
Scleria parvula a été récolté dans les localités suivantes :
Tonkin : Environ de Hai Duong : d’Alleizette s. n. (L).
Annam : Dalat, marais : Evrard 416 (P).
Cochinchine : Environs de Bien Hoa : d’Alleizette s. n. (L).
22. Scleria rugosa R. Br., Prodr. Fl. Nov. Holl. : 240 (1810); Kern,
Reinw. 6 : 76 (1961); Blumea 11 : 206, f. 8b (1961). = S. zeylanica (non
Poir.) C. B. Clarke in Hook. f., Fl. Br. Ind. 6 : 687 (1894); E. G. Camus in
Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 163 (1912).
En appliquant le nom de Scleria zeylanica Poir. à l’espèce annuelle
et grêle dont le nom correct paraît être S. rugosa R. Br., Camus a suivi
Clarke.
Source : MNHN, Paris
— 109 —
Le nom de Scleria zeylanica Poir. se rapporte à une espèce vivace et
robuste, qui n’a rien à faire avec S. rugosa (voir à S. levis Retz.).
23. Scleria exigua Kern sp. nov.
Sect. Sphaeropus (Boeck) Kern. Fig. II.
Herba annua, pusilla, glabra, radicibus fibrosis purpureis. Culmi fasci-
culati, erecti vel oblique erecti, filiformes, triquetri, laeves, simplices, 3-5 cm
alti, ca. /■> mm crassi. Folia basalia pauca, herbacea, flaccida, plana, linearia,
acutissima, 7-nervia, Costa nervorumque lateralium utroque latere unico
tantum elevatis, laevia, purpureo-puncticulata, 1,5-3 cm longa, 1-1,5 mm lata,
vaginis plus minusve purpureis. Inflorescentia Iaxa, culmi partem majorent
occupaus, e corymbulis 4-7 axillaribus, 0,5-1 cm remotis, fasciculato-contrac-
tis, ca. 2 mm latis, pedunculis brevibus haud vel vix e vagina bracteae
exsertis constructa. Bracteae foliaceae, imae 2-4 cm longae, superiores sensim
breviores, vaginis brevibus exalatis antice emarginatis. Spiculae masculae
pauci-(ca. 3-)florae, 1 mm longae, glumis membranaceis acutis vel mucro-
nulatis; stamen 1, anthera parvula, oblonga, 1 /3 mm longa. Spiculae femineae
uniflorae, 1,5-2 mm longae, pedtmculo apice globoso-inflato ; glumae 2,
suboppositae, apice oblique patulae, oblongo-ovatae, acutae, mucronulatae,
tenuiter 3-nerviae, integrae, purpureo-puncticulatae, marginibus hyalinis;
Stylus brevis, 1 /3 mm longus, stigmatibus tribus stylo aequilongis. Nux
exigua, obsolète trigona, ellipsoidea vel leviter obovoidea, apice obsolète
umbonulata, longitudinaliter tricostulata, laevis, pernitida, ferruginea, apice
plus minusve purpureo-lineolata, ca. 0,5 mm longa, 1 /3 mm lata, maturitate
e glumis in rhachilla persistentibus prolapsa, disco obsoleto trigono lineolato,
cum fructu connato.
Typus : Indochine, Dalat à Daninh, 28 nov. 1911 : H. Lecomte
et A. Finet 1427 (P; dupl. in L).
Chez les divers auteurs la délimitation du genre Scleria diffère d’une
façon considérable. Souvent les espèces annuelles et très grêles, aux
épillets disposés en petits fascicules à l’aisselle des bractées foliacées,
sont réunies dans le genre Diplacrum R. Br. A l’instar de Bentham il
m’a paru préférable de prendre le genre Scleria au sens large, avec l’inclu¬
sion de Diplacrum. J’ai exposé les raisons dans Blumea 11: 145-146 (1961).
Robert Brown a séparé Diplacrum de Scleria par le fait que dans
le premier la rhachéole de l’épillet femelle est caduque, entraînant le
fruit qui reste enveloppé par les deux glumes conniventes (le « perianthe »
de Brown). Ce caractère n’est trouvé que dans deux espèces, à savoir
Scleria caricina (R. Br.) Benth. ( Diplacrum caricinum R. Br), et S. reli-
culala (Holtt.) Kern, le dernier récemment décrit par Holttum. Dans les
autres espèces référées à Diplacrum (et aussi dans l’espèce nouvelle
décrite ci-dessus) la rhachéole et les glumes plus ou moins étalées persistent
sur le pédoncule après la chute des fruits. Négligé après Robert Brown,
ce caractère remarquable tomba malheureusement dans un oubli total.
Scleria exigua diffère des autres espèces à glumes et rhachéole persis¬
tants par les feuilles et glumes pointillées, les gaines des bractées non
Source : MNHN, Paris
— 110 —
ailées, les fascicules d’épillets plus petits, les bords des glumes des épillets
femelles non pourpres, le style et les stigmates plus courts, mais surtout
par les fruits ellipsoïdes ou subovoïdes, très petits, lisses, très brillants.
24. Scleria caricina (R. Br.) Benth., Fl. Austr. 7 : 426 (1878);
Kern, Reinw. 6 : 71 (1961); Blumea 11 : 208, f. 8e (1961). = Diplacrum
caricinum R. Br., Prodr. : 241 (1810); E. G. Camus ni Lecomte, Fl. Gén.
Indo-Chine 7 : 157 (1912).
Espèce douteuse
Scleria boniana Boeck., Allg. Bot. Zeitschr. 2 : 158 (1896); E. G.
Camus in Lecomte, Fl. Gén. Indo-Chine 7 : 162 (1912).
La description originale de Boeckeler ne me permet pas d’identifier
cette espèce, qui reste douteuse parce que je n’ai pas trouvé le spécimen
du Tonkin, leg. Bon, dans les collections des Scleria indochinois à Paris.
Source : MNHN, Paris
SUR LES GRAMMITIS DES ILES AUSTRALES
par M me Tardieu-Blot
Les récoltes rapportées des Kerguelen par Cours nous ont amené
à réviser les Grammilis des Iles australes. Copeland, dans sa monographie
des Grammitis (4, p. 112) 1 distingue un groupe d’espèces antarctiques,
groupe particulièrement difficile en raison de la plasticité des espèces
et de leurs limites mal définies. Il croit à l’existence possible de 6 espèces
différentes et, finalement, en délimite seulement 4, après pas mal d’hési¬
tations.
Nous avons essayé de revoir la question à l’aide des différents herbiers
historiques du Muséum.
La principale de ces espèces, le Grammilis billardieri Willd. (13,
p. 139) a été décrite d’après une plante de Labillardière provenant du
Cap Van Diemen, Nouvelle Hollande. L’herbier Jussieu contient un échan¬
tillon de cette plante, avec la mention, de la main de Jussieu, « Grammilis
billardieri W. ». Cette plante est caractérisée par son rhizome nettement
rampant, à frondes rapprochées, portant des écailles rousses, longues
de 4-5 mm, renflées et échancrées à la base, ovales, à extrémité effilée,
portant généralement une glande, formées de cellules à parois minces,
droites, environ une vingtaine dans la largeur vers le milieu de l’écaille.
Le pétiole est long de 0,5-2 cm, nettement hirsute. Le limbe est linéaire-
Iancéolé, long de 8-12 cm, à extrémité aiguë, la texture est coriace, pas
très épaisse. La nervure médiane est apparente, surélevée à la face infé¬
rieure, les nervure latérales sont visibles (surtout à la face supérieure),
bifurquées, à bifurcations sensiblement égales, n’atteignant pas la marge,
les sores sont allongés, elliptiques, non enfoncés, occupant presque toute
la longueur de la nerville. Cette espèce existe en Australie, Tasmanie,
Nouvelle Zélande et ses îles, à Amsterdam et à Saint-Paul (P. 1,1-4).
Sur la même feuille de l’herbier Jussieu, qui porte 5 touffes différentes,
se trouve une autre étiquette indiquant « Polypodium gramineum Poir.
dict. encycl., Grammitis linearis Sw. » et, comme indication de localité,
« détroit de Magellan, herb. Commerson ». Desvaux a ajouté de sa main
Grammilis magellanica Desv.; il est assez difficile de dire à quoi, sur cette
feuille d’herbier, se rapporte chacune des étiquettes. Cependant nous
sommes en présence d’une 2 e espèce : les plantes provenant du détroit de
l. Les chiffres en caractères gras renvoient à l’Index bibliographique en fin
d’article.
Source : MNHN, Paris
— 112 —
Fig. 1. — Grammilis billardierl Willd. : 1, aspect général x 2/3; 2, pétiole et poils
X 2; 3, détail des sores x 3; 4, écaille x 12. — Grammilis magellanica Desv. : 5,
aspect général x 2/3; , détail des sores x 3; 7, écaille x 12, — Grammilis
crassa Fée : 8, aspect général x 2/3; 9, détail de sore x 3; 10, écaille x 10. —
Grammilis armslrongii Arms. : 11, aspect général x 2/3; 12, détail des sores
X 3; 13, écaille x 12. — Grammilis kerguelenensis Tard. : 14, aspect général
X 2/3; 15, sore jeune x 3; 16, sore mûr x 3; 17, écaille x 12.
Source : MNHN, Paris
— 113 —
Magellan nommées Grammitis magellanica par Desvaux ont en effet un
rhizome dressé, ou très courlemenl rampant, des frondes en touffes, sans
pétiole net, le limbe, ovale-lancéolé, long de 5-8 cm étant décurrent (et
glabre) jusqu’à la base. Les écailles sont longues de 2-3 mm, non renflées
à la base, presque de même largeur partout, à extrémité non rétrécie et
très obtuse, à base légèrement échancrée. On peut compter, vers leur
milieu, environ 17 cellules dans la largeur. Le limbe est lancéolé, long de
5-6 cm sur 0,8-0,9 de large, beaucoup plus épais, à nervure médiane
à peine apparente, non surélevée, à nervures latérales absolument invisi¬
bles. Les sores sont légèrement enfoncés, localisés à la moitié supérieure
du limbe, allongés, très épais et confluents à maturité. Cette description
est donc celle du Grammitis magellanica Desv. (syn. Polypodium Billar-
dieri var. magellanicum (Desv.) C. Chr.; Grammitis nana Brack., dont
le type est de Orange Harbour, Terre de Feu (2, p. 1). (PI. I, 5-7).
Ce Grammitis magellanica se trouve à Amsterdam (le n° 30, de l’Isle,
récolté en 1874 (fentes humides et grottes 554 m) (il a été cité par
Hemsley sous le nom de Polypodium australe). Cours l’a retrouvé en 1960,
Plateau central 650-700 m. L’étiquette porte la mention « très rare ».
D’autres espèces, sensiblement de même taille, sont voisines :
1° Le Grammitis diminula (Bak.) Cop. (4, p. 141) des Iles Lord
Howe, est distinct par son pétiole long de 2 cm, glabre, ses écailles (syn.
Polypodium Howeanum Watts, dont le Muséum possède un isotype). Le
limbe est linéaire, atteignant 20 cm sur 1 de large, les sores allongés,
courts (1/2 de la largeur du limbe), généralement non confluents.
2° Le Grammitis rigida Hombron (9, t. 2f) des Iles Auckland : nous
possédons la plante rapportée par Hombron, figurée pl. 2, fig. 1, mais non
décrite par lui, et qui n’est autre que le Grammitis crassa Fée (5, p. 234)
(Pl. I, 8-10), espèce valable, caractérisée par son gros rhizome dressé, à
écailles brun foncé, ayant 7-8 mm de long, étroites, peu effilées, à base droite,
formées de cellules étroites et très allongées, à parois minces, contenu
jaune foncé. Sa fronde, longue de 12-20 cm sur 1,5 de large, oblongue-
lancéolée, décurrente jusqu’à la base, sans pétiole net, à extrémité
aiguë, texture très coriace, coloration brunissante sur le sec, nervure
médiane marquée mais non surélevée, nervures latérales invisibles, sores
très allongés, elliptiques, tenant presque toute la largeur du limbe et
très rapprochés, faisant un angle d’environ 45° avec la nervure médiane.
A côté de ces espèces de taille relativement élevée existent plusieurs
très petites espèces ou formes ayant environ 1-3 cm de long, ce sont :
Le Grammitis pumila Arms. ( Polypodium australe var. pumilum
Chesm. de Nouvelle Zélande). Comme l’a fait remarquer tout récemment
Miss Tindale ce nom tombe en désuétude à cause de la présence du
Grammitis pumila Sw.. Il doit donc s’appeler, d’après Miss Tindale,
Grammitis armslrongii Tindale (12, p. 88). C’est une toute petite
8
Source : MNHN, Paris
— 114 —
forme à rhizome rampant, à fronde subspathulée, épaisse, qu’ARMSTRONG
décrit comme « Clothed below with minute greyish or brownish
pubescence », avec un seul sore arrondi près du sommet (Cheeseman dit
obscurément pubescent beneath ») : ce Grammilis se trouve aussi à
Juan Fernandez. Les sores sont arrondis, souvent solitaires au sommet
de la fronde. Les nervures latérales sont invisibles, la médiane peu marquée
(PI. 1,11-13).
Il existe aux Kerguelen une autre petite espèce, à caractères
très constants, que Copeland signale au passage (4, p. 115), mais sans
lui attribuer de nom. Cette espèce possède des frondes en touffes très
denses, oblancéolées, subspathulées, elle est absolument glabre, et de
texture beaucoup plus épaisse que le Grammilis armstrongii de plus,
les sores enfoncés, allongés ou arrondis, ne sont pas au nombre de 1 à
2 paires comme dans cette espèce, mais en rangées, généralement loca¬
lisés à la partie supérieure de la fronde. Son aire de répartition s’étend
aux Kerguelen, Crozet, Marion. Voici sa diagnose :
Grammitis kerguelensis Tard. sp. nov. (PI. 1, 14-16).
Frondibus caespitosis, dense fasciculatis, approximatis, lanceolatis,
subspathulatis, subsessilis, 1-2 cm longis, 0,3 latis, crassis, glabris, apice
rotundatis, basi attenuatis, marginc integerrimis, nervo mediano nervis
lateralibusque obsoletis; soris apicalibus, imprimatis, elongatis, nudis,
^ confluentibus.
Type : Cours, Butte aux Fougères Molloy (P).
Iles Crozet : Aubert de la Rue, 8. 12. 1949, Ile de la Possession,
cote 350, escarpements rocheux.
Kerguelen : Eaton, Kidler, Boissière, sans localité Aubert de la
Rue 18.12. 1952, S. E. de la Studer.cote 100 — Aubert de la Rue, mai 1952,
escarpements le long de la Rivière des Tourbières — Aubert de la Rue
23.9.1949, plateau au NE du lac Dasté, péninsule Jeanne d’Arc, escarpe¬
ments basaltiques abrités— Aubert de la Rüe août 1952, grande muraille,
vallée du Château, côté 100, (toutes ces espèces ont été citées par moi à
tort (11, p. 61) comme Grammilis billardieri) — Cours, buttes aux Fou¬
gères Molloy.
Marion : Moseley, Challenger Expédition.
Les écailles du rhizome sont brun clair, longues de 3 mm échancrées
à la base, peu effilées, portant généralement une glande stipitée au sommet,
formées de cellules une fois plus longues que larges, à parois droites, peu
épaisses, jaune clair, le milieu de l’écaille comprenant environ 15 rangées
de cellules.
Pour terminer nous donnerons un tableau des caractères distinctifs
de ces différents Grammilis :
Source : MNHN, Paris
Répartition
GÉOGRAPHIQUE
Dimensions
Frondes
Nervure
Nervures
LATÉRALES
Sores
Grammilis
billardieri
Australie,
Nouvelle Zélande,
Iles Auckland,
Tasmanie,
Saint-Paul
8-12 cm sur
0,5 de large
rhizome rampant
pétiole hirsute
limbe linéaire-lancéolé
surélevée
visibles, bifur-
quées, à bifur¬
cations sensi¬
blement égales
allongés non
enfoncés, faisant
un angle très aigu
avec le Costa
Grammilis
magellanica
Chili,
Terre de Feu,
Amsterdam
& sur ÔfrOfitor-
ge
rhizome dressé;
frondes en touffes;
limbe lancéolé, gla¬
bre sans pétiole net
à peine ap-
no a n e suré-
invisibles
elliptiques épais,
confluents, à ma¬
turité
Grammilis
crassa
lies Auckland
12-17 cm long
sur 1,5-2 de lar¬
ge
rhizome épais, dres¬
sé, fronde oblon-
gue-lancéolée, très
épaisse, brunissant
sur le sec
nette mais
non surélevée
invisibles
très allongés te¬
nant preque toute
la largeur du
limbe, peu obli-
Grammilis
diminula
Lord Howe
Island
15-20 cm de
long sur 1,5 de
fronde linéaire, à
pétiole long de 1-
2 cm, glabre
surélevée
peu apparen-
allongés, courts
(+ 1,2 de la lar¬
geur limbe, très
obliques
Grammilis
armslrongii
Australie,
Ile Stewart,
Nouvelle Zélande
Juan Fernandez
1-1, 5 cm de
3 mm de large
rhizome rampant;
fronde lancéolée
sans pétiole net,
présence de poils
grisâtres à la face
inférieure
générale -
peu apparen¬
tes
sores arrondis
souvent solitai¬
res au sommet
de la fronde
Grammilis
kerguelenensis
Kerguelen,
Marion
Crozet
1-2 cm sur 0,3
large
rhizome dressé,
fronde subspathu-
lée, très coriace,
glabre
invisibles
allongés, ± con¬
fluents à matu¬
rité
Source : MNHN, Paris
— 116
Index bibliographique
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N. Zeal. Inst. 13. 1881.
2. Brackenridge (D.). — In Charles Wilkes U. S. Exploring Expédition 16.1854.
3. Christensen (Cari). — Some species of ferns collected by Dr. Skottsberg in Tem-
perate South America, in Ark, fôr bol. 10 : 1-32. 1910.
4. Copeland (E.-B.). — Grammitis in Phil. Journ. Sc. 80 : 93-27. 1951.
5. Fée (A.). — Gen fil., 1850-1852.
6. Hicken (C. M.). — Nouvelles Contributions aux Fougères argentines in Trab. del
Mus. de Farmacologia Buenos Aires 19 : 3-12. 1907.
7. — Observations sur quelques fougères argentines nouvelles ou peu connues,
in Trab. del Mus. de Farmacologia Buenos Aires, 15 : 161-218. 1907.
8. Hemsley (A. L. S.). — Report on présent stade of Knowledge of various insular
flora. Voyage of H. M. S. Challenger Botany, vol. 1.
9. Hombron, Jacquinot et Decaisne. — Voyage au Pôle Sud, 1852.
10. Schelpe (E. A.) et Alston (A. G. H.). — The Pteridophyte of Marion Island in
Journ. S. A/r. Bol. 23 : 105-109. 1957.
11. Tardieu-Blot (M. L.). — Sur les Fougères récoltées par Aubert de la Rüe, aux Iles
Kerguelen et Amsterdam, in Mém. Inst. Sc. Madag. série B. 5 : 59-64. 1954.
12. Tindale (M. D.). — Studies in Australian pteridophytes, n° 3 in Conlrib. from lhe
N. S. Wales Herb. 3. 1961.
13. Willdenow (C. L.). — Sp., PI. 5 : 1819.
Source : MNHN, Paris
NOTES SYSTÉMATIQUES, PHÉNOLOGIQUES
ET AUTOÉGOLOGIQUES SUR L ’EUPHORBIA
ORTHOCLADA B AK.
par J. Leandri
Après les Euphorbes malgaches épineuses et coralliformes, l 'Euphorbia
orthoclada Bak. est une des plus curieuses de la Grande-Ile. Décrite
simultanément en 1887 par J. C. Baker 1 [1] sur des spécimens récoltés
par Baron à Betafo, et par H. Bâillon [2] (sous le nom d’E. lohaensis)
sur des parts récoltées par Alfred Grandidier à Ambatomenaloha, près
d’Ivato (au sud d’Ambositra), elle a fait l’objet d’observations de Costan-
tin et Gallaud [3], de R. Baron [4] et de Drake del Castillo [6] qui
l'a redécrite sous les deux noms d'E. veprelorum et d’E. cynanchoides.
Alors que Bâillon et M. Denis [8] la rangeaient parmi les Gonioslema,
Léon Croizat apporte à son sujet en 1937 [7] une opinion toute nouvelle
et, semble-t-il, plus juste. Il la range en effet auprès des Tilhymalus, à
cause de son inflorescence terminée par un cyathium central et disposée
en fausse ombelle.
J’ai précisé en 1945 [9] la distribution géographique de cette espèce
endémique des domaines du Centre : Betafo, environs du lac Alaotra 2 ,
d’Antsirabe, d’Ambositra, d’Ambatofinandrahana, et du Sud : bassin
du Mandrare, environs d’Ambovombe, d’Antanimora et du Cap Sainte-
Marie.
J’ai pu observer en 1960 à différentes saisons les pieds cultivés au
jardin botanique de Tsimbazaza, rattaché à l’Institut scientifique de
Madagascar (I. R. S. M.) (n° 20). Il est donc possible aujourd’hui de com¬
pléter la description de l’espèce, d’en examiner les variations, et d’apporter
quelques données sur sa phénologie et son autoécologie.
Par contre je n’ai pu retrouver sur le terrain des pieds de cette espèce,
au cours d’itinéraires effectués soit seul, soit en compagnie d’autres
botanistes (M u « M. Keraudren, M. P. Saboureau) dans les localités
où elle a été récoltée. Elle doit donc être en voie de régression. Je considère
néanmoins qu’il n’est pas interdit d’attribuer une valeur taxinomique
aux deux formes, celle du Centre, arbrisseau décombant, jamais ligneux,
longtemps crassulant, à fruits de 1 cm, croissant sur les laves basaltiques,
et celle du Sud, liane à fruits moins robustes et moins lignifiés, à feuilles
plus petites, croissant sur les gneiss et les sables. Il semble justifié de leur
1. Les numéros entre crochets renvoient à l’Index bibliographique.
2. L’attribution à cette espèce de l’échantillon très pauvre provenant du lac
Alaotra demanderait à être confirmée.
Source : MNHN, Paris
— 118 —
Source : MNHN, Paris
— 119 —
attribuer le rang de sous-espèces, en raison de ces importantes différences.
C’est à la sous-espèce du Centre que se rapportent les spécimens
cultivés dans le jardin de H. Perrier de la Bathie (n° 12 891) en 1919-
1923, au jardin de Tsimbazaza (n° 20) et au Jardin Botanique des Cèdres
(Saint-Jean Cap Ferrât) appartenant à M. J. Marnier-Lapostolle, encore
aujourd’hui. C’est également cette sous-espèce qui se trouve décrite de
façon très complète, grâce aux notes de Perrier de la Bâthie, dans le
mémoire de M. Denis de 1921-1922. Voici quelques observations de plus :
le pied en culture au Jardin botanique de Tsimbazaza (n° 20) offre au
début d’octobre des fleurs et des fruits bien développés. Il se présente en
grosses touffes de rameaux en baguettes charnues peu feuillées, inclinées,
pourpres du côté tourné vers le haut, vert franc de l’autre. Le cyathium
médian de l’inflorescence, le seul paraissant uniquement <J, n’est pas
accompagné de cyathophylles ; il est de couleur rougeâtre avec les marges
des glandes jaunes; et non vert à glandes luisantes dessus comme les
cyathiums périphériques. Outre l’ombelle terminale, ordinairement à
4 branches, il existe souvent un peu plus bas sur le rameau d’autres
cyathiums pédonculés et pourvus de cyathophylles et d’une feuille courte
axillante. L’odeur de la plante rappelle celle du souci.
Les graines sont blanches et bien formées, longues de 5 mm sur 4
environ, avec une caroncule conique de 1 mm de long sur 1,5 de diamètre
séparée de la graine par un profond sillon.
Les cyathiums latéraux, quand ils sont bien développés, sont plus
grands que le cyathium central et non plus petits (1 cm de diamètre
contre 8 mm par exemple). Les bractées interglandulaires sont roses,
à bords fîmbriés finement.
Les fleurs Ç se développent avant les $ ; il n’est donc pas impos¬
sible que le cyathium central devienne $ à la suite de la chute précoce
de la fleur $ par séparation à la base du pédicelle. On observe en général
au fond du cyathium terminal (central) un moignon noirâtre évasé.
La partie sous-articulaire de la fleur présente à son sommet une
ébauche de calice triangulaire bien nette. La partie sus-articulaire (pédi¬
celle) est dilatée à sa base; les 2 loges sont très sphériques, à fentes exacte¬
ment latérales longitudinales. Le pollen est sphérique, de 50 (x de diamètre,
à ornementation externe granuleuse-réticulée. Les languettes inter¬
florales sont découpées en nombreux appendices filiformes sur toute la
longueur de leurs deux côtés.
Les bourgeons, espacés de 2 à 3 cm, ne s’allongent pas, à l’exception
de ceux de la base des rameaux, terminés par une feuille enroulée formant
un étui longuement conique enveloppant le point végétatif.
La sous-espèce typique de Y Euphorbia orlhoclada présente donc
l'aspect d’une plante subaphylle pendant la saison sèche et au début
de la saison des pluies.
En décembre apparaissent, sur les rameaux et sur de jeunes pousses
qui s’allongent rapidement, un nombre considérable de feuilles, qui rendent
la plante sous son nouveau vêtement tout à fait méconnaissable jusqu’en
avril.
Source : MNHN, Paris
— 120
Carte phytogéographique
MADAGASCAR
par
H. Humbert
D'après la carte de végétation
du même auteur, publiée dans
l'Année biologique X3l.fasc.5-S.IS
Je la sous-
orlfio du dr-
£3 Aire </« /- s ous -
espic* vepeobarutn.
Limite des Hégions.
Région ^orientale :
Domaine de l'Est
Domaine du Sambirano
Domaine du Centre
Domaine des h*£? montagnes
Région occidentale:
Domaine du Sud
f. 2. — Distribution des deux si
Source : MNHN, Paris
— 121 —
En résumé, la plante qui présente le port d’un arbuste à tige faible,
très rameuse se divisant en un grand nombre de rameaux épais, obtus
au sommet, verts, retombant de tous côtés, sur les rocailles des coulées
basaltiques des environs de Betafo, prend quand elle est cultivée sur les
cuirasses latéritiques de Tananarive le port d’un buisson cespiteux à
rameaux dressés de 50 cm à 1 m.
Quant à la plante du Sud, que nous élevons au rang de sous-espèce,
on peut en donner la diagnose distinctive suivante :
Euphorbia orthoclada J. G. Bak. subsp. vepretorum (Drake
pro sp.) J. Leand. stat. nov.
A subspecie typica differt habitu scandente, foliis minoribus (ad 2 cm
longis, 3-4 mm latis?) ramis cyathiferis terminalibus paucis (3) fructibus
minoribus coccis subsphaericis haud lignosis.
Type primitif (tout à fait insuffisant) : G. Grandidier n° 17, oct. 1901.
— Mont Ambohibato (Nord-ouest de Fort-Dauphin).
Lectotype : Decary 4532, Massif de l’Angavo, à l’Est d’Autaninora, prov.
Fort-Dauphin.
Bibliographie
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Londres, XXII : 517 (1887).
2. H. Bâillon, Liste des plantes de Madagascar. Bull. Soc. Linn. Paris I, n» 84 : 671
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3. J. Costantin et J. Gallaud, Notes sur quelques Euphorbes nouvelles ou peu
connue de la région du Sud-Ouest de Madagascar, rapportées par M. Geay,
Bull. Mus. HUI. nal., Paris XI : 352 (1905).
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623 (1906).
5. H. Poisson, Recherches sur la dore méridionale de Madagascar, Thèse, Fac. Sc.
Paris, Challamel : 64 (1912).
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Paris IX : 45 (1903).
7. L. Croizat, in Gard. Bull. Strails Setll. IX : 150 (1931).
8. M. Denis, Les Euphorbiées des îles australes d’Afrique. Bev. gén. de Bol. Paris,
XXXIV : 51 (1922).
9. J. Leandri, Contribution à l’étude des Euphorbiacées de Madagascar. IX. Groupe
de l 'Euphorbia pyri/olia et observations sur la section Gonioslema. Nolulae
Syst. Paris XII : 72 (1945).
10. H. Jacobsen. A handbook of succulent plants. Vol. I, Londres : 461-462 (1960).
Source : MNHN, Paris
CONTRIBUTIONS A L’ÉTUDE DE LA FLORE
FORESTIÈRE DE MADAGASCAR
par R. Capuron
IV. — TSEBONA, GENRE NOUVEAU DE SAPOTACÉES
DE MADAGASCAR
Arbores. Folia alterna, petiolata, nervis secundariis inter se remotis,
nervis tertiariis parallelis, secundariis subperpendicularibus. Stipulae caducae.
Flores axillares, magnae; sepala, in alabastro quinconcialia, basi vix connata;
corolla basi tubulosa, lobis integris in alabastro contortis; stamina 15, uni-
seriata, ante corollae lobum quemque 3 (phalanges 5 efformantia), antheris
elongatis extrorsis conniventis, connectivo apice apiculato; staminodia
alternipetala in sinubus corollae inserta, bigeniculata, laciniata; discus
planus, pubescens, receptaculum obtegens; ovarium parvum, (5(-7) loculare,
loculis completis; Stylus gracilis, stigmato punctiforme. Fructus baccatus,
magnus, apice apiculatus; semina magna, hilo latissimo (dorso tantum area
angusta laevi donata); embryo exalbuminosus, cotyledonibus crassis, radi-
cula brevissima.
Tsebona macrantha R. Capuron : Species unica.
Arbor, ad 25-35 m alta, cortice valde lactifera, ramulis floriferis crassis
(l,5-2,5 cm diam.), primum tomentosis postremo glabrescentibus. Folia apice
ramorum dense congesta, magna ; petiolus, in primo statu breviter tomentosus
robustus, 4-10 cm longus, supra angustissime canaliculatus; limbus coriaceus,
primum subtus breviter tomentosus (tomento mox deciduo, haud adpresso),
obovatus (20-60 X 9-20 cm), apice rotundatus vel latissime obtusus, ad basim
angustatus, ima basi angustissime rotundata vel obtusa ; Costa supra impressa,
subtus valde prominente; nervis secundariis utrinque (16-)20-30, supra
leviter impressis, subtus prominentibus, rectis, ad marginem arcuatis et
anastomosantibus ; nervis tertiariis tenuissimis, scalariformibus (fere Gam-
beyae). Stipulae ovato-lanceolatae, 1-2 cm longae, tomentosae, caducae.
Flores axillares magnae. Pedicelli adpresse sericeo-pubesccntes 3-4 cm longi,
robusti. Sepala coriacea, extus adpresse scricea, intus glabra, basi breviter
coalita (receptaculum formantes), dua exteriora triangularia (36 X 12-
13 mm) marginibus induplicatis, dua interiora ovato-lanceolata (35 X 9-
10 mm) marginibus planis sed dorsaliter et longitudinaliter sulcata, alterum
semitectum et semi-tegente (margine externa induplicata, margine interna
plana, dorsaliter sulcatum). Corolla circa 28 mm Ionga : tubus crassus, 4 mm
Source : MNHN, Paris
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longus, utrinque glaber (pilis raris circa staminorum insertionem instructus) ;
lobi ovato-lanccolati (24-25 X 8 mm) integri (supremo apice vix irregulariter
denticulati), glabri apice angustissime obtusi, in alabastro contorti (margine
dextra externa). Stamina fauce et ima basi petalorum inserta; filamenta
libéra (circa 2 mm longa) pilis longis instructa; antherae anguste lanceolatae
(17 X 1,5 mm), interno latere pubescentes, in quoque phalangi inter se conni-
ventes ; connectivus apice apiculo 3,5-5 mm longo instructus. Discus tomento-
sus, planus, pentagonalis. Ovarium 1,5-2 mm altum, 5(-7)-sulcatum et
5(-7)-angulatum, dense breviterque tomentosum. Bacca magna (in sicco
statu ad 9,5 cm diam.) attingens, depressa (4,5-5 cm crassa), apice apiculo
brevi (ca. 1,5 cm) et crasso instructa; pericarpium tenue. Semina 5-6 vel
abortu 1-2 magna (4,5-5,5 alta, 3,4-3,7 lata, 3,5-4 cm diam., sectione horizon-
tali triangulare, lateribus internis planis, latere externe convexo); testa
1-1,5 mm crassa, area laevi parva (3,5-5 cm alta et 24 mm maxima latitudine).
Radicula brevissima (1,5 mm longa), conica.
Typus speciei : 7100-SF.
Est : Ambalanirana, près d’Arabatojoby, Ampanefena, Vohémar, 14.252-SF (Fr.,
août Tsebona); Anolakely, Canton de Farahalana, Sambava, 7100-SF (Fl., mars,
Tsebo); Lohanantsahabe, (bassin de la Lokoho), Dct. de Sambava, 51-R. 188 (F., jan¬
vier Tsebo); environ d’Ankaviahely (environ 15 km E. S. E. d'Andapa), Canton
d’Anoviara, Dct, d’Andapa, 34-R. 197 (F., Bois, mai, Tsebo ou Tsebona, ou Taolan-
doha); Ambohitsara, canton d’Anoviara, Andapa, 10614 SF (Fl. tombées au sol,
Fr. imm., août, Tsebona); forêt de Belaflka, Ampanavoana, Antalaha, 84-R. 140
(Fr., avril, Tsebo); Somisika, à l’est d’Andranofotsy, Maroantsetra, 173-R. 199 (F.,
février, Tsebona); environ d’Anena, bassin de la Fananehana, Dct. de Maroantsetra,
8947 bis -SF (F., janvier, Tsebona); Lohany Antsahanjolahy, près d’Ambatoraha,
canton de Bandabe, Mananara, 7-R. 107 (F., janvier, Tsebona malotra) ; forêt de Besira,
près d’Ambodirafia, canton d’Ampasina, Fénérive, 17875-SF (Fr., décembre, Tsebona);
Réserve Naturelle n° 1, Ambodiriana, Tamatave, 8581 bis-SF (F., Bois, novembre,
Tsetsebona); environ de Tamatave, Dr. Jaillet s. n° (F., 1894, Sebo).
Le Tsebona macranlha, est, à divers points de vue, remarquable
parmi les Sapotacées malgaches. Sur son aire de répartition, relativement
vaste, (il est probable que cette aire est incomplètement connue et qu’elle
s’étend plus au Sud que ce que l’on sait d’elle) il est toujours rare et
disséminé. Au cours d’une tournée de six mois en zone forestière, dans la
région de Maroantsetra, nous n’en avons vu qu’un petit nombre d’exem¬
plaires. C’est un très bel arbre atteignant 25-30 m de hauteur et plus,
et son diamètre atteint et dépasse parfois 1 m. Son écorce est très riche
en latex, latex utilisé par les indigènes pour la fabrication de gluaux.
La couronne de l’arbre est relativement peu ramifiée et ses bouquets de
grandes feuilles lui donnent un port très caractéristique. Les feuilles
rappellent, mais encore en plus grand, celle du Manilkara coslata; mais
dans ce dernier les nervures secondaires sont plus serrées et surtout ses
nervures tertiaires ne sont pas obliques par rapport aux secondaires.
Sous ce rapport la nervation du Tsebona rappelle celle des Gambeya.
Les nervures secondaires sont espacées de 1 à 3 cm, elles sont presque
rectilignes et ce n’est que tout près des marges qu’elles s’incurvent vers
le sommet du limbe pour aller se raccorder avec les suivantes. Les fleurs
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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sont de très grande taille pour une Sapotacée. Les boutons, peu avant
l'épanouissement, atteignent 37 mm de longueur et 13 mm de diamètre
à leur base (le calice, étalé atteint 70-75 mm de diamètre). Le bouton a
un peu la forme d’une pyramide à trois faces. Les sépales sont au nombre
de 5, en préfloraison quinconciale. Les sépales 1 et 2 sont entièrement
extérieurs dans le bouton et leurs marges sont indupliquées; le sépale 3,
moitié recouvrant et moitié recouvert à sa marge de droite (bouton vu
de l’extérieur) indupliquée; les 4 et 5 sont intérieurs dans le bouton. Les
sépales 1, 2 et 3 sont nettement plus larges que les sépales 4 et 5 et il
en résulte que dans le bouton la marge gauche de 1 et la marge droite
de 2 viennent en contact, de même que la marge gauche de 2 avec la
marge droite de 3; en ces points de contact les sépales paraissent valvaires;
ces marges étant indupliquées elles s’impriment dans le dos des sépales
4 et 5 où elles forment un sillon dorsal situé sur la ligne médiane de
chacun de ces pétales (sillon analogue à celui que l’on observe sur les
sépales internes des Mimusops ou des Manilkara ); la marge de droite du
sépale 1, également indupliquée, s’imprime également dans le dos du
sépale 3 mais près de la marge gauche de celui-ci. En définitive, le bouton
présente, extérieurement, la fausse apparence d’être constitué de 3 sépales
valvaires.
Retenons, en ce qui concerne la corolle que ses lobes sont tordus
dans le bouton et que les lobes ont leur côté droit recouvrant (nous
n’avons pu analyser qu’un seul bouton). Les phalanges d’anthères sont,
dans le bouton, coincées entre le pétale qui leur correspond et la moitié
gauche du pétale immédiatement situé à leur droite. Les filets staminaux
des 3 anthères de chaque phalange sont libres l’un de l’autre et ils se
détachent de la corolle à la base des lobes. Les 3 anthères de chaque
phalange sont conniventes, étant plus ou moins reliées entre elles par
les poils qui garnissent leurs marges; les phalanges anthériennes mesurent
ainsi 17 X 4,5 mm. Les staminodes naissent dans les sinus de la corolle :
ils sont constitués par un court pédicule épais, glabre, dressé, qui se
recourbe à son sommet et se réfléchit vers le bas, à l’intérieur du tube
corollin; dans sa partie descendante il se dilate en une lame de forme
générale plus ou moins losangique, poilue; cette lame, vers son tiers
basal, se recourbe vers le haut et ses deux tiers supérieurs sont dressés et
s’appliquent contre la base du style; la marge de la lame est découpée
en 5 lobes dont le médian, étroitement triangulaire aigu, est nettement
plus long que les autres.
Le réceptacle est tapissé par un disque plan, tomenteux, au centre
duquel se trouve l’ovaire. Les loges ovariennes sont oppositisépales
lorsque il y en a 5 seulement.
Les fruits que nous avons vus étaient assez variables de forme. Dans
l'échantillon 14 252 SF le fruit entier que nous avons, atteint 9,5 cm de
diamètre et 4,5-5 cm d’épaisseur; il a la forme d’une grosse tomate à
face supérieure presque plane, sauf au centre où il est très légèrement
déprimé; au milieu de la face supérieure il est muni d’un gros et court
(1,8 cm) apicule; ce fruit contient 6 graines et son péricarpe porte une
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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légère et large dépression entre chacune d’entre elles. Dans cet échantil¬
lon les graines ont environ 4,5 cm de hauteur. Dans un autre échantillon
(17 875-SF) nous avons 3 fruits; 2 d’entre eux sont 1-séminés, l’autre
est 2-séminé ; les fruit uniséminés ont environ 5 cm de diamètre et 8-9 cm
de hauteur; ils s’atténuent vers le haut en fort apicule long de 2-3 cm;
le fruit 2-séminé a environ 11,5 cm de hauteur (apicule compris) et
environ 7,5 cm de diamètre; il est un peu moins épais que large; une
graine de ce fruit mesure 5,3 cm de haut. Nous ne pensons pas qu’il faille
attacher une grande importance à ces différences dans la forme des fruits ;
nous en connaissons un trop petit nombre en tout cas pour baser sur eux
quelque taxon. Sous tous les fruits que nous avons observés le calice est
caduc, les sépales se rompant à leur base. Les graines sont remarquables
outre leur grosseur, par la très grande extension prise par la cicatrice
d’insertion; la partie lisse du testa n’occupe qu’une partie de la face
dorsale de la graine ; cette partie lisse se présente sous la forme d’une
plage obovale partant du haut de la graine et se dilatant progressivement
vers le bas (jusque vers son tiers ou son quart inférieur); au point le plus
large elle mesure 23 mm environ (alors que la graine a, en ce point, 34 mm
environ de diamètre transversal); au-dessous de son point le plus large
la plage lisse s’atténue rapidement et n'atteint pas la base de la graine.
Le micropyle est très visible sur la plage lisse, en bordure de sa marge
inférieure.
Quelle est la place du genre Tsebona dans la famille des Sapotacées?
Lam en 1939, a donné les grandes lignes d’une classification de cette
famille. Par ses sépales disposés sur une spirale le Tsebona vient se placer
dans la sous-famille des Sideroxyloideae ses graines à cicatrice très grande
le font placer dans la tribu des Poulerieae H. J. Lam; enfin ses étamines
groupées en phalanges oppositipétales conduisent à classer le genre
malgache dans la sous-tribu des Achradolypinae H. J. Lam, sous-tribu
groupant des genres tels que Achradotypus, Pycnandra, Omphalocarpum,
Tridesmoslemon. Le système proposé par Baehni (1938) fait placer le
Tsebona dans les Pleurotromeae et la clé conduit au genre Tridesmoslemon
(sub. Ituridendron). La clé d’AuBRÉviLLE pour les genre africains (Flore
Forestière de la Côte d’ivoire, 2 e éd.), conduit également aux genres
Omphalocarpum et Tridesmoslemon. Aucun de ces genres ne paraît convenir
pour la plante malgache. Achradolypus ne possède pas de staminodes
et ses étamines sont en faisceaux de 2. Pycnandra a des étamines 5-6 fois
plus nombreuses que les lobes de la corolle, pas de staminodes, des ovaires
à 10-11 loges. Le genre Omphalocarpum a des graines très comprimées,
bien différentes par leur forme, en particulier par celle de la cicatrice;
ses fleurs, petites, sont cauliflores, le plus souvent unisexuées. Trides¬
moslemon, qui par ses phalanges de 3 étamines se rapproche du genre
Tsebona, aurait également des graines comprimées à hile linéaire long.
Les Sapotacées appartenant à la sous-famille des Madhucoideae
H. J. Lam ont également des étamines plus nombreuses que les lobes de la
corolle, mais elles sont disposées en 2 ou plusieurs cycles, le calice est en
général à 2 verticilles et les staminodes sont presque constamment
Source : MNHN, Paris
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absents. Quant aux Mimusopoideae, leur calice est bisérié et leurs éta¬
mines sont en même nombre que les lobes de la corolle; ceux-ci ont la
plupart du temps des appendices dorsaux (les genres dans lesquels ces
lobes manquent, par exemple Faucherea, Achras, sont bien distincts du
Tsebona ).
Nous pensons donc que le genre Tsebona devra être placé dans les
Achradolypinae.
En terminant nous rappellerons l’aspect assez particulier que donnent
à ses boutons les sépales externes valvaires indupliqués d’où il résulte
des impressions longitudinales sur les sépales internes, caractères qui
se retrouvent dans les Sapotacées à sépales sur 2 cycles, en particulier
les Mimusopoideae. Ne se trouverait-on pas, avec le Tsebona, en présence
d un terme de passage entre les Achradolypineae et les Mimusopoideae,
entre les Sapotacées à calice spiralé et celles à calice 2-cycliques. L’aspect
du sépale 3 avec sa moitié gauche canaliculée en long fait penser à une
soudure possible entre un sépale d’un cycle externe et un sépale d’un
cycle interne. Certes les caractères de la corolle (5-mère, sans lobes dor¬
saux) et de l’androcée (phalanges) éloignent le Tsebona des Mimusopoideae.
Il serait intéressant, en se livrant à des investigations autres que morpho¬
logiques (par exemple, étude du bois, du pollen etc....) d’approfondir
l’étude des affinités de ce genre malgache, genre tout à fait isolé actuel¬
lement par rapport aux Sapotacées de la Grande Ile.
V. — SYNONYMIES ET COMBINAISONS NOUVELLES
CONCERNANT LA FLORE DE MADAGASCAR
Eugenia colinifolioides H. Perr., Mem. Inst. Sc. Madag., série B, IV : 185
(1952) = Memecylonsp.
Eugenia cupulifera H. Perr. 1. c. : 190 = Carallia brachiata (Lour.)
Merr.
Eugenia Goudoliana H. Perr. l.c. : 193 = Syzygiumzeylanicum (L.)DC.
Carissophyllum M. Pichon, ibid. II : 94 (1949) = Tachiadenus Griseb.
Carissophyllum longi/lorum M. Pichon, 1. c. = Tachiadenus tubiflorus
Griseb. (T. elalus Hemsl. (1898), T. Irinervis auct. non (Lamk.)
Griseb.).
Hazunla (?) subcordata M. Pichon Not. Syst., XIII : 209 (1948) =
Pittosporum polyspermum Tul. (1857).
Diospyros minuliloba H. Perr., Mem. Inst. sc. Madag., série B, IV :
135 (1952) = Gambeya boiviniana (Hartog) Pierre.
Diospyros sphaerosepala Baker var. calyculala H. Perr., 1. c. : 141 =
Phanerodiscus diospyroidea R. Capuron nom. nov.
Rhacoma decussata H. Bn. in Grandidier, Hist. Nat. Madga. Bot.,
Atlas III : t. 284 (1894). (Rh. gonoclada Urban, Symb. Antill., V :
75 (1904); Myginda g. Wright mss. ex Ktze; Crossopetalum
O. Ktze, Rev. Gen. : 116 (1891), nom nud.) (Plante américaine
indiquée à tort de Madagascar).
Source : MNHN, Paris
OBSERVATIONS TAXONOMIQUES,
MORPHOLOGIQUES ET ÉCOLOGIQUES
SUR DEUX LASIODISCUS D’AFRIQUE
(RHAMNACÉES)
par N. Halle
Lors de la révision du genre Lasiodiscus pour la Flore du Gabon,
nous avons été amené à ranger l’important matériel que le Muséum de
Paris possède de certaines espèces de ce genre.
Dans le groupe des espèces à inflorescences en cymes plus ou moins
paniculées, nous nous sommes trouvés en désaccord avec un grand nombre
de déterminations, celles-ci étant d’ailleurs parfois contradictoires entre
elles.
Notre travail est une mise au point qui intéresse deux espèces. De la
première, Lasiodiscus mannii Hook. f., le Muséum possède un double du
type (Mann 1118, Princes Island, 1861, fl.). De l’autre espèce, restée
négligée depuis sa description en 1897, L. mannoratus C. H. Wright, nous
avons l’échantillon de référence suivant 1 : A. Binuyo et B. O Davamda
F. H. I. 35 486, Kumba, British Cameroons, 25 janv. 1956, fl., double
déterminé à Kew et portant la mention « L. mannii Auct. non Hook. f. ».
Les déterminations erronées les plus anciennes sont celles d’un
grand nombre de spécimens camerounais d’origine allemande et datés
1896 à 1913 : Staudt 405, Zenker 1076, 2470, 2584, 2945, 4522, 4863. Ces
spécimens sont des Lasiodiscus marmoralus C. H. Wright et ont été large¬
ment distribués comme doubles sous le nom erroné de L. mannii. Il est
probable que l’équipe d’ENGLER manquait du matériel de référence néces¬
saire ; il est certain en tout cas que les botanistes allemands ont confondu
L. mannii et l’autre espèce qui doit porter le nom de L. marmoralus , car
certains échantillons camerounais de la même époque sont correctement
déterminés L. mannii (Zenker et Staudt 444a et 578, Preuss 695a).
Ces erreurs anciennes ont eu de très graves répercussions comme
nous allons voir.
1. Après les premières épreuves de cette note, nous avons eu communication du
type de Wrigt : Bâtes 358, Elufen, Cameroun, 2 sept. 1895 (K.); nous pouvons donc
avec les meilleures bases, confirmer notre point de vue. Notons que ce type est un
spécimen en très bon état et un représentant particulièrement vigoureux de l’espèce.
Tous nos remerciements au Directeur del’Herbarium de Kew.
9
Source : MNHN, Paris
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En 1939, Staner dans sa Révision des Rhamnacées du Congo Belge
décrit sous le nom de L. mannii ce qui est en fait le Lasiodiscus marmo-
ratus. La bonne description et la figure de la lleur (imprécise quant au
port des étamines) de Staner ne nous laissent aucun doute sur notre
détermination, ayant en outre entre les mains un double de l’échan¬
tillon Louis 9951, cité par l’auteur.
Dans le même travail Staner décrit sous le nom de L. mildbraedii
Engl, ce qui est le véritable L. mannii. La figure qu’il donne de la fleur
confirme notre opinion d’autant plus que Staner met ici en synonymie
L. chevalieri Hutch. dont nous possédons le type. Nous n’avons eu entre
les mains aucun échantillon authentique permettant de nous faire une
opinion sûre de L. mildbraedii. La description originale d’ENGLER paraît
contredire STaNER sur certains points : la base du limbe est étroite ou
aiguë ( anguslala ) et de forme presque semblable à celle du sommet
(subaequaliter ) elle n’est pas « rétrécie et dissymétriquement arrondie »
avec le sommet acuminé-obtus. L’interprétation de Staner me parait
dépasser quelque peu le sens de la description d’ENGLER qui n’a pas parlé
de base dissymétrique; nous avons constaté que ce caractère est très
fréquent chez L. mannii et que c’est la seule espèce ouest-africaine où
cela soit observable.
Autre conséquence fâcheuse, en 1941, Suessenguth décrit L. zenlceri
comme nouvelle espèce sur l’échantillon camerounais n° 695a qu’il attribue
à Zenker et qui a été distribué en doubles à Kew et à Paris sous le nom
de Preuss. Cette erreur d’étiquette a été signalée par Milne-Redhead
en 1950. Grâce à l’échantillon du Muséum de Paris nous pouvons affirmer
que L. zenkeri est un nouveau synonyme de L. mannii. Les échantillons
fleuris Zenker et Staudt 444a et 578, tous deux de la même origine,
Yaoundé, que le type de Suessenguth, viennent renforcer notre point
de vue : notre échantillon 695a est en fruits et la description de Sues¬
senguth ignore les fleurs. Le même numéro a déjà été cité sous le nom
de L. mannii dans la l re édition de la F. W. T. A.
Des conséquences plus graves que de simples erreurs d’appellation
ont suivi les publications de Staner et de Suessenguth. La Flora of West
Tropical Africa, 2 e éd. 1958, partage entre L. mildbraedii ( = L. cheva¬
lieri sensu Staner) et L. mannii, des échantillons qui se rapportent tous,
à des différences variétales près, à L. mannii Hook. f.
Autre suite de malchances pour nos Lasiodiscus, en 1956, Evrard
détermine par une note manuscrite un spécimen, Aubréville 1094 (P),
comme L. marmoralus. Cette opinion me paraît avoir été hâtivement
portée; elle est en flagrante contradiction avec nos échantillons de réfé¬
rence qu'EvRARD n’a pas eu la chance de trouver réunis en 1956. La plante
en question est bien un L. mannii; elle ne se distingue que par une pilo¬
sité particulièrement forte du dessous de la nervure médiane de la feuille,
dilîérence que nous tenons pour variétale. La seconde édition de la Flore
Forestière de la Côte d’ivoire, parue en 1959, tient compte de la déter¬
mination erronée d’EvRARD et reflète en outre la confusion de la 2 e édition
de la F. W. T. A. La Flore du Congo Belge (1960) répète les erreurs de Staner.
Source : MNHN, Paris
— 131 —
Une importante remise au point s’imposait donc; nos arguments et
conclusions se résument dans la clé suivante qui utilise un remarquable
caractère des étamines paraissant avoir été négligé jusqu’à présent.
Fig. I. — Boutons et fleurs de Lasiodiscus: 1, L. mannii Hook. f. (Mann 1118, type),
les poils sont assez longs, et plus ou moins raides, la pubescence est relativement
lâche. — 2, L. marmoralus C. H. Wright (Zenker 2470), les poils sont un peu plus
courts, plus iins et plus laineux, la pubescence est extrêmement dense. — Remar¬
que : les pétales sont rapidement caduques, il en manque un au premier plan de
chaque fleur.
— Étamines centrifuges dans la fleur épanouie; fleur de 6-10 mm de diam.;
style de plus de 1 mm de haut; pédicelle de 5-20 mm de long; base du
limbe généralement dissymétrique, ± cordée ou obtuse; fruit roux
ochracé à pubescence très rase... L. mannii Hook. f. 1868 (fig. I, 1).
= L. chevalieri Hutch. 1912, pro var.
= L. klainei Pierre ex A. Chev. 1917, nov. syn.
= L. zenkeri Suessenguth 1941, nov. syn.
cf. L. mildbraedii Engl. 1908, non vid.
9*
Source : MNHN, Paris
132 —
— Étamines centripètes dans la fleur épanouie; fleur de 4-6 mm de diam.;
style de moins de 1 mm de haut; pédicclle de 3-8 mm de long; base
du limbe symétrique, arrondie à subaiguë; fruit brunâtre ^ pubes-
cent. L. marmoratus C.H. Wright, 1897 (fig. I, 2).
= L. mannii Auct. non Hook. f.
Cette clé ne compte que deux espèces et nous n’avons pas trouvé
la possibilité d’en distinguer une troisième avec notre matériel d’étude.
Nous écartons donc provisoirement L. mildbraedii ; cette espèce, de toutes
façons postérieure, fut décrite par Engler qui méconnaissait sans aucun
doute le L.manni. A en croire Staner qui fait allusion à «certains maté¬
riaux authentifiés » de L. mildbraedii, ce pourrait, compte tenu de
nos conclusions, être un synonyme de L. mannii.
Dans les spécimens de Côte d’ivoire, nous distinguons deux variétés
et deux formes que toutes nous rapportons à L. mannii, elles pourraient
ultérieurement mériter d’être précisées.
Au Cameroun, au Gabon et au Congo ex Belge, nos deux espèces
existent mais elles ne paraissent jamais fréquenter les mêmes stations.
Les notes des collecteurs permettent d’indiquer L. marmoratus comme
caractéristique dans certaines zones forestières inondées ou maréca¬
geuses; c’est parfois une relique ripicole dans des régions plus sèches.
D’après des précisions fournies par R. Letouzey sur ses récoltes, L. mannii
croîtrait dans des sols drainés sans humidité stagnante; les exigences
écologiques des deux espèces seraient donc différentes. Cette vue schéma¬
tique demandera à être appronfondie par les collecteurs : les notes manus¬
crites jointes aux herbiers sont rarement aussi précises et détaillées qu’il
serait souhaitable.
Matériel étudié
Lasiodiscus mannii Hook. f. :
Cote d’Ivoire :
Variété chevalieri (Hutch.) N. Hallé stat. nov. (basionyme L. Chevalieri Hutcli. Mém.
S.B.Fr. 8 : 224, 1912) forme typique :
A. Chev. 19120, Soubré (fr. juin); 22525, 22526 (type), région d’Akakoumoékrou.
Var. chevalieri, forme à grandes inflorescences lâches :
Aubréville 687, Khoum; 785, Groumania (fl. janv.).
Var. chevalieri, forme à inflorescences rabougries :
Aubréville 144 (bout, fév.); 2254, Nzi-Comoé (bout. mars).
Variété hirsute, très voisine par ses fleurs et inflorescences de la variété type :
Aubréville 1094, Man-Danané (11. mars). — A. Chev. 21366, Haut-Cavally, Mont
Momy (fr. avr.).
Ile du Prince :
Mann 1118 (type fl. deL. mannii Hook. f. var. mannii).
Cameroun :
Nana SRFK 2488, Doumé (fl. avr.). — Preuss (sic) 695a (fr.). — Zenker et Staudt
444a, 578, Yaoundé (fl.).
Klaine s. n., 2387,2708,2708 bis, 2820,3115, env. de Libreville (fl. fév. ; fr. mars et oct.).
Source : MNHN, Paris
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OUBANGUI :
Tisserant 165, 401, 1247, 1304, Boukoko (fl. août, nov.; fr. oct. déc.).
Congo Belge :
Lebrun 1787 (fl.).
Lusiodiscus marmoratus C. H. Wright :
Cameroun :
Binuyo F. H. I. 35486, Kumba (fl. janv.). — Letouzey 2008, Yoko (j. fr. mai); 2872,
Demba (0. janv.); 3770, 3770 bis, Abong-Mbang (11. avr.). — Mpom SRFK 1734,
Mfou (fl. fév.). — Staudt 405, Lolodorf (vieilles infl.). — Zenker 1076, 2470, 2584
2945, 4522, 4863, Bipinde (fl.).
Gabon :
Le Testu 1169, 1788, Tchibanga (fl. sept.); 6025, Moucouna, Haute-Ngounyé (fl.
août); 8676, région de Lastoursville (fl. janv.); 8910, Kemboma entre Ogooué et
Cameroun (fl. sept.).
Congo Belge :
Jean-Louis 3912, 7037, 9951, 14314, Yangambi (fl. mars, juin, déc.; fr. mai).
Bibliographie
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C. H. Wright, Diagnoses africanae .Kew Bull. : 248 (1897).
Source : MNHN, Paris
DEUX RUT ÂGÉES MAL CONNUES
D’AFRIQUE CENTRALE
par R. Letouzey
I. A PROPOS DE VEPRIS STOLZIl Verdoorn
ET DU GENRE T0DDAL10PSIS Engler
I. C. Verdoorn dans une révision de la tribu des Toddaliées (Kew.
Bull. : 389 (1926) a décrit une nouvelle espèce : V. slolzii Verdoorn d’après
l’échantillon Stolz 2647 provenant du Tanganyika (loc. cit. : 396) Cette
espèce serait caractérisée par ses tiges et pétioles glabres, ses feuilles
trifoliolées, ses inflorescences en panicules axillaires et son fruit à 4 loges
non côtelé ou lobé. .
A l’occasion de l’étude de diverses Toddaliées d Afrique centrale,
il a été reconnu que l’échantillon en cause (dont un isotype existe dans
l’Herbier de Paris) ne portait que de jeunes fruits présentant déjà en
réalité une forme tétralobée. Cette étude a également permis de constater
que les divers échantillons de Vepris orophila G. Gilbert (Bull. Jard.
Bot. Etat Bruxelles XXVII1:380 (1958) et Fl. Congo Belge VII: 104 (1958),
aimablement communiqués par l’Herbier de Bruxelles, ainsi que des
échantillons de République centrafricaine dont il sera question ci-après
présentaient des caractère foliaires assez identiques à ceux de V. slolzii
Verdoorn et, pour les échantillons oubanguiens, de jeunes fruits très
analogues aux précédents ; il en est de même semble-t-il pour un échantillon
(Gossweiler-Carrisso n° 11 536) détenu par l’Herbier de Coimbra et éga¬
lement gracieusement prêté à l’Herbier de Paris.
Ces comparaisons amènent à placer V. orophila G. Gilbert en syno¬
nymie à considérer que V. slolzii Verdoorn est connu en République
centrafricaine (région de Boukoko), au Congo ex-belge (régions des
lacs Albert, Edouard, Kivu et du Ruanda-Urundi), au Tanganyika
(au nord du lac Nyassa) et en Angola (région de la Lunda), enfin à donner
une description complète de cette espèce, les échantillons oubanguiens
présentant, grâce à la sagacité du collecteur le R. P. Tisserant, fleurs
mâles et femelles ainsi que fruits jeunes et matures alors que tous les
autres échantillons, congolais en particulier, ne sont que fructifères.
Source : MNHN, Paris
— 135 —
Vepris stolzii Verdoorn = V. orophila G. Gilbert.
Arbuste ou petit arbre (atteindrait 10 m de hauteur). Rameaux gris
jaunâtre à écorce plissotée longitudinalement. Feuilles normalement
trifoliolées ou exceptionnellement bifoliolées; pétiole long de 2 à 10 cm,
± aplati vers le haut à la face supérieure; pétiolules remarquablement
articulés à la base, longs de 5 à 15 mm, en gouttière à la face supérieure ;
limbe oblong-elliptique, de 5-6 cm X 2-2,5 cm à 18 cm X 8 cm, cunéi¬
forme et ± décurrent sur le pétiolule à la base, à sommet aigu à arrondi
garni d’un acumen assez large à la base, mesurant environ 1 cm de lon¬
gueur, consistance un peu coriace, nervure médiane effacée et déprimée
à la face supérieure, saillante au-dessous, 20 à 25 paires de fines nervures
secondaires latérales peu marquées se réunissant en boucles près de la
marge, réseau de fines nervures tertiaires et de nervilles étiré parallè¬
lement aux nervures secondaires latérales. Plante dioïque avec inflores¬
cences jusque sur les rameaux aoûtés atteignant 1 cm de diamètre 1 ; inflo¬
rescences en panicules i fasciculées et ramifiées, longues de 3 à 8 cm, à axes
tomentelleux garnis de petites bractéoles triangulaires et ciliolées. Fleurs
mâles par avortement à pédicelle tomentelleux ne dépassant guère 0,5
à 1 mm de longueur; calice petit à 4 lobes étendus ± ciliolés sur le bord;
4 pétales faiblement imbriqués dans le bouton floral globuleux qui mesure
environ 1,5 mm de diamètre, pétales ovales, aigus au sommet et souvent
garnis vers l’apex d’une glande résineuse ; 8 étamines égales aussi longues
que les pétales (3 mm); gynécée rudimentaire tomentelleux avec ovaire
conique surmonté de 4 styles avortés. Fleurs femelles par avortement
à pédicelle tomentelleux ne dépassant guère 2 à 3 mm de longueur; calice
et corolle comme dans les fleurs mâles avec pétales un peu plus grands;
8 staminodes minuscules à la base de l’ovaire; gynécée composé d’un
ovaire cylindrique, haut de 2 mm et large de 1,5 mm, arrondi à la partie
supérieure, surmonté d’un stigmate claviforme ornementé à la face supé¬
rieure de 4 sillons à peines marqués; ovaire creusé de 4 (exceptionnelle¬
ment 5) loges garnies de 2 ovules collatéraux ± pendants par loge. Infru¬
tescences, à rameaux écartés, atteignant 8-10 cm de longueur, à axes
tomenteux. Fruits drupacés à pédicelle long de 5 mm environ, sphériques
mais très fortement 4-lobés, de 1 cm environ de diamètre, lisses mais
garnis extérieurement de glandes i déprimées et jaunes à maturité;
épicarpe très mince, mésocarpe charnu mais peu épais; 4 (exceptionnel¬
lement 5) « noyaux » formés d’un endocarpe mince et crustacé entouré
d’une résille fibreuse étirée, cette résille ne recouvrant pas 2 plages semi-
circulaires situées de part et d’autre de l’arête interne du « noyau »; 1 seule
graine par « noyau », entourée d’un tégument brun clair (et brun foncé
au niveau des deux plages semi-circulaires ci-dessus), avec embryon garni
d’une radicule supère très courte et de deux gros cotylédons ovales plan-
1. En suivant la terminologie de Mildbraed, il est utile de distinguer : « basiflorie •,
« cauliforie » (sensu stricto) ou « trunciflorie », « ramiflorie » et « ramuliilorie » pour
situer exactement la position des inflorescences et des infrutescences sur des arbres et
arbustes.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 137 —
convexes; souvent « noyaux » irrégulièrement développés et graine pré¬
sente ou absente ; au total de 1 à 4 graines par fruit.
Les échantillons de République centrafricaine se rapportant à cette
espèce sont les suivants :
— avec fleurs mâles : Tisserant 777, mars 1948, Boukoko; 2070
(l’étiquette du collecteur mentionne : « 2070; reprise du 777 »), avril 1951,
Boukoko, avec deux noms vernaculaires en dialecte lissongo : molo-
mbangana (777) et mongondo (2070); 2493, avril 1953, Boukoko, kpakata
en dialecte lissongo des Pygmées-babingas.
— avec fleurs femelles et fructifères : Tisserant 803, mars 1948,
Boukoko; 2519 (l’étiquette du collecteur mentionne : « 2519 : jeunes
fruits du 803 »), mai 1953, Boukoko; 2578 (l’étiquette du collecteur
mentionne : « 2578 : reprise du 2519 »), août 1953, Boukoko, avec
deux noms vernaculaires en dialecte lissongo : molo-mbangana (803-
2519) et mongondo (2578).
Un problème particulier qui reste en réalité mal résolu, concernant
cette espèce, est celui de la présence ou de l’absence d’endosperme. Le
matériel examiné (jeunes fruits à graines non développées ou avortées,
fruits demi-durs à embryon laissant un vide entre lui et le tégument,
fruits mûrs à embryon remplissant la cavité séminale mais n’adhérant
pas strictement au tégument) est insuffisant pour apporter une précision
définitive. Absence ou présence d’endosperme distinguent respective¬
ment en effet, d’après Engler, les genres Toddaliopsis Engl, et Vépris
Comm. emend. A. Juss. Cette distinction est loin d’être absolue et c’est
ainsi que pour le groupe des espèces malgaches considérées comme appar¬
tenant au genre Vepris on trouve des espèces à endosperme très réduit
ou même inexistant.
Le genre Toddaliopsis Engl. (Pflanzenwelt Ostafr. C : 433 (1895)
Pflanzenf. III, 4 : 179 et fig. 103 (1896) — Nat. Pflanzenf. 19 a : 307 et
fîg. 139 (1931) n’est connu quant à lui, d’une façon certaine, jusqu’à ce
jour que par la seule espèce T. sansibarensis Engl. (loc. cit.) de la côte de
Zanzibar. La verrucosité du fruit de cette espèce est un caractère inté¬
ressant mais qui pourrait être aisément considéré comme n’ayant qu’une
valeur spécifique.
Engler dans Pflanzenw. Afr. 3.1 : 756 (1915) a classé dans le genre
Teclea Delile deux espèces camerounaises, puis, en 1917 (dans Bot. Jahrb.
54 : 305), a décrit ces deux mêmes espèces sous les noms de Toddaliopsis
ebolowensis Engl, et T. heterophylla Engl., sans aucune référence à ses
citations antérieures; en 1931 (dans Nat. Pflanzenf. 19 a : 308) il a mis en
doute le rattachement de ces espèces au genre Toddaliopsis Engl.
T. heterophylla Engl., récolté (avec fleurs femelles uniquement) en
juin 1909 sur la montagne de Lagdo près de Garoua par Ledermann sous
n° 4402, serait caractérisé par un ovaire biloculaire et pourrait de ce fait
se rattacher au genre Vepris Gomm. emend. A. Juss.; cette espèce est
par ailleurs peut-être identique à l’espèce endémique du Mali décrite par
Chevalier sous le nom erroné de Teclea sudanica A. Chev.; malheureuse¬
ment le type de T. heterophylla Engl, a semble-t-il disparu.
Source : MNHN, Paris
— 138 —
T. ebolowensis Engl, récolté (avec fleurs mâles uniquement) en
janvier 1911 entre la boucle du Dja et Sangmelima par Mildbraed sous
n° 5494, présenterait d’après la diagnose quelque affinité avec Vepris
slolzii Verdoorn. Bien que l’holotype ait disparu de l'Herbier de Berlin,
T. ebolowensis Engl, reste connu par un isotype conservé à l'Herbier de
Hambourg qui a aimablement mis cet échantillon à la disposition de
l’Herbier de Paris. Cette espèce a également été retrouvée au Cameroun
ex-britannique. Il est difficile d’établir à quel genre elle appartient mais
tout rapprochement avec le genre Toddaliopsis Engl, resterait extrê¬
mement hasardeux.
On peut en définitive se demander quelle est la valeur réelle du genre
Toddaliopsis Engl, par rapport au genre Vepris Comm. emend. A. Juss.
RÉHABILITATION D’UN FAGARA DU GABON :
F. BOUETENSIS Pierre ex R. Let. sp. nov.
(aff. F. buesgenii).
La désignation des échantillons récoltés par Klaine, au Gabon, à la
fin du siècle dernier, présente souvent quelques difficultés. En effet, à
l’occasion de ses première récoltes et durant deux ou trois ans (vers 1894-
1896), Klaine a utilisé plusieurs numérotations (à partir de 1) parallèles
ou successives : une numérotation pour ses envois à Pierre (qui possédait
un herbier personnel et l’a donné en 1904 au Muséum de Paris), une autre
numérotation à l’occasion de chaque envoi important, effectué à peu
près annuellement, directement au Muséum; au total donc 3 ou 4 numé¬
rotations. Ultérieurement, il n’a plus utilisé qu’une série pour le Muséum
et dans un dernier stade les numérotations pour Pierre et pour le Muséum
se sont trouvées confondues. Tout ceci explique aisément les anomalies
apparentes entre dates de récoltes et numéros d’échantillons pour les
herbiers de Klaine.
Le problème peut encore se compliquer dans certains cas particuliers.
Klaine a effectué la plupart de ses récoltes aux environs de Libreville et,
consciencieusement, a souvent cherché à obtenir, d’une année à l’autre,
fleurs (au besoin fleurs mâles et fleurs femelles) et fruits de la même espèce,
soit sur le même individu, soit sur ce qu’il pensait être des individus appar¬
tenant à la même espèce. Mais il lui est arrivé de désigner ces récoltes
par des numéros différents dans le premier cas, ou par le même numéro
dans le second cas. Il semble même qu’il ait été amené parfois à se référer
pour des échantillons destinés à Pierre â des échantillons adressés anté¬
rieurement au Muséum, et inversement. Pierre lui-même a certainement
eu quelquefois de la difficulté à classer les échantillons de Klaine et ainsi
figurent sur des feuilles d’herbier, de la main de Pierre, des indications
douteuses qui ne simplifient pas le problème.
Enfin, il faut envisager que des interversions entre étiquettes et
échantillons ont toujours été possibles et que des erreurs de transcription
Source : MNHN, Paris
— 139 —
de chiffres, concernant numérotation ou datation, ont pu se produire au
cours des diverses manipulations.
De 1895 à 1898, Klaine a récolté aux environs de Libreville (Gabon)
des échantillons de Fagarae t les a adressés soit à Pierre, soit directement
au Muséum.
Le premier envoi — effectué sous n° 79 et adressé à Pierre —
parvint à celui-ci en 1894 avec, semble-t-il, la simple étiquette manus¬
crite de Klaine : « n° 79. Rameau d’arbre inconnu », sans indication
de date ni de lieu de récolte. Pierre étudie cet échantillon (en fruits),
annexe à la seule part d’herbier dont il dispose une diagnose manuscrite
et un schéma de fruit, rattache cet échantillon au genre Xanlhoxylum,
le compare à X. melanacanlhum Planch. (Oliver. Flora of Tropical
Africa I : 305) mais ne dénomme pas l’espèce.
Sur le registre tenu par Pierre pour les récoltes de Klaine on
remarque après le n° 79 : « n° 80. id »; cet échantillon, s’il a réellement
existé, parait introuvable dans les collections du Muséum.
Un second envoi, effectué sous n° 330 (1 part), parvint à Pierre
vraisemblablement en 1896, avec l’étiquette manuscrite de Klaine :
« n° 330. Rameau épineux à fruits verts un peu rosés d’un côté, Mont
Bouet, 28/12/95». Cet échantillon parait identique au n° 79; Pierre inscrit
également sur cet échantillon « Xanthoxylum auct. «.
Ultérieurement, Klaine adressa directement au Muséum sous n° 346
un échantillon (2 parts), toujours en fruits, appartenant visiblement à la
même espèce que les n 08 79 et 330, avec l’étiquette : « n° 346. Fruits
d’un arbre très épineux de 15 m dont les fleurs sont dans une planche
précédente. Février 1898 », Klaine confondant alors très vraisembla¬
blement le n° 346 et le n° 382 ci-après.
En effet, Klaine a envoyé sous n° 382, de 1896 à 1898. à Pierre d’une
part et directement au Muséum d’autre part, un certain nombre d’échan¬
tillons qui paraissent tous appartenir à la même espèce. Ces échantillons
ont été récoltés à différentes dates, en fleurs ou en fruits, et il serait extrê¬
mement fastidieux de publier ici toutes les annotations, toutes les sur¬
charges et surtout toutes les contradictions manuscrites que l’on relève à
leur sujet. Les anomalies que l’on peut constater se sont malheureusement
étendues aux échantillons n 08 79 et 330 et, à l’heure actuelle, pour essayer
de clarifier la situation, on peut avancer que vraisemblablement dans
l'esprit de Pierre, à un moment donné, mais non toujours sous sa plume à
d’autres moments :
1° les n 08 79 et 330 représentaient une espèce particulière qu’il
dénommait, en herbier, Fagara bouelensis Pierre.
2° les échantillons rapportés au n° 382 représentaient une autre
espèce particulière qu’il dénommait, en herbier, Fagara klaineana Pierre 1 .
Pierre différenciait F. klaineana de F. welwitschii et de F. angolensis
décrits par Engler en 1896, ainsi qu’en témoignent diagnose manuscrite
de sa main et dessin au crayon de Delpy annexés à une part d’herbier.
1. A noter que F. klainei (ou klainii) Pierre msc. est tout à fait différent des espèces
précédentes et se rattache à F. dinklagei Engl.
Source : MNHN, Paris
— 140 —
Cette même part d’herbier présente une annotation indiquant que
l’échantillon n° 382 a été communiqué à l’herbier de Berlin et Engler l’a
rattaché à F. altissima décrit par lui en 1911 (Botanische Jahrbücher
XLVI : 405). Ultérieurement en 1915 (Die Pflanzenwelt Afrikas III-l :
747), il rattachera F. bouetensis à F. welwilschii, tout en distinguant
F. altissima et F. welwitschii.
Gilbert (Flore du Congo belge VIII : 72) place F. altissima Engl,
en synonymie de F. welwitschii Engl, et, en suivant cet auteur, F. klainea-
ana Pierre msc. peut être rangé parmi F. welwilschii Engl., les critères de
différenciation de Pierre paraissant être de trop faible valeur. '
Gilbert sépare F. rubescens (Planch.) Engl. (= F. melanacanlha
(Planch.) Engl, de l’espèce précédente en mentionnant pour F. rubescens
dans sa clé dichotomique : « folioles souvent pubescentes en dessous »
et dans sa description : « limbe éparsement pubérulent le long de la nervure
médiane à glabre en-dessous ».
Keay (Hutchinsonet Dalziel, Flora of West Tropical Africa 1 : 685)
englobe par contre F. altissima Engl., F. welwitschii Engl, et F. mela¬
nacanlha (Planch.) Engl., sous la seule espèce F. rubescens (Planch.)
Engl., groupement que l’on peut contester ou admettre, les séparations
de Gilbert paraissant fondées, tout en restant de faible importance, et la
distinction entre les deux espèces paraissant de plus assez nette en Afrique
centrale et beaucoup plus floue en Afrique occidentale. Mais Keay, suivant
Engler et De Wildeman (Plantae bequertianae III : 23, 32 et 44) consi-
ère également F. bouetensis Pierre (ex Engler 1915) comme synonyme.
Or cette opinion, tout comme celle d’ENGLER et de De Wildeman, repose à
peu près certainement sur les anomalies ci-dessus mentionnées.
Pour les échantillons Klaine 79, 330 et 346 (ainsi que pour les échan¬
tillons Trilles 49 et Fleury-Chevalier 33 566) doit être réhabilitée la déno¬
mination F. bouetensis de Pierre qui fera l’objet de la diagnose ci-après.
Bien que les fleurs de cette espèce restent inconnues, les caractères végé¬
tatifs permettent de différencier aisément cette espèce.
Fagara bouetensis Pierre msc. (in Herb. Paris); R. Let. sp. nov.
Arbuste ou petit arbre haut de 5 à 15 m. Jeunes rameaux couverts
de petites lenticelles claires, allongées et en relief, épineux, à pubescence
très courte (épines peu nombreuses, noirâtres, droites et perpendiculaires
au rameau ou un peu courbées en arrière, comprimées latéralement,
longues de 3 à 5 mm, hautes de 2 à 3 mm, larges de 1 à 2 mm ; pubescence
formée de poils clairs, raides, perpendiculaires à la surface des rameaux,
longs de 1/10 mm, relativement peu serrés car écartés de quelques 1/10 mm)
Feuilles rassemblées vers l’extrémité des rameaux, longues de 30 à 60 cm.
Pétiole long de 8 à 12 cm; gaine légèrement renflée et noirâtre mais
constrictée à la base sur échantillon sec. Pétiole et rachis, de teinte brun
clair avec de fines glandes épidermiques rouge orangé peu visibles à l’oeil
nu sur échantillon sec, aplatis et canaliculés sur la surface supérieure,
normalement inermes, parfois épineux avec des épines analogues à celles
Source : MNHN, Paris
— 141 —
des rameaux, couverts d’une pubescence analogue à celle des rameaux
mais plus visible. 4 à 6 paires de folioles opposées ou exceptionnellement
subopposées et 1 foliole terminale i articulée au sommet du rachis et
distante de quelques centimètres de la dernière paire de folioles; limbe
légèrement asymétrique. Folioles sessiles (ou à pétiolule extrêmement
court d’un mm de longueur), les inférieures ovées ou ovées-oblongues
de 8 x 4 cm, les moyennes elliptiques-oblongues, les supérieures obovées-
oblongues atteignant jusqu’à 18 X 8 cm; base arrondie obtuse pour les
folioles inférieures, arrondie cunéiforme pour les folioles supérieures,
sommet du limbe avec acumen atteignant pour les plus grandes folioles
2,5 X 1 cm; marge du limbe fortement crénelée, moins nettement vers
le bas que vers le haut, à dents de 1 à 5 mm de longueur; 6 (sur les folioles
inférieures) à 12 (sur les folioles supérieures) paires de nervures latérales
arquées, formant boucles en extrémité à 3-5 mm de la marge du limbe.
Nervure médiane saillante à la face supérieure du limbe. Nervures médiane
et latérales de teinte brun clair, à la face inférieure du limbe, sur échantil¬
lon sec. Limbe à consistance papyracée, criblé de points translucides
nombreux et de taille irrégulière, visibles à la face supérieure du limbe sur
échantillon sec. Face inférieure du limbe et particulièrement nervures et
nervilles couvertes d’une pilosité lâche analogue à celle des rameaux,
des pétioles et rachis mais avec poils aciculaires, droits ou inclinés,
atteignant presque 1/2 mm de longueur (particulièrement sur la nervure
médiane) et écartés, sous le limbe, de ± 2/10 mm. Infrutescence terminale
en panicule branchue, à court pédoncule, formant une infrutescence
pyramidale (20 cm de hauteur sur 15 cm de largeur à la base) assez
compacte, mais souvent infrutescence réduite à un seul axe portant à la
base quelques axes secondaires. Dans l’infrutescence normale, axes secon¬
daires inférieurs portant exceptionnellement vers la base des axes ter¬
tiaires. Fruits disposés en pseudoracèmes sur les axes, ceux-ci brun foncé,
inermes, couverts d’une pubescence beaucoup plus courte et plus dense
que celle des rameaux. Bractéoles de la base des pédicelles extrêmement
minimes. Pédicelle articulé à la base, long de 2-3 mm, pubérulent. 4 sépales
suborbiculaires, à sommet légèrement aigu, atteignant moins de 1 mm,
pubérulents extérieurement à la base seulement. Pétales caducs (Pierre
note dans sa diagnose manuscrite : « Petala (quoad reliqua filis arach-
noideis coercita) oblonga, 3, 1/4 mm longa, obtusa, membranacea,
glabra, « esquamota »). Folicule stipité, à stipe atteignant moins de 1mm,
subglobuleux, légèrement caréné, de ± 8 mm de diamètre, glabre, cou¬
vert de glandes de 1/4 mm de diamètre, espacées de moins de 1/4 mm;
fruits rosés puis partiellement rouges. 1 graine globuleuse ou 2 graines
semi-globuleuses à tégument bleu foncé métallique.
Frutex vel arbor parva (5-15 m). Ramuli verruculoso-striolati, sparsim
aculeati, brevissime pubescentes; aculei parvi compressi recti vel leviter
curvati. Folia ad apicem ramulorum congesta, magna (30-60 cm), impari-
pinnita 4-6 juga, foliola terminali supra summum jugum remota; petiolus
communis semiteres supra plano-canaliculatus, rubro-striolatus, pubescens.
Source : MNHN, Paris
PI. 2. — Fagara bouelensis Pierre msc. R. Let. (d’après l’échantillon Klaine 346) :
1, rameau feuillé avec infrutescence x 2/5; 2, fragment du rachis et de la face
inférieure d’une foliole x 2; 3, fragment d’un axe de l’infrutescence et fruit x 2.
Source : MNHN, Paris
— 143 —
inermis vel raro aculeatus; foliolae sessiles vel subsessiles, infimae ovatae
(8x4 cm) reliquae elliptico-oblongae usque obovato-oblongae (18 X 8 cm),
paulo inaequilaterales, basi rotunda usque acuta, margine toto minute
crenato-serrato, acuminatae, membranaceae, ubique pellucido-punctatae,
subtus laxe pilosae; nervi latérales utrinque 6-12 procul marginem arcuati
conjuncti. Paniculae terminales subpyramidales (20 X 15 cm) ramis tertiariis
pseudoracemosis, vel paniculae abbreviatae; bracteolae minutissimae,
pedicelli brevissimi (2-3 mm), rami et pedicelli inermes minutissime puberuli.
Sepala 4 minima (1 mm) suborbicularia, ad imum puberula; petala decidua.
Fructus solitarii, breviter stipitati, subglobosi (i 8 mm) paulum carinati
et glabri; semen unum globosum vel semina bina semi-globosa, testa coeruleo-
nigra.
Holotype (in herb. Paris) : Klaine 79, 1894; en fruits. Gabon.
Paratypes (in herb. Paris) : Klaine 330, 28 déc. 1895; en fruits.
Gabon, MontBouet— Klaine 346, fév. 1898; en fruits. Gabon — Trilles 49,
mai 1899; en fruits. Gabon, près du fleuve Udzemé — Fleury-Chevalier
33 566, mai 1917 ; en fruits. Gabon, environs de Libreville.
Cette espèce est donc très voisine de Fagara rubescens (Planch.)
Engl, et de F. welwitschii Engl, et n’en diffère essentiellement, mais
d’une façon caractéristique, que par la pilosité lâche recouvrant toute
la face inférieure des folioles.
Ainsi que le mentionne plus ou moins explicitement Gilbert (loc.
cit.) et nettement Aubréville (in Flore forestière de la Côte d’ivoire
II : 112 (1959) Fagara rubescens (Planch.) Engl, présente des nervures
très finement pubescentes en-dessous. Sur l’échantillon Service forestier
Côte d’ivoire 389 cette pubescence est fort nette et s’étend même au limbe
sur les échantillons éburnéens Martineau 284 et Aubréville 1327, mais
elle reste différente de la pilosité lâche s’étendant à toute la surface
inférieure du limbe de F. bouelensis Pierre ex R. Let.
Un rapprochement indéniable doit être établi entre Fagara bouelensis
Pierre ex R. Let. et F. buesgenii Engl. (Bot. Jahrb. XLVI : 407 (1911)
répandu en Nigéria de Sud et au Cameroun. Peut-être même sera-t-on
amené ultérieurement à placer F. bouetensis en synonymie de F. buesgenii
lorsque ces deux espèces seront mieux connues sur le terrain.
F. bouetensis parait atteindre 5 à 15 mètre de hauteur, alors que
F. buesgenii serait un « scandent shrub » en Nigéria et au Cameroun
un arbuste de 0,5 à 2 mètres de hauteur. Le pétiole, le rachis et le dessous de
la nervure médiane de quelques folioles de F. buesgenii sont toujours
épineux, alors que les mêmes éléments sont toujours inermes, sauf parfois
le pétiole, chez F. bouelensis. La pilosité de F. buesgenii est du même type
que celle de F. bouetensis mais est beaucoup plus dense, plus étendue
et recouvre même la face supérieure des folioles. Le fruit de F. buesgenii
est également pubescent alors que le fruit de F. bouelensis paraît glabre.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INFORMATIONS
PRIX DE L’INSTITUT
prix auguste chevalier. — Le prix a été décerné à M. Jacques
Léandri, sous-directeur au Muséum national d’histoire naturelle, pour
l’ensemble de ses travaux sur les flores tropicales, spécialement celle de
Madagascar.
prix tchihatchef. - Le prix a été décerné à M. Jules Vidal
chargé de recherches au Centre national de la recherche scientifique, pour
ses travaux de géographie botanique au Laos et territoires voisins.
MISSION
M Ue Monique Keraudren. Assistant au Muséum national d’histoire
naturelle, vient de passer trois mois à Madagascar, en mission dans le
sud où elle a plus particulièrement étudié la famille des Cucurbitacées.
FLORE DU GABON
Volume n° 3 : A. Aubréville, Irvingiacées, Simaroubacées, Bursé-
racées. — 102 p., 2 cartes, 17 pl. — 14 NF.
En introduction, croquis chorologique des pays forestiers guinéo-congo-
lais et place du Gabon dans cetle ensemble (avec une carte).
Description de 24 espèces arborescentes ou arbustives L’Okoumé
(Aucoumea Klaineana Pierre) dont le bois fait la richesse du Gabon est
traité de façon détaillée. D’autres espèces sont à bois dur ou tendre,
à fruit ou à grame comestible Le genre Dacryodes fait l’objet d’une
importante révision et s’accroît de 3 sp. nov.
Illustration de M Ue J. Saussotte-Guérel.
FLORE DU CAMBODGE, DU VIETNAM ET DU LAOS
Fascicule 2 : J. Vidal, Moringacées. — 7 pages; Connaracées,
55 p., 6 pl., 15 espèces, mises au point systématiques.
M me Tardieu-Blot, Anacardiacées. — 146 p., 17 pl. — Cette famille
qui joue un rôle important dans l’économie mondiale (laques, vernis,
résines, mastics, fruits), comprend ici 61 espèces dont 12 ont été décrites
comme nouvelles.
Illustration de M ue Lamourdedieu.
FLORE DE MADAGASCAR
H. Humbert, Composées, tome II : 339-622 p., 65-114 pl. — 40 NF.
Ce tome comprend les Inulées : 24 genres parmi lesquels le genre Bra-
chylaena, qui comprend 5 espèces toutes endémiques renfermant des
Source : MNHN, Paris
arbres de première grandeur; le genre Helichrysum, avec 115 espèces et
de nombreuses sous-espèces et variétés, également toutes endémiques;
deux petits genres endémiques Catatia, 2 espèces et Syncephalum,
5 espèces.
Illustration de M lles J. Vesque et D. Godot df Mauroy.
Le tome III et dernier des Composées est actuellement sous presse.
Source : MNHN, Paris
ÉDITIONS DU CENTRE NATIONAL
DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
C.C.P. PARIS 9061-11 15, quai Anatole-France, PARIS 7e Tél. : SOLférino 93-39
(Extrait du catalogue général)
PETITE FLORE DES RÉGIONS ARIDES
DU MAROC OCCIDENTAL
par Robert NÈGRE
TOME I
Ouvrage de 412 pages, format in-8° raisin . 40 NF
*
CARTE SCHÉMATIQUE DES GROUPEMENTS
VÉGÉTAUX TERRESTRES, BIOCENOSES
ET BIOTOPES MARINS DU CAP CORSE
par R. MOLEINIER
Carte en couleurs au 1/80000® avec notice . 20 NF
*
Carte de la végétation de la France au 1/200000®
n" 68
FEUILLE DE NICE
par P. OZENDA
1 carte 72x105. 25 NF
*
Colloque international n° 97
MÉTHODES DE LA CARTOGRAPHIE
DE LA VÉGÉTATION
Toulouse 26-27 mai 1960
Volume relié pellior in-8° raisin de 325 pages, 2 dépliants hors texte,
1 carte hors texte 2 couleurs. 32 NF
Source : MNHN, Paris
TYPOGRAPHIE
-Imprimé
Dépôt légal : U"
9608
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris