Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
H. HUMBERT A. AUBRÉVILLE
Membre de l'Institut Professeur
Professeur Honoraire
Nouvelle Série
Tome III
FASCICULE 2
1963
PARIS
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
16, rue de Buffon, Paris (5 e )
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
Pellegrin F. — Charles Tisserant, botaniste et ethnologue (1886-
1962) . 203
Leandri J. — Louis Pierre, botaniste de terrain et systématicien
français (1833-1905). 207
Aubréville A. — Classification des formes biologiques des plantes
vasculaires en milieu tropical. 221
Aubréville A. — Notes sur des Sapotacées africaines. 226
Leandri J. — Une espèce nouvelle du genre Tisonia (Flacour-
tiacées) à Madagascar. 232
Rethoré (M Ue J.)- — Notes palynologiques sur quelques espèces
malgaches attribuées à la famille des Flacourtiacées. 236
Fouilloy R. et Halle N. — Lauracées nouvelles : quatre Beil-
schmeidia du Gabon. 240
Raynal J. — Notes cypérologiques. I. — Afrolrilepis, nouveau
genre africain . 250
Virot R. et Guillaumin A. — Révision du genre Dubouzetia (Panch.
mss.) Brongn. et Gris (Elaeocarpacées). 266
Le Thomas (M me A.). — Notes systématiques sur les Annonacées
africaines et malgaches (Popowia, Enneastemon, Uvaria) . 287
Halle N. — Espèces africaines nouvelles de Berliera (Bubiaceae) . . 294
Source : MNHN, Paris
LE R. P. CHARLES TISSERANT,
BOTANISTE ET ETHNOLOGUE
( 1886 - 1962 )
par Fr. Pellegrin
Le Muséum, et en particulier le Laboratoire de Phanérogamie,
viennent de perdre un excellent correspondant. En effet le Père Charles
Tisserant, missionnaire de la région africaine de l’Oubangui-Chari,
qui a consacré sa vie au développement et à la connaissance de ce pays
vient de mourir le 28 septembre 1962.
Il se consacra corps et âme à sa mission, mais doué d’une grande
puissance de travail et pour étayer et renforcer cette mission, il se consacra
en outre à la linguistique et à la botanique, tout en soulignant qu’il les
considérait comme accessoires. Ainsi écrivait-il de Boukoko, en 1952,
à un journaliste scientifique : « Dans ma vie, la Botanique n’a été
qu’un à côté, le travail auquel je me suis toujours le plus consacré a été
le travail de linguistique, fait dans un but plus strictement missionnaire. »
Ce qu’il considérait comme accessoire aurait suffi à remplir la vie
de bien d’autres et lui valurent, lui qui était bien loin de briguer des
honneurs, d’être nommé : Correspondant du Muséum (1923), de l’Insti¬
tut d’Études Centrafricaines et de l’Académie des Sciences Outre-Mer
(1956). Il était en outre Chevalier de la Légion d’Honneur, des Palmes
académiques, du Mérite agricole et Officier de l’Étoile Noire du Bénin.
Il obtint aussi le prix de l’Institut « Général Muteau » pour ses travaux
d’exploration botanique du Centre de l’Afrique.
D’une forte stature, le regard franc, la barbe opulente, il avait de
la prestance, et pourtant il ne parlait jamais de lui et semblait s’excuser
de tous les travaux qu’il accomplissait.
Sa famille était originaire de Chatel-Nomexy où elle possédait
un moulin, mais son père Hippolyte Tisserant était un vétérinaire à
l’esprit critique qui a laissé d’importants travaux. Dans la suite généa¬
logique de sa famille on compte plusieurs curés, sœurs, abbés, deux vété¬
rinaires et un professeur. Il avait deux frères et trois sœurs. On le sentait
fier de sa famille restée très unie, de son frère le célèbre cardinal, des
soixante-huit neveux, petits neveux et arrière-petits-neveux qu’il comptait
en 1952, mais il n’y faisait que de très courtes et rares allusions, et seu¬
lement avec des amis.
Charles Tisserant était né à Nancy le 14 octobre 1886. Après
de fortes études secondaires aux collèges Saint-Léopold et Saint- Sigisbert
de Nancy il devint bachelier (philosophie et mathématiques élémentaires).
Puis il fit son noviciat chez les Pères du Saint-Esprit, en 1904 et 1905
à Chevilly (Seine) et poursuivit ses études ecclésiastiques de 1906 à 1911.
Source : MNHN, Paris
204 —
Pendant ces études il fut initié plus particulièrement à la linguistique et
à la recherche Botanique par le Père Charles Sacleux bien connu, lui
aussi au Laboratoire de Phanérogamie du Muséum où ils travaillèrent
pendant plusieurs années l’un et l’autre. Le Père Tisserant fut ordonné
prêtre le 28 octobre 1910 par Mgr Le Roy, pionnier des recherches bota¬
niques au Gabon et très favorable aux études d’Histoire Naturelle.
C’est en 1911 que le Père Tisserant fut envoyé en mission en Ouban-
gui-Chari à la Sainte Famille des Banziris, puis à Bambari (Pays Banda),
à Bozoum et Berberati (Pays Gbaya), à Bangassou (E. du Pays Nzakara).
En 1943 il a été à Mbaiki (pays Lissogo) puis détaché à Boukoko depuis
1947 où il fut attaché comme agent contractuel à la Station : il y créa
une section Botanique qui, à côté des autres sections, fournissait des
renseignements sur les plantes utiles.
Mais soit en Oubangui, soit en France (il travailla particulièrement
au Muséum en 1930 et 1931 et sur la fin de sa vie, mais alors au ralenti
car il souffrait d’un emphysème de plus en plus douloureux. Il s’efforçait
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— 205 —
de mieux connaître les indigènes pour avoir plus d’action sur eux, d’ou
ses efforts de pénétration par la linguistique et à la connaissance des
ressources végétales du pays. Dès 1922 par l’intermédiaire d’un chercheur
tout dévoué à la Botanique G. Le Testu, il entra en rapport avec R. Potier
de la Varde, spécialiste, à qui il envoya 700 sachets de mousses compre¬
nant un grand nombre d’espèces, variétés ou formes nouvelles.
Parmi les principales publications de Charles Tisserant on peut
signaler :
— Catéchisme banda, imprimé en 1930.
— Essai de grammaire Banda et dictionnaire de Banda-Français
publié par la Société d’Ethnologie en 1931.
— Manuel de « Sango » langue véhiculaire d’Oubangui-Chari.
— Ce que j’ai connu de l’Esclavage en Oubangui-Chari, publié par
la Société antiesclavagiste de France, chez Plon, en 1955.
— Le mariage et la dot, le culte des ancêtres, le clan et la religion,
l’idée de Dieu chez les Primitifs et de nombreuses notes d’ethnologie.
Dès 1912 il commença à récolter des plantes qu’il expédia au Muséum,
où elles forment le fonds de notre collection d’herbier de l’Oubangui-
Chari au Laboratoire de Phanérogamie, comprenant en gros près de
10 000 échantillons dont beaucoup étudiés par lui, qui donnèrent matière
à un important « Catalogue de la Flore de l’Oubangui-Chari » publié
par l’Institut d’Études Centrafricaines en 1950. Il publia en outre un
grand nombre d’articles dans diverses revues, parmi lesquels on peut
citer : dans le Bulletin du Muséum « Révision des Indigofera de l’Ouest
Africain »; dans le Bulletin de la Société Botanique de France « L’arachide
est-elle indéhiscente? », « La déhiscence de l’Arachide »; « les Xylopia
de l’Oubangui-Chari »; dans les Nolulae Systematicae « Matériaux pour la
Flore de l’OUbangu-Chari ». Dix articles traitant chacun d’une famille,
avec la liste des plantes de la famille récoltées en Oubangui par divers
collecteurs; dans la Revue de Botanique appliquée d’Agriculture tropicale
« Plante à filasse de l’Oubangui-Chari » (1930); « Les formations végétales
du Haut Oubangui et leur rapport avec l’agriculture » (1931).
Pour conclure nous citerons cet extrait du compte rendu de séance
du 19 octobre 1962 de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer; « C’était
un chercheur fort savant en botanique et en linguistique. Ses travaux
sur les dialectes banda font encore autorité et son Catalogue de la Flore
de l’Oubangui-Chari lui avait valu un prix important de l’Académie
des Sciences. Nous nous inclinons sur ce confrère qui joignit à la valeur
de ses travaux scientifiques un sens de l’humain dont bénéficièrent les
populations de l’Afrique équatoriale, au milieu desquelles il vécut si
longtemps. »
Je ne veux pas terminer sans remercier tout particulièrement, pour
m’avoir aidé dans la documentation, le Rev. Père Supérieur de la
Congrégation du Saint-Esprit de la rue Lhomond qui m’a mis en rapport
avec le très aimable et très bien renseigné Père Bernard Noël, archiviste,
ainsi que M . N. Halle, assistant au Muséum et M lle M. Th. Llosa, de
la bibliothèque de l’Office de la Recherche Scientifique d’Outre-Mer.
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La mort discrète du Père Charles Tisserant n’a été connue que
tardivement au Laboratoire de Phanérogamie et je suis reconnaissant
au professeur Aubréville de m’avoir autorisé à la signaler à ceux qui,
comme moi, par de longues années de travail en commun, eurent l’occa¬
sion d’apprécier et maintenant de regretter ce grand et intègre travailleur.
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LOUIS PIERRE, BOTANISTE DE TERRAIN
ET SYSTÉMATICIEN FRANÇAIS
(1833-1905)
par J. Leandri
Si la France n'a pu s’énorgueillir, dans la seconde moitié du xix e siècle
d’avoir produit des botanistes aussi illustres qu’ADANSON, Commerson,
les Jussieu ou Lamarck, ce n’est pas que la science des plantes ait décliné
dans notre pays, mais parce que les grands précurseurs du siècle précé¬
dent avaient poussé si loin les découvertes et la mise en lumière des
enchaînements du règne végétal, qu’ils ne laissaient à leurs successeurs
que la tâche de les améliorer et de les compléter. Cette tâche a certaine¬
ment été aussi difficile, sinon plus; mais elle ne pouvait frapper l’imagi¬
nation comme la révélation de ces végétaux, orchidées exotiques, Chlé-
nacées, Baobabs, Ravenala, Cactées, aux caractères si nouveaux qu’ils
semblaient provenir d’un autre monde; ni comme le tableau logique et
lumineux où le génie des botanistes philosophes du xvm e siècle avait
réussi à mettre chacun d’eux à sa place naturelle.
Parmi les systématiciens français de la seconde moitié du xix e siècle,
Henri Bâillon occupe une place à part. Mais il n’a été que le plus brillant
parmi un grand nombre de botanistes remarquables, aux talents les
plus divers. Parmi ceux qui se sont distingués dans les travaux sur le ter¬
rain même, nous avons évoqué dans un précédent fascicule d ’Adansonia,
la mémoire de Glaziou, un des granfs découvreurs de la flore du Brésil.
Weddell, le monographe des Quinquinas et des Urticacées, s’est aussi
illustré par ses voyages et ses récoltes en Amérique du Sud. Il serait difficile
de citer tous ceux qui ont travaillé en Asie ou en Afrique, et qui ont bien
mérité de la Science, mais il en est un, auquel on n’a pas toujours assez
rendu hommage, et que nous voudrions rétablir à la vraie place que lui
assigne son talent : c’est Jean-Baptiste Louis Pierre, l’auteur de la
Flore forestière de la Cochinchine et d’importants travaux sur les Sapo-
tacées *.
Sa carrière officielle fut relativement modeste, en raison de sa grande
indépendance de caractère et peut-être de son goût même pour la recher¬
che, qui le portait à se passionner pour les problèmes qui se posaient à lui
au cours de ses études sans trop se demander s’ils ne l’écartaient pas de la
voie qu’il s’était tracée tout d’abord. Mais sa réputation était exception¬
nelle, et on le consultait de tous côtés. L’étendue de ses travaux, sa remar-
I. Nous remercions vivement MM. Fr. Pellegrin et R. Metman, respectivement
sous-directeur et assistant honoraires, de leur empressement à nous documenter sur la
vie de l’herbier du Muséum au début du siècle.
Source : MNHN, Paris
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quable mémoire, l’expérience unique qu’il avait acquise en un demi-siècle
de travaux assidus sur le terrain et dans les herbiers, justifiaient bien cette
faveur.
Louis Pierre, comme on le désigne ordinairement, est né le 23 octo¬
bre 1833, à la Réunion, cette île qui a mérité d’être appelée « la métropole
australe » et qui a produit tant d’esprits remarquables. D’après un article
d’un journal local du début du siècle, il était originaire de Champ-Borne,
près de Saint-André, c’est-à-dire de la partie « au vent », à l’est de Saint-
Denis, le chef-lieu. D’ascendance normande, il était le parent du réputé
journaliste et homme politique Pierre Alype, d’Alcide Pierre, directeur
Source : MNHN, Paris
— 209 —
des prisons, et de la famille Gangnant de Saint-Denis. Ses parents étaient
colons et employaient sur leurs plantations de cannes à sucre et de caféiers
150 ouvriers. Louis Pierre avait montré dès son jeune âge le caractère
volontaire, tenace et aventureux de ses ancêtres les hardis marins
normands. Pour le décider à apprendre à lire et à écrire, son père n’avait
pas trouvé de meilleur subterfurge que de lui interdire les livres et les
cahiers! A quatorze ans, à la tête de quelques adolescents recrutés
parmi les fils des ouvriers agricoles de sa famille, il réussissait à se rendre à
Madagascar; tout ce qu'on sait de cette équipée, c’est que le futur auteur
de la Flore forestière de Cochinchine faillit bien ne pas en revenir vivant.
Quand il fut question de choisir une carrière, Louis Pierre, qui
n’avait pas de goût pour le métier de planteur, réussit à décider ses parents
à le laisser partir en France pour compléter ses études et faire sa méde¬
cine. C’est en 1851, âgé de dix-huit ans, qu’il a pris ses premières inscrip¬
tions à la Faculté de Médecine de Paris. En 1855, nous le trouvons à Stras¬
bourg, toujours passionné pour l’étude, mais rebelle à la discipline des
programmes officiels. Cependant la décadence de l’entreprise familiale
à la suite de cyclones et de maladies des cultures, devait le mettre bientôt
dans l’obligation d’alléger les charges de ses parents en interrompant ses
études, pour se consacrer à un emploi qui lui permît de se suffire à lui-
même.
En 1861, à vingt-huit ans, il quitte la France pour l’Inde, où il sera
pendant quatre ans, au jardin botanique de Calcutta, le collaborateur
de Thomas Anderson.
Ce dernier botaniste avait fait de cet établissement un modèle et
constitué d’importantes collections dont la plus belle série a été, comme
on le sait, transférée à Kew en 1869. Il contribua certainement par son
exemple et ses conseils à donner au jeune Français, avec le goût des expé¬
ditions de recherches dans les pays mal connus et dangereux, celui de la
belle organisation et de la bonne tenue de ces relais indispensables que sont
les jardins botaniques tropicaux. Ces derniers peuvent ainsi répondre à la
double préoccupation de réunir la valeur éducative et esthétique vis-à-
vis du grand public, au rôle d’outils du progrès des sciences, rôle que leur
permettent de jouer leurs orangeries, ombrières et carrés de pleine terre,
où les végétaux peu connus peuvent être étudiés dans leurs différents
stades de croissance et dans leur biologie, tandis que les matériaux annexes
séchés ou conservés en alcool forment la base des descriptions et des clas¬
sifications qui conduisent à une vue ordonnée de l’ensemble du règne
végétal.
Pierre avait si bien mis à profit l’exemple et les enseignements de
son chef, qu’il était devenu lui-même capable de le suppléer dans ses fonc¬
tions. Le gouvernement des Indes était vivement désireux de s’attacher
définitivement un fonctionnaire ainsi capable, et des offres en ce sens
furent faites à notre compatriote; mais celui-ci désirait mettre son talent
au service de son pays d’origine. L’instaUation des Français en Cochin¬
chine avait provoqué la création à Saigon de plusieurs établissements
constitués sur le modèle de ceux qui existent en Europe. Le Jardin bota-
Source : MNHN, Paris
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nique, dont la direction fut confiée justement à Louis Pierre, devait
devenir, aux mains de notre botaniste, l’un des plus remarquables.
C’est en 1855, âgé seulement de trente-deux ans, que Pierre avait
pris cette lourde charge. Il devait trouver la force de la remplir entière¬
ment, tout en effectuant dans toute la Cochinchine et une partie du
Cambodge et du Siam, jusqu’en 1877, de nombreuses expéditions qui
n’avaient rien de commun avec des voyages d’agrément. Pierre n’hésitait
pas à s’aventurer au delà des limites surveillées par les troupes régu¬
lières, protestant vigoureusement quand il se voyait interdire le passage :
« Vous dites que je vais me faire tuer? Mais c’est mon métier de courir ce
risque! Ce n’est pas dans les rues de Saigon que je trouverai des matériaux
pour une Flore ! »
Tout en rassemblant ainsi un des herbiers les plus importants du
monde entier. Pierre embellissait le Jardin botanique et le Jardin du
Gouvernement, créait des pépinières pour donner de l’ombrage aux
squares et aux avenues de la ville, poursuivait des essais agricoles à la
ferme expérimentale des Mares, introduisant la Vanille et distribuant aux
colons arbres fruitiers et plantes industrielles.
Mais il pensait déjà à réaliser un grand ouvrage qui devait permettre
l’exploitation des richesses naturelles du sud-est de la péninsule, en même
temps qu’il ferait faire un pas de géant à la science des enchaînements
des formes vivantes. Ce projet devait prendre forme sous le titre de
Flore forestière de la Cochinchine : c’est un magnifique recueil de planches
in-folio accompagnées d’un texte de haute valeur scientifique et technique.
Après plus de douze ans passés en Indochine, Pierre s’était rendu
compte de la nécessité de rentrer en Europe pour comparer ses récoltes
avec les spécimens déjà étudiés et nommés dans les grands herbiers. Après
ses dernières missions à Java et dans l’Inde, où le Gouvernement général
de l’Indochine l’avait envoyé étudier les cultures de Quinquinas, il ren¬
trait à Paris où il avait mission d’organiser la participation indochinoise
à l’Exposition universelle de 1878. Il était simultanément chargé (arrêté
du 4 juin 1877) de la publication d’une Flore forestière de Cochinchine de
400 planches in-folio. C’est de cette époque que date aussi le premier
projet, caressé par Pierre, d’une Flore générale de VIndochine, projet qui
ne devait pas être mis à exécution. C’est en effet après la mort de l’auteur
de la Flore forestière de Cochinchine, que Lecomte, nommé professeur au
Muséum, devait mettre sur pied en 1906, avec l’aide de Fr. Gagnepain et
d’A. Finet les premières livraisons de ce grand ouvrage couvrant toute
la flore de la péninsule.
Profondément botaniste, homme de talent et de conscience, Louis
Pierre a voulu donner une base scientifique large et solide à la Flore
forestière qu’il se proposait de réaliser d’abord. De 1879 à 1883, il devait
se consacrer au classement de ses propres matériaux et à des études com¬
paratives non seulement au Muséum de Paris, mais au British Muséum,
à Kew, à Leyde, à Utrecht. On sait que l’Indochine est un carrefour
floristique où se rencontrent des éléments indiens, chinois, indonésiens,
sans parler de la flore montagnarde. En 1880 paraissait déjà le premier
Source : MNHN, Paris
— 211 —
fascicule de la Flore forestière de la Cochinchine, publiée sous les auspices
des ministères de la Marine et des Colonies et imprimée par Octave Doin.
Malheureusement, ce grand ouvrage ne devait jamais être achevé.
Une œuvre aussi consciencieusement élaborée et aussi luxueusement
éditée ne pouvait être qu’onéreuse. Elle avait été prévue pour décrire
environ 400 plantes; au fur et à mesure de l’avancement des travaux,
le nombre des espèces intéressantes et qui semblaient mériter d’entrer dans
la Flore croissait si bien qu’après l’exécution du nombre prévu d’illus¬
trations, la Flore n’était encore parvenue, dans l’ordre de P. de Candolle,
qu’au début des Légumineuses. Les organismes protecteurs avaient déjà
dépensé 300 000 francs d’alors (environ 1 500 000 francs 1963) pour son
exécution, et son immense intérêt scientifique et économique — par la
meilleure information qu’elle apportait à la science forestière et à l’exploi¬
tation des produits tirés des arbres — échappait en grande partie aux
administrateurs qui avaient la charge de répartir les fonds des budgets.
Quand Pierre mourut le 30 octobre 1905 sans avoir interrompu sa
tâche, il y avait déjà plus de six ans qu’aucune livraison de sa grande
Flore forestière n’avait été publiée (depuis le 15 avril 1899). Pour donner
une idée de l’estime dont l’ouvrage jouissait auprès des compétences, je
voudrais rappeler, sur le témoignage du regretté professeur A. Cheva¬
lier, que le grand forestier anglo-indien Sir Dietrich Brandis — l’homme
qui a été un des prototypes de Rudyard Kipling dans différentes nouvelles
célèbres — le tenait pour tout à fait remarquable.
C’est ici que nous devons mentionner, à côté des belles qualités intellec¬
tuelles de Louis Pierre, un défaut qui était d’ailleurs le corollaire de sa
curiosité d’esprit, de sa ténacité dans la poursuite de la solution d’un pro¬
blème, et de son inquiétude intellectuelle tant qu’il n’était pas allé jus¬
qu’au fond de la question. Ce défaut, c’était une tendance à se laisser
détourner de la voie qu’il s’était primitivement tracée; lâchons le mot :
à « se disperser ». C’est ainsi que l’on trouve dans la Flore forestière de la
Cochinchine une monographie du genre Garcinia (Guttifères) ; une mono¬
graphie des Thés (Ternstroemiacées), des études sur des plantes africaines,
qui, publiées à part, lui auraient permis de consacrer quelques livraisons
de plus à la description des arbres du sud-est de la péninsule indochinoise.
Un autre défaut de Pierre est aussi le corollaire de ses qualités :
son goût pour l’exactitude méticuleuse le pousse parfois à noter une mul¬
titude de détails et à négliger de faire une distinction nette entre ceux qui
sont essentiels et ceux qui ne sont qu’accessoires. Cette tendance est visible
dans l’illustration de la « Flore forestière » et ceci nous amène à dire un
mot du dessinateur Delpy. Pierre l’avait rencontré en Cochinchine où
il faisait carrière dans l’infanterie de marine, se l’était attaché, et l’avait
conservé comme collaborateur pour l’exécution des magnifiques planches
de son grand ouvrage, réussissant à le faire désigner officiellement pour
cette tâche et à le faire rétribuer sur les subventions de la Flore. On
peut voir un échantillon de son talent sur la figure 2, qui représente une
belle Annonacée, le Milrephora Thorelli, dédié au docteur Clovis Thorel,
un autre pionnier de la botanique cochinchinoise (1833-1911), qui riva-
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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Usa de zèle avec Pierre dans la récolte et la description des plantes sur
le vif dans des conditions dangereuses.
Le principe directeur a consisté a représenter le port d’un rameau fleuri
et fructifié en grandeur naturelle, avec de très nombreuses analyses et des
diagrammes. Le nombre des dessins de détail dépasse ordinairement la
douzaine et est souvent bien plus élevé. La dimension du cadre des plan¬
ches est de 43 cm sur 30 et correspond donc sensiblement au format nor¬
mal d'une part d’herbier. Le souci de donner une représentation aussi
fidèle que possible, même dans les dimensions, est tel que certaines espèces
à grandes feuilles occupent deux pages de l’ouvrage et sont imprimées en
une seule fois sur une feuille double attachée par le pli, avec un cadre de
63 cm sur 42. Certaines feuilles comme par exemple celles du Dillenia
penlagyna Roxb. dépassent encore ce cadre, et Delpy a dû employer
des artifices de dessin, montrant successivement la face supérieure et
l'inférieure, pour les faire tenir entièrement ou presque entièrement dans
ces limites.
Pour achever de faire connaître l’œuvre capitale de Louis Pierre,
nous reproduirons ce qu’il écrivait lui-même de sa doctrine :
« La nécessité, tenant à des causes diverses, le plus souvent a des
matériaux incomplets, de remanier entièrement les genres et les tribus
d’une famille, m'a entraîné à des recherches considérables, à des travaux
embrassant tout l’ensemble d’un genre ou d’une famille... Ainsi, j’ai dû
refaire entièrement l’étude des genres de plusieurs familles, ce qui m’a
conduit à des monographies.
« C’est ce qui a eu lieu pour les Garcinia, Mangifera, Coffea, Landol-
phia, Carpodinus, Clilandra, Willughbeia, etc... J’ai dû même créer des
familles nouvelles : Kurrinities 1 , Irvingiacées, Rhaplopélalacées 2 . Ces
études, nécessairement, ont dû être publiées dans mes Notes botaniques,
dans le Bulletin de la Société linnéenne de Paris, dans les Nalurlichen
Pllanzenfamilien, les Nachlràge, le liegister et YErganzungsheft d’ENGLER,
dans les Anonacées du même, la Flora of tropical Africa de Thiselton-
Dyer, les Annales du Musée du Congo.
« L'étude organographique de notre Flore m’a conduit, car la fleur
est pour moi très souvent insuffisante pour l’intelligence de la plante,
1. On maintient généralement aujourd’hui ces plantes parmi les Célastracées,
malgré l’opinion de Pierre.
2. Les vues de Pierre tendent à être adoptées par les systématiciens modernes.
En 1926, J. Hutchinson (Families of Flowering Plants ed. I) rangeait encore les
Irvingiacées parmi les Simarubacées, de même que A. Engler, Nalurl. Pflanzenfam.
ed. II, 19a, 1931, 396; mais dès 1924, Fr. Pellegrin admettait la famille dans sa
Flore du Mayombé (1924), p. 45; de même A. Aubréville dans la Flore forestière de la
Côle d'ivoire II (éd. I, 1936, 95; II, 1959, 121); Keay dans la 2 e édition de la Flora of
West tropical Africa II, 1958, 692. — En ce qui concerne les « Rhaptopétalacées »,
étudiées par R. I.etouzey dans un récent fascicule de cette Revue (Adansonia I-1,
1961, 111), c'est le nom plus récent de Scylopilalacées Engler qui a été adopté, parce que
Pierre avait omis de donner les caractères de la famille en proposant le nom de Rhap-
topétalacées dans le Butlelin de la Société Linnéenne de Paris 2, 1897, 1296 (cf. Code
inlern. de Nom. bol. art. 38).
Source : MNHN, Paris
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à poursuivre depuis une quinzaine d’années des recherches anatomiques 1
dont la conséquence a été le remaniement de beaucoup de genres et une
classification nouvelle des plantes supérieures, basée sur l’émission, pour
la feuille, des faisceaux du cylindre central du bois. C’est ainsi que ces
plantes sont, d’une manière précise, distribuées en trois embranchements
sous le nom de Polyxylées, Trixylées et Monoxylées 2 .
« Certes le plus souvent nous sommes obligés de restreindre nos recher¬
ches aux plantes propres à l’Indochine. Mais quand les genres appartien¬
nent à tout le monde tropical, quand le nombre des espèces en est consi¬
dérable, quand les caractères admis par les auteurs sont en contradiction
avec nos propres analyses, comment nommer une espèce, à moins de modi¬
fier ses caractères génériques, si ce n’est restreindre les coupes génériques
ou créer de nouveaux genres? En un mot, de l’étude d’une flore particu¬
lière, il faut passer à l’ensemble d’une famille, à moins de déserter la Science
et de se refuser à son progrès... »
C’est dans la famille des Sapotacées, dont il avait entrepris l’étude
pour satisfaire à la demande du Gouvernement général de l’Indochine
qui désirait un rapport sur les plantes à gutta-percha pour les câbles
sous-marins, que Pierre devait faire la plus hardie application de la doc¬
trine ainsi exposée, et nous verrons comment dans un instant.
Mais disons auparavant encore un mot de la Flore forestière de
Cochinchine, l’œuvre capitale de Pierre. Les plantes étudiées provien¬
nent, comme nous l’avons dit, de la Cochinchine, du Cambodge et du
Laos méridional; en dehors de celles récoltées par Pierre lui-même, il faut
citer des récoltes du D r C. Thorel, déjà mentionné, du D r F. J. Harmand
(1845-1921), membre de la mission Delaporte (1875-1877) pendant
laquelle il exploré le Siam, le Cambodge, le Laos et la chaîne anna-
mitique 3 ; celles de l’explorateur Pavie, chef de diverses missions scien¬
tifiques en Indochine; enfin, quelques-unes du voyageur B. Balansa
mort au Tonkin à la fin de 1891, et du R. P. Montrouzier, connu
surtout par ses séjours en Océanie.
Les descriptions de plantes sont entièrement en français, et l’on ne
doit pas s’étonner de trouver cette répugnance pour l’emploi du latin
botanique chez un homme dont les littératures grecque et latine consti-
1. On reconnaît dans cette nouvelle orientation des recherches de Pierre, l’in¬
fluence de Van Tieghem qui après avoir fait connaître les progrès apportes à l'anatomie
végétale par l’école allemande et traduit le Traité de Botanique de J. Sachs (1874)
avait entrepris une série de recherches d'anatomie systématique qui l'avaient conduit
à des vues parfois discutables mais toujours intéressantes. Van Tieghem avait succédé
à Brongniart à la Chaire de Botanique générale du Muséum.
2. Louis Pierre se montre ainsi un précurseur des anatomistes qui se sont attachés
à l'étude de la trace foliaire et de la vascularisation du pétiole. Petit, Chauveaud,
Ch. Dehay et ses élèves, Gravis, Hare, Pellissier, Sinnott et Bailey, et à un point
de vue plus général, Plantefol. Cependant, son manque de préparation à des études
aussi spécialisées et l'interprétation par suite un peu fruste des résultats font de cette
partie de l’œuvre de Pierre une des moins solides.
3. Ce voyageur, passé ensuite à la carrière administrative et diplomatique, a
occupé des postes au Siam, en Indochine, à Calcutta et à Tokyo et prit sa retraite
comme ambassadeur.
Source : MNHN, Paris
— 215 —
tuaient le violon d’Ingres! La Flore forestière donne, après le nom scienti¬
fique et les synonymes, les noms vernaculaires khmer et annamite, par¬
fois moi et siamois, la station, la distribution géographique et les numéros
d’herbier. Puis viennent une courte diagnose et une description plus
détaillée comportant les mesures. La Flore a paru par fascicules (25 fas¬
cicules de 16 planches) qui se suivent dans l’ordre de la classification de
P. de Candolle. Les dates de parution des différentes familles ont presque
toutes été données par A. Chevalier dans la notice qu’il a consacrée à
L. Pierre (Maçon, 1906, chez Protat). L’exemplaire de la Flore conservé
au Muséum (Phanérogamie) est relié en cinq tomes in-folio. Le premier
(1880-1883) comporte les planches 1 à 90 et comprend les Magnoliacées,
Dilléniacées, Anonacées, Chaillétiacées, Hypéricacées et une partie des
Guttifères. Quelques-unes des planches sont l’œuvre en collaboration de
Pierre lui-même et de Delpy; beaucoup ont été dessinées par Delpy
seul. Les suivants comportent (1883-1888) la fin des Guttifères, les Ménis-
permacées, Ternstroemiacées, Tiliacées et une partie des Malvacées;
puis (1888-1890), la fin des Malvacées, les Sterculiacées (incl. Buettné-
riacées) et une partie des Diptérocarpacées ; puis (1890-1894) la fin des
Diptérocarpacées, les Styracacées (et « Mastixiacées » x , Simarubacées,
Irvingiacées, Olacacées, Icacinacées, Malpighiacées, Ilicacées, Linacées,
Erythroxylacées, Rutacées, « Zanthoxylées », Célastracées, Hippocra-
téacées, Rhamnacées, le début des Sapindacées; enfin (1895-1899) la
fin des Sapindacées, les Méliacées, Anacardiacées et le début des Légumi¬
neuses.
La Flore forestière de la Cochinchine est restée inachevée, mais cela
ne veut pas dire que Pierre n’eût pas étudié de façon approfondie les
groupes de Phanérogrames qui n’y figurent pas. Ses observations sont
consignées dans quinze gros manuscrits reliés conservés à la Bibliothèque
de l’herbier du Muséum.
Ses autres travaux sur la flore indochinoise sont au nombre d’une
quinzaine et portent sur des groupes divers, étudiés souvent au point de
vue pratique et économique.
Au cours de ces recherches, Pierre avait été conduit, comme il le
disait lui-même, à chercher en dehors de l’Asie la solution des problèmse
que posait la botanique indochinoise. Il s’est trouvé ainsi amené de
proche en proche à jouer un rôle des plus importants dans l’étude des
flores africaines 1 2 .
C’est dans les dix dernières années de sa vie que Pierre, peut-être
en partie en raison des obstacles qu’il rencontrait pour assurer matérielle¬
ment l’achèvement de la Flore forestière de Cochinchine 3 , s’est attaché
1. Cette petite famille proposée par Pierre n'a généralement pas été admise
par les auteurs modernes, qui laissent ces plantes parmi les Cornacées.
2. Nous remercions vivement M. N. Hallé Assistant au Muséum, d’avoir bien
voulu relire la partie africaine de cette évocation de l’œuvre de Pierre.
3. Il faut cependant noter qu’après la cessation de la publication de la Flore
forestière, l'administration indochinoise continua à subventionner Pierre, grâce aux
Source : MNHN, Paris
— 216 —
avec passion à une flore toute différente, celle du Gabon et du Moyen-
Congo. Ses matériaux d’étude dans ce nouveau champ d’activité prove¬
naient surtout de Jolly, qui fut plus tard directeur du Jardin d’essais
de Bingerville (Côte d’ivoire) et du R. P. Klaine, de la mission de
Libreville, dont Pierre avait acquis les herbiers. Mais il avait examiné
aussi les anciennes collections du Muséum (Griffon du Bellay, Aubry-
Lecomte, R. P. Duparquet) et les récoltes plus récentes de de Brazza.
Lecomte, Dybowski, Spire, Aug. Chevalier, etc... Pierre annonçait
ses découvertes, au fur et à mesure qu’il les effectuait, à la Société lin-
néenne de Paris, présidée par Bâillon, et dont le Bulletin a publié ces
résultats à partir de 1896.
Pierre avait étudié dès 1886 une nouveauté africaine, YOmphalo-
carpum Radlkoferi Baill., montrant déjà l’intérêt particulier qu’il portait
à la famille des Sapotacées. En 1896, il étudiait les Guttifères, les Rhizo-
phoracées, les Irvingiacées, les Simarubacées, les Burséracées, les Sapin-
dacées, les « Anisophyllées 1 » africaines; puis des genres de Pandacées
(Panda), de Myristicacées (Ochocoa) : le genre Thespesocarpus, que
Pierre considérait comme incerlae sedis et qui a été rangé longtemps
dans les Myristicacées, bien qu’il ne soit probablement qu’un Diospyros ;
puis les genres Dichoslemma (Euphorbiacées), Chelonecarya 3 (Ménisper-
macées), Enibroma 3 (Sterculiacées), Atraclogyne, Papposlyles * (Rubia-
cées), Bhopalopilia (Opiliacées), Erylhropyxis 5 (Styracacées), Karlea
(Rhamnacées), Delpydora (Chrysophyllées, Sapotacées), les Apocynacées,
les Sanliriopsis (Burséracées), le Mannia africana 6 (Rutacées), le genre
Heckeldora (Méliacées). L’année suivante (1897) ce sont les Oricia (Ruta¬
cées), les Olacacées, les Monoles (Diptérocarpacées), les Crioceras (Apocy¬
nacées), les Ongokea (« Aptandrées », aujourd’hui généralement placées
parmi les Olacacées); Raphioslyles (Icacinacées), Plagioslyles (Euphor¬
biacées) ; en 1898 ce sont les Landolphiées (Apocynacées), les Ménisper-
macées, les Hippocratéacées (Helidonema), les Macarisia (Rhizopho-
racées) et de nouveau les Orida et les Diphasia (Rutacées); les Antro-
caryon (Anacardiacées), Polycephalium (Icacinacées), Acrosepalum (Tilia-
elTorts de Pavie et de Capus et à l’intérêt éclairé des gouverneurs généraux Doumer
(depuis Président de la République) et Beau.
1. Ces plantes sont généralement réunies aujourd’hui aux Rhizophoracées. bien
qu’on les considère comme une sous-famille distincte. M. J. E. Vidal et M B * Bui
Ngoc Sanh ont fait connaître récemment dans cette revue ( Adansonia , N.S.-I-l : 61-
64 (1961), la présence du genre Anisophyllea en Indochine où il est représenté par
une espèce nouvelle du Sud-Vietnam. 11 n’est pas impossible que Pierre, sans avoir
rien publié à son sujet, ait connu cette plante.
2. Syn. de Raphioslyles (Icacinacée). — N. H.
3. Genre établi en l’absence de ileur, longtemps négligé, il a été récemment revalidé
à très juste titre. — N. H.
4. Syn. de Cremaspora. — N. H.
5. Syn. de Brazzeia (Scytopétalacées). — N. H.
6. La même espèce avait été décrite postérieurement par Engler sous le nom de
Pierreodendron grandi/olium. Mannia ayant été invalidé pour emploi antérieur l’espèce
est devenue en 1949 : Pierreodendron a/ricanum (Hook. f.) Little (Simaroubacée). —
N. H.
Source : MNHN, Paris
— 217 —
cées), Allanblackia et Pentadesma (Guttifères), Allexis (Violacées), Chloro-
myrlus 1 2 3 4 (Myrtacées), Perillirix 2 (Périplocées-Asclepiadacées), Peripeplus
(Psychotriées-Rubiacées); en 1899 enfin quelques Bixacées, VAcrosepalum
Klaineamum (Tiliacées), l’ Ancylobothrys pyriformis (Apocynacées).
Après avoir rendu hommage aux travaux de Louis Pierre sur la
flore africaine, nous devons faire encore une allusion aux progrès qu’il
a fait accomplir à nos connaissances sur une famille difficile, celle des
Sapotacées. Parmi les Gamopétales, ces plantes, toui,es arborescentes et
tropicales, se signalent par leur richesse en laticifères articulés qui en fait
un groupe important au point de vue économique (producteurs de gutta-
percha), et c’est par cette voie que Pierre s’est trouvé conduit à les étu¬
dier en cherchant pour le compte du Gouvernement général de l’Indochine
des végétaux indigènes pouvant fournir les substances nécessaires pour
l’enrobage des câbles télégraphiques sous-marins dont l’Union envisageait
la pose. Les Sapotacées, par leurs laticifères et les dispositions originales
de leurs étamines rappellent un peu ce que sont les Guttifères parmi les
Dialypétales.
Les découvertes de Pierre sur cette famille ont fait l’objet de plusieurs
notes isolées qui ont été citées à propos de ses recherches sur la flore
africaine. En outre il a donné à la science un travail plus important
consacré à ces plantes. Ce sont ses Noies botaniques sur les Sapotacées,
dont les 68 premières pages seulement ont paru, les pages 1-36 le 30 dé¬
cembre 1890, les pages 37-68 le 5 janvier 1891. De plus, l’épreuve des
pages 69 à 83 a été retrouvée dans les papiers de Pierre, complétée dans
quelques parties d’après les notes de l’auteur par M lle Pobeguin s , et
peut être consultée à la Bibliothèque du Laboratoire de Phanérogamie
du Muséum. Ces Noies botaniques renferment en particulier la description
de genres nouveaux, dont les dessins, exécutés par Pierre et Delpy et
autographiés, avaient déjà été distribués à divers botanistes et natu¬
rellement en premier lieu à Henri Bâillon et aux grands herbiers étran¬
gers. Elles comportent aussi des mises au point ei des données parfois
inédites sur les genres anciennement reconnus.
Le travail étudie ainsi 53 genres, dont les caractères et les limites sont
précisés, et à l’intérieur desquels des subdivisions sont parfois établies,
ou de nouvelles espèces et variétés décrites (par exemple dans les genres
Micropholis, Guapeba, Ecclinusa, Donella). Voici, par ordre alphabétique,
les genres reconnus ou établis par Pierre dans ce travail 4 : Alberlisiella
* Aesandra, Aublelella, Baillonella, Burckella, Beauvisagea, Bureauella,
1. Syn. A'Eugenia soyauxii Engl. — N. H.
2. Syn. de Batesanlhus. —- N. H.
3. M lle Marguerite Pobeguin (sœur de l’explorateur Pobeguin, administrateur
en Afrique et aux Comores, qui a donné au Muséum de belles collections scientifiques,
et du sergent Pobeguin, qui conduisit jusqu’au jour où il mourut d'épuisement la
retraite des débris de la mission Flatters vers le Sud algérien après le guet-apens du
puits de Bir-el-Garama), a appartenu pendant assez longtemps à l’Herbier du Muséum.
4. Nous marquons d'une astérisque les genres admis par Bâillon dans VHisloire
des Plantes.
Source : MNHN, Paris
218 —
Beccariella, Boerlagea, Boivinella, Calospermum, Crepinodendron, Croixia,
Cornuella *, * Donella, Englerella ,* Ecclinusa, * Franchelella, Fonlbrunea,
* Galacloxylon, Gayella, * Guapeba, * Gambeya, Krugella, Mixandra,
Mahea, * Micropholis, * Malacanlha, * Martiusella 2 , Pachystela, Pichonia,
* Paralabalia, Poissonella, Planchonella, Pseudoclada, Passaveria, * Pou-
teria, Prieurella, Bichardella, Badlkoferelta, * Bagala, Schefferella, Semici-
pium, Sprucella, Siderocarpus, Tieghemella, Trachylhece, Treubella,
* Trouetlea, Urbanella, Vincenlella, Vesquea, Zeyherella.
Dans le tome XI de l'Hisloire des Plantes (1892), Henri Bâillon
s’exprime ainsi : « Depuis Bentham et Hooker les Sapotacées ont été
l’objet de recherches très assidues de la part de M. Hartog, de M. Rad-
lkofer, dont les vues ont été généralement adoptées par M. Engler,
et surtout de M. Pierre, qui en prépare depuis longtemps une mono¬
graphie générale. Pour classer cette famille, M. Pierre nous écrit qu’ « il
y a lieu de faire appel : 1° à l’anatomie; 2° à la nervation; 3° à l’état du
fruit; 4° à la graine et à l’embryon; 5° à la position de l’ovule, et seule¬
ment 6°, aux données de la fleur » — « Nous n’avons pas cru — poursuit
Bâillon — qu’on pût fonder des genres sur l’histologie du pétiole. Les
caractères remarquables qu’elle présente sont, à notre avis, spécifiques,
ou s’appliquent à des groupes naturels d’espèces ». C’est ainsi que Bâillon
ne mentionne qu’en appendice les « genres » de Pierre établis seulement
sur la graine et l’appareil végétatif, comme Treubella, Baillonella, Tieghe¬
mella, Bureaulla, Croixia, Boerlagea, Englerella, Aublelella, Cornuella.
Bâillon considère aussi comme des sections du genre Sersalisia
les genres de Pierre, Beccariella, Sebertia, Siderocarpus (= Pierri-
sideroxylon Engl, pp.) Fonlbrunea, Vincenlella ( Balcerisideroxylon Engl.).
— Il comprend comme sections du genre Lucuma les Bichardella, Gayella,
Urbanella, Crepinodendron ; comme section de Micropholis, le Sprucella;
comme appartenant à Guapeba le genre de Pierre Krugella; à Iteiluma
le Poissonella Pierre ; comme Epiluma le genre Pichonia. Bâillon n’admet
même qu’avec doute le genre Gambeya qu’il considère comme trop
voisin des Vincenlella et Pachyslela, et y rattache les genres de
Pierre Boivinella et Zeyherella; il rattache par ailleurs à Ecclinusa
le genre Prieurella (ainsi que le Passaveria Mart. et Eichl.).
Depuis soixante-dix ans l’établissement solide de genres parmi
les Sapotacées a tenté de nombreux botanistes de talent, et nous rappel¬
lerons, après Lecomte, les travaux de Lam à Leyde et de Baehni à
Genève. Dans cette Revue, le Prof. Aubréville a repris tout récemment
l’étude de cette famille, rendant souvent hommage à la justesse des
vues de Pierre (cf. Adansonia 1-2 : 150 (1961), réhabilitant ou limi¬
tant les genres Gambeya, Trouetlea, Alberlisiella, Ochrolhallus, Pichonia,
Planchonella, Beccariella, Seberlia, précisant les caractères de plusieurs
1. Mentionnons aussi le genre Diploknema Pierre, publié en 1883 dans les Archives
néerlandaises.
2. Le genre Ochrolhallus Pierre ex L. Planchon, Thèse Sapol. (1888) 26, est admis
en outre par Bâillon dans VHiloire des Plantes.
Source : MNHN, Paris
— 219 —
autres, et proposant une clé des Poutériées, basée sur des caractères
dont les variations tranchées ont une valeur générale à quelques excep¬
tions près.
Les Sapotacées ne sont pas la seule grande famille à laquelle Pierre
ait consacré des efforts considérables. Les Apocynacées ont aussi retenu
longtemps son attention et ses efforts; mais la plus grande partie de ces
travaux, concernant les Landolphia, Cylindropsis, Dyera, Urceola , Cha-
vannesia, Xylinabaria, Ecdysanlhera, Dendrocharis, Micrechiles, etc...
est restée inédite.
Les Caféiers et les Poivriers avaient aussi captivé l’attention de Pierre,
et il avait cherché à établir la valeur économique de leurs diverses unités
taxinomiques, précurseur en cela des travaux d’Auguste Chevalier et
encore aujourd’hui de J. F. Leroy, pour ne parler que de nos compa¬
triotes.
Après la mort de Bâillon (1895), Pierre avait été un de ceux
qui s’étaient efforcés le mieux de maintenir allumé le flambeau de la
Société linnéenne de Paris. Mais celle-ci ne devait survivre que quatre ans
au grand maître qui l’avait animée de son souffle, et à partir de 1900
c’est dans d’autres revues que Pierre devait publier ses derniers travaux
africains. Il donnait ainsi en 1901 au Bulletin du Muséum un nouveau
Mimusops ; à Y Agriculture pratique des Pays chauds, en 1904, une variété
de Coffea canephora, et en 1905, une dernière Sapotacée nouvelle de Côte
d’ivoire.
Dans ses dernières années, Pierre avait enfin obtenu au Muséum
un local pour travailler auprès de ses collections. Ce local situé au fond
d’une cour, 63 rue Bufîon, lui avait été attribué par le Professeur Édouard
Bureau qui l’avait obtenu lui-même du Directeur, d’alors, le célèbre
zoologiste Edmond Perrier. C’est là que l’a connu Fr. Gagnepain, qui
nous a laissé quelques souvenirs personnels sur le grand botaniste. A
soixante-douze ans, Pierre avait gardé sa jeunesse d'âme et son ardeur
au travail. Dès neuf heures, il était présent à son modeste laboratoire
qu’il quittait vers une heure après-midi pour un rapide déjeuner, revenant
travailler ensuite jusque vers cinq heures, ne prenant jamais de vacances,
de crainte de gaspiller un temps qu’il voulait consacrer entièrement à ses
chères plantes. Toujours émerveillé au spectacle des nouvelles organisa¬
tions florales qu’il découvrait, il trouvait la récompense de ses efforts
parfois pénibles dans la satisfaction de mieux comprendre, sous la variété
des formes, le plan gigantesque de l’organisation du règne végétal. On
peut lui reprocher de s’être attaché trop exclusivement à l’étude des
arbres, négligeant de se conformer à ses propres principes dans certains
groupes à port non homogène, où l’étude des humbles parentes herbacées
des géants de la forêt aurait pu lui permettre de mieux apprécier l’impor¬
tance de certains caractères. On lui reprochera sans doute aussi de s’être
montré trop dogmatique en établissant une division de premier ordre
parmi les végétaux supérieurs simplement d’après le nombre des fais¬
ceaux conducteurs du pétiole, sans avoir assez recherché si ces faisceaux
avaient toujours la même valeur morphologique. Il n’en a pas moins
Source : MNHN, Paris
— 220 —
élevé à la Botanique un grandiose monument et il ne pouvait en être
autrement d’un homme si passionné pour ses recherches qu’il se faisait
encore apporter des plantes sur le lit où il attendait la mort. C’est ainsi
qu’après avoir fait porter ses adieux à ses amis, il s’éteignit le 30 octobre
1905, laissant inédite une œuvre manuscrite encore plus importante
que ses travaux publiés.
Pierre appréciait à sa valeur le rôle du Muséum, et sans se fâcher
de ne pas avoir obtenu pour ses collections et pour lui-même l’installation
et les facilités que méritaient son talent et l’immense importance des
documents qu’il lui offrait ainsi, il s’est toujours efforcé de faire converger
toutes les richesses des herbiers formés spontanément par les isolés vers
notre grand établissement national. Ses propres dons à celui-ci, tant de
son herbier personnel que de celui de R. P. Klaine et de quelques autres
acquis par lui à titre onéreux, représentent 20 850 spécimens.
Les documents, herbiers et notes inédites, rassemblés par Pierre
restent de première valeur pour les botanistes modernes et son nom
est encore un de ceux qu’on entend prononcer le plus souvent dans
les herbiers et les jardins botaniques 1 .
Sa vie privée était toute simple. 11 était marié, et M me Pierre
l’aidait dans ses travaux, en particulier dans l’exécution des coupes
microscopiques, s’efforçant de donner à son mari, avec l’aide matérielle
de sa collaboration, le réconfort de ses attentions et de l’intérêt avec
lequel elle suivait les progrès de ses grandes entreprises pour perfectionner
la science des plantes.
1. Les multiples manuscrits inédits de Pierre que l’on rencontre dans les herbiers
gabonais du Muséum de Paris, montrent que ce chercheur s'intéressait tout parti¬
culièrement et avec sans doute plus de minutie que ses contemporains, aux morpho¬
logies placentaires et ovulaires, aux caractères des fruits, des graines et des embryons.
Certaines de ses observations sur des téguments séminaux de Rubiacées lui révélaient
des parentés qui sont restées longtemps méconnues. Les nomina nuda qu’il n’hésitait
pas à apposer sur ses étiquettes d'herbier sont toujours accompagnés de descriptions
précises, de croquis et de commentaires abondants. Les découvertes de Pierre, inédites
et vieilles de plus d’un demi-siècle, se rapportent encore parfois à des espèces non
décrites. — N. Hallé.
Source : MNHN, Paris
CLASSIFICATION DES FORMES BIOLOGIQUES
DES PLANTES VASCULAIRES EN MILIEU TROPICAL
par A. Aubréville
La classification de Raunkiaer est aujourd’hui largement adoptée.
On sait qu’elle est fondée sur l’adaptation des plantes à l’hiver, c’est-à-dire
d’après la position des bourgeons par rapport au sol. Les phanérophytes
groupent toutes les plantes à tige ayant plus de 20 cm, dont les bourgeons
se tiennent au dessus de la couche de neige. Chez les chaméphytes la tige
est courte et ordinairement recouverte par la neige. Aux échelons infé¬
rieurs, les hémicryptophytes ont des bourgeons au niveau du sol et les
géophytes au dessous.
Le principe de cette classification n’a pas de sens en milieu tropical.
Néanmoins beaucoup de botanistes emploient la terminologie de Raun¬
kiaer dans leurs descriptions de la végétation tropicale, suivant ainsi
l’exemple donné par Hagerup qui en fit un essai d’emploi pour la flore
de Tombouctou. Nous sommes au contraire de l’avis d’abandonner
cette classification non seulement parce que son principe ne vaut pas
pour les pays chauds, sans neige et sans gel, mais qu’il nous parait préfé¬
rable d’adopter une classification fondée sur la biologie de la plante
entière et sa physionomie, cette dernière étant le reflet de sa biologie, et
qu’en outre la forme savante de la terminologie de Raunkiaer est par¬
faitement inutile et dissimule sous les mêmes termes des formes biologiques
évidemment différentes et très importantes dans la végétation tropicale.
Ainsi les phanérophytes désignent dans leur généralité les arbres,
les arbustes, les lianes et les épiphytes, c’est-à-dire des plantes dont
la position des organes pérennes et de l’appareil assimilateur, le milieu
écologique, le biologie, les modes de croissance, la physionomie sont
très différents. Les grands arbres dont la cime s’épanouit à la pleine
lumière, méritent bien, outre la différence de taille, d’entrer dans une
catégorie distincte de celle des arbustes et arbrisseaux qui vivent à
l’ombre dans les sous-bois. Les lianes et les épiphytes constituent deux
autres catégories distinctes encore plus évidentes. Certes ces distinctions
apparaissent aussi aux botanistes utilisateurs de la nomenclature de
Raunkiaer, et ils appellent les lianes des phanérophytes grimpants,
les épiphytes des phanérophytes épiphytes. Je n’aperçois pas la nécessité
de réunir lianes, épiphytes, arbres et arbustes dans une classe spéciale, les
phanérophytes, sous le seul argument que les uns et les autres ont des
bourgeons à plus de 20 cm du sol. Il est aussi tellement plus simple de
1. Hagerup O. — Étude des types biologiques de Raunkiaer dans la flore autour
de Tombouctou. Biol. Meddel. udgione of det Kgl. Danske Vidensk. Selsk., 1930.
Source : MNHN, Paris
_ 222 _
parler de grands arbres en forêt tropicale plutôt que de mégaphanéro-
phytes, d’arbustes plutôt que de microphanérophytes. Des descriptions
de forêt dans ce language pseudo-savant seraient ridicules, par leur lourde
prétention scientifique. Il serait si clair, et plus exactement biologique de
parler français, en parlant d’arbres et de lianes et de ne forger de nou¬
veaux termes que lorsqu’il n’en existe manifestement pas dans notre
langue pour désigner certaines formes de vie. Pourquoi écrire thérophytes
pour plantes annuelles, hydrophytes pour plantes aquatiques, etc...
Cependant le besoin d’une classification des types biologiques et phy-
sionomiques, aussi détaillée et précise que possible est évidente. Il est
particulièrement ressenti par les collaborateurs des Flores tropicales.
La séparation d’après la taille, par exemple entre arbres, arbustes, sous-
arbustes doit être fixée conventionnellement et il est indispensable que
chaque auteur adopte les limites proposées si l’on veut bien se comprendre.
C’est pourquoi, au moins à l’usage des rédacteurs des Flores tropicales
nous proposons la classification provisoire suivante, assez détaillée
mais probablement encore insuffisamment.
La limite entre arbre et arbuste, la distinction entre arbuste et
arbrisseau, a soulevé déjà maintes propositions. Pour ma part j’ai adopté
la hauteur de 7 m pour la première, qui est généralement admise à 1 m
près par tous les auteurs. Il n’y a évidemment pas plus de raison de fixer
7 m que 8 ou 7,5 m; l’usage du plus grand nombre décidera; de toutes
façons il n’y a pas là de vrai problème. Ce qui peut être un peu gênant
c’est qu’en raison des habitudes prises on parle d’arbres en savanes boisées
là où en raison de la taille inférieure à 7 m on ne verrait qu’un arbuste en
forêt dense humide. On ne peut cependant admettre deux échelles de
grandeur selon qu’on se trouve en pays semi-aride ou en pays très humide,
en savane ou en forêt dense. Il faut se conformer à un unique critère de
la taille.
Parmi les arbres il y a aussi des variantes selon leur hauteur, il
est préférable de les séparer puisqu’il y a des étages différents parfois
bien visibles dans la forêt dense tropicale humide. Nous proposons les
limites suivantes :
grands arbres 30 m
arbres ^ 15 m
petits arbres > 7-15 m
Chez les grands arbres les forestiers tropicaux distinguent les émer¬
gents et les subordonnés. La différence est physionomiquement très appa¬
rente dans les forêts primaires. Les cimes des émergents sont isolées et
dominent de leur frondaison très développée, souvent en « choux-fleurs »,
l’étage sous-jacent plus ou moins continu des arbres subordonnés. Les
émergents appartiennent à des espèces particulières, physionomiquement
et floristiquement très représentatives du type de forêt.
Descendons maintenant dans le sous-bois de la forêt. Il paraîtra
assez étonnant qu’une première définition soit ici nécessaire. Pour cer-
Source : MNHN, Paris
— 223 —
tains le sous-bois est la strate herbacée de la forêt, “ce qui est sous le bois”.
Pour les forestiers le sous-bois est l’ensemble des végétaux ligneux (frutex
des botanistes) de petite taille, arbustes, arbrisseaux, sous-arbustes et
sous-arbrisseaux, qui forment un étage bas sous les arbres (sous la « futaie »)
La strate herbacée ou tapis herbacé se tient en dessous du sous-bois dont
elle ne fait pas partie. Nous avons toujours adopté la définition des fores¬
tiers qui sont les meilleures guides en matière de forêt.
La distinction entre arbuste et arbrisseau a un caractère physiono-
mique et souvent spécifique qu’il faut reconnaître. Un arbuste dont la
hauteur est de 7 m ou plus, a une seule tige. L’arbrisseau a la même taille
maximum, mais il est ou multicaule, ou ramifié très près de la base. Chez
certains auteurs le sens donné à ces deux termes est tout à fait différent.
Pour eux l’arbrisseau est un petit arbre dépassant la taille d’un homme,
l’arbuste est une plante ligneuse de très petite taille. Ici encore nous
adopterons les premières définitions données par les meilleurs connais¬
seurs de la forêt. En forêt dense tropicale humide le sous-bois est souvent
constitué d’arbustes au port bien droit, mais pas toujours.
Pour des raisons de précision des descriptions il est commode de
désigner une catégorie de petits arbustes et de petits arbrisseaux.
Nous avons proposé la limite de 4 m, ce qui nous conduit à :
arbustes et arbrisseaux 4-7 m
sous-arbustes et sous-arbrisseaux < 4 m
sous-arbrisseaux nains < 0,5
Il est également opportun de distinguer des arbrisseaux (arbustes,
sous-arbustes) sarmenleux, buissonants. Les arbrisseaux sarmenteux ont
certaines branches qui s’allongent excessivement et s’élèvent en s’insi¬
nuant dans les cimes des arbustes voisins sur lesquelles elles reposent.
Ce ne sont pas à proprement parler des plantes grimpantes.
Enfin dans cette grande classe des arbres et arbustes (s. 1.) se sub¬
divisent physionomiquement et écologiquement les succulents qui sont
dominants et caractéristiques dans certaines formations de fourrés et
de steppes arbustifs en pays semi-aride ou aride (formations de cactées
en Amérique, d’euphorbes arborescentes en Afrique du Sud et à Mada¬
gascar, forêts sèches à Didiéracées de Madagascar, etc...).
Moins apparentes, mais écologiquement significatives, il convient
de séparer dans cette classe d’arbres et d’arbustes les sempervirents
(= à feuilles persistantes), les décidus (= à feuilles caduques = caduci-
foliés), les pseudo-sempervirents (le feuillage est entièrement caduc, mais
il est immédiatement remplacé de sorte que la frondaison demeure tou¬
jours verte, mais change de tonalité de couleur), les aphylles et héléro-
phylles des régions arides.
Certains arbres et arbustes de mangrove, en raison de leur écologie
et de leur physiologie très spéciales, doivent aussi trouver une place à
part : arbres de mangrove à pneumatophores, à racines aériennes, à pneu-
matophores genouillés, à racines-arceaux, etc...
Source : MNHN, Paris
— 224 —
Souvent les palmiers donnent une physionomie propre à certaines
formations végétales tropicales en région très humide, mais aussi en
pays aride. Bien que ces palmiers ne constituent pas un type biologique
spécial, leur aspect si particulier fait qu’il est opportun du point de vue
physionomique et floristique de les distinguer des arbres et arbustes et
de faire pour eux une division spéciale où seront séparés :
grands palmiers > 15 m
palmiers 4 — 15 m
petits palmiers < 4 m
palmiers nains < 1 m
On pourra aussi signaler les palmiers acaules, multicaules, à stipes
bifurqués, etc...
Les lianes constituent un type biologique très abondamment repré¬
senté en forêt dense tropicale humide. On peut secondairement les sub¬
diviser en ligneuses ou herbacées, très grosses lianes (> 10 cm diamètre) ;
d’après leur forme, annelées, contournées, etc...; d’après leurs modes
de fixation : volubiles, aggripées, rampantes; les lianes aggripées étant
à vrilles, à crochets, à racines adhésives; et enfin à part les palmiers-
lianes épineux.
Les épiphyles sont non moins abondants dans certaines forêts;
ils sont ligneux, ou herbacés, ou succulents. On pourrait aussi les diviser
suivant leur position habituelle qui est un caractère spécifique et écolo¬
gique ; certains fréquentent les cimes, d’autant demeurent sur les troncs,
d’autres encore à la base des troncs, etc...
A coté des épiphytes se placent les saproparasites radicicoles ou
ramicoles.
Nous en venons à la grande classe biologique des herbacées, s’opposant
au propre et au figuré, à celle des végétaux ligneux. Nous avons déjà
séparé les lianes et les épiphytes herbacés. Deux critères de classement
sont indispensables, l’un biologique : les herbacées vivaces, les herbacées
annuelles; l’autre de commodité et conventionnel d’après la taille. Parmi
les vivaces, on sépare les terrestres et les aquatiques. Les premières se
subdivisant en bulbeuses, rhizomateuses, à souche ligneuse, à souche
herbacée. Nous avons mis à part les fougères et les bambous pour les
mêmes raisons que les palmiers parmi les végétaux ligneux. Les her¬
bacées annuelles sont particulièrement abondantes dans les pays arides,
y compris les déserts.
Enfin il y a une dernière catégorie de petites plantes à consistance
semi-herbacée, semi-ligneuse, qui se placent physionomiquement dans
le tapis herbacé des forestiers, qui sont les plantules c’est-à-dire tous les
jeunes plants et semis de moins de 1 m de haut, provenant des espèces
d’arbres et d’arbustes (s. 1.) La plantule n’est ni un sous-arbrisseau véri¬
table, ni une plante herbacée, elle n’est qu’une forme biologique de
transition. Elle doit cependant compter dans des relevés effectués en
vue de l’établissement de spectres biologiques.
Source : MNHN, Paris
— 225 —
Sauf omission, toutes les plantes tropicales peuvent rentrer dans
un de ces types biologiques qu’il est possible de nommer avec des mots
du langage courant, sans qu’il apparaisse nécessaire d’employer la
nomenclature de Raunkiaer. Celle-ci peut être abandonnée.
Les spectres biologiques sont des notions caractéristiques des for¬
mations végétales, en corrélation directe avec le milieu. Alors que le
groupement floristique peut être variable à l’intérieur d’un même type
de formation végétale primaire, le groupement des formes biologique
est déterminé par le milieu, et celui-ci étant supposé stable, le spectre
biologique doit être une constante ou du moins il ne subit que des varia¬
tions occasionnelles, ou de faible amplitude. Il y a deux sortes principales
de spectres biologiques. Dans celui qui est le plus fréquemment étudié,
on détermine le pourcentage du nombre d’espèces correspondant à
chaque type biologique par rapport au nombre total des espèces. C’est
une notion à la fois floristique et biologique. Dans le second spectre
biologique, appelé aussi spectre biologique réel (J. Carles, 1948), on
détermine le degré de recouvrement (ou l’abondance en nombre d’indi¬
vidus) de chaque type biologique sans tenir compte des espèces. C’est
une notion biologique et structurale.
Pour résumer les considérations qui précèdent sous une forme claire
la classification des types biologiques et physionomiques des plantes
vasculaires entrant dans la composition des formations végétales des
régions tropicales est présentée sous forme du tableau suivant :
Arbres (s. 1.)
> 7 m
grands arbres > 30 m
arbres > 15 m
petits arbres > 7-15 m
subordonnés
émergents
sempervirents (à feuilles
persistantes).
décidus(à feuilles caduques).
I pseudo-sempervirents
succulents
aphylles
' hétérophylles
pneumatophores
racines aériennes
arbres de mangrove à pneu-
matophores genouillés
etc...
Palmiers
grands palmiers > 15 m
palmiers > 4 m
petits palmiers < 4 m
palmiers nains < 1 m
acaules
multicaules
à stipes bifurqués
Source : MNHN, Paris
— 226 —
Lianes
Epiphyles
volubiles
agrippées
à vrilles
à crochets
à racines
adhésives
rampantes
palmiers-lianes épineux
ligneuses
herbacées
succulentes
i grosses lianes > 10 cm d.
j annelées, contournées, etc..
ligneux { arbres d'origine épiphytique
herbacés
succulents
/ rhizomateuses
I bulbeuses
1 à souche ligneuse
, __. „ J à souche herbacée
f terrestres {
\ succulentes
grandes herbacées [
> 2 m \
herbacées /
1 paludicoles rhizomateuses
i j paludicoles bulbeuses
( immergées (flottantes)
espiteuses, rosettées,
Source : MNHN, Paris
NOTES SUR DES SAPOTACÉES AFRICAINES
par A. Aubréville
1. OMPHALOCARPUM I>. Beauv. et ITURIDENDRON De
Wild.
Le genre Omphalocarpum est un des plus curieux de la forêt dense
guinéo-congolaise dont il est un des hôtes exclusif. Tous ceux qui l’ont
parcourue ont eu l’occasion de remarquer ces arbres cauliflores, portant
sur leur tronc des glomérules de fleurs, ou des fruits dont la grosseur va de
celle de grosses oranges à celle de melons qui seraient ligneux et pèse¬
raient alors plusieurs kilos. Ce ne sont pas les seules espèces cauliflores de
la forêt dense africaine, mais si l’on ajoute la présence d’un latex abon¬
dant dans l’écorce à la cauliflorie, on aura réuni les deux caractères suffi¬
sants de la reconnaissance des arbres appartenant à ce genre. Les fleurs
aussi sont parmi les plus remarquables de la famille des Sapotacées. Le
genre Omphalocarpum est probablement un des plus anciens de la famille.
Je pense qu’il peut être le type d’une sous-famille des Omphalocarpoïdées
réunissant des genres à calice à un verticille, à corolle sans appendices
et des étamines en nombre égal à plusieurs fois celui des pétales. Elle
se divise en deux tribus : les Omphalocarpées proprement dites, dont les
étamines sont groupées en faisceaux épipétales, et chez lesquelles les lobes
de la corolle sont en nombre égal à celui des sépales. Des staminodes alter¬
nant avec les faisceaux d’étamines sont opposés aux sépales; les Pycnan-
drées asiatiques et océaniennes, sans staminodes, à étamines non groupées
en faisceaux et où les lobes de la corolle sont 2-3 fois plus nombreux que
les sépales.
Les Omphalocarpées comptent en Afrique trois genres, Omphalo¬
carpum, Tridesmoslemon et lluridendron, un genre à Madagascar, Tsebona
et, en Nelle Guinée, le genre Magodendron.
Si le genre Omphalocarpum est donc très caractéristique et ainsi aisé¬
ment identifiable il n’en est pas de même des espèces. Celles qui sont
décrites sont très nombreuses; celles qui subsisteront après les révisions
indispensables et les mises en synonymie qui en seront les conclusions,
seront probablement réduites à quelques unités seulement. La multi¬
plicité des espèces décrites s’explique par la difficulté d’établir entre elles
des comparaisons d’après les diagnoses. En effet ces dernières ont été
établies tantôt d’après les fruits ou les graines, tantôt d’après les fleurs,
car il est assez rare que fruits et fleurs aient été récoltés sur un même arbre.
D’autre part certains auteurs ont cru trouver dans la forme du fruit et de
la graine des bons caractères spécifiques, alors que vraisemblablement
souvent il ne s’agissait que de variations intraspécifiques ou même peut
être individuelles. A ces causes s’ajoute celle que connaissent tous les
Source : MNHN, Paris
— 228
taxonomistes des pays tropicaux, la difficulté pratique de pouvoir exa¬
miner les types eux mêmes répartis dans les divers herbiers européens.
Le cas de ce genre Omphalocarpum est un bon exemple du travail
de révision délicat qui s’impose souvent pour les flores tropicales afri¬
caines.
L’espèce type du genre est l’O. procerum que Palisot de Beauvois
rencontra en 1787 sur la côte de Bénin dans le pays d’Oware (Nigeria)
et qu'il décrivit dans sa Flore d’Oware et Bénin en 1804. La seconde espèce
décrite le fut par Miers en 1880 (Trans. Linn. Soc.), O. elalum; les types
de Mann sont du bas Cameroun. Pierre en 1886 d’après les mêmes
récoltes de Mann du Cameroun, nomma un Omphalocarpum Radlkoferi
(Bull. Soc. Linn. Paris), qui n’est autre que O. elalum Miers, dont il sem¬
ble avoir ignoré la publication quelques années auparavant. Pierre à
cette époque étudie particulièrement la famille des Sapotacées. Il décrit
plusieurs espèces demeurées à l’état de manuscrit dans l’herbier du
Muséum de Paris, mais qui sont reprises par Engler dans ses « Sapo¬
tacées africaines » en 1904. La prolifération des espèces commence dans
cet ouvrage. Engler décrit 8 espèces du Cameroun, du Gabon et du Congo,
mais ignore O. elalum de Miers.
De Wildeman à son tour s’intéresse aux Omphalocarpum du Congo.
En 1907 dans le livre consacré à la Mission Émile Laurent il décrit 4 espèces
congolaises, puis en 1919 (Rev. Zoo. afr.) 8 autres. Il reprend cette étude
en 1926, et ajoute aux précédentes encore 6 espèces.
Auparavant le nombre des espèces s’était encore accru, d’une espèce
de Chevalier, O. ahia de la Côte d’ivoire (1909), de 2 espèces d’ENGLER
et Krause (Engl. Jahr., 1913) du Cameroun. Puis Grèves en 1927
(Journ. bot.) décrit une espèce du Congo portugais. Baudon dans les
Annales du Musée Colonial de Marseille, décrit 3 espèces congolaises. La
dernière publiée à ma connaissance est O. pachysleloïdes (Mildbr.) Hutch.
et Dalz. (K. B. 1937), du Cameroun.
Nous sommes maintenant alors en présence de 35 espèces pour la
région guinéo-congolaise. La confusion est telle que, rédigeant pour la
« Flore du Gabon » la famille des Sapotacées, après avoir distingué dans
la riche collection du Muséum de Paris 3 espèces certaines dont les deux
plus anciennes, O. procerum et O. elalum, ne pouvant attribuer avec cer¬
titude la troisième aux nombreuses autres possibles, je fus obligé pour
conclure, en attendant une révision du genre, de décrire avec M. Pelle-
grin une 36 e espèce provisoire, O. Le Teslui.
Depuis j’ai eu l’occasion d’étudier, grâce à l’obligeance de son direc¬
teur M. Robyns, les riches collections du Congo de l’Herbier du Jardin
botanique de l’État, à Bruxelles, et ainsi de proposer de nombreuses syno¬
nymies. Je suis arrivé à la conviction que la plupart des espèces décrites
peuvent être réduites à 4. D’autres demeurent trop imparfaitement défi¬
nies, ou bien aussi je n’ai pas pu consulter les types, ceux de Baudon
en particulier.
Source : MNHN, Paris
— 229 —
L’état de ces synonymies est le suivant :
O. ahia A. Chev. Bonne espèce, exclusive de la Sierra Leone, à la Côte
d’ivoire et au Ghana.
Les deux espèces suivantes sont répandues dans toute la forêt guinéo-
congolaises.
O. procerum P. Beauv. = O. Pierreanum Engl. = O. congoense Pierre
ex Engl. = O. Laurenti De Wild. = O. Vermoeseni De Wild. =
0. Morlehani De Wild. = O. Boyankombo De Wild. =? 0. Ghes-
quieri De Wild. = 0. Lujai De Wild.
O. elatum Miers = 0. Badlko/eri Pierre = 0. anocenlrum Pierre ex
Engl. = 0. Trillesianum Pierre ex Engl. = 0. agglomeratum De
Wild. = 0. busange De Wild. = 0. Brieyii De Wild. = 0. Bequaerli
De Wild. = 0. pedicellatum De Wild. = 0. sphaerocarpum De Wild.
O. Lecomteanum Pierre ex Engl. =0. bomanchensis De Wild. = 0. injo-
loense De Wild. = 0. Mildbraedii Engler et Krause. = 0. Claes-
sensi De Wild. =? 0. Lescrauwaeli De Wild. = 0. Le Testui Aubr. et
Pellegr.
0. Lecomteanum n’est connu que par ses fleurs. Nous réservons
encore outre les espèces de Baudon, 0. sankuruense De Wild., 0. Adolfi
Friedirici Engl, et Krause du Cameroun et 0. mayumbense du Cabinda
dont je n’ai pas vu les types.
Sous ces réserves, le genre Omphalocarpum est représenté par 4 espèces
principales, 0. ahia du domaine libéro-ivoréen, 0. procerum et 0. elatum
de toute la région guinéo-congolaise, 0. Lecomteanum du Cameroun,
du Gabon et du Congo. Ces 4 espèces se séparent assez aisément, avec un
peu d’habitude de la façon suivante par les feuilles et les fleurs.
Très grande feuilles, atteignant 45 cm de long, subsessiles. Fleurs
subsessiles . 0. ahia.
Feuilles plus petites, atteignant 25 cm de long :
Feuilles subsessiles. Fleurs courtement pédicellées, jusqu’à
1 cm. Corolle longue de 1,8 cm env. 0. elatum.
Feuilles nettement pétiolées :
Longuement cunéiformes aiguës et décurrentes sur un pétiole
long et grêle. Fleurs sessiles, entourées de bractées densément
velues . 0. procerum.
Moins aiguës à la base que dans l’espèce ci-dessus. Fleurs
pédicellées, jusqu’à 1,5 cm. Corolle longue de 2,5 cm environ..
. 0. ...Lecomteanum.
Le cas de VOmphalocarpum pachysteloïdes Mildbr. ex Hutch. et Dalz.
est très spécial (type Mildbraed 9021 du Cameroun). L’espèce Kew Bull. :
59 (1937) n’est décrite que par les fleurs et les feuilles. Elle doit être évi¬
demment rapportée à V lluridendron Bequaerli De Wild (type n° 2532
Bequaert de l’Ituri) et au Vanderyslia congolensis De Wild (type n° 10495
Source : MNHN, Paris
— 230 —
Vanderyst du Congo). Ces deux genres et les espèces types ont été décrites
par de wildeman dans PI. Bequaert (100-104, 1926).
de wildeman avait bien noté la ressemblance entre ces deux espèces
dont il avait décrit les fleurs, mais si le fruit et la graine du Vanderyslia
lui étaient connus, ceux de l’ Iluridendron lui demeuraient inconnus. Il a
donc maintenu séparés ces deux genres. S’ils sont évidemment proches
du genre Omphalocarpum, nous estimons que de wildeman a eu raison de
les séparer. En herbier la distinction est immédiate, par la coloration des
feuilles. Celles de toutes les espèces d’ Omphalocarpum sont brun-noirâtre,
celles de VIluridendron Bequaerlii demeurent toujours d’une teinte gri¬
sâtre très claire. La structure des fleurs est celle d’un Omphalocarpum,
mais alors que dans ce dernier genre les étamines sont ordinairement par
5, elles sont chez Iluridendron groupées par 3. L’ovaire des Omphalocar¬
pum est glabre, celui de VIluridendron est velu.
Les différences génériques caractéristiques résident dans la position
des fascicules floraux, sur le tronc chez Omphalocarpum, sur les branches
et même les petits rameaux chez Iluridendron. Les fleurs toujours herma¬
phrodites de ce dernier se séparent aussi des fleurs polygames des Ompha¬
locarpum.
D’autres caractères distinctifs s’observent dans les fruits. Ceux des
Omphalocarpum ont un mésocarpe très épais, comprenant 1 ou plusieurs
séries de concrétions sclérenchymateuses. Ils renferment ordinairement de
nombreuses graines plates, jusqu’à une trentaine chez certaines espèces.
Les fruits de Y Iluridendron Bequaerlii ont la grosseur d’une petite orange.
Ils sont sphériques, un peu déprimés au sommet où reste la pointe des¬
séchée et dure du style. La surface est parfaitement lisse. Le mésocarpe
est très mince, sans concrétions sclérenchymateuses, dur et cassant à
l’état sec. Il ne renferme que 5 graines plates. Ces graines ressemblent
à celles des Omphalocarpum. Cependant la cicatrice qui occupe toute la
longueur de l’étroite face ventrale, forme un sillon linéaire, tandis que
chez Iluridendron elle est encore linéaire mais saillante par rapport à la
surface de la graine.
Ainsi le nom d Ituridendron Bequaertii De Wild. doit remplacer
celui qui apparaît généralement dans les flores récentes (F. W. T. A.
I e éd., F. F. C. I., Fl. Gabon) d’Omphalocarpum pachysleloïdes. Le genre
Vanderyslia tombe en synonymie.
Au point de vue phytogéographique 1’/. Bequaerlii se distingue aussi
des Omphalocarpum. Ceux-ci sont des espèces typiques de la forêt dense
humide sempervirente. L’/. Bequaerlii répandu de la Guinée au Congo,
est une espèce caractéristique du domaine périphérique septentrional
de la région guinéo-congolaise, c’est-à-dire des forêts denses humides semi-
décidues à malvales et ulmacées qui s’étendent sur la périphérie nord du
massif guinéo-congolais.
Source : MNHN, Paris
— 231 —
2. COMBINAISON NOUVELLE
Donella ubangiensis (De Wild.) Aubr. comb. nov. : Mimusops
ubanguiensis De Wild., Mission Emile Laurent I : 434 (fév. 1907).
= Chrysophyllum penlagonocarpum Engl, et Krause, Engl. Jahrb. 99:
387 (1913).
= Chrysophyllum Lelesluanum A. Chev., Bull. Soc. Bot. Fr. Mém. 8 :
269 (1917).
= Donella Le Tesluana (A. Chev.). Pellegrin, Mém. Soc. Linn. 1,3: 15
(1928).
= Chrysophyllum Belemba De Wild., Plant. Bequaert. 4 : 123 (1926).
= Chrysophyllum Claessensi De Wild., Plant. Bequaert. 4 : 125 (1926).
= Donella penlagonocarpa (Engl, et Krause) Aubr. et Pellegr., Fl.
Gabon 1 : 141 (1961).
De Wildeman a publié dans le volume conservé à la mission Émile
Laurent une description et des photographies de la graine d’une Sapotacée
qu’il nomma Mimusops ubanguiensis. Il ne disposait ni de fleurs ni de
feuilles. Plus tard dans la description d’un Chrysophyllum Belemba, il
reconnut une ressemblance entre la graine de cette espèce et celle de son
Mimusops ubanguiensis, mais il n’osa pas conclure à l’identité des deux
espèces.
Les graines du Donella ubangiensis se reconnaissent aisément dans
les photographies publiées par De Wildeman, comme aussi dans le
dessin d’ENGLER et Krause du Chrysophyllum penlagonocarpum. Nous
avons examiné dans l’herbier de Bruxelles, les graines vues par De Wilde¬
man, il n’y a aucun doute sur l’identité de toutes les espèces citées ci-dessus,
d’où la combinaison nouvelle proposée.
Source : MNHN, Paris
UNE ESPÈCE NOUVELLE
DU GENRE TISONIA (FLACOURTIACÉES)
A MADAGASCAR
par J. Leandri
Parmi les Pariétales, la famille des Flacourtiacées est connue pour
offrir les types les plus divers. Un des plus particuliers est le genre endé¬
mique malgache Tisonia, établi par H. Bâillon en 1886 et qui se distingue
surtout par ses 3 sépales accrescents, qui donnent au fruit un aspect
caractéristique. On en connaissait une dizaine d’espèces. Le regretté
H. Perrier de la Bathie, qui a élaboré la famille (1946) pour la « Flore
de Madagascar et des Comores » dirigée par le Professeur H. Humbert,
a mis l’accent sur leur caractère sporadique et rare, et sur leur hétéro¬
morphisme : « les feuilles » écrit-il sont « variables au cours de leur déve¬
loppement quant à la vestiture, à la consistance du limbe, à la nervation
et à l’apparence des dents »; il en va de même pour « les inflorescences,
portées parfois sur des rameaux complètement dépourvus de feuilles
ou en feuilles nouvelles, ou ayant conservé leurs feuilles anciennes; les
sépales accrescents très différents quant à la forme ou aux dimensions
selon le degré de développement de la fleur ou du fruit et un peu poly¬
morphes (feuilles et sépales au même degré de développement, variables
sur un même rameau) ». Ces arbres, indique-t-il, sont « de détermination
difficile sans nombreux spécimens suffisamment complets pour les
montrer sous leurs différents aspects ».
Pour distinguer les 10 espèces qu’il reconnaît néanmoins, il a fait
appel à la présence ou à l’absence de pétales, à la présence ou à l’absence
d’un pédoncule distinct à l’inflorescence, à la consistance des feuilles
une fois parvenues à leur complet développement, à la pilosité des parties
jeunes, tomenteuses ou pubescentes; de l’ovaire, velu ou glabre; et même
des feuilles adultes; au développement en côtes ou en ailes des excrois¬
sances de l’ovaire. Bien qu’il ne soit pas toujours facile d’apprécier les
limites entre les catégories ainsi obtenues, même pour le premier carac¬
tère, puisque le Tisonia coriacea, apétale chez le type, a une variété à
fleurs parfois pétalées, les espèces ainsi définies semblent bien distinctes
et assez reconnaissables par l’aspect.
Au début de cette année (mars 1962) M Ue M. Keraudren a récolté
dans la forêt de Sahafary, entre Diego-Suarez et Anivorano-Nord (forêt
de type occidental à basse altitude), des spécimens d’une plante de ce
genre qu’il paraît impossible de rapporter à l’une des espèces déjà con¬
nues, bien qu’elle ait des caractères communs avec plusieurs d’entre elles.
Ses traits les plus saillants sont ses feuilles assez petites, entières et
coriaces et la richesse des inflorescences qui semblent pouvoir compter
Source : MNHN, Paris
PI. I. — Tisonia Keraudrenae sp. nov. : 1, sommet de rameau en pleines fleurs X 2/3; 2, sommet
de rameau feuillé à inflorescences pauvres x 2/3; 3, fleur ouverte, le sépale antérieur
rabattu x 2; 4, d° vue de dessus x 3; 5-7, anthère et partie supérieure du filet, vues
interne, externe et latérale x 8; 8, ovaire fendu suivant un placenta ouvert x 3; 9, ovaire,
coupe transversale x 4,5; 10, graine avec l'embryon en place dans l'albumen x 4,5.
Source : MNHN, Paris
— 234 —
une trentaine de fleurs. En outre, on observe quelquefois en dedans des
3 pétales oblongs deux pièces internes et plus courtes, et les 3 sépales
ovales-cordés sont presque semblables entre eux; les 5 styles sont courts
et l’ovaire présente 5 côtes assez saillantes; les grappes de cymes sont
presque sessiles (pédoncule de 3 mm). Comme chez d’autres espèces, on
trouve d’ailleurs des inflorescences très fournies au sommet des rameaux
et d'autres plus pauvres à leur base.
Outre les espèces décrites dans la « Flore de Madagascar et des
Comores », et qui sont représentées par des types ou par des isotypes à
l’Herbier du Muséum national d’Histoire naturelle, il existe une espèce
de Tisonia dont la publication semble avoir échappé à Perrier de la
Bâthie, lord de sa révision de la famille. C’est le T. Whitei, décrit par
A. W. Exell en 1931 dans le Journal of Bolany (p. 99-100) et qui est basé
sur un spécimen conservé au British Muséum et récolté par E. I. White
sur le bord de la piste à 15 miles (25 km) au nord d’Anaborano, dans la
province de Diego-Suarez.
C’est un grand arbre touffu, aux parties jeunes poilues, mais aux
pétioles également poilus, et qui s’écarte par là de l’espèce trouvée par
M Ue Keraudren. Le limbe, elliptique ou oblong-elliptique et acuminé
est aussi très différent. Parmi les espèces décrites dans la « Flore de
Madagascar », le T. Whitei se placerait dans le groupe à fleurs présentant
des pétales, et ses autres caractères le rapprocheraient des espèces à
feuilles coriaces, le T. Baroni et le T. rubescens. Exell a indiqué les
caractères qui le séparent de ces deux espèces, publiées autrefois par
P. Danguy. Nous remercions vivement M. Norman K. B. Robson, du
British Muséum, d’avoir bien voulu revoir le type du T. Whitei et nous
fournir des renseignements sur ses caractères.
Pour l’espèce découverte par M lle Keraudren, elle se place aussi
dans le groupe des Tisonia pourvus de pétales, mais elle est la seule où
la présence occasionnelle de pièces internes supplémentaires (générale¬
ment au nombre de deux) ait été signalée. Par ses feuilles coriaces, elle se
rapproche aussi du groupe du T. Baroni et de T. rubescens, mais ses
feuilles sont glabres de très bonne heure et ses stipules très caduques. Par
ses fleurs à sépales roses, puis nacrés, elle se rapproche du T. Baroni,
dont elle diffère cependant par ses inflorescences pouvant avoir une
trentaine de fleurs, au lieu d’une douzaine, ses bractées non rousses, les
pédicelles de 20-25 mm, les 3 sépales presque semblables longs de 12 mm
environ à l’anthèse, de 15 mm en jeunes fruits, les pétales oblongs, à
bords révolutés, l’ovaire glabre sauf sur les côtes bien marquées, et les
styles courts normalement au nombre de 5. Les ovules n’ont pu être
observés qu’une fois l’ovaire étant ordinairement perforé par un coléoptère
qui paraît friand de son contenu.
Tisonia Keraudrenae sp. nov.
Arbor parva ramosa mox glabra; rami novi 2-3 mm crassi, 10-20 cm
longi foliosi simul ae floriferi, cortice fusco, glabro mox crebre lenticellato ;
folia petiolata, stipulis caducissimis acutissimis, 2 mm longis; petiolo 5-7 mm
Source : MNHN, Paris
— 235 —
longa 1,5 mm crasso, in sectione alto, supra subpiano; lamina valide coriacea,
obovato-spatulata, apice rotunda truncata vel subemarginata, basi acuta
6-7 cm longa, 4-5 cm lata ; nervis supra modice, infra valide prominentibus,
secundarris utroque latere 5-6 obliquis, quoque ad marginem ante curvato
et cum anteriore connecto sed a margine 3-4 mm distante; inflorescentiis
aliis parvis in axillis foliorum superiorum, aliis floribundis defoliatis. Racemi
cymarum primum tcnuiter pubescentes pedunculo brevi (3-4 mm) pedicellis
gracilibus longis (2 cm); bracteis et bracteolis parvis triangulis; alabastra
rosea. Sepala satis valide membranacea, albo-nitida ovato-cordata, apice
rotundata vel obtusa, tenuiter reticulata, primum pubescentia, dein gla-
brata, per arthesin patula, sed in sicco erecta et partes interiores floris occul-
tantia; subaequalia, margine involuta per anthesin 12 mm longa, 10 mm
lata, postea 15 mm longa 13-14 mm lata. Petala 3 (-5?) oblonga plicata (sinu
introrso), sepalis breviora. Stamina multa filamentis petalis subaequilongis,
antheris subglobosis. Ovarium 5-costatum; styli brèves subrecti; stigmata
parva capitata. Fructus seplais accrescentibus et petalis clausus, parvus,
5-subalatus, 5-valvus, valvis subcrustaceis. Semen vtilgo unicum ovoideo-
acutum, apice apiculatum testa fusco-castanea; embryo rectus, seminc subae-
quilongus, radicula supera cylindrica cotyledonibus aequilonga. Cotyledones
subrotundi, basi subtruncati.
Typus : Keraudren 1680, in Herb. Mus. Paris.
Forêt de Sahafary, entre Diego et Anivorano, Madagascar, mars 1962.
Nous remercions très vivement le Dr. H. Sleumer, le réputé spécialiste
des Flacourtiacées, d’avoir bien voulu nous aider dans l’établissement de
cette nouvelle espèce.
Source : MNHN, Paris
NOTES PALYNOLOGIQUES
SUR QUELQUES ESPÈCES MALGACHES
ATTRIBUÉES A LA FAMILLE DES FLACOURTIACÉES
par Jacqueline Rethoré
Quelques pollens de plantes nouvelles ou critiques, considérées comme
appartenant à la famille des Flacourtiacées, ont été étudiées au cours des
mois derniers. Le résultat de ces études peut présenter de l’intérêt, en
raison des problèmes que pose l’attribution à cette famille, de certains
genres aux caractères un peu divergents i .
1. — Le genre Tisonia est original en raison de ses sépales très déve¬
loppés et accrescents. Mais l’ensemble de ses caractères permet de consi¬
dérer qu’il est une Flacourtiacée assez typique. Une espèce nouvelle,
T. keraudrenae, ayant été découverte récemment, l’étude palynologique
en a été faite, ainsi que celle de deux autres espèces du genre, T. coriacea
et T. leandriana, en vue de confirmer la position systématique de la
nouvelle espèce et de comparer les caractères palynologiques du genre
avec ceux d’autres genres de la famille des Flacourtiacées.
Le pollen de T. keraudrenae est tricolporé et longiaxe. En vue méri¬
dienne il est ovale avec un apex assez aigu ; en vue polaire, il est légèrement
trilobé. L’exine est réticulée et l’ectexine plus épaisse aux pôles que
l’endexine. Ces caractères se retrouvent chez le pollen de T. coriacea et
celui de T. leandriana. Ces trois pollens ont d’ailleurs des dimensions à
peu près semblables. Chez T. keraudrenae, P = 24 p et E = 15 p. Chez
T. coriacea, P = 24 g et E = 19 p. Chez T. leandriana, P = 27 p et
E = 17 p. Une ressemblance générale aussi nette entre les pollens de ces
trois espèces de Tisonia, vient confirmer l’appartenance, déjà établie à
partir d’autres critères, de T. keraudrenae au genre Tisonia.
C’est au niveau de la structure et de la sculpture de l'exine qu’appa¬
raissent entre ces trois pollens, quelques différences qui permettent de
les distinguer et de les reconnaître.
Chez T. coriacea, l’ectexine est à peu près de la même épaisseur que
l’endexine, sauf aux pôles où elle est un peu plus épaisse. Chez T. lean¬
driana, l’ectexine et l’endexine ont la même épaisseur dans le mesocolpium,
mais l’ectexine est, aux pôles, plus épaisse que l’endexine. Chez T. kerau¬
drenae, l’ectexine est beaucoup plus épaisse que l’endexine, en particulier
aux pôles.
Du point de vue sculpture, T. coriacea a une exine finement réticulée,
1. J’exprime ma vive gratitude à M. le Professeur Aubréville pour les facilités
accordées, à M m0 Van Campo et à M. Leandri pour leurs précieux conseils, et à M. le
Professeur Sthaka qui a bien voulu communiquer le manuscrit d’un travail du D r Pres-
Source : MNHN, Paris
237
PI. 1. — Tisonia coriacea : 1, vue méridienne x 250; 2 , vue polaire x 250. — T. leandriana :
3-4, comme 1 et 2. •— T. keraudrenae : 5 - 6 , comme 1 et 2 . — 7, Casearia lucida X 250. —
8, Sabouraea sarmentosa X 250; 9 , id. coupe de l'exine, de haut en bas : épines, tectum,
columelie (ectexine en gris), endexine (en noir).
Source : MNHN, Paris
— 238 —
surtout aux pôles; T. leandriana est réticulé en général, mais de très fines
columelles apparaissent aux pôles sous le réticulum; l’exine de T. kerau-
drenae est constituée par des columelles assez grosses qui supportent le
réticulum.
G. Erdtman a étudié les pollens de nombreux genres et espèces de
Flacourtiacées parmi lesquels ne se trouve cependant pas le genre Tisonia.
Mais la description générale qu’il donne des pollens des Flacourtiacées
correspond à ce qui a été observé sur ceux de T. coriacea, T. leandriana
et T. Iieraudrenae. Ges observations, compte tenu des autres caractères
de ces plantes, sont en faveur de l’idée d’homogénéité du genre Tisonia et
confirment son rattachement à la famille des Flacourtiacées. Bien entendu,
étant aussi peu nombreuses, ces observations ne peuvent conduire à
une conclusion définitive; elles apportent seulement quelques arguments
nouveaux.
2. — A titre de comparaison, le pollen d’une espèce d’un genre impor¬
tant, le genre Casearia, a été étudié. Du point de vue palynologique,
Erdtman considère que les Casearia sont bien à leur place parmi les
Flacourtiacées. Il a décrit le pollen des espèces C. argula et C. villelimba.
C’est celui du Casearia lucia qui vient d’être observé.
Ce pollen est tricolpé ou tricolporoïdé, faiblement longiaxe : P = 19 g,
E = 17 g, trilobé en vue polaire. Son exine est lisse. A l’équateur du
grain, une légère différenciation dans la structure du colpus semble
apparaître. Mais C. lucida dévie du type décrit par Erdtman en ce que
son endexine est particulièrement épaisse ; elle mesure 3,6 g sur un dia¬
mètre de 17 g. D’autre part on note dans les préparations la présence d’un
certain nombre de grains de pollen soudés par deux.
3. — Le genre Sabouraea, publié dans une des récentes livraisons
de cette revue, présente des caractères morphologiques qui tendent à le
faire ranger parmi les Flacourtiacées. En raison du caractère complexe
de cette famille, une confirmation palynologique de cette thèse par une
ressemblance nette du pollen de Sabouraea avec un des types palynolo-
giques déjà connus dans cette famille, aurait été du plus grand poids.
Malheureusement, cet argument continue à faire défaut, car les obser¬
vations ont montré un pollen nettement différent de tous ceux déjà
observés dans la famille des Flacourtiacées.
Sabouraea sarmentosa, en effet, a un pollen péricolpé; le nombre des
sillons répartis sur tout le grain est variable ; on en dénombre en général
une douzaine. L’exine a une structure complexe : des columelles sous un
tectum orné d’épines. La longueur de l’axe polaire est sensiblement égale
à celle du diamètre équatorial. Le grain est subsphérique. Mais ses dimen¬
sions sont variables et comprises entre 32 et 40 g.
En conclusion, ces trois types de pollen de genres considérés comme
appartenant à la famille des Flacourtiacées —- trois Tisonia, un Casearia,
un Sabouraea — sont tout à fait différents. Cela montre qu’une étude
palynologique approfondie de tous les genres et aussi espèces de Flacour¬
tiacées, offrirait un grand intérêt.
Source : MNHN, Paris
— 239 —
Bibliographie
Erdtman, G. — Pollen morphology and plant taxonomy (Angiosperms): 178 (1952).
Leandri, J. — Adansonia, nouvelle série, II, 2 : 224 (1962).
Presting, D. — Pollenmorphorlogie madagassischer Pflanzen familien. Publication
multigraphiée à Kiel : 57 et 72 (1962).
Van Campo, M. — Palynologie africaine, Bull. IFAN, Dakar, passim (1957 à 1960).
Source : MNHN, Paris
LAURACÉES NOUVELLES :
QUATRE BEILSCHMIEDIA DU GABON
par R. Fouilloy et N. Halle
RAPPEL SUR L’HISTOIRE,
LES LIMITES ET LES DIVISIONS DU GENRE.
Créé en 1831 par Nees (Wallich PI. As. Rar. 2 : 69, Lauracées), le
genre Beilschmiedia groupait primitivement toutes les Lauracées possé¬
dant les caractères suivants : 9 étamines fertiles à 2 loges par anthère,
2 cycles staminaux externes à déhiscence introrse, 3 e cycle à déhiscence
extrorse, 4 e cycle composé de 3 staminodes bien développés.
Depuis la révision de Kostermans en 1938, et à la suite des impor¬
tants travaux de Robyns et Wilczek en 1949-1950, on doit inclure dans
les Beilschmiedia deux anciens genres qui avaient déjà été reconnus
comme synonymes par Stapf en 1909. Ce sont : Tyloslemon Engl. (Bot.
Jahrb. 26 : 386 (1899), et Afrodaphne Stapf (Journ. Linn. Soc. Lond.
bot. 37 : 110 (1905).
Le genre Beilschmiedia ainsi remanié compte environ 200 espèces
réparties dans les régions intertropicales à raison d’environ 80 pour
l’Afrique (dont 9 à Madagascar 1 ), 80 pour l’Asie (y compris l’Insulinde),
20 pour l’Amérique et 20 pour l’Océanie.
Ce sont des arbustes ou des arbres, atteignant parfois de grandes
dimensions ; on en connaît à fût de 30 m de haut et de 0,50-1 m de diamètre
comme B. louisii Rob. et Wilcz. du Congo ex-belge, et B. congolana Rob.
et Wilcz. du Congo ex-belge et du Gabon. Les feuilles sont alternes ou
sub-opposées, souvent un peu coriaces, toujours simples et entières. Les
inflorescences sont axillaires ou pseudoterminales, très rarement termi¬
nales 2 , en grappes composées définies, paniculées. Les ramifications supé¬
rieures et ultimes sont généralement dépourvues de bractées s . Les fleurs
sont petites, de 1 à 5 mm de diamètre. Les fruits à développement supère
sont des baies drupacées presque sèches, monospermes.
Le genre très voisin Cryplocarya R. Br. (Prodr. I : 402, 1810), connu
de Malaisie, Madagascar, Afrique orientale et australe et d’Amérique du
1. Les espèces malgaches primitivement connues pour la plupart sous le nom
générique d 'Apollonius, ont été placées dans les Beilschmiedia par Kostermans en 1957.
Nous signalons en passant que les indications de > comb. nov. » ont été omises par
cet auteur et que les deux noms spécifiques, Beilschmiedia opposila et B. sericans, sont
erronés : il faut lire B. oppositi/olia et B. sericea.
2. Le B. mexicana (Mez) Kostermans (= Hufelandia coslaricensis Mez et Pittier)
présente des inflorescences définies terminales sur de courts rameaux axillaires (échant.
Tonduz 11713, Costa-Rica, in Herb. P).
3. Le B. roxburghiana Nees, d’Asie, type du genre, présente des bractées jusqu’aux
ultimes ramifications de l'inflorescence, contrairement à toutes les espèces africaines
que nous avons pu examiner.
Source : MNHN, Paris
— 241 —
PI. 1. — Horizontalement : A, Beilschtniedia preussioides R. Fouilloy et N. Hallé (Le Testu
6059); B, B. alala Robyns et Wilczek (Le Testu 8171); C, B. gangambiensis Robyns et
Wilczek (Le Testu 8274); D, B. paulocordala R. Fouilloy et N. Hallé (Le Testu 8778);
E, B. neolesleslui R. Fouilloy et N. Hallé (Le Testu 7002); F, B. pellegrini R. Fouilloy et
N. Hallé (Le Testu 7373). —• Verticalement : 1,1', 1", étamines du 1" cycle, face interne,
prolU et face externe; 2, étamines du 2 e cycle, face interne; 3, 3', 3", étamines du 3° cycle,
face interne, proül et face externe; 4,4', 4', staminodes du 4“ cycle, face interne, profl
et face externe; 5, pistil. — Remarque : les étamines de A, E, et F, non ouvertes, ont été
prélevées sur des boutons.
Source : MNHN, Paris
_ 242 _
Sud, diffère seulement par son fruit ± complètement recouvert par le
calice accrescent; un doute peut donc subsister sur le classement générique
des espèces dont on ne connaît pas le fruit. Notons qu’aucun Cryplocarya
n’a encore été rencontré en Afrique occieentale ni au Congo ex-belge.
En 1950, Robyns et Wilczek ont partagé les Beilschmiedia africains
en plusieurs groupes fondés sur des caractères de l’androcée. On peut les
distinguer par la clé qui suit.
1. Glandes annexes du 3 e cycle soudées au calice sous-genre Synthoradenia.
1'. Glandes annexes du 3 e cycle fixées au filet de l’étamine.
. sous-genre Stemonadenia (3 sections).
2. Filets des 2 premiers cycles variables mais non losangiques;
anthères à déhiscence introrse.
3. Longueur des filets au moins double de la longueur des
anthères dans les 2 premiers cycles... section Eubeilschmiedia.
3'. Longueur des filets ne dépassant pas la longueur des anthères
dans les 2 premiers cycles. section Hufelandia.
2'. Filets des 2 premiers cycles très élargis et losangiques; anthères
à déhiscence latérale subextrorse. section Acrothecon.
VARIATION DE L’ANDROCÉE
Dans certaines espèces de Beilschmiedia le 3 e cycle d’étamines est
stérile ou muni de rudiments d’anthères; par contre les staminodes qui
forment le 4 e cycle peuvent porter des loges polliniques rudimentaires.
La plante récoltée au Gabon par Le Testu sous le n°8274, ne diffère
du B. yangambiensis Rob. et Wilcz. que par son 3 e cycle fertile, alors
qu’il est bien stérile chez le type.
L’échantillon 8062 de Le Testu présente 4 cycles d’étamines fertiles;
il ne semble pourtant pas pouvoir être séparé du B. dinklagei (Engl.) Rob.
et Wilcz. auquel il ressemble beaucoup; les différences paraissent seule¬
ment de valeur variétale.
Rare et remarquable est la tendance à la réduction du nombre de
loges de l’anthère Certaines fleurs de l’échantillon du Cameroun, Zenker
4899, rattaché à B. frulicosa Engl, présentent des loges d’anthères juxta¬
posées bien que non confluentes, avec une valve commune continue qui
se relève transversalement à la déhiscence.
Malgré sa ressemblance avec les Beilschmiedia, nous croyons devoir
écarter de ce genre une plante gabonaise : Le Testu 6014, dont les étamines
des cycles 1 et 2 sont sessiles, uniloculaires et introrses. L’étude de cette
plante qui est nouvelle sera présentée ultérieurement.
POSITION DES ESPÈCES NOUVELLES
L’examen des échantillons africains de l’herbier du Muséum de Paris
a permis le classement de 76 espèces dont 4 nouvelles; soit 22 espèces
dans le s.-g. Synthoradenia, 20 dans la section Eubeilschmiedia, 22 dans
Source : MNHN, Paris
— 243 —
celle des Hufelandia (soit 10 Lalae, sous-section où les filets sont larges,
4 Attenuatae à filets rétrécis vers la base et 7 Sessiles à filets nuis), 12 enfin
dans la section des Acrothecort. Les 4 espèces nouvelles décrites ci-après
s’insèrent comme suit dans les différentes sections.
Eubeilschmiedia.
1. Ovaire velu.
2. Périanthe pubescent intérieurement.. B. preussii Engl. (obs. 1).
2'. Périanthe glabre intérieurement. 1 .B. preussioides sp. nov.
V. Ovaire glabre. toutes lès autres espèces de la section.
Hufelandia.
1. Feuilles à la fois larges et un peu cordées; filets staminaux larges
(sous-sect. Latae) . 2. B. paulocordata sp. nov.
1'. Plantes n’ayant pas à la fois les caractères précédents.
. toutes les autres espèces de la section (obs. 2)
Acrothecon.
1. Cycle 3 fertile; bractées persistantes.
2. Feuilles papyracées; fleurs glabres. 3 .B. neoletestui sp. nov.
2'. Feuilles coriaces; fleurs pubérulentes. 4. B. pellegrini sp. nov.
1'. Cycle 3 stérile, bractées caduques.
. toutes les autres espèces de la section.
Observations
1. B. preussii Engl, est figuré (Bot. Jahrb. 26 : 387, t.9, 1894)
d’après le type camerounais Preuss 1272, avec des étamines à longs filets
et paraît bien être à sa place dans les Eubeilschmiedia ; toutefois si l’on
considère avec Robyns et Wilczek que la place de cette espèce est parmi
les Hufelandia, le B. preussioides reste alors seul à posséder un ovaire velu
dans la sect. Eubeilschmiedia.
2. Deux autres espèces à feuilles cordées sont les suivantes : B.
auriculala Rob. et Wilcz. de la sect. Acrothecon, B. sessilifolia (Stapf) Rob.
et Wilcz; bien que rapporté aux Hufelandia sous-sect. Lalae, par Robyns
et Wilczek, le type de l’espèce a les anthères sessiles.
Trois des espèces décrites sont de la région de Lastoursville, la
quatrième est de la Haute-Ngounyé, Mayombe. Ce sont les riches et
admirables récoltes de G. Le Testu qui sont, pour toutes les familles
forestières, la base essentielle de la Flore du Gabon. Il en est ainsi notam¬
ment pour la famille des Lauracées dont nous avons entrepris la rédaction
pour cette Flore.
1. Beilschmiedia preussioides R. Fouilloy et N. Hallé sp. nov.
Ab omnibus Eubeilschmidiis, pubescentia ovarii differt. Affinis B. preussii
Engl, sed lobis perianthii intrinsecus glabri, foliis haud acuminatis, stami-
Source : MNHN, Paris
— 244 —
long; 9, bractée (long. 5 mm).
Source : MNHN, Paris
— 245
nibus cycli primi glandulis destitutis, staminodiis cordiformibus differt.
Arbor (?) summis tenuiter puberulis. Internodia 0,5-l(4) cm longa,
4-5 mm lata, glabra, fusca, paulo striata, ad maturitatem griseo-flava. Gem-
mae terminales 1 cm longae, arctae et acutae, ochraceae puberulae. Folia
alterna, pubescentia juvenili subtercaduca. Petiolum 8-12 mm longum
glabrum, in parte superiore canaliculatum marginatum. Lamina coriacea,
fusco-rubra concolora glabra elliptica, 15-30 X 6-12 cm, basi subacuta
angulo 60-90°; apice sublanceolata haud acuminata. Mediana supra depressa.
Nervi latérales utrinque 8-12 arcuati ascendentes; réticulum pracipue subter
prominulum.
Inflorescentiae paniculatae axillares ad summa collatae sublaxatae,
11-17 cm longae brunneae puberulae pedunculo 5-15 mm longo, rhachidi
in sicco tacniato; rami praecipui cire. 5-7, inferioribus oppositis, ceteris
i altérais unaquaque floribus 20-100 ^ glomeratis. Bracteae caducis-
simae; superiores naviculatae ochraceae puberulae cire. 5 mm longae. Pedi-
cellus 0,8-2 mm longus, cire. 0,4 mm latus, dense et breviter brunneo-pube-
rulus. Alabaster sphaericus 2 mm, griseo-fulvus puberulus. Receptaculum
carnosum infundibuliforme angulo cire. 90° declivatum, intrinsecus pube-
rulum. Perianthium lobis 6 aequalibus rotundatis 1,2 mm latis, intrinsecus
glabris, fuscis. StamiDa ordinum primi et secundi 1 mm longa, 0,5 mm lata
marginibus filamentorum, loculis binis introrsis; ordinis tertii, filamentis
0,25 mm latis villosis, loculis binis latero-extrorsis, glandulis basis subsphae-
ricis 0,4 mm longis; quarti ordinis, staminodiis cordiformibus, filamentis
arctis brevibus villosis. Ovarium praecipue in partem superiorem villosum;
Stylus ovario aequilongus, glaber subulatus. Fructus ignotus.
Typus : Le Testu 6059, Mongoumou, Haute-Ngounyé, 6 sept. 1926
(P.).
2. Beilschmiedia paulocordata R. Fouilloy et N. Hallé sp. nov.
Inter Hufelandias, B. jabassensi (Engl, et Kr.) Kosterm. ex. descriptione
cognito admis, petiolis brevioribus, floribus majoribus, lobis perianthii
intrinsecus glaüris, stylo subulato et inflorenscentiis minoribus differt.
B. kostermansianae Rob. et Wilcz. affinis sed foliis maximis ample pauci-
cordatis, inflorescentiis maximis et filamentis antheiis aequilongis, differt.
Arbor (?) ramis novis fuscis glabris, internodiis 1-5(8) X 0,2-0,6 cm.
Gemmae terminales puberulae ochraceae, arctae acutaeque, 6-7 cm longae.
Folia alterna vel subopposita; petiolum 4-6 X 2-3 mm. Lamina glabra, char-
tacea vel subcoriacea, fulva subconcolora, supra vix olivacea, subter vix
fusca, elliptica, 14-27 X 6-14 cm; basis subcortada vel cordata; acumen
acutum 5-12 mm longum. Nervi latérales untrinque 8-10 subter proémi¬
nentes. Réticulum supra et subter prominulum.
Inflorescentiae 1-3(5) parce puberulae, paniculatae axillares ad extre-
mitates ± glomeratae, 5-9 cm longae, pedunculo glabro 5-15 mm longo
incluso. Rhachis paulatim pubcrula, ramis praecipuis 5-7, ramis secundariis
10-30 floribus. Bracteae in rhachidi, raro in axibus lateralibus insessae, caducis-
simae, 3-4 mm longae, exterius ochraceae puberulae. Pedicellus 1-2 mm longus
Source : MNHN, Paris
— 246 —
puberulus. Flos 1,8-2,5 mm diam parce puberulus ; receptaculum cupulatum
iuterius parce pubeiulum; lobi 6 ad apicem subcucullati int.orsi, margine
ciliato, 1 mm alti. Stamina ordinum primi et secundi 0,6-0,8 X 0,4-0,5 mm;
filamentum subtaeniatum, anthcra aequi longum, ad imum angustius,
exterius et interius puberulum; anthera apice subemarginato, loculis 2 intror-
sis. Terrtius ordo minor, uniuscujusque staminis filamento arcto, loculis 2
latcralibus subextrorsis ; glandula globosa sicut filamentum longa. Quai tus
ordo staminodiis cordiformibus 0,5 mm longis, exterius puberulis. Pistillum
glabrum; ovarium ovoïdeum sicut stylum attenuatum longum. Fructus
ignotus.
Typus : Le Testu 8778, Lécala, région de Lastoursville, 27 avr.
1931 (P.).
La description ci-dessus a été établie exclusivement d’après le
type. A la même espèce nous rattachons le spécimen suivant, provenant de
la même région : Le Testu 8348, Imeno 15 sept. 1930. Il diffère du type
comme suit : jeunes rameaux revêtus d’une dense et rase pubescence ;
limbe un peu plus coriace et un peu plus grand atteignant 38 cm de long
et 16,5 cm de large, à sommet plus lancéolé paraissant moins nettement
acuminé. Inflorescences plus vigoureuses atteignant 16 cm de long, à
pubescence très fine et assez dense sur le rachis y compris le pédoncule,
et au contraire éparse ou très faible sur les axes supérieurs et les fleurs.
Les caractères floraux, spécialement tous les caractères internes, ne pré¬
sentent aucune différence notable, d'où notre opinion sur la place systé¬
matique de cet échantillon. Il est à noter que l’aspect des rameaux est ici
assez voisin de B. koslermansiana Rob. et Wilcz.; ce caractère est plus
sensiblement différent entre cette espèce et le type de B. paulocordala.
3. Beilschmiedia neoletestui R. Fouilloy et N. Hallé sp. nov.
Inter Acrotheca B. pellegrini R. Fouilloy et N. Hallé admis, staminibus
tertii ordinis fertilibus etsi non tam latis similis; attamen foliis papyraceis,
bracteis praecipuis inteidum caducis, pedicellis longioiibus, receptaculo
alto, stylo longue subulato differt.
Arbor dumiformis novellis tenue puberulis, internodiis glabresccntibus
0,3-4(8) X 0,2-0,4 cm. Gemmae terminales arctae acutae 3-6 mm longae,
exiliter rufae ochraceae puberulae. Folia alterna vel subopposita, saepe
ad extremitates conferta. Petiolum 5-12(14) mm longum novellis pilis caducis.
Lamina papyracea glabra, subconlocara fusca, clliptica, (5)8-15(20) X 2-7 cm;
basis et apex acuti vel peracuti; acumen inconspicuum vel nullum. Mediana
supra deprcssa; nervi latérales utrinque (6)7-10; réticulum super subterque
prominulum.
Inflorescentiae paniculatae axillares, 1-3 ad extremitates consertae,
5-8 cm longae, pedunculo glabrescenti 18-27 mm longo incluso, unaquaque
50-100-flora, rhachidi pubeiulo. Bracteae ^ perstantes cucullatae 3-4 mm
longae sericeae ochraceae puberulae; inferiores oppositae interdum caducae.
Racemi praecipui latérales interdum bibracteolati, arbusculo florifero
Source : MNHN, Paris
8, fleur en bouton (diam. 1 mm) ; 9, coupe en long.
Source : MNHN, Paris
— 248 —
glabro. Pedicellus (l)2-4(6) mm longus glaber. Flos in vivo rubens 2 mm
diam. Receptaculum altum subcylindricum carnosum, punctis translucidis in
flore fervefacto madefacto observatis, interius et exterius glabrum. Lobi
6 rotundati, quam receptaculum minores, exterius gibbosi convexi et apicem
pubescentes, sicut receptaculum punctiferi. Stamina ordinis primi ad secundi
dilatata ad imum angustiora, 0,6-0,8 mm longa et lata, villosa, introrsa
arcuata, connectivo intus prominulo. Stamina ordinis tertii saepe fertilia
loculis lateralibus et filamento minore, glandulis basis globosis, ad imum
applicatis et amplexatis. Quartus ordo staminodiis 0,4 mm diam., subro-
tundatis vel sublanceolatis exterius puberulis. Ovarium lageniforme glabrum,
in stylo longo attenuatum. Fructus ignotus.
Typus : Le Testu 7002, bords de l’Ogooué, Lastoursville, 3 mars
1929 (P).
Nous dédions cette espèce à M. G. Le Testu collecteur de toutes nos
nouveautés. Le nom spécifique de Le-Testui attribué en 1928 à un Tylos-
lemon et tombé depuis en synonyme avec le Beilschmiedia cinnamomea
(Stapf) Rob. et Wilcz., ne pouvait être repris que sous une forme nouvelle
pour éviter toute confusion.
4. Beilschmiedia pellegrini R. Fouilloy et N. Hallé sp. nov.
Ab omnibus Acrothecis, B. neolestetui excepto, tertio ordinc fertili differt ;
a B. neolestetuo foliis coriaceis, receptaculo et stylo brevibus, infloiescentiis
contractis, a B. georgii Rob. et Wilcz. receptaculo intus glabro, differt.
Arboi (?) ramis novis nigris glabris. Internodia extremitatum 0,5-2(3)
X 0,2-0,4 cm, incremento perfecto cortice griseo-ochraceo. Gemmae termi¬
nales arctae et acutae puberulae ochraceae, 5-8 mm longae. Folia alterna
vel subopposita; petiolus 6-10 X 1,2-2 mm. Lamina coriacea glabra conco-
lora fusca, elliptica, plicata falciformis ad medianam, 6-13(17) X 3-7(8,5) cm,
haud acuminata, angulo basis et apicis cire. 60°. Nervi latérales utrinque 7-9,
6ubter et insuper prominuli.
Inflorescentiae arbusculiformes subglobosae pedunculo incluse (2)3-6 cm
longae, ad extremitates foliis vel squamis caducis axillatae; pedunculus
glaber 1-2,7 cm longus, bracteis 2 oppositis, 5-3 mm longis, ad apicem partis
indivisae robuste insertis; rami i compressi ochracei puberuli; bracteae
superiores naviculatae ± alternae, perstantes, exterius dense ochraceae
puberulae sericeae, intus glabrae; ramuli haud bracteolati. Pedicellus glaber
1,5-3 X 0,3 mm. Alabaster 1 mm diam. glaber, apice truncato puberulo.
Receptaculum carnosum breve in fundibuli forme 0,7 mm altum, intus gal-
brum, superne pauciciliatum. Perianthium lobis 6 aequalibus in ordinibus 2,
apice rotundatis et exterius puberulis, cire. 0,6 mm altis. Stamina ordinum
primi et secundi 0,5 mm longa, apiculata, marginibus dilatatis rotundatis,
ad imum antherae puberula, loculis 2 subextrorsis ; tertius ordo staminibus
altitudine apiculoque similibus, unoquoque cum glandulis 2 lateralibus
globosis; quartus staminodiis 0,2 mm longis, rotundatis compressis glabris.
Ovarium ovoïdeum in stylo brevi attenuato. Fructus ignotus.
Typus : Le Testu 7373, Lastoursville, 8 juin 1929 (P).
Source : MNHN, Paris
— 249 —
Nous dédions cette plante à M. François Pellegrin, sous-directeur
honoraire au Muséum de Paris, en témoignage de gratitude pour avoir
dirigé le début de nos recherches sur les Lauracées gabonaises.
Bibliographie sommaire
Engler. — Bot. Jahrb XXVI : 386-390 (1899).
Hutchinson et Dalziel. — F. W. T. A. 2nd ed. rev. by Keay I : 56 (1954).
Kostermans A. J. G. H. — Révision of the Lauraceae V, Mededeel. bot. Mus. herb.
Rijksum. Utrecht 48 : 837-865 (1938).
- Le genre Beilschmiedia à Madagascar, Pengumuman For. Res. Inst. Indon.,
Bogor, 56 (jan. 1957).
I.emée A. — Dictionnaire des genres, Brest (1929-1951).
Olivier. —• F. T. A., VI : 173-186 et suppl. 1020-1024 (1909).
Robyns et Wilczek. — Bull. Jard. Bot. Brux. XIX : 459 (1949) et XX : 197 (1950).
— Flore du Congo Belge II : 403-442 (1951).
Source : MNHN, Paris
NOTES CYPEROLOGIQUES
I. AFROTRILEPIS, NOUVEAU GENRE AFRICAIN
par J. Raynal
La découverte dans des récoltes ouest-africaines de P. Jaeger
d’une nouvelle Cypéracée nous a amené à revoir un problème déjà plu¬
sieurs fois traité depuis une centaine d’années, et dont Gilly (9) a donné
en 1943 l’aspect le plus récent. Il s’agit de la délimitation des genres au
sein du groupe d’espèces réunies par Boeckeler dans le genre Trilepis
Nees.
Ces espèces ont pour la plupart changé plusieurs fois de genre depuis
leur création, tant les avis ont varié d’un auteur à l’autre. Il nous sera
donc nécessaire d’en retracer un historique, que nous voulons bref, car
Gilly l’a déjà exposé de façon détaillée.
En 1834, Nees von Esenbeck (16) crée le genre Trilepis, fondé
sur deux espèces dont l’éloignement systématique lui fut caché par une
forte convergence dans la morphologie de l’épillet, question que nous
étudierons plus loin. En 1836 cependant, Endlicher (8), soupçonnant
l’hétérogénéité du genre de Nees, le scinde en deux sections, qu’il nomme
respectivement Dilepis et Trilepis. La création de cette dernière, fondée
sur l’espèce américaine T. Ihotzkiana Nees, typifiait en quelque sorte le
genre de façon définitive. Ajoutons que ces deux auteurs plaçaient le
genre dans la tribu des Elyneae.
En 1837, Kunth (13) décrit sur un matériel différent mais conspé-
cifique avec T. Ihotzkiana, le genre Finlelmannia (espèce F. reslioides Kth)
dans la tribu des Sclerieae.
En 1842, Nees (17) amende sa description de 1834 du genre Trilepis
en excluant la section Dilepis Endl., qu’il reconnaît comme appartenant
au genre Kobresia. Pourtant, cet amendement, postérieur de cinq ans
à la publication de Finlelmannia par Kunth, ne saurait être retenu
contre ce dernier nom ; c’est bien la typification de Trilepis par Endlicher
qui ôte la confusion première attachée à ce nom prioritaire.
Par la suite, les auteurs ont reconnu ou méconnu la validité du nom
de Nees, et employé soit Trilepis soit Finlelmannia pour désigner ces
espèces et leurs affines.
En 1851, Richard (21) publie pour une Cypéracée est-africaine
le genre Eriospora (fondé sur E. abyssinica Hochst. ex A. Rich.) mais le
place à tort dans les Rhynchosporeae.
Ce nom devait être reconnu beaucoup plus tard comme illégitime,
un Eriospora Berkel. & Broome ayant été valablement publié en 1850
pour un genre de Champignons. Hutchinson (11) le remplaça alors
par Catagyna P. Beauv. ex Lestib.; cette tentative malheureuse était
Source : MNHN, Paris
— 251 —
fondée sur une synonymie fausse, introduite de longue date, d’abord
sous toutes réserves par Bentham & Hooker (3,4) puis avec un simple
point d’interrogation par Pax (19) et Bâillon (1), recopiée enfin sans
restriction aucune dans l’Index Kewensis, puis par Dalla Torre &
Harms (7). Le genre Calagyna n’était alors connu que parla description très
insuffisante de Lestiboudois (15); l’échantillon-type manquait. Gilly (9),
constatant l’erreur d’HuTCHiNSON, le supposa synonyme de Scleria,
et trancha la question en créant pour les Eriospora Hochst. le nomen
novum Coleochloa.
Nous avons pu retrouver récemment à Paris l’échantillon original
de Du Petit-Thouars, type de Calagyna, très pauvre (fragment d’inflo¬
rescence acccompagné d’un dessin), et annoté de la main même de Palisot
de Beauvois. Il s’agit bien d’un Scleria, mais une détermination plus
poussée semble très aléatoire, d’autant que l’échantillon ne porte aucune
mention de localité.
En 1875, Boeckeler (5) met Eriospora Hochst. ex Rich. en syno¬
nymie de Trilepis Nees, et adjoint aux deux espèces connues une troi¬
sième provenant d’Afrique Occidentale, T. pilosa Bock. Il restera le seul
auteur à ne considérer qu’un seul genre dans le groupe qui nous intéresse.
Plus tard, une espèce découverte à Madagascar est d’abord classée
comme Finlelmannia ou Trilepis, avant que Clarke (6) suivi de Pfeif¬
fer (20) ne la rapprochent, avec juste raison, des Eriospora alors connus.
Ces derniers auteurs donnaient le pas aux caractères tirés de la mor¬
phologie de l’inflorescence et de la fleur dans la délimitation des genres.
Cette solution ne satisfit pas Gilly (9), qui mit en valeur le caractère
très particulier et homogène de l’appareil végétatif des espèces est-afri¬
caines et malgache. Pensant d’autre part que T. pilosa Bôck. avait été
réuni aux autres espèces africaines plutôt qu’aux américaines par crainte
d'invraisemblance phytogéographique, il préféra pour sa part l’unir
à ces espèces sudaméricaines, ce qui lui permit par ailleurs d’exposer
de très intéressantes hypothèses sur les anciennes relations entre les deux
continents.
Pour appuyer sa thèse, il donnait des raisons morphologiques très
convaincantes, réunissant les faits concernant l’appareil végétatif et
ceux observés dans l’inflorescence. Il divisait finalement le groupe en
deux genres, faisant passer la coupure entre les espèces ouest- et est-afri¬
caines ; il laissait persister néanmoins une séparation, au sein du genre
Trilepis, entre les taxa sudaméricains (sous-genre Eutrilepis Gilly) et
ouest-africain (sous-genre Afrolrilepis Gilly).
Le raisonnement de Gilly s’appuyait malheureusement, comme
nous le verrons, sur une observation erronée, vraisemblablement due à
la rareté du matériel africain dans les herbiers américains, seuls acces¬
sibles pour lui en 1943.
En 1953, Nelmes (18), révisant les Coleochloa, souscrivait entière¬
ment aux conclusions de Gilly, en y ajoutant toutefois une opinion sur
la structure de l’akène que nous considérons comme inexacte.
Nous avons tenté de résumer les vicissitudes nombreuses qui affec-
Source : MNHN, Paris
ENDLICHER 1836
STEU8EL 1855
BOECKELER 1875
PFEIFFER 1922
RAYNAL 1962
américaines
(Elyneae)
(Elyneae)
sect.
Trilepis
(Elyneae)
t ENDLICHER)
espèces
ouest-af ricaines
est-africaines
Eriospora
(Rhynchosporeae)
(recopié de
H0CH5TETTER)
(Cariceae)
Fintelmannia
(Cryptangieae)
Fin telmannia
(Sclerieae)
Fintelmannia
(Sclerieae)
(Sclerieae)
a (Sclerieae)
a (Sclerieae)
T rilepis (Lagenocarpeae)
subgen. » subgen.
Eutrilepis 1 Afrotrilepis
Trilepis Afrotrilepis
(Sclerieae) I (Sclerieae)
Coleochloa
malgache
(Sclerieae)
(Sclerieae)
(Lagenocarpeae)
1 o a (Sclerieae)
Source : MNHN, Paris
— 253 —
tèrent les taxa de ce groupe dans le tableau de la pl. 1. Nous n’avons pas
fait figurer ici le genre monospécifique ouest-africain Microdracoides
Hua, qui complète l’ensemble très spécial de ces Sclériées à akène mem¬
braneux et soies hypogynes, dont les affinités internes, tant morpholo¬
giques qu’écologiques, sont si étroites. En effet, Microdracoides, très
fortement individualisé, est toujours demeuré à l’écart des remaniements
subis par les Trilepis et Coleochloa. Nous avons par contre ajouté au
tableau, pour une meilleure compréhension de l’histoire du nom Trilepis
Nees, l’espèce Kobresia royleana (Nees) Bôck., ceci malgré son éloignement
systématique, sur lequel tous les auteurs modernes s’accordent.
Gilly a distingué deux « types » végétatifs dans l’ensemble des
espèces de Trilepis et Coleochloa :
Le « type 1 » correspond au genre Trilepis, sensu Gilly : plantes en
touffes ou arbustiformes, à tiges ligneuses ramifiées au-dessus du sol;
feuilles tristiques; gaînes tubulaires, entièrement fermées sur toute leur
hauteur; ligule de type sclérioïde, consistant en une prolongation de la
face de la gaine opposée au limbe, au-dessus de l’insertion de ce dernier.
Limbe foliaire longtemps persistant, sans zone d’abscission à sa base.
Le « type 2 » est celui des Coleochloa : plantes semi-herbacées à tiges
courtes, stolonifères ou cespiteuses. Feuilles distiques; gaînes comprimées,
ouvertes presque jusqu'à la base du côté ventral; ligule de type grami-
noïde, consistant en une bande de tissus plus ou moins déchirés ou ciliés
en travers de la base du limbe. Limbe rapidement caduc par formation
d’une zone d’abscission à la jonction avec la gaîne.
En fait, ces caractères avaient déjà été notés pour la plupart par
Clarke (6), qui s’appuyait sur eux pour diviser ses Eriospora en Sclerii-
joliae (E. pilosa) et Graminijoliae (actuels Coleochloa). Mais Clarke
ne semble pas leur avoir donné toute l’importance que leur attribue
Gilly, et qu’ils méritent. En effet, le genre Coloechloa doit être isolé,
non seulement pour ses extraordinaires caractères graminoïdes, mais
encore pour l’homogénéité même de ces caractères parmi les diverses
espèces, qui ne diffèrent guère les unes des autres que par des largeurs
de feuilles, des tailles d’épillets, des variations de pilosité.
L’homogénéité du « type 1 » (Trilepis sensu Gilly) n’est pas aussi
grande ; il semble que l'auteur, dans son désir d’unir les espèces améri¬
caines au T. pilosa, ait passé sous silence un fait curieux : la ligule de
T. pilosa (et d’A/rolrilepis Jaegeri) est en réalité double, c’est-à-dire
à la fois sclérioïde (prolongation ventrale membraneuse de la gaîne) et
graminoïde (ligule de poils à la base du limbe) (pl. 2, B3). A cet égard, ces
plantes se trouvent donc être exactement intermédiaires entre les Eulri-
lepis et les Coleochloa.
Les deux espèces ouest-africaines ont également en commun un
curieux caractère : le repli qui affecte la face membraneuse, opposée
au limbe, de la gaîne. Ce repli longitudinal évoque fortement la possi¬
bilité d’une formation de cette gaîne entière à partir d’une gaîne ouverte
de type Coleochloa, par soudure des bords.
L’étude des ligules montre en fait qu’il n’y a pas de véritable oppo-
Source : MNHN, Paris
— 254
B 2
C 2
PI. 2. — Gaines et ligules : (X 5), A, Trilepis Ihozlkiana Nees; B, Afrolrilepis pilosa (HOck.)
J. Rayn.; C, Coleochloa abyssinien (Hochst. ex A. Rich.)Gilly— 1, gaine et base du limbe,
vue ventrale; 2, section transversale de la gaine; 3, ligule, vue interne après ouverture de
la gaine et du limbe le long de la nervure principale. — Dessin de A. Raynal..
Source : MNHN, Paris
— 255 —
sition chez ces plantes entre « type sclérioïde » et « type graminoïde » ; les
aspects divers obtenus résultent de proliférations différentes d’un même
tissu. Il semble bien qu’on ait, plutôt que deux types végétatifs extrê¬
mement tranchés, un passage assez progressif selon une ligne Eulrilepis —
Afrolrilepis — Coleochloa (pl. 2).
Du point de vue des caractères de l’appareil végétatif, la discon¬
tinuité la plus frappante demeure bien entre Afrolrilepis et Coleochloa;
nous conserverons donc, pour ne pas compliquer l’exposé, les deux « types »
1 et 2 de Gilly.
C’est la morphologie de l’épillet que tous les auteurs précédant
Gilly ont considéré comme caractère principal, suivant en cela une tradi¬
tion solide. Pfeiffer (20), en particulier, sépare très nettement les
Trilepis américains aux épillets uniflores, donc unisexués, des Eriospora
africains, dont l’épillet généralement biflore peut être soit unisexué
soit androgyne; cet auteur ajoute que chez Eriospora les fleurs femelles
sont basilaires, tant dans l’épillet que dans l’inflorescence, et oppose
cet état aux épis de Trilepis, composés au sommet d’épillets femelles,
à la base d’épillets mâles. En fait, il n’y a pas là de distinction à faire,
car chez Eriospora les épillets inférieurs ne sauraient être femelles qu’excep-
tionnellement : nous n’avons jamais observé ce cas; normalement les
épillets sont mâles à la base de l’épi, puis androgynes, enfin femelles aux
sommet (ces derniers sont exceptionnels chez la plupart des espèces, mais
semblent être la règle chez Coleochloa selifera). Les épis sont donc bien
essentiellement protandres comme chez Trilepis, quoique les épillets
bisexués soient protogynes.
Gilly définit trois « groupes » d’après les caractères floraux :
Groupe A : épillets tous bisexués (fleur femelle basale, surmontée
de 1-2 fleurs mâles); les épis sont donc semblables et bisexués. L’akène
n’est nettement trigone qu’au sommet.
Groupe B : épillets soit androgynes comme ceux du groupe A, soit
mâles et 1-2 flores; les épis sont bisexués mais les épillets mâles sont
groupés à leur base. Les akènes sont nettement trigones sur toute leur
longueur.
Groupe C : épillets normalement uniflores, unisexués. Les épis sont
soit unisexués, soit bisexués protandres. L’akène est de section subcy¬
lindrique, sauf à l’apex trigone.
Ayant ainsi délimité deux « types végétatifs » et trois « groupes flo¬
raux », Gilly classe ainsi les taxa :
« type » « groupe »
Trilepis subgen. Afrolrilepis 1 A
Trilepis subgen. Eulrilepis 1 C
Coleochloa 2 B
Il apparaît immédiatement que, dans ces conditions, les deux sous-
genres de Trilepis sont plus proches l’un de l’autre que de Coleochloa; la
délimitation de Gilly est alors parfaitement justifiée.
Mais ce raisonnement contient à la base une erreur d’observation :
Source : MNHN, Paris
— 256 —
PI. 3. — Diagrammes d'épillets; A, épillet Ç de Trilepis Iholzkiana Nees; B, épillet Ç de Kobrcsia
royleana (Nees) BOck.; C, épillet androgyne des A/roIrilepis et Coleochloa; D, diagramme
donné par Kern de l’épillet androgyne des Scleria subgen. Hypoporum ; E, épillet des
Scleria subgen. Hypoporum, selon nous; F, Akène de A/roIrilepis pilosa (BOck.) J. Bayn.
var. Iricliocarpa J. Rayn. ( x 20). — Dessin de J & A. Raynal.
Source : MNHN, Paris
— 257
le « groupe A » n’existe pas. Nous avons pu disséquer un grand nombre
d’épis et d’épillets de Trilepis pilosa, de provenances très diverses : les
inflorescences correspondent toujours exactement au « groupe B », et
sont construites sur un plan absolument identique à celles de Coleochloa :
épillets typiquement biflores, mâles à la base de l’épi, androgynes au
sommet (fleur inférieure femelle, supérieure mâle). D’autre part l’akène
de T. pilosa est aussi nettement trigone que celui de Coleochloa.
La différence entre les « groupes » B et C (celle qui permettait à
Clarke et Pfeiffer de séparer Trilepis d ’Eriospora) est en outre plus
marquée que ne semble l’indiquer Gilly; elle intéresse non seulement le
nombre de fleurs de l’épillet, mais encore son architecture entière : nous
avons figuré les diagrammes de l’épillet dans les deux groupes (pl. 3,
A et C), diagrammes qui, si l’on excepte la possible disparition des deux
petites glumes vides basales du « groupe B », sont remarquablement
constants d’une espèce à l’autre.
Le tableau des caractères est ainsi modifié :
« type « groupe »
Trilepis subgen. Eulrilepis 1 C
Trilepis subgen. A/rolrilepis 1 B
Coleochloa 2 B
On peut mettre en évidence les filiations possibles entre ces trois
groupes d’espèces :
r>v;
! > 2 B 1C-1B-2B
! 1C i
selon Gilly selon nous
Nous sommes donc amené, à la suite de nos observations, d’une part
à donner la même importance aux caractères floraux et végétatifs (alors
que Gilly se trouvait conduit à baser sa distinction principalement sur
ces derniers); d’autre part à considérer que les trois groupes de taxa,
également différenciés, doivent avoir même rang systématique. Ceci
entraîne :
— soit à réunir l’ensemble des espèces en un grand genre (solution
de Boeckeler) avec trois sous-genres.
— soit à distinguer trois genres, dont le nouveau sera l'ouest-afri-
cain, les deux autres étant déjà typifiés.
C’est à la seconde solution que nous nous arrêterons, en élevant au
rang générique le sous-genre Afrolrilepis Gilly. Nous pensons que la
réunion de tous les taxa dans le genre Trilepis Nees rendrait celui-ci trop
hétérogène; contrairement à une tendance actuelle chez certains spécia¬
listes de cette famille, nous ne sommes pas d’avis de réunir au niveau
générique tous les taxa dont on reconnaît les affinités : depuis Kukenthal
Source : MNHN, Paris
— 258 —
le genre Cyperus est hypertrophié, et d’une hétérogénéité considérable ;
il a fallu par la suite en détacher de nouveau au moins les Pycreus. Nous
croyons plus utile de distinguer des genres suffisamment homogènes et
reconnus aussi naturels que possible, quitte à noter leurs affinités par des
regroupements plus détaillés en sous-tribus et tribus. Le genre ne doit pas
être une entité taxinomique trop vaste.
Enfin, dans le cas présent, la création du genre Afrolrilepis est la
solution entraînant le moins grand nombre de remaniements dans la
nomenclature (une seule combinaison nouvelle).
AFROTRILEPIS (Gilly) J. Raynal, stal. nov.
Trilepis Nees subgen. Afrolrilepis Gilly, Brittonia, 5, 1 : 15 (1943).
Eriospora auct. : Benth. in Hook. le. PI. 14 : 30, t. 1342 (1881); Benlh. et Hook.
Généra Plantarum 3. 2 : 1070 (1883); Clarke, in Thiselt. - Dyer, Fl. Trop. Afr. 8 :
511 (1902), el al. pro minore parle (E. pitosa (Bôck.) Benth.), non Hochst- ex A. Hicli.
(sensu slriclo) nec Berkel. and Broome.
Calagyna auct. : Hutch. in Hutcli. and Dalz., Fl. West Trop. Afr. 2 : 490 (1936),
non P. Beauv. ex Lestiboudois, Essai sur la famille des Cypéracées : 26 (1819).
Descr. emend. : Spiculae saepissime biflorae, inferiores masculae, supe-
riores androgynae flore foemineo basali, vel rarisssime foemineae. Achaenia
trigona. Vagina folii biligulata, juvenilis integra, vêtus longitudine lissa.
Species adhuc cognitae 2 : A. pilosa (Bock.) J. Raynal, typus generis,
et A. Jaegeri J. Raynal sp. nov.
Clef des espèces
— Feuilles longues (dépassant 10 cm, souvent beaucoup plus lon¬
gues, plante robuste généralement en touffes; tige pouvant s’al¬
longer mais garnie de feuilles sur une faible longueur. Akène à
bec scabre ou cilié. A. pilosa.
= Akène à faces glabres et bec ne dépassant pas le tiers de
sa longueur , totale. var. pilosa.
= Akène discolore à faces poilues, brunes ; bec égalant presque
la moitié de l’akène. var. irichocarpa.
— Feuilles courtes (moins de 3 cm), plante grêle à tige faible, for¬
mant gazon; tige longuement couverte de feuilles persistantes.
Akène à bec lisse. A. Jaegeri.
Afrotrilepis pilosa (Bôck.) J. Raynal, comb. nov.
Trilepis pilosa Bôck., Linnaea 39 : 10 (1875)
Eriospora pilosa (Bôck.) Benth. in Hook. Ic. PI. 14 : 30 (1881); C. B. Clarke, in
Thisel. - Dyer, Fl. Trop. Afr. 8 : 511 (1902), incl. var. lomjipes C. B. Cl.
Calagyna pilosa (Bôck.) Hutch. in Hutch. and Dalz., Fl. West Trop. Afr. 2 : 490
(1936).
var. pilosa.,
Sénégal 1 , Guinée, Sierra Leone, Liberia, Côte d’ivoire, Mali, Daho¬
mey, Nigeria, Cameroun, Gabon (pl. 5).
1. J. G. Adam. — Plus de cent plantes nouvelles pour le Sénégal, Bull. I.F.A.N.,
24, 4 : 964 (1962).
Source : MNHN, Paris
— 259 —
Cette espèce, dont nous avons pu étudier 41 échantillons, montre
dans le détail un grand polymorphisme, qui affecte principalement largeur
et pilosité des feuilles, richesse de l’inflorescence et taille des pièces florales.
Les échantillons extrêmes ne paraissent guère conspécifiques, et sont pour¬
tant reliés par des intermédiaires; d’autre part les divers caractères étu¬
diés ne varient pas en corrélation, mais d’une manière à première vue
désordonnée; il semble qu’un matériel beaucoup plus important encore,
ainsi que des observations de terrain, seraient nécessaires avant de
découper dans cet ensemble des taxa de rang inférieur. En particulier
la var. longipes C. B. Cl., créée à une époque où l’on ne connaissait que
quelques récoltes de l’espèce, ne tient plus, les caractères invoqués par
Clarke n’étant nullement liés, et l’échantillon-type (Scott Elliott 5644)
demeurant très proche du standard moyen de l’espèce, auquel correspond
bien aussi le type de cette dernière (Barler 1560). Couleur des épis
et longueur des pédicelles, principaux caractères considérés par Clarke
dans la définition de sa variété, n’ont pas de valeur, car elles semblent
bien varier soit avec les conditions de milieu, soit même au cours du
développement des inflorescences; de toute façon elles ne sont aucunement
en corrélation 1 .
Par contre, nous avons trouvé dans ce lot un échantillon remarqua¬
ble, qui nous paraît devoir justifier la création d’une variété nouvelle
(pl. 3, F) :
var. trichocarpa J. Raynal, var. nov.
A varietate pilosa differt achaenio longiore (4,5 mm), rostro lesiduum
fructus fere aequante, e spicula multo exserto ; faciebus achaenii brunneo-
maculatis, longepilosis, angulis pallidis glabris leviter incrassatis. Inflo-
rescentia laxa, elongata.
Mankono, Côte d’ivoire, 3.7.1958, Aké Assi 4806 (holotypus, P).
L’akène est d’aspect très particulier, tant par la longueur du rostre
que par la pilosité des faces, dont la teinte brune contraste avec les angles
clairs; les becs longs et fins des akènes mûrs donnent à l’épi une allure
digitée que ne possède pas le type de l’espèce. L’ensemble de ces caractères
est fortement isolé et aucune tendance à leur réalisation ne se manifeste
dans les autres échantillons de A. pilosa ; ajoutons que l’inflorescence
grêle, peu fournie (jamais plus de 5 pédoncules par nœud, alors que
A. pilosa en a fréquemment 12 à 15), les feuilles très étroites (2 mm),
canaliculées-enroulées, contribuent (quoique ces caractères ne soient pas
exclusifs) à donner à cette variété une apparence bien distincte.
Afrotrilepis Jaegeri J. Raynal, sp. nov. (pl. 4).
Herbu pereimans, caulibus confertis gramen spissum 10-20 cm altum
formans. Coulis sterilis tenuis, obscure trigonus, breviter tomentosus, ramosus ;
1. Au cours d’une toute récente mission au Cameroun, nous avons pu vérifier in
silu l’exactitude de ces observations faites d’abord en herbier. La variation chez
A/rolrilepis pilosa parait bien d’ordre plus écotypique que variétal. (Note en cours
d'impression).
Source : MNHN, Paris
— 260 —
Source : MNHN, Paris
— 261 —
pars inferior caulis pseudorhizomatosa, longe repens, vaginis imbricatie
laceratis foliorum dense instituta, radines tenues numerosas intravaginales
gerens, quarum conjunctione culmi diametrus multo incrassatur; pars supe-
rior caulis tota longitudine obtecta foliis numerosis tristichis, vaginis dense
imbricatis. Folia bieves (15-25 mm longa), lamina patulo-recurvata auguste
lineari (1 mm lata), acuminata, marginibus revolutis. Vagina folii juve-
nilis trigona, ore integra. Pars vaginae laminae opposita membranacea,
fragilis, enervata, in ligulam longeciliatam circa basin laminae producta.
Vagina folii maturi longitudine fissa, marginibus scissurae ciliatis pilis inter-
textis. Ramus fertilis axillaris, basi nonnullis foliis munitis, distincte tri-
gonus, 7-13 cm longus, multo superans caulem sterilem, quem saepe produ-
cere videtur. Basalis prophylla rami fertilis longevaginans, vagina constanter
integra, biligulata, lamina foliacea. Inflorescentia terminalis, angusta, pauper,
spicis superioribus confertis, inferiore unica distante longius pedunculata.
Spicae 1-4, 4-6 mm longae, 3-4 mm latae, brunneo-castaneae, e spiculis
masculis vel androgvnis circa 15 undique coarctatis compositae. Glumae
paucae (circa 5) subdistichae, tertia florem masculum vel foemineum, quarta
florem masculum amplectentes. Stamina 2. Fructus similis A. pilosae , rostrum
exceptum, hic omnino laeve.
In rupibus graniticis culminis montis Da-Oulen, Sierra Leone, ait.
1550 m, 31-8-1945, Jaeger 1331 (holotypus, Herb. I.F.A.N., Dakar; isotypus,
P). — Alterum exemplarium nimis juvénile, in eodem loco (Jaeger 689,
11.1944).
C’est un plaisir pour nous de dédier cette espèce à son inventeur,
le P r Paul Jaeger, qui a grandement contribué à la connaissance de la
végétation et de la biologie des plantes d’Afrique Occidentale.
Afrolrilepis est affine d’un groupe de genres très homogène, placé
par Gilly dans les Lagenocarpeae. Nous le laisserons d’une manière plus
générale dans les Sclerieae, n’ayant pas actuellement suffisamment de
bases pour discuter de la création éventuelle d’une nouvelle entité supra-
générique. Les autres genres qui composent cet ensemble sont les suivants :
Trilepis Nees, in Arnott, Edinb. N. Phil. Journ. 17 : 267 (1834),
emend. Endl., Généra Plant. : 111 (1836), excl. sect. Dilepis ; Nees, in
Mart. Fl. Brasil. 2, 1 : 197 (1842); PfeifT., Fedde Repert. 18 : 383 (1922);
Gilly, Brittonia, 5, 1 : 14, excl. subgen. Afrolrilepis.
= Finlelmannia Kunth, Enum. PI. 2 : 362 (1837); C. B. Clarke,
Bull. Miscel. Inf. Add., Ser. 8 : 136 (1908).
5 espèces d’Amérique du Sud tropicale.
Coleochloa Gilly, Brittonia, 5, 1 : 12 (1943); Nelmes, KewBull. 8 :
373-381 (1953).
= Eriospora Hochst. ex A. Rich., Tent. Fl. Abyss. 2 : 508 (1851);
Benth. & Hook. Gen. PI. 3, 2 : 1070 (1883), pro majore parle (excl.
E. pilosa (Bock.) Benth.); C. B. Clarke, in Thiselt.-Dyer, Fl. Trop.
Source : MNHN, Paris
— 262 —
Afr. 8 : 511 (1902), excl. sect. Scleriifoliae; non Berkel. & Broome.
7 espèces d’Afrique orientale et méridionale l .
Microdracoides Hua, Bull. Mus. Hist. Nat. Paris 12 : 421 (1906).
= Schoenodendron Engl., Bot. Jahrb. 44 (Beibl. 101) : 34 (1910).
1 espèce d’Afrique Occidentale.
1. Notre récente mission au Cameroun nous a permis de découvrir un Coleochloa,
provisoirement rapporté à C. abyssinlca, dans les environs de Linté ( 11°40'E. — 5°20'N.).
La limite du genre est ainsi reportée à 1800 km au N. et 2000 km à l’W. (PI. 5); de
plus c’est pour l’instant le seul point de contact entre les aires de Coleochloa et Afro-
Irilepis. (Note en cours d’impression).
Source : MNHN, Paris
— 263 —
Nous avons vu que nombre d’auteurs anciens plaçaient Trilepis
dans les Cariceae, ceci par assimilation des deux dernières glumes de
l’épillet à une ébauche d’utricule enfermant la fleur : c’est ce qui ressort
clairement de la position de Nees qui, même après son amendement de
1842, continue à croire Trilepis très affine de Kobresia (17) : « tanta
autem est Trilepidis cum Kobresia conjunctio, ut qui fieri possit, ut
Trilepis genus... Sclerieis adjungatur a quopiam, Kobresia cum Elyna
suo loco inter Elyneas, Caricibus consociatis, relicta, vix intelligas ».
Cette interprétation s’explique par une convergence morphologique
très poussée entre les épillets de Trilepis Ihotzkiana et de Kobresia royleana
(pl. 3, A-B) : chez Trilepis en effet, l’avant-dernière glume est très embras¬
sante, cachant la glume supérieure et formant un fourreau autour de la
fleur; l’épillet femelle de Kobresia royleana ne diffère que par une légère
soudure basale des bords de cette glume embrassante, et par une orienta¬
tion inverse de l’akène. Chez Afrolrilepis et Coleochloa, on retrouve un
phénomène analogue dans la glume 4, qui embrasse non seulement la fleur
supérieure, mais également l’inférieure (pl. 3, C); l’orientation de l’akène,
caractère essentiel, montre cependant que la glume embrassante des
Trilepis et des genres affines n’est pas une prophylle axillant une fleur
femelle terminale, comme chez les Cariceae, mais seulement une glume
banale, stérile chez Trilepis, axillant la fleur supérieure chez Coleochloa
et Afrolrilepis. Le fait que la fleur inférieure se trouve engainée par la
glume 4 n’est dû qu’à une croissance très tardive des ébauches florales,
bien après que les glumes aient atteint leurs forme et taille définitives.
La morphologie de l’épillet des Coleochloa et Afrolrilepis rappelle
notablement celle de l’épillet androgyne des Scleria subgen. Hypoporum.
L’akène possède bien la même orientation dans tous ces genres. Kern (12)
considère la fleur femelle comme terminale, donc axillée par la prophylle
de la base de l’épillet (pl. 3, D); il explique l’orientation observée de
l’akène (qui diffère d’un angle de 30° de la position théorique) par une
compression de ce dernier contre un épillet axillaire mâle dont le plan
serait perpendiculaire à celui de l’épillet femelle. Kern n’indique pas
l’espèce sur laquelle ont porté ses observations; nous avons essayé de
retrouver cette disposition chez plusieurs espèces du sous-genre Hypo¬
porum : S. lacustris Wright, S. pergracilis Kunth, S. hirlella Sw. Nous
avons toujours vu un épillet dont le plan général est celui donné dans la
pl. 3, E : les glumes ne sont pas distiques, mais disposées en une hélice
irrégulière; subdistiques à la base, elles se succèdent de plus en plus
serrées, la divergence se réduisant au sommet à environ 90°. Tout se
passe comme si l’on était en présence d’un épillet distique mais de plus en
plus tordu vers le haut. Il est vraisemblable que la disposition serait la
même chez Afrolrilepis et Coleochloa, si les glumes étaient plus nombreuses;
les glumes inférieures ne sont en effet pas exactement distiques, mais
subdistiques.
L’hypothèse de Kern nous semble mise en défaut également par
la variété des potentialités sexuelles au sein de l’épillet ; il n’existe aucune
différence morphologique entre les épillets mâle, androgyne ou femelle
Source : MNHN, Paris
— 264 —
chez Coleochloa ; les glumes semblent bien de ce fait avoir toutes la même
valeur, aucune fleur n’ayant de position privilégiée terminale. De même
chez Scleria : nous avons pu observer un épillet de S. pergracilis où les
deux fleurs inférieures étaient femelles, sans que l’épillet ait en quoi que
ce soit une apparence monstrueuse. Il est difficile d’admettre que de ces
deux fleurs, l’inférieure est terminale, tandis que l’autre est axillaire,
d’autant plus que les deux akènes montrent par rapport à leur glume axil-
lante exactement la même orientation, sans qu’un épi mâle à plan perpen¬
diculaire vienne perturber la position de l’akène inférieur... En résumé,
il nous semble bien qu’en ce qui concerne les Scleria aussi bien que les
Coleochloa et Afrolrilepis, la meilleure explication de l’épillet androgyne
soit la plus simple : toutes les fleurs sont latérales sur un axe unique. Le
« plan sexuel » de l’épillet n’est pas fixé de façon absolue, même chez
Scleria ; il serait sans doute très intéressant de rechercher le déterminisme
du sexe des fleurs de Coleochloa, à partir des données suivantes :
—- les fleurs femelles sont toujours à la base de l’épillet, en-dessous des
fleurs mâles.
— les fleurs femelles sont néanmoins toujours plus nombreuses
au sommet d’un épi qu’à sa base.
Ce déterminisme peut même connaître des défaillances : nous avons
observé sur Coleochloa selifera, dans deux épillets différents, la monstruo¬
sité suivante : la fleur basilaire femelle était partiellement transformée
en fleur mâle, une ou deux arêtes de l’akène se détachant de celui-ci près
de la base pour se terminer en filet staminal muni d’une anthère.
Beaucoup plus récemment que Nees, Nelmes (18) semble avoir voulu
rapprocher de nouveau les Trilepis, et genres affines, des Cariceae, mais en
voyant cette fois un utricule non dans l’une des glumes, mais dans l’akène,
plus précisément dans sa paroi externe. La structure de l’akène est en effet,
dans les plantes de ce groupe, remarquablement spéciale et homogène;
la partie renflée du fruit comporte une paroi externe parcheminée, non
indurée comme chez Scleria, enveloppant une seconde vésicule ovoïde,
hyaline, très ténue, qui entoure lâchement la graine. Cette membrane
interne se poursuit dans le bec du fruit, se rétrécissant et adhérant alors
à l’enveloppe externe; Nelmes a pensé qu’elle était la véritable paroi de
l’ovaire, prolongée par les stigmates, considérés alors comme distincts
de l’enveloppe externe. Cette dernière s’interprète dans ce cas comme un
utricule; que deviennent alors les poils ou les écailles ciliées qui entourent
la base de cet « utricule », et que l’on interprète généralement comme un
périanthe? Nelmes ne le dit pas, mais les considère peut-être comme des
vestiges de glumes vides?
On peut expliquer les vues de Nelmes par une réelle apparence exté¬
rieure de discontinuité entre bec du fruit et stigmates; nous avons pourtant
pu observer les trois vaisseaux qui, à l’intérieur de l’enveloppe externe,
suivent les arêtes du fruit depuis sa base jusque dans chacun des trois
stigmates, sans aucune interruption; la paroi externe est donc bien le
péricarpe; le tissu lâche de l’enveloppe interne se prolonge lui aussi dans
le centre du style, où il se raccorde au tissu conducteur.
Source : MNHN, Paris
— 265 —
L’akène possède donc une structure curieuse, à rapprocher de celle
des fruits de Lagenocarpeae, comme le fait Gilly; mais la nature membra¬
neuse du péricarpe, jointe à la présence des poils ou écailles périanthaires,
en font un groupe à part, méritant peut-être une individualisation à un
niveau supragénérique. Une étude plus approfondie des affinités avec
les autres genres de Sclerieae s’avère nécessaire.
OUVRAGES CONSULTÉS
1. Bâillon H. — Cyperaceae, in Histoire des Plantes, 12 : 335-382 (1894).
2. Bentham' G. — Eriospora pilosa Benth., in Hooker, Icônes Plantarum, 14 :
30, t. 1342 (1881).
3. Bentham G. — Notes on Cyperaceae, with spécial référencé to Lestiboudois’s
Essai on Beauvois’s généra, Journ. Linn. Soc. Bot. 18 : 360-367 (1881).
4. Bentham G. et Hooker J. D. — Généra Plantarum, 3 , 2 : 1068-1070 (1883).
5. Boeckeler, O. — Die Cyperaceen des Kôniglichen Herbariums zu Berlin,
Linnaea 39 : 8-11 (1875).
6. Clarke C. B. — Cyperaceae in Thiselton-Dyer, Flora of Tropical Africa, 8 :
511 (1902).
7. Dalla Torhe C. G. de, et Harms H. — Généra siphonogamarum ad systema
englerianum conscripta : 35 (1900).
8. Endlicher S. — Généra plantarum secundum ordines naturales disposita : 111
(1836).
9. Gilly C. L. — An Afro-South-American cyperaceous complex, Brittonia, 5 :
1-20 (1943).
10. Hua M. H. — Microdracoides squamosus, type nouveau de Cypéracée de la Guinée
française, Bull. Mus. Hist. Nat. Paris’l2 : 421-424 (1906).
11. Hutchinson, J. — Cyperaceae, in Hutchinson and Dalziel, Flora of West Tropical
Africa, 2 : 464-495 (1936).
12. Kern J. H. — New look at some Cyperaceae mainly from the tropical standpoint,
Adv. of Science, 19, 78 : 141-148 (1962).
13. Kunth C. S. ■— Enumeratio Cyperacearum, Enum. PI. 2 : 362-363 et 534-535
(1837).
14. Kuntze O. — Revisio generum plantarum : 758 (1891).
15. Lestiboudois T. — Essai sur la famille des Cypéracées, 46 p. (1819).
16. Nees von Esenbeck, C. G. — In Arnott, New Généra of Plants, Edinb. N. Phil.
Journ. 17 : 260-267 (1834).
17. Nees von Esenbeck C. G. —- Cyperaceae in Martius, Flora Brasiliensis, 2 : 197-198
(1842).
18. Nelmes E. — Noies on Cyperaceae, XXXI, The African genus Coleochloa, Kew
Bull. 8 : 373-381 (1953).
19. Pax F. — Cyperaceae, in Engler and Prantl, Die naturlichen Pflanzenfamilien,
2, 2 : 98-126 (1887).
20. Pfeiffer H. — De novis et criticis speciebus generum saepe ignotorum Scleriearum,
Fedde Repert. Spec. Nov. 18 : 375-385 (1922).
21. Richard A. — Tentamen Florae Abyssinicae, 2 : 508-509 (1851).
22. Steudel E. G. —- Synopsis plantarum cyperacearum, 348 p. (1855).
Source : MNHN, Paris
RÉVISION DU GENRE DUBOUZETIA PANGH. MSS.
BRONGN. ET GRIS (ELÆOCARPÂGÉES)
par R. Virot et A. Guillaumin
Le genre Dubouzelia fut décrit en 1861 par Ad. Brongniart et A. Gris
sur la base de l’espèce initiale Dubouzelia campanulala Pancher mss.
ex Brongn. et Gris.
Deux ans après leur première contribution, Brongniart et Gris
décrivent une seconde espèce : le D. elegans. Mentionnons ici simplement
pour mémoire leur/), paroi flora, qui ne se rapporte à rien d’autre qu’à une
forme à petites fleurs du même D. elegans.
Au début du xx e siècle, l’Anglais T. A. Sprague publie d’abord les
diagnoses des D. caudiculata et D. acuminala, puis une révision générale
du genre comprenant une clef analytique suivie d’une liste récapitulative
englobant la description du D. leionema. La clef est reprise sans modifi¬
cations par l’un d’entre nous (A. G.) dans la « Révision des Elæocarpacées »
(1936) et la « Flore analytique et synoptique de la Nouvelle-Calédonie »
(1948).
De 1950 à 1953, le dépouillement des herbiers Virot amène la décou¬
verte du D. Guillauminii R. Virot et de la variété glabrescens R. Virot du
D. campanulala. Enfin (1961), l’examen des exsiccata du Muséum National
d’Histoire Naturelle de Paris étiquetés D. acuminala permet de reconnaî¬
tre une nouvelle espèce jusqu’alors confondue avec la précédente : le
D. confusa A. Guillaumin et R. Virot.
DESCRIPTION DU GENRE
Arbustes ou petits arbres, à feuilles alternes, entières, stipulées.
Stipules étroites, linéaires ou lancéolées, aiguës, très promptement cadu¬
ques.
Inflorescences axillaires, 1-3 flores. Boutons coniques. Fleurs herma¬
phrodites, ordinairement pendantes, parfois étalées, généralement grandes,
blanches, blanc jaunâtre, jaune pâle, rouge orangé, rouge ponceau ou
carminées.
Calice à préfloraison valvaire, formé de 5 sépales libres, entiers,
caducs.
Corolle dialypétale campanulée, à préfloraison valvaire condupliquée.
Pétales 5, hypogynes, entiers, épaissis à la base, caducs.
Étamines nombreuses (20-40), libres, à anthères biloculaires, linéaires
et finement papilleuses, à déhiscence apicale.
Carpelle 3-5, soudés en un ovaire supère pluriloculaire surmontant un
disque lobé et prolongé par un style subulé terminé par un stigmate
Source : MNHN, Paris
— 267 —
punctiforme. Ovule 6-13 par loge, anatropes, insérés sur deux rangs dans
l’angle interne des loges.
Fruit capsulaire à 3-5 loges. Déhiscence mixte, d’abord loculicide,
puis septicide. Axe central persistant. Graines 1-3 par loge, munies du
côté de la chalaze d’un arillé spiralé charnu.
Genre considéré jusqu’à présent comme endémique en Nouvelle-
Calédonie, mais très proche des Tricuspidaria chiliens, dont il se distingue
essentiellement par des pétales entiers et le mode de déhiscence de la
capsule.
La beauté des fleurs des différentes espèces autorise à envisager leur
utilisation en horticulture tropicale.
Cl.EF DES ESPÈCES *
A. Poils du pédicelle floral et de la face externe des sépales tous de
structure identique.
I. Indûment du péricelle floral et de la face externe des sépales i
épais, laineux, constitué de poils dirigés dans tous les sens;
pédicelle floral généralement robuste ou assez robuste, cepen¬
dant parfois grêle.
a Fleurs rouge orangé, rouge ponceau ou rouge carminé (par¬
fois avec un peu de jaune à la base des pétales). Tomentum
du pédicelle floral et de la face externe des sépales brun
rouge ou rubigineux.
1. Feuilles restant i tomenteuses-laineuses ou soyeuses en
dessous. 1. D. campanulata var. campanulata.
2. Feuilles peu velues ou devenant rapidement glabres-
centes en dessous. D. campanulata var. glabrescens.
P Fleurs d’un jaune soufre pâle ou d’un blanc ^ ivoire.
Tomentum du pédicelle floral et de la face externe des
sépales roussâtre, fauve ou chamois, rarement brun rouge.
1. Feuilles adultes épaisses, coriaces, J; gaufrées, arron¬
dies et mucronulées au sommet, à face inférieure cou¬
verte d’un feutrage de poils fauves, fauve grisâtre, roux,
chamois ou brun rouge.
+ Feuilles oblongues-elliptiques ou oblongues-oblancéo-
lées, atténuées en coin à la base, un peu gaufrées,
à face inférieure couverte d’un feutrage de poils
fauves, fauve grisâtre ou chamois, exceptionnellement
roux. Arbuste assez élevé ou petit arbre à rameaux
allongés et dressés. 2. D. confusa.
1. La présente clef ayant été établie à l’aide de spécimens secs, il se peut, en
conséquence, que, sur des échantillons frais, la teinte de l’indument de la face inférieure
des feuilles des D. confusa et D. acuminata se rapproche beaucoup plus, dans certains
cas, du gris argenté que du fauve plus ou moins grisâtre.
Source : MNHN, Paris
— 268 —
-)—|- Feuilles obovales ou elliptiques, brusquement contrac¬
tées en pétiole ou à peine atténuées en coin à la
base, fortement gaufrées, presque bullées, à face
inférieure couverte d’un épais tomentum laineux
de poils roux ou brun rouge. Petit arbuste bas,
à rameaux courts et tordus. 3. D. Guillauminii.
2. Feuilles adultes minces, non ou peu coriaces, non ou
à peine gaufrées, obovales, oblongues ou oblancéolées,
caudiculées et souvent un peu atténuées au sommet,
en coin ou légèrement arrondies à la base, à face infé¬
rieure couverte d’une courte pubescence d’un vert
grisâtre ou d’un gris verdâtre. 4. D. caudiculala.
IL Indûment du pédicelle floral et de la face externe des sépales
ras, formé de poils courts appliqués, dirigés vers le haut, d’un
fauve sale ou grisâtres. Pédicelle floral toujours assez grêle,
grêle ou très grêle. Fleurs jaune soufre pâle ou blanc ± ivoire,
parfois blanc pur.
1. Feuilles minces, non gaufrées, lancéolées, oblancéolées
ou rhomboïdales, i atténuées aux deux extrémités, gla-
brescentes ou entièrement glabres. Pédicelle floral très
grêle, subfiliforme. Face interne des sépales couverte de
poils laineux-cotonneux. 5 .JD. elegans.
2. Feuilles assez épaisses, un peu gaufrées, oblongues-ellipti-
ques ou oblongues-oblancéolées, rarement obovales, atté¬
nuées en coin à la base, à face inférieure couverte d’un
feutrage de poils soyeux appliqués d’abord chamois pâle,
gris argenté ou fauve argenté, virant au grisâtre ou au
fauve grisâtre ensuite. Pédicelle floral grêle ou assez grêle.
Face interne des sépales revêtue de poils soyeux appliqués.
. 6. D. acuminata.
B. Indûment recouvrant le pédicelle floral et la face externe des
sépales d’un roux grisâtre parfois un peu rubigineux (sur le
sec), constitué de poils dimorphes, les uns formant un tomentum
ras, laineux-velouté, les autres plus longs et i hirsutes. Pédicelle
floral grêle. Teinte de la corolle inconnue (mais très probable¬
ment jaune pâle ou blanc J; ivoire). 7. D. leionema.
1. Dubouzetia campanulata Pancher mss. ex Ad. Brongn. et
A. Gris, Bull. Soc. Bot. France,8 :199 (1861); d°, 10 : 476 (1863); Ann. Sc.
Nat. Sér. V, 1 : 352 (1864); Nouv. Arch. Mus. Hist. Nat. Paris, IV : 34,
pl. 13 (1868) = Ducosia fulgens Vieillard (nom. nud.) — PI. 1 (8-12).
Arbuste buissonnant ou petit arbre pouvant atteindre jusqu’à 6 m
de haut. Rameaux dressés, couverts d’un court tomentum gris rubigineux
durant leur jeunesse, grisâtres et glabres ensuite. Feuilles groupées vers
l’extrémité des rameaux, ordinairement assez épaisses et coriaces,parfois
Source : MNHN, Paris
— 269 —
PI. 1. — Dubouzelia acuminala Sprague : 1 et 2, feuilles (face supérieure); 3, feuille (face infé¬
rieure); 4, fleur; 5, fruit; 6, graine; 7, détail de la face inférieure de la feuille. — Dubouzelia
campanulala Pancher mss. ex Brongn. et Gris : 8 et 9, feuilles (face supérieure); 10,
feuille de la var. campanulala (face inférieure); 11, détail de la face inférieure de la feuille
de la var. glabrcscens R. Virot; 12, bouton floral. —• Nota. — Les traits accompagnant
les reproductions de cette figure et des suivantes représentent 1 cm.
Source : MNHN, Paris
— 270 —
minces, un peu gaufrées ou non, oblongues-lancéolées ou oblongues-
spatulées, rarement elliptiques, arrondies, rétuses ou un peu atténuées
au sommet, mucronulées ou parfois caudiculées, en coin à la base ; pétiole
de 5-15 mm de long, tomenteux-rubigineux ; limbe de 50-120 mm de long
sur 1-45 mm de large ; marge faiblement ondulée-sinuée ou irrégulièrement
et superficiellement dentée, plus ou moins enroulée en dessous; face
supérieure finement pubérulente dans la jeunesse, glabre ou glabrescente
ensuite ; face inférieure couverte d’un indûment laineux ou soyeux dense,
rubigineux, roussâtre ou chamois, virant au grisâtre ou au fauve argenté
avec l’âge, parfois moins velue et d’un gris verdâtre ou d’un fauve verdâ¬
tre, devenant ensuite ± glabrescente et d’un vert grisâtre, d’un vert
terne ou même d’un vert clair. Nervures latérales parallèles, non bifur-
quées, presque droites, 12-15 paires, imprimées en dessus, fortement
saillantes en dessous; veines fines et réticulées.
Fleurs pendantes, isolées, géminées ou parfois ternées. Axe commun
tomenteux, rubigineux ou brun rouge, court, de 5-20 mm de long, muni
à son sommet de 1-3 bractées ovales ou lancéolées, tomenteuses-rubi-
gineuses, de 5-20 mm de long sur 3-15 mm de large, souvent caduques.
Pédicelle floral généralement robuste ou assez robuste, parfois grêle,
de 20-55 mm de long, entièrement couvert d’un tomentum laineux, rubi¬
gineux ou brun rouge.
Calice à sépales triangulaires-aigus, de 20-30 mm de long sur 5-7 mm
de large à la base, entièrement revêtus d’un tomentum laineux rubigineux
ou brun rouge sur leur face externe, couverts de poils soyeux blanchâtres
appliqués et à côte médiane légèrement saillante sur leur face interne.
Pétales rouge orangé, rouge ponceau ou rouge carminé (avec parfois
un peu de jaune à la base), de 30-45 mm de long sur 10-15 mm de large,
épais, obovales-oblongs ou oblongs-spatulés, obtus, un peu rétrécis vers
le tiers inférieur. Face externe couverte de poils blanchâtres épars, plus
nombreux vers la base. Face interne revêtue dans son quart inférieur d’une
brosse dense de poils hirsutes. Filets des étamines glabres, pubérulents
ou courtement hispides. Fruit de 25-30 mm de long, obovoïde-turbiné ou
globuleux, à 5 angles obtus, couvert de poils hirsutes roussâtres ; loges 5.
Espèce bien caractérisée à la fois par ses pétales rouges et le tomen¬
tum laineux, rubigineux ou brun rouge, couvrant le pédicelle floral et la
face externe des sépales, mais à morphologie foliaire extrêmement varia¬
ble.
— Var. campanulata — Var. lomenlosa R. Virot (nom. nud. in herb.).
Feuilles adultes demeurant densément pubescentes sur leur face
inférieure.
— Var. glabrescens R. Virot, Mém. Mus. Nat. Hist. Nat., Bot., B,
IV, 1 : 6 (1953).
Diffère de la var. campanulala par ses feuilles toujours minces, deve¬
nant rapidement glabrescentes ou peu velues et parfois vertes ou verdâtres
Source : MNHN, Paris
— 271 —
en dessous. De nombreux intermédiaires relient d’ailleurs l’une à l’autre
les deux variétés.
Matériel étudié 1 2 :
Var. campanulala : Commun sur les versants ferrugineux de Kanala, fl. oct.,
P ANC h er s. n., fl. Néolype de l'espèce et de la variété ! (P). — Versant occidental du massif
du Humboldt, Haute-Rivière du Humboldt, ait. ± 400 m, exposition W., arbuste de
1 m de haut, fl. rouge carminé, maquis serpentineux, 10 déc. 1940, Virot 406, fl. (P). —
Route de Yaté, après le col du Pic Mouirange, ait. ± 250 m, exposition E, arbuste
de 1 m, il. carmin foncé, maquis serpentineux, 25 déc. 1945, Virot 1 548, 11. (P). —
Rivière des Pirogues au-dessus d'un marais à mi-hauteur de la Forestière, 50 m, arbuste
de 2,50 m, fl. rouges à base jaune, 16 déc. 1950, Hurlimann 357, 11. (P). — Auf dcn Bergen
am Ngoye, 200 m, 5 nov. 1902, Schlechter 15 222, fl. (P, K, Z). — Auf den Hügeln
am Ngoye, 100 m, 29 nov. 1902, Schlechter 15 145, fl. (P, K, Z). — Nouvelle-Calé¬
donie, Pancher s. n. (donné en 1870), fl. (P). — Nouvelle-Calédonie, 1862, Pancher
s. n. fl. (P). —- Bords de la Dumbéa, au-dessus de Koé, 21 nov. 1868, Balansa 581,
boutons (P). — Collines argilo-ferrugineuses situées au N.E. de Saint-Louis, arbrisseau
de 1-2 m de hauteur, 17 mai 1869, Balansa 1476, fr. (P).J — Nouvelle-Calédonie,
1868-1870, Balansa 1315, fl. et jeunes fr. (P). — Nouvelle-Calédonie, Pancher
s. n. 11. fr. (P.) — New Caledonia. 1914, Compton 2201, fl. (P). — Nouvelle-Calédonie,
Le Rat 632*, fl. (P). — Mont Dzumac, janv. 1909, Le Rat 164, fl. (P). — Prony,
sommet du crève-cœur Ouest, arbuste buissonneux de 3 à 4 m, cime assez dense,
nombreux jets réunis en faisceau, parfois un tronc à écorce couleur de mastic, bois
blanc maillé, n. rouge vif, terrain ferrugineux, ait. 150 m, 2 déc. 1904, Cribs 1 495,
11. (P.). — Vallée de la Dumbéa, au-dessus du barrage, 100-200 m, arbuste élancé de
2 m, feuilles vert foncé en dessus, brunes en dessous, fruit vert clair, 12 mai 1956,
MacKee 4525 (P). — Arbuste croissant le long de la route de Yaté, dans le bassin
supérieur de la Rivière des Pirogues, plaine des Lacs, à une altitude de 250-300 m,
23 déc. 1947, Buchholz 1563, 11. (P). — Vallée de la branche Nord de la Dumbéa,
100-200 m, arbuste étalé de 2 m, feuilles vert foncé en-dessus, vert brunâtre clair en
dessous, fruits verts, 5 juin 1955, MacKee 2565 (P). — Arbuste de 1 m, Mont-Dore,
500 m, forêt d’ Araucaria, 21 mars 1951, Baumann et Guillaumin 11 361, f. (P). —
Arbuste de 2 m, col du Vulcain, 900 m, serpentine, 24 sept. 1951, Baumann 15535,
f. (P). — Siid-Bai, zwischen Nai B’Go und Touaourou, 7 déc. 1903, Rohrdohf 29, fl.
(Z). — Hoher Strauch oder Baum in den Wâldern am Siidwestabhang des Mont
Humboldt (1m Wald am Bach von Humboldt nach Kalouéhola Fluss), 9 nov. 1924,
DXniker 580, boutons (Z). — Strauch, hohe Gebüsch der Tontouta Tal, 13 nov. 1924,
Daniker 580. fl. (Z).
Var. glabrescens: Bord Nord du sentier longeant la rive droite de la Tontouta,
environ 3 km avant le confluent de la Koéalagoguamba, ait. ± 50 m, rare, arbuste
de 0,50 m de haut, fl. rouge ponceau, pendantes, maquis serpentineux, 7 déc. 1940,
Virot 378, fl. et jeunes fr. Type de la variété (P). — Nouvelle-Calédonie, Franc, fl.
(P). — Plateau du Mont Arago, arbuste de 6 m, assez rameux, terrain argilo-ferru-
gineux, ait. 300 m, mars 1901, Cribs 1193, fl. et jeunes fr. (P). — Bords de la Dumbéa,
arbrisseau, terrains arides, 20 déc. 1908, Franc 64 série A, fl. (P, Z). — Entre Thio
et Houaflou, arbuste magnifique consistant en un jet droit, garni de bas en haut de
feuillage et de fleurs, Fetschérin s. n., fl. (P). — Entre Thio et Houaïlou, arbuste
de grande taille, d'aspect buissonneux, très rameux, à feuillage assez dense, Fets¬
chérin s. n., fl. (P). — Rive Nord de la Tontouta près du confluent de la Kalouéhola,
1. MM. les Directeurs du Jardin Botanique Royal de Kew et du Musée Botanique
de l’Université de Zurich ont fort aimablement accepté de nous communiquer les
exsiccata des diverses espèces de Dubouzelia conservés dans les herbiers de leurs
établissements. Qu’ils veuillent bien trouver ici l’expression de nos vifs remerciements.
2. La description originale de l’espèce repose sur l’cxsiccatum type : Nova Cale¬
donia, locis argillosis prope Kanala, et mensibus octobri et novcmbri floret (Herb. Mus.
Par. misit cl. Pancher, 1858). Ce spécimen, introuvable, paraît avoir disparu.
Source : MNHN, Paris
— 272 —
? 200 m, arbuste de 1,5 m, feuilles vert foncé en dessus, vert clair en dessous, bou¬
tons floraux vert jaunâtre, 23 oct. 1955, MacKee 3287, (P, K). — Hoher Strauch am
Bach, Dumbéa, bei der Wasserfassung (Am Bach, an Dumbéa gebracht, 1 er janv.
1925), Leg. Rohrdorf, Daniker 580*, fl. (Z).
Intermédiaires entre la var. campanulala et ta var. glabrescens: Arbuste de 2 m,
Haute-Couvelée, 1 e ' mai 1951, Baumann et Guillaumin 13 042, f. (P). — Confluent
de la branche Nord et de la branche Est de la llaute-Boulari, Camp n° 2, ait. ± 100 m,
Exposition Sud, arbuste de 1,50 à 2 m de haut, maquis serpentineux, 7 mars 1941
Virot 510, fr. (P). — Montagne des Sources, vallée de la Pouéta Kouré, 60 m, serpen¬
tine, 31 déc. 1950, Hurlimann 549, fl. (P). — Kanala, 1861-1867, Vieillard 49,
fl. (P). — Nouvelle-Calédonie, coteaux ferrugineux arides, touffe de 1,50 m, fleur
orangée, Pancher et Hennecart, fl. et jeunes fr. (P). — Nouvelle-Calédonie, 1858,
Pancher, fl. et jeunes fr. (P). — Nouvelle-Calédonie, déc. 1861, Pan-cher, fl. (P). - -
Arbuste, montagne ferrugineuse à Kanala, 1855-1860, Vieillard 49, fl. fr. (P, Z.) - -
Montagnes ferrugineuses situées entre Ouaîlou et Couaoua, arbrisseau de 1-2 m de
hauteur, pétales jaunes bordés de rouge, 5 déc. 1869, Balansa 2151, fl. (P). — Bords
de la Kouvelé, près de Koé, arbrisseau de 1 à 2 mètres de hauteur, 30 janv. 1869,
Balansa 1316, fr. (P). — Canala, 1910, Godefroy in Herb. d’Alleizette 390 NC,
fl. fr. (P). — Boute de la Prise d’eau, Dumbéa, janv. 1905, Le Rat 2405, fr. (P). -
Nouvelle-Calédonie, Pancher s. n., fr. (P). — Nouvelle-Calédonie, Pancher s. il,
jeunes fr. (P). — Kanala, coteaux ferrugineux, buisson étalé de 1,50 m, fl. d’un rouge
orangé en nov., Pancher s. n., boutons (P). — Bords de la Dumbéa, 150 m, 25 déc.
1911, Franc 12 Série spéciale, fl. (P). — Vallée de la Kalouéhola, 500 m en amont
de son confluent avec la vallée de la Tontouta, 150 m, arbuste de 1,5 m, feuilles vert
clair en dessus, vert grisâtre en dessous, fleurs rouges, très voyantes, 19 nov. 1955,
Mackee 3 461, fl. (P). -— Arbuste atteignant jusqu’à 1.50 m de hauteur, versant Est
du Mont Dore, près de la source, le long de la route de Plum, ait. 50-60 m, 2 fév. 1948,
Buchholz 1 624, fl. fr. (P). — Plaine des Lacs, forêt bordant la route, arbuste de
3 m, altitude : 200 m, 14 déc. 1949, MacDaniels 2 528, fl. (P). — Arbre de 3 m, Haute-
Pouéta Kouré, 200 m, forêt, serpentine, lOmai 1951, Baumann et Guillaumin 13211,
f. (P). — Nouvelle-Calédonie, donné en 1879, Pancher, fl. (P). — Unteres Ngoy-Tal,
± 50 m, 14 sept. 1911, Sarasin 157, boutons (Z).
Distribution régionale : Grand massif péridotitique du Sud et
son prolongement le long de la côte orientale jusqu’à Kouaoua et Houaï-
lou.
Écologie : Paraissant lié aux substrats acides issus de l’altération
superficielle des péridotites, le D. campanulala présente un maximum
de fréquence entre 0 et ± 300 m d’altitude, puis devient progressivement
plus rare au-dessus. Il ne semble pas dépasser 1 000 m.
Biocénotique : Entre le plus souvent dans la composition des maquis
sclérophylles-héliophiles planitiaires ou subplanitiaires. Se rencontre éga¬
lement, parfois, dans certaines forêts photophiles claires.
Remarque : Les indications phytogéographiques figurant ci-dessus
se rapportent à la fois à la var. campanulala et à la var. glabrescens, car,
à cet égard, nous n’avons relevé aucune différence appréciable entre
celles-ci.
2. Dubouzetia confusa A. Guillaumin et R. Virot sp. nov. — PI. 2.
Frutex vel arbor ad 8 m altus ; foliis alternis ,multo magis versus apicem
ramulorum, ellipticis vel elliptico-lanceolatis, petiolatis, leviter bullatis;
Source : MNHN, Paris
273
PI. 2. — Dubouzelia con/usa A. Guillaumin et R. Virot : 1, rameau fleuri; 2, feuille (face supé¬
rieure); 3, feuille (face inférieure); 4, fleur; 5, ovaire, style et stigmate; 6, pétale (face
interne); 7, pétale (face externe); 8, étamine; 9, fruit; 10, graine.
Source : MNHN, Paris
— 274 —
pagina superiore adspectu glabro sed pilis brevibus, birsutis, laxe reticulatis,
inferiorc dense fulvescente vel rufescente velutina; floribus solitaribus
vel 2-3; pedunculo 5-10 mm longo, rufescente vel fulvescente tomentoso;
pedicello 10-30 mm longo, sat robusto, rufescente vel fulvescente lanuginoso ;
sepalis triangulari-acutis (15-18 mm X 4-7 mm), extra rufo vel fulvo lanu-
ginosis, intus albido appresse sericeis; corolla pallide sulfurea vel eburnea;
staminibus co; ovario globoso, carpellis 5; stylo acuto; fructu globoso,
sectione pentagone, 30 mm longo.
Arbuste buissonnant de 2-3 m de hauteur ou exceptionnellement
petit arbre pouvant atteindre 8 m. Rameaux dressés, couverts d’un tomen-
tum roussâtre ou fauve durant leur jeunesse, grisâtres et glabres ou gla-
brescents ensuite. Feuilles groupées vers l’extrémité des rameaux, épaisses,
coriaces, un peu gaufrées, elliptiques ou elliptiques-lancéolées, arrondies
et courtement mucronulées au sommet, atténuées en coin à la base ;
pétiole de 4-10 mm de long, tomenteux-fauve ; limbe de 40-90 mm de
long sur 10-20 mm de large; marge légèrement ondulée-sinuée, en général
fortement enroulée en dessous; face supérieure luisante, paraissant glabre
à l’œil nu, mais couverte, surtout vers la nervure, médiane, de poils
blanchâtres, hirsutes et courts, tissant un réseau lâche; face inférieure
revêtue d’un feutrage dense de poils fauves, fauve grisâtre, chamois ou
exceptionnellement roux (sur le sec). Nervures latérales 7-12 paires,
pectinées, presque droites, non bifurquées, fortement imprimées [en
dessus, très saillantes et épaisses en dessous; veines invisibles ou presque.
Fleurs pendantes, isolées, géminées ou ternées. Axe commun tomen-
teux, fauve ou roussâtre, court, de 5-10 mm de long, muni à son sommet
d’une ou deux bractées ovales, tomenteuses, fauves ou roussâtres sur le
sec, de 5-10 mm de long sur 3-5 mm de large, semblables à de petites
feuilles et souvent caduques. Pédicelle floral généralement assez robuste,
parfois un peu grêle, de 10-30 'mm de long, entièrement couvert d’un
tomentum laineux, fauve, roussâtre ou chamois.
Calice à sépales triangulaires-aigus, de 15-18 mm de long sur 4-7 mm
de large à la base, entièrement revêtus d'un tomentum laineux, fauve,
roussâtre ou chamois sur leur face externe, couverts de poils soyeux blanchâ¬
tres appliqués et à côte médiane légèrement saillante sur leur face interne.
Pétales jaune soufre pâle ou blanc ivoire, de 20-30 mm de long sur
± 10 mm de large, obovales-oblongs ou oblongs-spatulés, obtus, un peu
rétrécis vers le tiers inférieur, épais. Face externe pourvue de quelques poils
raides vers la base. Face interne glabre dans sa moitié supérieure, densé¬
ment et courtement pubescente dans sa moitié inférieure. Étamines éga¬
lant les pétales ou un peu plus courtes qu’eux. Anthères moitié plus courtes
que les filets, ceux-ci glabrescents ou courtement et lâchement velus-
hispides. Ovaire globuleux, obscurément 5-lobé, entièrement couvert
d’une pubescence soyeuse fauve clair. Style subulé, régulièrement atténué
en pointe de la base au sommet, à peu près de même longueur que les
étamines, pubescent-soyeux dans ses deux tiers inférieurs, glabre dans son
tiers supérieur. Fruit globuleux d’environ 30 mm de long, à section trans-
Source : MNHN, Paris
— 275 —
versale obscurément pentagonale, extérieurement recouvert d’un indû¬
ment de poils courts fauve sale; loges 5. Graines ellipsoïdes, atténuées
à l’une de leurs extrémités, lisses, légèrement bossues, 6 mm x 3 mm,
brun grisâtre sur le sec.
Espèce très proche du D. acuminata Sprague dont elle se distingue
essentiellement par la pubescence laineuse du pédicelle floral et de la face
externe des sépales puis, subsidiairement, par ses feuilles plus coriaces.
Matériel étudié :
Arbuste buissonneux, moyenne 2,50 m, assez rameux, dense et arrondi, variété
spéciale à la zone maritime (rencontré une fois en arbre de 8 m, à cime largement
étalée, bois rose), il. jaune citron, terrain ferrugineux, Prony, eaux thermales, nov.
1903, Cribs 1404. Type de l'espèce, 11. (P). — Baie du Sud, arbrisseau de deux mètres,
en touffe dense érigée, 11. blanches, sol ferrugineux, 400 mètres, Pancher, il. et jeunes
fr. (P). — Sud de la Nouvelle-Calédonie, il. 19 oct. 1889, Raoul s. n., 11. (P). — Prony,
Buisson bas, 11. jaunes, coteaux, 15 déc. 1914, Franc 1899, fl. (P, Z). — Bourail, 1910,
Godefroy in Herb. d’Alleizette 203 NC, fl. (P). — Prony, buisson des terrains
arides, oct. 1913, Franc 1560 Série A, fl. (P, Z). — Nouvelle-Calédonie, Le Rat
1109 , il. (P.). — Rive sud du Grand Lac, plaine des Lacs, ait. ± 230 m, arbuste
touffu de 1,50 m, 11. grandes, jaune très pâle, maquis serpentineux, 30 mars 1942,
Virot 627, 11. (P.). — Haute-vallée des Pins (Plaine des Lacs), serpentine, arbuste de
3 m, 1 er avr. 1951, Baumann et Guillaumin 11 993, fr. (P). -—- Plaine des Lacs, Creek
Pernod, serpentine, arbuste de 2 m, 16 nov. 1950, Guillaumin 8413, jeunes boutons.
(P). -— Collines entre Yaté et Touaourou, 60 m, forêt mésophile, serpentine, arbre de
2 m, 11. jaune pâle, 13 janv. 1951, Hurlimann 688, fl. (P). — Nouvelle-Calédonie, Franc
1560, fl. (P). — Route de Yaté, près du point de franchissement de la rivière des Lacs,
150 m, arbuste de 2 m, feuilles vert foncé en dessus, brun grisâtre en dessous, fl. jaune
clair, 6 mai 1956, Mackee4 495, 11. (P). — Mine Steffan, à 8 km, à l’ntérieur des terres, de
la baie de Pourina, ait. 450 m, 29 fév. 1948, Buchholz 1749, f. (P). — Arbuste de 1 m,
collines entre Yaté et ...[illisible], 300 m, serpentine, 26 sept. 1950, Baumann 6420
f. (P). — Arbuste de 2 m, baie du Sud, forêt de Spermolepis, srepentine, 29 mars 1951,
Baumann et Guillaumin 11 672, f. (P). —Arbuste de 2 m, à l’ouest du pont sur la rivière
des Lacs, maquis serpentine, 6 déc. 1950, Baumann et Guillaumin 6 613, f. (P).—Arbuste
de 2 m, pic du Pin, serpentine, 29 mars 1951, Baumann et Guillaumin 11 554, f. (P). —
Arbuste de 3 m, baie du Sud, 200 m, serpentine, 23 fév. 1951, Baumann et Guillaumin
10 992, f. (P.). — Golf von Prony, 100 m, 31 mars 1912, Sarasin 692, 0. (Z). — Strauch
im dichten Gebüsch bei den Hütten der Mine Madeleine, plaine des Lacs, 13 oct. 1924,
Daniker 315, jeunes boutons (Z). — Strauch mit blassgelben glockigen Blüten, die
beim aufblühen hangen, zerstreut im Serpentigebüsch am Abhang ob dem Lac en huit,
plaine des Lacs, 6 fév. 1926, Daniker 315*, 11. et jeunes fr. (Z).
Distribution régionale : Grand massif péridotitique méridional,
au sud d’une ligne joignant la baie de Pourina à Saint-Louis. Une localité
isolée dans la portion moyenne de la Grande Terre, aux environs de Bou¬
rail. Moins répandu que le D. campanulata, mais doit cependant exiter
ailleurs. A rechercher dans les zones serpentineuses, notamment au sein
du quadrilatère baie Ouinné, Saint-Louis, Tomo, Thio, puis, plus au nord
le long de la côte orientale, vers Canala.
Écologie : Sols serpentineux, entre 0 et ± 300 m, exceptionnellement
au-dessus.
Biocénotique : Se rencontre dans les maquis sclérophylles-hélio-
philes planitiaires et subplanitiaires. Pénètre parfois dans les forêts pho-
tophiles des régions inférieures (cf. peuplements de Spermolepis lannifera).
Source : MNHN, Paris
— 276 —
PI. 3. — Dubouzelia Guillauminii R. Virot : 1, feuille (face supérieure); 2, feuille (face infé¬
rieure); 3, fleur; 4, fruit; 5, graine. — Dubouzelia leionema Sprague : 6, feuille (face
supérieure) 7, feuille (face inférieure); 8, sépale (face externe); 9, pédicelle floral; 10,
fragment de fruit.
Source : MNHN, Paris
— 277
3. Dubouzetia Guillauminii R. Virot, Mém. Mus. Nat. Hist. Nat.
Bot. B, IV, 1 : 6 (1953). — PI. 3 (1-5).
Arbuste bas, de 0,50 à 0,60 m de hauteur. Rameaux courts, tortueux,
couverts dans leur jeunesse d’un tomentum laineux roux, glabrescents
ensuite. Écorce gris fauve clair ou gris cendré, finement striée longitudina¬
lement, portant les cicatrices des feuilles tombées et couverte de lenti-
celles. Feuilles groupées vers l’extrémité des rameaux, épaisses, très
coriaces, fortement gaufrées, presque bullées, arrondies ou à peine atté¬
nuées en coin à la base, arrondies-obtuses et mucronulées au sommet,
obovales ou elliptiques; pétiole robuste, de 5-10 mm de long; limbe de
55-105 mm de long sur 25-45 mm de large; marge un peu ondulée, forte¬
ment enroulée en dessous; face supérieure revêtue dans la jeunesse d’un
indûment dense de poils courts, roussâtres ou fauves, glabrescente ensuite;
face inférieure entièrement recouverte d’un épais tomentum laineux de
poils roux ou brun rouge, virant au brun sépia ou au brun grisâtre avec
l’âge. Nervures latérales parallèles, arquées, 8-12 paires, non bifurquées,
profondément imprimées en-dessus, épaisses et fortement saillantes en
dessous; veines fines et réticulées.
Fleurs pendantes, isolées, géminées ou ternées. Axe commun tomen-
teux, roussâtre ou brun rouge, court, de 5-12 mm de long, muni à son som¬
met de 1-3 bractées ovales, tomenteuses, roussâtres ou brun rouge, de
5-17 mm de long sur 3-10 mm de large, souvent caduques. Pédicelle floral
robuste, 50 mm de long sur 3 mm de large, s’allongeant et s’épaississant
après l’anthèse (65 mm x 4 mm), entièrement couvert d’un tomentum
laineux roux ou brun rouge, virant au fauve sale avec l’âge.
Calice à sépales triangulaires-aigus, de ± 23 mm de long sur i 6 mm
de large à la base, entièrement revêtus d’un tomentum laineux roux ou
brun rouge sur leur face externe, densément couverts de poils soyeux
blanc crème appliqués et à côte médiane légèrement saillante sur
leur face interne. Pétales jaune soufre clair, de i 32 mm de long sur
± 9 mm de large, épais, obovales-oblongs ou oblongs spatulés, obtus, un
peu rétrécis dans leur tiers inférieur. Face externe couverte de poils
argentés épars, plus nombreux vers la base. Face interne revêtue dans
son tiers inférieur d’une pubescence dense de poils courts. Filets des
étamines hispidules. Fruit de ± 25 mm de long obovoïde-turbiné ou
globuleux, à section transversale obscurément pentagonale, couvert d’un
tomentum de poils courts fauve sale : loges 5.
Diffère de tous les autres Dubouzetia actuellement connus à la fois
par sa petite taille, ses rameaux courts et tortueux et ses feuilles fortement
gaufrées.
Matériel étudié :
Col des cirques et des flaques, arête méridionale du massif du Humboldt, ait.
± 1 300, exposition ouest, arbuste tortueux de 0,50 m de haut, fl. jaune soufre clair,
maquis des sommets, maquis serpentineux, 11 déc. 1940, Virot 428, fl. fr. Type de
l'espèce (P). — Mont Humboldt, de 1 400 m jusqu'au sommet (1 634 m), arbuste
diffus de 60 cm, rameaux tordus, feuilles vert foncé en dessus, brunes en dessous,
boutons floraux brun clair, 13 déc. 1956, Mackee 5405, boutons (P. K).
Source : MNHN, Paris
— 278 —
Distribution régionale : Chaînon du mont Humboldt, dans la
partie centrale du grand massif péridotitique méridional. N’a pas encore
été retrouvé ailleurs. A rechercher cependant sur les culminances environ¬
nantes : mont Ouen, mont Dzumac, pic du Rocher, Nékando, etc...
Écologie : Croupes et sommets élevés (de ± 1 300 à 1 630 m),
sur produits d’altération superficielle des péridotites.
Biocénotique : Espèce caractéristique de certains groupements
oro-photophiles plus ou moins ouverts : Maquis bas à Xeronema Moorei
— Greslania circinnala et maquis des sommets à nano-microphanéro-
phytes ombelliformes.
4. Dubouzetia caudiculata Sprague Kew Bull. : 57 (1907); d° :
127 = Dubouzetia villosa Vieillard (nom. nud.). — PI. 4 (11-13).
Arbuste buissonnant, parfois petit arbre, pouvant atteindre jus¬
qu’à 2,50 m de haut. Rameaux dressés, couverts d’un tomentum ras
gris brunâtre, gris roussâtre ou brun dans leur jeunesse, glabres et d’un
gris clair ensuite. Feuilles groupées vers l’extrémité des rameaux, minces,
non ou peu coriaces, planes, non ou à peine gaufrées, obovales, oblongues
ou oblancéolées, en coin ou ± arrondies à la base, souvent un peu atténuées
dans leur partie supérieure, caudiculées et ordinairement aiguës ou subai¬
guës au sommet; pétiole de 5-10 mm de long, velu-hirsute ou tomenteux;
limbre de 50-150 mm de long sur 20-60 mm de large; marge légèrement
ondulée-sinuée ou grossièrement, irrégulièrement et superficiellement
dentée, non à peine enroulée en dessous; face supérieure d’un vert assez
foncé, d’abord mollement pubérulente, puis glabrescente sur le limbe,
tomenteuse ou couverte de poils hirsutes au niveau de la nervure médiane ;
face inférieure d’un gris verdâtre ou d’un vert grisâtre, velue-tomenteuse
et grisâtre, verdâtre ou roussâtre sur les nervures et les veines, d’abord
couverte de poils épars puis glabrescente sur le limbe. Très jeunes feuilles
entièrement revêtues d’un épais tomentum de poils roussâtres ou brun
rouge. Nervures latérales parallèles, non bifurquées, presque droites,
12-17 paires, imprimées en dessus, saillantes en dessous; veines fines et
réticulées.
Fleurs pendantes, isolées, géminées ou ternées. Axe commun tomen-
teux-roussâtre, court, de 2-12 mm de long, muni à son sommet de 1-3 brac¬
tées lancéolées ou étroitement lancéolées, tomenteuses-rousses, de 7-8 mm
de long sur 1-2 mm de large, rapidement caduques. Pédicelle floral géné¬
ralement assez robuste, parfois un peu grêle, s’épaississant légèrement
après l’anthèse, de 15-25 mm de long, entièrement couvert d’un tomen¬
tum laineux-roux.
Calice à sépales triangulaires-aigus, de 20-25 mm de long sur 4-7 mm
de large à la base, entièrement revêtus d’un tomentum laineux-roux sur
leur face externe, couverts de poils soyeux blanchâtres appliqués et à côte
médiane légèrement saillante sur leur face interne.
Source : MNHN, Paris
— 279 —
Pétales jaune crème ou blanc ivoire, de 30-40 mm de long sur 11-
13 mm de large, épais, obovales-oblongs ou oblongs-spatulés, obtus, un
peu rétrécis vers le tiers inférieur. Face externe parsemée vers la base
de rares poils blanchâtres appliqués. Face interne hérissée vers la base
d'une brosse de poils courts et raides. Filets des étamines glabres, gla-
brescents ou couverts de petits poils appliqués épars. Fruit de ± 25 mm
de long, obovoïde-turbiné, à section transversale obscurément penta¬
gonale, revêtu d’un tomentum de poils fauves ; loges 5.
Seul représentant connu de la section à pédicelle floraux tomenteux-
laineux et à fleurs blanchâtres ou jaunâtres, possédant des feuilles minces,
planes ou presque, non ou à peine coriaces à et lame entièrement verte.
Matériel étudié :
Montagnes de Pauloitche [? err. Poinlotch], 1868, Caldwell s. n., 11. Type de
l'espèce (K.) — Montagne de Poinlotche, près Galope, 1861-1867, Vieillard 2354,
11. Paralype de l'espèce (P). — Pentes ouest du Dôme de la Tiébaghi, ait. ± 500 m,
exposition ouest, arbuste de 1,50 m, 11. jaune crème, maquis serpentineux, 27 oct.
1943, Virot 1278, 11. (P). — Pentes ouest du Dôme de la Tiébaghi, ait. ± 400 m, expo-
sitio ouest, arbuste de 1,50 m, 11. jaune crème, maquis serpentineux, 27 oct. 1943,
Virot 1260,11. fr.,11. (P). — Mont Poindas, 550 m, forêt mésophile, serpentine, petit arbre,
boutons brunôtres, 24 avr. 1951, Hurlimann 1300, f. (P). — Versant sud du Mont Kaala,
300-700 m, arbuste de 2,5 m, feuilles vert foncé en dessus, vert clair en dessous, fl.
jaunes, fr. vert clair, 20 déc. 1956, Mac Kee 5534, 0. Tr. (P. K). — 1 bis 2 m, hoher
Strauch mitgelben hüngenden Blüten glocken, Im Gebüsch in der HOhe und im Taie
am Serpentin, Kaala Massif bei Koumac, 28 fév. 1925, Daniker 1274, 11. fr. (Z). —
Strauch im Serpentin gebüsch auf dem Berg der Halbinseln Poume, mars 1925, DXni-
ker 887 a , fl. fr. (Z). — Strauch mit grossen gelben Blüten zerstreut im Serpcntin-
gebüsch am oberen Hang des Mt. Koniambo, Koné, 14 janv. 1925, DXniker 887,
11. fr. (Z) — Tiébaghi, 24 sept. 1961, Denizot, fl. (P.).
Autres indications :
Virot (notes manuscrites). Massif du Mont Kaala, maquis serpentineux et forêt
mésophile claire, le long du chemin conduisant de Gomen au sommet méridional du
Mont Kaala, à l’exposition Sud et entre ± 500-900 m. Assez commun. 2 nov. 1943, R.
Distribution régionale : Massifs péridotitiques isolés de la partie
septentrionale de la Grande Terre, au nord de la latitude de Koné. A
rechercher toutefois un peu plus au sud, dans les massifs miniers du
Kopéto et du Boulinda
Écologie : Sols serpentineux, aux altitudes inférieures et moyennes
(jusqu’à ± 900 m).
Biocénotique : Çà et là dans les maquis sclérophylles-photophiles,
parfois dans les forêts photophiles et mésophiles claires.
5. Dubouzetia elegans Ad. Brongniart et A. Gris, Bull. Soc. Bot.
France, 10 : 476 (1863) = Dubouzetia parviflora Ad. Brongniart et A. Gris,
Bull. Soc. Bot. France, 10 : 476, 1863. — PI. 4 (1-10).
Source : MNHN, Paris
— 280 —
Source : MNHN, Paris
— 281 —
Arbuste buissonnant ou arbre pouvant atteindre 10 m de hauteur
(d’après Balansa). Rameaux nombreux, dressés, assez grêles, d’un brun
grisâtre, d’abord finement tomenteux, glabrescents ensuite. Feuilles
minces mais coriaces, planes ou presque, lancéolées, oblancéolées ou
rhomboïdales, ± atténuées en coin à la base, parfois également atté¬
nuées dans leur moitié supérieure, obtuses ou subaiguës au sommet;
pétiole de 3-10 mm de long, finement tomenteux ou glabrescent; limbe
de 25-80 mm de long sur 7-30 mm de large, glabre ou glabrescent sur
les deux faces, marge faiblement ondulée-sinuée ou grossièrement et
superficiellement dentée, non ou à peine récurvée en dessous. Nervures et
veines faiblement imprimées en dessus, légèrement saillantes en dessous.
Fleurs étalées ou pendantes, isolées, géminées ou ternées. Axe com¬
mun finement tomenteux, d’un gris fauve sale, très court, de 1-3 mm de
long, muni à son sommet de 1-3 bractées étroitement linéaires, finement
tomenteuses, fauve sale, de 1-3 mm de long sur ± 0,5 mm de large,
rapidement caduques. Pédicelle floral très grêle ou subfiliforme, ne s’épais¬
sissant pas ou s’épaississant très peu après l’anthèse, de 10-30 mm de
long, couvert d’un feutrage de petits poils appliqués d’un gris fauve sale.
Calice à sépales triangulaires-aigus, de 7-13 mm de long sur 2-3 mm de
large à la base, entièrement revêtus d’un court feutrage de poils appliqués
d’un gris fauve sale sur la face externe, couverts d’un tomentum laineux-
cotonneux blanchâtre ou fauve et à côté médiane légèrement saillante
sur la face interne.
Pétales blanc pur, blanc jaunâtre ou jaune pâle, de 11-25 mm de long
sur 3-9 mm de large, obovales-oblongs ou oblongs-spatulés, obtus, un peu
rétrécis vers le tiers inférieur. Face externe glabre ou présentant quel¬
ques rares poils appliqués vers la base. Face interne ± abondamment
velue-hispide dans sa moitié inférieure. Étamines à filets hérissés de très
nombreux poils blanchâtres, raides et étalés. Fruit à 3-5 loges, de ± 20 mm
de long, globuleux, mucroné ou apiculé au sommet, à 3-5 angles obtus ou
subaigus, à section transversale i triangulaire, quadrangulaire ou penta¬
gonale, d’abord couvert de poils appliqués, puis ± glabrescent.
Par suite de sa morphologie générale, cette espèce mériterait de consti¬
tuer à l’intérieur du genre une section spéciale. Elle s’individualise plus
particulièrement par ses feuilles entièrement glabres ou glabrescentes,
la face interne des sépales laineuse-cotonneuse et son fruit à 3-5 loges.
Matériel étudié :
Balade, arbuste, bois de montagne, 1855-1860, Vieillard 224, fr. Type p. p. de
l'espèce (P). — Nouvelle-Calédonie, 1855-1860, Vieillard 224, fl. fr.? Type p. p. de
l'espèce (P.). — Balade, arbre, bois de montagne, 1855-1860, Vieillard 166, jeunes
boutons. Type du D. parvi/lora Brongn. el Gris. (P). — In montibus excelsis circa
Wagap, 1861-1867, Vieillard 54, fl. (P). — Montagne de Canala, arbuste, 1855-1860,
Vieillard 50, 11. fr. (P). — Bogota-Kanala, frutex floribus albidis, hab. in montibus
ferrugineis, Vieillard 224, boutons et 11. (P). — Montagne d'Annona, Kanala près de
la baie d’Urville, 1861-1867, Vieillard 50, 11. (P). — In montibus excelsis circa Wagap,
1861-1867, Vieillard 50, 224,11. et jeunes fr. (P.). — Kanala, Montagne du Lac, 1867,
Deplanche s. n., boutons. (P). — Nouvelle-Calédonie, Pancher s. n., 11. (P). — Poro-
19
Source : MNHN, Paris
— 282 —
Koua, arbrisseau buissonneux particulier aux terres arides (terrains miniers), terrain
serpentineux, ait. 250 m, sept. 1901, Gribs 1180, 11. (P). — Port-Boisé, forêt rocheuse
du littoral, rare, arbre de faible dimension, 1 er oct. 1914, Franc 1985, fl. (P, Z).
Partie supérieure de la vallée d’Ouatlou, arbre de 10 m de hauteur, 6 déc. 1869, Ba-
lansa 2152, 11. (P). — Col de Boghen (route de Bourail à Moindou), 200 m, arbuste
de 4 m, feuilles vert foncé en dessus, légèrement plus claires en dessous, fl. blanc pur,
21 déc. 1956, Mackee 5563, (1. (P. K).
Distribution régionale : Se rencontre çà et là d’une extrémité à
l’autre de la Grande Terre mais cependant avec une fréquence plus
grande, semble-t-il, sur le versant oriental du complexe montagneux
insulaire.
Écologie : Espèce des altitudes inférieures et moyennes, faisant
preuve relativement à l’édaphisme, d’une indépendance assez large,
puisqu’elle croît aussi bien sur les produits d’altération superficielle des
péridotites que sur les substrats de nature sédimentaire ou métamor¬
phique : schistes, micaschistes, séricitoschistes, etc...
Biocénotique : Paraît entrer dans la composition de groupements
végétaux très variés : maquis serpentineux divers, forêts photo-xérophiles,
forêts mésophiles, etc...
6. Dubouzetia acuminata Sprague, Kew Bull. : 58 (1907); d° : 127.
— PI. 1 (1-7).
Arbuste buissonnant, pouvant atteindre jusqu’à 1,50 m de haut.
Rameaux dressés, grisâtres ou d’un brun gris, tomenteux durant leur
jeunesse, glabres ou glabrescents ensuite. Feuilles rapprochées vers
l'extrémité des rameaux, généralement assez épaisses, parfois minces,
coriaces, un peu gaufrées, oblongues-elliptiques ou oblongues-oblancéo-
lées, rarement obovales, arrondies ou légèrement atténuées dans leur
partie supérieure, parfois mucronulées ou caudiculées au sommet, J; lon¬
guement atténuées en coin à la base ; pétiole de 4-8 mm de long, finement
tomenteux, grisâtre ou fauve ; limbe de 30-80 mm de long sur 10-30 mm
de large; marge faiblement ondulée-sinuée, plus ou moins enroulée en
dessous; face supérieure finement tomenteuse durant la jeunesse, gla-
brescente ensuite ; face inférieure entièrement couverte d’un feutrage de
poils ± soyeux appliqués, d’abord chamois pâle, blanchâtres, gris argenté
ou fauve argenté, virant au fauve grisâtre ensuite. Nervures latérales
parallèles, non bifurquées, presque droites, 8-16 paires, imprimées en
dessus, fortement saillantes en dessous; veines fines et réticulées, ordi¬
nairement non ou à peine visibles.
Fleurs pendantes, isolées ou géminées (? parfois ternées). Axe commun
tomenteux, grisâtre ou fauve, court, de 4-12 mm de long, muni à son
sommet de 1-3 bractées ovales, elliptiques ou lancéolées, tomenteuses,
grisâtres ou fauves, de 3-8 mm de long sur 1-4 mm de large, souvent
caduques. Pédicelle floral grêle ou assez grêle, de 20-35 mm de long,
entièrement couvert d’un indûment court et dense de poils appliqués
grisâtres ou fauve sale, dirigés vers le haut.
Source : MNHN, Paris
— 283 —
Calice à sépales triangulaires-aigus, de 12-20 mm de long sur 3-5 mm
de large à la base, entièrement revêtus d’un indûment court et dense de
poils appliqués grisâtres ou fauve sale sur la face externe, couverts de poils
soyeux appliqués blanchâtres et à côté médiane un peu saillante sur la face
interne.
Pétales blanc jaunâtre, jaune crème ou jaune soufre clair, obovales-
oblongs ou oblongs-spatulés, obtus, un peu rétrécis vers le tiers inférieur,
épais. Face externe munie de quelques rares poils appliqués vers la base,
l’interne couverte d’une brosse assez dense de poils courts et hirsutes dans
son quart inférieur. Étamines à filets glabres, glabrescents ou courte-
ment hispides. Fruit obovoïde-turbiné ou globuleux, mucroné ou apiculé
au sommet, à 5 angles obtus, couvert d’un tomentum ras, grisâtre ou
fauve, de petits poils appliqués; loges 5.
Matériel étudié :
Near Nouméa, Caldwell s. n., 11. et boutons. Type de l'espèce (K). — Mont Dzu-
mac, 11. jaunes, segt. 1906, Franc 539., 11. Paralype de l'espèce (Z). — Mont Dzumac,
Franc 539 série A, 11. (Z). — Nouvelle-Calédonie, 1868-1870, Balansa 1314, 11. et
jeunes fr. (P). — Nouvelle-Calédonie, 1914, Compton s. n., 11. (P). — Mont Dzumac,
rochers élevés, 1 000 m, fin sept. 1907, Franc 539 série A, 11. (P, Z). — Nouvelle-
Calédonie, Lecard s. n., fr. (P). — Mont Dzumac, 1907, Le Rat 190, fl. (P). — Mont
Dzumac, dans les rocailles, 1 000-1 100 m, 11. blanches, 1907, Le Rat 2 824, 11. (P). —
Sommet du Pic Buse, Col sur la Plaine des Lacs, ait. ± 700 m, exposition Sud, arbuste
de 1,50 m de haut, fl. jaune soufre clair, maquis serpentineux, 7 mars 1941, Virot 513,
fl. fr. (P). — Pic du Casse Cou, 740 m, serpentine, arbuste de 1,20 m, 11. jaune clair,
9 mars 1951, Hurlimann 1008, boutons (P).
Distribution régionale : Partie centrale du grand massif pérido-
titique méridional, dans la région du Mont Dzumac, du Pic Buse et du
Pic du Casse Cou. La poursuite des investigations permettra sans doute
de rencontrer également le D. acuminala dans les zones adjacentes.
Écologie : Produits d’altération superficielle des péridotites, au-
dessus de ± 700 m d’altitude. Paraît constituer un vicariant orophile
du D. confusa.
Biocénotique : Peu fréquent, au sein de divers maquis serpentineux
photo-xérophiles soit de transition (montagnards), soit franchement
orophiles.
7. Dubouzetia leionema Sprague, Kew Bull. : 127 (1907) = Du-
bouzelia Kriegeri Vieillard (nom. nud.). — PI. 3 (6-10).
Arbuste. Rameaux jeunes couverts d’une courte pubescence roussâtre.
Feuilles minces, peu coriaces, légèrement gaufrées, obovales-oblongues ou
elliptiques-oblongues, arrondies et mucronulées ou caudiculées au sommet,
arrondies ou brièvement atténuées en coin à la base; pétiole de 4-6 mm
de long, pubescent, revêtu de poils étalés ; limbe de 30-80 mm de long sur
15-25 mm de large ; marge munie de très petites dents espacées, faiblement
ondulée-sinuée et non ou très peu enroulée en dessous; face supérieure
Source : MNHN, Paris
— 284 -
Source : MNHN, Paris
— 285 —
finement pubérulente au moins à l’état jeune; face inférieure glabre ou
glabrescente sur la lame, couverte sur les nervures, les veines et le long
de la marge d’un indûment de poils roux (sur le sec) ± longs et ± hirsutes.
Nervures latérales parallèles, presque droites, non bifurquées, imprimées
en dessus, fortement saillantes en dessous; veines fines et réticulées.
Fleurs pendantes, isolées, géminées ou ternées. Axe commun briève¬
ment pubescent, pouvant atteindre jusqu’à 10 mm de long. Bractées
absentes (? ou caduques). Pédicelle floral grêle ou très grêle, de 20-30 mm
de long, couvert d’un indûment d'un roux grisâtre, parfois un peu rubi¬
gineux (sur le sec), constitué de poils dimorphes, les uns courts et entre¬
lacés, formant une sorte de velours ras, les autres hirsutes et plus ou moins
longs.
Calice à sépales triangulaires-aigus, de ± 18 mm de long sur ± 4 mm
de large à la base, revêtus d'un indûment d’un roux grisâtre, parfois un
peu rubigineux (sur le sec), de poils dimorphes — identiques à ceux du
pédicelle — sur leur face externe, couverts de poils soyeux blanchâtres
appliqués et à côté médiane légèrement saillante sur leur face interne.
Pétales de teinte non précisée (mais vraisemblablement, d’après
l’aspect du matériel sec, blanc ivoire ou jaune pâle), de ± 25 mm de
long sur ±11 mm de large, obovales-oblongs ou oblongs-spatulés, obtus,
épais, un peu rétrécis vers le tiers inférieur. Face externe munie vers la
base de quelques rares poils appliqués. Face interne revêtue dans son
quart inférieur d’un indûment de poils hirsutes. Étamines à filets glabres.
Fruit de ± 20 mm de long, obovoïde-turbiné ou globuleux, mucroné ou
apiculé au sommet, à 5 angles obtus, couvert d’une courte pubescence
roussâtre disparaissant plus ou moins avec l’âge; loges 5.
Par rapport à toutes les autres espèces actuellement connues du
genre, leD. leionema s’individualise beaucoup plus parle dimorphisme des
poils de l’indument du pédicelle floral et de la face externe des sépales
que par la morphologie de la pubescence de la face inférieure de la feuille,
contrairement à ce qu’affirme Sprague.
Matériel étudié :
Sommet du Mont Ouatendé, près de Gatope, Vieillard 2353, 11. fr. Isolype de
l'espèce (P.)
Distribution régionale : Gatope, près Voh, dans le tiers septen¬
trional de la Grande Terre, non loin du littoral occidental. N’a pas été
retrouvé depuis la découverte de Vieillard. A rechercher aux environs
de Voh, Koné, Pouembout, etc...
Écologie : Vit sans doute sur les produits d’altération superficielle
des péridotites, aux altitudes inférieures ou moyennes.
Biocénotique : Entre probablement dans la composition de certains
maquis serpentineux liélio ou photo-xérophiles.
Source : MNHN, Paris
— 286 —
Index bibliographique
Brongniart, Ad. et Gris, A. — Description de quelques Éléocarpées de la Nouvelle-
Calédonie, Bull. Soc. Bot. Fr. 8 : 199 (1861).
— Description de quelques espèces nouvelles d’Éléocarpées de la Nouvelle-Calé¬
donie; Bull. Soc. Bot. Fr. 10 : 476 (1863).
— - Description de quelques plantes remarquables de la Nouvelle-Calédonie, Nou¬
velles Archives du Muséum, Mémoires, IV : 34-46, pl. 13 (1868).
Daniker, A. U. — Ergebnisse der Reise von Dr. A. U. Dâniker nach Neu-Caledonien
und den Loyalty-Inseln. Beiblatt zur Vierteljahrsschrift der Nalurforschenden
Gesselschaft in Zürich, 19 : 257-258 (1933).
Guillaumin, A. Matériaux pour la flore de la Nouvelle-Calédonie, XLI. Révision
des Elaeocarpacées, Bull. Soc. Bot. Fr., 83 : 485 (1936).
— Flore analytique et synoptique de la Nouvelle-Calédone. Phanérogames : 206
(1948).
Guillaumin, A. et Virot, R. — Contributions à la llore de la Nouvelle-Calédonie, CI I.
Plantes récoltées par M. R. Virot, Mém. Mus. Nat. Hist. Nat. série B, Bota¬
nique, IV, 1 : 6-8, flg. 1 (1953).
Schinz, H. et Guillaumin, A. — Elaeocarpacées in Sarasin, F. et Roux, J., Nova
Caledonia, Botanique, I-L. II : 176 (1920).
Schlechter, R. — Beitràge zur Kenntnis der Flora von Neu-Kaledonien, in Engler,
Botanische Jahrbücher, XXXIX : 183 (1906).
Sprague, T. A. — The synonymy and distribution of the species of Tricuspidaria,
Kew Bull. : 10-16 (1907).
— - Décades Kewenses. Plantarum Novarum in Herbario Regii Conservatorum,
Decas XLIII, Kew Bull. : 57-58 (1907).
— A révision of Dubouzetia, Kew Bull., Article XXV : 125-128 (1907).
Source : MNHN, Paris
NOTES SYSTÉMATIQUES SUR LES ANNONAGÉES
AFRICAINES ET MALGACHES
par M me A. Le Thomas
1. UNE ESPÈCE NOUVELLE DE POPOWIA AU GABON
Le genre Popowia créé par Endlicher en 1839, comprend une
centaine d’espèce paléotropicales particulièrement bien représentées en
Afrique où l’on en compte 45, la plupart se rencontrant dans les forêts
primaires ou les galeries forestières.
Ce sont des arbustes ou des lianes à fleurs ÿ ou unisexuées soit soli¬
taires ou bien en inflorescences pluriflores, extraaxillaires ou opposées
aux feuilles, naissant toujours sur les rameaux feuillés, soit en inflores¬
cences multiflores naissant tantôt sur les rameaux feuillés, tantôt sur les
rameaux défeuillés ou sur le tronc. C’est à ce second groupe qu’appartien¬
nent généralement les espèces à inflorescences unisexuées et ce sont le
plus souvent les fleurs $ qui sont caulinaires. Pourtant, il nous a été
donné de rencontrer parmi les échantillons récoltés au Cameroun par
M. Letouzey, un Popowia dont les fleurs sont cauliflores. Ces inflo¬
rescences (J, en cymes robustes pauciflores, rappellent les inflorescences Ç
de P. cauliflora Chipp; il nous est malheureusement impossible de décrire
cette espèce, le matériel étant insuffisant.
L’espèce gabonaise, P. glomerulata que nous allons décrire ci-dessous
se range aussi dans le groupe des Popowia à inflorescences caulinaires
dont nous allons donner la clé enfin de préciser sa position exacte.
1. Fleurs unisexuées; largeur du limbe nettement inférieure à la
1/2 longueur; ramilles et face inférieure des feuilles tomen-
teuses ou pubescentes hirsutes ; pétales internes nettement plus
plus petits que les pétales externes; étamines libres à thèques
verticales, latérales ou extorses.
2. Inflorescences çj sur les rameaux feuillés (inconnue chez
P. glomerulata ); inflorescences Ç caulinaires.
3. Inflorescences Ç contractées en glomérules de 2,5-3,5 cm
de diamètre. P. glomerulata.
3'. Inflorescences $ rameuses, de 7-15 cm de diamètre, en
fascicules de racèmes pluriflores d: composés.
4. Ramilles et face inférieure des feuilles à pubescence
dense et hirsute ; inflorescences q en petits racèmes
grêles, simples ou 2-fasciculés pluriflores; bou¬
ton floral subglobuleux, de 2 mm de dia¬
mètre . P. diclina.
Source : MNHN, Paris
— 288 —
4'. Ramilles et face inférieure des feuilles à pubes¬
cence peu dense et appliquée; inflorescences <$ en
cymes robustes pauciflores; bouton floral sub-
trigone de 4 mm de diamètre. P. cauliflora.
2 '. Inflorescences caulinaires 1 ; inflorescences Ç inconnues.
. P. sp. (Cameroun).
1'. Fleurs (J; largeur du limbe égale ou supérieure à la 1 /2 longueur;
ramilles glabres et face inférieure des feuilles glabrescentes;
pétales externes et internes subégaux; étamines soudées à la
base par leur filet en un tube très court; thèques obliques, laté¬
rales . P.Klainii.
Popowia glomerulata Le Thomas sp. nov. (PI. 1. 8-12).
Scandens; rami puberuli, ramuli novelli brunneo-rufo tomentclli;
internodiis 1,5-3 cm longis.
Folia petiolo crasso, 0,5-0,7 co longo, brunneo-rufo tomentello munita:
lamina subcoriacea, elliptico-ovata vel oblongo-obovata, 11-20 cm longa et
4,3-7,5 cm lata, basi attenuata vel subrotundata, apice attenuata vel breviter
acuminata; pagina superiore glabra, sed Costa media ad basim i pubes-
eente, pagina inferiore appresse pubescente, pilis sericeis brevibus. Nervus
medianus supra praecipue ad basim impressus, subtus prominens; nervi
secundarii utrinsecus 11-14 varie obliqui, arcuati, ascendentes prope mar-
ginem anastromosantcs.
Inflorescentia Ç cauliflora, e ramis adultis vel trunco orta, glomerulata,
in diametro 2,5-3,5 cm. Florum pedicelli crassi, 7-12 mm longi, tomentosi,
1-2 bracteolis parvis extra pubescentibus muniti. Sepala late triangulo-ovata,
3,4 mm lata, 2,5-3 mm longa, exterius tomentosa. Petala externa carnosa,
concava, late ovata, 5-6 mm longa, 6-7,5 mm lata, exterius tomentosa,
interius puberula; petala interna oppositisepala, obovata, basin versus
attenuata, 2 mm longa, 0,7 mm lata, puberula. Carpella permulta (80-95),
2 mm longa, 0,4 mm lata, ovario oblongo dense piloso, 6-7 ovulato, stigmate
lineari.
Flores 3 et fructus ignoti.
Typus : Le Testu 8700, région de Lastoursville, Gabon (Fl. Ç mars)
(Herb. P.),
Cette nouvelle espèce à fleurs unisexuées, les Ç caulinaires, est très
voisine de P. cauliflora Chipp, dont elle se rapproche par la forme et la
pubescence des feuilles, ainsi que par la structure même de la fleur $,
mais elle est particulièrement remarquable par l’aspect de ses inflores¬
cences Ç en glomérules.
1. Voir P. glomerulata dont la fleur (J est inconnue.
Source : MNHN, Paris
— 289 —
PI. 1. — U varia anlsiranensis Le Thomas (SF 20143) : 1, rameau fleuri X 2/3; 2, détail grossi
de la feuille, face inférieure, avec poils étoilés x 4; 3, bouton floral x 2; 4, pétales externe
et interne x 1; 5, fleur épanouie les pétales enlevés x 4; 6, étamine, faces externe et
interne X 10; 7, carpelle et coupe longitudinale x 8. — Popowia glomerulala Le Thomas
(Le Testu 8700) : 8, inflorescence X 1; 9, pétale externe, face interne x 4; 10, pétale
interne, face externe X 6; 11 , fleur épanouie un pétale enlevé x 3; 12, carpelle et coupe
longitudinale x 8.
Source : MNHN, Paris
— 290 —
II. RÉHABILITATION DU POPOWIA KL AIN II
PIERRE EX ENGL. ET DIELS
Popowia klainii Pierre ex Engl, et Diels.
Engler et Diels, Monogr. Afrik. Anonac. : 50 (1901). — Pellegr., Mém. Bull. Soc.
Bot. Fr. : 64 (1949).
- - Clathrospermum klaineanum Pierre nom. nud. msc.
- - Alopostema klainii (Pierre ex Engl, et Diels) Boutique, Bull. Jard. Bot. Brux. XX :
121 (1950).
En 1901, Engler et Diels créaient une nouvelle espèce de Popowia,
P. klainii sur les échantillons : Klaine 1539 et 1714 du Gabon. M. F. Pel-
legrin dans sa révision des Annonacées du Gabon en 1949 conserve cette
espèce mais M. Boutique dans la Flore du Congo Belge en fait un nou¬
veau genre, Alopostema. Ce genre écrit-il, se caractérise uniquement par
son androcée spécial pour la famille, les étamines étant soudées par leur
filet en un tube très court, disposées sur un rang en alternance avec de
petits appendices ; en outre la forme et la position des thèques lui parais¬
sent remarquables du fait qu’elles sont latérales obliques à déhiscence ±
transversale. Or, dans notre révision des Popowia, nous avons constaté
que l’espèce P. lasloursuillensis Pellegr. du Gabon, présentait exactement
le même androcée, et que la seule différence entre ces échantillons résidait
dans les inflorescences et la longueur du pédicelle floral; comme dans
l’espèce Alopostema klainii, les fleurs sont caulinaires. Le problème
aurait donc pu paraître assez simple si l’on avait considéré le genre
Alopostema comme solidement établi, car il aurait suffi de replacer l’espèce
P. lasloursuillensis dans le genre Alopostema. Malheureusement, celui-ci
n’étant basé que sur l’originalité de son androcée, il nous est apparu
bien fragile si l’on pense aux étamines tout aussi remarquables et très
voisines de YEnneaslemon vogelii (Hook. f.) Keay, autrefois considéré
comme Popowia. Pierre avait déjà remarqué cette ressemblance sur
les notes manuscrites qui accompagnent le type A'Alopostema klainii,
nommé par lui Clathrospermum klaineamum mais non publié. Comme chez
A. klainii, les étamines d'E. vogelii, au nombre de 9 également, sont
disposées sur une seule rangée en alternance avec 9 petits staminodes;
de plus, les thèques sont aussi latérales obliques.
On voit donc que la seule particularité qui reste à l’androcée d ’Alo-
poslema est la soudure de la base des filets des étamines, ce qui, à notre
avis, ne justifie pas la création d’un genre nouveau. Aussi reviendrons-
nous à la première idée de Pierre, confirmée par Engler et Diels,
en rangeant de nouveau Alopostema klainii parmi les Popowia;
Popowia klainii Pierre ex Engl, et Diels var. lastoursvillensis
(Pellegrin) Le Thomas comb. nov.
— Popowia lasloursuillensis Pellegrin, Bull. Soc. Bot. Fr. 96 : 213 (1949).
Comme nous l’avons signalé ci-dessus, l’espèce P. lasloursuillensis
Pellegr. possède des fleurs $ en fascicules caulinaires dont la structure
est exactement semblable à celle des fleurs de P. klainii. M. Pellegrin
Source : MNHN, Paris
— 291 —
n’avait pas remarqué en décrivant cette espèce qu’il existait 9 staminodes
en alternance avec les étamines soudées à leur base par le filet. Les feuilles
largement obovales rapprochent encore ces deux espèces et il ne reste
plus pour les séparer que la forme des inflorescences. Chez P. klainii,
on trouve des fascicules de cymes ombellées 1-6 flores, à pédicelle de 1,5-
I, 7 cm de long, alors que chez P. lastoursvillensis ce sont des fascicule.s
1-3 flores à pédicelle beaucoup plus court, 2-3 mm seulement. L’espèce
P. lastoursvillensis Pellegr. devient donc une simple variété de P. klainii.
Matériel étudié :
J. Forme typique:
Klaine : 1539, environs de Libreville (Gabon), Herb. Pierre (fr. mars) (Type P).
Klaine : 1714 (il. déc.); 2257 (fr. juill.); 2662 (11. janv.); 2704 (fr. janv.); 2874;
3227 (fr. févr.); 3340 (11. juin), environs de Libreville (Gabon).
Halle N. : 920, Sibang, Gabon (fr. et 11. photo).
Jean Louis : 4365, Yangambi, Congo Belge (fr. juill.).
2. Forme variélale:
Le Testu : 8595, région de Lastoursville, Gabon, Poungou poubi (fl. déc.) (Type P) ;
8674, région de Lastoursville, Mayabi (11. janv.).
Popowia klainii Pierre ex Engl, et Diels var. angustifolia (Bou¬
tique Le Thomas comb. nov.
— Atoposlema augusli/olia Boutique, Bull. Jard. Bot. Brux. XX : 121 (1950).
Grâce à l’amabilité de M. le Directenr du Jardin Botanique de
Bruxelles, nous avons pu examiner le type de Aloposlema auguslifolia
Boutique, dont il nous a communiqué l’échantillon. Qu’il veuille bien
trouver ici l’expression de notre vive gratitude. Cet examen nous a permis
de constater, comme le mentionnait M. Boutique dans sa description ori¬
ginale, que cette espèce ne se distinguait de A. klainii que par la forme
de ses feuilles. Pour cette raison nous pensons donc que cette espèce
devient une simple variété du Popowia klainii.
III. UNE SYNONYMIE NOUVELLE
DANS LES POPOWIA AFRICAINS
Popowia diclina Sprague emmend. Chipp = Popowia caulanlha
Exell.
Chipp, Kew Bull. : 182 (1923) = Popowia diclina Sprague (pars $), Kew Bull. : 53
(1908) = Clathrospermum manii Oliver (pars <J), F.T.A. 1 : 25 (1808) = Popowia manii
Engl, et Diels (pars <J), Monogr. Afr. Annonac. : 49 (1901), non Baill. (1867-1868)
= Popowia ferruginea Cooper et Record, Yale Univ. For. Bull. 31 : 17 (1931), non Engl,
et Diels (1901) = Popowia caulanlha Exell, Journ. Bot. 70. suppl. 1 : 208 (1932).
Dans sa description originale, M. Exell mentionne la ressemblance
de P. caulanlha avec P. diclina et P. cauliflora. Nous avons eu la possi¬
bilité d’en comparer les types grâce à l’amabilité de M. le Directeur de
de l’herbier de Coïmbra qui a bien voulu] nous envoyer le type de
P. caulanlha. Nous le prions de trouver ici l'expression de notre vive
gratitude. Ces trois espèces possèdent des fleurs Ç caulinaires en fascicules
de racèmes pluriflores ± composés, mais il est facile de distinguer
Source : MNHN, Paris
— 292 —
P. cauliflora dont la pubescence des feuilles et des inflorescences est appli¬
quée et beaucoup moins dense que dans les deux autres espèces. Par
contre nous possédons dans l’herbier du Muséum de Paris des échantillons
de P. diclina Ç où les inflorescences sont arrivées au même degré de déve¬
loppement que celles du type de P. caulanlha et il est impossible de les
différencier. D’autre part, la pubescence hirsute rousse des feuilles et
des inflorescences est exactement semblable, ce qui nous porte définiti¬
vement à considérer ces deux espèces comme synonymes.
IV. UNE VARIÉTÉ NOUVELLE D ’ENNEASTEMON
EN OUBANGUI
Le genre Enneastemon créé par M. Exell en 1932 comprend une quin¬
zaine d’espèces, la plupart décrites primitivement comme Popowia
dont il diffère par l’arrangement des pétales. Alors que dans les Popowia,
ils sont disposés en deux verticilles tout à fait libres, dans les Enneas¬
temon, les six pétales sont unis à la base, en un seul verticille, les plus
grands recouvrant les plus petits dans le bouton.
L’espèce type : E. angolensis Exell a été mise en synonymie avec
E. seretii (De Wild) Rob. et Ghesq. dont nous allons décrire une variété
nouvelle de l’Oubangui.
En effet, parmi les spécimens d ’E. seretii que possède le Muséum
de Paris, il y a tout un lot d’échantillons, récoltés par le R. P. Tisserant
en Oubangui, qu’il a attribués avec R. Sillans (Notulae Systematicae,
XV, 3 : 334 (1958) à E. /oliosus (Engl, et Diels) Rob. et Ghesq. Cependant
ces auteurs signalent qu’il s’agit plus probablement d’une espèce voisine
à déterminer. L’appareil végétatif, la pubescence, les inflorescences sont
indubitablement les mêmes que dans l’espèce type de E. seretii, mais
alors que le tégument externe des fruits est habituellement lisse, pubé-
rulent-tomentelleux, dans tous ces spécimens d’Oubangui, les méri-
carpes également cylindriques, moniliformes, ont une surface externe
verruculeuse, velouté, brun-roux ou vert bronze. Il est à remarquer d’autre
part que les glandes marginales à la base du limbe sont plus marquées
et plus visibles dans cette variété.
Enneastemon seretii (De Wild.) Rob. et Ghesq. var. Tisserantii
Le Thomas var. nov.
A typo differt fructibus verrucosis tomentellis et ad basim foliorum
glandulis marginalibus magis conspicuis.
Typus var. : R. P. Tisserant 1710, Région de Mbaïki et Boukoko,
août 1948, fr. (P.).
Le collecteur précise sur l’étiquette que ce sont les fruit du n° 914.
Autre matériel étudié (P) : R. P. Tisserant 914 (11. mai); 1454 (d. avril); 1594
(fr. sept.); 1710 (fl. avril); 2090 (11. mai); Boukoko, Oubangui.
Noms vernaculaires : Mobaada, Yombo, Molo-Tsanga, Fembe,
Ikvta (Lissongo).
Source : MNHN, Paris
— 293 —
Cette plante est utilisée pour les soins médicaux : contre les courba¬
tures, le lumbago, le charbon du bois de cette liane étant écrasé et mêlé
au sel de cendres pour former un cataplasme. Les feuilles réunies et sus¬
pendues au cou sont utilisées comme parfum.
V. UN UVAR1A NOUVEAU A MADAGASCAR
En étudiant les U varia Gabonais, nous avons été amenée à faire
quelques comparaisons avec ceux de Madagascar, et nous avons trouvé
dans l’herbier du Muséum un échantillon du service Forestier, récolté en
1958 par M. R. Capvjron dans la région de Diego-Suarez, qui nous a paru
nouveau et très différent des autres Uvaria de la Grande Ile. En suivant
la clé des Annonacées de Madagascar établie d’après les feuilles et la
pubescence, cette nouvelle espèce pouvait être rapprochée de U. Sabou-
reaui et U, Balhiei, mais en aucun cas elle ne saurait être confondue avec
elles.
Uvaria antsiranensis Le Thomas sp. nov. (PI. 1,1-7).
Frutex vel arbor parva; rami cinerei pilis stellatis brevibus densis
cinereo-argenteis pubescentes; ramuli novelli pilis stellatis flavis et hirtellis
dense pubescentes; internodiis 1-1,8 cm longa.
Folia velutina, petiolo 0,3-0,4 cm longo, pubescenti-hirtello, pilis stel¬
latis flavis ; lamina elliptico-ovata vel ovata, (2-)3,5-7 cm longa, (l-)l,5-4,5 cm
lata, basi rotundata nonnumquam subemarginata ; pagina superiore oli-
vacea, dense pubescenti pilis stellatis majoribus. Nervi secundarii utrinsecus
9-11 varie obliqui, paulo ascendentes, apice vix arcuati prope marginem
dubie anastomosantes; réticulum vix conspicuum.
Flores ÿ, solitarii, extraaxillares, vulgo ramis novellis secundariis
inserti, pedicello crasso, 0,6-1,1 cm longo, apice dilatato et in longitudinem
striato, pilis stellatis flavis pubescenti; bracteolae minoies 1-2 in alabastro
basilares, mox caducae bracteola major in alabastro apicalis, in flore evoluto
subbasalis foliacea, lanceolata, leviter amplexicauli, 0,6-0,9 cm longa, 0,3-
0,5 cm lata, exterius et interius pubescenti. Sepala lanceolata, basi unita,
0,9-1 cm longa, 0,5-0,7 cm lata, pilis stellatis exterius et interius pubescentia.
Petala exterius olivacea, exterius et interius pilis stellatis pubescentia;
externa valvata, lanceolata, 1,4-2,8 cm longa, 7,5-10 mm lata ; interna imbri-
cata, oblonga, l,3-2,5 cm longa, 3,5-7,5 mm lata. Stamina permulta (75-80)
in seriebus pluribus disposita, oblonga, 2 mm longa, 0,5 mm lata, filamento
brevissimo, connectivo claviformi apice ultra thecas oblongas (rimis extrorsis)
dilatato et truncato. Carpella 5-7, 3-5 mm longa, 0,7 mm lata, stamina multo
superantia, ovariis oblongis, puberulis, stigmatibus basi infundibuliformibus,
obliquis partibus ad exteriorem partem floris directis dilatatis bilabiatis super
stamina sicut umbraculum reflexis. Ovula 8-10 biseriata.
Fructus ignotus.
Typus : 20 143 SF., Ouest (Nord), restes de forêts tropophylles sur
sables, près du mont Reynaud (Diego-Suarez) (Fl. nov.) (Herb. P.).
Source : MNHN, Paris
ESPÈCES AFRICAINES NOUVELLES
DE BERTIERA (RUBIACEAE)
par Nicolas Halle
Le genre Berliera a été créé en 1775 par F. de Aublet pour une
Rubiacée arbustive d’assez petite taille, répandue dans les Guyanes et
en haute Amazonie, le B. guyanensis. L’historique de ce genre a été donné
par Wernham en 1912.
Dans les Rubiacées, les Berliera sont placés tantôt parmi les Gar-
déniées où ils paraissent assez excentriques compte tenu des limites
actuelles de cette tribu, tantôt parmi les Haméliées, petite tribu affine
des Gardéniées. Berliera reste le seul genre africain de cette tribu après
l’exclusion de Heinsia et d 'Alraclogyne (F. Halle 1961 et 1962) qui ont
respectivement trouvé place dans les Mussaendées et les Gardéniées. Avec
leur stigmate gardénioïde très particulier, les Berliera paraissent à leur
tour un peu artificiellement réunis aux Hamelia, genre américain à
stigmate brièvement lobé et étroit.
La nomenclature comporte actuellement 77 appellations de Berliera.
Deux noms sont à rapporter au genre indonésien Mycetia. Il y a 51 espèces
de Berliera valides, toutes tropicales. Huit de ces espèces sont d'Amérique
(centrale, méridionale et Antilles), 4 d’Indonésie, 2 de Madagascar et des
Mascareignes, 37 enfin sont africaines, y compris les 4 nouvelles espèces
du présent travail. II existe 3 nom. nud. non synonymes : B. grandis
Mildbr. 1922, B. zenkeri Mildbr. 1922 et B. ulugurensis Mildbr. msc.
(in herb. P. et BR). Deux appellations ne sont que provisoires (B. sp.
A. du Gabon, et B. sp. B du Cameroun, N. Halle 1960). Dix-neuf noms
enfin sont des synonymes ou peuvent provisoirement être considérés
comme tels (pour l’Afrique cf. N. Halle 1960 et infra). Le présent recen¬
sement a été établi avec l’aide de l’Index Kewensis et, plus spécialement
pour l’Afrique, des travaux de K. Schumann de 1892 à 1903, de Wern¬
ham de 1911 à 1917, de De Wildeman de 1900 à 1923, de Hutchinson et
Dalziel en 1931, et des travaux plus récents de Verdcourt en 1957,
de F. N Hepper en 1962 et de N. Halle en 1960 et 1963.
Nous exprimons notre reconnaissance au Directeur du Jardin Bota¬
nique de Bruxelles qui nous a reçu dans son riche herbarium, ainsi qu’à
M. E. Petit, spécialiste des Rubiacées, qui nous a confié l'étude d’un
grand nombre d’échantillons congolais. Nos vifs remerciements s’adressent
aussi aux Directeurs des Jardins Botaniques de Hambourg et de Kew pour
les herbiers reçus en communication.
Les spécimens cités du Congo ex-belge sont déposés au Jardin Bota¬
nique de Buxelles, des doubles de certains numéros seulement étant au
Muséum de Paris ou à Kew.
Source : MNHN, Paris
— 295 —
Les observations présentées dans cette note intéressent principale¬
ment le sous-genre Berliera. Les 4 espèces nouvelles décrites appartiennent
à ce sous-genre type. Des matériaux nouveaux du sous-genre Beriierella
ont été mis de côté pour une étude ultérieure.
TYPES BIOLOGIQUES
La plupart des Berliera sont des arbrisseaux de 0,50 à 2-3 m de
hauteur, à tige principale dressée orthotrope, à rameaux latéraux plagio-
tropes obliques ou horizontaux; ces derniers sont d’ordinaire seuls flori¬
fères. Les récolteurs notent fréquemment pour certaines espèces « port de
Caféier ». Quelques espèces sont des arbustes ou de petits arbres ± dressés
et rameux, parfois à rameaux ± sarmenteux, atteignant les hauteurs sui¬
vantes : 4-6 m chez B. capitata de Wild. et B. monlana Hiern, 6-10(12) m
chez B. racemosa (G. Don) K. Schum.; chez cette dernière espèce le tronc
atteint 10 cm de diam. (R. Letouzey et Nana Pierre 2578, Cameroun) ou
même 15 cm (J. Léonard 444, Congo b., BR).
Deux espèces sont des lianes ligneuses assez grêles (5 mm de diam.
pour les plus grosses tiges observées en herbier), et probablement ±
volubiles : B. bradeolata Hiern et B. cheualieri Hutch. et Dalz.
D’un type très différent est le B. fimbriata (A. Chev. ex Hutch. et
Dalz.) Hepper 1 : c’est une plante remarquable de 0,50 à 2 m de hauteur,
rappelant les Stipularia (Bubiaceae-Mussaendeae); la ressemblance
tient aux tiges subherbacées dressées, généralement non ramifiées, aux
grandes feuilles et aux amples stipules soudées en des sortes d’urnes
qui se remplissent de débris végétaux et d’eau de pluie 2 ; ces stipules
sont comparables aux involucres de Stipularia (cf. F. Halle 1961, p. 286),
et retiennent des marécages inflorescentiels identiques.
Une espèce non moins remarquable mais d’un tout autre type, le
B. adamsii (Hepper) N. Hallé, présente de petites tiges sous-ligneuses
dressées et non rameuses de 5-12 cm de hauteur. Aux nœuds supérieurs
feuillés prennent naissance de longs stolons grêles pubescents à nœuds
très espacés (jusqu’à 11 cm, Mildbread 4028, S Cameroun; 15 cm, Tous¬
saint 2322, bas Congo) et à feuilles très réduites; à partir d’un de ces nœuds
ou même de plusieurs nœuds consécutifs, se développent ordinairement
une racine adventive principale et un nouveau pied dressé à feuilles
normales. Ce type biologique est remarquablement comparable à celui du
Lasianthus repens Hepper, autre Rubiacée appartenant à la lointaine
tribu des Psychotriées.
Une autre plante, le Sabicea leucocarpa (K. Krause) Mildbr. a été
indiquée par E. Petit en 1962, comme voisine, au moins par son port, du
1. Le nom spécifique donné par A. Chevalier en 1920, et sommairement validé
par Hutchinson et Dalziel en 1931, avait été rapporté au genre Psycholria. Plus
récemment, avant d’être, suivant nos indications, correctement recombiné par Hepper,
un rapprochement avec les Sabicea était envisagé. Malgré son ovaire à 2 loges, l’espèce
ne peut être rapportée ni aux Pseudosabicea N. Hallé 1963, ni aux Ecpoma K. Schum.
2. J. L. Guillaumet et F. Hallé ont observé ces plantes en Côte d’ivoire et
nous ont donné quelques précisions à leur sujet.
Source : MNHN, Paris
— 296 —
Berliera qui s’appelait alors Sabicea adamsii Hepper. Une nouvelle étude
du type, Mildbread 5707 (HBG), permet d’affirmer qu’il s’agit d’un vrai
Sabicea; la pilosité dressée est différente de celle des Berliera, les graines
mûres ovoïdes ont seulement 1 /3 de mm de long et l’ovaire est 5-loculé.
La ressemblance avec le Bertiera adamsii n’est pas vraiment fondée; les
tiges rampantes ont des entrenceuds radicifères et ne paraissent jamais
prendre naissance à des nœuds supérieurs de pieds-mères. La similitude
de type biologique est au contraire très grande avec les Geophila; rappelons
que l’espèce avait été primitivement nommée Geophila leucocarpa par
K. Krause.
Nous présenterons ci-dessous les descriptions de 4 nouveaux Berliera
du sous-genre Berliera. Un seul, le B. simplicicaulis présente un type
biologique original : en plus petit et en très ligneux, nous verrons qu’il
rappelle un peu le B. fimbriala.
VARIATION DU FRUIT
Le fruit le plus fréquent comme le plus typique est une baie juteuse
i sphérique d’env. 5-12 mm de diam. à calice persistant. La baie de B. fim¬
briala est fusiforme et atteint 40 X 11 mm. Chez quelques espèces dont
B. racemosa, la baie ne paraît pas devenir succulente à maturité. Il se
pourrait que le fruit mûr reste de couleur verte. Les très nombreuses
récoltes qui portent l’indication de « fruits verts » (chez les B. racemosa ,
montana, congolana et probablement aussi capitata) incitent à faire cette
supposition. L’indication de « fruits bruns » sur un échantillon de B. race¬
mosa, Jolly 192, ou de « fruit jaune brun », Jolly 132, se rapportent appa¬
remment à des fruits altérés par surmaturation. Toutefois, contrairement
à ce que nous avancions en 1960, quelques espèces du sous-genre Bertie-
rella, et notamment le B. iluriensis K. Krause, peuvent présenter des
baies sphériques succulentes à maturité (voir le groupe II ci-dessous).
Une variation remarquable qui intéresse plus particulièrement les
espèces du sous-genre Bertiera, est celle de la couleur de l’épicarpe des
baies. Les trois groupes qui suivent précisent ce caractère.
I. Fruits bleus (teinte ± claire suivant le degré de maturité,
nuance ± violette suivant l’espèce).
B. simplicicaulis N. Halle, fr. bleu (N. Hallé 1834, Gabon).
B. bracleolala Hiern, noir bleuâtre (A. Chev. 17456, Côte d'ivoire), bleu foncé ou
bleuâtre (Klaine 1541, 1384 et 2841, Gabon).
B. chevalieri Hutch. et Dalz., bleu métallique (Harley 1448, Liberia).
B. aelhiopica Iliern, baies mûres violettes, bleu-violet, violacées (J. Louis 6991
et 15768, Robyns 722 et 1256, Congo b.), fr. violet clair vif (R. Lelouzey 3853, Came¬
roun), bleuâtres, bleus, bleu-pervenche (Robyns 957, Pierlot 1185, Hulstaert 1336,
J. Louis 1651, Congo b.), bleu porcelaine (R. Letouzey 1899, Cameroun), fr. noirs
(Evrard 5439, Congo b.), violet-rouge « 616 de Séguy » (J. Louis 7140, Congo b.).
B. lujae De Wild., violet (Lecomte A 45, Congo fr. ; Ed. Luja 16, Congo b.).
B. taxa Benth., violet clair (N. Hallé 988, Gabon), bleu pâle (Brenan 8401, Nigeria)
et var. bamendae Hepper, bleuâtre (Ujor 30087, Cameroun br.).
B. laxissima K. Schum., bleu porcelaine (Lelouzey 1723 et 1949, Cameroun).
Source : MNHN, Paris
— 297 —
B. balesii Wernh., bleu clair et bleu (N. Hallé 684 et Le Testu 1694, Gabon), violet
et violet vif (N. Hallé 792, Gabon, et Letouzey 4193, Cameroun).
B. zaluzania Gaertn. f., bleu légèrement violet (G. de l'Isle 509, Réunion).
B. longithyrsa Baker, bleu sombre (Perrier de la Bâthic 3833, Madagascar).
B. guyanensis Aubl., bleu devenant noir (Sagot 890, Guyane fr.).
II. Fruits blancs (ou ± jaunâtres).
B. fimbriala (A. Chev. ex Hutch. et Dalz.) Hepper, blanc (F. Hallé et J. L. Guil-
laumel 419, Côte d’ivoire), blanc avec l’extrémité éclairée rouge pâle (Aké-Assi 6079,
Côte d’Iv.).
B. spicala (Gaertn. f.) Wernh., blanc (Pobéguin 1594, Guinée fr.).
B. subsessilis Hiern, baie vert-jaune (Pobéguin 86, Gabon).
B. iluriensis K. Krause, baie succulente blanche (N. Hallé 1441, Gabon).
B. laurenlii De Wild., blanc-ivoire (R. Germain 1971, Congo b.).
B. capitata. De Wild., fruits blanchâtres non mûrs (J. Louis 1940, Congo b.),
indications nombreuses de fruits verts.
B. thonneri De Wild. et Dur., baies non mûres côtelées de jaune ou vert-noir à
rayures longitudinales jaunâtres (J. Louis 12383 et 728, Congo b.).
III. Fruits rouges (teinte ± orangée ou ± écarlate suivant le degré
de maturité ou l’espèce).
B. adamsii (Hepper) N. Hallé, écarlate (Adams 2967, Gold Coast), rouge clair et
r. minium (Letouzey 3387 et Mildbread 4028 in HBG, Cameroun), beau rouge (Tisserant
1619, Oubangui), rouge, r. orange et orange (Bequaert 2025, Toussaint 2322 et Evrard
480, Congo b.).
B. aequalorialis N. Hallé, rouge (N. Hallé 794, Gabon).
B. breviflora Hiern, orangé (N. Hallé 909 et Jeffrey 139, Gabon), rouge (Pyne 24,
Sierra-Leone; A. Chev. 17426, Côte d’ivoire; Keay 28205 et Okafor 36580, Nigeria;
Letouzey 4032, Cameroun; F. Vos 135, Congo b.), rouge vif (Trilles 109 et N. Hallé
1127, Gabon), cramoisi (Dewevre 821, Congo b.).
B. loraria N. Hallé, rouge vif (N. Hallé 1088 et 1288, Gabon).
B. lelouzeyi N. Hallé, rouge (Declercq 13 et Schmitz 5919, Congo b.), rouge violacé
(Flamigni 10347, Congo b.).
B. trnupinii N. Hallé, rouge (A. Léonard 1514, Congo b.), blanc [avant pleine matu¬
rité, semble-t-il?) (Troupin 6310, Congo ex-b.).
Observations : 1. Le groupe I comprend 11 espèces du sous-genre
Berliera. On peut distinguer d’une part le B. simplicicaulis, sans proche
parent connu, et qui présente des inflorescences en glomérules axillaires;
d’autre part les 10 autres espèces dont les inflorescences en racèmes
± paniculées sont terminales ; elles forment un sous-groupe assez naturel
où l’on peut distinguer 4 petites séries d’espèces affines :
a) B. bracleolala et B. chevalieri qui sont de petites lianes.
b) B. aelhiopica et B. lujae qui ont des fleurs sessiles disposées en
petits glomérules sessiles sur un long rachis sinueux.
c) B. taxa, B. laxissima et B. balesii à longues grappes de cymes
décombantes ; cette série pourrait très naturellement être complétée par
deux espèces dont les fruits ne sont pas connus : B. Ihollonii N. Hallé et
et B. pedicellata (Hiern) Wernh.
d) B. zaluzania, B. longilhyrsa et B. guyanensis, malgré les grands
écarts de distribution, ont déjà à très juste titre été taxonomiquement
réunis entre eux par Wernham en 1912 sur la base de leur type d’inflo¬
rescence.
20
Source : MNHN, Paris
— 298
Source : MNHN, Paris
— 299 —
2. Le groupe II ne comprend que deux espèces du sous-genre
Berliera : la première, B. fimbriala, est en outre très originale par son
port, ses inflorescences, ses stipules, ainsi que par la forme et la taille de
son fruit. La seconde, B. spicala, s’isolait déjà par son calice diamétrale¬
ment accrescent (N. Hallé 1960, p. 290-291). Les cinq autres espèces de ce
groupe sont des Berlierella.
3. Le groupe III présente une espèce très isolée par ses inflores¬
cences et surtout par son type biologique : le B. adamsii. Les 5 autres
espèces sont très affines : inflorescences ± contractées et très semblables
entre elles à cela près, mêmes nervilles foliaires striolées, port arbustif
à peu près uniforme malgré des différences de taille.
4. Les B. simplicicaulis, fimbriata et adamsii, à fruits respecti¬
vement bleus, blancs et rouges, sont les seuls Berliera à inflorescences
axillaires; il n’y a pas d’affinités entre ces trois espèces, elles ont cepen¬
dant les principaux caractères des Berliera du sous-genre type : fleurs
petites, calice sans cupule accrescente, pilosité interne de la corolle sans
papilles ponctiformes infrastaminales, baies succulentes ± colorées,
tiges d’un diamètre faible. Le sous-genre Berlierella ne présente par
ailleurs aucun représentant à inflorescences axillaires.
1. Bertiera simplicicaulis N. Hallé sp. nov.
Haec specics in sbgen. Berliera, floribus minutis hirsutis et fructu coeruleo
posita est; habitu, prope B. fimbriatae (A. Chev. ex Hutch. et Dalz.) Hepper
intérim, caule simplice et fructu coeruleo primo visu distincta.
Frutex parvulus 0,20-1 m altus. Caulis unicus lignosus, interdum sympo-
dicus, 3-7 mm diam. Cortex subcrosus ochraceus in longitudine fissus. Inter-
nodia (5)10-20(50) mm longa, juvenilia ^ dense hirsuta, pilis simplicibus
1-3 mm longis mollibus subflavis. Stipulae 8-25 mm longae ± laxe ovatae
acutae, acumine filiformi 2-6 mm longo, exterius puberulae, infra J; gibbosae
inflorescentiis axillaribus inclusis. Petiolus 2-5(7) mm longus, puberulus.
Lamina subpapyracea longe obovata, in sicco subnigra discolora, utxinque
et in margine puberula interdum rare supra, (8)10-20 X (3)4,5-7 (8,5) cm.
Basis longe attcnuata et arcta, acuta vel obtusa; acumcn 4-9 mm longum
triangulare. Mediana utrinque eminula pilis erectis. Nervi secundarii utrin-
que 7-8(10); intersecundarii inconspicui.
Inflorescentiae axillares breviter pedunculatae contractae. Biacteae
pilosae 8-9 X 1-2 mm, in imo ovarii interdum juxta ovarium insertae. Flos
sessilis, praefloratione contorta. Calyx hirsutus lobis 5 subulatis 2 mm longis.
Corolla alba (deinde subfulva) 10 mm longa, lobis 5 acutis 3 X 0,9 mm ut
faucibus exterius puberulis hirsutis. Pars inféra tubi glabra 4,5 mm longa.
Stamina sessilia. Antherae 2 mm longae, arctae apice acuto biloculatae.
Ovarium loculis 2 multiovulatis. Stigma clavatum oblongum bilaminatum
2 mm longum.
Fructus sphaericus in vivo 10 mm diam. caeruleus subviolaceus nitidus
glabrcscens et laevis, sepalis parvulis erectis perstantibus. Mesocarpium
molle succulentum et album; endocarpiwm violaceum pallidum. Loculi
Source : MNHN, Paris
— 300 —
spatiosi; sembla nigra angulata 1,1 mm longa, cire. 42 unoquoque fructu,
in placentis flavis subcapitatis 2 mm latis inserta.
Pilosité interne de la corolle. — Elle est nulle entre les étamines
ainsi que vers les lobes; elle est courte, dense et ± nettement dirigée
vers le bas ou centripète sur une zone annulaire infrastaminale haute
d’env. 0,5 mm (Letouzey 4309).
Observations in silu. — Les plantes ressemblent à des Lasianlhus
(cf. L. balagensis K. Schum.) par leur port, la longueur des limbes et
surtout par leurs fruits bleus. Les entrenœuds supérieurs souvent courts
sont engainés de terre et de débris végétaux boueux ; il s’y développe des
racines qui naissent à la base des entrenœuds du côté interne des sti¬
pules; l’épiderme de la tige est alors ± rongé et les vieilles stipules sont
souvent percées. Les débris abritent des fourmis, des psoques, des myria¬
podes et même un lombric y ont aussi été observés. La plante arrachée
présente 1-2 racines pivotantes vigoureuses.
Écologie. -— Plante de sous-bois très humide (forêts pélohygrophiles ;
parfois sur flanc de vallée) ; forêts de type primitif sur schistes et micas¬
chistes (R. Letouzey).
Matériel étudié :
— Gabon : N. Hallé 1384 (typus P), Mboundou 37 km SE de Makokou (11. fanées et
fr. mûrs, 27-2-1961); 1448, 7 km NE de Makokou (fr. v. 11-3-1961).
— Cameroun : R. Letouzey 3043 et 3056, Nkoum, Bertouo (11. 2-1960); 3105, Ngon-
douma, Bertoua (fl. 2-1960); 3674, Eschienbot (11. 1-4-1961); 4309, Djouo, 45 km
SSE Mesamena, Akonolinga (11. 21-2-1962).
— Congo ex-belge : C. Evrard 2912, Befale (6-11-1957).
2. Bertiera loraria N. Hallé sp. nov.
Affinis B. breviflorae Hiern, qua interdum cohabitat, sed inflorescentiis
contractis, sepalis longissimis differt.
Frutex parvulus 0,5-1 m altus, caule 8 mm diam., ramis parvis late-
ralibus obliquis gracilibus. Internodia nova pilis appressis subflavis. Cortex
anniculus longe desquamans. Stipulae 10-18 X 3-7 mm, infra 1 /4-1 /2 longi-
tudinis tubulosae, supra lanceolatae acutae, subulatae, exterius puberulae.
Petiolus puberulus 2,5-7(17) mm longus. Lamina paulum discolora, fulva
vel subolivacea, untrinque mediocriter puberula interdum i glabra, elliptica
(4) 6-13 X (1,5)2,5-6 cm. Basis acuta; acumen apiculatum 7-10 m m longum.
Mediana insuper et subter puberula pilis appressis. Nervi secundarii utrinque
(5) 6-7(8), obliqui arcuati subter puberuli. Reticulus insigne et dense striolatus.
Inflorescentiae terminales in racemis cymosis brevibus, erectae, pube¬
rulae, 1-5-5 cm longae. Pedunculus 0,5-2 cm longus. Bracteae praecipuae
interdum elongatae foliaceae, alterae lineares 9-12 X 0,5-1 mm, omnes ad
florem proxim im superiorem recaulescentes. Flos sessilis albus (Pobéguin 144).
Alabaster acutus 7 mm longus, praefloratione contorta. Calyx puberulus,
lobis 5 magnis linearibus 4-9 X 0,3-0,6 mm. Corolla exterius puberula parte
arcta tubi glabra, lobis 5 peracutis 2 mm longis. Anthcrac subsessiles dorsi-
Source : MNHN, Paris
— 301
Source : MNHN, Paris
— 302 —
fixae 2,2 mm longae, 2-loculatae, longe acuminatae subulatae. Ovarium 1 mm
longum, puberulum, loculis 2 multiovulatis. Stylus 4,2 mm longus stigmate
laminato striato 2,2 mm longo incluso.
Infvutescentia per vices maturans. Fructus sphaericus rubens, succu-
lentus baccatus carne rubella, 10-11 mm diam., pilis appressis raris, sepalis
perstantibus. Semina nigra microalveolata angulata cire. 1,8 mm longa, in
placentis flavis inserta, 4 in quoque loculo spatioso observata.
Pilosité interne de la corolle. — Une pubescence d’aspect duveteux
est répandue un peu au-dessous des anthères (poils réfléchis), au niveau
et tout autour de celles-ci et jusqu’à mi-hauteur des lobes.
Écologie. — Plante de sous-bois de la région des confins Gabon-
Cameroun-Congo, de 400 à 800 m d’altitude, en forêt ± dégagée mais
dense. Au Congo ex-belge, région de la Loua (afil. de l’Oubangui) et
Mayombe.
Matériel étudié :
— Cameroun : Mildbraed 4339 (HBG), région de Molundu et Lokomo (11. 25-1-1911).
— Gabon : N. Hallé 1088, Makokou (fr. 7-2-1961); 1227 et 1288 (typus P), Bélinga,
90 km N de Makokou (fr. 19/22-2-1961); 1471, Makokou (fin de 11. 14-3-1961).
— Congo ex-français : H. Pobéguin 144, rives de la Ngoko (fl. 3-1920).
— Congo ex-belge : C. Donis 2114, Luki (fr. v. 27-11-1948). — J. Dubois 273, Inéac
M’Vuazi (fr. 10-4-1958). — Sapin 4-1910 s. n., Munungu, Sankuru (fl.), à pubescence
plus hérissée que chez le type; 1912 s. n., Bwado (fr.). — Vanderyst 8704, 8712,
9326, 9380, 8385 ter, 9453, 9686, 10179, 10243, 10291, 10426, 10693, 11047, Ipamu
(fl. et fr. 1921).
Observation. — Le spécimen C. Evrard 2614, Coquilhatville, de forêt
marécageuse à Milragyna, porte mentionné : arbuste de 3 m de haut et
fruits noirs; bien que d’apparence très semblable au B. loraria, peut-être
mériterait-il d’être proposé comme variété de cette espèce.
3. Bertiera letouzeyi N. Hallé sp. nov.
Affinis B. lorariae N. Hallé, sed pubescentia villosa, habitu majore,
antheris breviter apiculatis et corolla intus et inter staminas parce pilosa
differt.
Frutex gracilis interdum subsarmentosus, 0,5-3(4) m altus ; caulis erectus
ramis oppositis i obliquis gracilibus 1-2 mm diam. Cortex tenuiter longe
desquamans. Summitates et internodia novella puberula, pilis exilibus
subflavis 1-3 mm longis inter pubescentiam brevem. Stipulae 11-15 mm longae,
arctae, 1 /3 vel 2 /3 tubulosae, acutae, apice filiformi, exterius puberulae
et interius glabrae. Petiolus puberulus 2-3(4) mm longus. La min a elliptica,
tenuiter papyracea, subdiscolora olivacea, utrinque puberula, 5-11 X 1,7-
3,7 cm; basis obtusa vel subrotundata; apex lanceolatus vel subacuminatus,
interdum in fine mucronulatus. Mediana utrinque hirsuta; nervi secundarii
6-8 utrinque ascendentes infra hirsuti. Réticulum striolatum in perspicuitate
conspicuum.
Inflorescentiae villosae terminales cymulosae vix 2 cm longae 4-10-florae
contractae. Bractae linaeres 8 mm longae ad flores triplicae et recaulescentes.
Source : MNHN, Paris
— 303 —
Alabaster acutus praefloratione contorta. Flos albus 9-10 mm longus sessilis
(pedicellus interdum 1 mm longus in flore terminali ebracteolato). Calyx
lobis 5 subulatis 4-5 X 0,3 mm, hirsutis. Corolla alba 8 mm longa usquc ad
medium glabra, superne pilis 1 mm longis hirsuta, 2 mm lata, tubo paulum
arcto cylindrico. Lobi 5 ovati 1,2 mm, vix acuti, late imbricati, axi incrassato
pilifero. Antherae biloculatae dorsifixae subsessiles 2,3 X 0,8 mm, infra
scissae, superne connectivo breviter apiculato productae. Ovarium hirsu-
tum 1,5 mm altum, loculis 2 multiovulatis. Discus carnosus rotundatus
subdepressus 1,1 mm diam., 0,4 mm altus. Stylus 6 mm ad basim attenuatus.
Stigma oblongum 2,5 mm longum, lobis 2 in longitudine exterius striatis.
Fructus immaturus in sicco 5 mm. diam., villosus, sepalis erectis
subsinuis perstantibus, seminibus 40-55 atro-fuscis angulatis 1,1 mm longis.
Pilosité interne de la corolle. — Elle comprend : primo, un anneau
infrastaminal de 0,6-1 mm de large couvert de poils blancs fins réfractés;
secundo, des lignes verticales peu denses de poils ascendants entre les
étamines et s’arrêtant au niveau de la base des lobes.
Écologie. — L’espèce est fréquente dans diverses stations à l’exclu¬
sion des forêts très humides; savanes boisées, recru forestier sur savane
à Imperala cylindrica, forêt semi-décidue à Cellis et Sterculiacées, forêt
à Macrolobium dewevrei, forêts secondaires ou ± primitives, talus en
surplomb de rivière ou bordure de piste.
Matériel étudié :
— Cameroun : R. Letouzey 1672 (BR) et 1682, Bamelap, Nanga-Eboko (11. 14-4-
1959) ; 1701, Bamelap-Kak (fl. 15-4-1949); 3107, Ngongdovna, Bertoua (fl. 20-2-
1960) ; 3675 (BR et P), Eschienbot, Abon-Mbang (fl. et j. fr. 1-4-1961); 4612 (typus
P, isotype BR), Ngemo, E Batouri (fl. 30-3-1962); 4787 (BR et P), Djemiong, SW
Batouri (fl. 18-4-1962); 4835 (BR et P), Kapan, S. Batouri (fl. 23-4-1962).
R.C.A. (Oubangui) : Tisserant 1060, Boukoko (fr. 20-7-48) « serait la même espèce
que le n° 813 » (numéro non retrouvé).
— Congo ex-belge : Bequaert 872, H. Callens 3341, Deleclercq 13, R. Devred 1785
et 2863, C. Evrard 608 et 1166, Flamigni 10347, R. Germain 7950, J. Gillet s. n.,
E.Jans475, A. Léonard 5668, L. Libenl961 et 2271, R. P. Renier 69 A, A. Sapin s. n
avr. et fév. 1910, A. Schmitz 5919, Vanderyst 1786, 2889, 2947, 8127, 8349, 8990,
9090, 10182, 23781.
4. Bertiera troupinii N. Hallé, sp. nov.
A {finis B. aequatorialis N. Hallé, sed rhachidi inflorescentiae vix diffracta,
stipulis spathaceis, antheris haud acuminatis, sepalis haud erectis in fructu,
differt. A B. breviflorae Hiern, habitu majore, racemis longioribus et stipulis
insignibus differt.
Frutex l,5-3(6) m altus, internodiis villosis vel hirsutis, ramis gracilibus.
Stipulae insignes spathaceae (8)12-25(38) mm longae, arctae univel biapi-
culatae, infra tubulosae, exterius ± villosae. Petiolus 3-8 mm longus villosus.
Lamina i olivacea discolora, superne glabra vel ^ villosa, infra puberula
vel villosa, elliptica 5-16 X 2-7 cm. Basis fere acuta, rotundata vel paulum
cordata; acumen 4-8 mm longum. Nervi subter pilosi, secundarii utrinque
(7)8-12. Reticulus transverse pectinato-striolatus.
Source : MNHN, Paris
- 304 —
Source : MNHN, Paris
— 305 —
Infloresccntiae terminales (5)8-15 mm longae laxe racemosae multi-
florae pilosae, ramis lateralibus oppositis vel altérais floribus 2-8, rhachidi
ebracteato; bracteae recaulescentes lineares 3-6(10) mm longae. Flos albus,
viridis vel subcastaneus, interdum roseus, villosus, pedicello 0-1(2) mm longo.
Alabaster apiculatus 7 mm longus praefloratione contorta. Sepala 5 pilosa,
linearia, l,5-3(4,5) mm longa. Corolla parte arcta tubi glabra, parte inflata
lobisque exterius pilosa. Lobi 5, 1,5-2 mm longi. Antherae ellipticae 1,5-
2 X 0,6-0,7 mm dorsiiixae connectivo perbreve apiculato, filamento cire.
1/4 mm longo. Ovarium sphaericum biloculatum; discus carnosus superne
complanatus; Stylus cire. 5 mm longus stigmate elliptico laminato striato
vix 2 mm longo incluso.
Fructus sphaericus cire. 8 mm diam., succulentus rubens sparsim pilosus,
in sicco ante maturitatem costatus, sepalis perstantibus extrorsum arcuatis.
Sembla angulata subnigra rugulosa 1,4-2 mm longa, in imoquoque fructu 12-24.
Cette espèce présente un caractère distinctif remarquable dans ses
stipules. Les caractères floraux spécialement chez Bamps 542, Léonard
1514, Troupin 2489 et Christiaensen 1939, sont remarquablement cons¬
tants. La pilosité interne de la corolle présente d’une part un anneau
infrastaminal de poils blancs centripètes ± réfractés, large de 0,5 mm,
d’autre part des lignes verticales étroites de poils ascendants s’arrêtant
au niveau de la base des lobes; il y a parfois quelques poils supplémentaires
près de la commissure des lobes dont la face interne est entièrement glabre.
L’espèce présente une grande variabilité des principaux caractères
suivants : 1, la couleur des fleurs (verte chez le type). — 2, la pubescence
± appliquée ou dressée et ± abondante (elle est très rare ou nulle sur le
dessus du limbe chez le type). — 3, forme de la base du limbe (arrondie
chez le type). — 4, taille des limbes (env. 8 X 3,5 cm chez le type). —
5, longueur des inflorescences (14-16 cm chez le type). — 6, taille de la
plante sur pied (2 m chez le type).
Pour ce dernier caractère on trouve noté 15 mesures de 1,5 à 3 m;
3 mesures de 5 à 6 m, ce qui est déjà beaucoup plus grand que toutes les
autres espèces du même sous-genre; on trouve enfin une indication,
douteuse me semble-t-il, de 15 m (G. Troupin 4563).
La multiplicité des caractères variables nous fait renoncer à définir
des variétés.
Écologie. — Croit entre 470 et 900 m d’altitude en forêt semicaduci-
foliée ou en forêt ombrophile; plus rarement rencontré dans des recrus
forestiers.
Matériel étudié :
Congo ex-belge : Bamps 542, Lomami (11. 18-4-1959). — Bequaert 1723, Avakubi
(11. 2-1-1914); 6525, Walikale (11. et fr. 7-1-1915). — Christiaensen 1939, Kivu (11.
5-12-1956). — C. Evrard 5814, Djolu. — Gérard 2202, Paulis. — Lebrun 5701, Urega,
Maniema (fr. 7-1932). — Léonard 1514 et 1826, Walikale (fr. 14-11 et 11. 24-11-1958).
— J. Louis 14218, Opala, Mayoko (fr. 2-1939). — Pierlot 1700, Walikale (fl. 26-6-1957).
— Troupin 2489, 4563, 4693, 4746 (typus BR), 6310, 6342, 9214, 9250, 10262, 10575,
10698, 10786 et 11000, Kahele, Kivu (1958-1959, 11. de fév. à nov., fr. en fév. et oct.);
6271, Walikale, Kivu (9. 21-1-1958).
Source : MNHN, Paris
306
Le très beau et très abondant matériel provenant de la province
du Kivu est dû à notre excellent collègue belge G. Troupin à qui nous
dédions ce nouveau Berliera.
SYNONYMIE
(en complément de la liste donnée en 1960)
Bertiera ituriensis K. Krause 1911 : après examen de fragments
du type Mildbraed 3047, Ituri 1908 fil. fl. et fr. (BR), nous donnons comme
synonyme le B. lisserantii N. Hallé 1960. — Autre nouveau synonyme, le
B. bequaertii De Wild. 1923; le type fructifère, Bequaert 2652 (BR),
malgré ses stipules assez grandes et ses fruits très légèrement ovales ne nous
paraît pas différer spécifiquement du B. ituriensis. — Autre synonyme
probable, le B. tenuiflora Wernham 1912 (opinion fondée sur l’étude de
la diagnose, compte tenu de certaines déterminations des herbiers de
Bruxelles).
Bertiera aethiopica Hiern 1877 : le B. bequaertii De Wild. nom.
nud. in herb. BR, est un nouveau synonyme; opinion fondée sur l’examen
du spécimen Hendrickx 794 avec balais de sorcières.
Bertiera racemosa (Don) K. Schum. : nov. syn. B. jollyana Pierre
msc. in herb. P. et BR.
Bertiera bracteolata Hiern: nov. syn. B. slenothyrsa (K. Schum.)
combinaison manuscrite (BR).
Bibliographie
A. Chevalier. — Exploration Botanique A.O.F., I (1920) : p. 341 Psychotria flmbriala.
F. Hallé. — Contribution à l’étude biologique et taxonomique des Mussaendeae.
Adansonia n. s. I, 2 : 266 (1961).
— - Biologie et position taxonomique du genre Alractogyne, Adansonia n. s. II, 2 :
309 (1962).
N. Hallé. — Sur les Berliera d’Afrique, Notul. System. XVI : 280 (1960).
— Délimitation des genres Sabicea Aubl. et licpoma K. Schum. en regard d’un
genre nouveau : Pseudosabicea, Adansonia n. s. III, 1 : 168 (1963).
F. N. Hepper. — Sabicea Aubl. and Slipularia Beauv., Kew Bull. : 289 (1958).
— Notes on Trop. Afr. Rubiaceae, Kew Bull. : 329 (1962).
J. Hutchinson et J. M. Dalziel. — F.W.T.A. II, 1 (1931).
E. Petit. — Rub. Afr. IX, Bull. Jard. Bot. Brux. 32 : 173 (1962), p. 194 Sabicea
adamsii et leucocarpa.
H. F. Werham. — A révision of the genus Berliera, Journ. Bot. 50 : 110 et 156 (1912).
Source : MNHN, Paris
INFORMATIONS
CONGRÈS DE L’A.E.T.A.T.
La V e réunion plénière de l’Association pour l’étude taxonomique
de la Flore d’Afrique Tropicale aura lieu à Gênes cette année du 9 au
14 septembre.
CONGRÈS MEXICAIN DE BOTANIQUE
La Société Botanique de Mexico organise le second Congrès mexi¬
cain de Botanique, avec la collaboration de l’Université autonome de
San Luis Potosi, à San Luis Potosi, du 17 au 21 septembre 1963.
DIXIÈME CONGRÈS BOTANIQUE INTERNATIONAL
EDIMBOURG, GRANDE-BRETAGNE, 1964.
SECTION DE NOMENCLATURE
Les propositions reiatives au Code International de la Nomenclature
Botanique (1961) doivent être soumises au Rapporteur-général, D r J. Lan-
jouw, Lange Nieuwstraat 106, Utrecht, Pays-Bas, avant le 1 er octobre
1963. Toutes les propositions seront publiées dans Taxon. Les propo¬
sitions de nomenclature seront présentées au Congrès par le Rapporteur-
général sous la forme d’un « Recueil Synoptique des Propositions » et
seront publiées dans le courant de janvier 1964.
Les sessions de la Section de Nomenclature se tiendront à Edinbourg,
Grande-Bretagne, du 29 juillet jusqu’au 1 er août. Les dates du Congrès
proprement dit sont du 3 août au 12 août.
MISSIONS
M. N. Hallé, Assistant au Laboratoire de Phanérogamie du Muséum,
effectue actuellement une mission de trois mois au Gabon.
M. R. Letouzey, Conservateur des Eaux et Forêts, Chargé de
recherche du Centre national de la Recherche scientifique, attaché au
Laboratoire de Phanérogamie du Muséum, se trouve en ce moment au
Cameroun pour une mission de quatre mois.
Source : MNHN, Paris
— 308 —
FLORE DU CAMEROUN
Volume n° 1 : R. Letouzey, Rutacées, Zygophyllacées, Balani-
tacées, avec préface de M. le Président de la République Fédérale du
Cameroun, M. A. Ahidjo; introduction de M. le Professeur A. Aubréville
et note sur la phytogéographie camerounaise de l’auteur. — 174 p., 25 pl.
— 25 F.
*
FLORE DU GABON
Volume n° 6: R.Letouzey,Rutacées,Zygophyllacées, Balanitacées.
— 122 p., 23 pl. — 19 F.
Nous apprenons avec regret le décès de M. le Professeur B. K. Schis-
chkine, Directeur de l’Institut Botanique de l’Académie des Sciences de
l’U.R.S.S. à Léningrad ainsi que celle de M. le Professeur Skottsberg
de Gôteborg.
La préparation du tome III, fasc. 2, a été assurée par A. le Thomas (M m «l.
Source : MNHN, Paris
ÉDITIONS DU CENTRE NATIONAL
DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
C.C.P. PARIS 9061-11 15, quai Anatole-France, PARIS 7 e Tél. : SOLférino 93-39
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DU MAROC OCCIDENTAL
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ET BIOTOPES MARINS DU CAP CORSE
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n° 68
FEUILLE DE NICE
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1 carte 72 X 105.
*
Colloque international n° 97
MÉTHODES DE LA CARTOGRAPHIE
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Volume relié pellior in-8° raisin de 325 pages, 2 dépliants hors texte,
1 carte hors texte 2 couleurs. 32 F
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris