Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
ou Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
H. HUMBERT A. AUBRÉVILLE
Membre de l’Institut Professeur
Nouvelle Série
Tome IV
FASCICULE 3
1964
PARIS
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
16, rue de Bufïon, Paris (5 e )
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
Tardieu-Blot (M me M.-L.). — Eugène Poilane 1888-1964. 351
Leandri J. — Ernest Cosson, floriste français (1819-1889) et l’étude
botanique de l’Afrique du Nord. 355
Aubréville A. — Notes sur des Sapotacées. III (I, Les genres
américains Ragala et Prieurella; II, Un nouveau Manilkara
centrafricain; III, Les Labramia malgaches; IV, La part mal¬
gache dans la distribution mondiale du genre Mimusops ; V,
Pachysleta Koechlinii, espèce nouvelle du Congo-Brazzaville).. 367
Gorenflot R. —■ Introgression, Polymorphisme et Taxonomie
chez les Plantaginacées. 393
Rauh W. — Ceropegia Armandii, un Ceropegia nouveau de Mada¬
gascar. 419
Croizat L. — La distribution des Bombacacées : mise au point
biogéographique . 427
Hallé N. — Précisions sur une Rubiacée méconnue appartenant
au genre Berliera . 457
Bui Ngoc-Sanh (M me ). — Matériaux pour la Flore du Cambodge.
du Laos et du Vietnam; le genre Aralia . 461
Heine H. — Fernandoa Welw. ex Seem., genre méconnu des
Bignoniacées dans la flore de l’Oubangui-Chari, du Cameroun,
et du Gabon. 467
Secrétaire de Rédaction
A. Le Thomas
Assistante
Source : MNHN, Paris
EUGÈNE POIL ANE
1888-1964
par M.-L. Tardieu-Blot
Le 20 avril Eugène Poilane descendant en jeep pour se rendre à
Quang Tri, fut tué dans une embuscade tendue par des éléments Vietcong.
Ainsi devait se terminer brutalement la vie aventureuse de celui qui passa
cinquante-cinq ans en Indochine et fut l’un des pionniers de la prospection
botanique dans cette région.
Né à Saint-Sauveur de Landemont, canton de Champtoceaux, le
16 mars 1888, Poilane était fils de paysans. Envoyé comme ouvrier
d'artillerie en Cochinchine en 1909, il fut d’abord employé à l’Arsenal
de la Marine. Il eut la chance de rencontrer à Saïgon, après la guerre
de 1914, Auguste Chevalier qui, jugeant exceptionnelles ses qualités
de courage et d’intuition, le fit affecter à l’Institut botanique de Saïgon,
puis nommer en 1919 botaniste prospecteur, enfin en 1922, agent des
Services forestiers d’Indochine. Il fut promu correspondant du Muséum
en 1928.
A partir de 1926 Poilane s’installa à Khe Sanh, province du Quang
Tri où il vécut jusqu’à ses derniers jours. Bien que cruellement éprouvé
à plusieurs reprises — les arbres et les bâtiments de sa plantation furent
détruits ou brûlés en 1945 par les Japonais, en 1953 par le Viet-Minh —
Poilane n’avait pas voulu quitter ce pays qu’il aimait et qu’il
connaissait si bien. Père de dix enfants (dont cinq nés après qu’il eut
dépassé la soixantaine), il laisse encore en Indochine plusieurs enfants,
dont un fils dans la plantation voisine de la sienne.
L’œuvre de Poilane peut s’inscrire sous deux rubriques :
1° L'exploration botanique : Il a parcouru pendant plus de qua¬
rante ans, et le plus souvent à pied, l’Indochine depuis la pointe de Carnau
jusqu’aux frontières de Chine, de Birmanie et du Siam, récoltant dans
des régions 5 peine connues ou inconnues. En 1935 il fait l’ascension du
Fan-si-Pan, puis va de Chapa au Mékong en longeant la frontière de
Chine.
Ses premiers envois au Muséum datent de 1922. Depuis lors, et jus¬
qu’en 1947, les envois se sont poursuivis au rythme de 1 500 à 5 000 numé¬
ros par an, pour atteindre fin 1947 plus de 36 000, auxquels il faut ajouter
environ 1 500 échantillons de cryptogames, surtout Champignons. Si
l’on considère que chaque espèce envoyée est largement représentée et
qu’une part des doubles, servant de monnaie d’échange, ont été envoyés
dans les grands établissements scientifiques du monde entier, nous
pouvons mesurer l’ampleur de la contribution de Poilane à la connais-
Source : MNHN, Paris
— 352
Eugène Poilane : 1888-1961.
Source : MNHN, Paris
- 353
sance de la Flore indochinoise. C’est à ses récoltes surtout, et à celles
de Pételot, que les Suppléments de la « Flore de l’Indochine », et
actuellement, la « Flore du Cambodge, Laos, Vietnam » doivent leur
grand nombre d’espèces nouvelles soit pour ce pays, soit même pour
la Science.
Le nombre de nouveautés trouvées par Poilane est en effet si
grand que nous ne les énumérerons pas ici. Citons seulement l’exemple
fourni par M lle A. Camus en ce qui concerne les genres Castanopsis et
Quercuà 1 : Poilane a trouvé 21 espèces nouvelles pour le premier et 19 pour
le second. Des genres même lui ont été dédiés : ainsi Poilania et Poilaniella
rendront pour toujours hommage à sa mémoire.
2° L'introduction des arbres fruitiers : Poilane ayant reconnu la
situation privilégiée de l’Indochine, pensait qu’elle pouvait produire
presque tous les fruits : au Sud les fruits équatoriaux, au Nord, en alti¬
tude, à la fois les fruits des zones tropicale et tempérée. Il s’était donc
attaché à la culture des arbres fruitiers. Il fit de sa plantation de Khe
Sanh, un verger expérimental où, en plus de la culture du café Chari, il se
livrait à toutes sortes d’expériences et d’introductions. Il cherche des
porte-greffes dans la végétation spontanée ou dans les pauvres cultures
des montagnes, il fait venir des greffons de France, du Japon, ou de tout
autre pays, il étudie les différents modes de propagation des espèces
fruitières dans la région, leur réaction au parasitisme ou leur immunité.
Il obtient ainsi des résultats fort intéressants concernant la plupart de
nos fruits de France : vigne, pêchers, fraisiers, pruniers, poiriers, châtai¬
gniers, noyers, même noisetiers (sa dernière introduction). Il introduit
même le kolatier, et cherche à introduire le dattier. On peut suivre
cet effort gigantesque et de longue haleine tout au long de son « Journal
de Route » consigné dans 10 cahiers (dont nous n’avons eu en main que
les numéros de 3 à 8). Il a du reste consigné les résultats obtenus dans
un intéressant manuscrit intitulé « Arbres fruitiers d’Indochine », daté
de janvier 1962, et qui attend encore la parution.
Telle est, dans ses grandes lignes, l’œuvre de cet homme, véritable
héros de Conrad, courageux, curieux, toujours prêt à observer, toujours
prêt à affronter cette nature non défrichée, parfois hostile, qu’il a été
un des premiers à découvrir et à aimer.
I. A. Camus in A. Chevalier Journ. Agr. trop. 1 : 385, 1954.
Source : MNHN, Paris
— 354
Fig. 1. — Carte des initéraires de Poii.anecii Indochine.
Source : MNHN, Paris
ERNEST GOSSON, FLORISTE FRANÇAIS (1819-1889)
ET L’ÉTUDE BOTANIQUE DE L’AFRIQUE DU NORD
par J. Leandri
Notre pays a joué depuis longtemps un rôle, non seulement honorable,
mais capital dans l’étude botanique des pays au sud de la Méditerranée.
Sans remonter jusqu’à Desfontaines (1750-1833) auteur de la Flora
allanlica (1798); ou à Delile (1778-1850) auteur de la Flora Ægyptiaca
(1812), nous voudrions rappeler aujourd’hui la mémoire d’un grand
botaniste français dont le rôle a été décisif dans l’étude des richesses
floristiques de l’Afrique du Nord : nous voulons parler d’Ernest Cosson,
dont le nom est encore un de ceux qu’on entend le plus souvent pronon¬
cer à l’Herbier du Muséum, où l’une des plus belles salles lui est dédiée.
Outre les services qu’il a rendus par son talent à la Science, il peut être
compté parmi les bienfaiteurs de notre grand Établissement national,
qui conserve son magnifique herbier, donné par son petit-fils le D r E. Du¬
rand en 1904.
Cosson était venu à la botanique par l'herborisation, à laquelle il
s'était livré avec passion dès sa jeunesse. Je n’ai pas besoin de dire ici
que c’est là encore aujourd’hui une des sources des vocations les plus
profondes et les plus durables à notre science. Sans vouloir sous-estimer
l’importance de plus en plus grande que prennent les recherches de labo¬
ratoire ou de cabinet, les progrès qu’elles apportent dans l’intelligence
des lignes générales de l’organisation de la Nature et des processus de
la vie, leur nécessité quand il s’agit de classer et d’exploiter une masse
de documents et de données qui dépassent les possibilités de la mémoire,
nous regrettons de n’avoir pas la plume d’un poète pour célébrer aussi
les longues courses des botanistes parisiens, parfois ensoleillées, parfois
généreusement arrosées, à la recherche des « bonnes » espèces, les départs
au petit matin, quand la grande ville est encore endormie, les discussions
ou les projets, en chemin de fer ou en voiture, au-dessus des Flores cou¬
vertes d’annotations ou sur les cartes à grande échelle, où sont pointées
les plantes rares, la joie de la découverte de certaines d’entre elles dans
de nouvelles localités, l’ouverture des boites vertes, ou grises, ou des
cartables pour les fleurs les plus fragiles afin d’y ranger les trésors ainsi
acquis, le déjeuner frugal sur l’herbe, assaisonné de camaraderie et de
bonne humeur, parfois la préparation dans une auberge encore campa¬
gnarde d’une savoureuse omelette aux champignons choisis par une main
académicienne, les lourdes après-midi d’été, où la chaleur et l’influence
soporifique de la digestion ne parviennent pas à vaincre l’ardeur du bota¬
niste, ranimée parfois par la rencontre d’une fontaine ou d’un estaminet
où les discussions floristiques se poursuivent devant un pot de bière ou de
limonade. A l’époque des débuts de Cosson les transports mécaniques
Source : MNHN, Paris
— 356
Ernest Cosson : 1819-1889.
Source : MNHN, Paris
— 357 —
étaient encore dans l’enfance, mais l’esprit herborisateur animait déjà les
futurs savants. Favorisé aussi par la position aisée de sa famille qui
possédait à la campagne des propriétés qui mettaient la Nature vraiment
à portée de sa main, Cosson pouvait se donner entièrement à ces recher¬
ches floristiques. Ses parents avaient rêvé pour lui d’une carrière bien
différente. Possesseurs d’une fortune importante, acquise dans le com¬
merce, ils auraient voulu voir leur fils utiliser ses qualités intellectuelles
à suivre une carrière administrative et à parvenir ainsi aux postes élevés
de l’État. Cependant ils ne firent pas trop d’objections quand leur fils
manifesta l’intention de faire sa médecine; Ernest Cosson considérait
en effet ces études médicales comme le préambule indispensable d’une
carrière de naturaliste; elles devaient d’ailleurs lui faciliter grandement
plus tard, grâce au prestige qui entoure le « tebib » et à l’affection que les
soins qu’il leur donnait lui faisait acquérir auprès des Algériens, l’accès
de régions peu connues ou dangereuses.
Cosson obtenait en 1847 son grade de docteur en médecine, avec
une thèse de chirurgie, mais il était déjà à cette époque un botaniste
célèbre! 11 avait, dès 1840, publié un mémoire de botanique Sur quelques
plantes critiques des environs de Paris, en collaboration avec Germain
de Saint-Pierre. A peine âgé de vingt et un ans, il promettait déjà de
devenir un maître. Deux ans plus tard, avec Germain de Saint-Pierre
et Weddell il donnait une Introduction à la flore analytique et descriptive
des environs de Paris puis avec Germain seul, en 1843, le Supplément au
catalogue des plantes vasculaires des environs de Paris et en 1848, la Flore
des environs de Paris, ouvrage qui rend encore de nos jours de grands
services, et qui eut l’honneur d’être recommandé à la fois par Adrien de
Jussieu, Achille Richard et Adophe Brongniart. Cet ouvrage important
était complété, la même année — ce qui révèle une puissance de travail
peu commune — par un Allas et un Synopsis analytique de la même flore.
Le succès obtenu par les ouvrages des deux jeunes botanistes était
mérité, mais bien des anciens herborisants, ne pouvant comprendre que
Cosson possédât en fait des dons exceptionnels, s’étaient persuadés au
début qu’il s’agissait là de compilations superficielles, artificielles et
dogmatiques à la fois. Mérat, auteur d’une assez bonne Nouvelle Flore
des environs de Paris (éditions 1 (1812), 2 (1821), 3 (1831-1834), 4 (1836)
qui se trouvait entre les mains de tous les botanistes de la capitale, trouva
que ses concurrents étaient bien jeunes pour prétendre faire mieux qu’un
botaniste chevronné et crut devoir les critiquer âprement dans un copieux
volume de près de 500 pages qu’il intitula : Revue de la Flore parisienne
(1843). Il y traitait ses jeunes concurrents de cataloguistes hypercrites, et
hornschuchichiens, mais ces savoureuses épithètes ne pouvaient sans
doute tenir lieu d’arguments plus solides; la plume de ses antagonistes
n’était pas, il faut le dire, moins bien aiguisée que la sienne; leur ouvrage
fut bientôt entre toutes les mains, et ils s’y vengèrent en ne citant Mérat
ni parmi les botanistes ayant le mieux mérité de la flore parisienne, ni
même parmi ceux auxquels on droit le plus grand nombre d’indications
de localités!
Source : MNHN, Paris
— 358 —
Si l’on compare la Flore des environs de Paris de Cosson et Germain
avec les ouvrages modernes, par exemple la Flore complétive de la Plaine
française (1927) ou les Quatre Flores de la France (1940) du Chanoine
Fournier, on est tenté de penser que l’œuvre de Cosson est bien dépassée.
Toutefois, bien des botanistes parisiens considèrent encore aujourd’hui
que ces travaux récents ne font que compléter l’œuvre de Cosson sans
la remplacer, en raison de ses qualités propres et malgré les améliorations
apportées à la nomenclature et à la définition des sous-espèces, variétés,
formes et hybrides.
Comment peut-on expliquer la faveur qui avait accueilli la Flore
îles environs de Paris? Le patronage des illustres maîtres Adr. de Jussieu,
Ad. Brongniart et Ach. Richard, plus tard la sympathie de la Société
botanique de France (fondée le 23 avril 1854) qui devait confier à des
savants illustres, comme W. Ph. Schimper, la rédaction d’une Flore
rryptogamique faisant suite à celle de Cosson et Germain, y étaient bien
pour quelque chose. Mais surtout l’herbier de Cosson était une collection
splendide, étiquetée et étudiée avec le plus grand soin, non seulement par
Cosson lui-même, mais par des spécialistes tels qu’ANDERSON, Boissier,
AI. Braun, Decaisne, Engelmann, Moquin-Tandon, Reichenbach
fils, Weddell. Cosson et Germain avaient pu comparer leurs récoltes
avec les collections de Fries, de F. Schultz, de C. Billot, de Wirtgen,
de Rabenhorst. Les principes suivis dans la description et la nomencla¬
ture des plantes ont été exposés par Germain dans son Guide du Bota¬
niste (1851) puis dans son Nouveau Dictionnaire de Botanique (1870) si
connu encore aujourd’hui. Des familles entières, comme les Ombellifères,
dont on voit des dessins caractéristiques dans 1’ « Atlas », les Salsolacées,
les Urticacées, les Joncées, Cypéracées et Graminées, les Fougères, les
Characées ont été l’objet de véritables monographies originales, dont
Cosson a d’ailleurs tiré plus tard le plus grand bénéfice, en particulier
dans l’étude des Monocotylédones de la Flore d’Algérie. Le recours cons¬
tant aux matériaux de base devait d’ailleurs amener Cosson et Germain
à renoncer plus tard avec un louable esprit de sacrifice à certaines unités
systématiques adoptées dans la première édition. Relativement au concept
d’espèce, « nous avons toujours pensé », écrivent les auteurs, « qu’il
valait mieux, dans le doute, décrire parfois une espèce comme variété,
que de céder à un entraînement malheureusement trop général, et de
grossir fictivement le catalogue des espèces de prétendues nouveautés ».
Le botaniste herborisant est évidemment plus satisfait de voir son atten-
I ion attirée, dans les clés d’une Flore, sur les caractères qui permettent
de grouper sans équivoque sous un même nom d’espèce un ensemble de
formes voisines, plutôt que de se voir conduit avec des hésitations parfois
douloureuses, à un concept plus limité, mais dont la précision apparente
laisse de nombreux spécimens dans une position incertaine. Le succès,
au début de ce siècle, de la Flore de France de l’abbé Coste suffirait à
confirmer qu’il en est bien ainsi.
Bien entendu nous ne voulons nullement faire l’application des
principes ainsi exposés par Cosson et Germain aux flores tropicales,
Source : MNHN, Paris
359
où les dillieultés de spécification proviennent en général des matériaux
peu nombreux et souvent incomplets, plutôt que d’un choix plus ou moins
judicieux des caractères à accepter comme les plus significatifs.
Qu’on nous permette un instant d’être plus concret, et de mettre
sous les yeux du lecteur quelques-unes des diagnoses successives et la
synonymie par lesquelles Cosson et Germain nous conduisent à une
plante printanière bien connue des amateurs de botanique, YEranlhis
hiemalis Salisb., d’ailleurs reconnue aujourd’hui non spontanée dans
notre région (nous abrégeons un peu pour ne pas abuser de la place qui
nous est accordée ici). Le texte est emprunté à la 2 e édition de l’ouvrage
(1861) qui est presque entièrement due à Cosson.
Tribu IV [des Renonculacées] : Helleboreae. Préfloraison imbriquée
ord. composée de pétales irréguliers nectarifères, plus rarement nulle.
Anthères extrorses. Carpelles en nombre défini, très rarement solitaires,
polyspermes, déhiscents (follicules), disposés en un seul verticille. —■
Plantes annuelles ou vivaces. Feuilles alternes ou toutes radicales, les
supérieures quelquefois opposées ou verticillées et formant un involucre.
10. Eranthis Salisb., Trans. Linn. Soc. VIII : 303. [Eranthie].
Calice à 5-8 sépales pélaloïdes, colorés, caducs. Corolle à 5-8 pétales
beaucoup plus courts que les sépales, tubuleux-bilabiés, à lèvres inégales.
Follicules 5-8, libres, slipilés isolément sur le réceptacle.
Plante vivace herbacée, glabre. Feuilles radicales longuement pétio-
lées, orbiculaires, palmatiséquées, à 3 segments palmatipartits à lobes
oblongs ou linéaires 2-3-fides. Fleur jaune, solitaire, terminale, presque
régulière, sessile au centre d’un involucre foliacé, persistant multipartit
ou multiséqué composé de deux feuilles sessiles opposées.
1. E. hyemalis Salisb., Trans. Linn. Soc. VIII : 303; Rchb., Ic. IV,
f. 4714; Bill. Exsicc. n. 308. — Helleborus hyemalis L., Sp., 783; Jacq.
Austr., t. 202; — [E. d’hiver Vulg. : Hellêbore-d'hiver].
Souche épaisse, subglobuleuse, charnue, donnant naissance aux fibres
radicales sur toute la surface. Tige de 8-15 cm., dressée. Sépales jaunes,
étalés, oblongs ou oblongs-obovales. Pétales à lèvres émarginées, l’inté¬
rieure beaucoup plus courte que l’extérieure. Follicules oblongs, terminés
en bec. Graines un peu anguleuses, finement chagrinéesS 1 . Février-mars.
R R R . — Lieux couverts des bois humides. — Indiqué dans les
bois de la Queue-en-Brie (Thuill., Fl. Par.). Indiqué avec doute aux envi¬
rons de Chaalis, près Ermenonville ( Graves, Cat.); bois d’Ivors près
Betz où il ne serait peut-être pas spontané ( Graves , Cat.). Bois de la
Boische et parc de Denainvilliers près Pithiviers (Boreau, Fl. Centr.).
Subspontané dans un parc à Asnières (Le Dien), et dans les parcs du
Raincy (1. de Lorière), de Trianon! et de Malesherbes. — Assez fréquem¬
ment cultivé dans les jardins ou en pots.
I. Ce signe veut dire : plante vivace.
Source : MNHN, Paris
360
Un botaniste ne peut manquer d’être frappé du choix heureux des
caractères, de la beauté et de la concision de ces diagnoses et de ces
données, et de reconnaître que la faveur dont a joui cet ouvrage était
méritée. Notons aussi les passages où les auteurs défendent la botanique
d’être une « science de mots » : « Il va sans dire que l’importance des
caractères-clés ne doit pas faire négliger l’étude de l’ensemble... une
détermination ne devenant certaine que par l’examen de chacun des
organes, et la connaissance approfondie de la structure des plantes étant
d’ailleurs le but réel que doit se proposer le naturaliste... La botanique
consiste essentiellement dans l’appréciation exacte des faits et dans leur
subordination régulière, et les noms sont seulement destinés à fixer dans
la mémoire les notions acquises par l’étude si attrayante de l’organisation
des végétaux, et par la recherche des lois qui ont présidé à leur distribu¬
tion géographique ».
Une particularité de l’ouvrage consiste dans un certain effacement
de l’importance attribuée aux clés dichotomiques. « Elles oITrent un
moyen plus facile peut-être mais souvent artificiel, pour arriver à la
détermination, et elles ont été réservées pour le Synopsis destiné aux
études rapides en herborisation. Nos tableaux synoptiques au contraire,
présentent, groupés dans leur ordre régulier de subordination, les carac¬
tères qui nécessairement dans toute clé dichotomique ne peuvent être
exposés qu’isolément et sans tenir compte de leur importance relative ».
Notons aussi en passant, l’usage — suivant l’exemple donné par
Alph. de Candolle et devenu aujourd’hui une des Règles de la Nomen¬
clature — de répéter le nom spécifique pour désigner la variété qui ren¬
ferme le type de l’espèce; et aussi la crainte exprimée, et combien jus¬
tifiée aujourd’hui « que les progrès du défrichement des terrains incultes,
du dessèchement et du drainage des marais tourbeux — nous pourrions
ajouter maintenant de l’emploi des hormones et des insecticides — ne
menacent beaucoup d’espèces d’une destruction prochaine »; enfin
l’attention attirée sur les contrastes stationnels et biogéographiques entre
les différentes parties de notre région. Par ailleurs, les différences notables
dans le degré d’exploration de ces diverses parties conduisent à l’examen
critique et historique de ce qui est dû à chacun des grands herborisants
de la première moitié et du milieu du xix e siècle.
En possession de facultés d’observation dont la finesse avait été
aiguisée par les études médicales, et déjà célèbre comme fioriste et herbo¬
risant, Cosson commençait à trouver la flore parisienne trop peu variée
pour son activité et sa curiosité intellectuelle. Il décida d’élargir le champ
géographique de ses études en fondant, grâce aux facilités que sa fortune
lui donnait, une Société de botanistes pour explorer la flore et la végéta¬
tion des pays moins favorisés que le nôtre au point de vue de l’étude de la
Nature. Elle prit le nom d’Association française d’exploration botanique.
Source : MNHN, Paris
- 361
et c’est sous son égide que de grands voyageurs herborisants, Balansa,
Bourgeau, Jamin, Kralik, Mandon, étudièrent les régions entourant
la Méditerranée occidentale, et jusqu’au Portugal et aux Canaries.
D’autres voyageurs, sans appartenir à l’Association, communi¬
quaient à Cosson leurs récoltes du Moyen-Orient. Notre botaniste voyait
ainsi passer sous ses yeux une grande quantité de matériaux intéressants
et souvent nouveaux et devenait une autorité reconnue, non seulement
pour la flore de France, mais pour celle de la région méditerranéenne.
Au cours de la pénétration française en Algérie, la nécessité de
l’étude scientifique du pays n’avait pas échappé au Gouvernement, et
une « Commission scientifique de l’Algérie » avait été chargée de cette
tâche. Elle ne comprenait au début que deux botanistes, Bory de Saint-
Vincent, qui s’intéressait aux Algues, et Durieu de Maisonneuve.
le spécialiste des Isoeles, qu’attirait surtout l’étude des Cryptogames,
mais qui avait exploré de 1840 à 1844 le Tell, seule partie de l’Algérie
entièrement paisible , . C’est en 1852 que, sur la proposition des Profes¬
seurs du Muséum, Cosson fut nommé aussi membre de la Commission;
il devait poursuivre ses investigations en Algérie pendant près de trente
ans, effectuant huit séjours de recherches.
Après avoir donné à la science botanique de nombreuses publica¬
tions consacrées â des sujets particuliers, Cosson faisait paraître en 1881
le premier fascicule de l'œuvre où il voulait réunir la somme de ce qu’il
avait pu apprendre au cours de ses voyages et de ses études sur la flore
et la végétation de l’Afrique du Nord. Sorti des presses de l’Imprimerie
Nationale, l’ouvrage était intitulé : « Compendium Florae Atlanlicae, seu
Fxposilio melliodica planlalum omnium in Algeria, necnon in Regno Tune-
lano et Imperio Maroccano hucusque nolarum; ou Flore des États bar-
baresques, Algérie Tunisie et Maroc. » A cette époque, Cosson, âgé de
soixante-deux ans, était depuis longtemps membre (1872) de l’Académie
des Sciences où il avait été choisi pour succéder comme Académicien
libre au maréchal Vaillant, ancien ministre de la Guerre; il était officier
de la Légion d’Honneur, et avait été deux fois Président de la Société
botanique de France. Mais il ne devait publier dans son grand ouvrage, de
1883 à 1887, que les Renonculacées, Berbéridacées, Nymphéacées, Papa-
véracées, Fumariacées et Crucifères. Au début de l’hiver de 1889-90, il
succombait à une de ces formes de grippe, aux débuts anodins, mais si
dangereuses par leurs complications, qui ont reçu de nos jours diverses
épithètes géographiques.
Le premier volume du Compendium Florae Atlanlicae, de près de
300 pages avec deux grandes cartes hors-texte en couleur, est consacré
à une étude historique et géographique. Il comprend des notices sur les
voyages et les explorations qui ont le plus contribué à faire connaître
la flore de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc; un Répertoire alphabétique
I. Il avait lait des récoltes à Alger, Blidah, dans les montagnes des Béni Salah
et de Mouzala, à Bone, La Calle, La Galite, Bougie, Constantine, Milah, Oran, Mascara,
Tlemcen, les hauts plateaux vers Sétif et Saïda.
Source : MNHN, Paris
362
des principales localités et des mots arabes ou kabyles entrant le plus
fréquemment dans la composition des noms de lieux, avec la position
géographique des localités, leurs altitudes, leurs noms dans la géographie
ancienne, établi avec le concours de Kralik, Letourneux, Reboud et
Warion, précédé d’une Notice explicative et suivi de l’indication des
sources principales, cartes, itinéraires, ouvrages, publications périodiques,
documents divers, publiés ou inédits, ayant servi à la rédaction.
La partie géographique comporte aussi une note sur la division
de l’Algérie en régions naturelles et sur les limites et les caractères de
ces régions, une notice sur la carte botanique de l’Algérie divisée en régions
naturelles, une autre sur la carte des principaux itinéraires des auteurs
du répertoire, et le degré d’exploration des localités visitées; enfin l’énu¬
mération des localités visitées et de leurs visiteurs botanistes.
De tous les anciens botanistes cités par Cosson, nous rappellerons
seulement les noms connus de Desfontaines, Poiret, Schousboe,
Broussonnet, Salzmann, Webb, Balansa, Ball, Beaumier (cf. YEu-
phorbia Beaumieriana Hook. f. et Coss.), Boissier, Bourgeau, Doi-
met-Adanson, Durieu de Maisonneuve, Duval-Jouve, Duveyrier
(les plantes récoltées par Duveyrier dans les pays des Touareg du
Nord ont été déterminées par Cosson en 1864), J. D. Hooker (l’illustre
directeur des Jardins de Kew, et Président de la Société Royale de Londres
a surtout effectué, avec Ball et Maw (1871) un voyage botanique au
Maroc resté célèbre où ces voyageurs gravirent dans le Grand Atlas des
sommets de 3 500 m), le Chleuh Ibrahim Ammeribt, formé comme col¬
lecteur par Balansa et qui devait recueillir pour le compte de Cosson
une foule de plantes nouvelles, surtout des régions montagneuses du
Maroc; Kralik; Kremer (cf. le Kremeria cordylocarpus Coss. et Dur.
[Kremeriella cordylocarpus (Coss. et Dur.) R. Maire]), Letourneux, le
rabbin Mardochée Abi Serour, autre collecteur à la solde de Cosson,
qui pouvait, grâce à sa parfaite connaissance de la langue et des coutumes,
pénétrer au Maroc dans des régions absolument interdites aux Européens
et récolta ainsi un grand nombre d’espèces remarquables *; le D r P. Mares.
compagnon de voyage de Cosson et auteur d’intéressants travaux non
seulement en botanique mais en météorologie, en géologie et en topogra¬
phie; le colonel de Marsilly, surtout connu par son Catalogue des
plantes de Corse; le prof. Martius; G. Munby, auteur d’une Flore
d’Algérie (1847) qui cite 1 800 espèces; le colonel Paris; H. R. Le Tour-
neux de la Perraudière, compagnon de voyage de Cosson ( Perralderia ,
genre de Sénécionées), mort des suites d'une pleurésie contractée au cours
de l'ascension du Djebel Babor, en Kabylie; Pomel, le D r Reboud, qui
était vers la fin du xix e siècle le botaniste ayant parcouru en Algérie la
plus grande étendue de pays, A. Roux l’assistant de Cosson, Adolphe
Steinheil, P. A. de Tchihatchef, Maurice de Vilmorin, le D r Warion
et H. A. Weddeli..
1. Ce grand voyageur avait été plusieurs fois à Tombouctou, et jusqu’à Jérusa¬
lem, en traversant le Sahara.
Source : MNHN, Paris
363 —
La part de Cosson lui-même dans l’exploration botanique sur le
terrain en Algérie est bien l’une des plus importantes. « La Commission
de l’Exploration scientifique de l’Algérie, chargée de 1840 à 1844 de
l’exploration de cette contrée, et représentée pour la botanique par Bory
de Saint-Vincent et Durieu de Maisonneuve, avait dû nécessairement
restreindre à cette époque ses recherches dans les limites des territoires
pacifiés. Le regretté Durieu de Maisonneuve avait recueilli les docu¬
ments les plus importants, et souvent presque complets, sur un grand
nombre de localités de la Région méditerranéenne » (ces termes seront
expliqués plus loin) ; « mais malgré son ardeur audacieuse, il avait à peine
abordé la région des Hauts-Plateaux, visité quelques points seulement
de la Région Montagneuse, et les communications de ses correspondants
ne lui avaient fourni que des documents tout à fait insuffisants sur la
Région saharienne, dont l’accès était alors fermé aux recherches des
botanistes... Appelé en 1852 à prendre part à la rédaction de la Flore
de l’Algérie et à continuer l’œuvre de la Commission scientifique »,
Cosson se proposa, « en profitant des progrès successifs de la pacification
du pays, d’en explorer les diverses parties. Il était préparé de longue main
à la mission qui lui était confiée et aux recherches qu’il allait entreprendre,
par ses études spéciales sur la flore de la France et sur celles de l’Espagne,
du Portugal, de l’Italie, de la Grèce, de l’Asie mineure, de l’Égypte, etc. *,
c’est-à-dire sur la végétation de la plupart des contrées du bassin médi¬
terranéen. Le programme qu’il s’était tracé pour ses explorations a été
réalisé dans huit voyages exécutés sous le patronage du Ministère de la
Guerre de 1852 à 1880. Ces voyages, pour lesquels il s’était assuré la
collaboration amicale de botanistes » actifs et dévoués « ont compris les
parties inexplorées et les moins connues de l’Algérie, même celles qui
étaient de l’accès le plus difficile ou le plus dangereux » :
1852 (avec Balansa) : Oran, Mascara, Saïda, environs du Chott el-
bhergui.
1853 (avec Balansa, H. et J. de la Perraudière) : Philippeville,
Constantine, Batna, Djebel Tougour, Biskra, vallée de l’Oued Abdi,
Djebel Cheliah, hauts-plateaux entre le Djebel Cheliah et Batna.
1854 (avec H. de la Perraudière) : vallée des Isser, de Dra cl
Mizan (Djurdjura occidental, alors à peine soumis). Djebel Heïzer;
montagnes des Beni-Bou-Addou, montagnes des environs de Blidah,
environs de Médéah, de Milianah, forêt de Teniet-el-Haad, montagnes
de l’Ouarsenis.
1856 (avec Kralik et Mares) : Tlemcen, Sebdou, El Aricha, Chott-
el-Gharbi, Aïn-bel-Khelib (qui devait subir un siège quelques jours
après leur passage!); Aïn Sefissifa, Aïn Sefra, Tiout, les Chellala, les
Arba, El Abiod Sidi Cheikh, Brezina, Géryville, Aïn Madhi, Laghoual.
Djelfa, Boghar, etc...
1858 (avec Kralik, Letourneux, Mares et H. de la Perraudièri:):
1. Cosson n’avait visité personnellement que le midi de la France, l’Espagne,
le Portugal et l’Italie.
Source : MNHN, Paris
364
Biskra, l’Oued Rhir, l’Oued Souf, Touggourt, Ouargla, les alluvions des
Oued Mzab et En Nsa, Metlili, le Mzab, Laghouat.
1861 (avec Kralik, Letourneux et H. de la Perraudière) :
Bône, Djebel Edough, lac Fezzara, Collo, Djidjelli, monts Babor et Taba-
bor, Bougie, Taourvit-Guiril, forêt d’Akfadou Akbou, d’où Cosson avait
projeté de gagner Alger par Lalla-Khedidja et Fort National, itinéraire
arrêté par la mort de La Perraudière.
1875 (avec Duhamel, Kralik et Warion) : Alger, El Afroun, Kebit-
Roumia, Miliana, Orléansville, Saint-Denis du Sig, Perrégaux, Mascara,
Oran, Saint-Cloud, Christel, Arzew, cap Carbon, La Macta, Mostaganem,
Aïn Tedelès, Pont du Chélif, le Dahra, Teniet-el-Haad, Ténès, littoral
entre Ténès et Cherchell, mines de Mouzaïa, bois à Khodja-Bery, entre
Saint-Charles et Koléa.
1880 (avec Doumet-Adanson, L. Gautier, V. Reboud et Simair) :
Philippeville, Stora, Constantine, Djebel Ouach, Guelma, Djebel
Mahouna, Bône, Djebel Edough, Duzerville, Mondovi, Barrai, Hammam-
Meskoutine, Oued Zenati, El Aria, Djebel Oum-Settas, St Donat, St
Arnaud, Sétif, Takitount, Mechta-Medjergui, Djebel Babor et Tababor,
territoires des Beni-bou-Alem et des Beni-bou-Youssef, Chabet-el-Akra,
Kerrata, Adghar Amellal.
Outre ses récoltes personnelles, Cosson a fait faire à ses frais au
Maroc des voyages botaniques par Ibrahim et Mardochée, qui ont
exploré en particulier, l’un les montagnes autour de Marrakech, l’autre
le sud de l’Empire chérifien, et constitué des collections d’une importance
considérable.
A la publication des premières livraisons du Compendium, le cata¬
logue de la flore d’Algérie comprenait plus de 3 000 espèces, au lieu de
2 000 en 1850. Ce sont tous les documents ainsi recueillis, qui ont aussi
permis d’établir sur des bases exactes la division de l’Algérie en régions
naturelles.
Pour trouver la vraie position systématique des plantes de la flore
d’Afrique du Nord, Cosson a dû en fait étudier à fond toute la flore
circumméditerranéenne et nous y ferons encore allusion dans un instant.
Pour l’Afrique du Nord, son travail descriptif le plus considérable avant
le Compendium a été la Flore d’Algérie, Phanérogamie, groupe des Glu-
macées, « seu Descriptio Glumacearum in Algeria mascentium » (en colla¬
boration avec Durieu de Maisonneuve, mais surtout œuvre de Cosson).
Citons aussi : Note sur un nouveau genre de la famille des Orobranchacées,
Ceralocalgx; description d’un genre nouveau de la famille des Labiées,
Saccocalgx; Observations sur quelques plantes d’Algérie décrites par
M. Munby; De Hohenackeria; Note sur 1 ’Anabasis alopecuroides', Ser-
lulum Tunelanum (plantes récoltées dans le Sud Tunisien par Kralik);
De quibusdam planlis novis in Sahara algeriensi auslraliore (4 genres
nouveaux); Notes sur des espèces nouvelles d’Algérie (avec Durieu de
Maisonneuve); Description d’une nouvelle espèce d ’Anabasis (A. are-
lioides) (avec Moquin-Tandon); Catalogue des plantes de La Calle;
Composilarum généra duo nova; Explication des figures de l'Allas de la
Source : MNHN, Paris
365 —
Flore de l’Algérie; Catalogue des plantes observées dans la Kabylie du
Djurdjura (avec Letourneux) ; Species novae Maroccanae; sur les Euphor¬
bes cactoïdes du Maroc; Index planlarum in imperio Maroccano australi
leclarum; Planlae novae Allanlicae...
Les publications de Cosson sur la géographie botanique de l’Afrique
du Nord, seul ou en collaboration, ne sont pas moins nombreuses. Cer¬
taines ont paru dans la Végétation du Globe de Grisebach, traduite par
Tchihatchef. Il ne faut pas oublier non plus les travaux publiés par notre
savant sur la flore adventice de Paris et du Port-Juvénal (Hérault) qui
comprennent des espèces algériennes; sur les flores affines de Syrie, de
Palestine, de Chersonèse (Crimée), de Madère, de Libye, de Cyrénaïque,
de Tripolitaine.
Loin d’être purement spéculatives, les études géobotaniques de
Cosson devaient rendre les plus grands services à la mise en valeur de
l’Algérie. En effet, la connaissance des zones entre lesquelles se répartit
la végétation spontanée et de leurs possibilités agricoles devait éviter
aux colons bien des faux départs. On sait que l’Algérie comprend quatre
régions naturelles : la région littorale, le Tell permet les mêmes cultures
que le midi de la France, non celles des pays chauds. Les hauts Plateaux
ont une vocation pastorale. La région montagneuse est de vocation
forestière. Quant au Sahara, il n’est condamné à la stérilité qu’en appa¬
rence, et les travaux d’hydraulique permettent d’augmenter le nombre
et l’étendue des oasis où peuvent être réussies, à l’ombre des Dattiers,
certaines de nos cultures.
Les dernières années de Cosson devaient être consacrées à l’explo¬
ration botanique de la Tunisie. Dès l’établissement du protectorat fran¬
çais, il était chargé par le Ministère de l’Instruction publique d'organiser
une Commission pour en étudier l’histoire naturelle, avec comme bota¬
nistes Doumet-Adanson, Letourneux, Reboud, le D r Bonnet et
Barratte. Un premier voyage conduisit la mission dans les montagnes
de Kroumirie. Cosson participa encore à la troisième série d’itinéraires
(1883), consacrée à l’étude du littoral d'Alger à Tunis. Les résultats ont
été mis en œuvre dans son grand Compendium.
L'herbier et la bibliothèque de Cosson pouvaient rivaliser avec ceux
et celles des grands Établissements officiels. La flore des régions tempérées
en particulier était représentée avec une abondance exceptionnelle.
Les herbiers de Moquin-Tandon, de Bunge, de Schultz-Bipontinus
s’y trouvaient inclus en entier. Toutes ces richesses sont aujourd’hui au
Muséum auquel elles ont été généreusement données en 1904 par le
D r Durand, petit-fils et héritier de Cosson.
Le Compendium Florae Allanlicae n’a pas été continué sous la forme
prévue par le grand botaniste, mais toutes les Flores qui lui ont succédé,
comme celles de Battandier et Trabut, de Maire et de leurs émules,
reflètent dans leur présentation et la conduite de leur exécution une part
de l’esprit dont le grand disparu avait su animer les recherches floristiques
nord-africaines.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
NOTES SUR DES SAPOTAGÉES. III
par A. Aubréville
I. RÉHABILITATION DES GENRES AMÉRICAINS RAGALA
pierre ET PRIEURELLA pierre (SAPOTACÉES)
Le développement de nos études sur la famille des Sapotacées nous
a conduit très souvent à constater la justesse des vues du botaniste
Pierre, bien que celles-ci ne soient parfois fondées que sur des carac¬
tères anatomiques ou des graines.
La documentation plus abondante dont je dispose aujourd’hui inc
permet dans certains cas de confirmer les opinions de Pierre sur des
genres qu’il avait décrits mais qui ne furent pas tous retenus par d'autres
monographes, en raison sans doute de certaines fragilités apparentes de
l’argumentation ou parce qu’ils annonçaient une diversité dans la famille
qui pouvait alors paraître excessive à priori et ainsi faire hésiter à adopter
les vues de ce botaniste clairvoyant. Dans la présente note nous nous
proposons de réhabiliter deux autres genres guyanais de Pierre.
Dans une étude sur des Chrysophyllées américaines 1 nous rappelions
à propos de l’important genre Ecclinusa Pierre, que ce botaniste en avait
exclu une espèce dont il avait fait le type d’un genre Ragala, R. sangui-
nolenla Pierre 2 . Cependant Engler puis Eyma ne le suivirent pas et
attribuèrent cette espèce au genre Ecclinusa. Nous aussi avons dans la
note précitée adopté le même point de vue, indiquant toutefois qu'on
pouvait maintenir une section Ragala du genre Ecclinusa. Les fleurs
ont la même structure, les nervations des feuilles ont le même type carac¬
téristique. Les fruits globuleux, sessiles, également à 5 graines, de Ragala
se distinguaient par le calice accrescent. Le fait du calice accrescent jus¬
tifiait une séparation, mais peut être pas à l’échelle générique.
De nouveaux arguments nous amènent à modifier notre opinion et à
réhabiliter le genre Ragala.
Une révision générale des Sapotacées nous a conduit à donner une
valeur taxonomique importante à la présence ou à l’absence d’albumen
dans les graines. Ce critère combiné à d’autres permet le découpage de
groupes d’espèces qui s’associent ainsi très naturellement. C’est lui qui
amène par exemple à séparer la tribu des Poutériées de celle des Plan-
chonellées, de distinguer entre eux les genres de la tribu des Madhucées.
etc... Cronquist dans ses études sur les Sapotacées américaines (1945-
1946) avait aussi admis que la distinction essentielle entre les deux genres
1. Aubréville, Adansonia I, 1 : 17 (1961).
2. Pierre, Notes botaniques : 57 (1891).
Source : MNHN, Paris
— 368
voisins Chrysophyllum et Ecclinusa résidait dans la présence ou l’absence
d’albumen. Or parmi les très nombreuses espèces d 'Ecclinusa décrites
jusqu’à présent les unes ont des graines albuminées et ne sont cependant
pas des Chrysophyllum, tandis que d’autres sont sans albumen. Une sépa¬
ration devient donc inévitable si l’on veut demeurer dans la logique du
système.
Un argument supplémentaire d’ordre anatomique nous est donné
par M. B. Francis Kukachka du Forest Products Laboratory de Madison
qui dans une lettre a bien voulu nous faire savoir que les bois du groupe
Bagala Pierre se distinguaient aisément de ceux du groupe des Ecclinusa
du type E. guianensis Eyma qui sont les Ecclinusa typiques (espèce type :
Ecclinusa ramiflora Martius).
Nous proposons donc de reprendre le genre Bagala Pierre. Il se sépare
des Ecclinusa typiques 1 par le calice accrescent, l’absence de stipules,
les graines albuminées, et le plan ligneux.
Ce genre compte 3 espèces connues :
Ragala sanguinolenta Pierre, arbre de la Guyane française.
Ragala spuria (Ducke) Aubr. comb. nov.
= Ecclinusa spuria Ducke, Bull. Mus. llist. Nat. Paris 2, I : 743 (1932), espèce
amazonienne.
Ragala Ulei (Krause) Aubr. comb. nov.
= Ecclinusa Ulei (Krause) Gilly ex Cronquist var. balala (Ducke) Gilly, Bull.
Torr. Bot. Cl. : 311 (1946) = Chrysophyllum Ulei Krause, Notizbl. Bot. Gartn. Berlin,
6 : 171 (1914) = Ecclinusa balala Ducke, Rev. Bot. appl. 10 : 850 (1930), espèce
amazonienne.
Ces trois espèces alfines se distinguent ainsi :
Limbe glabre dessous :
Pétiole 1-1,5 cm. R. sanguinolenta
Pétiole 2-3 cm . R. spuria.
Limbe tomenteux dessous . R. Ulei.
D’autres espèces attribuées au genre Ecclinusa ont également des
graines albuminées et ne sont pas des Bagala. C’est le cas de celles pour
lesquelles Pierre avait créé le genre Prieurella.
Alphonse de Candolle avait décrit (Prod. 8 : ICO (1844) un Chry-
sophyllum cuneifolium d’après une espèce de Rudge (PI. Guian. 30, t. 47
(1805) trouvée près de Cayenne et attribuée au genre Bumelia. Pierre
d’après un échantillon de Leprieur, fleuri mais sans feuille, récolté en
1890, reconnu comme étant l’espèce de Rudge, émit l’opinion qu’il
s’agissait d’un genre proche d'Ecclinusa et de Bagala, mais certainement
1. Calice non accrescent, feuilles stipulées, graines sans albumen : Ecclinusa
rami/lora Martius, E. guianensis Eyma. E. abbreviala Ducke, E. lanceolula (Mart. et
Eiclil. ex Miq.) Pierre, E. bacuri Aubr. et Pellegr.
Source : MNHN, Paris
- 369
distinct de Chrysophyllum. Il le nomma Prieurella et le décrivit dans
ses « Notes botaniques » du 5 janvier 1891 (p. 68). En réalité la description
complète ne fut pas publiée, en ce sens qu’elle est commencée à cette
page 68 qui est la dernière du fascicule, et que la p. 69 qui en comprend la
fin n’existe qu’à l’état d’épreuve imprimée. Nous pouvons admettre que
bien qu’incomplète elle est cependant valable, car elle se réfère à l'échan¬
tillon de Leprieur du Muséum de Paris et la partie publiée de la descrip¬
tion fait connaître les caractères particuliers des fleurs : inflorescences
eauliflores; pédicelles grêles et assez longs (1,5 cm), fasciculés. Cependant
pour prévenir toute objection sur la validité du genre nous en donnerons
une diagnose latine 1 .
Le genre Prieurella est donc voisin de Iiagala et d'Ecclinusa. Les
fleurs sont semblables : pentamères, corolle à tube court, à lobes ovés,
étamines extrorses à filets relativement longs insérés au sommet du tube,
ovaire hirsute, style très court. Fruits à 4-5 graines. Graines à cicatrice
linéaire. Les différences sont les suivantes :
Graines sans albumen. Calice non accrescent. Style glabre. Feuilles
stipulées. Ecclinusa.
Graines albuminées. Feuilles non stipulées :
Calice accrescent. Style glabre . Ragala.
Calice non accrescent. Inflorescences eauliflores ou sur le vieux bois.
Style velu. Prieurella.
Les graines de Prieurella ont aussi cette particularité que contrai¬
rement à celles des Ecclinusa et Ragala qui sont typiquement vernissées,
à l’exception de la cicatrice ventrale comme c’est le cas commun des
graines de Sapotacées, celles des Prieurella ont une surface mate, un
peu rugueuse et non vernissée. Certains sépales intérieurs sont aussi
remarquablement ciliés. Les feuilles des espèces de ces 3 genres ont ce
caractère commun remarquable des feuilles, d’avoir une nervation ter¬
tiaire de nervilles parallèles serrées oblique par rapport aux nervures
latérales.
Nous attribuons au genre Prieurella 3 espèces : P. cuneifolia (Rudge)
Pierre est le type du genre. Dans notre note sur des Chrysophyllées
américaines (Adansonia, 1, 1 : 9 (1961) nous avons rapporté à YEcclinusa
cuneifolia de la Guyane des spécimens provenant de la région de Manaos
au Brésil. L’herbier plus complet que nous possédons aujourd’hui nous
permet de séparer l’espèce amazonienne de l’espèce guyanaise. Nous la
nommons Prieurella manaosensis.
1. Flores penlameri, fasciculati e ramis adullis orti. Corolla tubo brevissimo,
lobis ovatis. Stamina extrorsa, lobis aequilonga, apice tubi inserta. Slaminodia nulla.
Ovarium 5-loculare, hirsutum. Stylus brevissimus, villosus. Stigma 5-lobatum.
Fructus globosus, seminibus 4-5 planis, albuminatis. Cicatrix linearis.
Source : MNHN, Paris
— 370
P. manaosensis Aubr. sp. nov. *.
Arbuste ou petit arbre. Bourgeons et rameaux jeunes densément
velus ferrugineux. Grandes feuilles oblongues-oblancéolées ou obovées-
oblancéolées, acuminées, cunéiformes aiguës à la base. Limbe atteignant
25 cm long sur 7 cm large, glabrescent, membraneux. 16-20 paires de
nervures latérales, saillantes dessous, tracées jusqu’à la marge. Réseau
remarquable de fines nervilles parallèles, serrées, obliques par rapport
aux nervures secondaires, réunies par un autre réseau très fin de veinules
parallèles. La nervure médiane demeure pubescente roussâtre en dessous.
Pétiole pubescent roux, 1,5 à 2,5 cm de long.
Petites fleurs sur les vieux rameaux et sur les branches, courtement
pédicellées, environ 5 mm long. Calice à 5 sépales libres, ovés, velus roux
sur les 2 faces. Les sépales internes sont très nettement ciliés. Corolle
haute de 3,5 mm, glabre; tube très court, 0,5-0,75 mm; lobes ovés. Éta¬
mines aussi longues que les lobes, insérées à la base des lobes de la corolle.
Ovaire hirsute prolongé d’un très court style velu ; stigmate 5-lobé.
Fruits à 5 graines plates, à cicatrice linéaire, à surface mate et
rugueuse. Graine albuminée. Nom vernaculaire : abiurana.
Type : W. Rodrigues n° 5673. Réserva Florestal Ducke, Manaus,
Amazonas.
Arbuste de 8 m. Fleurs en août (P, M).
Matériel examiné :
Coelho : 1268, igapo da Cachoeira Alta do Taruma, Manaus (11. juin); 2193, estrada
BR-17 km; 3, Manaus; 3 112, km 17, Manaus (fr. déc.); 3 672, km 19, Manaus, arbre
de 20 m (j. fr. mars).
W. Rodrigues : 5683, igapo do riacho Grande, Manaus (O. août) arbuste de 3 m :
6124, lgarape de Belem (j. fr. déc.).
Enfin YEcclinusa Prieurii (A. DC.) Aubr. à graines albuminées,
ayant tous les autres caractères du genre Prieurella doit être rapporté
à ce genre ce qui nous conduit au curieux binôme.
Prieurella Prieurii (A.DC.) Aubr. comb. nov.
= Chrysopltyllum Prieurei A. DC. Prod. 8 : 161 (1844) = Ecclinusa Prieurii
(A. DC) Aubr. Adansonin 1,1 : 20 (1961).
1. Prieurella manaosensis Aubr. sp. nov.
Frutex vel arbor parva. Gemmae et rami novelli dense pilosi ferruginei. Folia
magna oblongo-oblanceolata vel obovato-oblanceolata, acuminata, basi cuneiformia
acuta. Lamina ad 25 cm longa, 7 cm lata, glabrescens, mcmbranacea. Nervi latérales
16-20 jugi, subtus prominentes, usque ad marginem conspicui. Réticulum spectabile
nervulorum tenuium parallelorum, densorum, in nervis secundariis obliquorum inter
se reticulo alio tenuissimo venulis parallelis junctorum. Nervus médius subtus fulvo
pubescens manet. Petiolus pubescens rufus 1, 5-2,5 cm longus.
Flores parvi e ramis evolutis et veteribus orti, breviter pedicellati circa 5 mm longi.
Calyx sepalis 5 discretis ovatis, utraque pagina villoso-rupis. Sepala interiora manifeste
ciliata. Corolla 3,5 mm longa, glabra, tubo brevissimo, 0,5-0,75 mm, lobis ovatis. Stamina
lobis aequilonga, basi corollae loborum inserta. Ovarium hirsutum, stylo brevissimo.
villoso productum; stigma 5-lobatum.
Fructus seminibus 5, compressis, cicatrice lineari, superficie coeco colore rugosa.
Semcn albuminalum.
Source : MNHN, Paris
- 371 —
Les trois espèces se distinguent ainsi :
Feuilles cunéiformes à la base, assez longuement pétiolées:
Obovées-oblongues, arrondies au sommet, parfois très obtusé-
ment et largement acuminées, coriaces, environ 10 paires de
nervures latérales. Présence de touffes de poils à la base interne
des lobes de la corolle. P. Prieurii.
Oblancéolées-oblongues, acuminées, environ 20 paires de ner¬
vures latérales. Corolle glabre. P. manaosensis.
Feuilles à base tronquée, courtement pétiolées (2-3 mm long).. P. cuneifolia.
La nervation des feuilles des deux espèces voisines, P. manaosensis
et P. cuneifolia présente un très fin réseau remarquable de veinules
parallèles perpendiculaires au réseau des nervilles tertiaires, visible sur
le dessin de la feuille représentée PI. 5, Adansonia le. p. 18, laquelle
est une feuille de P. manaosensis et non de P. cuneifolia.
II. UN NOUVEAU MANILKARA CENTRAFRICAIN,
M. MABOKEENSIS aubr.
Dans la Flore du Gabon et la Flore du Cameroun j’ai déjà insisté
sur les difficultés qu’il y avait à séparer en herbier plusieurs espèces de
Manilkara de la forêt guinéo-congolaise alors que ces arbres se distinguent
manifestement par le port et par l’habitat. Il y a là une série homologue
d’espèces vicariantes qu’en raison de leur corrélation avec leur habitat
et la région géographique nous pourrions considérer comme une de ces
séries d’espèces que nous avons appelées « écophylétiques » parce que — au
moins selon l’apparence — leur phylogénie paraît être déterminée par leur
écologie. Dans une telle série de Manilkara, nous avons déjà rangé une
espèce grégaire arbustive des plages et bords des lagunes M. lacera, une
espèce grégaire de bord des rivières M. argentea, une espèce arbustive
des savanes boisées soudanaises M. mullinerois, et plusieurs espèces de
grands arbres de terre ferme, M. sylvestris grand arbre rare en Côte d’ivoire,
M. Fouilloyana au Gabon, M. Lelouzei au Cameroun. Nous croyons
pouvoir y ajouter un autre grand arbre de terre ferme, remarquable par
son port élégant et surtout par son abondance assez extraordinaire pour
une Sapotacée dans la forêt de la haute Sangha et de la Lobaye (Républi¬
que Centrafricaine). Elle est particulièrement commune dans la région
des stations de la Maboké et de Boukoko à l’Ouest de Bangui. Ce Manil¬
kara est une des espèces les plus caractéristiques de cette forêt dense
humide semi-décidue à malvales et ulmacées, où elle voisine avec Tri-
plochilon scleroxylon, Terminalia superba, des Cellis, Enlandrophragma
cylindricum et E. utile, et une autre Sapotacée géante Aulranella congo-
lensis. Dans un inventaire portant sur 318,25 hectares entrepris par le
Service des Eaux et Forêts dans la forêt de la Lobaye où furent comptés
tous les arbres de plus de 20 cm de diamètre, 2 135 « monguinza » (en langue
Source : MNHN, Paris
Fig. 1. — Manilkara mabokeensis Aubr. : de gauche à droite : base d'un tronc d’un arbre de la station du Muséum de la Maboké;
cime à feuillage en toufTes vaporeuses du même arbre; aspect de l'écorce.
Source : MNHN, Paris
ZL£ -
373
issongo) furent dénombrés, ce qui parmi les arbres place ce Manilkara
au quatrième rang dans l’ordre d’abondance.
L’arbre atteint couramment 1 m de diamètre et dépasse 30 m de
hauteur. Le fût est parfaitement cylindrique, sans contrefort à la base.
La cime est particulièrement harmonieuse par un beau feuillage en touffes
grisâtres. Espèce à feuilles persistantes. L’écorce est du type fendillé
longitudinalement et écailleux, commun à ce groupe de Sapotacées.
Nous nommons l’espèce « mabokeensis » parce qu’elle est abondante
autour de la station du Muséum de la Maboké où on peut l’observer
facilement l .
Bourgeons terminaux glutineux. Jeunes rameaux couverts de poils
écailleux, plus ou moins glutineux. Feuilles sans stipules, obovées, ou
obovées allongées, ou obovées-oblongues, à sommet obtus ou arrondi et
parfois légèrement obeordé, à base cunéiforme, atteignant 10 cm long
sur 4,5 cm large. Dessous du limbe gris un peu roussâtre, couvert de poils
écailleux qui à la longue constituent une couche cireuse grisâtre effaçant
les nervures latérales qui sont donc très peu visibles. Pétiole plutôt grêle,
de 1,5 à 3 cm long.
Fleurs en petits fascicules à l’aisselle des feuilles tombées, sur les
rameaux d’un an, en dessous des feuilles terminales. Pédicelles couverts
de poils écailleux, environ 1 cm long. Calice à 2 cycles de 3 sépales chacun,
longs de 5-6 mm, couverts extérieurement de poils écailleux. Corolle
à 6 lobes, chacun pourvu de 2 appendices, aussi longs que les lobes;
5 mm environ de hauteur; court tube de 1 mm. Les appendices sont
parfois plus ou moins lobés vers la base. 6 étamines et 6 staminodes sont
soudés à la base en une collerette épaisse, de 2 mm environ de haut,
nettement détachée du tube de la corolle. Étamines plus courtes que les
lobes; fdets libres sur environ 1,5-2 mm long; anthères extrorses 1,5 mm.
Staminodes aussi longs que les fdets staminaux, bifides au sommet.
Ovaire pubescent à la base, prolongé insensiblement par un style de
7,5 mm long, glabre. Ovaire à 12 loges.
I. Manilkara mabokeensis Aubr. sp. nov.
Arbor ad 1 m in diametro, 30 m et ultra alta. Gemmae terminales glutinosae.
Ramuli novclli pilis squamosis. ± glutinosis, tecli. Folia non stipulata, obovata vel
obovato-elongata, vel obovato-oblonga, apice obtusa vel rotundata et interdum paulo
obeordata, basi cuneiformia, ad 10 cm longa, 4,5 cm lata. Lamina subtus cinerca
paulo fulva, pilis squamosis denique inducionem ceraceam cineream, nervos latérales
sic minime aspectabiles occultantem, formanlibus tecta. Peliolus potius gracile, 1,5-3cm
longus.
Flores in fasciculis parvis, foliorum delapsorum in axillis, ramis anniculis, su b
foliis apicalibus orti. Pcdicelli pilis squamosis tecti, circa 1 cm longi. Calyx in orbibus
2-trisepalis; sepala 5-6 mm longa, extra pilis squamosis tecta. Corolla 6 lobo, quoque
lobo fere 5 mm alto, appendicibus 2, lobis aequilongis munito; tubo brevi 1 mm;
appendicibus interdum plus minus ad basim lobatis. Stamina 6 et staminodia 6 basi
in coronam crassam circa 2 mm, altam manifeste a corollae tubo discretam connata.
Stamina quam lobi breviora; lilamenta secundum 1,5-2 mm libéra; antherae extrorsae
1,5 mm longae. Staminodia staminum lilamentis aequilonga, apice bifida. Ovarium
basi pubescens, stylo 7,5 mm longo glabro sensim productum. Ovarium 12-loculare.
Fructus globosus, circa 2 cm in diametro, flavo, aureus, pilis squamosis ferruginis
tectus, seminibus 1-2 parvis generis, compressis carinatis, cicatrice basi-ventrali
lineari, proprie generis Manilkarae.
Source : MNHN, Paris
— 374 —
Fruits globuleux, environ 2 cm de diamètre, jaune orangé, à surface
couverte de poils écailleux ferrugineux, contenant 1-2 petites graines,
plates, carénées, ayant la cicatrice basi-ventrale linéaire typique du genre
Manilkara.
Holotype : Tisserant n° 335, Boukoko (fl. oct.).
.Matériel étudié :
République Centrafricaine : Tisserant : 365, 652, Boukoko (0. janv.); 1731, Boukoko
(fr. mai); 1881, Boukoko (fr. sept.).
Cameroun : Letouzey : 3393, Sammat (ex Dikol), région de Deng-Deng (11. févr.).
Cette espèce proche du M. Fouilloyana s’en distingue par ses stami-
nodes bifides mais non laciniés au sommet ainsi que par ses feuilles moins
grandes; AI. Lelouzei s’en sépare par ses grandes feuilles et ses inflores¬
cences condensées à l’extrémité d’épais rameaux; M. mullinervis a des
fleurs à pédicelles grêles, les étamines et staminodes ne sont pas soudés
à la base en une collerette nettement distincte du tube de la corolle.
III. LES LABRAMIA MALGACHES
En proposant la réhabilitation du genre Labramia A. DC. (Adan-
sonia 3, 1 : 25 (1963) j’ai cité 5 espèces reconnues par R. Capuron dans
l’herbier de Madagascar du Muséum de Paris. A part l’espèce type du
genre, L. Bojeri A. DC., et une combinaison nouvelle L. costata (Pierre)
Aubr., 3 espèces sont dans la note susvisée demeurées à l’état de nomina
nuda. Nous nous proposons ici de valider ces noms par des diagnoses.
En outre nous décrirons deux autres espèces malgaches L. ankaranaensis
et L. Boivinii, ce qui porte le nombre des espèces malgaches à 7. Il est
possible qu’une huitième espèce, demeurée mal connue, existe aux Como¬
res, ( Manilkara Baillonii Pierre msc.).
L. ankaranaensis Aubr. sp. nov . 1 .
Grand arbre à écorce crevassée des régions de Diégo-Suarez et de
l’Ouest. Feuilles groupées aux extrémités d’épais rameaux. Limbe obové,
à sommet arrondi, très coriace, ordinairement 10-12 cm de long sur ± 6 cm
large, glabre, gris en dessous. Nervure médiane déprimée dessus, proé¬
minente dessous. Nervures secondaires, 12-15 paires presque invisibles.
Pétiole fort, 2-3 cm long.
Fleurs sur le vieux bois en dessous des feuilles terminales. Pédicelle
1. Labramia ankaranaensis Aubr. sp. nov.
Arbor alta cortice rimoso. Folia ad apices ramorum crassoruin conferta. Lamina
obovata, apice rolundala, maxime coriacea plerumque 10-12 cm longa, ± 6 cm lata,
glabra, subter cinerea. Nervus médius supra depressus, subter prominens. Nervi
secundarii, 12-15 jugi, fere inconspicui. Petiolus robustus, 2-3 cm longus.
Flores e cortice ramorum evolutorum sub folia terminalia orti. Pedicellus circa
1,8 cm longus, glabcr. Calyx sepalis 6 in duobus orbibus, externis 3 glabro-glutinosis,
6 mm longis. Corolla 7 mm alta, lobis 6(-8) oblongis, 4-5 mm longis; tubo 2 mm longo.
Quoque lobo appendicibus duobus dorsalibus, bifidis, apice acutissimis, petalis paulo
brevioribus mumto. Stamina 6(-8) corallae lobis aequilonga ; antherae extrorsae, 3 mrn
longae, lilamentis 2 mm longis. Staminodia 6(-8) brevissima (1 mm non attcngentia),
truncata, crassa. Ovarium glabrum, ± 12-locularc.
Source : MNHN, Paris
375 -
environ 1,8 cm long, glabre. Calice à 6 sépales en 2 cycles, les 3 externes
glabres-glutineux, long de 6 mm. Corolle haute de 7 mm, 6(-8) lobes
oblongs de 4,5 mm; tube 2 mm. Chaque lobe est muni de deux appendices
dorsaux, bifides, très aigus au sommet, et un peu plus courts que les
pétales. Étamines 6(-8) aussi longues que les lobes de la corolle ; anthères
extrorses 3 mm; filets 2 mm. Staminodes 6(-8) très courts (moins de 1 mm),
tronqués, épais. Ovaire glabre, ± 12 loges.
Fruit inconnu.
Type : Capuron n° 9248 S.F. Plateau de l’Ankarana, cendres
volcaniques sur calcaire, entre Anivorano nord et Ambondromifehy
(fl. oct.).
var. antsingensis Aubr. var. nov. l .
Feuilles obovées-oblongues, â fleurs un peu plus petites et à pédicelles
moins épais.
Type : Capuron n° 8436 SF Forêt de l’Antsingy près d’Ambodiriana
(fl. sept.).
L. Boivinii (Pierre) Aubr. comb. nov. 2 .
Imbricaria (I.abramia) Boivinii Hartog msc.; Mimusops Boivinii Hartog ex
Pierre = Semicipium Boivinii Pierre, Notes bot. sapot. : 10 (1890).
Arbre de la forêt de l’Est. Feuilles oblongues-oblancéolées groupées
au sommet des rameaux, obtuses au sommet, cunéiformes à la base.
Limbe jusqu’à 22 cm long sur 6 cm large, très coriace, glabre. Nervure
médiane déprimée dessus, proéminente dessous. Réseau serré de très
nombreuses fines nervures et nervilles parallèles, inapparentes dessus,
légèrement imprimées dans le limbe en dessous. Fort pétiole ± 3 cm
long.
Fleur décrite d’après le n° 9235 S.F. Fleurs sur le vieux bois en dessous
des feuilles terminales. Pédicelle 1,5-2 cm, glabre. Calice glabre-gluti-
neux, haut de 5 mm. Corolle 6,5-7- mm long, à 6 lobes longs de 5 mm.
Appendices corollins dentelés, très courts, ordinairement moins de 1 mm,
parfois prolongés d’une fine pointe. Étamines aussi longues que les lobes :
anthères 2 mm, filets 1,5 mm. Staminodes très courts, 0,5 mm. Ovaire
glabre, ^ 8 loges. Fruit inconnu.
1. var. antsingensis Aubr. var nov. — Folia obovalo-oblonga, lloribus paulo
minoribus et pedicellis minus crassis.
2. Labramia Boivinii (Pierre) Aubr. comb. nov.
Arbor silvae orientalis. Folia oblongo-oblanceolata ramorum apice conferta,
apice obtusa, basi cuneiformia. Lamina ad 22 cm longa, G cm lata, maxime coriacea,
giabra. Ncrvus médius supra impressus, subtus prominens. Heticulum densum nervis
lenuibus creberrimis confertis et nervalis parallelis insuper liaud aspectabilibus, subter
in lamina impressis. Petiolus robustus, ± 3 cm longus.
Flos e n° 9235 S. F. descriptus : Flores e cortice ramorum evolutorum infra folia
terminalia orti. Pedicellus 1,5-2 cm longus, giabra. Calyx glabro-glutinosus, 5 mm longus.
Corolla 6, 5-7 mm longa, lobis 6, 5 mm longis, appendicibus denticulatis, brevissimis,
vulgo ad 1 mm non attengentibus, interdum in acumen tenue productis. Stamina
lobis aequilonga : antherae 2 mm longae, filamenta 1,5 mm longa. Staminodia bre-
vissima, 0,5 mm longa. Ovarium glabrum, i 8 loculare. Fructus ignotus.
Source : MNHN, Paris
— 376 —
Type : Madagascar, Voyage de M. Boivin 1847-1853 (P).
var. mananarensis Aubr. var. nov. 1 .
Feuilles plus petites, étroitement obovées-oblongues.
Type : Capuron n° 18210 S.F. Collines et falaises maritimes au nord
d'Ivontaka (sud de Mananara).
L. Louvelii Aubr. sp. nov. 2 .
= Manilkara Louvelii R. Cap. msc.
Grand arbre de la forêt de l’Est. Feuilles étroitement oblongues ou
obovées-oblongues, arrondies au sommet, cunéiformes à la base, glabres.
Limbe 1res coriace , jusqu’à 18 cm long sur 7 cm de large. Nervure médiane
déprimée en dessus, proéminente dessous. Réseau serré de nombreuses
fines nervures et nervilles parallèles, invisibles en dessus, imprimées
dans le limbe en dessous (sur le sec). Fort pétiole, 2-2,5 cm long.
Fleurs fasciculées très nombreuses sur le vieux bois en dessous des
feuilles terminales. Pédicelles épais, de 1,3 à 2,7 cm long. Calice glabre-
glutineux, J; 10 mm long. Corolle haute de 9 mm. Lobes oblongs, conca¬
ves, 6 mm; tube 3,5 mm. Appendices corollins lobés, à pointes aiguës.
4-5 mm. Étamines 5,5 mm long. Staminodes dentelés, très courts,
environ 1 mm haut. Ovaire glabre à 12 loges. Fruit inconnu.
Holotype : Louvel n° 106, Analamazaotra.
L. platanoides (R. Capuron msc.) Aubr. sp. nov. 3 .
Grand arbre de 15-20 m connu de la région de Diégo-Suarez (Mon¬
tagne d’Ambre et Montagne des Français). Écorce à rhytidome caduc
par plaques. Cette espèce n’est jusqu’à présent connue que par ses fruits
et ses graines qui sont typiquement des graines de Labramia. (Adansonia.
1. var. mananarensis Aubr. var. nov.
Folia minora, anguste obovato-oblonga.
2. Labramia Louvelii Aubr. sp. nov.
Arbor alta silvae orientalis. Folia angusle oblonga vel obovato-oblonga, apice
rotundata, basi cuneiformia, glabra. Lamina maxime coriacea, ad 18 cm longa, 7 cm
lata. NervuS médius supra impressus, subter prominens. Réticulum densum nervis
tenuibus permultis et nervulis paralielis, supra inconspicuis, subter in lamina impressis
(in secco). Petiolus robustus, 2-2,5 cm longus.
Flores fasciculati permulti e cortice ramorum evolutorum infra folia terminalia
orti. Pedicelli crassi, 1,3-2,7 cm longi. Calyx glabro-glutinosus, ± 10 mm longus.
Corolla 9 mm longa. Lobi oblongi, concavi, 6 mm longi; tubus 3,5 mm longus. Corollae
appendices lobatae, acuminibus acutis, 4-5 longae. Stamina 5,5 mm longa. Staminodia
denticulata, brevissima, circa 1 mm longa. Ovarium glabrum, 12-loculare. Fructus
ignotus.
3. Labramia platanoides (R. Capuron msc.) Aubr. sp. nov.
Arbor magna 15-20 m alta. Corticis rhytidoma in lamines caducum. Flores ignotj;
fructus seminaque propria generis Labramiae. Folia ab aliarium specierum generis
liabitu minore manifeste distinctu, apice ramorum conferta inter Labramias proprie
tenuia. Lamina obovato-oblonga, rolundala plerumque obcordala, vulgo 5-6 cm longa,
2-2,5 cm lata, maxime coriacea, glabra. Nervi secundarii fere inconspicui. Petiolus
1-1,5 cm longus.
Fructus parvi subglobosi, apice acuminali, glabri, fere 2 cm longi et 1,5 in diametro
lati. Pedonculus brevis ± 1 cm longus. Semen ovoideum, non carinatum, 1,7 cm
longum x 1,1 cm in diametro latum. Cicatrix ovata, circa 1,3 cm x 0,6 cm.
Source : MNHN, Paris
— 377
3,1 : 26 (1963). Les feuilles sont nettement différentes de celles des autres
Labramia par leur petitesse. Feuilles groupées au sommet de rameaux
relativement minces pour des Labramia. Limbe obové-oblong, arrondi
et généralement obcordé, ordinairement 5-6 cm long sur 2-2,5 cm large,
très coriace, glabre. Nervation secondaire pratiquement inapparente.
Pétiole 1-1,5 cm long.
Petits fruits subglobuleux avec une pointe sommitale, glabres,
environ 2 cm long et 1,5 cm diamètre. Pédoncule court, i 1 cm. Graine
ovoïde, non carénée, 1,7 cm long x 1,1 cm diamètre. Cicatrice ovée,
environ 1,3 cm x 0,6 cm.
Holotype : Capuron n° 11 350 S.F. Contreforts nord-ouest de la
Montagne d’Ambre, forêt d’Ankorefo (Ankazobe), vers 250-300 m.
L. sambiranensis (R. Capuron msc.) Aubr. sp. nov. *.
Arbre 10-12 m, connu de la région du Sambirano, seulement par
les fruits et les graines typiques du genre Labramia.
Grandes feuilles oblongues, terminales. Limbe oblong, arrondi au
sommet, cunéiforme à la base, très coriace, glabre, atteignant 27 cm long
sur 9,5 cm large. Nervure médiane déprimée dessus, proéminente des¬
sous. Réseau serré de fines et très nombreuses nervures et nervilles paral¬
lèles, imprimées sur les 2 faces du limbe. Très forts pétioles, jusqu’à 4 cm
long.
Fruits ellipsoïdes, avec une pointe apicale, de 3 cm long environ,
contenant une seule graine de 2 cm X 1 cm X 0,8 cm. Cicatrice ovée
allongée, de 1,5 cm x 0,6 cm. Pédoncule 2,5-3 cm long.
Holotype : Capuron n° 11 389 S.F. Sambirano : restes de forêts à
l’Est d’Ampondrabe-Ambaliha (Ambanja).
IV. LA PART MALGACHE DANS LA DISTRIBUTION MONDIALE
DU GENRE MIMUSOPS (SAPOTACÉES)
La représentation du genre Mimusops de Linné (1753) a connu des
fortunes diverses de sa création à nos jours. Des espèces de Mimusops
furent décrites dans toutes les parties du Monde. La Flore du Brésil de
Martius (1863) en compte 8. La monographie des Sapotacées africaines
d’ENGLER (1904) avec 62 espèces fait de ce genre un des plus importants
de la flore africaine tropicale. En réalité toutes les mimusopoïdées étaient
1. L. sambiranensis (R. Capuron msc.) Aubr. sp. nov.
Arbor 10-12 m alta. Flores ignoti, fructus scminaque propria generis Labramiae.
Folia magna, oblonga, terminalia. Lamina oblonga apice rotundata, basi cunei-
tormis, maxime coriacea, glabra ad 27 cm longa, 9,5 cm lata. Nervus médius supra
impressus, subtus prominens. Réticulum densum nervis nervulisque crcberrimis
confertis parallelis tenuibus impressis utraque laminae pagina. Petioli robustissimi,
Fructus ellipsoïdei, apice apiculati acuminati, cire. 3 cm longi, semine unico.
2 cm x 1 cm x 0,8 cm. Cicatrix ovato-elongata 1,5 cm longa, 0,6 cm lata. Pedonculi
2,5-3 cm longi.
Source : MNHN, Paris
— 378 —
alors classées dans Mimusops. C’est Dubard en 1915 qui devait le premier
attaquer ce genre monolithique, en reconnaissant surtout droit de cité
dans la famille au genre Manilkara d’ADANSON (1763) avec 33 espèces.
Il ne maintenait plus que 21 espèces de Mimusops et dégageait, outre
Manilkara, les genres Muriea Hartog, Lecomledoxa Pierre, Dumoria A.Chev.,
Baillonella Pierre, Tieghemella Pierre, Inhambanella Engler, Labramia
A. DC., Vilellariopsis Bâillon, Norlhea Hook. f. L’essentiel de la division
des mimusopoïdées telle que nous l’admettons aujourd’hui était fait.
Parmi les Mimusops conservés par Dubard, à côté d’une espèce
du sud-est asiatique, de 8 espèces d’Afrique orientale (de l’Abyssinie au
Cap de Bonne Espérance), de 2 espèces d’Afrique occidentale, il subsistait
une espèce des Comores, 6 espèces des îles de la Réunion et Maurice, et
2 espèces de Madagascar. Les faits principaux de la distribution du genre
dans le Monde étaient mis en lumière, et ont été confirmés par les décou¬
vertes qui suivirent dans ce groupe de Sapotacées. Il n’y a aucun Mimu¬
sops en Amérique; il n’existe qu'une seule espèce polymorphe dans l’Asie
du sud-est et en Océanie et, curieuse coïncidence, c’est l’espèce type de
Linné, Mimusops elengi; les Mimusops sont caractéristiques de la flore
de l’Afrique orientale, et du groupe des Mascareignes.
Cette distribution se précise aujourd’hui.
La localisation des Mimusops africains en Afrique orientale, de l’Abys¬
sinie au Cap est remarquable. Il n’y a que deux espèces en Afrique occi¬
dentale. Ce sont des espèces surtout ripicoles des zones de savanes boisées ;
elles pénètrent dans la Région guinéo-congolaise des forêts denses humides,
mais elles n’appartiennent pas à proprement parler â la flore de cette
grande Région chorologique. Les mimusopoïdées de la forêt, qui sont
généralement des arbres gigantesques, ne sont pas des Mimusops, lesquels
sont au contraire principalement des arbustes et des petits arbres, rare¬
ment en Afrique des arbres assez importants. Il est donc probable que
les deux espèces occidentales, ont leur souche en Afrique orientale. L’une
d’elles, Mimusops fragrans (Bak.) Engler dont le type est de Nigeria,
est très voisine et probablement conspécifique de M. kummel Bruce ex
DC. dont le type est d’Abyssinie.
Les Mimusops sont nombreux en Afrique orientale et australe.
La révision n’en est pas complètement faite. Beaucoup d’espèces d’ENGLER
ont été et seront probablement encore mises en synonymie. Meeuse
dans sa récente révision pour l’Afrique australe, du Cap au Nyasaland
ne garde que 3 espèces 1 .
Que sont devenues les espèces de Dubard, reconnues dans les îles
afro-indiennes? M. comorensis Engl, demeure la seule espèce connue
des îles Comores. Aux Mascareignes, Dubard citait : M. Imbricaria
Willd. (appelé « natte à grandes feuilles » à la Réunion), M. macrocarpa,
M. peliolaris, M. giganlea, M. Pierrei, M. oblongifolia. Une révision appro-
1. Notes on the Sapolaceae of Southern Africa. Bothalia 7, 2 : 317-370 (I960)
M. cadra E. Mey., M. ubovala Sond., M. zeyheri Sond.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
- 380 —
fondie de ces espèces n’a pas été faite, mais il est possible qu’il ne s’agisse
que de formes d’une unique espèce qui subsistera sous le nom de Mimusops
Imbricaria Willd.
A Madagascar restaient 2 espèces : M. Commersonii (G. Don) Engl.,
arbuste cultivé dans les jardins botaniques de nombreux pays tropicaux
et connu souvent sous le nom de Mimusops (Imbricaria) coriacea, et
M. Boivinii Hartog ex Pierre.
La première espèce connue sous le nom de « varanto » est très
répandue dans les forêts littorales de Madagascar. Elle est très remarquable
dans le genre par ses grandes et larges feuilles très coriaces et surtout
par son fruit globuleux de la taille d’une petite mandarine, contenant
plusieurs graines, et soutenu par un très long pédoncule grêle de plus de
G cm. Les fruits des Mimusops ne contiennent très généralement qu’une
seule graine et sont de forme ovoïde ou ellipsoïde, plus ou moins apiculée.
La seconde espèce, M. Boivinii Hartog ex Pierre (= Semicipium
Boivinii Pierre), dont le type de Boivin est à l’herbier du Muséum de
Paris, n’est pas un Mimusops mais un Labramia.
Depuis Dubard plusieurs autres Mimusops malgaches ont été
décrits :
Mimusops Guillolii Hochreutiner (1908). N’est pas un Mimusops,
mais une Manilkarée.
Mimusops silveslris Lecomte (1922) = Mimusops Lecomlei H. J.
Lam (1941).
L’étude des riches collections de Madagascar du Muséum, envoyées
par le Service Forestier et surtout par le Conservateur des Eaux et Forêts
R. Capuron viennent de nous révéler la grande extension du genre
Mimusops à Madagascar, qui, si la densité du nombre des espèces était
un critère de l’ancienneté de la présence d’un genre, permettrait de dire
que l’île est un centre d’origine du genre. Ce fait s’ajoutant à ceux du
même ordre que nous avons déjà relevés par les genres Sideroxylon,
Capurodendron, et à ceux de l’existence de genres endémiques proches des
Manilkara, comme Faucherea, Labramia, assez abondamment représen¬
tés en espèces, ou encore d’un genre archaïque monospécifique, Tsebona,
tous genres n’étant pas représentés en Afrique continentale proche *,
ces faits réunis permettent de croire à la très haute antiquité de l’isole¬
ment des Sapotacées dans la flore malgache.
Nous décrivons maintenant 13 espèces nouvelles de Mimusops
malgaches, d’autres insuffisamment représentées dans l’herbier de Paris
restant à décrire. Le nombre des Mimusops malgaches est porté ainsi à
13 espèces et 2 variétés.
I. A l’exception du Sideroxylon inerme sur la côte orientale d’Afrique.
Source : MNHN, Paris
— 381 —
CLÉ
(sans les fleurs)
I. Feuilles longuement pétiolées, 1,5-5 cm long.
Etroitement oblongues. Nervations peu marquées. Pétioles
grêles. Fleurs courtement pédicellées 1,5 cm). Ouest.
. M. occidentalis. Aubr. 10.400 *.
Feuilles larges groupées au sommet d’épais rameaux.
Pétioles forts. Gros fruits ellipsoïdes, portés par de forts
pédoncules (3-5 cm). Fleurs longuement pédicellées
(2-5 cm).
Nervations tertiaires et secondaires parallèles fines et
serrées. Sambirano. M. sambiranensis. Aubr. 6614.
Sépales tomenteux bruns. Est.. M. antogilensis. Aubr. 20155.
II. Feuilles moyennement longuement pétiolées, 1-3 cm long.
Fleurs courtement pédicellées (J; 1 cm).
Feuilles submembraneuses, oblongues, acuminées.
Pétioles grêles J; 2-3 i cm. ^Nervation finement appa¬
rente sur les 2 faces. M. membranacea. Aubr. 9173.
Fleurs très longuements pédicellées (jusqu’à 5-6 cm).
Feuilles coriaces :
Gros fruit globuleux à plusieurs graines, porté par
un long pédoncule grêle. Feuilles elliptiques ou
obovées elliptiques. Nervation secondaire effacée.
Pétiole ±1,5 cm. Forêt littorale.
. M. Commersonii. (G. Don) Engl.
Fruits ellipsoïdes ou ovoïdes porté par de forts
pédoncules. Forts pétioles (±; 2 cm). Forêt littorale
de l’Est, sur sables :
Feuilles obovées-oblongues. Nervation peu accusée.
Fruits ellipsoïdes. M. voalela. Aubr. 8939.
Feuilles obovées a sommet arrondi. Nervation fine-
nement saillante sur les 2 faces. Fruits ovoïdes,
atténués au sommet.. M. longepedicellata. Aubr. 8919.
III. Feuilles courtement ou très courtement pétiolées, ^ 0,5-1 cm :
Grandes feuilles elliptiques (5-8 cm large), courtement et
obtusément acuminées, très coriaces. Limbe décurrent
remarquablement sur un fort pétiole. Pédicelle floraux
i 2 cm. Fruits apiculés, courtement pédonculés. Est...
. M. lohindri. Aubr. 15334.
Limbe non particulièrement décurrent sur le pétiole,
a. Feuilles lancéolées (moins de 2 cm large).
Pétiole grêle. Rameaux grêles. Sambirano .
. M. Capuronii Aubr. var. salicifolia Aubr. 1766.
1. N'° des holotypes dans l'herbier du Muséum de Paris.
25
Source : MNHN, Paris
— 382 —
b. Feuilles larges :
Nervation secondaire et tertiaire parallèle, fine et
serrées. Obovées-oblongues ou obovées-elliptiques,
caudées-acuminées. Pétiole fort (il cm.). Pédi-
celles floraux courts (i 13 mm). Fruits ovoïdes
apiculés, courtement pédonculés (i 1 cm).
Est . M. Perrieri. (Cap. msc.) Aubr. 9131.
Nervation non remarquablement fine et serrée.
Obovées, non ou obtusément acuminées, submem¬
braneuses. Pétiole grêle (i 1 cm). Nervation
finement apparente. Fruits ovoïdes apiculés,
courtement pédonculés (i 2 cm). Forêt de mon¬
tagne . M. ankaibeensis. (Cap. msc.) Aubr. 945.
c. Petites feuilles obovées-elliptiques ou obovées-
oblongues, courtement pétiolées :
Pédicelles floraux 1-1,5 cm long :
Limbe atténué ou arrondi au sommet. Nervures et
nervilles finement marquées sur les 2 faces.
Pétiole court et grêle, 5-8 mm. Gros fruit i 4 cm
long, courtement pédonculé i 1 cm. Est.
. M. Capuronii Aubr. var. Capuronii 9147.
Limbe ordinairement retus au sommet. Ouest....
. var. retusa. Aubr. 2371.
Pédicelles floraux i 2 cm. Limbe obové ou obové-
étroitement oblong, très coriace. Nervation peu
apparente. Pétiole très court, i 5 mm. Petits
fruits subglobuleux (i 1,5 diam.), portés par des
pédoncules grêles de i 3 cm. Est.
. M. Lecomtei. H. J. Lam 13262.
Espèce imparfaitement connue. M. nossibeensis. Aubr.
L’identification des espèces est difficile. L’étude des fleurs n’apporte
pas beaucoup d’éléments utiles aux distinctions spécifiques. Le type du
Mimusops malgache est remarquablement fixé. Calice à 2 cycles de sépa¬
les, 4 extérieurs, 4 intérieurs, toujours pubescent extérieurement. Corolle
à 8 pétales oblongs-concaves, soudés à la base sur un très court tube de
1-2 mm. Chaque pétale est pourvu de deux appendices dorsaux, généra¬
lement un peu plus grands que les pétales. Ces appendices sont le plus
souvent divisés en 2-5 lanières, rarement presque entiers. 8 petites éta¬
mines épipétales, plus courtes que les pétales, à anthères extrorses. Entre
les étamines se dresse un fort staminode, aussi long que les étamines ou
presque, et parfois plus long. Il est toujours velu sur la face externe et
sur les bords. L’ovaire est régulièrement divisé en 8 loges. Sauf une
exception il est pubescent. Le style, assez long, est glabre.
Les différences entre espèces ne portent que sur la grandeur des
fleurs, les divisions plus ou moins nombreuses des appendices corollins
Source : MNHN, Paris
— 383 —
et surtout la longueur des pédicelles, tous caractères secondaires et sus¬
ceptibles de variations dans une même espèce. Nous avons tout de même
essayé de grouper les espèces d’après les affinités des structures florales.
GROUPEMENT DES ESPÈCES CONNUES
D’APRÈS DES CARACTÈRES FLORAUX
Longs pédicelles, 3-7 cm. Appendices corollins multilaciniés.
Fleurs relativement grandes ; hauteur totale de la corolle développée,
10-13 mm. Ovaire pubescent :
Pédicelles atteignant 6-7 cm :
Gros fruits globuleux à plusieurs graines. M. Commersonii.
Fruits ovoïdes, à une seule graine. M. longepedicellata.
Pédicelles de 3-4 cm :
Feuilles obovées-oblongues. Pétioles, J; 2 cm. M. voalela.
Feuilles oblongues, obtuses à la base. Pétioles, 3-4 cm. M. sambiranensis.
Feuilles obovées-allongées, cunéiformes aigues à la base. Pétiole,
3-5 cm . M. antongilensis.
Pédicelles de longueur moyenne, 1-2,5 cm. Fleurs plus petites; hau¬
teur totale de la corolle développée 7-10 mm :
Appendices corollins multilaciniés :
Ovaire glabre. Feuilles à pétiole grêle, ^ 3 cm. M. occidenlalis.
Ovaire pubescent. Feuilles à pétiole Court, moins de 1 cm. M. Capuronii.
Appendices corollins bifides ou non laciniés et alors presque entiers.
Ovaire pubescent.
Feuilles à pétiole très court, ^ 5 mm. M. Lecomtei.
Feuilles à pétiole de ^ 1 cm. M. Perrieri.
Appendices corollins dentés au sommet ou presque entiers. Ovaire
pubescent :
Limbe décurrent sur un court et fort pétiole, d’environ 1 cm. M. lohindri.
Limbe cunéiforme à la base; pétiole grêle ± 2-3 cm. M. membranacea.
Très courts pédicelles, i 0,5 cm. Appendices bifides. Ovaire
pubescent . M. antorakensis.
Mimusops longepedicellata Aubr. sp. nov. *.
Feuilles obovées-oblongues, arrondies au sommet, cunéiformes à
la base, glabres. Nervures et nervilles finement saillantes sur les 2 faces.
Limbe atteignant 16 cm long et 8 cm large. Pétiole 1-2 cm.
1. Mimusops longepedicellata Aubr. sp. nov.
Folia obovato-oblonga, apice rotundata, basi cuneiformia, glabra. Nervi nervu-
lique utraque pagina tenuiter prominentes. Lamina ad 16 cm longa, 8 cm lata. Petio-
lus 1-2 cm longus.
Flores longissime usque ad 6-7 cm pedicellati. Calyx pubescens, sepalis 8 ± 10 mm
longis. Corolia in toto 12 mm longa. Lobi 7,5 mm longi, quoque appendibicus paulo
longioribus (9,5 mm) munito quibusque in laciniis 4, divisis, quoque petalo sic dorso
lobis 8-10 ut videtur duplicato. Tubus, 2,5 mm longus. Stamina 8, brévia, 5,5 mm
longa. Staminodia 8 staminibus aequilonga, extra marginibusque villosa.
Fructus ovoïdeo-elongati, ± 5 cm longi et 2,5 cm in diametro, pedunculis crassis
± 6 cm longis suffulti, monospermi. Semen circa 3 cm x 1,5 cm x 1 cm. Cicatrix basi-
ventralis, 9 mm x 6 mm.
Source : MNHN, Paris
— 384 —
Fleurs très longuement pédicellées, jusqu’à 6-7 cm. Calice pubescent ;
8 sépales ± 10 mm. Hauteur totale de la corolle, 12 mm. Lobes de 7,5 mm,
pourvus chacun de 2 appendices divisés chacun en 4 lanières, un peu
plus longs (9,5 mm); chaque pétale paraissant ainsi doublé dorsalement
de 8-10 lobes. Tube, 2,5 mm. 8 étamines courtes de 5,5 mm. 8 staminodes
aussi longs que les étamines, velus extérieurement et sur les bords. Ovaire
pubescent, à 8 loges.
Fruits ovoïdes allongés, ^ 5 cm long et 2,5 cm diamètre, portés
par de forts pédoncules de ^ 6 cm long, monospermes. Graine environ
3 cm x 1,5 cm x 1 cm. Cicatrice basiventrale, 9 mm x 6 mm.
Holotype : Capuron n° 8919 S.F. Moyen ou grand arbre, à écorce
crevassée. Est : baie d’Antongil; forêt littorale, sur sables, aux environs
de Tenina (District de Maroantsetra) (fl. janv.).
Mimusops voalela Aubr. sp. nov. L
Très jeunes feuilles pubescentes ferrugineuses dessous, mais bientôt
glabres. Feuilles obovées-oblongues, arrondies au sommet. Limbe environ
9,5 cm long sur 5 cm large. Nervation peu marquée sur les 2 faces. Pétiole
± 2 cm.
Fleurs longuement pédicellées, jusqu’à 4 cm. Calice 11 mm, pubes¬
cent extérieurement. Hauteur totale de la corolle développée, 11 min.
Chaque appendice corollin est divisé en 4 lanières. Tube ± 1,5 mm.
Étamines longues de 7 mm. Staminodes aussi longs que les étamines,
velus dorsalement et sur les bords. Ovaire pubescent à 8 loges.
Fruits ellipsoïdes, ± 5 cm long et 3 cm diamètre, portés par de longs
pédoncules de ± 6 cm long. Graine environ 3 cm X 1,5 cm x 1,2 cm.
Cicatrice basiventrale, 10 mm x 5 mm.
Holotype : Capuron n° 8939 S.F. Grand arbre. Baie d’Antongil :
forêt littorale sur sable, aux environs d’Anandrivola (Dist. de Moranl-
setra) (fl. janv.).
Cette espèce très voisine de M. longepedicellala ne s’en distingue
que par des feuilles plus petites et une nervation effacée.
Mimusops sambiranensis Aubr. sp. nov. 2 .
Feuilles groupées au sommet d’épais rameaux. Bourgeons termi-
1. Mimusops voalela Aubr. sp. nov.
Folia novissima subtus pubescentia ferrugina, sed mox glabra. Folia obovato-
oblonga, apice rotundata. Lamina circa 9,5 cm longa, 5 cm lata. .Nervi nervilique
utraque pagina parum conspicui. Petiolus ± 2 cm longus.
Flores longissime usque ad 4 cm pedicellati. Calyx 11 mm longus, extra pubescens.
Corolla evoluta in toto 11 mm longa, appendicibus quibusque in laciniis 4 divisis.
Tubus ± 1,5 mm longus. Stamina 7 mm longa. Staminodia staminibus aequilongn,
dorso marginibusque villosa. Ovarium pubescens,
Fructus ellipsoideus ± 5 cm longus, 3 cm in diametro, latus pedunculo longo
(± G mm) suffultus. Semen circa 3 cm x 1,5 cm x 1,2 cm. Cicalrix basivenlralis 10mm
2. Mimusops sambiranensis Aubr. sp. nov.
Folia ad ramorum crassorum apices conferta. Gemmae terminales et folia novelia
pubescentia subrubra caducissima tecta. Folia oblonga, apice rotundata, basi cunei-
Source : MNHN, Paris
— 385 —
naux et jeunes feuilles couverts d’une pubescence rougeâtre très caduque.
Feuilles oblongues, arrondies au sommet, cunéiformes obtuses à la base.
Limbe mesurant jusqu’à 16 cm long sur 6 cm large. Réseau serré de ner¬
vures et nervilles parallèles, finement saillant sur les 2 faces. Pétiole
3 à 4 cm.
Fleurs longuement pédicellées. Pédicelles environ 3,5 cm, velus
ferrugineux. Calice 11 mm, pubescent ferrugineux extérieurement.
Hauteur totale de la corolle développée, 12 mm. Appendices divisés en
5-6 lanières chacun, plus longs que les lobes de la corolle. Courtes étamines
de 5 mm, partiellement cachées derrière des staminodes de même lon¬
gueur, velus sur la face externe. Ovaire à 8 loges.
Gros fruits monospermes, ellipsoïdes, de 4-5 cm long et 3 cm de
diamètre. Pédoncules de 3 cm. Graine environ 3 cm X 1,3 cm X 1,2 cm.
Cicatrice basiventrale 12 mm x 7 mm.
Holotype : Capuron n° 6614, Ankarana, Diégo Suarez (fl. déc.).
Mimusops antongilensis Aubr. sp. nov. 1 .
Feuilles oblongues à oblongues allongées, arrondies et obtusément
acuminées au sommet, cunéiformes à la base, glabres. Nervation fine¬
ment marquée sur les 2 faces. Pétiole jusqu’à 5 cm long.
Fleurs longuement pédicellées, jusqu’à 4 cm. Calice de 10 mm long,
pubescent extérieurement. Corolle développée haute de 10-11 mm.
Pétales 6 mm. Appendices à 2-7 lanières un peu plus longs que les pétales.
Étamines 5-6 mm. Staminodes de même longueur, velus extérieurement
et sur les bords. Ovaire à 8 loges.
Fruits monospermes, ellipsoïdes, jusqu’à 5,5 cm long sur 3 cm dia¬
mètre. Pédoncule jusqu’à 4,5 cm. Graine jusqu’à 3 cm long à cicatrice
basi-ventrale.
Holotype : Capuron n° 20155 S.F. Arbre de 15 m haut. Est : Forêt
d’Analalava à 4 km environ à l’Ouest de Foulpointe (Ténérive), ait.
20-50 m.
formia obtusa. Lamina usque ad 16 cm longa, G cm lata. Réticulum densum nervorum
nervulorumque parallclorum, utraque pagina tenuiter prominens. Petiolus 3-4 cm
Flores longe pedicellati, pedicellis circa 3,5 cm longis, villosis ferrugineis. Calyx
11 mm longus, extra ferrugino pubescens. Corolla evoluta in toto 12 mm longa, appen-
dicibus quam corollac lobis longioribus, quibusque in laciniis 5-6 divisis. Stamina
brévia, 5 mm longa, partim post staminodia aequilongis, pagina cxterna villosa abdita.
Ovarium 8-loculare.
Fructus crassi monospermi, ellipsoidei, 4,5 cm longi, 3 cm in diametro; pedunculis
3 cm longis. Semen circa 3 cm x 1,3 cm x 1,2 cm. Cicatrice basiventralis 12 mm x
1. Mimusops antongilensis Aubr. sp. nov.
Folia oblonga vcl oblongo-elongata, apice rotundata et obtuse acuminala, basi
cuneiformia, glabra. Nervi nervuliquc utraque pagina tenuiter conspicui. Petioli
usque ad 5 cm longi.
Flores longissime (usque ad 4 cm) pedicellati. Calyx 10 mm longus, extra pubes¬
cens. Corolla evoluta 10-1 i mm alta, petalis 6 mm longis, appendicibus quam quoque
petala paulo longioribus, in laciniis 2-7 divisis. Stamina 5-6 mm longa. Staminodia
staminibus aequilonga, extra marginibusque villosa. Ovarium 8-loculare.
Fructus monospermi, ellipsoidei, usque ad 5,5 cm longi, 3 cm in diametro, pedon-
culo usque ad 4,5 cm. Semen usque ad 3 cm longum, cicatrice basiventrali.
Source : MNHN, Paris
— 386 —
Mimusops occidentalis Aubr. sp. nov. A
Arbre. Feuilles étroitement oblongues, obtuses ou obtusément acu-
minées au sommet, cunéiformes à la base, glabres. Réseau de nervures
et nervilles parallèles finement marqué sur les 2 faces. Limbe ordinaire¬
ment 7-9 cm long sur 3,5-4 cm large. Pétiole grêle, 3-4 cm.
Fleurs à pédicelles de ±1,5 cm. Sépales de 7 mm long, pubescents
extérieurement. Hauteur de la corolle 7 mm. Pétales longs de 4,5 mm.
Appendices divisés chacun en 4-5 languettes. Tube très court, moins de
1 mm. Étamines 4 mm. Staminodes 5 mm, velus. Ovaire glabre à 8 loges.
Fruit inconnu.
Holotype : Service Forestier n° 10400 S.F., Antetikirijy, Analalava
(fr. août).
Cette espèce se singularise dans le groupe des Mimusops malgaches
par les pétioles grêles des feuilles et par la glabréité de l’ovaire. Arbre
des forêts de l'Ouest.
Mimusops Capuronii Aubr. sp. nov. 2 .
Arbre moyen de la forêt de l’Est. Peliles feuilles obovées-clliptiques
ou obovées-oblongues, arrondies ou obtuses au sommet, cunéiformes à la
base. Limbe 3-8 cm long sur 2-4 cm large, glabre. Nervures et nervilles
finement marquées sur les 2 faces. Pétiole court el grêle, 5-8 mm.
Pédicelles floraux, 1-1,5 cm long, pubescents. Calice de 8-9 mm long,
pubescent extérieurement. Corolle haute de 9 mm. Pétales 6 mm. Appen¬
dices de 7 mm, divisés en 2-4 lanières. Tube 1,5 mm. Étamines à filets
velus, 5 mm. Slaminodes de 5,5 mm, un peu plus longs que les étamines,
velus sur la face externe et su r les bords. Les filets des étamines et les
staminodes sont soudés entre eux à la base sur moins de 1 mm. Ovaire
pubescent à 8 loges.
1. Mimusops occidentalis Aubr. sp. nov.
Arbor. Folia anguste oblonga, apice obtusa vel obtuse acuminata, basi cunci-
formia, glabra. Réticulum nervorum nervulorumque parallelorum extraque pagina
tenuiter conspicuum. Lamina vulgo 7-9 cm longa, 3,5-4 cm lata. Peliolus gracilis,
3-4 cm longus.
Flores pedicellis ± 1,5 cm longis. Sepala 7 mm longa, extra pubescentia. Corolla
in toto 7 mm alta, petalis, 4,5 mm longis, appendicibus quibusquein laciniis4-5 divisis;
tubo brevissimo, vix ad 1 mm attengente. Stamina 4 mm longa. Staminodia 5 mm longa,
villosa. Ovarium glabrum, 8-loculare.
Fructus ignotus.
2. Mimusops Capuronii Aubr. sp. nov.
Arbor mediocris sylvae orientalis. Folia parva obovato-elliptica vel obovato-
oblonga, apice rotundata vel obtusa, basi cuneiformia. Lamina 3-8 cm longa, 2-4 cm
lata, glabra. Nervi nervulique tenuiter utraque pagina conspicui. Peliolus brevis
gracilisque, 5-8 mm longus.
Florum pedicelli. 1-1,5 cm longi, pubescentes. Calyx 8-9 mm longus, extra pubes-
cens. Corolla 9 mm alta, petalis 6 mm longis; appendices 7 mm longi, in laciniis 2-1
divisac; tubus 1,5 mm longus. Stamina, (ilamentis villosis, 5 mm longa. Slaminodia
5,5 mm, slaminibus paulo longiora extra marginibusque villosa. Staminorum filamenta
staminodiaque basi vix sccundum 1 mm inter se connata. Ovarium pubescens 8-locu-
Fructus ovoideus apiculatus, 4,5 cm longus, 2,2 cm in diametro, pedunculo 2 cm.
Semen 2,3 cm x 1,5 cm x 1 cm, cicatrice basivcntrali 8 mm x 4 mm.
Source : MNHN, Paris
— 387 —
Fruit ovoïde apiculé, 4,5 cm long et 2,2 cm diamètre. Pédoncule 2 cm.
Graine, 2,3 cm X 1,5 cm X 1 cm. Cicatrice basi-ventrale, 8 mm x 4 mm.
Holotype : Capuron n° 9147 S.F. Est : environs de la baie d’Antongil ;
bassin de la Vohilana (affluent rive gauche de la Rantabe) près de Vohilava,
vers 400-500 m d’altitude.
Espèce remarquable par ses petites feuilles.
var. retusa Aubr. var. nov. 1 .
Petites feuilles ordinairement rétuses au sommet. Forêt de l’Ouest.
Holotype n° 2371.
var salicifolia Aubr. var. nov. 2 .
Feuilles lancéolées rappelant la forme des feuilles de saules. Holotype
n» 1766.
Mimusops Lecomtei H. J. Lam, Blumea 4, 2 : 356 (1941).
= Mimusops silveslris H. Lecomte.
Holotype : Perrier de la Bâthie n° 13262. Forêt littorale orientale.
Espèce polymorphe.
Mimusops Perrieri Aubr. sp. nov.; Capuron msc. P 3 .
Arbre. Feuilles oblongues ou obovées-oblongues ou obovées-ellip-
tiques, coudées acuminées, cunéiformes à la base, glabres. Limbe attei¬
gnant 16 cm long et 7 cm large. Nervures et nervilles parallèles, serrées,
finement saillantes sur les 2 faces. Pétiole fort ± 1 cm.
Pédicelles floraux pubescents, 12-15 mm. Calice 8 mm long, pubes-
cent extérieurement. Corolle développée haute de 7,5 mm. Pétales 5 mm.
Appendices généralement divisés en 2-3 lanières. Étamines, 5 mm. Stami-
nodes, 4,5 mm, velus sur la face externe et sur les bords. Ovaire pubes-
ccnt à 8 loges.
Fruits ovoïdes apiculés, parfois ovoïdes allongés et apiculés, mesu¬
rant 4-5 cm long sur 3 cm diamètre, portés par de courts pédoncules de
± 1 cm. Graine ± 2,8 cm x 1,4 cm x 1 cm. Cicatrice basale, 6 mm x
4 mm.
1. var. retusa Aubr. var. nov.
Folia parva vulgo apice retusa.
2. var. salicifolia Aubr. var. nov.
Folia lanceolata ea Salicorum in memoriam revocantia.
3. Mimusops Perrieri Aubr. sp. nov. ; Capuron msc. P.
Arbor. Folia oblonga vel obovato-oblonga vel obovalo-elliptica, caudalo-acumi-
nala, basi cuneiformia, glabra. Lamina ad 16 cm longa, 7 cm lata. Nervi nervulique
paralleli, densi, utraque pagina tenuiter prominentes. Petiolus robustus ± 1 cm longus.
Florum pedicelli pubescentes, 12-15 mm longi. Calyx 8 mm longus, extra pubes-
cens. Corolla evoluta, 7,5 mm alta; petalis 5 mm; appendices vulgo in laciniis 2-3 divi-
sae. Stamina 5 mm longa. Staminodia 4,5 mm longa, extra marginibusque villosa. Ova-
rium pubescens 8-loculare.
Fructus ovoideo-apiculati, interdum ovoido-elongati et apiculati, 4,5 longi, 3 cm
in diametro, pedonculis brevibus, ± 1cm sulïulli. Semen ± 2,8 cm x 1,4 cm x 1 cm,
cicatrice basali, 6 mm x 4 mm.
Source : MNHN, Paris
— 388 —
Holotype : Capuron n° 9131 S.F. Forêt de l’Est : environs de la
baie d’Antongil : Bassin de la Vohilava près de Vohilava (fl. mars).
Espèce caractérisée par ses fortes feuilles caudées acuminées et ses
fleurs et fruits courtement pédonculés.
Mimusops lohindri Aubr. sp. nov. 1 .
Arbre. Feuilles elliptiques, parfois oblongues, courtement et obtusé-
ment acuminées. Limbe très coriace, glabre, mesurant jusqu’à 14 cm
long et 8,5 cm large, remarquablement décurrenl sur un fort et plutôt court
pétiole. Pétiole i 1-1,5 cm.
Pédicelles floraux 1,2-2,5 cm, pubescents. Calice de 9 mm de longueur,
pubescent extérieurement. Hauteur de la corolle développée 8 mm.
Pétales 6 mm. Appendices entiers ou bifides, 7 mm long. Étamines, 4 mm.
Staminodes, 3 mm, velus sur la face externe et sur les bords. Ovaire
pubescent, 8 loges.
Fruits ovoïdes apiculés, environ 3,5 cm long sur 2 cm diamètre.
Graine, environ 2,3 cm x 1,7 cm x 1,1 cm. Cicatrice basi-ventrale,
6 mm X 5 mm.
Holotype : Service Forestier n° 15334, Tampolo-Fénérive (fl. janv.).
Petit arbre des forêts littorales sur sable, de l’Est. Espèce bien caracté¬
risée par la décurrence du limbe sur le pétiole.
Mimusops membranacea Aubr. sp. nov. 2 .
Arbre. Feuilles oblongues, acuminées, glabres. Limbe submembra¬
neux, cunéiforme à la base, jusqu’à 14 cm long sur 6 cm large. Nervures
et nervilles parallèles, serrées, finement saillantes sur les 2 faces. Pétiole
grêle, 3 cm long. Pédicelles courts, ± 1-1,2 cm, pubescents. Calice long
de 10 mm, pubescent extérieurement. Corolle développée, 11 mm haut.
Pétales, 7 mm. Appendices entiers ou un peu bilobés au sommet, 8,5 mm
long. Étamines, 4 mm. Staminodes, 5 mm, subulés, velus sur la face
interne et sur les bords. Ovaire pubescent, 8 loges.
Fruit inconnu.
1. Mimusops lohindri Aubr. sp. nov.
Arbor. Folia elliptica, interdum oblonga, breviter obtuseque acuminata. Lamina
maxime coriacea, glabra, usquead 14 cm longa et 8,5 cm lata, mani/esle in peliolo robuslo
el salis brevi decurrens. Petiolus ± 1-1,5 cm longus.
Florurn pedicelli 1,2-2,5 cm longi, pubescentes. Calyx 9 mm longus, extra pubes-
cens. Corolla evoluta 8 mm alta, petalis 6 mm longis. Appendices integrae vel bifidae,
7 mm longae. Stamina 4 mm longa. Staminodia 3 mm longa, pagina externa margini-
busque villosa. Ovarium pubescens, 8-loculare.
Fructus ovoideo-apiculati, circa 3,5 cm longi, 2 cm in diametro. Semen circa 2,3 cm
X 1,7 cm x 1,1 cm, cicatrice basiventrali 6 mm x 5 mm.
2. Mimusops membranacea Aubr. sp. nov.
Arbor. Folia oblonga, acuminata, glabra. Lamina submenbranacea, basi cunei-
formis, usque ad 14 cm longa, 6 cm lata. Nervi nervulique paralleli, conferti, utraque
pagina tenuiter prominentes. Petiolus gracilis, 3 cm longus. Pedicelli brèves, ± 1 -1. 2 cm.
pubescentes. Calyx 10 mm longus, extra pubescens. Corolla evoluta, 11 mm alta,
petalis 7 mm longis. Appendices integrae vel apice paulo bifidae, 8,5 mm longae. Sta¬
mina 4 mm longa. Staminodia 5 mm longa, subulala, parte interna marginibusque
villosa. Ovarium pubescens, 8-loculare.
Fructus ignotus.
Source : MNHN, Paris
389 —
Holotype : Capuron n° 9173 S.F. Est : baie d’Antongil, nord de
Rantabe, 50 m altitude (fl. avril).
Arbre moyen de la forêt littorale de l’Est.
Mimusops antorakensis Aubr. sp. nov. l .
Petit arbre. Feuilles oblongues, obtuses au sommet. Limbe attei¬
gnant 12 cm de long sur 5 cm de large, coriace. Nervures et nervilles fine¬
ment saillantes sur les 2 faces. Pétiole court, 1 cm. Très courts pédicelles
floraux, ± 0,5 cm, sur le vieux bois. Calice long de 11,5 mm, pubescenl
extérieurement. Corolle développée, 11 mm. haut. Pétales 6 mm. Appen¬
dices 9 mm, entiers ou bifides. Etamines, 4mm. Staminodes, 5mm, pubes-
cents extérieurement et sur les bords. Ovaire pubescent, à 8 loges (fl. fév.).
Fruit inconnu.
Holotype : Service forestier n° 12901, Analavory, Farafanga.
Arbuste de la forêt de l’Est. Espèce mal connue.
Mimusops ankaibeensis Aubr. sp. nov . 2 (Capuron msc. P)
Feuilles obovées-oblongues, obtusément acuminées, glabres. Limbe
submembraneux, d: 19 cm long sur i 4 cm large. Nervation finement
saillante sur les 2 faces. Pétiole grêle, ± 1 cm.
Fleurs inconnues.
Fruits ovoïdes apiculés, environ 3,5 cm long sur 2 cm diamètre.
Pédoncules dr 2 cm. Graine, 2,5 cm x 1,6 cm x 1,2 cm. Cicatrice basi-
ventrale, 5 mm x 5 mm.
Holotype : Service forestier n° 945. Arbre de 25 m haut. Massif
de l’Anjanaharibe, vers 900 m. (Ouest du Dist. d’Andapa) (fr. déc.).
Forêt du Sambirano.
Mimusops nossibeensis Aubr. sp. nov. 3 (Capuron msc. P)
Espèce très mal connue de Nossi-Bé, seulement par un spécimen
en boutons n° 32 de Boivin récolté par ce voyageur en 1851. Il s’agit
1. Mimusops antorakensis Aubr. sp. nov.
Arbor parva. Folia oblonga, apice obtusa. Lamina ad 12 cm longa, 5 cm lata,
coriacea. .Nervi nervulique utraque pagina tenuitcr prominentcs. Petiolus brevis,
1 cm longus. Florum pedicelli brevissimi ± 0,5 cm, e cortice ramorum evolutorum
orti. Calyx 11,5 mm longus, extra pubescens. Corolla evoluta 11 mm alta, petalis
6 mm longis. Appendices 9 mm Iongae, integrae vel bifidae. Stamina 4 mm longa. Sta-
minodia 5 mm longa, extra marginibusque pubescentia. Ovarium pubescens 8-locuIare.
2. Mimusops ankaibeensis Aubr. sp. nov.
Folia obovato-oblonga, obtuse acuminata, glabra. Lamina submembranacen,
± 10 cm longa, ± 4 cm lata. Nervi nervulique utraque pagina tenuiter prominentes.
Petiolus gracilis, ± 1 cm longus.
Flores ignoti.
Fructus ovoideo-apiculati, circa 3,5 cm longi, 2 cm in diametro, pedunculis ±
2 cm longis. Semen 2,5 cm x 1,6 cm x 1,2 cm, cicatrice basiventrali, 5 mm x 5 mm.
3. Mimusops nossibeensis Aubr. sp. nov.
Flos in duobus orbibus 8-sepalis, staminibus 8, staminodiis 8.
Folia parva, elliptica, circa 6 cm x 3,5 cm, apice rotundata, basi cuneiformia,
petiolo brevi, 7-8 mm longo. Nervatio propria generis Mimusopis. utraque pagina
tenuiter prominens.
Flos sepalis 8 in duobus cyclis, staminibus 8, staminodiis 8
Source : MNHN, Paris
— 390 —
bien d’un Mirnusops avec une fleur comp¬
tant 8 sépales, en 2 cycles, 8 étamines
et 8 staminodes.
Petites feuilles elliptiques, de 6 cm x
3,5 cm environ, à sommet arrondi, base
cunéiforme et court pétiole de 7-8 mm.
Nervation typique de Mirnusops finement
saillante sur les 2 faces.
Holotype : Boivin n° 32, Mirnusops
quaternaria, arbrisseau, bords du ruisseau
d’Andradroit, mars 1851. Nossi Bé.
V. PACHYSTELA KOECHLINll
ESPÈCE NOUVELLE
DU CONGO BRAZZAVILLE 1
Cette espèce découverte par J. Koe-
chlin dans la forêt de Bangou, District
de Mayama (République du Congo-Braz¬
zaville) n’est connue que par ses fruits,
graines et quelques feuilles détachées. Les
graines sont du genre Pachyslela , la ner¬
vation des feuilles également.
Elle est très différente des autres
espèces de Pachyslela déjà reconnues en
Afrique équatoriale.
Feuilles oblongues-allongées ou oblan-
céolées, glabres, coriaces. Limbe attei¬
gnant 30 cm long sur 8 cm large, arrondi
au sommet, cunéiforme aigu et décurrent
à la base. Pétiole 3-6 cm long. Environ
11 paires de nervures secondaires, sail¬
lantes dessous, tracées jusqu’à la marge.
Réseau caractéristique de nervilles paral¬
lèles transversales. Fruit ovoïde, environ
1. Pachystela Koechlinii Aubr. sp. nov.
Folia oblongo-elongata vel oblanceolata,
glabra, coriacea. Lamina ad 30 cm longa, 8 cm
lata, apice rotundata, basi cuneiformis, acuta,
decurrens. Petiolus 3-6 cm longus. Nervi secun-
darii circa 11 jugi, subtus prominentes, usque
ad marginem conspicui. Heliculum propritim
vcnulorum parallelorum Iransucrsalium. Fructus ovoideus, circa 6 cm longus, 2,5 cm
la tus, semine unico. Semen ovoideo-oblongum, apice acutum, basi rotundatum, 4,5 cm
longum x 2 cm x 1,2 cm latum. Cicatrix semine aequilonga, et paulo magis quam
dimidiam partem ejus superficicei totae occupans.
Fia. 3. — Pacltyslela Koechlinii Aubr.:
1, feuille X 2/3; 2, fruit x 2/3; 3
graine, de face et de profil x 2/3
Source : MNHN, Paris
- 391 —
G cm long sur 2,5 cm diamètre, contenant une seule graine. Graine
ovoïde allongée, pointue au sommet, arrondie à la base, 4,5 cm long
X 2 cm x 1,2 cm. Cicatrice de la même longueur que la graine, et occupant
un peu plus de la moitié de la surface totale de celle-ci. Albumen nul.
Holotype : Koechlin n° 4106, grand arbre, forêt de Bangou, déc.
1958.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INTROGRESSION, POLYMORPHISME
ET TAXONOMIE CHEZ LES PLANTAGINACÉES
par R. Gorenflot
Si le genre Planlago est un des mieux tranchés, le polymorphisme
intense de certaines espèces rend leur détermination délicate. En effet,
comme l’écrivait J.-B. Lamarck dans Y Encyclopédie méthodique (1804) :
«... souvent la même espèce se présente sous un aspect si différent,
que si ces changements ne s’opéraient sous nos yeux, nous ne pourrions
nous déterminer à réunir en une seule espèce des formes si variées. »
Parmi les dix-huit sections reconnues par R. Pilger (1937), la sec¬
tion Coronopus DC. est une des plus polymorphes. A l’intérieur de celle-ci
certains auteurs ont effectué des divisions dont la valeur est quelquefois
discutable parce que reposant sur des caractères morphologiques dont
l’amplitude de variation est telle qu’elle affecte des espèces voisines.
Par exemple, se basant sur la taille des épis, M. Coutinho (1913) a décrit
chez P. coronopus L. la variété pseudo-macrorhiza caractérisée par de
gros épis rappelant ceux de P. macrorhiza Poir. tandis que R. Maire
(1936) a créé, chez cette dernière espèce, une variété lenuispica aux épis
aussi grêles que ceux de P. coronopus.
Les difficultés rencontrées sont encore plus aiguës lorsque l’on tente
de distinguer les différentes variétés de certaines espèces. Si, avec Pilger,
nous ne retenons que dix-neuf espèces dans la section Coronopus, parmi
elles P. coronopus est certainement celle qui pose les problèmes les plus
nombreux et les plus délicats. Aussi, Lamarck a-t-il pu écrire à son sujet :
« Cette plante est une des espèces du genre Planlago qui offrent le
plus grand nombre de variétés, tellement qu’il serait impossible de les
signaler. Nous nous sommes borné à présenter les plus frappantes, mais
on conçoit qu’il doit y en avoir beaucoup d’intermédiaires qui les rappro¬
chent à un tel point, que le caractère que nous leur assignons s’évanouit
peu à peu. »
De son coté, dans la monographie qu’il consacre à la famille des
Plantaginacées (1845), F. M. Barneoud est également très prudent et
signale que de multiples formes de passage ont abusé des botanistes :
« Le Planlago coronopus de Linné est l’espèce la plus polymorphe du
genre. La variation de ses feuilles, de son port, de son épi et de ses bractées
va jusqu’à l’infini. Nous n’avons cherché à signaler que les principales
modifications qui se présentent le plus souvent et avec lesquelles les auteurs
ont inutilement créé beaucoup d’espèces. » Ces créations sont d’autant
plus regrettables que l’observation de nombreux individus pendant toute
la durée de leur existence nous a permis de mettre en évidence d’impor-
Source : MNHN, Paris
394
tantes modifications subies par certains pieds. Véritables métamor¬
phoses, elles sont susceptibles de ménager au botaniste des surprises
assez désagréables lorsqu’il utilise certaines clefs de détermination. En
effet, les principaux stades des transformations d’un même individu
devraient être rangés dans des variétés ou sous-variétés différentes. On
pourrait, d’ailleurs, faire les mêmes remarques à propos de P. macro-
rhiza.
De telles constatations montrent que la recherche des causes du
polymorphisme d’une espèce de Planlago devrait toujours être précédée
d’une étude précise de l’amplitude de variation de cette espèce.
L’AMPLITUDE DE VARIATION CHEZ PLANTAGO
CORONOPUS L. (ET CHEZ P. MACRORHIZA POIR.)
Elle doit être considérée au niveau de l’individu avant de l’être à
celui de la population.
VARIATIONS D’UN INDIVIDU A UNE IÎPOQUE DE SA VIE
Un même pied peut comporter des rosettes d’aspect très différent
par la forme, la taille des feuilles et la taille des inflorescences par exemple.
Il arrive que ces rosettes dissemblables se forment à des périodes diffé¬
rentes et, dans ce cas, le génotype, l’âge et la saison d’apparition sont à
considérer. Mais elles peuvent aussi apparaître au même moment. Ceci
oblige à tenir compte, en outre, de la notion d’âge physiologique.
Les pièces florales étant moins variables que les feuilles, les clefs de
détermination font souvent mention de la forme, de la taille absolue
et de la taille relative de ces pièces. Si l’on suit la variation des bractées,
des sépales de toutes les fleurs d’un épi, on parvient à la conclusion sui¬
vante : seul le rapport longueur de la bractée /longueur des sépales anté¬
rieurs peut être retenu avec profit à condition, toutefois, de l’utiliser
uniquement chez les fleurs situées vers le milieu des épis, zone dans laquelle
il reste sensiblement constant.
Cette diversité des rosettes observées sur un pied à un moment de
son existence n’est qu’un cas particulier d’un phénomène plus général,
la variation d’un individu au cours de sa vie, chaque rosette pouvant
être considérée comme un individu élémentaire, partie d’un individu
d’ordre supérieur, le pied complet.
VARIATIONS D’UN INDIVIDU AU COURS DE SA VIE
Des changements assez importants sont susceptibles d'être observés
sur une même rosette pendant toute la durée de son existence. Ils inté¬
ressent tout particulièrement les feuilles dont les variations régulières
(forme, dentelure, taille, succulence, pilosité) rentrent dans le cadre
d’un développement hétéroblastique réversible. Le passage d’un type
foliaire à un autre se fait à des vitesses différentes selon le génotype de
l’individu considéré, mais aussi selon l’âge réel ou physiologique de la
Source : MNHN, Paris
— 395 —
plante, le milieu et la saison. Il en résulte que deux individus d’appa¬
rence semblable à un moment précis peuvent devenir totalement diffé¬
rents quelques mois après et inversement (fig. 1, 2, 3 et 4).
De même, la taille des inflorescences est susceptible d’augmenter
(ou de diminuer) dans le rapport de 1 à 6 d’une époque de floraison à
la suivante, tandis que la valeur du rapport longueur de la bractée /lon¬
gueur des sépales antérieurs varie entre 0,5 et 1.
Les observations rapportées montrent que l’examen des individus
doit être fait, dans la mesure du possible, depuis la germination jusqu’à
la mort, sur de nombreux pieds, avant de porter sur des échantillons
d’âges réels différents. Si la connaissance de l’amplitude des variations
présentées par des individus à une époque et au cours de leur vie est
nécessaire avant d’entreprendre la recherche des causes du polymor¬
phisme au sein d’une population à une époque donnée, il en est de même
pour les travaux menant à la description de taxa nouveaux ou à la révi¬
sion de taxa anciens. Certes, comprise de cette manière, une étude systé¬
matique demanderait beaucoup de temps tandis que les diagnoses devien¬
draient, en apparence, moins précises, mais les subdivisions taxonomiques
crées ou conservées seraient toujours d’une grande valeur.
VARIATIONS AU SEIN D’UNE POPULATION NATURELLE A UNE ÉPO¬
QUE DONNÉE
L’amplitude de la variation d’un individu de P. coronopus ou de
P. macrorhiza aux différentes époques de sa vie étant connue, l'étude
de populations naturelles en vue de rechercher les causes du polymor¬
phisme de ces deux espèces peut être entreprise avec profit.
Sur le littoral algérien P. macrorhiza est très abondant et s’y trouve
quelquefois mélangé à P. coronopus dont l’aire de répartition atteint la
côte. Si, dans les stations où ces deux espèces sont rassemblées, il existe
des individus susceptibles d’être rapportés à l’une ou à l’autre d’entre
elles, des difficultés de détermination précise sont soulevées à propos
de nombreux échantillons se révélant intermédiaires entre ces deux espèces.
On peut reprendre, à propos de la sous-espèce eumacrorhiza Pilger qui
est ici en cause, ce que cet auteur écrivait de la sous-espèce occidenlalis
Pilger. « Si P. macrorhiza est bien différent de P. coronopus, quelques
formes passent aux formes extrêmes de cette espèce. »
A propos du P. columnae Gouan (une des variétés de la sous-espèce
eucoronopus Pilger), J. A. Battandier et L. Trabut signalent, dans
leur Flore de l’Algérie (1888) une forme qui, sur les falaises d’Aïn-Taya
« semble passer à P. macrorhiza, par des intermédiaires peut-être hybrides.»
Si l’hybridation naturelle est possible entre P. coronopus et P. macro¬
rhiza, une des causes du polymorphisme de ces deux espèces serait alors
trouvée. Mais, c’est l’étude de la variation au sein de populations natu¬
relles à une époque donnée, qui permettra de préciser cette hypothèse
avant d’en démontrer éventuellement la véracité.
Nous envisagerons ici une population naturelle du Cap Matifou
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 398 —
(à l’est d’Alger), à propos de laquelle le problème posé a été résolu (1959).
De la base de la falaise, où des suintements d’eau douce entretiennent
une humidité permanente, aux rochers plongeant dans la mer, on observe
des Plantains très différents. Les uns, toujours très petits, se rapportent
franchement à P. coronopus et appartiennent à la sous-espèce commulala
(Guss.) Pilger (2 n = 4 x = 20). D’autres, beaucoup plus développés
bien que diploïdes, ressemblent plus à la sous-espèce eucoronopus qu’à
P. macrorhiza. Localisés près de la falaise, ils bénéficient d’apports d'eau
douce. Inversement, ceux qui vivent au voisinage immédiat de la mer
ressemblent plus à P. macrorhiza qu’à P. coronopus. Au centre de la station
se trouvent des individus diploïdes intermédiaires.
Cette répartition laisse supposer que l’on pourrait être en présence
d’un génotype unique soumis à des milieux différents ou de génotypes
différents se répartissant en fonction des conditions extérieures.
Si l’on réunit dans une parcelle expérimentale des individus prélevés
au pied de la falaise et d’autres vivant ordinairement sur les rochers
surplombant la mer, on constate que d’importantes dissemblances
subsistent entre les deux catégories d’individus. La première hypothèse
devant être abandonnée, il s’agit, très probablement, d’un cas analogue
à ceux étudiés par G. Turesson (1922).
L’analyse de l’origine hybride possible de cette population a été
faite au moyen de la méthode de l 'indice d'hijbridilé mise au point par
E. Anderson (1936) et dont le principe est le suivant. Dans une population
naturelle que l’on suppose constituée d’hybrides entre individus de deux
espèces A et B, il est prélevé, au hasard, une quarantaine d’échantillons
à propos desquels on étudie plusieurs caractères opposant A et B. Il est
attribué à chacun de ces caractères une valeur de 2, 1 ou 0, 2 indiquant
une ressemblance avec A, 0
avec B, tandis que 1 traduit
une condition intermédiaire.
Si c caractères sont en jeu, les
indices extrêmes (2 c ou 0)
sont à rapporter respective¬
ment à l’espèce A ou à l’espèce
B. Les valeurs de l’indice
d’hybridité comprises entre 0
et 2 c se rapportent à des hybri¬
des ressemblant plus à l'espèce
B si i < c ou plus à l’espèce A
Fig. 5. — Fréquences des indices d'hybridité de s j / > c
quarante individus de la population du Cap > <■
Matifou. La figure 5 montre qu au¬
cun des 40 pieds considérés dans
la population du Cap Matifou n’est pur : 14 situés en bordure de la mer
ressemblent plus à P. macrorhiza qu’à P. coronopus, 24 localisés à proxi¬
mité de l’eau douce plus à P. coronopus qu’à P. macrorhiza.
Cette méthode rend délicate l’estimation du degré de mélange des
caractères des espèces parentales, deux individus différents pouvant
LOCALISATION
CL
m
au'
Source : MNHN, Paris
— 399
posséder le même indice d’hybridité. C’est pourquoi nous avons utilisé
une autre méthode due également à Anderson, celle des mélroglyphes ou
diagrammes symboliques de dispersion (1938), (1949), (1961).
Grâce au choix des deux caractères quantitatifs les plus importants,
chaque individu est situé dans le métroglyphe. Tous les autres caractères
qualitatifs (et même quantitatifs) sont susceptibles d’être exploités à
la seule condition d’utiliser un symbolisme adéquat.
Le métroglyphe de la figure 6 relatif à la population du Cap Matifou
*
\
extrapolation
«r
p
'ISiTÉ "T -f r
extrapolation
P MACRORHiZA
(SiDl -FERRUCH)
Ta
Fig. fi. — Métroglyphe concernant huit caractères étudiés
du diagramme de la ligure 5.
Sidi-Ferruch vérifient la valeur des extrapolations.
as la population ayant fait l'objet
population de P. macrorhiza de
montre une association lâche entre huit couples de caractères opposés
concernant la densité des épis, la taille et la forme des feuilles, la pilosité
de la surface et de la marge foliaires, celle des pétioles et des gaines, l’impor¬
tance de la carène des sépales postérieurs L
Une telle association traduit la nature hybride de la population
étudiée et la répartition des génotypes en fonction du milieu. En outre,
elle autorise, par extrapolation pour chacun des couples de caractères
envisagés, à prévoir un type parental aux feuilles petites, spatulées,
1. Afin de comparer les différents pieds en diminuant au maximum les causes
d'erreurs dues aux variations, il est prélevé sur chaque pied une inflorescence dont la
croissance est terminée et la feuille axillante. Les fieurs considérées sont prises au
milieu des épis.
Source : MNHN, Paris
Fig. 7. — Individu voisin de P. macrorhiza appartenant à la première génération dérivant sans
autoféeondation de l'Iiybride naturel P de la figure 6 (hauteur : 25 cm environ).
Fig. 8. — Individus voisins de P. corono/ius appartenant à la même génération que l'individu
de la figure 7 et de même âge que celui-ci (hauteur : 40 cm environ).
Source : MNHN, Paris
Fig. 9. — Retours vers P. coronopus (C) et P. macrorliiza (M) de deux individus de même âge
obtenus par autofécondation d’un hybride naturel issu du pied P de la figure 6.
Fig. 10. — Individu descendant par autofécondation du pied M de la figure 9.
Bien que cet échantillon n'ait pas encore fleuri, le retour vers P. macrorhiza est plus net
que chez le parent.
Source : MNHN, Paris
— 402
glabres dont la face interne des gaines est laineuse, aux épis ayant plus
de 24 fleurs au centimètre, aux sépales pourvus d’une aile très développée
sur la carène. Or de tels individus de P. macrorhiza existent sur le littoral
algérois, à Sidi-Ferruch par exemple. Une extrapolation portant sur l’autre
extrémité du nuage de points figurant la population étudiée laisse suppo¬
ser l’existence d'un second type parental ayant des feuilles longues au
limbe velu, à la gaine glabre, aux épis lâches, aux sépales postérieurs
porteurs d’une aile discrète sur la carène. Des échantillons de P. coro-
nopus répondant à cette prévision vivaient dans les champs situés der¬
rière le cap.
Si cette étude dégage la possibilité d’un hybridation entre P. coro-
nopus ssp. eucoronopus et P. macrorhiza ssp. eumacrorhiza, hybridation
conduisant à des individus aux caractères intermédiaires entre ceux des
espèces intéressées, elle attire l’attention sur de multiples pieds ressem¬
blant plus à l’une des deux espèces qu’à l’autre. Leur existence pourrait
résulter de croisements en retour des hybrides avec leurs parents. Toutes
les combinaisons étant théoriquement possibles entre les couples de
gènes parentaux, les génotypes apparus au cours de cette inlrogression
seraient très nombreux. Certains ayant plus de couples de gènes de
P. coronopus que de P. macrorhiza, tous en condition homozygotique,
auraient un phénotype se rapprochant plus de celui de la première espèce
que de la seconde et réciproquement. En fait, il est permis de penser
que nous ne connaissons qu’une partie des génotypes résultant de cette
introgression, beaucoup devant être éliminés par la sélection naturelle
lorsqu’ils ne rencontrent pas les conditions nécessaires à leur développe¬
ment. Au Cap Matifou, ces hybrides supposés introgressifs sont parti¬
culièrement nombreux car de la falaise à la mer un gradient écologique
réalise tous les milieux intermédiaires entre ceux peuplés par P. coro¬
nopus d’une part et P. macrorhiza d’autre part. Là, c’est surtout la compé¬
tition qui risque d’être le facteur déterminant de la sélection naturelle.
LTNTHOGRESSION INTERSPÉCIFIQUE
Lorsque la possibilité d’une introgression interspécifique est sup¬
posée, trois preuves doivent être apportées avant que l’hypothèse puisse
devenir certitude.
ÉTUDE DES DESCENDANCES D’INDIVIDUS DES POPULATIONS NATU¬
RELLES
Les échantillons récoltés au hasard en vue de l’établissement d’un
inétroglyphe fournissent des graines permettant d’obtenir des descen¬
dants issus de fécondations libres et constituant des générations F 3 X .
A partir de celles-ci sont constituées par autofécondations successives
des générations F 4 , F 8 , F # , etc.
1. Nous utilisons le symbolisme habituel. Les populations naturelles sont assi-
Source : MNHN, Paris
— 403
Toutes les populations expérimentales élanl cultivées rigoureusement
dans les mêmes conditions, la présence dans une même F s d’individus
accusant des retours plus ou moins marqués vers l’un des deux types
parentaux présumés ainsi que d'individus nettement intermédiaires
joue en faveur de l’introgression supposée. Dans ce cas, de tels retours
s’accentuent dans les générations suivantes et il est permis d’obtenir,
de proche en proche, une ségrégation des caractères morphologiques
des deux espèces parentales.
A propos de la population du Cap Matifou, des graines portées
par le pied P du métroglyphe de la figure 6 ont fourni en F 3 des individus
ressemblant plus à P. macrorhiza qu’à P. coronopus (fig. 7) et récipro¬
quement (fig. 8), ainsi que des individus intermédiaires. L’autofécon¬
dation d’un de ces derniers a fait apparaître en F 4 des retours très mar¬
qués vers les parents (fig. 9), retours s’accentuant encore en F 6 (fig. 10) etc.
Mais la preuve formelle de la possibilité d’une hybridation naturelle
entre ces deux espèces est apportée par la réussite de croisements arti¬
ficiels.
I.ES HYBRIDES ARTIFICIELS
Afin d’éliminer les causes d’erreurs dont l’hybridation naturelle
pourrait être responsable, le choix des parents est fait soigneusement.
Les parents P. coronopus ssp. eucoronopus sont d’origine européenne
et les parents P. macrorhiza ssp. eumacrorhiza proviennent de régions
où les populations des deux sous-espèces sont éloignées les unes des
autres. Des précautions supplémentaires sont prises pour contrôler le
degré de pureté des parents. Il est impossible, en effet, d’apprécier celui-ci
par la seule étude morphologique. Des descendances parentales succes¬
sives obtenues après plusieurs autofécondations sont suivies régulière¬
ment.
La vigueur des hybrides est toujours très nette et influe sur la taille
des feuilles et des inflorescences. Ces hybrides ont des caractères inter¬
médiaires entre ceux des deux parents : forme, dentelure, succulence,
pilosité des feuilles, port des inflorescences, forme, pilosité, impor¬
tance relative des différentes parties des pièces florales (fig. 11 et 12).
Si l’hybridation entraîne des recombinaisons géniques, les croise¬
ments en retour répétés plusieurs fois des hybrides avec l’un ou l'autre
des parents doit augmenter, de génération en génération, le nombre de
ces recombinaisons responsables du polymorphisme des espèces consi¬
dérées. Afin d’apprécier l’importance de cette hybridation introgressive
dans la variabilité de P. coronopus et de P. macrorhiza, il a été réalisé
une introgression expérimentale (1961).
L’INTROGRESSION EXPERIMENTALE
Il est constitué, à partir d’hybrides articifiels, des populations expé¬
rimentales rendant possibles des croisements en retour. En 1955, dans
une première population, ils s’effectuent entre 50 hybrides Fi et les deux
Source : MNHN, Paris
HYBRiDES
Source : MNHN, Paris
— 405 —
parents ou des individus en descendant par autofécondation, les deux
parents ne suffisant pas à assurer la pollinisation des hybrides.
En 1956, des individus sont cultivés en mélange : hybrides F 2 ,
hybrides F„ descendants parentaux. Il a été ainsi obtenu des hybrides
F 3 , etc., les uns étant susceptibles d’être rattachés à la variété pseudo-
macrorhiza, les autres à la variété tenuispica.
Afin d’éviter l’élimination éventuelle des génotypes les plus défavo-
R MACRORHiZA
P CORONOPUS
empêche l’observateur de populations naturelles (ou même des popula-
Source : MNHN, Paris
— 406 —
Source : MNHN, Paris
— 407 —
lions expérimentales provenant de ces dernières par autofécondation)
de se faire une idée précise de l’importance des croisements en retour.
Si une infiltration réciproque de gènes à la faveur de iinlrogression
est importante â considérer pour expliquer la variabilité des espèces, le
rôle de la sélection naturelle est également mis en valeur.
Des recherches comparables à celles dont il vient d’être donné
un très bref résumé peuvent être entreprises à l’intérieur de l’espèce.
C’est ainsi que nous avons pu montrer l’importance d’une introgression
instraspécifique chez P. coronopus (1961) (1964).
L’INTROGRESSIO.N INTRASPÉCIFIQUE
LES HYBRIDES INTROGRESSÉS POSSÈDENT LE MÊME NOMBRE DE
CHROMOSOMES
Dans les environs des Sables-d’Olonne vivent de nombreux individus
de P. coronopus ssp. eucoronopus (2 n = 2 x = 10). Au mois de septem¬
bre 1957 des populations très polymorphes de petites rosettes se rencon¬
traient au sommet et sur les parois des falaises de gneiss granulitique et
de micaschistes encadrant la Baie de Cayola (fig. 14).
En 1958 et 1959, au sein de populations expérimentales constituées
d’individus issus de graines prélevées sur des pieds récoltés au hasard
sur les falaises de Cayola, l’amplitude de variation est plus grande que
celle observée dans la station. Certains types obtenus sont si différents
des types parentaux que l’on est en droit de supposer que la forme des
falaises n'est pas pure.
Pendant l’été 1959, des individus de grande taille (fig. 14) peuplent
les bas-côtés de la route qui longe le fond de la baie tandis que d’autres,
de taille intermédiaire entre celle des rosettes de la route et celle des
rosettes des falaises, vivent le long d'un cordon de galets parallèle à la
route (fig. 15). L’étude d un métroglyphe relatif à ces trois types de
Plantains montre qu’une hybridation a eu lieu entre les formes extrêmes
(fig. 16). Or, les individus des talus de remblai n’ayant pas plus de deux
ans d’âge ne peuvent être tenus pour responsables du polymorphisme
des rosettes des falaises récoltées en 1957. Dans les environs de la Baie de
Cayola doivent donc exister des stations habitées depuis plusieurs années
par une grande forme de P. coronopus.
Nous avons appris depuis que le Service des Ponts et Chaussées des
Sables-d’Olonne a fait recouvrir, au début de l’année 1958, les talus de
la route d’une couche de terre provenant du curage des fossés des chemins
vicinaux de la commune du Château-d’Olonne. L’origine de la forme du
bord de la route ne fait donc aucun doute. Ses graines auront germé au
printemps 1958 en donnant des individus qui, en 1959, mirent en place
une seconde rosette après la disparition de la première pendant l’hiver
1958-1959. Six kilomètres séparant à vol d’oiseau la baie du territoire
de la commune du Château-d’Olonne, l’hybridation entre la forme de la
Source : MNHN, Paris
Fig. 14. — Quelques individus de P. coronopus des falaises de la Baie de Cayola et un individu
de deux ans du remblai de la route (à droite).
Source : MNHN, Paris
Fig. 13. — Quelques individus du cordon de galets de la Baie de Cayola.
Source : MNHN, Paris
LONGUEUR des iNFLORESCENCES
- 410 —
w
© -g*
POPULATiONS: A *,B ©;C O
PORT des iNFLORESCENCES: d ç/ O 3
BRACTÉES
j>2 A;1,5<y<2 Ô; y<1,5 O
r>1 -O : 0,75<r<1 -0;r<0,75 0
BRACTEE
CALiCE '
PiLOSiTÉ de la CARÈNE des sépales antérieurs.-
Sépales glabres O
un peu velus Ç
velus Ç
très velus Ç)
%%
V
■à**
%
®
Z* -fL
&
sr,
<ÿ
LONGUEUR des FEUÎLLES
20cm
. 16. — Métroglyphe de trois populations de la Baie de Cayoia (A : rosettes des
B : rosettes du cordon de geiets, C : rosettes du bord de la route).
Les caractères de la forme des falaises et de celle de l’intérieur se déduisent parextrap
Source : MNHN, Paris
411
falaise et celle de l’intérieur a pu avoir lieu avant l’apparition de cette
dernière sur la côte.
En procédant, comme il l’a été indiqué à propos de la population
algéroise du Cap Matifou, nous avons démontré que l’hybridation avait
été suivie de croisements en retour entre formes parentales et hybrides.
Les génotypes apparus grâce à cette introgression inlraspécifique sont
très nombreux. Certains ont été éliminés par la sélection naturelle, mais
de nombreux autres ont survécu, le site de la baie offrant des milieux
variés où ils ont pu s’installer : remblai de la route, cordon de galets,
parois verticales des falaises recevant les embruns, sommet plus ou moins
ensablé de ces falaises, etc. Comme dans le cas de la station du Cap
Matifou, ce n’est pas l’action de deux ou de plusieurs milieux voisins sur un
même génotype qui est en cause, mais on assiste à une répartition de
génotypes divers en fonction de conditions extérieures différentes.
LE NOMBRE DE CHROMOSOMES N’EST PAS CONSTANT DANS LES POPU¬
LATIONS NATURELLES
L’extraordinaire polymorphisme de P. coronopus ssp. eucoronopus
dans les environs de Wimereux (Pas-de-Calais) avait frappé A. Gravis
(1932), mais il ne put l’expliquer. Nous avons repris le problème en compa¬
rant d’abord différentes populations naturelles échelonnées entre la
Pointe aux Oies et celle de la Rochette. Jamais, sur une aussi faible
distance (1 km environ), il ne nous avait été donné de rencontrer des
individus aussi dissemblables.
L’examen de métroglyphes comme ceux des figure 17 et 18 montre
qu’il existerait au moins deux formes bien individualisées susceptibles
de se croiser. De cette hybridation et de croisements en retour seraient
issus de nombreux types intermédiaires. P. coronopus étant vivace dans
les stations considérées, les hybrides introgressés ainsi réalisés sont d’âge
(réel ou physiologique) souvent très différent. En outre, la vitesse du déve¬
loppement hétéroblastique (ou de la régression foliaire) variant d’un
individu à l’autre, il en résulte que les populations naturelles sont cons¬
tituées de rosettes très variées.
Deux extrapolations permettent de déduire les caractères des deux
formes à l’état pur. Celle des sables a de petites rosettes de feuilles pla¬
quées, courtes (de 3 à 4 cm), glabres ou glabrescentes. Pennatifides,
pennatipartites et même, quelquefois, bipennatipartites, elles possèdent
des divisions étroites et aiguës faisant avec le rachis un angle a supérieur
â 45°. Les scapes également plaqués sont terminés par un épi vertical,
court, inférieur à 7,5 cm. Bien développée, la carène des bractées est au
moins aussi large que chacune des lames. Les sépales antérieurs sont
allongés (rapport L/l voisin de 2). Leurs lames ne portent que de rares
poils courts. Il en est de même de l’aile de la carène des sépales postérieurs.
La seconde forme vit sur des formations argilo-sableuses humides, les
unes quaternaires, les autres wealdiennes localisées vers le sommet des
falaises. Ses feuilles, plaquées ou dressées sont assez longues (15 cm)
Source : MNHN, Paris
— 412 —
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LONGUEUR DES EPIS
noirs) et des individus des falaises (cercles blancs).
et velues. Dentées, pennatifides, elles possèdent de larges divisions
obtuses faisant un angle a inférieur à 45° avec le rachis qu’elles recou¬
vrent plus ou moins partiéllement. Les inflorescences, dressées ou obliques,
sont longues (20 à 25 cm). Les épis peuvent atteindre 7 cm. La carène
des bractées est grêle. Sa largeur est inférieure à celle des lames. Aux
Source : MNHN, Paris
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Longueur du plus grand poil
Source : MNHN, Paris
— 414 —
sépales antérieurs le rapport L/l est voisin de 1,5 et les lames sont velues.
Il en est de même de l’aile de la carène des sépales postérieurs pourvue
de longs poils.
Des descendances, par autofécondation ou en fécondation libre,
d’individus pris au hasard dans les stations naturelles étudiées ont cons¬
titué des populations expérimentales 1 au sein desquelles il a été possible
de suivre la transmission de certains caractères. C’est ainsi que des retours
marqués vers les types parentaux présumés confirment l’hybridation et
l’introgression naturelles supposées.
Ces résultats rappellent ceux obtenus à propos des individus de la Baie
de Cayola. Pourtant les problèmes posés par le polymorphisme de P. coro-
nopus dans les environs de Wimereux sont plus complexes. En effet, qu’ils
se rapprochent énormément de l’une des deux formes ou qu’ils soient
franchement de nature hybride, de nombreux individus (au moins 75 %)
possèdent des fleurs dont l’androcéc est stérile. Les filets de leurs étamines
sont très courts, leurs anthères desséchées et vides restent à l’intérieur
de la corolle. En revanche, les fleurs privées d’androcée fonctionnel
produisent des graines. Or, une étude caryologique (1964) devait révéler
que, si les individus normaux sont diploïdes (2 n = 2x = 10), les anor¬
maux possèdent un chromosome surnuméraire.
Si, mis a part l'aspect des étamines, les caractères morphologiques
d’ordre qualitatif des rosettes à 2n = 11 ne permettent pas de les dis¬
tinguer de celles à 2 n = 10, la variation significative de certains carac¬
tères quantitatifs doit être signalée. C’est ainsi, par exemple, que les
graines sont toujours moins nombreuses et plus grosses dans le premier
cas que dans le second (par capsule, 2,6 graines de 1,26 ± 0,01 mm de
longueur contre 4,6 graines de 0,94 ± 0,01 mm).
Les individus dont l’androcée est stérile portant régulièrement des
graines, il est important de savoir si ces graines résultent de croisements
ou sont d’origine apomictique. Huit pieds isolés des autres ont fourni
près de 10 000 pyxides. Toutes étaient vides. Cette observation, jointe
au fait que des ségrégations morphologiques ont été observées dans la
descendance des individus anormaux, prouve que nous ne serions pas
en présence d’un cas d’apomixie absolue.
La présence d’un chromosome surnuméraire a augmenté l’amplitude
de variation au sein des populations naturelles dans lesquelles il se trans¬
met. Cet exemple illustre une hypothèse formulée par C. D. Darlinu-
ton en 1956 à propos des chromosomes B. Cet auteur pense que de tels
chromosomes accroîtraient la variabilité des espèces et fourniraient ainsi
des possibilités nouvelles d’adaptation aux espèces qui en sont pourvues.
I. M. le professeur Defretin, Directeur de V Institut de Biologie maritime et régio¬
nale de Wimereux, a bien voulu nous accueillir dans cette Station. Grâce au terrain et
au matériel mis aimablement à notre disposition, nous avons réalisé des cultures expé¬
rimentales qu’il nous a été permis de suivre régulièrement dans d'excellentes conditions.
Que Monsieur Defretin veuille bien trouver ici l’expression de toute notre reconnais¬
sance.
Source : MNHN, Paris
415
CONCLUSIONS
Si des hybrides interspécifiques ou intraspécifiques Aa Bb Ce Dd
Ee Ff... sont plus ou moins fertiles et se croisent plusieurs fois avec les
formes parentales AA BB CC DD EE FF... et aa bb cc dd ee ff, une infil¬
tration de gènes d’un parent dans le patrimoine héréditaire de l’autre
parent est possible l . Il apparaît, en effet, après recombinaisons géniques
des génotypes nouveaux tel AA BB CC DD ee ff, par exemple.
Les espèces parentales différant par un grand nombre de gènes
ou de segments chromosomiques, le nombre des génotypes nouveaux
devient rapidement très grand. Bien que la sélection naturelle élimine un
certain nombre d’entre eux, les génotypes introgressés subsistant per¬
mettent d’expliquer, en partie, le polymorphisme d’un taxon, les phéno¬
types correspondants alliant, par exemple, certains caractères d’une
espèce à ceux d’une autre espèce.
Ces résultats ont des conséquences importantes sur le plan taxono¬
mique. Dans le cas présent, il est bien évident que la variété pseudo-
macrorhiza Coutinho de P. coronopus n’a pas plus de valeur que la variété
tenuispica Faure et Maire de P. macrorhiza.
D’une manière plus générale, la possibilité éventuelle d’être en pré¬
sence d’hybrides plus ou moins introgressés doit inciter le systématicien
à beaucoup de prudence. C’est ainsi qu’il est peu souhaitable, dans cer¬
tains cas, de mener la détermination jusqu’à la variété, cette détermi¬
nation risquant de n’avoir aucune signification. Il serait, en effet, très
facile, mais combien illusoire de créer, dans des populations dont le
polymorphisme est lié à l’introgression, presque autant de variétés que
ces populations comptent d’individus! Sans avoir dégagé les rôles de
l’hybridation et de l’introgression, Gravis avait été conduit, à propos
du P. coronopus de Wimereux, à formuler des conclusions qui, pour
être pessimistes, n’en étaient pas moins très pertinentes : « Quant aux
variétés que les botanistes descripteurs ont cherché à distinguer, il ne
semble pas qu’il y ait lieu d’en tenir compte, attendu qu’elles ne peuvent
être nettement caractérisées, ni séparées les unes des autres. » (1932).
De son côté, Mary E. Gillham étudiant la végétation de l’ile de
Grassholm (Pembrokeshire) note la présence d’une grande forme succu¬
lente de P. coronopus dont la position taxonomique est incertaine, la
plante étant très variable et pouvant posséder des caractères des variétés
ceraiophylla Hoffmansegg et Link., marilima Gren. et Godr., Sabrinae
Baker et Cardew. « La variation individuelle avec la localité, l’âge et la
saison est telle qu'une même plante peut passer par tous ces stades
durant sa vie, et il semble que toutes ces variétés doivent être révisées
1. I.es lettres se rapportent à quelques gènes ou segments de chromosomes.
Source : MNHN, Paris
— 416 —
et qu'il doit être possible de les réunir en une seule » (1953). De même,
J. G. Dodds (1953) pense que toutes les formes anglaises de P. coronopus
demandent une révision taxonomique. Les formes françaises mériteraient
d’ailleurs la même attention.
Un travail de cet ordre ne doit pas être réalisé sur des échantillons
d’herbiers, mais sur des populations de plantes vivantes en utilisant les
méthodes exposées plus haut, faute de quoi toute révision sera vouée à
l’échec, la plupart des variétés nouvellement reconnues ou confirmées
risquant d’être sans valeur.
Il n’est pas interdit de penser d’ailleurs, dans le cas de la forme très
variable de l’île de Grassholm, à une introgression avec une forme naine
signalée par M. E. Gillham dans des pelouses de I’île de Skokholm toute
proche (1963). Quant aux deux formes de Wimereux dont les caractères
ont été déduits par extrapolation après étude de métroglyphes concer¬
nant des populations naturelles, elles peuvent être rapprochées de celles
signalées, en Bretagne, par M. Gravot et C.-A. Picquenard (1934) et
pour lesquelles ils créèrent deux variétés nouvelles erecla et arcuala.
Malheureusement, ces auteurs ne considèrent que les caractères végétatifs,
restriction d’autant plus regrettable que le développement hétéroblas-
tique est, dans le genre Planlago, d’une très grande originalité.
Un des buts du botaniste est de compléter l’inventaire des diffé¬
rentes flores en enrichissant de nouveautés valables, à la suite d’une étude
approfondie, le catalogue des taxa déjà reconnus. Au même titre que
l’inventaire floristique restant à dresser, l’aspect interprétatif de la Taxo¬
nomie devrait être aussi une des préoccupations du botaniste. Dans les
deux cas, la connaissance de la variation des taxa est indispensable.
C’est pourquoi la Taxonomie devrait toujours être, dans la mesure du
possible, expérimentale.
Avant de créer un taxon nouveau ou afin de tester la valeur d’un
ancien taxon, le botaniste doit procéder à l’examen de nombreux indi¬
vidus, depuis la germination jusqu’à la mort. Le besoin d’introduire
le fadeur temps en Systématique s’impose à son esprit s’il veut baser ses
conclusions sur l’étude de populations naturelles et non plus sur celle
d’échantillons d’âge (réel ou physiologique) différent et trop souvent secs.
Certes, les diilicultés soulevées par l’application d’un tel programme
sont, dans certains cas, immenses et ne peuvent être levées. Mais, quand
les obstacles matériels sont susceptibles d’être surmontés (je pense à la
grande majorité des espèces herbacées de notre flore), cette méthode
éviterait, d’une part beaucoup de descriptions de taxa de valeur pour le
moins douteuse et permettrait, d’autre part, d’intéressantes comparai¬
sons entre taxa voisins ou non.
Laboratoire de Biologie végétale (S.P.C.N.)
Faculté des Sciences ae l’Université de Paris
(Centre d’Orsay)
Institut de Biologie maritime et régionale de Wimereux
Faculté des Sciences de l’Université de Lille.
Source : MNHN, Paris
417 —
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CEROPEGIA ARM AND1I RAUH,
UN CEROPEGIA NOUVEAU DE MADAGASCAR
par W. Rauh,
Institut de Botanique Systématique de l'Université de Heidelberg.
Au cours de mon dernier voyage â Madagascar (juillet et août 1963)
j’ai eu la possibilité de faire un itinéraire d’Ampanihy par Androka-
Itampolo au lac Tsirnanampetsa (SW-Madagascar) en compagnie de
M. A. Rakotozafy, préparateur à l’I.R.S.M., et nous avons eu la chance
de récolter un Ceropegia nouveau près du grand trou d’eau bien connu,
situé au pied du plateau calcaire, environ à 6 km au sud d’Itampolo.
Cette plante remarquable, que je nomme Ceropegia Armandi, est dédiée
à M. Armand Ratokazafy, qui l’a trouvée pour la première fois.
En voici la diagnose :
Ceropegia Armandii Rauh. Spec. nov.
Perennis tubere ca 3 cm alto, 2 cm in diametro albido radicanti; caules
carnosi glabri, parum ramosi quadrangulares 1-1,5 m longi, basi decumbentes
et radicantes usque ad 2 cm diametientes, apicem versus paulatim se angus-
tantes, erecto-volubiles cinereo-virides vel cinereo-fuscescentes ; caules novelli
atro-olivacei, striati verrucis numerosis atroviridibus obtecti; folia decussate
inserta basibus carnosis pcrsistentibus 0,1-1 cm longis in caulibus senioribus
reflexis; laminae foliorum atrovirides parvae plus minusve 7 mm longae,
3 mm latae deciduae oblongo-ovales in mucronem excurrentes, basi modo
petioli breviter se angustantes, supra nervo mediano modice immerso albo-
punctatae, subtus nervo mediano crasso prominenti, nervus et margines pilis
singulis albo-hyalinis curvatis; cymae terminales pauciflorae pedunculo
usque ad 1 cm longo; bracteae angustc lanceolatae acuminatae ca. 2 mm
longae, 1 mm latae; pedicellus plus minusve 1 cm longus tenius cinereo-
fuscencens albo-punctatus; sepala anguste lanceolata acuminata basi incras-
sata ca. 2 mm longa (fere dimidio breviora quam tubus corollae) 0,5 mm lata
glabra cinereo-viridia; tubus corollae inflato-obconicus, ostiolum versus subito
se angustans, ca 5 mm longus, 4,5 mm diamentiens, parte cylindrica ad lim-
bum humillimum reducta, basi candidus, deinde cinereo-viridis nervis tenui-
bus pallide violaceis lobos corollae versus se dilitantibus, intus candidus
maculis atroviolaceis interdum confluentibus, ostiolum versus paucis pilis
albis vel pallide violaceis basi incrassatis instructus; ostiolum ipsum angus-
tissum, tantum 1-2 mm in diametro, introitus paucis pilis albis clausus, quac
e sinubus brevibus auriculatis inter lobos corollae oriuntur; lobi corollae
10-12 mm longi extrorsum arcuati tantum apicibus connati angusti 1-1,5 mm
lati retroplicati flavorides, basi atroviolaceo-maculati pilis albis vel violaceis
diviricatis; corona exterior basi cupulam brevem albidam formans lobis 5
Source : MNHN, Paris
— 420 —
F *S- 1- — C eropegia Armandu Hauh : 1, jeune plante avec le tubercule et trois jeune tiges ram¬
pantes; 2, plante au stade florifère, la limite entre la partie rampante et la partie volubile
est marquée par x; 3-3', jeune rameau au stade feuillé (vu de deux côtés);4, limbe foliaire
en dessus; 5-5'5", différentes vues de la base des feuilles montrant l'articulation du
limbe; 8, nœud de la partie volubile avec une paire de feuilles; 7, limbe vu en dessus;
7 , limbe vu en dessous.
Source : MNHN, Paris
— 421
profonde bifidis atropurpureis 3-4 mm longis angustis incurvatis fere usque
ad ostiolum porrectis apicibus luteolis saepe conniventibus, apices loborum
in pagina interiori exigue pilis albis instructi; lobi coronae interioris latc
linguiformes paullo breviorcs quam exteriores basi se dilatantes atropurperei
apice flavido-virides ; pollinia ellipsoidea paullum dorsiventralia ; fructus
Holotypus : Rauh 10564 (Aug. 1963) in herbario Inst. Bot. Syst. Heidel-
bergensi conservatur.
Habitat : in regione meridiona 6 km ab Itampolo distante, prope lacunam
magnam in silva xerophila.
A côté de Ceropegia dimorpha, découvert par M. H. Humbert dans
les montagnes gréseuses de l’Isalo, vers 1000 m, C. Armandii est non
seulement un des plus curieux représentants du genre Ceropegia, mais
aussi des plantes grasses malgaches en général, tant par sa mor¬
phologie que par sa biologie. Par son port et ses tiges succulentes et
rampantes, C. Armandii rappelle certaines espèces de l’Afrique, telles que
C. slapeliaeformis et C. cimiciodora, mais il s’en distingue par un dimor¬
phisme saisonnier : son système végétal est différencié en une partie-
végétative pérennante et de port cactiforme et en une partie florifère
à entre-nœuds allongés et à axe grêle (PI. 1,2), périssant après a période
de floraison. Par ce caractère, C. Armandii ressemble un peu à C. dimorpha,
mais le port de ce dernier est complètement différent, car sa tige est
courte et dressée, tandis que celle deC. Armandii est allongée et rampante,
et seule la partie florifère est grimpante et volubile.
C. Armandii possède un petit tubercule blanchâtre souterrain
d’une longueur de 3 cm environ et d’un diamètre de 2 cm, pourvu de
racines fibreuses (Fig. 1,1). Il produit quelques tiges rampantes quadran-
gulaires de couleur gris-vert, vert-olive ou gris-brun. La surface des
rameaux est légèrement cannelée, mais fortement verruqueuse, et les
verrues sont de couleur vert-noirâtre (Fig. 1, 3-3').
Les entre-nœuds quadrangulaires-aplatis et élargis vers les nœuds,
ont une longueur de 0,5-2 cm et un diamètre de 1 à 2,5 cm. Les bases
des feuilles se présentent comme des mamelons persistants et succulents
de 0,5 à 1 cm de longueur (Fig. 1). Ils sont dressés au sommet des tiges
nouvelles (Fig. 1, 3-3') et dirigés en arrière, c’est-à-dire en bas, sur les
rameaux plus âgés (Fig. 1). Leurs flancs verruqueux sont décurrents
jusqu’au nœud inférieur (Fig. 1, 3).
Les limbes foliaires très caducs sont lancéolés-ovales, mucronés au
sommet, longs de 7 mm sur 3 mm de large, rétrécis vers la base en un
pétiole très court (Fig. 1,4). Celui-ci est flanqué par deux émergences en
forme de très petites stipules (Fig. 1,5-5'-5"). Les bords du limbe foliaire
et la nervure médiane, saillante à la face inférieure, sont munis de petits
poils hyalins et courbés (Fig. 1, 4, 5").
Quand la plante est sur le point de fleurir, les rameaux rampants
commencent à se redresser et leurs pousses nouvelles ont des entre¬
nœuds allongés jusqu’à une longueur de 10 à 15 cm avec un diamètre
Source : MNHN, Paris
422 —
Fi::. 2. — Ceropegia Armandii Hauli : 8 a, b, c, d, partie d'un rameau florifère volubiie avec
deux fleurs ouvertes en J1 et J2 (le rameau est coupé, grandeur naturelle presque I mètre),
J1-J6, les inflorescences succédantes): 9, fleur anormale, les lobes de la corolle sont tordus
en hélice Igr. nat. ; 1,5 cm de long); 10 - 11 , inflorescence avec une fleur normale développée
en 11 , une fleur desséchée (b), (p) = pédicelle; 12 , tube de la corolle en coupe longitudinale;
13, couronne et gynostème; Ce, couronne extérieure; Ci, couronne intérieure; 14, id. la
couronne extérieure est coupée; 15, pollinies avec caudicules et rétinaclc.
Source ; MNHN, Paris
423
de quelques millimètres seulement. A la suite de ce développement, la
tige commence à grimper dans le bush, jusqu’à une longueur pouvant
atteindre 1,5 m. Les bases des feuilles de la partie grimpante sont moins
proéminentes et les limbes foliaires un peu plus longs et plus étroits
(Fig. 1, 6. 7-7').
La tige volubile en totalité représente maintenant la partie florifère
de la plante et elle est, en concordance avec d’autres espèces du genre,
de structure sympodiale. Chaque entre-nœud allongé se termine en une
inflorescence (Fig. 2, 8c-d, J^Jg) et se continue par le développement
d’un bourgeon axillaire, naissant dans l’aiselle d’une des feuilles conju¬
guées, insérées au-dessous de l’inflorescence. C’est pour cette raison que
les cymes, courtement pédonculées (envir. 1 cm) sont toujours placées
entre les deux feuilles d’une paire (Fig. 2, 8c, J,). Elles produisent seule¬
ment un petit nombre de fleurs, au maximum 4, mais en général une ou
deux seulement se développent (Fig. 2, 8c-d).
Le pédicelle, long de 1 cm environ, est grêle, de couleur gris-brun
et piqueté de blanc (Fig. 2,10-11). Les sépales sont étroitement lancéolés,
mucronés au sommet, un peu charnus à la base, longs d’environ 2 mm et
larges de 0,5 mm (Fig. 2, 11). En culture j’ai pu observer des cymes avec
une dizaine de fleurs.
Quant à la morphologie de la corolle, elle ofTre un caractère qui
différencie C. Armandii de tous les autres Ceropegia malgaches — à
l’exception de C. dimorpha — la réduction extrême de la partie moyenne
cylindrique de la corolle, dont la portion inférieure, évasée, conique et
rétrécie brusquement vers l’ostiole, est presque immédiatement sur¬
montée par les 5 lobes terminaux (Fig. 2, 9).
La portion évasée de la corolle mesure 5 mm de hauteur et 4 à 5 mm
de largeur; elle est glabre, de couleur blanc grisâtre rarement violette
dans la partie supérieure avec 15 nervures faiblement violette; à l’inté¬
rieur on observe dans la partie supérieure des taches violet-noirâtre
confluentes et des poils rigides, blancs et violets (Fig. 2,12). L’entrée de
l’ostiole est très étroite (1-2 mm de diamètre) et fermée par des poils,
naissant dans les plis qui sont formés par les bases des lobes (Fig. 2,12).
Ceux-ci sont longs de 10-12 mm, large de 1-1,5 mm, révolutés et de couleur
vert-jaunâtre (comme chez C. ampliala) ; ils s’élèvent en arc et sont soudés
au sommet (Fig. 2, 11). Leurs bases sont maculées de violet et munies de
longs poils blancs et violets (Fig. 2, 10-11-12). Les lobes sont tordus au
stade préfloral, et il y a même des fleurs avec des lobes tordus en hélice,
parce qu’une arrêt de déroulement se produit de temps en temps (Fig. 2,9).
La couronne est presque aussi haute que le tube corolléen. Les
5 lobes de la couronne extérieure sont profondément bifides, longs de
3-4 mm, larges de 0,5 mm, dressés, de couleur rouge-noirâtre, jaune au
sommet, légèrement poilus à la face intérieure (Fig. 2,13). La couronne
intérieure est presque aussi haute que l’extérieure, leurs lobes sont dressés,
soudés, élargis à la base, de couleur rouge-noirâtre, vert-jaunâtre au
sommet (Fig. 2,14).
Les fruits sont inconnus.
Source : MNHN, Paris
— 424 —
Source : MNHN, Paris
— 425 —
Après la floraison la tige florifère, c’est-à-dire la partie grimpante,
commence à se dessécher et de nouveaux rameaux se développent sur les
parties rampantes et pérennantes.
Bien que C. Armandii possède quelques structures morphologiques
particulières, communes avec C. dimorpha , on ne peut pas reconnaître
des affinités entre les deux espèces. Le port, la morphologie extérieure,
la structure de la fleur et de la couronne de C. dimorpha sont bien diffé¬
rents de ceux de C. Armandii. Si l’on prend en considération seulemen-
la structure de la couronne, on peut soupçonner des affinités avec C. albil
septa et ses variétés (au sens de H. Huber), mais le port de ces plantes
et la forme des fleurs sont assez différents. C’est pourquoi nous considérons
C. Armandii comme une espèce bien distincte. Elle croit sur sol sablon¬
neux, dans une forêt d 'Alluaudia monlagnacii. En raison de sa couleur
grise il n’est pas facile de la découvrir, surtout pendant la saison sèche.
Dans la même station, nous avons pu récolter en outre un Slape-
lianlhus (Rauh N. 10563). qui forme des touffes très denses d’un diamètre
de 30 à 50 cm. Par ses tiges anguleuses la plante ressemble à St. insignis
B. Desc., Depuis, elle a fleuri dans les serres du Jardin botanique de
Heidelberg et c’est probablement le St. insignis décrit par B. Descoings.
On connaîtrait donc maintenant une deuxième localité de St. insignis,
très éloignée de la localité type (près de Tuléar).
C’est ici une occasion propice pour attirer l’attention sur un autre
Ceropegia, récolté par M. J. Bosser de l’I.R.S.M. Tananarive, dans les
environs d’Ihosy. C’est sûrement une nouvelle espèce où une nouvelle
variété de C. Armandii; elle s’en distingue par les caractères suivants :
Le tubercule souterrain ne se forme pas (d’après une communi¬
cation de M. Bosser).;
Les entre-nœuds sont plus fortement aplatis et plus larges que
ceux de C. Armandii. La surface des tiges est moins verruqueuse, mais
plus cannelée (Fig. 3. 16-17).;
- Les feuilles sont plus grandes et les limbes foliaires ne sont pas
lancéolés, mais ovales-ovés (Fig. 3, 18).
Une description suivra plus tard, car nous ne connaissons pas les fleurs
à l’heure actuelle.
Je remercie M. Bosser de m’avoir donné un fragment de cette
plante pour la culture. Elle est cultivée à Heidelberg sous le numéro 10868.
De plus, j’ai l’honneur de remercier M. le professeur A. Aubréville,
directeur au Muséum National d’Histoire Naturelle, Laboratoire de
Phanérogamie, pour l’aimabilité avec laquelle il m’a communiqué les
échantillons d’herbier.
Bibliographie
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Humbert (IL). — Un curieux Ceropegia (Asclépiadacées) nouveau de Madagascar.
Bull. Mus. Ilisl. Nat. Paris, 2 surir. XXIX : 503-507 (1957).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
LA DISTRIBUTION DES BOMBAGAGÉES :
MISE AU POINT BIOGÉOGRAPHIQUE
par Léon Croizat
Nous avons publié il y a quelques années un schéma de la distri¬
bution des Bombacacées (Man. *, fig. 61) qui nous a valu quelques
critiques judicieuses. Il est de notre devoir d’y faire face dans un esprit
entièrement objectif, c’est-à-dire visant à faire la lumière autant sur les
faits eux-mêmes que sur leur raison d’être et sur ce qu’on a pu y voir.
Cette condition exige des préliminaires beaucoup plus étendus qu’on ne
pourrait le supposer au premier abord, au point qu’ils aboutissent à
reléguer les Bombacacées elles-mêmes tout à la fin de nos considérations.
Elles ne s’y trouveront pas mal placées, car des préliminaires qui cher¬
chent à atteindre le fond d’une question la débarrassent par là même de
tout ce qui n’est pas essentiel.
A. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Nous pensons avoir bien été le plus sévère des critiques en portant
sur notre Manual of Phylogeography 1952 le jugement que voici (Space :
178) : « My earliest work does... fall short of rigour and précision in regard
of the process of form making common to plants and animais jointly ».
En effet, le manque de précision que nous avons nous-même admis peut
mener loin, ainsi qu’on le verra, quand il intervient dans l’établissement
d’une doctrine de biogéographie générale. Nous nous faisions avant 1952
une idée de cette doctrine qui —• sans pour cela être fallacieuse, nous
osons l’affirmer — a gagné beaucoup en profondeur et en étendue à
partir de cette date. L’avouer équivaut à justifier nos débuts pour l’essen¬
tiel, car des idées qui auraient été foncièrement erronées avant 1952
ne sauraient assurément être approfondies et élargies comme telles après
1952.
Nous avions déjà entrevu en 1952 (Man. : 279, 279 note, 474 et s.,
481,491-492) que l’analyse de la distribution des plantes non-angiospermes
soulevait des difficultés en ce qui concerne les « centres d’origine » et la
direction des « pistes » (les « tracks » de nos textes en Anglais) que nous
avions fortement invoquées à l’époque en discutant la phytogéographie
1. Nos principaux ouvrages sont cités comme suit : 1. Man. = Manual of Phyto-
geography. 1952; 2. Panbiog. = Panbiogeography. 1958; 3. Princ. = Principia Bola-
nica. 1960; Space = Space, Time, Form : The Biological Synthesis. 1962. Pour répon¬
dre aux nombreuses demandes qui nous ont été adressées, nous nous permettons d’indi¬
quer ici que ces ouvrages sont disponibles chez Wheldon et Wesley Ltd., Lytton
Lodge, Codicote; North Hitchin, Herts., Angleterre.
Source : MNHN, Paris
- 428 —
des Angiospermes. En le signalant dans des observations qui constituaient
par elles-mêmes tout un programme de recherche et de pensée (voir de
même, Man. : 555), nous avons posé une série de questions par le chemin
desquelles nous avons été amené à confier nos nouvelles idées à partir
de 1958. A la lumière de ces idées, ce que nous pensions en 1952 de la
distribution des Bombacacées demande des explications que nous ne
manquerons pas de fournir le moment venu. Pour l’instant, nous ne
nous occuperons que de quelques principes, car à tout seigneur, tout
honneur. De minimis non curât praelor (du moins, illico et immédiate).
Dans les nombreux travaux que nos enquêtes nous ont fait consulter,
nous avons relevé — on le croira sans peine — de grandes différences
d’opinion au sujet de ce que sont la phytogéographie, la zoogéographie
et, par là, la biogéographie. Néanmoins, nous avons pu tirer de ces enquê¬
tes la conviction que ces différences n’ont rien d’essentiel et que, en dépit
des apparences, la biogéographie couramment admise à l’heure actuelle
est toujours fidèle par le fond même de sa pensée à la « Géographie Distri¬
bution » énoncée par Charles Darwin en 1859 aux chapitres xi et xn
de « L’Origine de l’Espèce ». On en trouvera la preuve détaillée dans notre
dernier ouvrage (Space : 10 et s., 594 et s., 631 et s., 638 et s., etc.) et,
en général, dans tous nos travaux à partir de 1958. Prise dans l’essentiel,
la conception Darwinienne fait de la « Géographie Distribution » une
science de : 1) Centres d’origine spécifique; 2) Migrations; 3) Moyens de
transport. Cette science est, en somme, une théorie dont Darwin et ceux
qui l’ont suivi depuis 1859 n’ont jamais ni su, ni pu donner un énoncé
satisfaisant ’.
1. Il suffira pour l'établir de citer quelques lignes de « The Origin of Specics »,
chapitre xn, que voici : « Neither the similarity nor llie dissimilarity of the inhabi¬
tants of various régions can be wholly accounted for by climatal and other physical
conditions... Changes of climate must hâve had a powc'rful influence on migration...
We are thus brought to the question which has been largely discussed by naturalists,
namely, whether species hâve been created at one or more points of the carth’s sur¬
face. Undoubtedly there are many cases of extreme difilculty in understanding how
the same specics could possibly hâve migrated from some one point to the serveral
and isolated points where now found. Nevertheless, the simplicity of the view [sic]
that eacli species was first produced within a single région captivâtes the mind. Ile
who rejects it, rejects the vera causa of ordinary génération with subséquent migra¬
tion [sic], and calls in the agency of a miracle ». Ces propositions, qu'elles puissent
être vraies ou fausses, sont troublantes en raison de l’absence foncière d’une méthode
capable de les mettre en harmonie dans un système logique de causes et d’effets. C’est
bien par là que pèche la pensée de Charles Darwin dans son ensemble. Descartes
(Space : 475-476) ne s’y serait assurément pas complu, et il est facile de comprendre
pourquoi les biologistes attitrés (W. R. Thompson, directeur de l’Institut Fédéral
de Contrôle Biologique, Ottawa (Canada), dans ce cas particulier : voir l’introduction
à : Charles Darwin — The Origin of Species, éd. 1958 (Dent and Dutton, Everyman’s
Library; n° 811 : Sciences, Londres et New York) ont estimé de leur devoir de confier
à la presse, par exemple, des opinions de cette portée bien générale ( op. cit. XXI,
XXIV) : « A long-enduring and regrettable effect of the success of the Origin was the
addiction of biologists to unverifiable spéculation... The success of Darwinism was
accompagnied by a décliné in scientific integrity... Thus are engendered those fragile
towers of hypothèses based on hypothèses, where fact and fiction intermingle in an
inextricable confusion ». C’est rigoureusement exact en ce qui concerne la » zoogéo¬
graphie » et la « phytogéographie » courantes (Space : 636 ff.), dont Darwin, ainsi que
nous l’avons remarqué, est sans contredit possible, toujours le pontife suprême. Mal¬
heureusement, peu de naturalistes le savent, en France surtout.
Source : MNHN, Paris
429 -
Pour nous, la biogéographie (la panbiogéographie, si on le veut bien),
ne peut et ne doit pas être une théorie. Les innombrables connaissances
de fait accumulées par l'ensemble des sciences biologiques depuis 1859
nous dispensent de penser â vide sur ce qui pourrait être, si jamais cela
était, au sujet des rapports de l’espace, du temps et de la forme dans l’évo¬
lution. Nous sommes à même de savoir aujourd’hui assez exactement
ce qu’il en est à la condition, naturellement, de soumettre les faits à
l’analyse par une méthode capable d’en déduire des principes et des lois
de valeur statistique adéquate. Pour nous, donc, la biogéographie est.
surtout et avant tout, une méthode d’analyse des faits de la distribution des
plantes et des animaux dans le monde entier, vivants et fossiles à la fois,
visant à connaître d'une manière exacte et objective les rapports de l’espace,
du temps et de la forme au cours de l’évolution.
On opposera à cette conception que pareille méthode est impossible
par le fait même que la distribution — telle que nous l’envisageons et
qu’elle est en réalité — rentre dans l’ordre cosmique de l’inpondérable,
et n’est donc pas passible d’analyse précise. Nous ne le croyons aucune¬
ment. Cette conception et cette méthode sont en effet les seules valables.
S’il a été donné à Hàüy, esprit lucide de la science française, de faire
de l’ordre en cristallographie; si Kepler, Germain rêveur mais très
tenace dans la recherche, a pu mettre au point certains rapports entre
les orbites des planètes sans pour cela chevaucher des fusées; bref, si
l’Homme a pu comprendre un jour ce qu’il ne comprenait pas avant,
on se demandera nécessairement en raison de quoi la science de la dis¬
tribution géographique se doit de compiler Darwin et ses épigones à
perpétuité. En fait, la méthode que nous envisageons et suivons par prin¬
cipe est loin d’être nouvelle. Linné en rêvait, Bernard et Antoine-
Laurent de Jussieu l’ont appliquée à la recherche de la classification natu¬
relle, Knud Andersen (Panbiog. 1 : VIII 1T.) s’en est servi en 1912 afin
de démêler la distribution et la systématique des Mégacheiroptères. Les
chercheurs que nous nommons, ainsi que d’autres que nous ne pouvons
mentionner immédiatement, n’ont été au fond que des débutants au sens
courant du mot, mais, sans eux, rien n’eût existé de ce qui a suivi. Il
faut commencer, et tout commencement n’est qu’un prélude. C’est la
méthode qui compte avant tout, car c’est à elle que la science doit d’orga¬
niser pas à pas en systèmes de pensée les théories les plus brillantes.
On nous pardonnera donc d’allirmer que la méthode panbiogéogra-
phique est essentiellement la bonne de par le fait même qu’elle exclut
en principe toute théorie préconçue, et se borne à déduire des faits de la
distribution — pris à une échelle statistique adéquate — ce qu’ils con¬
tiennent relativement à l’espace, au temps et à la forme. Pour nous, la
distribution des Bombacacées dans les régions tropicales, celle des Pics
dans le monde en général, du genre Camplostemon en Malaisie, etc..., etc....
n'ont aucun intérêt tant qu’il ne s’agit que d’en tirer la confirmation, ou la
réfutation, de telle ou telle autre théorie de « moyens de migrations »,
« centres d’origine », « adaptation sélective », etc. Tout ceci n’est, aujour¬
d’hui surtout, qu’exercice académique. Ce qui importe est d’extraire du
Source : MNHN, Paris
-430
cas particulier ce qu’il contient autant en lui-même et par lui-même que
par rapport à la vie en général. Si ce qui doit revenir à la généralité des
cas est bien compris, un cas particulier rentrera dans la règle sans dilli-
culté. Naturellement, la généralité des cas elle-même ne livre ses secrets
qu’à la condition d’analyser au préalable une foule de cas particuliers
dans le but d’en contrôler les moyennes.
Ces remarques ne sont aucunement superflues, du moins à notre
sens, car c’est d’après leur esprit que nous nous efforçons de raisonner sur
la distribution géographique et les idées que d'autres que nous s'en font.
Par exemple, notre premier travail, le Manual of Phylogeography (1952)
pèche, ainsi que nous l’avons dit, en raison d’un manque de clarté en ce
qui concerne les « migrations » et les « origines ». D’autre part, cet ouvrage
étant constamment appuyé sur les faits de la distribution est loin d’être
une « théorie » ainsi qu’on l’a prétendu (voir Croizat, Rev. Univ. (Univ.
Catolica Chile) 44-45 : 187, 1960; Pvinc. lb : 1704 et s., 1820). Les erreurs
et les insuffisances dont notre ouvrage n’est assurément pas exempt ne
peuvent être rectifiées au bénéfice commun que par des esprits instruits
du fait qu’on peut souvent faire de mauvaises applications d’une méthode
en elle-même digne de retenir l’attention. Tout le reste ( Princ . lb : 1704
et s., 1820) ne compte que très peu.
B. LES PORTES DE L’ANGIOSPERMIE
(Gates of Angiospermy)
Les critiques adressées à notre concep’ion de la distribution des
Bombacacées telle qu’elle apparaît dans le Manual, figure 61, sont ainsi
que nous l’avons admis, loin d’être inadéquates. Elles rentrent toutefois
dans un ensemble d’idées dont certaines sont loin à notre avis d’être
heureuses. Dans l’espoir de rétablir enfin la question dans sa vraie posi¬
tion, nous allons nous permettre quelques considérations au sujet de la
raison d’être de ces Portes, qui nous permettront de juger impartiale¬
ment de ce que nous en avons fait dans le cas particulier des Bomba¬
cacées.
11 nous paraît fort logique — et nous n’avons pas manqué de le
démontrer dans tous nos travaux — que l’évolution de la terre et de la
vie aillent de pair. Naturellement, il nous paraît être tout aussi logique
de penser que certaines régions de la terre doivent jouir, et jouissent en
fait, d’une situation biologique particulièrement favorable. Il est certain
que, par exemple, quelques milliers de kilomètres carrés du Cap de Bonne
Espérance, de l’Australie du sud-ouest, de la Nouvelle-Calédonie, de la
Chine du sud-ouest, etc., offrent à l’attention des savants des flores
passionnantes à beaucoup de points de vue. En expliquer la raison d’être
par rapport à l’espace, au temps et à la forme est, sans contredit possible,
le devoir de la biogéographie scientifique. Nulle explication n’est utile
qui négligerait les faits, et ignorerait les rapports entre la terre et la
Source : MNHN, Paris
431
Ces rapports sont d’ailleurs matière de connaissance courante même
dans l’enseignement secondaire. Tout le monde sait que l’ensemble des
Mammifères australiens diffère profondément, en général, de celui du
Vieux Monde, ce qui atteste nécessairement des rapports très frappants
entre les aires continentales et la vie qui les peuple, et fournit l’occasion
d’amorcer des considérations de biogéographie pure ( Panbiog. 1 : 186,
fig. 22 (comparer p. 207, fig. 23); 215, fig. 26; 222, fig. 27; Princ. lb :
1213, fig. 158; etc.) d’un ordre tout autre que théorique. Moins connu
du grand public, mais tout aussi certain et probant, est le fait que les
terres et lies du Pacifique occidental dont les Mammifères Placentaires
sont largement exclus représentent au contraire un centre formidable
d'Angiospermes.
Nous venons de mentionnier les flores du Cap de Bonne Espérance
et de la Chine du sud-ouest comme remarquables. En plus d’endémismes
relictuels et rares, ces flores hébergent des plantes supposées vulgaires
telles, par exemple, que les Bruyères (Ericaceae Ericoideae) et les Azalées
( Rhododendron s. 1.). Vulgaires dans l’opinion courante, ces essences ne
manquent cependant pas d’être bien dignes de l’attention du savant en
raison du nombre énorme de sections et d’espèces particulières à l’Afrique
du Sud (Ericoïdées), à la Chine du sud-ouest et à ses abords (Rhododen¬
dron). Ces formidables foisonnements prouveraient, d’après la plupart
des auteurs, que c’est là que sont à rechercher les « centres d’origine »
respectifs de ces plantes. Nous en doutons fortement : qu’il s’agisse plutôt
de centres de gravité (« centers of massing » de nos travaux en Anglais)
nous parait sûr. Ces centres sont à attribuer autant à des survivances
ancestrales qu’à des phases particulièrement favorables d’évolution
déterminées par d’heureuses coïncidences biologiques et géologiques. En
principe — ce dont Ortega y Gasset s’était bien aperçu ( Espiritu de la
Lelra, éd. 1961, p. 4), mais que nous n’avions pas suffisamment médité
avant 1952 — : « Toda cuestiôn de origines es peligrosa : el origen esta
siempre o muy en lo alto o muy en lo hondo. Exige ascension o sumersiôn.
Vertigo o ahogo ». En fait, il nous parait être aujourd’hui hors de discus¬
sion que l’origine des Bruyères — prise « dans le plus haut et le plus pro¬
fond », pour nous exprimer à la manière d’ORTEGA y Gasset, — est à
rechercher dans un groupe très archaïque associant au moins les Ericacées
et les Empétracées, et appartenant à un monde géologique disparu ( Space :
35, fig. 9; 40, fig. 10; 43, fig. 11; 46, fig. 12; 49, fig.13; 270, fig. 52; 291.
fig. 53; 296, fig. 54; etc.) dont nos atlas ne savent rien; les mises au point
de la géologie diront beaucoup plus dans vingt ans qu’elles ne sauraient
dire aujourd’hui; la biogéographie méthodique (disons, la panbiogéo-
graphie) accepte aujourd’hui même (op. cit. : 89-90) comme évident.
La distribution des Ericacées a retenu notre attention à plusieurs
reprises (voir les index botaniques de tous nos travaux), et nous ne voyons
pas de raison de gonfler cet article de redites. Il nous suffira de montrer
ici sur la carte (fig. 1) la distribution d ’Erica et de Rhododendron, et d’y
relever les faits d'observation que voici : 1) La distribution de ces deux
genres n’est évidemment pas homologue; 2) Attendu qu’ils se chevauchent
Source : MNHN, Paris
— 432 —
en Méditerranée, et que leurs exigences climatiques, écologiques, et.,
ne s’excluent pas, on se demandera comment Erica est absent de la
Chine du sud-ouest, et Rhododendron des montagnes du Kénya, etc.,
dendroïdées).
Observations. — La distribution (répartition comprise, voir p. 000) du genre Erica esl
en trait plein (voir Avertissement ci-dessous), celle du Eliododendron en trait interrompu.
Les carrés a et 6 indiquent les centres de gravité (• cenleas of massing ■) respectifs des genres
Erica et Itliododcndron d'après la distribution courante. Le triangle 1 (comparer A : I de
la fig. 2) marque le secteur qui détermine la vicariance des formes boréales et australes,
respectivement, du genre Erica ; le triangle 2 (comparer A : 2 de la 11g. 2) indique la région
(Mac Pherson-Macleay Overlap (chevauchement]) où le genre Rhododendron atteint le
point le plus méridional de sa distribution. La ligne chevillée suit la ■ piste ■ (• track •) de
Primula sect. Florinbundac entre l'Ethiopie et les Himalayas Occidendataux. I/indigénat
du genre Erica dans le Nouveau Monde est discuté, mais, pour nous, il est très probable¬
ment véritable.
Avertissement générât. — Les figures 1-4 n'ont aucunement pour objet de représenter
des données exactes de distribution, localité par localité, etc. Elles ont comme but essentiel
de mettre en valeur des notions biogéographiques et des rapports de répartition (sur une grande
échelle). Une monographie minutieuse de tel ou tel autre genre n'est pas par elle-même un
exposé biogéograpluque. L'une et l'autre discipline ont droit A leur méthode, A leur langage,
à leurs symboles, etc..., sans pour cela s'exclure, car la distribution comme telle (chorologie
actuelle) est toujours à la base de la répartition comme telle (chorologie dynamique) (voir
le texte). Pour ce qui est de notre emploi de cartes dans la Projection de Mercator, voir :
alors même que les graines de ces plantes sont susceptibles d'être aisé¬
ment « transportées » par le vent, l’eau, les oiseaux migrateurs, etc.:
3) La question qui vient d’être posée n’est aucunement un exercice
académique 1 . En effet, c’est non seulement en Méditerranée que s’entre-
1. C’est bien une des questions-clés de la bigéographie scientifique. Par exemple
(Man. : 109-170) : le genre Vaccinium parait ne pas dépasser au sud la Bolivie, et
est notamment absent de la Hégion Magellanienne. Ce genre est « dormant • à Mada¬
gascar et en Afrique orientale. Si l’on a présentes à l'esprit les migrations australes
et boréales des oiseaux de baies, la question des limites de Vaccinium vaut bien la
peine d'être étudiée sérieusement. Il est vrai que la « phytogéographie » orthodoxe
s'en tient — toujours avec Darwin — à la doctrine que les ■ moyens de transport ■
sont « mystérieux » dans leur action. Inutile donc d’insister. Ce qui est utilisé aux fins
Source : MNHN, Paris
433
croisent les « pistes » des Bruyères et des Azaléas, mais — ainsi qu'on le
voit pour Primula sect. Floribundae (Panbiog. 2 a : 27, fig. 122; voir fig. 1)
des échanges de flore et de faune sont possibles entre les Himalaya»
et l’Ethiopie au long des montagnes de l’Arabie méridionale. Comment
donc a-t-il pu se faire que les aires des Erica et des Rhododendron sc
soient conservées telles que nous les connaissons?
Pour autant que nous le sachions, des questions de cette nature ne
rentrent pas dans la « philosophie » de la biogéographie de l’école de
Darwin, etc. En fait, nous ne serions aucunement surpris si quelqu’un
de cette école (voir la note précédente) nous reprochait de soulever des
questions insidieuses. Pourrait-on oublier que, par exemple, les Hamamé-
lidacées (Princ. la : 287 et s.) ont pu « envahir » à la fois la Méditerranée
(Liquidambar) et l’Afrique orientale (Trichocladus, Dicoryphe), à partir
d’un centre de gravité nettement situé dans le sud-ouest de la Chine?
Comment négliger les Hamamélidacées fossiles de l’Europe Tertiaire? Si
les Hamamélidacées s’écartent complètement des Erica et Rhododendron
par leurs migrations, c’est bien que la distribution, que nous prétendons
être régie par des lois simples, est au contraire nettement capricieuse et
due aux hasards du climat, des vents, des moyens de transport, etc.
Nous avons soumis à une analyse réitérée toute une série d'objections
de ce genre dans l’ensemble de nos travaux. Pour ne pas revenir sur ce
qui a été dit, et redit, dans ces examens critiques, nous nous bornerons
ici à quelques observations de principe, soit : 1) L’exposé des faits naturels
n’est jamais insidieux; 2) Ces fails s'intégrent en obéissant d des lois, jamais
ils ne se contredisent. Celui qui ne le croirait pas fera bien de se documenter
à fond. S’il manque de méthode pour ce faire, les faits eux-mêmes n’y
peuvent rien, moins encore ceux qui s’efforcent de les examiner en dehors
de tout parti pris. Il nous paraît certain, pour en finir, que la biogéogra¬
phie qu’on nous oppose d’après des thèses soi-disant orthodoxes pèche
autant par un excès de théorie que par une absence marquée de contact
familier avec les faits de la distribution. C'est à regretter car la science y
perd.
En revenant ici à des jails d’observation (voir fig. 1) nous remarque¬
rons : 1) La limite méridionale de la distribution de Rhododendron est
atteinte dans une région de l’Australie orientale (« Macpherson — Macleay
Overlap » des phytogéographes australiens; Space : 153 et s.), qui est un
nœud foncier ( op. cil. : 169, fig. 42, par exemple) de la biogéographie mon¬
diale. On se demandera une fois de plus comment il a pu se faire que le
genre Rhododendron ait « raté » au sud l’Australie orientale, la Tasmanie,
etc., à partir de ce nœud alors qu’il a pu atteindre au nord l’Himalaya,
le Caucase, les Alpes? 2) C’est entre le Tanganyika et le Kénya que se
fait le partage entre les Bruyères de type « européen » et « sud-africain ».
C’est toujours de là que YErica arborea part vers le Tibesti, les Pyrénées
de cette « science (ait le sujet d'âpres censures, de prises de position autoritaires, etc...
Ce qui ne sert pas est « mystérieux » par définition, et par là forcément à mettre hors
de question. On n'a rien connu de pire dans les couvents du Haut Moyen Age.
Source : MNHN, Paris
434 —
et les Cévennes. Cette région est aussi particulièrement importante
pour la phytogéographie des Olea (Princ. lb : 1539 et s.), et marque un
centre capable de dévier les « pistes » d’une foule de plantes (et d’animaux )
vers l’Océan Indien {Princ. lb : 1232, fig. 161; Space : 85, fig. 25; Peu.
Bryol. el Lichénologique, 31 : 14, fig. 1, 1962; Panbiog. 2a : 298, fig. 157 A;
etc.), par tout un réseau de voies de distribution ( Space : 82, fig. 24;
201, fig. 47) qui, étant évident, se passe de commentaires. C’est toujours
un fait d’observation que ce réseau (comme ses homologues dans le monde
entier) n’obéit aucunement aux limites de la géographie courante, ce qui
prouve qu’ils doivent leurs assises aux géographies des temps révolus.
En effet, si la carte de nos jours fait toujours foi de la distribution de
notre monde, elle ne l’explique très souvent pas. Celui qui veut en recher¬
cher la raison doit se rapporter forcément aux ancêtres du monde vivant
de notre époque et à leur géographie, et disposer d'une méthode d’ana¬
lyse (et de synthèse) qui permette de les rattacher par l’espace, le temps
et la forme à la vie et à la géographie contemporaines. C’est à prendre ou
à laisser.
Il suffit de jeter un coup d’œil sur la distribution des Magnoliacées
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III]
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— La répartition
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ess
1.
Observations. — Les * Portes de l'Angiospermie ■ : en 1 (Africaine), 2 (Polynésienne),
3 (Magellaniennc). Le trait a, indique la relation normale entre 1 et 2 par la voir de l'Océan
Indien {de nos jours : voir fig. -1 : les liombacacées en sont un exemple classique). La ■ répar¬
tition ■ des t'agacées et des Magnoliacées ne suit évidemment pas ce trajet). La vicariance
entre les Fagacécs et Magnoliacées boréales (trait continu : Fagus, Magnolia, etc...), et
les australes (trait interrompu : Nolho/agus, Drimgs, etc...) se situe à la > Porte Polyné¬
sienne (2). On remarquera que, tout comme les Ericoïdées et les Bliododendroïdées
(voir fig. 1) se chevauchent en Méditerranée, les Fagacécs et Magnoliacées se chevauchent
dans le Nouveau Monde {Quercus (boréal) atteint la Colombie, Magnolia et Talauma
(boréaux) les Antilles et le nord de l'Amérique Méridionale (leur distribution est toujours
assez mal connue dans ce secteur); Drimgs (austral) est indigène au Mexique), sans pour
cela amener une confusion des aires (les Fagacées et les Magnoliacées américaines australes
dans 1e a d l éta > n CI (voir U ïe Uxte^'les a dinérences l ’ C dc e distrfbut , iôn n entre ! 'les Fagacées eMes
répartition de ces grands groupes.
Source ; MNHN, Paris
435 —
sensu laliore et sur celle des Fagacées (fig. 2) pour constater, comme simple
fait d’observation, qu'il s’agit d’homologues 1 . C’est bien dans le Pacifique
occidental, aux environs de la Nouvelle-Guinée en général, que se fait le
partage entre les formes boréales et australes de ces grands groupes d’An-
giospermes. Ils atteignent l’Amérique méridionale au Chili dans un
secteur d’importance marquée en raison du fait que des « migrations » de
type « antarctique » (Man. : 57; voir aussi Panbiog. 2b; 1526, fig. 271;
Space : 540, 540 note 2 ) se présentent dans environ 40 % des familles
d’Angiospermes, ainsi que chez bon nombre de Conifères et Cryptogames 3 .
Il nous paraît inutile de continuer cet exposé. Ce que nous venons de
dire, et l’ensemble de nos travaux, justifient à notre avis les conclusions
que voici : 1° Certaines régions du monde contemporain jouissent d’une
situation privilégiée au point de vue de la distribution végétale et ani¬
male — 2° La survivance et la formation au sens biologique, et l’histoire
géologique en général en sont la cause principale. La vie et la terre ont
évolué ensemble — 3° Parmi ces régions il en est trois d’importance
majeure, à savoir : a) le secteur Kénya-Madagascar-Mozambique ; b) le
secteur Philippines-Nouvelle Calédonie-Florès-Soemba ; c) le secteur
Terre de Feu-Chili central 4 — 4° Ces régions déterminent des cassures
1. Les chênes atteignent aujourd'hui encore l’Afrique du nord-ouest alors que
les Magnolias s’arrêtent aux Indes, etc... On remarquera toujours que l’Europe ter¬
tiaire ( Princ. 16 : 1175, note) ne manquait aucunement de Magnolias. Les différences
que nous venons de souligner sont donc d’ordre purement secondaire, car la distribu¬
tion vivante et la distribution fossile s’intégrent sans s’exclure ni se contredire. Ce
qui vit aujourd’hui sera fossile demain. Une carte qui, sans contenir, et pour cause,
aucune intention en notre faveur, démontre d’une manière frappante comment la
distribution vivante du genre Nipa s’intégre et s’enchaîne avec la distribution fossile
(voir aussi Man. Fig. 11, Panbiog., 2 b : 1380 ff., fig. 268 B; etc.) est à mettre au crédit
de Tolmatchev, A. I., Osnovy ÎJIcheniya ob Arealakh : 86, Fig. 41, 1962. Cette carte,
comparée à notre fig. 2, suffit à établir comme / ail d'observation que la distribution
de ce Palmier est l’homologue de celle des Fagacées et des Magnoliacées de l'aire boréale.
On rapprochera sans peine le Nipa fossile au Sénégal et le Quercoxylon (Furon, Géologie
de l'Afrique : 97, 1950) fossile au Tindouf.
2. La biogéographie courante en France aujourd’hui n’est souvent que l’écho
de celle admise presque par devoir au-delà de l'Atlantique (voir, p. e. .Panbiog., 2 a :
47). Cette dernière est fort peu disposée, par principe, à reconnaître l’importance des
» migrations antarctiques », ou du moins, tend (voir e. p., Simpson, Procceds. Sixth
Pacific Congress : 755. 1940) à les amoindrir autant que faire se peut (Simpson, op
cil : 767 : [ « The existence of an Antarctic migration route at présent... merely is a
complicating and unnccessary hypothesis additional to other hypothèses for which
there is more better cvidence and wich are adquate to explain the’ facts so far as these
are now [sic) capable of explanation »; voir aussi Darlington, P. J. Jr., /.oogeography :
603 et s. 1957). Nous sommes, nous, d’un avis bien différent (voir tous nos travaux) en
principe et par méthode.
3. Nous avons appris au cours de notre récent voyage en Europe (août-décembre
1963) que le « Quercus » guppyi (voir, p. e., Panbiog. 2 a : 737 note) est en réalité une
l.auracée. Cette rectificaton ramène la limite méridionale des vrais Chênes — fixée
par nous par erreur à l’île d’Oïma (archipel de Salomon) —- vers les Moluques. Elle ne
change en rien d’essentiel la phytogéographie des Fagacées telle que nous l’avons
établie. L’opinion, malheureusement fort courante, qu’on doit admettre en principe,
que la biogéographie dépend de la classification (voir Panbiog. 1 : 1007 (Index :
Itiogeography-Biogeography vs. classification (67 références); Space : 190-191, 288;
etc...) est clairement fausse.
4. Naturellement, les limites que nous indiquons d’après la géographie contem¬
poraine, n’ont qu’une valeur approximative. Des analyses particulières à chaque
secteur (voir, par exemple, Man. : 548 et s.; Panbiog. 2 a : 741, fig. 226; Space : 5l7
etc...) apportent des précisions intéressantes que nous ne pouvons discuter ici.
Source : MNHN, Paris
— 436
d'aire, altèrent les grands courants de la distribution, marquent des cen¬
tres de formation importants, etc. — 5° Les faits qui en découlent, autant
en général qu’en détail, ont été souvent reconnus. On lira avec fruit, par
exemple, les observations d’AuBRÉviLLE dans son excellent travail.
Contribution d la Paléohistoire des Forêts de l’Afrique Tropicale : 41, 1949,
au sujet de la pauvreté relative de la flore boréale occidentale. Tolmat-
chev, dans un ouvrage cité plus haut : 72, figure 32, fait état des rapports
frappants qui relient le nœud Africain au nœud Pacifique en leur assi¬
gnant d'après les Pandanacées des limites qui se rapprochent clairement
de celles que nous avons indiquées 1 —■ 6° En soulignant l’importance
des régions sur lesquelles nous avons plus haut attiré l’attention, par des
appellations qui peuvent paraître trop imagées (Porte Africaine de
l’Angiospermie ; Porte Polynésienne de l’Angiospermie ; Porte Magella-
nienne de l’Angiospermie) nous avons fort probablement nous-même
contribué à l’opinion de ceux qui ont pris notre œuvre pour une « théorie ».
Nous regrettons cependant qu’elle ne corresponde en rien à notre pensée.
Les Portes en question correspondent à des données qui n’ont en elles-
mêmes rien d’hypothétique, et que nous avons pu confirmer en principe,
fort souvent même dans le détail, dans tous nos travaux postérieurs à
1952 — 7° En mettant en lumière des données élémentaires de biogéo¬
graphie scientifique telles que l’existence de régions privilégiées, de relais
qui les relient d’une manière régulière, etc., on pose en effet des jalons
pour l’analyse détaillée de questions particulières. La biogéographie
n’exclut aucunement la coopération avec des sciences telles que la clima¬
tologie, l’écologie, la systématique, etc. Elle leur fournit, bien au contraire,
un cadre de notions d’ordre très général, et par ce fait même susceptibles
de développements dans de nombreuses directions intéressant à titre
égal l’évolutionnisme, la géologie, la morphogénie, etc. La biogéographie
est donc une science fondamentale, indépendante de plein droit, se résu¬
mant en fin de compte dans un mode de pensée sur tout ce qui se rapporte
à l’espace et au temps dans l’évolution biologique. Comme toute autre
science exacte, la biogéographie est susceptible de réduction à des énoncés
d’apparence simpliste et fruste (par ex. : la terre et la vie ont évolué de
pair; les lois de la distribution sont en principe les mêmes pour les plan¬
tes et les animaux, etc.). Cependant, ces apparences sont, comme d’habi¬
tude dans les sciences, trompeuses. Mis en œuvre avec sagesse, ces énoncés
conduisent à des déductions qui atteignent degré par degré de plus en
plus loin et de plus en plus profond. Ce qui est regrettable est que, dans
les milieux hostiles à la pensée indépendante, ce qui est simple, et par
suite forcément peu pompeux, est rejeté aussitôt comme sans intérêt.
1. Il esl à regretter, croyons-nous, que Tolmatchev se soit presque exclusive¬
ment borné dans son Elude des Principes des Aires (« Osnovy Utchenya ob Arealakh <)
à ces considérations d'intérêt Euro-asiatique. Ce qui est concevable et suggestif dans
une œuvre destinée à l’enseignement dans une partie du monde est moins compréhen¬
sible sur le plan mondial lorsqu'il s’agit de principes.
Source : MNHN, Paris
— 437 —
C. LA FORMATION VICARIANTE
Nous empruntons aujourd’hui très volontiers à Aubréville ( Conlr.
Paléohisl. Forêts Afrique Trop. : 32, 1949), un texte dont nous eussions
bien voulu avoir pris connaissance avant 1952. Le voici : « Il y a des
espèces d’une « grande pureté de lignes », mais plus souvent des espèces
« floues ». L’unité systématique la plus vraie, la plus naturelle, quand il
s’agit de ces dernières espèces, est le groupe de séries homologues... On
ne peut bien comprendre vraiment toute la réalité de ces unités floristiques
naturelles qu’en faisant apparaître en outre leur filiation phylétique. Ces
formes : espèces de toutes classes, variétés, races, sont évidemment des
branches issues d’une même souche, ramifiées, à des âges qui peuvent
être très divers ». Plus loin ( op. cil., 34), les mêmes idées sont exprimées
en ces termes : « La véritable unité naturelle est la chaîne de formes
homologues plus ou moins séparables, dont quelques chaînons très anciens
peuvent être cependant parfois détachés. »
Nous demanderons à nos lecteurs d’observer très soigneusement,
et avant tout, que les quelques lignes — très simples en apparence —
que nous venons de citer sont d’une importance capitale pour plusieurs
sciences à la fois, dont elles invoquent automatiquement la synthèse.
Ces sciences sont : 1° Naturellement, la biogéographie (panbiogéogra-
phie); 2° L’évolutionnisme; 3° La systématique approfondie et la classi¬
fication taxonomique ; 4° La géologie du présent et du passé et, par contre¬
coup, l’écologie et la climatologie dans leur acception la plus large. Bref,
il est question ici des rapports de l’espace, du temps et de la forme. Ce
qui est tout aussi clair est que ce n’est évidemment pas nous qui avons
« inventé » la « panbiogéographie », même si l’on consent à nous faire
crédit, peut-être avec raison, de l’avoir développée.
Il est très difficile d’appliquer avec succès à la botanique des idées,
pourtant si heureusement exprimées par le savant que nous venons de
citer, mais il n’est guère difficile d’en tirer ce qui convient lorsqu’on
s’occupe de la zoologie. On sait, par exemple, que la Colombie — terre
de géologie violemment mouvementée pendant le Tertiaire — est par
rapport à sa superficie environ sept fois et demie plus riche en formes
d’oiseaux que le Brésil. On sait, également, que des passereaux qu’on
croit couramment être très « récents », tels que les Mésanges, les Pipits, etc.,
existaient en fait presque tels que nous les connaissons aujourd’hui à la
fin de l’Eocène ou au début de l’Oligocène 1 . Il n’est donc en rien éton¬
nant que, « happés » par une vive orogènese après l’Ecocène, nombreux
soient les « groupes » de passereaux colombiens qui ont donné naissance
1. Les allirmations qui ne sont pas appuyées de réferences dans cet article, le
sont amplement dans tous nos autres ouvrages. Voir, par exemple, pour ce qui est de
l’àge de fossilisation des petits oiseaux cités ci-dessus : Howard, H., Fossil Evidence
o/ Avian Evolution (This Ibis 92 : 1 et s. 1950); se rapporter en outre à : Panbiog. 1 :
33-34, 319, note, 323, 329, 619-620, 790, etc...
Source : MNHN, Paris
438
à de nouvelles sous-espèces, voire même espèces ou genres, par néo-
formation échelonnée au long des Andes d’aujourd’hui, pic par pic, massif
par massif. Il arrive, naturellement, que ces néo-formations puissent sou¬
vent faire corps, en taxonomie, avec des groupes qui n’appartiennent
pas aux Andes mais sont toujours issus d'ancêtres communs (voir par ex.,
Panbiog. : 301, fig. 36, 299-304; se rapporter aussi à : Spare : 247; etc.).
Il est évident que des néo-formations de ce genre ne sont pas exclusive¬
ment propres aux Andes ni en général aux montagnes bordant des géosyn¬
clinaux particulièrement actifs pendant le Tertiaire. On les retrouve
en effet sur les vieux grès du Système du Duida-Itoraima ( Zonolrichia :
voir, par ex., Panbiog. 1 : 358 note), sur les Ilots côtiers des Fidji ( op. cil..
2b : 900, fig. 248), en Nouvelle-Guinée ( Space : 117, 274 note; etc.), aux
Galapagos ( Space : 617, fig.). En fait, ce que nous avons appelé dis¬
tribution horslienne (voir les index de nos travaux 1958-1962) n’est qu’une
phase de la formation que nous venons sommairement d’indiquer *. La
terre et la vie ont évolué de pair.
La vicariance 2 frappante qui, parmi les mondes biologiques, fait
un tout —■ géographique, écologique, etc. — des formes (sous-espèces,
espèces) d’évolution récente (p. ex. Mammifères, parseriformes) et
place ces formes dans les cases de véritables mosaïques, a attiré de
bonne heure l’attention des zoologistes. Darwin lui-même s’en rendit
compte, du moins pour ce qui était des animaux des Galapagos ( Space :
609 et s.), pas plus tard qu’en 1839. Kleinschmidt en fit une question
fondamentale (op. cil. : 179 et s.) en 1897. Aujourd’hui tout le monde
est d’accord en zoologie pour admettre que des formes vicariantes par
l’aire géographique, la morphologie, etc., et qui peuvent être rapportées
à un ancêtre proche et commun n’ont aucun titre à être admises comme
espèces légitimes. Ce ne sont, au contraire, que des sous-espèces d’une
espèce « polytopique », dont le type de nomenclature et le type physique
sont représentés par la sous-espèce et l’échantillon les premiers connus.
On désigne également en zoologie du nom de «super-espèce », un ensemble
d’espèces alliées à un proche ancêtre qui leur appartenait en commun
1. Dans le cadre d’un cours universitaire, ce que nous venons d’exprimer en quel¬
ques mots formerait le sujet d’un cycle de conférences d’intérêt égal pour la biogéo-
grapliie et l'évolutionnisme. Nous regrettons de ne pouvoir développer le sujet ici.
2. Ce terme est loin d’être inconnu des naturalistes français (voir, p. e., la mention
d’« espèces vicariantes » par Aubh/îville, op. cil. : 29). Nous nous devrions d'y apporter
des précisions d’ordre biologique et sémantique, malheureusement impossibles à
formuler ici. Sommairement (voir aussi la fig. 3) : lorsque l’aire d’une forme ances¬
trale A se morcelle par évolution locale autour de centres de différenciation (massifs
montagneux, lacs, steppes, forêts, etc.) particuliers aux descendants de cette forme,
soit, a, b, c, d, il en résulte que a, b, c, d... sont vicariantes (ou se substituent) au sein de
l’aire ancestrale, chacune de ces formes s’en tenant, en principe, à l’aire de son origine
à l’exclusion de toute autre. Il est facile de comprendre que les formes vicariantes
sont souvent dénommées au gré des auteurs, formes de remplacement, formes géogra¬
phiques, formes biologiques, etc... Quoique courante, cette synonymie prête à équi¬
voques, car la vicariance en tant que telle est souvent fort nuancée. Voir, par exemple,
» wing dispersai » ( Space : 29, 99, 121, 192, etc...). 11 nous parait presque inutile de
remarquer que, en principe, la vicariance est bien loin de s’appliquer seulement aux
espèces et sous-espèces. Par exemple : le genre Nolhofagus (austral) est vicariant
avec le genre Fagus (boréal) au sein des Fagacées (ou Fagales).
Source : MNHN, Paris
— 439 —
(c’est, dans une certaine mesure du moins, la série et la section des bota¬
nistes).
11 va de soi que 1’ « espèce polytopique » et la « super-espèce » ne sont
pas toujours une « panacée » absolue, et que des litiges taxonomiques ne
manquent pas même dans la zoologie des animaux supérieurs (Mammi¬
fères, Oiseaux, etc.). Il est d’autre part certain que 1’ « espèce floue » est
par définition une sous-espèce en zoologie, ce qui simplifie beaucoup les
choses el les idées.
En botanique, l’espèce polytopique existe tout aussi bien, ce dont
font foi les textes que nous avons cités. Néanmoins, elle se « voit » plus
difficilement, car il faut avoir des idées très nettes sur une foule de ques¬
tions et une longue pratique pour les distinguer clairement. En outre,
les habitudes toujours admises en botanique, quoique déjà condamnées
en zoologie, s’opposent à ce que la révolution de Kleinschmidt se fasse
sentir vivement au-delà du monde des animaux. On y viendra, naturelle¬
ment, mais il faudra attendre, peut-être très longtemps encore. La bota¬
nique est sous beaucoup de rapports une science de tout repos.
Nous avons souligné jusqu’ici surtout la partie historique et taxono¬
mique de la vicariance (ou, si on le veut bien, de la formation vicariante),
et il nous reste à la considérer au point de vue de la biogéographie et de
l'évolutionnisme, ce qui est pour nous ici de beaucoup le plus important.
Supposons qu’un groupe ancestral A donne lieu sur son aire à la
formation de sous-groupes divers ainsi que le montre notre schéma (fig. 3),
et remarquons ce qui suit : 1° — Le processus de formation est en soi-même
fort clair. C’est en effet un morcellement par évolution hétérogène, de
telle sorte que son déroulement est facile à saisir; 2°— II en est tout autre¬
ment des causes de ce processus. S’il est certain que le milieu est un facteur
d'évolution, il n’est pas moins certain (voir Space, dans l’ensemble) qu’on
n'a jamais vu des Pinsons évoluer en tendant à devenir des Merles;
3° — Pour paradoxal que cela puisse paraître, le fait est que la formation
vicariante exclut par elle-même la migration. En se reportant à notre
figure 3, on verra sans peine que les sous-groupes a, b, c... en cours de
formation au sein de A n’ont eu aucun besoin d’émigrer pour atteindre
leurs localités : ils y sont nés. Naturellement, si cela est vrai des sous-
groupes a, b, c... cela doit être vrai des groupes A, B, C... Le groupe A,
dont sont issus a, b, c... est lui aussi né sur place , et ainsi de suite; 4° La
notion de centre d’origine est en principe la même que celle d’aire. Le
centre d’origine de A, ou de a, est le secteur de formation de ces unités,
ce qui revient, en principe, à leur aire initiale.
On nous dira que tout ceci est fort osé, mieux encore, absurde pris
au pied de la lettre. En effet, pouvons-nous ignorer que des plantes telles
que les Galinsoga sspp. ont fait la conquête de presque toute la terre
en très peu d’années grâce à une dispersion par émigration très active?
L’émigration fait donc partie évidente et essentielle de la distribution
géographique, et toute prise de position qui amène à en douter, pire
encore à la nier, est, dira-t-on, à condamner par définition.
Cette objection oublie l’essentiel, ainsi que c’est couramment le cas
Source : MNHN, Paris
440 —
pour les objections de la « zoogéographie » et de la « phytogéographie »
soi-disant classiques et orthodoxes. C’est un fait que dans les mondes
?. 3. — Vicariance et origine des unités : 1, Aire de l'espèce ancestrale A (ou du taxon en gêne¬
rai); 2, Dans son contour, et en des lieux particuliers (montagnes, forêts, steppes, etc.,
s'individualisent trois centres de formation a, o, c, qui accusent de la vicariance (et occupent
des places propres et distinctes) dans l'aire ancestrale. L'espèce A tend ù devenir « poly-
topique ■ ; 3, l’espèce A est définitivement • polytopique ■ par deux sous-espèces a' et /■',
c s’est éteinte; la vicariance très nette des débuts (voir (2) ) est modifiée par des changements
des aires subspécifiques par mobilisme positif (6 - : aire d'origine augmentée) ou négatif
la' : aire d'origine amoindrie) ) ; 4, la sous-espèce a' est devenue une espèce A' qui se mor¬
celle à son tour en trois, a, b, c (répétition du processus de l2); b et b" sont vicariantc.
comme formes-filles de b' (voir (3) ).
L’objection, très acceptable en apparence, qu’il est impossible de suivre
.s passages de (1) à J4), ce qui les rend purement tl
objectivement à l’état naturel 11- r _.. .... ._
riques, est mal fondée en fait. Remarquons que: 1“ L'analyse exigée par là biogéographie
scientifique ne doit pas commencer par le stade (1), mais par le stade (4), dont les données
de distribution sont connues, puisqu'elles existent dans le présent; 2” La conception du
processus de formation comme tel est l’essentiel; le cas particulier s'interprète dans le
cadre de ce processus, et est à analyser comme tel (comme cas particulier d'un processus
général d'après les données de fait qu'il livre; ces données ne peuvent être en contradiction
avec le processus fondamental, t.e processus détermine dans tous les cas les rapports du
temps, de l'espace et de la forme (vicariance, mobilisme, immobilisme, moyens, émigra¬
tions, etc...) qui doivent être bien admis par principe dans une vraie science de la biogéo¬
graphie; 3° La formation vicariante, d'autant plus évidente qu'elle est plus récente, esl
attestée objectivement à un point tellement bien marqué qu elle apparaît comme une
nécessité, et que la zoologie l'a érigée en principe fondamental de sa classification et de
sa notion d'espèce, de sur-espèce etc...,, depuis plus de cinquante ans. La botanique est
aujourd'hui en voie de se rallier aux mêmes idées; 4» En conclusion, les stades de la
fig. 3 (1) à (4), peuvent nous être inconnus, en partie, dans un cas particulier (certainement
pas si c'est le stade (4) que l'on considère), aucunement dans le cas général. Ils ne sont
donc pas théoriques par essence, mais uniquement par non-accessibilité.
biologiques stabilisés depuis longtemps, et soumis à des conditions d’am¬
biance qui ne varient pas, ou presque pas, les associations sont stables,
chaque forme animale ou végétale y occupe une place déterminée, et
l’excès des naissances sur les décès est virtuellement nul. Dans ces condi¬
tions - - qui ont été largement celles des époques géologiques partiru-
Source ; MNHN, Paris
— 441 —
lièrement tranquilles — l’émigration n’entre pas, ou presque pas, en
ligne de compte, et l’histoire du groupe et celle de son aire (Space : 230 et s.,
243) se confondent.
Les choses se passent de tout autre façon lorsque les conditions
d’ambiance varient soit par des causes artificielles (incendie, défriche¬
ment, etc.), ou naturelles (changement de climat, orogénèse, érosion, etc.).
La vie inféodée à des climats rigoureusement déterminés et incapable
d’adaptation ultérieure, est balayée, et sa place est prise par des formes
à grand pouvoir d’extension, à tendances ubiquistes. En cas d’incendie
par l’homme faisant brèche, par exemple, dans une sylve tropicale de
montagne, les changements que nous venons d'indiquer sont observables
dans le courant de quelques mois, la destruction elle-même pouvant être
presque instantanée, « liquidant » en peu d’heures tout un monde de for¬
mations et d’associations remontant, en principe, au début du Cénozoïque.
en d’autres termes, vieilles de bien des millions d’années. Avec infiniment
plus de lenteur, mais tout aussi certainement, les changements d’ordre
géologique et climatique altèrent la face du monde. La vie et la terre
évoluent de pair, et ceux qui opposent le fossile au non-fossile en s’imagi¬
nant que la biogéographie 1 est désarmée sans le secours du premier si'
trompent formellement. Les nombreux milliers de données de distribu¬
tion dont nous pouvons aisément prendre connaissance dans les pages,
par exemple, de Peters, Check-List of Birds of the World, dans la Faune
de l’Empire Français, etc., appartiennent à la zoologie contemporaine
et tout aussi bien à la paléontologie du futur. Pourrait-on penser que la
logique des choses valable pendant le Crétacé, par exemple, est périmée
aujourd’hui? A ceux qui diraient oui, nous dirons non dans l’assurance
d’avoir raison.
Le cours de l’évolution dans l'espace et le temps englobe donc en
principe deux sortes de phases, les unes d’immobilisme, les autres de
mobilisme. La mauvaise herbe qui aujoud’hui s’empare de continents
entiers en peu d’années par de violentes émigrations, quel que puisse en
être le moyen, est, naturellement, dans un paroxysme de mobilisme.
Néanmoins (Space : 220 et s.), comme toute autre chose de la nature
vivante, cette même mauvaise herbe est appelée à revenir à une aire
située là où elle a pris naissance par un processus normal de vicariance.
Rien n’est issu de rien, et tout ce qui est issu l’est conformément à une loi.
S’il est vrai qu’une mauvaise herbe paraît n’obéir qu’au caprice du hasard,
il est encore plus vrai que ce hasard obéit lui-même à des règles établies
dans le cadre de la nature. C’est toujours par la considération des
moyennes qu’on apprécie en science les exceptions.
1. Nous soulignons. Essentielle au point de vue de la phylogénie, de la morpho-
génie, de l'évolutionnisme de la forme, la paléontologie zoologique et botanique ne
l'est toujours pas fondamentalement au point de vue de la biogéographie. Voir, par
exemple, Panbiog. 2 b : 11G9 et s., 1609 et s., 1611 et s., etc... Nous connaissons (voil¬
ions nos travaux à partir de 1958) d'excellents paléontologistes qui sont des biogéo¬
graphes peu sûrs, et des évolutionnistes dont la logique s'accommode très mal des faits
(Space : 657 et s., etc...) dès que des théories chères sont mises en cause. Savoir n'esl
toujours pas s’entendre.
Source : MNHN, Paris
— 442 —
Tâchons maintenant de résumer ce que nous venons d’exposer, en
quelques simples formules. Les mathématiques de l’infini reviennent,
si nous sommes bien informé, au principe (Space : G85), que dans ses
limites, une classe a pour propriété essentielle que le tout n’est pas plus
grand qu’une de ses parties. L’étude de la vie dans l’espace et le temps,
n’est pour l’ Homunculus, guère loin de l’infini. Même si elle ne l’atteint
pas, elle peut se trouver bien, elle aussi, de quelques notions qui évoquent
tantôt cette science exacte mais paradoxale, tantôt les axiomes de M. de
La Palisse.
On confond très souvent la distribution géographique avec la répar¬
tition. Il est presque impossible de distinguer l’une de l’autre dans le
langage courant ( Space : 15, note 2), mais nous croyons y voir deux
notions différentes. La distribution, comme fait, est donnée en indiquant
un taxon et une localité. Par exemple, la distribution (géographique)
d’une certaine espèce de Crolon au Vénézuéla nous est suffisamment,
connue par la formule : C. speciosus Muell.-Arg., Cerro del Avila (Caracas).
La répartition est, pour nous du moins, autre chose. Le Crolon en question
fait partie d’un ensemble d’espèces du genre en Amérique Latine, et
la situation qui lui revient par l’espace, dans le temps (Cerro del Avila),
et la forme (espèce speciosus) ne peut être bien estimée qu’à la condition
de fixer celle de ses alliés en Colombie, Pérou, etc. Toute plante et tout
animal fait donc partie d’une série dont les rapports doivent être connus,
partie par partie et dans l’ensemble, si l’on veut réellement expliquer sa
biogéographie, qui, elle-même, n’est qu’une fraction de celle du monde
vivant dans l’Univers du présent et du passé. Nous en conclurons tout
d’abord que l’explication à rechercher exige une méthode d'analyse de
la distribution étendue à des séries. Les résultats de cette analyse
livrent par déduction des principes et des lois valables pour la partie
et pour l’ensemble.
L’étude de l’ensemble, c’est-à-dire de la distribution par séries,
nous amène à schématiser la répartition par la formule analytique que
voici : Répartition = Translation + Formation. Cette formule s’oppose
à celle de la distribution qui est descriptive, et qui est, ainsi que nous
l’avons vu : Distribution = Localité -(- Taxon.
Nous appelons translation le déroulement de causes et d’effets auquel
est dû, par exemple, que le C. speciosus se trouve aujourd'hui à des cen¬
taines, si ce n’est à des milliers, de kilomètres de ses alliés. Ce que nous
savons de la vicariance et de sa raison d’être empêche d’identifier la
translation à l’émigration tout court. D’autre part, les rapports dans
l’espace entre le C. speciosus et ses alliés impliquent des distances, et
par là même un fait de transfert. C’est pour nous, la translation.
Par formation nous entendons le processus qui a déterminé l'établis¬
sement de telle, ou telle autre, unité de classification (taxon, en général;
variété, sous-espèce, espèce, genre, etc., dans le cas particulier envisagé)
sur un point quelconque de ce qui est aujourd'hui pour nous la carte
géographique du Vénézuéla, de la Colombie, du Pérou, etc. 11 nous paraît
clair que la translation et la formation sont des faits d’interprétation,
Source : MNHN, Paris
- 443 —
alors que la localité et le taxon ne sont que des faits d’observation. Ces
notions ne doivent pas être arbitrairement confondues. Interpréter des
rapports entre des faits est tout autre chose que simplement voir les faits
et les enregistrer.
Supposons maintenant que nous ayons affaire avec une orophile
quelconque, plante ou animal, endémique de quelque cime des Andes, de
Madagascar, de Bornéo, etc., au sein d’associations en état de climax.
Inféodée à un milieu virtuellement statique, cette orophile n’émigre
pas, et survit par remplacement de mort à vivant dans l’aire qui lui est
propre. Sa répartition répond donc à la formule : Répartition = O (trans¬
lation, ici dans le sens d’émigration) + Formation.
Une mauvaise herbe en cours de déplacement actif admet au con¬
traire la formule : Répartition = Translation + O (Formation). Cette
herbe émigre, en effet, sans pour cela devenir autre par la forme.
Ces formules n’ont rien de mathématique, ni même de très rigou¬
reux. On pourrait leur reprocher, par exemple, d’entendre la translation
et la formation d’une manière qui admet des nuances arbitraires au point
de vue de la sémantique *, etc. Plus encore, rien de la vie n’est jamais
toujours stable ou toujours en mouvement, et ni le climax le plus certain
ni 1' « association » rudérale la plus fugitive n’échappent à cette loi. Ces
formules fournissent néanmoins d’utiles rappels à la pensée, et — ce
qui nous paraît essentiel — apportent de la lumière sur les rapports
entre la « migration », le « centre d’origine », et les « moyens de transport »
que ni Darwin ni ses successeurs n’ont jamais su mettre au point.
En effet : la formation vicariante exclut, de par sa nature et son pro¬
cessus, des émigrations qui auraient été effectuées grâce à des moyens
de fortune. Les « moyens de transport » que la biogéographie classique
voudrait être mystérieux, etc., ne sont rien de tel. Une forme vit et se
reproduit dans l'ambiance qui lui est naturelle en faisant appel à des
moyens de dissémination 2 . Si l’ambiance gagne en ampleur, ces moyens
emboîtent le pas en se transformant en moyens de translation éventuelle.
L’hypothèse des «moyens», échafaudée par la biogéographie classique,
aboutit donc à un malentendu. Les moyens de migration d’une mauvaise
herbe des champs du Vénézuela, qui gagne du terrain sans arrêt au fur et à
mesure que s’étendent les cultures, ne sont ni plus ni moins que les moyens
de survivance qui permettent à cette plante de se maintenir, à son état
d’origine, dans quelque poche héliophile sur les berges du Haut-Orénoque.
Multipliés, ils ne cessent pas d’être ce qu’ils sont.
Il est d’autre part certain que, dans l’ordre de nature, le mobilisme
outré dont certaines formes font preuve à un moment donné de leur
1. Nous pourrions répondre d’avance à de tels reproches, mais ce serait au prix
de l’adjonction à cet article d’une « parenthèse » d’au moins quinze pages. Si notre
œuvre est volumineuse, et si son contenu nous a parfois attiré l’accusation d’être fort
apologétique c'est bien que, à notre âge, il vaut mieux prévenir les objections sans
2. Chez les animaux, ce sont des prises de territoire, des rassemblements, etc...,
assurant la reproduction.
Source : MNHN, Paris
- 444
histoire ne peut durer indéfiniment. Les circonstances qui le favorisent
s’affaiblissent tôt ou tard en raison de changements de climat, de géogra¬
phie, de l’évolution biologique intrinsèque, etc. Tôt ou tard, le mobilisme.
cède à Y immobilisme, et le processus de différenciation vicariante reprend
tous ses droits. S’il est vrai que certaines plantes aquatiques soient vir¬
tuellement pandémiques, et presque partout à caractères homogènes,
il s’agit toujours de formes ayant atteint depuis très longtemps un très
haut degré de stabilisation morphologique au sein d’un milieu en soi-
même très mobile, essentiellement ubiquiste, et qui s’est au cours de
tous les temps maintenu comme tel. Ces plantes ne contredisent pas la
règle, car elles n’en sont qu’un cas très particulier. On pense contre la
règle quand on veut, pour des fins théoriques, attribuer à ces distributions
un sens qu’elles n’ont pas.
Nous admettrons que les quelques notions que nous venons d’énoncer
donnent lieu, dans l’immensité des temps et de l’espace, à des foules
île cas particuliers (voir ci-dessus), qui peuvent paraître parfois franche¬
ment mystérieux ou contradictroires. En effet, par un choix approprié
d’exemples, nous pourrions prouver à volonté que tout ce que nos lecteurs
viennent de voir affirmer est absolument vrai ou absolument faux. La
question n’est néanmoins pas là. Ce qui peut importer à un naturaliste
est d’avoir sous la main une méthode d’analyse comparative par laquelle
d Im soit enfin donné de comprendre la distribution en tant que réparti¬
tion, c’est-à-dire d’après les facteurs de temps et d’espace qui régissent
les destinées de la forme dans l’évolution organique. Cette analyse est
dès le début impossible à ceux qui n’ont aucune idée de « moyens » « cen¬
tres », « migrations », etc. autre que celle qui leur est fournie par des
théories dont la popularité n’est assurée que par la compilation, l’auto¬
rité, ce qu’on dit, ce qu’on a écrit. Nous avons souvent rencontré dans
nos lectures de brillantes idées qui n’ont rien donné faute de méthode, et
par incapacité de secouer le jour de la tradition.
Nous retiendrons de l’exposé, hélas bien élémentaire, que nous
venons de terminer, ce que voici : 1° — La formation des unités systéma¬
tiques est, en principe et comme processus, vicariante, c’est-à-dire, elle
se fait par morcellement au sein d’un groupe ancêtre commun aux des¬
cendants qui en dérivent; 2° — La migration, contrairement aux idées
aujourd’hui reçues, n’est pas un facteur essentiel du processus de for¬
mation. La vicariance tend à l’exclure de par elle-même, car l’isolement
est une condition primaire de la formation ; 3° — Néanmoins, la migration
a joué un rôle important en conquérant, à des époques et à des moments
déterminés dans l’histoire de la vie, du groupe et de l’individu, des
domaines sur lesquels la formation vicariante a repris ensuite tous ses
droits ; 4° — Les opérations de la vie ne sont jamais désordonnées et contra¬
dictoires. En aborder l’étude à l’aide de théories préconçues, de la compi¬
lation, des idées vagues, etc., est inutile. On doit s'efforcer de saisir
l'ensemble avant d’essayer de placer =es parties dans la situation qui leur
revient naturellement; 5° — La biogéographie vivante s’intégre au docu¬
ment fossile. Ce dernier ne peut contredire ce qu’enseigne la vie d’aujour-
Source : MNHN, Paris
445 —
d’hui. Ce qui vit aujourd’hui sera fossile demain. La distribution et la
répartition de nos jours sont des fonctions de celles du passé. Ce qui est
révélé par la vie de nos jours a une valeur pour toutes les époques ; 6° — Une
connaissance exacte et étendue de la distribution comme fait d’observa¬
tion est essentielle à la biogéographie scientifique. Cette science est une
discipline indépendante ; en effet, elle constitue une philosophie de la vie
dans l’espace et le temps, qui donne aux autres sciences autant qu’elle
en reçoit; 7° — Le but de la biogéographie scientifique ne consiste aucune¬
ment à faire des hypothèses ou à chercher des confirmations ou des réfu¬
tations de « migrations », « ponts », « moyens de transports », « origines ».
etc., dans les faits de la distribution. Ce qu’elle veut e«t l’analy e e rai¬
sonnée de ces faits, quitte à en déduire, en général et dans le détail, ce
qu’ils peuvent enseigner; 8°— Notre œuvre n’est qu’un bien mince début,
et il est certain que nous avons fait nous-mème de mauvaises applications
de la méthode que nous soutenons. Cette méthode est néanmoins celle à
suivre. En fait, nombreux sont aujourd’hui les naturalistes qui la suivent
dans des cas particuliers (Space : 86) sans pour cela se rendre compte,
nous le craignons, de sa valeur et de sa puissance comme méthode appli¬
cable à la généralité des cas.
D. LA RÉPARTITION DES BOMBACAC.ÉES
Ce groupe est essentiellement pantropical sur une aire s’étendant
du Mexique à la Nouvelle Calédonie par l’Afrique. L’alliance du Bom¬
bax, telle du moins que M. André Robyns la définit (Bull. Jard. Bot.
Bruxelles 33 (1-2) : 1, 1963), couvre, à peu de chose près (fig. 4), la distri¬
bution de la famille. En attendant le résultat de travaux ultérieurs
sur les Bombacacées Américaines, nous pouvons, grâce à l’aimable concours
de M. André Aubréville, compter sur les données suivantes pour ce qui
revient au Vieux Monde : 1° — Afrique : Pauvre en général. Bombax
a 3 espèces (surtout occidentales; voir ci-dessous); Bhodognaphalon, 7
(2 occidentales, 5 orientales (Kénya-Mozambique)); Ceiba, 1, Adansonia,
1; 2° — Madagascar : Adansonia, 6/7 espèces; Humberliella n’est proba¬
blement pas de la famille; 3° —- Asie du Sud-Est et Malaisie :
Bombax, 8 espèces (voir ci-dessous) ; plusieurs genres des Duriées (consi¬
dérées comme primitives : Durio, Neesia, Coelostegia, Camploslemon
(voir ci-dessous); 4°— Australie : Bombax (B. ceiba var. leiocarpum)
au Northern Territory; Adansonia, 2 espèces (région du nord-est), Camp¬
loslemon; 5° — Nouvelle-Calédonie : Maxwellia, 1.
En nous rapportant implicitement à nos travaux en général par
souci de brièveté, nous signalerons tout d’abord quelques données impor¬
tantes pour la répartition des Bombacacées : 1° — La pauvreté africaine
est un fait connu, et assez répandu autant dans la phytogéographie
1. Les données que nous avons pu relever dans le beau travail de M. Vibot (La
Végétation Canaque; Thèse Paris, 1956 (pp. 101, 189, 196) indiquent à notre sens un
endémisme de très vieille souche.
29
Source : MNHN, Paris
- 446 —
(par ex. Crolon) que dans la zoogéographie ( Panbiog. 1 : 98 et s.) des grands
groupes pantropicaux. On a remarqué ( op. cil. : 216 note, 218 note, etc.)
que les familles, genres, etc., qui sont endémiques de l’Amérique Tropi-
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Fig. 4. — La répartition des Bombacacées.
Observations. — La distribution générale des Bombacacées est indiquée en trait denté.
de notre Manual of Phulogeoyrapliu, 1952. Sont tirés de la même source, les cercles : 1
(• Atrican çate-l, A (« Main Center ot angiospermous genorheitral origins »). On remar¬
quera que : 1° La figure 61 se rapporte (voir Man.) en termes précis aux : - Trends in the
dispersai of tlie Bombacacea • (c’est-à-dire aux tendances générales dans la dispersion des
Bombacacées), nullement à la distribution et à la répartition comme telles. 2° Le cercle A
désigne très nettement le ■ centre principal de l'origine des groupes ancestraux (gcnor-
heitra) des Angiospermes -, aucunement le centre d'origine dés Bombacacées. Suivre ces
indications d'après le texte.
cale font preuve d’un « pouvoir d’émigration » fort réduit hors de ce
domaine. A notre avis, cela prouve seulement que l’indigénat du Nouveau
Monde provient de quelques lignées très anciennes et jadis répandues à
l'échelle mondiale. Nombreux sont les faits indiquant (voir par ex.,
Princ. 1 b : 1217, fig. 159) que ce qui fut jadis l’Afrique a été au cœur des
répartitions ancestrales. Nous irions même plus loin : nous sommes per¬
suadé que l'axe : Le Cap — Kazakhstan marque le berceau réel des
Mammifères placentaires et des Passereaux « normaux » (c’est-à-dire,
« non-mésomyodes »). Pour sa part, l’Amérique a fort heureusement
développé nombre de groupes (par ex., les Passereaux mésomyodes) qui
sont aujourd’hui peu nombreux en Afrique mais assez bien représentés
une fois de plus dans l’Asie Sud-Orientale et la Malaisie. Toutefois, si
le Nouveau Monde a vu prospérer ce que le Vieux Monde lui a jadis
confié, tout se passe comme si l’Amérique n'avait donné origine à aucune
des grandes souches de la vie « moderne » (n’oublions jamais qu’une
Mésange très « moderne » est en fait un fossile vivant, vieux d’entre 50
et 80 millions d’années) ; 2°— Il est donc normal que la pauvreté Africaine
soit compensée par l’abondance Américaine, et des développements par¬
fois très importants aussi en Malaisie et, en général, dans l’Asie du Sud-
Est. Le contingent Malais et Asiatique comprend souvent des endémismes
Source : MNHN, Paris
— 447 —
d'allure primitive. Bombacacées et Capitonidés (Piciformes) sont l’un et
l’autre dans ce cas 1 ; 3° — La carte de la répartition d’Adansonia par
Hutchinson (Fam. Flow. Plts., 2nd ed., 1:253, fig. 1959) est accompagnée
de la note suivante : « The distribution of the gaint-stemmed tree genus
Adansonia (Bombacaceae) seems to indicate that the land masses of
Africa, Madagascar and Australia were formely in doser contact ». Nous
sommes d’accord cette fois-ci (voir, d’autre part, Space : 91 fî.) avec
Hutchinson : il est évident que la « Porte Africaine de l’Angiospermie »
a joué avec la « Polynésienne » dans la répartition des Bombacacées, qui
comportent par là même un élément « Gondwanien » nettement marqué.
Nous ferons observer toutefois que la « Porte Polynésienne de l’Angio-
spermie » ne présente aucunement dans cette famille l’importance capi¬
tale qu’elle a, par exemple, pour les Fagacées, Magnoliacées (voir fig. 2).
etc. ; 4° — Le « Centre d’origine » des Bombacacées est pantropical au sens
le plus ample du mot. Nous ne saurions entamer une analyse des affi¬
nités de cette famille sans écrire pour cela de nombreuses pages, ce qu’il
ne nous est point permis de faire ici. Sans pour cela souscrire à la systé¬
matique de Hutchinson (voir op. cil. : 110 (Tiliales, Malvales) (se rap¬
porter aussi à Princ. la : 436, fig. 50), nous sommes toujours de l’avis que,
au sens phylogénétique du moins, les Bombacacées ont des attaches
d’ordre très positif avec Malvacées, Scytopetalacées, Tiliacées, Stercu-
liacées, Flacourliacées, Géraniacées, bref, avec le plus gros des Angio¬
spermes. C’est donc d’ancêtres très éloignés des Angisopermes, et par
mise au point et combinaison de caractères qui leur étaient particuliers,
que sont issues les Bombacacées modernes 2 . Il nous paraît très signifi-
1. Nous nous permettons de conseiller à ceux de nos lecteurs qui s’intéressent à
la biogéographie scientifique — qu’ils soient zoologistes ou botanistes — d’analyser
tout à fait objectivement la distribution des oiseaux Capitonidés. 11 suffira de leur
rappeler deux ouvrages : 1. Rippley, D. Dillon, The Auk, 62 : 542 et s. 1945 ; 2.Peters,
J. L.., Check-List of Birds of the World 6 : 24 et s., 1948. La méthode d’analyse A
suivre est naturellement celle que nous préconisons (voir, p. c., Panbiog. 1 : 329 et s.).
Nous ne croyons aucunement que ces oiseaux soient originaires de l’Asie, ainsi que
le veut Ripley (op. cil. : 543). Il suffirait pour en douter de lire ( loc. cil.) ce que cet
auteur dit lui-même des Capitonidés du Nouveau Monde, et que voici : » One brandi
of relatively unspecialized barbets, having become isolated from the main group has
evolved into two principal types in Tropical America ». Ce même texte se poursuit de
la sorte : « Another branch, a relative of which is still found in Asia, has evolved into
a sériés of types in Africa... Isolated and distinctive types appcar in ail three continental
areas ». On lira enfin, op. cil. : 562, ce qui suit : « Witliin the family (Capilonidae) thcre
are a limited number of characters such as bill form and plumage color patterns wicli
reappear throughout in a variety of combination ». En conclusion : 1. Distribués à
l'origine sur le Vieux et le Nouveau Monde presque comme les Bombacacées (ces oiseaux
sont toujours absents —- comme tous les Piciformes — de Madagacar et de l’Australasie,
ce que nul zoogéographe n’a jamais su expliquer), les Capitonidés ont évolué par la
combinaison constante d’un nombre limité des caractères ancestraux. 2. Ces oiseaux
sont vicarianls sur les trois aires, Amérique Tropicale, Afrique (où ils sont, comme par
exception, plus nombreux), et Asie du Sud-Est avec la Malaisie Occidentale. Ripley
propose une interprétation en contradiction avec les faits qu’il évoque en les croyant
« originaires » d'Asie. Ce qu’il en dit, et ce que nous avons mis en lumière le démontrent
avec évidence.
2. Si nous pensons que presque tous nos lecteurs accepteront sans difficulté
l’idée que les Bombacacées sont alliées aux Scytopétalacées, Malvacées, Sterculiacées
et Tiliacées, nous sommes loin d’être sûr que beaucoup d’entre eux voudront croire à
une affinité, par exemple, entre les Bombacacées et les Flacourtiacées, etc.. Pour nous
Source : MNHN, Paris
448
catif que la flore Malgache recèle des endémismes d’attribution délicate
(voii aussi Princ. la : 760, note) entie les familles dont il vient d’être
question ; 5° — Naturellement, nous sommes sûr que les Bombacacées
étaient déjà déterminées comme telles —ne serait-ce que par des « tribus »
et des « genres » archaïques qui ont donné par la suite origine aux formes
« modernes » — vers le Jurassique ( Space : 230 et s., 287 et s., 358 et s.,
etc.). Même en admettant des migrations postérieures à cette époque
durant des phases de mobilisme répétées, nous sommes toujours de l’avis
que les Bombacacées archaïques n’étaient en principe pas moins répandues
il y a environ 175 millions d’années que les Bombacacées modernes ne le
sont aujourd’hui.
Ceci dit, nous pouvons nous livrer en bonne conscience à 1’ « auto¬
critique » de notre conception de la répartition des Bombacacées en 1952
{Man., fig. 61 ; ici, fig. 4) sans pour cela risquer des « lavages de crâne »,
ni faire de la théorie pour ou contre nous-même.
Nous admettons que nous avons eu tort d’insister trop (nous souli¬
gnons, car c’est essentiel) sur un « main central of angiospermous genorhei-
tral origins » situé bien au sud de l’Afrique Méridionale. Nous avons
entendu combattre par là la théorie des « origines holarctiques » de la
vie en général qui faisait rage aux États-Unis lorsque nous y travaillions,
et avons commis l’imprudence de forcer notre point de vue par un gra¬
phisme outré. Néanmoins, si nous avons beaucoup appris au sujet de la
« formation » à partir de 1952, nous sommes aujourd’hui encore persuade
que l’origine première de l’angiospermie est à rechercher dans les régions
au sud de l’équateur (du moins qui y sont de nos jours); voir Space :
399, etc.), et à rattacher aux suites des Glaciations du Permo-Carbonifère.
Nous n’avons à l’heure qu’il est aucune raison de regretter d’avoir
nettement indiqué la « Porte Africaine de l’Angiospermie » comme en
relation avec la répartition des Bombacacées. Si nous croyons toujours
que ces plantes n’ont pas « émigré » de Madagacar au Mexique et à la
Nouvelle-Calédonie, cette « Porte » a très certainement joué un rôle
d’importance (voir par ex., Princ. lb : 1244, fig. 165, 1246, fig. 166;
dans leur formation sur les pourtours de l’Océan Indien. Elle, et ses
sœurs, n’ont rien à voir avec des « théories ». Ce sont les faits de la dis¬
tribution eux-mêmes qui les signalent comme importantes pour la répar¬
tition.
cependant, cela ne fait point de doute. Les Prockiées, admises par Bâillon (que
Hutchinson suit) comme une simple « série » des Tiliacées, sont traitées par d'autres
auteurs (voir, p. ex., Metcalfe et Ciialk, Anal. Die. 1 : 123, 2 : 1322, 1950) comme
Klacourtiacées peut-être affines des Lacistémacées. On hésite toujours sur la question
de savoir si les Paropsiées (op. cil. : 126, 679) doivent être attribuées aux Flacourtiacées
ou aux Passifloracées. Eniin, par Prockia et Parosia on rattache Tiliacées et Passi¬
floracées; des Tiliacées aux Malvacées, et de celles-ci aux Bombacacées, le pas n’est
assurément pas long. Nous dirons donc : 1. Les affinités pliyloyénétiqucs, même assez
proches, sont une chose et les affinités systématiques en sont une autre. 2. Les deux
sont réelles (les premières surtout), mais on ne peut appliquer rigoureusement les
premières aux secondes sous peine de proposer une classification impossible au point
de vue pratique —- rattachant par exemple le Baobab à la Passiflore — quoique excel¬
lente au point de vue évolutif et philosophique. Ces questions demandent toujours une
attention sérieuse qu’on ne leur a presque jamais accordée.
Source : MNHN, Paris
449
II est certain qu’une carte de répartition telle que notre ancienne
figure 61 (voir fig. 4) est absolument élémentaire. Il faut cependant recon¬
naître que nulle science n’est exempte de faire place à un moment donné
de son histoire à de très savantes « bagatelles ». C’est par là qu’elles com¬
mencent en général, et la philosophie la plus approfondie doit toujours
quelque chose aux bavardages de Socrate faisant la dialectique avec les
oisifs de l’Agora sur de traîtreuses propositions. Ayant pas à pas essayé
de bâtir une méthode biogéographique utile, et la connaissant peut-être
passablement aujourd’hui (nous n’y avons aucun mérite; nous sommes
en effet honteux d’avoir mis si longtemps à nous apercevoir que par
exemple, l’évolution de la terre et de la vie vont de pair), nous recher¬
cherions à l’heure présente dans la répartition des Bombacacées autre
chose que ce que nous lui demandions avant 1952. C’est pourquoi pour
en finir avec cet article, nous allons indiquer d’une manière très som¬
maire quelques-unes de nos questions de 1964.
En voici des échantillons tels qu’ils nous tombent sous la plume sans
trop nous forcer. Nos lecteurs ne tarderont pas à s’apercevoir que, si
nous voulions réellement approfondir les choses, nous devrions écrire
de gros volumes à leur sujet, plutôt que quelques lignes hâtives :
1. Nous avons rencontré sur des grés (lajas) arides de la région du
Bio Parguaza 1 plusieurs plantes qui nous parurent au premier coup
d’œil intéressantes. Une d’elles s’est avérée être une espèce inconnue de
Pseudobombax que M. André Robyns a bien voulu nous dédier (Bul.
Jard. Bot. Bruxelles 33 : 67, 1963). Le P. Croizalii paraît se rapprocher
le plus du P. campeslre (Brésil : Minas Geraes, Bahia). Ces 2 espèces font
partie de la Sect. Helerosexinium, qui englobe en outre 14 autres espèces.
Nous aimerions analyser leur répartition en grand détail mais, ceci étant
hors de question, nous nous bornerons ici à quelques notes sur leur compte
dont nos lecteurs pourront eux-mêmes développer les indications
a) Elliplicum, palmeri, elliplicoideum. — Elliplicum se situe au nord du
« Nuclear Central America » des géologues américains (voir Panbiog., etc.),
et se rencontre presque un peu partout au Mexique ; on le connaît égale¬
ment au Guatemala, Salvador, Nicaragua, Honduras Britannique, Cuba.
Son indigénat Cubain est discuté, mais nous le croyons réel sans difficulté
(voir par ex., Space : 107, fig. 29). Palmeri appartient nettement au
Mexique Occidental (voir par ex., Space : 107, fig. 30). Elliplicoideum
est au Yucatân (Mexique), Petén et Izabal (Guatemala), Honduras
Britannique (voir, par ex., Space : 110, fig. 31). On remarquera la vica¬
riance de palmeri (occidental) et elliplicoideum (oriental), et on observera
qu’aucune espèce de ce groupe ne dépasse le Nicaragua vers le sud; cette
limite est biogéographique ( Panbiog. : 145-146, 268, 280, fig. 31, 335-
336 notes), nullement climalique ou écologique ; b) Campeslre, Croizalii,
1. Cette rivière se jette dans l’Orénoque (rive droite) à environ 100 kilomètres au
nord-est de Puerto Ayacucho. Son cours est situé dans l'État de Bolivar (Vénézuela).
Source : MNHN, Paris
— 450 —
maximum — Les grès du sud du Vénézuela 1 prolongent au nord les « ser¬
ras » du Brésil Oriental, et il est donc normal que campeslre et Croizalii
soient affines; maximum (Vénézuela (Zulia), Colombie (Magdalena)j
occupe une aire fort remarquable (voir par ex., Panbiog. 1 : 354, note.
339, fig. 46, 374, note; etc.), et d’après Robyns n’est pas moins remarqua¬
ble par ses caractères; c) Guayasense, millei — L’aire de ces 2 espèces
(Ecuador: Guayas, Los Rios) est une fois de plus digne de retenir l’atten¬
tion (voir, par ex., Panbiog. 1 : 288, note ; Space ; 185, fig. 43 A ; etc.) ; les
alïinités entre millei et maximum, quoique « absurdes » au point de vue
géographique courant, sont parfaitement normales; d) Andicola, hetero-
morphum — Ces ceibas sont indigènes de la Bolivie ( andicola : Cocha-
bamba, vers 2 000 m; heleromorphum : Santa Gruz, très probablement,
en grande plaine) et font pendant à beaucoup de points de vue à guaya-
sense-millei de l’Équateur. On pourrait imaginer que l 'andicola fût une
espèce par néo-formation à attribuer à l’orogenèse Andine, mais ses
rapports avec campeslre /Croizalii attestent pour nous au contraire une
forme ancienne qui a survécu, en partie, à l’orogenèse en question. Andi¬
cola et heleromorphum sont très probablement des « vicariants » géogra¬
phiques et écologiques, bien qu’issus d’ancêtres qui ne seraient peut-être
pas très rapprochés dans la Sect. Heterosexinium actuelle ; e) Grandiflorum,
longiflorum, endecaphyllum, tomenlosum, inarginalum, argenlinum —
La phytogéographie « orthodoxe » ne verrait dans ces 6 espèces que des
formes vaguement « Brésiliennes », à préférences « climatiques » et « écolo¬
giques » différentes, etc., Pour notre part, nous soulignons surtout ce
qui suit : 1° — Le Bassin Amazonien au sud de l’Amazone est intéressé
autant à l’ouest (marginalum : Pérou (Junin), Bolivie (Béni, Santa Cruz),
Brésil (Mato Grosso, Goias, Minas Geraës, Rio de Janeiro) qu’à l’est et
au sud [grandiflorum : Brésil (Rio de Janeiro, Minas Geraës, Saô Paulo.
Santa Catarina, Paranâ); ( longiflorum : Brésil (Mato Grosso, Minas
Geraës, Rio de Janeiro, Saô Paulo, Paranâ); Bolivie, Paraguay); tomen¬
losum : Brésil (Mato Grosso, Goias, Bahia, Minas Geraes, Saô Paulo).
Paraguay; endecaphyllum : Brésil (Rio de Janeiro); argenlinum : Brésil
(Saô Paulo), Bolivie (Santa Cruz), Paraguay, Argentine (Jujuy); 2°— Des
6 espèces en question, on pourrait dire qu’elles sont « sympatriques »,
1. Nous avons signalé jadis (Panbiog., 2 b : 1206) que les stations de certaines
plantes vénézuéliennes paraissaient s’échelonner tout au long d'une « piste », d’ailleurs
peu connue, entre le nord-est de l'État de Bolivar et la région côtière des États de
Yaracuy et Falcôn. Nous avons fait état également (op. cil. : 491 et s., 541. fig. 72, 551 ;
etc...) de limites de répartition dans les llanos du Vénézuela, impossibles à expliquer
par l’écologie et le climat actuels de ces plaines, et de nature à faire supposer des acci¬
dents géologiques et tectoniques anciens au sujet desquels la carte de nos jours ne
dit certainement pas grand’chose. Nous venons d’apprendre par une nouvelle de presse
(janvier 1964) qu’un gisement important de minerai de fer a été récemment découvert
vers l’extrémité nord de la « piste » citée ci-dessus. C’est donc que le fer lui-même a
« émigré » du Brésil Oriental au Vénézuela Septentrional par l'État de Bolivar et les
llanos en suivant les • pistes » des plantes et des oiseaux. Autre point de vue : ne serait-
il pas plus raisonnable de penser que la vie a suivi, par ses ancêtres, un antique « pro-
Laxe » riche en fer? Nous nous tenons évidemment à cette probabilité. La vie et la terre
ont évolué de pair, et la vie de nos jours est elle-même, toute « moderne » qu’elle parait
être, un horizon géologique (qu’on nous passe l’adjectif) de la planète. Il serait absurde
que ce ne fût pas vrai.
Source : MNHN, Paris
- 451 —
car elles se retrouvent pour la plupart au Saô Paulo. En fait, bien que
ces formes empiètent l’une sur l’aire de l’autre, elles appartiennent à
des secteurs biogéographiques différents ( grandiflorum et endecaphyllum :
orientales; marginalum : occidental; argentinum : méridional; longi/lo-
rum et lomenlosum sont centrés sur l’axe : Bolivie — Mato Grosso /Goias —
Minas Geraës) ; 3° — Il nous paraît donc sûr que le Pseudobombax est d’un
indigénat fort ancien au sud de l'Amazone comme d’ailleurs dans d'autres
parties de son aire. Partout ce genre est distribué d’une manière qui est
loin d’être capricieuse. Par exemple : l’hiatus dans sa distribution entre
le Nicaragua et l’axe : Colombie, Équateur n’admet aucune raison cli¬
matique ou écologique, mais se retrouve en ce qui concerne les oiseaux
(voir Panbiog. 1 : 444, fig. 57 A, 788, fig. 111, 839, fig. 119; etc.). On ne
saurait non plus oublier (voir la note précédente) que l’Hylaea de l’Ama¬
zonie, qui est souvent traitée en « biogéographie » comme une seule « pro¬
vince », se répartit au contraire entre une foule de centres biogéographiques
particuliers (Panbiog. 1 : 524 et s.); ce qui est pour nous assurément le
cas aussi ( Pangiob. 2a : 15, 18) de la « Province Guinéenne » de l’Afrique.
Nous observons, pour terminer ce qui concerne le Pseudobombax
et la vie en général (se reporter aussi à la note précédente), que des
distributions qui se déroulent sur un arc : Brésil Oriental-Vénézuéla-Colom-
bie-Septent.rionale-Amérique Centrale, et qui sont souvent interrompues
ou presque interrompues (voir par ex., Panbiog. 1 : 359, fig. 46) d’une
manière inexplicable par la géographie courante, sont bien connues,
autant dans le monde des plantes ( Pseudobombax , Velloziacées) que dans
celui des animaux (Schifjornis ; Oxyruncus ( Panbiog. 2b : 1550, fig. 217)).
Ces interruptions exigent que l’on fasse appel à des configurations géogra¬
phiques révolues. ( Panbiog. 1 : 776, fig. 109, 926, fig. 119 D; etc.), aux¬
quelles les plantes et les animaux de nos jours sont à rapporter par leurs
ancêtres plutôt que par eux-mêmes. Nous avons récolté, au même endroit
où nous avons rencontré le Pseudobombax Croizalii, une Bignoniacée
dont nous ignorons ce qu’il est advenu, mais qui nous valut un jour
(Panbiog. 1 : 477 et s.) l’opinion qu’elle rappelait fort nettement une
espèce déjà connue du Panama, établissant ainsi un rapport «trans-
andéen » qui n’a assurément rien de mystérieux ( Panbiog. 1 : 289, fig. 33.
301, fig. 36. 338, fig. 41, 342, fig. 42, 346, fig. 44, 355, fig. 45, 371, fig. 47,
391, fig. 51, 418, fig. 54 A; Space : 340, fig. 59; etc.), pour tout natura¬
liste instruit des rudiments de la géologie et de la biologie du Nouveau
Monde.
2. Aubréville a fort judicieusement établi des comparaisons
(Contr. Paléohist. For. Afrique Trop. : 33, 1949) entre espèces vicariantes
par « séries écophylétiques ». Il signale parmi elles le Bombax buono-
pozense (en « rain forest »), et son homologue B. coslalum (dans les savanes
boisées). Le précieux travail monographique de A. Robyns nous permet
aujourd’hui d’approfondir la question des rapports de ces espèces. Le
B. buonopozense est rapporté ( op. cil. : 107) à un « élément guinéen répandu
Source : MNHN, Paris
dans toute la sous-province guinéenne supérieure » (Guinée, Sierra Leone,
Côte d’ivoire, Ghana, Togo, Nigeria, Cameroun), et atteignant par une
variété reflexum un domaine supplémentaire fort intéressant (Cameroun,
Congo, Cabinda, Angola). Cette espèce (dans sa variété typique) se ren¬
contre « dans les forêts ombrophiles, remaniées ou secondaires, les galeries
forestières, et même, au Ghana, dans les savanes arbustives, les brous¬
sailles côtières et les prairies ». Le B. coslalum est indigène en Gambie,
Guinée portugaise, Guinée, Sierra Leone, Côte d’ivoire, Ghana, Togo,
Dahomey, Nigeria, Cameroun et République Centrafricaine, mais ( op.
cil., 103) cette fois à titre (op. cil. : 103) d’« Élément soudanais s’étendant
vers l’Est jusque dans la République Centrafricaine, et pénétrant à
l’Ouest dans le Nord de la Province Guinéenne. On le rencontre dans les
forêts claires et les savanes boisées. Il se contente de terrains arides,
même latéritiques ».
Nous dirions que, bien que la distribution géographique de ces
2 espèces (le B. buonopozense, le B. coslalum) paraisse être sensiblement
égale, il en est tout autrement dans les faits. Il y a entre elles vicariance
écologique 1 tout aussi bien que (bio)géographique. Aubréville l’a démêlé
dans une note (op. cil., 51) d’une pénétrante sagacité, où il remarque que :
« les golfes tertiaires ont pu laisser des traces dans la répartition d’une
certaine flore. Les formations littorales actuelles comprennent des espèces
exclusives, qu’on ne rencontre jamais à l’intérieur, sauf très exception¬
nellement dans des stations très particulières, inexplicables par les condi¬
tions écologiques présentes » (souligné par nous). Nous regrettons vivement
de ne pouvoir aborder la question de front — ce qui exigerait de nombreuse
pages d’analyse comparée — mais nous nous rangeons ici, et sans plus,
tout à fait à l’opinion du savant que nous venons de citer. Pour nous, et
sous réserve d’analyses à publier, beaucoup plus étendues et approfondies
que nos notes courantes, nous voyons très volontiers le B. buonopozense
comme une forme (bio) géographiquement « côtière », et le B. coslalum
comme une forme provenant des «anciens golfes » (voir par ex., Furon,
Géologie de l’Afrique, 73, fig. 2, 1950) du Crétacé supérieur et de l’Eocène
inférieur 2 . Les cassures du Fouta-Djalon (op. cil. : 206), le synclinal
1. L’habitat « aberrant » du B. buonopozense au Ghana est presque certainement
d’origine secondaire. Nous regrettons de ne pouvoir nous y arrêter. Voir : Aubréville,
op. cït. : 39 (carte); Rand L., l'ieldiana (Zoology), 32 (9) : 561, 1951 (se référer surtout
aux cartes, « Map 2 ») ; Space : 516 et s. ; etc.
2. Nous remarquerons ici, malheureusement bien « en passant » qu’AuBRÉviLLE
voit dans le B. buonopozense et le B. coslalum, etc. (op. cil. : 33) des formes dont « la
séparation botanique est à peine accusée », en ajoutant : « mais les espèces, unités
naturelles, morphologiques et biologiques, sont pourtant distinctes ». Nous le croyons
sans peine, et croyons aussi que Rouyns ne se trompe aucunement (op. cil. : 104) en
voyant dans le B. coslalum une espèce relativement variable par la couleurs des fleurs
et par la forme et la dimension des fruits (tératologiques, mais toujours très intéressants,
en forme de sablier, chez une var. vuillelii). Le fait nous paraît être — c’est d’ailleurs
assez commun partout ailleurs dans le monde — que buonopozense et coslalum ont
évolué à partir d’un ancêtre côtier scindé par la suite en deux par la transgression
« saharienne » de la lin du Crétacé. On devrait en conclure que, même si nous admettons
une forme ancestrale absolument unique à l’origine, la formation vicariante qui a
établi ces deux espèces a pris environ 60 à 80 millions d’années pour aboutir à des
Source : MNHN, Paris
probable en Côte d’ivoire (op. cil. : 211), le « relief remarquable » de la
chaîne de PAtakor (op. cil. : 220) x , les rapports biogéographiques évi¬
dents entre l’amérique tropicale et l’Afrique occidentale (voir p. ex.
Princ. : 41, note, 47, note, 52-53, note, 60, note, etc. etc.), etc., etc., four¬
nissent une base de fait et de pensée permettant d’aborder avec succès
les innombrables problèmes de la vie de l’Afrique occidentale que la
« biogéographic orthodoxe » n’a jamais su affronter dans l’esprit et avec
le mordant nécessaires. Roberty invoque lui aussi l’avenir dans les pages
où il écrit (Candollea, 8 : 90-92, 1940) que « cette flore (de l’Afrique occi¬
dentale) peut être traitée de résiduelle, puisqu’elle a commencé à dispa¬
raître pour des causes d nous inconnues, et qui semblent avoir cessé d’êlre...
Le Soudan et la Guinée, quel que soit le degré d’interpénétration de leurs
formations respectives, sont considérés comme deux subdivisions nette¬
ment différentes d l’origine... Il nous semble en effet —- mais d’une façon
1res confuse — que l’Atlantique n’a pas eu — et surtout en ce qui concerne
le domaine forestier — une valeur de limite absolue » (c’est nous qui souli¬
gnons). Ceci est fort exact (voir p. ex. Panbiog. 2 a : 158, fig. 128 g;
Space : 91 et s., etc.), mais l’analyse (pan)biogéographique est déjà là,
qui nous délivrera de la gêne de percevoir tout ceci seulement d’une façon
très confuse. S’il est indéniable que les modifications de climat ont poussé
devant elles des flores entières comme de gigantesques troupeaux, il
n’est pas moins certain que ces flores devaient exister avant que le climat
ne les poussât. On ne déplace pas ce qui n’existe pas, et l’on ne comprend
ce qui existe que si l’on peut en analyser les grands ressorts avant de
s’arrêter à des questions secondaires. C’est bien ce qu’on a trop souvent
oublié, mais qu’AuBRÉviLLE et Roberty ont pressenti et vu, en faisant
apparaître ainsi toute l’œuvre à accomplir. Cette œuvre ne demande
désormais que du temps et de la patience; le mode de pensée et la méthode
qu’elle requiert sont acquises.
3° Nous ne pouvons nous arrêter longuement, dans les limites qui
nous sont imposées, sur les Bombacacées de l’Asie du Sud-Est, de la
Malaisie et de l’Australasie. Nos lecteurs pourront aisément en analyser
la répartition pour leur propre compte en suivant les indications données
dans le présent article, et les données de Panbiog., vols. 2a et 2 B en parti¬
culier. Nous remarquerons seulement que 1 eBombax ceiba, espèce inter¬
continentale, que l’on suppose souvent être « introduite » ainsi que le
Ceiba (voir Croizat, Archivio Bot. Ital., 3 ser., 13 : (9 extr.), 1953; Van
différences ■ à peine accusées » et toujours flottantes dans les caractères sexuels. La
clé d’une interprétation exacte de ces espèces (et de leurs homologues partout ailleurs)
est donc à rechercher dans une synthèse de biogéographie, géologie, morphologénie.
taxonomie, écologie, etc., ce qui revient à de la panbiogéographie. Nous n'avons évi¬
demment rien inventé, et moins encore sommes-nous des « révolutionnaires ». Aubrîî-
ville, Furon, Robyns et nous orchestrons toujours la même pièce à l’unisson.
1. Aubréville a fort heureusement senti l’importance de ce nœud. Voir Chryso-
balanus alacorensis, dont il fait état, op. cil. : 52, note. Le B. coslaturn atteint, lui
aussi, la République Centrafricaine. C’est un champ d’études intéressantes entière¬
ment à travailler.
Source : MNHN, Paris
— 454
Steenis; Fl. Malesiana Bull. 10 : 360, 1953), offre, par sa variété leio-
carpum (Robyns, op. cil. : 97) une forme parfaitement bien localisée
au point de vue de la biogéographie à Célèbes, en Nouvelle-Guinée, Austra¬
lie (Northern Territory). Camploslemon fait partie d’un monde particulier
à la « Mangrove Belt of Wallacea » (Man, fig. 77, 78; Panbiog., 2 a : 595;
op. cil., 2 b : 921, fig. 249, etc.), dont l’étude est loin d'être achevée. Nous
sommes toujours de l’avis que les formes ancestrales des Bombacacées
étaient des plantes de mangroves et de l’hinterland côtier tropical, ce qui
rend compte de leur écologie actuelle. On remarquera d’ailleurs que le
genre Philippia, signalé aux monts Nimba par Aubréville (op. cil. :
48, 1949), et surtout « orophile » à Madagascar ( Space : 117, 233, 272,
note, 279, 289, 290, note, 524-525, note), présente une plante de mangrove
dans l’ile de MafiaL Pour nous (Space : 357, 368), la mangrove, et ce qui
en dérive par adaptation au sens le plus ample du terme, est au cœur même
de l’origine de l’angiospermie « moderne ». Nous avouons regretter beau¬
coup de ne pas connaître le Maxwellia canaque, mais y aurait-il quelque
relation biogéographique entre la répartition de ce genre, et celle, par
exemple, du Nepenlhes (voir Panbiog. 2 b : fig. 264) dans le Pacifique?
E. CONCLUSIONS
Les notes sur la distribution et la répartition des Bombacacées que
nous venons de présenter ici diront sans plus à nos lecteurs quel est le
but que nous assignons à la (pan)biogéographie. Ce but a été pour nous
toujours le même à partir de 1952 : c’est par cette science qu’on peut
« pénétrer la Nature » dans tous les sens, bien au delà de ce qui a paru
possible jusqu’à ce jour. Naturellement, notre « Manual of Phytogeo-
graphy », 1952, ne marque qu’un début assez imparfait dans l’ensemble
1. Des faits de ce genre sont fort courants, quels que puissent en être les détails
Par exemple : Le genre Uonnelia (Theaceac , ou Bonneliaceae, selon les auteurs) est
connu de Cuba (Leon et Alain, Fl. Cuba 3 : 300, (1953) par une seule espèce, B. cubensis,
propre à la région de la Sierra de Moa, dans un centre fort net de grand endémisme
Antillais (voir tous nos travaux). D’après Kobuski (voir Princ. la : 48), qui fait auto¬
rité en la matière, cette espèce se distingue avec difficulté de B. slricla, qui vit actuelle¬
ment dans des marécages sablonneux de la côte du Brésil (Bahia, Rio de Janeiro).
Environ cinq autres espèces sont connues des « grès » du Système du Duida-Roraima.
aux contins du Venezuela et du Brésil. .Nombreux sont les géologues qui voient dans
ces « grès • un delta d’âge jurassique Crétacé, qui a été soulevé et «disséqué», pour
devenir ensuite les « mesas » de nos jours. On verrait donc volontiers dans l’habitat
actuel de B. slricla, l'habitat ancestral que présentaient jadis les formes du Duida-
Roraima. La chaîne biogéographique : Moa (Cuba, Oriente) — Duida et Roraima —
Bahia et Rio de Janeiro, atteste, avec de nombreux cas parallèles (voir p. ex., Space :
7(i, fig. 7; 345, fig. 60, etc.), la survivance biologique (au pied de la lettre) d'une paléo¬
géographie d'âge fort reculé. Parmi les espèces « modernes » issues d’antiques ancêtres,
celles qui sont les plus éloignées (Cuba et Brésil Oriental; « wing dispersai»!) se distin¬
guent a peine, et l'habitat de l’une d’elles rappelle toujours d'une manière frappante
l’ambiance probable des origines. Détails à part, nous voyons dans ces Bonnetias
l’équivalent biogéographique des Bombax coslatum/buonopozense. Le ton change,
mais la gamme est toujours la même. Voir, pour des mangroves devenues « orophiles »,
Space : 117, et en général tous nos travaux.
Source : MNHN, Paris
— 455 —
de notre œuvre, qui, elle-même, est toujours Irès loin d’avoir donné tous
les fruits qu’elle est capable de porter. Nous avons peut-être souvent
fait mauvais usage de notre méthode —- elle ne nous appartient que par
la persévérance et la netteté dans les vues comme telle; ce n’est pas nous
qui l’avons inventée, loin de là — mais si nos lecteurs veulent bien l’appli¬
quer, iis feront certainement beaucoup mieux que nous. Tout début est
épineux, mais la mise en œuvre de principes revenant à une méthode
elficace devient presque aussitôt automatique.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PRÉCISIONS SUR UNE RUBIACÉE MÉCONNUE
APPARTENANT AU GENRE BERTIERA
par Nicolas Halle
Bertiera orthopetala (Hiern) N. Hallé conib. nov.
= Juslenia orthopetala Iliern, Cat. Wclw. Afr. PI. 1, 2 : 451-452 (1898).
= Saliicea paroiflora K. Schum. ex Wernham, Monogr. Gen. Sabicea : 57 (1914).
Type : Welwitsch 3165, Golungo-Alto, Angola (BM; iso ou paratype P).
Le genre monospécifique Justenia créé par Hiern en 1898, a été rap¬
proché des Oldenlandia par son auteur. Or la diagnose originale comporte
au sujet des caractères floraux, deux indications que nous considérons
comme inexactes : le style est glabre et non pubescent; la préfloraison
de la corolle est contortée et non valvaire (ni valvaire indupliquée).
Nous n’avons rien trouvé pour expliquer l’origine de ces contradictions.
Quant au fruit, il est décrit comme indéhiscent et ce terme laisse entendre
qu’il pourrait s’agir d’un fruit sec; au contraire c’est une baie très molle à
maturité; il a bien été décrit comme « baccate » par Welwitsch.
Nous avons repris l’étude de cette espèce avec un matériel abondant,
parfaitement identique à deux doubles du type déposés à Paris et à
lfruxelles. Fleurs, fruits et graines examinés à nouveau, nous permettent
de contester la valeur du genre Juslenia, et de placer l’espèce de Hiern
parmi les Bevliera (sous-genre Berteria, N. Hallé, Not. Syst. 16 : 281,
1960). Il nous paraît utile de donner du B. orlhopelala une nouvelle descrip¬
tion et une première représentation illustrée.
Petit arbuste sarmenteux à nombreux rameaux latéraux grêles,
souvent réfractés â la base. Un bourgeon végétatif axillaire du dernier
ou de l’avant dernier nœud feuillé, donne souvent un allongement sympo-
dial de ces rameaux latéraux. Entrenœuds cylindriques pubescents et
fauves à sec. Stipules de 3-5 mm de longueur totale, embrassantes à la
hase, subulées sur 2-3 mm au sommet, pubescentes. Pétioles pubescents
de 1,5-4 mm. Feuilles brun-roux à sec, glabres sauf la marge et les prin¬
cipales nervures. Limbe petit, de 15-55 X 7-26 mm, ové sublancéolé;
base arrondie, parfois subaiguë; apex peu aigu et brièvement mucro-
nulé. 2-4 paires de nervures latérales arquées ascendantes; petites doma-
ties axillaires pubescentes.
Petites inflorescences terminales au sommet des rameaux axillaires,
très courtes, avec entre une et dix fleurs. Axes très courts, pubescents
ainsi que les pédicelles et les ovaires. Lobes du calice 5, insérés sur un
rebord cupulaire presque nul, étroits et ± spatulés, faiblement inégaux,
Source : MNHN, Paris
- 458 —
Source : MNHN, Paris
— 459
longs de 2-3 mm, ^ pubescents. Corolle blanche ou blanchâtre de 4-5 mm
de long; 5 petits lobes aigus dressés, contortés sous l’extrémité dans le
bouton, portant quelques poils sur l’axe de la face externe. La pubescence
interne de la corolle est répandue de la face interne des lobes à un anneau
infrastaminal. Anthères de 1,9 mm de long, à acumen aigu de 0,5 mm,
fendues vers le bas sous l’insertion. Style glabre, long de 3,5 mm environ
dont la massue stigmatique de 2,5 mm de hauteur, à épaulements infé¬
rieurs charnus, à deux lobes adhérents, ornée de 10 crêtes longitudinales
réceptrices du pollen avant l’anthèse. Hétérostylie inexistante. Disque
charnu épais tronconique, de 1 mm de diamètre à la base, glabre. Ovaire
à deux lobes multiovulées.
Fruits bacciformes blancs, mous et succulents à maturité, subses-
siles, globuleux, atteignant 8-9 mm de diamètre et 6 mm de hauteur
(Breteler), à sépales persistants presque insensiblement accrescents; le
fruit immature à sec, non orné de costules longitudinales, est faiblement
biglobuleux. 85 graines comptées dans un fruit, subtétraédriques, fine¬
ment ruguleuses, longues de 1,1 mm. Placentas subcirculaires cordiformes
de 1 mm de diamètre, peltés, finement bosselés.
Matériel étudié (P) :
Cameroun (ex WAG) : Breteler 1539, 12 km S de Yokadouma.
Congo ex-belge (ex BR) : Compère 924, Songololo; Jans 629, Kutu.
Angola (ex BM) : Welwitsch 3165, Golungo-Alto; Gossweiler 611, Cazcngo.
Observations :
1. Comme tous les Berliera, le B. ortliopelala doit être écarté des
Hédyotidées (ou Oldenlandiées, cf. Lemée, Dict. Gen. 3 : 830 (1931) à
cause de son fruit charnu et de sa préfloraison contortée.
2. La tribu des Mussaendées ne convient pas non plus; elle diffère
par ses stigmates et par son hétérostylie.
3. B. oiihopelala (= Sabicea parvijlora ) est avec B. Adamsii (Hepper)
N. Hallé (cf. Adansonia 3 : 177 (1963); = Sabicea Adamsii Hepper), le
second cas d’attribution générique erronée d’un Berliera décrit comme
Sabicea. Les différences les plus manifestes sont celles des graines, plus
grosses, plus anguleuses et ruguleuses chez Berliera, et celles des stig¬
mates à forme et relief très caractéristiques, et à lobes adhérents chez
Berliera.
4. Certains caractères végétatifs du B. orlhopelala se retrouvent chez
d’autres Berliera : lianescence du B. bracleolala Hiern; domaties axil¬
laires pubescentes du B. Lelouzeyi N. Hallé.
5. La réduction des stipules et des feuilles, l’allongement sympo-
dial des rameaux latéraux sont des caractères végétatifs génériquement
plus originaux du B. orlhopelala. Ces caractères rapprochent l’espèce des
Gardéniées et l’écartent des Mussaendées; cf. Pouchelia, Tricalysia poul¬
ies stipules; Ferelia, Xeromphis pour les feuilles; Aidia, Atraclogync,
Schumanniophylon pour l’allongement sympodial.
6. Le Berliera orlhopelala, nouveau représentant d’un genre très
polymorphe, nous paraît, mieux que tout autre Berliera, renforcer la
position de ce genre parmi les Gardéniées.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MATÉRIAUX POUR LA FLORE DU CAMBODGE
DU LAOS ET DU VIÊT-NAM
GENRE ARALIA L.
par M me Bui Ngoc-Sanh 1
Le genre Aralia est représenté par des herbes, des arbrisseaux ou des
petits arbres, souvent épineux, à feuilles alternes et composées-pennées
à plusieurs degrés; les fleurs sont pentamères, à préfloraison imbriquée,
et nettement articulées sur leurs pédicelles. Ces derniers caractères le
rapprochent du genre Panax qui s’en distingue nettement par l'ovaire
à 2-3 loges (5 ou exceptionnellement 3 chez Aralia), et surtout par son
port très particulier : ce sont de petites herbes pourvues d’un seul verti-
cille de feuilles composées-palmées au milieu desquelles s’élève une
ombelle généralement solitaire et portée par un long pédoncule.
11 comprend plus de trente espèces rencontrées principalement en
Asie (de la Chine au Japon, en Inde et Indochine), dans la région malaise,
et en Amérique (du Canada à la Bolivie, avec comme espèce la plus méri¬
dionale Aralia soralensis March.).
Deux espèces ont été décrites dans la Flore Générale de l’Indochine :
Aralia chinensisL. et Aralia armata (Wall.) Seem. (2 :1160, 1162(1923).
Depuis cette date, de nouveaux échantillons ont été récoltés, et leur étude
a permis d’élever le nombre d’espèces actuellement connues à 6, dont une
nouvelle et trois autres mentionnées pour la première fois. Il n’y a pas de
représentants herbacés parmi les espèces indochinoises.
Aralia chapaensis sp. nov.
Arbuscula 5-6 m alta, spinosa, basi parum ramosa. Aculei numerosi
conici, lati ad basem, recti vel curvati versus apicem.
Folia bipinnata, lm longa. Petiolus glabratus, 20 cm longus; petioli rachi-
desque aculeis minoribus et paucioribus instructi. Spinae nodales usque ad
18 mm longae, numerosae in ramificatione rachidum primi et secundi ordinis.
Pinnulae 11-17 foliolis oppositis compositae. Lamina ovalis vel anguste
ovalis, 5-9 X 2-2,5 cm, apice longe acuminala, basi orbiculata vel leviter
cordata et generalitcr asymetrica, margine parvis dentibus munita, pagina
inferiore glauca, utraque pagina glabrata, Costa parvis setis munita prac-
sertim supra; venae numerosae, plus minusve 12, ascendentes, subtus promi-
nulae, supra manifestae, venulae densum réticulum in utraque pagina for¬
mantes. Petioluli foliolorum lateralium 0-5 mm longi, glabrati.
1. J'exprime ma profonde reconnaissance à MM. les Professeurs R. Heim.
A. Aubrévii.le, R. Schneli., et à M. J. Vidal, maître de recherche au C.N.R.S., pour
les conseils et l’aide précieuse qu'ils m’ont apportés.
Source : MNHN, Paris
— 462
(Pételot 4563).
Source : MNHN, Paris
- 463 —
Inflorescentiae paniculatae, 50-60 cm longac, inermes, primo pubescentes,
postea glabrescentes, vel glabratae. Umbellae 1,5-2 cm latae, 20-25 floribus
(albis, ex Pételot) compositae. Gemmae floriferae ovoideae, 2,5-3 X 1,5-2 mm:
pedicelli gracillimi, pubescentes, 5 mm longac; bracteolae angustae, 2 mm
longae. Calyx 5 dentibus parvis, glabratus. Petala 5, glabrata, 1,5-2 mm longa.
Stamina 5, antheris elongatis, 1 mm longa, filamentis 2 mm longis. Ovarium
glabralum, 5 loculis uniovulatis. Discus planus. Styli 5, libri, erecti, 1 mm
longi.
Fructus globosus, 3 mm latus, 5-costatus, calyce persistente coronatus;
styli curvati et longi usque ad 1,5 mm; pedicelli 7-8 mm longi.
Type : Viêt-Nam (Nord), province Lao Kay, Chapa, Pételot 4563
(Holotype P).
Ecol. — En fourrés vers 1500 m. Fleurs et fruits en septembre.
Obs. — Cette espèce est voisine de Aralia armala (Wall.) Seem.
dont elle se distingue principalement par la présence sur les axes primaires
et secondaires des feuilles de longues épines nodales différentes des aiguil¬
lons, par les folioles à limbe entièrement glabre, à nervures latérales
nombreuses 12 paires), et par les inflorescences inermes.
Aralia foliolosa (Wall.) Seemann
Journ. Bot. 6 : 134 (1868), Rev. Heder. : 91 (1808); Clarke in Hooker, Fl. Brit.
Ind. 2 : 723 (1879); Dunn, Journ. Linn. Soc. Bot. 39: 419 (1911); Hui-Lin Li, Sargcn-
lia 2 : 106 (1942).
Type : Inde, prov. Assam, Silhet, Wallich 4928.
Distr. — Inde orientale, Chine, Viêt-Nam (Sud).
Ecol. — Se rencontre en forêt vers 1500 m d’altitude. Fleurs en sep¬
tembre et fruits en septembre-décembre.
Matériel Indochinois :
Viêt-Nam (Sud). — Prov. Haut Donai : Massif du Lang Bian, de Xom Gon à Dran,
Chevalier 38530; Nord de Dalat, Poilane 30385; aux environs de Dalat, Evrard 1991.
var. sikkimensis Clarke
Clarke in Hooker, Fl. Brit. Ind. 2 : 723 (1879).
Type : Sikkim (Himalaya).
Distr. - Inde (Nord-Est), Viêt-Nam (Sud).
Ecol. - Se rencontre vers 1200 m d’altitude. Fleurs et fruits en
juillet.
Obs. - Cette variété diffère de l’espèce type par la présence sur les
axes primaires et secondaires des feuilles de nombreuses épines nodales,
longues de 6-18 mm et différentes des aiguillons.
Nom vern. Proto-indochinois (Moi) : Lô.
Viêt-Nam (Sud). — Prov. Khanli Hoa : Ouest de Nha Trang, Poilane 4262.
Prov. Haut-Donai : Dalat, Evrard 1050.
Aralia Searelliana Dunn.
Journ. Linn. Soc. Bot. 35 : 498 (1903); Hui-Lin Li, Sargentia 2 : 108 (1942).
Source : MNHN, Paris
464
Type : Chine, province Yunnan, Szemao, Henry 13426 (Isotype AA,
NY).
Distr. —Chine (Sud), Viêt-Nam (Nord).
Ecol. — Se rencontre en forêt dégradée, sur terrains argileux. Fleurs
et fruits en janvier.
Obs. — Cette espèce est proche de Aralia Decaisneana Hance mais
s’en distingue principalement par les ombelles à fleurs nettement moins
nombreuses 15-25 (30-50 pour A. D.) et par l’abondance des poils roux et
raides sur les feuilles et les inflorescences.
Matériel Indochinois :
Viêt-Nam (Nord). — Prov. Lang Son, Pételot 2215 bis.
Aralia dasyphylla Miquel
Fl. Ind. Bat. 1 : 751 (1855); Bonplandia : 138 (1856); Ann. Mus. Bot. Ltigd.
Bat. 1: 9 (1863); Seemann, Journ. Bot. 6 : 136 (1868); Rev. Hcder. : 92 (1868); llarms.
Bot. Jahr. 23 : 19 (1896); Dunn et Tutcher, Kew Bull. Add. Ser. 10 : 118 (1912); llui-
Lin Li, Sargentia 2 : 114 (1942).
— Aralia chinensis Bl. (non L.) Bijdr. 2 ; 870 (1826); Don, Gen. Syst. 8 :389 (1834).
Type : Jardin des plantes Buitenzorg (Java).
Distr. — Java, Sumatra, Chine, Viêt-Nam (Nord); (Viêt-Nam (Sud)
et Laos?).
Obs. — Cette espèce est typiquement caractérisée par des fleurs
sessiles et en capitules.
Matériel Indochinois :
Viêt-Nam (Nord). — Prov. Lao Kay, Bao Nhai, Poilane 25080 (12-1935, en fruits).
Aralia chinensis L. var. dasyphylloides Ilandel-Mazzetti.
Symb. Sin. 7 : 704 (1933); Chun, Sunyatsenia 2 : 78 (1934); llui-I.in I.î, Sargen¬
tia 2 110 (1942).
Type : Chine, prov. Kwangtung, Hunnan, Mell 556.
Distr. — Chine, Viêt-Nam (Nord).
Obs. — Cette variété diffère de l’espèce type par des fleurs à pédi-
cciles plus courts et par des folioles à limbe tomenteux en-dessous.
Matériel Indochinois :
Viêt-Nam (Nord). -— Prov. Lang Son : Dong Dang, Balansa 1363. - - Prov. Ydn
Bav, Bao Ha, Poilane 25268.
CLÉ DES ESPÈCES BASÉE SUR LES CARACTÈRES VÉGÉTATIFS :
1. Fleurs nettement pédicellées, en ombelles (section Arborescentes
2. Plantes très épineuses; feuilles et inflorescences toujours pour¬
vues d’aiguillons nombreux et courts; folioles ayant ^
6 paires de nervures latérales; pédicelles pubescents 1. A. tir mat a.
2’. Plantes peu épineuses; feuilles et inflorescences inermes ou peu
aiguillonnées :
3. Folioles ayant ^ 12 paires de nervures latérales, glabres sur
les deux faces; axes primaires et secondaires des feuilles
Source : MNHN, Paris
— 465 —
munis de longues épines nodales différentes des aiguillons.
. 2. A. chapaensis.
3. Folioles ayant ± 8 paires de nervures latérales :
4. Pédicelles glabres ou glabrescents :
3. Limbe elliptique ou lancéolé, 3,5-8 X 1-4 cm, longuement
acuminé au sommet, arrondi à la base, finement denté,
glabre sur les deux faces, pas d’épines nodales.
. 3 a. A. foliolosa.
5'. Comme ci-dessus, mais présence sur les axes primaires
et secondaires des feuilles de longues épines nodales
différentes des aiguillons.... 36 A. foliolosa var. sikkimensis.
4'. Pédicelles pubescents :
6. Feuilles, inflorescences densément couvertes de poils
roux et raides; axes secondaires de l’inflorescence
groupés en pseudo-verticilles sur l’axe principal.
Limbe coriace, largement ovale, 12-18 X 7-8 cm, cour-
tement acuminé au sommet; ombelles généralement
de 15-25 fleurs. 4. A. Searelliana.
6'. Feuilles, inflorescences couvertes de poils jaunâtres ; axes
secondaires de l’inflorescence disposés en grappes sur
l’axe principal :
7. Limbe chartacé, scabre au-dessus, pubescent au-des¬
sous; pédicelles floraux 4-6 mm, pédoncules des
fruits 8-10 mm de long. 5 a A. chinensis.
T. Limbe pubescent au-dessus, tomenteux au-dessous;
pédicelles floraux 2-3 mm, pédoncules des fruits
3-5 mm de long. 5 b A. chinensis var. dasyphylloides.
1 '. Fleurs sessiles, en capitules (Section Capituligerae Harms).
. 6 A. dasyphylla.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
FERNANDOA WELW. EX SEEM., GENRE MÉCONNU
DES BIGNONIACÉES DANS LA FLORE
DE L’OUBANGUI-CHARI, DU CAMEROUN,
ET DU GABON
par H. Heine
En 1952, R. Sillans décrit un nouveau genre de Bignoniacées
d’Afrique, Tisseranlodendron, avec une seule espèce, T. Chevalieri
R. Sillans (Bull. Soc. Bot. France 98 : 270, 1952). L’auteur avait basé
ses descriptions sur des spécimens provenant de Boukoko, en Oubangui-
Chari, et avait dédié « ce genre remarquable au R. P. Tisserant, chef
du laboratoire botanique de la station centrale de Boukoko... et l’espèce
au Professeur Chevalier qui s’intéressa tout particulièrement à la
végétation arborée des galeries forestières et de celle de la forêt dense de
l’Oubangui-Chari ». II publia ensuite encore une note « A propos de la
déhiscence des capsules chez le Tisseranlodendron R. Sillans », bien
illustrée, étude devenue possible grâce à de nouveaux spécimens plus
complets récoltés par le R. P. Tisserant en 1952 (Bull. Soc. Bot. France
99 : 173, 1952). Un an après, R. Sillans publia une deuxième espèce de
son nouveau genre, T. Walkeri R. Sillans, basée sur du matériel récolté
par G. Le Testu au Gabon et nommée « en hommage à l’abbé R. Walker,
qui consacra toute son existence à la mise en valeur des richesses de la
Ilore de son pays » (Bull. Soc. Bot. France 100 : 282, 1953). Les deux
espèces furent encore discutées et illustrées dans les ouvrages suivants
de R. Sillans : « Les Savanes de l’Afrique centrale » (Encycl. Biolog.
P. Lechevalier LV) (genre Tisseranlodendron pp. 84, 116; T. Chevalieri
pp. 87, fig. 33, p. 200, 1958) et « Les plantes utiles du Gabon », de
A. Raponda-Walker et R. Sillans (Encycl. Biolog. P. Lechevalier
LVI) (T. Walkeri pp. 13, 103; planche XI, entre pp. 100 et 101, 1961).
T. Chevalieri est, de plus, traité dans une autre publication dendro-
logique : E. A. Menninger « Flowering Trees of the World », New York
1962, p. 59 (avec une courte note sur le T. Walkeri), et fig. 52 (reproduc¬
tion d’une photographie en couleurs d’un vieux spécimen, évidemment
d’Afrique).
Ayant révisé en 1960 la famille des Bignoniacées pour la 2 e édition
de la « Flora of West Tropical Africa » de Hutchinson et Dalziel (Vol. II,
pp. 383-388, 1963), j’ai eu récemment l’occasion de soumettre, au cours de
travaux de rangement et de classement des herbiers effectués au Labo¬
ratoire de Phanérogamie, les matériaux originaux de R. Sillans déposés
dans ce laboratoire à une nouvelle inspection. Celle-ci a révélé que les
deux taxa considérés par R. Sillans comme des espèces nouvelles
Source : MNHN, Paris
— 468 —
constituant un genre nouveau de Bignoniacées appartiennent en vérité
à un genre de cette famille décrit dès 1865 de l’Angola, Fernandoa Welw.
ex Seem., qui, par l’éclat magnifique de ses fleurs, a induit les botanistes
à mettre sa nomenclature dans un rapport étrange avec l’aristocratie
européenne : la première espèce du genre Tisseranlodendron, T. Chevalieri,
R. Sillans, est conspécifique de Fernandoa Adolfi-Friderici (Gilg et
Mildbraed) Heine, espèce congolaise décrite en 1911 et dédiée au duc
Adolphe-Frédéric de Mecklenbourg (né à Strélitz le 10 oct. 1873;
a célébré son 90 e anniversaire en 1963), le chef de la « Deutsche Zentral-
Afrika-Expedition 1907/08»; la deuxième espèce, T. Walkeri R. Sillans,
de l’espèce type du genre Fernandoa Welw. ex Seem., F. Ferdinandi
(Welw.) Milne-Redhead, originalement décrite de l’Angola en 1858 et
considérée par son auteur, Fr. Welwitsch, « Florae Angolensis sine dubio
pulcherrimum decus ». Cette dernière espèce a une histoire de nomenclature
particulièrement intéressante et bouleversée qu’elle partage avec le
nom générique Fernandoa, et qui a été déjà discutée en détail par
E. Milne-Redhead en 1948; pour cette raison, je ne donne ici, à ce
sujet, que les notes suivantes.
Le nom générique Fernandoa ainsi que l’épithète Ferdinandi de cette
espèce ont été donnés par Fr. Welwitsch en hommage au prince Ferdi¬
nand-Auguste-François-Antoine de Saxe-Cobourg-Saalfeld-Kohàry
(dès 1826 Saxe-Cobourg-Gotha), né le 29 oct. 1816 à Vienne, mort le 15 déc.
1885 à Lisbonne *, appelé en portugais « Dom Fernando », « qui iiineris
mei (= Fr. Welwitsch) ad Angolam instiluti semper faustus protector [uil ».
L’orthographe différente de ce nom en allemand (ou latin) et en
portugais ainsi que deux homonymes plus anciens du nom générique
Ferdinandia avec une orthographe presque identique 2 ont amené une
vraie cascade d’erreurs et de changements en ce qui concerne la nomen¬
clature de ce genre et de ses espèces, notamment de l’espèce type, et je
me suis également trouvé, pour la même raison, devant la nécessité de
donner, dans la présente note, deux nouvelles combinaisons pour rester
en accord avec les règles du Code international de nomenclature.
Tous les détails concernant la révision des spécimens intercalés sous
le nom générique Tisseranlodendron dans les herbiers du Laboratoire de
Phanérogamie ainsi que des spécimens indéterminés des Bignoniacées
conservés dans ces mêmes herbiers se trouvent dans la synonymie et les
citations bibliographiques données ci-dessous. Pour la distinction des
deux espèces, on se reportera aux travaux de 1952 et de 1953 de R. Sillans
1. Époux de la reine Marie II • Da Gloria » de Portugal (1819-1853), d’abord
« Duc de Bragança, altesse royale », ensuite, sous le nom de Ferdinand II, roi titulaire
de Portugal (1837-1853), et pendant la minorité de son fils Pedro V (1837-1861; roi
de Portugal 1853-1861) régent de Portugal (1853-1855).
2. Ferdinanda Lag. (1816; Composées); et Ferdirandea Pohl (1827; Rubiacées).
appelée plus tard par son auteur, à cause de l’homonymie avec le nom générique de
Lagasca, Ferdinandusa Pohl (PI. Bras. Ic. et Descr. 2: 8, 1831 : on y trouve, sur p. 9,
une discussion de cette homonymie, ainsi qu’une explication étymologique de ces deux
noms génériques qui, eux aussi, furent créés en hommage de deux royautés).
Source : MNHN, Paris
469 —
(qui a bien décrit et illustré les deux taxa en discussion), où on trouvera
également une clé pour leur détermination (Bull. Soc. Bot. France 100 :
181, 1953); pour les considérations générales de la nomenclature du
genre Fernandoa Welw. ex Seem. ainsi que pour la synonymie complète
de l’espèce type de ce genre, Fernandoa Ferdinandi (Welw.) Milne-
Redhead, voir l’article de E. Milne-Redhead « Ferdinandia Welw.
ex Seem. (Bignoniaceae), an unintentional orthographie error » (Kew
Bull. 3 : 170, 1948).
Fernandoa Ferdinandi (Welw.) Milne-Redhead, 1. c. (1948).
Bignonia Ferdinandi Welw., Apont. Phyto-Geogr. 584 (1858).
Ferdinandia (sic : erratum lypographicum) superba Welw. ex Seem., Journ. Bot. 3 :
330, t. 37-38 (1865); Hiern, Cat. Afr. Plants Welw., Dicotyledons IV : 792 (1900);
Sprague, in Thiselton-Dyer, Fl. Trop. Africa 4, 2 : 516 (1906).
Ferdinandoa (sic : erratum lypographicum) superba Seem., Journ., Bot. 8 : 280 (1870).
Fernandoa superba (Welw. ex Seem.) Bail!., Hist. PI. 10 : 48 (1891);
Fernandia Fernandi (sic : lapsus calami) (Welw.) K. Schum., in Engler et Prantl,
Natürl. Pllanzenfam. IV, 3 B : 241 (fig. 92 G), 243 (1895); Engler et Drude,
Veget. Erde IX, 1 (2) : 636, llg. 546 (1910);
Fernandia Ferdinandi (Welw.) K. Schum., Bot. .Jahrb. 33 : 332 (1903), pro parle,
quoad nomen tantum ;
Heterophragma Ferdinandi (Welw.) Britten, Journ. Bot. 33 : 75 (1895);
Tisserantodendron Watkeri R. Sillans, Bull. Soc. Bot. France 100 : 282, 281 (1953);
A. Raponda-Walker et R. Sillans, Les plantes utiles du Gabon (Encycl. Biolog.
P. I.(“chevalier LVI) 13 : 103, t. XI (1961); aynon. nov.
Répartition géographique d’après les spécimens vus 1 2 ou cités:
Angola (Golungo Alto, Welwitsch 488 : Type de Bignonia Ferdinandi
Welw.: Holo-type LISU, Iso-types BM! P!) Gabon (région de Lastours-
ville, Le Testu 7446! 8390! ; Haute Ngounié, Le Testu 6344! Syntypes de
Tisserantodendron Watkeri).
Fernandoa Adolfi-Friderici (Gilg et Mildbraed) Heine, comb. nov.
Ferdinandia Adolft-Friderici Gilg et Mildbraed, in Mildbraed, Wiss. Ergebn. Dcutsch.
Zentral-Afrika-Exped. 1907-1908, Band II (Botanik) : 290 (1911), 683 (1914);
idem, Wiss. Ergebn. Zweit. Deutsch. Zentral-Afrika-Exped. 1910-1911, Band II.
(Botanik) : 63, 125 (1922)*;
Tisserantodendron Cheualieri R. Sillans, Bull. Soc. Bot. France 98 : 272, fig. p. 271
(1952); ibid., 99 : 173, fig. p. 174 (1952); Les Savanes de l'Afrique centrale (Encycl.
Biolog. P. Lechevalier LV ) 87, fig. 33, 200 ( 195$) ; E. A. Menninger, Flowering
Trees of the World 59, fig. 52 (1962); aynon. nov.
Répartition géographique d’après les spécimens vus 1 ou cités :
Congo ex-belge (région de Béni, Mildbraed 2843 ; région de Libengé/
Ubangi, Lebrun 1834!; plateau de Yoselia, J. Louis 1105!, région de
1. Les numéros des spécimens vus par l'auteur sont suivis d’un point d'exclamation ;
tous les spécimens ainsi marqués (sauf l’isotype de F. Ferdinandi au British Muséum)
se trouvent dans l’herbier d’Afrique du Laboratoire de Phanérogamic.
2. C’est la première citation de cette espèce pour le Cameroun et, en même temps,
pour tous les pays de l’ancienne A.E.F.; il semble qu’elle ait échappé à l’attention des
botanistes qui ont travaillé par la suite sur la llore de ces pays.
Source : MNHN, Paris
— 470 -
Yangambi, J. Louis 10229!). — Oubangui-Chari (région de Boukoko,
Tisserant 234! 539! 1382! Sillans 1664! Syntypes de Tisserantodendron
Chevalieri; Tisserant 2383!). — Cameroun (Bangé, Mildbraed 4330 2 ,
Réserve forestière de Koutchankap, Jacques-Félix 3034! Bertoua,
Jacques-Félix 4871! région de Dcng-Deng, Letouzey, 3410!).
Une deuxième espèce congolaise, décrite par E. De Wildeman
en 1915 de la région de Dundusana (Mortehan 975, BR : non vidi), n’est
pas non plus discutée dans le travail de Milne-Redhead de 1948. Il
s’agit fort probablement seulement d’une forme à folioles dentelés de la
précédente espèce. Le matériel révisé pour la présente étude ne comporte
cependant que des spécimens à folioles parfaitement entiers, et, dans
l’impossibilité de décider de la vraie position de ce taxon, la nouvelle
combinaison, nécessaire au point de vue nomenclatural, est donnée ci-
dessous :
Fernandoa Mortehani (De Wild.) Heine, comb. nov.
Ferdinandia Mortehani De Wild., Bull. Jard. Bot. Bruxelles 5 : 53 (1915).
Après ce rattachement du genre Tisserantodendron au genre Fer¬
nandoa, il semble utile de rappeler que ce dernier comprend, d’après nos
connaissances actuelles, quatre espèces, à savoir : les trois précédentes,
ainsi que F. magnifica Seem., Journ. Bot. 8 : 280 (1870), de l’Afrique
orientale (pour la synonymie complète voir E. Milne-Redhead, Kew
Bull. 3 : 171, 1948), dont B. Verdcourt a décrit encore une var. lulea
(Kew Bull. 7 : 364, 1952), du Tanganyika.
Source : MNHN, Paris
INFORMATIONS
MISSIONS
M. R. Letouzey, Conservateur des Eaux et Forêts, chargé de recher¬
che du Centre national de la Recherche scientifique, attaché au Labo¬
ratoire de Phanérogamie du Muséum, est actuellement en mission dans le
Nord Cameroun. Il y sera remplacé en novembre par J. et A. Raynal,
Assistants au Laboratoire de Phanérogamie du Muséum.
M. N. Hallé, Assistant au Laboratoire de Phanérogamie du Muséum,
effectue une mission de trois mois depuis le début d’octobre, dans le
Nord-Est Gabon, à Belinga, station à I 000 m d’altitude. Il espère
rapporter de nombreuses nouveautés pour le Gabon.
FLORE DU GABON
Volume n° 8 : M. L. Tardieu-Blot, Ptéridophytes, 19 familles,
227 p., 33 pl. — 37 F. Illustration de M lle Godot de Mauroy. Carte des
localités du Gabon par N. Hallé.
FLORE DE MADAGASCAR ET DES COMORES
S. Balle, Loranthacées. 60 e famille, 124 p., 14 pi. 18 F.
Cette famille comprend 4 genres et 51 espèces à Madagascar et aux
Comores dont 2 genres et 47 espèces endémiques.
Illustration de M Ue Godot de Mauroy.
ADANSONIA — MÉMOIRES
A. Aubréville, La famille des Sapotacées, Taxonomie et Phyto-
géographie, actuellement sous presse, doit paraître incessamment.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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