Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
II. HUMBERT A. AUBRÉVILLE
Membre de l'Institut Professeur
Professeur honoraire
Nouvelle Série
Tome VI
FASCICULE 1
1966
PARIS
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
16, rue de Buffon, Paris (5 e )
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
Leandri, J. — Aimée Camus, 1 er mai 1879-17 avril 1965. 3
Hurlimann, H. — Hans Ulrich Stauffer : 1929-1965 . 23
Aubréville A. — Le Professeur Lucien Hauman (2 juillet 1880-
16 septembre 1965). 25
— Le Costa Rica. Quelques aspects du pays, de son climat, de
sa végétation et de sa flore. 29
Van Campo, M. — Variations polliniques intraflorales. 55
Croizat, L. — L’âge des Angiospermes en général, et de quelques
Angiospermes en particulier (l re partie). 65
Bosser, J. — Notes sur les Graminées de Madagascar. III. 105
Halle, N. et Raynal, A. — Le Bégonia squamulosa Hook. f. analysé
et figuré d’après un matériel vivant. 113
Capuron, R. — Notes sur quelques Rhamnacées arbustives ou arbo¬
rescentes de Madagascar. 117
Le Thomas, A. — Mise au point de genre Letesludoxa Pellegrin,
Annonacée du Gabon. 143
To Ngoc Anh. — Sur la structure anatomique et l’ontogénèse des
acarodomaties et les interprétations morphologiques qui
paraissent s’en dégager. 147
Bosser, J. et Raynal, J.— Sur deux Aponogeton dioïques d’Afrique
et Madagascar. 153
Rédacteur Principal
A. Le Thomas
Assistante
La publication d’un article dans Adansonia n’implique nullement que
celle Revue approuve ou cautionne les opinions de l’auteur.
Source : MNHN, Paris
AIMÉE CAMUS
1« MAI 1879-17 AVRIL 1965
par J. Leandri
A notre époque, où la botanique systématique et floristique tend à
devenir elle aussi l'apanage du personnel des Institutions scientifiques, où
l’extension des grandes villes recule, pour les citadins, jusqu’à les rendre
inaccessibles, les stations de plantes spontanées, nous ne devons pas oublier
que les botanistes « amateurs » ont, au siècle dernier, rendu à la Science des
services éminents. Ils ont constitué l’armature de la Société botanique
de France, et plusieurs d’entre eux étaient des maîtres. Leur dernier groupe
vient de voir l’un de ses représentants les plus remarquables, Aimée Camus,
quitter ce monde. Sa perte est particulièrement ressentie par le Labora¬
toire de Phanérogamie du Muséum, auquel elle a été si longtemps attachée.
Ses travaux avaient contribué dans une large mesure à la renommée de
notre établissement. Se déplaçant très mal depuis deux ans, et ne pouvant
plus se rendre au Muséum, elle avait dû, avec quel déchirement, renoncer
à poursuivre ses travaux, en particulier ceux qu’elle avait entrepris sur
les Graminées. Elle nous a quittés pour toujours le 17 avril dernier.
Elle était la fille d’un des meilleurs botanistes parisiens du siècle
dernier, E. G. Camus (1852-1915), dont ma génération a eu entre les mains
tant d’ouvrages excellents, en particulier sur les Orchidées et sur les
hybrides. Dès son jeune âge, elle s’intéressait aux études auxquelles son
gère avait donné tant d’efforts et d’application. Elle avait fait ses études
secondaires au cours dirigé par M me Morot, femme d’un botaniste très
connu, directeur du « Journal de Botanique », et qui avait lui aussi, long¬
temps travaillé au Muséum. Aimée Camus devait suivre plus tard les
cours de Gaston Bonnier à la Sorbonne, ceux de Van Tieghem au Muséum.
Ce dernier maître lui donna le goût de l’anatomie systématique, où elle
devait exceller plus tard.
Déjà, son père n’hésitait pas à l’associer à ses travaux (1904). Ils
devaient publier en collaboi ation bien des notes intéressantes sur des
sujets variés : plantes à essences ou à parfums, Lavandes, Menthes, Basi¬
lics, Popowia; ou ornementales, Cyprès subspontanés, florule de Saint-
Tropez... La plus entière communion existait aussi entre Aimée Camus
et sa sœur Blanche, l’artiste qui a si bien su rendre sur le portrait que vous
voyez ici l’expression du visage de la grande botaniste. Toujours prête à
sacrifier ses projets personnels aux études auxquelles s’était vouée une
compagne aux sentiments éprouvés au long de toute une vie, elle n’hési¬
tait pas, lorsque Aimée Camus exprimait le désir d’étudier les Orchidées
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
de la chaîne pyrénéenne, parmi lesquelles elle espérait découvrir de nou¬
veaux hybrides, à se joindre à elle. Aimée Camus pouvait ainsi améliorer
le grand ouvrage dont elle voulait donner une édition définitive après la
mort de leur père en 1915. Cette exploration devait leur faire parcourir les
sommets de toute la chaîne, de la Méditerranée à l’Atlantique.
De son côté, Aimée Camus devait à son tour accompagner sa sœur
dans un voyage en Orient et en particulier en Turquie, où devait se réaliser
le projet longtemps caressé de fixer sur la toile les sujets si colorés de ces
pays lumineux. Elle y trouvait elle-même l’occasion de récoltes botaniques
pleines d’intérêt, animées par des péripéties auxquelles il fallait s’attendre
dans un pays où la réforme de Moustapha Kemal venait d’imposer des
règles de vie toutes, nouvelles
La carrière scientifique d’Aimée Camus comprend deux grandes
périodes, l’une où après avoir collaboré avec son père, elle a continué ses
travaux, la seconde d’inspiration personnelle.
Son œuvre touche à la fois aux flores tempérées et aux flores tropi¬
cales, à la recherche pure et appliquée, et à ce qu’on appelle la « vulgari¬
sation » où elle sut toujours éviter la banalité, garder l’exactitude et la
méthode qui étaient parmi ses meilleures qualités. Elle a été un de nos
confrères les plus laborieux, ayant écrit plusieurs centaines de notes, et
une douzaine d’ouvrages d’importance considérable.
Nous devons faire ici un choix très limité parmi ses travaux. En 1904
et 1905, E. G. et A. Camus avaient déjà donné en collaboration une grande
« Classification et Monographie des Saules de France et d’Europe »,
2 volumes in 8° et un atlas in-folio de 60 planches, avec 1 257 figures.
Comme l’écrivait Charles Flahault, c’était là une entreprise hardie.
« Ceux qui ont tenté de préciser la valeur spécifique de toutes les formes
observées sur le vif dans certains districts montagneux, qui en ont examiné
les variations saisonnières, n’ont pas besoin d’avoir recours aux hybrides
pour admettre avec M. J. Andersson, que les Saules sont bien « botani-
corum crux et scandalum »... « On sait avec quelle prodigalité les Saules
forment des hybrides. Leur étude est d’autant plus délicate que des formes
hybrides sont souvent multipliées et plantées par les agriculteurs loin de
leur lieu d’origine ». E. G. et A. Camus pensent, avec le botaniste belge
Dumortier, que les nectaires floraux fournissent ici les meilleurs carac¬
tères de classification. La mise à part des hybrides leur permet de voir que
le polymorphisme des espèces est moins étendu qu’il ne semble au premier
abord. Ils peuvent ainsi distinguer 14 sections parmi les Saules de France,
sections différentes de celles adoptées par Wimmer, Kerner ou Anders¬
son et admises par F. Pax dans la première édition des Pflanzenfamilien.
130 pages sont consacrées aux hybrides. Le polymorphisme de ces derniers
paraît d’autant plus accentué que les deux espèces qui leur ont donné
naissance sont plus éloignées. Ils n’ont donc pas pu être placés dans la
clef des espèces. Ils reçoivent deux noms, un nom simple et un nom
composé rappelant les parents. Les hybrides paraissent moins nombreux
en haute montagne, ce que l’on doit peut-être attribuer en partie à leur
observation plus difficile.
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— 6 —
L’année suivante, E. G. et A. Camus étendent leur travail à tous les
Saules d’Europe, faisant la synthèse et la critique des travaux parus sur
le genre depuis la monographie d’ANDERSsoN de 1868, et traitant, en par¬
ticulier, des espèces d’Europe boréale. L’étude des hybrides comprend
dans ce second volume 180 pages. Un nouveau progrès est fait dans l’étude
de ce genre difficile.
En 1908, tout en préparant d’autres travaux moins importants, Aimée
Camus collabore encore avec son père à l’élaboration du grand ouvrage
intitulé « Monographie des Orchidées d’Europe, d’Afrique septentrionale,
d’Aise mineure et des provinces russes transcaspiennes. » Elle avait acquis
une grande habileté dans l’exécution des coupes, et c’est elle qui a rédigé
la partie anatomique de l’ouvrage. L’édition définitive — une édition
provisoire avait été mise en circulation du vivant d’E. G. Camus en 1908 —
ne devait paraître qu’en 1919, quatre ans après la mort du principal auteur.
Bergon avait aussi collaboré à cet ouvrage, qui se signale particulière¬
ment par l’importance accordée à la présentation des hybrides et à leur
étude judicieuse.
E. G. Camus avait publié en 1884 une Monographie des Orchidées de
France, et avait continué depuis cette époque à étudier ce groupe si
remarquable. Il avait vu combien le cadre de ce premier travail aurait
gagné à être élargi ,et avait cherché à le compléter par un examen étendu
de toutes les Orchidées du bassin méditerranéen et de la steppe russe.
L’étude morphologique, par laquelle E. G. et A. Camus font débuter leur
nouvel ouvrage, a pour but de déceler et de faire apparaître les caractères
systématiques. L’anatomie confirme en général la classification basée sur
les caractères externes. C’est ainsi que les genres présentent des carac¬
tères anatomiques distinctifs chez les Cypripédiées, Aréthusées, Néottiées,
Malaxiaées, Epipogonées, tandis que chez les Ophrydées, il est plus diffi¬
cile d’en découvrir. Tous les organes sont soigneusement étudiés et dessinés
par Aimée Camus : racines, tiges, rhizomes, feuilles, poils, faisceaux du
bourgeon floral, étamines, rostelle (stigmate inférieur), ovaire. La systé¬
matique des deux sous-familles et des six tribus est examinée au long de
plus de 450 pages, avec des descriptions détaillées et une abondante
bibliographie, les variétés sont soigneusement distinguées, les hybrides
de genres nommés suivant les principes mis au point par M. et T. Masters
et R. A. Rolfe. L’ouvrage décrit ainsi 31 genres et une centaine d’espèces,
avec leurs unités subspécifiques : ainsi YOrchis purpurea Huds. a 17 formes
et 2 sous-espèces reconnues. Les genres importants, Orchis (32 espèces)
et Ophrys (13 espèces) sont présentés en tableaux destinés à faciliter leur
étude; celle de leurs hybrides et des hybrides intergénériques occupe une
grande partie de l’ouvrage : Orchiserapias, Orchiaceras, Loroglorchis et
autres, aux noms établis suivant la nomenclature de Masters.
En 1921 paraît l’Iconographie des Orchidées d’Europe et du bassin
méditerranéen, 1 volume in-4° et un atlas in-folio, édition améliorée du
même ouvrage.
En 1914, à la veille de la première guerre mondiale, Aimée Camus
avait fait paraître encore une grande Monographie des Cyprès, ouvrage
Source : MNHN, Paris
de plus de 100 pages, avec 400 figures. Ce travail se distingue aussi par
l’importance accordée à l’anatomie comme caractère systématique, et
en particulier par les caractères distinctifs basés sur la coupe des ramilles,
la présence de feuilles du type « cupressoïde » et « thuyoïde » et leur struc¬
ture. Les Chamaecyparis Spach y étaient réunis aux Cupressus comme sec¬
tion; la seule différence constante qui les sépare étant dans les ponctua¬
tions aréolées du « tissu de transfusion » (éléments situés au voisinage des
faisceaux libéro-ligneux). Aimée Camus reconnaissait 19 espèces, dont elle
étudiait non seulement la morphologie externe et interne, mais la biologie
et la culture.
C’est en 1912 qu’elle a commencé à donner une attention particulière
à une autre famille qui devait devenir un de ses domaines de prédilection,
les Graminées. Elle publiait alors, dans l’Encyclopédie économique de
Sylviculture, un gros ouvrage de 350 pages, avec un atlas de 103 planches,
sur le groupe des Bambusées, les géants de la famille, groupe qui avait déjà
fait l’objet autrefois de recherches importantes de son père. Aimée Camus
devait poursuivre l’étude des Graminées jusqu’à la fin de sa carrière, ne
l’interrompant que pour la mise au point de ses autres grands ouvrages.
Elle donnait en 1921 un intéressant travail sur les Andropogonées rudé-
rales des régions tropicales à la « Revue de Botanique appliquée et d’Agri-
culture coloniale ».
Sans négliger d’autres pays, en particulier ceux qui se trouvaient alors
sous la tutelle de la France, elle devait par la suite s’adonner avec prédi¬
lection à l’étude des Graminées malgaches : Erianthées, Urelytrum, Dime-
ria, Bambusées, avec les genres nouveaux Perrierbambus, Hickelia, Pseu-
docoix, Hitchcockella, Arundinaria, Panicum, avec la nouvelle section
Pseudolasiacis, Cephaloslachyum, Brachiaria, Nastus, Paspalidium , Saccio-
lepis, Boiuinella, genre nouveau, Digilaria, Lecomlella, genre nouveau,
lsachne, Yvesia, genre nouveau, Sporobolus, Eragrostis, Pentaschislis,
Danlhonia retenaient successivement ses efforts. Elle préparait en 1935
une nouvelle classification générale des Bambusées.
C’est au cours de cette période qu’Aimée Camus aborde encore la
réalisation d’un nouveau grand ouvrage sur les Fagacées, qui devait l’écar¬
ter un peu des Graminées durant plusieurs années. Elle faisait alors paraître
successivement : en 1929, les Châtaigniers (Caslanea et Castanopsis),
1 volume de texte et un atlas in-folio; de 1934 à 1954, les Chênes (Mono¬
graphie du genre Quercus, 4 volumes 1 de texte et 3 volumes d’Atlas). Ces
ouvrages de synthèse s’appuyaient sur une étude approfondie qui donnait
lieu à la publication de nombreuses notes dans les Revues spécialisées
de science pure ou appliquée. Il en allait ensuite de même pour le genre
.Xoihofagus (les Hêtres de l’hémisphère austral), qui faisait l’objet d’un
ouvrage distinct publié en 1951. Tous ces travaux sont caractérisés par
une observation pénétrante, celle d’un esprit méthodique et précis. L’étude
des hybrides reste au premier plan, de même que l’étude anatomique des
espèces, dont beaucoup sont figurées pour la première fois. L’apparition
1. Le tome III avait dû être scindé en deux volumes en raison de son importance.
Source : MNHN, Paris
— 8 —
de ces importants ouvrages marque vraiment le début d’une période nou¬
velle dans notre connaissance de ce groupe capital au point de vue dendro-
logique, et elle est saluée avec une immense satisfaction par les botanistes
et les praticiens, d’autant plus que le dernier tome comporte une mise à
jour de ceux qui avaient été publiés quelques années auparavant.
Le travail de M lle Camus, qui comprend, pour les Chênes, la descrip¬
tion de 450 espèces et de 120 hybrides, pour les Lilhocarpus celle d’environ
290 espèces, apporte des conclusions générales. Les deux groupes ont des
affinités, mais aussi des différences très nettes. Le genre Lilhocarpus pré¬
sente plus d’affinités avec Caslanopsis qu’avec Quercus.
La préparation de ces énormes ouvrages n’avait pas empêché Aimée
Camus de poursuivre l’étude des Graminées malgaches. Elle décrivait
encore le genre nouveau Decaryochloa, Bambou-liane à androcée disposé
en deux verticilles contigus ; le genre Chasechloa, confondu antérieurement
avec les Echinolaena d’Amérique du Sud, et de nombreuses autres endé¬
miques. Elle faisait ressortir les caractères agrostologiques particuliers
de la flore du Domaine central, avec ses endémiques propres Pseudocoix,
Hickelia et Lecomiella, tandis que l’Ouest et le Sud-Ouest ont en propre les
genres Sclerodadylon, Humberlochloa, Neostapfiella, Viguierella, Yvesia,
Perrierbambus.
Le massif du Marojejy, nouvellement exploré par le Professeur Hum¬
bert (1948-1951) révèle une flore agrostologique proche de celle du
Tsaratanana, le grand massif du Nord voisin; mais on y retrouve des
espèces dont l’aire s’étend jusqu’au sud-est de la Grande île. Cependant,
beaucoup de Graminées du Centre s’y rencontrent à une altitude moins
élevée que dans le reste de l’île. Seule la compétence unique d’Aimée
Camus sur l’ensemble des Graminées malgaches pouvait permettre d’abou¬
tir aussi rapidement à des conclusions importantes qui venaient augmenter
l’intérêt scientifique de la belle monographie consacrée par le Professeur
Humbert à ce massif, qui devait être constitué (1955) en Réserve naturelle
intégrale.
C’est aussi d’après les récoltes de M. Humbert qu’Aimée Camus
devait préciser les caractères et les affinités du genre Chasechloa ; elle
portait aussi [l’effectif des Panicoidées-Boivinellées à 3 genres endé¬
miques, Boivinella, Cyphochlaena et Perulifera 1 . Les Andropogonées en
ont un, Lasiorhachis. Les Pooideae ont de même le genre Viguierella, de
l’Itasy et de l’Ouest, les Eragrostées, le Sclerodadylon ; les Zoysiées, le
Decaryella; les Chloridées les Neostapfiella et Pterochloris ; les Bambu-
soidées ont les endémiques Perrierbambus, Hilchcockella, Hickelia, Decaryo¬
chloa. Le genre Lecomiella reste sans affinités bien marquées.
Dans des domaines plus limités, le genre Pœcilostachys confirme ses
affinités avec Oplismenus (Panicoïdées) ; d’autres genres non endémiques
resserrent les liens entre la flore malgache et celles de l’Afrique du Sud et de
l’Est. L’Eleusine africana Kennedy, distingué depuis peu, en Afrique,
1. La validité de cette sous-tribu a donné lieu récemment à certaines objections.
Source : MNHN, Paris
— 9 —
de VE. indica, est commun à Madagascar, tandis que le véritable indica
n’y est peut-être que naturalisé.
Les recherches d’Aimée Camus sur les Graminées malgaches ne
resteront pas inachevées. Elles sont d’ores et déjà continuées par un
de nos meilleurs agrostologues, M. J. Bosser, de l’Institut de Recherche
Scientifique de Madagascar (ORSTOM), qui consacre tous ses efforts à la
mise au point de cette famille au point de vue de la science pure et appli¬
quée.
Dans un exposé même succinct des travaux d’Aimée Camus sur
les Graminées, il est impossible de passer sous silence les recherches
qu’elle a poursuivies avec le Professeur A. de Cugnac sur les hybrides
de Bromes, et qui abordent des points essentiels de la physiologie de
l’espèce. Divers hybrides expérimentaux ont été obtenus, et comparés
aux formes spontanées, dont certaines comme Bromus grossus Desf. ou
B. arduennensis Dumort. sont en voie de disparition.
Un des talents d’Aimée Camus était l’aptitude à mettre à la portée
des débutants et des amateurs les résultats, parfois difficilement acces¬
sibles, des études scientifiques. Elle a rédigé deux des volumes les plus
estimés de la petite collection de poche « l’Enclyclopédie pratique du
naturaliste » celui sur la flore des marais, des lacs et des étangs (1921),
et celui sur les arbres, arbustes et arbrisseaux d’ornement (1923). Les
illustrations sont heureusement choisies et exécutées, le texte clair et
précis comporte à la fois une mise au point scientifique et des données
pratiques ou pittoresques. Ces petits ouvrages tirent leur intérêt de la
compétence de l’auteur sur beaucoup des sujets traités, qui en fait autre
chose qu’une compilation ou un manuel scolaire.
Bien que la renommée d’Aimée Camus soit due surtout à son œuvre
systématique, elle n’a pas négligé non plus la morphologie et la biologie,
et l’on a d'elle des travaux sur l’anatomie de divers organes, sur le mode
de chute des inflorescences, des épillets et des fleurs, sur les nervures
tessellées des Graminées, la soudure des cotylédons des Fagacées. Rappe¬
lons aussi ses travaux originaux sur les Monocotylédones aquatiques, sur
les Cypéracées, et sa substantielle contribution à la « Flore générale de
l’Indochine » dirigée par les Professeurs Lecomte, puis Humbert et
Aubréville. Elle a publié d’importants travaux de botanique appliquée,
en particulier sur les variétés de riz d’Indochine et sur les prairies mal¬
gaches, et rédigé des études intéressantes sur l’histoire de la Botanique,
en particulier sur les agrostologues français en Amérique du Nord.
Plusieurs fois lauréate de l’Institut et de la Société botanique de
France, Correspondant du Muséum depuis 1921, elle avait reçu en 1958
le titre très rarement décerné d’Associé de notre maison. Elle était Che¬
valier de la Légion d’honneur, et faisait honneur à son pays.
Après avoir enrichi à plusieurs reprises l’herbier du Muséum, elle lui
a donné la grande collection constituée par son père et par elle-même, riche
d’environ 400 paquets et 50 000 spécimens. Cette collection constitue
une documentation de premier ordre et renferme plusieurs types et des
séries de doubles de grands botanistes, en particulier de Léveillé.
Source : MNHN, Paris
— 10 —
Nous saluons avec émotion la mémoire d’Aimée Camus et ressentons
douloureusement la perte que fait en elle la science française.
PRINCIPALES PUBLICATIONS DE MLLE A. CAMUS"’
1904
A. et E. G. Camus. —- Classification des Saules d'Europe et Monographie des Saules
de France, 1 vol. 8°, 386 p., 1 atlas 4® de 33 pl., Paris, Lechevalier.
Même titre, in Journ de Bot. 18 : 177-233, 245-296, 367-372, 373-379
A. et E. G. Camus. —- Suite du même titre, ibid. 19, 1-2; 13-24.
— Suite du même titre, ibid. 3; 25-36.
— Suite du même titre, ibid. 4 bis: 37-52.
— Suite du même titre, ibid. 5 bis: 53-62.
— Classification et monographie des Saules d’Europe. Tome 11, 1 vol. 8°, 287 p.,
atlas 4°, 20 pl., Paris, Lechevalier.
— - Classification des Saules d'Europe et monographie des Saules de France (suite).
Journ. de Bot. 19, 8 bis: 101-112, 9 bis: 115-124.
1906
A. et E. G. Camus. — Classification des Saules d’Europe et monographie des Saules
de France (suite), Journ. de Bot. 20, 1 bis-6 bis: 1-72 et 7 ftis-12 bis: 73-116.
E. G. et A. Camus et P. Bergon. — Monographie des Orchidées de l'Europe, de l’Afrique
septentrionale, de l’Asie mineure et des provinces russes transcaspiennes, Pet. 4°
autogr., 484 p., 32 pl., litho., Paris, Lechevalier.
1909
A. Camus. -— Polamogeton nouveaux de l’Asie orientale. Notulae systemat., Paris, 1 :
85-89, 2 fig.
1910
— Note sur le genre Typha. Notulae Syst. 1: 271-273.
— Aponotjelon asiatique nouveau. Ibid. 1: 273-274, 1 fig.
- Contribution à l’étude des espèces asiatiques du genre Juncus. Ibid.: 274-283,
1 fig.
A. et E. G. Camus. — Étude sur le Mespilodaphne preliosa. Bull. Scient, et Indust.
Mais. Roure-Bertrand, 3 e s., 2, Grasse.
— Étude botanique des Basilics cultivés. Ibid.
1. Cette liste comprend 377 publications. Les articles très courts ou n’intéressant
que certains praticiens n’ont pas été cités.
Source : MNHN, Paris
— 11
1911
— Étude botanique des Menthes cultivées. Bull. Sci. et Ind. Maison Roure-Bertrand
Fils, Grasse, 3° s., 4.
1912
A. Camus. — Note sur les espèces asiatiques du genre. Aponogelon. Notulae syst.,
Paris, 2 : 202-204.
—■ I sac h ne nouveau de l’Asie orientale. Ibid. : 205.
—- Note sur les Paspalum de l’Asie orientale, Ibid. : 216-224.
— Notes sur quelques Panicum de l’Asie orientale. Ibid. : 246-253.
—- et E. G. Camus. — Étude botanique de deux Cyprès subspontanés ou plantés en
France. Bull. Scient, et Ind. Maison Roure-Bertrand, 3 e s., 5, Grasse.
— - Florule de Saint-Tropez et de ses environs immédiats, Paris, 38 p.
1913
A. Camus. -— Espèces et variétés de Riz de l’Indochine. Supp. au Journ. Agric. trop.,
Paris, 8°, p. 1-146.
— Les Bambusées. Encycl. écon. de sylvic., 350 p., atlas de 103 pl., Paris, Leche-
valier.
— et E. G. Camus. — Le Popowia caprea. Bull. Sci. et Ind., Maison Roure-Bertrand,
Grasse, 3° s., 6.
1914
A. Camus. — Les Cyprès (genre Cupressus). Monographie. Systématique. Anatomie.
Biologie. Culture. Principaux usages, Paris, Lechevalier, 106 p. 4°, 424 fig., 4 pl.
— - Aponogelon nouveau de l’Annam. Notulae syst. 3 : 84.
— Ichnanlhes nouveau de l’Asie méridionale. Ibid. : 84-85.
— Note sur les espèces asiatiques du genre Eremochloa. Ibid.: 85-90.
— Un nouvel Apocopis de l’Asie méridionale. Ibid.: 83.
1918
- - Note sur les Orchidées de la vallée de Thorenc. Riviera scientif., 5 e ann., 1 :
14-17, Nice.
— Le Typha provincialis (T. anguslala x latifolia). A. Camus dans les Alpes mari¬
times. Ibid., 5 e ann. 3 : 88-90.
1919
— Note sur le genre Mnesilliea Kunth (Graminées). Bull. Mus. 25 : 56.
Note sur deux espèces nouvelles d’Andropogonées (Graminées). Ibid. : 33.
— Graminées nouvelles de l’Asie orientale. Ibid. : 202.
— Quelques espèces nouvelles de graminées d’Asie. Ibid. : 284.
— Espèces et variétés nouvelles de Graminées asiatiques. Ibid. : 367.
— Note sur le Lophalerum gracile Brongn. (Graminées). Ibid. : 497.
■— Variétés nouvelles de Graminées de l’Asie orientale. Ibid. : 497.
— Espèces et variétés nouvelles de Graminées de l’Asie orientale. Ibid.: 669.
— Note sur le Veliveria zizanoides Stapf. Ibid. : 673.
— Note sur quelques Orchidées de Vence (Alpes-Maritimes) et de ses environs.
Bull. Ass. Natur., Nice et Alpes-Maritimes, 6° ann., 1.
1920
— Note sur le genre Themeda Forsk. (Graminées). Bull. Mus. 26 : 266-273.
— Note sur la synonymie et la répartition géographique de quelques Themeda.
Ibid.: 423-428.
Source : MNHN, Paris
— 12 —
— Un Andropogon nouveau de l'Asie orientale. Ibid.: 561.
— Notes sur quelques Cymbopogon odorants (Graminées). Ibid. : 562-566.
— Une espèce nouvelle de Bambou. Ibid. : 567.
— Note sur le genre Pseudosorghum A. Cam. Ibid. : 662-663.
— Note sur le genre Neohusnolia A. Cam. Ibid. : 664.
— Note sur le genre Pseudovossia A. Cam. Ibid. : 665.
— Un Tripogon nouveau de l’Asie orientale. Notulae Syst., Paris, 4: 14.
1921
— Note sur VAira Cupaniana Guss. var. incerta Ces. Pas. et Gib. (Graminées). Bull.
Mus. 27, 1921 : 117.
— Note sur quelques espèces du genre Cyrlococcum Stapf. Ibid. : 118.
— Note sur quelques genres de Graminées. Ibid. : 369-371.
— Note sur les espèces asiatiques du genre Schima Forsk. Ibid. : 372-373.
— Deux Bambous nouveaux de l’Annam (en collaboration avec M. A. Chevalier).
Ibid. : 450-454, 17 fig.
— Espèces et variétés nouvelles de Graminées asiatiques. Ibid. : 455-456.
— Les fleurs des marais, lacs et étangs, 16°, Paris, Lechevalier, 245 p., 91 fig.,
100 pl., col.
— Étude botanique du Lavandula Sloechas L. et du L. denlala L. Bull. Scient, et
Industr. Maison Roure-Bertrand Fils, Grasse, 4 e s. oct., 4.
—- et E. G. Camus. — Iconographie des Orchidées d’Europe et du Bassin méditer¬
ranéen, 1 vol. 4°, 1 atlas f°, Paris, 559 p., 133 pl.
A. Camus. — Les Andropogonées odorantes des régions tropicales. Rev. Bot. Appl. et
Agric. Trop. 1, 4, déc. 1921 : 270-306.
— Notes sur quelques genres de Graminées. Ann. Soc. Linn., Lyon 68, 10 : 197-208.
1922
— Un genre nouveau de Bambusées. Bull. Mus. 28: 100.
— Note complémentaire sur une Graminée, le Giganlochloa cochinchinensis A. Cam.
Ibid.: 381.
— Les affinités du genre Neohouzeaua A. Cam. Bull. Soc. Bot. Fr. 69, 291.
— Note sur les genres Leplurus R. Br. et Pholiurus Trin. Ann. Soc. Linn. Lyon 69 :
86-90.
— Le Cymbopogon pruinosus Chiov. Rev. Bot. Appl. 2 : 440.
— Le Zizania lati/olia Turcz., légume cultivé en Asie orientale. Ibid. : 465-470.
— Un légume sauvage peu connu. Ibid.: 513.
1923
— (En collaboration avec R. Hickel.) — Caslanopsis nouveaux d’Indochine. Bull.
Mus. 29: 534-536.
— Fagacées nouvelles d'Indochine : genre Quercus L., Ibid.: 598-601.
— Fagacées nouvelles d’Indochine : genre Pasania Oerst. Ibid.: 602-606.
— Note sur le genre Schizachyrium (Graminées). Ann. Soc. Linn. Lyon 70 : 87-91.
- Note sur le genre Eccoilopus Steudel (Graminées). Ibid.: 70 : 92-93.
— Les arbres, arbustes et arbrisseaux d’ornement; in-16°, Paris, Lechevalier,
268 p., 100 fig., 96 pl. col.
1924
— Contribution à la connaissance de quelques Graminées. BuU. Mus. 30: 106-108.
— Espèces nouvelles d ’Arundinaria malgaches. Ibid. : 384-396.
— Perrierbambus, genre nouveau de Bambusées malgaches. Bull. Soc. Bot. Fr. 71 :
697.
— Graminées nouvelles des Comores et de Formose. BuU. Mus. 30 : 513-514.
Source : MNHN, Paris
— 13 —
Espèces nouvelles A'Erianlhées malgaches. Bull. Soc. Bot. Fr. 71: 1182.
Le x Typha provincialis A. Cam. Ann. Soc. Linn. Lyon 71: 57-58.
Un Urelylrum nouveau de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 71: 1090.
Espèces nouvelles de Dimeria malgaches. Bull. Soc. Bot. Fr. 71: 1060.
Genres nouveaux de Bambusées malgaches. C. R. Acad. Sci. 179, 9.
Hickelia et Pseudocoix, genres nouveaux de Bambusées malgaches. Bull. Soc.
Bot. Fr. 71: 899.
Le genre Scleroslachya A. Cam (Graminées). Ann. Soc. Linn. Lyon 71: 103-106.
1925
Hilchcockella, genre nouveau de Bambusées malgaches. C. R. Ac. Sc. 10 août
1925 : 253.
Le genre Naslus Juss. Bull. Soc. Bot. Fr. 72 : 22-27.
Le genre Cephaloslachyum à Madagascar. Ibid. : 84-88.
Espèces nouvelles de Digitaria malgaches. Ibid.: 153.
Boivinella, genre nouveau de Graminées. Ibid. : 174.
Isachne Perrieri A. Cam., espèce nouvelle de Madagascar. Ibid. : 306.
Brachiaria et Panicum nouveaux de Madagascar. Ibid. : 369.
Panicum Flacourlii A. Cam., espèce nouvelle de Madagascar. Ibid. : 449.
Sur la répartition géographique des Bambous à feuilles caduques de Madagascar.
Ibid.: 541.
Andropogon Isaratananensis A. Cam., Graminée nouvelle de Madagascar. Ibid. :
591.
Sacciolepis, Panicum, Brachiaria et Boivinella nouveaux de Madagascar et des
Comores. Ibid.: 619.
Paspalidium et Panicum nouveaux de Madagascar. Ibid. : 706.
Contribution à l’étude des Graminées fourragères cultivées dans l'Inde. Rev.
Bot. Appl. et Agric. Colon. 5: 376.
Graminées nouvelles d'Extrême-Orient. Bull. Mus. 31: 205-208.
Sur quelques Graminées d’Indochine. Ibid. : 329.
Une Graminée nouvelle pour la Chine. Ibid. : 330-331.
Sur quelques Graminées d'Indochine employées dans la brasserie. Rev. Bot.
Appl. et Agric., col. 5 : 594.
Caractères et affinités des genres Boivinella A. Cam. et Cyphochlaena Racket
(Graminées). Ibid. : 389-393.
Lecomlella genre nouveau de Graminées malgaches C. R. Acad. Sci., 26 oct.
1925 : 567.
1926
Graminées nouvelles de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 73: 401-406.
Nouvelles espèces malgaches des genres Arislida et Sporobolus. Ibid.: 434-436.
Un Cyprès nouveau du Tassili. Bull. Mus. 32: 101.
Note sur l 'Airopsis biflora (Steudel) St Yves et A. Cam. Ibid.: 306.
(en collaboration avec R. Hickel). — Fagacées nouvelles d’Indochine. Ibid. : 398-
401.
Le Cupressus Dupreziana A. Cam, Cyprès nouveau du Tassili. Bull. Soc. Dendrol.
Fr. 58, 15 mai 1925 : 44.
Panicum nouveaux de la section Pseudolasiacis A. Cam. Bull. Soc. Bot. Fr. 73 :
974-977.
Espèces nouvelles des genres Digitaria et Isachne. Ibid.: 914-917.
Yvesia, genre nouveau, et espèces nouvelles de Graminées malgaches. Ibid. : 687-
691, 1 flg.
Le genre Arundinaria à Madagascar, Ibid. : 624-626.
Le genre Bedfleldia à Madagascar. Ibid. : 1023-1024.
Sur quelques Orchidées des environs de Saint-Tropez. Riviera scientif., Bull.
Assoc. Natural. Nice et Alpes-Maritimes 13 : 75-76
Source : MNHN, Paris
— 14 —
1927
Une nouvelle Fumeterre hybride du Var. Bull. Soc. Bot. Fr. 74: 431-435.
Eragrostis, Penlaschislis et Danlhonia nouveaux de Madagascar. Ibid. : 74 :
688-692.
Graminées nouvelles de Madagascar. Ibid.: 631-635.
Peruli/era , genre nouveau de la tribu des Boivinelleae. Ibid. : 889-893, 1 lig.
Quelques Ophrys intéressants des Alpes-Maritimes (Gattières, Carros et environs
de Nice). Ibid.: 579-581.
Un Bambou nouveau du Tonkin. Ibid. : 620-622.
Un nouvel hybride d 'Acacia. Bull. Soc. Dendrol. Fr. 64 : 68.
1928
— (en collaboration avec R. Hickel). — Caslanopsis nouveaux d'Indochine, in
h. lec. Notulae System. 4: 122.
— Pasania nouveaux d’Indochine. Bull. Mus. 34 : 363-366.
- Sur la rachéole et le pédiceile des épillets dans le genre Hordeum. Bull. Mus. 34 :
113-114.
— Sur quelques Graminées de Nouvelle-Calédonie. Ibid.: 181-182.
- Caslanopsis nouveaux. Bull. Soc. Bot. Fr. 75: 698-699.
- Graminées nouvelles de Madagascar et de Nossi-Bé. Ibid.: 911-916.
— Poeciloslachys nouveaux de Madagascar. Ibid. : 33-38.
— Rectification à une note sur les Poeciloslachys de Madagascar. Ibid. : 728.
1929
Caslanopsis nouveaux de Chine. Bull. Mus. 35 : 165.
Graminées nouvelles de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 75: 911.
— Quelques Graminées nouvelles pour la flore de l'Indochine. Ibid.: 552-555.
— Un hybride nouveau de Bromus madrilensis, et de B. maximus. Ibid.: 76:
596-597.
— Sur quelques Orchidées des Pyrénées. Riviera scientif. Bull. Ass. Natur. Nice 16 :
14-16.
- Espèces asiatiques nouvelles du genre Carpinus. Bull. Soc. Bot. Fr. 76 : 966-
969, 1 fig.
— Un x Orchiserapias nouveau pour la France. Ibid. : 1028-1030, 1 pl.
— Un nouveau Gigantochloa du Laos. Ibid.: 769-771.
- Les Châtaigniers (Caslanea et Caslanopsis). Paris, Lechevalier, 605 p., 28 pl.
1 atlas.
— Anomalies florales chez le Serapias lingua L. Bull. Soc. Bot. Fr. 77: 611-612.
— Graminées nouvelles de Madagascar. Ibid.: 638-641.
— Le genre Pseudobromus Schum. Ibid. : 511-513.
— Pseudoslreplogyne, genre nouveau de Graminées. Ibid. : 476-479, 13 lig.
1931
— Sur quelques Chênes. Bull. Mus. 37: 337.
— Les variétés françaises de VHedysarum obscurum L. Ibid. : 371.
— Cœlachryum nouveau de l’Afrique centrale. Ibid. : 546.
— Fagacées nouvelles d’Asie orientale. Ibid. : 688-691.
— Le Triplachne nilens Link. Ibid. : 161-162.
— Sur quelques Graminées. Ibid. : 759-761.
— Graminées nouvelles de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 78 : 8.
Source : MNHN, Paris
— Espèces nouvelles du genre Agroslis provenant des Comores et de Madagascar.
Ibid.: 34.
- Sur quelques Orchidées d’Orient. Ibid. : 66.
— Decaryella, genre nouveau de Graminées malgaches. Ibid.: 177.
— Sur quelques espèces de Bromes et leurs hybrides. Ibid. : 327.
L'Orchiserapias pisanensis dans le Var. Bull, bi-mens. Soc. Linn. Lyon. 10 :
101.
— Le genre Bolhriochloa Kuntze. Ann. Soc. Linn. Lyon 76: 162-165.
— Sur quelques Saules hybrides. Bull. Assoc. Natural. Nice 18 : 34.
Sur quelques genres de Fagacées. Riviera scientif. 18 : 37-42.
1932
— Sur une Graminée malgache. Sclerodaclylon macroslachyum. Bull. Soc. Bot.
Fr. 79 : 37-39.
— Sur une curieuse anomalie florale du Calendula officinalis. Ibid. : 93.
Quelques espèces nouvelles de Chênes. Bull. Mus. 38 : 122-124.
- Quelques Chênes nouveaux de l’île d'Hainan et de la Péninsule malaise.
Ibid.: 912-914.
— Dendrocalamus birmanicus, Bambou nouveau de Birmanie. Ibid. : 1044-
1045.
— Sur quelques hybrides d’Orchidées. Bull. Soc. Bot. Fr. 79 : 833-834.
— Sur quelques Graminées de Madagascar et des îles voisines. Ibid.: 844-846.
— Sur quelques arbres et arbrisseaux. Quelques localités de Saules hybrides.
Bull. Soc. Dendrol. de Fr. 81 : 5-7.
1933
Hybrides nouveaux du genre Bromus. Bull. Soc. Bot. Fr. 80 : 38-39.
Espèces et variétés nouvelles du genre Quercus. Ibid. : 353.
— Descriptions d’espèces nouvelles appartenant aux genres Agropyrum, Cenchrus
et Trislachya. Ibid. : 773.
Espèces nouvelles de Chênes .Bull. Mus. 39 : 88.
— Un Panicum nouveau du Congo, P. Bobynsii. Ibid.: 336.
- Chevalierella, genre nouveau de Graminées congolaises. Rev. de Bot. Appl.
et d’Agric. colon. 13 : 10.
Isachne Trochainii, espèce nouvelle de Graminées d’Afrique tropicale. Bull.
Mus. 39 : 250.
- Sur quelques hybrides d’Orchidées. Bull. Soc. Bot. Fr. 79 : 833.
et A. de Cugnac. — Réponses à la note de M. Fouillade. Ibid. 80: 495-499.
1934
A. Camus. — Sur quelques Graminées africaines. Bull. Mus. 40, 1 : 98-99.
- Fagacées nouvelles de l’Asie orientale. Ibid. : 92-94.
Un Danlhoniopsis nouveau de l’Afrique tropicale. Rev. Bot. Appl. et Agric.
Colon. 14 : 780.
Panicum ihosyense A. Cam., espèce nouvelle de la section Pseudolasiascis A. Cam.
Bull. Soc. Bot. Fr. 81 : 54-55.
— Humberlochloa A. Cam. et O. Stapf., genre nouveau de Graminées malgaches
Ibid. : 467-471, 8 fig.
- Un x Orchiserapias nouveau pour la Oore de France. Ibid. : 499-500, 4 flg.
Sur la floraison du Phylloslachys nigra Munro. Riviera scient. 21: 3.
— Les Chênes. Monographie du genre Quercus. Atlas. I. Sous-genres Cyclobala-
nopsis et Euquercus sect. Cerris et Mesobalanus. 108 pl. et vol. expi., Paris,
Lechevalier.
Espèces nouvelles des genres Slipa, Cenchrus et Digitaria. Bull. Soc. Bot. Fr. 81,
10 : 593-594.
Source : MNHN, Paris
— 16 —
— Quelques diagnoses de Fagacées. Ibid.: 814-818.
— Bambous nouveaux des îles Salomon. Ibid. : 758-760.
- Sur quelques Fagacées et Graminées. Riviera scientif. 21: 44.
1935
— Agropyropsis A. Cam., genre nouveau de l'Afrique du Nord. Bull. Soc. Bot. Fr.
82: 11-12.
— Brachiaria fragrans A. Cam., Graminée nouvelle de Madagascar. Ibid. : 22.
— Ochlandra Perrieri A. Cam., Bambou nouveau de Madagascar. Ibid.: 310-311.
— - Sur les caractères donnés par le mode de chute de l’inllorescence, des épillets
ou des lleurs, dans les Graminées de la flore française. Ann. Soc. Linn. Lyon 79 :
53-78.
- Classification des Bambusées. Archives Mus., vol. du Tricentenaire, 6, 12 :
601-603.
— Les Chênes dans la production forestière indochinoise. Rev. Bot. Appl. et
Agric. trop. 15 : 20-25.
- Sur quelques Fagacées. Bull. Soc. Bot. Fr. 82 : 437-439.
— Sur quelques Chênes. Riviera scientif., 4 e trim. 1935, 22: 66.
— Fagacées asiatiques nouvelles. Notulæ System. 5 : 72.
1936
— Les Bambusoideœ de Madagascar. C.R. du 69 e Congr. Soc. Sav. : 143.
— Quelques Fagacées nouvelles de l’Inde et de l'Indochine. Bull. Soc. Bot. Fr. 83 :
343-345.
— Lilhocarpus Guinieri A. Cam., Chêne nouveau du Cambodge. Ibid.: 419.
- La soudure des cotylédons dans le genre Quercus. Riviera scientif. 23 : 26-27,
— Diagnoses de quelques Graminées, ap. Hochreutiner, Planlœ Hochr., Candollea
6:413.
Les Chênes. Monographie du genre Quercus. Atlas, IL 184 pl. et vol. expi. des
pl. 180 p.; anat.; 38 pl.
— et A. de Cugnac. —- Sur quelques Bromes et leurs hybrides. IV. Deux espèces
messicoles menacées de disparition : Bromus (Serrafalcus) grossus Desf. et
Bromus (Michelaria) arduennensis Dumort. Bull. Soc. Bot. Fr. 83: 47-68,
3 flg. 4 pl.
— et P. Jovet. — Sur les Calamagroslis lanceolala Roth. C. epigeios Roth, et
leurs hybrides. Bull. Soc. Bot. Fr. 83:257-265, 2 pl.
1937
A. Camus et R. Viguier. — Riz flottants du Soudan. Rev. Bot. Appl. 17: 201.
A. Camus. — La floraison du Phylloslachys nigra. Riviera scientif. 24: 13.
— Fagacées nouvelles de l’Asie orientale. Bull. Soc. Bot. Fr. 84: 176-177.
— Flagellariacées, Joncacées, in Humbert, Flore de l'Indochine, 6, 7 :. 934-945.
-— Naslus Humberlianus A. Cam., Bambou nouveau de Madagascar. Bull. Soc.
Bot. Fr. 84: 286-287.
— Un curieux emploi des feuilles du Cilrus medica. Rev. Bot. Appl. 17 : 298.
— et H. Gombault. — Bromus bik/ayensis, espèce nouvelle du Liban. Bull. Soc.
Bot. Fr. 84: 310-312, 12 flg., 1 pl.
— Sur VOphrys exaltala Tenore. Ibid.: 279-281.
— Quelques notes sur le genre Quercus. Riviera scientif. 24 : 27-30.
Biologie florale de quelques Echium. Bull. Soc. Bot. Fr. 84 : 451-457, 11 flg.
— Sur la répartition du Cœlachyrum oligobrachialum A. Cam. Bull. Mus. sér. 2,
9, 43 : 338.
— A. Guillaumin, et autres. — Contribution à la flore des Nouvelles-Hébrides.
Bull. Mus. 2» s. 9: 283, 1 pl.
Source : MNHN, Paris
— 17 —
1938
A. Camus. — Les Chênes. Monographie du genre Quercus. 1 vol. 684 p., (1936-1938).
Paris, Lechevalier.
— Quelques notes sur la dore de France. Bull. Mus. Paris 2° s., 10: 121-125.
Fagacées nouvelles de l’Asie orientale. Notulæ System. 6, 4 : 178-185.
— Les Aegilolriticum (Aegilops x Trilicum) de la dore française. Riviera scientif.
25: 14-16.
— Quercus Ilex L. et espèces asiatiques avec lesquelles il a été confondu C.R. Con¬
grès Soc. Sav. Nice, 3 p.
Un Tristachya nouveau du Soudan méridional. Bull. Soc. Bot. Fr. 85 : 556.
— Graminées récoltées en A.O.F. par M. Michel de Wailly. Ibid.: 603-605.
— Sur quelques Fagacées nouvelles. Ibid. : 653-655.
— Sur la doraison des Bambous. Riviera scientif. 25 : 16-20.
1939
Fagacées d’Asie orientale. Bull. Soc. Bot. Fr. 86: 155-156.
— et R. Gombault. — Sur quelques Saules de Syrie et du Liban. Ibid.: 135-140.
A. Camus. — Les Chênes (tome II). Monographie du genre Quercus, sous-genre Eu-
quercus, sections Lepidobalanus et Macrobalanus. Paris, 830 p., 59 dg.
1940
— Sur quelques Graminées. Bull. Soc. Bot. Fr. 87 : 82-84.
1941
— Caslanopsis nouveau du Cambodge. Bull. Mus. sér. 2, 13 : 479-480.
— Description des épillets et biologie dorale du Briza maxima L. Bull. Soc. Bot. Fr.
88: 10.
— et M. Gougerot. — Localités intéressantes de la région méridionale. Ibid. .15.
1942
A. Camus. — Sur quelques Chênes du Mexique. Bull. Mus. sér. 2, 14 : 88-89.
— Naiadacèes, Polamogèlonacées, Aponogelonacées in Flore Gén. d’Indochine,
6: 1210-1227.
— Fagacées asiatiques nouvelles. Bull. Mus. sér. 2, 14, 357-360.
— La soudure des cotylédons dans le genre I.illiocarpus Blume. Ibid. : 461-462.
— et R. Gombault. — Sur quelques Saules de Syrie et du Liban (suite). Bull. Soc.
Bot. Fr. 89 : 24-30, 22 dg. 2 pl. h.t.
1943
A. Camus. — Le glume des épillets latéraux dans le genre Lolium et les glumes
dans les hybrides x Feslulolium. Bull. Mus. sér. 2, 15 : 237.
—- Cephaloslachyum Cheualieri A. Camus, Bambou de l’Indochine. Bull. Soc. Bot.
Fr. 90: 74-75.
— I.illiocarpus nouveaux de l’Annam. Ibid. : 84-85.
Le genre Vulpia Link dans la dore française. Not. Syst. 11: 124-132.
- Le genre Melica L. dans la dore française, Bull. Soc. Linn. Lyon, 4, déc. 1943,
60-62.
— Espèces et variétés nouvelles du genre I.illiocarpus. Bull. Soc. Bot. Fr. 90 :
198-201.
1944
Chloris Ilumberliana A. Cam., espèce nouvelle de Madagascar. Bull. Soc. Bot.
Fr. 91 : 63-64.
Source : MNHN, Paris
— 18 —
— Le genre Neoslapfiella A. Cam. Not. Syst. 11: 189-192.
-— Le genre Diclyochloa A. Cam. Ibid.: 192-196.
— et A. de Cugnac. — Un Feslulolium expérimental nouveau : x Feslulolium
Colini (Lolium iennulenlum x Fesluca pralensis). Bull. Soc. Bot. Fr. 91: 16-19.
1945
— Un nouvel hybride du genre Bromus. Bull. Soc. Bot. Fr. 91: 79-80.
— Deux espèces voisines du Lilhocarpus Kunstleri. Ibid. : 92 : 9-10.
— Graminées nouvelles de Madagascar. Ibid. : 50-53.
— Sur la présence de nervures tessellées dans les feuilles de Graminées. Bull,
mens. Soc. Linn. Lyon 14: 70.
— Sur deux genres de Bambusoideæ. Ibid. : 185.
— Combinaisons nouvelles. Notulæ System. 12: 85.
— Espèces nouvelles du genre Panicum, sous-genre Pseudolasiacis. Ibid. : 86-88.
—- et A. de Cugnac.— Un hydride interspécifique nouveau, Bromus Laagi. Bull. Soc.
Bot. Fr. 91 : 172-174.
A. Camus. — Espèces et variétés nouvelles du genre Lilhocarpus. Ibid. 92 : 82-84.
1946
— Produits des Chênes. Rev. Bot. Appl. et Agric. tropic. 25 : 24-37.
— Variétés et combinaisons nouvelles du genre Lilhocarpus. Bull. Soc. Bot. Fr. 92 :
254.
— Le genre Pseudobromus Schum. à Madagascar. Notulæ Syst. 12 : 149-151.
— Selaria, Daclyloclenium et Chloris nouveaux de Madagascar. Ibid. : 151-156.
— Le Bolhriochloa panormilana (Parlât). Ibid.: 189.
— Sous-espèce asiatique nouvelle du Daclylis glomerala L. Ibid. : 207-209.
—- Lepturus, Acroceras et Brachiaria nouveaux de Madagascar. Bull. Soc. Bot.
Fr. 93: 86-89.
— A propos du Telragonolobus purpureus Mœnch. Bull. mens. Soc. Linn. Lyon 15 :
85.
1947
—• Decaryochloa, genre nouveau de Graminées malgaches. Bull. Soc. Bot. Fr. 93 :
242-245.
— Sur deux Feslulolium récoltés dans le Sud-Ouest. Bull. Soc. Linn. Lyon 16 :
50-51.
— Fagacées nouvelles de la Péninsule malaise. Bull. Soc. Bot. Fr. 94: 4-5.
— Graminées nouvelles de Madagascar. Ibid. : 39-42.
— Sur les Graminées des prairies de Madagascar. Rev. Bot. appl. et Agric. colon. 27,
193-203 et 271-281.
— et R. Gombault. — Un Silène de Petra (Arabie). Bull. Soc. Bot. Fr. 93: 124-
126.
1948
A. Camus. — Sur les Graminées des prairies de Madagascar (fin). Rev. Bot. appl. et
Agric. trop., 27, 299-300 : 377-389.
— A propos de Phelipaea lutea Desf. Ibid. : 426-427.
— Observations sur le Trilicum dicoccoides (Korn.) Sch. et 1 ’Hordeum ilhaborense
Boiss. Rev. Bot. Appl. 28 (303-4) : 72-74.
—- Fagacées nouvelles de l’Asie orientale. Bull. Soc. Bot. Fr. 94: 270-272.
— Sur deux Chênes hybrides. Ibid. : 67-68.
— Le Quercus Jenseniana Handel-Mazzetti. Ibid.: 132.
— Arlhraxon (Graminées) nouveau de Madagascar. Ibid.: 149-150.
—• Les Chênes. Atlas, t. III. Monographie des genres Quercus (sect. Erylhrobalanus)
et Lilhocarpus. 1 vol., planches et explication des planches, 1315 pp., 28 flg., -|-
165 p-, pl. 237-522 et lix-xcvii.
Source : MNHN, Paris
1949
— Sur le Decaryella madagascariensis. Notulæ Syst. 14, 4 : 261-262.
— Eragroslis nouveaux de Madagascar. Ibid. : 263-264.
— Le Salix pennina Schl. dans les Hautes-Alpes. Ibid. : 267.
-— Sur quelques Chênes. Ibid. : 265-267.
— Sur deux espèces asiatiques affines du genre Quercus. Ibid. : 262.
— Les Graminées dans le Domaine central de Madagascar. Mém. Inst. Scient.
Madag. B-l : 101-112.
— Chasechloa A. Camus, genre nouveau de Madagascar et de Nossi-bé. Bull.
Soc. Bot. Fr. 95:329-331.
—- Le genre Urely(rum Hackel à Madagascar. Ibid. 95 : 301-302.
— Sur quelques Fagacées et sur un Châtaignier nouveau. Rev. bot. appl. et Agric.
tropic. 29:96-98.
— Quelques Graminées nouvelles de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 96: 51-53.
— Monanlhochloris. Sous-genre nouveau de Graminées. Ibid.: 93-94.
1950
— Acroceras et Eragroslis nouveaux de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 96: 166-
167.
— Agroslis et Pceciloslachys nouveaux de Madagascar. Ibid. 97 : 80-81.
— Arundinaria et Acroceras de Madagascar. Ibid. : 84-85.
—- Sur deux Graminées de Madagascar. Bull. Mus. 2® sr., 22 : 296-297.
— Parahyparrhenia, genre nouveau d’Andropogonées. Ibid. : 404-405.
— Les espèces utiles du genre Zizania (Graminées). Rev. intern. Bot. appl., n° jan-
fév., 30 : 327-328.
— Sous-genre nouveau de Graminées malgaches : Chloris Swartz subg. Plero-
chloris A. Cam. Bull. Soc. Bot. Fr. 97 : 227-228.
1951
— Les Arlhraxon (Graminées) de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr., 98 : 35-36.
— Le genre Nolho/agus, hêtres de l’hémisphère austral. Rev. Bot. Appl. 31: 71-84.
— Sur les Graminées du massif de Marojejy et de ses satellites (Nord-Est de
Madagascar) récoltées par le Professeur H. Humbert en 1948-49. Naturaliste
malg., 3 : 79-85.
— Deux Lilhocarpus nouveaux du Laos. Not. Syst. 14, 3 : 212-213.
— Andropogon et Nastus nouveaux de Madagascar. Ibid., 3 : 213-215.
— Chrysopogon Humberlianus, espèce nouvelle de Madagascar. Bull. Soc. Bot.
Fr. 98 : 252-253.
— Le genre Dichanlhium à Madagascar et dans les lies Mascareignes. Bull. Mus.
sér. 2, 23: 310-312.
— Chênes nouveaux du Tonkin. Ibid:: 435-436.
— Rapport pour l’attribution du Prix de Coincy. Bull. Soc. Bot. Fr. 98 : 233-234.
1952
— Contribution à l’étude des Graminées du Maroc. Rev. bot. appl. et Agric.
colon. 32: 139-144.
— Espèces du genre Quercus pouvant être introduites sur la Côte d’Azur. Riviera
Scient., Bull. Assoc. natur. Nice, 37-39: 1.
— Panicum nouveaux de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 99: 63-65.
— Graminées nouvelles de Madagascar et de la Réunion. Ibid.: 142-144.
— Cyrlococcum nouveaux ce Madagascar. Bull. Mus. sér. 2, 24 : 402-403.
-— Contribution à l’étude de la flore de l’Asie orientale, Notulae System. 14:
252-258.
Source : MNHN, Paris
— 20 —
Graminées nouvelles de Madagascar el de la Réunion. Bull. Soc. Bot. Fr. 99 :
142-144.
X Orcliiserapias des Alpes-Maritimes et du Var. Riviera Scient. 40 : 7.
Contribution à l'étude du genre Peociloslachys Hackel (Graminées). Bull. Soc.
Bot. Fr. 100 : 20-24.
Sous-genres et espèces nouvelles de Graminées malgaches. Bull. Mus., sér. 2,
25: 342-344.
1954
Eragroslis nouveaux de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 100 : 353-355.
Poeciloslachys , Oplismenus et Brachiaria nouveaux de Madagascar. Natural.
Malg. 5, 2 : 145-148.
Acroceras, Brachiaria et Selaria nouveaux de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr.
101: 28-30.
Graminées nouvelles du mont Loma (Sierra Leone). Journ. Agr. Trop, et Bot.
Appl. 1: 210-213, 2 flg.
Les Chênes, t. 111 (2 volumes). Monographie du genre Quercus, sous-genre
Euquercus, sect. Prolobalanus et Erylhrobalanus, monographie du genre Liiho-
carpus, et Addenda. Paris, Lechevalier, 1314 pp., 28 fig.
Étude du genre Redfieldia Vasey, américain et malgache. Nolulae Sysl. 15, I :
7-10.
Les genres de Graminées endémiques malgaches. 8“ Congr. lntern. Bot., Rapp.
et Comm. 4: 115-116.
1955
Espèces (Fagacées, Bétulacées et Graminées) découvertes par Poilane en Asie
orientale. Journ. Agric. trop, et Bot. appl. 1: 394-406.
Espèces et variétés nouvelles de Graminées malgaches. Bull. Soc. Bot. Fr. 104 :
394-397.
Quelques Graminées nouvelles de Madagascar et de la Réunion. Ibid. 102 :
120-122.
Craspedorhachis, Agroslis et Bromus nouveaux de Madagascar. Nolulae Syst.
15, 2 : 134-137.
Andropogonées nouvelles du Cambodge et du Vietnam. Journ. Agri. trop.
Ot Bot. appl. 2, 3-4 : 200-203.
Un Phleum nouveau du Liban. Ibid. 2: 203-204.
Contribution à l’étude de la flore méditerranéenne. Riviera Scient. 42: 1.
Chasechloa A. Camus, genre de Graminées malgaches. Mém. Inst. Scient.
Madag. B-5 : 201-204.
1956
Quelques Graminées de Madagascar et de l’tle Maurice. Bull. Soc. Bot. Fr. 102 :
347-349.
Loudelia et Sporoboius nouveaux de Madagascar. Ibid.: 532-534.
Contribution à l’étude du genre américain Leplosaccharum (Graminées). Ibid.
103: 142-147.
Le genre Viguierella A. Cam. et Stapf. et une sous-tribu nouvelle. Ibid. : 272-274.
Graminées nouvelles des genres Craspedorhachis, Agroslis et Bromus. Nolulae
System., 15: 134-137.
Les Graminées du massif du Marojejy et de ses avant-monts. Mém. Inst. Scient.
MaJ îB-6 : 245-251, 2 fig.
Notes sur quelques Fagacées. Journ. Agric. trop, et Bot. appl. 3, 1-2 : 82-86.
Le genre Quercus dans les Alpes-Maritimes et le Var. Riviera scient. 1955-56,
3: 18.
Source : MNHN, Paris
— 21 —
1957
Une nouvelle espèce du genre Heleropholis Hubb. Ibid.: 475-477.
Sections et espèce nouvelle du genre Panicum. Ibid.: 612-614.
Contribution française à l’étude des Graminées de l’Amérique du Nord au
xviii' siècle et dans la première moitié du xix'. Colloque intern. C.N.R.S.
Paris 11-14 sept. 1956 : 107-121.
Contribution à l’étude des Graminées du Cambodge et du Vietnam. Bull. Mus.
sér. 2. 29 : 186-189.
Contribution à l’étude des Graminées de Madagascar. Ibid.: 274-281.
Trislachya et Cyrtococcum nouveaux de Madagascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 104 :
160-161.
Un Bromus hybride des dunes du Cotentin. Bull. Mus. sér. 2. 29 : 184-185.
Pelrochloris (Graminées), genre nouveau de Madagascar. Ibid. : 349-350.
Bromus hybrides de la flore française. Bull. Jard. Bot. État, Bruxelles : 27 :
479-485.
Schizoslachyum, Cyrlococcum et Sacciolepis (Graminées) nouveaux de Mada¬
gascar. Bull. Soc. Bot. Fr. 104 : 281-282.
1958
Espèces, sous-espèces et variétés nouvelles de Graminées malgaches. Bull. Soc.
Bot. Fr. 105 : 244-246.
Sur quelques Panicoideae de Madagascar. Ibid. : 247-249.
Eragroslis nouveau du Tibesti. Mem. Inst. Rech. Sahar., Univ. Alger 4: 97-98.
1959
Sur un Cupressus relique de la dore du Tassili. Journ. Agric. trop, et Bot. appl. 6 :
766-767.
Graminées hybrides de la flore française (genre Bromus excepté). Bull. Jard.
Bot. État, Bruxelles. 28: 1958 : 337-374.
Quelques Loudelia de la dore malgache. Bull. Soc. Bot. Fr. 106 : 20-22.
Acroceras, Tripogon et Panicum nouveaux de Madagascar. Ibid. : 212-215.
Section, espèces et sous-espèces nouvelles de Graminées malgaches. Ibid.:
337-340.
Schizachyrium, Poeciloslachys et Panicum de Madagascar. Notulae System. 15 :
410-415.
Espèces et sous-espèces nouvelles de Graminées malgaches. Bull. Soc. Bot. Fr.
107 : 205-208.
Sur quelques Graminées malgaches. Ibid.: 209-211.
Les Graminées dans l’œuvre de perbier de la bathie. Notulae System. 16,
1-2 : 54-60.
Espèces et variétés nouvelles du genre Cynodon. Ibid. 3-4 : 323-324.
1961
Sur quelques Graminées de Madagascar. I. Le genre Humberlochloa. IL Descrip¬
tion de Panicoideae malgaches. Bull. Soc. Bot. Fr. 108, 3-4 : 158-163.
Albert lemée, 1872-1961. Adansonia n.s. 1, 2 : 145-149, 1 portr.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
HANS ULRICH STAUFFER : 1929-1965
par H. Hürlimann
Le 22 août 1965 s’est éteint, après une maladie cruelle et sans espoir,
le botaniste suisse Hans Ulrich Stauffer, docteur es-sciences, privat-
docent à l’Université de Zurich. Notre science a perdu avec lui un cher¬
cheur de grande valeur. Doué d’un esprit lucide et pénétrant, plein
d’enthousiasme et de persévérance, fidèle serviteur de la science, n’accep¬
tant pas de compromis pour ce qui concernait la priorité absolue de la
recherche, travailleur dévoué jusqu’à l’épuisement mais ne craignant pas
d’exiger catégoriquement ce qu’il estimait essentiel pour ses travaux,
faisant montre d’une rare confiance envers ses amis et collègues —
confiance née de sa propre honnêteté, de sa foi —, profondément attaché
à sa famille et à sa patrie — telle est l’image que nous gardons de cet
homme qui vient de nous quitter à Aarau à l’âge de 36 ans, au début d’une
carrière académique promise à de brillants succès.
Il y a moins de deux ans, il m’envoyait de Nouméa une lettre remplie
du bonheur de l’ardent chercheur qui se trouve en présence des objets
de sa curiosité : les Exocarpos, Dænikera, Amphorogyne, qui nous intéres¬
saient tous deux. Il était parti quelques mois auparavant pour un voyage
d’un an autour du monde, à la recherche des Santalacées et des familles
apparentées qu’il s’était proposé d’étudier de façon monographique, et
dont il voulait voir les espèces dans leurs stations naturelles le plus
complètement possible. Ayant commencé ses études botaniques à l’Uni¬
versité de Zurich en 1950, il s’intéressait à la systématique et à la biologie
de l’ordre des Santalales depuis 1953 et avait publié plusieurs travaux
d’ordre morphologique et taxonomique jusqu’en 1961; parmi eux, sa
thèse « Revisio Anthobolearum » (1959) qui revêt un caractère presque
encyclopédique : intitulée « une étude morphologique comprenant la
géographie, la phylogénie et la taxonomie », elle traite aussi bien de la
biologie des plantes étudiées, que de leur écologie, de leur valeur écono¬
mique etc. C’était là l’idéal de Stauffer : la synthèse des faits décelés
par un travail de détail patient et minutieux, et c’est à ce but élevé que
son voyage devait contribuer. Esprit méthodique, il avait dressé son
programme de publications jusqu’en 1970, prévoyant des monographies
pour tous les genres importants de la famille des Santalacées; ce pro¬
gramme devait trouver son point culminant dans une monographie de la
famille entière par genres. La mort, hélas, a coupé court à ce dialogue entre
un chercheur doué et la nature, un an seulement après son retour de ce
grand voyage.
Source : MNHN, Paris
— 24
Mais il faut que j’évoque un autre aspect de la personnalité de
Hans Ulrich Stauffer. Son premier contact avec la nature tropicale
avait eu lieu en Afrique centrale, lors d’une expédition scientifique
au massif volcanique des Virunga. Stauffer n’avait pas encore terminé
ses études, mais son enthousiasme pour tout ce qui vivait, son dévouement
l’avaient suffisamment recommandé auprès du chef de l’expédition
le grand géologue Arnold Heim, de près de 50 ans son aîné, pour qu’il
eût été choisi comme botaniste de cette mission. Est-ce dans les parcs
nationaux de l’ancien Congo Belge qu’il a entendu l’appel décisif de la
Création souffrante, en détresse devant l’expansion sans limites de l’homme
moderne oubliant ses propres origines modestes? Cet appel, il l’avait,
pressenti dans sa patrie déjà, et par la suite, il devait lui prêter sa voix
jusqu’à la fin de sa vie, d’une manière ferme et habile à la fois, avec des
accents qu’on ne pouvait pas ignorer.
C’est dans son canton natal d’Argovie qu’il s’est érigé lui-même son
plus beau monument, en réussissant avec ses amis à protéger le paysage
le long de la rivière Reuss contre la menace d’intégration dans les plans
de développement technique existant partout. Ce fut une lutte longue et
dure! Pour ses concitoyens, Stauffer n’était pas le botaniste replié sur
lui-même, impuissant à s’échapper de sa spécialité. Ils le connaissaient
bien mieux comme défenseur intrépide et infatigable de la cause de la
conservation, comme guide dans les excursions qu’il conduisait dans ce
paysage fluvial unique, comme éloquent avocat dans les conférences
qu’il donnait, dans les négociations qui suivaient et qui aboutissaient
finalement au référendum général dans le canton d’Argovie, approuvant
la protection de cette zone contre des interventions indésirables.
Un autre aspect de sa personnalité? Soit, mais ici encore, nous
retrouvons, sur un plan plus élevé, le besoin de synthèse qui poussait
Stauffer : l’incorporation des faits dans un ensemble plus important,
l’incorporation de la science dans la vie humaine de chaque jour, et cela
non pas comme servante, mais comme élément dominant, comme maî¬
tresse! Il n'y a aucun doute pour moi que cette idée directrice aurait été
essentielle dans son activité universitaire, puisqu’il avait été chargé,
entre autres, d’enseigner la conservation botanique scientifique. Il ne
reculait jamais devant ce qu’il considérait comme un devoir — comment
aurait-il pu le faire ici, devant une urgence chaque jour plus évidente?
Cher ami! Il ne nous reste aujourd’hui qu’à nous incliner devant la
force de ta conviction et devant ton noble humanitarisme qui te faisaient
accepter des responsabilités que bien d’autres auraient refusées!
Source : MNHN, Paris
LE PROFESSEUR LUCIEN HAUMAN
(2 JUILLET 1880 - 16 SEPTEMBRE 1965)
par A. Aubréville
La Belgique et la Science viennent de perdre un de leurs plus remar¬
quables serviteurs : le Professeur Lucien Hauman, dont la vie s’est
achevée le 16 septembre dernier à Ixelles, faubourg de la capitale belge.
Au nom de tous les botanistes français ses amis, je voudrais dire ici
combien nous ressentons cette perte et combien nous admirions en lui
l’homme et le savant. Ma propre carrière, faite pour la plus grande partie
outre-mer, mon passé de forestier, me désignent pour la tâche de faire
l’éloge d’un grand voyageur, auteur de longs séjours dans des continents
éloignés, d’un des plus brillants représentants modernes de la Botanique
systématique, de la floristique lointaine, et de leurs applications pratiques.
Né à Ixelles le 2 juillet 1880, Lucien Hauman avait eu une formation
d’agronome; il avait été reçu Ingénieur de l’Institut de Gembloux.
Il avait ensuite fait ses débuts scientifiques comme Assistant du Profes¬
seur Bordet, prix Nobel, universellement connu pour ses études sur le
microbe de la coqueluche et sur la réaction spécifique de la syphilis. Sous
un tel maître, Hauman devait développer ses qualités de précision et de
méthode si indispensables en microbiologie, mais non moins importantes
dans la discipline à laquelle cette Revue est consacrée. Ses goûts le por¬
taient vers la recherche géographique et floristique, et il acceptait volon¬
tiers une chaire à la Faculté des Sciences agronomiques et vétérinaires
de l’Université de Buenos-Aires, où il devait assurer jusqu’en 1925 l’ensei¬
gnement et les recherches.
C’est là qu’il devait publier une série impressionnante de travaux
sur la flore et la végétation de la République Argentine. Nous ne pouvons
énumérer ici ces travaux : ils forment les éléments d’un ensemble resté
classique. Ils ont inauguré une ère nouvelle dans la connaissance phyto-
géographique de l’Amérique du Sud tempérée, et les élèves qu’il a formés
ont poursuivi et élargi la voie ouverte par lui.
Rentré en Europe quelques années après la fin de la première guerre
mondiale, Hauman était nommé Professeur à l’Université de Bruxelles,
où il devait enseigner de 1925 à 1950, mettant au service de son pays
et des territoires africains dont celui-ci avait la charge, l’expérience
acquise sous les climats quelque peu différents du Nouveau Monde.
L’intérêt pour les régions élevées de l’Afrique orientale, dont une
grande partie se trouvait sous la tutelle de la Belgique s’était encore accru
Source : MNHN, Paris
— 26 —
depuis l’ascension des hauts sommets du Ruwenzori par le duc des
Abruzzes, succédant à d’autres pionniers, et la publication des magni¬
fiques photographies de Vittorio Sella. Le Professeur H. Humbert, mon
prédécesseur au Muséum de Paris, le docteur A. D. Cotton, Conservateur
de l’Herbier de Kew, le Professeur R. E. Fries, lui aussi ancien pionnier
des recherches en Amérique du Sud tempérée ou montagneuse, parcou¬
raient les chaînes bordant la Rift valley et décrivaient leurs Séneçons
géants, leurs Lobelia arbustifs et tant d’autres curiosités bien propres à
susciter l’enthousiasme des botanistes. Le Professeur Hauman devait
apporter là aussi une contribution qui faisait accomplir des progrès
remarquables à nos connaissances, et groupait souvent des données
éparses en une doctrine cohérente.
Notre regretté collègue n’avait pas abandonné entièrement, au
profit de ces recherches lointaines, l’étude de la flore belge, et montrait
qu’elle pouvait offrir encore au botaniste zélé bien des faits intéressants
à mettre en lumière.
La publication de la monumentale Flore du Congo devait encore
fournir au Professeur Hauman l’occasion de montrer ses belles qualités
de systématicien et de floriste dans l’étude de familles importantes. En
outre il apportait l’appui de sa remarquable compétence à la direction
des organismes qui avaient les responsabilités, parfois difficiles à mettre
en harmonie, d’établir l’économie africaine sur des bases scientifiques,
bases comprenant l’élaboration de cette Flore, et d’assurer d’autre part
la protection de la Nature : il était membre des Comités de direction de
l’I.N.E.A.C. (Institut national pour l’étude agronomique du Congo)
et de l’I.P.N.C. (Institut des Parcs nationaux du Congo).
Nous avons connu le Professeur Hauman pendant la seconde partie
de sa brillante carrière, et avons été vivement attiré par son enthousiasme,
son caractère bienveillant et serviable, toujours prêt à faire profiter ses
collègues et les jeunes de ses connaissances, clairement présentées dans
des termes originaux, parfois pittoresques ou attrayants. Nous avons été
témoin des efforts qu’il a déployés pour la fondation et le développement
de l’A.E.T.F.A.T., Association pour l’étude taxinomique de la flore
d’Afrique tropicale, de son rôle lors du premier Congrès de l’Association
à Bruxelles en 1953, de sa joie de voir naître et grandir cet organisme si
utile.
Travailleur infatigable, il a laissé une œuvre scientifique comprenant
plusieurs centaines de titres. D’une extrême modestie, il ne semblait
pas se rendre compte de sa propre valeur. Bon et affable, il n’avait que des
amis. Trait particulier, il n’était pas confiné dans sa spécialité et possédait
des connaissances étendues non seulement dans d’autre branches des
sciences, mais en littérature et en art, surtout en peinture.
Pendant la seconde guerre mondiale, il avait dû à son attitude inflexi¬
blement digne d’être emprisonné quelque temps en forteresse par l’auto¬
rité occupante.
Il avait reçu de nombreux témoignages de reconnaissance, d’affection
ou d’estime. Le genre Haumania J. Léonard (Marantacées), qui compte
Source : MNHN, Paris
trois espèces d’Afrique tropicale, porte son nom, ainsi que de nombreuses
autres espèces de plantes exotiques. Il avait reçu à sa retraite le titre de
Professeur émérite, et était resté Professeur honoraire de l’Université
de Buenos-Aires. Membre de l’Académie royale de Belgique et de l’Aca¬
démie royale des Sciences d’outre-mer il était encore titulaire de nom¬
breuses autres distinctions, parmi lesquelles nous citerons le titre de
lauréat du Prix décennal de Botanique attribué par le Ministère de l’Édu¬
cation nationale de Belgique. C’est un botaniste éminent qui nous a quittés.
Il faisait honneur à son pays et jouissait à l’étranger d’une très grande
réputation. Tous ses amis français regrettent très vivement la perte qu’ils
font en lui.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
LE COSTA RICA
QUELQUES ASPECTS DU PAYS, DE SON CLIMAT,
DE SA VÉGÉTATION ET DE SA FLORE
par A. Aubréville
Le Costa Rica est un petit pays tropical de l’Amérique centrale,
grand comme huit départements français (51 000 km 2 ), qui s’étire entre
le Nicaragua et Panama, entre les latitudes N. 11° et 9°30’, sur une lon¬
gueur maximum de 1 250 km. La plus petite largeur, mesurée entre le port
de Limon sur la mer caraïbe et Dominical sur l’océan pacifique est de
125 km. La population comptait 868 000 habitants en 1952 d’après
l’Atlas de 1953, en grande majorité de race blanche, soit une densité de
17,3 habitants par km 2 . Elle s’accroît rapidement, le taux de natalité
étant un des plus forts au monde (44,2/l0OO). La capitale San José est
une ville de 160 000 habitants, située à peu près sous le 10° lat. N; sur un
plateau d’une altitude de 1 170 m. dominé par le volcan Irazu de 3 432 m.
La température moyenne annuelle de 19°7 en rend le séjour agréable.
Ce petit pays resserré entre deux océans et au relief très montagneux
a des climats et une végétation variés, selon l’exposition à l’influence
dominante de l’un ou de l’autre océan, et suivant l’altitude. Son axe dans
une direction générale N.W. - S.E. est une suite de cordillères : cordillère
volcanique de Guanacasté jalonnée par les volcans Orosi, Rincon de la
Vieja, Miravalles; cordillère volcanique centrale où se dressent les volcans
les plus élevés, Poas (2 704 m), Barba (2 906 m), Irazu, le plus haut
(3 432 m), Turrialba (3 328 m), les volcans Poas et Irazu étant toujours
en activité; ces deux grandes chaînes volcaniques se prolongent jusqu’au
Panama par la cordillère de Talamanca; celle-ci non volcanique, d’origine
oligocène, soulevée au pliocène, culmine au Mont Chiripo (3 820 m),
le plus haut sommet du Costa Rica. La ligne de partage des eaux qui suit
les axes de ces chaînes, sépare en deux parties approximativement égales,
le bassin de l’Atlantique et celui du Pacifique. Entre la cordillère centrale
et la cordillère de Talamanca s’étend un haut plateau qui reçoit le nom de
vallée centrale, où se concentre la plus grande partie de la population et
la majeure partie de son activité économique. Les cités les plus importantes
s’y trouvent, la capitale, San José, entourée des villes d’Alajuela, Hérédia
et Cartago. Ce plateau central est relié par deux chemins de fer : au port
de Limon sur la mer caraïbe et au port de Puntarenas sur l’océan pacifique.
Indiquons encore que la route inter-américaine qui relie l’Amérique du
nord à l’Amérique du sud, traverse le Costa Rica, dans sa longueur, en
Source : MNHN, Paris
— 30 —
demeurant sur le versant pacifique du pays, elle passe par la vallée cen¬
trale à San José, puis traverse la cordillère de Talamanca, et redescend
vers les plaines du Golfe Dulce en direction de Panama.
Une longue et haute barrière montagneuse se dresse donc dans
l’axe du pays s’opposant à la libre circulation des masses d’air océanique
venant des secteurs Est ou Ouest. Son influence sur les climats est évidem¬
ment essentielle, d’autant plus qu’à ces latitudes de 10° environ, la mer
caraïbe est entièrement dans la zone des alizés de l’océan atlantique.
Sur la côte caraïbe les alizés soufflant du secteur N-E prédominent. Toute
leur humidité océanique amène la formation d’un écran nuageux épais,
et de fortes pluies quasi-permanentes. Le versant atlantique reçoit
généralement plus de 2 m de pluie et une grande partie des plaines litto¬
rales sont arrosées par 3 à 5 m de pluie. Au contraire des effets de fœhn
se produisant de l’autre côté de la ligne faitière des chaînes montagneuses,
Source : MNHN, Paris
— 31 —
la pluviosité y est moindre. Lorsque l’on traverse les montagnes du
versant Est au versant Ouest en allant par exemple de Turrialba (600 m
ait.) siège de l’Institut interaméricain de sciences agricoles de l’Organisa¬
tion des États américains (I.I.C.A.) à la capitale San José, on passe géné¬
ralement des nuages, de la pluie et des brouillards à un temps ensoleillé.
Il y a donc deux types très nets de climats au Costa Rica, celui du
versant atlantique et celui du versant pacifique.
Le premier est caractérisé par une pluviosité élevée (2-5 m) et perma¬
nente. Il n’y a pas de véritable saison sèche écologique. L’indice des saisons
pluviométrique est 12-0-0 ou 11-1-0. Cependant il existe un rythme cli¬
matique. Le maximum de la pluviosité est très marqué au mois de décem¬
bre. Il est dû à la manifestation de vents froids soufflant en bourrasques
du nord, de la mi-octobre à février. On les nomme les « temporales de
l’Atlantico ». Dès qu’ils soufflent la température s’abaisse et des pluies
tombent jour et nuit, durant plusieurs jours de suite, parfois 10-15 jours
dit-on. Lorsqu’ils s’arrêtent, les alizés du N.E, les « nortes » soufflent à
nouveau et le temps s’éclaircit, la luminosité, la visibilité deviennent
passagèrement très bonnes.
Le versant pacifique ressent encore, mais d’une façon atténuée, ces
« temporales ».
Le régime pluviométrique de la façade atlantique en dehors du
maximum très élevé de décembre, est encore marqué par un second maxi¬
mum relatif en juillet, et par deux ralentissements des pluies en mars et
en septembre. Régime de pluviosité permanente à 2 maxima et 2 minima,
il ressemble au régime classique équatorial des pluies, mais étant sous
la dépendance des alizés, des vents d’hiver du Nord et de l’orographie,
il n’a que l’apparence d’un vrai régime équatorial de pluviosité qui à ces
latitudes de 10° ne peut plus exister. D’autre part, la différence caracté¬
ristique du vrai climat tropical entre une saison très pluvieuse et une
nette saison sèche étant peu accusée ici, nous préférons appeler ce type
de climat non pas tropical, mais pseudo-équatorial.
Le régime pluviométrique du versant pacifique est moins uniforme,
aussi nous y distinguons plusieurs climats. Ils ont en commun : un indice
pluviométrique toujours fort, parfois très élevé, une saison sèche hivernale
s’opposant avec netteté à une très forte saison des pluies, et un maximum
de pluviosité très fort toujours au mois d’octobre. Maximum des pluies
en décembre : versant atlantique; maximum en octobre : versant paci¬
fique. La séparation se lit sans hésitation possible dans les statistiques.
Le régime du versant pacifique est un régime tropical, mais cependant
perturbé par l’intervention de vents marins du Pacifique sud auxquels
sont dues les fortes pluies du mois d’octobre.
Les secteurs du Pacifique ne sont plus exposés à l’influence prédomi¬
nante ni des alizés atlantiques du Nord-Est, ni des « temporales » de la
mer Caraïbe, étant abrités par les cordillères. Une saison sèche hivernale
plus ou moins aride et longue se constate donc de décembre à avril, pou¬
vant compter de 3 à 5 mois éco-secs (moins de 30 mm de pluie). Il lui
succède de la fin de mars au début de mai une période de calme, d’échauf-
Source : MNHN, Paris
— 32 —
PI. 1. — De haut en bas : Paysage de la côte pacifique. Dominical. — Mangrove à Pelliciera,
côte pacifique.
Source : MNHN, Paris
— 33 —
fement de la terre et de formation de] nuages volumineux, cumulus et
cumulo-nimbus, d’où averses et quelques orages, correspondant au passage
zénithal du soleil à ces latitudes. A la fin du mois de mai et durant le
mois de juin, l’air équatorial chaud et humide remontant du Sud atteint
le Costa Rica, en suivant la marche ascendante du soleil dans l’hémisphère
Nord. Il refoule les alizés du Nord-Est d’où des orages fréquents et mau¬
vais temps général.
Après le solstice de juin, le temps s’améliore. En juillet, en août se
présentent sur le versant pacifique quelques courtes périodes de 4-6 jours
sans pluie. C’est la période des « veranillos ». Un ralentissement des pluies
s’observe en juillet-août (septembre dans le versant atlantique). En sep¬
tembre-octobre une branche déviée de l’alizé austral du Pacifique qui a
franchi l’équateur, souffle du Sud-Ouest sur le littoral du Pacifique donnant
de très abondantes pluies qui dans les statistiques se manifestent par le
fort maximum d’octobre.
Suivant l’importance des indices pluviométriques et la durée de la
saison sèche hivernale, il est possible de subdiviser le climat du versant
pacifique du Costa Rica. Du Nord au Sud, de la frontière du Nicaragua
à celle de Panama nous distinguerons :
2. Climat tropical semi-aride de Guanacasté
La pluviosité est forte ou très élevée, atteint ou dépasse 2 m. Les
stations les moins arrosées S to Anna et Liberia reçoivent encore respec¬
tivement 1 549 et 1 680 mm de pluie. La saison éco-sèche dure 4 et parfois
5 mois; de décembre à mars-avril. Ce secteur climatique est le plus sec
de tout le Costa Rica. Nous verrons qu’il lui correspond des types de forêt
sèche décidue. Nous ne disposons pas de statistiques de l’humidité atmo¬
sphérique et par conséquent du déficit de saturation qui nous permet¬
traient d’apprécier le degré d’aridité de la saison sèche de Guanacasté.
La température moyenne mensuelle à basse altitude approche de 29° en
mars-avril. Il est donc probable que l’aridité est très forte à cette saison.
Elle est certainement accrue par l’influence desséchante de vents de
foehn violents descendant de la cordillère de Guanacasté. Nous avons
visité cette région précisément au mois de mars. Je retrouvais l’impression
de l’Afrique soudanaise quand en hiver souffle l’harmattan saharien de
l’Est, fraîcheur agréable le matin de bonne heure à laquelle succèdent
les heures très chaudes de la mi-journée. Et ceci explique comment en
dépit d’indices pluviométriques de 1,5 m à plus de 2 m, la végétation
forestière est ici du type sec décidu.
3. Climat tropical humide d’altitude de la vallée centrale et des
pentes ouest des Cordillères volcaniques
Sur le plateau central, la saison sèche hivernale est encore très mar¬
quée, avec 3-4 mois éco-secs comme dans le secteur précédent, mais
l’altitude abaissant la température, il est probable que le déficit de satu-
Source : MNHN, Paris
— 34 —
Carte 2. — Le Costa Rica dans l’Amérique caraïbe. — Costa Rica. Esquisse des divisions biocli-
ration est atténué, et qu’en conséquence cette saison sèche est moins aride
sur le plateau que dans les plaines littorales. Le maximum de la tempéra¬
ture moyenne à San José (1 050 m ait.) n’est que de 20° 5 en mars-avril.
La saison est très agréable pour l’homme, mais on arrose les plantations
de caféiers. La pluviosité est élevée ou très élevée en général, 2 à 3 m de
pluie.
Nous ne disposons que des statistiques d’humidité de San José.
Le déficit de saturation qui au mois d’octobre est très faible, avec 2,1 mm,
à l’époque du maximum de pluviosité est plus que doublé en mars-avril
avec 4,8 mm, ce qui n’est cependant qu’une valeur moyenne pour une
saison sèche tropicale.
Les mois secs d’hiver reçoivent un peu plus de pluie dans des secteurs
limitrophes de la vallée centrale où l’on ne compte plus qu’un mois éco-sec.
Source : MNHN, Paris
— 35 —
■e du volcan Poas.
4. Climat tropical humide des plaines et collines, au sud de
la Cordillère de Talamanca
Il ressemble beaucoup au précédent, avec sa saison sèche atténuée
de janvier à mars, mais avec une pluviosité plus forte de 3 à 4 m, exaltée
au maximum d’octobre avec 600-800 mm.
5. Climat pseudo-équatorial de Golfito
L’influence des vents marins du Sud-Ouest s’accentue fortement
dans le secteur des plaines entourant le golfe de Golfito. La pluviosité
devient considérable avec plus de 5 m d’eau annuelle. Il y a encore un
ralentissement des pluies de janvier à mars, mais on ne saurait parler de
véritable saison sèche écologique. La pluviosité quasi permanente rappelle
le régime équatorial des pluies, c’est pourquoi le rythme étant plus équa¬
torial que tropical, nous appellerons encore ce type de climat « pseudo¬
équatorial ».
6. Climats tropicaux de haute altitude
Nous avons peu de statistiques de stations de haute altitude. A
Sanatorio Duran (2 337 m), sur les pentes orientées à l'ouest du volcan
Irazu, la pluviométrie est encore du type pacifique, mais nettement
moins forte que sur le plateau central. Elle n’est que de 1 483 mm, le
maximum d’octobre est atténué quoique net. A Villa Mills (3 002 m),.
dans la Cordillère de Talamanca, la pluviométrie est encore du type du
Source : MNHN, Paris
— 36 —
PI. 3. — De haut en bas : Paysage de pré-bois et de pâturages sur les pentes du volcan Irazu. —
La forêt détruite du volcan Irazu, lors des récentes éruptions de cendres.
Source : MNHN, Paris
— 37 —
versant Pacifique, et relativement plus basse que sur le littoral (2 803 mm
au lieu de 3-4 m dans les plaines et collines).
Quant au régime pluviométrique, le climat est donc du type tropical
humide. La température évidemment s’abaisse. La moyenne annuelle
de Sanatorio Duran est de 15°1, avec un maximum de la température
moyenne mensuelle de 15° 8 et un minimum de 14° 5.
Les climatologues ont tendance à considérer de tels climats comme
équivalents à des climats de la zone tempérée, en raison de ces moyennes
thermiques très atténuées. Nous nous sommes refusés à admettre cette
assimilation, car le rythme thermique, comme le rythme de la lumière,
sont toujours tropicaux et non tempérés; ils sont sous la dépendance évi¬
dente de la latitude, qui est tropicale. Remarquons que l’amplitude ther¬
mique est très faible partout au Costa Rica à basse comme à haute altitude.
A El Cairo (versant atlantique, 94 m) elle est de 2° 3, à Turrialba (versant
atlantique, 602 m) 2° 5, à San Tomé (versant pacifique, 1 150 m) 1° 7, à
Sanatorio Duran (versant pacifique, 2337 m) 1° 3. On ne peut qualifier
de tempérés des climats où la différence thermique entre le mois le plus
chaud et le mois le plus froid est aussi faible.
Les climats de haute altitude dans la zone tropicale ne sont pas des
climats tempérés (de la zone tempérée) mais des climats tropicaux d’alti¬
tude, quand bien même la température moyenne mensuelle est basse ou
relativement basse.
RÉGIONS NATURELLES
Les régions naturelles sont définies par la situation géographique,
l’orographie, le bioclimat et les types de végétation, ces derniers associés
généralement à des types floristiques.
Personnellement, nous ne connaissons pas tout le Costa Rica, et
comme d’autre part les formations végétales si variées de ce pays sont
encore trop mal connues nous ne pouvons prétendre présenter ici une
étude complète et équilibrée des diverses régions naturelles. Notre propos
sera donc de décrire quelques exemples des types de végétation du Costa
Rica que j’ai eu la possibilité de voir grâce au Département forestier de
l’I.I.C.A. de Turrialba qui m’a aussi aimablement communiqué sa docu¬
mentation L
La flore du Costa Rica est très riche, mais elle demeure encore impar¬
faitement connue. D’après la Flore du Cosla Rica de P. C. Standley(1937-
1940), on dénombre 6 085 espèces. Leur répartition géographique entre
les diverses régions naturelles demandera encore beaucoup d’inventaires
pour être précisée dans le sens de l’étude chorologique. On indique d’après
Standley que 2 899 espèces seraient endémiques au Costa Rica, que
723 originaires de l’Amérique du Sud atteindraient leur limite nord dans
1. Je dois tout particulièrement adresser mes vifs remerciements à Mr. Budowski,
chef de ce Département, et à son collaborateur Mr. Veillon.
Source : MNHN, Paris
PI.
pour étendre les pâturages. Région du Rio Sarapiqui. — La forêt primaire du Rio Raven-
Source : MNHN, Paris
— 39 —
ce pays contre 574 centrées au Mexique et en Amérique centrale qui
auraient à l’inverse leur limite sud au Costa Rica.
Nous nous en tiendrons à ces informations sommaires, en citant
toutefois encore les familles les plus importantes par le nombre de leurs
espèces. Les Orchidées tiennent la tête de liste avec 955 espèces et
122 genres. Le Costa Rica produit d’admirables Orchidées. Beaucoup
d’amateurs les cultivent dans leurs jardins et leurs maisons. Viennent
ensuite :
Pipéracées :
Légumineuses :
Composées :
Graminées :
Rubiacées :
Mélastomatacées :
Broméliacées :
Solanacées :
Cypéracées :
Aracées :
Euphorbiacées :
Acanthacées :
537 espèces
325 —
300 —
283 -
251 -
213 —
152 -
129 -
122 —
121 —
112 —
105 —
2 genres
88 —
101 —
96 —
69 -
37 —
16 —
21 —
17 —
20 —
28 —
36 —
La forêt superhumide des grandes plaines du bassin atlantique
Elle s’étend sur des étendues considérables entre les collines de pié-
mont des Cordillères et la mer Caraïbe. Elle est peu pénétrable faute de
route. Il est en réalité impossible d’avoir une idée de sa superficie, du fait
de son peu d’accessibilité et de l’absence de cartes. La seule vraie route
indiquée sur la carte traverse la Cordillère centrale entre les volcans Poas
et Barbas par un col à l’altitude de 2 000 m, et descend le cours du rio
Sarapiqui jusqu’à Puerto Viejo dans les plaines qui s’étendent jusqu’au
Nicaragua et à la mer. J’ai eu l’occasion de visiter la forêt aux environs
de Puerto Viejo. Forêt humide sempervirente bien certainement puis¬
qu’elle reçoit 3 m d’eau au moins par an et jusqu’à 5 m en approchant
de la mer et du Nicaragua. Avant d’accéder à une partie intacte de la
forêt, à l’extrême limite d’une piste « jeepable », on ne peut manquer d’être
surpris par la grande étendue des défrichements, qui ici sont entrepris
essentiellement pour faire des pâturages. Les herbages évidemment sont
bien verts avec les arrosages quasi quotidiens, le bétail en bon état. De
très grands arbres sont debout disséminés, respectés probablement en
raison de la dureté de leur bois ou de leur grande taille : Lecylhis géants,
avec leurs énormes et lourdes marmites ligneuses à couvercle contenant
les graines, accrochées à 30 m du sol, Coumarouna, Ceiba penlandra le
fromager africain, ici dans sa véritable patrie.
Il n’est pas nécessaire de parcourir longuement la forêt pour avoir
une bonne idée de sa composition principale. Une Légumineuse, le Penla-
clethra macroloba (quebracho) domine manifestement. Ses fruits mûrs à
Source : MNHN, Paris
— 40 —
PI 5. — L'Institut de Turrialba. I. I. C. A. et le déboisement des collines voisines.
mon passage, éclatent au soleil en projetant leurs graines avec un bruit
sec. La régénération est très abondante. Le sous-bois est épais, mais
facilement pénétrable. Les palmiers sont nombreux, grands Palmiers à
racines-échasses, basses (Iriartea gigantea) ou hautes (Socralea durissima),
innombrables petits (Geonoma, Aslerogyne, Baclris) mêlés à des Maran-
tacées, Fougères, Cyclanlhus, lianes de toutes sortes, sous-bois qui cache
à quelques mètres de distance le tronc des grands arbres. Citons parmi
ceux-ci une Méliacée, Carapa guianensis (cedro macho); des Légumineuses,
Coumarouma, Lonchocarpus; Lecylhis (caoba, olla de mono), Ceiba. Les
familles arborescentes les plus abondamment représentées en nombre
d’espèces sont les Légumineuses avec plusieurs petits arbres du genre
Inga, puis les Moracées (Pourouma), les Tiliacées (Goelhalsia, Apeiba).
Les Protium, petits arbres de la famille des Burséracées, sont nombreux
dans l’étage inférieur. Il faut noter des Lauracées, Myristicacées (Virola),
Euphorbiacées, Bombacacées, etc...; des arbres à racines échasses :
Cecropia, Protium, Bravaisia.
Un botaniste africain ne peut manquer de faire un rapprochement
entre le groupement typique à Penlaclelhra-Carapa et les espèces homo¬
logues de ces deux genres de la forêt humide africaine qui affectionnent
aussi les stations humides. Le Ceiba commun avec l’Afrique renforce
l’impression. Cependant la comparaison ne peut aller au-delà.
Ce type n’est pas particulièrement grandiose, en dépit de la présence
de quelques émergents géants mais dispersés. La pluviosité considérable
n’apparaît pas être un facteur tellement favorable au développement
des arbres en nombre et grandeur. En dépit aussi du sol argileux de plaine,
Source : MNHN, Paris
— 41 —
les systèmes radiculaires paraissent surtout superficiels. En revanche,
la pluie permanente donne exubérance aux épiphytes, aux palmiers et
aux lianes.
Il est difficile d’apprécier la valeur économique de cette forêt. Plu¬
sieurs espèces sont exploitées pour les scieries locales. Le volume utile
peut être assez grand, si on réussit à utiliser des bois abondants, comme
les quebracho (Penlaclelhra), caoba (Lecylhis), cedro macho (Carapa
guianensis), coton (Virola), Copal (Protium), etc...
Je n’ai pu savoir si ce type de forêt à Penlaclelhra et Carapa couvrait
de très grandes superficies dans ces grandes plaines superhumides.
La forêt de moyenne altitude du bassin atlantique
Je l’ai vue aux environs de Turrialba, et aperçue plusieurs fois dans
les hautes vallées des rios Pacuare et Reventazon. L’accès non plus n’en
est pas facile faute de chemins de pénétration. Le touriste peut la voir
très commodément de loin du train qui joint Turrialba au port de Limon.
La voie ferrée suit la rive gauche déboisée du Reventazon, tandis que la
rive droite est encore boisée. De très beaux paysages de forêt de montagne
et de très belles rivières torrentueuses aux eaux claires sont souvent
visibles au Costa Rica. Les cimes des arbres près des cours d’eau sont
chargées d’épiphytes, Broméliacées, Fougères, et souvent des guirlandes
grises pendantes de la mousse espagnole (la Broméliacée, Tillandsia
usneoides). A proximité des routes, le déboisement est généralisé, la forêt
a fait place aux cultures de canne à sucre et aux plantations de caféiers.
Sur le beau panorama que l’on découvre du plateau basaltique où est
établi l’Institut de Turrialba, la forêt n’apparaît plus que dans les gorges
du rio Reventazon et en petites taches sur les pentes des montagnes,
conservées très provisoirement.
Près des rivières un très gros arbre, Anacardium excelsum, est très
abondant. Un autre grand arbre, très proche des ormes, Chaeloplelea
mexicana (Ulmus mexicana), alors porteur de son nouveau feuillage en
touffes de couleur beige est très décoratif. J’ai noté parmi les grands
arbres, une Lythracée (Lafoensia punicofolia), des Tiliacées (Luehea
Seemanii), Moracées (Brosimum utile), Méliacées (Cedrela mexicana,
Guarea) ; Combrétacées (Terminalia chiriquiensis aux puissants contre-
forts ayant le port étalé de tous les Terminalia du monde), une Juglandacée
(Alfaroa coslaricensis), des Lauracées, etc... Dans les sous-bois, la flore
habituelle des Heliconia, Fougères, Sélaginelles, Mousses, Aroïdées,
Zamia, Peperonia, des petits Palmiers, Bactris aux longues épines noires,
des multiples arbustes du genre Psychotria, etc... Us peuvent être envahis
par une communauté impénétrable de grandes Broméliacées terrestres
aux feuilles armées, plus hautes qu’un homme (Aechmea magdalense).
Les belles Orchidées abondent dans ces forêts.
Dans les parties clairiérées ou secondaires, se multiplient les Cecropia,
balsa (Ochroma lagopus), Pachira, Triplaris et le Cordia alliodora un
des meilleurs bois du pays, une chance pour les forestiers costariciens
Source : MNHN, Paris
PI. 6. — De gauche à droite : Base d’un Quercus Copcyensis; forêt de haute altitude; Cordillère
de Talamanca. — Forêt de haute altitude à Quercus Copeyertsis, Cordillère de Talamanca.
Source : MNHN, Paris
— 43 —
puisqu’il se multiplie avec facilité dans les brousses secondaires, ou par
plantations.
Les forêts de chênes de haute altitude
Les forêts de chênes dominent vers 2 000 m d’altitude. La Cordillère
de Talamanca en porte encore d’admirables vestiges, que traverse la route
interaméricaine dans son parcours entre San José et San Isidro del General
{744 m). La forêt de Quercus Copeyensis entre 1 900-2 900 m était une
forêt de chênes géants. Certains individus mesuraient 40 m de haut et
1,75 m de diamètre. Communément, ce sont des chênes de 30 m de haut,
atteignant 75 à 90 cm de diamètre. La base du tronc est renforcée de
contreforts. Les branches sont couvertes d'une épaisse couche de Mousses,
Aroïdées, Orchidées, Broméliacées épiphytes. Pauvre forêt de grands
chênes de Talamanca. Il n’en reste plus, visible de la route, que des petits
bois, et de très grands arbres dispersés, mutilés par l’isolement et inéluc¬
tablement condamnés. Aussi loin que s’étende la vue, c’est la désolation
dans l’ancienne forêt. La faim de pâturages a commandé ces destructions.
Aujourd’hui les charbonniers installés sur ces hauteurs utilisent tous les
restes de la forêt. On peut encore admirer donc, très temporairement,
de magnifiques paysages artificiels de pré-bois, où sur de belles prairies
bien vertes et toutes neuves se dressent de grands chênes moussus.
A un étage un peu inférieur au Q. copeyensis succède le Q. coslari-
censis. Les chênes dominent de loin dans la futaie. Ils sont cependant
mélangés de Podocarpus oleifolius et P. Standleyi, de plusieurs Lauracées
(Ocotea , Neclandra), d’Araliacées (Oreopanax pycnocarpum, O. xalopense),
Bignoniacées (Talauma gloriensis), Magnoliacée (Magnolia poasana),
Ilex lamprophylla, Weinmannia pinnala, Viburnum coslaricanum, etc...
Dans les sous-bois beaucoup d’arbustes, Lauracées, Wintéracées (Drimys
Winleri), Myrsinacées (Rapanea, Ardisia), Araliacées (Didymopanax),
Alnus, Fuchsia, Myrica, Clusia, Vaccinium, Buddleja, Zanlhoxylum, etc...
Un fourré, parfois dense, de bambous (Chusquea) couvre le sol, mêlé
aussi de petits Palmiers et de Fougères arborescentes.
La forêt de chênes fait place à des fourrés où se mélangent, chênes,
Araliacées, Ericacées, Myrsinacées, Mélastomatacées, Loganiacées,
Escalloniacées, Weinmannia et Chusquea.
En plus de ces deux espèces de grands chênes, on a signalé la présence
au Costa Rica de 7 autres Quercus et d’une autre Fagacée du genre
Engelhardtia. Le climat de ces forêts à ces hautes altitudes, outre la basse
température (estimée à 6-12° vers 2 800 m) et la forte pluviosité, est fait
de brouillards et nuages fréquents, des vents violents et occasionnellement
de gelées durant la saison plus sèche hivernale.
Vers 3 000 m dans la Cordillère de Talamanca, la forêt s’arrête brus¬
quement devant des fourrés denses à bambou, Chusquea sublessalala,
que l’on appelle le « paramo ».
Dans ce fourré se mélangent des arbrisseaux tels que Myrrhidendron
Donnell-Smilhii une Ombellifère aux inflorescences géantes, qui peut
Source : MNHN, Paris
— 44 —
PI. 7. — La Cordillère de Talamanca et son sommet culminant, le mont Chiripo au dessus de la
brume du versant du Pacifique.
Source : MNHN, Paris
— 45 —
atteindre 12 cm de diamètre et 4 m de hauteur, Escallonia poasana, Drimys
Winleri, des Ericacées : Vaccinium consanguineum et Pernellya coriacea,
des séneçons aux inflorescences jaunes, Myrica pubescens, Buddleia alpina,
Myrlus Oerstedii, Hesperomeles obovala (Rosacée), Hypericum silenoides,
Alonnina xalapense (Polygalacée), etc... Ce type de paramo est bien
distinct des paramos à Espeletia que j’ai vu autrefois dans les Andes du
Vénézuela. Il peut brûler, j’ai vu des parcelles de « paramo » incendiées
récemment. Comme d’autre part on peut observer même à des altitudes
plus basses, des témoins de forêt incendiée, on peut se demander si ce
paramo n’est pas une formation secondaire, dérivée après incendie des
fourrés à Quercus et autres. Le passage brutal des fourrés à chênes et
Weinmannia au fourré à Chusquea laisse aussi planer un autre doute sur
le caractère climacique de ce « paramo » à bambous.
Dans le « paramo » mais surtout dans des dépressions tourbeuses à
Sphagnum, on peut aussi voir d’étranges communautés d’une Fougère
arborescente qui a l’aspect d’un Cycas, Lomaria laxensis, accompagnée
parfois d’une Broméliacée à la hampe florale géante, mesurant jusqu’à
2 m de haut, Puya dasylirioides.
La traversée de la Cordillère de Talamanca est donc d’un puissant
intérêt botanique qui double celui du voyageur admirant de magnifiques
panoramas sur les deux versants pacifique et atlantique. Le contraste
entre les deux secteurs climatiques était, lorsque je suis passé par une belle
journée, particulièrement évident. Du côté pacifique dans la montée
de San Isidro, la brume sèche du Pacifique, faite en saison sèche des pous¬
sières des feux de culture et des défrichements, couvrait toutes les vallées
jusqu’à 2 000 m de son voile brillant et bleuté. Au-dessus la silhouette de la
Cordillère avec le point culminant du Chiripo (3 820 m) se détachait avec
une netteté extraordinaire sur le ciel clair. Sur le versant atlantique une
mer de nuages cachait entièrement le pays, au-dessus de laquelle poin¬
taient cependant dans le bleu pur les deux cimes des volcans Irazu et
Turrialba.
La flore des pentes des volcans serait certainement pleine d’intérêt,
si on pouvait l’étudier avec ses variations altitudinales, mais sur les pentes
inférieures de l’Irazu elle a disparu en grande partie, remplacée par les
pâturages et des paysages de prébois. Plus haut, elle a été détruite par
les éruptions récentes de poussières volcaniques. De toute façon notre
court séjour au Costa Rica ne nous en a pas donné l’occasion.
La forêt sèche du Guanacasté
Au climat semi-aride de Guanacasté au Nord-ouest du Costa Rica que
j’ai décrit, correspondent des types de formations forestières très différentes
des précédentes par l’aspect et la flore. J’ai pu les observer dans la région
de Canias où la pluviométrie moyenne annuelle est de près de 2 m. C’est
un très bon exemple de l’influence prépondérante écologique de l’aridité
et de la longueur de la saison sèche, surclassant celle du facteur plu-
viométrique.
Source : MNHN, Paris
— 46 —
Des forêts sècnes de types divers occupent les collines ; les plaines depuis
longtemps déboisées sont couvertes de savanes arborées ou simplement
herbeuses. Au mois de mars 1965 tous les arbres sont défeuillés, et beau¬
coup sont en fleurs. On peut admirer ainsi les cimes rouges du Cassia
grandis, blanches ou jaunes ou roses des Tabebuia, jaune d’or du Plero-
carpus Hayenii, blanche du Bombacopsis quinaium, etc...
Dans la forêt sèche dense, les arbres sont à cette époque décidus,
le sous-bois est encore vert. Fait curieux dans cette forêt sèche il y a
encore des épiphytes, Broméliacées et Orchidées. Quelques Sapotacées
ont au contraire un feuillage persistant qui détonne dans cette nature
grisaille dépouillée : Swietenia humilis, et surtout Maslichodendron
capiri, le commun « tempisque », puis aussi Nispero achras, le sapotillier.
Les légumineuses arborescentes sont communes, outre les Plerocar-
pus, Cassia déjà cités, il faut ajouter Enlerolobium cyclocarpum à la cime
largement étalée, Samanea saman, également au port en parasol, Schizo-
lobium parahybutn, Andira inermis (en fleurs violettes, non défeuillé),
Albizzia caribaea, Lonchocarpus latifolius, Pilhecolobium dulce à épines
stipulaires. Dans le sous-bois les Coccoloba Tuerckheimii, à épis blancs
tombants, au feuillage persistant sont nombreux, le rouge Bursera sima-
ruba à l’écorce de cerisier; des Rosacées (Licania arborea), Tiliacées
(Apeiba libourbou au fruit épineux), Cedrala mexicana, Slerculia apelala
(feuillé), Xanlhoxylum aux gros aiguillons du tronc, une forme de forêt
sèche du Cordia alliodora, un Byrsonima sp., Gyrocarpus americanus, etc...
Dans une galerie forestière de l’hacienda del Gobiermo, sorte de
palmeraie à Scheelea sp., les arbres atteignent de fortes dimensions. Les
Source : MNHN, Paris
— 47 —
Ceiba s’y retrouvent avec des Brosimum alicaslrum, Spondias mombin,
Guarea trichilioides, etc... Dans ce pays semi-aride, comme dans les plaines
atlantiques superhumides on déboise pour « faire de l’herbe ». Je n’ai
jamais vu un pays comme le Costa Rica où sévit autant la fièvre du déboi¬
sement, en montagne comme en plaine, en forêt sèche comme en forêt
humide.
La route de Canias à Liberia traverse un pays déboisé, où se voient
encore des restes de l'ancienne forêt sèche décidue. J’ai le surprise de trou¬
ver là un type de forêt sèche basse décidue constituée pour une grande
partie d’un peuplement de chênes à feuilles persistantes, à port trapu,
Quercus oleoides, sur un sol de grès blancs grossiers. L’altitude ici n’est
que de 50-100 m. Aucun rapport écologique évidemment avec les belles
forêts de chênes des hautes montagnes. Des peuplements de ce Quercus
oleoides existeraient dans cette région jusqu’à des altitudes de 600 m.
Le cas est étrange, mais non pas isolé. J’ai également vu des peuplements
de ce chêne (ou d’une espèce affine) au Mexique, à très basse altitude,
et jusqu’au bord de la mer entre Vera Cruz et Coatzacoalcos.
Le secteur climatique très sec est évidemment du à la barrière de la
Cordillère de Guanacasté d’où descendent des vents de foehn desséchants.
Dès que l’on s’élève sur les pentes de cette Cordillère le régime pluViomé-
trique s’améliore rapidement. Lorsque je suis passé à Canias (45 m) la
savane et la forêt étaient desséchées, à Tilaran (562 m) à 23 km seulement
de Canias, les pâturages et la forêt déjà reverdissaient. Le col n’est pas
loin (640 m); sur l’autre versant on retrouvait déjà la forêt dense humide
sempervirente ou plutôt ce qu’il en reste car partout le défrichement à
but pastoral a sévi et s’étend toujours.
Je n'ai observé dans cette région sèche de Guanacasté que rarement le
type de la savane boisée à Curalella americana et Byrsonima répandu en
Amérique du Sud. Ce type est ici très vraisemblablement anthropogène.
PROBLÈMES SOULEVÉS PAR LA RÉPARTITION DES PINS
Au Mexique les forêts mélangées de chênes et de pins, les forêts claires
de chênes ou de pins occupent des superficies considérables. Nous avons vu
que de nombreuses espèces de chênes existaient encore au Costa Rica,
constituant des forêts très belles au dessus de 2 000 m. Nous n’avons
signalé la présence d’aucun pin, parce qu’il n’y en a aucun. Disparition
étrange, car à première vue aucune raison d’ordre écologique ne s’oppose
à la présence de pins.
En réalité la disparition du genre Pinus se constate déjà plus au nord.
La limite sud du genre se trace au Nicaragua, à 12° 50 environ de latitude.
Alors qu’on dénombre environ 38 espèces de pins au Mexique, plus 25 varié¬
tés ou formes, il n’y en a plus que deux au Nicaragua, Pinus oocarpa au
nord-ouest du pays, et Pinus caraïbaea dans la région maritime de l’est,
face à la mer caraïbe.
Pinus oocarpa est commun au Mexique, des basses montagnes à des
altitudes dépassant 2 000 m. Il descend même à basse altitude dans
Source : MNHN, Paris
— 48 —
PI. 9. — De haut en bas : Forêt claire de basse altitude à Quercus oleoides ; région de Canias
Liberia. — Galerie foretière à S cheelea; région sèche de Guanacasté.
— 49 —
l’isthme de Téhuantepec. Pinus caraïbaea n’est pas mexicain. C’est un
pin de Cuba de la province orientale (Pinar del rio et île des Pins) où il
constitue des peuplements purs sur des sols serpentineux latéritiques pro¬
fonds. L’espèce a de grandes affinités avec le « slash pine » de Floride,
Pinus Elliolii. Elle a pénétré en Amérique centrale au Honduras et au
Nicaragua dans la région côtière. Elle forme des peuplements très étendus
au Nicaragua, sur des collines. C’est donc un pin essentiellement caraïbe,
mais qui ne s’est répandu ni au Mexique (notamment au Yucatan plus
proche de Cuba) ni dans l’isthme du Costa Rica et de Panama.
Il y a donc un premier problème posé à propos de l’absence de pins
au Costa Rica,alors queleurs Chênes, leurs compagnons habituels traversent
toute l’Amérique centrale jusqu’en Colombie. On a mis en cause la dépres¬
sion centrale du Nicaragua qui sépare le socle de la bosse du Honduras des
chaînes du Costa Rica. Il est connu que le socle centraméricain n’a été
relié à l’Amérique du Sud depuis le crétacé jusqu’au pléistocène que par
une série d'archipels, mais cette discontinuité n’a cependant pas empêché
les flores tropicales du nord et du sud du Costa Rica actuel de coloniser
ce pays.
L’écologie costaricienne actuelle s’opposerait-elle à l’installation des
pins? Il est certain que les pins de l’Amérique centrale sont généralement
des espèces héliophiles de terrains découverts, en régions arides ou semi
aride. Au Mexique les genres Quercus et Pinus caractérisent essentielle¬
ment un milieu tropical ou subtropical de haute altitude, dont la tempé¬
rature moyenne annuelle est inférieure à 20°, comprenant de 2 à 10 mois
à température moyenne inférieure à 15°, marqués de gelées hivernales,
milieu semi aride avec des saisons sèches écologiques de 6-7 mois et courtes
saisons pluvieuses de 3-4 mois. Milieux donc peu favorables à la flore tro¬
picale habituelle. De semblables conditions ne se rencontrent pas au Costa
Rica, ce qui ne signifie pas évidemment que des plantations de pins n’y
puissent réussir, mais que des peuplements spontanés de pins ne pourraient
y soutenir la libre concurrence de la flore locale. La forêt dense costari¬
cienne a couvert entièrement le pays des plus basses aux plus hautes alti¬
tudes, avec des pluviométries — nous l’avons vu — de 2-3 m d’eau et
plus, et de courtes saisons sèches. Il n’y a jamais eu de forêts de pins au
Costa Rica.
Plus étrange est le second problème, qui n’est pas d’ailleurs costari-
cien mais nicaraguéen ; il nous intéresse ici puisque les deux pays se
touchent. Les conditions écologiques du Pinus caribaea au Nicaragua sont
en effet des plus extraordinaires. Il occupe des secteurs proches de la mer,
à basse altitude, où la pluviométrie est de l’ordre de 3 m et plus, avec une
saison sèche atténuée de 2-3 mois seulement, climat assez comparable à
celui du versant atlantique du Costa Rica. Plus curieux encore est le
type de ces peuplements de pins qui sont des forêts claires ou des savanes
à pins avec un tapis de graminées, susceptible de brûler. La forêt tropi¬
cale qui dans de telles conditions du milieu devrait occuper le sol est
reléguée dans des dépressions. Nous sommes là en présence d’une formation
de savanes herbeuses et de pins, couvrant de grandes surfaces, absolument
Source : MNHN, Paris
— 50 —
aberrante comme nous l’avons déjà signalé. D’après des informations ver¬
bales, la tendance évolutive serait à l’invasion des sous-bois de pins par
la flore feuillue tropicale.
L’écologie est donc ici en flagrant défaut apparent. L’occupation
humaine des tribus indiennes « mosquitos » ne peut être cause de la dispa¬
rition par le feu d’une forêt dense tropicale dans de telles conditions d’humi
dité et de pluviosité, même si les sols sont sableux. Il faut bien rechercher
alors comme nous l'avons déjà fait des explications d’ordre paléoclima¬
tique. A mon avis on ne peut échapper à cette obligation. A une époque
de l’histoire géologique récente de l’Amérique centrale Pinus caribeae,
espèce migratrice comme tous les pins, a pu s’installer à la faveur d’un
assèchement brutal du climat dans la bosse du Honduras ayant entraîné
par le feu la destruction d’une forêt originelle et la dénudation du sol. En
dépit du climat humide actuel, la formation claire de pins s’est maintenue
en place, favorisée par les feux de savanes qui ont empêché toute recons¬
titution d’une forêt climacique de feuillus tropicaux. Des explications
de cet ordre sont applicables —- ainsi que nous l’avons montré ailleurs —
à d’autres pays intertropicaux : Vénézuela, haut rio Branco, en Amérique
du Sud; Côte d’ivoire, Gabon, Congo, Madagascar, etc..., en Afrique;
Queensland et Nouvelle-Calédonie, en Océanie. Ce sont pour nous des cas
particuliers de vastes changements climatiques intervenus au pléistocène
et dont les conséquences se sont manifestées jusqu’aujourd’hui.
Bibliographie
1937-1940. — Standley, Flora of Costa Rica.
1943. — U. S. Départ, of Agro., Forest Service, The forests of Costa Rica.
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1965. — Portig W. H. —- Central american rainfall. Geo. Rev.
Source : MNHN, Paris
ANNEXES
1 — CLIMAT PSEUDO-ÉQUATORIAL DU VERSANT ATLANTIQUE COSTARICIEN
J
F
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
T
Alt.
Pluvio
nétrie
en mrr
Los Diamanles,
300 m
285
194
164
224
446
462
472
332
286
404
466
524
4.262
12-0-0
Guapiles
El Cairo
94
283
217
161
214
382
368
408
271
203
334
395
432
3.669
12-0-0
Siquirres
62
263
186
166
203
315
340
383
266
195
288
429
482
3.517
12-0-0
Lomas
269
210
170
232
389
37S
430
311
236
365
406
526
3.916
12-0-0
Zent
306
220
201
234
275
289
371
261
ISO
231
432
544
3.515
12-0-0
Limon
3
323
230
216
245
322
304
411
323
121
246
386
49»
3.627
12-0-0
Chase
40
209
195
122
124
215
167
236
205
79
151
209
249
2.162
11-0-0
Margarita
206
161
115
111
211
163
253
201
89
174
205
246
2.136
11-0-0
Peralta
368
195
132
135
170
227
280
330
255
199
278
338
386
2.926
12-0-0
Turrialba
602
171
113
79
99
217
247
259
206
207
240
272
300
2.411
11-0-0
Juan Vinas
1 165
404
278
135
136
364
311
330
280
236
387
328
499
3.688
12-0-0
Température moyenne
Amplitude
El Cairo
94
23,4
23,5
24,2
25,2
25,5
25,5
24,8
25,2
25,7
25.2
24,5
23,9
24»,7
2®,3
Turrialba
602
21.1
21.2
22,2
22,5
23
23,6
23,2
23,2
23.4
23
22,4
21,4
22»,5
2®,5
Juan Vinas
1 165
19,8
19,5
20
20,6
22,2
21,9
20,5
22,4
22,2
21.6
20,3
20
21®,1
2®,9
Déficit
de satu
ation
moyen
en m
Amplitude
Turrialba
602
2.5
2,5
3,3
3.2
2.8
2,5
2.3
2,3
2,8
2.5
2,3
2.3
2,6
1 mm
Source : MNHN, Paris
CLIMATS DU VERSANT PACIFIQUE COSTARICIEN
2. — CLIMAT TROPICAL SEMI ARIDE DE GUANACASTÉ
J
F
M
A
M
J
J
-
S
O
N
D
T
Alt.
144 m
f
0
3
20
259
282
195
160
352
345
7
1680
6-1-5
905
3
5
18
49
228
242
149
157
267
289
114
77
1549
7-1-4
45
7
22
2
46
284
280
186
235
350
442
62
1926
6-2-4
225
5
7
2
42
310
303
328
325
329
543
183
23
2401
7-1-4
3
7
0
60
373
351
313
411
531
215
28
2712
7-1-4
224
15
6?
390
319
325
259
345
152
17
2402
7-1-4
50
3
0
310
312
223
150
381
497
65
23
1977
6-1-5
Nicoya
130
4
10
26
35
281
339
220
33/
421
473
99
1S
2262
6-2-4
3. — CLIMAT TROPICAL HUMIDE D’ALTITUDE DE LA VALLÉE CENTRALE
ET DES PENTES DES CORDILLÈRES VOLCANIQUES
«O
J F M A M J J
O N D T
San José
Grecia
Avança, Très Rios
Sanatorio Duran
Orosi
Tilaran
Buena Vista
Coronado
1172 m
1730
1870
2337
1050
562
1090
1382
8 5 10 37 244
6 17 12 54 418
21 9 10 14 295
26 18 13 36 401
38 16 7 20 203
61 42 35 58 266
57 35 30 36 200
103 61 32 37 273
63 39 23 52 301
284 229
536 441
334 289
377 240
223 130
308 275
342 220
409 344
322 229
233 342
461 519
279 373
226 431
136 187
186 273
220 344
350 371
228 327
333 171
705 209
446 103
502 158
284 152
292 143
40» 148
450 346
358 125
46 1946
25 3405
64 2237
57 2487
84 1483
98 2039
147 2189
317 3291
72 2239
7-2-3
7- 5-0
8- 3-1
9- 3-0
7-4-1
Source : MNHN, Paris
4. — CLIMAT TROPICAL HUMIDE DES PLAINES
ET COLLINES AU SUD DE LA CORDILLÈRE DE TALAMANCA.
5. — CLIMAT PSEUDO-ÉQUATORIAL DE GOLFITO.
Caracol
Coredor
Esquinas, Golflto
Golflto
FM AM J J ASOND
1 04 1 93 304 592 627 600 691 672 917 589 287
67 1 40 284 599 665 669 704 680 848 609 218
170 246 353 547 552 585 640 367 880 579 274
131 177 255 439 417 484 504 526 713 517 302
T Indice
5753
5600
5646
4612
Source : MNHN, Paris
6. — CLIMAT TROPICAL HUMIDE DE HAUTE ALTITUDE DE LA CORDILLÈRE DE TALAMANCA.
Alt.
J FMAMJ JASOND T
V«'* Mi».
3002^
8-2-2
S*
Grecia
Avança Très Rios
Sanatorio Duran
Tilaran ^
130
1:1 1 11 g 1 i I! Il II i II i i
S' 8 a ™ ??, m ™ S:?
g ü as II i II a i i II i II II
TT
$
1°,7
a
San José
1150
3.9 4.6 4,8 4.8 3,4 2,8 2.9 2,7 2.4 2.1 3.3 3.2 3.4
2.7 mm
Source : MNHN, Paris
VARIATIONS POLLINIQUES INTRAFLORALES
par Madeleine Van Campo
Les grains de pollen sont examinés de plus en plus souvent par les
systématiciens. Les atlas qu’ils peuvent le plus souvent consulter décrivent
les grains de pollens en général par leur type moyen sans indiquer les varia¬
tions possibles.
Les variations d’aspect des grains de pollen chez une même plante,
qui avaient beaucoup frappé les auteurs vers 1930 (P. M. L. Tammes et
R. P. Wodehouse) n’ont pas retenu réellement l’attention et, à part les
recherches sur les hybrides et les polyploïdes, relativement peu d'articles
ont paru sur ces questions. Il est vrai que les palynologistes qui pratiquent
l’analyse pollinique ont besoin de penser que les pollens sont des volumes
très peu variables et les taxonomistes considèrent que le polymorphisme
en général a peu d’importance.
Les problèmes de biologie florale et de dimorphisme pollinique ont plus
souvent été évoqués. L’examen d’un grand nombre de grains de pollen a
cependant montré que le dimorphisme pollinique ou même le polymor¬
phisme étaient beaucoup plus fréquents que les descriptions des organes
floraux ne le laissaient soupçonner.
L’examen des grains de pollen donne très rapidement des indications
importantes, par exemple les hybrides présentent toujours dans leur
pollen un certain pourcentage de grains anormaux ou avortés. De même
la polyploïdie se révèle immédiatement par l’examen du pollen. L'intérêt
des variations des grains de pollen est donc évident surtout pour les systé¬
maticiens travaillant sur un ou quelques rares échantillons et non sur des
populations entières.
Si l’on mesure l’axe polaire P et l’équateur E de 200 pollens d’une ou
plusieurs fleurs d’un même individu, on obtient dans certains cas des
courbes en cloche, classiques, de forme assez régulière et dans ces cas, on
considère qu’il n’y a pas de variations polliniques (PI. 1, Helosciadium
nodiflorum) ; dans d’autres cas au contraire, les courbes présentent des
bosses ou des méplats, il y a variation pollinique. Les variations peuvent
également se manifester par des changements de structure des membranes
polliniques ou par une augmentation ou une diminution du nombre des
apertures.
Les quelques indications qui suivent sont essentiellement morpholo¬
giques, l’étude des causes des variations polliniques, d’ailleurs peu connues
ne sera pas abordée. De même, les recherches sur les corrélations qui ont
déjà été constatées entre les variations des organes floraux, de leur taille
en particulier avec les variations de taille des pollens ainsi que d’autres
Source : MNHN, Paris
70
6Q
5Q
)
sim p lie i f lorus
P en p Rumex
_ simpliciflori
. 1. — Courbes de variations des dimensions des pollens d ’Helosciadium nodi/lorum (pollens
présentant peu de variations), des pollens de Rumex simplici/lorus (la courbe de variation
de P indique un trimorphisme), des pollens d'Arabidopsis thaliana (courbe de gauche :
diploïdes, courbe de droite : tétraploïdes). Noter également dans les photographies les diflé-
Ces courbes ont toutes été dessinées en mesurant 200 pollens. Nb. p = nomjxgg^g Paris
P = a
! polaire, E = Equateur.
— 57 —
corrélations connues type pollinique-type staminal-type de la plantule-
type des cuticules... ne seront pas évoquées.
Les différents types de variation seront seulement illustrés de quelques
exemples. Le matériel examiné a toujours été acétolysé.
POLYMORPHISME POLLINIQUE.
<1 ) Variations polliniques non liées apparemment a des variations
FLORALES A CARACTÈRE DISCONTINU
Sous ce titre seront décrites quelques variations polliniques qui ne
rentrent pas strictement dans le cadre du dimorphisme ou polymorphisme
pollinique lié au dimorphisme floral. Chez Ephedra altissima par exemple,
il existe des petits pollens à côtes rectilignes, des gros pollens à côtes recti¬
lignes et des gros pollens à côtes ondulées, soit trois types polliniques. Le
polymorphisme apertural d ’Anemone rivularis a été mis en évidence sur
la planche 2; le nombre des apertures visibles sur une face peut être 3,
4 ou 5, disposées de différentes manières, l’épaisseur de l’exine varie aussi
considérablement de même que sa structure (PI. 2, fig. 4, 5, 6). Le poly¬
morphisme spinulaire de l’exine d’Allhaea ludwigii, (PI. 2, fig. 10, 11, 12,
13) qui va jusqu’à la disparition totale des épines ne semble pas lié avec
précision à un type particulier de polymorphisme floral. Pour Anemone
rivularis et Allhaea ludwigii, les grains de pollen photographiés proviennent
dans chaque cas d’une seule fleur.
b) Dimorphisme et polymorphisme pollinique liés au dimorphisme
OU AU polymorphisme floral
Le terme de dimorphisme appelle d’ailleurs quelques réflexions.
Lorsque ce terme est employé par les zoologistes, il désigne en général un
dimorphisme sexuel (parfois un dimorphisme géographqiue). Un dimor¬
phisme comparable existe chez les végétaux et il porte le nom d’hétéros-
porie (hétérosporie des Hydroptéridées par exemple qui donnent des mégas¬
pores et des microspores). Ce n’est pas de ce type de dimorphisme dont il
sera question ici, mais du phénomène qui consiste à trouver, dans une
même fleur des pollens dissemblables pouvant se classer en deux ou plu¬
sieurs catégories.
En général, le polymorphisme pollinique dans une fleur est lié au
polymorphisme staminal.
Le dimorphisme ou le polymorphisme pollinique peuvent être exinal,
endexinal ou ectexinal suivant qu’ils affectent l’ensemble des membranes
polliniques résistantes à l’acétolyse, la membrane interne ou la membrane
externe. Un cas de polymorphisme exinal est illustré PI. 2, fig. 4, 5 et 6.
Dans le genre Nilraria un dimorphisme endexinal est assez constant. Le
dimorphisme ectexinal est très clair chez les Plumbaginacées, Armeria
étant le cas classique décrit par J. Iversen (1940); parmi les Monocoty-
lédones, Eichhornia crassipes peut être cité. PI. 3, fig. 7, 8, 9 est illustré
le polymorphisme ectexinal de Cuphea strigulosa.
Source : MNHN, Paris
PI. 2. — Polymorphisme pollinique chez Anemone rivularis : 1,2,3, sillons courts non méridiens
dessinant un pentagone, un carré, un triangle; 4, 5, 6, coupe optique montrant un poly¬
morphisme exinal; 7, trois sillons méridiens; 8, six sillons, 9, quatre sillons méridiens;
10, 11, 12, polymorphisme spinulairc chez Allhaea ludwigii; 13, disparition des épines.
Grossissement 1000.
Source : MNHN, Paris
— 59 —
Le dimorphisme ou le polymorphisme pollinique peuvent être aper-
turaux, c’est-à-dire affecter les zones germinales des pollens, par exemple
PI. 3, fig. 7, 12, pollens de Lythrum salicaria à 3 ou 4 apertures; pollens
colpés et colporés chez Capparis.
Le dimorphisme ou le polymorphisme peuvent être dimensionnels,
c’est-à-dire porter presque uniquement sur la taille des grains : cas des
Primula; ce polymorphisme dimensionnel peut affecter surtout l’un des
axes du grain, une courbe des variations des dimensions des pollens de
Bumex simpliciflorus PI. 1 a été construite en mesurant 200 pollens, elle
montre clairement le trimorphisme (3 pointes) dans la courbe représen¬
tant les variations de l’axe polaire alors que les variations de l’équateur
sont représentées par une courbe presque normale. Un des cas les plus
connus de polymorphisme pollinique est celui de Lythrum salicaria où
D. Coz Campos a pu compter jusqu’à 8 types polliniques dans une même
fleur, les types les plus extrêmes sont illustrés PI. 3, fig. 1, 3, 4, 5. Chez les
Lythracées, le polymorphisme est lié au polymorphisme staminal, mais
il est à noter que dans une même cellule mère, on peut trouver deux grains
de pollen de grande dimension et deux grains de petite dimension. Chez
les Crucifères, un dimorphisme pollinique est lié au dimorphisme staminal.
Voici une liste de quelques familles de Dicotylédones où des pollens
dimorphes ou polymorphes ont été notés.
Bignoniacées
Bombacacées
Borraginacées
Capparidacées
Caryophyllacées
Célastracées
Cistacées
Composées
Connaracées
Convolvulacées
Crucifères
Cucurbitacées
Dilleniacées
Géraniacées
Guttifères
Labiées
Lécythidacées
Légumineuses
Linacées
Loranthacées
Lythracées
Malpighiacées
Malvacées
Myrtacées
Ombellifères
Oxalidacées
Passifloracées
Plumbaginacées
Polémoniacées
Polygonacées
Primulacées
Renonculacées
Rosacées
Rubiacées
Rutacées
Santalacées
Sapindacées
Tamaricacées
Cette liste montre que le polymorphisma en soi n’est pas un caractère
primordial en systématique, cependant les limites des variations intraflo-
rales et intraspécifiques sont intéressantes à considérer et permettent dans
certains cas d’interpréter plus facilement les variations intragénériques.
Source : MNHN, Paris
. 3. — Polymorphisme des Lythracées (Photographies D. Coz Campos.) — A, Lylhrum sali-
carin : 1, 3, 4, 5, différentes vues méridiennes; 2, 6, coupes optiques équatoriales. — U,
Cuphea strigulosa : 7,11, gros et petit pollens à grosses stries; 8,10, gros et petit pollens
lisses; 9,13, gros et petit pollens à stries fines; 12 pollens à 4 apertures. Grossissement
— 61
1 .es variations polliniques dont il a été parlé ci-dessus ont un carac¬
tère discontinu, c’est-à-dire qu’il n’existe pas, entre les différentes formes
rencontrées, tous les intermédiaires; dans les cas qui vont suivre, au con¬
traire, les variations sont plus ou moins continues ou plus ou moins désor¬
données.
VARIATIONS POLLINIQUES CHEZ LES POLYPLOÏDES
Il s’agit plus ici d’un cas de variation pollinique intraspécifique que
de variation intraflorale, mais l’examen d’une anthère de polyploïde
montre une telle variation pollinique qu’il a paru intéressant d’étudier
côte à côte un échantillon diploïde et un polyploïde correspondant.
C’est un fait bien connu que les polyploïdes ont un pollen plus gros
que les diploïdes. Dans une belle étude des polyploïdes d’Arabidopsis
ihaliana, F. Bronckers a montré que la taille, le nombre d’apertures,
augmentent avec le nombre chromosomique et que les éléments de l’exine
augmentent de taille également; les grains les plus gros tendent en géné¬
ral vers la forme sphérique.
A. Maurizio a examiné les espèces suivantes (L est la grande dimen¬
sion du pollen) :
Dalura stramonium
2 n
(L
= 45,3 |i),
4
(L
= 55,4
!*)■
Nicotiana silvalica
2/i
(L
= 28,2 ix),
4
(L
= 33,5
l*).
Salvia pratensis
2n
(L
= 40,6 n),
4
(L
= 51,2
(*)•
Salvia splendens
2n
(L
= 57,5 n),
4
(L
= 69,6
!*)•
Trifolium incarnalum
2/i
(L
= 43,5 (x),
4
(L
= 53,5
(0-
Trifolium pratense
2/i
(L
= 31,1 y.),
4
(L
= 48,9
l*).
Trifolium repens
2 n
(L
- 26,5 p),
4/
(L
= 31,9
!*)■
Il arrive dans les polyploïdes que les apertures supplémentaires soient
situées de façon irrégulière, les grains perdent alors leur symétrie.
Certaines familles sont connues pour donner peu de polyploïdes, les
Conifères par exemple, on a cependant signalé un Cryplomeria japonica
triploïde, le pollen est sphérique 2 n (32 n), 3 n (36,5 jx).
Des pollens de polyploïdes montrent un grand pourcentage de grains
défectueux, de 16 à 84 % de vides et de 2 à 12 % d’avortés (d'après
A. Maurizio), tandis que, dans les diploïdes, 81 à 99 % des grains sont
bien développés.
VARIATIONS DES POLLENS CHEZ LES HYBRIDES
Les hybrides ont des pollens de taille variable dont un grand nombre
est mal conformé. Pratiquement, l’examen du pollen d’une seule étamine
permet de diagnostiquer un hybride ; ceci est particulièrement intéressant
pour les systématiciens qui travaillent souvent sur un nombre restreint
d’échantillons, parfois même sur un seul; le cas s’est produit où l’on a pu
constater, au seul examen du pollen, qu’un « type » était un hybride (ceci
devrait être porté entre autre chose à l’actif des palynologistes qui sont
Source : MNHN, Paris
— 62 —
presque toujours, et à bon droit il faut bien le dire, jugés fort indésirables
dans les collections d’herbiers).
L’étude des pollens des hybrides chez les Abiétacées par exemple
s’est révélée utile, elle a permis de classer certains hybrides intergéné¬
riques dont la position dans le genre Tsuga posait des problèmes. Si l’on
examine le pollen d ’Abies vilmorini (hybride artificiel de A. pinsapo X
A. cephalonica), on peut retrouver tous les stades de disparition des bal-
lonets, depuis le ballonnet unique jusqu'à la disparition totale des sacs
à air. Ici, l’étude des formes polliniques d’un hybride se révèle donc impor¬
tante pour la compréhension des formes polliniques variées de toute une
famille.
VARIATIONS PATHOLOGIQUES
ET VARIATIONS ARTIFICIELLEMENT INDUITES
PROVOQUANT DES MALFORMATIONS DIVERSES
DANS LA CELLULE MÈRE.
L’examen des pollens des plantes cultivées en serre révèle un grand
nombre de malformations qui sont d’ailleurs déjà perceptibles au stade
de la méiose et qui semblent dues aux différents produits chimiques
utilisés pour les cultures et en particulier aux substances insecticides.
D. Huard a signalé les anomalies suivantes dans des pollens d’Acanthacées :
grains trifides, grains soudés par 2 ou par 4 et communiquant; grains
supplémentaires et de petite taille, sans contenu cellulaire; ces grains
paraissent bien conformés extérieurement, mais sont vides : ils ont été
appelés pseudo-pollens.
HÉTÉROMORPHISME POLLINIQUE
T. R. Fischer et Wells ont donné ce nom en 1962 aux formes pol¬
liniques diverses rencontrées dans une population de Polymnia laevigala
du Tennessee. Les pollens sont uni- ou multinuclées, d’après les auteurs,
ce phénomène serait dû soit à la non formation des parois après la méiose
pour les grains multinucléés, soit à des divisions précoces du noyau de la
microspore. Les formes sont les suivantes : sphérique, grains uninucléés;
ellipsoïdale, grains binucléés; « en bateau » ou ovoïdes, grains trinucléés;
sphérique, grains quadrinucléés.
VARIATIONS DUES AU MODE DE PRÉPARATION
Les grains de pollen sont en général montés par la méthode d’ERDT-
man pour les études taxonomiques fines, ils sont alors vidés de leur contenu
et il en résulte une augmentation de la longueur de l’axe polaire P, les
grains montés ainsi ne sont donc pas comparables à ceux montés direc¬
tement dans la gélatine glycérinée ou dans le lactophénol, ils sont en géné¬
ral plus grands. D’autre part, les dimensions du pollen varient au début
du montage et surtout pendant les trois premiers mois (effet Cushing),
il ne faut donc pas utiliser des mensurations prises dans les textes pour
les comparer à celles d’un matériel monté d’une autre manière. Si l’on veut
Source : MNHN, Paris
— 63 —
faire des études statistiques, il faut monter les pollens dans les mêmes
conditions et les mesurer dans le même temps.
Les types de variations possibles des pollens d’un même individu
ont été sommairement exposés ci-dessus, les variations à l’intérieur de
l’espèce ont-elles une amplitude différente? Les variations intraspéci-
fiques ont parfois une amplitude moindre que les variations intraflorales
même les variations intragénériques peuvent avoir amplitude moindre
que les variations intraflorales en ce sens que dans le genre Juniperus par
exemple, les pollens des espèces sont moins différents entre eux que les
pollens d’une même fleur de Lythrum salicaria.
Souvent les paléopalynologistes demandent de définir la notion
d’espèce, pour travailler sur les sporae dispersae des sédiments anciens,
et ensuite de définir ou de fixer les limites de variation des genres. La
notion de genre morphologique (formgenus) peut être assez correctement
définie et ces genres peuvent être ensuite utilisés pour caractériser des
étages stratigraphiques, mais il est très difficile de passer à la notion de
famille, même impossible, sans un examen très attentif du pollen, les
convergences de formes constituant une des plus grandes difficultés que
rencontrent par exemple les palynologistes travaillant sur des sédiments
tertiaires ; on apprécie dès lors les difficultés de nomenclature, il en résulte
actuellement, dans de nombreux cas, une impossibilité totale à utiliser
les travaux des paléopalynologistes dans les considérations paléogéogra¬
phiques sur les genres actuels. La palynologie est encore une science jeune,
elle est loin d’avoir donné la mesure de ses possibilités.
Remerciements.
Je tiens à remercier spécialement MM. Bouharmont, Bronckers
et Chopinet pour l’aide précieuse qu’ils m’ont apportée ainsi que
Mme Beaunier qui a fait les mensurations de grains de pollen et une
partie des photographies qui illustrent cet article.
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Source : MNHN, Paris
L’ÂGE DES ANGIOSPERMES EN GÉNÉRAL,
ET DE QUELQUES ANGIOSPERMES
EN PARTICULIER
par Léon Croizat
Mr. L. Croizat est bien connu pour ses idées originales qu’il défend
parfois avec véhémence dans le feu de sa passion pour la vérité scienti¬
fique. Il les a développées dans plusieurs très importants ouvrages de
langue anglaise, malheureusement donc peu accessibles à de nombreux
lecteurs français. Nous avons pensé qu’il fallait faciliter à ces derniers
la connaissance des conceptions, même les moins conformistes, de
Mr. Croizat, et c’est pourquoi nous lui avons demandé de résumer en
langue française, dans le cadre d’un ou deux articles de revue, l’essen¬
tiel de ses idées capitales. Bien entendu « Adansonia » ne prend nulle¬
ment à leur égard des responsabilités qui n’appartiennent qu’à l’auteur.
Des habitudes de pensée acquises par l’enseignement initial, puis
par la routine et l’âge, nous font considérer parfois comme définitives
des notions scientifiques dont la faveur temporaire est pour une part
due à l’époque dans laquelle nous vivons, aux idées qui sont dans l’air.
Toute l’histoire des sciences naturelles est faite de suites de conceptions
divergentes, tandis que certaines paraissent à un moment triompher
dans l’esprit d’une génération, avant de tomber dans l’oubli avec la
génération suivante. Pour éviter dans quelque mesure la lignification
de la pensée, il nous paraît utile de laisser s’exprimer, quand l’occasion
paraît en valoir le risque, des doutes ou des idées nouvelles qui germent
dans des pensées intuitives. Des réflexions nouvelles permettront alors
ou de consolider nos opinions, ou peut être — et quelquefois d’abord
à notre insu — après une phase liminaire d’étonnement et de refus, de
les infléchir et pourquoi pas d’en changer.
Nous croyons que Mr. Croizat est un naturaliste de choc que tout
le monde a intérêt à mieux connaître.
A. Aubréville
Auguste de Saint-Hilaire s’étant rendu coupable de certaines
digressions dans un de ses remarquables travaux, s’en excuse en disant :
« La botanique est une science tellement philosophique et dont toutes
les parties sont liées si intimement, qu’entraîné par mon sujet, je me
— 66 —
suis vu forcé de traiter plusieurs questions accessoires ». Nous avons,
pour notre part, souvent souffert de cette nécessité de sortir du chemin
qui va droit au but, et il nous est même parfois arrivé de ne pas savoir
exactement quelle partie d’un sujet « philosophique » n’était réellement
qu’accessoire. On peut chercher à rester à l’écart de la pensée, mais si
on s’y laisse entraîner par nécessité, pis encore par goût, on en devient
la victime. Elle est comme l’eau, qui cherche son niveau de tous les côtés
à la fois.
Le sujet que nous nous proposons d’analyser ici d’une manière
toute sommaire, exigera quelques digressions; disons plutôt qu’il nous
forcera à atteindre des conclusions de détail en partant à la fois de plu¬
sieurs points de vue généraux. Toutes les parties de la botanique, au
sens le plus large du terme, sont en effet enchevêtrées l’une dans l’autre,
plutôt qu’elles ne sont liées aussi commodément que nos définitions
d’école le voudraient. C’est pourquoi nous allons partager le présent
article en plusieurs sections, dans l’espoir que l’ensemble pourra réussir
à renseigner nos lecteurs sur des problèmes que les opinions courantes
ont parfois beaucoup de mal à faire dominer.
A. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Un fossile, personne n’en doutera, est le témoin irréfutable de l’exis¬
tence d’une plante ou d’un animal à une époque déterminée. Il est d’autre
part certain qu’un tel document n’établit aucunement que la plante ou
l’animal en question aient eu leur origine à la même époque.
Puisqu’en général l’évolution suit les mêmes principes dans tous
les Règnes de la vie, il semble licite de commenter un exemple qui se
prête bien à être exposé ici. Il concerne la Zoologie mais est tout aussi
probant au regard de la science des plantes. On sait que l’Ornithorhynque
— le curieux Mammifère en lequel se mélangent le mammifère vrai,
l’oiseau et le reptile —• n’est connu à l’état fossile qu’à la fin du Tertiaire.
Par son âge de fossilisation, l’Ornithorhynque est donc Pliocène ou
Pleistocène. D’autre part, ce lusus nalurae représente un type biologique
qui, par son niveau d’évolution, est évidemment beaucoup plus ancien
que la paléontologie des faits ne le suggère. Nous sommes persuadé
qu’on trouvera, en effet, peu de naturalistes disposés à croire que l’Orni-
thorhynque n’existait pas encore au commencement du Crétacé. Son
âge de fossilisation et son âge d’origine diffèrent donc d’au moins 150 mil¬
lions d’années. C’est un écart qui prête à la réflexion, et impose, évidem¬
ment, de la prudence à ceux pour qui l’âge de fossilisation est d’office le
document suprême de la vie organique.
Les Mésanges, les Bergeronnettes, les Pies-grièches appartiennent
au monde contemporain. On en connaît toutefois des fossiles (29) 1
datant de l’Éocène Supérieur et de l’Oligocène, qui pour cette dernière
1. Les chiffres gras entre parenthèses renvoient à ceux de l’index bibliographique
à la fin de l’article.
Source : MNHN, Paris
— 67 —
époque du moins, peuvent être rapportés ou presque, aux genres de nos
jours. Quaternaires par leur âge, en général, et du Tertiaire Inférieur par
leur âge de fossilisation, ces oiseaux d’apparence fragile sont donc presque
aussi vieux, si ce n’est même plus vieux, que les Pyrénées, les Alpes,
les Andes et les Himalayas de notre géographie. Howard est nettement
de l’avis que les Passériformes se sont individualisés comme groupe à
partir du Crétacé Inférieur. On ne péchera donc pas par imprudence,
si l’on admet que l’âge d’origine de ces oiseaux se situe vers la fin du
Crétacé supérieur au plus tard. A cette époque une Mésange était déjà
une Mésange, bien qu’elle ne fût pas encore tout à fait le Parus major
de nos vergers. Fait remarquable : Conuropsis fralercula, Perruche du
Miocène moyen (âge de fossilisalion) du Nébraska E.U. (46), appar¬
tient à un genre qui vivait toujours dans les mêmes parages il y a environ
un siècle et demi. A ce point de parenté, le fossile vieux d’une trentaine
de millions d’années et l’individu vivant, ou récemment disparu, ne
font qu’un.
Tout le monde est familiarisé avec les « arbres généalogiques » qui
décorent aussi bien nos manuels scolaires que les œuvres les plus savantes.
Personne ne dira que ce sont des faux par vice de conception, bien au
contraire, même si ce qu’ils proclament ne satisfait pas toujours chacun.
Ces « arbres » seraient inconcevables si leurs auteurs se refusaient à
admettre l’idée de séries parallèles de développement, ce qui entraîne par
contre-coup la notion de simultanéité d’origine des groupes dont le niveau
est comparable par rapport à un fonds ancestral commun.
La botanique est de nos jours une science de paradoxes. Si ce que
nous venons d’affirmer au sujet des séries parallèles de développement
et de la simultanéité d’origine paraît être, et est en fait, indéniable,
on pourra toujours trouver dans les papiers de notre scienlia amabilis
de quoi le nier. En effet, une des grandes questions de la systématique
dans nos ouvrages a toujours été : par où commencer? Certains auteurs
débutent par les « Polypétales », d’autres par les « Amentifères », et
personne n’est d’accord quand il faut dire si c’est au Magnolia ou au
Bouleau que revient la première place dans l’arbre généalogique des
Angiospermes. On devrait donc en conclure que des séries parallèles
de développement commençant par un Magnolia ou, au contraire, par
un Bouleau sont illusoires, car elles s’opposent et que la simultanéité
d’origine peut s’appliquer peut-être à une Guimauve et à un Tilleul;,
mais est prouvée fausse par un Magnolia et un Bouleau. Où en sommes-
nous donc?
Nous en sommes exactement là où Augustin Pyrame de Candolle
en était en 1813. Si Hutchinson pense toujours (32) qu’une « Poly-
pétale » est plus « primitive » qu’une « Sympétale », etc., Augustin Pyrame
de Candolle savait, lui parfaitement (7), que toute « Série linéaire »
de familles botaniques (et par contre-coup zoologiques) ne peut-être
qu’artificielle. Il avertissait en effet très nettement que : il n’existe
pas dans la nature des séries continues.... On peut suivre deux méthodes,
savoir, de monter du plus simple au plus composé.ou bien de descendre
Source : MNHN, Paris
— 68 —
du composé au simple.... La question est en elle-même de peu d’importance»
(souligné par nous).
Or bien, si la « classification linéaire » est forcément artificielle,
mais s’il est d’autre part certain que des séries parallèles de développe¬
ment existent et que la simultanéité d’origine est, somme toute indé¬
niable, les « véritables rapports » dont se souciait un peu académique¬
ment de Candolle sont à rechercher tout autrement que comme Hut-
chinson et, avec lui, la plupart des systématiciens le voudraient aujour¬
d’hui. Si Magnolia et Bouleau existent tous les deux comme faits de
nature ; si ces plantes s’opposent par toute une grande série de caractères
mais sont toutes les deux des « Angiospermes », s’il est impossible de
les raccorder au niveau de l'angiospermie, ce dont fait nettement foi
le litige plus que séculaire entre les partisans des « Polypétales » et ceux
des « Amentifères », la conclusion s’impose que : 1° Ou bien la systéma¬
tique n’est que paradoxe et illusion, et la botanique est une science de
rêves plutôt que des réalités; 2° Ou bien, ne pouvant se raccorder au
niveau de l’angiospermie Magnolia el Bouleau se raccordent forcément
au niveau de la prè-angiospermie. Ceci admis, on pourra mettre de l’ordre
dans nos notions de séries parallèles de développement et de simulta¬
néité d’origine — ces notions sont en effet évidentes, et n’ont rien à
voir avec des litiges artificiels tels que ceux dont la botanique a été le
théâtre à partir de 1813 — par une démarche qui évitera les vieux égare¬
ments et fera concevoir l’âge des Angiospermes autrement qu’on ne le
le fait aujourd’hui. La solution que nous avons donnée à « l’affaire Poly-
pétales-Amentifères » ne rentre pas évidemment dans les vues cou¬
rantes (13) puisqu’elle raccorde l’angiospermie à la pré-angiospermie,
condition essentielle d’explication des rapports entre un Magnolia et un
Bouleau, (14) mais revient, elle aussi, aux notions des séries parallèles
de développement et de la simultanéité d’origine. On conçoit aisément
que ces notions interviennent dans la question de l’évolution des
Angiospermes dans le temps, et dans toute « question accessoire » qui
s’y rattacherait. En effet, ces notions visent implicitement à englober
dans la même synthèse l’âge de fossilisation avec l'âge d’origine, en déter¬
minant enfin le processus de développement qui est responsable, à un
moment donné quelconque, du document fossile. Il est évident, à notre
sens, que ce processus englobe aussi bien l’angiospermie classique que
les phases de la pré-angiospermie qui l’ont amorcée. On ne comprendra
jamais l’une sans savoir ce qu’il en est de l’autre.
S’il est peut-être vrai que l’idée de rattacher nellernenl l’angiospermie
à la pré-angiospermie nous revient, tout le reste de ce que nous venons
d’exposer est du domaine courant, ce qui montre que rattacher les deux
est, somme toute, nécessaire. Par exemple : Wolfe et Barghoorn
affirment (48-13) que : « A valid functional relationship exits in temperate
latitudes between the âge of a fossil flora and its generic composition.
With time this relationship throughout much of the Cenozoic is feature
by steadily increasing modernization on a broad régional scale ». On ne
saurait affirmer la simultanéité el la conlinuilé de développement par
Source : MNHN, Paris
— 69 —
Fig. 1 . — A : La distribution de Liriodendron (Magnoliacées), vivante (noir) : Chine et aux États-
Unis et fossile (triangles). La distribution de Tilia cordata et de ses alliés (trait hachuré;
la ligne a sépare les formes d’affinité orientale et occidentale, respectivement). — B : La
distribution de Nipa (Palmae) vivante (noir, en trait plein) et fossile (cercles, en ligne
interrompue). —
Observation. — On remarquera que l’Angleterre ne joue dans ces distributions vivantes
ou fossiles, que le rôle d’une station toute secondaire.
séries parallèles aboutissant pas à pas à la « modernisation » de tout un
ensemble de flores d’une manière plus tranchante que ne le font Wolfe
et Barghoorn. Naturellement, ce qui est vrai des flores fossiles des
régions tempérées ne peut être faux des flores fossiles et vivantes autre
part. Si nos arrière-grands-pères ont cru aux « hommes-chiens », aux
« hommes sans tête » etc., et si nous croyons toujours des choses qui ne
sont pas moins troublantes dans beaucoup trop de domaines de la vie
courante et scientifique, le fait est que l’exploration du monde, et l’étude
des flores fossiles nous ont démontré depuis assez longtemps que rien
ne peut être extraordinaire ou soudain en ce bas monde. Il est de fait
— 70 —
que nous avons beaucoup plus de microfossiles des régions tempérées
que nous n’en avons des régions tropicales à l’heure actuelle, mais ce
n’est pas là le signe que la nature a pu être mise en défaut sur un point
quelconque du globe à n’importe quelle époque.
Ce que Wolfe et Barghoorn nous ont appris n’est, naturellement
en rien exceptionnel. Il suffira de feuilleter la littérature scientifique
courante pour en avoir la confirmation. Il ne nous est pas permis d’abonder
ici en citations, mais deux textes au moins nous paraissent mériter un
rappel, dans l’espoir que nos lecteurs voudront bien s’occuper eux-
mêmes de parfaire l’œuvre de recherche et de pensée qui s’impose. Les
voici : 1° le pourcentage des genres de plantes qui vivent actuellement
aux îles Britanniques a varié dans le courant du Tertiaire (13) de la
façon suivante : a ) Éocène Inférieur 2 %; b) Éocène Supérieur 23 %;
c) Oligocène Inférieur 34 % ; d) Miocène /Pliocène 59 % ; e) Pliocène 53 % ;
f) Pliocène Moyen 78 %; g) Pliocène Supérieur 97 %. On ne tirera pas
de ces données la conclusion que la nouvelle flore anglaise a été créée
de toutes pièces pour l’occasion. Il ne s’agit au fond que de l’extinction
d’une flore très tempérée et, en partie, même subtropicale qui a cédé
sa place à une flore tempérée ou froide. Il suffira pour en avoir la preuve
de comparer les distributions fossiles et courantes de genres (Fig. 1);
tels que Nipa, Liriodendron et Tilia. — 2° Dans une très belle analyse
des changements survenus dans l’avifaune de Californie peu avant et
après l’Age Glaciaire, Howard (29) nous apprend que « Viewed in its
general aspects, the change from Pleistocene to Recent time in California
is largely one of redistribution end rebalancing of species... The bird
life of California to-day is but a continuation of the most adaptable
Pleistocene types, shifted about geographically to accomodate to changing
local conditions». Rien au fond ne change, qu’il soit question d’animaux
ou bien de plantes.
Souvent exagérée, l’importance des âges glaciaires quaternaires et
récents n’a, en biogéographie générale (13) que la valeur d’un épisode.
Dans les mathématiques, la notion de fraction implique nécessaire¬
ment celle d’unité. En biologie, du moins pour ce qui revient particuliè¬
rement à la classification, à la phylogénie, à la morphogénie, à la morpho¬
logie, à la biogéographie, la notion d’individu n’est que le corollaire
de celle de groupe. L’âge et l’origine d’un Chêne ou d’une Mésange ne
sont susceptibles d’analyse valable que dans le cadre de l’âge et de l’ori¬
gine des Fagacées, des Passereaux et, en fin de compte, des Angiospermes
et des Oiseaux en général. C’est intuitif mais, ainsi que nous le verrons,
les vérités de La Palisse sont loin d’être du domaine courant. On pense
presque toujours à tout sauf à elles. Les pires égarements dont l’histoire
des sciences a gardé le souvenir sont dus à des partis-pris dont la génèse
et les suites sont des défis au bon sens.
Source : MNHN, Paris
71 —
B. L’ÂGE DES ANGIOSPERMES, EN GÉNÉRAL
Il est, pour nos lecteurs autant que pour nous, fort instructif de
puiser dans deux travaux de la même école, et très récents, des rensei¬
gnements au sujet de l’âge des Angiospermes comme ceux que voici :
1° « The time of the origin of the angiosperms, whether Palaeozoic,
Cretaceous or, as is more probable, intermediate between them, is not
known. The fascinating potentialities of the Paleontological record
make it possible and even likely that to-morrow’s discoveries will out-
mode to-day’s spéculation. Despite its vagaries and imperfections, the
fossil record remains our best index to relationships involving géologie
time ; and it does not bear out spéculations on the origin of the angioperms
in the Palaeozoic era » (40). — 2° « Cretaceous pollen assemblages, parti-
cularly those from the early Late Cretaceous, contain a wealth of angio-
sperm forms whose detailed pollen morphology is unlike that of known
living plants. In many cases pollen cannot be assigned to families; where
families can be recognized, modem generic assignments may be difficult
or impossible ».
Un des auteurs cités ci-dessus (36) nous dit pour sa part « The
earliest unequivocal angiosperm leaves and pollen occur in strata of
Albian âge (late early Cretaceous) in Portugal, Northern Europe, and
in the New World. This conclusion is interesting in the light of current
théories that angiosperms had their origin during the Palaeozoic. Those
arguments would be more convincing if they were based on undoubted
fossil evidence ».
Nous ajouterons à ces opinions d’auteurs Nord-Américains celle
d’un Anglais (31) qui est fondée sur le fait : « Angiosperm history began
in mid-lower Cretaceous time ». Il nous paraît inutile d’aller plus loin
dans l’exposé de l’opinion, car ce que nos lecteurs viennent d’apprendre
de palynologistes Anglo-Saxons avertis répond, plus ou moins, mais
toujours pour l’ensemble assez exactement à ce qu’on pense de la ques¬
tion partout dans le monde à l’heure qu’il est.
En résumant ce que nous venons d’exposer, nous concluerons :
1° Certains auteurs (Léopold, Hugues) s’appuient entièrement sur
l’âge de fossilisation du pollen des Angiospermes pour en déduire l’âge
de ces plantes en général. — 2° D’autres auteurs (Scott, Barghoorn
et Léopold), sans pour cela renoncer au même critère, admettent la
possibilité que les Angiospermes remontent à une époque intermédiaire
entre le Crétacé et le Paléozoïque, soit au Triasique-Jurassique comme
terme moyen. Ces auteurs supputent l’âge des Angiospermes d’après
un processus de développement qui, ayant commencé à se dérouler au
Carbonifère Permien, a enfin abouti aux Angiospermes de type « moderne »
entre le Crétacé Inférieur et Moyen. — 3° Il est implicitement admis
par les auteurs cités que nos notions de palynologie sont aujourd’hui
encore tellement imparfaites que nous ne pouvons rien faire du pollen
Source : MNHN, Paris
— 12 —
qui ne rentre pas dans les cadres de la morphologie conventionnelle
de l’angiospermie « moderne ».
Ces litiges et ces constatations ne prouvent pour nous qu’une seule
chose : la palynologie est toujours incapable de raccorder le document
fossile au processus de développement dont le document fossile n’est que
l’expression passagère. L’un n’exclut aucunement l’autre, et l’âge vrai
d’un groupe est déterminé par une synthèse des deux. Il est donc abso¬
lument indispensable de mettre sur pied un système de pensée et une
méthode d’analyse (et, par contrecoup de synthèse) qui donnent le
moyen de raccorder un fait de développement — fossile ou être vivant,
grain de pollen ou toute autre chose que cela puisse être dans le cas
particulier — au processus qui en est responsable. Le jour où cette pensée
et cette méthode seront entre nos mains, tout le monde sera d’accord
sur le pollen comme tout le monde est aujourd’hui d’accord pour admettre
par exemple, que l’écaille d’une pomme de Pin revient malgré les appa¬
rences à un processus de « fusion » d’un brachyblaste fertile avec des
bractés environnantes. Ce processus étant connu, les nombreux fossiles
qui en attestent la marche au long des âges ne donneront lieu à aucun
litige grave, car la pensée et le fait vivront désormais en paix l’un avec
l’autre.
On nous dira qu’une méthode telle que celle que nous envisageons
n’est qu’un rêve. Nous ne le croyons aucunement. A partir d’un heureux
début, cette méthode nous est acquise depuis presque un siècle pour ce
qui est des Conifères classiques, et l’histoire du développement de leur
fructification est une question largement réglée. Rien n’empêche d’en
faire autant pour les Angiospermes, et nous nous y sommes déjà essayé
dans nos Principia Bolanica. Si nous nous sommes abstenu de toucher
au grain de pollen pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons plus
loin, nous avons attaqué dans cet ouvrage de nombreux problèmes
de la morphogénie et de la phylogénie de la feuille, de la fleur, etc. préci¬
sément dans le but de permettre, à partir de la plante d’aujourd’hui,
la reconstitution de la plante qui fut jadis, et de passer logiquement
de l’angiosperme « moderne » à la pré-angiosperme. Il se peut que ce
que nous avons entrepris n’ait pas réussi à la mesure de nos espoirs,
mais, en tout cas, d’autres sauront mieux faire ce que nous aurons hélas,
achevé seulement en partie et assez gauchement. Ce que la science exige
ce sont les principia bolanica du grain de pollen, en somme ce qu’un
auteur nord-américain de haute classe a invoqué sous le titre de :
« A reliable Phylogeny of successively modified ontogénies ». C’est pour
nous un très grand honneur, bien entendu, de voir exprimer nos propres
idées par une telle plume.
Dans l’intervalle, rien ne sera perdu pour la science, si les palyno-
logistes s’abstiennent en France et ailleurs, de répéter que tout n’est
que « théorie » au delà de ce qui tombe sous leurs microscopes. Les faits
ne se sont jamais « interprétés » d’eux-mêmes, car ils ont toujours été
interprétés différemment par des esprits divers, dont quelques-uns ont
eu raison alors que d’autres ont eu tort.
Source : MNHN, Paris
— 73 —
Concluons : nous savons aujourd’hui très peu du grain de pollen
et de son évolution en dépit d’une littérature sur le sujet qui est déjà
imposante. Il se peut que des esprits clairvoyants soient à l’œuvre à
l’heure qu’il est, dont nous ignorons, nous, les buts, les espoirs et les
travaux. Ce que nous entrevoyons est clair en tout cas : il est des contrées
de l’Œcumène où le conformisme le plus plat domine la pensée. Il est
d’autres pays de l’Œcumène où le jeu des idées, le goût de l’analyse
et de la synthèse, l’esprit de recherche individuelle survit par-ci, par-là.
Il nous paraît possible que des opportunités de progrès rapide s’offrent
aujourd’hui aux chercheurs de ces derniers pays. Le besoin de « reliable
phylogénies of successively modified ontogénies » est intense, et quelque
membre de la science de langue française pourrait bien s’y essayer.
Pourquoi pas? La France, par exemple, a dominé la pensée botanique
jusqu’au jour où Augustin Pyrame de Candolle (13) fit sien le « car¬
pelle » de Gœthe. Si jamais quelqu’un avait soufflé mot à Cuvier, que
les plus inquiétantes propositions de Lamarck (12) valaient la peine
d’être soigneusement écoutées, la zoologie française eût gagné ce qu’elle
perdit alors. Que réserve l’avenir à la pensée française? Voilà une ques¬
tion que ceux qui en connaissent toute la puissance et la faiblesse se
posent non sans angoisse au sein de l’heure trouble que nous vivons
dans tous les domaines de la vie contemporaine. La science n’est qu’une
partie de la vie.
C. RÉFLEXIONS SUR L’AGE
DES ANGIOSPERMES, EN DÉTAIL
Des paléobotanistes qui font autorité viennent de nous apprendre
que le Hauterivien 1 de Californie leur a livré un : « Well preserved fruit
that may represent an extinct angiosperm of the family Icacinaceae ».
Ce fossile Californien Onoana gen. nov., est tellement voisin d’un autre
qui fut rencontré quelques années plus tôt dans le Valaginien de Vau¬
cluse en Provence, que les auteurs que nous venons de citer en font un
seul genre.
Si Onoana est bien « icacinée » ou s’il n’est au contraire qu’ « icaci-
noïde », est une question que nous nous dispenserons d’analyser. Si le
systématicien le plus subtil rencontre souvent de graves difficultés dans
son travail avec la flore contemporaine, on s’imaginera ce qui lui
incombe (13), lorsqu’il a affaire avec des fruits vieux d’environ 150 mil¬
lions d’années. Un fossile est un fait, nous le voulons bien, mais combien
difficile à interpréter. En tout cas, ce qui est pour nous ici l’essentiel,
I. Ainsi qu’on le sait, le Néocomien correspond au Crétacé Inférieur et se partage,
du plus ancien au plus récent, en : Valanginien, Hauterivien, Barrémien, Aptien.
D’après Abrard, l’Albien que Léopold assigne au « late Early Cretaceous » est le
premier âge du Crétacé Moyen suivi, en montant l’échelle des temps géologiques, par
le Cénomanien et le Turonien.
Source : MNHN, Paris
74 —
Onoana n’est ni un Magnolia ni un Bouleau, mais une forme qui rentre
dans la moyenne de l'angiospermie courante. C’est dire que, du fait de
se retrouver vers le centre plutôt qu’aux extrémités de l’angiospermie,
Onoana nous fait savoir en vertu du principe de la simultanéité d’origine
qu’à l’aube du Crétacé l’angiospermie avait déjà atteint un remarquable
degré d’épanouissement autant dans l’espace que par la forme. Espace
et forme exigent, naturellement, du temps.
La position systématique des Icacinacées modernes est fort difficile
à fixer exactement, en raison des innombrables affinités qu’elles montrent
et suggèrent. Bâillon, dont le flair fut pourtant exceptionnel, et dont
les « sottises » sont très souvent plus intéressantes que les marques de
« sagesse » d’autres esprits, se trompa pour une fois, croyons-nous, en
plaçant les Icacinacées parmi les Térébinthacées, près des Anacardiacées.
Hutchinson fait des Icacinacées des « Célastrales » (32), mais leur donne
comme alliées les Cyrillacées, les Empétracées etc..., ce qui nous semble
peu approprié. Nous sommes de l’avis, en effet, que, sauf pour certaines
lignées, la classification par ordres, chère à Hutchinson, se heurte au fait
d’un enchaînement tellement étendu et tellement profond 1 qu’il est
impossible d’en venir à bout par des « séries linéaires ». Nous sommes de
l’avis (13) que les Icacinacées se placent au cœur d’un grand écheveau
d’angiospermie qui, sans pour cela se laisser classifier par ordres taxono¬
miques nettement définis (13) peut être rattaché sans inconvénient
majeur à l’affinité des Célastracées, Thyméléacées, Flacourtiacées. En
résumé, Onoana pourrait faire famille à part, revenir à l’une ou à l’autre
des grandes familles que nous avons rappelées, ou à des familles de leurs
alliances, sans pour cela changer en rien ce que nous devons en penser ici.
Naturellement, nous ne pouvons que répéter que l’âge de fossilisation
d’Onoana ne date aucunement l’âge d’origine des Angiospermes. Si quel¬
qu’un voulait approfondir la question, nous le prierions de bien vouloir
dresser un arbre généalogique des Angiospermes, et de nous expliquer
sans s’écarter du bon sens — le bon sens est un argument scientifique
formidable — comment les Flacourtiacées, Célastracées, Thyméléacées,
etc... ont pu exister sans que par suite existassent aussi les Euphorbia-
cées, les Malvacées, enfin, les Magnoliacées et les Bétulacées, deux familles
qui — tous les botanistes sont d’accord — sont fort « primitives ». En
bref, pour qu 'Onoana ait pu, elle, exister, tous les grands groupes de
l’angiospermie moderne devaient eux exister, que ce soit comme Icaci¬
nacées, Icacinoidacées, sub-Icacinacées, pré-Icacinacées, etc... Il nous
paraît inutile de jouer sur les mots, car nous ne cherchons pas ici à faire
de la classification, mais à tâcher de comprendre quand et comment ont
1. En voici un exemple : Les Euphorbiacées se rapprochent autant des Sterculia-
cées que des Flacourtiacées. Ces dernières mènent aux Passifloracées et aux Tiliacées
à la fois. Les Tiliacées et les Sterculiacées se raccordent aux Malvacées. Sans pour cela
aller chercher plus loin, une Épurge, un Cacaoyer, un Tilleul, une Grenadille, une Gui¬
mauve sont des « alliés » beaucoup plus proches qu’il ne peut le paraître. Ce serait
absurde — et c’est en effet absurde si on ne s'en tient qu’à la morphologie florale de
ces plantes — si ce n’était vrai.
Source : MNHN, Paris
— 75 —
été formés les groupes qui en font l’objet. C’est une différence qu’on
ignore souvent, mais à laquelle nous nous voyons obligé de tenirL
La question n’est donc pas de savoir si les Angiospermes existaient
ou non avant le Néocomien, puisqu’il est déjà certain qu’elles existaient
avant cette époque, et avaient atteint à ce moment un degré d’épanouis¬
sement tel qu’il nous assure qu’Onoana n’est aucunement un cas exception¬
nel dans leur histoire. La question est de savoir ce qu’étaient les Angios¬
permes avant le Néocomien, et à quoi devrait-on les reconnaître. C'est là
une question capitale autant pour la botanique que pour l’évolutionnisme
en général, et nous formulons une fois de plus le vœu que les palyno-
logistes veuillent bien s’en occuper sans retard, en n’écrivant pas aujour¬
d’hui ce qui serait erroné ou mal à propos demain. Insister sur l'âge de
fossilisation ne sert à rien chaque fois qu’on est appelé, au contraire, à
affronter tout un processus dont le document paléontologique ne marque
qu’un jalon 1 2 3 .
Dans l’attente que les palynologistes veuillent enfin nous faire part
de ce qu’ils savent, nous dirons que ce que nous pensons de l’origine et
de l’âge de l’angiospermie est assez simple. En résumant ici ce que nous
avons dit ailleurs (13) le voici : 1° une tendance nettement marquée veut
que chez les végétaux en général, les organes destinés à la reproduction
soient « réduits » par rapport à ceux de la végétation. La feuille d’une
Cycadacée, la fronde ovulifère de Cycas, l’écaille du cône de Zamia en
disent plus long à simple vue que tout un imposant traité; 2° cette ten¬
dance est aussi très nettement marquée chez les Conifères classiques.
L’aiguille de Sciadopylis (13) est notoirement une fronde (ou « fron-
doïde », « ramulus », etc.) réduite aux deux « folioles » de l’apex ou de la
base s . L’écaille dü cône revient toujours, quelle que puisse en être la
1. A partir de 1859, presque tout le monde a cru que la biogéographie n’était
qu’une annexe de la classification. Ce faux départ a imposé à d’innombrables auteurs
l’idée de « discuter » la « Géographie Distribution » en s'appuyant exclusivement sur
les taxons de la classification. C’est une erreur : ce serait désordre pur que de mettre
ici sur pied une imposante discussion pour savoir si Onoana est, ou non, une Icacinacée
aux termes de la définition de la famille qui est courante d’après nos textes. La biogéo-
graphic scientifique ne se sert des taxons de la classification que dans le but d’analyser
quand, pourquoi et comment ils sont devenus tels que nous les connaissons aujourd'hui.
2. On nous dira que, puisqu'il en est ainsi, il n’y a qu'à empiler des jalons pour
que le processus s’explique de lui-même. C’est vrai dirait-on, mais en empilant d’innom¬
brables observations qui indiquaient le contraire, l'Homme a néanmoins cru pendant
un temps assez long que le soleil tournait autour de la terre. On ne voit que ce qu’on
est préparé à voir, et on ne se prépare à rien si l’on attend que tout se fasse par soi-
même. La science par rapport à l’Homme est loin d’être une abstraction : elle est un
simple problème de psychologie courante. Elle vit de l’esprit des temps comme une
plante vit de la terre de son pot. Attendre est inutile : il faut faire, en le sachant, ce
qui est nécessaire, sans le moindre retard. C’est l’esprit qui doit être prêt avant tout.
3. C’est la même morphogènie qu’on retrouve chez la feuille de Bauhinia et, en
général des Angiospermes. On ne confondra pas l'homologie de morphogénie avec la
parenté. Les grandes morphogénies du monde végétal, passé et présent, sont fort peu
nombreuses. Ceux qui les connaissent peuvent sans difficulté analyser, d'après les
mêmes principes et en suivant la même méthode, les plantes les plus anciennes et les
plus modernes.
Source : MNHN, Paris
— 76 —
morphologie en grand détail, une morphogénie de « fusion » et de « réduc¬
tion » (14) entre un brachyblaste fertile et des « bractées » de son entourage.
L’énorme « pomme » de certains pins d’Amérique (p. ex. Pinus lamberliana,
P. reflexa, etc...) (26) se réduit pas à pas à la « baie » du Génevrier 1 ;
3° néanmoins chez les Conifères classiques, la graine a atteint son plein
développement (14) avant que la fécondation ne se fasse, et le cône
survit toujours comme tel à la réduction la plus poussée, sans pour cela
jamais devenir une « fleur ». Il en est autrement, ainsi qu’on le sait, chez
les Angiospermes. Nous avons fait observer depuis longtemps (10) que
l’ovaire de ces plantes est prêt à assurer ses fonctions à un moment où
il est toujours à l’état embryonnaire par sa structure et son anatomie.
Cette notion est tellement évidente que nous n’osons pas croire que c’est
réellement nous qui l’avons formulée le premier. En tout cas, elle est
aujourd’hui courante chez des auteurs (p. ex. Takhtajan, Proizkhojdémie
Pokrytosémionnikh Rastenii, 1961) qui voient dans l’angiospermie la
réalisation de tendances « néoténiques »; 4° une fois la fécondation accom¬
plie, l’ovaire commence son vrai développement en devenant le fruit.
Comme tel, l’ovaire nous rappelle très souvent, sous de nouvelles appa¬
rences (13.), le strobile ancestral; 5° il n’est pas exact que l’angiospermie
ne soit qu’une affaire de style et de stigmate. Nombre d’Angiospermes
ont des ovaires » ouverts » à l’état de jeunesse (13) et chez certaines
l’ovaire ne se ferme jamais complètement. La « bisexualisation » de la
fleur femelle amorcée chez les « Amentifères » atteint son plein effet chez
certains groupes, mais est éliminée par suppression congénitale chez
d’autres. On retrouve dans cette même famille de frappants exemples
du passage de l’« inflorescence » à la « fleur », qui, à bien chercher (13),
sont loin d’être uniques. La pré-angiospermie survit, en fait, à peine
masquée chez les Angiospermes soi-disant « typiques »; 6° On ne s’étonnera
pas que ce soit bien au niveau de la pré-angiospermie, voir même de la
non-angiospermie (13) que se raccordent les plantes telles que le Magnolia
et le Bouleau, qu’il est franchement impossible de « raccorder » l’une à
l’autre au niveau de l’angiospermie.
On sait (14) que l’embryogénie des Angiospermes a un cachet parti¬
culier et l’on retrouve dans la caryologie sexuelle de ces plantes des
figures (14) qui sont très suggestives. Heureusement, des auteurs qualifiés
nous ont déjà fait connaître que l’angiospermie paraît trouver sa raison
d’être la plus profonde dans des altérations de l’embryogénie et par suite,
de l’organogénèse. Si quelqu’un ne nous l’avait pas enseigné, nous
l’eussions probablement « découvert » nous-même. En effet, cette idée
explique ce que rien d’autre ne peut expliquer, et selon le déroulement
que voici : 1° Vers une époque qui se situerait pour nous au Permien,
1. Ce fut vers 1830 que la botanique vit se formuler définitivement deux notions
de la plus haute importance, celle de 1’ « écaille » des Conifères et celle du « carpelle »
des Angiospermes. La première fut bien comprise, la seconde tout le contraire dès le
début. Il résulta de cette différence qu'aujourd’hui nous savons infiniment plus de
toute l’évolution des Conifères que ce que nous comprenons, même très partiellement,
de celle des Angiospermes.
Source : MNHN, Paris
— li¬
ai en raison de circonstances qui seraient probablement en rapport avec
les glaciations de cet âge, un groupe de plantes qui, pour nous du moins,
ne serait pas loin des Corystospermacées et de leurs alliées (13) fut touché
par une modification du processus jadis normal de son embryogénie.
2° Cette modification déclencha une tendance, arrêtée grosso modo chez
les Conifères classiques au niveau morphologique de la « baie » du Géné-
vrier, qui activa la réduction et l’altération du strobile ancestral en le
transformant en « fleur ». Cette tendance prit un cours très différent chez
par exemple, les Magnoliacées et les Bétulacées (14), mais elle fit de toutes
ces plantes des « angiospermes » par tendance si ce n’est immédiatement
par morphologie. 3° Une fois amorcée, une tendance morphogénique telle
que celle que nous envisageons, peut se dérouler par des modifications
morphologiques à des vitesses très différentes. De « bonnes espèces » du
même genre peuvent, en effet, avoir des âges (14) qui sont très loin d’être
les mêmes. 4° La morphologie florale peut suivre des courants de dévelop¬
pement qui diffèrent nettement chez des groupes alliés (voir, p. ex.,
Magnolia et Drimys, les Monimiacées en général, les Hamamélidacées,
etc...) tout en prenant comme point de départ des loci communs de mor¬
phogénie. 5° Il est impossible de savoir si l’angiospermie s’amorça simul¬
tanément chez les formes d’un seul groupe ou de plusieurs groupes à la
fois. Quoiqu’il ait pu en être, nous sommes porté à croire que les Angio¬
spermes ne remontent pas à un seul ancêtre qui en serait la « Urpflanze ».
Pour nous, ces plantes sont polyphyléliques par origine, monophyléliques
par tendance. Nombre de leurs ancêtres ont sans doute disparu par
extinction; d’autres sont devenus par continuation de tendance des
Angiospermes conventionnelles. 6° Nous croyons toujours que c’est bien
dans l’hémisphère Sud que l'angiospermie s’amorça, mais nous sommes
persuadé que dès le Triasique-Jurassique les « Angiospermes » avaient
gagné les domaines où leurs descendants vivent toujours, naturellement
modifiés par environ 175 millions d’années de développement postérieur.
7° Nous ne sommes aucunement de l’avis que l’angiospermie prit nais¬
sance chez des formes inféodées à des climats « montagnards » ainsi que
le veut l’opinion courante. Bien au contraire, les pré-angiospermes
(= Angiospermes par tendance plutôt que par morphologie) furent pour
nous des « mauvaises herbes » du littoral et de son hinterland (14), ce qui
en explique de façon satisfaisante la rapidité de diffusion et la plasticité.
Aujourd’hui encore (14), c’est le littoral qui peuple la montagne, et c’est
la plaine qui « monte à l’assaut » des hauteurs (14). Le climax meurt si
l’ambiance change en faisant place aux « ubiquistes » d’allure agressive.
8° Aux idées que nous venons d’exposer l’analyse panbiogéographique
apporte un concours puissant, et ce qu’elle nous révèle s’accorde parfaite¬
ment avec les principia bolanica que nous soutenons. Naturellement,
nous ne sommes aucunement surpris quand des auteurs qui ne connais¬
sent ni cette analyse, ni ces principes sont peu portés à faire état de nos
conclusions et à citer nos travaux. Les nier présente toujours quelque
difficulté; les accepter impose des changements profonds de conception
dont ceux qui voient et professent autrement ne peuvent s’accommoder
Source : MNHN, Paris
78 —
de gaîté de cœur. C’est humain, et la science n’est rien d’autre qu’humaine,
elle aussi. On viendra à ces idées dès que l’état de l’opinion aura changé.
Nous croyons avoir montré qu’en dépit de l’abondance des matériaux
apportés à la recherche par la flore vivante, la botanique est toujours
loin d’avoir bien compris l’importance de la cléistogamie, de la zygo-
morphie, de l’hétérostylie, de l’amphicarpie, etc..., dans le développement
des Angiospermes. Nos connaissances de morphogénie sont toujours à
l’état rudimentaire, et le culte des faits est souvent un obstacle sérieux
à la compréhension des tendances. Tel étant le cas pour la flore vivante,
on doit se demander ce qu’il en est de la flore fossile, du moins pour ce
qui revient à l’angiospermie et à la pré-angiospermie. Saura-t-on jamais
déceler dans un fossile des tendances d’embryogénie? Comment des natu¬
ralistes habitués à penser que la « sélection naturelle » est tout, et l’ortho-
génèse une vue de l’esprit, pourront-ils suivre la marche de l’angiospermie
qui est de la pure orthogénèse de tendance? Ce n’est pas des fossiles que
nous avons le plus grand besoin, mais d’une manière de penser qui nous
les fasse reconnaître pour ce qu’ils sont en vérité. Cette manière de penser
nous est largement acquise pour ce qui est des Conifères classiques,
mais répétons-le, elle nous manque toujours pour ce qui se rapporte aux
Angiospermes et à leurs ancêtres. L’idée, pourtant si féconde, que la
« pomme » d’une Cupressacée ne peut être opposée absolument à la fleur
d’une Angiosperme (13), est aujourd’hui encore rejetée comme indigne
de l'attention de tout botaniste sérieux. Il suffit de jeter un coup d’œil
sur les « fruits » d’un Aulne pour se rendre compte qu’un botaniste vrai¬
ment sérieux devrait penser tout autrement.
Naturellement, il est très peu probable que la longue histoire des
tendances auxquelles est due l’évolution du strobile, de la fleur, de l’ovaire
et de l’ovule n’ait pas eu de contrepartie dans l’histoire du développement
du pollen et de son grain. Que sont donc les « mystérieux » grains de
pollen que la palynologie courante est incapable de situer dans le cadre
de la pré-angiospermie /angiospermie? On dirait que cette science attend
toujours son Haüy, l’esprit à l’œil d’aigle capable de déceler, parmi
l’accumulation immense des formes en désordre, les grandes lignes direc¬
trices destinées à en faire, grâce à quelques mots précis, une armée disci¬
plinée à la voix de la raison. Haüy fut Français.
Il nous reste un mot à dire ici au sujet de la « piste » Californie-
Provence attestée par la distribution géographique d ’Onoana. Ainsi que
tout biogéographe bien informé le sait, les grandes « pistes » de la distri¬
bution courante ont le même âge que les Angiospermes elles-mêmes.
Précisons : nous n’affirmons pas que ce sont les Chênes, les Pissenlits,
les Bruyères de notre temps qui ont « émigré » au long de ces « pistes »
jurassiques. Nous disons tout simplement que ces grandes « pistes »
doivent être attribuées aux ancêtres de la vie « moderne ». Elles relient,
en effet, des domaines de survivance et de néo-formation en Afrique du
Sud, Méditerranée, Malaisie, etc... atteints dès l’aube de l’angiospermie
par des pré-Chênes, pré-Pissenlits, pré-Bruyères, etc... Si ces domaines
existent toujours, la cause en revient à d'heureuses coïncidences biolo-
Source : MNHN, Paris
— 79 —
giques et géologiques. Combien de ces domaines ont-ils péri depuis le
Permien, c’est là une question à laquelle personne ne pourrait répondre
à coup sûr. Si l’on pense à la distribution de Phylica, des Empétracées
et des Éricacées Éricoïdées (14) et à la survivance d’une famille aussi
nettement individualisée que les Didiéréacées (38) sur ce qui n’est aujour¬
d’hui qu’un mince secteur de Madagascar (13), on ne pourra éviter
l’obligation d’admettre que les avatars de la géologie ont dû infliger de
colossales pertes biologiques autant que géographiques, aux parties de
la terre qui pourraient probablement nous renseigner le mieux sur la
pré-angiospermie et l’angiospermie primitive. La circonstance fortuite,
que les « premières » Angiospermes que nous connaissons par leur âge
de fossilisation apparaissent au Néocomien/Albien dans l’hémisphère
Nord, n’est aucunement suffisante pour nous conduire à penser que c’est
bien à cette époque, et dans cette partie du monde, que l’angiospermie
a pris naissance. On ne saurait en aucun cas oublier que, si la paléontologie
fait connaître bien plus de l’hémisphère Nord que de l’hémisphère Sud,
la biogéographie, elle, fait le contraire. Ce conflit n’est, bien entendu,
qu’illusoire, car la nature ne ment ni par le pollen ni par la distribution,
mais il prouve que la fossilisation — ce qui est d’ailleurs bien connu —
a bénéficié dans le Nord de la terre d’avantages qu’elle n’a pas rencontrés
ailleurs.
L’oublier aboutit à confondre l’absolu avec le relatif, en l’espèce, à
retrouver dans le fossile ce qu’il ne montre réellement pas.
En tout cas, la « piste » Californie-Provence d’Onoana est banale.
A peu de chose près des « migrations » du même type se présentent pour
Slyrax (11), des Salamandres (13), des Insectes (13), des Écrevisses
(voir aussi Anillini plus bas) (13), des plantes dont l’aire dans le Nouveau
Monde survit toujours alors qu’on n’a d’elles que des fossiles en Eurasie
(Decodon, Proserpinaca) (42), des plantes à aire double des deux côtés
de l’Atlantique ( Triodanis , Mac Vaugh, in Wrightia 1 : 13. 1945) etc...
C’est, nous insistons, banal et Onoana ne fait qu’apporter une confirma¬
tion de plus à l’axiome (12) que la distribution fossile et iactuelle s’intégrent,
ne se contredisent pas. Naturellement, Onoana ne pourrait pas attester
un processus général que Slyrax nierait. Si l’on affirme assez souvent le
contraire, c’est qu’en vertu de la « spécialisation » à outrance, dont la
botanique et les sciences en général souffrent aujourd’hui, on ne connaît
jamais bien les deux à la fois.
S’il existait, il y a de cela environ 150 millions d’années, une plante
capable de donner en Californie et en Provence des fruits d’Onoana,
c’est bien qu’à la même époque, d’autres plantes portant des fruits aussi
différents que ceux d’un Aulne, d’un Magnolia et d’un Fusain existaient
en Chine, en Nouvelle Guinée, à Cuba, etc. On nous dira que ce n’est
qu’une hypothèse, et qu’il faut que les faits la prouvent, car rien n’est
scientifique que les faits ne veuillent être vraiment tel. Nous répondrons
que les faits, la prouvent et voici comment : 1° On admet couramment,
car les faits l’attestent (13), que la fleur des Angiospermes n’est qu’un
strobile modifié. 2° On ne dira pas que la modification du strobile des
Source : MNHN, Paris
— 80 —
ancêtres des plantes à fleurs n’a donné qu’une seule fleur et un seul
fruit, celui d ’Onoana, car ce serait une absurdité contraire aux faits. On
admettra naturellement, que l’évolution du strobile en fleur a donné une
foule de types résultants dont le fruit d ’Onoana n’est qu’un échantillon,
somme toute, d’occasion. En effet, l’opinion courante a raison de penser
que le « fruit » d’un Magnolia et celui d’un Aulne (14) représentent des
dispositions d’organes qui doivent être « primitives » toutes deux, du
fait qu’elles sont irréductibles l’une à l’autre au niveau de l’angiospermie.
3° A l’époque à laquelle Onoana fit son apparition, de nombreuses familles
d’Angiospermes existaient, beaucoup d’entre elles ayant disparu depuis,
d’autres ayant survécu, ce qui est attesté par le pollen fossile déjà entre
nos mains. Aujourd’hui, de nombreuses familles d’Angiospermes existent
et Onoana se raccorde à certaines d’entre elles plutôt qu’à d’autres. On
ne dira donc pas qu’Onoana était au Crétacé ce qu’une Icacinée (ou plante
icacinoïde quelconque) n’est aucunement à l’holocène. Ni Onoana ni
Icacina n’ont jamais été seules au monde.
En conclusion : il est des naturalistes pour lesquels les faits ne consis¬
tent qu’en fossiles de leur choix, et pour qui tout le reste n’est que de la
« théorie ». Pour nous, ces naturalistes ont tort, aussi bien en raison d’une
défectuosité de méthode et de pensée, que par ignorance de faits néces¬
sairement destinés à compléter ceux sur lesquels ils s’appuient à l’exception
de tout autre, et à en modifier le sens.
D. ANALYSE DE L’AGE DE CREPIS ET DE NARCISSUS
Crépis (Composées, environ 200 espèces) et Narcissus (Amaryllida¬
cées, environ 30 espèces) sont deux genres bien connus comme grands
endémismes de la flore méditerranéenne. Des spécialistes qualifiés s’en
sont occupés pendant de longues années, et ont écrit d’excellentes mono¬
graphies pour tout ce qui concerne leur classification, leur cytogénétique,
etc... Au même titre que Zea, Gossypium (12 13), et Pedilanlhus (14),
Crépis et Narcissus sont des genres que l'opinion courante des botanistes
tient pour « achevés ».
Bien que la Botanique s’en proclame convaincue, nous avons, pour
notre part, beaucoup de peine à le croire. Le fait est, qu’aujourd’hui encore,
nous ne savons rien de certain de leur âge, et en voici la preuve apportée
par la plume de grands maîtres :
1° Babcock Ernest B. (4) « Crépis probably originated about the
Middle of the Tertiary period in early Miocene or late Oligocène ».
2° Fernandes Abilio (21) « Nous devons considérer très probable
que l’espèce ancestrale (de Narcissus) ait fait son apparition au commen¬
cement du Quaternaire... L’évidence de la répartition géographique
semble montrer que l’espèce ancestrale a fait son apparition au commen¬
cement du Quaternaire. »
Une différence de 30 à 40 millions d’années environ, entre l’âge de
Crépis et celui de Narcisse n’aurait rien de grave si ces deux genres
Source : MNHN, Paris
— 81 —
n’occupaient pas une situation de grand poids dans la flore méditer¬
ranéenne. Qu’on le veuille ou non, l’âge de Crépis et de Narcissus pèse
lourdement sur celui de l’ensemble de cette flore, et pose ainsi des pro¬
blèmes fort délicats de chronologie absolue et comparée, de formation
taxonomique et écologique, etc... On ne devra pas oublier non plus que
le désaccord des principes ne peut être toléré : les différences d’âge affir¬
mées par Babcock et Fernandes, respectivement, s’opposent aux conlu-
sions pourtant solidement motivées de Wolfe et Barghoorn qui, ainsi
que nous l’avons lu, ne doutent point que la modernisation des flores
s’opère par niveaux homogènes et progressifs. Le désaccord entre Bab-
cook et Fernandes est donc loin d’être insignifiant à beaucoup trop
de points de vue, et Crépis et Narcissus ne sont assurément pas encore,
ainsi qu’on le dit « achevés », « casés », etc... L
L’âge est une question qui relève évidemment de la biogéographie,
c’est-à-dire, de la science qui s’intéresse à l’évolution dans ses rapports
avec le temps et l’espace. Quelle est donc la biogéographie, disons plutôt,
la méthode biogéographique, sur laquelle Babcock et Fernandes
s’appuient? Comment dans le fait, ces auteurs envisagent-ils le dévelop¬
pement de Crépis et de Narcissus à travers l’espace et dans le temps?
Rien de plus sûr que d’écouter ce que ces auteurs eux-mêmes nous
en disent. Le voici :
1° Babcock (5) « Crépis originated in Central Asia (Altaïs Tianshan)
early in the Tertiary period. Some, at least, of the most primitive species
existed at low élévation, under mesophytic conditions. But migrations
into higher altitudes, accompanied by spéciation, must hâve occurred
during the early development of the genus and before the extensive
migrations took place to the northeast, southeast, northwest and South¬
west from Central Asia. »
2° Fernandes (21) « Il est donc presque certain que le centre
d’origine et de distribution du genre Narcissus L. ait été la région qui a
été jadis constituée par une partie du Sud-Est de l’Espagne et la région
correspondant à la partie la plus occidentale de la Méditerranée actuelle
reliée au nord de l’Afrique. Nous devrons considérer très probable que
l’espèce ancestrale ait fait son apparition au commencement du Qua¬
ternaire... Probablement au bord de son aire, l’espèce ancestrale aurait
1. On nous a dit, en effet, que la « panbiogéographie » n'est qu’une vue de l’esprit
en raison du fait qu’elle ne serait pas du tout d’accord, pense-t-on, avec les données
des travaux de cytogénétique les plus rigoureux. Ceux, qui nous l’ont dit, ont, natu¬
rellement, une idée de la cytogénétique et, surtout, de ce qui est rigoureux, que nous
regrettons de ne pouvoir partager. Sauf au voisinage de la vitesse de la lumière, rien n’est
rigoureux, au sens exact du terme, de ce que le bon sens refuserait de reconnaître
comme tel. On peut voir sous le microscope des détails que l’œil nu ne distingue pas,
mais on peut toujours raisonner sur ces détails tout aussi gauchement que si
c’était l’œil nu qui les avait perçus. Ce dont les sciences biologiques ont besoin de se
munir avant tout, ce n’est pas de microscopes qui soient toujours plus perfectionnés, etc.
mais de quelques pages bien conçues sur l’art de penser juste. C'est un art qui fut jadis
bien Français, et, qui devrait le redevenir.
Source : MNHN, Paris
— 82 —
engendré N. rupicola Duf... Les différences (entre cette espèce et l’espèce
ancestrale) pourraient bien avoir été engendrées par mutation de quelques
gènes et elles auraient rendu la nouvelle espèce mieux adaptée, par le
fait que sa reproduction serait devenue plus assurée. De cette façon,
N. rupicola... a élargi rapidement son aire vers le Nord et vers le Sud,
de telle façon qu’au moment de l’ouverture du détroit de Gibraltar, il
occupait déjà une aire qui lui a permis de persister dans les montagnes
du Sud de l’Espagne et du Nord du Maroc, tandis que l’espèce primitive
aurait été partiellement détruite. L’aire de N. rupicola... aurait ainsi été
divisée en deux parties par l’ouverture du détroit de Gibraltar et chacune
des deux aires va maintenant s’élargir. En Afrique, N. rupicola a avancé
vers le Sud-Ouest jusqu’à gagner le Grand Atlas. Là, peut-être au bord
de son aire de distribution, il a engendré, probablement par mutation
de gènes, la var. Marvieri Jah. et Maire qui, à son tour, par mutation
de gènes contrôlant la production de pigments jaunes de la fleur, a engen¬
dré N. Walieri Maire à fleur blanche... Après avoir traversé l’Estrémadure
espagnole et l’Alemtejo, N. rupicola a engendré, sur le bord occidental
de son aire, probablement aussi par mutation de gènes, le N. calcicola
Mendonça qui a réussi à s’installer dans la Sierra d’Arrabida, au sud du
Tage, et dans le massif de Mira d’Aire, au nord de ce fleuve. D’autre part,
en descendant des montagnes de la région centrale du Portugal, N. rupi¬
cola... a engendré, probablement par mutation de gènes aussi, le N.
scaberulus Henriq., qui s’est installé dans la région granitique d’Oliveira
do Hospital et d’Oliveira do Conde... La forme ancestrale a engendré...
une autre espèce, N. juncifolius... Par suite d’altérations géniques...
l’espèce ancestrale aurait engendré une forme qui a donné naissance au
N. jonquilla L., qui, au moment des effondrements de la Méditerranée
occidentale, croissait déjà dans les montagnes de la côte de l’Espagne
actuelle. Alors commencent ses migrations... »
La méthode biogéographique de Babcock et de Fernandes est exac¬
tement la même. L’un et l’autre définissent un centre d’origine de leur
choix pour le genre, et en font découler des émigrations qui, à partir de
ce centre atteignent les lieux où les différentes espèces de Crépis et de
Narcissus vivent de nos jours. La formation de ces espèces serait donc le
fait des émigrations , qui se sont déchargées d’elles par-ci, par-là au cours
de leurs déplacements.
La chronologie de Fernandes est, en effet, déterminée par l’exis¬
tence de « ponts » dont, dirait-on, les émigrations ont dû profiter presque
obligatoirement. D’après cet auteur (21), deux liaisons rattachaient
l’Europe et le nord de l’Afrique au Pleistocène, dont l’une raccordait
la Tunisie à l’Italie. Par conséquent étant donné que N. serolinus L.,
N. Tazelta L. et N. elegans Spach se trouvent en Sicile et dans le sud
et l’ouest de l’Italie, il est évident que ces espèces ont dû gagner
ces régions en peuplant cette dernière liaison. De cette façon, nous devrons
considérer très probable que l’espèce ancestrale ait fait son apparition au
commencement du Quaternaire » (souligné par Fernandes).
Babcock raisonne (4) d’une manière analogue. Pour lui, ce qui
Source : MNHN, Paris
— 83 —
de l’histoire de Crépis intéresse le botaniste, ne va pas plus loin que le
Miocène ou la fin de l’Oligocène. Il fait remarquer que des sections de
Crépis à espèces primitives, du moins à son avis, habitent aujourd’hui
les plus hautes cimes des Alpes, qu’elles dûrent forcément atteindre au
Pliocène, soit avant l’âge glaciaire. Ses travaux et ceux de Stebbins,
dit-il, ont prouvé que les ancêtres de certaines espèces américaines
de Crépis, peut-être ces espèces elles-mêmes, émigrèrent de l’Asie en
Amérique au Miocène par le « Pont de Behring ».
Fernandes et Babcock voient donc les choses de la même manière.
Leur méthode biogéographique consiste à lâcher des émigrations d’espèces
à partir d’un centre d’origine de genre, et à repérer le chemin de ces
émigrations par des « ponts » (liaison entre la Tunisie et la Sicile, terres
jadis émergées dans le détroit de Behring, etc.), ou un ensemble de
circonstances (« Age Glaciaire », etc.), dont l’âge est censé être connu.
C’est cet âge qui arrête la chronologie des émigrations, et détermine
par contrecoup l’âge du genre à l’étude et de ses espèces.
Les inconvénients de cette méthode sont manifestes. Elle accorde
par principe le droit absolu à tout auteur de dire ce qu’il veut d’après
ce qu’il pourrait croire, ce qui rend impossible d’en discuter les conclu¬
sions à partir d’une base générale précise. Personne ne songera, évidem¬
ment, à écrire un traité complet de géologie pour démontrer que tel
ou tel autre « pont » a été rompu maintes fois à des époques différentes,
et que Narcissus ou Crépis eussent dû en faire usage plus tôt ou plus
tard, que tel autre auteur ne le croit. Ce qui est foncièrement illogique
dans cette méthode est de subordonner la marche de l’évolulion du monde
des plantes dans l’espace et le temps à des considérations géologiques souvent
illusoires *. Ce n’est en effet qu’une opinion fort personnelle qui nous
imposerait de croire que, p. e., Crépis a traversé le détroit de Behring
au Miocène plutôt qu’à l’éocène ou à toute autre époque. Est-ce que
l’analyse raisonnée des rapports constatés dans le temps et l’espace,
entre les sections et les espèces connues de ce grand genre, n’apporterait
elle-même rien qui pût faire de la lumière sur son histoire, sans avoir
recours pour cela à tel « pont », à telle époque et en tel lieu?
La question de fond, que nous venons de soulever au sujet de la
méthode qui étaye la phytogéographie des auteurs dont nous avons
rapporté l’opinion, n’exclut nullement toute une série d’observations
supplémentaires, dont voici quelques exemples : 1° Ces auteurs voient
évidemment comme un sujet très particulier, une « spécialité » à part,
la répartition de Crépis et de Narcissus, et ils ne se préoccupent pas en
même temps de celle de leurs alliés. Crépis, par exemple, est proche
parent de Taraxacum, Sonchus, Lactuca, Launea, etc., et on se deman-
1. On pourrait nous reprocher avec raison (14), d’avoir mis nous-même en cause
des émigrations capables de créer des taxons tout au long de leur cours dans notre
premier texte (Manual of Phytogeography, 1952). Nous ferons toutefois remarquer
que nous n’avons pas construit ces émigrations d’après la paléogéographie de tel ou
tel autre auteur, mais bien au contraire, nous les avons suivies et comparées objective¬
ment comme telles.
Source : MNHN, Paris
— 84 —
dera, naturellement, si son origine, son âge, son développement, etc.,
ont, ou non, des rapports avec l’origine, l’âge, le développement, etc,
de Taraxacum, Sonchus, Lacluca, Launea, etc. Si oui, ce qui est certain,
Crépis ne devra pas être étudié à part de ses alliés pour ce qui serait
commun à tous : l’origine et l’âge de chacun de ces groupes en parti¬
culier se rattachent aux mêmes causes pour tous à la fois. On niera
donc par principe, qu’il existe une « phytogéographie » particulière à
chacun de ces genres. Ce qui existe, est une biogéographie commune à
eux tous, qui n’a rien à faire avec les prétendues émigrations de l’un d’eux
à travers un prétendu « pont de Behring », etc. Rien n’est vrai des émigra¬
tions de Crépis, Narcissus, etc., qui ne soit vrai en même temps de toute
l’évolution des Composées et des Amaryllidacées dans le temps et l’espace.
Chaque groupe a ses exigences propres, mais nul groupe ne peut s’opposer
à lui seul à la loi commune à tous. C’est donc cette loi qui régit leurs
destinées, aucunement le « Pont de Behring », etc. Si le besoin s’en fait
sentir, on viendra à ce « pont » à la fin, pas du tout au commencement
de l’analyse visant à nous faire connaître la vraie histoire de Crépis,
ou d’un genre quelconque de plantes ou d’animaux dans le temps et
l’espace. C’est toute cette histoire qui nous en dira l’âge vrai. — 2° Crépis
a d’importants endémiques sur des montagnes de l’Afrique (Oulougourou,
Mt. Cameroun, Mt. Chirinda, Mt. Kénia, Mt. Kilimanjaro, Mt. Mérou,
Mt. Rungwe, etc.) dont l’importance biogéographique est hors de discus¬
sion. Si jamais il était vrai, ainsi que Babcock le prétend, que pendant
la dernière trentaine de millions d’années le monde des plantes (et celui
des animaux par contrecoup), n’a fait qu’émigrer des montagnes de
l’Asie Centrale à celles voisines du Lac Nyassa, de l’Himalaya aux Mon¬
tagnes Rocheuses, etc. une question se poserait à laquelle Babcock n’a,
semble-t-il, jamais réfléchi. Le nombre d’espèces des Angiospermes est
évalué à environ 250 000, parmi lesquelles les Crépis comptent pour
environ 200. C’est très peu pour l’arithmétique, mais beaucoup pour la
biogéographie. Si les émigrations des Crépis en font un genre d’exception
on voudrait savoir pourquoi. Si ces émigrations sont au contraire nor¬
males on se demandera, logiquement, ce qu’ont fait pendant la dernière
trentaine de millions d’années les 249 800 espèces d’Angiospermes qui
ne sont pas des Crépis. — 3° La plupart des sections de Crépis (environ
deux douzaines) se rencontrent dans la région Méditerranéenne. Si cette
« infiltration » est le fait de néoendémismes formés sur place à partir
de la fin de l’Oligocène, que devra-t-on penser de l’histoire de genres
tels que Ruscus, Erica, Rhododendron, Arbulus, Cislus, Thymus, etc.?
Si, au contraire, cette « infiltration » revient à des « immigrations »,
comment l’expliquer à l’intérieur et à l’extérieur de la région Méditerra¬
néenne? — 4° Les Crépis se répartissent en une trentaine de Sections
dont une dizaine, pas davantage, se retrouvent dans la région des Mts Altaï
et Tianshan, qui serait d’après Babcock, le « centre d’origine » du genre
tout entier. La flore de la région Méditerranéenne en dénombre environ 25.
L’Éthiopie n’en compte que 5 qui se répartissent à peu près de la façon
suivante : a) En Éthiopie, et dans toute l’Afrique Tropicale; b) En
Source : MNHN, Paris
— 85 —
Éthiopie, Proche-Orient et Caucase, Russie Méridionale et Europe Cen¬
trale, Perse et Inde Occidentale; c) en Éthiopie, Arabie, Égypte, Cyré¬
naïque; d) En Éthiopie, Perse, au Maroc et dans la Péninsule Ibérique;
e) En Éthiopie, Perse, Asie Centrale, Chine du Nord, dans les Balkans,
en Algérie. Il est évident que des distributions de ce type ne justifient
aucunement l'hypothèse (14) que l’Asie Centrale marque le berceau
de Crépis, mais assignent à l’Éthiopie le rôle qui lui revient normale¬
ment dans la biogéographie scientifique (12-13) au double titre de :
i) Centre de formation d’endémismes de type plus ou moins local; j) Trait-
d’union entre la vie de l’Afrique et de l’Eurasie.
Ce serait une perte de temps que de continuer à poser ici toutes
les questions auxquelles la « phytogéographie » de Babcock n’a assuré¬
ment jamais pensé, et nous devons nous limiter.
Par exemple : un auteur Nord-Américain bien connu (6) a montré
depuis assez longtemps que les « centres d’origine » de la phytogéogra¬
phie courante correspondent à treize notions différentes, dont aucune
n’est valable, à tel point que « (The) students of the field can only with
difficulty distinguish fact from fiction » : La pensée de Babcock erre
donc de l’hypothétique à l’arbitraire, que ce soit à propos des « centres
d’origine » ou des « émigrations » qu’elle voudrait imposer. Vraies ou
fausses que puissent être ses conclusions dans le cas particulier étudié,
cette pensée ne s’appuie sur aucune méthode, et en raison de ce vice fonda¬
mental elle n’autorise aucune analyse sérieuse pas plus des faits qui pour¬
raient lui être favorables que de ceux qui la contredisent.
L’origine de Crépis serait-elle à rechercher en Asie Centrale? Babcock
en est certain, mais il suffira de faire appel à une notion de « centre »
différente de la sienne, on peut choisir entre treize d’entre elles, comme
nous le savons, pour le nier. Ce genre serait-il Oligocène/Miocène par
son âge? Babcock le dit, mais ce qu’il dit ne nous tire aucunement
d’embarras au sujet de l’âge de tout autre grand genre de la flore de la
Méditerranée. En fait, les supputations de Babcock et de Fernandes,
quoique basées sur la même méthode, sont tellement contradictoires
entre elles, qu’il est impossible de savoir à quoi s’en tenir, d’après elles, au
sujet de l’âge de la flore de la Méditerranée tout entière. Où en sommes-
nous?
Manifestement peu satisfaisante, la « phytogéographie » de Babcock
est toutefois la même que celle de Fernandes, qui est un botaniste
de grand talent. Puisqu’il est impossible que Babcock et Fernandes
l’aient inventée, au pied de la lettre, chacun à son propre compte, on
se demandera, naturellement, de quel auteur ils la tiennent, et à quel
courant de la pensée ils l’ont puisée. Cette question sort du domaine
de la botanique en tant que science particulière, et rentre dans celui
de l’histoire de la pensée scientifique en général. Elle est toutefois fort
loin d’être académique ou oiseuse. Peu d’auteurs en ont aussi bien saisi
la nature et la nécessité que Farrington (18), dans les termes que voici :
« History is the most fundamental science, for there is no human knowledge
which cannot loose its scientific character when men forget the condi-
Source : MNHN, Paris
— 86 —
lions under which it originated, the questions which it answered, and
the function it was created to serve. A gréai pari of the myslicism and
superstition of educaled men consists of knowledge which has broken loose
from ils historical moorings » (souligné par nous).
La phytogéographie de Babcock et de Fernandes fut à un certain
moment aussi la nôtre, et en 1952, lors de la mise sous presse de notre
« Manual of Phytogeography » (14), nous ne nous en étions pas encore
délivré complètement. Préoccupé vivement à partir de 1953, de la ques¬
tion de son origine et de son histoire, nous avons longuement enquêté
sur ce sujet. Aujourd’hui, nous sommes certain de savoir ce qu’il en
est (14) : La « phytogeography » de Babcock, etc., etc., n'esl rien d’autre
que la « Géographie Distribution » de Charles Darwin, dans « The Origin
of Species », 1859. Pendant tout un grand siècle, de 1859 à 1964, on a
tiré de cette doctrine une infinité de « phytogéographies » et de « zoogéo¬
graphies » qui diffèrent par des détails, mais dont l’essentiel n’a jamais
varié. L’essentiel, la « partie dure » de la « Géographie Distribution »
et de tous ses dérivés revient à la notion de : centre d'origine + émigration.
En un mot : l’espèce A dont le centre d’origine est localisé en B abandonne
à un moment donné le lieu B pour atteindre les lieux C.D.E... par des
émigrations destinées à continuer le processus théoriquement ad infinilum.
Nous dirons, en bref, que cette formule ne vaut qu’autant qu’on
sait exactement ce qu’il faut entendre par centre d’origine et par émigra¬
tion en biogéographie scientifique. En d’autres termes, c’est à la biogéo-
graphie scientifique qu’il appartient, au premier chef, de déterminer ce
que sont les centres d’origine et les émigrations. En effet, ainsi que nous
l’avons vu, toute « phytogéographie » (ou « zoogéographie ») qui fait
appel à ces notions sans en avoir une conception préalable exacte n’est
aucunement scientifique dans ses résultats.
Le fait est, et c’est Caïn qui nous le dit fort à propos, qu’on ne s’est
jamais sérieusement soucié de formuler un concept précis, par exemple,
de centre d’origine. Pendant un grand siècle, tous les naturalistes en ont
parlé d’après Darwin, mais, au lieu de se rallier à une seule notion
valable de centre d’origine, ils ont abouti à en concevoir treize différentes
dont aucune ne tient. Le cas est pire encore pour ce qui est de l’émigra¬
tion. L’abus dans la manière de voir a amené des prises de position
franchement incroyables. Nous n’en rapporterons ici qu’un seul
exemple (12), regrettant de ne pouvoir instruire et amuser à la fois
nos lecteurs en en citant davantage. Acculés à l’impossibilité d’expliquer
des « émigrations » qui sont très souvent (12) extraordinaires d’étendue
et de complexité, les Grands Maîtres de la « Géographie Distribution »
et de ses dérivés ont eu couramment recours dans ce cas particulier aux
« solutions » que voici : 1° On ignore la question (12),ou on en fait l’objet
de considérations obscures et sans signification précise malgré l’emploi
de beaucoup de mots (12-13). — 2° On fait appel à des moyens de trans¬
port (ou de : distribution, etc.) qui sont mystérieux L Mayr, par exemple
1. Ce raisonnement qui aboutit à « expliquer » l’inconnu par le mystérieux, remonte
directement à « The Origin of species *, chapitre xn, Means of Dispersai, dont voici
Source : MNHN, Paris
— 87 —
explique par des « faculties of dispersai » inconnues (12) comment un
Gobe-mouche de Polynésie, qui est de son propre aveu, incapable de
vol soutenu sur terre, a réussi à « coloniser » des îles lointaines grâce à
des « émigrations » de 1 600 à 2 600 km du grand Océan. Mis en présence
une fois de plus d’autres « colonisations » tout aussi « extraordinaires »,
ce même Maître en corollaires de la « Géographie Distribution » admet
que, hélas cette fois, il n’en sait franchement rien. De pareils cas sont
loin d’être rares (13-14).
Il est certain qu’une « phytogéographie » et une « zoogéographie »
de cette sorte ne représentent dans la biologie de nos jours dirait Far¬
rington que « mysticism and superstition » qui ont perdu toute raison
d’être. C’est de la survivance par tradition et autorité de thèses dont les
défenseurs, pris au piège d’opinions qu’ils ont jadis soutenues avec
plus de chaleur que de prudence, ne savent aujourd’hui comment sortir.
Ils défendent à outrance une cause qui est à bout de souffle, et qui a
été condamnée, à partir du jour où une nouvelle méthode a surgi, capable
de fournir à la biologie le pouvoir d’analyse dont elle a si grand besoin
pour comprendre les rapports entre le temps et l’espace dans l’évolution.
Malheureusement, même mal en point, une doctrine telle que la « Géogra¬
phie Distribution » a la vie dure. La pensée d’un naturaliste qui croit
fermement qu’on peut rendre raison de l’inexpliqué par le mystérieux
est peu accessible à l’appel du bon sens. Le convaincre est très difficile
surtout si, pour ce faire, on doit imposer à son attention des faits et des
idées dont il n’a pas l’habitude 2 .
Ce qui est plus grave encore est que personne, sauf ceux dont les
connaissances sur l’histoire de la pensée scientifique sont très étendues,
ne voudra croire que ce que nous venons de souligner est possible dans
la biologie de nos jours. Cependant il n’y a rien d’extraordinaire ou de
le texte-clé : de la plume de Darwin « Whenever it is fully admitted, as it will some
day be, that each species has proceeded from a single birthplace, and when in the
course of time we know something deflnite about the means of distribution, we shall
be enabled to speculate with security on the former extensions of land ». Comme propa¬
gande c’est fort adroit. En effet, Darwin était un maître achevé de l’art de la faire.
2. L’incroyable cécité dont des esprits pourtant avertis font parfois preuve en
face des idées qu’ils ne sont pas prêts à recevoir éclate, on ne peut plus clairement,
dans l’attitude de Touhnefoht au sujet de la sexualité des plantes. Jean Leroy,
dans son beau travail sur l’histoire de la notion de sexe dans le monde des végétaux (37)
nous dit que : « 11 faut se rendre à l’évidence : la constatation des faits, leur utilisation
même sont une chose : leur signification en est une autre... La preuve en est donnée
typiquement, à la fin du xvii" siècle, par Tournefort. Le grand botaniste connaît
parfaitement la structure des fleurs; il est avisé mieux que personne de l’existence de
« sexes séparés », et de ce qu’a dit Théophraste sur les palmiers mâle et femelle, et
de ce qui se pratique en « Espagne Bétique » et en Orient. Dans chaque cas, cependant,
il trouve une hypothèse qui lui paraît mieux appropriée que la seule qui eût convenu,
que la seule qui soit évidente. Les règles de sa méthode, qu’il érige à l'encontre de
tout ce qui n'est pas le livre de nature, il « défaille » soudain quand il s'agit de les appli¬
quer non plus à la forme, mais à la fonction. Que ce soit en 1637, en 1700, de nos jours,
Homunculus ne change pas, et c'est là la raison pour laquelle l'histoire ne fait que se
répéter dans les sciences comme partout ailleurs.
Source : MNHN, Paris
— 88 —
faux dans ce que nous affirmons. Descartes, par exemple, en était
parfaitement au courant de son temps, lorsqu’il affirmait en 1637 (Dis¬
cours de la Méthode) ce que voici : « Je m’assure que les plus passionnés
de ceux qui suivent maintenant Aristote se croiraient heureux s’ils
avaient autant de connaissance de la nature qu’il en a eu, encore même
que ce fût à condition qu’ils n’en auraient jamais davantage. Ils sont
comme le lierre, qui ne tend point à monter plus haut que les arbres
qui le soutiennent, et même souvent qui redescend après qu’il est par¬
venu jusqu’à leur faîte. Leur façon de philosopher est fort commode
pour ceux qui n’ont que des esprits fort médiocres; car l’obscurité des
distinctions et des principes dont ils se servent est cause qu’ils peuvent
parler de toutes choses comme s’ils les savaient, et soutenir tout ce qu’ils
disent contre les plus subtils et les plus habiles, sans qu’on ait le moyen
de les convaincre : en quoi ils me semblent pareils à un aveugle qui,
pour se battre sans désavantage contre un qui voit, l’aurait fait venir
dans le fond de quelque cave fort obscure; et je puis dire que ceux-ci
ont intérêt que je m’abstienne de publier les principes de la philosophie
dont je me sers; car, étant très simples et très évidents, comme ils le
sont, je ferais quasi le même en les publiant que si j’ouvrais quelques
fenêtres et faisais entrer du jour dans cette cave où ils sont descendus
pour se battre ».
On nous dira qu’il est absurde d’invoquer Descartes en 1966
car les temps ont bien changé depuis. En effet, il est exact que nos lubies
ne sont plus celles des Aristotéliciens, mais nous en avons d’autres qui
ne valent guère mieux, comme par exemple, des « dispersai faculties »
qui font les miracles dont Mayr nous a fourni un échantillon assez frap¬
pant. Il est à remarquer que cet auteur parle pour toute une école qui
est aujourd’hui très vivace dans certaines contrées de l’Œcumène, et
qui impose l’orthodoxie aux nouvelles générations. D’ailleurs, Homunculus
est aujourd’hui ce qu’il a toujours été, et si on n’écrit plus comme le
faisait Descartes, tout le monde n’est, même de nos temps, pas plus
sot que ses contemporains. Thompson, W.R., Directeur du Common-
wealth Institute of Biological Control, Ottawa (Canada) a choisi la
préface d’une édition populaire de « The Origin of Species » de Charles
Darwin, pour émettre des jugements de ce genre : 1° « I admire, as ail
biologists must, the immense scientific labours of Charles Darwin.
but I am not satisfied that Darwin proved his point or that his influence
in scientific and public thinking has been bénéficiai ». — 2° « The success
of Darwinism was accompanied by a décliné in scientific integrity ». —
3° « (The) general tendency to eliminate, by means of unverifiable spécula¬
tions, the limits of the categories Nature présents to us, is the inheritance
of biology from The Origin of Species. To establish the continuity required
by theory, historical arguments are invoked, even though historical
evidence is lacking. Thus are engendered those fragile towers of hypothèses
based on hypothèses, where fact and fiction intermingle in an inextri¬
cable confusion ».
Source : MNHN, Paris
— 89 —
Si Thompson voit des tours d’hypothèses bâties sur des hypothèses,
en lesquelles le vrai et le faux sont si bien mélangés que personne ne
sait plus les reconnaître, et si Descartes envisage pour sa part des
caves fort obscures où il faudrait qu’on descendît pour se battre au
grand avantage de ceux qui voudraient être aveugles à perpétuité, il
est certain que les tours de l’un valent les caves de l’autre. C’est le même
désarroi qui frappe les deux, le désordre des idées poussé à un tel point
que les règles du jugement sont faussées au sein d’une opinion asservie
à une tradition, en 1637 ou aujourd’hui périmée, et que l’on voudrait
cependant croire toujours bonne. Si des textes tels que ceux de Descartes
et de W. R. Thompson sont rares, car il faut avoir du courage pour les
signer, des opinions imprimées qui disent la même chose, mais qu’il
faut comprendre à demi-mot, abondent dans la littérature scientifique
courante lorsque, par exemple, Caïn dans le texte que nous avons rapporté
plus haut accuse la notion de « centre d’origine » d’avoir brouillé les
idées à tel point que le vrai et le faux aujourd’hui se confondent, il cite
de nombreux auteurs, mais ne dit rien de l’œuvre de Darwin qui est,
cependant, la source première de ces égarements. C’est regrettable,
mais, eût-il agi autrement, Caïn se serait automatiquement mis hors
la loi dans sa profession. Nul autre qu’Agnès Arber, la morphologiste
anglaise bien connue, n’a dit plus en si peu de mots : « The facile Dar-
winian Way—so easy to understand, and therefore so fatally easy to
accept ». Good, dont les travaux sur la géographie des plantes sont
souvent cités, décèle (27) a « serious ... objective difliculty » d’ordre
psychologique qui fait de toute discussion de l’évolution un sujet de
foi plutôt que de science. Nous-même avons longuement hésité (14)
avant de nous déclarer ouvertement contre les idées courantes, mais
nous nous y sommes enfin résigné le jour où nous avons été certain
qu’on ne pouvait faire autrement et qu’il fallait en payer le prix. Tout
sujet a sa logique, el connaître exactement la source des idées et de la propa¬
gande qui font le climat de la pensée qui nous entoure est la condilion indis¬
pensable de toute acquisition de connaissance qui se veut à l’abri de l'opinion.
Cette condition est tout aussi vraie aujourd’hui qu’elle l’était en 1637,
puisque notre temps n’est aucunement à l’abri des remous dont l’histoire
de la pensée scientifique apporte d’innombrables preuves. Nous sommes
aujourd’hui « darwinistes » en biogéographie exactement de la même manière
que nos pères furent « aristotéliciens » en physique el en astronomie avant
Copernic et Kepler. Si les âges de grands genres de la flore méditerra¬
néenne ne cadrent aucunement dans les supputations de Babcock et
de Fernandes, la raison en est en tous points la même que celle qui
interdisait aux devanciers de l’astronomie scientifique de faire la lumière
sur les « aberrations » de l’orbite de Mars par la notion de « mouvement
naturel ». L’idée fausse imposée à l’humanité pendant au moins quinze
siècles par l’autorité de Platon et d’ARiSTOTE, que tout « mouvement
parfait » ne peut être que circulaire, est en tous points la contrepartie
de l’idée fausse imposée aux naturalistes par Darwin à partir de 1859,
que toute « Biogéographie » débute par des « centres d’origine » des « émi-
Source : MNHN, Paris
90
grattons » et des « moyens ». Il n’y a rien à faire aujourd’hui si ce n’est,
avant tout et surtout, de se débarrasser absolument de fausses notions
de ce genre. Les garder, ne serait-ce qu’en partie, amène à des compromis
qui retardent le progrès de la connaissance 1 .
Le bon sens n’était pas du côté de la « géographie Distribution »
et de ses recettes; Fernandes, qui a trouvé sur son chemin, comme
nous jadis cette doctrine toute faite, s’en débarrasse par le bon sens
dès qu’il en aperçoit l'insuffisance.
En effet, cet auteur tire d’une seule « espèce ancestrale », trois espèces
1. Puisque nous avons mis en parallèle la biogéographie et l'astronomie, en attri¬
buant à Darwin un rôle comparable à celui qui échut jadis à Ptolémée et à ses épi¬
gones, le rôle des Aristotéliciens qui firent la « science officielle » du Moyen-Age, nous
rappelons aussi que des compromis qui ont retardé le progrès sont bien connus en
astronomie, comme le système de Tycho Brahé, et, hélas, aussi les « tourbillons »
de Descahtes. Des compromis du même genre sont courants, qu’on le sache ou non,
dans la biogéographie de notre temps, de la part d’auteurs qui mélangent des « émigra¬
tions » de fantaisie avec de l’excellente classification, de la remarquable cytogénétique,
Source : MNHN, Paris
— 91 —
« modernes », soit, Narcissus rupicola, N. juncifolius et N. jonquilla
qui appartiennent toutes les trois à la même Sect. Jonquillae. Ce faisant,
Fernandes attribue la formation des espèces de cette Section — en
tout cas, des trois dont nous avons cité le nom — à une seule « espèce
ancestrale », aujourd’hui disparue, dont N. rupicola, N. juncifolius et
N. jonquilla combinent les caractères de différentes manières. Si l’on
établit une comparaison objective (Fig. 2) entre l’aire occupée actuelle¬
ment par N. rupicola (et certaines formes qui lui sont voisines), et par
N. juncifolius (nous reviendrons bientôt à N. jonquilla), on voit que ces
Narcisses occupent des aires complémentaires (vicariantes). Quelle
raison serait-ce qui en aurait « dirigé » les « émigrations »? le hasard?
C’est peu vraisemblable, car, si tel était le cas, les aires de ces deux espèces
seraient bien mélangées à l’heure qu’il est, comme conséquence du fait
qu’elles l’auraient toujours été. En tout cas, la « Géographie Distribu¬
tion » n’a rien à nous dire sur la raison pour laquelle telle espèce « émigre »
dans une direction, alors que telle autre espèce se dirige dans le sens opposé.
C’est un point d’importance à retenir.
L’origine de N. jonquilla est expliquée par Fernandes de la manière
suivante (21) : « l’espèce ancestrale aurait engendré une forme qui a
donné naissance au N. jonquilla L. qui, au moment des effondrements
de la Méditerranée occidentale, croissait déjà dans les montagnes de la
côte de l’Espagne actuelle. Alors commencent ses migrations... ».
On remarquera que, dans ce texte, Fernandes associe des faits
géologiques à l’émigration, en subordonnant celle-ci à ceux-là. Les
« effondrements » auxquels il fait allusion sont bien connus : c’est de la
Tyrrhènide dont il est question.
La Tyrrhènide, ancienne terre en Méditerranée qui disparut comme
telle vers la fin du Tertiaire, fut du moins tout au long de cette
époque (12-14-44), la cheville ouvrière d’une histoire géologique et
biologique sans laquelle la biogéographie de la Méditerranée serait aujour¬
d’hui tout autre qu’elle n’est. C’est à la Tyrrhènide que la Péninsule
Italienne et le Cul-de-sac aboutissant au Détroit de Gibraltar (Arkell,
Jurassic Geology of the World : 258. 1956) doivent leur géographie
actuelle; de grandes parties de la Corse, de la Sardaigne, de la Sicile,
de la Calabre, probablement Hyères et les Monts des Maures en sont
des fragments.
Si donc, N. jonquilla est issu de 1’ « espèce ancestrale » de Narcissus
par l’entremise d’une forme intermédiaire, et si elle était déjà sur les
montagnes de la « côte Espagnole » au moment où la Tyrrhènide s’effon¬
drait, il est certain que Narcissus a vu le jour bien avant le Quaternaire.
L’habitat portugais de N. jonquilla (21) : « Au Portugal l'espèce ne
croissant que dans les fissures des cailloux des lits et des rives des fleuves »,
suffirait à le prouver. Distribué surtout à l’ouest d’une ligne : Gibraltar-
Andorre (Fig. 2), stationné aux Monts de Tolède, « traversant » la vallée
du Guadalquivir, rattaché aux massifs de la Meseta Ibérique, et, en
particulier, de la vallée du Douro, etc., ce Narcisse est assurément une
vieille espèce; s’il occupe au Portugal des habitats caractéristiques (14)
Source : MNHN, Paris
— 92 —
des « espèces rares » et des rélictes, le fait n’a rien de surprenant. Si l’aire
qu’il habite se superpose à celle de N. calcicola et de N. juncifolius
(surtout à celle de la première de ces deux espèces), alors que les aires
de N. calcicola et N. juncifolius sont nettement complémentaires, la
raison pourrait en être — à un simple coup d’œil — que le N. jonquilla
est une très ancienne rélicte. Nous reviendrons sur ce sujet.
Dans un autre de ses beaux travaux (20), Fernandes remarque
les analogies qui rapprochent deux autres Amaryllidacées, les genres
Lapiedra et Leucojum, et finit par observer que ces deux groupes : « pour¬
raient avoir été engendrés à partir d’un ancêtre commun ». Cette conclu¬
sion n’a rien de surprenant de la part d’un naturaliste sagace. Formulée
en d’autre termes, c’est toujours la même idée qui transparaît dans
l’opinion d’AuBRÉviLLE (3), que l’étude des aires ne peut être faite
qu’en toute connaissances des affinités botanniques. Gaussen a sans
doute exprimé d’une manière subtile et extrêmement simple à la fois
une des plus grandes vérités de la biogéographie lorsqu’il nous a appris(26)
que : « S’il n’y a pas de Sapin au Portugal, ce n’est pas du fait de l’homme,
c’est parce que cet arbre n’y est jamais venu. Le milieu actuel n’est
donc pas le seul obstacle à l’extension des aires ». C’est ce que nous avons
maintes fois affirmé en disant que nul descendant ne se rencontre là
ou l’ancêtre lui-même n’est jamais parvenu.
Les doctrines de Fernandes, Aubréville, Gaussen et de nous-
même reviennent toutes, on le voit aisément, à un fonds commun de
pensée, que voici : l’aire n’est pas le fait d’émigration au hasard de
« moyens » quelconques. Bien au contraire : l’aire esl reliée à l’affinité,
et elle s’arrête aux confins que l'ancêtre n’a lui-même pas dépassés.
Ce fonds commun de pensée est beaucoup plus vieux que notre
génération. Darwin y participait environ dès 1845, car, instruit par
ses observations aux Galapagos, il connaissait l’existence d’aires complé¬
mentaires chez des groupes alliés (14). Kleinschmidt s’en fit l’apôtre 1
en 1897, et aujourd’hui la doctrine de rapports obligatoires entre aire et
formation d’unités systématiques est la clef de voûte de toute la classifi¬
cation zoologique.
L’importance de celle doctrine est capitale, el bien en saisir les ressorts
est essentiel à loul naturaliste qui se veut instruit. Nous tâcherons donc
d’en dégager ici même la partie fondamentale, quitte à continuer notre
analyse avec Fernandes, et Narcissus, etc. dès que nous aurons vu
clair dans la question.
Appuyons-nous sur une image fort simple. Prenons un miroir de
table bien encadré, et frappons-le d’un coup sec. Le verre éclate et se
1. Kleinschmidt était un anti-darwiniste notoire. C’est encore un des curiosa
de l'histoire des sciences que ce fut Kleinschmidt qui imposa à la zoologie la notion
de « remplacement • par aires complémentaires (= vicarisme) alors que ce fut Darwin
qui, dirait-on, fut le premier à la saisir. La pensée de Darwin est tellement embrouillée
qu’on peut toujours en tirer tout ce qu’on veut. C'est, par excellence, la pensée qui
convenait à un âge de confusion dans les idées et de paresse mentale généralisée.
Source : MNHN, Paris
— 93 —
lézarde de telle sorte qu’au lieu de contenir une seule glace, le cadre
enserre désormais, disons, une demi-douzaine de morceaux.
On remarquera que : 1° Les morceaux ont été « engendrés » à partir
d’un « ancêtre commun ». — 2° Chacun d’eux est complémentaire (vica-
riant) du restant. — 3° Les aires occupées par chaque morceau sont des
parties de ce qui fut le miroir à l’origine. — 4° Le processus de formation
des morceaux sera exactftnent le même, en principe, chaque fois qu’un
miroir sera brisé d’un coup, mais jamais les pièces ne seront identiques
pour des miroirs différents. — 5° Chaque morceau peut être brisé une
seconde fois, et, théoriquement du moins, à l’infini. — 6° Nul morceau
n’ « émigre » pour atteindre la situation qui lui revient dans le cadre
de ce qui fut un seul miroir. Chaque morceau naît sur place, et est adapté
par ses contours au lieu qu’il occupe, et à l’ensemble des pièces ayant la
même origine que lui.
Nous ferons remarquer, pour achever ainsi notre comparaison,
qu’un miroir fraîchement brisé garde tous les détails du processus de
formation dont il a été l’objet. Il en va autrement avec un miroir brisé
depuis longtemps car, que ce soit pour une raison ou pour une autre,
certains morceaux manqueront à l’ensemble, d’autres auront glissé
vers des espaces déjà vides, etc...
Ce que l’exemple, un peu fruste, d’un miroir brisé vient de nous
apprendre, est l’image claire, sinon de loin parfaite — la vie n’est jamais
aussi « unie » qu’une glace à l’état neuf — du processus de formation
uicarianle responsable à la fois de la translation (émigration) et de la
formation dans la nature, qu’il s’agisse de plantes ou d'animaux. Le
miroir intact est la forme ancestrale qui, une fois brisée, donne origine
à des formes subordonnées de sa parenté immédiate. Ces « morceaux »
n’ont, naturellement, aucun besoin d’ « émigrer » pour être à la fin là
où ils sont. La translation qui les oppose par-ci, par-là dans le cadre
de ce qui fut le miroir intact est le fait automatique de la formation
vicarianle et locale de chaque morceau au sein de l’aire ancestrale. Le
centre d'origine des « morceaux » en général est la glace elle-même partout
dans son cadre. Le centre d’origine de chaque « morceau » en particulier
est le lieu de sa formation individuelle. La formation ne doit rien à 1’ « émi¬
gration » puisque — nous y insistons car c’est là une notion fondamentale —
la forme subordonnée « naît » sur place, et est « adaptée » par fait d’origine
au milieu qui lui correspond, et qui lui est imposé à la fois par l’ancêtre
et tous les « morceaux » autres qui en sont dérivés.
L’analogie entre le miroir que nous avons invoqué et un groupe
quelconque de classification est instructive, car il suffit de remplacer
les mots : miroir et morceaux par les mots : genre et espèce, pour en
venir au texte que voici : le centre d’origine des espèces issues de ce qui
fut un ensemble de populations à l’état « générique » primitif est l’aire
jadis occupée par ces populations. Le centre d’origine de chaque espèce
est l’aire de sa formation en particulier.
La formation des espèces, en général et en particulier, n’exige aucu¬
nement une émigration active, puisque chaque espèce naît sur place,
Source : MNHN, Paris
— 94 —
et est « adaptée » par le fait de son origine au milieu qui lui correspond,
et qui lui est laissé par le reste des espèces de son groupe à partir des
populations ancestrales.
Naturellement, au fur et à mesure que le temps passera, des chan¬
gements de géographie, de topographie, de climat, l’extinction, etc.
provoqueront des changements dans ce qui fut jadis. Telle espèce gagnera
du terrain chaque fois que ses moyens de survivance ordinaires trouve¬
ront des aires propices au delà de l’aire de formation vicarianle de ses
origines; telle autre en perdra, mais jamais des « moyens mystérieux »
n’interviendront pour faire violence aux lois de la nature. Les moyens
d’émigration sont exactement les mêmes que les moyens de survivance
courante (dissémination par le vent, les animaux, etc.) agissant sur
Source : MNHN, Paris
— 95 —
un secteur plus étendu grâce à des altérations de géographie, topogra¬
phie, climat, etc.
Revenons maintenant à l’idée de Fernandes que : « les caractères
caryologiques indiquent un rapport plus étroit entre Lapiedra et Leu-
cojum qu’entre le premier et Galanlhus. Les analogies les plus considé¬
rables sont avec les espèces de Leucojum à b = 7, particulièrement avec
L. aulumnale L. De cette façon, nous suggérons que Lapiedra Martinezii
Lay. et Leucojum aulumnale L. pourraient avoir été engendrés à partir
d’un ancêtre commun. Les données concernant la répartition géogra¬
phique ne s’opposent pas à cette conception ».
En sachant enfin quel est le processus de formation dans le temps,
dans l’espace et par la forme qui est responsable de l’origine non seule¬
ment de Lapiedra (genre monotypique) et de Leucojum aulumnale, mais,
implicitement du moins, de toutes les espèces de Leucojum, rien n’em¬
pêche que nous analysions la répartition de ces deux genres \ et ce que
Fernandes en dit, d’une manière tout à fait objective. Nous entendons
comme objective une façon de procéder qui : 1° Ignore complètement
toute théorie préconçue, que ce soit de Darwin, Simpson, Engler,
Wulff, etc. — 2° Fait état des faits de la distribution tels que la
carte les rapporte et que la classification les veut. — 3° Jamais ne
sacrifie le bon sens à la « mauvaise Science ».
La distribution de Leucojum (Fig. 3) nous est fournie par un texte
de cytogénétique de Darlington (14), qui s’appuie sur une bibliogra¬
phie soigneuse, et nous tenons celle de Lapiedra Marlinezii, genre mono¬
typique, de Fernandes qui, ainsi que nous le savons (voir plus haut
pour la caryologie de cette remarquable Amaryllidacée), s'en est occupé
à tous les points de vue. Les données de distribution par Darlington
(et Stern), cité par lui, sont beaucoup plus sommaires que celles de
Fernandes, qui ne sont elles-mêmes point très détaillées. L’analyse
que nous allons faire ici de la répartition de ces deux genres ne sera
donc pas poussée jusqu’au point qu’il serait facile d’atteindre en dispo¬
sant de précisions supplémentaires quant à l’écologie, l’habitat, etc.
Ceux de nos lecteurs qui en auront le moyen pourront sans doute faire
dans le détail mieux que nous ne le faisons ici. Il nous suffit de faire
1. Nous rappellerons que, pour nous, la distribution (géographique) n’est pas
la même chose que la répartition. Très diiliciles à séparer dans le langage courant, ces
notions se distinguent cependant exactement si l’on remonte à leur raison d’être,
ainsi qu’il suit : 1° La distribution est un fait d’observation dont les coordonnées essen¬
tielles sont : a) Un groupe de classification (taxon); b) Une localité. Nous dirons donc
que la distribution de, p.e., Lapiedra Marlinezii revient à la formule que voici : Groupe
de classification (L. Martinezii) + localité (Espagne du Sud-Est); voir Fig. 3). —
2° La répartition, pour nous du moins, est une notion éminemment dynamique.
Elle se fonde sur une idée de formation (comment, p. e., L. Marlinezzi est devenu le
genre et l’espèce que cette plante est), et de translation (quels sont les rapports dans
l’espace entre les populations de L. Marlinezii vivant près de Valence et p. e., dans la
Serrania de Ronda, en d’autres termes : comment et pourquoi cette Amaryllidacée
s'est « transférée » des alentours de Malaga à ceux de Valence. — 3° La distribution
(taxon + localité) est donc bien différente de la répartition (formation + translation).
Source : MNHN, Paris
— 96 —
noter ici à nos lecteurs que les données de classification dont nous nous
servirons sont de bonne source. Naturellement, en faisant état dans nos
analyses de p. e. L. aulumnale var. pulchellum d’après Darlington
et Stern, nous ne nous portons aucunement garant que cette « variété »
n’est pas une « sous-espèce », voire même, une bonne « espèce ». Quoi
qu’il en soit, nos lecteurs se rendront aisément compte que des ques¬
tions de ce genre ne sont aucunement de nature à changer sur le fond
le raisonnement que nous allons faire, et pourront conclure d’eux-mêmes.
Darlington prétend que la distribution de Leucojum porte témoi¬
gnage (15) de la : « Colonization of Europe after the ice âges by species
of Leucojum with progressively increased basic (chromosome) numbers. »
Cette vue (13) ne s’appuie sur rien d’autre que l’opinion de Darlington.
Pour nous, la carte de la distribution de Leucojum et de Lapiedra
(voir Fig. 3) dit ceci : 1° Fernandes a sans doute raison en pensant que
Lapiedra et Leucojum (aulumnaleJ sont issus d’un ancêtre commun.
Les données caryologiques qui le suggèrent sont confirmées par l’analyse
(pan) biogéographique. Ces deux plantes vicarient fort clairement. —
2° Toutefois la vicariance en question n’est pas exactement le même
que celle qui relie Narcissus rupicola à N. juncifolius (voir Fig. 2). Nar-
cissus rupicola a sur la « Meseta » (c’est-à-dire, ce qu’on pourrait appeler
le Haut plateau Ibérique au nord du Guadalquivir et à l’ouest de l’Ëbre)
le gros de ses stations (environ 16; il se trouve dans le voisinage de Gre¬
nade, en stituation « relictuelle »), et n’atteint la région en lisière de
l’Atlantique que par quatre à cinq d’entre elles, dont plus de la moitié
correspondent aussi à N. calcicola. Il en est autrement des Leucojum :
ce genre évite la « Meseta », et se cantonne franchement sur sa lisière
vers l’Atlantique. L’Espagne « Bétique » (soit, presque exactement la
région occupée par Lapiedra vicarie donc de trois manières au moins
avec le reste de la Péninsule, savoir : a) avec l’Espagne du Nord-Est
(Fig. 2, N. juncifolius, p. p.); b) avec la Meseta Centrale et Septen¬
trionale (Fig. 2, N. rupicola, et N. jonquilla); c) avec la lisière de la
Meseta vers l’Atlantique (Fig. 2, N. calcicola, et Fig. 4). —3° Leucojum
aulumnale, L. trichophyllum et L. lingilanum ont tous les trois 14 chro¬
mosomes à b = 7. Ces espèces vicarient et, en partie, alternent l'une
avec l’autre au long de la côte Atlantique du Portugal et de l’Espagne. —
4° On remarquera que la région entre Coimbra et Sétubal (Serra de
Arràbida) (Fig. 4 B) est loin de manquer d’importance biogéographique.
En effet, c’est entre ces deux points que vicarient L. aulumnale, L. tricho¬
phyllum et L. trichophyllum var. grandi florum dont la distribution s’étale
de la Corogne (Espagne du Nord-Ouest) au Maroc. Fort importante est
aussi la région qui se trouve entre le voisinage de Malaga (Serrania
de Ronda, etc.), le Rif et l’Atlas. C’est là que vicarient ou s’associent 1
1. C’est bien ici un cas où nous regrettons de ne pas avoir des données écologiques
précises. La vicariance peut être à la fois, ou séparément, taxonomique, écologique,
climatique, géographique, etc., et, pour en juger exactement dans chaque cas parti¬
culier, des données sont indispensables que nous ne possédons aucunement au sujet
Source : MNHN, Paris
— 97 —
L. Irichohyllum, L. trichophyllum var. grandiflorum; L. autumnale;
L. aulumnale var. pulchellum, L. tingitanum. La station de L. aulumnale,
qui existe en ce point, rattache des stations de l’espèce dispersées des
environs de Sétubal à ceux de Casablanca 1 , et à la Sicile Occidentale;
cette station « contrôle », pourtant, la distribution de Leucojum sur des
distances comprises entre 400 et environ 1 000 km à la ronde. — 5° L.
aulumnale typique a une distribution complètement interrompue entre
la région de Malaga et la Sicile Occidentale, ce qui serait expliqué par
la « Géographie Distribution » en recourant à la « dissémination au
hasard » à des « moyens mystérieux »; en réalité, pour la biogéographie
scientifique, la distribution en question n’est pas interrompue. C’est
L. aulumnale var. pulchellum qui « bouche le trou » entre l’Espagne méri¬
dionale et la Sicile tout au long de l’Atlas. En d’autres termes : un ancêtre
commun à L. aulumnale, L. trichophyllum, L. tingitanum et Lapiedra
Martinezzii a donné entre la région de Malaga et de Bône, une variéta
pulchellum de L. aulumnale; une espèce tingilanum dans le Rif; une
espèce Irichophyllum au Sud de Sétubal et au Maroc occidental; une
var. grandi florum dans la région de Coimbra et au Maroc; une variété
typicum de L. aulumnale au nord de Sétubal en Galice; aux environs
de Malaga, au Maroc Occidental, enfin en Sicile Occidentale; un genre
monotypique Lapiedra Marlinezii sur le secteur entre le voisinage de
Malaga (Serrania de Ronda) et Valence. Toute celle formation est vica-
rianle, et genre (Lapiedra), espèce (p. e. L. lingilanum), variété (p.e.,
L. autumnale var. pulchellum) ne sont, pour rappeler la comparaison
dont nous nous sommes servi plus haut, que les « morceaux » du « miroir »
que fut un ancêtre à « possibilités génétiques » Marlinezii -f- aulumnale
+ lingilanum -f- trichophyllum. Les taxons « modernes » ne sont donc
que les dérivés résultant dans l’espace et dans le temps, par la forme, de
différentes combinaisons el adaplations de caractères ancestraux. La locali¬
sation de tel ou de tel autre taxon a été assurée parfois dans une aire
réduite ou de type en général continu (p. e. L. tingitanum, L. autumnale
var. oporanthum, Lapiedra Marlinezii), d’autres fois par une série d’aires
détachées ou, par-ci, par là, continues (p.e. L. aulumnale lypicum). —
6° Un cas de formation vicariante que nous avons appelé « wing dispersai »
ou « sandwiching » dans nos travaux en langue Anglaise ( 12 - 14 ) est à
signaler chez L. aulumnale. Aux environs de Malaga se situe une station
de L. aulumnale typicum qui est nettement séparée des stations de la
même variété (voir plus haut) qui existent au Maroc, au Portugal (envi¬
rons de Lisbonne-Sétubal), enfin en Sicile Occidentale. On remarquera
de Leucojum. Il arrive fréquemment que d’excellents auteurs, qui sont cependant
peu instruits de tout ce qui concerne la répartition, ne savent pas mettre en évidence
dans leurs travaux, précisément, ce que le biogéographe averti voudrait savoir au
premier chef. Le jour où l’usage de l’analyse (pan)biogéographique aura remplacé
les amoenitates academicae de la « géographie Distribution » on pourra constater une
amélioration très marquée dans la qualité de la pensée biologique en général.
1. La carte de Darlington (et de Stern) est fort rudimentaire. Les indications
de localités que nous en tirons ne sont donc qu’approximatives.
— 98 —
que L. aulumnale var. pulchellum est « pris » dans l’Atlas entre deux
stations de L. aulumnale var. lypicum (Malaga, Sicile occidentale).
Ces deux stations établissent donc par vicariance la même forme (L. aulum¬
nale var. lypicum ) aux « ailes » de la distribution d’une autre (L. aulumnale
var. pulchellum), ce qui constitue du « Wing dispersai » (distribution
d’aile).
Ainsi qu’on le voit, l’analyse (pan)biogéographique de la carte de
distribution n’a absolument rien de commun avec les « méthodes » de la
« Géographie Distribution » et de ses dérivés. Celle analyse el ces « méthodes »
sont deux mondes de la pensée complètement opposés : on ne peut les mélanger
même pas les « émulsionner » pour longtemps. Ou l’un ou l'aulre de ces
mondes est faux. C’esl à prendre ou à laisser.
Naturellement, la carte de la distribution de Leucojum, toute som¬
maire qu’elle soit, est loin encore de nous avoir tout dit. Continuons :
7° On pourrait penser, grosso modo, que la distribution de Leucojum
est de type « Européen » généralisé, puisqu’elle atteint l’Irlande, la Rou¬
manie, la Crimée et le Caucase, l’Afrique du Nord et la Péninsule Ibé¬
rique. — 8° Cette impression est néanmoins loin d’être correcte. S’il
est vrai que L. vernum est « européen », L. aeslivum ne l’est toutefois
qu’en partie. Cette espèce, en effet, est raccordée aux Baléares et à la
Sardaigne par une var. pulchellum (ne pas confondre avec L. aulumnale
var. pulchellum). — 9° Par la Sardaigne et les Baléares, L. aeslivum
appartient au grand creuset de formation de Leucojum Lapiedra qui se
trouve entre le Détroit de Gibraltar et la côte Toscane. C’est de ce creuset
que sont sorties aussi les Nivéoles endémiques des Alpes Maritimes,
et de la Corse /Sardaigne (L. hiemale, L. roseum, L. longifolium). —
10° Les indications de la biogéographie s’accordent parfaitement avec
celles de la cytogénétique. C’est en effet dans le triangle : Malaga-Alpes-
Maritimes-Sardaigne qu’on retrouve tous les types chromosomiques
de Leucojum (14, 16, 18, 22 chromosomes). Ce triangle est un exemple
classique de la distribution correspondant à la Tyrrhènide, et c’est donc
à cette vieille terre que la cytogénétique et la biogéographie ramènent,
toutes les deux avec la même force, l’origine de Leucojum ILapiedra. —
11° Il est donc faux (voir note plus haut) que la panbiogéographie et la
cytogénétique ne sont pas d’accord. Elles le sont parfaitement bien
au contraire, naturellement, si la cytogénétique consent à se défaire
des dogmes qui lui sont imposés par la « Géographie Distribution ». Si
nous ne croyons aucunement aux « émigrations » et à la chronologie
de certains auteurs, nous sommes en fin de compte tout à fait d’accord
avec Fernandes pour ce qui est de l’essentiel des relations qu’il établit
entre cytogénétique et classification par distribution (la classification
purement formelle par unités systématiques est autre chose). — 12° A ceux
qui voudraient nous assurer que la distribution de Leucojum est de
type « méditerranéen » nous ferions remarquer qu’on ne peut, en tout
cas, pas oublier que L. aeslivum, et surtout, L. vernum sont « européens ».
Mieux encore : la distribution de Leucojum s’arrête à l’est de la Sicile
Occidentale, et au sud d’une ligne : Albanie-Crimée-Caucase Occidental.
Source : MNHN, Paris
— 99 —
On ne peut non plus estimer cette distribution comme particulière à la
Méditerranée Occidentale, car elle atteint la Mer Noire. « Atlantique »;
elle l’est si on ne considère que L. autumnale, L. Irichophyllum, et L. tingi-
tanum et si on « oublie » les stations de L. aulumnale var. pulchellum
en Afrique du Nord et de L. aulumnale var. typicum en Sicile. Les adeptes
de la « Géographie Distribution », ainsi que nous le savons, « oublient »
volontiers les faits et les travaux qui les incommodent, mais cela ne
peut convenir au biogéographe consciencieux. — 13° La Sicile, qui fait
souvent partie de distributions communes à la Sardaigne, à la Corse
à la Grèce, etc. (13) est directement rattachée, pour ce qui concerne
Leucojum, à l’axe : Sicile-Algérie- « Domaine » de Gibraltar (Espagne
Bétique, Rif, etc.). La Sicile joue donc dans la distribution des Nivéoles
un rôle secondaire, et n’occupe aucunement la place qui revient à un
véritable centre de masse. Autrement dit : les ancêtres de Leucojum \
Lapiedra ne sont jamais « venus » en force en Sicile. Nous savons que si
ces ancêtres n’y étaient jamais venus, aucune Nivéole n’existerait aujour¬
d’hui en Sicile, comme aucune n’existe en Crète, à Chypre, etc. Si,
au contraire des ancêtres y étaient venus en grand nombre, les Nivéoles
seraient aussi abondantes aujourd’hui en Sicile qu’elles le sont en Afrique
du Nord-Ouest, en Espagne et au Portugal occidentaux, et en Corse/
Sardaigne /Alpes-Maritimes. Entre ces extrêmes d’absence et de présence
en grande quantité se situe le cas d’ancêtres peu nombreux (ou de peu de
possibilités génétiques) (12) = peu de descendants. On ne peut s’attendre
à voir peu de descendants tirer origine d’une formation vicariante très
active ce qui explique pourquoi et comment la Sicile marque l’arrêt des
Nivéoles vers l’est. — 14° La distribution de Leucojum en pays Balkanique
est fort intéressante. Elle ne dépasse pas au sud le « Sillon Transégéen » (13),
et atteint le Caucase sur l’arc : Épire-Dobroudja-Crimée Méridionale-
Caucase Occidental. Bloqué en Sicile vers l’est, et arrêté sur cet arc
au sud, Leucojum ne peut donc pas se trouver en Méditerranée Orientale.
Il atteint le nord de la Grèce, mais il ne « descend » pas plus bas. — 15° Le
raccord entre la Bohème, l’Irlande, le Caucase et les Balkans dans la
distribution de Leucojum est évidemment à rechercher dans le triangle :
Corse/Sardaigne-Alpes-Maritimes [et Occidentales (12 13) - Alpes
orientales (« Styrian center »). Disons donc que, si on trace une ligne
entre Malaga et Vienne sur la carte géographique de nos jours, on figure
ainsi le grand axe de la répartition et de la distribution de Leucojum /
Lapiedra à partir des ancêtres jusqu’aux taxons « modernes ».
Ces quinze observations, que nous compléterons plus loin par d’au¬
tres, nous disent que Leucojum, Lapiedra et leur allié Galanlhus (20)
sont issus d’un groupe fort ancien (Galanthées, au sens phylogénétique)
jadis établi en Europe et en Asie Occidentale. Les genres, les espèces
et les variétés « modernes » des Galanthées (au sens taxonomique) en
sont les dérivés par formation vicariante. Nettement établie par les
aires des genres et des espèces, ainsi que nous l’avons constaté, cette
formation se manifeste également par les grands centres de masse, que
voici : 1° Secteur Atlantique du Portugal, de l’Espagne et du Maroc
Source : MNHN, Paris
— 100 —
avec une liaison à l’Afrique du Nord et à la Sicile (L. autumnale, L. tricho-
phyllum, L. tingitanum). — 2° Espagne Bétique (en général, au sud
d’une ligne : Cadix-Valence) (Lapiedra). — 3° Secteur Tyrrhénide
(au sens propre du terme : Baléares, Sardaigne, Corse, Alpes-Maritimes)
(L. aeslivum var. pulchellum, L. longifolium, L. roseum, L. hiemale). —
4° Nœud Styrien et ses liaisons dans les Alpes, les monts de Bohème,
les Carpathes, les Balkans, la Crimée et le Caucase. Les stations en Alle¬
magne, France en dehors du Midi, Angleterre, Irlande, font partie de
ce « cycle » (L. aeslivum et L. vernum et leurs variétés à l’exception de
L. aeslivum var. pulchellum).
Si l’on nous demandait maintenant quel est l'âge de Leucojum et
de Lapiedra nous répondrions que : 1° Ces deux genres sont dérivés,
comme nous l’avons déjà énoncé, d’ancêtres « Galanthoïdes » qui vivaient
très certainement dans la région de la Méditerranée 1 » longtemps avant
le commencement du Tertiaire. — 2° On pourrait concevoir l’origine
de Lapiedra Marlinezii de deux manières différentes, soit : a) Ce genre
était représenté vers la fin du Crétacé par une forme ancestrale inféodée
aux régions de l’Espagne Bétique ( grosso modo : secteur Gibraltar /
Valence) qui n’ont jamais été submergées. On l’eût probablement ren¬
contré à cette époque au long des rivages d’une mer ancienne, en qualité
de « calciphile ». Il a survécu à l’orogénèse Bétique — qui débuta vers
l’Oligocène— dans des habitats qui conviennent aujourd’hui encore à
une « calciphile » de vieille date; b) Ce même genre prit naissance de
l’Oligocène au Pliocène à partir de populations à caractères mixtes,
Lapiedra ILeucojum, qui se trouvèrent être « happées » par les soulève¬
ments des Cordillères Bétiques, et qui, par différenciations successives,
ont abouti à la formation de deux genres, dont un (Lapiedra) est tou¬
jours inféodé à ces cordillères.
Pour nous, c’est plutôt la première de ces alternatives qui semble
la vraie. On remarquera une fois de plus (Fig. 3) que Lapiedra introduit
un caryogramme à 22 chromosomes dans l’aire Ibérique à 14 chromo-
1. La biogéographie scientifique (= panbiogéographie) est à la fois extrêmement
facile et extrêmement difficile à enseigner. 11 s’agit de faire naître des idées d’elles-
mêmes très simples et très logiques dans l’esprit de ceux qui en sont curieux, mais
ces idées ne peuvent être créées que par le remplacement d'anciennes notions, souvent
tenues pour sacrées et intangibles par des conceptions nouvelles. Ces conceptions
exigent d’avoir de constants recours, p.e., à une « Méditerranée » qui, ainsi que nous
venons de le voir, n’est pas la Méditerranée de nos cartes géographiques, mais un
ensemble * Tyrrhénide » et • Téthysien » en continuel changement à travers les âges.
En biogéographie, Lapiedra Marlinezii n’est ni un genre ni une espèce au sens taxono¬
mique du terme, mais un « morceau « vicariant d’anciens ancêtres en train de devenir
un genre et une espèce sur l'Espagne « Bétique » du passé et du présent. Tout est à
prendre dans un sens relatif à l'espace, au temps, et à la forme à la fois. « Émigration •
dit à la fois mouvement et absence de mouvement, car rien, en fait, n’ « émigre » lorsque
la formation vicariante suit son cours; on trouve toujours des esprits subtils prêts à
saisir des idées et les nuances des mots, mais c'esl surtout un changement de l'opinion
courante qui est à souhaiter. Ce changement se fera, à n’en pas douter, car la pensée
panbiogéographique a un pouvoir et des moyens qui manquent complètement à celle
de la « Géographie Distribution » et de ses dérivés.
Source : MNHN, Paris
— 101 —
somes, et que l’aire à 16, 18 et 22 chromosomes se rattache nettement
à la Tyrrhènide. On discute toujours de la géologie historique de la Pénin¬
sule Ibérique, de la Tyrrhènide, etc., mais il nous paraît très probable
que l’idée que la Tyrrhènide englobait la « vieille meseta ibérique » (33)
et que le « vieux massif tyrrhénien » dura du Lias (Jurassique Inférieur)
au Pliocène, est celle qui s’accorde le mieux avec les apports de la bio¬
géographie scientifique. Nous croyons donc que le « vieux massif tyrrhé¬
nien » reçut les premières « pré-angiospermes /angiospermes » ni plus
tôt, ni plus tard que Madagascar (14), ou les terres qui existèrent dans
le Pacifique Centro-Occidental (12), soit, au Jurassique. Naturellement,
à cette époque, ni Narcissus, ni Lapiedra, ni Leucojum n'existaient en
fait. Ils existaient cependant par les tendances de l’évolution qui apparte¬
naient déjà à d’anciennes formes « amaryllidoïdes ». En effet, si ces ten¬
dances n’avaient pas existé, ni Narcissus, ni Lapiedra, ni Leucojum
ne seraient aujourd’hui ce qu’ils sont. Cela ne vaudrait pas la peine
de commencer à discuter dans l’espoir de prouver le contraire. C’est bien
la tendance qui produit en fin de compte le fait.
Le peu de chose, que nous venons de dire sur l’origine et l’âge de
Lapiedra et de Leucojum, ne représente pas hélas, l’analyse que nous
voudrions en faire, mais cette esquisse servira toujours à donner à nos
lecteurs une notion de base de la biogéographie scientifique, de sa méthode
et de ses possibilités. En raison des limites qui nous sont imposées
pour cet article, nous allons terminer ce que nous venons de dire de
Lapiedra et Leucojum par quelques considérations d’ordre général
que voici :
1° La phytogéographie et la zoogéographie inspirées par la « Géogra¬
phie Distribution » imaginent volontiers des plantes et des animaux
qui montent à l’assaut des montagnes, etc... C’est précisément le contraire
qui est vrai, car ce sont les montagnes qui, dans la plupart des cas du
moins ont « surgi sous les racines et les pattes de la Vie ». Il suffira pour
s’en convaincre de comparer une table de données paléontologiques à
une table de données géologiques. Si, par exemple, les Mésanges étaient
déjà des Mésanges à la fin de l’Éocène, les Mésanges sont assurément
plus vieilles que les Alpes, les Himalayas, les Andes de nos jours. Natu¬
rellement, là où ces chaînes élèvent aujourd’hui leurs cimes à la suite
d’orogénies surtout tertiaires, des mers ont pu exister au Crétacé,
mais l’émersion a produit d’abord des terres basses qui ont emprunté
leurs formes vivantes aux terres voisines. Si la géographie de cette époque
ne connaissait, par exemple, ni Alpes, ni Pyrénées, ni les Cordillères
Bétiques, etc. de nos cartes, elle pouvait toujours compter, là ou non
loin, sur ce qui appartient normalement à la géographie de n’importe
quel âge, c’est-à-dire sur des plaines, des côtes, des montagnes, etc.
Nous en conclurons (ce qui n’est aucunement difficile) que les ancêtres
des animaux et des plantes de l’Europe d’aujourd’hui ont fait leurs
débuts sur la géographie du Crétacé, en s'adaptant par la suite à celle
du Tertiaire, à ses Alpes, Pyrénées, Cordillères Bétiques, etc. Cette
Source : MNHN, Paris
— 102 —
adaptation a exigé autant de la néo-formation que de la simple survi¬
vance, ce dont la répartition de nos jours, analysée comme il convient,
fait foi sans difficulté. Que Narcissus et Leucojum n’aient pas été loin,
et que des Mésanges aient gazouillé à l’époque où les Alpes, les Pyré¬
nées, etc. commencèrent à se soulever au-dessus du niveau de simples
collines, est un fait qui n’admet aucune discussion. Le nier équivaut à
affirmer qu’on le veuille ou non, que des plantes et ces oiseaux furent
créés ex nihilo à l’Éocène.
2° En supposant qu’une chaîne de montagnes surgisse, les change¬
ments de climat, topographie, géographie, etc., qui en résultent : a) détrui¬
ront la végétation de climax incapable de faire face à de nouvelles condi¬
tions; b) évoqueront chez la végétation qui serait toujours plastique
les adaptations et les changements nécessaires. Ces altérations se feront
en fonction de ce que ces plantes étaient avant que le changement ne
se fasse, on ne tirera pas un pommier d’un chêne en « adaptant » ce pom¬
mier à un régime plus sec, plus humide, etc. 1 .
3° En modifiant le paysage, et en offrant de nouvelles conditions
d'habitat, etc... la chaîne en surrection attirera des « immigrations »
dans un sens prédestiné, défera, et refera des associations, etc. Elle
influencera de même les régions basses autour d’elle, ainsi que le firent
les Andes quand, en gagnant de la hauteur, elles empêchèrent les vents
venant du Pacifique d’arroser ce qui est aujourd’hui les pampas de
l’Argentine. Ces changements détruiront certaines formes de vie et en
favoriseront certaines autres, qui envahiront les régions ouvertes à
leur progrès dans l’espace (émigration) au sens vrai du terme.
4° La formation nouvelle se fera d’une manière essentiellement
( vicariante » au sein de populations ancestrales disloquées par les chan¬
gements survenus dans la géographie et la topographie locale.
5° On aura très grand soin de remarquer que rien n’émigrera qui
ne soit déjà formé. Les mauvaises herbes les plus mobiles (14) se rappor¬
tent-elles aussi à des centres de formation vicariante là où elles prirent
naissance en leur temps et lieu. La mauvaise herbe, qui aura gagné beau¬
coup de terrain pendant une phase de mobilisme, reviendra à la formation
vicariante de « néoendémismes » renouvelés, dès que les circonstances
lui imposeront une phase d’immobilisme. S'il est vrai que la phase de
mobilisme favorise ainsi, par émigration, l’acquisition d’une aire plus
étendue, Y exploitation de celte aire au sens évolutif esl toujours liée à une
phase d’immobilisme et de formation vicariante. Une plante qui émigre
activement donne des mutations occasionnelles, mais ne bénéficie pas des
conditions voulues, notamment de l’isolement, pour produire de la néofor-
1. C’est absolument élémentaire, mais le « darwinisme » a si bien brouillé les idées
que les ennemis jurés de l’orthogénèse ne s’en rendent aucunement compte (14).
Source : MNHN, Paris
— 103 —
mation locale *. C’esl donc bien la formation vicariante qui esl le processus
principal de loule évolution dans le temps el l’espace par la forme. Ce n’est
qu’en recourant à elle, par principe el à partir des aires qui existent aujour¬
d’hui, que l'analyse biogéographique est scientifiquement possible.
6° Il peut arriver que des montagnes 1 2 aient « happé » au moment
de leur surrection des groupes déjà anciens, et de souches diverses. Empor¬
tés en hauteur, déchiquetés et refaits par de continuels avatars d’isole¬
ment renouvelé et interrompu, soumis à la pression d’ambiances diffé¬
rentes, etc., ces groupes finissent par donner d’incroyables « mélanges
de classification » qui défient les concepts de la taxonomie et de la systé¬
matique de convention. On se souviendra d ’Erica au Cap (14), des Géos-
pizinés aux Galapagos (12). Pour ce qui est des insectes, Jeannel a
signalé le fait (33) que peut-être 200 « espèces » ou « sous-espèces » de
Coléoptères affines de Trechus existent dans la zone supérieure du
Mont Elgon en Afrique Orientale. Il écrivait : « Cette population
de Trechus de l’Elgon, avec ses innombrables formes étroitement loca¬
lisées et différemment évoluées, est l’effet de la pulvérisation d’un très
petit nombre de lignées principales. Elle fournit un magnifique exemple
de variation à outrance, d’affolement de lignées sous l’influence d'un
isolement insulaire. On pense à la variabilité extrême des Trechus de
Pile de Ténériffe, ou encore à celle des Achatinelles dans l’archipel des
Hawaï. C’est fort exact, mais on pensera aussi aux innombrables endives,
laitues, salades, etc., de nos jardins potagers. A Hawaï, à Ténériffe,
au Mont Elgon, etc., la nature a agi exactement comme l’homme le fait
lorsqu’il est en quête de nouveautés horticoles et potagères. Elle a aiguil¬
lonné à outrance les « possibilités génétiques » (12) de tel ou tel autre
animal ou de telle ou telle plante par de continuels changements d’am¬
biance, des hybridations, de l’isolement interrompu et rétabli, etc.,
en faisant ainsi remonter à la surface les assises héréditaires du groupe,
et en sortant de ses profondeurs des « mutations » qui, dans le courant
d’un processus normal de formation vicariante par isolement, ne se
manifesteraient probablement pas. Naturellement, l’instrument dont
la nature s’est servi pour parvenir à ce but est l’histoire géologique et
ses contrecoups. La terre el la vie évoluent ensemble, et c’esl surtout l'histoire
géologique qui détermine, au sein de l’aire occupée par des populations
ancestrales, les centres de néoformation à qui est en fin de compte due la
formation vicariante. Nous sommes ici évidemment fort loin des « centres
1. Ainsi qu’on le sait, les plantes aquatiques, les herbes de rivage, etc., occupent
souvent des aires d’énorme étendue sans donner lieu à de la formation locale. C'est
bien leur habitat qui est, dans ce cas, en condition perpétuelle de mobilisme. Il suffira
pour s’en convaincre d’étudier l’âge de la formation des réseaux fluviaux de notre
géographie. Il est curieux de constater que, par exemple, les grands endémistes des
poissons de rivière se trouvent beaucoup plus souvent dans le cours inférieur et moyen
d’un fleuve que vers ses sources.
2. Les îles sont normalement des montagnes presque complètement submergées.
Il n’est en rien étonnant que leur biogéographie (12) soit essentiellement de type
« orophile ».
Source : MNHN, Paris
— 104 —
d’origine » académiques et des « émigrations » par « moyens » plus ou
moins « mystérieux » dont font état la « Géographie Distribution » et
ses dérivés. V incompatibilité manifeste entre une doctrine qui pose à la
base de ses conceptions le « centre d’origine », 1’ « émigration », le « moyen
plus ou moins mystérieux »; et une foule de notions souvent très curieuses;
et la panbiogéographie, pour qui la formation vicarianle est la clef de voûte
de l’analyse objective des aires et de la répartition en général, est tellement
flagrante que nul besoin n’est de la commenter au-delà ce qu'on vient de
lire.
7° On aura bien soin de remarquer que rien de la panbiogéographie
ne s’oppose en quoi que ce soit à l’évolutionnisme, la géologie, la paléon¬
tologie, l’écologie, la cytogénétique, la classification, la morphologie, etc.
Bien au contraire, toutes ces sciences sont appelées à profiter largement
des moyens d’analyse mis à leur service par une conception enfin utile
des rapports du temps, de l’espace et de la forme. Ce que la panbiogéogra¬
phie exige n’est, évidemment, que l’abjuration des doctrines de la « Géo¬
graphie Distribution » et de ses dérivés. A ce point de vue, aucun com¬
promis n’est à souhaiter. C’est nous qui avons tort, ou ce sont Darwin
et autres. C’est à nos lecteurs d’y penser, et à l’avenir d’en décider.
A suivre.
Source : MNHN, Paris
NOTES SUR LES GRAMINÉES
DE MADAGASCAR, III 1
par J. Bosser
Directeur de recherche à l’ORSTOM
A. UN GENRE NOUVEAU DE GRAMINÉE
GAMUSIELLA 2 J. Bosser gen. nov.
Affinis Cymbosetariae Schweick. et Setariae P. Beauv. A Setaria differt
racemis unilateralibus, spiculis lateralibus compressis, floris inférions lcmma
dorso complanato, incrassato, sive papyraceo laevi, sive crustaceo transverse
corrugato, marginibus alatis membranaceis, laxe florem inferiorem amplec-
tente. A Cymbosetaria differt spicularum forma, flore superiore dorso non
carinato, lemma arte paleam amplectente, simul ac floris inferioris Iemmatis
Spiculae similes, abaxiales, ovatae, lateraliter leviter compressae, cum
latere inspectae oblique ovatae, subapiculatae, supra pedicellum articulatae,
fasciculatae vel nonnunquam solitariae; in racemis spiciformibus biseriatis
seriebus unilateralibus dispositae. Anthoecia bina. Inferum masculinum vel
stérile; superum Ç; glumae membranaceae; inferior late ovata, obtusa, tertiam
vel dimidiam partem spiculae aequans, 3 nervia; superior late ovata vel
rotundata, 5-nervia, dimidiam partem spiculae aequans vel superans.
Anthoecium inferum spiculam aequans; lemma spiculae aequilongum, oblon-
gum, valde concavum, 5 nervium, dorso complanatum, incrassatum, indura-
tum, papyraceum laeveque vel crustaceum, transverse corrugatum,
marginibus membranaceis alatis; palea hyalina, binervia, bicarinata, lemma
aequans vel multo brevior; stamina 3 vel nulla, antherae lineares. Anthoecium
superum inferum aequans, lateribus compressis, cum latere inspectum oblique
ovatum; lemma subcymbiforme, apice apiculatum, tenuiter crustaceum,
5-nerve, laeve vel transverse rugosum; palea lemma aequans, elliptica, valde
concava, bicarinata, dorso plana, crustacea, tenuiter granulata, marginibus
membranacea. Lodiculae 2, minutac, glabrae; stamina 3; styli distincti
terminales. Caryopsis?
Gramina annua, laminac lineares planae, pseudopetiolatae ; panicula
1. Note I parue dans Mém. I.S.M. 10, 2, 1961.
Note II parue dans Adansonia 5, 3, 1965.
2. Ce genre est dédié à M“° A. Camus, dont les travaux ont contribué de façon
très importante à la connaissance des Graminées de Madagascar.
Source : MNHN, Paris
— 106 —
laxa composita; spiculae setae unicae vel setarum plurium scaberrulorum
gracilium vulgo quam illae longiorum in axilla insertae.
Genre endémique de Madagascar comprenant deux espèces. Espèce
type : Camusiella Valkeana (Schum.) J. Bosser.
1. Camusiella Vatkeana (Schum.) J. Bosser, comb. nov.
— Setaria Valkeana Schum., Abh. Naturh. Ver. Brem. 9: 402 (1887).
La diagnose de Schumann ne mentionne pas le fait que la feuille
peut être pseudopétiolée. Il est vrai que sur certains échantillons quel¬
ques feuilles seulement peuvent présenter ce caractère, les autres ayant
un limbe sessile. Cependant sur le n° 2927 Hildebrandt cité par Schu¬
mann, que nous avons pu examiner, ce pseudopétiole est très net.
Madagascar N-0 : Soalala, Nosy Be, Diego-Suarez, Ambato-
Boeni, Bassin de la Bemarivo.
var. meridionalis J. Bosser, nov. var.
A typo differt lemma inferiore simul ac glumellis floris superioris mani¬
feste transverse rugosis.
Madagascar S-0 : Type H. Humbert 29 643, Forêt du Zombitsy
(Sakaraha).
La variété est confinée au S.-O. de Madagascar : Isalo, Sakaraha,
Betioky, Bas Mangoky, Befandriana du Sud. Elle ne dépasse pas le
Mangoky vers le Nord. Alors que l’espèce n’a jusqu’à présent été récoltée
que dans le N.-O., ne dépassant pas Soalala vers le Sud. Les deux aires
sont donc nettement distinctes. Chez l’espèce, la lemma inférieure et
les glumelles de la fleur supérieure sont lisses ou alors imperceptible¬
ment ondulées transversalement alors que chez la variété, cette même
lemma et ces mêmes glumelles sont toujours très fortement ondulées
transversalement. Comme c’est le seul caractère qui distingue les échan¬
tillons des deux populations, nous n’avons pas pensé pouvoir en faire
plus qu’une variété. En outre la zone de l’ouest malgache entre Soalala
et le Mangoky est, du point de vue agrostologique, peu connue, et il
serait intéressant d’observer si les deux aires viennent en contact ou
si elles sont réellement séparées.
Subvar. violaceus J. Bosser, subvar. nov.
Varietatis typicae differt habitu robustiore, inflorescentiae ramis multo-
longioribus, setis involucri spicularum paucioribus brcvioribus.
Madagascar : Tanandava, Bas Mangoky, type : Viennot-Bourgin
et Bosser 16 084. Lisière de la forêt semi-décidue sur alluvions.
La taille de la plante, la longueur de la panicule et la longueur des
ramifications de la panicule sont assez variables dans la population
Source : MNHN, Paris
107 —
Source : MNHN, Paris
— 108 —
Nord du Camusiella Valkeana. Dans le Sud, par contre, une disconti¬
nuité semble exister. Presque tous les échantillons ont une panicule
interrompue et étroite, pouvant atteindre 30 cm de long, à ramifica¬
tions courtes et denses, ayant au maximum 5 cm de long pour celles
de la base, soies entourant les épillets les dépassant nettement et don¬
nant un aspect hirsute à la panicule. Mais des échantillons venant du
Mangoky présentent un port nettement différent. La plante est plus
robuste, avec une panicule un peu plus longue, mais surtout à ramifica¬
tions beaucoup plus longues (jusqu’à 12 cm), plus grêles, interrompues
et à soies moins nombreuses, pour la plupart à peine plus longues que
l’épillet. Le dessous des feuilles, le rachis, les épillets sont abondamment
teintés de violacé.
Étant donné l’aspect très différent que lui confèrent ces caractères,
nous pensons pouvoir distinguer cette plante en tant que sous-variété.
2. Camusiella fiherenensis J. Bosser, nov. sp. (PI. 1).
Annua, culmi erecti, graciles, 30-75 cm alti, fasciculati, 3-4 nodi, laxe
foliosi, nodis pilosis. Foliorum vaginae laxae, striatae, dense pilosae; ligulae
membranaceae, 0,3-0,5 mm longae, truncatae, supeme ciliatae; laminae
planae, lineares, usque ad 15 cm X 2 cm, apicem versus attenuatae, acutae,
a basi sagittatae; superiores 1-2 sessiles, ceterae pseudopetiolatae, glabrae
vel sparsim pubescentes, ad margines scaberulae; pseudopetioli usque ad
7 cm longi, lineares, striati, canaliculati, laxe pilosi. Inflorescentia paniculata,
erecta, angusta, laxa, usque ad 35 cm longa, rachis communis acute angulatus,
scabridus; racemi spiciformes, unilatérales, inferiores usque ad 6 cm longi,
superiores gradatim breviores; pedicelli brevissimi 1-1,5 mm longi, scabridi,
basi seta subtili scabriuscula 4-6 mm ornati. Spiculae ovatae, lateraliter
compressae, 2,5-3 mm longae, glabrae, apice subapiculatae ; glumae membra¬
naceae, inequales, basi auriculatae; inferior late ovata, obtusa, circiter tertiam
partem spiculae aequans, 3 vel 5-nervis; superior dimidiam partent anthoecii
superi aequans vel superans, late ovata, obtusa, valde concava, 7-nervis.
Anthoecium inferum^ vel stérile, spiculam aequans, lemma dorso crustaceum,
transverse rugosum; margines late alatae, membranaceae, florem superum
amplectentes ; 5-7 nervum, apice paulo compressum, callosum; palea hyalina
apice truncata, bicarinata subalata. Anthoecium superum Ç, lemma sub-
cymbiforme, crustaceum, transverse rugulosum, apice compressum, subros-
tratum, palea lemmati aequilonga, dorso plana, 2-nervis, bicarinata, granulata
vel délicate transverse rugosa. Stamina 3, antherac lineares 1,5 mm longae;
lodiculae 2, minutae, glabrae; ovarium glabrum, styli distincti, terminales.
Caryopsis ?
Madagascar S.O. : Sous-bois de la forêt semi-décidue sur calcaire,
falaises du Fiherenana, 30-35 km de Tuléar.
Type : J. Bosser 14 030, in Herb. P.
Cette espèce est voisine du Camusiella Valkeana. Elle s’en distingue
par un port plus grêle, une inflorescence moins robuste, moins hirsute,
Source : MNHN, Paris
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à soies plus courtes et beaucoup moins nombreuses; les épillets un peu
plus petits, plus nettement comprimés latéralement, et surtout les feuilles
à base sagittée, caractère qui fait toujours défaut chez le C. Valkeana
où les limbes foliaires sont toujours plus ou moins arrondis ou en coin
à la base. Les chaumes sont pubescents surtout sous les nœuds, et attei¬
gnent 2-3 mm de diamètre. En règle générale, la pubescence est réflé¬
chie, ce qui est surtout net aux nœuds et sur les pseudopétioles. La
longueur des pseudopétioles est très variable, elle dépend de la position
de la feuille et aussi de la vigueur de la plante. L’inflorescence est peu
exerte et est sous-tendue par une feuille à base sagittée non pétiolée.
Les racèmes sont irrégulièrement distants, ceux de la base pouvant être
distants de 4 cm. Ils sont solitaires, parfois par deux vers le sommet
de l’axe. Les épillets sont groupés en racémules secondaires de 3 à 8 à
la base des racèmes, certains sont avortés et réduits, chaque épillet est
sous-tendu par une seule soie scabérule. Les glumes sont larges, auri-
culées à la base; pour la glume supérieure la nervure médiane est un
peu épaissie, calleuse et comprimée au sommet. La fleur inférieure est
vide ou (J avec un ovaire avorté à style non développé.
B. SUR DEUX BRACHIARIA NOUVEAUX
Brachiaria pseudodichotoma J. Bosser, nov. sp.
Annua; culmi longe decumbentes, multiramosi, e nodis radicantes,
usque ad 20 cm longi, apice adscendentes. Laminac foliorum patulae, lanceo-
latae vel lineari-lanceolatae, basi rotundatae, 8-12 mm longae, 2,5-3,5 mm
latae, apice acutae vel subobtusae, scaberulae; vaginae striatae; ligulae ad
lineam pilorum redactae. Panicula folia summa haud vel vix excedentes,
circiter 1,5 cm longa. Racemi 1-2, 1-1,5 cm longi, erecti, unilatérales, rachis
1 mm lata, triquetra. Spiculae, lanceolatae, acutae, 2,5 mm longae, glabrae.
Gluma inferior late ovata, obtusa, tertiam partent spiculae aequans, 2-3 nervis;
superior spiculam aequans, 5-nervis. Anthoecium inferum ad lemma glumae
superiori persimile redactum. Anthoecium superum Ç, cllipticum, obtusum,
1,8-2 mm longum, lemma et palea tenuiter crustacea, transverse rugosa.
Antherae 0,7-0,8 mm longae.
Madagascar S.-O. : Anavoha, secteur de Fotadrevo poste d’Ejeda
coll. Dauban sans n°, in Herb. P.
Cette petite espèce se rencontre sporadiquement dans les fourrés
xérophiles du Sud, au bord des routes et éventuellement dans les cultures.
Ramifications régulières des stolons ayant un aspect pseudodichoto¬
mique. Stolons atteignant 0,7-0,8 mm de diamètre, glabres ou un peu
pubescents au-dessus des nœuds, canaliculés. Chaumes florifères dressés
atteignant 8 cm de haut, mais souvent plus courts, innovations intra-
vaginales, à feuilles distiques; entre-nœuds s'allongeant progressive¬
ment et devenant beaucoup plus longs que les gaines foliaires; feuilles
axillantes séchant et finissant par tomber. Gaines des feuilles pileuses
Source : MNHN, Paris
PI. 2. — Brachiaria Leandriana J. Bosser : 1, Port; 2, Epillet vue latérale; 3, Fleur supérieure,
vue de 3/4; 4, Glume inférieure; 8, Glume supérieure; 6, Gemma de la fleur inférieure;
7, Paiea delà fleur inférieure ; 8, Ligule.
Source : MNHN, Paris
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sur les marges externes, glabres, ou lâchement pileuses entre les nervures.
Limbe à face supérieure glabre, face inférieure lâchement pileuse ou
glabrescente, marge un peu épaissie cartilagineuse, scabérule. Poils
de la ligule atteignant 0,7-0,8 mm de long. Inflorescence mono ou dista-
chyée à axe principal court (2-4 mm) ou presque nul, glabre, aplati,
à 2 marges scabérules. Épillets aplatis dorsiventralement, insérés par 2
à la base des racèmes, par ailleurs solitaires. Dans les paires d’épillets,
l’un est courtement pédicellé ou subsessile, l’autre est porté par un pédi-
celle de ± 1 mm de long. Épillets solitaires à pédicelle court, 0,3-0,5 mm.
Cette espèce était jusqu’ici confondue avec Brachiaria nana Stapf.,
avec laquelle elle a d’ailleurs beaucoup d’affinités. On peut les distin-
guer comme suit :
B. pseudodicholoma
B.mna
— Inflorescence à 1-2 racèmes de 1-
1,5 cm de long.
— 1 à 2 paires d'épillets géminés à la base
des racèmes.
— Épillet étroitement elliptique nette¬
ment rétréci à la base.
— Glume inférieure égalant de 1 13] de
l’épillet.
— Glume supérieure 5-nervée.
— Petite plante à feuilles petites lancéo¬
lées, chaumes florifères ne dépassant
— Inflorescence à 2-4 racèmes plus longs.
— Épillets le plus souvent géminés, soli¬
taires seulement à l’extrémité des
racèmes.
— Épillet ovale, plus large.
— Glume inférieure plus grande pouvant
atteindre la 1 /2 de l’épillet.
— Glume supérieure 7-nervée.
— Plante plus robuste à feuilles plus
grandes et à chaumes florifères pou¬
vant atteindre 20-25 cm.
L’échantillon type du Brachiaria nana Stapf. (Perrier de la Bâthie
11 202, n° provisoire de Jumelle 107 ou 117) donne une mauvaise idée
du port de la plante, car c’est un échantillon mal développé, ayant
sans doute été brouté par les animaux. Les caractères de l’épillet, qui
par sa forme rappelle un peu celui de Brachiaria ramosa comme le note
justement Stapf., permet de rattacher à B. nana les échantillons sui¬
vants : Humbert et Capuron 29 663, Forêt du Zombitsy (Sakaraha);
Dequaire 27 212 et 27 101, Mahabo; Descoings 348, Bas Mangoky;
Herb. Stat. Antiacridienne Betioky 13; Viennot-Bourgin et Bosser
16 123 Tanandava, Mangoky; Bosser 17 675, Akazoabo; Bosser 9000-
9001 Sakaraha.
Cette espèce est donc localisée dans la zone de la forêt semi-décidue
du S.-O.
Brachiaria Leandriana J. Bosser, nov. sp. (PI. 2).
Gramen perenne, 10-20 cm altum, rhizoma crassum. Culmi geniculato
ascendentes graciles, glabri, nodis pilosis; stolones longe decumbentes nodis
radicantibus. Foliorum vaginae internodiis breviores, pilosae; ligulae nullae;
Source : MNHN, Paris
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laminae patulae lineares vel lineari-Ianceolatae, acutae, usque ad 11 cm
longae, 7 cm Iatae. Inflorescentia paniculata, angusta, ovata, 3*3,5 cm longa,
1-1,5 cm lata, unilatérales, erecta; racemi 4-5 unilatérales, erecti, usque ad
2 cm longi; rachis triquetra scaberula. Spiculae binatae, ovatae, acutae,
2 mm longae, 1 mm latae, hirsutae, virides vel purpureae. Cluma inferior
late ovata, acuta, 1,5 mm longa, 5-nervis. Gluma superior spiculam aequans,
subgibbosa, 7-nervis. Anthoecium inferum vel stérile, lemma glumae supe-
riori simile, ovatum, 5-nervis; palea elliptica, apice truncata, bicarinata.
Anthoecium superum Ç spiculam subaequans, ovatum, apice acutum, laxe
ciliolatum, lemma et palea chartacea, laevissima nitida.
Madagascar S.-O. Clairières du plateau calcaire Mahafaly, ouest
d’Ejeda; J. Bosser 14.538 in Herb. P.
Plante gazonnante, à souche ligneuse épaisse, protégée par des
cataphylles densément pileuses, stolons aplatis rubanés, chaumes égale¬
ment aplatis de 1 mm de diamètre. Gaines foliaires pileuses à marges
ciliolées, nervure dorsale carénée. Limbe régulièrement pubescent sur
les deux faces à marges lisses ou très finement scabérules. Inflorescence
finalement nettement exerte à axe trigone, lisse à la base puis scabérule
au sommet, portant quelques soies plus longues à la base et à l’insertion
des racèmes. Racèmes courts et denses, courtement pédonculés. Épillets
géminés, l’un subsessile, l’autre porté par un pédicelle ^ hirsute, de
1,5 mm de long pour les épillets de la base du racème, 0,5 mm pour les
épillets du milieu. Paires d’épillets en général rapprochés (plus rarement
distants de 5-6 mm). Épillets à dos convexe, hérissés à densément hir¬
sutes. Glumes herbacées, embrassantes à la base, à nervures saillantes.
Fleur inférieure stérile ou mâle, à 3 étamines dont 1 parfois avortée;
lemma assez semblable à la glume supérieure mais aplatie sur le dos et
hirsute dans sa moitié supérieure seulement. Fleur supérieure convexe
sur le dos à glumelles jaune pâle, lisses.
Espèce bien particulière qui n’a été récoltée jusqu’ici que sur les
plateaux calcaires Mahafaly.
Source : MNHN, Paris
LE BEGONIA SQUAMULOSA HOOK. F.
ANALYSÉ ET FIGURÉ
D'APRÈS UN MATÉRIEL VIVANT
par N. Hallé et A. Raynal
L’espèce essentiellement camerouno-gabonaise, Bégonia squamulosa
Hook. f., est connue, mais de façon très incomplète, depuis 1871. Établie
d’après une seule récolte faite par Mann en 1862, la description originale
ignore la fleur $ et le fruit; l’espèce y est donnée comme dioïque. Gilg,
en 1921, place l’espèce de Hooker dans la section des Fusibegonia; il en
rapproche son B. bipindensis, sommairement présenté et de validité
discutable.
Nous sommes redevables à M. le professeur Irmscher de plusieurs
indications sur ces plantes; l’opinion de cet éminent spécialiste concorde
avec la nôtre quant aux synonymies données ci-dessous (in litt.).
Bégonia squamulosa Hook f.
Fl. Trop. Afr. 2 : 579 (1871); Keay, Fl. W. Trop. Afr. ed. 2, 1: 220 (1954).
— B. longipeliolala Gilg, Engl. Bot. Jahrb. 34 : 92 (1904); Hutchinson et Dalz.,
Fl. W. Trop. Afr. ed. 1,1: 188 (1927); synonymie établie par Keay l.c. (1954).
— B. bipindensis Gilg ex Engl, in Engl., Pflanzenw. Afr. 3, 2 (Engl, et Dr., Veg.
der Erde, IX) : 619 (1921), nov. syn.
Plante épiphyte, monoïque (N. Hallé 2992), herbacée ou sous-
ligneuse grimpante; tige monopodiale très rarement rameuse, appliquée
sur le support, longue de 5-30 cm; nœuds courts; entrenœuds radicifères.
Pubescence plus ou moins abondante sur tous les organes, composée de
poils remarquables, en petites écailles membraneuses, ferrugineuses,
appliquées, à nervures aranéeuses et dents aiguës rayonnantes; ce type
d’indûment est caractéristique de bon nombre d’épiphytes hygrophiles.
Bourgeon terminal protégé par les stipules; celles-ci, médiocrement
persistantes, longuement atténuées, atteignent 1-3 cm de longueur.
Pétiole charnu, d’un vert souvent mêlé de rouge, nettement canaliculé,
pubescent, long de 4-21 cm, redressé. Limbe légèrement succulent,
cassant, d’aspect cireux, vert un peu discolore, piqueté de rouge à la
marge, elliptique entier ou subanguleux, souvent à peine dissymétrique,
de dimensions variables : tantôt très large (20 x 10 cm, Raynal 10349;
27 X 15 cm, N. Hallé 2194) ou moyen (20-22 x 7,5-10,5 cm, Mann
1654), tantôt petit (8x3 cm, Thollon s. n.) ou étroit (20 X 4,5 cm,
Raynal 9709; 19 X 2,5 cm, Annet 223). La base du limbe est subcordée
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
— 115 —
à aiguë ; sommet à marges plus ou moins anguleuses et terminé par un
acumen atténué à caudé; face supérieure glabre; face inférieure à pubes¬
cence variable, souvent abondante au stade juvénile, sur les marges et
vers le sommet. Nervures secondaires 5-9 paires, ascendantes, un peu
irrégulièrement tracées; nervilles indistinctes in vivo, en réticule très fin
plus ou moins apparent sur le sec.
Les fleurs <? et Ç ne semblent pas ordinairement apparaître ensemble
sur le même pied. Fleurs groupées en une inflorescence généralement
seule, axillaire, pauci- ou plus souvent multiflore : c’est une cyme
contractée ombelliforme à floraison échelonnée. Pédoncule scapiforme
souvent long (soit (2-)4-10 cm), dressé, pubescent; 2 bractées opposées
situées presque au sommet du pédoncule, naviculiformes, variant de 3 à
10 mm en longueur, plus ou moins caduques; bractées supérieures réduites
ou peu développées (jusqu’à 2-3 mm, Annet 223). Pédicelle de 4-10 mm,
recourbé vers le bas dans le bouton, et, comme lui, rosé et ± pubescent.
Fleur à 4 tépales blancs aux extrémités, ± lavés ou striés de rose pur¬
purin vers la base. Tépales externes ovales, de 5-10 X 4 mm ; les internes
d’environ 4-5 x 1-2 mm. Étamines 25-32, jaunes, à filets connés en une
courte colonne et libres sur près de 0,5 mm. Anthères de 1,5-2 X 0,5 mm ;
deux thèques égales, à sutures sublatérales qui se fendent seulement à
la partie supérieure en deux pores ; connectif obtus ou subémarginé au
sommet. Fleurs $ paraissant axillaires, solitaires ou plus rarement gémi¬
nées, portées par des pédicelles très courts (environ 2-7 mm) et courbés
qui les amènent au ras du substrat; un vestige de préfeuille minuscule
subulée a été observé sous la base de l’ovaire. Quatre tépales semblables à
ceux de la fleur <J, ou un peu plus grands, et de même couleur. Quatre (5)
styles jaunes à base commune subnulle, à partie libre de 2-2,5 mm. Stig¬
mates jaunes en deux lobes spiralés papillifères d’environ 1 mm. Ovaire de
10-13 mm, marbré de fauve, pubescent, fusiforme, de section circulaire,
à 4 loges.
Fruit charnu, oblong ou obpiriforme et plus ou moins conique à
sommet subapiculé, plus ou moins tacheté, devenant rouge à maturité,
atteignant 13-18 X 5-7 mm, porté par un pédicelle très court. Graine
suboblongue de 1 mm, brun clair, ornée d’un réticule cellulaire fin.
Type : Mann 1654, fl. $ (K, P), 1° lat. N, Sierra del Crystal.
BIOLOGIE
Épiphyte souvent bas, du niveau du sol à 2,50 m, sur support vivant,
pourri ou inerte. Trouvé sur des troncs d’arbres, à proximité de petites
rivières, en sous-bois très ombragé (N. Hallé); sous demi-ombrage en
forêt ombrophile atlantique à Légumineuses (R. Letouzey); sous forêt
ombrophile très sombre (J. et A. Raynal 10391); sur grands arbres de
montagne (Annet). Rencontré également rampant sur des rochers, dans
des biotopes relativement éclairés : sur blocs granitiques au pied d’un
inselberg, en lisière de galerie, à mi-ombre, dans une zone entretenue
humide par des suintements faibles, au-dessous d’un chaos ensoleillé à
Source : MNHN, Paris
— 116
Euphorbes cactiformes (J. et A. Raynal 9709); dans un sous-bois très
clair, sur chaos de blocs granitiques au-dessus d’un à-pic à flanc de colline ;
les brouillards fréquents entretenaient là une humidité constante favori¬
sant la prolifération de Mousses et de Lichens (J. et A. Raynal 10349).
Dans les deux cas, le chaos rocheux était couvert d’une strate herbacée
discontinue; l’espèce dominante, Selaginella Vogelii, était accompagnée
des chasmophytes et épiphytes hygrophiles, Bégonia Slaudlii et Sela¬
ginella Baynaliana ; altitude de ces deux stations, 650 m environ.
La biologie florale, probablement entomophile, est encore totalement
inconnue; cependant, les fleurs restent ouvertes au cours de la nuit, ce
qui permet de supposer l’intervention d’insectes nocturnes.
Dans la nature, les fleurs $, solitaires et presque sessiles, sont peu
visibles et semblent peu fréquentes; ceci n’est pas uniquement dû au fait
qu’à une inflorescence S multiflore correspond une fleur $ unique : il
semble que, si les fleurs Ç sont assez abondantes dans les stations éclairées
elles soient réellement rares dans les milieux très ombragés. Deux pieds
introduits dans les serres du Muséum (J. et A. Raynal 9709) et placés
en milieu bien éclairé, n’ont produit, en près d’une année, que des fleurs $.
Ceci rejoint les expériences de C. H. Dodson sur les Orchidées monoïques
du genre Calasetum : il observa une apparition plus abondante de fleurs $
dans des conditions d’éclairement plus fort; dans la nature, les pieds se
rencontrent presque toujours sous ombrage, et seules les fleurs <? sont
abondantes : cité d’après L. Bernardi, Musées de Genève 40 : 9 (1963);
Dodson, Ann. Missouri Bot. Gard. 49 : 35-56 (1962).
DISTRIBUTION ET RÉFÉRENCES D’HERBIERS
Nigeria : Talbot 1741 (BM, non vu), Oban 1912.
Cameroun : Annet 223, II. <J, montagne de Ngowayang, 276, 11. <?, 287, 11. <J, et
308, Mont Findé, 424, 11. <J, Bikéligi, tous de la région de Lolodorf. — Hâtes 300 (K, non
vu), Efulen. — Kalbreyer 155, Mont Cameroun (cité dans Fl. W. Trop. Afr., non vu). —
Letouzey 4121, 11. <?, 45 km NE de Kribi. —- J.et A. Raynal 9709, 11. <J et $, Akoakas,
27 km SE d’Ebolowa; 10349, fl. <?, Ebolowa; 10391, 11. J et 5, Njabilobé, 54 km ESE
de Kribi. — Zenker 3098 (K, BM, non vu, type non cité de B. bipindensis Gilg),
Bipindi; 4 (?), fl.<J, oct. 1918, Bipindi.
Guinée espagnole : Bâtes 594, fl. <J, Alen, 15 miles from mouth of R. Benito. —
Guiral s.n., Mallico Bahunguy, R. Benito, 80 km de la mer.
Gabon : N. Hallé 2193,11. Ç, et 2194, 11. Ç, Haut-Abanga; 2992, fl. S et $, 3246,11. <?,
3363, 11. 5, 3372, fl. <J, Bélinga. — N. Hallé et G. Cours 5899, 11. <J, Etéké. — Thollon
Source : MNHN, Paris
NOTES SUR QUELQUES RHAMNAGÉES ARBUSTIVES
OU ARBORESCENTES DE MADAGASCAR
par R. Capuron
Centre Technique Forestier Tropical (Tananarive).
Les Rhamnacées sont représentées dans la Grande Ile par 10 genres.
Cinq d’entr’eux que nous avons laissés de côté sont soit des arbustes
sarmenteux épineux ( Sculia Comm. ex A. Brongn.) soit des lianes munies
de vrilles ( Helinus E. Mey. ex Endl. et Gouania Jacq.) ou non ( Venlilago
Gaertn.), soit des arbrisseaux à port de bruyère ( Phylica L.). Les 5 autres
genres comprennent des arbustes ou des arbres, parfois de grande taille.
Ce sont : Ziziphus Mill., Berchemia Neck., Colubrina L. C. Richard ex
A. Brongn., Lasiodiscus Hook. f. et un genre, que nous décrirons comme
nouveau, Balhiorhamnus.
I. - ZIZIPHUS Mill.
Trois espèces représentent ce genre à Madagascar : Z. mauriliana
Lamk. (Z. Jujuba Lamk. non Mill.), Z. Spina-Cbristi Willd. et Z. mucro-
nata Willd. Une quatrième espèce, Z. ? sinualus H. Perr., décrite sur des
échantillons en fleurs est en réalité un Colubrina. Les deux premières
espèces citées sont probablement des plantes introduites par les Arabes
ou les Hindous (t. Perrier); elles se sont très largement répandues dans
l’Ouest de l’Ile, surtout la première, qui envahit littéralement certaines
plaines, à faible altitude; on ne les rencontre jamais dans les formations
primitives, aussi les laisserons-nous de côté pour examiner seulement le
Z. mucronata.
Ziziphus mucromata Willd.
Enum. PI. Berol. : 251 (1809).
— Ziziphus madecassus A. Perr. Not. Syst. 11: 17 (1943); Flore de Madagascar,
123 e fam. : 12, tab. 3, flg. 1-3 (1950).
Dans les Ziziphus mauriliana Lamk. et Z. Spina-christi (L.) Willd.,
les feuilles (pubescentes-blanchâtres à la face inférieure dans la première
espèce, glabres ou glabrescentes dans la deuxième) sont symétriques à la
base et obtuses ou arrondies au sommet; les fruits ont un mésocarpe
charnu et comestible.
Dans le Ziziphus madecassus H. Perr. les feuilles, glabres ou glabres¬
centes, sont très asymétriques à la base et atténuées en pointe au sommet ;
les fruits ont un mésocarpe fibreux, presque sec, non comestible. Tous
Source : MNHN, Paris
118 —
ces caractères se retrouvent chez le Ziziphus mucronala Willd. d’Afrique.
La comparaison d’échantillons de l’espèce malgache et de l’espèce afri¬
caine (et plus spécialement d’Afrique orientale) nous a conduit à les réunir
dans le même taxon.
A Madagascar, le Z. mucronala est un arbre qui atteint parfois 15-
20 m de hauteur et 0,60 m de diamètre. L’écorce du tronc est très crevassée,
noirâtre. Les branches et les rameaux régulièrement étalés et étagés, un
peu pendants, lui donnent un port assez particulier. Les jeunes rameaux
sont souvent fortement en zig-zag. Les épines stipulaires peuvent devenir
très robustes : elles peuvent atteindre 1 cm de longueur; leur base est très
élargie et elles sont nettement aplaties de bas en haut : d’abord ascen¬
dantes, elles deviennent perpendiculaires aux rameaux; elles sont parfois
droites, plus souvent légèrement courbées vers le bas à leur extrémité.
En règle générale, les échantillons du Sud sont nettement pubescents
tandis que ceux du Nord sont pratiquement glabres. Des variations
analogues s’observent dans les plantes africaines.
Du Z. mucronala nous possédons les échantillons suivants :
Ouest (Nord) : Anjavibe, près d’Amparihirano, Daraina, Vohémar, 14705-SF
(Fr., 21-8-1955, Mangonga); Montagne des Français, 72-R. 6 (F.), 5672-SF (Fr., 11-9-
1952); butte calcaire, près d’Andrakaka, à l’Ouest de Diégo-Suarez, 23.280-SF (Fl.,
27-2-1964); plateau de l’Ankarana, 735-R.l (F., Bois, 8-8-1952, Magonga); Antetikireja,
au N. de la presqu’île d’Antonibe, 95-R.259 (F., Magonga); Ambondro-Ampasy, à la
base Ouest de la presqu’île d'Antonibe, 18557-SF (Fr., Bois, 2-5-1958, id.)
Sud : Forêt de la Sakamarekely, près d’Ankaraobato, Benenitra, 202-R.18 (F., Tsi-
nefonala); Ampanasanovy près d’Andranomanitsy, Tandrano, Ankazoabo, 140-R.18
(Fr., 12-4-1954, Sary tsinefo); bords d’un ruisseau à Amberomena, près d’Ankazoabo,
15.798-SF (Fr., 14-5-1956, Fatinakoho); thalwegs, dans le bush à Euphorbes, au P.K. 25
de la route Tuléar-Tongobory, 4980-SF (Fr., 2-5-1952, Relefo); vallée de l’Onilahy, aux
environs d’Ambohimahavelona, Perrier 19.235 (Fr., V-1933, Type), 4517-SF (Fl.,
8-2-1952), 12.688-SF (Fl. passées 15-2-1955, Tsinefonala); Esoba, près de Taobato,
Soamanonga, Betioky, 12.842-SF (Fl., 3-12-1954, Hazomboay ou Sary-tsinefo); bords
d’une rivière, entre Behara et Ambatoabo, 8537-SF (Fr., 28-9-1953).
II. — BERCHEMIA Neck.
Elem. II: 122(1790).
— Araliorhamnus H. Perr., Not. Syst. 11: 14 (1923); Flore : 6 (1950).
— Phyllogeiton (Weberbauer) Herzog., Beih. Bot. Zentralbl. 15: 168 (1903);
R. Capuron, Essai Introd. Fl. Forest. Madag. : 78 (Roneot. 1957).
Une seule espèce de ce genre se rencontre à Madagascar. Elle se
retrouve également en Afrique.
Berchemia discolor (Klotzsch) Hemsl.
Fl. Trop. Afr. (1868).
— Araliorhamnus punclulata H. Perr., Not. Syst. 11: 15 (1923); Flore, l.c. : 7,
tab.2, flg. 1-4(1950).
— Araliorhamnus vaginala H. Perr., l.c. : 16; Flore, l.c. : 8, tab. 2,flg. 5-10.
— Phyllogeiton discolor (Klotzsch) Herz. l.c.
Source : MNHN, Paris
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Après avoir un moment pensé adopter le genre Phyllogeilon (Weberb.)
Herz., nous nous rangeons à l’opinion de plusieurs botanistes dont le
dernier en date semble être F. White (1962) et nous le considérons comme
un synonyme de Berchemia Neck. Les caractères invoqués pour la sépara¬
tion des deux genres sont bien minimes et peuvent tout au plus permettre,
comme l’avait fait Weberbauer en 1895, de le tenir pour une section du
genre Berchemia.
Le genre Araliorhamnus H. Perr. (espèce type : A. vaginala H. Perr.)
ne saurait être maintenu et, à notre avis, il est impossible de ne pas iden¬
tifier les A. vaginala H. Perr. et A. punclulala H. Perr. au Berchemia
discolor (Klotzsch) Hemsl. Nous disposons d’un très grand nombre d’échan¬
tillons malgaches provenant de tout le versant occidental de l’Ile (y
compris le Sambirano). Comme on pouvait s’y attendre, les variations
concernant la taille des feuilles, leur consistance, leur aspect, leur ponc¬
tuation, leur pubescence, etc..., sont assez importantes : l’extrême varia¬
bilité des conditions écologiques que l’espèce peut supporter (calcaires
ou gneiss très secs de l’extrême-Sud de F Ile, forêts ombrophiles du Sam¬
birano) suffit à expliquer les différences observées. Perrier, pour séparer
les deux Araliorhamnus, outre des caractères tirés de l’appareil végétatif,
a invoqué la bisexualité des fleurs dans VA. punctulata et l’unisexualité
de ces dernières dans VA. vaginala; malgré nos nombreuses analyses nous
n’avons pas su retrouver les différences invoquées par Perrier.
Dans presque toutes les Rhamnacées de Madagascar l’examen dans
une même inflorescence, de fleurs à différents stades de la floraison, fait
apparaître des différences assez nettes dans le degré de développement des
divers organes; c’est ainsi par exemple, qu’il nous a semblé que les éta¬
mines arrivaient à leur taille définitive et à maturité nettement avant les
styles; très souvent ce n’est que lorsque les pétales et les étamines se
réfléchissent vers l’extérieur de la fleur que l’on voit la colonne stylaire
dépasser très nettement le haut du disque et se diviser en 2 ou 3 branches
stigmatiques bien individualisées. Peut-être est-ce ce phénomène qui a
conduit Perrier à penser qu’il y avait deux types de fleurs. Ayant
regroupé en une seule les deux espèces malgaches nous ne croyons pas
davantage qu’il soit possible de les séparer des plantes africaines. En
Afrique le Berchemia discolor a une très vaste aire de répartition, allant
de l'Erythrée au Mozambique et de la côte orientale africaine jusqu’en
Angola; sur le continent, l’espèce présente également des variations
(peut-être moins importantes qu’à Madagascar) mais nous ne pensons
pas que là non plus, il y ait lieu de tenter de séparer plusieurs espèces.
A Madagascar le Berchemia discolor est tantôt un arbre de faible
taille, tantôt (dans l'Ankarafantsika, la presqu’île d’Antonibe, le Sambi¬
rano etc...) un arbre pouvant atteindre 20-25 m de hauteur et 0,50-
0,70 m de diamètre. Son écorce, noirâtre est crevassée. Le bois, très dur,
est parfois exploité; il aurait, autrefois, été utilisé dans la région de
Diégo comme succédané du gaïac en construction marine. Les feuilles
sont très variables de taille; si, sur les échantillons du Sambirano et de
l’Ouest, leur limbe peut atteindre 9 X 4,7 cm, dans certains échantillons
Source : MNHN, Paris
— 120
du Sud (10371-RN), il ne dépasse souvent pas 1,5 X 0,8 cm. Sur les
individus à grandes feuilles le limbe est souvent aigu ou même assez
nettement acuminé; sur ceux à petites feuilles il devient très obtus. La
pubescence des organes végétatifs (ramules, pétioles, face inférieure du
limbe) est également très variable : nulle ou presque dans la majorité des
cas elle peut devenir très perceptible au toucher dans d’autres (c’est le
cas en particulier des échantillons de la région de Manombo). Pour toutes
ces variations, il y a des cas intermédiaires qui empêchent toute délimi¬
tation de taxa infraspécifiques. Le fruit, très peu variable de taille et de
forme, possède un mince exocarpe charnu comestible.
Nous connaissons le Berchemia discolor des localités suivantes :
Ouest (Nord) : Forêt d’Orangea, à l’Est de Diégo-Suarez, sur sables 23272-SF
(Fr., 24-3-1964); vestiges de forêt, sur sables, près d’Antsoha, au Sud du Pic Raynaud
(piste d’Andrafiabe à la baie de Rigny), 8387-SF (Fr., 20-1-1954, Hotrombengy),
20.363-SF (Fl., 9-11-1961); forêt de Sahafary, dans le bassin de la Saharaina, sur
sables, 6289-SF (FI., 10-12-1952).
Sambirano : Environs d’Anorotsangana, Ambanja, 2577-SF (Fl., 13-8-1950,
Vavanga); Ankazomiteraka, près d’Ambaliha, Anorotsangana, 14.993-SF (Fl., Bois,
7-10-1955, Vavangy).
Ouest : Antetikirejy, dans le N. de la presqu'île d’Antonibe, 90-R.259 (F.);
forêt d’Ambondro-Ampasy, Antonibe, Analalava, 18.820-SF (Fl., 29-10-1958, Sari-
komanga); Anjiamanitsc, Soalala, 64-R. 174 (F., Sarikomanga); Antsoha, Soalala,
3631-SF (Fr., 19-1-1951, Sarikomanga); massif de l'Ankarafantsika, près d’Ampijoroa,
Marovoay, 7644-SF (Fr. imm. 5-11-1953, Nato), 8096-SF (Fr., 16-12-1953); forêt de
Mandanisafa, près d'Ampangorina, Maintirano, 12.642-SF (Fr., 27-11-1954, Selint-
sihotsy); forêt d’Amboloandro, près d’Andrafia, Maintirano, 106-R. 153 (F., Nato);
forêt de l'Antsingy, près de la clairière d’Ambodiriana (piste Antsalova-Tsiandro),
s.n° R. 4 (Fr. 3-1952); forêts subcôtières, sur sables, à l’Ouest de Besara, Antsalova,
6878-SF et Léandri, Capuron et Razafmdrakoto 2254 (Fr., 27-12-1952); forêt de Maro-
fandilia, au N.E. de Morondava, 6309-SF (Fl., 114-11-1952, Tsiandalana), 26-R. 19
(F., Bois, Tsiandalana); environs d’Analaiva, à l’Est de Morondava, 16.636-SF (Fr.,
27-1-1957, Tsiandalana); forêt d’Analatelo à l’Est de Manamby, Mahabo, 12.655 (SF
(Fl., 13-10-1954, Tsiandalana); environs d’Andranovorisosotra, entre Morondava et
Befasy, 12.243-SF (Fl., 22-10-1954, Borodoka); environs de Bevantaza, Befasy, Moron¬
dava (vallée de la Maharivo), 40-R. 19 (F., Tsiandalana), 12.287-SF (Fl., Bois, 14-12-
1954, Tsiandalana); forêt de Beala, près d’Andranomena, Beharona, Manja, 27-R.279
(Fr., Tsiandalana); forêt de Mangona, près de Mitsinjo, Andranolava (haut bassin du
Fiherenana), 39-R. 224 (F., 6-2-1951, Borodoky) ; forêts tropophylles aux environs
d'Andranovory (route Tuléar-Sakaraha, vers les P.K. 50-60), 12.719-SF (Fl. 20-12-1954,
Borodoka); forêt tropophylle basse (transition avec le bush à Euphorbes) aux environs
d’Andranohinaly (vers les P.K. 45-50 de la route Tuléar-Sakaraha), 4563-SF (Fr., 28-1-
1952, Borodoka), 20.757-SF (Fl., 12-1961); id. (vers le P.K.) 28 F. Chauvet 374 (Fl.,
21-11-1962); Bereketa, Ianakafy, Betroka, 41-R.244 (F., Borodoky); vestiges de forêts
tropophylles, dans le haut bassin de la Menarahaka, à l’Est d’Ihosy, 11.629-SF (Fr.,
2-1955), 20.409-SF (Fl., 4-12-1961).
Sud : Route de Tuléar à Manombo, à quelques kilomètres au Sud de Manombo,
F. Chauvet 162 (Fl. j., 4-11-1961), 217 (Fl., 23-11-1961), 253 (Fr., 25-1-1962); vallée de
l’Onilahy, aux environs d’Ambohimahavelona, 4515-SF (Fr., 8-2-1952, Borodoke);
environs du lac Manampetsa, Perrier 19.160 (F.); Ankororoka, au N. du Cap Sainte-
Marie, 444-SF (Fr., 2-1949, Borodoka); environs de Marosoritra, au Sud d'Antanimora
4435-SF (Fr. imm., 12-12-1951, Borodoke) ; base du massif de l’Angavo, à l’Est d’Anta-
nimora, 11.707-SF (Fr., 2-1955, Borodoka); Andranobory, à l’Est du Mandrare, entre
Amboasary et Fort-Dauphin, 8210-SF (Fr., 2-12-1953, Borodoke); Soatana, près
Source : MNHN, Paris
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d’Imonty, Behara, 10.371-RN (Fl., 21-11-1959, Borodoka); environs d’Imanombo,
Bosser 10.249 (Fl., 10-1956, Borodoka).
III. — BATHIORHAMNUS R. Capuron, gen. nov.
Arbores. Foliis altcmis, petiolatis, basi 3-nervis acrodromis, marginibus
integris vel dentatis, stipulatis, stipulis latcralibus parvis. Inflorcscentiae
fasciculiformes axillares. Flores (fere Colubrinae) hermaphroditi pedicellati
5-meii, receptaculo parum concavo; sepala 5, triangnlaria, valvata, supra
carinata, punctato-pellucida, margine receptaculi inserta; petala 5, parva,
unguiculata, lamina plus minusve abrupte dilatata, cucullata ; stamina totidem
oppositipetala, filamentis brevibus, antheris ovatis discus crassus, planus,
intus receptaculo vestiens (discus Colubrinae) a parte superiore germinis
liberus; germen receptaculo infra discum adnatus, apice in stylum profunde
3-fidum attenuatus; germinis loculi ovulaque 3. Fructus drupaceus, sphaeri-
cus vel obscure 3-gonus et 3-sulcatus, basi cicatrice annulari receptaculi
brevissima cinctus; pyrenis (1-2) 3 osseo cartilagineis indehiscentibus. Semina
late ovata vel rotundata, apice plus minusve emarginata, arillo nullo, puta-
minc coriaceo, albumine carnoso; radicula inféra, cvlindrica; cotyledones
plani basi emarginati, apice plus minusve late emarginati.
Typus generis : Balhiorhamnus Louveli (H. Perr.) R. Cap.
Ce genre se caractérise essentiellement par ses fruits drupacés conte¬
nant trois noyaux (parfois 1 ou 2 seulement par avortement) indéhiscents,
ses graines non arillées, à téguments coriaces, non luisants, abritant un
embryon albuminé, ensemble de caractères que l’on ne retrouve ni dans
les Colubrina ni dans les Lasiodiscus. Parmi les autres caractères constants
du genre, signalons les feuilles alternes trinerves, à nervures basales aero¬
dromes ayant presque la même épaisseur au sommet qu’à la base, les
stipules petites, latérales, les inflorescences fasciculiformes. Les caractères
du fruit rapprochent le genre Balhiorhamnus des genres Bhamnus et Sculia,
mais il s’en sépare par ses caractères floraux (ovaire non libre au fond
d’une coupe réceptaculaire très concave) et par sa nervation foliaire. Du
genre Oreorhamnus Ridley, il se distingue par la nervation foliaire et par
l’organisation florale (disque) ; les fruits de ce dernier genre ne paraissent
pas encore avoir été décrits.
Précisons quelques caractères des fruits et des graines. Les fruits
sont en général globuleux, parfois très obscurément trigones. Le récep¬
tacle floral, légèrement accru, entoure la base du fruit à laquelle il adhère.
Le sommet du fruit porte les restes des trois branches stylaires. Le péri¬
carpe, mince ou assez épais, se pourrit lorsque les fruits tombent au sol,
libérant ainsi les noyaux. Ceux-ci très comprimés antéro-postérieurement,
ont un contour orbiculaire ou ellipsoïdal (plus large que haut) ; à sa base
le noyau est muni d’une ouverture par où s’aperçoit la base de la graine
et par où sort la radicule au moment de la germination. Les parois du
noyau sont très fibreuses-cartilagineuses, de couleur blanchâtre. La
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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graine a la même forme que le noyau et est dépourvue d’arille à sa base ;
les téguments, brun rougeâtres sont souples mais coriaces (sur le frais),
assez ternes. L’albumen est aussi épais que les cotylédons. Ceux-ci sont
foliacés et occupent toute la largeur de la graine, ils sont nettement émar-
ginés au sommet et cordés à la base; la radicule est cylindrique. Au
moment de la germination la radicule sort par l’orifice basal du noyau ;
celui-ci par des fentes le long de ses angles latéraux se divise partiel¬
lement en deux valves libérant ainsi la jeune plantule.
Nous avons reconnu deux espèces dans le genre Balhiorhamnus.
Elles peuvent se séparer ainsi :
1. Feuilles coriaces ou parcheminées, entières ou grossièrement den¬
tées dans leur moitié supérieure. Pas de domaties en saillie à la
face supérieure du limbe à l’aisselle des nervures basales... B. Louveli.
1'. Feuilles membraneuses ou submembrancuses finement denti-
culées sur les marges. Aisselle des nervures basales munies en
général d’une domatie faisant nettement saillie à la face supé¬
rieure du limbe. B. cryptophorus.
1. Bathiorhamnus Louveli (H. Perr.) R. Capuron comb. nov.
— Macrorhamnus Louveli H. Perr., Not. Syst. 11: 22 (1943); Flore : 24, tab. 6,
flg. 1-2 (1950).
Typus speciei : Louvel 2
Le Balhiorhamnus Louveli, au sens où nous l’entendons est une espèce
de très vaste répartition occupant toute l’île à l’exception du Domaine
du Sud. Bien entendu, sur une aire aussi grande, il n’est pas surprenant
d’observer des variations importantes : celles-ci intéressent l’appareil
végétatif (taille et forme du limbe, aspect de sa surface, lisse ou fovéolée,
marges entières ou dentées) ainsi que les fruits (surtout taille) ; la forme
des pétales varie également mais nous avons trop peu d’échantillons
fleuris pour pouvoir établir des corrélations nettes entre leurs variations
et celles présentées par les autres organes : dans certains échantillons, les
pétales ont une lame qui se dilate brusquement au-dessus de l’onglet (le
pétale ayant alors la forme d’une pelle), dans d’autres le passage de la
lame à l’onglet est progressif, dans d’autres enfin les pétales sont étroite¬
ment obovales, sans délimitation nette entre les deux parties. En nous
basant à la fois sur les caractères énoncés plus haut et sur la répartition
géographique nous avons divisé l’espèce en deux sous-espèces et quatre
variétés. Peut-être, lorsqu’elles seront mieux connues, certaines de ces
variétés pourront-elles être élevées au rang de sous-espèce.
Nous les séparons de la façon suivante :
a. Feuilles généralement ovales, à partie inférieure plus large que la
supérieure, s’atténuant généralement en pointe vers le haut.
Fruit ne dépassant pas 15 mm de diamètre. ssp. Louveli.
Source : MNHN, Paris
— 124 —
b. Limbe à bords entiers.
c. Limbe à surface lisse ou très finement fovéolée (Bassin supé¬
rieur du Mangoro). var. Louveli.
c'. Limbe à surface très nettement fovéolée (Ouest)... var. reticulatus.
b' , Limbe à bords souvent grossièrement denté ou sinué dans la
moitié supérieure, à surface lisse ou très finement fovéolée
(Nord). var. dentatus.
a'. Feuilles généralement elliptiques ou obovales, généralement à
plus grande largeur dans la moitié supérieure. Limbe entier.
Fruit atteignant 20-30 mm de diamètre (Est). ssp. macrocarpus.
a) var. Louveli (Typus : Louvel 2).
Le type de cette variété proviendrait de la forêt d’Analamazaotra ;
nos recherches pour retrouver dans cette forêt des individus lui corres¬
pondant parfaitement sont demeurées vaines. En revanche, dans le
bassin du Mangoro, à hauteur de Moramanga (c’est-à-dire à peu de distance
à l’ouest de la localité du type), nous avons rencontré des exemplaires
de Bathiorhamnus que nous croyons pouvoir rapporter à cette variété.
L’un (18.783-6is SF, stérile) provient d’une forêt située à une dizaine de
kilomètres à l’est de Marovoay (canton au nord de Moramanga); l’autre
(18.408-SF, Fr.) a été récolté dans les escarpements rocheux de la Man-
draka, à la sortie des gorges du torrent (au P. K. 70 de la route Tanana-
rive-Moramanga). Dans ce dernier échantillon, les fruits mesurent environ
15 mm de diamètre; les noyaux, presque orbiculaires ont 10-12 mm de
diamètre.
b) var. reticulatus R. Capuron, var. nov.
A var. Louveli difFert foliis manifeste foveolatis.
Typus var. : 18-471-SF.
Dans cette variété, spéciale à l’Ouest (depuis la région d’Analalava
jusqu’à l’extrême limite sud-orientale du Domaine) les feuilles sont très
nettement fovéolées sur les deux faces; le limbe peu coriace, paraît avoir
des dimensions moyennes plus grandes que dans la variété précédente
(les feuilles ont souvent plus de 8-10 cm de longueur et atteignent jusqu’à
15 cm). Les quelques fruits que nous avons vus ont des dimensions ana¬
logues (ou un peu plus réduites) à celles de la var. Louveli.
Ouest : Massif de l’Ankarafantsika aux environs d’Ampijoroa, sur sables, 87-
R. 174 (F.), 11.995-SF (F.), 18.471-SF (Fl., 19,21-11-1957); Anjiafitatra, près du mont
Tsitondroina (au N. d’Ankirihitra), Perrier 1373 (Fl., 12-1901); forêt d’Ankarokaroka,
près d’Antafia, Sitampiky, Ambato-Bœni, sur sables, 17.743-SF (Fl., 5-3-1957); forêt
de l’Antsingy, aux environs de la clairière d’Ambodiriana (piste Antsalova-Tsiandro),
sur calcaires, 18.033 ter-SF (F.); vestiges de forêt tropophylle dans le haut bassin de la
Menarahaka, à l’Est d’Ihosy, 166-R. 10 (F., Tsinefo), 32-R. 320 (F., Tsimahafoitompo),
34-R.239 (F.), 135-R. 239 (F., Tsimahafoitompo), 7643-SF (Fl. j., 30-10-1953), 13.727-
SF (Fr., 27-1-1955); massif de l’Analavelona, au N.E. de Tulear, vers 1 300 m d’alt.,.
Source : MNHN, Paris
— 125 —
165-R. 123 (F.); forêt de Vohibasia, au N. du haut Fiherenana, 118-R. 161 (F.);
forêt de Zombitsy, près de Sakaraha, sur sables, 18.591-SF (F., Bois, 20-6-1958);
vallon boisé sur le versant Est du massif du Vohidava, près d’Anadabolava (Moyen
Mandrare), 22.582 ter-SF (F.).
c) var. dentatus R. Capuron, var. nov.
A ceteris varietatibus differt foliis apice grosse dentatis vel crenatis.
Typus var. : 20.075-SF.
Dans cette variété le limbe de la majorité des feuilles, dans sa moitié
supérieure, est muni sur les bords de 3-6 grosses dents ou crênelures. Sur
les jeunes feuilles le sommet des dents est munie d’une glande conique
tôt caduque. Cette variété paraît localisée dans le Nord de l’Ile où on la
rencontre depuis 200-300 m d’alt. jusqu’à 1 600 m; dans les individus
récoltés en altitude les feuilles deviennent très coriaces .A Nossibé a été
récolté un échantillon que nous rapportons à cette variété : il a des feuilles
particulièrement grandes (jusqu’à 20 X 6 cm); il s’agit probablement
d’une forme de jeunesse.
Centre (Nord) et Ouest (Nord) : Massif de la Montagne d’Ambre, rive gauche
de la rivière des Makis, vers 600 m d’alt., 20.075-SF (Fl., 21-11-1958); forêt d’Analan-
driana, versant Nord de la Montagne d’Ambre, près de Sakaramy, vers 300 m d'alt.,
sur basaltes, 20.963 ter-SF (F.); forêt de Sahafary, dans le bassin de la Saharaina, sur
sables, vers 300 m d’alt., 20.113 bis-SF (F.), 23.066-SF (FI., 27-12-1963); forêt d’Ana-
lamahitsy, sur basaltes, entre Anivorano-Nord et Ambondromifehy, vers 350 m d’alt.,
22.023-SF (Fr., 16-2-1962);
Centre : Massif de l’Ambohimirahavavy, sur la retombée Sud du plateau de
Marofamamo, à l'Est de Mangindrano (Bealanana), vers 1 600 m d’alt., 986-SF (Fr.
imm., 6-2-1951, Telotritry).
Sambirano : Ile de Nossibé, à Bemangaoka, 9393-RN (F., Telotritry).
d) var. macrocarpus R. Capuron, var. nov.
Foliis integris coriaceis, pro parte obovatis, fructibus majoribus (20-
30 mm diam.).
Typus var. : 8970 SF.
Nous groupons dans cette variété les échantillons du Domaine de
l'Est. Les feuilles y sont assez variables de forme mais il y en a presque
toujours, dans chaque échantillon, dont le limbe est assez nettement
obovale ou largement elliptique. Les fruits que nous avons vus à maturité
ont de 20 à 30 mm de diamètre; ils sont globleux ou parfois nettement
plus hauts que larges. Dans les fruits de 30 mm de diamètre le péricarpe
atteint 2-4 mm d’épaisseur (il est plus épais au dos des loges) ; les noyaux,
assez fortement bombés en dièdre sur leur face adaxiale, mesurent 20-
23 mm de largeur, 17 mm de hauteur et 8-9 mm d’épaisseur; la graine
mesure 20 mm de largeur et 16 mm de hauteur; les cotylédons, échancrés
Source : MNHN, Paris
— 126 —
à la base et au sommet mesurent 19 X 14 mm; quant à la radicule elle
mesure 3,5 mm de longueur.
A la var. macrocarpus nous rapportons les échantillons suivants :
Est : forêt sublittorale, sur sables, près du terrain d’aviation de Vohémar, 14.251.
SF (Fl., 7-7-1955, Telotritry); bassin de la Fananehana, massif de l’Androrona, vers
600-700 m d’alt., 8970-SF (Fr., 2-1954); forêt de Tsirakambolozatsy-Mananara, près
d’Ankarany Antsirabe, Mandritsara, 111-R. 301 (F.); collines et falaises maritimes
au Nord d’Ivontaka, au Sud de Mananara, 18.215-SF (Fr., 5-9-1957); Réserve Naturelle
n° 1, Ambodiriana, Tamatave, s.n. R. 4 (Fr.); forêt d’Analamazaotra, Périnet, 2970 bis-
R. 4 (F.); Andrambovato, à l'Est de Fianarantsoa, vers 900 m d’alt., 13.272-SF (Fr.,
10-2-1955, Ravinaviotra); forêt de Misevo, Ihorombe, Farafangana, 16.083-SF (Fr.,
29-3-1956, Hazomasy); forêt de Bemelo, près de Farafangana, 68-R. 146 (F., Ravinovy)
IV. — GOLUBRINA Rich. ex Brongn.
Ann. Sc. Nat., sér. 1,10: 368 (1827).
— Macrorhamnus Baill, in Adansonia, 11: 275 (1874).
A plusieurs reprises, tant dans la Révision des Rhamnacées que dans
la Flore, Perrier de la Bathie s’était demandé si les genres Macrorham¬
nus et Lasiodiscus ne devaient pas être rapportés au genre plus ancien
Colubrina. Il ne fait aucun doute que par les caractères de ses fruits et
de ses graines le genre Macrorhamnus doit être réuni au genre Colubrina.
En revanche, pour les mêmes raisons, le genre Lasiodiscus doit subsister.
Nous plaçons dans le genre Colubrina les Rhamnacées malgaches
ayant un fruit capsulaire 3-coque, déhiscent, des graines munies à leur
base d’un petit arille à bords entiers, un hile réduit à une simple fente sans
épaisseur, des téguments séminaux crustacés souvent luisants, un albumen
abondant, une radicule nettement saillante au-delà des cotylédons
(échancrés à leur base). Ces caractères se rencontrent chez tous les Macro¬
rhamnus décrits (à l’exception du Macrorhamnus Louveli) ainsi que chez
les Ziziphus? sinuatus H. Perr. et Lasiodiscus Alluaudi H. Perr.
Dans le matériel des Colubrina malgaches nous avons reconnu cinq
espèces qui peuvent se séparer comme suit :
1. Feuilles alternes ou opposées ou subopposées, jamais fasciculées;
pas de rameaux courts.
2. Arbuste sarmenteux ou liane. Feuilles alternes régulièrement
dentées sur leur marge, les dents munies d’une glande coni¬
que . 1. C. asiatica (L.) Brongn.
2'. Arbustes ou arbres dressés. Feuilles entières ou irrégulièrement
crénelées.
3. Feuilles opposées (quelques paires parfois subopposées), très
entières, dépourvues, à la face inférieure du limbe, de
glandes circulaires. Exocarpe du fruit nettement charnu
(sur le frais) et se séparant tardivement de l’endocarpe
. 2. C. decipiens (Baill.) R. Cap.
3'. Feuilles alternes (exceptionnellement quelques feuilles oppo¬
sées ou subopposées), entières ou irrégulièrement crénelées.
Source : MNHN, Paris
— 127 —
Exocarpe sec, se séparant rapidement de l’endocarpe.
Feuilles le plus souvent pourvues, à quelque distance des
marges, de glandes circulaires ou elliptiques.
. 3. C. Faralaotra (H. Perr.) R. Cap.
1'. Rameaux de deux sortes, les uns (rameaux longs) portant des
feuilles alternes, subopposées ou opposées, les autres (rameaux
courts) portant à leur sommet des feuilles fasciculées. Feuilles
toujours très entières. Exocarpe sec.
4. Feuilles à limbe elliptique ou ovale, à plus grande largeur vers
le milieu ou au-dessous, dépassant presque toujours 20 mm
de longueur. Présence presque constante d’une ou plusieurs
glandes cylindracées-coniques sur le haut du pétiole ou à la
base du limbe. 4. C. Alluaudi (H. Perr.) R. Cap.
4'. Feuilles à limbe obovale, à plus grande largeur au-dessus du
milieu, dépassant exceptionnellement 15 mm de longueur.
Pétiole et limbe dépourvus de glandes cylindracées-coniques.
. 5. C. Humberti (H. Perr.) R. Cap.
1. Colubrina asiatica (L.) Brongn.
Cette espèce que l’on trouve en Afrique Orientale et Australe ainsi
qu’en Asie et Océanie est un arbuste grimpant ou une liane. Elle est tou¬
jours localisée près du littoral.
Son port grimpant ainsi que ses feuilles dentées (à dents munies au
sommet d’une petite glande conique), à base largement arrondie ou en
cœur, permettent de la reconnaître aisément. Comme dans le Colubrina
Faralaotra les feuilles marquent souvent une nette tendance à se rappro¬
cher par paires et à devenir ainsi subopposées.
Au moment de la déhiscence l’arille de la graine reste fixé à l’axe du
fruit ainsi qu’une partie des cloisons interloculaires. La graine est d’un
brun grisâtre, à dos arrondi. L’exocarpe, très mince, se détache, au moins
en partie, de l’endocarpe.
2. Colubrina decipiens (Bâillon) R. Capuron, comb. nov.
— Macrorhamnus decipiens Bâillon, 1. c. : 273; Perrier, Not. Syst. 11: 21 (1943);
Flore: 23 (1950).
— Macrorhamnus sphaerocarpa H. Perr. Not. Syst. 11: 21 (1923); Flore : 22 et
tab. 5, fig. 5-8 (1950).
Le Colubrina decipiens (H. Bn) R.Cap. est soit un arbuste de quelques
mètres de hauteur, soit plus souvent un arbre qui peut atteindre de grandes
dimensions, jusqu'à 20-25 m de hauteur et 0,60 m-0,80 m de diamètre.
Son écorce à rhytidome caduc par plaques, platanoïde, le rend aisément
reconnaissable. Ses feuilles sont opposées (parfois subopposées) caduques,
3-plinerves à la base, les deux nervures latérales naissant plus ou moins
nettement au-dessus de la base du limbe et atteingant le tiers ou le quart
supérieur de la feuille. La forme du limbe, en particulier celle de sa base
Source : MNHN, Paris
— 128 —
et de son sommet, est assez variable (c’est ainsi par exemple que la base
peut être obtuse ou arrondie ou cordée). Les bords du limbe sont toujours
très entiers. Le limbe est muni de points translucides, parfois très visibles,
parfois indistincts, dus à des poches à mucilages; il n’est pas muni, à sa
face inférieure, de plages glanduleuses circulaires comme c’est le cas dans
le Colubrina Faralaolra. Les stipules, à demi intrapétiolaires, libres l’une
de l’autre, triangulaires aiguës, peuvent atteindre 5-6 mm de longueur
et sont très caduques ; elles sont pliées carénées en long suivant leur ligne
médiane et sont munies sur leur face interne de 7-8 longs bâtonnets
glanduleux.
Les inflorescences sont axillaires des feuilles, parfois de leurs cica¬
trices. Ce sont de petites cymes brièvement pédonculées (2-5 mm), plu¬
sieurs fois ramifiées, multiflores, (atteignant 1,5 cm de diamètre environ).
Tous les axes de l’inflorescence ainsi que les bractées et les pédicelles sont
densément pubescents roussâtres. Les bractées sont petites, triangulaires
obtuses, très caduques. Les fleurs généralement 5-mères, rarement 6-
mères, sont hermaphrodites et ont un pédicelle de 2,5-3,5 mm à l'anthèse.
Leur diamètre atteint 7 mm. Le réceptacle est en cupule très largement
évasée, peu profonde. Les 5 sépales, valvaires, triangulaires (2x2 mm
environ), très étalés à l’anthèse, sont densément pubérulents extérieure¬
ment, glabres intérieurement et munis sur cette face d’une carène médiane
qui s’épaissit, sans se bifurquer, vers la base du sépale. Par transparence
on observe dans les sépales de gros points translucides. Les pétales,
obovales, d’environ 1,8 mm de longueur, n’ont pas d’onglet net; ils sont
cucullés et plus ou moins repliés en long dès la base qui est simplement
rétrécie (ils ont un peu la forme d’une cuillère); vers leur tiers inférieur
leur dos est épaissi et présente des points translucides. Les étamines,
encapuchonnées par les pétales, surtout dans le bouton (elle sont alors
rabattues contre le disque), sont à peine plus longues que ceux-ci mais leur
filet est, à l’anthèse, un peu replié au sommet vers l’intérieur; les filets,
peu élargis à la base, ont 1,5 mm de longueur; les anthèses largement
ovales, excisées à la base, ont au plus 0,5 mm; elles sont fixées sur le filet
au fond de leur excision basale, un peu dorsifixes; leur déhiscence est
longitudinale latérale. Le disque est plan, un peu cannelé radialement en
surface (impressions des anthères et des carènes sépalaires dans le bouton),
pentagonal, échancré aux angles par les bases des pétales et des filets
staminaux qui s’insèrent au-dessous de son bord. Il est glabre et a environ
3,5 mm de diamètre. Il est interrompu au centre pour laisser passer le
style. L’ovaire, à l’exception du style, est complètement noyé dans le
réceptacle (celui-ci bourré de mucilage) au-dessous du niveau du disque.
Il est à 3 loges 1-ovulées. Le style est tantôt très court (0,5 mm à peine)
et dépasse peu le niveau du disque tantôt bien développé (et atteint alors
1 mm); il porte des cils près de sa base et il est divisé à son sommet en
3 lobes très courts, obtus.
Dans le Colubrina decipiens tel que nous le comprenons nous inclu¬
rons l’espèce décrite par Perrier sous le nom de Macrorhamnus sphæro-
carpa. Cet auteur, pour séparer les deux espèces, a invoqué des caractères
Source : MNHN, Paris
129 —
tirés des feuilles et des fruits. Dans le M. sphærocarpa le limbe serait
3-plinerve à la base, les deux nervures latérales atteignant le sommet du
limbe, tandis que dans le M. decipiens le limbe serait 5-plinerve, avec les
deux nervures latérales les plus inférieures beaucoup plus courtes que les
suivantes très longues. Le M. sphærocarpa, décrit sur deux échantillons
provenant des rocailles très sèches du Sud, a un feuillage nettement moins
opulent que celui des plantes que l’on peut rapporter à l’autre espèce;
aussi l’espace compris entre l’extrême base du limbe et le point où les
deux nervures latérales principales se séparent de la médiane y est nette¬
ment plus réduit; les « deux nervures latérales les plus inférieures », qui
ne sont en fait qu’une ramification externe des nervures basales princi¬
pales, existent dans les deux espèces, mais dans les plantes à feuillage réduit
elles naissent à la base du limbe tandis que dans celles à feuillage plus
développé elles se séparent de leur nervure-mère plus ou moins nettement
au-dessus de la base. Il n’y a donc, foncièrement, aucune différence entre
les deux « espèces » sous le rapport des feuilles. Quant aux fruits il sont
« sphériques, petits, sans sillons ni angles, très tardivement déhiscents,
avec exocarpe restant soudé aux coques après déhiscence » dans le M. sphæ¬
rocarpa, « ovales-trigones, avec exocarpe déhiscent en trois valves bifides
dorsalement, libre, n’adhérant pas à la face externe des coques » dans le
M. decipiens.
En fait, dans les deux « espèces », les fruits arrivés à maturité complète
sont déhiscents et l’exocarpe se sépare des coques (sur le frais l’exocarpe
est assez épais, charnu, et il met assez longtemps avant de se dessécher).
Restent la taille et la forme des fruits. Dans le M. sphærocarpa les fruits
sont effectivement globuleux, très faiblement trigones et ne dépassent
guère 8-10 mm de diamètre; dans les M. decipiens de la région de Moron-
dava et des berges de l’Onilahy ils sont nettement ovoïdes trigones et de
taille plus grande; quant aux M. decipiens de la région de Diégo-Suarez
leurs fruits ont une forme analogue à ceux de M. sphaerocarpa mais leur
diamètre atteint parfois 20 mm. A la rigueur, ces différences pourraient
peut-être permettre de séparer des variétés mais non des espèces.
Ainsi que nous le définissions, le Colubrina decipiens occupe toute
la Région occidentale, aux basses altitudes, depuis l’extrême Nord de
l’Ile jusqu’au bassin du Mandrare. Aux échantillons cités par Perrier
nous ajoutons les suivants :
Ouest : Dunes littorales, à Andavakonko, au Sud d'Andranotsimaiky, presqu’île
du Bobaomby, 92 R 157 (F., Kirandrambiavy); forêt d’Orangea, à l’Est de Diégo-
Suarez, 13121-SF (Fr., 6-2-1955, Sely), 20.939-SF (Fr., 22-2-1962); forêt à l’Ouest de
Besara, Antsalova, 6875-SF (Fl., 27-12-1952); entre Morondava et Mahabo, 4674-SF
(Fr., 27-2-1952, Sely), 4518-SF (Fl., Fr. imm.) 22-2-1952, Tatramborondreo), 20882-SF
(Fl., 18-1-1962); Tsitake, Morondava, 4672-SF (Fr., 6-4-1952, Selinala); Misokitra,
Morondava, 3456-SF (Fr., 25-5-1951); Analamay, près de Belavenoka, Befasy, Moron¬
dava, 13164-SF (Fl., 10-1-1955, Tatramborondreo); Antanambao, Befasy, 15543-SF
(Fr. imm., 6-2-1956, Tatramborondreo); forêt d’Ihera, au N. de Mitia, Mahaboboka,
Tuléar, 130 R 161 (F., Tatramborondreo); Mitsinjo, près de Salary-Nord, Manombo,
Tuléar, 12813-SF (F., 18-1-1955, Mandaoza); bush, sur calcaires, avec placages de
sables roux, au Sud de la Manombo, 18610-SF (Fr., 25-6-1958); Tuléar, Decary 18554;
Source : MNHN, Paris
— 130 —
bush sur calcaire à Sarodrano Tuléar, 14283-SF (Fr., 26-7-1955, Tatramborondreo) ;
rive gauche de l’Onilahy, entre Tongobory et Ambohimahavelona, 6953-SF (Fr.,
4-1953), 12560-SF (Fr., Bois 12-2-1955, Malamasafoy ou Mandaoza); Saint-Augustin,
sur calcaires, Perrier s.n° (Fr., 6-1933); falaises calcaires dominant la rive gauche de
l’Onilahy, à la baie de Saint-Augustin, 11904-SF (Fr., 3-1955); bush, aux environs de
Vohitsara, entre Ambatry (Betioky) et Soalara,, 11892-SF (Fr., 3-1955); plateaux
calcaires dominant la rive Sud-Est du lac Tsimanampetsotsa, 18658-SF (Fr., 2-7-1958;
environs d’Ihazofotsy, au bord d'un affluent de la Mananara (bassin du Mandrare),
11851-SF (Fr., 3-1955).
3. Colubrina Faralaotra (H. Perr.) R. Capuron, Comb. nov,
— Macrorhamnus Faralaotra H. Perr. (sphalgm. M. Faraloalra), Not. Syst. 11: 22
(1943); Flore : 24, tab. 7 (1950).
— Zizi/phus (?) sinualus H. Perr., Not. Syst. 11:18 (1943); Flore : 14, tab. 3, flg. 4-7
(1950).
Nous groupons dans cette espèce tous les Colubrina malgaches arbo¬
rescents ou arbustifs (jamais lianescents) à feuilles alternes ou parfois
subopposées, jamais fasciculées, dont le limbe est muni, à la face inférieure,
de quelques plages glanduleuses plus ou moins circulaires, visibles surtout
par transparence, à marges foliaires entières ou irrégulièrement crênelées-
dentées. Ainsi définie l’espèce est assez polymorphe et nous y reconnaîtrons
trois sous-espèces.
Avant de passer à l’examen de ces sous-espèces, nous dirons quelques
mots sur la disposition des feuilles. L’examen des deux rameaux figurés
à la planche 7, dans la Flore de Madagascar, et plus encore celui de cer¬
tains échantillons, fera apparaître l’anomalie sur laquelle nous voudrions
attirer l’attention du lecteur (on la retrouve, tout aussi nettement, dans
le C. asiatica). Les feuilles, à première vue, paraissent distiques; une obser¬
vation un peu plus attentive fera apercevoir une inégalité des entrenœuds
successifs (à un entrenœud long succède un entrenœud court); de plus,
dans le plan formé par les limbes foliaires, on rencontre d’abord deux
feuilles d’un même côté du rameau, puis deux feuilles du côté opposé
et ainsi de suite. Tout se passe comme si les feuilles étant primitivement
opposées-décussées, les deux spires génératrices avaient subi l’une par
rapport à l’autre un décalage par translation le long de l’axe du rameau
(translation égale à la longueur des entrenœuds courts). De plus, les
feuilles sont ramenées dans un même plan par une torsion des rameaux
autour de leur axe longitudinal. Des anomalies dans la phyllotaxie
paraissent fréquentes chez les Rhamnacées. Nous en verrons un autre
exemple en étudiant le Lasiodiscus Pervillei.
Les trois sous-espèces que nous reconnaissons dans le Colubrina
Faralaotra peuvent se séparer comme suit :
a. Fruit glabre ou ayant tout au plus quelques poils très épars et peu
visibles.
b. Feuilles à marges très entières, ayant en règle générale 5-10 cm
de longueur. Inflorescences le plus souvent multiflores, en
cymes pédonculées. ssp. Faralaotra.
Source : MNHN, Paris
— 131 —
b 1 . Feuilles à marges entières ou obscurément sinuées, ayant en
général moins de 5 cm de longueur. Inflorescences le plus
souvent pauciflores, en cymes fasciculiformes ou brièvement
pédonculées. ssp. sinuata (H. Perr.) R. Cap.
a'. Fruit pubérulent. Feuilles à marges très souvent sinuées, longues
de 5-8 cm. Inflorescences souvent en fascicules, ssp. trichocarpa R. Cap.
a) ssp. Faralaotra
Cette sous-espèce est localisée dans le Domaine de l’Est, où on la
rencontre depuis le bord de la mer jusqu’aux environs de 1 000 m d’alt.
La pubescence est nettement plus accusée sur les individus croissant en
altitude que sur ceux qui croissent dans les zones basses. Ceux-ci ont
été séparés par Perrier dans une var. glabrescens (élevée au rang de
sous-espèce dans la Flore), variété que nous conserverons; dans cette
dernière, suivant la provenance des échantillons, on peut noter des
différences assez sensibles dans la forme des feuilles. Pour l’instant, le
matériel étant encore insuffisant nous préférons nous limiter à la recon¬
naissance de deux variétés seulement. Aux échantillons déjà cités par
Perrier, nous ajouterons les suivants :
a!) var. Faralaotra
— Est (confins du Centre) : Massif de l’Anjanaharibe, à l’Ouest d’Andapa, dans la
vallée de l’Andramonta, vers 700 m d’alt., 920-SF et Humbert, Capuron et Cours 24475
(Fl., 14-3-1950, Faralaotra); forêt d'Analamazaotra, Périnet, 582-SF (Fr., 23-3-1949,
Faralaotra), 2259-SF (Fl., Bois, 18-12-1950, id.), 3294-SF (Fr., 23-3-1951, id.), 14963-SF
(Fr., 3-3-1955, id.), 17974-SF (Fr., 12-4-1958, id.); piste d'Ambohitsara à Madiofasina,
Marolambo, 20 R 231 (F., id.); Sahasanata, près d'Antanjonomby, Befody, Nosy-
Varika, vers 650 m d’alt., 185 R 116 (F., id.).
a 2 ) var. glabrescens H. Perr.
Not. Syst. Il : 23 (1943).
— Macrorhamnus Faralaotra H. Perr. ssp. glabrescens H. Perr., Flore : 26 (1950).
Est : Soanierana-Ivongo, 2431-SF (Fl., 27-12-1949); forêt sublittorale, sur sables,
à Tampolo, au N. de Fénérive, 1804-SF (Fr., 23-2-1950), 2971-SF (Fl., Fr., 26-12-1950.
Faralaotra) 12485-SF (Fl., 29-11-1954, id.), 13074-SF (Fr., 22-2-1955, id.) 16468-SF
(Fl. 29-11-1956, id.), 16544-SF (Fi., Fr., 16-2-1957, id.), 17878-SF (Fl., 27-12-1957, id.),
17916-SF (Fr. 4-3-1958, id.), 289 R 107 (F., Bois, id.), 2 R 255 (F., id.); forêt d’Anala-
lava, sur latérites, à l’Ouest de Foulpointe, 20161-SF (Fl., 3-12-1958), 22784-SF (Fr.,
30-10-1963); forêt de Sahasy, près d’Ambodilazana, Tamatave, 15517-SF (Fl., 8-3-1956,
Faralaotra); Menagisy, entre Brickaville et Ambila-Lemaitso, 2992-SF (Fr., 29-1-1951,
id.), 12302-SF (Fl., Bois, 6-12-1954, id.); Fanajazana, près de Mananjary 10107-SF
(Fr., 10-4-1954, id.); Ankazinina, près d’Ambila, Manakara, 593 R 1 (F., id.); Mahat-
sinjoriaka, Sahasinaka, Manakara, 6 R 229 (F., id.); Manakara, 6550-SF (Fl., 17-11-
1952, id.); Kianjanomby, Sahasinaka, Manakara, 6 R 239 (F., id.); Vohitrakora, près
d’Ionilahy, Mahabako, Manakara 16065-SF (F., id.); Andohanisahamamy, Ifanirea,
Fort-Carnot 7298-SF (Fr. 29-3-1953, Faralaotra ou Hazombazaha); Ranomena, Van-
gaindrano, 2246-SF (Fr., 30-3-1950, Faralaotra ou Hazombazaha); Antanimora, Manan-
tenina, Fort-Dauphin, 10918-SF (Fr., 24-6-1954, Malemisalaza); forêt d’Hirikiriky;
près de Vohibolo, Mahatalaky, Fort-Dauphin, 14534-SF (Fr., 11-5-1955, Malemisalaza) i
Source : MNHN, Paris
— 132 —
forêl de Mandritsiva, près de Maromanivy, Fort-Dauphin, 358 R 16 (F., Malemisalaza);
Mandena, au N. de Fort-Dauphin, 7416-SF (Fr., 26-2-1953, id.)
b) ssp. sinuata (H. Perr.) R. Cap., comb. nov.
— Zizgphus (?) sinualus H. Perr. I. c.
La découverte des fruits de cette plante nous a montré qu’il s’agissait
d’un Colubrina. Nous avions pensé tout d’abord le considérer comme une
espèce distincte du C. Faralaolra. Mais comme les caractères distinctifs
qui permettraient de séparer les deux espèces sont de faible importance,
nous préférons le considérer comme une simple sous-espèce de cette
dernière. Elle s’en distingue par ses feuilles plus petites, ses inflorescences
souvent fasciculiformes, ses fleurs de plus faible diamètre et portées par
des pédicelles particulièrement grêles. Le limbe est très entier ou parfois
obscurément sinué-crênelé vers le haut. Cette sous-espèce paraît localisée
dans la dépression du Lac Alaotra et du haut Mangoro.
Nous lui rapportons les échantillons suivants :
Est (Bassin du Lac Alaotra et du Haut Mangoro) : Anony, forêt au Nord du Pays
Sihanaka, Herb. J. Bot. Trive 2966 (Fr., 13-9-1937) route d’Andilamena, Dequaire
27787 (Fl., Fr., s. d.); vallée de la Menaloha, à l'est du Lac Alaotra, Cours 628 (Type)
et Herb. J. Bot. Trive 3919, (Fl., 9-1937), Cours 645 et Herb. J. Bot. Trive 3981 (Fl., id.),
Cours 688et Herb. J. Bot. Trive 3969 (Fl., 1-1938); Ambatondrazaka, d’Alleizette s. n°
(Fl-, 10-1906); restes de forêt, sur la rive gauche du Mangoro, au P. K. 100 de la route
Tananarive-Moramanga, tout près du village d’Ankarahara, 18786-SF (Fr., 9-1958),
20311-SF (Fr., 6-8-1961); vallée delà Mandraka, à l’Est de Tananarive, d'Alleizette
1134 M (8-1906).
c) ssp. trichocarpa R. Capuron, ssp. nov.
A ceteris subspeciebus differt fructibus manifeste puberulis, marginibus
foliorum fere semper sinuato-crenatis.
Typus subsp. : 10454-SF
Cette sous-espèce paraît localisée dans les Domaines de l’Ouest et
du Sambirano, c’est-à-dire sur le versant occidental de l’Ile. Quelques
différences s’observent entre les échantillons que nous leur rapportons.
Deux, provenant du Sambirano, paraissent avoir des feuilles entières
(18922-SF et 4056-SF, tous deux de la vallée de la Beandrona) alors que
tous les autres échantillons ont des feuilles crénelées. De plus, les échantil¬
lons du Sambirano (tous en fruits) ont des infrutescences en cymes
nettement pédonculées; les échantillons des autres provenances ont des
inflorescences fasciculiformes ou très brièvement pédonculées; il se peut
que durant et après la floraison le pédoncule s’accroisse et atteigne les
dimensions observées sur les échantillons fructifiés du Sambirano. Pour
l’instant nous ne pouvons accorder à ces différences une valeur taxono¬
mique.
La pubescence que l’on observe sur les fruits (surtout sur les coques,
mais aussi sur le réceptacle) est constituée de cils courts et fins d’un blanc
Source : MNHN, Paris
— 133 —
grisâtre; ils sont assez épars et ne cachent jamais les téguments sur les
fruits mûrs.
A cette sous-espèce nous rapportons les échantillons suivants :
Ouest (Nord) : Forêt de Sahafâry, bassin de la Saharenena (Diégo-Suarez), sur
sables, 20971-SF (Fl. 20-2-1962), 22703-SF (FI., Fr. imm., 25-4-1963).
Sambirano : Vallée de la Beandrona, à l’Est d’Ambanja, sur grès de l’Isalo, 4056-
SF (Fr., 25-8-1951), 18922-SF (Fr., 9-11-1958) vallée de l’Antsahalava, Ambanja, vers
350 m d'alt., 10454-SF (Fr., 19-7-1954, Hazomasina).
Ouest (Menabe) : Antsalova (probablement massif calcaire de l’Antsingy), 12466
RN (Fl., 12-2-1962, Tsiambanilaza).
4. Colubrina Alluaudi (H. Perr.) R. Capuron, comb. nov.
— Lasiodiscus Alluaudi H. Perr., Not. Syst. 11 : 27 (1943); Flore : 30, tab. 8, 11g. 1-8
(1950).
La découverte des fruits et des graines de cette espèce permet d’affir¬
mer qu’il s’agit d’un Colubrina et non d’un Lasiodiscus (graines arillées
à la base, à hile réduit à une simple fente, albumen présent).
Cette espèce, ainsi que la suivante, se sépare des précédentes par
la présence de deux sortes de rameaux ; rameaux d’élongation à entre¬
nœuds développés et rameaux courts à entrenœuds pratiquement nuis.
Sur les rameaux longs les feuilles peuvent être opposées ou subopposées,
parfois nettement alternes (on retrouve alors dans les entrenœuds les
inégalités déjà signalées dans les Colubrina Faralaolra et C. asialica).
C’est à leur aisselle que prennent naissance les rameaux courts; ceux-ci,
souvent hérissés par les stipules persistantes, portent à leur sommet un
fascicule de quelques feuilles à l’aisselle desquelles se développent les
fleurs. Très nombreux sur les individus croissant dans les stations sèches,
les rameaux courts se raréfient sur les individus de stations plus humides
mais sont cependant toujours présents.
Les stipules sont soudées en une lame intrapétiolaire plus ou moins
profondément bifide (parfois presque jusqu’à la base); elles persistent
longtemps, en particulier sur les rameaux courts.
Tous les organes (rameaux, feuilles, pédicelles, réceptacle et face
externe du calice) sont nettement pubescents dans leur jeunesse; cette
pubescence peut presque complètement disparaître ou au contraire
subsister en très grande partie sur les organes adultes. Sur la face supé¬
rieure du pétiole, dans sa moitié terminale, ou à l’extrême base du limbe,
il y a presque constamment 1-3 glandes ovoïdes-fusiformes (de 1-1,5 mm
de long) noirâtres ou rougeâtres. Le limbe, très entier sur les marges,
dépourvu de plages glanduleuses à sa face inférieure, est en règle générale
ovale ou elliptique; sa plus grande largeur se trouve vers le milieu ou
au-dessous; son sommet qui peut-être arrondi ou obtus ou brièvement
acuminé est toujours échancré. Ses dimensions sont très variables, à la
fois sur le même échantillon ainsi que sur les échantillons de provenances
Source : MNHN, Paris
— 134 —
variées. Sur les rameaux longs bien développés on peut très souvent noter
une nette anisophyllie dans chaque paire de feuilles : par exemple (dans
l’échantillon 20856-SF) une feuille a un limbe de 35 x 20 mm tandis que
celui de la feuille correspondante ne mesure que 15 X 10 mm. Cette aniso¬
phyllie se retrouve également dans les fëuilles d’un même rameau court
(dans la clé de séparation des C. Alluaudi et C. Humberli nous avons
donné les dimensions moyennes des feuilles les plus grandes de chaque
échantillon).
Les fruits, globuleux ou un peu déprimés, légèrement trisulqués,
mesurent environ 5-7 mm de diamètre; ils sont entourés à leur base, sur
un peu plus du tiers de leur hauteur par le réceptacle accru; ils sont
glabres, sauf la partie réceptaculaire qui conserve des traces de pubes¬
cence. Les graines sont largement ovales, presque orbiculaires et mesurent
3,5-4 mm de longueur. Très souvent les ovaires, sans doute à la suite de la
piqûre de quelque insecte, se transforment en galles ayant un peu l’aspect
des fruits mais elles sont recouvertes d’une très dense toison fauve-doré.
Le Colubrina Alluaudi occupe tout le Domaine de l’Ouest et pénètre
jusque dans le bassin du haut Mangoro. Dans la partie méridionale de son
aire, il est en contact avec l’espèce suivante mais ne paraît pas pénétrer
dans les parties les plus sèches du Domaine du Sud.
Nous distinguerons, en nous basant sur les caractères de la pubes¬
cence, deux variétés qui se séparent comme suit :
a. Organes adultes (feuilles en particulier) devenant glabrescents.
. var. Alluaudi.
a'. Organes adultes (face inférieure des feuilles surtout) conservant
une abondante pubescence roussâtre. var. rufovestita.
à) var Alluaudi.
Cette varitété est nettement polymorphe (taille des feuilles très
variable) mais il n’est pas possible pour l’instant d’y délimiter des formes
bien tranchées. Nous lui rapportons les échantillons suivants (non cités
par Perrier).
Ouest (Nord) : Ankarana, rebord Sud du plateau de Mahory, forêt tropophylle
sur calcaires (rive gauche du haut Rodo), 23143-SF (Fl., 29-12-1963); Ankarana, pla¬
teaux et escarpements calcaires dominant la rive droite de la rivière Andranonakoho
18978-SF (Fr., 15-11-1958).
Ouest (Menabe, jusqu’aux confins du Domaine du Sud) : Beakata, près d’Ambiky,
Maintirano, 19906-SF (Fr., 18-3-1957, Sovoka); environs d’Andranohinaly, au P. K. 45
de la route Tyléar-Sakaraha, bush de transition avec la forêt tropophylle, F. Chauvet 17
(Fr., 22-1-1961); forêts tropophylles vers les P. K. 55-65 de la route Tuléar-Sakaraha
(à l’Ouest d’Andranovory), 20729-SF (Fr., 12-1961), 20856-SF (Fr., 4-1-1962), 22284-SF
(Fl., 12-12-1962); environs de Bevilany, 20487-SF (Fl., id.); entre Bevilany et Tsimela
(ancienne piste Bevilany-Ambatoabo), 22407-bis SF (F.); Marofototra, entre Imonty
et Behara, Amboasary, 10381 RN (Fl., 6-12-1959); environs d’Imonty, id., 10671 RN
(Fl., 25-2-1958).
Source : MNHN, Paris
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Est : Vestige forestier, sur la rive gauche de la Sahampasina (affluent r. g. du Man-
goro) en bordure d’un marais, à quelques centaines de mètres au N. du P. K. 102 de la
route Tananarive-Moramanga (environs d’Ankarahara), 23203-SF (Fr., 5-1-1964).
b) var. rufovestita R. Capuron, var. nov.
A var. AUuaudi differt foliis adultis subtus dense pilis rufis vestitis.
Typus varietatis : 20236-SF.
Dans cette variété les feuilles, d’assez grandes dimensions (le limbe
atteint 3-5 X 2-4 cm), ont leur face inférieure recouverte d’une très
abondante pubescence roussâtre; il en est de même des rameaux feuillés.
Ouest : Forêt de Jarindrano, au Sud du Haut Fiherenena, 20567-SF (Fl., 29-12-
1961); forêt de Zombitsy, près de Sakaraha, 6924-SF (Fr., 8-3-1953), 20236-SF (Fl.,
Fr., 3-5-4-1961); forêt de Kitranga, à 12 km au N. E. d’Ihosy, U616-SF (Fr. 1-1955).
5. Colubrina Humberti (H. Perr.) R. Capuron, comb. nov.
— Macrorhamnus Humberli H. Perr., Not. Syst. 11 : 135 (1943); Flore : 28, tab. 6,
fig. 3-6 (1950).
Nous conservons provisoirement cette espèce, extrêmement voisine
de la précédente et n’en représentant sans doute qu’une forme adptée aux
conditions les plus sèches du Domaine du Sud. C’est un arbuste très rami¬
fié, à rameaux très intriqués les uns dans les autres, à feuillage réduit.
Les feuilles les plus grandes dépassent exceptionnellement 15 mm de
longueur (certaines petites feuilles ne dépassent pas 3 mm). Le limbe
toujours émarginé au sommet est en règle générale obovale, à plus grande
largeur vers le tiers ou le quart supérieur. Il n’y a pas de glandes fusi¬
formes sur le pétiole ni sur la base du limbe. La pubescence, très nette
sur les très jeunes organes, disparaît en totalité ou presque sur les organes
adultes.
L’espèce est commune dans tout le Domaine du Sud. Nous lui rappor¬
tons également trois échantillons de la région de Diégo-Suarez qu’il est
pratiquement impossible, malgré la très grande distance qui sépare les
deux régions, de séparer de ceux du Sud; nous connaissons plusieurs
espèces présentant le même type de répartition (Diospyros aculeata H. Perr.,
Operculicarya Decaryi H. Perr., Pouparlia minor (Bojer) H. Perr. etc...)
et il est probable que ces disjonctions d’aires sont plus apparentes que
réelles et proviennent en fait de l’absence ou de l’insuffisance des pros¬
pections botaniques dans une grande partie de l’Ouest malgache.
Au Colubrina Humberli nous rapportons les échantillons suivants :
Ouest (Nord) : Forêt d’Orangea, à l’Est de Diégo-Suarez, 23268-SF (Fl., Fr.,
24-3-1964); bassin de la Saharenana, forêt de Sahafary, 22711-SF (Fr., 25-4-1963),
23314-SF (Fl. Fr., 16-2-1964).
Sud : Plateau calcaire entre la Table (Tuléar) et Ambohimahavelona, dans un
ravin, 20844-SF (Fl., 1-1962); rocailles à une vingtaine de kilomètres à l’Ouest de Betio-
Source : MNHN, Paris
— 136 —
ky, s.n. R4 (F.); plateau calcaire, entre Ampanihy et Androka, 478-SF (Fr.,20-2-1949),
20641-SF (Fr., 11-1-1962); sables blancs au Nord de Beloha, 20673-SF (Fr., 13-1-1962);
bush, sur sables roux entre Tsihombe et Marovato, 22551-SF (Fr., 27-1-1963); forma¬
tions dégradées entre Antanimora et le massif de l’Angavo, 20426-SF (Fl., 6-12-1961);
restes de bush aux environs d’Ambia, entre Antanimora et la vallée de l’Ikonda, 22494-
SF (Fr., 24-1-1963); rocailles entre Amboasary et Behara, 20452-SF (Fl., 7-12-1961);
Behara, 10671 RN (Fl., 25-2-1958, Tatarakibo); bush entre Bevilany et Ranomainty,
à l’Est d'Amboasary, sur rocailles gneissiques, 20477-SF et 20477 bis-SF (Fl., 11-12-
1961).
V. — LASIODISGUS Hook. f.
In Benth, et Hook. f. Gen. 1 : 381 (1862).
Les caractères séminaux permettent de séparer ce genre du précédent.
Ici les graines sont dépourvues d’arille à leur base; le hile est une ouverture
elliptique ou plus ou moins losangique; l’albumen est absent. Ajoutons
que la radicule est presque entièrement cachée par la base cordée des
cotylédons (elle est nettement saillante dans les Colubrina malgaches).
De plus, les stipules sont très développées (bien plus que dans les Colubrina
et les Balhiorhamnus) et forment, avant leur chute, un organe en forme
d’ergot qui protège le bourgeon terminal.
Deux espèces représentent ce genre à Madagascar. Elles se séparent
comme suit :
1. Feuilles penninerves, toujours opposées sur les rameaux fertiles;
fruit recouvert d’un très court et très dense velours fauve.
. 1. L. Pervillei Baill.
1'. Feuilles trinerves à la base, alternes ou, plus rarement, opposées;
fruit glabre. 2. L. articulatus R. Cap.
1. Lasiodiscus Pervillei Bâillon
Adansonia, 13 : 202 (1867-1868); A. Grandidieh, Hist. Nat. Madag., Bot., Atlas,
3, tab. 290; H. Perrier, Not. Syst. 11 : 26 (1943); Flore : 29 (1950).
Cette espèce avait été décrite par Bâillon d’après un échantillon
récolté en 1841 par Pervillé à Nosy Mitsiou. L’espèce n’ayant pas été
retrouvée depuis cette date, Perrier avait émis des doutes sur son
indigénat à Madagascar, d’autant plus qu’elle se retrouve à Zanzibar où
Pervillé avait également herborisé. Depuis la parution des travaux de
Perrier elle a été récoltée en de nombreuses localités à Madagascar.
Cette espèce est un grand arbuste ou un petit arbre pouvant atteindre
8-10 m de hauteur. Sur la pousse terminale du végétal (pousse que l’on ne
peut guère observer que sur les sujets de faible taille, encore jeunes),
les feuilles sont alternes. Sur les rameaux latéraux les feuilles sont stric¬
tement opposées.
De plus, sur ces rameaux latéraux, il y a à chaque nœud trois stipules
(libres entr’elles) et non deux comme l’on pourrait s’y attendre. L’examen
de l’insertion des feuilles montre que les deux cicatrices d’insertion sont
Source : MNHN, Paris
— 137 —
plus rapprochées l’une de l’autre à la face inférieure du rameau qu’à la
face supérieure (l’angle de divergence entre les deux feuilles d’une même
paire est d’environ 60° si on le mesure à la face inférieure du rameau,
120° à la face supérieure) ; à la face inférieure il y a une seule stipule inter-
pétiolaire, alors qu’à la face supérieure il y en a deux. Tout se passe comme
si à chaque nœud il y avait théoriquement trois feuilles (munies de trois
stipules interpétiolaires), avec avortement de la feuille supérieure.
Le Lasiodiscus Pervillei est actuellement connu du Sambirano, du
Nord de l’Ile, de la région de Soalala et de la dépression Alaotra-haut
Mangoro. Sur cette aire étendue l’espèce présente des variations intéres¬
sant surtout la taille de ses organes : feuilles à limbe plus grand (jusqu’à
20 x 8 cm), inflorescences longuement (jusqu’à 8 cm) pédonculées, très
multiflores dans les échantillons du Sambirano, feuilles plus réduites
(5-9 X 1,7-3 cm), inflorescences brièvement (0,7-2 cm) pédonculées et
pauciflores dans les échantillons du haut Mangoro. Certains échantillons
du Nord faisant transition entre les deux extrêmes il ne saurait être
question de reconnaître des taxes infraspecifiques.
Nous lui rapportons les échantillons suivants :
Ouest (Nord) : Sables, près d’Ivovona, au Sud d’Orangea (Diégo-Suarez), 22961-
SF (Fl., 15-12-1963); bassin de la Saharenana, forêt de Sahafary, sur sables, 20111 bis-
SF (J. Fl., 27-11-1958), 23054-SF (Fr. imm., 27-2-1963).
Sambirano : Massif du Bekaka, au Nord de Benavony, Ambanja, 10 et 14 R 25
(F.), 18908-SF et 19558-SF (Fl., Bois, 8-11-1958), 23430 bis-SF (F.).
Ouest (Boina) : forêt de Belomba, près de Mangalahy et de Bekalalao, aux envi¬
rons de Soalala, 5 R 311 (F., Sovoky).
Est : Restes de forêts à Antandrokomby, près d’Ambatondrazaka, Peltier 979
(Fr., 6-1957); vestige forestier près d’Ankarahara (au P. K. 100 de la route Tananarive-
Moramanga, rive gauche du Mangoro).
2. Lasiodiscus articulatus R. Capuron, sp. nov.
Arbor mediocris vel excelsa (ad 30-35 m alta), foliis altérais vel rarius
(in eodem ramulo) oppositis, petiolatis, petiolo supra canaliculato; limbus
anguste vel late ovato-ellipticus, membranaceus vel coriaceus, basi rotundatus
vel obtusus, ima basi cuneatus, apice acutus vel obscure acuminatus, margi-
nibus dentatis, basi 3-plinervius; Costa et nervi basilares supra plana vel vix
prominula, subtus prominentia; nervi basilares limbi apicem fere attingentes;
stipulae magnae latérales vel (in foliis oppositis) interpetiolares, una alteram
amplectans, acutissimae, chartaceae post casus cicatricem bene distinctam,
annularem, relinquentes. Inflorescentiae axillares vel pseudo-terminales,
cymosae, pedunculatae. Flores pentameri, extra glabri vel vix puberuli;
sepala triangularia, intus carinata; petala unguiculata, lamina fere tam lata
quam longa; stamina sub disci marginem inserta, filainentibus robustis,
antheris ovatis lateraliter dehiscentibus, ut et petala post anthesin reflexa et
deinde caduca. Discus glaber. Ovarium 3-loculare supra discum in stylum
brevem, robustum, alternatum; Stylus apice breviter 3-lobatus. Fructus
Source : MNHN, Paris
— 138 —
Source : MNHN, Paris
139 —
glaber vel pilis rarissimis instructus, basi receptaculo leviter incrassato
instructus, subglobosus, 3-sulcatus. Semina generis.
Typus specici : 23591-SF.
Le Lasiodiscus arliculatus est une espèce très largement répandue
à Madagascar et qui se retrouve aux Comores. Sur cette aire très vaste
l’espèce présente bien entendu des variations assez importantes, aussi
avons-nous préféré ne pas donner les dimensions des divers organes dans
la diagnose. Malgré sa variabilité l’espèce est toujours très facilement
reconnaissable à ses feuilles triplinerves et à ses rameaux munis, au
niveau des nœuds, des cicatrices annulaires très nettes laissées par les
stipules après leur chute (les rameaux paraissent ainsi articulés d’où
le nom spécifique que nous avons adopté).
Les jeunes rameaux, les stipules, les pétioles ainsi que les trois ner¬
vures principales à leur face inférieure sont glabres ou munis d’une pubes¬
cence constituée de cils courts apprimés, le plus souvent peu denses et
peu visibles, parfois (échantillons du Sambirano) très denses et donnant
alors une teinte fauve doré aux organes. Cette pubescence disparaît en
majeure partie sur les organes adultes.
Les feuilles sont la plupart du temps alternes mais, sur un même
rameau (surtout échantillons du Sambirano) on peut trouver quelques
feuilles strictement opposées.
Les stipules, toujours au nombre de deux par nœud, sont latérales
dans le premier cas, interpétiolaires dans le second. L’une des stipules
embrasse l’autre et leur ensemble forme, au sommet des rameaux, un
argot très aigu long de 7 à 15 mm.
Le pétiole mesure 4-10 mm de longueur en général ; il est largement
et peu profondément canaliculé dessus dans sa moitié terminale. Le limbe
dont la consistance varie de submembraneux à coriace (sur le sec) est en
général ovale elliptique, parfois étroitement, parfois largement, plus
rarement elliptique. Ses dimensions varient de (3-)6 à 15 cm de longueur
sur (l,5-)2-6 cm de largeur, le rapport longueur largeur variant de 1,5 à
3 et se trouvant le plus souvent entre 2 et 2,5. La base du limbe est obtuse
ou parfois arrondie mais se termine presque toujours brusquement en
un coin décurrent sur le haut du pétiole; le sommet s’atténue en pointe
ou en acumen très net, acumen à pointe mousse. Les deux nervures
basilaires latérales naissent à la base du limbe et atteignent plus ou moins
son sommet : très bien marquées jusque vers le quart ou le cinquième supé¬
rieur de la feuille elles s’amincissent beaucoup au-delà et forment alors
en général des arcs d’anastomose avec de fines nervures secondaires nées
de la nervure principale (dans les Balhiorhamnus les nervures basales
atteignent le sommet de la feuille en conservant à peu près leur épaisseur
sur tout leur parcours). Des nervures secondaires, souvent à peine dis¬
tinctes du réseau relient la nervure principale aux latérales; de même
quelques nervures naissent des latérales et forment, vers l’extérieur,
des arcs d'anastomose au voisinage des marges. Les marges sont dentées,
Source : MNHN, Paris
— 140 —
le plus souvent assez finement, d’autre fois grossièrement; le sommet des
dents est muni d’une glande conique caduque.
Les inflorescences sont axillaires ou pseudoterminales en cymes
irrégulièrement dichotomiques en général plus courtes que les feuilles
axillantes (elles sont très variables et mesurent 1 à 5 cm de longueur dont
0,3 à 2,5 cm pour le pédoncule).
Les axes sont hérissés d’une très courte pubescence peu visible, plus
dense sur les axes supérieurs.
Les fleurs ont 6-7 mm de diamètre, dont 2,5-3 pour le réceptacle.
Les sépales, munis sur leur face supérieure d’une haute carène médiane
ont environ 2 mm de largeur à la base et 2,5 mm de hauteur. Les pétales,
blancs sur le vif ont 1,5-1,8 mm de long et s’atténuant plus ou moins
brusquement en onglet à la base ; leur lame, presque aussi large que haute
encapuchonné les anthères. Les étamines ont 1,7-2 mm de longueur dont
0,7-1 mm pour l’anthère. D’abord dressées les étamines se réfléchissent
complètement vers l’extérieur ainsi que les pétales. Le disque, de 2-2,5 mm
de diamètre est complètement glabre; il est assez fortement échancré
au droit des étamines et les lobes interstaminaux sont très légèrement
sinués. L’ovaire, à 3 loges, est noyé dans les tissus qui remplissent le
réceptacle; seul dépasse, au-dessus du disque un gros style d’abord très
court puis s’allongeant en cône à trois lobes stigmatiques. Le réceptacle
s’accroît légèrement mais reste presque plan sous le fruit; celui-ci est donc
presque totalement supère; il est globuleux ou un peu déprimé, nettement
3-sulqué dans sa moitié supérieure, et mesure 8-14 mm de diamètre.
A la déhiscence une grande partie des cloisons interloculaires reste fixée
à l’axe. L’exocarpe se sépare de l’endocarpe. Les graines largement obo-
vales ou presque orbiculaires (6-9 mm de longueur et de largeur), très
épaisses, à face externe bombée et légèrement carénée dans le haut
sur la ligne médiane ont un tégument de couleur acajou. Le hile, largement
elliptique, mesure environ 1 X 0,8 mm.
Le Lasiodiscus arliculalus, par ses feuilles 3-nervées, paraît se rap¬
procher du Lasiodiscus Gillardinii Staner du Congo Belge mais dans
celui-ci, les feuilles sont normalement opposées (elles ne le sont que
parfois dans l’espèce malgache) et les inflorescences sont des ombelles
densément hirsutes; son fruit demeure inconnu.
Au Lasiodiscus arliculalus nous rapportons les échantillons suivants :
Est : Andrakaraka, au Sud-Est d’Antalaha, 906-R 1 (F.); Farankaraina, à l’Est
de Maroantsetra, 143 R 199 (F., Telotritry); Ambinanitelo, près d’Ambohimarina, Sara-
nambana, Fénérive, 5 R 409 (F., Maroankodilra); vallée de la Sahamamy, Anivorano,
Brickaville, 10892-SF (F., Bois, Makaliona); bassin du Mangoro forêt située à 10 km à
l’Est de Marovoay, Moramanga 18784 bis-SF (F.); Restes de forêts, sur latérites de
basaltes, entre Farafangana et Manombo, vers les P. K. 18-20, 23591-SF (FI., 14-17-
10-1964), 23616-SF (Fl., Fr. imm., id.) ; forêt de Manombo, au Sud de Farafangana,
9486-SF (Fr., 27-11-1953, Tamenakalahy), 13974-SF (F., Bois); Mahatsinjoriaka, Iho-
rombe, Farafangana, 12934-SF (Fr., 21-1-1955, Ravinovy) ; pentes supérieures du massif
du Vohitsiandriana, au Sud-Ouest de Fort- Dauphin, s. n° R 4 (F.), 22386-SF (Fl., 11-1-
1963).
Source : MNHN, Paris
— 141 —
Centre : Gorges de la Maevarano, en amont de Mangindrano, vers 1300-1400 m
d’alt., 3006-SF et Humbert et Capuron 25346 (parts d’un même échantillon) (Fr., 12-
2-1951, Hazomahogo); massif d’Analabe, entre Bealanana et Mangindrano, 18713 bis-
SF (F.); forêt d'Antsirakambolozatsy, près d’Ankarany, Antsirabe, Mandristara, 108-
R 301 (F., Hazombatritry); Forêt à 10 km à l’Est de Marovoay (Moramanga), 18784 bis-
SF (F.); Sahamaloto, au N. O. de Périnet, 34 R 172 (F., Bois, Hazomamy); Analamana-
ry, Ihosy, 15 R 239 (F., Tsiandalana ou Tsimahafoitompo); Kalambatitra, près d’Am-
pifinala, Betroka, 5-R 87 (F., Tsiandala).
Sambirano : vallée de la Beandrona, à l’Est d’Ambanja, 18917-SF (Fl. jeunes,
9-11-1958).
Comores : Grande Comore : Nioumbadjou, vers 800 m d’alt., 85-R. 15 (F., Bidjo),
s. n° R. 1 (F., id.), 16520-SF (Fr., Bois, 16-2-1957, id.), 16521-SF (Fl., Fr., Bois, 16-2-
1957, id.).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MISE AU POINT DU GENRE LETESTUDOXA Pellegrin
ANNONAGÉE DU GABON
par Annick Le Thomas
Créé en 1920 par Pellegrin, sur des plantes gabonaises représentées
de façon assez médiocre par les seuls types des deux nouvelles espèces,
le genre Lelesludoxa est classé parmi les Uvariées en raison de ses pétales
imbriqués dans le bouton, voisin du genre africain Pachypodanlhium
dont il se différencie cependant très nettement.
Ce sont des lianes à indûment de poils simples, à fleurs $ solitaires, à
pédicelle muni de deux bractées alternes n’enfermant pas le bouton
floral. Le calice présente une disposition particulière que l’on ne trouve
que très rarement chez les Annonacées, seulement dans quelques espèces
du genre américain Anaxagorea; en effet, il enveloppe totalement le
bouton floral en une sorte de capuchon et se déchire par une fente ±
circulaire en donnant un anneau irrégulier, longtemps persistant à la base
du fruit. Les pétales, imbriqués dans le bouton, sont disposés en deux
verticilles alternes après l’anthèse.
Au moment où il décrit ce genre, Pellegrin distingue deux espèces
différentes par la forme des feuilles et leur pilosité : L. bella (Le Testu
1637) et L. grandifolia (Le Testu 1442). En 1948 (Bull. Soc. Bot. Fr. 95:
137), il attribue à l’une ou l’autre de ces deux espèces de nouveaux échantil¬
lons arrivés au Muséum de Paris, parmi lesquels nous ne reconnaissons
qu’une homogénéité partielle.
En effet, si nous regardons seulement les deux types de ces espèces,
il est vrai que la feuille de L. grandifolia est plus allongée que celle de
L. bella, mais si nous considérons l’ensemble du matériel concernant ces
deux espèces nous trouvons tout un lot de spécimens homogène, à feuilles
oblongues, de 15-17 cm de long, aiguës ou courtement acuminées au
sommet, arrondies à la base. Seul le type de L. bella a des feuilles plus
petites (8 cm de long) mais toutes ont la même pubescence à la face
inférieure, constituée de petits poils roux, courts, frisés, quelquefois
fasciculés et tendant à disparaître sur les feuilles adultes qui peuvent
devenir totalement glabres. Par ailleurs, dans tous ces échantillons, le
bouton floral est subconique, muni d’une petite pointe au sommet, et
sur le pédicelle de deux bractées ovées-lancéolées, aiguës.
Nous pensons donc pouvoir établir la synonymie qui suit :
Source : MNHN, Paris
— 144 —
PI. 1. — Lelcsludoxa lanuginosa Le Thomas: 1, feuilles et Heurs x 1/2; 2, détail de la pilosité,
face inférieure de la feuille X 4; 3, Heur vue de dessous x 1/2; 4, étamine x 4; 5, carpelle
X 3; 6, Coupe longitudinale du réceptacle; 7, diagramme floral. — Lelcsludoxa bella
Pellegrin : 8, détail de la pilosité, face inférieure de la feuille X 4; 9, bouton floral x 2/3
(1-7, Le Testu 9320; 8-9, Le Testu 8362).
Source : MNHN, Paris
— 14b —
Letestudoxa bella Pellegrin.
Pellegrin, Bull. Mus. Paris : 655 ( 1920); Fl. Mayorabe, 1:14, pl. 4, llg. 1-7 (1924) ;
Bull. Soc. Bol. Fr. 95 : 137 (1948): H. E. Fries in Engler et Prantl, .Nat. Pllanzenf.
ed. 2,17 a, 2:59(1959).
— Lelestudoxa urandi/olia Pellegrin, Bull. Mus. Paris 656 (1920); Fl. Mavombe, 1 :
14, pl. 4, flg. 8 (1924).
Matériel examiné :
l.e Testu 1442, Ilou MicOngo, Mavombe Bayaka, j. fr.. nov. 1637, Midounga,
forêt du Mayombe Bayaka. 11., oct. (Holotypc P!) 5509, 6336, Moucongo entre Mitin-
go et Boudyanguila, Haute Ngounyé, 11., sept-oct. 8362, 8383, Boucimbi, Moucombo,
région de Lastoursville, 11., sept. 9364. Essone, rivière ÎS'kani, aflluent de l'Abanga.
Par contre, parmi les échantillons de Le Testu rapportés par Pel-
legkin à L. bella, deux numéros : 9320 et 9570 s’isolent nettement. Les
feuilles dans l’ensemble plus grandes, 15-25 cm de long sur 5,5-12 cm de
large, sont nettement arrondies au sommet, parfois même émarginées;
elles présentent la même texture coriace que L. bella, sont glabres au-
dessus, mais la pilosité de la face inférieure est très différente. Ce sont de
longs poils roux, simples et enchevêtrés, formant un revêtement laineux
persistant même chez les feuilles adultes. D’autre part, les rameaux sont
plus épais que dans le reste du matériel et veloutés. Le bouton floral
n’est plus subconique et apiculé au sommet mais subglobuleux-aplati et
arrondi au sommet. Le pédicelle est muni de deux grandes bractées très
largement ovées à semi-orbiculaires. de 7-13 mm de long sur 10-15 mm
de large, arrondies au sommet. Les lleurs sont semblables à celles de
L. bella mais encore plus grandes avec des pétales internes plus étroits.
Nous décrivons donc ces échantillons remarquables comme une
espèce nouvelle du Gabon :
Letestudoxa lanuginosa Le Thomas, sp. nov.
I.elesludoxa bella Pellegrin p.p.. qunad Le Teslu9320, 9570, Bull. Suc. But. Fr. 95 :
137 (1948).
Scaiulens, ramulis crassis, velutinis, fcrrugincis. Folia breviter petiolata,
petiolo crasso, 7-10 mm longo, dense rufo-lanato; lamina coriacea, oblonga
vel obovato-oblonga, 14-25 cm longa, 5,5-12 cm lata, basi rotundata vel
suheordala, apice rotundata vel cmarginata; pagina superiore glabra, pagina
inferiore dense lanata, lana persistente; nervi secundarii utrinsccus 15-18
parum obliqui ascendentes.
Flores solitarii, paulo supra folia orti. pcdicello crasso, 8-12 mm longo,
rufo-pubescenti, bracteis duobus al ternis late ovatis vel scmiorbiculatis,
8-13 mm longis, 10-15 mm latis. dense pubescentibus munito. Alabastra
subglobosa, leviter complanata, apice rotundata, dense rufo-pubescentia.
Calix utrinsecus ferrugineus lanatus, alabastrum inclinions deinde laceratus
haud in sepalis distinctis divisus. Petala 6. in alabastro in ordinibus duobus
iinbricata, utraque pagina sericca, externis late ovatis 4,5-5,5 cm longis.
Source : MNHN, Paris
- 146 —
3,5-5 cm latis, basi unguiculatis, internis angustioribus, ovato-oblongis,
4,5 mm longis, l,5-2,5 cm latis. Stamina numerosissima, subsessilia, 5 mm
longa, connectivo puberulo ultra thecas oblongas dilatato et truncato. Car-
pella numerosa conferta, gracilia, 10 mm longa, basi in apice depresso reccp-
taculi convexi semiinclusa, ovario 3 mm longo. puberulo, stigmato capillato.
Ovulum unicum e basi loculi erectum.
Fructus ignotus.
Type de l’espèce : Le Testu 9320, Ncout, environs de Mitzic. Liane.
Fleurs d’un rose foncé, 13 octobre 1933 (Holotype P!).
— Le Testu 9570, Oyem. Fleurs d’un vieux rose incertain, plutôt d’un rouge orangé.
7 mai 1934.
Cette très belle espèce, à grandes fleurs rose-rouge, a été récoltée dans
la région du Nord-Gabon qui chevauche les bassins du haut Woleu et
de la Lara. Son aire semble donc beaucoup plus restreinte que celle de
L. bella, à grandes fleurs jaunes, que l’on trouve dans la même région,
ainsi qu’aux environs de Tchibanga et de Lastoursville.
Source : MNHN, Paris
SUR LA STRUCTURE ANATOMIQUE
ET L’ONTOGÉNÈSE DES ACARODOMATIES
ET LES INTERPRÉTATIONS MORPHOLOGIQUES
QUI PARAISSENT S’EN DÉGAGER
par M lle Tô Ngoc Anh
C’est essentiellement dans le cadre des théories symbiotiques —
nées à une époque où l’on attachait une importance fondamentale à la
notion de symbiose — qu’ont été conçues la plupart des hypothèses
cherchant à interpréter les « acarodomaties ». Depuis Lundstroem (1886),
bien des auteurs ont cherché à expliquer l’utilité que pouvait avoir pour
la plante la présence des Acariens « symbiotes », vivant dans ces forma¬
tions, et auxquels on attribuait le rôle, soit d’éliminer des spores, des
algues, des filaments mycéliens, qui auraient été nuisibles à la plante, —
soit même de lutter contre de petits animaux nuisibles, tels que des
Acariens cécidogènes. D’autres auteurs avaient au contraire imaginé
l’utilité de ces formations dans une fonction physiologique (telle que des
échanges hydriques) dont elles auraient été le siège.
Si certains botanistes avaient envisagé, pour ces acarodomaties,
une origine induite (en totalité ou du moins en partie) par une action
morphogène des Acariens, d’autres, comme Chevalier et Chesnais,
les considéraient au contraire comme des structures naturelles de la plante.
L’absence de morphoses de type cécidien, soulignée par Schnell puis
par Vroumsia, est un argument en faveur d’une telle interprétation.
Encore importait-il de pouvoir, sur la base de faits précis, tenter une
interprétation morphologique qui, dans le cadre de l’ontogénie et de la
phylogénie de la feuille, pourrait expliquer l’existence de ces structures
extrêmement répandues, avec une morphologie très constante, dans des
familles végétales très diverses et sans parenté taxinomique, répartition
très vaste qui plaide pour une signification des acarodomaties soit sur
le plan biologique, soit sur le plan de l’architecture de la feuille.
Si l’aspect biologique des acarodomaties — essentiellement dans
le cadre d’une symbiose hypothétique avec des Acariens — a été surtout
développé par les auteurs anciens, l’étude anatomique précise, et surtout
l’ontogénie de ces formations ont été presque totalement négligées, à
part de rares travaux anatomiques (comme ceux de Chevalier et Ches¬
nais) et une brève étude ontogénique des domaties de Coprosma par
Miss Greensill. Comme l’a souligné Schnell (1964), il importait de
reprendre le problème des domaties sur une base nouvelle, avec les
Source : MNHN, Paris
148 —
PI. 1. — Domatie de Gardénia thunbergia Hiern (Rubiacée) : 1 a, Face inférieure de la feuille
avec domaties en touffes de poils; 1 b, Détail d’une coupe transversale du limbe adulte
passant par une domatie. On notera l’étroitesse des cellules (de l’épiderme et du tissu
sous-jacent) au niveau de la domatie. — 2, Domatie de Coffea arabica L. (Rubiacée) :
2 a, Face inférieure d’une feuille avec domatie âgée; 2 b, Détail d’une coupe transversale
du limbe à l’aisselle des nervures, à l’emplacement de la future domatie (feuille jeune,
longue de 4 à 5 mm) ; 2 c, Détail d’une coupe transversale d’un limbe plus âgé (feuille longue
de 10 à 20 mm), passant par une domatie encore jeune. Les cellules de petite taille à rap¬
port nucléo-plasmatique élevé, sur le pourtour de la cavité, sont particulièrement visibles.
— 3, Domatie de Coffea robusta Linden :3 a, Face inférieure d’une feuille avec domatie
âgée; 3 b, Détail d’une coupe transversale du limbe passant par une très jeune domatie
(feuille longue de 5 mm environ). La cavité de la domatie est encore à peine esquissée. Au
contact de cette cavité on observe un massif de cellules petites, à rapport nucléo-plasma¬
tique élevé; 3 c, Détail d’une coupe transversale du limbe passant par une domatie un peu
plus âgée (feuille de 10 mm de longueur). La cavité de la domatie est déjà plus accentuée
et le massif de cellules de petite taille est encore très net à ce stade.
— 149 —
méthodes et les points de vue de la morphologie, et dans le cadre des
interprétations de la feuille.
C’est le but que nous nous sommes proposé pour les domaties axil¬
laires de nervures d’un certain nombre de plantes tropicales et tempérées,
laissant de côté les domaties en ourlet, moins fréquentes et de signification
morphologiques apparemment très différente (la structure, en général,
ne s’y différencie pas de celle du reste du limbe).
Les feuilles très jeunes des diverses espèces de Cofjea ( C. arabica L..
C. Dewevrei De Wild. et Dur., C. excelsa A. Chev., C. liberica Hiern, C.
myrlifolia Roxb., C. robusla Linden, C. slenophylla G. Don) ne présentent
encore aucune différenciation particulière à l’emplacement des futures
domaties. Lorsque la feuille atteint 5 à 8 mm de longueur, les domaties
commencent à être reconnaissables, sous la forme de petites dépressions
à l’aisselle des nervures.
Dans les stades ultérieurs, on voit se maintenir, au niveau de la
domatie, un massif de cellules plus petites que celles du reste du méso-
phylle, plus ou moins allongées et étroites, et pourvues d’un noyau rela¬
tivement gros, très colorable par la safranine. Ces cellules ont manifeste¬
ment conservé des caractères juvéniles, témoignant d’un retard de
développement par rapport au reste des tissus du limbe.
Ces faits s’accordent avec l’idée d’une individualisation des domaties
en cryptes ou en fossettes par l’effet d’une simple différence de croissance
des tissus, à leur niveau et dans le reste du mésophylle.
En ce qui concerne les domaties en touffes, également axillaires de
nervures, les faits se présentent de façon tout à fait homologue. Déjà
la figure publiée par Lundstroem avait fait ressortir, chez Tilia, l’étroi¬
tesse des cellules épidermiques au niveau de la domatie, et la petitesse
des cellules sous-jacentes. Chez Gardénia thunbergia Hiern, nous avons
également pu mettre en évidence, dans le limbe adulte, la persistance de
cellules plus étroites que celles des tissus voisins.
La densité de la pilosité qui caractérise ce dernier type de domaties,
et peut coexister, chez d’autres, avec l’existence d’une dépression ou
d’une cavité, paraîtrait, elle aussi, pouvoir s’interpréter par un retard de
croissance à leur niveau. Comme l’avait déjà souligné A. P. De Candolle
(1827, p. 111), des limbes initialement couverts d’un indumentum dense
n’ont plus, à l’état adulte, que des poils épars, en raison de la croissance
en surface du limbe. On peut ainsi penser que la densité des poils au
niveau de certaines domaties pourrait être le résultat de la moindre
croissance en surface à leur niveau.
Par leur localisation à l’aisselle des nervures secondaires — et parfois
aussi aux bifurcations de celles-ci — les « acarodomaties » se rapprochent
de certaines glandes. La persistance à leur niveau d’un massif de cellules
à caractères jeunes vient apporter un élément de plus en faveur de cette
comparaison b Enfin on pourrait rappeler que, comme l’avait déjà sou-
1. Divers travaux, et notamment ceux de M 11 * F. Bernhard (1964), et de
G. Cusset (1964), ont souligné, chez un certain nombre de glandes foliaires, la présence,
sous l’épiderme sécréteur, d'un tissu à petites cellules à caractères également juvéniles.
Source : MNHN, Paris
— 150 —
ligné A. P. De Candolle (1827), bon nombre de glandes ont une surface
déprimée, fait que l’on peut rapprocher de la structure plus ou moins
nettement en creux de la plupart des domaties.
Il ne saurait évidemment être question, malgré ces analogies, d’homo-
loguer les acarodomaties à des glandes 1 — malgré les cas apparemment
transitionnels que paraîtraient constituer les domaties d ’Anacardium
occidentale et celles de certaines Diptérocarpacées (Guérin, 1906), dans
lesquelles ont été mentionnés des poils à aspect glanduleux — structure
qui mériterait d’être revue et précisée. Il y a en effet, par ailleurs, des
différences fondamentales entre les domaties et les glandes, à commencer
par l’existence d’un épiderme sécréteur, généralement plus ou moins
palissadique, dans ces dernières. Mais les analogies soulignées ouvrent
la porte à l'hypothèse suivant laquelle acarodomaties et glandes foliaires
pourraient avoir une origine phylogénique (plus ou moins lointaine)
comparable.
Par leur localisation aux bifurcations des nervures, les acarodomaties
peuvent être rapprochées également des méristèmes des bourgeons épi-
phylles (Fougères, Cardamine...). Mais ici les ilôts de cellules jeunes sont
susceptibles de proliférer pour donner une jeune plante, alors que chez
les domaties ils restent inactifs.
Toujours est-il que, — tant par leur localisation aux angles des ner¬
vures que par leurs massifs de cellules jeunes se maintenant assez tardi¬
vement — ces diverses formations paraissent exiger, pour être pleinement
interprétées, un recours aux théories morphologiques de la feuille et
sembleraient en accord avec les hypothèses qui voient en celle-ci le
résultat de la coalescence d’un système d’axes. La constance très remar¬
quable de cette localisation des acarodomaties à l’aisselle des nervures 2 ,
dans des familles très diverses, sans parenté taxinomique, plaide évidem¬
ment en faveur d’une signification morphologique des domaties dans
l’architecture de la feuille et de leur origine à partir de structures anciennes.
Ainsi repris sur des bases nouvelles, le problème des acarodomaties
se trouve fort loin de certaines hypothèses anciennes qui voyaient dans
ces formations le résultat d’une action morphogène d’Acariens symbiotes,
ou des structures utiles à la plante en raison d’une hypothétique symbiose
avec ces petits animaux.
Index bibliographique sommaire
Bernhard, F. — Contribution à l’étude des glandes foliaires chez les Crotonoldées
( Euphorbiacées). (Thèse Doctorat de 3° Cycle, Paris, 1964, ronéotypé, 105 p.,
18 pi.)-
Candolle, A. P. De. — Organographie végétale (I, 1827).
Chevalier, Aug. et Chesnais, F. — Sur les domaties de feuilles de Juglandacées.
C. R. Ac. Sc., Paris, 213 : 389-392 (1941).
1. L’hypothèse d’une origine des acarodomaties à partir de glandes modifiées
avait été soutenue par Delpino (1886) puis par Ross (1894).
2. Rappelons que nous avons, au début de cet article, éliminé de notre étude les
« domaties en ourlet », très différentes des domaties axillaires.
Source : MNHN, Paris
— 151 —
Chevalier, Aug. et Chesnais, F. — Nouvelles observations sur les domaties des feuilles
de Juglandacées, Ibid. 213 : 497-501 (1941).
Cusset ,G. — A propos des nectaires extra-floraux. Introduction à l’étude morpholo¬
gique de la feuille des Passifloracées. (Thèse Doct. 3° Cycle, Paris, 1964; Rev.
Gén.. Bot. (1965).
Greensill, N. A. R. — Structure of leaf of certain species of Coprosma. (Trans. New.
Zeal. Inst. 35 : 342-355, pl. 41-44 (1902).
Guérin, P. — Sur les domaties des feuilles de Diptérocarpacées. (Bull. Soc. Bol. Fr.
53 : 186-192 (1906).
Lundstroem, A. N. — Von Domatien. Pllanzenbiologische Studien. II. Die Anpassung
der POanze an Thiere. (Nova Acta Reg. Soc. Upsal, sér. 3, 13 (1887).
Penzig, O. et Chiabrera, C. — Contributo alla conoscenza delle piante acaroflle.
(Malpighia 17, 18 : 429-487, pl. XVI-XVIII (1903).
Ross, H. et Hedicke. — Die Pflanzengallen (Cecidien) Mittel- und Nord-Ëuropas.
(Iena : 60-62 (1927).
Schnell, R. — Sur une galle foliaire d’un Wendlandia (Rubiacée) du Cambodge en
rapport avec la question des domaties. (Journ. Agr. Trop, et Bot. Appl. 7, 11 :
539-559 (1961).
Schnell, R. — Le problème des acarodomaties. (Marcellia 31, 2 : 95-107 (1963).
To Ngoc Anh. — Contribution à l'étude anatomique et ontogénique de quelques doma¬
ties. (Thèse Doct. 3 e Cycle, Paris, 1964, ronéotypé, 63 p., 15 pl.).
Vroumsia, T. — Contribution à l’étude des domaties chez différents groupes de plantes
tropicales. (Thèse Doct. 3 e Cycle, Paris, 1961, ronéotypé, 129 p.).
Wildeman, E. De. — Dioscorea alimentaires et toxiques. Morphologie et biologie.
Espèces et variétés congolaises. (Mém. Inst. Roy. Col. Belge 7, série 8 (1938).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
SUR DEUX APONOGETON DIOIQUES
D’AFRIQUE ET MADAGASCAR
par J. Bosser 1 et J. Raynal
Le genre Aponogelon L. f. compte environ 35 espèces, originaires
principalement d’Afrique méridionale et orientale, de Madagascar et
d’Asie du Sud-Est. Les fleurs dans ce genre sont très généralement herma¬
phrodites, 3 espèces seulement faisant jusqu’ici exception : A. Rehmannii
Oliv., A. spalhaceus E. Mey. ex Hook. f. et A. nudiflorus Peter, toutes
trois sud- ou est-africaines.
Les deux espèces dont il sera ici question présentent ce rare caractère,
ainsi que d’autres points d’affinité; c’est ce qui nous a déterminés, malgré
l’origine éloignée et la découverte indépendante de ces deux plantes, à
réunir leurs descriptions dans le présent article.
La première d’entre elles a déjà, à vrai dire, été décrite, sous le nom
d 'Aponogelon oblongus Troupin, de la partie septentrionale du Congo-
Léopoldville. Malheureusement ce nom est illégitime du fait de l’existence
d’un homonyme antérieur, A. oblongus Peler. La nécessité de renommer
l’espèce, jointe à la récolte récente par J. Audru, dans le Sud-Ouest du
Tchad, d’un spécimen plus complet, tout à fait conspécifique de la plante
du Congo, sont les raisons de la nouvelle description ci-dessous :
Aponogeton Troupini J. Raynal, nom. nov . 2
— Aponogelon oblongus G. Troupin, Bull. Jard. Bot. Etat Bruxelles 23 : 224 (1953),
non A. Peter, Abh. Ges. Wiss. GOttingen 13, 2 : 9 (1928), nomen ; Repertor. Spec.
Nov. Beihefle 40, 1, Anhang : 10 (1938).
Herbe aquatique enracinée, vivace par un tubercule ± globuleux
de 5-8 mm de diamètre sur le sec, portant à sa partie supérieure un chevelu
dense de racines nombreuses et fines. Feuilles toutes radicales, de deux
sortes, les submergées sessiles, linéaires, larges de 2-5 mm, ± charnues-
fistuleuses, à section transversale en ellipse aplatie, longues de 10-20 cm,
obtuses à l’apex. Feuilles flottantes à pétiole long de 40-60 cm, large
d’environ 1 mm, portant un limbe oblong-lancéolé, long de 8 X 10 cm,
1. Directeur de Recherches, O.R.S.T.O.M.
2. Nous adoptons intentionnellement la graphie Troupini; la Recommandation
73 C, parag. (b), du Code de Nomenclature (ed. 1961) est en effet incomplète : non
seulement les noms se terminent par -er, mais également beaucoup de noms se termi¬
nant par une autre consonne, comme l, n ou f, normalement latinisés en -us et non
en -ius, prennent de ce fait, au génitif, un seul i (Ex. : Corlusa Mallhioli L., Melica
Bauhini Ail., Calepina Corvini Desv., etc...). Pour la graphie correcte de tels noms,
se référer à Linné, Philosophia Botanica : 2 sqq. (1751).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 155
large en son milieu de 7-10 mm, obtus ou même arrondi à l’apex, courte-
ment mucroné. Limbe à faces dissemblables, la supérieure d’un vert-
jaune clair uniforme, sans nervures apparentes, l’inférieure glaucescente,
à 3 ou 5 nervures principales reliées par de nombreuses nervilles parallèles
faisant avec les nervures un angle de 30-45°.
Inflorescence venant s’épanouir à la surface de l’eau, à l’aisselle
d’une bractée spathacée persistante, au sommet d’un long pédoncule
naissant à l’aisselle d’une feuille radicale. Pédoncule à partie inférieure
très fine (0,5 mm diam.), blanchâtre ou i teintée de violet comme la
base des pétioles (couleur due à la vase du fond de la mare?); partie
moyenne linéaire, verte, d’environ 1 mm de diamètre; partie supérieure
épaissie jusqu’à un diamètre de 2 mm dans les derniers centimètres sous
l’inflorescence. Inflorescences unisexuées (plantes très vraisemblablement
dioïques), constituées d’un épi unique cylindrique, de 4-5 mm de diamètre,
long de 2-3 cm. Spalhe ovale-lancéolée, membraneuse ^ hyaline dans sa
moitié inférieure, se prolongeant en un acumen vert étroitement triangu¬
laire, obtus à l’apex, longue au total de 15-25 mm, persistant jusqu’à la
fanaison ou la fructification. Fleurs sessiles densément insérées tout autour
de l’axe. Fleur $ à 2 tépales latéraux ovales-oblongs, obtus à l’apex,
jaunâtres, de 2,2 x 1 mm, à 5 nervures longitudinales principales plus
foncées et quelques autres plus fines, non reliées entre elles. Étamines 6,
libres, à filets linéaires longs de 1,3 mm, anthère biloculaire, subquadran-
gulaire, de 0,4 X 0,4 mm, à déhiscence par fentes longitudinales. Pislitlode
composé de 3 carpelles restant rudimentaires, portés par un gynophore
central long de 0,5-0,6 mm. Fleur Ç dépourvue de périanlhe, réduite aux
3-4 carpelles sessiles, utriculiformes, à base renflée longue de 1-1,2 mm,
s’atténuant en un bec stylaire comprimé dorso-ventralement, long de
1-1,5 mm, dressé, marqué de quelques nervures foncées s’évanouissant
vers le milieu de la partie renflée du carpelle. L’infrutescence simule,
par ses carpelles densément insérés et les styles tous orientés vers le haut,
un épi $ de Carex subgen. Carex. Graines immatures oblongues, longues
de 0,6 mm, généralement 4 par carpelle (PI. 1).
RÉPARITION GÉOGRAPHiqUE :
— Congo-Léopoldville : Dewulf 174, Bas-Uele, mare temporaire
sur affleurement rocheux en savane, oct. 1934 (holotypus, BR!).
— Tchad : Audru 1222, Danamadji (région de Moundou), mare sur
cuirasse latéritique, dans 50 cm d’eau, 15.9.1964 (herb. Institut d’Élevage
et Médecine Vétérinaire des Pays tropicaux, Maisons-Alfort!; dupl. P!).
La description ci-dessus est essentiellement tirée de l’échantillon
Audru 1222; elle ne diffère de celle du spécimen congolais que par quelques
dimensions, dont certaines furent sous-estimées par Troupin dans sa
description originale en raison de la pauvreté du matériel-type ; ce dernier
comprend seulement des fragments détachés de la base de la plante,
celle-ci manquant totalement (un fragment unique appartient cependant
à une feuille de type submergé, bien que l’auteur ne mentionne pas ce
Source : MNHN, Paris
— 156 —
dimorphisme foliaire, bien visible dans l’échantillon du Tchad, et d’ailleurs
normal dans le genre et beaucoup d’autres hydrophytes).
Sur la diécie de cette espèce, Troupin ne se prononce pas nettement,
à cause de l’état du matériel (il indique pourtant dans la diagnose latine :
herba unisexualis). Dans le matériel d’AuDRU, les seuls pieds entiers
portent des inflorescences uniquement $; nous n’avons que des inflores¬
cences isolées, certainement pas détachées des pieds $ conservés; en
l’absence cependant de plantes $ entières, il est impossible de dire en
toute certitude que la plante est dioïque, ce qui nous paraît néanmoins
extrêmement probable, surtout si l’on envisage les affinités évidentes
qui lient notre plante aux A. nudiflorus et A. dioecus, tous deux dioïques.
Vu la rareté du matériel connu, Aponogelon Troupini semble être
une espèce peu fréquente, qu’il faudra rechercher dans les régions voisines
(y compris Cameroun et République Centrafricaine, où existent des
biotopes favorables); on remarquera l’identité des milieux où furent
récoltés les deux spécimens connus, ainsi que l’époque de floraison :
septembre-octobre, soit en fin de saison humide; la plante est probable¬
ment très fugace, comme tant d’autres de ces milieux temporairement
inondés floristiquement si riches, et disparaît totalement lors de l’assèche¬
ment des mares.
La deuxième espèce a été récoltée à Madagascar, dans le massif
volcanique de l’Ankaratra, à 2 000 m d’altitude, dans de petits marigots
peu profonds (25-30 cm), aux eaux acides et fraîches :
Aponogeton dioecus J. Bosser, sp. nou.
Herba aquatica, dioeca, perennis. Folia cylindrico-linearia 20-25 cm
longa, 1,5-2 mm diam. Inflorescentia $ monostachya, spicata, ubique florifcra,
5-6 cm longa, 5 mm diam. Bractea spathacca acuminata, caduca, 1,5 cm
longa. Flores $ tepalis 2, rotundatis, 1-vel 3-nervibus, 2-2,5 mm longis, 2-
2,5 mm latis. Stamina 6,1,5-2 mm longa, anthera late elliptica 0,5 mm longa.
Carpclla rudimentaria 3. Inflorescentia Ç ut inflorescentia 1-1,5 cm longa.
Flores Çj tepalis nullis, carpellis 3, 2 mm longis, biovulatis. Infrutcscentia 2-
2,5 cm longa, folliculi ovato-oblongi, 3,5-4,5 mm longi; semina 1-2, ellipsoidea,
brunnea, 2 mm longa, 1 mm diam., leviter 5-costulata.
Madagascar : J. Bosser 10 908, mares des environs de Nanokely,
route Sambaina-Faratsiho, massif de l’Ankaratra, 11.2.1960 (holotypus,
PI).
C’est une herbe dioïque, grêle, à tubercule pérenne, globuleux ou
ovoïde, petit (5-13 mm de diamètre sur le frais); racines à la partie supé¬
rieure du tubercule, charnues, blanches, glabres, de 1-1,5 mm de diamètre.
Feuilles radicales, linéaires cylindriques, longues de 20-25 cm, de 1,5-
2 mm de diamètre, s’amincissant vers le sommet subobtus ou terminé en
pointe aplatie ou arrondie.
In florescences émergées, à pédoncule grêle, plus mince que les feuilles,
Source : MNHN, Paris
— 157 -
Source : MNHN, Paris
— 158 —
ayant jusqu’à 30 cm de long sur 1 mm de diamètre, plus étroit encore
à la base. Épis cylindriques, solitaires. Épi de 5-6 cm de long sur 5 mm
de diamètre, assez lâche, les fleurs de la base pouvant à l’anthèse être
distantes de 2-4 mm. Bractée entourant l’épi jeune, blanche ou vert pâle,
longue de 1,5 cm, acuminée au sommet, tôt caduque. Fleurs sessiles,
à 2 tépales orbiculaires de 2-2,5 mm de long sur 2 mm de large, arrondis
au sommet ou un peu échancrés, uninerves, rarement à 2-3 nervures,
hyalins et teintés de vert au sommet; 6 étamines à filets droits, s’allongeant
progressivement et atteignant 1,5-2 mm de long, anthère vert-olive ou
jaune, largement elliptique, longue de 0,5 mm; pislillode formé de 3 car¬
pelles atrophiés, sessiles. Épi $ cylindrique, dense, plus court que les
épis (J, de 1-1,5 cm de long; fleur Ç sessile, nue, formée de 3 carpelles
utriculiformes, biovulés, verts, glabres, longs de 2 mm; style en bec
recourbé de 1 mm. Infrutescence de 2-2,5 cm de long; follicule ovale-
oblong, long de 3,5-4,5 mm, à bec recourbé de 1,5 mm; 1 à 2 graines par
follicule, ellipsoïdes, longues de 2 mm, 1 mm de diamètre sur le frais, à
5 côtes peu saillantes (PI. 2).
Cette espèce semble rare et n’a, jusqu’à présent, été récoltée que dans
le massif de l'Ankaratra, en altitude. Nous avons pu observer deux peu¬
plements assez importants où les pieds mâles étaient en nombre beaucoup
plus grand que les pieds femelles (au moins dix fois plus). Les feuilles
étaient toutes immergées et du même type, et il ne paraît pas y avoir de
feuilles flottantes à limbe plan.
A. Troupirii et A. dioecus diffèrent par les caractères suivants :
— Feuilles submergées à section circulaire chez A. dioecus, oblongue-
elliptique chez A. Troupini.
— Feuilles flottantes absentes chez A. dioecus.
— Spathe persistante chez A. Troupini.
— Pistillode stipité chez A. Troupini, sessile chez A. dioecus.
— Ovules plus nombreux chez A. Troupini.
— Tépales à stries plus nombreuses chez A. Troupini.
Ils se rapprochent au contraire, entre autres, par certains caractères
rares ou nuis dans les autres espèces du genre :
—- la diécie, prouvée chez A. dioecus, extrêmement probable chez
A. Troupini.
— les fleurs $ nues, caractère rapprochant nos deux espèces de A.
nudiflorus Peter, de Tanzanie, qui s’en éloigne par contre par son inflo¬
rescence distachyée.
— l’existence d’un pistillode dans les fleurs <J, caractère jusqu’ici
signalé seulement chez A. spalhaceus E. Mey. ex Hook. f. par Krause
et Engler : dans cette espèce non rigoureusement dioïque, les fleurs
peuvent être hermaphrodites, femelles ou bien (rarement) mâles par
avortement des carpelles; c’est ce dernier cas qui devient la règle pour
les fleurs $ de nos deux espèces.
Ces observations permettent de conclure à une affinité très probable
de ces deux Aponogelon d’abord entre eux, ainsi qu’avec A. nudiflorus
Source : MNHN, Paris
— 159 —
Peter. A. Camus divise le genre Aponogelon en quatre sous-sections,
premièrement d'après l’insertion des fleurs (tout autour de l’axe : sect.
Aponogelon (= Euaponogelon A. Cam.) ou en deux rangs : sect. Pleu-
ranthus A. Cam.), ensuite, dans chacune des deux sections, d’après le
nombre d’épis de l’inflorescence : épi unique dans les deux sous-sections
nommées identiquement Monoslachys A. Cam. (et dont l’une, contenant
l’espèce-type A. nalans (L.) Engl, et Krause, devrait prendre le nom
de subsect. Aponogelon); épis 2 ou plus dans les subsect. Polyslachys
A. Cam. et Dichostachys A. Cam.). En fait, les 3 espèces dont nous nous
occupons se répartiraient alors dans deux sous-sections différentes, A.
nudiflorus Peter ayant l’inflorescence distachyée. Ceci nous amène, étant
donné l'affinité apparente de ces plantes, à émettre quelques réserves
sur la valeur taxinomique des sous-sections de A. Camus, fondées sur un
caractère certes très utile, par sa stabilité au niveau spécifique, pour
l’établissement de clefs pratiques, mais d’intérêt probablement faible
dans une classification naturelle. L’examen de la répartition géographique
générale des caractères invoqués pour ce découpage infragénérique
n’apporte d’ailleurs aucun argument vraiment positif en faveur de cette
division.
Ouvrages consultés
1. Camus, A. -—- Le genre Aponogelon L. f., Bull. Soc. Bot. Fr. 70 : 670-676 ( 1923).
2. Jumelle, H. — Aponogelonaceae, in Humbert H., Flore de Madagascar, 23” famille,
15 pp., Tananarive (1936).
3. Krause, K. et Engler, A. — Aponogetonaceae, in Engler A., Das Pilanzenreich, 4,
13, 24 pp. (1900).
4. Peter, A. — Flora von Deutsch-Ostafrika, Repert. Spec. Nov., Beihefte 40, 1 A :
116-117, et Anhang : 9-10 (1938).
5. Troupin, G. — Plantae africanae III. Aponogetonaceae (Nouvelle famille pour le
Congo Belge), Bull. Jard. Bot. Etat Bruxelles 23 : 223-226 (1953).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INFORMATIONS
Mr. le Professeur Maurice Fontaine vient d’être nommé Directeur
du Muséum National d’Histoire Naturelle en remplacement de Mr. le
Professeur Roger Heim. Celui-ci au cours de ses quinze années de
direction a accompli une œuvre considérable de rénovation du Muséum
et porté à un haut degré le rayonnement scientifique de cet établissement.
Mr. le Professeur Roger Heim en particulier a toujours accordé son aide
financière et morale à « Adansonia » qui lui en est reconnaissante.
FLORE DU GABON
Vol. 11 : G. H. Amshoff, Myrtacées (5 genres, 24 espèces). —
G. Aymonin, Thyméléacées (6 genres, 15 espèces). — 100 p., 15 pl.
- 20 F.
FLORE DU CAMEROUN
Vol. 4 : J. Koechlin, Scitaminales : Musacées (2 g., 2 sp.),
Strelitziacéas (3 g., 3 sp.). Zingibéracées (8 g., 48 sp.:, Gannacées
(1 g., 1 sp), Marantacées (12 g., 29 sp.). — 162 p., 31 pl. — 29 F.
FLORE DE MADAGASCAR ET DES COMORES
Moustapha Hadj Moustapha Haddade, Capparidacées.
83 e famille, (8 g., 37 sp.) 71 p., 13 pl. — 12 F.
CONGRÈS
Le 91 e congrès national des Sociétés savantes se tiendra à Rennes,
France, du 1 er au 5 avril.
Le VI e Congrès forestier mondial à Madrid, Espagne, mettra
l’accent sur les problèmes des pays en voie de développement. On étudiera
les ressources mondiales du bois et les besoins futurs d’après les prévi¬
sions de la F.A.O.
Le 1 er Symposium de Biologie amazonienne aura lieu à Belom,
Parà, Brésil, du 6 au 11 juin, à l’occasion du centenaire du Musée
Source : MNHN, Paris
— 162 —
Emilio Goeldi, institution pionnière des recherches biologiques en
Amazonie.
La VI e réunion plénière de l’A.E.T.F.A.T. aura lieu à Uppsala,
Suède, du 12 au 16 septembre. Trois sujets seront à l’ordre du jour :
1) Les progrès accomplis dans l’étude taxonomique de la flore de l’Afrique
Tropicale; 2) Les progrès accomplis dans la cartographie de la flore
d’Afrique Tropicale; 3) La conservation de la végétation et de ses
espèces dans l’Afrique au Sud du Sahara.
ERRATUM
Tome V, fascicule 3, 1965.
Clé des espèces p. 387 :
Au lieu de B. amphorocalyx, lire :
B. amphorimorphum
Source : MNHN, Paris
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 28 AVRIL 1966
SUR LES PRESSES DE L’iMPRIMERIE
FIRMIN-DIDOT — PARIS-MESNIL-IVRY
Source : MNHN, Paris
Dépôt légal : 2' trimestre. — 1966
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris