Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
A. AUBRÉVILLE
Membre de l'Institut
Professeur
Nouvelle Série
Tome VIII
FASCICULE 2
1968
PARIS
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
16, rue de BufTon, Paris (5 e )
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
Président
A. Aubréville : Membre de l'Institut
Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle.
Membres
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
A. Eichhorn : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandri : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
J. F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherche au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Portères : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Schnei.l : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M. L. Tardieu-Blot : Directeur de laboratoire à l'E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d’article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l'auteur ne doit y être mentionné
qu'à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L'index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Ex. : Aubréville, A. — Contributions à l'étude des Sapotacées de la Guyane française.
Adansonia, ser. 2, 7, 4 : 451-465, tab. 1 (1967).
Pour tous les articles de taxinomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères
gras et les noms d'auteurs des différents taxa.
Le format des planches doit être de 16 x 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptées.
Les auteurs reçoivent gratuitement vingt-cinq tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, rue BufTon, Paris V e — Tél. : 402. 30-35
Prix de l’abonnement 1968 : France et Outre-Mer : 40 F
Étranger : 50 F
C.C.P. Paris 17 115 84
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 8 (2) 1968.
SOMMAIRE
Leandri J. — Un pharmacien provençal découvre une partie de
la flore du Nouveau Monde : J. B. C. Fusée Aublet et
1’ « Histoire des plantes de la Guyane française ». 137
Aubréville A. — Les Césalpinioïdées dans la flore camerouno-
gabonaise. Considérations taxinomiques, chorologiques, éco¬
logiques, historiques et évolutives. 147
— Leonardoxa Aubréville, genre nouveau de Césalpinioïdées
guinéo-congolaises. 177
Heine H. — A propos de la nomenclature d’un sébestier de l’ancien
monde . 181
— et Raynal A. — Benoicanlhus Heine et A. Raynal (Acan-
thaceæ), nouveau genre malgache. 189
Capuron R. — Contributions à l’étude de la flore forestière de
Madagascar : A. Notes sur quelques Cassiées malgaches (2 e par¬
tie). — B. Les Swartziées de Madagascar. 199
Raynal J. — Notes cypérologiques : XII. Trichoschcenus, nouveau
genre malgache. 223
Ponsinet G. et Ourisson G. — Les triterpènes des latex A’Euphor-
bia. Contribution à une étude chimio-systématique du genre
Euphorbia . 227
Le Thomas A. — Nouvelles Annonacées d’Afrique équatoriale .... 241
Tirel C. — Identification de Slrychnos Wallichiana Steud. ex DC... 249
Rédacteur Principal
A. Le Thomas
La publication d’un article dans Adansonia n’implique nullement que
celle revue approuve ou cautionne les opinions de l’auteur.
Source : AANHN, Paris
Source : MNHN, Paris
r. 2, 8 (2) 1968.
UN PHARMACIEN PROVENÇAL DÉCOUVRE UNE PAR¬
TIE DE LA FLORE DU NOUVEAU MONDE : J.B.C.
FUSÉE AUBLET ET L’ « HISTOIRE DES PLANTES
DE LA GUYANE FRANÇAISE »
par J. Leandri
Aix-en-Provence a donné à la Botanique Tournefort et Adanson.
Non loin de là, la petite ville de Salon, peut s’honorer aussi d’un botaniste
célèbre : Jean Baptiste Christian (certains écrivent Christophe) Fusée
Aublet, auteur de la première flore de la Guyane française. Moins
connu que son contemporain Adanson, car il n’a pas comme son illustre
confrère, inventé une importante méthode de classification, et donné son
nom à deux belles Revues de botanique, il a été plus qu’un bon artisan
des études sur la flore sud-américaine, et il est encore souvent question
de lui dans les travaux sur les plantes de cette partie du monde.
Il est curieux de voir que sa carrière de voyageur s’est déroulée beau¬
coup plus dans d’autres régions que dans celle qui lui a apporté la célébrité.
En effet, c’est à l’Ile de France, aujourd’hui l’île Maurice, qu’il devait
faire ses premières armes dans les pays chauds *. Arrivé en août 1753,
à peine âgé de trente ans, il devait y séjourner jusqu’à la fin de 1761,
c’est-à-dire arriver bien près de la quarantaine, sans parler des longues
traversées qui devaient s’ajouter à son séjour à l’aller et au retour. Par
contre, six semaines devaient lui suffire pour atteindre Cayenne, et une
seule « tournée » importante, qui peut-être ne devait pas l'éloigner à
cent kilomètres du chef-lieu, devait lui procurer les quelque mille espèces,
dont quatre cents nouvelles, de son « magnum opus ». Notre science ne peut
que se féliciter de la constance d’AuBLET, qui comme certain prince
d’ORANGE n’a pas cru indispensable de réussir pour persévérer; nous
regrettons toutefois que la perte de ses autres collections — J. G. Baker
ne cite même pas Aublet dans sa « Flora of Mauritius and the Seychelles »
— ne lui ait pas permis de donner dès le xvm e siècle, un catalogue de la
flore des Mascareignes qui eût peut-être été plus important que les inven¬
taires modernes, en raison du nombre des espèces aujourd’hui disparues
de leur végétation primitive.
Aublet donne lui-même, dans la préface de l’Histoire des plantes de la
1. Aublet a tait aussi un séjour à l’île de la Réunion, dont il cite quelques plantes
dans un de ses travaux.
Source : MNHN, Paris
— 138 —
Guyane française » les éléments de sa biographie et une idée de son carac¬
tère. Fils d’un apothicaire royal et élevé sous un ciel où le mistral balaie
si vite les illusions mêmes bienfaisantes, sa morale s’en tenait au droit
écrit et peut-être s’y tenait-il avec un peu d’obstination, sans accepter
de se plier aux besoins de la vie sociale et peut-être même de la politesse.
Par contre, est-il vraiment prouvé qu’il n’avait pas sur la conduite à
tenir au point de vue des sens et même du sentiment, les idées de tout le
monde 1 ? En tout cas, malgré sa science, tout son zèle et sa bonne volonté,
il a réussi à se faire beaucoup d’ennemis.
Il était né à Salon vers la fin de la régence du duc d’Om-ÈANS, le
4 novembre 1723, c’est-à-dire qu’il était de trois ans plus âgé qu’ADANSON
(1727). « C’est la facilité qu’on trouve dans les premières études de la
Pharmacie à satisfaire l’inclination que j’avais pour les diverses parties
de l’Histoire naturelle, et spécialement pour les plantes, qui m’a fait
choisir cette profession et chercher ensuite l’occasion de l’exercer aussi
loin de ma patrie qu’il m’a été possible » écrit-il dans la Préface de l’His¬
toire des Plantes de la Guyane.
Après avoir quitté plusieurs fois la maison paternelle, puis le collège 2
pour satisfaire sa passion de naturaliste, il finit par s’embarquer pour
l’Espagne et entrer à Grenade chez don Antonio Sanchez Lopez, apothi¬
caire visiteur; découvert et rappelé par ses parents, il se rend alors à
Montpellier et à Lyon pour compléter ses études. Il fait la connaissance
dans cette dernière ville de Christophe de Jussieu, puis s’engage dans
l’armée de l'infant Don Philippe, qu’il quitte bientôt, les opérations
militaires se révélant peu propices aux recherches botaniques. Il exerce
alors la pharmacie à Paris, dans les hôpitaux et avec la coopération des
moines Hospitaliers.
Aublet suivait les cours de botanique du Jardin du Roi, et c’est
même lui qui devait rédiger le Catalogue du Jardin en 1751 (Manuscrits
du Muséum, 1372). Il passait ses loisirs à herboriser aux environs de Paris.
Bernard de Jussieu était son mentor « et même sa bibliothèque », comme
il l’écrit lui-même; il lui faisait en outre connaître de nombreux riches
amateurs dans les jardins et les cabinets desquels notre jeune botaniste
ne cessait de se perfectionner.
A vingt-neuf ans, en 1752, il est désigné à la Compagnie des Indes
par le ministre Berryer pour établir à Pile de France (Maurice) un
Laboratoire devant fournir des médicaments et un jardin pour y rassem¬
bler les plantes utiles aux Comptoirs ainsi qu’aux vaisseaux de passage
allant aux Indes. La paix régnait alors en Europe après le traité d’Aix-la-
Chapelle qui avait mis fin à la guerre de Succession d’Autriche, mais la
rivalité coloniale franco-anglaise restait vive et faisait un devoir au
Gouvernement de Louis XV de mettre nos établissements d’outre-mer
dans une situation aussi favorable que possible.
Aublet partait de Paris en décembre 1752, et commençait par faire
1. Certains de ses ennemis l'accusaient de se vanter d’avoir trois cents enfants!
2. Certains disent aussi qu'il « fit tapage à la Comédie, et fut mis au Kort-1’Évêque ».
Source : MNHN, Paris
— 139 —
à pied le voyage jusqu’à Lorient, port où il devait embarquer. Le recueil
452-1 de la Bibliothèque du Muséum renferme le manuscrit de ce « voyage
de Paris à l’Orient », où le voyageur déclare être parti de Paris le 24 décem¬
bre, et avoir étudié surtout la minéralogie. Le navire Phelyppeaux, capi¬
taine Classen, sur lequel Aublet devait s’embarquer à Lorient, n’arriva
à l’Ile de France qu’à la fin du mois d’août.
Le désintéressement, le manque de sens commercial d' Aublet et
son peu de goût pour les relations mondaines, devaient le rendre vite sus¬
pect et bientôt antipathique : les dossiers de la Compagnie des Indes
étaient remplis des plaintes, très probablement mal fondées sinon pure¬
ment calomnieuses, déposées contre lui, et aussi des mémoires qu’AuBLEr
était sans cesse obligé de rédiger pour se justifier (recueil 452-1 des
manuscrits de la Bibliothèque du Muséum). Établi d’abord aux Pam¬
plemousses — mais, dit Aublet, « des gens que ma présence gênait détrui¬
sant mes plantations avec autant d’ardeur que j’en mettais à les établir »
— le botaniste-apothicaire devait abandonner cet établissement à la
culture des seuls légumes et se réfugier au Réduit 1 pour y poursuivre ses
essais. Aublet rend hommage dans ses rapports aux qualités de Mahé
de la Bourdonnais, mais est beaucoup moins bienveillant pour Poivre
qui a pourtant laissé aussi la réputation d’un grand intendant colonial;
ces disputes semblent tirer leur origine d’une controverse scientifique :
les « muscadiers » introduits par Poivre constituaient peut-être de bonnes
épices, mais le botaniste Aublet ne pouvait les reconnaître pour la
muscade véritable sans manquer à la Science à laquelle il s’était voué.
C’est probablement du séjour à Maurice que datent les aventures
sentimentales contées avec un humour naïf par Robert Paul Lamanon.
son compatriote de Salon, authentique descendant des trouvères, qui
connaissait personnellement Aublet et sa famille, dans un manuscrit
déposé à la Bibliothèque nationale et qui a été publié en 1802, vingt-
quatre ans après la mort du botaniste, dans le Magasin encyclopédique
(p. 365-367) (n° (3. 50 de la Bibliothèque du Muséum).
« En 1760 » (Aublet avait environ trente-sept ans; il a quitté Maurice
à la fin de 1761 et il paraît vraisemblable que ce fut un peu avant cette
date) « il devint amoureux d’une négresse bien faite, qui était veuve, el
qui appartenait, ainsi que sa mère, à la Compagnie des Indes. Il l’acheta,
mais inutilement lui adressa-t-il ses vœux. Armelle, devenue son esclave,
travaillait pour l’intérêt de son maître, mais refusa de partager son lit;
il trouvait en elle un caractère sensible, de la vivacité, de l’intelligence,
mais point d’amour et encore moins de cette complaisance qui en tient
lieu chez les femmes corrompues. Armelle résista plusieurs années aux
pressantes sollicitations de M. Aublet. Le chagrin qu’elle avait d’être
constamment avec un homme qui ne cessait de la presser, lui donna la
jaunisse, et M. Aublet eut pour elle des soins si empressés qu’elle sortit
de sa maladie; elle se laissa attendrir, et devint enceinte d’un fils auquel
on donna le nom de Charles. Elle ne voulait pas quitter son pays et venir
1. Aujourd'hui une des résidences Gouvernementales.
Source : MNHN, Paris
— 140 —
en France; elle ne s’y décida qu’à cause de ses enfants qu’elle ne put se
résoudre à laisser entre les mains de son mari. Cette femme a toutes
sortes de bonnes qualités — la mère de M me Aublet était née libre, près
du Sénégal. — Elle a eu de M. Aublet trois enfants dont deux garçons,
Charles et Alexandre, et une petite fille. Deux sont morts en bas âge, et il
ne reste que Charles ».
Les détails relatés ci-dessus semblent indiquer que c’est en compagnie
de sa famille qu’AuBLET rentra en France en 1761. Ils indiquent aussi à
quel point Aublet vivait dans la familiarité des noirs. Quand il fallut
rétablir la route du Port-Louis au Port-Bourbon, détruite par un cyclone,
ce fut le botaniste, devenu ingénieur des ponts et chaussées, qui en fut
chargé et qui réussit grâce à l’enthousiasme qu’il savait inspirer à son
équipe malgache : il vivait avec eux, couchant dans les bois qui, à cette
époque, existaient près de la côte. Ce fut aussi avec des noirs qu’AuBLET
fut chargé d’établir des signaux sur les principaux sommets pour faciliter
la navigation, et s’en acquitta parfaitement, semble-t-il.
Les sentiments antiracistes d’AuBLET sont particulièrement mani¬
festes dans le septième mémoire annexé au 2 e tome de texte de l’Histoire
des Plantes de la Guyane et qui s’intitule « Observations sur les Nègres
esclaves », où il montre que les défauts que l’on reproche à ces derniers
sont le résultat de leur état, non de leur nature, et que les sentiments
essentiels de l’Homme ne dépendent pas de sa seule couleur, en particulier
dans le domaine de la solidarité.
Après avoir donné la liberté à ses propres esclaves, Aublet rentrait
donc en France au début de 1762. Le Pacte de famille de 1761 (alliance
de la France avec l’Espagne et Naples), s’il ne devait pas permettre à notre
pays de retrouver le Canada, la Louisiane, les Antilles, le Sénégal ni
l’Inde, rendait moins périlleuses les communications avec les colonies
qui lui restaient. Aublet ne demeurait que quelques semaines dans son
pays. Le gouvernement de Choiseul voulait augmenter et améliorer
la colonie de la Guyane, qui consolidait sur le continent sud-américain la
position de la France aux Antilles. Le 2 mai de la même année, Aublet
recevait les ordres du Ministre qui étaient assez proches de ceux qu’il
avait eus à son départ pour l’lie de France. Il partait aussitôt pour Bor¬
deaux et s’embarquait à Blaye sur le Patriote qui partait le 30 mai et
mouillait le 23 juillet à l’île de Cayenne, où il s’était présenté par prudence
sous le pavillon anglais, avant d’être assuré que la Guyane était toujours
française. Dès le mois d'août, Aublet faisait des herborisations en
s’appuyant sur les « habitations » de la terre ferme, et envoyait au Minis¬
tre et au « Cabinet du Roi » des échantillons d’histoire naturelle, avec de
nombreuses observations, où il décrivait, en particulier, les plantes sur le
vivant.
H. Froidevaux a pu montrer en 1898, par l’étude de l’ensemble
des documents d’archives, quels avaient été les itinéraires sûrs d’AuBLET.
Certains de ceux qu’il avait projetés ne furent pas réalisés et Aublet
devait d’ailleurs quitter la Guyane plus tôt qu’il ne l’avait pensé. Du jour¬
nal envoyé par lui à l’un de ses plus zélés protecteurs, M. de Bombarde
Source : MNHN, Paris
141
(Bibliothèque nationale, man. fr. 6244) il semble résulter que les Jésuites
empêchèrent sinon activement, du moins par un manque de bonne volonté
qu’il faut sans doute attribuer à l’idée assez piètre qu’ils se faisaient
a priori des qualités personnelles de ce missionnaire laïque, l’expédition
qu’il projetait dès 1762 sur le Maroni. Dans ses lettres à M. de Bombarde
et à Choiseul, Aublet, « unescoïste » avant la lettre, parmi ses plaintes
contre les Jésuites, prend encore avec zèle la défense des Noirs et des
Indiens « colonisés ».
Le 13 avril 1763, Aublet partait enfin de Cayenne pour une expédi¬
tion de longue durée. En pirogue, il atteignait la crique Galibi, à l’embou¬
chure de la rivière d’Oyac. Le 1 er mai, il commençait à la remonter, mais
devait bientôt mettre pied à terre; le 7 mai la rivière n’était plus du tout
navigable. Après avoir gravi plusieurs sommets, il apercevait dans le
lointain une grande éclaircie où il croyait reconnaître la rivière Sinnamary.
C’était bien elle, comme il pouvait le constater bientôt, et il rentrait à
Cayenne par l’Ouest. « Mon voyage a été riche par les arbres avec lesquels
j’ai fait connaissance » écrit-il à Lemonnier, médecin du Roi, le 4 juin.
Il avait découvert le véritable Gaïac et bien d’autres végétaux intéres¬
sants.
Condamné à l’inaction pendant les mois suivants par ses démêlés
avec le gouverneur par intérim de la Guyane, M. de Béhague, ce n’est
qu’en mars 1764 qu’AuBLET peut se rendre dans l’Orapu avec l’espoir
de faire la route de Caux et de retrouver les « bois d’aigle » qu’il avait
aperçus dans une tournée antérieure.
Le 8 avril, il se rend à la rivière de Timoutou. Le 2 mai, il part avec
M. de Préfontaine au « camp des nouveaux colons » et remonte la rivière
de Kourou. De retour à Kourou, il en repart le 10 mai pour gagner Sinna¬
mary par terre, avant de rentrer à Cayenne.
Aublet ne devait pas réaliser ses autres projets d’itinéraires, en
particulier celui du Camoupi qu’il voulait faire avec M. Chamvallon.
Il parle bien dans l’Histoire des Plantes de la Guyane d’un voyage sur
la rivière Sinnamary très en amont (« au dessous du premier saut qu’elle
fait en venant de sa source ») mais nous ne savons rien de cet itinéraire
supposé.
En raison de sa santé devenue très mauvaise, Aublet repartait
de Cayenne au début de juillet 1764. Toutefois avant de rentrer en France,
il devait faire à Saint-Domingue (Haïti) où il était appelé par le nouveau
gouverneur, le comte d’EsTAiNG, un court séjour où il participait active¬
ment, malgré sa santé précaire, à Ja réinstallation des colons français
rapatriés d’Acadie (Canada), fondant de nouveaux établissements bien
organisés.
Ses envois en France de matériaux d’histoire naturelle avaient été
plus heureux que ceux qu’il avait faits à partir de l’Ile de France. La fré¬
gate La Diligente en particulier, partie de Cayenne en mars 1763, avait
déjà apporté en métropole plusieurs caisses d’échantillons surtout bota¬
niques et de nombreux rapports et documents. D’autres devaient être
rapportés par la naturaliste lui-même.
Source : MNHN, Paris
— 142 —
Arrivé à Paris au début de 1765 il constatait qu’une partie de ses
mémoires et notes avait été égarée et que beaucoup de ses envois, surtout
ceux de l’Ile de France, étaient disparus ou gâtés. Il décida de s’occuper
de la partie la mieux conservée et qui était accompagnée des descriptions
les plus complètes, c’est-à-dire de la flore de la Guyane française; Bernard
de Jussieu devait lui accorder un temps considérable pour l’aider à mener
à bien sa tâche et, bien que les découvertes d’AuBLET soient présentées
dans son ouvrage suivant la méthode « sexuelle » de Linné, en raison de
l’engouement dont jouissait cette dernière, qui permettait de se passer
des clés dichotomiques, Bernard de Jussieu devait mettre ces nouveautés
à leur place dans sa classification naturelle, et Antoine-Laurent les
publier de même en 1789 dans son Généra Planlarnm.
A côté des nombreuses plantes ubiquistes ou pantropicales que l’on
connaissait d’autres régions, et qui avaient fait prendre ombrage à
Aublet des travaux d’ADANSON, où il croyait reconnaître certaines plan¬
tes qu’il avait expédiées à son protecteur M. de Bombarde et auxquelles
Adanson avait eu accès, on trouve dans l'Histoire des Plantes de la
Guyane française des centaines de plantes particulières, les seules qui y
soient d’ordinaire décrites et figurées. Aublet se trompe quand il croit
que toutes les flores tropicales sont voisines et celle du Sénégal est assez
différente de celle de Guyane pour qu’ADANSON n’ai pu profiter que bien
peu de ce qu’il avait pu voir dans les herbiers d’AuBLET; mais c’est grâce
aux soins avec lesquels ce dernier a récolté et décrit ses récoltes que cette
vérité a pu apparaître à ceux qui avaient pu avoir du monde végétal une
vue plus complète et générale. Les progrès les plus importants ont pu alors
être réalisés aussi bien dans le domaine de la Géographie botanique que
dans la connaissance des grandes lignes de l’organisation du règne végétal.
Aublet devait mourir à Paris le 6 mai 1778, trois ans après la publi¬
cation de son grand ouvrage. Son herbier fut vendu après sa mort à
Sir Joseph Banks pour 60 louis. Il n’en avait d'ailleurs été demandé que
50, soit environ 10 000 francs, et ce fut Banks lui-même qui voulut ajouter
la différence. « On assure qu’à mille écus (50 000 francs d’aujourd’hui)
il n’aurait pas été cher » écrit Paul Lamanon. Il faut probablement esti¬
mer modestes les évaluations de ces experts, si l’on pense aux peines et
aux souffrances que ces récoltes devaient exiger, mais leur mauvais
étiquetage leur enlevait beaucoup de leur valeur. « Cet herbier contenait
les plantes de Cayenne et de l’Ile de France qui n’avaient pas été détruites »
ajoute cet auteur.
En fait, l'Index herbariorum, Part II. Collectors (First instalment.
1954) élaboré par Lanjouw et Stafleu donne les renseignements sui¬
vants sur les herbiers qui conservent aujourd’hui des récoltes d’AuBLET :
Dominique : Montpellier (Inst, bot.); Paris (Herb. Jussieu).
Guyane française (1762-64) : British Muséum (avec le reste de
l’herbier Banks); Bruxelles (Jardin botanique de l’État); Chicago Natu-
ral History Muséum ; Linnean Society Lond. ; Musée municipal de Liver-
pool; Missouri Botanical Garden, Saint-Louis; Muséum (Phanérogamie).
Paris (une partie de l’herbier original), herbier général et herbiers Jussieu
Source : MNHN, Paris
— 143 —
et Lamarck; Stockholm (Naturhist.oriska Riksmus.); herbier de Linné
(ils, Upsal; Vienne (Naturhist. Mus.); Copenhague (herbier de Vahi.).
Haiti : Montpellier; Paris (Muséum).
Maurice : Paris (herbier Jussieu).
Lanjouw et Uittien avaient déjà exposé (1940) dans les Travaux
botaniques néerlandais leur découverte d’une partie étiquetée de l’herbier
Aublet dans les collections de M. Denaiffe, le grand grainetier de
Carignan 1 . Cette collection a été achetée depuis par le Muséum et se
trouve conservée à Paris dans un herbier spécial dit « de Jean-Jacques
Rousseau »; l’herbier Tristan, qui contient des plantes d’AuBLET 2 ,
se trouve aussi au Muséum depuis 1955 et permettra peut-être de résoudre
certains problèmes botaniques.
La bibliographie concernant les dates de la publication des fascicules
de VHistoire des plantes de la Guyane et les questions de priorité se trouve
dans l’ouvrage de Stafleu (Regnum vegelabile,vo\. 52. Taxonomie litera-
lure, déc. 1967^, qui vient de paraître à Utrecht, et nous nous permettrons
d’y renvoyer le lecteur. Ce dernier pourra consulter aussi J. H. Barnhart,
Biographical notes upon botanists in the N. Y. Bot. Gard. Library, Bos¬
ton 1965, pour une bibliographie plus étendue et les Catalogues des
manuscrits du Muséum (Plon-Nourrit, 1914); de la Bibliothèque nationale,
des Archives des Colonies, du dépôt des caries et plans de la Marine, et
de la Bibliothèque de l’Institut, pour les documents inédits.
I,ES RÉSULTATS BOTANIQUES DANS L’« HISTOIRE DES PLANTES DE
LA GUYANE FRANÇAISE ».
Les ouvrages du Père Plumier, qui avait fait connaître les plantes
des Antilles françaises — - alors plus étendues qu’aujourd’hui — s’éche¬
lonnent de 1693 à 1705. C’est donc plus de trois quarts de siècle plus tard
que la llore de la Guyane d’AuBLET était présentée au public. A cette époque
les flores des Guyanes anglaise et hollandaise et du Nord du Brésil étaient
pratiquement inconnues.
Avant lui, c’étaient surtout les arbres qui à la Guyane avaient attiré
l’attention, en raison de leurs usages; les ouvrages de Barrère (1749) de
Préfontaine (1752) citent les principaux bois en indiquant leurs qualités,
mais sans déterminations botaniques. L’ouvrage d’AuBLET marque donc
un progrès capital, non seulement pour la flore de Guyane, mais pour celle
d’Amérique et même pour la flore mondiale, puisque certaines familles
tirant leur nom de genres proposés par Aublet (Simarubacées, Vochy-
siacées, etc.) sont représentées aussi dans l’Ancien Monde. Malheureuse-
1. Voir à ce sujet Lanjouw et Uittien in Trav. Bot. néerl. 1940, p. 147. L’exis¬
tence de cet herbier avait été signalée en 1939 à la Société botanique de France par le
Dr. Bektemes, de Charleville (Ardennes).
2. D'un premier examen, non poussé à fond, de l’herbier Tristan, il semble
résulter qu’il ne renferme pas de plantes provenant directement des récoltes d’Aum.ET,
mais seulement des spécimens d'herbier prélevés sur des végétaux cultivés à partir
de graines envoyées par ce voyageur (communiqué par M. G. Aymonin).
Source : MNHN, Paris
— 144 —
ment le mauvais étiquetage des plantes d’AuBLET, conservées dans les
grands Herbiers, avait laissé planer des doutes sur certaines espèces. Dans
leur travail sur l’herbier Denaiffe, publié dans les Trav. Bot. Néerlandais.
Lanjouw et Uittien ont apporté des résultats de la plus haute impor¬
tance, citant pour cette seule collection 118 types, et répartissent les spé¬
cimens entre 55 familles actuellement admises. Or cette collection ne doit
pas représenter beaucoup plus du quart de l’herbier total qui a servi
de base à l’ouvrage d’AuBLET.
En 1963, N. Sandwith, le regretté spécialiste britannique des Bigno-
niacées, a pu ajouter, après quelques identifications nouvelles de
M lle J. Amshoff, du Prof. Bremekamp et du Prof. Th. Morley, et avec
l’aide de M lle Lourteig, la détermination de 12 nouveaux types de cette
collection et augmenter la liste de Lanjouw et Uittif.n de deux nouvelles
familles, ce qui accroît encore l’importance documentaire de la collection
venant de l’herbier Denaiffe (Kew Bulletin 17-2, 1963, p. 257-262) 1 .
L’ « Histoire des Plantes de la Guyane française » énumère 576 genres
et 1 241 espèces, nombres qui naturellement ne correspondent pas exacte¬
ment à l’état actuel de la classification. Les genres les plus nombreux en
espèces sont Adianlum (?), Amaranlhus, Annona, « Arum » (?) Banisleria,
Bignonia, « Cactus » (Cereus, Phyllocactus, Nopalia), Cassia, Convolvulus,
Dolichos, « Epidendrum », Eugenia, Euphorbia, Ficus, Hedysarum, Hibiscus,
Hypnum, Icica (Protium), Ipomoea, Lanlana, Lecylhis, Lycopodium,
Matpighia, Maranla, Melasloma, Mimosa, « Nonalelia » (= Psychotria,
Palicourea), « Palma » (probablement une dizaine de genres différents).
Passi/lora, Piper, Polypodium, Polhos (probablement Anthurium et autres
genres), Sida, Solanum, Spermacoce, Verbena... On remarque la pauvreté
des récoltes d’Orchidées, sans doute à cause du manque de moyens d’Au-
blet pour abattre les arbres et atteindre les épiphytes des strates supé¬
rieures.
Nous ne pouvons discuter ici la nomenclature des plantes guyanaises.
Rappelons qu’en 1906, le Prof. Pulle, dans son Énumération des Plantes
vasculaires de Suriname (Guyane hollandaise), citait 84 genres d'AuBLET
conservés au début du xx e siècle : Pariana (Graminées), Mayaca (Maya-
cacées) Tonina (Eriocaulacées), Bapalea (Rapateacées), Xiphidium
(Hæmodoracées), Coussapoa et Pourouma (Moracées), Cabomba (Nym-
phéacées), Virola (Myristicacées), Abula (Ménispermacées), Siparuna
(Monimiacées), Ocolea, Aiouea et Aniba (Lauracées), Mourera (Podosté-
monacées), Licania et Couepia (Rosacées), Bourea (Connaracées), Tachy-
gala, Eperua, Palovea (Caesalpinioideæ), Humiria (Humiriacées), Ticorea
1. Peu de temps auparavant, MM. W. T. Stearn et H. J. Williams (Bull. Jard.
Bot. État, Bruxelles, 27-2, 1957, 243 et s.) avaient fait la lumière sur le sort de la
collection de Martin, Directeur des « Épiceries » de la Gabrielle, capturée par des
corsaires anglais et actuellement au British Muséum, qui renferme « toutes les plantes
décrites par Aublet et plusieurs centaines d’autres ». Cette très belle collection conte¬
nant environ 1 700 espèces, récoltées dans un périmètre limité, explique comment
Aublet a pu faire une si riche moisson en aussi peu d’itinéraires.
Source : MNHN, Paris
— 145 —
et Galipea (Rutacées), Simaba (Simarubacées), Carapa (Méliacées),
Trigonia (Trigoniacées), Vochysia et Qualea (Vochysiacées), Moulabea
(Polygalacées), Tapura (Dichapetalacées), Amanoa, Conceveiba , Mabea,
Maprounea (Euphorbiacées), Tapirira (Anacardiacées), Goupia (Célas-
tracées), Poraqueiba (Icacinacées) Toulicia, Talisia, Vouarana, Malayba
(Sapindacées), Apeiba (Tiliacées), Pachira et Quararibea (Bombacacées),
Ouratea (Ochnacées), Norantea, Souroubea (Marcgraviacées), Quiina
(Quiinacées), Caraipa, Tovomita (Guttifères), Paypayrola (Violacées),
Banara (Flacourtiacées), Piriquela (Turnéracées), Crenea (Lythracées),
Couroupita, Couralari (Lécythidacées), Cassipourea (Rhizophoracées),
Cacoucia (Combrétacées), Tibouchina, Maiela, Mouriria (Mélastomacées),
Rapanea (Myrsinacées), Polalia (Loganiacées), Couloubea, Voyria (Gen-
tianacées), Maripa (Convolvulacées), Tamonea (Verbénacées), Conobea,
Bacopa (Scrofulariacées), Sipanea, Ourouparia, Sabicea, Posoqueria,
Tocoyena, Amajoua, Berliera, Malanea, Palicourea, Pagamea, Coussarea,
Faramea, Perama (Rubiacées), Pacourima (Composées).
On remarque encore qu’AuBLET n’a proposé aucun genre d’Orchi-
dées, ce qui indique une certaine « orientation » dans ses préoccupations
vers les végétaux utiles ou de grande taille.
Par ailleurs, plusieurs genres d’AuBLET ne sont pas cités dans cette
énumération, soit qu’ils ne fussent pas encore connus à Surinam vers
1906, soit qu’ils n’appartiennent réellement pas à la flore de ce
territoire.
A la même date, le nombre d’espèces connues, communes à Surinam
et à la Guyane française, était de 1273, pour un total de 2101 connues
de Surinam, soit 60,6 %. Or, Pulle avait déjà déduit de certaines consi¬
dérations que la flore de la Guyane française devait être plus voisine de
celle de Surinam que celle des autres régions voisines, et le fait semble
avoir été confirmé au cours de l’élaboration de la Flore de Surinam pen¬
dant les dernières décennies. Dans ces dernières années (1952-1955),
Albert Lemée a fait paraître de son côté une nouvelle Flore de la Guyane
française s’appuyant sur l’ensemble des travaux originaux parus à l’épo¬
que mais comportant peu d’observations ou de travail critique personnel,
ce qui rend difficile son utilisation pour des comparaisons statistiques
analogues aux précédentes. Cet ouvrage rendra néanmoins des services
par toutes les données bibliographiques qu’il apporte et parce qu’il attire
l’attention sur les plantes non trouvées à la Guyanne française mais
signalées dans les régions limitrophes.
On voit par tout ce qui est rappelé ici quelle a pu être l’importance
des travaux de Fusée Aublet, malgré leur caractère limité. La Guyane
française reste sûrement un pays capable d’apporter encore bien des
découvertes botaniques, comme l’ont montré les travaux de Sagot, de
R. Benoist et des botanistes actuels de l’ORSTOM, des Services des
Eaux et Forêts et de l’Agriculture. Après avoir utilisé le précieux instru¬
ment que constituait le travail du précurseur Aublet, nos confrères de
Grande-Bretagne, de Hollande, des États-Unis et du Brésil apportent pour
l’ensemble des Guyanes et du nord-est de l’Amérique du Sud une riche
Source : MNHN, Paris
— 146 —
moisson de résultats scientifiques qui doivent aider à leur tour à l’établis¬
sement d’un inventaire complet de la flore du département, qui épargne¬
rait à tous de longues recherches bibliographiques inutilement répétées
pour résoudre les problèmes d’identification systématique des végétaux,
en vue de la recherche ou des applications.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 8 (2) 1968.
LES CÉSALPINIOIDÉES
DE LA FLORE CAMEROUNO-GONGOLAISE
CONSIDÉRATIONS TAXINOMIQUES, CHOROLOGIQUES,
ÉCOLOGIQUES, HISTORIQUES ET ÉVOLUTIVES
par A. Aubréville
Résumé : La forêt guinéo-congolaise est une grande unité floristique particulière¬
ment riche en genres et espèces de Césalpinioïdées. Cependant la région géographique
Cameroun-Gabon est plus riche dans cette sous-famille que les régions plus occidentales
ou plus orientales. Les tribus des Cynométrées et des Amherstiées dominent de beau¬
coup en nombre de genres et d’espèces les autres tribus, et caractérisent nettement
la forêt camerouno-gabonaise. Certains genres de Césalpinioïdées de la forêt humide se
répandent dans la Région semi-aride soudano-zambézienne, surtout au sud de l’équa¬
teur. De part et d'autre de la lisière forêt-savane on peut reconnaître des couples
d’espèces écophylétique>. Des explications sont proposées de la distribution diverse
des Césalpinioïdées. Certains processus évolutifs apparents chez les Cynométrées et
Amherstiées africaines sont étudiés; ils se manifestent par une tendance à la réduction
orthogénétique des pièces du périanthe et de l’androcée. A ce point de vue, ces 2 tribus
peuvent être divisées en plusieurs séries naturelles. Deux sont étudiées en détail, à
titre d’exemple, Anthonothées et Hyménostégiées.
Summary : The Guineo-Congolese forest is a big floristic unit, and particularly
rich in gênera and species of Cœsalpinioideæ. Yet the geographical région of the Came-
roons and Gaboon is richer in members of this subfamily than the more western and
castern régions. As far as gênera and species are concerned, the tribes of Cynomelreæ
and Amherslieæ prevail numerically over the other tribes; they clearly characterize
the Cameroon and Gaboon forests. Some of the généra of the Cœsalpinioideæ of the
humid rain forest spread into the semi-arid Sudanese-Zambezian région, particularly
south of the equator. Couples of « ecophyletic » species can be recognized on and near
the bordeline forest-savannah. Explanations of the diversities in the distribution of
Cœsalpinioideæ are proposed. Some apparent evolutionary processes in the African
Cynomelreæ and Amhersteæ hâve been sludied; they are manifest from a tendency
towards orthogenetic réduction of some parts of the perianth and the andrœceum.
The two tribes under discussion may be divided, by such means, in several natural
sériés. Two of lhem, Anlhonolheæ and Hymenoslegieæ, hâve been studied in detail as
an example.
Ayant rédigé la sous-famille des Césalpinioïdées à paraître dans la
«Flore du Gabon», puis dans celle du Cameroun, j’ai en fait révisé ce grand
groupe ouest et centrafricain, soit environ 69 genres et plus de 180 espèces,
ce qui à l’issue de ce lent travail d’analyse m’a permis d’en recevoir des
impressions d’ensemble de tous points de vue. Cette sous-famille a été
Source : MNHN, Paris
— 148 —
pour l’Afrique équatoriale, depuis quelques années, l’objet de plusieurs
révisions très importantes, de sorte que mon travail en fut très facilité.
Citons par ordre chronologique, les « Légumineuses du Gabon » par
F. Pellegrin (1948); dans la Flore du Congo Belge 3 (1952), les Cyno-
melreæ et Amherslieæ par J. Léonard, les Dimorphandreæ et Amphi-
manteæ par R. Wilczek, les Brachyslegia par H. C. Hoyle, les Cassieæ par
R. Steyaert, les Swarlzieæ par G. Gilbert et R. Boutique; J. Léonard
mérite une mention toute particulière pour ses « Généra des Cynomelreæ
et des Amherslieæ africaines » de 1957 qui était un essai de blastogénie
appliquée à la systématique; la plus récente révision partielle de la sous-
famille est due à J. P. M. Brenan pour la « Flora of Tropical East Africa »
(1967), elle complète celle qui fut faite par Keay pour la 2 e édition de la
« Flora of West Tropical Africa » de Hutchinson et Dalziel. Ainsi la
systématique des Césalpinioïdées pour l’Afrique tropicale peut aujour¬
d’hui être considérée comme très avancée et en particulier les dénombre¬
ments de genres et d’espèces auxquels nous avons procédé peuvent-ils
être tenus valables; non pas encore définitifs, car il y a des posi¬
tions taxinomiques de genres et d’espèces qui demandent à être dis¬
cutées ou confirmées, des espèces nouvelles seront encore décrites, des
fusions d’autres espèces interviendront, mais dans l’ensemble les change¬
ments seront numériquement peu importants, les uns dans un sens com¬
pensant numériquement vraisemblablement ceux de l’autre sens. Bref,
la présentation que l’on peut faire aujourd'hui de la sous-famille, à tous
points de vue, peut être acceptée comme approchée très près de celle
qui définitive s’imposera un jour.
Cette sous-famille est une des plus importantes de la flore forestière
du Cameroun et du Gabon, par le nombre des espèces et la place dominante
que certaines prennent localement dans les peuplements. A elles seules
les forêts presque pures de Gilbertiodendron Dewevrei dans la cuvette
congolaise et leurs prolongements ripicoles dans les forêts périphériques,
constituent une véritable unité synchorologique, exceptionnelle dans les
formations forestières tropicales. D’autres espèces se présentent en petits
peuplements denses, sans avoir, même de loin, l’étendue des forêts de
Gilbertiodendron Dewevrei. Les Césalpinioïdées sont si importantes pour
les forestiers dans la forêt gabonaise, que de Saint Aubin dans la « Forêt
du Gabon » (1963), décrit et photographie 55 espèces; de même Letou-
zey et Mouranche dans « Ekop du Cameroun » (1952) rédigent des
fiches détaillées d’informations sur plus d’une douzaine d’espèces, alors
mal identifiées, dont les bois avaient un intérêt pour l’exploitation fores¬
tière.
Beaucoup de Césalpinioïdées sont ripicoles, celles-ci sont en général
des arbres de port médiocre. En revanche certaines espèces se placent
parmi les plus beaux, les plus majestueux des arbres de la forêt, au fût
droit très élevé portant une cime immensément développée en parasol
et dominant l’ensemble des frondaisons de la forêt. Citons parmi les plus
importantes : Copaïfera religiosa, Pachyelasma Tessmannii, des Brachys¬
legia spp., des Monopelalanlhus spp., Toubaouale brevipaniculala, Goss-
Source : MNHN, Paris
— 149 —
weilerodendron balsamiferum, Guibourlia Demeusii, etc. La sous-famille
est composée presque exclusivement d’arbres et d’arbustes puisqu’elle
ne compte que 6 genres de lianes, dont 2 seulement, Griffonia et Dupar-
quelia, appartiennent à la flore africaine tandis que les 4 autres, Cæsal-
pinia, Pterolobium, Mezoneuron, Gigasiphon sont des envahisseurs pan-
ou paléotropicaux.
L'identification de tous ces arbres est souvent difficile, surtout si les
problèmes de détermination se posent comme ils se présentent générale¬
ment sur le terrain pour les forestiers, à partir d’échantillons stériles. En
particulier les nombreuses espèces à folioles petites et nombreuses, sont
pratiquement inséparables avec des spécimens stériles. Nos Flores aide¬
ront à résoudre ces difficultés dans toute la mesure possible.
Il y a des Césalpinioïdées de forêt dense humide, ce sont de beaucoup
les plus nombreuses. La Région soudano-zambézienne des forêts claires
et savanes boisées en compte d'autres. Ce sont les premières auxquelles
nous nous intéresserons d’abord.
LES CÉSALPINIOÏDÉES DE FORÊT DENSE HUMIDE
TABLEAU 1. — Répartition numérique des genres et des espèces de la sous-/amille
des Césalpinioïdées entre les 3 domaines géographiques des forêts denses humides: occi¬
dental (O), camerouno-gabonais (C-G), congolais (Co).
Gercées (Bauhiniées)
Gigasiphon
Griffonia
Amphimantées
Cassiées
Dialium
Dislemonanlhus
Duparquetia
Cassia
Cynométrées
Gilleliodendron
Zenkerella
Cynomelra
Scorodophleus
Lebruniodendron
Leonardoxa
Plagiosiphon
Lœsenera
Neochevalierodendron
Hymenoslegia
Eurypelalum
Afzelia
Guibourlia
Oxystigma
O C-G Co
1 1
_L _i 2
1 5 3
1 3
2
5
2
3
3
12
3
2
Source : MNHN, Paris
150 —
o
Copaï/era
Oelarium 1
Hylodendron
Plerygopodium
Gossweilerodendron
Talboliella •
Crudia 3
Tessmannia 1
Daniellia 2
Sindoropsis
Baikiaea
Slemonocoleus 1
Augnuardia
Sindora _
26
Isomacrolobium
Triplisomeris
Pellegrinodendron
Paramacrolobium
Anlhonolha
Gilbertiodendron
Cryplosepalum
Leonardendron
Didelolia
Oddoniodendron
Polyslemonanlhus
Berlinia
Aphanocalyx
Brachyslegia
Librevillea
Microberlinia
Julbernardia
Telraberlinia
Monopelalanlhus
Paraberlinia
Pseudomacrolobium
Baphiopsis
Swarlzia
Mildbrædodendron
CÉSALPINIÉES (ElICfcSALPINIÉES)
Cæsalpinia
Bussea
Plerolobium
Mezoneuron
2
2
5
9
2
35
2
2
DlMORE
Slachyothryrsus
Erylhrophleum
Pachuelasma
Chidlovia
— 151
TABLEAU 2. — Récapitulation : Nombre d'espèces sur nombre de genres, par tri-
O
Gercées 1 /I
Amphimantées l /I
Cassiées 8/4
Cynométrées 26/14
Amherstiées 35/14
SwARTZIÉES 2/2
CÉSALPINIÉES 4 /3
Dimorphandrées 4/3
81 / 42
Les deux tableaux ci-dessus font ressortir les profondes différences
numériques qui existent dans la représentation des diverses tribus au
sein de la flore guinéo-congolaise des forêts denses humides. Il apparait
avec évidence que les Cynométrées et les Amherstiées dominent de loin
l’ensemble des Cercées, Amphimantées, Cassiées, Swartziées, Césalpi-
niées et Dimorphandrées. La flore des Légumineuses de la Région guinéo-
congolaise esl essentiellement une flore de Cynométrées et d’Amhers-
lièes. Les tableaux permettent la comparaison entre les flores de Césal-
pinioïdées de trois régions géographiques bien distinctes. La région occi¬
dentale (O) s’étend de la Sierra Leone au Dahomey. Elle comprend donc
les forêts denses humides de la Sierra Leone, du Libéria, de la Côte
d'ivoire et du Ghana. La région camerouno-gabonaise (C-G) rassemble
les territoires du Cameroun et du Gabon, c’est-à-dire ceux couverts par
nos deux Flores du Gabon et du Cameroun, à l’exclusion de la partie
soudanienne du Cameroun. Nous y avons compris également le Mayombé
qui jusqu’au fleuve Congo prolonge vers le sud la forêt gabonaise. La troi¬
sième région (Co) englobe toutes les forêts denses humides de l’ex Congo
Belge à l’exclusion du Mayombé, c’est-à-dire la cuvette congolaise et les
plateaux qui l’entourent. Géographiquement elle est séparée de la forêt
gabonaise par les steppes herbeuses des plateaux sableux batékés et par
les marécages de la Sangha. Ces forêts congolaises de l’Afrique centrale
sont toutefois reliées au massif forestier camerouno-gabonais dans la haute
Sangha, au nord de Ouesso. Entre les deux premières régions nous avons
exclu conventionnellement les forêts nigériennes qui font transition entre
les forêts guinéennes et les forêts camerounaises, pour mieux séparer la
flore occidentale guinéenne de la flore véritablement équatoriale camerouno-
gabonaise. La vraie limite chorologique entre ces flores, serait à rechercher
précisément à travers le territoire de la Nigéria.
Une constatation s’impose immédiatement en examinant ces tableaux
à trois colonnes de chiffres. Les trois flores de Césalpinioidées des 3 régions
appartiennent bien à une même flore guinéo-congolaise, mais elles diffè¬
rent évidemment par leur richesse en genres et espèces. La flore camerouno-
gabonaise est de beaucoup la plus riche avec 62 genres et 175 espèces,
contre 42 genres et 81 espèces pour la flore occidentale et 48 genres et
Source : MNHN, Paris
— 152 —
100 espèces pour la flore congolaise 1 . L’inventaire des légumineuses de
la région O est établi d’après la 2 e édition de la Flore forestière de la Côte
d’ivoire et de la Flora of west Tropical Africa, et celui de la région Co
d’après la Flore du Congo Belge.
Il est remarquable que la flore de l’intérieur du Congo soit nettement
moins riche que celle des massifs forestiers camerouno-gabonais de la
façade atlantique de l’Afrique. Il est moins étonnant que la flore occiden¬
tale séparée de la flore équatoriale par la large coupure Togo-Dahomey-
Ouest Nigéria, soit plus pauvre que celle du Cameroun-Gabon.
Pour apprécier la valeur des hypothèses que l’on peut émettre pour
expliquer ces différences de densité dans la composition floristique, il
convient à mon avis de rejeter d’emblée toutes celles qui seraient fondées
sur l’écologie 2 . Toute la Région chorologique guinéo-congolaise est sou¬
mise à un climat guinéen-forestier que l'on peut considérer comme
homogène; les différences de pluviométrie, de durée d’une courte saison
sèche, de température qui existent à l’intérieur et qui motivent des dis¬
tinctions entre sous-climats, n’ont qu’une faible ampleur. Toutes les
conditions écologiques qui régnent à l’intérieur de la Région guinéo-
congolaise sont favorables aux forêts denses humides sempervirentes
ou semi décidues. Une preuve floristique de l'unité floristique fondamen¬
tale des 3 régions géographiques peut être apportée par les nombreuses
espèces qui sont communes à ces 3 régions que nous avons définies. Elles
sont trop nombreuses pour que nous les citions ici. A mon avis les hypo¬
thèses que l'on peut formuler ne peuvent être vraisemblables que dans
l’ordre paléoclimatique. L’histoire des climats, et celle concomitante des
déplacements et des extinctions locaux des flores tropicales africaines,
pourraient seules apporter des explications sur ces variations de densité
floristique à l’intérieur d’une région devenue aujourd’hui une vaste
unité biologique homogène.
J’ai proposé autrefois une hypothèse sur un déplacement vers le sud
au quaternaire de la bande climatique équatoriale, qui aurait entraîné
une aridification générale au nord de l’équateur et un retrait des forêts
denses humides sauf dans des bastions refuges où un climat local plu¬
vieux ayant persisté, des massifs forestiers se seraient maintenus. Avec
le retour d’une nouvelle période climatique humide, la flore de la forêt
dense humide sortant de ses refuges aurait reconquis une partie du ter¬
rain perdu. Les savanes équatoriales du Gabon et des plateaux batékés,
les savanes littorales de la Côte d’ivoire, seraient des séquelles de l’an¬
cienne régression forestière. Les massifs montagneux du Gabon (Mts du
Cristal, Mts de Chaillu) auraient été parmi les plus importants réduits de
1. Nous étions arrivés à des conclusions semblables dans nos études sur la famille
des Sapotacées et sur la famille des Burséracées. Flore du Gabon, fasc. 1, 1961; fasc. 3,
1962.
2. 11 en serait de même pour une explication mettant en cause des différences
dans l’état d’avancement de l’exploration botanique dans ces régions. Toutes trois ont
été également très sérieusement prospectées.
Source : MNHN, Paris
— 153 —
la flore forestière qui auraient gardé leur richesse floristique première,
tandis que la flore des territoires d’abord perdus puis regagnés par la
forêt serait plus pauvre l .
Il nous paraît intéressant d’insister sur les différences floristiques à
l’échelle des genres. Manquent dans les forêts, du Libéria au Ghana,
25 genres : Zenkerella, Scorodophleus, Lebruniodendron, Leonardoxa,
Neochevalierodendron, Eurypelalum, Oxysligma, Hylodendron, Pterygopo-
dium, Gossweilerodendron, Sindoropsis, Baikiæa , Augouardia, Sindora,
Oddoniodendron, Aphanocalyx, Librevillea, Microberlinia, Julbernardia,
Paraberlinia, Pseudomacrolobium, Baphiopsis, Plerolobium, Pachye-
lasma.
En revanche, il est curieux de constater que ces forêts guinéennes
occidentales abritent deux genres, très remarquables taxinomiquement,
qui n’existent pas dans les deux régions équatoriales, Polysiemonanlhus
et Chidlouia, tous deux présents en Côte d’ivoire.
De même 18 genres n’existent pas au Congo qui sont présents au
Cameroun-Gabon : Dislemonanlhus, Zenkerella, Plagiosiphon, Leosenera,
Neochevalierodendron, Eurypelalum, Talboliella, Sindoropsis, Slemonoco-
leus, Augouardia, Sindora, Triplisomeris, Pellegrinodendron, Cryplose-
palum, Toubaouale, Oddoniodendron, Librevillea, Paraberlinia. Est au
contraire endémique au Congo, l’unique genre Pseudomacrolobium.
Toutes ces différences, si importantes soient-elles, doivent être mises
en parallèle avec ce fait que 28 genres sont communs aux trois régions
géographiques considérées.
Pour décrire floristiquement de façon encore plus précise la flore
camerouno-gabonaise, déjà caractérisée fondamentalement par la prépon¬
dérance chez les Légumineuses des 2 tribus des Cynométrées et des
Amherstiées, il nous paraît opportun de signaler la grande densité
spécifique de quelques genres, donc particulièrement représentatifs :
Hymenoslegia (12 espèces), Anlhonolha (10), Gilberliodendron (17), Mono-
pelalanlhus (10) et Dialium (13). Inversement, c’est aussi une donnée
floristique qui a son importance, de nombreux genres sont monospéci¬
fiques ou représentés par une seule espèce : Zenkerella, Dislemonanlhus,
Duparquelia, Scorodophleus, Lebruniodendron, Neochevalierodendron.
Hylodendron, Plerygopodium, Sindoropsis, Augouardia, Sindora, Pelle¬
grinodendron, Paramacrolobium, Toubaouale, Librevillea, Paraberlinia,
Baphiopsis, Mildbraedodendron, Slachyolhyrsus, Pachyelasma.
Revenons sur le peu d’affinités de plusieurs tribus de Césalpinioïdées
pour les forêts guinéo-congolaises.
Les Cercées (Bauhiniées) n’y sont représentées que par quelques
arbustes sarmenteux et lianes des genres Griffonia (Bandeiræa) et
Gigasiphon. Les Bauhinia, Piliosligma, Tylosema, arbustes ou lianes
pantropicaux communs dans les flores sèches africaines, ne pénètrent
pas en forêt.
1. Aubréville. Contribution à la paléohistoire des forêts de l’Afrique tropicale
(1949).
Source : MNHN, Paris
— 154 —
Chez les Cassiées, le genre pantropical Cassia, communément répandu
aussi dans la flore sèche africaine, ne compte que 3 espèces d’arbres
disséminés en forêt dense humide, remarquables d’ailleurs par leurs longs
fruits cylindriques pendants, divisés en deux par une cloison longitudi¬
nale, différents donc des espèces de l’Afrique sèche. Le genre pan-
tropical Dialium, surtout palétropical, est parfaitement implanté dans la
forêt dense humide. Il constitue à ce titre une exception (13 espèces C-G).
Baphiopsis, Swartziée monospécifique, est répandu à travers toute
l’Afrique, du Cameroun au Tanganyika (Tanzanie). Swarlzia est
un genre américain avec 80 espèces environ. Curieusement une espèce
arbustive S. madagascariensis est répandue dans presque toute l’Afrique
semi-aride, et une espèce très voisine S. fisluloides se rencontre sporadi¬
quement dans la forêt dense humide.
Mildbrædodendron de la même tribu des Swartziées suit les lisières
nord de la forêt dense humide semi-décidue du Ghana à l’Ouganda,
sans y pénétrer profondément. Ce genre monospécifique est très voisin
du genre Cordyla, qui n'habite que les forêts claires et savanes boisées,
surtout en Afrique orientale, (3-) 4 espèces.
La tribu des Césalpiniées d’une façon générale évite la Région guinéo-
congolaise, mais elle fréquente en Afrique, l’Afrique orientale et surtout
Madagascar. Nous l’avons écrit ailleurs L Cependant un seul genre arbo¬
rescent, plutôt africain oriental et aussi malgache, s’insère dans la forêt
guinéenne (B. occidenlalis), puis au sud dans la forêt du Mayombe (B. Gos-
weileri). Le considérable genre tropical Cæalpinia (150-200 espèces)
évite aussi la forêt dense africaine où il n’est représenté que par deux
espèces de lianes, et une autre dans les fourrés littoraux (C. bonduc).
Les Dimorphandrées avec 4 genres sont, à l'exception du genre
paléotropical Erylhrophleum, très isolées dans le champ taxinomique
des Légumineuses africaines de forêt dense, avec 3 genres monospéci¬
fiques 2 .
En résumé l’ensemble des représentants des tribus que nous venons
de passer en revue dans la Région guinéo-congolaise donne par sa pau¬
vreté numérique et ses attaches hors de cette région l’impression d’une
flore distincte de la flore autochtone véritable à Cynométrées et Amhers-
tiées, à laquelle cette dernière se serait juxtaposée. Cependant il n’y a pas
séparation absolue entre les 2 flores. Si l’une, la plus ancienne en place
sans doute, a délégué des représentants dans la forêt guinéo-congolaise,
la flore de celle-ci, inversement, déborde souvent les lisières actuelles de
la forêt et s’est installée dans l’Afrique soudano-zambézienne, aussi bien
au nord qu’au sud de l’équateur comme le montre le tableau suivant.
1. Aubrévillë. Répartition géographique des eucalsalpiniées et leur disjonction
ouest-africaine. C.R. Soc. Biogéogr. : 70-72 (1956).
2. Nous avons placé le genre occidental Chidlovia chez les Dimorphandrées en
dépit de ses feuilles simplement pennées. Déjà Slachyolhrysus est classé dans cette
tribu, avec des feuilles tantôt pennées, tantôt bipennées.
Source : MNHN, Paris
— 155 —
TABLEAU 3. — Essaimage apparent de la flore des Ccsalpinioldèes de forêt dense
humide hors de ta forêt dense équatoriale, au nord et au sud de l'équateur, dans les forêts
sèches et savanes boisées.
HÉMISPHÈRE NORD
ÉQUATORIALE
FORESTIÈRE
Afrique orientale
ou Hémisphère sud
Zenkerelta
Genre probablement représentatif de
G. glandulosum. peu-
G illetiodendron
la flore des hautes montagnes orien¬
tales (Tanzanie) représenté par une
seule espèce au Cameroun.
plements sur grés
de Kita (Mali)
Cynomelra
Scorodophleus
ses de l’Afrique orientale
S. Fischeri forêts sèches Af. orientale
A. a/ricana
Afzelia
A. quanzensis, Peturei
G. copatlifera
Gui bourtia
G. Schliebenii, coleosperma, conjugale.
Copalfera
C. Baumiana
D. microcarpum
Delarium
Tessmannia
Plusieurs espèces en Af. orientale
D. Oliveri
Daniellia
D. Alsleeniana
Baikiæa
B. plurijuga, B. Ghesquiereana
A. crassifotia
Anlhonolha
Cryplosepalum
5-7 espèces dans le domaine zambé-
Berlinia
zien; sous-bois des forêts sèches,
denses ou claires, forêts sèches sur
sables kalahariens, etc.
B. Giorgii; forêts sèches mabwati
Brachyslegia
B. sapinii, B. orienlalis
Genre essentiellement des forêts clai-
Julbernardia
res australes qu’il caractérise lar¬
gement. Le nombre des espèces y est
plus grand que celui des espèces de
la forêt dense humide.
J. globiflora, paniculata, magnislipu-
Dialium
lata, unijugala, forêts claires orien¬
tales australes
D. Englerianum
S. madagascariensis
Swarlzia
S. madagascariensis
E. suaveolens,
Erythrophleum
E. suaveolens, E. africanum
E. africanum
LES CÉSALPINIOEDÉES DES FORÊTS CLAIRES
ET SAVANES BOISÉES A LA PÉRIPHÉRIE
DE LA FORÊT GUINÉO-CONGOLAISE
Toutes ces espèces de l’Afrique semi-aride inscrites sur le tableau 3,
qui paraissent s’échapper de la forêt mère, au nord et au sud, constituent,
surtout en Afrique australe, le noyau solide d’une flore particulière, bien
Source : MNHN, Paris
— 156 —
adaptée à des conditions écologiques devenues plus sévères pour la végé
tation forestière. Mais outre ces espèces, il existe des Césalpinioïdées
caractéristiques de ces milieux, et même trois genres qui n’ont aucun
correspondant dans la forêt dense humide. La plus remarquable est
lsoberlinia qui a des affinités avec Berlinia; Burkea, Dimorphandrée
monospécifique et panafricaine; Cordyla dont la parenté est grande avec
Mildbrædodendron ; Bauhinia et Piliosligma chez les Cercées, et des
Cassia.
ESPÈCES ÉCOPHYI.ÉTIQUES.
Il existe de part et d’autre des lisières de la forêt guinéo-congolaise
et des savanes boisées soudano-zambéziennes des couples d’espèces très
voisines, espèces vicariantes, l’une fréquentant exclusivement les savanes
boisées et forêts claires à climat semi aride, l’autre vivant dans la forêt
dense humide. Elles sont taxinomiquement si proches qu’on les sépare
mal sur des échantillons d’herbier, bien que l’on puisse distinguer avec
beaucoup d’attention des caractères distinctifs soit dans les feuilles soit
dans les fleurs et les fruits. Mais sur le terrain, la confusion n’est plus
possible, les ports de ces arbustes et arbres sont différents. Il y a donc une
corrélation entre les formes biologiques et taxinomiques d’une part et le
milieu d'autre part, comme si celle-ci était l’effet d’un rapport de causa¬
lité. Les espèces de ces couples parce qu’on leur reconnaît taxinomique¬
ment le rang d’espèces représentent autre chose que des écotypes. Je leur
ai autrefois donné le nom d’espèces écophylétiques et j’en ai donné des
exemples. L’écophylétisme s’observe même à l’intérieur de la forêt dense
humide, mais si la vicariance s’y constate encore aisément, la corrélation
avec des milieux différents n’a pas le caractère évident qu'elle a pour des
espèces attachées aux milieux si contrastés forêt-savane.
Parmi les Césalpinioïdées, plusieurs exemples peuvent être cités :
Savane
Forêl
Delarium microcarpum
Swarlzia madagascariensis
Erylhrophleum suaveolens
D. senegalense
S. fisluloïdes
E. ivorense
De ces études comparatives il résulte que la flore des Césalpinioï¬
dées de l’Afrique semi-aride orientale et australe a des rapports assez
étroits avec la flore équatoriale humide. Ceux entre cette dernière et
l’Afrique soudanienne sont moins grands, mais physionomiquement ils
sont très importants dans les peuplements, en raison de l’abondance
locale de certaines espèces.
Source : MNHN, Paris
— 157 —
RELATIONS FLORISTIQUES ENTRE LA FLORE
DES CÉSALPINIOIDÉES GUINÉO-CONGOLAISES ET LES FLORES
AMÉRICAINES ET INDO-MALAISES
Un petit nombre de genres sont pantropicaux ou paléo-tropicaux ou
néotropicaux.
Pantropicaux
Paléo tropicaux
Dialium
Cassia
Cynumelra
Crudia
Cæsalpinia
Sindora
Pterolobium
Mezoneuron
Erythrophleum
surtout africain, 1 seule espèce américaine, plusieurs
espèces indo malaises, 1 espèce malgache.
500-600 espèces, les plus nombreuses en Amérique.
50-60 espèces, parfois d'une position systématique
incertaine,
env. 35 espèces.
150-200 espèces, les plus nombreuses en Amérique.
1 espèce africaine, plusieurs indomalaises.
1 espèce africaine, env. 10 indo-malaises.
2 espèces africaines, 2 malgaches, une vingtaine en
Asie, Australie, Polynésie.
1 espèce malgache, plusieurs asiatiques et austra¬
liennes.
Neo tropicaux
Guibourlia
Copaî/era
Swarlzia
env. 4 espèces américaines,
env. 25 espèces américaines.
2 espèces africaines, plus de 80 espèces américaines.
De ces analyses floristiques nous croyons pouvoir distinguer plu¬
sieurs origines dans la flore des Césalpinioïdées guinéo-congolaises :
1° une flore humide intercontinentale afro-asiatique et afro-améri¬
caine très ancienne, ayant toutefois laissé en général peu de relictes dans
la flore actuelle de la forêt dense humide (Cassia, Sindora, Swarlzia).
Des genres tels que les lianes Césalpiniées, Cæsalpinia, Plerolobium, Mezo¬
neuron, comptant un très petit nombre d’espèces en Afrique humide ont
envahi récemment incomplètement la forêt africaine, et n’appartenaient
peut-être pas à la vieille flore africaine.
2° une flore sèche très ancienne panafricaine ( Cordyla, Burkea,
Erythrophleum, Colophospernum, Cercées).
3° l’actuelle flore africaine à Cynométrées et Amherstiées laissant des
séquelles dans les régions semi-arides des 2 hémisphères, consécutives à
des déplacements dus à des modifications paléoclimatiques.
Certains cas particuliers méritent d’être soulignés, comme exemples
de disjonctions extraordinaires. Les Sindora indo-malais n’ont qu’un seul
représentant en Afrique, S. Klaineana, arbre de la mangrove gabonaise,
sans intermédiaire entre la côte atlantique et l’Indomalaisie. La seule
explication de cette disjonction qui nous paraît possible est de consi¬
dérer S. Klaineana comme la relique d’une flore mésogéenne qui de
l’Afrique à l’Asie était sans discontinuité. Inversement le considérable
genre américain Swarlzia a dispersé 2 espèces en Afrique, l’une répandue
dans l'Afrique semi-aride des savanes boisées, et l’autre très disséminée
dans la forêt dense humide.
Source : MNHN, Paris
158 —
Source : MNHN, Paris
— 159 —
Ici encore il faut admettre que le Swarlzia madagascariensis, arbuste
répandu dans presque toute l’Afrique sèche est une relique d’une flore
mésogéenne, qui réunissait la flore tropicale américaine aux flores orien¬
tales. La seconde espèce S. fisluloides de la forêt est pour nous une espèce
écophylétique, une adaptation de la première à la forêt dense humide.
Eryihrophleum espèce paléotropicale répandue depuis des temps
géologiques anciens dans l’Afrique sèche a pénétré la forêt dense afri¬
caine, avec l’espèce écophylétique E. ivorense.
Ces hypothèses expliquent pourquoi certaines tribus sont si pau¬
vrement représentées dans la forêt dense humide; étant les plus anciennes
occupantes leurs séquelles sont noyées dans la flore plus récente des
Cynométrées-Amherstiées.
PROCESSUS ÉVOLUTIFS CHEZ LES CYNOMÉTRÉES
ET AMHERSTIÉES
Le grand nombre des genres et espèces, souvent très proches les
uns des autres, permet d’observer des processus évolutifs vraisemblables
et variés dans différentes séries naturelles de genres. La tendance générale
est vers la réduction orthogénétique des pièces du périanthe et de l’an-
drocée, conduisant à des types floraux zygomorphes. Les formes évolutives
se succèdent, mais il apparaît des paliers de stabilité communs à plusieurs
espèces, où la structure florale paraît fixée et qui en conséquence légiti¬
ment des divisions taxonomiques à l’échelon générique.
Examinons en détail deux exemples de séries que nous considérons
comme naturelles. Nous n’avons pas donné de rang nomenclatural à ces
séries, car pour les justifier il conviendrait d’entreprendre des recherches
exhaustives à une échelle pluricontinentale. Ce sont donc des noms pro¬
visoires de commodité didactique.
SÉRIE DES ANTHONOTHA (AMHERSTIÉES)
Le démembrement du genre Macrolobium dans la flore africaine a
abouti notamment à séparer un genre Anlhonolha dont l’espèce type est
A. macrophylla, arbuste ou petit arbre découvert par Palisot de Beau-
vois sur le territoire actuel de la Nigéria et décrit dans la flore d’Oware
(1806). Cette espèce est largement répandue dans l’Ouest africain depuis
la Guinée jusqu’à la forêt congolaise et l’Angola. Proches de celle-ci ont
été découvertes depuis de nombreuses espèces, constituant aujourd’hui
un groupe de plus de 25 espèces.
Les caractères originaux communs à toutes ces espèces sont : le nom¬
bre 3 des élamines fertiles, celles-ci accompagnées de plusieurs staminodes
au nombre de 0-6, le total des pièces de l'androcée étant donc au maxi¬
mum de 9. Il y a 5 ou 4 sépales, mais dans ce dernier cas les deux sépales
alternant avec le pétale postérieur sont soudés en un seul, plus large et
plus ou moins échancré au sommet. Le réceptacle est cupuliforme. Les
pétales sont au nombre de 5, ou 3, ou 1 ; le plus souvent il y a 1 pétale
unique très développé et des pétales rudimentaires, mais au maximum
Source : MNHN, Paris
160 —
Source : MNHN, Paris
— 161 —
5 pièces pétaloïdes. Le fruit est une forte gousse à 2 valves ligneuses dont
la surface est nervurée obliquement. Les inflorescences sont des racèmes
ou des panicules. Les folioles sont souvent remarquables par l’aspect
satiné du limbe des folioles en dessous, d’abord doré chez les feuilles jeunes
puis gris argenté chez les vieilles feuilles.
Le groupe a incontestablement une homogénéité morphologique,
que ne contredisent pas les variations dans la structure florale.
Dans le tableau suivant qui résume les variations de la structure
florale dans les espèces de la flore camerouno-gabonaise, nous avons fait
apparaître trois groupes que nous considérons comme 3 stades évolutifs
de la série des Anlhonolha. Le plus primitif où 5 pétales subégaux existent
correspond au genre lsomacrolobium Aubr. et Pellegrin. Le dispositif
de l’androcée est : 3 grandes étamines antérieures, alternant avec des
staminodes, et de part et d’autre 2 staminodes; au total donc 9 pièces
au maximum, le staminode postérieur qui devrait être opposé par symé¬
trie au pétale postérieur étant disparu.
Ce dispositif général de l’androcée restera inchangé dans les autres
stades, sauf des variations dans le nombre des staminodes visibles, ceux-ci
pouvant même disparaître complètement.
Le deuxième groupe des Triplisomeris Aubr. et Pellegrin est marqué
par le nombre des pétales subégaux réduit aux 3 postérieurs; les 2 anté¬
rieurs persistant à l’état rudimentaire.
Une certaine dissymétrie se voit chez l’espèce gabonaise T. tripliso¬
meris où le pétale axial est étroit et onguiculé tandis que de part et d'autre
les 2 autres pétales sont déjetés latéralement. Pas de changement dans
l’androcée.
Le troisième groupe, comprend les Anthonolha vrais (espèce type :
Nombre
de pétales 1
Nombre d'étamines
et de staminodes 1
lsomacrolobium
isopelalum
5 (-6)
conchyliophorum
leplorrhachis
5
3
Triplisomeris
triplisomeris
3 + 2 «
3
1 + 4 c
3 + 6 «
/rayrans
1 + 4 «
3 + 6 t
macrophylla
3 + 6 «
Pellegrini
3 + 3 t
lamprophylla
3
Irunci /hira
(erruainea
1 + 4 e
3 + 6 «
1 + 2 «
slipulacea
3 + 6 e
1. Les pièces atrophiées sont désignées par c.
Source : MNHN, Paris
— 162 —
PI. 3. — Anthonotha macrophylla P. Beauvois : 1, feuille et inflorescence * 2/3; 2, fleur
x 4; 3, corolle développée et androcée x 4; 4, petit pétale x 4; 5, ovaire x 4.
Source : MNHN, Paris
— 163 —
A. macrophylla). Ils représentent le stade final actuel de l’évolution à par¬
tir du palier des Triplisomeris. Seul le pétale axial postérieur subsiste
et s’hypertrophie en une grande lame ± bilobée portée par un très long
onglet. Les 2 pétales latéraux du Triplisomeris sont ici atrophiés.
Dans la même série des Anlhonoiha nous pouvons ajouter la chaîne
parallèle du genre Gilberliodendron. La fleur a la même structure : très
généralement 1 grand pétale postérieur axial ; parfois s’ajoutent des pétales
atrophiés au nombre maximum de 4. Les étamines fertiles sont au nombre
de 3. On compte parfois plusieurs staminodes, 6 au maximum.
L’espèce la plus primitive a 5 grands pétales subégaux, et 9 étamines
fertiles subégales. Comme nous avons distingué des Anthonotha un Isoma-
crolobium à 5 pétales subégaux, il serait logique de donner un nom de
genre à cette espèce plus primitive Isogilberliodendron.
Les Gilberliodendron constituent une chaîne évolutive parallèle à
celle des Anlhonoiha. Toutefois le palier intermédiaire correspondant au
genre Triplisomeris n’existe pas. Les deux genres se distinguent par le
fruit, à surface marquée de 1-3 nervures longitudinales saillantes chez
Gilberliodendron, sans nervure longitudinale chez Anlhonoiha, et par une
sorte de disque intrastaminal porteur ou non de staminodes atrophiés,
chez Gilberliodendron.
PROCESSUS ÉVOLUTIF PAR REDUCTION DE LA COROLLE ET DE L'ANDROCEE
CHEZ CERTAINES AMHERSTIEES GABONAISES.
O
Source : MNHN, Paris
— 164 —
Source : MNHN, Paris
— 165 —
Chez les Gilberliodendron comme chez les Anlhonotha , le type struc¬
tural initial est de 5 pétales, 9 étamines (ou étamines + staminodes),
et le type actuel évolué est d’un seul pétale, mais très développé, et de
3 étamines fertiles, avec ou non quelques staminodes.
Il est possible d’aller au delà et d’inclure avec vraisemblance le
genre Cryptosepalum dans la série des Anlhonolha au terme final actuel
de la série évolutive. Dans ce genre en effet la réduction des pièces florales
est poussée à une limite extrême, où apparaissent toujours 3 étamines
fertiles (sans staminodes), et 1 pétale axial parfois très réduit. Les sépales
eux aussi ont subi le processus de réduction et sont devenus minuscules.
Pétales
Étamines
Cryptosepalum Staudtii
— Pellegrinianm
—■ cnngolanum
3
3
3
Dans la série des Anlhonolha il est également plausible de mettre
deux genres monospécifiques : Paramacrolobium et Pellegrinodendron
qui diffèrent des précédents par des caractères particuliers, et qui résultent
vraisemblablement de déviations dans l’évolution phylétique.
1.1+4 pétales, c'est-à-dire 1 grand pétale et 4 pétales plus petits; 1 + 4 e signifie
1 grand pétale et 4 pétales atrophiés.
Source : MNHN, Paris
— 166 —
Source : MNHN, Paris
— 167 —
L’espèce que nous avions appelée Isomacrolobium gabunense (Léonard)
Aubr. et Pellegrin (= Anlhonolha gabunense Léonard) n’est pas à sa place
dans la série des Anlhonotha. Si elle a 5 pétales spatulés subégaux, le
nombre des étamines fertiles alternipétales est de 5, et il n’apparaît aucun
staminode. Cette structure de l’androcée du type 5, exceptionnelle chez
les Amherstiées, où le type est de 9, impose de classer cette espèce dans
une série spéciale, pour le moment à une seule espèce connue, incomplè¬
tement d’ailleurs puisque le fruit demeure inconnu. Il n’est pas possible
de la laisser dans le genre Isomacrolobium en dépit des 5 pétales subégaux.
Nous avons préféré créer pour elle un nouveau genre Leonardendron,
dédié au botaniste ami Léonard qui l'avait décrite le premier.
LEONARDENDRON Aubréville, gen. nov.
Folia pinnata. Paniculæ longæ breviter ramosæ. Bracteolæ valvatæ.
Calyx breviter tubulosus, 5-lobatus. Petala 5, subæqualia spatulata. Sta-
mina fertilia 5 cum petalis alterna, interdum solum 3-4; staminodia nulla.
Species unica : L. gabunense (Léonard) Aubr.
Leonardendron gabunense (Léonard) Aubr., comb. nov.
= Anlhonotha gabunense Léonard, Mém. Ac. Roy. Belg. 30, 2 :
224 (1957).
SÉRIE DES HYMÊNOSTÊGIA
(CYNOMÉTRÉES)
Considérons maintenant une autre série abondamment représentée
au Cameroun et au Gabon, la série des Hyménoslégia. Comme dans
la précédente nous trouverons un type primitif à 5 pétales subégaux ou
3 grands pétales plus 2 moyens ; un type intermédiaire à 3 pétales et 2 rudi¬
mentaires, et le type le plus évolué à 2-1 ou 0 pétale. L’androcée ne varie
pas; il reste constamment à 10 étamines. Le réceptacle est tubulaire, le
stipe de l’ovaire est soudé sur la paroi. Le fruit est une gousse ligneuse
bivalve, lisse. La série est spécialement caractérisée par une paire de
bractéoles pétaloïdes, non valvaires, persistantes.
Le type le plus ancien paraît être le genre Plagiosiphon qui ne diffère
du genre important Hyménoslégia que par le réceptacle gibbeux. Le type
le plus évolué est le genre Talboliella, où tous autres caractères étant
conservés les pétales ont disparu.
Dans cette série la constance du nombre 10 des étamines est remar¬
quable, à de rares exceptions près sur lesquelles je reviendrai.
Source : MNHN, Paris
168 —
PI. 6. — Hymenostegia Pellegrini ((
2, fleur x 4; 3, coupe de la fleur x 4; 4, bractéole ei sepuie; O, iruu x i. - ayuit»
tegia mundungu (Pellegrin) Léonard : 6, rameau et inflorescence x 1 ; 7, fleur x .
coupe de la fleur x 4. — Hymenostegia neoaubrevillei (Pellegrini Léonard : 9, te
x 1 ; 10, fleur x 4 ; 11, coupe de la fleur x 4.
Source : MNHN, Paris
— 169 —
Pétales
Étamines
Plagiosiphon discijer
5
10
— multijugus
(3-) 5
10
— longitubus
3 + 2
10
— emarginatus
3 + 2
10
— gabonensis
3 + 2 «
10
Hymenostegia A/zelii
3 + 2
10
3 + 2>
10
— ftori bunda
3 + 2 e
10
10
— taxi/tara
3 + 2 «
10
— mundungu
— Normandii
3
10
ngoum/ensis
10
2 + e
16-26
Pellegrini
2
10
2
10
— neoaubrcvillei
2 (ou 2 e ou 0)
8-10
gracilipes
10
— Talbotii
0 ou c
16-26
— Brelelerii
0 ?
10
Talboliella ekelensis
0
10
Deux espèces d’Hymenostegia sont aberrantes : H. Bakeriana et
H. Talbotii avec 16-26 étamines.
Appartiennent également à cette série les genres Lœsenera et Neoche-
valierodendron
Lœsenera Walkeri I 5 (1 + 2 + 2) i 10
— gabonensis 3 10
Neochevalierodendron
Stephanii I 3 + 2 e | 10
Au point de vue taxinomique, dans chacune de ces séries, il semble
logique de mettre en évidence nomenclaturalement le groupe des espèces
qui semble le plus primitif, où la fleur conserve encore sa structure actino-
morphique, puis le groupe le plus évolué où une nouvelle structure sim¬
plifiée semble stabilisée, et enfin des groupes intermédiaires, s’il y a lieu,
où la structure serait également fixée. Pour les deux séries examinées
nous avons donc.
1. Isomacrolobium
2. Gilbertiodendron
type : G. splendidum
1. Plagiosiphon
2. Lœsenera
3.
Séries des Anthonotha
Type initial : 5 pétales, 9 étamines
Triplisomeris Anlhonolha Cryplosepalum
Gilbertiodendron
Séries des Hymenostegia
Type initial : 5 pétales, 10 étamines
Hgmenoslegia Hymenostegia Talboliella
Lœsenera
N eochevalierodendron
Source : MNHN, Paris
170 —
PI. 7. — Talbotiella Batesii Bak. f. : 1, feuilles x 2/3; 2,
tiella eketensis Bak. f. ; 4, feuilles et inflorescence x
étamines x 6; 8, ovaire x 6.
Source : MNHN, Paris
— 171 —
Dans la série des Hymenoslegia le type le plus évolué, soit dans le
genre Hymenoslegia, soit dans le genre Plagiosiphon présente 5 pétales
subégaux ou 3 grands pétales + 2 plus petits. Le type le plus fréquent
ensuite est à 3 pétales + 2 pétales rudimentaires. Plusieurs autres espèces
sont en pleine évolution, où le nombre des pétales ne semble pas fixé :
2+ e,2, 2 e, 1, e, 0.
Tous nos genres de Cynomélrèes et d’Amhersliées peuvent être réunis
dans une dizaine de séries naturelles évolutives qui peuvent se définir
ainsi :
CYNOMÉTRÊES
Bractéoles non valvaires, persistantes ou caduques.
Série des Hymenostegia
Des bractéoles pétaloïdes, ne recouvrant pas le bouton, généralement
persistantes. Calice à 4 sépales. Réceptacle tubulaire. Pétales 5 -> 3 + 2 e,
plus rarement ->-2, 1, e, 0. Étamines 10. Voir ci-dessus la liste des genres.
Série des Cynometra
Calice à 4-5 sépales. Folioles souvent opposées. Réceptacle conique
à tubulaire. Pétales subégaux 5. Étamines 10.
Cynometra, Scorodophleus, Lebruniodendron, Baïkiæa, Zenkerella,
Leonardoxa.
Série peu évoluée.
Série des Crùdia
Stipules intrapétiolaires. Folioles alternes. 4-5 sépales. Réceptacle
court. 0 pétale. 10 étamines. Série pantropicale évoluée. Genre unique,
Crudia.
Série des Tessmannia
Folioles le plus souvent alternes, criblées de points translucides.
Calice à 4 sépales. Réceptacle court. Pétales 5, (1-3) + (4-2) e -> 1.
Étamines 9 soudées -|- 1 libre.
Tessmannia, Daniellia, Eurypelalum, Sindoropsis, Sindora.
Slemonocoleus, genre très évolué, 0 pétale, 4 étamines soudées. La
réduction du nombre des étamines fertiles est également très exception¬
nelle chez le genre Sindora, 2 et 8 staminodes.
Série des Copaifera-Pterygopodium
Folioles le plus souvent alternes, généralement criblées de points
translucides. Calice à 4-5 sépales. Réceptacle court. Pétales 0, rarement 3
ou 5. Étamines 10.
Gilberliodendron —> Copaïfera, Delarium, Guibourlia, Oxysligma,
Source : MNHN, Paris
172 —
Hylodendron, Pterygopodium, Gossweilerodendron ; genres se distinguant
surtout par le fruit.
Trachylobium genre monospécifique des forêts côtières de l’Afrique
orientale et de Madagascar peut rentrer dans cette série.
Série des Afzélia
Stipules intrapétiolaires. Sépales 4. Réceptacle. Gousses ligneuses,
graines à arilles colorées. Série paléotropicale.
1 seul genre africain, Afzelia. Le genre afro-austral Schotia s’en rap¬
proche.
Genre non classé : Augouardia.
Folioles opposées. 4 sépales. Réceptacle court. Pétale 0. Étamines
fertiles 3 et 4 staminodes.
AMHERSTIÉES
Bractéoles valvaires persistantes.
SÉRIE DES ANTHONOTHA
Calice à 4 sépales -*■ rudimentaires ou nuis. Réceptacle cupuliforme.
Pétales rarement 5, parfois 3, communément 1 grand et (1-4) s. Étamines 3
grandes et de 0 à 6 staminodes; exceptionnellement 9 étamines fertiles.
Voir ci-dessus la liste des genres.
SÉRIE DES BeRLINIA-BrACHYSTEGIA
Calice 4-5 sépales -*■ rudimentaires ou nuis. Pétales : 1 grand avec
parfois des pétales rudimentaires, rarement 3-5. A la limite d’évolution,
réduction à des tépales. Étamines 10 (ou encore 9 + 1). Gousses ligneuses
sans nervure longitudinale.
Isoberlinia, Pseudomacrolobium, Berlinia, Aphanocalyx (genre incom¬
plètement connu), Brachysiegia, Librevillea. Un genre oriental aberrant,
Englerodendron : 6 sépales, 6 pétales, 12 étamines.
Série des Monopetalanthus
Calice 4-5 sépales, parfois rudimentaires. Pétales, généralement
1 grand et 4-5 rudimentaires, exceptionnellement 5 subégaux. Étamines
9+1. Gousses à valves ligneuses marquées ou non d’une nervure longi¬
tudinale : Microberlinia, Tetraberlinia, Monopetalanthus. Série parallèle,
à fruits sans nervure longitudinale : Oddoniodendron, Julbernardia,
Paraberlinia.
Série des Didelotia
Calice rudimentaire (sépales 0 ou e). Pétales 0-5 e. Étamines 5.
Gousses à valves ligneuses marquées d’une nervure longitudinale.
Didelotia, Toubaouate.
Source : MNHN, Paris
— 173 —
L’unique série à structure d’androcée à 5 étamines fertiles.
Nous pouvons résumer les types structuraux anciens et actuels dans
le tableau ci-dessous :
CVNOMÉTRÉES
Type
primitif
Type
intermediaire
Type
évolué
Sér. Hymenoslegia
Sér. Cynnmelra
4 S, 5 P, 10 E
4-5 S,5 P, 10 E
4 S, 3 P, 10 E
4 S, 0 P, 10 E
4-5 S, 0 P, 10 E
Sér. Tessmannia
Sér. Copaifera-
4 S, 5 P, 10 E
| 4 S, 1 P, 10 E
(ou 9 + 1)
4 S, 0 P, 4 E
4 S, 1 P, 2 E
Plerygodium
Sér. A/zelia
4 S, 5 P, 10 E
4 S, 1 P, 7 (-8) E
Sér. Anlhonolha
Sér. Bertinia-
Brachyslegia
Sér. Monopelalanlhu
Sér. Didelolia
4-5 S, 5 P, (3-6 «) E
+ St.
4-5 S, 5 P, 10 E
(ou 9 -{- 1 )
4-5 S, 5 P, (9 + 1 ) E
S, 1 (-2) P, 3 E
« S, 1 (-2) P, 10 E
. S, 1 P, (9 + 1) E
| 0 — . S, 5 P, 5 E
0 S, 0 P, 5 E
Nous avons déjà remarqué que certaines de nos Cynométrées came-
rouno-congolaises se plaçaient mal dans nos séries évolutives, tels Augouar-
dia et plusieurs espèces d ’Hymenoslegia.
Chez H. Bakeriana et surtout H. Talbolii le nombre des pétales est
particulièrement réduit, mais les étamines sont anormalement au nombre
de 16-26.
Si nous dépassions le cadre géographique que nous nous sommes
tracé, nous découvririons certains genres mono-spécifiques relevant de
séries spéciales. Englerodendron par exemple en Afrique orientale, genre
monospécifique de la tribu des Amherstiées, avec 6 sépales, 6(7-) pétales
subégaux, 6 étamines fertiles alternant avec 6 staminodes. Le cas le plus
extraordinaire est celui du genre monospécifique d’Amherstiées de la
Côte d'ivoire, Polyslemonanlhus, avec 4 sépales, 5 pétales subégaux et de
très nombreuses étamines. Si, comme nous l’avons admis, la tendance
évolutive est vers la réduction du périanthe et de l’androcée, ce genre
représenterait le type le plus primitif des Amherstiées en Afrique tropi¬
cale.
En Afrique australe nous trouverions un autre genre monospécifique
de Cynométrées, Colophospermum, très remarquable par son type struc-
Source : MNHN, Paris
— 174 —
tural 4 s, 0 p., 20-25 ét. qui l’isole chez les Copaïférées dont il se rapproche
par d’autres caractères (feuilles unijuguées, criblées de points translu¬
cides). L’espèce unique C. mopane constitue des forêts claires sur de
grandes étendues dans l’Afrique australe aride.
Nous pouvons remarquer dans cet ordre d’idée que certains genres
pantropicaux ou paléotropicaux ne sont représentés en Afrique que par
des types spécifiques très évolués, comme nos espèces de Crudia etd ’A fze-
lia, lesquelles constituent des séries évolutives courtes à un genre unique,
d’où ont disparu les types moins évolués.
Le genre Tamarindus introduit en Afrique et probablement origi¬
naire de Madagascar, se placerait assez bien dans une série parallèle à
celle des Anthonothées, dont l’éloigne toutefois son fruit et son androcée
où filets des étamines et des staminodes alternés sont soudés en une
couronne antérieure.
PROCESSUS ÉVOLUTIF CHEZ LES AUTRES TRIBUS
DE LA SOUS-FAMILLE
L’analyse que nous avons tentée avec les Cynométrées et Amherstiées
n’aurait aucun sens avec les autres tribus africaines. Trop pauvres en
genres, aucune gamme évolutive ne peut apparaître chez les Swartziées;
le type structural primitif y est figé avec un calice entier, de nombreuses
étamines en nombre indéterminé et un unique grand pétale. Dislemonan-
thus et Duparquelia chez les Cassiées sont des genres monospécifiques
taxinomiquement très isolés. Le genre Cassia ne comprend en forêt que
2-3 espèces. Seuls les Dialium montrent une tendance évolutive nette.
Ce qui est surprenant quand on compare l'ensemble des Cynométrées-
Amherstiées avec le groupement des autres tribus, c’est, au delà de la
richesse en genres et espèces des premiers et de la pauvreté des autres,
l’isolement taxinomique de ces derniers. Il y a aussi beaucoup de genres
monospécifîques ou paucispécifique chez les Cynométrées-Amherstiées,
mais en réalité il y a toujours auprès d’eux des genres très voisins,
il y a des successions, des séries naturelles de genres qui, apparaissent
souvent avec évidence, à tel point que parfois la séparation entre genres
est presque subtile et que l’on peut se demander si l’esprit d’analyse du
botaniste qui les a distingués n’était pas un peu trop aigu. Rien de sem¬
blable chez les autres tribus. Les genres monospécifiques sont « monoli¬
thiques » dans le champ taxinomique. Quel est le principe inhibiteur dans
la nature qui, dans un même milieu, paraît avoir arrêté l’évolution des
uns, alors que les autres se démultipliaient avec facilité semble-t-il. L’ex¬
plication apparaît dans quelques cas, lorsqu'il s’agit vraisemblablement
d’espèces écophylétiques divergeant à partir d’espèces à aire géographique
très grande, résiduelles de flores pluricontinentales, comme, selon notre
opinion, c’est le cas de l'Erylhrophleum et du Swarlzia de forêt dense
humide. Ces genres sont ici des étrangers, leur berceau est ailleurs. Les
Source : MNHN, Paris
— 175 —
Césalpiniées sont aussi des étrangères dans la forêt dense africaine équato¬
riale. A part les Bussea d’origine africaine, mais orientale, seules des espèces
de lianes s’introduisent dans le domaine africain forestier humide. Mais ces
Dislemor.anlhus Stachyolhyrsus, Pachyelasma, Chidlovia, grands arbres sans
parenté, perdus dans la forêt africaine, s'y développant vigoureusement
comme le Dislemonanthus dans les défrichements, ou poussant en peuple¬
ment très localisés, serrés et sombres, comme le Childovia, d’où viennent-
ils? Il est satisfaisant pour l’esprit de voir en eux des reliques de flores très
anciennes auxquelles ont succédé dans la part floristique offerte aux
Césalpinioïdées, les actuelles Cynométrées-Amherstiées.
COMPARAISON AVEC LES CÉSALPINIOÏDÉES DE MADAGASCAR
La-sous famille n’a pas encore été publiée dans la Flore de Madagas¬
car. Nous savons cependant que son caractère le plus original est de comp¬
ter une flore remarquable de Césalpiniées amies des flores sèches, alors
que la forêt guinéo-congolaise en est dépourvue, à l’exception — nous
l’avons dit plus haut — du genre Bussea très localisé et de quelques
banales lianes. C’est un premier caractère qui sépare cette flore de Césal¬
pinioïdées malgaches de la flore africaine continentale. Deux autres obser¬
vations sont intéressantes qui vont confirmer les hypothèses que nous
avons exposées sur l’origine diverse de ces Césalpinioïdées de l’Afrique.
D’abord, contrairement à l’Afrique, les Cynométrées et Amherstiées sont
pauvrement représentées. En dehors des espèces, communes avec l’Afrique
littorale orientale, de Trachylobium et d’inlsia et du cosmopolite mais
endémique Tamarindus, il y a peu de genres endémiques malgaches. La
flore africaine des Cynométrées-Amherstiées que nous avons décrite comme
caractérisant la forêt dense humide africaine et pour une part importante
la Région soudano-guinéenne n’a, sauf rares exceptions, jamais atteint
Madagascar.
Il est aussi remarquable d’y constater en revanche la présence de
quelques genres communs avec l’Afrique, tels : Bauhinia, Dialium,
Cassia, Afzelia 1 , Cynomelra, Erylhrophleum, Cordyla que nous avons
considérés comme des témoins d’une vieille flore africaine, antérieure à
celle actuelle des Cynométrées-Amherstiées.
I. Des bois fossiles identiques au bois d’A/zelia ont été trouvés dans le Sahara
algérien et dans l’Inde (Pahudioxylon) Bouheau.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansoni
r. 2, 8 (2) 1968.
LEONARDOXA Aubréville. GENRE NOUVEAU
DE CÉSALPINIOIDÉES GUINÉO-GONGOLAISES
par A. Aubréville
Résumé : Trois espèces de Scholia, genre afro-austral, ont été décrites dans la
Région guinéo-congolaise. L’auteur estime, après d'autres botanistes, que leur attri¬
bution au genre Schotia est une erreur, et décrit pour elles, un nouveau genre Leonardoxa.
Summary : Three species of Scholia, a genus known from Africa and Australia,
hâve been described in Guinea-Congo Région. In agrcement with other botanists, the
author advances the opinion that their attribution to genus Scholia is erroneous; he
proposes for these three taxa a new genus Leonardoxa.
Le genre Scholia est un genre de l’Afrique du sud dont les 4 espèces,
répandues de la Rhodésie du Sud, au Mozambique, à l’Union sud afri¬
caine et au sud du Sud-Ouest africain forment un groupe cohérent. Depuis
Oliver tous les botanistes ont rattaché à ce genre 3 espèces de l’Afrique
équatoriale. L’une d’elles est un arbuste des sous-bois de la forêt dense
humide, commun au moins dans le sud du Cameroun et au nord du
Gabon, Scholia africana (Baill.) Keay. Il n’est pas signalé au Congo; en
revanche dans la forêt congolaise existent 2 autres espèces dont la présence
au Gabon est encore incertaine. Cependant tous les botanistes qui ont
étudié ce genre Scholia ont émis des doutes sur la validité de l’attribution
à Schotia des 3 espèces équatoriales : Baker (1926), Codd (1956), Léonard
(1957). Nous estimons également qu’il n’est pas possible de les maintenir
dans le genre Scholia, et nous sommes conduits à faire de l’espèce gabonaise
le type d'un nouveau genre Leonardoxa, que nous dédions à notre ami
M. Léonard qui a nettement indiqué en 1957, que l’attribution des
espèces guinéo-congolaises au genre Scholia lui paraissait très douteuse.
Réceptacle conique, parfois i cylindrique. Lobes du calice
toujours dressés, puis caducs. Gousses entourées d’une marge
périphérique renforcée et dure. Présence de graines à larges
arilles jaunes (3 espèces), arille petit ou absent (1 espèce)... Schiota.
Réceptacle tubulaire. Lobes du calice généralement réfléchis dans
la fleur épanouie. Gousses non entourées d’une marge périphé¬
rique. Graines non arillées. Leonardoxa.
Source : MNHN, Paris
— 178 —
Schotia et Leonardoxa sont proches par la structure des fleurs, celles-
ci étant généralement très colorées rouges dans les 2 genres; par les fruits
la distinction est évidente; les aires de distribution géographique sont
nettement séparées, Schotia étant afro-austral et Leonardoxa guinéo-congo-
lais.
Les 3 espèces de Leonardoxa se distinguent ainsi :
Rachis canaliculé. Nervation secondaire peu accentuée :
Acumen généralement nettement émarginê. Pétales de 0,7-2 cm
long. Sépales de 0,5-l,4 cm long, réfléchis à la floraison.
Gousses elliptiques de 6-7 cm long. L. Bequaertii.
Acumen non émarginé. Très grandes fleurs. Pétales de 3-6 cm
long. Sépales 2,5-4 cm long, i dressés à la floraison, rapide¬
ment caducs. Gousses oblongues de 10-18 cm long. L. Romii.
Rachis non canaliculé. Nervures secondaires en arceaux proémi¬
nents. Sépales de 5-6 mm, réfléchis dans la fleur épanouie.
Gousse oblongue-elliptique de 10 cm long env. L. africana.
Comme les Schotia, les Leonardoxa ont des fleurs colorées, violet ou
rouge, qui en font des espèces ornementales. Les très grandes fleurs du
L. Romii à pétales blancs tachetés de rouge et de jaune, à sépales rouges,
sont particulièrement remarquables.
LEONARDOXA Aubréville, gen. nov.
— Schotia Jacquin, Coll. 1: 93 (1786) p.p., nomen conservandum ; Oliver,
F.T.A. 2: 309 (1871) p. p.; Léonard, Mém. Ac. Roy. Belge 30 , 2 : 9 (1947); Mém.
Ac. Roy. Belg. 30, 2: 97 (1957); L. E. Codd, Bothaliü 6, 3 : 515 (1956).
— Humboldlia Baill., Hist. PI. 2 : 99 (1870), p. p. non Vahl, Symb. 3: 106 (1794).
Arbores vel frutices. Folia foliolis 2-4 jugis vulgo oppositis. Racemi axil-
lares, brèves, sæpe e vetere ligno orti. Bracte.e parvæ, caducæ, bracteolæ
parvæ haud involucrales. Calyx tubulosus lobis 4 latis imbricatis. Petala
5 subæqualia. Stamina 10 filamentis interdum paulum basi connatis. Ova-
rium stipitatum, stipite usque ad marginem tubi calycis connato. Fructus
elliptici vel oblongi, complanati, superficie lævi, leviter nervati.
Espèce type : Leonardoxa africana (Baill.i Aubr.
Arbres, arbustes. Feuilles, à 2-4 paires de folioles généralement oppo¬
sées. Grappes axillaires courtes, souvent sur le vieux bois. Bractées,
petites, caduques. Bractéoles petites, non involucrales. Calice tubulaire
à 4 larges lobes imbriqués. Pétales 5, subégaux. Étamines 10 à filets par¬
fois un peu soudés à la base. Ovaire stipité soudé jusqu'au bord du tube du
calice. Fruits elliptiques ou oblongs, aplatis, à surface lisse, légèrement
nervurée.
Source : MNHN, Paris
— 179 —
Trois espèces guinéo-congolaises :
Leonardoxa africana (Baill.) Aubr., comb. nov.
— Humboldlia africana Bâillon, Hist. PI. 2 : 99 (1870).
Leonardoxa Bequaertii(DE Wild.) Aubr., comb. nov.
— Cynomelra Bequaerlii De Wild., Fedde Repert. 12 :293 (1913).
Leonardoxa Romii (De Wild.) Aubr., comb. nov.
— Schoiia Romii De Wild., Ann. Mus. Congo Belge, Bot., ser. 5, 2 :
132 (1907).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansom
r. 2, 8 (2) 1968.
A PROPOS DE LA NOMENCLATURE
D’UN SÉBESTIER DE L’ANCIEN MONDE
par H. Heine
Locum non debere nomen speciflcum inlrare,
multæ raliones suadcnt.
Linné, Philosophia botanica, p. 209 (1751).
Dans un nombre important d’ouvrages de floristique africaine publiés
ces vingt dernières années, on trouve, pour une espèce du genre Cordia L.
très répandue, bien caractéristique et donc facilement reconnaissable,
deux noms tout à fait différents. C’est évidemment sur un point important
de nomenclature que les taxinomistes, auteurs ou rédacteurs de ces ouvra¬
ges, ne sont pas d’accord, car il n’y a ni doute sur l’identité des plantes
correspondantes, ni une confusion taxinomique qui pourrait entraîner
une telle irrégularité de nomenclature. Cette espèce, connue depuis long¬
temps dans le monde scientifique arabe, a été portée, pour la première
fois, à la connaissance des botanistes européens en 1775. Malheureusement
elle a reçu, au moment de sa première description, un nom illégitime
(homonyme postérieur d’une espèce appartenant à la végétation de l’Europe
tempérée). De plus, l’attribution de cette espèce au genre Cornus L. (et
implicitement à la famille des Cornacées) était tout à fait erronée. Il
s’agit pourtant, comme il a déjà été dit, d’une espèce du genre Cordia L.
bien caractéristique par ses feuilles ^ opposées qui ne présente plus, dans
l'état actuel des connaissances à son sujet de problèmes taxinomiques.
Comme les très nombreux noms vernaculaires (surtout dans les
différents idiomes arabes) le montrent, elle constitue un élément végétal
important pour les habitants des régions où elle fait partie de la végéta¬
tion autochthone (voir surtout Cufodontis 1961). Sa taxinomie et aussi
sa nomenclature ont été étudiées en détail par J. M. Johnston (1956),
mais cet auteur s’est trompé sur un point très important de nomenclature.
C’est sur ce point et sur l’étude de Johnston, publiée dans un recueil
de miscellanées sur les Borraginacées, que nous désirons revenir. Cette
étude sur le « Cordia Gharaf (Forsk.) Ehrenb. ex. Aschers. », quelque peu
dissimulée parmi les notes sur des Borraginées de position systématique
et d’origine diverses, nous a échappé lors de la révision de la famille des
Borraginacées pour la deuxième édition de la « Flora of West Tropical
Africa » d’ Hutchinson et Dalziel (1963). C’est une référence biblio¬
graphique relative à la publication de Johnston de 1956, donnée par
Source : MNHN, Paris
— 182 —
M. Friedrich-Holzhammer et H. Roesseler (1967) qui nous a conduit
à reprendre l’étude de ce problème pour laquelle nous avions l’heureuse
chance de pouvoir consulter l’herbier du Muséum de Paris.
Cette mise au point s’est d’ailleurs imposée du fait de la nomenclature
jusqu’au présent tout à fait instable du taxon appelé ou Cordia Gharaf
(Forsk.) Ehrenb. ex Aschers. ou C. Rolhii Roem. etSchult. Comme l’espèce
occupe une vaste aire de répartition, dans presque toutes les parties arides
de l’Afrique tropicale de l’extrême ouest jusqu’aux bords de la mer Rouge
et de l’océan Indien, et ensuite, à travers l’Arabie, jusqu’aux Indes, elle
a tout naturellement reçu des noms différents dans ces régions très éloi¬
gnées les unes des autres — soit des noms vernaculaires, soit des noms
scientifiques.
L’utilisation alternative des deux binômes est due à l’arbitraire dans
l’application des règles du Code international de la nomenclature en ce qui
concerne un nom vernaculaire d’origine arabe, gharaf, cité à maintes
reprises dans la « Flora ægyptiaco-arabica » de Forskâl (1775). Au lieu
d’ « application », il faudrait probablement écrire « interprétation » :
il y a incontestablement une certaine ambiguité dans le cas présent qui
a amené les auteurs à des conclusions différentes.
Voici ce qui constitue l’origine de toute la confusion : Forskâl,
dans sa « Flora arabico-yemensis, sive catalogus plantarum Arabise felicis
systematicus », faisant partie (pp. lxxx-cxxvi) des relevés floristiques
des pays prospectés (pp. i-cxxvi), cite six fois le nom arabe « gharaf »
pour une espèce du genre Cornus qu’il reconnaît comme nouvelle (pp. xci,
xcm, xcv, xcvi, xcvn, xcix). Les pages citées appartiennent uniquement
à la partie appelée « Plantarum distributio practica » (pp. xci-ci); cette
partie est précédée par une « Floræ arabicæ felicis idea geographica-
physica » (pp. lxxxi-xc) et suivie par la « Flora Arabiae felicis » (pp. cn-
cxxxvi) proprement dite. C’est donc seulement dans les listes des plantes
utiles que l’on trouve le « binôme » Cornus Gharaf (p. xci : plantes de
jardins; p. xcn : plantes comestibles; p. xcv : plantes pour allumer du
feu en frottant leur bois dur; p. xcvi : plantes à bois à usage artisanal;
p. xcvii : plantes de pâturage; p. xcix : plantes médicinales). Dans la
« Flora Arabiæ felicis » qui suit, on trouve seulement le binôme Cornus
sanguinea (p. cv), marqué d’un astérique comme espèce nouvelle et suivi
de la citation de quatre noms vernaculaires arabes, dont « Gharaf » figure
comme premier. La typographie des binômes de cette flore du Yemen
est bien différente de celle utilisée dans les listes précédentes : le nom
générique ainsi que l’épithète sont en majuscules. Ce Cornus sanguinea
n’est réellement décrit que dans les « Descriptiones plantarum », consti¬
tuant la deuxième partie de la « Flora Ægyptiaco-arabica » (pp. 1-219) de
Forskâl. On y trouve, p. 33, la description latine; elle est accompagnée
de quatre mêmes noms vernaculaires que précédemment et cités dans le
même ordre. Les plantes de l’herbier de Forskâl, base scientifique de la
« Flora Ægyptiaco-arabica », ont été révisées, par la suite, par M. Vahl.
Celui-ci a pu corriger et mettre au point certaines erreurs ou omissions
de cette Flore qui, à cause de la mort prématurée de Forskâl en 1763,
Source : MNHN, Paris
— 183 —
est un ouvrage posthume, édité par C. Niebuhr, avec tous les désavantages
de ce genre de publication. Vahl a bien reconnu la position générique du
Cornus sanguinea Forsk (1775), nom. illeg., non L. (1753), mais il s’est
trompé au niveau spécifique en rattachant le taxon décrit sous ce nom
illégitime par Forskâl à Cordia Myxa L., espèce tout à fait différente,
mais encore mal connue à l’époque (Vahl, Symb. bot. 1 : 19, 1790). Le
binôme indiqué dans la synonymie de Vahl est Cornus sanguinea, avec
la référence bibliographique suivante : « Descr., p. 33, no. 10 »
Par la suite, l’espèce reconnue par Forskâl en 1775 a été de nouveau
décrite sur du matériel provenant des Indes : par Lamarck, en 1792, sous
le nom de Cordia sinensis Lam., et en 1819 par Rœmer et Schultes,
d’après une note manuscrit de Roth, sous les noms C. reliculala Roth ex
Rœm. et Schult. et C. Rolhii Rœm. et Schult. (cf. synonymie ci-dessous).
Comme les révisions taxinomiques de l’époque n’avaient pas encore révélé
la conspécifité des plantes décrites sous ces différents noms (à l’exception
de Sprengel 1825; voir ci-dessous), A. P. De Candolle créa, en 1845,
pour l’espèce décrite par Forskâl sous le nom illégitime de Cornus
sanguinea, un nom nouveau dans le genre Cordia : C. subopposila DC. —
« Cornus sanguinea Forsk.! descr., p. 33 non Linn. C. Myxa var. Vahl!
symb. 1. p. 19 » sont cités dans la synonymie d’A. P. De Candolle, qui
d’ailleurs précise avoir révisé le spécimen authentique de Forskâl dans
l’herbier de Vahl.
Cette synonymie a été acceptée par la plupart des auteurs suivants,
et, jusqu’en 1879, personne n’a envisagé de substituer l’épithtète sanguinea
du binôme illégitime de Forskâl par « Gharaf ». C’est P. Ascherson qui,
d’après des annotations de Chr. G. Ehrenberg sur les étiquettes des
plantes d’Arabie, récoltées par ce dernier dans les années 1820-1826 pen¬
dant une mission « in memoriam divi Forskalii 1 », a créé, en 1879, le binôme
Cordia Gharaf, basé sur le « binôme alternatif » de Cornus sanguinea
Forsk. — Cette interprétation d’ Ascherson d’un binôme que Forskâl
n'a jamais eu l’intention d’établir, a été suivie, à cause de la grande
autorité d’AscHERSON, par de nombreux auteurs; aucun botaniste du
xix e siècle n’avait auparavant envisagé ce « binôme » comme tel. Il est,
bien entendu, passé sous silence dans les deux éditions du « Nomencla-
tor » de Steudel, c’est-à-dire du prédécesseur de l’Index kewensis, où il
n’apparaît d’ailleurs pas avant le supplément 2, p. 47 (1904).
Pour prouver sans ambiguité que Forskâl n’avait pas du tout envi¬
sagé d’utiliser le nom arabe « Gharaf » comme épithète, il suffit de montrer
que plusieurs cas exactement identiques se trouvent dans son ouvrage
et qu’ils n’ont jamais donné lieu à la création d’un « binôme alternatif »
ou à de telles complications.
Sur les six pages des listes de plantes économiques où Forskâl
parle du Cordia gharaf, sont également cités plusieurs « binômes » ana-
1. Inscription sur les étiquettes imprimées de la collection des plantes que
G. Schweinfurth « ex Arabia felici attulil » en 1888-1889.
Source : MNHN, Paris
— 184 —
logues, c’est-à-dire des noms génériques écrits en majuscules, suivis d’un
nom vernaculaire arabe en italiques. Les plantes correspondantes, nou¬
velles pour la science à l’époque, sont traitées, dans les « Descriptiones
plantarum », sous des binômes réels (et latins) tout à fait différents; le
nom vernaculaire arabe, constituant 1’ « épithète » de ces « binômes »,
est cité en note. En voici quelques exemples, présentés dans un tableau
synoptique.
Flora arabico-Yemensis, sine cata¬
logue planlarum Arabiæ felicis
syslemalicus
Descriptiones planlarum
page
générique
n °ïrabe
page
binôme scientifique
cité en note
XCI
Keura
Kadi
172
Kadi
XCI1I
Cissus
52
Redif
Slapelia
;holak
52
Slapelia quadrangula
Gholak
Cacalia
idchera
140
Cacalia odora
Edcher (sic!)
Cynanchum
march
53
Cynanchum pyrolechicum
March
XCVI
Suæda
70
Suæda monoica
Asal
XCV 11
20
XCIX
Asclepias
schuntoh
49
Asclepias spiralis
Schuntoh
Cissus red
52
Cissus arborea
XCIX
Cynanchum
march
53
Cynanchum pyrotechnicum
Géranium
chada
Géranium arabicum
Châda
Exemples des noms arabes acceptés comme épithètes, différents par
la typographie (épithète imprimée dans les « Descriptiones » comme telle,
en tête des descriptions latines, en majuscules).
XCI Amyris
Dolichos
XCI II Holcus
Ocymum
XCV Amyris
Ocymum
Kataf
didjer. (sic!)
dochn.
zararhendi
Kataf
80 Amyris Kala/
133 Dolichos Didjra
174 Holcus Dochna
109 Ocymum '/.atarhendi
80 Amyris Kala /
111 Ocymum Vaale
Kataf
Didjre (sic!)
Dochn. (sic!)
Zatar hendi
Kataf
Vaale
On peut donc distinguer facilement les binômes que l’auteur P. Fors-
kal, et son éditeur, C. Niebuhr, avaient choisis’pour désigner leurs espèces
nouvelles. Les listes dans l’article « Plantarum dispositio practica » qui
précèdent les « Descriptiones » ne représentent qu’un recueil de notes
« pratiques », prises dans les pays prospectés, et préliminaires au point
de vue scientifique (c’est-à-dire à l’étude botanique approfondie ultérieure
des plantes correspondantes dans l’herbier et à leur description).
Johnston, qui connaissait bien ce problème, le discute dans son tra¬
vail de 1956. Il utilise, pour valider le basionyme Cornus Gharaf Forsk.,
l’argument suivant : sur p. xcix de la « Flora arabico-yemensis, sive
catalogus plantarum Arabiæ felicis systematicus », derrière la citation
Source : MNHN, Paris
— 185 —
« CORNUS gharaf » un renvoi à la description de Cornus sanguinea
Forsk. (« C. II. 10. 1 »). Comme l’épithète « sanguinea » est inacceptable
à cause de l’illégitimité du binôme Cornus sanguinea Forsk. non L., Johns¬
ton la considère comme alternative avec le nom arabe, publiée simultané¬
ment par Forskal. Il procède de cette façon surtout pour éviter de mettre
en vigueur un autre nom, caché jusqu’à présent dans la synonymie de
l’espèce : ce nom, Cordia sinensis Lam., parfaitement valablement publié,
possède malheureusement une épithète tout à fait impropre. Mais, en
accord avec l’article 34 du Code international de la nomenclature botani¬
que (1966), « Un nom n’est pas valablement publié... s’il n’est pas accepté
par l’auteur dans la publication originale » (et c’est indubitablement le cas
chez le prétendu « binôme » de Cornus Gharaf, comme les citations dans la
publication originale, rassemblées sur le tableau synoptique ci-devant
le démontrent), et « un nom ou une épithète légitimes ne doivent pas être
rejetés parce qu’ils sont mal choisis ou peu harmonieux, parce que d’autres
sont mieux connus et leur seraient préférables, ni parce qu’ils ont perdu
leur signification première » (article 62).
Cordia sinensis Lam. (1792) doit donc remplacer les deux binômes
C. Rolhii Rcem. et Schult. (1819) et C. Gharaf Ehrenb. ex Aschers. (1879)
qu’on avait attribués alternativement et arbitrairement au sébestier en
question. La synonymie complète et les références bibliographiques sont
données ci-dessous. La conspécifité des plantes décrites sous le nom de
C. sinensis par Lamarck avec C. reticulata Roth ex Rcem. et Schult.
(1819), Roth (1821), nom. illeg., non Vahl (1807), devenu à cause de son
illégitimité C. Rolhii Rcem. et Schult., a déjà été reconnue en 1825 par
Sprengel; elle a été redécouverte, en 1956, par Johnston, sans qu’il ne
se soit aperçu des faits résultant de la synonymie établie longtemps avant
lui par cet auteur.
Lamarck avait décrit son Cordia sinensis d’après un échantillon de
P. Sonnerat. Ceci se trouve dans l’herbier Lamarck, et il en existe un
double dans l’herbier de Poiret. Ces échantillons sont munis des étiquettes
qui indiquent la Chine comme leur pays d’origine. L’espèce en question
n’est pourtant nullement représentée en Chine; les spécimens de Son¬
nerat proviennent, avec certituce, des collections faites par ce collecteur
aux Indes. Mais comme l’itinéraire de Sonnerat l’avait également amené
en Chine, au cours de la même mission, l’indication erronnée de « la Chine »
sur les étiquettes des deux spécimens cités de Cordia sinensis Lam. est,
sans doute, due à une confusion de notes ou des étiquettes qui s’est pro¬
duite lors de la préparation et de l’attachage des spécimens d'herbier
provenant de la collection de Sonnerat. De plus, il n’est pas tout à fait
impossible qu’il y ait eu, au début, ou un lapsus calami ou une confusion
en rapport avec Varronia sinensis Lour. (1790) (= Cordia Loureri Rcem.
1. Cenluria II N° 10 ; les renvois de Forskal sont rédigés de cette façon; ils
se rapportent à la classification des spécimens d’herbier de la « Flora Ægyptiaco-
arabica » qui est également la base de l’arrangement des « Descriptiones plantarum ».
Le texte correspondant à la description se trouve p. 33 dans les « Descriptiones ».
Source : MNHN, Paris
— 186 —
et Schult., 1819), espèce très différente et sans aucune ressemblance,
d’ailleurs correctement citée comme espèce distincte par Poiret en 1797
(Encycl. méth., Bot. 4 : 265, 1797); cette espèce était, à l’époque, peu
connue et non représentée dans l’herbier de Lamarck. Elle est aujourd’hui
reconnue comme conspécifique de Cordia dicholoma Forst. (1786); voir
E. D. Merrill, Trans. Am. Phil. Soc., N. S. 24 (2) : 329 (1935).
Ainsi, le taxon qu’il faut désormais appeler correctement Cordia
sinensis Lam. (1792) partage la malchance de porter une épithète impro¬
pre au même titre que d’autres espèces bien connues telles que Canna
indica L., de l’Amérique tropicale et des Indes occidentales, Circæa
luleliana L., largement répandue dans les zones tempérées de l’hémisphère
Nord, Impatiens capensis Meerburgh, de l’Amérique du Nord, Persea
indica (L.), Spreng., des îles macaronésiennes, Scilla peruviana L., de la
région méditerranéenne, Zanledeschia ælhiopica (L.) Spreng., de l’Afrique
du Sud, et bien d’autres : une liste beaucoup plus importante de telles
appellations erronées ou fausses a déjà été donnée par Linné, dans sa
« Philosophia botanica » (p. 209, 1751), pour appuyer cette bonne recom¬
mandation qui figure comme épigraphe de l'article présent.
Les références bibliographiques et la synonymie de Cordia sinensis
Lam. se résument alors de la façon suivante :
Cordia sinensis Lam.
Tabl. encycl. et méth. 1: 423 (1792); Poiret, Encycl. méth., Bot. 7: 49 (1806);
Sprengel, Syst. veg. 1: 650 (1825), excl. syn. Varronia sinensis Lour.; DC., Prodr. 9 :
500 (1845); I. M. Johnston, Journ. Arn. Arl>. 32: 11 (1951);
Cornus sanguinea Forsk., Fl. Ægypt.-arab., Descr. plant. 33 (1775), nom. illeg.
non L., Sp. pl. : 117 (1753);
Cordia Myxa auct. : M. Vahl, Symb. bot. 1: 19 (1790), non L., Sp. pl. : 190
(1753);
C. reliculata Roth ex Rœm. et Schult., Syst. veg. 4 : 454 (1819); Roth, Nov. pl.
spec. : 124 (1821), nom. illeg., non Vahl, Eclog. am. 3 : 5 (1807);
C. Rothii Rœm. et Schult., ibid. : 798 (1819); DC., Prodr. 9: 480 (1845); C. B.
Clarke, in J. D. Hooker, Fl. Brit. Ind. 4: 138 (1883); Boissier, Fl. orient., Suppl. :
350 (1888); J. G. Baker et C. H. Wright, in Thiselton-Dyer, Fl. Trop. Afr. 4, 2 :
18 (1905); Crowfoot, Fl. N. & Centr. Sudan, fig. 128 (1928); Berhaut, Mém.
Soc. Bot. Fr. 1953/54 : 4 (1954); idem, Fl. Sénégal, ed. 1 : 109 (1954), ed. 2: 115, 216
(1967); Dandy, in Andrews, Fl. Pl. Sudan 3: 78, lig. 16 (1956); Heine, in Hutchin-
son et Dalziel, Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 2: 320 (1963);
C. angusli/olia Roxb., Fl. ind., ed. Carey, 2 : 338 (1820), nom. illeg., non Rœm.
et Schult., Syst. veg. 4: 460 (1819);
C. senegalensis auct. : A. DC., in DC., Prodr. 9: 480 (1845), non Juss. (1806),
incl. C. senegalensis var. pelida A. DC., 1. c. (1845);
C. subopposila DC., Prodr. 9: 480 (1845); A. Richard, Tent. Fl. Abyss. 2: 81
(1851); Hiern, Cal. Afr. Plants Fr. Welwitsch, Dicotyledons : 713 (1898);
C. querci/olia Klotzsch, in Peters, Reise nach Mossambique, Bot. 1: 247 (1862);
C. Ghara / Ehrenb. ex Aschers., var. querci/olia (Klotzsch) Fiori, N. Giorn.
Bot. Ital. 20: 367 (1913);
C. Gharaf Ehrenb. ex Aschers., Sitzungsber. Ges. Naturf. Freunde Berlin 1879 :
46 (1879), et Verh. bot. Ver. Prov. Brandenburg 21: 69 (1880); Engler, Hochge-
birgsfl. trop. Afr. : 351 (1892); O. Warburg, in Engler, Pflanzenw. O-Afrik. B : 226
(1895); Gürke, ibid. C : 335 (1895), Bot. Jahrb. 28 : 461 (1900), et in O. Warburg,
Kunene-Sambesi-Exped. : 347, 456 (1903); Deflers, Bull. Soc. Bot. Fr. 43: 326
Source : MNHN, Paris
— 187 —
(1896); Muschler, Manual Fl. Egypt. 2: 781 (1912); Fiori, N. Giom. Bot. Ital.20:
367 (1913); Blatter, Rec. Bot. Survey India 8: 306 (1921); C. Christensen, Dansk
bot. Arkiv 4 , 3 : 14 (1922); Chiovenda, Fl. Somala 1: 225 (1929), 2:307 (1932);
Hutchinson et Dalziel, Fl. W. Trop. Afr., ed. 1, 2: 196 (1931); Pellegrin, Bull.
Soc. Bot. Fr. 81: 272 (1934); Aubréville, Fl. forest. Côte d’ivoire, ed. 1, 3: 186
(1936), idib., ed. 2, 3: 218 (1959); O. Schwartz, Mitt. Inst. AUgem. Bot. Hamburg 10 :
204 (1939); Eggeling et Dale, Indig. Trces Uganda Protect., ed. 3 : 48 (1956);
I. M. Johnston, Journ. Arn. Arb. 37 : 292 (1957); Heine, Mitt. Bot. Staatssammlg.
München 2: 351 (1957); Cufodontis, Bull. Jard. Bot. Etat Bruxelles 31, Suppl. : 767
(1961); M. Friedrich-Holzhammer et H. Hœsslkr, in Merxmüller, Prodr. Fl. SW-
Afr., Kam. 119 : 2 (1967).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 8 (2) 1968.
BENOICANTHUS Heine & A. Raynal (ACANTHACEÆ),
NOUVEAU GENRE MALGACHE
par H. Heine & A. Raynal
Résumé : La découverte d'une nouvelle Acanthacée malgache à fleurs aclinomor-
phes, voisines de Buellia gruicollis R. Benoist, a permis la mise en évidence de carac¬
tères justifiant le classement de ces deux plantes dans un genre à part. Sont décrits
ici : le genre Benoicanlhus Heine & A. Raynal et l’espèce B. Tachiadenus Heine &
A. Raynal; les nouvelles combinaisons relatives à Buellia gruicollis sont également
établies. Le genre est remarquable par certains caractères primitifs et par un endémisne
poussé.
Summary : In connection with the discovery and study of a new Acanthaceous
plant from Madagascar, closely allied with Buellia gruicollis R. Benoist, some of the
characters of both lhese taxa proved to be important enough to justify their generic
séparation from Buellia L. Hence a new genus, Benoicanlhus Heine & A. Raynal,
has been established; it is based on the new species B. Tachiadenus Heine & A. Raynal,
described within this paper. The required combinations for Buellia gruicollis R. Benoist
are given accordingly. The représentatives of this new genus are particularly note-
worthy on account of some primitive characters and their high endemism.
A l’occasion d’un rangement des Gentianacées malgaches du Labora¬
toire de Phanérogamie, l’un de nous a eu la surprise de trouver, parmi
les Tachiadenus indéterminés, plusieurs échantillons d’une plante incon¬
nue à belles fleurs blanches; son aspect général, ses fleurs à long tube
grêle s’épanouissant en cinq lobes réguliers, justifiaient, en l’absence de
fruit, un premier classement dans ce genre.
Un examen plus minutieux mit cependant en évidence des caractères
étrangers non seulement au genre Tachiadenus Griseb. mais encore à
la famille des Gentianacées. La pubescence, la présence de cystolithes
dans les tissus du calice et des feuilles, le recouvrement vers la gauche des
lobes de la corolle, l’androcée tétramère, nous amenèrent à placer notre
plante dans les Acanthacées, plus précisément dans la tribu des Ruelliées.
Une rapide recherche parmi les Acanthacées malgaches indéterminées
nous permit alors de découvrir de nouveaux spécimens, fructifiés et sans
fleurs, appartenant nettement à la même espèce; ainsi, les collecteurs
avaient placé leurs récoltes dans les Acanthacées, à juste titre, lorsqu’ils
disposaient de fruits, et dans les Gentianacées, quand ils n’avaient que les
fleurs!
Source : MNHN, Paris
— 190 —
Un essai de détermination de la plante par la clef des Ruelliées
parue très récemment dans la Flore de Madagascar (R. Benoist, 4)
aboutit à un échec; cette plante n’était donc pas décrite, mais son affinité
avec Ruellia gruicollis R. Benoist était manifeste. Quoique bien distinctes,
ces deux espèces se sont révélées unies par un faisceau de caractères, qui
permettent de saisir l’existence d’un groupe individualisé, morphologi¬
quement distinct des vrais Ruellia et géographiquement limité. Le maté¬
riel trop pauvre dont a disposé Benoist ne pouvait lui permettre d'établir
cette individualité ; nous n’avons pu en prendre conscience que grâce aux
récoltes récentes, dont la qualité autorisait une analyse plus poussée des
caractères.
Pris dans son sens le plus large — l’acception devenue classique depuis
T. Anderson (1) et Bentham & J. D. Hooker (5) — le genre Ruellia
réunit des groupes assez dissemblables, qui ont alors rang de sections.
D’autres auteurs en font des genres distincts, dont la délimitation reste
cependant délicate. Les deux espèces malgaches pourraient certes entrer
dans Ruellia sensu lalissimo, mais elles ne correspondent réellement à
aucun des groupes reconnus; cela reviendrait donc à étendre encore la défi¬
nition de ce vaste ensemble, de façon d’autant plus dangereuse que nos
plantes malgaches présentent quelques caractères — discutés plus loin —
assez exceptionnels pour la famille elle-même.
La position extra-marginale de nos plantes apparaît clairement à la
lecture du travail de Bremekamp (6) sur les Ruelliées de Malaisie, où tous
les groupes constituant le genre Ruellia sont passés en revue; abandon-
donnant la conception devenue classique depuis T. Anderson ( 1 ), il
tente de donner aux genres une définition plus naturelle; ceci l’amène à
restreindre leur circonscription, et à rejoindre à peu près le découpage
générique de Nees von Esenbeck (12); ainsi Bremekamp reconnaît
dans Ruellia plusieurs genres, dont le caractère naturel est plus évident,
mais dont la séparation, comme il arrive souvent, devient plus délicate.
La mise en évidence de ce petit noyau de deux espèces malgaches
posait donc un dilemme : soit élargir encore la définition de Ruellia pour
les y admettre dans une section à part, en rendant évidemment le genre
encore plus hétérogène; soit en faire un genre nouveau, distinct, en accor¬
dant comme Bremekamp le rang générique aux constituants de Ruellia
s. lai. C’est cette dernière position qui nous a paru la plus raisonnable.
BENOICANTHUS Heine & A. Raynal, gen. nov.
Acanthaceæ, tribus Ruellieæ Benth. & Hook. f., subtribus ftuelliinæ (« Euruelliæ •),
Gen. PI. 2: 1063 (1878).
A ceteris generibus RuelUearum corolla regulari, staminibus æquilon-
gis, stigmate lobis æquilongis optimc distincta; generi Dipteracantho Nees
(vel Ruelliœ sect. Dipteracantho (Nees) Benth. & Hook. f.) affine, sed eisdem
Source : MNHN, Paris
— 191 —
characteribus et numéro seminum in capsula (8-10 in quoque loculo) facile
distinguitur.
Calyx regularis, quinquefidus, lobis basi in tubum connatis. Corolla
erecta, regularis (haud zygomorpha vel plus minusve bilabiata : corollæ
generis Gentianacearum Tachiadeni mirimodis persimilis), infundibuliformi
(haud obliquo vel plus minusve curvato ut in ceteris Ruellieis ), limbo hypo-
crateriformi vel rotato, actinomorpho, lobis æqualibus ovato-triangularibus
obtusis margine serrato-crenatis. Stamina 4, æquilongia, didyma (haud
didynamia), inclusa. Grana pollinis ut videtur regulariter biporata. Stigma
bifurcatum, regulare (i. e. lobis æquilongis), lobis divergentibus, applanatis.
Ovarium 16-20 ovula gerens.
Frutices vel sufirutices ramosi, incolæ insulæ Madagascar dictæ.
Dedicavimus singulare hoc genus Raimundo Benedicto (gallice Ray¬
mond Benoist), subdirectori honoris causa laboratorii scientiæ plantarum
phanerogamarum Musæi nationali gallici historiæ naturalis Parisiis Lute-
tiorum, botanico egregio, de studiis Acanthacearum omnium regionum
tropicalium ubi linguam gallicam locutam est per dimidium sæculum meri-
tissimi atque auctori tractatus Acanthacearum floræ madagascariensis nuper
ad lucem producti.
Species adhuc notatæ duæ : vide infra.
Species typica : B. Tachiadenus Heine & A. Raynal.
Le genre Benoicanlhus se singularise dans les Ruelliées, et même dans
l’ensemble des Acanthacées, par une actinomorphie florale aussi complète
que possible dans le cadre de la famille : calice et corolle sont réguliers,
les deux branches stigmatiques sont égales; l’androcée lui-même, bien que
tétramère, présente une régularité exceptionnelle dans cette tribu puisque
les 4 étamines sont égales. La capsule est conforme au fruit des Ruelliées,
mais le grand nombre de graines qu’elle contient (15-20) distingue ce genre
de son affine Dipleracanlhus.
Le pollen 1 sphérique, gros (120-165 p de diamètre) est orné d’un fort
réseau lui donnant un aspect alvéolé; ce réseau est constitué de crêtes à
tracé sinueux délimitant des mailles irrégulières (12-18 mailles sur une
circonférence). Étant donné la rareté du matériel, nous décrivons le pollen
à titre simplement indicatif : nos observations ont porté sur un échantillon
de chaque espèce, et, dans les deux cas, sur un nombre assez faible de
grains. Ectexine : les crêtes en réseau, hautes de (7-) 9 (-10) p, sont formées
de forts bâtonnets supportant un tectum bien développé ; de petits bâton¬
nets courts et fins s’intercalent parfois entre les gros bâtonnets et le tec¬
tum; le fond des mailles porte des bacules (Fig 2). Apertures : endotrèmes
(endoapertures : l’endexine manque au niveau des apertures), ^équiaxes;
chaque aperture occupe entièrement une maille du réseau : la forme du
pore est donc celle de la maille. Il n'a pas été possible de voir plus de
2 pores sur chaque grain. Ce dernier caractère, s’il se confirmait, constitue¬
rait lui aussi un trait remarquable du genre Benoicanlhus.
1. Nous tenons à exprimer toute notre gratitude à Madame Van Campo qui a
bien voulu contrôler personnellement nos observations palynologiques.
Source : MNHN, Paris
— 192 —
Le choix de l’espèce-type du genre a été fixé après mûre réflexion;
nous aurions aimé pouvoir désigner la plus ancienne espèce connue, mais
le B. Tachiadenus que nous décrivons aujourd’hui est représenté par un
matériel beaucoup plus abondant. C’est pourquoi nous avons préféré le
choisir comme type du genre, en raison des observations plus nombreuses
effectuées sur cette espèce, et de la possibilité plus grande de distribution
de matériel dans les herbiers étrangers.
CLEF DES ESPÈCES
1. Arbuste à rameaux et feuilles glabres; calice à lobes triangu¬
laires égalant environ le tube; rostre de la capsule portant
deux fortes callosités. B. gruicollis.
2. Feuilles ovales-triangulaires, cordées à la base.... var. gruicollis
2'. Feuilles lancéolées presque linéaires. var. angustifolia.
1’. Sous-arbrisseau à grosse souche ligneuse; calice à lobes au moins
deux fois plus longs que le tube ; rostre de la capsule à callosités
discrètes. B. Tachiadenus.
Benoicanthus Tachiadenus Heine & A. Raynal, sp. nov.
■— Ruellia gruicollis var. angusli/olia auct. : R. Benoist, in H. Humbert, Fl. Madag.,
tam. 182 (1) : 66 (1967), pro parte: E. Basse s. n. tantum, excl. Perrier de la Bûlhie
4991, non R. Benoist, Notul. syst. 12: 4 (1945).
B. gruicolli maxime affinis ; ab ea specie habitu suffruticoso, calyce majore,
lobis tubo duplo longioribus, characteribus rostri fructus facile distinguitur.
Suflrutex pedalis, ramosus, e caudice lignoso. Caules erecti, teretes,
ramosi, ad 30 cm alti, basin versus lignescentes, partibus novellis striatis;
nodi 1,5-3 cm distantes. Folia caduca subsessilia; petiolus ad 1 mm longus;
lamina plus minusve pubescens, lineari-Ianceolata, 12-35 X 1,5-4 mm, basi
rotundata, apice subobtusa. Inflorescentiæ partiales in speciminibus exa¬
minât is (an semper?) unifloræ, axillares, ex ordine cymoso; pedunculus
patens; pedicellus cum flore erectus : dispositio inflorescentiarum eo modo
quasi candelabriformis; bracteolæ cum foliis congruentes sed minores, ad
10 mm longæ; pedicellus ad 2 mm longus. Flores pro tribu Ruelliearum
maximi. Calyx 25-33 mm longus, extus glaber, intus dense sericeus, tertia
ima parte tubuloso-cylindricus, lobis subæqualibus acutissimis, marginibus
ciliatis et nonnullis pilis capitato-glandulosis instructis ; alabastra (ante efflo-
rescentiam) citrea, corolla evoluta lactea (sec. adnot. collectons in sched. :
H. Humbert 29846) ; corollæ tubus ad 10 cm longus, ad faucem subinfundibu-
liformis; limbus lobis late ovato-triangularibus vel lanceolatis, 40 X 28 mm,
apice obtusatis, margine denticulato-crenulatis ; corolla extus partim (i. e.
tantum ad partes exteriores alabastri) pilis albis adpressis pubescens, intus
tantum ad insertionem protractam filamentorum. Stamina ad superam par¬
tent corollæ tubi affixa et eorum filamenta adnata ad basin corollæ descen-
dentia, pars libéra filamentorum i 5 mm longa. Antheræ ad 1 cm longæ
loculis leviter apiculatis. Ovarium glabrum, ellipsoideum, in alabastro circa
Source : MNHN, Paris
193 —
Source : MNHN, Paris
194 —
4 mm longum; Stylus filiformis, ad 10 cm longus, faucem corollæ attingens et
stamina superans, sparse pilosus; stigma lobis ad 3 mm longis. Discus?...
Fructus erectus, pedicello incrassato cum calyce persistente et indurato
confluente sufiultus, lignosus, fusiformis, 45 X 6 mm, glaber, apiculato-
rostratus; rostrum ad 2 mm longum, duabus cicatricibus lateralibus (i. e.
una in quoque latere) in parte apicali valvarum fructus (nectariis?) instruc-
tum. Semina 8-10 in quoque loculo, lenticularia, ^ 4 mm in diametro, pilis
hygroscopicis munita.
Habitat in insula Madagascar in rupibus vel arenosis silicosis in montibus
Isalo dictis.
Typus : H. Humbert 28686 (holo-, P; iso-, K).
Répartition : H. Humbert & C. F. Swingle 4971, plateaux de l'Isalo, rochers
siliceux (grès), ait. 800-1000 m, 30.7.1928; II. Humbert 28686, plateaux et vallées de l’Isalo,
à l’ouest de Ranohira; grès et sables siliceux, ait. 800-1250 m, févr. 1955 (type) ; 29846, eod.
loc., corolle blanc de lait, citron clair au début, 1955; E. Basse s. n.,sin.loc.spec., 23.5.1931;
R. Decary 18942, Isalo (Ranohira), grès; Heur blanche, 4.3.1943; G. Cours 5110, Isalo,
canton et poste de Ranohira; piste d’Andozoky au rocher d'Ambatofangetora, vers
800 m; belles fleurs blanches, 2.2.1955; P. Moral 1152, Isalo, Heur blanche, mai 1965.
La souche ligneuse, contournée, émet chaque année des rameaux
denses, raides, hauts d’une trentaine de cm, formant un petit buisson
qui s’orne, à la saison humide, de grandes fleurs blanches à long tube
étroit. Les rameaux, dressés, presque fastigiés, d’aspect articulé, vert-
grisâtre, pubescents, légèrement sillonnés sur les parties jeunes, se ligni¬
fient rapidement à la base, où l’écorce se strie de lignes subérifiées; ils
contiennent une moelle spongieuse importante; une petite touffe de poils
marque le bourgeon axillaire de chaque feuille. Les feuilles, rapidement
caduques, ont un limbe étroitement linéaire, discolore, pubescent (au
moins sur les nervures et les marges), porté par un petit pétiole cilié.
Les inflorescences, axillaires, sont très généralement réduites à une
seule fleur; chaque nœud ne porte qu’une seule inflorescence. La fleur
grande, dressée, est portée « en candélabre » par un rameau inflorescentiel
long de 10-30 mm, formant, avec la tige d’une part et la fleur d’autre
part, des angles presque droits.
Le calice, long de 25-33 mm, est tubuleux dans son tiers inférieur;
les 5 lobes s’atténuent longuement en pointe aiguë. Le tube corollin
contient, dans sa partie supérieure élargie, les 4 anthères. Les filets, cohé¬
rents deux à deux dans leur partie adnée à la corolle, forment, de chaque
côté de la fleur, un bourrelet longitudinal saillant à l’intérieur du tube,
et qui porte un rang de poils sur toute sa longueur, sauf au sommet. Les
anthères, longues de 10 mm, étroitement linéaires, ont deux loges légère¬
ment inégales à la base; les deux anthères d’une même paire d’étamines
sont symétriques l’une de l’autre, les loges courtes étant vers le plan de
symétrie.
La capsule fusiforme, dressée, contient 16-20 graines portées par de
forts crochets placentaires (rétinacles); leur tégument est garni de poils
Source : MNHN, Paris
— 195 —
hygroscopiques visibles à l’état humide, et agglutinés en un feutrage
écailleux à l’état sec.
La biologie de B. Tachiadenus est celle d’un hémicryptophyte ; la
base des touffes porte les restes brûlés des rameaux de la saison précédente ;
chaque année, la partie aérienne de la plante se reconstitue et fleurit; puis,
les feuilles tombent rapidement, et il n’en reste plus guère quand les fruits
sont mûrs; les feux de brousse n’auront alors à détruire qu’un buisson
dense et bas de brindilles sèches.
Benoicanthus gruicollis (R. Benoist) Heine & A. Raynal, comb. nov.
— ftuellia gruicollis R. Benoist, Notul. syst. 8: 137 (1940).
Type : Perrier de la Bâlhie 9317 (P).
Répartition : Perrier de la Bâlhie 9317, grès ferrugineux dénudés (infracrétacé)
entre le Morondava et le Mangoky; « arbuste à rameaux lâches, s’arrondissant en
buisson large, ne dépassant pas 1,50 m de haut. Fleur d’un blanc pur... Corolle régu¬
lière, les divisions étalées, toutes égales, frangées-ondulées sur les bords... Cette plante,
est spéciale aux grès dénudés dans le bassin de l'ouest. Je l’ai trouvée sur l'Isalo, sur
les grès d’Ambatosolo (Sakeny), sur les grès de Sambao (Cap St André), sur les grès
entre le Maningoza et le Ranobe, et sur les grès ferrugineux du Demodahy », août 1911
(type); 9317 6/s, rocailles (grès) de l’Isalo, au-dessous de 800 m d’altitude, sept. 1911; 9333
grès dénudés d’Ambodibonura, sur le Sambao; arbuste de 1-2 m, rameux, juin 1911.
B. gruicollis var. angustifolia (R. Ben.) Heine & A. Raynal,
comb. nov.
— Buellia gruicollis var. angusli/olia R. Benoist, Notul. Syst. 12 : 4 (1945).
Répartition : Perrier de la Bâlhie 4991, grès de l’Isalo, vers 800 m, juillet 1910
(type, P).
Benoicanthus gruicollis et B. Tachiadenus, dont les corolles sont très
semblables, se distinguent néanmoins par un bon nombre de caractères,
qui permettent de dresser le tableau comparatif suivant :
B. gruicollis
— arbuste atteignant 1-2 m
— rameaux et feuilles glabres
— rameaux lisses
— lobes du calice égalant environ
le tube, le rapport des longueurs
calice/corolle = 0,15
— connectif staminal prolongé en
petit apicule
— pollen orné de crêtes larges de
(2,5-) 3 (-4) n, ces crêtes
constituées par la juxtaposition
de bacules grêles.
— rapport des épaisseurs endexine/
tectum : 1 — 3/2
B. Tachiadenus
— sous-arbrisseau haut de 30 cm
— rameaux et feuilles pubescents
— rameaux sillonnés
— lobes du calice deux fois plus
longs que le tube, rapport
calice/corolle atteignant 0,30
— connectif non apiculé
— crêtes larges de (4-) 4,6 (-5) p,
constituées par la juxtaposition
de forts bacules
— rapport endexine /tectum : 1 /2-
2/3
Source : MNHN, Paris
— 196 —
Source : MNHN, Paris
— 197
— fond des mailles du réseau
portant des bacules hauts et
grêles, homogènes
— rostre de la capsule assez long
(rapport longueur capsule /ros¬
tre < 20)
— callosités latérales du rostre
très nettes
— bacules courts, épais, en massues
trapues, ou même hémisphé¬
riques, très variables
— rostre court (rapport capsule/
rostre > 25)
— callosités du rostre discrètes
Les fleurs des deux espèces, nous l’avons déjà souligné, rappellent à
s’y méprendre celles des Tachiadenus; il est probable que la biologie
florale de ces genres éloignés dans deux familles fort distinctes présente
des points communs; on ne peut, en présence de ces corolles longuement
tubuleuses, dressées, qu’évoquer les grands Lépidoptères malgaches,
buveurs de nectar, à trompe immense; nous n’avons malheureusement
aucun document sur la biologie florale de ces plantes ; nous ne pouvons
que supposer l’entomogamie.
Le genre Benoicanlhus offre donc des caractères remarquables tels
que l’actinomorphie presque complète, le port frutescent ou sous-frutes-
cent, généralement considérés comme primitifs. Il représente probable¬
ment un type de Ruelliées assez peu évolué, au moins à certains égards.
Sa mise en évidence permettra peut-être d’apporter des données nouvelles
à la connaissance de l’évolution des Ruelliées en particulier, et des Acan-
thacées en général.
Ce genre présente un autre intérêt particulier, sa localisation géogra¬
phique. Ses deux espèces, y compris la variété de B. gruicollis, habitent
le riche massif de l’Isalo, célèbre pour sa flore spéciale; seule la variété
typique de B. gruicollis s’étend vers le Nord, jusqu’au Sambao.
Les Benoicanlhus constituent donc un petit groupe malgache, haute¬
ment endémique, et remarquable par certains caractères primitifs qui le
singularisent au sein des Ruelliées.
OUVRAGES CONSULTÉS
1. Anderson, Th. — Acanlhaceæ, in Thwaites, G. H. K., Enumeratio plantarum
Zeylaniæ : 223-236 (1860). (Tribus Ruellieæ et subtribus Eu-Ruellieæ,
p. 225).
2. Benoist, R. —- Nouvelles Acanthacées malgaches, Notulæ Systematicas 8 : 135-161
(1940, « 1939 .).
3. —- Descriptions de nouvelles Acanthacées malgaches, ibid., 12: 3-16 (1945).
4. — Acanthacées, in Humbert, H., Flore de Madagascar et des Comores,
182 e famille (1), 230 pp„ 35 tab. (1967).
5. Bentham, G. — Acanlhaceæ, in Bentham, G. & Hooker, J. D., Généra Planta¬
rum 2: 1060-1122 (1876). (Tribus Ruellieæ et Subtribus Euruellieæ,
p. 1063).
6. Bremekamp, C.E.B. & Nannenga-Bremekamp, N. E. — A preliminary Survey
of th e Ruelliinæ (Acanlhaceæ) of the Malay Archipelago and New Guinea,
Source : MNHN, Paris
— 198 —
Verhandclingen der koninklijke nederlandsche Akademie van Wetenschap-
pen, afd. natuurkunde, tweede sectie, 45 (i) : 3-34 (1948).
7. Burkill, 1. H. & Clarke, C. B. — Acanlhaceæ (pro parte), in Thiselton-Dyer,
W. T., Flora of Tropical Africa 5 : 1-5 (1899). ( Ruellieæ et Subtribe Euruel-
lieæ, p. 3).
8. Clarke, C. B. — Acanlhaceæ, in Hooker, J. I)., Flora of British India 4: 387-
558 (1884-85). (Ruellieæ et Subtribe Polyspermeæ (= Ruellieæ) p. 388).
9. — Acanlhaceæ, in Thiselton-Dyer, W. T., Flora Capcnsis 5 (1) : 1-92(1901).
( Ruellieæ, p. 1, Subtribe Euruellieæ, p. 2).
10. Leonard, E. C. — The Acanlhaceæ of Colombia, Contributions from the United
States National Herbarium 31, V, VI, VIII, X, 748 pp., 274 fig. (1951-
1958). (Tribe Ruellieæ V, p. 65 (1951).
11. Lindau, G. — Acanlhaceæ, in Engler, A. & Prantl, K., Die natürlichen Pflan-
zenfamilien, ed. 1, 4 (3b) : 274-354, fig. 104-141 (1895). ( Ruellieæ, pp. 287
305; Ruellieæ sect. Dipleracanlhus, p. 309).
12. Nees von Esenbeck, Chr. G. — Acanlhaceæ, in De Candoi.le, A. P., Prodromus
systematis naturalis regni vegetabilis 11: 46-519 (1849). (Tribus Ruellieæ
p. 99).
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 8 (2) 1968.
CONTRIBUTIONS A L’ÉTUDE
DE LA FLORE FORESTIÈRE
DE MADAGASCAR
par R. Capuron
(C.T.F.T. — Madagascar)
A. — NOTES SUR QUELQUES CASSIÉES MALGACHES (2^ partie)
Résumé : Dans cetle seconde partie, l’auteur traite des quatre genres de Cas-
siées qu’il reconnaît à Madagascar en dehors des Cassia : Baudouinia Baill. pour lequel
il retient seulement quatre espèces; Eligmocarpus Cap. et Mendoravia Cap., deux
genres monospécifiques nouveaux; Dialium L., représenté dans la Grande Ile par
deux espèces : D. madagascariensis Baill., à laquelle est rattachée une sous-espèce nou¬
velle, et D. uni/oliolatum Cap., espèce nouvelle, affine de la première, comprenant deux
sous-espèces.
Dans la tribu des Swartziées, l’auteur reconnaît uniquement la présence du genre
Cordyla Lour. à Madagascar où il est représenté par deux espèces : C. madagascarien¬
sis R. Viguier et C. Haraka Cap., publiée ici pour la première fois.
Summary : The author deals in this second partwith the four remaining généra of
Cassieæ he recognizes in Madagascar besides thegenus Cassia: Baudouinia Baill., for
which he maintains only four species; Eligmocarpus Cap. et Mendoravia Cap., two new
monotypical généra; Dialium L., represented on the main island by two species:
D. madagascariense Baill., with a new subspecies, and D. uni/oliolalum Cap., sp. nov.,
allied with the latter and comprising two subspecies.
For the tribu Swartzieæ, the author recognizes in Madagascar only the presence
of the genus Cordyla Lour., represented by two species: C. madagascariensis R. Viguier
and C. Haraka Cap., sp. nov.
II. BAUDOUINIA Bâillon
Ce genre, endémique de Madagascar, présente les caractères essen¬
tiels suivants : feuilles simples (le pétiole ne présente aucune trace d’arti¬
culation), à stipules latérales. Fleurs hermaphrodites peu zygomorphes,
à 5 sépales libres ovales-lancéolés, imbriqués dans le bouton, peu inégaux;
5 pétales, jaunes, imbriqués, à peu près de même longueur que les sépales,
elliptiques; 6-10 étamines, toutes fertiles et peu inégales, les postérieures
un peu plus courtes, à anthères basifixes déhiscentes au sommet par
deux pores indépendants l’un de l’autre ou par un seul pore; ovaire briè¬
vement stipité, à (l-)2-n ovules, atténué en style assez court terminé
par un stigmate punctiforme. Le fruit est indéhiscent, drupacé et contient
Source : MNHN, Paris
— 200 —
sous un péricarpe plus ou moins charnu ou fibreux soit un seul noyau
très lignifié et pluriloculaire, soit plusieurs noyaux uniséminés facilement
séparables les uns des autres. Les graines, transversales, sont albuminées.
L’embryon a des cotylédons foliacés, cordés à la base et une radicule
cylindrique droite.
Les inflorescences sont des cymes axillaires 1-pauci-multiflores et,
dans ce dernier cas, presque dichotomes; les fleurs sont ébractéolées.
Tous les Baudouinia sont des arbustes ou des arbres, parfois de grande
taille, à tronc plus ou moins nettement cannelé (comme ceux des Carpi-
nus des pays tempérés); ce caractère est très fortement accentué dans le
B. Bouxevillei.
Six espèces ont été décrites jusqu’à ce jour et M lle DuMAz-Le-GRAND
en a publié une clé de détermination basée sur les caractères du fruit et
de l’appareil végétatif. Pour notre part nous ne retiendrons dans notre
clé que quatre espèces. Nous considérons en effet que B. suarezensis
N. Dum. doit rentrer en synonymie du B. fluggeiformis et que B. orien¬
tons, sur lequel nous reviendrons, est encore insuffisamment connu. La
clé suivante permettra de séparer les espèces que nous maintenons :
1. Anthères, au moins celles des étamines supérieures, pénicillées
au sommet. Étamines supérieures s’ouvrant par deux pores, les
inférieures par un seul pore.
2. Ovaire densément soyeux, pauciovulé (3 ovules en général).
Fruit de petite taille, globuleux ou plus ou moins elliptique,
à noyau osseux très dur contenant 1-3 cavités 1-séminées.
Feuilles petites, obovales. 1. B. sollyaeformis.
2'. Ovaire glabre, multiovulé (une vingtaine d’ovules). Fruit
oblong, de grande taille (atteignant (4-) 6-14 cm X 2-2,4 cm),
se laissant facilement fragmenter en articles (noyaux à paroi
cartilagineuse peu résistante) uni-séminés. Feuilles de
grande taille, très coriaces. 2. B. Louveli.
1'. Anthères glabres, s’ouvrant toutes par un seul pore.
3. Ovaire glabre. Feuilles de très petite taille, insérées générale¬
ment en bouquets sur des rameaux courts (limbe ne dépas¬
sant pas 1 cm de longueur). Stipules petites, triangulaires,
persistantes sur les rameaux courts. Fruit fragile, se décom¬
posant aisément en articles, oblong et de petite taille.
. 3. B. Rouxevillei.
3'. Ovaire densément pubescent. Feuilles dépassant normalement
15 mm de longueur, non insérées en bouquets sur des
rameaux courts, à limbe très variable de forme. Stipules
scarieuses, plus ou moins obovales, caduques. Fruit globu¬
leux, ovoïde ou brièvement oblong à un seul noyau osseux
extrêmement dur. 4. B. fluggeiformis.
Espèce insuffisamment connue. 5. B. orientalis.
Source : MNHN, Paris
— 201 —
1. Baudouinia sollyaeformis Bâillon
Bâillon, Adansonia 6: 193, t. 5 (1866); Hist. PI. 2: 132 (1872); Bull. Soc. Linn.
Paris 1: 375 (1883); Drake in Grandidier, Hist. Nat. PI. Madagascar, Texte 1: 94
(1902); Dumaz-Le-Grand, Bull. Soc. Bot. France 100 : 270 (1954).
Espèce type du genre, le B. sollyæformis n’est encore connu que du
Secteur Nord du Domaine Occidental, depuis Vohémar jusqu’à Diégo-
Suarez. C’est tantôt un grand arbuste, tantôt un arbre pouvant atteindre
15 (-20) m de hauteur et un diamètre de 0,50 m.
Les feuilles sont le plus souvent assez largement obovales
[(7-)20-30 X (3-) 11-16 mm)] parfois étroitement obovales-elliptiques
[(14-) 25-30 X (3-) 25-10 mm]; le limbe, souvent luisant dessus à l’état
adulte, est très finement pubérulent sur ses deux faces. Les stipules sont
très petites, triangulaires-aiguës, non scarieuses, tôt caduques.
Dans les fleurs que nous avons analysées, nous avons observé soit
7 étamines (n° 9433-SF), soit 8 (n° 9421-SF). Toutes les anthères sont
pénicillées de poils blancs au sommet. Les anthères des étamines posté¬
rieures s’ouvrent par deux pores apicaux latéraux, qui restent toujours
indépendants l’un de l'autre; celles des étamines antérieures ne possèdent
qu’un seul pore situé sur la face adaxiale, pore qui se prolonge en courte
fente vers le bas.
L’ovaire, finement et densément soyeux, ne contient que (2-)3 ovules.
Les fruits, de petite taille (les plus gros que nous ayons vus n’attei¬
gnent pas 20 mm de longueur) sont soit ovoïdes, soit plus ou moins globu¬
leux, asymétriques à la base ; sous une mince couche de péricarpe charnu,
noir à maturité, se trouve un noyau osseux très dur contenant 1-3 logettes.
Dans l’échantillon 27554-SF les noyaux ont une surface parcourue trans¬
versalement par de nombreuses stries.
2. Baudouinia Louveli R. Viguier
R. Viguier in H. Humbert, Not. Syst. 13 : 352 (1948); Dumaz-Le-Grand,
Bull. Soc. Bot. France 100 : 270 (1954); Louvel, Notes sur les Bois de Madagascar,
• Piro ", in Bull. Econ. Madag., 4° trim. 1921, p. 6, cum tab. (flor.) ; ibid., 3 e -4 c trim.
1923, p. 12, cum tab. (fruct.).
—• Baudouinia orienlalis R. Viguier p.p., l.c. 13 : 351 (1948) quoad flores (specimen
Perrier 13302).
Les syntypes du B. Louveli, Louvel 9 et 45, proviennent à peu près
certainement des forêts côtières d’Ambila-Lemaitso ou de Tampina;
c’est de cette dernière localité que provient également l’échantillon Per¬
rier 13302, un des deux syntypes du B. orienlalis. Cet échantillon, absolu¬
ment identique aux deux échantillons de Louvel, ne saurait en être
séparé spécifiquement.
L’autre syntype du B. orienlalis, provenant de la presqu’île Masoala
( Perrier 2006, fruits), que nous choisirons comme Iectotype de cette espèce,
présente des caractères foliaires tout à fait identiques à ceux du B. Lou¬
veli; mais ses fruits, comme l’ont indiqué Viguier et N. Dumaz-Le-
Grand, sont assez différents. Ces différences sont-elles suffisantes pour
Source : MNHN, Paris
— 202 —
permettre la séparation des deux espèces, ou faut-il considérer qu’elles
rentrent dans l’échelle de variations normales d’une seule espèce? Per¬
sonnellement, j’inclinerais vers la dernière alternative mais, comme les
éléments qui permettraient de trancher définitivement la question sont
insuffisants, je conserverai provisoirement le B. orienlatis.
Le Baudouinia Louveli, qui n’est encore connu que des forêts littorales
ou sublittorales d’Ambila et de Tampina, est un arbre pouvant atteindre
une dizaine de mètres de hauteur. Ses feuilles très coriaces, de grande
taille (3,5-11 X 2-4,5 cm) sont assez variables de forme : tantôt elliptiques,
tantôt oblongues, parfois un peu obovales ou ovales etc... Les stipules,
variables de forme elles aussi (étroitement ou largement elliptiques ou
oblongues, parfois un peu falciformes), longues de 5 à 15 mm, sont coriaces
et persistent assez longtemps.
Les inflorescences, ramifiées dès la base ou presque, sont multiflores
en général; leurs axes et la face externe du calice sont glabres à l’excep¬
tion des marges des bractées qui sont plus ou moins ciliées. Les sépales
sont plus ou moins pubescents soyeux sur leur face interne. Les étamines
au nombre de (9)- 10 ont une déhiscence analogue à celle observée dans
le B. sollyæformis : deux pores chez les étamines supérieures, un seul pore
chez les antérieures ; les anthères sont soit toutes pénicillées (6470-SF
et 17997-SF d’Ambila^, soit seulement les cinq supérieures (/?. Capuron
s. n° de Tampina). L’ovaire, étroitement oblong, très comprimé, entière¬
ment glabre et prolongé par un style très court, contient 20-23 ovules.
Les fruits, étroitement oblongs, assez fortement comprimés, munis
de sillons transverses entre les graines, atteignent parfois 12 cm de lon¬
gueur (jusqu’à 15 cm d’après Louvel). Assez souvent, ils présentent des
étranglements au niveau des graines avortées. Ces fruits ont une structure
assez différente de celle des B. sollyæformis et B. fluggeiformis ; alors que
chez ceux-ci, le fruit contenant un seul noyau très dur, est impossible à
rompre, chez le B. Louveli le fruit se laisse fragmenter aisément en
autant d’articles qu’il y a de graines développées; une section transver¬
sale de ces fruits montre que sous une mince couche d’exocarpe (charnu
sur le vif) se trouve un mésocarpe, plus ou moins fibreux mais peu résistant,
entourant autant de « noyaux » que de graines développées; ces noyaux
peuvent être isolés sans difficulté par grattage du mésocarpe qui les
entoure; ils se présentent alors sous la forme d’une sorte de petite boîte,
de contour elliptique, ayant environ 15 mm de longueur sur 6-7 mm de
largeur, légèrement déprimée verticalement et présentant sur sa face
supérieure une très fine suture longitudinale. Les graines, très arrondies
aux deux extrémités sont plus ou moins largement elliptiques (p. ex.
7 X 4,5 mm, 8x4 mm).
Le B. Louveli est connu localement sous le nom de Piro. Tous les
échantillons que nous possédons et dont la provenance est connue ont été
récoltés à Ambila-Lemaitso et à Tampina.
3. Baudouinia Rouxevillei Perrier
H. Perrier de la Bathie, Bull. Acad. Malgache, Nelle série, 15: 2 (1932);
N. Dumaz-Le-Grand, Bull. Soc. Bot. France 100 : 270 (1954).
Source : MNHN, Paris
— 203 —
Nous ajouterons peu de mots à l’excellente description que Perrier
de la Bathie a donnée de cette espèce bien connue dans la région de
Tuléar sous le nom de Manjakabentany. Ses très petites feuilles insérées
en bouquets sur des rameaux courts (les rameaux d’élongation portent
des feuilles alternes) permettent de la reconnaître aisément.
Dans les fleurs que nous avons analysées, nous avons observé 7-9 éta¬
mines et 4-6 ovules; dans sa description Perrier parle de 5 étamines et
de fruits à 7-8 graines.
Dans l’échantillon 518-SF les filets staminaux sont souvent plus ou
moins connés trois par trois.
Les anthères, totalement glabres, s’ouvrent toutes par une seule
courte fente apicale.
Les fruits présentent la même structure que ceux du B. Louveli
mais sont de beaucoup plus petite taille (ils ne dépassent pas 3 cm de
longueur et 7-8 mm de largeur) ; ils se laissent très facilement fragmenter
en éléments uniséminés identiques, à la taille près, à ceux du « Piro ».
Le B. Bouxeuillei n’est connu actuellement que d’une zone très
réduite, située entre les vallées du Fiherenena et de l’Onilahy, sur le pla¬
teau de calcaires éocènes. Il y a quelques années il était encore très
commun vers les P.K. 45-60 de la route Tuléar-Sakaraha (environs
d’Andranohinaly). Nous l’avons également rencontré près du rebord
occidental du plateau calcaire, au sud-est de la colline de la Table, mais il
est là beaucoup plus rare.
Le tronc du Manjakabentany, aux cannelures très profondes, était
surtout utilisé autrefois pour la fabrication de cannes. A cet emploi s’est
ajouté ces dernières années celui de la fabrication de pieds de lampadaires
et aussi, hélas, celui de bois de feu.
4. Baudouinia fluggeiformis Bâillon
Bâillon, Adansonia 8 : 201 (1868); Bull. Soc. Linn. Paris 1: 375 (1883); in Gran-
didier, Hist. PI. Madagascar, Atlas, pl. 302 (1888); Drake, in Grandidier, ibid.,
Texte 1: 94 (1902); Dumaz-Le-Grand, Bull. Soc. Bot. France 100 : 270 (1954).
— Baudouinia suarezensis N. Dumaz-le-Grand, Bull. Soc. Bot. France 100 : 269
(1954).
Cette espèce est, de loin, la plus largement répandue à Madagascar
puisque elle occupe, à l’exception du plateau calcaire Mahafaly, les zones
de basse et moyenne altitude de toute la Région Occidentale, depuis
l’extrême Nord (région Vohémar — Diégo-Suarez) jusqu’aux limites
orientales de l’Androy; elle pénètre aussi dans le Domaine du Sambirano,
où elle a été observée dans les terrains gréseux. On conçoit que sur cette
aire très vaste l’espèce puisse présenter des variations assez importantes
mais n’affectant pas cependant les caractères essentiels que fournissent
les fleurs (étamines glabres, à un seul pore, ovaire très pubescent, à 6 ovules
au plus), les fruits à noyau très dur et les stipules plus ou moins scarieuses
et nervurées-striées longitudinalement, caduques.
Sans doute, dans l'abondant matériel dont nous disposons, est-il
possible d’effectuer certains groupements d’échantillons présentant
Source : MNHN, Paris
— 204 —
entre eux plusieurs caractères communs, groupements auxquels pourrait
être donné un statut infraspécifique.
On pourrait ainsi par exemple grouper dans une variété cinq ou six
échantillons parfaitement conformes à celui dont N. Dumaz-Le-Grand
a fait le type du B. suarezensis : tous ces échantillons provenant des
massifs calcaires de la région de Diègo-Suarez (Windsor-Castle et surtout
Montagne des Français) ont des feuilles étroitement elliptiques et des
fruits relativement gros.
Dans la même région (pourtour de la Montagne d’Ambre, Ankarana)
et s’étendant peut-être jusqu’à Vohémar, on pourrait aussi isoler une
autre variété à petites feuilles assez largement elliptiques, à fruits de petite
taille, présentant une certaine tendance à être légèrement marginés sur
leurs sutures. En procédant de la sorte, on ne tarderait pas à s’apercevoir
qu’il faudrait multiplier sans fin les variétés pour arriver à faire rentrer
tous les échantillons dans un cadre bien défini. Nous pensons que ce tra¬
vail est prématuré et qu’il ne pourra être effectué qu’après de très nombreu¬
ses récoltes nouvelles et des observations sur le terrain.
5. Baudouinia orientalis H. Vig.
R. Viguier in H. Humbert, .N'ot. Syst. 13 : 352 (1948), p.p., quoad spec. fruct.
Perrier 2006.
Nous avons déjà dit que l’un des syntypes (Perrier 13302) du
B. orientalis devait être, sans l’ombre d’un doute, rapporté au B. Louveli.
L’échantillon Perrier 2006 a des fruits dépourvus de sillons transver¬
saux ce qui, du premier coup d’œil, le distingue de ceux du B. Louveli;
de plus ces fruits sont très durs, très ligneux. Mais s’agit-il là d’un carac¬
tère normal? Nous en doutons car les fruits que nous avons vus avaient
été manifestement attaqués par des larves d’insectes, comme le montrent
les trous que l’on observe çà et là à leur surface et les galeries observables
sur une section. Il se pourrait donc que ces fruits soient anormaux et ne
représentent en réalité que des cécidies (bien que les loges séminales,
dépourvues de graines, soient bien développées).
Dans la clé de détermination des Baudouinia, nous avons fait inter¬
venir en premier lieu les caractères tirés des anthères, ce qui conduit à
faire deux groupes de deux espèces chacun : d’une part B. sollyæformis
et B. Louveli, de l’autre B. Bouxevillei et B. fluggeiformis. En partant
des caractères tirés du fruit, caractères qui sont corrélatifs de ceux de la
pubescence ovarienne, nous serions arrivés aux deux groupes suivants :
— fruit à plusieurs noyaux et ovaire glabre : B. Louveli et B. Bouxe¬
villei
— fruit à un seul noyau et ovaire pubescent : B. sollyæformis et B.
fluggeiformis.
Il ne nous est pas possible de choisir, entre ces divers groupements,
ceux qui respectent le mieux les affinités entre les espèces.
Source : MNHN, Paris
— 205 —
III. ELIGMOCARPUS R. Capuron, gen. nov.
Arbores foliis alternis imparipinnatis (nonnunquam abortu folioli
terminalis paripinnatis), foliolis oppositis; stipulas latérales, parvæ, deciduæ.
Inflorescentiæ axillares, pedunculatæ, cymosæ, paucifloræ; bracteæ et brac-
teolæ caducæ. Flores pentameri, hermaphroditi, zygomorphi, receptaculo
leviter concavo. Sepala 5, libéra, in alabastro valde imbricata, subæqualia.
Petala 5, alterna, valde inæqualia (posterior inajus, anteriora minora) basi
unguiculata, in albastro valde imbricata. Stamina 10, omnia fertilia, antheris
oblongis basifixis apice biporicidis, bilocularibus, posteriora 5 filamentibus
in laminam omnino connatis et antheris apice penicillatis, anteriora 5 bre-
viora filamentis liberis et antheris glabris. Ovarium, basi brevissime stipi-
tatum et disco annulari cinctum, e transverso plicatum, pauciovulatum (ovula
ca. 4), apice in stylum sat gracile et leviter curvatum attenuatum, stigmato
punctiforme. Fructus drupaceus siccus, lignosus, indehiscens, ut ovarium e
transverso plicatus, suturis rectis leviter incrassatis. Semina matura ignota.
Species unica adhuc cognita :
Eligmocarpus cynometroides R. Capuron, sp. nov.
Arbor ad 15 m alta et 0,50 m-0,60 m diam. Ramuli floriferi brunnei
dense adpresseque puberuli, vetustiores grisei, lenticellis minutissimis
instructi. Folia (3-) 5-9 (-11) foliolata, 2-6 cm longa, petiolo (2-4 mm longo,
supra leviter canaliculato) ut rachide cylindrico eglanduloso sat dense pu-
berulo; foliola (inferiora minora) chartacea, brevissime (ad 0,75 mm) petio-
lulata (petiolulo puberulo) vel subsessilia, lateralia obovato-oblonga vel
subelliptica (6-20 X 3-10 mm) leviter asymmetrica, basi cuneata (obtusa vel
obtusiuscula), apice rotundata et semper emarginata, mediana (apice rachi-
dis obscure articulata) symmetrica obovata, basin versus cuneatim attenuata,
apice rotundata et emarginata; lamina supra glaberrima, subtus (praesertim
supra costam) puberula; Costa supra vix prominula, subtus prominens;
nervi secundarii et réticulum utroque latere prominuli. Stipulæ obovatæ
(2-3 X 1,3-1,8 mm) apice rotundatæ, basi attenuatæ, extus puberulæ,
mox caducæ. Inflorescentiæ 3-4,5 cm longæ, folia parum superantes, 3-6 flo-
ræ, pedunculatæ, pedunculo (1-2 cm longo) et axibus dense brevissimeque
puberulis; bracteæ caducissimæ haud visse, cicatrices albidas post lapsus
relinquentes. Pedicelli (1-1,5 cm longi) brevissime puberuli, cicatrices brac-
teolarum ad 2-3 mm supra basin ostendentes. Sepala 5-6 mm longa, navicu-
liformia-concava, apice subacuta, extus intusque puberula. Petala valde
inæqualia omnia breviter (2-3 mm) unguiculata, posterior latior quam lon-
gum (ca. 12,5 mm longum, 13,5 mm latum), lateralia late obovata (ca.
11,5 X 9 mm), anteriora obovata (ca. 8,5 X 5 mm), glabra, in vivo statu
lutea. Stamina posteriora 6,5-7 mm longa (filamentis 3,5 mm longis inclu-
sis), antheris (ca. 3,5 mm longis) ad apicem longe barbatis, poris duabus
lateralibus apice dehiscentibus. Stamina anteriora 5-6 mm longa, omnino
glabra, antheris (3-3,5 mm longis) apice rimis duabus brevibus poriformibus
obliquis introrsis dehiscentibus. Discus glaber, ca. 0,5 mm altus, extus levi-
Source : MNHN, Paris
— 206 —
Fig. 1. - Eligmocarpus cynometroides R. Cap. : 1, rameau en fleurs x 2/3; 2, stipules
x 4; 3, foliole X 4; 4, fleur débarrassée des pétales X fl; 5, pétale postérieur X 3; 6, pétale
latéral antérieur X 3; 7, pétale latéral postérieur X 3; 8, étamines postérieures vues de
face X 4; 9, id., vues de profil X 4; 10,11, deux étamines antérieures X 4; 12, ovaire X 4;
13, section méridienne de l'ovaire X 4; 14,section longitudinale de l'ovaire, perpendiculaire
à la précédente x 4; 15, rameau en fruits x 2/3; 16, section longitudinales médiane du
fruit x 1,5; 17, détail de la paroi du fruit (endocarpe cartilagineux et mésocarpe avec
paquets de fibres) x 4. (1 à 14, d'après 2050J-SF; 15-17, d'après 8496-SF).
Source : MNHN, Paris
— 207 —
ter staminorum filamentorum impressionibus 10-sulcatus; ovarium, sutura
inferiora pubescente excepta, fere omnino glabrum, oblique ovoideum
ca. 5,5 mm longum; Stylus glaber vel pilis rarissimis instructus, ca. 2-2,5 mm,
longus. Fructus ambitu subquadrangulare vel suborbiculare, circiter 2 cm
longus, 2,5 cm altus et 1,5 cm crassus, basi et apice (nonnunquam styli reli-
quo apiculato) subtruncatus, sutura superiore canaliculata, utraque faciei
sulcis 2-3 verticalibus profundis instructus.
Typus speciei : 20501-SF.
Ouest (extrême limite Sud-Orientale) : vallon sur le versant occidental du col de
Mahatsinjo, en bordure Nord de la route reliant Ranopiso à Bevilany (à l'Ouest de
Fort-Dauphin), vers 150 m d’alt., 8496-SF (Fr., 23/IX/1953), 8213-SF (Fl., XI /1953.
Mampay), 9918-SF (Fr., 10/V/1954, Mampay), 20501-SF (Fl., 11 /XII/1961).
Cette espèce n’est encore connue, en toute certitude, que de la seule
localité ci-dessus indiquée. Nous pensons l’avoir également observée
(vers 300-400 m d’alt.) sur les pentes méridionales du massif du Vohitsan-
driana, à 17 km environ à vol d’oiseau au Sud de la localité précédente.
Le genre Eligmocarpus est remarquable par les caractères de son
androcée et de son ovaire (et aussi, par voie de conséquence, de son fruit).
Les étamines, au nombre de 10, sont toutes fertiles et constituées
d’un filet robuste, surmonté d’une anthère (à 2 loges et 4 locules) de forme
oblongue à bords parallèles. Les cinq étamines antérieures, un peu plus
courtes que les postérieures, sont entièrement libres entre elles et glabres;
leurs anthères s’ouvrent au sommet sur la face regardant l’axe floral,
par deux courtes fentes obliques. Les cinq étamines postérieures sont
soudées l’une à l’autre par leurs filets et tombent ensemble; les filets des
trois étamines les plus postérieures sont soudés presque jusqu’à leur som¬
met, alors que ceux des deux autres (un de chaque côté) ne sont soudés
que jusqu’à leur tiers supérieur environ ; les anthères de ces étamines sont
toutes barbues laineuses à leur extrémité et, sauf la médiane, barbues sur
leurs bords latéraux.
La base de l’ovaire est entourée par un disque intrastaminal annuli-
forme très net.
L’ovaire, atténué en pied très court à sa base, est parcouru sur chacune
de ses faces de 2-3 très profonds sillons verticaux correspondant, sur la
face opposée, à autant de saillies; cette disposition est due au fait que les
parois latérales de l’ovaire sont plus longues que les sutures et que, pour
pouvoir s’insérer dans le cadre que constituent les sutures, les parois sont
obligées de se replier en zig zag (d’où le nom que nous avons choisi pour
le genre). La même disposition se retrouve dans le fruit. Les parois de
celui-ci sont très résistantes; le mésocarpe contient de nombreux paquets
de fibres régulièrement disposés et est doublé intérieurement d’un endo¬
carpe mince mais très cartilagineux. Notons que si l’endocarpe a partout
la même épaisseur, le mésocarpe est beaucoup plus épais au niveau de
chaque repli du fruit sur la valve qui se trouve à l’extérieur.
Le nom vernaculaire de Mampay qui est donné à cette espèce s’appli¬
que aussi, en règle très générale, aux représentants du genre Cynometra.
Source : MNHN, Paris
— 208 —
Même à l’état stérile 1 ’Eligmocarpus pourra se distinguer aisément des
Cynomelra grâce à ses feuilles imparipennées (elles sont toujours paripen-
nées dans ce dernier genre).
IV. MENDORAVIA R. Capuron, gen. nov.
Arbores foliis alternis, simplicibus, integris; stipulæ latérales. Inflo-
rescentiæ axillares, cymosæ, parum ramosæ et igitur subracemiformes;
bracteæ et bracteolæ parvæ. Flores pedicellati, hermaphroditi, parum
zygomorphi, 5-6 meri, receptaculo parvo subpiano; sepala 5-6 usque ad
basin libéra, in alabastro vix imbricata, mox aperta; pctala 5-6, imbricata,
elliptica, subæqualia; stamina 11-12 filamentis filiformibus inter se liberis,
antheris basifixis anguste oblongis, leviter curvatis, extrcmo apice poris
transversis duabus dehiscentibus; ovarium compressum, sessile (basi leviter
attenuatum) 2 (-3) - ovulatum, apice in stylnm rectum brevem attenuatum,
stigmato obliquo, capitato, longitudinaliter sulcato instructum. Ovula
transversalia, anatropa. Legumen compressum 2-valve, ad suturam placen-
tariam angustissime alatum, valvis chartaceis; semina (1-2 pro fructu evo-
luta) transversa, funiculo brevissimo affixa, compressa, exalbuminosa (?);
embryonis cotyledones tenues, basi cordati; radicula recta, cylindrica.
Species unica adhuc cognita :
Mendoravia Dumaziana R. Capuron, sp. nov.
Arbor ad 15 m alta et 0,30 diam., trunci cortice laeve et lenticellis nume-
rosis instructo. Ramuli adulti sat graciles, leviter angulosi, subrubri, lenti-
cclloso-punctati, glabri. Folia adulta glaberrima, pctiolo (3-5 mm longo)
transverse rugato supra longitudinaliter sulcato, limbo (3,5-9 X 11-3,7 cm)
ovato, 2,5-3-plo longiore quam lato, maxima latitudine ad tertiam partem
inferiorem, basi subrotundato vel late cuneato, apicem versus longe atte-
nuato, subcoriaceo; Costa utroque latere prominens; nervi secundarii (e
tertiariis parum distincti), tertiarii et venuli utrinque prominuli. Stipulæ
aciculiformes ad 3 mm longæ, caducæ. Inflorescentiæ quam folia breviores
(2-3 cm longæ) paucifloræ, axibus (ut et bracteis, bracteolis, pedicellis et
sepalis) pilis adpressis rigidis sat densis instructis; bracteæ et bracteolæ
parvæ, aciculares vel anguste triangulares (majores ad 2,5 mm longæ); pedun-
culi cylindrici 10-18 mm longi. Sepala anguste ovato-triangularia (ca. 2,5 X
1 mm) acutissima. Petala glabra, elliptica (14 X 5-6,5 mm) basi cuneatim
attenuata, apice acuta. Staminarum filamenta 3-5 mm longa; antheræ
(omnes conformæ) 2,5-3,5 mm longæ, glabræ. Ovarium sparse et adpresse
ciliatum, ca. 4 mm longum (stylo 1 mm longo incluso). Legumen oblique
oblongum (ca. 5 X 1,7 cm), apice stylo leviter accrescente (ca. 3-4 mm longo)
et persistente apiculatum, valvis intus laevibus luteisque, extus brunneis et
transverse leviter reticulatis; suturæ placentariæ ala vix 0,5 mm alta. Semina
suborbicularia vel late obovata, nonnunquain leviter pyriformia, ad 9-
10 mm longa, tegumento brunneo-rubro, sat fragile, læve, hilo punctiforme;
radicula 2 mm longa.
Typus speciei : 10576-SF.
Source : MNHN, Paris
— 209 —
Source : MNHN, Paris
— 210 —
Est (Sud) : Forêt du col d'Andrelily, près d'Enakony, Mahatalaky, Fort-Dauphin.
10576-SF (Fl., 24/V1II/1954, Mendoravy mainty); forêt d’Anindrelily, près de
Riampisaky, Mahatalaky, 11143-SF (Fr., Bois, 23/X1/1954, Mendoravy); forêt
d’Hirikiriky, près d’Etsirehy (Ebakika), Mahatalaky, 11141-SF (Fr., 20/XI/1954,
Mendoravy).
Parmi les caractères dignes de remarque du Mendoravia Dumaziana
nous noterons les suivants :
Feuilles simples, à pétiole dépourvu de toute trace d’articulation
(comme dans les Baudouinia Bail!.).
Fleurs du type 5 ou 6.
Calice à sépales entièrement libres, étroitement ovales-triangulaires,
ouvert de très bonne heure; dans les plus jeunes boutons que nous avons
pu observer, les sépales étaient déjà écartés et ne se recouvraient que très
partiellement à leur extrême base. Il y a donc lieu de supposer que, dans
les très jeunes boutons, ils ne sont que très légèrement imbriqués. Les
sépales persistent quelque temps à la base du fruit.
Pétales subégaux, fortement imbriqués dans le bouton et dépassant
le calice de très bonne heure.
Étamines au nombre de 11-12 (jamais nous n’en avons observé
10 seulement), à filets filiformes libres entr’eux. Les anthères sont oblon-
gues, à peu près 4-5 fois plus longues que larges, de section carrée, à deux
loges et quatre locules; avant déhiscence leur sommet, tronqué perpendi¬
culairement à leur axe longitudinal, est muni de quatre bosses (formant
un peu comme quatre cornes courtes divergentes) correspondant chacune
à une locule; chaque bosse porte à sa face supérieure un fin sillon qui se
transforme en pore à maturité; les deux pores des deux locules d’une même
loge se réunissent, au moment de la déhiscence, pour former une fente
unique; celle-ci, en son milieu, peut se prolonger très légèrement dans le
haut du sillon qui sépare les deux locules. De l’étude de quelques fleurs
bien ouvertes, mais malheureusement en mauvais état, il nous a paru que
les étamines postérieures étaient nettement plus longues que les anté¬
rieures.
Ovaire atténué en très court stipe à la base, atténué au sommet en
court style droit, obliquement tronqué et dilaté en stigmate capité (de
contour elliptique ou légèrement obovale) sillonné sur sa ligne médiane.
Deux ou, plus rarement, trois ovules.
Gousse très comprimée, déhiscente en deux valves parcheminées-
coriaces s’enroulant chacune en tire-bouchon après leur séparation. La
suture placentaire est munie d’un très étroit rebord tranchant qui cons¬
titue une sorte d’aile très rudimentaire et qui se partage en deux moitiés
au moment de la séparation des valves. La gousse est apiculée par le style
persistant et légèrement accrescent.
Graines à téguments lisses, minces et fragiles, paraissant dépourvues
d’albumen (mais peut-être immatures).
Par cet ensemble de caractères, il nous paraît difficile d'insérer cette
espèce malgache dans un des genres de Cassiées décrits jusqu’à ce jour,
même dans l’immense genre Cassia. Quelques caractères (fleurs 5 ou 6-
Source : MNHN, Paris
— 211 —
mères, calice faiblement imbriqué, nombre d’étamines, suture placen¬
taire légèrement ailée sur le fruit) pourraient faire penser au genre Slor-
kiella Seem, dont les espèces connues habitent Fiji et la Nouvelle Calé¬
donie; mais les espèces de ce genre ont des feuilles composées impari-
pennées, des ovaires à nombreux ovules, des graines à funicule assez
long etc...
Nous sommes heureux de dédier cette espèce à M ,le Dumaz-Le-
Grand qui, pendant plusieurs années, s’est occupée de l’étude de la flore
malgache et plus particulièrement des Légumineuses.
V. DIALIUM L.
Ce genre qui compte environ 70 espèces dans les régions tropicales,
n’est représenté à Madagascar que par deux espèces dont nous allons
présenter d’abord les caractères communs.
Ce sont des arbres, parfois de grande taille, à tronc recouvert d’une
écorce à rhytidome caduc par plaques; la partie interne de l’écorce laisse
exsuder, quand on l’entaille, un peu de liquide rouge. A l’exception des
inflorescences et de certaines parties de la fleur, toute la plante est glabre.
Les feuilles, trifoliolées ou unifoliolées, sont caduques; les folioles ont un
réseau de nervures et de nervilles remarquablement saillant; les sti¬
pules, latérales, sont très tôt caduques. Les fleurs sont disposées en
cymes groupées en grappes plus ou moins composées, paniculiformes,
axillaires ou terminales. Les axes des inflorescences sont pubérulents.
Les bractées sont de très petite taille, pubérulentes sur les bords, très
caduques. Les fleurs, pédicellées, ont un réceptacle étroitement obco-
nique sur le bord duquel viennent s’insérer les pièces du périanthe et de
l’androcée.
Le périanthe est constitué de deux verticilles trimères. Les trois
sépales, plus ou moins oblongs et à base large, trinervés, sont légèrement
imbriqués, le sépale antérieur étant intérieur dans le bouton. Les trois
pétales, alternes avec les sépales et aussi grands qu’eux, obovales, atté¬
nués en coin à la base et uninervés, sont légèrement imbriqués à leur
sommet, le pétale postérieur étant extérieur. L’androcée est constitué
de deux étamines opposées aux sépales postérieurs; leur filet, légèrement
aplati, s’atténue depuis la base jusqu’au sommet; les anthères sont oblon-
gues, très finement pubérulentes, échancrées à la base, basifixes et déhis¬
centes par deux fentes longitudinales latérales. Le gynécée, très excen¬
trique, a un ovaire pubescent atténué à sa base en un pied robuste soudé à
la paroi antérieure du tube réceptaculaire et s’en détachant à son rebord
supérieur; la loge ovarienne contient deux ovules superposés; l’ovaire
s’atténue au sommet en un style relativement court, étroitement cylin-
droconique, un peu recourbé vers l’arrière de la fleur et terminé par un
stigmate punctiforme.
Les fruits sont des baies cortiquées à surface lisse, paraissant glabre
(en réalité, à la loupe, on aperçoit des restes de la pubescence ovarienne),
de forme plus ou moins obovoide ou globuleuse, un peu comprimées laté-
Source : MNHN, Paris
— 212 —
râlement; le péricarpe est constitué d’une couche externe, plus ou moins
épaisse et friable, de structure assez grossière, un peu grenue, que double
intérieurement un endocarpe mince crustacé. Celui-ci est à son tour
tapissé intérieurement d’une couche épaisse de tissu spongieux (d’abord
blanc puis brun), très souple, creusé en son centre d’une cavité où se
trouve la graine (rarement deux graines se développent); ce tissu spon¬
gieux semble se former assez tardivement à partir de la face interne de
l’endocarpe crustacé; il est facile de suivre au travers de ce tissu spongieux
le parcours des funicules séminaux.
Les graines, très comprimées, de contour largement elliptique oblong,
ont un hile punctiforme placé légèrement au-dessous de leur sommet;
le tégument séminal, très résistant, brunâtre, est parcouru, surtout près
des bords de la graine, d’un grand nombre de très fines craquelures;
celles-ci forment des lignes qui partent du hile et, après avoir parcouru
la périphérie de la graine, vont se rejoindre à mi-hauteur environ du bord
opposé au hile. L’albumen, corné et un peu translucide, est abondant.
L’embryon a des cotylédons verdâtres épaissis sur les bords, un peu
échancrés-cordés à la base ; la radicule est droite, courte, robuste.
Par leurs caractères floraux, les deux Dialium malgaches sont remar¬
quables et s’écartent, autant que l’on puisse en juger d’après les descrip¬
tions, de leurs congénères; ils ont, en effet, un périanthe trimère et non
pentamère; de plus, dans chaque verticille la pièce qui, normalement,
devrait être intérieure est en réalité extérieure (cas du pétale postérieur)
ou inversement (cas du sépale antérieur). Le périanthe trimère les rappro¬
che des Apuleia Mart. sud-américains dont les séparent les fruits non
ailés-marginés sur la suture placentaire.
Comme les fruits des deux plantes malgaches sont en tous points
identiques à ceux des autres Dialium, il ne nous paraît pas opportun de les
exclure de ce genre; mais peut-être mériteraient-ils de constituer une
section particulière.
Les deux espèces se séparent très facilement par leurs caractères
foliaires :
1. Feuilles trifoliolées..
1'. Feuilles uni-foliolées
1. Dialium madagascariense Bâillon
Bâillon, in Grandidier, Hist. Nat. Plantes Madag., Atlas 1, pl. 30 B (1888);
Drake del Castillo, in Grandidier, ibid ., Texte, 1: 95 (1902).
Le D. madagascariense n’a été, pendant très longtemps, connu que
par l’échantillon type récolté par Humblot (n° 426) et provenant du
Nord-Est. De nombreuses récoltes effectuées durant ces dernières années,
ont permis de se rendre compte que l’espèce avait une très large répar¬
tition sur les deux versants de l’île.
Sauf avortement exceptionnel, les feuilles sont toujours constituées
de trois folioles.
1. D. madagascariense.
2. D. unifoliolatum.
Source : MNHN, Paris
— 213 —
Les fruits sont brièvement ovoïdes ou subglobuleux et atteignent
2-2,5 cm de longueur sur 1,6-2,2 cm de hauteur; leur péricarpe est mince
(2 mm environ) et très fragile (il est presque toujours écrasé en herbier).
11 semble possible, assez difficilement d’ailleurs, de distinguer deux
sous-espèces : l’une propre au Domaine Oriental, caractérisée par des
folioles particulièrement coriaces, généralement obtuses (parfois même
arrondies), avec le plus souvent un acumen peu marqué très court et obtus ;
la foliole terminale, dont les dimensions varient fortement (3-12 X 1,5-
6,5 cm), est en général de 1,5 à 2 fois plus longue que large.
Dans la sous-espèce propre au versant occidental de l’île (englobant
le Domaine de l’Ouest et le Sambirano) les folioles sont moins coriaces,
à axe moins robuste, à folioles soit plus étroites (la terminale est en géné¬
ral 2,5 à 3 (-3,5) fois plus longue que large) soit nettement acuminées.
Aux deux sous-espèces se rapportent les échantillons suivants :
a) ssp. madagascariense
Est : s. localité précise, Humblol 426 (Fl. jeunes, Type); Ankalilana, près d’An-
dranofotsy, Antsambalahy, Antalaha, 21518-SF (Fl., 30/X/1963, Zana fotsy); Pres¬
qu’île Masoala, près d'Ambohitralanana, Antalaha, 8027-RN (Fl., 14/X1I/1956,
Zamena); Environs de la baie d’Antongil, massif de l’Ambohitsitondroina, près de
Mahalevona, à l’Est de Maroantsetra, 8664-SF (Fl., 27/XI /1953, Zana); Environs de la
baie d’Antongil, vallée de la Rantabe entre Antsambalahy et Beanana, 9048-SF
(Fr., 19/11 /1954, Zana ou Zana fotsy); Environs de la baie d’Antongil, basse vallée de
la Fananehana, entre Anandrivola et Anena, 8943-SF (Fr., 27/1 /1954); Forêt sublit-
torale, sur sables, à Tampolo, au N. de Fénérive, 8625-SF (Fl., Xl/1953), 11066-SF
(Fl., 14/X/1954, Zana mavo), 13093-SF (Fr., 11 /11/1955, id.), 16428-SF (Fl., 17/X/
1956, id.), 16493-SF (Fr., 15/1/1957, id.); Réserve Naturelle N° 1, Ambodiriana,
Tamatavc, 8607-SF (Fl. j., 4/XI/1953, Zana).
b) ssp. occidentale R. Capuron, ssp. nov.
A typo differt foliis minus robustis, foliolis tenuioribus, minus reticu-
latis, prorata longitudinis minus latis (foliola terminalia ca. 2,5-3-3,5 plo
longiora quam lata), longe apicem versus angustatis et sæpe acuminatis.
Typus subspeciei : 12857-SF. — Cotypus fructifer : 11916-SF.
Ouest (Nord) : Plateau calcaire de l’Ankarana, Capuron s. n° (F., s. d.); 224-/1.
160 (F., 12/111/1955, Hompamena).
Sambirano : Massif du Kalabenono, près d’Antseva, Canton d'Ambodimanga
(bassin de la Ramena), vers 600 m d’alt., 17149-SF (F., Bois, 21 /1X/1955, Zana);
Andampy, à la base Ouest du massif du Manongarivo, 3894-SF (Fi., 12/X/1951).
Ouest : Forêt d’Ambondro-Ampasy, presqu’île d’Antonibe, Analalava, 18S66-SF
(F., 3/V /1958); Forêt de Bemiha, à l’Ouest d’Antsalova, Capuron s. n° (Fr. tombés au
sol, 27 /XII /1952); Antanambao, Befasy, Morondava, 12275-SF (Fr., Bois, 13/XI1/
1954, Tatramborondreo); Forêt de Zombitsy, près de Sakaraha, 8444-SF (Fl., IX/
1953), 12606-SF (Fl., 7/X1/1954, Tratraborondreo), 13364-SF (Fr., 10/11/1955,
Karimbola), 85-H. 161 (F., 26/11/1955, Vandamcna ou Tatramborondreo), 11916-SF
(Fr., Bois, III/1955), 12857-SF (Fl., 7/XI/1959, Karimbola); Massif de l’Isalo, dans
un ravin boisé au lieu dit Angebolava, à l’Ouest de Ranohira, Capuron s. n° (F., 29/
Xll /1961 ).
Source : MNHN, Paris
- 214 —
2. Dialium unifoliolatum R. Capuron, sp. nov.
D. madagascariense valde affinis a quo præoipue foliis semper unifoliolatis
differt.
Arbores médiocres vel excelsæ (ad 30 m altæ et 1 m diam.), trunci cortice
tenue, rhytidomo caduco, succum rubrum parcum exsudante, exceptis
inflorescentiis glaberrimæ. Ramuli graciles. Folia caduca, petiolo 3-5 mm
longo ad medium manifeste articulato, limbo elliptico vel ovato vel ovato-
elliptico (3-8 X 1, 5-5 cm), basi rotundato vel obtuso, apicem versus attenuato
et sæpe acuminato, secundum costam sæpe plicato, submembranaceo, valde
reticulato. Inflorescentiæ foliis breviores vel superantes (ad 10-12 cm longæ),
ramosæ, axibus pilis sparsis instructis. Pedicelli 2-4 mm longi. Alabastra
ellipsoideo-oblonga. Sepala glabra, alba, tria, leviter imbricata, anterior in
alabastro interno, ovato-oblonga (ca. 4 x 2 mm) per anthesin deflexa, mox
decidua; petala tria, sepalis alterna, in alabastro leviter imbricata, superior
externum, sat anguste obovata (ca. 4,2 X 1,7 mm) basin versus cuneatim
attenuata, apice subrotundata, per anthesin deflexa et ante sepala caduca;
stamina dua, sepalis posterioribus opposita, ca. 4,5 mm longa, filamentis
(ca. 2-2,5 mm longis) compressis, basi sat latis et apicem versus valde angus-
tatis, antheris ellipsoideo-oblongis (ca. 2,5 X 1.2 mm) basifixis, basi leviter
emarginatis, brevissime puberulis, rimis lateralibus duabus dehiscentibus;
germen (in toto 5,5 mm longo) basi breviter stipitatum (stipo vix 1 mm longo,
latere anteriore receptaculi adnato), ovario ovoideo leviter compresso dense
pubescenti (ca. 1,5 mm longo); Stylus (ca. 3 mm longus), subcylindricus (api¬
cem versus leviter attenuatus et sursum versus paulum curvatus), stigmate
punctiforme; ovula in ovario dua. Fructus plus vel minus obovoideus, glaber
vel pilis sparsis adpressis oculo nudo inconspicuis instructus, lævis, in sicco
statu niger, pericarpio sat crasso et firmo. Semen (nonnunquam dua evoluta)
generis.
Mihi videtur utile duas subspecies distinguere :
a) ssp. unifoliolatum
Fructus magni (2,6-3,8 cm longi, 2-2,6 cm alti, 2-2,5 cm crassi) pericarpio
sat crasso et firmo. Trunci cortex extus colore rubicundo. Habitat in silvis
umbrosis et pluviis regionis orientalis.
Est : Environs du col d’Ambatondradama, piste Maroantsetra-Antalaha, au N.
de la presqu’île Masoala, 8756-SF (Fr., 14/XII/1953, Zana mena); Farankaraina,
entre Navana et Andranofotsy, à l’Est de Maroantsetra, 14853-SF (Fr., 4/V11I/1953,
Zanamena), 9142-SF (Fl., 111/1954, id.), J4360-SF (Fl., 23/III/1955, id.), IS312-SF
(Fr., 16/IX/1957, id.); Environs de la baie d’Antongil, forêt d'Antandrokolaka, entre
Morafeno (bassin de la Fananehana) et Antsambalahy (vallée de la Rantabe), 9033-SF
(Fr., 11/1954); Menatany, au Sud de Soanierana-Ivongo, 2972-SF (Fr., 15/1/1951,
Zanamena); Nantotsara, au Sud d’Ambodiampana, Fénérive, 15638-SF (Fl., 15/IV/
1955, Zana); Tampolo, au Nord de Fénérive, 58-R. 7 (F., Bois, 29/X1/1951, Zana¬
mena), 295-R. 107 (F., Bois, 15/V1II/1955, Zanamena), 2969-SF (Fr., 26/XII/1950,
id.), 10563-SF (Fl., l/VI/1954, id.), 12717-SF (Fr., 1/XI1/1954, id.), 16897-SF (Fl.,
22/111/1957, id.), 17719-SF (Fr., 20/V1I/1957, id.); Forêt de Maimbosokina, près de
Vohilengo, Fénérive, 15760-SF (Fr., 20/11/1956, Zahamena); Forêt de Masiabarika,
près de Tanambao, Andranobolaha, Tamatave 17-R. 50 (F., 17/XII/1950, Zana ou
Zanahy ou Zandambo); Réserve Naturelle n° 1, Ambodiriana, Tamatave, 5888-/1N
Source : MNHN, Paris
— 215 —
Source : MNHN, Paris
— 216 —
(Fr., 15/XI/1953, Zanamena), 8970-R ,V (Fr.. 19/VII/1957, Zana). 11655-RN (Fr.,
20/XI/1960, id.), 17696-SF (Fr., 10/VII/1957, Zanamena); Sahamamy, Anivorano.
Brickaville, 1S1-R. 177 (F., Bois, 28/1X/1954, Zana); Sakorihina, près de Matsitsi-
rano, Ambohimanga du Sud, Ifanadiana, 19971-SF (Fr., 20/IX/1961, Mariavandana);
Mahavanana, Manampatrana, Fort-Carnot, 16283-SF (Fr., 29/VIII /1955, Zanahy);
Ambotry, près de Fort-Carnot, 9883-SF (Fr., 24/VII/1953, Tsilongodongotra); Ana-
lavory, près d’Amporoforo, Evato, Farafangana, 12937-SF (Fl., 2/II/1955, Zana¬
mena); Borna, près d'Amporoforo, Evato, Farafangana, 1S243-SF (Fl., 18/11/1955,
Zanamena).
Les représentants de cette sous-espèce sont parfois de très beaux
arbres qui peuvent atteindre trente mètres et plus de hauteur sur un mètre
de diamètre. En forêt leur tronc, recouvert d’une écorce d’un rouge
plus ou moins orangé et vif, attire l’attention ; de là leur vient leur nom
malgache de Zana mena, c’est-à-dire de Zana rouge. Le Dialium madagas-
cariense (désigné sous les noms de Zana mavo, i. e. Z. jaune, ou de Z. fotsy,
i.e. Z. blanc) a une écorce beaucoup plus pâle; il en est de même pour la
sous-espèce septentrionale. La présence, dans la zone interne de l’écorce,
d’un peu de liquide rouge permet de distinguer les Dialium de certaines
autres espèces de la flore malgache ayant une écorce d’aspect extérieur
semblable : cas de certains Ilomalium (Flacourtiacées) Cryptocarya (Lau-
racées) etc.
Les fruits, de grosse taille, ont un péricarpe épais (4 mm environ)
assez crustacé et résistant. Ils sont plus obovales en général que dans le
D. madagascariense.
Les folioles sont assez variables de taille suivant les individus et leur
longueur oscille entre 4 et 8 cm.
Cette sous-espèce est propre au Domaine Oriental où on la rencontre
assez communément depuis les forêts littorales jusque vers 600-700 m
d’alt.; au-delà on la rencontre encore jusqu’aux environs de 1000 m mais
beaucoup plus rarement (nous l’avons notée au Sud de Moramanga, près
de la route d’Anosibe).
b) ssp. septentrionale H. Capuron, ssp. nov.
Fructus minores, 2 cm long, non superantes, pericarpio tenue et fragile.
Trunci cortex extus colore pallido. Habitat in silvis caducifoliatis regionis
orientali-septentrionalis.
Typus subspeciei : 24699-SF.
Ouest (Nord) : Partie méridionale de la forêt d’Orangea, à l’Est de Diégo-Suarez,
sur sables, 24683-SF (Fr., 24/IV/1966); Forêt de Sahafary, bassin de la Saha-
renana, sur sables, Capuron s. n° (F.), 24499-SF (Fl., 7/II/1966), 24699-SF (Fr.,
1 /V/1966); Forêt d’Analafondro, sur sables, au pied Sud-Est du plateau de Saha¬
fary (bassin inférieur du Rodo), 24S26-SF (Fl., 7/II /1966); Vestige de forêt, sur le
versant Est du Massif de l’Ankerana (partie Sud du massif de Mafokovo) au Nord de
Vohémar, entre 50 et 450 m d’alt., 27423-SF (Fr., 12/111/1967); Vestige de forêt, sur
sables, entre Beiinta et Ambatrabe au N. O. de Vohémar (au Sud de la rivière Main-
tialaka), 27334 bis-SF (F., 10 /XII /1966).
Les fruits de petite taille et à péricarpe fragile de cette sous-espèce
rappellent ceux du D. madagascariense.
Source : MNHN, Paris
— 217 —
Comme chez ce dernier l’écorce est beaucoup plus pâle que dans la
sous-espèce unifoliolalum.
Cette sous-espèce n’est encore connue que des forêts caducifoliées de
secteur Nord du Domaine Occidental, entre Vohémar et Diégo-Suarez.
Ses représentants sont en général des arbres de petite ou moyenne
taille; cependant, dans la région de Vohémar, j’ai vu des individus
atteignant 0,60 m-0,70 m de diamètre.
B. LES SWARTZIÉES DE MADAGASCAR
Cette tribu n’est représentée à Madagascar que par le seul genre
Cordyla Lour. avec deux espèces. Le Swarlzia madagascariensis Desv.,
malgré son nom, est à rayer de la flore malgache.
Les Cordyla de Madagascar sont caractérisés par leurs feuilles alter¬
nes, imparipennées, à folioles très discolores sur le sec, marquées de nom¬
breux points et linéoles translucides. Les fleurs sont disposées en grappes
simples; chaque fleur naît à l’aisselle d’une bractée caduque; le récep¬
tacle atténué vers le bas en pédicelle court et robuste muni de deux brac-
téoles latérales, est en coupe profonde ; le calice est clos sur le bouton et,
au moment de l’anthèse, se déchire en (2-) 3-4 lobes le plus souvent iné¬
gaux. Il n’y a pas de pétales (nous avons, dans une fleur, observé un
pétale rudimentaire, postérieur). Les étamines en très grand nombre,
plus ou moins disposées sur quatre rangs, ont des fdets soudés légèrement
à la base formant ainsi un anneau peu élevé au-dessus de la coupe récepta-
culaire; les étamines des deux rangs externes sont fertiles et ont de
longs fdets (repliés-enroulés dans le bouton) très grêles 'portant à leur
sommet des anthères dorsifixes, munies vers le haut du connectif d’une
glande assez nette, déhiscentes en long par deux fentes longitudinales
introrses; les étamines des rangs internes, bien plus courtes que les précé¬
dentes, sont stériles; totalement dépourvus d’anthères, ces staminodes
sont souvent soudés entr’eux par leur base en groupes de 2-4. L’ovaire,
inséré au fond du réceptacle par un long pied, est fusiforme et contient
d’assez nombreux ovules (8 à 17 dans les fleurs analysées), très distincte¬
ment disposés sur deux rangs; le haut de l’ovaire s’atténue en style
conique, droit, relativement court, se terminant par un stigmate punc¬
tiforme. Les fruits sont des baies cortiquées, stipitées, variables de forme
(cylindracées, obovoïdes, subglobuleuses) suivant le nombre de graines
développées, apiculées au sommet; le péricarpe coriace et souple sur le
frais, crustacé et rigide sur le sec, épais de 3 mm environ, est constitué
de deux couches assez distinctes : une couche externe bourrée de canaux
longitudinaux remplis de résine (fluide sur le vif puis sèche) qui se voient
extérieurement sous forme de fines saillies séparées par des sillons peu
profonds, puis une couche interne sclérenchymateuse ; tout l’espace
interne du fruit entre les graines et les parois est rempli par une pulpe
qui se développe à partir de la face interne de l'endocarpe; sur le frais
Source : MNHN, Paris
— 218 —
Fig. 4. —• Aire de répartition des Cordijla malgaches : # C. madaga$cariensis R. Viguier;
O C. Haraka R. Cap.
cette pulpe est charnue et blanche; en séchant, elle devient jaunâtre
prend une consistance de biscuit et s’écrase facilement en poussière sous
les doigts; par ébullition elle reprend sa consistance primitive. Une à
quatre graines (jusqu’à 8 d’après Viguier) se développent par fruit.
Elles sont attachées à un funicule robuste plus ou moins long, presque
droites ou réniformes, pendantes, plus ou moins dirigées dans l'axe du fruit
ou obliques par déplacement mutuel; le hile situé au-dessous de leur
sommet ou sur leur face ventrale, est muni sur sa périphérie d’un épais¬
sissement plus ou moins marqué des téguments séminaux. Les cotylédons
sont épais (2 mm environ) et contiennent de fins canaux longitudinaux
Source : MNHN, Paris
— 219 —
résinifères, très nombreux sur leur bord externe ; les cotylédons, à bords
épaissis du côté du raphé, sont en contact l’un avec l’autre jusqu’au bord
opposé et là chacun se rabat vers le bas, l’un du côté droit, l’autre du côté
gauche; il en résulte qu'en section l’embryon a un peu la forme d’un T
dont la branche horizontale serait courbée vers le bas; l’espace compris
entre l’épaississement raphéal des cotylédons, le bord libre des branches
du T et le tégument séminal est rempli par de l’albumen corné et translu¬
cide; à leur base les cotylédons sont cordés et forment une sorte de niche
où est logée une courte et robuste radicule cylindrique, supère.
Les Cordyla malgaches paraissent différer des espèces africaines
(dont quatre ont été décrites) par leur androcée comportant de nom¬
breux staminodes. Les deux espèces de la Grande Ile se distinguent aisé¬
ment :
1. Feuilles à 15-40 folioles étroites (au plus de 1,2 cm de largeur),
oblongues ou ovales-oblongues. Graines presque droites, ne
dépassant pas 2,5 cm de longueur, à hile petit, presque circu¬
laire, rebordé par un épaississement du tégument séminal.
Funicule séminal de 3-4 mm. 1. C. madagascariensis.
1'. Feuilles à 7-15 folioles larges (de 1,5 à 4 cm) elliptiques ou obo-
vales-elliptiques ou obovales. Graines très souvent réni for¬
mes, atteignant 3-3,5 cm de longueur à hile étroit et allongé
(8-10 mm) à rebord peu marqué. Funicule séminal long de
1 cm environ.2. C. Haraka.
1. Cordyla madagascariensis R. Viguier
R. Viguier in H. Humbert, Not. Syst. 13: 355 (1948).
Cette espèce propre au Domaine Occidental est connue depuis Diégo-
Suarez jusque dans le bassin supérieur des affluents de la rive droite du
bas Onilahy. Je l’ai observée également à Nossibé, dans la forêt de Lokobe
(Domaine du Sambirano). Connue localement sous les noms de Madi-
roala (i. e. Tamarin de forêt) dans le Nord, d’Anakaraka dans le Ménabé
et de Karabo (dans les pays Bara et Masikoro), cette essence est souvent
abondante, aussi bien dans les terrains arénacés que calcaires. Elle atteint
parfois de fortes dimensions et son bois est recherché par les exploitants
forestiers. C’est un arbre à feuilles caduques dont la floraison s’effectue en
même temps ou peu près que les nouvelles feuilles se développent. Celles-
ci ont généralement de 15 à 25 folioles dans la forme le plus largement
répandue (d’Analalava jusque dans le S. de l’aire), 30-40 folioles dans
une forme localisée dans le Nord. Les folioles, la plupart du temps alter¬
nes, rarement opposées ou subopposées, brièvement pétiolulées varient
de 17 X 4 à 40 x 12 mm (celles de la base des feuilles sont généralement
plus petites). L’axe de la feuille est canaliculé dessus, les bords du canali-
cule se prolongeant verticalement en marge étroite mais très nette; ces
marges s’interrompent au niveau des insertions pétiolulaires ou elles
forment une sorte de petite stipelle (ce caractère se retrouve dans
C. Haraka). Les inflorescences sont parfois, par réduction, uniflores.
Source : MNHN, Paris
— 220 —
Dans les fleurs que nous avons analysées nous avons compté de 93 à
120 étamines fertiles et 7 à 17 ovules.
Les fruits, très variables de taille et de forme (d’elliptiques à cylin¬
driques) suivant le nombre de graines développées, souvent un peu étran¬
glés entre les graines, mesurent de 5 à 10 cm de longueur (le pied non
compris, long de 10-20 mm).
Les graines mûres que nous avons vues ne dépassaient pas 20 mm de
longueur (jusqu’à 25 mm d’après Viguier); arrondies aux deux extré¬
mités presque droites sur le bord raphéal, bombées du côté opposé, elles
ont un hile situé à environ 4-5 mm au-dessous du sommet; le hile, briève¬
ment elliptique (long de 2-3 mm) est entouré d’un bourrelet bien marqué
(haut de 1 mm environ).
Nous avons dit plus haut que les individus du Secteur Nord se dis¬
tinguaient par leurs feuilles à grand nombre (30-40) de folioles; ce carac¬
tère paraissant constant nous pensons qu’ils méritent à ce titre d'être
considérés comme les représentants d’une variété nouvelle :
var. tamarindoides R. Cap., var. nov.
A var. m:idagascariensi differt foliis multifoliolatis (foliolis 30-41).
Typus var. : 3031-SF.
2. Cordyla Haraka R. Capuron, sp. nov.
C. madagascariense proximus a quo differt foliis 7-13 foliolatis, foliolis
majoribus (1,5-4 cm latis), floribus robustioribus, seminibus hilo elongato
majoribus et sæpe valde curvato-reniformibus.
Arbores magnæ interdum maximæ (ad 30-35 m ait. et 1 m diam.). Ramuli
novelli brunnei, sparse puberuli et mox glabri, vetusti subnigri, lenti-
celloso-punctati et fere verrucosi. Folia caduca (7-) 10-20 (-30) cm longa
petiolata (petiolo 10-20 mm longo), rachidc supra anguste canaliculato et
in canaliculo pilosulo (alibi glabro), oris canaliculi angustissime marginatis et
juxta basis petiolulorum modice subauriculatis (itaque stipellam parvam
simulantibus) ; foliola 7-15, fere semper alterna, breviter petiolulata (petio-
lulo pilosulo, supra leviter sulcato 1-3 mm longo), limbo (2,5-) 5-7 X (1,8) -2,5-
3,5 (-4) cm, sæpius obovato vel obovato-elliptico, basi cuneato (acuto vel
obtuso), apice rotundato, rarius elliptico, semper extremo apice emarginato,
utraque faciei glaberrimo (costa supra leviter pilosula excepta), lineolis et
punctis pellucidis numerosis instructo, discolore (subtus pallido). Racemi
axillares (interdum abortu foliorum racemos compositos simulantes) vel ter¬
minales (4-) 6-13 cm longi, puberuli; bracteæ mox caducæ, oblongæ vel
leviter obovatæ (2-4 mm longæ) intus dense puberulæ, marginibus ciliatis.
Pedicelli (3-5 mm longi) plus vel minus puberuli, apicem versus dilatati ad
receptaculum transientes, ad medium vel leviter supra medium bracteolati,
bractcolis (2-5 mm longis) oblongis vel obovatis, rarius suborbicularibus, intus
puberulis, in tempore floris caducis; alabastra globosa, glabra (apiculo brcve
apicale excepto); calyx (cum receptaculo 7-12 mm longo) 2-3 (-4) lobatus.
lobis intus pubescentibus, tubo receptaculi glabro; stamina ca. 90-115, ima
Source : MNHN, Paris
— 221 —
Fio. 5. — Cordyla Haraka lî. Cap. : 1, rameau e
3 , autre forme de feuille X 2/3; 4, fleur x 2; 5, bractée x
Heur x 2; 7, 8, anthère, faces antérieure et postérieure X 4; 9, 9’, 9' .staminodes >
10, coupe de l'ovaire x 4; 11, diagramme floral; 12, fruit x 2/3; 13, coupe du fruit x
14, graine x 1 : 15, coupe de l’embryon x 3; 16, base de l’embryon. ( ' ..
2, d’après 20004-SF; 12-16, d’après 9029-SF).
1, 3-11, d'après 8658-SF
Source : MNHN, Paris
— 222 —
basi breviter connata, ca. 10-25 mm longa; staminodia quam stamina leviter
pauciora, ca. 4-6 mm longa; ovarium (in floribus masculisminimum)glabrum,
longe (15-20 mm) stipitatum, 8-14 ovulatum. Fructus 5-7 (et ultra) cm longus,
obovoideus vel subcylindricus. Semina reniformia vel curvata, 2,5-3,5 cm
longa, hilo angusto sat longo (8-10 mm), funiculo robusto ca. 1 cm longo.
Typus speciei : 8658-SF.
Ouest (Secteur Nord) : Forêt d’Analamahitsy, entre Anivorano Nord et Ambon-
dromifehy vers les P. K. 84-85, sur basaltes, 20004-SF (Fl., 14/XI/1958); Vestige
de forêt, entre Belinta et Ambatrabe, à quelques kilomètres au Nord-Ouest de Vohémar,
24S53-SF (Fl., 14/X/1966), 27337-SF (Fr. imm., 10/X1I/1966); Andompara, près
d’Amparibe, Fanambana, Vohémar, vers 400-500 m d’alt., 13964-SF (F., Bois, 22/
VII/1955, Vahonda).
Est : Massif de Farankaraina, près d’Andranofotsy, à l’E. de Maroantsctra,
8658-SF (Fl., 24/XI/1953, Haraka), 15711-SF (Fr., 5 /111 /1956, Haraka fotsy);
Environs de la baie d’Antongil, forêt d'Antandrokolaka entre Morafeno (bassin de la
Rantabe) et Amboditavolo (bassin de la Fananehana), 9029-SF (Fr. imm., 11/1954,
Haraka); Forêt sublittorale, Tampolo, au N. de Fénérive, 12479-SF (Fl., 13/XI/I954,
Haraka), 13100-SF (Fr., 2/III/1955, Haraka), 363-B. 107 (F., Bois, 24/VIII/1955,
Haraka); Réserve naturelle n° 1, Ambodiriana, Tamatave, Capuron s. n° (F.).
Sambirano : j'ai observé l'espèce dans la forêt de Lokobe à Nossibe.
Comme nous l’avons déjà écrit à propos d’espèces telles que le
Perriera orienlalis R. Cap. (Simarubacées), le Cordyla Haraka et le C. ma-
dagascariensis constituent un couple d’espèces très affines, l’une propre à
la Région orientale, l’autre à la Région occidentale. Les caractères qui
les séparent sont, somme toute, de peu d’importance.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, scr. 2, 8 (2) 1968
NOTES GYPÉROLOGIQUES : XII.
TRICHOSCHŒNUS, NOUVEAU GENRE MALGACHE
par J. Raynal
Résumé : Descriplion d’une Cypéracée malgache nouvelle, constituant un genre
nouveau de la sous-famille des Rhynchosporoidées.
Summary: Description of a new Cyperacea from Madagascar, belonging to a new
genus of the sub-family Rhynchosporoideæ.
Récemment, M. J. Bosser, Directeur de Recherches à l’O.R.S.T.O.M.,
m’a confié pour étude une Cypéracée récoltée par le regretté Pr. H. Hum¬
bert; M. Bosser s’étant intéressé, entre autres, aux Cypéracées de la
Grande Ile, avait reconnu l'intérêt de ce matériel, remarquable par son
allure et la structure de ses épillets.
Il s’agit d’une herbe « aphylle » (dont les feuilles sont réduites à des
gaines, le limbe ne se traduisant que par un court mucron); les tiges fines
sont densément réunies en touffes serrées, dressées, et abondamment
pourvues de poils étalés, à la manière de certains Bulboslylis ; les inflores¬
cences sont de courts épis terminaux rappelant quelque peu les têtes
de certains Aclinoschœnus.
L’étude des épillets devait cependant montrer une structure cons¬
tante : trois glumes distiques, orientées transversalement à la bractée
et à la préfeuille; seule la seconde glume axille une fleur hermaphrodite,
les autres sont vides. Ce caractère, allié à l’existence d’une stylobase
persistant sous forme d’une pyramide triangulaire déprimée, nous semble
difficilement compatible avec les diagrammes inflorescentiels connus
pour les genres existants. Nous considérons que cette Cypéracée repré¬
sente un genre nouveau, que nous placerons — avec quelque incertitude —
au voisinage d 'Aclinoschœnus, dans la sous-famille des Rhynchosporoi¬
deæ.
TRICHOSCHŒNUS J. Raynal, gen. nov.
Spiculæ unifloræ. Squamæ 3 distichæ transverse dispositæ, secunda
tantum fertilis. Stamina 3. Stylus profunde trifidus. Achænium osseum
album, styli basi persistenti triangulari. Setæ hypogynæ nullæ. Structura
anatomica « eucyperoidea » (sensu Rikli et al.).
Source : MNHN, Paris
Pi.. I. — Trichoschœnus Bosseri J. Haynal : 1, plante entière X 2/3; 2, base de tige mon¬
trant les feuilles réduites à leur gaine x 3; 3, inflorescence x 10; 4, épillet au début de
l'anthèse, vu par la faceabaxiale x 10; 5, épillet après l'anthèse, vue adaxiale x 10;6, jeune
lleur x 20; 7, akène x 30; 8, diagramme d'un épillet; (H. Humbert 286 76, type) — Dessin
de A. Raynal.
Source : MNHN, Paris
— 225 —
Species adhuc unica, typica : Trichoschœnus Bosseri J. Rayn.
Genus ad subfamiliam Rhynchosporoideas referendum sed spiculis uni¬
fions ad squamas 3 reductis valde distinctum.
Trichoschœnus Bosseri J. Raynal, sp. nov.
Herba perennis cæspitosa, rhizomate ut videtur abbreviato. Radices
brunneæ, numerosæ, crassæ, subtuberosæ. Caules numerosi, erecti, 20-30 cm
alti, 0,5 mm in diametro, teretes, conspicue striati, pilis albis patulis ad 1 mm
longis apice densioribus obtecti. Folia ad vaginas 1-2 tubulosas reducta, ad
caulis basin, ore oblique truncatas in mucronem acutum 1,5 mm longum
desinentes. Inflorescentia terminalis spiciformis, ovoidea, 6-8 mm longa,
circa 4 mm in diametro, spiculis sessilibus circa 4-8 dense confertis adscen-
dentibus constituta. Bracteœ glumaceæ ad 4 mm longæ, 3-nerviæ, pilosæ, longe
acuminatæ. Prophylla membranacea, ovata, 2 mm longa, nerviis inconspicuis.
Squamœ distichæ, transverse dispositæ, carinatæ, compressæ, lanceolatæ, muti-
cæ; prima 3 mm longa, vacua, carina parce pilosa; secunda fertilis, major,
4 mm longa, carina magis pilosa, apice purpureo-maculata, florem herma-
phroditem fovens; tertia vacua minor (3,5 mm), glabra, apice purpureo-
maculata. Stamina 3, antheræ luteæ lineares 2 mm longæ, connectivo in
mucronem triangularem 0,05 mm longum minute producto. Stylus exsertus,
ad mediam partem trifidus, stigmatibus villoso-papillosis. Achœnium osseum,
ovoideo-trigonum, basi substipitatum, faciebus albis minute reticulatis
cellulis hexagonis in circa 15 seriebus subregulariter dispositis. Styli basis
pyramidata, viridi-brunnea, margine incurvato-triangulari haud constricta,
in achænio ad angulos in lineas virides usque ad basin decurrens.
Holotypus : H. Humbert 28576, in vestigiis sylvarum deciduarum, in
locis silicosis, ad vallem superiorem fluminis Menarahaka vulgo dicti, altitu-
dine circa 700-800 m, Reipublicæ Malagassicæ, 28.1.1955, P! Vid. tab.
Joannes Bosserus, amicus, botanicus eximius, de studiis plantarum
madagascariensium bene meritus, vero hanc novam Cyperaceam inter speci-
inina indeterminata herbarii parisiensis detexit et eam mihi communicavit ;
inde epitheton nomen hujus excellentissimi confratris commemoravit.
L’écologie de Trichoschœnus Bosseri mérite une mention particu¬
lière : d’après les indications succinctes portées sur l’étiquette, cette espèce
appartient en effet au groupe relativement restreint des Cypéracées pous¬
sant en savane sur sol sec, ici vraisemblablement sur sables. C’est un
milieu que fréquentent plusieurs Bulboslylis, et, semble-t-il, les Acli-
noschœnus, genres avec lesquels Trichoschœnus pourrait avoir des affi¬
nités assez étroites, surtout le second.
La position que nous adoptons quant à la situation de Trichoschœnus
dans les Rhynchosporoideas est peut-être discutable; l’épillet proprement
dit, bractée et préfeuille décomptées, n’a en effet qu’une seule glume vide
à sa base; cela pourrait autoriser son classement dans les Scirpoideæ,
dont fait partie Bulboslylis. La ressemblance superficielle de notre plante
avec certaines espèces de Bulboslylis ou d’Abildgaardia militerait en faveur
de cette interprétation. Mais la structure anatomique rencontrée dans
Source : MNHN, Paris
— 226 —
ces genres est chlorocypérée. De plus, l’akène de Trichoschœnus ressemble
beaucoup plus à celui de Rhynchosporoideæ comme Epischœnus ou Coslu-
laria, abstraction faite chez ce dernier des soies hypogynes. Les Rhynchos¬
poroideæ ont toutes une structure anatomique eucypérée, comme Trichos¬
chœnus; c’est dans cette sous-famille que nous préférons le placer, malgré
l'impossibilité d’en décider d’après le diagramme de l’épillet. C’est vrai¬
semblablement de Coslularia, et surtout d’Aclinoschœnus que Trichos¬
chœnus se rapproche le plus à notre avis.
Source : MNHN, Paris
p. 2, 8 (2) 1968.
LES TRITERPÈNES DES LATEX B’EUPHORBIA
CONTRIBUTION
A UNE ÉTUDE CHIMIO-SYSTÉMATIQUE
DU GENRE EUPHORBIA
Gérard Ponsinet et Guy Ourisson 1
Résumé : Les latex d'Euphorbiacées contiennent des triterpènes très variés, dont
la distribution a été étudiée dans près de 90 espèces du genre Eupliorbia, et quelques
espèces voisines. Cinq types principaux (et cinq variantes) peuvent être distingués
dans la composition des latex. Les groupes d'espèces ainsi définis correspondent dans
l’ensemble aux sections ou sous-sections du genre, proposées sur des bases morpholo¬
giques.
Du point de vue chimique, la section Poinseltia est tout à fait distincte des autres.
Des différences nettes séparent les Diacanthium malgaches des africains, cl les Tiru-
calli des mêmes pays. Des conclusions phylogénétiques se dégagent de cette étude, et
sont soumises à l'examen.
Summary: In the family Euphorbiaceæ, the latex contains very varied triterpènes,
the distribution of which lias been investigated in nearly 90 species of the genus
Eupliorbia, and some belonging to neighbouring ones. Five leading types (and five
variants) are distinguishable in the composition of latex. The groups of species so
characterized agréé on the whole with sections or subsections of the genus proposed
on morphological bases.
From that Chemical point of view, section Poinseltia is quite distinct from others.
Clear diff rences separate the Madagascar Diacanlhium from the continental African
ones, and the Madagascan Tirucalli from the African. Phylogenetic conclusions
are derived from the présent study.
INTRODUCTION
A l’instigation de collègues botanistes, nous nous hasardons ici à
présenter les résultats de l’analyse des constituants de près d’une centaine
d’espèces d’Euphorbes, et à les interpréter en termes de systématique.
Ce travail a été mené parallèlement à des recherches sur la biosynthèse
des triterpènes dans les latex de ces plantes (1) ; il a été publié par ailleurs,
sous une forme plus explicite en ce qui concerne les méthodes, mais moins
explicite en ce qui concerne les prolongements botaniques de cette étude
chimique (2). Quelques résultats inédits justifient sans doute cette nouvelle
présentation de nos résultats.
1 Laboratoire Associé au CNRS
Institut de Chimie, Esplanade, 67-Strasbourg.
Source : MNHN, Paris
— 228 —
TABLEAU 1: TRITERPENES ISOLES DES LATEX D'EUPHORBES
CYCLOARTENE - 23 DIOL - 3,25
MÉTHYLÈNE - 24 CYCLOARTANOL
^ - AMYRINE
BUTYROS PERI40L
Source : MNHN, Paris
— 229 —
Nous sommes pleinement conscients, et des limitations sévères de
notre travail (vide infra), et de l’outrecuidance qu’il y aurait à prétendre
trancher dans un domaine qui n’est pas le nôtre. Nous pensons cependant
pouvoir apporter à la connaissance du genre Euphorbia une contribution
à la fois objective, et apparemment significative.
LIMITATIONS
Notre étude porte sur les trilerpènes — essentiellement les triler-
pènes lélracycliques 1 — du latex de 92 Euphorbiacées, dont 88 Euphorbia.
Une première limitation est d’ordre chimique : il n’y a aucune raison
de penser que la variabilité des espèces se reflète seulement — ou mieux —
au niveau des triterpènes. Cependant, ces produits présentent les carac¬
téristiques requises pour une étude chimio-systématique : ils sont présents,
sous une forme ou sous une autre, dans toutes les espèces étudiées, et leur
variabilité est grande (nous en avons trouvé, selon les espèces, une quin¬
zaine de variétés identifiées), sans être désordonnée.
Une seconde limitation est d’ordre numérique : moins de 10 % des
espèces décrites ont pu être étudiées. Certaines sections n’ont même pas
été effleurées. Malgré tout, des conclusions nettes se dessinent, qui
devraient résister à l’extension des analyses.
Une troisième limitation est plus grave. L’identification des espèces
que nous avons étudiées n’a pas toujours pu être réalisée avec toutes les
garanties désirables. Nous avons en effet été amenés à renoncer à obtenir
des échantillons botaniques de toutes les espèces étudiées (cf. 5) : il est
par exemple plus aisé d’obtenir la permission de récolter, sur un exem¬
plaire de serre chaude, quelques gouttes de latex, qu’un échantillon bota¬
nique! Nous avons par ailleurs parfois reçu directement les latex — ou
bien encore utilisé des exemplaires horticoles de petites dimensions. Mais
enfin, dans la plupart des cas, nous avons pu éliminer tout doute sérieux,
grâce à l’aide de collègues compétents, et en répétant nos analyses sur
des échantillons d’origine différente. Il reste quelques cas incertains, que
nous signalerons ci-dessous. Mais, même avec un aussi petit nombre
d’espèces, le critère le plus convaincant est, à notre avis, la cohérence
interne de nos résultats.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Nous renverrons aux références 2 et 6 pour la description des métho¬
des analytiques. Il s’agit dans tous les cas d’une extraction du latex sec,
suivie de chromatographies sur couche mince et en phase gazeuse. L’ana¬
lyse peut être faite sur 1 mg d’extrait sec, soit environ 10 mm 3 de latex
frais. Des quantités plus grandes (0,2-0,5 cm 3 de latex frais) sont néces¬
saires pour permettre la confirmation des structures des produits isolés,
par résonance magnétique nucléaire (6).
1. Les triterpènes sont des substances en C so (ou C M ) dérivées du squalène par des
cyclisations, des transpositions, des oxydations diverses. Les triterpènes télracycliques
(3) comprennent notamment les précurseurs des stérols, constituants universels des
êtres vivants : lanostérol chez les animaux et les champignons (3), cycloarténol peut-
être chez les plantes supérieures (4)
Source : MNHN, Paris
— 230 —
Dans trois cas, les résultats ont été confirmés par l’étude de la biosyn¬
thèse des triterpènes dans le latex par des méthodes radioactives (1).
Les espèces étudiées sont de trois origines principales :
— espèces spontanées de diverses régions de France, identifiées sans
ambiguïté à l’Institut de Botanique de Strasbourg;
— espèces de serre ou de collection, fournies par le Jardin Botanique
de l’Université de Strasbourg, le Muséum National d’Histoire Naturelle
de Paris, le Royal Botanic Garden de Kew, Monsieur J. Marnier-
Lapostolle à Saint-Jean-Cap-Ferrat, et des commerçants en plantes
grasses ;
— espèces tropicales spontanées ou plantées provenant de diverses
régions d’Afrique, de Madagascar, d’Amérique Centrale ou d’Asie.
Quelques espèces ont été obtenues de plusieurs sources; leur analyse
a conduit à des résultats reproductibles, même quand il s’agissait d’espè¬
ces tropicales obtenues, soit dans leur pays d’origine, soit à Paris, Kew
ou Strasbourg.
Enfin, dans plusieurs cas, nos résultats confirment des indications
déjà publiées par d’autres auteurs (voir Tableau 2).
RÉSULTATS
Le Tableau 1 précise la structure des triterpènes isolés des latex
étudiés. En fait, chaque latex est caractérisé, plutôt que par un triterpène,
par un groupement de triterpènes, définissant l’un des types suivants :
Type A : Euphol + euphorbol — dans le rapport 2 à 1 environ.
Type B : Euphol + tirucallol — dans le même rapport
Type C : Cycloarténol + méthylène-24 cycloartanol comme produits
majeurs.
Type D : Cycloarténol + méthylène-24 cycloartanol + euphol + lupéol,
dans le rapport 1:1:1:1 environ.
Type E : a-Amyrine et esters d’ a-amyrine; pas de triterpènes tétracy-
cliques.
Le type C peut être subdivisé en variantes, selon la nature des cons¬
tituants mineurs accompagnant le cycloarténol et son homologue :
C x : lanostérol en quantité variable (généralement faible). Par¬
fois un peu (~ 2 %) de lanosténol (n os 5 et 62), ou d’euphol
(n° 18). Des triterpènes pentacycliques sont également pré¬
sents en faible quantité. Le cycloartène-23 diol-3,25 a été
identifié dans deux espèces (n os 18 et 37) ; il n’a pas été recher¬
ché dans les autres.
Cj : p-amyrine et lupéol.
C 2 : p-amyrine et lupéol.
C 3 : peu de méthylène-24 cycloartanol; butyrospermol (10 %)
et p-amyrine (10-20 %).
C 4 : euphol et tirucallol (5 %).
C 8 : lupéol (— 30 %).
Plusieurs de ces sub-divisions ont été introduites pour un nombre limité
Source : MNHN, Paris
— 231
TABLEAU 2 : COMPOSITION DES LATEX DES ESPÈCES ÉTUDIÉES
Espèces
Type
Notes
E. abyssin ica J. F.
Gmel.
A
amygdaloides L.
c,
anliguorum L.
aphylla Brouss.
alropurpurea
Brouss.
Ci
c
balsami/era Ait.
c,
d
c,
bravoana Svent.
(C,)
candelabrum Tré-
A
capuronii Ursch
et Léandri
c.
capul-medusæ L.
C,
c,
corniculala R.A.
Dyer
c.
crispala Lem.
A
cuparissias L.
dccidua Bally et
c,
deighlonii Croizat
delphincnsis
Ursch et Léandri
c.
c,
c.
durani Ursch et
c,
echinus Hook. f.
D
g
enopla Boiss.
C,
enlerophora Dra-
B
epithyrnoides L.
Ci
erylhreæ N.E.
Brown (Hemsl.)
A
exiqua L.
flanaranlsnæ
c.
galbergensis N.E.
Brown
c.
genoudiana
Ursch et Léandri
c.
grandidens Haw.
yriseola Pax
handiensis Bur-
(C)
II
lielioscopia L.
Cl
Iiermentiana Lem.
hernandez-pache-
coi Caball to
(C.)
,
helerophylla !..
ingens E. Mev.
A
inlisy Drake
kamerunica Pax
A
Type Notes
laclea Haw.
laro Drake
lathyris L.
leuconeura Boiss.
lividi/lora Leach
lophogona Lam.
lydenburgensis
Schweickerdt et
Letty
malevola Leach
mammillaris L.
marginala Pursh
maurilanica L.
milii Desmonl.
mitsembinensis
Ursch et Léandri
monleiri Hook.f.
myrsiniles L.
neohumberti Boi-
nerii/olia L.
oblusi/olia Poir.
offîcinarum L.
oncoclada Drake
paralias L.
pauliani Ursch et
Léandri
pedilanthoides De-
peplus L.
perieri Drake
pugni/ormis Boiss.
pulcherrima Willd
regis-jubæ Webb
et Berth.
resirifera Berg.
royleana Boiss.
schimperi Presl.
serrala L.
sipolisii N.E.Br
slenoclada Brill.
sudanica A. Che-
lirucalli L.
Iriangularis Desf.
Irigona Haw.
verrucosa Lam.
viguieri Denis
virosa Willd
wildii Leach
« cuetxochitl »?
« famatomboay »?
Synadenium
granlii Hook. f.
Hura crepilans L.
Hevea brasiliensis
Source : MNHN, Paris
— 232 —
d’espèces; il est possible qu’une étude plus approfondie révèle l’unité,
mais la variabilité des constituants secondaires, du type C.
Le Tableau 2 définit le type de chacun des latex étudiés.
Notes relatives au tableau 2
Les types signalés entre parenthèses [p. ex. (A)], sont relatifs à des espèces que nous
n’avons pas étudiées nous-mêmes :
a) Résultat en accord avec réf. 7
*) — — 8
c) — — 9
d) — — — 10
e) N° 9 : cf. réf. 11, espèce non étudiée par nous-mêmes. N° 62 : lanostérol et lanos-
ténol seuls signalés dans la réf. 11
/) Résultat en accord avec réf. 12
g) Résultat différent de celui de la réf. 9 (lanostérol et lanosténol seuls isolés). Cf.
Discussion.
h) Cf. réf. 13; espèce non-étudiée par nous-mêmes.
i) Cf. réf. 9, — — — —
) Résultat en accord avec réf. 14
k) Présence de constituants mineurs, en plus des triterpènes habituels du groupe C 3 .
/) Euphol seul signalé (15); espèce non-étudiée par nous-mêmes.
m) Cf. réf. 31
n) Résultat en accord avec réf. 16
o) — — — 17 et 18
p) Euphol seul signalé dans la réf. 19
q) Espèce mexicaine remise par le Prof. X. A. Dominguez, Monterrey. Peut-être
identique au n» 71. Cf. Discussion. Cf. aussi réf. 33
r) Espèce malgache, en serre au Muséum. Cf. Discussion.
s) Cycloartétol seul isolé; autres triterpènes peut-être présents.
DISCUSSION DES RÉSULTATS
GÉNÉRALITÉS :
Un tiers environ des espèces étudiées seulement sont des types A et
B, c’est-à-dire contiennent surtout de l’euphol, triterpène considéré
comme caractéristique du genre Euphorbia. Par contre, les deux tiers des
espèces étudiées contiennent du cycloarténol.
On sait que ce triterpène est présent dans tous les végétaux supérieurs
où il a été recherché (4) - plus de 150 espèces à ce jour, des algues vertes
aux graminées, et nous avons nous-mêmes montré que, dans E. erylhreæ
(Type A, latex à euphol), les tissus autres que les laticifères élaborent du
cycloarténol (lb).
ASPECTS CHIMIOSYSTÉMATIQUES
La répartition des types de latex définis ci-dessus est très étroitement
liée à la classification du genre : les sections et sous-sections introduites
par Boissier, il y a cent ans, et détaillées par Pax et Hoffmann (lq)
Source : MNHN, Paris
— 233 —
fournissent un cadre dans lequel il esl aisé, dans la plupart des cas, de réunir
des espèces de même type chimique. Le Tableau 3 prouve ce résultat impor¬
tant de notre travail, qui fournit une justification globale, sur le plan
chimique, aux subdivisions introduites par les morphologistes. Les
exceptions à cet accord sont d’ailleurs elles-mêmes fort intéressantes.
SECTION POINSETTIA
Les deux espèces étudiées de la section Poinsellia, E. heterophylla
et E. pulcherrima, ont des latex très voisins l’un de l’autre, et totalement
différents de ceux de loules les autres espèces. Les triterpènes présents
sont penlacycliques (surtout a-amyrine), et estérifiés à plus de 80 %. Ces
caractères particuliers se retrouvent dans le latex n° 87, provenant du
Mexique, et qui nous a été remis sous le nom vernaculaire de « cuetxo-
chitl »; nous pensons que ce latex ne peut provenir que d’une espèce de
cette section 1 .
SECTION TlTHYMALUS
Les 16 espèces étudiées sont réparties dans 6 des 12 sous-sections de
Pax et Hoffmann. Tous les latex sont du type C t , mais il est possible
que les proportions des divers constituants tétracycliques, ou la nature
de leurs compagnons pentacycliques mineurs, varie selon les sous-sections.
SECTION EUPHORBIUM
Nous avons examiné 59 espèces, réparties dans 7 des 11 sous-sections
de Pax et Hoffmann. Tous les types de latex sont représentés dans cette
section, qui est donc aussi hétérogène sur le plan chimique que sur le plan
morphologique.
SOUS-SECTION TIRVCALLI
Quatre des espèces étudiées appartiennent au groupe C x , six au
groupe B. Les premières sont toutes des espèces africaines. Cinq des
secondes sont assurément des espèces malgaches. La sixième, E. lirucalli,
est une espèce très répandue en Afrique, à Madagascar, en Inde et dans
le Sud-Est asiatique (dispersion par l’homme). Sur la base du critère
chimique utilisé ici, nous sommes évidemment tentés de considérer
Madagascar comme le point de départ de la dispersion d’£. lirucalli;
ceci rejoint une opinion de Croizat (21), fondée sur des bases entièrement
différentes. Enfin, l’échantillon n° 88 provient sans doute d’une espèce
de ce groupe; le nom vernaculaire « famatomboay » signifie en malgache :
I. Nous avons conservé la rédaction initiale de ce paragraphe, mais venons
d'obtenir une confirmation complète de sa conclusion! Stanley (20a) indique que
E. pulcherrima est appelé « cuitlaxochitl » en Nahuatl. En fait, il semble s’agir, dans le
nom qui nous avait été indiqué comme dans la version de Stanley, de translittérations
imparfaites. Anders (20b) un lexicologue, indique d’après Seiler : " cuetzalxxochitl =
Riemenblume, Fier de Noche-Buena, Poinsellia pulcherrima ». Les racines sont :
Quetzal : oiseau (avec coati, l’un des seuls mots Nahuatl connus en Europe!), et xochitl
Source : MNHN, Paris
— 234 —
« Euphorbe coralliforme de crocodile » — et la plante portant ce nom, au
Muséum d’Histoire Naturelle, serait sans doute E. leucodendron Drake
( 22 ).
Nous sommes ainsi amenés à conclure à l’hétérogénéité de la sous-
section Tirucalli, dont les espèces africaines devraient être séparées des
espèces malgaches. Nous ne savons pas que cette division ait une justifi¬
cation morphologique, mais peut-être est-ce faute d’une étude critique.
Notons que la seule espèce étudiée de la sous-section Arthrolhamnus,
E. brachiala, est, de même que les Tirucalli africains comme elle, de type
Cj.
SOUS-SECTIONS GONIOSTEMA ET DIACANTH1UM
Ces espèces épineuses malgaches et africaines forment une partie
importante de notre étude.
Dans la sous-section Diacanlhium, nous trouvons une distinction
très nette entre les Splendenles (type C s ) et les autres groupes, de type A
ou C x (Telracanlhæ). Or, les Splendenles forment un groupe homogène
du point de vue géographique (ce sont les « songo-songo » malgaches),
morphologique (23, 24) et morphogénétique (25). D’après Croizat,
les Splendenles auraient été isolés avant la séparation de Madagascar du
continent africain (23).
Une espèce africaine, E. corniculala 1 (n° 15) présente un intérêt tout
particulier. Elle nous a été remise par Monsieur L. C. Leach, avec le com¬
mentaire suivant : « Does not fit well into other E. African groups and may,
it is thought, be more closely related to Sect. Splendenles » (26). De son
côté, Monsieur L. Croizat est explicite : « c’est là la forme de passage entre
les formes du groupe malgache de VE. milii (olim, splendens) et le groupe
Diacanlhium » (27). De fait, par son latex, E. corniculala appartient au
type Cg, comme toutes les Splendenles ! Il en est de même d’E. decidua l
(n° 19), dont Monsieur Leach nous dit qu’elle est « possibly very impor¬
tant in the évolution of Euphorbia » (26) mais éloignée des Splendenles
par sa morphologie (32).
D’autre part, le groupe des Splendenles est très proche, au point de
vue morphologique, des Gonioslema, et Boiteau les réunit sur la base de
l’origine des épines et du rapport phyllotaxique (25). Sur le plan de notre
étude chimique, la réunion de ces deux groupes, qu’acceptent Ursch
et Leandri (24). est tout à fait raisonnable : les latex de ces deux groupes
sont du type C s , rare dans les autres espèces.
Le groupe des Grandifoliæ, Trigonæ et Polygonæ (22 espèces) est
caractérisé par un latex à euphol, qui est jusqu’ici leur marque exclusive.
Cependant, alors que 20 de ces espèces sont du type A, E. echinus et
E. officinarum ont un latex plus complexe, de type C. Il s’agit de deux
espèces marocaines voisines (28), et il serait concevable qu’elles appar¬
tinssent à un rameau évolutif séparé. Malheureusement, nous n’avons pas
pu disposer d’échantillons justificatifs et un problème particulier se
pose avec E. echinus, déjà étudié par Gonzalez et Barrera (9), avec
des résultats différents (isolement de lanostérol et lanosténol). Nous
Source : MNHN, Paris
TABLEAU 3
Sections
SOUS-SECTIONS
N° DES
ESPÈCES
Habitat
Type
ANISOPH YLLUM
Hyperici/oliæ
41
Amérique
c,
ADENOPETA-
LUM
Pelaloma
54
Amérique
c,
POINSETT1A
40, 71, 87?
Amérique
E
PSEUDEUPHOR-
111UM
58, 86
Afrique
c.
EVPHORBIUM
Arlhrolhamnus
8
Afrique
c,
Tirucalli
5, 55, 62, 75
Afrique
c,
27, 43, 46, 64,
78, 80 88?
Magadascar
B
Pleroneura
77
Afrique
C
Gonioslema
48, 50, 60, 84
Madagascar
c.
Diacanlhium
Splendenles
12, 21, 23, 24,
31, 33, 56, 57,
66, 67, 69
Madagascar
c.
Grandifoliæ
61
Afrique
A
Trigonæ
4, 34, 45, 74, 83
SET
A
Polygonæ
1, 2, 10, 11, 17,
20, 29, 38, 42,
44, 73, 79, 81,
85
Afrique
A
25, 63
Maroc
D
Tetracanthæ
14, 35, 51, 52
AfriqueS-E
c,
Anthacantha
26, 53
Afrique S
c.
Médusa
13, 32 ,70
Afrique S
T1THY MALUS
Decussalæ
47
Europe,
Afrique
c,
Pachycladæ
6, 7, 22, 72
Carunculares
76
Galarrhaei
16, 28, 37, 83
Esulæ
3, 18, 30, 65, 68
Myrsiniles
59
Espèces non-classées : n°* 15, 19, 36, 39, 49. Voir Discussion.
Source : MNHN, Paris
— 236 —
préférons ne conclure pour l’instant qu'à la nécessité d’un examen nou¬
veau, critique, des Euphorbia marocaines de ce groupe, tant du point
de vue morphologique et morphogénétique que du point de vue chimique.
Le groupe des Telracanlhæ n’est ici représenté que par 4 espèces
d’Afrique Orientale, dont Monsieur L. C. Leach (26) pensait qu’elles
pouvaient représenter des sous-groupes divergents. Chimiquement, ce
n'est pas le cas, puisqu’elles sont toutes du type Ci. Elles se distinguent
donc bien des autres Diacanlhium étudiées jusqu’ici. Par contre, elles se
rapprochent des deux espèces canariennes, E. handiensis 1 et E. hernan-
dez-pachecoi x , également du type C t (9, 13). Ces deux espèces sont consi¬
dérées comme appartenant à la section Diacanlhium, mais sans qu'un
groupe plus précis ait été proposé à notre connaissance. Le résultat men¬
tionné ici exclut, sur les bases chimiques dont nous disposons, les groupes
Splendenles, Grandifloræ, Trigonæ et Polygonæ, et laisse une option entre
les Telracanlhæ... et les 4 sous-sections dont nous n’avons examiné aucun
représentant! E. lividiflora 1 une espèce nouvelle fournie par Mon¬
sieur Leach, est du type A; du point de vue chimique, c’est donc sans
doute un Diacanlhium de l’un des groupes reconnus A, ou un représentant
de l’une des sections non représentées dans notre étude 2 .
ASPECTS CHIMIO-PHYLOGÉNÉTIQUES
Nous pouvons résumer ainsi, et interpréter, nos résultats, en adop¬
tant un point de vue phylogénétique, quel qu’en soit le risque.
Nous adopterons un postulat de départ : nous considérerons les latex
à cycloarténol comme « primitifs ». En effet, le cycloarténol est le triter-
pène le plus largement répandu dans les végétaux supérieurs (4). Il est
accumulé dans la grande majorité des latex d’Euphorbes, mais, dans les
Euphorbes qui accumulent par exemple de l’euphol (Diacanlhium),
on trouve du cycloarténol dans les autres tissus que les laticifères (2).
Le cycloarténol, triterpène « normal » dans les tissus végétaux, serait donc
simplement accumulé dans les groupes chimiquement les moins évolués.
Quel que soit son rôle physiologique, il doit pouvoir être assumé par
ses compagnons et isomères : sa transformation éventuelle en stérols (4)
est certainement une réaction spécifique, mais elle ne se produit pas ici
car les latex d’Euphorbes ne contiennent pratiquement pas de stérols.
Il est donc possible, dans le latex, qu’interviennent par mutation des
modifications de l’enzyme assurant la transformation de l’époxyde de
squalène (lb) en divers triterpènes, et ceci, sans rupture de chaînes biogé¬
nétiques essentielles.
On peut donc envisager, selon les sections, que le type primitif C
1. Espèces non-introduites dans le tableau 3.
2. Cette espèce est en effet proche des Diacanlhium étudiés (p. ex. E. grandi-
dens) par ses caractères généraux, mais moins par ses caractères floraux (32). (Note
ajoutée à la correction des épreuves).
Source : MNHN, Paris
— 237 —
s’est maintenu, a partiellement évolué (p. ex. vers D), ou a complètement
été transformé : vers les types A ou B (modifications stéréochimiques)
ou vers le type E (modifications beaucoup plus profondes).
Dans les Tirucalli, le groupe africain est resté du type primitif, alors
que le groupe malgache a évolué vers le type B 1 . Dans les Diacanlhium
par contre, ce sont les espèces malgaches (Splendentes, Gonioslema),
ainsi que E. corniculata et E. decidua, qui sont restées du type C (un peu
« évolué », Cj) — tandis que les Grandifloræ, Trigonæ et Polygonæ africaines
ont muté vers le type A.
Ces conclusions phytochimiques sont tout à fait en accord avec les
conclusions d’ordre phytogéographique de Croizat (21). Les groupes C 3
(« Songo-songo »), C 4 (Anlhacanlha), C 5 (Meduseæ) et A (Grandifloræ,
Trigonæ et Polygonæ) concordent avec ceux dont cet auteur pense
qu’ils ont du évoluer séparément dès le Crétacé ancien.
Cependant, nous avons mis en évidence des complications dans ce
schéma : affinités des espèces marocaines (n os 25 et 63), des espèces cana¬
riennes (n 03 15 et 19), des Telracanlhæ?
Enfin, notons que, dans des genres voisins d ’Euphorbia, on retrouve
des latex de composition convergente avec celle des espèces étudiées ici,
ou encore plus évoluée :
— Type C s (mais riche en méthylène-24 cycloartanol), dans Hura crépi¬
tons (29).
— Type B, comme dans les Tirucalli malgaches, dans un Etæophorbia
et un Synadenium.
— Type monstrueux (30), dans Ilevea brasitiensis, évidemment sélectionné
pour donner surtout un autre produit dérivé des mêmes précurseurs,
le caoutchouc (également présent dans toutes les espèces étudiées),
mais où nous avons eu la surprise, après tant de travaux consacrés à
cette plante, de trouver un composé qui n’y avait jamais été signalé, le
cycloarténol 2 !
Nous remercions, pour leur aide dans l'obtention d’échantillons, les Directeurs
des Jardins Botaniques et Parcs de Kew, du Muséum, de Tsimbazaza (Madagascar)
et de Strasbourg, M. Gabnier, le Professeur Braun et les services de l’ORSTOM
(Côte d’ivoire), M. Degras (Guadeloupe), le Professeur Charles (Cameroun), M. Mar-
nier-Lapostolle (St-Jean-Cap-Ferrat), le Dr. Danjeard (Cambodge), M. Leach
(Afrique du Sud) et le Dr. Breton (Espagne).
Nous remercions également M. Sell (Strasbourg), qui a vérifié l’identification
1. Nous n’impliquons pas nécessairement une évolution à partir d’un ancêtre
commun. Nous admettons simplement, en accord avec notre postulat de base, que
l’ancêtre du groupe malgache était du type Ci, et qu’il a évolué chimiquement vers le
type B. S’il était également l’ancêtre du groupe africain, alors il s’agit bien d’une évolu¬
tion divergente — sur le plan chimique. S’il était différent de l’ancêtre des Tirucalli
africains, et s’il y a vraiment lieu de maintenir une sorte d’unité morphologique entre
les deux groupes, alors il s’agit d’une évolution convergente sur le plan morphologique.
Nous ne pouvons évidemment pas nous aventurer au-delà de ces remarques!
2. En traces, évidemment.
Source : MNHN, Paris
— 238 —
de nombreuses espèces, dont toutes les Tilhymalus, et enfin et surtout le Professeur
Leandri (Paris), le Dr. Croizat (Caracas), M. Leach (Nelspruit), M. P. R. O. Bally
(Nairobi) et le Professeur Schnell (Paris), pour leurs encouragements, leur patience,
leurs nombreux conseils et leur aide sur divers plans.
L’un de nous (G. O.) remercie le Dr. J. Litvak (Mexico et Cambridge) pour son
aide dans l’interprétation des translittérations, et dans la recherche des synonymies,
en Nahuatl, et le Président d'University College (Cambridge), M. Morrison, pour
l’attribution d’une « Leverhulme Fellowship » pendant laquelle a été rédigé ce mémoire.
D’avance, nous remercions les lecteurs qui nous apporteront, par leurs critiques,
leurs suggestions, et des échantillons (accompagnés d’un échantillon botanique),
leur aide matérielle, intellectuelle et morale pour la poursuite éventuelle de cette étude
ou pour l’initiation d’études du même genre.
1 a. Ponsinet G. et Ourisson G. — Phytochemistry 6 : 1235 (1967).
1 b. — ibid. 7: (1968).
2. — ibid. 7 : 89 (1968).
3. cf. p. ex. : Boiteau P., Pasich B. et Ratsimamanga A. R. — Les Triterpénoïdes
en Physiologie végétale et animale, Gauthiers-Villars, Paris (1964);
Ourisson G., Crabbé P. et Rodig O. R. — The Tetracyclic Triterpenes
Herrmann, Paris (1964).
4. cf. p. ex. : Benveniste P., Hirtii L. et Ourisson G. — Phytochemistry S : 31
(1966); Ehriiardt J. D., Hirth L. et Ourisson G. — Ibid, è : 815
(1967); Goad L. J. et Goodwin T. W. — Biochem. J. 99 : 735 (1966).
5. Léonard J. — Bull. Soc. roy. bot. Belgique 99 : 5 (1965).
6. Ponsinet G. et Ourisson G. — Phytochemistry 4 : 799 (1965).
7. Anjaneyulu V., Rao D. N. et Row L. R. — j. Indian Chem. Soc. 44 : 123
(1967).
8. Gonzalez A. G. et Toste A. H. — Anales Real Soc. Espan. Fis. Quim. 60 b : 597
(1954).
9. — et Barrera R. — Publ. Inst. Quim. Fis. A. Barba 10 : 199 (1956).
10. — et Mora M. L. G. — ibid. 6 : 152 (1952).
11. — et Padron A. G. — Anales Real Soc. Espan. Fis. Quim. 54 b : 695 (1958),
12. — et Calero A. — Ibid. 56 : 269 (1949).
13. — et Calero A. — Ibid. 45b : 1441 (1949).
14. Bennett R. N. E., Krusi H. S. et Warren F. L. —- J. Chem. Soc. : 2534 (1951).
15. Rao D. N. et Row L. R. — Current Sci. (India) 34 : 432 (1965).
16 a. Dupont G., Kopaczewski W. et Brodski R. — Bull. Soc. Chim. France : 1068
(1947).
16 b. — Julia M. et Wragg W. R. — Ibid. : 852 (1953).
17. McDonald A. D., Warren F. L. et Williams J. M. — J. Chem. Soc. : 1558
(1949).
18. Haynes D. W. et Warren F. L. — Ibid. : 2554 (1949).
19. Pax F. et Hoffmann K. — Die natürlichen Pflanzenfamilien 19 c : 208 (1931).
20 a. Stanley P. C. — Trees and Shrubs of Mexico, Contr. U.S. Nat. Herb. 23 :
600 (1923).
20 6. Anders F. — Wort-und Sachregister zu Eduard Seiler, in E. Seiler, Gesam-
melte Abhanlangen zur amerikanischen Sprach-und Altertumskunde,
Akad. Druck- und Verlagsanstalt, Graz 6 : 101 (1967).
21. Croizat L. — Webbia 20 : 573 (1965).
22. Leandri J. — Lettre du 21 avril 1967 à G. P.
23. Croizat L. — Candollea 19 : 17 (1964).
24. Ursch E. et Leandri J. — Mém. Instit. Scient. Madagascar 5 : 109 (1954).
25. Boiteau P. — Notulae Systematicæ 13 : 154 (1947).
26. Leach L. C. — Lettre du 11 avril 1967 à G. P.
27. Croizat L. — Lettre du 27 mai 1967 à G. P.
Source : MNHN, Paris
— 239 —
23. Pax F. in Engler. — Bot. Jahrb. 34 : 71 (1905).
29. Ponsinet G. et Ourisson G. — Phytochemistry 4 : 812 (1965).
30. Goodwin T. W. in Pridham J. B. — Terpenoids in Plants, Academie Press
Londres : 16 (1967).
31. Gonzalez A. G. et Breton J. L. — Anales Real Soc. Espari. Fis. quim. 47b : 363
(1951).
32. Leach L.C. — Lettres du 9 mars 1968 à G.O.
33. Dominguez X.A., Delgado J.G., de Lourdes Maffey M.A., Mares J.G. et
Rombold C. — J. Pham. Sc. 56 : 1184 (1967).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia. ser. 2, 8 (2) 1968.
NOUVELLES ANNONAGÉES
D’AFRIQUE ÉQUATORIALE
par Annick Le Thomas
Résumé : Description de deux espèces et d’une variété nouvelles de la famille des
Annonacées : Popowia Lelouzeyi Le Thomas appartenant au groupe des Popowia à
fleurs unisexuées, mais remarquable par ses inflorescences (J cauliflores; U varia
Comperei, Le Thomas, espèce affine d'U. gabonensis Engler et Diels dont elle diffère
par ses feuilles et surtout par ses graines; et U varia Poggei Engl, et Diels var. aniso-
Iricha Le Thomas, distincte par la pubescence stellée « bistratiflée » de ses feuilles.
Summary : Description of two new species and a new variety of Annonaceæ :
Popowia Lelouzeyi Le Thomas, belonging to the group of species of Popowia with
unisexual flowers, outstanding by its cauliflorous (J inflorescences; Uvaria Comperei
Le Thomas, allied with V. gabonensis Engler et Diels, from which it differs by its leaves
and particularly its sèeds -.Uvaria Poggei Engl, et Diels var. anisolricha Le Thomas,
remarkable by the conspicuous Stella te and « bistratifled » pubescence of its leaves.
Dans une note précédente (Adansonia, ser. 2, 3 (2) : 287, 1963)
où nous avons décrit un nouveau Popowia du Gabon : P. glomerulala,
nous avons signalé, comme appartenant au même groupe de Popowia,
à fleurs unisexuées, un spécimen camerounais à inflorescences £ cauli¬
flores. Le matériel récolté par R. Letouzey, spécialiste de la flore du
Cameroun, était alors insuffisant pour décrire une espèce nouvelle que
nous appelions sp. dans la clé du groupe. Une récolte plus récente et plus
abondante nous fournit maintenant les fruits et nous permet de décrire
cette espèce que nous dédions au collecteur de ces échantillons.
Popowia Letouzeyi Le Thomas, sp. nov.
Popoivia cauliflorae Chipp affinis sed inflorescentiis 3 caulinaribus,
staminibus 40-41 (haud 20-22), foliis pagina inferiore pubescento-hirsuta
differt.
Scandens magna ad 25-30 m alta, 8 cm diam. Ramuli novelli tomentoso
castanei. Folium petiolo crasso, 6-10 mm longo, breviter tomentoso; lamina
oblonga, 13-18 cm longa; 7-11 cm lata, basi subcordata, apice obtusa vel
rotundata vel emarginata; pagina superiore glabra, pagina inferiore hirsuta,
pilis rufis. Nervus medianus supra impressus, subtus prominens; nervi secun-
darii 13-17 jugi, arcuati ascendentes, subtus prominentes; nervuli paralleli.
Infloresccntia o cauliflora, e ramis adultis vel trunco orta, in fasciculis
Source : MNHN, Paris
— 242 —
Pl. 1. — Popowia Letouzei Le Thomas : 1, feuilles X 2/3; 2, pubescence, face inférieure
de la feuille x 2; 3, inflorescence (J x 2/3; 4, pétale externe x 4; 5, pétale interne x 6;
6 , étamine x 6 ; 7 , fleur, débarrassée de ses pétales et d'une partie des étamines x 4 (Letouzey
3066); 8, fruits x 2/3 (Letouzey 6403). — Popowia cauüflora Chipp; 9, feuille et inflo¬
rescence <? x 2/3; 10, 11— pétales externe et interne X 6; 12, étamine x 6; 13, fleuri ,
débarrassée de ses pétales x 8 (Lebrun 6134); 14, inflorescence $ x 2/3; 15, fleur, débar¬
rassée de ses pétales x 6; 16, carpelle et coupe x 6 (Zenker 366).
Source : MNHN, Paris
- 243 —
paucifloris disposita. Pedicellus crassus, tomentosus, 12-15 mm longus, ad
medium bractea minima, late ovata, munitus. Alabastra subtrigona. Sepala
late triangulari-ovata, 1,5 mm diam., basi connata, extra pubesecntia. Petala
externa crassissima, late triangulari-ovata, 5 mm diam., basi uoncava, extra
pubescentia, intus tomentella; petala interna parva, crassa, obovata, 1,5 mm
longa, 1 mm lata, ad basim attenuata, utraque pagina tomentella. Stamina
40-41 oblonga, 1,5 mm longa, filamentis brevibus tomentellis, thecis oblongis
latcralibus extrorsis, coimectivis antheras non superantibus. Receptaculum
convexum hirsutum.
Inflorescentia $ ignota.
Infrutescentia cauliflora; peduncidus 2-2,5 cm longus, pubcrulus. Meri-
carpia moniliformia usque ad 8 cm longa, inter semina contracta, segmentis
1-6 subglobulosis, cire. 1 cm diam., tomentosis castaneis, stipo 7-8 mm longo
tomentoso. Semina 1-6, 8 mm diam., testa tenue.
Holotypus : Lelouzey 3366, Nkoum, Cameroum, fl. g févr. (P).
Grande liane de forêt dense humide, à écorce odorante et limbe
bleuté à la face inférieure, ce nouveau Popowia appartient au groupe peu
important des Popowia africains à fleurs unisexuées et pétales internes
réduits.
La pubescence hirsute de la face inférieure des feuilles est comparable
à celle de P. diclina Sprague emend. Chipp, mais cette espèce possède des
inflorescences toujours axillaires sur les rameaux feuillés, en petits
racèmes grêles, simples ou 2-fasciculés, et 12 staminodes forment une
couronne externe aux étamines, inexistante dans les autres espèces de ce
groupe.
Les feuilles plus étroites et la pubescence clairsemée apprimée de
P. cauliflora Chipp et P. glomerulala Le Thomas différencient par contre
très facilement ces deux espèces de P. Letouzeyi. Cependant les inflores¬
cences ^ de P. cauliflora présentent des affinités certaines avec celles de
notre nouvelle espèce; bien que toujours axillaires chez la première, elles
ont en commun : leur petit nombre de fleurs à pédicelle robuste, la forme
subtrigone du bouton floral, l’absence de staminodes, et le nombre élevé
d’étamines (deux fois moindre cependant chez P. cauliflora).
Matériel complémentaire utilisé pour la description :
Lelouzey 5403, 23 km de Masea, village situé à 50 km S.-S.-O. de Yokadouma,
fr. juill. (P).
Dans la sous-section pulposæ Engler et Diels (Monogr. Afr. Pflanzenf.
6 : 10, 1901) des Uvaria africains, il existe un groupe d’espèces très
affines, à lobes du calice distincts dans le bouton, sépales peu soudés à la
base dans la fleur épanouie, méricarpes ovoïdes-subglobuleux longuement
stipités, et graines à testa ornementé.
Plusieurs de ces espèces sont difficiles à distinguer en l’absence de
Source : MNHN, Paris
— 244 —
fruits et de graines, telle U. gabonensis Engl, et Diels. Cette espèce a été
décrite d’après deux numéros récoltés par Soyaux dans la région de Libre¬
ville : Soyaux 308, en fleurs (lectotype, K!) et 217, en fruits (B!, K!).
Pellegrin, dans sa révision des Annonacées du Gabon (Bull. Soc. Bot. Fr.,
Mém. 31 : 60, 1949), a rapporté à ce taxon un lot d’échantillons gabonais
de K laine et Le Testu, dont un seul numéro porte des fruits en mauvais
état, le reste du matériel étant en fleurs. Aucun caractère ne permet en
effet de distinguer les fleurs de celles d’U. gabonensis, mais les différences
foliaires constantes, ajoutées à celles que nous constatons dans les fruits
et surtout dans la graine, d’après quelques récoltes plus récentes, nous
amènent aujourd’hui à établir l’existence de deux espèces d 'Uvaria très
proches, mais bien distinctes.
Uvaria Gomperei Le Thomas, sp. nov.
— Uvaria gabonensis auct. : Pellegrin, Bull. Soc. Bot. Fr., Mém. 31 : 60 (1940),
pro parle, non Engl et Diels, Notizbl. Bot. Gart. Berlin 2 : 296 ( 1899) ; Monogr.
Afr. Pflanzenfam. 6 : 26, tab. 6A (1901).
Floribus U. gabonensi Engl, et Diels maxime affinis, sed foliis basi
rotundatis, apice attenuato-acuminatis usque obtusis, mericarpiis breviter
ellipsoldeis, seminibus ellipsoïdeis maxime complanatis testa castaneo caeca
(haud nigra nitida) tenuiter alveolata.
Scandens ramis glabris, cortice subnigro; ramuli tomentelli vel puberuli.
Folium petiolo 4-6 mm longo tomentello; lamina papyracea, 6-17 cm longa,
3-6,5 cm lata, basi rotundata, apice attenuato-acuminata usque obtusa;
pagina superiore puberula pilis in foliis haud evolutis et in ner-
vulis foliorum evolutorum aliis simplicibus, aliis stellatis, pagina inferiore
puberula pilis tenuissimis, brevibus, aliis simplicibus, aliis stellatis. Nervi
secundarii 9-13 jugi obliqui, prope marginem arcuatim conjuncti, subtus
| imminentes.
Flores luteoli, solitarii, extraaxillares, pedicello 0,6-1,1 cm longo. Calyx
in alabastro globuloso haud cupuliformis. Sepala parva, late ovata, basi
connata, 2-3 mm longa, 3-4 mm lata, extra rufo-tomentosa. Petala subæ-
qualia, ovato-oblonga, 0,7-1,4 cm longa, 6-10 mm lata, apice obtusa, extra
tomentella, exterioribus margine sæpe revolutis, interioribus brevissime ungui-
culatis. Stamina permulta oblonga, cire. 1,5 mm longa, thecis lateralibus,
connectivis ultra antheras dilatatis complanatis, puberulis. Carpella per¬
multa, inter se conferta, cire. 3,5 mm longa, ovario ovoïdeo-oblongo, pubes-
centi, stigmate hirsuto. Ovula 14-16 biseriata.
Fructus pedunculo 1,1-1,6 cm longo, puberulo. Mericarpia permulta
(30-40), breviter ellipsoîdea, in vivo lævia luteo-viridia, in sicco fusco-cas-
taneo inter semina leviter contracta, 1,1,5 cm longa, 0,7-0,9 cm lata, puberula
vel glabrescentia, apice apiculata; stipo laterali, gracili, 1,7-2,2 cm longo.
Semina 10-14 biseriata, ellipsoïdeo-complanata, 7-8 mm longa, 4-4,5 mm lata,
testa castanea cæca tenuiter alveolata.
Source : MNHN, Paris
245
Pl. 2. - Uvaria gabonensis Engl, et Diels : 1, rameau fleuri X 2/3 (Soyaux 31
X 2/3; 3, graine X 2 (Soyaux 217). — U. Comperei Le Thomas : 4, fleur x 1,E
x 8; 6, carpelle et coupe X 6 (Klaine 3070); 7, feuille et fruits X 2/;
x 2 (N. Halle 3267). — U. Poggei Engl, et Diels var. anisotricha Le Thomi
et bouton floral x 2/3; 10, pubescence de la face inférieure des feuilles x 8
A. Le Thomas 484).
Source : MNHN, Paris
— 246 —
Holotypus : N. Hallê 3267, Bélinga mines de fer, fr. nov. (P).
Nous dédions cette espèce â Monsieur P. Compère, Assistant au Jar¬
din Botanique national de Belgique, qui l’a récoltée au Congo-Kinshasa.
Les différences essentielles entre U. Comperei et U. gabonensis peu¬
vent être résumées dans le tableau suivant.
U. Comperei
— Base du limbe arrondie;
— Sommet du limbe atténué-acu-
miné à obtus;
— Méricarpes courtement ellip¬
soïdes, pubérulents à glabres-
cents ;
— Graines ellipsoïdes très apla¬
ties, 7-8 mm x 4-4,5 mm ;
— Testa brun, mat, finement al¬
véolé.
U. gabonensis
— Base du limbe aiguë;
— Sommet du limbe brusquement
et longuement acuminé (acu-
men jusqu’à 2 cm) ;
— Méricarpes globuleux, tomen-
telleux blonds;
— Graines largement obovoïdes,
6-6,5 mm x 4-6 mm
— Testa noir, brillant, chagriné.
Répartition :
Gabon : Environs de Libreville : Klaine 2657, grappes de fruits jaune clair, janv.
(P!, BR!); 2657 (bis), en mélange dans l’herbier de Paris avec le n° 2658 = Balonga
Buchholzii (Engl, et Diels) Le Thomas; 3099, fl., oct. (P!, BR!); 3176, 11. jaunes, déc.
(P!, BR!); 3070, 11., sept. (P!, BR!). — Bélinga, mines de fer : N. Halle 3267, avec
Uvaria Baumannii Engl, et Diels, fr., nov. (Holotype, P!); N. Halle et A. Le Thomas66
(P!). — Tchibanga, Lelestu 1443, 11. vertes jaunissant quand elles se fanent, nov.
(PI, BR!); Le Teslu 1620, 11., sept. (P!, BR!).
Congo-Kinshasa : Compère 1095, Zara, Territoire de Songololo, fr. (BR!); 1714,
Sanga, Massif du Bangu, Territoire de Thysville, forêt secondaire (BR!).
Appartenant à ce même groupe d’ Uvaria, U. Poggei Engl, et Diels se
différencie facilement par ses feuilles : la nervation est beaucoup plus
dense, 18-20 paires de nervures latérales, la face supérieure est clairsemée
de poils étoilés, la face inférieure densément couverte de poils étoilés, tous
semblables ; les sépales sont d’autre part beaucoup plus grands.
Deux spécimens en fleurs, l’un gabonais, l’autre du Congo-Kinshasa,
ont retenu notre attention. La face inférieure de leurs feuilles est couverte
d’une pubescence étoilée « bislralifiée » comme chez U. Baumannii Engl,
et Diels : le limbe est entièrement caché par un feutrage de petits poils
étoilés bond-cendré, et clairsemé de poils étoilés roux à nombreuses
branches, plus denses sur les nervures. Par contre, le bouton floral pyra¬
midal, où les lobes du calice sont toujours réguliers et bien disctints,
offre un caractère de ce groupe d’espèces affines auquel n’appartient pas
Source : MNHN, Paris
— 247 —
U. Baumannii, dont le calice est soudé en cupule dans le bouton et se
déchire en lobes ± irréguliers à l’anthèse.
Nous décrivons donc ces deux échantillons comme une variété nou¬
velle de U. Poggei, espèce à laquelle tous les autres caractères les ratta¬
chent.
Uvaria Poggei Engl, et Diels var. anisotricha Le Thomas, var.
— Uvaria Poggei auct. : Boutique, Flore Congo Belge et Ruanda Urundi 2 :
288 (1951) quoad specimen Louis 13086, non Engl, et Diels, Notizbl. Bot. Gart.
Berlin 2 : 294 (1899).
A typo differt pilis pagina inferiore foliorum in ordinibus duobus quibus-
dam majorihus dispositis.
Typus var. : N. Hallé et A. Le Thomas 484, Bélinga, mines de fer,
Gabon, fl., août (P).
Répartition :
Gabon : N. Hallé et A. Le Thomas 484, Bélinga, mines de fer, fl., août.
Congo-Kinshasa : Jean Louis 13086, Forestier central, Yangambi, route de
Yanonghe-Yatalema, ait. 470 m, 11., déc., (BR!, P!).
Nous avons récolté cette liane plus ou moins rampante, à la lisière
d’un terrain découvert, en bordure de forêt dense, vers 750 m d’altitude.
Deux autres Uvaria l’accompagnaient : U. Baumannii Engl, et Diels et
U. scabrida Oliver.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 8 (2), 1968.
IDENTIFICATION
DE STRYCHNOS WALLICHIANA Steud. ex DC.
par Christiane Tirel 1 2
Résumé : Il est erroné de considérer Slrychnos Wallichiana comme une espèce
établie par Bentham. C'est De Candolle qui, le premier et douze ans avant Bentham,
a validement publié cette espèce. L’holotype de Slrychnos Wallichiana Steud. ex DC.
est le spécimen Wallich 1590 existant dans l’herbier De Candolle à Genève. Slry¬
chnos Wallichiana sensu Bentham est conspécifique de Slrychnos Kerrii Hill.
Summary : It is erroneous to consider Slrychnos Wallichiana as a species establis-
hed by Bentham. It was, in fact, originally and validly described by De Candolle
twelve years before Bentham’s publication. The holotype of Slrychnos Wallichiana
Steud. ex DC. is the specimen Wallich 1590 in the De Candolle Herbarium in Geneva.
Slrychnos Wallichiana sensu Bentham is conspecific with Slrychnos Kerrii Hill.
Steudel en 1870 fait paraître dans Nomenclator Botanicus le nom
d’une espèce nouvelle : Slrychnos Wallichiana, nom qu’il donne à l’échan¬
tillon 1590 Wallich sans le décrire (nomen nudum). A. De Candolle
et G. Bentham, reprenant l’épithète spécifique de Steudel, publient
à douze ans d’intervalle une description du 1590 Wallich. Or les caractères
relevés diffèrent suivant les deux auteurs. Doit-on, comme il a toujours
été fait jusqu’à présent, comprendre l’espèce S. Wallichiana dans le sens
de Bentham? Faut-il écrire Slrychnos Wallichiana Steud. ex DC. ou Slry¬
chnos Wallichiana Steud ex Bentham? Telle est la question à laquelle
nous nous proposons de répondre.
C’est l’hétérogénéité du matériel constituant le 1590 Wallich 2 qui
est à l’origine des différences existant entre la description de De Candolle
et celle de Bentham. En effet, en rassemblant les échantillons portant
ce numéro et dispersés dans les différents herbiers d’Europe, nous trou¬
vons en mélange trois espèces que nous appelons provisoirement a, b, c :
— espèce a, représentée par des rameaux feuillés et fleuris; feuilles de
1. Nous remercions Monsieur le Directeur et Monsieur le Conservateur Principa
du Conservatoire et Jardin botaniques de Genève pour les renseignements et les photo¬
graphies qu’ils ont bien voulu nous transmettre. Monsieur Bisset, Professeur au Chelsea
College of Science and Technology, a eu l’amabilité de procéder pour nous à quelques
vérifications dans les herbiers de Kew.
2. Wallich avait, pour sa part, rattaché ce lot de plantes récoltées par De Silva
à l’espèce S. lucida auct. Wall., non R.Br..
Source : MNHN, Paris
— 250 —
PI. 1- — Le 1590 Wallich de l'herbier De Candolle à Genève : holotype de Slrychnos Walli-
chiana Steud. ex DC.
Source : MNHN, Paris
— 251 —
forme ovée-elliptique, aiguës à brièvement acuminées au sommet,
à réseau de nervilles irrégulier; fleurs à pistil glabre et corolle à gorge
nue.
— espèce b, représentée par des rameaux pourvus de feuilles, de fleurs,
mais aussi de crochets disposés par paires. Les feuilles sont oblongues-
ovées, à acumen brusque et long, à réseau de nervilles très serré et
très fin; fleurs à pistil velu et corolle garnie d’une dense couronne de
poils au niveau de la gorge.
— espèce c, représentée seulement par quelques feuilles qui ressemblent
à celle de l’espèce b mais ici les mailles du réseau de nervilles apparais¬
sent moins serrées et moins régulières 1 .
Le spécimen 1590 de l’herbier de Wallich à Kew est entièrement
constitué, à l’exception d’une feuille, par des éléments de l’espèce b.
C’est cette espèce qu’en 1857 Bentham décrit de façon très précise et com¬
plète sur des échantillons de Bruce et Simons qu’il a comparés à la plante
de l’herbier Wallich.
Parue dans le Prodrome 9 en 1845, la description du 1590 Wallich
par De Candolle est plus succinte. Cependant les caractères que relève
De Candolle pour les feuilles : « ovalis », et surtout pour les fleurs :
« cor. fauce nudâ », ne peuvent correspondre qu’à l’espèce a. Dans l’herbier
DC nous trouvons d’ailleurs une part homogène de 1590 Wallich, présen¬
tant les feuilles et les fleurs de l’espèce a. Mais les rameaux de cet échantil¬
lon sont dépourvus de crochets alors que De Candolle ajoute : « Cirrhi
specimen mei sunl aul biftdi aul inler se opposili ». Il a donc pu observer
sur une autre part du 1590 Wallich les crochets de l’espèce b. Justement
le spécimen existant actuellement dans l’herbier général du Conservatoire
de Genève est formé d’une branche florifère de l’espèce a et d’un fragment
de l’espèce b porteur de trois paires de crochets et de trois feuilles. C’est
donc probablement à partir de ces deux parts que De Candolle a écrit
sa diagnose. Remarquons cependant que dans le lot de Genève, l’espèce b
n’est représentée que par des rameaux stériles. La fleur étant l’élément
essentiel de la distinction des taxa nous estimons que la description de
De Candolle se rapporte principalement à l’espèce a. Contrairement à
Clarke et Hill, nous ne pouvons rejeter cette diagnose car elle nous
paraît suffisante pour individualiser l’espèce a qui doit donc porter le
nom de Sirychnos Wallichiana Steud. ex DC.. De plus De Candolle en
choisissant la part de son herbier personnel a désigné l’holotype de l’espèce,
échantillon homogène, bien représentatif de l’espèce a.
Sirychnos Wallichiana Steud ex DC. étant validement publié, la des¬
cription postérieure de Bentham d’une autre espèce sous le même binôme,
ne peut être légitimement retenue. L’espèce b analysée par Bentham
se révélant conspécifique de Strychnos Kerrii Hill, c’est avec cette dernière
que S. Wallichiana sensu Bentham doit être mis en synonymie.
1. L'espèce c n’est décrite ni par De Candolle, ni par Benthan. Il s’agit de
S. Vanprukii Craib., très facile à différencier des deux autres espèces lorsqu’on possède
les fleurs.
Source : MNHN, Paris
— 252 —
PI. 2. — Le 1590 Wallich de l'herbier général de Genèi
de S. Wallichiana Steud. ex DC. et un fragment stérile i
Ilill ( = S. Wallichiana sensu Bentham).
en mélange un rameau florifère
is pourvu de crochets de S. lierrii
Source : MNHN, Paris
— 253 —
PI. 3. — Le 1590 Wallich de l'herbier de Paris : à gauche S. Wallichiana Steud. ex DC., à
droite un rameau florifère de S. Kerrii (= S. Wallichiana sensu Bentham).
Source : MNHN, Paris
— 254 —
Pour conclure, voici à quelles espèces correspondent les différentes
parts faites à partir du 1590 Wallich:
— Herbier De Candolle à Genève : S. Wallichiana Steud. ex DC. ;
holotype.
— Herbier général de Genève ( S. Wallichiana Sleud. ex DC. ; isotype.
I S. Kerrii Hill
— Herbier Wallich à Kew ( S. Kerrii Hill
I une feuille de S. Wallichiana Steud. ex DC
— Herbier de Kew : S. Wallichiana Steud. ex DC. ; isotype.
— Herbier d’Edimbourg 1 S. Wallichiana Steud. ex DC. ; isotype.
\ S. Kerrii Hill
— Herbier du British Muséum l S. Kerrii Hill
{ S. Vanprukii Craib
— Herbier de Paris ( S. Kerrii Hill
j S. Wallichiana Steud. ex DC. ; isotype.
Bibliographie
Bentham G. — Notes Loganiaceæ, Journ. Linn. Soc. Bot. 1 : 102-103 (1857).
Brandis D. — Indian Trees : 475 (1906).
Clarke C. B. — In Hook. f., Fl. Br. Ind. 4 : 90 (1885).
De Candolle A. — Prod. 9:13 (1845).
Hill A. W. —- The Genus Strychnos in India and the East, Kew Bull. : 196 et 198
(1917).
— New species of Slrychnos from Siam, Kew Bull :.426 (1925).
Steudel E. G. — Nomencl. Bot. : 648 (1840).
Source : MNHN, Paris
— 255 —
INFORMATIONS
Le Professeur André AubréviUe, Inspecteur général honoraire des
Eaux et Forêts, Membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer et de
l’Académie d’Agriculture, Professeur au Muséum national d’Histoire
naturelle, a été élu, le 18 mars 1966, Membre de l'Académie des
Sciences, dans la section Botanique.
FLORE DU GABON
Vol. 14 : N. Hallé, Notice à la mémoire de G. Le Testu; J. Raynal,
Itinéraires de G. Le Testu au Gabon; B.Descoings, Vitacées (4 g., 21 sp.)
et Leeacées (1 g., 1 sp.) 6 pl.-121 p., — 22 F.
FLORE DU CAMEROUN
Vol. 7 : R. Letouzey, Les botanistes au Cameroun, 110 p. — 20 F.
FLORE DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE ET DÉPENDANCES
Vol. 2 : R. Virot, Protéacées (9 g., 44 sp.) 253 p., 52 pl., 52 cartes.
- 60 F.
FLORE DU CAMBODGE, DU LAOS ET DU VIETNAM
Vol. 6 : J. E. Vidal, Rosacées I (20 g. 77 sp.) 210 p., 25 pl. — 48 F.
Vol. 7 : Nguyên van Thuan, Rosacées II, Rubus (49 sp.) 83 p.,
5 pl. — 20 F.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 257 —
ÉDITIONS DU CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
15, quai Anatole-France, PARIS 7 e
Tél : 70S-93-39 C.C.P. PARIS 9061-11
COLLOQUES INTERNATIONAUX
DU CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
N° 144
PHYTOCHIMIE
ET
PLANTES MÉDICINALES
DES
TERRES DU PACIFIQUE
NOUMÉA
(Nouvelle-Calédonie)
28 Avril - 5 Mai 1964
Cette manifestation a été consacrée plus particulièrement aux plantes
médicinales du Pacifique, envisagées non seulement sous l’angle botanique
et phytochimique, mais également, ethnologique, voire sociologique.
Ouvrage in-4° coquille, 270. pages, 8 planches, hors-texte cartonné.
PRIX : 50 F
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ACHEVÉ D’IMPRIMER
SUR LES PRESSE!
FIRMIN-DIDOT - Pi
LE 20 SEPTEMBRE 1968
S DE L’IMPRIMERIE
A R I S - MESNIL-IVRY
Dépôt légal : 3» trimestre 1968. — 630
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris