ISSN 0181-0642
BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
SECTION C
sciences de la terre
paléontologie
géologie
minéralogie
4* SÉRIE T. 14 1992, N” 2
Avril-Juin 1992
Éditions scientifiques du Muséum, Paris
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Section C : SCIENCES DÉ LA TERRE
Directeur ; L. Ginsburg.
Rédacteur ; P. Dupérier.
Comité de rédaction ; H. Lelièvre, E. L. Perseil, F. Poplin, J. M. Rouchy,
S. Sen (Univ, PARIS VI), P. Tassy.
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œuRT (Paris), C. Devillers (Paris), M. Durang-Delga (Toulouse), J. H. Fran-
ZEN (Frankfurt-àm-main, Allemagne), Z. Rielan-Jaworowska (Oslo, Dane^
mark), J. P. Laveine (Lillej, M. Novacèk (New York, USA), G. Nelson
(New York, USA), C. Patterson (Londres, Angleterre), J. L. Sanz (Madrid,
Espagne), H. P. Schultz (Lawrence, USA), P. Taquet (Paris).
Fondé en 1895, le Bulletin du Muséum d’Histoire naturelle est devenu à partir de 1907 :
Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Des travaux originaux relatifs aux diverses
disciplines scientifiques représentées au Muséum y sont publiés. U s’agit essentiellement
d’études de Systématique portant sur, les collections conservées dans ses laboratoires, mais
la revue est également ouverte, depuis 1970 surtout, à des articles portant sur d’autres
aspects de la Science T biologie, écologie, etc.
La 1" série (années 1895 à 1928) comprend un tome par an (t. 1 à 34), divisé chacun en
fascicules regroupant divers articles.
La 2* série (années 1929 à 1970) a la même présentation : un tome (t. 1 à 42), six fasci¬
cules par an.
La 5* série (années 1971 à 1978) est également bimestrielle. Le Bulletin est alors divisé
en cinq Seaions et les articles paraissent par fascicules séparés (sauf pour l’année 1978
où ils ont été regroupés par fascicules bimestriels). Durant ces armées chaque fascicule est
numéroté à la suite (n” ( à 522), ainsi qu’à l’intérieur de chaque Section, soit : Zoologie,
n“ 1 à 356Sciences de la Terre, n*’^ 1 à 70 ; Botanique, n°’ 1 à 35 ; Écologie générale,
n°‘ 1 à 42 ; Sciences physico;-chimiques, n®* 1 à 19.
La 4‘ série débute avec l’année 1979. Le Bulletin est divisé en trois Sections : A : Zoolo¬
gie, biologie et ^ologie animales ; B : Botanique, biologie et écologie végétales, phyto¬
chimie (fusionnée à partir de 1981 avec la revue Adansonia) ; C : Sciences de la Terre, paléon¬
tologie, géologie, minéralogie. La revue est trimestrielle ; les articles sont regroupés en
quatre numéros par an pour chacune des Sections ; un tome annuel réunit les trois Sec¬
tions.
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
4' série, 14, 1992, section C (Sciences de la Terre, Paléontologie, Géologie, Minéralogie), n” 2
SOMMAIRE — CONTENTS
R.-P. Carriol. — Balanoidea du Néogène de Vendée (France). 141
Balanoidea front the Neogene of Vendée (France).
A. Nel. — Révision de la Libellule fossile miocène Lithogomphus munsbergianus Beier,
1952 (Odonata, Gomphoidea). 157
Révision of the fossil miocene Dragonfly Lithogomphus munsbergianus Beier, 1952 (Odo¬
nata. Gomphoidea).
B. Lange-Badré et C. Mathis. — Données nouvelles sur les Créodontes Proviver-
rinés des zones MP 16 et MP 17 des Phosphoriles du Quercy . 161
New data on the Proviverrinae (Creodonta) from Pho.iphorites of Quercy MP 16 and MP 17
( France).
C. Estravîs et D. E. Russell. — Paschatheritim marianae, un nouveau Condylar-
thra de Silveirinha, Éocène inférieur du Portugal. 185
Paschatherium marianae, a new Condylarthra front Silveirinha, Early Eocene of Portugal.
M. Baudry. — Les Tillodontes (Mammalia) de l’Éocène inférieur de France .... 205
The Tillodonts (Mammalia) from French Early Eocene.
Bull. Mus. natl. Hisl. nat., Paris, 4‘ sér., 14, 1992,
section C, n" 2 : 141-155.
Balanoidea du Néogène de Vendée (France)
par René-Pierre Carriol
Résumé. Étude syslémalique des Cirripédes du Nèogéne de Vendée faisant apparaître i’exislence
de six taxons dont Bohvms perfomtm hmgi.strialm nov. subsp. et Mcgahalanus doUJusi dont les tergums
sont décrits pour la première fois. Révision de leurs répartitions stratigraphique et paléogéographique, qui
sont confirmées pour Megubalamts liollfusi (Néogéne du nord-ouest de la France) et étendues pour
Concavus {Cunemm) souhiicus, qui. jusque-là. n'était connu que du Miocène du Japon. La présence de
bons indicateurs palèoécologiques. comme Conemm {Conatwx) amcavu.s concavus. permet de conclure
que la faune de Cirripédes vendéens vivait en milieu franchement marin de type méditerranéen.
Mots-clés. Crustacea, Cirripedia, Balanoidea. Taxonomie, Palcogéographie, Néogéne. Domaine
atlantique. Vendée (France).
Abstract. — Taxonomie study of Neogene Cirripeds from Vendée (Atlantic coast of France) shows
the existence of six taxa of which Balanus perjoratus longistrialus nov. subsp. and Mcgahalanus doUfusi of
which the terga are described for the first time. Révision of their stratigraphie and palcogéographie
distribution which is confirmed for Mcgahalanus daUjusi (Neogene of lhe North-We.st of France) and
extended for Concavus {Cuncavu.'i) sendaicus which was known. until now, only in lhe Miocene of Japan.
The présence of suitable paleoecological indicators,. like Concavus {Concavus) concavus concavus. permits
the conclusion Ihat lhe fauna of Vendée lived in real, mediterranean-like, sea water.
Key-words. Crustacea, Cirripedia, Balanoidea, Taxonomy, Paleogeography, Neogene. Atlantic
Realm, Vendée (France).
R.-P. Carriol. Inslilut de Paléontologie. Muséum national d’Histoire naturelle, 8, rue Buffon, F-75005 Paris.
Introduction
Jusqu’à cette étude, un seul fragment de Balanoidea (Crustacea, Cirripedia) en
provenance du Néogène de Vendée (ouest de la France) avait été décrit. Il s'agit d’un des
scutums sur lesquels De Alessandri (1906) a fondé l’espèce Mcgahalanus dnUfusi. Pour ma
part (Pareyn et al.. 198.^), j'ai confirmé, à la suite d'une observation préliminaire, la présence
de cette espèce en Vendée. Les nombreux spécimens recueillis par J. M. Viaud ainsi que par
A. Lauriat-Rage dans de nouveaux gisements m'ont permis d'idenlificr cinq autres taxons et
de compléter la description de .\f. doHjusi. Les récoltes du nouveau matériel, objet de cette
étude, ont été effectuées dans le Miocène de l'Ogerie, du Pré et des Coûts (commune de
Challans). dans le Pliocène (Redonien) du Moulin des Gàcheries (commune de Commequiers),
des Sablières (commune de Challans), de Falleron et de Palluau (Puits Martineau et Total).
Les spécimens des six premières localités (collection Viaud) sont conservés au Muséum
d’Histoire naturelle de Nantes (numéros précédés des lettres MHNN.A.F.) et ceux de la
— 142 —
septième (collection Lauriat-Rage) au Muséum national d’Histoire naturelle. Laboratoire de
Paléontologie, Paris. La répartition des taxons suivant les localités et la position géographique
de ces dernières sont données respectivement par le tableau (tabl. I) et la carte (fig. 1).
Fig. 1. — Localisation des gisements étudiés (réalisation J.-M. Viaud).
Tableau I. — Répartition des taxons. 1 : l’Ogerie; 2 : le Pré; 3 ; les Coûts; 4 : le Moulin des
Gâcheries; 5 : les Sablières; 6 : Falleron; 7 : Palluau.
Miocène
Pliocène
Actinohulmua sp.
3
5
6
7
Concavus (Coiwavus) concavus concavus
1 2 3
4
5
6
7
Concams (Concavus) sendaicm
3
4
5
Balanus spongicola
3
4
7
Balaniis perfaratus longistriatus
1 3
Megabalanus dollfusi
1 3
4
5
6
7
— 143 —
SYSTÉMATIQUE
Sous-classe CIRRIPEDIA Burmeister, 1834
Super-ordre THORACICA Darwin, 1854
Ordre SESSILIA Lamark, 1818
Sous-ordre BALANOMORPHA Pilsbry, 1916
Super-famille Balanoidea (Leach, 1817)
Famille Archaeobalanidae Newman et Ross, 1976
Sous-famille ArchaeobalaninaE Newman et Ross, 1976
Genre ACTINOBALANUS Moroni, 1967
Actinobalanus sp.
(PI. I, 3-5)
Matériel. — Quelques plaques capitulaires désarticulées auxquelles restent parfois accrochés des
fragments de base. Les pièces operculaires sont inconnues.
Description
Les parois, extérieurement fortement plissées, sont monolamellaires. Les rayons ne sont
pas canaliculés; ils sont étroits et leur sommet est très oblique par rapport à la base; leur bord
suturai est lisse. Les ailes sont larges, avec un bord suturai lisse. La gaine occupe le tiers
supérieur des plaques; elle présente des stries d’accroissement. Depuis la gaine jusqu’au bord
basal des plaques apparaissent de nombreux septes longitudinaux. Ces septes sont dépourvus
de dents secondaires. La base calcaire est parcourue par des canaux rayonnants.
Remarque
Dans le genre Actimhalamis. Zullo & Perreault (1989) ne retiennent, fort justement,
que cinq espèces : A. hisulcalus (Darwin, 1854) [A. hisulcatus = A. hisulcatus pllcatus], A.
dolosus (Darwin, 1854), A. actinomorphus (Moroni, 1952), A. coUinsi Zullo & Perreault, 1989 et
A. floridanus Zullo & Perreault, 1989. Parmi ces cinq espèces, une seule, A. dolosus, en plus des
importants caractères discriminants de ses valves operculaires. possède un caractère de
reconnaissance relatif à la muraille. A. dolosus présente, en effet, des striations sur le bord
suturai de ses rayons, car ceux-ci sont parapariétaux plutôt que dispariètaux (Zullo &
Perreault, 1989). En revanche la différenciation entre les autres taxons est entièrement fondée
sur les caractères morphologiques des valves operculaires. Pour cette raison Zullo &
PERRE.AULT (1989) proposcnt de ne pas tenir compte des déterminations d'Actinobalanus qui,
en l'absence de valves operculaires, ne reposent que sur des tests ou des fragments de tests, ils
proposent de ne pas tenir compte non plus des Actinobalanus cités dans des listes sans que leur
— 144 —
existence soit prouvée par une description ou une illustration. Ainsi ils sortent d\4. hisulcatus
les exemplaires rattachés à cette espèce par De Alessandri (1906 : 286, pl. 9 fig. 30; 1922 :
221). par Wither.s (1953 ; 58 et 62) et ÜAVADtE (1963 : 75 en partie). Il faudrait ajouter à cette
liste Moroni (1967 en partie), Newman & Ross (1976 en partie) et Carrioi. (1982/) en partie)
qui, comme Davadie (1963), WtniERS (1953) et Dh Alessandri (1922). se font l’écho des
données antérieures. Les données les plus anciennes contestées par Zullo & Perreault (1989)
sont celles de De Alessandri (1906). Je suis d’accord avec eux pour émettre un doute sur la
détermination du matériel de la collection Cossmann [Bartonien de Marines (Val-d'Oise) et de
Le Ruel (Val-d'Oise), Stampien de Pierrelittc (Seine-Saint-Denis). Miocène moyen de
Pontlevoy (Loir-et-Cher)] et d'une partie de celui de la collection Doi i.eus [Oligocène de la
Bonneville (Manche)] qui ne comprennent pas de pièces operculaires. En revanche pour les
spécimens du Pliocène de Gourbesville (collection Dolleus), De Alessandri décrit des
scutums typiques de l’espèce A. hisulcatus. Dans la collection Bellerade. De Alessandri note
la présence de scutums « avec sillons caractéristiques de l’espèce » et donne une illustration de
l'un d’entre eux (pl. 9 (ig. 30), provenant du Burdigalien de Cestas (Gironde). L'illustration
permet d'attribuer sans ambiguité ce scutum à l'espèce A. hisulcatus. Il n’y a donc aucun doute.
A. hisuicütus a une extension stratigraphique allant du Miocène inférieur au Pliocène et A.
collinsi comme A. fioridunus ne sont pas les seuls Actinohulautis du Miocène inférieur.
Il faut également noter la présence d'.4. hisulcatus dans le Burdigalien du sud-est de la
France (Bassin de Faucon). Cette affirmation .s’appuie sur l'cxamcn des spécimens figurés par
Prieur & Philippe (1984 : pl. 2 fig. 9, 11-15), attribués, à tort, à l’espèce Balanus sttdlaris
(Brocchi, 1814).
Pour les Actinobalamts de Vendée, étudiés ici, la discussion qui précède permet de
comprendre pourquoi, en l'absence de valves operculaires. aucune attribution spécifique n'a pu
être réalisée. Tout au plus est-il possible de préciser qu'il ne s'agit pas de représentants de
l’espèce A. dakmis.
Répartition
Le genre Actinobalaniis est présent dans le Miocène moyen et le Pliocène de Vendée. Il est
connu en Europe de l’Ouest, depuis le Miocène inférieur jusqu’au Pléistocène moyen, et en
Amérique du Nord (Floride) au Miocène inférieur (Zullo & Perreault, 1989).
Famille Balanidae Leach, 1817
Sous-famille Balaninae Leach, 1817
Genre CONCAVUS Newman, 1982
Sous-genre Concavus Newman, 1982
Synonymie
Concavus (Concavus) concavus concavus (Bronn, 1831)
(PL I. 6-7)
Baianus (.Balanus) concavus; Prieur & Philippe, 1984 : 64, pl. 1 fig. 1-4.
Balanus concavus; Carriol, 1982/) : 12-13.
Baianus concavus concavus; Newman & Ross, 1976 : 61 (importante liste de synonymie); Yamaguchi,
1982 : 280 et suivantes.
^ 145 —
Concavus {Conamis) comaviis : Newman. 1982 : 28. fig. le; Menhsini. 1984 : 296-297.
Concavus concavus concavus\ Menesini & Casella, 1988 : 241-244, pl. 1 fig. 4-5, pl. 3 fig. 2.
Concavus (Concavus) concavus concavus; Zullo, 1984 : 1326.
Matériee. — Plusieurs dizaines de tests entiers et de pièces capitulaires isolées, d’une centaine de
scutums, et de quelques fragments de tergums.
Description
Le test de forme conique est de couleur variable (blanc, crème, rose, rouge pourpre, gris).
Les parois sont, généralement, lisses mais peuvent présenter des côtes longitudinales ; elles sont
percées par des canaux longitudinaux transversalement septés. L’orifice operculairc est assez
petit et de forme rhomboïdale. Les rayons étroits ont leur sommet oblique par rapport à la
base. La base est munie de canaux rayonnants.
Le scutum, relativement long, montre un apex pointu. Extérieurement, le scutum est plat
ou faiblement concave: il présente des bourrelets d'accroissement recoupés par des profonds
sillons longitudinaux. Intérieurement, le scutum possède un sillon articulaire peu profond, une
arête articulaire et une arête du muscle adducteur peu proéminentes, qui sont nettement
distinctes l’une de l’auirc. La cavité du muscle adducteur, large et peu profonde, est mal
délimitée dans sa partie postérieure. La cavité du muscle dépresseur latéral est arrondie et
d’autant plus profonde que la valve est de grande taille.
Seuls quelques petits fragments de tergums ont été trouvés et malgré leur mauvais état de
conservation il est possible d'observer quelques-uns de leurs caractères. La face externe montre
le sillon longitudinal très étroitement ouvert et des stries longitudinales recoupant les
bourrelets d'accroissement. La face interne présente une arête articulaire peu proéminente et
des crêtes du muscle dépresseur peu marquées.
Répartitton
La sous-espéce C. (C.) concavus concavus est présente dans le Miocène moyen et le
Pliocène de Vendée. Elle est probablement originaire du Bassin Pannonien à l’Oligocène
(Menesini, 1984). Durant l’Oligocène supérieur, C. (C.) concavus concavus se répand dans le
Bassin méditerranéen, puis, de là, au Miocène inférieur, dans l’Atlantique Est et dans le bassin
formé par la mer Caspienne et la mer d'Aral. C. (C.) concavus concavus est également signalée
sur la côte est des USA au Miocène supérieur et sur celle du Venezuela au Pliocène. Cette
espèce s’est éteinte au cours du Pléistocène inférieur.
Concavus (Concavus) sendaicus (Hatai, Masuda & Noda, 1976)
(PL I, 1-2)
Synonymie
Balanus concavus; Yamaguchi, 1974 : 218, pl. 67 fig. 9-10.
Balanus rosirai us; Hatai, Masltd.a & Noda, 1976 : 14, pl. 2 fig. 1-2, 13-17 et 19-21.
Balanus sendaicus; Haiai, Masuda & Noda, 1976 : 13, pl. 2 fig. 1, 9, 10, 14-17, 19 et 20; Yama¬
guchi, 1982 ; 277-295, 5 pl.
Matériel. — Il se compose de huit scutums.
— 146 —
Description
Les scutums sont épais, extérieurement concaves et montrent un angle baso-scutal coupé
obliquement. La face externe porte des bourrelets d’accroissement proéminents et crénelés,
entrecoupés d’arêtes longitudinales, assez proéminentes. La face interne est lisse; l’arête
articulaire, moyennement proéminente, mesure plus de la moitié de la longueur du bord tergal ;
le sillon articulaire est étroit et peu profond ; l’arête du muscle adducteur est peu visible ; les
cavités des muscles, adducteur et latéral, sont larges et profondes; le bord basal est parfois
faiblement crénelé.
Remarque
Les scutums des C. (C.) sendaicus de Vendée se distinguent bien de ceux des C. (C.)
concavus conccmis. Les scutums de C. (C.) sendaicus sont plus épais, toujours très concaves
extérieurement ; l’apex est plus arrondi ; l’ornementation de la face externe est plus accusée, les
bourrelets d’accroissement sont crénelés; face interne, l’arête du muscle adducteur est peu
visible. Je n’ai reconnu aucun tergum, ni aucune plaque capitulaire attribuable à C. (C.)
sendaicus. Yamagucui (1982) note que C. (C.) .sendaicus et C. (C.) concavus concavus sont
voisines morphologiquement. 11 indique que les deux espèces ont en commun des parois, en
général lisses extérieurement, traversées par des canaux longitudinaux transversalement septés,
et des rayons dont le sommet est oblique par rapport à la base. En revanche, la taille des
rayons diffère entre les deux espèces; ils sont larges chez C. (C.) sendaicus, étroits chez C. (C.)
concavus concavus.
Répartition
L’espèce C. (C.) sendaicus, seule représentante du genre Concavus dans le Pacifique Ouest,
n’était connue, jusqu’ici, que du Miocène du Japon. Il est désormais établi qu’elle vivait
également en Europe, non seulement dans le domaine atlantique (Miocène et Pliocène de
Vendée), mais aussi dans le domaine méditerranéen [Pliocène d’Aguilas (Espagne) et de Saint-
Gilles du Gard (France)] (Carriol : résultats non publiés).
Genre BALANUS Da Costa, 1778
Balanus spongicola Brown, 1844
(PL II, 1-2)
Synonymie
Balanus spongicola', Newman & Ross, 1976 : 66 (importante liste de synonymie); Relini, 1980 : 73,
pl. 10 fig. 1-2; Carriol, 19826 : 14; Menesini. 1984 : 298-299; Menesini & Casella, 1988 :
250-251. pl. 1 fig. 8, pl. 7 fig. 2-3.
Matériel. Quatre scutums (ou fragments de scutums) et un fragment de tergum.
Description
Les scutums, face externe, sont faiblement concaves et présentent de proéminents
bourrelets d’accroissement coupés par des sillons rayonnants depuis l’apex qui est pointu. Face
interne, l’arête articulaire, peu proéminente, mesure environ six dixiémes de la longueur du
bord tergal. L’empreinte du muscle adducteur est large, moyennement profonde et mal
délimitée côté occluseur. L’arête du muscle adducteur, faiblement proéminente, borde le côté
tergal de celte empreinte, puis se sépare en deux branches; l’une, courte, longe la moitié du
bord basal de l'empreinte du muscle adducteur ; l’autre descend tout droit vers le bord basal de
la valve, en formant le bord occluscur de la cavité du muscle dcprcsscur latéral. Celte cavité du
muscle dépresseur. allongée et profonde, se situe dans le prolongement d’un sillon, très
caractéristique de l’espèce (Stubbings, 1963), qui s’étend, depuis l’apex, entre l’arête articulaire
et celle du muscle adducteur.
Rép.\rtitton
L’espece B. spongicola est apparue en Méditerranée à l'Oligocène (Menesini, 1984). Elle
s’est répandue dans l'Atlantique, au Miocène inférieur, et elle est présente en Vendée, au
Miocène moyen comme au Pliocène. Au Miocène moyen, elle avait été signalée avec certitude
à Manthelan-Bosséc (Davadie, 1963) et avec doute à Mirebeau (Vienne) et Picauville
(Manche) (De Aeessandri, 1906). Au Pliocène elle est connue à Gourbesville (Manche) (De
Alessaneiri, 1906). De nos jours elle se rencontre en Méditerranée méridionale et dans le sud-
ouest de l’Angleterre jusqu’à l’extrémité sud de l’Afrique, comme dans l’océan Indien
(Menesini, 1984). Relini (1980) la signale également au Brésil et au Venezuela.
Balanus perforatus longistriatus nov. subsp.
(PI. Il, 3-4)
Diagnose. — Scutum, extérieurement, avec trois sillons longitudinaux.
Derivatio nominis. — Morphologique : relatif aux sillons longitudinaux des scutums.
Locus TYPicus. L'Ogerie, commune de Challans, Vendée, France.
PosiriON straiigrai’hique. — Miocène.
Matériel. — Holotype : MHNN.A.F.44,. scutum droit. Miocène de l’Ogerie (commune de
Challans); paratype : MHNN.A.F.49, scutum droit. Miocène des Coûts (commune de Challans).
Matériel rapporté : un fragment de scutum gauche. Miocène des Coûts (commune de Challans).
Données biométriques. Holotype bord articulaire 11.2mm; arête articulaire 8.2 mm; bord
occluseur 15,5mm; paratype; bord occluseur 14.1mm.
Description
Le scutum est peu large, mais assez allongé. Sa face externe est très faiblement concave ;
elle présente des bourrelets d’accroissement peu marqués que coupent trois sillons longitudi-
— 148 —
naux peu profonds, rayonnant depuis l’apex. Deux sillons sont situés dans le milieu de la valve,
le troisième est tout proche du bord tergal. Sur sa face interne, le sillon articulaire est peu
profond et l’arête articulaire se tennine par une courte pointe. L’arête du muscle adducteur est
proéminente; elle va de l'apex au bord basal en s’incurvant; elle est séparée de l'arète
articulaire par un sillon qui s'élargit en descendant de l’apex. Ce sillon atteint sa largeur
maximale dans sa partie terminale, c’est-à-dire entre l’extrémité postérieure de l’arête
articulaire et le bord basal; il est alors bordé, d’un côté, par l’arête du muscle adducteur, et de
l’autre, par le bord tergal relevé. La cavité du muscle dépresseur latéral est située à l’extrémité
basale élargie de ce sillon; elle est large et assez peu profonde, avec des limites bien marquées;
son côté occluseur est bordé par une courte arête peu saillante. Tergums, muraille et base sont
inconnus.
Rapports kt différences
Avant la découverte de Balanus perforatus longistriatus, l’espèce Balanus perforatus
compte quatre sous-espèces. Il s’agit de B. p. peiforuius Bruguière. 1789 [dans le champ de
variabilité de laquelle sont entrées successivement B. p. anguxliis (Menesini, 1976), B. p.
traiichii (Carriol, I982o) et B. p. chorJatus (Menesini et Caseela. 1988)]; de B. p. fistulosus
(Poli. 1791); de B. p. mimbilis Darwin. 1854 et de B. p. altavillensis Seguenza, 1876. De ces
quatre sous-espèces seuls les scutums de la sous-espèce nominative ont fait l’objet d’une
description. Ces scutums ne diffèrent de ceux de B. p. longistriatus que par l’absence de sillons
longitudinaux sur leur face externe.
Sous-famille Megabalaninae Newman, 1979
Genre MEGABALANUS Hoek, 1913
Megabalanus dollfusi (De Alessandri, 1906)
(PI. Il, 5-11)
Synonymie
Balanus dollfusi'. De Alessandri, 1906 : 275, pl. 9 fig. 19-21; De Alessandri, 1907 : 196, fig. 8;
Lecointre, 1910 : 137, pl. 10 fig. 7-10.
Megabalanus dollfusi', Newman & Ross. 1976 : 68; Carriol, 19826 : 17; Pareyn ei al.. 1983 ; 399.
Matériel. Deux tests entiers, six fragments de tests, quelques dizaines de scutums et deux
tergums. Les deux tergums ont été retrouvés dans le gisement des Coûts (commune de Challans) en
compagnie de trente-cinq scutums et de cinq tests (ou fragments de tests). Aucune de ces pièces n’était en
connexion, mais, selon toute vraisemblance, elles appartiennent à la même espèce.
Description
Il s’agit de la première redescription de M. dollfusi depuis sa création, une redescription
qui prend en compte l’ensemble des pièces minéralisées et en particulier les tergums, jusque-là
— 149 —
inconnus. Le test blanc crème est globulo-conique. Le large orifice operculaire est Irigonal. Les
parois présentent, extérieurement, des côtes longitudinales qui peuvent être totalement
estompées; ces parois sont percées par des canaux longitudinaux à large section. Les rayons
sont larges; leur sommet est parallèle à la base; ils présentent une alternance de canaux de
faible diamètre et de septcs pourvus de dcnticules sur leur face inférieure comme sur leur face
supérieure. La gaine, souvent de couleur violette, est striée. La base possède des canaux
rayonnants.
Les scutums peuvent atteindre de grandes dimensions (le bord occluseur du plus grand
d’entre eux a 38 ram de long); ils sont pliés suivant une ligne allant de l'apex au milieu du bord
basal. Chaque scutum est donc constitué d’une partie tergale et d'une partie occlusale formant
un angle d’environ 120". Extérieurement, la valve montre des bourrelets d'accroissement plus
proéminents dans la partie occlusale et qui sont, uniquement dans cette partie, traversés par de
fines stries rayonnant depuis l'apex. Intérieurement, entre l’apex et l’empreinte du muscle
adducteur, la valve est ornée par quelques crêtes. L’arête articulaire mesure plus des trois
quarts de la longueur du bord tergal ; elle est droite et développée. Le sillon articulaire est assez
large et profond. L’arête du muscle adducteur est d’autant plus proéminente que la valve est
grande; elle est séparée de l’arête articulaire par un sillon dans le prolongement duquel .s’étire
la profonde cavité du muscle dépresseur latéral. L’empreinte du muscle adducteur forme une
cavité arrondie, moyennement profonde.
Le tergum est pointu, mais dépourvu de bec. Face externe, les bourrelets de croissance
sont peu proéminents; le sillon longitudinal est fermé sauf au niveau de l’éperon. L’éperon, de
longueur moyenne, a son extrémité coupée en biais (ainsi, son côté scutal descend plus bas que
son côté carénai); il est pratiquement en contact avec le bord scutal, qui est plié
longitudinalement, et la partie scutale du bord basal est donc inexistante. Le bord scutal est
rectiligne. L'arête articulaire est faible et le sillon articulaire peu profond. Les crêtes du muscle
dépresseur sont bien marquées.
Répartition
L’existence de M. dollfusi est reconnue dans le nord-ouest de la France au Miocène moyen
à Caillaud (Vendée) et Picauville (Manche) par De Ali-ssandri (1906) et à Mirebeau (Vienne)
par Lecointrk (1910). Elle l’est également au Pliocène à Pigeon-Blanc (Loire-Atlantique) et
Saint-Georges-de-Bûhon (Manche) par Du Ai.ess.\ndri (1906). Je l’ai signalée (Carriol,
19826) dans le Pliocène de Beugnon (Maine-et-Loire), un gisement placé suivant les auteurs
dans le Pliocène inférieur (Lauriai-RaC/H, 1981), le Mc.ssinien (Caveuhr et colL, 1980) ou le
Tortonien (Cavei.ier, 1989). La redécouverte de M. dollfusi dans le Miocène moyen et le
Pliocène de Vendée confirme la présence de cette espèce dans le nord-ouest de la France. Dans
la mesure de nos connaissances, M. dollfusi semble endémique de cette région.
Conclusion
Si l’on considère les espèces de Balanoidea de la faune du Néogène de Vendée, on constate
qu’elles viennent toutes de la Méditerranée à l’exception de Megabalamis dollfusi qui semble
endémique du nord-ouest de la France. Ainsi Concams {Concavus) concavus, Balanus
— 150
perforatus et Balcmus spongicola ont suivi un même modèle de dispersion ; colonisation de la
Méditerranée à l'Oligocène, puis passage dans l’Atlantique au Miocène inférieur. Pour
Concavus (Concuvus) sendaiciis, il s’agit de la première découverte de ce taxon hors du Japon et
postérieurement au Miocène. Sa présence dans l'Atlantique au Néogéne élargit considérable¬
ment son aire de répartition et indique des relations entre le domaine atlantique européen et
l’est de l’Asie via la Tèthys. Ces indications laissent envisager pour la Vendée de l'époque un
climat tempéré chaud de type méditerranéen. En outre, il devait s'agir d'un milieu franchement
marin puisque n'apparaît aucune espèce affectionnant les eaux dessalées et que Concavus
(Concavus) concavus, qui est de loin l'espèce la plus abondamment représentée, est réputée
pour sa capacité à vivre dans tous les milieux infralittoraux (Menesini & Casella, 1988) à
condition que la salinité y soit normale.
Remerciements
Je remercie vivement J. M. Viaud pour le prêt du matériel d’étude, ainsi que A. Lauriat-Rage
(Laboratoire de Paléontologie, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris) qui, en plus, a accepté de
relire le ntanuscrit et m’a fait profiter de ses conseils. Je remercie également F. Pilard (Laboratoire de
Paléontologie. Mu-séum national d’Hi.stoire naturelle, Paris) pour la réalisation technique des planches.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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— 152 —
Planche I
1-2, — Concavus (Concavus) sendaicus ; 1, MHNN.A.F.36, scutum face interne; 2, MHNN.A.F.37, scutum face
externe.
3-5. — Actinobalanus sp, ; 3, MNHN.A.F.38, rostre face interne; 4, MFINN.A.F.39, rostre face externe; 5,
MHNN.A.F.40, carène face interne porteuse d’un fragment de base.
6-7. — Concavus (Concavus) concavus concavus : 6, MHNN.A,F.41, scutum face interne; 7, MHNN.A.F.42, scutum
face externe.
Observation et prise de vue au M.E.B. : C. Weber-Chancogne, Laboratoire de Paléontologie, Muséum natio¬
nal d’Histoire naturelle, Paris.
PLANCHE I
— 154 —
Planche II
1-2. — Balanus spongicola : i, MHNN.A.F.43, scutum face externe; 2, le même face interne.
3-4. — Balanus perforatus longislriatus : 3, MHNN.A.F.44, holotype, scutum face externe; 4, le même face interne.
5-11. — Megabalanus dollfusi : 5, MFINN.A.F.45, scutum face externe; 6, MHNN.A.F.46, test; 7, MHNN.A.F.45,
scutum face interne; 8, MHNN.A.F.47, tergum face externe; 9,1e même face interne; 10, MHNN.A.F.48,
fragment de tergum face externe; 11,1e même face interne.
Photographie de L. Merlette, Laboratoire de Paléontologie, Muséum national d’FIistoire naturelle, Paris.
PLANCHE II
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4' sér., 14, 1992,
section C, n“ 2 : 157-160.
Révision de la Libellule fossile miocène
Lithogomphus munsbergianus Beier, 1952
(Odonata, Gomphoidea)
par André Nkl
Résumé. — Nous redécrivons Lithogomphus munsbergianus Beier, 1952 fossile du Miocène d'Autri¬
che qui ne peut être considéré que comme un Odonata Gomphidae incertae sedis nov. stat.
Abstract. — We redescribe Lithogomphus munsbergianus Beier, 1952 from the Miocene of Austria.
That fossil Dragonfly must be considered as a Odonata Gomphidae incertae sedis nov. stat.
Mots-cIcfs. — Odonata, Gomphidae, Lithogomphus munsbergianus Beier, 1952 (= Odonata Gom¬
phidae incertae sedis nov. stat.), fossile. Miocène, Autriche.
A. Nkl, B. avenue 1361)0 La Claïui, Fruiire.
Beier (1952 : 129-130, fig. 1) avait décrit et figuré une curieuse aile fossile du Miocène de
Leoben (Autriche) sous le nom de Lithogomphus munsbergiantts. Sa nervuration, telle que la
restitue Beier, apparaissait tout à fait extraordinaire pour un Gomphidae ou même un
Anisoptera, en particulier dans la région du triangle discoiidal et de la base de l'aile. Ce fossile
posait donc un problème quant à ses rapports réels avec les Gomphidae. Or. il n'avait jamais
été révisé, exception faite d'une mention de Ponomarenko & Schultz (1988 ; 26 et 30) dans
leur liste des Insectes fossiles conservés dans les collections du Muséum de Vienne. Ces auteurs
se contentent de le signaler.
Grâce à l’obligeance du Dr O. Schultz, responsable des Collections de Paléontologie du
Naturhistorischen Muséum in Wien, qui a bien voulu nous communiquer ce fossile, nous
pouvons réaliser cette révision.
Nous utiliserons la nomenclature de la nervuration de Riek & Kukalova-Peck (1984).
LITHOGOMPHUS Beier, 1952
[= Odonata Gomphidae incertae sedis nov. stat.]
Lithogomphus munsbergianus Beier, 1952
[= Odonata Gomphidae incertae sedis nov. stat.]
Holotype : Spécimen l889/n° 98, empreinte et contre-empreinte, collection du Naturhistorischen
Muséum in Wien, Geologi.sch-Palâontologischen Abteilung.
158 —
Age et gisement ; Miocène, Carpatien-Badénien inférieur, « Münzenberg bei Leoben », Steiermark,
Autriche.
Présentation : Empreinte et contre-empreinte d'une aile postérieure dont le champ cubito-anal est
très détérioré. L'aile est conservée à la surface d’une fine lamine noire charbonneuse, ce qui rend son étude
très malaisée. De plus, la plupart des nervures transverses ne sont pas conservées. En fait, seules les
nervures longitudinales principales sont visibles mais seulement dans leurs parties proximales. Aucune
trace de coloration n'est comservée. L'aile devait néanmoins être hyaline.
Description (fig. 1)
La nomenclature employée pour la nervuration est celle de Riek & Kukalova-Peck.
(1984).
Nous pouvons constater que l’interprétation de la nervuration de ce fossile faite par Beier
est totalement erronée. Cet auteur a en effet interprété des petites brisures de la roche comme
des nervures transverses et la forme de son triangle discoi'dal est fausse. En fait, ce qui est
conservé de la nervuration de ce fossile correspond à celle d'un Gomphidae « normal ».
Longueur de l'aile : 35mm, largeur : 10 à 11 mm, largeur au niveau du nodus : 9mm,
distance de la base au nodus : 15 mm, du nodus à l'apex : 20 mm. Le pterostigma est assez bien
conservé. Il est grand, long de 5,2mm et large de 1 mm. Il est probablement embrassé
proximalement mais la nervure transverse qui l’embrasse est très mal conservée. Le bord costal
n’est pas pariiculiérement courbé ni épaissi le long du pterostigma (fig. Ib). Il est impossible de
Fig. I. — Lithogomphus munshergumus Beier, 1952 [= Oïdonala Gomphidae incertae sedi.s nov. stat.], spécimen
1889/n® 98: a, schéma de Pailc postérieure; b. schéma du pterostigma.
— 159 —
déterminer combien de cellules couvrent le pterostigma (probablement entre quatre et six?).
Triangle discoïdal libre, allongé, long de 3,2mm et large de 1,9mm. Son angle ventral apparaît
très aigu mais cette région étant mal conservée, ce caractère est peu fiable. Hypcrtriangle et
espaces médian et sous-médian libres. L'espace sous-médian contient néanmoins une Ibrte
nervure transverse qui définit nettement un espace sous-discoïdal d’une cellule. Les secteurs de
l’arculus (RP et MA) sont nettement séparés à leur base (écart de 0,1 mm). RP est déformée
dans son parcours par la fossilisation, ce qui fait que cette nervure semble refusionner avec RA
distalement. RP est aussi déformée au niveau de la naissance de 1R2 et fait un coude anormal
certainement dû à la fossilisation. Les nervures MA et RP3-4 sont parallèles entre elles dans
leurs parties conservées mais ces nervures ne sont plus visibles prés du bord ventral de Paile. Il
en va de meme pour MP et CuA. Il est donc impossible de savoir si ces deux nervures
s’écartent ou non l'une de l'autre prés du bord ventral de l’aile. Il est impossible de déterminer
s’il existe une boucle anale ouverte ou fermée ventralemcnt car tout le champ cubito-anal est
très détérioré. Seules les bases des branches de la CuA sont encore visibles. L’espace
postdiscoïdal est étroit et ne contient que deux à trois rangs de cellules après le triangle
discoïdal. Il est très mal conservé distalement. Il est impossible de déterminer s’il existe ou non
des nervures Mspl. Rspl et IRl. Tous les champs entre RP3-4 et RP2 et entre RP2 et RPl
sont inutilisables. Les postnodales ne sont pas conservées. Seules les deux anténodales
principales sont (faiblement) visibles.
Discussion
Cette aile ressemble à celle d’un Gomphidae. Quelques caractères peuvent permettre de la
rapprocher de ce groupe : secteurs de l’arculus séparés à leur base (symplésiomorphie des
Gomphidae), présence d’un espace sous-discoïdal d’une cellule (apomorphie présente chez les
Gomphidae mais aussi chez les Petaiuridae et les Cordulegasti idac, entre autres), nervure CuA
ressemblant à celle des Gomphidae, Petaiuridae, Cordulegastridae et Aeshnidae, pterostigma
long mais plutôt large, ne ressemblant pas à celui d’un Petaiuridae, taille plutôt petite. Ces
caractères malgré tout ne sont pas décisifs pour une attribution irréfutable aux Gomphidae.
Nous pouvons néanmoins la ranger dans ce groupe en tenant compte de son âge relativement
récent et de sa ressemblance avec celle d’un Goniphus actuel (si ce fossile av'ait été récolté dans
des couches d’âge Crétacé inférieur, par exemple, il aurait été impossible de l'attribuer sans
réserves aux Gomphidae). De plus, elle n’a conservé pratiquement aucun caractère qui
permettrait de la rapprocher d’une sous-famille ou d'un genre précis de Gomphidae
(pterostigma, champ cubito-anal, boucle anale, Mspl, Rspl, anténodales, IRl, nervures
transverses entre RP et RA en avant du nodus..., Carle, 1986; Belce, 1979; Shi.ys
Longchamps, 1857;...). Le rapprochement avec Progomphus Selys, 1854 proposé par Beier
(1952) n’est pas mieux justifiable qu’un rapprochement avec Aphyllu Selys. 1854, Hagenius
Selys, 1854 ou encore Drumogomphus Selys. 1854.
En conclusion, Lithogomphm munshergiiinus Beicr, 1952 ne peut être que tout au plus
considéré comme un Odonata Gomphidae incertae sedis nov. stat.
Lithogompinis mimshcrgiuinis Beier, 1952 est un exemple supplémentaire de ce que l’on
obtient en voulant nommer à tout prix des fossiles inutilisables : créer des taxa dont la position
est incertaine et encombrer la littérature scientifique.
160 —
Remerciements
Nous remercions encore une fois le Dr Ortwin Schultz sans lequel cette mise au point n’aurait pu
avoir lieu.
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Bull. Mus. natl. Hist. nal.. Paris, 4' sér., 14, 1992,
section C, n° 2 : 161-184.
Données nouvelles sur les Créodontes Proviverrinés
des zones MP 16 et MP 17 des Phosphorites du Quercy
par Brigitte Lange-Badré et Christian Mathis
Résumé. — Cinq gisements des Phosphorites du Quercy, s'échelonnant entre le Bartonien supérieur
et le Ludien inférieur, ont livré des restes de petits Créodontes Proviverrinés parmi lesquels
Cynohyaenodon cayluxi et Paracynohyamodon schlosseri, ce dernier étant pour la première fois localisé
dans sa région d’origine. Le nouveau matériel a aussi permis d’élucider le statut taxonomique de
Prototomus'l minot et P.’l Imlhosiis. espèces qui doivent être rapportées au genre Allopierodun et sont
apparentées à l'espèce .1. torvidufi d’Egerkingen f (Suisse). L’extension bioslratigraphiquc des différentes
localités permet d'envisager les variations de taille de Cynohyaenodon cayluxi et Allopierodun minor
pendant environ 2 millions d'années.
Mots-clés. Créodontes, liyaenodonüdés, Proviverrinés. Évolution, Bartonien, Ludien, Phospho¬
rites du Quercy,
Abstract. — Small creodont teeth and mandihles recently hâve been picked up in somc Quercy
Bartonian and 1. udian localities. Cynohyaenodon caylmi and the uncommon .spccics, Paracynohyaenodon
schlosseri are identified. The upper teeth of P. .schlosseri are doeumented in the type area for the iirst time.
The new malerial repoDed to Prototomiisl minor and P. 7 bidho.sus enlighicns the taxonomtc place of thçse
two species which are referred to the genus Allopieradon and relatcd to A. lorvidiis from Egerkingen y
(Switzerland). The biostratigraphic range of the dilTcroni sites suggests thaï Cynohyaenodon cayluxi and
Alleptorodon minor recorded low size variations for 2 My.
Key-words. Creodonta, Hyaenodontidae. Proviverrinae, Evolution, Bartonian, Ludian, Quercy.
B. Lange-BaI-irk, Laboniloire de Paléonwlogic des \ enébrés ei Paléoniologie humaine. Université Paris V[, Case 106,
4. place Jussieu, 75006 Paris.
C. Mathis, 9. parc de ta Paulc. Echenoz-la-MéIme. 70000 Pe.soul.
Introduction
La pratique généralisée des lavages-tamisages dans les gisements des Phosphorites du
Quercy exploités au cours des deux dernières décennies permet de pallier peu à peu les
principaux handicaps — matériel rare, mal localisé, et mal daté — inhérents à cet ensemble de
sites. Grâce à l’auginentation sensible du nombre de spécimens rapportés à chaque taxon, la
détermination spécifique et les études biométriques vont de pair dans un contexte slratigraphi-
que bien défini.
Les Créodontes faisant l’objet du présent travail proviennent de cinq localités : Le Bretou,
en passe de devenir un « classique » avec la monographie de KoEESTHrrER et al. (1988), mais
déjà cité par Martin (1906). Lavergiie, Les Clapiès, La Bouffie et Perrière dont les associations
fauniques sont connues déjà en partie (Crochet et al.. 1981 ; Rémy et al., 1987).
— 162 —
Les deux premières appartiennent à la MP 16, les trois autres à la MP 17. Ces deux
niveaux-repères sont utilisés dans le sens qui leur a été donné après discussion des groupes de
travail ayant participé à l’élaboration de l'échelle biostratigraphique du Paléogène, lors du
Symposium international de Mayence, en 1987 (Munchner. Geowiss. Ahh., 1987, A, 10 : 18-19
et 26-29). La contribution apportée ici concerne plus particulièrement la variation intraspécifi-
que, révolution des différentes populations et les relations avec le matériel anciennement
décrit, dont les hololypcs, conservé dans les collections du Muséum national d’Histoire
naturelle (Paris) et du Nalurhistorisches Muséum de Bâle (Suisse).
Tous les spécimens provenant de ces différents sites font partie de collections privées et ils
sont désignés sous le nom de code de leur inventeur à l’exception de celle de D. Vidalenc
déposée au Laboratoire de Paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle (Paris).
Genre PARACYNOHYAENODON Martin, 1906
Paracynohyaenodon schlosseri Martin, 1906
(Fig. 1-10; tabl. I)
Synonymie
Paracynohyaenodon cf. schlosseri in Mathis, 1985 : 310.
Cynohyaenodon magnus Crochet, 1988 : 57.
Matérif.i . — Le Breton : Collection Vidalenc : (Qu 17352), (Qu 17354) cassé.s, (Qu 17353); Mj
(Qu 17358); P* (Qu 17351); P’ (Qu 17355); P-^ (Qu 17356); M" partie linguale (Qu 17350). Collection
Lamaüd : P, (Bre 1097); P^ (Brc 1095, Bre 1099); P 4 (Bre 1095, Bre 1096), M, (Bre 2011); H (Bre 1098),
P^ (Brc 2010) : DP’ (Bre 2012). Collection Mathis ; C inf (l.BT 622); P, (LBf (i30) ; P- (LBT 624 cassée,
LBT 625); P 3 (LBT 623. LBT 628); (LBT 629. LBT 271 ca.ssée); M^ (LBT 265); C sup. (LBT 626).
P^ (LBT 621); P-* (LBT 620 cassée. LBT 266); M- (LBT 268); DP** (LBT 267); fragment de mandibule
avec les racines de M 2.3 (LBT 13'40). — Les CTapiès : Collection Mathis : Mj (CLP 1).
Répartition géographique et stratigraphique. — Phosphorites du Quercy : Le Bretou et Les
Clapiès. Robiac. Bartonien supérieur (MP 16 et 17).
Description
Cet ensemble de dents isolées, bien conservées, à l'émail rugueux répond bien à la
description que Crochet (1988 : 58-59) a donné du matériel qu’il attribue à une espèce
nouvelle de Cynohyaenodon, C. magnus. Il est donc possible de compléter les observations de
cet auteur.
La canine supérieure est peu incurvée. La racine est très longue, dépassant d’un tiers
environ la hauteur de la couronne. Deux carènes marquent le passage de la face linguale aux
faces mésiale et labiale.
(Qu 17351) est plus haute que longue. Le cingulum haut et large fait le tour de la
— 163 —
couronne. Atténué sur la face labiale, il est particulièrement développé dans la moitié disto-
linguale où il est surmonté d’une petite cuspide basse et arrondie, en arrière de la cuspide
principale (fig. I).
P* (LBT 621, Bre 2010, Qu 17355) est d’environ un quart plus longue que haute. La
racine distale est très large et parcourue par un sillon, vestige d’un stade à racine linguale
indépendante. Il y correspond un élargissement lingual de la base de la couronne. Comme sur
P^, une petite cuspide, de taille variable selon les spécimens, est portée par le cingulum en
arrière de la cuspide principale (fig. 2).
Fig. 1-6. — Paracynohyaenodon schlosseri Martin, 1906, Le Breton, 1, droite (Qu 17351). vues occlusales (a) et
linguale (b) ; 2, P' gauche (Qu 17355), vues occlusale (a) et linguale (b) ; 3, P* droite (LBT 266), vues occlusale (a) et
vestibulaire (b); 4, dP^ droite (Bre 2012). vues occlusale (a) et vcstibulairc (b); 5. dP‘' droite (LBT 267), vue
occlusale; 6. droite (LBT 268), vues occlu.salc (a) cl vestibulaire (b). Échelle = 5mra.
P'* (LBT 620 et 266, Qu 17356) possède un lobe lingual subquadrangulaire, étroit, en
contrebas de la cuspide vestibulaire. H est formé essentiellement d’un protocône massif,
conique, dont le sommet déporté mésialcment par rapport à celui du paracône est relié à la
base de ce dernier par une petite crête. Deux petites cuspides arrondies, de part et d’autre du
protocône, contribuent à donner un aspect massif à l’expansion linguale (fig. 3).
DP' (Bre 2012) est une dent longue, au parastyle peu individualisé et présentant une
proéminence linguale, triangulaire, basse et étroite. La crête distale porte deux renflements
successifs mais elle est dépourvue de sillon carnassier (fig. 4).
DP* (LBT 267), malgré une usure forte, correspond à la description de Crochlt (1989).
Le parastyle forme une petite pointe indépendante du paracône. à la rencontre des cmgulums
mésial et labial. La base du paracône est forte et bien distincte de celle du métacône. La partie
linguale est longue et étroite; seule la base du protocône est conservée, indiquant une cuspide
épaisse. A proximité du métacône, la postprotocrista est épaissie (fig. 5).
(LBT 268) est remarquable par la très forte réduction du paracône vertical,
étroitement accolé au métacône; seul son sommet est indépendant. Le parastyle est très petit et
l’angle antéro-mcsial tronqué est arrondi. La base du métacône, dont les parois sont fortement
— 164 —
bombées, forme une proéminence sur la face veslibulairc. Le métastyle, à peine plus long que
le pseudamphicône, n’est pas aligné sur le métacône : toute sa base fait saillie sur la face
vestibulaire ; la fente carnassière est courte et se prolonge par un sillon jusqu’à la base de la
couronne. La face linguale du protocône est étroite et inclinée de 50" sur l'horizontale. Le
sommet du protocône est piquant. Les deux bords du lobe lingual sont inégalement hauts, le
distal étant plus bas et plus lisse que le mésial. A proximité de la base du pseudamphicône, des
granulations allongées occupent l’emplacement des conules (fig. 6 ).
P, (LBT 630. Bre 1097) est biradiculée, fortement asymétrique, avec le bord mésial court
et le distal long. Le cingulum lingual, large et épais, se relève à chaque extrémité pour former
un petit relief basal, l'antérieur étant plus développé que le postérieur. Sur la face labiale, la
base de la couronne est très bombée mais le cingulum n'est pas visible.
p 2 (Qu 17352) montre le même développement inégal du cingulum que Pj (fig. 7). Quant
aux reliefs accessoires basilaires, ici c’est le distal qui l'emporte sur l'antérieur. Ils vont se
renforcer sur P, (LBT 623, 628 et Bre 1095, 1099) et sur P 4 (Bre 1096). où il se forme un
véritable talonide court, portant une cuspide unique, épaisse et peu haute que contourne le
cingulum.
Fig. 7-10, — Paracynuhyaemuhn xchlosseri Martin, 1906. Le Breton. 7, Pj gauche (Qu 17352). vues vestibulaire (a) et
linguale (b); 8. Pj droite (LBT 628), vues vestibulaire (a) et linguale (b); 9, Ma droite (Qu 17358), vues linguale (a),
occlusale (b) et vestibulaire (c); 10, Mj gauche (LBT 265), vues vestibulaire (a) et linguale (b). Échelle = 5 mm.
Les deux Mj (LBT 269,Qu 17358) sont mieux conservées que celle figurée par Crochet
(op. cil., fig. 7). La longueur de la face linguale du trigonide est nettement supérieure à la
hauteur du paraconide ou du métaconide. Ces deux cuspides sont fortes avec une base linguale
longue, celle du métaconide se trouvant légèrement en retrait de celle du paraconide. Celui-ci
déborde largement en avant de la racine mésiale; il est plus long que le métaconide mais sa
— 165 ~
longueur est égale à sa hauteur. Son bord antéro-lingual s'infléchit quelque peu vers l'arrière
pour rejoindre le sommet de la cuspide d'où se détache un petit pli d’émail marquant la limite
entre les faces linguale et suprapréfosside. L'entocingulum se suit plus ou moins distinctement
jusqu’au métaconide. L'ectocingulura a une orientation et un développement variable mais il
ne dépasse pas le sillon intraparacristide. Sur l.BT 269, il remonte haut sur le paraconide alors
que sur Qu 17358, il est peu incliné et proche du bord de la couronne. La préfosside, haut
située et largement ouverte à mi-hauteur des cuspides linguales, est peu profonde. Le talonide
est court et à peine plus étroit que le trigonide. L’hypoconide. l'entoconide et l’hypoconulide
sont de tailles voisines; ils tendent à .se fondre en une crête entourant la postfosside à peine
creusée et dont seuls émergent leurs sommets pinces cl piquants. Entre Qu 17358 et LBT 269,
la différence porte sur l'aspect plus gracile de la première des deux dents dû à une moindre
usure (fig. 9).
Les deux Mj (LBT 265, Bre 2011) sont tout à fait caractéristiques du genre
ParacynohyaenocUfti, avec leur paraconide aussi long que haut, leur préfosside peu profonde,
leur métaconide très réduit et à la base fusionnée à celle du protocomde, et leur talonide lisse
aux cuspitlcs à peine individualisées. L’entocingulum se suit du parastylide au talonide et le
repli d’émail séparant les faces linguale et suprapréfosside est plus longue et mieux différenciée.
Mj diffère de par les proportions differentes du trigonide long, en relation avec l’etiremcnt
du paraconide orienté plus mésialement. et le talonide très court (tig. 10 ).
Aux Clapics, Paratynoliyacuof/on mugmis est représenté par une dans tm état de
conservation rare car cette dent est généralement très usée chez les Hyaenodontidés. Elle révélé
les proportions du protoconide massif et modérément élevé alors que .sur M j sa hauteur est le
double de celle du paraconide. Elle diffère de la M, du Bretou par l'effacement du cingulum,
l'hypoconide plus allongé et des cuspides du talonide plus épaisses. Cependant ce matériel est
trop restreint pour en déduire une quelconque tendance évolutive entre les deux gisements.
La denture de P. schlosseri considérée dans son ensemble, montre l’association de
prémolaires arrondies, plutôt massives et de molaires aux arêtes longues et acérées,
particuliérement développées sur M 3 , comme l’avait souligné Martin (1906). Saluons au
passage la perspicacité de cet auteur qui, à partir des dentures inférieures incomplètes dont il
disposait, en a induit les principaux caractères des molaires supérieures.
Discussion
Les spécimens mentionnés ci-dessus forment avec ceux décrits par Crochet (1988) sous le
nom de CyiioliyaenocJon magnus un ensemble homogène, appartenant à un seul et même taxon.
Toutefois, au vu des caractères observés, notamment sur les molaires inférieures, il convient de
rapporter ce matériel au genre Panteynohyaenodon Martin et non à Cynohyaenodon.
Paracynohyuenüdon a pour espèce-type P. schlosseri dont l'holotype un fragment de
mandibule portant les trois molaires (QuB 393, conservé au Naturhistorisches Muséum. Bâle)
— provient aussi des Phosphorites du Quercy. malheureusement d'une localité inconnue. C'est
donc la première fois que cette espèce est localisée préciscmcnl. dans sa région d'origine, alors
que depuis environ trente ans des fouilles paléontologiques régulières y sont entreprises.
Les caractères différenciant Paracynohyaenodon de Cynohyaenodon ont été établis par
Martin et complétés par Lange-Badré (1979). A leur liste, le matériel du Bretou permet
d’ajouter les différences suivantes :
— 166 —
le bombement marqué des parois latérales des dents jugales ;
la grande inelinaison de la faee linguale du protocône;
la très forte réduction du paracône accompagnée de sa fusion au métacône à ;
la brièveté du bord distal de Plf-J;
la présence d'un repli d’émail au sommet du paraconide des trois molaires;
les proportions relatives du talonide/trigonide;
le paraconide de Mj aussi long que haut.
Par rapport à l’holotype, les molaires du Bretou présentent quelques différences qui
correspondraient à un état moins évolué des caractères : moindre ouverture de la préfosside,
repli d'émail du paraconide plus court à M^, paracristide un peu moins longue et métaconide
moins réduit à Mj.
Quant aux proportions relatives talonide/trigonide, les rapports des largeurs sont
comparables alors que ceux des longueurs accusent une variation importante pour M 2 (48%
contre 60% à l'holotype) et M 3 (32% contre 45%). Le talonide des Mj du Bretou est
Tableau I. — Dimensions (en mm) des dents jugales de Paracynohyaenodon schlosseri.
PI
P2
P3
P4
Ml
M2
M3
Denture supérieure (0 M-D x 0 V-L)
Le Bretou
6,8 X 4,3
6.9 X 4,4
7,3 X 4,4
7,7 X 4,8
8,4 X
8,4 X 7,2
8,2 X 6,8
8,6 X 10
Crochet
(1988)
5,8 X 3,6
5,3 X 3,4
7,2 X 4,4
9,0 X
0
X X
9,5* X 9,0
Denture inférieure (0 M-D x 0 V-L)
Les Clapiès
7,6 X 4,7
Le Bretou
6,2 X 3,3
6,5 X 3,3
7,1 X 3,9
7,0 X 4,0
-- X 4,0
6,5 X 3,7
7,0 X 4,1
7,1 X 4,1
7,0 X 3,7
7,5 X 4,3
7,3 X ~
8,7 X 5,1
8,3 X 5,1
8,9 X 5,6
8,6 X 5,2
Crochet
(1988)
7,5 X 4,5
6,8 X 4,1
7,7 X 4,5
7,1 X 4,2
7,7 X 4,7
8,5 X 5,3
Robiac
in Mathis
(1988)
6,9 X —
7,6 X —
7,9 X 4,8
8,4 X 5,0
* La valeur donnée par
Crochet pour la longueur est erronée;
d’après sa figure 9 (p. 59), elle est d’environ
8,5 mm.
— 167 —
proportionnellement plus court aussi que celui des de Robiac qui, selon Mathis (1985),
représente un peu plus du tiers de la longueur totale de la dent. La très petite taille des
échantillons de populations incite à la prudence quant à l'interprétation de ces résultats. Mais
le raccourcissement du talonidc et l’allongement du trigonide peuvent ne pas avoir varié de
façon concomitante.
Sans minimiser ces différences, elles ne dépassent pas cependant l’amplitude des variations
que l’on peut s'attendre à trouver entre des stades évolutifs successifs d’une même lignée. C’est
pourquoi elles ne justifient pas le recours à une dénomination spécifique nouvelle pour
distinguer le matériel du Bretou qui représente en fait un chronocline de P. schhisseri.
Actuellement, les répartitions siratigraphique et géographique de cette espèce demeurent
insuffisamment documentées. C’est apparemment une espèce peu fréquente : au Bretou, le
nombre d’individus s’élève à quatre voire cinq, tandis qu’à Robiac on en dénombre deux, ce
qui est insuffi.sant pour rendre compte valablement de la variabilité intraspécifique.
Genre CYNOHYAENODON Filhol, 1873
Cynohyaenodon cayluxi Filhol, 1873
(Fig. 11-20)
Matériel. Lavergne : Collection Bkdkossian : ?■' non répertoriée. Collection Lamaud : un
fragment de maxillaire avec M', (Lav 3): un fragment de mandibule avec P 3 , P 4 , M, (Lav 1); P 2
(Lav 5, cassée); P 4 (Lav 4). Collection Mathis : C inf. (LVG 179, LVG 184. LVG 803); P, (LVG 743,
LVG 805. LVG 849); P^ (LVG 177, LVG 806 cassée. LVG 842); P 3 (LVG 181 cassée. LVG 808 cas.sée,
LVG 850); (LVG 742. LVG 1075); M. (LVG 1003. LVG 1004. LVG 1184): Mj (LVG 496. sur
fragment de dentaire. LVG 176. LVG 497); C sup. ((LVG 174. LVG 518. LVG 1010); P> (LVG 849,
LVG 1191); (LVG 846); P^ (LVG 299. LVG 807. LVG 178. LVG 845). P** (LVG 1190. LVG 1180,
LVG 844. LVG 1005 cassée. LVG 843 cassée); M' (LVG 180); partie vestibulaire des molaires : M*
(LVG 1007, LVG 847); M^ (LVG 1181. LVG 1006. LVG 1009); dP-* (LVG 1008). Collection VttWLENC :
M 2 (Qu 17337). — l.a Bouflie ; Collection Carenco i M,. PL M'. partie vestibulaire de M't. non
répertoriées. Collection Lamaud ; P 4 (Bof 17, Bof 8 ); M, (Bof 16); Mj (Bof 7. Bof 61; dP^ (Bof9); P^
(Bof 4); P* (Bof 15). Collection Mathis : C. mf..(LBF 153); Pl (LBF 45. LBP 46, LBF 689, LBF 694);
P 3 (LBF 688 ); M, (LBF 2352); M, (LBF 693, LBF 2461. LBF 2357); M, (LBF 692), P' (LBF 690. LBF
691); P" (LBF 125, LBF 131 cassée. LBF 132 cassée); P*' (LBF' 696 cassée); partie vestibulaire de P"^
(LBF 697); M' (LBF 127, LBF 128, LBF 129); parties vcsiibulaircs de molaires supérieures (LBF 43, 44,
48, 130); dp' (LBF 124); mandibule gauche avec les' racines de P.j. 4 . les talonides de M, et Mj, Mj
abrasée (LBF 2118). Collection Vidalftnc : Pj (Qu 17297); P 2 (Qu 17295); P4 (Sd 2413 cassée); Mj (Qu
17298); P-* (Qu 17302, Qu 17301 cassée, Qu 17296 cassée); ?■* (Qu 17299). Les Clapiès : Collection
Mathis: P, (CLP 2); P 3 (CLP 4 cassée). Collection Vidalenc : P^ (Qu 17295); Pj (Qu 17289).
Description et discussion
Pour la première fois depuis la révision de Cynohyaenodon cayluxi (Lange-Badré. 1979),
des spécimens précis, bien datés stratigraphiquement sont rapportés à cette espèce dont le
genre a été cité dans des listes fauniques récentes (Crochet et al., 1981 ; Réiviy et al., 1987),
— 168 —
mais sans aucune donnée sur la quantité et la nature du matériel nouveau, découvert dans les
différents gisements.
Les échantillons de Lavcrgne cl de La Bouffie comprennent chacun une cinquantaine de
dents plutôt bien conservées mais isolées pour la plupart. Les deux lots sont donc
quantitativement comparables, meme si, dans le détail, certaines dents comme P’ et P^, sont
sous-représentées (fig. 14) en raison soit de leur fragilité, .soit de leur taille ou de leur
morphologie peu caractéristique qui rend leur idcntilicalion aléatoire. Quelques différences
morphologiques et biométriques séparent les populations des deux localités, et aussi de
l’assemblage constitué par le matériel des anciennes collections des Phosphorites du Quercy.
Différences morphologiques
Par rapport au matériel des anciennes collections, celui de Lavergne et de La Bouffie
présente l'avantage de provenir d’individus aux dents peu usées, permettant des observations
plus fines et plus précises que sur les dentures très abrasées, récoltées autrefois.
Comparaison des dents Jugales inférieures avec le néotype
Les prémolaires de Lavergne ont un émail plus chagriné. Le talonidc de P 4 , est
proportionnellement un peu plus court et plus large, en raison du cingulum épais qui le borde.
L’entoconide est inconstant; quand il est présent, il est très petit.
La base de l’hypoconulide de M ,.2 est plus longue et le parastylide peut manquer.
13
Fig. 11-13. — Cynohyaenodon cayluxi Filhol, 1873. 11, Mj gauche, Lavergne (LVG 176), vue occlusale; 12, M 3
gauche, La Bouffie {Bof 6 ), vue occlusale: 13, fragment de mandibule droite portant Pj-M,, Lavergne (Lav 1),
vues veslibulaire (a), occlusale (b) et linguale (c). 11 et 12 : échelle = 5mm; 13 : échelle = 1cm.
M., n’a pas de postfosside creuse : la surface occlusale de son talonide est plane et déclive
vers le trigonide tandis que son extrémité est découpée en trois festons de même taille,
parallèles et étroitement juxtaposés (fig. 11 , 12 ).
Les mêmes différences se retrouvent sur les spécimens de La Bouffie où l’on observe en
outre, toujours par rapport au néotype : sur les molaires, la préfosside un peu plus grande ; les
sommets du talonide seuls distincts; le parastylide toujours présent, à mi-hauteur du bord
mésio-lingual du paraconide; le métaconide de M 3 nettement plus court que celui de M,. 2 ;
— 169 —
l’entocristide rejoignant la base du mélaconide à M,. 2 ; sur les prémolaires, la partie distale
plus courte mais toujours cernée par un cingulum épais; à P 4 ., le talonide court et carré, formé
seulement par l'hypoconide, toute trace de cuspide linguale ayant disparu.
Comparaison des dents jugules supérieures
Dans l'ensemble les dents supérieures des deux gisements répondent à la description
donnée par LAXOïi-BADRi; (1979 : 30-31). Quelques caractères plèsiomorphes persistent comme
l’épaississement cingulaire de supporté par une racine linguale indépendante (fig. 15 ; Qu
17301) ou non (LVG 178. 807), ou l'absence de conules (LVG 844) et de fente carnassière à P"^
(fig. 16 Qu 17299).
Le paracône aux bords acérés de P^ est très généralement suivi d'une petite cuspide
piquante. Le cingulum large est continu bien qu'il s’atténue fortement à mi-longueur de la
couronne sur les deux faces.
sont plus longues que larges (et non l’inverse, comme indiqué par erreur in Lange-
Badré, 1979 : 31). En ce qui concerne M*, la différence entre les deux dimensions est faible et
le rapport peut être inversé, si la dent est très usée, entraînant la perte de l’extrémité du
métastyle. Bien que les deux molaires dans les anciennes collections présentent tous les stades
de rapprochement du paracône et du métacône. les deux cuspides sont plus étroitement
associées, tout en restant distinctes, sur les spécimens de Lavergne et de La Bouffie. Le
paracône est un peu plus réduit par rapport au métacône dont la base est renflée du côté
vestibulaire. La face linguale du protocône, peu inclinée, est plus longue et plus arrondie à M'
(fig. 17, 18). plu.s courte à (fig. 19).
Sur Lav 3, la longueur du mélastyle est supérieure à celle du paracône et du métacône,
sans qu’il soit possible de déterminer si cette différence est due à une régression plus forte du
paracône ou à un allongement du métastyle (fig. 19).
Comparaison des dents jugales de Lavergne et de La Bouffie
Par rapport aux spécimens de Lavergne, ceux de La Bouffie présentent quelques
variations qui dénotent, chez ces derniers, un état des caractères un peu plus évolué : l’émail
est plus lisse et les parois latérales des dents moins convexes; l’ectocingulum est moins
apparent; la taille est un peu plus grande; le métacône de M'*- est plus comprimé vestibulo-
lingualement et moin.s saillant sur la face vestibulaire; le parastyle de M' est moins développé;
le paraconide et le mélaconide sont plus bas par rapport au protoconide; le métaconide de M 3
est plus réduit ; les cuspides du talonide sont moins distinctes et l’entoconide plus allongé.
Variations biométriques (fig. 14)
Nous considérerons d’abord les variations entre Lavergne et La Bouffie puis, à la lumière
des résultats obtenus, nous verrons comment interpréter les données recueillies à partir des
anciennes collections.
On constate que globalement les domaines de variations des spécimens des deux gisements
coïncident bien à condition que ta représentation dépasse 2 unités. Le matériel de La Bouffie
montre un décalage vers les valeurs supérieures, conforme à son niveau stratigraphique un peu
O La Bouffie
Fig. 14. — Diagramme de variations longueur (en abscisses)/largeur (en ordonnées) des dents de Cynohyaenodon
cayluxi : A, dents inférieures ; B, dents supérieures.
171 —
plus récent que celui de Lavergnc. Entre les deux gisements, la largeur varie moins que la
longueur dont l’accroissement concerne l’ensemble des dents jugales, à l’exception des P^, M\
P 2 , P 3 et M, de La Bouffie, plus courtes que leurs homologues de Lavergne. Mais les effectifs
sont bien faibles pour pouvoir en conclure de façon certaine à une éventuelle réduction de la
taille de ces dents entre les deux localités.
Les domaines de variations du matériel des anciennes collections sont représentes aussi
sur la figure 14. Cet ensemble, bien qu'hétérogène et sans datation stratigraphique précise,
offre l’intérêt d’être constitué de rangées dentaires et non de dents isolées comme dans les deux
gisements précédents. On peut donc considérer cet assemblage comme un compromis spatio-
temporel des variations intraspécifiques dentaires. Par rapport à ce dernier, les spécimens de
Lavergne et de La Bouffie sont plus grands; ils occupent une position marginale à la partie
supérieure des diagrammes, parfois même la débordent franchement comme à P^ et à P'’^. Il est
pos.sible qu'une partie du matériel récolté autrefois provienne de localités plus anciennes
stratigraphiquement que Lavergne et La Bouffie. D’autre part,, l’étroite imbrication des dents,
de PI à M^, et fimportante usure des molaires introduisent un facteur d'erreur non négligeable
qui minimise les valeurs relevées lors de la prise des mesures.
Les domaines de variations de quatre dents, P*. P^, et M, ne se recoupent pas. En ce
qui concerne M,, il s'agit probablement d'un artéfact dû à la sous-estimation de ses
dimensions, car cette dent est non seulement précocement usée mais aussi très étroitement
enserrée par P 4 et Mj in situ. Pour P^ et M^. l'échantillon est insuffisant pour être significatif
(1 spécimen). Pour P\ à la fois plus longue et plus large, il serait nécessaire d’avoir plus de
matériel, y compris d’autres localités bien datées, pour déterminer s’il s’agit d'une modalité
évolutive de Cynohyacnodou cayluxi. Dans ce cas, l’élargissement lingual de P^ ne serait pas
une plésiomorphie mais une réversion.
18 19
Fig. 15-20 — Cymihyueiwdon cayluxi Filhol, 1873. 15. gauche. La Boultie (Qu 17301 ), vue linguale; 16, gauche,
La Bouffie (Qu 17299), vues veslibulaire (a) et occlusale (b); 17. M' gauche. La Bouffie (LBF 128), vue occlusale;
18, M' gauche, Lavergne (LVG I.Sü), vues occlusale (a) et veslibulaire (b); 19, fragment de maxillaire gauche
portant Lavergne (Lav 3). vues vestibulairc (a) cl occlusale (b); 20. dP'* gauche. Lavergne (LVG 1008). vue
occlusale. 15-18, 20; échelles = Smm; 19; échelle = I cm.
— 172 —
Denture lactéale
A La Bouffie, ont été identifiées quelques dents lactéales qui pourraient avoir appartenu à
C. caylu.xi. (LVG 1008, LBF 124) est caractérisée par un paracône au sommet très
divergent de celui du métacône et moins réduit que celui de la ML La séparation des deux
cuspides se suit depuis l’ectocingulum. Le lobe protoconique triangulaire est étroit et long. Le
métastyle est d’une longueur inférieure à celle du paracône et du métacône considérés ensemble
(fig. 20).
En définitive, les différentes variations observées entre les spécimens de diverses
provenances caractérisent des stades évolutifs successifs de Cyuoliyaenodon cayluxi. Jusqu’à
présent, cette espèce est endémique aux Phosphorites du Quercy, n’ayant jamais été retrouvée
ailleurs. Par conséquent, les échantillons de Lavergne et de La Bouffie constituent deux jalons
importants, parce que bien datés, de la lignée, en attendant que de nouveaux matériels
provenant d'autres localités permettent de préciser la polarité des caractères relevés.
Genre ALLOPTERODON Ginsburg, 1977
(= Hurzelerius Lange-Badré, 1984)
Allopterodon minor (Filhol, 1877)
(Fig. 21-27)
Synonymie
Prototomusl minor Filhol in Lange-Badré, 1979.
Protoiomiisl minor (Filhol) in Crochet, 1989.
Miacidae indet. in Crochet, 1989 : 65, fig. 16 a et b.
Répartition géographique. — Robiac, Phosphorites du Quercy (Lavergne, Le Bretou, La Bouffie,
Salème, Les Clapiès).
Répartition stratigraphique. — Niveaux repères de Robiac et Fons 4 (MP 16 et 17).
Remarque. — Le statut générique provisoire des espèces Protoiomusl minor (Filhol) et P.? bulbosus
Lange-Badré, proposé par Lange-Badré en 1979, touche à son terme. Ces deux espèces partageant un
certain nombre de caractères avec l’espèce Allopterodon lorvidus (Van Valen) d’Egerkingen doivent être
rapportées au même genre. Otons notamment :
P"' à métastyle court et bas. individualisé par un sillon carnassier;
molaires supérieures à paracône plus petit que le métacône, au parastyle anguleux et saillant, à
métastyle orienté obliquement par rapport au diamètre antéro-postérieur de la dent;
— molaires inlërieures à paraconide plus petit que le métaconide, ces deux cuspides étant nettement
plus hautes que longues; paraconide divergeant du métaconide sur la face linguale; entoconide et
hypoconulide proches l’un de l’autre ;
— Ps plus longue que P 4 .
Matériel. — Le Bretou : Collection Lamaud : maxillaire avec P^ brisée, P'^, M' (Bre 2013).
Collection Mathis : P2 (LBT 22, LBT 871); P3 (LBT 20); P 4 (LBT 19); M, (LBT 23, LBT 877); M^
— 173 —
(LBT 24); fragment de mandibule avec Mj. M, (LBT 640); l>2 (LBT 870); P' (LBT 13, 25. 878, 879);
M> (LBT 14, 15); M' (LBT 16 cassée, 874); dl” (LBT 17, 18); dP'* (LBT 876), Collection Viüai.unc : P 3
(Qu 17344); P 4 (Qu 17345)'. M, (Qu 17349); Mj (Qu 17348); dP^ (Qu 17346); fragraeni de ma.\dlaire
avec P'*-M-(Qu 17338), fragment de maxillaire avec M’, ((ju 17339); P^ (Qu 17342); M' (Qu 17343,
Qu 17341). I.avcrgncCollection BrirRos-siAN : maxillaire avec M-’. Collection Lam.auu : P 2
(Lav 8 ); P, (Lav 6 ): (Lav 7); P- (Ltiv 5); dP"* (Lav 9). Collection Mmhis : Mandibule avec Pj-.M,
(LVG 171), mandibule avec P 3 -M 3 (LVG 165). mandibule avec P 4 -M 3 (LVG 166), mandibule avec Mj-
M, (LVG l67). mandibule avec P 4 . Mj. M 3 (LVG 1001); fragment de mandibule avec M» (LVG 1002);
P, (LVG 21); P, (LVG 773. LVG 18. LVG 19. LVG 784); P, (LVG 20. LVG 772. LVG 768, LVG 777,
LVG 779); P* (LVG 22. LVG 775, LVG 776. LVG 780); M, (LVG la. LVG 17. LVG 782); (LVG
765); dP 4 (LVG 767), maxillaire avec M*. M* (LVG 740) : ma.xillaire avec M‘ (LVG 172); P- (LVG 774,
LVG 783, LVG 785. LVG 781); P-^ (LVG 23. LVG 24, LVG 1205); M' (LVG 771 cassée. LVG 786,
LVG 1202. LVG 1203); (LVG 766. LVG 778 cassées. LVG 15 incomplète); M-* (LVG 1201); dP"
(LVG 16. LVG 1204). Collection ViiMi.nNC : Mandibule portant Pj-Pa (Qu 17331), M' iQu 17335); dP'^
(Qu 17332); M, (Qu 17333). — La Bounie : Collection CARtNCO ; M 3 . M' cl dP’ non répertoriées.
Collection Lamaud : mandibule portant P,. P» (Bof 12); P-. (Bof 18); P 4 (Bof 14. Bof 727). Collection
Matiiis : Pi (LBF 97. LBF 98); P, (LBF'99); M, (LBF lÔO, LBF 102. LBF 104. LBF 108. LBF 109,
LBF 2364); M, (LBF 101); M 3 (LBF 103); dp 4 (LBF 112. LBF 2363), (LBF 2458), P^ (LBF 94,
LBF 95); M' (LBF 90, LBF 93 cassée, LBF 111); M= (LBF 92): (LBF 91); dP’ (LBF 96 cassée,
LBF 105, LBF 107); dP" (LBF 106. LBF 110), Collection VitMU'NC : (Qu 17325): M, (Qu 17318. Qu
17319, Qu 17.320 incomplète. Qu 17.327); Mj (Qu 17315. Qu 17316); M 3 (Qu 17314, Qu 17317); dP* (Qu
17323); P' (Qu 17326), P'‘ (Qu 17313 cassée); M' (Qu 17310. Qu 17311 cassée, Qu 17312); M^ (Qu
17307); dp'* (Qu 17309, Qu 17306). — la;s Clapîès ; Collection Vioai.enc : P* (Qu 17288 cassée).
Description
Le matériel nouveau, bien conservé dans l’ensemble, permet de compléter la description
antérieurement établie à partir des quelques spécimens provenant des anciennes collections du
Quercy et de Saléme (Langk-Badré, 1979 ; 36).
p 2 p3 pi^ |^ plus haute des prémolaires, a une longueur qui excède sa
hauteur, Les bords antérieur et postérieur de son paracône sont minces et coupants. Le
cingulum se relève distalement et forme un ressaut à la base de son paracône. présente
toujours un élargissement lingual à la base de sa couronne, en arriére de l’e.space
interradiculairc. P* e.sl molarifomic. Le lobe protoconique est subcarré, par développement de
sa partie distale. En arrière du protocône conique et bas, sc trouve une petite cu,spide, parfois
dédoublée, dont la taille peut atteindre celle du protocône. Le.s deux cuspides sont séparées par
un sillon plus ou moins profond qui se prolonge parfois sur la fitce linguale du lobe
protoconique. La moitié vestibulo-distale de la couronne est généralement courte. Le sillon
carnassier, très court cl bas situé, délimite la crête du métaslyle peu élevée et dont la longueur
varie du simple (LBF 95) au double (Qu 17338. LBF 2490) par rapport à celle du parastyle. Ce
dernier arrondi est plutôt volumineux; il est distinct à la fois du paracône et du lobe
protoconique dont le sépare un anteroflexus de 90* environ.
Sur les molaires supérieures, les proportions relatives du paracône et du métacône ont pu
être précisées. Le paracône. également développé sur et M^ . est toujours plus court et un
peu plus bas que le métacône. Le paracône est généralement conique à cylindrique, mais sur
deux spécimens (LVG 15, LBF 86). il est un peu aplati vestibulo-lingualement. Le métacône
est toujours comprimé et sa base du côté vestibulaire est en retrait de celle du paracône.
Rappelons que paracône et métacône sont juxtaposés mais non fusionnés, une gouttière large
174 —
et peu profonde les séparant. La taille du paraconule est variable mais elle est toujours
supérieure à celle du métaconule; sa liaison avec la base du paracône persiste (Lavergne) ou
non (Breton). Par ailleurs, la différence entre les deux diamètres de est de l’ordre de 10 à
15%.
M-' est plus large que en raison de l'étirement en crête de son parastyle, plus long
que l’ensemble paracône-métacône. Le paracône, plus haut que long, domine nettement le
métacône réduit. Le protocône est aussi saillant lingualement que celui des deux autres
molaires (fig. 22 ).
Fig. 21-22. — AUopterodon minor Filhol, 1877. 21, fragment de maxillaire gauche portant P* abîmée. Le
Bretou (Qu 17338), vues vestibulaire (a) et occlusale (b); 22, fragment de maxillaire gauche portant Le
Bretou (Qu 17339), vue occlusale. Échelle = 5 mm.
P,. 2 sont conformes à la description donnée antérieurement (Lange-Badré, 1979 : 37).
Entre le niveau de Lavergne et celui de La Bouffie, on observe l’effacement du cingulum et le
raccourcissement de la partie mésialc de P 2 . La cuspide accessoire antérieure régresse et se
serre plus étroitement contre le protoconide. Sur P3-4, le cingulum lingual est souvent effacé
sous le protoconide; le paraconide est toujours différencié sous la forme d'une petite masse
arrondie, basse, située contre la base du protoconide. En revanche, leurs talonides ont une
morphologie plus variable. Le talonide de P 3 est formé essentiellement d’un hypoconide ; sur
Qu 17331, il est accompagné d’une ébauche d’cntoconide. Sur P 4 , les variations portent sur la
taille de l’hypoconide dont le sommet pointe à l’extrémité de la couronne, sur le volume de la
dépression linguale entre la base du protoconide et l’hypoconide, sur la présence d'une
postprotocristide et le développement de l’entoconide. Aucune corrélation n’a pu être établie
entre ces variations et le niveau stratigraphique. Leur expression apparaît tout à fait aléatoire.
Enfin, il faut noter que, pour une rangée dentaire donnée, la longueur de P, est toujours
supérieure à celle de P 4 .
175
Sur Mj.j, le Irigonide est de 5 % environ plus large que long. Le paraconide est plus haut
que long, avec une face linguale étroite, losangique, légèrement inclinée vers l'avant; celui de
Ml est un peu plus petit que celui de M 2 . Le protoconide. à base vestibulaire étroite et arêtes
acérées, est d’une hauteur supérieure à la longueur du trigonide et il domine d’un tiers environ
le métaconide. Les métaconides de M ,.2 plus hauts que longs sont de même taille. Ils sont
aussi un peu plus hauts et nettement plus longs que les paraconides, à l’exception d'une Mi
(LGV 14) où les deux cuspides ont la même longueur. Le métaconide de Mj est un peu plus
bas que le paraconide cl légèrement réduit par rapport à celui des deux autres molaires.
Les proportions relatives du trigonide et du talonide s’accordent bien avec celles calculées
précédemment à partir d'un échantillon hétérogène et à localisation stratigraphique inconnue.
Toutefois les Mj de Lavergne se distinguent des autres par rallongement du talonide qui
représente le même pourcentage (70%) de la longueur du trigonide que sur les deux autres
molaires. Les trois cuspides du talonide sont bien développées. L'hypoconide épais a sa base
anguleuse alignée sur celle du protoconide. L'hypoflexidc est peu profond et étroit.
L’entoconide est comprimé en une crête que prolonge une courte entocristide subhori/ontale à
M], fortement inclinée à M 2 . L’hypoconulidc est fort et long; .son sommet pointu surplombe
la face distalc du talonide; sa base forme avec celle de l’entoconide une paroi continue
légèrement convexe, au-dessus de la postfosside. L'hypoconulide est plus étroitement uni à
l'entoconide qu'à l'hypoconide dont le .sépare une échancrure large et profonde.
Sur M 3 , la postfosside est longue et peu profonde, les cuspides du talonide nettement
moins volumineuses que sur les molaires antérieures. L’hypoconulide cylindrique et étroit fait
saillie à l’extrémité du talonide, à proxiim'té de l'entoconide peu différencié.
Sur les trois molaires, il est fréquent d'observer des traces du cingulum. en particulier au
niveau de l'hypoflexidc.
D’après les diagrammes Longueur/largeur (fig. 23, 24), les variations entre les échantillons
des différentes localités sont de faible amplitude. La plupart des domaines se recoupent, bien
que ceux correspondant a Lavergne montrent une plus grande dispersion, proportionnelle¬
ment, que ceux du Bretou ou de La Bouffie. Le matériel des anciennes collections constitué
uniquement de rangées dentaires (rares pour les supérieures) s’intégre bien dans les nouvelles
données obtenues à partir de séries ou de dents isolées.
Les spécimens du Breton et ceux de Lavergne sont généralement regroupés, voire
inséparables, ce qui confiiTne la Ires grande proximité temporelle, si ce n'est la contem¬
poranéité des deux gisements. I.c matériel de La Bouffie se situe toujours à la périphérie
des nuages précédents, plutôt au voisinage de Lavergne et conforte son âge plus récent,
tout comme le fragment de mandibule de Salème (MP 17).
Du Bretou à La Bouffie, certains diagramme.s de variations indiquent une tendance à la
diminution de taille. Celte diminution affecte soit la longueur (Pj, P 4 ). soit la largeur (P^, M‘)
soit les deux dimensions (Mj et peul-clrc aussi M,,) alors que Mj accuserait une augmentation
de taille, accompagnée d’un changement de proportions : à longueur égale, la largeur est plus
grande. Là où le nombre de spécimens est plus important, rien n'indique un éventuel
dimorphisme sexuel lié à la taille.
Quelques dents lactéales sont attribuées à A minor. sur la base de leur taille un peu plus
petite que les permanentes, bien qu'il soit toujours délicat d'attribuer à un taxon des dents
déciduales isolées, non associées à des éléments de denture définitive.
La dP^ (fig. 25) est formée d'un parastyle bas. d'un paracône sur le bord postérieur duquel
176 —
Fig. 23. — Diagramme de variations longueur (en abscisses),largeur (en ordonnées) de AUopterodon minor et A.
hulbosus, dents supérieures (la largeur des a été mesurée entre l'extrémité du parastyle et la base du lobe
protoconique). Légendes, voir figure 24.
est plus ou moins individualisé, par un court sillon, un renflement, le métacône et un très court
métastyle. Tous ces reliefs sont alignés à proximité du bord vestibulaire, rectiligne; fortement
comprimés, ils forment une étroite et haute paroi, irrégulièrement dentelée. Sur LBF 96, entre
le métacône et le métastyle, s’intercale une petite cuspide accessoire. Le protocône bas et petit,
bien que porté par une racine indépendante, est très proche de la base du paracône. Il n’y a pas
de trace de conulcs. Le cingulum est lisse et continu.
DP"' rappelle beaucoup la première molaire permanente en plus simple. Elle est plus
longue que large. Le parastyle, gros, n’est pas relié à la base du paracône. Le métastyle est plus
— 177 —
A Lavcrgne □ La BouFfiu
A Lg fircCou "k Salème
k Gosgen Pumpstation
O Anciennes collections
Alloptorodon minor
O Perrière
• Anciennes collections ■ Robiac
Allopterodon bulbosus
Fig. 24. — Diagramme de variations longueur (en abscisses)/largeur (en ordonnées) de Allopterodon minor et A.
bulbosus. dents inférieures.
court que le paracône et le métacône considérés ensemble. Ces deux dernières cuspides sont
moins hautes et plus écartées l’une de l’autre que sur M* ; le paracône est aussi plus
volumineux. Le lobe lingual est long et étroit, bordé par deux conules également développés et
le protocône bas et mince (fig. 26).
DP 4 est caractérisée par un paraconide court et bas, et un métaconide nettement plus
élevé et partiellement soudé au protoconide. Le talonide est large, avec un entoconide saillant
(fig. 27).
178 —
Fig. 25-27. Alloplerodon minor Filhol. 1877. 25. dP^ droite, Lavergne (LVG 16), vues ocelusale (a) et linguale (b);
26, dP'* droite, La Bouffie (LBF 110), vue ocelusale; 27, dPj droite, La Bouffie (LBF 112), vues ocelusale (a),
vestibulaire (b) et linguale (c). Échelle = 5 mm.
Discussion
Les cinq spécimens du Brelou rapportés par Crochet (1988) à cf. Protolonius'^ minor
s'accordent bien avec le matériel décrit ci-dessus. Ils sont donc attribués à Alloplerodon minor.
Toutefois la M ' BRT 944 est probablement une dP"', d’après sa taille et ses caractères; quant à
la dent BRT 933 (ihid., p. 65, fig. 16a et b, déterminée « Miacidac indét, »), elle ressemble tant
aux dP^ rapportées iei à A. minor qu’elle est attribuée aussi à eette espèce.
Par ailleurs, du point de vue biostratigraphique. la présence de l’espèce ,4. minor est
attestée jusqu'au Ludien inférieur inclus (Saléme). Son évolution dentaire pendant près de
deux millions d’années se caractérise, semble-t-il, par une régression de taille sauf pour Mj
dont l’accroissement peut correspondre à une adaptation sécante spécifique. Outre ces
variations biométriques, la population de La Bouffie montre par rapport à celle de Lavergne
quelques caracicrcs apomorphes, comme la régression du parasiyle/ide des prémolaires,
l’allongement de la partie distale du lobe lingual et la présence systématique d’un sillon sur la
P^ (LBF 94, 95, Qu 17313) et la disparition de l’ectoflexus par redressement de la paroi
vestibulaire à M‘ (LBF 90, 93).
Enfin, ce nouveau matériel confirme les très nettes affinités avec l’espèce A. plumax (= H.
torvidus) d’Egcrkingcn (Suisse), comme cela a déjà été mentionne (Lange-Badré, 1979, 1984).
Les différences entre les deux espèces indiquent un état plus dérivé des caractères
morphologiques chez A. minor alors que leurs tailles restent très proches.
.4Ilopterodon bulbosus (Lange-Badré, 1979)
Synonymie
Prototomiis’l bulbosus Lange-Badré, 1979 : 42.
Prototomusl aff. minor (Filhol) in MATfflS. 1985.
Matériel. Perrière : Collection Mathis : Pj (PRR 300, PRR 305 incomplète); P 4 (PRR 312,
bourgeon dentaire dans un fragment de mandibule); P‘‘ (PRR 303); (PRR 301 incomplète);
(PRR 304, incomplète). Collection Vioalenc : Mj (Qu 17329); P^ (Qu 17330).
Répartition stratigrapiiiquf. et géographique. Phosphorites du Quercy dont Perrière. Robiac.
— 179 —
COMMENTAIRKS
L’espèce Allopterodon bulbosus se distingue de A. minor par sa taille plus forte, par ses
prémolaires épaisses, généralement dépourvues de cuspide accessoire antérieure, et au talonide
court et anguleux, portant deux minuscules cuspides. Le matériel de Perrière s’accorde bien
avec la description donnée par LANGE-BADRli (1979). La M- (PRR 301), bien qu’incomplète,
est identique à celle de l'holotype. Son cctofiexus plus profond, son paraslyle et son métastyle
plus saillants sur la face vestibulairc la différencient de son homologue chez A. minor.
Outre l’intérêt de confirmer le rapprochement fait antérieurement entre les dentures
supérieure et inférieure, d’après des critères morpho-fonctionnels et de les attribuer au même
taxon, ces quelques dents isolées permettent de situer A. bulbosus dans la biostratigraphic des
Phosphorites du Qucrcy et du Paléogène européen. Par rcnsemble de sa faune,. Perrière se situe
à un niveau plus récent que Le Breton; il est proche de La Bouffie et correspond au niveau
repère de Fons 4 (MP 17) comme Salème et La Boulfie. Mais pour le moment, A. bulbosus n’a
été trouvé en association avec A. minor dans aucun de ces trois gisements.
En dehors des Phosphorites du Ouercy. Allopteroilan bulhosu.<i est aussi présent à Robiac,
mais sous une forme un peu moins évoluée. Les prémolaires P^ et Pj, relativement minces,
n'ont pas atteint l’épaisseur caractéristique des spécimens plus tardifs alors que les molaires en
ont la taille et la morphologie, notamment M’ avec ses parois bombées, son bassin large et
court et la forte inclinaison de son métacône vers l'arriére.
A. bulbosus n’est donc pas un descendant, ni un chronocline de A. minor, comme on aurait
pu le supposer. Les relations précises entre ces deux espèces et l’espèce-type A. phona.x sont
envisagées dans la révision en cours des Créodonles d’Egerkingen.
Tableau II. — Dimensions (en mm) des dents jugales de A. bulbosus de Perrière comparées à celles
de l’holotype.
0 A-P X 0 V-L P^ Pj P 4 M 2
Perrière 6,0 x 3,1 — x 6.9 5,1 x 2,7 4,9 x 2,5 5,2 x 3,7
Type 5,9 x 2,8 5,3 x 6.7
6,1 X 2,9
Cf. Proviverra
(Fig. 28 a et b)
Matériel. La Bouffie : collection Mathis : M^ (LBF 89 : 4,2 x 4,8 mm).
Cette M-, de très petite taille, diffère d’emblée de celle de Allopterodon minor par ses
proportions : longueur courte par rapport à la largeur. En outre, un certain nombre de
caractères conforte la distinction. Le paraslyle est bas. arrondi, plaqué contre la base du
paracône très proche du bord antérieur de la dent. Le paracône et le métacône sont plus
— 180 —
cylindriques que comprimés vestibulo-lingualement, surtout le métacône qui sous cet angle
diffère de celui de A. minor. Une large et peu profonde gouttière sépare les deux cuspides sur la
face linguale alors que sur la face vestibulaire leurs bases sont confluentes. Le métastyle plus
court que le paracône et le métacône réunis a une orientation linguo-vestibulaire nette; sa face
labiale est peut-être moins inclinée que celle de A. minor mais son extrémité est plus saillante. Il
n'y a pourtant pas d'ectoflexus sur la face vestibulaire. Les conules sont forts et sans liaison
avec les cuspides vestibulaires.
Les traces d'usure, fortement imprimées, concernent essentiellement la partie mésiale du
lobe protoconique, le protocône et les sommets du paracône et du métacône. En cela aussi,
cette dent diffère des des deux espèces d'AUopterodon vues précédemment.
Fig. 28. — Cf. Proviveira. M’ droite, La Bouffie (LBF 89). vues labiale (a) et oeclusale (6). Échelle = 2mm.
C'est avec la de Proviverra typica d’Egerkingen v que cette dent présente le plus
d’affinités par ses proportions, l'orientation du métastyle, les cônes peu comprimés mais ce
sont aussi des caractères plésiomorphes. Aussi, malgré un très bon état de conservation, nous
rapportons provisoirement ce matériel à Proviverra en attendant que du matériel complémen¬
taire permette d'infirmer ou de confirmer ce rapprochement. Rappelons que la présence d’un
Proviverriné de taille inférieure à celle d'AUopterodon minor dans les Phosphorites du Quercy
avait déjà été signalée par Lange-Badré (1979), sous le nom de Proioiomusl cf. minor, pour
une mandibule incomplète.
CONCLUSIONS
Dans l’état actuel des connaissances, cinq espèces de Proviverrinés sont représentées dans
des gisements des Phosphorites du Quercy, datant des niveaux MP 16 et MP 17. Dans chaque
site, les effectifs peu abondants permettent de dénombrer une population d'individus de l’ordre
de quelques unités (moins d'une dizaine). Après plus d’un siècle de recherches, quel que soit la
méthode de collecte pratiquée, le nombre peu élevé de spécimens fait douter de l’importance
numérique des populations de Proviverrinés dans la région, au Bartonien supérieur et au
Ludien inférieur. Dans ces conditions, les éludes biométriques ont une portée limitée. Pour les
deux espèces les mieux documentées, Cynohyaenodon cayluxi et Allopterodon minor, on
constate que les variations de taille sont faibles. Trois facteurs peuvent rendre compte de ce
manque d’amplitude :
— 181 —
Tableau III. — Récapitulatif des espèces de Proviverrinés présentes dans les niveaux repères MP 16
et MP 17 des Phosphorites du Quercy. + : espèce décrite et figurée; m : espèce mentionnée
dans Rémy et al., 1987.
\ TAXONS
localités).
Psracynohyanodon schlosseri
Cynohyaenodon cayJuxi
Allopterodon minor
Allopterodon bulbosus
cf. Proviverra
M
P
17
Fons 4
Perrière
+
Salème
+
Les Clapiès
+■
+
+
La Bouffie
m
+
+
+
M
P
16
Robiac
Lavergne
ID
+■
+
Le Bretou
_
+
+
1 — La proximité temporelle
Les spécimens décrits précédemment proviennent de six localités quercynoises (tabl. III),
corrélées par leurs associations fauniques aux niveaux de MP 16 et MP 17 dont les localités de
références sont Robiac et Fons 4, hors du Quercy.
Selon F. Lévêque (1987), l’intervalle de temps séparant les bases des deux niveaux repères
serait de l’ordre de 1,5 MA. Entre le gisement le plus ancien et le plus récent, il a pu s’écouler
2,5 MA maximum. Comment les sites du Quercy se placent-ils par rapport aux niveaux
repères? En l’absence de données sur l’évolution des autres taxons dans chaque localité, un
embryon de réponse peut être apporté. La probabilité que deux ou plusieurs gisements soient
contemporains est assurément faible mais on ne peut pas écarter l’éventualité d’un
— 182 —
recouvrement plus ou moins partiel des durées des dépôts fossilifères. Lavergne et l.e Bretou
en apportent la preuve avec Allopierotlon niinor. La position périphérique fréquente des
spécimens de La Bouffie sur les diagrammes permet seulement d’en déduire que Lavergne et Le
Bretou sont plus proches l’un de l’autre qu’ils ne le sont de La Bouffie. 11 n’en demeure pas
moins que le temps qui s'est écoulé entre Lavergne-Le Bretou et Perrière a pu varier entre
quelques centaines de milliers d’années et I MA d’après la biomagnétostratigraphie (Lévêque,
1987).
2 La proximité géographique
Les six localités sont actuellement distantes de quelques dizaines de kilomètres et. depuis
rÉocène moyen, leurs distances relatives n'ont pas varié. Par conséquent, on peut considérer
que les populations de Proviverrinés ont occupé dans la région, à l'F.océne moyen et supérieur,
des territoires suffisamment proches les uns des autres pour qu'elles se soient trouvées en
contact. L’absence d'isolement a favorisé le brassage génique et les pressions de sélections
n’ont pas pu s’exercer de façon durable. On observe une intergradation des caractères, dont la
taille, d’une population à l’autre. Dans de telles conditions les échantillons des différents sites
(si tant est que l’on puisse parler d’échantillon quand le nombre d’individus est aussi faible!)
sont des tirages aléatoires dans des populations panmictiques.
3 — Vue vitesse ^'évolution lente, earaeiéristique des Hyaenodnntidés
Elle se traduit au niveau de la denture par une morphologie relativement stable et de
faibles variations de taille. Pour la première fois, ce processus peut être calibré chez un
Proviverriné européen. Chez Allopterodon minor, la longueur de M, diminue de 3% environ
entre Lavergne et La Bouffie et de 7,5 % entre La Bouffie et Saléme, soit une variation globale
de 10.5 % pour 2.5 à 3 MA. De même, la longueur de M 3 accuse une variation positive de prés
de 9% entre Lavergne et La Bouffie. Si on admet que la différence d’amplitude entre M, et
M 3 peut aussi tenir en partie à leur ordre d’éruption au cours de la croissance et à leur place
dans la rangée dentaire, l’évolution de la taille des molaires à'Allopterodon est insignifiante.
Dans un cas comme dans l’autre, les variations sont nettement inférieures à celles observées
dans les populations de Carnivores actuels.
Des facteurs écologiques peuvent également avoir joué mais aucun n'e.xclut les autres. Au
contraire il est probable que l’on est devant le résultat de leur conjonction.
Rappelons que la présence d'Allopterodon et de Proviverra (sous réserves de confirmation,
pour cette dernière), aux côtés de Cynohyaenodon. établit une continuité d’ordre générique
avec les niveaux repères antérieurs comme Geisellal (MP 13) et Egcrkingcn (x et [3 (MP 14).
Peu à peu, gnlce au développement des recherches méthodiques, la plupart des
Proviverrinés décrits autrefois (Filhol. 1873, 1877 ; Martin, 1906), en dehors de tout contexte
stratigraphique. est localisée et replacée dans des associations fauniques caractéristiques. Après
Allopterodon minor retrouvé à Salème (Lange-Badré, 1979). voici maintenant le tour de C.
cayluxi. P. sehlosseri et ,4. hulhosus dont le matériel nouveau a permis de préciser les caractères
spécifiques et les diagnoses. En effet, l’état de conservation de ce matériel est remarquable, quel
que soit son gisement d’origine. Dents déciduales fréquentes, cuspides non émoussées, crêtes
— 183 —
acérées, facettes d'usure peu apparentes dénotent l’appartenance à de jeunes individus, ainsi
qu’un transport posl mortem peu important, il y a là une complémentarité évidente avec les
spécimens usés des anciennes collections (en particulier les holotypcs) ayant appartenu à des
adultes âgés. Or selon le degré d'usure, certains caractères dentaires s’apprécient différemment,
comme la hauteur des cuspides et leurs proportions relatives.
Enfin, d'après le tableau III, la répartition des espèces n'est pas uniforme dans les cinq
gisements. Les variations observées peuvent être inhérentes soit à des lacunes dans le matériel
fossile récolté jusqu’à maintenant (bien que les méthodes de collecte de plus en plus fines et
fiables rendent cette éventualité peu crédible), soit à des exigences écologiques propres à
chaque espèce. Cette dernière hypothèse semble particuliérement appropriée pour rendre
compte de l'absence de C. cayluxi au Bretou alors que cette espèce est endémique pour le
Quercy.
Lavergne et La Bouffie ont en commun non seulement les Proviverrinés mais aussi une
dizaine d’autres especes de Mammifères (Croc»i-:t et al., 1989). Ceci pourrait amener à
considérer la position relative de La Bouffie plus proche de celle de Lavergne, compte tenu de
ce qui a été dit précédemment à propos de la proximité temporelle des différentes localités.
A la difl'érencc &'Allopierodnn minor, A. hulhosm présente une répartition spatio-
temporelle réduite mais sa présence à Robiac dans une aire géographique plus méridionale
suggère l’éventualité d’une arrivée plus tardive dans le Quercy.
Quant à Salème. ce site a été peu exploité et il est loin d'avoir livré toutes les informations
sur son association faunique. Malheureusement il ne sera pas aisé de remédier à cette situation,
en raison des risques d’éboulements que présente ce gisement.
En définitive, il ne semble pas que la limite Barlonien-Ludien (MP 16-MP 17) repré.sente
un événement dans l'évolution des Proviverrinés Paracynohyaenodon schiusscri, Cynohyaeno-
don cayluxi, AUopterodon minor. C’est au cours de la MP 17 que les nouveautés vont se
manifester avec la présence des premières especes de Hyaenodon (Fons 4, Salème...) et de
AUopterodon bulhosus dont l’évolution ne pourra être précisée qu’à partir d’un matériel plus
abondant, bien calé stratigraphiquement.
Remerciements
B. Lanoe-BaDRÉ remercie M. Bedrûssian, Carkenco, Lamauo, Mathis et Vidalenc qui par leurs
patientes recherches, leur travail et leur collaboration ont contribué à la réalisation de ce travail.
Que le Dr B. Engesser du Naturhistorisches Muséum, Bâle et M. L. Ginsburg. sous-directeur au
Muséum national d'tlistoire naturelle (Paris), trouvent ici l’expression de sa reconnaissance pour lui avoir
faciliter l’accès aux collections dont ils ont la charge.
Les dessins sont de C. Mathis.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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du Quercy, T. & G., France) et sa faune de vertébrés de l’Éocène supérieur. Palaeontographica,
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Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris 4° sér., 14 , 1992,
section C, n“ 2 : 185-203.
Paschatherium marianae, un nouveau Condylarthra de Silveirinha,
Êocène inférieur du Portugal
par Carmen Estravis et Donald E. Russell
Résumé. — Paschatherium marianae, une nouvelle espèce de Condylarthra du gisement de Silveirinha
(Spamacien inférieur du Portugal) est décrite. La petite taille, l'acuité relative des cuspides de ses molaires
et le développement du paraconide situent P. marianae à un niveau moins spécialisé que P. plaziatL P.
dolloi et P. russelli ; ceci pourrait traduire la grande ancienneté de la forme de Silveirinha, qui serait suivie
par celles de Dormaal et de Fordones, le gisement de Rians étant le plus jeune. Le genre Paschatherium
est ici l’objet d'une révision générale, laquelle renforce notre opinion que ce taxon, et ceux qui lui sont
apparentés, ne présentent pas les caractères qui pemiettraienl d’en faire des Insectivores plutôt que des
Condylarthres.
Mots clefs. — Paschatherium, Condylarthra, Éocène, Silveirinha, Portugal.
Abstract. — Paschatherium marianae, a new species of condylarih from the locality of Silveirinha
(early Sparaacian of Portugal) is described. The sraall size, the relative acuity of its molar cusps and the
development of the paraconid place P. marianae at a Icss specialized level than P. ptasiali, P. dolloi and
P. russelli ; this could indicatc a greatcr âge for the Silveirinha form, which would be followed in time by
the Paschatherium species from Dormaal and from Fordgnes, with the species from Rians being the
youngest. The genus Paschatherium is tlie object here of a general révision, which reinforces our opinion
that this taxon, as well as those that are related, does not présent the characters which would allow it to
be considered an insectivore rather than a condylarth.
Key words. — Paschatherium, Condylarthra. Eocene, Silveirinha, Portugal.
C. EsTRAvis, Boursière de l'INlC, Centra de Exlraiigrajui e Paleobiulogia da U. N. L. ; Quinla da Torre, 2825 Monte
de Caparica, Portugal.
D. E. Russell, Institut de Paléontologie. Muséum national d’Histoire naturelle, 8 rue Buffon, 75005 Paris, France.
Introduction
Le gisement de Silveirinha, qui se situe à une trentaine de kilomètres de Coimbra, fut
découvert par le Pr. R. Pena dos Reis (Universidade de Coimbra, Portugal) en 1977 et la
première liste faunique a été publiée en 1981 (Antunes, 1981 ; Antunes et Russell, 1981).
Depuis janvier 1986, cette faune a fait l’objet d’études approfondies qui se sont traduites par
des modifications de la liste originale et qui ont accru nos connaissances de la faune
mammalienne de l’Éocène inlërieur européen. Quelques nouveaux taxons sont déjà publiés
(Microhyus reisi Antunes, Estrasds et Russell, 1987 ; Diacodexis antunesi Estravis et Russell,
— 186 —
1989 ; et Russellmys denisae Estravis, 1990), dont le trait commun est leur caractère primitif,
caractère qui témoigne de la situation stratigraphique du gisement très bas dans l’Éocène. Les
études se poursuivent actuellement et constituent le sujet de la thèse de doctorat en préparation
de C. Estravis.
Toute la collection des fossiles appartient au « Centro de Estratigrafia e Paleobiologia da
U.N.L. (INIC) » ; les sigles SVl, SV2 et SV3 correspondent à trois points distincts de récolte
sur le gisement de Silveirinha.
SYSTÉMATIQUE
Ordre CONDYLARTHRA Cope, 1881
Famille Hyopsodontidae Trouessart, 1879
Genre PASCHATHERIUM Russell, 1964
Paschatherium marianae n. sp.
Spécimen-type : SV3-I85, fragment de mandibule gauche avec M, 3 (coll. Silveirinha CEPUNL) ; pl.
I, 2.
Matériel attribué : 32 spécimens représentant toutes les molaires supérieures et inférieures, les
troisième et quatrième prémolaires supérieures et inférieures, et la quatrième prémolaire de lait supérieure
et inférieure (tabl. 1). 32 autres fragments appartiennent aussi à ce taxon (SVl-67, 74, 133, 147, 79, 82 et
170 ; SV2-30, 31, 21, 9, 10, 8 et 14 ; SV3-18, 19, 251, 283, 266, 587, 209, 575, 583, 584, 585, 586, 214, 579,
580, 165, 576 et 284).
Mesures ; voir tableau 1.
Gisement-type : Silveirinha (Baixo Mondego), Portugal.
Stratigraphie ; Éocène inférieur (Sparnacien inférieur).
Diagnose : Petite espèce de Paschalherium aux dents peu renflées et cuspides relativement aiguës ;
trigonide des molaires inférieures court antéro-postérieurement ; paralophide rectiligne. Molaires supé¬
rieures étroites (antéro-postérieurement) du côté lingual.
Diagnose difeérentielle : Paschatherium marianae diffère de P. russelli Godinot, 1978 par ses dents
de taille beaucoup plus petite, moins robustes et munies de tubercules plus pointus ; le trigonide est plus
court par rapport au talonidc. plus triangulaire et le paralophide est plus rectiligne ; les molaires
supérieures sont plus étroites du côté lingual, sans cingulum lingual et le parastyle de la M^ est
généralement plus développé et en position plus antèro-labiale.
Paschalherium marianae diffère de P, dolloi (Teilhard de Chardin, 1927) par ses dents généralement
plus petites, moins robustes avec des tubercules moins bunodontes, et plus pointus ; les molaires
inférieures et la P 4 possèdent un trigonide plus court par rapport au talonide, un paralophide plus
rectiligne et un petit paraconide plus distinct ; chez P. dolloi il n’y a pas de véritable paraconide mais un
paralophide qui s'élargit antérieurement en une sorte de méplat antérieur ; la P* de P. marianae (sauf la
187 —
SV3-12) et les molaires supérieures sont plus étroites antéro-postérieurement du côté lingual^ celles-ci
possèdent une postmètaconule-crista plus ou moins développée (chez P. dolloi elle est absente sauf sur un
seul spécimen. OM 22) ; le parastyle est, généralement, plus développé et orienté plus antêro-labialement ;
enfin le contour des M’ et tend à être moins arrondi, plus triangulaire,
Paschalherium marianae dilTèrc, enfin, de P. plaziali Marandal, 1989 par scs dents inférieures à
trigonide plus court, plus triangulaire, limité par un paralophide plus rectiligne qui se termine par un très
petit paraconide, sans constituer un véritable méplat antérieur ; les molaires supérieures de SUveirinha ont
tendance à être plus étroites du côté lingual, plus allongées labio-lingualement ; le métaconule n’est pas
dédoublé, et il est moins conique et plus petit ; le parastyle est plus développé et en situation plus
antéro-labiale.
Description
On peut identifier tous les éléments des deux séries dentaires supérieures et inférieures dans
la population de Paschalherium de Silveiriniia, L’échantillon SV3-210 (pl, 1, 1) porte les P 3_4 et
les alvéoles de Pj, Sous la P 4 il est possible d’apercevoir le début du sillon qui menait au trou
mentonnier, lequel aurait été situé sous la partie antérieure de M,, La P 4 est une dent molarisée
avec métaconide bien développé et paraconide petit ; le talonide est aussi large que le trigonide
et les hypocomde et entoconide sont peu coniques et peu distincts en formant une paroi
postérieure haute ; l’hypoconulide n’est pas évident. M, et Mj (pl. I, 2) sont presque
rectangulaires tandis que M, est triangulaire ; la est plus grande que la M, et la M, est la
plus petite ; le trigonide est aussi large que le talonide sur la M, [sauf chez SV3-341 ; (pl. 1, 5)],
aussi large [SVl-171 (pl. Ill, 2) et SV3-17 (pl. III, l)] ou plus large [SV3-185 (pl. 1, 2)] sur la
M 2 et, enfin, plus large sur la M,. Ces molaires possèdent des cuspides subconiques et aiguës.
Le trigonide est, généralement, triangulaire et très court ; il est limité par un paralophide
rectiligne terminé par un très petit paraconide, proche du métaconide [sur SV 1-39 (pl. I, 4), le
paraconide est mieux individualisé!'. Le trigonide SV2-6. plus étroit que celui de la P 4 et avec
paraconide et cingulum antérieur plus développés, pourrait représenter une DP 4 .
On observe une certaine variabilité dans les dents inférieures en ce qui concerne la taille
et les cuspides du talonide. Par la taille on peut grouper les dents en deux ensembles : l'un
(SV3-185, SV3-17, SV3-465. SV3-571, SV3-582 et SV3-581) avec des dents petites et l’autre
(SV3-210, SVl-171, SV3-341, SVl-39 et SV2-6) avec des dents un peu plus grandes. En ce qui
concerne les cuspides du talonide, la SVl-171 possède, en vue occlusale, un entoconide et un
hypoconide plus crestifonnes que ceux de SV3-r7 (où ces cuspides ont une ba,se plus conique),
et un hypoconulide plus petit (pl. 11 L, 1 et 2). Ces caractères et la taille plus grande rapprochent
la SVl-171 de la SV3-341 mais, malheureusement, cette dernière est incomplète. Le talonide de
ces dents rappelle celui du genre Adapisorex, mais la comparaison avec A. ahimdans de
Walbeck et A. gaudryi de Cernay montre que le trigonide des deux dents de Silveirinha est très
différent (plus court, avec un paraconide beaucoup moins antérieur et un paralophide presque
rectiligne, d’autant que chez Adapisorex le paraconide est plus antérieur et le paralophide décrit
un angle supérieur à 90").
Nous avons recherché une distinction morphologique entre les dents les plus grandes et les
plus petites, pour savoir s’il s’agit de deux populations distinctes. En effet la P 4 SV3-2I0 semble
avoir un talonide (il manque une partie de l'émail à la suite de l'érosion chimique et de l'usure)
de taille et de morphologie plus semblables à celles des molaires les plus grandes (entoconide
et hypoconide crestiformes, hypoconulide presque absent). La SVl-39 (M 3 ) possède aussi un
Tableau 1. — Mesures (en mm) des dents de Paschatherium marianae n. sp. (est. = mesure estimée).
Code
dent
Long
larg.
Code
dent
Long.
larg.
SV2-6
DP/4 q.
SVl-146
P3/ d.
SV3-210
P/3-4 d.
P/3 1.50
0.75
SV3-12
P4/ g.
est. 1.33
1.83
P/4 1.75
1.08
SV3-339
P4/ d.
1.46
1.87
SV3-185
M/1-3 g.
M/l 1.42
1.12
SV3-75
P4/ g.
1.67
2.08
(Type)
M/2 1.42
1.24
SV3-14
DP4/ d.
1.79
1.72
M/3 1.33
_
SV3-15
Ml/ d.
1.79
2.17
SV3-17
M/l-2 g.
M/l 1.33
1.08
SV3-24
Ml/ d.
1.38
1.83
M/2 1.42
1.17
SV3-578
Ml/ g.
est. 1.37
est. 1.92
SV3-582
M/l(?) d.
-
est.O.92
SV2-11
Ml/(2?)d
-
est. 1.67
SV3-341
M/l d.
1.83
1.25
SV2-34
Ml/ (2?)d
est. 1.17
est, 1.58
SVl-171
M/2 d.
1.67
1.08
.5''2-33
M2/ g.
est. 1.58
2.08
SV3-581
M/2 g.
est.1.42
1.08
SV2-22
M2/ d.
1.50
2.00
SVl-39
M/3 g.
est.1.72
est.1.17
SV3-164
M2/ d.
1.55
2.17
SV3-465
M/3 d.
1.42
1.00
SV3-16
M2/ d.
1.58
2.25
SV3-571
M/3 g.
1.42
0.96
SV3-577
M2/ d.
est. 1.62
est. 2.25
SV3-319
M2/ (?)q.
est. 1.29
est. 1.83
SV3-13
M2-3/ g.
M2/ 1.67
2.33
M3/ 1.08
2.00
SV3-569
M3/ d.
0.96
1.67
SV3-182
M3/ g.
1.08
1.50
SV3-183
M3/ g.
0.83
1.58
SVl-162
M3/ d.
-
_
89 —
Tableau 2. — Variabilité des mesures (en mm) des dents de P. marianae ; M : moyenne ; S d ; écart-type et V : coefficient
de variation.
n
min.- max.
M
S d
V
M/l
Long
3
1,33-1,83
1,53
0,27
17,65
larg
3
1,08-1,25
1,15
0,09
7, 83
M/2
Long
4
1,42-1,67
1,48
0,13
8,78
larg
4
1,08-1,24
1,14
0, 08
7,02
M/3
Long
4
1,33-1,72
1,47
0,17
11,56
larg
3
0,96-1,17
1,04
0,11
10,58
P4/
Long
3
1,33-1,67
1,49
0,17
11,41
larg
3
1,83-2,08
1, 93
0,13
6, 74
Ml/
Long
4
1,17-1,79
1,43
0,26
18,18
larg
5
1,58-2,17
1,83
0,23
12,57
M2/
Long
7
1,29-1,67
1,54
0,12
7,80
larg
7
1,83-2,33
2,13
0, 17
7, 98
M3/
Long
4
0,83-1,08
0,99
0,12
12,12
larg
4
1,50-2,00
1, 69
0,22.
13,02
— 190 —
hypoconulide petit [par rapport à celui de la petite SV3-571 (pl. I, 3)], ce qui donne au
talonide une forme plus en U que sur les petites M 3 . Néanmoins, le trigonide des dents les plus
grosses rappelle celui des petites, sauf au niveau du paraconide qui paraît plus grand dans la
grande forme.
Les P"* sont des dents submolariformes avec un parastyle puissant et antérieur au
paracingulum ; elles ont un petit hypocône et des conules bien formés ; le métacône, bien
développé sur deux échantillons, est incomplet sur la SV3-75 mais semble avoir été petit ; la
postmétaconule-crista est vigoureuse. La SV3-12 (pl. Il, 2) est plus large antéro-postérieure-
ment du côté lingual, avec un hypocône plus grand et un métacône plus grand et pointu.
Les molaires supérieures (pl. Il, 3 et 4) possèdent des tubercules relativement aigus, des
conules bien développés, un hypocône grand et très lingual et un protocône situé près du milieu
de la dent. La forme subtriangulaire dérive de l'étroitesse linguale et, sur la plupart des
échantillons, de l'allongement labial dû au développement du parastyle. Les molaires
supérieures montrent, comme les inférieures, une grande variabilité de taille (voir les petits
échantillons SV2-11 et SV2-34, et la grande molaire SV3-579) et quelque variabilité
morphologique. Un caractère important est celui de la postmétaconule-crista. Cette crête est
variable sur les dents de Silveirinha : elle est accentuée et relie le mètaconule à la région
métastylaire sur SV3-13, 24, 319, 578 et SV2-22 ; elle est moins accentuée et s’arrête au
cingulum postérieur sur SV2-33, 34, SV3-16, 577 et 164 ; enfin elle est absente sur la M' SV3-15
(pl. 111, 3, 4 et 5).
La seule DP^ (pl. II, 5) possède aussi des tubercules et conules aigus, un hypocône bien
formé, un parastyle développé et une postmétaconule-crista accentuée et reliée à la région
métastylaire.
En plus des 32 échantillons figurés dans le tableau, nous possédons 32 autres fragments.
L’ensemble des 64 échantillons se divise en 14 éléments inférieurs et 50 éléments supérieurs, ce
qui constitue un rapport inhabituel dans une faune fossile où, normalement, ce sont les dents
inférieures qui dominent (fig. 1 ).
Biométrie
Le petit nombre d’échantillons n’a pas permis une analyse biomètrique précise de la
population de P. markmae. A partir des mesures de la longueur et de la largeur maximales des
dents (y compris les mesures estimées), les valeurs des moyennes, des écart-types et des
coefficients de variation ont été calculées (tabl. 2). Des diagrammes de dispersion et les droites
de régression correspondantes (figs. 2 à 4) sont présentés, en fonction de la longueur et de la
largeur de chaque type dentaire, représenté au minimum par trois échantillons (sauf pour les
M, et M^, lesquelles possèdent des valeurs de r très basses^ Les coefficients de corrélation ont
été calculés.
La plupart des valeurs des coefficients de variation sont assez élevées surtout en ce qui
concerne la longueur des M' et M,, qui sont normalement les dents les moins variables chez
la plupart des Mammifères (Gingerich, 1974). Ces valeurs peuvent suggérer l’existence de deux
espèces ; néanmoins, les trois mesures de la longueur des M, et les quatre mesures de celle de
M' (y compris deux mesures estimées) sont vraiment peu significatives. En comparant les
coefficients de variation pour les molaires supérieures et inférieures et pour la P"* de P. marianae
— 191 —
Fig. 1 — A : Abondance relative des dents de Paschatherium marianae à Silveirinha. B : Abondance relative des dents
de Paschatherium dolloi à Dormaal (in Denvs et Russell, 1981).
M/3 L(mm)
Fig. 2. — Diagrammes de dispersion et droites de régression correspondantes (des M, et M,) de P. marianae. Les
coefficients de corrélation sont : r, = 1.00, rj = —0.54 et rj = 0.98 pour les M,, Mj et M, respectivement.
M3/I(mm) M1/I(mm)
— 192
M3/L(mm) P4/L(mm)
Fig. 3. — Diagrammes de dispersion et droites de régression correspondantes (des M‘ et M^) de P. marianae (les
coefficients de corrélation sont : r' = 0.96 et r^ = 0.93 et r^ = 0.37 pour les M', et respectivement et des
F* de P. marianae (coefficient de corrélation t* =0.97).
M/2 M/3 P4/ Ml/ M2/ M3/
Fig. 4 — Diagrammes des valeurs des coefficients de variation des longueurs et des largeurs des dents de P. marianae.
— 193
et de P. doUoi (in Denys et Russell, 1981), on observe une plus grande variation dans la
population de Silveirinha Cependant, le nombre d’échantillons mesurés de P. niarianae (30
dents), qui est faible par rapport aux 413 de P. dolloi, semble insuffisant pour conclure que la
population de Silveinnha est plus variable, du point de vue de la taille, que celle de Dormaal.
Les coefficients de corrélation, même si peu significatifs, montrent une forte corrélation
linéaire entre les valeurs de la longueur et de la largeur pour toutes les dents, sauf en ce qui
concerne la et la M,, où la variation de la longueur n’est pas proportionnelle à celle de la
largeur. Dans ces dernières, la corrélation linéaire est tellement basse qu’elle ne justifie pas le
tracé de droites de régression. Les M’ sont assez variables chez les Mammifères : la très basse
valeur de r des quatre uniques échantillons est donc, peut-être, admissible. En ce qui concerne
la Mj, la largeur est, anormalement, plus grande sur l'échantillon le plus court (SV3-185), et
plus petite sur l'échantillon le plus long (SVl-171), ce qui justifie le coefficient de corrélation
négatif. La très basse corrélation longueur/largeur des quatre Mj (avec seulement trois pièces
complètes) montre quelque variation ; cependant, le petit échantillonnage ne permet pas de
conclusions sûres (ces dents peuvent, à la rigueur, représenter la variation maximum et
minimum de l'espèce).
Enfin, l'échantillonnage peu nombreux, et l’incorporation de quelques mesures estimées,
rendent cette analyse insuffisante pour obtenir des conclusions précises sur la variabilité de la
taille de P. niarianae^ ainsi que pour déterminer si cette variabilité est acceptable dans le cadre
des variations intraspècifiques.
Comparaisons
Le Paschatherium de Silveirinha se distingue de P. dolloi et P. russelli par sa taille plus
petite ; par rapport à P. plaziali, la taille de P. mananae est proche ou légèrement inférieure.
Cette petitesse s’accompagne d'une certaine gracilité des dents avec des cuspides plus pointues.
P. marianae se distingue aussi, au niveau des molaires inférieures, par le trigonide plus court
par rapport au talonide et par le paralophide plus oblique et rectiligne, ce qui rend le trigonide
plus triangulaire (en vue occlusale) qu'il ne l’est dans les autres espèces. Sur la P"* et les molaires
supérieures, la moitié linguale de la dent est plus étroite antéro-postérieurement par rapport à
la moitié labiale.
P. marianae diffère aussi de P. russelli par l’absence de cingulum lingual et par le parastyle
de sa M^, généralement plus développé et dirigé plus antèro-labialement.
La Pj de P. maruinae possède un trigonide plus court par rapport au talonide que celle de
P. dolloi et le paraconide y est plus renflé, plus antérieur et plus isolé. Chez P. dolloi il n’existe
pas de véritable paraconide mais une sorte de méplat antérieur ; ce même caractère (paraconide
crestiforme) se retrouve également sur les molaires inférieures de P. dolloi. Chez P. dolloi, la
paroi postérieure du trigonide de P 4 est rarement plus oblique (DO-7-GI) que chez la forme de
Silveirinha. Le paralophide des molaires inférieures de P marianae s’étend parfois plus loin
lingualement que chez P. dolloi. La DP'*. SV3'14, ressemble à celles identifiées pour P. dolloi
mais, outre les différences générales, elle se distingue aussi par la présence d’une forte
métaconule-crista. Sur les molaires supérieures de P. marianae la métaconule-crista est
développée de façon variable (mais absente seulement sur la SV3-15), tandis qu’elle est toujours
absente sur les molaires supérieures de P. dolloi, sauf sur un seul spécimen (OM-22). Autre
— 194 —
distinction, le parastyle est généralement plus développé et dirigé plus antéro-labialement, ce
qui donne au côté labial des et de Silveirinha une direction plus oblique ; le contour
des dents supérieures de P. marianae est, le plus souvent, moins arrondi et plus triangulaire
(résultat de la présence du parastyle et du rétrécissement lingual). Sur la des deux espèces,
la taille et la morphologie sont très variables, surtout en ce qui concerne le métacône et le
développement du parastyle. La variabilité dans les deux espèces fait qu’il est possible de
trouver des dents assez semblables, aussi bien parmi les dents supérieures que parmi les
inférieures,
La population de Paschatherium de Silveirinha est très proche de celle de Paschatherium
cf. dollûi de Rians. Néanmoins, de petits détails différencient les deux populations (trigonide
plus étroit antéro-postérieurement avec paralophide plus rectiligne, et tendance des molaires
supérieures à être plus étroites lingualemenl à Silveirinha). De toutes façons la similitude entre
ces deux espèces est plus grande qu’avec P. dolloi. notamment la postmétaconule-crista existe
sur presque tous les échantillons de Rians (voir par exemple la ressemblance entre SV2-33 et
RI 156 ; entre SV3-15 et RI 233 et RI 386 ; entre SV 1-39 et RI 288 ; et entre SV3-571 et RI
330).
L’espèce P. plaziati de l’Êocène inférieur de Fordones est différente de celle qui habitait
à Silveirinha, bien que quelques caractères (postmétaconule-crista ; molaires inférieures étroites
et allongées, avec tubercules peu renflés et pointus) soient partagés par les deux espèces. Les
différences concernent la P3 à protoconide nettement plus court et presque tubulaire,
contrastant avec celui de la Pj de P. plaziati, beaucoup plus étalé antéro-postérieurement. Le
talonide de SV3-210 étant assez usé, il n’est pas possible de comparer les deux espèces à cet
égard. La P 4 (SV3-210), un peu plus courte et moins étroite que FDN 71, diffère surtout de
cette demiére au niveau du paraconide et, peut-être, des cuspides du talonide (mais ces
dernières sont usées sur SV3-210) ; le paraconide de FDN 71 est plus crestilbrme et limite un
méplat antéro-postérieur qui s’ouvre labialemeni et lingualement sans liaison avec les autres
cuspides du trigonide ; par contre, sur SV3-210, le trigonide de P 4 est plus court, le paraconide
plus cuspidé, et le méplat plus étroit ; en outre le paraconide se relie au protoconide par le
paralophide, donc le trigonide ne s’ouvre pas labialement, les trois cuspides du talonide sont
endommagées sur SV3-210, ce qui empêche leiu comparaison ; enfin la crista obliqua est plus
labiale chez l’espèce de Silveirinha. La coraparai,son des M, (SV3-185 et SV3-17) avec le type
FNR 165, montre que, chez les premières, le trigonide est aussi large que le talonide, et il est
plus court, limité par un paralophide plus rectiligne qui se termine par un très petit paraconide
proche du métaconide ; il n'y a pas de méplat comme sur FNR 165. Par contre, la M| SV3-341
paraît plus proche de FNR 165 en raison de rélroitesse de son trigonide et de son paraconide
plus isolé. Les Mj dilTércnt aussi par leur talonide aussi large (SV3-171, SV3-17) ou plus étroit
(SV3-185) que le trigonide ; les de Fordones ont un talonide et un trigonide d’égale largeur.
Enfin les M 3 sont proches de FDN 256, mais le trigonide est un peu plus court à Silveirinha ;
le talonide de SV 1-39 est en forme de U (hypoconulide peu saillant postérieurement), tandis
que toutes les de Fordones possèdent un talonide eu V (hypoconuhde saillant postérieu¬
rement). En ce qui concerne les dents supérieures, les P"* de Silveirinha sont un peu plus étroites
lingualement que FDN 180 (sauf SV3-I2) et le métaconule et la postmétaconule-crista
paraissent plus vigoureux à Silveirinha. La distinction établie par Marandav (1991) entre les
F* de Fordones et de Dormaal (selon laquelle les P* de Dormaal possèdent un paracône et un
métacône de même hauteur et un métastyle plus important que le parastyle), ne paraît pas
— 195 —
exacte ; au contraire, sur les P’ des deux espèces, le parastyle est plus grand que le mélastyle
et le paracône plus haut que le métacône. Enfin, les molaires supérieures de Silveirinha se
différencient de leurs homologues de P. plaziati par la plus grande étroitesse antéro-postérieure
du côté lingual et la plus grande extension labio-linguale, par le métaconule non dédoublé (sauf
sur SV2-22), par des conules (surtout le métaconule) moins coniques et moins développés, et
par le parastyle généralement plus développé et orienté davantage antéro-labialement. La
postmétaconule-crista, variable à Silveirinha, est toujours, selon Marandat ( 1991 ) une crête ac¬
centuée en continuité avec le métacingulum qui relie le métaconule à la région métastylaire. Sur
une seule molaire de P. mariame (SV3-319), l’hypocône est prolongé par une crête antérieure
légère ; cette crête est plus fréquente et plus nette sur quelques M* et de P. plaziati et sur la RI
374 de Rians.
Rapports entre les espèces de Paschatherium
Par sa petite taille, par l’acuité relative des cuspides de ses molaires et leur faible
renflement, P. marianae semble bien moins spécialisée que les autres espèces de Paschatherium.
Cette appréciation s’applique aussi au développement du paraconide des P 4 -M 3 . Une parenté
particulière se remarque entre P, dolloi et P plaziati, tandis que P. russelli serait la plus évoluée
des trois espèces.
En ce qui concerne l’âge, ces rapports pourraient se traduire par une plus grande
ancienneté pour la forme de Silveirinha, par un âge approximativement intermédiaire pour
celles de Dormaal et de Fordones, et par un stade plus Jeune pour P russelli de Rians.
Remarques sur la nature « Insectivore » de Paschatherium
Il est évident que la seule analyse de la morphologie dentaire ne suffit pas toujours pour
démêler les affinités ordinales d’un taxon ; bien des cas sont connus dans l’histoire de la
paléontologie . un exemple récent concerne l’Amphilémuride Phaliducercus qui fut fréquem¬
ment placé parmi les Primates, alors que la description de squelettes complets du gisement de
Messel par Koenigswald et Storch (1983) a montré l'impossibilité de cette attribution et a
conduit à son classement dans les Insectivores Lipotyphla. De même, à propos d'Adapisorex,
Bown et Schankler (1982) parlent de sa ressemblance avec les « erinaceid-like condylarths »
Phenacodaptes et AphelLscus. Ceci démontre les limites un peu floues existant entre certains
ordres de Mammifères quand le matériel étudié se limite à des dents.
Pour des formes, donc, comme Paschatherium, Aduriator ou Adapisorex, pour ne citer
qu’elles, il nous manque les données crâniennes ou postcrâniennes nécessaires pour établir avec
certitude leurs rapports phylogénétiques. Tout au plus peut-on dire que les genres inclus dans
les Louisininae (Sudre et Russell. 1982), Paschatherium, Louisina, Dipavult, Microhyus et
Monshyus, paraissent affines avec des fonnes actuellement considérées comme des Condylar-
thres hyopsodonlides- Mais celte affinité apparente est basée uniquement sur la morphologie
dentaire. Et lorsque Paschatherium est situé dans les Insectivores par Hooker (in Collinson
et Hooker, 1987) (suivant ainsi Van Valen, 1967, malgré les arguments présentés par Russell
et al., 1975 : 174) on ignore sur quels critères. Godinot (1981 ; 98) parle aussi d’un
rapprochement entre l’espèce de Paschatherium de Rians et \Adapisi)rex gaudryi de Cernay.
— 196 —
Mais les louisinines sont assez homogènes ; si Paschatherium est un « Insectivore », les formes
plus évoluées telles que Dipavali et Loidsina le sont-elles aussi ? Rien dans les caractères
communs à ces formes ne soutient cette hypothèse. Comme Novacek (1985 : 18), nous pensons
que les traits diagnostiques des érinacéomorphes manquent chez Paschatherium et les
hyopsodontides plus typiques.
Enfin, bien que partageant quelques caractères avec divers Dormaaliidae et Scenopagidae
(y compris les Sespedeclinae) (voir Butler, 1988), ainsi qu’avec Adapisorex et Adunator
(familles indéterminées), le Paschatherium de Silveirinha n’est attribuable à aucun de ces
groupes, même si la nouvelle espèce P. marianae possède des caractères (tubercules des molaires
peu renflés et aigus et présence d’une postmétaconule-crista plus ou moins développée sur les
molaires supérieures) qui rapprochent cette espèce des adapisoricides. La présence du trou
mentonnier postérieur situé en dessous de la M, chez P. marianae et les autres espèces de
Paschatherium suffit pour les écarter de ces Insectivores.
Conclusions
Cette nouvelle espèce de Paschatherium, P. marianae, démontre encore une fois (Antunes,
1981 ; Antunes et Russell, 1981 ; Antunes, EstravIs et Russell, 1987 ; Estravîs et Russell,
1989) la position à la base de l’Éocène inférieur de la faune de Silveirinha. Ses caractères plus
primitifs que ceux des espèces P. plaziati, P. dolloi et P. russelli traduisent certainement un âge
plus ancien.
Bien qu’on observe, dans la population de P. marianae, quelques variations de taille et de
morphologie pouvant suggérer l'existence de deux espèces, il n’a pas été possible de les séparer
nettement, surtout du point de vue morphologique.
La révision générale du genre Paschatherium effectuée pour cette étude renforce notre
opinion selon laquelle ce taxon, et les formes affines, ne peuvent être considérés comme des
Insectivores mais plutôt comme des Condylarthres. Il existe une évidente ressemblance dans la
morphologie dentaire, entre Paschatheriwn et Adapisorex, mais Paschatherium se relie encore
plus étroitement à des formes plus spécialisées qui n’ont rien d’insectivores. D’ailleurs, les
rapports à'Adapisorex restent toujours un peu vagues (Butler, 1988) même s’il est reconnu
comme un Insectivore. En attendant la découverte d’un matériel plus complet susceptible
d’élucider définitivement les rapports phylogénétiques de Paschatherium, nous maintenons son
placement à l’intérieur des Condylarthres. Ceci étant dit, nous reconnaissons l’imprécision des
termes « Insectivore » et « Condylarthre ».
Remerciements
Nous sommes reconnaissants au Prof. Telles Antunes pour son aide et ses encouragements tout au
long de cette étude. Nous remercions aussi ITnstituto Nacional de Investigaçào Cientifica (INIC,
Portugal), dont la bourse d’études attribuée à l’une de nous (C. E.) a permis la poursuite des recherches
sur la faune mammalienne de Silveirinha.
— 197 —
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198 —
Planche I
Paschatherium marianae n. sp. de Silveirinha, Portugal.
1 — SV3-210, P 3 ^ d. : a, vue linguale ; b, vue occlusale.
2 — SV3-185, Mi .3 g. ; Type, vue occlusale.
3 — SV3-571, M 3 g. : a, vue occlusale; b, vue linguale.
4 — SVl-39, M 3 g., vue occlusale.
5 — SV3-341, M, d. ; vue occlusale.
6 — SV3-183, g. ; vue occlusale.
7 — SV3-569, d. ; vue occlusale.
(Toutes les figures x 30, sauf la figure 2 x 20).
199 —
PLANCHE 1
— 200 —
Planche II
Paschatherium marianae n. sp. de Silveirinha, Portugal.
1 — SV3-339, P^ d. : a, vue occlusale ; b, vue postérieure ; c, vue antérieure.
2 — SV3-12, P'* g. ; vue occlusale.
3 — SV3-13, g. ; vue occlusale.
4 — SV3-15, M‘ d. ; vue occlusale.
5 — SV3-14, DP* d. ; vue occlusale.
(Toutes les figures x 30).
— 201 —
PLANCHE II
202 —
Planche III
Variabilité morphologique chez la population de Paschatherium marianae n. sp. de Silveirinha, Portugal.
1 — SV3-17, M ,.2 g. : a, vue occlusale; b, vue linguale. Les cuspides du talonide ont une base conique.
2 — SVl-171, Mj d. ; vue occlusale. Les entoconide et hypoconide sont plus crestiformes que ceux de SV3-17.
3 — SV2-22, d. : a, vue postérieure ; b, vue occlusale. La postmétaconule-crista est forte et relie le métaconule
à la région métastylaire.
4 — SV3-164, d. : a, vue postérieure; b, vue occlusale. La postmétaconule-crista, moins forte que sur SV2-22,
s’arrête au cingulum postérieur.
5 — SV3-15, M‘ d. ; vue postérieure. Sans postmétaconule-crista.
(Toutes les figures x 30).
— 203 —
r ‘
1 V:^ ip.
.. * ^
Bull. Mm. natl. Hist. nat., Paris, 4' sér., 14, 1992,
section C, n° 2 : 205-243.
Les Tillodontes (Mammalia) de l’Éocène inférieur de France
par Mylène Baudry
Résumé. Les Tillodontes, ordre rnammalien paléogène largement répandu dans tout l'hémisphère
nord, ont développé, entre autre.s, plusieurs lignées européennes. Au contraire des formes américaines,
dont les rapports phylogénétiques, à présent bien établis, .semblent témoigner d’une étroite parenté inter¬
spécifique, les Tillodontes français sont remarquables par leur diversité apparente, résultat de plusieurs
événements spéciatoires successifs. Ces derniers peuvent être appréhendés à travers l'analyse des
caractères dentaires qui separem naturellement les formes françaises en six espèces réparties dans deux
genres : Franchaîtis et Plesieslhonyx. Le premier fait son apparition à la base de l'Yprésien, le second naît
d’une forme nord-américaine immigrante au cours de l'Yprésien moyen. L'histoire évolutive des
Tillodontes. telle qu'elle découle de l'analyse des caractères, est confortée par les données stratigraphiques
et paléogéographtques.
Abstract. — A collection of about thirly Tillodont iccth. from a sequence of Ypresian localities in
the east of the Paris Basin, is Studied. For quantifying the degree of hyp.sodonty found in these teeth, a
new method is devised. This, and morphologie analysis has Icad to the création of several new taxa :
Franchaiu.y luciae, F. minimus and F. russcliuny.x ; Plesieylhonyx munieri Lemoine, 1891, is recognized as
valid, as well as P. elangatus and P. chardini n. .sp. It is to be underlined that this taxonomie variation is
équivalent to that known in North America for the sanie period.
M. Baudry, iMboraloire de Paléontologie des Vertébrés et Paléontologie Humaine, Vniversité Paris VI, 4, place
Jussieu, 75252 Paris Cedex 05.
Introduction
L’ordre des Tillodontes fut largement distribué dans tout l’hémisphère nord au Paléogène,
ce dont témoignent les gisements actuels d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Europe.
Ce taxon est relativement bien étudié aux États-Unis depuis la fin du dix-neuvième siècle,
date à laquelle fut créé l’ordre des Tillodontia (Marsh, 1875). Il paraît être étudié de manière
plus sporadique en Chine, lorsqu’une nouvelle découverte jastifie une description originale.
Les recherches européennes, en revanche, ne .se sont pas particulièrement orientées vers l’étude
des Tillodontes depuis la révision de tout le matériel européen par Tkithard dh Chardin en
1922, bien que de nouveaux spécimens (une trentaine), collectés au cours des trente dernières
années, soient venus agrandir la collection amorcée par Lemoine en 1889. Leur étude permet
d’appréhender de manière plus globale Phistoire évolutive de l'ordre, qui ne peut être retracée
sans prendre en considération sa population européenne. Les révisions récentes (Gingerich et
Gunnell. 1979; Stucry et Kristhalka, 1983, notamment) des lignées américaines ont permis
d’établir sur de nouvelles bases les relations liant les Tillodontes nord-américains entre eux et
avec les formes asiatiques.
206 —
Cette étude a pour but de présenter un modèle (« pattern ») sinon européen, du moins
français, de l’histoire des Tillodontes, en présentant de nouvelles espèces et en essayant de
retracer le schéma évolutif qui a permis leur mise en place, à travers l’analyse des caractères
dentaires et des circonstances paléogéographiques.
Les abréviations utilisées dans le texte sont les suivantes : BN ; J. Braii.i on, CN : F. Cha iklain, L :
P. Loui.s, M : P. Méniei,, P ; M. Poirier sont les collecteurs amateurs; AMI IN : American Muséum of
Natural History (New York). UM : l/niversity of Michigan Muséum of Paleontology. USNM : National
Muséum of Natural History (Washington). ŸPM : Yale Peabody Muséum (New Haven. Connecticut)
sont les institutions amcricaincs; Av. : Avenay (Marne). CB : Condé-en-Brie (Aisne), Gr : Grauves
(Marne), Ma : Mancy (Marne), Mu : Mutigny (Marne), Py ; Pourcy (Marne), SA ; Sainl-Ag-nan (Aisne),
Sz : Sézanne-Broyes (Marne), et enfin. A. L. : la faune agéienne de Lemoine, sont les localités des
gisements à Tillodontes de France.
STRATIGRAPHIE DE L’EST DU BASSIN DE PARIS
Les gisements français ayant fourni des Tillodontes sont tous localisés dans l'est du Bassin
de Paris qui occupe le centre nord de la France. Les terrains à l'affleurement sont
essentiellement paléogènes dans tout le bassin et notamment dans la région de Reiras-Épernay
(fig. 1). L’Yprésien, l’Tlerdien et le Cuisicn sont des stratotypes bien définis de FÉocéne
b
FiCi. I. — Localisation des gisements à Tillodontes de France, a. localisation de la région Reims-Fpernay ; b, localités
de l’est du Bassin de Paris dont les gi.scmcnts ont fourni des Tillodontes (ces localités sont soulignées). A, alluvions
et Crétacé supérieur; B. Paléogène et Éocène: C, Oligocène. (D’après Savaop. et Russell. 1983.)
— 207 —
inferieur. Ce dernier est compris à l'inlérieur des limites de l'Yprésien, subdivisé en llerdien et
Cuisien. Les Tillodontes ont été retrouvés dans divers niveaux, de la base de l’Ilerdien à
environ la moitié du Cuisien.
La provenance des spécimens découverts par Lemoine à la fin du siècle dernier n’est pas
clairement établie. Lemoim; a défini trois faunes mammaliennes dan.s les environs de Reims, de
la plus ancienne à la plus récente ; la faune cernaysienne, du Thanétien. celle contenue dans
l’Argile à lignite du Soissonnais et à Meudon. sans doute d’âge sparnacien, et enfin la faune
issue des Sables à unios et tèrcdines. D’après Lemoine (1889). cette dernière provient d’une
succession de sables à gros grains intermédiaire entre Argile à lignite et Sable.s de Cuise. En
1891, il rattache Bsihotiyx à la faune agéicnne de la localité d'Ay, que l’on retrouve également
dans la région d’Épernay et l'identifie comme étant celle des Sables à unios et térédines. Il
s’avère cependant que ceux-ci sont situés plus haut, dans les Sables de Cuise, et non dessous.
D'autre part, la couche de Sables à gros grains qui aurait contenu, d’après Lemoine (1889), la
faune des Sables à unios et térédines, ne semble pas, en réalité, rccélcr de mammifères; en
outre, elle est contenue dans les Sables de Cuise, occupant un niveau supérieur à celui des
Sables à unios et térédines. Ceci ne remet pas en cause l’existence de la faune agéienne, dont
Teilharu DK Chardin, en 1922. a cependant précisé rhètèrogénéité : une faune « moder¬
nisée », comprise dans les Sables à unios et térédines, et une faune « archaïque », issue des
couches d’Argile à lignite, à laquelle il attribue « Es/honyx municri ». En l’absence de plus
amples précisions, le niveau concerné est placé, avec rè.serves, à la buse du Cuisien supérieur,
juste au-dessus des Argiles à lignite, selon les premières observations de Lemoine (1889).
MÉTHODOLOGIE
Le choix des méthodes d’étude employées a été effectué dans le but de déterminer la
variabilité dentaire des Tillodontes trouvés en France, qui permet d'envisager une classification
spécifique, voire générique. L’absence de critères déterminants sur le squelette ou l'absence du
matériel lui-même contraint les chercheurs à se limiter aux caractères dentaires des spécimens
de ce groupe.
Mesures
L’utilisation des dimensions dentaires, en tant que telles, se limitera à une étude
comparative spécifique des spécimens français, afin d’éviter les attributions abusives consécuti¬
ves aux chevauchements inévitables des espèces sur l’échelle des tailles. La détermination des
espèces est essentiellement basée sur la diagnose morphologique (qui offre le plus de rigueur
objective).
Un caractère en particulier paraît cependant mesurable : il s'agit de l’hypsodontie, semi-
hypsodontie en roccurrence, labiale pour les dents inférieures, linguale pour les dents
supérieures. Les études antérieures ne révèlent aucune tentative de quantification de ce
caractère au sein des Tillodontes, bien que ce soit visiblement devenu monnaie courante pour
d’autres taxa, tels les Rongeurs ou les Périssodactyles. L’hypsodontie est visible à l’œil nu : la
— 208 —
couronne est haute, relativement au volume global de la dent, mais elle est délicate à
quantifier, ce qui est pourtant nécessaire dans le cadre de la détermination spécifique en vue de
son utilisation comme critère, corrélativement avec les autres caractères morphologiques.
Le degré d’hypsodontie est généralement calculé en fonction de la hauteur (H) et de la
longueur (L) de la dent ; H L. La longueur et la largeur (W) sont considérées comme des
valeurs indépendantes; cependant, H/W pourrait permettre des comparaisons entre dents, le
seul point primordial étant d'utiliser toujours la même mesure de référence. Dans le cas des
dents à couronne verticale (chez les Rongeurs, par exemple), le principal problème (commun à
tous les types de dents) est d’estimer le degré d'usure afin d'extrapoler la valeur H et
éventuellement celle de L, qui varie moins cependant. Certains auteurs ont cherché à établir
une méthode particulièrement adaptée à leur sujet d’étude. Vianey-Liaud (1985) a élaboré une
Fici. 2. — Schématisation des mesures effectuées sur les dents jugales. Les références des mesures x. y et h sont
indiquées dans le texte, a, molaire supérieure en vue postérieure semi-occlusale ; b, molaire inférieure en vues
antérieure semi-occlusalc (bl) et labiale semi-occlusale (b2).
formule empirique permettant d’évaluer le degré d'hypsodontie chez les Theridomyidae
(Rongeurs); son utilisation reste restreinte à eux seuls. En ce qui concerne les Tillodontes, le
côté le plus hypsodonte de la couronne présente une inclinaison; il devient alors indispensable
de définir H : il faut savoir si cette valeur correspond à la distance comprise entre un point
lingual à la limite inférieure de la couronne situé sur le plan perpendiculaire à l'axe de la dent
supérieure (il correspond pour les dents jugales à l’axe de la mandibule) cl le sommet du
protocône (y), ou à la longueur d’une droite résultant de la projection de ces deux points sur
une verticale (h) (fig. 2a). Le schéma met en évidence les relations étroites liant les trois valeurs
h, X cl y. tant pour les dents supérieures que pour les dents inférieures (fig. 2b). Afin de
déterminer quelle(s) valeur(s) mérite(nt) d’être prise(s) en compte pour l’évaluation de
— 209 —
l'hypsodontie, il faut tester leur indépendance individuelle, en les rapportant à une valeur de
référence. Le choix de cette dernière s'est portée sur la largeur w. La principale raison en est la
suivante ; quoique considérées comme des valeurs statistiquement indépendantes, la longueur
et la largeur gardent tout de même une relative proportionnalité; cependant, leur rapport peut
varier ; les dents supérieures des Tillodontes peuvent être plus ou moins « transverses »
(traduit littéralement du terme anglais), c’est-à-dire plus ou moins étroites linguo-labialement.
L'orientation générale des grandeurs à mesurer est linguo-labiale : l’une, x, suit une direction
transverse selon un plan horizontal, une autre, y, se dessine selon un plan incliné (vers le
Fig. 3. — Variations des rapports x/w (cercle), y/w (triangle) et h'w (étoile), en fonction de w. a. dents supérieures; b,
dents inférieures. Les figures géométriques pleines représentent les quatrièmes prémolaires. A : Py 54 L: F : CB
103 P; G : CB 671, 1 : CB 1076 L: K : Mu 0031 P; L : SA 718 L; N : Py 1910 L; O : Mu 197 L; P : Av4560;Q :
AL 5174; R ; CB 1075 L; S : SA 165 L; T : SA 720 L; V : Gr 7827.
« haut » ; la face occlusale est ici, par convention, considérée comme étant la partie supérieure
de la dent) linguo-labialement, et h suit un plan vertical de direction préférentiellement
transverse (la base de la couronne n'est par rigoureusement horizontale), x est difficile à
évaluer car la moindre usure du protocône l’affecte (usure souvent plus antérieure que
supérieure); elle est donc calculée selon la formule de Pythagore : h^ -f = y^. Il paraît
logique d'estimer que, si les valeurs x ou y varient en fonction de la taille de la dent, elles
augmentent ou diminuent avec la largeur plutôt qu’avec la longueur. La valeur w est préférée à
210
VV pour des raisons explicitées plus loin. Dans la mesure où l’on peut considérer la largeur w de
la dent indépendamment de son hypsodontie. une valeur qui lui resterait proportionnelle ne
pourrait pas être tenue comme un critère valable pour évaluer cette hypsodontie. L'observa¬
tion, la mesure des échantillons et le calcul de la droite de régres.sion ont permis de conclure
que la grandeur x était intimement liée à la largeur w, Les mêmes mesures et calculs ont été
effectués sur les moulages des spécimens américains qui se prêtaient à cette manipulation, et,
tout en n’étant guère significatifs en regard des lois statistiques (échantillonnage trop petit), les
résultats obtenus tendent manifestement a confirmer que x/w peut être considéré comme étant
constant (fig. 3). L’omission des valeurs correspondant aux spécimens américains dans la
figure 3 est volontaire, par souci de clarté. H suffit de savoir que x/w = 36 pour les dents
supérieures et se situe entre 44 et 46 pour les dents inférieures; les valeurs dues aux spécimens
français rendent à elles seules le graphe relativement parlant.
Les écarts à la droite de régression d’équation ; Xj = aw, + b sont minimaux lorsque
b = ü; cela permet de calculer : a SX|/Sw, (S est la somme); les valeurs de « a » pour les
dents inférieures et supérieures (à l'exception de deux spécimens dont le cas sera traité dans les
diagnoses) sont .45 et .36 respectivement. Le coefficient de corrélation ; R = SXjWi/Sx^Sw^,
s’élève à .99 pour les deux dentures; il permet de conclure à l’existence d'une relation causale
directe de w à x; la corrélation est dite positive (fig. 4).
y
6789 10 |j345678
Fig. 4. — Variations observées des valeurs de x, y et h. en fonction de la largeur w. a, dents supérieures; b, dents
inférieures. La légende est identique à celle utilisée dans la figure 3 : par exemple, la valeur x est ici représentée par
un cercle, comme x/w dans la figure précédente. C : Av 4567; J ; AL 5175.
— 211
La taille de la dent peut alors être estimée lorsqu'on en possède le fragment sur lequel se
mesure x (lingual pour les dents supérieures, labial pour les dents inférieures). La grandeur de
X détermine celle de y, en fonction de la valeur de h. Le témoin mesurable de l’hypsodonlic est
donc déterminé comme étant la hauteur h. Afin de pouvoir comparer sur ce plan deux
individus de tailles differentes, il faut rapporter h à une autre valeur mesurable. Dans le cas des
Tillodontes, il ne serait pas judicieux de choisir la longueur L ou la largeur VV : en effet, le
développement plus ou moins important des styles conditionne la grandeur de ces deux valeurs
pour les dents supérieures. Chacune d'elles est alors la résultante de deux phénomènes les
variations de la taille globale de la dent et de celle des styles. L'hypertrophie ou la réduction
des styles sont des caractères dont le degré varie en fonction de la position des dents dans la
mrrehoire; ce point est primordial lorsqu'on ne dispose que de dents isolées et diverses, cas
dans lequel le calcul de h/L ou h/ W n'a plus aucun sens. De plus, le plus ou moins grand
dévcloppemeni des styles apparaît indépendamment d'un changement de taille de la dent. Par
le rapport h L (ou h VV), le degré d'hypsodontic est donc évalué à partir de trois paramètres
(taille globale de la dent, développement des styles et hauteur du protocône) à caractère
indépendant. Il est nécessaire de supprimer un de ces paramètres : le développement relatif des
styles c.sl difficile à évaluer et. surtout, il n affcctc que les parties antéro-labiale et postéro-
labiale de la dent. Pour évaluer la valeur relative de h et, partant, le degré d'hypsodontic, il
faut utiliser un caractère mesurable se répercutant sur l'ensemble de la dent en général et sur le
trigone en particulier puisque c'est là que l'hypsodontic s'observe. Les dimeu-sions n et 1 (deux
points antérieurs et postérieurs à la base de la couronne dans un plan horizontal selon la
direction de l'axe mandibulaire) remplissent cette condition, mais étant donnée la forme en V
du trigone, la mesure de I est très délicate à relever, les résultats obtenus varieraient
certainement en fonction du manipulateur; de plus, la finesse de l'outil de mesure est mise en
question : le pied à coulisse possède des extrémités trop grossières qui débordent latéralement
sur les cingulums antérieur et postérieur, majorant ainsi notablement la valeur recherchée. Il
n'a pas non plus été possible de trouver, pour les dents inférieures, une longueur I qui ne
prenne pas en compte le développement d’un caractère particulier, en l'occurrence, celui de
l'hypoconulide. C'est la raison pour laquelle la valeur I n'a pas été utilisée et, par conséquent,
n'e.st pas représentée dans la figure 2.
La largeur w, mesurée du bord inférieur lingual de la couronne au creux formé par la
Jonction à leur base du paracône et du mctacônc, dans un plan vertical passant par le
protocône et perpendiculaire à l'axe de la dent, est plus facile d’utilisation et permet d'écarter
le problème du développement des styles et des cingulums; pour cette même raison (et pour le
principe d'orientation précisé plus haut), le « test d'indépendance » des valeurs h, x et y est
effectué par rapport à w.
L'utilisation du rapport h/w n’écarte hélas pas le problème Justement caractéristique des
dents hypsodontes. qu'est l'usure. Cette dernière, même faible, affecte souvent trop le sommet
du protocône pour que l'on puisse mesurer rigoureusement h. Le seul moyen permettant
d’occulter pratiquement totalement ce facteur est de rapporter h à une distance elle-même
affectée par cette usure: y semble alors le paramétre de choix ; il résulte directement des
valeurs conjuguées de h et de \, cette dernière étant, il faut le rappeler, proportionnelle à la
largeur w. Le rapport h/y permet de déterminer l'angle d'inclinaison a de la paroi linguale de la
dent, a dépend de h et témoigne donc directement du degré d’hypsodontic. La valeur de l’angle
est obtenue par la formule : h/y = sin a.
— 212
La pente considérée est une ligne fictive passant par le sommet du protocône et par le
point le plus lingual à sa base pour les dents supérieures ; elle relie le sommet du protoconide et
son point le plus bas labialement pour les dents inférieures.
Il n’est naturellement pas question de comparer directement les résultats obtenus à partir
des dents inférieures avec ceux fournis par les mesures des dents supérieures, mais il s’agit
d’évaluer les éventuelles variations de l’hypsodontie au sein de chaque denture afin de pouvoir
ensuite les réunir sur la base de ce critère (entre autres). La mesure de a reste fiable jusqu’à un
certain degré d’usure, mais si celle-ci devient trop importante, le bombemeni de la paroi
linguale, négligeable au sommet du protocône, fausse les résultats (fig. 5) en majorant de
quelques degrés l’angle d’inclinaison (environ 4’ pour un centimètre d’usure chez une dent
inférieure, 6° pour une supérieure). L’observation de la dent permel d’évaluer (subjectivement
malheureusement) son niveau d’usure, c’est-à-dire estimer l'importance du bombement au
point de mesure supérieur de y. Par chance, l’usure est souvent peu prononcée, voire absente,
chez les spécimens français. Le calcul de a est donc considéré comme fiable et pris en compte
en tant que caractère représentatif de l'hypsodontie des dents supérieures et inférieures.
A
Fig. 5. — Variations de l’angle a en fonction du degré d’usure de la dent. Aux points : A, usure nulle ; B, usure légère ;
C, forte usure.
Les principaux avantages de cette méthode d’évaluation de l’hypsodontie sont, d’une part,
d’occulter le phénomène d’usure lorsqu’il reste faible, et d’autre part, de quantifier ce caractère
sur des échantillons incomplets (à condition de posséder la portion concernée).
Position stratigraphique
La position stratigraphique est prise en compte dans la détermination des espèces,
puisqu’aussi bien elle témoigne de la distance temporelle relative existant entre les différents
spécimens. Son principal apport est « négatif » : deux spécimens très dissemblables, provenant
— 213
d’une même couche ou de deux couches d’âges équivalents ne peuvent appartenir à la même
espèce ni à des espèces dérivant l’une de l’autre.
L’observation des changements affectant un caractère au cours du temps peut éventuelle¬
ment permettre de définir ses états plésiomorphe(s) et apomorphe(s).
Méthodes d’analyse
Afin de déterminer les différentes populations françaises en présence, deux études
successives ont été effectuées ; l’une sur les dents supérieures, l’autre sur les dents inférieures.
Fig. 6. — Phénogrammes des spécimens de dents supérieures (A) et inférieures (B). Voir légendes des figures 3 et 4,
plus. D : Av 5892; E : Av 1054 BN ; H ; CB 1038; U : SA 722; XX : Py 26 Cn.
— 214 —
L'analyse de parcimonie (W. Maddison el D. Maddison, 1986) de leurs caractères respectifs a
permis de réaliser deux «diagrammes branchus » (fig, 6 ; les caractères utilisés pour leur
élaboration sont réunis dans l'annexe 2), assimilables à des phénogrammes. Il est en effet
difficile d'évaluer l'état apomorphe ou plésiomorphe de certains caractères; cependant
quelques-uns ont été « ordonnés » (le développement du métastylidc, par exemple) après
observation de leur variation à l'échelle de l'ordre et donc sur un laps de temps supérieur à
celui que recouvrent les spécimens français. Les différents degrés de l'hypsodontic n’ont pas été
« ordonnés » en raison de l'hypothèse retenue quant à leur niveau d'évolution ; le choix du
degré « moyen » comme étant l'état primitif de ce caractère va à l'encontre d'une certaine
logique (au moins empiriquement prouvée) qui veut que les dents hyp.sodontes tendent à le
devenir plus encore. Dans le modèle retenu, deux directions évolutives apparafssent : l'une
montrant une augmentation de l'hypsodontic. l’autre une diminution. Il est nécessaire de
préciser que le degré évolutif accordé aux valeurs (angle a) est susceptible d’étre interprété
différemment à l’échelle de l’ordre. Cette vision restreinte (réchantillonnagc français
seulement) doit être corrigée par l'obserx'aîion des autres genres en vue d’obtenir un jugement
plus fiable. Au sein des spécimens français, cependant, cette approche (du degré d’hypsodon-
tie) a permis de différencier les espèces, corrélativement aux autres caractères; meme s'il faut la
reconsidérer au niveau de l’ordre, il ne faut pas nier son apport dans l'étude des populations
françaises de Tillodontes, à savoir de permettre le regroupement des spéeimens en deux lignées
d'après l'état d'un caractère jugé primordial (d’apres fobsci'vation des spécimens américains et
asiatiques) : le développement du cingulum postérieur au niveau de la denture supérieure. A
l’appui de cette hypothèse, et bien qu'une importance toute relative lui soit accordée, viennent
les tailles des spécimens : les plus grands présentent une hypsodontie forte ou faible, tandis que
les formes affectées d'une hypsodontie moyenne sont de petite taille. D’autre part, l’argument
stratigraphique (les spécimens issus des couches les plus anciennes présenteraient le caractère
sous sa forme la plus primitive; prinetpe qu'il ne faut pas considérer comme absolu) ne
contredit pas cette hypothèse, Certains caractères, jugés plus importants, et surtout moins
soumis que d'autres aux effets du parallélisme, comme le développement du cingulum
postérieur (surtout si l’on considère des espèces proches), auraient pu être assignés d'un poids
particulier (9. 8 ...) tout comme, à un niveau moindre, le degré d'hypsodontie. L’évaluation de
ce dernier reste, en tout état de cause, très subjective el pourrait être remise en question à la
lueur de découvertes ultérieures. Les caractères apparaissant à priori indépendamment dans les
groupes obtenus sont considérés comme des analogies de structure et donc seraient alors dotés
d’un poids minimal (I); ce pourrait être le cas du degré de développement du cingulum
antérieur des dents inférieures el sans doute celui de la forme do l'entoconide. Il a été choisi ici
de ne pas imposer de poids aux caractères en raison des incertitudes quant à leur état
(apomorphe ou plésiomorphe) qui entourent nombre d'entre eux (annexe 2 ).
La forme de l'hypoconulide pose un problème particulier, à savoir ; il a toujours forme de
cuspide sur les M 3 des Tillodontes, l’observation de la troisième molaire ne permet donc pas
d’identifier l'étal de ce caractère pour les autres dents jugales de la mâchoire, c’est pourquoi il
est représenté dans la matrice par un point d'interrogation.
Dents supérieures et inférieures ayant donc été regroupées en petits lots d'après leur
ressemblance morphologique, ceux-ci n’ont pu être unis deux à deux que sur la base de trois
caractères ; le degré d’hypsodontie et la qualité de l'émail principalement, leur taille relative
complétant éventuellement le diagnostic. Les autres critères n'ont pu être utili.sés puisque
spécifiques des dentures inférieures ou supérieures. Un diagramme a pu ainsi être obtenu,
permettant de définir sept « groupes », répartis dans deux lignées. Les caractères réunissant les
lots formés, au niveau des nœuds, sont, soit communs aux dentures supérieure et inférieure,
soit spécifiques de l’une d'elle ; bien que la construction de l’arbre ne se soit effectuée que sur
les caractères communs, la présentation du diagramme (fig. 7) avec le maximum de caractères
permet de visualiser les tendances morphologiques (éventuellement évolutives) de chaque
lignée. Les incertitudes (—, ?) seront discutées au cours des diagnoses.
Fig. 7. — Diagriiranie des relations qui lient les spécimens français entre eu.x. resituées dans le contexte stratigraphi-
que. Les lettres repré.sentanl les spécimens sont les mêmes que dans les ligures 3, 4 et 6, plus. B : Av 202 BN ; W :
AL 17034; X : CB 230; Y : Mu 5124; Z : Mu 6605; ZZ : CB 130 M. I : cingulum postérieur renflé dans sa partie
supérieure et linguale; styles d'orientation oblique; émail lingual supérieur non lisse, et mat ; 2 : hypsodontic forte;
entoconide en position postéro-linguale; 3 ; cingulum postérieur renflé sur toute la hauteur de la couronne; émail
peu ou pas marqué, brillant; 4 : émail non lisse; taille plus importante; 5 : bombement lingual à la base du
protocône; 6 : styles d’orientation transverse; hypsodontic faible; 7 : grande taille; accroissement notable du
volume du cingulum antérieur.
— 216 —
SYSTÉMATIQUE
FRANCHAIUS n. g.
Espèce-type : Franchaius luciae n. sp.
Localité-type : Pourcy (Marne).
Autres espèces : Franchaius minimus n. sp., Franchaius russellonyx n. sp.
Diagnose : Le cingulum postérieur est renflé dans sa partie supérieure et linguale (caractère primitiO ;
les styles ont une orientation oblique par rapport aux cônes ; l’émail lingual supérieur n’est jamais lisse, il
apparaît mat (fig, 8).
Étymologie ; Franchaius de « France » et de « Lofochaius », genre chinois dont il semble proche.
Age et distribution : Cuisien inférieur à terminal ; le genre se retrouve dans les localités suivantes :
Pourcy, Mutigny, Avenay, Faune agéienne, Condé-en-Brie, Sézanne-Broyes, Saint-Agnan et Grauves.
Discussion : Les critères d’identification des dents inférieures du genre sont estimés
d’après les caractères communs aux espèces Franchaius minimus et Franchaius russellonyx,
aucun représentant inférieur de Franchaius lucius n’ayant été collecté à l’heure actuelle. Cette
solution semble la meilleure en attendant de pouvoir observer des échantillons inférieurs de
cette dernière espèce. L’émail labial inférieur est ridé; l’entoconide est en position postéro-
linguale (plésiomorphie?).
Franchaius luciae n. sp.
Type : PY 54 L., droite, de Pourcy (Marne) (pl. I, 1).
Diagnose : Le mur lingual est quasiment rectiligne (caractère dérivé?); les styles sont relativement
développés, l’ecloflexus est marqué, l’émail labial supérieur est lisse (primitiO ; le cingulum antérieur est
réduit et l’hypsodontie est moyenne (caractères primitifs) (fig. 8a).
Étymologie : luciae, en l’honneur de M"”' Lucie Bourroux, pour son soutien inconditionnel tout au
long de ce travail.
Age et uiSTRiBuriON : Cuisien inférieur de Pourcy et d’Avenay.
Hypodigme : Av 202 BN.? : M3.
Description
Le spécimen Py 54 L. porte des conules réduits sur les crêtes et accolés aux cônes ; ils sont
de taille équivalente. Le fort volume du parastyle par rapport à celui du métastyle est une
caractéristique générale des M^, ce dernier étant réduit à un prolongement labial du métacône.
Le cingulum externe est bien développé. Le bassin est profond.
Discussion
Le développement des styles et la profondeur du bassin sont jugés uniquement d’après le
spécimen Py 54 L., Av 202 étant cassé. Aucun échantillon de la denture inférieure n'ayant pu
être isolé, une description plus précise est donc remise à des découvertes ultérieures.
Le spécimen Av 202 BN possède un protocône presque rectiligne lingualement ; sa grande
taille apparente n’empêche pas de le considérer comme appartenant à cette espèce mais son
attribution délinitivc doit être réservée puisque l’on ne peut déterminer indubitablement son
degré d’hypsodontie.
Franchaius minimus n. sp.
Type : Mu 197 L., M* gauche, de Mutigny (Marne) (pl. I, 3-5).
Diagnose : Le trigonide est nettement ouvert, l’hypsodontie est forte; l’émail lingual est lisse
(primitif); le mctastylide est réduit (dérivé?) et non dédoublé (fig. 8b).
ÉTYMOLOGin : minimus. en raison de sa petite taille, par comparaison, en particulier, avec Franchaius
russellonyx.
Age et distribution : Cuisien inférieur, à Pourcy et Mutigny.
Hypodigme : Py 1910 Coll. Lyon. : DP4; Py 2 Cn. : M‘; Mu 6605 : M^?; Mu 0031 : P^.
Description
Les dents inférieures portent l’entostylide en position postéro-linguale. Leur paracristide
est basse. Le point d’insertion de la crête oblique sur le trigonide est labial. Le bassin du
talonide est profond.
Les dents supérieures présentent des styles réduits, un cingulum externe peu développé.
Les conules se trouvent sur les crêtes. L’émail lingual est faiblement ridé. Le cingulum
antérieur est court. Le cingulum postérieur est fort bien développé sur la M' (Py 26 Cn.), mais
reste étroit sur la observée.
Disc ussioN
Les caractéristiques de l’espèce, relatives aux dents supérieures, sont délicates à établir;
seuls les développements relatifs peuvent être évalués : styles par rapport aux cônes, et
cingulum antérieur par rapport au cingulum postérieur, quoiqu’une « réduction » inhérente à
la position dans la mâchoire affecte le cingulum antérieur des P"^ et des M' chez les
Tillodontes.
Franchaius russellonyx n. sp.
Esthonyx mitnieri, en partie (Lemoine, 1891) ; Lemoine, 1889, fig. VII (9); Lemoine, 1891, fig. 32;
Teilhard de Chardin, 1922 : 64.
Type : SA 720 L., M, gauche, de Saint-Agnan (Aisne) (pl. I, 8-11).
— 219 —
Diagnose ; Le métastylide est très développé et présente un renflement postérieur s'apparentant à un
dédoublement ; l’émail labial inférieur a de grosses rides en relief le trigonide tend à être peu ou pas
ouvert (primitif); la taille de cette espèce est importante par rapport à Franchaius minimus et Franchaius
lucius (fig. 8c).
Étymologie : russellonyx, en l'honneur de M. D. F. Russell, pour m'avoir permis de réaliser cette
étude; «onyx » signifie griffe, il est utilisé ici pour rappeler les liens qui unissent Tillodontes nord-
américains et français, cette terminaison étant largement employée au niveau des genres américains.
Age et distriulttion : Cuisien supérieur à terminal ; Fram hahii russclloiiyx se retrouve dans les sites
de Condé-cn-Brie. Sé^anne-Bl•oyes. Sainl-Agnan. Grauves et dans la faune agéienne de Lemoine.
Hypolugme ; AL 17034 (nouveau numéro, anciennement 5174) ; P3; CB 1076 L. : M-; CB 1075 L. :
Mi; CB 230 : M,; Sz 165 L. : Mj; SA T20 L. : M^; SA 722 : M^; SA 718 L. : SA 719(’.'') : P 3 ; SA
721 (?) : P^; Gr 7827 : IVI 3 .
Description
En dehors des spécimens CB 230 (usure) et Sz 165 L. (réduit à une sorte de cuspide en
regard du paraconide), les dents inférieures présentent un cingulum antérieur bien développé
sur toute la largeur du mur antérieur. La paracristide est basse. Le mélaconide est toujours très
renflé et plus haut que le paraconide, voire le protoconide. Le trigonide est en général fermé;
chez le spécimen Gr 7827, il forme un U droit., légèremenl refermé à son extrémité antérieure
en raison du développement labial et postérieur du paraconide; le trigonide du spécimen SA
720 L. forme un U étroit plutôt que fermé, dont l'extrémité antérieure et linguale se tord vers
l’avant. A l’exception de CB 2.10 (usure?), les dents inférieures portent un métastylide fort qui
tend à se dédoubler à mi-hauteur. Certains spécimens présentent une ou plusieurs cuspides
supplémentaires dans le sillon labial, entre protoconide et hypoconide : CB 1075 L. en porte
une, tandis qu'un amas de deux ou trois petites cuspides s'observe chez le spécimen SA 720 L.
La crête oblique s'insère labialcment sur le trigonide. L’entoconide, en position poslcro-
linguale, est en cuspide; l’hypoeonulide forme généralement une cuspide mais peut être en
crête (CB 1075 L.). La Pj présente un paraconide plus antérieur que lingual ; il se développe en
crête irrégulière (échancrée). arquée dans un plan horizontal. Le métaconide est réduit en
comparaison de celui des autres dents Jugales. mais reste net, quoique accolé au protoconide.
La crête oblique s'attache très labialcment sur le protoconide. Le lalonide présente un bassin
relativement profond, dont l’émail est faiblement ridé. Le sommet de l’hypoconidd?) forme
une crête qui se prolonge sur tout le pourtour du talonide. L'émail labial est grossièrement
ridé; des boursouflures longilignes affectent également l’émail lingual, mais de façon moins
marquée.
Le cingulum antérieur et les styles des dents supérieures sont peu développés (caractères
plésiomorphes). Les styles sont fortement rejetés de part et d’autre des cônes (1' « oblicité » est
très prononcée). L’ectoflcxus est peu marqué; le cingulum externe est net sur le spécimen CB
1076 L. (M^?) et réduit sur SA 718 L. (P'*). Le cingulum postérieur est bien développé et, sans
pour autant élargir le mur lingual de la dent, s'étend ju.squ'à la base de la couronne. Le
cingulum antérieur forme une tablette étroite, plus ou moins longue en fonction de la position
de la dent dans la mâchoire. Les deux cingulums s’insèrent très lingualement par rapport au
sommet du protocône. Les conules semblent faiblement développés et sont situés sur les crêtes
correspondantes à l’exception du métaconule de la P'*, qui est interne à la postprotocrista.
L’émail des dents supérieures est, à l’instar de celui des dents inférieures, fortement ridé.
Discussion
La denture supérieure est représentée par une (SA 718 L.), donc peu fiable comme il est
précisé plus haut, et une molaire (CB 1076 L ) très abîmée, il serait donc abusif d’en tirer une
description spécifique. CB 230 est attribuée au genre en raison de la position postéro-linguale
de l’entoconide et de son degré d'hypsodontie, et à celte espèce, à cause de sa forte
hypsodonlie et de la fermeture du trigonide.
Le spécimen AL 17034 (pi. IIJ, 21. 22), unique P., observée parmi les spécimens français
(en dehors du douteux spécimen SA 719), est pour cette raison particulièrement détaillé ici.
Son hypsodonlie paraît forte, à l’observation comme par les calculs; cependant, ces derniers
ont été établis à titre indicatif et doivent être considérés avec une prudente réserve en attendant
la découverte et l’élude d’autres Pj.
Bien que Frmehuius minimus et Fnmchahis russelkmyx aient en commun un caractère non
négligeable (une forte hypsodontic), il a paru nécessaire d’en faire des espèces différentes, en
regard d’autres caractères qui les divisent en deux groupes homogènes (développement du
métastylide, émail, ouverture trigonide, développement du cingulum postérieur, taille).
PLESIESTHONYX Lemoine, 1891
EspÈce-tvpe : Plesiesthonyx mwiieri Lemoine, 1891.
Diagnose : La molaire inférieure présente un enloconide en crête, en position linguale (synapomor-
phie?), ce qui implique une entaille du talonide relativement étroite; le trigonide est fermé (primitif?), la
paracristide est haute; le métastylide est réduit (fig. 9).
Age et distribution : Cuisien inférieur et supérieur et peut-être également Cuisien tenninal ; ce genre
se retrouve dans les localités de Mutigny, Avenay. Condé-en-Brie, Mancy(?) et au niveau de la faune
agéienne.
Description
Le cingulum postérieur des dents supérieures est renflé sur toute sa hauteur (synapo-
morphie), entraînant ainsi un élargissement du mur lingual ; le cingulum externe est déve¬
loppé; le cingulum antérieur est relativement large; l’émail est lisse et peu marqué, brillant.
Les styles sont strictement labiaux par rapport aux cônes (« transverses »).
Discussion
Le choix du nom générique est motivé par la présence dans ce genre de l'une (AL 5174;
M^) des deux dents étudiées par Lemoine en 1889 qu’il nomma ensuite Plesiesthonyx munieri
en 1891 (en compagnie d’une troisième attribuée depuis à un ordre différent); le second
spécimen porteur du numéro de catalogue AL 5174, maintenant répertorié sous le numéro AL
222 —
17034, est la Pj (pl. 111, 21, 22) attribuée à l’espèce Franchaius russe/lonyx et se trouve, de par
sa position, peu utilisable dans rétablissement d'une diagnose.
Deux spécimens (Av 4767 et Av 5892) du Cuisien inférieur, présentent des caractères
propres à les rapprocher du genre Plesiesthony.x : leur émail est particulièrement lisse; un
renflement lingual à la base du cingulum postérieur dépasse celle du protocône lingualement.
Malheureusement, les deux échantillons correspondent à des fragments trop réduits pour qu’il
soit possible de désigner Tun d’eux comme type d’une espèce donnée. En attendant la
découverte d’un spécimen représentatif de l’espèce, cette dernière ne sera pas nommée.
Plesiesthonyx munieri Lemoine, 1891
Esthonyx munieri, en partie (Lemoine, 1891); Lemoine, 1889, fig. Vil (9), Lemoine, 1891, fig. 32;
Teilhard de Chardin, 1922 : 64.
Type : AL 5174, M 3 gauche provenant de la faune agéienne (région d’Épernay, Marne) (pl. Il, IS¬
IS).
Diagnose : Le degré d'hypsodontie est faible. Un renflement proéminent suivi d'un rétrécissement
au-des.sous affectent la base linguale du protoconide et de l’hypoconide. Le métastylide est réduit. L'émail
présente quelques irrégularités éparses, longilignes et peu profondes. Les spécimens attribués à cette
espèce sont relativement petits (par rapport aux espèces Plexiexthonyx elongalus et Plesiesthonyx chardini)
(hg. 9a)
Age et distribution : Cuisien inférieur et supérieur des couches de Mutigny, Avenay (?), Condé-en-
Brie et au niveau de la faune agéienne.
Hypodtgme : Mu 5124 : Mj; Av 1054 BN(?) : M^; CB 103 P : M^.
Description
Le spécimen Mu 5124 étant réduit à un talonide, la description s’inspire principalement
du spécimen type AL 5174 (M 3 ). Le cingulum antérieur est court mais profond. La
paracristide est haute. Le paraconide est accolé au métaconide, renflé, surtout labialement. La
crête oblique s’insère labialement sur le protoconide. Le bassin est profond, à émail lisse.
Les dents supérieures attribuées à cette espèce présentent le renflement lingual caractéristi¬
que du protocône. Le cingulum antérieur forme une tablette renflée. Les styles sont développés
(observés sur le spécimen CB 103 P. seulement). Le bassin est profond, à émail lisse. Le
métuconulc est réduit (Av 1054 BN) ou absent (CB 103 P.).
Discussion
Il faut discuter ici du spécimen Av 1054 BN (M^?) qui présente le bombement lingual
caractéristique de l’espèce Plesiesthonyx munieri (quoique plus faible que chez CB 103 P.), mais
une hypsodontie moyenne (primitive); le problème est d’évaluer les hypothétiques tendances
au parallélisme de chacun des deux caractères; il est difficile de trancher en l’état des
connaissances actuelles en ce qui concerne les Tillodontes français, on peut cependant
envisager la possibilité d’une double apparition du phénomène de diminution de fhypsodontie.
— 223 —
en considérant éventuellement ce caractère comme une tendance générale au sein du genre
Plesiesthonyx. Juger analogues les renflements linguaux très particuliers de leurs protocônes
respectifs ne paraît pas raisonnable ; une si nette déformation est probablement liée à une
fonction particulière (ou une évolution vers une nouvelle fonction?) spécifique. Av 1054 BN
est donc (provisoirement peut-être) intégré à l’espèce Plesiesthonyx munieri.
Plesiesthonyx elongatus n. sp.
Type : CB 671, gauche, de Condé-en-Brie (Aisne) (pl. II, 16-18).
Diagnose : La molaire supérieure parait « iransverse >». L’étnail est légèrement marqué; les styles
sont étendus mais relativement peu volumineux ; le dngulum antérieur montre un accroissement de son
volume par rapport au genre Francluiiiis et â l’espèce Plesiesthonyx tniinieri: la taille globale de la dent est
également inférieure chez cette dernière. Le degré d’hypsodontie est faible (fig. 9b).
ÉtymouxïIC ; elongcilus, en raison de sa morphologie « transverse ».
Age et distribution : Cuisien supérieur, à Condé-en-Brie uniquement.
Hypodigme : CB 1038.
Description
La paroi linguale des dents supérieures est légèrement bombée. Le bassin est profond et
lisse. Les conules sont globuleux et internes par rapport à leur crête respective.
Discussion
Aucun des spécimens inférieurs n’a pu être rattaché à cette espèce.
Leur allure, élancée transversalement, justifie à elle seule la formation d’une espèce pour
ces deux spécimens, de plus, leur cingulum antérieur n’est pas assez développé pour que l’on
puisse les assimiler à des Plesiesthonyx chardini.
Plesiesthonyx chardini n. sp.
Esthonyx munieri, en partie (Lemoine, 1891); Teilhard de Chardin, 1922 : 64.
Type : ,AL 5175, M’(?) gauche, issue de la faune agéienne (région d’Épernay. Marne) (pl. Il, 20).
Diagnose ; La longueur x du protocône est grande par rapport à la largeur w (x/w = .46, contre .36
pour les autres espèces françaises). L'émail est Irès légèrement ridé. Le cingulum antérieur a augmenté en
taille et en volume, de telle sorte qu'il tend à s'équilibrer avec le cingulum postérieur. La taille globale est
supérieure à celle de Plesiesthonyx munieri et Plesiesthonyx ekmgatus et même â celle des spécimens du
genre Franchaius. Les cuspides sont très renflées, ce qui confère aux dents une allure trapue. Le degré
d’hypsodontie est faible (fig. 9c).
Étymouk'iIF. : chardini, en l’honneur de P, Teilhard de Chardin, qui attribua le spécimen AL 5175
aux Tillodonles (1922).
— 224
Age et distribution : Partie supérieure du Cuisicn inférieur, Cuisien supérieur et peut-être Cuisien
terminal; les spécimens de l'espèce se répartissent dans les localités d'Avenay, Condé-en-Brie(?),
Mancy(?), et naturellement au niveau de la faune agéienne.
Hypodigme : Av 4560 : M 3 ; CB 130 M(?) ; M,; Mn 66 L.(?) :
Description
Le cingulum antérieur des dents supérieures s’insère lingualement sur le protocône; il
s’étend labialement au-delà du paraconule. De même, le cingulum postérieur s’étend jusqu’à
l'aplomb du métacône. Le bombement du mur lingual est peu prononcé mais régulier. Les
conules semblent se situer sur leur crête respective; le paraconule est globuleux, le métaconule
est en crête.
Les dents inférieures présentent des cuspides renflées et la même allure trapue que les
dents supérieures. Le cingulum antérieur est étroit et étendu (irrégulier chez le spécimen Av
4560). Le spécimen CB 130 M étant abîmé, les détails morphologiques suivants ont été
observés sur Av 4560 (Mj). Le trigonide forme un U fermé en vue occlusale. Le métastylidc
réduit semble se dédoubler à la base. La crête oblique s'insère labialement, presque à l'aplomb
de l’entaille qui sépare le protoconide de l'entoconide (« notch »), sur la paroi postérieure du
Irigonide.
Discussion
Av 4560 est rapprochée de Al 5175 en raison de sa taille relativement forte et surtout de sa
morphologie particulière d’allure ramassée.
CB 130 est rattachée au genre Plesicsihotivx par la position linguale de son cntoconide et à
l’espèce chardini par sa grande taille.
L’état d’érosion avancée du spécimen Mn 66 L. ne permet pas d’affirmer avec toutes les
certitudes requises son appartenance à l’espèce Plesiesihonyx chardini aux côtés du spécimen
Al 5175, cependant, leur ressemblance morphologique est frappante, et leurs rapports x/w sont
égaux. Cette nouvelle proportionnalité de x à w doit être considérée comme un caractère : ceci
est une hypothèse, car seul un plus grand échantillonnage des Tillodontes français et de cette
espèce en particulier apportera (peut-être) les preuves nécessaires à sa démonstration.
Discussion générale des diagnoses des spécimens français
Ce rapport a tenté d’établir les diagnoses sur les caractères privilégiés par les chercheurs
nord-américains, afin de conserver une unité au sein de l’ordre des Tillodontes et faciliter les
comparaisons. Malheureusement, l’utilisation de certains critères comme le renflement du
métaconide, la hauteur de la paracristide a conduit à des rapprochements incohérents en
regard d’autres caractères jugés importants par les auteurs américains eux-mêmes : l’hypso-
dontie (Stucky et Krishtalka, 1983) et la taille (GtNGHRiCH et Gunnell, 1979), par exemple.
Ce phénomène (d’incohérence) peut être dû à diverses causes : d’une part l’abus d'utilisation
— 225 —
dans les diagnoses de caractères primitifs dont le degré d'évolution n'est pas précisé (et qui
peuvent réunir, à tort, des spécimens déjà éloignés les uns des autres), d'autre part la
surestimation de l’importance de quelques critères. L'exploitation des caractères plésiomorphes
au niveau des diagnoses peut être volontaire (elle est quasiment indispensable chez les espèces
très primitives et/ou peu connues), mais les deux (plésiomorphies utilisées à des tins
diagnosiques ou caractères surestimés) sont parfois dus à l'ignorance de l’importance et/ou de
l’état évolutif des caractères; ce dernier point visant tout particulièrement cette étude.
Les caractères dits « primitifs » le sont relativement au sein des Tillodontes français. Les
diagnoses sont établies en corrélation les unes avec les autres, c'est la raison pour laquelle
autant de caractères plésiomorphes sont consignés.
Certains crilère.s semblent présenter des analogies (étendue du cingulum antérieur pour
les dents inférieures, position et développement relatif des conules pour les dents supé¬
rieures par exemple), en l'absence d'arguments (preuves de corrélation soutenues par d’autres
caractères jugés actuellement primordiaux et/ou nombreux) infirmant cette hypothèse, ils
ne seront pas considérés- en tant que caractères spécifiques mais plutôt comme les témoins
d'un polymorphisme intra-spécifique.
Le nombre, relativement elevé, d’espèces (sept dont une non nommée) déterminées ici est
justifié par l'importance des caractères qui les séparent et surtout par leur « synergie » :
chacune d’elles est en effet basée sur un ensemble de critères qui concourent à Tisolcr des
autres. La tentative d'en réunir certaines réduit la diagnose à un ou deux caractères seulement,
par exemple Fnindiuius mininnts et Frcincfuiius russellonyx dont le seul caractère commun,
hormis ceux qui déterminent leur appartenance au genre et au taxon des Tillodontes, est une
forte hypsodontie.
L'ensemble des espèces considérées s'étend sur une période d’environ sept Ma (Odin,
1990); les huit espèces (sept seulement pour Siucky et Krisiitalka, 1983) réparties à
l’intérieur des genres américains A-ygoiiy.x et Esihoiiyx couvrent une période de moins de
quinze Ma (entre quinze et dix). Cependant, si les trois espèces du genre Azyganyx s'étendent
sur un peu moins de dix Ma, les cinq espèces é'EslIwiiyx sont circonscrites à une période de
sans doute quatre ou cinq Ma au maximum (Clarkforkicn : -55-53. plus le Sandcoulee). Il ne
paraît donc pas aberrant de déterminer autant d’espèces sur « si peu de temps » pour les
spécimens français; et ce d'autant plus que la plupart sont contemporaines à l'inverse de
nombre des espèces américaines.
Afin de démontrer la non-appartenance de deux échantillons à une même population, il
faut établir la signification biologique de leurs différences (Simpson, Rot et Lhwontin, I960);
les adaptations de la structure dentaire affectant la forme de la dent elle-même semblent plus
significatives que les variations relatives de la taille. Une divergence de forme implique
habituellement une différence de fonction, cl témoigne donc d’une espèce différente.
L’élaboration des diagnoses exige l’exploitation du plus grand nombre possible de caractères
afin de bien rendre compte d'une espèce ou d’un genre, et justifier ainsi les divisions
interspécifiques établies; les diagnoses des spécimens français tentent de remplir ce rôle.
D’après l’observation des moulages des spécimens nord-américains, et à la lecture des
diagnoses, les différences entre espèces semblent moins nombreuses et surtout moins
primordiales que celles existant entre les espèces françaises susnommées, ce qui est un
argument de plus, s’if en est besoin, en faveur du nombre d’espèces déterminées.
CORRÉLATIONS
Avant toute chose, il faut rappeler les caractères que possèdent en commun les espèces
françaises ; le paraconide est réduit, tant en taille qu’en volume, par rapport au métaconide;
celui-ci limite l’étendue du bassin du trigonide en raison de son fort renflement lingual et, quel
que soit la position de la dent sur la mâchoire, la crête oblique s'insère toujours labialement sur
le protoconide; les dents supérieures montrent un paracône plus grand et plus fort que le
métacône, la crête qui les unit est en U arrondi (vue linguale) pour les molaires, en V pour les
quatrièmes prémolaires, les conules sont réduits. Parmi ces caractères, peu sont à prendre ici en
considération, les autres étant distinctifs d'un grand nombre de genres voire de l’ordre entier
(comme par exemple la supériorité du paracône sur le métacône) Il reste donc à disposition
l’insertion labiale de la crête oblique sur le mur postérieur du trigonide. le bassin de ce dernier
très réduit (métaconide très renflé), des conules moyennement réduits et peut-être des P 4 , et
surtout P 3 (pl. 111, 21 ) très molarisées (par comparaison avec les Pj.j des autres Tillodontes) ;
il reste à vérifier que le phénomène ne soit pas restreint au seul genre Franchaius auquel elles
appartiennent. Il serait peut-être possible de prendre egalement en compte la tendance au
bombement des murs linguaux supérieurs. Les seuls caractères indiscutables sont donc des
caractères peu ou pas « évolués » (relativement à l’intérieur de l’ordre des Tillodontes) ; il n’est
donc pas possible d’écarter l’hypothese d'un diphylétisme au sein des Tillodontes français entre
les genres Franchaius et Plesiesthony.x
L'établissement de corrélations entre spécimens nord-américains et français doit être fait
en tenant nécessairement compte de plusieurs contingences; à savoir, les caractères dentaires,
en essayant au maximum d'écarter les plésiomorphtes des comparaisons, l’âge des divers
spécimens et la paléobiogéographie; ces deux derniers points apportent une précision
« négative » sur les éventuelles filiations au sein des Tillodontes.
L’objectif n’étant pas, ici, d’étudier les spécimens nord-américains, les relations entre eux
et les spécimens européens sont établies sur la base de quelques caractères sans trop insister sur
leur divers états et leur implication au sein des lignées américaines.
Les étude.s comparatives de ces dernières, prises séparément, avec l’ensemble des
spécimens français, puis, avec chaque genre, n’ont pas apporté la preuve irréfutable de
l’existence de liens étroits entre Tillodontes européens et nord-américains : l'ensemble des
spécimens français ne peut être rattaché au genre Esthonyx (« lignée 2 », car seconde à
apparaître en Amérique du Nord, à rÉocene inférieur). Un caractère (dérivé’.^), réunit
cependant Franchaius et Esthonyx . la position postéro-linguale de l'entoconide; mais de
nombreux caractères les séparent, qui correspondent à d’autres apomorphies de la lignée 2
nord-américaine (dont certaines tendances s'amorcent dans la lignée 1 ) (.-Ixi'gum'A). apparue
au Paléocéne supérieur; l'exemple le plus frappant est le développement du cingulum
postérieur : large à la base et immédiatement dans le prolongement du protocône, de telle sorte
que le mur lingual de la dent supérieure a une forme de triangle; il est par ailleurs tout à fait
rectiligne pour les trois espèces du genre Esthonyx et pour Azygonyx laüdens et Azygonyx
grangeri. La position similaire de l’entoconide doit alors être considérée comme un
parallélisme (ou en tant que caractère primitif), après évaluation du nombre de réversions
— 228
commun entre les genres français et la lignée 2 américaine (fig. 10b), deux solutions s’offrent
alors ; une réversion du développement du cingulum postérieur chez Franchaim (improbable
comme cela est explicité plus haut) ou parallèlisme, pour ce même caraclère, entre
PIcsiesthnnvx et l’ensemble des genres américains. L’hypothèse semblerait raisonnable si l’on
ne tenait compte de lu position de l’enloconidc, posléro-linguale chez Franchiux et Estiwnyx,
linguale chez A:ygonyx xeniciis et Plesiesthonyx; si la position postéro-linguale est dérivée, le
modèle (b) implique un parallélisme entre Fnincluiiux et Esthonyx. sinon, c’est alors
Pleswstlumyx et Azygonyx xeniciis qui présentent une analogie au niveau de ce caractère; il
n’est pas possible tic trancher définitivement quant d ses états apomorphe et plésiomorphe en
raison du faible nombre de spécimens inférieurs des genres les plus anciens mis à jour
actuellement. Quoi qu'il en soit, un phénomène de parallélisme supplémentaire s’ajoute à celui
portant sur le caractère « développement du cingulum postérieur ». ce qui rend l'hypothèse
beaucoup moins crédible.
Si l’on considère les Tillodontes français cl la lignée 2 (Esthonyx) américaine (fig. lOc), il
faut, comme pour l’arbre (a), envisager une réversion ou un triple parallélisme, avec le manque
de fiabilité que cela implique.
Force est donc de tester l’hypothèse de diphylétisme des genres Fremehaius et Plesiestho-
nyx (fig. 11).
Si l’on compare l’un avec l’autre le genre Plesiesthonyx et l’espèce Azygonyx xenicus, une
synapomorphie apparaît entre Plesiesthonyx et Azygonyx xenicus : le cingulum postérieur est
renflé sur toute sa hauteur (fig. 1 la); Azygonyx xenicus et Plesiesthonyx partageraient alors au
moins deux autres caractères dérivés (?) : position linguale de l'entoconide et réduction du
métastylide.
Si Plesiesthonyx et Esthonyx sont deux groupes frères (fig. Il b), deux réversions (ou
parallélisme selon le degré d’évolution attribué aux caractères) s'imposent pour Plesiesthonyx :
au niveau de la « position de l'entoconide » et du « développement du métastylide », cela
semble peu réaliste, mais en l'absence d’informations supplémentaires, tant sur les Tillodontes
que sur les taxons voisins (susceptibles de fournir éventuellement des précisions sur certains
caractères dont le degré d’évolution est difficilement évaluable à l’échelle de l’ordre), le
problème de ce « point triple» ne sera pas éclairci (fig, llc).
L’hypothése d'une proche parenté entre Fnmehaius et Esthonyx (fig. 11c) n’est pas
recevable en raison de la réversion qu'elle implique chez le genre français au niveau du
développement du cingulum postérieur.
Quoi qu’il en soit, Azygonyx xenicus reste l’espèce la plus proche des espèces françaises de
la .seconde lignée (Plesiesthonyx), parmi les nord-américaines (c’est pour cette raison qu’elle est
seule, séparée du reste de la lignée 1 noi d-américaine), surtout en raison de son moindre degré
d’évolution par rapport à la lignée 2 (Esthonyx) et aux quatre autres espèces du genre
Azygonyx, qui ne permet pas, à priori, de déterminer leurs liens de parenté avec certitude (il
serait peut-être intéressant, à ce sujet, d’estimer ses plus proches parents...). L’observation du
moulage d’un spécimen d’,4ci’go//i’.x xenicus, UM 66166. a permis de noter une ressemblance
frappante entre les molaires supérieures (fragments linguaux seulement) des spécimens Av
5892. M', cl Av 4767 (attribués provisoirement au genre Plesiesthonyx), et la M' d'Azygonyx
xenicus : le même renflement basal du cingulum postérieur dépassant le bord lingual du
protocône s’observe. Ceci tend à confirmer l'hypothèse selon laquelle Plesiesthonyx aurait un
ancêtre commun particuliérement proche avec Azygonyx xenicus.
— 229 —
Les arguments stratigraphiques el paléogéographiques ne contredisent pas ces hypothéti¬
ques relations de parenté, limitées entre Azygonyx xenicus et Plesiesihonyx, ni le diphylétisme
des deux genres français ; Plesiesihonyx n’a été trouvé jusqu'à présent que dans la partie
supérieure du Cuisien inférieur, alors que Franeliaius apparaît au niveau de couches plus
anciennes, très proches de la limite inferieure de TÉocéne; il faut rappeler qu’/lrvgnm'.v xenicus
est circonscrit au Clarkforkien (Paléocène supérieur), ce qui rend envisageable Phypolhèse
d'une migration de Tillodonles nord-américains vers l'Europe à cette époque (rAllantique
Nord ne s'ouvre qu'aux enviions de -46 Ma), suivie d'une différenciation, aux côtés d'un
genre déjà installé. Frmuhaius, dont la divergence d’avec les spécimens américains semble être
antérieure. Ce « scénario » a rénonne défaut de ne pouvoir être démontré de manière
indiscutable. Il serait souhaitable que des preuves (en l’occurrence, des .synapomorphies
incontestables) viennent étayer son hypothèse; une étude corrélative approfondie des
caractère.s dentaires sur l'ensemble des Tillodonles permettrait sans doute, en gardant une
certaine unité de jugement, de déterminer avec moins d’incertitudes le degré d'évolution des
divers caractères et ainsi mieux établir les liens éventuels entre « sous-groupes » (genre ou
espèce).
HISTOIRE ET ÉVOLUTION
Le problème des relations phylogénétiques au sein des Tillodonles, ainsi qu’entre eux et
les ordres mammaliens éocènes et actuels, a donné lieu à maintes publications, depuis Cope
(1874, 1876«) jusqu'aux recherches des dernières décennies (Van Valen, 1963; Stucky et
Krishtatka, 1983; Ting el Zheng, 1989, notamment). Les données actuelles sur l'évolution
des Tillodonles prennent en compte deux contingences : les caractères dentaires et la
paléogéographie.
Bien que sans doute insuffisants pour appréhender une phylogénie rigoureuse, les
caractères dentaires, en l’occurrence les plus disponibles dans cet ordre, permettent d’esquisser
l'histoire évolutive des Tillodonles. Une étude approfondie des caractères de l'ensemble du
taxon n'ayant pu être effectuée au cours de ce travail, les données fournies par les recherches
du Stucky et Krishtalka (1983), ainsi que celles de Ting et Zheng (1989) y ont été intégrées,
l’objectif étant de replacer les populations françaises dans le contexte phylogénétique de l'ordre
entier (fig, 12).
Les Tillodonles de l'Éocène moyen et supérieur n'ont pas été étudiés en détail; leur
position phylogénétique, établie par Stdckv et Krishtalka (1983) ne sera donc pas discutée.
Ces auteurs ont déterminé un mctastylidc « plus fort » au niveau (4); cependant, les
genres Azygonyx et P/esieslIwnyx présentent un faible développement de cette cuspidc: c'est la
raison pour laquelle le caractère « métastylide fort » est placé (provisoirement) au niveau du
nœud (6), en attendant la découverte de spécimens inférieurs de Meiosiylodon qui détermine¬
raient éventuellement son apparition au nœud (5).
A l’échelle de l'ordre, l'augmentation de l’hypsodontie des dents inférieures est nette « à
partir » de la lignée 2 américaine (Esthonyx) seulement; Stucky et Krishtalka (1983) font
jugée plus ancestrale : au niveau (4).
— 230 —
Le genre Metostylodon est placé entre Azygonyx et Plesiosfhonyx, d'une part, et Esihonyx
d’autre part, en raison du fort élargissement du cingulum postérieur, contre l’avis de Stucky et
Krishtalka (1983) qui le situaient entre Lofochahis et Azygonyx, déterminant le caractère
commun à tous les Tillodontes en dehors de Lofochaitis comme étant le « cingulum postérieur
en plateau étendu ». L'observation de Meiostylodon montre un cingulum postérieur bien
développé et un mur lingual comparables à ceux du genre Esthonyx quoiqu’un peu moins
volumineux, ceci explique sa position sur la figure 12 .
Fig. 12. — Diagramme d'une phylogénie hypothétique retraçant l’histoire évolutive des Tillodontes; modifié, d’après
Stucky et Krishtalka. 1983. Les caractères donnés par ces auteurs sont repris ici dans la mesure où ils peuvent
être évalués che 2 les spécimens français. 1 : hypoconulidel?); 2 : styles en ailes saillantes; cingulum
postérieur; 3 : bombement du mur lingual .supérieur faible; mélastylidef?); 4 : renfiemenl du cingulum postérieur
sur toute la hauteui de la couronne des dents Jugales supérieures ; 5: mur lingual rectiligne et en triangle; cingulum
postérieur plus étendu; 6 ; P 4 -M 3 plus hypsodontes: bassins plus profonds; M'"-’ à conules réduits; crête oblique à
insertion linguale sur le mélaconide pour Mj.^; mctastylidc plus fort ; 7 : Pj-Mj plus hypsodontes; M 1.3 à cristide
oblique d’insertion linguale sut le inêtaconide; augmentation notable de la l.aille
Ting et Zheng (1989) considèrent Lofochaitis comme étant proche des Pantodontes et
n’appartenant pas à l’ordre des Tillodontes. principalement en raison de l’étendue des
cingulums postérieurs et antérieurs qui rejoignent les styles, et de la jonction des préprotocrista
et postprotocrista avec le paracône et le métacônc respectivement. 11 n’est pas possible de
trancher en ce qui concerne le premier caractère, sans connaître ses étals apomorphes et
plésiomorphes ; s’il se montre ici sous son état primitif, cela ne prouve pas sa non-
appartenance aux Tillodontes. La jonction de la postprotocrista avec le métacône s’observe
chez les spécimens français et chez Azygonyx xenicus; ces jonctions des protocrista avec les
cônes pourraient donc bien être des caractères primitifs à l’échelle de l’ordre. Lofochaitis est
— 231 —
donc laissé ici au sein des Tillodontes. en attendant d'en connaître plus sur ses caractéristiques
dentaires, de la denture inférieure notamment (aucun échantillon actuellement).
Le genre Inlerugtile pose un problème particulier : anciennement attribué aux Anagalidés,
le seul spécimen connu est une mâchoire inférieure dont les M 1.3 sont dépourvues de
métastylide, critère pourtant spécifique des Tillodontes (d'après la diagnose de l’ordre par
Gazin, 1953); ainsi, soit Interogiile n'appartient pas à ce taxon, soit, et ce serait plus
vraisemblable si l’on en croit Ting et Ziieng (1989), il faudrait faire passer le caractère
« métastylide >> au niveau de la famille des Esthonychidac et en créer une seconde. Interogale
présente des caractères plésiomorphcs au niveau de l'ordre : entoconidc postéro-lingual. crête
oblique à insertion labiale sur le trigonidc pour toutes les dents jugalcs et, notamment,
hypoconulide allongé sur les Mj. Ting et Zheng (1989) considérant ce dernier caractère
comme étant la condition sine qua non pour appartenir à l’ordre des Tillodontes, cela confirme,
d’après eux. l’appartenance à ce groupe (Ga/in avait placé ce caractère dans la diagnose des
Esthonychidac). Inierogulc est très petite ; «: A tillodont smaller than any other known
genus. » (Ting et Ziieng, 1989), cela semblerait aller dans le sens d’une interprétation de celte
forme comme étant primitive parnii les Tillodontes; mais, par ailleurs, clic apparaît après
Meiostylodon, stratigraphiquement parlant, ce qui ne s’oppose pas forcément à son
appartenance à l'ordre, mais la rend plu:; incertaine.
Anchilesies est considéré par Ting et Zheng (1989) comme étant le plus ancien des
Tillodonte.s. Les molaires inférieures,, comme celles û'Inlerogale, ne possèdent pas de
métastylide; les principaux caractères semblent correspondre aux plésiomorphies du groupe,
notamment : un trigonide en V aigu (vue occlusale) et une P4, non molarisée. 11 apparaîtrait
donc comme l’ancêtre optimal (?).
Quel que soit l’ancêtre hypothétique des Tillodontes, les connaissances actuelles amènent
à penser qu’il se trouvait en Asie, au Paléocène (plutôt inférieur très certainement).
Si les échanges fauniques furent possibles pendant environ 12 Ma ( 58... 46) entre
Amérique du Nord et Europe, le passage d’Asie en Europe était plus aléatoire du Paléocéne à
la fin de l'Éocénc ( 34 Ma) : Une mer èpicontinentale, en provenance du nord, a interdit les
échanges fauniques (en dehors peut-être de quelques migrations ponctuelles au Crétacé
supérieur, grâce aux terres encore non immergées), notamment au Paléogène inférieur et
moyen (Paléocéne cl Eocènc). si l'on excepte une hypothétique possibilité de passage par
L’Afrique (qui entre en contact avec l’Europe au Crétacé supérieur).
Force est donc d’envisager l’arrivée des Tillodontes en Amérique par le Detroit de Bering,
et leur établissement en Europe après rnigration(s) d'ouest en est en provenance de l'Amérique
du Nord, rendue(s) possiblets) par la régression vers le nord, amorcée au Crétacé supérieur, de
la mer du Cannonball (fig. 13).
Les Tillodontes français sont déjà bien différenciés lorsque la liaison Europe-Amérique du
Nord est rompue par l’ouverture de l'Atlantique Nord, à 46 Ma environ.
Les échanges fauniques directs entre Asie et Europe ne sont rendus possibles qu’à
rOligocéne, époque à laquelle aucune découverte, à ce jour, ne témoigne de la survivance des
Tillodontes; aiaïucl cas il faudrait en tenir compte dans rétablissement de la phylogenèse.
Les migrations au niveau « régional » ont été envisagées par Copt; ( 1874, 1875, 1876fi); il
note des différences entre les populations mammaliennes de New Mexico et celles du
Wyoming: il en déduit que cette dernière dériverait par migration d’une population plus au
sud. Cela ne se vérifie pas pour les Tillodontes. en tout cas, puisque seule l’espèce Estiwnvx
— 232 —
hisulcatus se retrouve dans le bassin de San Juan (au niveau du Lysitéen), tandis que celles du
genre Azygonyx (Clarkforkien et Wasatchien inférieur) sont localisées dans les gisements du
Wyoming.
Fig. 13. — Migrations des Tillodontes au Paléocène. Les flèches indiquent le sens migratoire supposé. (D’après
Savage et Russell, 1983.)
CONCLUSION
Il faut rendre hommage à la clairvoyance de Lfmoine qui a su distinguer, sur un très petit
échantillonnage, les différences existant entre Tillodontes américains et français. L’apport de
nouveaux spécimens à la collection du Muséum national d’Histoire naturelle a confirmé leurs
divergences.
Au sein des spécimens français eux-mêmes, les différences morphologiques observées ont
nécessité leur morcellement en six espèces réparties dans deux genres : Plexiexthonyx Lemoine,
1891 et Franchaius n. g., dont les corrélations respectives avec les lignées américaines ont
démontré la double origine. Celle-ci témoigne de la fréquence et de l’importance des échanges
fauniques entre l’Amérique du Nord et l’Europe au Paléocène (plus faibles), voire à fÉocène
inférieur (nombreux).
L’analyse des caractères dentaires et de leur importance relative au sein du taxon permet,
à l’aide des données paléogéographiques, de reconstituer son histoire évolutive : il prit
233 —
naissance en Asie, se poursuivit en Amérique du Nord, puis en Europe, grâce aux migrations
de populations auxquelles l'isolement géographique permit ensuite de se différencier.
La diversité, que l’étude des Tillodontes de Grande-Bretagne et la découverte de
spécimens allemands bien conservés permettraient peut-être de mieux appréhender, ainsi que la
vaste répartition des spécimens fossiles prouvent l’existence d’un ordre florissant à l’Éocéne
inférieur et largement répandu dans tout rhémisphère Nord.
Son origine n'est pas encore définitivement établie; elle se situerait, en tout état de cause,
au niveau des formes mammalicnnes du Paléocène. C’est, la plupart du temps, parce qu’ils
attachent particuliérement de l’importance à des caractères différents que les divers auteurs qui
se sont penchés sur le sujet ont rapproché l’ordre des Tillodontes de taxons aussi variés que les
Toxodontia (Cope, 1874), les Taeniodonla (Cope, I876fl), les Creodonta (CoPE. 1889), et de
bien d’autres [dont certains perdurent encore actuellement tels que les Insectivores (Zittel,
1925), jusqu'aux théories des dernières décennies : des Pantodontes (G/vzin, 1953), des
Condylarthres (Van Valen. 1963) et enfin des Anagalidés (Tinc; et Zifeng, I989)j. Tout cela
démontre la nécessité d’une détermination rigoureuse du degré évolutif des caractères,
indispensable à l’identification des groupes-frères des Tillodontes. C’est par l’observation et la
comparaison des caractères, élargies à l’ensemble de la faune mammalienne paléocène et
éocène que l’origine des Tillodontes pourrait être appréhendée dans toute sa complexité.
Remerciements
Je suis heureuse de pouvoir remercier ici M. D. E. Russell qui m’a guidée et conseillée tout au long
de cette étude.
M. Serrettf, a réalisé les photographies. M""' Pilard a effectué le montage des planches.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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— 235 —
ANNEXE 1
Échelle stratigraphique de l’Yprésien de la région de Reims-Épernay (est du Bassin de Paris), A :
Odin et Kreuser, 1988; Odin et Odin, 1990; B : Berggrfn et al.. 1985. NP : zones à nannoplancton ; W :
zones à dinoflagellés; MP : zones à mammifères.
ACES
A B
EPOQUES
-1
ETAGES STANDARDS
_1
t TACBS HKCIONAUX
.SUBDIVISIONS
N P
MAMMIFERES
MP 1 G 1 LO CA FITES
formations SEDJMENTAIRES
EtXENE
MOYEN
Calcaire grossier
Lutetien
Briivelüen
MPI 1
T
PanPüsien supérieur
NP^^
1
y//////
///
///
Panelisien infei iexir
\Y7
MP 10
1
1
NPI.^
Cuisien lerminal
1
Grauves Manry Cuis
Saint- Agnan
Sables a unies
«
Sezanne Broyés
^9.^'55.2
EOCENE
Ypresien
Cuisien supérieur
NPI ’
N)
Brasles
Condo en Brie
Patine ageionne
ei leredines
ws
W-t
Avenay
Muitgny
Argile a lignites
d Fpernay
INFERIEUR
Cuisien inferieur
NPI 1
U 3
MPS/9
Hpi ne Bay
////////
/ / ,
NPIO
/ / / / / / / /
/ /
llcrdien
Sparnacien supérieur
Wl
S
§
1
1
////////
//t
Si/ SS —
Sparnacien inférieur
et basal
NPy
MP“
Har»ii h
Meudtin
Pimi t y
Marnes de Monl-
Bernon
L’annexe 1 reproduit une des dernières esquisses de réchellc stratigraphique de rÉocène de l’est du
bassin parisien. Il réunit des informations issues des travaux de CxvEt ii u et Pomi rgi. (1986). Cavfmrr
(1987) ainsi que les conclusions de T « International Symposium on Mammalian Biostraligraphy of lhe
European Paleogenc » (février 1987) rapportées par Godinot. L’Ilerdicn est caractérisé par des hiozoncs
à alvéolines et à nunimulites. la base du C'aisicn par le niveau à Ntminitililcs platinhiitis, et son sommet par
la partie terminale de la biozone W(i (dinoflagelJés), La limite supérieure de l'Yprésicn semble sc situer au
niveau de la biozone NP 14 (nannoplancton). Le stratotype du Sparnacien, composé d'Argiles à lignite,
doit être incorporé au Cuisien (CAViiLitR. 1987).
La détinition d'une échelle de biozoncs mammaliennes (MP) permet d’établir des corrélations au
niveau européen [l’Untere Unterkohie du Geiseltal. d'où provient Esiltony.x tardas (Franzen et Haubolu,
1986), est ainsi situé au niveau MP 11) et régional (Godinot, 1987).
ANNEXE 2
Définition des caractères et matrice du diagramme des dents supérieures (fig. 6A)
1. Cg. abt., dvpt : étroit et plat; étroit et renflé; large et renflé;
2. Cg. post.. dvpt : renflement sup, lingual; renflement jusqu’à base couronne;
3. Cg. post., long. ; lingual,'mtl; aplomb méti.; labial,/méti. ;
4. Paracl. : « globuleux » sur crête; réduit, interne à crête; en crête ou absent;
— 236
5. MétI. ; net sur crête; réduit, interne à crête; en crête ou absent;
6 . Bassin, profondeur ; faible; forte;
7. Bassin, émail : lisse; irrégulier;
8 . Styles, dvpl. : faible; fort;
9. Ectoflexus : faible ou nul ; net à fort ;
10. Cg. ext. : absent ou irrégulier; net et régulier;
11 . Émail labial : lisse; peu marqué; rides en relief;
12 . Émail lingual : lisse; peu marqué; rides en relief;
13. Mur lingual : rectiligne; bombement régulier; fort bombement inférieur;
14. Hypsodontie : moyenne; faible; forte;
15. Orientation des styles ; oblique; transverse;
A Py 000001011001000
C Av IIWOOWTOIO?
D Av 1110?00????010?
E Av I120r?0????120?
F CB I1I22101010I211
G CB 21 l 00 l 0 r.M 0 llll
H CB 2110010????! 1??
I CB 10200! 1001?2120
J AL 212001 ir.wi 111
K Mu 000271000111120
L SA 100211000722120
XX Py 102r.n000111!20
Déiinition des caractères et matrice du diagramme des dents inférieures (fig. 6 B)
1. Cg. ant. : étroit et court; étendu en longueur;
2. Paracristide : basse; haute;
3. Rapports paracd.-métacd : accolés; séparés;
4. Trigonide : ouvert; fermé ou droit;
5. Taille métacd./protocd. : inférieure; égale ou supérieure;
6 . Métastd., dvpt. ; faible; fort;
7. Métastd., morphologie : simple; amorce ou dédoublement net;
8 . Entocd., forme : crête; cuspide;
9. Hypocld., forme : crête; cuspide;
10. Entocd., position : linguale; postéro-linguale;
IL Bassin, émail : lisse; irrégulier;
12 . Émail lingual : lisse; légèrement ridé; fortement marqué;
13. Émail labial : lisse; légèrement ridé; fortement marqué;
14. Hypsodontie : faible; forte;
N Py 00101001110011
O Mu 00101001010011
P Av 1I010010701110
Q Al 010170007001I0
R CB 10I11I1I112I21
S Sz 00111111111121
T SA 10111111111121
U SA ?????11011017?
U Gr 00001111101121
— 237 —
ANNEXE 3
Mesures et calculs effectués sur les dents supérieures (tableau du haut)
et sur les dents inférieures (tableau du bas) des spécimens français.
1 dents sup. i
position
w (mm)
h (mm)
Mfi'iliiil
X (mm)
h/w
WB!M
1_a_1
Mi
7,7
5,5
3,9
2,9
0,38
mmwm
Py 54 L
M3
7.7
3,5
4,4
2,7
0,57
1 53 1
Mu 31 P
P4
6,6
4,6
5,2
2,4
0,69
0,79
■♦MM
Av I054 3N
M3
â
3,7
4.7
WÊSSU
wmdà
■ai
Av 4567
Ml
7.8
3,6
4,6
2,8
WtKüÆ
rai
Av 5892
Ml
8
3,8
4,8
2,9
matasm
1 52 1
AL 5175
M3
10,7
5,1
7,1
4,9
0,48
0,66
MM
■a
CB 1076 L
M2
9,5
6,3
7,2
3,5
0,66
0,76
■♦MM
mm
CB 671
MI
8.7
3,3
4,6
3,2 1
0,38
0,53
■♦■«■
CB 103 P
M3
7
2,5
3,5
2,5
0,36
0,5
■Ea
SA7I8L
P4
8
5.2
5,9
2,8
0,65
0,74
eesi
msm
Ma 66 L
M3
10,2
4,3
6,4
4.7
0,42
0,63
143 J
1 Italiques, évalué arâce à la droite de reqresslon I
dents inf.
position
L (mm)
W (mm)
w (mm)
h (mm)
Mli'ili'itl
X (mm)
âSBI
a
Py 1910 L
DP4
6.6
3,9
3,3
3.6
3,9
1,5
«♦M
MÊsa
67
Mu 197L
Ml
7,2
5,7
5,5
5,7
6,2
2,4
nsa
■HH
rnoEa
1^
Av 4560
M3
9.3
6,4
6,4
5,3
6
2,8
■♦»»■
■♦»£■
mOEE»
1^
AL 5174
M3
7,8
5
5
4,2
4,6
ËAiEl
EEEI
AL 17034
P3
7,2
5,8
5.8
8,1
8,9
66
CB i075L
Ml
8,2
7,5
7,2
6,7
7.5
3,2
MM
■sa
CB 230
Ml
7.5
6
5
4,9
5,4
mm
■♦Jiaf
«ai
Sz 165 L
M2
9
7,8
7,8
7.7
8,5
3,6
EEEI
■IKEl
SA 720 L
M2
7,8
6,5
6
6.5
7,1
2.8
1
■IBiEl
BiEEl
i^a
Gr 7827
M2
8.6
6,6
6,6
6,6
7,2
2,9
1
■EH
EEa
«a
Italiques évaluation de la mesure en raison d'une trop forte usure pour permettre le calcul
238 —
Planche I
Franchaius luciae
1 — Py 54 L. (A), droite, vue quasi occlusale. Spécimen-type.
Franchaius minimus
2 — Mu 0031 P. (K), P'* gauche, vue postéro-occlusale.
3-5 — Mu 197 L. (O), M, gauche. Spécimen-type. Vues linguale (3), occlusale (4), antérieure (5).
Franchaius russellonyx
6 — SA 718 L. (L), P* droite, vue postéro-occlusale.
7 — CB 1076 L. (I), M^ droite, vue postéro-occlusale.
8-11 — SA 720 (T), Mj gauche. Spécimen-type. Vues occlusale (8), antérieure (9), labiale (10), linguale (11).
Les lettres placées entre parenthèses, à la suite de chaque numéro de spécimen, font référence à celles utilisées
dans les figures 3, 4, 6 et 7, ainsi que dans les annexes 2 et 3.
Tous les spécimens : x 3.
PLANCHE I
— 240 —
Planche II
Plesiesthonyx munieri
12 — CB 103 P. (F), gauche, vue postéro-occlusale.
13-15 — Al 5174 (Q), Mj gauche. Spécimen-type. Vues antérieure (13), linguale (14), occlusale (15).
Plesiesthonyx elongatus
16 — CB 671 (G), droite, vue postéro-occlusale. Spécimen-type.
Plesiesthonyx chardini
17-19 — Av 4560 (P), Mj droite, vues antérieure (17), linguale (18), occlusale (19).
20 — AL 5175 (J), gauche en vue occlusale; face postérieure dirigée vers le bas, à l'inverse des autres dents
supérieures. Spécimen-type
Tous les spécimens : x 3.
PLANCHE II
Planche III
Franchaius russellonyx
21-22 — MNHN AL 17034 (W), Pj gauche, vues linguale (21), occlusale (22).
23-26 — CB 1075 L. (R), Mi gauche, vues linguale (23), occlusale (24), labiale (25), antérieure (26).
27-28 — Sz 165 L. (S). M 2 droite, vues linguale (27), occlusale (28).
Tous les spécimens : x 3.
— 243 —
PLANCHE III
Achevé d’imprimer le 26 février 1993.
Le Bulletin du l" trimestre de Vannée 1992 a été diffusé le 24 juillet 1992.
IMPRIMERIE F. PAILLART, B.P. 109, 80103 ABBEVILLE - (D. 8453)
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MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Collection à périodicité irrégulière. Paraît, depuis^ 1935. A partir de 1950, les Mémoires se subdivisent
en quatre séries spécialisées : A, Zoologie! B, Botanique; C, ^iences de la Terre; D, Sciences physico-chi¬
mique. (Format iri-4'.)
Dernières parutions dans ta série C
T. 43 — Recherches océanographiques dans l’Océan Indien. (Entretiens du Muséum, Paris, 20-22 juin 1977.)
1979, 253 p., fig., pl.
T. 44 — Gavet (Mireille). — Ctmtribution à l’étude anatomique et systématique des Poissons Cénmnaniens
du Liban anciennement placés dans les Acanthoptérygiens. 1980, 151 p., fig., 29 pL
T. 45 — Lavxiat-Raoe (Agnès). — Les Bivalves du Redonien (Pliocène atlantique de France). Signification
stratigraphique et paléobiogéographique. 1981, 175 p., fig., 16 pl.
T. 46 — FadHUCH (François). — Les silicates dans l'environnement pélagique de l’océan Indien au Cénozolque.
1981, 208 p., fig., pl.
■r. 47 Loreau (Jean.'Paul). — Sédiments argonitiques et leur genèse. 1982, 314 p., fig.,. pl.
T. 48 — LAcaiAT-RAOE (Agnès). — Les Astaridae (Bivalvia) du Redonien (Pliocène atlantique de France).
Systématique, biostratigraphie, biogéographie. 1982, 118 p., fig., 16 pl.
T. 49 — Colloque sur le Tutonien. (Entretiens du Muséum, Paris, 26-27 octobre 1981.) 1982, 240 p., 61 fig.,
8 tabl., 4 pl.
T. 50 — Rouchv (Jean-Marie), -r- La genèse des évaporites messiniennes de Méditerranée. 1982, 267 p. 72 fig.,
18 pl.
T., 51. — Oayet (Mireille). — Ramallichthys Oayet du Cénomanien inférieur marin de Ramallah (Judée). Une
introduction aux relations phylogénétiques des Ostariophysi. 1986, 119 p., 53 fig.
T. 52 — Russeu. (D. E.) et Zhai Ren-Jib. — The paleogene of Asia ; Mammals and stratigraphy. 1987, 490 p.,
232 cartes, croquis et coupes riratigraphiques.
T. 53 . —; Russell (D. E.), Santoro (J. P.) et Sioogneau-Russell (D.). — Teeth revisited : Proceodings of the Vlith
International Symposium on Dental Morphology. 1988, 470 p.* tabl. et illustr.
T. 54. — VÉRAN (M.). — Les éléments accessoires de l’arc hyoïdien des poissons téléostomes (Acanthodiens et
‘ Osteichthyens) fossiles et actuels. 1988, 113 p., 38 fig., 6 tabl., 7 pl. phot.
T. 55. -I-' Busson (G.) (Coordonné par). Évaporites et Hydrocarbures. 1988, 138 p., 50 fig., 5 tabl.
T. 56.‘'-^.Saikt-Martin, J'.-P. -— Les formations récifales coralliennes du Miocène supérieur d’Algérie et du
Maroc. 1990, 366 p., IM fig., 32 tabl., 10 pL phot.
Réimpression
T. 10. — Roger (J.Buffon, fLes Époques de la nature». Édition critique. 1988. 495 p. (1^ édit.,, 1962).
Ouvrages disponibles au Service de vente des Publications du Muséum,
39, rue Geoffroy Saint-hilaire, 75005 Paris