BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
Il 11111111111111111111111111 ! 1111 !
PUBLICATION BIMESTRIELLE
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N” 215
MARS-AVRIL 1974
e la terre
35
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupèrier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Iiilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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Cuvier, 75005 Paris.
Abonnements pour l’année 1974
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Zoologje : France, 340 F ; Étranger, 374 F.
Sciences de la Terre : France, 90 F ; Étranger, 99 F.
Botanique : France, 70 F ; Etranger, 77 F.
Éco logie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Sciences physico-chimiques : France, 20 F ; Étranger, 22 F.
lnlernatianal Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 215, mars-avril 1974, Sciences de la Terre 35
Artigesia , genre nouveau de Monopleuridae
du Maestrichîien de Royan
(Ch ar en te-Mari 1 ime )
par Suzanne Freneix et Jacques Sorti ay *
Résumé. — L'espèce maestriclitienne Chaîna angulosa d’Orbigny est réinterprétée sur un
matériel nouveau et refigurée. Elle est rappportée h un genre nouveau Artigesia et rattachée à la
famille ries Monopleuridae.
Abstract. — The Macstriehtian «paries Chaîna angulosa d’Orbigny is interprétated again
and a new figuration is given based on reeently collecter! material. The spceies is attributed
to a new gémis, Arligesia, faniilv Monopleuridae.
En 184U, A. d'Oiuiihny a décrit cl. figuré dans la Paléontologie Française (t. 3 : 690,
pl. 464, fig. 8, 9) sous le nom de « Chaîna angulosa » le moule interne de la valve droite d'un
Bivalve provenant du Maeslrichtien de Hoyau (Charente-Maritime).
Dix ans plus tard, E. Bayle (1856 : 365, pl. 14, fig. 1-3) décrivait sous le nom de « Chaîna
spondyloides n une coquille avec ses deux valves eu connexion et un moule interne partiel
ne montrant bien que le moule interne de la charnière et celui de la valve gauche. Ce fossile
provenait aussi de In craie blanche de Hoyau,
La littérature ne fait ensuite que mentionner Charnu spondyloides en divers points
du sud-ouest de la France parmi les listes de faunes : du Campanien de Royan par
(I. Coquaxd ' 1860 : 170), du « Dordonien » de Meschers (falaise de Royan; par II. Arnaud
(1876 : 7), du « Campanien » (tranchée de Pétingaud, entre Livernan et Mont moreau, Cha¬
rente) et du « Dordonien » de Beamnont-du-Périgord (Dordogne) par H. Arnaud (1877 :
45, 50, 52).
De nombreux exemplaires de celle espèce, munis de leur test ou à l’état de moules
internes complets, ont été récoltés par M. M. A «tiges, principalement sur la plage de Saiut-
Sordolin à 3 km W-XVV de Royan et dans la falaise de Meschers, Ils permettent d’établir
la synonvinie de ( huma angulosa d'Orhigny, 1846, et de Chaîna spondyloides Bayle, 1856,
et de préciser les caractères de l'espèce prioritaire « Chôma i) angulosa d’Orb. sur laquelle
* Institut de Paléontologie du Muséum national d’IIistoire naturelle, 8. rue de Bufjon, 75005 Paris.
215, 1
98
SUZANNE FRENEIX ET JACQUES SORNAY
nous fondons le genre nouveau Artigesia. Nous sommes heureux de remercier M. Artiges
qui a bien voulu nous confier ce remarquable matériel pour le décrire ; nous lui exprimons
ici toute notre reconnaissance et nous lui dédions ce nouveau genre.
Artigesia nov. gen.
Derivatio no/ninis : Genre dédié à M. M. Artiges.
Espèce-type : Chaîna angulosa d'Orbigny, 1846 (p. 690, pl. 464) = Chaîna spondyloides
Bayle, 1856 (p. 365, pl. XIV, lig. 1-3), espèce redécrite ci-dessous (pl. I, II; fig. 1, 2).
Locus typicus : Calcaires crayeux de Rovan (Charente-Maritime).
Stratum typicum : Maestrichtien (couches à Orhitoides media).
Diagnose. — Monopleuridè de grande taille, pouvant atteindre 12 cm de hauteur. Inéqui-
valve : valve fixée conique et. enroulée hélicoïdalement ; valve libre peu enroulée à crochet bas.
Ornementation caractérisée par la présence de 3 à 5 fortes carènes élevées en lames foliacées ondu¬
leuses. Charnière présentant, 4 la valve droite, une forte dent oblique npisthoeline et, 4 la valve gau¬
che, deux dents inégales, la dent postérieure opisthocline plus huute et plus mince que l’antérieure
orthoeline. Impressions musculaires postérieures sur des plaques myophnres en prolongement
du plateau cardinal ; plaque de la valve lixée en lame détachée de la paroi du côté interne.
Description originale de l’espèce-type
Chôma angulosa d'Orbigny, 1846 (p. 690) : « ( . testa in fl a ta ; va hui inferiore convexa, oblique
contortu , angulosa ; labro laeaigoto. Dimension : diamètre, 95 mm.
Coquille dont la valve inférieur© est grande, fortement contournée sur le côté. Le moule inté¬
rieur montre quelques indices de stries rayonnantes et trois angles très prononcés formant autant
de saillies sur le bord qui est lisse. Les empreintes musculaires sont très longues et très marquées.
Rapports et dilléroucos. — Cotte espèce, dont je ne connais que le moule interne de la valve
inférieure, se distingue nettement des autres par ses parties anguleuses qui régnent longitudinale¬
ment sur le moule. »
Compléments apportés par la description de Chaîna spondyloides Bayle, 1856
E. Bayle donne principalement une description des caractères externes de la coquille :
très inéquivalve, la grande valve est. en forme de cône dont l’axe est tordu sur lui-même,
la petite valve est à crochet peu contourné et ne dépassant pas le bord cardinal. L’ornemen¬
tation de la petite valve est composée de côtes divisées longitudinalement et de trois côtes
élevées en laines foliacées saillantes ; les côtes sont plus irrégulières et moins marquées
sur la grande valve qui porte aussi trois côtes élevées en lames foliacées. La charnière pos¬
sède une dent saillante h la grande valve, reçue dans une fossette oblique à la petite valve.
En ce qui concerne les affinités, E. Bayle s'est surtout attaché à montrer les rapports étroits
de cette espèce avec les Charnu.
ARTIGESIA, GENRE NOUVEAU DE MONOPLEURIDAE
Nouvelle description d’ Artigesia angulosa (d’Orbigny, 1846)
(PI. I, IL et fig. 1, 2)
Matériel. — Le matériel étudié comprend une vingtaine d'exemplaires correspon¬
dant à des individus complets ou non et à des groupes d'individus enchevêtrés les uns
dans les autres. Quatre spécimens sont des moules internes plus ou moins complets.
Les Artigesia vivaient certainement fixées les unes sur les autres ; même isolées, elles
montrent toujours des fragments de test d'autres individus fixés sur elles.
Morphologie externe
Coquille très inéquivalve, la hauteur de la valve operculaire étant environ la moitié
de celle de la valve fixée, grande (la hauteur peut dépasser 12 cm), inéquilatérale ; le hord
antérieur est plus développé que le postérieur.
Fig. 1. — Artigesia angulosa (d’Orbigny). a, face Interne de la valve droite ou fixée ; b, face interne de
la valve gauche ou fibre.
Dentition : da, fda : dent antérieure et fossette correspondante ; dm, fdm ; dent médiane et fossette corres¬
pondante ; dp, fdp : dent postérieure et fossette correspondante. — Ligament : Al, Fl, SI : arête, fos¬
sette et. sillon ligamentaire. — MAa ut. MAp : impressions des muscles adducteurs antérieur et posté¬
rieur. — Dp : ligne palléale. — Extrémités des carènes et sillons internes correspondants : Cma, Cm,
Cmp, Gps : carènes médio-antérioure, médiane, médio-postérieure, postérieure sipbonaie. (Reconsti¬
tution d'après des moules internes, des contre-moulages et. des fragments de coquilles.) Maeslricbtien
de la région de Royun. (Collection M. Artiges.)
100
SUZANNE FRENEIX ET JACQUES SORNAY
\alve droite (fixée.) eu cornet enroulé hélicoïdalenient à partir de la surface de fixation
qui est réduite ou étendue, niais toujours située- dans le secteur antérieur de la région umbo-
nale. L’enroulement peut s’accompagner du déversement vers l’extérieur et vers l'arrière
de la région Sous-uinlionale antérieure, tandis que la pointe du crochet et le sillon ligamen¬
taire sont déportés vers l avant.
La valve gauche (libre), operculaire, présente un crochet ne dépassant qu’à peine le
bord cardinal, la pointe n’est que faiblement, prosogyre. Le long du bord dorsal, le crochet
occupe une position postérieure, proche do sillon ligamentaire. Le bord dorsal antérieur,
rectiligne, passe par un arrondi au bord antérieur qui s’allonge presque perpendiculairement
au bord cardinal fit se raccorde angideusemeut au bord ventral. Ce dernier, découpé en deux
secteurs à peu près égaux par les carènes, remonte vers le bord postérieur. Enfin, le bord
postérieur court, rectiligne et oblique, rejoint par un arrondi le bord dorsal. A la surface
de la valve, trois carènes principales élevées en crêtes s’incurvent, la concavité dirigée vers
l’avant.
A. n'ÜRBiGNj indiquait la présence de trois angles prononcés sur le moule interne
de la valve droite. Ils correspondent sur la coquille aux carènes les plus élevées et les plus
longues: eu réalité, le moule interne porte, en général, la trace de quatre angles et il y a
sur la coquille au moins cinq carènes développées (lig. I) :
— une carène médiane (Cm) ou umboim-vent raie antérieure : elle correspond au
maximum de convexité et d allongement de la valve et aboutit à l'angulation autéro-
ventralo. De part, et d'autre de cette carène, partent du crochet deux carènes antérieures
et deux carènes postérieures :
- une carène médio-atitéricurc (Cma) longeant, sur le moule interne, l’extrémité
distale de l’insertion du muscle adducteur antérieur : elle aboutit un peu au-dessus de la
mi-longueur du bord antérieur;
- une carène antérieure marginale aboutissant à l’extrémité du bord dorsal anté¬
rieur ;
- une carène médio-postérieure (Cmp) venant au milieu du bord ventral de la valve ;
— une carène postérieure anale ou siphonale (Cps) qui correspond, à l'intérieur de
la valve, à un sillon suivant la base du plateau myophobe sur lequel s'insère le muscle adduc¬
teur postérieur : elle aboutit à l’angle postéro-ventral de la valve.
Trois à quatre carènes ou cèles ailées addilives peuvent venir s'intercaler dans le sec¬
teur délimité par les carènes les plus antérieures, marginale et médio-antérieure.
A la valve gauche, les carènes antérieures sont peu développées.
Les carènes s’élèvent en crêtes, formant des lames hautes et minces, continues ou scin¬
dées transversalement, parfois recourbées à leur sommet. Leur section peut être dédoublée
car, au bord palléal et aux arrêts de croissance, elles se montrent constituées par des replis
de la couche externe de l’oslraeum calcaire (l’eelnstracurn). I.es côtes additives antérieures
sont fréquemment irrégulières, scindées en lames doubles épaissies à la base.
Le long du contour palléal les carènes déterminent des angles et découpent la commis¬
sure en secteurs concaves en leur milieu.
Toute la surface des valves et des carènes est postulée radîalement ; la costulation
diffère d’une valve à l’autre.
La valve gauche est couverte de côtes serrées, arrondies, se dédoublant plus ou moins
nettement à partir d’un certain stade de croissance. Les côtes dédoublées restent toujours
ARTIGESIA, GENRE NOUVEAU DE MONOPLEURIDAE
101
étroitement associées car leur division longitudinale est incomplète et. n'affecte que le som¬
met des côtes, Ce type (l'ornementation se poursuit sur la surface des carènes. Par contre,
à la valve droite., les côtes sont remplacées par de fines stries ou eo.st.ulcs radin ires, très
serrées, irrégulières comme force et comme écartement., parfois aussi dédoublées, Clics
sont finement Ireillissées dans les régions bien conservées du test, recoupées par des lignes
d’accroissement encore plus Unes qu’elles.
lORPHOLOGIE INTERNE
II existe parmi le matériel étudié trois moules internes assez bien conservés. Ceux-ci
ainsi que le moule interne de la valve droite, holotype de la collection d’Obbigny, permet¬
tent l’étude des caractères internes. Les observations ont été facilitées et complétées grâce
à l’obtention, à partir de certains de ces moules internes, de contre-moulages en élastomère
(pl. II ; fig. 1).
Charnière et impressions musculaires
Le plateau cardinal porte h la fois les dents : 1 à la valve droite, 2 à la valve gauche
,, , 0 10 dm 1 . . . , . . . ,
(formule : j p | ou ( | - et les insertions musculaires, très asymétriques, situées
sur des extensions latérales (fig. 1) surtout du côté postérieur : plaque se détachant de la
paroi à la valve droite, plateau surélevé à lu valve gauche.
Charnière de la salve droite. Une seule déni cardinale, (dm), plus ou moins médiane,
formant le plancher du plateau cardinal. Sa forme est. triédrîque, à pointe opisthocline
plongeant vers le bas cl. sc redressant dans une direction orthogonale à la commissure de
la valve. Sa branche, antérieure, incurvée vers l avant, est creusée d’une profonde fossette
d'orientation sublmrizuiitab- (Ida); sa branche postérieure, plus allongée, constitue la paroi
antérieure d une profonde fossette en l (fdp). Le fond de la fossette, prosocline, fait saillie
vers la cavité umbonalc ; sa paroi postérieure se prolonge par une large apophyse myophore
en forme de croissant, soudée par son bord postérieur il la valve. Cette plaque présente à
sa surface l'impression du muscle adducteur postérieur (MAp).
La forme de l’impression musculaire postérieure est ovale-subquadrangulaire, à bords
postérieur et antérieur parallèles, bord dorsal droit, contour inférieur ovalaire. En avant
de la fossette (Ida), et dans son prolongement, s’allonge sur la paroi même de la coquille,
parallèlement au bord dorsal antérieur, l’impression du muscle adducteur antérieur (MAa)
digitée, qui sc. recourbe ensuite le long du bord antérieur pour atteindre le niveau de la
première angulation marginale de la valve.
Charnière de la valve gauche. — Deux dents cardinales séparées par une large fossette.
Celle fosset te (fdm), où vient s'engager la dent droite, est. en forme de V oblique, opisthocline
dans la direction du muscle postérieur. Sa branche antérieure est un bourrelet arqué sur
lequel s’insère la dent antérieure (da), de forme plus ou moins conique, nrlho ou légèrement
prosocline, ù sommet émoussé, qui vient se loger dans la fossette antérieure de la valve
1. Nous évitons d’employer la formule dentaire en chiffres arabes : 1 3 présumant l’existence
d’homologie ontogénétique (non démontrée) avec une charnière de type hétérodonte inversée.
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SUZANNE FRENEIX ET JACQUES SORNAY
droite. La branche postérieure de la fossette est relevée vers l’arrière en une lame (dp)
opisthncline à bord dorsal droit et oblique, dent s’engageant dans la fossette postérieure
de la valve gauche.
Sous le bourrelet, le plateau cardinal s’élargit vers l’avant en une plaque ayant peu
de relief, faisant corps avec la paroi de la valve, sur laquelle se trouve, fortement en relief,
l’impression du muscle adducteur antérieur, allongée, digitce ; il lui correspond sur le moule
interne une empreinte fortement en creux.
A la base de la dent (dp), le plateau cardinal s’élargit en plateau myophore épais,
surélevé par rapport à la cavité de la valve, non détaché de la paroi. Sur ce plateau s’insère
le muscle adducteur postérieur.
Tnxertion ligamentaire
Au-dessus des insertions musculaires postérieures, eu arrière de la dent (dp) à la valve
gauche et au-dessus et en arrière de la fossette (fdp) à la valve droite, on peut distinguer
une arête horizontale (Al) limitant vers le bas une petite fossette (Fl) qui représente cer¬
tainement la zone d’insertion du ligament. Le bord cardinal forme un repli au-dessus d’elle
et c’est dans son prolongement que s’étend, à la valve droite, le sillon ligamentaire externe
(SI) qui est la trace de l’insertion du ligament laissée au cours de la croissance.
Ligne poil Mie
Joignant les extrémités distales des impressions musculaires, elle est entière et distante
du bord de la coquille, de 10 à 30 mm environ selon les spécimens.
Bord marginal
Le bord interne de la coquille, dans l’ensemble, présente un aspect lisse ; cependant,
on peut observer au bord marginal de la couche moyenne du test de fines denticulations
qui sont en rapport avec une striation radiairc interne. Les costales allleurenl à la superficie
de la couche marginale de la face interne de la coquille (ou mésostracum) en donnant
de très faibles cannelures longitudinales. L’épaisseur totale du lest entre les carènes est de
2 à 3 mm.
Remarques : morphologie fonctionnelle et habitat
Le développement des carènes et, en particulier, de celles additives de la région anté¬
rieure de la valve droite est en relation avec le mode de vie et l’habitat de l’animal. Les
Artigesia avaient, un mode de vie grégaire, les carènes ailées devaient aider à maintenir
les individus fixés les uns aux autres. Plusieurs exemplaires montrent aussi que les crêtes
antérieures servaient de points d'appui et parfois même de hase de fixation, Elles sont
placées, en effet, dans le secteur antérieur de fixation de la coquille et l’on constate que les
coquilles, lorsqu’elles sont disposées è plat sur leur zone d’attache, reposent en équilibre en
même temps sur les crêtes des carènes antérieures dont la base triangulaire est élargie.
Un individu, fixé par toute la longueur du secteur antérieur sur une plaque calcaire, adhère
ARTIGESIA, GENEE NOUVEAU DE MONOPLEURIDAE
103
Fig. 2. — Artigesia angulosa (d’Orbigny). Coquille bivalve en position de vie, fixée à un substrat dur.
Gisement de Saint-Sordelin (aggl. Royan), Maestriehtien. (Collection M. Artiges.)
à cette surface également par les crêtes antérieures formant des béquilles (fig. 2). Ainsi
Artigesia s'apparente, par son mode de vie, aux « plagiocouques » de Dotlvii.i.É (1910),
vivant couchés sur le côté, la commissure oblique. La zone anale ou siphonale, inhalante
et exhalante se trouve en général la plus élevée au-dessus du support (fig. 2). Le développe¬
ment du crochet et sa torsion ainsi que sa fixation permettaient d’élever et de maintenir
dégagée la commissure des valves, soit au-dessus des fonds envasés probablement consti¬
tués de boues calcaires, soit au milieu des hiohermas à Huîtres ou à Rudistes. Si les carènes
ailées jouaient un rôle stabilisateur, hérissant: les coquilles de crêtes acérées, elles devaient
intervenir également dans un rôle défensif contre les prédateurs et les épibiontes. On peut
penser aussi qu’en canalisant les courants d'eau à la surface des coquilles, elles contribuaient
dans une certaine mesure au brassage de l’eau et des particules alimentaires autour de la
région palléale.
Mensurations (en mm)
HD
HG
HG
HD
Le
Hp
Hs
E
105
55
0,52
50
25
48
50
115
65
0,56
+ 52
50
68
60
100
55
0,55
62
40
55
50
105
60
0,56
55
30
35
60
70
45
0,6
45
35
45
50
I1D : hauteur de la valve droite ; HG : hauteur de la valve gauche ; Le : longueur du bord car¬
dinal ; Hp : hauteur du bord postérieur ; Hs : hauteur au niveau de la carène siphonale ; E : épais¬
seur des deux valves réunies, mesurée perpendiculairement à la commissure (carènes non comprises).
104
SUZANNE FRENEIX ET JACQUES SORNAY
Ajoutons que, dans la falaise de. Meschers, plusieurs individus fixés ensemble ont été
trouvés eu place dans un banc d’Huîtres exclusivement constitué de Pycnodonte aesiadaris
(Lamarck). Ce devait être le genre d’habitat préférentiel d'Arligrsia angalosa car, étant
donné la rareté de cette espèce, il est peu probable qu’elle formait elle-même des bancs
d’accumulation ; elle devait plutôt vivre eu îlots isloés parmi les milieux pararéeil'aux du
Sénonien supérieur.
Affinités du genre Arligesia
Le type de charnière et le fait que la coquille était fixée par la valve droite conduisent
à rattacher nos exemplaires à la famille des Monopleuridae.
La plupart des genres de Monopleuridae sont cantonnés dans le Cénomanien comme
Araeopltmra, Himeraelites, PetalodotUia et SifMeia. Le genre Vaüetia est uniquement valan-
ginien. Seuls les genres Monopltmra et Gyropleura atteignent le Sénonien.
Manopleura, en grande majorité, est représenté par des espèces nrgoniennes.
Les cinq ou six espèces sénoniennes qu’on rapporte à ce genre avec plus ou moins de
vraisemblance, car on ne connaît pas, ou mal, leur charnière, sont très différentes comme
forme el. comme ornementation A'Arligtixia. Mlles sont en outre bien plus petites qu’elle.
Enfin, l'appareil cardinal îles Monopltmra s'écarte considérablement de celui A'Artigesia.
Il a deux dents coniques subégales à la valve libre alors qu Artigesia a deux dents très
différente* puisque l'une d'elles est conique et orl (incline, l’autre étant en forme de lamelle
et opistImcline. De plus, la lame mvopliorc portant le muscle postérieur de la valve fixée
est bien caractérisée chez Arligesia alors qu elle n’existe pas chez les Manopleura.
Le genre Gyropleura comprend, dans son acception actuelle, trois groupes de formes :
deux espèces nrgoniennes, sept espères eénnmu nie nues el neuf espères d u Sénonien supérieur.
Ces trois groupes sont tout à fait séparés les uns des autres, stratigraphiquement. et aucune
espèce de Gyropleura n’est connue dans les étages intermédiaires 1 .
Gyropleura est un genre assez mal défini. Il repose presque uniquement, d’après son
créateur IL Douviclé (1887 : 768 et set/.), sur le fait que le muscle postérieur de la valve
fixée est
« porté par une lame transverse qui simule au plancher cardinal, occupe tout le crochet en arrière
de la fossette postérieure et: recouvre la cavité muhonide. Celte lame mvophore postérieure consti¬
tue le caractère particulier du genre Gyropleura ; il se traduit sur les moules internes par une rai¬
nure profonde plus ou moins large située entre le crochet de la valve fixée et la commissure des
valves ».
Cette rainure se voit remarquablement, bien sur les moules internes de G. cornucopiae
du Cénomanien de Rouen. Elle est moins caractéristique sur les grandes formes cénomanien¬
nes décrites par d'Ormgny comme G. rugv/ta et comme G, nnvis, son synonyme probable.
On peut, d'ailleurs douter que res grandes formes fassent bien partie du genre Gyropleura.
Malheureusement les caractères internes sont inconnus ou mal connus dans la plupart
des espèces que DocvmÉ et ses successeurs oui rangées dans le genre Gyropleura. Sur
le type même du genre, G. eenomanensitt (d'Orb.), le texte de Don ville 1887 : 769, 771)
1. Voir Références bibliographiques: N.N. Bobkova, 1961.
ARTIGESIA, GENRE NOUVEAU DE MONOPLEURIDAE
105
est peu clair, On ne sait pas si la figuration qu’il donne de. l'appareil cardinal est un schéma
théorique ou s’il a été dessiné d’après une charnière réelle.
Laissant de côté G. telleri Redlich, encore une forme cénomanienne s’écartant beaucoup
d’ Artigesia par sa forme, sa taille et sa charnière, nous passerons en revue les formes rlu
Sénonien supérieur.
Les charnières des formes suivantes sont inconnues uu très mal connues et H. Dou-
villé et ses successeurs n'en oui fait des Gyropleura qu'au vu de leur ornementation.
Ce sont : G, boulange, ri. l>onv\, G. laeais Ilolzapf., G. lotnnicld Rog., G. russiensis (d’Orh.),
G. sublaeais Douv., G. supracretacea (d'Orb.), G. tartareui Vidal.
Toutes ces formes, dont l'appartenance au genre Gyropleura reste un peu douteuse
pour l’instant, sont très différentes tV Artigesia, d’une pari à cause de leur petite taille, car
leur hauteur ne dépasse pas 4-5 cm, et d’autre part à cause de leur ornementation fine et
régulière. Seule G. tartareui a une ornementation forte et irrégulière mais sans carènes ni
côtes ailées. De plus sa forme est différente de celle d'Artigesia.
G. ciplyana (Ryckh.) et G. coslulata (Miill.), dont la charnière est connue et qui sont
des Gyropleura certains, ressemblent tout à fait par leur taille, leur ornementation et leur
forme extérieure aux autres espèces sénoriieunes dont il vient d’être question. Pour les
mêmes raisons que ces dernières, elles ne peuvent être rapprochées de l’espèce de Rovan
décrite dans ce travail.
Enfin, les Gyropleura s’écartent sensiblement d’Artigesia angulma par les caractères
de l’appareil cardinal, lorsqu'il est connu. En effet, l'appareil cardinal de Gyropleura pos¬
sède deux dents su bégaies et petites à la valve libre, alors que chez Artigesia elles sont assez
grandes, très différentes l'une de l'autre.
Par contre, chez Artigesia comme chez Gyropleura, le muscle postérieur de la valve
fixée est porté sur un prolongement du plateau cardinal, contrairement à ce qui se voit
chez Monopleuru. Mais cette extension du plateau cardinal est bien moins prononcée que
chez Gyropleura.
En conclusion, Arligesia est un Monopleuridae s'écartant des genres de cette famille
connus au Sénonien, Gyropleura et Monopleuru, à la fois par son ornementation très parti¬
culière et. par les caractères île son appareil cardinal. Les affinités d'Artigesia seraient à
chercher plutôt du côté de Gyropleura, les deux genres possédant à la valve fixée un muscle
postérieur inséré sur une lame myophore. Mais la lame myophore. d? Artigesia es t sensible¬
ment moins développée que celle de Gyropleura et Arligesia reste un genre très isolé dans
la famille des Monopleuridae, tant par les caractères de son ornementation que de son appa¬
reil cardinal.
R É FÉ RE NC.F. S B1R LIOGR A PH IQUES
Arnaud, H., 1876. — Profil géologique des falaises crétacées de la Gironde. Étude comparative
sur le Dordonien. Act. Soc. linn. Bordeaux, 30 , 22 p., 1 dpi. h. t.
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Bayle, E., 1856. — Notice sur une nouvelle espèce du genre Chama. J. Conch., Paris, 5 : 365*
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106
SUZANNE FRENEIX ET JACQUES SORNAY
Bobkova, N. N., 1961. — Stratigraphie des gisements du Crétacé supérieur et Bivalves du Cré¬
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Manuscrit déposé le 10 décembre 1973.
1. Le travail de N. N. Bobkova (1921) a été connu par nous trop tard pour pouvoir en tenir compte.
Aucune des formes qui y sont décrites ne peut être rapprochée d’Artigesia.
108
SUZANNE FRENEIX ET JACQUES SORNAY
PLANCHE I
la-lb. — Artigesia angulosa (d’Orb.). Maestrichtien. Environs de Rovan. (Collection Artiges.)
2. — Artigesia angulosa (d’Orb.) en position de vie. Maestrichtien. Environs de Royan. (Collection Art
GHS.)
110
SUZANNE FRENEIX ET JACQUES SORNAY
PLANCHE II
1. — Artigesia angulosa (d’Orb.). Contre-moulage en caoutchouc de la région cardinale d’un moule interne.
2a-2b. — Artigesia angulosa (d’Orb.). Moule interne, vue de profd et vue de la valve libre.
(Bjpfr M
: »
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 215, mars-avril 1974,
Sciences de la Terre 35 : 97-112.
Achevé d’imprimer le 30 septembre 1974.
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Baucuot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus, llist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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