BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
sciences de la terre
64
N* 487 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1977
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Conseillers scientifiques : Dr M.-L. Bauchot et Dr N. Halle.
Rédacteur : M® 6 P. Dupérier.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l rn série, et les tomes 1 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé eu six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules sépares.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale (lu Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-IIilairc, 75005 Paris fC.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro à la Librairie du Muséum,
36, rue Geolîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
Crédit Lyonnais, agence Y-425) ;
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Cuvier, 75005 Paris.
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 487, septembre-octobre 1977, Sciences de la Terre 64
Sur quelques Glyptodontidae nouveaux
(Mammalia, Edentata)
du Déséadien (Oligocène inférieur)
de Patagonie (Argentine)
par Gustavo Juan Scillato-Yané *
Résumé. — L’étude de quelques restes de carapaces provenant du Déséadien (Oligocène infé¬
rieur) de la province de Chubut (Argentine) conduit aux conclusions suivantes : durant l’âge déséa¬
dien, sont représentées deux lignées phylétiques principales de Glyptodontidae (Glyptatelinae et
PropaJaolioploplionnae) ; les Glyptaleliiiae incluent des formes géantes ( Cfypewterinn) magnum
n. gen., n. sp.l, lesquelles ne sont pas connues après le Déséadien ; les Propaluchuplnplmrinae du
Déséadien sont étroilerncnl apparentés n ceux du Colltuéliuapieu. du Sanlaeriizien et du Fiiasien ;
ils représentent, probablement leurs ancêtre» structuraux. La fréquence des mammifères géants
dans la faune déséadiemie est significative. D'autre part l'abondance et lu variété des biduntata
indiquent que, durant eet âge, le climat de la Patagonie avait probablement un caractère subtro¬
pical.
Resumen. — Sobre la base del anâlisis de algunos restas de émanas de Glyptodontidae, pro¬
cédantes del Deseadensc (Oligoccno inferior! de la provincia de Chubut i Argentina) se concluye
que : durante la edad eitada estàn rcpresenladas dos b'neas nléticas principales de Glyptodontidae
Glyptatelinae y l’ropalaehoplopborinae) ,* los Glyptatelinae incluyen formas giganlescas ( Clypno-
lheriurn magnum n. gen., n. sp.), no regjstradas en tientpos posleriores ; los l'ropaluehnplo-
phorinae del Deseadense se liallan estre< bamcnte emparenlados cun los del Colbuebuapiense,
Santaerucense y h’riasense, y prcsinnibleiueutc son sus antecesores estructnrales. Résulta signifi-
eativa fa grau tanlidad de mainlferos gigaalescos reeotloeiilos eu e! Deseadense. Pur otra parte,
la abimdancia y variedad de Kdenlata indicat) que durante esta edad el clima de Patagnnia lue,
probablemenle, de earact.erlsticas subtropicales.
Abstract. A fier a study nf sonie glyptodonlid sbield remains Iront Deseadan ijower Oligo¬
cène) of Chubut province (Argentine) jL is eoncbided llial ; during Ibis âge two major pbyletic
Unes of G|yplodontîdae (Glyptntelinae and Propnlneboplopborinae) are represenled : lhe Glypta-
telinae imlude gigaotie forms [('liRiaiillmi'iiini magnum n. gen., n sp.). nul repirsented aller lhe
Deseadan : l lie Deseadan l 1 ropalaelmplophorinae are elosely related t.o lltose uf (lie llolhuehiuipian,
Santaeruzian and l' riasian, and they are probably tbeîr structural aneestnrs. The gréai frequency
of gigantie loanovials front tbe Deseadan is significative. (In tlie otlier baod, (lie abondance und
variety of lidentata sliotv llial during ibis âge llie I’Utagonian climate probably liad subtropical
characteristics.
Le présent travail concerne divers restes de carapaces de Glyptodontidae, récoltés en
mars 1960 par le personnel de la Division de Paléontologie des Vertébrés (Musée de La Plata)
au voisinage du village El Pajarito (Province Chubut, Argentine). Les mammifères fossiles
associés permettent de les attribuer au Déséadien, soit à l’Oligocène inférieur selon la corré-
* Boursier du Conseil national d Investigations scientifiques et techniques (Argentine). Chef de Tra¬
vaux pratiques de Paléontologie des Vertébrés, Faculté des Sciences naturelles et Musée, Université natio¬
nale de La Plata, Argentine.
4S7, 1
250
GUSTAVO JUAN SCILLATO-YANÉ
la lion généralement adoptée pour la succession des faunes mammaliennes de l'Argentine
(Pascual et ah,1965)
Les Glyptodontidae pré-miocènes constituent un champ de recherches presque inex¬
ploré. Ils n'ont été considérés que très brièvement et seulement dans des travaux de carac¬
tère général (principalement Amechino, 1897, 1902, 1902a : Loomis, 1914 ; Simpson, 1948).
Jusqu’ici, on croyait que la diversification de ce groupe ne commençait qu’à partir du
Miocène ; on supposait que les Glyptodontidae plus anciens étaient relativement uniformes.
L’étude des récoltes faites à El Pajarito révèle l'existence d'au moins deux taxons très dillé-
rents de Glyptodontidae dans le Déséadien de Patagonie (sous-familles des Glyptatclinae
et des Propalaehoplophorinae). Le premier renferme des représentants gigantesques.
Abréviation : M.L.P. : collections de la Division de Paléontologie des Vertébrés, Musée et Faculté
des Sciences naturelles, Université nationale de La Plata (Argentine).
Le gisement et son âge géologique
Le gisement de El Pajarito est situé à quelque 30 km à l'ouest de la ville de Paso de
Indios (Département de Paso de Jndios, Province de Chubut, Argentine).
L’unité stratigraphit)ue dont il s’agit est d’origine fluviatile ; elle renferme des conglo¬
mérats, des grès grossiers et des grès fins, parfois avec stratification entrecroisée (R, Anbreiss
connu, pers.). Elle a livré, outre les Glyptodontidae, des restes appartenant aux genres
suivants de mammifères : Pnrastrapotheriuni (Astrapotheria, Astrapotheriidae) ; Pyrulhe -
rium ; Pyrothcria, Pyrot heriidae), Truchytherus (Notmmgulata, Mesotheriidae) et Leontinia
(Noionngulâla, Leontiniidac). Tous sont caractéristiques du Déséadien (Oligocène infé¬
rieur),
Dans la même région, des sédiments superposés aux précédents ont livré : Cochilius
(Notoungulata, Interatheriidae), Parhyrucos (Nolnungulata, 1 legelotheriidae), Perimys
(Rodentia, Neoepihlcmidae), Propataehoplophorus et Cochlops (Edentata. Glyptodon¬
tidae). Cet ensemble paléomainmalien permet d'attribuer celte unité stratigraphique plus
récente au Colhuéhuapien (Oligocène supérieur).
SYSTÉMATIQUE
Sous-famille Glyptatelinae Castellanos, 1932
Étant donné que la validité de cette sous-famille, qui renferme les plus anciens Glypto¬
dontidae connus, a été quelquefois discutée, je crois utile de la caractériser comme suit :
Diagnose : Molarifonnes sans crête axiale d’ostéodentine différenciée (par opposition au reste
des Glyptodontidae). Plaques de la carapace dorsale à surface plus lisse que chez les autres Glypto¬
dontidae ; la ligure centrale est relativement grande et atteint toujours le bord postérieur (comme
chez la plupart des Dasypodidae) ; peu de petites figures périphériques ; pas de petites figures
QUELQUES GLYPTODONTIDAE NOUVEAUX
251
additionnelles dans la partie antérieure des plaques (à la différence des Propalaehoplophorinae,
où elle sont souvent présentes).
Distribution stratigraphiqi'e et géographique : Mustersien (Eocène moyen) et Déséa-
dien (Oligocène inférieur) de Patagonie (Argentine) ; Déséadien de Bolivie.
Clypeotherium n. gen.
Derivatio nominis : de clypeus = bouclier
Espèce-type (seule espèce connue) : Clypeotherium magnum n. sp.
Diagnose . Beaucoup plus grand qu' lùicine/n'lUin ptUcsalun Anicgbino, 1891, et Scleracalyptus
o mat un (Owen, 1845), mais plus petit que les plus grands Glyptodontidae pléistocènes. Les plaques
dorsales de la carapace ont la figure centrale grande, plane ou légèrement convexe ; peu de petites
figures périphériques, limitées à la partie antérieure et quelquefois à la partie latérale des plaques.
Les plaques marginales externes de l’échancrure caudale forment des proéminences coniques
élevées, comme chez Cochlops. Toutes les plaques portent de très grands foramens au fond des
sillons qui délimitent les ligures.
Distribution stratig h Afrique et géographique ; Déséadien (Oligocène inférieur),
Patagonie (Argentine).
Clypeotherium magnum n. sp.
(PI. I, 1-9)
Hoi.orv pe : 35 plaques d ! un même individu, quelques-unes encore articulées, n° 61-IY-ll-
76 M.L.P. Provenance : El Pajarito, Département Paso de Indios, Province Chubut, Argentine ;
Déséadien (Oligocène inférieur).
Diagnose : celle du genre.
Distribution -sir atig ha en iq u e et géographique : celle du genre.
Description
L holotype (seul matériel connu) est formé de 35 plaques de la carapace, plusieurs
d’entre elles incomplètes ; quelques-unes seulement s’articulent entre elles. Toutes appar¬
tiennent «u même individu.
Les plaques correspondant à la partie latérale de la carapace sont suhrectangulaires ;
l’une d'elles (pl. I, 1) mesure 35 mm de long, 31 de large et 15 d’épaisseur. Presque toutes
ont une surface Dès lisse, comme chez Gli/plntelus. Le dessin comprend une figure centrale,
plane oii légèrement convexe, qui occupe la plus grande part de la surface ; elle est complè¬
tement déplacée vers l'arrière jusqu’au bord postérieur, dont elle forme la presque totalité.
11 y a trois à cinq petites figures périphériques, développées en avant de la grande ligure
centrale et aussi, quelquefois, à ses côtés. Les ligures sont délimitées par des sillons peu pro¬
fonds, au fond desquels il y a de gros foramens (mesurant, jusqu’à 3 mm de diamètre). Le
bord postérieur de ces plaques porte 2 à 4 foramens de même dimension que les précédents.
487, 2
252
GUSTAVO JUAN SCILLATO-YANÉ
Les plaques qui forment les bords latéraux de la cuirasse ressemblent à celles des
Propalaehoplophorinae en général, mais elle.s sont beaucoup plus grandes» Deux plaques
marginales droites (pl. 1, 2) sont articulées au moyen d’une suture rigide, un peu inclinée
vers l’avant. Une d’elles mesure 30 mm de long. 27 de large et 15 d’épaisseur maximum.
Toutes montrent une ligure centrale qui, comme sur les autres plaques de celle région,
occupe presque toute In surface; en avant, on distingue deux ou trois petites figures périphé¬
riques mal définies. Le sillon qui sépare la figure centrale des périphériques porte quatre
ou cinq grosses perfora linos (quelques-unes mesurent près de 2 mm de diamètre). Postéro-
inférieuremenl, chaque plaque se termine en une pointe conique dirigée vers l’arrière et le
bas.
La portion de carapace- la plus grande comprend quatre plaques articulées ipl. I, 4),
lesquelles appartiennent à la partie gauche la plus externe du bord de l'échancrure caudale.
L’épaisseur de la carapace de cette région est. remarquable, atteignant un maximum de
39 mm. Des quatre plaques en question, deux ne sont [tas marginales : elles montrent une
grande figure centrale ovale qui mesure 31 mm de long et 24 mm de large sur une des pla¬
ques ; cette figure atteint le bord postérieur ; le sillon qui la délimite porte quelques gros
foramens (2 à 3 tmn de diamètre). Les deux autres plaques sont marginales ; elles ont le
dessin caractéristique des plaques marginales latérales déjà mentionnées, mais elles se
terminent en forme de grandes proéminences coniques dirigées vers l'arrière et l’extérieur.
Une plaque de la partie moyenne du bord de l’échancrure caudale (pl. f. 3) mesure
38 mm de long. 24 de large et 21 d'épaisseur maximum. Klle montre une grande figure
centrale qui, comme il est courant dans les plaques de celte région, occupe presque tonte la
surface: celle figure esl légèrement convexe. Les petites ligures périphériques sont mal
définies et se trouvent uniquement, en avant. Le sillon qui sépare ces petites figures de la
centrale porte quatre gros foramens i jusqu’à 3 tnm de diamètre).
Il reste à parler d'un ensemble de plaques fragmentées appartenant évidemment aux
anneaux caudaux (pl. 1, 5 à 9). Etant donné que cette région n’est connue que chez les
GlypLoduiitidae post-oligocènes et que nous sommes en présence d'un nouveau taxon, il
est pratiquement impossible de préciser la conformation générale de ces anneaux, La plu¬
part des plaques sont allongées et il y a quelques fragments qui montrent de grandes sur¬
faces antérieures lisses, lesquelles s'articulaient de manière mobile avec les plaques des
anneaux qui les précédaient. En arrière de ces surfaces articulaires, les plaques portent
de gros trous jusqu’à 5 mm de diamètre). L'épaisseur des plaques est généralement proche
de 15 mm ; la largeur varie de 18 à 35 mm.
Pour comparer le matériel précédemment décrit, je mentionnerai les épaisseurs les
plus grandes atteintes par les plaques de la carapace dorsale de quelques Glyptodontidae
pléisloeènes. d après Ameguino (1889), belles de Sclerocalÿptns ornutua atteignent 16 à
18 mm ; celles de Glyptodon munizi Ameghino, 1881 : 25 à 28 mm ; celles de (ïlyplodon
reli.cidalus Ovven, 1845 : un peu plus de 40 ni ni ; celles de Ghjplodon par forains Ameghino,
1883 : 40 à 45 mm. Ces deux dernières espèces se trouvent, parmi les Glyptodontidae les plus
grands connus.
QUELQUES GLYPTODONTIDAE NOUVEAUX
253
Sous-famille Propalaehoplophorinae Trouessart, 1898
Les restes décrits ci-après sont les premiers Propalaelioplophminae qui soient al lestés
dans un niveau déséadien (Oligocène inférieur). Jusqu’à présent, la sous-famille n’était
connue qu’à partir du Coltuiéhuupieii (Oligocène supérieur). Elle atteint son apogée au
Santacruzien Miocène inférieur). Les derniers représentants connus datent du Fri a sien 1
de Pal agonie et de Colombie. D'une façon générale, les P/'opidaehoplophorinae peuvent
être considérés comme les « ancêtres structuraux » de. tous les Glyptodontidae postérieurs
(sous-familles des Sclcrocalyptinae, Doedicurinae et Glyptodontinao).
Propalaehoplophorinae gen. et sp. indet.
(PI. II, 1-10)
Matériel : 43 plaques isolées de la carapace, n° 61-IV-11-208 à 2.38 et 61-IV-11-255 à 266
M.L.P.
Provenance géographique : El Pajarito (Département Paso de Indios, Province de Chubut,
Argentine).
Niveau stratigraphiquf, : Déséadien (Oligocène inférieur).
Description
Les plaques n’ont pas été trouvées en association, de sorte qu’on ne peut les attribuer
à un même individu. De plus, étant donné notre connaissance imparfaite des Glyptodon¬
tidae, il n’est même pas sûr qu’elles appartiennent à une seule espèce ou même à un seul
genre.
Pratiquement, on ne peut pas différencier ces plaques de celles correspondant aux
Propalaehoplophorinae du Colhuéhuapien (Oligocène supérieur), du Santacruzien et du
Friasien (Miocène). Lu détermination de ce matériel a été précisée jusqu'au niveau s 11 !>fa¬
milial, car. en accord avec Score (1903-1904), il est 1res difficile de distinguer les genres
de PropalaehopluplUirinae à partir de plaques isolées. La seule exception à cet égard corres¬
pond aux plaques de la région pelvienne de la carapace de Carhlnps Anieghino, 1889, dont
la figure centrale (et parfois aussi les figures périphériques) porte une proéminence conique
élevée. Seule une des plaques ici décrites répond partiellement à ces caractéristiques (v. infra).
Les plaques les plus grandes appartiennenl évidemment à la partie dorsale de la cara¬
pace ; elles sont pentagonales ou hexagonales, grandes (la plus grande, pl. Il, 1, mesure
40 X 35 mm), mais elles sont peu épaissies (fi à 7 mm pour cel te même plaque). Leur figure
centrale est polygonale, plane ou légèrement convexe et parfois un peu déplacée vers l’arrière
(pl. II, 3) : elle esl entourée de dix à douze petites figures périphériques ; quelquefois s’inter¬
cale une deuxième rangée de petites figures antérieures.
1. Le Piiasien est traditionnellement considéré comme Miocène supérieur; cependant, si Pou adopte
la définition préconisée par les géologues méditerranéens pour la limite Miocène-Pliocène (env. -5,5 M.A.),
le Friasien correspondrait nu Miocène moyen.
254
GUSTAVO .1 üAN SCILLATO-YANÉ
Une des plaques dorsales mérite une mention spéciale (voir pl. Il, 2) ; la figure princi¬
pale, petite, est élevée en son centre, formant une proéminence pointue et inclinée vers
l’arrière (semblable à celle de Cochlops). Cette plaque mesure 32 mm de long et 27 mm de
large ; toute la surface est rugueuse. Ou compte onze petites figures périphériques, mal
définies.
Les plaques appartenant aux lianes de la carapace (voir pl. Il, 4 a 7) sont moins grandes
que celles que nous venons de décrire (elles mesurent de 22 à 15 mm de long et de 21 à 13 mm
de large), mais elles sont relativement plus épaisses (Il h H mm), La figure centrale est
nettement déplacée vers Carrière, de sorte que les petites figures périphériques postérieures
sont souvent très réduites ou même absentes ; on compte sept à dix petites ligures périphé¬
riques, et fréquemment s'intercale une deuxième rangée antérieure. Ces plaques se distin¬
guent de celles de Glyptalelus Anieghino, 18117 (type de la sous-famille Glvptalolinao)
par leur surface un peu plus rugueuse et par le plus grand nombre de petites ligures péri¬
phériques ; les plaques du dernier genre cité, par leur surface lisse et la convexité régulière
de leurs figures centrales et périphériques, ressemblent à celles de Dasypus , comme cela a
été signalé par Amegiiino (1897).
Lue plaque incomplète du bord latéral gauche (pl. Il, 8) mesure 11 mm de large et
fi à 8 mm d'épaisseur (la longueur ne peut pas être mesurée). La figure centrale occupe pres¬
que toute la surface ; ou distingue seulement une figure périphérique très petite. La plaque
se termine par une proéminence conique peu aiguë, dirigée vers le bas et l'arriére.
Les plaques qui bordaient I échancrure caudale sont siihquadrangulaires. l ue plaque
typique (pl. Il, 10) mesure 2ti mm de long, 20 ;i 24 mm de large et (i à 12 mm d’épaisseur
(celle-ci diminue vers l'arrière). La figure centrale, comme on l’observe habituellement
sur les plaques île celle région, est complètement déplacée vers l’arrière, oit elle s’élève
légèrement en pointe et forme la presque totalité du bord postérieur libre. Il y a seulement
cinq petites figures périphériques, placées en avant et des deux côtés de la figure centrale,
mais on distingue l’ébauche d’une deuxième rangée antérieure. Une autre plaque du bord
postérieur (pl. II, 9) est plus petite : 21 mm de long, 17 de large et 8 d’épaisseur maximum
(celle-ci diminue vers barrière); la figure centrale occupe presque toute sa surface.
DISCUSSION ET CONCLUSIONS
Le seul Glyptodontidé déséadien jusqu’ici connu était Glyptatelus Anieghino, 1897 ;
le même genre a aussi été signalé dans le Mustersien (Eocène moyen) de Patagonie (Ame-
ciiino, 1902a), Cel le dernière mention correspond au Glyptodontidé le plus ancien connu 1
et aussi le plus primitif (par quelques caractères des plaques qui le rapprochent des Dasy-
podidnc, v. supra).
Le présent travail fait connaître deux autres taxons de Glvptodontidae déséadiens,
représentant deux lignées phyléliques parfaitement distinctes :
1. Propalaehoplophorinae inc. sed ., étroitement apparentés aux formes post-déséa-
1, Lornaphorclus depstiw Anieghino, 1902, du Mustersien, est fondé sur une plaque dermique si mal
conservée qu’elle est presque indéterminable.
QUELQUES GLYPTODONTIDAE NOUVEAUX
255
diennes de cette sous-famille, et représentant certainement leurs précurseurs structuraux
(et, par conséquent, ceux de tous les Glyptoduntidae plus récents) ;
2. Clypeolherium magnum, un Glyptatélirié géant, dont on ne connaît pas de descen¬
dants post-déséadiens,
La première de ces lignées a donc démontré une extraordinaire potentialité évolu¬
tive, tandis que la seconde est restée pratiquement stérile,
Pour donner une idée de la différence de taille entre Clypeolherium et les Propalae-
hoplophnrinae, rappelons que l'iucineptdlus pet es ai ns : un des plus grands du Santacru/.ien)
possède un crâne qui mesure quelque 18 cm de long, c'est-à-dire environ 9 cm de moins
que celui de Seleror.nl y plus ornai us du Pléistocène. Or, d’après ses plaques, Clypeolherium
a surpassé de beaucoup les dimensions de Sclerocalyptus ornât us : cependant, il n’a pas
atteint celles des plus grandes espèces des genres pléistocènes Glyptodon. Doedicurus,
Panochthus et Neuryurus.
Il est intéressant de signaler la fréquence des mammifères gigantesques observés au
Déséadien. Parmi les Kdentata, les taxons suivants répondent à celle caractéristique :
un Tardigrade [OrluilonLotheri uni j, presque aussi grand que quelques-uns des plus grands
du Pléistocène (comme Glossothe.rium cl Sert idolheri uni) : d énormes Peltephilinae Pelte-
coelus proterons (Ameghino, 1887)] et de grands Eupbractinae (en cours d’étude). D'autres
mammifères de grandi* taille mentionnés par Pasci ai. (1970) et par Pascual A Obhkman
Riv as (1971) sont : l‘ruliorh;yaena (Marsupii armvora, Rorliyaenidae), Leontuoidae Notoun-
gulata), Paras! rapotherium (Astnqtotberia, Astrapotheriidae) et Pyrotheriutn f Pyrotheria,
Pyrotheriidae). Ces mammifères géants représentent, dans leurs lignées respectives, la
spécialisation culminante de radiations adaptatives débutant à la base du Tertiaire: ils
s’ét.eigncnl durant le Déséadieu. Mais d'autres formes plus généralisées, contemporaines
des précédentes ou apparentées avec elles, constituent souvent le point de départ de lignées
pliylétiqurs inio-pléistocènes : c'est le cas îles Propalaehoplophorinae ici décrits; b*s repré¬
sentants terminaux des Edentés phytophages se différencient souvent en types écologiques
vicariants de ceux du Déséadieu (Pascual, 1970) (par exemple les Mylodontinae pléis¬
tocènes, vicariat!ts de Octodontharium ; les grands Glyptodontidàt de la même époque,
équivalents adaptatifs de ( tj/peotherium).
Finalement, il convient de souligner le caractère probablement significatif, du point
de vue paléoécologique, de la faune d’Edentés du Déséadieu, extraordinairement abon¬
dante el variée. A ce sujet, rappelons que lus Edentés trouvent leurs meilleures conditions
de vie en milieu tropical ou subtropical, ce qui s'explique en grande partie par leur thermoré¬
gulation imparfaite. De telles caractéristiques écologiques ont pu être celles du Déséadien
en Patagonie. A ce sujet, Pascual (op. cil., p. lOltî) mentionne la présence, de. « abondantes
troncos petrificados », précisément dans les sédiments déséadiens de El Pajarito ; de tels
troncs attestent l'existence de forêts et, par conséquent, d'un climat plus humide que celui
qui règne actuellement en Patagonie. De même les allleuremetils fossilifères du Déséadien,
qui sont les plus austraux connus parmi les gisements paléogènes de mammifères sud-amé¬
ricains (Pascual, op. cil.), ont livré des restes de rongeurs de la famille des Dasyproc-
tidae, famille aujourd’hui confinée dans les régions tropicales et subtropicales d’Amérique.
256
GUSTAVO JUAN SCILLATO-YANÉ
Remerciements
Au Pr R. Hoefstf.ttf.r pour avoir présenté ce travail en vue de sa publication, pour l’avoir
traduit de l'espagnol, cl. aussi pour ses imporiailles suggestions. Au Pr R. Fasci al, pour ses com¬
mentaires sur les problèmes phylogénétiques conecrnanl certains mammifères déséadiens. Au
Dr. (j. Uki Corro, pour m’avoir facilité l’accès des eolleclions palconlnlogiques du Musée argentin
des Sciences Naturelles. A. la Lie. G. VrcKncu, pour la détermination du matériel de rongeurs
du Lnlhuéfmnpion. Au centre de Documentation seienlilique du Consejo Nacional de Investiga-
ciones eientîliens y léeiiieas, Au photographe Luis FnnttKtHA.
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gonia. Bull. .lui. Mut/, nul, lli.it,, 91 (1) : 1-232, p). 1-19, 80 fig.
Manuscrit déposé le 1 er avril 1977.
PLANCHE I
Clypeotherium magnum n. gen,, n. sp.
Ilolnlypij n n (il-IV-î l-7ti M.L.P., Déséadien de El Pajarito (Patagonie), X 1.
1. — Plaque de la région latérale.
2. — Deux plaques du bord I.itérai droit.
3. — Plaque de lu partie médiane du bord de l'échancrure caudale.
4. — Portion de carapace correspondant à la partie gauche la plus externe du bord de l'échancrure caudale.
5 à 9. — Cinq plaques lies anneaux caudaux.
PLANCHE 1
258
GUSTAVO JUAN SCILLATO-YANÉ
PLANCHE II
Propalaehoplophorinae gen. et sp. indet.
Déséadien de El Pajarito (Patagonie). X 3/2
1, 2 et 3. — Plaques de la région dorsale de la carapace (respectivement n os 61-IV-11-208 M.L.P. ; 61-IV-
11-215 M.L.P. ; 61-IV-11-259 M.L.P.) ;
4, 5, 6 et 7. — Plaques de la région latérale de la carapace (respectivement n os 61-IV-11-225 M.L.P. ; 61-IV-
11-233 M.L.P. ; 61-11-IV-212 M.L.P. ; 61-IV-11-261 M.L.P.).
8. — Plaque du bord latéral gauche de la carapace (n° 61-IV-11-238 M.L.P.).
9 et 10 — Plaques de la partie médiane du bord de l’échancrure caudale (respectivement n os 61-IV-11-258
M.L.P. et 61-IV-11-210 M.L.P.).
IMPRIMERIE
Achevé d?imprimer le 15 décembre 1977.
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Baucbot, M.-L., J. Daget, J.-C. Ht )beau et Tb. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomic. Bull. Mus. HvU, nat.., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbercen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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