ISSN 0181-0626
BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
SECTION A
zoologie
biologie et écologie
animales
4 e SERIE T. 9 1987 N° 2
Avril-Juin 1987
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Professeur E. R. Brygoo
Section A : ZOOLOGIE
Directeurs : Pr E. R. Brygoo et M. Vachon.
Rédactrice : P. Dupérier.
Comité scientifique : R. C. Anderson (Guelph), M. L. Bauchot (Paris),
J. Carayon (Paris), A. Chabaud (Paris), A. M. Clark (London), Y. Coi-
neau (Paris), B. Collette (Washington), J. Daget (Paris), C. Delamare
Deboutteville (Paris), J. Dorst (Paris), C. Dupuis (Paris), N. Hallé
(Paris), C. Heip (Gent), R. Killick-Kendrick (Ascot), Y. Laissus (Paris),
R. Laurent (Tucuman), C. Lévi (Paris), H. W. Levi (Cambridge, USA),
C. Monniot (Paris), G. Pasteur (Montpellier), R. Paulian (Ste Foy-la-
Grande), P. Pesson (Paris), J. Vacelet (Marseille), A. Waren (Gôteborg),
P. Whitehead (London).
Un Comité de rédaction examine tous les manuscrits reçus et nomme des
rapporteurs.
Fondé en 1895, le Bulletin du Muséum d’Histoire naturelle est devenu à partir de 1907 :
Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Des travaux originaux relatifs aux diverses
disciplines scientifiques représentées au Muséum y sont publiés. Il s’agit essentiellement
d’études de Systématique portant sur les collections conservées dans ses laboratoires, mais
la revue est également ouverte, depuis 1970 surtout, à des articles portant sur d’autres
aspects de la Science : biologie, écologie, etc.
La l re série (années 1895 à 1928) comprend un tome par an (t. 1 à 34), divisé chacun en
fascicules regroupant divers articles.
La 2 e série (années 1929 à 1970) a la même présentation : un tome (t. 1 à 42), six fasci¬
cules par an.
La 3 e série (années 1971 à 1978) est également bimestrielle. Le Bulletin est alors divisé
en cinq Sections et les articles paraissent par fascicules séparés (sauf pour l’année 1978
où ils ont été regroupés par fascicules bimestriels). Durant ces années chaque fascicule est
numéroté à la suite (n os 1 à 522), ainsi qu’à l’intérieur de chaque Section, soit : Zoologie,
n os 1 à 356 ; Sciences de la Terre, n os 1 à 70 ; Botanique, n os 1 à 35 ; Écologie générale,
n os 1 à 42 ; Sciences physico-chimiques, n os 1 à 19.
La 4 e série débute avec l’année 1979. Le Bulletin est divisé en trois Sections : A : Zoolo¬
gie, biologie et écologie animales ; B : Botanique, biologie et écologie végétales, phyto¬
chimie (fusionnée à partir de 1981 avec la revue Adansonia) ; C : Sciences de la Terre, paléon¬
tologie, géologie, minéralogie. La revue est trimestrielle ; les articles sont regroupés en
quatre numéros par an pour chacune des Sections ; un tome annuel réunit les trois Sec¬
tions.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle,
38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris, tél. 43-31-71-24 ; 43-31-95-60.
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Abonnements pour l’année 1987 (Prix h.t.)
Abonnement général : 1500 F.
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
4 e série, 9, 1987, section A (Zoologie, Biologie et Écologie animales), n° 2
SOMMAIRE — CONTENTS
C. Monniot. — Ascidies de Nouvelle-Calédonie. II. Les genres Polycarpa et Poly-
androcarpa . 275
Ascidians from New Caledonia. II. The genera Polycarpa and Polyandrocarpa.
J. Godeaux. — Sur le développement de Pyrosomella verticillata (Neumann, 1909)
(Tunicata, Thaliacea). 31 j
On the development o/Pyrosomella verticillata ( Neumann , 1909 ) (Tunicata, Thaliacea).
F. Daoudi, B. Radujkovic, A. Marquès et G. Bouix. — Nouvelles espèces de Cocci-
dies (Apicomplexa, Eimeriidae) des genres Eimeria Schneider, 1875, et Epieimeria
Dykova et Lom, 1981, parasites de Poissons marins de la baie de Kotor (You¬
goslavie) . 321
New species of Coccidia (Apicomplexa, Eimeriidae) of the genera Eimeria Schneider, 1875,
and Epieimeria Dykova and Lom, 1981, parasitizing marine fishes from the Kotor Bay
( Yugoslavia ).
S. Rakotofiringa et G. Oliver. — Révision du genre Diplectanocotyla Yamaguti,
1953, avec description d’une espèce nouvelle et création de la famille des Diplecta-
nocotylidae nov. fam. (Monogenea, Monopisthocotylea). 333
Revision of the genus Diplectanocotyla Yamaguti, 1953, with a description of a new species and
creation of the family Diplectanocotylidae nov. fam. (Monogenea, Monopisthocotylea).
J.-P. Hugot. — Sur le genre Enterobius (Oxyuridae, Nematoda) : s.g. Colobenterobius.
I. Parasites de Primates Colobinae en région éthiopienne . 341
The genus Enterobius (Oxyuridae, Nematoda) : s.g. Colobenterobius. I. Parasites of Pri-
mates Colobinae in the Ethiopian region.
J. Renaud-Mornant. — Halechiniscidae nouveaux de sables coralliens tropicaux
(Tardigrada, Arthrotardigrada). 353
New Halechiniscidae from tropical coral sand (Tardigrada, Arthrotardigrada).
J.-P. Casanova. — Deux Chaetognathes benthiques nouveaux du genre Spadella des
parages de Gibraltar. Remarques phylogénétiques . 375
Two new benthic Chaetognaths of the genus Spadella from the vicinity of Gibraltar. Phylogene¬
tic remarks.
— 274
Y Turquier. — Cirripèdes acrothoraciques des côtes occidentales de la Méditerranée
et de l’Afrique du Nord. III. Lithoglyptidae et Trypetesidae. 390
Cirripedia Acrothoracica from Western coasts of Mediterranea and North Africa. III.
Lithoglyptidae and Trypetesidae.
A. Crosnier. — Les espèces indo-ouest-pacifiques d’eau profonde du genre Metape-
naeopsis (Crustacea Decapoda Penaeidae). 409
The Indo-West Pacific species of the genus Metapenaeopsis ( Crustacea Decapoda Penaeidae).
C. A. Domergue. — Notes sur les Serpents de la région malgache. VII. Révision du
genre Madagascarophis Mertens, 1952 . 455
Notes on the snakes from Malagasy region. VII. Revision of the genus Madagascarophis Mer¬
tens, 1952.
I. Ineich. — Description d’une nouvelle espèce du genre Emoia (Sauria, Scincidae) en
Polynésie française . 491
Description of a new species of the genus Emoia ( Sauria, Scincidae) in French Polynesia.
Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris, 4 ' sér., 9, 1987,
section A, n° 2 : 275-310.
Ascidies de Nouvelle-Calédonie
II. Les genres Polycarpa et Polyandrocarpa
par Claude Monniot
Résumé. - Quinze espèces dont deux nouvelles pour la Science ont été récoltées en Nouvelle-
Caledonie. La plupart d'entre elles sont aussi connues de l’Australie et de l’Indonésie. Une seule espèce est
considérée comme faisant partie d’une faune tempérée australe. Toutes les autres sont d’affinités
tropicales.
Abstract. — Fifteen species, of which two are new, were collected in New Caledonia. The majority
are also known from Australia and Indonesia. Only one species is considered as a component of the
Southern temperate fauna. All the others have tropical affinities.
C. Monniot, Laboratoire de Biologie des Invertébrés marins et Malacologie, Muséum national d’Histoire naturelle 55
rue Buffon, 75005 Paris.
Les genres Polycarpa et Polyandrocarpa ne se distinguent l’un de l’autre que par la
possibilité de bourgeonnement caractéristique du genre Polyandrocarpa. Un oozoïde ou un
individu isolé de Polyandrocarpa est indiscernable d’un Polycarpa. Or cet unique caractère
n'est pas facile à mettre en évidence.
Le fait que des ascidies soient agglomérées n’est pas une preuve de l’état colonial. Dans
beaucoup de cas on peut montrer que les individus sont simplement accolés, si l’on peut
séparer les tuniques des différents spécimens sans les léser. Mais les tuniques de certaines
ascidies simples peuvent fusionner ( Molgula socialis par exemple). Une espèce comme
Dendrodoa grossularia peut présenter des différences morphologiques entre des individus
agrégés et des exemplaires isolés. Il est rare qu’il existe des preuves réelles de l’état colonial car
il faut observer le bourgeonnement. Ainsi, le statut systématique de plusieurs espèces varie au
gré des auteurs entre Polycarpa et Polyandrocarpa.
Certaines espèces classées par tous les auteurs dans le genre Polycarpa ont la possibilité de
régénérer après une éviscération naturelle ou provoquée. Il peut s’agir d’une régénération
simple, une nouvelle branchie et un nouveau tube digestif se formant dans la même tunique, ou
d’un phénomène plus complexe. Ce qui reste du manteau se désorganise et une nouvelle ascidie
bourgeonne sur la tunique rétractée de l’ancienne. Si un seul bourgeon se forme l’ascidie reste
solitaire. S’il peut se reformer plusieurs bourgeons, le phénomène, aussi rare soit-il, de la
répétition de ce cycle peut faire apparaître des « colonies », même si aucune connexion
vasculaire ne persiste entre les zoïdes.
Dans cette collection, nous avons plusieurs exemples qui illustrent ces deux difficultés.
Polyandrocarpa rollandi est une espèce agrégée pouvant être solitaire, Polycarpa cryptocarpa,
— 276 —
P. nigricans et P. papillata présentent à des degrés divers le phénomène d’éviscération et un
bourgeonnement qui peut aller jusqu’à la formation de colonies. C’est pourquoi nous avons
groupé les espèces des deux genres. Nous n’avons utilisé le genre Polyandrocarpa que pour des
espèces où la forme coloniale est obligatoire ou dominante.
Clé des Polycarpa et Polyandrocarpa de Nouvelle-Calédonie
1 — Endocarpes
N : nombreux disposés sur toute la surface du manteau (fig. 8, A)
B : disposés uniquement dans la boucle intestinale (fig. 1, A)
O : absents
2 Gonades
I : incluses dans l’épaisseur du manteau
S : saillantes dans la cavité cloacale mais soudées au manteau par toute leur surface
E : incluses individuellement dans une vésicule saillante (fig. 6, D)
L : incluses dans un tissu saillant divisé en lobes polygonaux par des sillons ; il y a souvent plu¬
sieurs gonades par lobe (fig. 4)
P : faiblement liées au manteau, suspendues entre le manteau et la brancnie (tig. 12, L)
A : possédant un massif cellulaire ventral (fig. 13, E)
G : composées de polycarpes groupés autour d’un pont dermato-branchial (fig. 11)
3 — Disposition des gonades sur le manteau
D : dispersées sur tout le manteau (fig. 4)
V : groupées surtout dans la partie ventrale (fig. 1, A)
M : groupées dans la partie moyenne (fig. 1, C)
L : rangées en une ligne (fig. 7, A)
4 — Tubercule vibratile
S : simple
M : méandriforme ou à ouvertures multiples (fig. 3, B)
5 Tube digestif
a ) forme de la boucle primaire
O : ouverte (fig. 3, A)
F : fermée (fig. 1, A)
b) forme de la boucle secondaire
N : pas de courbure (fig. 3, A)
A : courbure accentuée (fig. 1, 2)
c) forme de l'anus
S : non lobé
L : lobé
6 — Caractères divers
G : présence de granules dans le manteau
F : face interne du manteau recouverte par un tissu fibreux couvrant tous les organes sauf les
endocarpes
— 277 —
Tableau I
Espèces
1
2
3
4
5
6
Polyandrocarpa glandulosa
N
A
L
S
O A L
Polycarpa papillota
N
I-S
M-L
S
O A L
Polycarpa clavata
N
G
D
M
OAS
Polycarpa aurita
N
I-S
M
S
O AL
Polycarpa insulsa
N
I-S
M-V
S
FAL
F
Polyandrocarpa rollandi
I
P
M
S
0 A L
Polycarpa argentata
B
I
V
S-M
FAL
Polycarpa stirpes
B
I
M
S
FAL
Polycarpa pedunculata
B
S
D
M
FA L
G
Polycarpa contecta
B
E
D
S
FAL-
Polycarpa richeri
B
I-S
L
S
FAL
G
Polycarpa mytiligera
B
L
D
S-M
FAS
Polycarpa nigricans
B
L
D
S
FAS
G
Polycarpa cryptocarpa
B
I
D
M
FAL
Polycarpa pigmentata
B
I
D-M
M
OOS
G
Polycarpa argentata (Sluiter, 1890)
(Fig. 1, A-B)
Synonymie et répartition : voir Kott, 1985 : 148, fig. 66.
Synonymie additionnelle :
Polycarpa iwayamae : Tokioka, 1970 : 97, fig. 8; Philippines. Nishikawa & Tokioka, 1967 : 396, fig. 6,
40-44 ; Japon.
Les exemplaires de cette espèce mesurent de 2 à 3 cm. Ils sont fixés par leur face ventrale.
La tunique est molle, gris foncé parfois presque noire. Les siphons sont situés sur la face
dorsale, proches l’un de l’autre. Ils sont formés de quatre lobes entourés de petits tubercules
blanchâtres. Le reste de la tunique est couvert de tubercules gris foncé et de nombreux
épibiotes souples (algues, polychètes à tube membraneux, etc.). Intérieurement, la tunique
apparaît un peu translucide et gélatineuse.
Le manteau est translucide et laisse deviner les gonades. Les siphons ne présentent aucune
pigmentation particulière. Les fibres musculaires, colorées en brun plus foncé que le reste du
manteau, sont nombreuses et fines et forment un réseau anastomosé dont la densité est
équivalente sur toutes les parties du corps. Le manteau, fin, ne contient ni vésicules ni amas
pigmentaires.
Les tentacules, une vingtaine de trois ou quatre ordres, sont éloignés les uns des autres et
reliés entre eux par une crête basse qui parfois porte de très petits tentacules. Le bourrelet
péricoronal est situé près du cercle de tentacules. Il forme un V prononcé, dorsal. Le tubercule
vibratile peu saillant s’ouvre par un C irrégulier vers la droite ou par une structure plus
complexe. Le raphé est court, peu élevé, à marge lisse.
— 278 —
La branchie est formée de quatre plis élevés qui peuvent se recouvrir partiellement les uns
les autres. On compte :
D.E. 3 8 4 11 3 11 2 8 3 R. 2 8 3 10 4 11 3 11 3 E.G.
Le premier sinus à droite est plus développé que les suivants. Il s'écarte du raphé et se
rapproche des deux autres sinus plus ventraux pour former dans la partie postérieure quelque
chose qui ressemble à un pli. On compte huit stigmates entre le raphé et le premier sinus dans
la partie antérieure et de quinze à vingt postérieurement. Tous les sinus sont élevés et
surmontés par une lame fine. Il y a six à huit stigmates par maille entre les plis et de cinq à
deux sur les plis. Il y a quelques sinus parastigmatiques.
Le tube digestif est petit et forme une boucle fermée extérieurement (fig. 1). Il n’y a pas de
cæcum. L’anus à lobes obtus s’ouvre à l’extrémité d’un court rectum. Le tube digestif n’est lié
au manteau que par des brides.
Les gonades sont incluses dans l’épaisseur du manteau. Elles sont nombreuses et
dispersées sur le manteau d’une manière assez irrégulière mais surtout groupées dans la partie
ventrale (fig. 1, A). Les polycarpes diffus ne sont pas entourés par une membrane. La partie
femelle est centrale, les acini testiculaires ayant tendance à s’éloigner de l’ovaire (fig. 1, B).
Certains exemplaires contiennent de nombreux œufs dans la cavité cloacale ; certains étaient
divisés en 2 ou 4, mais nous n’avons jamais trouvé de larves.
Il y a seulement deux endocarpes dans la boucle intestinale. Il existe une forte bride qui
relie le raphé à l’espace situé entre l’œsophage et le rectum et peut être confondue avec un
endocarpe. Le siphon cloacal est entouré par un court velum dont la marge est prolongée par
des tentacules courts et filiformes.
Les exemplaires de Nouvelle-Calédonie correspondent bien aux diverses descriptions de
l’espèce, en particulier à celles de Tokioka. Il faut noter que nous n’avons pas observé la
raréfaction des muscles sous le tube digestif, décrite par Kott (1985), ni trouvé de brillantes
couleurs à l’état vivant. La présence d’œufs dans la cavité cloacale rejoint l’observation de
Tokioka (1967) qui y a trouvé des larves.
Cette espèce n’est jamais très abondante. Elle est discrète et vit sous les pierres ou entre les
branches du corail. Nous ne l’avons trouvée qu’à faible profondeur (0 à 4 m) dans le lagon : île
Nou, îlot Maître et sur l’îlot du phare Amédée.
Polycarpa stirpes Kott, 1985
(Fig. 1, C-D)
Synonymie et répartition : voir Kott, 1985 : 202, fig. 95.
Nous avons trouvé cette espèce à l’extérieur du récif barrière au niveau de la passe de
Boulari par 20 m de fond. L’animal (3 x 1,7 x 1 cm) est fixé par sa partie postérieure. Les
deux siphons sont proches l'un de l’autre et situés dans la partie dressée. Ils sont saillants. La
tunique apparaît ridée, sa coloration est brun grisâtre, un peu plus foncée sur les siphons. Il n’y
a pas d’épibiotes. La tunique (épaisse de 1 à 1,5 mm) est molle et transparente au point que
l'on peut distinguer les rides de la couche externe en vue interne.
Le manteau est assez épais, translucide, coloré en brun par des cellules pigmentaires
— 280 —
dispersées dans le manteau et qui se rassemblent en grande abondance dans les lacunes
sanguines. La musculature est formée de longues fibres entrecroisées en réseau lâche. Les
tentacules, une trentaine de quatre ordres régulièrement disposés, contiennent une lacune
axiale bourrée de cellules pigmentaires. Chaque tentacule est implanté sur une base très élargie.
Le bourrelet péricoronal forme de petites ondulations au niveau des plis et un V prononcé
dorsal. Le tubercule vibratile est plutôt petit, en forme de U creusé dans un bouton saillant qui
occupe tout le V dorsal. Le raphé est séparé du tubercule vibratile par une extension du
bourrelet péricoronal qui forme deux crêtes parallèles au-dessus du ganglion nerveux. Le raphé
est lisse, bas et de hauteur constante sur toute sa longueur. A sa droite il y a une large bande
imperforée dont la largeur augmente régulièrement de l’avant vers l’arrière.
La branchie est pigmentée en brun et possède quatre plis. On compte :
D.E. 465857474R. 274939394 E.G.
De chaque côté le pli n° 1 est beaucoup moins élevé que les autres. Les plis à gauche sont
formés de plus de sinus qu’à droite bien que le nombre total de sinus de chaque côté soit
équivalent, le plus grand nombre de sinus sur les plis étant compensé par un nombre moins
important entre eux. Entre les plis il existe une maille centrale contenant une dizaine de
stigmates alors que les mailles situées de part et d’autre en contiennent un peu moins. Cette
maille située plus près du pli ventral marque le véritable interpli. On compte un à deux
stigmates par maille sur le pli n° 1 et trois à cinq sur les autres plis. Il n’y a pas de sinus
parastigmatiques. Le premier sinus à droite du raphé est plus élevé que les autres et s’écarte
nettement du raphé. Il y a environ huit stigmates dans l’espace sur la partie antérieure de la
branchie et une vingtaine un peu avant le niveau de l’œsophage. Ce premier sinus se rapproche
des suivants pour former un pseudo-pli saillant.
Le tube digestif (fig. 1, C) forme une boucle un peu ouverte à courbure secondaire faible.
L’estomac en fuseau contient des plis internes difficiles à compter de l’extérieur. Il y a un petit
cæcum en crochet caché sous l’endocarpe. L’anus béant, à lobes courts et obtus, s'ouvre à
l’extrémité d’un court rectum.
Les gonades (fig. 1, D) sont incluses dans le manteau mais sont aisément visibles par
transparence. Elles sont présentes surtout sur la partie centrale des faces latérales. Les ovocytes
sont un peu dispersés dans le manteau et les testicules sont situés sur l’ovaire. Chaque acini
émet un fin spermiducte ; l’ensemble des spermiductes se réunit à la base de la papille mâle.
Il y a deux endocarpes dans la boucle intestinale. Les tentacules cloacaux se disposent sur
la marge d’un court velum.
Nos échantillons correspondent bien à la description de Kott (1985). Ils sont un peu plus
petits, présentent nettement moins de sinus branchiaux, mais possèdent quatre ordres de
tentacules bien développés. Les ovaires nous ont paru moins massifs que ne le figure Kott.
Cette espèce est très proche de Polycarpa argentata et ne s’en distingue réellement que par
la disposition des gonades et le caractère peu fréquent de la présence des acini testiculaires sur
la face interne de l’ovaire. Nous n’avons pas trouvé d’œufs en incubation comme chez P.
argentata. Sur le terrain les deux espèces présentent le même aspect et la même consistance.
— 281 —
Polycarpa cryptocarpa (Sluiter, 1885)
(Fig. 2)
Polycarpa cryptocarpa cryptocarpa : Tokioka, 1961 : 121, fig. 1 ; Nouméa.
Polycarpapicteti : Vasseur, 1967a : 138 ; pi. 3, fig. 32 ; Nouvelle-Calédonie.
La taille des individus est en moyenne de 8 cm (8 x 5 x 3). Vivant, l’animal est grisâtre
avec des siphons presque blancs. L’espèce vit près de la côte sur des rochers, à 1,20 m de
profondeur. Les individus sont dressés et couverts d’épibiotes. Le siphon buccal est terminal, le
cloacal est situé à la moitié de la face dorsale. La tunique est relativement dure dans la région
dorsale et plus molle sur les flancs et la zone ventrale. Le décrochement brutal de l’animal peut
faire expulser le tube digestif par le siphon cloacal.
La tunique est gris brunâtre, non nacrée intérieurement. Son épaisseur varie de 2 à 3 mm
dans la région ventrale à presque 1 cm dorsalement. Fixé au formol le manteau apparaît brun
rougeâtre, opaque, avec une musculature régulière formant un feutrage continu. Le manteau
Fig. 2. — Polycarpa cryptocarpa (Sluiter, 1885) : face interne du manteau.
— 282 —
est épais (1 à 2 mm). Il y a une trentaine de tentacules fins de deux ou trois ordres, bien séparés
les uns des autres, avec de tout petits entre eux. Le bourrelet péricoronal forme un V prononcé
dorsal, qui contient un tubercule vibratile saillant, à ouvertures multiples ressemblant à un
madrépore. Ce tubercule vibratile peut parfois prendre un développement tel qu’il envahit tout
le V et s’étend jusqu’au cercle de tentacules en le poussant vers l’avant. Le raphé est formé d’un
bourrelet bas et charnu qui se trouve au centre d’une bande imperforée médio-dorsale. Il se
termine brusquement à l’entrée de l’œsophage. Les plis branchiaux s’abaissent à l’entrée de
l’œsophage et tous les sinus longitudinaux se soudent pour former une lame unique.
On compte chez un exemplaire de 8 cm :
D.E. 3 12 5 12 5 16 4 12 4 R. 3 13 5 16 4 14 3 12 3 E.G.
La branchie est pigmentée en brun foncé comme le reste du corps. Les plis sont assez
élevés et peuvent se recouvrir un peu. Le premier sinus à droite du raphé est élargi dans la
partie postérieure de la branchie. Les sinus qui sont à sa droite se resserrent à ce niveau
formant un pseudo-pli peu net. Les mailles, entre les plis, contiennent une dizaine de stigmates.
Le tube digestif forme une boucle presque fermée (fig. 2) avec une courbure secondaire
toujours accentuée. Il n’est pas soudé au manteau et peut se détacher. L’estomac peu marqué
est lisse extérieurement; à l’intérieur il y a de très nombreux plis (plus de 30) serrés les uns
contre les autres comme les feuillets d’un livre. Il n’y a pas de cæcum. Le rectum est assez large
et l’anus à bord retroussé est muni de nombreux lobes. Il y a dans la boucle intestinale deux ou
trois grands endocarpes soudés à la fois au manteau et à l’intestin ; c’est ce qui assure la liaison
entre le tube digestif et le manteau. Les canaux pyloriques traversent les endocarpes.
Aucun de nos échantillons n’était en état d’activité sexuelle. Les polycarpes sont
nombreux, complètement inclus dans l’épaisseur du manteau. Ils ne sont visibles en surface
que par l’orifice des canaux génitaux. Celui-ci est souvent entouré de quelques sphérules noires.
En coupe, les polycarpes se présentent comme des poches vides dans le manteau.
Le siphon cloacal est muni de petits tentacules disposés sur des crêtes charnues.
Kott (1985) ne reconnaît pas Polycarpa cryptocarpa qui est pourtant l’une des espèces le
plus souvent retrouvées et décrites du Pacifique. Elle attribue le type de cette espèce à
Polycarpa obscura Heller, 1878, d’autres exemplaires à P. pigmentata et P. stirpes. Il est certain
que les descriptions des différents auteurs doivent correspondre à des espèces distinctes. Nous
ne pouvons suivre l’opinion de Kott et admettre la synonymie de P. cryptocarpa sensu
Sluiter avec P. obscura. P. obscura est une espèce pédonculée avec un très grand siphon
buccal pouvant s’orienter comme les siphons de P. clavata, et une tunique munie de rides
longitudinales. Le tubercule vibratile est souvent simple, les plis stomacaux sont visibles et les
acini testiculaires particulièrement nombreux et caractéristiques. L’espèce de Sluiter est
sessile, elle possède un tubercule vibratile toujours complexe, un estomac lisse extérieurement
et des acini testiculaires beaucoup moins nombreux.
Les exemplaires de Nouvelle-Calédonie correspondent très bien à la description de
Sluiter. De plus, ils possèdent parfois dans leurs sinus branchiaux des galles contenant
Sphaerotylacus poly carpus décrit par Sluiter (1884) de P. cryptocarpa. Ce parasite n’est pas,
comme le suggérait Sluiter, voisin des Cirripèdes mais un Copépode Notodelphyidae très
déformé.
— 283 —
Polycarpa pigmentata (Herdman, 1906)
(Fig. 3)
Nous n’avons examiné qu’un seul exemplaire de cette espèce, trouvé dans l’aquarium de
Nouméa. Il n’est pas possible de connaître sa provenance avec certitude mais il est probable
qu’il a été récolté sur la pente externe du récif barrière.
Polycarpa pigmentata est une espèce de grande taille (11 x 7,5 cm), possédant un
pédoncule déchiré de 4 cm. L’animal semble un peu aplati latéralement. Les siphons sont
grands et proches l’un de l’autre. La tunique est noire à l’extérieur, gris foncé un peu nacré
intérieurement. Elle mesure au moins 4 mm d’épaisseur mais a, du moins à l’intérieur, une
consistance un peu molle. Le corps est couvert d’épibiotes.
Le manteau est épais (3 mm), entièrement noir à l’extérieur au niveau de la couche
musculaire, rendu brun foncé intérieurement par des granules blanchâtres qui envahissent sa
face interne. On compte une trentaine de tentacules de trois ou quatre ordres, régulièrement
alternés, dont les bases ne sont pas jointives. Par endroits il existe de très petits tentacules
Fig. 3. — Polycarpa pigmentata (Herdman, 1906) : A, face interne du manteau ; B, tentacules et tubercule vibratile.
— 284 —
supplémentaires. Le bourrelet péricoronal est formé de deux lames égales. Il forme un V net
dorsal et se prolonge vers l’endostyle sur plusieurs millimètres pour former un sillon étroit
(fig. 3, B). Le tubercule vibratile est gros, très saillant, et à ouvertures multiples. Le raphé est
lisse et très bas.
La branchie épaisse et coriace est envahie par des pigments brun foncé. On compte :
D.E. 6 17 7 20 9 18 9 15 3 5 0 R. 4 75 11 18 11 20 9 19 1 E.G.
Les premiers sinus à droite du raphé se groupent pour former un véritable pli saillant dès
la partie antérieure de la branchie. Malgré un nombre élevé de sinus, les plis sont bas; leur
hauteur ne dépasse pas le tiers de la distance entre deux plis. Sur les plis, les sinus sont très
serrés et il y a très peu de stigmates par maille. Entre les plis, il peut y avoir jusqu’à une
douzaine de stigmates dans les plus grandes mailles. Il n’existe pas de sinus parastigmatiques.
Le tube digestif forme une boucle ouverte (fig. 3, A) sans courbure secondaire. L’estomac
est indiscernable extérieurement, mais possède de nombreux plis internes. Il n’y a pas de
cæcum, l’anus béant a une marge lisse ou très faiblement ondulée. Il y a un très grand
endocarpe circulaire dans la boucle intestinale, accompagné de deux plus petits.
Les gonades n’étaient pas mûres. Elles sont complètement incluses dans l’épaisseur du
manteau, mais sont visibles par transparence car elles contiennent de nombreux granules
pigmentaires noirs. On peut également les identifier sur la face interne du manteau par les
canaux génitaux et surtout par l’absence sur les gonades des granules blanchâtres du manteau.
Notre exemplaire correspond bien à ce que Kott (1985) appelle Polycarpa pigmentata
avec quelques menues différences ; en particulier, l’anus de l’exemplaire de Nouvelle-Calédonie
est lisse.
Kott (1985) met en synonymie avec cette espèce deux des Polycarpa décrits par Vasseur
(1967a) de Nouvelle-Calédonie. P. picteti Vasseur correspond à ce que nous appelons
Polycarpa cryptocarpa, et P. moebii Vasseur est le Polycarpa mytiligera.
Polycarpa pigmentata se distingue essentiellement de Polycarpa cryptocarpa par la forme
du tube digestif en boucle ouverte, avec une courbure secondaire peu ou pas marquée, un anus
lisse et un nombre réduit de grands polycarpes, alors qu’ils sont pour une taille moindre
beaucoup plus nombreux chez P. cryptocarpa.
? Polycarpa mytiligera (Savigny, 1816)
(Fig. 4)
Cynthia mytiligera Savigny, 1816 : 98, pl. 8, fig. 2 ; Suez.
Polvcarpa mytiligera : Hartmeyer, 1916 : 208, fig. 1-2; mer Rouge; Monniot C., 1973 : 55, fig. 3A;
' Elat.
Polycarpa moebii : Vasseur, 1967a : 136, pl. 3, fig. 12-13, pl. 8, fig. 31 ; Nouvelle-Calédonie.
Cette espèce peut, dans le fond du lagon, atteindre une taille de plus de 10 cm. Les
exemplaires étudiés ne dépassaient pas 6 cm. La forme du corps est très variable en fonction de
la manière dont les individus sont fixés : dans les fissures entre les coraux, sous des pierres, ou
directement sur le fond en agglomérant par des rhizoïdes ventraux graviers et débris divers. Le
siphon buccal est terminal, le cloacal est situé entre le milieu et le tiers de la face dorsale. Les
— 285 —
Fig. 4. — ? Polycarpa mytiligera (Savigny, 1816) : A, face interne d’un exemplaire du fond du lagon; B, tentacules et
tubercule vibratile; C, face interne d’un exemplaire littoral.
siphons sont peu visibles. La tunique, de couleur noire, est ridée et couverte d’épibiotes :
Algues, Foraminifères, tubes d’Amphipodes, Bryozoaires, etc.
La tunique, colorée en noir dans toute son épaisseur, est souple, son épaisseur est de 1 à
2 mm. Il n’y a aucune pigmentation particulière au niveau des siphons. Le manteau est épais et
sa coloration est brun foncé mais rendue noire par les muscles qui sont très colorés. Le
manteau ne contient pas de petites sphères blanchâtres. On compte de vingt à quarante
tentacules de trois ordres, longs, et dont les bases sont presque jointives (fig. 4, B); de plus, il
en existe par place de très petits entre les grands. Le bourrelet péricoronal est composé de deux
lames très saillantes, et forme un V dorsal. Le tubercule vibratile, en forme de C ouvert vers
l’avant ou simple fente, n’est pas saillant mais apparaît comme une dépression du manteau. Le
raphé est lisse, peu élevé et long; il n'augmente de hauteur que près de l'entrée de l’œsophage
qu’il contourne avant de se terminer brusquement.
La branchie est pigmentée en brun foncé. On compte ;
D.E. 2 14 3 13 3 75 4 16 3 R. 2 16 3 17 3 20 3 15 4 E.G.
— 286 —
Le développement des plis est assez variable, ils sont souvent élevés et peuvent se recouvrir
les uns les autres. Le premier sinus à droite du raphé s'écarte de celui-ci et devient le plus épais
postérieurement. Il se rapproche du premier pli et des autres sinus et paraît former un pli
supplémentaire. Il y a entre ce sinus et le raphé une dizaine de stigmates; dans la partie
antérieure de la branchie on en compte trente à quarante au niveau de l’entrée de l’œsophage.
Entre les plis, il y a une dizaine de stigmates par maille, rarement recoupés par des sinus
parastigmatiques. Sous l’axe des plis, les sinus sont très serrés et il n’y a plus que deux ou trois
stigmates par maille.
Le tube digestif est long et forme une double boucle prononcée (fig. 4, A, C). Il n’est lié au
manteau qu’au niveau de l’œsophage et de l’anus. Chez certains spécimens, on trouve, après
fixation, la boucle intestinale passée en partie dans la cavité branchiale. L’endocarpe qui
recouvre le sommet de la boucle intestinale est fixé sur l'intestin. Il est aussi parfois en relation
avec le manteau mais de manière lâche. La longueur de la boucle digestive est variable
(souvent, l’anus s’ouvre en avant du sommet de la boucle). L’estomac est long avec de fines
cannelures bien visibles. Il n’y a pas de cæcum. L’anus à bord lisse s'ouvre après un léger
élargissement du rectum. Jusqu’au sommet de la boucle primaire l’intestin est opaque, sa paroi
devient de plus en plus transparente et on distingue très bien dans le rectum le cordon de fèces.
Les gonades sont totalement incluses dans le manteau et aucun détail de structure
n’apparaît (fig. 4, A, C); on distingue leur emplacement par l’existence d’une vésicule claire.
Les gonades se développent dans deux masses de tissus épais, parcourues de rides, qui se
situent sur les faces du corps. Ce tissu possède des contours assez nets.
Il n'existe qu’un seul endocarpe lié au tube digestif. Le siphon cloacal est muni d un court
velum dont la marge porte de petits tentacules.
Cette espèce est très proche du Polycarpa mytiligera de mer Rouge. Elle a en commun
avec celle-ci la coloration, la forme du tube digestif et surtout la disposition des gonades dans
une masse spongieuse à contour bien délimité. Par contre, le tubercule vibratile des
exemplaires de mer Rouge est souvent saillant et complexe, le pseudo-pli à droite du raphé n’a
pas été signalé, l’estomac a des plis invisibles de l’extérieur (Monniot C., 1973) ou peu visibles
avec un petit cæcum (Hartmeyer, 1916), alors qu’ils sont bien visibles sur les exemplaires de
Nouvelle-Calédonie. Enfin il peut y avoir plusieurs endocarpes dans la boucle intestinale.
Polycarpa nigricans Heller, 1878
(Fig. 5)
Synonymie et répartition : voir Kott, 1985 : 174, fig. 80, pl. Illf.
Cette espèce d’un beau noir se rencontre le plus souvent en plaques formées d’exemplaires
jointifs, réunis par leurs bases. Des individus solitaires se rencontrent également. Il n’est pas
certain que des connexions vasculaires existent entre les zoïdes adultes mais il y en a
probablement avec les individus jeunes. A côté des zoïdes adultes on trouve parfois des amas
de tunique contenant des zoïdes éviscérés en voie de dégénérescence ou une masse spongieuse
bourrée de lacunes sanguines, comme ce que nous avions observé aux Antilles chez
Polyandrocarpa ( Eusynstyela) ordinata Monniot C., 1983. Souvent les individus d’une même
plaque présentent la même orientation.
— 287 —
1 mm
Fig. 5. — Polycarpa nigricans Heller, 1878 : A, face interne d’un spécimen à manteau mince; B, polycarpe; C, face
interne d’un exemplaire littoral.
Les zoïdes mesurent 2 à 5 cm et se présentent dressés sur le fond ou un peu couchés sur
leur face ventrale. Le siphon buccal est terminal, le cloacal situé un peu en retrait. Les deux
siphons sont quadrilobés et marqués par un cercle plus clair que le reste de la tunique. Celle-ci
est brun noirâtre à noir. Elle peut être recouverte d’épibiotes principalement des algues. Elle
est assez molle et par endroit très épaisse, et n’est pas nacrée intérieurement.
Le manteau est épais, sa pigmentation va du brun rouge au noir. Lorsqu’il est un peu
translucide on peut distinguer une couche externe musculaire avec des fibres très foncées et une
couche interne envahie de granules. Les tentacules sont situés très haut dans le siphon buccal.
— 288 —
On en compte une vingtaine de trois ordres régulièrement disposés. Le bourrelet péricoronal
forme un V prononcé dorsal. Le tubercule vibratile est creusé dans un bouton saillant qui
occupe tout le V. Son ouverture va d’un simple U ouvert vers l’avant à une forme plus
complexe. Le raphé est long. Il est formé d’une lame dont la hauteur augmente dans la partie
postérieure. Il se termine avant l’entrée de l’œsophage en se soudant au disque imperforé qui
entoure cet orifice et sur lequel se terminent les plis branchiaux.
La branchie est formée de quatre plis. On compte :
DE. 15152 72 2 12 OR. 172 10 2928 3 E.G.
Les plis sont peu élevés et ne se recouvrent pas les uns les autres. Le premier sinus à droite
du raphé (qui d’ailleurs fait partie du premier pli) s’écarte beaucoup du raphé dans la partie
postérieure de la branchie. Il y a dans la partie antérieure cinq à six stigmates entre le raphé et
le premier sinus et jusqu’à vingt-cinq un peu avant l’entrée de l'œsophage. Ce premier sinus est
un peu plus développé que les suivants. Entre les plis on compte de cinq à sept stigmates par
maille et deux sur les plis. Il n'y a de sinus parastigmatiques qu’en cas de division d’une rangée
de stigmates.
Le tube digestif (fig. 5, A, C) est très postérieur et de petite taille. Il peut manquer chez
certains individus probablement à la suite d’une éviscération naturelle ou liée au traumatisme
de la récolte. L’estomac est un peu élargi et l'on distingue extérieurement ses cannelures
internes. Il y a un petit cæcum pylorique (fig. 5, A). L’intestin se termine par un anus béant, à
bord légèrement retroussé et qui peut être un peu lobé. Le tube digestif n’est lié au manteau
qu’au niveau de l’entrée de l’œsophage et du rectum.
Les gonades sont incluses dans l’épaisseur du manteau. Sur sa face interne le manteau
apparaît gonflé et divisé en polygones par des sillons (fig. 5, C) au fond desquels sont
implantés les ponts dermato-branchiaux. Ces polygones contiennent un à deux polycarpes. Cet
aspect est d’autant plus net que les individus sont plus pigmentés. Chez les exemplaires plus
clairs (fig. 5, A), ces polygones, bien que présents, n’ont pu être figurés, par contre la structure
des polycarpes est alors visible (fig. 5, B). Les canaux génitaux s’ouvrent par des papilles
séparées et un peu saillantes.
Il existe un ou deux endocarpes dans la boucle intestinale. Le siphon cloacal est muni d’un
velum à la base duquel se trouve une rangée de tentacules filiformes parfois disposés sur de
petites crêtes.
Il faut noter quelques différences avec la description de Kott (1985). Elles portent sur la
présence des granules du manteau et le tubercule vibratile qui, bien que pouvant avoir une
forme complexe, n’a pas d’ouvertures multiples chez les exemplaires de Nouvelle-Calédonie.
Polycarpa pedunculata Heller, 1878
(Fig. 6, A-C)
Synonymie et répartition : voir Kott, 1985 : 189, fig. 88.
Cette espèce a été trouvée à l'extérieur du récif barrière devant Nouméa par 38 m de
profondeur. L’exemplaire figuré mesure 4 x 2,5 cm ; il est dressé et un peu pédonculé. Le corps
est cylindrique ; le siphon buccal est terminal ; le siphon cloacal, proche du buccal, est situé un
peu sur le côté. Les deux siphons possèdent quatre lobes qui n’étant pas saillants sont difficiles
— 289 -
à distinguer. La tunique est ridée avec parfois des excroissances autour du siphon buccal ; sa
coloration est jaunâtre. La surface de la tunique est dure et recouverte d’épibiotes :
Didemnidae, Hydraires, Foraminifères, Éponges, etc. La tunique a une épaisseur de 2 à 3 mm ;
intérieurement elle est molle et translucide. Elle est colorée en brun près des siphons.
Le manteau est brun foncé, coloration due à des fibres musculaires presque noires ainsi
qu’à des granules inclus dans le manteau. La musculature est répartie régulièrement. Le
manteau est coriace et assez épais (0,5 à 1 mm). Les tentacules sont longs et peuvent sortir par
le siphon. On compte au moins trente tentacules de plusieurs ordres mais de tailles peu
différentes. Entre les grands on en trouve de beaucoup plus petits mais de tailles très variables.
Les tentacules sont incolores. Le bourrelet péricoronal est formé de deux crêtes égales.
Dorsalement, il forme une indentation irrégulière qui se prolonge par un petit sillon (fig. 6, B).
Le tubercule vibratile gros et saillant possède plusieurs ouvertures. L’espace entre les
tentacules et le bourrelet péricoronal est garni de petites papilles. Le raphé lisse n’est pas élevé ;
il est long.
La branchie est formée de quatre plis. On compte :
D.E. 2 10 2 12 4 14 5 14 5 R. 3 14 4 17 3 16 3 12 3 E.G.
Le premier sinus à droite du raphé s’écarte de celui-ci dans la partie moyenne de la
branchie puis s’en rapproche au niveau de l’entrée de l’œsophage. Dans la partie moyenne de
la branchie, ce premier sinus se rapproche des suivants pour former une ébauche de pli. A ce
niveau il existe environ une vingtaine de stigmates entre le raphé et le premier sinus. On
compte une dizaine de stigmates par maille entre les plis et deux sur les plis où les sinus sont
très serrés.
Le tube digestif (fig. 6, A) forme une boucle fermée à courbure secondaire accentuée.
L’estomac est court, peu élargi, marqué par quelques sillons que l’on devine par transparence.
Nous n’avons pas trouvé de cæcum, le rectum est long et se termine par un anus à lobes très
longs (fig. 6, C). Le tube digestif n’est pas soudé au manteau sauf au niveau du rectum, mais
les endocarpes qui se trouvent dans la boucle ainsi que la bride qui contient le canal pylorique
maintiennent le tube digestif en place.
Les gonades sont saillantes dans la cavité cloacale ; elles sont réparties sans ordre sur le
manteau (fig. 6, A). Chaque polycarpe solidement soudé au manteau est constitué d’un ovaire
central avec deux rangées d’acini testiculaires piriformes disposés perpendiculairement à la
surface du manteau. Les acini émettent de fins spermiductes qui se disposent en éventail à la
surface de l’ovaire. Cette structure est difficile à voir car elle est obscurcie par la pigmentation.
La papille génitale terminant oviducte et spermiducte est saillante et longue. Elle n’est jamais
soudée au manteau.
Il y a deux endocarpes dans la boucle intestinale. Le siphon cloacal est entouré par un
cercle de tentacules mais il existe deux bourrelets latéraux et un postérieur, épais dont la marge
est marquée par quelques tentacules.
Les exemplaires de Nouvelle-Calédonie ressemblent beaucoup à la description de l’espèce
publiée par Kott (1985). L’allure externe, le tubercule vibratile très saillant, la branchie et la
forme et la disposition des gonades sont très semblables. Il faut noter quelques différences : les
ouvertures multiples du tubercule vibratile (Kott signale une variabilité importante mais pas
d’ouvertures accessoires) et surtout le tube digestif qui, dans cette collection, a un estomac
court et un anus profondément lobé.
— 291 —
Polycarpa contecta (Sluiter, 1904)
(Fig. 6, D)
Synonymie et répartition : voir Kott, 1985 : 162, fig. 72.
4
Un seul exemplaire (de 3,5 cm) a été trouvé fixé par la face ventrale sous un corail sur la
pente externe du récif barrière. Les deux siphons sont peu saillants et assez éloignés l’un de
l’autre. La tunique est mamelonnée et couverte d’épibiotes. La coloration uniforme est brun
clair. Elle est épaisse (2 mm) mais de consistance molle. Elle contenait des Modiolaria. La face
interne de la tunique est très molle et non nacrée.
Des spécimens plus petits ont été récoltés dans le lagon Est devant Yaté entre 35 et 50 m,
fixés sur des débris coralliens. L’un d’entre eux servait d’abri à un crabe Dromiidae, la logette
du crabe étant creusée dans la base de l’Ascidie qui avait pris un grand développement, le
Polycarpa n’occupant que le quart supérieur de sa tunique.
Le manteau brun doit sa coloration aux fibres musculaires qui forment un réseau continu
et qui sont pigmentées en brun foncé. Le manteau est mince et ne contient aucun granule.
Comme la musculature est plus dense sur les siphons, ceux-ci apparaissent plus foncés. Les
tentacules ne sont pas pigmentés. Ils sont environ vingt-cinq de trois ordres régulièrement
alternés avec de très petits entre eux. Leurs bases ne sont pas jointives. Le bourrelet
péricoronal est formé de deux lames égales. Il ne forme pas d’anses au niveau des plis
branchiaux et décrit un V profond dorsal dans lequel s’ouvre un tubercule vibratile simple en
U ouvert vers l’avant sur un bouton légèrement saillant. Le raphé est lisse, élevé, situé très à
gauche contre le premier pli.
La branchie est colorée en brun clair. Elle est formée de quatre plis peu saillants de
chaque côté. On compte :
D.E. 2 13 2 12 2 13 2 13 0 R. 0 8 2 14 2 15 2 12 2 E.G.
Dans la partie postérieure de la branchie, le premier sinus à droite du raphé s’écarte
considérablement de celui-ci. On compte sept stigmates dans la partie antérieure de cet espace
et jusqu’à une trentaine dans la partie postérieure. Entre les plis, les mailles contiennent six à
neuf stigmates allongés, non recoupés par un sinus parastigmatique. Sous les plis, les sinus
sont très serrés et il n’y a guère qu’un à deux stigmates par maille.
Le tube digestif (fig. 6, D) est postérieur. Il n’est lié au manteau qu’au niveau de
l’œsophage et du rectum. L’œsophage est très court ; l’estomac un peu élargi porte douze côtes
visibles extérieurement. Il y a sous l’estomac un très petit cæcum non saillant. L’intestin
isodiamétrique a une paroi transparente qui permet de voir le cordon alimentaire. L'anus a
huit lobes plats, un peu retournés.
Les gonades ne sont pas incluses dans l’épaisseur du manteau mais sont enfermées dans
des structures saillantes de tissu transparent analogues à des endocarpes (fig. 6, D). Chaque
polycarpe possède à son extrémité ventrale un pont dermato-branchial mais tous les ponts ne
sont pas en rapport avec une gonade. Les canaux génitaux sont longs et s’ouvrent ensemble à
l’extrémité dorsale de la vésicule qui inclut le polycarpe.
Il y a un seul endocarpe plat sur la boucle intestinale qui n’a pas de connexions avec le
— 292 —
manteau. Il y a un grand velum cloacal inséré sur un bourrelet net. Quelques tentacules
cloacaux très fins et filiformes sont implantés sur ce velum.
Nos spécimens correspondent bien à la description publiée par Kott (1985) qui a revu le
type de l’espèce, à quelques détails près. Les exemplaires de Nouvelle-Calédonie n’ont pas de
sinus parastigmatiques et leur estomac est moins allongé. Il n’est pas non plus fait allusion à la
structure particulière des gonades dans les descriptions de Kott.
Polycarpa richeri 1 n. sp.
(Fig- 7)
Holotype : MNHN n° S1-POL-B191.
L’espèce vit libre sur le sédiment. Les spécimens sont globuleux; ils ont 0,5 à 1,5cm de
diamètre. Les siphons, peu visibles à l’extérieur, sont peu éloignés l’un de l’autre. Ils ne sont
pas saillants. Tout le reste du corps est muni d’un chevelu de rhizoïdes qui peut atteindre
5 mm. La tunique est très fine. Après fixation à l’alcool, le manteau apparaît brun. Les
spécimens de plus petite taille (1cm de diamètre), également adultes, ont un manteau
transparent presque incolore.
Le manteau est fin ; la musculature est constituée de longues fibres entrecroisées noyées
dans la masse. Il y a aussi quelques granules incolores dispersés dans le manteau (fig. 7, C). On
compte entre vingt-cinq et trente tentacules d'au moins trois ordres. Les tentacules sont longs
et courbés à leur extrémité, implantés sur une crête et éloignés les uns des autres (fig. 7, B). Le
bourrelet péricoronal est formé de deux lames inégales, l’antérieure étant la plus large. Seule la
lame postérieure du bourrelet décrit un V dorsal ; la lame antérieure se raccorde au tubercule
vibratile qui forme un simple trou (fig. 7, B). Le raphé en lame peu élevée contourne l’entrée de
l’œsophage.
La branchie est formée de quatre plis peu élevés. On compte chez un exemplaire de
1,3 cm :
D.E. 1 <8 2 9 1 9 2 9 1 R. 1625 19262 E.G.
et chez un exemplaire de 1 cm :
D.E. 1 5 1 5 1 5 1 9 1 R. 0<5W1<52<51 E.G.
En réalité les sinus situés entre les plis sont les sinus ventraux des plis ; on le constate dans
la partie postérieure de la branchie où ils viennent s’accoler au pli. Le raphé est parallèle au pli
n° 1 à gauche et à droite mais il est très décalé vers la gauche. Il peut y avoir jusqu’à une
dizaine de stigmates par maille entre les plis. Sur les plis, les sinus sont très serrés et il n’y a
plus au sommet qu’un seul stigmate par maille. Il y a parfois des sinus parastigmatiques.
Le tube digestif (fig. 7, A) forme une boucle fermée à courbure secondaire marquée.
L’estomac est allongé, cylindrique, marqué d’une douzaine de sillons nets. Il y a un cæcum en
doigt de gant. L’intestin isodiamétrique se termine par un anus lobé à lobes retournés.
Il y a un rang de gonades (fig. 7, A) de chaque côté (4 à 6 à droite, 3 à gauche, en général).
A gauche, il y a toujours une gonade située dans la courbure secondaire du tube digestif près
1. Espèce dédiée à Bertrand Richer de Forges à qui l’on doit l’exploration du lagon de Nouvelle-Calédonie.
— 293 —
Fig. 7. Polycarpa richeri n. sp. : A, face interne du manteau ; B, tentacules et tubercule vibratile; C, polycarpe; D et
E, faces droite et gauche.
de la base du rectum. Les gonades sont à demi incluses dans l’épaisseur du manteau. Elles sont
constituées (fig. 7, C) d’un ovaire central qui s’ouvre par un oviducte assez long, entouré d’une
couronne d’acini testiculaires qui ne s’étendent pas sous l’ovaire. Le spermiducte est court et
s’ouvre à la surface du manteau par une petite papille loin de la papille femelle. Les polycarpes
sont entourés par les petites vésicules qui envahissent tout le manteau.
Il n’y a qu’un seul endocarpe situé dans la boucle intestinale. Les tentacules cloacaux sont
répartis sur toute la surface du velum. Celui-ci, très fin, contient des vésicules qui font hernie à
la surface.
Cette espèce ne correspond à aucune autre décrite du Pacifique tropical. Par son aspect
externe et son tube digestif, elle se rapproche de P. molguloides Herdman, 1882, mais cette
dernière possède de nombreux polycarpes disposés en trois ou quatre rangs. Elle se distingue
également des espèces du groupe P. tinctor (P. tinctor, P. chinensis, P. procera, P. rigida) qui
possèdent des endocarpes entre les gonades. P. thelypanes, qui possède des polycarpes peu
nombreux disposés en une rangée, n’a pas d’endocarpes dans la boucle intestinale.
— 294 —
Polycarpa aurita (Sluiter, 1890)
(Fig. 8)
Synonymie et répartition : voir Kott, 1985, 152, fig. 68.
Synonymie additionnelle :
Polycarpa circumarata : Vasseur, 1967a : 134, pl. 2, fig. 9-11, pl. 7, fig. 30 ; Nouméa.
C’est l’espèce la plus abondante au niveau du récif externe et sur la pente autour de la
Nouvelle-Calédonie jusqu’à une profondeur de 500 m. Elle est aussi présente dans le lagon où
elle vit toujours fixée.
Cette espèce, qui peut mesurer jusqu'à 10 cm, se présente sous forme d’un cylindre brun
clair à jaune d’or, marqué de sillons et de gros tubercules. Les siphons sont proches l’un de
l’autre, le buccal étant terminal et le cloacal légèrement en retrait. Ils sont tous deux saillants,
même lorsqu’ils sont contractés et quadrilobés.
Les plus grands spécimens ont été trouvés à l’extérieur du récif barrière vers 30 m de
profondeur. Ils se rencontrent généralement dans les anfractuosités du récif ou sous les coraux
morts, leurs siphons largement ouverts affleurant le substrat. La tunique, brun clair, est
souvent masquée par des algues et des épibiotes. Plus profondément sur la pente, la couleur est
plus franchement jaune et les épibiotes sont plus rares. La tunique contient près de sa surface
de nombreuses ampoules vasculaires remplies de granulations jaune d’or. Même si l’animal est
couvert d’épibiotes, il suffit de gratter un peu la surface pour voir apparaître cette coloration
caractéristique. La tunique est assez épaisse mais molle et nacrée intérieurement.
Le manteau est uniformément jaune d’or, parfois un peu marqué de rouge ou de noir à la
bordure des siphons. En surface du manteau, on distingue un feutrage de fibres musculaires
qui ne se rassemblent pas en faisceaux. Le manteau est épais (1,5 à 2 mm), charnu, coloré dans
la masse en jaune d’or avec des lacunes sanguines bordées de granulations opaques d'un jaune
plus clair. Les tentacules ne sont pas implantés sur un bourrelet saillant. Leur nombre est
variable. On en compte vingt-cinq ou trente de deux ou trois ordres chez les exemplaires de 3 à
4 cm et seulement une dizaine chez les plus grands spécimens. Une réduction du nombre de
tentacules avec l’augmentation de la taille a déjà été signalée chez certaines espèces comme
Ascidia translucida et Cnemidocarpa verrucosa. Le bourrelet péricoronal forme un V marqué au
niveau du tubercule vibratile. Celui-ci est simple en U ou en S disposé sur une aire bien
délimitée mais peu saillante. Le raphé est long, élevé et sa marge est lisse, souvent enroulée vers
la droite. Il disparaît brusquement au niveau de l’entrée de l’œsophage.
La branchie est pigmentée en jaune d’or par des amas pigmentaires analogues à ceux du
manteau. Les plis sont élevés, leur hauteur dépassant un peu la distance entre deux plis. On
compte chez un exemplaire de 10 cm :
D.E. 6 16 5 25 6 21 13 28 6 R. 8 27 7 22 8 25 6 19 6 E.G.
chez un exemplaire de 5 cm :
D.E. 3 20 4 24 4 23 4 20 2 R. 2 23 2 19 5 22 5 17 3 E.G.
— 296 —
La hauteur des plis est plus importante par rapport à l’espace entre deux plis. Le premier
pli à droite est parallèle au raphé et c’est seulement au niveau de l’entrée de l’œsophage qu’il
s’en écarte un peu. Les mailles sont allongées transversalement et contiennent au moins huit à
dix stigmates entre les plis et deux à cinq sur les plis. Chez les plus grands spécimens ces
chiffres peuvent être multipliés par deux.
Le tube digestif (fig. 8, A, B) n’est rattaché au manteau que par quelques brides, sauf au
niveau du rectum où il est relié par une lame continue. L’entrée de l’œsophage est postérieure.
L’estomac présente un élargissement net mais aucun pli n’est visible de l’extérieur. Les plis sont
masqués par des amas pigmentaires le long des lacunes sanguines. En coupe, ils sont nombreux
(une quarantaine) et élevés. Il n’y a pas de cæcum. Le rectum est long, rectiligne lorsque
l’animal n’est pas contracté. Il s’ouvre par un anus lobé légèrement resserré.
Les gonades sont nombreuses (fig. 8, A, B) (plus de cent à droite et quatre-vingts à gauche
pour l’exemplaire de 10 cm, de vingt à trente pour des exemplaires de 5 cm). Elles sont soudées
au manteau sur toute leur longueur mais saillantes; elles sont allongées et dirigées vers le
siphon cloacal. Chaque polycarpe est enrobé dans une lacune sanguine contenant des amas de
pigments. Il y a de nombreux endocarpes sur toute la surface du manteau.
Le siphon cloacal est couvert de rides transversales qui portent des tentacules cloacaux.
Cette espèce est proche de P. insulsa (Sluiter, 1898) et il est possible que les deux espèces
soient confondues dans la synonymie de Kott (1985). P. insulsa est une espèce qui a été décrite
des Caraïbes et qui est considérée par Van der Sloot, 1969, comme un synonyme antérieur de
P. circumarata (Sluiter, 1904). A notre sens les deux espèces sont présentes en Nouvelle-
Calédonie et se distinguent par l’aspect de la tunique, la coloration jaune d’or de P. aurita, la
présence de gonades jusqu’à la partie la plus postérieure de la face droite chez P. insulsa et
surtout la couche nacrée, fibreuse, extrêmement résistante qui recouvre toute la cavité cloacale
à l’exception des endocarpes chez P. insulsa.
Polycarpa insulsa (Sluiter, 1898)
(Fig. 9)
Styela ( Polycarpa ) insulsa Sluiter, 1898 : 14, pl. 3, fig. 43 ; Los Testigos.
part Polycarpa insulsa : Van der Sloot, 1969 : 44, fig. 113, 114, 116, 118-122.
Styela (Polycarpa ) asiphonica Sluiter?, 1898 : 17, pl. 1, fig. 17-18 ; La Goajira.
Polycarpa circumarata non Sluiter, 1904 : Van Name, 1921 : 428, fig. 96-97; golfe du Mexique. Van
Name, 1945 : 261, fig. 158, pl. 11, fig. 2 ; Tortugas et Panama.
Dans sa forme typique cette espèce vit dans la partie la plus profonde du lagon et sur la
pente externe jusqu’à au moins 150 m.
Nous n’avons trouvé que des individus de taille moyenne (4,5 cm). La tunique est très
coriace et de coloration brun clair. L’animal est fixé par la face ventrale. Le siphon buccal est
terminal, le cloacal est situé au milieu de la face dorsale. La tunique est munie de gros
tubercules séparés par des sillons profonds surtout sur l’espace entre les deux siphons. Ceux-ci,
entourés de tubercules plus petits, sont peu ou pas saillants et difficiles à voir quand l’animal
est contracté. La tunique qui a une consistance de cuir est peu épaisse (1 à 2 mm); elle est
— 297 —
blanchâtre ou rosée à l’intérieur. Elle est partiellement recouverte d’épibiotes : Bryozoaires
incrustants, tubes de Polychètes et Didemnidae.
Le manteau, épais (1 mm), opaque, est blanchâtre, marqué par un pigment brun noir au
niveau des siphons. La musculature est invisible, noyée dans l’épaisseur du manteau. Sur sa
face interne, celui-ci est recouvert d’une couche de tissu blanchâtre extrêmement coriace. On
compte environ vingt-cinq tentacules pigmentés en brun noirâtre, de trois ou quatre ordres
régulièrement disposés. Le bourrelet péricoronal est formé de deux lames élevées formant des
ondulations au niveau des plis méridiens branchiaux. Dorsalement, il forme un V profond. Le
tubercule vibratile est saillant et charnu. L’ouverture profondément enfoncée dans sa masse
forme un C irrégulier (fig. 9, A). Les deux lames du bourrelet se prolongent un peu sous le
tubercule vibratile. Le raphé est élevé et épais, sa hauteur double au niveau de l’entrée de
l’œsophage.
La branchie a un aspect particulier. Sa partie interne est colorée en jaune clair mais sa
partie externe est rendue blanchâtre par un réseau extrêmement développé de sinus transverses
résistants, dont la paroi est recouverte du même tissu que celui qui couvre la face interne du
manteau. Les sinus transverses sont très dilatés, certains pouvant même avoir un diamètre de
l’ordre du millimètre. Les ponts dermato-branchiaux sont également très développés. Il y a
quatre plis élevés de chaque côté.
D.E. 4 19 5 20 4 23 4 18 2 R. 3 25 3 25 4 21 4 19 4 E.G.
Les mailles contiennent six à huit stigmates allongés entre les plis et deux à quatre sur les
plis où les sinus sont très serrés. Le premier sinus à droite est parallèle au raphé ; il n’y a donc
pas de mailles très allongées entre lui et le raphé.
Le tube digestif (fig. 9, D) est postérieur; il est fortement lié au manteau et recouvert, à
l’exception de l’anus, de la même couche blanchâtre coriace. L’estomac est lisse extérieure¬
ment ; à l’intérieur il y a une vingtaine de plis bien développés, verdâtres. Il n’y a pas de cæcum
mais une forte bride reliant l’estomac à l’intestin. Le rectum est court et l’anus béant est muni
de lobes peu marqués.
Les gonades sont en partie incluses dans l’épaisseur du manteau mais font quand même
nettement saillie. Elles sont recouvertes de la couche blanchâtre si bien qu’il est impossible de
distinguer les éléments sexuels. On ne distingue que l’extrémité des papilles. Il y a une
quarantaine de polycarpes à droite, groupés dans la partie médiane et postérieure du manteau.
Ils sont proches les uns des autres mais restent distincts.
L’intérieur de la boucle intestinale et la surface interne du manteau sont garnis de
nombreux endocarpes jaunâtres à paroi fine. Le velum cloacal (fig. 9, D) porte quelques petits
tentacules filiformes disposés sur toute sa surface.
Un exemplaire de cette espèce (fig. 9, A-C) a été trouvé dans la zone des marées sur un
enrochement dans le port de Nouméa. Cet exemplaire un peu plus grand (5,5 cm) a une
tunique plus épaisse mais moins coriace que celle des exemplaires profonds. La coloration est
plus grisâtre, mais l’intérieur des siphons et les tentacules sont pareillement marqués de brun
noirâtre.
Les tentacules sont plus nombreux, environ quatre-vingts, le tubercule vibratile nettement
saillant semble avoir une ouverture complexe (fig. 9, B), en réalité ce n’est pas le cas. Le C des
cornes est un peu enroulé vers l’intérieur et c’est le développement irrégulier des lèvres de
l’ouverture qui donne au tubercule cet aspect.
Fig. 9 — Poivcarpa insulsa (Sluiter, 1898) : A, face interne de l'exemplaire de Nouméa; B, tentacules et tubercule
vibratile; C, gonades et velum cloacal ; D, face interne d’un exemplaire de la pente externe (100m).
— 299 —
Les gonades sont beaucooup plus nombreuses et envahissent presque tout le manteau.
Elles sont coalescentes (fig. 9, C) et il est impossible de distinguer la limite des polycarpes. Ce
n’est que par les papilles génitales que l’on peut les individualiser.
La couche coriace blanchâtre et nacrée qui recouvre tous les organes est moins épaisse que
chez les exemplaires profonds en particulier au niveau des sinus transverses de la branchie.
Dans sa révision des Styelidae des Caraïbes, Van der Sloot a réexaminé les types de P.
insulsa, P. asiphonica et P. circumarata et conclu à leur probable identité tout en remarquant
un certain nombre de différences entre le type de P. circumarata d’Indonésie et les exemplaires
atlantiques. Nous pensons que les deux espèces sont distinctes et que le P. circumarata
d’Indonésie (Sluiter, 1904) et celui des Philippines (Van Name, 1918) sont des synonymes de
Polycarpa aurita comme le pense Kott (1985).
Les exemplaires de Nouvelle-Calédonie sont tout à fait semblables à ceux que nous avons
récoltés en Martinique.
Polycarpa papillata (Sluiter, 1885)
(Fig. 10)
Synonymie et répartition : voir Kott, 1985 : 184, fig. 85-86, pl. Illg.
Cette espèce se présente en Nouvelle-Calédonie sous deux formes. On rencontre de grands
individus solitaires dans les parties les plus profondes du lagon et sur la pente externe jusque
vers 500 m de profondeur ; cette forme possède une tunique rugueuse. A plus faible profondeur
(20-40 m), on observe de véritables agrégats formés par des zoïdes de toutes tailles, réunis par
leurs bases ; dans ce cas la tunique est lisse.
La forme à tunique rugueuse (fig. 10, A) peut atteindre 7 à 8 cm. Le siphon buccal est
terminal; le siphon cloacal est situé assez loin. Presque tous les spécimens présentent à leur
base une boule de tunique plus dure, parfois presque un pédoncule, qui contient le
prolongement postérieur du manteau. La partie de la tunique qui entoure le zoïde proprement
dit est plus molle, jaunâtre, ridée, parfois tuberculée. Il y a quelques épibiotes. Les siphons sont
nettement quadrilobés. L’épaisseur de la tunique est de 1 à 2 mm; elle est blanchâtre et lisse
intérieurement.
Le manteau est blanc jaunâtre, épais, opaque. Il possède toujours une extension
postérieure gauche située sous le tube digestif et logée dans le pédoncule; elle est pleine et
fortement vascularisée.
On compte une cinquantaine de tentacules disposés en au moins trois ordres, dont les
bases sont serrées les unes contre les autres. Les tentacules sont aplatis latéralement et ont la
forme d’une lame de faux. Le bourrelet péricoronal, formé de deux lames épaisses, est éloigné
du cercle de tentacules. Il forme une ondulation au niveau des plis et un V dorsal prononcé. Le
tubercule vibratile est petit, peu saillant ; sa forme est variable. Il est le plus souvent en forme
de U ouvert vers l’avant. Nous n’avons pas observé de tubercules vibratiles complexes comme
Kott (1985) en figure. Le raphé est long, à marge lisse; sa hauteur modérée est constante sur
toute sa longueur.
La branchie est formée de quatre plis élevés. On compte :
G.E. 5 17 5 18 5 19 4 18 3 R. 2 17 4 18 5 75 5 15 4 E.G.
— 300 —
Fig. 10. — Polycarpa papillota (Sluiter, 1885) : A, face interne d’un exemplaire à tunique rugueuse; B, face interne
d’un exemplaire à tunique lisse.
Les plis n° 1 de chaque côté sont parallèles au raphé. Entre les plis, les mailles contiennent
de cinq à sept stigmates peu allongés, parfois recoupés par un sinus parastigmatique. Sur les
plis, il n’y a plus que deux ou trois stigmates par maille.
Le tube digestif (fig. 10, A) forme une boucle ouverte qui n’est liée au manteau que par
quelques brides. L’estomac est peu dilaté, en forme de navette. Il est complètement entouré par
une épaisse couche de tissu translucide qui laisse voir par transparence les sillons et un petit
cæcum. Il y a environ vingt-cinq sillons dans la partie cardiaque et quinze seulement au niveau
du pylore. L’anus est formé de deux lèvres découpées en lobes pointus qui peuvent être
retroussés.
Les gonades (fig. 10, A) sont rarement bien développées chez les exemplaires profonds.
Elles ne sont pas nombreuses et sont disposées en une rangée irrégulière au milieu des faces
— 301
iatentlcv Les polycarpes sont saillants et peu liés au manteau. Les canaux génitaux s’ouvrent
ensemble sur la face interne du polycarpe près de son extrémité ventrale.
L’ensemble du manteau est couvert de vastes endocarpes. Les tentacules cloacaux
occupent toute la surface du velum.
La forme, qui vit à faible profondeur (20-40 m), a une tunique lisse, ocre pâle, parfois un
peu rosée. Les siphons sont très saillants avec quatre lobes chez les exemplaires vivants ; une
fois fixés les siphons se rétractent et deviennent peu visibles. Les zoïdes sont réunis à leur base
par des stolons avec une tunique plus rugueuse et couverte d’épibiotes. Les plus grands zoïdes
dépassent rarement 3 à 4 cm. Le manteau possède la même extension postérieure à gauche mais
elle est souvent moins développée.
Il y a moins de tentacules (environ vingt-cinq) d’au moins trois ordres qui s’insèrent après
un velum bien développé. Le bourrelet péricoronal, le tubercule vibratile et le raphé sont
identiques.
Le nombre de sinus branchiaux est réduit sur les plis mais pas entre les plis. On compte :
D.E. 4 9 5 11 5 10 3 10 2 R. 1 9 4 10 3 11 3 8 3 E.G.
Le tube digestif, les endocarpes et les tentacules cloacaux sont identiques (fig. 10, B).
Les gonades sont plus nombreuses que chez les exemplaires de grande taille et disposées
moins régulièrement (fig. 10, B).
Les exemplaires à tunique lisse, que nous avons récoltés en plongée et que nous avons
tenté d’anesthésier, se sont éviscérés. Le tube digestif se décroche du manteau et sort par le
siphon buccal en entraînant la branchie. Il ne nous a pas été possible de savoir si l’animal ainsi
mutilé pouvait régénérer. Cette possibilité d’éviscération, si elle s’accompagne de régénération
(la présence de l’expansion du manteau peut être en liaison avec ce phénomène), peut expliquer
la structure de la colonie. Les stolons, dont la présence n’est pas constante, seraient les
tuniques contractées des anciens zoïdes et l’expansion du manteau le reste désorganisé du
précédent zoïde. Ce phénomène d’éviscération est signalé par Kott (1985) et l’espèce possède
parmi ses synonymes Styeloides abranchiata et Polycarpa mutilans !
C’est avec beaucoup de réticence que nous avons placé cette espèce dans le genre
Polycarpa.
Polycarpa clavata Hartmeyer, 1919
(Fig. 11)
Synonymie et répartition : voir Kott, 1985 : 159, fig. 71, pl. 3, de.
Polycarpa aurata clavata : Tokioka, 1961 : 123, fig. 11, pl. 5, fig. 4; Nouméa. Vasseur, 1967a : 133, pl. 2,
fig. 7-8, pl. 7, fig. 28-29 ; Nouméa.
L’aspect extérieur et la couleur rouge orangé de cette espèce sont très caractéristiques. La
tunique est épaisse et un peu translucide. Elle est envahie surtout dans sa partie externe par des
sinus sanguins colorés en orange et des granules rouge vif. Le manteau musculeux est fin mais
coriace.
On compte une vingtaine de tentacules de grande taille (5 mm à 1 cm) parfois séparés par
de tout petits. Le bourrelet péricoronal est formé d’une lame élevée formant un U prononcé
— 302 —
dorsal. Le tubercule vibratile est peu saillant et percé de nombreuses ouvertures. Le raphé,
lisse, est formé d’un bourrelet épais enroulé vers la droite. Il est peu élevé et se termine à
l’entrée de l’œsophage en se raccordant au premier pli gauche. L’entrée de l’œsophage est
postérieure. A ce niveau les plis s'abaissent et les sinus longitudinaux rapprochés ne se soudent
pas les uns aux autres.
La branchie est envahie par un pigment orange qui la rend opaque. On compte :
D.E. 3 144174184 20 3 R. 4 15 8 18 3 20 3 16 3 E.G.
Les plis sont peu élevés sauf dans la partie tout à fait antérieure de la branchie et ne sont
pas couchés sur leur face dorsale. Le premier sinus à droite du raphé est parallèle à celui-ci et il
— 303 —
n’y a pas d’accumulation de sinus à ce niveau. Il y a une douzaine de stigmates par maille entre
les plis.
Le tube digestif (fig. 11) décrit une double boucle. L’estomac est allongé, lisse
extérieurement avec de fines rayures intérieures. Il n’y a pas de cæcum individualisé. Le rectum
se termine par un anus à deux lèvres lisses. Le tube digestif est soudé au manteau sur toute sa
longueur.
Les gonades ont une disposition particulière. Les polycarpes en partie inclus dans le
manteau sont groupés en couronne autour des ponts dermato-branchiaux (fig. 11). Dans la
plupart des cas, un ou plusieurs endocarpes sont liés au groupe de polycarpes.
Il n’y a d’endocarpes libres que dans la lumière de la boucle intestinale et le long de
l’endostyle. A l’exception des ponts dermato-branchiaux situés dans la boucle intestinale, tous
sont entourés d’une rosette de polycarpes.
Le siphon cloacal est muni d’un grand velum à la base duquel on trouve une rangée de
tentacules triangulaires.
Nous suivons l’opinion de Kott (1985) qui distingue nettement P. clavata de P. aurata.
Par leur structure interne, les deux espèces sont très semblables mais le pédoncule de P. clavata
est toujours proche du siphon buccal tandis que, lorsqu’un P. aurata possède un pédoncule,
celui-ci se développe dans la partie postérieure du corps (Millar, 1975). Le pédoncule de P.
clavata est très richement vascularisé et parcouru par une extension du manteau ; il a un rôle
tout à fait particulier car sur ce pédoncule P. clavata se balance continuellement par des
mouvements de grande amplitude (au moins 90°) et rapides (quelques secondes).Ce
balancement est volontaire et n’a rien à voir avec un mouvement dû à la houle.
Catala (1964) décrit ce balancement caractéristique ainsi que deux autres particularités
de cette espèce, que nous n’avons pu observer au cours de notre bref séjour :
— il existe une véritable mue de la tunique qui recouvre le corps dont la fine couche
externe se détache brusquement à la suite d’une contraction violente ; il y a des épibiotes sur le
pédoncule, jamais sur le corps ;
— les P. clavata récoltés vivants, intacts, et placés en aquarium perdraient leur
pédoncule ; ils se fixeraient sur le fond des bacs sans pouvoir régénérer le pédoncule.
Polyandrocarpa rollandi Tokioka, 1961
(Fig. 12)
Polyandrocarpa ( Polyandrocarpa ) rollandi Tokioka, 1961 : 116, fig. 8; sous la coque d'un bateau à Nou¬
méa.
? Polyandrocarpa ( Polyandrocarpa ) rollandi forme solitaria Tokioka, 1961 : 119, fig. 9; coque d'un
bateau à Nouméa.
Polyandrocarpa anguinea : Vasseur, 19676 : 220, pl. 4, fig. 32; Mauritius.
Polyandrocarpa sagamiensis : Kott, 1985 : 220, fig. 103 ; Queensland.
Nous avons trouvé cette espèce dans le port de Nouméa et sur les rochers de file Nou, un
peu en dessous du niveau de la basse mer. Elle forme des plaques parfois très étendues
(plusieurs dm 2 ) de zoïdes étroitement accolés. On ne distingue des zoïdes que les siphons
allongés qui pointent dans toutes les directions. La tunique est souvent recouverte d’algues.
— 304 —
Fig. 12. — Polyandrocarpa rollandi Tokioka, 1961 : A-B, face interne du manteau ; C, polycarpe .
Chez les grandes colonies, la tunique est brun grisâtre, blanc gris dans son épaisseur. Certaines
petites colonies sont de couleur rouge comme les échantillons de Tokioka. La tunique est
mince entre les zoïdes et épaisse à la base contre le substrat. Il est impossible de séparer les
zoïdes les uns des autres, la tunique se déchirant au niveau du zoïde et non pas entre eux
comme c’est le cas des Styelidae simples à tuniques accolées.
Le manteau est mince et fragile comme chez tous les Polycarpa et Polyandrocarpa sans
endocarpes. Dans le formol, le manteau apparaît chocolat clair avec les siphons un peu plus
foncés. Le manteau a un aspect marbré dû à des accumulations de granules pigmentaires. La
tunique reflexe des siphons est très développée et présente des épaississements en forme de
tubercules.
Les tentacules sont courts et trapus. On en compte une trentaine régulièrement alternés en
au moins quatre ordres. Les différences de taille entre ceux des premiers ordres sont réduites.
Le bourrelet péricoronal est circulaire ; il ne forme qu’une très petite indentation dorsale. Le
tubercule vibratile non saillant est creusé dans l’épaisseur du manteau ; il prend l’allure d’un C
ouvert vers l’avant. Le raphé n’est pas très élevé ; il est formé d’une lame lisse surmontant un
important sinus sanguin. Sa hauteur augmente un peu dans la partie postérieure. Il disparaît
avant d’atteindre l’œsophage.
La branchie est fine avec quatre plis bas. On compte :
D.E. 8 7 7 12 6 13 6 8 3 R. 3 8 6 12 612 6 13 7 7 5 E.G.
— 305 —
Bien qu’il y ait le même nombre de sinus entre les plis n° 1 à gauche et à droite et le raphé,
le pli gauche est beaucoup plus écarté du raphé. Il y a quatre à cinq stigmates entre le raphé et
le premier sinus à gauche et jusqu’à douze à droite. Entre les plis, les mailles contiennent de
quatre à cinq stigmates et deux à trois sur les plis. Il y a régulièrement des sinus
parastigmatiques.
Le tube digestif (fig. 12, A, B) forme toujours une boucle secondaire marquée, la boucle
primaire étant ouverte. L’estomac est élargi, avec des plis très élevés et un peu couchés les uns
sur les autres. Ils sont au moins quinze. Il n’y a pas trace de cæcum pylorique. Le canal de la
glande pylorique longe l’intestin sans traverser l’espace situé entre l’estomac et la branche
descendante de l’intestin comme c’est le cas chez la plupart des Styelidae. L’intestin est relié au
manteau par de nombreuses brides. Il va en se rétrécissant jusqu’à un anus à lobes retournés.
Le rectum est soudé au manteau sur toute sa longueur.
Le nombre de gonades est très variable selon les colonies qui, pourtant, ont été récoltées
ensemble : treize à droite et sept à gauche (fig. 12, B) et six à droite, douze à gauche (fig. 12,
A). Les polycarpes sont suspendus entre le manteau et la branchie et reliés uniquement par des
ponts aux deux organes. Il existe bien d’autres ponts dermato-branchiaux indépendants des
gonades. Les canaux génitaux sont orientés vers le siphon cloacal. Les polycarpes ne sont pas
disposés en rangées nettes ni, comme c’est le cas chez P. nivea, alignés sous les plis branchiaux.
Les polycarpes sont allongés, l’ovaire interne (fig. 12, C) repose sur une double rangée d’acini
testiculaires.
Il n’y a pas d’endocarpes. Les tentacules cloacaux sont disposés en cercle. Ils sont peu
nombreux, très longs et s’amincissent à leur extrémité.
Le Polyandrocarpa rollandi forme solitaria Tokioka, 1961, a une anatomie très voisine de
celle de la forme agrégée. La seule différence notable est la présence d’un cæcum pylorique net.
Nous n’avons pas trouvé d’individus isolés.
La population présente à Nouméa appartient à un groupe d’espèces très proches les unes
des autres, qui se caractérisent par des gonades suspendues entre manteau et branchie et
l’absence d’endocarpes. Dans ce groupe se rencontrent des espèces solitaires classées dans le
genre Polycarpa (P. plenovata, P. sobria, P. pegasi, P. multiplicata, etc.), des espèces solitaires
qui ont tendance à s’agréger ( P. gracilis, P. tenera), des espèces formant toujours des blocs
compacts, classées chez les Polyandrocarpa (P. lapidosa, P. wastonia) et enfin des espèces
agglomérées par leur base et dont les siphons sont saillants et très allongés. Ces dernières sont :
Polycarpa ou Polyandrocarpa nivosa Sluiter, 1898, de l’Atlantique tropical oriental, Polyandro¬
carpa anguinea Sluiter, 1898, d’Afrique du Sud, Polyandrocarpa sagamiensis Tokioka, 1953, du
Japon et Polyandrocarpa rollandi de Nouvelle-Calédonie. Les distinctions entre ces quatre
dernières espèces sont très ténues. Toutes ont une boucle intestinale ouverte mais P. anguinea
et P. sagamiensis ont un intestin sans courbure secondaire. Les autres différences portent sur la
position des gonades. Or, comme celles-ci sont très peu attachées au manteau, la moindre
tentative de dissection les détache. De plus, leur nombre peut varier dans une proportion de
une à cinq.
L’espèce présente à Nouméa se distingue de P. sagamiensis sensu Tokioka essentiellement
par la forme du tube digestif et la disposition des gonades disposées surtout contre l’endostyle.
Elle diffère de P. nivosa car chez cette espèce les gonades sont alignées sous le pli le plus
ventral. Les descriptions de P. anguinea d’Afrique du Sud font mention d’un intestin droit,
d’un faible nombre de gonades alignées, parallèles entre elles. Le P. sagamiensis de Kott
— 306 —
(1985) et le P. anguinea de Vasseur (19766) ont des gonades nombreuses, disposées
irrégulièrement, et une courbure marquée de l’intestin. Le dessin de la colonie publié par Kott
(1985, fig. 103a) ne correspond pas du tout à l’aspect habituel de cette espèce.
Polyandrocarpa glandulosa n. sp.
(Fig. 13)
Holotype : MNHN n° Sl-POL-A-27.
Une colonie récoltée par P. Laboute le 29 septembre 1981 sur le récif Ua est formée d’une
dizaine de zoïdes de différentes tailles, fixés les uns sur les autres. Les plus grands zoïdes, qui
mesurent près de 5 cm, ont une tunique molle et fine. Ils sont fixés sur des masses de tunique
épaisse remplies de lacunes sanguines sur lesquelles se développent de petits zoïdes de 0,5 à
2 cm. Cette structure pourrait se constituer selon le schéma suivant : l’oozoïde se développerait
puis dégénérerait, des blastozoïdes se développeraient ensuite à partir des vaisseaux sanguins
de la tunique de l’oozoïde puis dégénéreraient à leur tour leur tunique s’agglomérant à celle de
l’oozoïde, et ainsi de suite pour réaliser la structure arbusculaire de la colonie. Une autre
colonie constituée de trois zoïdes a été trouvée à l’extérieur du récif par 38 m de fond devant
Nouméa.
A l’état vivant, les zoïdes sont soit dressés au-dessus du substrat, soit couchés, le siphon
buccal situé vers l’avant et le cloacal sur le côté à plus de la moitié de la longueur du corps. La
tunique est rouge avec des bandes de même ton mais plus foncées sur les siphons. Une fois fixé,
l’animal devient jaunâtre. La tunique porte quelques épibiotes. Le manteau est fin, incolore
avec une musculature peu développée, constituée de fibres transverses régulièrement disposées
et de fibres longitudinales groupées en rubans surtout dans la partie postérieure. Chaque zoïde
porte à la partie postérieure gauche une excroissance plus ou moins pédonculée en forme de
boule. Les siphons sont grands et largement ouverts. Les tentacules peu nombreux, une
vingtaine, disposés en cinq ordres, sont écartés les uns des autres et implantés sur une crête. Il
peut en exister de très petits entre eux. Le bourrelet péricoronal est formé de deux lames ; il
forme un V prononcé dorsal. Le tubercule vibratile n’est pas saillant, sa forme va d’une simple
fente à un U ouvert vers l’avant. Le ganglion nerveux est allongé. Le raphé est long, à marge
entière, sa hauteur augmente postérieurement. Il contourne l’entrée de l’œsophage et les plis à
gauche se terminent à son contact mais ne s’y soudent pas.
La branchie est formée de quatre plis. Le nombre de sinus dépend de la taille des zoïdes ;
chez le grand exemplaire on compte :
D.E. 57578S765 R. 366&778J4 E.G.
chez le petit spécimen :
D.E. 274736371 R. 163637373 E.G.
Le nombre de sinus par pli est du même ordre. Chez le petit spécimen, il y a formation de
sinus supplémentaires sur l’axe des plis. Ainsi, au fur et à mesure de la croissance les sinus qui
se trouvent à la base des plis s’écartent de ceux-ci et se disposent entre les plis. Le premier sinus
et le premier pli à droite sont parallèles au raphé. On compte jusqu’à huit stigmates par maille
entre les plis et jusqu’à cinq sur les plis. Les stigmates sont régulièrement recoupés par des
sinus parastigmatiques.
— 307
Fig. 13. — Polyandrocarpa glandulosa n. sp. : A-C, faces droite, gauche et interne d’un zoïde de petite taille; D, face
interne d'un zoïde de grande taille ; E, gonade.
Le tube digestif (fig. 13, C, D) est très postérieur. L’estomac, court, est muni d’une
douzaine de plis élevés, souvent couchés les uns sur les autres. Nous n’avons pas vu de cæcum.
L'intestin décrit une boucle plus ou moins prononcée (fig. 13, C, D) et se termine par un anus
portant un nombre variable de lobes. Le tube digestif est soudé au manteau.
Les gonades sont situées sur une rangée de chaque côté dans la partie postérieure du
corps. Leur nombre, dans une même colonie, ne dépend pas de la taille du zoïde. Le petit
— 308 —
spécimen (fig. 13, C) possède dix-sept gonades à droite alors que le grand (fig. 13, D) n’en a
que quinze. Les gonades ont une structure tout à fait particulière. Chaque polycarpe est
prolongé dans sa partie ventrale par une masse de tissu (fig. 13, E). Ce massif cellulaire est en
rapport avec le tube ovarien. Après coloration, il semble constitué par des files de cellules
disposées de manière radiaire. Nous ne connaissons pas de structure comparable chez les
Styelidae. La seule structure qui ait une ressemblance dans l’aspect de la disposition des
cellules se rencontre chez certaines Didemnidae du genre Diplosoma au contact de la gonade et
du tube digestif. Les colonies examinées étaient en état de repos sexuel. Il serait intéressant de
voir l’aspect de cette structure au moment de la maturité génitale. Le nom de l’espèce fait
référence à cet organe.
Il y a de nombreux endocarpes sur toute la surface du manteau. Les tentacules cloacaux
sont disposés sur un cercle à la base du velum et s’étendent sur celui-ci. Ils sont souvent trapus,
en doigt de gant, mais il en existe aussi de filiformes.
Répartition biogéographique
des Polycarpa et Polyandrocarpa de Nouvelle-Calédonie
(Tableau II)
Sur quinze espèces de cette collection, dix sont connues en Australie, et même douze, en
réalité, car Polycarpa cryptocarpa et P. mytiligera reconnues ici sont certainement des
Tableau II. — Répartition biogéographique des espèces de Nouvelle-Calédonie.
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Polycarpa cryptocarpa
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Polycarpa nigricans
Polycarpa pedunculata
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Polycarpa aurita
Polycarpa insulsa
Polycarpa papillata
Polycarpa clavata
Polyandrocarpa rollandi
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— 309 —
composantes de Polycarpa obscura et P. pigmentata au sens de Kott (1985). Une seule espèce
est considérée comme faisant partie d’une faune tempérée : Polycarpa pedunculata. Toutes les
autres sont des espèces tropicales ayant leur limite Sud entre le tropique et le 28°S (limite entre
le Queensland et les Nouvelles-Galles du Sud) : Polycarpa argentata, P. aurita, P. contecîa, P.
nigricans, P. stirpes et Polyandrocarpa rollandi, ou sur la côte des Nouvelles-Galles du Sud :
Polycarpa clavata, P. papillata et P. pigmentata. Les Polycarpa obscura sont connues de la zone
tropicale jusqu’en Nouvelles-Galles du Sud.
Polycarpa mytiligera est connue de mer Rouge et P. insulsa des Antilles.
A l’exception de la seule Polycarpa pedunculata, toutes les espèces présentes en Nouvelle-
Calédonie sont donc des espèces tropicales. Il n’y a aucune espèce commune avec la Nouvelle-
Zélande.
Cette publication fait partie d’une série consacrée à l’étude du matériel rassemblé par les plongeurs
du Centre ORSTOM de Nouméa : MM. Bargibant, Laboute, Menou et Tirard; de récoltes
personnelles en plongée au cours d’une mission ORSTOM du 11 au 25 septembre 1985; de récoltes
effectuées sous la direction de B. Richer de Forges à bord du « Vauban ».
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section A, n° 2 : 311-319.
Sur le développement de Pyrosomella verticillata
(Neumann, 1909) (Tunicata, Thaliacea)
par J. Godeaux
Résumé. — Lors de la campagne Safari II dans le bassin central de l’océan Indien, quelque cinquante
petites colonies (1 à 8 verticilles de zoïdes) de Pyrosomes ont été récoltées. Trois d’entre elles, porteuses de
gonades mûres et d’embryons, appartiennent à l’espèce Pyrosomella verticillata (Neumann, 1909). Les
stades embryonnaires sont décrits.
Abstract. — During the cruise Safari II in the Central Indian Ocean, some fifty small colonies (1 to 8
verticils of zooids) of Pyrosoms were collected. Three of them, bearing mature gonads and embryos,
belong to the species Pyrosomella verticillata (Neumann, 1909). These embryonary stages are described.
J. Godeaux, Institut de Zoologie, Laboratoire de Biologie marine, Université de Liège, quai Ed. Van Beneden, 22, B 4020
Liège (Belgique).
Les Pyrosomes sont des Tuniciers coloniaux, holoplanctoniques, vivant dans les mers
tropicales et tempérées chaudes. Ils sont capables d’une intense activité blastogénétique et,
comme les Salpes, présentent une alternance de générations. Ils constituent un ordre de la
Classe des Thaliacés.
Dans sa monographie, Neumann (1913a, b ) a séparé les Pyrosomes en deux sections
dénommées Pyrosoma ambulata et Pyrosoma fixata, selon que les bourgeons sont ou non mis
en place avec l’aide de cellules spéciales, les phorocytes.
La systématique des Pyrosoma ambulata a été redéfinie dans une récente révision de
l’ordre par van Soest (1979, 1981 )qui y reconnaît la sous-famille des Pyrosomatinae avec les
genres Pyrosoma (ex. : Pyrosoma atlanticum Peron, 1804) et Pyrosomella (ex. : Pyrosomella
verticillata (Neumann, 1909)), répondant à la section des Pyrosoma ambulata.
Le développement embryonnaire et les blastogenèses primaire et secondaire de Pyrosoma
atlanticum ont été décrits par divers auteurs (Kowalevsky, 1875; Seeliger, 1889; Salensky,
1891, 1892; Julin, 1912; Neumann, 1913; Godeaux, 1957). En bref, l’oozoïde extrêmement
simplifié, le cyathozoïde, émet un stolon qui se découpe en quatre bourgeons (futurs
blastozoïdes primaires) qui forment une colonie tétrazoïde, d’où naîtront par bourgeonnement
de ces ascidiozoïdes un nombre considérable de blastozoïdes secondaires sexués qui
constitueront la colonie et assureront la propagation de l’espèce. La colonie peut atteindre
40 cm de long et compter des milliers d’individus (observation personnelle).
Si l’embryologie de Pyrosoma atlanticum est désormais bien connue, celle des autres
espèces de la sous-famille n’a pas été étudiée, et seuls quelques stades du développement
d’embryons attribués à l’espèce Pyrosoma ellipticum Metcalf et Hopkins, 1919, ont été
— 312 —
représentés par Ivanova-Kazas (1956). Cette espèce serait synonyme de Pyrosomella
verticillata selon van Soest (1979) ; toutefois, les trois colonies étudiées provenaient de récoltes
effectuées dans le Pacifique nord-ouest alors que Pyrosomella verticillata est une espèce
intertropicale (van Soest, 1981).
Matériel et méthodes
Les colonies de Pyrosomes ont été récoltées au moyen d’un filet de 50 cm de diamètre et de 250 um de
vide de maille, lors de pêches verticales effectuées de jour, entre 600 m et la surface. Les Pyrosomes ont été
séparés des prélèvements planctoniques par filtration sur un tamis de 2 mm de vide de maille. Les
Pyrosomes ont été conservés dans du formol 10% neutralisé au borax. Les embryons ont été retirés des
colonies et ont été colorés, soit par le rouge chlorantine pour examen sous liquide, soit par la cochenille
avant montage entre lame et lamelle.
La liste et la position des stations de la croisière Safari II ont été publiées par C. Monniot (1984) et
C. Monniot et F. Monniot (1985).
Lors de l’Expédition Safari II (Sédimentation abyssale, Faune associée. Relations dans
l’océan Indien) de 1981 (24/07-01/09) dans le bassin central de l’océan Indien, les prélèvements
de plancton opérés ont fourni, à côté de Salpes, environ 50 colonies de petite taille (1 à 8
verticilles de zoïdes) de Pyrosomes. La plupart, immatures, ont été identifiées comme
appartenant à l’espèce commune Pyrosoma atlanticum. Les trois dernières, présentant des
signes évidents de sexualité, ont été rapportées à l’espèce Pyrosomella verticillata. La première
de ces colonies a été capturée à la station 20 (09°58' S — 89°51' E) ; sa longueur est de 1,1 cm.
Elle compte cinq verticilles de zoïdes ; les lobes testiculaires apparaissent bien développés sur
les trois premiers verticilles, y compris les ascidiozoïdes primaires. Les ovules sont visibles,
accolés aux lobes testiculaires, sur les individus du rang 3. Les deux autres colonies
proviennent de la station 27 (0°11,6'S — 79°40,6'E). Leurs longueurs sont respectivement de
2,1 et 1,8 cm. Huit verticilles sont visibles. Elles renferment des stades embryonnaires plus ou
moins avancés et même des colonies tétrazoïdes.
Ces trois colonies possèdent l’arrangement en verticilles réguliers et parallèles, les plus
jeunes se trouvant près de l’ouverture cloacale commune de la colonie (fig. 1). Le test de la
colonie est mou, lisse, translucide et complètement incolore (peut-être secondairement sous
l’effet du fixateur). Ces colonies sont loin d’atteindre leur taille maximale (5 x 3 cm selon van
Soest, 1981). La taille maximale des blastozoïdes est de 2,4 x 1,7 mm, avec vingt-neuf
stigmates branchiaux, onze barres longitudinales et six languettes dorsales. Ces valeurs sont
notablement inférieures à celles de van Soest. Peut-être nos colonies n’avaient-elles pas encore
achevé leur croissance.
Le développement des embryons et des colonies tétrazoïdes s’effectue dans la cavité
péribranchiale droite. Les lobes testiculaires sont développés dans les blastozoïdes les plus
anciens et enveloppent l’anse digestive. Les ovules apparaissent dans les zoïdes jeunes. Il y a
protogynie. Les grands blastozoïdes portent un stolon avec au maximum trois bourgeons à des
stades différents de développement.
La figure 2 présente un cyathozoïde encore aplati sur sa gouttelette de vitellus et dont le
stolon est déjà découpé en quatre bourgeons. Le cyathozoïde possède un siphon cloacal et une
ébauche neurale visible sur l’espace clair répondant à la cavité endoblastique. Le péricarde n’a
pas été observé, probablement masqué par les kalymmocytes (testa cells de Julin).
Fig. 1. — Photographie de la plus grande des trois colonies de Pyrosomella verlicillata (L = 2,1cm) montrant la
disposition régulière des verticilles.
Le stolon prolifère apparaît composé, comme celui de P. atlanticum, de deux prolonge¬
ments péribranchiaux et du prolongement endostylaire. Le cordon péricardique n’a pu être
observé. Les ébauches neurales des blastozoïdes II à IV, individualisées, sont logées dans le
repli endostylaire.
L’enroulement du stolon a débuté et s’effectuera en sens inverse des aiguilles d’une
montre, autour de l’énorme goutte de vitellus.
Le stade suivant (fig. 3) est nettement plus avancé. Le cyathozoïde montre le siphon
cloacal et l’ébauche neurale réduite à la glande neurale, bourrée de cellules immigrées, et au
canal vibratile. Le ganglion n’apparaît pas chez les Pyrosoma fixata. Le vitellus est fortement
résorbé. Le cyathozoïde se prolonge par le stolon réduit à un tube hémocœlien divisé par un
septum longitudinal et qui aboutit au-dessus de l’ébauche neurale du blastozoïde IV. Les
quatre blastozoïdes sont unis par ce tube qui part de l’extrémité postérieure de l’endostyle d’un
individu pour déboucher au-dessus de l’ébauche ganglionnaire du suivant. Dans le cas de la
figure 3, seuls les blastozoïdes I et IV ont été représentés, alors que les blastozoïdes II et III,
placés dans un plan postérieur, ont été silhouettés.
— 314 —
E SCE
Fig. 2. — Vue du cyathozoïde (E) avec ses organes différenciés : l'ébauche neurale (E.N.), le siphon cloacal (S.C.E.) et
le stolon divisé en segments ou bourgeons (B I à IV) ; K : kalymmocytes.
Les blastozoïdes sont au même stade de développement. Le système digestif est en place.
La branchie compte douze stigmates et huit barres longitudinales. L’endostyle ferme la cavité
pharyngienne du côté ventral alors que du côté dorsal s’observent deux languettes surmontées
par les organes hématopoiétiques. Au-dessus de l’extrémité postérieure de l’endostyle du n° 1
s’observe un amas triangulaire de cellules (hémoblastes et cellules génitales primordiales) qui
passeront dans le stolon lorsque débutera la blastogenèse secondaire. L’éléoblaste est présent,
mais difficile à déceler.
Le stade présenté figure 4 est un stade tétrazoïde avancé. Les blastozoïdes sont reliés au
cloaque commun par une paire de prolongements ténus au rôle énigmatique (sensoriel ?).
Le cyathozoïde, fort réduit, se retrouve sous le plan des anses digestives de ses
descendants auxquels il est toujours uni par le stolon. Le cardiopéricarde est visible à l’avant-
plan.
Les blastozoïdes primaires ont poursuivi leur croissance; ils occupent la plus grande
partie de la sphérule qui les enveloppe. Seuls les zoïdes I et IV ont été représentés. Les
3. — Cyathozoïde (C) avec ses bourgeons (I à IV) évoluant en blastozoïdes primaires rangés en cercle. Seuls les
blastozoïdes II (vue de face) et IV (vue latérale), placés dans le plan antérieur, ont été représentés. A.D. : anse
digestive du blastozoïde ; Cp. : cardiopéricarde du cyathozoïde ; E.N. : ébauche neurale (glande et canal vibratile)
du cyathozoïde; G.N. : ganglion nerveux du blastozoïde; O.H. ; organe hématopoiétique; S.B. : siphon buccal;
S.C.c. ; siphon cloacal de la future colonie tétrazoïde; St. : stolon vasculaire unissant le cyathozoïde à ses
blastozoïdes.
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4. — Stade tétrazoïde avancé. Le cyathozoïde (C) est réduit à un nodule. Seuls les blastozoïdes III et IV (vue de
profil) ont été représentés. A.D. : anse digestive; Cp. : cardiopéricarde du cyathozoïde; End. : endostyle; G.N. :
ganglion nerveux; O.H. : organe hématopoiétique; S.B. : siphon buccal; S.C.c. : siphon cloacal commun; St. ;
stolon unissant le cyathozoïde à ses descendants.
317
stigmates branchiaux sont au nombre de treize ; il y a toujours huit barres longitudinales et
deux languettes dorsales. Les siphons buccaux sont non fonctionnels.
Le cyathozoïde finit par se réduire à un nodule allongé, au niveau des endostyles de ses
descendants. C’est à ce moment seulement que le stolon disparaît.
La figure 5 représente une colonie tétrazoïde proche de la libération. Le cyathozoïde et
son stolon ont complètement disparu et les quatre blastozoïdes primaires sont indépendants,
Fig. 5. — Colonie tétrazoïde achevée. Le cyathozoïde a complètement disparu; les 4 blastozoïdes primaires sont
devenus indépendants. S.C.c. : siphon cloacal commun.
— 318 —
quoique logés dans une tunique commune. L’enveloppe de la colonie est pratiquement
sphérique (1 600 à 1 700 gm de diamètre selon les exemplaires) et parfaitement lisse, sans
aspérité, ni traces de facettes ou d’aspérités, comme c’est le cas chez P. atlanticum. Cette
particularité pourrait permettre d’identifier les colonies tétrazoïdes isolées.
Les branchies portent maintenant onze à treize stigmates et huit à neuf barres branchiales.
Il y a deux languettes dorsales. Le tube digestif est toujours vide quoique de telles colonies se
trouvent maintenant dans la cavité cloacale commune et sont proches de l’expulsion.
La blastogenèse secondaire va débuter. L’endostyle se poursuit par un petit cæcum qui
fait une hernie dans laquelle s’engage le cordon génito-hémoblastique qui donnera le système
nerveux et l’ébauche génitale des blastozoïdes secondaires.
Conclusions
Les étapes du développement de Pyrosomella verticillata, décrites ci-dessus, correspondent
à celles bien connues de l’embryogenèse et de la blastogenèse précoce de Pyrosoma atlanticum.
La forme initiatrice de la colonie définitive est la colonie tétrazoïde. Le cyathozoïde, plus
réduit que celui de Propyrosoma vitjasi Ivanova Kazas, 1956 ( Pyrostremma spinosum, cf. van
Soest, 1981), ne différencie comme organes que la glande neurale (phagocytaire) et le canal
vibratile, le siphon cloacal et le cardiopéricarde, organe moteur de l’hémolymphe dans le
complexe embryon-bourgeons.
La blastogenèse chez le Pyrosome, comme chez les Salpes et au contraire de ce qui
s’observe chez les Ascidiacés coloniaux, consiste en la strobilisation d’un stolon prolifère
composé d’un prolongement endodermique, de deux tubes péribranchiaux, d’un cordon
péricardique, accompagnés de quelques cellules hémoblastiques et prégénitales et enveloppés
d’un manchon ectodermique. Seule l’ébauche neurale est une néoformation. Chaque
constituant de l’embryon se prolonge dans le stolon et donnera le même organe chez les
blastozoïdes. Ainsi la valeur des feuillets primordiaux est conservée. Le stolon primaire est
constitué de tissus non différenciés; il n’y a pas de dédifférenciation et donc pas de
dérépression des gènes lors de l’organogenèse des bourgeons. En outre, un fragment
embryonnaire du stolon primitif persiste à l’extrémité postérieure de l’endostyle des
blastozoïdes et évoluera en stolon secondaire qui, en définitive, n’est qu’une bouture du stolon
primitif émis par le cyathozoïde. Ce bouturage se poursuivra dans toute la descendance des
blastozoïdes primaires.
Parmi les Tuniciers, le bourgeonnement du Pyrosome se présente donc comme une forme
primitive; la blastogenèse des Ascidies s’accompagne d’une dédifférenciation tissulaire : la
vésicule interne à vocation endoblastique dérive, selon les espèces, de l’endoderme (épicardes),
du mésoderme ou de l’ectoderme et donnera non seulement tout le complexe digestif, mais
aussi les cavités péribranchiales et le siphon cloacal et même le complexe neural (Brien, 1948).
Nous remercions vivement le Centre national de Tri d'Océanographie biologique (Centob, Brest) et le
Dr. C. Monniot (Muséum de Paris), responsable des données biologiques, qui nous ont aimablement
confié pour étude les Thaliacés récoltés par la mission Safari II organisée par le Muséum national
d’Histoire naturelle de Paris.
— 319 —
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Nouvelles espèces de Coccidies (Apicomplexa, Eimeriidae)
des genres Eimeria Schneider, 1875,
et Epieimeria Dykova et Lom, 1981,
parasites de Poissons marins de la baie de Kotor (Yougoslavie)
par Fouad Daoudi, Branko Radujkovic, Adam Marquès et Georges Bouix
Résumé. — Dans ce travail nous décrivons cinq espèces nouvelles de Coccidies parasites de Poissons
marins méditerranéens récoltés dans la baie de Kotor (Yougoslavie). Ces espèces appartiennent aux deux
genres : Eimeria Schneider, 1875, et Epieimeria Dykova et Lom, 1981. Eimeria atherinae n. sp. parasite
l’intestin postérieur de Atherina boyeri; Eimeria euzeti n. sp. le foie de Myliobatis aquila; Eimeria
kotorensis n. sp. l'intestin moyen de Spicara maena; Eimeria petrovici n. sp. l’intestin moyen de
Symphodus ocellatus et enfin Epieimeria lomae n. sp. les cœca pyloriques de Scorpaena porcus.
Abstract. — In this study, five new species of Coccidia parasitizing mediterranean marine fishes
captured in the Kotor Bay (Yugoslavia) are described. These species belong to two genera : Eimeria
Schneider, 1875, and Epieimeria Dykova and Lom, 1981. Species recorded are as follow : Eimeria
atherinae n. sp. found in the posterior part of the intestine of Atherina boyeri; Eimeria euzeti n. sp.
inhabiting the liver of Myliobatis aquila ; Eimeria kotorensis n. sp. and Eimeria petrovici n. sp. respectively
found in the middle part of the intestine of Spicara maena and Symphodus ocellatus and at last Epieimeria
lomae n. sp. parasitizing the pyloric cœca of Scorpaena porcus.
F. Daoudi, A. Marqués et G. Bouix, Laboratoire d’Ichthyologie et de Parasitologie Générale, Université des Sciences et
Techniques du Languedoc, 34060 Montpellier cedex (France).
B. Radujkovic, Institut de Recherches Biologiques et Médicales, Département de Biologie Marine, Kotor ( Yougoslavie).
Introduction
Parmi les quarante-deux espèces de Coccidies décrites chez les Poissons marins (Dykova
et Lom, 1983), seize existent chez les Poissons méditerranéens et se répartissent dans les quatre
genres : Crystallospora Labbé, 1896, Eimeria Schneider, 1875, Epieimeria Dykova et Lom,
1981, et Goussia Labbé, 1896. Peu de recherches ont été effectuées sur ces parasites depuis la
fin du siècle dernier; les principaux travaux sont ceux de Thélohan (1892, 1894), Labbé
(1896), Léger et Hollande (1922) et enfin Lom et Dykova (1981, 1982). Ce travail constitue
la première étude de Coccidies Eimeriidae chez les Poissons de la mer Adriatique.
Nous proposons la description de cinq espèces nouvelles réparties dans les deux genres
Eimeria et Epieimeria. Ces espèces possèdent toutes des oocystes tétrasporés, chaque
sporocyste renfermant deux sporozoites qui constituent les germes infestants. Une des espèces
— 322 —
décrites dans ce travail a été rangée dans le genre Epieimeria, en raison du développement
épicellulaire de ses stades de gamogonie et de sa sporogonie intraépithéliale.
Matériel et méthodes
Les poissons-hôtes récoltés lors d’un stage effectué à la Station de Biologie Marine de
Kotor (Yougoslavie) au printemps 1985 ont été pêchés au chalut ou au carrelet et maintenus
vivants dans des bacs d’élevage jusqu’au moment de leur dissection. Des frottis et des
appositions sont pratiqués pour tous les organes des poissons étudiés; les observations des
oocystes ainsi que les mesures en micromètres sont prises sur au moins trente oocystes. Les
tissus parasités, fixés au Bouin aqueux, au Carnoy ou au formol neutre à 10%, sont inclus
dans la paraffine. Nous avons coloré des coupes de 4 à 7 fxm d’épaisseur au Giemsa, à
l’hématoxyline éosine ou à l’hématoxyline ferrique.
Le matériel-type est déposé dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle,
Paris, et enregistré sous les numéros 608XP à 612XP.
RÉSULTATS
Genre EPIEIMERIA Dykova et Lom, 1981
Epieimeria lomae n. sp.
(Fig. 1)
Hôte : Scorpaena porcus Linné, 1758 ; rascasse brune. Famille des Scorpaenidés.
Localité : baie de Kotor (Yougoslavie).
Taux d’infestation : 8 Poissons parasités sur 15 étudiés.
Localisation dans l’hôte : épithélium des cœca pyloriques.
Description
L’oocyste est sphérique (fig. 5) avec un diamètre de 11,5 (10-12) ;j.m et possède une paroi
très mince; aucun résidu oocystique n’est visible. Les sporocystes sont ellipsoïdaux, 6,8 (6,5-
7,5) x 4,7 (4-5) [im. Le corps de Stieda est présent sur chaque sporocyste sous forme d’un petit
bouton faisant saillie (1 gm), difficilement observable sur du matériel frais. Un résidu
sporocystique existe sous forme de trois à cinq granules réfringents. Le plus souvent, dans
l’oocyste, les sporocystes sont placés deux à deux dans des plans perpendiculaires. Chaque
sporocyste renferme deux sporozoites en forme de massue, disposés sans arrangement précis.
Sur des coupes histologiques, nous n’avons observé que les stades de gamogonie et de
sporogonie. Les gamontes sont piqués sur la surface apicale des cellules épithéliales. Au niveau
de la zone de fixation, il faut noter l’absence de microvillosités et la Coccidie est entourée par
une enveloppe d’origine indéterminée. Les macrogamontes (fig. 4), globuleux (6-10 fxm),
— 323 —
possèdent un noyau central nucléolé ; le cytoplasme est fortement granuleux et présente le plus
souvent une ou deux inclusions périphériques de nature lipidique (1,5-2,5 pim).
Les microgamétocytes, cellules arrondies et épicellulaires (5-9 pim), sont parsemés, à
maturité, d’une trentaine de noyaux environ. La formation de microgamètes n’a pas été
observée. Après fécondation, le zygote s’enfonce dans l’assise épithéliale pour y subir la
sporogonie. La plupart des oocystes matures (fig. 6) sont localisés à la base des cellules
parasitées, contre la lamina propria, mais certains peuvent traverser cette dernière couche pour
se loger dans le tissu conjonctif.
Affinités taxonomiques
Dykova et Lom (1981) définissent le genre Epieimeria, caractérisé par un développement
épicellulaire de la schizogonie et de la gamogonie, la sporogonie étant intracytoplasmique.
Jusqu’ici ce genre était représenté par deux espèces, Epieimeria anguillae (Léger et Hollande,
1922) et Epieimeria isabellae Lom et Dykova, 1982. Par le développement juxtaépithélial de la
gamogonie et intracytoplasmique de la sporogonie, l’espèce de la Rascasse brune doit être
incontestablement rangée dans le genre Epieimeria. Cette espèce diffère des deux Epieimeria
déjà décrites, par la taille des oocystes ainsi que par la forme des sporocystes. Eimeria
scorpaenae Zaika, 1966, parasite de Scorpaena porcus en mer Noire, diffère de la Coccidie
trouvée chez le même hôte dans la baie de Kotor, d’abord par le site d’infestation (intestin
pour Eimeria scorpaenae ) et ensuite par la taille et la forme des sporocystes ainsi que par la
forme du corps de Stieda. Nous la considérons comme nouvelle et proposons de la nommer
Epieimeria lomae n. sp., en témoignage de respect au Dr Jiri Lom qui a largement contribué à
la connaissance des Coccidies de Poissons.
Fig. I. — Epieimeria lomae n. sp. : a, sporocyste mature (échelle 3,5 |im) ; b, oocyste.
Fig. 2. — Eimeria atherinae n. sp. : a, sporocyste mature (échelle 6 (im) ; b, oocyste.
Fig. 3. — Eimeria euzeti n. sp. : a, sporocyste mature (échelle 8 (im); b et c, différents arrangements des
sporocystes à l’intérieur de l’oocyste.
— 324 —
Genre EIMERIA Schneider 1875
Eimeria atherinae n. sp.
(Fig. 2)
Hôte : Atherina boyeri Risso, 1810. Athérine. Famille des Athérinidés.
Localité : baie de Kotor (Yougoslavie) et étang de Thau (France).
Taux d’infestation : 10 Poissons parasités sur 20 étudiés.
Localisation dans l’hôte : épithélium de l’intestin postérieur.
Description
L’oocyste est sphérique, 12 (11,5-13,5) gm de diamètre et enveloppé par une paroi très
mince ; il ne présente pas de corps résiduel. Les sporocystes sont ellipsoïdaux, 8 (7-9) x 5 (4,5-
5,5) pm (fig. 8) ; à l’une de leurs extrémités un épaississement de la paroi entoure une petite
dépression ; l’ensemble correspond au corps de Stieda. Le résidu sporocystique est présent sous
forme de quelques granules réfringents groupés dans la partie médiane du sporocyste. Chaque
sporocyste renferme deux sporozoïtes vermiformes (7 x 1,5 ;im), le plus souvent disposés dans
le sens de l’allongement du sporocyste. Les plus jeunes stades de développement observés sont
des zygotes et des oocystes immatures avec sporoblastes (fig. 7). Les zygotes sont sphériques
(ll-13fxm), avec un noyau central entouré de nombreux granules de paraglycogène auxquels
s’ajoute une inclusion de nature lipidique de 3 fxm de diamètre. Après division du zygote, il y a
formation de quatre sporoblastes sphériques ou subsphériques (5-6 fxm).
Sur coupes histologiques, les oocystes sont localisés à l’intérieur de l’assise épithéliale
(fig. 9), au niveau des noyaux; les cellules parasitées sont distendues par les oocystes, leurs
noyaux sont repoussés vers la basale et perdent leur aspect normal; ils s’atrophient et ne
subsistent plus que sous forme d’un petit reliquat. Dans les zones intensément infestées, on
peut assister à une forte desquamation.
Affinités taxonomiques
Nous avons également retrouvé cette espèce en France chez Y Atherina boyeri des étangs
languedociens (travail non publié). Elle correspond pour nous aux oocystes de YEimeria sp.
signalée chez Atherina boyeri par Berrebi (1979). Cette espèce peut être comparée avec Eimeria
variabilis Labbé, 1896, décrite chez plusieurs Poissons perciformes, puis revue par Davies, en
1978. Les deux formes se différencient d’abord par le site d’infestation (intestin postérieur pour
l’espèce de l’Athérine) et ensuite par la présence d’un résidu permanent dans les sporocystes
à'Eimeria de l’Athérine, lequel chez Eimeria variabilis est toujours absent. Elle ne correspond à
aucune autre espèce signalée et nous lui donnons le nom de Eimeria atherinae n. sp.
Fig. 4-6. — Epieimeria lomae n. sp. : 4, macrogamètes en position épicellulaire ( x 2000); 5, oocyste à l’état frais
( x 1 850) ; 6, groupe d’oocystes au niveau de l’épithélium des cœca pyloriques ( x 800).
Fig. 7-9. — Eimeria atherinae n. sp. : 7, deux sporontes ainsi qu’un oocyste avec quatre sporoblastes ( x 1 800) ; 8,
oocyste à l’état frais ( x 2 000) ; 9, villosité intestinale montrant l’implantation des oocystes ( x 250).
Fig. 10-12. — Eimeria euzeti n. sp. : 10, zygote à l’état frais (x 1 800); 11, oocyste à l’état frais (x 1 800); 12,
trois oocystes avec l'aspect caractéristique en grain de café des sporocystes (flèche) ( x 1 200).
— 326 —
Eimeria euzeti n. sp.
(Fig. 3)
Hôte : Myliobatis aquila (Linné, 1758). L’Aigle commun. Famille des Myliobatidés.
Localité : baie de Kotor (Yougoslavie).
Taux d’infestation : 3 Poissons parasités sur 5 étudiés.
Localisation dans l’hôte : parenchyme hépatique.
Description
L’oocyste est sphérique, 13 (12,5-14) gm de diamètre (fig. 11); sa paroi est une fine
membrane non ornementée. Le résidu oocystique est absent. Les sporocystes, en forme de
grain de café (7-8) x (5-6) pm (fig. 12), ne présentent ni corps de Stieda, ni ligne de suture
visible et contiennent chacun deux sporozoïtes en forme de saucisse (8 x 1,5 pm), incurvés à
l’une de leurs extrémités. Chaque sporozoite montre dans sa partie médiane, un globule
réfringent de 1,3 pm de diamètre. Dans l’oocyste on peut voir soit deux sporocystes disposés
dans un plan et deux autres dans un plan perpendiculaire (fig. 3b), soit les quatre sporocystes
rangés autour d’un même axe, comme des tranches d’orange (fig. 3c). Le résidu sporocystique
est présent sous forme de nombreux granules réfringents de faible diamètre (0,2 pm),
disséminés dans la partie médiane du sporocyste. Excepté les oocystes, les autres stades
observés sont ceux de la gamogonie. Le développement de ces stades s’accomplit dans le noyau
des cellules du parenchyme hépatique (fig. 13). Les microgamétocytes peuvent atteindre de
grandes tailles (30 x 20 pm) ; à l’état immature ils sont parsemés de nombreux petits noyaux
(0,3 pm) (fig. 14). Sur des coupes de 4pm d'épaisseur, nous avons pu en dénombrer jusqu’à
130. Le cytoplasme des microgamontes se découpe en 3 ou 4 centres de perlage. Dans les
microgamétocytes, seuls les corps cellulaires en forme de virgule des microgamètes sont visibles
(fig. 15).
Les macrogamètes (7 à 12pm), en position intranucléaire et logés dans une vacuole
parasitophore de 2 à 3pm de large, possèdent un noyau central nucléolé (fig. 16) entouré par
plusieurs grains de réserve. Parfois la présence des microgamètes a été constatée dans la
vacuole parasitophore des macrogamètes. Les cas de polyparasitisme sont fréquents (fig. 17) et
il arrive que le même noyau soit parasité par 4 à 5 stades à la fois. L’infestation est toujours
diffuse (fig. 13) mais, lorsque la parasitose est massive, les zones atteintes sont remplacées par
des Coccidies en cours de développement, résultat se traduisant macroscopiquement par des
masses blanchâtres de consistance molle dans le foie normalement de couleur rougeâtre. Les
oocystes matures sont présents dans la bile et dans le contenu intestinal, ce qui semble indiquer
leur évacuation par les voies biliaire et digestive.
Affinités taxonomiques
Par la forme particulière et la taille des sporocystes, cette espèce ressemble à Eimeria
laureleus Molnar et Fernando, 1974, et Eimeria ojibwana Molnar et Fernando, 1974. Elles se
différencient entre elles d’abord par le site d’infestation (foie pour Eimeria euzeti et intestin
Fig. 13-17. — Eimeria euzeti n. sp. : 13, vue d’ensemble d’une portion du parenchyme hépatique fortement infesté
par les stades de gamogonie et de sporogonie ( x 200) ; 14, microgamétocyte immature ( x 1 200) ; 15, microgamétocyte
en fin de perlage ( x 1 200) ; 16, deux macrogamètes (flèches) et un zygote (double flèche) ( x 1 200) ; 17, noyau parasité
par deux macrogamètes (flèche) ( x 1 200).
Fig. 18-19. — Eimeria kotorensis n. sp. : 18, oocyste à l’état frais ( x 1 850); 19, oocyste au niveau de l’épithélium
intestinal ( x 800).
Fig. 20-21. — Eimeria petrovici n. sp. : 20, macrogamète dans l’épithélium intestinal (x 800); 21, oocyste intra-
épithélial ( x 800).
— 328 —
pour Eimeria laureleus et Eimeria ojibwana), ensuite par le mode de développement
intranucléaire de la Coccidie de l’Aigle commun. Cette localisation intranucléaire est connue
chez trois autres espèces parasitant les Poissons : Eimeria quentini Boulard, 1977, Eimeria
nueleo/a Lom et Dykova, 1981, Goussia lucida (Labbé, 1893), ainsi que chez une autre espèce
du genre Eimeria dont la description paraîtra prochainement (Daoudi et Marquès, sous
presse).
Les différences entre ces Coccidies sont considérables : morphologie, taille des oocystes et
sporocystes. Enfin, aucune des Coccidies hépatiques de Poissons n’est semblable à l’espèce que
nous décrivons sous le nom de Eimeria euzeti n. sp., en hommage à M. Louis Euzet,
Professeur de Parasitologie à l’Université des Sciences et Techniques du Languedoc à
Montpellier.
Eimeria kotorensis n. sp.
(Fig. 22)
Hôte : Spicara maena (Linné, 1758). Vernière. Famille des Centracanthidés.
Localité : baie de Kotor (Yougoslavie).
Taux d’infestation : 3 Poissons parasités sur 13 étudiés.
Localisation dans l’hôte : intestin moyen.
Description
Dans les frottis et les appositions de tube digestif, seuls des sporocystes groupés par
quatre (fig. 18) ont été observés ; il semble que la paroi des oocystes, très fragile, se rompe dès
leur évacuation du tissu intestinal. Les quatre sporocystes groupés ont de 13 à 14,5 de
diamètre. Les sporocystes ellipsoïdaux, 10 (9,5-11) x 6 (5-6,5) [i.m, présentent à l’une de leurs
extrémités un corps de Stieda ayant la forme d’un capuchon de 1,5 pm de diamètre. Chaque
sporocyste renferme deux sporozoites vermiformes (8,5 x 2pm), disposés dans le sens de la
longueur; ces sporozoites possèdent à leur partie moyenne un granule réfringent de 1,5 pim de
diamètre.
Le résidu sporocystique est formé par une agglomération de plusieurs granules réfringents
de faible diamètre, situés dans la partie médiane du sporocyste. Sur coupes histologiques, les
seuls stades observés sont des oocystes intracytoplasmiques (fig. 19) dans l’assise épithéliale de
l’intestin.
Affinités taxonomiques
Par la morphologie des sporocystes cette espèce ressemble à Eimeria glenorensis Molnar et
Fernando, 1974, et Eimeria salvelini Molnar et Hanek, 1974, qui parasitent respectivement
l’intestin de Morone americana et Salvelinus fontinalis mais les sporocystes de ces deux
dernières sont plus petits. Le résidu sporocystique rond et compact chez E. salvelini et E.
glenorensis est, par contre, constitué par plusieurs petits granules chez E. kotorensis. Cette
espèce diffère de toute autre Coccidie déjà décrite chez les Poissons. Nous la considérons
nouvelle et la nommons Eimeria kotorensis n. sp.
— 329
b
Fig. 22. — Eimeria kotorensis n. sp. : a, sporocyste mature (échelle 8 |im) ; b, sporocystes groupés par quatre.
Fig. 23. — Eimeria petroviei n. sp. : a, sporocyste mature (échelle 6,5 jxm) ; a, oocyste.
Eimeria petroviei n. sp.
(Fig. 23)
Hôte : Symphodus ocellatus (Forskal, 1775).Crenilabre ocellé. Famille des Labridés.
Localité : baie de Kotor (Yougoslavie).
Taux d’infestation : 3 Poissons parasités sur 10 étudiés.
Localisation dans l’hôte : épithélium de l'intestin moyen.
Description
L’oocyste est sphérique, 12 (11-12,5) ^m de diamètre, entouré par une paroi représentée
par une fine membrane simple, non ornementée. Du fait de la fragilité de cette membrane, les
sporocystes s’observent souvent libres mais groupés par quatre; nous n’avons pas décelé la
présence de résidu oocystique. Les sporocystes ellipsoïdaux, 8,5 (7,5-9) x 4,5 (4-5) txm,
présentent à l’une de leurs extrémités, un corps de Stieda de 0,7 pm de diamètre. Le résidu
sporocystique est formé par l’agglomération d’une vingtaine de petits granules réfringents dans
la partie médiane du sporocyste. Les deux sporozoites vermiformes (7,5 x 1,5 pan), disposés le
long du sporocyste, montrent une extrémité plus effilée que l’autre. Chaque sporozoite
présente un globule réfringent au niveau du bord le plus arrondi ainsi qu'une série de striations
transversales. Dans l’épithélium de l’intestin moyen, les stades rencontrés sont des macrogamè¬
tes (fig. 20) localisés entre les noyaux et la partie apicale des cellules hôtes. Des oocystes
immatures avec sporoblastes, ainsi que des oocystes matures (fig. 21), sont présents mais cette
fois en dessous des noyaux.
Affinités taxonomiques
Quatre espèces de Coccidies du genre Eimeria ont été décrites chez les Poissons Labridés :
Eimeria catalana Lom et Dykova, 1981 chez Symphodus mediterraneus, Eimeria banyulensis
Lom et Dykova, 1982, chez Symphodus mediterraneus, Eimeria roussillona Lom et Dykova,
1981, chez Labrus turdus et Eimeria variabilis (Thelohan, 1893) chez Crenilabrus melops.
— 330 —
Les stades de développement de YEimeria décrite ici sont intracytoplasmiques, ce qui la
distingue de Eimeria catalana dont tout le développement est épicellulaire y compris la
maturation des oocystes. Eimeria banyulensis et Eimeria roussillona diffèrent de la Coccidie du
Crenilabre ocellé par la taille ainsi que par la morphologie des sporocystes. Chez Eimeria
variabilis , il n’y a jamais formation de résidu sporocystique (Davies, 1978), lequel est toujours
présent chez l’espèce de Symphodus ocellatus. Cette espèce n’a jamais été signalée et nous lui
donnons le nom de Eimeria petrovici n. sp., la dédiant au Docteur Zlatibor Petrovic.
CONCLUSION
Parmi les nombreuses Coccidies qui parasitent les Poissons marins récoltés dans la baie de
Kotor, nous avons, dans un premier temps, retenu ces cinq formes dont l’ensemble des
caractéristiques permet de conclure à de nouvelles espèces. Elles portent à vingt-trois le
nombre de Coccidies identifiables chez les Poissons méditerranéens (Dykova et Lom, 1983;
Daoudi et Marquès, sous presse). Epieimeria lomae est la troisième espèce connue pour avoir
le mode particulier de développement épicellulaire. La localisation intranucléaire est assez rare
chez les Coccidies : Eimeria euzeti porte à cinq le nombre d’espèces parasites de Poissons
présentant cette caractéristique.
Les formes intestinales rencontrées ne semblent pas induire des conséquences pathogènes
notables chez leurs hôtes.
Seule Eimeria euzeti , parasite intranucléaire du parenchyme hépatique présente une action
pathologique certaine. Les zones tissulaires atteintes sont complètement désorganisées; elle
affecte probablement les fonctions normales du foie.
Chez la plupart des Coccidies Eimeriidae de Vertébrés supérieurs, l’oocyste finissant sa
maturation dans le milieu extérieur constitue le stade infestant et de dissémination. L’idée
généralement admise de la monoxénie des Coccidies de Poissons se révèle actuellement
inexacte. Les travaux récents de Landau et al. (1975), Solangi et Overstreet (1980),
Paterson et Desser (1982), Fournie et Overstreet (1983), Bouix (1985), démontrent
l’existence d’hôtes intermédiaires obligatoires ou du moins d’hôtes de concentration chez
quelques Coccidies de Poissons. Overstreet et al. (1984) créent la famille des Calyptosporidae
pour les espèces hétéroxènes possédant un oocyste tétrasporé avec des sporocystes dizoïques.
Le cycle de ces espèces nécessite un Invertébré comme hôte intermédiaire obligatoire. Seule la
réalisation expérimentale du cycle de ces parasites permet de démontrer la nature monoxène ou
hétéroxène des Coccidies de Poissons. S’il s’avère que l’une ou plusieurs des espèces décrites
dans ce travail nécessitent un Invertébré comme hôte de transition obligatoire, il faudra
envisager leur reclassement éventuel dans la famille des Calyptosporidae.
Les oocystes, forme de dissémination résultant de la reproduction sexuée, restent le moyen
le plus sûr pour la détermination des Coccidies. Cependant, la connaissance de la schizogonie
et de la gamogonie peuvent parfois influer sur leur position générique. C’est le cas pour les
espèces du genre Epieimeria.
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— 1894. — Nouvelles recherches sur les Coccidies. Archs Zool. exp. gén., 2 : 541-573.
Zaika, V. E., 1966. — On protozoan parasites of fishes of the Black Sea. In : Gelmintofauna Zhivotrykh
Iuzhnykh Moriej, 13-31. Naukova Dumba, Kiew (en russe).
Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris, 4 e sér., 9, 1987,
section A, n° 2 : 333-339.
Révision du genre Diplectanocotyla Yamaguti, 1953
avec description d’une espèce nouvelle
et création de la famille des Diplectanocotylidae nov. fam.
(Monogenea, Monopisthocotylea)
par Sylvère Rakotofiringa et Guy Oliver
Résumé. — Les auteurs décrivent Diplectanocotyla megalopis n. sp., parasite branchial de Megalops
cyprinoides (Broussonnet, 1782) (Megalopidae) en eau douce à Madagascar. Ils précisent la diagnose du
genre Diplectanocotyla Yamaguti, 1953, et proposent la création de la famille des Diplectanocotylidae
nov. fam.
Abstract. — The authors describe Diplectanocotyla megalopsis n. sp., a gill parasite of Megalops
cyprinoides (Broussonnet, 1782) (Megalopidae) in the fresh-water of Madagascar. They state out the
diagnosis of the genus Diplectanocotyla Yamaguti, 1953, and propose the new family Diplectanocotylidae
nov. fam.
S. Rakotofiringa, Laboratoire de Biologie Générale — Zoologie E.E.S. Sciences, B.P. 906. Antananarivo (Madagas¬
car).
G. Oliver, Laboratoire de Biologie Générale — Groupe d'HelminthoIogie, Université, avenue de Villeneuve, 66025 Perpi¬
gnan cédex (France).
L’étude des Monogènes parasites des Poissons d’eau douce de Madagascar nous a permis
de découvrir sur les branchies de Megalops cyprinoides une espèce nouvelle que nous
rapportons au genre Diplectanocotyla Yamaguti, 1953.
Diplectanocotyla megalopis n. sp.
Hôte : Megalops cyprinoides (Broussonnet, 1782) (Megalopidae).
Localisation : Branchies.
Localités : Lac Kinkony, lac Bekipoly (Madagascar, Région de Majunga).
Matériel étudié : 15 individus étudiés in vivo, 20 individus colorés et montés in toto, 10 individus
montés au Berlèse. L’holotype et les paratypes sont déposés dans la collection helminthologique du
Muséum national d'Histoire Naturelle, Paris, sous le numéro 70HC.
Description (fig.l et 2)
Les individus adultes mesurent 625 (500-750) (xm de longueur et 135 (120-150) |im de
largeur au niveau de l’ovaire.
— 335
I a région antérieure possède trois organes glandulaires céphaliques de chaque côté.
Dorsalement, on distingue deux paires de taches oculaires simples, les postérieures étant plus
développées.
Le hapteur postérieur est un peu plus large que le corps 160 (150-175) gm. Il porte deux
squamodisques (un dorsal et un ventral) et deux ventouses musculaires (une dorsale et une
ventrale). Il possède en outre quatre barres transversales disposées latéralement par paires
(chaque paire étant constituée par une barre dorsale et une barre ventrale) et quatre hamuli
(deux dorsaux et deux ventraux), chacun étant articulé sur l’extrémité distale de la barre
transversale correspondante. De chaque côté du hapteur, les crochetons I-II médians et V-VI-
VII latéraux sont dirigés ventralement, les crochetons III-IV latéraux sont dirigés dorsalement
(flg. 2 A).
Chaque squamodisque en forme de croissant comprend une partie centrale formée de six à
neuf rangées de pièces sclérifiées et de deux ailes latérales de sept à neuf rangées de pièces
sclérifiées dont le nombre va en diminuant de l’avant vers l’arrière. Dans la concavité de
chaque squamodisque, on observe une ventouse musculaire qui mesure 50 [xm environ.
Les hamuli dorsaux qui ont un manche et une garde extrêmement réduits mesurent : a =
20fx.m;b = 25[xm;c = 10 gm.
Chaque hamuli est situé sur la partie distale de la barre transversale dorsale située du
même côté. Ces barres, longues de 42 (40-44) gm sont amincies à l’extrémité médiane. Elles
présentent au tiers latéral une petite expansion postérieure (5-6 gm) dirigée vers le plan médian.
Les hamuli ventraux ont une garde plus développée que le manche; la lame longue est
régulièrement courbée. Ils mesurent : a = 28 (25-30) gm ; b = 28 (25-30) ixm ; c = 5 (4-6) ;
d = 7 (6-8) (x.m ; e = 10 (8-12) gm.
Les barres ventrales épaissies en leur centre ont leur région médiane arquée et l’extrémité
distale amincie. Elles mesurent 43 (40-46) g.m de longueur.
En avant du hapteur, le corps porte des épines coniques à base trifide qui s’espacent en
diminuant de taille vers l’avant et disparaissent vers le tiers postérieur du corps.
La bouche s’ouvre ventralement sur l’axe médian du corps. Le pharynx globuleux, 37 p.m
de long sur 30 [x.m de large, présente une lumière très étroite ; il débouche directement dans un
intestin formé de deux cæcums digestifs simples. Ceux-ci longent latéralement le corps et se
terminent séparément en avant du hapteur.
Le testicule sphérique occupe toute la partie postérieure de l’espace intercæcal. Un large
canal déférent part de son bord antérieur, remonte obliquement en longeant le cæcum digestif
gauche jusqu’à la région équatoriale et décrit une grande boucle dans l’espace intercæcal avant
de déboucher à la base du pénis. Ce dernier, tubulaire, court et effilé, possède deux pièces
accessoires complexes, sclérifiées et articulées (fig. 2 B).
Nous n’avons observé ni glandes ni vésicules prostatiques.
L’ovaire, prétesticulaire, est situé dans la région équatoriale. Il entoure la branche
intestinale droite. Dans l’espace intercæcal on distingue l’utérus rectiligne qui débouche au
niveau de l’orifice génital mâle. L’utérus est parfois dilaté par un œuf volumineux. Les glandes
de Mehlis sont bien développées.
Le vagin (fig. 2 C), légèrement sclérifié, s’ouvre sur le côté gauche du corps au niveau de
l’ouverture utérine et du pore génital mâle. Il se prolonge par un conduit étroit et contourné de
40 gm de long qui se termine dans un volumineux réceptacle séminal.
— 337 —
Les glandes vitellogènes folliculaires entourent les deux cæcums digestifs depuis la
bifurcation intestinale jusqu’à l’extrémité des cæcums.
L’œuf operculé, piriforme, mesure 50jj.m selon le grand axe. Le sommet opposé à
l’opercule est prolongé par un filament plus ou moins enroulé qui mesure 320 [un environ de
long (fig. 2 D).
Discussion
Le hapteur du Monogène que nous venons de décrire correspond à celui de Diplectanoco¬
tyla gracilis Yamaguti, 1953, décrit à Macassar sur Megalops cyprinoides (Broussonnet, 1782).
La disposition des barres transversales et des hamuli est identique. Mais quelques
différences apparaissent cependant sur les spécimens récoltés chez cet hôte à Madagascar.
Chaque squamodisque a une forme en croissant par suite de l’absence des pièces sclérifiées
dans la partie centrale des rangées postérieures.
Il existe deux ventouses musculaires (une dorsale et une ventrale). La présence d’une seule
ventouse avec deux cavités, signalée par Yamaguti sur Diplectanocotyla gracilis, nous paraît
imputable à une erreur d’interprétation.
L’ovaire entoure effectivement le cæcum digestif droit alors que Yamaguti (1953) signale
que cet organe est allongé et intercæcal. Nous supposons que cette localisation intercæcale de
l’ovaire est due à une erreur d’interprétation comme l’ont précédemment relevé Euzet et
Razarihelisoa (1959) puis Rakotofiringa et Maillard (1979) pour le genre Pseudolamello-
discus Yamaguti, 1953.
Nous considérons que le Monogène que nous venons de décrire appartient au genre
Diplectanocotyla Yamaguti, 1953.
D’après la description et l’illustration de Yamaguti (1953, 1963), l’espèce que nous avons
étudiée diffère de Diplectanocotyla gracilis Yamaguti, 1953 par : la morphologie des
squamodisques, la morphologie du vagin, la présence d’un pénis avec deux pièces accessoires et
par l’absence d’œsophage.
Nous considérons qu’il s’agit d’une espèce nouvelle que nous proposons de nommer
Diplectanocotyla megalopis n. sp. pour rappeler l’hôte sur lequel elle a été découverte.
Répartition
Il faut noter que le même Poisson-hôte, Megalops cyprinoides, héberge Diplectanocotyla
gracilis en mer à Macassar et Diplectanocotyla megalopis n. sp. en eau douce à Madagascar.
D’après Kiener (1963), Megalops cyprinoides « est une espèce euryhaline pénétrant profondé¬
ment dans les eaux continentales ». Le matériel que nous avons étudié a été récolté dans deux
lacs de la région nord-ouest de Madagascar : le lac Kinkony et le lac Bekipoly situés
respectivement à 40 et 250 km du canal de Mozambique. Ces deux lacs sont en communication
temporaire avec la mer pendant la saison des pluies. D’après les enquêtes que nous avons
menées auprès des pêcheurs des deux localités, les Megalops se rencontrent dans les deux lacs
pendant toute l’année; ces déclarations sont confirmées par les récoltes que nous avons
effectuées à différentes saisons et qui nous ont toujours fourni des Megalops. Cela nous laisse à
penser que Megalops cyprinoides s’est bien adapté en eau douce et que sa présence n’y est pas
accidentelle ou due à un simple phénomène migratoire.
— 338 —
DIPLECTANOCOTYLA Yamaguti, 1953
La découverte d’une espèce nouvelle de Diplectanocotyla nous permet de préciser la
diagnose du genre :
Corps allongé de petite taille. Hapteur muni de quatre barres transversales disposées latéralement par
paires (chaque paire constituée par une barre dorsale et une barre ventrale), quatre hamuli (deux dorsaux
et deux ventraux), chacun étant situé à l’extrémité distale de la barre transversale correspondante. Sept
paires de crochetons. Deux squamodisques (un dorsal et un ventral) et deux ventouses (une dorsale et une
ventrale), chacune située en arrière du squamodisque. Deux paires de taches oculaires. Cæcums
intestinaux terminés séparément. Canal déférent n’entourant pas le cæcum intestinal mais faisant une
boucle antérieure dans l’espace intercæcal. Pénis sclérifié simple ou complexe, avec pièce(s) accessoire(s).
Ovaire prétesticulaire entourant le cæcum digestif droit. Glandes de Mehlis bien développées. Utérus
médian. Vitellogènes folliculaires s’étendant du pharynx à l’extrémité des cæcums. Vagin latéral gauche.
Réceptacle séminal présent. Œuf piriforme operculé muni d’un long filament.
Parasites de Poissons Téléostéens de la famille des Megalopidae marins ou dulçaquicoles.
Espèce-type : Diplectanocotyla gracilis Yamaguti, 1953.
Position systématique du genre Diplectanocotyla Yamaguti, 1953
Le genre Diplectanocotyla a été placé par Yamaguti (1953) dans la famille des
Dactylogyridae Bychowsky, 1933. Mais, par suite de la présence de squamodisques sur le
hapteur, Yamaguti en 1963 l’a rangé parmi les Diplectanidae Bychowsky, 1957.
Dans l’ordre des Dactylogyridea Bychowsky, 1933, on peut distinguer deux groupes
d’après la position de l’ovaire : intercæcal ou entourant la branche digestive droite. Ce
deuxième groupe comprend les familles suivantes :
Diplectanidae Bychowsky, 1957 : Hapteur avec 3 barres transversales (2 dorsales et 1 ventrale), 2
paires de hamuli à l’extrémité des barres dorsales, 7 paires de crochetons ; organes adhésifs accessoires
présents ou absents ; intestin formé de deux cæcums séparés.
Pseudomurraytrematidae Kritsky, Mizelle et Bilqees, 1978 : 3 barres transversales (2 dorsales et 1
ventrale), 2 paires de hamuli (hamuli dorsaux sur les barres dorsales et hamuli ventraux sur la barre
ventrale), 7 paires de crochetons ; intestin en anneau.
Heterotesiidae Euzet et Dossou, 1979 : 2 barres transversales (1 dorsale et 1 ventrale), 2 paires de
hamuli (hamuli dorsaux sur la barre dorsale et hamuli ventraux sur la barre ventrale), 7 paires de
crochetons ; intestin en anneau.
Amphibdellidae Bychowsky, 1957 : Hapteur muni ou non d’une barre transversale, de 2 paires de
grands crochets et de 8 paires de crochetons ; intestin en anneau.
Le genre Diplectanocotyla, par son ovaire entourant le cæcum digestif droit,
appartient à ce groupe des Dactylogyridea. Cependant plusieurs caractères empêchent de le
rattacher à l’une de ces familles :
— aux Heterotesiidae et aux Pseudomurraytrematidae à cause du nombre de barres
transversales, de la présence de squamodisques et de ventouses ;
— 339 —
— aux Diplectanidae à cause du nombre de barres transversales, de la disposition des
hamuli et de la présence de ventouses ;
— aux Amphibdellidae à cause du nombre de barres transversales et de crochetons, de la
présence de squamodisques et de ventouses.
Nous considérons qu’il constitue le type d’une nouvelle famille :
Diplectanocotylidae nov. fam. : Dactylogyridea Bychowsky, 1933. Ovaire entourant le cæcum
digestif droit. Hapteur muni de 4 barres transversales disposées latéralement par paires (chaque paire
constituée par une barre dorsale et une barre ventrale), 4 hamuli (deux dorsaux et deux ventraux), chacun
étant situé à l’extrémité distale de la barre transversale correspondante, 7 paires de crochetons. Présence
de deux squamodisques (un dorsal et un ventral) et de deux ventouses (une dorsale et une ventrale).
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Euzet, L., et M. Razarihelisoa, 1959. — Sur quelques Monogènes de Sphyraena commersonii (Teleostei
Sphyraenidae). Bull. Soc. zool. Fr., 84 (1) : 77-85.
Kiener, A., 1963. — Poissons — Pêches et Pisciculture à Madagascar. Paris, Centre Technique forestier
tropical, Nogent-sur-Marne (France). 24 : 1-239.
Rakotofiringa, S., et C. Maillard, 1979. — Helminthofaune des Teleostei de Madagascar. Révision du
genre Pseudolamellodiscus Yamaguti, 1953 (Monogenea). Ann Is Parasit. hum. comp., 54 (5) : 507-
518.
Yamaguti, S., 1953. — Parasitic worms mainly from Celebes. Part. 2. Monogenetic Trematodes of fishes.
Acta Med. Okayama, 8 : 204-256.
— 1963. — Systema Helminthum, Vol. IV. Monogenea and Aspidocotylea. New York—London,
Interscience Publishers, 1-699.
Bull. Mus. nain. Hist, nat., Paris , 4' sér., 9, 1987,
section A, n° 2 : 341-352.
Sur le genre Enterobius (Oxyuridae, Nematoda) :
s. g. Colobenterobius
I. Parasites de Primates Colobinae en région éthiopienne
par Jean-Pierre Hugot
Résumé. — Le sous-genre Colobenterobius a été créé par Quentin, Betterton et Krishnasamy
(1979) pour différencier, parmi les Oxyures Enterobius parasites de Primates Catarrhiniens, ceux dont les
structures céphaliques sont particulièrement spécialisées. Le présent travail complète la description du
type de ce sous-genre : Enterobius ( Colobenterobius) colobis Vuylstéke, 1964, et décrit deux nouvelles
espèces : E. (C.) guerezae n. sp. et E. (C.) paraguerezae n. sp. Les caractéristiques du sous-genre sont
ensuite discutées. \
Mots clefs. — Nematoda. Oxyuridae. Enterobius. Colobenterobius. Parasites. Primates. Colobinae.
Région éthiopienne. Morphologie. Taxonomie.
Abstract. — The subgenus Colobenterobius was defined by Quentin, Betterton and Krishnasamy
(1979) in order to differenciate, among Oxyurids parasitic in the Catarrhini Primates, those provided with
specialized cephalic structures. Study of the type material permitte us to complete the description of
Enterobius ( Colobenterobius ) colobis Vuylstéke, 1964, and two new species are described in the same
subgenus : E. (C.) guerezae n. sp. and E. (C.) paraguerezae n. sp. The morphological and biological
characteristics of the subgenus are discussed.
J.-P. Hugot, Laboratoire de Zoologie (Vers), associé au CNRS, Muséum national d’Histoire naturelle, 61, rue Buffon,
75231 Paris cedex 05.
Introduction
Le sous-genre Colobenterobius a été créé par Quentin, Betterton et Krishnasamy (1979)
pour différencier, parmi les parasites de Primates Catarrhiniens, certains Oxyures dont les
structures céphaliques sont particulièrement spécialisées et qui, pour la plupart d’entre eux, ont
pour hôtes des Colobinae. Dans le présent travail nous complétons, à partir d’une partie du
matériel-type, la description de l’une des espèces appartenant à ce sous-genre et nous décrivons
deux espèces nouvelles.
ÉTUDE MORPHOLOGIQUE
Enterobius (Colobenterobius) colobis Vuylstéke, 1964
Matériel étudié : Plusieurs $$ et 1 d, récoltés par P. L. G. Benoit le 1.IX. 1959 à Kasongo,
Maniema (Zaïre), dans le cæcum d’un Colobus badius (Kerr); R.G. Mus. Afr. Centr. 32410; MNHN 414
— 342 —
KH. Plusieurs $$, récoltées par P. L. G. Benoit le 21.VIII.1959 à Kasongo, Maniema (Zaïre), dans le
cæcum d'un Colobus badius (Kerr); R.G. Mus. Afr. Centr.32381; MNHN 415 KH. Ces spécimens
appartiennent au matériel-type décrit par Vuylstéke (1964) sous le nom d 'Enterobius colobis.
Identification de l’hôte : Selon la nomenclature actuelle, Colobus badius ne peut être rencontré au
Zaïre. L’hôte-type à'Enterobius colobis est donc plus probablement Colobus penantii Waterhouse.
C
Fig. 1. — Enterobius (Colobenterobius) colobis Vuylstéke, 1963. $ : A, tête vue apicale; B, id., vue de la partie ventrale
d’une coupe à main levée selon le trajet des flèches ; C, vue dorsale de la même coupe ; D. vue de l’œsophage sur une
coupe transversale du corps dans la région de la vésicule céphalique; E, détail de l’aile latérale sur une coupe
transversale au milieu du corps ; F, œuf. S : G. spicule, vue latérale gauche. (Valeur de l’échelle : 50 ^m.)
1. Pour l'identification de l’hôte d 'Enterobius colobis, comme pour celle des hôtes des deux espèces suivantes, nous
nous référons à Meester et Setzer (1971), ainsi qu'à Honacki et col. (1982).
— 343 —
Description
Caractères céphaliques (fig. 1 A, B et C) : Dans les deux sexes, chacun des trois lobes
œsophagiens se termine par une excroissance volumineuse, redressée dans la cavité buccale et
portant à sa partie apicale un épaississement chitinoïde de forme ovalaire; chacune de ces
dents œsophagiennes est encadrée par la lèvre correspondante qui est profondément
échancrée; l’ensemble des trois lèvres constitue une couronne à contour hexagonal qui est
séparée de la vésicule céphalique, qui fait suite, par un sillon profondément marqué. Ce
contour hexagonal est retrouvé au niveau de l’œsophage, dans sa partie la plus antérieure
(fig. 1 D). Les papilles céphaliques sont volumineuses et équidistantes des amphides (fig. 1 A).
Autres caractères : Dans les deux sexes, la vésicule céphalique est bien développée; les
ailes latérales sont simples, triangulaires en section transversale et pourvues d’un squelette
chitinoïde (fig. 1 E). Les ailes prennent naissance au niveau du bulbe œsophagien : chez le
mâle, elles n’atteignent pas la région du cloaque; chez la femelle, elles disparaissent
progressivement en arrière de l’anus. Chez la femelle, la disposition générale de l’appareil
génital est celle qui est caractéristique du genre Enterobius Leach, 1853, et que nous décrivons
plus en détail dans le paragraphe suivant. Chez le mâle, on observe sur la cuticule ventrale une
ornementation semblable à celle dont nous donnons plus bas une description détaillée. L’œuf
et le spicule sont figurés en 1 F et G.
Mensurations : Voir tableau I.
Discussion : Les caractères et les mensurations des spécimens étudiés ici correspondent à
ceux qui ont été décrits chez Enterobius ( Colobenterobius ) colobis Vuylstéke, 1964.
Tableau I. — Mensurations (en pm).
COLO
GUER
PARA
PEST
INGL
3
$
3
9 l
$ 2
3
$ 3
3
$
3
Écart des pores amphidiaux
45
19
21
20
32
33
Longueur du corps
2060
5 040
1780
3 840
4800
1 330
3 960
3 850
8 300
3100
Largeur du corps
160
285
150
250
245
100
220
340
565
200
Longueur de l'œsophage total
520
750
360
560
450
250
350
770
1 150
570
Dimensions du bulbe
110x80 110 x 110
100x80 X 10 x HO
95x80
60x60
90x90
160 x 140 175 x 190
105 x 90
Distance apex :
anneau nerveux
125
145
80
120
95
90
50
pore excréteur
790
950
540
1000
800
330
610
vulve
1350
1560
1 300
1200
2 750
Longueur de la queue
750
16
380
650
20
530
Longueur du spicule
137
135
90
222
300
Dimensions des œufs
55x26
35 x 17
35 x 17
33 x 16
70x30
COLO : Enterobius (Colobenterobius) colobis Vuylstéke, 1963; GUER : E. (C.) guerezae n. sp. ; PARA : E. (C.)
paraguerezae n. sp. ; PEST : E. (C.) pesteri Wahid, 1961 ; INGL : E. (C.) inglisi Wahid, 1961.
Les mensurations correspondant aux trois premières espèces sont celles de spécimens étudiés par nous. Les
mensurations correspondant aux deux dernières espèces sont reprises d’après Wahid (1961).
— 344 —
Enterobius (Colobenterobius) guerezae n. sp.
Matériel étudié : Plusieurs $$ et 1 <?, récoltés le 29.VIII.1969 dans la forêt-galerie de la vallée de
l'Omo (Éthiopie), dans le cæcum d'un Colobus sp. ; coll. Rhodain, MNHN 768 H. Plusieurs 2 $, récoltées
le 15.IX.1970, à Brazzaville (Congo), dans le cæcum d’un Colobus abyssinicus occidentalis (Rochebrune) ;
coll. Rousselot, MNHN 499 D.Une femelle holotype et un mâle allotype ont été choisis dans le lot
768 H.
Identification de l’hôte : Les différents prélèvements étudiés ici peuvent être attribués à la même
espèce hôte puisque, selon la nomenclature actuelle, la seule espèce appartenant au genre Colobus qui
puisse être rencontrée dans la vallée de l’Omo est Colobus guereza Rüppel, et que, d’autre part, C.
abyssinicus est actuellement considérée comme synonyme de cette même espèce.
Description
Caractères céphaliques : Dans les deux sexes, la disposition générale des structures
céphaliques est comparable à celle qui est décrite plus haut chez E. colobis, mais en vue apicale
le contour des dents œsophagiennes, qui sont ici moins massives, est celui d’un losange
irrégulier et chacune d’elle porte un petit denticule (fig. 2 C et D, fig. 3 B, C et D). Chez
certaines femelles appartenant au lot 499 D, la disposition des lèvres et des dents
œsophagiennes semble différente (fig. 2 E), mais une coupe optique en vue ventrale (fig.2 F)
montre que les mêmes éléments anatomiques peuvent être retrouvés; dans cette espèce,
l’ensemble des structures buccales peut donc se mobiliser : en 2 E et F la bouche est « fermée »
et les lèvres recouvrent les dents, en 2 C et D la bouche est « ouverte » et les lèvres se sont
écartées découvrant les dents. En position ouverte, les lèvres s’enfoncent à leur périphérie dans
la vésicule céphalique, dont elles sont séparées par un sillon.
Femelle holotype : La vulve est située dans le tiers antérieur du corps (fig. 2 A) ; on
observe la présence d’un bouchon de copulation et le court vagin cuticulaire est retourné à
l’intérieur du corps à la manière d’un doigt de gant (fig. 2 H) ; le vagin musculaire est bien
développé et entouré de cellules musculaires puissantes (fig. 2 H et I) ; la trompe utérine qui lui
fait suite est tapissée par un épithélium haut et cubique (fig. 2 J et K) ; à mi-longueur cet
épithélium se tranforme en un véritable « diaphragme » (fig. 2 L), en avant duquel les
spermatozoïdes restent bloqués (fig. 2 K) et derrière lequel viennent s’accumuler les œufs
(fig. 2 A) ; la trompe utérine s’abouche dans sa partie postérieure avec deux utérus : un
antérieur et un postérieur; les deux oviductes sont toutefois dirigés vers l’avant et les deux
ovaires situés entre le pore excréteur et la vulve (fig. 2 A). L’œuf a la forme caractéristique
rencontrée dans le genre Enterobius (fig. 2 B).
Fig. 2. — Enterobius ( Colobenterobius ) guerezae n. sp. $ 1 (768 H) : A, vue latérale droite; B, œuf; C, tête en vue
apicale; D, coupe optique de la même en vue ventrale; G, coupe transversale du corps au niveau du
« diaphragme » de la trompe utérine, vue postérieure; H, détail de l’ovéjecteur, coupe optique en vue latérale
droite ; I, détail de l’ovéjecteur sur une coupe transversale à la limite du vagin cuticulaire et du vagin utérin ; J, id., à
la limite du vagin musculaire et de la trompe utérine; K, id., au milieu de la trompe utérine; L, id., au niveau du
« diaphragme » de la trompe utérine ; M, détail de l'aile latérale sur une coupe transversale au milieu du corps. $ 2
(499 D) : E, tête en vue apicale ; F, coupe optique de la même en vue ventrale. (Valeur de l’échelle : A, 825 |im ; G,
250 |j.m ; le reste 50 |xm.)
— 346 —
Mâle allotype : Il existe sur la cuticule ventrale, entre le pore excréteur et la région qui
précède immédiatement le cloaque (fig. 3 A), une ornementation identique à celle que nous
avons décrite chez les deux Oxyures parasites de l’Homme (voir Hugot et Tourte-Schaefer,
1985); la bourse caudale présente la disposition caractéristique rencontrée dans le genre
Enterobius, avec en particulier la présence de deux paires de papilles post-cloacales sessiles et
entourées de renforcements chitinoïdes annulaires (fig 3 G et H); les lèvres du cloaque sont
elles-mêmes légèrement renforcées (fig. 3 G), mais il n’existe pas de véritable gubernaculum ; le
spicule est robuste et bien chitinisé : une coupe transversale révèle qu’à son extrémité il est
parcouru par des cannelures disposées parallèlement à son grand axe (fig. 3 F).
Autres caractères : La vésicule céphalique et les ailes latérales ont la même disposition et la
même forme que celles qui sont décrites plus haut chez E. colobis.
Mensurations : Voir tableau I.
Discussion : Nos spécimens diffèrent d’E. colobis par la forme de leurs structures
céphaliques et par leurs mensurations, en particulier celles des œufs ; deux autres Oxyures ont
été décrits chez un Colobus sp. dans la région éthiopienne : E. (C.) pesteri Wahid, 1961, et E.
(C.) inglisi Wahid, 1961, mais dans ces deux espèces les œufs sont beaucoup plus volumineux et
le spicule beaucoup plus long (voir le tableau I). Nous considérons par conséquent que nos
parasites appartiennent à une nouvelle espèce que, en raison de la spécialisation marquée de
ses structures céphaliques, nous rangeons dans le sous-genre Colobenterobius Quentin,
Betterton et Krishnasamy, 1979 : Enterobius ( Colobenterobius ) guerezae n. sp.
Enterobius (Colobenterobius) paraguerezae n. sp.
Matériel étudié : Plusieurs 99 et AA, récoltés par Rhodain le 15.IX.1970 dans la forêt-galerie de la
vallée de l’Omo (Éthiopie), dans le cæcum d’un Colobus sp. ; MNHN 768 H. Plusieurs $$, récoltées par la
mission du Bourg de Bozas-Brumpt (1901), dans le cæcum d’un Colobus guereza Rüppel; MNHN
333 KH. Une femelle holotype et un mâle allotype ont été choisis dans le lot 768 H.
Identification de l’hôte : Les différents prélèvements étudiés ici peuvent être attribués à la même
espèce hôte puisque, selon la nomenclature actuelle, la seule espèce appartenant au genre Colobus, qui
puisse être rencontrée dans la vallée de l’Omo, est Colobus guereza Rüppel.
Description
Caractères céphaliques : Dans les deux sexes, la disposition générale des structures
céphaliques est comparable à celle qui est décrite plus haut chez E. colobis et E. guerezae n. sp.,
mais la partie apicale des dents œsophagiennes porte ici une série de reliefs chitinoïdes très
découpés et disposés symétriquement par rapport à l’axe de chacune des dents (fig. 4 B, C et
D, fig. 5 B, C et D). Chez certaines femelles appartenant au lot 333 KH, la disposition des
lèvres et des dents œsophagiennes semble différente (fig. 4 E), mais une coupe optique en vue
ventrale (fig. 4 G) montre que les mêmes éléments anatomiques peuvent être retrouvés : dans
cette espèce comme dans l’espèce précédente, l’ensemble des structures buccales peut donc se
mobiliser et la bouche être « ouverte » ou « fermée ». Ici cependant, la position « ouverte » est
— 348 —
particulièrement accentuée et les lèvres, qui se rabattent et se plissent chacune à la façon de la
capote d’un landau, disparaissent alors presque complètement (fig. 4 C et 5 C).
Femelle holotype : Si l’on excepte les organes céphaliques, cette femelle est très proche de
celle qui est décrite dans l’espèce précédente et l’on retrouve chez elle tous les caractères que
l’on peut considérer comme propres au genre Enterobius.
Mâle allotype (fig. 5) : La même observation peut s’appliquer à ce mâle qui diffère
toutefois du mâle d 'E. guereza n. sp. par la taille et la forme du spicule (voir tabl. I et fig. 5 F).
Autres caractères : La vésicule céphalique et les ailes latérales ont la même disposition et la
même forme que celles qui sont décrites plus haut chez E. colobis et E. guerezae n. sp.
Mensurations : Voir tableau I.
Discussion : L’espèce la plus proche par sa morphologie et par ses mensurations est E.
guerezae n. sp., décrite plus haut; toutefois nos spécimens en diffèrent par la plus grande
spécialisation de leurs structures céphaliques, ainsi que par la taille et la forme de leur spicule.
Nous considérons par conséquent que ces parasites appartiennent à une nouvelle espèce que,
en raison de la spécialisation très marquée de ses structures céphaliques, nous rangeons
également dans le sous-genre Colobenterobius : Enterobius ( Colobenterobius ) paraguerezae n.
sp.
Particularités morphologiques du sous-genre Colobenterobius
Quentin, Betterton et Krishnasamy (1979) ont défini le sous-genre Colobenterobius
comme rassemblant des espèces dont la morphologie est plus spécialisée, avec en particulier :
des dents œsophagiennes portant des reliefs différenciés, une vésicule céphalique profondément
striée et un spicule de grande taille (supérieure à 100 (j.m). Les résultats de notre travail
permettent de confirmer cette diagnose en ce qui concerne les différenciations des structures
céphaliques et de la vésicule céphalique, mais non en ce qui concerne la taille du spicule. En
effet, chez E. paraguerezae n. sp. la longueur du spicule est inférieure à 100 [rm (88 frm), et nous
avions montré précédemment (Hugot et Tourte-Schaefer, 1985) que, chez E. vermicularis
(Linné, 1758) qui est l’espèce-type du genre Enterobius, la longueur de cet organe varie entre
100 txm et 141 ^m.
La morphologie des ailes latérales peut également être considérée comme caractéristique
du sous-genre Colobenterobius puisque l’on observe toujours, dans les espèces pour lesquelles
ces caractères ont été suffisamment décrits : a) que les ailes latérales prennent naissance en
arrière du bulbe œsophagien ; b) qu’elles sont de taille réduite ; c) qu’elles sont constituées chez
les femelles par une seule crête. Dans le sous-genre Enterobius, au contraire, les ailes latérales
prennent naissance immédiatement en arrière de la vésicule céphalique, sont bien développées
et sont constituées chez les femelles (sauf chez les parasites de l’Homme) par deux crêtes
longitudinales parallèles. Une atrophie relative des ailes latérales, telle que celle observée dans
le sous-genre Colobenterobius , est fréquente chez les Oxyuridae dans les espèces dont les
structures buccales et la vésicule céphalique sont les plus différenciées.
La mobilité particulière de la région buccale et péri-buccale observée chez E. guerezae n.
sp. et E. paraguerezae n. sp. peut être interprétée comme un perfectionnement : les
mouvements des lèvres et des reliefs buccaux, fonctionnant à la manière d’une pince à sucre à
Fig. 4. — Enterobius (Colobenterobius) paraguerezae n. sp. ? 3 (768 H) : A, vue latérale droite ; E, tête vue apicale ; F,
id., vue ventrale; G, id., coupe optique en vue ventrale; Fl, détail de l’aile latérale sur une coupe transversale au
milieu du corps; I, œuf. 2 4 (333 KH) : B, tête vue apicale; C, id., vue ventrale; D, id., coupe optique en vue
ventrale. (Valeur de l’échelle : A, 825 |im ; le reste 50 iim.)
ï
æasic
5. — Enterobius ( Colobenterobius) paraguerezae n. sp. (J : A, vue latérale gauche; B, tête vue apicale; C, id., vue
ventrale; D, id., coupe optique en vue ventrale; E, spicule vue latérale gauche; F, id., en coupe transversale; G,
bourse caudale, vue ventrale; H, id., vue latérale gauche; I, détail de l'aile latérale sur une coupe transversale au
milieu du corps, (Valeur de l’échelle : A, 500 um ; F, 25 um ; le reste 50 urn.)
— 351 —
trois branches, facilitent probablement l’ingestion par ces parasites de la boue digestive cœcale
dont ils se nourrissent. L’existence de particularités semblables a été observée chez les
Atractidae par Le Van Hoa (1962), ainsi que chez d’autres Oxyuridae parasites de
Mammifères (Hugot, 1986) : cette évolution des structures buccales est donc apparue
indépendamment plusieurs fois.
Particularités de la répartition du sous-genre Colobenterobius
Cameron (1929) avait émis l’hypothèse que, chez les Primates, les Oxyures ont évolué
avec leurs hôtes, mais avec une vitesse d’évolution moins grande, de telle sorte qu’une seule
espèce parasite serait spécifique de chaque genre hôte. Nous avons montré ailleurs (Hugot,
1985) que cette règle est confirmée en ce qui concerne l’ensemble des Oxyures parasites de
Singes Platyrrhiniens. Cependant, chez certains autres Primates on observe l’existence non pas
d’une seule espèce, mais de deux espèces-sœurs associées chez les mêmes individus hôtes.
Wahid (1961) a signalé ce phénomène chez un Colobus sp. en provenance d’Afrique de
l’Ouest; nous l’avons nous-même signalé chez l’Homme (Hugot et Tourte-Schaefer, 1985),
puis dans le présent article chez Colobus guereza\ enfin, nous avons également observé la
présence de deux espèces-sœurs d’une part chez un Presbytis entellus (Dufresne), d’autre part
chez un Lemur macaco L. (travaux en préparation).
Le phénomène de co-évolution semble donc s’être déroulé de manière plus complexe chez
ces hôtes particuliers. En ce qui concerne les Colobinae et le Lémurien, leur régime très
herbivore et leur cæcum bien développé permettent probablement d’expliquer l’existence de
deux espèces-sœurs comme le résultat de l’adaptation des parasites à une niche écologique
particulièrement riche.
Remerciements
Nous remercions le Dr. F. Puylaert qui nous a permis d’emprunter les spécimens
provenant du Musée Royal d’Afrique Occidentale de Tervueren.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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l’Homme : Enterobius vermicularis et E. gregorii. Annls Parasit. hum. comp., 60 (1) : 57-64.
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de Primates, de Rongeurs et de Dermoptères en Malaisie. Création du sous-genre Colobenterobius
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Vuylstéke, Cl., 1964. — Mission de Zoologie médicale au Maniema (Congo Léopoldville).
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Bull. Mus. nain. Hist, nat., Paris , 4 e sér., 9, 1987,
section A, n° 2 : 353-373.
Halechiniscidae nouveaux de sables coralliens tropicaux
(Tardigrada, Arthrotardigrada)
par Jeanne Renaud-Mornant
Résumé. — Un nouveau genre de Tanarctinae, Zioella pavonina n. g., n. sp., caractérisé par sa
morphologie céphalique, est décrit des sables intertidaux de la Grande Terre (Guadeloupe). Les
Florarctinae, Florarctus cervinus n. sp. dont les épines caudales rappellent celles de Fl. heimi Delamare
Deboutteville et Renaud-Mornant, 1965, et Fl. vulcanius, n. sp., taxon proche de Fl. salvati Delamare
Deboutteville et Renaud-Mornant, 1965, par ses supports d’alae, sont décrits de l’intertidal de Nouméa
(Nouvelle-Calédonie) et du récif de Tuléar (Madagascar) respectivement. Un cladogramme illustre la
position phylogénique des taxa dans la sous-famille des Florarctinae.
Abstract. — A new genus of Tanarctinae, Zioella pavonina n. g., n. sp., characterised by its cephalic
morphology, is described from Grande Terre (Guadeloupe, F.W.I.) intertidal sand. Two new species of
Florarctinae are described : Florarctus cervinus n. sp., which is related to FI. heimi Delamare Deboutteville
et Renaud-Mornant, 1965, by the shape of its spines, and Florarctus vulcanius n. sp., which is akin to FI.
salvati Delamare Deboutteville et Renaud-Mornant, 1965, by its type of alae. They are reported
respectively from Nouméa (New Caledonia) intertidal sand, and from Tuléar (Madagascar) outer reef. A
cladogram indicates the taxa phylogenetical relationships in the subfamily Florarctinae.
J. Renaud-Mornant, Muséum national d'Histoire naturelle. UA 699 CNRS, Biologie des Invertébrés marins, 61, rue
Buffon, 75231 Paris cedex 05.
Différentes missions de récolte de méiofaune intertidale et subtidale en milieu tropical ont
fourni un important matériel contenant des Tardigrades. En Guadeloupe, les missions
« Muséum-Antilles » et « Convention Muséum-Ministère de l’Environnement » ont amené à
la découverte de taxa nouveaux (Renaud-Mornant, 1981, 1984) dont les biotopes et la faune
accompagnatrice ont été décrits par Renaud-Mornant et Gourbault, 1981, 1984; Gour-
bault, Renaud-Mornant et Helléouet, 1985. Un genre nouveau de Tanarctinae sera décrit
ici d’après les récoltes de N. Gourbault et G. Boucher 1984.
A Madagascar, la mission Thomassin 1972, sous l’égide du CNRS et CNEXO
(Thomassin, Vivier, Vitiello, 1976), avait déjà fourni un certain nombre de résultats
concernant les Tardigrades (Renaud-Mornant, 1979a, b), une nouvelle espèce de Florarctinae
sera décrite de ces mêmes stations.
En Nouvelle-Calédonie, dans le cadre du programme CNRS-ORSTOM, B. Thomassin a
pu récolter de la méiofaune dans la région de Nouméa ; une espèce nouvelle de Florarctinae
provient de son matériel.
Sous-ordre ARTHROTARDIGRADA Marcus, 1927
Famille Halechiniscidae Thulin, 1928
Diagnose : Arthrotardigrada sans plaque, appendices céphaliques complets; adultes avec pattes
terminées par quatre doigts portant chacun une griffe.
Genre et espèce-types : Halechiniscus guiteli Richters, 1908.
Sous-famille Tanarctinae Renaud-Montant, 1980
Diagnose : Halechiniscidae avec pattes possédant un tibia lancéolé suivi d’une région tarsienne
conique dont les sommets opposés forment un poignet étroit. Griffes simples avec calcar externe, épine
accessoire parfois présente sur griffes médianes. Papille de la P4 modifiée en long appendice caudal,
simple ou ramifié. Epicuticule interne soutenue par des piliers de taille élevée et croissant du centre vers la
périphérie du corps. Conduits génitaux femelles élargis en fuseau, rectilignes dans leur cours antérieur,
puis formant un coude pour aboutir aux vésicules séminales sphériques et dorso-latérales.
Genre-type : Tanarctus Renaud-Debyser, 1959, emend. Lindgren, 1971, Renaud-Mornant, 1975.
Diagnose : Assortiment complet d’appendices céphaliques, clavas primaires de taille supérieure à la
longueur du corps, clavas secondaires érigées ou réduites à des plaques. Papille de la P4 pouvant être très
longue et hautement modifiée.
Espèce-type : Tanarctus tauricus Renaud-Debyser, 1959.
La sous-famille des Tanarctinae inclut deux genres : le genre-type décrit des Bahamas est
connu de l’intertidal (Lindgren, 1971 ; McKirdy et al., 1976; Kristensen et Higgins, 1984;
Renaud-Mornant, 1984), du sublittoral (Grimaldi de Zio et al., 1982), du plateau
continental (Renaud-Mornant, 1980) et de l’abyssal (Renaud-Mornant, 1975, 1980).
L’autre genre, Actinarctus Schulz, 1935, semble restreint au littoral (Grell, 1937; Renaud-
Mornant, 1971, 1979; Grimaldi de Zio et al., 1982), et au plateau continental (Renaud-
Mornant, 1970). Un troisième genre sera décrit ici des sables intertidaux de la Guadeloupe.
ZIOELLA n. g.
Diagnose : Tous les cirres médians alignés sur le bord frontal de la tête. Clavas secondaires réduites à
de fins contours en avant de la bouche. Épicuticule lisse, sans piliers observables au microscope
photonique. Papilles P4 formant après deux dichotomies successives huit grandes ampoules membraneu¬
ses, fusiformes.
Étymologie : Amicalement dédié au Pr. S. Grimaldi de Zio.
— 355 —
Zioella pavonina n. sp.
(Fig. 1, 2)
Diagnose : Actuellement confondue avec celle du genre.
Étymologie : Du latin Pavo = Paon ; adj., relatif au paon.
Matériel-type : Holotype : une femelle adulte, déposée au Muséum national d’Histoire naturelle,
Paris, n° AX 721. Paratypes : 19 femelles, 12 mâles et 2 juvéniles, MNHN, Paris, n os AX 690 à 728, AX
753, AX 755 ; 3 femelles et 1 mâle, n os AY 166 à 169, spécimens colorés au noir chlorazol.
Localité : Anse Laborde, Grande Terre, Guadeloupe 16°29,2'N, 61°30,3'W. A —50cm dans le
sable intertidal corallien du milieu de l’estran. Sable moyen (Dm : 325 pm), temp. 26°C, salinité 38 %o.
Coll. G. Boucher et N. Gourbault, avril 1984.
Autre matériel : Trois femelles et deux mâles adultes, MNHN, Paris, n os AY 47, AY 74, AY 75,
AY 79 et AY 89 ; même estran, station plus confinée à 300 m à l’est du premier site ; —45 cm dans le sable.
Mêmes coll.
Description
Morphologie externe
L’holotype femelle mesure 100 pm de long sur 62 pm de large. Le corps est ovale, avec des
pattes allongées, télescopiques, et une tête d’aspect tronqué vers l’avant. Le corps apparaît
hémisphérique vu de profil et possède dorsalement quatre plis cuticulaires. Postérieurement, il
se termine par deux lobes caudaux portant les papilles P4. La cuticule est lisse, sans pilier
décelable au microscope photonique. La tête, haute de 18 pm et large de 45 pm, présente une
partie frontale linéaire, seulement découpée par l’insertion des cirres céphaliques pairs. Le cirre
médian impair et les cirres médians pairs n’ont pas de cirrophore bien individualisé, mais
possèdent un scapus égal au tiers de leur longueur ; celles-ci sont de 17 et 30 pm respectivement.
Les cirres médians externes de taille semblable aux cirres médians internes (30 pm) possèdent
un cirrophore de 5 pm et un scapus de 11 pm. Le cirre A (18 pm) et la clava primaire (110 pm)
sont insérés sur un cirrophore commun (8 pm) entouré d’un fort repli cuticulaire latéral. La
base de la clava contient un organe de Van der Land. Les clavas secondaires sont réduites à un
relief cuticulaire sinueux formant deux lobes antérieurs de chaque côté de la bouche, leur
contour devenant indistinct dans leur partie postérieure, sous la bouche. Huit structures
globulaires réfringentes sont disposées autour de la bouche.
Les pattes sont typiques de la sous-famille avec un long tibia lancéolé; les soies
sensorielles sont situées à la jonction coxa-fémur et mesurent 9, 12 et 15pm respectivement sur
les PI, P2 et P3. Chaque doigt est inséré sur le tarse par une base cordiforme; les griffes sont
en forme de croissant avec un calcar externe en pointe. Lorsque les griffes sont complètement
sorties de leur gaine, une très fine épine accessoire est visible sur la partie distale des griffes des
doigts médians.
Le cirre E est situé à quelques microns de distance des larges expansions cuticulaires des
papilles P4. Il est porté par un cirrophore en forme de cloche (7 pm) et se compose d’un scapus
en accordéon (10 pm) et d’un flagellum (22 pm) à l’extrémité effilée. Les expansions des papilles
Fig. 1. — Zioellapavonina n. g., n. sp., vue dorsale de l’holotype femelle.
P4 sont portées par un cirrophore d’une largeur double de celle du cirre E. Le tronc proximal
possède un organe de Van der Land à sa base et mesure 32 pan ; il se subdivise par une double
dichotomie et forme huit ampoules fuselées, transparentes et d’apparence membraneuse, de
100 fi.m de long sur 12 à 15 p.m de large.
— 357 —
Morphologie interne
Le cerveau est compact et formé de lobes courts. La partie latérale du protocérébron
innerve le cirre A et la clava primaire, le deutocérébron est indistinct, et les lobes latéro-
ventraux du tritocérébron innervent les cirres médians externes. Un ganglion sous-œsophagien
de petite taille est présent et quatre gros ganglions de la chaîne ventrale innervent les quatre
paires de pattes.
La bouche est visible à la hauteur de l’insertion des PI, au fond d’une fente de 10fini de
large. Une membrane circulaire en forme d’entonnoir peut être déployée autour de l’orifice
buccal rond où s’aperçoivent les pointes des stylets. Ceux-ci sont courts (15fxm) avec des furcas
arrondies; les supports de stylets n'ont pas été vus. Le bulbe pharyngien a un diamètre de
11 jxm et contient trois placoïdes en lamelle incurvée terminés par une fourche. Un très court
œsophage conduit à un estomac aux lobes peu marqués, contenant du matériel granuleux et
des capsules arrondies réfringentes en leur centre. Anus ventral, situé au-dessus de 1 insertion
des P4.
Le système reproducteur se compose d’un seul ovaire où des ovules de taille croissante (10
à 25 [im) se disposent au-dessus de l’oviducte. Le pore génital est situé à 10 um au-dessus de
l’anus ; les six cellules en rosette formant le pore sont entourées antérieurement et latéralement
par un repli triangulaire de la cuticule dans lequel débouchent les conduits des réceptacles
séminaux. Ces conduits forment latéralement des ampoules très allongées où des spermato¬
zoïdes nombreux peuvent s’observer, puis ils s’affinent et s’ouvrent dorso-latéralement dans
des vésicules en forme de sacs. Une fine gouttière cuticulaire est présente entre le pore génital et
l’anus.
Paratype mâle (AX 698) : Le spécimen mesure 70 ^m sur 40 gm de large. Les organes des
sens, la tête et le tronc, les appendices des papilles P4 et les pattes sont identiques à ceux de la
femelle, mais légèrement plus petits ; seules les clavas primaires présentent les caractères d’un
dimorphisme sexuel portant sur leur taille : 145 fj.m de long. Le testicule contient dorsalement
des spermatozoïdes flagellés et, postérieurement et latéralement, des spermatides en forme de
« grain de blé ». Le pore génital est formé d’une ouverture ovale recouverte antérieurement
par un repli de la cuticule : ce champ génital est situé en avant de l’anus mais il lui est presque
contigu.
Juvéniles : Aucun stade postembryonnaire ni larvaire n’a été découvert; seules des
femelles préadultes avec un très petit ovaire, sans gonopore mais avec anus ont pu être
observées. Leur morphologie externe et leur taille sont semblables à celles des adultes.
Discussion
Par la morphologie des appareils locomoteurs (pattes, doigts et griffes) ainsi que par le
grand développement des clavas primaires et des papilles P4, ce nouveau genre appartient
incontestablement à la sous-famille des Tanarctinae. Cependant, la forme de la tête de Zioella ,
structurée par l’implantation des cirres céphaliques sur un plan frontal, diffère considérable-
— 359 —
ment de celle rencontrée dans le genre-type ou chez Actinarctus Schulz, 1935. Chez ce dernier,
la tête apparaît comme formée par trois plans différents portant les trois ensembles
d'appendices céphaliques pairs. La configuration la plus nette s’observe chez Actinarctus
doryphorus ocellatus Renaud-Mornant, 1970, alors qu’elle est moins nette chez Tanarctus
minotauricus Renaud-Mornant, 1984. A mesure que de nouveaux taxons sont découverts dans
cette sous-famille, il semble se préciser que les caractères relatifs aux organes locomoteurs sont
très stables dans les deux genres (à l’exception de T. heterodactylus Renaud-Mornant, 1980, où
les doigts externes ne sont que des moignons) ; mais que, en revanche, ceux liés aux appareils
sensoriels (clavas ou papilles P4) et à la forme de la tête paraissent beaucoup plus diversifiés et
ont été soumis à une poussée évolutive plus forte. Des phénomènes semblables peuvent se
constater dans la famille des Stygarctidae où la forme de la tête a évolué d’une structure à trois
paires de lobes ( Parastygarctus ) à un ensemble massif, hémisphérique ( Mesostygarctus ), mais
où les griffes restaient identiques, se réduisant seulement en nombre comme chez Pseudosty-
garctus.
Par son aspect général, Z. pavonina paraît très proche de T. velatus McKirdy et ai, 1976,
et de T. helleouetae Renaud-Mornant, 1984. Cependant, les formations ampulliformes issues
des papilles P4 sont tout à fait dissemblables à la fois par leur implantation, leur forme, et leur
nombre. Chez les deux espèces de Tanarctus précédemment connues, les six ampoules sont
distribuées en deux groupes (quatre antérieures et deux postérieures), alors que chez Zioella,
les branchements donnant naissance aux appendices ampulliformes se font par dichotomie en
deux, quatre et huit rameaux et que les huit ampoules se trouvent au même niveau.
Zioella présente un stade évolutif des structures céphaliques tout à fait différent de celui
qui est rencontré chez les deux autres genres de la sous-famille ; la création d’un nouveau genre
est donc nécessaire. En l’absence de critères marqués portant sur les organes locomoteurs, des
coupures génériques basées sur la forme de la tête et l'implantation des organes sensoriels nous
semblent justifiées dans cette sous-famille.
Avec l’exploration de nouveaux milieux, grottes sous-marines (Grimaldi de Zio et al.,
1982) ou récifs coralliens par exemple, le rythme des découvertes s’accélère et la révision des
genres de Tanarctinae s’impose dans un proche avenir.
Écologie
Zioella pavonina n’est pas un animal fréquent : il n’a été récolté que deux fois parmi les
250 prélèvements triés en provenance de la Guadeloupe. Les spécimens se trouvaient à 45-
55 cm dans le sable humide de la partie moyenne de l’estran de l’anse Laborde dont Renaud-
Mornant et Gourbault (1981, 1984) ont donné les principales caractéristiques granulométri-
ques et méiofaunistiques. Les Tardigrades étaient nombreux dans ce sable bien irrigué et
composaient 17% de la méiofaune; Florarctus antillensis Van der Land, 1968 (espèce
dominante) était accompagné de T. helleouetae, Orzeliscus belopus Bois-Reymond-Marcus,
1953, et Parastygarctus sterreri Renaud-Mornant, 1970. Dans la partie nord-est de la baie,
moins bien irriguée, les Tardigrades étaient moins abondants; l’eurytope O. belopus était
l’espèce dominante et Fl. antillensis était plus rare.
— 360 —
Sous-famille Florarctinae Renaud-Mornant, 1982
Diagnose (emend.) : Halechiniscidae avec expansions cuticulaires aliformes sur le pourtour du corps.
Assortiment complet d’appendices céphaliques avec clavas secondaires transformées en papilles en forme
de mamelon, ou en sac aplati en H autour de la bouche. Quatre doigts avec griffes présents chez l’adulte,
doigts externes avec pédoncule en forme de crosse arrondie dans le tarse, griffes avec calcar externe.
Femelles avec deux réceptacles séminaux, chacun consistant en une vésicule sphérique et un conduit
génital en forme de S.
Genre-type : Florarctus Delamare Deboutteville et Renaud-Mornant, 1965.
Diagnose : Larges expansions aliformes, lobées, latérales ou postérieures au nombre de trois ou de
cinq recouvrant plus ou moins les pattes. Ala caudale pouvant être remplacée par une formation pourvue
d’épines. Expansions procuticulaires (cæstus) généralement présentes sous les alae. Doigt externe plus
court avec griffe portant une pièce distale en aviculaire. Doigt interne avec griffe simple et épine
accessoire.
Espèce-type : Florarctus heimi Delamare Deboutteville et Renaud-Mornant, 1965.
La sous-famille des Florarctinae s’est considérablement accrue depuis sa création. La
découverte récente des genres Ligiarctus Renaud-Mornant, 1982, et Wingstrandarctus
Kristensen, 1984, a montré la diversité existant notamment au niveau des expansions
aliformes. Leur assortiment peut être plus ou moins complet ( Ligiarctus) et accompagné ou
non d'expansions procuticulaires sous-jacentes ; celles-ci sont très diversifiées et le nom de
« cæstus » leur est appliqué dans le présent travail. Au point de vue des alae elles-mêmes, la
possession d’expansions spiniformes caudales, qui était apparue comme une exception chez le
très rare Florarctus heimi , vient d’être constatée à nouveau dans un taxon néo-calédonien qui
sera décrit ci-dessous.
Florarctus cervinus n. sp.
(Fig. 3)
Diagnose : Florarctus avec ala frontale présente et découpée en deux lobes peu marqués. Deux paires
d’alae latérales étirées postérieurement et soutenues par trois paires de cæstus en forme de triangle. Ala
caudale transformée en quatre expansions longilignes portant des piquants secondaires. Clavas
secondaires en sacs aplatis, bilobés en avant de la bouche. Soies sur toutes les pattes, de taille décroissante
de PI à P3. Papille P4 filiforme et de grande taille.
Etymologie : Du latin cervinus : rappelant la ramure du cerf.
Materiel-type : Holotype : un spécimen au stade préadulte, déposé au Muséum national d'Histoire
naturelle, Paris, n° AR 593. Paratype : un spécimen au même stade, MNHN, Paris, n° AR 594.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 166°29'E, 22°28'S, st. 216 bis, lagon sud-ouest, récif Amédée, région
de Nouméa, plage nord à 50 m du wharf Sables coralliens purs, moyens à grossiers. Coll. B. Thomassin,
28-X-I981, tri M. H. Vivier.
— 362 —
Description de l’holotype
Morphologie externe
Le corps est hémisphérique et mesure 170[xm de long du bord externe de l’ala frontale à
l’encoche caudale entre les épines internes ; sa largeur maximale est de 90 fxm entre l’insertion
des P2 et des P3. La tête est nettement séparée du corps et bordée à l’avant par la collerette
alaire de 12 jxm de hauteur ; celle-ci possède une petite encoche en son milieu. Le cirre médian
est inséré dorsalement sur un faible cirrophore à 10fxm en arrière du bord frontal; il mesure
30 [xm : scapus large (18txm) et flagellum se terminant en fil très fin (12 ixm). Les cirres médians
internes sont élargis à leur base, sans cirrophore distinct : le large scapus mesure 22 [xm et le
flagellum 12 fxm. Situés ventralement, les cirres médians externes ont la même structure avec
des mesures de 11 et 10 fxm pour les deux parties respectivement. Le cirre A est de morphologie
différente ayant un scapus renflé, puis distalement évasé en entonnoir (11 fxm), et un flagellum
de 16 jxm ; il est inséré dorsalement sur un large cirrophore latéral qui porte aussi la clava
primaire. Celle-ci possède un organe de Van der Land basal : nettement renflée dans sa partie
proximale, elle s’effile régulièrement et sa forme est arquée : 115[xm. Un repli cuticulaire
s’observe sur les lobes céphaliques latéraux en arrière du cirrophore du complexe cirre A —
clava primaire. Les clavas secondaires sont situées ventralement nettement en arrière des cirres
médians externes. Elles se présentent comme des sacs plats au contour indistinct, formant
antérieurement deux larges lobes internes et deux lobes latéraux plus allongés.
De la base de la tête à l’espace compris entre l’insertion des P2 et des P3, s’étendent
latéralement les alae antéro-latérales. Elles possèdent sur leur bord externe trois encoches
formées d’un rebord cuticulaire épaissi. Postérieurement, leurs lobes sont étirés, atteignant la
hauteur de l’insertion des P3. Les alae latéro-postérieures s’étendent au-dessus des P3 jusqu’à
l’insertion des P4. Elles ont une seule encoche semblable aux précédentes et un lobe étiré
postérieurement. A ces alae formées de deux couches épicuticulaires à très fine ponctuation,
fait suite dans la partie caudale une ala à cuticule à plus forte ponctuation (piliers), prolongée
par quatre très grosses épines. Les épines internes sont séparées par un espace deux fois plus
étroit que celui séparant les épines externes. Chaque épine ainsi que l’espace entre l’insertion
des épines internes et externes sont bordés de piquants larges et courts qui se transforment en
petits mamelons dans le dernier tiers distal. Les épines internes mesurent 155 |xm, et les externes
142fxm; un petit épaississement cuticulaire festonné est présent postérieurement à l’anus, en
position ventrale par rapport à l’ala postérieure. Des épaississements procuticulaires sous-
jacents existent : entre l’insertion des PI et P2, et des P2 et P3 se trouvent les cæstus 1 et 2 de
forme anguleuse. Postérieurement, le cæstus 3, en forme de grosse épine, se situe entre
l’insertion des P3 et P4. Ces cæstus sont placés sous les expansions aliformes. Les cirres E,
insérés sur un cirrophore de 7 fxm, possèdent un scapus « en accordéon » de 10 |xm et un
flagellum de 25 [xm. Les organes des sens sont présents sur toutes les pattes à la jonction coxa-
fémur, sauf pour la PI où le cirre est fémoral. Ils mesurent 17, 14, 14 et 20 [xm respectivement
pour les PI, P2, P3 et P4. La papille P4 en S, très semblable à la clava primaire, est insérée sur
un organe de Van der Land faisant saillie sur la partie dorsale de la patte. Les pattes ont une
morphologie conforme à celle des Florarctinae. Les doigts externes, plus courts, sont soutenus
par des pédoncules enfoncés et retournés en forme de crosse dans le tarse ; les griffes sont en
— 363 —
forme de bec d’oiseau (aviculaire) et possèdent un fort calcar externe. Les doigts internes sont
plus longs, plus étroits, sans pédoncules, mais avec une base cordiforme; leurs griffes plus
petites sont simples, avec un fin calcar externe et une très petite épine accessoire.
Morphologie interne
Le protocérébron présente un lobe central dorsal innervant le cirre médian impair et deux
lobes latéraux innervant les clavas et cirres A séparément ; de grosses cellules sensorielles sont
présentes à la base des nerfs se rendant vers l’organe de Van der Land. L’innervation des cirres
médians internes dorsaux se fait également à partir de la partie médiane du protocérébron.
L’innervation des cirres médians externes et des clavas secondaires n’a pu être élucidée. Un
petit ganglion sous-œsophagien est présent auquel font suite les quatre ganglions de la chaîne
ventrale, correspondant aux quatre paires de pattes.
La bouche s’ouvre au sommet d’un cône entouré d’une membrane circulaire ; le tube et les
stylets sont courts : 20 et 19 fj.m. Les supports de stylets sont absents et les furcas sont formées
d’une pièce arrondie. Les placoïdes au nombre de trois sont peu visibles à l’intérieur du bulbe
de 20(j.m de diamètre. Les glandes salivaires en forme de poire sont antérieures au bulbe et
mesurent 10 ^m de diamètre maximal. Après un court œsophage, l’estomac se divise en deux
diverticules antérieurs s’étendant jusqu’à l’insertion des PI ; les diverticules latéraux et
postérieurs sont moins prononcés. L’anus situé entre l’insertion des P4 est en forme de fente
ondulée, entourée d’un bourrelet cuticulaire. Un amas de cellules en position dorsale, au-
dessus de l’anus, constitue le matériel génital, mais le gonopore n’est pas encore ouvert.
Les glandes pédieuses sont localisées dans le tronc en arrière de l’insertion de chaque
patte.
Discussion
La nouvelle espèce appartient incontestablement au genre Florarctus par la forme du
corps muni d’alae et la forme des pattes, ainsi que par les griffes des doigts externes porteuses
d’un élément aviculaire. Elle se rapproche particulièrement de l’espèce-type par la présence
d’une ala caudale découpée et épineuse.
Le fait que les exemplaires décrits ici n’aient pas atteint la maturité génitale ne peut être
un obstacle valable à leur utilisation comme matériel-type d’une nouvelle espèce. En effet on
sait, depuis les travaux de Grimaldi de Zio et al. (1980) sur Florarctus hulingsi Renaud-
Mornant, 1976, et de Kristensen (1984) sur Wingstrandarctus ainsi que d’après le travail
d’ensemble de Bertolani et al. (1984), que le troisième stade larvaire des Tardigrades marins,
et notamment des Florarctinae, présente une morphologie externe en tous points semblable à
celle de l’adulte ; l’absence de gonopore et de conduits génitaux constitue la seule différence
avec le stade adulte mûr. Au stade préadulte qui est celui décrit ici, la totalité des critères de
morphologie externe utilisés en systématique est définitivement fixée. Étant donné la rareté des
spécimens se rapportant à ce taxon — et également à Fl. heimi, taxon le plus proche, connu par
deux exemplaires en 1965 et jamais retrouvé depuis — il nous a paru opportun de le décrire,
quelque vingt ans après la description de l’espèce-type. La découverte de Fl. cervinus n. sp.
montre que, chez les Florarctinae, la possession d’une ala caudale, fragmentée en très longs
— 364 —
lobes plus ou moins épineux, n’est pas une exception, ainsi que la rareté de Fl. heimi permettait
de le supposer. Deux sortes d’expansions sont présentes dans la sous-famille : celles qui
forment un voile plus ou moins continu (Fl. salvati Delamare Deboutteville et Renaud-
Mornant, 1965, et Fl. vulcanius n. sp.), ou fragmenté (Fl. cinctus et Fl. hulingsi Renaud-
Mornant, 1976), ou très réduit (Ligiarctus eastwardi Renaud-Mornant, 1982), et celles qui
présentent des lobes très étirés et épineux (Fl. heimi et le taxon décrit ici). La grande diversité
qui se manifeste dans la morphologie et le nombre des expansions cuticulaires existe également
pour les expansions procuticulaires sous-jacentes, ou cæstus, ainsi que le taxon décrit ci-après
permet de l'illustrer.
Florarctus vulcanius n. sp.
(Fig. 4, 6)
Diagnose : Florarctus portant une ala frontale incluant un fort épaississement cuticulaire trilobé. Ala
latérale formant un seul voile jusqu’à l’insertion des P4, et soutenue par trois cæstus élargis distalement,
situés entre l'insertion de chacune des trois premières paires de pattes. Ala caudale simple, latéralement
élargie, avec un cæstus en forme d’enclume. Pattes, doigts et griffes typiques du genre, soies sensorielles
sur toutes les pattes, papille P4 filiforme. Conduits génitaux en forme de S et en position latérale.
Étymologie : Du latin vulcanius = attribué à Vulcain ; désignant l’enclume caudale.
Matériel : Holotype : une femelle adulte, déposée au Muséum national d'Histoire naturelle, Paris,
n° AF 437. Paratypes : un mâle adulte, MNHN, Paris, n° AF 454. Six mâles n os AF 410, 458, 489, 501,
521, 547; sept femelles n os AF 436, 439, 444, 445, 452, 460; un juvénile, n° AF 449; une larve à deux
doigts, n° AF 415.
Localité : Madagascar, Grand récif de Tuléar (43°38'E, 23°24'S). Station 10 de la retenue d'eau
épirécifale. Sable corallien grossier. Coll. B. Thomassin, 1972; tri M. H. Vivier.
Description
Holotype femelle
Morphologie externe
Le corps, hémisphérique, mesure 160 pm de long, sans compter les expansions alaires, et
100 pm de large à l’intervalle entre l’insertion des P2 et P3. La cuticule dorsale est fortement
ponctuée et montre trois replis à la hauteur de l’insertion des trois premières paires de pattes.
Une membrane alaire frontale de 8 ^m de hauteur réunit les deux cirres médians internes. A la
base de cette ala frontale se trouve un bourrelet cuticulaire ondulé, formant trois lobes
antérieurs principaux qui rejoignent latéralement la base des cirres médians internes et
surmontent le cerveau. La tête mesure 45 p.m de large et présente deux lobes latéraux où sont
insérés cirres A et clavas primaires. Les cirres céphaliques sont formés d’un scapus formant
une gaine large et d’un fin flagellum terminé en pointe très effilée. Les mesures sont les
suivantes : cirre médian impair sur faible cirrophore, et implanté en arrière des autres cirres : 9
et lOpm; cirres médians internes dorsaux avec bases des scapus reliées à la membrane alaire :
— 365 —
50M m
Fig. 4. — Florarctus vulcanius n. sp. : A, vue ventrale de Fholotype femelle ; B, vue dorsale du paratype mâle ; C, vue
dorsale de la larve à deux doigts; D, appendices sensoriels (adulte). S = soie de la PI ; Cml = cirre céphalique
pair, médian interne; E = cirre E; A = cirre A; Cl = clava primaire.
19 et 16pm; cirres médians externes nettement ventraux : 9 et 9p.m; clavas secondaires : de
faibles contours formant quatre lobes antérieurs à la bouche. Le cirre A est implanté
dorsalement par rapport à la clava sur un court lobe latéral, et mesure 9 et 11 p.m. La clava
primaire possède à sa base un fort organe de Van der Land ; elle est renflée dans sa partie
proximale et a une longueur totale de 68 p.m. Les expansions alaires latérales mesurent 50 pm
— 366 —
dans leur plus grande largeur au-dessus des P4. Elles sont légèrement ponctuées ainsi que l’ala
caudale qui est très élargie dans sa partie postérieure et qui mesure 45 fxm de large. Les alae
sont soutenues ventralement par des expansions cuticulaires en doigt de gant (ou cæstus),
d’origine procuticulaire (Kristensen, 1984 : 209). Les cæstus sont très fortement ponctués,
cylindriques et très élargis en marteau, distalement. Ils sont sous-jacents aux alae et ne leur
sont pas rattachés. Leur disposition est schématisée dans la figure 6. Les cæstus 1 situés entre
PI et P2 mesurent 22 gm de long, avec 5 [xm de largeur à leur base et 12 fxm dans leur partie
distale. Les cæstus 2 sont plus longs (25 fxm), et plus étroits (dm : 5 et 10 fxm). Le cæstus 3 situé
entre P2 et P3 est de taille plus grande (dm : 10 et 18 (xm). Le cæstus 4, impair, a une base de
14 fxm insérée en dessous de l’anus; il se rétrécit (9fxm) puis s’élargit en forme d’enclume
(30 fxm). Les pattes sont du type Florarctus avec coxa portant les organes sensoriels,
respectivement de 12, 10 et 19 [xm, sur les PI, P2 et P3. La papille P4, insérée sur un organe de
Van der Land, est en forme de S et mesure 14 fxm.
Les pattes sont munies d’un fémur (30 fxm) et d’un tibia (30 fxm) fortement télescopiques.
Dans les tarses s’observent les extrémités en crosse des pédoncules pénétrant dans les doigts
externes. Ceux-ci plus courts que les doigts internes portent de fortes griffes à calcar externe et
uncus aviculaire. Les doigts internes, plus longs, possèdent une base cordiforme et des griffes
simples beaucoup plus petites avec fin calcar externe et épine accessoire.
Le cirre E a un scapus en accordéon (15 fxm) et un flagellum de 21 ixm.
Morphologie interne
La bouche s’ouvre au centre d’une expansion cuticulaire hémisphérique; le tube buccal
(27 fxm) aboutit dans le bulbe (20 |xm de diamètre) muni de trois fins placoïdes en lame. Les
stylets (28 |xm) ont des furcas bilobées, plaquées sur le bulbe. Supports de stylets absents. Les
glandes salivaires de forme ovale sont situées antérieurement au bulbe de part et d’autre des
stylets. L’œsophage, bulbeux et très court, relie le bulbe à l’estomac qui possède trois paires de
diverticules : les premiers s’étendent de chaque côté du bulbe et des stylets, les deuxièmes et les
troisièmes respectivement à la hauteur des P3 et des P4. L’anus ventral, situé entre l’insertion
des P4, est formé d’une fente trifide, entourée d’un cercle cuticulaire. L’ovaire est dorsal de
forme triangulaire. Les jeunes ovocytes sont situés à la hauteur des P2, et les ovules mûrs, dont
l’un est engagé dans l’oviducte ventral, s’étendent à la hauteur des P3-P4. Deux réceptacles
séminaux sphériques (dm : 5 [xm), remplis de sperme flagellé et enroulé, sont présents dorso-
latéralement au-dessus de l’insertion des P4; les conduits génitaux, formant un S inversé,
remontent vers le gonopore et s’ouvrent à 15 |xm en dessous de celui-ci. Gonopore composé de
six cellules en rosette, entourées d’un bourrelet cuticulaire.
En plus des glandes pédieuses localisées en arrière des coxas, il existe cinq paires de
glandes épidermiques, plus petites (dm : 4 [xm) subsphériques, disposées à la périphérie dorsale
du corps en avant de l’insertion de chaque paire de pattes, et de chaque côté de l’anus.
Paratype mâle
Morphologie externe
Le corps mesure 145 [xm de long sur 37 [xm de large. La morphologie externe est semblable
à celle de la femelle. Cependant le bourrelet cuticulaire à la base de l'ala frontale est plus
— 367
marque que chez l’holotype et forme ici quatre lobes d’importance sensiblement égale. Les
cirres céphaliques ont les mesures suivantes : cirre médian impair : 9 et 9 [xm ; cirres médians
internes : 18 et 20 [xm; cirres médians externes : 11 et 15[xm; cirre A : 10 et 12fxm; clava
primaire : 92 fxm. La différence notable avec la femelle réside dans la longueur plus grande de
la clava primaire, pour une taille plus réduite du mâle. Les alae latérales ont 45 [im de largeur
maximale et l’ala caudale 40jxm. Les formations sous-alaires ou cæstus sont encore plus
évasées à leurs extrémités que celles de l’holotype. Ces cæstus mesurent 20 [xm de long et 10 fxm
dans leur plus grande largeur entre PI et P2 ; 23 et 11 [xm entre P2 et P3, 23 et 19 fxm au-dessus
de P4 ; l’enclume caudale mesure 11 [xm de large à sa base, 27 [im de large à son extrémité et
19 fxm de longueur totale. Les pattes et leurs organes sensoriels sont très semblables à ceux de
l’holotype; les soies mesurent 20, 15 et 25 jxm, respectivement sur PI, P2 et P3. Celle de P2 est
enroulée autour de la patte. La papille P4 en forme de S mesure 10 u.m. Le cirre E est
rétractable dans un court cirrophore, son scapus en accordéon est de 10 |xm et son flagellum de
22 |xm.
Morphologie interne
Le tube digestif ne présente pas de différences décelables avec celui de la femelle.
L’appareil génital se compose d’un testicule triangulaire dont l’apex s’étend jusqu’à l’intervalle
entre l’insertion des P2 et P3. Les spermatogonies sont visibles dans cette partie apicale. Le
pourtour dorsal du testicule est occupé par des spermatides qui vont se masser postérieure¬
ment, puis remonter ventralement vers le gonopore, celui-ci formé d’un orifice surmonté d’un
repli cuticulaire. Les cinq paires de glandes dorsales sont présentes.
Larve à deux doigts
Chez vulcanius, la larve au stade à deux doigts, prête à muer vers l’état préadulte, mesure
92(xm de long sur 67 de large. Des replis cuticulaires dorsaux sont présents au-dessus des PI,
P2 et P3. Les renforcements cuticulaires céphaliques et l’ala caudale sont absents. Seules les
deux alae latérales mesurant 20 [xm de largeur maximale sont présentes ; elles sont soutenues
par trois paires de cæstus ayant une forme semblable à celle de l’adulte mais de taille plus
réduite : 11, 13 et 20 fxm. Le bord antérieur de la tête ne possède pas d’expansion cuticulaire,
notamment entre les cirres médians internes. Le cirre médian est porté par un cirrophore de
5 (xm de base. Les mesures des cirres sont les suivantes (scapus et flagellum) : cirre médian : 8 et
11 (xm ; cirres médians internes : 9 et 11 jxm ; cirres médians externes : 10 et 10 [xm ; cirre A : 9 et
1 5 ;xm ; clava : 38 fxm. Un léger repli cuticulaire est présent sur le cirrophore commun au
cirre A et à la clava. Les pattes possèdent les organes sensoriels habituels : soies de 10 fxm sur
les PI, P2 et P3 et papille allongée sur P4 (9 (xm). Le cirre E est porté par un cirrophore de 7 fxm
de haut; son scapus (10 fxm) est en forme d’accordéon et son flagellum (19 fxm) est terminé en
pointe très fine. Les deux doigts de chaque patte possèdent une griffe à très petit calcar externe,
faible éperon distal et encoche réduite sous l’extrémité distale, caractères qui les rapprochent
des griffes de Ligiarctus Renaud-Mornant, 1982.
Le bulbe sphérique a un diamètre de 13[xm et un tube buccal de 16 fxm. L’estomac à
faibles diverticules présente un contenu légèrement granuleux. L’anus et le gonopore sont
absents. Les quatre griffes en formation sont visibles dans la cavité générale à l’arrière des
pattes fonctionnelles.
— 368 —
Discussion
Les spécimens décrits ici avaient été rapportés, lors de mon étude sur Madagascar
(Renaud-Mornant, 1979a : 267) à l’espèce Fl. salvati. A cette époque, l’espèce Fl. salvati
n’avait pas encore été retrouvée depuis sa description originale. Sa variabilité intraspécifique
n’était donc pas connue, et l’espèce de Madagascar lui avait été rapportée sur la base de
l’existence d’alae latérales simples et de diverticules « en doigt de gant » les soutenant. La
découverte de nouveaux spécimens de Fl. salvati dans une station proche de la localité-type, et
en nombre suffisant, a permis le réexamen des spécimens avec des documents comparatifs plus
significatifs. La morphologie des expansions sous-alaires, notamment, s’est révélée être un
critère taxonomique valable. Ce qui nous a amené à désigner celles-ci par un terme plus
Fig. 5 , — Morphologie et implantation des cæstus par rapport à l'insertion des pattes chez Florarctus salvati.
facilement véhiculable par Y usage international que les termes « diverticules en doigt de gant »
des descripteurs, ou « expansion supports » utilisé par Kristensen (1984). Le mot latin caestus
(= gantelet) nous a paru convenir, accompagné du numéro relatif à l’insertion des pattes du
même segment. La comparaison de la forme des cæstus des deux lots de spécimens en
provenance de la Nouvelle-Calédonie : Fond Blanc (Renaud-Mornant, 1967) et récif Amédée
(récolte Thomassin, présent travail) a montré qu’elle est bien déterminée et sans variation
notable, alors que celle des individus de Madagascar est dissemblable. Les cæstus 1, 2 et 3 des
spécimens malgaches ont une partie proximale nettement évasée, alors que ceux des espèces
néo-calédoniennes sont plus pointus et, en outre, sont portés par un fin piédestal. Chez Fl.
salvati , le cæstus 3 est nettement bifide, ce qui n’est pas le cas chez Fl. vulcanius (fig. 5, 6). Le
Fig. 6. — Morphologie et implantation des cæstus par rapport à l’insertion des pattes chez Florarctus vulcanius n. sp.
Encart : formations similaires observées chez une espèce à' Actinarctus de la mer du Nord.
— 370 —
cæstus 4, caudal, est nettement plus massif chez Fl. vulcanius. Parmi les critères les plus
valables se trouvent aussi la partie céphalique frontale, fortement cuticularisée, et la réduction
de la soie sur P2, plus accentuée chez Fl. vulcanius. La création d’une nouvelle espèce nous
paraît alors pleinement justifiée pour ces formes malgaches, vraisemblablement dérivées des
taxons néo-calédoniens.
Il est intéressant de noter que des formations en cæstus existent dans un autre genre de la
sous-famille des Tanarctinae : chez Actinarctus (Renaud-Mornant, non publié) ils sont au
nombre de cinq paires (encart de la figure 6) et illustrent les affinités entre les deux sous-
familles. D’après les travaux de Kristensen (1984) sur Wingstrandarctus, les Florarctinae
posséderaient une cuticule de « typ e-Halechiniscus », et de caractère plésiomorphe. On
pourrait penser que les Florarctinae sont dérivés de ce genre et qu’ils auraient acquis
progressivement les caractères relatifs aux griffes et aux expansions aliformes, pour aboutir
aux différents taxons connus aujourd’hui, mais nous n’avons pas d’indication sur l’origine du
pédoncule digital qui reste le caractère différentiel fondamental de la sous-famille. Seule,
l’hypothèse d’une griffe vestigielle, peut-être dérivée de celle des Stygarctidae, est envisageable.
Fig. 7. — Cladogramme des genres et espèces de la sous-famille Florarctinae.
— 371 —
L’analyse des nouvelles espèces décrites ici a permis de construire le cladogramme de la
figure 7 qui rend compte des différents caractères apomorphiques acquis par les trois genres et
les espèces actuellement connus. Le numéro 1-X représente les caractères considérés comme
plésiomorphes, les autres numéros, les acquisitions de caractères apomorphes dans les
différentes branches du cladogramme ; les branches principales se séparent sur les caractères
des griffes.
1-X. — Quatre doigts, crochet à la base du pédoncule des doigts externes. Griffes simples en forme de
croissant. Assortiment complet de cirres céphaliques. Une seule paire de clavas développée : clava
primaire de forte taille. Organe sensoriel sur toutes les pattes; papille P4 de petite taille. Supports de
stylets présents.
1. — Alae simples présentes. Cuticule dorsale mamelonnée.
2. — Griffes avec calcar externe.
3. — Griffes des doigts internes avec épine accessoire. Trois vésicules céphaliques contenant des
Bactéries.
4. — Griffes des doigts externes avec la partie proximale modifiée.
5. — Griffes des doigts externes avec une encoche proximale. Une ala caudale. Clavas primaires très
développées.
6. — Griffes des doigts externes avec une pièce en forme d’aviculaire. Alae latérales et caudale présentes.
7. — Formations alaires simples, lobées, de même épaisseur sur toute leur surface. Papille P4 plus grande
que les soies P2 et P3, réduites.
8. — Formations alaires épaissies à leur base par une structure cuticulaire.
9. — Structure sous-alaire constituant une ceinture continue autour du corps. Papille P4 allongée en
forme de S.
10. — Trois paires d’apophyses pointues latérales, sur la ceinture sous-alaire. Ala caudale fortement
trilobée.
11. - Apophyses latérales de la ceinture sous-alaire en nombre double, une paire sous l’ala caudale.
Cuticule dorsale mamelonnée.
12. — Ceinture cuticulaire sous-alaire fragmentée en formations allongées ou cæstus : trois paires
latérales et une caudale.
13. — Les deux alae latérales sont fusionnées. Trois paires de cæstus latéraux présents, un caestus
caudal.
14. — Cæstus 1 et 2 unilobés, subcylindriques ; cæstus 3 bifide ; cæstus caudal en Y.
15. — Cæstus 1, 2 et 3 évasés an marteau ; cæstus caudal en forme d’enclume.
16. — Ala caudale modifiée en lobes épineux. Deux paires d’alae latérales avec cæstus.
17. — Deux lobes caudaux portant chacun deux longues épines et trois crochets, piliers nettement
visibles entre ces lames circulaires.
18. — Quatre lobes caudaux très allongés et portant de faibles piquants latéraux.
Remerciements
Les récoltes mises à notre disposition par B. A. Thomassin ont été réalisées dans le cadre de la
mission 1981-1 « Importance et rôle du matériel organique et bactérien dans le complexe récifal du S.W.
de la Nouvelle-Calédonie », programme CNRS-ORSTOM « Écosystèmes coralliens et lagonaires de
Nouvelle-Calédonie ». Nous remercions N. Gourbault et G. Boucher pour leurs récoltes guadeloup¬
éennes, M. N. Helléouet pour le tri du matériel et R. M. Kristensen pour de fructueuses discussions.
— 372 —
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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Deux Chaetognathes benthiques nouveaux
du genre Spadella des parages de Gibraltar
Remarques phylogénétiques
par Jean-Paul Casanova
Résumé. - Deux nouvelles espèces de Chaetognathes du genre Spadella sont décrites des parages de
Gibraltar ; dépourvues d’organes adhésifs digitiformes, elles se rangent dans le groupe « cephaloptera ».
L’une de ces espèces, S. birostrata n. sp., est inféodée aux eaux méditerranéennes : mer d’Alboran et ouest
du détroit de Gibraltar, où l’influence du courant méditerranéen profond est maximale; l’autre, S.
equidentata n. sp., paraît au contraire liée aux eaux atlantiques. Leur capture, entre 150 et 555 m de
profondeur, montre que le genre Spadella n’est pas exclusivement néritique comme on le pensait jusqu’à
présent. Le phylum des Chaetognathes présente donc des adaptations écologiques très diversifiées comme
l’indique le rappel des récentes observations : découverte de cinq espèces et d’un genre nouveaux bentho-
planctoniques dans l’Atlantique oriental et, pour la seule Méditerranée occidentale et les parages de
Gibraltar, d’une Spadella vivant dans une grotte sous-marine obscure, des deux espèces faisant l’objet de
cette étude et d’une espèce draguée dans la plaine abyssale. Cette dernière, Archeterokrohnia palpifera
Casanova, 1986c, est munie d’une paire de palpes encadrant la bouche, caractère original pour un
Chaetognathe, mais typique des Gymnosomes, nouvel argument en faveur de l'hypothèse d’une parenté
phylogénétique entre les Chaetognathes et les Mollusques. Les grandes lignes évolutives au sein du
phylum des Chaetognathes sont largement discutées.
Abstract. — Two new benthic Chaetognaths of the genus Spadella from the vicinity of Gibraltar.
Phylogenetic remarks. — Two new Chaetognath species of the genus Spadella collected in the vicinity of
Gibraltar are described. Neither species has digitate adhesive organs and must be classed in the
“ cephaloptera ” group. One of these species, S. birostrata n. sp., occurs in the Mediterranean, i.e. the
Alboran Sea, and West of the Gibraltar Strait, where the influence of the deep Mediterranean outflow is
strong, while the other, S. equidentata n. sp., seems to live in the purely Atlantic waters. The fact that both
are caught between depths of 150 and 555 m dispels the widely-accepted notion that the genus Spadella is
strictly neritic. Thus the phylum of Chaetognaths shows a great ecological adaptivity as indicated by a
number of recent findings on this subject : discovery in the Eastern Atlantic of five new bentho-planktonic
species and one new genus, and, in the Western Mediterranean and the vicinity of Gibraltar, of a Spadella
living in a dark submarine cave, of the two Spadella described herein and of one species dredged up from
the abyssal plain. This latter species, Archeterokrohnia palpifera Casanova, 1986c, has a pair of palps
flanking the mouth ; these appendages, which are unusual in a Chaetognath but typical in Gymnosomes,
constitute a new argument in favor of the theory of a phylogenetic relationship between Chaetognaths
and Molluscs. The main points concerning evolution in the phylum of Chaetognaths are discussed.
J.-P. Casanova, Laboratoire de Biologie animale (Plancton), Université de Provence, 3, place Victor Hugo, 13331 Mar¬
seille cedex 3, France.
— 376 —
Les deux nouvelles espèces décrites ici ont été découvertes dans les prélèvements du N.O.
« Cryos » lors de la campagne BALGIM 1 (25 mai-22 juin 1984) destinée à étudier la faune
benthique de part et d’autre de Gibraltar. Sept d’entre eux seulement ont ramené des Spadella :
un (sur 33) effectué avec la drague à roches et six (sur 43) avec la drague épibenthique Waren,
qui se révèle ainsi être l’engin le plus adéquat pour la récolte de ces organismes. Les
profondeurs échantillonnées à l’aide de ces engins se situent entre 115 et 1 917 m et les stations
positives entre 150 et 555 m (tabl. I).
Tableau I. — Inventaire des Spadella trouvées dans les dragages de la campagne BALGIM (mai-juin
1984).
ET
Engin
station
Date
Profondeur
( en m)
Lat. N.
Long. O
Nature
DU FOND
Surface
( en m 2 )
Espèces (nbre spéc.)
DW
20*
31.05
452
36°35'9
7°24'5
Débris coq.
278
S. equidentata (1)
DW
43
2.06
150
35°54'1
6°14'5
Sable coq.
333
S. birostrata
ri)
DW
120
13.06
425
35°51'2
5°10'4
Débris coq. de
Foram.
278
«
(i)
DW
128
14.06
480
35°35'3
3°45T
«
278
«
(7)
DR
133
15.06
195
35°25'8
4°17'4
Débris coq.
162
«
(1)
DW
134
15.06
205
35°25'8
4°17'0
«
278
«
(4)
DW
146*
16.06
555
35°56'5
Débris coq. de
278
«
(10)
3°08'6
Foram.
DR = drague à roches ; DW = drague épibenthique Waren. Les localités-types sont indiquées par un astérisque.
Description des espèces
Spadella birostrata n. sp.
(Fig. 1 a et b, 2 a-c)
L’holotype et les paratypes sont déposés au Muséum national d’Histoire naturelle (Paris) sous les
n os UB 574 et UB 574 bis.
Elle est présente dans six chalutages situés, l’un au débouché du détroit dans l’océan, au
nord-ouest du cap Spartel, et les autres en mer d’Alboran, sur des fonds compris entre 150 et
555 m, à raison de vingt-quatre exemplaires.
1. Conduite pour le CNRS (PIROCÉAN), sous la direction de P. Bouchet. Le matériel a été trié par le Centre
national de Tri d'Océanographie biologique (CENTOB), à Brest.
— 377 —
Le corps, large chez les grands spécimens, a une longueur totale comprise entre 3,2 et
7,6 mm ; le segment caudal représente 47,3 à 53,1 % de LT (m = 51,2 %).
La tête est munie de 8 à 11 crochets légèrement recourbés, lisses et de couleur ambrée. Il y
a deux rangées de dents situées à l'extrémité de deux grosses protubérances constituant une
sorte de mufle bifide (d’où le nom spécifique choisi). Les dents antérieures sont au nombre de 2
à 8 (5 à 8 chez les grands spécimens dont LT > 7 mm) ; elles sont fines, très longues et
recourbées ; leur taille augmente régulièrement d’arrière en avant, la première du côté interne
étant la plus longue. Les dents postérieures, au nombre de 1 à 6 (4 à 6 chez les grands
spécimens), sont situées très près des précédentes, au point qu’il est parfois malaisé de
distinguer les deux rangées; elles sont de même forme que les dents postérieures, mais plus
petites. Les organes vestibulaires se présentent comme deux mamelons encadrant la bouche ; ils
sont hérissés de très courtes dents, régulièrement réparties, le plus souvent réunies par paires,
qui garnissent aussi le mufle, juste après les dents postérieures. Les yeux, arrondis, sont situés
au niveau de l’insertion des premiers crochets; la tache pigmentaire est formée de trois
branches. La couronne ciliaire, visible chez un seul des spécimens, est située sur la face dorsale
du cou ; elle est ovale, avec une petite digitation antérieure s’avançant entre les deux lames
basales des crochets.
La collerette est bien développée au niveau du cou et se prolonge jusqu’aux vésicules
séminales; elle est garnie de boutons sensoriels. Le tube digestif n’a pas de diverticules
intestinaux.
Les nageoires latérales débutent à hauteur des orifices génitaux femelles, soit un peu en
avant du septum transversal, et s’arrêtent au niveau du début des vésicules séminales; la
nageoire caudale, qui débute à la partie postérieure de ces dernières, a la forme d’une spatule.
Toutes les nageoires sont garnies de rayons.
Les muscles longitudinaux sont épais et les champs latéraux étroits. La musculature
transversale latéro-ventrale du corps s’étend sur la presque totalité du tronc. Le ganglion
nerveux ventral représente environ 25 % de la longueur du tronc et en occupe approximative¬
ment le milieu.
A maturité, les ovaires peuvent atteindre 60 % de la longueur du tronc. Ils contiennent
jusqu’à 8 ovules, de forme polyédrique en raison de leur tassement, et de grande taille
(0,33 mm dans leur plus grande longueur) ; les orifices génitaux femelles sont peu saillants. Les
deux réceptacles séminaux sont reliés par un canal transversal, déjà mentionné par Conant
(1895) chez S. schizoptera et par Mawson (1944) chez S. sheardi et S. johnstoni, et qui est
homologue de la glande annexe que j’ai décrite dans les genres Heterokrohnia (1985) et
Archeterokrohnia (1986a). Dans les cavités caudales, les spermatocytes sont toujours disposés
le long d’une bande perpendiculaire au septum caudal, d’épaisseur régulière et s’étendant du
septum transversal à l’extrémité de la queue ; cette disposition originale (fig. 2 b) s’observe
également chez l’autre Spadelle de ces récoltes et chez Spadella ledoyeri (Casanova, 1986 d).
Les testicules sont situés à proximité du septum transversal, au-dessus de cette bande.
Les vésicules séminales sont petites (0,25mm environ) et ovales; débutant aux 7/ 10 e
antérieurs du segment caudal, elles touchent à la fois les nageoires latérales et caudale.
. 1 mm
— 379 —
Fig. 2. — Spadella birostrata n. sp. (a-c) et Spadella equidentata n. sp. (d-f) : a et d, vues dorsales de la partie
antérieure de la tête; b, coupe transversale du segment caudal; c et f, vues dorsales d’une vésicule séminale (les
flèches en indiquent les limites) ; e, région anale en vue latérale droite. A : anus, CT : canal transversal, DA et DP :
dents antérieures et postérieures, 1 : intestin, SC : septum caudal, Sp : spermatocytes.
— 380 -
Spadella equidentata n. sp.
(Fig. 1 c-e, 2 d-f)
Holotype déposé au MNHN (Paris) sous le n° UB 573.
Bien que trouvée à un seul exemplaire, elle est assez différente des autres espèces du genre
pour pouvoir être décrite sans ambiguïté. Elle provient d’un chalutage situé dans le golfe de
Cadix, au sud des côtes portugaises, sur des fonds de 452 m.
Le corps mesure 7,2 mm et le segment caudal représente 51,4 % de LT.
La tête porte 8/8 crochets semblables à ceux de l’espèce précédente et deux séries parallèles
et bien distinctes de dents presque droites, plus courtes et plus fortes que chez S. birostrata :
6/6 dents antérieures et 4/5 dents postérieures, presque aussi longues que les premières et
d’égale épaisseur, ce qui est unique dans le genre et justifie le nom spécifique. Les organes
vestibulaires sont en forme de crête perpendiculaire à l’axe du corps et hérissés d’épines courtes
et aiguës. On ne distingue pas de trace d’yeux, même après coloration au bleu de méthylène, ni
de couronne ciliaire; l’absence des premiers reste à confirmer et la forme de la seconde à
rechercher ultérieurement.
La collerette et le tube digestif se présentent comme chez l’espèce précédente. Les
nageoires latérales débutent en avant des orifices génitaux femelles, ceux-ci s’ouvrant au niveau
du septum transversal ; la nageoire caudale est plus engainante en raison de la position plus
antérieure des vésicules séminales sur le segment caudal.
Les muscles longitudinaux sont plus épais et les champs latéraux plus étroits. La
musculature transversale n’occupe que la partie antérieure du tronc (65 %) et se termine au-
delà du ganglion ventral, à une distance égale à la moitié de sa longueur. Le ganglion ventral
représente 26 % de la longueur du tronc.
Le spécimen est mûr. Les ovaires occupent 60 % de la longueur du tronc et l’un d’eux
contient 11 gros ovules. Le canal transversal (diamètre = 0,1 mm) reliant les deux réceptacles
séminaux paraît vide (fig. 2 e). La zone germinale des testicules n’est pas visible, mais les
spermatocytes sont disposés dans les cavités caudales de la même manière que chez S.
birostrata. Les vésicules séminales sont plus longues (0,5 mm), délimitées par trois côtés
rectilignes et situées plus en avant (elles débutent aux 5,5/10 e antérieurs du segment caudal);
elles touchent à la fois les nageoires latérales et caudale.
Comparaisons avec les espèces voisines
Les espèces du genre Spadella se répartissent en deux groupes : groupe « cephaloptera »
dont les espèces sont dépourvues d’organes adhésifs digitiformes sur les bords latéro-ventraux
du segment caudal et groupe « schizoptera » dont les espèces en sont munies (Tokioka et
Pathansali, 1964; Alvarino, 1981a).
Récemment, Salvini-Plawen (1986) a proposé l’éclatement du genre Spadella en trois
nouveaux genres, recouvrant les trois groupes créés par Alvarino (19816) laquelle modifiait
ainsi son point de vue après avoir adopté celui de Tokioka et Pathansali ( op. cit.) : Spadella
s. str. pour les espèces du groupe « cephaloptera », Gephyrospadella pour celles du groupe
« schizoptera » possédant une seule paire de nageoires latérales, et Paraspadella pour celles de
— 381 —
ce même groupe en possédant deux paires. Plutôt que l’éclatement du genre sur ces seuls
critères, il semble préférable, en l’état des connaissances, de s’en tenir à des groupes
morphologiques comme il en existe dans le genre Sagitta (Furnestin, 1957 ; Alvarino, 1963),
chez lequel ces groupes peuvent coïncider aussi avec les affinités écologiques des espèces
(Furnestin, op. cit.), et le genre Eukrohnia (Casanova, 1986e); c’est du reste à cette position
que s’est rallié Tokioka (1979) abandonnant les neuf nouveaux genres qu’il avait institués
auparavant (1965) au sein du genre Sagitta. La proposition de Salvini-Plawen devrait être
reprise (c’est également l’idée de R. Bieri, communication personnelle), mais sur d’autres
bases. En effet, les espèces du groupe « schizoptera » munies de deux paires de nageoires (S.
schizoptera, S. sheardi et S. johnstoni) et celles du groupe « cephaloptera » munies de deux
rangées de dents (S. ledoyeri, S. birostrata et S. equidentata) ont un canal transversal reliant les
deux réceptacles séminaux,qui n’existe pas chez S. cephaloptera. Or, curieusement, aucun autre
auteur que Conant (1895) et Mawson (1944) ayant jusqu’à présent décrit ou étudié des
Spadelles ne fait allusion à cette particularité anatomique. Est-elle caractéristique des six
espèces précitées ou bien existe-t-elle aussi chez d’autres espèces de leurs groupes respectifs ? La
révision du genre Spadella ne pourra être utilement envisagée que lorsque ces précisions
anatomiques seront connues.
Les deux nouvelles espèces décrites ici se placent dans le groupe « cephaloptera » ; je ne les
comparerai donc qu’aux cinq autres espèces qui le constituent, à savoir Spadella cephaloptera,
S. angulata, S. bradshawi, S. gaetanoi et S. ledoyeri, en portant sur le tableau II leurs
principales caractéristiques.
Spadella birostrata et 5. equidentata vivent à des profondeurs comprises entre 150 et
555m, largement supérieures à celles assignées au genre; les treize espèces de Spadelles
reconnues jusqu’à présent sont néritiques, leur habitat ne dépassant pas 150 m de profondeur
et la majorité d’entre elles vivant à moins de 50 m. Selon ces nouvelles observations, le genre ne
peut être tenu pour strictement littoral et il n’est pas impossible que des Spadelles vivent à des
profondeurs encore plus grandes. Cela permet de discuter de l’existence en Méditerranée de
deux espèces profondes capturées dans des dragages, décrites par Doncaster (1903) : Spadella
musculosa entre 100 et 1 100 m et S. profunda à 1 000 et 1 100 m. La première a été mise en
synonymie avec S. cephaloptera et la deuxième tenue pour une Sagitta récoltée lors de la
remontée de la drague (Ritter-Zahony, 1913); mais, comme le souligne Ghirardelli (1952),
la grande longueur du segment caudal de la seconde (50 % de LT) ferait davantage penser à
Pterosagitta draco (Krohn, 1853), éventualité que Doncaster lui-même avait cependant
éliminée. Tokioka (1939, 1965) est le seul auteur à ne pas écarter à priori la validité de ces
deux espèces. Je partage son avis en raison, d’une part, de l’argument écologique avancé plus
haut et, d’autre part, du fait que Spadella musculosa (7 mm) ne peut avoir été confondue avec
S. cephaloptera, nettement plus petite (5,5 mm au maximum en Méditerranée) et vivant dans
les herbiers de Posidonies, donc à des profondeurs moindres.
Si Spadella musculosa et S. profunda sont des espèces valables, leur redescription
s’imposera à partir de récoltes ultérieures car leur diagnose sommaire ne peut être complétée,
les exemplaires de Doncaster n’ayant pas été conservés (Ghirardelli, op. cit.). Elles ne
correspondent, en tout cas, ni à S. birostrata ni à S. equidentata ; en effet :
— S. musculosa aurait des crochets très recourbés et légèrement serrulés ainsi que des
diverticules intestinaux, ce qui la différencie sans aucun doute possible des deux nouvelles
Tableau II. — Principaux caractères de diagnose des espèces du genre Spadella du groupe « cephaloptera ». Les caractères distinctifs les
plus nets sont indiqués par un astérisque.
Espèces
Caractères
S. cephaloptera
Busch, 1851
S. angulata
Tokioka, 1951
S. bradshawi
Bieri, 1974a
S. gaetanoi
Alvarino, 1978
5. ledoyeri
Casanova, 1986rf
S. birostrata
n. sp.
S. equidentata
n. sp.
Longueur maxi¬
male
Pourcentage du
5,5 (Médit.)
à 9,5 mm
5,8 mm
6,5 mm
3 mm
6,6 mm
7,6 mm
7,2 mm
segment caudal
Diverticules intes-
50-54
48,6-57,9
53-54
53-55
50-53,4
47,3-53,1
51,4
finaux
+
+
0
0
0
0
0
Dents antérieures
2-5
3-4
3-6
4-5
3-5
5-8
(très longues et
recourbées) *
6/6
Dents postérieures
0 ou 4
(courtes et fortes)
0
0
0 ou 4-5
(courtes et fines)
3
4-6
4/5
Crochets
Canal transversal
reliant les récepta-
7-11
8-9
7-12
8-10
10-11
8-11
8/8
clés séminaux
Longueur du gan¬
glion ventral par
rapport à celle du
0
?
7
?
+
+
+
tronc
1/3
1/3
1/3
1/2
1/3
1/4
1/4
Nageoires latérales
de la partie posté-
de la partie posté-
de la partie posté-
de la partie posté-
très courtes : du
de l’orifice génital
de la partie posté-
rieure du tronc,
rieure du tronc
rieure du tronc à
rieure du tronc
septum caudal au
$ aux vésicules sé-
rieure du tronc
aux vésicules sémi¬
nales
aux vésicules sémi¬
nales
l’avant des vésicu¬
les séminales
aux vésicules sémi¬
nales
milieu du segment
caudal *
minales
aux vésicules sémi¬
nales
Vésicules séminales
touchent les na-
touchent les na-
touchent la na-
touchent les na-
bien séparées à la
touchent les na-
touchent les na-
Etendue des mus¬
cles transversaux
geoires latérales et
caudale
geoires latérales et
caudale
geoire caudale
geoires latérales et
caudale
fois des nageoires
latérales et cauda¬
le*
geoires latérales et
caudale
geoires latérales et
caudale
dans le tronc
ss 100%
=s 100%
?
?
~ 100%
~ 100%
65 % *
— 383 —
espèces à crochets lisses et dépourvues de diverticules intestinaux ; ses dents antérieures (4 à 5)
seraient très longues, comme celles de Sagitta hexaptera d’Orbigny, 1843 ;
— S. profunda aurait deux rangées de dents « recourbées l’une dans l’autre », les dents
postérieures, aussi nombreuses que les antérieures (7-9 contre environ 8), très longues et très
recourbées ; des crochets rectilignes sur leur plus grande longueur mais fortement recourbés à
leur extrémité. On ne peut, d’emblée, la confondre avec S. equidentata, dont les dents, presque
droites, sont en deux rangées bien séparées. C’est de S. birostrata qu’elle se rapprocherait le
plus ; celle-ci présente cependant un nombre de dents postérieures inférieur à celui des dents
antérieures, ces dernières particulièrement longues, caractère que Doncaster ne signale pas,
non plus que l’existence d’un mufle bipartite.
Remarques biogéographiques
Les deux espèces ont une répartition différente (fig. 3). Spadella birostrata, la plus
abondante, vit en mer d’Alboran où elle semble bien représentée, puisque présente dans cinq
chalutages sur une dizaine effectués entre 195 et 555 m, profondeurs entre lesquelles ont été
capturés vingt-trois spécimens; son niveau bathymétrique préférentiel se situerait aux
alentours de 500 m : sept spécimens proviennent de la station DW 128 à 480 m et dix de la
station DW 146 à 555 m.
Bien que trouvée sur une station à l’ouest de Gibraltar (DW 43), par 35°54'1 N-6 14 5 0,
donc dans le proche océan, il ne semble pas possible actuellement de la considérer comme
atlanto-méditerranéenne. En effet, cette station est située dans l’étroit chenal limité par les
isobathes de 200 m longeant les côtes nord et sud du détroit (fig. 3). Or, on sait que dans le
8° O 7° 6°
p 1G 3 — Répartition de Spadella birostrata (cercles) et S. equidentata (triangle) dans les dragages effectués lors de la
campagne BALGIM. Les eaux méditerranéennes circulant sur le fond sont représentées en grisé (carte d’après les
documents BALGIM).
— 384 —
détroit de Gibraltar circulent deux courants opposés : un courant superficiel d’eau atlantique
légère (salinité < 36 %o) qui pénètre en Méditerranée et un courant compensateur profond
d’eau méditerranéenne salée (S ^ 38 %o) qui en sort en s’écoulant sur le fond. Le spécimen
capturé sur la station DW 43 vivait donc sur des fonds balayés en permanence par ces eaux,
qui constituent une veine importante dans le golfe de Cadix (Gallego et Seco Serrano, 1962).
Il sera intéressant de voir si des espèces benthiques méditerranéennes d’autres groupes
zoologiques récoltés lors de la campagne BALGIM ont la même distribution que Spadella
birostrata, et si, comme le laisse deviner cette distribution, la faune du talus de la partie nord-
orientale du golfe de Cadix a un caractère méditerranéen. Cela ne viendrait d’ailleurs que
confirmer les observations antérieures comme celles de Pérès (1962), qui parle du « cachet
méditerranéen » de la faune benthique circalittorale de toute faire maritime ibéro-marocaine,
ou celles de Maurin (1968) sur les Merlus du talus du plateau continental au sud de Cadix,
dont les caractères morphométriques (moyenne vertébrale et longueur des nageoires pectora¬
les) sont intermédiaires entre ceux des populations méditerranéennes et atlantiques.
Les remarques concernant S. equidentata, obtenue à un seul exemplaire, sont plus
nuancées. Il s’agit vraisemblablement d’une espèce atlantique, rare ou ici à la limite de son aire
de répartition, car contrariée par l’influence des eaux méditerranéennes.
Remarques écologiques
Les Chaetognathes étaient tout récemment encore tenus pour essentiellement pélagiques,
le seul genre Spadella étant connu comme benthique et néritique. En fait, le phylum présente
des adaptations écologiques plus diversifiées et il s’avère capable d’occuper la plupart des
biotopes marins ; en effet :
— il existe une grande diversité d’espèces abyssales bentho-planctoniques dans l’Atlanti¬
que oriental, où j’ai décrit un nouveau genre. Arche ter okrohnia , et quatre nouvelles espèces
d 'Heterokrohnia (1986a et b) sur une seule station ;
— des dragages, effectués tant dans la plaine abyssale méditerranéenne du bassin algéro-
provençal (campagne BIOMÈDE I) qu’à des profondeurs moyennes de part et d’autre du
détroit de Gibraltar (présentes récoltes), révèlent la présence d’une nouvelle Archeterokrohnia
(Casanova, 1986c) et des deux Spadella décrites ici, vivant sur le fond ou à proximité
immédiate de celui-ci ;
— dans une grotte sous-marine obscure de la région de Marseille vit une espèce de
Spadella qui, semble-t-il, lui est inféodée (Casanova, 1986c/).
En Méditerranée plus particulièrement, on admettait jusqu’à présent l’existence d’un seul
Chaetognathe benthique, Spadella cephaloptera. La recherche de ces organismes dans des
biotopes où leur présence était insoupçonnée m’a permis de décrire trois autres espèces
benthiques : Archeterokrohnia palpifera, forme archaïque profonde dont les palpes encadrant
la bouche (fig. 4 a-c) ont très probablement une grande importance phylogénétique comme on
le verra plus loin, Spadella ledoyeri , dont les courtes nageoires latérales (fig. 4 d et e), caractère
original dans le genre, représentent peut-être une adaptation à son habitat cavernicole où les
perturbations hydrologiques sont atténuées ou nulles, et Spadella birostrata n. sp.
Fig. 4. — Archeterokrohnia palpifera (a-c) : différents aspects du palpe droit en vues dorsale (a) et ventrales (b et c) ;
Spadella ledoyeri (d et e) : vues dorsales d’un spécimen (d) et d’une vésicule séminale (e) montrant la réduction des
nageoires latérales (noter, en e, que la nageoire latérale se termine bien avant la vésicule séminale, caractère unique
dans le genre) ; Gymnosome inédit (f) : vue ventrale des palpes à la partie antérieure du proboscis. DR : dents
radulaires latérales, OV : organe vestibulaire, PA : plaques antérieures, Pp : palpes.
Seuls deux auteurs ont eu la prescience de l’existence possible de formes benthiques
profondes: Dawson (1968), avançant qu 'Heterokrohnia mirabilis Ritter-Zahony, 1911 vit
peut-être sur le fond ou à proximité immédiate de celui-ci, et Bieri (19746), qui tient
Krohnittella tokiokai pour très probablement benthique en raison de la capture du seul
spécimen connu lors d’un dragage à 2 090 m de profondeur au large de la Californie, et des
conditions de récolte (longueur de câble filée par rapport à la distance du fond) de l’autre
espèce du genre, K. boureei (décrite par Germain et Joubin, 1912, des parages de Madère, cette
espèce n’a plus été retrouvée depuis). Ces hypothèses se sont vérifiées puisque de nombreuses
— 386 —
espèces du talus continental et de la plaine abyssale sont maintenant décrites; on peut
supposer que leur nombre augmentera avec la multiplication des prospections dans ces
domaines. Si la biologie des espèces planctoniques et benthiques néritiques est bien connue,
certains aspects de celle des espèces bentho-planctoniques profondes ou cavernicoles restent à
découvrir ou à approfondir (modalités de la reproduction et physiologie de la nutrition, dont
un rapide examen m’a laissé entrevoir quelques particularités).
NOUVELLES RÉFLEXIONS SUR LA PHYLOGÉNIE DES CHAETOGNATHES
Il me paraît utile de revenir sur la phylogénie des Chaetognathes dont j’ai discuté en 1985
et 1986 car ce thème a été abordé, à propos des Spadelles, par Salvini-Plawen (1986) et aussi
parce que des arguments nouveaux sont venus étayer mon hypothèse sur la parenté phylétique
entre les Chaetognathes et les Mollusques.
A l’inverse de tous les spécialistes des Chaetognathes, Salvini-Plawen considère la
présence des muscles transversaux comme un caractère d’évolution. Son opinion, entachée par
une connaissance imparfaite de l’écologie du groupe, repose sur les faits suivants : la
musculature transversale des Chaetognathes serait intra-cœlomique, donc d’apparition
secondaire, et ne peut être comparée à celle des espèces benthiques (Polychètes, par exemple),
chez lesquelles elle est extra-cœlomique. Elle représenterait donc une adaptation à la nage des
ancêtres des Chaetognathes; si elle est bien développée chez les Heterokrohnia, formes
« typiquement littorales néritiques » selon l’auteur, cela montre que cette musculature servirait
davantage à la nage qu’à la vie sur le fond. Chez les Spadellidae, qui sont benthiques, elle
serait une réminiscence d’un habitat ancestral pélagique littoral. Et, reprenant la classification
de Tokioka (1965), l’auteur considère l’ordre des Phragmophores (Bathyspadella, Heterokroh¬
nia, Eukrohnia, Spadella) 1 comme plus évolué que celui des Aphragmophores ( Pterosagitta,
Krohnitta et Sagitta ) \ et au sein du premier le genre Spadella le plus évolué car adapté à la vie
benthique.
L’écologie des Chaetognathes montre sans aucun doute possible que la présence des
muscles transversaux n’a aucun rapport avec l’adaptation à la nage :
— chez les Biphragmophores, le genre Archeterokrohnia a les muscles transversaux du
tronc plus développés que le genre Heterokrohnia (sur plus de 80 % de sa longueur contre 60 %
au maximum); or sur la même station de l’Atlantique oriental, A. rubra vit uniquement dans
les 100 premiers mètres au-dessus du fond, tandis que quelques spécimens à'Heterokrohnia
peuvent être encore capturés entre 500 et 1 000 m au-dessus du fond ; et en Méditerranée, où de
nombreux prélèvements profonds de plancton ont été effectués, c’est dans un dragage
qu 'Archeterokrohnia palpifera vient d’être découverte ;
— chez les Monophragmophores, le genre benthique Spadella a des muscles transversaux
plus développés (sur plus de la moitié ou la totalité du tronc) et plus épais que le genre
pélagique Eukrohnia (sur environ un tiers du tronc), dont les fibres musculaires, à peine
distinctes, semblent en voie de régression.
1. Parmi les nombreux genres cités par Salvini-Plawen, seuls ont été retenus ceux classiquement reconnus par la
grande majorité des spécialistes du groupe.
— 387 —
L’évolution des muscles transversaux des Chaetognathes montre bien, au contraire, que
leur présence est un caractère ancestral et que leur régression évolutive va de pair avec la
simplification de l’appareil génital. En effet, les Biphragmophores (genres Areheterokrohnia et
Heterokrohnia), qui ont la musculature transversale la plus développée puisque présente à la
fois dans le tronc et le segment caudal, ont un appareil génital complexe : communication
entre les gonades mâles et femelles et présence d’une glande annexe reliant les réceptacles
séminaux des deux ovaires. Chez les Monophragmophores (genres Spadella, Bathyspadella et
Eukrohnid), où les muscles transversaux n’existent plus que dans le tronc, les gonades sont
séparées et la glande annexe ne subsiste que chez quelques espèces de Spadelles (où elle n’a
peut-être plus de fonction sécrétoire puisque, selon Conant (1895), ce canal serait rempli de
spermatozoïdes comme les réceptacles séminaux). Enfin, chez les Aphragmophores (tous les
autres genres connus), qui sont dépourvus de muscles transversaux, la glande annexe a disparu
chez toutes les espèces. On notera ici que la conservation de cette glande par quelques
Spadelles dont certaines sont néritiques, qu’elle soit encore fonctionnelle ou non, est une
preuve supplémentaire et convaincante du caractère archaïque de la complexité de l’appareil
génital, qui ne peut être considérée comme une adaptation à la vie en profondeur des
Biphragmophores (Casanova, 1986a).
Il semble encore trop tôt pour avoir une vue exacte et synthétique de l’évolution du
phylum et des relations entre les différents genres. Il faudra pour cela, d’une part, réexaminer
des genres bien connus dont l’anatomie a été négligée (cas des Spadella) ou d’autres moins
connus ( Bathyspadella , par exemple); d’autre part, attendre la découverte d’autres espèces
benthiques ou bentho-planctoniques profondes dont beaucoup ont conservé des caractères
ancestraux. Néanmoins, on peut affirmer dès à présent que les Areheterokrohnia et les
Heterokrohnia sont bien des formes ancestrales, à partir desquelles s’est effectuée la
diversification du phylum.
La découverte d 'Areheterokrohnia palpifera appuie précisément cette idée. En effet,
comme son nom l’indique, elle possède une paire de palpe encadrant la bouche, caractère
morphologique exceptionnel au sein du phylum, ce qui me conduit à revenir sur l’hypothèse
que j’avais formulée après avoir décrit la tête d’un Mollusque Gymnosome inédit (1986a),
proche du genre Cephalobrachia \ à savoir que les Chaetognathes pourraient avoir dérivé des
Gymnosomes ou d’un ancêtre commun.
Je rappellerai brièvement que les principales similitudes relevées sont d’ordre à la fois
anatomique, puisque les organes génitaux des genres les plus archaïques (Areheterokrohnia et
Heterokrohnia) communiquent, évoquant une glande hermaphrodite en cours de séparation, et
morphologique, puisque tous les organes de la tête d’un Chaetognathe existent ou sont
préfigurés chez ce Gymnosome.
L une des similitudes les plus troublantes concerne la dent médiane impaire découverte
chez une jeune Heterokrohnia murina Casanova, 19866 1 2 , vestige probable des dents radulaires
médianes impaires du Gymnosome, alors que les Chaetognathes n’ont au maximum que deux
1. Cette identification m’a été suggérée par M. Serge Dallot (Station zoologique, Villefranche s/Mer), que je
remercie ici ; mais l'examen d'un spécimen de C. macrochaeta m’incite à penser que ce Gymnosome inédit relèverait
plutôt d'un genre différent, ressemblant davantage à un Chaetognathe que le genre Cephalobrachia.
2. Une dent médiane a été trouvée également chez une jeune H. davidi Casanova, 19866 lors d’observations (non
publiées) faites conjointement avec K. Chidgey (I.O.S., Wormley, G.-B.) sur les collections du « Discovery ».
— 388 —
rangées de dents et une de papilles vestibulaires qui pourraient correspondre aux trois rangées
de dents radulaires latérales du Gymnosome inédit. Or, celui-ci possède également à l’extrémité
du proboscis, près des dents radulaires distales, une paire de petits palpes (fig. 4 f)
comparables à ceux qui s’observent chez Arche ter okrohnia palpifera (fig. 4 a-c), dont
l’armature céphalique, outre les crochets, est constituée, d’avant en arrière : d’une paire de
plaques arrondies remplaçant les dents antérieures, de 5 à 6 dents postérieures très courtes,
d’organes vestibulaires et d’une paire de palpes recourbés vers la bouche.
Ainsi, tous les appendices céphaliques de la tête du Gymnosome se retrouvent chez les
Chaetognathes : chez toutes les espèces pour les crochets, presque toutes pour les dents
radulaires latérales, deux pour les dents radulaires médianes ( Heterokrohnia murina et H.
davidi ) et une seulement pour les palpes ( Archeterokrohnia palpifera) et les tentacules ( Spadella
cephaloptera). Or, l’existence des palpes et des tentacules ne peut être regardée comme un
phénomène de convergence avec les Gymnosomes, ces appendices n’ayant, semble-t-il, aucune
valeur adaptative chez les Chaetognathes puisque présents, les uns ou les autres, chez une
espèce seulement. Il faut plutôt y voir des vestiges hérités d’un lointain ancêtre, hypothèse
appuyée par la remarque suivante, à savoir que les quatre espèces précitées possèdent la
musculature transversale archaïque.
De nouveaux arguments viennent maintenant s’ajouter à ceux, déjà nombreux, ayant
permis la formulation de l’hypothèse de la parenté phylogénétique entre les Chaetognathes et
les Mollusques. Outre l’argument morphologique qui vient d’être développé, on peut citer en
effet :
— la séparation de l’ovotestis en testicule et ovaire chez deux espèces de Mollusques
Hétérobranches (parmi lesquels se rangent les Gymnosomes), phénomène unique au sein de ce
groupe (Haszprunar, 1985), aboutissant à une simplification de l’appareil génital (disparition
du pénis, oviducte s’ouvrant à l’extérieur indépendamment de l’orifice génital et réceptacle
séminal isolé) pouvant préfigurer celui des Archeterokrohnia et Heterokrohnia ;
— le type particulier du spermatozoïde des Chaetognathes, filiforme et dont l’ultrastruc-
ture se rapproche de celle trouvée chez beaucoup d’Arthropodes et de Gastéropodes, et qui n’a
aucune relation avec celui de la lignée deutérostomienne (van Deurs, 1972) ;
— la morphologie du système nerveux et la structure du ganglion cérébroïde en
particulier, qui s’apparentent davantage à ce qui s’observe chez les Protostomiens, Mollusques
et Arthropodes, que chez les Deutérostomiens (Rehkâmper et Welsch, 1985).
Les similitudes relevées entre Chaetognathes et Mollusques semblent à présent trop
nombreuses pour n’être que de simples convergences, mais il faudra pousser plus avant les
investigations pour le prouver.
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Cirripèdes acrothoraciques des côtes occidentales
de la Méditerranée et de l’Afrique du Nord
III. Lithoglyptidae et Trypetesidae
par Yves Turquier
Résumé. — Cinq espèces d’Acrothoraciques, dont trois nouvelles pour la science, ont été reconnues à
partir d’un abondant matériel méditerranéen. La présente note contient la description de Lithoglyptes
stirni n. sp. et discute du statut taxonomique des populations méditerranéennes de Trypetesa lampas.
Abstract. — Five burrowing barnacles species are known from western Mediterranea. Three are new;
in the present paper Lithoglyptes stirni n. sp. is described, and the taxonomic statute of the mediterranean
populations of Trypetesa lampas is discussed.
Y. Turquier, Université Pierre et Marie Curie, Laboratoire de Biologie et Physiologie des Organismes marins, 4, place
Jussieu, 75252 Paris cedex 05.
La Méditerranée occidentale constitue, à bien des égards, une aire de transition où se
mêlent des éléments d'une faune thermophile et ceux de groupes à affinités boréales tempérées,
voire boréo-arctiques. La répartition des Cirripèdes Acrothoraciques confirme, par la rareté de
ses représentants méditerranéens, d’une part l’origine clairement tropicale du groupe et,
d'autre part, la signification transitionnelle des eaux méditerranéennes. Jusqu’à ces dernières
années en effet, seules deux espèces à large répartition géographique, Trypetesa lampas
(Hancock, 1849) et Kochlorine hamata Noll, 1872, y avaient été signalées. Toutefois, la
connaissance encore fragmentaire des Acrothoraciques nécessite que les conclusions concer¬
nant leur biogéographie soient assorties de prudence.
Grâce à l’extrême obligeance du Dr. H. Zibrowius (Station Marine d’Endoume), j’ai pu
examiner un important matériel provenant des côtes maghrébines ; ce travail, complété par des
prospections personnelles, a permis de porter à cinq le nombre d’espèces habitant cette région.
Ce sont, en plus des deux espèces citées précédemment, Australophialus pecorus Turquier, 1985,
Weltneria zibrowii Turquier, 1985, ainsi qu’un représentant nouveau du genre Lithoglyptes.
Famille des Lithoglyptidae Aurivillius, 1892
Créée par Aurivillius (1892) pour trois espèces des eaux indonésiennes, cette famille a
fait l’objet d’un important travail de clarification par Tomlinson (1969) ; après avoir débrouillé
— 392 —
la synonymie des espèces et réexaminé tous les types disponibles, cet auteur a proposé une
nouvelle définition des genres qui la constituent.
Parmi les six genres reconnus par Tomlinson, trois sont représentés en Méditerranée
occidentale.
Genre WELTNERIA Berndt, 1907
Lithoglyptidae pourvus de cinq paires de cirres terminaux et d’une furca. Opercule
constitué de deux lèvres fortement sclérotinisées et armées d’ornementations marginales
souvent robustes. Barres latérales absentes ou réduites à une aire tégumentaire granuleuse.
Mâles d’aspect globuleux ou ovoïde, la région postérieure du corps étant tronquée.
Weltneria zibrowii Turquier, 1985
Distribution : îles Habibas (Algérie), 35°43,7'N et 01°07'W. Six individus provenant d’une colonie
morte et très encroûtée du Bryozoaire Myriapora truncata; profondeur —20 m (J. G. Harmelin coll.,
1977).
Genre LITHOGLYPTES Aurivillius, 1892
Lithoglyptidae pourvus de quatre paires de cirres terminaux et d’une furca.
Lithoglyptes stirni n. sp.
Diagnose : Lithoglyptes dont l’opercule est pourvu, à son extrémité antérieure, d’une apophyse
robuste, généralement terminée en crochet chez les individus jeunes, mais émoussé ou fréquemment brisé
chez les femelles de grande taille. L’ornementation des lèvres consiste en épines épaisses à tête bifide et en
épines simples, aiguës, recourbées en crochet vers l’arrière. Pas de barres latérales.
Étymologie : La présente espèce est dédiée au professeur Joze Stirn, Université de Ljubljana
(Yougoslavie) qui, en 1969, dirigeait à bord de « l’Al Mounir » la campagne de prospection sur les côtes
marocaines au cours de laquelle ce matériel nouveau a été récolté.
Distribution : Détroit de Gibraltar, à proximité du cap Spartel (35°50,3'N et 5°59'W). Plusieurs
dizaines d’exemplaires dans des Scléractiniaires des étages circalittoral et bathyal, entre 90 m et 390 m de
profondeur. Les espèces-hôtes sont Madrepora occulata, Lophelia pertusa, Caryophyllia cyathus,
Paracyathus pulchellus et Errina aspera.
Types : L’holotype est déposé au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris; des paratypes ont
été adressés à l’Institut Chériffien de Rabat.
Description de la femelle
Le manteau, très comprimé, mesure environ 3 mm de long chez les individus adultes. Les
dimensions du plus grand exemplaire observé (fig. 1 C) atteignaient 3,5 x 2,15mm; très
souvent, les femelles prennent au cours de leur croissance une forme plus élancée corrélative de
la morphologie du substrat dans lequel elles creusent leur logette (fig. 1 B).
Le disque de fixation est de taille relativement importante, de forme irrégulière et son
— 393 —
Fig. 1. — Lithoglyptes stirni n. sp. : A, femelle juvénile (noter l’ornementation des lèvres palléales dans son aspect le
plus « classique » chez les individus jeunes ; par transparence, l’anatomie révèle le ganglion cérébroïde (a), un
cordon glandulaire (b) qui longe le bord rostral de l’œsophage, le muscle adductor scutorum (c), le ganglion
nerveux postérieur (d)) ; B et C, femelles adultes (l’ornementation des lèvres palléales est généralement émoussée),
m = mâle nain.
extrémité antérieure donne à la région sous-operculaire une silhouette boursouflée d’aspect
variable ; la région sous-operculaire où convergent les muscles rétracteurs du corps est souvent
proéminente mais ne constitue pas ce que les auteurs nomment classiquement une « protubé¬
rance operculaire » (« orificial knob »). Le manteau est armé d’épines relativement fortes, à
tête bifide et souvent dissymétrique.
Le bouclier est étroit. Il se prolonge à son extrémité antérieure par un fort processus
conique dont la morphologie est, comme chez beaucoup d’espèces de Lithoglyptes , à la fois
variable et caractéristique. Chez les individus jeunes, la forme la plus fréquente est celle d’un
fort crochet recourbé vers l’arrière (fig. 1 A) ; ses flancs, hérissés d’ornementations tégumentai-
— 394 —
Fig. 2. — Lithoglyptes stirni n. sp., ornementation des lèvres palléales : A et A', face interne ; B et B', face externe. A et
B : chez une femelle jeune ; A' et B' : chez une femelle âgée (g = cellules glandulaires).
res très fines (rangées de spinules et de denticules, granulations à extrémité aiguë...), se
couvrent en outre de robustes épines et de longues soies simples sur leur face externe (fig. 2 A,
2 B et 3). Chez les femelles âgées, ce processus est généralement émoussé, souvent brisé, et son
ornementation rarement préservée dans son intégrité (fig. 2 A et 2 A').
Le bouclier est armé, sur son bord externe, d’une rangée d’épines épaisses à tête bifide,
dont les pointes sont émoussées et, sur son bord interne, d’épines aiguës, fortement recourbées
vers l’arrière ; il est limité vers l’intérieur du manteau par un bourrelet cuticulaire épais auquel
l’ornementation confère un aspect rugueux. La surface du bouclier proprement dit porte de
discrètes granulations et quelques soies simples.
Les lèvres palléales hébergent chacune, sous le bouclier, une masse glandulaire en grappe
constituée de cellules très volumineuses (jusqu’à 50fxm de diamètre); ces deux masses
symétriques sont en continuité avec un cordon impair qui chemine le long du bord dorsal de
l’œsophage (fig. 1 A). Aucune communication de cet appareil avec l’extérieur n’a pu être mise
en évidence, et l’homologie avec les structures glandulaires que Tomlinson et Newman (1960)
ont décrites chez L. spinatus et considérées avec quelque doute comme « cémentaires », n’a pu
être établie.
— 395 —
Fig. 3. — Lithoglyptes stirni n. sp., détail de l’ornementation des lèvres palléales chez une jeune femelle : A, face
interne; B, face externe.
La région céphalique est limitée vers l’avant par un labre simple, au contour sinueux, mais
dépourvu d’ornementation ; son bord antérieur est rétréci en étrave au niveau de laquelle la
cuticule est sensiblement renforcée. Le tube digestif commence par un pharynx musculeux dont
le trajet est parallèle à l’étrave du labre ; il se coude ensuite brusquement vers l’arrière en un
œsophage relativement long; les ganglions cérébroïdes sont situés à proximité immédiate de
cette courbure. La limite entre l’œsophage et l’estomac est soulignée par l’insertion d’un
important muscle transversal situé en position ventrale par rapport au tube digestif ; il a été
montré chez plusieurs espèces d’Acrothoraciques et de Pédonculés (g. Ibla) que ce muscle est
directement issu de l’adducteur des valves de la larve cypris (Batham, 1945; Turquier, 1970,
1985). La masse nerveuse ventrale, située au niveau de la jonction estomac-intestin, est
constituée d’un ensemble ganglionnaire unique et condensé dans lequel les neuromères
constitutifs ne sont pas repérables.
L’appareil buccal présente une structure classique au sein de la famille, mais les différents
appendices possèdent des caractéristiques morphologiques spécifiques (fig. 5 et 6) :
— mandibules à quatre dents robustes, l’inférieure étant bifide; la crête qui sépare les
dents principales est hérissée de lamelles acérées, sauf dans la partie supérieure de l’appendice ;
palpes foliacés, triangulaires, garnis de soies sur leur bord supérieur ;
— maxillules bilobées; le lobe supérieur garni de trois dents inégales; le lobe inférieur
prolongé par un ensemble complexe de lamelles tranchantes et de dents épineuses ;
Fig. 4. — Lithoglyptes stirni n. sp.. cirres buccaux in situ (A); détail des articles distaux (B). (1 = labre; p = palpe
mandibulaire ; ph = pharynx).
lOOjim
Fig. 5. — Lithoglyptes stirni n. sp., pièces buccales : A, mandibule droite et palpe (face interne) ; B, palpe gauche (face
externe) ; C, maxillule droite ; D, maxille droite.
— 397 —
— les maxilles sont triédriques; leur arête interne supporte une rangée de fortes soies
barbulées et très mobiles ; l’arête externe est couronnée par une bande de longues soies raides ;
les flancs sont parsemés d’ornementations cuticulaires d’aspect noduleux.
Les cirres buccaux (= l re paire de péréiopodes) sont orientés vers l’avant, et coiffent le
cône buccal. Le protopodite est constitué de deux articles inégaux ; le premier ( = coxopodite),
quatre fois plus long que le second (= basipodite), est fortement incurvé ; les cirres buccaux se
terminent par deux rames inégales et garnies de longues soies barbulées. La rame interne est
constituée d’un article unique; l’externe étant quadri-articulée. La face interne des cirres est
couverte de rangées irrégulières de petites soies raides qui doivent fonctionner comme autant
de brosses pour collecter les particules dont se nourrit l’animal.
Les cirres terminaux (P3 à P6) sont au nombre de quatre paires. Leur structure ne
présente pas de particularités notables, hormis la robustesse de leur base (fig. 7). La furca est
constituée de deux articles inégaux ; sa longueur est inférieure à celle du coxopodite de P6.
— 398 —
Fig. 7. — Lithoglyples stirni n. sp., cirres terminaux (péréiopodes 3 à 6) et furca.
Description du mâle (fig. 8)
Globuleux peu après la métamorphose des larves cypris, le corps du mâle s’allonge
notablement dans sa partie postérieure, se comprime fortement et acquiert une silhouette
piriforme très caractéristique (fig. 8 D). Les antennules larvaires restant.solidaires du corps de
l’animal, on constate que cette croissance s’effectue sans mue ; aucune dépouille exuviale ne
peut en effet, à aucun stade, être observée au niveau de l’insertion de ces appendices.
La persistance des antennules après la mue de la cypris n’est pas un caractère constant
chez les mâles d’Acrothoraciques ; chez la plupart des espèces, l’épiderme appendiculaire se
rétracte avant la sécrétion de la nouvelle cuticule et, en dépit de la protection qui leur assure
une situation topographique privilégiée, la fragilité des liens qui unissent l’animal à ses
antennules n’évite pas la perte de celles-ci (Turquier, 1971). Chez L. stirni il en va autrement,
un dispositif très particulier assurant une solidarité définitive entre le corps du mâle et les
antennules larvaires (fig. 8 E). La persistance d'une activité sécrétoire de l’épiderme à la limite
entre les deuxième et troisième articles de l’antennule rétrécit peu à peu l’orifice de
communication entre ces deux articles; au moment de la mue cypridienne, l’épaississement
cuticulaire est tel qu’il interdit pratiquement toute rétraction des tissus de l'extrémité distale.
Le comportement de l’épiderme pédonculaire, chez les larves mâles de L. stirni , n’est pas sans
— 399 —
Fig. 8. — Lithoglyptes stirni n. sp., mâles à différentes étapes de leur vie post-cypridienne : A (individu le plus jeune) à
D (individu le plus âgé); E, détail de l’extrémité distale de l’antennule; F, détail de l’extrémité proximale de
l’antennule montrant le dispositif qui maintient le corps du mâle solidaire de l’antennule larvaire.
rappeler celui qui, chez les larves femelles, aboutit à la mise en place d’un « socle pédonculaire
d’amarrage » (Turquier, 1970), dispositif qui assure l'adhésion de la pupe au substrat jusqu’à
ce que l’animal ait commencé l’excavation de celui-ci. Bien que les mécanismes cytologiques
mis en jeu dans les deux cas ne soient pas homologues, il n’en demeure pas moins que le
fonctionnement très spécialisé de l’épiderme pédonculaire apparaît comme un élément
caractéristique de l’ontogenèse des Acrothoraciques qu’il est intéressant de retrouver ici chez
une larve mâle.
L’anatomie des mâles est d’interprétation malaisée chez les individus juvéniles car le tissu
conjonctif périviscéral est encombré de réserves abondantes ; il a été montré que celles-ci sont
édifiées à partir des organes larvaires lysés au cours de la métamorphose (Turquier, 1971,
1985) et utilisées par le mâle au fur et à mesure que se poursuit son activité génitale.
— 400 —
Chez les mâles adultes de L. stirni, l’organisation anatomique est, au contraire,
relativement simple à analyser car, d’une part, la rotation de la masse viscérale s’effectue
entièrement dans le plan sagittal de la larve et, d’autre part, la taille modérée de la gonade ne
bouleverse pas profondément la splanchnologie après l’achèvement des mouvements mor¬
phogénétiques caractéristiques de la métamorphose. A l'issue de ceux-ci, le testicule se retrouve
en position antéro-dorsale après une rotation de près de 360° dont témoigne notamment le
trajet du spermiducte. Le système nerveux central, condensé et très régressé, ainsi que
« l’organe jaune », également entraînés par la migration de la gonade, se retrouvent orientés
vers la face dorsale de l’animal.
Parasites
Deux femelles adultes et ovigères de L. stirni hébergaient, dans leur cavité palléale,
plusieurs larves cryptonisciennes d’Isopodes Épicarides probablement parasites des pontes
(Stations B10 — D3 et D13 — D3). Bien que plusieurs Isopodes Cryptoniscina soient inféodés
à divers Cirripèdes, c’est, à notre connaissance, le premier cas de parasitisme signalé aux
dépens des Acrothoraciques. Ces parasites ont été adressés pour étude au Pr Stromberg
(Station Biologique de Kristinberg, Suède) et au Dr R. Bourdon (Station Biologique de
Roscoff, France). Selon ce dernier auteur, « il s’agit très probablement d’un nouveau genre,
quoique très proche d 1 Hemioniscus... et de Scalpelloniscus » (in litt. 06-03-85).
Kochlorine hamata Noll, 1872
Matériel examiné : Tenara (Maroc) : trois exemplaires communiqués par le Pr Panouze, sans
indication de substrat ni de profondeur ; H. Gantés coll., 15-03-1953. îles Habibas (Algérie), 35°43,7' N et
01°07'W : trois exemplaires dans une colonie morte de Myriapora truncata\ H. G. Harmelin coll., 1977.
Détroit de Gibraltar, près du cap Spartel, 35°50'N et 5°59'W : deux exemplaires dans un polypier de
Balanophyllia regia ; station B2bis — Q9, profondeur 3,5 m; deux exemplaires dans un coussinet de
Mélobésiées encroûtantes ; station B15 — Q7 ; —10 m ; J. Stirn coll., 1969.
Décrites à partir d’individus récoltés dans des coquilles d’Ormeau ( Haliotis tuberculatà)
sur le côte sud-ouest de l’Espagne (Cadix), cette espèce présente en réalité une répartition
géographique pantropicale, la région concernée par le présent travail constituant plutôt la
marge septentrionale de son aire. Elle s’accommode de substrats très divers : Scléractiniaires,
Mollusques, Bryozoaires, Algues calcaires, etc.
Famille des Trypetesidae Krüger, 1940
Seuls représentants du sous-ordre des Apygophora (Berndt, 1907), les Trypetesidae
constituent un ensemble relativement très spécialisé qui s’écarte notablement des deux autres
familles tant par sa morphologie (structure des appendices buccaux et des « cirres terminaux »)
et son anatomie (tube digestif aveugle) que par sa biologie (commensalisme avec des Pagures).
Considérée comme monogénérique jusqu'à une date récente, la diagnose de la famille a dû
être modifiée après la découverte d’un second genre, Tomlinsonia Turquier, 1985 ( =
Alcippoides Turquier et Carton, 1976, nec Strand, 1928). Seul le genre Trypetesa est connu en
Méditerranée.
— 401 —
Genre TRYPETESA Norman, 1903
Trypetesidae pourvus d’un coussinet aux cirres terminaux P4 et P5. Pièces buccales droites
et portant des dents robustes. Lèvres palléales faiblement dissymétriques.
Trypetesa lampas (Hancock, 1849)
Matériel examiné : Plusieurs dizaines de femelles adultes et des centaines de stades juvéniles récoltés
au large de Banyuls-sur-Mer (France) 42°29'4N et 3°0,9'E, entre —50 et —60 m (28 avril-8 mai 1969; 25
mars- 1 er avril 1970).
Ces animaux occupaient diverses coquilles de Gastéropodes ( Calliostoma granulatum,
Natica sp.. Murex brandaris, Morio rugosa, Buccinum Humphrey sianum) habitées par les
Pagures Dardanus arrosor (Herbst) ou Pagurus prideauxi Leach. T. lampas est une espèce
largement répandue dans les eaux côtières de l’Atlantique nord-oriental et des bassins
adjacents (Manche, mer du Nord, mer d’Irlande, Skaggerak, Kattegat, Méditerranée), ainsi
que sur la côte orientale des États-Unis (Genthe, 1905) et dans le golfe du Mexique (Spivey,
1979). Elle fréquente essentiellement l’étage infra-littoral et n’est signalée dans la zone
intertidale qu’à l’occasion de fortes marées.
La récolte de l’espèce sur les côtes catalanes confirme l’information donnée par Berndt
(1907) qui, dans une note fort succincte, rapportait la présence d’une sous-espèce de grande
taille (T. lampas gigantea) dans des coquilles de Muricidés méditerranéens.
Toutefois, l’absence de données autres que celles concernant leur taille, « jusqu’à deux fois
et demie celle de l’espèce typique »\ ne permettait pas de préciser le statut des populations
méditerranéennes. Le nombre important des spécimens récoltés au cours du présent travail
nous autorise à établir une comparaison avec celles de la Manche.
Caractères de la femelle
La taille maximale des femelles récoltées à Banyuls avoisine 15 mm (contre 10 mm à
Roscoff)- Pour l’essentiel, l’habitus est le même ; toutefois, la longueur des lèvres palléales
étant peu différente chez les animaux adultes provenant des deux populations (1,8 à 2 mm
environ), le rapport R, (longueur des lèvres palléales/longueur du corps) atteint des valeurs
plus faibles chez les individus méditerranéens et leur confère une silhouette moins massive.
Au cours de la croissance de la femelle, les lèvres palléales subissent une allométrie
minorante (Turquier, 1967a) et la valeur de Rj diminue donc avec l’âge. Pour apprécier la
signification de ce caractère, des mesures ont été entreprises sur deux échantillons de femelles
de taille supérieure à 3 mm (fig. 9) ; l’étude de l’évolution de R, en fonction de la taille de la
femelle a montré :
— que la corrélation entre ces deux valeurs est hautement significative dans chacune des
populations (r supérieur à 0,91 et 0,77 respectivement, pour un échantillon n = 25) ;
I. « bis 2 1/2 mal so gross wie die typische Art » (Berndt, 1907 : 289).
402 —
Fig. 9. — Trypetesa lampas (Hancock) : lèvres palléales. Évolution du rapport R, en fonction de la taille des femelles.
Comparaison entre une population de la Manche (T. lampas lampas ) et une population méditerranéenne ( T. lampas
gigantea).
— que l’allométrie des lèvres palléales présente des caractéristiques très tranchées entre
les deux populations : a) population de Roscoff : R, passe de 0,4 chez les femelles de 3 mm à
0,22 chez des femelles de 9 mm; coefficient de régression = —0,0251 ; ordonnée à l’origine =
0,42; b) population de Banyuls : R, passe respectivement de 0,25 à 0,19 pour les individus de
taille comparable, mais descend à 0,14 chez les individus les plus grands; coefficient de
régression = —0,0115 ; ordonnée à l’origine = 0,29.
Outre leurs caractères biométriques distinctifs, les Trypetesa de Méditerranée présentent
quelques particularités morphologiques qui affectent essentiellement le manteau, aucune
différence significative n’ayant pu être relevée dans la structure des appendices et, notamment,
des pièces buccales. La plus constante de ces particularités concerne la morphologie des lèvres
palléales (fig. 10) dont l’extrémité rostrale, généralement anguleuse, se prolonge parfois en une
pointe plus ou moins longue. Corrélativement, l’échancrure du manteau qui isole les saillies
cuticulaires du bord rostral des lèvres (« orificial palps ») acquiert un contour plus obtus.
Enfin, la face interne du manteau est hérissée de papilles tégumentaires turgescentes, de 80
à 100 [xm environ, comparables à celles qui ont été décrites chez T. habei Utinomi, 1964 et chez
T. spinulosa Turquier, 1976.
— 403 —
Fig. 10. — Trypetesa lampas (Hancock), morphologie des lèvres palléales (lèvre droite, face externe) : A, T. I. lampas
de Roscoff ; B et C, T. I. gigantea de Banyuls.
Caractères du mâle
Les mâles de la population méditerranéenne ne se distinguent de ceux de la Manche ni par
leur anatomie, ni par leur taille (maximum = 0,8 à 1 mm). Comme eux, ils présentent un lobe
orchidien très développé qui, chez l’adulte, atteint une taille voisine et même supérieure à celle
de la gaine pénienne (R p longueur de la gaine pénienne/longueur du lobe orchidien = 0,8 à
0,9). La valeur de ce rapport n’a de signification que chez les mâles dont l’activité génitale est
effective car la croissance du lobe orchidien survient brusquement au cours de la morphogenè¬
se du mâle après que la paroi de la cavité palléale postérieure ait commencé sa transformation
en gaine pénienne (Turquier, 1971), et le rapport R p varie dans une large mesure au cours de
la métamorphose. Toutefois, l’orientation du lobe orchidien, strictement perpendiculaire au
reste du corps chez la plupart des individus, confère aux mâles méditerranéens une silhouette
« en équerre » que n’ont pas ceux de la population atlantique (fig. 11). Les conditions
d’exiguïté dans lesquelles s’achève la métamorphose des cypris entraînent une variabilité
morphologique des mâles adultes qui atténue cependant la portée de ce caractère.
En revanche, les mâles de la population méditerranéenne se singularisent par le faible
développement des « cornes (ou lobes) latéro-antérieurs » qui, chez la cypris, apparaissent aux
dépens de la région céphalique (taille généralement comprise entre 0,20 et 0,25 mm chez les
mâles adultes de Roscoff, contre 0,15 à 0,20 chez ceux de Banyuls). D’autre part, leur
— 404 —
Fig. 11. — Trypetesa lampas (Hancock), morphologie comparée des mâles récoltés à Roscoff (A) et à Banyuls (B).
croissance étant plus précoce et plus lente que celle du lobe orchidien, le rapport R c (longueur
des « cornes «/longueur du lobe orchidien) diminue rapidement au cours de la métamorphose ;
les caractéristiques de ce rapport diffèrent entre les deux populations et permettent de les
discriminer (fig. 12); en particulier, R c varie entre 0,28 et 0,13 chez les mâles méditerranéens et
entre 0,6 et 0,3 chez ceux de la Manche. Il en résulte que, quelque soit le degré d’avancement
de leur morphogenèse, la connaissance de ce rapport permet de distinguer les mâles des deux
populations.
Caractères des larves
Le développement larvaire de Trypetesa lampas a été décrit à partir de populations de la
mer du Nord (Kühnert, 1934) et de la Manche (Turquier, 1967 b), mais aucune larve n’a été
récoltée en Méditerranée au cours du présent travail.
Toutefois, les mâles de Trypetesa conservent fréquemment la dépouille de leurs antennules
— 405 —
Fig. 12. — Trypetesa lampas (Flancock), morphogenèse des mâles : évolution du rapport R c en fonction de la taille du
lobe orchidien ; comparaison entre les individus de la Manche (T. I. lampas) et ceux de la Méditerranée (T. I.
gigantea).
cypridiennes après la métamorphose, les articles distaux restant solidaires du tégument de la
région pédonculaire. L’examen de ces appendices (fig. 13) révèle une différence sensible de la
taille et de la forme du troisième article antennulaire entre les mâles des deux populations,
celui-ci étant plus long (130 p.m en moyenne contre 110) et plus grêle chez les individus
méditerranéens.
— 406
B
lOCtyim
Fig. 13. — Trypelesa lampas (Flancock), morphologie de l’antennule des cypris $ (3* article) : A, T. I. lampas de
Roscoff ; B, T. I. giganlea de Banyuls.
Discussion
Turquier (1976) a distingué, à l’intérieur du genre Trypetesa, trois groupes d’espèces
présentant entre eux des caractères morphologiques relativement bien tranchés. Le groupe
auquel appartient T. lampas est constitué d’espèces d’aspect massif et de taille relativement
grande (femelles adultes dépassant 5mm et pouvant atteindre 10mm ou plus); le corps est
normalement perpendiculaire au disque, sa torsion n’affectant, chez les sujets les plus âgés, que
la région distale du thorax ; l’orifice palléal est toujours pourvu de « palpes » ; les mâles ont
une gaine pénienne relativement longue et, en tout état de cause, très supérieure à celle des
lobes latéro-antérieurs.
Au sein de ce groupe, la distinction des espèces repose principalement sur la structure et
l’ornementation des lèvres palléales, l’ornementation du manteau, la morphologie des pièces
buccales. Sur la base de ces critères, la population méditerranéenne étudiée au cours du présent
travail s’apparente incontestablement à l’espèce T. lampas. Mais les individus de Banyuls se
singularisent par une plus grande variabilité de certains des caractères morphologiques retenus
comme critères spécifiques (forme et armature des lèvres palléales, fig. 10; papilles de la face
interne du manteau), et présentent en propre quelques caractères (biométriques notamment)
qui les distinguent des animaux récoltés dans la Manche. Par exemple, la morphologie des
mâles (développement des lobes latéro-antérieurs) est un critère fiable pour assurer cette
discrimination. Ces arguments me semblent suffisants pour confirmer le rang sub-spécifique
des populations méditerranéennes envisagé par Berndt (1907), celles de la Manche et de la
— 407 —
mer du Nord devant être rapportées à une sous-espèce distincte. Dans l’état actuel de nos
connaissances, l’espèce T. lampas comporte donc au moins deux sous-espèces géographiques :
T. lampas lampas (Hancock, 1849) (localité-type : côtes des Northumberland, Grande-
Bretagne) et T. lampas gigantea Berndt, 1907 (localité-type : Banyuls-sur-Mer, France, Berndt
n’ayant donné aucune précision sur l’origine géographique des exemplaires méditerranéens
qu’il a étudiés).
Toutefois, le problème posé par le polytypisme de l’espèce T. lampas mériterait d’être
repris sur d’autres bases. D’une part, une étude morphologique et biométrique de populations
dont la situation géographique est intermédiaire entre celles de Roscoff et de Banyuls (façade
atlantique, péninsule ibérique) permettrait de tester l’existence éventuelle d’un cline. D’autre
part, l'extension d’un tel travail aux populations des côtes américaines clarifierait leur statut
car, d’après les figures publiées par Spivey (1979), il n’est pas évident que les exemplaires du
golfe du Mexique doivent être rapportés sans réserve à l’espèce T. lampas (absence de
« palpes » près de l’orifice palléal par exemple). Enfin, les résultats du présent travail laissent à
penser que des progrès sensibles dans la connaissance taxonomique des Trypetesa ne pourront
être accomplis à partir des seules études morphologiques. Malheureusement, l'analyse de
critères biochimiques ou enzymologiques au niveau des populations requiert un matériel
abondant rarement disponible chez les Acrothoraciques, et il est à craindre que le problème
doive rester en suspens dans l’immédiat.
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383-393.
Utinomi, H., 1964. — Studies on Cirripedia Acrothoracica. V. Morphology of Trypetesa habei Utinomi.
Pubis Se to mar. Biol. Lab., 12 : 117-132.
Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris, 4 e sér., 9, 1987,
section A, n° 2 : 409-453.
Les espèces indo-ouest-pacifiques d’eau profonde
du genre Metapenaeopsis (Crustacea Decapoda Penaeidae)
par Alain Crosnier
Résumé. — Les nombreuses récoltes des campagnes MUSORSTOM I, II et III aux Philippines,
auxquelles ont été jointes celles des campagnes CORINDON II et IV en Indonésie, celles du « Vauban »
faites de 1970 à 1974 à Madagascar et diverses autres provenant notamment de mer Rouge, d’Australie et
de Nouvelle-Calédonie, ont permis un réexamen des Metapenaeopsis indo-ouest-pacifiques d’eau
profonde. Dix espèces dont trois nouvelles, M. liui, M. angusta et M. erythraea, et une sous-espèce
nouvelle, M. provocatoria longirostris , sont ainsi reconnues. Une clé d’identification des espèces et de la
sous-espèce, ainsi que des dessins de chacune d’entre elles sont publiés.
Abstract. — The numerous samples collected during the MUSORSTOM I, II and III expeditions in
the Philippines to which were added those of the CORINDON II and IV expeditions in Indonesia, those
of the « Vauban » made from 1970 to 1974 around Madagascar, as well as various others, particularly
collected in the Red Sea, Australia and New Caledonia, have permitted a reexamination of the Indo-
West-Pacific deep-sea Metapenaeopsis. Ten species, of which three, M. liui, M. angusta and M. erythraea ,
are new, and one subspecies, M. provocatoria longirostris, also new, are recognized. A key to the species
and subspecies, as well as illustrations of each are included.
A. Crosnier, Chercheur ORSTOM. Muséum national d’ Histoire naturelle, Laboratoire de Zoologie (Arthropodes) et
École Pratique des Hautes Études, Laboratoire de Carcinologie et d'Océanographie biologique, 61, rue Buffon,
75231 Paris cédex 05.
Des récoltes abondantes faites durant ces dernières années à Madagascar (campagnes du
N.O. « Vauban »), aux Philippines (campagnes MUSORSTOM I, II et III), en Indonésie
(campagnes CORINDON II et IV), en mer Rouge (campagne du N.O. « Valdivia »), en
Nouvelle-Calédonie (campagnes des N.O. « Vauban » et « Coriolis »), et des prêts de matériel
provenant de zones diverses de l’Indo-Ouest-Pacifique, nous ont amené à essayer de clarifier
nos connaissances sur les Metapenaeopsis indo-ouest-pacifiques vivant en eau profonde
(> 100 m).
Le résultat de ce travail est présenté ici. Malheureusement, comme on le verra, nous
n’avons pu élucider tous les problèmes qui se sont posés.
Les dimensions des spécimens correspondent, sauf indication contraire, à la longueur de
la carapace (Le) mesurée du fond de l’orbite à la partie dorsale du bord postérieur de la
carapace. Lorsque nous mentionnons la longueur totale (Lt), celle-ci correspond à la distance
séparant la pointe du rostre de l’extrémité du telson.
Dans les listes du matériel examiné, les abréviations suivantes ont été utilisées pour
indiquer les provenances :
— 410 —
BM :
IM
LON
MP
NM S
NMV :
NTM :
RMNH :
SNU
SUF :
USNM :
ZMA :
British Museum (Natural History), Londres
Indian Museum, Calcutta
Lembaga Oseanologi Nasional, Djakarta
Muséum national d’Histoire naturelle, Paris
Natur-Museum Senckenberg, Francfort/Main
Naturhistorisches Museum, Vienne
Northern Territory Museum, Darwin
Rijksmuseum van Natuurlijke Historié, Leyde
College of Natural Sciences, Seoul, National University
Shimonoseki University of Fisheries, Japon
National Museum of Natural History, Washington
Zoologisch Museum, Amsterdam
Liste des stations
Nous donnons ci-après la liste des stations des campagnes MUSORSTOM I, II et III où ont été
récoltées des Metapenaeopsis d’eau profonde.
Les références détaillées, relatives aux autres récoltes utilisées dans cette étude, sont données dans la
rubrique « Matériel » propre à chaque espèce.
MUSORSTOM I
Station 2. — 19.03.1976, 8h 15-8h35, 14°02,8'N-120°18,8'E, 187-182m : M.angusta.
Station 5. — 19.03.1976, 12h25-13h 15, 14°01,5'N-120°23,5'E, 215-200 m : M. angusta.
Station 7. — 19.03.1976, 15h23-16h08, 14°01,0'N-120°20,0'E, 200-185m : M. angusta, M. liui.
Station 11. — 20.03.1976, 8 h 55-9 h 55, 13°59,8' N-120°23,7' E, 230-217 m : M. angusta, M. liui.
Station 24. — 22.03.1976, 8 h 00-9 h 00, 14°00,0'N-120°18,0'E, 189-209 m : M. angusta.
Station 26. —22.03.1976, 11 h 10-12h00, 14°00,9' N-120°16,8' E, 189m:M./ imî.
Station 33. — 23.03.1976, 9 h 55-10 h 58, 13°59,5' N-120° 19,2' E, 197-187 m : M. liui.
Station 40. — 24.03.1976, 8 h 12-8 h 54, 13°57,4' N-120°27,8' E, 287-265 m : M. liui.
Station 42. —24.03.1976, 11 h 10-11 h 50, 13°55,T N-120°28,6' E, 387-407 m : M. angusta, M.sibogae.
Station 55. — 26.03.1976, 13 h 28-14 h 08, 13°55,0' N-120° 12,5' E, 200-194m : M. angusta, M. liui.
Station 56.— 26.03.1976, 15h00-15h42, 13°53,1'N-120°08,9'E, 134-129m : M. liui.
Station 58. — 26.03.1976, 17h45-18 h 35, 13°58,0'N-120°13,7'E, 143-178m : M. liui, M. provocatoria.
Station 62. —27.03.1976, 10h28-llh03, 13°59,5'N-120°15,6'E, 179-194m : M. provocatoria.
MUSORSTOM II
Station 1. — 20.11.1980, 11 h 00-12 h 00, 14°00,3' N-120° 19,3' E, 198-188 m : M. angusta.
Station 2. — 20.11.1980, 13 h 28-14 h 23, 14°01,0' N-120° 17,1' E, 186-184 m : M. liui, M. provocatoria.
Station 3. — 20.11.1980, 15h08-15h42, 13°59,8'N-120°17,6'E, 182-180m : M. liui, M. provocatoria.
Station 4. — 20.11.1980, 17 h 03-17 h 43, 14°01,2' N-120°18,4' E, 190-183 m : M.angusta, M. liui.
Station 11. 21.11.1980, 13h39-14h 18, 14°00,4'N-120° 19,7' E, 196-194m : M. angusta, M. liui.
Station 12. — 21.11.1980, 15h09-15h50, 14°01,0'N-120°19,7'E, 197-210m : M. angusta, M. liui.
Station 18. —22.11.1980, 10h35-l 1 h20, 14°00,0'N-120°18,6'E, 195-188m : M. liui.
Station 19. 22.11.1980, 12h21-13h21, 14°00,5' N-120°16,5' E, 189-192m : M. angusta. M. liui, M. pro¬
vocatoria.
Station 20. 22.11.1980, 14h 13-14h 53, 14°00,9' N-120° 18, T E, 192-185m : M.angusta, M. liui.
Station 34.— 24.11.1980, 14h01-14h 10, 13°27,9'N-120°12,0'E, 167-155 m : M. philippii.
Station 35. — 24.11.1980, 15h07-15h25, 13°27,9'N-121°11,6'E, 160-198 m : M. liui, M. philippii, M. sibo-
gae.
Station 57. — 28.11.1980, 10hl5-10h40, 13°51,8'N-120°03,6'E, 182-156 m : M. philippii.
Station 59. — 28.11.1980, 16h40-17h25, 14°00,5' N-120° 16,5' E, 190-186m : M. provocatoria.
Station 63. — 29.11.1980, 9 h 00-9 h 30, 14°07,3' N-120°15,0' E, 230-215m : M. angusta, M. liui.
Station 64. — 29.11.1980, 10 h 50-11 h 23, 14°01,5' N-120°18,9' E, 195-191 m : M. angusta.
Station 66. — 29.11.1980, 13 h 34-14h 10, 14°00,6' N-120°20,3' E, 209-192m : M. angusta, M. liui.
Station 83. 2.12.1980, 8 h 00-8 h 50, 13°55,2' N-120°30,5' E, 320-318 m : M. liui.
MUSORSTOM III
Station 86. — 31.05.1985, 9 h 00-9 h 30, 14 o 00,4' N-120° 17,8' E, 187-192 m : M. provocatoria.
Station 97. - 1.06.1985, 11 h06-l 1 h 40, 14°00,7' N-120° 18,8' E, 189-194 m : M. angusta, M. liui.
Station 98.— 1.06.1985, 12 h 30-13 h 10, 14°00,2'N-120°17,9'E, 194-205 m : M. liui, M. provocatoria.
Station 100. — 1.06.1985, 15 h 13-15 h 53, 14°00,0' N-120° 17,6' E, 189-199 m : M. liui, M. provocatoria.
Station 110. —2.06.1985, 13h09-13 h 42, 13°59,5'N-120°18,2'E, 187-193m : M. provocatoria.
Station 111. —2.06.1985, 14h38-15h28, 14°00,1'N-120°17,5' E, 193-205m : M. liui.
Station 120. — 3.06.1985, 22h00-22h40, 12°05,6'N-121°15,6' E, 219-220m : M. angusta, M. liui.
Starion 125. — 4.06.1985, 14hl2-14h36, 11°57,7'N-121°28,5'E, 388-404m : M. liui.
Station 138. — 6.06.1985, 11 h05-11 h30, 11°53,8'N-122°15'E, 252-370m : M. angusta, M. liui, M. sibo-
gae.
Station 139. — 6.06.1985, 12hl9-12h52, 11°52,9'N-122°14,7'E, 240-267m : M. angusta, M.philippii, M.
sibogae.
Station 143. — 7.06.1985, 4 h 15-5 h 50, 11°28,3'N-124°11,6' E, 205-214 m : M. angusta, M. liui.
Station 145. — 7.06.1985, 10h44-l 1 h 14, 11°01,6' N- 124°04,2'E, 214-246 m : M. angusta.
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
Genre METAPENAEOPSIS Bouvier, 1905
La bibliographie relative à ce genre a été établie par Pérez Farfante (1971 : 7) : nous y
renvoyons le lecteur.
Cet auteur a également rappelé la diagnose du genre dont nous donnons ci-après les
caractères principaux.
Le corps est pubescent. Le rostre, toujours bien développé, est de longueur très variable
suivant les espèces mais est toujours proportionnellement plus court chez les mâles que chez les
femelles; il ne porte que des dents dorsales, en arrière desquelles se trouve une dent
épigastrique. La carapace est dépourvue de sutures longitudinales ou transversales et ne
présente pas de sillons marqués ; elle porte des épines antennaire, hépatique et ptérygostomien-
ne bien développées et une dent orbitaire petite. L’abdomen a ses trois derniers segments
carénés dorsalement sur toute leur longueur, les deuxième et troisième peuvent également être
carénés mais alors partiellement. Le telson porte une paire d’épines latérales fixes, subdistales,
précédées de trois paires de longues épines mobiles. Les yeux ont une cornée toujours bien
développée; leur pédoncule porte une écaille oculaire assez grande. Le premier segment des
pédoncules antennulaires a un prosartéma bien visible et porte une épine subdistale,
développée ou vestigiale, sur son bord ventral interne. Les flagelles antennulaires présentent un
dimorphisme sexuel marqué : ils sont beaucoup plus longs chez les mâles que chez les femelles ;
par ailleurs le flagelle inférieur est plus long que le dorsal. Les mandibules ont un palpe
bisegmenté (fig. 2 a). Les maxillules ont un palpe non segmenté (fig. 2 b). Les premiers
maxillipèdes ont un endopodite assez grêle qui dépasse l’exopodite (fig. 2 d). Il existe une épine
— 412 —
sur le basis des troisièmes maxillipèdes, des premiers et des deuxièmes péréiopodes, mais jamais
sur celui des troisièmes.
La répartition des branchies est la suivante : une pleurobranchie sur les segments
thoraciques III à VII ; une arthrobranchie sur le segment I, deux sur les segments II à VII,
toutes bien développées à l’exception de celle du segment I et de l’antérieure du segment VII.
Un épipodite, bien développé, existe sur les segments I, II, IV à VI.
Un exopodite, bien visible, se trouve sur les trois maxillipèdes et les cinq péréiopodes.
Le pétasma est asymétrique et se divise dans sa moitié distale en une série d’éléments
complexes, plus ou moins recouverts par deux valves (fig. 4). Les deux valves sont bien
développées chez les espèces de l’Indo-Ouest-Pacifique, tandis que la gauche demeure
rudimentaire chez celles de l’Atlantique et de l’Est-Pacifique.
L’appendix masculina comporte un relief rappelant un peu une trompe d’éléphant
(fig. 2 e).
Le thélycum présente, sur le sternite du segment thoracique VII, une plaque médiane très
développée et en relief, suivie, sur le sternite VIII, par une plaque transversale subdivisée ou
non et bordée en arrière par une crête (fig. 5). Deux réceptacles séminaux communiquent
chacun avec l’extérieur par un fort conduit en forme de tuyau recourbé débouchant à l’avant
du sternite VIII ; les orifices de ces réceptacles sont cachés par la plaque médiane, sauf chez M.
coniger (fig. 19 g).
Tableau I. — Répartition des branchies, épipodites et exopodites dans le genre Metapenaeopsis (r =
rudimentaire).
Segments thoraciques
I
(Mxpl)
h
(Mxp2)
III
(Mxp3)
IV
(PI)
V
(P2)
VI
(P3)
VII
(P4)
VIII
(P5)
Pleurobranchies
_
_ •
1
1
1
1
1
Arthrobranchies
r
2
2
2
2
2
r + 1
—
Podobranchies
—
1
—
—
—
—
—
—
Épipodites
i
1
—
1
1
1
—
—
Exopodites
i
1
1
1
1
1
1
1
Les espèces étudiées ici forment un ensemble très homogène et beaucoup d’entre elles
peuvent facilement être confondues. Les caractères qui permettent de les différencier sont
limités. Les meilleurs semblent être :
— la longueur du rostre et le nombre de dents qu’il porte ;
— la présence ou l’absence d’épine de part et d’autre de l’incision dorsale distale du
troisième segment abdominal ;
— chez les femelles, la forme de la plaque médiane du thélycum et, plus accessoirement,
celle des bourrelets qui bordent antérolatéralement la plaque transversale ;
— chez les mâles, la forme de la partie distale de l’élément distodorsal gauche du
pétasma.
— 413 —
On peut également citer le développement plus ou moins grand des flagelles antennulaires
qui, malheureusement, sont souvent écourtés. L’allongement des péréiopodes peut aussi être
considéré, mais les variations individuelles importantes limitent l’utilisation de ce caractère.
Dans les pages qui suivent, on trouvera une description détaillée de M. philippii (Bate,
1881), première espèce de l’ensemble étudié ici à avoir été décrite. Pour les autres espèces,
même lorsqu’elles sont nouvelles, nous nous sommes souvent contenté de décrire et figurer les
caractères sélectionnés plus haut, afin d’éviter de continuelles redites.
Comme nous l’avons indiqué, plusieurs espèces sont très proches les unes des autres. Si les
femelles peuvent presque toujours être identifiées sans trop de problèmes, il n’en est pas de
même des mâles sur lesquels, s’ils n’ont pas été capturés avec leurs femelles, il est parfois
difficile de mettre un nom.
Par ailleurs on verra que les diverses espèces occupent chacune des aires géographiques
bien déterminées dans l’Indo-Ouest-Pacifique. Lors de notre étude, nous avons donc été
confronté, une nouvelle fois (cf. Crosnier, 1986a : 309), à la difficulté de savoir ce qui était
espèce, sous-espèce ou simple forme géographique.
Actuellement nous reconnaissons dix espèces et une sous-espèce. Ce sont : andamanensis
(Wood-Mason, 1891), angusta sp. nov., coniger (Wood-Mason, 1891), erythraea sp. nov., lata
Kubo, 1949, liui sp. nov., philippii (Bate, 1881), provocatoria Racek et Dali, 1965, provocatoria
longirostris subsp. nov., scotti Champion, 1973, sibogae de Man, 1907.
Les Metapenaeopsis étudiées ici vivent toutes sur des fonds vaso-sableux ou vaseux.
Presque toutes semblent pouvoir se trouver à partir de 100-150m et jusqu’à 300-400m. Deux
exceptions existent : liui qui a été capturée jusqu’à 550 m de profondeur, et erythraea qui n’a
encore été trouvée qu’entre 330 et 600 m. Pour cette dernière, qui semble endémique de la mer
Rouge et qui rappelle le cas de Parapenaeus fissuroides erythraeus Crosnier, 1986a, ceci doit
s’expliquer par les conditions hydrologiques très particulières qui existent dans la région où elle
vit.
Clés d'identification des Metapenaeopsis
d’eau profonde de l’Indo-Ouest-Pacifique
Compte tenu de ce que nous avons exposé dans les pages qui précèdent, les clés ci-après ont une
efficacité limitée. Elles doivent être considérées seulement comme un guide. Par ailleurs elles font appel à
des caractères (longueur du rostre, forme des pièces génitales) qui ne permettent leur utilisation que pour
les spécimens adultes.
On se souviendra, par ailleurs, qu'étant donné la grande similitude de certaines espèces et les
variations individuelles, une bonne identification spécifique reposera sur l’examen de lots comportant
plusieurs femelles et plusieurs mâles, les femelles étant presque toujours d’une identification plus aisée que
celle des mâles.
Femelles
1. Un fort denticule de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième segment abdominal .. 7
— Pas de denticule de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième segment abdominal ... 2
2. Rostre très long, pouvant dépasser le pédoncule antennulaire d’une longueur égale à 4,5 fois celle du
troisième article de ce pédoncule. Neuf dents dorsales (rarement 8 ou 10) en plus de l’épigastrique
(fig. 20 a). Plaque médiane du thélycum à peine entaillée par les bourrelets antérolatéraux bordant la
plaque transversale et ayant sa partie postérieure, courte, formée de deux lobes séparés par une pro¬
fonde encoche (fig. 20 b). sibogae
— 414 —
- Rostre moins long, ayant toujours moins de 9 dents dorsales et rarement 8. Partie postérieure de la
plaque médiane du thélycum courte ou longue, à extrémité unilobée ou bilobée, les lobes dans ce der¬
nier cas n’étant pas séparés (à l’exception de M. scotti) par une encoche très marquée (fig.8-9) .... 3
3. Partie postérieure de la plaque médiane du thélycum formée d’un lobe court et très étroit (fig. 19 a).
Rostre plutôt court, ne dépassant pas la moitié du troisième article du pédoncule antennulaire et
portant habituellement 7 dents dorsales, plus rarement 8 . lata
— Partie postérieure de la plaque médiane du thélycum soit formée d’un lobe large (fig. 8 a, m, o), soit
bilobée (fig. 8 n, 9) . 4
4. Rostre court dépassant, au plus, très légèrement le deuxième segment du pédoncule antennulaire et
portant 6 dents dorsales. provocatoria
— Rostre dépassant nettement le deuxième segment du pédoncule antennulaire et portant 6 ou 7 dents
dorsales (très exceptionnellement 8). 5
5. Plaque médiane du thélycum avec une dépression longitudinale médiane presque toujours bien mar¬
quée et un bord postérieur jamais nettement encoché en son milieu (fig. 8). 6
— Plaque médiane du thélycum sans dépression longitudinale médiane bien marquée et avec un bord
postérieur nettement encoché en son milieu (fig. 9). Rostre ne dépassant pas le pédoncule antennulaire
d’une longueur supérieure à la moitié de celle du troisième segment de ce pédoncule et portant habi¬
tuellement 6 dents, très rarement 7. scotti
6. Rostre long, pouvant dépasser le pédoncule antennulaire d’une longueur égale à 2,5 fois celle du troi¬
sième segment de ce pédoncule. Bourrelets antérolatéraux bordant la plaque transversale du thélycum
fins et évasés (fig. 8 i) . philippii
Rostre moins long, ne dépassant jamais le pédoncule antennulaire de plus des deux tiers de la lon¬
gueur du troisième segment de ce pédoncule. Bourrelets antérolatéraux bordant la plaque transversale
du thélycum épais (fig. 8 m). provocatoria longirostris
7. Partie postérieure de la plaque médiane du thélycum bien développée (fig. 12, 15). 8
— Partie postérieure de la plaque médiane du thélycum réduite à un lobe étroit (fig. 19 c-g). 9
8. Partie postérieure de la plaque médiane du thélycum glabre et très fortement recourbée dorsalement
au point que le véritable bord postérieur de la plaque peut en être caché et que les jonctions des bords
latéraux et du bord postérieur apparent peuvent avoir un aspect fortement anguleux (fig. 12). Rostre
portant le plus souvent 7 dents. andamanensis
— Partie postérieure de la plaque médiane du thélycum sétifère chez les grands spécimens et jamais
fortement recourbée dorsalement (fig. 15). Rostre portant le plus souvent 6 dents. liui
9. Le lobe qui orne postérieurement la plaque médiane du thélycum a ses bords latéraux très nettement
convergents vers l’arrière (fig. 19 d) . angusta
— Le lobe qui orne postérieurement la plaque médiane du thélycum a ses bords latéraux subparallèles
(fig. 19 e, g) .. ... 10
10. Le lobe qui orne postérieurement la plaque médiane du thélycum est très étroit (fig. 19 g). Le rostre,
qui ne s’étend, au plus, que légèrement au-delà du pédoncule antennulaire, porte 6 ou 7 dents .
. coniger
— Le lobe qui orne postérieurement la plaque médiane du thélycum est moins étroit (fig. 19 e). Le rostre,
qui peut dépasser le pédoncule antennulaire d’une longueur égale à 2,5 fois celle du troisième segment
de ce pédoncule, porte 7 ou 8 dents. erythraea
Mâles
1. Un fort denticule de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième segment abdominal . . 6
- Pas de denticule de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième segment abdominal ... 2
2. Rostre très long, dépassant nettement le pédoncule antennulaire et portant 9 dents dorsales (rarement
8 ou 10). Élément distoventral et valve droite du pétasma très allongés et dépassant nettement les
autres éléments et la valve gauche (fig. 20 d-e). sibogae
- Rostre ne dépassant pas le pédoncule antennulaire (ou alors légèrement) et portant toujours moins de
9 dents dorsales (très rarement 8). Élément distoventral du pétasma ne dépassant pas les autres élé¬
ments ; valve droite sensiblement de même longueur que la gauche. 3
— 415 —
3. La partie distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma a son bord externe toujours sinueux et se
termine par un lobe plus ou moins pointu (fig. 7 a-j) . 4
— La partie distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma a son bord externe convexe et ne pré¬
sente pas de lobe terminal marqué (fig. 7 k, 18 a). 5
4. Le rostre dépasse la base du troisième article du pédoncule antennulaire et porte 6 ou 7 dents dor¬
sales. Le lobe qui termine l’élément distodorsal gauche du pétasma est étiré (fig. 7 a-d) .... philippii
— Le rostre atteint, au plus, les trois quarts du deuxième segment du pédoncule antennulaire et porte 6
dents. Le lobe qui termine l’élément distodorsal gauche du pétasma est moins marqué (fig. 7 e-f).
. provocatoria
— Le rostre atteint l’extrémité du deuxième segment du pédoncule antennulaire et porte 6 ou 7 dents
(exceptionnellement 8). Le pétasma est identique à celui de provocatoria (fig. 7 g-j).
. provocatoria longirostris
5. La partie externe de la région distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma est très nettement
renflée (fig. 18 a). Le rostre porte 7, exceptionnellement 8, dents dorsales. lata
— La partie externe de la région distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma est peu renflée
(fig. 7 k.) Le rostre porte 6, exceptionnellement 7, dents dorsales. scotti
6. La région distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma est légèrement étirée (fig. 13 d-f). Le
rostre porte 6 dents dorsales (plus rarement 5 ou 7). liai
— La région distale de l'élément distodorsal gauche du pétasma est plus ou moins globuleuse (fig. 13a-c,
18 b-e). 7
7. La valeur du rapport : longueur de la carapace/longueur du pétasma est supérieure à 2,1 .. coniger
— La valeur du rapport ci-dessus est inférieure à 2,1 . andamanensis, angusta, erythraea
Il nous semble impossible de distinguer les espèces citées dans le second couplet du numéro 7 de la clé
au moyen de caractères dichotomiques. On se rappellera qu 'andamanensis a habituellement 7 dents
dorsales (plus rarement 6 ou 8), angusta 6 ou 7, erythraea 7 ou 8. On pourra également considérer
l’origine géographique des spécimens. L'identification certaine de ces mâles, en l’absence de femelles,
paraît toutefois aléatoire.
Metapenaeopsis philippii (Bate, 1881)
(Fig. 1 a-b, 2, 3 a-b, 4, 5, 7 a-d, 8 a-i, p-q)
Penaeus philippii Bate, 1881 : 181.
Penaeus philippinensis Bate, 1888 : 261, pl. 35, fig. 2, 2", 3, 3".
Metapenaeus philippinensis ; Alcock, 1905 : 518.
Penaeopsis philippii ; Calman, 1923 : 536 (en partie, spécimens du « Challenger » seulement); Barnard,
1950, fig. 108 a-b.
Metapenaeopsisphillippii (sic); Dall, 1957 : 168 (clé).
Metapenaeopsis philippii-, Racek et Dall, 1965 : 20 (clé); Starobogatov, 1972 : 404 (clé), fig. 2' ;
Champion, 1973 : 188; Burukovsky, 1974 : 38 (clé) (éd. 1983 : 52); Ivanov et Hassan, 1976 : 1305,
fig. 6 A ; Holthuis, 1980 : 18 (en partie).
Metapenaeopsis philippi (sic) ; George, 1972 : 2 ; Kensley, 1972, fig. 9 bb-cc (? non : 22 et fig. 9 aa).
Penaeopsis coniger var. andamanensis -, de Man, 1911 : 61 (en partie, spécimens St. 12 seulement). Non
(Wood-Mason, 1891).
Metapenaeopsis andamanensis ; Ivanov et Hassan, 1976, fig. 6 B. Non (Wood-Mason, 1891)
Non Penaeopsis philippii ; Calman, 1925 : 12; Barnard, 1950 : 592 [= M. scotti Champion. 1973].
Non Penaeopsis ( Metapenaeus)philipii (sic); Ramadan, 1938 : 70 [= M. scotti Champion, 1973],
Non Metapenaeopsis philippii-, Hall, 1966 : 12; Kensley, 1981 : 17 [= M. scotti Champion, 1973].
Non Metapenaeopsis philippii-, Sankarankutty, 1976, tabl. 1 [= M. coniger (Wood Mason, 1891)].
Non Leptopenaeus philippinensis -, Kishinouye, 1929 : 282, fig. page 281 [= M. provocatoria longirostris
subsp. nov.].
— 416 —
Non Metapenaeopsis philippii-, Hayashi, 1982 : 293, fig. 27 e, 28 e, 29 e, 30 e; Baba, Hayashi et Tori-
yama, 1986 : 63, 242, fig. couleur 23 [= M. provocatoria longirostris subsp. nov.].
? Metapenaeopsis philippii-, John et Kurian, 1959 : 156; George, 1969 : 26; Kurian et Sebastian, 1976 :
82, 96.
Matériel. — « Challenger » ; St. 192, 5°49'15" S- 132° 14' 15" E, off the Ki Islands, 256 m, 26.09.1874 :
2 S (BM 1888.22). St. 201, 7°3'N-121°48'E, off the Celebes Islands, 150m, 26.10.1874 : 9 î dont le
lectotype, 11 <$ (BM 1888.22). St. 219, 1°54' S-146°39'40" E, off the Admiralty Islands, 274m, 10.03.1875 :
7 tJ, 2 $ (BM 1888.22). — MUSORSTOM II (Philippines) : St. 34, 167-155m : 2 <? 15,0 et 15,8mm; 1 $
16,6mm (MP-Na 7286). St. 35, 160-198m : 28 <? 13,0 à 18,3mm; 36 $ 12,2 à 19,9mm (MP-Na 7287);
1 S 16,0mm (MP-Na 9149). St. 57, 182-156m : 1 $ 10,9mm (MP-Na 7288). — MUSORSTOM III
(Philippines) : St. 139, 240-267 m : 1 ? 15,3 mm (MP-Na 9478). — CORINDON II (Indonésie) : St. 267,
188-134m : 3 $ 10,3 à 10,8mm (MP-Na 7289). St. 271, 252-215m : 1 $ 15,3mm; 2 Ç 12,5 et 13,1mm
(MP-Na 7290). — CORINDON IV (Indonésie) : St. V.l, 244-215m : 1 $ 16,5mm; 2 $ 16,3 et 21,6mm
(MP-Na 7291). St. V.2, 250-244m : 5 S 14,5 à 16,4mm (MP-Na 7292).
Description
Le corps est recouvert d’une fine pubescence. Le rostre est armé de cinq ou sept dents
dorsales en plus de l’épigastrique et sans dent ventrale ; chez les mâles, il est très faiblement
sigmoïde, pratiquement horizontal, et son extrémité se situe entre la base et l’extrémité du
troisième segment du pédoncule antennulaire ; chez les femelles, le rostre plus long est
également plus fortement sigmoïde, sa partie distale étant légèrement recourbée vers le haut ;
son extrémité qui, chez les petites femelles, se situe vers le premier tiers du troisième segment
du pédoncule antennulaire peut, chez les grandes, dépasser ce pédoncule d’une longueur égale
à 2,5 fois celle de son troisième segment. La première dent rostrale est nettement en avant du
fond de l’orbite, tandis que l’épigastrique est implantée au voisinage du quart antérieur de la
carapace. La carène postrostrale, peu marquée, ne s’étend pas au-delà du milieu de la
carapace. Cette dernière porte trois épines (antennaire, hépatique et ptérygostomienne), dont
aucune ne se prolonge en arrière par une carène, et une petite dent orbitaire. Il n’y a aucune
fissure sur la carapace, mais un sillon hépatique peu marqué et l’esquisse d’une carène
branchiocardiaque s’observent.
Les yeux, colorés, sont très bien développés. Leur article basal porte une grande écaille
aiguë.
Les antennules ont un pédoncule qui atteint, ou presque, l’extrémité du scaphocérite. Le
développement des flagelles antennulaires varie avec le sexe ; si l’on considère le plus grand des
deux, qui est l’inférieur, sa longueur est normalement comprise entre 0,65 et 0,75 fois chez les
femelles, 0,80 et 0,90 fois chez les mâles, celle du pédoncule antennulaire (mesurée du creux de
l’orbite à l’extrémité du troisième segment). Le prosartéma atteint presque, ou dépasse
légèrement, l’extrémité de la cornée ; le stylocérite, très allongé, la dépasse légèrement.
Fig. 1. — Région antérieure du corps, vue latérale: a-b, Metapenaeopsis philippii (Bate, 1881); a, $ 10,3mm,
CORINDON II, Indonésie, st. 267, I86-I34m (MP-Na 7289); b, $ 16,0mm, MUSORSTOM II, Philippines,
st. 35, 160-198 m (MP-Na 7287). c, Metapenaeopsis provocatoria Racek et Dali, 1965, $ 15,0mm, MUSORSTOM I,
Philippines, st. 62, 179-194m (MP-Na 7294). d, Metapenaeopsis provocatoria longirostris subsp. nov., $ 14,9mm,
holotype, Australie, « Soela », Cr. 184, st. 8, 306-308 m (NTM). e, Metapenaeopsis scotti Champion, 1973, $
16,4mm, Madagascar, CH 45, 310-350m (MP-Na 7532).
— 417
— 418 —
Les pièces buccales, des mandibules aux premiers maxillipèdes, sont représentées sur les
figures 2 a-d.
Les troisièmes maxillipèdes, dont le dernier article est égal aux deux tiers environ de
l’avant-dernier, atteignent, ou peu s’en faut, l’extrémité du pédoncule antennulaire chez les
femelles, tandis que, chez les mâles, ils ne dépassent pas l’extrémité du deuxième article de ce
pédoncule.
Les péréiopodes sont bien développés, mais sans être très longs. Leur longueur varie
légèrement suivant les spécimens ; c’est ainsi que les cinquièmes ont leur extrémité qui peut se
situer entre la moitié et les deux tiers du scaphocérite. Le basis et l’ischion des premiers
péréiopodes sont armés, chacun, sur leur bord interne, d’une épine distale assez longue et de
même taille; une épine, nettement plus petite, existe sur le basis des deuxièmes. Tous les
péréiopodes portent un exopodite bien développé. Seuls les trois premiers sont munis d’un
épipodite ; ceux-ci, de grande taille, sont bifurqués.
L’abdomen a tous ses segments carénés dorsalement, à l’exception du premier. Sur le
second, la carène, peu marquée, ne s’étend que sur le tiers médian du segment ; sur le troisième,
Fig. 2. — Metapenaeopsis philippii (Bate, 1881) : a-d, 2 18,2mm, MUSORSTOM II, Philippines, st. 35, 160-198
(MP-Na 7287) : a, mandibule gauche ; b, maxillule gauche ; c, maxille gauche ; d, premier maxillipède gauche, e,
16,3 mm, CORINDON IV, Indonésie, st. V.2, 250-244 m (MP-Na 7292) : appendix masculina gauche, face externe.
o* 3
— 419 —
elle couvre les trois quarts postérieurs et, sur les suivants, la totalité du segment. Sur les quatre
derniers segments, la carène est très en relief. La carène du sixième se termine seule par une
épine ; les autres présentent une incision qui reçoit la carène du segment suivant ; cette incision
est flanquée, de chaque côté, par une épine dans le cas des quatrième et cinquième segments et
est sans épine (fig. 3 a) dans le cas du troisième (chez quelques très rares spécimens, il existe de
petits lobules latéraux sur le troisième segment : fig. 3 b). Le sixième segment a une longueur
qui, mesurée au niveau des condyles d’articulation, est égale au double, ou même légèrement
plus, de celle du cinquième ; ses faces latérales portent une petite épine subdistale sur leur bord
inférieur. Le telson, dont la longueur est voisine de 0,9 fois celle du sixième segment, porte une
paire d’épines latérales fixes, subdistales, de taille moyenne, précédées par trois paires de
grandes épines mobiles.
a b c d
Fig. 3. — Bord postérieur du troisième segment abdominal, vue dorsale : a-b, Metapenaeopsis philippii (Bate, 1881) ; a,
$ 10,3mm, CORINDON II, Indonésie, st. 267, 186-134m (MP-Na 7289); b, <J 16,0mm, MUSORSTOM Il|
Philippines, st. 35, 160-198m (MP-Na 9149). c, Metapenaeopsis andamanensis (Wood-Mason, 1891), $ 16,0mm,
nord du détroit de Malacca, « Manihine », st. 7/14, 159m (BM 1961.7.1. 2821-2839). d, Metapenaeopsis liui sp
nov., $ 10,4mm, CORINDON II, Indonésie, st. 267, 186-134m (MP-Na 9536).
Le pétasma, asymétrique, est représenté sur les figures 4 a-d. L’élément distodorsal
gauche a sa partie terminale qui présente un contour fortement sinueux et une excroissance
distale bien proéminente (fig. 7 a-d).
L’appendix masculina (fig. 2 e), en forme de trompe, n’est pas divisé.
Le thélycum est représenté sur la figure 5. Son élément caractéristique est la plaque
médiane du sternite thoracique YII (fig. 8 a-i). Cette plaque, qui porte quelques soies sur ses
parties latérales, est relativement plane (en particulier sa partie postérieure n’est pas incurvée,
fig. 8 p-q) ; elle est divisée par une dépression longitudinale médiane qui, plus ou moins étroite
et alors en forme de sillon dans la région centrale de la plaque, peut, vers l’arrière, se continuer
ainsi ou bien s’évaser plus ou moins fortement, tout sillon pouvant disparaître à la limite ; vers
le quart antérieur de la plaque, la dépression se divise en deux branches, habituellement moins
marquées, qui deviennent transversales, se creusent souvent à leur extrémité et aboutissent à
une incision des bords latéraux qui peut être bien marquée ou presque absente. En avant des
dépressions transversales, le quart antérieur de la plaque est occupé par un fort bourrelet
transversal, bien en relief. Sur les bords latéraux de la plaque, en arrière des incisions, une forte
encoche arrondie reçoit l’extrémité des bourrelets antérolatéraux qui bordent la plaque
transversale et qui sont fins et évasés. La partie postérieure de la plaque médiane, située en
arrière des encoches, est nettement moins large que la partie antérieure; sa forme est assez
— 421 —
V
VI
VII
VIII
plaque médiane
_ bourrelet
antérolatéral
plaque transversale
Fig. 5. — Metapenaeopsis philippii (Bate, 1881): vue ventrale des sternites thoraciques V à VIII et bases des
péréiopodes, $ 10,3 mm, CORINDON II, Indonésie, st. 267, 186-134m (MP-Na 7289).
variable ; ses bords latéraux, habituellement faiblement convergents vers l’arrière, peuvent être
subparallèles ; ils se raccordent au bord postérieur, qui peut être plus ou moins rectiligne ou
assez nettement bilobé, par des arrondis réguliers. La plaque transversale est creusée en
cuvette; les bourrelets antérolatéraux qui la bordent sont peu épais et évasés. Le rebord
postérieur du sternite thoracique VIII n’est pas découpé, à l’exception de ses extrémités qui
sont en forme de lobe vaguement dentiforme.
Remarques
Bate, en 1881, a donné la première diagnose de cette espèce en se basant sur du matériel
« taken off the Philippines Islands in about 100 fathoms of water », ce qui correspond à la
station 201 du « Challenger » (7 0 3'N-121 0 48'E, 150 m).
En 1888, sous le nom non plus de philippii mais de philippinensis, ce même auteur a donné
une description détaillée de son espèce, accompagnée des dessins d’une femelle et de son
thélycum et d’un mâle et de son pétasma. Bate a rattaché à philippii des spécimens capturés
lors de trois stations du « Challenger » :
— station 192, 5°49'15" S-132°14'15"E, off the Ki Islands, 256 m : 2 mâles ;
— station 201, déjà citée : 10 femelles, 17 mâles ;
— station 219, 1°54' S-146°39'40" E, off Admiralty Islands, 274 m : 2 femelles, 8 mâles.
— 422
I a plus grande partie de ce matériel existe encore au British Museum où nous avons pu
l’examiner.
Les spécimens de la station 192 sont au complet : deux mâles en bon état dont les
carapaces mesurent 11,6 et 14,2 mm.
Les spécimens de la station 201 ne comprennent plus que neuf femelles (Le comprise entre
9,8 et 17,8 mm) au lieu de dix, et onze mâles au lieu de dix-sept. Les femelles sont en bon état,
les mâles très abîmés (ce qui explique qu’ils n’aient pas été mesurés), mais deux pétasmas
intacts subsistent.
Les spécimens de la station 219 comprennent deux femelles (Le = 13,5 et 14,0 mm), et
sept mâles (Le comprise entre 13 et 14 mm) au lieu de huit. Ces spécimens sont en bon état.
Tout ce matériel appartient à une seule et même espèce.
Curieusement Bate (1888, pl. 35, fig. 2") a figuré la seule femelle de tout son matériel dont
le thélycum est aberrant, les bords latéraux de la partie postérieure de la plaque médiane
n’étant pas entiers comme nous le figurons, mais profondément incisés en arrière des encoches
correspondant aux bourrelets antérolatéraux de la plaque transversale. Ce choix inattendu de
Bate a semé la confusion lors d’identifications ultérieures faites par d’autres chercheurs.
La femelle représentée par Bate, dont la carapace mesure 15,6 mm et qui a été récoltée à
la station 201 du « Challenger », existe toujours dans les collections du British Museum mais,
compte-tenu de ce qui précède, il semble peu souhaitable de la désigner comme lectotype. Le
mâle figuré par Bate (1888, pl. 35, fig. 3, 3") ne peut être retrouvé, l’ensemble des mâles de la
station 201, à la suite vraisemblablement d’une erreur de fixation, étant en bouillie comme
nous l’avons mentionné. Dans ces conditions, nous choisissons comme lectotype la femelle de
la station 201, mesurant 17,5 mm et qui est en assez bon état.
La description publiée par Bate en 1888 est correcte dans son ensemble. On notera
toutefois que cet auteur mentionne qu’il n’y a pas d’épine sur les seconds péréiopodes, ce qui
est inexact puisqu’une petite existe sur leur basis.
Des difficultés redoutables surviennent lorsque l’on cherche à bien cerner les variations de
l’espèce. Comme on le verra aux chapitres suivants, si provocatoria Racek et Dali est bien
individualisée, provocatoria longirostris présente de telles affinités avec philippii que l’examen
des spécimens qui lui sont rattachés provoque une perplexité certaine.
Taille. — L’espèce est d’assez petite taille. La plus grande femelle et le plus grand mâle
que nous ayons examinés ont une carapace mesurant respectivement 21,6 et 18,3 mm et une
longueur totale de 102 et 96 mm.
Répartition. — Actuellement, l’espèce est connue avec certitude des Philippines et de
l’Indonésie entre 150 et 275 m de profondeur environ.
Metapenaeopsis provocatoria Racek et Dali, 1965
(Fig. 1 c, 6, 7 e-f, 8 j-1)
Metapenaeopsis provocatoria Racek et Dali, 1965 : 20, 48, fig. 10 A-D; Starobogatov, 1972 : 404, fig.
118; Champion, 1973 : 194, fig. 2 E-F ; Burukovsky, 1974 : 39 (éd. 1983 : 52), fig. 55 A-C; Ivanov et
Hassan, 1976 : 1306, fig. 5 C, 6 C.
Penaeus \elutinus \ Bate, 1888 : 253, au moins en partie. Non Dana, 1851.
— 423 —
Materiel. — Australie : Queensland, NNE au large du cap Moreton, 146-165 m, chalutage,
18.11.1959, «Challenge» coll. : 1 S 9,7mm, paratype; 1 $ 9,8mm, paratype (RMNH 23287). —
MUSORSTOM I (Philippines) : St. 58, 143-178m : 7 12,2 à 13,9mm; 1 2 13,9mm (MP-Na 7293).
St. 62, 179-194 m : 32 12,4 à 15,4 mm; 32 2 13,0 à 18,0 mm (MP-Na 7294). — MUSORSTOM II
(Philippines) : St. 2, 186-184m : 1 S 14,3mm; 2 2 15,0 et 15,5mm (MP-Na 7295). St. 3, 182-180m : 7 S
9 3 à 17 5mm- 9 $ 9,1 à 15,4mm (MP-Na 7296). St. 19, 189-192m : 1 2 14,6mm (MP-Na 7297). St. 59,
190-186m : 3 10,2 à 14,2mm; 2 ? 14,3 et 16,4mm (MP-Na 7301). — MUSORSTOM III (Philippines) :
St. 86, 187-192 m : 1 $ 17,8 mm (MP-Na 9485)). St. 98, 194-205 m : 1 9 12,8 mm (MP-Na 9482). St. 100,
189-199m : 3 9 13,8 à 14,6mm (MP-Na 9484). St. 110, 187-193m : 4 c? 11,3 à 15,7mm; 3 9 11,4 à
17.5 mm (MP-Na 9483). — Indonésie : St. 190 du « Challenger », sud de lTrian Jaya, 8“56' S-136°5'E,
90m, 12.09.1874 : 4 J 7,7 à 7,8mm; 7 9 8,0 à 11,4mm (BM). Identifiés à Metapenaeopsis velutinus
(Dana) par Bate. — Nouvelle-Calédonie : sud île des Pins, chalutage, 300m, 20.10.1976 : 5 <? 10,8 à
14,0mm; 3 9 13,2 à 14,4mm (MP-Na 7302). 22°49'S-167° 12'E, dragage, 390-395m, 10.04.1978 : 1 9
16.5 mm (MP-Na 7303).
Les différences existant entre provocatoria et philippii sont minimes. Elles portent sur :
— le rostre qui, armé de six dents dorsales (six ou sept chez philippii ), est droit (et non
sigmoïde), légèrement plus dressé vers le haut et nettement plus court : en effet son extrémité
atteint, au plus, les trois quarts du deuxième segment du pédoncule antennulaire chez les mâles
adultes et peut dépasser, seulement légèrement, l’extrémité de ce même segment chez les
femelles adultes ;
— les flagelles antennulaires qui sont plus courts : la longueur du plus grand est comprise
entre 0,55 et 0,65 fois environ chez les femelles, 0,60 et 0,70 fois environ chez les mâles, celle du
pédoncule antennulaire (mesurée du creux de l’orbite à l’extrémité du troisième segment) ;
Fig. 6. — Metapenaeopsis provocatoria Racek et Dali, 1965 : pétasma, valves écartées, S 14,5 mm, MUSORSTOM I,
Philippines, st. 62, 179-194m (MP-Na 7294) : a, face ventrale; b, face dorsale.
— 424 —
— le pétasma dont l’élément distodorsal gauche a son extrémité un peu moins
proéminente (fig. 7 e-f) ; il semblerait aussi que les stries qui bordent, du côté gauche, l’élément
spiralé soient un peu moins nombreuses chez des spécimens de taille égale : 10 à 12 au lieu de
12 à 16 chez philippii ;
— la plaque médiane du thélycum dont les bords latéraux sont plus fortement encochés
par les extrémités des bourrelets antérolatéraux de la plaque transversale, ces encoches étant à
la fois plus larges et plus profondes (fig. 8 k-1). Par ailleurs, la partie postérieure de la plaque
médiane est plus rectangulaire, ses bords latéraux étant habituellement plus subparallèles. Ces
caractères n’ont toutefois rien d’absolu, compte tenu des variations observées au niveau de la
plaque médiane chez philippii. On notera également que, chez provocatoria, les bourrelets
antérolatéraux qui bordent la plaque transversale sont épais et non fins et évasés comme chez
philippii.
Fig. 7. — Partie distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma : a-d, Metapenaeopsis philippii (Bate, 1881) : a,
12,2mm, MUSORSTOM II, Philippines, st. 35, I60-I98m (MP-Na 7287); b, $ 18,3mm, ibidem (MP-Na 7287); c,
J 14,8 mm, CORINDON IV, Indonésie, st. V.2, 250-244 m (MP-Na 7292); d, 16,3 mm, ibidem (MP-Na 7292). e-
f, Metapenaeopsis provocatoria Racek et Dali, 1965 : e, ç? 10,6 mm, MUSORSTOM I, Philippines, st. 62, 179-194 m
(MP-Na 7294) ; f, J 14,5 mm, ibidem (MP-Na 7294). g-j, Metapenaeopsis provocatoria longirostris subsp. nov. : g, g
14,8 mm, Australie, « Soela », st. 8, 306-308 m (NTM) ; h, J 11,9 mm, Taiwan (MP-Na 9502) ; i, d 14,7 mm, Japon,
off Kamae, 80-100m (SUF); j, c? 15,0mm, Japon, Tosa Bay, 250-300m (NMS 11237). k, Metapenaeopsis scotti
Champion, 1973, S 14,8mm, Madagascar, « Vauban », CH 45, 310-350m. (MP-Na 7532).
Les figures a-d d’une part, e-f d'autre part, sont à la même échelle.
Remarques
Le dessin du pétasma de l'allotype publié par Racek et Dall (1965, fig. 10 B-C) semble
très inexact : l’ensemble de l’enroulement de l’élément spiralé est représenté se terminant dans
un même plan et les stries qui bordent cet enroulement, à sa gauche, ne sont pas figurées ; par
— 425 —
ailleurs, sur la vue de la face dorsale, la représentation de ce que Racek et Dall appellent
« inner and outer intermediate strip » et qui correspond à la partie distale de l’élément
distodorsal gauche tel que nous l’avons défini, a peu à voir avec ce que nous avons observé
chez le paratype du Musée de Leyde et chez nos spécimens (comparez les figures de Racek et
Dall avec nos figures 6 a-b). Y a-t-il eu erreur d’observation ou le pétasma de l’allotype est-il
aberrant ? Pour répondre à cette question il faudrait pouvoir réexaminer ce dernier. On notera
que Champion (1973, fig. 2 E-F) a publié un dessin du pétasma d’un paratype déposé à
l’Australian Museum à Sydney, qui est normal.
On notera aussi que Champion indique que l’unique spécimen qu’il a examiné ne portait
pas d’épine sur le basis des deuxièmes péréiopodes. Il est vraisemblable qu’il y a eu erreur, car
tous nos nombreux spécimens présentent une telle épine, identique à celle qui est observée chez
philippii.
Dans la rubrique « Matériel » nous avons mentionné que quatre mâles et sept femelles
récoltés au sud de l’Irian Jayan par le « Challenger » à la station 190, et qui avaient été
identifiés par Bate à Metapenaeopsis velutinus (Dana), appartiennent à provocatoria.
L’identification erronée de Bate avait été vue par Burkenroad qui avait réétiqueté le bocal :
« Metapenaeopsis philippii subsp. ». Bate signalait la capture de douze femelles et sept mâles à
la station 190; les spécimens manquant n’ayant pas été retrouvés, il est impossible de savoir si
d’autres espèces se trouvaient en mélange avec provocatoria dans cette récolte.
Taille. — Cette espèce est assez petite. La plus grande femelle et le plus grand mâle que
nous ayons examinés ont une carapace mesurant respectivement 18,0 et 17,5 mm et une
longueur totale de 90 et 88 mm.
Répartition. — M. provocatoria ne semble connue actuellement que de l’Australie, de la
Nouvelle-Calédonie, de l’Indonésie et des Philippines, entre 90 et 390 m de profondeur.
Metapenaeopsis provocatoria longirostris subsp. nov.
(Fig. 1 d, 7 g-j, 8 m-o)
Penaeopsis coniger var. andamanensis ; Balss, 1914 : 8 ; Parisi, 1919 : 64, pl. 5, fig, 7. Non (Wood-Mason,
1891).
Penaeopsis coniger andamanensis ', Balss, 1924 : 44. Non (Wood-Mason, 1891).
Leptopenaeus philippinensis ; Kishinouye, 1929 : 282, fig. page 281. Non (Bate, 1881).
Metapenaeopsis coniger; Kubo, 1949 : 432, fig. 8 F, 35 A-H, 46 H, 64 E et E', 76 M et S, 81 A, 148 G ;
Kim et Park, 1972 : 194, pl. 1, fig. 5; Kim, 1976 : 136; 1977a : 200; 1977 b ; 143, fig. 35-36, pl. 44,
fig. 12. Non (Wood-Mason, 1891).
Metapenaeopsis andamanensis ; Lee et Yu, 1977 : 63, fig. 41. Non (Wood-Mason, 1891).
Metapenaeopsis philippii ; Hayashi, 1982 : 293, fig. 27 e, 28 e, 29 e, 30 e; Baba, Hayashi et Toriyama,
1986 : 63, 242, fig. couleur 23. Non (Bate, 1881).
Matériel. — Australie : « Soela », Cr 184, St. 08, 19°20,2'S-115°44,1'E, 306-308m, 29.01.1984 :
6 <3 13,8 à 14,7mm; 11 ? 13,5 à 16,6mm (NTM); 1 d 14,5mm; 1 $ 13,6mm (MP-Na 9501). — Japon :
Tosa Bay, 250-300m, K. Sakai coll. : 1 $ 16,1mm (MP-Na 6922). Ibidem, K. Sakai coll., 14.11.1963 :
4 $ abîmées (NMS 11215). Ibidem, K. Sakai coll. : 1 d 15,0mm; 2 Ç 16,7 et 18,8mm (NMS 11237). Off
Kamae, Oita Pref., 80-100m, 10.09.1975 : 1 S 14,7mm; 1 $ 16,7mm (SUF). — Taiwan : 2 Ç 13,5 et
Fig. 8 a-o. — Plaque médiane du thélycum, vue ventrale, avec parfois la plaque transversale et les bourrelets
antérolatéraux, a-i, Metapenaeopsis philippii (Bate, 1881) : a-b, $ 10,8 et 10,8 mm, CORINDON II, Indonésie,
st. 267, 186-134 m (MP-Na 7289); c-h, 9 13,5, 15,8, 16,6, 18,3, 18,8 et 19,4 mm, MUSORSTOM II, Philippines,
st. 35, 160-198m (MP-Na 7287); i, $ 21,6mm, CORINDON IV, Indonésie, st. V.l, 212-244m (MP-Na 7291). j-1,
Metapenaeopsis provocatoria Racek et Dali, 1965: j, $ 10,1mm, MUSORSTOM I, Philippines, st. 3, 182-180m
(MP-Na 7296); k-1, $ 15,0 et 19,3mm, MUSORSTOM I, Philippines, st. 62, 179-194m (MP-Na 7294). m-o,
Metapenaeopsis provocatoria longirostris subsp. nov. : m, Ç 15,1 mm, Australie, « Soela », st. 8, 306-308 m (NTM);
n-o, $ 16,8 et 18,8 mm, Japon, Tosa Bay, 250-300 m (NMS 11237).
Fig. 8 p-q. — Plaque médiane du thélycum, vues de profil et de trois quarts : Metapenaeopsis philippii (Bate, 1881), $
21,6mm, CORINDON IV, Indonésie, st. V.l, 212-244m (MP-Na 7291).
Les figures a-i d'une part, j-1 d’autre part, sont à la même échelle.
— 427 —
14,0mm (MP-Na 6920); 1 <? 16,5mm; 2 Ç parasitées 15,7 et 17,3mm (MP-Na 9166); 1 11,9mm; 2 $
9,8 et 14,4mm (MP-Na 9502). — Corée : Pusan, 13.07.1972, K. B. Park coll. : 1 14,2mm; 1 Ç
18.2 mm (SNU) 1 .
Types. — Tous les types ont été récoltés en Australie lors de la station 8 de la campagne 184 du
F.R.V. « Soela ». L’holotype est une femelle dont la carapace mesure 14,9 mm, l’allotype un mâle (Le =
14.3 mm); ils sont déposés au Northern Territory Museum de Darwin. Deux paratypes, un mâle (Le =
14,5 mm) et une femelle (Le = 13,6 mm) sont conservés au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris,
sous le numéro MP-Na 9501.
Les spécimens australiens possèdent tous les caractères de M. provocatoria à l’exception :
— du rostre qui, portant six dents (épigastrique exclue), exceptionnellement sept, est
nettement plus long que celui des provocatoria typiques ; en effet, son extrémité se situe, chez
les mâles adultes, entre les trois quarts et l’extrémité du second article du pédoncule
antennulaire et, chez les femelles adultes, entre la moitié et l’extrémité du troisième article de ce
même pédoncule ;
— des flagelles antennulaires qui sont plus longs, la longueur du plus grand étant
comprise entre 0,70 et 0,80 fois environ chez les femelles, 0,80 et 0,90 fois environ chez les
mâles, celle du pédoncule antennulaire (mesuré du creux de l’orbite à l’extrémité du troisième
article).
Des spécimens en provenance de Taiwan, du Japon et de la Corée nous paraissent
appartenir également à cette sous-espèce. Ils présentent toutefois quelques différences mineures
par rapport aux spécimens australiens :
— leur rostre porte habituellement sept dents, exceptionnellement six ou huit. Par
ailleurs, il semble souvent un peu plus long. Chez les femelles, il peut dépasser le pédoncule
antennulaire d’une longueur pouvant atteindre les deux tiers du troisième article de ce
pédoncule ;
— la partie postérieure de la plaque médiane de leur thélycum est légèrement plus
allongée (comparer les figures 8 m et 8 n-o) ;
— l’élément distodorsal gauche de leur pétasma est légèrement variable, le lobule de son
extrémité pouvant être plus ou moins marqué et arrondi (fig. 7 h-j).
Remarque
Jusqu’à présent les spécimens en provenance de Taiwan, du Japon ou de Corée ont été
identifiés, par erreur, soit à M. philippii, soit à M. andamanensis. Se révéleront-ils, par la suite,
distincts des M. provocatoria longirostris australiens? Ce n’est pas impossible, d’autant que
l’on se trouve devant des localisations géographiques éloignées, mais le matériel réduit et
souvent en mauvais état dont nous disposons, la grande similitude de ces spécimens et de ceux
d’Australie et les variations observées à l’intérieur de chaque groupe, ne nous permettent pas
actuellement de conclure en ce sens.
1. Les photos publiées par Kim et Park (1972) et Kim (19776) sont celles de la femelle de 18,2 mm que nous avons
examinée et ne sont donc pas celle d'un mâle comme l'indiquent par erreur les légendes.
— 428 —
Taille. — Cette sous-espèce est de même taille que les provocatoria typiques, donc assez
petite.
Répartition. — Australie du nord (Western Australia), Taiwan, Japon, Corée, entre 80
et 310 m de profondeur.
Metapenaeopsis scotti Champion, 1973
(Fig. 1 e, 7 k, 9)
Metapenaeopsis scotti Champion, 1973 : 195, fig. 3 A, 4 A-D; Sankarankutty, 1976, tabl. 1 ; Ivanov et
Hassan, 1976 : 1306, fig. 5 D, 6 D; Sankarankutty et Subramaniam, 1976 : 18; Crosnier, 19866 ■
873.
Penaeopsisphilippii-, Calman, 1923 : 536 (en partie, spécimens du Natal seulement); 1925 : 12; Barnard,
1950 : 592 (non fig. 108 a-b [= M. philippii ]). Non (Bate, 1881).
Penaeopsis (Metapenaeus)philipii (sic); Ramadan, 1938 : 70. Non (Bate, 1881).
Metapenaeopsis philippii -, Hall, 1966 : 99. Non (Bate, 1881).
Metapenaeopsis adamanensis (sic); Kensley, 1969 : 154, 178. Non (Wood-Mason, 1891).
Metapenaeopsis andamanensis ; Crosnier et Jouannic, 1973 : 10, tabl. 1, pl. 1, fig. 4; Kensley, 1972 : 22,
fig. 9 s-v; 1981 : 17. Non (Wood-Mason, 1891).
Metapenaeopsis kuboi ; Ivanov et Hassan, 1976 : 1302, fig. 4, 5 E, 6 F.
Metapenaeopsisphilippi (sic); Kensley, 1981 : 17. Non (Bate, 1881).
Matériel. — Afrique du Sud : Durban, 160fms : 1 $ 18,6 mm, holotype (RMNH 28565); 1 d 1
15,6 mm (et non 16,6 comme indiqué par Champion, 1973), allotype (RMNH 28566). E. of Bluff,
Durban, 29°50,5'S-31°30'E, 356 m, 30.06.1964 : 1 9 14,8 mm (SAM 16303, identifiée M. philippii). E. of
Tongaat, Durban, 29°43'S-31°29,5' E, 150fms, 1.07.1964: ld 17,5mm; 19 15,5mm (SAM 13234,
identifiés M. andamanensis). — Madagascar: « Vauban », CH 45, 15°20,5'S-46°09,5'E, 310-350m,
chalutage, 7.11.1972, A. Crosnier coll. : 38 d H,5 à 16,2mm; 22 9 11,1 à 17,7mm (MP-Na 7532).
CH 88, 18°54'S-43°55'E, 280-310m, chalutage, 24.11.1973, A. Crosnier coll. : 2 d 15,6 et 17,7mm; 7 9
15,5 à 20,5mm (MP-Na 7533). « FAO 60 », St. 73/32, 12°53'S-48°12'E, 300m, chalutage, 29.04.1973 :
7d 12,7 à 14,2mm; 13 9 12,0 à 17,4mm (MP-Na 7534). « Mascareignes III », CH 21, 22°21,1'S-
43°06,8' E, 300-350 m, chalutage, 7.01.1986 : 2 d 17,4 et 17,7 mm; 6 9 18,5 à 21,4 mm (MP-Na 10477). —
Tanzanie : Kunduchi, 20km N Dar-es-Salam, 07.1974 : 3 d 11.0 à 11,6mm ; 2 9 12,7 et 13,2mm (RMNH
31647).
Cette espèce est sans épine de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième
segment abdominal.
Son rostre, très légèrement sigmoïde, porte six (très rarement sept) dents dorsales
(épigastrique exclue). Chez les grandes femelles, il peut s’étendre au-delà du pédoncule
antennulaire, mais d’une longueur n’excédant pas la moitié de celle du troisième segment de ce
pédoncule; chez les mâles, il ne dépasse pas la moitié du troisième segment du pédoncule
antennulaire.
Les flagelles antennulaires ont une longueur comprise entre 0,65 et 0,75 fois chez les
femelles, 0,80 et 0,90 fois chez les mâles, celle du pédoncule antennulaire (mesurée du creux de
l’orbite à l’extrémité du troisième segment).
Le pétasma a un élément distodorsal gauche dont la partie distale a un contour externe
très régulièrement convexe et un contour interne fortement sinueux (fig. 7 k).
La plaque médiane du thélycum présente des variations notables dans sa forme.
Toutefois, d’une manière générale, elle se caractérise par son aspect lisse dû à l’absence de
— 429 —
Fig. 9. — Metapenaeopsis scotti Champion, 1973 : thélycum et bases des quatrièmes péréiopodes : a, ? 14,4 mm,
Madagascar, CH 45, 310-350m (MP-Na 7532); b, ? 19,7mm, Madagascar, CH 88, 280-310m (MP-Na 7533).
Les deux figures sont à la même échelle.
sillons longitudinal et transversaux marqués, par sa partie postérieure large, assez nettement
quadrangulaire et recourbée dorsalement dans sa partie distale. Les bourrelets antérolatéraux
qui bordent la plaque transversale sont fins et évasés comme chez philippii (fig. 9 a, b).
Taille. — Cette espèce est de taille moyenne, la plus grande femelle et le plus grand mâle
que nous ayons examinés ont une carapace mesurant respectivement 21,4 et 17,7 mm et une
longueur totale de 107 et 95 mm.
Répartition. — Cette espèce semble confinée dans l’océan Indien occidental. Elle a été
récoltée de la Tanzanie à l’Afrique du Sud, ainsi qu’à Madagascar et à La Réunion, entre 150
et 375 m de profondeur environ.
Metapenaeopsis andamanensis (Wood-Mason, 1891)
(Fig. 3 c, 10 a, 11, 12, 13 a-c)
Metapenaeus philippinensis var. andamanensis Wood-Mason, 1891 ; 271.
Penaeus (Metapenaeus ) coniger var. andamanensis ; Alcock, 1901 : 17.
Metapenaeus andamanensis ; Alcock, 1905 : 518.
Metapenaeus coniger var. andamanensis ', Alcock, 1906 : 27, pl. 4, fig. 13.
Peneopsis coniger var. andamanensis ; Kemp et Sewell, 1912 : 16.
Penaeopsisphilippii', Calman, 1923 : 536 (en partie, S st. 233 de 1’ « Investigator »). Non (Bate, 1881).
Metapenaeopsis andamanensis ; Hall, 1961 : 109, pl. 21, fig. 25 ; 1962 : 35 (en partie, non spécimen C 5/19
[= M. angusta sp. nov.]), fig. 121, 121 b; Racek et Dall, 1965 : 20 (clé); George, 1969 : 25; 1972 :
2; Starobogatov, 1972 ; 404, fig. 119; Champion, 1973 : 188, fig. 2 C-D; Burukovsky, 1974 : 38
(éd. 1983 : 51); Kurian et Sebastian, 1976 : 82 (clé), 96; Ivanov et Hassan, 1976 : 1305, fig. 5 B
(non fig. 6 B [= M. philippii (Bate, 1881)]; Silas et Muthu, 1979 : 78; Holthuis, 1980 : 14 (en
partie); Miquel, 1981, appendix 8 : 5 (clé).
Metapenaeopsis coniger andamanensis ', Johnson, 1979 : 4.
— 430 —
Non Penaeopsis coniger var. andamanensis ; de Man, 1911 : 61 [= M. philippii (Bate, 1881) et M. liui sp.
nov. en mélange].
Non Penaeopsis coniger var. andamanensis ; Balss, 1914 : 8; Parisi, 1919 : 64, pi. 5, fig. 7 [= M.
provocatoria longirostris subsp. nov.].
Non Penaeopsis coniger var. andamanensis', Balss, 1915 : 10 [= M. erythraea sp. nov.].
Non Penaeopsis coniger andamanensis ', Balss, 1924 : 44 [= M. provocatoria longirostris subsp. nov.].
Non Metapenaeopsis andamanensis ; Hall, 1966 : 99 [= M. erythraea sp. nov.].
Non Metapenaeopsis adamanensis (sic) ; Kensley, 1969 : 154, 178 [= M. scotti Champion, 1973].
Non Metapenaeopsis andamanensis ', Kensley, 1972 : 22, fig. 9 s-v; 1981 : 17; Crosnier et Jouannic,
1973 : 10, tabl. 1, pi. 1, fig. 4 [= M. scotti Champion, 1973].
Non Metapenaeopsis andamanensis', Lee et Yu, 1977 : 63, fig. 40-41 [= M. provocatoria longirostris subsp.
nov.].
? Metapenaeopsis andamanensis ; George, 1967 : 343 ; Joseph, 1971 : 13 ; Thomas, 1979 : 42.
? Metapenaeupsis (sic) andamanensis ', Chekunova, 1971 : 78.
Matériel. — Inde : « Investigator », St. 233, E. of North Andaman Id., 13°17T5" N-93°10'25" E,
185fms, 6.12.1897 : 1 <3 19,3mm; 1 ? 19,9mm (IM n° 2087-2105/10); 1 <3 18,4mm (BM 1911.1.17.4). —
Inde : Cochin, 24.03.1979, J.-C. Miquel coll. : 2 ? 27,2 et 29,9 mm (RMNH 33280). — Nord du détroit
de Malacca : « Manihine », St. C7/14, 7°01'N-98°09'E, 87 fms, Singapore Fish. Res. Sta. coll. : 12 $ 11,1
à 19,9mm; 9 ? 11,8 à 17,9mm (BM 1961.7.1.2821-2839, en partie).
Cette espèce, contrairement aux autres espèces étudiées précédemment dans cette note, est
armée d’une épine de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième segment
abdominal.
Elle se caractérise par ;
— son rostre habituellement presque droit et situé dans le prolongement du bord dorsal
de la carapace (plus rarement très légèrement recourbé vers le haut), armé de sept (plus
rarement six ou huit) dents dorsales. Chez les femelles, le rostre peut dépasser légèrement le
pédoncule antennulaire (d’une longueur n’excédant pas la moitié de celle du troisième segment
de ce pédoncule) ; chez les mâles, le rostre ne dépasse pas l’extrémité du pédoncule ;
— les flagelles antennulaires qui sont longs. Ils sont malheureusement cassés chez la
plupart des spécimens que nous avons examinés. Chez les femelles, nous avons relevé des
valeurs du rapport : longueur du plus long des flagelles/longueur du pédoncule antennulaire
comprises entre 1,00 et 1,05; chez les mâles nous avons trouvé, pour ce rapport, des valeurs
toujours voisines de 1,05, mais ce rapport peut certainement avoir une valeur plus élevée ;
— l’élément distodorsal gauche du pétasma dont la partie distale est très arrondie
(fig. 13 a-c);
— la plaque médiane du thélycum qui, glabre et lisse, est, chez les petits spécimens,
convexe aussi bien dans le sens transversal que longitudinal, tandis que chez les plus grands,
elle se creuse en gouttière dans le sens longitudinal (fig. 12). En outre, la partie postérieure de
cette plaque est toujours fortement recourbée ; il s’ensuit que, vues ventralement, les jonctions
des bords latéraux et du bord postérieur peuvent paraître fortement anguleuses comme l’a
représenté Alcock (1906, pl. 4, fig. 13) et comme nous la représentons sur notre figure 12 d;
cet aspect est en fait dû à un effet d’optique, le véritable bord postérieur de la plaque, bilobé,
n’étant pas visible en vue ventrale. Quant aux bourrelets antérolatéraux qui bordent la plaque
transversale, ils sont peu épais et nettement évasés.
— 432 —
Fig. 11. — Metapenaeopsis andamanensis (Wood-Mason, 1891): pétasma, valves écartées, j 19,3 mm, mer des
Andamans, « Investigator », st. 233, 210m (IM 2087-2105/10) : a, face ventrale; b, face dorsale.
Remarque
Les trois spécimens récoltés à la station 233 de F « Investigator » que nous avons pu
examiner sont étiquetés « syntypes ». Comme l’a fait remarquer Calman (1923 : 539), c’est par
erreur qu’AixocK (1901, 1906) a désigné les spécimens de la station 233 comme types de
l’espèce, Wood-Mason ayant utilisé, pour sa description, uniquement un mâle et quatre
femelles récoltés « off Port Blair, Andamans, 112/244 fms » et enregistrés sous les numéros
7381-7385/9.
Taille. — L’espèce est assez grande. Alcock a signalé un spécimen ayant 133 mm de
longueur totale. L’une des femelles que nous avons examinées (Le = 29,9 mm) mesure
130 mm.
Répartition. — Cette espèce semble localisée au sud de l’Inde (Cochin, cap Comorin),
au voisinage des îles Andaman et au nord du détroit de Malacca, entre 159 et 338 m de
profondeur. Elle a aussi été capturée lors d’un chalutage entre 205 et 446 m.
Fig. 12. — Metapenaeopsis andamanensis (Wood-Mason, 1891) : vue ventrale des sternites thoraciques VII et VIII et
bases des péréiopodes, vue postérieure de la plaque médiane (fig. c et d), coupe longitudinale médiane : a, $
13,2mm, nord du détroit de Malacca, « Manihine », st. C 7/14, 159m (BM 1961.7.1.2821-2839); b, $ 17,5mm,
ibidem (BM 1961.7.1.2821-2839); c, $ 19,9mm, E. of North Andaman Id., « Investigator », st. 233, 338m (IM
2087-2105/10); d, Ç 29,9mm, Inde, Cochin (RMNH 33280).
— 434 —
Fig. 13. — Partie distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma : a-c, Metapenaeopsis andamanensis (Wood-
Mason, 1891) : a et b, $ 12,1 et 18,1mm, nord du détroit de Malacca, « Manihine », st. C 7/14, 159m (BM
1961.7.1.2821-2839) ; c, d 19,3 mm, voisinage des îles Andaman, « Investigator », st. 233, 210 m (IM 2087-2105/10).
d-f, Metapenaeopsis Hui sp. nov. : d, (J 14,8mm, MUSORSTOM III, Philippines, st. 120, 219-220m (MP-Na
9466); e, S 20,5mm, MUSORSTOM II, Philippines, st. 35, 160-198m (MP-Na 7621); f, d 26,5mm, allotype,
MUSORSTOM II, Philippines, st. 40, 280-440 m (MP-Na 9354).
Les figures a-c d’une part, d-f d’autre part, sont à la même échelle.
Metapenaeopsis liui sp. nov.
(Fig. 3 d, 10 b-d, 13 d-f, 14 a, 15)
Metapenaeopsis coniger var. andamanensis-, de Man, 1911 : 61 (en partie, spécimens St. 254 et 302
seulement). Non (Wood-Mason, 1891).
Matériel. — MUSORSTOM I (Philippines) : St. 7, 200-183 m : 2 d 10,0 et 12,7 mm; 1 $ 8,4 mm
(MP-Na 7632 et 7637). St. 11, 230-217m : 1 d 15,2mm; 3 $ 15,7 à 16,9mm (MP-Na 7633). St. 26,
189 m : 1 d 12,2 mm ; 3 $ 11,1 à 13,0 mm (MP-Na 7634). St. 33, 197-187 m : 1 $ 8,0 mm (MP-Na 7640).
St. 40, 287-265m : 12 J 15,3 à 27,3mm; 33 ? 14,2 à 25,6mm (MP-Na 7635); 1 J 26,5mm (MP-Na
9354); 1 î 30,5 mm (MP-Na 9355); 4 $ 22,2 à 25,8 mm; 4 ? 19,2 à 27,5 mm (MP-Na 9358). St. 55, 200-
194m : 5 d 11,0 à 12,0mm; 5 $ 10,0 à 11,6mm (MP-Na 7636). St. 56, 134-129m : 1 9 7,5mm (MP-Na
7639). St. 58, 143-178m : 1 ? 12,9mm (MP-Na 7631). — MUSORSTOM II (Philippines) : St. 2, 186-
184m : 1 $ 13,6mm (MP-Na 7624). St. 3, 182-180m : 2 ? 7,6 et 24,1mm (MP-Na 7617). St. 4, 190-
183m : 6 d 7,0 à 11,4mm; 6 ? 7,0 à 11,0mm (MP-Na 7626). St. 11, 196-194m : 1 $ 14,7mm (MP-Na
7628). St. 12, 197-210m : 1 $ 14,0mm (MP-Na 7630). St. 13, 200-193m : 1 9 9,2mm (MP-Na 7629).
St. 18, 195-188m : 3 19,7 à 23,6mm (MP-Na 7619). St. 19, 189-192m : 2 9 25,8 et 30,5mm (MP-Na
— 435 —
7620). St. 20, 192-185m : 2 ? 7,5 et 20,5mm (MP-Na 7627). St. 35, 160-198m : 8 J 18,1 à 23,5mm; 7 $
19,7 à 24,6mm (MP-Na 7621). St. 63, 230-215m : 6 d 12,4 à 14,3mm; 3 9 14,8 à 15,5mm (MP-Na 7618).
St. 66, 209-192 m : 2 $ 8,5 et 8,8 mm (MP-Na 7625). St. 83, 320-318 m : 19 $ 19,5 à 26,0 mm; 35 9 18,3 à
27,7mm (MP-Na 7622). — MUSORSTOM III (Philippines) : St. 97, 189-194m : 1 $ 11,9mm; 2 9 12,3
et 16,6mm (MP-Na 9467). St. 98, 194-205m : 3 $ 10,1 à 12,3mm; 5 9 10,9 à 14,9mm (MP-Na 9470).
St. 100, 189-199m : 2 9 9,8 et 10,8mm (MP-Na 9469). St. Ill, 193-205m : 1 $ 17,3mm (MP-Na 9468).
St. 120, 219-220m : 3 $ 14,9 à 16,2mm; 8 9 10,3 à 19,0mm (MP-Na 9466). St. 125, 388-404m : 3 $ 14,8
à 24,9mm; 1 9 15,6mm (MP-Na 9464). St. 138, 252-370m : 1 9 13,5mm (MP-Na 9471). St. 143, 205-
214m : 1 19,1mm; 2 9 27,5 et 28,5mm (MP-Na 9465). — Indonésie : « Siboga », St. 254, 5°40'S-
132°26'E, nearKei islands, 310 m, 10.12.1899 : 3 (ZMA). St. 302, 10°27,9' S-123°28,7' E, between Rotte
and Timor, 216m, 2.02.1900 : 2 9 (ZMA). — CORINDON II (Indonésie) : St. 267, 1°56,6'S-l 19°16,7'E,
186-134m, 7.11.1980 : 1 <? 9,5mm; 1 9 9,5mm (LON); 1 9 10,4mm (MP-Na 9356). St. 271, T57,8'S-
119°15,0'E, 215m, 7.11.1980 : 4 d 14,4 à 18,3mm; 3 9 15,3 à 19,0mm (MP-Na 7647). — CORIN¬
DON IV (Indonésie) : St. 1.1, 3° 13,3' S-128°06,2' E, 562-525 m, 14.04.1981 : 1 <$ 25,5 mm (LON). St. IV. 1,
3”28,3'S-128°24,8'E, 400-300m, 15.04.1981 : 4 <? 24,5 à 29,2mm; 4 9 27,2 à 30,8mm (MP-Na 7648).
St. V.l, 3°29,0'S-128°32,8' E, 244-215m, 15.04.1981 : 2 $ 24,0 et 24,8mm; 3 9 28,4 à 29,5mm (LON).
St. V.2, 3°28,2' S-128°32,8'E, 250-244 m, 15.04.1981 : 5 S 22,5 à 25,4mm; 4 9 28,2 à 29,5mm (LON); 1 9
30,5mm (MP-Na 9357). — Australie : « Soela », Cr AS 0184 : St. 8, 19°20,2'S-l 16°44,TE, 306-308m,
29.01.1984: Id 24,7mm; 2 9 25,3 et 26,5mm (NTM). St. 13, 18°55,3'S-l 16°08,9'E, 402-404m,
30.01.1984: 1 d 22,0mm (NTM). St. 16, 18°37,4'S-l 17°02,4'E, 504-508m, 31.01.1984: 2 d 22,7 et
25,0mm; 1 9 24,0mm (NTM). St. 19, 18°47,0' S-l 17°06,9' E, 350-354m, 31.01.1984 : 2 9 27,8 et 28,4mm
(NTM).
Types. — Une femelle (Le = 30,5 mm), récoltée à la station 40 de MUSORSTOM I, a été choisie
comme holotype (MP-Na 9355). Un mâle (Le = 26,5 mm), récolté à la même station, est l’allotype (MP-
Na 9354). Quatre mâles et quatre femelles, récoltés toujours à la même station, sont les paratypes (MP-Na
9358).
Cette espèce se caractérise par :
— le troisième segment abdominal qui porte une épine de part et d’autre de l’incision
dorsale distale ;
— le rostre qui, très légèrement sigmoïde, porte six (exceptionnellement cinq ou sept)
dents dorsales en plus de l’épigastrique et aucune dent ventrale. Le rostre présente les
variations habituelles de longueur en fonction de la croissance et du sexe : chez les petites
femelles, il ne dépasse guère l’extrémité du pédoncule antennulaire et peut même ne pas
atteindre cette extrémité ; chez les femelles de taille moyenne, il atteint sa longueur maximale et
peut dépasser l’extrémité du pédoncule antennulaire d’une longueur égale à 2,5 fois celle du
troisième segment de ce pédoncule ; chez les grandes femelles, le rostre est un peu plus court et
dépasse rarement l’extrémité du troisième segment du pédoncule antennulaire de plus de 1,5
fois la longueur de ce segment. Une évolution similaire s’observe chez les mâles dont le rostre,
toutefois, ne dépasse, au plus, que de peu l’extrémité du pédoncule antennulaire ;
— les flagelles antennulaires qui ont un développement qui varie avec le sexe. Si l’on
considère le plus grand des deux, qui est l’inférieur, sa longueur est normalement comprise
entre 0,80 et 0,95 fois chez les femelles, 1,05 et 1,25 fois chez les mâles, celle du pédoncule
antennulaire (mesurée du creux de l’orbite à l’extrémité du troisième segment) ;
— la plaque médiane du thélycum ; celle-ci a sa partie postérieure courte et à bords
latéraux convergents vers l’arrière chez les petites femelles (fig. 15 a-c). Cette partie s’allonge
en même temps que ses bords latéraux deviennent moins convergents chez les grands
spécimens, mais ne se recourbe jamais fortement. Chez les grands spécimens, le bord postérieur
Fig. 14. — Vue ventrale des sternites thoraciques V à VIII et bases des péréiopodes, coupe médiane longitudinale
(fig. b) : a, Metapenaeopsis iiui sp. nov., $ 10,4mm, CORINDON II, Indonésie, st. 267, 186-134m (MP-Na 9356).
b, Metapenaeopsis lata Kubo, 1949, $ 14,4mm, Japon, Tosa Bay, 250-300m (MP-Na 6921).
Fig. 15. — Metapenaeopsis liui sp. nov. : plaque médiane du thélycum avec, parfois, la plaque transversale,
MUSORSTOM I, Philippines, st. 40, 285-267m : a, ? 14,2mm; b, ÿ 15,1 mm; c, $ 19,5mm; d, $ 23,4mm; e, $
24,5 mm ; f, $ 30,5 mm, holotype.
Toutes ces figures sont à la même échelle.
— 437 —
de la plaque est bilobé. La plaque est divisée en deux par une fissure longitudinale médiane
presque toujours très marquée, mais parfois estompée ou même absente ; en outre la plaque
médiane, pratiquement glabre chez les petits spécimens, est couverte de soies chez les grands,
les emplacements des soies étant marqués par de petites dépressions. Les bourrelets
antérolatéraux, qui bordent la plaque transversale, sont peu épais et nettement évasés ;
— le pétasma qui, du type habituel chez le groupe d’espèces étudiées ici, a un élément
distodorsal gauche à extrémité allongée et régulièrement arrondie (fig. 13 d-f).
Remarques
Cette espèce s’apparente beaucoup à philippii par son rostre, la plaque médiane et les
bourrelets antérolatéraux du thélycum. Elle en diffère par ses flagelles antennulaires plus
développés, la présence d’une épine de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième
segment abdominal, le contour externe arrondi (et non sinueux) de la partie distale de
l’élément distodorsal gauche du pétasma et sa plus grande taille (voir ci-dessous).
D’un autre côté, M. liui est proche de M. andamanensis par sa grande taille, le
développement de ses flagelles antennulaires, la présence d’une épine de part et d’autre de
l’incision dorsale distale du troisième segment abdominal, la forme des bourrelets antérolaté¬
raux du thélycum. Mais M. liui diffère de M. andamanensis par son rostre un peu plus long et
le plus souvent avec six dents dorsales (au lieu de sept), la plaque médiane du thélycum garnie
de soies au lieu d’être glabre et dont la partie postérieure n’est jamais fortement recourbée, la
partie distale de l’élément distodorsal du pétasma plus allongée.
Cette espèce est dédiée au Pr. J. Y. Liu, directeur de l’Institut d’Océanologie de
l’Academia Sinica à Qingdao, qui a beaucoup fait pour la connaissance des Pénéides de Chine
et qui, ayant isolé en même temps que nous l’espèce que nous lui dédions, nous a laissé la
décrire dans le cadre de notre révision.
Taille. — Cette espèce est grande. Les femelles atteignent 144 mm (Le = 30,8 mm) et les
mâles 135 mm (Le = 28,9 mm).
Répartition. — L’espèce est connue des Philippines, de l’Indonésie et du nord de
l’Australie, entre 130 et 550 m de profondeur environ.
Metapenaeopsis lata Kubo, 1949
(Fig. 14 b, 16 a, 17, 18 a, 19 a-b)
Metapenaeopsis latus Kubo, 1949 : 434, fig. 8 G, 46 G, 76 N et T, 81 B, 148 H, 150; Dall, 1957 : 168
(clé).
Metapenaeopsis lata; Racek et Dall, 1965 : 21 (clé); Starobogatov, 1972 : 405, fig. 122; Burukovsky,
1974 : 39 (éd. 1983 : 53) ; Hayashi, 1982 : 292, fig. 27 a, 28 c, 29 c, 30 c ; Baba, Hayashi et Toriyama,
1986 : 61,241, fig. couleur 21.
? Leptopenaeus kyushuensis Yokoya, 1933 : 5, fig. 2.
Matériel. — Japon : Tosa Bay, 250-300m, 3.11.1963, K. Sakai coll. : 1 $ 14,4mm (MP-Na 6921).
Ibidem, K. Sakai coll. : 4 c? 11,4 à 16,6mm; 2 $ 11,8 et 13,3mm (BM 1961 .XI . 13.311-317). Kushikimo,
Kagoshima Pref., 28.11.1976: 2$ 14,6 et 14,8mm; 2$ 14,9 et 15,8mm (SUF). — Mer de Chine
méridionale : 24.08.1983, Takeshita coll. : 2 S 14,2 et 14,3mm; 2 Ç 14,8 et 18,2mm (SUF).
Fig. 16. — Région antérieure du corps, vue latérale : a, Metapenaeopsis lata Kubo, 1949, $ 14,4 mm, Japon, Tosa Bay,
250-300 m (MP-Na 6921). b, Metapenaeopsis angusla sp. nov., $ 20,0 mm, holotype, MUSORSTOM I, Philippines,
st. 5, 215-200m (MP-Na 9351). c, Metapenaeopsis erythraea sp. nov., $ 15,1mm, holotype, mer Rouge,
« Valdivia », st. 122, 383-363m (NMS). d, Metapenaeopsis coniger (Wood-Mason, 1891), $ 20,3mm, golfe du
Bengale, 145-250 fms (USNM 19010).
— 439 —
Fig. 17. — Metapenaeopsis lata Kubo, 1949 : pétasma, valves écartées, S 16,6 mm, Japon, Tosa Bay, 250-300 m (BM
1961.XI. 13.311-317) : a, face ventrale ; b, face dorsale.
Cette espèce, comme M. philippii, est dépourvue d’épine de part et d’autre de l’incision
dorsale distale du troisième segment abdominal.
Elle se distingue par :
— le rostre qui, très légèrement sigmoïde, porte habituellement sept dents rostrales,
parfois huit, et qui n’est pas très long puisque, chez les mâles, il ne dépasse pas l’extrémité du
deuxième segment du pédoncule antennulaire et, chez les femelles, la moitié du troisième
segment de ce même pédoncule ;
a b c d e
Fig. 18. — Partie distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma : a, Metapenaeopsis lata Kubo, 1949, $ 16,6mm,
Japon, Tosa Bay, 250-300m (BM 1961.XI.13.311-317). b, Metapenaeopsis angusta sp. nov., S 18,5mm, allotype,
MUSORSTOM I, Philippines, st. 5, 215-200m (MP-Na 9352). c, Metapenaeopsis erythraea sp. nov., c? 14,4mm,
allotype, mer Rouge, « Valdivia », st. 122, 383-363 m (NMS). d-e, Metapenaeopsis coniger (Wood-Mason, 1891) :
d, cî 13,9mm, golfe du Bengale (BM 1895.1.22-24) ; e, c? 18,1mm, golfe du Bengale, 265-457m (USNM 19010).
— 440 —
Fig. 19. — Thélycum et bases des quatrièmes péréiopodes ou plaque médiane seule : a-b, Metapenaeopsis lata Kubo,
1949 : a, $ 11,7 mm, Japon, Tosa Bay, 250-300 m (BM 1961.XI. 13.311-317) ; b, $ 14,9 mm, ibidem (NMS 11236). c-
d, Metapenaeopsis angusta sp. nov. ; c, $ 15,0mm, MUSORSTOM I, Philippines, st. 5, 215-200m (MP-Na 7650);
d, Ç 20,0mm, holotype, ibidem (MP-Na 9351). e-f, Metapenaeopsis erythraea sp. nov. : e, $ 15,1 mm, holotype, mer
Rouge, « Valdivia », st. 122, 383-363m (NMS); f, $ 18,2mm, paratype, ibidem (NMS). g, Metapenaeopsis coniger
(Wood-Mason, 1891), $ 21,3 mm, golfe du Bengale (BM 1895.1.22-24).
— 441
- l’élément distodorsal gauche du pétasma dont l’extrémité, arrondie, est à peine
proéminente, et dont le bord externe est convexe et renflé (fig. 18 a) ;
— la plaque médiane du thélycum dont le bord postérieur porte une excroissance
médiane, étroite et recourbée, très caractéristique (fig. 19 a-b).
Remarques
Cette espèce a été décrite par Kubo d’après quatre femelles. Seul Hayashi (1982, fig. 29 c)
en a figuré le pétasma, mais malheureusement en le représentant avec ses valves latérales en
place, ce qui diminue l’intérêt du dessin. Le Dr. Hayashi nous ayant adressé l’un des mâles de
M. lata qu'il a étudiés, nous avons pu vérifier qu’il était bien identique à celui dont nous
représentons le pétasma.
Par ailleurs, il est très vraisemblable que la Metapenaeopsis décrite par Yokoya (1933)
sous le nom de Leptopenaeus kyushuensis est la lata de Kubo, les différences minimes relevées
chez kyushuensis (carène du deuxième segment abdominal absente, excroissance postérieure de
la plaque médiane du thélycum plus développée, formule branchiale autre) nous semblant
pouvoir être dues à des erreurs d’observation. L’examen de matériel topotypique devrait
permettre d’acquérir une quasi-certitude.
Taille. — Cette espèce est plutôt petite. Les longueurs maximales relevées pour la
carapace sont de 16,6 mm chez les mâles et 18,2 mm chez les femelles, ce qui correspond à des
longueurs totales n’excédant pas 83 et 89 mm.
Répartition. — Cette espèce ne semble pas avoir été récoltée en dehors des eaux
japonaises. Elle a été signalée entre 250 et 350 m de profondeur. M. kyushuensis a été trouvée
entre 97 et 219 m de profondeur.
Metapenaeopsis angusta sp. nov.
(Fig. 16 b, 18 b, 19 c-d)
Matériel. — MUSORSTOM I (Philippines) : St. 2, 187-182m : 1 9 8,3mm (MP-Na 7649). St. 5,
215-200 m : 27 c? 11,9 à 16,4 mm ; 19 9 10,6 à 19,9 mm (MP-Na 7650) ; 1 $ 20,0 mm (MP-Na 9351 ). St. 7,
200-183m : 7 J 8,1 à 11,9mm; 3 ? 9,0 à 11,3mm (MP-Na 7651). St. 11, 230-217m : 12 c? 12,1 à
19,7mm; 15 $ 14,6 à 20,5mm (MP-Na 7652): 8 S 15,0 à 20,0mm; 8 $ 18,2 à 21,2mm (MP-Na 9353);
1 (J 18,5mm (MP-Na 9352). St. 24, 189-209m : 1 S 10,0mm; 1 $ 11,9mm (MP-Na 7653). St. 42, 379-
407m : 3 d 13,3 à 14,7mm; 4 Ç 15,0 à 20,8mm (MP-Na 7654). St. 55, 200-194m : 7 <J 10,4 à 13,6mm;
5 Ç 11,6 à 13,0 mm (MP-Na 7655). — MUSORSTOM II (Philippines) : St. 1, 198-188 m : 8 ^ 9,8 à
11,4mm; 10 ? 9,4 à 11,1mm (MP-Na 7656). St. 4, 190-183m : 1 cJ 11,7mm; 2 9 7,5 et 12,2mm (MP-Na
7657). St. 11, 196-194m : 2 c? 11,0 et 12,9mm; 3 9 10,3 à 16,1 mm (MP-Na 7658). St. 12, 197-210m : 5 9
11,8 à 16,3mm (MP-Na 7659). St. 19, 189-192m : 2 9 7,4 et 9,9mm (MP-Na 7660). St. 20, 192-185m :
1 9 15,4mm (MP-Na 7661). St. 63, 230-215m : 4 9 14,4 à 16,4mm (MP-Na 7662). St. 64, 195-191 m : 1 9
8,6 mm (MP-Na 7663). St. 66, 209-192 m : 8 <3 8,0 à 13,5 mm; 18 9 8,0 à 14,8 mm (MP-Na 7664). —
MUSORSTOM III (Philippines) : St. 97, 189-194m : 3 9 11,5 à 13,6mm (MP-Na 9476). St. 120, 219-
220m : 3 9 9,5 à 12,1mm (MP-Na 9473). St. 138, 252-370m : 2 S 15,0 et 16,6mm; 4 9 16,9 à 18,6mm
(MP-Na 9472). St. 139, 240-267m : 7 S 9,9 à 13,2mm; 9 9 9,4 à 14,3mm (MP-Na 9474). St. 143, 205-
214m : 2 9 18,4 et 18,6mm (MP-Na 9475). St. 145, 214-246m : 1 S 16,1 mm; 3 9 11,2 à 18,8mm (MP-
Na 9477). — Vietnam : « De Lanessan » : Varella, 145 m, 30.09.1925 : 2 $ abîmées (MP-Na 9348).
— 442
Varella, 185 m, 30.09.1925 : 2 <J 12,3 et 13,2mm; 3 ? 11,2 à 13,0 mm (MP-Na 9367). 10°17'N-107°33'E,
23.08.1926 : 1 Ç abîmée (MP-Na 9349). Phuquôc, 9.01.1928 : 1 $ abîmée (MP-Na 9350). — Nord du
Brunei : « Manihine », St. C 5/19, 5°04'N-l 13°48'E, 198 m, 8.12.1955, Singapore Fish. Res. Sta. coll. :
1 $ 18,5 mm (BM 1961.7.1.2821-2839, en partie).
Types. — Une femelle (Le = 20,0 mm), récoltée à la station 5 de MUSORSTOM I, a été choisie
comme holotype (MP-Na 9351). Un mâle (Le = 18,5 mm), récolté à la station 11 de MUSORSTOM I,
est l’allotype (MP-Na 9352); huit mâles (Le = 15,0 à 20,0mm) et huit femelles (Le = 18,2 à 21,2mm),
récoltés à la même station, sont les paratypes (MP-Na 9353).
Cette espèce, qui rappelle M. lata par l’aspect général de son thélycum, contrairement à
cette dernière, est armée d’une épine de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième
segment abdominal.
Son rostre, assez nettement sigmoïde, surtout chez les femelles, est armé de six ou sept
dents dorsales en plus de l’épigastrique. Chez les femelles, il peut dépasser l’extrémité du
pédoncule antennulaire d’une longueur égale à deux fois celle du troisième segment de ce
pédoncule ; chez les mâles, il atteint au plus l’extrémité du pédoncule antennulaire.
Les flagelles antennulaires sont d’une longueur moyenne. La valeur du rapport : longueur
du flagelle inférieur/longueur du pédoncule antennulaire (mesurée du fond de l’orbite à
l’extrémité du troisième segment) est comprise entre 0,70 et 0,80 environ chez les femelles, 0,90
et 1,00 environ chez les mâles.
Le pétasma a un élément distodorsal gauche proche de celui de M. lata, mais dont le bord
externe de la partie distale n’est pas renflé (comparez les fig. 18 b et 18 a).
La plaque médiane du thélycum est également proche de celle de M. lata, mais elle est
proportionnellement moins large : la valeur du rapport largeur/longueur (excroissance
postérieure exclue) est très voisine de 1,5 contre 1,7 à 1,8 chez M. lata. Par ailleurs
l’excroissance médiane postérieure, à taille égale, est nettement plus large (comparez les
figures 19 a-b et 19 c-d).
Remarques
Comme nous l’avons fait ressortir dans les lignes qui précèdent, cette espèce est très
proche de M. lata. En fait, on peut considérer que M. angusta est à M. andamanensis ce que M.
lata est à M. philippii.
Il semblerait que M. angusta soit de plus grande taille que M. lata et que son rostre soit
plus long. Le petit nombre de spécimens de M. lata observés ne permet pas, toutefois, d’être
très affirmatif sur ces points.
Taille. — Cette espèce est de taille moyenne. Nous avons relevé des longueurs totales de
103 mm (Le = 21,2 mm) chez les femelles et de 95 mm (Le = 19,1 mm) chez les mâles.
Répartition. — L’espèce est actuellement connue des Philippines, du nord du Brunei et
du Vietnam. Elle a été récoltée entre 150 et 400 m de profondeur environ.
Étymologie. — Le terme angusta rappelle la partie postérieure très rétrécie de la plaque
médiane du thélycum.
— 443 —
Metapenaeopsis erythraea sp. nov.
(Fig. 16 c, 18 c, 19 e-f)
Penaeopis coniger var. andamanensis ; Balss, 1915 : 10 ; Pesta, 1915 : 103. Non (Wood-Mason, 1891).
Metapenaeopsis andamanensis ; Hall, 1966 : 99. Non (Wood-Mason, 1891).
Matériel. — Mer Rouge : « Pola », St. 35, 23° 12' N-38°19' E, 600 m, 1.12.1895 : 1 sp. très abîmé.
St. 130, 19°17'N-39°37' E, 439m, 24.10.1897: 5 ? 9,0 à 12,2mm. St. 135, 17°26'N-39°14'E, 332m,
25.10.1897 : 1 $ 11,3 mm (tous ces spécimens, conservés au Muséum de Vienne, ont été identifiés à M.
andamanensis par Balss, 1915, puis Pesta, 1915). — Mer Rouge : « Valdivia », St. 122, 21°22'N-39°04' E,
383-363 m, chalutage, 17.04.1979 : 186 S 9,3 à 15,1mm; 164 Ç, 10,0 à 18,2 mm (NMS, sauf 4 d et 3 $
déposés au Muséum de Paris).
Types. — Ils ont été tous choisis parmi les spécimens récoltés à la station 122 de l’expédition de la
« Valdivia ». Une femelle (Le = 15,1 mm) est l’holotype, un mâle (Le = 14,4mm) l’allotype, six femelles
(Le = 14,5 à 18,2 mm) et huit mâles (Le = 13,7 à 15,1 mm) les paratypes. Tous ces types sont déposés au
Senckenberg Museum, à Francfort-sur-le-Main, à l’exception de trois femelles et quatre mâles paratypes
conservés, sous le numéro MP-Na 9366, au Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris.
Chez tous les spécimens examinés, une épine existe de part et d’autre de l’incision dorsale
distale du troisième segment abdominal.
Le rostre est armé de sept ou huit dents dorsales, en plus de l’épigastrique. Chez les
femelles, il peut dépasser le pédoncule antennulaire d’une longueur égale à 2,5 fois celle du
troisième segment de ce pédoncule ; chez les mâles, il ne dépasse que très légèrement, au plus,
ce pédoncule.
Les flagelles antennulaires sont longs. La valeur du rapport : longueur du flagelle
inférieur/longueur du pédoncule antennulaire (mesurée du fond de l’orbite à l’extrémité du
troisième segment) est voisine de 0,95-1,00 chez les femelles et de 1,05-1,10 chez les mâles.
Le pétasma a un élément distodorsal gauche dont la partie distale est très régulièrement
arrondie (fig. 18 c).
La plaque médiane du thélycum est large : la valeur du rapport largeur/longueur
(excroissance postérieure exclue) est voisine de 1,7 donc comparable à celle relevée chez M.
lata. L’excroissance médiane postérieure a ses bords latéraux pratiquement parallèles
(fig. 19 e-f).
Remarques
Cette espèce est proche de M. angusta. Elle s’en distingue par le rostre plus long à taille
égale et portant plus de dents (7 ou 8 au lieu de 6 ou 7), les flagelles antennulaires plus longs, la
plaque médiane du thélycum proportionnellement plus large et ayant une excroissance
postérieure dont les bords latéraux sont subparallèles (au lieu d’être fortement convergents).
Ce dernier caractère est très constant.
Si les femelles de M. angusta et M. erythraea se distinguent au premier coup d’œil, grâce à
la forme de la plaque médiane du thélycum, la séparation des mâles est moins aisée, les
pétasma ne fournissant pas de caractère distinctif net. C’est alors la longueur du rostre et son
nombre de dents qui doivent être surtout utilisés.
— 444 —
Taille. — Cette espèce semble être de plus petite taille que M. angusta. En effet nous
n’avons pas trouvé de femelle mesurant plus de 89 mm de longueur totale (Le = 18,1 mm) et
de mâle dépassant 84 mm (Le = 15,8 mm).
Répartition. — L’espèce semble être endémique de la mer Rouge où elle a été récoltée
entre 332 et 600 m.
Étymologie. — Le terme erythraea rappelle la localisation géographique de l’espèce (mer
Rouge).
Metapenaeopsis coniger (Wood-Mason, 1891)
(Lig. 16 d, 18 d-e, 19 g)
Metapenaeus coniger Wood-Mason, 1891 : 272; Alcock et Anderson, 1894 : 144; Alcock, 1905 : 518;
1906 : 25, pl. 4, fig. 12, 12a-b.
Penaeus (Metapenaeus) coniger ', Alcock et McArdle, 1901, pl. L, fig. 1, 1 a-b; Alcock, 1901 : 16.
Peneopsis coniger ', Kemp et Sewell, 1912, pl. I, fig. 7.
Penaeopsis coniger ; Calman, 1923 : 538.
Penaeopsis (Metapenaeopsis) coniger ', Ramadan, 1938 : 69.
Metapenaeopsis coniger; Dall, 1957 : 168 (clé); Racek et Dall, 1965 : 21 (clé); Holthuis et Rosa,
1965 : 2; George, 1972 : 2; Starobogatov, 1972 : 404, fig. 120; Champion, 1973 : 188, fig. 2 A-B,
3 B; Burukovsky, 1974 : 39 (éd. 1983 : 52) (clé); Ivanov et Hassan, 1976 : 1305, fig. 5 A, 6 A; Silas
et Muthu, 1979 : 78.
Non Metapenaeopsis coniger; Kubo, 1949 : 432, fig. 8 F, 35 A-H, 46 H, 64 E et E', 76 M et S, 81 A,
148 G; Kim et Park, 1972 : 194, pl. 1, fig. 5; Kim, 1976 : 136; 1977a : 200; 19776 : 143, fig. 35-36,
pl. 44, fig. 12 [= M. provocatoria longirostris subsp. nov.].
Matériel. — Golfe du Bengale (provenance Indian Museum) : 1 $ 13,9 mm; 2 9 21,3 et 22,3 mm
(BM 1895.1.22.24). Ibidem, 145-250fms : 1 S 18,1mm; 1 $ 20,3mm (USNM 19010). — Golfe d’Aden :
John Murray Exp. : St. 194, 220m : 4 (J 8,1 à 12,2mm; 12 Ç 8,1 à 12,3mm (BM 1937.12.7.131.139).
Les spécimens que nous avons pu examiner sont, soit de petite taille, soit, à l’exception
d’une femelle adulte, avec des rostres très abîmés. D’après Alcock (1906 : 25), le rostre porte
six ou sept dents (rarement huit) en plus de l’épigastrique; c’est ce que nous observons.
Toujours d’après Alcock, le rostre ne s’étend pas au-delà du pédoncule antennulaire chez le
mâle, tandis qu’il dépasse légèrement ce pédoncule chez la femelle (chez notre femelle aduite
dont le rostre est entier, celui-ci dépasse le pédoncule antennulaire d’une longueur un peu
supérieure à celle du troisième article de ce pédoncule).
Une épine existe de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième segment
abdominal.
Les flagelles antennulaires sont cassés chez tous les spécimens que nous avons examinés.
D’après Alcock (1906), le plus long flagelle est aussi long ou plus long que le pédoncule
antennulaire.
Le pétasma a un lobe distodorsal gauche dont la partie distale est très régulièrement
arrondie (fig. 18 d-e).
Le thélycum est bien particulier. Sa plaque médiane a la forme d’un T. Les bourrelets
antérolatéraux, qui bordent la plaque transversale, viennent buter contre les extrémités de la
— 445 —
barre horizontale de la plaque médiane, l’ensemble de la plaque médiane et des bourrelets
prenant l’aspect d’un W renversé (fig. 19 g).
Remarques
Les femelles de cette espèce se distinguent immédiatement de celles des autres espèces
étudiées dans cette note grâce à leur thélycum.
Les mâles, comme l’ont déjà fait remarquer Calman (1923) et Ramadan (1938), sont
beaucoup plus difficiles à identifier et, actuellement, avec le matériel examiné, le seul caractère
que nous ayons pu trouver, distinguant les mâles de cette espèce de ceux à'andamanensis,
angusta et eryîhraea, est la valeur du rapport : longueur de la carapace/longueur du pétasma,
supérieure à 2,1 chez coniger , inférieure à cette valeur chez les autres espèces citées. La partie
distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma est très arrondie chez toutes ces espèces et
ne permet pas de les séparer (comparer les figures 13 a-c et 18 b-e).
Alcock (1906) considère que les carènes longitudinales, de section arrondie, qui se
trouvent de part et d’autre de la carène dorsale des quatrième, cinquième et sixième segments
abdominaux sont caractéristiques de cette espèce. Cela paraît inexact, de telles carènes existant
chez toutes les espèces étudiées ici. Il faut d’ailleurs noter que la figure 12 a d’ALCOCK (1906)
donne un relief un peu exagéré à ces carènes qui semblent, dans tous les cas, assez peu
marquées.
Alcock (1906) mentionne également que le mâle de M. coniger se distingue de celui de M.
philippii par les flagelles antennulaires inférieurs dont le bord interne est concave à sa base, la
concavité se terminant au niveau d’un petit denticule conique. Calman (1923) a montré que
cette affirmation était inexacte, les deux espèces montrant la disposition des flagelles décrite
par Alcock ; en fait cette disposition semble commune à toutes les espèces étudiées dans cette
note.
Enfin nous signalerons que, toujours contrairement à ce qu’écrit Alcock (1906), le basis
des deuxièmes péréiopodes de M. coniger est armé d’une petite épine comme cela semble être la
règle chez toutes les Metapenaeopsis étudiées ici.
Taille. — Cette espèce semble être de petite taille puisque Alcock, qui en a examiné de
très nombreux spécimens, considère que 90 mm est une taille maximale. Nous avons observé
une femelle (Le = 22,3 mm) dont la longueur totale atteint 92 mm.
Répartition. — M. coniger est connue du golfe d’Aden, du golfe d’Oman, des côtes ouest
et est des Indes, des îles Andaman, entre 102 et 420 m de profondeur environ.
Metapenaeopsis sibogae (de Man, 1907)
(Fig. 20)
Metapenaeus sibogae de Man, 1907 : 131.
Penaeopsis sibogae ; de Man, 1911 : 63 ; 1913, pl. 6, fig. 18, 18a-h.
Metapenaeopsis sibogae', Dall, 1957 : 168 (clé); Racek et Dall, 1965 : 20 (clé); Starobogatov, 1972 :
404, fig. 117 (clé); Burukovsky, 1974 : 38 (éd. 1983 : 51) (clé).
B *o
— 447 —
Matériel. — MUSORSTOM I (Philippines) : St. 42, 379-407 m : 2 $ 15,7 et 16,1 mm (MP-Na 7298).
MUSORSTOM II (Philippines) : St. 35, 160-198m : 8 <? 10,0à 13,7mm; 13 $ 10,4à 17,6mm (MP-Na
7299). — MUSORSTOM III (Philippines) : St. 138, 252-370 m : 1 Ç 13,4 mm (MP-Na 9481). St. 139,
240-267m : 1 $ 11,1 mm; 2 $ 11,8 et 12,4mm (MP-Na 9480). — CORINDON II (Indonésie) : St. 267,
186-134m : 2 Ç 8,8 et 11,4mm (MP-Na 7300).
Cette espèce se caractérise par :
— l’absence d’épines de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième segment
abdominal ;
— le rostre, très légèrement sigmoïde, qui porte le plus souvent neuf dents dorsales en
plus de l’épigastrique, plus rarement huit ou dix : grêle, très allongé, il dépasse toujours, chez
les adultes, le pédoncule antennulaire d’une longueur qui, chez les mâles, peut être égale à celle
du troisième segment du pédoncule antennulaire et, chez les femelles, à 4,5 fois la longueur de
ce segment ;
— la longueur du plus grand des flagelles antennulaires qui, chez les femelles, est
comprise entre 0,9 et 1,0 fois environ celle du pédoncule antennulaire (mesurée du creux de
l’orbite à l’extrémité du troisième segment) et, chez les mâles, entre 1,1 et 1,3 fois environ cette
longueur ;
— le pétasma (fig. 20 d-e) dont l’élément distoventral et la valve droite, allongés,
dépassent nettement les autres éléments et la valve gauche. On notera également qu’il n’y a pas
de stries sur l’élément spiralé et que la partie distale de l’élément distodorsal gauche a un
contour très arrondi (fig. 20 f) ;
— la plaque médiane du thélycum qui est dépourvue de bourrelet transversal antérieur, et
dont les bords latéraux sont à peine encochés par les bourrelets antérolatéraux de la plaque
transversale. En outre, la plaque médiane se prolonge peu vers l’arrière, au-delà de ces
bourrelets, et son bord postérieur est divisé en deux lobes par une encoche large et assez
profonde. Enfin, les bourrelets antérolatéraux sont fortement évasés, comme chez M. philippii
(fig. 20 b).
Remarques
De Man (1911 : 63) a donné une description complète de cette espèce, illustrée de
nombreux dessins (1913, fig. 18, 18 a-h). Nous y renvoyons le lecteur en attirant toutefois son
attention sur la représentation inexacte qu’a donné cet auteur, sur sa figure 18 g, de l’élément
distodorsal gauche du pétasma; la partie distale de cet élément a, en effet, un contour
beaucoup plus arrondi.
Taille. — Cette espèce est petite. La plus grande femelle et le plus grand mâle que nous
ayons examinés ont une carapace mesurant respectivement 17,6 et 14,2 mm et une longueur
totale de 89 et 75 mm.
Répartition. — M. sibogae n’a encore été récoltée qu’en Indonésie (Sumbawa, Flores,
détroit de Makassar) et aux Philippines, entre 134-186 m et 379-407 m de profondeur.
— 448 —
REMARQUES GÉNÉRALES
D'après la forme du thélycum, les espèces étudiées ici se divisent en deux groupes : l’un
caractérisé par la partie postérieure de la plaque médiane bien développée, l’autre dans lequel
cette partie postérieure est réduite à une excroissance plus ou moins étroite.
Le premier groupe renferme : philippii (Bate, 1881), provocatoria Racek et Dali, 1965, et
provocatoria longirostris subsp. nov., scotti Champion, 1973, andamanensis (Wood-Mason,
1891), liui sp. nov.
Le second comprend : lata Kubo, 1949, angusta sp. nov., erythraea sp. nov., coniger
(Wood-Mason, 1891).
M. sibogae occupe une position à part, mais se rapproche plus du premier groupe que du
second.
Dans le premier groupe, deux sous-groupes peuvent être distingués. L’un se caractérise
par l’absence d’épine de part et d’autre de l’incision dorsale distale du troisième segment
abdominal et des mâles dont la partie distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma a un
contour sinueux et une extrémité étirée (fig. 7 a-j) ; il renferme philippii, provocatoria et
provocatoria longirostris qui sont toutes de taille petite ou moyenne. L’autre se caractérise par
la présence d’une épine de part et d’autre de l’incision dorsale du troisième segment abdominal
et des mâles dont la partie distale de l’élément distodorsal gauche du pétasma a un contour peu
sinueux et une extrémité arrondie (fig. 13 a-f) ; il comprend andamanensis et liui qui sont les
espèces les plus grandes de toutes celles étudiées ici.
M. scotti, par l’absence d’épines sur le troisième segment abdominal et un élément
distodorsal gauche du pétasma intermédiaire entre celui d 'andamanensis et celui de liui, fait la
liaison entre les deux sous-groupes.
Dans le deuxième groupe, M. lata se distingue par l’absence d’épines sur le troisième
segment abdominal et un élément distodorsal gauche du pétasma renflé du côté externe
(fig. 18 a). Les trois autres espèces présentent un élément distodorsal gauche du pétasma de
forme très homogène, mais M. coniger se distingue de toutes les espèces étudiées ici par la
plaque médiane de son thélycum fortement évidée de part et d’autre de l’excroissance médiane
postérieure, ce qui a pour effet de laisser visibles les orifices des réceptacles séminaux.
Les récoltes de Metapenaeopsis en eau profonde sont encore peu nombreuses et
l’interprétation du tableau II doit être faite compte tenu de cette remarque. Elles permettent
toutefois d’observer :
1) qu’aucune des espèces étudiées ici ne semble avoir une répartition géographique large ;
2) qu’une fois de plus la région des Philippines et de l’Indonésie se révèle très riche en
espèces puisque cinq des onze espèces ou sous-espèces étudiées ici s’y trouvent, tandis
qu’aucune des autres régions n’en renferme plus de deux et que certaines semblent n’en
renfermer qu’une seule (cas de l'océan Indien occidental ou de la mer Rouge).
Avec le développement de la pêche industrielle des crevettes à grandes profondeurs, on
peut espérer que nos connaissances sur les espèces vivant en eau profonde vont se développer
— 449 —
Tableau II. — Répartitions géographique et bathymétrique des Metapenaeopsis indo-ouest-pacifiques
d’eau profonde.
philippii
provocatoria
provocatoria longirostris
scotti
andamanensis
liui
lata
angusta
erythraea
coniger
sibogae
Côte est d’Afrique
Madagascar — La Réunion
Mer Rouge
Golfe d’Oman
Inde
Andaman
Malaisie
Vietnam
Philippines
Indonésie — Brunei
Nouvelle-Guinée
Australie
Nouvelle-Calédonie
Taiwan
Japon — Corée
Répartition
BATHYMÉTRIQUE
+ + +
150-275 m
-+ + + +
90-390m
+ +
50-250/300m
+ +
150-375 m
+ + +
102-420 m
+ + +
159-338 m
+
250-300 m (probablement
partir de 100 m environ)
+ + +
150-400 m
-I-
332-600m
+ + +
130-550m
+
134/186-274 m
assez rapidement. La petite taille de la plupart des Metapenaeopsis étudiées ici est toutefois un
facteur défavorable car la plupart seront rejetées à la mer par les pêcheurs. Il serait pourtant
souhaitable de pouvoir disposer de récoltes nombreuses, dispersées géographiquement, afin de
mieux comprendre ce qui est espèce, sous-espèce, ou variations à l’intérieur d’un cline. Il est
bien certain qu’en l’état actuel des récoltes, des problèmes tel que celui posé, par exemple, par
les formes du complexe provocatoria ne peuvent être résolus de manière vraiment satisfaisante.
Notre travail ne doit donc être considéré que comme une étape.
Remerciements
Nous sommes très reconnaissant au Pr. L. B. Holthuis du Rijksmuseum van Natuurlijke
Historié à Leyde, au Dr. R. W. Ingle et A. A. Fincham du British Museum (Natural
History) et au Dr. D. Platvoet du Zoôlogisch Museum à Amsterdam qui nous ont accueilli
dans leurs muséums et accordé toutes les facilités de travail souhaitables.
Les chercheurs dont les noms suivent ont accepté de nous adresser divers spécimens : A.
J. Bruce (Northern Territory Museum of Arts and Sciences, Darwin), Ken Ichi Hayashi
(Shimonoseki University of Fisheries), Hoon Soo Kim (College of National Sciences, Seoul
National University), K. Moosa (Lembaga Oseanologi Nasional, Djakarta), I. Pérez Far-
— 450 —
fante (National Museum of Natural History, Washington), G. Pretzmann (Naturhistoriches
Museum, Vienne), B. Richer de Forges (Centre ORSTOM, Nouméa), M. Türkay (Natur-
Museum Senckenberg, Francfort-sur-le-Main). Le Pr. J. Forest, du Muséum national
d’Histoire naturelle, et I. Pérez Farfante ont bien voulu relire notre manuscrit. A tous nous
adressons nos vifs remerciements.
C’est au talent de M. M. Gaillard qu’est dû l’ensemble des figures qui illustrent ce texte.
Il nous est particulièrement agréable de pouvoir le remercier ici.
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Notes sur les Serpents de la région malgache
VII. Révision du genre Madagascarophis Mertens, 1952
par Charles A. Domergue
Résumé. — L’historique du genre endémique Madagascar ophis Mertens, 1952 [= Dipsas auct. ;
= Eteirodipsas auct.] est donné. Il est suivi de la redescription de l’espèce-type M. colubrinus (Schlegel,
1837) pour laquelle un lectotype est désigné. L’étude de l’écaillure, de la coloration et des hémipénis d’un
grand nombre de spécimens (150) de M. colubrinus sensu lato nous permet de reconnaître, outre la sous-
espèce nominative colubrinus, quatre nouvelles sous-espèces, insularis, occidentalis, pastoriensis et
septentrionalis, ainsi que trois autres espèces : M. citrinus (Boettger, 1877), M. meridionalis n. sp. et M.
ocellatus n. sp.
Abstract. — A short taxonomical history of the endemic Malagasy genus Madagascarophis Mertens,
1952, is followed by a new description of the type-species M. colubrinus (Schlegel, 1837); a lectotype is
designated. Pholidosis, patterncolor and hemipenial morphology from a large sample (150 specimens) of
M. colubrinus sensu lato are here studied and lead us to recognize five subspecies (besides the
nominotypical colubrinus, insularis, occidentalis, pastoriensis and septentrionalis are new) and to identify
three other distinct species : M. citrinus (Boettger, 1877), M. meridionalis n. sp. and M. ocellatus n. sp.
Ch. A. Domergue, Laboratoire des Reptiles et Amphibiens, Muséum national d’Histoire naturelle, 25. rue Cuvier, 75005
Paris, et Institut Pasteur de Madagascar, B.P. 1274, Tananarive, Madagascar.
Madagascarophis colubrinus (Schlegel, 1837), l’un des Serpents les plus communs de
Madagascar, appartient à un genre considéré jusqu’ici comme monotypique. L’étude d’une
importante série de spécimens (150) nous permet de reconnaître dans ce genre plusieurs espèces
et sous-espèces.
Historique du genre Madagascarophis
1837 : Schlegel écrit : « L’espèce que nous publions sous le nom de Dipsas colubrina, a
été découverte à Madagascar et sur l’île Bourbon par MM. Goudot et Milius, qui en ont
adressé plusieurs individus au Musée de Paris ». La description donnée par Schlegel est très
brève et n’aurait probablement pas permis de reconnaître l’espèce si l’auteur n’en avait donné
en 1844 une série de figures.
1854 : C. Duméril, G. Bibron et A. Duméril redécrivent Dipsas colubrina avec un grand
luxe de détails, en particulier en ce qui concerne la géométrie des plaques céphaliques ; ils nous
apprennent que l’espèce possède 27 ou 29 écailles dorsales, 180 à 190 plaques ventrales, une
anale divisée, et 64 à 71 sous-caudales dont les premières sont souvent entières, les suivantes
— 456 —
divisées ; après la formule dentaire, ils décrivent la coloration observée sur « plusieurs
spécimens », mais sans en préciser le nombre. De cette description, nous retiendrons les
expressions suivantes : « multitude de rosaces noirâtres sur fond gris », « bandes transversales
en général peu régulières », « face ventrale tantôt entièrement blanche, tantôt parsemée de
gouttelettes noires », « la plus grande partie des lèvres est blanche, de même que l’extrémité de
la queue, moins la pointe, qui est noire ». Les auteurs signalent l’existence d’une raie noire de
chaque côté de la face et quatre ou cinq taches noirâtres sur la nuque.
1863 : Jan place Dipsas colubrina dans le genre Eteirodipsas.
1872 : Dans son « Iconographie... », Jan donne d’excellents dessins de Madagascarophis.
Une coupe du corps exprime parfaitement sa compression latérale. Nous ignorons l’origine du
spécimen qui a servi de modèle à Jan, et qui est remarquable par 25 rangs de dorsales.
1877 : Avec Boettger, qui décrit six spécimens de Nosy be, nos connaissances se
précisent : il y a 25, 26 ou 27 dorsales, 176 à 179 ventrales, 64 à 71 sous-caudales. Par ailleurs,
la coloration est donnée comme brun foncé chez certains individus, jaune citron chez d’autres
ce qui conduit Boettger à proposer une variété citrina. Il a observé sur ses spécimens la pointe
noire de la queue succédant à une partie blanche ou jaune corne. Dans ses travaux de 1878,
1879 et 1881, Boettger décrit encore huit spécimens qui sans aucun doute proviennent de
Nosy be et qui possèdent tous 25 dorsales, 183 à 204 ventrales et 63 à 70 sous-caudales.
1896 : Boulenger complète nos informations en signalant neuf spécimens, l’un de
Tamatave, trois de l’Imerina (c’est-à-dire des Hauts-Plateaux) et cinq de « Madagascar », sans
plus de précisions. Parmi ces derniers, deux ont 27 dorsales, deux 29 et un 25 ; les trois
spécimens de l’Imerina et celui de Tamatave ont 27 dorsales. Pour l’ensemble des sujets, le
nombre des ventrales est compris entre 184 et 200, celui des sous-caudales entre 44 et 62. Dans
la diagnose du genre Eteirodipsas, Boulenger précise : « Hypapophyses developed throughout
the vertebral column... body cylindrical ». En ce qui concerne la coloration de l’espèce, il écrit :
« Pale brown, yellowish or greenish yellow above, with dark brown or black spots arranged
quincuncially; a more or less distinct dark streak on each side of the head behind the eye;
uniform yellowish white beneath ».
1904 : Jourdran fait état de six spécimens sans nous apporter d’informations nouvelles
sur l’écaillure, mais il nous fait part de son point de vue sur la coloration : « la couleur de cette
espèce est très variable, elle peut être jaunâtre tachetée de brun, couleur cuir de Cordoue ; elle
peut présenter des écailles jaunes, violettes sépia, blanchâtres disposées assez régulièrement.
D’autres fois on peut remarquer de grosses taches noirâtres, l’extrémité de la queue est
quelquefois plus foncée que le reste du corps qui peut être d’un jaune clair. La plupart du
temps les écailles sont parsemées de granulations noires disposées en quinconce ».
1909 : Mocquard écrit : « Il est remarquable que chez tous les Colubridés malgaches
aglyphes et opisthoglyphes excepté parmi ces derniers les Mimophis et les Eteirodipsas , les
vertèbres postérieures du tronc sont pourvues d’hypapophyses ». On comprend mal cette
erreur, qui laisserait supposer qu’il n’avait pas lu le travail de Boulenger (1896). Mocquard
place Eteirodipsas dans la sous-famille des Dipsadomorphinae et, dans son synopsis, il
caractérise ce genre monotypique par une pupille verticale ; il le distingue de Langaha par son
museau sans prolongement et par l’œil séparé des labiales par des sous-oculaires.
1922 : Marie Phisalix énonce les caractères du genre opisthoglyphe Eteirodipsas , avec une
seule espèce, E. colubrina typique de Madagascar, dont la longueur totale atteint 86 cm et dont
on ne connaît rien sur le venin. Par ailleurs, M. Phisalix n’omet pas de mentionner que dans le
— 457 —
genre Eteirodipsas les vertèbres sont pourvues d’hypapophyses sur toute la longueur de la
colonne vertébrale.
1952 : Robert Mertens expose les problèmes de nomenclature posés par Dipsas =
Eteirodipsas, ce qui l’amène à proposer l’abandon du nom de genre Eteirodipsas Jan, 1863, et à
lui substituer celui de Madagascarophis, genre monotypique avec l’espèce M. colubrinus
(Schlegel). Implicitement, l’auteur ne remet pas en cause la définition du genre par Boulenger.
La proposition de Mertens était justifiée par le fait que l’espèce-type du genre Eteirodipsas Jan
est une espèce mexicaine. En effet, Jan (1863 : 105) inclut dans le genre trois espèces, Dipsas
colubrina Schlegel, 1837, Dipsas biscutata Duméril, Bibron et Duméril, 1854, et Coluber
annulatus Linnaeus, 1758, mais apparemment aucune désignation d’espèce-type n’est faite
jusqu’à ce que Smith et Taylor (1945 : 145) proposent Dipsas biscutata comme espèce-type du
genre. Eteirodipsas Jan, 1863, devient ainsi un synonyme subjectif plus récent du genre
Trimorphodon Cope, 1861, américain, et la création d’un nom nouveau pour inclure l’espèce
malgache, nettement distincte, s’impose donc.
1955 : R. Mertens, dans une courte note, mentionne M. colubrinus et fait remarquer que
la morsure de cet opisthoglyphe « n’est pas très agréable ». Il donne aussi une photographie
d’un spécimen de Betroka (Sud-central de Madagascar) et fait remarquer que la morphologie
de Madagascarophis lui rappelle certaines couleuvres opisthoglyphes néotropicales du genre
Leptodeira, ou africaines du genre Telescopus.
1958 : J. Guibé énonce les caractères de Madagascarophis colubrina (sic), « espèce très
commune que l’on rencontre en toutes régions », et dont la longueur totale peut atteindre
1 000 mm. Il présente les caractères d’écaillure de sept spécimens des collections du Muséum de
Paris dans un tableau où l’on remarque trois sujets à 29 dorsales, trois à 27, un à 25 ; les
nombres extrêmes des ventrales sont 184 et 213, ceux des sous-caudales 55 et 72 ; nous relevons
aussi que l’auteur fait mention de 8 à 9 labiales supérieures, de deux préoculaires dont « la
supérieure grande, plus ou moins en contact avec la frontale ». La coloration est ainsi
présentée : « Brun pâle, jaunâtre ou grisâtre, avec des taches foncées disposées en quinconce.
Une barre foncée de chaque côté de la tête. Face ventrale uniformément jaunâtre ». Le texte de
Guibé est illustré par deux dessins qui sont apparemment la reproduction des figures données
par Schlegel en 1844.
1963 : Domergue énonce les caractères généraux de l’hémipénis de Madagascarophis
colubrina : « il est biapical divisé, mais les branches apparemment coalescentes forment un
pédoncule allongé ». 1964 : Il rapporte un cas de morsure par M. colubrina. 1969 : Il publie
une clef simplifiée pour la détermination sur le terrain des serpents malgaches; pour
reconnaître d’emblée M. colubrina, il ne propose qu’un seul critère : la présence de plaques
sous-oculaires.
1970-1971 : Une équipe de l’Institut Pasteur de Madagascar (Domergue, Pinon et
Richaud), sous le patronage de E. R. Brygoo, tente par des tests sérologiques d’établir des
affinités entre différents serpents malgaches.
1971 : Ch. P. Blanc mentionne le genre Madagascarophis Mertens, 1952, comme
endémique, avec une seule espèce : M. colubrina (sic) (Schlegel, 1837)
1981 : E. R. Brygoo publie « Les Goudot, voyageurs naturalistes bien mal connus » et
ainsi nous apprend que Jules Prosper Goudot, à qui l’on doit les premiers spécimens de Dipsas
colubrina Schlegel, 1837, se trouvait à Madagascar de 1828 à 1829 puis de 1831 à 1833 et enfin
de 1837 à 1857.
— 458 —
1982 : Le même auteur rappelle le caractère différentiel de M. colubrinus (la présence de
sous-oculaires, cas unique chez les serpents malgaches). Il mentionne la variété du Sud à livrée
ocellée et cite quelques légendes relatives au régime alimentaire de Madagascarophis. Dans le
chapitre « sérologie » (p. 45), il résume les résultats du travail commun des chercheurs de
l’Institut Pasteur de Madagascar par l’utilisation des techniques sérologiques. Enfin, en note
infrapaginale, il rappelle qu’il faut écrire M. colubrinus, et non « colubrina » comme Guibé
(1958), Blanc (1971) et nous-même (1963-1964-1969) l’ont fait par erreur.
1983 : H. G. Dowling et ses collaborateurs ont fait un antisérum avec Madagascarophis
colubrinus ; ils en arrivent à conclure : « Madagascarophis diverged 55-60 My ago; in the date
Paleocene or early Eocene ». Les auteurs maintiennent Madagascarophis dans la tribu des
Geodipsadini Dowling, 1975, à côté de celle des Pseudoxyrhopini Dowling, 1975, mais dans la
sous-famille des Boodontinae Cope, 1893. Mais « However, there is no assurance that this is a
correct allocation ».
Abréviations
D = dorsales ; V = ventrales ; A = anale ; SC = sous-caudales (entre parenthèses : nombre moyen ;
hors parenthèses : extrêmes) ; T = temporale ; pré-oc. = préoculaire ; post-oc. = postoculaire ; sous-
oc = sous-oculaire ; LS = labiales supérieures ; LI = labiales inférieures ; Lgt = longueur totale (entre
parenthèses : longueur du corps tête comprise, plus longueur de la queue) ; RC = rapport caudal.
MHNP = Muséum d’Histoire naturelle de Paris; .../S = n° collection Domergue. SMF =
Senckenberg Museum, Frankfurt-a-M.
Matériel étudié
Cent trente spécimens ont été étudiés sur le vif ou le frais et enregistrés à Madagascar
entre 1960 et 1986. Aujourd’hui, soixante de ces spécimens sont conservés au Muséum de
Paris, une vingtaine est restée à l’Institut Pasteur de Madagascar. A deux exceptions près, ils
sont parfaitement localisés géographiquement.
Le Muséum de Paris possède en outre soixante-dix-sept spécimens déterminés comme
Madagascarophis [ = Dipsas ; = Eteirodipsas ] colubrinus. Ces spécimens sont en général assez
bien conservés, toutefois la valeur de beaucoup d’entre eux est relative faute de connaître leur
origine géographique exacte. Parmi ces spécimens se trouvent les trois syntypes qui sont à
l’origine des descriptions de Schlegel, puis de Duméril, Bibron et Duméril.
Nous avons revu ces trois spécimens et complété les données des auteurs précédents.
a) MHNP 3893, bocal C 2451 (12), portant l'étiquette « Dipsas colubrina Schlegel-Duméril et
Bibron, Hist. nat. Rept. T 7, p. 1116. île Bourbon : Milius ».
Longueur totale 702mm, dont 682mm pour le corps (tête comprise); la queue, très
mutilée, est réduite à un moignon de 20 mm. Les dorsales (fossettes apicales peu visibles) sont
disposées sur vingt-neuf rangs entre les 60 e et 85 e ventrales (28 à la 50 e et 28 à la 90 e ). 187
ventrales; anale divisée; sur le moignon de queue, on compte 1 sous-caudale divisée + 3
entières + 2 divisées. 9 labiales supérieures à droite et à gauche ; 13 labiales inférieures à droite
et à gauche : gulaires postérieures séparées par des écailles, suivies de 3 séries de postgulaires et
3 fausses ventrales. 2 préoculaires à droite et à gauche, en léger contact avec la frontale, 3 sous-
— 459 —
oculaires à droite et à gauche, 4 postoculaires à droite, 3 à gauche. Temporales 3 + 3 à droite
et2 + (l)+3à gauche. Loréale assez grande; nasale divisée avec valvule bien visible. La
coloration est du modèle A que nous définissons plus loin (p. 467) ; le fond est de teinte
délavée.
Ce spécimen est celui qui a été figuré par Schlegel dans son atlas (1844); le dessin a été
reproduit par Guibé (1958); on y compte parfaitement 9 labiales supérieures, ce qui justifie
l’identification.
Nous exposerons dans les pages suivantes les raisons pour lesquelles nous mettons en
doute la région géographique avancée (île Bourbon).
b) MHNP 3891, bocal C 2451, étiquette : Dipsas colubrina Schlegel, Madagascar, Goudot coll.
Sexe mâle (légère saillie d’un hémipénis). Longueur totale 375 mm (306 + 69). RC
10/44 '. Vingt-sept rangs de D entre les 50 e et 95 e V (fossettes non visibles). 189 V; A divisée;
65 ( + 2) SC toutes divisées. 8 LS à droite et à gauche ; 11 LI à droite et à gauche ; gulaires
postérieures séparées par des écailles, suivies de 2 rangs de postgulaires et de 2 fausses
ventrales. 2 préoculaires en léger contact avec la frontale à droite et à gauche, 3 sous-oculaires,
2 post-oculaires. 2+2 temporales. Loréale normale ; nasale divisée. La coloration est du
modèle B2 (cf. p. 467) avec l’extrémité de la queue blanche et la pointe noire.
c) MHNP 3891-A, bocal C 2451, étiquette : Dipsas colubrina Schlegel, Madagascar, Goudot coll.
Sexe mâle (légère saillie d’un hémipénis). Longueur totale 386 mm (326 + 60). RC 10/54.
Vingt-sept rangs de D (sans fossettes visibles). 188 V; A divisée; 64 SC toutes divisées. 8 LS à
droite et à gauche ; 12 LI à droite, 11 à gauche. Gulaires postérieures séparées par des écailles,
suivies de 2 rangs de postgulaires et de 2 fausses ventrales. 2 préoculaires en léger contact avec
la frontale, 3 sous-oculaires, 3 postoculaires. Temporales multiples; loréale normale; nasale
divisée avec valvule visible. La coloration est du modèle B2, avec queue blanche.
Les deux spécimens syntypes MHNP 3891 et 3891-A, tous deux mâles certains, sont
semblables. Nous verrons plus loin que les caractères morphométriques des populations de la
côte est s’accordent parfaitement à ces deux spécimens, ce qui confirmera l’origine que nous
leur avons attribuée d’après les itinéraires de Goudot.
Désignation d’un lectotype
Pour clarifier le problème de l’identité des diverses populations, nous nous trouvons dans
l’obligation de désigner un lectotype.
Le Code de Nomenclature recommande (recommandation 74 B) de désigner de préférence
comme lectotype un spécimen figuré par l’auteur, s’il existe un dessin, ce qui est le cas du
spécimen MHNP 3893 représenté par Schlegel. Or, dans le cas présent, nous ne pouvons
suivre cette recommandation. En effet, la localité de récolte du spécimen figuré (MHNP 3893)
I. Rapport caudal = longueur du corps + tête/longueur de la queue.
— 460 —
(île Bourbon (Réunion), par Milius *) se trouve en dehors de l’aire de répartition connue de
l’espèce. De plus, le spécimen montre un nombre d’écailles qui ne permet pas de le rattacher
avec certitude à l’une ou l’autre des populations de la région malgache.
C'est pourquoi nous désignons comme lectotype l’un des deux autres syntypes de l’espèce,
récoltés par J. P. Goudot à Madagascar : le spécimen MHNP 3891. En effet, la terra typica
donnée (Madagascar) s’accorde à la distribution connue de l’espèce. En outre, les itinéraires
suivis par le collecteur (ici Tamatave et environs) ayant été étudiés (Brygoo, 1981 : 37), nous
pouvons ainsi préciser cette terra typica , conformément à la recommandation 72 E (3) du
Code, et la terra typica restricta de l’espèce Madagascarophis colubrinus (Schlegel) sera donc :
environs de Tamatave (Toamasina), Madagascar. Enfin, l’écaillure (pholidose) du spécimen
MHNP 3891 est conforme à celle que nous avons notée chez les spécimens originaires
précisément de la région mentionnée (Tamatave et environs) : cela ne peut que confirmer
l’origine géographique du spécimen.
Madagascarophis colubrinus (Schlegel, 1837) sensu lato
Caractères généraux
Serpent d’aspect plutôt massif; tête assez large, nettement distincte du cou; pupille
verticale ; présence de plaques sous-oculaires ; queue plutôt courte ; corps légèrement comprimé
latéralement (cf. figures de Schlegel et Jan).
Mensurations : Dimensions maximales : Lgt 1400 mm pour un spécimen mâle, trouvé mort à
Soahazo (50 km sud de Befandriana-sud) ; 1 170 mm pour une femelle de Befandriana-sud. Dimensions
normales observées sur 123 sujets (71 femelles et 52 mâles) : plus de 1 000 mm pour six mâles et une
femelle du Sud, un mâle de Mananara; entre 900 mm et 1 000 mm pour vingt sujets dont quatorze mâles
du Sud, un mâle de Tananarive, cinq femelles du Sud ; moins de 900 mm pour quatre-vingt-quinze sujets.
Cet échantillonnage nous laisse supposer que les mâles atteignent une plus grande taille
que les femelles. Nous constatons aussi que les plus grands spécimens sont ceux du Sud.
Le rapport caudal est compris entre 10/41 et 10/76. On ne remarque pas de différenciation
sexuelle, le RC des mâles étant compris entre 10/41 et 10/66, celui des femelles entre 10/44 et
10/76. On ne relève pas non plus de différenciation sensible en fonction de la région
géographique ; toutefois, on remarque que pour les spécimens du Sud le RC est compris entre
10/50 et 10/71 et pour ceux du Nord, entre 10/41 et 10/70.
1. Le baron Milius fût gouverneur de Bourbon (aujourd'hui Réunion) de 1818 à 1821 (Reydellet, 1978 : 37-38)
et, d’après ce travail, il apparaît que Milius ne s’est jamais rendu à Madagascar. Il est donc vraisemblable que le
spécimen MHNP 3893 envoyé au Muséum de Paris, qui provenait de la Réunion, avait été introduit accidentellement
dans cette île. En revanche, Jules Prosper Goudot s’est rendu par deux fois à Madagascar, dans la région de Tamatave,
avant la description de Schlegel, mais bien après le départ du gouverneur Milius, précisément en 1828-1829 et 1831-
1833 (E. R. Brygoo, 1981).
— 461 —
Écaillure corporelle
Les dorsales sont lisses, pourvues généralement de deux fossettes apicales plus ou moins
visibles, souvent invisibles. Elles sont disposées en rangs droits. D’après les descriptions de
Schlegel, Duméril, Bibron et Duméril, puis celles de Boettger et de Guibé, nous savions
que le nombre des dorsales était compris entre 25 et 29 rangs suivant les individus. Depuis,
nous avons observé que beaucoup de spécimens ont 31 dorsales, quelques-uns 33.
Tous les spécimens ayant 29 D et plus proviennent de la région sud de l’île; en
revanche, dans la région nord, en règle générale les spécimens ont 27 D, mais on connaît
plusieurs exceptions à 29 D, une à 26, plusieurs à 25 (sur la majorité des spécimens de Nosy be
décrits par Boettger et sur deux seulement provenant de lTmerima, Hauts Plateaux).
L’usage est de compter les dorsales « au milieu du corps ». Dans le cas de
Madagascarophis, cela correspond à la partie comprise entre les 50 e et 110 e Y, mais, souvent, la
marge est beaucoup plus réduite, le nombre maximum de dorsales se situant entre les 50 e et 80 e
ventrales.
Fig. 1, — Variation du nombre des dorsales en fonction de l'origine géographique des spécimens.
— 462
Les spécimens 1244/S et 1245/S proviennent exactement du même lieu (terrasse des
studios de l’Institut Pasteur de Madagascar à Tananarive); tous deux sont des femelles, très
semblables : 190 et 189 V, 50 et 49 SC, RC 10/61 et 10/62. Or, l’une présente 29 D, l’autre
27 D. Dans ce cas précis, il n’y a pas corrélation entre le nombre des dorsales et celui des
ventrales. Tous les spécimens du Sud ont 29 dorsales ou plus et au moins 196 ventrales. Nous
serons conduits par la suite à attacher une grande importance au nombre des dorsales et à celui
des ventrales.
Les ventrales ne présentent pas de caractères morphologiques notables. Leur bord libre est
quasi rectiligne ; nous n’avons pas observé d’encoches ou de carènes, même ébauchées. Le plus
petit nombre de ventrales observé est de 176 sur la femelle 98/S de Besalampy; le plus grand,
232 sur le mâle 603/S de Bevoay. L’écart entre les extrêmes (56 plaques) est considérable pour
une seule espèce admise. Hors les extrêmes, nous relevons un minimum de 183 V sur le mâle
570/S de Maroantsetra et un maximum de 223 V sur la femelle 611/S de Soahazo. On
n’observe pas de différenciation sexuelle.
Les spécimens ayant de 196 à 232 ventrales proviennent de la région sud et ceux ayant de
176 à 200 V proviennent de la région nord. Dans l’état actuel de nos connaissances, nous
admettons que la limite entre la région nord et la région sud correspond au fleuve Mangoky et
à ses importants affluents la Matsiatra et la Mananantena (carte 1).
L’anale est le plus souvent divisée, mais dans 17 cas (sur plus de 100) elle est entière
(8 mâles et 9 femelles) (8 spécimens du Nord, 9 du Sud).
Les sous-caudales sont normalement divisées mais, comme le remarquaient déjà Duméril,
Bibron et Duméril, les proximales sont fréquemment entières (de une à huit ou dix, une fois
vingt (469/S d’Ampanihy)). Sur plusieurs spécimens, assez nombreux d’ailleurs, toutes les sous-
caudales sont divisées; dans un seul cas, celui de la femelle 343/S, de Tananarive, toutes les
sous-caudales sont entières. Enfin, chez le spécimen 1259/S, femelle de Tulear, sur 60 SC, sept
proximales sont entières, les six suivantes sont divisées, et les quarante-sept autres sont
entières. Apparemment, il n’y a pas de relation entre le sexe des sujets, leur origine
géographique, et la division des sous-caudales.
Les plus petits nombres des sous-caudales que nous ayions observés sont de 47 pour la
femelle 257/S d’Analamisaka (extrême-Sud), 49 pour un mâle de Betroka (367/S) et une
femelle de Tananarive (1245/S). Les plus grands nombres sont de 76 pour la femelle 521/S
d’Ampijoroa et le mâle 452/S de Mahambo, de 73 pour le mâle MHNP 1978.105 (= 130/S)
d’Anove. L’écart entre les extrêmes est donc de 47. Nous ne relevons pas de relation entre le
nombre des sous-caudales et le sexe.
On constate qu’il existe une corrélation avec la région géographique. Ainsi pour la région
sud du Mangoky il y a 49 spécimens à 73 SC. Pour la région nord, 49 à 76 SC, soit un nombre
sensiblement égal mais qui se subdivise ainsi : Tananarive et Hauts-Plateaux : 49 à 62 ; côte est
(de Maroantsetra à Tamatave et Ifanadiana) : 66 à 73 ; Ankarafantsika (Ampijoroa) : 59 à 76;
Nosy be : 63 à 71 ; extrême-Nord : 55 à 72.
Pour le total des ventrales + les sous-caudales, les nombres les plus faibles sont 237 et 247
respectivement pour la femelle 463/S de Tananarive et le mâle 377/S d’Ambalavao; les
nombres les plus élevés, 298 et 284 respectivement pour le mâle 603/S de Bevoay (sur la rive
sud du Mangoky) et pour la femelle 611/S de Soahazo (80 km sud du Mangoky). L’écart entre
les extrêmes est de 61. Région par région, nous observons : pour la zone sud dans son
ensemble : 247 à 298 ; pour la zone nord (Tananarive et Hauts-Plateaux) : 237 à 262 ; côte est :
— 463 —
Carte 1 . — Principales localités et répartition des espèces et sous-espèces de Madagascarophis : 1 : limites du groupe
sud, I, et du groupe nord, II. 2 : limites Est de M. c. colubrinus (Schlegel, 1837). 3 : limites de l’aire de M. c.
occidental is n. ssp. 4 : limites de l’aire de M. citrinus et de M. colubrinus insularis n. ssp. 5 : limite occidentale de
l’aire de M. colubrinuspastoriensis n. ssp. 6 : limites de l’aire de M. ocellatus n. sp.
249 à 274; Ankarafantsika : 241 à 267; Nosy be : 246 à 272; extrême-Nord : 235 à 274.
L’origine géographique et le sexe ne semblent donc pas intervenir dans le total ventrales +
sous-caudales.
Le nombre des sous-caudales par rapport au nombre des ventrales est compris entre 2,48
et 4,57 pour la femelle 521/S d’Ampijoroa (Ankarafantsika) et pour la femelle 1250/S de
Tuléar. Le rapport V/SC ne fait pas double emploi avec le rapport caudal RC; c’est une
— 464 —
relation qui doit être prise en compte. En effet, région par région, nous observons (fig. 2) :
pour la région sud dans son ensemble : 3,22 à 4,52 ; pour la région nord dans son ensemble :
2,48 à 4,06, dont côte est : 2,74 à 2,88 (2,70 à 2,88)' ; Tananarive et Hauts-Plataux : 3,01 à
4,06 (3,40 à 3,94); Ankarafantsika : 2,48 à 3,25 (2,80 à 3,10); Nosy be : 2,73 à 2,97 (2,73 à
2,97) ; extrême-Nord : 2,64 à 2,97 (2,64 à 2,79).
Écaillure céphalique
Les plaques supra-céphaliques ont été minutieusement décrites par Duméril, Bibron et
Duméril (1854). Il est maintenant avéré qu’elles ne présentent pas d’intérêt pour la taxinomie.
Le nombre normal des labiales supérieures est de 8, mais nous relevons trois cas où il y a
9 LS à droite et à gauche : sur l’un des types de Schlegel (MHNP 3893, mâle probable), sur
un mâle d’Ambalatsiefa (sud d’Ampanihy) (466/S) et sur une femelle de Tuléar (1260/S). Un
spécimen de l’Ankarafantsika (MHNP 1950.369), cas unique, possède 7 LS à droite et à
gauche. Nous relevons huit cas avec 9 LS à droite et 8 à gauche et deux cas avec 9 LS à gauche
et 8 à droite ; il s’agit indifféremment de mâles et de femelles, provenant tant du nord que du
sud. Remarquons encore que lorsqu’il y a 9 LS, il s’agit de la division d’une plaque normale, ce
qui n’affecte nullement l’ordonnance classique des labiales supérieures. Pour les labiales
Fig. 2. — Variation du rapport V/SC en fonction de l’origine géographique des spécimens (voir légendes figure l).
1. Hors parenthèses : nombres extrêmes ; entre parenthèses : nombres les plus fréquents.
— 465 —
inférieures, on en observe le plus souvent 13 et 14 chez les spécimens de la région sud et 9, 10
ou 11, rarement plus, dans ceux de la région nord.
Les plaques guiaires postérieures sont généralement plus courtes que les antérieures, plus
étroites aussi, séparées par deux séries de petites écailles et suivies de deux ou trois rangs de
postgulaires ; on compte de deux à quatre fausses ventrales. Dans deux cas (896/S 9 et 911/S 9
de Diego), les guiaires postérieures sont petites et ne se distinguent pas des postgulaires, au
point que l’on a l’impression que les guiaires antérieures seules existent.
L'ensemble des périoculaires (supra-oculaires exclues) varie entre sept et neuf. Il y a deux
ou trois préoculaires dont la supérieure est tantôt en contact avec les frontales et tantôt ne l’est
pas ; sur plusieurs spécimens, il y a contact d’un côté, séparation de l’autre. En règle générale, il
y a trois postoculaires et presque toujours, trois sous-oculaires.
La loréale est toujours présente; sa forme varie légèrement suivant les sujets mais se
ramène toujours au même schéma fondamental : un secteur de cercle dont l’angle est très
ouvert. Dans un cas, nous avons une écaille sous-loréale coincée entre les deuxième et
troisième LS.
La nasale est une grande plaque semi-divisée contiguë à la première LS et à une partie de
la seconde. La narine est large et pourvue d’une valvule.
La disposition des temporales peut être régulière suivant le schéma 2 + 3 ou 3 + 4, mais
très souvent elles sont en désordre et par conséquent difficilement définissables.
Données complémentaires
A propos de l’œil Boulenger (1916) écrit : « eye moderate, with vertical pupil ». Nous
considérons que l’œil est plutôt grand; l’indice oculaire (distance comprise entre le bord
antérieur de l'orbite et l’extrémité du museau, divisée par le diamètre du globe oculaire) est
compris entre 1,27 et 1,64. Le globe oculaire est nettement saillant, exorbité. In vivo , la pupille
verticale est très dilatable; elle est entourée d’un mince liseré clair; l’iris est jaune d'or, plus ou
moins pigmenté de noir, très pigmenté dans les formes mélaniques (Ankarafantsika, Nosy be).
Pour plusieurs spécimens de la région de l’Ankara d’Ambilobe (dont par ailleurs la coloration
est cuivrée), 1 iris est rouge orangé. Le globe oculaire est doué d'une mobilité remarquable,
surtout vers l’avant et vers le bas.
Récemment, nous avons songé à observer et à noter précisément la coloration des
différentes parties de la langue de nos sujets vivants ou frais : sur sept spécimens examinés
nous trouvons : base rouge, pointes noires (9 1261/S Tuléar, $ 1244/S Tananarive); base
noire, pointes noires (9 896/S Diego, 9 1245/S, 1251/S Tananarive, S 1252/S Tananarive);
base noire, pointes rouges (9 1250/S Tuléar). Il serait bien entendu prématuré de tirer des
conclusions de ces rares observations. Dorénavant ce caractère ne devra pas être négligé.
La position du cœur a été relevée sur 75 sujets : il couvre la largeur de trois ou quatre
ventrales et se situe entre les 29 e et 60 e V (cas extrêmes). Compte tenu du nombre des ventrales,
voici les résultats constatés : côte Est (spécimens ayant de 187 à 201 V) : entre les 36 e et 43 e V;
Ankarafantsika (188 à 195 V) : entre les 38 e et 45 e V ; région Sud (196 à 232 V) : entre les 40 e
et 45 e V ; spécimens ocellés du Sud (210 à 224 V) : entre les 50 e et 60 e V.
La tête est large et nettement distincte du cou chez tous les sujets observés, sauf dans le
— 466 —
cas du MHNP 1985 (= 1235/S) de Nosy Komba dont la tête est beaucoup plus allongée que
la normale.
Boulenger mentionne « 14 à 16 dents maxillaires suivies après un court intervalle par une
paire de crochets sillonnés ». Peut-être tenait-il compte des alvéoles vides, témoins de dents
manquantes ou de remplacement. Pour notre part, nous avons observé de 7 à 9 dents
maxillaires en place, suivies par la paire de crochets sillonnés caractéristique des Colubridés
opisthoglyphes. Les dents mandibulaires antérieures sont plus grandes que les postérieures.
Les poids relevés sont : pour le spécimen 1231/S, femelle de Tuléar, lgt 852 mm : 120g;
pour 1245/S, femelle, Tananarive, lgt 806mm : 180g; pour 1253/S, juv., Tananarive,
lgt 371 mm : 16,25g; pour 1250/S, femelle, lgt 680 mm : 180 g.
L’hémipénis a la forme d’une massue. Il comporte un pédoncule cylindrique grêle, élancé,
orné de plis longitudinaux, et s’évase distalement en un corps apical massif, différencié en deux
apex semi-hémisphériques. Le sillon est bien développé ; il est divisé dès la partie proximale du
pédoncule ; les branches aboutissent confusément à la périphérie des apex. Chez Madagascaro-
phis, l’hémipénis serait donc divisé, tandis que les branches seraient coalescentes. Le
revêtement épineux intéresse une partie du corps apical et une partie restreinte du pédoncule ;
les épines sont courtes et serrées ; l’apex et la partie proximale du pédoncule sont glabres. Dans
plusieurs cas, nous avons observé une torsion de l’organe, torsion qui amène la face ventrale en
position latérale.
Types d’hémipénis (fig. 3)
Type I : Le corps apical comprend trois lobes dont deux sont les apex ; le troisième est une crête
médiane bien développée qui sépare les semi-hémisphères apicaux. Ce type I caractérise le genre
Madagascarophis sensu lato.
Fig. 3. — Hémipénis : Type I, trilobé et biapical : M. meridionalis n. sp. (998/S, région de Tuléar-Ifaty, Lgt 1 070 mm
(905 + 165)). Type II, trilobé et biapical (variante du type I) : M. c. septentrionalis n. ssp. (MHNP 1985.391,
holotype (= 911/S)). Type III, bilobé et biapical : M. ocellatus n. sp. (MHNP 1977.1058, paratype (= 586/S)).
P = pédoncule; a = apex;L = lobe médian; S = sillon; T = torsion.
— 467 —
Type II : C’est une variante du type I, qui n’est peut-être qu’une anomalie individuelle : le corps
apical, trilobé, est comprimé, étroit, mais le lobe médian est peu développé. Nous ne l’avons vu jusqu’ici
que sur un seul sujet de l’extrême-Nord.
Type III : Il est caractérisé par l'absence du lobe médian; les apex, bien distincts, ne sont séparés
que par une dépression. Ce type a été observé sur deux spécimens du Sud-Ouest, spécimens qui sont par
ailleurs remarquables par leur coloration du modèle ocellé.
Au lieu et place des hémipénis, les femelles montrent des glandes cloacales bien
développées ; par pression, on constate la dévagination d’un ergot de 2 à 3 mm et,
simultanément, la pulvérisation d’une sécrétion d'odeur forte, nauséabonde, à fort pouvoir
répulsif. In natura, le fait de saisir une femelle provoque le réflexe défensif de la sécrétion
malodorante.
Coloration
Par coloration, les naturalistes sous-entendent un ensemble comprenant le fond de teinte
et, lorsqu’elles existent, les taches qui lui sont superposées et que nous appelons « marques ».
Les variétés de la coloration de Madagascarophis pourraient à elles seules donner lieu à un
travail original. Dans ce chapitre, nous nous bornerons à présenter quelques exemples
schématiques des modèles de coloration qui donnent à plusieurs groupes un cachet particulier,
parfois une identité.
Le fond de teinte n'est pas un critère systématique mais dans plusieurs cas il caractérise
une population, voire un taxon. Il est jaune olivâtre plus ou moins foncé chez les spécimens du
Sud et des Plateaux, gris cendré chez certains sujets du Sud ; il est rouge cuivre chez plusieurs
sujets du Nord, jaune vif pour la sous-espèce citrinus Boettger de Nosy be, gris ardoise foncé
pour un individu de Nosy Komba, à la limite du noir chez plusieurs spécimens de
l’Ankarafantsika. Chez plusieurs individus de Nosy be, de Nosy Komba et de l’Ankarafantsi-
ka, le fond de teinte fortement pigmenté de noir est assez foncé pour masquer les marques ; sur
ces formes mélaniques on observe des irisations violacées.
Les écailles sont entièrement foncées, ou entièrement claires, ou à bordure foncée et centre
clair ou, inversement, à bordure claire et centre foncé. Leur disposition correspond à plusieurs
modèles :
A 1 : Larges taches dorsales trapézoïdales, aux contours anguleux, disposées en oblique.
A 2 : Taches dorsales en échelons.
A 3 : Séries de petites taches carrées disposées en damier.
Ces trois modèles sont parfois représentés partiellement sur un même individu.
B 1 : Larges taches ovales alternes, souvent partiellement jointives.
B 2 : Taches circulaires moyennes alignées sur la ligne vertébrale, petites taches paravertébrales alternes,
reliées entre elles par des écailles partiellement colorées, la disposition de l’ensemble figure des
losanges.
B 3 et B 4 : Taches ovales moyennes disposées de part et d’autre de la ligne vertébrale, symétriquement
(B 3) ou en oblique (B 4).
C : Petites taches noires sur fond gris ardoise.
D : Modèle ocellé, caractérisé par de larges taches circulaires occupant la majeure partie du champ ver¬
tébral.
— 469 —
Coloration de la tête : A l’exception des formes mélaniques, la grande majorité des sujets
montre deux taches nuchales et deux taches post-nuchales ; latéralement, on observe une barre
disruptive noire à la partie supérieure des LS.
Coloration de la face ventrale : En règle générale, la face ventrale est uniformément jaune
pâle ou blanc cassé, ou jaune vif chez le taxon citrina Boettger. Dans le cas des formes
mélaniques, le ventre est jaune foncé, les ventrales et les gulaires tachées ou marbrées de noir.
Coloration de la queue : Nous attribuons à la coloration de la queue une importance
taxinomique certaine. En effet, chez M. colubrinus, la queue, dont la coloration est
habituellement en continuité avec le corps, présente parfois à son extrémité un manchon en
général blanc ou rose pâle, nettement tranché, et l’écaille terminale (et parfois les pénultièmes)
est noire. Ce caractère est asexuel. Nous le rencontrons chez des spécimens de la région au
nord du Mangoky, de l’Ankarafantsika, de Nosy be (dans la variété citrina Boettger).
Chez tous les spécimens du Sud et des Plateaux (Imerina), la coloration de la queue est
une atténuation progressive de celle du corps; l’écaille terminale est noire, il n’y a pas de
manchon clair.
Biologie
La morphologie de Madagascarophis est ambiguë; elle n’est pas tout à fait celle d’un
serpent terrestre, sans pour autant être celle d’un arboricole. Dans la nature, beaucoup de nos
spécimens ont été capturés au sol, mais souvent aussi nous en avons découvert circulant dans
les arbres. En captivité, nous voyons fréquemment nos Madagascar ophis rejoindre très
adroitement des grimpeurs confirmés tels que Lycodryas et Ithycyphus dans les parties hautes
du terrarium et y rester en leur compagnie.
C’est au crépuscule, ou dans les premières heures de la nuit, parfois même en pleine nuit,
que nous avons capturé la majorité de nos spécimens. Au matin, il n’est pas rare de trouver sur
la piste terreuse ou sur la route goudronnée le cadavre d’un sujet écrasé pendant la nuit par
une voiture. Madagascar ophis est incontestablement un nocturne. Les individus exceptionnelle¬
ment récoltés dans la journée l’ont été sous des pierres, des souches d’arbres, des écorces, mais
aussi lovés sur des branches à une certaine hauteur du sol, ou pelotonnés dans une cavité
d’arbre ou de rocher ; ils étaient inactifs. Les sorties ont lieu par tous les temps, mais elles sont
beaucoup plus fréquentes par temps pluvieux, avant, pendant, ou après la pluie.
Bien entendu, il est normal que l’on voie beaucoup plus de Serpents pendant l’été austral,
saison des pluies, saison chaude, mais les Madagascar ophis restent actifs de mai à septembre,
mois où les températures sont assez fraîches.
Régime alimentaire : Dans la nature, la nourriture consiste en Batraciens, Lézards
(Phyllodactyles, Scincidés terricoles), Caméléons et aussi Serpents, car, nous insistons sur ce
point, Madagascar ophis est réellement et volontiers ophiophage. Nous pensons qu’à l’occa¬
sion, Madagascarophis chasse les petits Rongeurs puisqu’en captivité nous le nourrissons avec
des souris blanches dont il se montre très friand. Les Oiseaux aussi sont compris dans le régime
de Madagascarophis comme nous l’a révélé l’examen de l’estomac du spécimen 481/S, mâle de
Tuléar, qui renfermait deux oisillons de Foudia déjà fortement emplumés (en juillet 1964, c’est-
à-dire pendant l’hiver austral).
— 470 —
Reproduction : Nous n’avons pu recueillir jusqu’à présent que peu d’éléments sur la
reproduction de Madagascarophis. Un spécimen (sans numéro) de 610 mm, récolté par
J. Richaud à Antsirabe, vers la mi-décembre 1970, et conservé au congélateur, a été examiné
le 20 octobre 1971 ; il révèle deux œufs allongés de 50 x 30 et 53 x 30 mm dont les embryons
mesurent déjà 20 mm. La femelle 617/S (Lgt 612 mm) du 2 novembre 1965 portait trois œufs
de 48 x 13,42 x 13 et 38 x 15 mm, avec tache embryonnaire nette. Par ailleurs, nous avons
trouvé deux nouveau-nés probables, le 1 er janvier 1965 (Lgt 254 mm) et le 4 décembre 1984
(Lgt 220mm).
Morsure et venin : Madagascarophis au repos est d’une apparence paisible qui, pourtant,
dissimule une agressivité latente; ses réactions offensives sont rapides et il mord volontiers.
Lorsqu’elle est superficielle, ce qui est heureusement le cas le plus fréquent, la morsure saigne
abondamment ; lorsqu’elle est sévère et prolongée, elle est douloureuse et peut être suivie de
phénomènes d’envenimation locale plus ou moins marqués, mais sans gravité. Sur les proies
habituelles à sang froid (Caméléons, Lézards, Serpents) le venin a une action paralysante
rapide. Sur les petites proies à sang chaud (souris blanches) en captivité, l’effet neurotoxique
du venin est moins net, ce qui pourrait expliquer que, dans ce cas, Madagascarophis capture et
tue par constriction.
Jusqu’ici nous n'avons observé aucun comportement particulier qui soit en relation avec
la répartition géographique de Madagascarophis. Le comportement et la biologie en général
paraissent être les mêmes pour les différentes formes que nous décrirons plus loin.
Répartition géographique
La répartition de Madagascarophis colubrinus sensu lato intéresse l’ensemble de l’île. Ce
serpent semble s’adapter à toutes les régions climatiques et à tous les biotopes. Plutôt que
d’énumérer les multiples localités de récoltes, nous pouvons écrire que nous avons trouvé ou
reçu des spécimens de toute l’île sauf, jusqu’ici, de Manakara à Fort-Dauphin en côte est, de la
région des tampoketsa et de la forêt Sihanaka. Ces lacunes ne signifient pas, loin de là, que
l’espèce n’existe pas dans ces régions, mais seulement que celles-ci n’ont pas été prospectées. En
revanche, C. P. Blanc, qui a participé très activement à la RCP 225, n’a pas rapporté de
Madagascarophis de ses explorations de l’Andringitra et du Marojezy, bien qu’il y ait collecté
d’autres espèces d’Ophidiens, des Caméléons et des Batraciens.
Affinités
Par son aspect général et surtout par son œil exorbité, mobile, à pupille verticale, ainsi que
par la morphologie de son hémipénis, Madagascarophis peut être comparé à certaines espèces
du genre Lycodryas [= Stenophis], La comparaison s’applique également à la disposition des
viscères, et, bien entendu, à la denture. Chez les nouveau-nés, dont les proportions sont plus
tranchées, la tête élargie et le corps nettement comprimé latéralement renforcent l’analogie.
Remarquons d’ailleurs que Schlegel (1837) avait placé dans le même genre Dipsas les
deux espèces gaimardi (actuellement incluse dans le genre Lycodryas) et colubrina, et que
Boettger (1877) admet lui aussi l'analogie.
— 471 —
Nouvelle définition du genre Madagascarophis Mertens, 1952
Boulenger (1896) avait donné une excellente diagnose du genre Eteirodipsas. Pour tenir
compte des éléments nouveaux recueillis depuis, nous proposons la définition suivante :
Neuf à seize dents maxillaires subégales, suivies après un court intervalle d’une paire de crochets
sillonnés; dents mandibulaires antérieures plus longues que les postérieures. Tête distincte du cou. Œil
plutôt grand, fortement exorbité, mobile, avec pupille verticale, séparé des labiales supérieures par des
sous-oculaires. Corps légèrement comprimé latéralement. Queue moyenne ou courte (rapport caudal
10/41 à 10/76). Écailles dorsales lisses, avec ou sans fossettes apicales, disposées sur vingt-cinq à trente-
trois rangs droits; 176 à 232 ventrales normales; anale divisée ou entière; 47 à 76 sous-caudales, toutes
divisées ou partiellement divisées, exceptionnellement toutes entières. Ventrales plus sous-caudales : 237 à
298; rapport ventrales/sous-caudales : 2,48 à 4,57. Hémipénis en massue, biapical, mais tri ou bilobé;
sillon divisé; pédoncule allongé. Hypapophyses développées sur toute la longueur de la colonne
vertébrale. Plusieurs modèles de coloration, souvent en rapport avec une localisation géographique.
Genre endémique.
Longueur totale maximale connue : 1 400 mm (mâle).
Synonymes : Dipsas, part., Schlegel, 1837 ; Eteirodipsas, part., Jan, 1863.
Espèce-type : Madagascar ophis colubrinus (Schlegel, 1837).
ESPÈCES ET SOUS-ESPÈCES DU GENRE MADAGASCAROPHIS
Le genre Madagascar ophis était jusqu’ici considéré comme monotypique. Dans les pages
précédentes, nous avons exposé les caractères fixes et les caractères variables des Madagascaro-
phis étudiés. D’après ce que nous connaissons maintenant des caractères tirés de la
morphométrie, de la morphologie des hémipénis et des modèles de coloration, caractères que
nous pouvons relier à l’origine géographique des spécimens, il nous semble nécessaire d’établir
des coupures dans l’espèce Madagascar ophis colubrinus.
Nous proposons de distinguer les espèces et sous-espèces suivantes :
Groupe nord
Madagascarophis colubrinus colubrinus (Schlegel, 1837), sous-espèce nominative.
Madagascar ophis colubrinus pastoriensis n. ssp.
Madagascarophis colubrinus occidentalis n. ssp.
Madagascarophis colubrinus insularis n. ssp.
Madagascarophis colubrinus septentrionalis n. ssp.
Madagascarophis citrinus (Boettger, 1877) n. comb.
Groupe sud
Madagascarophis meridionalis n. sp.
Madagascarophis ocellatus n. sp.
— 472 —
1. Madagascarophis colubrinus colubrinus (Schlegel, 1837)
(Schlegel, 1837, Essai Phys. Serp., 2 : 273)
Dipsas colubrina Schlegel, 1837.
Dipsas colubrina ; Duméril, Bibron et Duméril, 1854.
Eteirodipsas colubrina Jan, 1863.
Eteirodipsas colubrina ', Boettger, 1877, 1878, 1879.
Eteirodipsas colubrina', Boulenger, 1896, 1915.
Eteirodipsas colubrina ', Phisalix, 1922.
Madagascarophis colubrinus', Mertens, 1952.
Madagascarophis colubrina', Guibé, 1958.
Madagascarophis colubrina', Domergue, 1963, 1964.
Madagascarophis colubrinus ', Brygoo, 1982.
Noms vernaculaires : Lapata, lapetaky, renivitsiky, antoalena, antonina.
Matériel : a) Les types de Schlegel (revus par Duméril, Bibron et Duméril) : mâles
MHNP 3891 A et 3891, ce dernier ayant été désigné comme lectotype. b) MHNP 1901.68, 1901.69,
1901.70; 1974.1202, 1974.1203; 1978.110 (= 125/S); 1978.105 (= 130/S), 1978.109 (= 127/S), c) Fiches
Domergue : mâles 452/S, 556, 558, 570; femelles 536/S, 559, 706, 710.
Dans le chapitre « Matériel étudié » (p. 458), nous avons donné une longue description
des spécimens de Schlegel et de Duméril, Bibron et Duméril.
Description d’autres spécimens
a) MHNP 1978.110 (= 125/S) : mâle capturé le 30 décembre 1960 à 19 h, village d’Ambitsa, sur la
piste de la presqu'île de la Pointe à Larrée (Mananara), altitude + 5 m environ.
Longueur totale 1060 mm (880 + 180); RC 10/48.
Vingt-sept rangs de D, pourvues de deux fossettes apicales. 194V; A divisée; 71 SC
divisées ; V + SC = 265 ; V/SC = 2,73 ; 8 LS ; 9 LI ; 2-3 pré-oc. ; 3 sous-oc. ; 3 post-oc. ; 1 +
2 + 3 T. Une petite écaille sous-loréale à droite et à gauche. Hémipénis du type I (normal).
Coloration normale (modèle Bl) avec l’extrémité de la queue blanche sur 15mm et l’écaille
terminale noire.
b) MHNP 1978.109 (= 127/S) : mâle capturé le 31 décembre 1960 à 20 h, village de Anove, à
l’embouchure du fleuve Onive.
Longueur totale de 788 mm (654 + 134) ; RC 10/48.
Vingt-sept D, pourvues de deux fossettes apicales. 196 V; A divisée. 69 SC divisées. V +
SC = 265 ; V/SC = 2,84 ; 8 LS ; 10 LI ; 2 pré-oc. ; 3 sous-oc. ; 3 post-oc. ; 3 + 3 T. Hémipénis
du type I. Coloration identique à celle du spécimen précédent.
c) MHNP 1961.592 : sexe indéterminé, Beroboka, plantations de sisals, 30km au sud de Belo sur
Tsiribihina. altitude ± 25 m.
Lgt 561 mm (461 4- 100); RC 10/46; 27 D ; 193 V ; 68 SC ; V + SC = 261 ; V/SC =
2,83. Coloration A (Bl), queue blanche.
— 473 —
d) MHNP 1950.173 : sexe indéterminé, Ambatomainty, entre Maintirano et Kandreho, au sud du
Causse du Kelifely, 250 km au sud de l’Ankarafantsika ; altitude 400 m environ; c’est le plein ouest
continental, à la latitude de Foulpointe (distance de l'ordre de 400 km).
Lgt 555 mm (457 + 98); RC 10/46; 27 D ; 190 V ; 70 SC ; V + SC = 265; V/SC = 2,78.
Coloration B4, queue blanche.
e) MHNP 1950.174 : sexe indéterminé, même localité que celle du 1950.173.
Lgt 332 mm (270 + 60); RC 10/43; 27 D ; 195 V ; 68 SC ; V + SC = 263; V/SC = 2,82.
Coloration B4, queue blanche.
Les caractéristiques morphométriques et de coloration des trois derniers spécimens sont
ceux de M. c. colubrinus. Leur localisation pour surprenante qu’elle soit n'est pas impossible; il
y aurait ainsi une liaison entre les territoires de l’Est et la localité très éloignée de Beroboka.
Cartes 2-3. — Lieux de capture des différentes sous-espèces de Madagascarophis colubrinus (2) et des espèces de
Madagascarophis autres que M. colubrinus (3).
— 474 —
Caractères généraux de Madagascarophis c. colubrinus
Mensurations : La longueur maximale observée, chez le mâle MHNP 1978.110 (= 125/S), de
Mananara, est de 1 060 mm (880 + 180). Pour le mâle 559/S. la longueur totale est de 872 mm (721 +
121). RC est compris entre 10/41 et 10/48.
ÉCaillure : Vingt-sept D, avec ou sans fossettes; 183 à 196 V; anale divisée ou entière; 65
à 73 SC, divisées, ou quelques proximales entières. V + SC = 249 à 274 comme extrêmes, 258
à 265 en moyenne; V/SC = 2,64 à 2,95. En général 8 LS, exceptionnellement 9, parfois 10, au
moins d’un côté ; 9 à 12 LI ; 7 à 9 pré-oc. ; T 2 + 3 ou 2 + 4, souvent multiples.
L’hémipénis est du type classique (type I). La coloration est du modèle B : l’extrémité de
la queue est blanche ou rosée sur 10 à 20 mm, l’écaille terminale noire.
Répartition géographique (carte 2) : L’aire d’élection de la sous-espèce nominative
comprend les régions côtières et subcôtières de l’Est, de Maroantsetra à Tamatave
(Toamasina), et probablement jusqu’à Eort-Dauphin (Tolagnaro), mais des spécimens voisins
ont été récoltés dans la forêt de l’Ankarafantsika et dans l’extrême-Nord. Localités des
spécimens Domergue : Maroantsetra, Mananara, Manompana, Mahambo, Tamatave, Ifana-
diana, Périnet.
2. Madagascarophis colubrinus pastoriensis n. ssp.
Madagascarophis colubrinus auctorum, pro parte.
Noms vernaculaires : Lapata, renivitsiky.
Matériel : Holotype : MHNP 1985.388 (= 7/S), femelle capturée le 29 janvier 1960; allotype :
1252/S, mâle capturé le 24 avril 1985, déposé à l'Institut Pasteur de Madagascar. Paratypes : a) MHNP
1961.593, 1978.106 (= 131/S), 1978.112 (= 343/S), 1978.389 (= 110/S), 1978.390 (= 420/S), b) 109/S,
463/S, 589/S, 614/S, 617/S, 656/S, 897/S, 1244/S, 1245/S, 1247/S, 1251/S, 1253/S, 1262/S (femelles);
1246/S (mâle). Spécimens g, h, i de l’Imerina, cités par Boulenger.
Description de l’holotype
Longueur totale 750 mm (650 + 100). RC 10/65.
Vingt-sept D, sans fossettes visibles; 194 V; A entière; 51 SC divisées à l’exception des 7
proximales. V + SC = 245; V/SC = 3,80; 8 LS; 12 LI à droite, 12 à gauche; 2 pré-oc.;
3 sous-oc. ; 3 post-oc. ; 2 + 3 T dont l’antéro-postérieure est divisée. Loréale et nasales
normales.
Œil exorbité, iris jaune pigmenté de noir. Coloration in vivo : face dorsale marquée de
motifs noirâtres en quinconce sur fond brun olivâtre (modèle Al); face ventrale uniformément
jaune pâle.
Terra typica : Station de captage des eaux, lac Mandroseza, près de Tananarive, altitude
1 400 m environ.
0
1
Z cm
Fig. 5. — M. c. pastoriensis n. ssp., vue apicale : préoculaire supérieure séparée de la frontale à droite mais en contact
à gauche (type tête large) (spécimen 1244/S, jardins de l'Institut Pasteur, Tananarive).
Autres spécimens
a) Allotype : spécimen mâle capturé dans le parc de l’Institut Pasteur, Tananarive.
Longueur totale 907 mm (783 + 124 + x).
Vingt-neuf D ; 209 V ; A divisée ; 54 + x SC dont 3 proximales entières ; 8 et 9 LS ; 13 LI ;
3 pré-oc. ; 3 sous-oc. ; 3 post-oc. Coloration identique à celle de l’holotype.
b) Paratype MHNP 1978.112 ( = 343/S) : femelle capturée le 21 février 1962 à 20 h, 20 km au nord de
Tananarive, route de Majunga, altitude 1 400 m env.
Longueur totale 626 mm (535 + 91). RC 10/58.
Vingt-sept rangs de D, pourvues de 2 fossettes apicales plus ou moins visibles. 193 V; A
divisée; 56 SC toutes entières; V + SC = 249; V/SC = 3,44; 8 LS; 11 et 10 LI ; 2 pré-oc.
séparées de la frontale; 3 sous-oc. ; 3 post-oc. ; 2 + 2 T. Coloration identique à celle de
l’holotype,
c) Spécimen MHNP 1950.175, sexe indéterminé, Ambatomainty.
Lgt 775 mm (630 3- 145); RC 10/60; 27 D ; 192 V ; 60 SC ; V + SC = 252; V/SC =
3,20. Coloration modèle Al, queue normale. Ces caractères correspondent parfaitement à M.
c. pastoriensis.
— 476 —
Caractères généraux de Madagascarophis c. pastoriensis
Mensurations : Les longueurs maximales observées sont 890 mm (766 + 124) sur la femelle 1244/S et
plus de 907mm (783 + 124 + x) sur le mâle 1252/S; RC 10/51 à 10/65 en moyenne, mais un mâle et une
femelle d’Amboditsira (quartier de Tananarive) ont respectivement 10/46 et 10/70.
Écaillure : Vingt-sept ou vingt-neuf D, exceptionnellement vingt-cinq, pourvues ou non de
fossettes apicales; 186 à 197 V, en notant une exception à 209 V (mâle 1252/S); 49 à 62 SC,
toutes divisées, ou parfois avec 5 à 7 proximales entières. Le paratype MHNP 1978.112
(= 343/S) est exceptionnel, montrant toutes les SC entières. V + SC = 237 à 262 (extrêmes),
plus généralement 239 à 250. V/SC = 3,01 à 4,06 (extrêmes), en général 3,40 à 3,94.
Œil exorbité; iris jaune fortement pigmenté. Hémipénis normal, du type I, biapical et
trilobé. Coloration du modèle A, absence de partie blanche sur la queue.
Répartition géographique (carte 2) : Région de Tananarive, province de l’Imerina en
général (Hauts plateaux), avec vraisemblablement une ouverture vers le Centre-Ouest
(spécimen d’Ambatomainty).
Justification
La sous-espèce se différencie de la sous-espèce nominale : par un plus petit nombre de
sous-caudales, et, corrélativement, par un plus grand rapport V/SC, par sa coloration plus
foncée et par l’absence de partie blanche à l’extrémité de la queue.
Nous l’appelons « pastoriensis », car plusieurs spécimens proviennent du parc de l’Institut
Pasteur de Madagascar, à Tananarive.
3. Madagascarophis colubrinus occidentalis n. ssp.
Madagascarophis colubrinus auctorum, pro parte.
Noms vernaculaires : Lapata, renivitsiky.
Matériel : Holotype : MHNP 1978.98 (= 5667S), mâle capturé le 10 décembre 1964 vers 23h;
allotype: MHNP 1985.363 (= 566 4 /S), femelle capturée le 10 décembre 1964 vers 23h. Paratype:
MHNP 1978.111 (= 339/S), femelle capturée le 14 février 1962 vers 20h. Autres paratypes : MHNP
1946.351, 1950.369, 1985.362 (= 529/S), 364 (= 519/S), 365 (= 520/S), 366 (= 522/S). Fiches
Domergue : 526, 527, 532, 533, 566 3 (mâles), 521, 523, 524, 525, 528, 531, 566 2 (femelles).
Description de l’holotype
Longueur totale 435 mm (354 + 81); RC 10/43.
Vingt-sept D; 188 V; A divisée; 67 SC dont trois proximales entières; V + SC = 255;
V/SC = 2,80; 8 LS; 11 LI ; gulaires normales; 3 pré-oc., 3 sous-oc. ; 3 post-oc. : 3 + 3 T.
Œil exorbité ; iris fortement pigmenté de noir. Cœur situé entre les 40 e et 43 e V.
— All —
Coloration in vivo : face dorsale très foncée, presque noire avec reflets irisés violets ; face
ventrale jaunâtre maculée de noir ; fortes ponctuations noires en marge des ventrales ; queue
normale. Coloration en alcool : après seize années de conservation, les teintes sont délavées,
mais les motifs dorsaux de modèle B2 se détachent nettement ; les taches ventrales subsistent.
Terra typica : forêt de l’Ankarafantsika, vers la station forestière d’Ampijoroa, altitude
400 m environ.
Autres spécimens
a) Allotype : femelle ; localité : Ampijoroa.
Longueur totale 514 mm (424 + 90); RC 10/47.
Vingt-sept rangs de dorsales; 180 V; A divisée; 61 SC, toutes divisées; V + SC = 241 ;
V/SC = 2,95; 8 LS; 12 et 11 LI ; gulaires normales; 2 pré-oc. ; 3 sous-oc. ; 3 post-oc. ; 1 +
3 T. Coloration analogue à celle de l’holotype, y compris les taches et ponctuations sur les
ventrales ; queue normale.
b) Para type MHNP 1978.111 : femelle ; forêt de l’Ankarafantsika.
Longueur totale 705 mm (582 + 123); RC 10/47.
Vingt-sept rangs de dorsales avec 2 fossettes bien visibles ; 191 V ; A divisée ; 68 SC, toutes
divisées; V + SC = 259; V/SC = 2,80; 8 LS; 10 LI; 2 pré-oc., en léger contact avec la
frontale ; 3 sous-oc. ; 3 post-oc. ; 3 + 3 et 2 + 2 T. Coloration très foncée, presque noire,
semblable à celle de l’holotype ; ponctuations noires en marge des ventrales.
c) Spécimen apparenté (ou aberrant) MHNP 1978.113 (= 98/S) : femelle; Besalampy, ville littorale
de l’Ouest, à 250 km environ au sud-ouest de Majunga, 250 km ouest-sud-ouest de l’Ankarafantsika.
Lgt 653mm (552 + 101); RC 10/54; 27 D; deux fossettes bien visibles; 176 V; 66 SC;
V + SC = 242 ; V/SC = 2,66. Coloration mixte AB, queue normale.
Spécimen remarquable par le petit nombre de V, aberrant aussi par sa coloration.
Caractères généraux de Madagascarophis c. occidentalis
Mensurations : Les longueurs maximales observées sont respectivement 877 (735 + 142) et 833 mm
(703 + 130) pour les mâles 527/S et 526/S, de 735 (614 + 121) et 705 mm (582 + 123) pour les femelles
528/S et 339/S. Les RC sont compris entre 10/43 et 10/48, mâles et femelles confondus.
Écaillure : Vingt-sept D; 180 à 196 V; A divisée ou non; 61 à 76 SC souvent toutes
divisées, parfois avec quelques proximales entières. V + SC = 241 à 265; V/SC = 2,48 à
3,00, 27 (extrêmes en général 2,80 à 3,10); 8 LS (sauf rare exception à 7 LS); 10 ou 11 LI
parfois 12. Périoculaires, temporales, nasale, loréales normales.
Hémipénis normal (type I). Cœur entre les 39 e et 45 e V. Œil exorbité.
Coloration : face dorsale très foncée, presque noire avec irisations violettes; les motifs
sont indistincts du fond de teinte fortement pigmenté; LS et gulaires marbrées de noir; face
ventrale jaune marquée ou ponctuée de noir, fortes taches noires en marge des ventrales;
queue de teinte normale, ou avec une partie distale claire. L'iris est fortement pigmenté.
478 —
Répartition géographique (carte 2) : Forêt de l’Ankarafantsika, ouest de Madagascar ;
une extension vers le Sud est vraisemblable.
Justification : Cette sous-espèce est essentiellement caractérisée par le mélanisme
accentué de sa coloration.
4. Madagascarophis colubrinus septentrionalis n. ssp.
Madagascarophis colubrinus auctorum, pro parte.
Noms vernaculaires : Lapata, renivitsiky.
Matériel : Holotype : MHNP 1985.391 (= 911/S), mâle capturé par P. Roederer en janvier 1969.
Paratype : MHNP 1985.392 (= 426/S), mâle capturé par Ch. A. Domergue le 7 février 1963. Autres
spécimens : 599/S, 896/S.
Description de l’holotype
Longueur totale : 666 mm (546 + 120); RC 10/45.
Vingt-sept D; 195 V; A divisée; 72 SC divisées, à l’exception des 7 proximales. V +
SC = 267 ; V/SC = 2,70 ; 8 LS ; 11 LI ; gulaires postérieures petites, courtes, non séparées par
des écailles, suivies par quatre paires de petites fausses gulaires et quatre fausses ventrales;
2 pré-oc. séparées de la frontale ; 3 sous-oc. ; 3 post-oc.
Œil exorbité; iris orangé vif. Cœur situé entre les 39 e et 42 e V. Vésicule entre les 126 e et
130 e V.
Hémipénis : pédoncule très allongé, mince, biapical (type II). Longueur : 27 mm, soit
1 /20 e de la longueur du sujet.
Coloration in vivo : face dorsale de teinte orangé vif ; marques de modèle B3-4 ; dessus de
la tête uniformément brun orangé ; LS jaunâtres ; face ventrale jaunâtre, légèrement maculée
de bistre ; queue blanche à son extrémité, avec l’écaille terminale noire. En alcool, les couleurs
originales ont fortement pâli, les faces dorsale et ventrale sont devenues jaunâtres.
Terra typica : massif calcaire de l’Ankara, entre Diego-Suarez (Antsiranana) et Ambilobe,
altitude 100 à 200 m.
Autre spécimen
Paratype : mâle trouvé dans l’une des nombreuses grottes de l’Ankarana (Ambilobe), sur le sol, à une
cinquantaine de mètres de l’entrée, dans l’obscurité totale.
Longueur totale : 619 mm (525 + 94) ; RC 10/55.
Vingt-sept D; 195 V; A divisée; 66 SC dont 3 proximales entières. V + SC = 261 ;
V/SC = 2,95 ; 8 LS ; 10 LI ; gulaires postérieures normales ; 2 pré-oc. ; 3 sous-oc. ; 3 post-oc.
Œil exorbité.
Coloration in vivo : face dorsale jaune tirant sur l’orangé ; marques discrètes de modèle
B3 ; face ventrale jaune pâle légèrement mouchetée de gris clair ; extrémité de la queue blanche
en partie.
— 479 —
Caractères généraux de Madagascarophis c. septentrionalis
RC compris entre 10/41 et 10/47, exceptionnellement 10/55.
Vingt-sept rangs de dorsales; 186 à 198 V; 66 à 75 SC; V + SC = 258 à 275; V/SC =
2,64 à 2,79 (exceptionnellement 2,95).
Coloration cuivrée (marques du modèle B2 ou B3) ; extrémité de la queue blanche avec
pointe noire.
Répartition géographique (carte 2) : Extrême-nord de Madagascar.
Justification
M. c. septentrionalis se distingue de la sous-espèce nominative par sa coloration cuivrée et
de l’espèce M. citrinus par 27 dorsales au lieu de 25. Un autre critère pourrait être constitué
par la morphologie de l’hémipénis, s’il s’avérait que celui-ci ne représente pas une anomalie
individuelle.
Nous proposons cette sous-espèce sous toutes réserves, en attendant que de nouvelles
récoltes nous permettent de mieux connaître ses caractères.
5. Madagascarophis colubrinus insularis n. ssp.
Madagascarophis colubrinus auctorum, pro parte.
Nom vernaculaire : Lapata.
Matériel : Holotype : MHNP 1986.1292 (= 1235/S), mâle capturé en fin avril 1983, vers 21 h, par
Didier Fontenille, entomologiste de l’Institut Pasteur de Madagascar. Autre spécimen : MHNP
1950.410.
Description de l’holotype
Longueur totale 795 mm (668 + 127). RC 10/52. Tête étroite.
Vingt-cinq rangs de dorsales; 195 V; A divisée; 67 SC toutes divisées; V + SC = 262;
V/SC = 2,91. 8 LS; 10 LI; 2 pré-oc. franchement séparées de la frontale; 3 sous-oc.; 3 post-
oc. ; 3 (4) + 3 et 3 + 3 T. Gulaires postérieures plus courtes que les antérieures, séparées par
deux paires d’écailles, suivies de quatre séries de post-gulaires et de trois fausses ventrales.
Œil exorbité, iris fortement pigmenté. Cœur entre les 37 e et 42 e V. Hémipénis du type I
(normal).
Coloration in vivo : face dorsale gris ardoise foncé avec de petites taches noires
régulièrement espacées et disposées sur deux rangs (modèle C) ; irisations violacées ; face
ventrale blanc cassé uniforme ; extrémité de la queue blanche sur 20 mm, avec écaille terminale
noire.
Terra typica : île de Nosy Komba, sous des caféiers, en zone littorale.
0
L
A
2 cm
l
J
Fig. 6. — M. c. insularis n. ssp., holotype MHNP 1986.1292 (= 1235/S) : A, profil droit de la tête; B, détail de la
nasale ; C, gulaires, postgulaires et fausses ventrales (type tête allongée).
Autre spécimen
Spécimen MHNP 1950.410, sexe indéterminé, récolté dans le Bas-Sambirano par MM. Millot et
Paulian.
Longueur totale 615 mm (605 + 110) ; RC 10/65.
Vingt-cinq dorsales; 199 V; 69 SC ; V + SC = 268; V/SC = 2,88. Coloration dorsale
très foncée, presque noire, avec queue blanche.
— 481
I t S SPÉCIMENS DE BOETTGER
Dans ses travaux de 1877 à 1881, Boettger donne les caractères principaux de quatorze
spécimens de Nosy be. L’auteur a parfaitement défini la coloration de sa variété citrina mais
reste vague sur celle de ses autres sujets à 25 D ; « brun noir luisant », « brun gris cendré »,
« gris blanc vif », écrit-il. Nous sommes fondés à admettre que sept spécimens (n° 2 qui a
exceptionnellement 26 D, n os 7, 9, 10, 11, 12 et 13, tous à 25 D) étaient mélaniques dont au
moins cinq avec la queue blanche (le doute subsiste pour les autres). Boettger a donné les
caractères morphométriques de ces spécimens ; ils correspondent à ceux de M. c. insularis n.
ssp.
Caractères généraux de Madagascarophis c. insularis
Vingt-cinq dorsales. RC 10/41 à 10/51 ; 183 à 199 V; 63 à 68 SC ; V + SC = 246 à 266;
V/SC = 2,78 à 2,97.
Coloration in vivo : face dorsale foncée (gris ardoise), ponctuée de noir (modèle C) ; face
ventrale blanchâtre ; extrémité de la queue blanche à pointe noire.
Répartition géographique (carte 2) : île de Nosy Komba (terra typica), île de Nosy be
(spécimens Boettger), Bas-Sambirano (région d’Ambanja) qui n’est séparé de Nosy Komba
que par un bras de mer épicontinentale de cinq kilomètres.
6. Madagascarophis citrinus (Boettger, 1877)
(Die Rept. Amphib. von Madagaskar : 16; 1881 : 17.)
Eteirodipsas colubrina var. citrina Boettger, 1877.
Matériel : Lectotype : SMF 19594 (= Kat. Boettger 9039 b), mâle Nossi-bé (= Nosy be) de
Madagascar; C.Ebenau, i.d. 1876. Autre spécimen : MHNP 1901.66.
Dès 1877 (travaux précédemment cités), Boettger écrit, à propos de ses spécimens n os 5 et
6 : « Es wird sich wohl rechtfertigen lassen, dieses und das vorige Exemplar, die sich durch
lebhaft gelbe. Farbe der Oberseite, ungefleckten Bauch, nicht oder nur ganz schwach
pigmentierte Supralabialen und, wie es scheint, durch eine geringe Zahl von Schuppenreihen
(25) auszeichnen, als Farbenvarietât citrina m. von der Stammart zu unterscheiden ».
En 1881, ayant étudié deux autres spécimens (n os 8 et 14), Boettger précise : « Fassen wir
das bei unseren n° 5, 6, 8 und 14, die sàmmtlich zur var. citrina gehôren, Gesagte zusammen,
so ergibt sich für diese Varietât die Durchschnittsformel : Squ. 25; G.3, V. 194, A. 1/1, Sc.68
(2/2, 2, 64/64), was bis auf die hier constante Schuppenzahl 25 genau mit der früber
(Nachtrag II p. 13) für die typische Art gefungenen Formel übereinstimmt und zugleich
beweist, dass var. citrina nichts weiter als eine constant hellere Farbenspielart dieser Species
ist ».
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Caractères généraux de M. citrinus (Boettger, 1877)
Depuis sa description par Boettger, nous n’avons pas connaissance d’informations
nouvelles concernant Eteirodipsas colubrina var. citrina. Mais l’auteur avait souligné
l’originalité de cette forme et nous pensons que nous devons porter explicitement E. c. var.
citrina au rang d’espèce dont les caractères sont les suivants :
Vingt-cinq rangs de dorsales. 194 à 202 V ; 68 à 70 SC ; V + SC = 262 à 272 ; V + SC =
2,77 à 2,88. RC 10/45 à 10/47.
Coloration : face dorsale à fond jaune vif et marques discrètes de modèle B2 ; face ventrale
jaune uniforme ; extrémité de la queue blanche avec pointe noire.
Terra typica : île de Nosy be.
Spécimen MHNP 1901.66 : sexe indéterminé, récolteur inconnu, Analalava-Mandritsara.
Longueur totale 353 mm (285 + 68); RC 10/41. Vingt-cinq D. 182 V ; 55 SC ; V + SC =
237 ; V/SC = 3,30. Coloration foncée de modèle B2, avec extrémité de la queue blanche.
Ce spécimen à 25 D et à queue blanche pourrait être rapproché de M. citrinus malgré un
faible nombre de ventrales et un V/SC élevé; comme il s’agit d’un juvénile, la coloration
dorsale plus foncée pourrait s’expliquer. La localisation laisse perplexe car Mandritsara et
Analalava sont distants de 175 km ; sur le registre des entrées du MHNP, l’origine du spécimen
est ainsi notée : « La colonie, Mandritsara (Cercle d’Analalava) ». Ainsi, le spécimen
proviendrait de Mandritsara (altitude 300 m environ) et serait très éloigné de l’aire certaine de
l’espèce M. citrinus.
Justification
La reconnaissance du taxon citrinus comme espèce valide est rendue nécessaire, et se
justifie par sa sympatrie avec le taxon colubrinus insularis. Toutefois, une autre explication peut
être apportée pour admettre la coexistence de deux populations apparemment distinctes, tout
au moins en ce qui concerne leur coloration (l’échantillonnage réduit dont nous disposons ne
montre pas de caractères morphométriques ou liés à la pholidose permettant de distinguer à
coup sûr ces deux populations et de les identifier). Une autre explication de la coexistence de
ces deux populations serait d’admettre qu’il n’y a qu’une seule espèce pour laquelle il existerait
localement une déviation génétique particulière en relation avec la pigmentation et produisant
deux morphes, l’une mélanique, l’autre xanthique (citrinus). Dans ce dernier cas, d’un point de
vue nomenclatural, citrinus a la priorité et la sous-espèce particulière à la région de Nosy be,
cette fois-ci identifiable par sa pholidose, devrait être appelée Madagascarophis colubrinus
citrinus.
7. Madagascarophis meridionalis n. sp.
Madagascarophis colubrinus auctorum, pro parte.
Nom vernaculaire : Lapata (dans tout le Sud).
Matériel : Holotype : MHNP 1985.378 (= 202/S), mâle capturé le 23 juin 1961 à 19h; allotype :
MHNP 1985.380 (= 161/S), femelle capturée le 19 mars 1961 à 19h. Paratypes : MHNP 1985.373
(= 150/S), mâle capturé le 19 février 1961 à 22h ; MHNP 1901.189, 190, 191, 192, 1905.139, 1905.140,
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1970.296, 404, 406. 1978.99 (= 29/S), 101 (= 200/S), 102 (= 205/S), 103 (= 214/S), 107 (= 208/S), 108
(= 201/S), 114 (= 240/S), 115 (= 311/S), 174 (= 240/S). 1985.371 (= 81/S), 372 (= 136/S), 373
(= 150/S), 374 (= 151/S), 375 (= 155/S), 376 (= 327/S), 377 ( = 367/S), 378 (= 202/S), 379 (= 168/S),
380 (= 161/S), 381 (= 167/S), 382 (= 390/S), 383 (= 401/S), 384 (= 433/S), 385 (= 157/S), 386
(= 175/S), 387 (= 246/S). Fiches Domergue (spécimens non conservés, ou remis en liberté, ou conservés
à l’Institut Pasteur de Madagascar) : n os 182, 183, 288, 481, 490, 603, 610, 874, 960, 1167, 1142, 1223,
1235, 1255 (mâles); n“ 191, 257, 466, 468, 469, 482, 489, 582, 611, 1231, 1247, 1254, 1256, 1257, 1258,
1259, 1260, 1261, 1262, 1265 (femelles).
Description de l’holotype
Longueur totale 870 mm (737 + 133), RC 10/21.
Trente et une D, sans fossettes visibles ; 205 V ; A divisée ; 60 SC dont 5 proximales
entières, les autres divisées ; V + SC = 265 ; V/SC = 3,41 ; 8 LS à droite et à gauche ; 12 LI à
droite et à gauche ; 2 pré-oc. séparées de la frontale ; 3 sous-oc. ; 4 post-oc. à droite, 3 à
gauche ; 2 + 2 et 2 + 3 temporales ; loréale normale ; nasale divisée.
Œil exorbité ; iris jaune pigmenté de noir. Cœur situé entre les 44 e et 48 e V. Hémipénis du
type I, longueur 28 mm.
Coloration : face dorsale jaunâtre avec motifs de modèle A ; face ventrale jaune pâle.
Terra typica : village de Mahavelo, plateau Karimbola, une trentaine de kilomètres à
l’ouest de Beloha (Androy) ; sol de sables roux ; végétation d’épineux (Didiéréacées) ; altitude
150 m.
Autres spécimens
a) Allotype femelle, hameau de Egogy, à 19 km au sud-ouest d’Ampanihy, sur la piste d’Androka,
altitude 230 m environ.
Longueur totale 673 mm (582 + 91), RC 10/63.
Trente-trois D; 204 Y; A entière; 50 SC dont 5 antérieures entières; V + SC = 254.
V/SC = 4,08 ; 8 LS à droite, 9 à gauche ; 12 LI ; 2 pré-oc. séparées de la frontale ; 3 post-oc. ;
3+3 temporales.
Œil exorbité ; iris jaune pigmenté de noir. Cœur situé entre les 42 e et 45 e V. Coloration
normale de modèle A.
b) Paratype MHNP 1985.373 (= 150/S), mâle, Ankazomanga, village du nord du plateau mahafaly,
50 km ouest de Betioky ; sol calcaire ; savane arborée à Tamarindus indica ; altitude + 200 m.
Longueur totale 812 mm (694 + 118), RC 10/58.
Vingt-neuf rangs de D. 224 V ; A entière ; 59 SC dont les 3 e et 4 e entières ; V + SC =
253 ; V/SC = 3,70 ; 8 LS ; 12 LI ; 2 pré-oc. séparées de la frontale ; 3 sous-oc. ; 2 post-oc. ; 2 +
2 + 4 T.
Œil exorbité; iris jaune, pigmenté de noir. Coloration normale de modèle A.
Caractères généraux de Madagascarophis meridionalis
Vingt-neuf à trente-trois dorsales. RC 10/50 à 10/71. 196 à 232 V (extrêmes), 200 à 232 en
général; 47 à 73 SC. 8 ou 9 LS ; 11 à 14 LI ; V + SC = 247 à 298 (extrêmes), 251 à 279 en
moyenne. V/SC = 3, 24 à 4, 60.
Hémipénis du type I. Coloration de modèle A ; absence de blanc à l’extrémité de la queue.
— 484 —
Répartition géographique (carte 3) : Ensemble de la partie méridionale de la Grande
île, au sud de la limite Mangoky-Matsiatra définie précédemment.
8. Madagascarophis ocellatus n. sp.
Madagascarophis colubrinus auctorum, pro parte.
Nom vernaculaire : Lapata (confondu avec M. meridionalis).
Matériel : Holotype : MHNP 1977.1056 (= 190/S), mâle capturé vivant le 20 juin 1961 à 22h ;
allotype : MHNP 1977.1052 (= 764/S), femelle capturée en août 1967 par Georges Randrianasolo.
Paratypes : MHNP 1984.2327 (= 1237/S), femelle trouvée morte sur la route le 29 janvier 1984 au matin
(probablement victime d’une voiture dans le courant de la nuit); MHNP 1977.1058 (= 586/S), mâle
capturé vivant, sur la route vers minuit, dans la nuit du 23 au 24 mars 1965, après une forte pluie
orageuse; MHNP 1977.1057 (= 158/S), femelle capturée le 7 mars 1961 ; MHNP 1977.1059 (= 235/S),
1978.104 (= 241/S). Institut Pasteur de Madagascar 1250/S.
Description de l’holotype
Longueur totale 826 mm (715 + 111), RC 10/64.
Trente et une D, sans fosettes apicales visibles; 223 V; A divisée; 57 SC toutes divisées;
9 LS à droite, 8 à gauche; 13 LI; 2 pré-oc. à droite et à gauche, en léger contact avec la
frontale ; 3 sous-oc. ; 2 post-oc. ;2 + 4 et 2 + 5T; loréale normale ; nasale divisée. V +
SC = 280; V/SC = 3,91.
Œil exorbité, iris jaune d’or pigmenté de noir. Cœur situé entre les 51 e et 54 e ventrales.
Hémipénis allongé, biapical (type III), de 21mm de longueur, soit 1 /34 e de la longueur du
corps du sujet.
Coloration in vivo : face dorsale à fond de teinte beige clair, avec 47 larges ocelles brun
foncé, presque noires; flancs marqués de taches ovales allongées, noires, alternant avec les
ocelles ; face ventrale blanchâtre ; extrémité de la queue brun clair, écaille terminale brun foncé.
Terra typica : hameau de Zampongotra, plateau Karimbola (pays Antandroy), vers la
bifurcation de la piste Beloha-Marolinta-Ampotaka. Fourrés épineux à Didiéréacées ;
Alluaudia procera (= « fantsilotra ») et Tamarindus indica (« kily »); sol de sables roux;
altitude 156 m.
Autres spécimens
a) Allotype femelle, plateau mahafaly, dans la région dite « des clairières », aux environs du puits
d’Ankalirano et du village de Beomby ; altitude ± 338 m.
L’aspect général est absolument semblable à celui de l’holotype.
Longueur totale 499 mm (437 + 62), RC 10/70.
Vingt-neuf rangs de dorsales pourvues de deux fossettes apicales. 205 V ; A divisée ; 47 SC
toutes divisées ; 8 LS ; 14 LI ; 2 pré-oc. ; 3 sous-oc. ; 3 post-oc.
Œil exorbité ; iris jaune d’or légèrement pigmenté de noir. Cœur entre les 53 e et 56 e V.
Coloration semblable à celle de l’holotype avec 40 ocelles.
b) Paratype 1984.2327 (= 1237/S), femelle, Ifaty (20 km nord de Tuléar) en lisière de la forêt
caducifoliée ; sol de sables roux. Altitude + 2 ou 3 m.
Longueur totale 560mm (485 + 75), RC 10/64.
— 485 —
Trente et un rangs de D, sans fossettes visibles. 212 V; A divisée; 53 SC toutes divisées;
V + SC = 265 ; V/SC = 4,00 ; 8 LS ; 13 LI ; 7 périoculaires à droite et à gauche.
Œil exorbité, iris jaune pigmenté. Cœur entre les 52 e et 55 e V. Coloration semblable à celle
de l’holotype avec 44 ou 45 ocelles dont certaines sont coalescentes ; écaille terminale de la
queue noire.
Cette femelle était gravide; elle portait deux petits œufs de 8 x 2mm, en cours de
croissance.
c) Paratype MHNP 1977.1058 (= 586/S), mâle, lieu-dit « la Table » (= Andatabo), au pied de la
colline cotée 155 ( 16 km est de Tuléar) ; sol calcaire ; végétation de buissons épineux.
Longueur totale 719 mm (627 + 92), RC 10/68.
Trente et un rangs de D, sans fossettes apicales visibles. 221 V; A divisée; 53 SC toutes
divisées ; 8 LS ; 13 LI ; 3 pré-oc. en contact avec la frontale ; 3 sous-oc. ; 4 post-oc. à droite, 2 à
gauche.
Œil exorbité, iris jaune d’or, non pigmenté. Cœur situé entre les 57 e et 61 e V. Hémipénis
allongé, biapical (type II).
Coloration semblable à celle de l’holotype, avec 48 larges ocelles, dont certaines
coalescentes ; sur les flancs, taches foncées, allongées, alternant avec les ocelles.
d) Paratype femelle MHNP 1977.1057 (= 158/S), non loin du village d'Ambatry, vers l’embranche¬
ment de la route Betioky-Ampanihy et de la piste de Soalara; forêt sèche sur sables roux et calcaires,
baobabs et Tamarindus ; altitude 350 m.
Longueur totale 486mm (426 + 60), RC 10/71. 31 D; 224 V; A entière; 50 SC toutes
divisées ; V + C = 274 ; V/SC = 4,48 ; 9 LS à droite et à gauche ; 14 LI.
Coloration : avec 47 ocelles.
e) Paratype 1250/S femelle capturée le 13 mars 1985 à 22 h après forte pluie, la Table (Tuléar).
Longueur totale 692mm (602 + 90), RC 10/66. 31 D; 210 V; A divisée; 48 SC toutes
divisées ; V + SC = 258 ; V/SC = 4,37 ; 8 LS ; 14 LI.
Cœur situé entre les 50 e et 55 e V. Coloration : avec 45 ocelles sur le corps, 5 sur la queue.
Caractères généraux de Madagascarophis ocellatus
RC 10/64 à 10/71. 205 à 224 V; A entière ou divisée; 47 à 57 SC toutes divisées sur les 8
spécimens observés jusqu’ici; V + SC = 252 à 280; V/SC = 3,91 à 4,60; 8 à 9 LS; 13 à
14 LI.
Cœur situé entre les 51 e et 60 e V. Hémipénis biapical et bilobé. Coloration du modèle
ocellé.
Répartition géographique (carte 3) : Au sud, le plateau Karimbola, au nord la région de
Tuléar-Ifaty. L’espèce est sympatrique de M. meridionalis.
Clef des espèces et sous-espèces du genre Madagascar ophis
I - 25 à 29 dorsales; moins de 205 ventrales (183 à 205, exceptionnellement 209); 59 à 76 sous-cau-
dales; V/SC = 2,48 à 3,27 ; hémipénis trilobé. (Groupe nord).
— 486 —
II
A — 27 dorsales (exceptions à 25 et 29)
1. coloration normale, queue blanche,
65 à 73 SC ; V/SC = 2,64 à 2,95. M. colubrinus colubrinus (Schlegel, 1837)
2. coloration normale, queue normale,
parfois 29 ou 25 dorsales,
49 à 62 SC ; V/SC = 3,01 à 4,06. M. colubrinuspastoriensis n. ssp.
3. coloration cuivrée, queue blanche,
SC 66 à 75 ; V/SC = 2,64 à 2,79. M. colubrinus septentrionalis n. ssp.
4. mélanique à queue blanche,
61 à 76 SC ; V/SC = 2,48 à 3,00.. M. colubrinus occidentalis n. ssp.
B — 25 dorsales, queue blanche
1. coloration jaune vif,
68 à 70 SC ; V/SC = 2,77 à 2,88. M. citrinus (Boettger, 1877)
2. coloration mélanique,
63-68 SC; V/SC = 2,78 à 2,97. M. colubrinus insularis n. ssp.
29 à 33 dorsales ; plus de 196 ventrales (jusqu’à 232) ;
47 à 76 SC; V/SC = 3,24 à 4,60
1. coloration normale ; hémipénis trilobé. M. meridionalis n. sp.
2. coloration ocellée ; hémipénis bilobé. M. ocellatus n. sp.
Tableau I. — Madagascarophis ocellatus n. sp., données concernant la série-type.
Holotype
MHNP
1977-1056
(= 190/S)
Allotype
MHNP
1977-1052
(= 764/S)
Paratype
MHNP
1984-2327
(= 1237/S)
Paratype
MHNP
1977-1058
(= 586/S)
Paratype
MHNP
1977-1057
(= 158/S)
Paratype
Inst. Pasteur
Tananarive
1250/S
Sexe
M
F
F
M
F
F
Lgt
826
499
560
719
486
692
C
715
437
485
627
426
602
Q
111
62
75
92
60
90
RC
10/64
10/70
10/64
10/68
10/71
10/66
V
223
205
212
221
224
210
A
Ent.
Div.
Div.
Div.
Div.
Div.
SC
57
47
53
53
50
48
V + SC
280
252
265
274
274
258
V/SC
3,91
4,36
4,00
4,60
4,48
4,37
D
31
29
31
31
31
31
Fosettes
■ -
—
—
—
_
oui
Cœur
51/54
53/56
52/55
57/60
—
50/55
LS
9-8
8-8
8-8
8-8
9-9
8-8
LI
14
14-13
13
13
13
14
Pré-oc.
2-2
2-2
2-2
2-2
3-1
2-2
Contact
léger
large
large
large
large
large
Sous-oc.
3-3
3-3
3-3
3-3
4-4
3-3
Post-oc.
2-2
3-2
2-2
4-2
4-4
2-2
T
2 + 4
3 + 4
mult.
mult.
3 + 5
3 + 4
3 + 5
3 + 3
mult.
3 + 5
3 + 5
3 + 4
Ocelles
47
43
45
47
47
45
Localité
Ambatry
Mahafaly
Tuléar
Tuléar
Zampongotra
Tuléar
(Ifaty)
(Table)
Karimbola
(Table)
— 487 —
Tableau II. — Récapitulatif des caractères des espèces et sous-espèces
du genre Madagascarophis Mertens.
Taxons
RC
D
V
SC
V + SC
v/sc
Coloration
M.
colubrinus
colubrinus
10/41
10/48
25 à 27
184-205
66-73
249-274
2,64-2,95
B1 ou B2
queue blanche
M.
C .
occidentalis
10/49
10/52
27 à 29
180-190
60-70
248-260
2,80-3,10
A et B1 queue
blanche mélanique
M.
c.
10/46
25-27-29
186-209
49-62
237-262
3,01-4,06
A
pastoriensis
10/70
B2 cuivré
queue blanche
M.
c. septen¬
trionalis
10/41
10/47
27
186-198
66-75
258-275
2,64-2,95
M.
citrinus
10/44
10/52
25
194-202
(205)
68-70
262-272
2,77-2,88
jaune vif
queue blanche
M.
colubrinus
10/41
25
183-199
63-68
246-268
2,78-2,97
C queue blanche
insularis
10/55
M.
c. meridio-
10/50
29 à 33
196-232
49-73
247-298
3,22-4,57
A et B1
nalis
10/71
M.
ocellatus
10/64
29 à 31
(33)
205-224
47-57
252-280
3,91-4,60
D ocellée
Tableau III. — L'écaillure des Madagascarophis : valeurs moyennes.
(N = nombre de spécimens; M = moyenne; e = écart-type.)
Taxons
M. c. colubrinus (Schlegel)
M. c. occidentalis n. ssp.
M. c. insularis n. ssp.
M. c. pastoriensis n. ssp.
M. c. septentrionalis n. ssp.
M. citrinus (Boettger)
M. meridionalis n. sp.
M. ocellatus n. sp.
Dorsales Ventrales Sous-caudales V + SC
N
M
e
N
M
e
N
M
e
N
M
e
17
27
0,7
16
191,4
5,6
14
68,78
2,9
14
260
6
21
27,19
0,6
22
189,5
4,6
20
64,45
4,5
20
254
8
9
25,11
0,33
9
192
6,45
9
66,44
1,95
9
258,4
8,1
21
27,38
1,2
20
193,65
6
16
53,12
4,2
16
245,4
7,3
3
27
0
4
191,5
4,4
3
68,66
3
2
262,5
5,6
4
25
0
4
197
3,8
3
69,3
1,1
3
266
5,2
62
30,03
1
64
209,95
9,4
56
56,6
5,1
55
265,38
11,7
6
30,66
0,8
6
216,3
7,5
6
51,33
3,7
6
267,16
10,7
— 488 —
REMARQUES
Au terme de ce travail, il importe de remarquer les points suivants :
Groupe nord : 1) les populations de l’Est (M. c. colubrinus) d’une part et de l’Imerina
(M. c. pastoriensis) d autre part sont à peu près homogènes chacune, et séparées géographique¬
ment ; 2) dans PAnkarafantsika, M. c. occidentals est sympatrique de représentants de l’Est
(M. c. colubrinus ) ; 3) la population de Nosy be comprend la variété « citrina » de Boettger
élevée au rang d’espèce {M. citrinus), des formes de PAnkarafantsika et probablement M. c.
insularis de Nosy Komba ; 4) les populations de l’extrême-Nord apparaissent mixtes,
hétérogènes par leur coloration, mais ont une morphologie particulière.
Groupe sud : Les critères « 29 à 33 D » et « plus de 196 V » caractérisent bien les
populations du Sud, en remarquant que les sujets à 210 V et plus sont géographiquement
groupés et sont mélangés à des sujets normaux pour la zone.
Remerciements
Je remercie vivement M. le Pr. E. R. Brygoo qui a supervisé mon travail, Roger Bour qui
a revu et corrigé mon manuscrit et, surtout, m’a éclairé sur les délicates questions du choix
d un lectotype, et sur la validité de l’espèce citrinus, H. Saint Girons qui a accepté de relire
cette note et m’a fait d’utiles critiques. Mes remerciements vont également à M" e Marie-Noëlle
Uhl qui a aimablement traduit les textes allemands de Boettger.
En janvier 1957, je travaillais en Tunisie. C’est en ce temps, et là, que je reçus le premier
Serpent malgache, un Madagascarophis colubrinus, envoyé par le Dr. Renaud Paulian, alors
directeur adjoint de l'Institut de la Recherche Scientifique de Madagascar. Trente années se
sont ecoulees. Au Recteur Paulian qui m’avait accordé sa confiance, i’exprime toute ma
reconnaissance.
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section A, n° 2 : 491-494,
Description d’une nouvelle espèce du genre Emoia
(Sauria, Scincidae)
en Polynésie française
par Ivan Ineich
Résumé. — L’examen biométrique de plus de 2500 Scincidae collectés en Polynésie française et
classiquement regroupés sous le binôme Emoia cyanura révèle la présence de deux espèces jumelles
syntopiques : E. cyanura (Lesson, 1826) et un nouveau taxon dont nous donnons la diagnose.
Abstract. — Description of a new species of the genus Emoia (Sauria, Scincidae) in French Polynesia.
— The morphometric and meristic analysis of more than 2,500 specimens collected in French Polynesia
and classically referred to the binomen Emoia cyanura reveals the occurence of two syntopic sibling
species : E. cyanura (Lesson, 1826) and a new species which is described.
I. Ineich, Université Montpellier III, Laboratoire de Zoogéographie (RCP 806), B.P. 5043, 34032 Montpellier cedex, et
Antenne Muséum/ÉPHÉ en Polynésie française, B.P. 1013 Papetoai, Mooréa, Polynésie française.
Le genre Emoia se rencontre de l’archipel indo-australien jusqu’aux îles les plus isolées
d’Océanie et sur l’île de Clipperton. Il comprend environ 60 taxons presque exclusivement
insulaires. D’importantes investigations herpétologiques réalisées en Polynésie française durant
les années 1982 à 1986 (C. P. Blanc; I. Ineich) ont permis la collecte manuelle de plus de
2 500 exemplaires du taxon classiquement référé au binôme E. cyanura (Lesson, 1826), très
abondant sur le Territoire. Une étude fine des micro-différenciations dans plusieurs de ses
populations nous a permis de montrer que ce binôme regroupe en fait deux espèces jumelles,
comme le confortent les observations que nous avons effectuées sur le terrain.
Emoia pheonura sp. nov.
Holotyph_ : MNHN 1987.1301 ; mâle adulte collecté par I. Ineich en mars 1986 à l’Antenne
Muséum/ÉPHÉ de Polynésie française, baie d’Opunohu, île de Mooréa, archipel de la Société.
Paratypes : Tous collectés par I. Ineich sur l’île de Mooréa : MNHN 1987.1302-4, janvier 1986;
MNHN 1987.1305-6, février 1986; MNHN 1987.1307-9, mars 1986 (ces 8 ex. topotypiques de
l’holotype); MNHN 1987.1310-11, février 1986, Temae, nord-est de Mooréa; MNHN 1987.1312, mars
1986, sud de Haapiti, sud-ouest de Mooréa.
Diagnose : E. pheonura sp. nov. se différencie de E. cyanura, seul autre représentant du genre en
Polynésie française, par la combinaison des caractères suivants : (1) queue brune à brun-vert ; (2) présence
d’une tache épiphysaire occipitale plus ou moins visible, bleue ou noire, simple, double ou triple ;
(3) absence d’individus mélaniques ; (4) couleur du ventre et des cuisses d’un blanc ivoire pur ; (5) taille du
— 492 —
museau au cloaque atteignant jusqu’à 57 mm ; (6) absence d’incision à la partie antérieure de la post¬
mentale ; (7) absence de fusion des écailles de la raie dorée médio-dorsale. L’ensemble de ces caractères ne
se rencontre chez aucun des taxons proches de E. cyanura décrits dans le passé puis, le plus souvent,
placés en synonymie : E. impar (Werner, 1898); E. arundelii (Garman, 1899); E. cyanura schauinslandi
(Werner, 1901) et E. cyanura werneri (Vogt, 1912) qui corrèspond en fait à E. caeruleocauda.
Description de l’holotype : Longueur du corps : 49 mm ; longueur de la queue : 89 mm ;
poids vif après capture : 2,36 g.; orientation du contact de la paire de plaques pariétales :
gauche ; orientation du contact de la paire de plaques nucales : gauche ; orientation du contact
de la première paire de post-mentales vers la droite de l’animal; présence d’une tache
épiphysaire noire unique ; supra-labiales en avant de la grande sous-oculaire : cinq à droite et
quatre à gauche; granule accessoire à la partie inférieure postérieure de la nasale présent
uniquement à droite; préfrontales séparées; plaque frontale environ 1,8 fois aussi longue que
large; 69 lamelles sous l’orteil IV droit et 18 sous l’orteil I; 26 colonnes d’écailles médio-
corporelles ; 63 rangées d’écailles de la post-mentale au cloaque ; longueur du museau : 69 %
de celle de la tête ; largeur de la tête : 72 % de sa longueur ; distance entre les membres
antérieurs et postérieurs : 52 % de la longueur du corps ; longueur du membre antérieur droit :
33 % de la longueur du corps et longueur du membre postérieur droit : 47 % de la longueur du
corps.
Variations : E. pheonura sp. nov. est le plus grand Scincidae de Polynésie française ; sa
taille à maturité sexuelle est d’environ 43 mm et certains exemplaires atteignent jusqu’à 57 mm ;
aucun dimorphisme sexuel n’est constaté. Le rapport de la longueur de la queue sur celle du
corps varie de 160 à 185 %. Quelques rares exemplaires (6 %) possèdent un contact des plaques
pariétales orienté vers la droite, caractéristique qui ne se rencontre jamais chez E. cyanura. Le
contact des nucales est beaucoup plus variable et se fait à droite comme à gauche. Quelquefois
ces dernières plaques sont fusionnées (MNHN 1987.1310). L’orientation du contact de la
première paire de post-mentales se fait à droite comme à gauche et occasionnellement à gauche
puis à droite sur un même individu (MNHN 1987-1312). La tache épiphysaire occipitale peut
être simple, bleue ou noire comme chez l’holotype, aux contours quelquefois flous (MNHN
1987.1306). Certains exemplaires présentent également deux (MNHN 1987.1302) et même trois
taches épiphysaires noires disposées longitudinalement. Les supra-labiales en avant de la
grande sous-oculaire sont au nombre de quatre, mais certains exemplaires en possèdent cinq,
des deux côtés ou d’un seul côté (MNHN 1989.1301). Un granule.accessoire peut être présent à
la partie postérieure inférieure de la nasale, d’un seul côté (MNHN 1987.1302), ou des deux
côtés de l’animal (MNHN 1987.1309). Les préfrontales sont généralement séparées mais
peuvent se rencontrer en contact (MNHN 1987-1308). Le nombre de lamelles sous l’orteil IV
varie de 62 à 74 (moyenne 69,30; n = 10), celui des lamelles sous l’orteil I varie de 16 à 20
(moyenne 17,75 ; n = 12). Le nombre de colonnes d'écailles au niveau médio-corporel varie de
26 à 31 (moyenne 27,83 ; n = 12) et le nombre de rangées d’écailles de la plaque post-mentale
au cloaque varie de 61 à 72 (moyenne 66,75; n = 12). La longueur du museau au cloaque
varie de 20 à 24 % de celle du corps (moyenne 22,35 ; n = 12). Le rapport de la largeur de la
tête avec sa longueur varie de 66 à 73 % (moyenne 67,98 ; n = 12). Le rapport de la distance
entre le membre antérieur et postérieur droit avec la longueur du corps varie de 47 à 52 %
(moyenne 49,71 ; n = 12). Le rapport de la longueur du membre antérieur droit avec la
— 493 —
longueur du corps varie de 29 à 35 % (moyenne 32,29; n = 12) et celui du membre postérieur
avec la longueur du corps varie de 41 à 48 % (moyenne 45,10 ; n =12).
Coloration : La couleur dorsale est brun métallisé plus ou moins sombre avec trois raies
dorées dont les dorso-latérales peuvent s’estomper. La raie dorée médio-dorsale est placée sur
deux moitiés de colonnes d’écailles et disparaît progressivement sur la queue ; les raies dorso-
latérales sont généralement disposées sur une seule colonne d’écailles dont les contours ne sont
pas toujours nettement définis ; elles débutent au-dessus des yeux et s’effacent au niveau des
membres postérieurs. Ces trois raies peuvent être bordées d’un liseré noir s’étendant de la base
de la queue à la tête où il prend beaucoup d’ampleur, surtout au niveau occipital pour la raie
médio-dorsale. Les exemplaires de grande taille présentent souvent un éclaircissement de leur
coloration dorsale qui leur confère un aspect global plus doré avec des raies moins évidentes
mais discernables. Les flancs sont brun-orangé et recouverts de ponctuations plus claires assez
irrégulières. La couleur ventrale est d’un blanc ivoire pur qui devient gris-bleu sous la queue, le
plus souvent brune dorsalement. Chez les exemplaires non mélaniques de E. cyanura, la
coloration dorsale est très sombre, généralement noire avec des raies dorées nettement
individualisées. Les flancs sont plus noirâtres et s’éclaircissent ventralement.
Biologie : E. cyanura et E. pheonura sp. nov. se rencontrent le plus souvent en totale
syntopie. Cependant, dès que l’on s’éloigne du littoral des îles hautes, cette dernière se raréfie ;
par contre, sur les atolls, formations coralliennes basses, elle est nettement dominante. Ses
exigences thermiques sont moins importantes que pour E. cyanura et c’est la première des deux
à s’activer par temps couvert. Elle est également moins arboricole et utilise souvent la strate
herbacée ou la litière pour se camoufler en cas de fuite. Elle n’hésite pas à se jeter à l’eau quand
on la poursuit. Sa ponte, souvent regroupée parmi d’autres, se compose de deux œufs enfouis
dans le sol.
Distribution : L’espèce se rencontre de la Nouvelle-Guinée à l’île de Clipperton. Elle est
présente sur l’archipel des Salomon où, par contre, E. cyanura fait défaut (Webster, 1969).
Étymologie : La dénomination spécifique pheonura est utilisée pour désigner la queue brune chez ce
taxon, en opposition à la queue bleue de cyanura.
Discussion
D’après les critères morphométriques et méristiques utilisés, les individus mélaniques de
Polynésie française ne peuvent se différencier de E. cyanura , binôme sous lequel je les
regroupe. E. pheonura sp. nov. ne présente pas de mélanisme dans ses populations. L’existence
sur l’île de Clipperton d’une forme mélanique reconnue sous le binôme E. arundelii (Garman,
1899) et généralement placée en synonymie avec E. cyanura s. 1., en sympatrie avec E. pheonura
sp. nov., alors que E. cyanura est absent de l’île, pose encore un problème. L’examen
d’exemplaires mélaniques de Clipperton met en évidence leur affinité avec E. pheonura sp. nov.
et ne permet pas de les regrouper dans la morphe mélanique de E. cyanura. Je considérerai E.
arundelii (Garman, 1899) comme un taxon valide qui rassemble les Emoia mélaniques de l’île
— 494 —
de Clipperton, en attendant la réalisation d’une étude génétique qui permettra de définir leur
statut exact.
Matériel comparatif étudié : Muséum de Paris : E. pheonura sp. nov. : 3 ex. (MNHN 7068 A et B
7069 A), origine incertaine; 7 ex. (MNHN 1986-656 à 660, 1986-663 et 664), Wallis et Futuna. —
Muséum de Berlin : E. pheonura sp. nov. : 2 ex. (ZMB 15078), archipel des Tonga; 3 ex. (ZMB 16527 et
16878), Nouvelle-Guinée. — Muséum de Cambridge, Massachusetts, USA : E. arundelii : 1 ex. (syntype,
MCZ 6463), île de Clipperton. — Muséum de Washington, USA : E. pheonura sp. nov. : 2 ex. (USNM
105184, 140720), île de Clipperton; E. arundelii : 5 ex. (USNM 140715 à 140719), île de Clipperton; E.
cyanura : 35 ex. (série topotypique de E. cyanura schauinslandi (Werner, 1901), USNM 5628-5629, 22605
23448 à 23452, 31247 à 31266, 59592 à 59594, 59705 à 59708), archipel des Hawaii. Le type de E. impar
(Werner, 1898) ne se trouve ni au Muséum de Vienne en Autriche (Tiedemann, comm. pers.), ni au
Muséum de Berlin (Günther, comm. pers.).
Remerciements
L’auteur remercie les différents responsables des Muséums pour lui avoir permis l’examen de matériel
ou fourni des renseignements (P: Alberch; E. R. Brygoo; R. Günther; J. P. Rosado; F. Tiedeman-
G. R. Zug).
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Lesson, R. P., 1826. — Voyage autour du monde exécuté par ordre du roi sur la Corvette de sa Majesté
La Coquille pendant les années 1822, 1823, 1824 et 1825. Sous le ministère de SEM le Marquis de
Clermont-Tonnerre et publié sous les Auspices de Son Excellence M. le Cte de Chabrol, Ministre
de la marine et des colonies; par L. I. Duperrey, chevalier de St Louis et de la Légion d’Honneur,
Capitaine de Frégate, Commandant de l’Expédition. Histoire naturelle. Zoologie. Atlas. Arthus
Bertrand, Libraire-éditeur, Paris : pi. IV, fig. 2.
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the lizard genus Emoia (Sauria : Scincidae) in the Solomon Islands. B. A. Honors thesis (Biology),
Harvard University, Cambridge, Massachusetts : 159 p.
Achevé d’imprimer le 30 octobre 1987.
Le Bulletin du 1 er
trimestre de l’année 1987 a été diffusé le 18 septembre 1987.
imprimerie nationale
7 564 002 5
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d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris. Ils seront accompagnés : de la traduction du titre
en anglais, d’un résumé en français et en anglais, de l’adresse du Laboratoire dans lequel le travail
a été effectué (en note infrapaginale sur la première page).
Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto seule¬
ment. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres et d’espèces
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Collection à périodicité irrégulière. Paraît depuis 1935. A partir de 1950, les Mémoires se subdivisent
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T. 120 — MuSoz-Cuevas (Arturo). — Développement, rudimentation et régression de l’œil chez les Opiliens
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T. 121 — Hugot (Jean-Pierre). — Les Syphaciinae (Oxyuridae) parasites de Sciuridés. Évolution des genres
Syphatineria et Syphabulea. 1981, 64 p., fig.
T. 122 — Felice (Suzanne). — Étude anthropologique des quatre squelettes de Kader des monts Anémalé (Inde).
1981, 65 fig.
T. 123 — Deuxième Symposium sur la spécificité parasitaire des parasites de Vertébrés. 1982, 326 p., fig.
T. 124 — Paullan (Renaud). — Révision des Cératocanthides (Coleoptera, Scarabaeoidea) d’Amérique du Sud.
1982, 110 p., fig., 18 pl.
T. 125 — Monniot (Claude) et Monniot (Françoise). — Les Ascidies antarctiques et subantarctiques : mor¬
phologie et biogéographie. 1983. 168 p., 27 fig., 5 tabl., 7 pl.
T. 126 — Clastrier (Jean). — Ceratopogonidae des îles Seychelles (Diptera, Hematocera). 1983. 83 p., 38 fig.
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Ouvrages disponibles au Service de vente des Publications du Muséum,
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