Gaus E :OGAMIE
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
AVEC LE CONCOURS DU MUSEUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE Septembre 1992
CRYPTOGAMIE
Mycologie
ANCIENNE REVUE DE MYCOLOGIE
Fondée par R. Heim en 1936
Directeur scientifique: Mme J. Nicot
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Editeur: A.D.A.C. - 12 rue Buffon F-75005 Paris.
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Naturelle, 12 rue Buffon, F-75005 Paris).
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tsm e. oo. Source : MNHN, Paris
CRYPTOGAMIE
MYCOLOGIE
TOME 13 FASCICULE 3 1992
RÉSEAU DE MYCOLOGIE
27-28 janvier 1992
Institut Pasteur, Paris
G. DURRIEU et S. HAS;
- The fungi as biological control agents
against weeds (in French) . 149
J. DUPUY, J. LE BARS et P. LE BARS. - Mycotoxinogene
Fusarium strains: necessary study before their use in biolo,
gontrol (French) inaani 159
BUSCOT - Ecological and biological strategies of morels (in French). 171
F
C. GROSCLAUDE - Decay caused by wood destroying fungi on
London plane (in French) sss... 181
J. LE BARS et P. LE BARS - Fungal contamination of cured dried
sausagestorigin, developmental conditions, prevention (in French) — 193
- CHAUVET - Aquatic E Ee and RE in river
ecology (in French) ....... 7 203
A. BELLEMÈRE, M.C. JANEX-FAVRE, L.M. MELENDEZ-
HOWELL et A. PARGUEY-LEDUC - Ultrastructural diversi
of ascospore wall in some Eupyrenomycetes (in French) .. 215
J. PERREAU, J. LAMBOURDIERE et M.C. BOISSELIER - Mycena
rosea and the Mycena pura complex (in French) Sage AYE
Bibliography ......... 253
Bibliothèque Centrale Muséum
IM
3 3001 00226849 7
Source : MNHN. Paris
Source : MNHN. Paris
Cryptogamie, Mycol. 1992, 13 (3): 149-157 149
LES CHAMPIGNONS AGENTS DE LUTTE BIOLOGIQUE
CONTRE LES MAUVAISES HERBES
Guy DURRIEU* et Siraj HASAN**
* Laboratoire Botanique et forestier, Université Paul Sabatier -
Toulouse
** Biological Control Unit CSIRO - Montpellier
RÉSUMÉ - Les potentialités présentées par les champignons pathogènes comme agents de
lute contre les mauvaises herbes sont déjà largement prouvées. Le mode d'action des
espéces utilisées se situe essentiellement à deux niveaux: - afTaiblissement démographique
de la population, - baisse de la compétitivité individuelle vis-à-vis des plantes à protéger.
Cette lutte se développe actuellement sous deux formes stratégiques différentes, correspon-
dant en fait à des situations bien distinctes. - Ou bien on se trouve en présence d'une
plante introduite qui en raison de son origine exotique ne possède pas d'ennemis naturels
locaux et envahit des habitats très diversifiés. L'importation d'organismes pathogènes
choisis dans son aire d'origine, et se répandant naturellement, ramène le pouvoir concur-
renciel de la plante à un niveau acceptable. L'exemple type en est fourni par Puccinia
chondrillina contre Chondrilla juncea en Australie, Les expérimentations sur quelques au-
tres espèces sont d'autre part très avancées. - Ou bien il s'agit d'une plante souvent
autochtone, particuliérement favorisée par les méthodes culturales: l'application localisée
et massive d'un inoculum local permet sa destruction la oli elle est indésirable. Cela a
conduit au développement récent d'un certain nombre de "mycoherbicides” tel celui
constitué par des spores de Collerorrichum gloeosporoides fa. sp. aeschynomenes. L'avenir
devrait voir le développement de méthodes intégrées combinant l'intervention synergisante
de plusieurs agents biologiques, ou d'un agent biologique combiné avec un herbicide.
Quant à la production d'organismes modifiés par enginerie génétique (destruction des
phytoalexines, masquage des éliciteurs...) leur emploi reléve encore de la prospective à
long terme
ABSTRACT - Potentialities of plant parasitic fungi as biological control agents against
weeds are actually successfully proved. The efficacy of the involved species acts through
two main ways: weakening of the population demography, lowering of individual competi-
tivity against the cultivated plant. At present, biological control with fungi proceeds along
two different strategies according to two well distinct situations: - Either the weed to fight
is an introduced species that, according to its exotic origin, has no native ennemies and in-
vades a lot of different habitats. Introducing a pathogenic fungus, selected in its area of.
origin and able to widespread by itself, lowers the weed competitivity to a tolerable level.
A typical example is Puccinia chondrillina introduced in Australia to control Chondrilla
juncea. Tests on some other species are also very advanced. - Either the control concerns
a native weed which is expanding owing to tilling methods or to herbicide-resistance. A
massive inoculation with a host specific indigenous fungal pathogen allows to kill the weed
Where its presence is undesirable. This inundative method is achieving with formulation of
"mycoherbicides” such as the one based on spores of Colletotrichum gloeosporioides fa.
aeschynomenes. In the future integrated control methods combinating the synergic action
of several biological agents or of a biological agent with a chemical compound would be
improved. About the production of modified organisms by genetic engineering (changes
in host specificity by inhibition of phytoalexins or masking of elicitors) it is a matter of
longer prospect.
Source : MNHN, Paris
150 G. DURRIEU et S. HASAN
MOTS CLÉS : Lutte biologique, malherbologie, mycoherbicides.
INTRODUCTION
Les nuisances provoquées par la prösence de plantes adventices provien-
nent essentiellement des effets de compétition exercés au détriment des cultures
ou de la végétation jugée utile. Il s'agit donc de supprimer ou de renverser ce
pouvoir de compétition à l'avantage de la plante à protéger. Pendant trés long-
lemps les agriculteurs se sont trouves relativement désarmés devant les mauvai-
ses herbes. Les moyens mis en ocuvre etaient le tri des semences et, pendant la
période de végétation, l'arrachage et le sarclage.
Ce n'est qu'au début des années 1950 que la lutte chimique par les
herbicides a fait son apparition. Depuis, son développement a été tel qu'aujour-
d'hui les produits de desherbage représentent la plus grosse part de la produc-
tion phytosanitaire et le premier chapitre budgétaire des agriculteurs pour la
défense de leurs cultures. A l'élévation des coüts de production viennent s’ajou-
ter d'autres inconvénients:
- D'abord la phytotoxicité: si les produits mis au point ont fait de très
larges progrès du point de vue sécurité d'emploi, leur utilisation reste toujours
relativement délicate, on peut vite atteindre les doses toxiques pour la culture.
La modification de la flore représente aussi un problème important, certaines
adventices ont été tres facilement détruites par les herbicides, au point même
qu'il est des espèces que l'on peut presque considérer comme éradiquées: le
Bleuet (Centaurea cyanus) en est un des exemples les plus “visibles”.
En revanche d'autres plantes plus résistantes ont pris les places laissées
vacantes et la flore des adventices des grandes cultures n'est plus du tout la
méme qu'il y a moins d'un demi-siècle, Il est donc nécessaire d'ajuster l'arsenal
chimique disponible contre ces nouveaux envahisseurs.
Plus grave, on constate l'apparition de génotypes résistants chez des
espèces de plus en plus nombreuses, ils peuvent supporter des concentrations 5
ou 6 fois plus élevées que les types sauvages. La premiére observation semble
concerner Senecio vulgaris (Ryan, 1970), mais le nombre d'espèces concernées
doit aujourd'hui largement dépasser la cinquantaine (Holt & Le Baron, 1989;
lioh & Matsunaka, 1990; De Prado et al, 1989). L'une des méthodes
envisagées pour combattre cette adaptation paraît inquiétante. Il s'agit de
sélectionner des cultivars hautement résistants à l'herbicide (Shah, 1986), des
tolérances à des doses 1000 fois supérieures aux concentrations habituelles ont
ete obtenues. Ainsi l'utilisation massive du produit éviterait toute adaptation.
Outre le fait que la chose n'est pas du tout certaine en raison des décroissances
de doses possibles sur les bordures, on peut poser la question du devenir des
résidus dans l'environnement. Vient évidemment s'ajouter l'aspect économique
de la maitrise des productions de semences par un petit nombre d'entreprises
phytosanitaires et l'augmentation du coût de production intolérable pour les
pays les moins développés.
3 Il parait donc indispensable de rechercher de nouvelles solutions, la lutte
biologique est une des possibilités. Même si l’action des antagonistes naturels ne
détruit pas complétement la mauvaise herbe, elle peut ramener les effets de
celle-ci à un niveau économiquement tolérable.
L'action parasitaire d'un champignon peut bien souvent par son action
depressive réaliser cette opération. Par exemple, du blé cultivé pendant 2 mois
Source : MNHN, Paris
LUTTE CONTRE
LES MAUVAISES HERBES 151
(48)
Fig. 1: Biomasse produite (en %) par deux plantes cultivées en compétition, blé ( Triticum
aestivum) et Oxalis sp. A gauche, l'Oxalis est sain, à droite (pointille) il est
parasite par Puccinia oxalidis.
Fig. 1: Biomass production by two plants grown in competition, wheat (Triticum
eastivum) and Oxalis sp. Left: Oxalis healthy, right: Oxalis parasited by Puccinia
oxalidis
en concurrence avec un Oxalis produit une biomasse supérieure de près de 50%
si ce dernier est attaqué par sa rouille Puccinia oxalidis (fig. 1).
Les problèmes posés proviennent d'un déséquilibre dans le fonction-
nement des communautés végétales qui peuvent correspondre à deux types de
situations, qui d'ailleurs ne s'excluent pas:
* Soit on est en présence d'une plante indigéne (ou que l'on peut
considérer comme telle à la suite d'une naturalisation ancienne). Elle peut se
révéler très gênante dans certaines cultures, car les pratiques agricoles
appliquées lui sont particulièrement favorables, autant, sinon plus qu'à la plante
cultivée. L'action normale de ses ennemis naturels est insuffisante pour limiter
son extension et sa multiplication.
Ce sont le plus souvent des espèces annuelles dont le cycle végétatif se
calque sur celui de la plante cultivée comme:
- Stelleria media, Sherardia arvensis, Anagallis arvensis ou Senecio
vulgaris en horticulture,
- Matricaria inodora, Papaver rhaeas, Lolium perenne, Avena fatua dans
les céréales,
- Setaria glauca, Panicum miliaceum, Echinochloa crus-galli dans le
mais...
Plus rarement ce sont des plantes pérennes à rhizome profond comme
Cirsium arvense, Convolvulus arvensis ou Equisetum telmateia.
+ Soit il s’agit d'une plante exotique, introduite dans une région dont le
climat lui convient, sans parasites ou prédateurs locaux. Elle prend une exten-
sion considérable dans les peuplements naturels et aussi trés souvent dans les
cultures.
Source : MNHN. Paris
152 G. DURRIEU et S. HASAN
Si nous n'avons pas de cas dramatiques chez nous (Erigeron canadensis
ou plus récent, Senecio harveyanus ne sont pas trés génants), on a pu assister en
revanche dans d'autres régions du globe à des invasions massives. Lantana
camara ou Eichornia crassipes dans certaines zones tropicales, Hypericum
perforatum ou Chondrilla juncea en Australie et dans l'Ouest américain, posent
de sérieux problémes. A tel point que ce sont ces plantes là qui ont les
premieres fait l'objet de programmes de lutte biologique.
MÉTHODES INTRODUCTIVES
Les précurseurs en la matière sont les Néo-Zélandais qui, dès 1916,
lentérent de combattre le chardon Cirsium arvense avec la rouille Puccinia
punctiformis. Elle provoque des infections systémiques ayant pour effet de
stériliser et dessécher les pousses et d’epuiser les rhizomes. Son action paraît
donc particulièrement intéressante puisqu'elle agit à la fois sur l'appareil
végétatif, et réduit donc son pouvoir de compétition, et sur la multiplication:
suppression de la production de graine, élimination progressive des rhizomes.
Malheureusement ce tableau idéal est gaché du fait du faible taux d'in-
fections systémiques naturelles: l'installation du champignon doit se faire pour
cela au stade plantules d'où son efficacité limitée.
En revanche le modèle d'un programme réussi est celui de l'introduction
en Australie de Puccinia chondrillina pour lutter contre Chondrilla juncea. Cet-
te composée originaire de la région méditerranéenne, où elle est parfaitement
inoffensive grâce à la présence de divers ennemis naturels (Wapshere et al.,
1974, 1976), a envahi le Sud-Est australien avec un remarquable succès puisque
dans certains cas sa densité pouvait atteindre plusieurs centaines d'individus au
metre carre.
Des observations dans la région “méditerranéenne et des
expérimentations réalisées dans le Sud de la France (Hassan & Wapshere, 1973;
Wapshere et al., 1974, 1976) ont montré que la rouille Puccinia chondrillina
avait un effet dépressif trés marqué sur la population de la plante sous des
conditions climatiques tout à fait comparables à celle de l'Australie.
Après contrôle de sa stricte spécificité (Hasan, 1972), son introduction
en 1971 s'est révélée remarquablement réussie. En moins d'un an, à partir d'un
unique point d'introduction, le champignon s'était répandu sur toute l'aire
australienne de la plante (Hasan, 1974; Cullen et al., 1973). Réduisant de façon
drastique les populations de l'adventice, c'était des millions de dollars
d'économie pour les fermiers australiens (Cullen, 1985).
Cependant le probléme n'était pas entièrement résolu. Chondrilla juncea
est en effet une plante apomictique. Elle est présente en Australie sous trois for-
mes (clones) différentes: l'une à feuilles étroites était très largement dominante,
les deux autres à feuilles larges et feuilles intermédiaires plus rares. C'est la
premiére qui fut testée pour sa sensibilité au parasite, la souche de Puccinia in-
troduite se révéla non virulente pour les deux autres, d'où une évolution très ra-
pide dans la composition des populations de Chondrilla (tableau 1).
Il fut rapidement remédié au probléme par la sélection et l'importation
de deux autres souches du champignon (Hasan, 1984). L'invasion du
Chondrilla n'est plus qu'un mauvais souvenir (tableau 2).
Il semble qu'il en soit de même dans le Nord-Ouest américain (Adams
& Line, 1984; Supkoff et al., 1988) où l'installation du parasite a pu se réaliser
Source : MNHN, Paris
LUTTE CONTRE LES MAUVAISES HERBES 153
d'une façon différente. En effet dans ces régions en raison d'hivers relativement
rigoureux (moyenne de janvier au Washington - 5°C), ce sont les téliospores de
la rouille qui réalisent la phase de conservation, et c'est leur germination avec
production de basidiospores haploides qui assure le nouveau départ des infec-
tions. Ainsi les possibilités de recombinaisons génétiques ont permis au champi-
gnon de s'adapter aux divers clones de Chondrilla. Cela n'a pas été le cas en
Australie, ou en raison de la douceur des hivers, les urédospores ássurent le
maintien, uniquement par multiplication végétative. Tandis que les téliospores
sans période froide pour lever leur dormance, ne peuvent jouer qu'un role
négligeable si ce n’est nul. Les possibilités d'adaptation génétique de la rouille
sont donc inexistantes.
Tableau 1: Evolution dans la composition des populations australiennes de Chondrilla
juncea aprös la premišre introduction de Puccinia chondrillina. (E: type à feuilles
étroites, M: à feuilles intermédiaires, L: à feuilles larges)
Table 1: Changes in Australian populations of Chondrilla juncea after the first introduc-
tion of Puccinia chondrilla (E: narrow leaved biotype, M: intermediate, L: broad
leaved).
1968 1980
Types E M L M L
Stations
1 98% 0 2% 5 90 5
2 67% 30 3% 3 78 19
3 62% 24 14% à 80 i
4 51% 10 39% 8 10 82
Tableau 2: Déclin des densités de Chondrilla juncea dans 4 régions d'infestation massive
dans le S.E. de l'Australie (Hassan & Ayres, 1990)
Table 2: Decline in density of Chondrilla juncea in the 4 major infested regions of S.E.
Australia.
Canberra Wagga Mallee Tamworth
1971 233 pieds/m? 173 225 40
1975 59 51 87 0
1979 23 6 12 1
1983 6 3 27
1986 2 1 16 0
Un autre exemple de succès dans l'utilisation d'une rouille est celui de
l'introduction au Chili de Phragmidium violaceum pour combattre les ronces de
provenance européenne (Ochrens & Gonzales, 1977). Cette espèce vient d'être
aussi amenée en Australie.
Ainsi existe til actuellement toute une série de travaux, à des stades di-
vers d'avancement sur l'utilisation d'autres parasites, suivant des méthodes iden-
tiques:
- Puccinia barbeyi contre Asphodelus fistulosus (Australie)
- Uromyees heliotropii et Cercospora heliotropii-bocconi contte Helio-
tropium europeum (Australie)
- Cercosporella ageratina contre Eupatorium riparium (Hawai)
Source : MNHN, Paris
154 G. DURRIEU et S. HASAN
- Puccinia jaceae contre Centaurea diffusa (Amérique du Nord)
- Puccinia carduorum contre Carduus pyenocephalus et Carduus
tenuiflorus (Amérique du Nord et Australie)
METHODES INONDATIVES
Mais comme nous l'avons déjà indiqué, on peut se trouver confronté à
des problèmes radicalement différents: ceux posés par des plantes indigènes qui
deviennent envahissantes pour certaines cultures.
On peut imaginer d'essayer d'avoir recours à des parasites exotiques vi-
vants sur des espéces voisines, et pour lesquels ces nouveaux hótes ne
présenteraient pas de résistance.
Cette voie, à ma connaissance, n/a pas été explorée. Les recherches et
les applications se sont orientées vers une autre direction, par l'utilisation de
méthodes inondatives et ont débouché sur la mise au point de “mycoherbicides”.
La première tentative dans le domaine a été réalisée semble-t-il, par des
forestiers américains. Ils ont inoculé un parasite indigène: Ceratocystis
fagacearum pour éliminer des chênes de faible intérêt forestier qui concurrencent
le développement des peuplements de Pinus bankisiana dans le centre du
Minnesota (French & Schroeder, 1969). Cet agent biologique de
débroussaillement s'est révélé d'une efficacité supérieure aux agents chimiques
avec un coût d'application inférieur.
Mais les utilisations les plus spectaculaires, concernent la lutte contre les
adventices de culture. Il s’agit de répandre en grande quantité des suspensions
de spores d'un parasite hautement virulent et spécifique sur les cultures envahies
par la plante indésirable. Les infestations massives obtenues ont un effet for-
tement dépressif sur l'adventice. La première application mise au point a été ob-
tenue avec la Melanconiale Co/letotrichum gloeosporioides f. sp. aeschynomenes,
pour combattre Aeschynomene virginica. C'est une légumineuse envahissante
dans les champs de riz et de soja dans le bassin du Mississipi. Ce sont deux si-
tuations où l'emploi d'herbicides chimiques est délicate. Champs immergés
d'une part, proche parenté entre la culture et l'adventice de l'autre. la
pulvérisation de suspensions de spores sur les plantes à éliminer se révèle
particuliérement efficace: le taux de mortalité peut atteindre 98%, et se main-
tient a une moyenne de 85% (Daniel et al., 1973; Smith & Shaw, 1966).
Le champignon est commercialisé sous l'appellation ^Collego". Il s'agit
là d'une stratégie de lutte profondément différente de la première décrite, que
l'on pourrait qualifier de classique. Elle nécessite à priori des recherches
préliminaires sur le choix de l'agent moins complexes que dans le cas d'intro-
ductions. En revanche d'autres problémes se posent: culture du champignon
pour la production en masse des propagules, conservation de ces propagules,
spécification des agents dispersan', mouillant, support de la préparation com-
merciale. Ces derniers, par un choix judicieux peuvent augmenter trés no-
tablement l'efficacité du champignon. Amsellem et al. (1990), ont montré avec
Alternaria cassiae qu'il fallait atteindre un seuil d'au moins 20 conidies par
gouttelette d'eau pure pulvérisée pour obtenir des infections sur Cassia
obtusifolia. Si la suspension de spores est réalisée dans une émulsion huiles-
lecithine l'efficacité est maximale dès lors qu'il y a une spore par gouttelette.
Depuis le “Collego” un certain nombre d'autres champignons ont été mis
en oeuvre de la méme facon. On peut citer pour l'Amérique du Nord:
Source : MNHN, Paris.
LUTTE CONTRE LES MAUVAISES HERBES 155
- le “Devine”, souche de Phytophthora palmivora spécifique du Morrenia
odorata, Asclepiadacée lianescente qui envahit les vergers d'agrumes en Floride.
- le "Casst”, Alternaria cassiae dirigé contre Cassia sp., principalement
dans les cultures de coton.
-le “Luboa’, Colletotrichum gloeosporioides f. sp. cuscutae.
- le "Velgo”, Colletotrichum coccodes contre Abutilon theophrasti dans
les mais et soja (mais ne peut étre utilisé dans les champs de coton, celui-ci étant
un hote potentiel).
- Il faut également citer l'utilisation en Hollande du Basidiomycète
Chondrostereum purpureum pour enrayer la multiplication du Prunus serotina
90% des souches sont détruites aprés avoir été infectées par des éléments
mycéliens. Il ne parait pas y avoir de danger de diffusion du parasite vers les
vergers (Scheepens & Hoogerbruge, 1989).
PERSPECTIVES
Si de nombreuses recherches sont en cours pour tester les potentialités
de divers champignons, il faut aussi se rendre compte que tous les problémes ne
pourront être réglés par l'utilisation d'un seul antagoniste. Et la notion de lutte
intégrée, combinant l'action de plusieurs facteurs peut souvent étre d'une grande
efficacité. La combinaison peut d'ailleurs concerner d'autres champignons, des
insectes ou bactéries, ou des herbicides.
L'idée d'associer plusieurs champignons vient d'un certain nombre d'ob-
servations montrant que l'attaque d'un parasite, comme une rouille, peut ouvrir.
la voie à un nécrotrophe, comme Botrytis cinerea. Alors que les dégâts
occasionnés par le premier seront faibles, l'action du second peut conduire à la
destruction de la plante (voir Hasan & Ayres, 1990 pour divers cas).
L'utilisation simultanee d'un parasite et d'un herbicide chimique peut
donner aussi des résultats tout à fait intéressants. Par exemple pour Cassia
obtusifolia, Quimby & Boyette (1986) ont montré que Alternaria cassiae inoculé
au premier stade foliaire elimine 38% des plantes, tandis que l'Imazaquine dimi-
nue leur poids sec de 32% sans les tuer. Mais les deux agents combines
réduisent la population de 96%.
Enfin peut-on envisager de modifier les organismes utilisés pour
améliorer leur efficacité ? Les méthodes d'enginerie génétique permettent de pen-
ser à diverses voies possibles:
- augmenter le pouvoir pathogène des agents utilisés en leur permettant
de produire des enzymes détruisant les parois cellulaires ou neutralisant les
phytoalexines ou bien encore en leur conférant des propriétés toxinogenes.
- obtenir des souches d'organismes nécrotrophes rendues spécifiques
pour une plante donnée: Miller et al. (1987) ont produit ainsi des Sc/erotinia
sclerotiorum spécifiques.
Mais tout cela est encore essentiellement du domaine de la prospective
et fort loin du domaine d'application.
Source : MNHN. Paris
156 G. DURRIEU et S. HASAN
CONCLUSION
ll est certain que longtemps encore les agriculteurs auront besoin des
herbicides. La lutte biologique à elle seule n'est pas capable de résoudre tous les
problèmes de la malherbologie.
Mais il est tout aussi certain qu'elle mériterait plus de soutiens qu'elle
n'en reçoit actuellement. Les avantages retirés seraient multiples:
- solution de certains problèmes de résistance sans avoir à augmenter les
doses et donc moindres coûts pour l'agriculteur,
- respect accrü de l'environnement naturel et humain,
- diminution des doses de résidus dans l'alimentation.
Enfin il est certain aussi que dans le cas des espèces envahissantes, en
particulier dans les régions tropicales, la lutte biologique représente le seul
moyen efficace de venir à bout du probléme.
BIBLIOGRAPHIE
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MYCOTOXINOGENESE DE SOUCHES DE FUSARIUM:
CONTRAINTE EN VUE DE LEUR UTILISATION DANS LA
LUTTE BIOLOGIQUE
DUPUY Jacques, LE BARS Joseph et LE BARS Pierrette
Laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie INRA, 180 Chemin de
Tournefeuille 31300 Toulouse.
RÉSUMÉ - Les souches de Fusarium dispersées dans l'environnement en vue de la lutte
biologique peuvent contaminer secondairement des denrées alimentaires. Or, différentes
mycotoxines peuvent être élaborées par de nombreuses espèces de ce genre. La
toxinogénèse de 73 souches, isolées de différentes denrées alimentaires (céréales, fruits et
lõgumes, ...) a êté éprouvée in vitro. La fusarochromanone ne fut détectée dans aucune
souche: la Zéaralénone et le déoxynivalénol furent produits respectivement par 59 et 12,3
% des isolats; malgré une fréquence significative (14 %), le risque potentiel de contami-
nation par les trichothécenes dermonecrosants apparait faible. Dans les cultures de 2 sou-
ches sélectionnées pour la lutte biologique, aucune des mycotoxines recherchées ne fut
détectée. Une telle vérification de la non-toxigenicité des souches fait intégralement partie
de la domestication des Micromycètes.
ABSTRACT - The spreading of Fusarium in the environment, for the biological control,
can lead to a secondary contamination of the foodstuffs. Furthermore, many species of
the genus Fusarium can elaborate different mycotoxins. The toxinogenesis of 73 strains,
isolated from various foodstuffs (cereals, fruits and vegetables, ...) has been tested in vitro
Fusarochromanone wasn't detected in any strains; zearalenone and deoxynivalenol were
produced respectively by 59 and 12,3 % of the isolates; despite a significative frequency
(14 %), the potentiel hazard of contamination with the skin necrotizing trichothecenes ap-
pears low. In the cultures of 2 strains selected for the biological control, none of those
mycotoxins were detected. This checking study concerning the non-toxigenicity of strains
is a required step to allow the domestication of Micromycetes.
MOTS CLÉS : Fusarium, mycotoxines, lutte biologique.
INTRODUCTION
Parmi les différentes utilisations des Micromycètes se développant ac-
tuellement, des expérimentations basées sur l'emploi de souches de Fusarium
non pathogènes permettent d'envisager ce procédé comme moyen de lutte biolo-
que contre les fusarioses des cultures maraichéres et florales (Alabouvette et
-, 1987)
Avant de disperser de telles souches dans l'environnement, il convient de
s'assurer non seulement qu'elles ne sont pas pathogènes pour l'homme ou les
animaux mais aussi qu'elles soient atoxinogènes sur les denrées alimentaires, no-
tamment les céréales (Le Bars, 1982), qu'elles peuvent contaminer dans un se-
cond temps. En effet, les espèces du genre Fusarium, largement réparties sur
Source : MNHN, Paris
160 J. DUPUY, J. LE BARS et P. LE BARS
tout le globe, sont connues pour leur capacité à infecter les produits agricoles en
particulier les grains (Nelson etal., 1981; Booth, 1984). La plupart des espèces
de Fusarium ont été rapportées comme productrices de mycotoxines (Marasas
et al., 1984; Chelkowsky, 1989), principalement la zearalénone (Mirocha et al.,
1971; Di Menna et al., 1987), les trichothécénes non macrocycliques (Pathre &
Mirocha, 1979; Ueno, 1983; Snyder, 1986; Grove, 1988) et plus récemment la
fusarochromanone (Pathre et al., 1986). Plusieurs autres toxines ont ete
caractérisées dans le genre Fusarium (Vesonder & Golinski, 1989).
Afin de limiter de tels risques dans la perspective du développement de
l'emploi de souches de Fusarium pour la lutte biologique, il a été recommande
par la Commission Nationale de Toxicologie que la non toxinogénicité de ces
souches soit examinée.
Pour effectuer le choix des toxines à rechercher, nous avons tenu comp-
ie tout d'abord des principales voies de biosynthése des mycotoxines (Steyn,
1980) reconnues comme contaminants naturels dans différentes régions du mon-
de, notamment en Europe (Gareis et al., 1989); d'autre part, il convenait de
prendre en compte la mycotoxinogenése effective des souches de Fusarium
isolées de grains de nos principales céréales.
En conséquence, après avoir mis au point un protocole expérimental
prenant en compte la diversité des conditions optimales de toxinogénése in vitro
et des méthodes d'analyse, nous avons examiné l'aptitude de l'ensemble de ces
souches, "domestiquées” et “sauvages”, à produire les mycotoxines retenues:
Zéaralénone, fusarochromanone, déoxynivalénol = et trichothécènes
dermonécrosants.
MATERIEL ET METHODES
A. Aspects mycologiques
Les souches de Fusarium (n = 73) provenaient de blé (38), mais (13),
tubercules (6), fruits et legumes (5), sol (2)... La plupart nous furent données par
l'Institut Technique des Céréales et Fourrages (Baziège, Hte Garonne) et l'Unité
de Phytopathologie de l'Université Catholique de Louvain; les autres furent
isolées de mais au laboratoire.
Les deux souches destinées à la lutte biologique étaient issues de travaux
effectués à l'Institut National de Recherche Agronomique (Alabouvette et al.,
1987) et développées par une entreprise.
B. Epreuve de toxinogénèse
D'après l'ensemble des données bibliographiques (Eugenio et al., 1970;
Greenhalgh et al., 1983; Xie et al., 1989) ainsi que des essais préalablement
cffectués dans notre laboratoire sur la zéaralénone (Z), la fusarochromanone
(F), le déoxynivalénol (D) et les trichothécénes dermonécrosants (TD), les condi-
lions optimales retenues pour l'épreuve de toxinogénése furent les suivantes:
- milieu solide granulaire: 30 g de riz (Uncle Ben's) autoclavé (120*C, 10
mn), teneur en eau 50%, en erlenmeyers de 100 ml;
. : 4 semaines d'incubation: 2 semaines à 28°C suivies d’l semaine a 20°C
& enfin | semaine à 12"C. Cette séquence de température favorisant respec-
tivement la production de (D), (F) et (Z) enfin des (TD). Deux séries
Source : MNHN, Paris
MYCOTOXINOGENESE DE SOUCHES DE FUSARIUM 161
d'erlenmeyers furent ensemencées pour tenir compte des 2 techniques d'extrac-
tion.
C. Techniques analytiques
Extraction: macération à 20°C pendant 48 heures avec 50 ml de l'un des
mélanges:
- méthanol - eau - ammoniaque (MeOH - H,0 - NH,OH) (90:
El;
- acétonitrile - eau (C4H5N - H,0) (90: 10) — E2.
Purification:
1. Partition liquide - liquide:
q q
+ pour la (F): (a) 14 ml F, additionné de 11 ml HO ( MeOH 5094),
(b) délipidation par l'isooctane (2 x 13 ml),
partition contre le chloroforme (CHCI,): 25 puis 10 ml,
(c) déshydratation de la phase CHCI; (filtre séparateur de phase
Whatman),
(d) concentration à l'aide d'un évaporateur rotatif, reprise
quantitative par CHCl, évaporation a sec sous azote (N,),
(e) reprise finale par 10044 CHCI, - C,H3N (80: 20).
+ pour les (TDXa) 25 ml
(b) addition de 10 ml H;O à 5% KCI avant délipidation,
(c) déshydratation par Na; SO, anhydre,
(d) comme pour (F),
(c) reprise finale par 12541 acétone.
2. Chromatographie d'absorption sur minicolonnes (Trucksess et al, 1984
modifiee par Eppley et al., 1986):
+ pour le (D}: (a) 20 ml E»,
{b) colonne conditionnée par 10 ml C;H;N - H,O (90: 10),
débit — 2 ml/mn, puis élution par 10 mi C,H;N - H,O
(90: 10),
(c) déshydratation par partition contre 30 mI CHCl, puis passage
sur filtre séparateur de phase,
(d) comme pour (F),
(c) reprise finale par 100 ml CHCl, - CjH5N (80: 20).
* pour la (Z): colonne précédente amenée à sec puis,
(b) élution par 40 ml CHCI, - C,H.OH (95: 5),
(d) déshydratation par passage sur filtre séparateur de phase,
(d) comme pour (F),
(c) reprise finale par 1001 C;H, - C4HN (90: 10).
La séparation et la quantification furent réalisées par Chromatographie
Planaire Instrumentalisée sauf pour les (TD), révélés par leur activité
dermonécrosante sur l'animal.
Les dépôts (Sul) furent effectués sur des plaques de gel de silice 60 (20 x
20 Merck, n° 5553) à l'aide de micropipettes à usage unique (Microcaps,
Drummond). Du fait de la diversité des toxines recherchées et des métabolites
Source : MNHN, Paris:
162 J, DUPUY, J. LE BARS et P. LE BARS
fongiques pouvant interférer lors du dosage, nous avons cu recours à des techni-
ques de Chromatographie Planaire Multiséquentielle pour la séparation.
1. Migration Double Unidimensionnelle:
Phase éluante 1: toluene - acétate d’éthyle - acide formique (TEF) (60:
30: 10) pour la (F) et la (Z), à front perdu, puis séchage et développement dans
le même sens dans la phase éluante 2.
Phase éluante 2: butanol - acide acétique -eau (80: 20: 20) pour la (F)
ou chloroforme - éthanol (95: 5) pour la (Z
2. Migration Double Antidirectionnelle: pour le (D)
Les dépóts sont effectués à mi-hauteur de la plaque, puis soumis à un
développement dans la phase éluante 1 à front perdu. Après séchage et coupure
à 2cm au-dessus du Rf de la toxine, la plaque est retournée (180°) et placée
dans le mélange suivant: CHCl, - MeOH (90: 10) pour la séparation finale.
La quantification fut effectuée par spectrofluorodensitométrie (Shimadzu
CS 930) aprés avoir déterminé la longueur d'onde maximale (4 max) d'exci-
tation en fluorescence sans dérivation postchromatographique pour la (F) ou
après dérivation pour le (D) par pulvérisation de chlorure d'aluminium (AICI) à
20^, suivi d'un chauffage à 1107 pendant 10 mn (Kamimura et al., 1981). Pour
la (Z), la À max d'absorption aprés application de benzidine (Malaiyandi et al.,
1976) par pulvérisation fut déterminée.
Seuls les (TD) furent détectés par la voie biologique: Sul d'extrait purifié
et concentré (E; - TD - e) furent déposés sur la peau d'une jeune ratte (100 -
130g) Les éventuelles lésions basees sur l'action irritante et necrosante des
trichothécènes sont observées au 3ème et Sème jour (Le Bars & Le Bars, 1991).
RÉSULTATS
1. Méthode analytique
L'ensemble des techniques retenues (mélange de solvants, séquences de
développement, ..) ont permis la séparation des différentes mycotoxines
recherchées: cette dernière fut validée, pour chaque plaque, par la méthode des
ajouts. Les performances quantitatives de ces techniques sont résumées dans le
tableau 1.
2. Distribution du potentiel toxinogéne
La fusarochromanone ne fut détectée dans aucune des cultures. En ce
qui concerne les autres mycotoxines, la fréquence des souches productrices est
rapportée dans le tableau 2.
Aucune des mycotoxines eavisagées dans cette étude n'a pu être mise en
évidence dans les 2 souches sélectionnées pour la lutte biologique.
En ce qui concerne les autres souches, isolées de différentes denrées, la
zearalenone, le déoxynivalénol et les autres trichothecenes (TD) ont été détectés.
Certaines souches peuvent élaborer simultanément plusieurs toxines. Pour une
toxine donnée, l'intensité de la production est très variable en fonction des sou-
ches. La distribution du potentiel toxinogéne, pour la zéaralénone et le
déoxynivalénol, est représentée dans les figures 1 et 2 après constitution de clas-
ses selon une échelle logarithmique (Le Bars & Le Bars, 1991). Les productions
Source : MNHN, Paris
MYCOTOXINOGENESE DE SOUCHES DE FUSARIUM 163
fusarochromanone | déoxynivalénol | zéaralénone
longueur d'onde maximale
. d'excitation pour la fluorescence 385 nm 330 nm aprés
pluvérisaton
(A max, fluorescence) en
d'absorption Eo
(A max. absorption) Ste on
de benzidine
seuil de détection 0.1 ng 10 ng 25 ng
(detection limit)
zone de linéarité de la réponse
(relation quantité-aire) 0.1a6ng
(response linearity)
10à190ng | 25 à 500 ng
taux de recouvrement après
contamination volontaire 90 à 95% 83 à 91% 76 à 112%
(recovery rate)
limite de quantification (mg/kg = ppm) 0.005 0,25 0,075
(quantification limit)
Tableau 1 : Performances des techniques analytiques utilisées pour le dosage des
mycotoxines en Chromatographie Planaire Instrumentalisée
Table 1: Performances of the analytical methods used for the mycotoxins quantification
by Instrumental Thin Layer Chromatography.
maximales furent respectivement 14500 et 100ug'g pour la zéaralénone et le
déoxynivalénol.
Les extraits de 10 souches présentérent une irritation significative sur la
peau des animaux, mais sans provoquer une nécrose nette et durable; c'est à
dire que les concentrations estimées en unités dermonécrosantes (Le Bars & Le
Bars, 1991) correspondaient à des concentrations inférieures à 0,2 ppm en
équivalent dermonécrosant de la toxine T2.
DISCUSSION
La fusarochromanone provoque des malformations osseuses, la
dyschondroplasie tibiale (Lee et al., 1985), et est fortement suspectée de pouvoir
tératogène. Le test de toxinogénèse mis en oeuvre a été validé grâce à la culture
d'une souche productricell}, La technique de dosage mise au point présente un
(1) Aimablement fournie par MIROCHA C.J., Université de St Paul, Minnesota,
Source : MNHN, Paris.
164 J. DUPUY, J. LE BARS et P. LE BARS
Z+D Z«D«TD
Z D
Espèces
(26/31) (4/31) (3/31) (2/31) (2/31)
F.graminearum |84 13 9,7
6,5
(14/22) (4/22) (6/22) (1/22) (2/22)
F. culmorum 63,6 18 27
Autres (3/20) (1/20) (1/20) (0/20) (0/20)
F. roseum 15 5 5 ND
(43/73) (4/73)
Ensemble 59 5,5
Tableau 2 : Fréquence de souches de F'usarium élaborant une ou plusieurs mycotoxines (Z
— zéaralénone; D. — déoxynivalenol; TD. — trichothécènes dermonécrosants)
() : nombre de souches productrices sur le nombre de souches examinées,
Table 2: Frequency of Fusarium strains producing one or several mycotoxins ( Z =
zearalenone; D. — deoxynivalenol; TD — skin-necrotizing trichothecenes). ()
number of the toxinogenic strains on the number of studied strains.
laux de recouvrement supérieur et un seuil de détection équivalent à ceux
rapportés par Krogh et al. en 1989; quant à la limite de quantification, elle est
comparable à celle obtenue par Yu & Chu en 1991 lors du dosage par
immunochromatographie. Sous réserve de la représentativite des souches
examinées, il s'avère que cette toxine ne devrait pas constituer un problème aigu
en France. Ces observations corroborent les travaux de Wu et al. (1990); en ef-
fet, sur 62 souches de Fusarium représentant 9 espèces de différentes régions du
monde, seulement 3 isolats de F. eguiseti se sont avérés producteurs de
fusarochromanone.
La zéaralénone provoque chez les animaux et principalement le porc,
une perturbation de la fonction de reproduction. La technique analytique mise
en oeuvre permet d'atteindre une limite de quantification équivalente à celle
recommandée l'AFNOR et l'ISO (International Standard Organization) (Ano-
nyme, 1986), tout en s'affranchissant de l'emploi de la Chromatographie
Bidimensionnelle et permettant ainsi la séparation et le dosage de plusieurs ex-
traits sur la méme plaque. La fréquence des souches toxinogenes pour la
zearalénone dans les espèces F. graminearum et F. culmorum, les plus
fréquemment isolées à partir de céréales est importante (59%), elle est
équivalente à celle résultant d'un: étude similaire (60%) effectuée en 1978 (Le
Bars, 1982). On peut considérer que le tiers des souches, ayant produit plus de
250 ug g dans ces conditions expérimentales, peut conduire à une contamination
naturelle de céréales si les conditions de conservation permettent leur
développement.
Le déoxynivalénol, prénommé antérieurement ‘facteur de refus” ou
“vomitoxine” perturbe principalement la fonction digestive. Les modifications
apportées (traitement de l'extrait aprés élution) à la technique de dosage du
déoxynivalénol (Eppley et al., 1986; Romer, 1986) ont permis une plus grande
Source : MNHN. Paris
MYCOTOXINOGENESE DE SOUCHES DE FUSARIUM 165
Fréquence de souches productrices
%
42,1
40
20
154]
104
0,075 10 50 250 1250 6250 ug/g
Figure 1 : Répartition du potentiel toxinogène des souches de Fusarium pour la
zéaralénone.
Figure 1: Toxinogenic strength distribution of Fusariu strains for zearalenone
Fréquence de souches productrices
%A
88,3
80]
10
52
39
AA 13 -
os 1 10 100 1000 ug/g
Figure 2 : Répartition du potentiel toxinogéne des souches de Fusarium pour le
déoxynivalénol
Figure 1: Toxigenic strength distribution of Fusarium strains for deoxynivalenol.
souplesse d'utilisation tout en conservant un taux de recouvrement et une limite
de quantification équivalents. Le dosage du déoxynivalénol et de la zéaralénone
à partir d'un méme extrait s'inscrit dans une démarche de multidétection, d'au-
tant plus que ces 2 mycotoxines sont souvent associées en tant que contaminant
naturel (Jemmali et al., 1978; Mirocha et al., 1976; Tanaka et al., 1988). Parmi
Source : MNHN. Paris
166 J. DUPLY, J. LE BARS et P. LE BARS
les souches productrices, seulement 6,5% peuvent être considérées comme
présentant un risque réel. Cette fréquence est analogue à celle rapportée par
Ramakrishna et al. (1989) dans leur étude sur 322 souches isolées de blé en
Inde.
La détection et la quantification des trichothécènes par des méthodes
physico-chimiques demeurant laborieuses (Gilbert, 1984; Scott, 1982; Scott &
Kanhere, 1986), une estimation semi-guantitative par le test. de lirritation
cutanée est validée par la relation dose-réponse entre la quantité de
trichothécènes et l'intensité des lésions sur la peau de l'animal (Chung et al.,
1974; Fairhurst et al., 1987; Hayes & Schiefer, 1979). En conséquence, cette
technique biologique permet de répondre à l'objectif fixé. Malgré une fréquence
non négligeable (14%) de souches productrices d'une ou plusieurs molécules de
cette famille, le risque de contamination des denrées à l'état naturel doit être très
limité compte tenu des faibles concentrations obtenues dans des conditions opti-
males de toxinogénése.
Les principales toxines recherchées peuvent étre élaborées par des sou-
ches appartenant à différentes espèces, ce qui est en accord avec les travaux
rapportés par Thrane (1989), il en résulte que la relation espèce-toxine est, com-
me dans le genre Penicillium, moins étroite que celle entre VAspergillus flavus et
les aflatoxines par exemple. En conséquence, la vérification de la non-
toxinogénicite d'une souche de Fusarium doit prendre en compte les principales
fusariotoxines, indépendamment de l'espèce.
ll apparaît logique que, pour des raisons de qualité et de sécurité ali-
mentaires, des souches fongiques mycotoxinogénes ne soient pas dispersées vo-
lontairement dans l'environnement. Mais cette disposition n'est pas prévue dans
le classement des microorganismes proposé par l'European Federation of
Biotechnology (Anonyme, 1985); cette liste provisoire et évolutive présente seu-
lement ‘les espèces microbienne communément reconnues comme pathogènes
pour l'Homme’ (AFNOR, 1990).
D'autre part, ce type d'utilisation (lutte biologique) de microorganismes
ne rentre pas non plus dans la classification de l'US - FDA concernant les
biotechnologies et les substances "généralement reconnues comme saines”
(GRAS: “generally recognized as safe”) (Mc Namara, 1987; Gibbs & Kahan,
1986).
En conséquence, il devient urgent que les experts toxicologues s'accor-
dent sur une stratégie, une méthodologie et des dispositions raisonnables,
spécifiques à l'utilisation de souches fongiques pour la lutte biologique. En effet,
autant est-il logique de ne pas disperser dans l'environnement des souches for-
tement productrices de mycotoxines connues, autant une trop grande prudence
condamnerait-elle toute innovation constituant une alternative à l'utilisation de
pesticides de synthèse, fortement combattue par ailleurs.
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STRATEGIES ECOLOGIOUES ET BIOLOGIOUES
DES MORILLES
François BUSCOT
Institut für Bodenbiologie, Bundesforschungsanstalt für
Landwirtschaft, Bundesallee 50, D 3300 Braunschweig (RFA)
RÉSUMÉ - Les morilles possédent deux stratégies écologiques. Elles s'implantent comme
organismes pionniers éphémères et saprophytes sur des sols récemment bouleversés. Dans
des écosystèmes stables elles s'établissent plus durablement et, grâce à une double asso-
ciation saprophytique et ectomycorrhizienne avec des plantes supérieures, fructifient du-
rant plusieurs années de suite à'la méme place. Les spores produites lors de cette phase
pérenne permettent la colonisation éphémère des sites perturbés. Les donnes biologiques
disponibles suggérent qu'au cours de sa phase pérenne le champignon augmenterait son
potentiel génétique en formant un mycélium hétérocaryotique.
ABSTRACT - Morels have two ecological strategies. They can establish ephemerally as
pioneers and saprophytes on recently disturbed soils. In stable ecosystems, they establish
and fructificate durably, as they contract a double, saprophytical and ectomycorrhizal as-
sociation with plants. The spores produced every year within this latter strategy allow the
ephemeral colonization of disturbed sites by the fungus. Actual biological informations
suggest that morels reinforce their genetical potential during the perenous phase by form-
ing a heterokaryotic mycelium
MOTS CLÉS : Morchella, adaptations écologiques, mycorhizes, saprophytisme, cycle bio-
logique.
La fructification des morilles est observée dans les conditions les plus di-
verses (Fourré, 1985). Celles-ci peuvent cependant être regroupées en deux
catégories, qui relévent de deux stratégies écologiques distinctes du champignon.
En faisant la synthése des faits connus cet article montre l'interdépendance qui
existe entre ces deux stratégies en zone tempérée, et dans quelle mesure les
caractéristiques. biologiques du champignon permettent cette remarquable
plasticité écologique.
Stratégie écologique “pionnière”
Cette première stratégie aboutit à des poussées parfois abondantes mais
toujours éphémères sur des sols récemment bouleversés par exemple à la suite
de feux de forêts (Kaul, 1975; Turnau, 1984), d'éruptions volcaniques
(Carpenter et al, 1987) ou de l'emploi de pesticides (Turnau, 1987) Les
poussées consécutives à l'apport d'un substrat exogène plus ou moins artificiel,
papier, colle, chiffon, marc de pomme ete., s'inscrivent également dans cette
Stratégie (Fourré, 1985).
Source : MNHN. Paris
BUSCOT
Le developpement de fructifications dans de telles conditions n'a pas été
étudié in situ. Il semble cependant qu'il résulte d'un mode de nutrition exclu-
sivement saprophytique. Cette hypothèse, corroborée par la capacité bien
connue du mycélium à une croissance saprophytique (Fron, 1905; Brock, 195
William et al., 1956; Gilbert, 1960; Litchfield, 1967; Impens, 1972; Kaul, 1977;
Sekharam et al., 1978; Kone, 1979), a été confirmée expérimentalement par
l'obtention de fructifications dans des conditions saprophytiques et par ailleurs
semblables à celles qui, dans la nature, permettent des fructifications
“pionniéres” (Molliard, 1905; Costantin, 1936; Ower, 1982; Ower et al., 1986).
Ces derniers travaux ont en outre révélé que les ascocarpes se développent alors
aux dépens de sclérotes, qui, chez les morilles, s'edifient secondairement, lors-
qu'un mycélium primaire a épuisé les ressources du milieu en azote (Mayr,
1982). Sur des bases morphologiques, cet auteur a distingué deux types de
clérotes correspondant respectivement à des ascocarpes abortifs et à une forme
d'accumulation de réserves. Cette distinction a été confirmée par Buscot (1987.
19922), qui, en raison de leurs conditions respectives de formation, a nommé
ces deux types de selerotes "Early, Encrusting Sclerotia” (EES) et "Late,
Isolated, Sclerotia” (LIS). Les propriétés écophysiologiques respectives de ces
sclerotes confirment egalement que les EES sont assimilables a des primordium
d'ascocarpes, les LIS etant une forme d accumulation de réserve et de résistance
au froid (Buscot, 1992a).
Stratégie écologique pérenne
La seconde stratégie écologique des morilles aboutit à leur fructification
dans des écosystèmes stables. La production d’ascocarpes est alors peu abon-
dante, mais une placette donnée produit pendant plusieurs années (Buscot,
1987). Des travaux anciens ont révélé que le champignon est alors associé à des
rhizomes ou des racines de plantes supérieures (Robert, 1865; Roze, 1883). Des
observations récentes ont confirmé qu'en milieu forestier les ascocarpes sont
reliés par des cordons mycéliens à des agrégats mycéliens souterrains, formés
autour de racines conductrices (Buscot & Roux, 1987). L'étude écophysio-
logique in situ de ces systèmes à montré que l'association rhizofongigue est
contractée avant la fructification vernale, les ascocarpes se développant en utili-
sant les réserves accumulées dans les agregats mycéliens souterrains (Buscot,
1989). Parallèlement à leur contribution au développement de la fructification,
ces agrégats produisent également au printemps un front mycélien qui s'associe
à de jeunes racines déjà mycorhizées par d'autres espèces fongiques, et avec les-
quelles il forme lui-même des ectomycorhizes secondaires (Buscot & Kottke,
1990; Buscot, 1991).
Comme pour le cas de la stratégie “pionnière”, l'interprétation exhaustive
de cette seconde stratégie écologique repose partiellement sur des résultats
expérimentaux. Des analyses comparatives de mycosporines, molécules du
métabolisme secondaire utilisables comme marqueurs de différenciations pré-
reproductrices et reproductrices, ont montré que les agrégats mycéliens souter-
rains formés autour des racines conductrices sont la forme naturelle des LIS
(Buscot & Bernillon, 1991). Ces agrégats sont édifiés en été et constituent la seu-
le forme du champignon capable de survivre à l'hiver (Buscot, 1989, 1992a). Ils
générent au printemps à la fois les ascocarpes et l'association mycorhizienne qui
constitue le point de départ d'un nouveau cycle végétatif. Des expérimentations
en culture ont confirmé que le mycélium de morille est capable de contracter
deux types d'associations avec des racines d'épicea, de pin ou de chêne (Buscot,
1992). D'une part et à condition d'être associé à une bactérie du genre Bacillus
qui peut étre isolée à partir des ascospores, le mycélium de morille peut former
Source : MNHN, Paris
STRATEGIES ECOLOGIQUES ET BIOLOGIQUES DES MORILLES 173
des ectomycorhizes. D'autre part, le champignon peut former des LIS autour
de la partie ágée et conductrice des racines. Cette seconde association est
favorisée lorsque le mycélium a été précultivé sur un milieu pauvre et lorsque la
plante a été préalablement mycorhizée par un champignon tiers
ture saprotrophique.. Le champignon ne pénétre en cflet que les assises cellulai-
res secondaires et mortes des racines agées. Par ailleurs les LIS de morille pro-
duisent un lait (Buscot, 1992a) qui contient des exoenzymes lignolytiques
(Buscot non publié), et ils pourraient ainsi posséder la capacité de mobiliser le
carbone à partir de molécules complexes. Une telle aptitude a récemment ete
caractérisée chez des champignons ectomycorhiziens facultatifs (Haselwander et
al., 1990).
Rapport entre les deux stratégies
La morille possède donc deux stratégies écologiques distinctes. L'une,
dite pionniére, dans laquelle le champignon se comporte en organisme
saprophyte éphémère, capable de s'implanter transitoirement sur un milieu
récemment modifié, l'autre, dite pérenne, dans laquelle le champignon, contrac-
tant une double association avec les parties âgées et jeunes du système racinaire
d'arbres, peut se maintenir durablement dans des écosystèmes stables, tout en
produisant réguliérement quelques ascocarpes selon un cycle biologique
bisannuel (Fig. 1). Plusieurs faits indiquent que sous les climats tempérés, ces
deux stratégies ne sont pas indépendantes.
Les morilles ne possédent pas les caractéristiques biologiques propres
aux organismes typiquement pionniers. En particulier, elles ne possedent pas de
propagules capables de latence dans le sol entre deux poussées pionnières. Non
seulement les ascospores de morille germent dés qu'elles entrent en contact avec
un substrat humide (Buscot, 1987), mais elles sont incapables de germer dans le
sol lorsqu'on les y inocule artificiellement en dehors de la période printanière de
leur dispersion naturelle (Schmidt, 1983). En outre, le mycélium de morille n'est
pas capable de résister au gel (Buscot, 1992a). La colonisation parfois mas
de sols récemment bouleversés devrait donc faire suite à un apport exogéne de
spores postérieur au bouleversement, ces spores germant au printemps à la
premiére pluie qui suit leur production. Cette hypothése est corroborée par le
qu'une étude attentive des rapports mentionnant des fructifications
pionniéres montre que celles-ci n'interviennent qu'après qu'au moins une saison
de végétation ait fait suite au bouleversement du sol (Furnau, 1984; Carpenter et
1987). Par ailleurs la sporulation des ascocarpes de morille est suffisamment
abondante (Falck, 1920) pour que les ascocarpes développés selon la stratégie
pérenne soient aptes à assurer cet apport exogéne.
D'une manière similaire, et encore qu'aucun auteur n'ait entrepris d'in-
vestigations dans ce sens, il apparait probable qu'au cours d'un épisode pion-
nier, un mycélium venant à s'associer à un appareil racinaire puisse poursuivre
son développement selon la stratégie pérenne. La figure 1 resume les deux
stratégies écologiques et leur imbr'cation.
Ce schéma global suppose que, dans la stratégie pionnière, le cycle bio-
logique du champignon soit également bisannuel. Dans les régions tempérées,
l'initiation et le développement des LIS sont de fait favorisés par des
lempératures élevées, qui correspondent à celles mesurées dans le sol en été
(Buscot, 1987, 1992a). La maturation des ascocarpes est elle-même corrélée au
réchauffement printanier (Delmas & Bunel, 1975; Buscot, 1989). Néanmoins,
des expérimentations ont montré que la fructification peut également. étre
déclenchée par des facteurs autres que thermiques, tel qu'un lessivage (Ower,
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
STRATÉGIES ÉCOLOGIQUES ET BIOLOGIQUES DES MORILLES 175
1982; Ower et al., 1986). Cette possibilité explique l'extension du genre en de-
hors des zones marquées par un hiver froid et un réchauffement vernal (Heim,
1966), ou également les rares cas de fructifications automnales (Berthet, 1983).
Le schéma proposé ne rend pas compte de ces derniers cas de figures. Ceux-ci
ont été très peu étudiés, néanmoins, les observations effectuées en milieu tropical
indiquent que les morilles y sont associées à des végétaux supérieurs (Heim,
1966; Lakhanpal et al., 1991).
Stratégies biologiques.
Dans un article de revue récent, Agerer (1991) fait observer que par
coenocytie, dicaryotie voire polyploidie de nombreux champignons mycorhiziens
renforcent leur potentiel génétique lors de leur phase symbiotique. Chez le
basidiomycète ectomycorhizien Laccaria fraterna l'adaptation à une écologie
pionniére est marquée par l'existence de mitoses post-méiotiques surnumeraires
et par la formation des dicaryons au sein méme des basides (Tommerup et al.,
1991). Ce renforcement précoce du potentiel génétique n'est pas observé chez
les autres espéces du genre, qui ne montrent pas la méme plasticité écologique.
Les travaux de Berthet (1964) ont montré que l'évolution des discomycetes a ete
marquée par l'apparition puis l'amplification de la coenocytie, qui a atteint son.
développement maximal chez les morchellacces. Chez Morchella, les spores
sont en effet plurinucléces avant méme l'individualisation de leur paroi dans
lasque, et les articles mycéliens comprennent une quarantaine de noyaux
(Buscot, 1987). Ce renforcement du potentiel génétique ne compense toutefois
que partiellement le fait que, comme celui des autres ascomycètes, le mycélium
de morille soit classiquement considéré comme haplonte durant la presque
totalité du cycle biologique (Chadefaud, 1960). Des résultats récents permettent
cependant de diseuter le bien-fondé de cette considération classique dans le cas
des morilles. En effet, le mycélium de morille possède la capacité de former des
tomoses végétatives permettant des échanges de noyaux y compris entre
souches differentes (Bresinsky et al., 1972). Hervey et al. (1978), réalisant des
confrontations binaires entre souches monosporales, ont observé la formation de
barrages de mycélium aérien lorsque les souches confrontées ne sont pas issues
d'une même ascospore. Volk & Leonard (1989) ont baptisé ces barrages
^mycelial meld", et, à l'aide de souches mutantes, ont formellement démontré la
nature hétérocaryotique de leur mycélium. dont le potentiel de croissance est par
ailleurs limité sur le milieu utilisé par les auteurs. Ceux-ci ont de surcroit
interprété l'appariement d'un grand nombre de noyaux au sein des hyphes ter-
minales des “mycelial melds” comme la marque de leur etat dicaryotique (Volk
& Leonard, 1990) Cependant, des figures rigoureusement identiques sont
observées dans les hyphes terminales de souches haploides en croissance (fig. 2),
et la variabilité de la distance entre noyaux apparies suggére que les figures si-
milaires observées par Volk & Leonard soient en fait des figures post-
meïotiques, nécessairement nombreuses dans les articles apicaux d'un mycelium
coenocytique en croissance. D'ailleurs, chez la morille, la formation effective
des dicaryons est connue de longue date pour ne s'opérer que dans
l'hypothécium à la fin de l'éelongation de l'ascocarpe, ces dicaryons s‘isolant
immédiatement par septation et ne subissant que quelques mitoses conjugees
avant leur fusion dans les cellules proascales (Greiss, 1940). Si la capacité du
champignon à former un mycélium hétérocaryotique en culture est hors de dou-
te, l'interprétation de la formation précoce de dicaryons dans un tel mycélium
€st done probablement erronee.
Buscot (1987, 1992a) a montré que, cultivées sur un milieu riche en azo-
te, des souches polysporales de morille ont tendance à s'isoler les unes des au-
Source : MNHN. Paris
176
. BUSCOT
=
2 ju
Répartition des noyaux dans les articles apicaux d'un mycélium issu d'une
monospore de Morchella esculenta. Les noyaux sont isolés (I), en cours de divi-
sion (D) ou encore appariés à la suite d'une division (P). Dans ce dernier cas la
distance qui les sépare est variable. Des figures rigoureusement semblables sont
observées dans des hyphes apicales de colonies hétérocaryotiques (coloration,
Giemsa; échelle, 5 um)
Fig. 2: Nuclei in apical cells of mycelium derived from one spore of Morchella esculenta.
tres et à édifier des “mycelial melds” à leur frontiere. En revanche, sur un milieu
pauvre en azote, elles forment un mycélium caractérisé par une parfaite
homogénéité physiologique et de développement, et dont les aptitudes
morphogénes renforcées semblent indiquer la nature hétérocaryotique. Ainsi,
suivant le contexte trophique, diflérentes souches monosporales de morilles se
séparent en ne formant un mycélium hétérocaryotique à potentiel de croissance
réduit qu'au niveau de leurs zones d'interaction, ou fusionnent au contraire en
un mycélium caractérisé par un fort potentiel de développement et de
différenciation, et qui pourrait étre hétérocaryotique.
Ce dernier résultat est susceptible d'éclairer d'un point de vue biologique
le passage entre les deux stratégies écologiques de la morille. Le mycélium de
morille est connu pour mal résister à la compétition avec d'autres champignons
Source : MNHN. Paris
STRATEGIES ÉCOLOGIQUES ET BIOLOGIQUES DES MORILLES 177
ou bactéries (Buscot, 1987). Ceci explique en partie son développement abon-
dant sur des sols bouleversés, dans lesquels outre un pH favorable il dispose de
réserves facilement mobilisables (Kaul, 1975) dans des conditions de concurren-
ce réduite (Petersen, 1985). Les résultats de culture suggèrent que dans un tel
contexte, le champignon n'aurait que marginalement recours à la formation de
mycéliums hétérocaryotiques, les phénomènes de rejet génétique aprés fusion
limitée étant connus chez d'autres espèces pour être exacerbés dans un contexte
trophique riche (Rayner, 1991). Par contre, dans les conditions de son
développement pérenne dans des écosystèmes plus fermés et caractérisés par
une pression de concurrence accrue, le champignon accède plus difficilement
aux éléments nutritifs. Les résultats de culture suggèrent qu'il produirait alors un
mycélium hétérocaryotique vigoureux, le potentiel génétique renforcé de ce
mycélium permettant au. champignon de contracter des relations équilibrées
avec les organismes, racines secondaires, bactéries et mycorhizes primaires aux-
quels il s'associe avant de former lui-même des mycorhizes.
La confirmation de ces dernié
interactions mycéliennes au niveau mo
en cours.
hypothéses nécessite un examen des
ulaire. Des travaux dans ce sens sont
Remerciements: Nous dédions respectueusement cet article à Messieurs les profes-
seurs N. Arpin, A. Bellemere, J. Dexheimer, G. Manachere, F. Oberwinkler et J. Roux,
qui nous ont encouragé et aidé tout au long de nos investigations sur la morille. Nous te-
nons également à remercier la Fondation de France et la Fondation Alexander von
Humboldt pour leur soutien financier.
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LES DÉGÂTS DE CHAMPIGNONS LIGNIVORES
SUR PLATANE
C. GROSCLAUDE
LN.R.A., Station de Pathologie Végétale,
F- 84143 Montfavet cedex
RÉSUMÉ - Des champignons basidiomycétes lignivores sont associés à l'altération du
bois nommée "carie", altération qui a pour conséquence une diminution importante de la
résistance mecanique des arbres. ll en est de méme pour des dépérissements progressils
des branches auxquels sont associées les mêmes espèces. Ces altérations sont, le plus sou-
vent, liées à l'existence de plaies de grande taille résultant de l'ablation de branches. Dix-
huit espèces de basidiomycètes ont êté répertoriées. Parmi celles-ci, on a pu démontrer
expérimentalement sur Platane ir vivo, le pouvoir lignivore de Trameres versicolor, Fomes
Jomentarius et Bjerkandera adusta. Les carpophores de plusieurs espèces ont été observés
14 à 30 mois aprés l'inoculation. Le rôle des champignons lignivores en général, leur mode
d'installation et de développement ainsi que les possibilités de lutte à leur encontre sont
discutés.
ABSTRACT - Lignicolous basidiomycotina are associated with wood decay which result
in a significant decrease of mechanical resistance of the trees. These fungi are also associ-
ated with mortality of branches. These symptoms are often associated with the presence
of large wounds requiring that the branches be pruned. Eigteen species of basidiomycoti-
na are listed. Among them, Trameres versicolor, Fomes fomentarius and Bjerkandera
adusta, which occur on plane trees, have lignivorous capacities. Fruiting bodies of several
species have been noticed 14 to 30 months after inoculation. The mode of penetration,
spread, development and possibilities of control of these fungi are discussed.
MOTS CLÉS : champignons lignivores, basidiomycètes, Platane, Platanus acerifolia,
carie
Symptômes
Les dégâts d'organismes lignivores se traduisent, d'une facon générale,
par une altération de la texture du bois qui devient friable, prenant le plus sou-
vent un aspect fibreux et une teinte claire. Ce symptôme est appelé ‘carie’, du
latin caries qui signifie pourriture.
Globalement, la carie résulte de la dégradation des principaux consti-
tuants du bois, lignine et cellulose, sous l'action d'enzymes fongiques. Dans le
cas d'une pourriture fibreuse, dite encore “pourriture blanche”, la lignine est to-
talement dégradée, tandis que la cellulose n'est que partiellement attaquée. Mais
l'inverse peut aussi se rencontrer, au moins chez d'autres essences que le
Platane: la cellulose est dégradée préférentiellement alors que la lignine subsiste,
ce qui aboutit alors à une pourriture cubique brune.
Source : MNHN, Paris
182 C. GROSC
AUDE
Bien entendu, avant d'atteindre le stade de la carie, la présence d'orga-
nismes fongiques se traduit dans le bois par d'autres symptómes moins
spécifiques et notamment des colorations brunes plus ou moins intenses. En ou-
tre, une fois la carie installée, le bois ainsi altére finit par disparaitre totalement
sous l'action de facteurs physiques ou biotiques, des espéces animales diverses
participant également à ce phénomène qui aboutit à la formation de cavernes
plus ou moins importantes
Les altérations du bois décrites ci-dessus s'observent d'une façon
générale dans la partie centrale du bois des plus gros organes: troncs ou bran-
ches charpentiéres. A. un stade plus avancé de la dégradation du bois, l'arbre
devient creux, seul persistant le bois périphérique le plus jeune (aubier) qui est
aussi le bois fonctionnel assurant la conduction de la sève brute.
L'observation de la localisation des altérations permet très souvent
d'établir un lien entre ces dernières et de grosses plaies résultant de l'ablation de
branches importantes, surtout lorsque par suite de "l'ouverture" du tronc, la
carie du bois est visible extérieurement. L'évolution des alterations du bois est
lente, ce qui peut expliquer en partie le fait que ces alterations se remarquent
presque exclusivement sur des sujets agés, mais au bout de plusieurs années, on
peut noter le dépérissement de grosses branches. En revanche, il est rare de voir
dépérir un arbre dans son ensemble sous la seule action des organismes
lignivores; toutefois, il ne s'agit peut-être là que d'une apparence, car les arbres
creux ayant perdu toute résistance mécanique et représentant de ce fait un dan-
ger pour l'environnement sont aussitót abattus par leurs propriétaires (à moins
que les intempéries ne se soient déjà chargées du travail), ce qui ne permet pas
d'observer un éventuel dépérissement spontané de l'arbre dans sa totalité.
Les champignons responsables
Plutôt que de champignons “responsables”, il convient dans un premier
temps de parler de champignons associés aux dègäts constatés. En effet, sur les
arbres atteints, plusieurs espèces lignicoles peuvent se manifester par la présence
de carpophores et, si parmi les espéces observées par nous-mémes sur Platane
(Platanus acerifolia) (Tab. 1, Fig. 1 à 6), (Grosclaude & Attia, 1989), plusieurs
sont connues pour posséder in vitro un pouvoir lignivore important, peut-on
pour autant affirmer que ces espèces ou certaines d'entre elles, sont responsables
des dégats observes in vivo sur les platanes ? En effet, le pouvoir lignivore in
vitro est en général évalué sur des fragments de bois sterilisés et incapables de ce
fait de toute réaction (Anonyme, 1963; Eslyn & Highley, 1976).
Il faut, au préalable, rappeler que les champignons lignivores (qui ap-
partiennent essentiellement au groupe des Basidiomycètes homobasidiés,
Aphyllophorales - Théléphoracées et Polyporacées - et Agaricales), quel que soit
l'hôte concerné, sont souvent considérés comme des parasites secondaires, des
saprophytes ou encore des parasites de faiblesse ou de blessure. Qu'en est-il
exactement ?
Parasites secondaires ? Les champignons lignivores peuvent être
considérés comme tels si l'on admet suivant une opinion de plus en plus
répandue, qu'ils interviennent dans leur hôte en seconde position, dans une
succession parasitaire, après d'autres microorganismes ayant déjà colonisé en
pionniers les blessures fraîches (Shigo, 1972). L'activité de ces pionniers, par
eux-mémes en général non pathogénes (mais il y a des exceptions notables), au-
rait alors pour conséquence de modifier le substrat dans un sens favorable au
Source : MNHN, Paris
CHAMPIGNONS LIGNIVORES SUR PLATANE 183
développement des basidiomycètes lignivores. Cependant, le qualificatif de "se-
condaire" est ambigu car il peut laisser supposer que les champignons lignivores
ne peuvent causer que des dégâts d'importance secondaire, ce qui est loin de
correspondre à la vérité.
Tableau 1 - Champignons basidiomycétes lignicoles
observés sur Platane dans la région d'Avignon
Table I - Lignicolous basidiomycotina observed on London plane
in Avignon region.
Agrocybe aegerita (Brig.) Fayod (Pholiote du Peuplier)
Auricularia auricula-judae (Bull. ex St-Amans) Wettst. (Oreille de Judas).
Auricularia mesenterica Dicks.: Fr. (Fausse Trémelle).
Bjerkandera adusta (Fr.) Karst. = Leptoporus adustus (Fr. ex Willd.) Quél.
Cerrena unicolor (Fr.) Murr.
Chondrostereum purpureum (Fr.) Pouz. — Stereum purpureum (Fr.) Fr.
Fomes fomentarius (L.: Fr.) Fr. = Ungulina fomentaria (L. ex Fr.) Pat. (Amadouvier).
alia gallica (Fr.) Bond et Sing. — Coriolopsis gallica (Fr.) Ryv.
Ganoderma applanatum (Pers. ex Wallr.) Pat.
Hericium erinaceus (Bull.) Pers, (Hydne hérisson).
Inonotus hispidus (Fr.) Karst, = Xanthochrous hispidus Pat,
Laetiporus sulphureus (Fr.) Murr. (Polypore soufre).
Lentinus tigrinus Fr.
Oxyporus late-marginatus (Dur. & Mont. ex Mont.) Donk = Poria ambigua Bres.
Rigidoporus ulmarius (Fr.) Imaz.
Schizophyllum commune Fr.
Spongipellis pachyodon (Pers.) Kotl. et Pouz.
Trametes versicolor (Fr.) Pil. = Coriolus versicolor (Fr. ex L.) Quél.
omenclature selon J. Breitenbach & F. Kranzlin, Champignons de Suisse, Tome 2, 1986
Par ailleurs, si l’on considère d'autres espèces que les Platanes, il semble
bien qu'il existe aussi des champignons basidiomycètes se comportant en pion-
niers et capables de dégrader le bois d'un arbre à la suite de l'inoculation artifi-
cielle de l'aubier sain. Tel serait le cas du Trametes versicolor sur Pommier
(Kile & Wade, 1974). De même, le Chondrostereum purpureum est un agent
pathogène bien connu qui ataque en pionnier le tissu ligneux des espèces
fruitières. Mais on peut objecter à cela que bien souvent, l'inoculation artificielle
est réalisée avec des doses massives d'inoculum, ce qui est assez éloigné de ce
qui se passe spontanément dans la nature.
Saprophytes ? Un saprophyte vit aux dépens de cellules mortes: si tel est
bien le cas des champignons lignivores qui s'attaquent au bois de coeur
constitué essentiellement de cellules mortes, qu'en estil lorsque l'attaque concer-
ne l'aubier qui lui contient des cellules vivantes ? Certes, les pionniers qui se
développent avant les champignons lignivores modifient les tissus, mais
détruisentils toutes les cellules vivantes, si l'on excepte le cas particulier des
pionniers pathogenes ? Par ailleurs, on a coutume de considérer à tort que les
saprophytes ne sont pas dangereux et que seuls les parasites sont à redouter. Or,
des champignons lignivores se comportant en saprophytes peuvent détruire le
bois de coeur d'un arbre et s'avérer ainsi dans la pratique, tout aussi domma-
geables que de vrais pathogènes.
Parasites de faiblesse ? La manifestation tardive des dégâts attribués aux
champignons lignivores, ainsi que l'apparition de leurs carpophores sur des ar-
bres morts ou moribonds explique sans doute que ces microorganismes soient
Source : MNHN. Paris
C. GROSCLAUDE
184
Source : MNHN. Paris
CHAMPIGNONS LIGNIVORES SUR PLATANE 185
souvent appelés “parasites de faiblesse" ce qui sous-entend qu'ils ne s‘atta-
queraient pas aux arbres jeunes et en bonne santé. Mais comment définir la
bonne santé d'un arbre et ne confond-on pas la cause et l'effet si l'affaibl
sement est provoqué par les champignons lignivores ?
in outre, l'apparition des carpophores des basidiomycétes lignivores sur
des arbres morts ou moribonds ne signifie pas forcément un envahissement tar-
dif d'arbres déjà affaiblis mais résulte plus vraisemblablement du long délai
necessaire à l'extériorisation des organes de fructification.
C'est ainsi qu'ayant inoculé des Basidiomycètes lignicoles sur des
platanes atteints par le Chancre coloré (Ceratocystis fimbriata f. sp. platani),
nous n'avons pu observer les carpophores de certaines espèces (Lentinus
tigrinus, Fomes fomentarius, Schizophyllum commune , Trametes versicolor et
Bjerkandera adusta) qu'après des délais variant de 14 å 30 mois (Tabl. 2). En
revanche, aucun carpophore n'apparaissait dans des délais de cet ordre à la
suite de l'inoculation par Laetiporus sulphureus, Inonotus hispidus et Ganoderma
applanatum.
Tableau 2.
Champignons inoculés | Délaid'apparition des | Nombre d'arbres
carpophores porteurs de
carpophores
Lentinus tigrinus 14 à 17 mois(1) 3 (sur 14)
Fomes fomentarius 25 mois 1 (sur 28)
Schizophyllum commune 13 mois 4 (sur 5)
Trametes versicolor 14 à 25 mois 23 (sur 27)
Bjerkandera adusta 26 à 30 mois 3 (sur 14)
(1) Carpophores fugaces visibles pendant 2 à 3 mois au plus.
Parasiles de blessures ? Il est exact que dans la majorité des cas, les
blessures provoquées par l'homme ou encore les blessures accidentelles dues
aux intempéries, mettant a nu le bois, sont a l'origine de contaminations par les
champignons lignivores, mais il faut aussi considérer les portes d’entrée résultant
de la chute de rameaux dans le processus d'élagage naturel (cladoptose ou
décurtation). Dans ce cas également, une succession parasitaire peut être mise
en évidence, qui peut aboutir, chez le Peuplier par exemple, au développement
de champignons lignivores (Anselmi, 1990).
Seule l'inoculation artificielle des champignons basidiomycètes observés
(ou isolés) sur Platane pourra done permettre de leur attribuer la responsabilité
d'effets pathogènes: dégradation du bois, puis éventuellement deperissement.
Mais, les inoculations artificielles doivent pour cela se rapprocher le plus possi-
ble des conditions naturelles, ce qui n'est pas aisément réalisable puisque les
champignons lignivores ne sont probablement pas les premiers à intervenir. Il
faut alors avoir recours à des artifices, parmi lesquels nous citerons l'inoculation
de blessures anciennes et donc déjà colonisées par des espêces pionniéres. C'est
ainsi que nous avons pu montrer in vivo chez le Platane, le fort pouvoir
lignivore des 3 espeees Trametes versicolor, Fomes fomentarius et Bjerkandera
adusta.
Source : MNHN, Paris
186 C. GROSCLAUDE
Source : MNHN, Paris
CHAMPIGNONS LIGNIVORES SUR PLATANE 187
Ces trois espèces avaient été inoculées à des platanes vigoureux, âgés de
$ ans, sur des blessures anciennes réalisées 9 mois auparavant par décapitation
de la tige principale. Onze mois après l'inoculation, les prélèvements effectués
permettaient d'observer la carie du bois sous-jacent aux blessures, sur une pro-
fondeur de 8 à 12 cm, carie à partir de laquelle les champignons inoculés étaient
réisoles.
Dans un second essai, réalisé sur de jeunes platanes attcints par le
Ceratocystis fimbriata, Vinoculation de Trametes versicolor et de Fomes
fomentarius, permettait d'observer, 14 mois plus tard, après une période de
vents forts, la cassure des troncs au voisinage des inoculations chez 7 et 14 ar-
bres respectivement sur 23 et 20 sujets inoculés. Au niveau de la cassure, on
apercevait un tissu de coloration jaune pâle et de texture fibreuse caractéristique
des premiers stades de la carie (Grosclaude et al., 1992).
La pénétration des champignons lignivores
La pénétration des champignons lignivores s'effectue, avons-nous dit, à
la faveur des blessures mettant à nu le bois. Or, une blessure fraiche est le siège
d'un retrait de la sève dû au fait que cette sève se trouve pendant une grande
partie de l'année sous tension. Ce retrait de la sève provoque à son tour une as-
piration de l'air ambiant, de l'eau des précipitations et de toutes les particules
contenues par ces élements. Parmi ces particules qui vont être aspirées dans les
vaisseaux ligneux (ou simplement déposées à la surface de la blessure lorsque
cesse l'aspiration) se trouvent les germes des microorganismes les plus divers,
champignons ou bactéries entre autres. Mais l'expérience montre que, para-
doxalement, lorsqu'il s'agit d'aubier, des isolements pratiqués dans le bois sous-
jacent aux blessures ne permettent pas de retrouver de champignons
basidiomycetes lignivores et cela pendant plusieurs mois (Monk, 1976). Or com-
me il est evident que les spores de ces espéces ont été aspirées par la blessure au
moment de sa réalisation (ou bien déposées sur celle-ci) au méme titre que n'im-
porte quelle autre espéce de microorganisme, on doit donc supposer que les
spores des champignons basidiomyeetes lignivores se trouvent dans un etat de
latence et d'inhibition qui ne permet pas leur mise en évidence par les techni-
ques classiques.
Cette latence pourrait s'expliquer de différentes manière
Soit parce que le bois frais est un milieu convenant mal au développement des
champignons lignivores car, entre autres, trop riche en eau et trop pauvre en
oxygéne (Boddy & Rayner, 1983).
- soit parce que les champignons lignivores s'avérent trop sensibles aux réactions
de defense de l'hôte, réactions que peuvent au contraire surmonter les
microorganismes pionniers
Fig. 4 - Carpophores de Trametes vresicolor sur platane. (Photo C. Grosclaude). Fig. 5 -
Carpophores de Fomes fomentarius (Amadouvier) développé au niveau d'une par-
tie morte du trone. (Photo C. Grosclaude). Fig. 6 - Fructification de Bjerkandera
adusta sur Platane. (Photo C. Grosclaude).
Fig. 4 - Sporophores of Trametes versicolor on London plane. Fig. 5 - Sporophores of
Fomes tomentarius on a dead part of a trunk. Fig. 6 - Sporophores of
Bjerkandera adusta on London plane.
Source : MNHN, Paris
188 C. GROSCLAUDE
- soit encore parce qu'il existerait une dormance physiologique des spores
(Merrill, 1970).
Au bout d'un temps variable (de l'ordre de 9 à 12 mois environ), les iso-
lements pratiqués dans le bois sous-jacent à une blessure permettent enfin de
mettre en évidence des champignons basidiomycétes lignivores. Si l'on ne peut
exclure la possibilité d'une contamination sur des blessures âgées, il est plus
vraisemblable d'expliquer cette mise en évidence tardive des basidiomycétes
lignivores dans le bois par les modifications apportées au substrat du fait du
developpement des microorganismes pionniers. Par la suite, ces pionniers qui
sont généralement de mauvais compétiteurs seront éliminés par les
basidiomycétes qui les suivent.
Si la séquence blessure fraiche, pénétration de microorganismes divers,
développement des pionniers, développement des basidiomycètes lignivores déjà
présents, semble correspondre à la généralité des cas, des variantes sont possi-
bles dans certains cas particuliers:
a) section d'une grosse branche mettant à nu du bois trés ancien déjà
duraminisé (bois de cocur) On peut penser que dans ce cas, il n'est pas
nécessaire de faire intervenir des microorganismes pionniers, le bois de coeur
étant susceptible d'être envahi d'emblée par certains basidiomycètes lignivores.
b) dépôt des spores de basidiomycétes lignivores sur une plaie ancienne
où les pionniers se sont déjà développés. Il peut en être ainsi sur des plaies
protégées au moment de leur réalisation par un enduit fongicide qui disparait
progressivement par la suite,
c) pénétration par les plaies résultant de l'élagage naturel. Dans ce cas
également, les pionniers sont déjà présents sur les rameaux concernés par
l'elagage - tout au moins dans le cas du Platane où s'observe en particulier le
Massaría platani (Grosclaude & Romiti, 1991) - et la colonisation par des
basidiomycetes lignivores peut theoriquement avoir lieu.
Développement des champignons lignivores dans le bois
Une fois implantés dans le bois, les champignons lignivores vont s'y
développer, mais ce développement se fera préférentiellement dans le bois cen-
tral moins riche en eau et moins réactif que l'aubier périphérique. Même lors-
qul s'agit du bois de coeur, souvent enrichi en tanins fongistatiques, on a
constaté chez le Mélèze que le développement des champignons lignivores étai
plus important au centre (vers la moëlle) qu'à la périphérie (au conta
l'aubier) (Cartwright, 1942); d'ou l'aspect du bois altéré en cône renversé sous la
blessure qui a servi de porte d'entrée aux microorganismes (le développement
plus rapide des champignons dans le bois central peut expliquer en partie la
plus grande vulnérabilité des blessures provoquées par l'ablation de grosses
branches comparativement aux branches de petites dimensions). La colonisation
du tissu ligneux par les champignons lignivores va alors se poursuivre:
dans le sens longitudinal, relativement vite, car cette progression suit les
vaisseaux qui offrent peu d'obstacles à la progression fongique, mais toujours
plus vite au centre qu'à la périphérie pour les raisons qui viennent d'être
évoquées plus haut.
dans le sens transversal, la progression est au contraire bien plus lente,
car il faut franchir les parois cellulaires des differents éléments constitutifs du
bois: parenchymes des rayons ligneux, mais aussi vaisseaux. D'autre part, com-
Source : MNHN. Paris
CHAMPIGNONS LIGNIVORES SUR PLATANE 189
me il vient d'etre dit, les tissus sont de plus en plus riches en eau et de plus en
Dua réactifs lorsque l'on avance du centre vers la périphérie, ce qui limite enco-
re la progression des champignons. Cette progression latérale se poursuit cepen-
dant inexorablement, Vaubier le plus ancien perdant petit a petit ses qualités par
une duraminisation progressive, tandis que le cambium élabore de nouvelles as-
sises de bois jeune.
Autrement dit, tout se passe comme s'il s'établissait entre l'arbre et les
champignons lignivores présents une sorte de course de vitesse, les champignons
colonisant le bois central au fur et à mesure de son vieillissement et l'arbre
reformant tout au long de la saison de nouvelles couches de bois.
Cons
La pourriture du bois central sur une plus ou moins grande longueur
(branches principales et tronc) est la premiére conséquence prévisible résultant
du développement des champignons lignivores. Puis la succession se poursui-
vant, dans le bois carié les champignons lignivores laisseront la place à d'autres
microorganismes. Enfin, cette carie elle-même finit alors par disparaître sous
l'action d’autres organismes végétaux ou animaux, remplacée par des cavités
centrales limitées par la périphérie saine (aubier et écorce) des organes
concernés. Dans ce cas, la pourriture centrale du tronc demeure invisible depuis
l'extérieur et elle ne peut être décelée que par des sondages ou par d'autres tech-
niques plus sophistiquées (par exemple, la thermographie infrarouge) (Catena et
al., 1990).
guences du developpement des champignons lignivores
Mais on peut imaginer que sur un secteur plus ou moins important de la
circonférence, la formation de bois nouveau sain soit plus lente que la progres-
sion du champignon, ce qui pourrait être le cas d'arbres très âgés ou encore “af
faiblis” pour des causes diverses. La zone de tissus altérés occuperait alors une
place de plus en plus importante par rapport au bois sain: lorsqu'elle atteint
l'écorce, celle-ci meurt. L'organe touché, trone ou grosse branche, peut alors
deperir si la circonférence enliére est ainsi atteinte. Si au contraire, l'altération
ne concerne qu'un secteur limite de la circonférence, la branche ou le tronc en-
core vivants paraissent ouverts et laissent apparaitre la carie ou les cavités qui
en résultent (mais l'ouverture du tronc peut aussi découler d'un processus inver-
se: destruction d'un secteur d'écorce pour des causes diverses, biotiques ou non,
d'où la mise à nu du bois qui peut alors être envahi par des espèces lignivores.
Ce cas est fréquent à la base des troncs dont l'écorce a été brülée à la suite de
feux d'herbes ou de feuilles mortes). Mais, même vivants, les arbres creux
constituent un danger pour l'environnement, surtout en zone urbaine ou le long
des voies de communication et ils doivent être abattus sans tarder.
Peut-on lutter contre les champignons lignivores ?
Peut-on prévenir l'invasion du bois par les champignons lignivores ?
Ceux-ci pénétrant par les blessures mettant le bois à nu, le meilleur moyen ser
d'éviter toutes les blessures aux arbres, ce qui est rarement possible, ne serait-ce
que parce que certaines blessures sont accidentelles et non voulues par l'homme.
ll convient alors de protéger ces blessures, immédiatement avec un enduit
fongicide de bonne qualité; mais nous savons que la persistance de ces enduits
est limitée et que leur efficacité concerne en premier lieu les organismes pion-
niers (parmi lesquels existent, il est vrai, de redoutables pathogènes comme le
Ceratocystis fimbriata agent du. Chancre coloré). Par ailleurs, sur de grosses
Source : MNHN, Paris
190 €. GROSCLAUDE
plaies on ne peut raisonnablement envisager de renouveler périodiquement l'ap-
port d'enduit fongicide jusqu'au recouvrement complet de celles-ci (cicatri-
sation).
Enfin, quelles que soient les précautions prises (suppression de toute
blessure volontaire, protection des blessures accidentelles), il ne sera jamais pos-
sible de supprimer l'élagage naturel qui est à l'origine de blessures par lesquelles
pourront s'introduire des champignons lignivores. Un progrès pourrait toutefois
résulter de l'application sur les blessures d'un champignon tel que le
Trichoderma harzianum, antagoniste connu d'au moins un champignon
basidiomycéte lignicole, le Chondrostereum purpureum (Grosclaude, 1970;
Grosclaude ct al., 1974) et qui a l'avantage de persister un certain temps dans
les tissus qu'il colonise. De même, on pourrait envisager d'adapter au platane le
traitement appliqué sur vigne pour lutter contre la maladie de l'Esca dans la-
quelle interviennent des basidiomycètes lignivores. Celle-ci, on le sait depuis fort
longtemps, est efficacement contrôlée par l'arsénite de sodium. On a tente d'ar-
réter le développement des pourritures provoquées par les champignons
lignivores en éliminant par curetage le bois pourri ou en voie d'altération. Cette
méthode qui ressort de ce qu'il est convenu d'appeler "chirurgie arboricole” (de
Ribier, 1983) est, faut-il le préciser, difficile et longue à mettre en oeuvre. Par
ailleurs, en dépit de l'intérêt esthétique des opérations. il n'est pas possible ac-
tuellement d'affirmer qu'une telle pratique améliore sensiblement l'état sanitaire
des arbres et puisse augmenter leur durée de vie.
Conclusion
Parmi les champignons basidiomycétes dont nous avons observé les
carpophores sur le Platane, se trouvent donc des espèces susceptibles de
dégrader le bois d'arbres jeunes et vigoureux. Par ailleurs, le long délai - attei-
gnant deux ans et plus - qui s'écoule avant d'observer les carpophores sur les
arbres inoculés, conforte l'hypothèse selon laquelle ces espèces ne s'attaquent
pas uniquement aux arbres âgés ou affaiblis, mais sont eux-mêmes responsables
de l'affaiblissement des sujets envahis. Ces espèces peuvent donc être
considérées comme des agents pathogènes sensu lato même si la durée trop
brève de nos essais n'a pas permis d'aboutir au deperissement de tout ou partie
des sujets inoculés. Quant à la lutte à l'encontre de ces champignons,
l'impossibilité d'eviter toute blessure, la protection partielle et temporaire
résultant de l'application sur les blessures d'un enduit fongicide et le succès dou-
teux des tentatives de lutte curative par chirurgie arboricole, laissent en définitive
peu d'espoir d'éviter les dégâts qu'ils peuvent provoquer.
La limitation du nombre et des dimensions des blessures volontaires, la
protection de celles-ci ainsi que de toutes les autres, accidentelles notamment,
par des enduits fongicides sont cependant susceptibles de réduire l'intensité des
dégats et peut-être de retarder la mort des arbres consécutive au dépérissement
des grosses branches puis du tronc. Ces mesures peuvent aussi permettre de
différer sinon d'éviter l'abattage d'arbres devenus creux.
I
regarder ceux-ci comme des malades, ne faut-il pas les considérer comme autant
aura donc toujours, tôt ou tard, des arbres creux, mais plutôt que de
d'écosystèmes en évolution, hébergeant une foule d'organismes végétaux et ani
maux, des bactéries aux oiseaux et aux petits mammifères en passant par les in
sectes et les champignons ? Et les actions successives de chacun d'entre eux
concourent finalement au recyclage de la matière organique de ce qui fut un ar-
bre et de tout l'écosystème en général. Ainsi, l'arbre creux, aprés avoir servi de
Source : MNHN, Paris
CHAMPIGNONS LIGNIVORES SUR PLATANE 191
refuge aux espèces les plus diverses, redeviendra le substrat sur lequel pourront
se développer de nouveaux arbres.
Remerciements: Nous remercions le Conseil Général de Vaucluse pour l'aide qu'il
nous a accordée dans la réalisation de ce travail. Ce travail a bénéficié également de l'aide
du Ministère de l'Environnement.
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CONTAMINATION FONGIQUE DE SALAISONS SÈCHES
DE VIANDE: ORIGINE, CONDITIONS D'APPARITION,
PREVENTION
Joseph LE BARS et Pierrette LE BARS
Laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie, 180 Chemin de
Tournefeuille, 31931 Toulouse
RÉSUMÉ - Des altérations fongiques tardives de salaisons séches de viande étaient dues
au Penicillium frequentans Westling (= P. glabrum (Wehmer) Westling) sur le corps des
saucissons et à l'Aspergillus repens de Bary (— Eurotium repens de Bary) aux extrémités.
L'analyse des matières premières, de l'air et des surfaces des différentes salles et du
matériel ont mis en évidence l'origine de ces contaminants: - VA. repens provenait du poi-
vre; le P. frequentans présent dans toute l'entreprise, se développait dans les séchoirs.
L'étude écologique de ces deux espêces comparativement au P, nalgiovense Laxa (la "fleur"
ensemencée) explique la localisation et le moment de leur développement. Dés contami-
nations volontaires aux différents stades ont montré que la période sensible se situe en
amont des étuves. Un ensemble de mesures (décontamination du poivre, modifications
dans les séchoirs pour limiter le developpement du P. /reguentans, reduction du croisement
des circuits) ont éliminé plus de 80% des altérations ultérieures. La recherche de souches
de P. nalgiovense et P. chrysogenum Thom plus compétitives compléterait cette prevention.
ABSTRACT - Delayed fungal impairments (“green mold”) appeared in mold ripened sau-
sages: Penicillium frequentans Westling (= P. glabrum (Wehmer) Westling) on the sausage
body and Aspergillus repens de Bary (= Eurotium repens de Bary) on the ends, Mycologi-
cal studies on raw materials, air and surfaces of different rooms led to determine their ori-
gins: - 4. repens came from pepper; - P. frequentans, present everywhere in the factory,
grew in ripening rooms. Ecological study of these species, in comparison with P. nalgiov-
ense Laxa (starter mold), explained their development localisation and period. Exper-
imental contaminations at different steps of the process outlined that the critical moment
took place before incubators. Comprehensive measures to limit development (in ripening
rooms), origin and cross contamination eliminated more than 80% impairments. Investi-
gations on more competitive strains of P. nalgiovense and P. chrysogenum Thom would
Improve such a prevention.
MOTS CLÉS : salaisons, moisissures, Penicillium frequentans, prévention.
INTRODUCTION
La salaison est un mode de préparation et de conservation de la viande
qui fait appel à un ensemble de techniques comprenant le salage, la dessication
et la fermentation. Dans l'industrie, cette dernière est dirigée par l'apport de
microorganismes spécifiques en tant qu'agents de maturation, ayant chacun un
rôle particulier: bactéries, levures et champignons filamenteux. Ces derniers,
dénommés “la Fleur” par les professionnels, ont pour but d'obtenir une couver-
Source : MNHN, Paris
194 J. LE BARS et P. LE BARS
ture uniforme des produits participant ainsi à une meilleure maîtrise des
différents aspects de la qualité: présentation, hygiene, gout. Les souches princi-
palement utilisées appartiennent à l'espèce Penicillium nalgiovense Laxa, depuis
les nombreux travaux effectués en. Allemagne sur ce sujet (voir les mises au
point de Benard & Labie, 1977 et de Moreau, 1978), notamment ceux de
Mintzlaff & Leistner (1972).
Malgré l'emploi d'une telle flore de surface, une grande entreprise de
salaisonnerie subissait un préjudice croissant (disqualification, retour de mar-
chandises) du fait du développement tardif de "moisissure verte” sur des
saucissons et des saucisses sèches.
L'objet de cette communication est de rapporter la stratégie suivie et les
résultats obtenus dans l'analyse d'un tel probléme de contamination dans une
industrie agro-alimentaire relativement complexe du fait de la diversité des
matières premières, des étapes technologiques et des microorganismes utilisés:
- nature des contaminants:
- leurs conditions de développement comparativement à la “fleur” ensemencée,
- leur origine: les matières premieres, l'usine, la conservation,
- les moments critiques de la contamination.
1- MATÉRIEL ET MÉTHODE
1. Nature des contaminants
A partir d'une trentaine d'échantillons (saucissons, saucisses sèches)
macroscopiquement contaminés, les "moisissures vertes” furent isolées sur un
milieu gélosé au malt (2 %) hypersalé (NaCI 3 %, comme les salaisons). Elles
furent identifiées selon les techniques et critères de Raper & Thom (1968) pour
le genre Penicillium et ceux de Raper & Fennell (1965) pour le genre
Aspergillus.
L'objectif majeur de cette premiére étape étant de déterminer si la natu-
re de ces contaminations etait constante ou non dans cette entreprise, ces obser-
vations ont porté sur plusieurs lots de fabrication, aprés conservation des pro-
duits pendant un à deux mois dans les conditions habituelles de distribution:
sous emballage, sous cellophane perforée ou sous atmosphére modifiée (N, +
CO).
2. Etude comparative de la croissance des souches isolées
Pour la comparaison de la croissance des trois espèces isolées en fonc-
tion de la température, les souches furent ensemencées au centre de boîtes de
Pétri (90 mm) sur le milieu précédent à raison de trois répétitions par souche:
au cours de l'incubation à 5, 10, 15, 20, 25, 30 et 35°C, la croissance radiale fut
mesurée quotidiennement pendant 3 semaines. L'influence comparée de la
concentration en NaC (1, 3, 6 et 9 %) fut examinée selon la même technique
au cours de l'incubation à 15°C, temperature des sechoirs.
La compétition entre les deux espèces fongiques contaminantes et la
“fleur” (Penicillium nalgiovense) fut estimée par la dominance éventuelle aprés
croisement des lignes d'ensemencement sur le milieu au malt hypersalé (3 %)
incubé à 15°C.
Source : MNHN. Paris
CONTAMINATION FONGIQUE DE SALAISONS 195
3. Recherche de l'origine des contaminants
Le P. frequentans et lA. repens ont été recherchés dans toutes les
matières premières: mêlée, viande et résidus au poussage, menu de porc,
chaudin, ficelle, poivre, tale et la suspension de la flore d'ensemencement. Des
prélèvements de surface furent effectués à l'aide de coton-tiges stériles humidifiés
sur 10cm? délimités par des pochoirs stériles sur les tapis de transport, les surfa-
ces de travail, le matériel, les chariots avec les barres de suspension des pro-
duits, les climatiseurs...; l'extrémité des coton-tiges est sectionnée et fortement
agitée dans 5 ml de solution aqueuse de Tween 80 (0,5%); les suspensions,
avant et aprés dilution, sont ensemencées sur le milieu au malt hypersalé (3 %).
Des prélèvements d'air (30 à 150 litres) ont été réalisés tout au long des
circuits de la fabrication à l'aide de l'appareil à cribles successifs d'Andersen
(1958), équipé du milieu au malt hypersalé. L'analyse qualitative (structure du
nuage particulaire,..) et quantitative (concentration en particules portant au
moins l'un des contaminants fongiques) fut effectuée selon une méthode décrite
précédemment (Le Bars, 1968).
La localisation de l'apparition macroscopique des contaminants dans les
différents séchoirs fut relevée pendant deux mois. L’humidité relative (H.R.) fut
enregistrée en permanence dans ces différentes zones; l'ILR. moyenne fut
déterminée par la mesure de l'aire sous la courbe de chaque cycle (100 minutes)
de variation de l'H.R. imposée par la technologie (tableau 1).
Etapes Température | Hygrométrie
Fabrication de la mêlée 0-2°C 85 %
Poussage et ensemencement 10-15°C 80 %
Etuves 25 — 15°C | 100 — 80 %
Séchoirs 12-150 | cycles 60 à
80 % (100h)
Tableau 1: Durée et caractéristiques hygro-thermiques des principales étapes de la fabrica-
tion des saucissons.
Table 1: Period and hygro-thermal characteristics of the main steps in cured dried sausage
manufacture.
4. Détermination du moment principal de la contamination
Aprés fabrication des produits et leur ensemencement par la fleur, des
contaminations volontaires ont été effectuées par application sur des saucissons
(18 par lot) de cultures de la méme souche de 2. frequentans à différents stades
(tableau 1): à l'entrée dans une étuve, dans un séchoir et après deux semaines
de séchage. Dans le séchoir, ces lots ont été placés dans des zones qui
savéraient plus favorables à ce contaminant. Le délai et la fréquence d'appari-
tion de la “moisissure verte” furent relevés au cours des 5 semaines aprés la fa-
brication.
Source : MNHN, Paris
196 1. LE BARS et P. LE BARS
Il - RESULTATS
1. Nature des contaminants
Les souches de “moisissures vertes” isolées du corps des saucissons et
des plis de saucisses appartenaient toutes à l'espèce Penicillium frequentans
Westling (= P. glabrum (Wehmer) Westling): celles isolées de l'extrémité
supérieure des saucissons, prés du point d'attache, étaient l'Aspergillus repens de
V.max.(mm/j.)
5
[e P.frequentans
I—+— A.repens
4] |—*— P.nalgiovense
3
2
1
E 5 20 25 30 35
5 10 1 E
g Température °C
Figure 1 - Vitesse maximale de croissance des deux contaminants de salaisons et de la
"fleur" ( P. nalgiovense) en fonction de la température.
Figure 1: Maximal growth rate (mm/day) of the two fungal contaminants of cured dried
sausages comparatively to the starter (P. nalgiovense) according to temperature.
V.max (mm/.)
3
1 2 3 4 5 6 7. 8 9
Concentration NaCI (%)
Figure 2 - Vitesse maximale de croissance des deux contaminants de salaisons et de la
“fleur” (P. nalgiovense) en fonction de la concentration en NaCl.
Figure 2 - Maximal growth rate (mm/day) of the two fungal contaminants of cured dried
sausages comparatively to the starter (P. nalgiovense) according to NaCl
content.
Source : MNHN, Paris
CONTAMINATION FONGIQUE DE SALAISONS. 197
Bary (= Eurotium repens de Bary). La flore fongique d’ensemencement était le
P. nalgiovense Laxa.
2. Etude comparative in vitro des trois especes
L'ensemble des mesures de croissance radiale peut se résumer par le
calcul et la représentation de la vitesse maximale de croissance en fonction du
paramètre étudié (figures 1 et 2). La température optimale de croissance fut voi-
sine de 25 °C pour les trois souches. Le P. na/giovense présenta la plus large
gamme de températures favorables (4 5*C - > 35°C); à une température de
10-12°C, sa vitesse d'extension fut le double de celle des contaminants. A 30^C,
la croissance des deux contaminants fut inhibée, tandis qu'à 5°C seul le P.
Jrequentans se développa de façon notable.
L'ensemble de l'étude de la croissance en fonction de la concentration
en NaCl est résumé dans la figure 2. Le P. frequentans apparaît indifférent à la
concentration, tandis gue VA. repens manifeste une nette halophilie. Quant à la
souche de P. nalgiovense, sa vitesse de croissance, peu influencée par la teneur
en sel, fut à la fois maximale et nettement supérieure à celle des contaminants
pour une concentration en sel de 3 %.
L'étude de compétition in vitro entre les trois souches mit en évidence
que le P. frequentans, malgré une vitesse de croissance inférieure, dominait tou-
jours la fleur après une semaine de culture. Par contre, l'A. repens fut nettement
dominé par le P. nalgiovense et le P. frequentans, dans les conditions de concen-
tration en sel (3 %) et de temperature analogues à celles de la fabrication.
3. Origine des contaminants
+ Les matières premières:
De toutes les matières premières, seul le poivre, théoriquement
décontaminé, présentait une mycoflore abondante:
Aspergillus gr. glaucus 4,5.10°/gramme
(dont A. repens)
A. restrietus 6.10%
A. candidus 4.10*
A. versicolor 1,5.10*
A. niger 5.10%
A. wentii 6.103
À. flavus 4.10?
Penicillium spp 6.103
(P. frequentans non détecté)
+ L'entreprise:
Les prélèvements de surface en amont des salles-étuves furent négatifs
Pour le P. frequentans, à V'exception des chariots et des barres pour la suspen-
sion des produits, qui circulent de la salle de poussage aux séchoirs et inver-
sement (120 à 1800 propagules/10 cm?).
La contamination aérienne par cette espéce était générale dans l'entre-
prise (tableau 2), avec un niveau élevé dans les séchoirs, surtout en fin de cycle
(11660 particules/m? véhiculant au moins un propagule de P. frequentans). Par-
mi les autres espéces fongiques, des Cladosporium, contaminants fréquents des
entreprises agro-alimentaires traditionnelles, étaient présents sur toutes les instal-
Source : MNHN, Paris
198 J. LE BARS et P. LE BARS
Pouss-Ens - Séchoirs Tal-
cage
Espèces Déb. | Fin
P. freguentans à 2110| 116602100
Autres Penicillium 9
Asp. gr. glaucus
A. versicolor
Cladosporium sp
Autres dématiées
P. nalgiovense 214300
Tableau 2: Etude qualitative et quantitative (nombre de propagules par m?) de la
mycoflore halotolérante (milieu au malt hypersale, NaCl 3%) de lair de
différentes salles de l'entreprise de salaisonnerie. - A.E.: air extérieur, au niveau de
la production frigorifique. Fab: salle de fabrication (ventilation en marche).
A.C.: air comprimé (détendu sous une báche) Pouss- salle de poussage et
ensemencement de la “fleur”. Passage: passage Vers étuves (proche de la réserve
des barres de bois). Etuves: déb: début (3 h aprés désinfection); fin: fin d'étuvage.
Séchoirs: début (deb.) et fin de cycle. Talcage: brossage + talc.
Table 2: Qualitative and quantitative (propagule number / m?) of halotolerant mycoflora
(malt medium with 3% NaCl) in the air of different rooms along the cured
sausage factory. - A.E.: external air, close to refrigerating unit. Fab.: mixing
room (ventilation on). A.C.: compressed air (expanded under a plastic sheet).
Pouss-ens.: sausage making and fungal starter seeding. Passage: way to
incubators (close to wooden bars for sausage hanging) Etuves: incubators: déb
= start (3h after disinfection), fin = end of incubation. Séchoirs: drying and
ripening step; deb = start; fin = end. Talcage: sausage brushing + talc
powdering
lations (5 à 10 propagules/10 cm?) et dans l'air de toutes les salles, princi-
palement en amont, pres des sources de conditionnement d'air.
La fréquence et l'importance du développement macroscopique du P.
frequentans étaient plus grandes dans les zones des séchoirs où l'humidité rela-
tive, surtout H.R. minimale, était plus élevée (figure 3).
4. Moment critique de la contamination
Les résultats de l'essai de contamination volontaire sont représentés sur
la figure 4. Pratiquement toutes les unités ensemencées avant l'entrée dans les
étuves présentaient un développement macroscopiquement visible du P.
frequentans à la fin du séchage (5 semaines); par contre, les contaminations tar-
dives, aprés un début de séchage ne provoquaient pas d'altération visible.
IH - DISCUSSION
Les produits non stérilisés issus des industries agro-alimentaires sont
parfois le siège de développement de moisissures indésirables. Une prévention
Source : MNHN, Paris
CONTAMINATION FON
3IQUE DE SALAISONS 199
H.R.% (séchoir)
BO zones avec moisissure verte (with green mold)
Ll zone sans moisissure vete (without green mold)
86
82
78
74
70 +
H.R. maximale H.R.minimale H.R. moyenne
Maximal R.H. Minimal R.H. Mean H.R.
Figure 3 - L'humidité Relative (H.R.) maximale, minimale et moyenne dans les zones des
oirs avec et sans développement de “moisissures vertes”.
Figure 3 - Maximal, minimal and mean Relative Humidity in areas with or without
development of “green molds”.
Pourcentage d'altérations
100:
Entrée atuves Entrée séchoir 2 semaines séchage
Incubator entrance ‘pening room entrance
2 week ripening
80
50
40
semaines
works
Figure 4 - Pourcentage de saucissons présentant de la "moisissure verte” au cours de la
maturation et de la conservation en fonction du moment de la contamination arti-
ficielle par une culture de P. /reguentans.
Figure 4 - Percentages of sausage with the "green mold" development during maturation
and storage according to the moment of experimental contamination with a P.
Jreguentans agar culture.
raisonnée, surtout dans les industries de fermentation, doit être basée sur la
connaissance des agents fongiques, de leur origine, des moments de la contami-
Source : MNHN. Paris
200 1. LE BARS et P. LE BARS
nation et des conditions d'apparition des altérations. Ceci impose généralement
l'analyse des différentes étapes en étroite collaboration avec les responsables de
la production.
De nombreuses espéces fongiques ont été décrites sur les salaisons
séches de viande (voir les mises au point de Benard & Labie, 1977 et de
Moreau, 1978). Dans le cas présent, les défauts d'aspect releves en fin de matu-
ration et dans les circuits de distribution résultaient toujours des développements
des mêmes espéces fongiques. Le contaminant mineur, l'4. repens, provenait
principalement d'une des matières premières, le poivre: la mesure immédiate
consistant à utiliser exclusivement du poivre décontaminé, comme il est
recommandé dans ce type d'industrie (Anonyme, 1986; Moreau, 1972; Moreau
& Moreau, 1978; Le Bars & Le Bars, 1988) a été suivie par une disparition
quasi-totale de ce type d'altération en quelques semaines. Les autres
caractéristiques biologiques de I'A. repens expliquent la localisation exclusive de
son développement à l'extrémité des saucissons, où la diminution de l’activité en
eau et l'accroissement de la concentration en sel limitent l'implantation de la
“fleur”; en effet, cette espèce est plus xérophile et halophile et moins compétitive
que le P. nalgiovense. Enfin, la conservation des produits aprés maturation à
une température inférieure à 10°C devrait, en outre, limiter son développement
comparativement à la ‘fleur’.
La contamination majeure était toujours düe à la même espèce
fongique, le P. frequentans, quels que soient les lots de fabrication. Non détectée
dans les matiéres premières cette espèce était présente à tous les niveaux de
l'entreprise. Compte tenu de ses caractéristiques écologiques, voisines de celles
du P. nalgiovense, elle se développait surtout dans les séchoirs malgré une bon-
ne implantation préalable de la "fleur"; en effet, son pouvoir de compétition lui
permet de s'exprimer à terme malgré un ensemencement et une vitesse de crois-
sance plus faibles que le P. nalgiovense.
La contamination volontaire des saucissons à différents stades a permis
de préciser le moment le plus important de la contamination: avant l'entrée
dans les étuves.
En ce qui concerne la prévention, la pratique d'un vide sanitaire avec
désinfection simultanée de l'ensemble d’une telle entreprise est irršaliste, car il la
condamne à un arrêt de deux mois pour l'obtention et la fourniture de produits
finis.
L'ensemble des observations et des résultats a permis de mettre en place
une prévention visant, d'une part, à réduire la source du P. frequentans, entrete-
nue au sein de l'entreprise, et, d'autre part, à en limiter la dissémination.
+ L'efficacité de la désinfection de chaque séchoir, en fin de cycle de ma-
turation, a été améliorée par l'emploi d'un procédé de thermontbulisation, assu-
rant une meilleure diffusion et stabilité de l'aérosol. L'obtention d'une plus gran-
de homogéncité de l'humidité relative au cours des cycles de variation a permis
de réduire les zones à risques ct, de ce fait, le développement du contaminant.
Ces mesures ont conduit, en moins de deux mois, à une pollution cent fois
moins importante dans les séchoirs en fin de cycle, principale source du P.
frequentans (figure 5).
+ La réduction de la dissémination des spores a été assurée par la mise
en place progressive d'un ensemble de dispositions habituelles: - désinfection du
matériel roulant (chariots) avant leur retour à la salle de fabrication; - limitation
au minimum du croisement des circuits; - mise en surpression de l'air de la salle
Source : MNHN, Paris
CONTAMINATION FONGIQUE DE SALAISONS. 201
N propagules P.frequentans /m3
12000
10000
Avant (before)
2000 Aprés (after) | intervention
6000
4000
2110
2000 777
200 125 7 90
mt CE
A -
Poussage Séchage début Séchage fin
Making step ripening start ripening end
Figure 5 - Pollution de Fair par le P. /reguentans avant et aprös la mise en place de la
prévention.
gure 5 - Aerial contamination levels for P. frequentans before and after application of
prevention measures.
de poussage-ensemencement; - forme
cette opération de prévention.
ion et participation active du personnel à
Au cours de l'année qui a suivi la mise en place de ces dispositions, l'im-
portance des altérations fongiques à été réduite de plus de 80 %.
Dans la littérature (voir les mises au point de Benard £ Labie, 1977 et
de Moreau, 1978), de nombreux contaminants fongiques, parmi lesquels les
deux espèces étudiées sont relativement fréquentes, ont été relevés sur les
salaisons séches de viande il y a plus de 15 ans, principalement à l'étranger,
sans préciser les mécanismes et l'origine de ces contaminations. Il conviendrait
de vérifier, dans le contexte actuel de la technologie, sur l'ensemble de la pro-
duction quelle est la nature, la fréquence et l'importance de ces altérations. En
effet, à l'heure où l’on prône la qualité des denrées, la moindre altération (as-
pect, goût, innocuit ) jette le discrédit sur un type de produit.
Dans ce domaine de production agro-alimentaire, le P. nalgiovense ap-
paraît particulièrement adapté aux fonctions qui lui sont dévolues; en particulier,
il présente, comparativement aux contaminants examinés, une plus grande vites-
se de croissance, une plus large gamme de températures favorables et un opti-
mum de croissance à la concentration en sel utilisée. D'autre part, il empêche le
développement de moisissures indésirables si la contamination est nettement
postérieure à son implantation. Par contre, le pouvoir de compétition de la sou-
che utilisée est mis en défaut pour certaines contaminations précoces (P.
Jreguentans); aussi, un des éléments biologiques complémentaires de la
Prevention devrait étre la recherche de souche de "fleur" (P. nalgiovense, P.
chrysogenum) plus compétitives.
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DE LA BIOLOGIE DES HYPHOMYCÈTES AQUATIQUES
A L'ECOLOGIE DES RIVIERES
Eric CHAUVET
Centre d'Ecologie des Ressources Renouvelables (CNRS)
29, rue Jeanne Marvig, 31055 Toulouse Cedex.
RÉSUMÉ - Les hyphomycétes aquatiques sont distribués à travers le monde entier dans
les eaux continentales, principalement courantes. Ces champignons produisent de nom-
breuses conidies dont la morphologie est typiquement adaptée à la colonisation des sub-
strats submerges dans les rivières. La répartition des espèces et la composition des
communautés sont surtout influencées par la température et la qualité de l'eau, mais pro-
bablement aussi par d'autres facteurs tels que l'altitude et la nature de la végétation
riveraine. Les hyphomycètes aquatiques sont impliqués dans la décomposition des litiéres,
processus majeur du fonctionnement écologique des rivières. Ces champignons possédent
des enzymes de type cellulase, phénol-oxydase, pectinase, lipase, protéase et amylase. Leur
activité provoque le "conditionnement" et la macération du matériel végétal, entraînant à
la fois une assimilation accrue des litiéres par les invertébrés aquatiques et la libération
d'une matière organique particulaire fine.
ABSTRACT - Aquatie hyphomycetes are found throughout the world in continental,
mostly running waters. These fungi produce a great number of conidia whose morphology
is well adapted to the colonization of substrata submerged in streams. The distribution of
aquatic hyphomyeete species and the composition of communities are mainly influenced
by the temperature and the water quality of rivers, but are possibly controlled by other
environmental factors (e.g. the altitude and the nature of the riparian vegetation). Aquat-
ie hyphomycetes are involved in litter decomposition which is a key process in river func-
tioning. The enzymatic equipment of these fungi include cellulase, phenol oxydase, pecti-
nase, lipase, protease and amylase. Their activity cause the conditioning and the
maceration of plant matter resulting both in an enhanced assimilation by stream inverteb-
rates and in the release of fine particulate organic matter.
MOTS CLÉS : hyphomycètes aquatiques, décomposition, écologie, mycologie.
LES HYPHOMYCETES AQUATIQUES
L'étude des hyphomycètes aquatiques à connu un essor singulier après
les premiers travaux d'Ingold (1942) et, surtout dans le domaine écologique, de-
puis le début des années 1970 (Barlocher & Kendrick, 1974; Kaushik & Hynes,
1968, 1971; Suberkropp & Klug, 1976; Triska 1970). Dans le méme temps, des
progrès considérables ont été faits dans la connaissance systématique de ce
groupe de champignon et dans la découverte de nouvelles espèces. Ainsi, seule
une quinzaine d'espèces était connue il y a 50 ans alors que désormais prés de
300 espéces d'hyphomycétes aquatiques sont signalées à travers le monde, la
moitie d'entre-clles ayant été découverte au cours des dix dernières années
(Descals, comm. pers; Webster & Descals, 1981). Si plusieurs auteurs préfèrent
Source : MNHN. Paris
204 E. CHAUVET
parler de champignons Ingoldiens (Bärlocher, 1982; Webster & Descals, 1981)
c'est parce que le groupe de champignons étudié par Ingold correspond à une
certaine entité biologique et écologique, tandis qu'il est hétérogène du point de
vue systématique puisqu'il renferme de nombreux Champignons Imparfaits, des
Ascomycétes et quelques Basidiomycètes. En fait, on découvre régulièrement les
relations existant entre les stades anamorphes et téléomorphes de champignons
Ingoldiens. En 1979, Webster et Descals signalaient déjà douze espèces dont les
stades conidiens et sexuës avaient été mis en évidence. Depuis, de nouvelles
connexions ont été signalées (p. ex., Abdullah et al., 1981; Webster et al., 1991).
Dans ce sens, la classification actuelle des espèces anamorphes, basée sur la
différenciation des espèces et des genres par les caractères de la conidiogénèse et
de la morphologie conidienne, n'est pas satisfaisante et sera assurément
reconsidérée par les taxonomistes dans quelques années.
Caractères biologiques
La biologie de ces champignons est caractérisée par une sporulation ty-
piquement aquatique, bien que plusieurs cas de sporulation en milieu terrestre
aient été signalés (p. ex., Bandoni, 1981; Sridhar & Kaveriappa, 1987). Ainsi,
dans des boisements riverains plus ou moins éloignés de la riviére ces champi-
gnons peuvent être présents et même sporuler spontanément. Néanmoins les
conidies des champignons Ingoldiens présentent une morphologie particulière,
favorable à la colonisation des substrats aquatiques. Cette adaptation au milieu
aquatique est d'ailleurs l'un des elements permettant de définir les champignons
Ingoldiens (Descals & Chauvet, 1992). La morphologie conidienne la plus
caractéristique est le type tétraradié, représenté par le genre Lemonniera (p. ex.
L. centrosphaera Marvanovä, planche 1). Le second type le plus fréquent est la
forme sigmoïde, illustrée par Flagellospora curvula Ingold. Mais les conidies de
certaines espèces peuvent être également globuleuses, de forme ramifice
(Varicosporium giganteum Crane) ou de morphologie plus variée (Gyoerffvella
gemellipara Marvanovà, planche 1). L'illustration des conidies des espèces du
sud-ouest de la France (cf. Chauvet, 1990) suggére que l'identification peut être
facilement basée sur la morphologie conidienne. Mais si la distinction de nom-
breuses espéces est relativement aisée, la détermination de certaines d'entre-elles
requière l'isolement en culture pure et l'observation de la conidiogénèse.
Comparées aux spores de forme sphérique ou ovoide, la plupart des
conidies d'hyphomycétes aquatiques sont adaptées à la colonisation, c'est-à-dire
à une stabilisation et une germination rapides sur les substrats immergés (Read
et al., 1990; Webster, 1959; Webster & Davey, 1984). On a pu montrer en outre
que ces conidies étaient préférentiellement piégées dans l'écume qui flotte
fréquemment à la surface des cours d’eau (Iqbal & Webster, 1973). Ce
phénomene a élé mis en évidence chez des espéces aux conidies tétraradiées
dont les bras sont probablement attirés vers la surface des micro-bulles de
l'écume par des phénomènes de tension superficielle. Cependant l'écume de cer-
taines rivières renferme un faible pourcentage de grandes conidies tétraradiées
en comparaison des sporulations observées sur les litiéres dans le fond de ces
rivières (Chauvet, 1992) et présente à l'inverse une proportion élevée de conidies
vermiformes ou globuleuses (Anguillospora crassa Ingold, Goniopila monticola
(Dyko) Marvanova et Descals). La morphologie des conidies pourrait expliquer
ces différences de piégeage dans l'écume, mais l'origine des spores pourrait
également être en cause (p. ex., le bois flottant ou les litiéres terrestres en bordu-
re de riviére). Ces réserves étant formulées, la récolte d'écume reste une
méthode pratique d'échantillonnage des rivières. Il suffit de récolter l'écume à
laide d'une écumoire, par exemple, et de la fixer avec un mélange d'alcool,
Source : MNHN, Paris
HYPHOMYCETES AQUATIQUES 205
Planche 1 - Conidies d'hyphomycètes aquatiques (microscopie en contraste interférentiel,
échelle = 25um). a: Lemonniera centrosphaera (CERR 79.134). b: Flagellospora
curvula (CERR 30.137). c: Gyoerffvella gemellipara (CERR 30.75). d:
Varicosporium giganteum (CERR 29.81).
Plate 1 - Interference light micrographs of aquatic hyphomycetes conidia (bar = 254m).
a: Lemonniera centrosphaera (CERR 79.134). b: Flagellospora curvula (CERR
30.137). c: Gyoerffyella gemellipara (CERR 30.75). d: Varicosporium giganteum
(CERR 29.81).
d'acide acétique et de formol (Ingold, 1975) ou de la répartir simplement sur
une gélose pour un isolement ultérieur des espèces. Au moyen de cette techni-
que, nous avons pu identifier jusqu'à 59 espèces Ingoldiennes dans l'écume
d'une rivière de montagne (Descals & Chauvet, 1992).
Source : MNHN. Paris
206 E. CHAUVET
Distribution et habitat
L'identification relativement aisée de ces champignons a rendu possible
l'inventaire de nombreuses rivières dans différentes parties du monde et, par là
méme, le développement de certaines notions sur la distribution géographique
des espèces. Ces champignons sont répartis dans le monde entier, de nom-
breuses espéces communes de nos régions étant cosmopolites. D'aprés Wood-
Eggenschwiler & Bärlocher (1985), on peut distinguer trois types d'espèces, se-
lon leur distribution:
1°) des espèces à répartition mondiale, mais plus communes en région
tempérée froide comme Tetracladium marchalianum Ingold ou en région tropi-
cale comme Triscelophorus monosporus Ingold,
2°) des espèces à distribution latitudinale marquée comme Culicidospora
aquatica Petersen en zone tempérée ou Flabellospora verticillata Alasoadura en
zone tropicale.
3°) enfin, quelques espèces limitées à leur localité-type. Dans cette
catégorie se trouvent également les nombreuses espèces dont la distribution est
imparfaitement connue.
L'habitat des hyphomycètes aquatiques sous nos climats correspond ty-
piquement aux rivières forestières, oxygénées, fraîches et oligotrophes. C'est la
raison pour laquelle dans le sud-ouest de la France, par exemple, on les trouve
davantage en zone montagnarde qu'en région de plaine. Toutefois, ces champi-
gnons ont été également signalés dans des milieux aquatiques aussi variés que
les lacs, les étangs et les canaux, ainsi que dans les estuaires dont certaines
espèces semblent supporter la salinité (Sridhar & Kaveriappa, 1988). Si les
hyphomycètes aquatiques affectionnent les rivières oligotrophes, c'est proba-
blement parce qu'une forte augmentation des concentrations en nutriments
(nitrate et phosphate) peut favoriser d'autres microorganismes, comme les al-
gues et les bactéries, dominant la compétition avec les hyphomycètes. Nous
avons d'ailleurs observé qu'une eutrophisation des cours d'eau s'accompagnait
fréquemment d'une diminution du nombre d'espéces d'hyphomycétes.
Sous nos latitudes, la diversité spécifique est maximale pour des
températures de cours d'eau voisines de 10-15°C, alors que ces champignons
présentent des températures optimales de croissance en culture pure supérieures
de 10°C environ. Cette différence est sans doute la conséquence de compétitions
intenses dans le milieu naturel; Webster et al. (1976) citent un phenomene simi-
laire pour deux especes d'hyphomycetes dont la culture mixte présente un opti-
mum abaissé de 15°C par rapport à ceux des cultures pures. Cette capacité des
hyphomycétes de se développer à basse température leur permet d'occuper une
niche écologique particulière et représente une stratégie d'adaptation. Cet effet
de la température est apparu nettement dans une étude sur la distribution des
communautés dans le sud-ouest de la France (Chauvet, 1991). Dans une analy-
se factorielle des correspondances basée sur l'abondance relative des espèces,
celles-ci étaient réparties en deux groupes en fonction d'un gradient de la
température. Le plus petit de ces groupes renfermait des espèces comme
Lunulospora curvula Ingold et Triscelophorus monosporus, caractéristiques des
régions tropicales et apparaissant dans notre région seulement dans les cours
d'eau de plaine et au cours de la période la plus chaude de l'année.
D'une facon générale, la qualité de l'eau peut influencer la composition
des communautés d'hyphomycétes. Plusieurs travaux tendent à montrer qu'un
pH faiblement acide est favorable à une diversité spécifique maximale et que le
Source : MNHN, Paris
HYPHOMYCETES AQUATIQUES 207
nombre d'espèces d'hyphomycètes diminue nettement lorsque le pli des rivières
s'élève au-dessus de 7 (Bärlocher, 1987; Wood-Eggenschwiler £ Bärlocher,
1983). D'autres facteurs, plus ou moins liés au pH, sont probablement impliqués
(alcalinité el teneur en calcium de l'eau, géologie du substrat, nature de la
végétation riveraine) sans qu'il soit toujours possible dans les conditions natu-
relles de déterminer l'influence respective du pli et de chacun de ces facteurs
(Suberkropp, 1992a).
Dans la plupart des rivières et à toutes saisons, un inoculum potentiel
constitué de quelques conidies d'hyphomycètes est véhicule par le courant. Dans
les heures et les jours qui suivent la chute des litières dans le cours d'eau, ces
liüéres vont être rapidement colonisées. Pour plusieurs espèces, 30 minutes suffi-
sent pour que les conidies commencent à germer (Read et al, 1990). Le
mycelium est produit a la surface et à l'intérieur des tissus foliaires et aprés une
à deux semaines environ les premiers conidiophores apparaissent et commen-
cent à libérer les conidies en grand nombre. Pour exemple, une rondelle de
feuille de diamètre 1 em peut porter jusqu'à 100 000 conidies de différentes
espèces après deux à trois semaines d'incubation. C'est évidemment à cette
période, généralement vers la fin de l'automne, que l'on trouvera le plus de
conidies dans la riviere (jusqu'à plusicurs milliers ou dizaines de milliers par li-
tre d'eau). Cette augmentation. d'activité forte et. extremement rapide des
hyphomycétes aquatiques est consécutive à l'apport de feuilles mortes. La chro-
nologie de ce cycle est influencée par la phénologie des forêts riveraines et varie
donc en fonction de la latitude.
IMPLICATIONS DANS L'ECOLOGIE DES RIVIERE
Si les hyphomycétes occupent une place à part parmi les champignons
aquatiques du fait du nombre considérable de travaux qui leur sont consacrés,
c'est parce qu'au cours des vingt dernières années l'importance fondamentale de
ce groupe de champignons dans le fonctionnement des rivières est devenue de
plus en plus évidente.
Dès 1912, Thienemann avait montré l'importance de la matière organi-
que d'origine terrestre dans le fonctionnement des écosystèmes d'eau courante.
Plus tard, les travaux de Hynes (1963) et de Minshall (1967, 1968) allaient.
contribuer à préciser et illustrer ce róle fondamental. En référence à ces études,
de nombreux chercheurs se sont alors engagés à définir la part prise par cette
matière organique allochtone dans le bilan énergétique des rivières. Ces études
Sont généralement limitées aux petits cours d'eau, particuliérement en rai
la difficulté à aborder un système vaste et complexe de grande rivière. On estime
qu'en moyenne 500 g m? de matériel allochtone, dont 70% de feuilles mortes,
arrivent annuellement dans les petits cours d'eau forestiers (Bird & Kaushik,
1981). Naturellement cet apport est très variable selon les rivières: en milieu
désertique ou prairial, il devient faible voire négligeable en comparaison des
Sources de matière organique autochtone. On considère par contre que les ap-
ports de litière représentent 50 à 90% du bilan énergétique des petits cours
d'eau forestiers. Ainsi les rivières de faible dimension apparaissent fondamen-
lalement de nature hétérotrophe, contrairement aux rivières plus importantes
qui sont autotrophes. Dans les premières, la production primaire aquatique
limitée par l'ombrage des rives est négligeable devant l'importance des apports
terrestres; dans les secondes, la largeur du lit augmentant, l'importance de la
végétation riveraine comme source d'énergie diminue devant celle de la matière
organique autochtone représentée par les algues et les plantes aquatiques
Source : MNHN, Paris
208 E. CHAUVE
(Cummins, 1979; Fisher & Likens, 1973; Hynes, 1970, 1975). La théorie du
continuum fluvial (Vannote ct al., 1980) précise que les trés grands fleuves peu-
vent revenir à l'hétérotrophie en raison d'une forte turbidité limitant la produc-
tion primaire; les sources d'énergie correspondent alors essentiellement aux fines
particules de matière organique venant de l'amont. Quelques études prouvent
que le rôle des litières dans le fonctionnement des rivières n'est pas seulement
alimentaire mais que le bois, les branches, les brindilles et les écorces assurent
également la stabilité du lit et des berges et procurent des substrats et des abris
pour les invertébrés et les poissons.
Les travaux de Kaushik & Hynes (1971) et de Petersen & Cummins
(1974) ont montré que la décomposition des feuilles mortes dans les rivières suit
schématiquement trois étapes: (1) une courte période de perte de composés
hydrosolubles par lessivage, (2) une phase de colonisation par les bactéries et les
champignons conduisant au “conditionnement” des litières, (3) une période de
fragmentation et d'assimilation par les invertébrés aquatiques. Les avis divergent
quant à l'incidence réelle de ces invertébrés sur la dégradation de la litière
immergée. En revanche il est certain que cette matière organique terrestre
constitue, sous différentes formes, la base de l'alimentation de la majorité des
peuplements d'invertébrés des rivières. Merritt & Cummins (1984) ont ainsi
classé les taxons d'insectes aquatiques en groupes fonctionnels, en rapport avec
leurs source et mode d'alimentation et l'utilisation des détritus de différentes di-
mensions. Ces relations sont illustrées dans de multiples travaux (cf. Anderson
& Sedell, 1979). La plupart des études soulignent l'importance d'une
“préparation” des litiéres par les microorganismes avant toute colonisation et as-
similation par les invertébrés benthiques.
C'est dans ce contexte que les hyphomycètes aquatiques ont reçu l'atten-
tion des écologistes en raison de leur rôle déterminant dans le processus de
décomposition. En fait, les travaux des vingt dernières années suivent glo-
balement deux grandes orientations correspondant aux deux mécanismes d'in-
tervention de ces champignons: une activité directe transformant les litières en
matière organique particulaire, en composés dissous et en CO, et une activité in-
directe, de “conditionnement” permettant la dégradation des litiéres par les
invertébrés (figure 1). Ceci est évidemment une simplification car les deux pro-
cessus se superposent généralement et interagissent mème très étroitement dans
la nature.
Les hyphomycètes aquatiques, en tant que décomposeurs
C'est seulement récemment que les hyphomycétes aquatiques ont ete
considérés comme des décomposeurs à part entière. En employant les méthodes
adéquates on a pu mettre précisément en évidence leur abondance et leur
activité sur les litiéres, Au moyen d'une technique chromatographique, Gessner
(1991) a estimé la biomasse des hyphomycétes aquatiques sur les litiéres par do-
sage de l'ergostérol, stérol spécifique. des champignons. Des teneurs en
ergostérol variant entre 3 et 10 m2 par g de biomasse fongique ont été relevées à
partir de différentes souches d'hyphomycètes cultivées en laboratoire. La combi-
naison de ces chiffres et des concentrations en ergostérol mesurées sur les litières
indique que la biomasse fongique représente jusqu'à 10% de la masse des
feuilles mortes en décomposition dans une rivière (Gessner & Schwoerbel,
1991). Une telle importance n'avait encore jamais été démontrée dans les
rivières; d'un point de vue strictement pondéral, les hyphomycètes aquatiques
représenteraient ainsi le premier groupe associé aux litiéres, bien avant les
Source : MNHN, Paris
HYPHOMYCE
ES AQUATIQUES 209
hyphomycètes
aquatiques
hyphomycètes
aquatiques invertébrés
benthiques
Figure 1 - Modèle simplifié d'intervention des hyphomycètes aquatiques dans la
décomposition des litiéres
Figure 1 - Simplified model of aquatic hyphomycetes involvement in litter decomposition
invertébrés aquatiques. Cette importance de la biomasse fongique a d'ailleurs été
Souvent mise en évidence dans les sols.
En dehors des études montrant l'importance quantitative des
hyphomycetes, plusieurs travaux ont été directement consacrés à l’activité
enzymatique de ces champignons (cf. Hasija-& Singhal, 1991). Le matériel
vegetal en décomposition dans les milieux aquatiques est caractérisé par
différents constituants en proportions variables et présente en particulier un fort
Pourcentage de deux groupes de polymères réfractaires, la cellulose et la lignine.
La décomposition de la cellulose par les hyphomycétes a éte largement étudice.
Les enzymes de type endoglucanase ont été détectés à plusieurs reprises chez de
nombreuses espè (tableau 1). La dégradation de différents polysaccharides
(anthane, lichenane, xylane, mannane, mannose, carraghénane, cellobiose) a
“te signalée chez certaines souches d'hyphomycètes (Suberkropp et al., 1983;
Zare-Maivan & Shearer, 1988; Zemek et al., 1985). Quelques travaux, par des
méthodes différentes, mettent en évidence une dégradation de la lignine par les
hyphomycétes aquatiques. Fisher et al. (1983) ainsi que Zare-Maivan & Shearer
(1988) ont montré une déphénolisation partielle de lignines synthétiques par cer-
taines espèces tandis que Zemek et al. (1985) décrivent une activité ligninasique
Source : MNHN, Paris
210 E. CHAUVET
chez la plupart des hyphomycètes testés. La dégradation de l'acide tannique est
l'indice d'une activité polyphénol-oxydasique, responsable de la dégradation de
la lignine par ces champignons (Abdullah & Taj-Aldeen, 1989; Zarc-Maivan &
Shearer, 1988). Les parois cellulaires du matériel végétal sont composées en
grande partie de substances pectiques dont la dégradation est responsable de la
macération des litières. Les deux enzymes de la pectinolyse mis en évidence chez
les hyphomycétes aquatiques sont la pectine-lyase et la polygalacturonase. On a
également détecté chez ces champignons une activité dans la dégradation d'au-
tres constituants de la matière végétale: protéines, lipides et amidon (tableau 1).
Celluloses, hémicelluloses et polysaccharides: 1, 4, 5, 6, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 15
Lignines et phénols: 1, 7, 14, 15.
Pectines: 2, 3, 4, 6, 10, 12, 13, 14, 15
Lipides: 1, 14.
Proteines: 1, 12, 14.
Amidon: 1, 6, 14, 15.
1: Abdullah & Taj-Aldeen (1989). 2: Butler & Suberkropp (1986). 3: Chamier & Dixon
(1982). 4: Chamier et al. (1984). 5: Chauvet & Merce (1988). 6: Danninger et al. (1979). 7:
Fisher et al. (1983). 8: Jones (1981). 9: Singh (1982). 10: Suberkropp & Klug (1980). 11:
Suberkropp & Klug (1981). 12: Suberkropp et al. (1983). 13: Suberkropp & Arsuffi
(1984). 14: Zare-Maivan & Shearer (1988). 15: Zemek et al. (1985).
Tableau 1 - Constituants végétaux dégradés par les hyphomycètes aquatiques, d'après la
littérature.
Table | - Plant matter constituents degraded by aquatic hyphomycetes, according to the
literature.
Le mécanisme de décomposition des litières sous l'action des
hyphomycètes aquatiques a été particulièrement mis en évidence par
Suberkropp & Klug (1980). Aprés quelques semaines de développement du
mycélium sur des feuilles mortes, l'activité enzymatique est maximale. Le
parenchyme foliaire est alors maceré, ramolli (en particulier sous l'action des
pectine-lyases) ce qui entraine la libération d'une matière organique particulaire
fine constituée de cellules vegetales, de fragments mycéliens et de spores. A ter-
me, ceci aboutit à la "squelettisation^ des feuilles mortes dont les nervures res-
tent peu dégradées. Il semble par ailleurs qu'un pH et une teneur en calcium
élevés dans le milieu soient favorables à celte activité enzymatique et à la
maceration des litieres (Chamier & Dixon, 1982; Suberkropp & Klug, 1980).
Ainsi l'activité de ces champignons serait plus grande dans les rivières aux eaux
alcalines.
Suberkropp (1991) a montré que les taux de sporulation des
hyphomycètes aquatiques (in vitro sur deux espèces et in situ sur les
communautés de deux rivières) étaient maximaux aprés une période
d'incubation de 15 4 19 jours. Ceate augmentation de la sporulation s'accompa-
gnait corrélativement d'un accroissement de la biomasse et des taux de respi-
ration fongique. Ceci dénote une activité particulièrement rapide de ces champi-
gnons dont le cycle sur les litiéres peut être bouclé en deux à trois semaines
seulement.
Les hyphomycétes aquatiques; maillon des réseaux trophiques
En produisant une matière organique en fines particules à partir des
litiéres en. décomposition, l'activité des hyphomycétes aquatiques. permet l'ali-
Source : MNHN, Paris |
HYPHOMYCETES AQUATIQUES 211
mentation des invertébrés collecteurs et collecteurs-filtreurs qui abondent dans le
cours moyen des riviéres. La théorie du continuum fluvial (Vannote et al., 1980)
précise en effet que les communautés d'invertébrés sont organisées et distribuées
le long des cours d'eau de façon optimale du point de vue de l'utilisation de
l'énergie. C'est ainsi que la partie moyenne des cours d’eau, collectant les nom-
breuses particules végétales provenant de la décomposition des litières des pe-
lites riviéres de l'amont, est caractérisée par des peuplements d'invertébrés
adaptés à l'assimilation de ces fragments végétaux transformés et enrichis par
tivité microbienne. Ces invertébrés collectant les particules sur le fond de la
rivière ou les filtrant dans l'eau au moyen de divers dispositifs dépendent indi-
rectement de l'activité des hyphomycétes aquatiques.
Mais c'est davantage à l'effet de conditionnement avant une assimilation
par les invertébrés dilacérateurs que les écologistes font référence en placant les
hyphomycètes aquatiques comme des ‘intermédiaires’ dans les flux d'énergie
dans les riviéres (Barlocher & Kendrick, 1976). Nous savons que l'apport de
litière est maximal dans la partie amont des réseaux hydrographiques. Dans ces
petits cours d'eau, les communautés d'nvertébrés sont dominées par les
dilacérateurs qui ont la capacité de découper, déchiqueter, broyer les litières et
peuvent assimiler de grands fragments végétaux. Au cours des premiers jours et
des toutes premières semaines de la décomposition, quand les litières ne sont
pas encore désintégrées mais que la biomasse fongique est bien développée, les
invertébrés dilacérateurs ont une activité maximale sur les feuilles mortes. De
nombreuses expériences ont montré que ces invertébrés préféraient les feuilles
conditionnées par les champignons à des feuilles non colonisées. On a même
Jécelé une préférence des gammares et des trichoptéres pour certaines espèces
fongiques (Bárlocher & Kendrick, 1973; Butler & Suberkropp, 1986;
Suberkropp et al., 1983). Des expériences montrent que ceux-ci sont capables
de choisir et de se nourrir sélectivement sur les parties de la feuille colonisées
par telle ou telle espèce fongique. En modifiant la qualité alimentaire des litiéres,
les hyphomycétes aquatiques peuvent en outre affecter les taux de croissance des
invertébrés. On constate généralement que le mycélium de ces champignons est
assimilé plus efficacement que la litière non conditionnée et que les taux d'assi-
milation varient selon les espèces d'hyphomycétes. Cependant, si la biomasse
fongique contribue directement à la nutrition des invertébrés dilacérateurs, sa
par! précise dans leur alimentation reste difficilement appréciable (Suberkropp,
1992b). En consommant les litières, les invertébrés peuvent en retour contrôler
le développement des hyphomycétes et les relations existant entre les deux grou-
pes d'organismes s'apparentent alors à des phénomènes de compétition
(Bárlocher, 1980).
Ainsi, la colonisation fongique provoque non seulement la dégradation
des polymères réfractaires et leur transformation en unités plus petites, mieux
assimilables, mais elle permet aussi d'associer aux litières une quantité de
protéines fongiques (et donc d'azote) trés intéressante pour le métabolisme des
invertébrés aquatiques. Les hyphomycètes aquatiques constituent le maillon in-
dispensable entre, d'une part, l'apport de litière qui constitue la source princi-
pale d'énergie pour la riviére et, d'autre part, les invertébrés aquatiques et avec
cux tout le reste de la chaine alimentaire. Ainsi cette fonction d'intermédiaire
des hyphomycétes aquatiques apparait essentielle au recyclage des éléments et
labolisme général de l'écosystéme.
Source : MNHN, Paris
212 E. CHAUVET
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DIVERSITÉ ULTRASTRUCTURALE DE LA PAROI
ASCOSPORALE CHEZ QUELQUES EUPYRENOMYCETES
BELLEMÉREU, MC. JANEX-FAVREO), LM. MELEND
et A. PARGUEY-LEDUCO?
(1) 53 Jardins Boieldieu, 92800 Puteaux.
(2) Laboratoire de Cryptogamie, Université Pierre et Marie Curie
(Paris VI), Boite 33, 7 Quai Saint-Bernard
15252 Paris Cedex 05.
(3) C.N. R5. - Laboratoire de Cryptogamie du Muséum National
d'Histoire Naturelle, 12 rue Buffon - 75005 Paris.
RÉSUMÉ - Le développement de la paroi ascosporale est examiné en microscopie
lectronique chez des Eupyrénomycétes a ascospores lisses, ornementées ou pourvues
dappendices, appartenant å divers ordres: Diaporthales (Melanconidaceae: Hercospora:
Valsaceae: Diaporthe, Gnomonia, Leucostoma; inc, sedis’ Caudospora), Diatrypales
(Diatrypaceae: Diatrype, Diatrypella), Sordariales (Coniochaetaceae: | Coniochaeta:
Lasiosphaeriaceae: piosordaria, Lacunospora, Podospora, Sordariaceae: Gelasinospora,
Neurospora, Sordaria) et une Xylariale (Xylariaceae: Hypoxylon). Bien que se rattachant à
un meme plan structural, la paroi ascosporale présente des Variantes (différences de
développement et de structure de certaines couches) qui peuvent parfois aboutir à des
convergences (forte épaisseur de la paroi, réalisation d'une ornementation). La valeur de la
structure de la paroi ascosporale, en tant que critère systématique, est discutée.
ABSTRACT - Ultrastructural wall development in smooth, ornamented or appendage-
bearing ascospores is studied in some Eupyrenomycetes related to different orders: Dia-
porthales (Melanconidaceae: Hercospora, Valsaceae: Diaporthe, Gnomonia, Leucostoma:
inc. sedis: Caudospora), Diatrypales (Diatrypaceae: Diatrype, Diatrypella); Sordariales (Co-
niochaetacea Coniochaeta; Lasiosphaeriaceae: Apiosordaria, Lacunospora, Podospora;
Sordariaceae: Gelasinospora, Neurospora, Sordaria) and one Xylariale (Xylariaceae: Hy-
poxylon). Diversity in the ascospore wall edification appears as variations of a common
Structural pattern. It depends on differences in development and structural constitution of
several layers. Convergences exist relative to wall thickness and ornamentation, The value
of ascospore wall structure as systematic criterion is discussed.
MOTS CLÉS : Eupyrénomycetes, ascospores, paroi, ultrastructure,
Les Eupyrénomycétes constituent un vaste groupe d'Ascomycètes (envi-
Ton 10 ordres et 20 familles) caractérisés: 1. par des fructifications à asques
ascomas = ascocarpes) comportant des ascothécies (Chadefaud, 1944, 1960;
Parguey-Leduc, 1967a et b) incluses dans un stroma ou dans une mince enve-
loppe stromatique; 2. par des asques toujours unituniqués. Dans ce groupe,
l'étude fine de la structure de la paroi ascosporale a, jusqu'à présent, été
effectuée trés inégalement selon les ordres et le plus souvent sans que des vues
Synthétiques aient été dégagées. Des données nouvelles ou complémentaires sont
apportées ici chez plusicurs genres appartenant à quatre ordres (Diaporthales,
Source : MNHN, Paris
216 A. BELLEMERE et al.
Diatrypales, Sordariales ct Xylariales) et quelques idées d'ensemble concernant
la structure fine de la paroi ascosporale sont dégagées.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Ce travail a été effectué à partir d'échantillons récoltés dans la nature ou
obtenus en culture. Les espèces étudiées sont les suivantes:
Apiosordaria verruculosa (Jensen) Von Arx et Gams, espèce type du genre
(Lasiosphaeriaceae). Souche LCP (mycothéque MNHN Paris) n^ 2403
Caudospora taleola (Fr.) Starbáck, espéce type du genre (Diaporthales inc.
sed.). Sur brindilles de Quercus (Normandie)
Coniochaeta ligniaria (Grev.) Cooke, espéce type du genre (Coniochaetaceae).
Sur crottes (provenances diverses)
Diaporthe oncostoma (Duby) Fuck. (Valsaceae). Sur Robinia (Franche-Comté)
Diatrype. disciformis (Moffm.: Fr.) Fries, espéce type du genre (Diatrypaceae).
Sur Fagus (Alpes)
Diatrypella quercina (Pers
Fr.) Cooke (Diatrypaceae). Sur Quercus (Charentes)
Gelasinospora santiflorii Cailleux (Sordariaceae). Souche LCP n° 2391
Gelasinospora tetrasperma Dowding (Sordariaceae). Souche LCP n” 2319
Gnomonia leptostyla (Fr.) Ces. et de Not. (Valsaceae). Sur Juglans (Charentes),
mis en culture au Laboratoire de Cryptogamie de Toulouse
Hercospora tiliae (Pers: Fr.) Tul., espèce type du genre (Melanconidaceae). Sur
Tilia (Ile-de-France)
Hypoxylon fragiforme (Pers. ex Fr.) Kickx (Xylariaceae). Sur Corylus (Alpes)
Lacunospora stercoraria Cailleux, espèce type du genre (Lasiosphaeriaceae).
Souche LCP n” 2401
Leucostoma nivea (Pers: Fr.) von Höhnel (Valsaceae). Sur Populus nigra
(Alpes)
Neurospora crassa Shear et Dodge (Sordariaceae). Souche LCP n° 251
Podospora anserina (Ces.) Niessl. (Lasiosphaeriaceae). Souche LCP n° 2426 et
sur crottes d'ane (Alpes)
Sordaria fimicola (Rob.) Ces. et de NoL, espéce type du genre (Sordariaceae).
Souche LCP n° 1126
Sordaria prolifica Cailleux (Sordariaceae). Souche LCP n° 2353
Pour les études en microscopie électronique par transmission, des frag-
ments d'hymenium ont été traités par les méthodes classiques: double fixation
par le glutaraldehyde a 6% et le tétroxyde d’osmium a 2, avec tampon de
Sorensen, inclusion dans la résine de Spurr (1969). Les coupes effectuées à l'ai-
de d'un ultra microtome Reichert OMU 3, ont été contrastées par l'acétate
d'uranyle et le citrate de plomb (18 minutes) ou traitées par la technique de
Thiéry (= réaction Patag, 1967). Les observations en microscopie électronique
Les données systématiques suivent Eriksson & Hawksworth (1991)
|
Source: MNHN Par]
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCI:
217
ont été faites à l'aide d'un microscope Philips 30.15 ou d'un Jeol JM 7, sous
tension de 80 KV.
RESULTATS
On sait que, d'une façon générale, la paroi ascosporale se développe en-
ire les deux feuillets de la vésicule ascale; d'abord très mince (stade primordial),
elle s'épaissit progressivement tout en restant homogène (stade primaire), puis
ultérieurement elle se subdivise (stade secondaire) et sa structure se complique.
En raison de l'hétérogénéité de la terminologie utilisée par les auteurs, l'exposé
des faits devient alors délicat. Ayant employé nous-mémes certains termes
différents dans nos publications antérieures, nous proposons ici un schéma (fig.
1) faisant apparaitre les équivalences de terminologie, en vue de faciliter la
compréhension de l'exposé. Celui-ci concernera d'abord les genres où la structu-
re de la paroi ascosporale est la plus simple, non ornementée à périspore
développée, puis on envisagera ensuite des structures plus complexes: paroi non
"rmementée pourvue d'une endospore, puis paroi ornementée, avec ornemen-
lation d'origine diverse; le cas des ascospores à appendices sera enfin aborde,
I - Paroi ascosporale non ornementée à périspore développée
Ce type de paroi a été observé chez des Diatrypales et des Diaporthales.
Chez les Diatrypales Diatrype disciformis et Diatrypella quercina la
première couche différenciée est la périspore (fig. 2 et 3), résultant de
l'épaississement de la paroi primaire par écartement de son feuillet externe, qui
devient l'ectospore; l'épaisseur de la périspore est irrégulière et sa surface
présente, en coupe, des ondulations d'ampleur variable. Alors que la paroi pri-
maire est transparente aux clectrons, la périspore contient, dés sa formation, un
réseau plus où moins lâche de fibrilles contrastšes et reactives au test de Thiery,
donc de nature polysaccharidique. Au stade adulte (fig. 4 et 5), la périspore s'est
fortement épaissie et l'ectospore limitante n'est plus sinueuse. Une nouvelle cou-
che, l'épispore, s'est différenciée à la base de la périspore: elle est peu épaisse,
Ieulière et opaque aux électrons. Ces trois couches ont le même aspect chez
Quaternaria (= Eutypella) quaternata (Griffiths, 1973).
De légères variantes de la structure simple décrite ci-dessus ont été
lencontrées chez des Diaporthales. Chez la Mélanconidacée Hercospora tiliae
(ig. 6) la périspore est moins volumincuse et l'ectospore trés contournée, tandis
que l'épispore est relativement épaisse. Chez la Valsacée Diaporthe oncostoma
(lig. 7) la. périspore est encore plus réduite, voire même interrompue par en-
droits, et corrélativement l'épispore, relativement claire, devient prépondérante.
Chez Diaporthe eres, il semble, d aprés un cliché de Griffiths (1973) montrant
seulement un fragment d ascospore, qu une couche supplémentaire existe sous la
Périspore, qui est irrégulière et contient un réseau fibrilleux, Chez une autre
Valsacée, Leucostoma nivea (fig. 8), la périspore, contrairement à celle des cas
Précédents, ne contient pas de réseau polysaccharidique et l'épispore, réactive et
Peu épaisse, est particulièrement sinueuse:; lorsque les ascospores sont très pro-
ches les unes des autres dans l'asque leurs périspores confluent entre elles.
Source : MNHN. Paris
218 A. BELLEMÈRE et al
II - Paroi ascosporale non ornementée pourvue d’une endospore
Ce type de paroi ascosporale a été observé chez quelques Sordariales.
Avant de le décrire il est nécessaire de préciser la notion d'endospore.
a) l'endospore n'est pas une différenciation tardive de la partie basilaire
de la paroi propre (= épispore, souvent appelée “primary wall” par les auteurs
anglo-saxons, méme dans des ascospores âgées).
b) le matériel de l'endospore, produit par le plasmalemme, se dépose en-
tre celui-ci et la paroi propre. Il résulte d'une modification brutale du matériel
synthétisé dans la phase précédente ou représente un matériel nouveau, produit
après une interruption dans le fonctionnement du plasmalemme. Par suite, il y a
toujours un net hiatus fonctionnel ou structural, et de ce fait une limite net-
tement tranchée, entre la paroi propre et l'endospore. Initialement homogène et
transparente aux électrons, celle-ci peut subir ensuite une différenciation, sou-
vent brutale, qui entraîne sa subdivision en deux parties superposées, l'une pro-
fonde, reposant sur le plasmalemme, récente et indifférencice ct l'autre externe,
nettement différenciée.
A. Genre Sordaria (Sordariaceae)
Dans ce genre les ascospores unicellulaires, sombres, ont une paroi lisse
et sont pourvues d'un pore germinatif postérieur. Chez S. fimicola et chez une
espèce voisine S. prolifica Ia paroi de la jeune ascospore (fig. 9 et 12) comporte
une paroi propre transparente aux électrons et une périspore plus réactive, dont
la limitante externe est faiblement sinueuse. La périspore est finement granu-
leuse chez S. fimicola et plus hétérogène chez S. prolifica, où sa base forme au
contact de la paroi propre une mince couche plus réactive.
Un peu plus tard (fig. 10) la paroi ascosporale est plus complexe. A sa
surface la périspore comporte une nouvelle couche, externe, réduite à des ilots.
La paroi propre est également subdivisée et l'endospore commence à s'ébaucher
dans l'espace périplasmique. Quand l'ascospore est plus âgée (fig. 11 et 13), la
périspore externe, érodée, n'est plus distincte et l'endospore, plus importante,
comprend deux parties dont l'externe seule est reactive.
Cette endospore n'a pas été observée chez 5. fimicola par Furtado &
Olive (1970) qui n'ont étudié que des ascospores jeunes, mais elle est figurée
avec la denomination de “primary wall’ par Mainwaring (1972); chez 5.
brevicollis les deux couches de l'endospore sont visibles mais ne sont pas
interprétées comme telles par Hackett & Chen (1976).
B. Genre Podospora (Lasiosphaeriaceae)
Dans ce genre les ascospores adultes sont bicellulaires, comportant typi-
quement une volumineuse cellule apicale à paroi lisse et brune, pourvue d'un
pore germinatif et une petite cellule basale lisse et hyaline (= appendice primai-
re). Le P. anserina étudié ici possède des appendices secondaires gélatineux qui
seront examines plus loin.
A un stade proche de la maturation la paroi ascosporale de la cellule
sombre de P. anserina comprend (fig. 14) une périspore, une paroi propre et
une endospore d'importance équivalente. La périspore, assez claire, renferme de
très nombreuses fibrilles courtes, plus ou moins réactives et en majorité
disposées sub-tangentiellement. La paroi propre comporte deux couches: l'exter-
ne claire et finement granuleuse, l'interne plus épaisse et fortement réactive.
L'endospore est aussi formée de deux couches; l'externe est hétérogéne (texture
Source : MNHN, Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCE
219
de fond très fine et plages plus claires contenant des granules réactifs) et l'inter-
ne, moins épaisse et dépourvue de granules, présente à la base une mince cou-
che réactive.
Dans l'ascospore plus âgée (fig. 15) la périspore est en partie érodée tan-
dis que sa couche basilaire s'est développée. A la maturité de l’ascospore (fig.
16) la périspore est encore plus réduite; une délimitation trés nette s'établit entre
les deux couches de l'endospore, dont la plus interne peut prendre un
développement considérable (fig. 17).
L'architecture de la paroi observée ici chez P. anserina cst conforme à
celle figurée par Beckett et al. (1968) mais notre interprétation diffère puisque
ces auteurs considérent l'endospore comme le “primary wall” et la paroi propre
comme le "tertiary wall", la périspore correspondant au "secondary wall".
C. Genre Coniochaeta (Coniochaetaceae)
Dans ce genre les ascospores sont unicellulaires, sombres et pourvues
d'une fente germinative; clles n'ont pas été étudiées jusqu'à présent en
microscopie électronique.
Chez C. ligniaria la paroi ascosporale relativement jeune (fig. 18) com-
porte une épispore mince et répuliére, opaque, une volumineuse périspore,
d'épaisseur très irrégulière et contenant des fibrilles peu contrastées. sans orien
lation privilégiée. L'ectospore, habituellement régulière, devient sinucuse lors-
qu'elle entre en contact avec la paroi de l'asque ou celle d'une autre ascospore.
L'espace périplasmique, clair, est encore bien visible entre le plasmalemme ct
l'épispore. — Lltérieurement du matériel parictal s'y accumule, formant une
endospore. Au stade adulte (fig. 19) celle-ci est importante, régulière, opaque et
probablement trés dure, car elle est difficile à obtenir intacte sur les coupes:
l'épispore, toujours opaque, s'est épaissie tandis que la périspore a régressé.
Le C. ligniaria présente donc une paroi ascosporale d'un type analogue
à celle des Sordaria et Podospora, mais l'endospore y est formée d'une seule
couche.
III - Paroi ascosporale ornementée
L'ornementation de la paroi ascosporale tire son origine soit de la
périspore, soit de l'exospore.
A. Ornementation d’origine périsporale
iales)
L. Genre Hypoxylon (Xylariaceae, Xyl
Les ascospores, uni- ou bicellulaires, claires ou sombres, possèdent une
fente germinative. Leur paroi présente une grande diversité, ce qui a conduit
Rogers (1979) à distinguer les types suivants: - lisse chez H. rubiginosum (bien
que Greenhalgh & Evans, 1968, aient observé chez cette espèce, en microscopie
å balayage, des rides transversales peu saillantes); - ponctuée ou réticulée chez
des Hypoxylon à paroi claire; - stri¢e longitudinalement chez H. weldenii et H.
chestersii; - gélifiée chez H. terricola. L'espèce étudiée ici, H. fragiforme, a des
ascospores unicellulaires sombres et ornementées.
La paroi d'une jeune ascospore (fig. 21) est une paroi primaire épaissie
irréguliérement en une perispore, a contenu peu contraste, limitée par une
ectospore nettement réactive. Quand l'ascospore est un peu plus âgée (fig. 22), la
Source : MNHN, Paris
220 A. BELLEMERE et al.
périspore, plus épaisse, présente des boursouflures; dans son contenu finement
fibrilleux s/accumule un matériel fortement opaque, sous forme de plaques
disposées à une même distance du plasmalemme; par suite la périspore est
subdiviste en deux parties. La partie interne est régulière et la partie externe,
au-delà des plaques, discontinue. L'ectospore, appliquée alternativement sur les
plaques et sur la périspore externe est de ce fait fortement sinueuse.
Ultéricurement (fig. 23), les plaques confluent et leurs marges s'infiltrent dans la
périspore, constituant l'ébauche de l'ornementation qui, sur les coupes, forme
des festons irréguliers.
A un stade plus ágé (fig. 24) les bases des festons tendent å se rejoindre:
l'ornementation de la paroi est alors constituée par une couche épaisse réactive
contenant des masses oculiformes plus claires réparties irréguliérement. Elle es
recouverte par la mince couche externe claire de la périspore, limitée
extérieurement par l'ectospore. Sous la périspore deux nouvelles couches,
Võpispore et endospore, se sont mises en place, contribuant à l'épaississement
de la paroi ascosporale. La première est mince et sombre, à texture finement
granuleuse. La seconde, au-dessous, est beaucoup plus épaisse et subdivisée en
une partie supérieure claire et une partie inférieure sombre, séparées par une
couche de granules très réactifs de taille irrégulière.
Ce mode de formation de l'ornementation de H. fragiforme diffère quel-
que peu de celui observé chez la même espèce par Greenhalgh & Fvans (1968)
dont les clichés montrent la présence, dans la périspore externe, de nodules gra-
nuleux, puis de fibrilles qui englobent ceux-ci et sont orientées plus où moins
perpendiculairement à l'ectospore. Chez une autre espèce, H. gillesii, Vornemen-
lation de la paroi ascosporale est du méme type (Rogers & Candoussau, 1982);
au stade terminal elle devient superficielle par disparition de la périspore et de
l'ectospore, ce qui concorde avec la présence, observée en microscopie à ba-
layage, de bourrelets disposés transversalement et parfois anastomosés en réseau
autour de l'ascospore.
2. Genre Gnomonia (Valsaceae, Diaporthales)
Dans ce genre les ascospores sont hyalines, généralement bicellulaires et
parfois pluricellulaires; elles n'ont pas été étudiées jusqu'à présent en
microscopie électronique.
Chez G. leptostyla la paroi de l'ascospore presque müre, bien que peu
épaisse, comporte plusieurs couches. De l'intérieur vers l'extérieur on observe
(fig. 20): une endospore assez épaisse, formée de méches radiales; une épispore
plus mince et fortement opaque, à laquelle se rattachent les mèches; une
périspore complexe comportant dans sa partie moyenne des plaques sombres
qui tendent à confluer et qui sont comparables à celles observées chez
Hypoxylon fragiforme (fig. 22); enfin, une ectospore relativement épaisse, si-
nueuse du fait des boursouflures de la périspore.
3. Genre Apiosordaria (Lasiosphacriaceae, Sordariales)
Chez A. verruculosa, espèce étudiée ici, les asques ne renferment que
quatre ascospores; celles-ci, bicellulaires, ont une cellule supérieure sombre, à
paroi verruqueuse, pourvue d'un pore germinatif apical, et une cellule inférieure
plus petite, sub-conique, hyaline ou brun clair.
Dans la paroi de la cellule supérieure de l'ascospore assez jeune on re-
connait (fig. 25), sous une mince limitante externe trés sinueuse, une périspore
comprenant deux parties, l'externe transparente et l'interne fortement opaque.
Cette dernière, d'épaisseur très inégale, est tantôt très développée au point
Source : MNHN. Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCÈTES 221
d'interrompre la partie externe de la périspore et tantôt réduite à une mince
couche de granules réactifs.
La paroi propre, mince et transparente, s'individualise au début de la
maturation des ascospores (fig. 26). Au-dessus, la périspore interne sombre
comporte alors une partie basale continue et une partie supérieure festonnée. La
périspore externe, plus claire, montre en partie entre les festons des aspects en
guirlande.
Quand Vascospore est proche de la maturité (fig. 27), la périspore
présente une épaisseur régulière. Dans sa partie interne la base, distendue en
raison de l'accroissement de la surface ascosporale, est réduite à une mince pel-
lieule appliquée sur la paroï propre. Au-dessus, les festons de la périspore inter-
ne forment maintenant des piliers à sommet aplati et développés vers l'extérieur
jusqu'à la limitante externe; entre les piliers demeurent des plages de périspore
externe, à structure vacuolaire,
En conclusion, l'ornementation des ascospores d'A, verruculosa, comme
celles d'Hypoxylon fragiforme et de Gnomonia leptostyla, provient de la persis-
tance d'éléments de la périspore interne.
4. Le genre Lacunospora (Lasiosphaeriaceae, Sordariales)
Le genre Lacunospora (Cailleux, 1968) présente des ascospores
bicellulaires comportant une cellule inférieure courte, hyaline ou d'un brun trés
clair, et une cellule supéricure sombre à pore germinatif sub-apical. ll est
caractérisé par l'ornementation particulière de la paroi sombre qui apparait
ponctuée de dépressions (= lacunes d'ou Lac unospora) bien distinctes au micro-
scope electronique à balayage (Cailleux & Moelendez-Howell, 1970). Ce genre
est considere par Eriksson & Hawksworth (1986) comme synonyme
d'Apiosordaria qui a des ascospores de morphologie similaire; il n'a pas fait
jusqu'à présent l'objet d'études au microscope électronique à transmission.
La paroi de la trés jeune ascospore de L. stercoraria (fig. 28) comporte
une périspore recouverte d'une limitante externe faiblement réactive. Sa partie
externe, d'épaisseur irrégulière, est hyaline et sa partie profonde très réactive, de
lexture granulaire. Au-dessous la paroi propre n'est pas encore différenciée.
Dans l'ascospore en maturation (fig. 29) la paroi est formée d'une cou-
che unique, relativement mince et comportant une alternance de zones trés
réactives faiblement convexes vers l'extérieur et d'étroits sinus clairs. Cette cou-
che provient du développement de la mince péri pore interne, la périspore exter-
ne ayant disparu, Par la suite (fig. 30) les parties claires de la périspore interne,
plus développées mais encore séparées du sporoplasme par une mince couche
réactive, présentent une section triangulaire, à sommet dirigé vers l’épiplasme.
Quand l'ascospore approche de la maturité (fig. 31) une paroi propre
Sest différenciée sous la périspore interne dont les aires claires sont devenues
plus nombreuses et plus volumineuses, faisant parfois saillie dans l'épiplasme.
La structure de la paroi se complique quand l'ascospore atteint sa maturité (fig.
32). D'une part une importante endospore se développe (seule sa partie externe
à pu étre observée, l'interne n'ayant pas été conservée lors des coupes, comme
cela est fréquent en présence de structures cartilagineuses). D'autre part les
Caractéres de la périspore se modifient: sa texture granuleuse devient plus
Erossiére, les aires sombres s'étalent latéralement à leur sommet et confluent se-
condairement au-dessus des aires claires qui paraissent désormais vides. Enfin la
paroi propre est masquée par de gros granules anguleux disposés
irréguliérement et probablement de nature pigmentaire.
Source : MNHN, Paris
222 A. BELLEMÈRE et al.
La paroi ascosporale de L. stercoraria a donc, comme celle
d'Apiosordaria, une ornementation d'origine périsporale, mais elle diffère de cet-
te dernière par la présence d'une endospore, ce qui justifie la distinction des gen-
res Lacunospora et Apiosordaria.
B. Ornementation d'origine non périsporale
1. Genre Neurospora (Sordariaceae, Sordariales)
Dans ce genre les ascospores, unicellulaires, sombres, ont une ornemen-
tation faite de bandes longitudinales saillantes plus ou moins interconnectées.
Au début du stade secondaire la paroi d'une jeune ascospore de N.
crassa (fig. 33) comporte une périspore et une paroi propre. Dans la périspore,
mince, la partie interne plus importante, transparente aux électrons, est recou-
verte d'une partie externe faiblement réactive, développée uniquement au niveau
des sinuosites de la limitante externe. La paroi propre, assez épaisse, est à peine
réactive (granulations extrêmement fines, plus abondantes prés de la périspore et
du plasmalemme sinueux).
Quand l'ascospore est un peu plus ágée (fig. 34), la périspore externe
s'épaissit, l'interne demeure inchangée. Des différenciations apparaissent dans la
paroi propre sous forme d'aires plus réactives de section grossièrement
hémisphérique, à base faisant face au sporoplasme; les aires claires qui les
séparent sont légérement saillantes dans le sporoplasme. Un peu plus tard (fig.
33), la paroi propre s'est épaissie; les aires réactives y deviennent plus distinctes
et à leur base une mince pellicule trés claire relie entre elles les aires claires.
Peu avant la maturation (fig. 36) la partie externe de la périspore est devenue
presque indistincte et sa partie interne, toujours transparente, reste trés peu
épaisse. Dans la paroi propre les aires claires se sont rétrécies, tandis que les ai-
res réactives s'affirment, contenant de petites differenciations conchoidales
dispersées plus nettement réactives; la pellicule claire au contact du
plasmalemme est remplacée par un liseré réactif.
Quand l'ascospore est mûre (fig. 37), la partie externe de la périspore a
disparu et sa partie interne reste hyaline et mince. Dans la paroi propre, de
structure inchangée, la réactivité des aires sombres s'est renforcée, leur texture
devenant grossièrement granuleuse. Une importante endospore se développe: sa
partie externe, seule observée, est réactive, comme celle des exemples
précédents. Lors de la libération de l'ascospore, les aires claires de la paroi pro-
pre se dissolvent, au moins en partie, tandis que les aires réactives persistantes
constituent les bandes ornementales, plus ou moins confluentes, bien distinctes
au microscope électronique à balayage (Cailleux, 1971).
L'architecture de la paroi ascosporale observée chez N. crassa est en ac-
cord avec celle qu'ont figurée Sussman (1966) et Byrne (1975) qui ont, de plus,
vu l'endospore interne. Concernant le mode de formation de l'ornementation,
l'interprétation proposée ici diffère de celle de Byrne (1975) mais concorde avec
celles de Hohl & Streit (1975) et de Lafayette & Austin (1977): l'ornementation
n'est pas d'origine périsporale mais elle se développe dans la paroi propre. Si
l'aspect des coupes de paroi ascosporale de Neurospora rappelle celui, trés
frequent et classique, des ascospores à ornementation périsporale, il s'agit en fait
d'une convergence que prouve l'étude de l'ontogénése de la paroi.
2. Le genre Gelasinospora (Sordariaceae, Sordariales)
Dans ce genre, les ascospores unicellulaires sombres sont pourvues de
deux pores germinatifs opposés et ont une paroi ornementée de dépressions
Source : MNHN, Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCÈTES 223
(fovéoles). Elles ont été étudiées au microscope électronique à balayage
(Melendez-Howell & Cailleux, 1969, 1975; Cailleux, 1971) mais non par trans-
mission.
La paroi de la jeune ascospore de G. retrasperma, espéce identique à
l'espèce type ou certainement trés proche, est analogue à celle de Neurospora
crassa. | Elle comporte (fig. 38) une paroi propre bien développée, d'aspect
hétérogène (alternance d'aires claires et réactives), une mince périspore et une li-
mitante externe faiblement onduleuse et réactive. Dans une ascospore en début
de maturation (fig. 39) la paroi s'est fortement épaissie au niveau des aires clai-
res de la paroi propre et celles-ci sont maintenant fortement saillantes dans le
sporoplasme dont le contour est, par suite, fortement sinueux. Une pellicule
réactive s'est développée à la base de la paroi propre. Entre les aires claires la
paroi propre est trés réactive et la périspore, claire, apparente.
Des stades plus âgés n'ont été observés que chez G. santiflorit, espèce
différente mais proche de G. tetrasperma. Dans les ascospores en cours de ma-
luration (fig. 40) la périspore demeure mince. Au-dessous, dans la paroi propre,
les aires claires sont trés saillantes dans le sporoplasme et les aires sombres, de
faible épaisseur, s'étendent latéralement. Une importante endospore s'est
différenciée: elle comporte une couche interne claire et une couche externe plus
épaisse et sombre. Lorsque l'ascospore, mure, est libérée (fig. 41), l'épaisseur. de
sa paroi est devenue presque uniforme sur toute la surface. La partie externe de
l'endospore, trés importante, cartilagineuse (trés difficile à couper), se charge de
nombreux granules réactifs probablement de nature pigmentaire. La périspore
est complètement exfoliée et les saillies internes de la paroi propre forment alors
paradoxalement des dépressions (— fovéoles) enchássées dans l'endospore, tan-
dis que les aires sombres sont mises en relief.
Dans le genre Gelasinospora l'ornementation de la paroi ascosporale est
donc d'origine non périsporale, comme chez le Veurospora, mais les bandes or-
nementales confluent en un réseau trés dense enchassant les fovéoles,
IV - Les ascospores pourvues d'appendices
Les appendices caractérisant certaines ascospores peuvent étre de deux
lypes: les appendices primaires dérivent de l'une des cellules de l'ascospore,
incomplétement développée et dont le contenu peut dégénérer en partie, tandis
que les appendices secondaires sont formés par une expansion de la paroi.
Seuls des appendices secondaires se développent chez Caudospora
taleola (Diaporthales inc. sedis): deux prolongent chacune des cellules de
l'ascospore et deux ou trois autres se développent latéralement au niveau du
septum médian (fig. 42). Quelle que soit leur position, ces appendices, en forme
de doigt de gant, ont une origine périsporale et sont limités par l'ectospore (fig.
33). Sous la périspore, l'épispore opaque et l'endospore transparente entourent
la totalité de l'ascospore; au cor.raire l'exospore, formée de globules opaques,
de taille variable, est interrompue au niveau de chaque appendice. Cette
exospore d'aspect granuleux est bien visible en microscopie à balayage (Rogers,
984).
n cas plus complexe d'ascospore pourvue d'appendices a été observé
chez la Sordariale Podospora anserina, dont la paroi a été décrite plus haut.
L'extrémité postérieure de l'ascospore porte (fig. 44) un appendice primaire
digitiforme, vestige de la cellule ascosporale postérieure; sur celui-ci se
développent latéralement des appendices secondaires, expansions irrégulières is-
Source : MNHN, Paris
224 A. BELLEMEI
sues de la périspore. Chez cette même espèce Beckett et al. (1968) décrivent
valement un appendice primaire postérieur et des appendices secondaires, tan-
dis que chez P. arizonensis Alloway & Wilson (1972) n'observent que des ap-
pendices secondaires.
La diversité observée ici dans la nature des appendices de paroi
ascosporale a déjà été illustrée en microscopie électronique chez quelques
espèces d'Eupyrénomycètes. Ainsi Rogers & Stiers (1974) ont distingue, dans le
genre Rosellinia (Xylariales, Xylariaceae) le cas de R. mammiformis, à appendi-
ces secondaires d'origine périsporale, et celui de R. aquila où chaque appendice
secondaire forme un capuchon sur un appendice primaire, qui peut étre lu
méme double. Des appendices d'origine uniquement périsporale ont été
observés chez des Eupyrénomycétes marins appartenant à l'ordre des
Halosphaeriales (Lutley & Wilson, 1972a et b; Johnson, 1980; Porter, 1982;
Johnson et al., 1987). Ils présentent une grande diversité morphologique et peu-
vent différer par leur contenu, toujours en rapport avec celui de la périspore
d'origine. Ces appendices semblent done ne pas avoir de valeur systématique si-
gnificative: ils correspondent vraisemblablement à des adaptations particulières
rendues possibles par la plasticité de la périspore.
CONCLUSION
Les observations sur les parois ascosporales de quelques
Eupyrénomycètes rapportées dans ce travail ont permis de préciser leur organi-
sation ultrastructurale et ont montré une grande diversité (fig. 45) puisqu'on a
pu distinguer: des parois non ornementées, pourvues ou non d'une endospore,
et des parois ornementées (ornementation formée à partir de la périspore ou de
la paroi propre); par ailleurs, dans plusieurs genres les ascospores présentent des
appendices, d'origine variable.
1. Cette diversité ultrastructurale n'est pas limitée aux exemples étudies
ici; elle est largement illustrée également par les données déjà acquises par d'au-
tres auteurs. Dans tous les cas le plan structural fondamental schématisé par la
figure 1 peut être retrouvé.
Chez les Sordariales le genre Chaeromium (Chaetomiaceae) présente des
ascospores le plus souvent lisses (C. semen-citrulli, Millner et al, 1977; C.
brasiliense, Rosing, 1982; C. repens, Figueras & Guarro, 1988) mais parfois
verrugueuses (C. thermophile, Millner et al., 1977). Chez les espèces où plu-
sieurs stades de développement ont été observés (Rosing, 1982; Figueras &
Guarro, 1988) il semble que la périspore soit extrémement mince et transitoire
et qu'il n'y ait pas d'endospore.
Dans l'ordre des Xylariales, si la paroi de l'ascospore jeune de Xylaria
polymorpha, étudiée par Rogers (1975), montre une structure à trois couches
(épispore, périspore, ectospore), celle des ascospores adultes présente le maxi-
mum de complexité, avec cinq couches superposées, mais sans réalisation d'une
ornementation: Poronia punctata (Stiers, 1974), Daldinia concentrica (Beckett,
1976a et b) et X. longipes (Beckett, 1979); en dépit de la difficulté
d'interprétation des clichés, la présence d'une endospore parait être de règle.
Chez l'Erysiphale Sphaerotheca mors-uvae (Erysiphaceae) étudiée par
Martin et al. (1976) la paroi ascosporale semble dépourvue d'endospore et por-
teuse d'une ornementation d'origine périsporale; les clichés sont toutefois difTici-
les à interpréter.
Source : MNHN. Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCÈTES 225
Chez les deux espèces d'Onygénales Onygenaceae étudiées en micro-
scopie électronique à transmission, la paroi, dépourvue d'endospore, comporte
une exospore formée à la surface de l'épispore. Réduite à des dépôts aplatis, ne
constituant pas une ornementation, chez Thermoascus aurantiacus (Ellis, 1981)
l'exospore est par contre bien développée chez Myxotrichum deflexum (Rosing,
1985) et forme une ornementation, visible sous forme de bourrelcts longitudi-
naux en microscopie électronique à balayage et présentant en coupe l'aspect
d'une roue crantée.
Chez les Ophiostomatales la paroi ascosporale sc rapproche du type
Jécrit chez les Diatrypales et Diaporthales où la paroi primaire se transforme
directement en une périspore à la base de laquelle se différencie tardivement une
cpispore; il n’y a ni endospore ni exospore. Malgré sa simplicité fondamentale,
la paroi peut prendre des aspects très variés:
ype lisse (Ceratocystis stenoceras, Garrison et al., 1979, Ceratocystis ulmi,
Jeng & Hubbes, 1980, Ophiostoma minus, Van Wyk & Wingfield, 1990 et
199 1a);
type faiblement ornementé avec ondulations irrégulières de la périspore
(Ophiostoma distortum, Van Wyk & Wingfield, 1991a);
type à appendices donnant à lascospore une forme en chapeau
caractéristique; ces appendices proviennent de la périspore, soit dans sa totalité
(Ophiostoma davidsonii, Van Wyk & Wingfield, 1991b, et O. cucullatum, Van
Wyk & Wingfield, 1991c) soit de sa seule couche externe (Ceratocystis fimbriata,
Stiers, 1976 et C. moniliformis, Van Wyk & Wingficld, 1990, Van Wyk et al.,
1991).
2. La diversité ultrastructurale de la paroi ascosporale des
Fupyrénomyceétes tient à plusicurs causes:
a) les couches constitutives de la paroi ascosporale sont diversement
développées ou différenciées (fig. 45). Ceci est particuliérement net pour la
périspore qui peut être réduite (Neurospora) ou importante (Diatrypella,
Contochaeta), homogène (Diatrypella, Coniochaeta) où hétérogène, sa partie
profonde donnant alors des ornementations d'aspect divers (Gnomonia,
'ypoxplon, Lacunospora, Apiosordaria). C'est également le cas pour la paroi
propre (= épispore), mince (Diatrypella, Gnomonia, Hypoxylon) ou épaisse
Coniochaeta) et présentant une hétérogénéité ( Lacunospora) qui peut conduire
à l'édification d'une ornementation (Neurospora, Gelasinospora, exospore du
Caudospora). Au niveau de l'endospore la diversité est plus réduite. Cette cou-
Che peut être absente ou quasi nulle, se confondant avec l'espace périplasmique.
Quand elle est développée, sa partie externe, plus ancienne, peut se différencier
de facon contripéte; l'endospore apparait alors subdivisée en deux parties, l'une
esterne, cartilagineuse, et l'autre interne. Cette dernière est importante seulement
lorsque la vitesse de différenciation est lente.
b) des aspects similaires de la paroi peuvent résulter de la différenciation
ct du développement de couches structurales différentes. Ainsi (fig. 45)
l'épaisseur de la paroi peut résulter essentiellement du développement de la pa-
rol propre (Neurospora) ou de celui de l'endospore (Sordaría, Podospora);
l'ornementation ascosporale peut avoir une origine périsporale (Apiosordaria,
Gnomonia, Hypoxylon, Lacunospora) ou provenir de la paroi propre
(Neurospora, Gelasinospora) ou de l'exospore (Caudospora). Ces conver-
gences ne peuvent étre décelées en microscopie photonique; les études au micro-
Scope électronique à balayage sont elles-mêmes insuffisantes: elle ne révèlent
Pas, par exemple, la différence d'origine de l'ornementation des Neurospora et
des Hypoxylon. Seule la microscopie électronique à transmission permet de sui-
Source : MNHN, Paris
226 A. BELLEMÈRE et al.
vre l'ontogénie de la paroi ascosporale et d'interpréter correctement la nature
des structures observées.
c) alors qu'habituellement le stade secondaire de la paroi s'établit par
différenciation d'une périspore à l'extérieur de la paroi propre, on constate chez
plusieurs des genres étudiés ici que la paroi primaire, fondamentalement
homogène, se transforme d'emblée en une périspore différenciée, antérieurement
à l'établissement du stade secondaire ( Diatrype, Apiosordaria, Lacunospora).
On peut admettre dans ce cas que la paroi ascosporale acquiert trés
précocement, dès le stade primaire, des potentialités de périspore et, par
conséquent, des potentialitės à l'ornementation. Or celle-ci favorise vraisembla-
blement la dissémination des ascospores et constitue ainsi un caractère adaptatif,
indiquant que ces Eupyrénomycétes sont d'un type évolué.
3. L'étude de l'ultrastructure de la paroi ascosporale des
Eupyrénomycètes suggère quelques remarques d'ordre systématique.
Tout d'abord au niveau du genre on observe souvent chez les espéces
d'un même genre (Neurospora, Sordaria, Gelasinospora) une architecture ana-
logue de la paroi ascosporale. Ce critère a ete parfois utilisé dans la délimitation
des genres; chez les Halosphacriales le genre Koklmeyeriella a été ainsi séparé
de Cucullospora (Jones et al., 1983). Mais il n'en est pas tenu compte dans le
genre Hypoxylon où pourtant les ascospores montrent une grande diversité
(Rogers, 1979).
Au niveau de la famille on dispose en général de données sur trop peu
de genres pour dégager des conclusions. Alors que chez les Xylariaceae par
exemple les structures des parois ascosporales sont voisines chez les genres
Xylaria, Daldinia et Poronia, chez les Sordariaceae par contre elles difTérent en-
tre le genre Sordaria d'une part, et les genres Neurospora et Gelasinospora d'au-
tre part.
Pour ce qui est des ordres il faut remarquer d'abord que certains types
de structure de la paroi ascosporale ne sont présents que dans certains groupes:
ainsi l'endospore est absente chez les Diatrypales et les Diaporthales mais elle
est présente chez les Sordariales. Mais il faut noter également que la structure
de la paroi ascosporale peut étre analogue dans des genres appartenant à des
ordres différents. Ainsi (fig. 45), l'ornementation de la paroi a une méme origi-
ne chez le Gnomonia (Diaporthales), l Hypoxylon (Xylariales) et le Lacunospora
(Sordariales).
Sans vouloir autrement généraliser, il est aussi remarquable qu'une orne-
mentation de la paroi d'origine périsporale conduise à des structures pariétales
très similaires chez des Discomycètes, parfois lichénisants, des Eupyrénomycètes
et des Ascomycétes plectasce
Chez les Eupyrénomycétes il apparait donc qu'il n'y a pas de corrélation
claire entre la structure de la paroi ascosporale et la systématique. Ceci est pro-
bablement dù, en partie du moins, à ce que la structure de la paroi ascosporale,
dont les caractéristiques semblent régies par un petit nombre de genes, peut etre
assez facilement influencée par l'action stressante des facteurs du milieu et de ce
fait révéler des adaptations relativement récentes à de nouvelles conditions am-
biantes (Bellemére et al., 1981; Melendez-Howell et al., 1987). Ainsi la présence
d'une ornementation, favorable à la dispersion, et le développement d'une
endospore, assurant un meilleur tampon du sporoplasme contre les
températures extrémes ou la sécheresse, pourraient affecter simultanément des
lignées évolutives différentes caractérisées au moins en partie par la structure de
Source : MNHN, Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCÈTES 227
leurs asques, plus conservatrice. En d’autres termes la structure de la paroi
ascosporale serait davantage un indicateur écologique qu'un indicateur
systématique.
REMERCIEMENTS
Nous remercions J. Bidoux, H. Chacun, C. Fournigault, N. Jampsin et M.C.
Malherbe pour leur précieuse et amicale collaboration technique, R. Cailleux (MNHN de
Paris) pour la fourniture de diverses souches, et la Direction de l'E.N.S. Fontenay-Saint-
Cloud pour diverses facilités accordées en vue de ce travail
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MÈRE et al.
230 A. BE
LÉGENDES DES FIGURES
Abréviations
ec: ectospore = limitante externe; en: endospore (ene: endospore cx-
terne; eni: endospore interne); ep: épispore (=paroi propre pp); ex: exospore;
ip: paroi intermédiaire (7); p: périspore (pe: périspore externe, pi, périspore
interne); s: sporoplasme.
Abbreviations:
ec: ectospore = investing membrane; en: endospore (ene: external
endospore; eni: internal endospore); ep: epispore (—proper wall pp); ex:
exospore; ip: intermediate wall (2); p: perispore (pe: external perispore; pi
internal perispore); s: sporoplasm.
Fig. 1: schéma synthétique de la paroi ascosporale faisant apparaitre les
équivalences de terminologie.
Fig. 1: Diagram of ascospore wall with equivalent terminologies.
Fig. 2-5: paroi ascosporale non ornementée à périspore développée.
Contraste uranyle-plomb: fig. 2 et 4; technique de Thiéry: fig. 3 et 5. Fig. 2 et 3:
trés jeunes ascospores avec paroi primaire réduite à la périspore chez
Diatrypella guercina (fig. 2) et Diatrype disciformis (fig. 3). Fig. 4 et 5:
ascospores adultes avec paroi comportant de l'intérieur vers l'extérieur:
lépispore, la périspore à texture fibrillaire et l'ectospore, chez Diatrype
disciformis (fig. 4) et Diatrypella quercina (fig. 3). Echelle 0,5 um (fig. 2 et 5) ou
0,2 um (fig. 3 et 4).
Fig. 2-5: smooth ascospore wall with developed perispore. Uranyl-lead
staining: fig. 2 and 4; Thiery's test: fig. 3 and 5. Fig. 2 and 3: very young
ascospores; primary wall reduced to perispore. Diatrypella quercina (fig. 2) and
Diatrype disciformis (fig. 3). Fig. 4 and 3: mature ascospores; wall comprising
from inside to outside: epispore, fibrillar perispore and ectospore. Diatrype
disciformis (fig. 4) and Diatrypella quercina (fig. 5). Scale: 0,Sum (fig. 2 and 5)
or 0,2um (fig. 3 and 4).
Fig. 6-8: paroi ascosporale non ornementée à périspore développée.
Contraste uranyle-plomb: fig. 6; technique de Thiéry: fig. 7 et 8. Fig. 6:
Hercospora tiliae et fig. 7: Diaporthe oncostoma; paroi réduite à une épispore et
à une périspore peu développée limitée par l'ectospore. Fig. 8: Leucostoma
pispore sinucuse et confluence des périspores de deux ascospores voisi-
. Echelle: 0,2 um (fig. 6 et 7) ou 1 um (fig. 8).
Fig. 6-8: smooth ascospore wall with developed perispore. Uranyl-lead
staining: fig. 6; Thiéry's test: fig. 7 and 8. Fig. 6: Hercospora tiliae and fig. 7:
Diaporthe oncostoma; wall reduced to epispore and scarce perispore with
investing ectospore. Fig. 8: Leucostoma nivea: sinuous epispore and confluent
perispores of two neighbouring ascospores. Scales: 0,2um (fig. 6 and 7) or
lum (fig. 8).
Source : MNHN. Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRENOMYCETES 231
Fig, 9-13: paroi ascosporale non ornementée pourvue d’une endospore
chez deux Sordaria: S. fimicola (fig. 9, 10 et 11) et S. prolifica (fig. 12 et 13).
Technique de Thiéry. Fig. 9: paroi d'une jeune ascosporc avec paroi propre
périspore à mince couche basale réactive et limitante externe faiblement si-
nueuse. Fig. 10 ct 12: parois d'ascospores en maturation: paroi propre et
périspore subdivisées, ébauche d'endospore. Fig. 11 et 13: parois d'ascosporcs
müres: endospore à deux couches. Echelle: 0,5 um.
Fig. 9-13: smooth ascospore wall with endospore in two Sordaria: S.
fimicola (fig. 9, 10 and 11) and S. prolifica (fig. 12 and 13). Thiéry’s test. Fig. 9:
young ascospore wall; proper wall, perispore bounded by a reactive thin basal
layer and sinuous investing membrane. Fig. 10 and 12: walls of developing
ascospores; splitted proper wall and perispore, incipient endospore. Fig. 11 and
13: mature ascospore walls: bilayered endospore. Scale: 0,5 um.
Fig. 14-17: paroi ascosporale non ornementée pourvue d’une endospore
chez Podospora anserina. Technique de Thiéry. Fig. 14: paroi d'ascospore en
maturation avec périspore épaisse, paroi propre et ndospore, toutes deux à 2
couches. Fig. 15: paroi d'ascospore un peu plus âgée avec érosion de la
périspore externe. Fig. 16: paroi d'ascospore âgée: périspore interne seule
conservée, paroi propre et endospore a deux couches. Remarquer la disposition
régulière (hélicoïdale ?) dans l'endospore interne. Fig. 17: cas oü l'endospore
interne est exceptionnellement très dév eloppi Echelle: 0,5 um.
Fig, 14-17: smooth ascospore wall with endospore in Podospora
anserina. Vhiéry's test. Fig. 14: wall of developing ascospore; thick perispore
and bilayered proper wall and endospore. Fig. 15: wall of an older ascospore,
external perispore eroded. Fig. 16: mature ascospore wall: internal perispore
preserved, bilayered proper wall and endospore. Notice the regular (helicoid 2)
disposition in internal endospore. Fig. 17: exceptional expansion of internal
endospore. Scale: 0,5 um.
paroi ascosporale non ornementée pourvue d'une endospore.
plomb. Fig. 18: jeune ascospore de Coniochaeta ligniaria ä
paroi épaisse comportant épispore, périspore et ectospore. Fig. 19: détail de la
paroi d'une ascospore adulte de Coniochaeta ligniaria, avec endospore épaisse
différenciée sous les autres couches. Fig. 20: detail de la paroi d’une ascospore
adulte de Gnomonia leptostyla avec endospore, épispore et périspore contenant
des plaques ornementales plus ou moins confluentes. Echelle: 0,5 um (fig. 18)
ou 0,25 um (fig. 19 et 20).
Fig. 18-20: smooth ascospore wall with endospore. ^ Uranyl-lead
staining. Fig. 18: young ascospore in Coniochaeta ligniaria; thick wall
comprising epispore, perispore and ectospore. Fig. 19: detail of mature
ascospore wall in Coniochaeta ligniaria; thick endospore formed beneath the
other layers. Fig. 20: detail of mature ascospore wall in Gnomonia leptostyla;
endospore, epispore and perispore containing more or less confluent ornamental
sheets. Scale: 0,5jam (fig. 18) or 0,25um (fig. 19 and 20).
Fig. 21-24: paroi ascosporale ornementée chez Hypoxylon fragiforme.
Contraste uranyle-plomb: fig. 22; technique de Thiery: fig. 21, 23 et 24. Fig. 21:
jeune ascospore avec périspore dérivée de la paroi primaire. Fig. 22: apparition
de plaques ornementales dans la périspore. Fig, 23: détail de la paroi d'une
ascospore plus ägee; ornementation en festons dérivant des plaques. Fig. 24:
Source : MNHN, Paris
232 A. BELLEMERE et al.
détail de la paroi d'une ascospore adulte avec endospore, épispore et périspore
dont la couche interne contient des masses oculiformes claires au sein de l'orne-
mentation. Echelle: 0.5m (fig. 21 ct 22) ou 0,2Sum (fig. 23 et 24).
Fig. 21-24: ornamented ascospore wall in Hypoxylon fragiforme.
Uranyl-lead staining: fig. 22; Thiery’s test: fig. 21, 23 and 24. Fig. 21: young
ascospore: perispore arising from primary wall. Fig. 22: ornamental perisporal
shects formation. Fig. 23: detail of an older ascospore wall; scallops arisen from
ornamental sheets. Fig. 24: detail of mature ascospore wall; endospore, epispore
and ornamented internal perispore. Scale: 0,5 um (fig. 21 and 22) or 0,25 um
(fig. 23 and 24).
Fig. 25-27: paroi ascosporale à ornementation d'origine périsporale chez
Apiosordaria verruculosa (cellule supérieure). Technique de Thiéry. Fig. 25: pa-
roi d'une jeune ascospore réduite à la périspore (contenant des différenciations
internes réactives) bordée par la limitante externe. Fig. 26: paroi d'une
ascospore en début de maturation avec mince paroi propre sous la périspore:
périspore interne à festons réactifs et périspore externe en guirlande claire. Fig.
27: paroi d'une ascospore proche de la maturité; ornementation constituée par
les piliers réactifs de l'épaisse périspore: limitante externe distincte. Echelle: 0,5
um.
Fig. 25-27: perisporal ornamentation of ascospore wall in Apiosordaria
verruculosa (upper cell). Thiery's test. Fig. 23: young ascospore wall reduced to
perispore (reactive differenciation within) and investing membrane. Fig. 26: wall
of developing ascospore; thin proper wall beneath perispore (internal part forms
reactive scallops and external a clear garland). Fig. 27: wall of an almost
mature ascospore; ornamentation constituted by reactive perisporal pillars
beneath the investing membrane. Scale: 0,5um.
Fig. 28-32: paroi ascosporale à ornementation d'origine périsporale chez
Lacunospora stercoraria. Technique de Thiéry. Fig. 28: paroi d'une trés jeune
ascospore formée d'une périspore claire à base trés réactive; espace
périplasmique développé. Fig. 29: paroi d'ascospore en début de maturation;
paroi sinueuse formée de la seule périspore trés réactive entrecoupée de sinus
clairs. Fig. 30: paroi d'ascospore un peu plus àgéc; aires claires triangulaires
remplagant les sinus. Fig. 31: paroi d'ascospore proche de la maturation; mince
paroi propre et périspore réactive contenant des aires triangulaires claires plus
nombreuses et plus développées. Fip. 32: paroi d'ascospore en fin de matura-
tion avec une endospore développée, une paroi propre très mince et une orne-
mentation BeSt plus ou moins confluente. Echelle: 0,2 um.
Fig. 28- amentation of ascospore wall in Lacunospora
stercoraria. Thee test. Fig. 28: very young ascospore wall; clear perispore
with highly reactive basal layer over the periplasmic space. . 29: wall of.
developing ascospore; highly reactive sinuous perispore with clear spots. Fig. 30:
wall of an older ascospore; triangular clear areas replace spots. Fig. 3 Il of.
an almost mature ascospore; triangular clear areas are more numerous and
developed in reactive perispore; thin proper wall. Fig. 32: mature ascospore
wall; endospore, thin proper wall and confluence of perisporal ornamentation.
Scale: 0,2 um.
Fig. 33-37: paroi ascosporale à ornementation formée dans la paroi pro-
pre chez Neurospora crassa. Technique de Thiéry. Fig. 33: paroi d'une jeune
Source : MNHN. Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRENOMYCETES 233
ascospore au début du stade secondaire avec une paroi propre assez
développée, mal délimitée de la périspore mince à deux couches: limitante exter-
ne reactive. Fig. 34: paroi d'une ascospore en début de maturation; paroi propre
ipaisse avec aires plus réactves; périspore inchangée. Fip. 35: paroi d'une
ascospore en cours de maturation; paroi propre importante en légère saillie
dans le sporoplasme en dehors des aires sombres (futures ornementations);
perispore inchangée. Fig. 36: paroi d'une ascospore proche de la maturité; paroi
propre à base réactive et contenant des aires sombres plus développée
périspore inchangée. Fig. 37: paroi d'une ascospore peu avant sa liberation: im.
portant développement des ornementations dans la paroi propre: la mince
périspore n'est plus bistratifiée. Echelle: 0,24m (fig. 33 et 36) ou 0,5 um (fig.
34, 35 et 37).
Fig. 33-37: ornamentation in proper wall of ascospore in Neurospora
Thiéry's test. Fig. 33: young ascospore wall (early secondary stage);
y developed proper wall not clearly separated from thin bilayered perispore:
reactive investing membrane. Fig, 34: wall of developing ascospore; thick proper
wall with reactive areas; unchanged perispore. Fig. 35: wall of an older
ascospore; large proper wall weakly projects into sporoplasm outside dark areas
(future ornamentation); unchanged perispore. Fig. 36: wall of an almost mature
ascospore; enlarged dark areas and reactive basal layer in proper wall. Fig, 37:
ascospore wall just before emission; large ornamentation in proper wall: thin
unlayered perispore. Scale: 0,2 um (fig. 33 and 36) or 0,5 um (fig. 34, 35 and
37).
Fig. 38-41: paroi ascosporale à ornementation formée dans la paroi pro-
pre chez Gelasinospora tetrasperma (fig. 38 et 39) et G. santifforii (ig. 40 et 41).
Technique de Thiéry, Fig. 38: paroi d'une jeune ascospore au stade secondaire;
mince périspore peu distincte de la paroi propre bien développée. Fig. 39: paroi
d'ascospore en début de maturation; paroi propre bien développée, réactive à sa
base et formant d'importantes saillies claires dans le sporoplasme, alternant avec
des plages faiblement réactives: périspore mince et claire. Fig. 40: paroi
d'ascospore vers la fin de sa maturation; présence d'une importante endospore à
deux couches, plus développée entre les saillies de la paroi propre dans le
sporoplasme; mince périspore. Fig. 41: paroi d'ascospore müre; endospore ex-
lerne trés importante entre les saillies de la paroi propre vers le sporoplasme (fu-
tures fovéoles de la paroi). La périspore a disparu. Echelle: 0,5um.
Fig. 38-41: ornamentation in proper wall of ascospore in Ge/asinospora
ferrasperma (fig. 38 et 39) and G. santiflorii (fig. 40 and 41). Thiéry's test. Fig.
38: young ascospore wall (secondary stage); thin perispore fairly distinct from
large proper wall. Fig. 39: wall of developing ascospore; large proper wall with
reactive basal layer and alternating prominent clear projections into sporoplasm
and reactive areas; thin clear perispore. Fig. 40: wall of an older ascospore;
bilayered endospore best developed between projections of proper wall into
sporoplasm: thin perispore. Fig. ^l: mature ascospore wall; very large external
endospore between projections of proper wall into sporoplasm (future fovcoli).
Perispore disappeared. Scale: 0,5um.
Fig. 42-44: ascospores à appendices. Contraste uranyle-plomb. Fig. 42:
appendices secondaires chez Caudospora taleola. Fig.43: délail d'un des appen-
dices terminaux d'origine périsporale et limité par l'ectospore. Noter les couches
de la paroi ascosporale: endospore, épispore, exospore formée de globules opa-
que, périspore et ectospore. Fig. 44: appendice primaire portant des appendices
Source : MNHN, Paris
234
secondaires à l'extrémité d'une ascospore de Podospora fimicola. Echelle: lum
(fig. 42 et 44) ou 0,Sum (fig. 43).
Fig. 42-44: appendaged ascospores. Uranyl-lead staining. Fig. 4
secondary appendages in Caudospora taleola. Fig. 43: detail of a terminal
appendage; from perisporal origin it’s bounded by ectospore. Notice the
ascospore wall layers: endospore, epispore, exospore (dark globules), perispore
and ectospore. Fig. 44: primary appendage bearing secondary appendages at
the tip of Podospora fimicola ascospore. Scale: Lum (fig. 42 and 44) or 0,5 (fig.
43).
Fig. 45: schéma comparatif des divers types de paroi ascosporale chez
quelques Éupyrénomycètes. Les figurés utilisés sont les mêmes que ceux de la fi-
gure 1. A: Diatrypella guercina; B: Coniochaeta ligniaria; C: Apiosordaria
verruculosa; D: Gnomonia leptostyla; E: Hypoxylon coccineum; F: Lacunospora
stercoraria; G: Caudospora taleola; M: Gelasinospora santiflorii.
Fig. 45: comparative diagrams of different types of ascospore walls in
various Eupyrenomycetes. Symbols used are the same as in figure 1. A:
Diatrypella quercin Coniochaeta ligniaria; C: Apiosordaria verruculosa; D:
Gnomonia leptostyla; E: Iypoxylon coccineum; Lacunospora stercoraria; G:
Caudospora taleola; H: Gelasinospora santiflorii.
WIN
2 1
Source : MNHN, Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCÈTES
235
Source : MNHN, Paris
236 A. BELLEMERE et al
Source : MNHN, Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCÈTES 237
Source : MNHN, Paris
238 A. BELLEMÈRE et al
Source : MNHN, Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOM YCÈTES 239
Source : MNHN. Paris
240 A. BELLEMÈRE et al.
Source : MNHN, Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉ NOMYCÈTES
241
Source : MNHN, Paris
242 A. BELLEMÈRE et al
Source : MNHN. Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRÉNOMYCÈTES
243
Source : MNHN, Paris
244 A. BELLEMÈRE et al
Source : MNHN. Paris
PAROI ASCOSPORALE EUPYRENOMYCETES 245
Source : MNHN. Paris
246 A. BELLEMERE et al
45 PAS D'ENDOSPORE UNE ENDOSPORE
PAS
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| =
83 |
z |
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al hn Mbt
Source : MNHN. Paris
Cryptogamie, Mycol. 1992, 13 (3): 247-251 247
MYCENA ROSEA ET LE COMPLEXE MYCENA PURA
J. PERREAU, J. LAMBOURDIERE et M.C. BOISSELIER
C.N.R S. - Laboratoire de Cryptogamie - M.N.H.N. -
12, rue de Buffon - F. 75005 PARIS
RÉSUMÉ - La distinction pressentie entre deux Mycénes ayant des caractéres morpholo-
giques trés voisins - Mycena rosea et Mycena pura - est confirmée par l'analyse
Slectrophorétique de neuf protéines à fonction enzymatique. Les résultats obtenus font
également apparaître la variabilité biochimique existant parmi les basidiocarpes lilacins de
M. pura, espèce où se manifeste une grande diversité pigmentaire
ABSTRACT - Electrophoretic analysis used to test nine isoenzyme activities corroborates
the already foreseen discrimination between the morphologically similar Mycena rosea and
Mycena pura. Likewise biochemical variability is noted among lilaceous basidiocarps of
Mycena pura, species with diversely pigmented basidiocarps.
MOTS CLÉS : Mycena, Tricholomatales, Holobasidiomycotina, analyse électrophorétique,
variabilité enzymatique.
Sous la dénomination d'Agaricus purus Persoon, puis de Mycena pura
(Persoon: Fries) Kummer, ont été décrits des champignons (Holobasidio-
mycotina - Tricholomatales) dont les basidiocarpes présentent des caractères
morphologiques presque semblables, avec toutefois des teintes variées, allant
non seulement du rose ou du lilacin, mais aussi du blanchátre ou du citrin jus-
qu'au violacé foncé et au pourpre. Les formes roses ont plus particulièrement
fait l'objet d'interprétations diverses au point de vue laxinomique puisqu'on les a
tour à tour considérées comme variété de M. pura ou comme espèce à part.
Ayant retracé (1985) l'historique des conceptions relatives aux Mycènes qui,
dans le groupe M. pura, ont reçu l'épithète rosea, Maas Geesteranus distingue
(1989) Mycena rosea (Bulliard) Gramberg de M. pura plus par l'aspect
maeroscopigue (...Mycena rosea, once shown, is casily distinguishable from M.
pura already in the field...) que par les caractères microscopiques. Cependant,
cet Auteur écrit: 7... In view of the great variability of Mycena pura, it does not
seem illogical to assume that Mycena rosea may be just another form or
variety..."; il ajoute toutefois que la présence de substances toxiques différentes -
muscarine chez l'un, composés psychotropes chez l'autre - paraît constituer un
argument de poids en faveur de la séparation des deux taxons. L'étude par
électrophorèse de protéines à fonction enzymatique, obtenues à partir des
basidiocarpes, permet d'envisager une telle distinction à la lumiére d'autres
critères biochimiques.
Saprophytes, poussant en troupe, à terre, dans la litière de feuilles mor-
tes, ces champignons appartiennent à la sous-section Purae, section Calodontes
du genre Mycena (Marasmiaceae) ct on y retrouve les principales
caractéristiques. de ces subdivisions. Leurs basidiocarpes, à développement
Source : MNHN, Paris
248 J. PERREAU, J. LAMBOURDIERE et M.C. BOISSELIER
gymnocarpique, a silhouette collybioide assez grêle, de taille moyenne (50-60 à
100 mm de hauteur), putrescibles, ont une odeur raphanoide. Le stipe fistuleux,
couvert à la base de fibrilles blanchátres, porte un piléus campanulé ou conique
arrondi, puis convexe plus ou moins étalé, finement strié à la marge, peu
charnu, à revêtement humide, hygrophane. L ‘hyménophore est constitué de
lamelles horizontales, sinuées-adnées, souvent veinées, anastomosées-gaufrées
dans le sinus interlamellaire, de tcinte pâle, à arête concolore ou plus claire. Les
spores sont ellipsoides, à paroi lisse, mince et amyloide.
Comparé aux différentes formes de M. pura, M. rosea se reconnaitrait à
son pilèus d'un diamètre en général plus grand (supérieur à 50 mm), à sommet
non déprimé, d'un rose vif, rose mauve ou rose violacé, jaunissant au centre.
Au lieu de blanchâtre å rose påle, la teinte des lamelles irait du rose påle au
rose lilacé, avec une aréte blanche et non concolore, tandis que le stipe resterait
peu coloré, blanc ou lavé de rose pâle, jaunâtre en bas. Alors que les dimen-
sions sporales sont proches [7,4 - 8,1 - (9,2) x 3,4 - 4,9 - (5,6) um dans le groupe
M. pura, 6,7 - 9.0 x 4,5 - 5,6 um pour M. rosea], la largeur ct la forme [jusqu'à
36 um - nettement plus sphéropédoneulée, pour AM. rosea] des cheilocystides, ap-
paraitraient plus determinantes.
Quinze échantillons ont été cucillis - bien développés mais en bon état de
fraicheur -, en automne 1991, dans la forét de Fontainebleau (F. 77), sur terrain
siliceux, parmi les feuilles mortes de hêtre (Fagus silvatica L.) principalement.
Numérotés de 187 à 201, provenant chacun de stations différentes réparties
dans trois domaines (Rocher Long, Franchard, Gros Fouteau) du massif fores-
tier, les six premiers à piléus rose (a peu prés K.” 3D/28D brillant - vers S. 135
- proche de M." 11 A 5), lamelles rosées et stipe blanc jaunissant - teinté de rose
chez le n° 188 - correspondent à M. rosea. Les neuf autres spécimens peuvent
être rapportés å M. pura; ils présentent une PIRES lilas rosé où mauve
päle (K. 578 > 10; 25; 45 15 A 2; 14 B 3/4 envi-
ron), accentuée jusqu'au violacé brunátre (vers K. E S. 104 ou 43 - M.
11 C 5 environ) sur le piléus et le stipe. Les basidiocarpes 194 et 197 se mon-
trent plus rose violacé tandis que le n°193, à cheilocystides clavées, larges de 12
- 16 um, présente une coloration générale vieux rose (K. 17/22 - vers S. 84 -
vers M. 10 B 4 ) (rosée sur les lamelles) susceptible de le faire considérer sur le
terrain comme appartenant à M. rosea. Il faut noter aussi que, avec l'âge ou
l'humidité, toutes ces teintes roses, lilacées ou violet purpurin passent nor-
malement au beige rosatre ou au brunatre violacé.
Bien que le mycélium de ces champignons puisse être cultivé à partir de
la germination des spores ou par bouturage de l'hÿménophore (Oddoux, 1955),
les essais réalisés sur milieu de Hagem amélioré ne s'averent pas suffisamment
performants lorsqu'il s'agit de la réalisation d'électrophorèses. Pour chaque
exemplaire conservé après la récolte une quinzaine d'heures à 4°C, un secteur
de 200 - 250 mg découpé dans le peus est done broyé en tampon uis-glycine
(4, 95 M, pH 8,3) - mercaptoëthanol (U, 34 %) en vue de la préparation de l'ex-
trait protéique. Des quantités valentes de protéines sont ensuite soumises à
une migration électrophorétique verticale en gel de polyacrylamide
K: KLINCKSIECK P. & VALETTE T., 1908 - Code des couleurs. Paris, P.
Klincksicck, 86 p.
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Source : MNHN, Paris
MYCENA ROSEA ET LE COMPLEXE MYCENA PURA 249
(prémigration 2,5%; migration 7%). Neuf révélations enzymatiques ont été
test estérases, isocitrate-déshydrogénase, malate-déshydrogénase, glutamate-
oxaloacétate-transaminase, peroxydases, phosphatases acides, glutamate-
déshydrogénase, malico-enzyme et alcool-déshydrogénase (Boisselier-Dubayle,
1988; Hofman, 1988).
Tous les zymogrammes obtenus indiquent une nette différence dans les
résultats entre les six premiers spécimens et les neuf autres (les n^193 et 200 se
singularisant toujours par rapport aux sept autres échantillons du méme grou-
pe). Les profils observés en ce qui concerne les estérases, l'isocitrate-
déshydrogénase et la malate-déshydrogénase se montrent les plus significatifs
(fig. 1). On remarque non seulement une certaine homogénéité parmi les sou-
ches nommées M. rosea, mais également une variabilité évidente chez celles
rattachées à M. pura. Pour ces dernières, trois profils se distinguent nettement
par la révélation de Visocitrate-deshydrogénase. Ils permettent de regrouper:
1) les souches 196 (basidiocarpe lilacin grisätre), 194 et 197 (rose
violacé), 195 et 201 (violacé);
2) les souches 198 et 199 (basidiocarpe violacé assez soutenu);
3) les souches 193 (basidiocarpe vieux rose) et 200 (violacé brunatre).
Ces trois groupes se retrouvent à la lecture des profils malate-
déshydrogénase et estérases (les plus polymorphes). Enfin, les profils de la
malate-déshydrogénase soulignent l'existence de deux types électrophorètiques
parmi les exemplaires de M. rosea étudiés: 187, 190 et 191 d'une part, 188, 189
et 192 d'autre part.
Nos premiéres observations relatives à la variabilite enzymatique chez
les Mycénes à lamelles pâles de la sous-section Purae permettent bien d'appuyer
l'individualité, par rapport à un complexe Mycena pura diversement pigmente,
d'un ensemble que, selon Maas Geesteranus, on peut appeler Mycena rosea
(Bulliard) Gramberg. Ces différences d'ordre enzymatique viennent corroborer
celles déjà découvertes à propos des substances vénéneuses et signalées par
Kricglsteiner & Schwôbel (1982). En effet, Heim (1963) relate l'intoxication ”
assez caractéristique du type psychotropique..." subie par V.H. Etienne en 1959
à la suite de l'ingestion de 40 échantillons frais de M. pura. Un peu plus tard,
la présence de muscarine chez M. rosea est mise en evidence par Kubitka &
Veselk$ (1978) [la mention Mycena rosea (Bull.) ex Saccardo & Dalla Costa
étant toutefois inexacte puisque les deux Auteurs italiens se référent à Mycena
rosella - cf. Maas Geesteranus, 1985].
Dès avant la fin du XVIIIème siècle, la Mycène rose a été parfaitement
représentée par Bulliard, sous le nom évocateur d'Agaric couleur de rose, sur la
planche 162 (1783 - 84) de l'Herbier de la France (reprise dans l'Histoire des
champignons de la France) choisie comme lectotype du taxon par Maas
Geesteranus (1985). Pourtant, la légende de cette planche, de même que celle de
la planche 507, insistant sur la ‘ariété des formes et des couleurs, s'applique
plutôt à M. pura. D'autres analyses biochimiques permettront sans doute de
mieux comprendre l'organisation du complexe M. pura et éventuellement les re-
lations entre ses représentants dans les pays tempérés et ceux, très nombreux,
qui Viennent en régions tropicales (Corner, 1986).
Source : MNHN, Paris
250 J. PERREAU, J. LAMBOURDIERE et M.C. BOISSELIER
M. rosea M. pura
187 188 189 190 191 192| 193 194 195 196 197 198 199 200 201
x GENES: KEIT EEG id
187 | 193 198 200
187 | 193 197 200
Fig. 1 - Zymogrammes des estérases (EST), de l'isocitrate-déshydrogénase (IDH) et de la
malate-déshydrogénase (MDH) mettant en évidence la distinction entre Mycena
rosea et Mycena pura.
Fig. 1 - Electrophoretic patterns for esterases (FST), isocitrate-dehydrogenase (IDH) and
malate-dehydrogenase (MDH) showing the differences between Mycena rosea and
Mycena pura.
Source : MNHN. Paris
MYCENA ROSEA ET LE COMPLEXE MYCENA PURA 251
BIBLIOGRAPHIE
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN Paris
Cryptogamie, Mycol. 1992, 13 (3): 253-257 253
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COLE Garry T. and HOCH Harvey C., 1991 - The fungal spore and disease
initiation in plants and animals. N.Y. and London, Plenum Press. 355p.
ISBN 0-306-434 5
L'ensemble des articles contenus dans cet ouvrage porte sur l'étude des
phases préliminaires de la pathogenése des champignons chez les plantes et les
animaux. L'objectif des éditeurs est de démontrer la communauté d'approche
dans cette recherche sur les interactions champignons-plantes et champignons-
animaux.
Les chapitres sont groupés en quatre thémes correspondant aux
différentes étapes de l'invasion: I: Fixation de la spore et début de l'invasion, Il:
Activité de la spore et pathogenése, III: Réponse de l'hôte, IV: Aspect
moléculaire de l'initiation de la maladie.
Le point crucial dans l'initiation d'une maladie fongique est la fixation
de la spore sur le tissu de l'hôte. Quel que soit le domaine dans lequel ils tra-
vaillent, les spécialistes sont d'accord sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un simple
accolement mais que sont produites au niveau des spores, un certain nombre de
substances chimiques (enzymes, glycoprotéines, polysaccharides...) ou de struc-
lures adhésives puis penétrantes. Les huit premiers chapitres montrent bien le
parallélisme des approches et la similitude des méthodes expérimentales utilisces
dans les deux types de pathologies (rouilles, dermatophytes et Candida).
Les principales barrières à l'invasion par les champignons sont la
cuticule pour les plantes et l'épithelium pour les vertébrès. La production
d'enzymes hydrolysants est mise en évidence chez certains pathogènes, associés
à la pénétration des cuticules et épithélium (cutinases extracellulaires chez
Fusarium solani f. sp. pisi, Alternaria alternata, Colletotrichum graminicola,
enzymes protéolytiques, estérases, chitinase et lipase chez Metarrhizium
anisopliae).
Seuls les dermatophytes peuvent attaquer un épiderme kératinisé intact.
La dégradation de la kératine et des protéines associées a été mise en évidence
in vitro mais cette activité est encore peu démontrée in vivo. Les autres
pathogènes traversent les épithéliums à la faveur d'un appauvrissement acciden-
tel en Kératine. La nécessité de l'isolement et de la caractérisation de ces
enzymes - clefs (facteurs de virulence) et des inhibiteurs de ces enzymes in vivo
est encore commune aux deux domaines. Elle fait apparaître que les recherches
à venir doivent porter sur les bases moléculaires de la synthèse et de l'émission
des produits en cause dans le systeme hóte-parasite.
Bien qu'il y ait des différences claires dans la nature de la réponse ani-
male ou végétale aux phases précoces de l'invasion par le champignon, notre
connaissance sur la façon dont le champignon vaine où évite ces défenses est en-
core rudimentaire. On connait par ailleurs bien certaines structures de
pénétration hautement spécialisées comme la formation d'haustorium chez
rysiphe graminis et les céréales hôtes et les réactions cellulaires de celles-ci.
Source : MNHN, Paris
254 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Ainsi un certain nombre de points, d'ordre fondamental, restent encore
à préciser dans les mécanismes d'actions et réactions d'agression et de défense
hõte-parasite.
Le développement des techniques de biologie moléculaire (DNA
recombinant) est un nouveau volet de la recherche dans les domaines de la
pathologie médicale et végétale. La possibilité d'obtenir des sondes pour évaluer
les distances entre pathogénes et non pathogènes, pour étudier l'épidémiologie,
est bien développée et prometteuse sur un plan pratique et fondamental. Pour
les auteurs, l'avenir de la recherche passe par au moins trois approches: la
régulation des gènes, le transfert de gènes de pathogénicité et l'étude de mutants.
L'étude des gènes de pathogénicité relève d'une technologie empruntée à
celle des levures et en cours d'adaptation aux champignons filamenteux, surtout
chez Neurospora crassa ct Aspergillus nidulans comme modèles mais aussi chez
quelques pathogėnes (Cochliobolus sp., Bremia lactucae). L'avant dernier cha-
pitre constitue une intéressante revue générale des techniques utilisées dans ce
domaine. Ici encore on peut noter que l'étude de la pathologie fongique animale
et végétale suivent les mêmes voies de recherche.
Cet ouvrage, qui pourrait être hétérogène par la diversité de
spécialisation des auteurs, réussit à présenter une approche homogène de l'ini
tiation des maladies fongiques. Elle permettra au lecteur d'appréhender la ques
tion de façon globale et de bénéficier des résultats obtenus dans des spécialités
mycologiques souvent sans communication.
M.F. Roquebert
SNEH B., BURPEE L. and OGOSHI A., 1991 - Identification of Rhizoctonia
species. St Paul, Minnesota, USA. APS Press, 133 p. ISBN
0-89054-123-X.
Les Rhizoctonia représentent un groupe de champignons trés important
en pathologie végétale. principalement, mais aussi comme saprophytes ou
mycorrhizes des orchidées ou autres plantes. Cette vaste répartition d'organis-
mes d'intérêt économique non négligeable, a conduit à un grand nombre de pu-
blications à travers le monde. Cependant la cl; ation et l'identification des
Rhizoctonia est complexe. La monographie qui est présentée ici veut étre, mo-
destement, une introduction à la taxonomie, à l'identification, aux groupes
d'anastomoses et aux techniques utilisées dans l'étude des RAizoctonia.
La description originale du genre par de Candolle (1815) était si globale
"sclérotes de texture uniforme portant des hyphes ramifiées, associées aux raci-
nes de différentes plantes” que bien d'autres champignons sans relation avec les
Rhizoctonia ont été inclus dans le genre. Plusieurs auteurs ont effectué des mises
au point, principalement sur la définition de A. solani (Parmeter & Witney,
1970). En 1987, Moore utilisant le critére de la structure des septa et des pores
dans les hyphes des téléomorphes a mis en évidence leur appartenance à plu-
Sieurs — groupes systématiques: — Ascomycétes, Ustomycetes, Holo- et
Hétérobasidiomycètes. Il s’en suivit une révision nomenclaturale qui conduit, lo-
giguement, Moore à placer, par exemple, les anamorphes de Thanatephorus
(groupe R. so/ani) dans le genre Moniliopsis Ruhland. Tout en reconnaissant le
bien fondé de cette nouvelle conception, les auteurs gardent le nom Rhizoctonia
en raison de son implantation tres ancienne dans le domaine de la
phytopathologie et de sa large utilisation. L'hétérogénéité du genre n'est cepen-
dant pas discutable.
Source : MNHN, Paris
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 255
Après cette introduction taxonomique, les auteurs proposent un chapitre
détaillé sur les méthodes d'isolement, d'identification (coloration des noyaux, fu-
sion des hyphes, induction des téléomorphes) et de conservation des souches de
Rhizoctonia, Un autre chapitre porte sur la morphologie descriptive de ces or-
ganismes avant que ne soient proposées les clefs cytomorphologiques des ana- et
téléomorphes et les descriptions des groupes d’anastomose d'espèces bi- et
multinucléées. Pour les espèces analysées (R. solani, zeae, oryzae, repens) il sem-
ble qu'il y ait corrélation entre les possibilités d'anastomoses et les séquences de
bases de l'ADN.
Une importante bibliographie (14 pages) accompagne cet ouvrage qui se
termine par un index des taxons: espèces reconnues, synonymes, espèces dou-
teuses et téléomorphes.
Malgré l'hétérogénéité des Rhizoctonia et la relative difficulté de mise en
oeuvre des fusions hyphales avec des souches types, qui n'est pas à la portée de
tous les phytopathologistes, cet ouvrage a le mérite de faire une synthèse claire
des méthodes d'identification ct de proposer une classification pratique de ce
groupe de champignons.
M.
. Roquebert
HERRERA J.R., 1992 - Fungal cell wall: Structure, synthesis and assembly.
Boca Raton, Florida, USA, CRC Press Inc., 248p. ISBN 0-8493-6672-0.
L'auteur est un mycologue spécialiste de la paroi fongique, de sa for-
mation et de sa structure ainsi que de la régulation, du développement et de la
différenciation des champignons.
Profitant de son expérience en la matière, il propose ici un ouvrage de
synthèse couvrant en 10 chapitres les aspects structuraux, biochimiques et fonc-
üonnels de la paroi doht l'importance dans la protection de la cellule, et sa
différenciation morphologique n'est plus à démontrer.
Le premier chapitre expose la composition chimique générale des parois:
méthodes d'isolement et d'analyse, revue des principaux composants:
polysaccharides, lipides, protéines... Suivent deux chapitres sur l'évolution de la
composition chimique au cours du développement et l'organisation, au niveau.
ultrastructural, des différents composants. Dans une suite assez peu logique,
l'auteur revient sur l'étude détaillée des glucanes, chitine et chitosane,
glycoprotéines, abondamment développée en 3 chapitres bien documentés où
sont abordés la structure, la biosynthèse, le rôle spécifique de chacun d'eux.
Les chapitres suivants sont plus originaux. lls exposent les résultats ac-
tuels des recherches sur la synthèse intracellulaire des composants puis de leur
acheminement et assemblage. On est frappé par le fait que, dans le schéma
général des différentes étapes de cet assemblage, bon nombre restent suivies
d'un point d'interrogation. Par exemple on ne sait encore exactement à quel ni-
veau cellulaire commence et se te’ mine la synthèse de la chitine, où est initiée la
synthèse des glucanes etc. Les expériences, les résultats et les hypothèses ac-
luelles sur ces points sont cependant exposés en detail. La synthèse et le trans-
fert des protéines paraissent mieux connus. La plupart sont transférées à travers
la cellule, aussitôt que produites par les ribosomes liés au réticulum
endoplasmique rugueux. Aprés debut de glycosylation a la face interne de ce
dernier, elles sont véhiculées par les systèmes membranaires (appareil de Golgi)
€t les vésicules sécrétoires vers l'extérieur du cytoplasme où elles sont associées à
la paroi.
Source : MNHN, Paris
256 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Les mécanismes de croissance et d'extension de la paroi cellulaire sont
abordés au dixiéme et dernier chapitre. L'utilisation de la fixation par le froid,
en microscopie électronique, a permis de lever des doutes sur l'organisation
structurale du cytoplasme aux points de synthèse pariétale et de mettre en
évidence des structures propres aux fonctions d'accompagnement et de direction
telles que des microfilaments en région apicale et des microvésicules disposées
de façon linéaire vers la membrane plasmique, Une corrélation est établie entre
la distribution de l'actine et la polarisation de la croissance pariétale. Enfin les
courants électriques, ioniques et de pll trouves dans les zones de croissance
(gradient de Ca. et elTet énergétique de l'ATP conjugués) expliquent en partie
la progression axiale des hyphes.
Cet ouvrage, assez personnalisé, est une excellente synthése sur le sujet.
Chaque chapitre est l'objet de réflexions, d'analyse de résultats expérimentaux,
de conclusions, d'hypothéses et de questions. La présentation est peut-être un
peu dense, avec peu d'illustrations ou de tableaux recapitulatifs, mais une biblio-
graphie tres riche (environ 1000 références) enrichit chaque chapitre. Il sera trés.
utile aux enscignants et aux chercheurs entreprenant une recherche dans ce do-
maine.
M.
. Roquebert
WIIIPPS JM. and LUMSDEN R.D., 1989 - Biotechnology of Fungi for
Improving Plant Growth. Symposium of the British Mycological Society
held at the Univ. of Sussex, Sept. 88. Cambridge University Press, 303p.
ISBN 0-521-38236-X.
Le corps de cet ouvrage comprend les treize articles présentés lors d'un
colloque organisé par le Comite des Biotechnologics de la British Mycological
Society, à l'Université de Sussex. Les vingt-huit auteurs de ces documents
synthétiques intégrant les observations les plus récentes pour chacun des sujets
abordés, travaillent dans des institutions de recherches de pointe en France, au
Royaume-Uni et en Amérique du Nord
Les textes reproduits passent en revue les multiples utilisations des
champignons dans le domaine de l'amélioration de la croissance des plantes
vasculaires. Ils analysent également les paramètres commerciaux susceptibles
d'accroitre assez rapidement la commercialisation des préparations d'origine
fongique. L'utilisation des champignons pour le contrôle des mauvaises herbes
en culture agricole intensive est devenue, de nos jours, une pratique courante
avec des dimensions commerciales. De méme, des produits prometteurs,
également d'origine fongique, commencent à apparaître sur le marché; ces der-
niers serviront à lutter contre les nématodes parasites des plantes, les champi-
gnons et les insectes phytopathogénes.
Le rôle des champignons dans la stimulation du développement des
plantes vasculaires, soit directement par production de métabolites secondaires,
soit par le biais d'hormones de croissance, est également analysé en profondeur,
Enfin, une attention particulière est accordée aux progrès technologiques accom-
plis dans les domaines de la sélection, la culture et les modes de formulation
commerciales des produits d'origine fongique,, en rapport avec la pluralité des
missions affectées à ces microorganismes.
Les informations contenues dans cet excellent ouvrage seront, sans
conteste, fortement utiles aux enseignants et chercheurs s'intéressant à la
mycologie, la phytopathologie, la botanique, la foresterie et l'entomologie. Les
sujets abordés concernent un domaine où des progrès marquants sont attendus
Source : MNHN, Paris
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 257
et cela en raison des efforts intensifs déployés par les scientifiques et les utili-
sateurs dans leur poursuite de l'examen de nouvelles technologies et possibilités
ayant pour objectif l'amélioration de la croissance des plantes vertes.
J. Mouchacca
TRESCOL F., 1992 - Cortinaires: diagnoses. Clés. 4 volumes. Alés, France,
Edition Mycologique Alésienne, C. Epinat, 7 quai Jean Jaurès, Alès,
S08p. ISBN 2-9506800.
Diagnoses - Fascicule 1: Cortinaires visqueux et index général. Fascicule
2: Cortinaires non visqueux.
Clé
visqueux.
- Fascicule 3: Cortinaires visqueux. Fascicule 4: Cortinaires non
INTERNATIONAL MYCOLOG
collection, 10th edition 199
L INSTITUTE - Catalogue of the culture
Kew, U.K., CAB International.
Filamentous fungi, yeasts and plant pathogenic bacteria.
o
Le 3éme Congrés de la Société Française de Phytopathologie se tiendra
à Dijon les 7, 8 et 9 Décembre 1993 (M. C. Alabouvette - INRA. Laboratoire
de recherche sur la flore pathogène du sol, 17 rue Sully, BP 1540, 21034 Dijon -
France).
The third Congress of the "Société Française de Phytopathologie" will be
held at Dijon from December 7 10 9, 1993 (Mr C. Alabouvette - INRA, Labora-
toire de recherches sur la flore pathogène du sol, 17 rue Sully, BP 1540, 21034
Dijon - France).
A A
BIBL.DU
MUSEUM
PARIS
Source : MNHN. Paris
Commission paritaire 16-1-1986 - N° 58611 - Dépôt légal 3* trimestre 1992 - Imprimerie F. Paillart
Sortie des presses le 30 septembre 1992- Imprimé en France
Editeur : A.D.A.C. (Association des Amis des Cryptogames)
Président : R. Baudoin ; Secrétaire : D. Lamy
Trésorier : J. Dupont; Directeur de la publication : H. Causse
Source : MNHN, Paris;
CRYPTOGAMIE
Diffusion de CRYPTOGAMIE
LE PÉRIODIQUE FRANCAIS
CONSACRÉ A LA CRYPTOGAMIE
CRYPTOGAMIE est un périodique édité
par l'A.D.A.C. (Association des Amis des
Cryptogames), dont le siège est au Labo-
ratoire de Cryptogamie du Muséum Na-
tional d'Histoire Naturelle. Les cher-
cheurs de tous pays y publient leurs
travaux en français, allemand, anglais, es-
pagnol et italien, après accord des
Comités de Lecture constitués de
spécialistes de réputation internationale.
CRYPTOGAMIE propose trois sections:
Cryptogamie, Algologie
Cryptogamie, Mycologie
Cryptogamie, Bryologie-Lichénologie
Chaque section publie 4 numéros par an
(tirage: 450 exemplaires).
THE FRENCH JOURNAL
DEVOTED TO CRYPTOGAMY
CRYPTOGAMIE is a periodical
published by A.D.A.C. (Association des
Amis des Cryptogames), settled at Labo-
ratoire de Cryptogamie, Muséum National
d'Histoire Naturelle. Research workers
from the whole world publish their papers
in French, German; English, Spanish and
Italian, after acceptation by a selection
commettee that comprises experts of inter-
national renown.
CRYPTOGAMIE offers to its subscribers
three sections:
Cryptogamie, Algologie
Cryptogamie, Mycologie
Cryptogamie, Bryologie-Lichénologie
Each section publishes 4 numbers a year
(printing: 450 ex.).
E) Europe Afrique [] Australie
Amérique fi Asie
Origine des 453 articles publiés de 1986 à 1991
E Europe 国 Arrique
Amérique J Aste
Répartition des articles publiés de 1986 à 1991 selon la langue
em
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
G. DURRIEU et S. HASAN - I es champignons agents de lutte biologi-
que contre les rnauvaises herbes .. n
J. DUPUY, J. LE BARS et P. LE BARS. - Mycotoxonogenése de sou-
ches de Fusarium: contrainte en vue de leur utilisation dans la
lutte biologique . e
F. BUSCOT - Stratégies écologiques et biologiques des morilles ...
€. GROSCLAUDE - Les dégàts de champignons lignivores sur platane .
J. LE BARS et P. LE BARS - Contamination fongique de salaisons
sèches de viande: origine, conditions d'apparition, prévention .....
E. CHAUVET - De la biologie des Hyphomycétes aquatiques à
l'écologie des rivières …
A. BELLEMÈRE, MC. JANEX-FAVRE, L.M. MELENDEZ-
HOWELL et A. PARGUEY-LEDUC - Diversité ultrastructurale
de la paroi ascosporale chez quelques Eupyÿrénomycètes … me
J. PERREAU, J. LAMBOURDIERE et M.C. BOISSELIER - Md
rosea et le complexe Mycena pura
Analyses bibliographiques
Cryptogamie, Mycol. 1992, 13 (3): 149-257
149
159
171
181
193
203
215
247
253