\
geodiversitas fait suite,
avec la même tomaison, au Bulletin du
Muséum national d’Histoire naturelle,
4 e série, section C, Sciences de la Terre.
Directeur de la publication :
H. de Lumley, Directeur du
Muséum national d’Histoire naturelle
Rédacteur en chef :
Hervé Lelièvre
Conseil éditorial :
Annemarie Ohler (Nomenclature)
Assistante de rédaction :
Florence Kerdoncuff
Corrections-relecture :
Hélène Bertini
Sandrine Hoffart-Muller
Juliette Thomas
Comité scientifique :
Jean Broutin (UPMC, Paris)
Bruno David (CNRS, Dijon)
Jean-François Deconinck (USTL, Lille)
Patrick De Wever (MNHN, Paris)
Jean Marcoux (U. Denis Diderot, Paris)
Christian Ravenne (IFP, Paris)
Abonnements pour l’année 1999 (prix HT)
Annual subscription rates 1999 (excluding VAT)
Abonnement général / General subscription : 1800 FF (274 euros)
zoosystema : 1000 FF (152,45 euros)
adansonia : 500 FF (76,22 euros)
geodiversitas : 1000 FF (152,45 euros)
geodiversitas peut être obtenu par voie d’échange.
Pour toutes informations s’adresser à :
geodiversitas may be obtained on an exchange
basis. For further information please write to :
Service des périodiques et des échanges de la
Bibliothèque centrale du Muséum national
d’Histoire naturelle
38 rue Geoffroy Saint-Hilaire
75005 Paris
Tél. : (33) 01 40 79 36 41
Fax : (33) 01 40 79 36 56
geodiversitas
Publications Scientifiques du Muséum, Paris
© Publications Scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, 1999
Photocopies :
Les Publications Scientifiques du Muséum adhèrent au Centre
Français d’Exploitation du Droit de Copie (CFC), 20 rue des
Grands Augustins, 75006 Paris. Le CFC est membre de
XInternational Fédération of Reproduction Rights Organisations
(IFRRO). Aux Etats-Unis d’Amérique, contacter le Copyright
Clearance Center, 27 Congress Street, Salem, Massachusetts 01970.
Photocopies :
The Scientific Publications of the Muséum adhéré to the Centre
Français d’Exploitation du Droit de Copie (CFC), 20 rue des Grands
Augustins, 75006 Paris. The CFC is a member ofi International
Fédération ofi Reproduction Rights Organisations (IFRRO).
In USA, contact the Copyright Clearance Center, 27 Congress Street,
Salem, Massachusetts 01970.
Willi Hennig et l’objet paléontologique
Pascal TASSY
Laboratoire de Paléontologie, UMR 8569, Muséum national d'Histoire naturelle,
8 rue de Buffon, F-75231 Paris cedex 05 (France)
ptassy@mnhn.fr
Cet article est issu d'une communication donnée lors du Forum Willi Hennig
à l’occasion des Journées Annuelles de la Société Française de Systématique
à l’Université Pierre et Marie Curie (19-21 septembre 1996)
Tassy P. 1999. — Willi Hennig et l’objet paléontologique. Geodiversitas 21 (1) : 5-23.
MOTS CLÉS
Hennig,
phylogénie,
paléontologie,
systématique phylogénétique,
ciadistique.
RÉSUMÉ
On analyse dans cet article le point de vue de Willi Hennig sur l’apport de la
paléontologie en matière de reconstruction phylogénétique, tel qu'il est
exprimé principalement dans PhylogeHetic Systenuittcs et Die Staminés-
geschicbte der Insektcn (Insect Phyiogeny) à partir de quatre thèmes : (l) UutUi-
sation des fossiles à des fins de reconstruction phylogénétique ; (2) la perti¬
nence des données pnléonrologiqties vis-à-vis de la théorie de la systématique
phylogénétique ; (3) la pertinence de la systématique phylogénétique vis-à-vis
des théories sur le processus évolutif ; (4) la classification des fossiles et la sys¬
tématique phylogénétique. Les liens entre la ciadistique et la paléontologie
ont été souvent conflictuels et le sont encore parfois, mais la lecture de
l’œuvre de Hennig ne montre pas de réelle minoration de l’information
paléontologique, même si 1 interprétation hennigienne du critère de « précé-
dence géologique » ne fait pas de la paléontologie la science phylogénétique
par excellence. Les conflits ont été entretenus par une mauvaise compréhen¬
sion, par les paléontologues, de la notion d'âge des taxons, d’une mauvaise
lecture faite des critiques de pratiques répandues en paléontologie qui concer¬
naient en fait les méthodes évolutionnistes en général et non la paléontologie
en tant que telle (tournant autour de la confusion entre structure de parenté
— pattern — et processus) et, enfin, par les développements de cladistes post-
hennigiens, notamment anglo-saxons, parfois éloignés des orientations de
Hennig lui-même. On souligne par ailleurs que Hennig, à propos de paléon¬
tologie, a abordé la question du lien entre l'analyse des caractères et le proces¬
sus évolutif, en des termes qui anticipent les discussions sur le rôle des
modèles en matière de construction de phylogénies moléculaires.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Tassy P.
ABSTRACT
Hennig,
phylogeny,
palaeontology,
phylogenetics,
systemarics,
cladistics.
ABSTRACT
Willi Henni g and the pahieontological object.
This paper analyses Willi Hennig’s viewpoint on the information brought by
palaeontology in connection with phylogeny reconstruction. This analysis is
mainly based on two books, Phylogenetic Systems tics and Die Stam-
mesgeschifhte der fnsekten (Jnsect Phylogeny) vvhere the treatmenr of four
tûpics is detailed: (1) the use of fossils for phylogeny reconstruction; (2) the
instght of palconmlogical data on the thcory ol phylogenetic systemarics; (3)
the insight of phylogeneric systemarics on théories dealing with evolurionary
processes; and (4) the classification of fossils in the phylogenetic systern. The
connection between cladistics and palaeontology h as been a source of
conflicts up to the recent years. But ITennig did not mmimize palaeonto-
logical information, even if his définition. of the critérium of “gcological pre-
cedence" do es not put palaeontology as the science ol phylogenetics per se.
Persistence of conflicts are due to three sources: the misunderstanding by
paléontologiste of the notion of âge of taxa; cladistic cri tics of evolurionary
methods vvhich were undersrood as crirics of palaeontology as a discipline
(an aspect connected to the confusion between pattern and process); post-
hennigian cladistic littérature, espeolally in the english-speaking circles,
sometimes different from I lennig's own views. It is alsu emphasized that
Hennig, with a pahieontological example, discussed die question of the rela¬
tion between process (mode of évolution) and character analysis in terms that
anticipate modem debates on the connection of evolurionary models with
parsimony analysis, especially in the molecular fteld.
Les premiers commentateurs en France de
l’œuvre de Willi Hennig (et principalement de
Phylogenetic System a tics) furent naturellement des
entomologistes [voir historique de P impact des
idées hennigiennes dans Dupuis (1979)]. Ibute-
fois, dans les années soixante-dix, années au
cours desquelles la systématique phylogénétique
s’imposa sous la dénomination de « cladisme »,
on trouve parmi les « militants » du hennigisme
de nombreux paléontologues, paléontologues
vertébristes à l'instar de Hoffstetter (1973). C’est
là un paradoxe puisque la systématique phylo¬
génétique fur critiquée vivement par d’autres
paléontologues, souvent parmi les plus presti¬
gieux. Une telle situation n’esr pas propre à la
France et se retrouve dans d’autres pays, en
Grande-Bretagne et aux États-Unis notamment.
Les raisons de l’émergejice d’un tel paradoxe sont
multiples. Pour beaucoup, et depuis fort long¬
temps, la phylogénétique en tant que science his¬
torique était l’affaire des paléontologues. De fait,
c’est parmi les paléontologues que l’on rencontre
nombre des cladisies des années soixante-dix.
Pourtant la systématique phylogénétique n’est
pas d’inspiration paléoncologiquc, en ce sens
qu’elle ne donne pas une place primordiale à la
science des êtres fossilisés. C’est donc aussi parmi
les paléontologues que Figurent les critiques les
plus ardents du cladisme. Il n est pas sûr, toute¬
fois, que dans les cercles paléontologiqucs on ait
bien lu a F époque Phylogeneric Sysîematics.
Le présent article n’a pas pour but d’aborder la
vaste question des liens qu’entretiennent les
études paléontologiques des fossiles et la recons¬
truction d’arbres phylogénétiques. Ce thème a
d’ailleurs été abordé avec, bien sûr des vues
conflictuelles aussitôt que Haeckel popularisa la
notion de phylogénie et d’arbre phylogénétique.
On peut même remonter plus avant, au début du
XIX e siècle, à l’aube de la science évolutionniste.
6
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Hennig et la paléontologie
Dans sa Philosophie zoolognjue } Lamarck publia
un arbre illustrant les relations de parenté entre
les êtres vivants mais, en parallèle, son étude des
invertébrés fossiles du bassin de Paris ne lui four¬
nit pas matière à dessiner des arbres évolutifs
bien qu espèces fossiles eL actuelles lussent classi¬
fiées dans une même systématique. Bref, depuis
les origines jusqu à l'époque contemporaine, le
fossile joue un rôle ambigu, en tout cas contro¬
versé, vis-à-vis de la notion de phylogénie
[même, par exemple, en se cantonnant à la sphère
des idées hennigiennes : on comparera avec pro¬
fit les points de vue de Schoch (1986) et de
Smith (1994) d’une part, et ceux* exprimés dans
l'ouvrage dirigé par Schmidt-Kittler ôc Willmann
(1989), d’autre part]. Je n’ai pas non plus failli à
la règle en donnant mon point de vue de paléon¬
tologue cladiste ici et là (voir notamment Tassy
1981a, 1993, 1996 ; Goujet et al 1983 ; Goujet
ik Tassy 1997). Néanmoins le sujer traité ici n'a
pour ambition que d’inviter le lecteur à se pen¬
cher sur l’œuvre meme de Hennig et tenter de
préciser la conception qu'avait 1 lennig de l’infor¬
mation paléonrologique et de son rapport à la
systématique phylogénétique. Cet article soutient
que les paléontologues auraient largement béné¬
ficié d une lecture clairvoyante de ce qu’a écrit
Hennig ; Phy loger/et ic System a tics et Die
S ta m mesgeschichte der Ir/sekten fournissaient aux
paléontologues les moyens de réhabiliter — en
tout cas de réévaluer - la paléontologie dans le
concert des disciplines phylogénétiques, précisé¬
ment au moment ou la biologie moléculaire pre¬
nait son essor, je déduis que les dénégations les
plus fortes de la pertinence des données paléon-
tologiqucs viennent des commentateurs et dis¬
ciples de Hennig, notamment anglophones, bien
plus que de I lennig lui-même. L* iifin cette rapide
revue des thèmes paléontologiques abordés par
Hennig montre que bien des points de vue cla-
distiques actuels, qui réhabilitent la paléonto¬
logie, paraphrasent en partie ce que Hennig a
écrit ou préconisé il y a plus de trente ans.
Les débats scientifiques se développent parfois
sur fond d’agressivité entre disciplines, agressivité
qui a d'autant plus de force qu'elle se nourrit de
méconnaissance et de malentendus. Méconnais¬
sance des travaux paléontologiques de Hennig
qui, installé à Stuttgart en 1963, y travailla
jusqu’à sa morr en se focalisant au contact de
Schlee sur les insectes fossiles de l’ambre de la
Baltique et du Liban — une vingtaine d'articles de
1964 à 1972 et d’autres posthumes [voir notam¬
ment Schlee (1978 : 384. 383 ; 1981 . xivj| -
sans remonter à deux articles des années trente
déjà consacrés aux fossiles de l’ambre de la
Baltique (Hennig 1938, 1939). Malentendu, sur¬
tout, sur ce qu’a écrit véritablement Hennig dans
Phylogmctic Systematics (1966). Méconnaissance,
à nouveau, de la partie théorique de Die Stam-
mesgcschichte der Inie k te// (1969, traducrion
annotée en anglais en 1981 sous le titre Imect
Phylogeny) y où est détaillée la question de l’inclu¬
sion des fossiles dans les classifications, et de soa
chapitre il entièrement consacre aux fossiles ;
méconnaissance pas nécessairement d'origine lin¬
guistique puisque Schmidt-Kittler & Willmann.
(1989 : 5) qualifient ce livre de l’un des plus
importants livres de paléontologie apparu dans
l’Allemagne d’après-guerre tout en soulignant
qu’il a pourtant pratiquement été ignoré des
paléontologues de langue allemande.
La présente discussion sur la paléontologie vue
par Hennig [essentiellement à partir de
Phylogenetic Systematics (Hennig 1966) mais pas
seulement] s’articule autour de quatre points :
— f utilisation des fossiles à des fins de reconstruc¬
tion phylogénétique ;
— la pertinence des données paléontologiques vis-
à-vis de la théorie de la systématique phylogéné¬
tique ;
— la pertinence de la systématique phylogéné¬
tique vis-à-vis des théories sur le processus évolu¬
tif-;
— la classification des fossiles dans la systématique
phylogénétique.
L UTILISATION DES FOSSILES
Dans celte section, je vais essayer de montrer que
pour Hennig, l’étude des fossiles et des' formes
actuelles est identique sur le plan opérationnel.
On sait que le système hennigien repose sur
l'analyse de l’holomorphe, c’est-à-dire la totalité
des sémaphorontes successifs dont un individu
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
7
Tassy P.
prend l’aspect au cours de son existence. Cette
analyse est menée à travers celle de la totalité des
caractères du sémaphoronte (Hennig 1966 : 7).
L’étude de la totalité des caractères du sémapho¬
ronte - Pholomorphe — est donc une façon
d’approcher sa réalité génétique, c'cst-à-dirc sa
position dans l’extension de la totalité des rela¬
tions (relations oncogénétiques + relations toko-
génétiques + relations phylogénétiques) dites
hologénétiques (Hennig 1966 : 30). C’est pour¬
quoi la systématique phylogénétique n’est qu'une
approche d'un système idéal qui serait celui reflé¬
tant les relations phylogénétiques dans leur
ensemble (Hennig 1966 : 29). Hennig, en effet,
voit d’abord la phylogénie comme une histoire
de l'évolution, comme le flux temporel de popu¬
lations interfécondes successives (Hennig 1966 :
81). La construction d'arbres phylogénétiques
n’est qu’une approche partielle, c'est un schéma
d’argumentation phylogénétique fondé sur des
données spécifiées et ces données, bien entendu,
ne peuvent inclure la totalité des caractères. Le
sémaphoronte est conçu comme une fabrique de
caractères, mais les caractères qui nous sont per¬
ceptibles sont ceux dont esr fait l'organisme à un
moment quelconque (Hennig 1966 : 63)-
L’idee du grand nombre de caractères en tant
qu’approche de la « totalité » est au coeur du sys¬
tème hennigien : à de nombreuses reprises
Hennig souligne que l’analyse phylogénétique
nécessite le plus grand nombre possible de carac¬
tères (Hennig 1966 : 120, 121. 132). Or, seuls
des fragments d’individus morts, plus exactement
de sémaphoronres (dont on ne peut savoir s'ils
appartiennent ou non à une meme communauté
de reproduction), sont donnés au paléontologue
(Hennig 1966 : 63)-
Ceux qui, pour diverses raisons, sc défient de la
paléontologie, ont depuis toujours avancé cct
aspect fragmentaire de l’information apportée
par les fossiles afin de minorer l’impact des pro¬
positions des paléontologues. Hennig n’est
cependant pas de ceux-là. Certes, l’approche
paléontoiogique est purement morphologique
(Hennig 1966 : 63). Cette faiblesse intrinsèque
rejette-t-elle pour autant la paléontologie hors du
champ de la systématique phylogénétique ?
Hennig répond par la négative car, dans la pra¬
tique, l'étude des formes actuelles n’est pas si
éloignée de celle des fossiles : en néontologie
l’espèce reconnue avec l’aide de critères morpho¬
logiques n’est qu’une approximation de l’espèce
génétique (Hennig 1966 : 66-68). Les corréla¬
tions entre relations génétiques et caractères
holomorphologiques sont toujours limitées et
incomplètes (Hennig 1966 : 66, 67J. Ces limites,
quoi qu’on en dise. Sont toujours déterminées
empiriquement (Hennig 1966 : 67), c’est-à-dire
par la contingence de la recherche. L'espèce
néontologique, principalement fondée sur la
morphologie, n’est qu'une approximation de
Lespèce biologique. Par là même, espèce néonto¬
logique et espèce paléontoiogique ne sont pas
fondamen talemen t di 11 érentes.
Sur le plan pragmatique, les fossiles sont donc
interprétables comme le sont les formes actuelles.
Le fossile n est alors considéré avec moins de
faveur que l’organisme actuel que parce qu’il
fournit à I observateur, en théorie et en pratique,
une moindre quantité de caractères. Qui peut
nier cela ?
1A PERTINENCE DES DONNÉES
PAL ËO NTO LOG1 QU ES VIS-À-VIS
DE I A THÉORIE DE LA SYSTÉMATIQUE
PHYLOGÉNÉTIQUE
Une fois reconnues les limites du fossile quant à
finformation hoiomorphologiquc, que peut-on
tirer des données paléontologiques ? Des résultats
cruciaux pour la systématique phylogénétique,
selon Hennig lui-mème, résultats qui sont sim¬
plement liés au fait que les fossiles offrent des
données supplémentaires, toutes propres, en
principe, à contrôler/réfuter les données prises
sur les formes actuelles.
L’analyse des caractères
Concernant l'analyse des caractères, les fossiles
permettent de combler des lacunes qui séparent
parfois les formes actuelles (I lennig 1966 : 142),
de telle sorte qu'ils permettent d’élucider des pro¬
blèmes concernant les relations entre groupes
frères qui seraient impossibles à résoudre à partir
des seules formes actuelles. Hennig donne à ce
sujet deux exemples empruntés aux insectes
GEODIVERSITAS • 1999 - 21(1)
Hennig et la paléontologie
(Hennig 1966 : 144) et aux échinodermes
(Hennig 1966 : 144, 145%
Ce faisant, Hennig choisit des cas où des hypo¬
thèses de parenté fondées sur le partage d’apo-
rnorphies chez tes groupes actuels sont erronées.
Dans le premier (diptères appartenant au groupe
des Bibionomorpha), des fossiles du Jurassique
identifiés comme faisant partie de taxons actuels
démontrent que lapomorphie prêtée aux actuels
est apparue par convergence.
Dans le second (échinodermes de la superfamille
des Echinoidea), une hypothèse de proche paren¬
té entre cidaridés et autres échinoïdes actuels est
réfutée par l’examen des cidaridés fossiles. Les
fossiles sont utilisés pour résoudre le problème
des parentés entre trois grands groupes, les
Cidaridae (A), les Echinothutidac (B) et le grou¬
pe C formé par tous les autres échinoïdes
(Fig. 1). Il existe bien une apomorphie (il s’agit
du test rigide) partagée par les Cidaridae (A) et
les autres échinoïdes (C) et absente uhez les
Echinothuridae (B) ; mais les cidaridés fossiles
- qui n om pas ce trait à Tétai dérivé — montrent
que l apomorphie est en lait apparue plusieurs
fois par convergence. Aujourd'hui (Smith 1984),
les Cidaridae ne sont effectivement pas considé¬
rés comme proches parents des autres échinoïdes,
mais ce sont d'autres caractères qui sont mis à
contribution : les « cidaridés » fossiles au test
mou sont désormais classés en dehors des
Cidaroidea, dans des taxons qui se sont différen¬
ciés avant la séparation des trois groupes envi¬
sagés par Hennig. Toutefois» sur le plan
méthodologique, cela ne retire rien à la perti¬
nence du raisonnement suivi. Bref. Hennig
intègre tout à fait les fossiles dans l’analyse des
caractères en montrant leur rôle qui peut parfois
être décisif. II répond donc par avance à un com¬
mentaire tardif du paléomammalogiste Thenius
(1979). Ce dernier montre en effet, à l aide de
nombreux exemples, que les fossiles peuvent
réfuter des hypothèses de parenté entre groupes
frères fondées sur les formes actuelles, comme si
la démarche cladi.stique était étrangère à la
paléontologie. La conclusion de Thenius, selon
laquelle la classification eladistique n’est valable
que pour les taxons contemporains, ne tient
maheureusement pas non plus compte des déve¬
loppements de Hennig (1969 : 34-37 ; 1981 :
A
_
B
l_
C
Cidaridae
Echinothuridae
autres échinoïdes
((AC)B) versus (A(BC))
Fig. 1 . — Comparaison des relations de parenté des Cidaridae
(A) vis-à-vis des Echinothuridae (B) et des autres échinoïdes
(Ci selon fa démarche suivie par Hennig il 966), Une apomor-
phie esi partagée par les représentants actuels des Cidandae
(A) et parles autres échinoïdes (C) (relations indiquées en bas)
Mais l'hypothèse de monophyiie de (AC) est réfutée par le fait
que cette apomorphie est absente chez les Cidaridae lossiies-
Les groupes B et C sont en tait apparentés (relations indiquées
en haut).
28-34) sur les notions de « echte Stamm-
gr lippe! unechte Stammgruppe » (cest-à-dire de
groupe-souche vérirable/groupe-souche factice)
et de « G nippe >» vs « * G nippe », notions qui tou¬
chent à l'aspect nomcnclatural de la pratique de
la classification et qui seront abordées dans la
section ayant trait à la classification des fossiles.
Dès 1966, Hennig (Hennig 1966 : 190) prend
exemple sur la relation entre crocodiles et oiseaux
(Archosauromorpha) qui est celle de deux
groupes frères, obscurcie par l'hiatus morpho¬
logique séparant les deux groupes et T inclusion
des crocodiles dans les reptiles, thème qui sera
repris lors de la mémorable controverse avec
Mayr à propos de la classification phylogénétique
des amniotes (Mayr 1974 ; Hennig 1974). Il est
tout à fait symptomatique de rappeler
aujourd'hui les développements ultérieurs de la
controverse. Après que Lovtrup (1977) et
Gardiner ( 1982) aient considéré oiseaux et mam¬
mifères comme deux groupes frères - à partir des
données prises sur l’actuel —, le travail de
Gauthier et al. (1^88) réfute cette hypothèse
d'une manière qui répond parfaitement à la
démarche hennigienne explicitée dans les pages
142 à 145 de l’ouvrage de 1966 : ['inclusion des
fossiles permet précisément de confirmer la
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
9
Tassy P.
monophylie des archosauromorphes ec de
démontrer que les apomorphies partagées par les
oiseaux et les mammifères actuels sont des
convergences.
On peut conclure que les points de vue cladis-
tiques minorant le rôle des fossiles (voir notam¬
ment Patterson 1977, 1981) allaient bien au-delà
de ce que préconisait Henriig.
L’ÂGE DLS TAXONS
L'âge d’un fossile — sa position stratigraphiquc —
n’équivaut pas à 1 âge du taxon auquel il appar¬
tient (des taxons, vaudrait-il mieux écrire : par
exemple, une nageoire antérieure dévonienne
identifiée comme Panderichthys sp. est nécessaire¬
ment attribuée à un taxon classifié tout aussi bien
au niveau du genre que de la tamille et de toutes
les catégories de rang supérieur à la famille).
Selon Hennig, les fossiles permettent d’identifier
l’âge des taxons dès lors qu'ils sont interprétés en
termes de systématique phylogénétique, c’est-à-
dire situés dans un cadre hiérarchique d’emboîte¬
ments de groupes frères, fondés sur la notion de
synapomorphie (Henirig 1966 : 165). En effet,
ce cadre permet de distinguer âge d origine et âge
de différenciation. Les fossiles, une fois intégrés
dans un schéma comprenant les groupes actuels,
permettent :
- de préciser l'âge desdits groupes ;
- d’anticiper sur l’existence de fossiles dûment
localisés dans un pattern phylogénétique mais
non découverts dans la chronologie impliquée
par le pattern au moment de l’étude
Hennig a défini I âge d’origine d un groupe
monophylétique comme étant également celui de
son groupe frère, c'est-à-dire l’âge de l’espèce-
souche des deux groupes frères. La Figure 2
montre trois espèces X, Y et Z regroupées en
deux taxons A et B. Lage de différenciation t2 du
taxon A est celui de la dichotomie qui conduit à
chacun des deux groupes frères X et (YZ), cast-
à-dire l’âge de F espèce-souche du taxon A. C'est
aussi l'âge d’origine de (YZ), c’est-à-dire du
taxon B. Lage d’origine tl du taxon A est aussi
celui de son groupe frère.
Afin de rappeler la démarche hennigienne, repre¬
nons un seul des exemples (Fig. 3) illustrés par
Hennig (Hennig 1966 : 167). Trois groupes X, Y
et Z possèdent respectivement les trois états a, b
taxon A
taxon B
groupe .-~-
frère de A X Y Z
Fig. 2. — La notion d'âge d'origine et d'âge de différenciation
selon Hennig.
et c d’un caractère dont le morphocline est a —>
b —> c. La découverte à l age tF (terminus post
qunn non selon Hennig) d ura fossile F possédant
l’apornorphie de (YZ), c est-à-dire l’état b,
montre trois choses :
— le fossile appartient au groupe (YZ) ;
l àge d'origine tl de (YZ) est nécessairement
plus ancien que tF ^
- par voie de conséquence, l’existence du taxon X
est prouvée à l’âge tF.
En revanche, sur la seule base de la possession de
l’état b, le fossile F peut être sirué sur la figure
selon les quatre positions 3A, 3B, 3C et 3D. En
conséquence, F ne dit rien de précis sur l'âge de
r2 [âge de différenciation de (YZ) et âge d’origi¬
ne de Y et de 7.| par rapport à tF. Seule la décou¬
verte d un fossile possédant l’érat c connu chey Z
permettrait de caler t2 en démontrant que r2 est
nécessairement plus ancien que l'âge de ce fossile.
L'heuristique développée par Flcnnig n'a de sens
que si une apomorphie permet de localiser le fos¬
sile dans le cladogramme. L’âge, par lui-même,
ne dit rien sur ce point. La possibilité de prévoir
l’existence des taxons à telle ou telle époque est
10
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Hennig et la paléontologie
Fig. 3. — Information apportée par les fossiles sur l’âge d'origine et l’âge de différenciation des taxons actuels (modifié de Hennig
1966).
Tune des forces conceptuelles de l’approche hen-
nigienne de la reconstruction phylogénétique.
Tout en reconnaissant qu’une telle façon de voir
n’est pas nouvelle, Hennig remarquait (Hennig
1966 : 168) qu’une telle anticipation n avait
jamais été très pratiquée jusqu’alors 1 . On est loin,
en tout cas, de l’approche simpliste critiquée
explicitement par Hennig (Hennig 1966 : 163,
164) - si répandue à l'époque en paléontologie et
que l’on rencontre encore aujourd’hui - selon
laquelle un fossile, parce qu’il montre un caractè¬
re connu dans un groupe : (1) appartient à ce
groupe ; (2) indique l'âge d’origine du groupe s’il
en est le plus ancien représentant.
Même si, pour illustrer l’impacr de la paléontolo¬
gie, Hennig a développé dans son ouvrage de
1966 un exemple théorique a partir de son grou¬
pe favori — les diptères - il souligne que son rai¬
sonnement éclaire aussi bien la question de
l’origine des Mammalia parmi les fossiles que
1. La démarche henmgienne a rarement été commentée de
près par les paléontologues. Peut-être une coquille dans la
légende de la ligure 57 page 167 de Hennig 1966 [non corrigée
dans la version allemande de Hennig (1982 : 162)]. entraînant
une certaine confusion, en est-elle responsable. En effet, à la
dernière ligne de la légende, il convient de lire *■ but il does
prove tbe existence of group a * à la place de -< but it does
prove the existence of group c ».
Fort dit * reptiles marnmaliens » (Hennig 1966 :
169) que celle de la différenciation des céphalo¬
podes, ammonoïdes inclus (Hennig 1966 : 170,
figs 33, 34). Ce faisant, il en profite pour
démontrer la nature ambiguë, voire fictive, de
l'information chronologique transmise par les
arbres phylogénétiques traditionnels où les rela-
rions entre groupes se font entre groupes ances¬
traux appartenant j différents grades, et de
groupe ancestral paraphylérique à groupes des¬
cendants monophylérique.s * entre autres difficul¬
tés, la conception de tels arbres ne permet pas
d’appliquer les notions d’âge d’origine et d’âge de
différenciation.
À lire la littérature paléontologiquc des années
soixante-dix, il est patent que l’approche henni-
gienne n’a pas révolutionné les pratiques. Il faut
attendre les années quatre-vingt-dix pour
qu émergent des recherches fondées, d une part
sur la construction, d'un schéma de parenté per¬
mettant d'hypothéliser rage d’origine et l age de
différenciation et, d'autre part, sur l’intégration
du schéma dans la dimension strarigraphique. La
corrélation entre le pattern phylogénétique - le
cladogramme — et les archives paléontoJogtques
- extension strarigraphique — permet de mesurer
l’ampleur des < lignées fantômes » (le ternie est
de Norell 1992), induites par le schéma mais non
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
11
Tassy P.
retrouvées dans les archives géologiques, Cette
mesure se concrétise sous la forme d’indices de
corrélation entre le cladogramme et les archives
stratigraphiques (par exemple Norell &L Novacck
1992 ; Fisher 1992 ; Benton & Storrs 1994 ;
Huelsenbeck 1994 ; Salles 1995 ; Wagner 1995 ;
Sida.ll 1996 ; Benton & Hitchin 1996 ; Hitchin
& Benton 1997). J y vois un effet tardif de
l'approche hennigicnne traitant de l âge des
taxons ainsi que de la notion de polarité des
caractères» sujet qui fait l’objet du paragraphe
suivant.
La POIARITF DES CARACTÈRES
L’assimilation ancien = primitif et récent = évolué
est au cœur de la paléontologie évolutionniste à
tel point que les théoriciens de l’école (par exem¬
ple Mayr 1986 : 151) voient dans la paléonto¬
logie la source prééminente de la recherche de la
polarité. On le sair, ce point de vue. l’un des plus
débattus, a été rejeté par les auteurs dadistes se
réclamant de Hennig.
Hennig reconnaît, comme on vient de le voir,
1 intérêt des fossiles dès lors qu'ils sont intégrés
dans le système phylogénétique, mais il va plus
loin et allume (Hennig 1966 : 165) que les
organes qui se fossilisent le mieux devraient être
plus étudiés par les ncontologisces qu’ils ne le
sont généralement, même s iLs ne jouent pas un
grand rôle pour la définition phylogénétique des
groupes actuels. Dans ce cas, les fossiles pour¬
raient alors erre mieux intégrés er les relations de
parenté en général .seraient mieux connues : il
s’agit bien, avant la lettre, d’une bonne définition
de la total évidence au sens de Gauthier et ai
(1988). Selon ces derniers auteurs, en effet,
l’inclusion des taxons fossiles est partie prenante
de la notion de total evidence : plus grand est le
nombre de caractères et de taxons analysés simul¬
tanément à partir d’une meme matrice,
meilleures sont les chances d’obtenir un arbre qui
s’approche de la réalité. Ce qui ne veut pas dire
que les organes qui se fossilisent le plus facile¬
ment (comme les ailes des diptères ou les dents
de mammifères) doivent nécessairement résoudre
les problèmes de parenté (Hennig 1969 : 32 ;
1981:27).
Intégrer formes fossiles et actuelles dans une
même analyse et étudier avec attention les carac¬
tères fossilisés ne donne pas pour autant au fossile
un rôle prééminent dans rétablissement d’hypo¬
thèses de polarité des transformations des carac¬
tères, c’est-à-dire de mise en évidence des
apomorphies. S’il est un point où Hennig ne se
fait guère d’illusions sur la force de la paléonto¬
logie, c’est dans sa capacité à restituer la phylogé¬
nie sans autre analyse que celle de la prise en
compte de la datation de la strate dans laquelle
est découvert le fossile.
Selon Hennig (Hennig 1966 : 140), le processus
phylogénétique n’est pas donné en tant que tel
au paléontologue. La méthode paléontologique
ne permet pas de déterminer directement les rela¬
tions de parenté ; elle ne fournit des résultats
qu’en coopération avec les autres méthodes de sys¬
tématique phylogénétique (Hennig 1966 : 142).
Par méthode paléontologique, il faut comprendre
ici l approche intuitive selon laquelle la ressem¬
blance et la position chronologique des fossiles
s'éclairent mutuellement de telle sorte que l’évo¬
lution se lirait quasiment dans les pierres, scion
une formule maintes fois reprises par les cladisEcs
afin de la démentir : un tel point de vue tiendrait
de la « superstition » (Nelson & Platnick 1981 :
333) ou tomberait dans « le piège du bon sens »
(Dupuis 1986 : 233). On le sait, seule une analyse
permettant de partitionner la ressemblance en
apomorphïc, plésîomorpbie, homoplasie aboutit
à l'énoncé d'une hypothèse de parenté phylogé¬
nétique. Or, sur ce point, l'information srrarigra-
phique n'est pas cruciale.
Néanmoins, il convient de reconnaître que
Hennig est plutôt optimiste sur l’information
paléontologique, Ce sont plutôt les commenta¬
teurs dadistes ultérieurs, y compris paléonto¬
logues [voir notamment l'article de Schaeffer et
al. (1972) qui eut un grand retentissement], qui
ont insisté sur la faiblesse intrinsèque de
l'approche stratigraphique. Dans Hennig 1966,
le critère de la u précédente géologique •• est le
premier cité des critères de polarisation des carac¬
tères, ce que Hennig appelle la <• phylogénie de
caractère *« - MerknnaIspbyloge)lie - à la suite de
Zimmermann (1937). On ne peut toutefois y
trouver l'énoncé de la primauté de l’information
paléontologique. En effet, Hennig écrit (Hennig
1966 : 95) : « If in a monophylctic group a parti'
cular character condition occurs only in older fossils,
12
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Hennig et la paléontologie
and another only in younger fossils, then obviously
the former is the plesiomorpbous and the lutter is
the apomorphoits condition oj a morphodine [si
dans Lin groupe monophylétique l'état d’un
caractère est présent seulement chez les plus
anciens fossiles tandis que l’autre état est présent
chez les plus récents, le premier est alors l’état
plésiomorphe du morphodine et le second l'état
apomorphe] ». Cette définition a été plus d une
lois commentée ; elle est notamment reprise par
De Jong (1980) de telle sorte que Forey (1992 :
135) attribue à De Jong ce qui est à Hennig,
dans une revue par ailleurs tout à lait informée !
loue» évidemment, est dans la restriction de
départ, c'est-à-dire dans la reconnaissance préli¬
minaire (hors paléontologie donc) de la nature
monophylétique dudit groupe. Or, ce dont il
s'agit est bien de découvrir la nature mono¬
phylétique ou non d'un groupe d organismes
donné. La citation de Hennig est donc, malgré
les apparences, différente du point de vue de
Simpson (1975 :14, « for any group wirb even a
fuir fossil record tbere is seidoni any doubt tbat cha-
racters muai or shared by aider nmnbers arc abnost
always more primitive than those of la ter mem-
bers »), cité in extenso par Mayr (1986 : 152) sur
le meme sujet : Pour tout groupe dont l'enre¬
gistrement fossile est convenable, il y a rarement
doute sur le laie que les caractères partagés par les
plus anciens membres sont presque toujours plus
primitifs que ceux des membres les plus
récents ». On a là tout ce qui sépare l’approche
analytique de l’approche narrative, l'analyse de
pattern et celle de processus : le préalable est,
dans un cas, l'hypothèse de monophylic et, dans
fautre, des archives fossiles jugées convenables,
« fuir ». Personne ne s y est trompé, au demeu¬
rant, et ce qui est resté du point de vue de
Hennig sur la paléontologie est bien que « le pro¬
cessus phylogénétique n'est pas donné en tant
que tel au paléontologue » (Hennig 1966 : 140,
« The phylogcnetic process as sttcb is not sufiplied ta
the paleontologist »).
L'assimilation ancien - primitif et récent = évolué
n'est donc pas véritablement au centre de la théo¬
rie hennigienne, mais elle y est admise dans le cas
de groupes monophylétiques. Or, on sait que la
restriction hennigienne impliquant la nature
monophylétique du groupe étudié est en elle-
même insuffisante. Le critère ne s'applique en
toute rigueur qu’à une lignée qui se transforme
sans production de diversité - une séquence
ancêtre-descendant (Paul 1982) -, sans différen¬
ciation taxinomique, selon un processus de gra¬
dualisme phvlétique (voir par exemple Tassy
1991 : 171 r 1993 : 68 ; Darlu & Tassy 1993 :
57). Le préalable d'unicité de la lignée en ques¬
tion - lignée phylétique - est strictement fondé
sur la confiance dans l'exhaustivité des archives
fossiles, c’est-à-dire sur une opinion non quanti¬
fiable (malgré les estimations sur les taux de sédi¬
mentation, Levinton 1988 335-338). En outre,
Janvier (1986 : 115) a remarqué, dans une pers¬
pective hypothético-déductive, un point rare¬
ment discuté : dans la pratique, les lignées
phylétrques sont rarement réfutées même lorsque
les données découvertes ultérieurement à la
construction permettent de le faire, preuve de la
structure intuitive de la lignée.
Tout cela limite considérablement l’application
du critère et fait de la précédcnce géologique un
critère auxiliaire de polarisation des caractères et
non primordial,
Telle esr la source du divorce entre Hennig et la
mouvance cladistique d’une part, et certains
paléontologues d’autre part, principalement
paléontologues stratigraphes.
Je fais partie de ces paléontologues qui ont partagé
le point de vue de Hennig et des cladistes post-
bennigiens. Il cnnvienr de ne pas Se tromper de
cible. La systématique phylogénétique n'est pas
inféodée à une discipline particulière, elle n est
pas de l entomologie ni de la paléontologie. La
systématique phylogénétique est une approche
globale ; c’est, en réalité, la science de la systéma¬
tique dans toute son ampleur. Les critiques qu’a
pu faire I lennig à propos de tel ou tel exemple
paléomologique ne s'adressaient pas à la paléon¬
tologie en ram que telle mais à une systématique
non phylogénétique, pratiquée par des paléonto¬
logues. Aussi Hennig ci te-r-i I des exemples de
systématique non phylogénétique pratiquée par
des nëoatologues : en a-t-on jamais déduit que
Hennig battait en brèche la néonto-logie ? Non,
comme fa répété Nelson (1994), le cladisme
n’est rien d'autre qu'une réforme de la systéma¬
tique, c'est-à-dire une réforme d'une certaine
façon de pratiquer la systématique. Il était donc
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
13
Tassy P.
abusif de laisser croire que la paléontologie ne
pouvait pas séduire les phylogénéticiens, sous
prétexte que P évolution ne se lit pas dans les
pierres ainsi que Nelson &c Platnick (1981) Pont
dit et répété. Aussi la minoration du rôle de la
paléontologie par des cladistes utilisant les fos¬
siles (par exemple Schaeffer et al. 1972 ;
Patterson 1977, 1981 ; Porcy 1982 ; Janvier
1984) a-t-elle souvent été prise par erreur comme
une minoration de la pertinence intrinsèque de la
discipline alors qu’il s’agissait d’une minoration
des concepts évolutionnistes non phylogéné¬
tiques qui, bien entendu, influençaient la
recherche paléontologique. Par exemple, en
défendant la pratique d’une paléontologie cladis-
tique (Tassy 1981a), je fus interprété par
Halstead (1981) comme un partisan de la cladis-
tique qui rejetait la paléontologie.
En conclusion, la place laissée par Pfennig au cri¬
tère de « précédence géologique » n’est pas nulle.
Mais ses limites d’application, supérieures encore
à ce qu'imaginait Pfennig, en (ont un critère
accessoire lié au cas particulier des lignées phylé-
tiques, aspect marginal de la reconstruction phylo¬
génétique. On reviendra néanmoins sur cette
marginalité dans le paragraphe suivant.
LA PERTINENCE DE LA SYSTÉMATIQUE
PHYLOGÉNÉTIQUE VIS-À-VIS
DES THÉORIES SUR LE PROCESSUS
ÉVOLUTIF
Phy loge ne tic Systematics est un ouvrage où sont
clairement opposés, dès les premières pages, le
système idéal (reflétant les relations hologéné-
tiques dans leur totalité) et le système phylogéné¬
tique préconisé par I fennig, en tant que corpus
méthodologique (1 lenliig 1966 : 29). Toutes les
propositions de la systématique phylogénétique
sont des hypothèses scientifiques et, en tant que
telle, la <* systématique phylogénétique [...] est
soumise aux procédés de contrôle, correction et
nouveau contrôle » (1 leftnig 1966 : 122, « check-
ing, correct ing t and rechecking »), une phrase de
Hennig parmi les plus citées. Hennig n’aborde
pas explicitement la question du dualisme entre
structure de parenté ( pattern ) et processus. Celui-
ci deviendra l’un des grands thèmes de la cladis-
X Y2 Z
(a, b\c) (a, b, c) (a, b, c)
temps
Fig. 4. — La limite d'application de la méthodologie cladistique
(modifié de Hennig 1966). a, b-b\ c-c’, séries de transforma¬
tions de caractères ; X, Y, Y1, Y2. Z, espèces.
tique, notamment après l’ouvrage de Eldrcdge &
Cracraft (1980). Pourtant, ce point est au coeur
de Phylogenetic Systematics dans la mesure où
Hennig sépare clairement (Hennig 1966 : 59,
60, 89-91), d’une part, la reconstruction d’arbres
vus comme représentations du processus évolutif
et, d’autre part, celle d’arbres vus comme sché¬
mas d’argumentation phylogénétique, cesr-à-dire
de distribution des apomorphies. C’est peut-être
d’ailleurs ce qui distingué fondamentalement
P/jylogenetic Systematics d'un des livres phares de
la systématique des années soixante si prise des
paléontologues, Prindples of Anima! ïaxonomy de
Simpson (1961), où la source d’information
phylogénétique ( pattern) est principalement tirée
d’un savoir préexistant sur la phylogénie (process),
savoir fourni en grande partie par la paléonto¬
logie, comme on l'a vu plus haut.
Or, à propos du processus évolutif pris dans sa
dimension historique, Hennig aborde un cas de
figure où son approche méthodologique échoue à
identifier les relations phylogénétiques (Hennig
1966.212, 213). On a là une excellente illustra¬
tion des limites de la cladistique (Fig. 4).
De quoi s’agir-il ? De trois espèces contempo¬
raines, X, Y2 et Z, qui sont le fruit de deux clado-
genèses. La deuxième spéciation est responsable
14
GEODIVERSITAS • 1999 * 21 (1)
Hennig et la paléontologie
de l'émergence des deux espèces sœurs Y2 et Z,
mais aucune synapomorphie ne permet de déce¬
ler rétroite parenté de Y2 et de Z. Si le processus
évolutif s’est déroulé de cecte manière, l'approche
hennigienne échoue. Tout autre traitement de la
ressemblance échoue aussi, car aucune méthode
morphologique ne permet de mettre en évidence
cette parenté. Seule P inscription de la totalité du
processus dans la colonne stratigraphique
(l’archivage intégral dans les pierres) nous per¬
mettrait de voir, littéralement, que Y, Y1 et Y2
sont réellement différentes du point de vue des
relations phylogénétiques (mais morphologique¬
ment identiques) et, par voie de conséquence,
que Y2 et Z sont étroitement apparentées. La
systématique phylogénérique reconstitue les liens
de parenté, mais ne les voit pas,
Face à cet exemples la conclusion de Hennig est
pragmatique. Ce n’est pas parce que l’on peut
concevoir des situations oii la systématique phy¬
logénétique est impuissante, qu’il faut éviter d'en
appliquer les méthodes chaque lois que c’est pos¬
sible. Cette conclusion de bon sens, apparem¬
ment simpliste, a été battue en brèche de deux
façons : par les paléontologues et par les phylo-
généticiens constructeurs d’arbres ou se recon¬
naissent de nombreux biologistes des molécules.
Pour beaucoup de paléontologues, le cas de figure
choisi par Hennig est précisément l'un des canons
de la recherche palcontologiquc évolutionniste qui
admet que seule F identification Factuelle du pro¬
cessus évolutif au moyen d’archives complètes per¬
met de concevoir les liens phylogénétiques
(Godinot 1997), Ce point de vue remonte loin. Il
est notamment illustré par la théorie des lignées de
Dcpcret (1907), héritée non seulement de son
maître Gaudrv (1866), mais aussi de Hilgendorf
( 1 867, 1879) et de Waagen ( 1869), précurseurs de
la biostratigraphie évolutive. La stratophcnctique
de Gingerich (19 7 9) en est la formulation
moderne : les phylogénies construites par ce der¬
nier auteur sont des arbres évolutifs illustrant le
processus de spéciation d'une façon très proche de
la Figure 4> la superposition stratigraphique gui¬
dant l'analyse morphologique (en l’occurrence
biométrique) r On retrouve là la question de l’utili-
sation des données stratigraphiques à des fins de
polarisation des caractères (ce qui revient à émertre
des hypothèses de lien phylogénétique) vue dans le
paragraphe précédent. Cette façon de concevoir la
construction phylogénétique est fondée, à mon
sens (Tassy 1991, 1996b). sur deux ambiguïtés.
D'abord la confusion épistémologique entre fait et
théorie : si la superposition stratigraphique est un
fait, le lien exclusif entre deux organismes qui se
succèdent dans le temps est une théorie. Ensuite,
la confiance non quantifiable et irrémédiablement
intuitive dans la qualité (= exhaustivité) des
archives paléontologiques. De coût temps ce point
a été controversé [voir notamment le dialogue
entre Harper et Platnick (1978)fi Enfin, cette
question essentielle touche à celle du prestige du
paléontologue en tant que dépositaire d’un savoir
permettant de formuler ce que l’on peut appeler le
^ verdict du spécialiste Bref, cette question de
pure méthodologie débouche sur la sociologie des
sciences : on ne s’étonnera donc pas des réactions
des paléontologues.
En fin de compte, le modèle d évolution conçu
par Hennig permet d’illustrer les sources des réti¬
cences des paléontologues vis-à-vis de la systéma¬
tique phylogénétique, sources tirées de deux
constats opposés : (1) les archives fossiles sont
suffisamment riches pour que l’on puisse lire
l’évolution dans les strates géologiques sans avoir
à invoquer de procédure analytique des caractères
- c’est le point de vue que Fon vient de citer - ;
(2) l’opinion inverse considère que les archives
fossiles sont bien trop lacunaires (à la manière de
ce qu écrivait Danvin dans le chapitre IX de On
the On gin of Specia) poui que les comparaisons
cladistiques que l’on peut tirer de ce qui est
connu aient un sens vis-à-vis de b réalité, de la
v vraie » phylogénie. Le travail dévolu au paléonto¬
logue est alors celui d’exhumer les fossiles en
attendant le momenr ou est enfin remplie la
condition d’exhaustivité des archives fossiles, afin
de sc retrouver dans la situation première et lire
révolution dans les strates.
Les constructeurs d arbres, modélisateurs de
l’évolution et simulateurs de processus, ont,
depuis une vingtaine d années, conçu des situa-
rions comparables à celle envisagée par Hennig,
où le processus évolutif est tel que l’analyse hen¬
nigienne des caractères (= cladistique = de parci¬
monie) est impuissante à découvrir les parentés
réelles. Felsenstein (1978) parmi les premiers en
a fourni un, devenu un cas d’école célèbre :
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
15
Tassy P.
sachant un arbre vrai, certaines branches ont des
taux d’évolution très différents pour l'ensemble
des caractères et ces taux sont répartis sur les
branches de telle sorte que Y analyse cladistique
reconnaîtra comme synaponiorphies ce qui est en
réalité homoplasie. Je ne détaillerai pas plus
l’exemple et je renvoie aux nombreuses discus¬
sions qu’il a suscitées (voir notamment
Felsensrein 1981, 1983 ; Farris 1983 ; Sober
1983, 1988 ; Tassy 1991 ; Darlu &c Tassy 1993).
Ce modèle - comme tous les modèles, toutes les
simulations incluant toutes les sophistications
possibles, où I on envisage a priori un processus
évolutif dont le résultat est ( obscurcissement
inévitable du message phylogénétique - ne dit
qu’une chose : les hypothèses de synaponiorphies
peuvent être des erreurs. Cela ne disqualifie pas,
pour autant, la recherche des synapomorphies
dans le cadre de la systématique phylogénétique
(Tassy 1996a) : comment connaître la réalité en
dehors de la mise en application d’une procédure
de recherche ?
La réalité du processus évolutif nous est incon¬
nue. Prenons une vingtaine d’espèces parmi
n’importe quel grand groupe d’êtres vivants. Qui
peut avoir la prétention de choisir a priori parmi
les multiples modèles évolutifs qui ont pu opérer,
le bon modèle, celui qui est réellement respon¬
sable des parentés et grâce auquel nous pourrons
tirer les bonnes (= vraies) conclusions phylogéné¬
tiques ? Le seul modèle minimaliste à appliquer
initialement, parce qu'il faut bien commencer
par faire quelque chose, est celui qui permet de
voir ce que donne une analyse de caractères
visant à mettre en évidence (en tant qu’hypo-
thèses) les deux seules transformations évolu¬
tives : les synapomorphies et les homoplasies.
L’approche cladiscique minimise le bruit (homo¬
plasies) sans l'éliminer et maximise le signal
(synapomorphie) sans le surévaluer. Cela
n’empêchc pas, ensuite, d'appliquer au « pattern »
ainsi construit tous les modèles évolutifs aussi
variés qu’imaginatifs que I on peut souhaiter
(Goujet Tassy 1994), modèles visant éventuel¬
lement à minimiser le signal et a maximiser le
bruit, ou à introduire des événements cachés que
la seule observation de la matrice de données est
incapable de restituer. Modèles évolutifs ? Dans
la plupart des travaux actuels, l’efficacité des
méthodes phylogénétiques - en l'occurrence
l’approche de parcimonie - est évaluée au moyen
de l’effet produit par l'application de différents
modèles évolutifs sur le résultat phylogénétique,
compte renu d'un arbre vrai, préétabli (voir
notamment Huelsenbeck 8c Hillis 1993 ; Hillis
et al. 1994 ; Huelsenbeck 1995)- Sur le plan
empirique, ces modèles sur les processus sont le
plus souvent liés à F estimation de comporte¬
ments évolutifs variables des nucléotides (ce qui
débouche sut des pondérations de transforma¬
tions). Patterson (1994) y voit des hypothèses sur
les caractères (donc de F analyse de caractères,
donc du « pattern •>), non des hypothèses sur les
processus évolutifs. Autre débat î
Cette digression sur les pratiques phylogéné¬
tiques actuelles, particulièrement en biologie
moléculaire, nest pas hors sujet. Hennig, le pre¬
mier, a conçu un processus évolutif mettant en
échec l’analyse cladistique. Je vois sa conclusion
pragmatique comme une manifestation de
confiance dans l’analyse des caractères observés
- sans lesquels la systématique ne serait pas ce
qu elle est — * ce qui revient à privilégier un modè¬
le qui ne multiplie pas les événements évolutifs
sans nécessité (Nelson 1994, se réclamant
d'Aristote). Ce modèle consiste tout simplement
à admettre a priori que le parrage d’états dérivés
est signe de proche parenté. Autrement dit,
la conclusion de Hennig peut être comprise
comme un plaidoyer pour la parcimonie (la
« congruence » selon le vocabulaire hennigien,
Hennig 1966 : 122) et anticipe les discussions
contemporaines à propos de phylogénies molé¬
culaires. « Si nous ne savons rien, alors la parci¬
monie (minimiser les changements à partir des
données) e^t le meilleur moyen de sélectionner
l'arbre » : ces mots de Penny et ai [1994 : 218,
« If we dont knoum anything , then parsimany
(minimizrim changes to the data) is the best we can
do for selecting the tree #] viennent après bien des
débats sur la qualité des méthodes d analyse
phylogénétique et leur capacité à restituer l'arbre
vrai. J’ajouterai que Penny et ai, soutiennent
néanmoins la pondération des transformations Ç
correi'ted parsimany >•) chaque fois que l’on a des
raisons de le faire, c'est-à-dire si l'on sait quelque
chose, pour reprendre leurs termes : pragmatisme*
n’est pas synonyme d’aveuglement.
16
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Hennig et la paléontologie
LA CLASSIFICATION DES FOSSILES ET LA
SYSTÉMATIQUE PHYLOGÉNÉTIQUE
S’il est clair que fos fossiles ne sont pas exclus par
Hennig de la reconstruction phylogénétique, leur
traitement systématique, c’est-à-dire leur inclu¬
sion dans la classification, peut poser quelques
problèmes dont le principal a trait à l’extension
et la compréhension que I on doit donner aux
taxons dès lors que ces derniers incluent des fos¬
siles. Une solution à ce problème, liée aux pra¬
tiques évolutionnistes (Simpson 1961), lut de
définir des groupes ancestraux à partit de critères
liés aux théories sur les processus (le plus souvent
adaptatifs)» groupes qui se révèlent le plus sou¬
vent paraphylétiques selon les critères cladis-
tiques, voire même polyphylériques.
Hennig (1966) a d’abord cherché à assigner les
taxons aux catégories de la classification zoo¬
logique sur la base objective de l’âge géologique
d’origine des groupes frères. Comme il est dit
plus haut, Page géologique A est pas seulement
posé au travers de la découverte des fossiles mais
en fonction des hypothèses sur la séquence des
branchements, que les clades analysés aient ou
non des représentants fossiles. Par exemple, dans
cette optique, un clade remontant à une époque
située entre le Crétacé supérieur et FOligocène
(âge V selon Hennig 1966 : 186) est classifié au
niveau ordinal. Cependant, ultérieurement, dans
Stamnmgeschichte der lnsekten , Hennig (1969 :
10 ; 1981 . xviii) abandonna cette approche en
soulignant que les débats consacrés à la question
du choix du rang des taxons étaient à la fois sub¬
sidiaires et stériles. Autrement dit, les catégories
linnéennes et le système nomenclatura! associé
n'offrent pas un cadre fonctionnel à l'expression
des relations phylogénétiques enire clades t ce
point de vue, répété par l.-wvtrup (1973) et
Griffiths (1976 : 168, ou on lit que le livre de
Hennig est paradigmatique) notamment, a
aujourd’hui ses avocats (par exemple Willmann
1989 ; De Quciroz ôc Gauthier 1990 ; Laurin
1998). De la sorte, dans la classification des
insectes selon Hennig (1969, 1981), les taxons
de rang supérieur ne sont pas rapportés à des
catégories formelles : le seul nom catégorisé des
taxons ne dit rien de leur rang.
En outre, dans ce meme ouvrage, Hennig
(1969 : 30, fig. 6 ; 1981 : 25, fig. 6) donne une
définition originale des taxons selon qu’ils
contiennent (« Grappe ») ou non (« 4 Grappe ►>)
les fossiles qui leur sont apparentés (Fig, 5). Par-
exemple, les *Trichoptera sont le clade renfer¬
mant les espèces issues du dernier ancêtre com¬
mun des trichoprères actuels et les Trichoprera
sont le clade renfermant les *Trichoptera ainsi
que tous les taxons fossiles plus proches des
*Trîchoptera que de leur groupe frère (en l'occur¬
rence les Lepidoptera), La conséquence générale
Fig, 5. — Les notions de « groupe » et de « groupe apical » selon Hennig. Le nom du groupe apical est accompagné d’un
astérisque (*) (modifié de Hennig 1969).
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
17
Tassy P.
de cette proposition est que dans le système
formé par deux groupes hères un taxon fossile est
inclus dans un clade tonde sur les représentants
actuels des lors que sa position est clairement
identifiée par rapport aux deux groupes frères.
Par exemple, en matière de classification des ver¬
tébrés, les taxons Synapsida et fheropsida sont
des synonymes de Mammalia et le premier pélyco-
saurien carbonifère est un membre des
Mammalia, même s'il n’esr pas un membre des
*Mammalja. Jcfferies (1979) a exprimé le
concept de *Gruppe (^groupe) sous le binôme
« crown gtoup » que l’on peut traduire littérale¬
ment en français par « groupe-couronne »
quoique les expressions « taxon coron al ►> (Janvier
1998 : 347) ou, mieux encore, « groupe apical »
(Goujet comm. pers.) devraient faire jurispru¬
dence.
Cette approche, parfaitement logique, butte mal¬
gré tout sur un point nomenclatural. Le point de
départ - c’est-à-dire la catégorie assignée au
^groupe apical - reste du domaine de ( arbitraire
(Tassy 1988). Quel mammalogiste ou paléo-
mammalügistc déciderait, par exemple, d’aban¬
donner tels et tels taxons de rang ordinal à
fintérieur des Mammalia ; et s’il le fait, comment
pourrait-il entraîner Y adhésion ? Aussi, dans la
nature actuelle, l’ordre des Proboscidea est-il
identique à la famille des Elephantidac (dans la
Figure 6 on peut remplacer Proboscidea et
f Proboscidea respectivement par Elephantidae et
* Eléphant idae). De la meme façon, l’ordre des
Hyracoidca if est pas différent de la famille des
Procaviidae, sans citer le célèbre exemple des
Tub uli denta ta et de Orycteropus a fer (l'ordre des
Tubulidentata est restreint dans la nature actuelle
à la seule espèce O. ajer , autrement die la redon¬
dance de la classification est totale, depuis la
catégorie espèce jusqu'à la catégorie ordre). Bref,
en dehors d un illusoire conclave où les spécia¬
listes décideraient quels sont les rangs des taxons
de référence actuels a retenir - décision arbitraire
ou démocratique, ce qui revient ici an meme —
on ne voit pas émerger de solution pratique.
C'est peut-être la raison pour laquelle cette
approche lù été que peu discutée jusqu’à une
époque récente. Aujourd'hui les questions de la
compréhension des taxons reconnus dans la clas¬
sification - donc nommés — et de leur significa-
*Proboscidea '
i
-—-— i
Sirenia \ E.m La !
Fig, 6. — Cladogramme des Tethytheria actuels (éléphants et
Siréniens) montrant les notions de - groupe ». de « groupe api¬
cal », et de « groupe-souche véritable » selon Hennig, appli¬
quées aux Proboscidea Le groupe-souche véritable des
Proboscidea inclut toutes les branches fossiles plus proches
parentes des ‘Proboscidea que des Sirenia. L'espèce souche
des '‘Proboacitfea *81 ’&SDèc* ancestrale commune aux seuls
proposerions actuHti, I espèce-souchti des Proboscidea est
•'espèce ancestrale dp tous les proboscidienr. actuels et fos¬
siles irnti* figure on peut remplacer indifféremment
Proboscidea e! * Proboscidea respectivement prn HephsyVidâe
et "Elephantidae. Lw,, Ucphas mastmus Lst, Lowdonta afri¬
cana.
rion dans le contexte phylogénétique refont
pourtant surface dans les cercles paléonto-
logiques (Rowe 1988 ; De Queiroz Gauthier
1990 ; Rowe &T Gauthier 1992 ,• De Queiroz
1994).
Par ailleurs, même s’il dénonce dans une perspec¬
tive phylogénétique la paraphylie des taxons
actuels, Hennig (i960 : 36-39, fig. 8 ; 1981 : 33-
35 1 fig- 8) admet des taxons paraphylériques si
ceux-ci ne comprennent que des fossiles et dès
lots que la structure de parenté qu’ils partagent
est celle d’un « cchte St U m mgrupp e », que l’on
peut traduire simplement par « groupe-souche
véritable » (et qui est traduit en anglais par
<* vdlid stem-group »). Ultérieurement, Ax (1985)
a proposé la notion de « stem linertge >s mais mal¬
gré la démonstration de cet auteur je n’ai pas
réussi à différencier sa « lignée souche » du grou¬
pe-souche véritable de Hennig. Le groupe-
souche véritable (comme la « lignée souche » de
Ax) d un ^groupe apical est ainsi formé de
l'ensemble des fossiles qui se situent entre le der¬
nier ancêtre commun des membres du grc»upc et
le dernier ancêtre commun dudit groupe et de
sqn groupe frère (Fig, 6), À l’inverse, un « iinech-
te Stammgruppe » (traduit en anglais par « invalid
18
GEODIVERSITAS • 1999 ■ 21 (1)
Hennig et la paléontologie
stem-group ») - que je traduis par « groupe-
souche factice » qui, à mon sens, est meilleur sur
le plan de l’assonnance que << groupe-souche
faux » -, se situe a la base de plusieurs dades et est
exclu tant au point de vue phylogénétique que
nomenclatural.
Cette approche évoque la construction des
groupes ancestraux des évolutionnistes à deux
différence majeures près. Le groupe-souche véri¬
table nest défini que par rapport à un schéma
cladisdque et il ne comprend que des fossiles, il
reste que cette entorse paJéontologique au strict
principe de subordination des cl iules assumée par
Hennig n’a pas entraîné l'adhésion des paléonto¬
logues cladistes. Ces derniers ont préféré classer
les fossiles sans nommer de groupes paraphylé-
tiques par le biais de conventions relies que la
mise en séquence (Nelson 1972, 1974) ou la
notion de plésion (Patterson & Rosen 1977) — le
plésion étant une catégorie de n’importe quel
rang incluant tout clade fossile cl située, au
moyen de la mise en séquence, dans une classifi¬
cation fondée sur les taxons actuels (voir notam¬
ment discussions dans Tassy 1981b, 1988).
D’autres points de vue soutiennent une subordi¬
nation. Les idées de Hennig en matière d'espèce-
souche et de groupe-souche exprimées en 1969
ont été revivifiées tardivement par les paléonto¬
logues avec notamment les concepts de « méta-
espèce •> et de <• métataxon » (Donoghuc 1985 ;
Archibald 1994) qui sont deux groupes-souches
véritables, l’un de rang spécifique, fautre de rang
supra-spécifique.
Il est manifeste que, durant les années soixante-
dix, les paléontologues soucieux de maintenir
certains des concepts évolutionnistes n'ont pas
utilisé la notion défendue par Hennig de « groupe-
souche véritable », qui sauvegarde l’existence de
certains groupes fossiles paraphylétiques à la
structure de parenté non ambiguë, préférant
l’usage de groupes ancestraux aux contours flous.
L’auraient-ils fait dans la mouvance de la propa¬
gation des idées henmgiennes que la cl ad i s tique
d’aujourd'hui serait peut-être différente ; mais,
après tout, c’est bien de cela dont parlent les tra¬
vaux de Donoghue et de Archibald que je viens
de citer. Peut-être la notion de paraphylie chez
les groupes fossiles sera-t-elle positivement rééva¬
luée dans les cercles cladistiques.
Il reste que les débats actuels à propos de
l'impact des fossiles sur les classifications ne font
donc que reprendre la démarche hennigienne de
1969 ; l’héritage hennigien est ici patent mais les
solutions préconisées sont loin de faire l'unani¬
mité.
CONCLUSION SOMMAIRE
En matière de paléontologie, à lire aujourd'hui
des articles et ouvrages de référence tout impré¬
gnés d'analyse cladistique (Donoghue et al.
1989 ; Novacek 1992 ; Porejr 1992 ; Smith
1994), il est patent que le fossile a toute sa place
dans la recherche phylogénétique. En parallèle, si
la cladistique intègre volontiers les données
paléontologiques, les paléontologues ont peu à
peu intégré les méthodes cladistiques : une lec¬
ture attentive de la production paJéontologique
de ces dernières années, dans les revues mêmes de
paléontologie, dénote une indiscutable évolution
de la discipline dans cette direction (Goujet &
Tassy 1997).
Aujourd'hui, la lecture de Phylogenetic Syetematics
et de Die St a m nltsgeschiehte der Imekten n'est pas
seulement un exercice d'histoire des sciences. Elle
permet de mesurer très exactement, dans un
contexte que j estime toujours actuel, le rôle assi¬
gné à la paléontologie dans la reconstruction
phylogénétique. Surtout, il est significatif que
I on puisse trouver, dans ces deux ouvrages des
années soixante, deux sujets au cœur des débats
actuels. D une part, le débat sur le lien entre pro¬
cédé méthodologique et processus évolutif qui
anime les travaux des phylogénéticienS où la bio¬
logie moléculaire d'aujourd’hui (bien entendu
absente de Hennig 1966) tient la plus grande
place. D’autre part, celui sur le statut taxino¬
mique des taxons incluant des fossiles. II est tout
autant significatif, a propos de processus évolutif,
d’avoir été amené à évoquer la biologie molé¬
culaire à partir d'une réflexion sur la paléonto¬
logie : une façon de souligner la pertinence et la
richesse de l’œuvre de flenmg en général et de
Phylogenetic Sys ténia tics en particulier.
Depuis près de trente ans, on a beaucoup para¬
phrasé Hennig sans pour autant apporter tou¬
jours de nouveauté. Certes, conclure, en matière
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
19
Tassy P.
de phylogénétique, que tout a été dit par Hennig
à la fin des années soixante confinerait à la cuis¬
trerie. Et pourtant, il est peu de questions phylo¬
génétiques importantes que Hennig n'ait
entrevues. Vis-à-vis de la paléontologie, en tout
cas, il est difficile de prendre en défaut Hennig
qui a parfaitement vu la nature de l'information
apportée par les fossiles — et sa vraie richesse.
Hennig nétait pas paléontologue ; il était phylo-
généticien, ceci compense cela, manifestement !
Remerciements
Je remercie Hervc Lelièvre qui m’a convaincu
d’écrire cet article d’abord conçu pour une pré¬
sentation orale lors de la réunion annuelle de la
Société Française de Systématique. Ma lecture de
Die Starnnmgeschichtv der Imékten (et singulière¬
ment en matière de traduction de la langue de
Hennig) a grandement bénéficié, comme à
l’accoutumée, des lumières de Claude Dupuis
qui a, par ailleurs, critiqué de façon aussi incisive
que constructive une première version de ce
texte. Je souligne, comme il se doit, que les
erreurs et les lacunes qui persistent sont de mon
fait. Remerciements également à Jean Roman qui
m’a permis de ne pas faire d’erreur à propos
d’échinoïdes. Les illustrations sont de Françoise
Pilard (MNHN).
RÉFÉRENCES
Archibald J. D. 1994. Meta taxon concepts and
assessing possible ancestiy using phylogenetic syste-
rnatics. Systemahc Biolog}> 4.3: 27-40.
Ax P. 1985. — Stem species and the stem lineage
concept. Chtdtsüc$ 1: 279-287.
Benton M. J. & Hitchin R. 1996. — Tesring the qua¬
li ty of the fosséI rccotd by groups and by major
habitats. llistorical Biology 12: 111-157.
Benton M. J. & Stüfre G. W. 1994. — Tesuing the
qualitv ol the lossil record : paleontological know¬
ledge is imptoving. Geology 22: 111-114,
Darlu P. & lassy P. 1993- La reconstructionphylo¬
génétique; concepts et méthodes. Masson, Paris, 245 p.
De Jong R. 1980. — Some cools For evolutionary and
phylogenetic studics. Zeitschrift fur zoologisches
System a tik nndEvolutionsftmchuug 18: 1 23.
Dcpéret C7 1907. — /es transformations du monde
fini mai Flammarion, Paris, 360 p.
De Queiroz K. 1994. — Replacement of an essentia-
Iistic perpective on taxonomie définitions as exem-
plified by the définition ol "MaraniahaF System ntic
Binlagy 43: 497-510.
De Queiroz K. £c Gauthier J. 1990. — Phylogcny as
a central printiple in taxonomyr phylogenetic defi¬
ni lions oF taxon mîmes. System atic Zoolagy 39:
307-322.
Donoghue M. J. 1985. — A entre oF the biologjcal
species concept and recommandations For a phvlo-
gcitefic altentative. Biyologist 88: 172-181.
Donoghue M. J., Doyle |. A., Gauthier J-, K luge
A. G. & Rowe i. 1989. The importance ol Fos¬
sils In phylogcny reconstruction. Annuàl lie view of
Ecnlogy and System j tics 20: 431-460.
Dupuis C. J 979. — Permanence et actualité de la sys¬
tématique : la o systématique dadrstlque » de Willi
Hennig. Cahiers des Naturalistes 34 (1978) : 1-69.
— 1986. — Darwin et les taxinomies d’aujourd'hui :
215-240, in Tassy P. (coord.), L ordre et Ut diversité
du vmint. Fayard/Fondation Diderot, Paris.
Eldredge N. & Cracraft |- 1980, — Phylogenetic
Patterns and the Eooluuonary Protêts, Columbia
Univers! ry Press, New York, 349 p.
Farris J. S. 1983. — The logical basis of phylogenetic
analysis: 7-36, in Platnick N. 1. &t Punk V. A.
(eds), A drames in Cladislics , volume 1. Columbia
University Press, New York,
Felsen.stein ]. 1978. — Cases in wfiieh parsimony or
compatibility methods will bc positivcly mislca-
ding. Systematic Zùology 17: 401-410.
— 1981. — A ükelihood approach to character
weighring and what it tells us about parsimony and
compatibility. Biologie al Journal of the Linnean
Society 16: 183-196. ‘
— 1983 — Parsimony in systematics: biological and
Matistiçal issues. Animal Review of Ecology and
Systematics 14: 313-333.
Fisher D. C. 1992. — Stratigraphie parsimony:
124-129, in Maddison W. P. éc Maddison D. R
(eds), Excerpts from MacClade version J. Sinauer
Associates Inc., Sundcrland.
Fort-y P. L. 1982. — Neontological analysis versus
paktcumological storics; 119-157, in Joysey K. A.
éc Friday A. F., (eds), Ptoh/ems of phylogenetic
Reconstruction- Academie Press, London.
— 1992. — Fossils and cladistit analysis : 124-136,
in Forey P. L.., Humphries C. J., Kitching F L,
S cotla ri d R. W., Siebert D. J. & Williams D. M.
(eds), CLidistics, a Pvacîicul Course in Systematics.
Clarendon Press, Oxford.
Gardincr B. (F 1982. —Tetrapod classification.
Zoo logical Journal of the Linnean Society 74:
207-232.
Gauury A. 1866. — Considérations générales sur les
animaux fossiles de Pikermi . Savy, Paris, 68 p.
Gauthier ]., Kluge A. & Rowe T. 1988. — Amniore
phylogenv and the importance of Fossils. Cladisti.cs
4: 105-209.
Gingerich P. D. 1979. — The stratophenetic approach
20
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Hennig et la paléontologie
to phylogeny reconstruction in vertebrate paleonto-
logv: 41-77, in C ruerait ). 6c Eldredge N. (eds.l,
Phylogenetic analysis andpaleuntology. Columbia
University Press, New York.
Godinoi M. 1997. — Du décbiftragc des familles à la
compréhension de l'évolution : l’exemple chez les
primates : 89-101, in Lxbrayat J.-N. & Flatin J.
(dirs.), l'évolution biologique, science, histoire ou phi¬
losophie ? Vrin, Paris.
Goujet D. 6c. Tassy P. 1994. — Analyse cladisrique
et/ou analyse de parcimonie : 43-52* in Tassy P. 6i
Lelièvre H. (coords). Systématique et phylogénie,
Biosystema II. Société Française de Systématique,
Paris.
— 1997. Paléontologie et cladisme : l'actualité des
relations, in Rnchcbœuf P. 6c Gayct M. (cds),
Actualités Paléomologîques, Géobios , Mémoire
Spécial 20 : 283-290.
Goujct D., Janvier P.. Rage J.-C. 6c Tassy P. 1983. —
Structure ou modalité de l'évolution : point de vue
sur l'apport de la paléontologie, in Modalités, ryth¬
me et mécanismes de révolution biologique,
Colloque international du CNRS 330 : 137-143.
GrifTîrhs G. C. O. 1976. — The future of f.innacan
nomenclature. System an'c Zoology 25: 168-1 73.
1 lalstead L. B. 1981, — Halstead's tlekncc agaihst
irrelevancy. Nature 292: 403, 404.
Harper C. w. Ir & Platnick N. 1978. Phylo-
genetic and cladistic hypothèses: a debate,
Systenuttu Zoology 27- 354-362.
Hennig W. 1938. — Die Gattung Rha chic Arm und
ihre Verwansfen jm Balti$ehen Bernstein (Diptera).
Zoologischer Anzeiger ] 23: 33-41.
— 1939. Über einen Floh aus der Bernstein-
sammlungdes Herrn Schcclc (Aphanipetra: Cteno-
psvllidae). Arbeiten über morphologische und
taxonamische Entomologie 6: 330-332.
— 1966. — Phylogenetic Systematics. University of
Illinois Press, Urbana. 263 p.
— 1969. — Die 5 ta m m esgesch ich te der I n se kt en.
Waldemar Kramer, Frankfurt am Main, 436 p.
— 1974. — Kritische Bemerkungen zur Frage “cla¬
distic analysis or cladistic classification”. Zeitschrift
fiir zoologisches System a Ek und Evolutionsforschung
12:279-294.
— 1981. — Jnsect Phylogeny , John Wiley 6c Sons,
Chichester, 514 p,
— 1982. — Phylogcnetischc Systernatik. Paul Parey,
Berlin 6c Hambufg, 246 p t
Hilgendorf F. 1867. — Über Planorbis muhifnmûs im
Steinheimer Siitëwasserkalk. Monatsberichte kgl.
preuss . Akadenue der Wissenschafien zu Berlin 1866:
474-504.
— 1879. — Zur Streitirage des Planorbis multiformis .
Kosmos 5: 10-22, 90-99.
H illis D. M., Huclsenbeck J. P. Ôe Cunningham
C. W. 1994. — Application and accuracy of mole-
cular phylogénies. Science 264: 671-674.
Hitchin R. 6c Benton M. J. 1997. — Stratigraphie
indices and trec balance. Systematic Biology 46:
563-569k
Ho ils te t ter R. 1973, — Origine, compréhension et
signification des taxons de rang supérieur :
quelques enseignements tirés de l’histoire des mam¬
mifères. Annales de Paléontologie, Vertébrés 59 :
137-169.
Huclsenbeck J. P. 1994. — Cornparing the strati¬
graphie record to estimâtes of phylogeny. Paleo -
biology 20: 470-483.
—1995. •— Performance of phylogenetic methods in
simulation. System a tic Biology 44: 7 -48.
Huclsenbeck J. P. 6i H il lis D. M. 1993. —- Success of
phylogenetic methods in the four-taxon case.
Sys tenu tic Biology 42: 247-264.
Janvier P. 1984. —C lad is ries: theory, purpose, and
evolutionarv implications: 3 9-75 1 i# Pollard J. W.
(ed.), Evolütlanary Theory: Paihs ïnto the Future.
John Wiley and Sons 7 Chichcstei.
— 1986. — L'impact du cladisme sur la recherche
dans les sciences de la vie et de la terre : 99-120. in
Tassy P. (coord.), i ordre et la diversité du vivant.
Fayard/Fondatinn Dideror, Paris.
— 1998. — Les classiflânions phylogénétiques des
vertébrés actuels et fossiles, Bulletin de la Société
Zoo logique de France 122 U 997) : 341-354.
Jcffcries R. S. P. 1979. — The origin of chordates - a
methodological essay: 443-477, in House M. R.
(ed.), The Origin of Major 7n vertebrate Croups ,
Systematics Association, Spécial Volume 12.
Academie Press, London.
Laurin M. 1998. The importance of global parsi-
mony and historîcaj bias in understanding tetrapod
évolution. Part J. Systematics, middle car évolution
and jàw suspension. Annales des Sciences Naturelles 1 :
1-42.
Levin ton J. 1988. — Cenetics, Palcontology and
Maeroevolulion. Cambridge University Press,
Cambridge, 637 p.
Lovmip S, 1973. — Classification convention and
logics. Zoologica Script a 2: 49-61.
— 1977- The Phylogeny of Verte b rates. John Wiley
6c Sons, London, 330 p.
Mayr E. 1974. — Cladistic analysis or cladistic classi¬
fication, Zeitschrift fiir zoologisches Syslematik und
Evohitionsfors<intng 12: 94-1 28.
— 1986, — La systématique évolutionniste et les
quatre étapes du processus de classification:
143-160, in Tassy P. (coord,), / ordre et D diversité
du vivant. Fayard/Fondation Diderot, Paris.
Nelson CL 1972. Phylogenetic relationship.s and
cl ass J fi ca rion f Sysiemaric Zoology 2 1: 227-230.
— 1974. — Classification as an expression of phylo-
genctîc rcliuionshtps. Systematic Zoology/ 22:
344-359.
— 1994. — Homology and systematics: 101-149, in
Hall B. K. (ed.), Homology 3 the Hier archivai Basisoj
Comparative Biology. Academie Press. San Diego.
Nelson G. & Platnick N. 1981, — Systematics and
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
21
Tassy P.
Biogeograpby ; Cladisùcs <vu / Vicariance. Columbia
Univcrsity Press, New York, 567 p.
Norell M- A. 1992. — Taxic origin and temporal
diversiry: the effect of phylogeny: 89-118, in
Novacek M. J. &T Whedcr Q. D. (eds), Extinction
and Phylugetty. Columbia Univcrsiry Press, New
York.
Norell M. A. de Novacek M. J, 1992. — The fossil
record and évolution: comparing cladisric and
paleonrological evidence for vertebrate history.
Science! 55: 1690-1693.
Novacek M. J. 1992. — Fossils as criiical data for
phylogeny: 46-88, in Novacek M. J. & Wheeler
Q. D. {eds). Extinction and Phylogeny. Columbia
Univers]ty Press. New York.
Patterson C. 1977. — The contribution of paleonto-
logy to telcostean phvlogenv: 579-643, in 1 lechr
M. K., Goody P. C. &c Hecht 13. C. (ed$)« Major
Patterns in Vertebrate Evolution. Plénum Press,
New York.
— 1981. — Significance of fossils in determining
evokitionary relationships, Annaal Review of
Ecolo^y and Systematics 12: 195-223.
— 1994. — Null or minimal models: 173-191, in
Scotland R. W., Sichett D. ]. & Williams D. M.
(eds), Müskds in Phylogeny Recoristructitm. Clarendon
Press, Oxford.
Patterson C. &: Rosen D. R. 1977. — Review ofich-
thyodectiform and other Mezosoic celeost Prshes
and the rheory and practice of classifying fossils.
Bulletin of the American Muséum oj'Natural History
158: 81-172,
Paul C. R. C. 1982. — The adequacy of the fossil
record: 1 19-157, in Joysey R. A. &: Friday A. E.
(eds), Problems of Phy loger? être Reconstruction.
Academie Press, London,
Penny D-, l.ockhart P. J., Steel M. A. &C Hendy
M. D. 1994 — The rôle of models in reconstruc-
ting evolutîonary rrees; 211-230, m Scotland
R. W., Sicbert D. J. & Williams D. M. (eds),
Models in Phylogeny Reconstruction . Clarendon
Press, Oxford.
Rowe T. 1988. Définition, diagnosis and ongin ol
Mammalia. /oumal of Vertebrate Paleontology 8:
241-264.
Rowe T. &: Gauthier J. 1992. — Ancesrry, paleonro-
logy and definirion of the liante Mammalia.
Systematic Biology 41: 372-378.
Salles L. de Oliveira 1995. — Phylogénie des ongulés
basaux : l'évolution du complexe dentaire (morpho¬
logie des dents jugales supérieures) chez les •• condy-
larthres *- du Crétacé supérieur ci f ho,cène et
l'émergence des cétacés ( Un vu lu ta, Mammalia) ; avec
la formulation d'un .nonce tindice de cohérence strato-
phylogênétique i l'Indice de Gaudry. ihêse de I uni¬
versité Paris VJ1, Paris, 477 p.
Schaefer B., Hecht M. K. &: Eldredgc N. 1972. —
Phylogeny and paleontology, in Dob/.hansky Th.,
Hecht M. K & Steere W. M. C. (eds), Evolutionary
Biology, Volume 6, Century-Crofts, New York:
31-46.
Schlee D. 1978. — In Memoriam Willi Hennig
1913-1976. Fine biographische Skizze. Entomo¬
logie? Germanica 4: 377-391.
1981. - Introduction to the English édition:
xiii-xv, in 1 lennig W-, hiscct Phylogeny. John Wiley
6c Sons, Chichesrer.
Schmidr-Kitrler N. & Willmann R. (eds) 1989. —
Phylogeny and the Classification of Fossil and
Recent Organtsms. Abhandlungen des Ndtur-
wissensehafth chen Ver ans in Hamburg 28: 1-300.
Scboch R. M. 1986. — Phylogeny Reconstruction in
Paleontology. Van Nostrand Reinhold Company,
New York, 353 p.
Siddall M. L. 1996. — Stratigraphie consistent)' and
the shape of- things, Systematic Biology 45: 1 ! M 15.
Simpson G. G. 1961. — Pri ncipies of Animal
Taxonomy. Columbia University Press, New York,
247 p.
— 1975. — Récent advances ïn methods of phylo-
gencric infcrence: 3-19, in l.uckerr W. P. 6c Szalay
F. S. (eds), Phylogeny of the Primates , a Multi-disci-
plinarry Àpproueh- Plénum Press, New York.
Smith A. B. 1984. Echinoid Palaeobiology . Spécial
Topics in Palaeontology 1. George Allen &c Unwin,
London, 190 p.
— 1994. — Systcmatics and tire fossil Record .
Blackwell Scicntific Publications, Oxford, 223 p.
Sobcr F.. 1983. — Parsîmony methods in systemalics:
37-47, in Platnick N. î. & l ; unk V. À. (eds),
Advances in Cladfstrcsj volume 2. Columbia
University Prt\ss, New York.
— 1988. — Reconstruaing the Peut . The MIT Press,
Cambridge, 265 p.
Tassy P. 1981a. — Phylogeny as the history ofevolli¬
non and phylogeny as a resulr of scientifie investi¬
gation: the significance of paleontological data:
65-73> m Martinel! J. (ed.)> Concept and Mcthod in
Paleontology. international symposium on Concept
and Mcthod in Paleontology , Contributed Papers,
University of Barcelona.
— 1981 b. — Le crâne de Moerithenum (Probosàdea,
Mammalia) de iEocène de Dor-el-Talhu (Libye) et
le problème de la classification phylogénétique du
genre dans les Terhytheria McKenna, 1975.
Bulletin du Muséum national d' Histoire naturelle ,
série 4, C.3 : 87-147.
— 1988. — The classification of Proboscidca: how
manv cladistic classifications? Cia dis lits 4: 43-57.
— 1991, — L’Arbre à remoutei U temps. Christian
Bourgois, Paris, 352p.
— 1993. Biochronologie, polarité des caractères et
critère de <• précèdcncc géologique t>, in Gayet M.
(dir.), Pulcobiochronologie en domaines marin et
continental, Palêovox 1 : 68.
— 1996a. - Le cladisme trente ans après Phylogcnetic
System#ttes \ quelques remarques à propos de débats
récents. Vie et Milieu 46 : 115-123.
22
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Hennig et la paléontologie
— 1996b. — Grades and clades: paleontological pers¬
pective of phylogenetic issues, in MeikTe W. E.,
Howell F. C. & Jablonski N. G. (eds), Contem-
porary Issues in Human Evolution. California
Academy of Science Memoirs 21: 55-76.
Thenius E. 1979. — Hennig’s phylogenetische
Systematik und palâontologische Befunde, Nettes
Jahrbuch für Géologie und Paldontologie , Monat-
shefie 1979: 406-414.
Waagen W. 1869. — Die Formenreihe des
Ammonites subradiatus. Versuch einer palâontologi-
schen Monographie: 179-256, in Benecke E. W.
(ed.), Geognostisch-palàontologischen Beitragen,
Band 2. R. Oldenbourg, München.
Wagner P. J. 1995. — Stratigraphie tests of cladistics
hypothèses. Paleobiology 21: 153-178
Willmann R. 1989. — Palaeontology and the syste-
matization of natural taxa, in Schmidt-Kittler N. &C
Willmann R. (eds), Phylogeny and the Clas¬
sification of Fossil and Recent Organisms.
Abhandlungen des Naturwissenschaftlichen Ver e ins in
HamburglS : 267-291.
Zimmerman W. 1937. — Arbeitsweise der botanis-
chen Phylogenetik and anderer Gruppierung-
swissenschaften: 941-1053, in Abdernalden E.
(ed.), Handbuch der biologischen Arbeitsmethoden ,
Abteilung 9. Urban & Schwarzenberg, Berlin.
Soumis pour publication le 22 septembre 1997 ;
accepté le 24 mars 1998.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
23
Cycleryon propinquus (Crustacea, Decapoda)
des calcaires lithographiques du Tithonien
inférieur de Canjuers (Var, France)
René-Pierre CARRIOL
Laboratoire de Paléontologie, Muséum national d’Histoire naturelle,
8 rue de Buffon, F-75231 Paris cedex 05 (France)
rene-pierre.camol@wanadoo.fr
Sylvie SECRETAN
Laboratoire de Paléontologie, Muséum national d’Histoire naturelle,
8 rue Buffon, F-75231 Paris cedex 05 (France)
MOTS CLÉS
Crustacea,
Decapoda,
Eryonidae,
taxonomie,
Tithonien,
paléoécologie.
Carriol R.-P. & Secretan S. 1999. — Cycleryon propinquus (Crustacea, Decapoda) des cal¬
caires lithographiques du Tithonien inférieur de Canjuers (Var, France). Geodiversitas 21
(1) : 25-31.
RÉSUMÉ
Première découverte d’un crustacé décapode dans les calcaires lithogra¬
phiques de Canjuers. L'appartenance de cet animal à l'espèce Cycleryon pro¬
pinquus souligne la ressemblance faunistique entre le gisement de Canjuers et
ceux de Bavière (Allemagne) ainsi qu'avec celui de l'Ain (France).
KEYWORDS
Crustacea,
Decapoda,
Eryonidae,
taxonomy,
Tithonian,
paleoecology.
ABSTRACT
Cycleryon propinquus (Crustacea, Decapoda) in the carly Tithonian lithogra¬
phie limes tone of Canjuers (Var, France).
First discovery of a crustacean decapod in the early Tithonian lithographie
limestone of Canjuers (Var, France). The taxonomie attribution of this ani¬
mal to Cycleryon propinquus confirms that the Canjuers fauna is close to
those of Bavaria (Germany) and Ain (France).
25
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Carriol R.-P. & Secretan S.
INTRODUCTION
Le gisement de calcaires lithographiques de
Canjuers (Tithonien inférieur d’Aiguines, Var) a
déjà fourni des crustacés (Sccrctan in Roman et al
1993) appartenant à trois classes, celle des bran-
chiopodcs avec des chonchostracés (?) ou
des notostracés (?), celle des euthycatcjnoïdes (?) et
celle des mal acos tracés avec des isopodes (?).
De nouvelles fouilles ont permis de mettre à jour
les restes de spécimens appartenant à un autre
ordre de malaco.straces, celui des décapodes, avec
Féryonide faisant l'objet de cette étude.
Matériel
Le matériel est conservé au Laboratoire de
Paléontologie du Muséum national d’Histoîre
naturelle (Paris, France}» Il est constitué par
l’empreinte et la contre-empreinte de deux spéci¬
mens.
Le premier (n° RI 1 >85) montre un céphalo¬
thorax avec la partie antérieure du premier seg¬
ment abdominal et, en connexion, la première
paire de péréiopodes. Lanimal a été écrasé. Ce
qui reste de In carapace thoracique sc présente
donc sous la forme d’un ensemble de morceaux
dont certains montrent l’extérieur de la face dor¬
sale et d’autres l’intérieur de la lace ventrale.
Le second (n° RI 1586) est réduit à l’extrémité
isolée d’un péréiopode. D’après sa taille, ce
péréiopode appartient à une première paire
d’appendice thoracique.
SYSTÉMATIQUE PALÉONTOLOGIQUE
Infraordre PALINURA Latreille, 1803
Superfamille Eryonoidea de Haan, 1841
Famille Eryonidae de Haan, 1841
Genre Cyclayon Glaessner, 1965
Diagnose (Glaessner 1%9L — Carapace subcirculai¬
re, large bord frontal, yeux dans de petites encoches
o rb i ta i res sem ici rcula i res.
Cycleryon propinquus (Von Schlotheim, 1822)
(Figs 1,2)
Macrourites propinquus Von Schlotheim, 1822 : 35,
pl. 3 fig. 2.
Coleidpmpinqua — Van Straden 1925 : 148, fig. 67.
Cycletyon propinquus — Glaessner 1965 : 116, pl. 1
fig. 5 :1969 : 470. fig. 274(4a-4b).
Cyclocaris propinquus - Beurlen 1930 372,
fig. 40a. - Beurlen & Glaessner 1930 : 64, fig. 12,
liryov meyeri - Munster 1839 : 6, pL 3 fig- 1 et pl. 4.
bayou propinquus Gemur 1827 r 99. l'raas 1855 :
92. Oppel 1 862 : 12, pl. I figs 2-4 et pl. 2
fig. 1. — Puiser 1904 : 25. - W.iltlui 1904 :
173. - Von Kncbel 1907 : 213, pl. 13. — Van Straden
1922 : 1224.- Baks 1924 : 174, figs 1,7.
fàyoti rebmanm - Von Meyer 1838 : 415.
Eryon scholthcimi — Kônig 1825 : 95. - Von Meyer
1836 : 280.
Eryon spectosus - Miinstcr 1839 : 5, pl. 2 et pl. 3
fig. 2. - Quenstedt 1857 : 806, pl. 99, figs 28, 31.
Description
Céphalothorax
Le céphalothorax est arrondi. Sa longueur est
égale à sa plus grande largeur. Le bord antérieur
n’est pas observable avec précision. Néanmoins,
du côté droit apparaît une portion de Pentaillc
orbitaire en partie cachée par un amas sédimen-
tairc. Elle est de petirc taille er son angle latéro-
antérieur constitue une pointe dirigée vers l’axe
médian de ranimai. Le bord latéral du bouclier
très convexe montre du côté droit deux échan¬
crures latérales. Lechancrure antérieure est large
et profonde. L’échancrure postérieure est plus
étroite et plus profonde. Le bord postérieur de
chacune des deux échancrures rejoint le bord
latéral de la carapace en formant avec celle-ci une
pointe acérée (sur le côté gauche de l’animal,
seule la pointe du bord postérieur de l’échancrure
postérieure est visible). Du coté droit, en arrière
de la pointe de l'échancrure postérieure- de nom¬
breuses petites dents ornent le bord latéral droit.
Lcxtrémicé postérieure du bord latéral n’est obser¬
vable ni du côté droit ni du côté gauche. Seul un
fragment du bord postérieur de la carapace sub¬
siste, concave et porteur d’une fine carène.
Le mauvais état de conservation de la surface de
la carapace céphalothoracique n’a permis d’y dis¬
tinguer ni sillon, ni carène. Néanmoins, certaines
portions indiquent clairement que la surface dor¬
sale est fortement tuberculée.
Abdomen
Le premier segment abdominal esr incomplet et
présente un déplacement par rapport à F axe
26
GEODIVERSITAS * 1999 • 21 (1)
Cycleryonpropinquus du Tithonien inférieur de Canjuers
Fig. 1. — Cycleryon propinquus (R11585) ; A, photographie de l’empreinte du spécimen en vue dorsale montrant les restes de sa
carapace, de son abdomen et de sa première paire de thoracopodes ; B, contre-empreinte du même spécimen. Échelle : 2 cm.
d’une fine carène longitudinale. Les autres seg- Appendices thoraciques
ments abdominaux sont absents ainsi que le tel- De la première paire de thoracopodes, on dis¬
son et les uropodes. tingue les méropodites ainsi que la partie anté-
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Carriol R.-P. & Secretan S.
dactylopodite. Sur L échantillon R11586, le pro-
podite est entier, allongé. Il est comprimé latéra¬
lement er présente une largeur constante depuis
son extrémité postérieure jusqu à la base du doigt
fixe. Ce dernier, dont la longueur atteint la moi¬
tié de celle du reste du propodire, se termine en
pointe. Au niveau de ['articulation dactylopropo-
diale, le propodire présente une épine sur son
bord externe. Cette épine fait face à celle située à
la base du dactylopodite sur le bord externe de ce
dernier. Le dactylopodite est plus long que le
doigt fixe. Il est recourbé dans son quart anté¬
rieur. Son extrémité est élargie et aplatie comme
la tête d un clou.
Appendices céphaliques et abdominaux
Aucun appendice céphalique comme aucun
appendice abdominal n’a été conservé.
Rappor ts et dir-eruncks
Le genre Cyclayon comprend six espèces : C. pro -
pinquus (Von Schlothcim, 1822), C. spinimanus
(Germar, 1827), C. elofigdtus (Munster, 1839),
C. orbiculutm (Munster, 1839), C. Urmatus (Von
Knebel, 1907) et C. giganteus (Van Straelen,
1923). Le Cycleryon de Canjuers a, comme
C. propinquus ♦ une première paire de péréiopodes
aux propodites allongés. Il se distingue ainsi de
C. elongdtus , C7. orbiculdtus et C. armai us qui ont
des propodites courts et larges. Il ne peut pas
non plus être confondu avec C spinimanus qui
est pourvu de trois pointes sur chaque dactylo¬
podite. Le Çyderyon de Canjuers présente sur le
bord de son céphalothorax des échancrures laté¬
rales semblables a celles de Ç. propinquus. Ces
échancrures sont proches l une de l’autre, mais
éloignées des entailles orbitaires. L’échancrure
postérieure est plus profonde et plus étroite que
l’échancrure antérieure. La différence peut ainsi
être établie avec C. giganteus qui possède des
échancrures latérales plus éloignées l'une de
l’autre, mais plus proches des entailles orbitaires
et dont 1 échancrure postérieure est aussi profon¬
de, mais plus étroite, qne l’échancrure antérieure.
En raison des propodites allongés de sa première
paire de péréiopodes et des échancrures latérales
de son céphalothorax, le Cycleryon de Canjuers
est assimilable à l’espèce C. propinquus. Il s’en
distingue néanmoins en présentant des dents, sur
le bord latéral de son céphalothorax, uniquement
en arrière de l’échancrure postérieure. Mais
l’absence de denrs entre l'échancrure postérieure
et l’encoche orbitaire concerne un spécimen bien
endommagé. Pour cette raison et en l’absence de
carènes et de sillons sur la carapace, due très cer¬
tainement au mauvais état de conservation de
Ranimai, nous avons rapporté le Cycleryon de
Canjuers à l’espèce C propinquus.
Palëûécologie
Roman et al. (1993) indiquent que « compte
tenu du nombre insuffisant de spécimens récoltés
à ce jour à Canjuers et de leur état de conserva¬
tion, une comparaison des milieux de vie de
Canjuers, de Cerin et de la Bavière serait préma¬
turée ». T.a découverte de C. propinquus à
Canjuers ne permet malheureusement pas de
faire avancer le débar car on ignore pratiquement
tout de l’écologie de ce crustacé. Tout au plus
pouvons-nous préciser que les Cycleryon sont des
décapodes benthiques marcheurs dans la mesure
où leur morphologie suggère qu’ils devaient être
de piètres nageurs. Nous ne connaissons pas leurs
pièces buccales et affirmer qu’ils sont omnivores
comme la plupart des macroures des fonds
vaseux relève de l’extrapolation hasardeuse.
D’ailleurs ces animaux affectionnaient-ils les
fonds vaseux ? S’il est prouvé quunc vie ben-
thicjue était florissante sur le tond de la lagune de
Cerin (Gall 1995), elle était beaucoup plus rare a
Canjuers (Roman et ai 1993) et apparemment
impossible à Solnhofcn (Gall 1995). Les études
sédimentologiques de Canjuers ne sont pas aussi
poussées que celles faites a Solnhofcn par exemple
(Barthel et al 1990). Elles ne permettent pas de
comparaisons valables sur le plan des reconstitu¬
tions paléoécologiques et la présence de Cyclejyon
est un faible atout en lui-même pour cela.
C propinquus est présent dans les trois gisements,
mais vivait-il dans les lagunes où se sont formés
les calcaires lithographiques ? L’incertitude
demeure quant au transport éventuel de ses restes
avant son enfouissement et sa fossilisation, en
raison de courants, de tempêtes, etc.
Son mode de vie, son alimentation ne peuvent
être déduits du peu que nous connaissons de ses
pièces buccales.
I 28
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Cycleryon propinquus du Tithonien inférieur de Canjuers
Fig. 2. — Cycleryon propinquus ; A, dessin des contours de l'empreinte du spécimen photographié (R11585) ; B, C, photographie et
dessin de l’empreinte d’un propodite avec le doigt fixe et le dactylopodite (R11586) ; D, dessin de la contre-empreinte du même spé¬
cimen. b. p. c.. bord postérieur de la carapace ; c. m., carène médiane ; éc. a., échancrure antérieure ; éc. p.. échancrure posté¬
rieure : en. o.. entaille orbitaire ; ép.. épines, m.. méropodite. Échelles : 1 cm.
On a cherché quel pouvait être leur équivalent
parmi les Eryonoidea dans la nature actuelle.
Aucune forme vivante ne reproduit l’aspect géné¬
ral de leur morphologie. Cependant, chez une
espèce actuelle, PolycheLes scultus , nous trouvons
la réplique exacte du chélipède de C. propinquus ,
au propode long et étroit, aux doigts minces, au
dactyle recourbé à son extrémité, extrêmement
caractéristique.
Mais nous ne retrouvons le bouclier arrondi, au
29 I
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Carriol R.-P. & Secretan S.
contour circulaire, suivi d'un abdomen étroit, à
crête tuberculée longitudinale, de Cycleryon que
chez certains représentants du genre créé par Bâte
(1882) : Eryoneicus. Ce genre lut reconnu
comme tel, nous dit Bernard (1953), pendant
une quarantaine d’années. En 1915, Bouvier
considérait les Eryoneicus comme des adultes
indépendants. Apres différentes controverses
(Sund, dès 1915, proposait le rattachement
d 'Eryoneicus à des formes adultes de poly-
chelides), l’ensemble des spécialistes, avec
Caïman (1925), concluent que << malgré la forte
taille de certaines espèces et l'existence de pléo-
podes sexuels bien développés » les Eryoneicus
sont des larves nageuses de formes de grands
fonds tel Palychdes. Conclusion adoptée par Boas
(1939), à laquelle se rendra alors Bouvier.
Ces deux comparaisons convergent vers Polycheles.
Bernard (1953) observe que les Eryonidae " com¬
muns au Jurassique-, deviennent abyssaux à partir
du Crétacé ».
Motière (1883), étudiant un Eryon du Lias supé¬
rieur du Calvados, à La Caine, suggérait que
« comme la rade de La Caine constituait la limite
de la mer basique, on peut en conclure que les
Eryon devaient être des crustacés littoraux ».
Par ailleurs, nous savons que les Eryoneicus ne
sont pas des formes bonnes nageuses et que,
comme beaucoup de formes larvaires, elles subis¬
sent d'importantes migrations verticales, surtout
passives, moins snnvenr horizontales, se mainte¬
nant aux abords du ralus continental,
Certains Polychdes , eux, vivent sur le talus conti¬
nental. /? typhlops vit entre 2000 et 300 m sur
des vases côtières. Un autre Eryonidae,
Willemoesia , récolté à 2000 m doit, pense-t-on,
pondre dans la zone abyssale. Les femelles de
Polycheles libèrent leurs œufs plus haut sur le
talus continental.
On retire de ces quelques observations l'impres¬
sion que, d’une part les Eryonidae du Jurassique
n’ont pas rencontrée par la suite, les conditions
leur permettant de survivre sous leur forme ini¬
tiale, en réponse à quoi, d’autre part, certaines de
leurs formes adultes auraient pu << régresser » et
s’adapter au milieu neetonique. Il nest pas exclu
qu’un processus hctérochronique ait participé au
passage des Eryonidae du Jurassique aux
Polycheles actuels dont les formes larvaires ont
conservé les grands traits des formes adultes
jurassiques. Celles-ci ont, elles-mêmes, transmis
aux Polychelidac actuels certains autres caractères
morphologiques quelles possédaient, tels leurs
chélipèdes.
On ne peut nier une filiation évidente entre les
représentants fossiles des Polychelidac et leurs
représentants actuels. Mais le parallèle entre les
formes adultes des uns et les formes larvaires des
autres pose le problème des processus d’adapta¬
tion qui leur ont permis de franchir la variation
de milieu qu’ils ont rencontré.
CONCLUSION
La faune de Canjuers présente une ressemblance
marquée avec celles, presque contemporaines, des
calcaires lithographiques du Tithonien inférieur
de Bavière et des calcaires lithographiques du
Kirnméndgiert supérieur de Cerin (Ain, France)
(Roman et ai 1993). La découverte, à Canjuers,
de Ç. propintjnus , déjà signalée en Bavière (Von
Schlotheim 1822) et à Cerin (Van Straelen
1925), confirme cette constatation et fait passer à
dix-neuf le nombre des espèces communes à
Canjuers et à la Bavière et à cinq celui des
espèces communes à Canjuers et Cerin.
Remerciements
Nous exprimons toute notre reconnaissance aux
auto ri rés militaires du camp de Canjuers, à
J. Roman (Laboratoire de Paléontologie,
Muséum national d’Hastoire naturelle, Paris,
France) qui a conduit la campagne de fouilles, à
J. M. Bar rat (Laboratoire de Paléontologie,
Muséum national d Histoire naturelle, Paris,
France) qui a récolté les spécimens de décapodes
qui nous ont été confiés et n D. Scrrctte
(Laboratoire de Paléontologie, Muséum national
d’Histoire naturelle, Paris, France) qui les a photo¬
graphiés. Nous tenons également à remercier les
rapporteurs, R. M. Le I dm an (Department of
Geolûgy, Kent State Univcrsity, Kent, USA) et
J.-C. Gall (Institut de Géologie, Université
L. Pasteur, Strasbourg, France), pour leurs
remarques avisées.
30
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Cycleryon propinquus du Tithonien inférieur de Canjuers
RÉFÉRENCES
Balss H. 1924. — Studien an fossilen Decapoden, II.
Sonderabdruck ans der “Palaeontologischen
Zeitschrift ” 6: 174-184.
Barthcl K. W-, Swimburne N. H, M. &. Conway
Morris S. 1 990. — Salnhafen: a Study in Mesozoic
Palaeontology. Cambridge University Press»
Cambridge, 236 p.
Bâte S. 1882. — Eryoneicus , a new genus allled to
Willemoesia. An nais and Magazine of Nat ura!
History 5(10): 456-458.
Bernard F. 1953. — Decapoda Eryonidae (Eryoneiais
et Willemoesia). Dana-Report 37: 1-93.
Beurlen K. 1930. —Vergleichende stammesgeschich-
re, Fortschrirtc der Géologie und Palaeontologie
8(26): 317-586
Beurlen K. fc Glaessner M. F. 1930. — System a ri k
der Crustacea Decapoda atd siammesgexchichtli-
cher grundlage, Zoologische jahrbûcher 60: 49-84.
Boas J. E. R. 1939. — Die Gauung Polycheles . ihre
vcrwandtschaftliche Srdluug und thre postetnbryo-
nal Encwicldung. Uct Kgl, Danske Videnskabernes
Selskab. Biolvginr/jr meddelelscr 14(7): (-32-
Bouvier E. L. 1915. — Observations nouvelles sur le
genre Eryoneicus Bulletin du Musée océanologique de
Monaco 309: 12-24.
Caïman W. T. 1925. —Ou macrurous Decapods
Crustacea coHeetcd in South African warers by S. S.
"Pickle". Union of South Africa, Fishcries and
Marine Btology Surrey, Repori 4: 1 -26.
De Haan W. 1833-1850. — Crustacea, in Siebold
P. F. (cd.), Eatma japoniea. Leiden, 243 p.
Fraas O. 1855. — Bcitragc /.uni obersten weissen Jura
in Swaben. fahreshefe des Vereirts fur Vaterllindische
Natnrkunde rn Wiïmanberg, I l r juhrg.: 76-106.
Gall J--C. 1995. — Palèoécologic - Paysage* et environ¬
nements disparus. Masson éditeur. Paris, Milan,
Barcelone, 241 p.
Germar E.-I-. 1827. Ueber die Versteinerungen
von Solenhofen. Kcferstein's Deutschland ,
Geognostisch Geologiuh Darges te lit 4(2): 89-110.
Glacssncr M. F. 1965. — Vorkomtnen fossilcr dcka-
poden (Crustacea) in fisch-schicfcrn. Sencken-
bergiana lethdea 46a: 1 I 1-122.
— 1969. — Decapoda; 399-532, in Moore R. C.
(cd.), Trêtllhe ou hiver te brute Pd/coufa/ogy : Part R.
Arrhropoda 4 T Crustacea (Efccept Ostracoda).
Mvriapoda. Hevapoda 2. Univetsiry of Kansas.
Konig E. 1825. — Icônes fins ilium serti les . London,
99p.
Latreille P. A. 1802-1803. — Flistoire naturelle, géné¬
rale et particulière des crustacés et des insectes. Paris,
468 p.
Morière M. 1883. — Note sur une Eryonidée nou¬
velle trouvée à La Gaine (Calvados) dans le Lias
supérieur. Bulletin de la Société Itnnéenne de
Normandie > série 3, 7 : 3-10.
Munster C. 1839. — Abbildung und Beschreibung
Fossilen langsJnvanzigen Krebse in den Kalkschie-
fern von Bayern. BeitrUge zur Petrefactenkunde,
Bayreuth, 48 p.
Oppel A. 1862. Ueber jurassische crustaccan.
Palaeontologhehe Mïuhcihtngen aies dem Muséum des
Kœniglich Bayenschen Stances 1: 1-120.
Peiser G. 1904. — Beitrag zur Kenntniss der in den
Kalksehiefirn von Solnhofen auftretenden Gattung
Eryon und ihrer Beziehungcn zu verwandten reeenten
Tiefeekrebsen. Inaugural Dissertation, F.rlangen,
59 p.
Quenstedt F.-A. 1857. — Der Jura. I Cibingen, 842 p.
Roman L> Atrops F., Arnaud M . Barale G,, Bar rat
J. M., Boulier A., Broiü de F., Coll (J, A,, Midi art!
J. G,, "laquer P. & Wenz S. 1993. Le gisement
tithonien inférieur des calcaires lithographiques de
Canjuers (Var, France) : état actuel des connais¬
sances. in Bcrnier P. 6c. Gaillard C. (eds). Les cal¬
caires lithographiques. Sédimentologie, Paléon¬
tologie. Tapnonomie, Geobios, M. S. 16 : 126-135.
Sund O. 1915. — Eryoneicus and Polyeheles. Nature
2300:372, 373.
Van Staeien V. 1922. — Les crustacés décapodes du
Portlandien de Cerin-Marchampt (Ain). Comptes
Rendus de l'Académie des Scient ru Paris 175 :
1224-1226,
- 1923. Crustacés décapodes macroures nou¬
veaux des terrains secondaires. Annales de Li Société
royale zoologie]ne de Belgique 5 3 : 84-93.
— 1925. — Contribution a l’étude des crustacés
de'capodes de la période jurassique. Mémoires de la
Classe des Sciences. Académie royale de Belgique ,
série 2, 7 * I -462,
Von Knebel W 1907, — Die Eryonidcn des oberen
weissen Jura von süddeufscnland. Arc hiv fit r
Biontologie 2: ! 95-233,
Von Meyer H. 1836. — Beitrage zu Eryon , einem
Geschlechte fossiler langschwànziger Krebse. Nova
Acta p h y a eu-m cdica Aeademiac C êtes. Leopoldino-
Carolinae Nat urne Curiosorum 18: 261-284.
— 1838. Mitthcilungen an Pr Broun gerichtet.
Neues Jahrhueh fier Minéralogie. Geognosie , Géologie
und Pctrefnktenkunde 4: 413-418.
Von St h lot lu* im F.-Fi 1822. — Na ch t rage zur
PeifefiutL/ikundi. Gotha, 100 p.
Walrher J. 1904. — Die fauna der Solenhofener
Plartenkalke bionomisch berrachtet. Eestchrist zum
70 ten Geburstage v. E. Haekei. 135-214.
Soumis pour publication le 8 juillet 1997 ;
accepté le 8 janvier 1998.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
31
Les vertébrés (Placodermi, Galeaspida) du
Dévonien inférieur de la coupe de Lung Cô-Mia
Lé, province de Hà Giang, Viêt Nam, avec des
données complémentaires sur les gisements
à vertébrés du Dévonien du Bac Bo oriental
Philippe JANVIER
Laboratoire de Paléontologie, UMR 8569, Muséum national d’Histoire naturelle.
8 rue de Buffon, F-75231 Paris cedex 05 (France)
janvier@mnhn.fr
Ta Hoa PHUONG
Département de Géologie, Université nationale du Viêt Nam à Hanoï,
90 rue Nguyên Trai, Thanh Xuan, Hanoï (Viêt Nam)
kdiachat@netnam.org. vn
Janvier P. & Ta Hoa Phuong 1999. — Les vertébrés (Placodermi, Galeaspida) du
Dévonien inférieur de la coupe de Lung Cô-Mia Lé, province de Hà Giang, Viêt Nam, avec
des données complémentaires sur les gisements à vertébrés du Dévonien du Bac Bo
oriental. Geodiversitas 21 (1) : 33-67.
MOTS CLÉS
Vertebrara,
Galeaspida,
Placodermi,
Sarcopterygii.
Dévonien,
Viêt Nam,
systématique,
biostratigrapnie.
RÉSUMÉ
Les vertébrés des formations de Si Ka, Bac Bun et Mia Lé (Dévonien infé¬
rieur, Lochkovien-Praguicn) de la coupe Lung Cô-Mia Lé (province de Hà
Giang, nord du Viêt Nam) sont représentés par quelques restes de galéas-
pides, d'antiarches, d’arthrodires er par un pétalichthyide nouveau,
Tongdzuylepis vietnamensi n.g., n.sp. La liste faunique de la Formation de
Khao Lôc (Lochkovien inférieur) à Tông Vài (province de Hà Giang) est
complétée par la description d'un galéaspide, Laxaspis yulongssus , et de trois
antiarches Heteroyu n nanolep is qujingensis, ZhanjUepü asp ra ri lis et Minicmnia
lissa n.sp. Un nouvel antiarche. Yunnannlepis spinulosa n.sp., associé à du
matériel de Chitchinoiepis dangmoemis cl YoungoUph sp, est décrit dans des
niveaux de la limite entre les formations de Si Ka et Bac Bun du gisement de
Ban Nhuàn (province de Thai Nguyên, nord du Viéi Nam). Une description
complémentaire et des précisions taxonomiques sont apportées quanr aux
galcaspîdes ei antiarches de la Formation de Bac Bun du gisement de Dông
Mo (province de Lang Son, nord du Viét Nam). Enfin, un nouveau sarco-
ptérygicn, langdenia campylognatha n.sp. est décrit dans la Formation de Bac
Bun du gisement de Trang Xa (province de Thaï Nguyên).
• 1999 • 21 (1)
33
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
KEYWORDS
Vertebrata,
Galeaspida,
Placodermi.
Sarcopterygii.
Devonian,
Vietnam*
systematics,
biostratigraphy.
ABSTRACT
Verte brutes, ( Placodermi, Galeaspida) oj the Lower Devonian of tbe Lung Cô-
Mia IJ section, H à Giang Province, Vietnam, with complementary comments
on verte braies de pas ils of tbe eastern Bac B un Devonian.
The vcrrebrarcs of the Si Ka, Bac Btin and Mîa Lé formations (Lower
Devonian, Dxhkovjan-Pragian) of tbe lung Cô-Mia Le section (Hà Giang
Province, northern Vietnam) are represented by sonie galcaspid, art h redire
and antinreh remains, and by a new petâlichrhyjd, 7 ongdzuylepis viernamrnsis
n.g., n.sp. l'he fauftal list of the KhaC» Lbc Formation (Lower Lochkôvian) at
Tông Vài (Hà Giang Province) is complétai by the description of n galeas-
pid» Laxaspk yttlongssm , and three amiarchs, Hcieroyurmanoltpis <(ujingensis ,
Zhanjilepis aspratilis and Minicrama lissa n.sp. A new anuarch, Ynnnanolepis
spinulosa n.sp., associated with Chuchinolepis dongmoensis and Youngolcpis sp.,
is describcd frorn the transition beds between the Si Ka and Bac Bon forma¬
tions ai Ban Nhuàn (Thdi Nguyen Province, northern Vietnam). A comple-
mentary description and taxonomie communes are made for the galeaspids
and antiarchs of the Bac Bun Formation at Dông Mo (Lang Son Province,
northern Vietnam). Finally, a new sarcopterygian, Langdenia campylognatha
n.sp. is describcd frotn the Bac Bun Formation at Trang Xa (Thaï Nguyen
Province).
INTRODUCTION
Les recherches menées depuis 1985 sur les verté¬
brés du Dévonien inférieur du nord du
Viêt Nam (Bac Bo) ont conduit à la découverte
de plusieurs gisements importants (Trang Xa,
Dông Mo, Ban Nhuân) dont les faunes ont été
décrites par Tong-Dzuy Thanh & Janvier ( I 987,
1990, 1994), Janvier et al. ( 1993) et Tong-Dzuy
Thanh et al. (1995). Ces recherches ont égale¬
ment permis d’établir des corrélations biostrati-
graphiques entre le Dévonien inférieur du Bac
Bo et celui du Yunnan oriental et du Guangxi, en
Chine. Chaque année, nos collègues vietnamiens
et nous-mêmes avons complété la connaissance
de ces faunes de vertébrés par la découverte de
nouveau matériel voire de nouveaux gisements,
au cours de missions de terrain, L’une d’elles, en
1993, avait pour but d’effectuer une révision de
la coupe de Lung Cô à Mia Lé, à l'extrême nord
du Viêt Nam (province de Hà Giang ; Figs 1,2),
coupe-type des trois formations les plus impor¬
tantes du Dévonien inférieur du Viêt Nam (for¬
mations de Si Ka, Bac Bun et Mia Lé). Outre les
découvertes paléontologiques qui ont été faites à
cette occasion, celte révision de la coupe de Lung
Cô-Mia Lé a un intérêt historique en raison des
accusations de fraude scientifique qui ont long¬
temps pesé sur les travaux de Jacques Dcprat
[v. historique par Durand-Delga (1990), mais
aussi Henry (1994)]. Ces travaux de terrain ont
confirmé, tour au moins pour cette coupe, la jus¬
tesse des observations de Deprat quant à la
lithosrratigrapbie. Dans le district de Dong Van,
les données très détaillées concernant la biostrati¬
graphie de la coupe, voisine, de Dong Van-Nho
Qué ont été présentées dans les travaux de
Deprat (1915)* DangTran Tluyèn (1976), Tong-
Duy Thanh (1986, 1993), Paris et ai (1993),
Tong-Dzuy Thanh & Tâ Hoa Phuong (1994) et
la 1 loa Phuong (1994). l es nouvelles recherches
de terrain sur la coupe de Lung Cô-Mia Lé ont
également permis d enrichir la connaissance des
faunes des trois formations dévoniennes (Si Ka,
Bac Bun et Mia Le) et de découvrir les premiers
vertébrés de la Formation de Mia Lé.
Par ailleurs, cet article présente également
quelques nouvelles données sur du matériel
34
GEODIVERSITAS • 1999 * 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Fig. 1. — Carte de localisation de la coupe de Lung Cô-Si Ka.
complémentaire ou de nouvelles interprétations première fois par Deprat (1915). Cet auteur y
sur le matériel déjà publié d’autres gisements du distinguait cinq séries (Lung Cô, Si Ka, Bac Bun,
Dévonien inférieur du Bac Bo (Tông Vài, Ban Mia Lé et Ma Pi Len). Il considérait les quatre
Nhuan, Dông Mo et Trang Xa). premières comme étant d’âge ordovicien, et la
Les spécimens décrits ici sont conservés au dernière comme étant d’âge « gothlandien »> infe-
Musée du Service Géologique du Viêt Nam (Bao rieur (c’est-à-dire silurien inférieur dans la termi-
Tang Dia chat), 6 rue Pham Ngu Lao, Hanoï nologie actuelle). C’est dans la Série de Si Ka de
(préfixe BT) et au Musée de Géologie de cette coupe que Deprat a découvert les premiers
l’Université nationale du Viêt Nam à Hanoï restes de vertébrés dévoniens du Viêt Nam, que
(préfixe CS). Les collections anciennes, apparte- Mansuy (1915) a attribués respectivement à un
nant auparavant au Département de Géologie de « Ostracoderme » indéterminé, A s ter oie pis et
l’Université de Hanoï (Université nationale du Homosteus. Mansuy (1915 4 . 2) souligne le
Viêt Nam à Hanoï), conservent, en plus, le sigle curieux anachronisme de ces vertébrés réputés
VND. dévoniens en Europe, mais qui auraient été ordo¬
viciens au Viêt Nam. Il tente cependant de justi¬
fier cette datation, d'une part par l'existence de
LES VERTEBRES DE LA COUPE DE LUNG vertébrés (pourtant bien différents) dans
CÔ-MIA LÉ : CADRE GÉOLOGIQUE l’Ordovicien des États-Unis (découverts par
Walcott dès 1892), et d’autre part par la présence
La coupe de Lung Cô-Mia Lé est située à l’extrê- d’un unique spécimen de « Trinucleus ornatus »
me nord du Viêt Nam, dans la province de Hà (Deanaspis goldfussî) dans les couches immédiate-
Giang (Fig. 1) et fut étudiée en détail pour la ment sus-jacentes au niveau à vertébrés (Deprat
GEODIVERSITAS • 1999 * 21 (1)
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Fig. 2. — Log synthétique de la coupe de Lung Cô-Si Ka, mon¬
trant la position stratigraphique des principaux niveaux fossili¬
fères et la répartition des vertébrés décrits ici. Ll.9. restes de
plantes indéterminées, osîracodes, vertèbres L1.10, ostra
codes, crustacés (phyllocarides), gastéropodes, vertébrés .
L1.13, restes de plantes indéterminées, bivalves ; L3.4, restes
de plantes indéterminées, bivalves, crustacés (phyllocarides),
brachiopodes (Howittia wangi), vertébrés ; L3.5. vertébrés
136
1917)* Or, cest précisément ce << Trinuclcus orna¬
nts », ainsi qu un autre spécimen de Ben Thuy,
au Viêt Nam central, qui sera plus tard au centre
de l’« Affaire Deprat » (Durand-Delga 1990 ;
Henry 1994). Tong-Dzuy Thanh & Janvier
(1987, 1990) ont montré que les fragments de
carapace de l\< Ostracodcrrric » indéterminé
décrit par Mansuy étaient la première figuration
d’exosquelette d'un galêaspide [probablement
Banvhuantispis janvier, Tông-D'/uy Thanh et Ta
Hoa Phuong, 1993 ou une forme proche], avant
ridentiilcation de ce groupe par Liu en 1963.
Hormis ccttc erreur de datation, qui reste sans
autre explication quunc <• pollution » volontaire,
les nouvelles recherches de terrain confirment
pleinement la .succession des terrains paléo¬
zoïques décrite par Deprat. Sur ce point, sa des¬
cription lithostratigraphique est loin d'être •• un
pur roman •> (Lantenois 1928). Les termes de Si
Ka, Bac Bun. Mia Lé désignent encore actuelle¬
ment des formations dans la terminologie srrati-
graphique régionale et la coupe de Lung Cu-Mia
Lé est la coupe-type de ces trois formations. Les
âges de toutes les subdivisions stratigraphiques
proposées par Deprat ont été modifiés en fonc¬
tion des progrès de la paléontologie et de la bio¬
stratigraphie. II est maintenant clair que la plus
ancienne des formations dévoniennes du Bac Bo
oriental, la Formation de Si Ka est toujours en
discordance sur les niveaux plus anciens et que
le v s fossiles (essentiellement des vertébrés) que
Ton y trouve sont tous lochkoviens. Toutes les
autres formations reconnues par Deprat dans
cette coupe sont maintenant reconnues comme
d âge dévonien. Une collection assez riche de
brachiopodes, poissons, bivalves, tentacidites et
plantes de cette coupe a été récoltée en 1993 par
l’un de nous (T H. P.) en collaboration avec ses
(Placodermi gen. et sp. indet.) . L8.6 (échantillon récolté hors
coupe, mais rapporté par sa lithologie au sommet du Membre 2
de la Formation de B oc. Bun), brachiopodes (lingulides indéter¬
minés). vertébrés ( forvjdzoytapl^ i/iAtnamensis n g., n sp.) ;
L4.1, vertèbres (Petahchlhyida gen. et sp, indet,) L3.6. bra-
chiopodos (Euryspmtor tonktnansus) : L.5.1. brachiopodes
(Hysterolfes sp ). vertébrés . 16.4. rajiîos de plantes indétermi¬
nées. bivalves brachiopodes (Hysterulitee sp.). eurypterides,
vertébrés , L6.5, brachiopodes ( Euryspiriterionkirtansis) : L6.9.
brachiopodes (Euryspuilei lonkinn/isis) ; 1.6.15 19 abondante
faune à Euryspiriter tonkinensis, vertébrés ; L7.1, dacryocona-
rides (Nowakia sp. aff. N. zlichovensis) ; L7.5, dacryoconarides
(Nowakia barrandei , Homoctenus sp.).
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (t)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
étudiants : Dong Quang Thanh et Cao Trong
Bao. Les fossiles mentionnés dans cet article ont
été déterminés par Dzuong Xuan Hao (brachio-
podes), R Janvier (vertébrés), Dang Tran Huyên
(bivalves), Nguyen Duc Khoa (rugueux), Pham
Kim Ngan (trilobites) et Ta Hoa Phuong (tenta-
culites). Selon Cai Chong-Yang (Nanjing). les
restes de plantes sont très mal conservés et ne
peuvent être identifiés.
La coupe de Lung Cô-Mia Lé se trouve le long
du sentier reliant les villages de Lung Cb et Mia
Lé, dans la région de Dong Van (province de 1 fà
Giang), près de la frontière sino-vietnamienne
(Fig. 1). Dans cette coupe, le Dévonien inferieur
repose en discordance sur les calcaires gris rosâtre
de la Formation de Lut Xia (Ordovicien). Les
formations dévoniennes se succèdent en concor¬
dance avec, de la plus ancienne à la plus récente,
les formations de Si Ka, Bac Bun, Mia Lé, Na
Quan (Fig. 2).
Formation df. Si Ka
Cette formation est à l’origine de la « Série de Si-
ka » proposée par Deprat (1915) et affleure le
long du sentier de Lung Cô à Si Ka, juste avant
le Công Troi (« col de Si Ka »). Elle repose en
discordance sur la Formation de Lut Xia et se
caractérise par une série de calcschistes très bario¬
lés (rouges, lie-de-vin, verts, jaunes), avec
quelques intercalations de bancs de calcaires gris
à gris rosâtre. On peut y distinguer quatre
membres qui se succèdent en concordance avec,
du plus ancien au plus récent :
1. Des calcschistes, des marnes rouges, lie-de-vin
à verdâtres avec, à leur base, une couche de 10 à
15 cm de grès calcareux à gros grains. L’épaisseur
totale de ce membre est de 175 m.
2. E)es grès et des sîltstones avec des intercala¬
tions de schistes er de calcschistes (250 m),
contenant des restes de gastropodes, de bivalves,
d’osrracodes, de crustacés (phyllocarides), de ver¬
tébrés (niveaux LL9-10), ainsi que quelques
restes de plantes indéterminées.
3. Des calcaires gris sombre, finement stratifiés,
avec des intercalations de siltstones et de schistes
gris, gris verdâtre et lie-de-vin (175 m).
4. Des siltstones avec des intercalations de
quelques couches de calcschistes gris verdâtre,
bruns et lie-de-vin (225 m).
Formation de Bac Bun
Cette formation est à Forigine de la « Série de
Bac-boun » de Deprat (1915). D’après cet
auteur, elle est essentiellement gréseuse et schis¬
teuse, et bariolée, rouge, jaune ou verdâtre. Près
du village de Si Ka, Deprat y a trouvé le bivalve
Goniopbora sp. et « de grandes plaques de pois¬
sons osrracodermes brisées et qu’on ne peut faire
que citer » (Deprac 1915).
Selon notre étude de terrain de 1993, on peui y
distinguer trois membres :
1. Des schistes argileux et des calcschistes gris
sombre, prenant une teinte rosâtre â brun clair par
altération (130 m). Ils ont livré une faune compre¬
nant des débris de plantes indéterminables, des
crusracés (phyllocarides), le brachiopode Howittia
wangi (Hou), le bivalve Goniopbora sp. et des
restes de vertébrés (niveau L3.4). Le brachiopode
Howittia wangi, fossile-guide de la Formation de
Bac Bun dans le Bac Bo oriental (nord-est du
Vier Nam), est ici découvert pour la première fois
dans le stratorype de cette formation.
2. Des siltstones gris prenant une teinte brun
jaunâtre par altération (100 m) er contenant de
très abondants restes de vertébrés (niveaux L3.5,
L8.6 ; F échantillon du niveau L8.6 a été récolté
hors coupe, mais à peu de distance de celle-ci).
3. Des schistes gris verdâtre prenant une teinte
bariolée (rouge, jaune, rose, verte, blanche) par
altération (70 m) et contenant des fragments de
vertébrés (L4.1 ),
Formation de Mia Lê
Cette formation, qui est à l’origine de la « Série
de Mie-lé » de Deprat (1915), affleure sur le sen¬
tier de Si Ka à Mia Lé. D'après la description de
Deprat, le membre inférieur de cette « série » se
caractérise par des schistes er grès micacés sans
fossiles (250 m), candis que le membre supérieur
consiste en des schistes argileux rouges et jaunes,
très tendres et conrenant une faune assez riche :
Proetus sp., Spirifer tonkinensis M an su y
(= huryspirifer tonkinemis). Spin fer donguanensis
Mansuy, Strophouema sp., Dinorthis annamitica
Mansuy (= Dicoclostrophia annamitica ), Pt cri mica
mi de ms h Mansuy, Fenestrdla sp. (Deprat J9J 5).
Notre étude a mis en évidence la séquence sui¬
vante :
1. Des siltstones gris verdâtre avec des interca-
37
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Janvier P. &c Ta Hoa Phuong
lations de schistes argileux et de marnes (50 m),
contenant les brachiopodes Euryspirifer tonkinen-
sis (Mansuy) et E. sp. aff. E. parasensis (Mansuy),
ainsi que des restes de vertébrés (niveaux L3.6,
L5.1).
2. Des schistes argileux» des marnes avec
quelques lentilles de calcaires marneux dans la
partie supérieure (450 m). Us ont livré des restes
de vertébrés et une faune d'invertébrés très abon¬
dante comprenant :
- brachiopodes : Euryspnifer lonkinensis
(Mansuy)» Okoelostrophia annamitica (Mansuy),
Atrypa sp. aff. A . reticulnris L.» Elymospirifer
kwangsiensis (Hou), Ho Welle!la crispa Hisinger,
Schellwienella sp. cf S. douvillei (Mansuy)»
5. lantenoisi (Mansuy), Athyrisi tiaomachiensis
Tien, Parachonetes zeili (Mansuy), Undispirifer
sp. aff. U. pseudnaculiatus Rzonsnickaja,
Hystérilités sp. ;
- rugueux : HardophyllunP brancai (Frech) ;
- bryozoaires . Fenestrella sp. ;
- bivalves : Ptcrinca mïelecnsis Mansuy ;
- tri lob ires t Proetus.
Formation db Na Quan
La partie supérieure de la coupe de Lung Cô-Mia
Lé est représentée par la Formation de Na Quan,
définie par Pham Dinh Long (1973) dans la
région de Ha Lang (province de Cao Rang, Bac
Bo oriental). F.lle comprend des' calcaires à phta-
nites avec intercalerions de calcaires marneux, des
marnes gris sombre et un membre schisteux à sa
base. Ccrte formation forme une petite colline a
1 ouest du village de MJa Lé. Elle a livré des ren-
taculites d'âge emsien (des zones à zlichovensis et
barrandei ) : Nowûkia sp. aff. N. zlichovcnsis
Boucek, N. praecursor Boucek, N. barrandei
Boucek et Prantl, et Homoctenns sp., découverts
pour la première fois dans cette coupe.
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE DES VERTÉBRÉS
Fig. 3. Placodermi et Sarcopterygii, Formation de Si Ka r
Locbkovien, coupe de Lung Cô-Mia Lé (niveau L1.10), Dong
Van. province de Hà Giang, Vièt Nam ; A. Yunnanotepts sp..
plaque AVL gauche (CS02y) B. Yunnanolepidoidel gen. et sp.
indet.. plaque AVL gauche (CS02ra) ; C. Placodermi gen. et sp.
indet., plaque spinale indéterminée avec fragment de plaque
AVL, probablement d'un arthrodire phlycîaenifde <CS02x) ;
D. Sarçopterygn gen. sp mdet.. écaillé isolée en vue externe
(CS02zb> Échelles : A-C. 10 mm ; D, 5 mm
Parmi les restes de vertébrés récoltés, avec une ment à la faune de type « sud-chinois », décrite
abondance très variable, dans cette section, on initialement au Yunnan oriental. En revanche, les
retrouve certains des taxons (par ex. yunnano- niveaux schisteux des formations de Bac Bun et
lépidoïdes) déjà connus, en particulier dans la de Mia Lé livrent des formes qui sont nouvelles,
Formation de Bac Bun (Tong-Dzuy Thanh & non seulement pour le Dévonien du Viêt Nam,
Janvier 1990, 1995) et qui appartiennent claire- mais aussi pour F ensemble de cette province fau-
38
GEODIVERSITAS * 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
nique « sud-chinoise ». C’est surtout le cas des
restes de pétaiichthyides décrits ci-dessous, qui
sont nettement différents des formes connues de
ce groupe tant en Chine que dans le reste du
monde.
VERTÉBRÉS DP. IA FORMATION DE Si KA
Le Membre 2 de cette formation a livré quelques
restes de vertébrés assez mal conservés et très
déformés. On y reconnaît deux plaques spinales
ornées de rangées de gros tubercules et associées à
une partie de la plaque antéro-Ventrolatérale
(CS02x ; Fig. 3C). Il pourrait s’agir d’un arthro-
dire phlyctaeniide. Deux plaques antéro-
ventrolatérales de yunnanolépidoïde assez
grandes semblent pouvoir être attribuées au
genre Yunmuiolepis Liu, 1963 (Fig. 3A, B). Une
grande écaille arrondie ornées de rides de den-
tines convergentes appartient à un sarco-
ptérygien, probablement un yoüngolépididé,
mais différent de Youngokfis Chang et Vu, 1981
(Fig. 3D).
Vertébrés de la Formation de Bac Bun
Ces niveaux sont les plus riches en restes de ver¬
tébrés relativement complets. On y note une
grande abondance d’une ou de plusieurs espèces
de pétalichthyidcs, qui semblent être les mêmes
que dans les niveaux schisteux de la Formation
de Mia Lé sus-jacente.
Classe PLACODERMI McCoy, 1848
Ordre PETALICFITFfYIDA Jaekel, 1911
Famille MACROPETALICHTHYIDAE ?
Eastman, 1898
To ngdzuylèpis n. g.
ESPÈCE-TYPE. — Tongdzuylepis vietnamensis n.sp.
Étymologie, — Genre dédié au Professeur Tong-
Dzuy Thanh, Université du Vier Nam à Flanoï.
Diagnose. — La même que pour P espèce-type (par
monocypie).
Remarques
Tongdzuylepis diffère à la fois des quasipétalich-
thyidés du Dévonien de Chine (Liu 1991 ; Zhu
Fig. 4. — Tongdzuylepis vietnamensis n.g., n.sp., Formation de
Bac Bun. Lochkovien supérieur, coupe de Lung Cô-Mia Lé
(niveau L8.6), Dong Van, province de Hà Giang. Viêt Nam.
Fragment latéral gauche du toit crânien en vue dorsale (holo-
type, CS02a) Photographie en immersion Échelle : 5 mm.
1991) et des macropéralichthyidés ubiquistes par
sa curieuse association de deux types d’ornemen¬
tation des os dermiques. Toutefois, par plusieurs
caractères, ce genre s’apparente plus aux macro-
pétalichthyidés qu’aux quasipécalichthyidés. En
effet, les plaques antérolatérales sont hautes et
courtes, avec une lame postbranchiale très incli¬
née (Fig. 7). La plaque spinale est longue, effilée,
avec de grands denricules médiaux (Fig. 9C), et
la partie postérieure du toit crânien semble avoir
été relativement étroite, avec des bords latéraux
divergents vers l’avant.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
39
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
CIO
Fig. 5. — Tongdzuylepis vietnamensts n.g., n.sp., Formation de
Bac Bun, Lochkovien supérieur, coupe de lung Cô-Mia Lé
(niveau L8.6), Dong Van, province de Hà Giang, Viêt Nam.
Fragment latéral gauche du toit crânien en vue dorsale (holo
type, CS02a), reconstitution fondée sur l'empreinte et la contre-
empreinte de Phototype (Fig. 4), cio. canal infraorbitaire ; clip,
canal de la ligne latérale principale ; cr, crêtes de l'ornementa¬
tion dermique dend, conduit endolymphatique ; dep. dépres¬
sion postérieure de la surface dorsale du toit crânien. Échelle :
5 mm.
Tongdzuylepis vietnamensts n.sp.
(Figs 4-10)
HOLOTYPE. — Partie postéro-latérale gauche d’un toit
crânien (CS02a, Fig. 4).
Localité-T YTK — Coupe de Lung Cô-Mia Lé, dis¬
trict de Dong Van, province de Hà Giang, Viêt Nam.
Spécimen récolté hors coupe (L8.6).
NIVEAU-TYPE. — Dévonien inférieur, Lochkovien
supérieur. Formation de Bac Bun, Membre 2.
Étymologie* — Du Viêt Nam.
Matériel. — Plaque AL gauche (CS02b, Fig. 7A) ;
plaque AL gauche Incomplète (CS02c, Fig. 7B) ;
plaque spinale (CS02e, Fig. 9C) ; grande écaille
médiane dorsale (CS02k, Fig. 9A) ; plaque margi¬
nale ? (CS02m, Fig. 9B) ; plaques indéterminées
(CS02d, Fig. 8 ; CS02h, Fig. 10C ; CS02j, Fig. 10A ;
Fig. 6 . — Tongdzuylepis vietnamensts n.g., n.sp.. Formation de
Bac Bun, Lochkovien supérieur, coupe de Lung Cô-Mia Lé
(niveau L8.6, échantillon hors coupe), Dong Van, province de
Hà Giang, Viél Nam. Essai de reconstitution du toit crânien,
fondé sur l'holotype (Figs 4, 5) et le contour du toit crânien d’un
macropétalichthyidé. Surface dorsale du neurocrâne en grisé.
CS02Ï, Fig. 10B) ; nombreux fragments de plaques
indéterminées.
Diagnose. — Petalichthyida présentant une orne¬
mentation essentiellement tuberculée, mais en partie
constituée de rides parallèles sur le toit crânien. La
surface externe de la plaque parauuchale postérieure
présente une concavité dépourvue d'ornementation.
Description
L’holotype de T, vietnamemis est un fragment de
toit crânien, montrant une partie de lempreinte
de sa surface interne (Fig. 4), On y distingue
deux canaux sensoriels (interprétés comme le
sillon de la ligne latérale principale et de sa
branche infra orbitaire ; clip, cio, Fig. 5) s’ouvrant
vers l'extérieur par de larges pores. Ce caractère
est, chez les placodermes, unique aux péta-
lichtbyides et aux ptyctodorites. Au niveau du
bord postérolatéral de la plaque parauuchale
postérieure, le canal de la ligne latérale principale
40
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Fig. 7. — Tongdzuylepis vietnamensis n.g.. n.sp, Formation de
Bac Bun, Lochkovien supérieur, coupe de Lung Cô-Mia Le
(niveau L8.6, échantillon hors coupe), Dong Van, province de
Hà Giang, Viêt Nam : A, plaque antérolatérale gauche en vue
interne (CS02b) B plaque antérolatérale gauche incomplète
en vue externe (CS02c). Photographie en immersion. Échelle :
5 mm.
se recourbe latéralement pour s’ouvrir par un
large sillon. Aucune suture entre les plaques n est
visible, mais il est probable que ce fragment de
toit crânien comprend au moins les plaques para-
nu ch al es postérieure et antérieure, ainsi que les
plaques marginale et centrale. L'essentiel de
l’ornementation est constitue de très petits tuber¬
cules, mais au niveau des plaques para-nuchalcs,
elle se transforme en deux faisceaux de rides
parallèles, avec quelques petites rides secondaires
au niveau de leurs extrémités (cc, Fig. 5). Le
caractère le plus surprenant de cette forme est
une dépression très marquée de la surface posté¬
rieure de la plaque paranuchale postérieure (dep,
Fig. 5). Cette dépression, pratiquement dépour¬
Fig. 8 — Tongdzuylepis vietnamensis n.g.. n.sp,, Formation de
Bac Bun. Lochkovien supérieur, coupo de Lung Cô-Mia Lé
(niveau L8.6, échantillon hors coupe). Dong Van, province de
Hà Giang. Viêt Nam Plaque thoracique Indéterminée portant
une ornementation mixte de gros tubercules en cuiller et de
petits tubercules arrondis (CS02d). Échelle : 5 mm.
vue d'ornementation et dont la surface est spon¬
gieuse, s’étend en avant de l'épaississement
nuchal postérieur de la plaque. Ll faut Toutefois
noter que, chez la plupart des macropctalich-
thyidés, cette région du toit crânien est marquée
par une légère dépression, de pair et d'autre du
bombement nuchal médian, toujours ornemen¬
tée (Young 1978, fig. 2A). II ne fait aucun doute
que, chez T vietruiniemis , cette dépression pro¬
fonde est bien située sur la surface externe du toit
crânien, car vers l'arrière sa surface devient pro¬
gressivement: ornementée. Une partie du moula¬
ge naturel de la surface interne de ce toit crânien
est visible aux endroits où manque l’os dermique.
On y reconnaît le contour de la surface de
contact avec le neurocrâne (marquée par un
réseau de sillons vasculaires) et l’ouverture inter¬
ne du conduit endolymphatique dermique
(dend, Fig. 5). Le contour de la surface dorsale
du neurocrâne montre le processus postorbitaire
postérieur et la limite antérieure de la fosse
cucullaire (Fig. 6) et correspond parfaitement à
celui de la région postérolatérale du neurocrâne
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
41
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Rg. 10- — Tarigdiruyleptç viotnamansis ? r».g. T nép. T Formation
do Bac Sun, Lochkovien supérieur, coupe de Long Cô-Mia Lé
(niveau L8.6, échantillon hors coupel Dong Van, province de
Ha Giang. Vlêt Nam . A plaque indéterminée en vue externe
(0SO2j! : B. plaque indéterminée on vue externe (CS02i) ;
C. plaque thoracique indéterminée (? PVL) en vue interne
(CSQ2h r photographie en immersion) Échelles 5 mm
vers 1 arrière. Elle est d’un type assez général pour
les macropétalichthyidés, mais diffère de la spi¬
nale de Wijdenspis ou Lunaspis Gross, 1961 par sa
partie proximale plus étroite.
Par la morphologie générale de la partie posté¬
rieure de son toit crânien et de ses plaques thora¬
ciques, T. vielnumcnsis diffère donc nettement
des quasipétaliclithyidés et présente la plupart
des caractères rencontrés chez les macro-
pétalichthyidés au sens large (Zhu &£ Wang
1996 : soit : Mavropetalichthys, Ellopetalichthys
0rvig f 1957, Epipeta lichthys Stensio, 1925*.
Xinanpeta lichthys Pan ci Wang, 1978. Wijdcaspis,
Shearsbyaspis Young, 1985> Lunaspis > Notopeta-
lichthys Woodward, 1941, Si nopeta lichthys Liu,
1973, Holopetalichthys Zhu et Wang, 1998 et
Fig. 9. — Tongdzuylepis vietnamensis n.g . n.sp., Formation de
Bac Bun, Lochkovïen supérieur, coupe de Lung Cô-Mia Lé
(niveau L8.6, échantillon hors coupe). Dong Van, province de
Hà Giang, V«ét Nam ; A. écusson médian dorsal en vue externe
(CS02k, photographie en immersion) ; B. plaque du toit crânien
(? marginale) présentant un canal sensoriel bifurqué (CS02m,
photographie en immersion) C, plaque spinale en vue dorsale
(CS02e). Échelles 5*mm
de Macropetiùichthys Norwood et Owen, 1846 et
Wijdegspis Obruchcv, 1964 (Stensio 1969 ;
Young 1978), mais il semble que la surface de la
fosse Cilcullaire était recouverte d'une lame
endosquelettique, au contraire de celle de
Macro peta lichthys .
Toutes les autres plaques attribuables à un peta-
lichthyidc, et très vraisemblablement à cette
espèce, sont également caractérisées par leur
ornementation tubcrculéc extrêmement variable
d'une région a l’autre, allant de tubercules très
petits à d autres dix fois plus gros (Figs 7, 8).
Certains tubercules sont spiniformes, ou en
forme de cuiller, et ont tous la même orientation.
La plaque spinale (Fig. 9C) est particulièrement
longue et fine ; elle est ornée de côtes lisses et
porte de grands denticules médiaux et une série
de petits denticules latéraux fortement recourbés
42
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Guangxipenilichthys Ji et Pan, 1998). Ces carac¬
tères sont principalement le plan d'organisation
des canaux sensoriels [pit-line postérieure trans¬
versale ou antéro-médiale) et la tendance à une
ornementation de rides parallèles. Le principal
caractère du groupe, soit l’inclusion des orbites
dans le toit crânien, n’est toutefois pas observable
sur ce matériel.
Ordre ANTIARCHA Cope, 1885
Fam. indet.
Genre Minicrania Zhu # Janvier, 1996
Minicrania sp.
(Fig. 11)
La présence d’antiarches dans cette faune est
attestée par une cuirasse thoracique de très petite
taille, complète, mais très fortement écrasée, ainsi
que par un toit crânien incomplet (Fig. 11A). Ce
toit crânien, qui ne présente aucune suture,
montre la partie postérolatérale de la dépression
préorbitaire (dpro, Fig. 1 IA). Celle-ci est très
vaste et entoure la fenêtre orbitopinéale. Elle est
limitée postérieurement par une crête saillante qui
se prolonge au niveau de la région postpinéale.
Par ces caractères, ce toit crânien ressemble beau¬
coup à celui de Minicrania lirouyii Zhu et Janvier,
1996, du Lochkovien du Yunnan (Zhu fk Janvier
1996, fig. 4). La cuirasse thoracique ne montre
aucune limite de plaques et son ornementation
consiste en petits tubercules uniformément répar¬
tis, au moins sur sa lace dorsale. La région bran-
chiale n’est pas conservée, mais sa partie
antérieure montre une importante crctc transver¬
sale interne. Par sa petite raille et la cohésion de
ses plaques, cette cuirasse évoque également
Minicrania , mais aussi Song/Jalepis Janvier, Pham
Kim Ngan et Ta Hoa Phuong, 1996, du
Lochkovien du bas Song Da au Viêt Nam
(Janvier et al. 1996). LJn petit élément allongé,
orné de rangées de fins tubercules et présentant
une extrémité arrondie (Fig. 11 B) semble être une
nageoire pectorale d antiarche, dont la taille
s’accorde avec celle du matériel de Minicrania.
Aucune articulation n'y est visible et il est difficile
de savoir s’il s’agit d’une nageoire non articulée ou
seulement de la partie proximale d’une nageoire,
Fig. 11. — Minicrania sp., Formation de Bac Bun, Lochkovien
supérieur, coupe de Lung Cô-Mia Lé (niveau L8.6, échantillon
hors coupe), Dong Van, province de Hà Giang, Viêt Nam ;
A. toit crânien incomplet en vue dorsale (CS02p) ; B, ? nageoire
pectorale incomplète (CS02n). dpro, fosse préorbitaire.
Échelles : 1 mm.
GEODIVERSITAS • 1999 ■ 21 (1)
43
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
c
D
Fig. 12. — Petalichthyida, Formation de Bac Bun, Lochkovien supérieur, coupe de Lung Cô-Mia Lé (niveau L8.6. échantillon hors
coupe), Dong Van, province de Hà Giang, Viêt Nam ; A, B, Petalichthyida gen. et sp. indet., plaque présumée AL en vue interne (A)
et externe (B) (CS02o) , C. plaque indéterminée en vue externe (CS02p) . D, Tongdzuylepis vietnamensis ? n.g., n.sp., plaques spi¬
nale et antéro-ventrolatérale incomplètes en vue ventrale (CS02t). Échelles : 5 mm.
la nageoire pectorale de Minicntnia lirouyii étant
encore inconnue (Zhu & Janvier 1996).
PLACODERMI gen. et sp. indet.
(Figs 12-14)
Les schistes verdâtres du Membre 2 de la
Formation de Bac Bun ont également livre un
grand nombre de plaques de placodcrmes isolées,
dont certaines pourraient appartenir à T. vietna -
rnensis en raison de leur ornementation.
Malheureusement, elles sont difficilement déter¬
minables, faute d’une description anatomique
détaillée du squelette dermique des macro-
pétalichthyidés (à l’exception de Lunaspis Gross,
1961). D’autres plaques, pour la plupart de très
petites dimensions et vraisemblablement d’indi¬
vidus juvéniles, présentent une ornementation et
une morphologie qui ne s’accordent guère avec
celles qui sont attribuées à T. vietnamensis.
Un ensemble de plaques incomplètes, conservées
sur le meme bloc, présente une ornementation
ttibcrculée variable, allant de gros tubercules
espacés à des tubercules très fins, disposés en ran¬
gées. Lune de ces plaques présente sur sa face
interne (Fig. 12A) une surface de recouvrement
qui évoque celle d’une plaque dorsolatérale anté-
44
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
rieure (ADL) sur la plaque ancéro-latérale (AL).
Il pourrait donc s’agir d’une plaque AL, mais sa
morphologie est très différente de celle de T viet-
n amen sis et des pétalichthyides en général ;
cependant elle est remarquablement mince,
comme le sont toutes les autres plaques de péta¬
lichthyides de ce gisement et son ornementation
externe consiste en de très petits tubercules, par¬
fois alignés, qui évoquent ceux de Y. vietna-
mensis. De même» un fragment de plaque adja¬
cent (Fig. 12C) pourrait être une plaque ADL,
avec un large canal pour la ligne latérale princi¬
pale et une partie de I 3 région articulaire. Sur le
meme bloc, plusieurs fragments de plaques indé¬
terminées (Fig. 13) diffèrent des précédentes par
leur ornementation de gros tubercules espacés et,
surtout, leur plus grande épaisseur. Lune d’elles
présente une longue surface de recouvrement qui
évoque plus celles des arthrodires hrachythora-
cides, en particulier celles des plaques crâniennes
des homostiides (v. par exemple Heintz 1934 ;
Lelièvre 1984).
Encore plus délicate est F interprétation de plaques
généralement petites et extrêmement fines, présen¬
tant une ornementation vermiculée ou de cupules
alignées, l’une d’elles (Fig. 14A) présente une
lame antérieure crcscentiforme ornée de très petits
tubercules et évoque la lame postbranchiale d’une
plaque AL. Bien que cette ornementation de
cupules évoque celle des ptyctodontes, aucune
espece de ce groupe ne possède une plaque AL de
ce type. La présence de ptyctodoutes dans ce gise¬
ment pourrait cependant être indiquée par une
curieuse épine trapue et ornementée de rangées de
tubercules (Fig. 14C), qui évoque l’épine médiane
dorsale de certaines formes de ce groupe. Certains
os isolés présentant ce même type d ornementa¬
tion en cupule sont traversés par de larges canaux
sensoriels clos, ce qui semble conforter F hypothèse
qu’il s’agit soit de pétalichthyides, soit de ptycto-
dontes.
Une très petite plaque (Fig. 14B), exposée en vue
interne, présente une ornementation de rides
radiaires et une angulation très marquée qui
évoque les antiarches. Sa légère dissymétrie exclut
une plaque médiane dorsale, et il pourrait s’agir
d une plaque ADL, comme semble 1 indiquer la
présence d’une paroi antérieure creusée d une
fosse.
Fig. 13. — Arthrodira, Brachythorac! ? n.g., n.sp., Formation de
Bac Bun, Lochkovien supérieur, coupe de Lung Cô-Mia Lé
(niveau L8.6, échantillon hors coupe). Dong Van, province de
Hâ Giang, Viêt Nam ; A, fragment de plaque centrale ?
(CS02r) ; B, plaque indéterminée (CS02s). Échelle : 5 mm.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
45
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Fig. 14. — Placodarmi, Formation de Bac Bun, Lochkovien
supérieur, coupe de Lung Cô-Mia l.é (niveau L8.6, échanlillon
hors coupe), Dong Van, province de Hâ Giang, Viêt Nam ;
A, Placoderml gen. et sp, Indet., plaque antérolatérale droite
en vue externe (ÇS02f) . B. Antiarc-ha ? gen. et sp. indei.,
plaque antéro-dorsolatérale en vue interne (CS02w) ;
C, Ptyctodontida ? gen. et sp. indet., plaque spinale ou médiane
dorsale (CS02v). Échelles : 1 mm.
Cet assemblage de vertébrés de la Formation de
Bac Bun, comme celui, très voisin que l’on
retrouve dans les niveaux schisteux de la
Formation de Mia Lé t est donc particulièrement
déroutant par le grand nombre d'éléments sque¬
lettiques qui, bien qu intégralement conservés,
avec des surfaces de recouvrement et des limites
naturelles, ne peuvent être que difficilement rap¬
portes â un groupe de placodermes connu. La
raison de cette incertitude est probablement qu’il
s’agit d individus juvéniles, mais surtout qu’il
s’agit d’éléments très fragiles, donc non conservés
dans d’autres gisements aux conditions de dépôt
de plus forte énergie, notamment en Chine,
Cette faune diffère nettement de celle des gise¬
ments à vertébrés de la Formation de Bac Bun du
Bac Bo oriental (provinces de Lang Son et Thai
Nguyéri) par l’absence de sarcoptérygiens
(notamment de Youngohpis ), ainsi que par la
rareté des Àntiarches. Il est probable que cette
différence correspond à des conditions de milieu
différentes et plus franchement marines dans la
province de Hâ Giang.
Ces niveaux à vertébrés des schistes verdâtres
contiennent également quelques restes d’arthro¬
podes, en particulier des phyllocarides, mais aussi
des fragments de cuticule d euryptérides.
Quelques brachiopodes inarticulés sont égale¬
ment présents, le plus souvent sous la forme de
débris.
Vertébrés de la Formation de Mia Lé
Les vertébrés de la Formation de Mia Le sont
principalement conservés dans les schistes argi¬
leux verdâtres extrêmement fins des Membres 1
et 2 (Fig. 2). La plupart des spécimens sont des
plaques isolées de petite taille et d’une extrême
finesse (probablement d’individus juvéniles).
Celles-ci, du reste, doivent leur conservation à la
faible énergie de leur milieu de dépôt.
Ordre GALEASPIDA Halstead Tarlo, 1967
GALEASPIDA gen. et sp. indet.
(Fig. 15A)
Le seul fragment de galéaspide reconnu dans
cette coupe provient du second membre de la
46
GEODIVËRSITAS • 1999 * 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
A
Fig. 15. — Placodermi et Galeaspida, Formation de Mia Lé,
Praguien, coupe de Lung Cô-Mia Lé (niveau L6.4), Dong Van,
province de Hà Giang, Viét Nam ; A, Galeaspida gen. et sp.
indet., fragment de bouclier en vue basale (CS02m, photogra¬
phie en immersion) ; B, Placodermi gen. et sp. indet,, plaque
spinale indéterminée, probablement d'un Pétalichthyide
(CS02y). Échelles : A, 1 mm ; B, 10 mm.
Formation de Mia Lé (L6.4). Il s’agit d’un
ensemble de quelques unités dermiques d’assez
grande taille (Fig. 15A). C’est également la pre¬
mière découverte de restes de galéaspides dans la
Formation de Mia Lé. Ce spécimen est indéter¬
minable, mais sa structure permet d'exclure cer¬
tains groupes de galéaspides» notamment les
eugaléaspidi formes et huannanaspidiformes
(www Janvier 1996). J1 est néanmoins intéressant
en raison de la rareté des Galéaspides postérieurs
au Lochkovien supérieur. En Chine, la majorité
des galéaspides décrits sont siluriens et lochko-
viens. Seules quelques formes post-lochkoviennes
sont bien datées, en particulier Duyunolepis Pan
et Wang, 1982, Paraduyunaspis Pan et Wang,
1978 et Neoduyutiaspis Pan et Wang, 1978 de la
Formation de Shujiapin (Guizhou) et Asiaspis
Pan, 1975 de la Formation de Nagaolin
(Guangxi), qui sont associés avec Euryspirifer
tonkinemis et datés du Praguien ou de J’Emsien
inférieur (Pan & Dineley 1988). Clctmrbis Pan et
Ji, 1 993, du Guangxi, est le seul galéaspide
connu dans le Dévonien moyen (Pan & Ji 1993).
Le plus récent galéaspide connu (et le seul du
Dévonien supérieur) est une grande forme non
nommée du Famennien du Groupe de Ningxia,
en Chine du Nord (Pan 1987).
Classe PLACODERMI McCoy, 1848
PLACODERMI gen. et sp. indet.
(Fig. 15B)
Les niveaux de schistes verdâtres de la Formation
de Mia Lé ont également livre de nombreux
restes de placodermes qui semblent appartenir
aux mêmes taxons que ceux des niveaux à verté¬
brés de la Formation de Bac Bun (péta-
lichthyides, antiarches et peut-être ptycto-
dontes). Une empreinte de grande plaque spinale
ornée de fines rides et se prolongeant médiale-
ment par une plage finement tuberculée
(Fig. I5B) pourrait être attribuée à un péta¬
lichthyide, mais il s’agit probablement d une
forme différente de Tongdzuylepis n.g.
COMPLÉMENT À L’ÉTUDE DES
VERTÉBRÉS DES FORMATIONS DE SI KA,
BAC: BUN ET KH AO LOC DU BAC BO
Depuis la parution des récentes publications sur
les vertébrés des formations de Si Ka, Bac Bun et
Khao Lôc des provinces de Thaï Nguyen, Lang
Son et Hà Giang (Tong-Dzuy Thanh &: Janvier
1987, 1990, 199S ; Janvier et al 1993 ; Tong-
Dzuy Thanh et al. 1995), des récoltes effectuées
par les auteurs, ainsi que par Le Van Giang
(Service Géologique du Viét Nam) ont permis la
découverte de quelques formes nouvelles ou de
matériel qui vient compléter les données anté¬
rieures. En outre, la préparation plus poussée de
47
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
certains spécimens des collections antérieures
apporte également des données nouvelles. Nous
avons donc jugé urile de publier ici ce matériel
nouveau et ces données complémentaires. Le
matériel nouveau concerne essentiellement deux
gisements : la vallée de Tong Vài, près de Quan
Ba (province de Hà Giatig) et le gisement de Ban
Nhuan (district de Phu l.uong, province de Thai
Nguyen). La révision de matériel ancien et addi¬
tionnel concerne les gisements de Irang Xa (pro¬
vince de Thai Nguyen) et Dông Mo (province de
Lang Son).
Tong Vài
Les gisements de vertébrés de la vallée de Tong
Vài, près de Quan Ba (province de Hà Giang)
sont localises en trois points d’affleurement de la
base de la Formation de Khao Lôc, autour du vil¬
lage de Long Vài (coupe de Tong Vài-Luông
Khô ; v, carre de localisation in Tong-Dzuy
Thanh et al 1995) et à 500 m au sud de l ong
Vài, autour du hameau de Khao Toc (coupes de
Thuong Lâm et de Khao Lôc-P;ik Xinn). La base
de la Formation de Khao Lôc était datée initiale¬
ment du Lochkovien supérieur ou du Praguien
inférieur. Comme nous le verrons plus loin, le
nouveau matériel de vertébrés récolte dans ces
niveaux suggère plutôt un âge lochkovien, et plus
probablement lochkovien inférieur. La faune de
ces gisements a été étudiée par Tong-D/uy
Thanh et aL (1995) qui y ont reconnu les formes
suivantes :
GALEASPIDA
Polybranchiaspis liaojaoshanensis Liu, 1965
PLACODERMI
Acanthothoraci gen. et sp. indet. (probablement
deux espèces)
An tiare nu gen. et sp. indet.
SARCOPTERYCII
Youngolcpisprdeenrsor Chang et Yu, 1981
Cette faune de vertébrés est associée à de nom¬
breux ostracodes, quelques brachiopodes inarti¬
culés et des bivalves indéterminés. Récemment
des travaux de terrain effectués dans cette même
région par Lun de nous (T. Fi. P, en collaboration
avec Le Van Giang, du Service Géologique du
Viêt Nam) onr permis de découvrir, dans le
même niveau de la Formation de Khao Lôc, un
matériel complémentaire comprenant des formes
qui n’avaient pas été identifiées dans les pre¬
mières récoltes (Ta Hoa Phuong et al. 1996) et
qui modifient quelque peu Page initialement
attribué à ces niveaux.
Ordre GALEASPIDA Halstead Tarlo, 1967
Sous-ordre POLYBILÀNCH1ASPIDIFORMES
Liu, 1965
Genre Laxaspis Liu, 1975
Laxaspis yuIon gss us ( Liu, 1975)
(Figs 16, 17A)
Polybranchiaspis yulongssus Liu, 1975 : 207, pl. 3, fig. 1.
Lin bouclier céphalique pratiquement complet a
été trouvé dans les schistes bitumineux de la
Formation de Khao Lôc. Il s'agit d'une forme
nertemenr differente de Polybranchiaspis Haojao-
shiwmsis Liu, 1965 décrite précédemment dans
ces mêmes niveaux (Tong-Dzuy et aL 1995),
bien que sa morphologie générale soit de type
« polybranchîaspifbrme >> {sensu I.iu 1975). Cette
espèce diffère de P. liaojaoshanensis par sa taille,
très nettement - plus grande, par son orifice
médian dorsal circulaire, scs orbites plus rappro¬
chées et, surtout, la structure de son système laté¬
ral qui est constitué de sillons sur la surface
externe de I exosqueleite, au contraire de P. liao-
jdoshdnemis , dont le système latéral est constitué
de canaux clos (Tong-Dzuy el al. 1995). En
outre, F extrémité distale de ces sillons présente
des ramifications nombreuses^ qui s’anasto¬
mosent pour former un réseau à structure poly¬
gonale, les sillons secondaires passant entre les
tubercules de l'ornementation (Fig. 16). Cette
structure très particulière des sillons du système
latéral a été décrite par Liu (1975) chez les genres
Laxaspis , Dongjungaspis et Cyclociiscaspis du
Groupe de Cuifengshan du Yunnan oriental et
Pari (1992) a considéré ce caractère comme dia¬
gnostique de la famille des cvclodiscaspididés,
dans laquelle il inclut ces trois genres, ainsi que
Damaspis Wang et Wang, 1982. Le genre
Diandongaspis Liu, 1975 est synonyme de
48
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Fig. 16. — Laxaspis yulongssus (Liu), Formation de Khao Lôc r
Lochkovien, coupe dé Tông Vài-Luông Khô, Tong Vài Quan Ba.
province de Hà Giang, Viêt Nam. Répartition des sillons senso¬
riels sur la face dorsale du boudler cépnallquô. fondée sur le
spécimen CSQ3b (Fig. 16A). Échelle ; 10 mm.
Laxaspis et l’espèce Polybranchiaspisyulongssus
Liu, 1975 e.st à rapporter au genre Laxaspis (Pan
1992). Bien que son holotype (er seul spécimen
décrit) soit assez mal conservé, Laxaspis yulongssus
présente une ressemblance frappante avec ce spé¬
cimen de Tong Vài, que nous rapportons donc à
cette espèce. L’ornementation dermique de ce
spécimen e.st très voisine de celle de Poly-
brauchidspis lidùj/iosha a eu sis (Totig*Dzuy et al.
1995, pl. 3, fig. la) et constituée de grands
tubercules secondaires coniques, eux-mêmes
ornés de petits tubercules primaires alignés.
L. yulongssus n’est connu que dans la Formation
de Xishancun du Groupe de Cuilengshan. C’est
dans ce même membre que Ton rencontre
l'anuarche Minicrania lirouyii Zhu et Janvier,
1996, ainsi que d'abondants restes de petits acan-
thotboracides (Zhu, comm. pers.) identiques à
ceux décrits à Tông Vài (Tong-D/uy et al. 1995,
fig. 6). Ceci suggère que la base de la Formation
de Khao Lôc est à corréler avec la Formation de
Xishancun, plutôt quavec celle de Xitun.
Genre Polybmnchiaspis Liu, 1965
Polybranchiaspis liaojasbanensis
Liu, 1965
(Fig. 17B)
De nombreux boucliers céphaliques de P liaojao -
shanensis se rencontrent également dans ces
mêmes schistes bitumineux de la Formation de
Khao Lôc et sont identiques à ceux décrits précé¬
demment de l ong Vài par Tong-Dzuy et aL
(1995) ainsi qu’à ceux des formations Xishancun
et de Xitun du Yunnan oriental-
Oassc PLACODERMI McCoy, 1848
Ordre ANTIARCHA Cope, 1885
Fam. indet.
Genre Minicrania Zhu et Janvier, 1996
La cuirasse thoracique d’un très petit antiarchc
(Fig. 18) est attribuée au genre Minicrania Zhu
et Janvier, 1996. Bien que légèrement déformée
par l'écrasement, cette cuirasse présente tous les
caractères de ce genre : fusion de toutes les
plaques dermiques, position des crêtes de l'orne¬
mentation externe. Elle diffère cependant de
F espèce-type de ce genre (et unique espèce
connue jusqu’alors), M. liraityii Zhu et janvier,
1996, par une absence presque totale d’ornemen¬
tation tubcrculcc. Seuls quelques rares tubercules
sont présents sur la crête médiane dorsale. Cette
différence peur être considérée comme un carac¬
tère spécifique cl nous attribuons ce spécimen à
une espèce nouvelle.
Minicrania lissa n.sp.
(Figs 18, 19)
Holotype. — Une cuirasse thoracique conservée en
empreinte et montrant la (ace dorsale, légèrement
déformée (Fig. 18), musée du Servive Géologique du
Viêt Nam, Hanoi (n° CS03a),
LoCAUïT.-TYPF.. — Vallée de l ong Vài, district de
Quan Ba, province de Hâ Giang, Vier Nam.
N) VT A U -TYPE. — Dévonien inférieur, Formation de
Khao Lôc, Lochkovien supérieur ou Praguien inférieur.
Étymologie. — Du latin lissus , lisse.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
49
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Fig. 17. — Galeaspida, Formation de Khao Lôc, Lochkovien, coupe de Tông Vài-Luông Khô, Tông Vài, Quan Ba, province de Hà
Giang, Viêt Nam : A, Laxaspis yulongssus (Liu), bouclier céphalique en vue dorsale (CS03b). photographié à sec (Al) et en immer¬
sion (A2). moulage en éiastomère de sa contre-empreinte (A3) ; B. Polybranchiaspis liaojaoshanensis Liu, bouclier céphalique
incomplet en vue dorsale (CS03e). Échelle : 10 mm.
MatéRII i , — L’holocypc seul (n° CS03a, Musée du
Servive Géologique du Viét Nam, Hanoi).
DlAGNOSK. — Espèce de Minicrania pratiquement
dépourvue d’ornementation tubcrculée.
Description'
L’holotype de M. lissa a la taille des plus grands
spécimens de M, lirouyii (Zhu tk Janvier 1996,
fig. 2H), soit 7 mm de longueur médiane dorsale
et environ 5 mm de largeur au niveau de l’angle
prépecroral (autant qu'il est possible de 1 estimer,
du lait de la deformation). Les crctes longitudi¬
nales saillantes qui ornent la surface de la cuirasse
ont exactement la même disposition que chez
M . lirouyii (Zhu fk Janvier 1996, figs 4, 9A). On
50
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Fig. 18. — Minicrania lissa n.sp., Formation de Khao Lôc,
Lochkovien, coupe de Tông Vài-Luông Khô. Tông Vài, Quan Ba,
province de Hà Giang, Viêt Nam. Moulage en élastomère de la
cuirasse thoracique en vue dorsale (holotype, CS03c). Échelle :
3 mm.
distingue clairement des crêtes dorsales médiales
(crmd, Fig. 19C), de part et d'autre de la crête
médiane (crm, Fig. 19C), et deux paires de crêtes
dorsales latérales (crdl. Fig. 19C). La lame sub¬
branchiale, ou subcéphalique (Isbr, Fig. 19C), est
vaste, arrondie antérieurement et limitée posté¬
rieurement par de très forces crêtes transverses
internes antérieures (cria, Fig. 19B, C). La surfa¬
ce ventrale du moulage interne de la cavité thora¬
cique (Fig. 19B), montre nettement la trace de
ces crêtes, qui ont exactement la même orienta¬
tion que chez M. lirouyii (Zhu &C Janvier 1996,
fig. 2F). La seule différence enrre M. lirouyii et
M. lissa réside dans l’absence d’ornementation
tuberculée chez cette dernière espèce. Malgré la
finesse du sédiment, l’empreinte de la surface
externe de la cuirasse semble presque lisse, mar¬
quée seulement par quelques petits tubercules
dispersés sur les crêtes, et en particulier la crête
médiane dorsale (Fig. 19A). Au contraire, tous
les spécimens de M. lirouyii décrits par Zhu &
Janvier (1996) ont une ornementation de tuber¬
cules très marquée et dense.
M. lirouyii est connue exclusivement dans la
Formation de Xishancun du Groupe de
Fig. 19. — Minicrania lissa n.sp., Formation de Khao Lôc.
Lochkovien, coupe do Tong Vài-Luông Khô. Tông Vài, Quan
Ba, province de Ha Giang, Viêt Nam ; A dessin à la chambre
claire du moulage en élastomère de la surface dorsale de la cui¬
rasse tnoracique (hoiotype, CS03c) ; B, dessin a la chambre
claire du moulage en élastomère de la surface ventrale du
tion du moule naturel externe ; C, essai de reconstitution de la
cuirasse thoracique en vue dorsale, cita, crête interne trans¬
verse antérieure ; crdl, crêtes dorsolatèrales ; crm, crête
médiane dorsale ; crmd, crête dorsomédiale ; Isbr, lame sub¬
branchiale. Échelle : 2 mm.
51
GEODIVERSITAS « 1999 • 21 (1)
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Fig. 20. — Heteroyunnanolepis qujingensis Z. S. Wang. Formation de Khao Lôc, Lochkovien, coupe de Tông Vài-Luông Khô, Tông
Vài, Quan Ba. province de Hà Giang. Vièt Nam. Cuirasse thoracique ; A, en vue dorsale ; B, vue ventrale (moulage en élastomère
de CS03d). Échelle : 10 mm.
Cuifengshan au Yunnan occidental. Cette forma¬
tion, attribuée au Lochkovien, est sous-jacente à
la Formation de Xitun, avec laquelle ont été cor¬
rélés les gisements de vertébrés des formations de
Si Ka et Bac Bun du Vièt Nam (Tong-Dzuy
Thanh ik Janvier 19%, 1994). II est toutefois
probable que la répartition strâtigraphique de
Minicrania est plus large, car une cuirasse attri¬
buable à ce genre a été identifiée dans la
Formation de Bac Bun (v. plus haut).
Sous-ordre YUNNANOLEPIDOIDEI
Miles, 1968
Fam. indet.
Genre Heteroyunnanolepis Z. S. Wang, 1994
Heteroyunnanolepis quiinvcnsis
Z. S. Wang, 1994
(Fig. 20)
Une cuirasse Lhoraciquc presque complète,
découverte dans la partie inférieure de la
Formation de Khao Lôc, dans la coupe de Tông
Vài-Luông Khô, est pratiquement identique à
Heteroyunnanolepis qujigensis Z. S. Wang, 1994,
redécrit par Zhu (1996, figs 16, 17). On y obser¬
ve le même contact médian entre les plaques
ADL, la même position dorsolatérale du sillon de
la ligne latérale principale sur ces plaques
(Fig. 20A), et la même forme de la plaque média¬
ne ventrale (Fig. 20B). Ce spécimen montre* en
outre, la plaque semi-lunaire, inconnue sur
l'holotype de cette espèce, et qui s’avère unique
er de forme triangulaire (Fig 20B) Quelques
plaques isolées, de la même formation mais
d’autres gisemenrs de la même région (coupe de
Khao l.ôc-Pak Xum, coupe de Thuong Lam),
appartiennent également à ccttc même espèce.
H . qujigensis est connue dans la Formation de
Xishancun du Groupe de Cuifengshan au
Yunnan oriental, tout comme I.axaspis yulongssus ,
Minicrania lirouyii et de petits acantho-
thoracides identiques à ceux décrits de l ong Vài.
Zhu (1996) a suggéré que Yunnanolepis meeman -
nue Tong-Dzuy et Janvier. 1994, connu à Trang
Xa, pourrait appartenir à Heteroyunnanolepis ,.
bien que differente de H. qujingensis. l.a cuirasse
thoracique basse et large de Y. rneemannae ainsi
que l’absence de bosse médiane sur sa plaque
PMD sont effectivement des arguments en
faveur de cette attribution.
52
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Fig. 21 . — Antiarcha, Formation do Khao Lôc, Lochkovien supé¬
rieur. coupe de Tông Vàl-Luông Khô, Tông Vài, Quan Ba, pro¬
vince de Hà Giang, Vièt Nam . A, Zhanjilepis aspratilis Zhang,
plaque postéro-dorsoiatérale en vue dorsale (CS03f) .
B, Yunnanolepidoidel gen. et sp. mdeL. plaque antéro-ventro-
latérale en vue ventrale (CS03e, voir detail du recessus brachial
sur la figure 22). Échelle : 5 mm.
Fam. indet.
Genre Zhanjilepis G. R. Zhang, 1978
Zhanjilepis aspratilis
G. R. Zhang, 1978
(Fig. 21 A)
Plusieurs plaques thoraciques provenant des
schistes bitumineux de la hase de la Formation
de Khao Lôc dans la coupe de l ong Vü-Luông
Khô présentent des proportions et une ornemen¬
tation identiques à celles de Zhanjilepis aspratilis
(Zhang 1978, figs 18-21, pi, 8 ; Zhu 1996,
fig. 15, pis 3 : 9-11, 4 : 10) des formations de
Xishancun et Xitun au Yutinan oriental l’une
d’elles est une plaque PDL dont la surface e.sr
ornementée de très gros tubercules largement
espacés, et entre lesquels se trouvent de très petits
tubercules (Fig. 21 A). Le sillon de la ligne laté¬
rale principale y est large et bordé par un bourre¬
let saillant. Elle est identique à celle décrite par
Zhu (1996: fig. 15D).
YUNNANÛLEPIDOIDEI gen. et sp. indet.
(Figs 21 B, 22)
Une plaque AVL de petite taille, mais dont la
forme et rornementation different de celles de
Heteroyunnanolepis et Zhanjilepis , présente un
récessus brachial très bien conservé dont
l’empreinte naturelle a pu être moulée à l’élasto-
^ J
F*g. 22. — Yunnanolopidoidoi gen. et sp, indet., Formation de
Khao Lôc. Lochkovien, coupe de Tùng Va» Luông Khô, Tyng
Vài, Oo&fl Ba pfOvide** de Hà Giang, Viét Nam. Plaque antero
ventrolateral* A. dessin a la chambre daire du reaessuc bra¬
chial en vue postero-vontraie : B idem . vue postérieure
(moulage en ôlasiomére de CS03 m. m&me spécimen que sur la
figure 21 A) bco, structure en forme de carnet correspondant
probablement à une partie externe du scapuiocoracoïdo rbr,
récessus brachial. Échelle : 1 mm.
mère (rbr, Fig. 22). Il présente une curieuse
structure en cornet (sco, Fig. 22), accolée à sa
surface antérieure et qui rappelle la structure en
entonnoir décrite par Janvier (1995, fig. 7L))
dans le récessus brachial d’un antiarche indéter¬
miné de la Formation de Xitun du Yunnan.
Cette structure semble occuper la même position
que le « junnel groupe » (sillon en entonnoir) de
Chuchinolepis {Procondylolepis) décrit par Zhang
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
53
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
& Young (1992) er que ces auteurs supposaient
avoir logé un prolongement du scapulocoracoïde
assurant P articulation avec les éléments endo-
squelettiques de la nageoire pectorale. Ils suppo¬
saient également que ce sillon correspondait h la
partie antérieure du «funnel pit » (canal en
entonnoir) des euantiarche.s. La découverte, sur
ce spécimen, d’une structure vraisemblablement
endosquelcttiquc en forme de cornet pouvant
s'adapter parfaitement au « funnelgroove des
procondylolépiformes et au « funnel pit » des
euantiarches, semble corroborer cette hypothèse.
Ordre ACANTHOTHORACI Stensiô, 1948
ACANTHOTHORACI gen. et sp. indet.
Parmi les nouveaux spécimens de la Formation
de Khao Lôc se trouvent quelques plaques
d’acanthorhoracides, dont l'ornementation de
tubercules étoilés est identique à celle de ceux
décrits par Tong-D/.uy Thanh et al. (1995).
Certains proviennent des niveaux de schistes
bitumineux de la coupe de Tong Vài-Luông
Khô, d'autres de niveaux gréseux de la coupe
Khao Lôc-Pak Xum.
Ban Nhuan
Le gisement de Ban Nhuan, district de Phu
Luong, province de Thâi Nguyen (v. carte de
localisation in Janvier et al. 1993), se situe strati-
graphiquement au sommet de la Formation de Si
Ka et à la base de la Formation de Bac Bun, dans
d’épaisses dolomies grisâtres et gréseuses par
endroits. Ce gisement a livré principalement un
très grand galéaspidc, Bannhuanaspis vukhuci
Janvier et ai, 1993. mais aussi des restes assez
abondants d’antiarches et de sarcoptérygicns
youngolépides qui n avaient pas été décrits. Les
divers restes de sarcoptérygiens semblent devoir
être rapportés au genre Youngolepis Chang et Yu,
1981, très abondant dans tous les gisements des
formations de Si Ka et Bac Bun de certe région.
Le gisement de Ban Nhuan a livré également des
plaques ou fragments de plaques d’antiarches
parfois remarquablement grandes, et présentant
généralement une ornementation de très gros
tubercules, proéminents et souvent recourbés en
crochet au niveau des angles des plaques
Fig. 23. — Antiarcha, sommet de la Formation de Si Ka ou base
de la Formation de Bac Bun, Ban Nhuan, province de Thài
Nguyèn, Viét Nam ; A, Chuchinolepis dongmoensis Tong-Dzuy
Thanh et Janvier, plaque médiane dorsale postérieure en vue
dorsale (BT 206a) , B, C, Yunnanolepis spinulosa n.sp. :
B, tragment d une grande plaque postéro-ventrolalérale en vue
ventrale (holotype, BT 206b) ; C, plaque antéro-ventrolatérale
incomplète en vue ventrale (BT 206c). Echelle : 10 mm.
(Fig. 25)- Hormis leur ornementation, ces
plaques sont morphologiquement identiques à
celles de Y. chii. Liu, 1963, l’espèce-type du genre
54
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Yunnanolepis . Une plaque antéro-ventrolatérale
(BT 206c, Fig. 20C) est pratiquement identique
à celle de Y chii Liu (Zhang 1978), avec toute¬
fois un récessus brachial un peu plus vaste.
Cependant, aucune des espèces connues de ce
genre (Y. chii Liu, 1963 ; Y. porifera Zhu, 1996 ;
Y. baûboensis Tong-Dzuy Th an h et Janvier, 1990 ;
Y. depraii Tong-Dzuy Tbanb et Janvier. 1990) ne
présente une ornementation de ce type. Chez ces
espèces, les tubercules sont arrondis, serrés et ne
deviennent jamais spiniformes. Nous choisissons
donc ici d’attribuer la forme de Ban Nhuân à
une espèce nouvelle.
Classe PLACODERMI McCoy, 1848
Ordre ANTIARQIA Cope, 1885
Sous-ordre YUNNANOLEPIDOIDEI
Miles, 1968
Famille Yunnanoi.ftididàe Cross, 1965
Genre Yunnanolepis Liu, 1963
Yunnanolepis spinulosa n.sp.
(Figs 23B, C, 25)
Yunnanolepis sp. — Janvier et ai 1993 : 299.
FlOLOTYPE, — Plaque postéro-ventrolatérale (PVL)
incomplète (BT206a, Fig. 23B).
Localité-type. — 1 km à l'ouest de Ban Nhuân.
NIVEAU-TYPE. — Base de la Formation de Bac Bun.
ÉTYMOLOGIE. — Du latin spinulosus , porteur de
petites épines.
MATÉRIEL. — Cuirasse thoracique très déformée
(BT206d) dont la plaque A VL gauche est presque
intacte (Fig. 25A) ; plaque AVL gauche (BT206c,
Fig. 23C) ; plaque AVL droite (BT206t, Fig. 25B) ;
fragments divers (numérotés collectivement CS02f).
DIAGNOSE. — Yunnanolepis dont l'ornementation est
constituée de tubercule^ élevés, espacé* et spiniformes.
Description
Autant que l’on peut en juger par les quelques
plaques identifiables de cette espèce, la morpho¬
logie générale de Y. spinulosa est probablement
assez voisine de celle de Y chii ou K baeboensis.
Seule l’ornementation en est nettement diffé-
Fig. 24. — Yunnanolepis spinulosa n.sp., somme! de la
Formation de Si Ka ou base de la Formation de Bac Bun. Ban
Nhuân, province de Thâi Nguyen, Vue de détail de deux types
de tubercules de l’holoiype (Fig. 23B) A, au centre de la
plaque . B. C, au niveau de l angulation marginale. Dessins à la
chambre claire. Échefle : 1 mm.
rente et caractérisée par des tubercules très élevés,
pointus, recourbés vers l'arrière, et dont la base
est souvent cosculéc (Fig, 24). Il est peu probable
que cette ornementation soit dépendante de la
taille et de 1 âge des individus. En effet, la cuiras¬
se thoracique désarticulée BT206d est de taille
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
55
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Fig. 25. — Yunnanolepis spinulosa n.sp., sommet de la
Formation de Si Ka ou base de la Formation de Bac Bun, Ban
Nhuân, province de Thaï Nguyén ; A. plaque antéro-ventro-
latérale gauche en vue ventrale (BT 206d) ; B. plaque antéro-
ventrolatérale droite en vue ventrale (BT 206e). srMV, surface
de recouvrement pour la plaque médiane ventrale (visible sur la
surface interne). Echelle : 10 mm.
moyenne (de l'ordre de celles de Y baeboensis de
Dông Mo), mais présente déjà de tels tubercules
spiniformes ou étîrcs. Le spécimen choisi comme
holotype de Y. spinulosa, en raison de son orne¬
mentation particulièrement bien conservée, est
un fragment d une très grande plaque PVL, donc
appartenant à un individu relativement âgé
(Fig. 23B). Il est d’une taille comparable au frag¬
ment d’une très grande plaque ADL de
Yunnanolepis sp. de Dông Mo décrit par Tong-
D/uy Thanh &L Janvier (1990, pl. 6, fîg. 5a) et
qui, pourtant, présente une ornementation de
tubercule bas, arrondis et serrés. Il est possible
que Y. spinulosa soit présent dans d’autres gise¬
ments que Ban Nhuân, comme le suggèrent cer¬
tains fragments de plaques de Trang Xa, ornés de
tubercules espacés et proéminents. Outre cette
espèce, le seul yttnnanolepidé possédant une
ornementation de gros tubercules est Zhanjilfpis
aspraiilis Zhang, 1978, des formations de
Xishancun et Xitun du Croupe de Cuifengshan
du Yunnan oriental ; mais là, de très petits tuber¬
cules sont présents entre les gros tubercules clair¬
semés (Zhu 1996, pl. 3, figs 9, 10), ce qui n’est
pas le cas chez Y. spinulosa. De plus, Z. aspratilis
présenre une cuirasse thoracique beaucoup plus
courre et trapue que celle de Y. spinulosa.
La cuirasse thoracique désarticulée et déformée
BT206d, ainsi que diverses plaques isolées, per¬
mettent de donner quelques précisions sur certains
caractères morphologiques. Elle montre notam¬
ment. la présence d’une bosse irrégulière et couver¬
te de gros tubercules à l’extrémité poscéro-ventrale
de la plaque postera-ventrolatérale et d’une très
grande plaque médiane ventrale (inférée de la lon¬
gueur de sa surface de recouvrement sur la plaque
anréro-ventrolarérale ; srMV, Fig. 25A), caractères
qui confirment l’appartenance de cette espèce au
genre Yunnanolepis (Zhu 1996).
YUNNANOLEPJDOIDFI gen. etsp. indet.
(Fig. 26)
Un autre yunnanolepidoïdc est probablement
représenté par une unique plaque antéro-ventro-
I a té raie incomplète, qui diffère nettement de
celle de Y. spinulosa n.sp. et des autres espèces de
Yunnanolepis par sa lame latérale portant de
nombreuses crêtes qui convergent vers le récessus
brachial (Fig. 26A). Cette plaque semble avoir les
proportions de celle de Y. baeboensis Tong-Dzuy
Thanh et Janvier, 1990, et sa suture postérieure
avec la plaque posiéro-ventrolatérâle présente
une échancrure (ech, Fig. 26A) caractéristique
des Yunnanolcpidoidci {sensu Zhu 1996). Sa sur-
face interne montre également la paroi antérieure
d un récessus ventrolatéral (rvl, Fig. 26B). Le
récessus brachial n’est pas conservé.
56
GEODIVERSITAS • 1999 - 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Fig. 26. — Antiarcha gen. et sp. indet., sommet de la Formation
de Si Ka ou base de la Formation de Bac Bun, Ban Nhuân, pro¬
vince de Thâi Nguyên. Plaaue antéro-ventrolatérale gauche (BT
206f) : A. vue latérale B vue postérieure ; C, coupe au niveau
indiqué en A ech. échancrure postérolatérale ; Ipbr lame post¬
branchiale ; rvl. récessus ventrolatéral : srPL. surface de recou¬
vrement pour la plaque postérolatérale. Échelle : 5 mm.
Famille CHUCHlNOl.tf'lDlDAF, K. J. Chang, 1978
Genre Cbucbinolepis Chang, 1978
Cbucbinolepis dongmoensis
Tong-Dzuv Thanh Janvier, 1990
’ (Fig. 23À)
Le gisement de Ban Nhuân a également livré
quelques plaques de Cbucbinolepis , en particulier
une plaque médiane dorsale postérieure
(Fig. 23A) qui présente tous les caractères de
celle de C. dongmoensis Tong-Dzuy Thanh et
Janvier, 1990, à savoir une forme plus allongée
que celle de C. qujinensis Zhang, 1978 et une
légère bosse médiane postérieure.
Classe SARCOPTF-RYG1I Romer, 1955
Ordre DIPNOMORPHA Ahlberg, 1991
Famille YOUNGOI.l.PlOlDAK Gardiner, 1984
Genre Youngolepis Chang et Yu, 1981
Youngolepis sp.
Les restes de Youngolepis du gisement de Ban
Nhuân semblent identiques â ceux de Dông Mo
et Trang Xa> autant que I on puisse en juger par
des écailles et quelques os dermiques isolés, dont
une plaque gulaire.
Donc; Mo
Les vertébrés du gisement de Dông Mo (v. carte
de localisation in Tong-Dzuy Thanh & Janvier
1990), province de Lang Son, ont fait l’objet
d’une monographie (Tong-Dzuy Thanh &
Janvier 1990) fondée essentiellement sur le mate¬
riel provenant d une lentille extrêmement riche
mise au jour dans la Formation de Bac Bun lors
de l élargissemerir de la route Dông Mn-Tu Don
Cette lentille a maintenant presque entièrement
disparu et peu de matériel nouveau a pu être
récolté depuis à cet endroit, Nous ferons ici
quelques commentaires sur deux taxons, le
galéaspide et l un des antiarches de ce gisement.
Par ailleurs, quelques restes de vertébrés ont éga¬
lement été trouvés dans la Formation de Mia Lé
qui affleure a Dông Mo, au-dessus des forma¬
tions de Si Ka et de Bac Bun, le long de la route
Dông Mo-Tu Don Nous avons pu y reconnaître
au moins une plaque de placoderme dont ( orne¬
mentation est identique à celle de Tongdzuylepis
vietnamemis. Ces fragments se trouvent dans une
lumachelle à brachiopodes.
Ordre GAL.EASP1DA Halstead Tarlo, 1967
GALEASPIDA gen. et sp. indet.
Polybrancbiaspîs sp. Tong-Dzuy & Janvier 1990,
fig. 4, pl. 1. - Janvier 1990, fig. 1.
Le seul bouclier de galéaspide découvert dans la
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
57
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Formation de Bac Bun à Dông Mo a été décrit
par Tong-Dzuy Thanh & Janvier (1990, fig. 4,
pi. 1, Fig. 1) comme « Po lyh ra ne h iasp h s p. ». Bien
qu’incomplet et assez mal conservé, ce bouclier
présente des dimensions, un contour et une posi¬
tion de l'ouverture médiane dorsale très voisines
de celle de ce genre connu dans le Lochkovien-
Praguien du Yunnan oriental et du nord du Bac
Bo (gisement de long Vai ; Tong-Dzuy Thanh
et al. 1995). Fn revanche, la srmerure er l’orne-
mentarion de son exosquelette apparaissent
maintenant comme très différentes de celles de
Polybrancbîdspis. Les fragments d’exosquelette de
galéaspides, abondants dans le gisement de Dông
Mo, ont aussi servi de base i\ la première descrip¬
tion de la structure de Fexosquelette des galéa¬
spides (Janvier 1990) et ont donc été rapportés
par erreur à Polybranchiaspis « En effet, à l’époque
de la description de ce spécimen, le détail de la
structure et de l'ornementation de F exosquelette
de Poly b ra nch iaspis était inconnu. Ce n'est
qu'avec l'étude des spécimens de Polyb ra n ch iasp is
liaojaosharien sis de T6ng Vai (Tong-Dzuy Thanh
et al. 1995) qu'elle a été décrite, se révélant nette¬
ment différente de celle du spécimen de Dông
Mo. L'ornementation de Po ly b ra n ch iasp is est
constituée de tubercules costulés complexes,
entourés de tubercules secondaires, er la structure
de la couche moyenne de son exosquelette
montre des cavités internes assez vastes. Au
contraire, l’ornementation du spécimen de Dông
Mo est constituée uniquement de petits tuber¬
cules arrondis, étroitement accolés et disposés en
rangées le long des bords du bouclier. D autre
part, la structure de F exosquelette ne montre pas
de larges lacunes, à Vexception de petites cavités
basales, au niveau de la jonction entre deux uni¬
tés dermiques adjacentes» Par sa structure exo-
squelettique, le galéaspide de Dông Mo esi donc
beaucoup plus proche de Ban n huante pis Janvier
et ai, 1993 du gisement de Ban Nhuân. Il est
donc clair que le galéaspide de Dông Mo
n’appartient pas au genre Polybranchiaspis.
Malheureusement l'ornementation er la structure
du bouclier dermique des quelques soixanres
espèces de galéaspides décrites en Chine n'est pas
encore connue (travail en cours effectué par Zhu
Min, Beijing), ce qui interdit toute considération
de ce caractère dans l’attribution systématique du
spécimen de Dông Mo dont, par ailleurs, la mor¬
phologie du bouclier reste mal connue.
Classe PLACODERMI McCoy, 1848
Ordre ANT1ARCHA Cope, 1885
Ord. et fam. indet.
Ce n re Vanchienolepis
Tong-Dzuy fhanh et Janvier, 1990
Vanchienolepis langsonensis
Tong-Dzuy Thanh et Janvier, 1990
(Fig. 27)*
Yunnanolepis sp, ou Vanchienolepis langsonensis Tong-
Dzuy Thanh et Janvier, 1990 : Fig, 14.
Parmi les antiarches de Dông Mo, l'une des
formes les plus intéressantes est Vanchienolepis
langsonensis Tong-Dzuy Thanh et Janvier, 1990,
définie sur des plaques de la cuirasse thoracique.
Par sa large fenestration ventrale, cette espèce
avait etc placée dans les Sinolepididae, bien que
d autres de ses caractères rappellent les yunnanu-
lépidoïdes (vuniiunolépiformes) (v. discussions in
Janvier 1995 : Zhu 1996). Parmi le matériel de
Dông Mo se trouve un petit toit crânien légère¬
ment désarticulé (CS-VND43a in Tong-Dzuy
Thanh & Janvier 1990 ; Fig. 27A), exposé en
vue interne, et dont la raille s'accorde parfaite¬
ment avec celle des plaques thoraciques de
Vanchienolepis. En outre, il se trouve associé, sur
le même bloc, avec une plaque médiane dorsale
de Vanchienolepis. Ce toit crânien avait, du reste,
été attribué avec hésitation à « Yunnanolepis sp.
ou Vanchienolepis langsonensis »> par Tong-Dzuy
Thanh & Janvier (1990, fîg. î4). Nous avons
préparé la face externe de ce crâne, en le transfé¬
rant sur de la résine. Il apparaît comme pratique¬
ment identique au toit crânien de différentes
espèces de Yunnanolepis du même gisement ou
des gisements du Yunnan (Hg. 27B). Il possède
notamment une large dépression préorbitaire
transversale (dpro, Fig. 27B). couverte de petits
tubercules, En cela, il diffère donc nettement des
Sinolepididae, donc la dépression préorbitaire est
étroite, triangulaire, er limitée a la largeur de la
plaque prémédiane (Ritchie et ai 1992). 11 est à
noter que la portion de toit crânien préservée sur
58
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
scom Nu
Fig. 27. — Vanchienolepis langsonensis ? Tong-Dzuy et Janvier, Formation de Bac Bun. Dông Mo. province de Lang Son,
Viêt Nam ; A, dessin à la chambre claire de la surface ventrale du toit crânien CS-VND43a (d'après Tong-Oiuy Thanh & Janvier
1990, fig. 14) ; B, dessin à la chambre claire de la surface dorsale du même spécimen, préparé par transfert, dend, conduit endo-
lymphatique externe dpro, dépression préorbitaire : L, plaque latérale ; Nu, plaque nuchale ; Pm, plaque postmarginale ;
Pnu, plaque paranuchale : Pp. plaque postpinéale : Prm, plaque prémédiane ; sc, sillon central ; scom, sillon commissural ; sio,
sillon infra-orbitaire. Échelle : 2 mm.
le spécimen de Vançhienohph sp. de la Formation
de Xitun (Yunnan orienta!) décrit par Janvier
(1995, fig. 6) est également identique à la partie
correspondante de celui de Yunnanolepis , avec
toutefois des crêtes saillantes sur les plaques
nuchale et latérale. Si ce coic crânien de Dông
Mo appartient bien à Vanchienolepis, ceci corro¬
bore pleinement 1 interprétation de Zhu (1996),
selon laquelle Vanchienolepis serait un Yunnano-
lepidoidei et non un Sinolepidae. Il reste cepen¬
dant la question de la présence d'un assez large
foramen axillaire chez Vanchienolepis, caractère
inconnu chez les autres Yunnanolepi-doidei mais
toujours présent chez les euantiarches et les
Sinolepidae. Zhu (1996) considère ce foramen
comme homoplastique. En revanche, la morpho¬
logie de la nageoire pectorale de Vanchienolepis,
connue seulement sur le spécimen du Yunnan
(Janvier 1995, fig. 6) est très semblable à celle
des autres Yunnanolcpidoidei chez qui elle est
connue ( Yunnan oie pis, Chuchinolcpis) ei nette¬
ment différente de Ja nageoire bipartite des
Sinolepidae (Ritchie et ai 1992, fig. 21).
Sous-ordre YUNNANOlEPIDOIDEI
Miles, 1968
Famille YüNNANOLEPIDIDAE Gross, 1965
Genre Yunnanolepis Liu, 1963
Yunnanolepis cf. Y porifera Zhu, 1996
Yunnanolepis cf. Y. parvus Tong-Dzuy Thanh et
Janvier, 1990 : fig. I 5, pl. 4:12.
Tong-Dzuy Thanh &c Janvier (1990, fig. 15,
pl. 4 : 12) ont rapporte à Yunnanolepis cl. Y par-
vus un moule interne d une cuirasse thoracique et
d’un toit crânien articulé provenant de Dông Mo
(découvert dans un niveau attribué au sommet de
la Formation do Si Ka et affleurant h l’occasion
du creusement du réservoir du hameau de Tong
Lot). L’aspect général, trapu, de cc spécimen est
effectivement proche de celui d’une cuirasse tho¬
racique attribuée a Y. parvus pat G. R. Zhang
(1978, pl. 5 : 5. 6) de la Formation de Xium du
Yunnan. Cependant. Zhu (1996) a montré que ce
spécimen du Yunnan était très différent de l’holo-
type de K parvus Zhang (1978, pl. 5 : 1) et 1 a
donc attribué à une nouvelle espèce, Y. porifera ,
tandis qu’il rapportait l’holotype de Y. parvus au
genre Mizia Zhu, 1996. Il convient donc désor¬
mais de désigner ce spécimen de Dông Mo sous
le nom de Yunnanolepis cf. Y. porifera.
Trang Xa
Le gisement de Trang Xa est le premier gisement
de vertébrés dévoniens du Viêt Nam dont le
matériel a été décrit depuis les travaux de
59
GEODIVERSITAS • 1999 * 21 (1)
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Mansuy (v. Tong-Dzuy Thanh & Janvier 1987,
1990, 1994). Il comprend en fait plusieurs
affleurements, tous situés straîigraphiquement
dans la base de la Formation de Bac Bun et appa¬
raissant dans divers canaux d'irrigation, ainsi que
près du petit barrage hydroélectrique de Làng
Dèn (v. carte de localisation in Tong-Dzuy
Thanh & Janvier 1990). De nouvelles récoltes
effectuées sur ces gisements ainsi que la prépara¬
tion de certains spécimens d’anciennes collec¬
tions permettent de préciser leur composition
faunique.
Ordre GALEASPIDA Halstead Tarlo, 1967
Il n’y a aucun reste de Polybranchiaspis dans la
faune de Trang Xa et tous les fragments d’exo-
squelerte de galéaspides récoltés présentent la
même ornementation que la forme de Dông Mo
(v. plus haut).
Classe PLACODERMI McCoy, 1848
Ordre ANTIARCHA Cope, 1885
Tour le matériel d’antiarche de Trang Xa semble
appartenir au genre Yunndnolepis et la majorité
en est attribuée à l’espèce K meemannae Tong-
Dzuy Thanh et Janvier, 1994. Cependant, par la
dépression dorso-ventraie de sa cuirasse thora¬
cique, cette espèce évoque le genre Hetero -
yunnanolepiSx comme Ta souligné Zhu (1996),
bien que les principaux caractères diagnostiques
de ce genre ne soient pas observables sur le maté¬
riel connu à ce jour. Certains fragments de
plaques, cependant, présentent une ornementa¬
tion différente de celle de Y. meemannae et qui
évoque celle de Y. spinulosa de Ban Nhuân.
Classe SARCOPTERYGM Romer, 1955
Deux S sarcoptérygien s avaient été initialement
reconnus à Trang Xa : You ngolepis sp. et un
dipneuste indéterminé. Ce dernier semble diffé¬
rer de Dhibolepis (= Diabolichthys Ch an g et Yu,
1984) par les denticules plus régulièrement ali¬
gnés de Tunique plaque dentaire connue. Cette
pièce est, somme toute, pratiquement identique
à une plaque dentaire inférieure de Dipterus
(Tong-Dzuy Thanh & Janvier 1994, fig. 7D).
Tong-Dzuy Thanh & Janvier (1994) ont égale¬
ment décrit un sarcoptérygien énigmatique, à la
fois différent des dipneustes et de Youngolepis.
Outre la morphologie déroutante de son crâne,
dont la portion paricto-ethmoïdienne semble
extrêmement courte, ccrtc forme se distingue
assez nettement de Youngolepis pat l’aspect extrê¬
mement lisse de sa cos mi ne, dont les pores sont
très fins, mais qui ne montre aucune ligne de
Western. Parmi les écailles isolées, on retrouve
cette même différence : les écailles de Youngolepis
présentent généralement des rides sinueuses et
parallèles, au moins au niveau de la partie anté¬
rieure de leur surface externe. Leur aspect est
donc extrêmement voisin de celui des écailles de
Porolepis Woodward, 1891 du Dévonien infé¬
rieur d Europe. En revanche, les écailles de type
<• lisse » ne présentent jamais de telles rides et, par
làs évoquent plutôt celles des os téû lé pi formes et
notamment de Kenichthys du Dévonien moyen
de Chiite (Chang & Zhu 1993). Des coupes his¬
tologiques effectuées à travers ces deux types
d écailles montrent clairement cette différence,
les pores et les cavités en « bêcher » des écailles
v lisses » étant beaucoup plus petits, bien que,
dans les deux cas, l’émail descende nettement
dans ce.s cavités comme chez tous les dipno-
tnorphes (Tong-Dzuy Thanh &T Janvier 1987,
pL 3 ^ 6, 7). Les quelques os présentant des lignes
de Westoll très nettes et qui, par conséquent,
doivent être attribués a un dipneuste, présentent
tous une cosmine de type « lisse •>. Enfin, il
convient de noter que les os et écailles de type
u lisse » om une coloration plus noire que ceux
de Youngolepis (vraisemblablement â la suite
d’une altération thermique). Cetre différence
peut ctre duc a une plus grande densité de leur
couche de dentine.
L’un des spécimens de celte faune est une por¬
tion antérieure de mandibule d’un sarco¬
ptérygien (Figs 25, 26 ; identifiée par erreur,
mais avant préparation, comme " ? cleithrum »
par Tong-Dzuy 'Thanh &. Janvier 1987, fig. 8F)
qui partage plusieurs caractères, en particulier la
forte concavité dorsale de sa partie distale, avec la
mandibule de Psarolepis vomeri Yu, 1998 et celle
d’un sarcoptérygien indéterminé (Zhu &C
Schultze 1997), respectivement du Lochkovien
60
GEODIVERSITAS * 1999 * 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
et du Pridoli du Yunnan oriental. Elle en diffère
cependant clairement par de nombreux autres
caractères (cosmine à pores fins, dents coronoï-
diennes très élancées, préarticulaire dépourvu de
denticules), ce qui justifie son attribution à un
genre nouveau.
Ordre DIPNOMORPHA Ahlberg, 1991
Fam. indet.
Genre Langdenia n.g.
Espèce-type. — Langdenia campylognatha n.sp.
ÉTYMOLOGIE. — De Lang Dèn, localité-type.
DlAGNOSE. — La même que pour l'espèce-type (par
monotypie).
Remarques
Langdenia partage avec Psarolepis Yu, 1998 et la
forme décrite par Zhu &: Schulrze (1997) une
lorte flexure dorsale de la partie antérieure de la
mandibule. Les autres caractères communs à ces
deux genres, quant à la structure de la mandibule
(large gorge pour la plaque parasymphysaire,
absence de dents sur le bord de fextrémité anté¬
rieure du dentaire), sont des caractères généraux
de dipnomorphes, de rhipidistiens, voire de
Sarcoptérygiens. Langdenia diffère cependant de
Psarolepis par sa cosmine à pores très fins, qui
rappelle plutôt celle de Youngoleprs , Powichthys
Jessen, 1975, Porolepis ou des dipneustes basaux.
La cosmine de Psarolepis présente au contraire de
très larges porcs et sa structure est atypique, pré¬
sentant souvent plusieurs couches superposées.
Les crocs coronoïdiens de Langdenia sont fins et
très élevés, tandis que ceux de Psarolepis sont
massifs et bas. Enfin, Langdenia ne semble pas
présenter les larges fosses situées à la limite entre
les infrad entai res, et qui se rencontrent chez
Psarolepis , Youngolepis , Powichthys * et la plupart
des porolépilormes. Ce curieux mélange de
caractères suggère que la courbure de la mandi¬
bule de Langdenia , de Ihetrolepisy et du sarcopté-
rygien non nommé de Zhu & Schulrze (1997),
n est peut-être pas unique à ces taxons. Il pour¬
rait s’agir d'une symplésiomorphie des rhipidi-
tiens (Zhu & Schultze 1997), voire des sarco-
Fig. 28. — Langdenia campylognatha n.sp., holotype (BT 207a),
Format'on de Bac Bun, Lang Dèn. Trang Xa. province de Thâi
Nguyên, Viêt Nam A, partie anterieure de mandibule gauche
en vue latérale ; B, idem , vue médiale. Échelle : 10 mm.
ptérygiens, et ce caractère n’est pas sans rappeler
la forte cambrure de la mandibule des onycho-
donriformes, en particulier de Strunius Jessen,
1966 (Jessen 1966).
Langdenia campylognatha n.sp.
(Figs 28-30)
Sarcoptérygien — Tong Dzuy de Janvier 1987, fig. 8F.
HüLOTYPE. — Portion antérieure de mandibule
gauche, associée à un maxillaire et un dermopalatin ou
ectoptérygoïde incomplet (BT 207a, Fig. 28).
61
GEODIVERSITAS - 1999 - 21 (1)
Janvier P. &C Ta Hoa Phuong
cm
Fig. 29. — Langdenia campylognatha n.sp., Formation de Bac Bun, Lang Dèn, Trang Xa, province de Thâi Nguyên, Viêt Nam.
Reconstitution, fondée sur l’holotype (BT 207a, Fig. 28), de la partie antérieure de la mandibule gauche : A, vue latérale ; B. vue
médiale, cm. canal sensoriel mandibulaire ; De r dentaire dCort, déni coronoïdienne latérale . dCorp, croc coronoïdien principal ;
dDe, dents portées par le dentaire ; gpsym, gorge pour la plaque parasymphysaire : I, fosse précoronoïde: Isy, lame symphysaire ;
Prart, préarticulaire ; sym, symphyse mandibulaire : z. zone antérieure dépourvue de dents : zdtcl, zone denticulêe. Échelle :
10 mm.
LOCALIJt -type. — Canal du barrage hydroélectrique
de Lang Dèn, près de Trang Xa, province de Thaï
Nguyen, Viêt Nam.
NlVEAU-TYPF. — Dévonien inférieur, Formation de
Bac Bun.
ÉTYMOLOGIE. — Du grec campylos , courbe, et gnathos,
mâchoire.
Matériel. — Holotype seul (BT 207a, Fig. 28).
DIAGNOSE. — Dipnomorphe dont l’extrémité anté¬
rieure de la mandibule présente une forte courbure
dorsale et possède une couche de cosmine à pores fins
ainsi que des dents coronoïdien nés très hautes et fines.
Le préarticulaire est dépourvu de denticules, au moins
dans sa partie antérieure.
Description lt discussion
L’holotype de L ointpylognatha est une portion
de mandibule gauche, proche de la région sym-
physairc, comme l'indiquent la légère concavité
antéroventraie et un reste de la partie postérieure
de la symphyse. Par la forte courbure de son bord
dorsal, courbure que Ton retrouve, sur la face
interne, au niveau du plancher coronoïdien, il
évoque va/?pis romen Yu, 1998 de la
Formation de Xjtun du Groupe de Cuifengshan
(Yunnan oriental). Le préarticulaire (tout au
moins dans sa partie antérieure) ne présente
aucun denticule, tout au plus quelques rides
(Prârc, Fig, 29B). Les coronoïdes portent des
crocs très élevés, dépassant nettement le bord du
dentaire, et ornés de fines rides longitudinales
(dCorl, Fig. 29B), Le bord externe des coro¬
noïdes porte une étroite zone denticuléc (zdtcl,
Fig. 29B), mais qui na pas l importance de celle
de Ymngolepts (Chang 1991). Latéralement aux
crocs, eoronoïdiens, ccs denticules latéraux pas¬
sent à des dents plus grandes et très fines (dCorfi.
Fig. 29B). En avant de cette zone denticuléc, le
bord du dentaire est dépourvu de dents (z,.
Fig. 29B), comme chez les porolepiiormes et
Powichthys (Ahlberg 1991). Postérieurement au
premier croc coronoïdien, les dents portées par le
dentaire sont petites et inclinées vers barrière
(dDe, Fig. 29A). Enfin, le bord antérieur de cette
mandibule est pourvu d’une très large gorge pour
la plaque dentaire adsympbysaire (gpsym,
Fig. 29B). Une partie de la symphyse mandibu¬
laire esr visible (sym. Fig. 29B). Par ces carac¬
tères, cette mandibule évoque plus celle
d 'Ho/optyrhiin (Jaivik 1972 . fig. 46) que celle de
Youngolcpis (Chang 1991 ; fig. 10). Toutefois,
par sa couverture de cosmine, cette mandibule
esc à exclure des holoptychiides. La cosmine qui
couvre sa face externe (dentaire et infradentaire)
peur être considérée comme étant de type
« lisse », avec des pores très fins, contrairement à
celle de Psarolepis rameri Yu, 1998 et de la forme
62
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Fig. 30. - Langdania campylognatha n.sp., Formation de Bac
Bun, Lang Dèn, Ttang Xa, province de Thài Nguyen, Vlèt Nam.
Dessin à la chambre claire des fragments crâniens associés à
rholotype ?Dpl, dermopalatin ? , ?Mx, maxillaire ? od, os der¬
mique indéterminé, portant une pit-line . Échelle : 5 mm.
non nommée de Zhu & Schuitze (1997) qui,
toutes deux présentent une cosmine à pores inha-
bituellement larges. La surface de la cosmine du
dentaire de l. campylognatha est seulement per¬
cée par une série de pores du canal sensoriel
mandibulaire (cm, Fig. 29A). Sut le meme bloc,
et recouvrant en partie la face interne de cette
mandibule, se trouve un ensemble d’os portant
des dents, et qui semblent être une partie d’un
maxillaire (?Mx, Fig 30), associée à une partie
du dermopalatin ou de Fectoptérygoïde (?Dpl,
Fig. 30), et dont les dimensions s'accordent avec
celles de la mandibule décrite plus haut.
Notons également que Tong-Dzuy Thanh &
janvier (1990, pl. 7, fig. 9) ont signalé dans le
gisement de Dông Mo une mandibule de sarco-
prérygien qui diffère de celle de Youngoleph par
sa courbure très accentuée et scs dents du dentai-
re légèrement penchées vers l’avant. 1! est pos¬
sible que cette mandibule, beaucoup plus petite
que fholotypc de L. campylognatha , appartienne
néanmoins à Longdenhi. Psdrolepis est considéré
par Vu (1998) comme le groupe-frère de
Powichthys , Youngoltph et des di pneus tes, ce qui
suggère que h présence d'une zone non dentée
dans la partie antérieure du dentaire est un carac¬
tère général des dipnomorphes. Zhu & Schuitze
(1997), en revanche, font de leur forme non
nommée (et- à l'évidence très voisine, sinon
congénérique de Psarokpis) le groupe-frère d’un
ensemble comprenant les po roi épi formes, ony-
chodontiformcs, actinistiens et tétrapodmorphes.
CONCLUSIONS
L’étude des faunes de vertébrés des formations de
Si Ka, Bac Bun et Mia Lé de la coupe Lung Cô-
Mia Lé a permis de mettre en évidence des diffé¬
rences notables par rapporr aux autres gisements
étudiés jusqu’alors dans le Bac Bo oriental
(Tableau 1), Les quelques spécimens trouvés dans
le Membre 2 de la Formation de Si Ka témoi¬
gnent d une faune assez semblable à celle que
I on rencontre autour de la limite entre les for¬
mations de Si Ka et de Bac Bun dans le reste du
Bac Bo (Yunnanolepisy Youngolcpididés).
Néanmoins, la plupart des faunes de vertébrés de
cette coupe proviennent du Membre 2 de la
Formation de Bac Bun (Lochkovien supérieur),
ainsi que de la base de la Formation de Mia Lé
(Praguicn), tandis que celles du Bac Bo oriental
proviennent principalement de la limite entre les
Formations de Si Ka et de Bac Bun (Lochkovien)
ou de la base de la Formation de Khao Lôc
(Lochkovien inférieur). Cette légère différence
d'âge ne justifie pas une telle différence dans la
composition faunique. La prédominance des
pétaiieluhyides, par exemple, s’explique mieux
par une différence dans l’environnement, nette¬
ment plus marin, mais aussi par un milieu de
plus faible énergie, permettant la conservation de
plaques particulièrement fragiles. De même, la
rareté des galéaspides dans l’ensemble de cette
coupe est sans doute liée aux conditions environ¬
nementales plus franchement marines. Outre le
pétalichtbyide Tongdzuylepis Vietnam émis, qui en
est l'élément le plus abondant, et Fantiarche
Minicrdnia , la faune de vertébrés des formations
de Bac Bun et de Mia Lé de cette coupe com¬
prend plusieurs autres placodermes qui restent
énigmatiques. Certains semblent cependant
devoir être rapportés à un ou plusieurs brachy-
thoracides primitifs. La présence d’un ptycto-
donte est possible. À l'exception de Minkntn 'ni ,
connu ailleurs dans la Formation de Xishancun
(Lochkovien) du Yunnan oriental et de la
Formation de Khao Lôc (Lochkovien) à l ong
Vài, et de restes de galéaspides, aucun des élé¬
ments de cette faune îfcst connu en Chine méri¬
dionale.
L’étude complémentaire du matériel de divers
gisements, situés stratigraphiquement dans la
GEODIVERSITAS * 1999 • 21 (1)
63
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Pays
Localité
Formations
Coupe de Lung Cô à Mia Lé
Si Ka Bac Bun Mia Lé
VIET NAM
Tong Vai Ban Nhuân
Dong Mo
Trang Xa
CHINE
(Yunnan oriental)
Qujing
Xishancun Xitun
GALEASPIDA
Galeaspida gen. et sp. indet. 1
L6.4
Galeaspida gen. et sp. indet. 2
Bac Bun
Bac Bun
Bannhuanaspis vukhuci
?
SK/BB
Laxaspis yulongssus
Khao Loc
+
Polybranchlaspis liaojaoshanensis
Khao Loc
+
+
PLACODERMI
Acantholhoraci gen. ei sp. indet, 1
Khao Loc
+
Acantboihoraci gen. et sp. indet. 2
Khao Loc
+
Yunnanolepidoidei gen. etsp. indet. 1
Khao loc SK/BB
Yunnanolepidoidei gen. et sp, indet. 2
SK/BB
Yunnanolepis sp.
L1.10
Yunnanolepis deprati
Bac Bun
Yunnanoiepis bacboensls
Bac Bun
Yunnanolepis et Y. pontera
? Si Ka
+
Yunnanolepis spinu/osa
SK/BB
Y. ( Heteroyunnanolepis ?) meemannae
Bac Bun
Heteroyunnanolepis quiingensis
Khao Loc
+
Zhanijifepis aspratilis
Khao Loc
+ +
Chuchinolèpis dongmoensis
?
SK/BB
Bac Bun
?
Vanchianolepts langsonensis
Bac Bun
?
Mimcrania sp.
L8.6
? L6.4
Mintcrania lissa
Khao Loc
Ptyctodontida? gen. et sp. indet.
L8.6
Petalychthyida gen. et sp. indet.
L3.4-6, L8.6
L6.4, 15-19
Bac Bun
Tongdzuylepis vietnamensis
L3.4, L8.6
7L6.4
Mia Lé
Phlyctaenii gen. et sp. indet
L1.10
Arthrodira gen. et sp. indet.
L8.6
ACANTHODII
Climatiida gen. et sp. indet.
Bac Bun
Nostolopis sp.
Bac Bun
SARCOPTERYGII
Youngofepididae gen. et sp. indet.
L1.10
Youngoiepis sp.
SK/BB
Youngolepis praecursor
Khao Loc
Bac Bun
Bac Bun
+ +
Langdenia campylognatha
? Si Ka
Bac Bun
Dipnoi gen, et sp. indet.
Bac Bun
Sarcopterygii en. et sp. indet.
Bac Bun
Tableau 1. — Répartition des vertébrés dans les gisements du Dévonien inférieur du Bac Bo et du Yunnan Oriental. Pour les vertébrés de la coupe de Lung Cô à Mia Lé, les numé¬
ros sont ceux des niveaux indiqués sur la Figure 2. Pour les autres localités du Bac Bo, la formation d'où proviennent les spécimens est indiquée (Sika, Bac Bun ou Mia Lé ; SK/BB,
limite entre les formations de Si Ka et de Bac Bun). Les spécimens de la coupe de Lung Cô à Mia Lé décrits par Mansuy (1915) et attribués à Bannhuanaspis et Chuchinolèpis sont
indiqués ici dans la Formation de Bac Bun par des points d’interrogation.
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Formation de Si Ka ou à la base de la Formation
de Bac Bun au Bac Bo orienta! et précédemment
décrits, a permis de compléter leurs listes fau¬
niques et de préciser certains points de la systé¬
matique des taxons qui les composent. La
Formation de Khao Lôc, qui représente sans
doute un faciès latéral plus marin de la
Formation de Si Ka, présente les conditions
idéales pour la conservation de formes à l'exos-
quelette fragile, comme les galéaspides ou de
petits antiarches et: arrhrodires acanthothora-
cides. Ses niveaux de grès très fin et de schistes
bitumineux, qui affleurent dans la région de
Tbng Vâi (province de Hà Giang), ont livré une
seconde espèce de galéaspide, Luxas pis yulongssus,
les antiarches Heteroyunvanolepis qujingensis et
Zhanjilcpis aspnitilis et une nouvelle espèce
d'antiarche, Mimcnmia lissa n.sp., très voisine de
M. lirouyi, ce qui suggère une corrélation entre la
base de cette formation cr la Formation de
Xishancun du Groupe de Cuifengshan
(Lochkovien inférieur), au Yunnan oriental.
Les autres gisements révises concernent soit le
sommet de la Formation de Si Ka ; soit la base de
la Formation de Bac Bun et sont tous situés dans
les provinces de Thai Nguyen et Lang Son (Bac
Bo oriental). Le gisement de Ban Nluiân a, outre
le galéaspide Bannhuanasph vukhuci er des restes
de Youngtdepis sp,, livré de nombreux restes
d’antiarches répartis en au moins trois espèces :
Chuchïnolcpis dotigmoenuss Yunnanolepis spinu-
losa n.sp., et une espèce indéterminée, probable¬
ment nouvelle.
LJn nouvel examen des restes d'exosquelette de
galéaspides des gisements de Dông Mo et Trang
Xa montre qu’aucun n’appartient au genre
Polybmnchiaspis. Enfin, le gisement de Trang Xa
a livré un nouveau sarcoptérygien, Langdenia
campylogmuha n.sp. qui ressemble par certains
caractères à Psdrolepis rom cri de la Formation de
Xitun du Groupe de Cuifengshan au Yunnan
orientai.
Rem crciem ents
Les auteurs tiennent à remercier le Professeur
Tong-Dzuv Thanh (Université nationale du
Viêt Nam à Hanoï) pour son aide apportée à la
réalisation des travaux de terrain et M. Lé Van
Giang (Service Géologique du Viêt Nam) qui
leur a confié pour étude les spécimens de Tbng
Vài. Les travaux de terrain ont été financés par le
Programme Vietnamien de Recherche
Fondamentale en Sciences Naturelles et par le
projet n° 5089/93 de la National Géographie
Society. Photographies : D. Serrerte. Réalisation
graphique des Figures l et 2 : H. Lavina.
RÉFÉRENCES
Ahlberg P. E, 1991. —A re-examination of sarcopte-
rygian interrelationships, with spécial reference to
the Porolepiformes. Zoological Journal of the
Linncan Society 103: 241-287.
Chang K. J. (Zhang G. R.) 1978. — Early Devonian
anciarchs from Cuifengshan, Yunnan: 292, 293 [en
chinois], in Symposium on the Devonian System of
South China, 1074. G toi ogival Press, Êeijing.
Chang M. M. 1991.— Flead exoskcleton and shoul-
der girdle of You n go le pis. 355-378, in Chang
M. M,, Liu Y. H. èc Zhang G. R. (eds), Early
Vertébrales and Rclated Problems of Evolutionary
Biûfogy, Science Press, Beijing.
Chang M. M, Ôl Smith M. M. 1992. -— Is
Youngolepis a porolepiform? Journal of Vertebrate
Paleontolagy 1 2: 294-3 1 2.
Chang M. JVL & Vu X. B. 1984. — Structure and
phylogenetk sîgnificance of Dtahofichthys speratm
gen. et sp. nov.. a new dipnoan-like form from the
Lower Devonian of eastern Yunnan, China.
Proccedings of the linncan Society of New South
Wales 107: I7L184.
Chang M. M. iSi Zhu M. 1993. — A new Yliddle
Devonian osteoiepidid from Qujing, Yunnan.
Metnoirs of the Association of A us tnt la sia n
Pdlaeoniologisn [5: 183-198.
Dang I ran Huyén 19 T 6. — Phat hien tentacuÜtcs
Devon vung L>ông Van va y nghia dia rang cua
chung [Decouvcrrc et valeur strarigraphique de ten-
taculites dans la région de Ddng Van]. S in h vât-dia
hoc. Hanoï 14 (2j: 01-63 [en vietnamien].
Deprat J. 1915. — Études géologiques sur les régions
au Haut Tonkin (feuilles de Paklva, Hagjaîig,
Mapilo, Yemntnh). Mémoires du Service géologique
de l indochine 5-4 *. 1-176.
— 1917. —Exploration géologique de la partie du
Yunnan comprise entre la frontière tonkinoise, le
K i van g Si et le Kwci-Tchéou. Comptes Rendus de
l'Académie des Sciences 164 : 107-109.
Durand-Delga M. 1990. — L’Affaire Deprat.
Travail* du Comité f >■/nçais dT/istoire de la Géologie
(COFRHIGEO)y Paris 4 : 117-212.
Gross W. 1961. — Lunaspis broilii und Lunaspis
heroldi aus dem Hunsrückschiefer (Unterdevon,
65
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Janvier P. & Ta Hoa Phuong
Rheinland). Notizblatt der hessische Landesamt für
Bodenforschung 89: 17-43.
Heintz A. ( 1934), — A révision of the Estonian
Arthrodita. Part 1, Family Homosteidae. Arkhiv
fur die Naturkundé Estlands 10 (4): 1-114.
Henry J.-L 1994. The r ri lob ires of the “affaire
DepratL Alchmnga 18: 359-362.
Janvier P. 1990. — La structure de l'cxosquelette des
Galéasptdes (Vertebrata). Comptes Rendus de
l Académie des Sciences. Paris 310 : 655-659.
— 1995. -The brachial articulation and pectoral fin
in Antiarchs (Placodcrmi), m Arsenault M.,
Lelièvre H. &. Janvier P. (eds), S ut d tes on Larly
Vertebrates (Vllth International Symposium,
Miguasha Parc, Québec), Bulletin du Muséum
national d Histoire naturelle , Paris., série 4, 17 C
(1-4) : 143-161.
— 1996. — Larly Vertébrales. Oxford University
Press, Oxford, 393 p.
Janvier P., Pham Kim Ngan & Ta Hoa Phuong
1996. — Une faune de vertébrés de type « sud-
chinois *• dans le Dévonien inférieur de la basse
Rivière Noire (Sung Da), Vier Nam. Comptes Rendus
de lAcadéinie desSciences, Paris 323 (lia) : 539-546.
Janvier P. t Tong-Dzuy Thanh 6c Ta Hoa Phuong
1993. — A new Larly Devonian galcaspid front
Bac Thaï Province, Vietnam. Paîaeontology 36:
297-309.
Jarvik E. 1972. — Middle and Uppcr Devonian
Porolepiformes fram East Groenland with spécial
référénce to Glyproie pis geoenlandicu n.sp,, and a
discussion on die structure of che head in die Poro¬
lepiformes. Meddeldser om G renia nd 187: 1 -307.
Jessen H. 1966. — Die- Crossopterygier des Obérai
Plattenkalkes (Devon) des Bergisch-GIadbaeh-
Paffrather Mulde (Rhemisches Schicfergcbirge)
unter Berückskhthlgung von amerikanischem und
europaischcm Onychodus-\ laterial. Arkiv for
Zoologi 18: 305-389.
Lantenois H. 1928. — Note an sujet des travaux de
M. J. Deprat, sur la géologie du Yiinnan et de
llndoclme publiés dans les Comptes Rendus de l'Aca¬
démie des Sciences a Paris et dans les Bulletins du
Service Géologique de l'Indochine à Hanoï. Manu¬
scrit ‘médit, Archives du Collège de France, 14 p.
Lelièvre H. J 984. — Antineosteus lehmani , n.g., n.sp.,
nouveau Brachythoraci du Dévonien inférieur du
Maroc p résilia rien. Annales de Paléontologie 70 :
115-158.
Liu Y. H. 1963. — On the Antiarchi Rom Chutsing.
Vertebrata PalAsiatica 7: 39-46 [en chinois avec
résumé anglais).
— 1965- — New Devonian agnathans of Yunnan,
Vertebrata PalAsiatica 9: 125-134 [en chinois avec
résumé anglais).
— 1973. — On the new forms of Polybranchia-
spiformes artd Petalichthyida (rom Devonian of
Southwest China. Vertebrata PalAsiatica 1 1 :
132-143 [en chinois avec résumé anglais).
— 1975. Lower Devonian agnathans of Yunnan
and Sichuan. Vertebrata PalAsiatica 13: 215-223
[en chinois avec résumé anglais J.
— 1991. — On a new petalichthyid, Eurycaraspis
incilis gen. et sp. nov. (Placodermi, Pisces) from the
Middle Devonian of Zhanyi Yunnan: 139-178, in
Chang M. M., Liu Y. H. 6c Zhang G. R. (eds),
Larly Vcrtebratcs and Relaicd- Prohlems of
livolutionary Brology . Science Press. Beijing.
Mamuy H. 1915. — Contribution â l’étude des
faunes de l’Ordovicien ci du Gorhlandicn du
J onkin. Méritoires du Service géologique de
/'Indochine 4 : î -322.
Pan J. 198T — Galeaspida: 57, 58, in Pan J., Huo F.
C., Cao J. X., Gu Q. C., Liu S, Y., Wang J. Q.,
Gao L- D., Ô: Liu C. (eds). Continental Devonian
System of Ning.\ia and its Biotas , Gcological
Publishing 1 louse, Beijing.
— 1992. — New Galeaspidï (Agnatha) front the
Siluridn rind Devonian of China. Geological
Publishing House, Beijing, 77 p.
Pan J. & Dirteley D. 198S. — A review of cari y
(Siluiian and Devonian) vertebrate biogeography
and biostratigr.iphy ol China. Proceedings of the
Royal Society of London B 235: 29-61.
Pan J. 6c )i S. 1993. — First dîscovery of Middle
Devonian galcaspids in China. Vertebrata Pal-
Asiaiicd 31(4): 304-307 [en chinois avec résumé
anglais).
Paris F., Ta Hoa Phuong 6c Baudu V. 1993, —
Découverte de chitinozoaires et de scolécndontes
dans LEmsien du Vict Nam (coupe de Dông Van-
Nho Que, province de Hà Giang). Nettes )avrbuch
fit y Géologie und PaldontologU\ Mondtihcftc 10:
596-606. '
Pham Dinh Long 1973- — Tim liieu dia rang Devon
trong doi Ha Lang Cao Bang [étude de la stratigra¬
phie du Dévonien dans la région de f ia Lang, pro-
vince de Cao Bàng). Dia chat 106: 1-7 |en
vietnamien].
Ritchie A.. Wang S. T., Young G. C. 6c Zhang G. R.
1992. — The Sinolepidae, a Family of antiarchs
(Placoderm fishes) from the Devonian of South
China and Eastcrn Australia). Records of the
Aujtralian Muséum 44; 319-370.
Stcnsiô E. A. 1969. — Elasmobranchiomorphi, Placo-
dermata, Arthrodires: 71-692, in Piveteau J. (ed.),
Traité de paléontologie , volume 4(2). Masson, Paris.
Ta Hoa Phuong 1994. — New discovcrv of Devonian
and Lower Carbonifo tous pelagic fossils in Dong
Van arvn (Hà Giang Province, Vietnam): 62-68, in
Angsuwathana P., Wongwanich T,, Tansarhien
W., Wongsomsak S. 6i Tulyatid J. (eds),
Proceedings of the International Symposium on
Stratigraphie Corrélai ion of Sou theast Asia.
Depanment of Minerai Resources, Bangkok.
Tâ Hoa Phuong, Baudu-Suirc V. èc Le Van Giang
1996. — Scolecodonts from the Ban Thang forma¬
tion (Lower Devonian) in Khao Lôc-Quan Ba area.
66
GEODIVERSITAS * 1999 * 21 (1)
Vertébrés du Dévonien inférieur du nord du Viêt Nam
Hà Giang Province (Vietnam). Journal of Geology
(Dia Chàt) 7-8: 121-126.
Tong-Duy Thanh (ed.) 1986. — Hê Devon o
Viêt Nam [Le Dévonien du Viêt Nam]. Nxb Khoa
hoc va ky thuât, Hanoï, 141 p, [en vietnamien].
— 1993. — Major feat lires of Devonian stratigraphy
in Vietnam, with rcmarks on paleobiogeography.
Journal of Geology (Gtologïcal Surviy of Vietnam)
1993 B, 1-2:3-18.
Tong-Dzuy Thanh ( l ong Duy Thanh) & Janvier P.
1987. — Les vertébrés Dévoniens du Viêt Nam,
Annales de Paléontologie (Vertébrés-Invertébrés) 73
(3) : 165-194.
— 1990. — Les vertébrés du Dévonien inférieur du
Bac Bo oriental (provinces de Bac Thaï et Lang
Son, Viêt Nam). Bulletin du Muséum national
d’Histoire naturelle , Paris, série 4. C 12 (2) :
143-223.
— 1994. — The early Devonian vertebrate fauna
from Trang Xa (Bac Thai, Viet Nam), with
remarks on the distribution of the vertebraces in the
Song Cau Group. Journal of South EastAsùm Edith
Sciences 10: 235-243.
Tong-Dzuy Thanh, Janvier P., Ta Hoa Phuong &
Doan Nhat Truong 1995. — Lower Devonian
biostratigraphy and vertebrates of the Tong Vai
Valley (Hà Giang Province, Vietnam).
Palaeontolagy 38( 1 ): 169-186.
Tong-Dzuy Thanh & Ta Hoa Phuong 1994. — New
data for corrélation of Early Devonian bearing the
EuryspiriJer tonkinensis fauna in Vietnam and South
China. Subcommission on Devonian Stratigraphy,
Newsletter 11: 69.
Walcott C. D. 1892. Preliminary note on the dis-
covery of a vertebrate fauna in the Silurian
(Ordovician) strata. Bulletin of the Geological
Society of America 3: 153-172.
Wang N. Z. & Wang S. T. 1982. — A new Agnatha
and its sensory systematic variation. Vertebrata
PalAsiatica 20(4): 276-281 [en chinois avec résumé
anglais].
Wang Z. S. 1994. — New discovery of yunnano-
lepids - Heteroyunnanolepis qujingensis gen. et sp.
nov. Vertebrata PalAsiatica 32(1): 21-31 [en chinois
avec résumé anglais].
Young Ci. C. 1978. — A new Early Devonian peta-
lichthyid fïsh from the Taemas/Wee Jasper région
of New South Wales. Alchennga 2 : 103-116.
Young G. C. & Zhang G. R. 1992. — Structure and
function of the pectoral joint and operculum in
amiarchs, Devonian placoderm fishes. Palaeonto-
% 35(2): 443-464.
Yu X. B, (1998). — A new porolepiform-Iike fish,
Psarolepis romeri gen. et sp. nov. (Sarcopterygii,
Osteichthyes) from the Lower Devonian of
Yunnan, China, journal of Vertebrate Paleontology
18(2): 261-274.
Zhang G. R. 1978. — [The amiarchs from the Early
Devonian of China]. Vertebrata PalAsiatica 16 :
147-186 [en chinois avec résumé anglais].
Zhu M. 1991. - New information on Dian-
dongpetalichthys (Placodermi: Petalichthuida):
179-194, in Chang M. M.> Liu Y. H. & Zhang G.
R. (eds), Early Vertebrates and Relut ed Problenis of
Evoluiionary Biology Science Press, Beijing.
— 1996. The phylogeny of the Antiarcha
(Placodermi, Pisces), with the description of Early
Devonian amiarchs from Qujîng, Yunnan, China.
Bulletin du Muséum national a Histoire naturelle ,
Paris, série 4, C 18 (2-3) : 233-347.
Zhu M. & Janvier P. 1996. — A small antiarch,
Mini et a nia lirouyii gen. er sp. nov., from the Early
Devonian of Qujing, Yunnan (China), with
remarks on antiarch phylogeny. Journal of
Vertebrate Paleontology 16(1): 1-15,
Zhu M, & Schultzc H.-P. 1997. — The oldest sar-
copterygian fïsh. Lethaia 30: 293-304.
Zhu M. & Wang ). 1996. — A new macropetalich-
thyid from China, with spécial reference to the his-
torical zoogeography of chc Macropetahchthyidae
(Placodermi). Vertebrata PalAsiatica 34(4):
252-268 [en chinois avec résumé anglais].
Soumis pour publication le 9 septembre 1997;
accepté le 15 septembre 1998.
67 |
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
New anatomical information on Holonema
(Placodermi) based on material from the
Frasnian Gogo Formation and the Givetian-
Frasnian Gneudna Formation, Western Australia
Kate TRINAJSTIC
Department of Geology and Geophysics, University of Western Australia,
Stirling Hwy, Nedlands 6009, Western Australia (Australia)
ktrinajs@maii.geol.uwa.edu.au
Trinajstic K. 1999. — New anatomical information on Holonema (Placodermi) based on
material from the Frasnian Gogo Formation and the Givetian-Frasnian Gneudna Formation,
Western Australia. Geodiversitas 21 (1) : 69-84.
KEYWORDS
Holonema westolli ,
vertebrae,
scales,
Gogo,
Gneudna,
Devonian,
Australia.
ABSTRACT
Additional specimens of the arthrodire Holonema westolli Miles, 1971 from
the Late Devonian Gogo Formation, Canning Basin, Western Australia
enables éléments from the post-thoracic armour — namelv the vertébral
column, the pelvic girdle, the pelvic fins and the squamation - to be describ-
ed. The species diagnosis is improved by including this new anatomical
information. Comparison of H. westolli scales with isolated scales recovered
from the upper beds of the Gneudna Formation permits these isolated scales
to be referred to the species H. westolli . Interspecies différentiation in scale
ornamentation allows the identification of Holonema species on the basis of
scale morphology in the absence of body plates.
MOTS CLÉS
Holonema westolli ,
vertèbres,
écailles,
Gogo,
Gneudna,
Dévonien,
Australie.
RÉSUMÉ
Nouvelles données anatomiques sur Holonema de la Formation Gogo (Frasnien)
et de la Formation Gneudna (Givétien-Frasnien) d'Australie occidentale.
La découverte de nouveaux individus de l’arthrodire Holonema westolli Miles,
1971 dans la formation dévonienne Gogo dans le bassin Canning, en
Australie occidentale, a permis la description d'éléments vertébraux des
régions abdominale et caudale antérieure, ainsi que des éléments dermiques,
pelviens et des écailles. La diagnose spécifique est amendée en conséquence.
La comparaison inrraspécifîquc partir des écailles de H. westolli , permet
l’identification de différentes espèces d 'Holonema en l’absence d'éléments
dermiques significatifs.
• 1999 • 21 (1)
69
Trinajstic K.
INTRODUCTION
Placoderm plates hâve been important éléments
in biostratigraphic studies (Young 1974; Lelièvre
et ai 1986), hovvever the mimerons micro-
verrebrate remains hâve proved dilbcult to idem
tify, and thus their biostratigraphic use ha s been
limited. Although s cale cover is known in ail
placoderm orders cxccpt the Phyllolepida it is
rarely presctved (Denison 1978). This make.s
reliable identification of forrns dilftcult in depo-
sits where only isolat tel scales are recovercd, with
many placoderm scales being reierred to the
“bucket” g en u s “ Ohio dsp i s" Wells, 1944.
Recently netempts hâve been made to classüy iso-
lated scales and subdivide the genus u Ohiùdspis .”
Turner & Murphy (1988) suggested Australian
scales classilicd as Ohiodspis may in fact be
buchanostcid scales. Burrow (1996) ha.s identi-
fied ten placoderm scales and erected two nevv
Early Devonian form taxa, Kadunglepis serrata
Burrow, 1996 and Jendalepis picketti Burrow,
1996 basée! on their distinctive ornament and
histology, from the Trundle Beds, Gleninga
Formation and Jerula Formation ol NSW
Eastern Australia. Only recently in Australia hâve
isolated scales been related to articnlatcd plates,
These descriptions, in addition to placoderm
scales already known front northern hemlsphere
sites (Table I ), présents the possibility that in the
luture, placoderm body scales may be uscful
biostratigraphic indicators for Devonian
sequenœs,
One of the most urgent tasks in achieving the
full biostratigraphic potential of placoderm scales
is the description of known taxa with scale cover,
h is therefore the aim of this paper to describe
the scales of thé Devonian holonematid, H. wes -
tolli Miles, 1971 from the Gogo Formation,
Western Australia, thus providing a uniform refe-
rente for the identification of isolated Hohnemu
scales from the Devonian. Although this species
is well-known trom excellently preserved head
and thoracic armour (Miles 1971), the vertébral
Table 1 . — Stratigraphie distribution of some Devonian placoderms in which the squamation is known.
70
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
New information on placoderms from Late Devonian of Western Australia
Fig. 1. — Stratigraphie column indicating the beds in which Holonema westolli occurs in the Gneudna Formation and map of
Western Australia showing the location of the Gneudna Formation and the Gogo Formation.
GEODIVERSITAS • 1999 • 2f(1)
Trinajstic K.
column, pelvic girdle and squamation, havc until
now, remained unknown. From this description
it is hoped thar a reliable identification and taxo¬
nomie study of isolated placoderm scales from
the Gneudna Formation, Carnarvon Basin,
Western Australia will be made (Fig. 1).
MATERIALS AND METHOD
The study is based on two spécimens of H r ires-
tolli from the Frasnian Gogo Formation, Western
Australia» and isolated scales from the latc
Givetian-carly Frasnian Gneudna Formation,
Williambury Station» Western Australia. AJ1 spé¬
cimens dcscribed in this paper are deposited in
the palaeontology collections of the Western
Australian Muséum (WAM), Penh, Western
Australia.
WAM 95.6.111 (in part and counterpart)
(Figs 2A, B, 4A, B): the only phue preserved
from the body armour is an undistorted poste-
rior région of the posterior ventrofnteral plate
(PVL, Fig. 4A). The vertébral column seerns to
hâve been pushed through the skin and is sugges¬
tive of dorsal ventral flarrening nrior to nodule
formation. The specimen is approximately sym-
metricaJ abour the sagittal section and in cross
section approximités the real body. Two pelvic
boues, and squamation showing the pelvic fin
outline are also preserved.
WAM 96.12.2 consi.sts of an incomplète verté¬
bral column, part of the squamation and one
pelvic ho ne.
WAM 97.7.1 consi.sts of ren isolated scales from
Beds 22 and OFB (Olegs Fish Bed) from the
Gneudna Formation.
WAM 97.7.2. is a single scale from Bed 22 of the
Gneudna Formation.
WAM 97.7.3. is a single scale from Bed 14 of the
Gneudna Formation.
Ail spécimens were acid prepared in 10% acetic
acid (Rixon 1979) cxcept for part A of spccimen
95.6.111 vvhich has been set in resin. Scales and
vertébral cléments dcscribed in this paper corne
from rhe residue of limestone sam pies treated
with acetic acid. Scanning électron inicrographs
were taken on a Philips 505 scanning électron
microscope.
SYSTEMAT1G DESCRIPTION OF
SQUAMATION AND POST-THORACIC
ARMOUR SKELETON
Family HOLONEMATIDAE Obrucchev, 1932
Genus Holonema Newberry, 1889
Holonema ivestoUi Miles, 1971
Hot.OTVPH. WAM 70.4.243 a complété bodv
armour of 35 cm with tuoth plates from the Frasnian,
Gogo Formation, Gogo Station, Western Australia.
l*he holotypc has been figured photographicallv in
Miles (1971, fig. 73),
Descri i r j*j on of post-thoracic: armour
Vertébral column
(Figs 2A, B, 3A-G, 4A, B, 5A-C)
The vertébral column of H. westolli , comprises
opposed, pajred, perichondrally ossified neural
and haemal éléments with no spines, vvhich sit
upon an un res trie ted notochord. Utilikc the
other Gogo placodcrms, such as Torosleus
Gardincr et Miles, 1990, whcrc rhe two neural
arches and two haemal arches are lused (Dcnison
1978), rhe vertébral éléments of hf luestolli
remain unattached, although closely opposed,
along the length of the vertébral column.
Régional variation is scen in the vertébral
column of WAM 95.6.1 11 with twenty-four
atuerior vertébral éléments and a minimum of
eighteen caudal vertébral cléments distinguished
(Figs 2B, 5G). The caudal éléments starr at the
posterior margin of the pelvic fins. There is a
short transition zone ut rhe Icvel ol the pelvic
fins. The latéral cavity on the anterior vertébral
éléments (Figs 3A-E, 4B) is wide and becomes
narrower towards the caudal région (Figs 2A,
3G). Fhe paired abdominal vertébral cléments
comprise thin plates of trnnsversely arebed bone
(Figs 2B, 3A-E). There is a thin fl ange (fin) of
bone thar projects mediallv from the left and
right éléments (Figs 3A. D G). The left and
right bonev flanges are closely opposed but do
not fuse (Fig. 2A, B). On the internai médial sur¬
face is a shaJlow groove (grv, Fig. 3A, B, 19 , H)
for the nerve cord. Antcriorly and posteriorly
there seems to be articulation surfaces on the ver¬
tébral éléments (Fig. 3E). It cannot be ascertained
72
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
New information on placoderms from Late Devonian of Western Australia
Fig. 2. — Holonema westolli (WAM 96.6.111 A), tail région; A, pavement pattern of scale arrangement; B. division of the vertébral
column and position of large dorsal back scale. Scale bars: 2 cm.
vvith certainty whether these articulation surfaces
provided articulation between vertébral éléments
or wcre the sites of attachment for cartilaginous
neural and haemal spine éléments The caudal
vertebrae also hâve a central medially projectïng
flange of bone (fin, Fig. 3G). The flange of bone
is more developed in the caudal vertébral élé¬
ments than in the anterior vertébral éléments,
but like the anterior vertébral cléments the
fl anges of the right and left cléments do not fuse.
Remarks. In H. westolli , it appears that there
were no neural and haemal spines on the anterior
vertébral éléments. A similar condition is seen in
the vertébral éléments immediately below the
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
73
Fig. 3. — Holonema westolli. A-E, WAM 96.12.2, abdominal vertébral éléments; F-G, BMNH (unregistered), caudal vertébral élé¬
ments; ant. anterior; fin, flange of bone; grv, groove for nerve cord; pos, posterior; vase, vase can, vascular canal. Scale bars:
1 mm.
médian dorsal place in Incisoscutum ritchiei
(Dennis ^ Miles, 1981). However, the abdominal
and caudal vercebrae of Incisoscutum ritchiei do
possess neural and haemal spines. In Coccosteus
cuspidatus Miles et Westoll, 1968 (fig. 48),
Eastmanosteus calliaspis Dennis-Bryan, 1987 and
Compagopiscis croucheri Gardiner et Miles, 1994
the neural and haemal arches ol the body région
are fused into perichondrial ossified spines. It is
suggested that there vvere cartilaginous neural and
haemal spines in the caudal région ol H. westolli
as there is considérable narrowing ol the latéral
cavity in the caudal région suggesting different
muscular attachment from the anterior région of
74
GEODIVERSITAS * 1999 • 21 (1)
New information on placoderms from Late Devonian of Western Australia
Fig. 4. — Holonema westolli (WAM 96.6.111 A); A, posterior région of the trunk armour showing the relationship of the pelvic girdle to
the PVL (Posterior ventro-lateral plate); B. outline of the pelvic fin and scale rows along the pelvic fin. Scale bars; 2 cm.
the vertébral column. The presence of neural
spincs in the caudal région would provide increas-
ed mechanical leverage for muscles In the tail
whîch are important when accélération of the tail
is greater than accélération in the body.
Pelvic girdle and fins (Figs 4 A, B, 5A-C)
The bony, pelvic girdle of H. westolli (95.6.111)
consists of broad> left and right latcromedially
flattened iüae processes lying immediately behind
the posterior ventrolatera! plate (Fig. 4A). The
iliac processes taper sigmoldally and project
pOvSterodorsally (Fig. 4A). The left process appears
to be reverseds wberças the right process appears
to be in the position held during life, where they
would have been joined in the midline.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
75
Trinajstic K.
spinal chord
“ ■— notochord
g Dorsal vertébral éléments
anterior transitional caudal
element element element
latéral cavity
Y
K
fl
. c: pelvic girdle
—
pelvic fin
pectoral fin
Fig. 5. — Holonema westolll (WAM 96.6.111 A); A, reconstruction of the vertébral éléments in dorsal view; B reconstruction of the
vertébral éléments in latéral view; C r reconstruction showing the position of the vertébral éléments, the pelvic girdle and the pelvic
and pectoral fins.
The outlinc of the pelvic fins is preserved in
WAM 95.6.111 (Fig. 4B). They appear semi-
circular in ourline, resembling the condition in
Stensioellida and Rhenanida (Denison 1978), As
in Rhenanida, the pelvic fins are positioned close
behind the large pectoral fins (Fig. 5C). The pel¬
vic fins are covercd wirh scales on both the dorsal
and ventral sides The scales decreased in size
proximo-distally as in Rhamphodopsis Warson,
1934 and Rhynchodus Newberry, 1873. No fin
radiais hâve been preserved in eirher specimen ol
H. westolli however, the scales seem to be arrange
ed in approximately thirtv proximo-distal rows
(Fig. 4B)
Remarks. The position of the pelvic éléments
immediately behind the posterior ventral plate is
suggestive of the pelvic fins being closely situated
behind the pectoral fins. This position is further
forward than in earlier reconstructions of H. wes¬
tolli (Long 1991a, 1995) and is seen in Sigaspis
Goujet, 1973 where it is considercd by Denison
(1978) to represent the less derived condition.
The absence of a basal plate in H. westolli is un-
like the condition in the eubrachyrhoracid
arthrodires where a perichondrially ossified basal
plate is seen in Camuropiscis Dennis et Miles,
1979 Coccostetts cuspidatus Miles et West oïl,
1968, Incisoscutum ritchiei (Dennis et Miles,
1981) and Fallacosteus Long, 1988. The absence
of a perichondrially ossified basal plates is also
considered to represent the less derived condition
(Long 1988).
The presence of scales on both the dorsal and
ventral sides of the pelvic fins and the arrange¬
ment of the scales into proximo-distal rows in
//. westolli is similar to the condition noted in
Rhamphodopsib and Rhynchodus by Stensiô
(19C>9). Sten.sio (1969) noted the similarity of
this pattern to the segments of diverse lcpido-
trichia seen in tcleostomes.
Dorsal fins
There appears to be no evidence of a dorsal fin
having being présent in H, westolli . The sub-
median dorsal plate is absent and there appears
to be no articulation preserved which would hâve
attached fin radiais to the vertébral col unin.
There is also no évidence of fin ravs or scales in
the dorsal area suggestive of a fin. In addition
there are several large rectangular scales which
appear to hâve covered the area directly above
the vertébral column (Fig. 2B and sec description
of scale type 2 below). These scales hâve a fiat
base, although they lack the tem-likê structure of
dorsal ridge plates. Similar, large rectangular
scales are found in Holonema radiatum
Obruchcv, 1932 (= Artenolepis golshaniï Janvier,
1974). In placoderms the presence of dorsal
ridge plates tends to indicate the absence of a
dorsal fin (Denison 1978).
76
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
New information on placoderms from Late Devonian of Western Australia
Fig. 6. — Holonema westoHi {WAM 96.12.2); A, anterior body scale in crown view: B, latéral line scale in crown view; C, caudal scale
in crown view; D, latéral thin section of anterior body scale; E, caudal scale in basal view; F, ornament of a caudal scale; bas, base
of scale; crn, crown: for. foramina; tub, tubule; vase, vase canals, vascular canal; Scale bars: A-E, 1 mm; F, 0.01 mm.
Caudal fin (Fig. 2A, B)
The caudal fin aï H. wesiolli is incomplerely pre-
served. An impression of rhe anterior portion of
the fin can be determined, however rhis gives
liede indication ot the shape. The vertébral dé¬
mènes in the caudal région appear to turn
upwards towards the dorsal lobe (Fig. 2A, B).
There appears to be no fin radiais preserved.
Remarks, fhe caudal fin is interpreted as being
heteroccrcaJ because the posterior caudal vertebrae
turn upward towards the dorsal lobe, however
these vertébral cléments may merdy be displaced
in this position. In the eubrachythoracids, the rail
is slightly heterocercal with the hypochordal lobe
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
77
Trinajstic K.
indicated by an élongation in the haemal spines at
the base of the tail (Denison 1978).
SCALE DESCRIPTION
Seule type 1 (Fig. 6A-F)
The body behind the rrunk shield is covered by
small, rhombic, non-overlapping scales arranged
in a pavement pattern (Fig. 2A). The anterior
body scales are 1.3 mm long, 1.0 mm wide and
0.2 mm high (Fig. 6A). The scales dccrease in
size caudally (Fig, 6C) and towards the fin mar-
gins as in Remigolepis Srensio, 1931 (Stensio
1931). There are polygonally-shaped scales at the
pelvic fin bases and these change to diamond
shaped scales towards the fin margins. The
crowns and bases of most scales are the sanie size
with narrow grooves separating them (Fig. 6A,
C). In addition there are a small number of qua~
drangular scales with a disrincr neck, the base
being wider than the crown (Fig. 6B). Similarly
shaped scales from H. radia tu m hâve been inter-
preted as latéral line scales (Goujet, pers. comm.
1997). The crown of each scale is covered wirh a
variable number of sloping smooth tubercles
placed well apart (Fig. 6F). The slope of each
tubercle is uniformly orienta Ccd in a dorso-
caudal direction with the caudal margin twice as
high as the anterior margin (Fig. 6F). The
tubercles ol anterior scales arc more dosely posF
tioned than caudal scales. The basal margin of
the tubercles hâve a scalloped ont line. The
tubercles arc inciscd anteriorly by up to six
grooves separated by four ridges (Fig. 6F).
Between the tubercles are numéro us foramina
whicli do not penetrate vhe convex, bony base
(Fig. 6A-C, E-F). The side faces of the scales are
always concave with numerous openings for vas-
cular canals. There is a large vascular opening on
rhe basal face of the scale with a variable number,
up to ten, smaller vascular openings surrounding
it (Fig. 6E). The vascular openings arc usually
located in the central part of the base.
Histology. The scales corisist of two layers, a
thick basal layer and a superficial ornamental
layer (Fig. 6D). The bony base consists of lamL
nated bone which contains numerous stellate
bone-cell lacunâe. 1 here are numerous short
cross-cutting fibres within the laminae..Within
the bases, there are also short intralamellar fibres,
similar in structure to those in the bone bases of
Ohiotispis (Wells 1944). There are large vascular
canals within the bony base. The tubercles sir on
the Lippcr surface of the base. Within the
tubercles are numerous branehed semidenrine
tubules which hâve not rerreated to the vascular
canals. The main tubules are orientated perpen-
dicular to the surface. Distal ly the tubules are
straight and unbranched, doser ro the lacunae
they are interconnected hy small inulti-directio-
nal lacuna! processes.
Remarks. The scales of H. westolli resemble the
scale cover of Setcnostcus kepleri Dean, 1901 and
Coccosteus cuspidatus Miller, 1841 in their general
lorm and in the absence of overlap zones.
However, they differ from thèse placoderms
because they are arranged in a definite pattern,
regularly on the skin (Fig. 2A). The absence of a
spongiosc layer, which is characteristic of placo-
derm cndoskeletal bone, bas been iviterpreied by
Stcnsio (1969) as representing a régressive State.
Stensiô (1969) and Gross (1961) reporr rhe
scales of Lundsph I) ceo ldi Broili, 1929 show dor¬
sal, latéral and ventral variation however, there
appears to be little variation in rhe scale morpho-
logy in H. westolli. The rrunk scales are rhom-
boid whereas the pelvic fin marginal scales are
polygonal. 1 he small degree of scale variation in
H. westolli h simijar to the condition in
Goodradigbecon auslraliamm White, 1978.
Salle type 2
These scales, locatcd along the vertébral axis
(Fig. 2B), are approximately three rimes larger
than the body scales, They are rectangular in
shape with a fiat bony base separated from the
crown by a narrow groove. They do not differ in
ornament Iront scale type 1. Their increased size
and their small number relative to other scales
recovered from the .spécimens suggest they were
médian dorsal seules.
Remarks, These scales lack the pronouneed crest
présent in the dorsal ridge seules of Lnnaspis.
Lelièvre et ai (1983, pl. 2, fig. 2) îdentificd nvo
types of seules Iront Arte noie pis go U h an ii
(= Holotiema radia tu m) and figure a long rcctan-
gular scale similar in morphology to the scales
described for H. westolli.
78
GEODIVERSITAS • 1999 * 21 (1)
New information on placoderms from Late Devonian of Western Australia
Fig. 7. — Holonema westolli ; A, B. WAM 97.7.1 ; A. anterior body scale in crown view: B, detail of ornament; C, D, WAM 97.7.2; C,
caudal body scale in crown view; D. detail of ornament. E. F. WAM 97.7.3; E. body sclae in crown view; F, detail of ornament. Scale
bars: A, C, E, 1 mm: B, D. F. 0.1 mm.
FUNCTIONAL MORPHOLOGY OF
HOLONEMA WESTOLLI
Denison (1978) States that most placoderms
were not very powerful swimmers and Miles
(1971) interpreted H. westolli as such. He based
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
these conclusions on the presence of an extensive
trunk shield which lie believed would limit the
amoutu of musculature available (or swimming.
The recovery of the post-thoracic armour skele-
ton ol H. westolli shows that this région was
similar in size to the trunk armour and so there
79
Trinajstic K.
appears to hâve been adéquate musculature for
an active mode of life, Large muscle contractions
would not necessarily be nceded to provide pro-
pulsion. The notocord, being a stiff but flexible
rod, could hâve actcd much likc a tuning fork,
with the energy from one unilateraJ contraction
producing a résonant wave which decays. This
method of providing caudal fin movement with
a minimum of muscular energy is seen in extanr
Xiphias (Cill pers. comm.l Carr (1995) suggesrs
that the infiexibility of the anterior part of the
body would help to reduce the effects of yaw
associated with primitive anguilliform swim-
ming. The large pectoral fenestra is indicative of
large pectoral fins (Miles 1971). Denison (1978)
interpretcd the large pectoral fins in Pachyosteina
as efficient hydrofoils. Large pectoral fins provide
lift and undulation of thèse Pins can providc
locomotion. In H. westolli the fins were position-
ed obliquely, with the anterior parr of the fin
being lowcr than the poscerior part of the fin. À
similar orientation of the pectoral fins is seen in
modem sharks. In H. westolli the pectoral fins
had a narrow fin base and so were probably not
used to? propulsion, instead they would hâve
provided éither passive or active lift, the amOunt
of lift varying depending on the angle of the fin
(Carr 1995). The pelvic fins are much smallcr
than the pectoral fins and properly acted more
for balance and control.
The mamcuvrability of H, westolli has also be
reinterpreted. Northcutt (1977) and Moss
(1984) hâve shown that muscles attached to
individual ceratotrichia in the hetcrocercal rails
of extant sharks can independently change the
lobe position and delivcr thrust over a wide range
of angles, not just forward and up, to produce
differing hvdrodynamic effects. The highly
control labié hetcrocercal rail of livîng sharks
allows them to develop extremely powerfui dives
and climbs in the water over a wide range of
speeds. h is possible that H. westolli also had the
ability to alter the shape of the caudal lobe thus
providing it with an efficient means for moving
up and dowm the water column.
In addition to having adéquate swimming mus¬
culature H. westolli had a câmhered hody shape.
This form of body shape preforms hydro-
dynamically better than a spindled body shape
close to the sea bed as it decreases drag
(Alexander 1967). However, camhering is only
the idéal body shape in fishes thar spend most of
their active life in the laver of water immédiate!y
above the sea lloor (Pridmore St Barwick 1993).
It is therefore agreed with Miles (1971) that
H , westolli was a benthic dwelling fish, although
it is considered to hâve had an active swimming
ability.
DESCRIPTION OF SCALF.S FROM THE
GNEUDNA FORMATION
The availability of the almost complété tail
région of //. westolli has enabled comparative
study of the scales in relation to their position on
the body of the fish, and from this, it is expected
that the taxonomie signiftcance of separate scales
from the Gncudnn Formation can be determi-
ned. Relarively abundant placoderm scale types
hâve been recovered from residues of limestone
from the Gneudna Formation and are referred to
fl. westolli. Larger piale and bone fragments of
Flolonema are found, but as y et, hâve nol been
studied. Because of the characteristic ornamenta¬
tion of Holottema , these fragments can be attri-
buted to the genus with sonie confidence.
DtscgirnoN
Scale type 1 (Fig, 7A-F)
Material. Thirty-onc îsolated scales.
Horizon, KT Beds 12, 14, 21a, 22 and OFB
(Olegs Fish Bed) (Fig. 1).
The scales range in size from 0.2 mm to 1.5 mm
long. They are relativelv fiat and do not possess a
distinct neck or overlap niargins (Fig, 6A, C> E),
The orna ment consists of a variable number of
rounded tubercles, not more than fifteen per
scale, with scallopcd margins (Fig. 7B, D). The
tubercles slopc in a dorso-cauda! direction with
the caudal margin twice as high as the anterior
margin. Intersperscd amongst the tubercles are
nu mérous foramina which however do not pene-
trate the base (Fig. 7R, D). The basal plate is fiat
to gentlv convex with one to lour vascular canal
openings located in the central part of the base.
One small scale (unfigured) has been found and
is considered to represent an ontogenetically
80
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
New information on placoderms from Late Devonian of Western Australia
young scale. Ir is sub-oval, rather than rhombic
in shape, vvith a central large tubercle surrounded
by smaller tubercles.
Histology. The histological structure of die scales
appears identical to that described for H. westolli
from the Gogo Formation The scales consist of a
thick basal laver and a superficia! tubercular layer
t hat contai ns numerous branched xemidentine
tubulcs. The lamina tcd bony base cou tains nume¬
rous stcllatc bone-ccü lacunae. Therc are nume¬
rous short cross-cutting fibres within the laminae
and short intra-lamellar fibres. There are large vas-
cular canals within the bony base.
Remarks
These scales hâve been referred to H. westolli
after direct compatison with in situ scales of
H. westolli Irom the Gogo Formation. Thcv arc
distinguished Irom other placodcrm scales by
their fiat or concave base, narrow ncck groove,
widely spaccd tubercles and distirtedve tubercu¬
lar ornament. l'hcy diffcer from H. rachat uni
(Janvier, 1974) in havitig scalloped margins
around the tubercular ornament, being relative!)'
fiat with an indistinct neck and the crown and
basal plate being the samc size.
AGE OF THE GNEUDNA FORMATION
The Munabia Sandstone is conformable on the
Gneudna Formation and Long (1991b) conside-
red rhe occurrence of Holonema and Bothriolepis
Eichvvald : 1840 together in rhe Munabia
Sandstone as consistent with an early-middle
Frasnian age for the Munabia Sandstone. Lelièvre
(1981) also reports the association of Holonenm
and Bothriolepis as age indicarors for the Frasnian
of Turkey and Iran. In the Gneudna formation
Bothriolepis sp. is identified from KT Beds 14-13
based on a well-preserved right mestai latéral 2
plate, an anterior ventrolatéral plate and an ante-
rior dorsolateral plate (Long Trinajstic in
press) and //. westolli is recognisec) from isolared
scales from KT Beds 12-14 and KT Beds 22 and
OFB. Along with the Holonema! Bothriolepis
association., the upper section of the Gneudna
Formation has yielded some conodonts, with
Ancyrodella (Nicholl 1979) considered to confer
a firm Frasnian age on the higher beds in the sec¬
tion. The présence ol Ancyrodella indicates that
the unit in whieh it occurs is no older than the
lower Polygnathus asymmetricus Zone,
in addition to conodonts a number of macro-
lossils hâve recently been rccovcrcd from the
Gneudna Formation whîch suggests the upper
portion is contemporancous vvith the carly
Frasnian Gogo Formation. Long (1985) referred
a lungfish ascribed to Dipterus cl. digi ta tus
Seddon, 1969 to Chirodipterus austrttlis Miles,
1977. A lower jaw lungfish rooth plate was
found from KT Bed 22, which closclv rcsemblcs
a new taxon currently being described Irom the
Gogo Formation by Prof. K. Campbell and
Dr R. Barwick, and has been provisionaily refer¬
red to this, as yct unnamed, taxon (Long &
Trinajstic in press). In addition the macrofossils
scales ol the palaeoniscoid Moythomasia durga-
ringa Gardiner et Bartram, 19? -7 has been identi¬
fied as occurring throughout the Gneudna
Formation (Trinajsric 1997). The significance
lies in that now that two dipnoan taxa, one
placodcrm taxon and one palaeoniscoid taxon
found in the uppermost section of the Gneudna
Formation are taxa also rccordcd from carly
Frasnian Gogo Formation. This supports the
suggestion of Turner tk Dring (1981) that the
Gneudna Formation is lower Frasnian.
DISCUSSION
Of ail the large brachythoracids, Holonema is
reported to hâve had the widest distribution,
being known from Middle and Upper Devonian
rocks in North America» Europe (Janvier 1983;
Lelièvre et ai 1990) the Middle East (Schultze
1973; Janvier 1977; Lelièvre et al. 1990) and
Australie! (Miles 1971; Long 1991). In Australia
Holonema is known from the Frasnian Munabia
Sandstone (Long 1991b) and Gogo Formation
(Miles 1971). Until know H. westolli was
thought to be endémie ro the Gogo Formation,
however irs confirmed présence at the Gneudna
Formation and possible presence in the Munabia
Sandstone suggests that H. westolli was widely
dispersed. Miles (1969) suggested the holonema-
GEODIVERSITAS « 1999 • 21 (1)
81
Trinajstic K.
tids had a broad adaptivc zone and were thus sui-
red for easy dispersai.
A recognized problem in using placoderms in
biostratigraphic analysis is their reported ende-
mism, particularly in Austral ia and China. With
more Givetian and Frasnian strata being exami-
ned this perceived endemism is decteasing with
three fish généra and rwo species v tormerly consi-
dered endemic ta the Gogo Formation, now
occurring in the Gneudna Formation. The asso¬
ciation of Ffolonema with placoderms such as
Groenlandaspis Eleimz, 1932 and Bothriolepis,
which also hâve a recognized wide géographie
distribution, may provide a tool for long-distance
corrélation betvveen marine and non-marine stra¬
tigraphie sequences (Lelièvre & Goujet 1986).
In addition to questions of endemism are pro-
blems in the identification of spccies, espccially
when chere are only isolated seules preserved.
The squamarion of IL mdiatum was origtnally
identified as Art mole pis go fs/tan ii (Janvier 1974)
and it was not unril thèse seules were found in
association with Holoncma cf. mdiatum plates
(Lelièvre et ai 1983) and rhese remains identi-
fied as II. mdiatum (Lelièvre et al 1990) that the
scales were correctly attributed. Alrhough
Lelièvre et ai (1983) noted similarities in the
crown ornamentation berween H, radiatum and
the phlyctaenioid arthrodire Goodradigbeeon aus-
tralianum White, 1978 lie was able to disüngui-
sh between the rwo species duc to différences in
rhe base and s cale form in profile. The ability to
distinguish between seules of H. radiatum and
H. westolli h as cnabled the conclusion that there
are species différences between holonematid
scales. This suggests that placodcrm species may
be identified from scales and that gteater utiliza-
tion of placodcrm scales will be possible in future
biostratigraphic Works.
SUMMARY AND CONCLUSIONS
1. The species Holoncma westolli Miles, 1971 is
redescribed from a new specimen showing it to
bave a vertébral column composed of paired élé¬
ments without neural or haemal arches, a dermal
scale cover, semi-circular pelvic fins located
directly behind the posterior ventral plate and a
pelvic girdle with no basal plate.
2. The scales of If. westolli can be distinguished
from H. radiatum and other known placoderm
seules and so are use fui in diagnosis and hâve
poicntial in biostratigraphic corrélation.
3. By direct comparison, hoth morphological
and histological, isolated scales recovered from
residucs from the Gneudna Formation hâve been
leferred to H. westolli . ex tend in g the range of the
species in Western Australia.
4. The présenté of H. westolli in the Gneudna
Formation has brought the number of fish spe-
cie.s also présent in the Gogo Formation to rwo
and généra to three, supporting an early Frasnian
âge for the Gneudna Formation.
Acknowledgenients
Many thanks are owed to Drs Kim Dennis-
Bryan and Daniel Goujet who assisted greatly
with this work- and in the préparation of the
manuscript. I must also thank Carole Burrow
and Ross Parkex for their patience in reaching me
some histology and thiri sectioning. Thanks also
ro Mr Geoft Deakin from U WA who took the
photographe and Dr David Haig who read early
drafis. My thanks to the three reviewers of this
paper, Dr P. Janvier, Dr H. Lelièvre and
Dr A. Ohlcr for their hclpful comments. I am
indebted to Dr J. Long for permission to work
on the Gogo material and to the Percy (amilv of
Williambury Station who granted permission for
collecting additional material on their property.
REFERENCES
Alexander R. M. 1967. — funct'wnal Design in Lishes.
Hutchinson, London. 160 p.
Broili F. 1929. — Acanthosnidèn aus sen rheinischen
Unterdevon. A ko de nue der wissenschajten uml der
Literatur in Mai Hz. Abbatulhungcr der
Matheuuuis, h - Na tu r w iss e n y e ha fri le h en Klasse
(Witsbadeu) ABT2 -143-63.
Burrow C. J. 1996. — Placoderm seules Irorn the
Lowcr Devonian of New South Wales, Austrulia.
Modem Geo/ogy 20: 351-369.
Clm R. 1995. — Placoderm diversity and évolution,
in Ars.cnault M- Lelièvre FL Janvier P. (eds),
Studies on Early Vcrtebrates (Vllth International
Symposium, 1991, Miguasha Parc, Québec),
82
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
New information on placoderms from Late Devonian of Western Australia
Bulletin du Muséum national d Histoire naturelle ,
Paris, série* 4, 17 0(1-4): 85-125.
Dean R. 1901 — Further notes on the relalionships
of the ArthfOgtiiUhi. Me ni dits of lhe New York
Academy of Sciences 11:110-123.
Denison R. H. 1978. — PlaCodermi in Schultze H-P.
(ed.), Handhook of Pnleotchthyology. Part 2. Gustav
Fischer Verlag, Stuttgart, 128 p.
Dennis K. D. Miles R. S. 1979. — A second
cubrachythorackl arrhmdlre from Gogo, Western
Australia. Zoologiea t fou mal of the J.innean Society
67:1-27.
Dennis K. D. 6C Miles R. S. 1981. — A pachyosteo-
morph arthrodire from Gogo, Western Australia.
ZooIagirai Journal of the Linnean Society 73:
213-258.
Dennis-Bryan K. D. 1987. A new specie.s of cast-
manosieid arthrodire (Pisccs. Placodermi) from
Gogo, Western Australia. Zoological Journal of the
Linnean Society 90: 1-64.
Gardiner B. G. & Part ram A. W. H. 1977. — The
homologies of ventral cranial fissures in ostcich-
thvans: 227-245, in Andrews S. M., Miles R. S. de
Walker A. D. (eds), Prohlems in ücirly Vertebrate
Evolution, Academie Press, London.
Gardiner B. G. & Miles R, S. 1990. — A new genus
of eubracbvrhoracid arthrodire from Gogo,
Western Australia. Zoological Journal of the Linnean
Society 99: 159-204.
— 1994. — Fubrachythoraeid archrodîres from
Gogo, Western Australia. Zoological Journal of the
Linnean Society ] 12:443-477.
Goujet D. 1973. — Sigaspis, un nouvel artrhrodire du
Dévonien inférieur du Spitsberg. Palaoentagraphica
143A: 73-88.
Gross W. 1961, — Lun asp is broilli tmd Lunaspis
heroldi ans dem Hunsruckschcifer (Unicrdevon;
Rhcinland). Notizblatt des hessisches Landesatuali
fiîr Bodenforschung. Weisbaden 89: 17-43.
Janvier P. 1974. — Prcliminary report on Late
Devonian fishes from central Iran. Geological
Survey of Iran Reports 31: 5-48.
— 1977. — Les Vertébrés Dévoniens de l’Iran central
et de F Afghanistan. Mémoires de la Société géolo¬
gique du France 8 : 277-389.
— 1983. —Les vertébrés dévoniens de la nappe supé¬
rieure d'Antalva (Tnurus Lycien occidental.
Turquie). Géologie Méditerranéenne 10 (I) : 1-13.
Lelièvre H., Goujet D. St Morzadec P. 1983. — Les
poissons du F ras nie n (Dévonien supérieur) de
Traonliors en P)ougasrel-L>aoulas (Bretagne
Occidentale). Bulletin de la Société géologique et
minéralogique de Bretagne 15 : 75-83.
Lelièvre H. & Goujet D. 1986. — Riostratigraphic
significance of sortie uppermost Devonian placo-
derms, in Bless M. J. M St Streel M. (eds), Late
Devonian evçnrs around the Old Red Continent
(Aachcn, 1986). Annales de la Société Géologique de
Belgique 109 (1) : 55-59.
Lelièvre H., Goujet D. de H cnn A. J 990. — Un nou¬
veau spécimen d 'Holonnva radiation (Placodermi,
Arthrodira) du Dévonien moyen tic la région
d’Orviedo, Espagne. Bulletin du Muséum national
d’Histoire naturelle, Paris, série 4, C 12 (1) : 53-83.
long J. A. 1985- — À new osteolepidid fish from the
Upper Devonian Gogo Formation, Western
Australia, Record V of the Western Australian Muséum
12: 361 -377-
— 1988. — A new caivuirnpiscjd arthroçlite (Pisces:
Placodermi) from Gogo, Western Australia,
Zoological tournai of the Linnean Society 94:
233-258.
— 1991a. — flic long history of fossil fish: 336-428,
in Vickers-Rich P., Monagnan J. N 1 .. Baird R. F. &
Rich T -H. (eds), Vertebrate Palaeontology in
Ans intima. Pioneer Design Srudios with Monash
University Publications Commutée, Melboutne.
— 1991 b. — Devonian fish remains from the
Mun.tbia Sandstone, Carnarvon Basin, Western
Australia. Records of the Western Australian Muséum
15 (3): 503-515.
— 1995. — The Rise of Fishes. University of New
South Wales Press and John Hopkins University
Press, Sydney'.
Long J. A. &: Trinajsric K. M. (in press). — An Over¬
View of the Devonian microvertebrace faunas of
Western Australia. Courier Forschungsinstitut
Senckcnbrrgr
Miles R. S. 1969. Features oi plucoderm diversifi¬
cation and the évolution of the arthrodire feeding
mtfehunism. Transactions of the Royal Society of
Edinhurgh 68: 12 3 - 1 7().
— 1971. — The Hokmemaridae (placoderm fishes):
a review based on new specimens of Holoncma
from the Upper Devonian of Western Australia.
Philosophical Transactions of the Royal Society of
London 263 B: 101-234.
— 1977. — Dion03n (lungfish) skulls and the rela-
tionship.s of rfie group: a study based on new spe-
cies from the Devonian of Australia. Zoological
Journal oj the Linnean Society 61: 1-328.
Miles R. S. & Westoll T. S. 1968. — The placoderm
fish Coccosteui enshidafus Miller ex Agassiz from the
Middk Old Red Sands cône ol Scotland. Part 1.
Descriptive morphology. Transactions of the Royal
Society of Edi>ibu tgh 67: 373-476,
Miller H. 1841. — The Old Red Sandstone; or new
walka in the old ftcld. Johnstone, F.dinburgh,
xxin + 275 p.
Moss S. A. 1984. — Sharks: an. Introduction for the
Amateur N attira U si. Prenrice-Hall, Englewood,
150 n.
Nicholl R. 1979. - A Late Devonian âge for the
Mu nabi a Sandstonc, Carnarvon Basin, W.A.
Australian Bureau of Minerai Resources, Profes-
sional Olinion Geology 79/034 (unpublished).
NewberryJ. S. 1873. — The classification and geolo¬
gical distribution of ouf fossil fishes. Reports of the
GEODIVERSITAS • 1999 » 21 (1)
83
Trinajstic K.
GeologicalSurvey of Ohio , Columbus 1 (2): 245-355.
Newberrv J. S. 1889. — The Palaeozoic Fishcs of
North America. United States Geological Survey ,
Monograph 16: 340 p.
Northcutt R. G. 1977. — Recent advances in the bio-
logy of sharks. Américain Zoologist 17: 2.
Obrutchev D. 1932. — Holonematidae des
Russischen Devons. Travaux de l'Institut de paléo¬
zoologie , Académie des Sciences, URSS 2 : 97-115.
Pridmore P. A. & Barwick R. E. 1993. — Post-cra-
nial morphologies of the Laie Devonian dipnoans
Griphognathus and Chirodipterus and the locomotor
implications. Memoirs of the Association of
Australasian Palaeontologists 15: 161-182.
Rixon A. 1979. — Fossil Animal Remains , Their
Préparation and Conservation, Arhone Press,
London, 375 p.
Schultze H.-P. 1973- — Large Upper Devonian
arthrodires from Iran. Fieldiajia Geology 23: 53-78.
Seddon G. 1969. — Conodonr and fish remains from
the Gneudna Formation, Carnarvon Basin,
Western Austral ia. Proceedings of the Royal Society of
Western Australia 52: 21-30.
Stensiô E. A. 1931. — On the LJpper devonian verte-
brates of East Greenland. Meddelelser om Gronland
86 : 1 - 212 .
— 1969. — Elasmobranchiomorphi, Placodermata
Arthrodires: 71-692, in Pivctcau J.-P. (ed.). Traité
de Paléontologie. Masson, Paris.
Trinajstic K. M. 1997. — The biostratigraphic impor¬
tance of isolated scales from Devonian palaeonis-
coids. Conférence of Australasian Vertebrate Evolution,
Palaeontology andSystematics, Abstracts Volume: 21.
T urner S. & Dring R. S. 1981. — Latc devonian the-
lodonrs (Agnatna) from the Gneudna Formation,
Garnarvon Basin, Western Australia. Alceheringa 5:
39-48.
Turner S. & Murphy M. A. 1988. — Early devonian
vertebrate microfossils from the Simpson Park
Range Eurêka county, Nevada. Journal of
Paleontology 62: 959-964.
Watson D. M. S. 1934. — The interprétation of
arthrodires. The Proceedings of the Zoological Society
oj London: 437-464.
Wells J. W. 1944. — Fish remains from the Middle
Devonian Bone Beds of the Cincinnati Arch
région. Palaeontographica Americana 3: 989-160.
White E. I. 1978. — The Iargcr arthrodiran fîshes
from the area of Burrinjuck Dam, NSW.
Transactions of the Zoological Society oj London. 34:
149-262.
Voung G. C. 1974. — Stratigraphie occurrence of
some placoderm fîshes in tne Middle and Upper
Devonian. Newsletter of Stratigraphy 3, 4: 243-261.
Submitted for publication on 11 December 1997;
accepted on 19 May 1998.
84
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
A new species of Calamagras Cope, 1873
(Serpentes, Boidae, Erycinae) from the early
Eocene of Kirghizia
GEODIVERSITAS •
Igor G. DANILOV
Zoological Institute of the Russian Academy of Sciences,
Universitetskaya nab. 1, St Petersburg 199034 (Russia)
dig@zisp.spb.su
Alexander O. AVERIANOV
Zoological Institute of the Russian Academy of Sciences,
Universitetskaya nab. 1, St Petersburg 199034 (Russia)
sasha@aa1 923.spb.edu
Danilov I. G. & Averianov A. O. 1999. — A new species of Calamagras Cope, 1873
(Serpentes, Boidae, Erycinae) from the early Eocene of Kirghizia. Geodiversitas 21 (1) :
85- 91.
KEYWORDS
Calamagras ,
Erycinae,
Boidae,
early Eocene,
Kirghizia,
ABSTRACT
A new erycine snake, Calamagras turkestanicus n.sp., known by about fîfty
trunk vertebrae is described from the early Eocene Andarak 2 locality,
Kirghizia. It shows close similariry to C gallicus Rage, 1977 from the early
Eocene of France and C primas Hecht, 1959 from the middle Eocene of the
United States. New taxon represents the First reliable record of Calamagras
from the Paleogene of Asia. The presence of Aniliidae, reported previously
from the samc locality, is not confirmed by new material.
MOTS CLÉS
Calamagras ,
Erycinae,
Boidae,
Ëocènc inférieur,
Kirghizistan.
RÉSUMÉ
Nouvelles espèces de Calamagras Cope , 1873 (Serpentes, Boidae, Erycinae) de
l'Eocène inférieur du Kirghizistan .
Un nouveau serpent éryciné, Calamagras turkestanicus n.sp., est décrit. Il pro¬
vient du gisement d'Andarak 2 du Kirghizistan (Éocène inférieur) et est
connu par environ cinquante vertèbres. Il est très proche de C gallicus Rage,
1977 de l’Eocène inférieur de France et de C. primus Hecht, 1959 de l'Eocène
moyen des Etats-Unis. Ce nouveau taxon est la première mention de
Calamagras dans le Paléogène d'Asie. La présence d’Aniliidae, rapportée pré¬
cédemment du même gisement, n’est pas confirmée par le nouveau matériel.
1999 • 21 (1)
85
Danilov I. G. & Averianov A. O.
INTRODUCTION
The Paleogene snakes of Asia are inadequately
known (Rage 1987a). Sea snakes (Palaeophiidae
and Nigerophiidae) are better known; they were
relatively abundant at thaï cime along the eastern
coast of thç Tethys Océan (Nessov 1995;
Averianov 1997).
The record of terres triai snakes is much more
scarce. Boinae gen. indet. and Erycinae gen.
indet. were described from the early-middle
Eocene Kuldana Formation in Pakistan on rhe
basis of lotir vertebrae (Rage 1987b). Un-
described remains of hoid snakes were reported
from Paleogene deposlts of Zayssan Dépréssion
in Kazakhstan (Chkhikvadze et ai 1983; Zerova
&c Chkhikvadze 1984; Chkhikvadze 1985): a
primitive small erycine, most probabJy of the
genus Gilamtigms, and a verrebra of a larger ery¬
cine from the middle Eocene; a verrebra of a
large boid from the npper Eocene; a new genus
of erycine snake, a CaLmuigms-WVe erycine, and a
boine from the carly Oligocène; an erycine ol the
genus Brama teryx from the middlc Oligocène.
Aniliidae. Boidae, and a sea snake were mention-
ed from the early Eocene Andarak 2 locality in
Kirghizia (Chkhikvadze 1984; Zerova &
Chkhikvadze 1984; Nessov 1995). A sea snake
front the Andarak 2 locality was rcccntly describ¬
ed as Pftlaeophis firganicus Averianov, 1997.
Erycine vertebrae from the latter locality are des¬
cribed in this paper.
New materials from Andarak 2 locality, collected
by the second author in 1988-1993 and by both
authors in 1995, include more than fifty trunk
vertebrae which are airributed bere to a new spe-
cies of the erycine genus Calamagrm Cope, 1873.
This extinct genus is represented by a number of
species in North America and by one species in
Europe. No relared snakes hâve been described
until recently from A.sia, alrhough Calamagras-
like remains were reported from Paleogene of
Kazakhstan (see above). The pre.sence of Ani¬
liidae in the Andarak 2 locality is nor confirmed
by our matcrial.
The institution al abbreviation is ZI N PH: Zoolo-
gical Instiïute, Russian Acaderny ol Sciences, St
Petersburg, Paleoherpetological Collection.
SYSTEMATIC PALEONTOLOGY
Superfamily BOOIDEA Gray, 1825
Family BOIDAE Gray, 1825
Subfamily ERYCINAE Bonaparte, 1831
Genus Calanmgras Cope, 1873
Calamagras turkestanicus n.sp.
(Figs 1-3)
Hoi.OTYPE, — ZIN PH 1/2, an anterior/middle
trunk verrebra.
Type LOCALITY. — Andarak 2, Fergana Valley,
Kirghizia; Alay beds, lovvcr Eocene (late Ypresian).
Etymology. — From the Turkestan Range in
Middlc Asia.
Rr.rr.RRED MAITK1AL. — About fifty more or less vvea-
thered trunk vertebrae from the same locality.
DlACNOSIS. -— The neural arch is depressed; the ante-
rior edge of the zygosphene is slighrlv concave, or
forms three protruding lobes; du neural spïne is thin,
short, occupyîng less tnan hall the lengch ol the neural
arch, low and wichout knob; the haemal keel of the
trunk vertebrae is comparatively widc.
CoMl'AttlSON. — Thi? new species most closely
resemhles Calamagrtts gallicut; Rage, 1977 from the
lower Eocene of France and C. primas Hechi, 1959
from the middlc Eocene of the United States.
However, the vertebrae of the Asîatic species differ
from both species by a wider haemal keeh variable
shape of lhe anterior border of the zygosphene. slight-
ly more slanting pre/.ygapophy ses, and from the latter
species by mure reduced neural spine witliout knob.
l he uew taxon can hc distinguished from the
Oligocène and Miocène species ol CitLwmgras (Rage
1984) by its thin and snorr neural spine wichout
knob.
Description
The holotype ZIN PH 1/2 (Fig. 1) is an ante¬
rior/middle trunk verrebra with a relatively short
and anteriorly broadened centrum. The ventral
surface of rhe centrum is concave oo the sagittal
section. The haemal keel is narrow and becomes
wider posteriori)’. The subcetural ridgex are blunt
and not distinct. 'The condylus is well-rounded,
larger than the neural canal, and projects postc-
rioily. The cotylus is alniost pentagonal in shape,
with one of the angles directed ventrally.
86
GEODIVERSITAS ■ 1999 • 21 (1)
New erycine snake from Eocene of Kirghizia
Fig. 1. — Calamagras turkestanicus n.sp., an anterior/middle trunk vertebra (ZIN PH 1/2); A, dorsal view; B, ventral view; C, post-
erior view; D. anterior view. Scale bar: 1 mm.
The articular surfaces of the prezygapophyses are
elongated, set at an angle of about 150°. The
weak pre/.ygopophyseal processes are présent.
The synapophyses are not separated from the
centrum, their ventral border is situated above
the ventral border of rhe centrum. The diapo~
physeal part of the synapophyses is wider than
the parapophyseal ont. T hure is a pair of latéral
foramina. The neural arch is dorso-ventrally flat-
rened, and the notch in the posterior neural arch
border is' well-developed. The neural spine is
broken; its basis strerches from the basis of the
zygosphene to ilit* posterior border of rhe neural
arch. The anterior border of the zygosphene is
slightly concave. The width of the zygosphene is
equal to the width of the cotylus.
ZIN PH 51/2 (Fig. 2) is an anterior trunk verte¬
bra with a narrow haemal keel which forms a
weak, short hypapophysis posteriorly. The neural
spine occupies about one third ol the length of
the neural arch. The notch in the posterior neu¬
ral arch border is weaker than in the holotype.
ZIN PII 17/2 is a fragment of an anterior/mid¬
dle trunk vertebra with a complété neural spine
which slightly overhangs the notch in the poste¬
rior neural arch border.
ZIN PH 2/2 is a posterior trunk vertebra of a
large specimen. The haemal keel k vvell-develop
cd, lovv and wide; the groves on either side of
the haemal keel are deeper than in the anterior
vertebrae. The subccntral ridges are blunt but
distinct. The synapophyses are separated from
the centrum; their ventral border is at the samc
level as rhe ventral border of the centrum. The
cotylus is more depressed dorso-ventrally, oval in
shapc. The neural canal is wider than on the
holotype, trapezoid in shapc when viewed ante-
riorly. The anterior border of the zygosphene
forms three protruding lobes. The zygosphene is
slightly wider than the cotylus.
87
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Danilov I. G. & Averianov A. O.
Fig. 2. — Calamagras turkestanicus n.sp., an anterior trunk vertebra (ZIN PH 51/2); A, dorsal view; B. ventral view; C. posterior
view; D. anterior view. Scale bar: 1 mm.
ZIN PH 3/2 (Fig. 3) is a more posterior trunk
vertebra. The haernal keei is vvide but slightly
higher than in the mid trunk vertebrae. The
grooves on either sidc of the haema] kecl are very
deep and the subcentral ridges are very distinct.
The synapophyses are well séparated from the
centrum. Condylus and conclus are slightly com-
pressed. The neural arch is more flattened than
on the anterior vertebrae.
Remarks
Our material includes small vertebrae (about
2 mm) and comparatively large ones (about
5 mm). Most of the small vertebrae are strongly
vveathered and many of their morphological
traits are not as distinct as in the large ones,
nevertheless, they seem to hâve a similar mor-
phology. Probably, the small vertebrae from the
Andarak 2 locality are those vvhich were pre-
viously assigned to the Aniliidae (Chkhikvadze
1984; Zerova & Chkhikvadze 1984). However,
they could not belong to the Aniliidae because
they posséss a less depressed neural arch, a well-
developed neural spine and a more strongly deve-
loped notch in the posterior border of the neural
arch.
DISCUSSION
The assignment ol the vertebrae described above
to the Boidae is supported by their short and
vvide centra, which are anteriorly broadened, and
by the absence of projected prezygapophyseal
processes.
A flattened, low neural arch, a comparatively low
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
New erycine snake from Eocene of Kirghizia
Fig. 3. — Calamagras turkestanicus n.sp., a posterior trunk vertebra (ZIN PH 3/2); A. dorsal view; B, ventral view; C, posterior view;
D. anterior view. Scale bar: 1 mm.
neural spine, and also rhe small size of the verte-
brae are traits of the Erycinae. The most impor¬
tant distinguishing fcaturc of erycines is the
structure ôf their caudal vertebrae, wbich are
shortened and bave addkioiïal complex processes
(Hoffstetter & Gasc 1969> 1972; Rage 1984).
Unfdrtunately caudal vertebrae are absent from
our material, but rhe trairs lïsted above certainly
prove the assignaient.
A short neural spine (occupying less than half the
length of the neural arch), though considered as
a feature of doubtiul value (Rage 1977), fe a cha-
racter of the genus Calamagras. Représentatives
of the latter are known in Europe in the early
Eocene, and in North America in the middle
Eocene and from the early Oligocène to the early
Mioccne (Rage 1984). The nevv taxon répresents
the first reliable record of Calamagras in Asia and
the second well-established finding of the
Erycinae in the Paleogene of Asia (Rage 1987a).
Erycine vertebrae described from the early-middle
Eocene Kuldana Formation in Pakistan (Rage
1987b) hâve a narrow haemal keel, a short neural
spine, and formally may belong to rhe genus
Calamagras. They differ from the nevv species bv
their strongly flattened neural arch (Rage 1987b,
fig. 2A-E).
The oldest représentative of the Erycinae
— Ht la gras prisciformis Cope, 1883 from the early
Paleocene ol the United States — is based on two
articulated vertebrae, which may belong ro rhe
posterior trunk région of Calamagras or
Ogmophis (Rage 1984). The latter genus differs
from Calamagras by its longer neural spine occu¬
pying, more than half the length of the neural
arch.
According to Rage (1977), erycine snakes, which
probably originated in North America, reachcd
GEODIVERSITAS • 1999 * 21 (1)
Danilov I. G. & Averianov A. O.
Table 1. — Measurernents (in mm) of vertebrae of Calamagras turkestanicus n.sp. from the early Eocene of Kirghizia. *, the holo-
type; CL, centrum length: CTH, cotyle height; CTW, cotyle width; PO-PO, width between the outer edges ot postzygapophyseal arti-
cular surfaces; PR-PO. length from the anterior edge of the prezygapophyseal articuler surface to the posterior edge of the
postzygapophyseal articular surface; PR-PR, width between the outer edges of prezygapophyseal articular surfaces.
ZIN PH
CL
CTH
CTW
PO-PO PR-PO PR-PR
Anterior trunk vertebrae
6/2
2,7
51/2
2.4
1.2
1.3
55/2
2.0
1.2
1.4
3.3 3.1
56/2
2.4
1.5
1.5
Anterior/middle trunk vertebrae
1/2*
3.0
2.0
2.3
5.0 3.7 5.3
9/2
2.4
1.4
2.0
15/2
1.3
2.0
20/2
2.1
1.1
1.6
25/2
1.6
1.0
1.4
28/2
2.6
1.3
1.7
4.0 3.5 4.7
36/2
2.8
1.5
1.7
38/2
2.2
1.3
1.7
42/2
3.1
1.8
1.9
43/2
2.4
1.5
1.9
45/2
3.4
1.7
2.2
5.0
Middle trunk vertebrae
4/2
2.8
1.3
1.8
7/2
1.2
1.5
3.8
11/2
3.4
2.1
2.4
12/2
2.2
1.3
1.5
18/2
1.4
0.6
1.1
26/2
2.6
1.6
2.0
31/2
2.6
1.6
2.3
32/2
3.2
1.6
2.2
5.8
40/2
2.2
1.2
1.6
44/2
2.2
1.2
1.5
4.4
46/2
1.1
1.7
50/2
2.6
1.8
2.0
4.5
52/2
2.7
2.0
Posterior trunk vertebrae
2/2
5.5
2.1
2.6
5.3
3/2
3.2
1.7
1.8
5.1 4.0
8/2
3.4
1.4
19/2
2.8
1.4
23/2
3.7
1.8
2.3
27/2
1.5
1.7
35/2
2.0
2.2
39/2
1.3
1.4
3.2 4.2
Europe
during rhc* early Eocene. After thi
is time.
distributed as was previously thought, and had
Europe,
which was separated from Asia by the
already invaded Asia.
Turgai
Straït, became isolated from
North
Eocene représentatives ol Calamagras (C. primas
America by che opening of the North Atlantic.
in North America, C. gallicus in Europe and
New findines of ervcine snakes
in the Paleogene
C turkestanicus in Asia) may belong to an
of Asia (Rage 1987b; this study) show that by
ancient group of species (? distinct genus), which
the early Eocene erycine snakes
were more
widely
differs from Oligocene-Miocene Calamagras by
90
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
New erycine snake from Eocene of Kirghizia
shorter and thinner neural spines without knob
or with an incipient one (C. primus).
Acknowledgem ents
The authors are gra refui ro Dis N. Udovichenko
and M. Godinot for assistance in rhe fïeld, ro
Dr J.-C. Rage for reading rhe manuscript and
providing useful commcnts, ro M. Godinot
(EPHE, Laboratoire d Evolunon et Morphologie
quantitative des Primates, Laboratoire de
Paléontologie, 8 rue de Buffon, F-75231 Paris)
for correcting rhe English, translation of the
résumé, and help with the manuscript prépara¬
tion. We also thank Dr Z. Szyndlar and an ano-
nymous reviewer for useful comments on the
manuscript. This work was fulfilled using scien-
tîfie collections of the Zoological Institute,
Russian Academy of Sciences, which keeping was
supported by the Science and Technology State
Committee of the Russian Fédération (grant
N 97-03-16).
REFERENCES
Averianov A. O. 1997- — Paleogene sea snakes from
rhe eastern part of Tethys, Russian Journal of
Herpetology 4 (2) : 128-142.
Chkhikvadze V. M. 1084. — A new spedes ol land
tortoise from the middle Eocene of Fergana.
Paleontologicheskyishàrnik 21: 74-78 [in Russian].
— 1985- — Prefiminary résulta of studv ol the
Tertiary amphibians and squamates of the Zayssan
Dépréssion. Voprosy Gerpetologii (Abstracts of the
Sixth Ail-Union Herpetological Conférence): 234-235
[in Russian],
Chkhikvadze V. M., Shammakov S. Sh. & Zerova
G. A. 1983. — Materials to the formation history
of Squamata fauna of Middle Asia and Kazakhstan.
Izvestiya Akademii Nauk Turkmenskoi SSR 2: 3-8
[in Russian].
Hechr M. K. 1959. — Amphibians and Reptiles, in
McGrew P. O. et al. (eds), The geology and
paleontology ol the Elk Mountain and Tabernacle
Butte area, Wyoming. Bulletin of the American
Muséum of N attirai History 117: 130-146.
Hoftstetter R. & Case J. 1969. — Vertebrae and ribs
of modem reptiles: 201-310. in Gnns G.,
Bellairs A.-d’A. <k Parsons T. S. (eds), Biology oj the
Répudia 1 : (Morphology A). Academie Press,
London, New York.
HofFstetter R. & Rage J.-C. 1972. — Les Erycinae
fossiles de France (Serpentes, Boidae).
Compréhension et histoire de la sous-himille.
Annales de Paléontologie ( Vertébrés) 58 : 81-124.
Nessov L. A. 1995. — Paleogene sea snakes as indica-
rors of the water masses peculiarîties on rhe East of
the Tethys Océan. Vestnik San ht- Peterburgskovo
Gosudarstven no vo Université ta, seriya 7 (2): 3-9 (in
Russian].
Rage J.-C. 1977. — An erycine snake (Boidae) of the
genus Calantagnis from the Freudi Lower Eocene,
with comments on the phylogeny of the Erycinae.
Herpetologica 33: 459-463.
— 1984, — Serpentes, in Wellnhofer P. (ed.),
Encyclopediu nj Paleohetpctolvgy , Part 11, Gustav
Fischer, Stuttgart, New York, 80 p.
— 1987â. Fnssil history: 51-76, in Seigel A. R.,
Collins J. T. & Novak S. S. (eds), Snakes: Ecalogy
and Evolutionary Biology. Macmillan, New York.
— 1987b. — Lower vertebrates from rhe Lower-
Middle Eocene Kuldana Formation of Kohat
(Pakistan): Squamata. Contributions of rhe Muséum
of Paleontology, Uni vers iry of Michigan 27:
187-193.
Zerova C, A. & Chkhikvadze V. M, 1984. — Review
of the Cenozoic lizards and snakes of the USSR.
Izvestiya Akademii Nauk Gruzinskoi SSR, seriya bio -
logicheskaya 10: 319-326 [in Russian].
Submitted for publication on 20 March 1998;
accepted on 22 July 1998.
91 |
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia,
Cladotheria) sur la base de nouveaux spécimens
du Crétacé inférieur d’Angleterre et du Maroc
Denise SIGOGNEAU-RUSSELL
Laboratoire de Paléontologie, Muséum national d’Histoire naturelle,
8 rue de Buffon, F-75231 Paris cedex 05 (France)
Sigogneau-Russell D. 1999. — Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria) sur la
base de nouveaux spécimens du Crétacé inférieur d’Angleterre et du Maroc. Geodiversitas
21 (1) : 93-127.
MOTS CLÉS
Peramura,
tribosphénique,
Crétacé inférieur,
Purbeck,
Maroc.
RÉSUMÉ
L’analyse de dents mammaliennes nouvellement extraites du gisement britan¬
nique de Durlsron Bay et du gisement marocain du synclinal d Anoual
(Crétacé inférieur) nous a conduit à identifier trois nouveaux taxons
Minimus richardfoxi n.g., n.sp., Magnirnus ensomi n.g., n.sp., Afriquiamus
nessovi n.g., n.sp.) et à réexaminer la question (validité, définition, contenu)
des Peramura McKenna, 1975. Ce groupement de mammifères thériens,
dont les dents établissent une liaison morphologique entre celles des symmé-
trodontes primitifs et celles des mammifères tribosphéniques, ne présente en
réalité, dans l’état actuel des connaissances au moins, aucune synapomorphie
exclusive ; il s’agit plutôt de quelques représentants d'un grade évolutif dont
la vaste répartition géographique et stratigraphique laisse supposer une
importante diversification, ainsi qu'une origine précoce pour la lignée prétri-
bosphénique.
93
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Sigogneau-Russell D.
KEYWORDS
Peu mura,
tribosphenic,
Early Cretaceous,
Purbcck,
Morucco.
ABSTRACT
Réévaluation of P emmura (Mammalia, Cladotheria) based on new specimens
from the Lower Cretaceous ofthe United Kingdom and Morocco.
The analysis of several mammalian teeth exhibiting peramurid characters and
recently obrained from the Early Cretaceous localilies of Durlscon Bay
(England) and Anoual (Morocco) Jed ro the identification ol ihrce new taxa
(Minimus richardfoxi n.g., n.$p., Mngnimus enson/i n.g., n.sp. and Afri-
quiamtts nesmvi n.g., n.sp.) and ro the reexamination of Peramura McKenna,
1975 (définition, contents, validity). b appears ihat chis group of therian
mammals, whose molars establish a morphological link between ihosc ol pri¬
mitive Symmetrodonta and those of tribosphenic mammals, does not in fact
show any exclusive synapomorphy, ac leasr in our présent State of knowledge;
we are cunfrontcd, raihcr, wiih a fcw représentatives of an evolutionary grade
whose vast distribution in space and cime suggests an even wider diversifica¬
tion, as well as an early origin for die pretribosphenid line. Moreovcr ir i.s
shown that Amphitheriurn is doser to tribosphenids ih.tn lu dryolestoids,
while Vin ce les tes does not qualify as a pre tribosphenic mammal. Wc also dis-
cuss the question ofthe metacone, the styloconc and ol die lingual cingulum
on the üpper molars of Peramus , to conclude that the anccsmrs of thts genus
did not go through a diyolestoid stage: the meracone is considered homolo-
gous to thaï of rmodomids, so lhai its lingual situation is in facta primitive
character. Finally it is concluded thaï it was rhe individualizarion of a hypo-
conid and a distal metacristid on the lower molars, hence die introduction of
a different masticatory mode, that created, early in the pretribosphenid line,
rhe condirions favorable to the later élaboration of a protocole oh the upper
molars; but the primitive stage of this ctisp remains unknown.
INTRODUCTION
Deux gisements péritéthysiens de la base du
Crétacé sont actuellement exploités en particulier
pour leur microfaune mammalienne : celui
(Berriasien?) de Purbeck (Angleterre) par Paul
Ensom à York, celui (Berriasien? - Barrémien?)
d’Anoual (Maroc) par fauteur. Ces faunes sont
dans fcnsemble assez différentes au niveau géné¬
rique ou même familial (Simpson 1928 ;
Sigogneau-Russell 1991a, b, 1995), bien que
quelques éléments très proches aient été recon¬
nus (Sigogneau-Russell & Fn.som 1994, 1998).
Les nouvelles dents décrites ci-dessous confir¬
ment certe distinction. L'analyse de ces dents,
choisies pour leur caractère « péramuride »
(Fig. 1) nous a conduit à réexaminer les divers
taxons inclus dans ce groupe, universellement
considéré comme groupe-frère des mammifères
tribosphéniques.
Abréviations
BMNH
Natural Ilistory Muséum,
Londres, Angleterre ;
DORCM GS
Dorset Royal County Muséum,
Geôlogica! Survey, Angleterre ;
Synclinal d'Anoual, Haut Atlas
oriental. Crétacé inférieur,
Maroc ;
SA
SNP
Saint-Nicolas-de-Port, Trias supé¬
rieur, France.
Lieu de conservation des échantillons
DORCM GS Dorset Royal County Muséum,
Dorset, Angleterre ;
SA Muséum national d Histoire
naturelle (MNHN), Laboratoire
de Paléontologie, Paris.
94
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
MOLAIRES INFÉRIEURES
Légion CLADOTHERIA McKenna, 1975
Sublégion ZATHERIA McKenna, 1975
Infraclasse PERAMURA McKenna, 1975
Famille PKRAMURIDAE Kretzoi, 1946
Genre PemmitS Owen, 1871
La famille des Perarnuridae avait été créée par
Kretzoi en 1946 (ec non 1960 comme indiqué
par de nombreux auteurs) à l intcricur de ses
Docodonta et pour le seul genre Peramus prove¬
nant du gisement purbcckicn de Durlston Bay,
Dorsetshire, Angleterre. Le genre lui-même, avec
les espèces P. tenui vos tris et P, min or, avait été
défini par Owen en 1871 sur la base de deux
mandibules, et distingué du dryolestide
Peraspdlax Ovvcn, 1871 sur les caractéristiques de
la mandibule et la taille respective des molaires
inferieures. Simpson (1928), qui inclut Pemrnus
dans les Paurodontidae * witb s orne question
(p. 120) m - question reposée par Butler (1939) -
synonymisa ces deux espèces, ainsi que
Spalacotherium minus Owen, 1871 et Leptocliidus
dubius Owen, 187 L quOsborn (1888) avait déjà
ramenées dans le giron du genre Peramm .
Simpson proposa alors pour le genre une diagno¬
se formelle fondée essentiellement sur la denture
inférieure (p. 121) : « [...] very small antero -
internai basal cuspule, distinct pointed paraconid
and metaconid, the Jdtter kigbcr heel elonga-
ted, witb a distinct postera-médian cusp » (Fig. 2).
On peut déjà noter que le premier de ces carac¬
tères peut être considéré comme reste du bourre¬
let lingual des tinodontides (par exemple sur
SNP 634, Fig. 3) et donc comme primitif
(comme lest la situation linguale du mélaconide
par rapport au paraconide) • le deuxième caractère
apparaît très variable selon les échantillons (six à
ce jour), Cependant, le troisième caractère, ainsi
que la formule dentaire, forienrarion et surtout
la structure de la paroi postérieure du trigonide,
constituent des caractères spécialisés indéniables :
1. La formule dentaire en effet, quoique discutée,
semble bien devoir être interprétée comme com¬
posée de 5 pm + 3 m (McKenna 1975 ;
Dashzeveg & Kielan-Jawnrowska 1984 ;
Novacek 1986), avec molarisation accentuée de
la dernière prémolaire (à noter que la molarisa-
Fig. 1. — Schéma cTene molaire nférieure (en haut) et d’une
molaire supérieure (en bas) de thérien de grade pêramuride.
"c”. voir tefcte . ci a la, cingulum antéro-labial ; eu a li, cuspule
anlero-lingual ectl. ectollanus ; hu. hypoconulide : hy. hypoco-
nlde ; me, mêtacone ; med, métacristide distale md, rnetaco-
nide , ms, métastyle ; pad. parauômdfe ; pc. paracone :
pd, protocomde ; ps. paiastyle ; si. sillon «abial du métaconide ;
st. stylocone ; ta, talonide.
tien de p5 est plus poussée chez Peramus que
chez Prokennalestes Kielan-Jaworowska et
Dashzeveg, 1989, le plus ancien placentaire iden¬
tifié à ce jour).
2, 11 existe sur la face postérieure du trigonide
non pas une facette d’usure [facet /, Crompton
1971) mais deux, bien distinctes : l’une, vertica¬
le, aplanit la face postérieure du protocomde,
tandis que le métaconide, plus ou moins orienté
labialement, est creusé par un sillon paraconal
indépendant ; ce sillon a donc une orientation
redressée, correspondant à la direction de l’angle
d'attaque du paracone sur la molaire inférieure ;
en outre, ce sillon est limité lingualement par
une crête qui traverse obliquement la paroi
posréto-labiale du méraconide et se dirige vers le
tubercule labial du talonide (hypoconide), la
métaenstide distale ; celle-ci sépare donc, sur
l'arrière du métaconide, une surface postéro-
labiale d’une surface postéro-linguale et limite
GEODIVERSITAS * 1999 • 21 (1)
95
Sigogneau-Russell D.
Fig. 2. — Peramus tenuirostris, molaire inférieure BMNH 47339. A, vue labiale ; B, vue occlusale ; C, vue linguale ; ecd, entocris-
tide. Échelle : 1 mm.
ainsi la zone « d influence » du paracone, laissant
entre elle et J’entocristide une très petite surface
verticale triangulaire libre (Fox 1975).
3. Le talonide allongé comporte toujours un
hypoconide, un peu plus gros que fhypoconuli-
de dont il reste proche et constitue mandes te¬
ntent le dédoublement ; c’est cet hypoconide qui
est relié au métaconide par la métacristide ; la
séparation de la métacristide et de rentocristide
crée sur ce talonide une surface inclinée linguale-
ment et légèrement concave, un début de bassin
bordé parfois linguale ment par un minuscule
entoconide (Clemens &. Mills 1971). C’est là
l’ébauche de la situation observée sur les' molaires
tribospheniques primitives (Acgialodon Kermack
et al., 1965 ou Hypomylos Sigogneau-Russell,
1992 par exemple), où persiste la métacristide
distale et où cet étroit bassin se creuse et héberge
le protocone lors de l'occlusion (Sigogneau-
Russell 1995).
Comme font signalé plusieurs auteurs, il exisre
une appréciable variabilité morphologique entre
les spécimens rapportés par Simpson à l’unique
espèce Peramus tenuirostris . et parfois le long
d’une même mâchoire (dans la taille générale,
dans celle du paraconide par rapport au métaco-
nide, et surtout dans le degré de développement
des cuspules antéro-Üngual et antéro-labial, dans
la présence ou non d un entoconide, et du res¬
saut sur la métacristide), mais les spécialisations
du talonide sont toujours présentes.
La distinction de Peramus par rapport aux sym-
métrodontes et dryolestoïdes paraît donc nette :
chez les symmétrodontes primitifs, où Ton obser¬
ve une seule facerre (orientée labialement) sur la
face postérieure du trigonide, aucun sillon ne
creuse la face labiale du métaconide, ni l’espace
séparant métaconide et talonide ; chez les dryo-
lestoïdcs, le sillon paraconal, plus directement
transversal et donc subhorizontal, sépare trigoni¬
de et talonide et il existe aussi une seule facette
d’usure (orientée elle aussi transversalement,
donc distalement) .sur la face postérieure du tri¬
gonide. Corrélativement, il n’y a pas générale¬
ment de métacristide chez les symmétrodontes
(certains Kuehneotherium Kermack et ai, 1968,
selon Fox 1975 et Woutersia Sigogneau-Russell,
1983 exceptés ; mais y a-t-il homologie entre les
deux structures ?) ni chez les dryolestoïdes, pas
davantage qu'un bassin du talonide.
Cependant, ce$ spécialisations de Peramus se
retrouvent, à un degré plus avancé, chez les pre¬
miers Jiibosphenida. McKenna ne cite d ailleurs
aucune autapomorphie qui justifie la nouvelle
infrâcjasse des Peramura (McKenna 1975). Ce
taxon n’e$t donc pas un taxon cladistiquement
valable. 11 est vrai que, pour McKenna (conim.
pers. 1986), ccs Peramura ont rétrogradé âu rang
de famille, mais là aussi sans définition. La seule
spécialisation que Ton puisse envisager pour la
denture inférieure serait donc la molarisation
avancée de p5... s'il s’agit bien d’une p5. Ces
Peramuridae de McKenna renferment pourtant
trois genres, mais on n'en compte plus qu’un seul
chez les Peramura de Prothero (1981) repris de
McKenna (1975).
96
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
A pd
Fig. 3. — Kuehneotherium sp., molaire inférieure SNP 634.
A, vue linguale : B, vue occlusale ; C, vue labiale. Pour les abré¬
viations, voir Fig. 1. Échelle : 1 mm.
Légion CLADOTHERIA McKenna, 1975
Sublégion ZATHERIA McKenna, 1975
Infraclasse indet.
Famille indet.
(Figs 4-8)
Un autre point à discuter concerne en effet le
contenu de ce taxon. En 1976, Freeman (suivi en
1979 par Lillegraven et ai) attribua aux
? Peramuridae son nouveau genre Palaeoxonodon
Freeman, 1976 du Bathonien moyen, créé pour
une molaire inférieure droite endommagée au
niveau du paraconide et qu'il considère comme
intermédiaire « in structure, b et ue en the lower
molars of Amphirherium, where the tdlonid
contains only one Cusp and hus no basin, and
Fera mus, where ali three of the tfibusphenic ta lo¬
urd cusps are présent on the rim of a small but dis¬
tinct talonid basin » (p. 1054). En effet, chez
Palaeoxonodon on observe certains caractères déjà
mentionnés chez Peramus , quoique moins déve-
loppés (Fig. 4) : présence d une métacristide et
d’un embryon encore plus étroit de bassin du
talonide (dépourvu d hypoconide), mais la facet¬
te d’usure verticale du métaconide, qui n’est
d’ailleurs pas concave, se situe presque dans le
même plan transversal que celle de la face posté¬
rieure du protoconide, situation qui rappelle un
peu les dryolestoïdes mais aussi, certains symmé-
trodontes ; on peur donc l’interpréter soit
comme un état primitif par rapport à Peramus ,
soit comme le témoignage d’une orientation dif¬
férente, plus proche des dryolestoïdes. En tout
cas, l’inclusion de Palaeoxonodon (au moins pour
la molaire inférieure, voir ci-dessous) dans les
Peramuridae fut entérinée par McKenna 1975
(mais non Prorhero 1981) et par Butler 1990
(« probably the oldest hiown peramurid »,
p. 534) ; à noter la présence d’un cuspule antéro-
labial mais l’absence de cuspule antéro-lingual, ce
qui constitue un état dérivé par rapport à celui
de Peramus ,
En 1979, Dashzeveg créa le genre Arguimus
Dashzeveg, 1979 pour un fragment de mandi¬
bule droite provenant du gisement mongol de
Kohvbur (Aptien-Albien) et pourvu de trois pré¬
molaires (p3-p5) et deux molaires (ml-m2).
L’auteur considérait alors (p. 202) que « the shape
of the talonid of the lower molars , together with the
degre e of différentiation of its cusps (hypoconid,
hypoconidid) are very sirnilar *> chez Arguimus et
Peramus , avec lequel il doit avoir une « closephy-
logenetic rehuiomhip » (Fig. 5). Et Arguimus figu¬
re avec Palaeoxonodon et Peramus dans les
Peramuridae McKenna, 1975. Notre interpréta¬
tion du spécimen mongol est différente. Nous
considérons que les caractères dérivés de Peramus
(sauf la molarisation de la dernière prémolaire,
s’il s'agit bien d’une p5 chez Arguimus : l’inter¬
prétation, au moins sur le moulage, des alvéoles
de la partie antérieure conservée de la mandibule
est délicate) ne sont pas présents sur le type
A'Arguimus : il existe une seule facette d’usure sur
la lace postérieure du rrigonide, celles du proto¬
conide et du métaconide étant en parfaite conti¬
nuité ; la crête descendant du métaconide n’est
pas une métacristide mais une entocristide, le
tubercule du talonide auquel elle se relie étant
GEODIVERSITAS * 1999 * 21 (1)
97
Sigogneau-Russell D.
Fig. 4. — Palaeoxonodon ooliticus, molaire inférieure holotype BMNH 36508. A, vue linguale ; B. vue occlusale ; C. vue labiale.
Échelle : 1 mm.
lingual et non labial et, s’il y a deux tubercules, le
second est un dédoublement de l’hypoconulide
du côté lingual ; d'ailleurs, Butler (1990) dénie
l’homologie entre ces tubercules et ceux des
mammifères tribospliéniques. Enfin, le sillon
paraconal, il est vrai redressé, se trouve, sur m2,
non sur la face labiale du métaconide, mais entre
trigonide et talonide, comme chez les dryoles-
toïdes. La figuration originale du spécimen-type
en vue occlusale fait illusion en donnant
l’impression d’un talonide large ; en fait celui-ci
consiste en une paroi élevée et redressée lingualc-
ment, d’où le redressement du sillon paraconal.
Nous n’acceptons donc pas le rapprochement
entre Perrtmus et Arguimus. D ailleurs, après
rédaction de ces lignes en 1994, est paru un
article de Dashzeveg lui-même (1994), où cet
auteur exclut Arguimus des Peramuridae, en rai¬
son de l abscncc reconnue de bassin du talonide.
Mais il maintient l’interprétation du talonide et
de ses « trois » tubercules, ce à quoi nous ne sous¬
crivons pas, pas plus qu’au rapprochement du
genre avec A mphi Alerta rn ; et la <*. erntid obliqua »■
citée par cet auteur n’est, nous l’avons dit, qu’une
entocristide. Signalons la face linguale plane du
protoconidc, très légèrement inclinée vers l avant
(elle est plane ou légèrement convexe chez
Peramus et non inclinée vers Lavant, peu concave
et non inclinée chez Palaeoxonodon). Il n’y a pas
de cuspule antérieur, mais seulement, sur m2, un
infime ressaut de la crête antérieure du para-
conide.
En revanche, le genre Arguitherium Dashzeveg,
1994, publié dans le même article, présente
indubitablement, sur l’unique molaire conservée
(Fig. 6), une courte métacristide (et non une
« cristid obliqua »), avec creusement de la face
labiale du métaconide comme chez Peramus et
sur les molaires tribosphéniques, creusement dis¬
tinct de la facette affectant la fiice postérieure du
protoconide, ainsi qu’un début de bassin du talo¬
nide (mais la facette d’usure dénommée 4 par
l’auteur est située sous fhypoconidc (ou liypoco-
nulide) et non sur la face distalc de celui-ci : elle
n’est donc pas équivalente à la facette 4 de
Crompton (1971), mais à la facette 3, la facette
dite 3 par Dashzeveg étant homologue de la
facette 1 de Crompton]. La lace linguale du proto¬
conide est plane ou légèrement convexe et non
inclinée vers l’avant ; sa face labiale est faible¬
ment usée antérieurement, toutes différences
avec Arguimus. Dashzeveg fait de Arguitherium le
type d’une famille se distinguant des Pera¬
muridae par la non-molarisation de p5 et
l’absence de plusieurs tubercules sur le talonide.
Ce dernier caractère est seulement un peu plus
primitif dans le genre asiatique ; quant au pre¬
mier, il est en effet différentiel, à moins que les
dents conservées, identifiées comme p4> p5 et
ml chez Arguitherium , ne soient en fait p3> p4 et
p5 [para- et métaconide de la dent interprétée
comme ml sont très peu développés (paraconide
incliné vers l avant)] ; mais, même dans ce cas,
les prémolaires n auraient pas les memes propor¬
tions relatives que chez Peramus où p4 est la plus
haute ; enfin, il n'y a pas de cuspule antérieur sur
ni 1. Nous pensons donc, avec Dashzeveg, que
Arguitherium représente bien un taxon original,
au niveau générique et peut-être familial, même
s’il s’intégre dans la tentative tribosphénique ;
98
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Fig. 5. — Arguimus khosbajari, molaire inférieure holotype GISPS 10-15. A, vue labiale ; B, vue occlusale ; C, vue linguale. Échelle :
1 mm.
peut-être a-t-il une certaine relation avec
Kielantherium Dashzeveg et Kielan-Jaworowska,
1984, mais il persiste trop d’inconnues concer¬
nant la formule dentaire et la structure des
molaires postérieures de ce taxon.
La molaire de Porto Dinhciro (Krusat 1969) est
couramment incluse dans les Peramuridae
(Butler 1990), On y observe la présence d’un
cuspule antéro-labia! (mais pas de cuspule améro-
lingual) et surtout d’un talonidc trituberculé ;
mais, comme le notent d'ailleurs Clemens &
Mills (1971) et Butler (1990), il ri y a pas là non
plus homologie entre ces tubercules et ceux
d’une molaire tribosphénique (cetre subdivision
de I hypoconulide peut intervenir chez certains
dryolestoïdes, par exemple Donodon Sigogneau-
Russcll, 1991) ; le tubercule le plus labial n'est
même pas, à notre avis, 1 équivalent fonctionnel
d’un hypoconide. En fait, ce talonide n'a rien de
commun avec celui de Peramus ; il n'y a pas de
métacristide, le sillon paraconal, de type dryoles-
toïde, est présent entre trigonide et talonide et il
n’y a aucune indication de bassin du talonide ;
celui-ci consiste en fait en une paroi verticale
comme chez Arguimus. Nous excluons donc cette
molaire des prétribosphéniqu&s. Dashzeveg
(1994) partage cette opinion puisqu’il considère
que cette molaire « shows a slrong memblance to
the second buter molar of Arguimus and dijfers
only in iis somewhat broader and more massive
hypoconulid » ; à notre avis cependant, les deux
échantillons sont très différents tant au niveau du
trigonide, beaucoup plus fort sur la molaire de
Porto Dinheiro et muni de tubercules plus dis¬
tincts, qu’au niveau du paraconide plus lingual
que le métaconide (situation tout à fait inhabi¬
tuelle), et enfin du talonide, qui consiste en une
paroi transversale nettement trituberculée, le
sillon paraconal étant ici horizontal et non ascen¬
dant.
En 1927. Dietrich créa le genre Brancatherulum
pour une mandibule droire édentée du Jurassique
supérieur de Tanzanie et l’attribua aux
Amphitheriidae, attribution que maintint
Simpson (1928) tout en signalant ses affinités
possibles avec Peramus. Kraus (1979) alla plus
loin en classant Brancatherulum dans les
? Peramuridae, classement non entériné par
Protliero (1981). l’analyse plus récente et appro¬
fondie de Ileinrich (1991) laisse subsister le
doute quant à sa situation parmi les Peramuridae
ou les Paurodontidae.
Kuehne, en 1968, détermina comme cf. Peramus
une mandibule édentée dont il rapprocha deux
dents isolées, « fitting in size the specinitn cf. >*>
mais il ajoute que « the two teeth show striking
similarité to the Welsh symmetrodont from the
Rhaefic a (p. 121). Ces deux dents, déjà discutées
par Clemens Mills (1971) sont en fait très dif¬
férentes furie de l’autre : l’une présente un proto-
conidc élevé, large, à peine concave lingualcment
et incline vers barrière, un petit paraconide
redressé, largement séparé d’un métaconide plus
élevé, ces deux Tubercules étant très comprimés,
et tous les deux sont à peu près sur le même plan
lingual. Il existe un petit cuspule antérieur lin¬
gual et un labial séparant un large sillon anté¬
rieur. Le talonide n’est pas conservé : seule sa
base persiste : elle est large antéro-posterieurement
et apparemment usée horizontalement, d’une
façon dryolestoïde. Postérieurement, une côte
discrète, due en fait à l’usure du métaconide, des-
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
99
Sigogneau-Russell D.
A
B
C
Fig. 6. — Arguitherium cromptoni, molaire inférieure holotype PSS 10-31. A, vue linguale ; B, vue occlusale ; C, vue labiale.
Échelle : 1 mm.
cend enrre celui-ci et le protoconide mais s’éteint
avant d’atteindre le talonide ; il n’y a aucune
indication d une métacristide ni d’un creusement
du métaconide. Le spécimen n’est manifestement
pas un péramuride.
La seconde dent présente un protoconide élevé
mais plus étroit, plus convexe l.ibijlement, fort
incliné vers l'avant et un peu concave, un méta¬
conide étroit et élancé contactant lingualement
et à sa base un large paraconide (brisé très bas).
L’existence d un cuspulc antéro-lingual est incer¬
taine, mais il existe un net cuspulc améro-labial,
le sillon antérieur étant cependant plus léger que
dans le cas précédent. Le talonide est réduit à un
tubercule bas, aigu et un peu décalé médiane-
ment ; une crête émanée du métaconide rejoint
la pointe de cet hypoconulide ; il pourrait s'agir
d une métacristide, mais il n’y a aucune ébauche
de bassin. Là encore l'appartenance à la lignée
prétribosphénique paraît très incertaine.
En 1986. Bonaparte signala la découverte, dans
des couches du Hauterivien d'Argentine, d'un
crâne et d une mandibule pourvue de dents pour
laquelle il créa le genre Vincelestes, qu'il estimait
relativement proche des Pcramuridac [« El grado
de derivadon de los poste an inos inferiores de
Vincelestes neuquenianus [ .J coïncide bâsica-
mente con los caractères de Fera mus tenuirostris »
(Bonaparte & Rougier 198 7 : 354)|, mais suffi¬
samment distinct pour être classé dans une famille
séparée, les Vincelestidae (Fig. 7). Nous souscri¬
vons entièrement à cette distinction, autant en
raison de la morphologie des molaires inférieures
(Bonaparte & Rougier 1987) — molaires très
simples, shetf-like » paraconide, talonide unicus-
pide et sans bassin correspondant au
« protocone •>, absence de métacristide — qu’en
raison de la formule dentaire et de la denture
supérieure (voir ci-dessous), L’analyse des carac¬
tères crâniens de Vincelestes par Wible (1991) et
Wible &C Hopson (1993) en fait pourtant le
groupe-frère des mammifères tribospheniques,
mais puisqu’il s’agit du seul crâne de thé ri en non
cribosphcnique publié à ce jour, sa situation ne
saurait être autre ; cela ne présume en rien de la
position de ce genre par rapport à la lignée pré¬
tribosphénique.
Enfin, Brunet et al. (1991) attribuèrent aux
Peranumdae une « grosse » dent inférieure du
Barrémien du Cameroun (CAM 282, Fig. 8) :
l'examen du spécimen très roulé montre un tri-
gonide très aplati, la présence d'un mimcuspule
sous-jacent et à peine lingual par rapport au
paraconide, un métaconide très bas et plus lin¬
gual que le paraconide, et un très court talon
unicuspide relié au métaconide par une crête
haut située sur la face linguale et à peine inclinée
distalement, qui ne saurait donc être considérée
comme une méraertsride, mais plutôt comme
une entocristide (mais la dent est assez roulée).
Cependant, le sillon paraconal est là encore
redresse et surtout affecte nettement la face labio-
posterieure du métaconide, rappelant
Arguitherium . Il semble donc possible qu’on ait
là le représentant tardif d’une étape primitive en
direction tribosphénique ; l’absence d’esquisse de
100
GEODIVERSITAS * 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Fig. 7. — Vincelestes neuquenianus. A, B, molaires inférieure holotype MACN N-01 en vues occlusale et labiale ; C, Ml supérieure
droite MACN N-04 en vue occlusale. Stéréophotos MEB. Échelle : 1 mm.
GEODIVERSITAS * 1999 • 21 (1)
101
Sigogneau-Russell D.
Fig. 8. — ? Abelodon abeli, molaire inférieure CAM 283. A, vue labiale avec facettes d’usure ; B, vue occlusale ; C, vue linguale.
Échelle : 1 mm.
bassin du talonide pourrait faire interpréter cette
dent comme une dernière prémolaire : la compa¬
raison avec la p5 de Peramus ne s’oppose pas à
une telle interprétation, bien que dans ce dernier
cas, le talon ide soir déjà plus étalé distalement.
Au contraire, la différence est grande avec la der-
nière prémolaire d 'Arguitheriunu mais une cer¬
taine ressemblance unit cette dent avec la ml de
ce genre ; cependant» les tubercules du rrigonidc
sont mieux individualisés tandis que le talonide
est moins évolué.
En résumé, on peut reconnaître, avec Palaeo -
xonodon , Peramus, Arguitherium , CAM 282, les
témoins de diverses tentatives vers l'acquisition
de la tribosphénie, avec creusement du métaconi-
de par le sillon paraconal, l'individualisation
d’une métacri.stide et, enfin, la formation d'un
bassin du talonide pluiicuspidé. Ce mode
d’usure du métaconide correspond à un mode
masticatoire différent de celui de la lignée dryo-
lestoïde (Butler 1972) et ceci dès le Juras-sique
moyen. Le cuspule antéro-lingual peut être
considéré comme la persistance, dans cette
lignée, d’un caractère primitif, mais le cuspule
antéro-labial, avec son usure très caractéristique,
s’intégre dans ce mode de fonctionnement, Il
n’est toutefois pas possible de définir un taxon
Peramura ni même Pcramuridac. puisque les spé¬
cialisations mentionnées ci-dessus se retrouvent
chez les premiers mammifères tribosphéniques
[c’est ainsi que la différence n’est que de degrés
entre une molaire inférieure de Kielantherium
(Dashzeveg 6c Kielan-Jaworowska 1984) et celle
de Peramus ; de même, entre un talonide de ce
dernier et GS 316 du même gisement décrit par
Sigogneau-Russell &: Ensom 1994], et aucun
caractère dérivé connu à ce jour n’unit ces
diverses formes (mais nous ignorons pratique¬
ment tour de l'anatomie osseuse ! Signalons seu¬
lement que la mandibule est relativement plus
grêle chez Peramus que chez Arguitherium , et
davantage chez celui-ci que chez Argmmus) ; er
l’état de « p5 » sépare au moins deux entités
Nous terminerons cette discussion par des
remarques sur Amphitheriurn (Fig. 9). Les rela¬
tions de ce genre avec Peramus ont été analysées
par Mills (1964) et Clemens & Mills (1971) qui
concluent à l’existence de deux lignées distinctes.
L’examen de la lace postérieure du trigonidc
(dépourvu de sillon sur le métaconide) appuie ce
point de vue ; pourtant, il semble que l’on puisse
identifier, sur BMNH M36822, une métacri.stide
distincte de l’en tocrist ide et isolant une surface
du talonide très inclinée lingualement, ce qui
nous conduit à une conclusion différente de celle
de Prothero (1981), qui y voit le groupe-frère des
Dryolestida (Amphitheriurn et Dryolestida for¬
mant les Dryolestoidcn par opposition aux
Zatheria : Peramus plus Iribosphenida). Les
caractères invoqués par cet auteur à l’appui de
cette interprétation concernent :
t. Le degré de transversalité du mouvement mas¬
ticatoire, estimé chez Amphitheriurn par Butler
(1972) à 5° de plus que chez Peramus et ainsi
situé dans la marge de variation de celui des
Dryolestidae ; une différence aussi faible, et qui
| 102
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Fks. 9. — Amphitherium sp., molaire inférieure BMNH M 36822.
A, vue linguale : B. vue labiale ; C, la même, avec facettes
d'usure : D. vue occlusale. Échelle : 1 mm.
plus est fondée sur une estimation, ne saurait
fonder une relation phylogénétique ; mais, sur¬
tout, nous interprétons cette direction du mou¬
vement chez Amphitherium comme un caractère
primitif (voir ci-dessous).
2. Le nombre des molaires qui serait en augmen¬
tation depuis Kuebneotherium dans la lignée
Dryolestoidea : or, le nombre estimé de molaires
par Mills (1984) chez Kuebneotherium est de six,
comme chez Amphitherium (Butler comm. pers.
1997) ; là encore, il s’agirait donc du maintien
d’un caractère primitif, comme celui des facettes
d’usure A et B sur le protoconidc de certaines
molaires.
3. Le cingulum antéro-labial lierait Am phi'
therium avec les symmétrodontes et les dryoles-
toïdes ; on peut encore interpréter ce caractère
comme primitif ; on le trouve aussi, plus ou
moins développé, sur les molaires de Peramus
BMNH 47339, et son développement est égale¬
ment variable selon la molaire A Amphitherium
considérée.
4. L’inégalité des racines des molaires : c’est le cas
aussi pour les « peramurides » d’Anoual (voir ci-
dessous) er, semble-t-il, pour la molaire de
Palaeoxonodon ; mais l’inégalité est beaucoup
plus accentuée chez les dryolestide.s.
5. Le paraconide incliné vers Pavant : sur l’échan¬
tillon considéré au moins (BMNH 36822), le
paraconide est totalement redressé ; ce caractère
est donc variable et ne peut pas constituer un
lien avec les dryolestoïdes : en tout cas, il n’est
jamais « shelf-like », de type dryolestoïde.
6. Le cingulum de la dernière prémolaire se
retrouve aussi chez les symmétrodontes et
Pro ken na testes.
Enfin, le processus angulaire est équivalent chez
Amphitherium et les Zathcria de l avis meme de
Prothero. L’allongement du talonide et son em¬
piètement sur le Ltigonide adjacent sont considérés
comme autapomorphies ; mais la présence d une
métacristide séparée d une faible entocristide et
la présence d’un minime bassin du talonide
(BMNH 36822), un caractère jamais mentionné
auparavant sur cet échantillon, constituent sans
aucun doute une apomorphic partagée par les
Zathcria (le talonide nest pas, contrairement aux
affirmations de Prothero, plus développé chez
Palaeoxonodon , mais il l’est davantage dans le
TlMl
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Sigogneau-Russell D.
Fig. 10. — Magnimus ensomi n.g., n.sp., molaire inférieure droite DORCM GS 332. A. vue linguale B. vue occlusale. Stéréophotos.
Échelle : 1 mm.
sens tribosphénique). Il nous apparaît donc
q \x Amphitherium constitue plus vraisemblable¬
ment le groupe-frère des Zatheria.
Reste k question des rapports de ce genre avec
Palaeoxonodon , tous deux du Jurassique moyen
anglais. Malheureusement, ce dernier genre n’est
actuellement connu que par la molaire-type où le
paraconide manque et par une autre molaire éga¬
lement dépourvue de paraconide. Dans les deux
genres, le trigonide est différent de celui de
Peramus ; plus resserrés dépourvu de cuspule
antero-lingual mais pourvu d’un cingulum anréro-
labial, paraconide et mctaconide sur le même
plan lingual. Cependant, il apparaît que les deux
genres diffèrent l'un de l’autre, par la taille (un
peu plus faible chez Palaeoxonodon), par le méta-
conide mieux détaché du protoconidc en vue
postérieure chez ce dernier et présentant un
début de creusement par le paracone, donc un
mouvement masticatoire différent de celui
d 'Amphitherium ; mais surtout le talonide y est
moins incliné distalement et ne chevauchait pro¬
bablement pas la dent adjacente ; enfin, il ny a
pas de ressaut sur la inétacristide chez
Amphitherium. Si la distinction des deux genres
paraît donc justifiée, la ressemblance encre eux
parle aussi en faveur de la position i\'Amphi¬
therium au voisinage de la lignée Zatheria et
le mélange de caractères plus primitifs et plus-
spécialisés A'Amphitherium par rapport à
Palaeoxonodon témoigne qu’il s’agit d’une lignée-
soeur.
Nouveaux spécimens
C’est dans ce contexte confus que viennent s’ins¬
crire deux nouvelles dents de Purbeck et trois
dents d’Anoual.
Les molaires inférieures récemment découvertes
par P. Ensom dans la Formation Purbeck
(DORCM GS 332 et 621(m3 ?)), elles-mêmes
légèrement differentes I une de l’autre par les
détails morphologiques, sortent de la marge de
variation de 1 hypodigme de Peramus (Simpson
1928) par la taille plus grande (Ig = 1,33 mm
contre 1,20 mm pour la plus longue molaire de
Peramus tenuirostris) , par le paraconide relative¬
ment un peu plus petit et surtout par le talon idc
plus évolué ; ceci est surtout vrai pour
DORCM GS 332 (brisée kbialemem sur toute
sa longueur : Figs 10, 11) : ce talonide n’esc pas
incliné lingualcment comme dans cette espèce,
mais est bien délimité Üngualement par une
cntocristidc nette et il existe un véritable bassin
du talonide ; par ailleurs, on peut identifier trois
saillies sur le bord de ce bassin, dont une linguale,
donc un entoconide (signalé aussi sur certaines
molaires de Peramus ). Deux petites saillies souli¬
gnent la base du cuspule antero-lingual.
DORCM GS 021 (Ig = 1,08 mm + (talonide
incomplet) ; la = 0,02 mm (0,5î pour la plus
large molaire de Peramus tenuirostris). Sur cette
molaire (Fig. 12), dont F émail est altéré, la crête
linguale du cuspule antéro-lingual se poursuit
par un court bourrelet ; labialement, une autre
petite saillie antéro-basale isole un sillon anté¬
rieur correspondant à Fengrènemenr avec le talo¬
nide de 1a dent adjacente,
I écar incomplet de ces dents ne permet pas une
identification cerraine, bien que la constitution du
talonide laisse soupçonner la présence d’un taxon
plus évolué que P. tenuirostris ; leur statut sera dis¬
cuté avec celui des molaires supérieures (p. 120).
Des trois dents d’Anoual, SA 122 est la plus
i î (\A
GEODIVERSIÏAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Fig. 11. — Magnimus ensomi n.g., n.sp. r molaire inférieure
DORCM GS 332. A, vue linguale ; B, vue oclusale ; C, vue pos¬
térieure : D, vue labiale. Échelle : 1 mm,
complète (Fig. 13). Cette petite molaire inférieu¬
re gauche (lg = 0,71 mm ; la = 0,55 mm) est très
caractéristique, présentant en particulier un tri-
gonide resserré, oii le protoconide, légèrement
concave lingualement, fortement convexe labialc-
mem, est très légèrement incliné vers farrière à
son sommet. Le métaconide, à peu près de même
volume que le paraconide. est situé plus bas et
légèrement moins élevé, et de position plus lin¬
guale. Il est entièrement masqué en vue labiale
par le proroconidc. Le paraconide, légèrement
incliné antérieurement, esr ceinturé lingualement
par un bourrelet qui part du bord antérieur du
métaconide, et qui culmine à l avant en un cus-
pule antéro-lingual ; celui-ci est séparé par une
encoche verticale d’un plus petit cuspule labial,
lui-même prolongé par un bourrelet qui ceinture
Fig. 12. — ? Magnimus ensomi. molaire inférieure gauche
DORCM GS 621. A. vue labiale ; B. vue antérieure ; C, vue
occlusale ; vue linguale ; E, vue postérieure. Échelle : 1 mm-
toute la base du protoconide ; cette encoche est
donc un peu décalée labialement. Le talonide est
court et situé relativement haut sur la couronne.
Distalement, son bord occlusal forme une arête
transversale légèrement concave où I on peut iso¬
ler un gros tubercule disto-labial, interprété
comme hypoconidc ; celui-ci est relié au métaco¬
nide par une méracristide distalc très nette. Du
bord lingual de l’arête transversale, qui ne culmine
pas à ce niveau en un tubercule distinct (hvpo-
conulide), parc lingualement une côte émoussée
et légèrement anguleuse (ébauche d'entoconi-
de ?), l’entocristide ; entre les deux cristides se
trouve donc délimité un bassin très étroit, esquis¬
se d'un bassin du talonide. Dans leur courte par¬
tie conservée, les deux racines sont restées
accolées ; la racine distale est un peu plus longue
105 I
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Sigogneau-Russell D.
Fig. 13. — Minimus richardfoxi n.g., n.sp. ; molaire inférieure holotype SA 122. A, vue occlusale, stéréophotos ; B, vue antérieure ;
C, vue labiale ; D. vue postérieure ; E, vue linguo-occlusale. Échelle : 0.5 mm.
que la racine antérieure du côté lingual, tandis
que du côté labial la racine antérieure saille assez
fortement) ceci étant lié à la convexité du proto-
conide. Une facette d’usure transversale marque
la base postérieure du protoconide, et la face
labiale du métaconide est creusée par un sillon
net. Une surface moins nette peut être décelée
sur la face antérieure de fhypoconide. Il existe
106
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Fig. 14. — Minimus richardfoxi n.g., n.sp. A, molaire inférieure Sa 64, vue linguale ; B, molaire inférieure SA 10, vue labiale ; C, la
même, vue antérieure ; D, molaire inférieure SA 64. vue postérieure ; E, la même, vue occlusale. Stéréophotos. Échelle : 1 mm.
enfin une facette de contact sur la face distale du
talonide.
SA 10 (Figs 14B, C, 15), une petite molaire infé¬
rieure droite (lg = 0,72 mm ; la = 0,52 mm), a
déjà fait l'objet d une description et d une com¬
paraison détaillées (Sigogneau-Russell et al.
1990). Il convient de compléter cette description
en insistant sur la présence et l'orientation d’un
sillon d’usure paraconal qui creuse la face labiale
du métaconidej formant donc un angle net avec
la facette d'usure postérieure du protoconide, et
la présence d'une faible cntocristide distincte de
la métacristide qui s’annonce, elle, très aiguë (le
talonide est brisé) ; il n est donc pas douteux
qu’un petite zone du talonide était enfermée
entre ces deux crêtes et que l'hypoconide et en
tout cas rhypoconulide se projetaient un peu
labialcment. En revanche, le paraconide est étalé
antérieurement par rapport au protoconide ; il y
a donc, non une mais deux facettes d’usure entre
eux (A et 2 de Crompton 1971) : une sur la
paroi postérieure du paraconide et une sur la face
antérieure du protoconide. Une situation voisine
peut s'observer sur certaines m 1 de Peramus mais
elle est surtout très semblable à celle d’un tino-
dontide triasique, par exemple SNP 113 L. La
principale différence entre SA 10 er SA 122
concerne le bourrelet labial, dont il n’est pas cer¬
tain quil était complet sur la première dent.
SA 64 (Figs 14D, E, 16) est une molaire infé¬
rieure gauche aussi petite (lg = 0,72 mm ;
la - 0,43 mm) et initialement très bien conser¬
vée, mais qui a subi des dommages après sa
découverte ; le mctaconidc en particulier est
brisé, de sorte que sa raille par rapport à celle du
paraconide ne peut être établie ; il était là encore
un peu plus lingual que le paraconide. Comme
les précédentes, cetre dent présente un cuspule
antéro-Iingual développé et redressé, mais le cin-
gulum antérieur lingual est plus discret ; au
contraire, le cuspule antéro-labial se poursuit, ici,
en un bourrelet sur presque toute la base du pro¬
toconide, comme sur SA 122 ; mais il n’y a pas
d’encoche antéro-labiale. La compression du tri-
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
107
Sigogneau-Russell D.
Fig. 15. — Minimus richardfoxi n.g,. n.sp., molaire inférieure
SA 10. A, vue labiale avec facettes d'usure ; B, vue labiale ;
C, vue linguale ; D, vue antérieure. Échelle : 1 mm.
gonide est un peu moins accentuée. Le talonidc
de SA 64 est plus simple que celui de SA 122 : il
montre un grand tubercule unique, se projetant
quelque peu labialement et relié à la crête éma¬
née du métaconide, interprétée comme une
métacristide distale, très aiguë comme sur les
deux dents précédentes ; l’encocristide est aussi
faible que sur SA 10, donc moins nette que sur
SA 122 et la minime partie du talonide enfermée
entre les deux crêtes est étroite, inclinée linguale-
ment et moins nettement concave. La racine pos¬
térieure de SA 64 est, Imgualemcnr, nettement
plus étendue antéro-posrérieurenient que la raci¬
ne antérieure ; celle-ci est plus arrondie labiale¬
ment, parce que aplatie antéro-posterieurement
comme sur SA 10. On retrouve la même facette
d’usure verticale sur la face postérieure du proto-
conide et une facette redressée creusant ici encore
ce qui reste de la face labiale du métaconide ; et
on observe, comme sur SA 122 et SA 10, deux
facettes d’usure indépendantes sur la paroi anté¬
rieure du trigonide.
Fig, 16. — Minimus richarfoxi n.g. : n.sp., molaire inférieure
SA 64. A. vue labiale ; B, vue linguale ; C, vue occlusale ;
D. vue antérieure ; E, vue postérieure. Échelle : 1 mm.
En ce qui concerne l’interprétation de-ces dents,
nous avions mentionné (Sigogneau-Russell et al.
1990) les affinités « péramurides » de SA 10,
l’incertitude principale concernant le talonide
incomplet. I.a connaissance de celui de SA 64 et
surtout de SA 122, et l’identification dans les
trois cas, d'un sillon d'usure pâraconal creusant la
face postérieure du métaconide, d une métacris¬
tide distale er d’une esquisse de bassin du talonide
confirmenr ce rapprochement Ces dents pré,sen¬
tent, il est vrai, une morphologie du trigonide
(cuspidcs aigues et resserrées, grand développe¬
ment du cuspule ântero-linguàl, reste de cingu-
lum lingual) plus proche de celle de certains
linodontides que ne le sont les molaires de
Peramus ; mais elles en diffèrent fondamentale¬
ment par le mode occlusal : présence d’une méta-
108
GEODIVERSITAS • 1999 « 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
crisride et sillon paraconal sur le métaconide, dis¬
tinction nette d’une entocristide (même très lé¬
gère) et de la métacristide, minime bassin du
talonide, convexité labiale du protoconrde, tous
caractères que nous avons relevés sur certaines
molaires de Peramus (on retrouve d'ailleurs cer¬
tains des caractères primitifs énumérés ci-dessus
chez Peramus lui-même, chez qui la racine posté¬
rieure paraît aussi plus linguale ment disposée ?).
Par contre, la présence d’un cingulum labial
apparaît comme une spécialisation connue chez
les spalacothériidcs, les dryolcstides et Amphi-
therîum. La principale différence avec ce taxon se
situe au niveau du cuspule antéro-lingual (absent
dans ce genre), de la disposition des para- et
métaconide et de la constitution du talonide,
plus long et moins nettement excavé chez
Amphi theri uni ; les racines y sont par ailleurs
moins inégales. SA 10 et SA 64 paraissent donc
bien se situer sur la tentative prétribosphénique,
mais en deçà de Peramus et à 1 Arguitherium par
l'état primitif du rrigonide et le degré de dévelop¬
pement du lalonidê. Quant à Palaeoxonodon , la
molaire inférieure de ce genre ne présente pus de
cuspule untéro-lingual ni de bourrelet lingual ou
labial, mais un ressaut sut la métacristide (carac¬
tère variable chez Peramus ). Ces dents représen¬
tent donc bien un taxon original.
Légion CLADOTHERIA McKenna, 1975
Sublégion ZATHERIA McKenna, 1975
Jnfraclasse indet.
Famille indet.
Genre Minimus n.g.
Espèce-type. — Minimus rkhardfbxi n.sp.
Etymologie, — Du latin minus (très petit) et mus
(souris).
DlAGNOSE. — Très petit théricn caractérisé par des
molaires inférieures gardant un cuspule jntéro-lingual
bien développé, prolongé par un bourrelet antéro-
lingual. Tri go n ide très resserré labiale ment et lingualc-
ment ; cuspule a ntéro-labial pouvant erre prolongé en
bourrelet ; persistance de b facette A ; face postérieure
du métaconide creusée en sillon et individualisation
d’une métacristide distale. Talonide peu étalé disrale-
ment, unicuspide mais esquissant un bassin incliné
Iingualement. Diffère de Peramus et Palaeoxonodon
par le trigonide plus resserré, la persistance d'un bour¬
relet lingual, la présence d’un bourrelet labial, par le
talonide nettement moins développé et la séparation
plus nette des deux Facettes- d’usure postérieures du
trigonide ; diffère en outre de Palaeoxonodon par la
persistance du cuspule anréro-lingual ; diffère
à'Arquilhcrium et CAM 282 non seulement par le res¬
serrement du trigonide, mais par la présence du eux-
pule an té ro-lingual, du bourrelet labial et le
développement relatif beaucoup plus important des
para et métaconide. Enfin. J’inégalité des racines est
plus accentuée que dans les trois taxons ci-dessus.
Minimus richardfoxi n.sp.
(Figs 13-16)
HOLOTYPE. — SA 122, molaire inférieure gauche ;
lg = 0,71 mm ; la ^ 0,55 mm,
Matériel attriiujé. — SA 10, molaire inférieure
droite ; Ig = 0,72 mm ; la = 0,52 mm ; SA 64 molaire
inférieure gauche ; lg = 0,72 mm ; la = 0,43 mm.
Lot ‘ALITE LT ÂGE. — Synclinal d’Anoual, Haut Atlas
oriental, Maroc ; ? Berriasien.
ÉTYMOLOGIE. — En hommage au Professeur
R. C. Fox, qui a bien voulu examiner avec patience et
compétence divers autres manuscrits de Fauteur.
DlAGNOSE. — Celle du genre par monotypie.
Commentaire
Il peut paraître un peu discutable d’attribuer ces
trois molaires au même taxon, les différences
principales se situant au niveau des bourrelets et
de l’angulation du trigonide ; cependant, on
observe, comme nous favons déjà signalé, sur
une même denture de Pinodon Marsh, 1879 ou
Peramus tenuirosiri et encore plus entre deux
échantillons différents de cette dernière espèce,
une notable variabilité des cuspides, du bourrelet
lingual et de l’angle du trigonide. Les différences
observées peuvent s'expliquer par une position
différente dans la série dentaire, SA 64 représen¬
tant peut-être une première molaire (angulation
moindre, absence d’encoche antéro-labiale pour
la réception d’un hypoconide).
Gen. indet.
(Figs 17, 18)
SA 11 est une dent inférieure gauche assez grande
GEODIVERSITAS * 1999 « 21 (1)
109
Sigogneau-Russell D.
Fig. 17. — Gen. et sp. indet., prémolaire inférieure SA 11, vue
labiale. Stéréophotos. Échelle : 1 mm.
(Ig = 1,30 mm ; la = 0,58 mm), maintenant très
roulée et usée au point qu il nen reste, si l'on ose
dire, que le « squelette », l'émail ayant été érodé ;
en outre, le talonide est incomplet disîalement.
Le trigonide est ici très aplati ; le paraconide est
légèrement plus labial que le métaconide ; celui-
ci est mal différencié du prococonide, au moins
dans Pétât actuel de la dent ; il est clair qu'il n'y
avait pas de cuspule antéro-lingual. Il existe une
crête élevée reliant un peu obliquement le méta¬
conide à un talonide étalé distalement ; l'orienta¬
tion de cette crête et le fait que le sillon paraconal
creuse le métaconide, fonr penser qu’il s’agit bien
d’une métacrisride L'hypoconulide n’est pas dis¬
tinct, mais une concavité verticale creuse la face
labiale du talonide. La partie supérieure restante
des deux racines reste encore accolée ; elles
devaient donc se séparer assez bas ; tour ce que
l'on peut dire est que la racine postérieure était
un peu plus longue antéro-postérieurement que
la racine antérieure. Les deux facettes d’usure
antérieures (paroi antérieure du proroconide,
paroi postérieure du paraconide) sont bien dis¬
tinctes L’aplatissement du trigonide suggère qu'il
pourrait s’agir d’une dernière prémolaire molari-
Fig. 18. —Gen. et sp. indet., prémolaire inférieure SA 11. A, vue occlusale ; B, vue labiale ; C, vue postérieure ; D, vue antérieure ;
E, vue linguale. Échelle : 1 mm.
110
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Tableau 1. — Répartition des caractères des molaires inférieures dans les taxons et spécimens considérés.
Proto¬
conid
Para-
conid
Paraconid
position vs
metaconid
Paraconid
size vs
metaconid
Meta¬
conid
wear
Antero-
labial
cuspule
Antero-
lingual
cingulum
Degree of
devt of
talonid
basin
Hypo-
conid
Distal
meta-
cristid
Anterior
wear
facet
Peramus
inclined
or mostly
straight
mostly
straight
more labial
narrower
labial,
ascending
+
+
2
+
+
3 on ml
1 on m2-3
Palaeoxonodon
straight
?
lingual ?
7
light.
posterior
0
+
1
0
+
2
Arguimus
straight
variable
labial
= or smaller
posterior
0- ml
+ - m2 .
0?
0
0
0
1
Arguitherium
ml
straight
inclined
anteriorad
more labial
smaller
labial,
ascending
0
+
1
?
+
3
cf. Peramus 1
inclined
vertical
more labial
smaller
0?
+
+
?
?
0
3?
cf. Peramus 2
strongly
inclined
7
more lingual
iarger
0
0
+
0
0
crest, not
homologous
?
Porto Dinheiro
molar
slighty
inclined
7
more lingual
= ?
7
0
+
0
pseudo
0
?
Vincelestes
inclined
postenory
shelf-llke.
inclined
anteriorad
lingual
Iarger
posterior
0
0
0
0
crest, not
homologous
2
CAM 283
straight
straight
more labial
= ?
labial,
ascending
+
0
0
0
0
3
GS 332
straight ?
straight
more labial
smaller
labial,
ascending
+
0?
2
+ ?
+
3
GS 621
straight ?
straight
more labial
smaller ?
labial,
ascending
+
+
?
+ ?
+
1
SA 122
inclined
inclined
anteriorad
more labial
=»
labial,
ascending
+
+
1
+
+
-
SA 10
sllghty
inclined
straight
more labial
labial,
ascending
+
+
?
?
+
3
SA 64
?
straight
more labial
7
labial,
ascending
+
+
very small
0
+
3
SA 11
inclined
inclined
anteriorad
=
= ?
labial,
ascending
0
+ ?
0
0
0
3
forme ; cette dent évoque d’ailleurs de façon
étonnante la dernière prémolaire A'Arguimus mais
le paraconide y est plus développé ; elle rappelle
aussi CAM 282, mais para- et métaconide sont
plus développés, le premier est incliné vers l’avant
et non précédé d’un cuspule lingual. Quoi qu'il
en soit, SA 11 a dû appartenir à un autre taxon
que les deux dents précédentes et s’il s'agit bien
d’une dernière prémolaire, son caractère molari-
forme confirmerait son inclusion dans la tenta¬
tive prétribosphénique.
Ces nouvelles dents témoignent d une diversifi¬
cation insoupçonnée des mammifères prétribos-
pbéniques, diversification rant morphologique
que phylogénétique. Les relations que l’on peut
envisager entre les taxons connus par les dents
inférieures et considérés dans cet article pour¬
raient être celles envisagées dans le Tableau 2.
Par ailleurs, et dans l’état actuel des connais¬
sances, rien ne permet de relier, du point de vue
dentaire, les mammifères de grade péramuride
aux monotrèmes du Crétacé moyen tels que
représentés par Steropodon Archer et ///., 1985,
Kollikodon Flannery et ni, 1995 et, probable¬
ment, Ausktribosphenos Rich et al, , 1997. Il
semble bien que cette lignée se soit individualisée
très tôt des autres thériens (« no later than the
Jurassic », Flannery et ai 1995 - 419), en suivant
un certain parallélisme avec la lignée tribosphé-
nique : le cas des docodontes témoigne qu’un tel
parallélisme dentaire est tout à fait plausible.
MOLAIRES SUPÉRIEURES
Le problème des « péramurides » se complique
encore avec les dents supérieures attribuées à
quelques-uns des taxons précédemment men¬
tionnés.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
111
Sigogneau-Russell D.
Tableau 2. — Distribution des tarons représentes par des molaires intérieures et leurs possibles relations. 1. disparition du bourrelet
lingual sauf cuspule antéro-lingual ; vrai processus angulaire : 2, accroissement du talooicte ; métacostide distincte de l'enlocnstide :
esquisse de bassin du talonide ; 3, disparition du cuspule antéro-lmgual 4, métaconide creusé sur la face labio-poslèrieure ; 5. très
petit paraconide incliné vers l'avant disparition du cuspule antéro-lingual 6. hypoconide tendance à disparition de tacoîîs A ; 7,
tribosphéme : 8. perte du cuspule antéro-lingual : 9, TV onfocomde : 10. 1 res petit paraconide incliné vers lavant. Les dents
CAM 283 et SA 11. considérées comme des prémolaires, n'ont pas été prises en considération dans cet essai phylogénétique.
CRÉTACÉ
SUPÉRIEUR
t/î
C
03
Cl)
CRÉTACÉ
INFÉRIEUR
~a
g
■03
E
E
CO
: o
03
03
O
O
Arguitf
lerium Kielant
Minimus
herium Trinititherium Kermackia
Hypomylos f \ 1
Peramus
Aegialodon^ç |
JURASSIQUE
SUPÉRIEUR
l
1
5
L
l
, I 8
ZR— 1 ’
JURASSIQUE
MOYEN
1
1
4
JURASSIQUE
INFÉRIEUR
1
F
TRIAS
SUPÉRIEUR
Légion CLADOTi ÏERIA McKenna, 1975
Sublégion ZATHERIA McKenna, 1975
Infraclasse PERAMURA McKenna, 1975
Famille PtRAMUfUDAE KretzoL 1946
Genre Peramus Owen, 1871
(Fig. 19)
En effet, Clemens et Mills, dans leur révision du
genre Peramus (1971), attribuèrent à ce genre,
suivant apparemment une suggestion initiale de
Kermack et Mills (Clemens 6c Mills 1971 : 90)
et sur de solides arguments morphologiques et
fonctionnels, un maxillaire pourvu de huit post¬
canines fragmentaires dont les derniers élémenrs
se télescopent maintenant un peu les uns dans les
autres. Depuis lors, toutes les considérations sur
les Peramucidae — ou les Peramura — soin fondées
sur les dentures inférieure et supérieure
conjointes, sans qu'il soit jamais fait mention du
caractère toujours un peu aléatoire d'une telle
association. Citons en particulier Crompton
( 1971 ) > dans son étude de révolution de focclu¬
sion chez les mammifères thériens, qui en outre
fonde son analyse de Peramus sur un lot complet
de facettes d’usure des molaires supérieures [dont
Clemens & Mills avaient pourtant écrit (p. 101)
que « wearfacets cannat be clearly dcllmhed » er ils
précisaient {p. 94) « only one or nvo surfaces that
are clearly the resuit of wear could befound, for
example on the crests » en raison de la jeunesse
relative de 1 animal, de sa petite taille et de la
conservation imparfaite] ; ou l’analyse par
ailleurs précieuse et plus récente de Prothero
(1981).
Ces molaires supérieures attribuées à Peramus
(Fig. 19), en fait difficiles à interpréter en raison
de leur mauvais état de conservation au niveau
antérieur et labial, sont caractérisées par une rela¬
tive compression antéro-postérieure, un ecto-
flexus marqué (l’un et l'autre exagérés par la
déformation ?), la position linguale du métacone,
qui reste petit (mais variable selon les molaires) et
112
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Fig 19 - Petâmüè tenuirostrrs, molaire supérieure BMNH
2188'/. A. vue postero-iinguale de M1-M2 B, vue postérieure
Ml ; C. vue ocdusale Ml : D. vue labiale M1-M2, •* c •*, voir
texte ci li, clngulum lingual eu, cuspule lingual ; ecf, ecto-
flexus . m, métacone ms. mêtastyle p. paracone . ps. para-
style ; s. sillon imgual du stylocone st. stylocone 1 3, facettes
d'usure {selon Crompton 1971). Echelle : 1 rnm.
faiblement détaché du paracone, la présence d’un
modeste cingulum lingual, une faible prépara-
crista orientée plus verticalement que transversa¬
lement, un rubercule <* c » accentué, lin stylocone
considéré par les auteurs antérieurs comme parti¬
culièrement petit et apparemment situé en retrait
par rapport au bourrelet labial (mais il n’est pas
impossible qu’il soit en fait altéré et donc ait été
sous-estimé), un mêtastyle double et une région
parastylaire modérément développée emboîtant
la dent antérieure. Le nombre de racines y est,
pour M 1, de trois, pour M2, « prohab/y tbree » er
pour M3, deux (Clemens & Mills 1971).
Les principales questions concernent l'interpréta¬
tion que l’on peut donner au métacone et au cus-
pule c », au degré de développement et à la
position du stylocone et à la signification du cin¬
gulum lingual, te qui revient à se demander si de
telles molaires dérivent directement de celles des
tinodontides primitifs ou par 1 intermédiaire
d’une étape dryolcstoïde (les plus anciens dryo-
lestoïdes connus sont du Bathonien anglais).
Tout ce que je suis rentée d’appeler le <• mythe
Peramus » en tant que précurseur vribosphénique
(pour les molaires supérieures) repose en fait sur
la position linguale du métacone. Ce tubercule
représente-t-il une néoformation (Crompton
1971) ou bien, comme l'interprètent en parti¬
culier Kerrriack et al (1968) et Prorhero (1981),
est-il homologue du tubercule C (Crompton
1974, fig, 7D) des molaires supérieures de
Theria primitifs (tinodontides) ? L’étude mor¬
phologique du matériel triasico-jurassique
(Kuehneotheriuni et surtout Woutersia , Fig. 20)
semble confirmer la seconde interprétation : il
existe dans ce dernier genre deux tubercules lin¬
guaux accolés, offrant les mêmes relations que les
para- et métacone chez Peramus , le tubercule pos¬
térieur étant presque sur le même plan lingual
que le paracone (donc plus lingual que le stylo¬
cone) et plus proche de lui que ne l’est le stylo¬
cone [contrairement à la figuration de Crompton
(1971), mais conformément à la figuration origi¬
nelle de Kermack ( 1968) et comme on a pu le
vérifier sur les échantillons de Saint-Nicolas] : le
métacone existerait bien déjà chez ces formes et
ne serait donc pas une formation de novo dans la
lignée tribosphénique, mais primitif pour les
Theria , et ce serait son dédoublement (cuspule
« c »), présent dès le Bathonien et sans doute cor¬
rélatif de l’élargissement transversal de la dent,
qui serait secondaire (et d’ailleurs pas nécessaire¬
ment homologue chez les non-rribosphéniques et
les tri bas p hé n i q ues). En outre, dans les lignées
spalacothériidcs et eladorheres, dont les molaires
s’élargissent encore davantage transversalement,
le métacone migrerait labialement. Si cette inter¬
prétation est exacte, la facette occlusale 3 des
Zatheria (Crompton 1971), sur la face postérieure
du paracone, serait homologue des facettes 3 + B
des tinodontides (Crompton 1971), d’ailleurs
non distinctes chez les rhériens primitifs exami¬
nés : mais, alors que la facette B entre en occlu¬
sion avec la face antérieure du paraconide chez
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
113
Sigogneau-Russell D.
Fig. 20. — A, B. Kuehneotherium sp., molaire supérieure
SNP 703W. A, vue antérieure ; B, vue occlusale ; C, Woutersia
mirabilis , molaire supérieure SNP 52W, vue occlusale ; D, vue
postérieure. Pour les abréviations, voir Fig. 18. ci la, cingulum
labial ; B, facette d'usure (selon Crompton 1971). Échelle :
1 mm.
les Theria primitifs dépourvus de talonide et
dont le paraconidc nest pas directement aligné
avec la protoconide, la facette 3 répond, dans la
lignée tribosphenique, a la facette de la face anté-
ro-labialc du taJonide qui se développe (<• rnetdco-
nc-hypoconid shear »)• Il y aurait donc
modification occlusale en passant des Theria pri¬
mitifs (tinodontides) à la lignée prétribosphé-
nique. Depuis la rédaction de ces lignes, Hopson
a public dans un Abstract (1997) une interpréta¬
tion selon laquelle Ampbilherium et Fera mus «do
not passes* a cusp C [~"C de Crompton] distinct
front the meiacone. Therefore cusp C and she meta -
cône appear ta be homolagous » (p. 53A). Cette
élégante façon de résoudre le problème repose
vraisemblablement sur l inrerpétation du tuber¬
cule situé, chez Fera mus (faut-il redire que la
molaire supérieure d'Amphithorium est inconnue)
labialement au métacone, sur la postparacrista,
comme un composant du métastyle ; pourtant, si
ce tubercule est en effet moins proche du méta¬
cone que ne le schématise Crompton (197],
fîg. 5A), il reste bien distinct du métasryle, en
particulier sur la Ml ; et nous l’interprétons
comme un Tubercule supplémentaire « c »
(Crompton 1971). Je considère donc que le
métacone de Peramus et de la lignée tribosphé-
nique est homologue du tubercule C des tino¬
dontides ou en roue cas des wbutersîides.
Le scylocone de Peramus > peut-être moins réduit
qu’on ne le considère généralement, paraît bordé
labialement par un bourrelet comme chez cer¬
tains tinodontides. Là encore, certe situation
serait primitive ; et la position tout à fait labiale
qu’il occupe chez la plupart des dryolestoïdes,
comme chez les tribosphéniques, serait dérivée
[cependant, il est situé en retrait chez
Henkelotherium Krebs, 1991, Comotherium
Prothcro, 1981 ou Melanodon Simpson, 1927
(Prothero 1981) ; mais on peut considérer que
ceci est secondaire, car sur des molaires inédites
de dryolestoïdes du Barbonien de Kirtlington, il
est déjà tout à fait labial (Fig. 21 D)], F.n outre, la
molaire supérieure de Peramus reste relativement
étroite transversalement, davantage que chez les
drvolesroïdes, ce qui confirme un rapprochement
avec les tinodontides. Cependant, redisons que la
région antérieure des molaires du seul spécimen
de Peramus est d’interprétation très discutable ; il
114
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Fig. 21. — A, B. Palaeoxanodori ooliticus, dernière molaire
supérieure BMNH M 36504. A, vue postérieure B, vue occlu-
sale . C, ? Paleoxonodon ooliticus, molaire supérieure BMNH
M 36512. vue occlusale ; D. dryolesîide indet. du Bathonien
anglais, molaire supérieure BMNH M 36532, vue occlusale.
Échelle ; 1 mm.
compression transversale, la présence d’un ecto-
flexus, d’un cuspule « c », la possible réduction
du siyloconc, le contact fonctionnel métacone-
hypoconide, la présence d'un lobe parastylaire,
1 acquisition d’une troisième racine.
Si l'attribution de ces dents au genre Pemmus esr
exacte, il existe un décalage entre révolution des
molaires supérieures et des molaires inférieures,
le talonidc se formant (Crompton 1971 ; Fox
1975) avant que le protoconc ne s’esquisse, cette
formation étant corrélarive d’un mode occlusal
différent. En fait, alors que l'on dispose de toute
une série de dents intérieures avec le talon i de à
divers stades évolutifs ( Pemmus , Kieldntherium ,
Trinititheriuftt Butler, 1978, Hypomytos ,
Kermackni Slaughtcr, 1971) on ne connaît aucun
intermédiaire morphologique entre la molaire
supérieure sans protoconc de Peramus et la
molaire parfaitement tribosphénique : Picopsis
Fox, 1980 ou Potdmotelses Fox, 1972 semblent
constituer les étapes les plus primitives pour ce
caractère, niais ces formes du Cnmpnnien sont
elles aussi des reliques (Picopsis étant dérivé à
d’autres égards). De meme, le creusement vertical
du métaconide par le paràcone semble précéder
le creusement du styloconc par le protoconide.
n’est pas impossible que le stylocone ait été bien
développé et entièrement labial, donc non
conservé ; l’absence apparente de sillon sur la
face linguale du stylocone n’est pas non plus
assurée. Sur ce point si important, l'incertitude
persiste.
Quant au bourrelet lingual légèrement cuspidé,
doit-il être considéré comme une ébauche de
protocone (Butler 1990), donc comme qn carac¬
tère dérivé, ou comme un reliquat (Crompton
1971) chez des formes qui, descendant de tino-
dontides et comme le suggère Fox (1975),
avaient semble-t-il « intérêt » à perdre cet encom¬
brant bourrelet des rhériens primitifs pour une
occlusion plus précoce ? Il semblerait en tout cas,
au vu de ces divers arguments, que la denture de
Peramus soir directe me tu dérivée de celle des
tinodontides, sans passer par une étape dryoles-
toïde. En résumé, les spécialisations de ces
molaires supérieures de Peramus tenuirostris par
rapport à celles des Theria primitifs sont la relative
Légion CLADOTHERIA McKenna, 1975
Sublégion indet.
Infraclasse indet.
Famille indet.
(Figs 7, 21, 22)
L'attribution de molaires supérieures au genre
bathonien Palaeoxonodon défini, nous l’avons vu,
sur une molaire inférieure, peut-elle contribuer à
résoudre les questions posées par l’interprétation
de Peramus ? En effet, Freeman associa (1976,
1979) a la molaire inférieure type, trois molaires
supérieures (BMNH M 36504 (Fig, 21 A, B),
BMNH M 36530 et BMNH B36512 (Fig.
2lC)j, « chiefly because they are similar in sïze to
the two lower rnolars » ; ces dents ne furent pas
prises en compte dans l’analyse de Frothero
(1981). Butler (1990) reprend pourtant cette
identification, attribuant a M 36504 une position
très vraisemblable - de dernière molaire.
Cependant, sur M 36504, le métacone occupe
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
115
Sigogneau-Russell D.
une position plus linguale que sur M 36530 et
36512 (sans atteindre celle observée chez
Peramus) ; or, chez les dryolestoïdes chez qui cette
dernière molaire est connue, le méiacone y occupe
la même position relative que sur les molaires les
plus antérieures. Il semblerait donc que, si
M 36504 représente une molaire supérieure de
Palaeoxonodon , les deux autres, 36512 et surtout
36530 représenteraient plutôt des dryolestoïdes
[quoiqu'elles soient un peu différentes des dryo¬
lestoïdes du même gisement, en particulier dans
la région parastylaire (Fig. 2lD)f. Cependant,
même M 36504 est plus large transversalement
que ne le sont les molaires de Peramus (donc plus
spécialisée dans un sens dryolestoïde), la prepara-
crista esc plus transversale (un peu comme chez
les dryolestoïdes) et le stylocone, bien développé,
est entièrement labial, tous caractères de dryoles¬
toïde ; enfin, il ny a pas trace de bourrelet lin¬
gual. Autrement dit, à quelque taxon qu elle
appartienne, M 36504 est morphologiquement
intermédiaire entre une dent de type dryolestoïde
et une dent de Peramus (avec, en particulier, la
même relation mctaconc-paracone), un peu
comme 1 était: la molaire intérieure, avec l'absence
de creusement du métaconide labial mais la pré¬
sence dune mé tac ri s (ride. Il faut admettre alors,
soit que Peramus ait passé par une étape « dryoles -
toid-like », soit, ce qui est plus vraisemblable, que
« Palaeoxonodon » (M 36504) se situe sur une
branche latérale par rapport à Peramus, plus spé¬
cialisée au niveau du bourrelet lingual, de la
migration labiale du stylocone, de rélargissement
transversal. C'est i\ une conclusion similaire
qu’avait mené l'analyse de la molaire inférieure de
ce genre.
En 1990, Brunet et al. attribuèrent aux
Peramuridae le genre Abeludoh créé pour une
molaire supérieure relativement grosse du
Batrémien du Cameroun : cette dent, malheu¬
reusement assez endommagée (Fig. 22), est large
transversalement, mais présente un profond ecto-
flexus ; le paracone est dominant, le métacone
petit et quelque peu décalé labialement par rap¬
port au paracone ; le cuspule « c » était apparem¬
ment bien développé mais est cassé très haut ; de
même, le stylocone, complètement labial, présente
une large surlace de section ; le parastyle était
certainement aussi assez fort, avec un petit pro-
Fig. 22. — Abelodon abêti, molaire supérieure gauche holotype
CAM 282. A. vue occlusale ; B. vue postérieure ; C. vue anté¬
rieure. Échelle : 1 mm.
longcmcnt antéro-lingual ; et le sillon creusant la
base du stylocone est très étendu lingualement. Il
ny a pas de cingulum lingual. La dent était por¬
tée par trois racines. Les auteurs en font un
Peramuridae sur la base de l’ectoficxus et du
métacone ; le premier caractère sc retrouve sur
certains dryolestoïdes ; quant à la position du
second, elle rappelle, comme le signalent les
auteurs, <* Palaeoxonodon ■> BMNH M 36512 ; de
meme, l'absence de cingulum lingual. On ne
connaît malheureusement pas les relations
exactes sur cette dent des para- et métacone, ni
les facettes d'usure correspondantes. Si l’on
admet que le sillon creusant le stylocone consti¬
tue une unique spécialisation tribosphénique,
Abelodon représente une tentative dans cette
116
GEODIVERSITAS • 1999 * 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
direction, bien que le métacone ne soit pas lin-
g ua| -
Pour le genre Vincelestes enfin, du Valanginien
d’Argentine, la description sommaire de la den¬
ture supérieure par Bonaparte &c Rougier (1987)
fait état d’une première et deuxième molaire avec
paracone et métacone parfaitement alignes ante-
ro-postérieurement er d'un mini « protocone »
lingual : ces dents, munies d’un bourrelet labial
denticulé, étaient supportées par trois racines. Et
Vince les tes fut cite à plusieurs reprises comme
représentant un état primitif de la molaire tribos-
phénique (par exemple, Butler 1990). C’est ainsi
que Hopson &. Rougier (1993) voient les dents
de Vincelestes comme des éléments * siightly more
advanced toward those of tribospnenic therians
than arc the molars of the Ldte Jurassie Peramus *>
(p. 271). L’examen de I échantillon MACN-N04,
dont le Dr Rougier a bien voulu me procurer un
moulage (Eig. 7C), montre certes un tubercule
basal lingual évoquant un pré-protoconc, mais
l’apparente égalité (les dents sont très usées) des'
para- et métacone, l’incertitude concernant la
présence d un stylocone, l'absence d ecrofiexus
comme de lobe parastylaire, l'étroitesse de la par¬
tie labiale, joints à la configuration des molaires
inférieures ainsi qu’à l'extrême spécialisation de la
formule dentaire (cinq postcanines seulement),
de la canine supérieure très développée, de la
morphologie des incisives supérieures et inté¬
rieures, font douter d’un rapprochement avec
Peramus. Il semble donc qu’il faille être extrême¬
ment prudent dans l'interprétation des molaires
supérieures de ce genre et dans une tentative
d’homologie des tubercules : il nous paraît plus
vraisemblable d'envisager le développement
parallèle de certains caractères dentaires avec ceux
de la lignée tribosphenique, dans une branche
tout à fait indépendante de thériens. D'ailleurs
aucune forme tribosphenique n’est connue dans
le Crétacé supérieur d’Argentine, ce que l’on
pourrait attendre si Vincelestes constituait un
représentant précoce ou la première tentative
d’une telle lignée.
Enfin, Canudo &. Cuenca-Bescos (1996) ont
interprété comme P5 d’un nouveau péramuride
(Pocamus pepelui) une dent du Barrémien infé¬
rieur de Galve (Espagne). Les figurations propo¬
sées ne permettent pas de juger cette attribution.
En résumé, on constate à nouveau l’existence, au
cours du Mésozoïque, d’une ou plusieurs lignées
de Theria dont les molaires supérieures garde¬
raient le rapprochement paracone-métacone des
tinodonrides primitifs, tout en s'élargissant trans¬
versalement, en développant un profond ecto-
flexus, un cuspuJc « c >>, un lobe parastylaire, la
division des racines en trois éléments ; dans le
même temps, le stylocone devient tout h fait
labial : ces six derniers caractères .se retrouvent
chez certains dryolestoïdes, comme la tendance à
perdre le bourrelet lingual. Et aucune spécialisa¬
tion qui leur soit propre n’unit les formes exami¬
nées ci-dessus.
Nouveau* spécimens
Parmi les nouvelles dents découvertes par
P. Ensom dans la Formation Purbeck figure un
élément qui nous intéresse ici. DORCM GS 627
esc une molaire supérieure droite, très roulée, en
grande partie dépourvue d’émail et dont le méta¬
cone est brisé dès la base (Figs 23, 24). Assez
grande, elle présente un paracone relativement
périt (petitesse accentuée par l’absence d email),
mais apparemment guère plus long à la base que
le métacone. Celui-ci, accolé au paracone. sc
situait sur le même plan lingual que ce dernier.
Une encoche sépare le métacone d’un méplat qui
doit représenter le cuspule <« c ►> plus le métastyle.
Antérieurement, la preparacri.su, d’abord vertica¬
le, devient transversale pour rejoindre, en s'atté¬
nuant fortement» une surface usée sur le
bourrelet labial, qui pourrait correspondre à la
base du stylocone, mais celui-ci ne pouvait pas
être très développé. Lingual emenr, un sillon très
redressé creuse la base de ce stylocone et isole la
région parastylaire, étendue et incurvée.
Labialcmcm fectoflcxus est à peine indiqué. Il
n'y a aucune indication de bourrelet lingual (tou¬
tefois, l’absence d’émail incite à la prudence). La
dent était portée par trois racines» mais la racine
linguale ne se détachait totalement que très haut.
La comparaison avec les molaires de Peramus
tenu iras tris montre de grandes similitudes dans
l’organisation générale et la région métastylaite ;
les proportions des para- et métacone se rappro¬
chent le plus de la M2 de ce taxon. Mais GS 627
est plus grande (la longueur de la plus grande
molaire de Peramus tenuirostris — 0,90 mm ?
117
GEODIVERSITAS « 1999 * 21 (1)
Sigogneau-Russell D.
Fig. 23. — Magnimus ensomi n.g., n.sp., molaire supérieure droite hojotype DORCM GS 627. A. vue linguale ; B. vue labiale ;
C, vue antérieure : D. vue postérieure ; E, vue occlusale. Stéréophotos. Échelle : 1 mm.
contre 1,27 mm ici), plus large, pratiquement
dépourvue dectoflexus (même si celui-ci a peut-
être été exagéré par la compression sur la maxil¬
laire de P tenuirostris) ; elle présente un paracone
plus petit et un métacone plus fort, un .stylocone
(peut-être) plus développé, entièrement labial et
surtout un sillon creusant la base de ce .stylo¬
cone ; enfin la région parastvlaire est plus haute
et plus étendue antérieurement (mais celle de
P. tenuirostris est écrasée), il ny a pas de bourrelet
lingual mais un bourrelet labial. Il semble donc
bien que l’on puisse distinguer ce taxon de
Peramus tenuirostris , dont il n’aurait pas la spécia¬
lisation (réduction du stylocone) mais que le
creusement du stylocone et f absence de bourrelet
lingual placent différemment dans le phylum
prétribosphénique. Et la molaire inférieure
DORCM GS 332, dont le talonide formait un
véritable bassin, pourrait se rattacher à ce nou¬
veau taxon.
118
GEODIVERSITAS - 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Fig. 24. — Magnimus ensomi n.g., n.sp., molaire supérieure
droite holotype DORCM GS 627. A, vue labiale ; B, vue anté¬
rieure ; C, vue occlusale ; D. vue postérieure ; E, vue linguale.
Échelle : 1 mm.
Légion CLADOTHERIA McKenna, 1975
Sublégion ZATHERIA McKenna, 1975
Infraclasse indet.
Famille indet.
Genre Magnimus n.g.
Espèce-type. — Magnimus ensomi n.sp.
ÉTYMOLOGIE. — Du latin magma (grand) et mus
(souris).
Diagnose différentielle. — Se différencie de
Peramus par l’absence, aux molaires supérieures, de
cingülum lingual, par le plus grand développement de
la région parastylaire, par le faible développement du
f >aracone, la présence d’un sillon creusant le styloccme,
ui-même entièrement labial, et l’absence d ectoflexus.
Diffère d 'Abelodon par l'absence d'ectoflexus, la posi¬
tion plus linguale du métacone et l’étalement anté¬
rieur du lobe parastylaire.
Magnimus ensomi n.sp.
(Figs 10-12, 23> 24)
HOLOTYPE. — DORCM GS 627, molaire supérieure
droite : lg = 1,27 mm ; la - 0,85 mm).
Matériel attkjbué. — DORCM GS 332, molaire
inférieure droite : Ig = 1,35 mm. ? DORCM GS 621,
molaire inférieure gauche : Ig = 1,08 mm + ;
la = 0,62 mm.
LOCALITÉ et âge. — Cherty Freshwater Member,
Purbcck Limestone Group, Sunnydown Farm,
Langton Matravcrs, Dorset, Angleterre. Crétacé basal
(? Berriasien).
ÉTYMOLOGIE- — En l’honneur de P. Ensom, décou¬
vreur de ces dents et dont le dévouement à la cause
des mammifères de la Formation Purbeck ne saurait
être trop souligné.
DIAGNOSE. — Celle du genre par monotypie.
Commentaire
Se pose le problème de la signification phylo¬
génétique du sillon qui creuse le stylocone : ce
sillon constitue une facette dusure que
Crompton (1971) ne distingue pas de sa facette 1,
bien qu’il présente une orientation différente de
celle qui use la face antérieure du paracone. Il
doit correspondre à une attaque très oblique du
protoconide et parait bien caractériser la lignée
tribosphénique. Il semble absent chez /? temuros-
tris , un argument supplémentaire pour considé¬
rer ce taxon comme une forme latérale à la lignée
tribosphénique s . st.
Les trois molaires supérieures décrites ci-dessous
et provenant des sédiments marocains nous
confrontent aux mêmes problèmes.
SA 37 est une très petite dent jugale droite
(lg = 0,96 mm ; la = 0,55 mm) malheureusement
incomplète dans son angle antéro-labial ; SA 59
est une grosse dent droite (Ig = 1,60 mm ;
la = 0,96 mm) tout à fait complète ; SA 84
(lg = 1,38 mm ; 4 = 1,0 mm) est une molaire
gauche dont les racines sont brisées.
GEODIVERSITAS • 1999 - 21 (1)
119
Sigogneau-Russell D.
Fig. 25. — Afriquiamus nessovi n.g., n.sp., molaire supérieure holotype SA 84. A, vue labiale ; B, vue antérieure ; C, vue occlusale.
Stéréophotos. Echelle : 1 mm.
SA 84 (Figs 25, 26) : un profond ectoflexus sépa¬
re nettement une moitié antérieure et une moitié
postérieure ; la dent est donc étroite transversale¬
ment au niveau de Pectoflexus, et relativement
étalée antéro-postérieurement. Le paracone bas ne
saille pas lingualemenr , en effet le rnétacone,
deux fois moins long que le paracone, est situé sur
le même plan lingual que le paracone, tout en
formant un angle avec lui du côté labial ; le tuber¬
cule « c » est grand, bien détaché du rnétacone et
dirigé verticalement. Le mctâstyle est à peine dis¬
tinct. Ce que Ton pourrait de prime abord inter¬
préter comme le scylocone est un gros tubercule
labial, mais la paracrista, d’ailleurs fort atténuée
labialement et orientée plus transversalement que
verticalement, ne l’atteint pas directement, rejoi¬
gnant au contraire un plus périt tubercule un peu
plus antérieur ; en outre, l'usure passe non pas
antérieurement au gros tubercule, mais antérieu¬
rement au plus petit tubercule qu’il faut donc
bien interpréter comme stylocone ; une crête très
atténuée part de la paracrista vers c, le tubercule
plus médian, d’abord interprété comme tubercule
D, mais ce tubercule est habituellement situé
dans la partie postérieure de la dent (Sigogneau-
Russell 1991a) ; il s’agirait plutôt d’un stylocone
dédoublé (comme en témoigne le dédoublement
de la paracrista) fait unique chez les Theria
connus. La région parastylaire comportait elle
aussi, semble-t-il, deux éléments.
La racine postérieure est brisée ; elle était large,
comprimée antéro-postérieurement et disposée
tout a fait transversalement. La racine antérieure
est plus étroite, un peu moins comprimée et dis¬
posée un peu plus obliquement , un sillon dépri¬
me sa face interne.
Le sommet des tubercules est à peine usé et les
crêtes sont fraîches. Il existe une vague facette
d’usure à la base linguale des para- et rnétacone et
une étroite facette sur I 3 face antérieure du para¬
cone ; celles des faces postérieure du paracone et
antérieure du rnétacone sont très réduites Le
sillon d’usure du stylocone (s) est nettement dis¬
tinct de l'usure bilobée de la région parastylaire.
Cette partie antérieure de SA 84 évoque un peu
Pçramus, mais la taille, P absence de lobe parasty-
lairc, la faible hauteur du paracone. la moindre
compression antéro-postérieure distinguent aisé¬
ment les deux formes. Quant à Abelodon , les dif¬
férences avec SA 84 sont également très marquées
dans la région stylocone-parastyle. La dent maro¬
caine appartient sans conteste à un nouveau
taxon ,* si la position respective des para- et méta-
cone rapproche celui-ci des « péramurides », la
constitution de la région parastylaire semble
l’éloigner de la lignée prétribosphénique.
120
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
P
Fig. 26. — Afriquiamus nessovi n.g., n.sp., molaire supérieure
holotype SA 84. A, vue postérieure ; B, vue antérieure ; C, vue
occlusale ; D, vue labiale ; E, vue linguale. Échelle : 1 mm.
Légion CLADOTHERIA McKenna, 1975
Sublégion indet.
In frac lasse indet.
Famille indet.
Genre Afriquiamus n.g.
ESPÈCF.-TYPF. — Afriquiamus nessovi n.sp.
ÉTYMOLOGIE. — Afriquia , nom arabe pour Afrique ;
mus y souris.
Diagnose — Thérien dont les molaires supérieures
sont caractérisées par un para cône peu élevé, une para-
crista atténuée, un stylocone dédoublé et labial, une
région parasrylaire ne formant pas un lobe an ré rieur.
Diffère de Per a mm et Magnimus par les proportions
relatives du parneone, par l'absente d'une troisième
racine ; diffère en outre de Peratnns par l'absence de
bourrelet lingual* le plus grand développement du sty¬
locone (?). Diffère etc Mdgnnnus par la présence d’un
ectoflexus et un moindre développement de la région
parastylaire. Diffère d 'Abclocion par la position plus
linguale du méiacone et peut-être le moindre dévelop¬
pement de la région parasrylaire.
Afi'iquiamus nessovi n.sp.
(Figs 25, 26)
Holotype. — SA 84, molaire supérieure gauche.
LOCALITÉ et âge. — Synclinal d’Allouai, Haut Atlas
oriental, Maroc ; FBerriasien.
ÉTYMOLOGIE. — En hommage au Professeur
L. Nessov, avec lequel les quelques semaines de travail
en commun en 1992-1993 restent un des hauts
moments de ma carrière paléontologique.
DIAGNOSE. — Celle du genre par monotypie.
Gen. indet.
(Figs 27, 28)
SA 59 : relativement étroite transversalement,
cette dent est encore plus allongée antéro-posté-
rieurement mais présente un ectoflexus pronon¬
cé, quoique plus faible que sur SA 59. Comme
sur SA 84, le pnraconc n est pas très élevé et ne
saille pas lingualement (d*ou le relatif aplatisse¬
ment de la dent), mais il constitue le tubercule
dominant ; le niétacone, de même proportions
relatives que sur SA 84. est situé sur le même
plan lingual que le paracone et accolé à lui ; la
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
121
Sigogneau-Russell D.
Fig. 27 — Gen. et sp. indet., molaire supérieure SA 59. A, vue linguale ; B. vue labiale ; C, vue occlusale. Stéréophotos. Échelle :
1 mm.
dent étant moins comprimée, ce.s deux tuber¬
cules ne forment pas un angle labialement. Le
tubercule « c » est ici aussi relativement impor¬
tant, complètement détaché du métacone, mais il
est en outre légèrement incliné postérieurement
et le métastyle, très rudimentaire comme sur
SA 84, est lui aussi excroversé. Le stylocone est ici
volumineux, relie au paracone par une crête
émoussée et orientée plus verticalement que
transversalement ; le parastyle est double et situé
sur le même plan que le paracone. 11 ny a pas de
bourrelet ni de tubercules labiaux autres que le
stylocone, pas non plus trace de ci ngulu m lin-
gual.
La dent est soutenue par deux hautes racines. La
racine antérieure est arrondie lingualement, plate
labialement et postérieurement, donc assez diffé¬
rente de la racine homologue de SA 84. La racine
postérieure est plus étroite anréro-posrérieurement,
plane labialement el postérieurement, étroite et
convexe lingualement. donc assez semblable à la
racine homologue de SA 84, mais aucun sillon ny
est détectable.
L’émail a subi quelque altération. Les sommets
des tubercules sont bien émoussés mais non ara¬
sés. Les facettes d'usure les plus nettes, outre le
profond sillon redressé creusant le stylocone, sont
situées sur la face postérieure étroite du paracone
et du métacone ; on observe aussi une étroite
bande verticale sur la face antérieure du méta¬
cone, et une plus large à la base linguale des para-
et métacone.
C’est encore la position linguale du métacone,
combinée au profond ectoflexus et à une para-
crLsta faible et verticale qui conduisit à intégrer
SA 59 dans le cadre de cette analyse. La grosse
différence avec la dent précédente concerne
donc, outre la moindre compression qui pourrait
s'expliquer si SA 59 était une prémolaire du
taxou représenté par SA 84, la Constitution du
stylocone, tubercule dont on imagine mal qu'il
puisse se réduire en passant de la dernière prémo¬
laire aux molaires. De meme, l’extroversion de la
partie postérieure ne s’observe pas sur la P5 de
Pemrnus. Enfin, le sillon d’usure sur le stylocone
et la constitution du parastyle, plus typiques
d'une dent prétribosphenique, semblent bien
séparer les deux dents dénouai. Outre la taille,
les différences par rapport aux molaires de
Peramus sont nombreuses : moindre largeur
transversale, stylocone bien individualisé et entiè¬
rement labial, absence de bourrelet lingual, para¬
cone bas. Ce manque de compression antéro¬
postérieure et la faible hauteur du paracone
122
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
A B
Fig. 28. — Gen. et sp. indet,. molaire supérieure SA 59, A. vue
postérieure ; B, vue linguale ; C, vue occlusale ; D, vue labiale :
E. vue antérieure. Échelle : 1 mm.
pourraient confirmer l’interprétation de cette
dent comme une prémolaire qui serait alors très
molariforme. Mais la dernière prémolaire de
Peramus , dépourvue d’ectoflexus, possède un très
long paracone et un très court métacone ; le
paracone y est aussi haut que sur les molaires et il
n’y a pas de lobe parastylaire. Enfin, par la taille
et le développement du styloconc, SA 59 évoque
Abelodon , mais elle en diffère par F absence de
compression, par la position plus linguale du
métacone et par le faible développement nlétas-
tylaire. Ces deux dernières différences -s’opposent
à Fin terpreca lion de SA 59 comme une dernière
prémolaire de ce genre, car chez Peramus , seul cas
ou l’on puisse comparer la dernière prémolaire et
les molaires, le métacone est aussi lingual sur les
molaires malgré la compression plus accentuée,
et il n’y a pas d'angle rentrant lingualement entre
paracone et métacone sur la dernière prémolaire.
Cependant, la possibilité que SA 59 soit une pré¬
molaire nous conduit à différer son attribution
générique à un nouveau taxon.
Peramus sp.
(Figs 29. 30)
SA 37 : c’est une dent beaucoup plus petite, sur
laquelle on retrouve Fécroitesse transversale des
deux autres dents, mais le creusement labial
médian y était beaucoup plus atténué, meme si
l’on tient compte de F absence de la région para¬
stylaire, brisée. Le paracone est relativement un
peu plus élevé mais ne saille pas davantage lin¬
gualement que dans les cas précédents ; le méta¬
cone est relativement très petit, toujours sur le
même plan lingual que le paracone ; linguale¬
ment, il existe un très petit cuspule basal (eu)
entre le paracone et le métacone, et un cuspule
encore plus petit h la base antérieure du para¬
cone. Le cuspule « c » bilobé est bien détaché du
métacone, mais très peu saillant et peu incliné
vers l’arrière *, le métastyie est relativement un
peu plus arrondi labialement que dans les cas
précédents et prolongé labialemem par un autre
cuspule. En avant de Fectoflexus, donc h
Faplomb de la partie antérieure du paracone,
était un tubercule bien développé mais brisé à sa
base ; il se reliait au paracone par une crête très
légère et orientée verticalement ; il devait donc
s agir du stylocone. Lavant de la dent est incom¬
plet ; on devine une région parastylaire bifide.
La racine postérieure est seule conservée ; elle est
orientée comme la racine homologue des deux
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 fl)
123
Sigogneau-Russell D.
Fig. 29. — Peramus sp., ? prémolaire supérieure SA 37. A, vue linguale ; B, vue occlusale. Stéréophotos. Échelle : 1 mm.
autres dents, mais on y voit nettement un sillon
interne sur toute sa longueur.
La seule facette d'usure nette se situe sur la face
postérieure du paracone ; il en existe une moins
certaine sur la face postérieure du métacone et le
tubercule « t » a été nettement abrasé linguale-
Fig. 30. — Peramus sp., ? prémolaire supérieure SA 37. A, vue
antérieure ; B, vue labiale ; C, vue postérieure ; D, vue linguale.
Échelle : 1 mm.
ment et postérieurement. Il n est pas possible de
savoir si le stylocone était creusé lingualement ou
non.
Les particularités de cette dent par rapport aux
deux précédentes concernent, outre la raille net¬
tement plus petite, l'orientation différente de la
paraerisia, les proportions para-métaconc, la pré¬
sence de cuspulcs linguaux et labio-postérieur, la
faiblesse de Lectoflexus. Au contraire, par la
taille, les proportions respectives des para- et
métacone, la faiblesse de la preparacrista, F absen¬
ce de sillon sur la base du .stylocone, elle évoque
Peramus tenuirostrU ; moins comprimée que les
molaires de ce taxon, mais plus que la dernière
prémolaire, avec peut-être un stylocone plus lort
et un petit cnspulc postera-labial ; Icrat incom¬
plet de la dent empêche toutefois une dénomina¬
tion systématique plus précise que Peramus sp, A
noter que sa taille paraît trop grande (un tiers
plus longue) pour représenter une molaire supé¬
rieure de M'mïmus n.g. du meme gisement.
Remarque
Il n’a pas été possible d’exprimer les relations
phylogénétiques estimées des taxons définis sur
des molaires supérieures dans un tableau compa¬
rable à celui proposé pour les molaires infé¬
rieures. Une des principales incertitudes
concerne Peramus : ses molaires sont-elles vrai¬
ment dépourvues de sillon lingual sur le stvlo-
conc ? Ce tubercule n était-il pas entièremment
labial ? Le parastyle ctait-il bref? Enfin, le bour¬
relet lingual est il précurseur du protocone ou le
reste du bourrelet primitif des tinodontides, ou
les deux ? Par ailleurs, même si le stylocone avait,
124
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
Tableau 3. — Répartition des caractères des molaires supérieures dans les taxons et spécimens considérés.
Transverse Stylocone
widening size
Stylocone
position
Stylocone
hollowing
Metacone
position
Lingual
cingulum
Parastylar
lobe
«C» Ectoflexus
Number
roots
Peramus
1
small
"lingual"
?
lingual
1
short &
narrow
présent
detached
2 ?
2-3
Palaeo-
xonodon
2
large
labial
y es.
posterior
slightly
labial
0
short &
wide
présent ?
not detached
?
3 ?
Abelodon
2
large
labial
yes.
lingual
hait
labial
0
short &
wide
présent
detached
2
3 ?
Vincelestes
1
small ?
labial
no
lingual
2
0
présent 7
detached ?
0
3
GS 627
2
small
labial
yes,
lingual
lingual
0
lond &
wide
présent
small
= 0
3
SA 59
1
large
labial
yes,
lingual
lingual
0
short &
wide
présent
detached
2
2
SA 84
1
small
labial
no
lingual
0
short &
wide
présent
detached
2
2
SA 37
0
—
-
—
lingual
1
-
very small
detached
1
2
chez Pemmus , un faible développement, il semble
difficile de relier ses molaires avec l’atitre dent à
.stylocone réduit, Afi'iquitimus n.g. : celle-ci ne
montre pas de bourrelet lingual et ne présente
que deux racines. Les deux taxons dont le méta-
cone n'est pas complètement lingual, Palnto-
xonodon et Abelodon ne semblent pas non plus
avoir de relation phylogénétique directe. De
toute façon, il faut imaginer, pour le passage à la
molaire tribosphénique supérieure la plus primi¬
tive connue (Potarnorehcs ou 'Pribotherium : le
prorocone, primitif dans les deux cas, semble
cependant de type différent), un (deux ?) hypo¬
thétique taxon-frère, datant au plus tard du
Jurassique supérieur et dont les molaires montre¬
raient, en plus du stylocone situé labialement et
creusé sur sa face linguale, un protocone lingual
rudimentaire. Quoi qu’il en soit, et pas plus que
pour les molaires inférieures, on ne peut recon¬
naître sur ces molaires supérieures, une spécialisa¬
tion unique qui les unirait dans un taxon
péramuride. Line lois encore, l’absence de fossiles
nous contraint à une gymnastique intellectuelle
par trop acrobatique.
CONCLUSION
Les nouvelles dents décrites ci-dessus confirment
que plusieurs tentatives en direction tribosphé¬
nique se sont succédé au cours du Jurassique et
du Crétacé inférieur, et meme que plusieurs
représentants ont persisté après la réalisation de
ce type de molaires (Arguilherîum étant le plus
jeune et contemporain de Kiebmtheriurri). Mais,
dans l'état actuel des connaissances, il nest pas
possible de les grouper en un taxon défini par des
spécialisations propres. Il s'avère en outre que la
position linguale du métacone, probablement
héritée des tinodonrides, ne constitue pas une
indication certaine d’appartenance à la lignée
prétribosphénique, mais elle en constitue le préa¬
lable, en permettant l'attaque au niveau de
Fhypoconide de la molaire inférieure. Seule la
division de la facette 1 en un élément paraconal
postérieur et un élément creusant verticalement
et linguaicmcm le stylocone, signerait la véritable
lignée prétribosphénique, pour les molaires supé¬
rieures. Quant aux modalités de constitution du
protocone, elles restent totalement inconnues,
mais il semble bien que ce soit l'individualisation
d’un hypoconide et d’une métacristide sur la
molaire inférieure (elle-même liée au développe¬
ment du métacone) qui ait crée une situation
favorable à l'élaboration de ce tubercule lingual à
la molaire supérieure. À noter que le développe¬
ment du lobe parastylaire s’est réalisé indépen¬
damment dans les diverses lignées de thériens*
GEODIVERSITAS ■ 1999 • 21 (1)
125
Sigogneau-Russell D.
ADDENDUM. — Après soumission de cet article,
j’ai eu connaissance de la nouvelle Classification
of mammals de McKenna & Bell (1997). Ces
auteurs maintiennent linfralégion Peramura et la
famille Pcramuridac, ordre, cohorte, supercohorte
restant indéterminés, pour les quatre genres
Palaeoxonodon, Pc ram us, Po t a ni us et Ab e la don,
mais ils isolent les Arguiithcriidae, Arguimuridae
et Vincele.sridae dans une infralégion indétermi¬
née, les quatre 1 ami Lies restant dans les Zatheria
McKenna, 1975.
Remerciements
Ma gratitude va au Dorset Royal County
Muséum, Dorset et à Mr. Ensom, Yorkshire
Muséum, York pour le prêt des échantillons. Le
Dr Cifelli a largement contribué à l'amélioration
du manuscrit. Je remercie chaleureusement
M. Lavina (LIRA 12 CNRS) pour sa patience
infinie à transformer mes esquisses en dessins
lisibles ; M. Serrette et Mme Pilard (URA 12
CNRS) ont également contribué à l'illustration.
Enfin, j'exprime à nouveau ma gratitude à
M. A. Phélizoa, qui poursuit son assistance pour
le tri du sédiment marocain et a découvert (le
jour meme de la remise définitive de ce manus¬
crit à l'éditeur) la magnifique dent SA 122 ; ce
qui a nécessité l'intervention de dernière minute
de MM. Russell et Richir pour en ctfecruer rapi¬
dement moule et moulage et celle de
Mme Weber-Chancogne pour les photo¬
graphies ; je suis très reconnaissante de leur dili¬
gente collaboration.
RÉFÉRENCES
Bonaparte J. E. 1986. — Sobre Mesungu la tu m bous-
sayi y mamfferos cretrfcîcos de Patagonia,
Argenrina. TV Congresso argentino Paleontologfa y
biostratografa 2: 48-61.
Bonaparte ). H. & Rougier G. 1987. — Mamiferos
de! Crctâcico inferior de Patagonia, TV Congresso
latinaumericanû de Palcontolngta, Bolivia 1:
343-359.
Brunet M., Coppem Y., Dejax J., Flynn L.,
Hein rz E., Hell J.., Jacobs L., Jehenne Y.,
Mouchelin G.. Pilbeam D. & SudreJ. 1990. —
Nouveaux mammifères du Crétacé inférieur du
Cameroun, Afrique de l’Ouest. Comptes Rendus de
lAcadémie des Sciences 310 : 1139-1146.
Butler P. M. 1939. — The teeth of the Jurassic
Mammals. Proccedings of the Zoological Society of
London , ser. B, 109: 329-356.
1972. Nome functional aspects oi molar évolu¬
tion. Evolution 26: 474-487.
— 1990. — Early irends in the évolution of tribo-
sphenic molars. BiologicalRevient 65: 529-552.
Ganudo J, I. &c Cuenca-Bcsvos G 1996. — Two Oew
mainmalian teeth (MukUuberçuldia and Peramura)
from the Lower CrétacêOUS (Barremian) of Spain.
Crelaceons Rescanb 1 7 : 215-228.
Clemem W, A, & Mills ]. R. E. 1971 1 — Rev ica of
Per a mus tenu iras tris Owen (Eupa ntotheria,
M-jm ma lia). Bulletin of the Britisb Muséum
(Natural Uistory) 20 (3): 89-113.
Crompton A. W. 1971. — J he origm of the tribo-
sphcnic molar: 65-87, in Kermack D. M. &f.
Kcrmack K. A. (cds), Early Mammals. Academie
Press, London.
Dashzeveg D, 1979. — Arguhnus khosbajari gen.n. et
sp.m (Pcramuridac, F.upaïuotheria) from the Lower
Cretaceous of Mongolia. Acta Palaeontologica
Polonica 24: 199-204.
— 1994. — Two previously unknown eupantoihcrcs
(Mammalîa, F.upaniorheria). American Muséum
No vi ta les 3107: 1-11.
Daxlr/cvcg D. tk Kielun Jaworowska 1984. —The
lower jaw of an aegialodontid mammal from the
Early Cretaceous of Mongol ia. Zoological Journal oj
tbc Linncan Society y London 82' 217-227.
Dieti jch W. O. 1927- — Brancaiberulum n.gen., cin
Proplacentalier aus dem obersten Jura des
Tendaguru in Deutsch-Afrika. Centralblatt fur
Minéralogie. Géologie und PülàoUtologic B 10:
423-426.
Fox R. 1972. — A primitive therian mammal from
the Uppcr Cire tac cous of Alberta. Canaduin Journal
of part h Sciences 9(11). 1479-1494.
— 1975. — Molar structure and tunction in the Early
Cretaceous Mammal Pappotbcnunr. evolution-
ary implications for Mesozoic I heria. Canaduin
Journal ofEarth Sciences 12 (3): 412-442.
— 1980. — Picopsis panersoni. n. gen. and sp., an
unusual thertan frori) the Lipper Cretaceous of
Alberta, and the classification of primirive tribo-
sphcnic mammals. Canadian Journal ofEarth
Sciences 17 (11): 1489-1498.
Freeman E. F. 1976. — Mammal teeth from the
l orcst Marblc (Middlc Jurassic) of Oxfordshire,
Fngl$nd, Science ! 94: 10 53-1055.
— 1979. — A middlc |urassie mammal bed Irom
Oxfordshire. Pabiemttology 22 ( 1 ): 135-166.
HeLnrich W. D. 1991. Uber Brancathemlum rco¬
da gu rem c Di ex tic h, 1927 iMammalia : Eupanto-
theria) ans dem Oberjura von Icndaguru,
Tanzania. Mitteilungcn Zoolof schen Muséum Berlin
67 (1): 97-104.
Hopson J. A. 1997. — Is cusp C of the upper molars
of Kuehneotherium homologous with the mctacone
126
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria)
of Peramus and tribosphenic mammals? Journal of
Vertebrate Paleontology > Abstracts, 53A.
Hopson J. A. & Rougier G. W. 1993. — Braincase
structure in lhe oldest known skull of a therian
mammal : implications for mammalian systematics
and cranial évolution. American Journal of Science
293-A: 268-299.
Kermack D. M., Kermack K. A. & Mussett F.
1968. — The Welsh pantothere Kuehneotherium
praecursorïs . Journal oj the Linnean Society (Zoology)
47(312): 407-423.
Kraus M, J. 1979. — Eupantotheria : 162-171 in
Lillegraven J. A., Kielan-Jaworowska Z. &
Glemens W. A. (eds), Mesozoic Mammals ; the First
Fwo' Thirds oj' Mammalian History . Uni vers iry of
California Press, Berkeley.
Krebs B. 1991. — Das Skelett von Henkelotherium
guimarotae gen. et sp. nov. (Eupantotheria,
Mammalia) au s dem Jura von Portugal. Berlin er
GeowissemchaJilicht: Abhandlungen A 133: 1-110.
Kretzoi M. 1946. — Un Docodonta, a new order of
Jurassic Mammalia. Annales Hislorico-Naturales
Mttsei Nation a lis Hnngarici 39: 108-1 1 1.
Kmsat G. 1969. — Fin Pantotheria-Molar mit dreis-
pitzigem Talot'iid aus dem Kimmtridge von
Portugal. PaUmntitlfjgischt Zeitschrift 43 (1/2): 52-56.
Kuehne W. G. 1968. — Kimeridge ma menais and
rheir bearing on the phylogeny of the Mammalia:
109-123, in Drake E. J. (ed.), Evolution and
Environment. Yale Umversity Press, New Haven.
McKenna M. G. 1975. — Toward a phylogenetic
classification of the Mammalia: 21-46, in Luckett
W. P. & Szalay F. S. (eds), Phylogeny of the
Primates. Plénum, New York.
McKenna M. C, El Bell S. K. 1997. — Classification
of Mammals Abovc the Sp tri es Level. Columbia
University Press, New York, 631 p.
Mills J. R. É. 1964. — The dentitions of Peramus and
Amphitherium. Proceedings of the Linnnean Society
of London 175 (2) : 117-133.
— 1984. — l he molar dentition of a Welsh panto-
thcrc. Zoological Journal of the Linnean Society ,
London 82: 189-205.
Novacek M. J. 1986. — l he primitive eutherian den¬
tal formula. Journal of Vertebrate Paleontology 6 (2):
191-196.
Osborn H. F. 1888. — The évolution of mammalian
molars to and front rhe rritubercular type.
American Naturalise 22: 1067-1079.
Owen R. 1871. — Monograph of the fossil
Mammalia of the Mesozoic Formations.
Palaco n togeaph ica/ Society XXIV.
Prothero D. 1981. — New Jurassic mammals from
Como Bluff, Wyoming, and the in te frelations bips of
non-tribosphenic Theria. Bulletin of the American
Muséum of N attirai Hi&toty 167 (5): 281-325.
Sigogncau-Russell D. 1991a. — Nouveaux mammi¬
fères rhériens du Crétacé inferieur du Maroc.
Comptes Rendus de l Académie des Sciences 313,
série II : 279-285.
— 1991b. — First évidence of Multituberculata
(Mammalia) in the Meso/oic of Africa. Neues
Jahrhuch fur Géologie und Palâontolotrie ,
Monatshejh 1991 2: 119-125,
— 1995. — Two possibly aqLiant iriconodonr mam¬
mals from the Early Cretaceous of Morocco. Acta
Palaeontnlogica Polonica 40 (2): 149-162.
Sigogncau-Russell E). & Ensom P. 1994. —
Découverte, dans le groupe de Purbeck, du plus
ancien témoignage de Pcxisrcnce de mammifères
triLx).sphoniques. Comptes Rendus de lAcadémie des
Sciençesy série II, 319 : 833-838.
— 1998. — Thercuodvn (Theria, Symmetrodonta),
from lhe Early Cretaceous of North Africa and
Europe, and a bnef review of symmetrodonts.
Cretaceous Research 19: 445-470.
Sigogncau-Russell D.. Monbaron M. & Kaenel de E.
1990. — Nouvelles données sur le gisement à
mammifères mésozoïques du Haut Atlas marocain.
Geobios 23 (4) : 461-483.
Simpson C. Ci. 1928. — A Catalogue of the Mesozoic
Mammalia in the Geological Department of the
British Muséum (Na lu rat History h 1-215. British
Muséum (Natural History), London.
Wiblc J. R, 1991, — Origin of Mammalia: the cra-
nio-denral évidence reexamined. Journal of
Vertebrate Paleontology II (1): 1-28.
Wible J. R. & Hopson j. A. 1993. — Basicranial évi¬
dence for early mammal phylogeny : 45-62, in
Szalay F. S., Novacek M. J. 6i McKenna M. C.
(eds), Mammal Phylogeny , 1. Springer-Verlag New
York.
Soumis pour publication le 23 octobre 1997 ;
accepté le 30 avril 1998.
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
127
Instructions aux auteurs
La ligne éditoriale
Elle prendra en compte divers aspects de la
recherche en Sciences de la Terre» en particulier
l'histoire et le comportement des bassins sédimen¬
ts ires, la paléobiodiversiré et les paléoenvironne¬
ments* Un numéro de Gcodiversitas par an pourra
être consacré» exceptionnellement, au débat contra¬
dictoire sur un sujet d'actualité, ou sur un thème
donné et sous la responsabilité d’éditeur(s) inviré(s).
Les manuscrits, dont le nombre de pages n’est pas
limité a priori , devront suivre rigoureusement les
recommandations aux auteurs (voir ci-dessous) et
seront adressés à la revue :
Service des Publications Scientifiques du Muséum,
Geodi v ers itas,
57 rue Cuvier,
F-75231 Paris cedex 05
Tel : (33) 01 40 79 34 38
Fax : (33) 01 40 79 38 58
e. mail : bulletin@mnhn.fr
Les chapitres de systématique devront se conformer
aux règles du Code International de Nomenclature
Zoologique et du Code International de Nomen¬
clature Botanique.
fout manuscrit non conforme à ces instructions
sera retourné pour mise au point. Chaque manus¬
crit est évalué par deux rapporteurs, ou plus.
Informations générales
Soumettre un article pour publication dans
Gcodiversitas suppose que celui-ci ou tout article
proche dans la meme langue ou une autre langue,
n'ait pas été soumis dans une autre revue, même
dans l'attente de son acceptation. Les droits de
reproduction de l’article, y compris des illustra¬
tions, sont réserves h la revue. La reproduction de
tour ou partie de l’article doit faire l’objet d'une
demande écrite préalable adressée à la rédaction.
Chaque manuscrit soumis (y compris les illustra¬
tions) doit être présenté en trois exemplaires (un
original et deux copies) au format A4, avec un
double interligne et des marges d’au moins 3 cm ;
chaque page sera numérotée. Les illustrations origi¬
nales seront jointes au manuscrit définitif, ainsi
qu’une disquette 3.5’ de format Apple Macintosh
ou compatible IBM (traitement de texte Word de
préférence), qui devra contenir également les
tableaux (Word, Excel, Deneba Ganvas, Adobe
Illustrator) et éventuellement les illustrations
(Adobe Illustrator, Photoshop ; Deneba Ganvas,
format .TIFF ou .EPS, polivc Helvctica).
Le format
Les manuscrits, écrits en français ou en anglais, doi¬
vent être structurés comme suit :
- titre si possible bref ; un titre courant doit être
proposé ;
- traduction exacte du titre en anglais ;
- noni(s) ci prénom(s) de (s) autcur(s) suivis de
leur(s) adrcsse(s) professionnellc(s), en indiquant si
possible le numéro de télécopie cl I adresse électro¬
nique ;
- résumés écrits en français et en anglais (800
signes au maximum chacun), suivis des mots clés et
« key words » ;
- dans le texte courant, utiliser les italiques pour
tous les noms en latin : taxons de rangs générique
et spécifique (ex : Cellaria Ëllis & Solander, 1786)
et ai ;
- dans le texte courant, les références aux auteurs
seront en minuscules, ex. Dupont (2001), Dupont
(2001, 2002), (Dupont 2001 ; Durand 2002),
(Dupont de Durand 2003, 2005) Dupont (2001 :
1), Dupont (2001, fig. 2).
- dans le texte courant, les références aux illustra¬
tions et aux tableaux de l’article seront présentées
ainsi : (Fig. 1), (Fig. 2A, D), (Fig. 2A-C), (Figs 3,
6), (Figs 3-5), (Tableau I) ;
- les remerciements seront placés à la fin du texte,
avant les références bibliographiques ; ils mention¬
neront les rapporteurs ;
- les références bibliographiques doivent suivre les
exemples donnés et-dessous ;
- indiquer dans la marge l'emplacement des illus¬
trations dans le texte définitif ;
- donner les légendes des figures sur une feuille
séparée.
Les illustrations
Une attention particulière sera portée à la qualité et
la pertinence de Y illustration.
Les* illustrations au trait doivent être réalisées à
l’encre de Chine ou être fournies en impression
laser. Les photographies, bien contrastées, seront
sur fond noir ou blanc. Elles pourront être regrou-
19Q I
GEODIVERSITAS • 1999 * 21 (1)
Instructions aux auteurs
pées, et dans ce cas, identifiées par une lettre en
capitales (A, B, C...). Les planches photogra¬
phiques, placées dans le corps de l’article et non
regroupées à la fin de celui-ci, doivent être traitées et
numérotées comme des figures. Les illustrations
pourronr être assemblées sur une largeur de colonne
(70 x 190 mm) ou sur route la largeur de la justifi¬
cation (144 x 190 mm). La rédaction encourage la
présentation de photographies avec tout ou partie
de leur interprétation par un ou des dessins au trair.
Aucune légende, ni lettrage ne sera placé sur les ori¬
ginaux. Ils figureront sur un calque joint avec
chaque figure, la rédaction se chargeant de les pla¬
cer. Chaque figure doit comporter une échelle
métrique, sans aucun coefficient multiplicateur. Les
tableaux et graphiques, à inclure dans le manuscrit,
doivent nécessairement pouvoir erre imprimés sur
une page et rester lisibles après réduction éventuel¬
le. Des planches en couleur pourront être publiées
moyennant une participation financière de ou des
auteurs.
Réféi'ences bibliographiques
Denison R. IL 1978. •— Placodcrmi, in Schultze
H. P. (ecl.), Handbook of Paleoichtbynlngy.
Volume 2. Gustav Fischer, Stuttgart. 128 p.
Marshall C. R. 198 7 . — Lungftsh: phylogeny and
parsimony, in B émis W. Burggren W. W.
&c Kcmp N. H. (eds), The Biologv and
Evolution of Lutlgfishcs, Journal of Morphology
1 : 151 - 162 .
Schultze 11. P. 6c Arsenault M. 1985. — The pan-
derichthyid fish Elfustostege: a close relative ro
tetrapuds? Palcuutology 28: 293-309.
Schultze H. P. 1977a. — The on gin of the tetra-
pod limb wirhin the rhipidistian fishes:
341-544, in Hçcht M, K., Goodv P. C. 6c
Hecht B. C. (eds), Major Patterns in Verte b rate
Evolution. Plénum Press, New York and
London.
Epreuves et tirés a part
Les épreuves seront adressées à fauteur ou au pre¬
mier auteur (sauf indication contraire) et devront
être retournées corrigées sous huitaine. Les correc¬
tions, autres que celles imputables h la rédaction ou
à fimprimeur, .seront à la charge des auteurs. Le(s)
auteur(s) recevront gracieusement vingt-cinq tirés à
part, les tires à part supplémentaires seront à com¬
mander sur un formulaire joint aux épreuves.
Scope of the Journal
Geodiversitas publishes papers which concern varied
aspects of Earth Sciences and particularly history of
sedimentary basins, palaeobiodiversity and palcoen-
vironment. A complété issue of Geodiversitas may
be devoted to sevetal papers on a single tppic under
the rcspopsability of guest editor(s), Papers with a
System a tic content should follow the International
Code of Zoologual Noweui haute and the Interna¬
tional Code of Botanival Nomenclature. Manu-scripts,
without limitation of the number of pages, must
confonn strktly wirh the instructions to authors,
and will bc sent to the Editor:
Service des Publications Scientifiques du Muséum,
Geodiversitas,
57 rue Cuvier,
F-75231 Paris cedcx 05
Tel : (33) 01 40 79 34 38
Fax : (33) 01 40 79 38 58
e. mail : bu11erin@mnhn.fr
General information
The submission of a manuscript to Geodiversitas
implies that the paper, or a si milan one, is nor being
offered for publication elsewhere. Copyright of
publishcd paper, including the illustrations,
becomes the properrv of the journal. Requests to
reproduce material from Geodiversitas should be
addressed to the çditor.
Manuserïpts, with illustrations* must be submiited
in triplicâte (one original -and rwo copies) in A4
format, double spaced, with margins of at least
3 cm and ail pages numbered. The original figures
should be sent with the révisée! manuscript, as well
as a 3-5” diskerte Apple Macintosh or IBM-compa-
tible (Word) format, which will also contaln tables
(Word, Excel, Dcncba Canvas. Adobe ïllustrator)
and possible figures (Adobe Ïllustrator, Phoroshop;
Deneba Canvas, .111F or .EPS format, 1 lelvetica
font).
Format
Papers are to be written in simple and concise
French or Engiish. They should be organized as fol-
lows:
- a brief ritlc in Engiish;
- a ri rie in French (exact translation);
- a sugge.sted running head:
- name(s) of aurhor(s), followed by their full pro-
fessional address(es) and, if possible, Fax number
and e.mail;
- abstracts (in Engiish and French) not exceeding
800 signs each, with key words and u mots clés”;
130
GEODIVERSITAS * 1999 • 21 (1)
Instructions aux auteurs
- tcxc wirh italicized words for Latin: taxa of gene-
ric and spécifie ranks (e.g. Cellaria El 1 is &
Solander, 1786) et ai ;
- references to authors in main text should bc pre-
sented, in lower case, as follows: Smith (2001),
Smith (2001, 2002), (Smith 2001), (Smith 2001;
Cary 2002), (Smith & Cary 2003, 2005), Smith
(2001: 1), Smith (2001, fig. 2);
- references to illustrations and tables should be
indicated as follows: (Fig. 1), (Fig. 2A, D), (Fig.
2A-C), (Figs 3, 6), (Figs 3-5), (Table 1);
- keep acknowledgements short and place them at
the end of the text before references; please do not
forget the revisers;
- give captions to illustrations on a separate sheet
and indicatc their place in the margin.
Illustrations
The éditorial board will pay spécial attention to the
quality and relevance of illustration.
Line drawings must be in Indian ink or high quali¬
ty laser printouts; high contrast photographs, pla-
ccd on white or black backgrounds, are required.
These can be groupcd into figures and identified
by letters A, B, C ... Plates are not placed at the
end of the article: they will be considered as figures
and numbered as such. Arrange figures to fit one or
two columns (70 x 190 mm or 144 x 190 mm).
Associate interprétation of photograph with line
drawing. No diagram or table is to exceed one
page. Letters, numbers, etc., for each figure, arc to
be indicated on an accompanying overlay, not on
the original figure (line eut or half-tone). A scalc
bar is needed for each figure (without magnifica-
tion factor).
References
Denison R. H. 1978. — Placodermi, in Schultze
H. P. (ed.), Handbook of Paleoichthyology,
Volume 2. Gustav Fischer, Stuttgart, 128 p.
Marshall C. R. 1987. — Lungfish: phylogeny and
parsimony, in Bemis W. E., Burggren W. W.
ôc Kemp N. E. (eds), The Biology and
Evolution of Lungfishes, Journal ofMorphology
1: 151-162.
Schultze H. P. & Arsenault M. 1985. — The pan-
derichthyid fish Elpistostege: a close relative to
tetrapods? Paleontology 28: 293-309.
Schultze H. P. 1977a. — The origin of the tetra-
pod limb wirhin the rhipidistian fishes:
541-544, in Hecht M. K., Goody P. C. &
Hecht B. C. (eds), Major Patterns in Vertebrate
Evolution. Plénum Press, New York and London.
Proofs and reprints
Proofs will be sent to the first author for correction
and must be returned within eight days by express
maiL Authors will receive twenty-five offprints free
of charge; further offprints can be ordered on a
form supplied with the proofs.
131
GEODIVERSITAS • 1999 • 21 (1)
Mise en page
Noémie de la Selle
Packaging Editorial
Achevé d’imprimer
sur les presses de l’Imprimerie Durand
28600 Luisant (France)
Dépôt légal n° 10306
Printed on acid-free paper
Imprimé sur papier non acide
Date de distribution du fascicule 4, 1998 : 30 décembre 1998
Couverture : Alternances marnes-calcaires du Lias du Bassin Lombard (Alpes Méridionales)
Coupe des gorges de la Breggia (Suisse)
Photographie J. F. Deconinck (Université de Lille I)
'N
geodiversitas
1999 • 21 ( 1 )
^MUSEUM*»]
? NAT ION A L'y!
«DmST.NAT^iv
de la coupe de Lung Cô-Mia Lé,
lentaires sur les gisements à vertébrés
Tassy P.
5 • Willi Hennig et l'objet paléontologique
Carriol R. P. & Secretan S.
25 • Cycleryon propinquus (Crustacea, Decapoda) des calcaires lithographiques du Tithonien inférieur de
Canjuers (Var, France)
janvier P. & Phuong T. H.
33 • Les vertébrés (Placodermi, Galeaspida) du Dévonien inférieui
province de Hà Giang, Viêt Nam, avec des données complér
du Dévonien du Bac Bo oriental
Trinajstic K.
69 • New anatomical information on Holonema (Placodermi) based on material from the Frasnian Gogo
Formation and the Givetian-Frasnian Gneudna Formation, Western Australia
Danilov I. G. & Averianov A. O.
85 • A new species of Calamogras Cope, 1873 (Serpentes, Boidae, Erycinae) from the early Eocene of
Kirghizia
Sigogneau-Russell D.
93 • Réévaluation des Peramura (Mammalia, Cladotheria) sur la base de nouveaux spécimens du
inférieur d'Angleterre et du Maroc
Indexed in
GeoRef (Online Database for Bibliography and Index of
Geology), Biological Abstracts, ASFA (Aquatic Sciences and
Fisheries Abstract), Pascal, Zoological Record
Conception Graphique : Isabel Gautray
Publication trimestrielle, mars 1999. ISSN : 1280-9659
Vente en France
Muséum national d'HIstoire naturelle
Diffusion Delphine Henry
57, rue Cuvier, 75005 Paris,
France
Tél. : 33 01 40 79 37 00
Fax : 33 - 01 40 79 38 40
e-mail : dhenry@mnhn.fr
Sales Office (France exduded)
Universal Book Services
Dr. W. Backhuys
P.O. Box 321 2300 AH Leiden
The Netherlands
Tel. : 31 71 -517 02 08
Fax : 31 - 71 -517 18 56
e-mail ; backhuys@euronet.nl
Crétacé