BE
+ MÉMOIRES.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris:
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris:
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D'HISTOIRE NATURELLE
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
A AV
. MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D'HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série B, Botanique
TOME XVII
FASCICULE UNIQUE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (Ve)
1968
Source MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris:
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
Série B, Tome XVII, Fascicule unique
LA VÉGÉTATION DU MASSIF DE L’ENNEDI
(Nord-Tchad)
L'Ennedi est décrit par tous ceux qui
l'ont parcouru comme un pays enchanteur par
la beauté de ses sites, ses vallées boisées, ses
nombreuses gueltas, ses excellents pâturages.
Jean CHAPELLE.
L’Ennedi est un massif montagneux, d’une altitude générale supérieure à 1 000 mètres.
IL est situé dans la partie Nord-Est de la République du Tchad, et se trouve ainsi placé, à peu
près à égale distance entre le golfe de Guinée et la presqu'île du Sinaï.
AVANT-PROPOS
Lorsque j'ai été pressenti — puis ai été accepté — en 1953 pour participer, en tant
que naturaliste français, à une mission internationale, patronnée par l'Unesco et dirigée par
le docteur F. KOLIMANNSPERGER, j'étais loin de me douter qu’à partir de cet instant, toute
une chaîne d'événements allait aboutir à l’étude détaillée de la végétation du Massif de l’Ennedi,
et que pendant dix années les missions sur le terrain allaient se succéder au rythme d’une
par année, chacune appelant infailliblement la suivante.
Cette mission avait pour but principal d’effectuer une coupe biologique de la moitié
Nord de Afrique entre Alger et Douala, et d'étudier les variations des conditions de vie
suivant la latitude, depuis les rivages de la Méditerranée jusqu’à la forêt dense équatoriale.
Elle comprenait deux ethnologues, cinq zoologistes, un géographe et un spécialiste des sciences
du sol. C'était là des conditions très favorables pour acquérir une formation de naturaliste
africain.
Après avoir traversé, par petites étapes l’un des pays du monde où la végétation est la
plus pauvre, me voici tout d’un coup en contact avec la flore du Massif de l'Air qui dans les
koris est particulièrement prospère. Ce fut une révélation. Les galeries d'Hyphaene thebaica (L.)
Mart. aux troncs élancés entourés de manchons de lianes et, celles de Crateva religiosa Forst.f.
presque impénétrables, étaient autant de manifestations de la puissance que peut déployer
la végétation tropicale, sitôt qu’elle dispose d’une alimentation suffisante en eau. Je fus très
vivement impressionné à l’époque, et je me promettais de revenir dans ce pays dès que possible
pour y accomplir une étude botanique beaucoup plus précise. Cette promesse fut tenue un
an après en 1955, grâce à la compréhension et à la gentillesse de mon ami Ph. BRUNEAU DE
Mie qui se proposait en effet de rejoindre au départ d’Alger son poste de prospecteur à
l'Office anti-acridien à Agadès; il m’offrit fort aimablement une place dans sa voiture (1).
De nouveau ma passion de botaniste s’exaltait dans le petit massif des Tarraouadji, éperon
méridional du grand Massif de l'Air, à la vue de ces vallées verdoyantes constellées de Vicoa
indica DC., Rhamphicarpa longiflora Wight ou d’Hibiscus dongolensis Caill. ex Del., etc.
Pour la première fois j'étais livré à moi-même dans la « brousse africaine » et je comprenais
l'intérêt de la flore tropicale. Je prenais conscience de toutes les passionnantes questions de
(1) Une Frégate Renault. Source : MNHN, Paris.
2 H. GILLET
la biologie végétale. Je m’acharnais à explorer les creux des rochers, à scruter les interstices
des dalles, à fouiller les abords des mares, à suivre les berges, et surtout à essayer de trouver
des indices susceptibles d’apporter quelque lumière sur l’origine de cette flore installée depuis
très longtemps sur ces granits précambriens.
Puis est arrivée l’heure de la mise au point : d’un commun accord, mon collègue
Ph. BRUNEAU DE MIRE et moi-même avons décidé d'entreprendre une étude de la flore du
Massif de l'Air. 412 espèces furent identifiées, dont quatre nouvelles : une Papilionacée du
genre Rhynchosia, une Graminée Eragrostée du genre Tripogon, toutes deux affines d’espèces
de l'Afrique Orientale, une Composée du genre Bidens, hautement spécialisée sans affinité
avec aucune autre espèce du genre, et une Nyctaginacée du genre Commicarpus.
L'étude systématique a été complétée par une étude du milieu, du peuplement végétal
sous l'angle biogéographique, et le problème des origines de la flore fut abordée. Un endé-
misme centro-saharien commun aux massifs montagneux de Air, du Hoggar et du Tibesti
a été défini. Un fond de flore commun apparaissait en toute netteté. Mais dans toutes ces
recherches une sérieuse lacune était à combler. Si la flore du Hoggar avait été sérieusement
étudiée par le docteur R. MAIRE puis par le docteur P. QUEZEL, nos connaissances sur la flore
de l’Ennedi étaient insignifiantes. Or le Massif de l’Ennedi occupe une position privilégiée :
il est précisément l’extrémité Sud-orientale de l'arc défini, point d’aboutissement le plus
septentrional de la longue dorsale centrafricaine; il est aussi une voie nécessaire empruntée
à fortiori par la flore éthiopienne, et même par la flore indienne dans leur progression vers
l'Ouest. Il est en quelque sorte un carrefour stratégique où viennent en contact, non seulement
les flores tropicales éthiopienne et occidentale, mais les flores saharienne et sahélienne et
même soudanaise. Ainsi, l’Ennedi apparaissait comme une terra incognita, une terre promise,
De plus, notre collègue BRUNEAU DE MIRE avait dans une longue méharée, effleuré la lisière
méridionale du massif et en avait conservé un souvenir inoubliable : celui d’un pays étonnam-
ment vert pendant la saison des pluies, où l’eau abonde. I fournissait un détail important,
l’Ennedi est un massif gréseux, différant en cela des massifs voisins qui sont surtout grani-
tiques. Cette révélation était pleine de promesses si l’on tient compte du fait que les grès se
comportent comme des roches dotées d’une certaine porosité. Enfin ül faut le reconnaître, le
goût de l’aventure et du risque, le désir de pénétrer dans une région méconnue, partiellement
inexplorée, et — en faisant le point de mes connaissances botaniques dans une région non
prospectée — celui de signer une œuvre strictement originale, agissaient comme autant de
stimulants. Ma décision devint formelle. J'étais décidé à consacrer plusieurs années de ma
vie à l’Ennedi. I ne me restait plus — et c'était quand même là l'essentiel — qu’à trouver
les moyens de se rendre dans ce pays retiré, d’accès difficile et éloigné de tout axe de com-
munication.
Source : MINHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 3
PLANCHE I
Pancratium trianthum Herbert
dont les grandes fleurs blanches très décoratives
apparaissent une quinzaine de jours après les premières pluies.
Source : MNHN, Paris
4 H. GILLET
PRÉLIMINAIRES
REMERCIEMENTS
I est facile de se rendre compte qu’organiser des expéditions en Ennedi en partant de
Paris ou de Fada — petit poste militaire qui contrôle le pays — pose de singuliers problèmes
et oblige l'intéressé à de nombreuses sollicitations. C’est pourquoi il est bien agréable à l'auteur
d'exprimer ici sa reconnaissance aux Organismes et à tous ceux qui par leur intervention, leur
aide, leur présence contribuèrent au succès des missions.
Notre reconnaissance va en tout premier lieu à trois Organismes dont l’aide fut déter.
minante : d’abord le Muséum national d'Histoire naturelle en la personne de son directeur.
M. le professeur Roger HetM, membre de l’Institut, de M. le professeur R. PORTÈRES, direc.
teur du Laboratoire d’Agronomie tropicale, devenu Laboratoire d’Ethnobotanique et des
membres de l’Assemblée des professeurs qui m'ont accordé leur pleine confiance à l’occasion
de chacune de mes missions. Puis le C.N.R.S. qui, à deux reprises — en 1958 et 1959 —
m’accorda une subvention destinée à couvrir les frais de voyage et ceux de caravane (Ge remer-
cie tout particulièrement les membres de la Commission de Biologie végétale pour appui
donné à mes demandes). Enfin à l’O.R.S.T.O.M. et tout particulièrement à M. A. Boucæar.
DEAU, qui m’accorda de larges facilités en 1958 et surtout à M. J. Pras qui, très gracieusement.
mit à ma disposition l'infrastructure du Centre O.R.S.T.O.M. de Fort-Lamy, dont il avai
la direction en 1962. Je suis conscient de lui devoir la réussite de l’organisation de la campagné
1962. Ce fut certainement de toutes les aides reçues celle la plus généreuse et la plus efficace
(à la fois sur le plan financier et sur le plan matériel). Qu'il trouve ici l'expression de ma haute
gratitude.
Sur le plan local, j'ai trouvé à chacune de mes missions la plus grande compréhension
et ce m'est un plaisir de citer tous ceux qui ont contribué par leurs initiatives au succès de
mon entreprise.
Mes remerciements, donnés dans l’ordre chronologique, vont à :
M. CarvaLHo, prospecteur en 1957 et 1958 à l'Office anti-acridien, qui eut à plusieurs
reprises la gentillesse de me transporter avec mes bagages (1).
M. M. Rocxr, chef de mission d’Hydrologie auprès du service O.R.S.T.0.M. de l'Élec-
tricité de France, qui eut l’amabilité de me véhiculer dans sa Land Rover pourtant déjà sur-
chargée (2)
M. C. Dour, agent technique de1’O.R.S.T.O.M. qui m’a offert une place fort appréciée
dans son pick-up Delahaye (3).
L'organisation militaire qui jusqu’au 1°r janvier 1965 a assuré l'administration civile
de l’Ennedi, en particulier au Colonel J. CHAPELLE qui, en 1957-1958-1959, a soutenu mes
expéditions de sa haute autorité et plus spécialement aux Capitaines commandant la compagnie
basée à Fada :
Capitaine Nury (promu depuis Commandant) qui a eu l'extrême mérite de me révéler
en 1957 l'existence de la magnifique et si intéressante Gorge de Maya.
Capitaine P. LAMBOTTE (promu par la suite Commandant) qui en 1958 et en 1959
ma accordé sa sympathie franche et cordiale et a facilité grandement ma tâche en me faisant
bénéficier de toutes sortes de facilités (4).
(1) D'Abéché à Fada (en juillet 1957); d’Abéché à El Geneina première étape dans notre voyagt
au Djebel Marrah (en octobre 1958); de Fort-Lamy à Abéché (entre le 3 juillet et le 8 juillet 1958) et d'Abéché
à Fada par la route de la frontière soudanaise, via Adré, Djimess, Guereda, Iriba, Birdoane, Birbedoba,
Ito, Bachikélé, Déli (entre le 12 juillet et le 22 juillet 1958).
(2) De Fort-Lamy (départ le 29 juin 1959) à Abéché.
(3) Au départ d'Abéché (le 5 juillet 1959) et me conduisit à Fada où nous arrivions le 8 juillet 1959.
(4) Je n’oublierai jamais son intervention énergique au moyen d’une coupe de champagne accom
pagnée de cachets de Bemarsal Tifomycine et Direxiode, grâce à laquelle ma dysenterie amibienne fut
miraculeusement guérie. Je me souviendrai toujours de la protection efficace dont il m’entoura contribuant
ainsi au succès des missions suivantes, Source : MNHN, Paris.
5
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI
Capitaine MOULÈNE qui m’a accueilli en 1962 avec la chaleur et la spontanéité dont il
a le secret. Je sais fort bien tout ce que je dois à ce vaillant « méhariste » qui a eu la suprême
délicatesse de me considérer, suivant son expression, comme « l’un des nôtres ». Il assura
avec les chameaux, leur équipement complet, les vivres, les conseils, le succès complet de
cette mission 1962 sur le plan exploration du terrain.
Capitaine J. M. MassiP, qui m’a accueilli en 1964 dans ce climat de confiance et de
communion totale que sait réserver un méhariste quand il reçoit un de ses collègues dans son
« carré » (1). Grâce à son intervention ferme et précise la mission 1964 n’a posé aucun problème
et les sept chameaux militaires sollicités étaient présents au rendez-vous, tout équipés, à l’heure
et au jour dits. J'ai conscience d’avoir été le seul civil à bénéficier de telles facilités. Ma recon-
naissance n’en est que plus grande.
Je voudrais aussi mentionner dans cet hommage rendu aux officiers du 8° CM.T.C.,
les lieutenants et les subordonnés qui accomplirent de multiples tâches avec dévouement,
par exemple celle très appréciée de me faire parvenir un chameau courrier. Citons les lieu-
tenants CARON, GROSPELLIER et PASCAL, devenus tous les trois Capitaines et le Sergent Ch.
CHaBrier pour les années 1957 et 1958; les lieutenants Massener et MEILLERET pour 1959;
le lieutenant SanNaT pour 1962 et 1964 et le sergent-chef Sarron pour 1964.
Je suis heureux également d'avancer ici les noms de mes deux jeunes élèves Alain
Fournier et Michel SERRANO qui dans la mission 1964 ont dépensé leur énergie sur le terrain
pour m'aider en toutes circonstances : ascensions périlleuses, comptage des plantes sur des
surfaces définies, portage de l’herbier, mesures diverses. Nous souhaitons que ce premier
séjour soit pour eux le point de départ d’une longue et fructueuse carrière dans la recherche
scientifique outre-mer. Qu’Alain FourNIER reçoive ici mes remerciements renouvelés pour
son dévouement et mes encouragements pour son avenir.
IL reste, avant de citer tous ceux qui m’ont aidé de leurs conseils éclairés dans la rédaction
de ce travail, à m’acquitter d’une tâche qui m’est chère entre toutes, celle de remercier tous
mes amis africains, ces Goranes fiers de leur race et de leur pays, qui, pendant cinq campagnes,
ont abandonné leurs occupations pour me suivre dans les sites les plus sauvages et les plus
retirés : ils ont été mes compagnons de chaque instant, des bons et des mauvais jours. Ce
sont eux qui étaient chargés de la plus grande partie de la besogne matérielle indispensable,
et quelle besogne! charger et décharger chaque matin et chaque soir des centaines de kilos
d'équipement et de vivres, conduire chaque jour les chameaux au pâturage, les abreuver,
entretenir et réparer le harnachement, monter avec célérité les tentes pneumatiques dès que
la tornade menaçait et mettre à l'abri tout le matériel, faire les corvées d’eau en remplissant
les jerrycans et en les portant sur leurs épaules, parfois pendant de longues distances, faire
les corvées de bois, ete. Ce sont eux qui ont guidé mes premiers pas de profane dans ce monde
subdésertique si abstrait et si étrange pour l’européen civilisé que j'étais, qui nvont appris à
lire et à interpréter les moindres indices visibles sur le sable, à détecter la présence de la
vipère à corne, à mettre mes affaires à l’abri des termites, à consommer les fruits sauvages. Je
leur dois d’avoir pu goûter les charmes d’une façon de vivre passionnante, si exceptionnelle
maintenant à la surface de la terre, en contact direct avec la nature. Ils m'ont suivi fidèlement,
sac au dos, au cours des pérégrinations qui à leurs yeux paraissaient vraiment excentriques,
comme celles de gravir préférentiellement les éboulis, de s’insinuer volontairement dans les
chaos rocheux les plus enchevêtrés, d’escalader les parois les plus abruptes, de remonter
systématiquement les gorges les plus difficiles en sautant de bloc roulé en bloc roulé. Et ce
pour quel résultat : ramasser avec précaution de temps en temps un brin d’herbe, un rameau
feuillé où une fleur fanée et les placer délicatement entre deux feuilles de papier buvard!
C’est dire que leur patience et leur dévouement étaient mis à rude épreuve et combien leur
aide est digne d'éloge. Ce sont eux qui bien souvent et inconsciemment m’ont réconforté et
ont atténué mes fatigues, quand le soir venu ils entamaient leurs mélopées au milieu du silence
de la nuit.
Sans eux, sans leur attachement, sans leur compréhension, sans leur ardeur, sans leur
courage, cette minutieuse étude, dont l'essentiel réside dans l'exploration méthodique d’une
(1) Allant jusqu'à venir m'apporter le jour de mon départ ces boîtes métalliques de « Quaker Oats »
qui m'ont procuré force et courage dans bien des circonstances et en particulier sur le plateau couronnant
le Mont Aloba.
Soyrce : MNHN, Paris
7 564022 6.
6 H. GILLET
région fort difficile d'accès, n’eût certainement pu voir le jour. Je leur dois beaucoup et c’est
justice de les tirer pendant quelques instants de leur anonymat. Ainsi furent à mes côtés :
— en 1957 le guide Carcur, les chameliers COLLO, AsBALLA et Barkaï, le cuisiner BARKALLA;
— en 1958 le guide DJEMA GuETTIMI, l'apprenti ALI, les chameliers Issanr, Eur, BARKAI,
le cuisinier ABRAHIM;
— en 1959 le guide Drerma Guerrii, les chameliers DJEur, BARKAI, ABDENEBI, le cuisinier
ALr.
— en 1962 les convoyeurs ABDENEBI, COLLO, BaRKAï, ALT, le cuisiner DJIBRIN.
— en 1964 les convoyeurs ABDENEBI, DARINGAL, le bella militaire EMOKo, le cuisinier Ar.
Ai-je le droit aussi de passer sous silence tous ces braves gens, ces quelques humbles
bergers, ces quelques modestes nomades qui vivent dans ce pays bien déshérité et qui au
hasard de nos campements, venaient m'offrir le peu dont ils disposaient : une calebasse de
lait, un peu de beurre liquide, quelques dattes séchées, voire un mouton ou une chèvre? C’est
la « fraction » toute entière des Taobas qu’il faudrait remercier de leur hospitalité, Que leur
valeureux chef actuel DyoKoT1, que je n’hésite pas à appeler mon ami, soit à la place d’honneur.,
Le transport des bagages et des collections entre Paris et Fort-Lamy et vice-versa a été
effectué à chaque voyage par la Compagnie aérienne U.A.T. devenue U.T.A. J’adresse à cette
active Compagnie mes sentiments de vive satisfaction et ma non moins vive reconnaissance
pour toute la sympathie bienveïllante que son personnel m’a témoignée.
L'étude de la végétation d’une région aussi bien circonscrite que l'Ennedi n’a pas du
tout pour objectif l'établissement d’un catalogue de plantes. I convient de placer l'individu
plante dans son milieu, d’essayer de dégager les causes de sa présence sur l'emplacement où
il se trouve, de préciser les facteurs qui commandent la floraison, bref de sentir vivre la plante
en tant qu'être vivant. Une sorte de communion a relié dans ce travail les plantes à l’observa
teur, qui a vécu au milieu d'elles jour et nuit, guettant leur germination, leur croissance, leur
floraison, leur anthèse, leur fructification, leur déclin. C’est le résultat d’une longue vocation
qui a pris naissance sur les bancs de la Sorbonne pendant les cours de M. le professeur Man.
GENOT. J'étais loin de réaliser à l’époque qu’elle se concrétiserait par une œuvre nécessitant
7 à 8 années de recherches. Depuis elle n’a fait que s’affermir. La pensée de ce Maître n'a
cessé de guider mes pas de botaniste tropical, d'éclairer directement mon chemin en me
fournissant des faits, m’incitant à la réflexion, me donnant le fil directeur. C’est pourquoi j'ai
été extrêmement sensible et flatté de l’honneur qu’il me fit en acceptant de présider mon jury
de thèse. J'ai parfaitement conscience de tout ce que ce travail doit à M. G. ManGEnoT. Qu'il
veuille bien trouver ici l'expression de ma très sincère et infinie gratitude.
M. le professeur R. SCHNELL, en tant que spécialiste de la Botanique tropicale, a eu la
gentillesse de s’intéresser tout particulièrement à cette étude et de me prodiguer maints conseils
dictés par la longue et irremplaçable expérience qu’il a de la flore guinéenne. Je lui adresse
tout particulièrement mes profonds remerciements.
M. le professeur G. LEMEE fort obligeamment m’a fourni de précieux renseignements
sur l'adaptation des plantes au milieu désertique, et des indications sur certaines méthodes
d’étude praticables sur le terrain. Je l’en remercie bien vivement et lui exprime ma grande
satisfaction de savoir qu’il figurera au sein du jury.
J'exprime ma gratitude à M. le professeur TH. MonoT, membre de Y’Institut, quia
bien voulu me faire l’honneur d’accepter d’être membre du jury, honneur auquel je suis
d'autant plus sensible que M. Tu. MoNOT parcourait lui-même le massif de, l’Ennedi à dos
de chameau cinq mois avant la soutenance.
Les observations et les recherches sur le terrain, bases essentielles de ce travail, pour
si importantes qu’elles soient, resteraient lettre morte si elles n’étaient coordonnées, comparées,
soumises à la réflexion et présentées en un travail de synthèse. Je dois à M. le professeur R.
PorTerEs, directeur du Laboratoire d’Ethnobotanique, toute liberté de manœuvre dans cœ
domaine. Ce sont là des conditions très agréables, très favorables et extrêmement appréciées.
M. R. PorTERES mérite bien la grande gratitude que je lui témoigne. Mon excellent et savant
ami M. Jean F. LEROY, professeur au Muséum, ne m’a pas ménagé ses encouragements
en toutes circonstances, me donnant avec beaucoup de clairvoyance l'avis précis et sûr où
l'opinion circonstanciée adaptés à chacune de mes sollicitations. Il sait bien quelle grande
affection je lui porte. Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 7
Une étude de la végétation de l’Ennedi n’avait une signification réelle à mes yeux que
si elle embrassait la presque totalité des espèces du Massif. Cela impliquait non seulement
la récolte de toutes les espèces rencontrées, mais aussi leur détermination, et c’est 1à que de
nombreuses difficultés ont surgi. Nous avons fait maintes fois appel à l’inestimable Herbier
du Laboratoire de Phanérogamie du Muséum et c’est pour moi un bien agréable devoir que
de remercier MM. les professeurs H. HumBerr et A. AUBREVILLE qui m'ont donné toutes
facilités et m'ont ouvert toutes grandes les portes d’accès des précieuses collections.
Une autre difficulté devait être résolue : celle d'identifier certaines plantes litigieuses,
qui ne peuvent l’être que par des spécialistes avertis, Je fis ainsi appel à M. W.D. Crayron
de Kew (pour certaines Graminées et en particulier pour certaines espèces des genres Era-
grostis et Brachiaria) à Mme S. Jover-Asr pour les Hépatiques, à M. H. Jacques-Féux pour
certaines Andropogonées, à M. J. RAYNAL pour les Cypéracées, à M. H. HeINE pour vérifier
certaines Borraginacées et Convolvulacées, à Müe M. KERAUDREN pour deux espèces de
Cucurbitacées, à M. P. BoURREIL pour vérifier certaines Aristida. Le Rev. Père J. BERHAUT
a toujours examiné avec la plus grande des bienveillances les échantillons que je lui soumet:
mais, confirmant certaines déterminations, en précisant d’autres. Je lui dois l'identification
d’une petite Scrofulariacée « insignifiante en apparence » mais sur laquelle j'avais passé bien
des heures « Glossostigma diandra (L). O. Ktze. ». Que tous veuillent bien trouver ici ’ex-
pression de mes sentiments reconnaissants.
Je ne saurais passer sous silence les noms de M. G. ViLLarme qui m’a assisté en bien
des occasions dans le développement des films photographiques, de M. DEvEs qui a procédé
avec beaucoup de soin au tirage des 33 planches photographiques et de M. LIGEr qui a
bien voulu se charger, avec une maîtrise et un art auxquels je rends hommage, de la
difficile tâche d’exécuter les planches de dessin. Je suis redevable à Mie A, PLu d’une
tâche capitale mais délicate et fort ingrate, dont elle s’est acquittée avec beaucoup de talent
et de complaisance, celle de dactylographier le présent manuscrit. Que cette technicienne
émérite veuille bien accepter l'expression de mes compliments et de mes remerciements.
Enfin Melle CxaLoriN a bien voulu avec beaucoup de dévouement se charger de l’astrei-
gnant travail qui consiste à lire le texte initial et à corriger les trois épreuves successives.
C’est pourquoi je lui adresse mes remerciements bien chaleureux,
Source : MNHN, Paris
8 H. GILLET
PREMIÈRE PARTIE
CLIMATOLOGIE
I. GÉNÉRALITÉS
1° L’ENNEDI, PAYS TROPICAL
L'Ennedi de par sa situation géographique est situé en zone tropicale sahélienne, ce
qui lui vaut d'être soumis à un climat typiquement sahélien caractérisé par l'alternance d'une
très courte saison des pluies (de l’ordre de 5 à 6 semaines) et d’une très longue saison sèche,
La saison des pluies se place toujours en été (du 20 juillet au 12° septembre d’une manière
générale). Elle intervient d’une façon déterminante et magistrale dans l’activité biologique,
Tout le rythme de la Nature est ainsi sous la dépendance des pluies d’été. Celles-ci en quelques
jours modifient radicalement le paysage. Les étendues sablonneuses pelées et désertiques se
métamorphosent en vertes et opulentes prairies, bien inattendues pour un observateur non
averti. L'arrivée des pluies, qui se produit pendant la saison chaude, crée des conditions émi.
nemment favorables pour la croissance de la végétation qui dispose ainsi simultanément de
chaleur et d'humidité. Ce rythme s’oppose totalement au rythme méditerranéen caractérisé
par un été sec et torride, les plantes entrant en activité immédiatement après les froids hiver.
naux, avec les premières ondées de printemps. Dans l’Ennedi la sécheresse est extrême pen-
dant 10 mois de l’année et c’est l’arrivée de la première vague d'humidité qui lance le signal
de la remise en activité de la végétation. La température est suffisante pendant toute l’année
pour assurer le développement des végétaux, le facteur limitant est l'humidité,
2° DÉTERMINATION DE L’ARRIVÉE DES PLUIES
L'arrivée du souffle humide en provenance du Sud-Ouest — c’est-à-dire du Golfe de
Guinée — est liée au déplacement du soleil qui lui-même fait remonter vers le Nord l’Equateur
thermique. La surchauffe des étendues centre sahariennes avec le solstice d'été appelle l'air
humide qui semble frais par rapport à l'air continental, La projection au sol de la zone de
contact entre les deux masses d’air d’origine différente est le F.LT. (1). Le passage du F.IT.
dans l’Ennedi se produit en général au mois de juin ou parfois en mai et se traduit par une
légère augmentation du degré hygrométrique de l'air. L'eau des guerbas devient moins fraîche.
Mais à cette époque le F.I.T. n’est pas stable. Il procède par bonds successifs, s’avançant vers
le Nord, puis régressant et cela souvent plusieurs fois de suite. À cette époque la masse d'a
humide est trop diluée dans l’air sec continental et n’est pas assez épaisse pour provoquer ls
formation des tornades par cumulification. C’est une époque très chaude, légèrement humide
et pénible. Puis le F.I.T. se stabilise loin au Nord de l’Ennedi. La masse d’air humide s’insinue
délibérément sous la masse continentale et la repousse au-delà de la limite Nord de l’Emnedi.
La saison des pluies s’installe, !
Avec la fin du mois d'août et le déplacement vers le Sud de l’Équateur thermique qui
à cette époque ne se trouve que peu au Nord de l’Ennedi (sur le 20€ parallèle approximali
vement), la zone d'attraction surchauffée est trop près de l’Ennedi pour que le massif puis
encore recevoir l'air humide. L'air sec qui ne trouve plus de résistance devant lui envahittrè
brutalement le pays.
S MNHN, Paris
() Initiales de Front Intertropical. ne
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
3° Les sarsons
Le climat de l’Ennedi est dominé par l’arrivée des pluies, mais en raison de la latitude
(entre 16° et 18° de latitude Nord) l'influence de l'hiver s’y fait sentir également avec une
grande netteté. L'action combinée des pluies et des froids hivernaux et suffisamment impor-
tante pour déterminer des saisons bien tranchées. Celles-ci sont si bien définies par les habi-
tants qu’elles portent chacune des noms différents.
a. La saison des pluies « Nieli » (gorane), Kerif (arabe).
C’est la saison la plus marquante (mi-juillet, début septembre). Elle est attendue avec
impatience car elle libère les habitants de la tyrannie de l’eau, de la soif et de la corvée des
abreuvoirs. C’est l’époque du renouveau. Les pâturages sont abondants. Les animaux mangent.
Les chamelles donnent du lait. Mais d’est l’époque des moustiques et des fièvres. Les habi-
tants fuient les parties basses, insalubres, pour se réfugier sur les hauts plateaux de l’Ennedi.
b. La saison intermédiaire, Aoualaï (gor.), Derré (ar.).
Elle se place aussitôt après les pluies et dure jusqu’aux premiers froids (début septembre,
fin novembre). C’est la meilleure époque de l’année. Les pâturages se dessèchent, mais les
animaux trouvent une nourriture substantielle en consommant les plantes qui ont donné
fruits et graines; les gueltas ont été remplies par les pluies et l’eau n’est pas difiicile à trouver.
Le lait coule, les réserves de beurre se constituent. C’est l’époque des fêtes et des réjouissances.
Le climat est extrêmement sain, chaud le jour, mais sec, frais à très frais la nuit. H ne pleut
pas, les moustiques ont disparu. L'Européen éprouve une sensation réelle de bien-être. L’éva-
poration est forte et l’eau des gueltas et des guerbas est d’une grande fraîcheur. Les écarts
de température nycthéméraux sont les plus forts de l'année (jusqu’à 30°). Les nuits sont claires
et limpides.
c. La saison froide, Donsou (gor.), Chittei (ar.).
Elle correspond à l'hiver boréal et s'étale pendant la deuxième quinzaine de novembre
et les mois de janvier, février. Les nuits sont franchement froides (température comprise
entre 5 et 10°) les habitants restent engourdis et transis de froid jusqu’à 8 heures du matin.
Des vents violents venant de directions comprises entre le Nord et l'Est soufflent en tempête
sur le Basso, sur le plateau Erdébé et dans la dépression du Mourdi. Il arrive en altitude que
le thermomètre approche du zéro. Les habitants résistent mal au froid. Ils toussent. L’évapo-
ration est plus faible. Bêtes et gens fréquentent certaines grandes gueltas qui contiennent
encore de l’eau. L’Ennedi est souvent recouvert d’une brume dense et sèche provoquée par
le sable en suspension dans l’air et le soleil apparaît comme un cercle blanc.
d. La saison chaude, Bourro (gor.), Sef (ar.).
Dès mars la température s'élève. Les vents diminuent de violence puis cessent. Le
mois de mai et le début de juin sont très chauds. La température dépasse souvent 40°. Les
nuits tout en restant supportables ne sont plus fraîches. Les oueds encaissés sont transformés
en fournaise et deviennent pendant le jour insupportables, même aux chameaux. Seule la
végétation arborée subsiste. Les animaux vivent sur leurs réserves; le problème de l’eau devient
crucial. Le bétail est obligé de se rabattre sur les rares points d’eau permanents : quelques
gueltas, et les sources de la bordure (Archeï, Bachikélé, Déli, etc.). Dans certains cas il faut
creuser des puisards et extraire l’eau « delou par delou ». C’est une époque pénible. Les ani-
maux souffrent de la soif, et si la saison des pluies précédente n’a pas été suffisante, il y a une
grande mortalité parmi le bétail.
e. La saison chaude et humide (mais sans pluie), Eggué (gor.), Racchach (ar.).
Elle correspond au mois de juin, au passage du F.I.T. L'air contient un peu d’humidité,
mais le ciel est sans nuage et la chaleur est très forte. La chaleur donne l'impression d’être
lourde, étouffante. On devine l’arrivée des pluies, mais celles-ci sont encore loin vers le Sud.
C’est une époque extrêmement pénible. Les habitants deviennent irritables. Les animaux
sans force restent cantonnés près des points d’eau. Certains se couchent par terre et n’ont plus
la force de se relever. Le paturage est absent.
Source : MNHN, Paris
10 H. GILLET
II. PLUVIOMÉTRIE
La pluviométrie est le facteur le plus puissant qui commande les phénomènes biolo.
giques dans les régions sahéliennes et surtout dans celles à caractère extrême, comme c’est
le cas pour l’Ennedi. Tout est lié à la pluie. Les habitants distinguent les bonnes années, celles
où il pleut bien, et les mauvaises années, celles où la pluie est rare. De la quantité d’eau qui
va tomber pendant la saison des pluies et de sa répartition va dépendre le sort des hommes
et des bêtes. La tyrannie de l’eau est poussée à un point inimaginable. Le développement de la
végétation est tout entier tributaire des pluies. L'arrivée des pluies métamorphose le paysage;
les étendues de sable désolées deviennent de vertes prairies. Dès que les pluies cessent, le
tapis herbacé se flétrit et disparaît; il est donc essentiel de faire une étude poussée de la plu.
viométrie.
19 DIFFÉRENTS TYPES DE PLUIE
Pendant la saison des pluies, l’Ennedi se trouve placé en arrière du front intertropieal.
C'est pourquoi les précipitations se présentent sous les formes qu'elles revêtent en région
tropicale et sahélienne.
a. Ligne de grains.
C'est la forme de précipitation de beaucoup la plus fréquente. Elle procède Presque
toujours de la même façon. Le matin le ciel est pur; vers 9 h 30-10 heures apparaissent quelques
cumulus mediocris qui ne tardent pas à grossir. Vers 11 heures le ciel est convert de cumulus
blancs semblables aux cumulus de beau temps des régions tempérées. Vers midi ils se fondent
en masses muageuses qui prennent rapidement de l'extension verticale. La masse nuagewe
demeure quelque temps immobile, s’assombrit en son centre; des phénomènes électriques
apparaissent dès que les condensations sont suffisamment élevées pour entrer en contact
avec l’harmattan. Quelques grondements sourds de tonnerre retentissent. Le corps de la
tornade est alors formé.
La tornade entre en activité et s’élance suivant un axe E-NE O-SO. Elle est précédée
d’un souffle violent qui soulève un nuage jaunâtre de poussière. L'ensemble donne 'impres-
sion d’un front qui s’élance rapidement. Les premières gouttes sont grosses. Elles arrivent
très obliquement, poussées par le vent. L’intensité de la pluie est très rapidement maximale,
Puis elle baisse et la fin de la pluie se produit au bout de vingt à trente minutes. Les lignes de
grains sont constituées d’orages ou « tornades » semblant chacun avoir sa vie propre, et se
déplaçant assez rapidement. Traversant l’Ennedi les lignes de grains suivent des axes plus ou
moins parallèles, d’Est en Ouest, laissant entre elles des bandes de terrain peu ou pas arrosées,
Comme nous le verrons, l'importance des lignes de grains est variable selon les années. La
tornade elle-même dans son déplacement présente au début une grosse activité puis elle
s’atténue assez rapidement et au bout d’une quarantaine de kilomètres de parcours, elle ne
donne plus de pluies importantes. Les axes des lignes de grains varient suivant les jours, mais
certains axes semblent privilégiés; ceci pourrait expliquer le maintien de certaines espèces
d’affinité soudanaise sur le versant Nord en dehors de toute station spécialement humide
(Lannea humilis par exemple). La masse d’eau arrive d’un seul coup sur le sable qui n'a
pas le temps de l’absorber; une partie importante ruisselle et sera entraînée à la périphérie
du Massif.
b. Orages isolés.
Dans certains cas, en fin de saison des pluies — où dans une période d’activité orageuse
réduite — il se forme isolément par cumulification locale, un orage intéressant un secteur
faible superficie; sa durée est brève et son déplacement lent. L'orage isolé est plus fréquent
pendant les années déficitaires. Il se développe quand les masses d’air humides sont épuisées
partiellement (après une série de jours de pluie) ou quand elles sont à bout de course, ce qui
est le cas quand le front intertropical stagne sur l’Ennedi.
IL arrive qu'un orage isolé survienne au milieu d’une zone où il n’a pas plu. Les effets
sur le terrains sont alors spectaculaires. Au milieu d’une zone sans végétation surgit une 2006
verte où les plantes annuelles à cycle rapide sont en plein développement et dominent toutes
les autres plantes, Or ce cas est assez fréquent et donne à penser que les zoneSon arfédfts), Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 11
surchauffées par le soleil, sont le siège d’une élévation d'air chaud qui se condenserait locale
ment en altitude au contact de l'air plus froid. L'effet est heureux et tend à homogénéiser la
pluviosité sur l’ensemble du pays.
c. Pluies atténuées de mousson.
Ces pluies diffèrent des précédentes parce qu’elles se produisent en l'absence de tout
phénomène électrique, et parce qu’elles sont amenées par des nuages en provenance du
Sud-Ouest. Ce sont des pluies typiquement océaniques, de longue durée et de faible intensité
Elles n’ont lieu que la nuit ou dans les toutes premières heures de la matinée. Elles sont
accompagnées d’une très grande humidité de l’air. On ne les enregistre qu’au cours des années
de forte pluviosité et au mois d’août seulement.
La vraie pluie de mousson, massive et de longue durée n’atteint pas l’Ennedi, sauf cas
tout à fait exceptionnel (pluie séculaire). II semble que ce fut une réelle pluie de mousson qui
tomba sur l’Ennedi pendant la fameuse nuit de 1914 (voir p. 13).
d. Pluies en marge des systèmes nuageux.
Ce sont des pluies de faible intensité couvrant de grandes surfaces. Les phénomènes
électriques sont très atténués. Elles se distinguent des pluies de mousson par leur direction;
elles progressent dans le même sens que les lignes de grains. Le plafond nuageux est plus élevé
que dans les tornades. Elles ont souvent l'allure de traînes. Ce sont parfois des ébauches
avortées de lignes de grains; elles se caractérisent alors par des gouttes qui laissent des traces
sur le sable, mais ne sont pas enregistrables au pluviomètre. De tels phénomènes sont fréquents
les années déficitaires.
Ces pluies, en apportant des petites doses d’eau sur le sol, réparties sur un temps
prolongé, sont très favorables à la végétation. Ce sont des pluies d’entretien, favorisant les
phénomènes biologiques et en particulier l’anthèse et la fécondation.
e. Grêle.
Les chutes de grêle sont très rares. Une chute a été signalée en 1934. Jai eu la chance
d’assister dans l’Ennedi à un phénomène de cette nature. C'était le 20 août 1962 près de la
mare de Gourka (17°04 de latitude N et 22 27° de longitude E), au cours de la plus violente
tornade que j’ai jamais subie dans les pays tropicaux. La chute des grêlons a commencé cinq mi-
nutes après le début de la pluie. Elle s’est poursuivie pendant quatre minutes (1). Les plus
gros grêlons atteignaient 1,7 cm de diamètre. Au bout de cinq minutes de présence sur le
sol, ils étaient entièrement fondus, mais le thermomètre indiquait 16° 8, température la plus
basse enregistrée de jour au cours d’un orage.
29 PLUVIOMÉTRIE ANNUELLE
a. Observations pluviométriques du poste de Fada.
L’isolement du Massif de l’Ennedi et l'absence de villages fixes font que, seul, le poste
de Fada a bénéficié d’une étude climatologique. Nous disposons de données à peu près continues
depuis 1934. Celles-ci ont été enregistrées par le sous-officier radio du poste de Fada, qui
était chargé officiellement de cette fonction. Un abri météorologique classique est installé à
cet effet sur le toit d’une des cases du poste. Bien que les conditions d'emplacement de l'abri
ne soient pas celles recommandées, notamment pour les mesures de température, elles donnent
de bonnes indications pour les mesures pluviométriques.
Période 1935-1949 :
L’Ingénieur BRAQUAVAL qui a été chargé d’une étude hydrologique en Ennedi pendant
Tannée 1957, a consulté, pour la période 1935-1949, les annales des Services météorologiques
de la France d'Outre-Mer. Il s'ensuit que la moyenne des pluies pour cette période est à Fada
de 71,7 mm. Nous avons de bonnes raisons pour ne pas accorder à ce chiffre un trop grand
crédit. H fait état en effet d’une hauteur de 1 mm pour 1948. Or, de l'avis unanime des habi-
tants, il a plu en 1948.
(1) Entre 14 h 22 et 14 h 27.
Source : MNHN, Paris
12
EN
HAUTEUR
Période 1950-1964 :
H. GILLET
Par contre, des données, vérifiées sur documents originaux au poste de Fada et tout
à fait en accord avec les dires des habitants, intéressent la période 1950-1964. Nous avons pu
contrôler le bien fondé des valeurs pendant nos 5 séjours de 1957-1958-1959.1962 et 1964,
Voici ces chiffres :
1950. 154,3 mm 137,6 mm
1951. 79,2 mm 144,8 mm
1952. 140,2 mm 28,8 mm
1953. 143,7 mm 128,6 mm
1954. 191,5 mm 114,9 mm
1955. 91,7 mm 66,1 mm
1956 . 153,9 mm 130,5 mm
1957....... 62,4 mm
200: RENTE
| EE
|
| |
|
— n'es
DA RES PRES RE (ES er
54155156|57158
Fic. 1
Variations de la pluviométrie annuelle à Fada de 1950 à 1965
Source : MNHN, Paris.
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 13
La moyenne calculée sur cette période 1950-1964 est de 118,5 mm. Ce chiffre est nette-
ment plus élevé que celui admis par tous les auteurs, même les plus récents, qui placent l’Ennedi
à l'extérieur, c’est-à-dire au Nord de l'isohyète 100 mm.
Pluviométrie antérieure et variation interannuelle (notion de cycle).
Faute de données sûres il est fort hasardeux de relater la variation de la pluviosité anté-
rieurement à l’année 1934, date où les premières observations furent faites au poste de Fada.
Cependant quelques vieux habitants ont gardé le souvenir d’années exceptionnellement
pluvieuses et tous s'accordent à dire que du temps de leur grand-père — c’est-à-dire à la
fin du xix® siècle — il pleuvait plus que maintenant. Tous les récits font état à cette époque
d’excellents pâturages au Mourdi, notamment le 1ong de ’ouadi N’Kaola, ce qui n’est pas le
cas maintenant. J'ai recueilli auprès du vieux KALEMBOU, interprète auprès des autorités
militaires, quelques renseignements confirmés par tous les anciens. Le premier est qu’il pleut
chaque année; il pleut peu ou äl pleut beaucoup, mais il pleut (au moins 60 mm semble-t-il),
sauf — et c’est là un événement que les goranes ne sont pas prêts d'oublier — en 1913. Le
printemps 1914 fut catastrophique, la famine s'était installée, les bêtes crevaient par milliers.
Le deuxième est qu’une année déficitaire est toujours suivie d’une année excédentaire, quel-
quefois de deux. H n’y a pas eu jusqu'ici d’exception à cette règle. L’année est d’autant plus
excédentaire que l’année précédente a été plus déficitaire. La plus forte pluviosité fut celle
de l’année 1914 au cours de laquelle la pluie tomba sans arrêt pendant toute une nuit, depuis
le coucher du soleil jusqu’au lendemain matin. JA a plu ensuite tous les jours pendant 7 jours
consécutifs. Pareil événement est resté gravé dans toutes les mémoires, d’autant que l’année
a concordé avec l’arrivée des Français. Auparavant l’année 1909 avait été très humideet marquée
par une pluie qui dura également toute une nuit (de 16 heures au lendemain 4 heures).
IL serait instructif de voir si dans la périodicité des pluies, il n’est pas possible de mettre
en évidence des oscillations de l’ordre de onze ou de onze années et demi, comme cela a pu
être démontré aïlleurs. Mais les renseignements contrôlés portent sur une trop courte période
pour entrevoir une telle rythmicité. La situation est la suivante. A y aurait eu une pluviométrie
forte à la fin du xix® siècle puis une période de grande variation interannuelle entre 1907 et
1915 avec trois minima (1907, 1908 et 1913) et deux maxima (1909 et 1914), puis une période
stable mais de pluviosité très moyenne de 1915 à 1945, les années 1936 et 1945 étant forte-
ment excédentaires. La période récente voit de nouveau de grandes oscillations avec des
minima (1960 et 1963) et des maxima (1961 et 1964) : ces deux années étant les années les
plus pluvieuses, non pour le poste de Fada, mais pour l’ensemble du Massif. 11 semble que
lon retrouve à peu près des conditions assez semblables à celles du début du siècle. D'ailleurs
le Lac Tchad a de nouveau atteint (et même dépassé) le niveau défini par le Général TiLHo
en 1913, S'il y a une périodicité, elle est de grande amplitude (de l’ordre d’une cinquantaine
d’années).
Un fait demeure, il pleut chaque année, plus ou moins il est vrai, mais toujours suffi
samment pour permettre aux pérennes de développer leurs feuilles et de fleurir, et aux annuelles
à croissance rapide (Aristida, Cenchrus, ete.) d'accomplir leur cycle.
b. Observations sur le Massif.
Un simple coup d’œil sur la carte montre que Fada occupe une position excentrique
par rapport au Massif et ne peut donc prétendre refléter fidèlement la pluviométrie réelle de
lEnnedi. Cette situation n’a pas échappé aux deux hydrologues de 1’0.R.S.T.O.M., BRAQUA-
vaL et ROCHE, qui ont été amenés à placer des pluviomètres totalisateurs en différents points.
D’autre part l’examen de la végétation montre que des plantes à affinité Sud-sahélienne exi-
geant au moins 200 mm croissent parfaitement dans le centre Ennedi en plaine sablonneuse
et sont absentes dans la région de Fada (Aristida stipoides Lam., Indigofera astragalina
DC. Cassia absus L. notamment). C’est pourqoi j'ai suivi l'exemple des hydrologues en
disposant également des pluviomètres totalisateurs : 5 en 1959, échelonnés vers l'Est, sur le
parallèle de Fada (17° 10) afin de mettre en évidence l'influence de l’altitude, et 4 en 1962,
aux mêmes stations afin de pouvoir comparer d’une année à l’autre la variation de la pluvio-
métrie à travers le Massif.
; Le tableau ci-après concentre toutes les données obtenues à partir de pluviomètres
disposés dans le Massif. Source : MNHN, Paris
14
H. GILLET
Akitude | 1957 1958 | 1959 | 1962
m mm mm < mm mm
Fada poste. | su 62,4 | 134,4 | 140,2 | 114,9
Nohi Chilio .| 550 L 134 231,2 É
Kourien Doulien 615 | 66 env 87 106
650 | 80 env | 160env| 251 .
680 | 407,1 = 195 F
700 4 É 321 “
710 | 50 env c: 275 à
720 - 146,2 | 249 1
765 5 223 168,3 | 1344
863 | 60 env = 152 :
868 = = 307 =
950 157,6 | 275,5 | 1399
| 4025 | 70 env | 140 Û #
Biti Kataedackiélé. ..| 1450 e # 224,7 | 158
10 km Nord Ouadi Hawach. o - - - 155
Oum Chalouba È - - 165,5 | 171
Ce tableau appelle des commentaires qui sont différents, selon que l’on considère
l’année 1957 déficitaire et les autres années.
Année déficitaire (1947).
Les masses d’air chargées d’une quantité suffisante d'humidité pour provoquer la
pluie arrivent sur l’Ennedi par intermittence et se trouvent tout à fait à l’extrême fin de leur
progression. L'influence de la latitude devient alors prépondérante.
| Hauteur de pluie Station Latitude
Ï mm
10,6 Kordi-Djokobe. 17 37°
62,4 Fada 17° 107
66 env Kourien Doulien 170 07’
80 Archeï 160 54
107 Sebé 160 38’
La pluviométrie décroit rapidement au niveau du parallèle 170 30’, Le Massif fait
barrage aux pluies et la dépression du Mourdi qui s'étend sur la face Nord ne reçoit plus que
des éclaboussures de tornade qui se chiffrent par quelques millimètres de pluie.
Les années déficitaires interviennent comme facteur limitant de la végétation. Elles
arrêtent certainement les soudanaises qui pourraient profiter d’une série d’années bien arrosée
pour progresser vers le Nord. Les espèces à la limite de la survie dont il n'existait plus qu'un
seul pied connu dans V’Ennedi (cf. Cissus cymosa Schum. et Thonn. à la Gorge Maya, Abst
carpus vaginalis (L.) DC. à Aoué) pourraient très bien avoir été éliminées par les deux der.
nières années sèches successives (cf. 1965-1966).
Année excédentaire.
L'année 1959 est particulièrement significative. Personne ne soupçonnait que de
hauteurs de pluie supérieures à 300 mm pouvaient être enregistrées dans l’Ennedi. Et pourtant
les faits sont 1à : 321 mm à Elikao et 307 mm à Bourkouba. Ces résultats constituent une rét#
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 15
lation. Ils expliquent pourquoi certaines plantes d’affinité Sud-sahélienne prospèrent dans
l’Ennedi et s’y reproduisent. L’abondance de Cordia Rothii Roem. et Schult. dans certains
secteurs, le développement pris dans la plaine d’Angrettaha par les pieds de Rogeria adeno-
phylla J. Gay ex Delile qui atteignent 1 m 40 de hauteur, ne trouvent pas d’autre explication. I
est quand même surprenant de constater que la pluviométrie de certaines stations de l’Ennedi
situées par 17° 10’ de latitude Nord est du même ordre de grandeur que celle des stations en
plaine situées par 13° 40’ de latitude. Ainsi, à titre d’exemple signalons que la station d’Ifenat,
située à 60 km au Nord d’Ati, a reçu 295 mm en 1957, 308,6 mm en 1958, 372,9 mm en 1959
et 173 mm en 1960. En considérant l'importance des précipitations, il n’y a rien d’étonnant
à ce que la végétation de l’Ennedi présente un caractère tropical aussi accusé. Par sa pluvio-
métrie l’Ennedi apparaît réellement certaines années comme une enclave Sud-sahélienne.
Les chiffres de 1959 appelent d’autres commentaires : d’une part tout se passe comme
s’il existait un centre de plus haute pluviosité défini par les 2 stations voisines d’Elikao et
Bourkouba. D'autre part, comme les stations de Fada, Nordaemanna, Angrettaha, Tourba
Sehi, Bourkouba, Aoué et Biti Kataedaekiélé sont situées à peu près sur le même parallèle,
on constate que si l’on se déplace d'Ouest en Est sur cette ligne, la hauteur des pluies va
d’abord en augmentant, passe par un maximum situé à une vingtaine de kilomètres à
T'Ouest d’Aoué (Bourkouba), puis diminue. Dans ces conditions il semble que l’on puisse
définir un centre de formation de tornades au Sud-Est d’Aoué, lesquelles en se déplaçant
vers l'Ouest iraient en grossissant, déverseraient leur contenu sur la région privilégiée
indiquée, puis iraient en s’épuisant jusqu’à l’Ouest de Fada. Rien d’étonnant à ce que la gorge
de Maya située juste au Sud d’Aoué soit le sanctuaire où se sont conservés autant d'éléments
relictuels. La survivance de la Myrsinacée Maesa Schweinfurthii Mez. à Tenéba a été facilitée
par ce phénomène.
Les mêmes phénomènes, mais plus atténués, se retrouvent en 1958, année moins excé-
dentaire. La station d’Angrettaha située à Ouest d’Aoué a été la plus arrosée (223 mm contre
134,4 mm à Fada). Les données apportées par les pluviomètres sont parlantes. En année
excédentaire, il pleut beaucoup plus dans certaines zones du Massif, situées à environ 60 km
à l'Est Est-Sud de Fada, qu’à Fada, et il est possible de définir un pôle de pluviosité.
Année moyenne.
L'année 1962 peut être prise comme exemple d'année moyenne. Dans ce cas l'altitude
joue un rôle prépondérant et la station la plus arrosée (Biti Kataedaekiélé) est en même temps
la plus élevée (1 150 mètres). Le pôle pluviométrique s’est placé cette fois sur le plateau Biti
qui s’identifie avec le plateau culminant de l’Ennedi. Comme il est logique de supposer, en
raison du sens de déplacement des tornades, que le centre de leur formation est situé au Nord-
Est de ce pôle, on en arrive à la conclusion qu’en année normale les masses d’air chargées
d'humidité se concentrent sur la partie la plus élevée de l’Ennedi et viennent en contact avec
les masses sèches d’origine continentale sur la lisière Nord-Est du Massif. Le rôle du Massif
intervient puissamment en élevant les couches humides et en les mettant en contact à plus
haute altitude avec les couches plus froides.
Un autre fait découle du simple examen de la végétation, à savoir qu’il pleut davantage
sur le Massif qu’au Sud, en plaine. Encore fallait-il le démontrer. C’est pourquoi, j’ai disposé
en 1962 un pluviomètre à 10 km au Nord du point où la piste Oum Chalouba-Fada traverse
louadi Hawach, soit à 58 km au Nord d’Oum Chalouba. Ce pluviomètre placé à 16° 16’ de
latitude Nord a recueilli 155 mm contre 158 mm recueillis à Biti Kataedaekiélé par 17° 13’
de latitude.
Dans tous les cas, et chaque année, il est des stations dans l’Ennedi où ül pleut davan-
tage qu’à Fada. Ainsi l'étude de la pluviométrie basée sur les observations du poste de Fada
ne peut être étendue à l’ensemble de l’Ennedi. C’est la principale raison pour laquelle l’Ennedi
a été considéré par tous les auteurs comme plus désertique qu’il n’est en réalité,
c. Place de l'Ennedi au Tchad.
Si on se réfère au poste de Fada, on constate que la pluviométrie moyenne annuelle
se place entre celle d’Arada situé plus au Sud à peu près sur le même méridien et celle de
Largeau situé un peu plus au Nord, ce qui est tout à fait normal. Source : MNHN, Paris
16 H. GILLET
Pluviométrie Période sur laquelle
Stations moyenne est établie la moyenne
mm
475,5 1932-1961
268 1951-1960
243 1952-1956
118 1950-1964
26,7 1933-1961
2!
3° PLUVIOMÉTRIE MENSUELLE (tableau p. 17)
ET ere EE Te
40,
0 + = LET LU!
JFMAMIIJASOND
Fi. 2
Moyenne de la pluviométrie
mensuelle à Fada,
calculée sur la période 1955-1964
(chiffres exprimés en mm)
Les pluies sont concentrées sur une très courte
période qui commence rarement avant le 15 juillet,
mais finit presque toujours irrémédiablement dans les
premiers jours de septembre.
Les annales météorologiques et les rapports
des autorités militaires font état de pluies précoces
surtout dans les premières années d’observation. Des
pluies sont signalées en fin avril 1936, en mai 1934,
JL y eut le 18 mai 1944 une tornade mémorable sur
Fada (34 mm). Mais dans la période récente, seulement
des gouttes sont enregistrées en mai (le 25 mai 1956,
10 mai 1957, 8 mai 1960, 10 mai 1962) très rarement
en mars (17 et 30 mars 1962) et en avril (13 avril 1963).
Ces traces de pluie, non enregistrables au
pluviomètre, n’ont pas d’action sur la végétation, Le
mois de juin est très peu arrosé : en moyenne une
simple ondée une année sur trois.
Les premières pluies sérieuses se produisent
en juillet et en général dans la deuxième quinzaine
de ce mois. Mais le mois d’août reste le plus arrosé
et recueille en moyenne 66 % de la pluviométrie
totale : 67,2 millimètres sur une moyenne de 1049
millimètres pour la période 1955-1964. I1 pleut quel
quefois au début de septembre, mais le plus souvent
sous forme d’ondées isolées et de faible portée géo
graphique. La pluie extraordinaire du 29 septembre
1963 (16,3 mm à Fada) qui a intéressé tout le Nord
Tchad a frappé tous les observateurs. C’est un es
unique de pluie aussi tardive.
4° PLUVIOMÉTRIE JOURNALIÈRE
a. Pluviométrie journalière de Fada.
(tableaux p. 18 et 19).
Les seuls éléments suivis sur un cri
nombre d'années dont nous disposons sont les relevé
de Fada. Ceuxci sont consignés dans les du
tableaux suivants, Source : MNHN, Paris
Pluviométrie mensuelle à Fada pour la période 1955-1964
(chiffres exprimés en mm)
*9 220798 L
Année Janvier | Février | Mars | Avril Mai Juin | Juillet | Août | Sept. |Octobre| Nov. | Déc. | Total
Ë
=
Ê
= æ - _ = 46,3 27,8 17,6 _ _- - 91,7 Ë
m. LA L 2 , 8 9,4 | 142,5 | 20 | - 4 - [ass à
#4
= L = & eu 2 35,4 | 25,0 ë 4 =. = 62,4 £
ë
L. à = 2 = = | 96,4 | 380 | 32 = = - [136 |
È
Le + _ _ 3 3,1 | 135,0 3,7 _ _ _ 144,8 a
LS]
tousse ne PTE D NET O - - - _ - - 25,0 3,8 - - - - 28,8 | À
ë
SONDE EEEar ro = - - - - - | 168 | 1118 - - - - [1286 | à
:à 2 à k APhaietsre rar | — = = - 14,9 | 8
Re
F æ 2 # ES = 15.0 | 34,8 | 16,3 = - - 66,1 sl
: 2 = È E 20 512708) = 3 : - [130,5 Ë
Moyennes pour la période considérée 1955-1964 . _ - _ _- = 0,9 33,6 67,2 3,3 - - _- 104,9
Moyennes pour la période 1935-1949. ......... = = ts 0,6 3,0 | 0,2 | 13,8 | 44,2 9,9 à 4 = 74,7
JS
Source : MNHN, Paris
18 H. GILLET
Pluviométrie journalière de juillet au poste de Fada
(1956-1964)
1956 | 1957 | 1958 | 1959 | 1960 | 1961 | 1962 1963 | 1964
tr — S = = ee = tr "A
ad re ee Fa " + ms En tr
pds LEE 2 2 2. + he
à + i % à o 7 t
CAES L ë L = - EL
tr - - - tr - - = ë
- _ 5 _- tr _ _ _ Êr
Put à = pi . e - | 56
à = = a C es = | - | as
FA _ _ _- _ - - tr _
= = y = % : ñ 66
% _ _ _ _ _ _ tr _
À = _ L * 6,7
3,3 58125) -
D nr PORN CRE
7 Vs F
_ - tr - = = 2 2 “
| - tr - _ = F 4 # 3
à - - 14! 145] 15| -
- 65| 2 L 0407 £ =
- - | 392| - e a 42| - É
tr 28,9 _ = & s es + =
24! - - - 25 - tr - -
- - [ut ALT ES = =: Z à
- - ” 1! - 16! - - |-
te L 39,21 1,9| — - a - | -
|
941 3541 964! 31125 | 16,8| 37,2 | 15 | 512
Source : MNFN, Paris.
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
Pluviométrie journalière d'août au poste de Fada
19
(1955-1964)
1955 | 1956 | 1957 | 1958 | 1959 |1960 | 1961 | 1962 | 1963 | 1964
eu = -lt - - - 341 -
2 GS] LS a E = = =
= : ss al - à = E Le
461 Slt = Sp sien Es ET
17 _- 21 3,1| - 4 _ - ca
or: s 2 pt 4,5
- tr _ - - 5 | 146! - +
sel 0:8 en | pe = 65| 15| - tr
t | 7,6| - 19! - 2e 1,9
- + - |[337| - - _ — La
L = ps 6 #5 2 6 = 2
12 |129| 4,5! 518| - : 1,80
6 12! 6 2,2| - 30 - - -
_ = t 3,7| - a - _- =
tr = - 3 - - 34| - =
107{P45E 0er) 2) See) RS
27 [Li | —|f430) 88/2 as tr 2,2
5,5| - - 4,51 - # 2,8 | 18 -
t | - - - - - - - -
23 E _ 3 _ 1 4,2 2,3 Es
tr - _ - - = 22,4| - _-
71e) Le = e a 2 . - | 10,8
2 - _ t _ _ _- - &
_ = _ a - 30,2| - F 28,8
= æ# _ = _ \ 4 _ _ =
CNE en NACRE = EL
e = S E # 49| - L &
= = + 4510 = : Æz ”
20 - _- - - - = 3,4 | 25
SRE. RES Pre _ _- _ _ - = _ & 7,7 3
ToraL....... ..| 27,8 |142,5] 25,0 | 38,0|135,0| 3,8 | 111,8| 73,7 | 34,8 | 79,3
Les résultats montrent que les pluies obéissent à certaines lois générales qui seront
dégagées, après l'examen de la
Massif,
pluviométrie journalière, des observations faites sur le
Source : MNHN, Paris
20 H. GILLET
b. Pluviométrie journalière sur le Massif.
En 1958 et en 1939, grâce à la présence de deux hydrologues de 'O.R.S.T.O.M. dans
Y'Ennedi, des observations ont été faites simultanément en plusieurs stations, ce qui permet
d’analyser plus finement la répartition des pluies à travers le Massif.
Année 1958.
Voici les principaux résultats intéressant la période du 24 juillet au 18 août :
Fada Aouë Sebé Bachikélé
24.pañlert Er nt RENE n - = 5 1,9
DID nus dan raisins uen 2 8,7 4,5 24,6
2% — 39,2 20,4 - 37,9
127 Am - 20,1 - 20,1
| L 0,2 13 2,2
| a 18,7 5 à
- 1,3 28 LA
39,2 18,8 25 12,4
6,5 14,2 - 19,0
- 2,2 EL 1
21 _- 2 z
- 6,3 = &
: : À 64
4,5 e 2. 45
6 = _ 2
Æ = 28
3 EL e 65
L = 45
| n " « 4
| = » = 12
La station d’Aoué était tenue par M. M. Rocxr,
et celle de Bachikélé par M. C. Dounr.
celle de Sebé par les autorités miltairts
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 21
Année 1959.
Fada Kossomaba Bachikélé | Localités diverses
Poste militaire | H. Giccer C. Dounre H. Giiuer
22 juillet. - - 8,0 -
23 — .. > S = u
24 — # 4 ti ni
25 — = = = Si
26 — .. - ” + 2
27 — .. = Le +. =
28 — = … 2,0 =
29 — 1,1 14,1 2,5 _-
ce 0,1 = = ”
31 — .. 1,9 54,6 26,5 -
1er août. . tr = à -
2 - 5,2 28,5 -
3 KE 2,9 14,1 -
4 - - 22,0 =
5 3,1 7,5 3,5 =
6 - _ 22,0 -
L - = S 1,8 Doué Nohi
8 - - 5,5 =
9 1,9 - 7,5 -
10 33,7 - 2,0 11 Nohi Takadil
11 6 _- 23,0 2,3 Kotea
12 51,8 - 13,0 27,6 Aloba
13 22 Ë = È
14 3,7 - 32,5 7,6 Aloba
15 3 - 0,5 18 Aloba
16 7,9 = 1,5 -
17 13,9 = 7,0 =
18 1,5 É 1,5 =
19 à # ” #
20 3 a 13,5 s
21 & e 05 =
22 = = 2 =
23 a 2 s it
24 - 2,0 -
25 1 _ 10,0 17,3 Sini
5° Lois GÉNÉRALES DE LA SAISON DES PLUIES
. . Celles-ci ont été établies d’après des observations personnelles portant sur les cinq
missions.
a. Brutalité de l'installation de la saison des pluies.
sk En général l'installation de la saison des pluies est précédée du passage d’un souffle
d'air très légèrement humide, sans qu’il y ait pour autant changement duStype :dé\témpsis
22 . H. GILLET
Le plus souvent quelques nuages apparaissent dans la matinée. Puis la tornade arrive,
Les premières tornades correspondent au passage du front intertropical au-dessus du Massif,
Ce passage est accompagné de phénomènes puissants de turbulence, les masses d’air humide
et d’air continental se heurtant violemment.
La violence de la première tornade de l’année est un fait bien connu des habitants.
Celle-ci porte un nom spécial : Wohori (en gorane). En voici quelques exemples concernans
CAD acier 28,9 millimètres le 27 juillet 1957
39,2 millimètres le 26 juillet 1958
25,0 millimètres le 28 juillet 1960
39,5 millimètres le 16 juillet 1964
Il y eut 54,6 millimètres le 31 juillet 1959 à Kossomaba et 47 millimètres le 22 août
1962 à Sania. Dans tous les cas ce furent les tornades les plus importantes de l’année, La
coïncidence n’est pas due au hasard.
Cette arrivée brutale des pluies a des conséquences très heureuses sur le dé
de la végétation. Le sol est humidifié sur une grande profondeur. Les graines sont d'emblée
suffisamment imbibées pour germer.
b. Brutalité de l'arrêt de la saison des pluies.
Le plus souvent une tornade plus violente que les précédentes annonce la fin de k
saison des pluies. Les nomades la reconnaissent parfaitement par l'ampleur des phénomènes
surtout électriques. Elle est précédée d’un vent violent. Les éclairs se succèdent sans interrup.
tion. Le tonnerre roule en permanence. Cette tornade est un peu l’homologue de la première
tornade. Elle arrive, disent les nomades, quand les arêtes plumeuses des Aristida Papposa
ondulent sous le vent. Elle correspond comme la première au passage du front tropical, mais
cette fois-ci dans le sens contraire, quand il régresse vers le Sud.
Voici quelques exemples concernant le poste de Fada :
20 millimètres le 30 août 1956
21 millimètres le 27 août 1961
22,4 millimètres le 21 août 1962
25 millimètres le 30 août 1964
Les tornades que nous avons enregistrées le 25 août 1959 (O. Sini, de 17,3 mm) et
le 29 août 1964 à 5 kilomètres au Nord d'Enibé (feuille d’Aga Dubé) correspondent à ce type.
La fin des pluies est d'autant plus subite que la saison des pluies a été excédentaire,
pour l’année 1959 : du jour au lendemain après la pluie du 25 août, le ciel est devenu défini:
tivement serein; également pour 1962 où après la pluie du 25 août, le ciel s’est retrouvé dès
le 27 août entièrement débarassé des nuages, et pour 1964 où après la pluie du 30 août, le
soleil n’a cessé de briller, de son lever à son coucher.
c. Allure de la saison des pluies.
La saison des pluies n’est pas continue, Elle est le plus souvent entrecoupée de périodes
de beau temps pendant lesquelles il ne pleut pas. Les masses d’air humide envahissent l'Ennedi
puis se retirent. I y a plusieurs avancées et reculs.
Cas d’une année fortement déficitaire.
Prenons comme exemple l’année 1957 où il Y eut successivement :
— une période pluvieuse du 23 au 28 juillet:
— une période sèche du 29 juillet au 7 août;
— une deuxième période pluvieuse du 7 au 13 août;
— une deuxième période sèche du 16 au 22 août avec un orage isolé le 15 août;
— une troisième et dernière période pluvieuse du 23 au 28 août.
Les périodes pluvieuses sont courtes et les périodes sèches sont longues. Les plantes
sont placées dans de mauvaises conditions de croissance. Une partie des plantules n'arrive
pas à se développer. Source : MNHIN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 23
Cas des années excédentaires et des années moyennes.
Si la saison des pluies est courte, elle est pratiquement continue. Ce fut le cas en 1959
où après le passage du front tropical sur l’Ennedi le 29 juillet il y plut chaque jour jusqu’au
25 août. La saison des pluies n’a duré que 28 jours.
Si Ja saison des pluies est longue, il y a des périodes de récession. Ce fut le cas en 1964
où l’on assiste successivement à :
__ une première vague pluvieuse du 15 au 18 juillet suivie d’une courte période sèche
du 19 au 22 juillet;
— une deuxième vague pluvieuse de deux jours 23 et 24 juillet suivie d’une deuxième
période sèche du 25 au 31 juillet;
— une troisième vague pluvieuse du 1e au 13 août suivie d’une troisième période
sèche de 3 jours (14, 15 et 16 août);
— une quatrième et dernière vague pluvieuse du 17 au 30 août.
En 1958 la saison des pluies présente les différentes phases classiques :
_ 4re phase pluvieuse du 24 juillet au 6 août;
— 2e phase sèche de 4 jours du 7 au 10 août;
— 3e phase pluvieuse du 11 au 24 août.
Elle est simplement interrompue par une période sèche de quatre jours.
En 1962 la saison des pluies a une allure comparable :
— 1re phase pluvieuse du 20 au 27 juillet;
— 2e phase sèche du 28 juillet au 5 août;
— 3° phase pluvieuse du 6 au 25 août.
Le 27 juillet en fin d'après-midi une masse nuageuse de haute turbulence et fortement
électrisée est passée au-dessus de l'Ennedi. Elle présentait tous les caractères d’une zone de
friction entre deux masses d’air d’origine différente. En fait elle correspondait au retrait
passager du front tropical, ce qui fut confirmé par le maintien d’une période sèche de 9 jours
consécutifs.
Il n’y a donc pas de règle absolument générale et les afirmations des Africains qui
prétendent qu’à chaque nouvelle lune les précipitations ont une plus grande fréquence sont
démenties par les faits.
Un cas assez fréquent est l'interruption de la saison des pluies par une période sèche.
6° LOCALISATION DES TORNADES
La localisation des tornades est un fait évident pour un observateur placé dans l’Ennedi
pendant la saison des pluies. S’il occupe une position culminante il lui arrive souvent d’assister
à la formation simultanée à l’heure méridienne de plusieurs systèmes nuageux. Il verra ces
systèmes se développer rapidement en hauteur par mouvement ascensionnel, rester quelques
temps immobiles, puis déferler sur 1’Ennedi en prenant une direction Ouest légèrement Sud.
Chacun d’eux présente un front étroit, et semble posséder une vie autonome. De plus, dans
son déplacement la tornade évoluera, elle grossira, puis, au bout d’un certain parcours s’atté-
nuera et finira par se dissiper. On comprend alors facilement les variations considérables de
la pluviosité qui peuvent se produire durant une même journée suivant les localités.
Orage isolé.
Dans ce cas la localisation est bien définie. Un cas précis a été signalé par BRAQUAVAL
le 24 juillet 1957 à Nargao. Cet auteur précise que d’après les traces relevées sur le sol, l’exten-
sion Nord-Sud a été de 3 kilomètres et celle Est-Ouest de 5 kilomètres, pour une hauteur de
pluie de 15 millimètres.
Un autre cas est celui observé personnellement le 5 août 1958 à Fada. Ce jour-là un
orage isolé à éclaté sur le poste. Deux pluviomètres étaient en position. L’un, officiel, installé
sur le toit de la case du Sergent radio, avait reçu 21 millimètres, l’autre, personnel, installé à
la case d’agriculture à 100 mètres de distance avait reçu 11,5 millimètres. Les deux chiffres PRÉ paris
24 H. GILLET
été mesurés avec la même éprouvette et contrôlés. Ils sont exacts. Cette observation sûre
confirme les impressions relatées par certains observateurs selon lesquelles, dans certains
cas, les marques de la pluie sur le sol s'arrêtent brusquement sur quelques mètres de distance,
Distance parcourue par une tornade.
A Kossomaba au point de confluence de 1’0. Maya et del’O. Aoué, à exactement 40 kilo.
mètres à l'Est de Fada, il est tombé le 31 juillet 1959 entre 11 h 20 et 12 heures 33,7 millimètres
contre seulement 1,9 millimètre à Fada entre 12 et 13 heures. Comme il semble à peu près
évident que les deux localités aient été intéressées par le même système, cette observation
apporte la preuve de l'épuisement de la tornade au bout d’une quarantaine de kilomètres,
Ceci semble bien représenter le parcours de la tornade moyenne en Ennedi, car si
l'on compare les hauteurs de pluies tombées le même jour sur deux localités séparées par une
plus grande distance l’on s'aperçoit qu'il n'y a plus qu'une correspondance faible.
La distance entre Fada et Aoué est de 47 kilomètres à vol d’oiseau. Le 25 juillet 1958
Aoué recevait 6,3 millimètres entre 13 h 14 et 13 h 35, Fada ne recevait que 0,2 millimètre
vers 14 h 30.
Le 26 juillet 1958 Aoué recevait 20,4 millimètres entre 12 h 41 et 14 h 27, Fada 39,2 mil.
mètres entre 13 h 25 et 15 h 30. IA s’agissait alors d’une grosse tornade. Le 27 juillet 1958,
Aoué recevait 20,1 millimètres et Fada O.
7° RÉPARTITION DES PLUIES A TRAVERS LE MASSIF
L'arrivée des pluies dans le Massif de l’Ennedi varie suivant les années et également
suivant les secteurs.
a. Dates d'arrivée des premières grandes pluies.
Elles sont données par le tableau suivant :
Secteur de l’Ennedi
Année Date a |
. [nuit du 26 au 27 juillet Ouest Ennedi
26 juillet Ouest Ennedi
29 — Région au sud d'Aouél
28 — Ouest Ennedi
20 — .
20 — Sud et ouest Ennedi
(rég. de Sanis et Fads)
20 — 14
16 — Ouest Ennedi
26 — Sud Ennedi
—|
Les premières pluies d'importance, celles qui déclanchent le démarrage massif de la
végétation ont donc lieu chaque année à peu près à la même époque, entre le 16 et le 26 juillet.
La première grosse pluie est parfois précédée quelques jours avant d’une petite pluie,
qui se manifeste presque toujours dans le Sud du pays. Ainsi en 1958 la région de Bir Berdobs
a été le 14 juillet intéressée par une bonne tornade, et en 1959 Bachikélé a reçu 8 millimètres
le 22 juillet.
b. Évolution de la situation.
Cependant au cours de la saison des pluies, une évolution se produit. La zone de for
mation des tornades, qui au début est axée sur le méridien 22° 10’, s'étend à tout Î!
et en plein mois d'août il ne semble plus y avoir d'axe privilégié. Au fur et à mesure que
saison des pluies avance, les pluies gagnent vers l'Est.
Source : MNHIN, Paris
25
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
Ainsi en 1964 au niveau du parallèle 17°, les premières pluies importantes eurent lieu
le 16 juillet sur le méridien 21° 35’, le 8 août sur le méridien 22° 35’ qui était arrosé pour la
première fois, et le 19 août sur le méridien 23° 8’, région où il ne pleut pas tous les ans. H
en résulte que le cycle de la végétation est plus tardif à l'Est qu'au Centre et à l'Ouest.
La situation était particulièrement significative le 9 août 1964. De notre observatoire
à la Mare de Keheï (16° 50’ de latitude et 22° 38” de longitude) nous avons assisté à la formation
de cinq lignes de grains dont l’une a pris naissance juste au-dessus de nos têtes. A V'Est le
ciel est resté dégagé. Les tornades ont toutes filé vers l'Ouest en augmentant de volume. H
est facile de déduire que la zone la plus arrosée a été, ce jour, la zone située à une distance de
10 à 20 kilomètres à l'Ouest légèrement Sud de la Mare de Keheï. Fada trop éloigné n’a reçu
que 1,9 millimètre.
c. Bilan général.
I est très difficile d’avoir une idée exacte de la répartition des pluies à travers le Massif.
Les deux seules années où un nombre suffisant de pluviomètres ont été placés pour permettre
d'établir des isohyètes sont 1958 et 1959. Dans les deux cas elles permettent d’établir un centre
de plus haute pluviosité au S.-S.E. d’Aoué ce qui est en parfait accord avec la stagnation géné-
rale pendant la première vague de pluie (fin juillet début août) du centre actif de formation
des tornades sur le plateau Biti.
Cet état de fait a été corroboré par de nombreuses observations, comme celle du
29 juillet 1959 où de notre campement à Kossomaba il était facile de voir 3 axes rapprochés
de lignes de grains dont le médian centré sur l’axe Koubé Basso, Aoué, Tourba, comme celle
également du 3 août 1959 où pendant plus d’une heure une masse nuageuse a défilé sur ce
même secteur d’Aoué Bourkouba.
D'après un certain nombre d'observations faites sur le vif, il semble acquis que le
relief intervient dans la direction que prennent certaines tornades. JA est facile de constater
en particulier qu’arrivées devant la plaine Sini, les lignes de grains évitent le centre de la
plaine et suivent de préférence la ligne de relief à l'Est qui passe par Bachikélé (observations
du 16 août 1959 et des 4 et 5 août 1964). C’est pourquoi un centre de pluviosité plus élevée
semble correspondre à la barrière rocheuse qui va de Sebé à Bachikélé.
Sur le versant Nord, il est étonnant de constater que les trois ouadis O. Ouko, O. Archi,
O. Birré, tous issus du Massif de Tourkou, subissent chaque année des crues importantes.
Comme leurs bassins versants se réduisent à ce seul massif, l’on est obligé d’admettre que ce
dernier subit chaque année des fortes pluies. Cette même région de Tourkou située au Nord-
Nord-Est de la région d’Aoué, semble donc correspondre à la zone d'arrêt des masses d'air
humide vers le Nord. Elle est de par sa position géographique une zone constante de friction.
Le caractère capricieux et anarchique des tornades, souvent décrit par les auteurs,
résulte d’une première approximation et traduit notre ignorance devant la complexité du
problème. Mes observations semblent mettre en évidence une loi de compensation selon
laquelle les tornades, après avoir effectivement cheminé le long de certains axes privilégiés
se dirigent au contraire dans une deuxième phase vers les zones les moins arrosées. Ainsi
pendant notre séjour au bord de la Mare de Keheï entre le 9 et le 12 août 1964, nous avons
remarqué qu'après la tornade du 10 août qui a arrosé abondamment la région (23,5 mm),
les tornades des jours suivants (11 et 12 août) bien que prenant naissance exactement dans la
même zone au Nord-Est, contournaient la zone intéressée par la première tornade, tant et
: bien qu’au bout de quelques jours l’ensemble du pays avait reçu à peu près la même quantité
eau.
Quelques faits demeurent surprenants. Ainsi en septembre 1958 les deux mares voi-
sines de Bodhoué et de Soboro distantes de 7 kilomètres et situées pourtant sur le même axe
Ouest-Est revêtaient deux aspects extrêmement différents : celle de Bodhoué était complète-
ment sèche tandis que celle de Soboro était pleine d’eau. Mais en 1962, Ô caprice de la nature,
la situation était exactement l’inverse! Celle de Bodhoué était recouverte de 0,50 mètre d’eau
(23 août) tandis que celle de Soboro était presque à sec (29 août). Comme ces mares sont ali-
mentées directement par endorhéisme, l’on est bien obligé d'admettre qu'il existe des variations
globales très importantes de pluviosité sur quelques kilomètres.
L'irrégularité de la répartition des pluies apparaît plus spécialement en année déficitaire
et sur le versant Nord de 1’Ennedi. Les bandes de pluie sont alors nettement orientées Est _.
OUPCE | Paris
26 H. GILLET
Ouest et un observateur qui traverserait le Massif en septembre d’une telle année suivant un
méridien rencontrerait successivement des zones de quelques kilomètres de largeur où la
végétation est développée et des zones beaucoup plus larges où elle ne l’est pas.
En année normale un certaine homogénéisation du bilan des pluies se produit au cours
de la saison des pluies.
8° L’INTENSITÉ
La nature tropicale des tornades qui s’abattent sur l’Ennedi est frappante si l’on considère
leur intensité moyenne. BRAQUAVAL considère comme précipitation tropicale standard une
précipitation d’une durée de vingt à trente minutes avec des intensités de 10 millimètres en
dix minutes (60 mm/h). Cette définition s’applique aux précipitations que nous avons observées.
A chaque saison des pluies il y a en effet au moins une tornade qui répond à cette défi-
nition,
5°
AOUT 1962
GOURKA
30°
25°
| s
0 15°
14H00 14H30 15H00
Fic. 3
En trait fin la courbe de la température, en trait plus épais la courbe de l'intensité
TABLEAU I
Date Lieu Début | Fin | Durée | Hauteur Poe Intensité maximale
ma mm
29 juillet 1959.............. Kossomaba ............. ...| 13h26 | 13h45 19 12,4 | 39,2 mm/h | 126 mm/h pendant 1 mn.
31 juillet 1959............ 11h20 | 11h 59 39 33,7 | 51,9 mm/h | 138 mm/h pendant 1 mn. E
31 juillet 1959... 12h19 | 12h 50 31 16,8 | 32,5 mm/h | 84 mm/h pendant 1 mn. d
3 août 1959. 13h15 | 13h56 | 41 2,9 faible 34 mm/h pendant 3 mn. $
5 août 1959...... 15h30 | 18h 150 75 faible 36 mm/h pendant 1 mn. Ë
12 août 1959........... .[ 13h08 | 13h34 | 26 21,7 50 mm/h | 180 mm/h pendant 1 mn. É
44 août 1959... 7h 7h33 33 7,0 faible 84 mm/h pendant 1 mn. £
15 août 1959 6h45 | 7h57 72 8,0 faible 42 mm/h pendant 1 mn. #
25 août 1959. 13h35 | 13h53 18 47,3 | 57,7 mm/h | 144 mm/h pendant 2 mn. EL
20 juillet 1962.......... PA Fadas Mt EMiTs res .[ 41h20 | 11h35 15 13,3 | 53,6 mmjh | 168 mm/h pend. 1 mn au début. || À
25 juillet 1962. 20 km Est de Fada .[ 42h54 | 13h04 10 6,5 39 mm/h | 78 mm/h pendant 1 mn. Ë
6 août 1962. Koubé Basso. .[ 14h28 | 16h10 | 102 6,5 faible 30 mm/h pendant 1 mn. É
8 coût 1962 a Koubé Basso. È 13h19 | 13h51 32 8,8 faible 42 mm/h pendant 1 mn. 8
16 août 1962... A RS 14h30 | 17h36 | 186 16,2 faible 18 mm/h pendant 1 mn. os
20 août 1962. 14h17 | 14h53 36 53,9 90 rmm/h | 342 mm/h pendant 1 mn. 2
21 août 1962 15h23 | 17h 97 41 faible 6 mm/h pend. plusieurs mn. ë
1er août 1964 . 17 h 40 | 19h10 | 100 79 faible 12 mm/h pendant 1 mn.
10 août 1964... RER 13h38 | 15h58 | 4140 23,5 faible 78 mm/h pendant 1 mn.
12 août 1964... AA 16h38 | 18h 82 8,9 faible 60 mm/h pendant 1 mn.
13 août 1964. 13 h 49 | 14h 29 40 5,2 faible 24 mm/h pendant 1 mn.
19 août 1964. 13h24 | 15h 96 17,5 11 mm/h | 150 mm/h pendant 1 mn.
&
S
Source : MNHN, Paris
28 H. GILLET
Le tableau ci-contre donne les caractéristiques des précipitations principales que nous
avons analysées au cours de nos trois dernières missions, les intensités ayant été mesurées
b inute.
rie du 20 août 1962 est tout à fait exceptionnelle. Une précipitation de 53,9 mÿl.
limètres en trente-six minutes est un véritable déluge. Une intensité de 342 mm/h. est très
rarement atteinte en zone soudanaise. Cela peut expliquer la violence de certaines crues qui
sont capables d'emporter les berges et de déraciner les plus gros arbres.
9 NOMBRE DE JOURS DE PLUIE
Le nombre de jours de pluie est évidemment variable selon les années.
Pour Fada la répartition se fait de la manière suivante :
Juillet Août Septembre Total ]
jours jours jours jours
- [Pas de résultat 3 3 =
2 11 1 14
2 5 0 7
5 4 1 10
3 16 0 19
1 (0 2
4 10 0 14 |
6 10 0 16
2 5 1 8
3 9 0 12
Moyenne................. 8,1 74 0,6 11
Seuls les jours ayant reçu une pluie enregistrable au pluviomètre figurent dans c
tableau, ce qui exclut les jours où n’ont été relevées que des traces de pluie.
En dehors de Fada nous disposons d’un autre résultat, celui de Bachikélé pour 1958 :
17 jours de pluie, chiffre nettement plus élevé que celui de Fada (10), ce qui est en accord
avec la position plus méridionale de cette localité.
I est évident que le nombre de jour où il pleut quelque part dans le Massif de l’Ennedi
est plus élevé qu’à Fada, en raison du caractère local des pluies. L'on peut les estimer à :
1957. 17 jours
1958. 27 jours
1959. 34 jours
1962. 27 jours
35 jours
Ces valeurs correspondent au nombre réel de jours pendant lesquels l’Ennedi est plat
sous l’action des masses humides océaniques en provenance du Golfe de Guinée. 11 dome
une expression réelle de l'importance de la saison des pluies suivant les années, Dans
conditions l’année 1964 vient à égalité avec l’année 1959, et l’année 1957 paraît vraiment défr
citaire,
10° CLASSEMENT DES PLUIES SELON LEUR IMPORTANCE
I est commode de classer les pluies suivant cinq catégories :
— les traces, simples gouttes qui laissent des traces sur le sable, mais ne
pas la pluviométrie. Elles ne doivent pas être négligées car elles sont le signe de passage
0 , : SCA
nuages ou d’un temps couvert, ou d’une pluie à proximité; Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 29
— les pluies comprises entre 0 et 5 millimètres. Elles n’intéressent que la couche très
superficielle du sol, mais sont capables de faire entrer un grand nombre de graines en activité.
Ce sont plus des pluies d’entretien que des pluies actives;
— les pluies comprises entre 5 et 10 millimètres. Elles profitent essentiellement aux
annuelles;
— les pluies comprises entre 10 et 20 millimètres. Elles correspondent aux bonnes
tornades. Elles pénètrent largement dans le sol et agissent sur les Phanérophytes;
— les pluies supérieures à 20 millimètres. Elles imprègnent profondément la rhizo-
phère et viennent alimenter les réserves d’eau du sol : ce sont celles qui permettront à un
certain nombre de pérennes de rester en végétation un certain temps après les pluies.
Le nombre de jours de traces de pluie varie d’une année à l’autre. Il est de :
1956
1957
1958
1959
1962
1964
H est plus grand pour les années déficitaires.
Très révélateur est le nombre de tornades supérieures à 20 millimètres dans une saison.
Les grosses pluies jouent en effet un rôle primordial, car une part importante de l’eau tombée
est évacuée en dehors du Massif par les crues et va alimenter certaines zones d'épandage
(Bagada, plaine d’Archeï, etc.). Là, quelques temps après, le sol se couvre de pâturages très
appréciés et très recherchés. Ce sont ces tornades qui font les bonnes années. Pour Fada il
y en eut :
1956
1957
1958
1959
1960
1961
1962
1963
1964
DOOSNE NE
L'analyse minutieuse des pluies révèle que les tornades supérieures à 30 millimètres
sont très rares et que dans la plupart des cas les indications pluviométriques de cette nature
sont la conséquence de plusieurs pluies consécutives. Ainsi au cours de la journée du 12 août
1959 il y eut à Fada quatre précipitations :
5,8 millimètres entre 3h 45 et 4 h 10
15,1 millimètres entre 13 h 40 et 14h 15
27,5 millimètres entre 15 h 20 et 15 h 45
3,4 millimètres entre 16 h 00 et 18 h 00
totalisant 51,8 millimètres.
À Kossomaba le 31 juillet 1959 il y eut trois précipitations :
4,1 millimètres vers 3 h 30
33,7 millimètres entre 11 h 20 et 11 h 55
16,8 millimètres entre 12 h 17 et 12 h 50
soit un total de 54,6 millimètres pour la journée.
Ces résultats nous conduisent à admettre que très vraisemblablement les précipitations,
annoncées dans les annales, de plus de 40 millimètres sont la résultante de 2 ou 3 précipitations.
La tornade de 57,7 millimètres, accompagnée de grêle, que j'ai subie le 20 août 1962
st un fait rarissime qui ne doi i js par si
qui ne doit survenir que quelques fois par siècle. Source : MNHN, Paris
30 H, GILLET
III. THERMOMÉTRIE
1° CARACTÈRES GÉNÉRAUX
Le Massif de l’Ennedi se trouve dans l’Hémisphère Nord, en zone tropicale à 6 de
latitude au Sud du Tropique du Cancer. Ces faits commandent la thermométrie. Trois facteurs
interviennent : le déplacement du soleil, les précipitations estivales et les froids hivernaux,
Les températures maximales croissent vers un maximum qui théoriquement devrait se situer
en août, mais l'influence des pluies abaisse à cette époque les températures de quelques
degrés, si bien que le maximum se produit en juin. ; k
Les valeurs de la température varient dans des limites toujours compatibles avec le
développement de la végétation.
2° Minimums
a. Moyenne.
Le moyenne des minimums de température s'élève de janvier à juin, marque un léger
fléchissement en été coïncidant avec les pluies, puis baisse avec l'approche de l'hiver.
Janv.|Févr.| Mars|Avril| Mai | Juin | Juil.| Août|Sept.| Oct. | Nov, Déc.
1956 (1)... ---17,2/ 21,4) 24,6| 20,7) 20,41 21,2) — | - |20,2|201| 20,1|14
1957. -[181/14,7/ 19,2] 22,5] 26,5| 26,7] 26,0| 25,7] 26,3] 23,5| 22,3] 164
1958. [160 15,2/20,1/ 24,6! 25,41 27,0) - | - | _ |240 1671450
1959. -[18,6/12,9/20,1/23,9| 25,5| 26,5) - | - | _ |227/188/135
1960... <[18,8/15,1/20,3/28,2| 27,9) 27,8) — | - | _ | _ |ig0/174
1961. -[14,7/13,2/17,8/ 28,5] 24,4| 25,5] 25,0! 24,1| 23,7| 21,0 16,9) 116
1962 -[12,2/13,5) 22,3| 23,7| 24,5| 26,5) 24,4| 24,0) 22,1] 29,6] 20,2|153
1963... -[140/15,8/17,6) 22,3) 25,0| 24,2) — | _ | _ |256/18514$
1964 -[12,9/ 14,7/ 21,0| 24,6| 27,7] 27,9) - | - 244) - | ||
Moyenne calculée sur la
période 1957-1964, sauf pour
pour les six derniers mois... | 13,8) 14,4 19,8] 24,1] 25,0| 26,5] 25,1] 24,0| 24,1 23,5 18,8) 149
(1) Les résultats de l'année 1956 nous paraissent suspects,
Les tirets signifient que nous ne possèdons pas de mesure pour les mois correspondant.
Elle subit une hausse très sensible de l’ordre de 5° par mois de février à mars et de
mars à avril, passe par un maximum en juin et diminue rapidement d’octobre à novembre
et de novembre à décembre.
b. Valeurs minimales (« minima minimorum ») pour Fada :
Hiver 19551956 : 11,0 le 24 décembre et 12,0 le 25 décembre
Hiver 19561957 : 9,4 le 16 décembre et 6,3 le 13 janvier
Hiver 19571958 : 10,9 le 16 février
Hiver 1958-1959 : 6,0 le 25 janvier et 6,5 le 23 février
Hiver 19591960 : 6,5 le 29 décembre et 6,0 le 2 janvier
Hiver 1960-1961 : 7,0 le 30 janvier
Hiver 19611962 : 8,0 les 26 et 29 décembre
Hiver 1962-1963 : chaud 13 à 140 comme valeurs minimales,
1 ne semble pas qu'il y ait de corrélations valables entre les variations interannuells
des moyennes des minimums de la saison sèche et Y'importance de la saison des pluies qi
Va suivre.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 31
Les plus basses températures observées à Fada sont de l’ordre de 6. Elles n’ont pas
lieu avant la fin décembre.
r
4.
FADA
températures
ses moyenne max." k———
case moyenne =
CREER moyenne min
ai
|
|
|
r degrés C.
DT
|
|
|
[
es
=
>
=
>
C9
se
z
o
Fic. 4
Moyennes établies à Fada sur la période 1957-1964, sauf pour les mois de juillet, août et septembre
c. Gel.
Le gel a une grande importance sur la végétation. Il joue le rôle de facteur limitant pour
la répartition d’un certain nombre de plantes, en particulier pour les plantes tropicales qui
supportent très difficilement les températures négatives.
Aucune température négative n’a été enregistrée officiellement dans 1’Ennedi et les
gelées sont inconnues à Fada et en plaine. Mais au Nord de J’Ennedi dans la dépression du
Mourdi des températures comprises entre 0 et + 1° ont été enregistrées à différentes reprises
par les militaires aux alentours du 1er janvier. En janvier 1957 le capitaine LAFONT, tenant un
bloc de glace dans ses mains, a été photographié dans le Nord-Est de 1’Ennedi à Gourgouro.
De nombreux témoins ont assisté à la scène. La limite du gel en plaine passe au Nord de
l’Ennedi et descend vers le Sud à l'Est jusqu’au 17€ parallèle.
d. Influence de l'altitude.
Celle-ci est très marquée, particulièrement au-dessus de la cote 1 000 mètres. Par des
mesures répétées, faites au cours de mes missions, il a été prouvé qu’il existait une différence
d'au moins 69 entre les minimums au-dessus de 1 000 mètres et les minimums de Fada situé
à 545 mètres. Source : MNHN, Paris
92 H. GILLET
Exemple :
Das Dieu | Alitude | ane || aie | Différence
=
31 juillet 1962.................. Biti Menalla 1.095 18,8 26 7,2
ler août 1962 ...| Val Basso 998 16,4 26 9,6
2 août 1962. Val Basso 998 | 19,1 25 5,9
17 août 1962. ..... . | Gourka 1.120 19,5 25 5,5
3 septembre 1962. . | Mare Togosso| 1.120 | 17,5 23 55
.| Keheï 935 | 20,0 24 4
...| Keheï 935 19,5 24 45
Keheï 935 20,5 25 45
14 août 1964. . Di 964 17,8 25 7,2
15 août 1964. ... Kriss Keheï 965 19,0 25 6,0
17 août 1964. . Tebédé 969 19,0 27 8,0
18 août 1964. . Korrou 965 19,2 26 68
28 août 1964... Mornou 1.055 17,2 25 78 |
23 septembre 1964 Koboué II 981 17,2 20 28
24 septembre 1964 Koboué I 959 18,8 24 5,2
25 septembre 1964. Djorma 1.042 19,6 25 54
L'influence de l'altitude sur les minimums est considérable. Elle est encore plus in.
portante les jours de pluie par suite de l’évaporation des surfaces mouillées. On comprend dès
Lors que sur les hauts lieux de l'Ennedi règnent des conditions favorables à une flore d'altitude
N'oublions pas que la phase active de croissance des végétaux coïncide avec les températins
les plus fraîches.
e. Minimums écologiques.
La topographie locale joue un rôle important. Les échanges calorifiques étant beaucoup
plus rapides entre le sable et l'air qu’entre la roche et l'air, les fonds des ouadis sablonnewt
enregistreront des températures plus basses que leurs berges. De pius l'air froid a tendance
se plaquer dans les ouadis encaissés.
Ainsi le 30 octobre 1958 une température de 9,8 a €
l'O. Dougouro présentant à cet endroit un lit sableux encaiscé.
Le 15 juillet 1962 le minimum sur le sable d’un affluent de VO. Angrettaha était de
18,8° tandis qu'il était de 23,19 à un mètre de hauteur.
Le 19 juillet 1962 à Bir Tourba le minimum était de 17,0° sur la surface du sableetde
22,8 sur la surface d’un rocher.
mesurée à Dougouro Tal,
Trois mesures faites le 1er octobre 1959 à l'O. Kouro montrent combien à cette époque
l'air froid s'accumule dans le fond des ouadis : le minimum était de 12,6° sur le sable, de
14,49 à 0,50 mètre de hauteur et de 16,3° à 1 mètre de hauteur.
Les conditions locales varient à l'infini. C'est pourquoi nous limiterons à ceux qé
précèdent les exemples cités.
f. Influence du rayonnement nocturne.
Cette influence joue principalement après les pluies au début du mois de septembt
sitôt que l'air débarrassé des nébulosités est sonmis au rayonnement nocturne. D'in &i
coup on assiste à un affaissement des minimums. Cette action est renforcée dans les bas-fonds
à végétation fournie par l'accumulation de l'air froid et par l'évaporation.
Ainsi le 2 septembre 1958 dans la dépression de Nobi Mshamé le minimum a été&
16,0°, contre 22,2 le 30 août à Nohi Oberri.
Nous verrons que cet abaissement de température est en relation avec la rosée.
Source : MNHN, Paris.
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 33
g. Minimum lié aux précipitations.
C’est 1à un phénomène que nous avons mis en évidence surtout pendant les années
pluvieuses. Il arrive souvent, alors, que le minimum de la température ne soit pas relevé une
heure ou deux heures avant le lever du soleil, mais précisément au plus fort de la pluie. De
nocturne le minimum devient diurne et coïncide avec l'intensité maximale de la pluie.
Le plus bel exemple est celui de la plus grosse tornade enregistrée, celle du 20 août
1962 où pendant quatre minutes la grêle est tombée. La température est descendue alors à
16,8° à 14 h 27 alors que le minimum nocturne était de 19,49.
Ce phénomène se produit presque toujours à la première tornade, si celle-ci est d’im-
portance. Ainsi à Kossomaba le 31 juillet 1959 le thermomètre est descendu à 20,40 à 11 h 46
alors que le minimum nocturne était de 22,59.
Le 10 août 1964 à Keheï le minimum nocturne était de 20,0° et pendant la tornade de
l'après-midi, la température est descendue à 19,79 à 14 h 30 et a oscillé plusieurs fois entre
19,8° et 20,00.
Le 19 août 1964 au bord de l’O. Bayrkou le minimum nocturne était de 22,0° et pendant
la tornade le thermomètre est descendu à 18,0° à 13 h 33, et est resté pendant six minutes
en-dessous de 19°.
Naturellement l'influence de l'altitude vient encore diminuer les valeurs absolues du
minimum de température au cœur de la tornade.
30 MaxIMUMS
a. Moyenne :
Janv.| Fév. | Mars|Avril| Mai | Juin | Juil. | Août|Sept.| Oct. | Nov. |Déc.
4957... 29,4| 30,1| 34,0! 38,0| 40,8| 40,9| 39,3| 38,4] 40,0! 39,2] 36,8| 34,1
.| 32,7| 32,2] 36,1| 40,9] 40,7| 40,9 (1) | - — |39,3| 36,6| 34,9
31,1! 29,5) 35,1] 39,4] 40,0! 41,8] — - — | 36,2] 31,0) 31,4
.| 30,4] 31,8] 36,3] 41,7| 41,2) 41,9| — - - - |35,0| 34,2
-| 31,1] 27,5| 32,5| 37,8| 39,7] 41,1| - - |36,7| 35,8| 31,5] 29,0
.[28,2| 31,2] 37,1| 37,5| 39,2] 40,1) — — |39,3| 39,5| 37,7| 34,3]
.[ 33,5] 36,8| 36,2] 40,3] 42,3| 43,2) - _- — |39,4| 34,5| 33,4
.[ 33,1! 33,5] 41,7| 42,6] 42,7] 43,8) - - |39,7| - _ -
Moyenne. .......... 31,2] 31,6] 36,1] 39,8] 40,8] 41,7| — - |38,7| 38,2| 35,1| 33,0)
(1) Nous n’avons pu obtenir des chiffres contrôlés pour ces valeurs.
La moyenne des températures maximales obéit à la loi générale. Elle varie au cours
de l’année : passant par un maximum en juin, elle subit un fléchissement pendant l'été en
raison des pluies, remonte légèrement en septembre (au moins dans la première quinzaine),
puis s’abaisse en hiver.
Elle subit une hausse brutale de février à mars, en comparaison beaucoup plus sensible
que la baisse correspondante à l'approche de l’hiver. Les températures maximales montent
plus vite au printemps qu’elles ne s’abaissent à la fin de l'automne.
Autre règle : l'amplitude des températures maximales est plus faible au cours de l’année
que celle des températures minimales, 10,5° contre 12,70.
Aucune corrélation ne peut être établie entre la valeur des moyennes des maximums
et l'importance de la saison des pluies qui va suivre. En 1964, les maximums ont été très élevés
de mars à juin et la pluviosité à été forte (130,5 mm). Par contre en 1960 avec des maximums
presque aussi élevés la pluviosité a été très faible (28,8 mm).
IL semble toutefois qu’il y ait une certaine relation entre une saison à pluviosité élevée
et des températures maximales peu élevées pendant l'hiver qui suit (1959 et 4961). yum, Paris
34 H. GILLET
b. Valeurs maximales.
Elles se placent en juin, 45,5° le 7 juin 1956. Les températures de 50° signalées corres.
pondent à des températures écologiques, et non à des maximums relevés dans des conditions
réglementaires.
c. Influence de l'altitude.
Comme pour les minimums l'altitude agit, mais d’une façon un peu moins sensible,
Exemple :
Date Lieu | Attitude | Ra | Diférenol
=
9 octobre 1959. Aoué 950 | 331 | 360 | 2,9
10 octobre 1959. Aoué 950 33,1 36,0 2,9
30 juillet 1962. Biti Menalla 1.095 35,5 ai 5,5
31 juillet 1962... Biti Menalla 1.095 34,5 ai 6,5
ler août 1962 .. Val Basso 998 35,6 42 64
3 août 1962. Koroni Basso | 1.023 35,1 41 5,9
16 août 1962... Gourka 1127 32,8 35 2,2
2 septembre 1962. Togosso 1120 35 38 30
28 août 1964. Mornou 1055 | 31,7 36 43
L'influence de l'altitude est beaucoup plus marquée en l'absence de nébulosité, quan
l'atmosphère est peu chargée en vapeur d’eau. Le fait que les hauts plateaux de l'Ennedi
jouissent d’un climat plus agréable avec le retour des chaleurs après la saison des pluies est
un fait bien connu des habitants et explique pourquoi le plateau Biti est relativement fréquenté
à cette époque.
d. Maximums écologiques.
L'action prolongée de l’insolation sur le sable ou sur les rochers provoque un échaufr.
ment du substratum, qui par rayonnement élève la température de l'air au voisinage. L'appareil
végétatif des plantes basses est ainsi soumis au milieu de la journée à de hautes températures,
I n’est pas commode de mesurer la température du sable en surface car, en y plaçant
un thermomètre, on mesure la température du réservoir de l'appareil, ce qui est bien différent
de la température réelle du sable. HA est possible d’éviter cet inconvénient en recouvrant le
réservoir d’une couche de sable de 2 mm d’épaisseur. La température mesurée de cette façon
était de 59,7° à 12 heures le 27 juillet 1959 à L’O. Tourba. Marcher pieds nus sur un parel
support surchauffé est une rude épreuve.
4° Moyenne
Elle est donnée par MH,
Janv. | Févr. | Mars | Avril| Mai | Juin | Juil. | Août | Sept. | Oct. | Nov. | Déc.
1957... .[21,25| 22,4 | 26,6 | 30,25] 33,65] 33,8 | 32,65| 32,05| 33,15] 31,35] 29,55] 25,45]
1958. 24,35] 23,7 | 28,1 | 32,75] 33,05] 33,95) (1) — |32,1 | 26,65] 254
1959. 22,35] 21,2 | 27,6 | 31,65| 32,75] 34,15) - - — [29,45] 26,4 | 2245)
1960.......122,1 | 23,45] 28,3 | 34,95) 34,55] 34,85| - - - |26,95)258
1961.......122,9 | 20,35] 25,15] 30,65] 32,05| 33,3 | - — |30,2 | 28,85] 23,85|203
1962. 20,2 | 22,35] 29,7 | 30,6 | 34,85] 33,3 | - 30,7 | 31,05| 28,95] 248
1963.
1964.
23,75] 26,3 | 26,9 | 31,3 | 33,65] 33,7 | - | - | - |32,5 | 26,5 |239
-[23 |22,1 | 31,35] 33,6 | 35,2 | 35,85) - | - |32,05) - | - | -
(1) Même remarque que page 33.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 35
Les variations au cours de l’année de la température moyenne mensuelle sont paral-
lèles à celles des minimums. Les deux mois les plus frais sont décembre et janvier, ce dernier
létant en général le plus. La température monte rapidement à partir de mars, passe par un
premier maximum en juin puis par un deuxième, mais moins accentué, en septembre et
décroit assez régulièrement jusqu’en décembre. La deuxième quinzaine de juillet et surtout
le mois d’août sont rafraîchis par les pluies.
59° VARIATIONS JOURNALIÈRES DE LA TEMPÉRATURE
La variation obéit aux règles générales. En dehors des jours de pluie et de grand vent,
la température passe par un miminum entre 3 et 4 heures du matin, monte rapidement avec
Yascension du soleil, passe par un maximum dans la deuxième heure qui suit le passage du
soleil au méridien, décroit d’abord faiblement, puis plus rapidement après son coucher.
Nous possédons de nombreuses mesures de cette variation, suivant les différents types
de temps. Voici divers exemples :
— journée du 15 août 1958 au confluent de l'O. Ely et de l'O. Arroué :
La matinée est belle et ensoleillée. Les premiers nuages apparaissent vers 15 heures.
Vers 17 heures le ciel se couvre progressivement par l'Est. A 18 h 11 quelques gouttes
tombent, mais la tornade passe plus au Nord :
6 h 30. 24° 31,30
8 h 30. 24,40 31,80
11 h 30. 30,0° 26,0°
12 h.. -. 30,0°
— journée du 30 août 1958 à Nohi Oberri :
La journée est ensoleillée et il n
22,20 39,00
22,6° 39,0°
28,0° 38,0°
29,00 35,8°
34,00 35,50
A6 36,0° 35,20
42h... 37,00
— journée du 29 juillet 1959 à Kossomaba.
C’est une journée typique de saison des pluies. Le soleil n'apparaît pas, plusieurs lignes
de grains se forment dès 12 h 30. Une pluie de 12,4 millimètres tombe entre 13 heures et
14 heures sur la station d'observation qui se trouve toute l'après-midi dans la zone d’influ-
ence d’une puissante tornade qui se développe sur le Sud Ennedi.
26,50 22,40
33,60 22,40
36,50 26,0°
37,0° 27,0°
34,40 26,3°
13 h 30..... .. 24,80 19 h 30. 26,0°
L'influence de la pluie est ici manifeste. Elle a fait chuter la température de 15,0°.
— journée du 8 août 1962 à Koubé Basso :
Le ciel reste couvert en permanence. L'Ennedi est envahi par des masses d'air humide
€n provenance du Sud-Ouest. Deux pluies surviennent sur la station, l’une entre 13 h 19 et
13 h 51 (8,85 mm) et la deuxième entre 15 h 30 et 16 h 55 (1,8 mm).
5h45... 21,90 13 h 54. 18,30
9 h 20. 26,0° 14 h 30. 19,90
Th, 27,6 15 h 30. 19,50
12 h 10. 28,0° 16 h.. 19,50
12 h 45. 28,80 16 h 50. 21,2°
13 h 18. 23,70 19 h.. 21,6°
13 h 39... 17,5° Source : MNHN, Paris
TABLEAU II
Humidité relative U %. — Valeurs moyennes
A € i i .
nnée Janvier | Février | Mars | Avril | Mai | Juin | Juillet | Août | Sept. |Octobre| Nov. | Déc.
1961: odeurs Pre is
MU ar Pa mere de - - - - | 294 - - | 351 | 34 42,6 | 39,7
Ke corses 37 32,8 | 26 20,4 | 22,1 | 31,7 - | 387 | 39 46,2 | 39,5
me Pre 39,7 | 28,9 | 34,1 | 27,9 | 291 | 26 L - - 34,0 | 831,1 | 41,1
EEE 35,6 | 27,7 | 26,5 | 21,5 | 21,3 | 28 46,2 | 75,1 | 53,6 - = di
Moyenne ......... RTTR Re eie 93 an PR rer 37,7 | 29,8 | 27,8 | 23,6 | 241 | 28,7 | 46,2 | 75,1 | 42,4 | 35,6 | 39,9 | 40,1
1961.. - - - - - 14,8 - - 30 22,6 | 28,9 | 19,9
1962. 18,7 | 13,4 | 12,6 | 12,6 | 15,1 | 22,8 É 25,1 | 27,4 | 29,1 | 25,6
42 h - Un | 1963. 19,5 | 12,4 | 21 16,4 | 16,1 | 20,4 - - 2 [#28 28 33,5
1964 ar Sete ten Sie | 80,3 | 19,4 | 22,8 | 15,1 | 15,5 | 21,4 | 31,8 | 50,6 | 38,1 - -
22,8 | 15,0 | 18,8 | 14,7 | 15,5 | 19,8 | 31,8 | 50,6 | 41,0 | 26,0 | 28,6 | 26,3
3 2 = = -»|.214 - - | 30,5 | 25,4 | 36,5 | 26,8
27 19,5 | 18,5 | 13,8 | 18,9 | 24,7 - 33 34,8 | 35,6 | 32,9
48h-U 27,4 | 18,7 | 26,1 | 22,5 | 23,2 | 21,4 = a - | 28,7 | 27,5 | 36
48,6 | 24,9 | 20 15,8 | 17,7 | 18,8 | 34,0 | 62,9 | 42 = :
34,3 | 21,0 | 21,5 | 17,2 | 18,9 | 21,5 | 34,0 | 62,9 | 35,1 | 29,6 | 33,2 | 31,9
Source :\MNHN,
ris
9€
LaTT9 ‘H
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 37
— journée du 22 septembre 1962, Gorge Maya :
Le soleil brille toute la journée dans un ciel sans nuage, mais les mesures sont faites
dans une station située au fond d’une gorge peu ventilée.
5h15.............. 28,00 35,2
… 26,90 35,0°
33,40 3440
34,30 33/40
. 35,0° 30,8°
+ 35,20
6° ACTION DE LA NÉBULOSITÉ
Dans l’Ennedi, comme dans tous les pays tropicaux, il suffit qu'un simple nuage,
comme un cumulus blanc, intercepte les rayons du soleil, pour que le thermomètre accuse
une légère baisse.
Certaines journée d'août, quand le soleil reste constamment dissimulé par une couver-
ture nuageuse épaisse, sont très agréables; l’Européen n’est pas suffoqué par la chaleur. Cette
situation est assez fréquente lorsque l’Ennedi est brusquement envahi par les masses d’air
océanique. Tel est le cas par exemple le 7 août 1962 où à la station de Koubé Basso nous avons
enregistré une température de 24,80 à 13 heures, le maximum ayant été de 31,4 à 11 h 15.
Le jour suivant (8 août) est encore plus significatif à cet égard : la température ne
dépasse pas 28,8 (à 12 h 45), et s’abaisse même à 17,59 à la faveur d’une pluie de 8,85 milli-
mètres à 13 h 39. Ce fut une journée délicieuse, inattendue à pareille époque à une telle lati-
tude (17° 17).
Ce temps frais se produit quelques jours par an à chaque fois que le souffle puissant
du Golfe de Guinée arrive sur l’Ennedi. En 1964 ce type de temps se fait sentir du 9 au 11
août. Le 9 août par exemple, la mare de Keheï est environnée de tornades et balayée par le
vent frais et humide en provenance directe des zones arrosées. À 12 h 10 une température
de 26,1° est mesurée, le lendemain le maximum est de 27,8 à 12 h 50, et tout l'après-midi
le thermomètre, à la faveur d’une petite pluie de longue durée reste bloqué à l'incroyable
température de 20°, cas sans précédent pour un aussi grand laps de temps. Le 11 août, et pour
le troisième jour consécutif, le thermomètre ne dépasse pas la température de 27,59, et le
12 août il plafonne à 28,50, mais redescend à 22,80 à 14 heures et dès 16 heures oscille entre
20 et 210.
De telles conditions de température et d'humidité sont extrêmement propices pour le
développement de la végétation.
IV. PSYCHROMÉTRIE
Le degré hygrométrique de l'air est l’un des éléments qui agit le plus dans les pays
sahéliens sur la croissance des plantes. La végétation de l'Ennedi ne prend son essor que si
l'air est suffisamment humide. Du pourcentage d'humidité dans l’air au-dessus d’un minimum
dépend chaque année l’exubérance de la végétation. C’est pourquoi au cours de mes campagnes,
régulièrement j’ai mesuré, trois fois par jour, l’humidité relative (1).
1° VARIATIONS MENSUELLES
Nous ne disposons que de peu de données personnelles sur le sujet, mes observations
ayant été faites seulement pendant la saison des pluies.
à D’après les mesures faites au poste de Fada, nous voyons que l’humidité relative
maximum Ux (à 6 h du matin) passe par un maximum en août correspondant à la saison des
pluies, décroit rapidement avec le retour des vents secs de VEst, repasse par un maximum
(0) L'appareil utilisé est un psychromètre à aspiration, muni d'un petit moteur à ressort.
7 564022 6. Spyrce MNHN, Paris
38 H. GILLET
secondaire en décembre-janvier, s’expliquant par les faibles températures nocturnes à cette
époque, puis décroit jusqu’à un minimum en avril-mai pour croître à nouveau.
L'humidité relative minimum Un prise à 12 heures, est faible et varie peu au cours de
l’année en raison des températures élevées habituelles à cette heure. Cependant en plein
cœur de la saison des pluies, les valeurs supérieures à 50 % sont fréquentes (moyenne pour
Fada en août 1964, 50,6 % et pour Bachikélé en août 1959 54,2 % pour la période allant du
1er au 28 août 1959.
30 I l l'a Tu]
FADA À A
psychrométrie jé |
1D0+-
Fic. 5
Moyennes mensuelles du taux de l'humidité de l’air à Fada, établies sur la période 1962-1964
Dans notre souci d’essayer de prévoir l'importance de la saison des pluies, nous avons
cherché à savoir s’il n'existe pas des relations entre humidité moyenne des mois hivernaux
et printaniers et la pluviosité totale de l’été suivant. Avec ces données fragmentaires il semble
que si la moyenne des valeurs de U prises à 18 heures au mois de mars soit faible, l’on puisse
s'attendre à un pluviosité au-dessus de la moyenne et inversement.
Années déficitaires en pluie...................... .….. 1957Uà18h 318%
1963 Uà18h 261%
Année excédentaire en pluie. .............. Mers 1964Uà18h 200%
2° VARIATIONS AVEC LA SAISON DES PLUIES
L'arrivée de l'air humide au moment de la saison des pluies se traduit par une augmen-
tation brusque du degré hydrométrique de l'air. Ainsi à 6 heures ce taux est à Kossomaba
de 27,3 % le 28 juillet 1959 et saute à 62,2 % le lendemain à la même heure, ceci en l'absence
de pluie mais avec l'arrivée du vend du Sud-Ouest. Le même bond est enregistré par notre
ami C. DountE à Bachikélé, le degré hygrométrique passant dans le même intervalle de temps
et aux mêmes moments de 46 % à 65 %, pour atteindre le troisième jour 80 % et le quatrième
93 %.
Source : MNHN, Paris.
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 39
Par contre le retrait brutal de l’air humide à la fin de la saison des pluies aboutit à des
résultats exactement inverses. Entre le 28 août 1959, 12 heures et le 29 août 1959, 12 heures,
à Bachikélé, l'humidité relative s’affaisse de 47 % à 28 %,. En 1958 à la même époque la situa-
tion est tout à fait comparable et l’on assiste à la baisse progressive du taux pris à 12 heures :
45 % le 27 août; 41,5 % le 28; 35,5 % le 29; 32 % le 30. Chaque année les mêmes variations
se reproduisent.
39 VARIATIONS JOURNALIÈRES
En dehors de toute pluie l’humidité relative varie en raison inverse de la température,
Elle est maximale avec le minimum de température, décroît jusqu’au maximum de tempéra-
ture, puis croît lentement.
a. En saison des pluies mais en l'absence de pluie.
Les taux sont élevés et la variation est grande.
Exemple : journée du 5 août 1958 à Aoué.
5 h 30. 12 h 10.. 45,1%
6h25. 14 h 10. 332%
7 h 30. 16 h 30. 42,6%
9h15. 17 h 45. 45,5 %
10 h 30. 22 h 30. 65,0 %
Ces chiffres sont empruntés au rapport de M. Rocux, 1958, annexe B.
b. En saison des pluies en pleine invasion de l'air humide.
Les taux sont supérieurs à 50 %.
Exemple : journée du 18 août 1962 à Gourka,
76,2 % 11 h 45. 59,7 %
75,0 % 14 h 35. 50,5 %
85,3% 18 h 10. 50,0 %
68,2%
c. En saison sèche.
Les taux sont plus faibles et la variation est moins importante.
Exemple : journée du 22 septembre 1962, Gorge Maya.
23,5 % 4h
19,6 % 15 h 20. 183%
15,9 % 16 h 10. 16,99 %
16,4 % 17 b. … 151%
15,0% LL: 5 MORE CES EEE SEE 181 %
143%
L'action de la gorge, qui conserve l'après-midi la chaleur emmagasinée dans la roche,
se manifeste en empêchant le degré hygrométrique de remonter avant 15 h 30.
49 TENSION DE VAPEUR
La tension de vapeur effective de l'atmosphère donne des indications précieuses, car
elle permet de calculer la valeur du déficit de saturation de l’air qui entoure les plantes. Si
ce déficit est faible la végétation est placée dans d’excellentes conditions. Si celui-ci est fort,
la plante doit évaporer énormément pour se maintenir en équilibre et présentera rapidement
des signes de flétrissement.
. Quand les conditions climatiques sont stables la tension de vapeur varie peu au cours
de la journée, mais présente des variations brusques sous l'influence des invasions d'air see
9ù d'air humide. H y a à un moyen sûr de déceler l'origine de l'air qui arrive sur, J'Enn@diu paris
H. GILLET
5H 10H 154
Fic. 6
Variations de l'humidité de l'air au cours de deux journées caractéristiques :
4° Courbe du haut, en saison des pluies, journée du 5 août 1958 à Aoué;
2° Courbe du bas, en saison sèche, journée du 22 septembre 1962, Gorge Maya.
H est possible à cet égard de distinguer trois catégories de valeurs :
— celles inférieures à 10 millibars. — L’Ennedi est placé directement sous l'influence
de masses d’air sec d’origine continentale : c’est l’harmattan. C’est ce qui se passe pendant
toute la saison sèche. Aucune pluie n’est possible. Un exemple nous est fourni par les mesures
effectuées le 22 septembre 1962 à la Gorge Maya où la tension varie de 6,9 à 7,5 mb;
— celles supérieures à 20 millibars. — C’est Le cas quand l'Ennedi est envahi par l'r
humide en provenance du Golfe de Guinée, c’est-à-dire pendant la plus grande partie de
saison des pluies. Un exemple typique nous est fourni par la journée du 8 août 1962 à Koubé
Basso où la tension varie de 21,1 à 21,4 mb.
Si pendant cette période la tension baïsse au-dessous de cette valeur cela ne peut cor-
respondre qu’à un recul du F.L.T. vers le Sud et élimine la possibilité de toute pluie. C'estce
qui se produit pendant certaines phases sèches.
— celles intermédiaires (entre 10 et 20 millibars). — Ce sont des valeurs peu durables
qui indiquent un changement de régime.
V. ÉVAPORATION
1° EVAPORATION TOTALE
Nous ne possédons aucune mesure de l’évaporation étalée sur une période valble.
Un bac Colorado a fonctionné quelques mois à Fada, mais les relevés n’ont pas toujours
faits avec le sérieux souhaitable. En calculant l’évaporation à partir de formules, BRAQUAYIL
est arrivé au chiffre de 3.400 millimètres par an et Rocxe à 4.073 millimètres.
Source : MNHN, Paris.
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI a
Bien que ces chiffres aient un caractère de grande vraisemblance, il n’est cependant
pas interdit de penser qu'ils sont inférieurs à la réalité, car ils ne tiennent pas compte du
facteur vent, lequel intervient puissamment, l’Ennedi étant, par période, soumis à des vents
très violents et très secs soufflant de l'Est.
Dans un cas favorable il a été possible d’apprécier directement l’évaporation. En
effet le 8 septembre 1959, le niveau supérieur des eaux était très distinct sur les tiges de Scirpus
corymbosus Forssk. (1) dans la Mare de Togosso et se trouvait à 11 centimètres en-dessous du
niveau maximum. Comme il est logique de supposer que celui-ci a été atteint le 23 août,
date de la dernière tornade, il est facile d’en déduire que ces 11 centimètres représentent la
hauteur d’eau éliminée par évaporation pendant la période considérée, soit 16 jours. Durant
cette période l’évaporation a donc été de 6,8 millimètres en moyenne par jour.
S'il est certain que les froids hivernaux exercent une action modératrice sur l’évapo-
ration, il est non moins vrai que les vents desséchants de la saison chaude ont par contre une
action accélératrice.
Dans une certaine mesure la diminution du niveau des gueltas, ces citernes naturelles
creusées par l'écoulement de l’eau à l’aplomb d’une chute, permet de se faire une idée de
l’évaporation, à la condition qu’elles ne soient pas alimentées par des sources. Or il existe,
et c’est un fait connu par tous les nomades, des gueltas temporaires qui se vident au bout d’un
certain nombre de semaines, et des gueltas permanentes dans lesquelles il reste encore de
l'eau à l’arrivée de la saison des pluies suivantes. Or il n’y a pas de gueltas permanentes expo-
sées au soleil qui ne fassent au moins 4 mètres de profondeur. H est vrai que de grandes
quantités d’eau sont extraites de ces gueltas par les animaux à l’abreuvoir. De toutes les obser-
vations il résulte que l’évaporation est intense et qu’elle peut être évaluée à un minimum de
4.000 millimètres par an.
Dès la fin se septembre, l’eau des gueltas, refroidie par la fraîcheur nocturne et par
T'évaporation diurne, demeure à une température bien inférieure à celle de l'air ambiant.
2° ÉVAPORATION JOURNALIÈRE AU PICHE
L’appareïl Piche donne des valeurs de l’évaporation, considérées comme contestables,
surtout dans les pays tropicaux. I1 convient de les valoriser en les affectant d’un coefficient
variable suivant les mois.
Cependant les données comparatives de deux appareils semblables placés dans des
conditions différentes restent valables. C’est ainsi que quelques expériences ont été effectuées
en 1958 dans la vallée de l’ouadi Nohi.
a. Comparaison de l’évaporation entre l’ombre et le soleil.
— En fin de saison des pluies, au milieu de la végétation.
Cette comparaison a été faite les 25 et 26 août 1958 à Nohi Ohi (540 m). Ii en résulto
qu'aussitôt après les pluies, au-dessus d’un tapis végétal dense à Cenchrus biflorus Roxb.
il y a très peu de différence d’évaporation entre l'ombre et le soleil. En sept heures, de 11 heures
à 18 heures, l’évaporation a été de 5,7 millimètres à l'ombre et de 5,6 millimètres au soleil.
Entre 11 heures et 14 heures elle est rigoureusement stable et s’établit à 0,7 millimètre par
heure, pour une humidité de 30 %. Dans le bilan en vingt-quatre heures, 73 % de l'évapora-
tion intervient pendant le jour et 27 % pendant la nuit.
— En fin de saison des pluies en l'absence de végétation.
Cette comparaison a été faite les 27 et 28 août 1958 à Nohi Chilio (545 m). L'évaporation
est dans ce cas plus forte au soleil qu’à ombre. Elle est pour la journée du 27 août entre
11 heures et 18 heures de 3,6 millimètres à l'ombre contre 5,3 millimètres au soleil, et pour
celle Ê 29 août et pour les mêmes heures de 9,1 millimètres à l’ombre et de 10,6 millimètres
au soleil.
Ces chiffres montrent également l’activité du vent et de l’humidité de l'air, car la jour-
née du 27 août était placée sous l'influence d’un vent de Sud-Ouest assez humide (45 % à
Faye () Pour la graphie, je suis, comme l'a fait Th. MonoD, l'orthographe justifiée dans la Flora of
8ypt 1, 1941, p. 5 et note : il s’agit de Petter FORSSKAL.
Source : MNIHN, Paris
4 H. GILLET
12 h) et celle du 28 août sous l'influence d'un vent plus sec (41,5 % à 12 h). H n’en a pas fallu
davantage pour que l’évaporation passe du simple au double. \
La végétation joue donc un rôle considérable en atténuant l’évaporation dans son
enceinte, d’une part et en la régularisant et en annihilant l’action du soleil, d’autre part,
b. Influence de la végétation sur l’évaporation.
Dans une plaine (sol sableux).
L'expérience a consisté à placer 4 évaporomètres dans 4 emplacements différents :
— à l'ombre en dehors de toute végétation;
— au soleil en dehors de toute végétation; k
— dans une prairie de Cenchrus biflorus Roxb., la pastille étant placée à mi-hauteur
des pieds; L 3
— dans un lot assez dense de Dactyloctenium aegyptium (L.) Beauv..
Elle a porté sur deux jours les 29 et 30 août 1958, à Nohi Oberri (552 m) par air calme,
+ résultats diurnes :
un ; Prairie dans _ | Tache dense de
À l'ombre Au soleil Cenchrus biflorus | Dactyloctenium
mm mm mm ue
Le 29 août entre 10h
et 18 h 30. ; 5,15 6,2 2,85 3,0
Le 30 août entre 6h
et 18 h 30........ 5,6 7,2 3,4 4,6
Ces chiffres sont riches en enseignements. Hs montrent que l’évaporation est maximale
au soleil, ce qui est tout à fait normal, mais ils mettent aussi en évidence l'influence de ka
végétation, qui est telle que l’'évaporation dans l'ambiance graminéenne même exposée au
soleil est bien inférieure à celle qui a lieu à ombre. Une prairie à Cenchrus crée un microclimat
tel que dans son sein l’humidité est plus grande et l’évaporation plus faible qu’en son absence,
D’autres observations plus fines ont été faites. En plein soleil au moment le plus chaud
de la journée entre 12 heures et 16 heures, l’évaporation au contact direct des pieds de Cen-
chrus est de l’ordre de 0,45 mm/h. c’est-à-dire égale à la moitié de celle qui se produit au soleil
en dehors de toute tache de végétation (0,95 mm/h). Le Cenchrus réduit donc dans son voi:
sinage l'évaporation d'environ 50 % (dans les conditions de la mesure il faut ajouter que le
Cenchrus est encore en pleine végétation).
Dans la tache de Dactyloctenium l’évaporation est un peu plus forte que dans le
Cenchrus, tout en restant inférieure à celle de l'ombre. C’est que le Dactyloctenium est en
fin de végétation; il commence à jaunir et à se flétrir, et il n’est plus capable de compenser
l’évaporation par l'absorption. Le Cenchrus plus vigoureux résiste davantage aux effets de
l’évaporation pendant les journées chaudes et ensoleïllées de la fin août,
D'autre part, les valeurs obtenues le 30 août sont plus élevées que celles du 29 août,
cela est en rapport avec l'installation de la saison sèche et l'augmentation de la température
comme l'indique le tableau suivant :
heures le 29 août le 30 août
10h 320 34°
12h 35,50 37°
13h 36,80 39°
14h 37,8° 39°
15h 38° 380
Nous constatons aussi qu'en l'espace de deux jours les phénomènes de flétrisenent
s'accentuent, L'évaporation dans l’environnement du Cenchrus passe de 0,45 à 0,55 mmh
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 43
aux heures chaudes. Le déséquilibre du Dactyloctenium s'affirme lui aussi. Alors que dans
son environnement l’évaporation est le 29 août toujours restée inférieure à celle de l'air à
lombre en l’absence de tapis végétal, le 30 elle était soit égale soit supérieure à cette valeur.
Aux heures chaudes de la journée le Dactyloctenium n’arrive plus à maintenir son équilibre
hydrique.
+ résultats nocturnes :
À l'abri En plein air Dans la prairie | Dans une tache
d' k en l'absence &Cinchrs dense de
air = de végétation : Dactyloctenium
Nuit du 30 au 31 août. 3,4 mm 3,1 mm 2,9 mm 0,8 mm
1 semble que l'évaporation soit en relation directe avec la hauteur à laquelle est placé
l'appareil. Elle est la plus faible au ras du sol (dans la tache à Dactyloctentum) et la plus élevée
à 1,50 mètres au-dessus du sol.
Dans une dépression à végétation dense herbacée et ligneuse et à sol argileux.
Trois évaporomètres Piche ont été placés :
— le premier dans un peuplement dense de Corchorus olitorius L. à 100 % de recou-
vrement;
— le deuxième à 1 mètre au-dessus du sol en dehors de toute végétation;
— le troisième au sommet d’un rocher, sous l'influence directe de l'air ambiant.
+ résultats diurnes :
Dans un peuplement! À 1 mètre
de Corchorus | au-dessus du sol | Sur un rocher
5 su =
Noki Mahamé. |
31 août de 9 h 30 à 18 h 30... 1,0 3,5 | 2
1% septembre de 6 h à 19 h... 11 4,0 | 6,4
Ces résultats montrent l'influence considérable du milieu. Les valeurs de l’évaporation
sont bien inférieures dans ce biotope à végétation dense ct concentrée à celles mesurées dans
la prairie à Cenchrus. Il est tout à fait naturel que les conditions favorables pour la végétation se
maintiennent plus longtemps dans les dépressions argileuses que sur les plaines sablonneuses.
La différence est très importante, 1 millimètre contre 3 millimètres, pour une durée de huit
heures de jour.
D'autre part à l'intérieur du peuplement à Corchorus olitorius L., l'évaporation est
Da 4 Pis plus faible qu'en dehors, ce qui met bien en évidence le rôle joué par la plante dans
l'élaboration d’un microclimat.
1 convient de noter aussi que dans la dépression où l'élément arboré intervient puis-
Samment dans le paysage, lévaporation est moins importante qu’à l'extérieur (4 contre
64 millimètres en treize heures de temps), les 6,4 millimètres ayant été mesurés par l'appareil
Placé sur un rocher, lui-même dominant de 3 mètres l'ambiance végétale.
En vingt-quatre heures, du 31 août 9 h 30 au 1er septembre même heure, l’évaporation
a été de 1,9 millimètre dans une plage de Corchorus et de 4,9 millimètres en dehors de la
Plage. Source : MNIHN, Paris
4 H. GILLET
+ résultats nocturnes :
Ils sont les suivants :
À 1 mètre Sur un rocher
4 au-dessus du sol | dominant de 3 m
Dans Corchorus en dehors la végétetion
de toute végétation herbacée
ram mm mm
Nuit du 31 août au 1er septembre. 0,7 0,8 2
Nuit du 49° au 2 septembre 04 0,4 1,8
Le facteur végétation n'intervient pas. Seule intervient la hauteur de l'air au-dessus
du sol. Les résultats de la nuit du 31 août au 1€r septembre sont plus élevés en raison du vent
plus soutenu.
VI. ROSÉE
La rosée se produit chaque fois que par suite de l’abaissement de température la teneur
de vapeur atteint la tension de vapeur saturante.
1° ConpiTIons
La présence d’une certaine humidité dans l'air est requise. Il s'ensuit que la rosée
dans l’Ennedi ne peut se produire que pendant la saison des pluies ou juste aussitôt après,
IL est nécessaire également que la température s’abaisse assez pour que le point de
rosée soit atteint. C’est pourquoi la rosée est immanquablement liée à la limpidité de l'atmos-
phère, ce qui favorise la perte de chaleur par rayonnement nocturne. Chaque fois que le ciel
se dégage et qu’une nuit claire succède à une journée pluvieuse, la rosée est constatée le
lendemain à l'aube. Elle se manifeste au moment du minimum de température (qui est très
voisin du point de formation du phénomène) et disparaît quelques instants après le lever du
soleil.
Ces conditions sont presque toujours remplies lorsque le F.LT. régresse brutalement
vers le Sud dans le courant de la saison des pluies. Alors toute nébulosité disparaît du ciel
et l'air conserve encore suffisamment d'humidité.
Le moment le plus favorable est le tout début de la saison sèche, après la dernière
tornade correspondant au passage du front tropical. Le ciel nocturne devient très clair et
l'humidité au voisinage du tapis végétal est encore grande. Cela se produit presque toujours
fin août-début septembre.
2° EXEMPLES
a. Rosée produite par le passage du F.L.T.
Le 29 juillet 1964 en fin de journée le F.L.T. remonte. Après une journée de beau
temps, le ciel se couvre par le Sud où des éclairs sont visibles dans la soirée, mais au pied di
Mont Aloba où nous sommes le ciel reste serein. Le 30 juillet au matin le minimum est de
23,0° et les plantes basses sont recouvertes d’une rosée légère.
Le 27 août 1962, la saison sèche s’intalle. À 5 heures le degré hygrométrique est très
élevé (89 %), la nuit a été claire, le minimum a été voisin de 20° et une rosée abondante
mouille les prairies bordant l'O. Brou.
b. Rosée des bas-fonds argileux.
Dans les dépressions argileuses toutes les conditions sont requises pour que la rosée
prenne une grande ampleur. Le sol imprégné d’eau et la végétation dense entretiennent un
degré hygrométrique voisin de la saturation, l’évaporation (et éventuellement le rayonnement
nocturne) contribue encore à abaisser le minimum.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 45
C'est le cas de la dépression de Baïba dans le Val Basso à 1.070 mètres d'altitude, où
Ja rosée dès que la végétation a atteint un certain développement doit survenir chaque fois
que le ciel est dégagé. Ainsi le 11 août 1962, à 5 h 15 le degré hygrométrique était à 1,50 mètre
au-dessus du sol de 89,4 % et la rosée absolument générale jusqu’au moment où le soleil
avait atteint une certaine hauteur.
C’est le cas également de la dépression de Nohi Mahamé où le 1 septembre 1958,
par une température de 18°, la rosée avait trempé la végétation.
C’est le cas autour des mares où la végétation atteint une densité inconnue ailleurs.
Ainsi le 28 août 1962 aux abords de la Mare de Keheï la température était de 18° à 5 h 30
(contre 23° le lendemain sur le plateau) et toute la végétation ruisselait d’eau. Il est certain
que dans ces conditions la rosée est quotidienne à partir de la fin des pluies et dure jusqu’à
ce que la végétation se maintienne en activité.
30 ROSÉE, SUDATION ET ROSÉE INTERNE
Ces trois phénomènes, quoique différents, sont souvent difficiles à séparer puisqu'ils
se produisent en même temps. La sudation est l’émission par la plante de gouttelettes d’eau.
L'eau n'est plus de la vapeur condensée par le froid, mais un trop-plein contenu dans l'appareil
végétatif. La sudation intervient lorsque le sol fournit de grandes quantités d’eau à la plante
et que l’évaporation est très diminuée par suite du degré hygrométrique élevé de l'atmosphère.
Aux premières lueurs de l'aube les deux fonctions s’extériorisent d’une manière
différente. L’eau de rosée est répandue en un voile de minuscules gouttelettes étalées sur le
limbe des feuilles, comme une pruine, et l’eau de sudation est rassemblée en grosses gouttes
pendantes à la pointe des limbes et sur la nervure médiane. Puis par capillarité l’eau de rosée
se concentre en gouttelettes qui se fusionnent avec les gouttes de guttation et il n’est plus
possible de séparer les deux phénomènes. Souvent, et en particulier dans les bas-fonds, l'eau
de rosée correspond à une condensation de la vapeur restituée à l'air par le sol ou les plantes
pendant la nuit. I s’agit alors d’une rosée interne.
4° VARIATION EN FONCTION DU SUPPORT
L’aspect des gouttelettes d’eau visibles sur les feuilles, lorsque la rosée se produit,
présente des variations suivant les végétaux.
a. Cas des Graminées.
Les limbes des Graminées sont les parties végétatives les plus chargées en gouttelettes
quand la rosée se produit. L’abondance de la sudation chez les Graminées annuelles, elle-
même favorisée par les racines nombreuses et fasciculées, explique cet état de fait.
L’on constate que le diamètre des gouttelettes est proportionnel à la largeur du limbe.
Exemple à Baïba le 11 août 1962 :
Di ;
Nom des espèces de de Largeur du limbe
pen mn
Brachiaria Hagerupii Hitchcock .…… PRE A 5,5 8
Cenchrus biforus Roxb. êL 38 5,2
Dactyloctenium aegyptium (L.) Beauv. 1,8 4
Aristida stipoides Lam... 0,8 12
Le diamètre des gouttes a été mesuré avant le lever du soleil, car ensuite les gouttes
perdent leur forme sphérique et s’aplatissent sur le limbe.
Les pieds jeunes en pleine croissance comptent davantage de gouttelettes que les pieds
âgés. Ainsi le 30 août 1958 à Nohi Oberri les jeunes pieds de Cenchrus biflorus Roxb. portaient
une douzaine de perles, alors que les pieds âgés n’en n’avaient que quelques unités. Ceci est
lement eu relation avec le fait que l'air froid se plaque sur le sol et que les plantes BASES paris
46 H. GILLET
sont plus mouillées que les plantes élevées. Dans la même observation un Tragus berters.
nianus Schult. supportait 38 gouttes. e |
Les feuilles de Cenchrus se prêtent magnifiquement à la formation des perles de rosée,
Parmi toutes les plantes, le Cenchrus est toujours la plus chargée en gouttelettes, probablement
en raison de l'importance de la sudation et de la force de succion des racines.
Sur un pied de Cenchrus nous avons compté 24 gouttes ainsi réparties :
— 7 sur la première feuille;
— 7 sur la deuxième;
— 8 sur la troisième;
— 2 sur la quatrième
(observation du 127 septembre 1958 à Nohi Mahamé). x
L'action de l'air froid plaqué sur le sol est démontrée par le fait que la quatrième
feuille, la plus élevée, ne possède que deux gouttes.
Chez les Graminées à feuilles étroites (Eragrostis pilosa (L.) Beauv., Eragrostis cilig.
nensis (AI) Link ex Vign. Lut.) la rosée se dépose sous forme d’une pruine.
b. Cas des autres plantes.
Chez les Légumineuses la rosée se dépose sous forme d’une pruine composée de
gouttelettes invisibles à l'œil nu. Par le simple passage du doigt elles s’étalent en un film con.
tinu. H n'apparaît pas de grosses gouttes. C’est le cas du Cassia tora L..
Chez les Convolvulacées, fréquentes dans les bas-fonds, la rosée se dépose en une
pruine qui quelquefois se double de quelques grosses gouttes [/pomoea Aitonii Lindi, «&
Astripomoea lachnosperma (Choisy) Meeuse].
Les Cypéracées se comportent commes les Graminées,
Chez les autres plantes il n°y a pas de règle générale : chez certaines plantes les goutte.
lettes apparaissent à la marge des limbes Achyranthes argentea Lam., Monsonia senegalensis
Guill. et Perr., erva javanica (Burm. £.) Juss. ex Schult.. Chez les Cucurbitacées les goutte
lettes se forment dans le fond des sinus, probablement en relation avec les glandes qui exictent
en cet emplacement chez certaines espèces Coccinia grandis (L.) JO. Voigt; Gymandropi
gynandra (L.) Briq. se comporte comme Cassia tora L.. Certaines plantes paraissent réfrac.
taires au phénomène : Caloropis procera (Aït.) Ait. f., Gossypium somalense (Gite)
LB. Hutch., Peristrophe bicalyculata (Retz.) Necs, Phyllanthus rotundifolis Klein ex Will,
5° VARIATIONS LOCALES
Rosée et sudation sont deux phénomènes qui sont placés sous la dépendance de fac.
teurs communs mais qui varient considérablement avec les conditions locales : densité,
hauteur de la végétation, présence ou absence d’un couvert.
La présence d’air froid plaqué sur le sol est un facteur qui intervient presque toujours,
Le 16 août 1964 autour de la Mare de Tebédé les Gynandropsis gynandra qui dépassaient
S0 centimètres étaient secs tandis que ceux qui ne dépassaient pas 20 centimètres étaient
tous trempés.
La présence d’un couvert qui empêche le rayonnement nocturne est un facteur défr
vorable. Dans l’exemple précédent les mêmes plantes basses à l'ombre des arbres n'étaient pas
mouillées.
VIL. ANÉMOMÉTRIE
19 L'HARMATTAN
C'est un vent qui souffle du Nord Nord-Est en permanence pendant la saison sèche.
Il est chaud. Dès que son action se fait sentir après la saison des pluies, le degré hygrométrique
subi une chute verticale. C’est un vent strictement continental. Son nom local est « bibi»
a. Vitesse.
L'Harmattan n’a pas un régime d’une grande régularité. À certains moments de l'année,
mais surtout en hiver, il souffle avec violence pendant des périodes allant de 3 à 10 jours. C'et
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 47
alors un véritable vent de sable, chargé de particules à action abrasive, entravant la marche
des caravanes, voilant le soleil et gênant considérablement toute activité humaine.
Sa vitesse a été mesurée le 11 septembre 1959 à Togosso. Elle dépassait 20 km/h
d'une manière permanente et poussait des pointes à 21,6 km/h.
b. Date d’apparition après la saison des pluies.
L'apparition du souffle violent de l'Harmattan après les pluies a une grande importance,
car elle sonne le glas de la végétation herbacée. L'Harmattan est un vent brûlant et sec. Lorsqu'il
se déchaîne avec violence, dans les premiers jours de septembre, de verdoyant l’Ennedi devient
sec et pelé. Les végétaux se dessèchent à vue d’œil.
Cette apparition très remarquée varie, mais dans une faible mesure selon les années.
Voici d’après nos observations les dates de sa manifestation :
— 1957 : 8, 9, 10 septembre;
— 1958 : pas d’Harmattan violent en septembre, mais apparition le 10;
— 1959 : nuit du 5 au 6 septembre, 10 et 11 septembre;
— 1962 : 10 septembre;
— 1964 : 2 et 3 septembre.
Le 10 septembre semble être une date fatidique.
c. Action sur le minimum de température.
L'Harmattan exerce une action puissante sur la température et le degré hygrométrique.
H se comporte comme un souffle d’air chaud dont l’effet se fait sentir instantanément, en
augmentant le minimum de température de plusieurs degrés et en abaïssant la teneur en
humidité de l’air. Les exemples ne manquent pas. En voici trois pris pendant trois séjours
différents :
rom es Le Minimum
RER Ÿ
Lieu Altitude |jour qui précède j le premier jour
de V'H: ttai P
de l’Harmattan le T'Harmattan | où Y'Harmattan souffle
m °C
Dions..........,. 540 16,5 21 octobre 1958 23,20
le 22 octobre 1958
1108 18,7 9 septembre 1959 24,2°
le 10 septembre 1959
1042 19,6 25 septembre 1964
23,30
le 26 septembre 1964
L'action du vent est telle qu’elle annihile l’action de l'altitude. Dès que le vent s’ins-
talle, la température ne varie plus que par le rayonnement direct du soleil. Le rayonnement
nocturne ne se fait plus sentir. L'Harmattan a tendance à égaliser les températures.
Lieu Altitude Date nochirAS
m °c
Affluent du haut cours de l'O. Dougouro ..... 852 26 septembre 1964 23,3
Tourbatoane ........, 762 27 septembre 1964 25,4
0, Ep... 688 28 septembre 1964 25,5
Confluent O. Ely-O. Ohouka 540 29 septembre 1964 25,4
Source MMA, Paris
48 H. GILLET
Le minimum n'est plus fonction de l'altitude. Il est du même ordre de grandeur quel
it Le biotope où il est mesuré.
que 0 ion du vent est immédiate. Ainsi dans la nuit du 25 au 26 octobre 1958 sur là
lisière Nord de l'Ennedi, à l'O. Michero, à 2 heures du matin la température était de 17,29
et la nuit était étoilée; le vent s’est levé brusquement et la température est montée en quelques
instants à 22°, la température théoriquement minimale à l'aurore était de 22,50, l'action du
vent d’Est s’est traduite par une hausse immédiate de 5°.
20 Vent DE L'Oursr où SuD-OuEsr
C’est un vent régulier en provenance du Golfe de Guinée. Sa venue se traduit infailli.
blement par une augmentation du degré hygrométrique de l'air, légère au début (juin, juillet)
quand le souffle arrive à bout de course sur l'Ennedi, beaucoup plus forte s’il envahit large.
ment l'Ennedi, comme c'est le cas en août. gr …
I s’insinue sous le vent d’Est. Le phénomène est bien visible certains jours en pleine
saison des pluies, où quelques heures avant Ja tornade il n’est pas rare de voir les deux courants
évoluer en sens contraire : les cumulus bas progressant vers le Nord-Est et les alto-cumulus
élevés poussés par l’Harmattan progressant vers le Sud-Ouest. 4:
La première pénétration de l'air humide, même si celui-ci n'apporte aucune pluie ni
aucune nébulosité, mais se contente de relever de quelques unités pour cent le degré hygro.
métrique de l'air, agit sur certains végétaux.
a. Vitesse.
Le vent du Sud-Ouest est un vent modéré, régulier, ne montrant pas de variations
brutales de vitesse.
Quelques mesures ont été effectuées. Le 27 août 1958 à Nohi Chilio (545 m) la vitesse
moyenne de ce vent entre 11 h 40 et 12 heures était de 12 km/h. Dans l'après-midi vers 15 heures,
la vitesse a oscillé entre 7 et 12,7 km/h.
b. Action de son arrivée sur la température.
Le vent du Sud-Ouest se comporte comme un vent frais par rapport à l’Harmattan.
Ceci n’a rien d'étonnant en raison de l’origine différente des masses d'air : celles d’origine
océanique se comportant comme des masses fraîches par rapport à celles provenant d'u
continent surchauffé.
Aussi, dès que l’action du vent du Sud-Ouest se fait sentir, la température descend de
quelques degrés, et inversement dès que son action cesse, la température remonte.
Ainsi le 24 juillet 1964 à l’O. Arroué la température à 13 h 10 était de 35,1° le vent
provenant du Sud-Ouest (260) et le surlendemain le 26 juillet après l'orientation des vents vers
VEst (110), le thermomètre indiquait à 14 heures 40,0°. Le vent du Sud-Ouest fait baisser la
température d’au-moins 5°. La courbe des températures accuse d’ailleurs une baisse sensible
au mois d’août.
39 VENT DE TORNADE
C’est le vent qui précède immédiatement la tornade. Il souffle en bourrasque, soulevant
devant lui un nuage de sable, cassant les branches, couchant ou arrachant les arbres, empor
tant les touffes de Graminées comme fétus de paille. Son action est extrêmement brutal,
mais passagère. Il devance le front de la tornade, mais cesse au niveau du corps de celle-ci.
H porte le nom local d’« haraye ».
La violence des vents de tornade est variable, mais il arrive qu’elle soit d’une puissant
extrême, par exemple lors d’une tornade qui se produit au plus une fois tous les 10 ans, comme
celle que nous avons connue le 20 août 1962. La force des éléments est alors telle qu'il es
impossible à un être humain de se tenir debout même courbé en deux. Presque tous les vieur
arbres qui poussent isolés dans l’Ennedi, comme les Maerua crassifolia Forssk., sont penché
vers l'Ouest (suivant l'axe 64 — 244). L'on conçoit facilement que lors d’une de ces tornades
d’une ampleur exceptionnelle un arbre isolé soit soumis à de telles pressions, sous l'action
combinée du vent et des trombes d’eau qui transforment le sol en une boue liquide, qu'l
finit par s’affaisser. Il disposera ensuite de nombreuses années pour se consolider dans cel?
position dans laquelle dorénavant il résistera. Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 49
La vitesse de pareïlles rafales est difficile à mesurer avec un anémomètre portatif. Le
vent arrive avec une telle brusquerie, qu’à chaque fois l’on se laisse surprendre et que toute
l'attention est concentrée sur l’arrimage du matériel.
Cependant à Fada, par deux fois, l’abri météorologique a été renversé. Cela se produisit
au cours du passage retour du front intertropical, passage marqué presque toujours par le
déchaînement des éléments. L’anémomètre de Fada a enregistré une vitesse de 29,8 m/s
(107,3 km/h) le 30 août 1964 à 13 h 25, et une vitesse de 19,1 m/s (68,7 km/h) le lendemain
31 août entre 14 h 30 et 14 h 35. Semblables phénomènes surviennent à un moment où la
végétation herbacée est à l'apogée de son développement. Soumises à de telles contraintes,
les herbes sont plaquées sur le sol, les tiges de Sorghum virgatum (Hack.) Stapf par exemple
sont cassées à leur base, de vastes trouées apparaissent dans les prairies à Aristida.
49 VENTS VARIABLES
Ces vents se produisent surtout en période instable, c’est-à-dire au moment du passage
de la saison sèche à la saison des pluies. Leurs effets se font sentir certaines années où avant
l'installation stabilisée du vent de mousson, le front intertropical procède par avancées et
reculs successifs. À chaque recul le vent vire du Sud-Ouest à l'Est en passant par le Nord.
Le vent du Nord d’origine saharienne est en juillet un vent torride capable de faire
monter les températures même nocturnes à des valeurs si élevées, qu’il est permis de se de-
mander s’il ne contribue pas à attirer l’air d’origine maritime.
Toujours est-il par exemple qu’à Fada le thermomètre est passé de 32,00 à 19 h 45
le 19 juillet à 36,0° à la même heure le lendemain 20 juillet, dans l’intervalle le vent ayant
passé de la direction Nord-Est à la direction plein Nord (354), alors qu’en altitude le vent
continuait à venir de l’Est (92). Une pareïlle température de 36,0° à 20 heures, deux heures
après le coucher du soleil, est rarement observée. Ainsi peuvent s’expliquer par des change-
ments brusques de la direction du vent, les sautes de température si fréquentes dans les
relevés météorologiques.
VIII. NÉBULOSITÉ
Pendant une grande partie de l’année correspondant à la longue saison sèche le ciel
reste serein, et le soleil brille pendant toute la journée. C’est à peine si dans les tout premiers
moments de la matinée pendant les mois de septembre et d'octobre, quelques bancs d’altus
en réalité discontinus, mais apparaissant continus à l’horison en raison de l’obliquité, viennent
masquer le soleil.
1° SYSTÈMES NUAGEUX OBSERVÉS
Dès le passage du F.I.T. des cumulus d’évolution diurne se forment dans le ciel domi-
nant les hauts plateaux de l’Ennedi et là exclusivement (1). Cette apparition est considérée
par les habitants comme un signe précurseur de l’arrivée des pluies. Bien que le phénomène
soit en relation avec les premières tornades qui s’abattent sur lOuaddai, il n’y a aucune règle
qui puisse définir le nombre de jours au bout duquel la première pluie va tomber, à partir
de ce moment, sur l’Ennedi. Le chiffre de 6 jours annoncé par les nomades se vérifie certaines
années, mais pas d’une manière constante.
L'annonce de la saison des pluies se traduit également sur l’Ennedi par la présence
nocturne d’alto-cumulus en balle.
Dès l’arrivée de la première tornade, et pratiquement jusqu’à la fin de la saison des
pluies, la cumulification devient quotidienne. Le processus se répète identique à lui-même.
Vers 9 heures apparaissent les premiers cumulus médiocris; ceux-ci grossissent, et vers 12 heures
le ciel est parsemé régulièrement de beaux cumulus blancs. Puis rapidement ceux-ci s’enflent,
se fusionnent, prennent un développement vertical rapide, noircissent en leur centre et se
transforment en cumulo-nimbus avec formation de cumulus à enclume. I arrive qu'après de
fortes tornades l'air et le sol soient tellement imprégnés d’humidité qu’ils déterminent le
(4) Ce phénomène a été observé, entre autres exemples, les 13-14 et 17 juillet 1959.
7 564022 6. Sougce : MNHN, Paris
50 H. GILLET
Jendemain la formation d’alto-stratus qui couvrent le ciel d’un voile uniforme, le soleil se
distinguant à peine comme un disque blanc à l’heure méridienne.
Dans d’autres cas, lorsque l’Ennedi est balayé directement par le vent océanique riche
en humidité, des cumulus bas traversent le ciel du Sud-Ouest vers le Nord-Est de nuit comme
de jour. Ils donnent des fracto-cumulus qui plafonnent assez bas puisqu'ils accrochent fréquem-
ment le sommet du Mont Aloba (1 050 m), [le niveau de base étant à 570 ml].
Un type de système nuageux, plus particulièrement fréquent les années à faible plu
viosité, quand le courant océanique n'apporte pas assez d’humidité, est celui qui présente
des nuages cumuliformes, fondus en une nappe continue.
La formation de brouillards est rarissime; ceux-ci se réduisent à quelques nappes d'air
froid de faible épaisseur plaquées dans le fond des ouadis sablonneux en début de saison
sèche.
2° DURÉE DE L'INSOLATION
Si l’insolation est continue en saison sèche, elle est fortement réduite en saison des
pluies. La réduction de l’insolation est un facteur très favorable à la croissance des annuelles,
surtout si l'effacement du soleil a lieu aux heures chaudes de la journée. Au mois d'août
l’insolation est variable. Ele peut être faible, même nulle certains jours. Le tableau ci-dessous
indique quelques exemples du nombre d'heures d’ensoleillement, relevées pendant certaines
journées du mois d’août 1964, mois particulièrement arrosé.
Durée
Date de l'insolation
(en heures)
»
BbSNaoo
=
© © À w À © 1 0 w NN ot
=
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 51
DEUXIÈME PARTIE
BIOLOGIE
I. PRINCIPALES ÉTAPES DE LA CONNAISSANCE DE LA FLORE
L'Ennedi doit à sa position excentrique d’être resté jusqu’à une époque récente à
l'écart de grands courants de pénétration. Le 12 mai 1911 la 8° Compagnie entre pour la pre-
mière fois en contact avec l’Ennedi à Archeï et en 1914 commence la construction du poste
de Fada. Depuis cette date et jusqu’au 1° janvier 1965 les militaires et plus spécialement
les méharistes, ont assuré avec bonheur à la fois la représentation française et administration
civile du territoire. Ce sont eux qui petit à petit pénétrèrent dans l’Ennedi, repérèrent les
pâturages et les points d’eau, et dressèrent la première carte au 41.000.000° du pays.
L'un des premiers herbiers, sinon le premier, rapporté de l’Ennedi le fut par le com-
mandant CARRIER qui en 1922 accompagna le lieutenant-colonel GRossARD dans sa mission
de délimitation Ennedi Darfour. Cet herbier fut remis au botaniste Le TESTU puis récupéré
par PELLEGRIN lequel en confia l'étude en 1958-1959 à FourLLOY. H comporte 114 échantillons
répartis en 92 espèces. Il est composé en général de petits morceaux de plantes. Toutes les
espèces présentes sont pour la plupart des espèces largement représentées en Ennedi, et
surtout en Ennedi oriental. Les espèces les plus représentatives sont les quelques rupicoles
comme Cleome brachycarpa Vahi ex DC., Indigofera suaveolens Jaub. et Spach, Seddera
latifolia Steud. & Hochst., mais il y a aussi beaucoup de psammophiles comme Pancratium
trianthum Herbert, Indigofera sessiliflora DC., Melhania Denhamii R. Br.. La plante la plus
remarquable est certainement Tephrosia plicata Oliv.. J'ai récolté dans l’Ennedi toutes les
plantes figurant dans cet herbier et j'ai participé à la détermination d’un certain nombre
d’entre elles.
La première mission civile qui étudia l’Ennedi sous l'angle scientifique et y fit des
récoltes d'importance fut la mission antiacridienne composée de ZOLOTAREWSKY, Murar et
Duronr. Je ne possède pas de renseignements précis sur l'itinéraire des prospecteurs, mais il
est facile de constater que sur les étiquettes d’herbier les localités d’Archeï et de Fada reviennent
souvent. La plupart des plantes ont été déterminées par Aug. CHEVALIER et par D. NormanD.
L'herbier est intégré dans l’Herbier général d'Afrique du Muséum. Tous les échantillons que
j'ai eu l’occasion d’examiner figurent dans mes propres récoltes. Beaucoup d’échantillons
proviennent de la grande pénéplaine du Mortcha et ne sont donc pas originaires du Massif
de l’Ennedi sensu stricto.
L’on doit à DALLON: quelques observations botaniques sur le Massif. Cet explorateur
rapporta un petit herbier dont les spécimens furent étudiés et déterminés par le professeur
P. Quezer. Malheureusement les échantillons ne comportent aucune indication de date ou
de localité, Nous avons recueilli dans l’Ennedi toutes les plantes figurant dans cet herbier.
Parmi celles-ci figure l'intéressante espèce nouvelle Verbena dalloniana Quezel, que j'ai
retrouvée sur les bords de la grande Mare de Bagada. Comme cette espèce est accompagnée
dans l’herbier DALLONI d’autres plantes qui croissent spécialement dans cette localité [Haplo-
Phyllum tuberculatum (Forssk.) Juss., Coronopus niloticus (Del.) Spreng.], il est facile d’en
déduire que DALLONI a emprunté la grande piste classique jalonnée par Bagada, Marmari-
gna, Aguéï, Kika, Arsa, Fada. La liste des plantes récoltées par DALLONI est donnée par
P. Quezez (voir bibliographie).
. Dans le dernier trimestre de 1950, P. Coste et M. DucLEROIR, tous deux prospecteurs
à l'Office Antiacridien, parcoururent à chameaux l’Ennedi et la dépression du Mouxgi, Leur, paris
52 H. GILLET
itinérai vert une grande partie de l’Ennedi puisque d’après les étiquettes d’herbier
D Ron des localités situées sur la lisière Sud, comme celles de Bachikélé, Terkeï, Ito,
©. Kettara, et piste Mechera à Monou, des localités du Centre Ennedi comme V0. Brou, la
Mare de Soboro, la guelta Korouni, Tegroba, des localités de l'Ennedi oriental comme Bag
Bilio, Kapterko, des localités du Mourdi comme Bogar, O. N’Kaok, et enfin des localités
de l’Ennedi occidental comme Anoa.
L’herbier fut remis au Laboratoire d’Agronomie tropicale du Muséum et déterminé
en grande partie par M. le professeur R. PORTERES. Parmi les espèces intéressantes signalons
’Adina microcephala (Del.) Hiern, de Bachikélé (le Rauvolfia pourtant si abondant dans
cette localité ne figure pas dans les récoltes), Grewia favescens Juss. de Korouni, Combretum
aculeatum Vent. d’Ito, Cordia Rothii Roem. et Schuit. à Terbokokoulé. Les autres plantes
sont des plantes communes dans l'Ennedi, les prospecteurs étant d’une façon professionnelle
plus attirés par les foyers de Schistocerca gregaria que par les gîtes à plantes relictuelles, ]]
n'y a pas dans leurs récoltes d'espèces que nous n'ayions rencontrées lors de notre premier
séjour.
Monsieur G. CARVALHO, lui aussi prospecteur à l'Office Antiacridien a collecté, au cours
de différents séjours s’échelonnant de 1952 à 1957, de nombreux échantillons dont il a eu
T’amabilité de me confier l'étude. Ceux-ci portent sur différentes parties du Massif, mais prin.
cipalement sur la lisière Sud, la région de Fada et les ouadis qui s’écoulent du Massif ver,
TOuest en Mortcha. Les spécimens se répartissent en 550 numéros. L'ensemble des récoltes
de Murar, Cosre et DucLerorR, dont nous avons pu examiner les numéros, toutes celles de
CaRvaLHo et les nôtres portant sur 1957 et une partie de 1958 ont été consignés dans un cata
logue intitulé « Catalogue raisonné et commenté des plantes de l'Ennedi ». Ce travail donne
les références de récolte et des commentaires sur les caractères écologiques, phénologiques,
chrorologiques, la valeur pastorale et l’ethnobotanique de 410 plantes différentes,
En 1958, P. QuezeL a récolté sur la lisière Sud de l’Ennedi
nombre d'échantillons qu'il a eu la gentillesse de me remettre. Cette collection en grande
partie déterminée par l’auteur comprend une espèce d’affinité Sud sahélienne et soudanais,
que je n'ai pas observée dans les limites du Massif. H s’agit d’une Acanthacée, Justicia insulari:
T. Anders, recueillie le long de l’ouadi Chili en Mortcha. C’est la mention la plus septen.
trionale faite de la plante.
et en Mortcha un certain
Enfin, viennent nos propres récoltes réparties sur cinq missions correspondant aux
années 1957, 1958, 1959, 1962 et 1964. La flore de l'Ennedi est riche maintenant de quelque
528 espèces dont l'acquisition a été faite de la manière suivante :
467 espèces récoltées
21 espèces nouvelles pour le Massif
20 espèces nouvelles pour le Massif
9 espèces nouvelles pour le Massf
+ 11 espèces nouvelles pour le Massif
se... 528 espèces.
1 convient de signaler qu’un souci d’exactitude dans la détermination nous a conduit
à n’inscrire que 410 plantes dans notre Catalogue raisonné, sur les 467 connues à cette époque
et à ne pas faire mention d’un certain nombre de plantes non identifiées alors d’une façon
rigoureuse. Nous désirions d'autre part réserver au présent travail la primeur de quelques
découvertes importantes.
Quelques missions scientifiques à une époque assez récente ont pénétré largement dans
le Massif. Parmi les plus importantes signalons celle du géologue VINCENT qui en 1955 a
effectué plusieurs coupes de l’Ennedi, celle de BRAQUAVAL qui en 1957 a étudié ’hydrologie,
celle la même année de BAILLOUD qui a relevé systématiquement toutes les peintures ét
gravures rupestres dans un rayon de 60 kilomètres autour de F. ada, celle en 1958 de l'Ingénieur
ROCHE qui avec la collaboration de C. DouNE a réalisé de nombreuses mesures météorol»
giques et hydrologiques; celle de C. DountE qui en 1959 se concentra principalement sur le
bassin versant de Bachikélé, et enfin celle du professeur Capor-Rey qui en 1963 s'intéresst
aux populations nomades du pays.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 53
IT. SPECTRE BIOLOGIQUE
A. LES FORMES BIOLOGIQUES
La végétation de l’Ennedi, soumise à un climat sahélien de type extrême obéit à un
rythme régulier, suivant lequel elle entre en activité pendant les deux mois de la saison des
pluies et se maintient à l’état de repos pendant les dix autres mois correspondant à la saison
sèche. Cette rythmicité est tout à fait comparable à ce qui se passe dans les pays tempérés.
Ici la sécheresse remplace le froid et intervient, comme lui, dès son apparition pour arrêter.
une grande partie de la vie végétale. Avec l’arrivée de la sécheresse les feuilles de nombreux
arbres (Grewia sp. plur., Commiphora, Acacia mellifera, Acacia laeta, etc.) tombent, tout
comme à l'approche des froids dans les zones de latitude moyenne. Aussi la définition des
principaux types biologiques, telle que l’a présentée RAUN&IER en faisant appel à la position
dans l’espace des bourgeons et à leur degré d’exposition, s’applique à la flore de l'Ennedi,
Elle s'applique d’autant mieux que la saison défavorable est d’une longueur et d’une sévérité
telle que tout développement de la végétation est pratiquement inhibé, sauf au bord de l’eau.
C'est pourquoi classer les végétaux ligneux en prenant comme critère sélectif la hauteur des
bourgeons dormants au-dessus du sol pendant la saison sèche n’offre aucune difficulté. Tenir
compte du caractère annuel, en mettant dans un même groupe biologique toutes les plantes
qui traversent la saison où l’aridité est très grande sous forme de graines, cadre très bien avec
les faits. La végétation sahélienne, plus que toute autre, est ingénieusement adaptée, comme
nous le verrons à son habitat.
1° THÉROPHYTES
Ce sont des plantes dont l'appareil végétatif se développe avec les pluies et cesse d’être
fonctionnel avec la saison sèche. Les thérophytes passent la longue saison sèche sous forme
de graines, organes très peu hydratés, à vie ultra-ralentie et très adaptés à traverser sans dom-
mage de longues périodes sans pluies.
a. Plantes à cycle court.
Toute une série de thérophytes est capable de germer à la première averse venue,
pourvu que celle-ci mouille suffisamment la couche superficielle du sable (averse voisine de
10 mm). Hs sont condamnés à disparaître s'ils n'arrivent pas à fleurir et à fructifier avant que
le sol ne redevienne complètement sec. Ces plantes sont capables d'effectuer leur cycle de
graine à graine en un temps record (quinze jours à quelques semaines). Elles se trouvent
véritablement à leur place dans les régions subdésertiques en bordure méridionale du Sahara,
là où les pluies sont capricieuses et espacées. Elles constituent alors une flore particulière
appelée « acheb ». Mais dans l’Ennedi soumis à une saison des pluies régulière, elles ne se
trouvent pas dans leur véritable milieu. Elles s'opposent aux autres thérophytes parce qu’elles
exigent une quantité de pluie beaucoup plus faible pour entrer en développement. Elles
apparaissent dès la première pluie et prennent tout leur essor s’il survient une petite période
de sécheresse. Il se forme ainsi de véritables groupements de plantes à cycle court (dont certains
peuvent être assimilés à des synusies) particulièrement visibles dans des dépressions à peine
marquées. De loin ils ont l'apparence de taches vertes. De près l’on s’aperçoit que les individus
ne recouvrent le sol que d’une manière extrêmement claire. En général ces plantes disparaissent,
rapidement étouffées par la végétation sahélienne beaucoup plus luxuriante.
L'adaptation de ces végétaux à des conditions de vie aussi précaires est souvent très
poussée et se traduit chez certains d’entre eux par une réduction remarquable de l'appareil
Yégétatif qui prend une allure capillaire, et par une aptitude à produire de nombreuses petites
fleurs, donnant chacune une multitude de minuscules graines. Réduit à un simple trait d’union
de la graine à la graine. il n’atteint pas son complet développement. La plante lutte de vitesse
Pour assurer sa reproduction pendant les quelques jours favorables. Tel est le cas pour certains
jePrésentants de la famille des Molluginacées comme Mollugo cerviana (L.) Seringe, Giese-
Kia (1) pharnacioides L. et également (dans d'autres familles) pour Cleome tenella L. dont
{ (4) Nous respectons, à l'instar de Th. Mono», l'orthographe du nom de l’auteur auquel est dédié
e genre P..D, GrEsexe.
T 564022 6. 4 Source : MNHN, Paris
54 H. GILLET
les plus apparents sont les fleurs et les siliques, Borreria compacta (Hochst.) K,
ee ee Perr. ex D.C., Fimbristylis exilis (Kunth) Roem. et Schult, et
Tribulus bimucronatus Viv.. , ; |
Les plantes à cycle court peuvent atteindre des dimensions surprenantes, si l’eau leur
est fournie durant une longue période et si leur croissance n’est pas entravée par des concur.
rentes sahéliennes. Parmi les plantes de J’Ennedi ce sont certainement elles qui montrent les
variations de volume et de taille les plus considérables. Tel pied de Giesekia pharnacioides
croissant sur les sables de la lisière Nord n’aura que 2 centimètres de hauteur et sera mono.
caule (individus observés le 9 septembre 1964 à mi-chemin entre 0. Mater et O. Michero),
parce qu’il n'aura reçu que 20 ou 25 millimètres de pluie, tandis que tel pied croissant sur
les sables du Centre Ennedi atteindra 8 centimètres de hauteur et émettra 5 rameaux entre
30 et 40 centimètres (observations du 6 août 1964 à 4 kilomètres au Nord du Mont Aloba),
parce qu’il aura reçu entre 150 et 200 millimètres de pluie.
Nos plantes sont placées dans des conditions particulièrement excellentes lorsqu'elles
croissent dans un sable qui reste longtemps humidifié en profondeur : fond des ouadis après
les crues, limite supérieure des eaux dans les zones d'inondation. Tel pied de Mollugo cer.
viana (L.) Seringe récolté le 15 septembre 1959 à l'Ouest de l'O. Michero près d’une guelta
faisait 25 centimètres de hauteur et émettait 34 brins, tel autre pied récolté sur sable sec à
Guilikorou le 10 août 1957 n’avait que 12 centimètres de hauteur et 5 brins.
b. Différents types de thérophytes.
La classification proposée par J. Lesrun (1947) s'applique parfaitement ici.
— Thérophytes érigés :
Ce sont les plus nombreux. Le type le plus commun est la plante franchement dressée
dont la hauteur varie avec les individus et les conditions du milieu. Sesamum alatum Thonning,
Cleome viscosa L., Astripomoea lachnosperma (Choisy) Meeuse, sont de bons exemples. Leur
taille est comprise entre 1 ou 2 centimètres comme certains Borreria compacta (Hochst.) K.
Schum. ou Cyperus aristatus Rottb. jusqu’à 170 centimètres et même davantage comme cer.
tains pieds de Sorghum virgatum (Hack.) Stapf ou de Sesbania cannabina (Retz.) Pers.. Dans
l’ensemble ils appartiennent à la strate basse.
I existe quelques types dont les rameaux fortement procombants à la base [comme
certains Indigofera (I. Hochstetteri Bak., I. semitrijuga Forssk., L. sessiliflora DC), les
Blepharis (B. linariifolia Pers. et B. edulis (Forssk.) Pers.), Dicliptera verticillata (Forssk.)
C. Christensen], mais s'élèvent dans leur partie supérieure.
Certaines Graminées, quand les conditions sont propices, émettent au ras du sol de
courtes tiges rayonnantes qui s’enracinent aux nœuds, puis prennent un port érigé, chacune
donnant un chaume terminé par une inflorescence. La Graminée talle. Le tallage est plus
prononcé les années excédentaires. Parmi ces Graminées moyennement procombantes, citons
Cenchrus biflorus Roxb., Brachiaria deflexa (Schumach) C.E. Hubbard ex Robyns, Brachiaria
Hagerupii Hitchcock, Brachiaria ramosa (L.) Stapf, Urochloa lata Hubbard.
— Thérophytes prostrés :
Ces plantes qui vivent appliquées sur le sol occupent souvent des milieux écologiques
spécialisés. Un certain nombre se développe autour des mares après le retrait des eaux, comme :
Coronopus niloticus (Del.) Spreng., Polygonum plebeium R. Br. Cotula anthemoïdes L,
Heliotropium supinum L., Polycarpon prostratum (Forssk.) Asch. et Schweinf., Boerhaavia
repens L., Alternanthera nodiflora R. Br.. Elles s'appliquent sur le sol au point souvent de
le couvrir complètement. La plupart d’entre elles ont des feuilles assez épaisses. D’autres
viennent sur des sables graveleux : Zygophyllum simplex L. et Seetzenia africana R.Br.
D’autres enfin sont un peu intermédiaires entre des plantes prostrées et des plantes fortement
procombantes : Astragalus Vogelii (Webb) Bornm., Crotalaria microphylla Vahl, Indigofers
diphylla Vent. Rothia hirsuta (Gui. et Perr.) Bak., Tephrosia plicata Oliv.. Ces Papilionacées
psammophiles déposent leurs gousses sur le sable, et certains de leurs rameaux sont susceptibles
de prendre une position semi-érigée. Chez d’autres plantes les tiges s’irradient à partir d'un
pivot central; parmi celles-ci les unes sont prostrées, les autres sont capables de croître sans
reposer sur le sol : Tribulus bimucronatus Viv., T. ochroleucus Maire, T. longipetalus Vis.
et Neurada procumbens L É » Florentin
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 55
__ Thérophytes grimpants :
Ces végétaux trouvent dans l’Ennedi un terrain de prédilection. Par leur croissance
harmonisée avec le rythme des pluies, ils sont parfaitement adaptés au pays. En année plu-
vieuse ils atteignent des dimensions considérables et arrivent en entremêlant leurs tiges et
en les enroulant plusieurs fois sur elles-même à recouvrir d’un véritable manteau de verdure
des arbres de petites dimensions. En année peu pluvieuse, ils restent de dimensions très
modestes, se contentant de ramper sur le sol ou de s’accrocher à quelques herbes basses. Dès
la germination leur rapidité de croissance est telle qu’ils dominent très rapidement les plantes
environnantes. Ainsi le 7 août 1959 dans le dépression de Djalioké, neuf jours après l’arrivée
des pluies, les plantules de Merremia pentaphylla (L.) Hallier f. mesuraient déjà 25 centimètres
de hauteur et amorçaient un mouvement de giration alors que celles des autres plantes du
même milieu comme Jpomoea sinensis (Desr.) Choisy n’en étaient qu’à 9-10 centimètres de
hauteur. Les Merremia émergeaient nettement et se distinguaient par leurs feuilles cotylé-
donaires beaucoup plus grandes.
Les jeunes tiges des thérophytes grimpants diffèrent dans leur comportement initial.
Certaines dès leur germination s’élèvent verticalement et cherchent, en explorant les environs
per un large mouvement circulaire, un support pour s'élever. Ce sont les vraies grimpantes.
Citons Momordica balsamina L., Lagenaria siceraria (Molina) Standl., Ctenolepis cerasiformis
(Stocks) Naud. et Merremia pentaphylla (L.) Hallier f.. D’autres commencent par ramper sur le
sol et ne s’élèveront que lorsqu'elles auront rencontré un support sur lequel elles s’enrou-
leront. Le mouvement de circonvolution n'intervient qu’à un certain stade de la croissance.
Ce sont des thérophytes grimpants-rampants, comme Jpomoea Aitonii Lindi., Ipomoea
sinensis (Desr.) Choisy, Ipomoea coscinosperma Hochst. ex Choisy.
Si les conditions sont peu favorables, la plante se contente de ramper et assure quand
même sa reproduction.
Les thérophytes à vrilles ne sont pas nombreux : Colocynthis vulgaris Schrad., Cucumis
melo L. var. agrestis Naud., Tephrosia lupinifolia DC., Cardiospermum halicacabum L..
Les thérophytes grimpants, comme beaucoup de plantes dont les exigences climatiques
sont larges, ont en général une large aire de répartition.
— Thérophytes rosettés :
Cette catégorie de plantes est très mal représentée dans 1’Ennedi. Seul Mollugo nudi-
caulis Lam., par sa rosette de feuilles radicales et par sa hampe florifère nue répond rigoureu-
sement à ce type. Les plantes annuelles à rosette et à tige nue non ramifiée se défendent mal
en milieu aride contre la concurrence biologique. Leur reproduction est compromise par la
sécheresse, par les herbivores qui peuvent par broutage et par piétinement éliminer d’un seul
coup de dent les tiges florifères, et par le nombre limité de graines dépendant du petit nombre
de fleurs. Qu’un traumatisme quelconque intervienne sur la hampe et la plante est perdue pour
la reproduction.
Hi existe quelques Graminées dont l’allure est celle des plantes pseudo-rosettées :
Tragus berteronianus Schult., Eragrostis ciliaris (L.) R. Br., mais les feuilles basales séparées
par de très courts entrenœuds ne peuvent être considérées comme réellement disposées en
rosette,
20 GÉOPHYTES
Les géophytes sont des plantes dont les parties aériennes disparaissent complètement
de la surface du sol en saison sèche, mais qui maintiennent enfouis des organes de conservation
chargés de matières de réserve : bulbe, rhizome, tubercule, racine tubérifiée.
a. Géophytes à bulbe.
Certaines espèces de géophytes sont extrêmement répandues dans l’Ennedi. Elles
Se comportent à bien des égards comme de véritables plantes à cycle court. Comme celles-ci
elles réagissent à un seuil de pluie très bas (entre 5 et 10 mm). H suffit que le bulbe soit légè-
rement humidifié pour qu’il entre aussitôt en végétation, les matières de réserve contenues
les écailles du bulbe étant immédiatement disponibles. Cette particularité est un avantage
“rtain sur les thérophytes. Deux espèces se comportent ainsi : Dipcadi longifolium
Bak,
Source : MNHN, Paris
56 H. GILLET
et Cyperus bulbosus Vahl; quelques jours après la première pluie, elles prennent une avance
importante sur toutes les plantes, même celles à cycle court. Ainsi, en 1962 dans les environs
de Fada, les premières pluies survenaient le 19 juillet (env. 19 mm) et le 24 juillet les Cyperus
bulbosus formaient déjà par places des gazons verts de 7 à 8 centimètres de hauteur et les
Dipcadi isolés dans le sable arrivaient à la même hauteur. En 1964 il a suffi de quelques milli.
mètres de pluie le 10 juillet dans la région de Fada, pour que le 16 juillet les Dipcadi aient
des feuilles de 13 et même 17 centimètres de longueur (les bulbes étant enterrés à 13,5 centi.
mètres, mesure prise à la base du bulbe); douze jours plus tard les Dipcadi étaient fleuris.
Le temps de réaction de cinq jours entre la première pluie et la sortie des premières
feuilles des géophytes est confirmé par d’autres observations, Ainsi en 1959 une première pluie
légère survenue à Kossomaba dans le centre Ennedi le 21 juillet, déterminait le 27 juillet la
sortie des deux premières feuilles de Pancratium trianthum Herbert. 4
La plupart des géophytes bulbeux ont les feuilles épaisses, riches en eau. Is sont
pour cette raison appréciés en général des herbivores ce qui pourrait expliquer l’extrêm.
rareté de certaines espèces : Urginea nigritana Bak. et Dipcadi occidentale Bak..
Ils sont pour employer un terme de R. MAIRE « synanthiés » c’est-à-dire que le dé,
loppement des fleurs et des feuilles est simultané, et a lieu pendant le seul moment favoraole
de l’année. Toutefois Urginea indica (Roxb.) Kunth n’a jamais été trouvé fleuri.
b. Géophytes à rhizome.
— À rhizome épais, ligneux.
Une seule espèce répond à ce type : Sansevieria abyssinica N.E. Br. Elle possède un
axe de survie souterrain, noduleux, horizontal. Elle se développe dans les terrains consistants
et assez humides.
— À rhizome traçant.
L’axe est ici mince, s'étendant horizontalement à peu de distance en dessus de la
surface du sol. Il permet à la plante de s’installer solidement dans un terrain et d’être envahis.
sante. Ces plantes sont à l'aise dans les terrains limoneux. Citons une Cypéracée Cyperu
rotundus L. et quelques Graminées Cynodon dactylo (L.) Pers., Imperata cylindrida (L)
Beauv. var. africana (Anderss) C.E. Hubbard, Desmostachya bipinnata (L.) Stapf.
— A rhizome charnu.
Il est clair que de pareils organes riches en eau, mal protégés contre la déshydratation
ne trouvent pas dans les sables brûlants de l’Ennedi des conditions propices. Aussi n'y-atil
pas lieu de s'étonner de constater la rareté de ces plantes. Un seul géophyte de ce type existe,
et encore à l'état ultra-relictuel. 1 s’agit de Gloriosa simple L., présent sous forme de quelques
pieds dans une station privilégiée d'altitude (1 000 m).
c. Géophytes à racines tubérifiées.
Deux géophytes dans J’Ennedi réussissent à emmagasiner dans leurs racines des réserves
considérables, et à assurer à la plante une solide implantation. L’organe de réserve arrive à
atteindre un volume important, souvent disproportionné par rapport au développement aérien
de la plante. Dans les deux cas ces organes s’encastrent dans les anfractuosités des rochers,
vivant dans une sorte de loge. Ce sont Commelina albescens Hass. et Talinum caffrum (Thunb))
Eckl. et Zeyh.. Pareil rupicoles semblent maintenant mal à leur place dans un Ennedi aride
et torride pendant une grande partie de l’année. Aussi occupent-ils des stations spéciales en
altitude, dans des thalwegs. Ils ont des caractères affirmés de montagnards : feuilles épaisses,
fleurs voyantes.
3° HÉLOPHYTES
Les hélophytes sont des plantes apparentées aux géophytes par la présence de rhizomes
ou de bourgeons de remplacement souterrains, mais qui s’en distinguent par leur base in
mergée. Ce sont en quelque sorte des géophytes adaptés à la vie aquatique. On les trouve
presque tous au voisinage des points d’eau permanents. Ils ont de ce fait une croissant
continue, mais plus accentuée après la saison des pluies et en saison hivernale. Pour la grande
majorité d’entre eux, ils se distinguent donc des géophytes vrais par la pérennité de l'appareil
aérien.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 57
a. Hélophytes à végétation continue (tiges et feuilles).
— Hélophytes rhizomateux.
Les rhizomes robustes et traçants sont enfoncés dans la vase ou sont ensevelis ous
des masses compactes de détritus végétaux mouillés. Ces plantes ont en permanence leur
base dans un milieu hydraté et leurs tiges au soleil. D’une forte vitalité, elles arrivent à former
des peuplements denses, parfois monospécifiques (phragmitaie d’Ouro Galé, de Kouro)
peuplements à Typha angustifolia L. var. australis (Schum. et Thonn.) Graebner de Koboué
et Maya. Elles végètent en permanence mais traversent une période difficile au moment
des crues où elles sont submergées et malmenées. Elles fleurissent en général au début de la
saison sèche. Appartiennent à ce groupe d’abord trois hautes herbes : Phragmites communis
Trin, var. isiacus (Del.) Coss. et Dur., Typha angustifolia L. var. australis (Schum. et Thonn.)
Graebner, Saccharum spontaneum L. subsp. aegyptiacum (Willd.) Hack., puis trois Cypéracées
plus modestes: Cyperus leucocephalus Retz, Cyperus laevigatus L. et Fuirena umbellata
Rottb. et aussi Panicum repens L..
— Hélophytes cespiteux.
Ces végétaux sont disposés en touffes serrées. Leurs feuilles et leurs tiges jonciformes
toujours vertes leur permettent d’avoir une assimilation continue. Par leur températument
paludicole, ce sont d’incontestables hélophytes, mais par leurs bourgeons de remplacement
au niveau du sol ce sont de réels hémicryptophytes.
Ils croissent d’ailleurs dans le voisinage des hélophytes rhizomateux. Leur biologie
est analogue à celle des précédents. La plupart végétent toute l’année et fleurissent de préfé-
rence après les pluies, quelques-uns toute l’année [Fimbristylis diphylla (Retz.) Vahi]. Certains
ont un habitat hygropétrique et prospèrent sur une paroi lisse, au niveau d’un suintement.
Citons : Schoenus nigricans L. et Rhytachne rotthoellioides Desv..Presque tous se rencontrent
au bord des filets d’eau alimentés par les sources : Rhynchospora glauca Vahl, Fimbris-
tylis ferruginea (L.) Vahl, F. diphylla (Retz.) Vahl, F. bis-umbellata (Forssk.) Bub., Pycreus
polystachyos (Rottb.) Beauv., Cyperus haspan L., Pycreus lanceolatus C.B. Cl, Eleccharis
caribaea (Rottb.) Blake, Lipocarpha senegalensis (Lam.) Th. et H. Dur. et Juncus maritimus
Bak. var. arabicus (Asch. et Buchen.) Adans..
b. Hélophytes à végétation discontinue.
Ce sont ceux dont l'appareil végétatif se développe chaque année avec les pluies. Ils
sont tous liés à des mares temporaires, prospèrent quand celles-ci sont remplies d’eau, fleu-
rissent et fructifient puis se dessèchent complètement; les bourgeons de remplacement demeu-
rent toute la saison sèche inclus dans le substratum desséché.
— Hélophytes rhizomateux :
Deux espèces dans l’Ennedi correspondent à ce type. Il s’agit de Cyperus fenzelianus
Steud., commun dans la Mare de Togosso et de Scirpus corymbosus Forssk. commun dans
un grand nombre de mares du plateau central (Soboro, Bodhoué, Keheï, Togosso, Mezeur Kri,
Yahokeï, etc.). Cette dernière Cypéracée s’est si bien adaptée aux conditions sahéliennes qu'à
la Mare de Soboro, par exemple, elle s'étend en peuplement pur sur des hectares. Une inon-
dation prolongée en relation avec une certaine hauteur d’eau est nécessaire pour qu’elle
entre en végétation. Ainsi en 1962 une petite partie de la Mare de Soboro fut remplie, mais
les Scirus, visibles sous forme de paille, vestiges de l’année précédente, ne démarrérent pas.
Cette espèce est capable de rester à l’état latent plus d’une année, grâce à ses rhizomes qui
attendent, inclus dans la vase durcie, le retour des conditions favorables.
— Hélophytes bulbeux :
à Les conditions spéciales des mares de l’Ennedi qui ne restent en eau que quelques
semaines font que des espèces normales hydrophytiques se comportent comme des hélophytes
à végétation discontinue, puisqu'elles se développent avec la montée des eaux, et disparaissent
Complètement de la surface de la mare dès qu’elle est asséchée. Mais leur mode de vie avec
leurs feuilles flottantes est essentiellement aquatique. Tels sont Nymphaea rufescens Guill.
et Perr. et Aponogeton subconjugatus Schumach..
Source : MNHN, Paris
58 H. GILLET
4° HYDROPHYTES
Les hydrophytes sont des plantes dont la plus grande partie des organes assimilateurs
sont soit immergés, soit flottants. Cependant, dans certains cas, des hampes florales tempo-
raires peuvent se dresser, mais à une faible hauteur au-dessus de l’eau (Ütricularia).
Il est facile de comprendre que les hydrophytes ne rencontrent pas dans l’Ennedi
des conditions particulièrement favorables à leur développement. Cependant ils ne sont pas
absents.
a. Hydrophytes à végétation continue.
Ce sont ceux qui vivent dans les points d’eau permanents.
— Hydrophytes à parties aériennes :
L’Utricularia gibba L. subsp. exoleta (R. Br.) P. Tayl. est une hydrophyte qui présente
dans l’Ennedi, cette double particularité de végéter de façon continue et de vivre suivant les
circonstances soit dans l’eau, soit hors de l’eau. Il est connu de deux stations, toutes deux
alimentées par une source permanente. La première est celle d’Aoué, où il est installé sur
une paroi constamment mouillée. Là, seule la base des pieds est au contact de l’eau, les tiges
d’allure frêle étant aériennes. La seconde est celle d’Aga Dubé où il a envahi des vasques
remplies d’eau : 1à, les individus sont associés en une masse compacte, les tiges étant entière.
ment immergées et les hampes florales émergées.
— Hydrophytes à feuilles flottantes :
Deux espèces répondent à ces conditions. La première est Potamogeton nodosus
Poir. var. Billotii (F.Schultz) Bilot ex Richt.. Elle n’est connue que de deux stations, toutes
deux alimentées par des sources à fort débit, les gueltas d'Aoué et de Maya. Chaque année,
dès la première grosse crue les feuilles flottantes sont emportées par la violence des remous,
mais sont remplacées plus tard par d’autres, issues de bourgeons s’élevant à partir de la base,
Pour cette plante aquatique la période critique est paradoxalement la saison des pluies qui
détruit une partie de son appareil végétatif. La floraison intervient au moment de la repousse
générale (en octobre). La deuxième est Lemna paucicostata Hegelm. ex Engelm., connue
dans une petite vasque alimentée par la source de Déli et récemment introduite dans la grande
mare de Fada.
— Hydrophytes à rosettes de feuilles radicales immergées :
Une seule espèce correspond à ce type. C’est Potamogeton hoggariensis Dandy,
irésent sous forme de quelques herbiers au fond de la Mare de Diona. Endémique au Sahara
central, probablement très répandue dans le Sahara quaternaire elle s’est trouvée isolée, au
milieu d’hélophytes banaux, dans cette mare perdue au milieu des sables du Mourdi,
b. Hydrophytes à végétation discontinue.
Des plantes typiquement hydrophytes par leurs organes assimilateurs et par leur bio-
logie sont adaptées à vivre dans des mares temporaires. Elles suivent un cycle immuable.
Elles sépanouissent dès que la mare se remplit — au moment des grandes pluies — fleurissent
et fructifient, s’affaissent avec le retrait des eaux, végètent tant que la surface de la vase demeure
humide, puis disparaissent brûlées par le soleil.
— Hydrogéophytes :
C'est le cas de Nymphaea rufescens Guill. et Perr. découvert le 19 septembre 1958
dans la grande Mare de Soboro. Cette plante commune en zone soudanaise, vit dans ’Ennedi
dans des conditions extrêmes, réussissant à boucler son cycle en deux mois environ. Après
l’assèchement de la mare, les bulbes restent enfouis dans la gangue argileuse solidifiée, où
ils se maintiennent en vie ralentie, étant d’authentiques organes de conservation. Ils sont
capables de survivre non seulement à dix mois de sécheresse absolue, mais aussi à vingt
deux mois; il se peut en effet, si une année déficitaire se présente, que la mare reste complète
ment asséchée pendant deux saisons sèches consécutives (ce fut le cas pendant l'été 1962).
C’est là une adaptation remarquable à un climat sahélien de type extrême.
Aponogeton subeonjugatus Schumach. est un autre hydrogéophyte. IA suit le même
rythme que le Nymphaea, mais sa croissance est plus rapide et son cycle un peu plus court.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 59
En année pluvieuse les feuilles flottantes recouvrent d’un tapis continu la surface de la Mare
de Bodhoué. La plante se trouve seulement dans quatre mares de l’Ennedi (Soboro, Bodhoué,
Keheï et Agouié) alors que le Nymphaea n’est présent que dans les deux premières,
— Hydrothérophytes :
Ces plantes sont de véritables thérophytes adaptées au milieu aquatique. Elles naissent
dans les eaux et disparaissent avec elles, ne laissant que leurs graines sur la vase desséchée.
Citons Utricularia inflexa Forssk. var. stellaris (L. f.) P. Tayl., trouvée très abondante dans la
Mare de Naguarbé, alors qu’elle est absente de toutes les autres mares apparemment identiques
du secteur.
5° HÉMICRYPTOPHYTES
Les hémicryptophytes sont des plantes dont les bourgeons de remplacement sont
situés au niveau du sol et ont la particularité d’être bien protégés par des écailles, des fibres
ou des débris foliaires. Pendant la saison sèche la souche ligneuse est persistante: elle porte
une série de bourgeons séparés les uns des autres par de petits espaces.
a. Hémicryptophytes subrosettés.
Ce type est représenté dans notre massif par deux espèces vivaces, à fouilles paraissant
toutes issues d’une souche basse. Dans l’une, Craterostigma plantagineum Hochst., les fleurs
sont portées sur de courtes hampes florales dénudées, dans l’autre, Aptosimum pumilum
(Hochst.) Benth., les fleurs apparaissent à l’aisselle des feuilles. Dans les deux les feuilles sont
radicales, à nervures peu divergentes et se développent chaque année précocement avec les
premières pluies. La première se comporte un peu comme un géophyte (d’ailleurs ses racines
sont légèrement tumidifiées) : au bout de 15 à 20 jours les parties végétatives aériennes dis-
paraissent, même s’il continue à pleuvoir. La seconde vit dans la rocaille à l’état de pied isolé.
Elles ont un peu une allure de géophyte.
b. Hémicryptophytes cespiteux.
Ce type englobe un nombre important de Graminées et quelques Cypéracées bien
spécialisées par leur souche à structure complexe. Celle-ci est en réalité constituée par toute
une série de petits rhizomes très courts, étagés, chacun d’eux portant en saison sèche les
chaumes de l’année précédente qui ont cessé d’être fonctionnels et un bourgeon bien protégé
par une écaille (celle-ci représente une gaine). Avec les pluies, les bourgeons entrent en activité
et se développent en innovations qui sont extravaginales si ces bourgeons percent latéralement
le gaine ou intravaginales s'ils s’accroissent verticalement à l'intérieur de la gaine. Cette
structure à l'avantage de faire apparaître au centre de la souche un microclimat et de placer
les éléments dormants dans une ambiance relativement à l'abri des excès de sécheresse. Les
hémicryptophytes cespiteux sont des pionniers sur certaines dunes fixées. Selon l'importance
et la densité de la souche, nous distinguons les nanohémicryptophytes, les mésohémicrypto-
phytes et les macrohémicryptophytes cespiteux.
— Nanohémicryptophytes cespiteux :
Sous ce vocable nous désignons un certain nombre de Graminées et de Cypéracées à
feuilles basales disposées en petits coussinets. Ces plantes entrent en végétation en même
temps que tombent les premières pluies. Les bourgeons donnent rapidement des feuilles
vertes, fines et tendres, assurant à ces plantes une nette avance sur les thérophytes normaux.
Elles sont à l’origine de la première tonalité verte que prend l’Ennedi rocailleux quelques
Jours après les premières pluies. A titre indicatif signalons par exemple que le 19 juillet 1964,
4 jours après la première pluie du 15 juillet 1964, les Kyllinga triceps (Rottb.) Endl. et les
Sporobolus pellucidus Hochst. pointaient déjà leurs premières pousses, et que le 26 juillet
1962, 6 jours après la première pluie du 20 juillet 1962, cette même espèce de Kyllinga portait
ses premières têtes florifères. Dans ce groupe, en plus des deux espèces déjà citées, notons
les Sporobolus nervosus Hochst., S. festivus Hochst. ex A. Rich., Enneapogon brachystachyus
(lub. et Spach) Stapf, Oropetium thomaeum (L. £) Trin., Tripogon multiflorus B. de Miré
et Gillet et T. minimus (A. Rich.) Hochst. ex Steud., Chaetostichium majusculum C.E. Hub-
bard pour les Graminées et Cyperus Meeboldii Kük. pour les Cypéracées. Source : MNHN, Paris
H. GILLET
PLANCHE II
L'Anthephora Hochstetteri Nees ex Hochst. est une vigoureuse Graminée
éthiopienne. I porte de nombreux épillets échelonnés sur un long
faux épi cylindrique. Host caractéristique de l'étage supérieur de
l'Ennedi.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 61
— Mésohémicryptophytes cespiteux scapeux :
Ils se distinguent des précédents par leur souche plus développée et par leurs innova-
tions feuillées s’élevant à plus d’un mètre au-dessus du sol. Les innovations à la base sont net-
tement séparées. Les gaines sont longues, bien individualisées. Les chaumes moyennement
rigides portent des feuilles à limbe horizontal et s'élèvent en fin de saison des pluies. Le sable
s'accumule facilement entre chaque innovation à la base de la touffe, si bien que celle-ci donne
souvent l'impression d’être installée sur une butte de sable. Ces plantes de haute stature exigent
une assez grande humidité; aussi sont-elles pour la plupart ripicoles. Parmi les plus représen-
tatives citons : Andropogon gayanus Kunth, Enteropogon macrostachyus (Hochst.) Munro
exBenth., Anthephora Hochstetteri Nees ex Hochst., Dichanthium annulatum (Forssk.) Stapf,
Cenchrus ciliaris L., Eragrostis atrovirens (Desf.) Trin. ex Steud., Tricholaena leucantha (A.
Rich.) Hochst. ex Aschers. et Schweinf..
— Macrohémicryptophytes cespiteux ou hémicryptophytes à touradons :
La souche de certaines Graminées cespiteuses a tendance à se rehausser par accumula-
tion de microrhizomes et également par l'allongement d’axes caulinaires verticaux porteurs
de nœuds très rapprochés. Il s’ensuit alors la formation d’une véritable butte susceptible de
s'élever jusqu’à 0,50 mètre au-dessus du sol. À un moment donné le touradon se creuse à
l'intérieur (1) et le rajeunissement se fait par l'extérieur. Le touradon ne laisse pas passer le
sable qui se dépose plutôt sur le pourtour. Il développe à sa base avec les années un puissant
système radiculaire qui s’étend à la fois radialement et en profondeur et draine à lui toutes les
ressources d’eau du sol. Aussi les groupements à touradons n’admettent-ils qu’un nombre
très limité d’espèces compagnes. Les touradons occupent le terrain en force et arrivent même,
malgré leur disposition nettement éparpillée, à se concurrencer mutuellement, quand l’année
a été peu pluvieuse. Les bourgeons bien abrités sous plusieurs épaisseurs de gaines n’ont
qu’une dormance relative. I faut vraiment des conditions xériques d’une grande sévérité
pour dessécher complètement une pareille souche et provoquer sa mort, et il est bien rare
alors qu’il ne subsiste pas quelques bourgeons qui lorsque les conditions redeviennent favo-
rables recréent une nouvelle souche soudée à la première. De pareilles formations présentent
un caractère steppique vraiment prononcé.
Les principales expèces sont Cyperus conglomeratus Rottb. très répandu dans toutes
les plaines sablonneuses, Aristida ciliata Desf., A. pallida Steud., Cymbopogon schoenan-
thus (L) Spreng., Eremopogon foveolatus (Del.) Stapf, Heteropogon contortus (L.) Beauv.
ex. Roem. et Schult., Hyparrhenia dissoluta (Nees) C. E. Hubbard et H. hirta (L.) Stapf.
6° CHAMÉPHYTES
Les chaméphytes sont des plantes pérennes ligneuses ou herbacées dont les bourgeons
de remplacement apparaissent bien séparés et sont situés entre la surface du sol et une hauteur
de l’ordre de 25 centimètres.
La division des chaméphytes varie selon les auteurs : RAUNKIAER (1907), Braux-
Branquer (1928), Lesrun (1947) et Viror (1956).
La limite de 25 centimètres invoquée pour séparer les chaméphytes des nanophanéro-
phytes est une limite bien artificielle pour les végétaux de régions sahéliennes. Un certain
nombre d’entre eux acquièrent par xéromorphie ou par réaction au broutage un port étalé
prostré qui fait qu’ils dépassent rarement 20 centimètres de hauteur, mais qu’ils n’en possèdent
pas moins une incontestable structure ligneuse de Phanérophytes (Cadaba glandulosa Forssk.,
etc.). Ils sont classés comme tels. Les chaméphytes sahéliens produisent — à chaque saisrn
des pluies — à l'inverse des nanophanérophytes des rameaux herbacés qui disparaissent à 1a
saison sèche. Ils ont une souche basse, durable, à structure ligneuse, qui garde une certaine
flexibilité et sur laquelle s'insèrent des brindilles dont certaines se lignifient et s’allongent pro-
gressivement d’année en année. En outre des rameaux annuels à croissance rapide se déve-
loppent à partir de bourgeons situés sur la souche. On conçoit facilement qu’au moment du
maximum d’extension des jeunes rameaux la plante atteigne des dimensions de petits phané-
(9 Lesable au milieu, provoque une sorte de nécrose par asphyxie, la touffe prenant la forme d'une
Couronne, d’un atoll, d'où le nom de coussinet atolliforme (cf. Th. Monop).
Source : MNHN, Paris
6 H. GILLET
rophytes, mais qu’elle soit ramenée à des dimensions plus modestes en saison sèche. C’est
pourquoi dans notre classification il ne sera pas tenu compte de la limite factice des 25 centi.
mètres, mais une attention particulière sera portée sur le degré de lignification des rameaux
secondaires selon leur numéro d’ordre par rapport à la tige basale. La distinction avec les hémi.
cryptophytes est assez aisée si l’on tient compte du caractère de densité des bourgeons sur la
souche basale.
a. Chaméphytes graminéens.
Ces chaméphytes se détachent facilement des macrohémicryptophytes cespiteux par la
production d'innovations pérennantes naissant à un certain niveau au-dessus du sol et parfois
à une assez grande hauteur (LEBRUN).
— Type érigé :
L’exemple en est fourni par une des Graminées les plus fréquentes de l’Ennedi : Pani.
cum turgidum Forssk., haute Graminée à chaumes persistants. Chaque année, avec l’arrivée
des pluies, de nouvelles innovations s’allongent, à partir de bourgeons bien protégés par des
gaines et situés à la bifurcation des principaux rameaux. C’est Ià une particularité qui permet
à la plante de démarrer rapidement et de se transformer aussitôt en plante verte assimilatrice,
Le Panicum turgidum Forssk. possède également la propriété d’émettre des innovations basales
et par là de se rajeunir puisque celles-ci pourront à leur tour émettre des innovations
supérieures. Ceci explique certainement pourquoi cette plante est la Graminée pérenne l
plus abondante de l’Ennedi et pourquoi elle s’est implantée dans beaucoup de milieux.
Aristida pungens Desf., Graminée ascendante, appartient au même type biologique,
— Type complexe (érigé radicant).
Ce type correspond à une Graminée curieuse qui produit d’une part en son centre
des innovations normales, et d'autre part sur sa périphérie des stolons capables de s’enraciner
aux nœuds et de donner également des innovations vivaces. Comme les stolons finissent par
être recouverts de sable, l'Éleusine flagellifera Nees se présente sous l'aspect de pieds mères
entourés chacun d’un ensemble de rejets.
Les chaméphytes graminéens, par leur aptitude à fournir directement des pousses vertes
sur des tiges dressées déjà anciennes, ont une véritable allure buissonnante. Les chaumes sont
entourés de gaines qui demeurent longtemps assimilatrices, Ce sont de bons pâturages.
b. Chaméphytes sous-ligneux.
Ce sont les chaméphytes par excellence, à partie basale bien lignifiée. Ils seront subdivi.
sés en suivant une classification inspirée de celle de ViRoT, tout en l’adaptant à notre flore.
— Chaméphytes sous-igneux érigés.
Ce type pourrait être qualifié de pseudo-phanérophytes, tant il est élevé. I n’est repré.
senté dans l’Ennedi que par quelques pieds relictuels de Sesbania punctata DC., au bord dela
Mare d’Aoué. Chaque année de puissants rejets atteignent jusqu’à 2 mètres de hauteur et
même davantage, jailissant d’une sorte de moignon ligneux épaissi, Cette poussée végétale
n'est possible que par suite des conditions très spéciales dans lesquelles sont placés les quelques
pieds de la plante, assurés d’une alimentation hydrique permanente et d’un approvisionnement
régulier en humus.
— Chaméphytes sous-ligneux suffrutescents.
Ces espèces sont caractérisées par un squelette persistant (partie basale lignifiée sur
laquelle s’insèrent des brins flexibles ou semi-rigides). Chaque année avec les pluies l’on
assiste à la production de feuilles et de jeunes rameaux à partir des bourgeons disposés sur les
brins. Ces brins finissent par mourir et sont progressivement remplacés par d’autres issus
de la partie basale. Aussi ces plantes pérennes ne peuvent atteindre une taille bien élevée. Les
végétaux suivant correspondant à ce type : Cleome brachycarpa Vahl ex DC., Phyllanthus
maderaspatensis L., Polygala Murati J. Félix, Pavonia Kotschyi Hochst. ex Webb, Pavonis
triloba Guill. et Perr., Centaurea senegalensis DC., Linaria Bentii Skan, Vernonia cinere
(L.) Less., Hypoëstes verticillaris (L. £.) Soland ex Roem. et Schult., Mitracarpus scaber Zuct:
Salvia aegyptiaca L., Evolvulus alsinoïdes (L.) L., Glossonema bovearäom D étre) Dreone.
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 63
— Chaméphytes sous-ligneux ascendants.
Ce sont les végétaux dont les rameaux, issus d’un axe principal court, sont doués d’un
géotropisme transversal accentué si bien qu’ils manifestent une tendance à s’allonger horizon-
talement. Certains de leurs rameaux sont actifs et se soutiennent par leurs propres moyens.
His ne comprennent guère que Bergia suffruticosa (Del.) Fenzl et Tephrosia vicioides A. Rich.,
encore que certains pieds de cette plante montrent un port prostré.
— Chaméphytes sous-igneux prostrés.
Les tiges de ces végétaux s’allongent sur le sol en restant en contact avec lui sur presque
toute leur longueur. La plante possède un squelette ligneux prostré qui émet à chaque saison
des pluies soit des feuilles, soit des petits rameaux feuillés dont quelques-uns persistent. Ces
plantes qui recherchent l’humidité par leur appareïl de soutien, vivent sur les terres lourdes
ou limoneuses. Elles sont représentées dans l’Ennedi par Corbichonia decumbens (Forssk.)
Exell, Corchorus depressus (L.) C. Christensen, Alternanthera sessilis (L.) R. Br. ex Roth,
Chrozophora plicata (Vahl) A. Juss. ex Spreng., Convolvulus glomeratus Choisy, Convolvulus
microphyllus Sieb. ex Spreng., Nelsonia canescens (Lam.) Spreng., auxquelles on pourrait
joindre Cucumis ficifolius A. Rich. bien que celui-ci par ses rameaux qui se renouvellent
chaque année à partir d’un pivot central ait un peu un comportement d’hémicryptophyte.
— Chaméphytes sous-igneux grimpants.
Ces végétaux émettent de longues tiges saisonnières qui ont la propriété de s'élever
le long de supports éventuels. La partie ligneuse de la plante — seule visible en saison sèche —
est matérialisée par un squelette souple ou est parfois réduite à un moignon dur. Hormis le
faible développement des parties ligneuses pérennes, ces végétaux ressemblent beaucoup à
des phanérophytes lianescents. Nous avons noté dans ce groupe des Cucurbitacées : Corallo-
carpus corallinus (Naud.) Cogn., Kedrostis gigef (J.F. Gmel.) C. Jeffrey, Zehneria anomala
C. Jeffrey et aussi Maerua oblongifolia (Forssk.) A.Rich., Commicarpus verticillatus (Poir.)
Standl., Aristolochia bracteolata Lam., Cissampelos mucronata À. Rich.
c. Chaméphytes succulents.
Ces végétaux se caractérisent par des tiges pseudo-aphylles et gorgées d’eau; les feuilles
minuscules et caduques ne sont visibles que pendant les quelques semaines où se produisent
les pluies. Les tiges érigées et ramifiées sont toutes issues d’une souche basale. Elles sont persis-
tantes et plus ou moins reviviscentes. Dans ’Ennedi ce type de plante a toujours été trouvé
à l'état isolé. Il s’installe le plus souvent dans le voisinage immédiat d’un végétal pérenne,
qui finit par dépérir. Il existe deux Asclépiadacées de cette nature : Caralluma Dalzieli
NE. Br. et Caralluma retrospiciens (Ehrenb.) N. E. Br.
d. Chaméphytes à tendance phanérophyte.
Un certain nombre de plantes de l’Ennedi, vivant plus spécialement dans la rocaille,
ont des allures de phanérophytes. Elles atteignent souvent la hauteur d’un homme. Cependant,
elles émettent à chaque renouveau des rameaux herbacés vigoureux. Elles tiennent donc des
chaméphytes sous-ligneux suffrutescents, mais également des phanérophytes par leurs hautes
tiges; elles pourraient être considérées comme des plurisaisonnières si l’on se réfère à leur durée
de vie. Elles vivent dans un milieu aride et chaud pendant une grande période de l’année, sur
un sol squelettique à ressources humiques et minérales fort limitées. Elles sont confinées pour
la plupart dans thalwegs élevés. Elles se développent souvent dans des conditions difficiles,
voire extrêmes, se cramponnant à la moindre parcelle de sol utilisable, insérant dans les in-
terstices des rochers de longues racines tortueuses. Ces plantes pendant une série d'années
favorables multiplient 1e nombre de leurs rameaux puis, ayant atteint une extension incompa-
tible avec les capacités nourricières du milieu, meurent dès qu’arrive une année sèche. Leurs
squelettes ligneux restent alors longtemps immobilisés sur les rochers.
Le développement de ces plantes dépend des conditions locales. Tel pied d’Echinops
Bovei Boiss. var. pallens Maire n'aura pas plus d'un mètre de hauteur dans tel site, alors que
son voisin dépassera deux mètres,
I arrive assez souvent, si les conditions climatiques redeviennent très favorables, que
Certains individus apparemment morts repoussent localement sous forme d’un rejet partant
Source : MNHN, Paris
64 H. GILLET
d’un point quelconque d’une tige desséchée; c’est là un caractère souvent observé chez les
plantes plurisaisonnières. : Mo =r À
Leurs bourgeons, par leur degré de protection, occupent une position intermédiaire
entre les bourgeons de plantes pérennes et les bourgeons nus des thérophytes.
_— Chaméphytes à tendance phanérophyte, buissonnants.
Ces végétaux produisent à partir de leur base une série de tiges ligneuses dressées puis
étagées, toutes à peu près d’égale importance. Leur développement est dans toutes les directions
de l’espace sensiblement équivalent. Ils sont assez vigoureux et leur hauteur est d'environ
1 mètre. Parmi eux, certains sont fréquents : Seddera latifolia Steud. & Hochst., Melhania
Denhamii R. Br., Chascanum marrubiifolium Fenzl ex Walp., Indigofera suaveolens Jaub. et
Spach. D’autres sont plus localisés : Melhania grandibracteata K. Schuns., Melhania
ovata (Cav.) Spreng., Salsola baryosma (Schult.) Dandy, Sida grewioides Guill. et Per,
Sida alba L., Cassia italica (Mül.) Lam. ex F. W. Andr., Cassia senna L.. D’autres sont
plutôt ascendants:Wernonia Aschersonii Schultz Bip., Achyrocline luzuloides Vatke.
— Chaméphytes à tendance phanérophyte, érigés.
Ces végétaux progressent en hauteur, leurs tiges étant affectées d’un géotropisme forte.
ment négatif. Certains ont un aspect de nanophanérophytes, mais ils portent tous de longs
rameaux herbacés. Citons : Hibiscus micranthus L., Abutilon fruticosum Guill. et Per,
À. glaucum G. Don, Svensonia laeta (Fenzl) Moldenke, Solanum albicaule Kotschy ex
Dunal et Ochradenus baccatus Del.; ces deux derniers en se faufilant dans les arbres peuvent
atteindre trois mètres de hauteur.
T° PLURISAISONNIÈRES
Il s’agit d’une série de plantes remarquablement adaptées aux conditions sahéliennes,
Elles n’ont pas leur équivalent dans les pays tempérés. Les plurisaisonnières sont «des annuelles
qui peuvent durer plusieurs années». Elles traversent la saison défavorable à la fois sous forme
de graines, comme de véritables thérophytes, et sous forme d’individus porteurs de bourgeons
dormants, comme d’authentiques chaméphytes suffrutescents. Mais ces bourgeons ne sont pas
très bien protégés et résistent mal à un excès de sécheresse. Elles apparaissent un peu comme
des annuelles qui s’acheminent vers l’état vivace. A la suite d’une série d’années à pluviosité
excédentaire les individus à bourgeons aériens dormants se multiplient, puis disparaissent
en masse dès qu’intervient une année déficitaire. La reproduction des plurisaissonières est
toujours assurée quelle que soit l'importance des pluies. Des végétaux sachant aussi bien tirer
parti de variations interannuelles occupent naturellement une place de choix dans l'échelle des
formes biologiques du Sahel. Leur fluctuation d’une année sur l’autre fournira des renseigne
ments précieux sur les conditions climatiques,
a. Thérophytes à tendance plurisaisonnière.
Dans la population d’une espèce appartenant à ce type, à côté d'individus qui se com-
portent comme des thérophytes typiques, il existe également des individus plus étoffés qui
traversent la saison sèche et rejaillissent au moins partiellement à la prochaine saison des pluies.
Citons Cleome tenella L., Pegolettia senegalensis Cass., Atractylis aristata Battandier,
Aristida acutiflora Trin. et Rupr., Danthonia Forskalii (Vahl) R. Br., Farsetia ramosissima
Hochst. ex Fourn., Morettia canescens Boiss., M. Philaeana (Del.) DC.
b. Plurisaisonnières à tendance suffrutescente.
Ces plantes sont bien souvent des pluriannuelles. Elles se rapprochent des vrais sufnu-
tescentes parce que les semis de l’année ne portent pas toujours des fleurs mais s’en distinguent
parce qu'elles ne sont pas vraiment perennes : les conditions climatiques ne sont pas les seules
en cause. Quelques espèces de ce groupe montrent un comportement curieux : après avoir
acquis une forme buissonnante, elles cessent de proliférer et se transforment en un amas de
broussailles sèches qui, petit à petit, sont déblayées par le vent. Dans les derniers stades les
rameaux ascendants extérieurs se recourbent vers l'intérieur : la plante donne alors l'impression
de se refermer sur elle-même [Tephrosia nubica (Boiss.) Bak.].
Appartiennent à ce groupe, des Papilionacées des rocailles : Tephrosia nubica (Bois.
Bak,, T. purpurea (L.) Pers. var. pubescens Bak., T. subtriflora Hochst. ex Bak., Argyrob
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 65
bium abyssinicum Jaub. et Spach, des Fagonia, Fagonia arabica L., F. Bruguieri DC., F.
Flamandi Battandier, des psammophiles Moltkia callosa Vahl, Arnebia hispidissima (Sieber
ex Lehm.) DC. et aussi Pulicaria crispa (Forssk.) Oliv., dont les buissons hémisphériques
morts sont longtemps visibles dans les zones d'épandage. Il semble dans ce cas que les causes
physiologiques (épuisement du milieu, vieillissement) viennent s'ajouter aux causes climatiques
pour provoquer le dépérissement de ces plantes.
c. Plurisaisonnières strictes.
Ce sont les plantes qui comprennent à peu près en quantité équivalente des individus
annuels et des individus vivant plusieurs années. Ainsi à chaque saison des pluies un certain
nombre d'individus issus de semis de l’année traversent la saison sèche et recommencent à
croître aux prochaines pluies. Il existe cependant selon les années une certaine variation dans
les proportions. Heliotropium undulatun Vahl, Heliotropium zeylanicum (Burm. ) Lame.
Latipes senegalensis Kunth, Requienia obcordata (Lam. ex Poir.) DC. sont des espèces
qui se comportent de cette façon.
Il convient de remarquer que ces plurisaisonnières strictes montrent une telle plasticité
qu'elles sont capables de fournir, selon la zone géographique considérée, des types (1) stricte.
ment annuels ou longuement plurisaisonniers. Ainsi Requienia obcordata (Lam. ex Poir.)
DC. est strictement annuel sur les sables de la lisière Nord de l’Ennedi où il ne tombe guère
que 10 à 20 millimètres par an et largement plurisaisonnier sur les dunes du Sud du Massif.
Il en est de même pour Danthonia Forkalii (Vahl) R. Br., Tephrosia purpurea (L.) Pers!
var. pubescens Bak., Aristida longiflora Schum.. Les types sont parfois si bien différenciés
qu’ils ont été classés comme des espèces différentes par les systématiciens.
8° PHANÉROPHYTES
Les phanérophytes comprennent, selon les définitions en usage, tous les végétaux ligneux
dont les bourgeons de remplacement les plus élevés de la phyllosphère sont situés à plus de
trente centimètres au-dessus du sol. En pays sahélien il est bien difficile de se baser uniquement
sur le facteur taille pour séparer les phanérophytes de certains chaméphytes, la hauteur de la
plante étant fonction de conditions écologiques, climatiques, édaphiques, etc. Peut être
considéré comme phanérophyte tout végétal pérenne et non plurisaisonnier dont les axes
principaux possèdent une structure ligneuse qui s’accroît d’année en année, et dont la genèse
de la ramification correspond à celle d’un arbrisseau, d’un arbuste ou d’un arbre. Les bourgeons
se développent en feuilles ou en jeunes tiges, mais ne donnent pas de rameaux herbacés
saisonniers,
H peut paraître surprenant que, dans un pays à affinité désertique, les phanérophytes
occupent une place importante. C’est certainement la meilleure preuve selon laquelle l’Ennedi
ne fut pas toujours le pays aride que l’on connaît aujourd’hui. Beaucoup de phanérophytes
se trouvent confinés dans des stations privilégiées d’où ils ne peuvent sortir,
Avec les réserves indiquées, nous adoptons la classification de RAUNKIER reconduite
par LEBRUN et Viror en pays tropical.
a. Nanophanérophytes.
Ils englobent en principe les arbrisseaux et sous-arbrisseaux, Leurs bourgeons persis-
lents sont situés entre 30 centimètres et 2 mètres (sauf dans le cas de sujets vigoureux placés
dans des conditions écologiques optimales). Nous distinguerons :
. ,— Ceux qui ont des allures de chaméphytes à tendance phanérophyte buissonnant,
mais dont l'importance des éléments ligneux et surtout la longueur de leur existence permettent
de classer parmi les authentiques phanérophytes. Ce sont des végétaux bien à leur place, en
équilibre avec les conditions climatiques actuelles et supportant facilement leurs aléas.
Certains sont des saharo-sahéliens, d’autres sont des orientaux. Citons : Cadaba glandulosa
Forssk, et Heliotropium rariflorum Stocks aux parties lignifiées prépondérantes; Capparis
£akeate Fresen, Celosia populifolia Moq., Vernonia cinerascens Schultz Bip., Solenostemma
argel (Del.) Heyne, Pergularia tomentosa L. et Waltheria indica L. au port ramifié.
(1) 1 faudrait
d procéder à des essais expérimentaux Pour savoir si l’on a affaire à des écotypes ou à
les accomodats,
7 564022 6. Source : MNIHN, Paris
66 H. GILLET
— ceux au port érigé comme Chrozophora senegalensis (Lam.) A. Juss. ex Spreng,
Gossypium anomalum Wawra. » À | |
diner qui appartiendraient à la classe supérieure (microphanérophytes) mais qui
dans l’Ennedi ne peuvent atteindre le développement qu’ils auraient en zone soudanaise,
restant en dessous de la taille normale : Combretum aculeatum Vent., Guiera senegalensis
J. F. Gmel. et Lannea humilis (Oliv.) Eng.
b. Microphanérophytes.
Par leurs bourgeons persistants situés entre 2 et 8 mètres, ils englobent les arbustes
et les petits arbres. En fait, à l'instar de VIROT, on pourrait les scinder en deux parts : la
première comprenant des arbustes de 2 à 4 mètres, la deuxième renfermant des petits arbres
de 4 à 8 mètres. Ce classement, s’il satisfait l'esprit didactique, ne correspond pas toujours
à la réalité. Les microphanérophytes sont plastiques et bien souvent leurs dimensions dépendent
des conditions écologiques locales. Les espèces suivantes peuvent être rapportées à des micro.
phanérophytes :
Calotropis procera (Ait.) Ait. £.
Leptadenia pyrotechnica (Forssk.) Decne.
Cordia Rothii Roem. et Schult.
Lantana salvifolia Jacq. subsp. nepetae.
ARBUSTES
Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir.
Cadaba farinosa Forssk.
Tamarix Balansae J. Gay
Grewia bicolor Juss.
Grewia flavescens Juss.
Grewia tenax (Forssk.) Fiori
Grewia villosa Wild.
Gossypium somalense (Gürke) J.B. Hutch.
Bauhinia rufescens Lam.
Acacia flava (Forssk.) Schweinf.
Acacia mellifera (Vahl) Benth.
Acacia nubica Benth.
Salvadora persica L.
Zisiphus mauritiana Lam.
Commiphora quadricincta Schweinf.
Commiphora africana (A. Rich.) Engl.
Maesa Schweinfurthii Mez.
folia B. de Miré et Gillet.
Premna resinosa (Hochst.) Schau.
PETITS ARBRES
Boscia salicifolia Oliv.
Capparis decidua (Forssk.) Edgew.
Crateva religiosa Forst. f.
Maerua crassifolia Forssk.
Thespesia garckeana F. Hoffm.
Securinega virosa (Roxb. ex Wild.) Baïll
Piliostigma reticulatum (DC.) Hochst.
Acacia laeta R. Br. ex Benth.
Dichrostachys glomerata (Forssk.) Chiov.
Ziziphus abyssinica Hochst. ex A. Rich,
La plupart de ces végétaux croissent le long des ouadis. Seules des espèces peu exi-
geantes comme Calotropis procera (Ait.) Ait. f., Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir,
Maerua crassifolia Forsek., ou des espèces psammophiles comme Leptadenia pyrotechnies
(Forssk.) Decne. s’en écartent.
c. Mésophanérophytes.
Ils comprennent les arbres dont les bourgeons persistants sont situés, selon la classi-
fication de RAUNKIAER, entre 8 et 30 mètres. Ces végétaux, qui ont besoin d’un sol profond
pour mettre en place leur appareil radiculaire, sont tous implantés sur le trajet des grands
ouadis et en particulier le long des biefs recouvrant une nappe phréatique ou au voisinage
des sources. Seuls Balanites aegyptiaca (L.) Del. en raison de son puissant système radiculaire
pivotant peut s'en éloigner mais toutefois d’une manière limitée. L’Acacia raddiana Savi,
Si répandu dans les plaines, semble également faire exception, mais seuls les exemplaires
Situés dans les stations favorables dépassent franchement 8 mètres, Un grand nombre de
mésophanérophytes ne subsistent encore dans l’Ennedi qu’à la faveur d’un concours heureux
de circonstances. Aussi se rencontrent-ils sur des aires très restreintes, en nombre très limité.
Voici la liste des mésophanérophytes reconnus dans l'Ennedi :
Boscia angustifolia À. Rich.
S
Sysygium guineense (Willd) DC.
Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill. et Perr.
Combretum gallabatense Schweinf.
Combretum reticulatum Fresen
Tamarindus indica L. Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 67
Acacia raddiana Savi Ficus teloukat Batt. et Trab.
Acacia scorpioides (L.) W. F. Wight var. Ziziphus spina-christi (L.) Desf.
nilotica (L.) A. Chev. Balanites aegyptiaca (L.) Del.
Acacia seyal Del. Diospyros mespiliformis Hochst. ex A. DC.
Faidherbia albida (Del.) A. Chev. Rauvolfia caffra Sond.
Albizia sericocephala Benth. Adina microcephala (Del.) Hiern
Ficus ingens (Miq.) Miq. Stereospermum kunthianum Cham.
Ficus populifolia Vahl Vitex doniana Sweet
d. Mégaphanérophytes.
Ce sont les arbres qui ont plus de trente mètres de hauteur. Cette classe n’est pas repré-
sentée dans l’Ennedi. En effet, les plus grands arbres Faidherbia albida (Del.) A. Chev. et
Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill. et Perr. ne dépassent guère 20 mètres de hauteur.
Remarque. — La classification édifiée par RAUNKIAER, si elle a l'avantage de faire
intervenir des normes précises, a l'inconvénient d’être un peu arbitraire. Dans l’Ennedi où
l'échelle de variation de la strate arborée est malgré tout limitée, une division plus simple
aurait pu être choisie, par exemple celle que nous avons utilisée pour répartir les phanérophytes
de l’Ouadi Rimé (1961) en nanophanérophytes rassemblant les arbrisseaux et arbustes et en
macrophanérophytes comprenant les petits arbres et les arbres. Dans ce cas une partie des
microphanérophytes iraient vers nos nanophanérophytes et l’autre partie vers nos macropha-
nérophytes.
e. Phanérophytes lianescents.
L’Ennedi malgré son caractère subdésertique compte des végétaux ligneux dont les
tiges pérennes sont susceptibles de s’élever le long d’un support ou de s’enrouler après lui.
La classification établie par J. Lesrun (1947) s'applique parfaitement ici, bien que la plupart
des types distingués dans la plaine au Sud du Lac Edouard (Congo ex Belge) ne se retrouvent
pas dans notre Massif,
— Lianes étagées sarmenteuses.
Ces lianes possèdent un axe principal ligneux, parfois aussi gros que le bras, capable
de s'élever par ses propres moyens jusqu’à une hauteur de plusieurs mètres. II ne peut croître
que s'il est suffisamment protégé contre la sécheresse, ce qui ne peut se faire qu'au voisinage
d’un arbre. H ne tardera pas alors à s'épanouir en une nappe de rameaux et de ramilles souples
et divariqués diffusant sur les branches. L'arbre support prend alors une allure étrangement
verte, qui contraste singulièrement avec les arbres environnants. Certaines lianes [Leptadenia
Reterophylla (Del) Decne.] sont si abondantes le long de certains ouadis qu’elles consti.
tuent un élément dominant du paysage. Elles prennent une telle extension que souvent, ne
se contentant pas de recouvrir son support d’un manteau de verdure, elles le débordent
lergement et retombent marginalement en guirlandes du plus bel effet. Dans d’autres cas, ce
qui est très fréquent le long des koris de l'Air mais plus rare dans 1’Ennedi, la liane {se déve-
oppe en une espèce de fourreau qui enveloppe complètement le trone de certains palmiers
(Hyphaene thebaica (L.) Mart.), chaque rameau trouvant dans les écussons qui font saillie sur
le stipe un support tout indiqué.
Indiquons, comme répondant à ce type, deux Asclépiadacées : Leptadenia heterophylla
(Del) Decne. et Leptadenia hastata (Pers.) Decne..
Par contre l’Hippocratea richardiana Cambess. qui est localisé le long de certains
ouadis d'altitude a tendance à se replier sur lui-même en emmélant ses tiges et ses rameaux
comme pour mieux se protéger.
Quant au Cocculus pendulus (J. R. et G. Forst.) Diels il lui arrive de s’étaler sur le sol
où sur les rochers et de prendre Vaspect d’un chaméphyte rampant. Il se pourrait que ce port
Particulier résulte de la disparition du support arbre, comme le pense Th. Moxon.
— Lianes volubiles,
Deux lianes seulement présentent la propriété de s’enrouler franchement autour d’un
duelconque tuteur, Une Asclépiadacée Pentatropis spiralis (Forssk.) Decne. assez fréquente
une Ménispermacée Tinospora bakis (A. Rich.) Miers beaucoup plus rare. Ces deux vêgé.
g Source MNHN, Paris
68 H. GILLET
taux arrivent aussi à enchevêtrer leurs tiges les unes aux autres et à former des fouillis inextri.
cables. Le géotropisme pour le premier est plutôt transversal tandis qu’il est nettement négatif
pour le second.
£. Phanérophytes Palmiers.
Le port si particulier des palmiers justifie l'ouverture d’une subdivision spéciale pour
eux. Sur le plan biologique, les Palmiers se distinguent des autres phanérophytes par leur
énorme bourgeon terminal à activité continue.
Il existe deux Palmiers dans l’Ennedi :
L’Hyphaene thebaica (L.) Mart. toujours plus ou moins lié à une nappe phréatique et Je
Phoenix dactylifera L. qui a toutes les apparences de la spontanéité, au voisinage de certaines
sources inaccessibles.
90 PARASITES
Ces végétaux, le plus souvent pérennants, puisent dans leur hôte, par l'intermédiaire
de suçoirs, la totalité ou une partie seulement des principes nutritifs dont ils ont besoin. Leur
nombre est fort limité puisque quatre espèces seulement ont été reconnues. Il y a lieu de
remarquer que ces parasites se développent aux dépens de sujets nourriciers dont l'identité
spécifique n’est pas rigoureuse.
a. Parasites verts.
Il convient de placer ici deux espèces de Tapinanthus qui vivent surtout sur les
Acacia. Ces parasites profitent directement de la sève de l'arbre. Ils prennent en effet de la
vigueur en même temps que l'arbre, entrent en végétation et fleurissent au moment du plein
épanouissement de leur hôte, c’est-à-dire à la fin de la saison des pluies. Ils possèdent la pro-
priété de concentrer en eux les liquides nourriciers car leurs feuilles vertes sont toujours plus
aqueuses que les feuilles de l'espèce sur laquelle ils vivent. C’est peut-être pour cette raison
qu’elles sont toujours très appréciées des chameaux qui les choisissent et les cueillent en
premier lieu. Les deux espèces sont Tapinanthus acaciae observé sur différentes espèces
d’Acacia, mais aussi sur Cordia Rothii Roem. et Schult. et Tapinanthus globiferus (A. Rich.)
Van Tiegh., sur Acacia également.
b. Parasites non verts.
— Parasite en relation avec son hôte par des suçoirs souterrains.
L'Ennedi n’est pas dépourvu de ces plantes dont la plus grande partie de l'appareil
végétatif est souterrain et qui inopinément, en dehors de la saison de grande activité de la
végétation, émergent du sable sous forme d’une grosse tige couverte d’écailles brunes. La
plante est fixée en réalité sur la racine d’un phanérophyte; elle y vit à l’état latent pendant des
années jusqu’au moment où, se mettant à fleurir, elle devient facilement repérable. Une plante
répond à ce type. Il s’agit de Cistanche phelypaea (L.) Cout.. Tne semble pas qu'il y ait une
spécificité étroite entre le parasite et l’hôte qui peut être aussi bien Sal/vadora persica L,,
Faidherbia albida (Del.) A. Chev. et même Ficus teloukat Batt. et Trab..
— Parasites aériens.
La découverte récente (6 septembre 1964) de Cuscuta hyalina Heyne ex Roth sur
le versant Nord de l’Ennedi montre que ces plantes volubiles, envahissantes, aphylles —
mais entrant en relation avec la plante hôte par de multiples suçoirs — arrivent à s’accomoder
du climat sahélien à type extrême. Dans une première observation la plante était établie sur
une aire où dominait Tribulus terrestris L. sur laquelle elle était solidement établie, mais
elle s’étendait également sur les plantes voisines telles que Gynandropsis gynandra (L.) Brigy
Brachiaria Hagerupii Hitchcock, Eragrostis cilianensis (AI) Link ex Vign. Lut. et même
Cenchrus biflorus Roxb., toutes plantes liées à la présence du bétail. Dans une deuxième obser-
vation la plante était installée dans un groupement analogue.
Source : MNHN, Paris
LE
PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI
B. — BILAN GÉNÉRAL
1° RÉPARTITION DES FORMES BIOLOGIQUES
69
Celui-ci est résumé dans le tableau ci-dessous, qui donne en même temps les abréviations
utilisées dans la liste des plantes spontanées de l’Ennedi, dressée à la fin du présent ouvrage
(p. 172 à 185).
Pourcentage
218 THÉROPHYTES
167 Te. thérophyte érigé. . à
28 Tp. thérophyte prostré s He
18 Tg. thérophyte grimpant. ;
5 Tr. thérophyte rosetté.….. si
16 GÉOPHYTES
6 Gb. géopbyte. bulbouxits se etat enor dr te ise lens j
8 Gr. géophyte rhizomateux. # 3,0
2 Grt. géophyte à racines tubérifiées. A]
27 HéLoruvres |
14 Helr. hélophyte rhizomateux . }
13 Hel c. hélophyte cespiteux . 5,1
Hel b. hélophyte bulbeux ................................
6 HYDROPHYTES |
6 Hy. hydrophyte. .... D Rd EN A RTE Li
37 HÉMICRYPTOPHYTES
4 Hem subr. hémicryptophyte subrosetté |
23 N Hem ces. nano et mésohémicryptophyte cespiteux dE 7,0
10 MHem ces. macrohémicryptophyte cespiteux. .................... \
96 CHAMÉPHYTES |
3 Chgram. chaméphyte graminéen. ...... RE PR DE \
1Che. chaméphyte sous-ligneux érigé
5 Chasc. chaméphyte sous-ligneux ascendant.
12 Chp. chaméphyte sous-ligneux prostré. . 184
14 Chg. chaméphyte sous-ligneux grimpant. . ss
32 Cheuf. chaméphyte sous-ligneux suffrutescent .
27 Ch phan. chaméphyte à tendance phanérophyte .
2 Ch suc. chaméphyte succulent.
43 PLURISAISONNIÈRES |
43 Plur. pionnier à sad sereine on aa tre 8,1
7 PHANÉROPHYTES
14 nano Ph. nanophanérophyte..
31 micro Ph. microphanérophyte.
25 meso Ph. mésophanérophyte..... 15,1
7 Ph1. phanérophyte lianescent .
2 Phpalm. phanérophyte palmier.
$ Parasires
pu ASS arabe! MEDAL AR ee NM PNA 23 TT Re 0,9
“ 100,0
7 564022 6.
Sdhurce : MNHN, Paris
70 H. GILLET
20 COMPARAISON DU SPECTRE BIOLOGIQUE DE L'ENNEDI AVEC CEUX D'AUTRES RÉGIONS
Nous disposons de peu de données à ce sujet car il existe peu de zones africaines compa-
rables où un inventaire complet de la végétation et un spectre aient été établis.
Les éléments de comparaisons dont nous disposons sont ceux effectués par G. Bouper
dans le Hodh (Mauritanie) et les nôtres au Ranch de l’Ouadi Rimé dans le Centre Tchad
(Préfecture d’Ati).
Hodh Ranch de l'O. é
Auteur (Mauritanie) Rimé Ennedi
Nombre d'espèces sur|
lesquelles est établi le!
spectre. 22 5e 5 161 207 526
Thérophytes.. 61,4 67,1 41,3
Géophytes (y. compris!
Hélophytes). A 1,8 4,8 8,1
Hémieryptophytes. 5,6 6,7 7,0
Chaméphytes (y compris!
plurisaisonnières).. . . 6,8 7,9. 26,5
Phanérophytes. .…. 23,6 13,5 15,1
99,2 100,0 98,0
— ——_— ——— —
non compris Hydrophytes (1 %)
et parasites (1 %)
Si l'on se réfère à la loi générale qui veut que, plus on se rapproche de l’Équateur plus
le matériel ligneux prend de l'importance (Hem + Ch + Ph — T) et que, dans les régions
sahariennes les espèces herbacées thérophytiques l’emportent largement sur les autres, on
remarque le caractère nuancé de la végétation de l’Ennedi. Le spectre biologique reflète
l'origine diverse des courants de flore qui se sont affrontés dans le pays.
3° CARACTÈRES DU SPECTRE BIOLOGIQUE
— Prédominance des thérophytes.
La prédominance des thérophytes n’est que relative. Elle n’est pas absolue. Ceci est la
conséquence du nombre important de relictes pérennes qui trouvent refuge dans les gorges,
et du caractère orophile et rupicole d’une partie de la flore. La flore pérenne à souche épaisse
profondément encastrée dans les rochers, et la flore hélophyte liée aux points d’eau permanents
avec ses organes de pérennité sont de ce fait plus résistantes aux aléas climatiques que la flore
annuelle susceptible d’être éliminée par une série d’années sèches.
L'importance des thérophytes est en relation avec le substrat sableux. Cette flore qui
occupe le terrain passagèrement, parfois jusqu’à la saturation, profite du caractère filtrant du
sable qui est capable de laisser passer l’excès d’eau et de le restituer ensuite par capillarité.
IL est normal qu’elle soit l'élément principal (67 %) du Ranch de l’Ouadi Rimé implanté sur
d’anciennes dunes quaternaires fixées.
La vitalité de la flore annuelle est parfois prodigieuse. Ainsi, dans le cas des bas-fonds
limoneux, peu après les pluies, les individus de certains espèces à croissance rapide [Borreria
compacta (Hochst.) K. Schum., Cassia tora L., Gynandropsis gynandra (L.) Briq.] se comptent
par centaines au mètre carré. La végétation est alors si dense que le sol n’est pas visible. L'extr
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 71
bérance des thérophytes confère au pays un visage riant et verdoyant qui contraste singu-
lièrement avec celui, austère et pelé, de la saison sèche,
Le pourcentage des géophytes est dans l’Ennedi du même ordre de grandeur que celui
trouvé dans d’autres régions sahéliennes. C’est un groupe de plantes dont importance varie
peu avec les climats.
— Importance de la flore pérenne.
La place occupée par les phanérophytes mérite d’être soulignée. L’Ennedi, contrairement
à l'opinion préfabriquée que l’on pourrait se faire en consultant les livres, est très largement
pourvu en arbres et arbustes. Le cours de certains grands ouadis en altitude sont de véritables
couloirs forestiers. Il existe des zones d’épandage intérieures où les arbres sont si denses qu’ils
occupent le terrain à plus de 50 % (leurs cimes ne sont pas jointives, mais séparées par un
espace inférieur au diamètre d’une phyllosphère). Dans les éboulis ou les chaos rocheux, les
chaméphytes sous-ligneux suffrutescents viennent en tête par le nombre des individus présents
sur le terrain. Sur les pentes pierreuses peu déclives — comme celles prolongeant les éboulis
à leur base — les nanophanérophytes cespiteux sont dominants.
— Rôle des lianes.
L'abondance des lianes est certainement l’un des caractères les plus saïllants de la
flore ennedienne. L’observation continuelle de végétaux lianescents pratiquement présents
dans la zone d’influence de chaque arbre est un spectacle auquel n’est pas habitué le botaniste
des zones tempérées. Le long de certains ouadis le Leptadenia heterophylla (Del. } Decne. est
Yélément le plus fréquent. Dans toutes les zones à végétation dense, des lianes s’accrochent
de toutes parts aux herbes en pleine croissance ou montent à l'assaut des bois morts. La faculté
de se soutenir sur les supports présents se rencontre aussi bien chez des thérophytes que chez
des chaméphytes et des phanérophytes. Toutes les lianes sont des plantes envahissantes qui
présentent, par leur allongement rapide, un caractère de supériorité sur les autres plantes,
L'important contingent de lianes annuelles distingue nettement la flore sahélienne de la
fore saharienne et de la flore méditerranéenne. Ces lianes appartiennent à quelques familles
dont certaines sont réellement tropicales comme les Ménispermacées (avec trois espèces), les
Hippocratéacées et, pourrait-on ajouter les Asclépiadacées [avec Pentatropis spiralis (Forssk.)
Decne., Oxystelma bornouense R. Br. et deux espèces de Leptadenia]. Les autres familles sont
les Cucurbitacées dont toutes les espèces sont grimpantes, les Convolvulacées avec l’important
genre Ipomoea, les Sapindacées (avec Cardiospermum halicacabum L.), les Papilionacées avec
le genre Rhynchosia (avec 4 espèces).
III. SPECTRE PHYTOMÉTRIQUE
1° ÉCHELLE DE STRATIFICATION
Depuis la plus humble plante de quelques centimètres jusqu’au colossal Faidherbia
albida (Del.) A. Chev. la flore ennedienne se répartit en différentes strates. La différenciation
de celles-ci est un peu une question d'interprétation. Dans l'échelle proposée, nous nous ins-
pirerons de celle définie par MULLENDERS et de la nôtre utilisée dans l’analyse de la flore du
Ranch de l'Ouadi Rimé. La distinction repose sur des critères commodes, immédiatement
repérables. Ainsi nous distinguerons
—— une strate basse, dite strate 6, composée par les plantes dont la taille est comprise
en principe entre 0 et 20 centimètres. Appartiennent à cette strate toutes les plantes prostrées,
et toutes celles qui sont facilement foulées.
Ex. : Monsonia senegalensis Guill. et Perr., Fimbristylis exilis (Kunth) Roem. et
Schult., Borreria compacta (Hochst.) K. Schum..
une strate moyenne herbacée, dite strate 5, composée par les plantes dont la taille
‘st comprise en principe entre 20 et 60-70 centimètres. Appartiennent à cette strate les plantes
Si arrivent à la hauteur du genou.
Le Ex. : Eragrostis tremula Hochst. ex Steud, Crotalaria senegalensis (Pers.) Bacle
; 7 Une strate élevée herbacée, dite strate 4, réunissant les plantes dont la taille est
“omprise en principe entre 60-70 centimètres et 1-1,20 mètres. Appartiennent à cgfte, SHAfé paris
2 H. GILLET
les plantes qui arrivent à la hauteur du ventre ou de la ceinture. Elle groupe toutes les Grami.
nées cespiteuses élevées comme Aristida ciliata Desf., Cymbopogon schænanthus ()
Spreng., Panieum turgidum Forssk. et un grand nombre de chaméphytes.
— une strate arbustive, dite strate 3, groupant les plantes dont la taille est comprise
entre 1-1,20 mètres et 2 mètres environ, c’est-à-dire celles dont la hauteur est peu différente
de celle d’un homme. Elle groupe principalement les arbustes et arbrisseaux.
Ex. : Gossypium somalense (Gürke) J. B. Hutch., Hibiscus micranthus L..
— une strate arborée, dite strate 2, comprenant tous les petits arbres dont la taille se
situe entre 2 et 5 mètres environ.
Ex. : Grewia villosa Wild, Grewia bicolor Juss., Cordia Rothii Roem. et Schuit..
— une strate de grands arbres, dite strate 1, comprenant tous les grands arbres (ceux
de plus de 5 m).
Les limites indiquées ne peuvent être considérées comme absolues, car il est clair que
dans une population donnée, si homogène soit-elle, les individus ne plafonnent pas tous à Ja
même hauteur. Dans ce cas la strate choisie sera celle qui englobera la plus grande partie des
représentants de l'espèce.
La strate indiquée à propos de chaque espèce dans le tableau est évidemment celle qui
s’applique aux spécimens de l’Ennedi. Ainsi Boscia angustifolia A. Rich. appartient à la
classe 2 parce que tous les exemplaires observés dans l’Ennedi ne dépassent pas 5 mtres
bien que cet arbre atteigne 10 mètres sur les bords de l'O. Oum Chalouba). De même Celosig
trigyna L. a été classé dans la strate 6 parce que les seuls pieds de cette plante observés au
pied du Mont Deli ne faisaient que 15 centimètres, alors que les spécimens de la région d’Abéché
mesurent communément 1 mètre de hauteur, etc. Dune manière générale les plantes d’origine
soudanaise présentes dans l'Ennedi, n’atteignent pas, pour des raisons faciles à comprendre,
la taille qu’elles ont dans leur aire normale.
29 BILAN GÉNÉRAL
I est présenté dans le tableau suivant :
7
Pourcentage
pour
Strate Binte Pourcentage| les plantes
d'enpèçes du Ranch
de l'O. Rimé
179 34,1 37,7
183 34,8 34,0
63 12,0 15,5
si 78 34
44 8,4 T2
15 2,9 1,9
525 100,0 99,7
3° PLANTES NAINES
Le nombre d’espèces appartenant à la classe 6 n’est pas surprenant. I1 concrétise d'une
part l'abondance des thérophytes et aussi une tendance certaine à une réduction de taille
pour un certain nombre de plantes.
Cette faculté de produire des accomodats nains est le propre de quelques annuelles
psammophiles. Cela peut se produire dans différentes circonstances :
— mince couche de sable remplissant une cuvette dans les rochers.
Le substrat est limité à quelques centimètres : les racines ne peuvent se développer.
Cependant toute une flore chétive lève avec les pluies, comprenant de nombreuses Graminées
filiformes comme, Eragrostis pilosa (L.) Beauv., Eragrostis ciliaris (L.) R. Br., Eragrosls
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 73
tremula Hochst. ex Steud., Dactyloctenium aegyptium (L.) Beauv., Aristida adscensionis L.
et quelques diverses : Euphorbia granulata Forssk., Anticharis linearis (Benth.) Hochst.
ex Aschers., etc.
— sol granuleux à particules grossières,
Dans ce cas le substrat se prête mal à l'installation des plantes. Cependant quelques
espèces arrivent à vivre, fleurir et fructifier tout en restant de taille très réduite. Dans un tel
milieu au pied du Mont Aloba le 3 août 1964, les observations suivantes ont été réalisées :
Espèces Hauteur
Indigofera sessiliflora DC................ 4:
Fimbristylis exilis (Kunth) Roem. et Schuit. 0,4 à 3 cm
Dactyloctenium aegyptium (L.) Beauv. 6 ATem
Borreria compacta (Hochst.) K. Schum. . 2 à3cm
— Dune très faiblement arrosée.
Sur les dunes du Mourdi, à la lisière Nord de l’Ennedi, toute une florule est composée
d'individus nains, nés souvent à la suite d’une seule ondée. Ainsi entre l'O. Matar et TO. Mi-
chero, nous avons observé le 9 septembre 1964 à l’état très dispersé, des pieds de très petite
taille, mais fleuris de : Requienia obcordata (Lam. ex Poir.) DC., Indigofera sessiliflora DC.,
Tephrosia purpurea (L.) Pers. var. pubescens Bak., Giesekia pharnacioides L., Aristida acuti.
fora Trin. et Rupr., Danthonia Forsskalii (Vahl) R. Br., etc.
— En bordure des taches de végétation.
Sur les plateaux de l’Ennedi la végétation prend possession des moindres épaississe-
ments du sol. Mais la place est limitée. Au centre les plantes présentent un développement
normal. À la périphérie, au contact du substrat rocheux, s’accrochent quelques individus
frappés de nanisme. Ainsi sur le haut plateau Erdebé les taches de Morettia canescens Bois,
sont entourées d’une frange d'individus minuscules de cette même espèce.
— En bordure du sable humide.
Le même phénomène joue en bordure des plages de sable, 1à où l'humidité n’est plus
suffisante pour assurer le développement des hygrophytes. Ainsi en bordure des plages à
Cyperus aristatus Rottb. ou à Cyperus iria L. il se trouve toujours des individus de quelques
centimètres qui n’en fleurissent pas moins.
4° VALEUR MOYENNE
D'une façon générale les plantes de l’Ennedi dont la majorité sont des sahéliennes
m'atteignent pas la taille de leurs homologues du 13° parallèle, Cet état s'applique particulie.
rement aux thérophytes qui ne disposent en tout que de six semaînes pour accomplir leur
cycle végétatif; ainsi les Aristida stipoides Lam., Cenchrus biflorus Roxb., Cenckrus Prieurii
(Kunth) Maire sont beaucoup moins vigoureux dans l'Ennedi qu'ils ne le sont par exemple
sur les sables de la région d’Ati. Voici quelques exemples frappants :
Hauteur atteinte Hauteur atteinte
Espèces au Ranch de l'O. Date dans ’Ennedi | Localités Date
Rimé par 13°50/ par 1%
as OR. 7 em
Cenchrus biflorus Roxb. 85 1-9-1961 23 0. Bici 3-9-1964
Cenchrus Prieurii
(Kunth) Maire 90 1-9-1961 21 ©. Bici 3-9-1964.
Aristida stipoides Lam. 100 1-9-1961 60 O. Tourba |24-9-1965|
Aristida mutabilis Trin.
& Rupr. 58 1-9-1961 15 IN. Ouro Galé|14-9-1964|
Indigofera astragalina
DC. 34 1-9-1961 16 O. Ely |27-9-1964
Giesekia phamacioides
L. 12 1-9-1961 4 O. Kaoua |24-8-1964
Fimbristylis exilis
(Kunth) Roem, & Schuit. 18 5-9-1961 4 Mt. Aloba | 3-8-1964|
HN, Paris
74 H. GILLET
Ces mesures ont été prises en plaine, en choisissant volontairement les exemplaires
les plus représentatifs du type moyen. Êlles sont faîtes sur des échantillons dont chacun dans
les deux cas (sauf Indigofera astragalina DC.) sont repétés à des milliers d'exemplaires,
50 VALEURS EXCEPTIONNELLES
Néanmoins il se peut que dans des conditions exceptionnelles les plantes de l’Ennedi
parviennent à avoir la même taille (ou à s’en approcher fortement) que celle de leurs homo.
logues Sud-sahéliennes. Mais cela ne se produit que localement, en des stations privilégiées
qui reçoivent un complément important d’eau ruisselée des reliefs avoisinants, et seulement
les années à forte pluviosité (1). Er
Certaines plantes sont beaucoup plus sensibles que d’autres aux variations interannuelles
de pluviosité. Elles peuvent servir de tests pour apprécier la hauteur d’eau tombée dans une
région. La plante qui réagit le mieux dans ce domaine est Sesamum alatum Thonning. Cette
Pédaliacée dont la taille normale est de 30 à 40 centimètres, atteint dans les conditions opti.
males 120 centimètres (observation du 25 septembre 1964 à l’Ouest de l'O. Djorma, 1 020 m).
H est possible de citer aussi Rogeria adenophylla J. Gay ex Delile, autre Pédaliacée annuelle
dont la tige croît en hauteur tant qu’il existe des réserves d’eau dans le sable (sujets desséchés
de 180 à 210 cm observés le 15 juillet 1961 dans la plaine d’Angrettaha, mais datant de l’année
1961, et sujets fleuris de 124 em observés le 26 septembre 1964 à Tourbatoane).
Les hygrophytes des bas-fonds qui parfois prennent une grande ampleur sont moins
révélateurs à cet égard, leur croissance étant sous la dépendance, dans une certaine mesure,
de l’eau d’accumulation (Cassia tora L. de 60 em à la mare Tebédé le 16 août 1964 et de 91 cm
à Nohi Mahamé le 31 août 1958, Brachiaria ramosa (L.) Stapf de 115 cm à Nohi Chilio le
27 août 1958).
Le Faidherbia albida (Del.) A. Chev. est certainement le géant de la flore de l’Ennedi.
Certains exemplaires, situés le long des grands ouadis (0. Arroué, O. Dougouro, O. Ohouka,
O. Tourba) ou au fond de certaines gorges à proximité de grandes gueltas (guelta Kika, guelta
Ely, guelta Diekouelé), culminent à plus de 20 mètres de hauteur. En raison de leur tronc
très large à la base et surtout du réseau dense des branches épineuses, ils sont à l'abri de tout
vandalisme,
Comme arbres de grande taille, citons certains Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill. et
Perr., en particulier certains spécimens de 10. Dichina et quelques Tamarindus indica L..
IV. SPECTRE SYSTÉMATIQUE
Le spectre systématique fait ressortir l'originalité de la flore ennedienne : il met l'accent
sur l'aspect tropical de la flore avec la présence d'éléments sahéliens soudanais et même sou.
dano-guinéens; il souligne les influences sahariennes et éthiopiennes,
1° SPECTRE DES FAMILLES
La flore de l’Ennedi se répartit en 79 familles d’Angiospermes, ce qui montre sa grande
diversité.
Les principales familles sont les :
Graminées.. 96 espèces réparties en 52 genres
Légumineuses avec :
Papilionacées . .
Caesalpiniacées . 66 espèces réparties en 22 genres
Mimosacées .
Cypéracées.…. +... 83 espèces réparties en 9 genres
Composées. ..., -.. 32 espèces réparties en 23 genres
(1) Citons à titre d'exemple ces pieds d’Aristida stipoides Lam. qui atteignaient le 20 septembre
1962 100 em à Biti Erténé (1 050 m), ceux de Cenchrus biflorus Roxb. qui mesuraient 50 em et ceux de
Cenchrus Prieurii (Kunth) Maire qui faisaient 64 cm, ces derniers le long de l'O. Ouko sur la face Nord de
"Ennedi, le 14 septembre 1964.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 75
Capparidacées
Malvacées .
Convolvulacées et Euphorbiacées .
Asclépiadacées
17 espèces réparties en 7 genres
16 espèces réparties en 7 genres
14 espèces 7 (Euph.) 6 (Conv.)
12 espèces réparties en 9 genres
La première place revient aux familles les plus différenciées (Graminées, Cypéracées,
Légumineuses et Composées).
Le caractère érémitique est souligné par les Zygophyllacées (11 espèces) et les Crucifères
(7 espèces). F
Le caractère sahélien est bien mis en évidence par les Capparidacées, les Molluginacées
@ espèces comprenant la plus grande partie des Molluginacées de l'Afrique Tropicale), les
Nyctaginacées (7 espèces).
Le caractère tropical humide (climat forestier) est souligné par un certain nombre
de familles souvent représentées par une seule espèce : Myrtacées, Hippocrateacées, Sapinda-
cées, Myrsinacées, Verbénacées, Apocynacées, Bignognacées.
Le caractère éthiopien apparaît par la diversité des Acanthacées (10 espèces).
Les familles qui sont représentées par une seule espèce sont les suivantes :
Ranunculacées (Clematis hirsuta Guill. et Perr.).
Nympheacées (Nymphaea rufescens Guill. et Perr.).
Résédacées (Ochradenus baccatus Del.).
Myrtacées [Syzygium guineense (Wilid.) DC.]
Rosacées (Neurada procumbens L.).
Urticacées (Forsskalea tenacissima L.).
Hippocratéacées (Hippocratea richardiana Cambess.).
Salvadoracées (Salvadora persica L.).
Ampelidacées (Cissus cymosa Schum. et Thonn.).
Rutacées [Haplophyllum tuberculatum (Forssk.) Juss.].
Simarubacées (Balanites aegyptiaca (L.) Del).
Sapindacées (Cardiospermum halicacabum 1..).
Anacardiacées [Lannea humilis (Oliv.) Engl.].
Ombellifères [Centella asiatica (L.) Urb.].
Ebénacées (Diospyros mespiliformis Hochst. ex A. DC.).
Myrsinacées (Maesa Schweinfurthii Mez.).
Apocynacées (Rauvolfa caffra Sond.).
Lobéliacées (Lobelia senegalensis A. DC.).
Orobanchacées [Cistanche phelypaea (L.) Cout.].
Bignognacées (Stereospermum kunthianum Cham).
Aponogétonacées (Aponogeton subconjugatus Schumach.).
Typhacées [Typha angustifolia L. var. australis (Schum. et Thonn.) Graebner].
Amaryllidacées (Pancratium trianthum Herbert).
Agavacées (Sansevieria abyssinica NE. Br.).
Joncacées [Juncus maritimus Bak. var. arabicus (Asch. et Buchen.) Adans.]
Ces familles monospécifiques dans l’Ennedi groupent des plantes qui bien souvent
sont hautement relictuelles.
2° SPECTRE DES GENRES
La flore de l’Ennedi est distribuée en quelques 286 genres d’Angiospermes.
Les genres les plus importants sont les suivants :
Aristida.… 15 espèces
Cyperus. 14 espèces
Eragrostis et Indigofera . 11 espèces
Tephrosia . . TE 9 espèces
Acacia... 8 espèces
Ipomoea.….. T7 espèces
Cleome, Cassia, Crotalaria et Sporobolus.... - 7 espèces
Fagonia, Boerhaavia, Hibiscus, Heliotropium et
Fimbristylis . 6 espèces
Source : MNHN, Paris
6 H. GILLET
Ceci est en parfait accord avec la distribution des familles, et avec le caractère évolué
des flores des grands espaces (Graminées, Cypéracées, Légumineuses). A ce point de vue la
famille des Composées joue un rôle discret, en raison de sa diversification en un grand nombre
de genres comptant chacun peu d’espèces.
Signalons aussi dans cet ordre d'idée les genres Combretum (avec 3 espèces), Grewia
(avec 4 espèces), Oldenlandia (avec 4 espèces), Vernonia (avec 4 espèces, le genre le mieux
représenté des Composées), Ficus (avec 4 espèces).
V. RÉVEIL DE LA VÉGÉTATION
Toute la végétation de l’Ennedi, sauf celle qui croît au voisinage des points d’eau
permanents ou celle qui reste en relation par un système radiculaire puissant avec une nappe
phréatique ou des sables humides, est en repos pendant la très longue saison sèche. Un seul
facteur commande le réveil de la végétation : l’arrivée des pluies. Cependant quelques végé.
taux réagissent au simple passage d’une vague d’air humide.
19 ACTION DU PAssAGE DU F.LT.
H arrive, mais ce n’est pas la règle générale, que le front tropical fasse une avancée
momentanée sur 'Ennedi en juin ou au début de juillet, puis se retire. Le degré hygrométrique
monte de quelques unités, le ciel reste pur, et le soleil continue à briller comme si de rien
n’était. Mais la chaleur devient un peu plus lourde, un peu plus étouffante. Quelques rares
végétaux sont sensibles à cette légère augmentation d’humidité de l'air, parmi lesquels il
convient de citer l’Acacia mellifera (Vahl) Benth. et surtout le Tamarindus indica L..
C’est ainsi que les 12 et 15 juillet 1959, alors qu’il n’avait pas encore plu, des Acacia
mellifera fleuris ou partiellement en fleurs étaient observés à Titimé et sur le haut cours de
l’O. Aoué. Le 18 juillet 1962 cette même espèce était, dans le même secteur, curieusement
fleurie alors que toute la végétation arborée était en repos.
Le Tamarindus se couvre en juin d’un feuillage nouveau, vert et tendre qui tranche
singulièrement dans le paysage sec et pelé. Tels étaient ces arbres observés le 12 juillet 1959
dans un thalweg près de 10. Bourkouba et le 16 juillet 1962 sur le haut cours de l'O. Aoué.
L'hypothèse d’ondées localisées susceptibles de provoquer un écoulement partiel et
de faire remonter, à distance, le niveau de certaines nappes phréatique, pourrait être envisagée
pour expliquer le verdissement des Tamariniers. Les Goranes de la palmeraie de Fada préten-
dent que le niveau de la nappe remonte avant les premières pluies.
Un fait demeure : dans les grandes plaines de l’Ennedi les Acacia raddiana Savi
demeurent semper virens et leurs feuilles prennent une tonalité un peu plus verte avant
l'arrivée des pluies, tandis que ceux vivant dans des rocailles et sur les sols peu épais sont
caducifoliés.
2° SEUIL DE PLUIE
Il est difficile de préciser la quantité minimale de pluie susceptible de faire entrer la
végétation en activité. Cela dépend de la nature du substrat. Une simple ondée de 1 ou 2 milli-
mètres sur substrat rocheux suffit pour provoquer un écoulement le long de certaines lignes
de ruissellement et pour faire démarrer quelques chaméphytes installés dans des fissures.
C’est ainsi que le 12 juillet 1959 dans la montée qui conduit de la plaine d’Angrettaha au
plateau Bourkouba, quelques touffes de Cymbopogon schoenanthus (L.) Spreng., de Chryso-
pogon Aucheri var. quinqueplumis (A. Rich.) Stapf et quelques pieds d’/ndigofera suaveo-
lens Jaub. et Spach, de Chascanum marrubiifolium Fenzi ex Walp. et de Gossypium somalense
(Gürke) J.B. Hutch. commençaient à déployer qeulques pousses vertes.
Sur le sable il semble que le seuil soit compris entre 5 et 10 millimètres. Une pluie
isolée de 5 millimètres le 14 juillet 1958 à Fada n’a eu aucun effet sur la végétation annuelle.
Le sable a été humidifié en surface et le soleil du lendemain lui a rendu sa siccité première.
Mais, comme nous avons eu l’occasion de le dire en climatologie, les premières pluies sont
presque toujours d’emblée les plus importantes. Elles se présentent sous forme d’une vague.
H pleut plusieurs jours de suite. Dans ces conditions le seuil est toujours très largement
dépassé, et la quantité d’eau est suffisante pour faire démarrer l’ensemble de la végétation.
Source : MNHN, Paris:
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 77
3° SEUILS DE SENSIBILITÉ DES GRAINES ET DES BULBES
Contrairement à ce qu’il serait tentant d'admettre, toutes les graines d’une même espèct
n'entrent pas en activité sous l’action de la même dose de pluie (1). Ainsi dans la zone d’épan-
dage de Baïba (1 070 m) dans le Val Basso, le 10 août 1962, deux populations étagées de
plantules d’Achyranthes argentea Lam. poussaient en mélangeà l'ombre d’un Acacia reddiana
Savi; l’une comportait des plantules de 12 centimètres environ de hauteur qui provenaient
de graines entrées en activité avec la première pluie du 20 juillet, et l'autre comportait des
plantules de 6 centimètres de hauteur qui provenaient sûrement de graines activées par les
pluies des 4 et 6 août. Ce fait a été mis en évidence parce que dans ce secteur la première pluie
qui a été abondante a été suivie d’une période de 15 jours sans pluie. Mais c’est un événement
qui est loin de se reproduire tous les ans. En général les pluies sont étalées, les graines lèvent
dans ordre de leur seuil et un peuplement monospécifique en pleine croissance est une
réunion d'individus d'âges différents. Îl apparaît un peu comme une mosaique dont l'aspect
est inhabituel pour un botaniste habitué aux vastes ensembles des régions soudanaises ou
tempérées. Un peuplement sahélien ennedien est singulier, il se présente sous l'aspect d’un
mélange d'individus prospères et chétifs, il montre des trouées où les pieds sont très distants
les uns des autres et des taches denses où les pieds sont à touche touche. Tels sont les groupe-
ments à Cenchrus biflorus de la vallée de l’O. Nohi (fin août 1958), tous les groupements scia-
philes et la plupart des faciès à plantes annuelles.
Les bulbes se comportent à ce point de vue comme les graines et la sortie échelonnée
des premières feuilles de Pancratium trianthum Herbert, telle qu’elle fut notée les 27 (2)
et 31 juillet 1959 à Kossomaba démontre bien leur sensibilité à différents seuils de pluie. En
effet, dans la même cuvette de sable encastrée dans les rochers il était facile d’observer côte à
côte, ce 31 juillet, d’une part les premiers Pancratium déjà repérés et des nouveaux venus aux
tiges encore blanches sortis dans la nuit. Dans ces conditions, il est raisonnable d'admettre
que les bulbes de lAmaryllidacée n’ont pas réagi tous de la même manière à la première pluie,
strictement locale d’ailleurs, du 21 juillet : certains sont entrés d’emblée en activité complète,
d’autres d’abord en activité atténuée puis réveillés définitivement par l’abondante pluie du
29 juillet. Signalons que les bulbes étaient tous enfouis à peu près à la même profondeur.
La capacité qu'ont les graines et les bulbes de réagir à des seuils variables de pluie
représente une adaptation précieuse au climat sahélien, Elle permet à la plante de rester
présente sur le terrain sous forme d’éléments à vie ralentie, lorsque par exemple une première
pluie n’est pas suivie d’autres suffisantes pour entretenir son complet développement.
De cette façon la pérennité des thérophytes et des géophytes à travers les années est
assurée, même si les conditions climatiques deviennent très défavorables.
4 DÉLAI ENTRE LA PREMIÈRE PLUIE ET LES PREMIÈRES MANIFESTATIONS
PHÉNOTYPIQUES DE LA VIE VÉGÉTALE
L'arrivée des pluies survenant après 10 à 11 mois de saison sèche commande la reprise
de l'activité végétale. Nous avons vu que la quantité d’eau qui tombe lors de La première
tornade est presque toujours très largement suffisante pour faire démarrer la totalité de la
Yégétation, Aussi la métamorphose du paysage qui survient en cette période est-elle très spec-
taculaire. En quelques jours, les étendues désertiques de l’Ennedi deviennent des prairies
couvertes d’une herbe dense,
Les délais des premières manifestations visibles varient quelque peu si l’on envisage
l'ensemble des plantes pérennes ou bien les thérophytes.
a. Plantes vivaces.
— Verdissement.
. Le verdissement des arbres à feuillage persistant et des rameaux assimilateurs de
Certaines Phanérophytes est quasi instantané. Dès le lendemain du jour de pluie le feuillage des
Le gra, observations sont à rapprocher de celles de Went qui émet l'hypothèse de l'existence dar 8
Fes de facteurs inhibiteurs de la germination. La dormance ne pourrait velon ve auteur, être levée
Rage ci sont lessivés par une ou plusieur pluies, sclon la plus ou moins grande hydrosolubilité du
(2) Voir p.
@) Voir p. 56. Source : MNHN, Paris
78 H. GILLET
Acacia raddiana Savi prend une tonalité verte, plus soutenue. I en est de même pour celui
du Cadaba glandulosa Forssk. ou du Capparis galeata Fresen, les rameaux des Leptadenia
pyrotechnica (Forssk.) Decne., Ochradenus baccatus Del. passent du vert jaunâtre pâle au
vert franc. La réaction chez certaines Graminées pérennes est tout aussi saisissante. Les gaines
des Panicum turgidum Forssk. ou la base des chaumes des Cymbopogon schoenanthus (L)
Spreng. verdissent en quarante-huit heures. Cela ne peut s’expliquer que par une synthèse
rapide de chlorophylle dans les chloroplastes.
— Développement des bourgeons.
+ Réveil immédiat.
Le réveil des bourgeons dormants semble quasi immédiat chez un grand nombre de
plantes vivaces et montre combien les chaméphytes sont adaptés au climat à saisons tranchées,
De nombreuses observations viennent appuyer ces faits. Ainsi en 1959 le signal de départ est
donné à Kossomaba par une première pluie le 29 juillet de 12,4 mm, renforcée par une pluie
de 50,5 mm le 31 juillet. Le 31 juillet, soit quarante heures après la première pluie, les jeunes
feuilles de Ziziphus mauritiana Lam. commencent à s’épanouir; des feuilles bien dégagées
couvrent dès ce moment les rameaux de Pavonia triloba Guill. et Perr., de Tephrosia leptosta.
chya DC.. Sur un pied de Chascanum marrubiifolium Fenzl ex Wap. un jeune rameau compor-
tant 8 feuilles est déjà issu d’un bourgeon. Soixante-douze heures après, le 1er août, les jeunes
feuilles d’Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill. et Per. et de Cordia Rothii Roem. et Schult.
commencent à se séparer dans le bourgeon, des feuilles vertes sortent des gaines de Panicum
turgidum Forssk..
Le réveil des hémicryptophytes cespiteux est encore plus instantané : vingt-quatre
heures après la première pluie, dans la même localité, des pointes vertes émergent déjà des
coussinets de Sporobolus pellucidus Hochst. et des S. nervosus Hochst..
D’autres observations tendent à montrer que la rapidité du démarrage de la végétation
pérenne dépend de l'intensité de l'impulsion donnée au départ. Ainsi en 1962 le démarrage
dans la région de Fada résulte de deux pluies qui surviennent les 20 et 21 juillet et totalisent
23,4 millimètres. NA faut attendre le cinquième jour pour voir apparaître les premières petites
feuilles sur les Phyllanthus maderaspatensis L. et sur les Indigofera suaveolens Jaub, et
Spach, et encore ne sont-elles pas visibles sur tous les individus, [mais les Gossypium somalense
(Gürke) J. B. Hutch. portaient déjà de jeunes pousses de 6 centimètres garnies de feuilles de
4,5 centimètres].
En 1964, les premières pluies se produisent les 15 juillet (5,6 mm), 16 (43,5 mm) et 18
(5,6 mm). Les résultats ne se font pas attendre. Le 19 juillet tous les Sporobolus vivaces et les
Kyllinga triceps (Rottb.) Endi. verdissent, des jeunes pousses de Tephrosia uniflora Pers.
atteignent 9,5 centimètres de longueur, et les jeunes feuilles d’Aerva javanica (Burm. f)
Juss. ex Schult. 4,2 centimètres.
Différents facteurs jouent. Le principal est la quantité d’eau reçue au départ. Le facteur
spécifique intervient aussi. Certaines plantes sont un peu plus précoces que d’autres. Le
record de croissance semble détenu par les lianes vivaces. Citons une première pousse de
Coccinia grandis (L.) J. O. Voigt (1959) mesurant 30 centimètres, vingt-quatre heures après son
apparition, une seconde observée sur un autre pied atteignant 113 centimètres, le 31 juillet
1962 (pluie le 20 juillet).
De toute façon la plupart des plantes vivaces, grâce à leurs bourgeons tout prêts à
se mettre en activité, montrent au départ une avance très nette sur les thérophytes.
+ Réveil retardé.
Quelques chaméphytes et Phanérophytes ne suivent pas la règle générale et n’entrent
en activité visible qu’un certain nombre de jours après les premières pluies. D’une manière
générale les végétaux psammophiles sont plus précoces que les rupicoles, probablement parce
que le substrat « sable » retient beaucoup mieux l'eau que le substrat « éboulis ou rocalles
accumulées » si fréquent dans l’Ennedi — sur lequel l’eau s'écoule.
Voici quelques exemples précis, En 1959 c’est seulement le septième jour après le
première pluie que le débourrement des Commiphora africana (A. Rich.) Engl. se produit.
En 1962, un délai de cinq jours s'écoule entre la première pluie et l’éclosion des bourgeons de
Solanum albicaule Kotschy ex Dunal et de Barleria acanthoides Vahl (25 juillet); il est de
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 79
PLANCHE III
Plantules de Graminées
1 Bracharia Hagerupäi Hitchcock (14 jours après la première pluie); 2. Chloris
virgata Sw. (5 jours après la première pluie); 3. Cenchrus biflorus Roxb.
{15 jours après la première pluie}; 4. Aristida stipoides Lam. (3 jours après
la première pluie).
Source : MNHN, Paris
€0 H. GILLET
sept jours pour ceux de Vernonia cinerascens Schultz Bip. et V. Aschersonii Schultz Bip.
Certains hémicryptophytes à innovations intravaginales [Cyperus conglomeratus Rottb.,
Aristida pallida Steud., Latipes senegalensis Kunth, Sporobolus helvolus (Trin.) Dur. et
Schinz.] démarrent avec quelque retard, peut-être parce qu'un certain temps est nécessaire
aux bourgeons pour se frayer un chemin à travers les écailles et les gaines de protection qui
les recouvrent.
b. Thérophytes.
Les graines des thérophytes plus où moins recouvertes du sable amassé par le vent
durant la longue saison sèche ne sont pas sensibles à l'augmentation de l’humidité de l'air. Le
passage du F.L.T. n'a jamais provoqué, à notre connaissance, de germination. Pour que celle-ci
ait lieu, il est nécessaire que le sol soit saturé d'humidité pendant plus de vingt-quatre heures
par une pluie importante.
A chacune de nos missions des observations ont été faites pour essayer de déterminer
1e délai qui s’écoule entre la première pluie et l'apparition des premières plantules. Ce délai est
variable suivant les espèces. Il y a lieu de distinguer :
— Des espèces très précoces dont les plantules apparaissent dans la troisième nuit qui
suit la première tornade. Ce sont par exemple Tribulus terrestris L., Mollugo cerviana (L)
Seringe. I est curieux et remarquable de constater que d’une part ce laps de temps est à peu
près constant et se retrouve chaque année, et que d’autre part la première apparition à l'air
libre des toutes jeunes plantules a lieu la nuit.
Par exemple le 23 juillet 1962, au lever du soleil on pouvait voir les petites feuilles
cotylédonaires des Tribulus terrestris L. sorties du sable, tandis que la veille au soir celuici
était nu. Le même phénomène était observé le 18 juillet 1964.
_ Des espèces précoces qui apparaissent les quatrième et cinquième nuits. Elles sont
toutes très abondamment représentées dans l’Ennedi. Le tableau suivant résume la situation :
Délais d'apparition
Espèces Heroes A6 ets
1959 | 1962 | 1964
Aristida mutabilis Tin. & Rupr. ...........s...sseesssse a la ls
Aristida_adscensionis L. a l4als
Brachiaria Hagerupii Hitchcock - | =
Cenchrus biforus Roxb. 4 | AE
Aristida stipoides Lam. . sal 5418
Cassia tora L.......... ï 4, |
Ipomoea sinensis (Desr:) Choisy 4.| MIE
Crotalaria podocarpa DC. : CR EU -
Borreria compacta (Hochst.) K. Schum. =1 4e
Blepharis persica (Burm. £.) O. Ktze. = | 481
Pour une espèce donnée le délai d’apparition semble donc rigoureusement constant
d’une année sur l’autre. Pour les plantes des vases humides le facteur essentiel semble être là
durée de l'inondation : il importe peu que l’eau provienne d’une pluie directe ou des crues.
Ainsi dans la zone d'épandage de 1’0. Chili (Mortcha), les plantules d’Aeschynomene indica L.
sont sorties en masse dans les flaques en voie d’assèchement pendant la nuit du 1° au 2 août
1965, alors que l’eau n’est arrivée sur les lieux que le 28 juillet vers midi : cinq jours à peine
ont suffi. D’autres plantules de la même espèce sont apparues les jours suivants dans les flaques
plus importantes au fur et à mesure de la diminution du niveau de l’eau par évaporation.
— Des espèces qui pourraient être qualifiées de «normales », apparaissent entre les ci
quième et dixième jours. Il s’agit en quelque sorte d’une deuxième vague de plantes dont les
unes ont besoin pour se développer d’une humidité bien assurée (plantes à affinités Sud-
sahéliennes), et dont les autres ont des graines à téguments durs qui doivent être ramolls
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 81
par une humidité assez prolongée (cas des Légumineuses). Ces plantes à démarrage un peu
tardif constitueront souvent une strate moyenne ou basse. Parmi les plantes les plus communes
citons Monsonia senegalensis Guill. et Perr., la plupart des Indigofera (I. sessiliflora DC.
T. viscosa Lam. L. aspera Per. ex DC. L. astragalina DC.), Tephrosia purpurea (L.) Pers. var.
pubescens Bak., toutes les Convolvulacées annuelles, les Boerhaavia, Gynandropsis gynandra
(L.) Briq., Bidens pilosa L., etc. Dans cette rubrique se range également la plupart des plantes
plurisaisonnières qui ont la faculté, à chaque saison des pluies, de démarrer à la fois sous forme
de bourgeons portés et sous forme de plantules [Tephrosia nubica (Boïss.) Bak., etc.].
_ Des espèces tardives dont l'apparition est échelonnée au cours de la saison des pluies.
Certaines semblent attendre la fin de la période de grande humidité, comme ces quelques
Crucifères : Farsetia ramosissima Hochst. ex Fourn., Morettia canescens Boiss., Schouwia
Schimperi Jaub. et Spach; d’autres se développent sur les vases après le retrait des eaux comme
Sphaeranthus angustifolius DC., Elytrophorus spicatus (Wilid.) A. Camus ou Epaltes alata
(Sond.) Steetz, Heliotropium supinum L., Polygonum plebeium R. Br., etc.
Les plantes de rocailles ne germent, semble-t-il, qu'après plusieurs pluies. Leur présence
ou leur absence, ainsi que l'importance de leur développement, sont d’excellents tests pour
apprécier l'importance de la saison des pluies : telles sont Rumex vesicarius L., Indigofera
disjuncta Gillett, Aristida hirtigluma Steud. ex Trin. & Rupr., Anticharis glandulosa
Aschers., Cleome scaposæ DC., parmi les principales.
VI. PHÉNOLOGIE FLORALE
1° IMPORTANCE DE L'APPAREIL FLORIFÈRE
La période favorable à la croissance végétale est, nous l’avons vu, très mesurée dans
V’Ennedi (de l’ordre de 5 à 8 semaines tout au plus), si bien que les plantes ne disposent que
d’un temps très limité pour atteindre le but suprême propre à tout être vivant : assurer sa
reproduction, c’est-à-dire fleurir et fructifier. La nature tropicale est généreuse, la nature
sahélienne plus que tout autre. Sur les 526 espèces de la flore ennedienne, toutes sauf trois
une Géophyte Urginea indica (Roxb.) Kunth et deux Phanérophytes] ont été observées à
l'état fleuri ou fructifié. La vision de plantes stériles telles que celles qu’on rencontre dans les
pays tempérés (Tulipa silvestris, Allium ursinum, rosettes de plantes bisannuelles, Carex
Halleri, Acorus calamus, ete.) est rarissime en zone sahélienne. Toute plante porte, au moment
de son développement optimum, un appareil reproducteur très largement visible. La décou-
verte d’étendues fleuries à perte de vue dans ces régions où toute végétation semble absente
pendant une grande partie de l’année est certainement l’un des spectacles les plus surprenants
que la nature puisse offrir au naturaliste. Telles sont ces visions enchanteresses données par
cles champs » aux fleurs immaculées de Pancratium trianthum Herbert garnissant les berges
de l'ouadi Bachikélé, le 18 août 1959, ou par les steppes argentées sous les plumets ondulants
des Aristida papposa Trin. et Rupr. comme celles au Sud de la mare de Soboro, le 29 août
1962, ou par les rocailles toute ponctuées de bleu et de violet par les capitules des Vernonia
cinerascens Schultz Bip. et des Vernonia Aschersonii Schultz Bip. telles qu’elles se présentaient
le 13 septembre 1958 près de 10. Guirkaké sur le plateau Erdebé, ou encore par ces prairies
constellées de jaune d’or par les inflorescences dressées des Crotalaria podocarpa DC. de
la zone aval de l’ouadi Michero, telle qu’elles pouvaient être admirées le 10 septembre 1964.
Nous arrêtons là ces exemples car nous n’en finirions pas de les citer, tant est grande la diver-
sité de la flore et des paysages ennediens.
L'importance prise par l'appareil florifère tient essentiellement à la brièveté de la période
favorable pendant laquelle il peut s'épanouir. Les plantes sont obligées de se livrer à une véri-
table course de vitesse pour former leurs graines. C’est une question de vie ou de mort pour
les 41 % de la flore constituée par les thérophytes, sans compter les plurisaisonnières (8 %)
qui passent obligatoirement à intervalles assez rapprochés par le stade graine.
Cette importance est sans doute aussi l’expression d’une loi générale de la Biologie
selon laquelle les êtres vivants sont amenés à augmenter leur taux de reproduction quand les
conditions deviennent difficiles. Tel est le cas des plantes de l’Ennedi qui pendant dix mois
de V'année doivent survivre : elles se mettent à fleurir abondamment dans les courts moments
où elles peuvent le faire.
7 564022 6. éource : MNHN, Paris
82 H. GILLET
20 CALENDRIER FLORAL
Bien que la poussée végétale soit déclenchée par l'arrivée des pluies, chaque espèce
végétale conserve sa propre physiologie et en particulier son propre rythme de floraison. Grâce
à nos observations portant sur cinq années différentes, donc sur cinq saisons des pluies, cha.
cune ayant ses caractéristiques, un calendrier floral a pu être établi.
a. Les phanérophytes.
— Phanérophytes fleurissant hors saison.
La floraison de la plupart des phanérophytes a lieu pendant la saison des pluies, mais
quelques-uns — tous d’ailleurs d’origine soudanienne et relictuels dans l’Ennedi — fleurissent
en saison sèche ou en saison fraîche, conservant ainsi le rythme qu’ils ont encore à l’heure
actuelle dans leur aire normale. Ces arbres sont confinés sur des espaces très restreints et ne
doivent leur survivance qu’à la présence dans leur voisinage immédiat de sources permanentes
à fort débit. Tel est le cas des Rauvolfia caffra Sond. de la gorge de Bachikélé (observé en
fruit, la 19 juillet 1958), des Adina microcephala (Del.) Hiern des gorges de Bachikélé, de
Koboué, Maya, Kordi Galé, Attela, Kouro, Kennemena dont la floraison semble s'étendre
sur une grande partie de la saison sèche.
Les Syzygium guineense (Wilid.) DC. de la gorge Maya doivent également obéir à
ce rythme car à chacune de nos observations portant sur trois années différentes (1957-1959.
1962) l'arbre a toujours été trouvé à l’état stérile (il fleurit en janvier dans le Nord de la Répu-
blique Centrafricaine). L'arbre fleurit obligatoirement car de jeunes plantules de l’année
ont été vues à plusieurs reprises (12 octobre 1959, 22 septembre 1962). II doit en être de même
des Stercospermum kunthianum Cham. toujours observés à l’état végétatif (ils fleurissent en
décembre dans le Sud Tchad) bien qu'aucune preuve de leur floraison n’ait pu être fournie
par la présence de jeunes sujets; l’arbre dans toutes ses stations semble se maintenir uni-
quement par drageonnement. Le Vitex doniana Sweet de Bachikélé toujours observé à l'état
végétatif est un cas semblable.
Les Combretum gallabatense Schweinf. et C. reticulatum Fresen fleurissent sûrement
en saison sèche car tous les deux ont été trouvés porteurs de semences desséchées au début
de la saison des pluies.
Cette floraison serait post-hivernale et synchrone de la remontée de la température
après les froids de l’hiver : elle se produirait alors, malgré la différence de latitude, à la même
époque que celle constatée chez ces mêmes espèces dans la zone soudanienne : aussi peut-on
penser raisonnablement qu’il régnait autrefois sur l’Ennedi, du temps où cette flore avait
sa pleine extension, un climat peu différent du climat soudanien actuel.
— Phanérophytes à floraison précoce.
Nous avons déjà vu que le passage du F.I.T. est susceptible de faire fleurir les Acacia
mellifera (Vahl) Benth. et les Tamarindus indica L. avant les pluies. Mais le phénomène ne
se produit pas tous les ans. La floraison n’est en général pas très favorable pour l'espèce car
les fleurs se flétrissent alors très rapidement et tombent, sans qu’il y ait eu fécondation (action
de la sécheresse, manque d’insectes pollinisateurs).
+ Cas de l’Acacia mellifera (Vabl) Benth.
Le plus souvent à l'approche de la saison des pluies les bourgeons à fleurs entrent en
activité ralentie et éclosent dès les premières pluies. Le surlendemain de la première pluie,
les Acacia mellifera (Vahl) Benth. se transforment en d’imposants bouquets blancs parfumés
attirant une foule d'insectes (Pachnoda, Rhabdotis, Diptères et Hyménoptères). Le 1° août
1959 au lever du jour, le spectacle de milliers d’Acacia, véritable boules de fleurs, parsemant
les hauts plateaux de ’'Ennedi, était extraordinaire.
En altitude, il est de règle que la floraison précède la feuillaison. Mais, si la première
pluie n’est précédée d'aucune invasion d’air humide, ces deux phénomènes sont alors concomi:
tants et l'arbre se couvre en même temps d’épis floraux et de jeunes feuilles (1962). Toutefois,
certains individus, en particulier ceux installés dans les plaines sablonneuses, se comportent
régulièrement de cette façon.
+ Cas de l’Acacia laeta R. Br. ex Benth.
Très proche botaniquement de lAcacia mellifera (Vahl) Benth., l’Acacia lets
R: Br. ex Benth., dont les épis floraux ont exactement le même aspect, s’en distingue physio
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 83
Jogiquement par une floraison de quelques jours, plus tardive. Ainsi en 1959, le 5 août les
Acacia laeta commençaient à fleurir, alors que les Acacia mellifera se trouvaient en fin de
floraison. Sa pleine floraison intervient en général 7 à 8 jours après la première pluie.
Pleine floraisn
Année Date de la | 1’ Acacia laeta R. Br.| Lieu
à ex Benth.
1959... 29 juillet $ août Tegouli
1962. 20 juillet 28 juillet Biti Erténé
1964. 15 juillet | 22-23 juillet | O. Tarchia
Ji porte en même temps des fleurs et des jeunes feuilles
H serait cependant imprudent de considérer comme impérative la règle précédente
car les dates de floraison dépendent aussi de conditions climatiques locales. Dans certains
cas une double floraison peut se produire. Ainsi le 4 août 1962 en plein centre de l’Ennedi
(Koubé Basso, à 1.008 m d’altitude) les Acacia laeta R. Br. ex Benth. portaient à la fois des jeunes
fruits et des fleurs. Dès lors il paraît fort probable qu’une première pluie locale (ou une simple
augmentation de la psychrométrie) ait provoqué une floraison partielle et que Ia floraison
véritable se soit produite à la suite des pluies importantes survenues dans la région les 25 et
%6 juillet.
+ Autres phanérophytes.
Certains arbres réagissent très vite aux premières ondées et se couvrent de fleurs au
tout début de la saison des pluies. Tel est le cas du Combretum aculeatum Vent. qui avec ses
rameaux chargés de fleurs blanches subtilement teintées de rose en leur centre évoque quelque
peu l’amandier (observation du 19 juillet 1957 entre Ito et Bir Berdoba). Tel est le cas aussi,
mais moins nettement, des Grewia tenax (Forssk.) Fiori, Grewia flavescens Juss. dont les
fleurs et les jeunes feuilles s’épanouissent simultanément (observés tous les deux en fleurs le
40 août 1957 au rocher Guilikorou et le 14 août 1965 à 10. Erbé) et du Cordia Rothii Roem.
et Schult. (27 juillet 1962 à l'O. Erbé).
— Phanérophytes fleurissant en fin de saison des pluies.
Phanérophytes des berges des ouadis.
Le plus grand nombre des phanérophytes de 1’Ennedi se parent tout d’abord de leurs
feuilles puis se mettent à fleurir quand ils se trouvent à l'apogée de leur vitalité. On assiste
en général à une véritable synchronisation entre le moment où les conditions de croissance
sont les plus favorables et l'épanouissement floral. Ceci a lieu en fin de saison des pluies.
Tous ces arbres, dont la plupart vivent fixés sur les berges des ouadis d’altitude du centre
Ennedi, sont en équilibre avec le milieu.
Voici une liste d’observations à ce sujet, correspondant pour beaucoup à des récoltes,
ou à des photographies en couleurs :
Date
Espèces de pleine floraison Lieu
Dichrostachys glomerata (Forssk.) Chiov. . 30-VIII-1957 O. Guerria
Grewia bicolor Juss. . 30-VIII-1957 ©. Somoro
. 30-VIII-1962 Bechiboué
Grewia bicolor Juss.
Lananesaliflia Jacq. subsp. nepetaefolia B. de Miré €
let . .
29-VI11-1957 O. Guerria
Lantana salvifolia Jacq. subsp. nepetaefolia
Gillet 30-VIII4962 Béchiboué
Albizia sericocephala Benth 31-VII4957 O. Guerria
Zisyphus mauritiana Lam. 3-1X-1958 O. Kanoë
Zisyphus mauritiana Lam. 24-IX-1962 O. Tourba
Randia nilotica Stapf .…… 41X4962 O. Ousaké
Diospyros mespiliformis Hochst. ex A. D 4.1X1957 Q,B83@i un, paris
84 H. GILLET
+ Phanérophytes des mares d’hivernage.
Ces arbres entrent en activité avec la mise en eau des mares, et ils y demeurent tant
que l’eau subsiste. Ils connaissent donc une période de repos un peu moins longue que les
autres phanérophytes. Leur floraison ne commence guère avant le début de septembre et se
prolonge jusqu’en octobre. Tels sont les Acacia scorpioides (L.) W.F. Wight var. nilotica (L.)
A. Chev. (12 septembre, mare de Damas) et Acacia seyal Del.
— Phanérophytes à floraison tardive.
Quelques phanérophytes ne fleurissent qu’au début de la saison sèche, alors que les
autres végétaux entrent en phase de repos. Leur floraison est régulière et varie très peu en
intensité et en durée d’une année à l’autre. 11 est permis de se demander si elle n’est pas
facilitée par la fraîcheur nocturne qui commence à être sensible à cette époque de l’année,
En tout cas les fleurs s’épanouissent avant le lever du jour et se flétrissent avec la chaleur.
Deux sont à feuilles coriaces et persistantes : Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex
Poir. et Boscia angustifolia A. Rich. Un autre est caducifolié : Acacia senegal (L.) Wild,
(O. Ely, 16 octobre 1964).
Un cas aberrant est celui du Faidherbia albida (Del.) A. Chev. qui perd ses feuilles
au tout début de la saison des pluies, acquiert un feuillage nouveau et fleurit avec le retour
définitif de la sécheresse, en octobre (0. Ely, 16 octobre 1964, O. Ohouka, 4 octobre 1965).
R. PoRTERES pense que l’entrée en repos de l'arbre dépendrait de réactions d’oxydo-réduction
qui se feraient au niveau des racines à l’arrivée des pluies. [1 semble selon nous que l'arbre
obéisse à un certain cycle lié au cycle annuel du soleil car des crues hors saisons, comme il
s’en produit quelquefois dans l’Ennedi (pluies de mai), sont sans effet sur lui.
Certains arbres soudaniens caducifoliés, dont la vie active dans leur aire actuelle s'étend
sur une saison des pluies de quatre à cinq mois, trouvent dans l’Ennedi le long de certains
ouadis, au lit marqué de mares résiduelles, des conditions sensiblement analogues. lis fleurissent
tout comme s’ils se trouvaient dans leur aire normale (fin septembre). Tels sont par exemple
ces Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill. et Perr. rencontrés fleuris le 23 septembre 1964 le
long de l'O. Erdébéché, et ces Piliostigma reticulatum (DC.) Hochst. observés le même jour.
Chez cette Caesalpiniacée il était frappant de constater la fragilité des fleurs qui tombaient
au moindre contact. Il semble que sur le plan végétatif ces arbres relictuels soient encore
placés dans des conditions acceptables, mais qu’ils ne le soient plus sur le plan de la repro.
duction par suite de l’arrivée brutale de l'air sec empêchant la fécondation des fleurs. Efec.
tivement les Piliostigma sont très rarement porteurs de fruits (1) [une seule observation dans
l’Ennedi, Kossomaba, 24 juillet 1959].
— Phanérophytes à floraison prolongée.
L’Acacia raddiana Savi se distingue de tous les autres Acacia par sa floraison qui
s’étend sur une longue période. L'arbre porte pendant une grande partie de l’année des boutons
floraux, des fleurs épanouies et des fruits à tous les stades. L'arrivée des pluies et le début de
la saison sèche déterminent un regain de floraison. Les fleurs mellifères de petite taille, mais
très nombreuses, attirent les insectes. Il est certain que ce pouvoir de donner des fleurs, et
par là des fruits, à tout moment a beaucoup contribué à la diffusion de l'arbre à travers l Ennedi.
L’Acacia raddiana est de très loin l’arbre à la fois le plus abondant et le plus répandu (observé
en fleurs à toute époque, en particulier le 27 juillet 1958 dans l’Ennedi, et en novembre 1955
dans le Kori du poste d’Agadès).
b. Plantes basses.
Si paradoxal que cela puisse paraître, les thérophytes et géophytes de 1’Ennedi ont un
tempérament d’hygrophytes. Elles ne peuvent se développer et plus spécialement fleurir
que dans une ambiance humide. Or une telle ambiance a une durée fort limitée de sorte que,
bien que la germination soit quelque peu échelonnée, on assiste à une floraison massive en
fin de saison des pluies, c’est-à-dire dans la deuxième quinzaine d’août, correspondant à
lépiaison de la plupart des Graminées annuelles.
(1) I est certain que la dioécie du Piliostigma est un caractère désavantageux lorsque l'arbre s
trouve à la limite de son aire.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 85
Cependant cette floraison explosive est précédée de celle des thérophytes à cycle court
et suivie par celles des Légumineuses dont l'appareil végétatif à feuillage aux folioles entre-
mêlées exige un certain délai pour se constituer.
— Thérophytes à cycle court et à floraison précoce et avec possibilité d’une floraison
étalée.
Ces plantes ont en commun la propriété de démarrer très peu de temps après les
premières pluies et de fleurir très rapidement. Maïs une distinction s'impose immédiatement.
Les unes continuent à fleurir et à s’accroître tant que les conditions restent favorables tandis
que les autres ne portent qu’une seule hampe florifère qui, une fois fécondée, se flétrit irré-
médiablement. Les premières pourraient être en quelque sorte qualifiées d’« annuelles longi-
fleuries » (à floraison prolongée) : sur un même pied il peut y avoir à la fois des boutons, des
fleurs épanouies, et des fruits en formation. Les secondes pourraient être qualifiées d’« annuelles
brévifleuries » (à floraison brève) : sur un même pied toutes les fleurs sont au même stade
d'évolution.
Dans les cas d'année déficitaire les plantes à cycle court du premier groupe arrêtent
rapidement leur développement et leur floraison; dans le cas contraire elles poursuivent leur
floraison en émettant des rameaux nouveaux fleuris, tant que les conditions s’y prêtent. Parmi
ces plantes à floraison précoce mais suceptible de se prolonger, citons : Mollugo cerviana (L.)
Seringe, Giesekia pharnacioides L., Monsonia senegalensis Guïll. et Perr., Limeum ptero-
carpum (Gay) Heimerl, Limeum viscosum (Gay) Fenel et à titre moindre Tribulus bimucro-
natus Viv..
_ Géophytes bulbeux.
Les réserves alimentaires immédiatement mobilisables et utilisables des géophytes à
bulbe leur permettent un démarrage rapide et une floraison précoce. Une douzaine de jours
après les premières pluies dans les plaines sablonneuses, l'avance des Dipcadi longifolium
Bak. sur l’ensemble de la végétation et leur floraison généralisée sont telles qu’on croirait
avoir affaire à un faciès spécial de la Liliacée. L’observateur traverse alors de vastes étendues
où cette plante paraît dominante (comme par exemple la plaine de Tooué Honi le 28 juillet
1964), chaque pied portant sur la hampe florale un nombre variable de fleurs compris entre
6 et 13. H en est de même, bien qu’un peu plus tardive, de la floraison du Cyperus bulbosus
Vahl.
Voici le relevé de quelques dates de floraison :
Nombre
Espèces Date Localité |de jours écoulés
après la 1re pluie
10-8-1957 |Plaine de
Guilikorou 14
12-8-1957| Plaine Bamena 16
2-8-1958 | Tourba Anaguelli| 7 (pluie locale
antérieure)
28-7-1964| Tooué Honi 13
11-8-1957 | Plaine Somoro 15
8-8-1959| Plaine Nohi 10
31-7-1964| Plaine Aloba 15
17-8-1957 | O. Bachikélé 21
Cyperus bulbosus Vahl.…. .. | 16-8-1959 | Plaine Bachikélé 18
RES +. | Août 1965 0. Erbé és
— Plantes fleurissant au moment de l'optimum de floraison.
Presque chaque année pendant une courte période, l’Ennedi revêt un aspect riant et
verdoyant tout à fait inattendu pour l'observateur qui se figure se trouver en pays sub-déser-
tique. Le voyageur foule alors des prairies denses où l’herbe arrive à la hauteur du genou. I
7 564022 6. éSource : MNHN, Paris
86 H. GILLET
lui est difficile d'approcher des arbres tant sous leur couvert la végétation est haute et drue,
H laisse derrière lui la marque de son passage par un sillage d’herbes couchées. Des fleurs
blanches, roses ou jaunes décorent partout le tapis graminéen, Ne serait-ce la chaleur et
l'humidité, l’on se croirait davantage dans quelque herbage médio-européen plutôt qu’au
Sud Sahara. Cette période de plein épanouissement est limitée en durée — de 10 à 15 jours
en moyenne — et commence une vingtaine de jours environ après le début des premières
grandes pluies. Cette période correspond à l’optimum de floraison. Elle est marquée par
l'épiaison généralisée de nombreuses Graminées. La floraison de certaines espèces a tellement
de répercussion sur le paysage ennedien qu'il nous paraît justifié d'examiner de plus près ce
problème,
+ Floraison de Gynandropsis gynandra (L.) Briq.
Cette Capparidacée est une plante à croissance rapide. Elle exige de grandes quantités
d’eau pour atteindre son développement normal, surtout au début de la saison des pluies.
Il y a des années où le Gynandropsis joue un rôle majeur dans le paysage (1958-1962-1964)
et des années où il est presque totalement absent et réduit à des rosettes (1957-1965).
Voici quelques observations de phénologie florale à son sujet :
Localité Début de floraison Plein épanouissement floral
Nohi Chilio.......... nes 14-VITT1958 18 au 28-VIII-1958
Plaine Aloba .. . 5-VII14962 vers le 20-VIII-1962
Tebédé ....... 3-VIII-1964 vers le 16-VIII-1964
La période du plein épanouissement varie suivant les années, en fonction de la préco-
cité des pluies; un délai de l’ordre d’un mois est nécessaire à la plante pour y arriver.
+ Floraison des nanohémicryptophytes cespiteux subrosettés.
Certaines de ces plantes comme les Sporobolus nervosus Hochst. et Sporobolus pellu
cidus Hochst. sont si abondants et si apparents au moment de leur floraison qu’ils commu-
niquent alors au paysage dans lequel ils se trouvent une note particulière.
Voici quelques observations correspondant à la pleine floraison de ces deux Graminées :
Espèce Date Localité
31-VII1957 O. Somoro
13-VII1-1962 Tokomichi
27-VI111962 Keheï
15-VIII1964 Tebédé
Sporobolus pellucidus Hochst................... 21-VII1-1957 Bachikélé
20-VIII-1958 O. Baaba
22-VIII-1958 Dépression d’Offro
27-VIN-1962 Entre O. Brou et Keheï
15-VIII1964 Tebédé
Sporobolus nervosus Hochst.
Toutes ces dates sont concordantes et s'inscrivent dans la deuxième quinzaine d'août :
au début quand l’année est précoce (1964), à la fin en année normale.
+ Épiaison du Cenchrus biflorus Roxb. et des thérophytes graminéens.
La montée en épi du cram-cram est un phénomène très facilement repérable, étant
donné l'abondance de la Graminée présente presque partout, même en dehors des plaines
sablonneuses. Elle a lieu à la fin du mois d'août,
26 au 30 août 1958. .... © O. Nohi
26 août 1959. . « Sebé
26 août 1962 + O. Brou
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 87
La deuxième quinzaine d'août correspond à lé
l'Ennedi sont à l'apogée de leur floraison, De nombreuse:
Citons parmi les plus représentatives :
Espèces
Chloris virgata Sw
Dactyloctenium aegyptium (L.) Beauv. ........
Eragrostis porosa Nees.…
Dates
- 3-IX1957
18 au 25-VIII-1962
18-VIII-1964
24-VII-1957
17-VIIT-1962
23-VI11-1962
19-VIT11957
24-VII1-1958
26-VIII-1962
8-VIII-1964
15-VIII-1964
poque où les prairies temporaires de
s Graminées étalent alors leurs épillets.
Hauteur
Localités en cm
0. Brou
Mare Gourka 28 à 35
0. Korrou 32
Plaine Bachikélé 28
Mare Gourka 25
Bodhoué 31
Bachikélé
O. Erdi
O. Brou
Chignita
Tebédé
Aristida mutabilis Trin. et Rupr. a été observé en pleine anthèse le 28-VIII-1962.
+ Foraison de Chascanum marrubiifolium Fen ex Walp.
La floraison de cette Verbénacée,
long d’un épi bien dégagé,
au pied de la plante mère.
En
dont les fleurs d’un blanc pur sont échelonnées le
ne passe pas inaperçue. La corolle est fragile et tombe rapidement
pleine saison de floraison il n’est pas rare d’apercevoir le so]
parsemé de petits macules blancs au voisinage de la plante, Ce phénomène se produit seule.
ment pendant quelques jours de l’année,
Voici quelques dates enregistrées :
Localités
20-VII-1958. . Baaba
25-VII1-1958. Baaba
2-IX-1959. . Keheï
24-VII1-1962. + 0. Brou
Elles correspondent réellement au plein épanouissement de la végétation qui chaque
année, à quinze jours près, a lieu aux mêmes dates.
— Foraison annonçant la fin de la saison des pluies.
Vers la fin du mois d’août
se couvrent des plumets de l'Aristida papposa Trin. et Rupr..
surtout lorsqu'ils ondulent so
que l fin de la saison des pl
41X1959...
29-VIIT-1962
us le vent. Les autochtones ne s’y t
l'Ennedi prend un visage nouveau. Les plaines et ies regs
ce qui est du plus bel effet
rompent pas. Ils savent bien
luies approche. Encore peut-être une tornade et désormais il ne
Pleuvra plus avant dix mois et demi, disent-ils.
Plateau Ortobi
Nombre de jours
après la
première pluie
37
Plaine au Sud de la Mare Ortobi 40
En se fiant à cette méthode de mesure biologique on s’aperçoit alors que la saison des
Pluies aurait duré en 1959 de l’ordre de 37 à 40 jours et en 1962 de 40 à 43 jours, ce qui est
€a parfait accord avec les faits.
— Plantes fleurissant en début de saison sèche.
Sitôt la saison des pluies terminée,
ment favorables pour la floraison
ambiante — surtout e:
n fin de nuit — est encore élevée,
moment où les rocailles de l'Ennedi se couvrent de fle
+ Plantes des rocailles,
Psce de floraison, telle qu’elle se produit dans les rocailles, surtout à partir de la
cote 1000 mètres,
les conditions écologiques restent encore extrême-
: les réserves d’eau du sol sont à leur maximum, l'humidité
le soleil brille en permanence. C’est le
urs multicolores.
au début de septembre est l'un des phénomènes biologiques les phaurégtrdlHN, Paris
88 H. GILLET
ordinaires que l’on puisse observer dans les massifs Sud sahariens. Comment un observateur
non averti pourrait-il imaginer que des brindilles à l'aspect si modeste puissent émettre le
moment venu des fleurs aux tons de pastel aussi délicats et en aussi grande quantité? I yalh
un certain mystère.
Parmi les rupicoles alticoles citons : Wernonia cinerascens Schultz Bip., Vernonia
Aschersonii Schultz Bip., Achyrocline luzuloides Vatke, Barleria Hochstetteri Nees, Sven.
sonia laeta (Fenzl) Moldenke, Lavandula coronopifolia Poir., etc.
Voici certaines dates de pleine floraison enregistrées au cours de nos missions :
Espèces Dates Localités
Vernonia cinerascens Schultz Bip... .......... 121X4957 Koroni
7IX1958 Ravin Keheï
41X1962 Nord Togosso
Vernonia Aschersonii Schulta Bip... …........ 131X4957 près Guelta Koroni
13IX1958 O. Guirkaké
23-IX1964 Plateau Koboué
Barleria Hochstetteri Nes... 8IX1958 Keheï
13IX1958 O. Guirkaké
121X4959 O. Meyer
23-IX1959 Kennemena
21-IX4964 Plateau Attakou
H est facile de constater que les fluctuations de la floraison sont beaucoup plus amorties
pour les plantes à floraison tardive que pour les plantes à floraison précoce. Quelle que soit la
date de la première grande pluie, les plantes de septembre fleurissent chaque année à peu près
à la même époque. Elles sont beaucoup plus sensibles à l'effet cumulatif des pluies qu’à l'effet
de pluies individuelles.
+ Thérophytes des regs pierreux.
Les plantes des regs de pierres ou de caïlloux fleurissent presque toutes après la fin
des pluies. Elles vivent sur un substrat pauvre, pratiquement dépourvus d’humus. Aussi leur
appareil végétatif est-il réduit et chétif, et les feuilles sont petites ou filiformes. H semble que
la loi du tout ou rien s’applique à leur développement. Ou bien il pleut assez pour qu’elles
démarrent, fleurissent et fructifient; ou bien les pluies sont insuffisantes et elles ne lèvent pas.
Elles sont, selon les années, abondantes ou inexistantes, Telles sont : Indigofera disjuncta
Gillet, Geigeria alata (DC.) Oliv. et Hiern, /ndigofera cordifolia Heyne ex Roth ainsi que
Eragrostis elegantissima Chiov., Schizachyrium exile (Hochst.) Stapf, Elyonurus elegans
Kunth. Aristida rhiniochloa Hochst..
Voici quelques précisions sur leur période de floraison :
Espèces Dates Localités
Indigofera disjuncta Gilet... 2-X1959 entre Tourbatoane et Ely
10-1X4962 entre O. Toutou et O. Dichina
11-IX-1964 Plateau au-dessus O. Michero
13-IX1964 Ouro Galé
Indigofera cordifolia Heyne ex
RO nanas nes 17-IX1957 Sud plateau Tourkou
21-IX-1964 Plateau Attakou
Elyonurus elegans Kunth. 15-IX4957 Nord Koubé Basso
13-IX1958 Guirkaké
18-IX1964 Falaise Kordi
20-IX-1964 Kordi Attakou
La floraison et le plein état de la plante se placent ici nettement dans la deuxième
quinzaine de septembre,
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 89
+ Plantes des zones limoneuses.
Les plantes qui poussent sur les sols à éléments fins ne sont en pleine vigueur qu'après
la fin des pluies. Vivant sur un sol non squelettique et disposant d'éléments nutritifs, elles
échafaudent un appareil végétatif ramifié à grande surface foliaire, les fleurs se concentrant soit
à l'aisselle des feuilles, soit aux sommités des rameaux principaux. Comme les fleurs sont les
derniers éléments à s’épanouir, il n’y a rien d’étonnant à ce que ces plantes soient à floraison
tardive. Ces plantes appartiennent à certaines familles dont les principales sont les Légumi-
neuses, les Composées et les Convolvulacées.
+ Cas des Légumineuses à folioles larges.
Quelques espèces de Papilionacées et de Caesalpiniacées à affinités Sud-sahéliennes
arrivent à constituer localement des peuplements d’une certaine importance. Ce sont des
plantes à croissance assez lente, fleurissant tant que la teneur en eau du sol est suffisante pour
maintenir la plante en état, c’est-à-dire pendant tout le mois de septembre et une partie du
mois d'octobre, la Légumineuse portant alors à la fois des fleurs et des gousses. La floraison
présente un étalement d’autant plus long que la saison a été plus pluvieuse. Obéissent à ce
rythme : Cassia tora L., Crotalaria podocarpa DC., Crotalaria senegalensis (Pers.) Bacle
ex DC.
Voici quelques exemples observés :
Espèces Dates Localités
Cassia tora L.............. Mbits ge ++... 1-X4958 Nohi Mahamé
A — 10-IX-1964 Michero
Crotalaria podocarpa DC.......... : 10-IX41964 zone aval Michero
Crotalaria senegalensis (Pers.) Bacle ex 14-IX4957 Dépression Djokolo
_ — 12-1X1958 Sud-Est mare Damas
_ — 19-IX1964 Kordi Galé
+ Cas des Composées.
Quelques Composées, également Sud-sahéliennes, arrivent certaines années à former
des peuplements compacts qui ne fleurissent qu’en septembre. Leurs fleurs en grappes termi-
males entourées de bractées attirent peu le regard (sauf celles de Vernonia pauciflora (Willd.)
Less. d’un beau bleu d’azur). Citons Sclerocarpus africanus Jacq. ex Murr., Blainvillea gayana
Cass. dont voici quelques références :
Espèces Dates Localités
Sclerocarpus africanus Jacq. ex Murr.
EURE 141X4957 Djokolo
Blaimvillea gayana Cass.
Fe s.... 191X4958 Soboro
25-IX1959 Biti Merdili
Vemonia pauciflora (Willd.) Less... ............... +. 121X4957 Près guelta Koroni
AR 19-IX1958 Soboro
en 22-IX4058 Biti Keheï
= 111X4959 Trainée N.
Togosso
LE 201X1962 Biti Kataedaekiélé
Cr 23IX1964 O. Erdébéché
? L'optimum de floraison semble bien se placer autour du 15 septembre. Il varie peu
d'une année à l’autre.
+ Cas des Convolvulacées.
Les zones limoneuses conviennent parfaitement aux Convolvulacées, bien à l'aise
quand elles peuvent s'implanter ou se faufiler dans une végétation ambiante fournie. I y a
Bieu de distinguer :
— Des Convolvulacées non volubiles comme Astripomoea lachnosperma (Choisy)
Meeuse, dont les fleurs en grappes terminales apparaissent tardivement.
14-1X1957...
12-IX41958..
Djokolo
._ environs mare Damas Source : MNHN, Paris
90 H. GILLET
_— Des Convolvulacées volubiles dont la croissance et l'émission de nouvelles fleurs
à l’aisselle des jeunes feuilles se poursuivent tant que le sol est suffisamment humide :
25-IX-1958 Bodhoué
22-IX-1959 Tourkou
27-IX1964 O.Elly
1-IX41958 Nohi Mahamé
5-IX1959 Ortobi
1-1X1958 Nohi Mahamé
22-IX1959 Tourkou
5-IX1964 O. Orocheb
Ipomoea coscinosperma Hochst. ex Choisy. .….........
Ipomoea Aitonii Lindl. .
Merremia aegyptiaca (L.) Urban.....................
+ Plantes de milieux divers.
De nombreuses plantes fleurissent en début de saison sèche. Ce sont plus particulière.
ment celles dont l’activité n’est pas interrompue par l’arrivée de l’air sec et qui continuent à
végéter un certain temps après. Citons parmi les plus fréquentes :
25-VII1-1962 0. Brou
11-IX-1964 Plateau Michero
30-VIII-1957 Nord Ennedi
9-IX-1959 Plateau Mezeur Kri
11-IX-1959 Nord Togosso
5-IX-1962 Plateau Tellebourbou
19-IX-1962 Nord Biti Kataedaekiélé
28-IX-1962 Biti
21-IX-1964 Attakou
Seddera latifolia Steud. et Hochst............ 23-IX-1964 Plateau Erdébéché
Ces plantes sont parfaitement adaptées au rythme de vie du pays. Elles ont en commun
la propriété de former des fleurs dont l'épanouissement est échelonné et de fournir beaucoup
de graines. Quoi qu’il arrive elles produisent chaque année des semences, pourvu qu’elles
reçoivent au moins une grosse pluie.
— Plantes à floraison tardive.
+ Plantes de l’Ennedi rocheux (à floraison tardive).
Certaines plantes de l’Ennedi épanouissent leurs fleurs quelques semaines après le
début de la saison sèche; elles apparaissent alors à un moment où la siccité de l’air est grande;
leur durée est très limitée, à peine quelques heures. Ces plantes sont rares. La plus remarquable
est certainement Barleria acanthoides Vahl dont le tube de la corolle d’un blanc pur atteint
8 centimètres de longueur. La période de floraison est très limitée et les fleurs d’un même pied
apparaissent l’une après l’autre. Voici quelques observations :
Barleria acanthoides Vahl.................,....... 1-X4957 Plateau d’Aoué
8-X-1959 Plateau Bourkouba
21-IX-1964 Plateau Attakou
24-IX-1964 Plateau Djorma
Tephrosia nubica (Boiss.) Bak................
Morettia canescens Boiss.....................
L’avance du calendrier floral, spéciale à l’année 1964 en raison de la précocité des pluies,
se retrouve dans la floraison du Barleria.
Mentionnons également dans cette catégorie Peristrophe bicalyculata (Retz.) Nes
dont les petites corolles roses à deux lèvres se succèdent en haut de la tige longtemps après
les pluies, et deux plantes à développement végétatif réellement tardif, voire hivernal : Schouwia
Schimperi Jaub. & Spach et Trichodesma africanum (L.) Lehm., ce dernier ayant été observé
en début de floraison le 31 octobre 1958 à quelques kilomètres au Nord de 10. Ohouka.
+ plantes des fonds de mares desséchées (à floraison tardive et prolongée).
Chaque année avec les pluies, de grandes mares se remplissent d’eau. Les unes — comme
celles des hauts plateaux — sont alimentées directement par endorhéisme. Les autres — comme
ælles de l’Ouadi N’Kaola, dans la dépression du Mourdi au Nord du Massif — sont approvi-
sionnées par les crues des ouadis du versant Nord de l’Ennedi. Les unes et les autres mettent
un certain temps à s’évaporer. Au fur et à mesure du retrait des eaux apparaît toute une
florule spécialisée composée de thérophytes.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI EI
1° Mares endorhéiques.
Ces mares à fond très plat s’assèchent rapidement. Les espèces se répartissent sur le
pourtour de la mare et fleurissent dès septembre, Citons :
12IX4958 Mare Damas
18-IX4958 Mareau N.-0. de Damas
25-1X41959 Bit Kourtadié
Elytrophorus spicatus (Willd.) À. Camus... 141X1958 Mare au N.-0. de Damas
261X1959 Biti Kourtadié
Polygonum plebeium R. Br.
Scirpus praelongatus Poir.… .
et aussi deux Composées aromatiques :
Sphaeranthus angustifolius DC. . 17-IX1957 Guelta Tourkou
10-IX-1958 Ortobi
26- X-1958 Bir Sultane
22-IX-1962 Gorge Maya
FEpaltes alata (Sond.) Steetz...........,..... 14-IX1957 Val Basso
26-IX-1959 Biti Kourtadié
2° Zone d’épandage de l'O. N’Kaola.
Les plantes se trouvent sur le fond des mares et lèvent au fur et à mesure que les eaux
se retirent. Leur floraison est donc plus tardive; elle est aussi prolongée, car elle se poursuit
jusqu'au dessèchement complet de la plante qui peut n'intervenir qu'en janvier par exemple.
Coronopus niloticus (Del) Spreng..…........ nee 25-IX1957 Bagada
15-X1958 Bagada
24IX1957 Bagada
16-X1956 Bagada
29-X1958 Guelta Mouhoro
Verbena dalloniana Quezel.
Cyperus michelianus (L.) Link
— Plantes à floraison quasi continue.
Ce n’est pas l’un des moindres privilèges de l’Ennedi que de posséder, dispersés dans
tout le Massif, des points d’eau permanents. La plupart sont alimentés par des sources qui
ne tarissent jamais, même en cas d'absence de pluie. Dans leur voisinage toute une végétation
paludicole à base de Cypéracées y est solidement implantée,
Dans d’autres cas, le long des biefs de certains ouadis, le sable reste constamment humide
en profondeur. Cela suffit pour que certaines plantes végètent et fleurissent d'une manière
continue.
+ voisinage des sources.
Le voisinage des sources par leur aspect verdoyant contraste toujours singulièrement,
surtout en saison sèche, avec l’aridité ambiante. On y trouve, sur des bourrelets constamment
baignés par l’eau, tout un lot de plantes comprenant des individus porteurs en permanence
de fleurs fraîches, de fleurs fanées et de fruits, Paradoxalement, la saison défavorable est la
saison des pluies en raison des crues : les eaux déferlent, submergeant les bourrelets et em-
portant toute plante qui n’est pas solidement fixée.
Parmi les espèces les plus constantes, signalons Blunea perrottetiana DC., Scoparia
dubeis L., Uricularia gibba L. subsp. exoleta (R. Br.) P. Tayl. et tout un cortège de Cypé-
racées : Cyperus haspan L., Eleocharis caribaea (Rottb.) Blake, Fuirena umbellata Rottb.,
Pycreus Mundtii Nees. 11 semble que ces plantes prennent une vigueur nouvelle après les
rues, c'est-à-dire juste après la période défavorable ce qui serait en quelque sorte une réaction
aux effets traumatiques.
+ biefs humides.
Les biefs sont toujours installés en amont d’un seuil rocheux qui retient l’inferoflux.
Le sable qui offre au contact de l'air une surface évaporante est cependant maintenu sans
cesse humide en profondeur, et les racines se développent dans un milieu presque saturé.
Certaines plantes, normalement indigènes des plages limoneuses, s’accommodent do
tes conditions et fleurissent toute l’année. Ont été ainsi trouvées en fleurs, en juillet 1959
le long de l'Ouadi Maya, des annuelles comme : Vahlia dichotoma (Muxr.) O. Ktze., Grangea
maderaspatana (L.) Poir., Epaltes alata (Sond.) Steetz, Pulicaria crispa (Forssk.) Oliv.
‘t des pérennes comme Aristolochia bracteata Retz., Pluchea ovalis (Pers.) DC. et Bergia
Source : MNHN, Paris
92 H. GILLET
suffruticosa (Del.) Fenzl. Ainsi des thérophytes, si un approvisionnement régulier en eau leur
est assuré toute l’année, arrivent à traverser la période défavorable tout en continuant à végéter
et à fleurir. Dans le cas présent cependant, leur durée de vie est limitée, car immanquablement
ils sont balayés par le flot tumultueux des crues. Les pérennes sont installées sur les rives,
— Plantes fleurissant en saison sèche.
I peut arriver, avec beaucoup de chance, qu’un observateur parcourant l’Ennedi
en plein hiver ou au début du printemps découvre, sortant directement du sable — mais
au voisinage de végétaux ligneux — une belle hampe florale jaune non chlorophyllienne. C’est
l'inflorescence d’une plante dont l'appareil végétatif est hypogé : Cistanche phelypaea (L)
Cout.. Trois observations sont rapportées à ce sujet :
2 octobre 1952 (en fleur?) Fada par CARVALHO
44 octobre 1959 (en bouton) Bimenara par moi-même
Fin janvier 1965 (en fleur) Archeï par GUYE
IH est possible également que quelques plantes à affinité saharienne fleurissent en hiver :
Atractylis aristata Battandier, Salsola baryosma (Schult.) Dandy et Cornulaca monacantha
Del.
3° HORLOGE FLORALE (1)
L'ouverture des fleurs est certainement l’un des spectacles les plus fascinants qu'un
ami de la nature puisse admirer. Celles de l’Ennedi n’échappent pas à la loi générale selon
laquelle chaque espèce de Phanérogame épanouit ses fleurs selon des règles propres à chacune
d'elle. Aussi n’avons-nous pas manqué, à chaque fois que l’occasion se présentait, de noter
les heures où les fleurs déploient leur corolle et de dresser l'horloge florale — chère à Linné —
de l’Ennedi, avec toutes les restrictions que de telles indications comportent.
JL nous paraît bien imprudent de définir une horloge florale sans préciser en même
temps les facteurs météorologiques tels que l’humidité, la température, la lumière, tous fac.
teurs qui contrôlent normalement les mécanismes de cinétique florale. Ce rapprochement
semble d’autant plus justifié que l'immense majorité des plantes fleurissent pendant la saison
des pluies, c’est-à-dire à une époque où les variations quotidiennes de l’hygrométrie sont les
plus importantes. Il convient cependant de noter que de nombreuses plantes étalent leurs
pièces colorées toujours à peu près aux mêmes heures de la journée, à condition que la teneur
de l'air en humidité dépasse un certain seuil.
a. Floraison nocturne.
La floraison en pleine nuit semble une manifestation tout à fait adaptée aux zones
subdésertiques; elle permet aux phénomènes biologiques de se produire à un moment où les
conditions sont les plus favorables, c’est-à-dire au minimum de température et au maximum
d’humidité, vers 3 heures du matin (deux heures avant le lever du soleil).
Celle-ci peut être constatée sur les fleurs éphémères comme celles de lAcacia mellifera
(Vahi) Benth. (2), ou du Pancratium trianthum Herbert.
La floraison nocturne est certainement un phénomène plus répandu que le nombre
restreint de nos observations peut le laisser supposer. Il est vraisemblable que beaucoup de
corolles s’ouvrent en l'absence de toute lumière solaire et que le facteur responsable est avant
tout le degré hygrométrique. De nombreuses fleurs n’ont été trouvées épanouies en plein
jour qu’exceptionnellement [Aptosimum pumilum (Hochst.) Benth., Limeum viscosum (Gay)
Fenzl, Farsetia aegyptiaca Turra, Farsetia ramosissima Hochst. ex Fourn., les Boerhaavia,
Phyllanthus, Requienia obcordata (Lam. ex Poir.) DC., Rothia hirsuta (Guill. et Perr.) Bak,
Oldenlandia strumosa À. (Rich.) Hiern]; normalement ces espèces ne portent le jour que des
fleurs flétries (ou en boutons).
b. Floraison nocturne élargie (de la tombée du jour au lever du jour suivant).
Quelques fleurs à la corolle particulièrement délicate et fragile n’apparaissent qu'en
fin de journée, au moment où le rayonnement du soleil s’estompe, et présentent immanquable-
(4) Toutes les heures sont indiquées en heure locale qui au Tchad correspond à l'heure français
(GMT. + une heure). #4
(2) Combien grande fat ma surprise en m'éveillant (le 2 août 1959 à Kossomaba) au petit jour,
de voir que les Acacia mellifera (Vahl) Benth. du voisinage étaient transformés en de magnifiques bouquets
blancs, alors que la veille au soir ils avaient encore un aspect tout dépouillé, habituel en saison sèche.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 93
ment les signes de flétrissement le lendemain matin dès qu’elles reçoivent les premiers rayons
du soleil.
Telle est la longue fleur tubulaire donnée par Barleria acanthoides Vahl qui fut obser-
vée à différentes reprises dans les conditions suivantes :
Date Heure Localité
8- X-1959 18 h 30 Bourkouba
21-IX-1964 6h Plateau Attakou Koboué
24-IX-1964 18h Djorma
Les rares fois où la fleur fut repérée en dehors de ces heures, ce ne le fut que sous forme
d’un tube corollin gisant fané au pied de la plante.
Les fleurs du très commun Gynandropsis gynandra (L.) Briq. obéissent à un rythme
semblable. Elles entrent en turgescence en étalant leurs pétales, et en allongeant les étamines
et le style gynobasique dès que le disque du soleil touche l'horizon; elles restent ouvertes
toute la nuit et se fanent le lendemain dès qu’elles sont frappées par les rayons du soleil.
Voici quelques observations faites à leur sujet :
Date Heure Localité Psychrométrie
%
6h30 Am Diguine e
18h Plaine au pied du mont Alobal 48,3
18h Tebédé 37,1
15-9-1964. -[17h45à18h45 O. Birré, visitées 21,8
par de nombreux Sphynx
c. Floraison matinale.
Tous les botanistes herborisant savent bien que les excursions sont beaucoup plus
fructueuses le matin que l'après-midi. I1 en est de même sous les tropiques où les premières
heures de la matinée voient éclore une foule de fleurs. Mais dans les régions subdésertiques
la chaleur méridienne est telle que la majorité des fleurs n’attendent pas midi pour se fermer.
La floraison matinale est en saison des pluies placée sous l'influence directe de l'humidité,
Si bien que les plus belles matinées fleuries sont observées un lendemain de grande pluie
quand le sol est encore tout imprégné d’eau ou encore pendant les matinées couvertes où
le soleil ne se montre pas.
1! convient de distinguer les fleurs qui sont fermées à l'aube et qui ne s'ouvrent que
lorsqu'elles sont touchées par les premiers rayons du soleil, de celles qui s’ouvrent vers 3 heures
du matin et de celles dont F'éclosion est réellement nocturne.
— Floraison en début de matinée.
Déjà au Fezzan, l'attention de Ch. KiLran avait été attirée « par les mouvements régu-
lier de la fleur de Zygophyllum simplex L. dont le calice commence à s’ouvrir dès qu'il est
éclairé par Le soleil levant » (Paul JAEGER, La vie étrange des fleurs). Pareille observation fut
te par nous-même à plusieurs reprises, en particulier sur les berges de l'O. Bir Sultane, le
13 septembre 1964. I1 semble d’ailleurs que les différentes espèces de la famille des Zygophyl-
lacées possèdent le même comportement. Ainsi, à maintes reprises les fleurs de Tribulus
bimucronatus Vi. sont observées closes à 6 h 30 du matin (à Am Diguine le 17 août 1958,
à Tebédé Je 15 août 1964) mais épanouies à 7 h (Tebédé le 16 août 1964, O. Korrou le 18 août
1964). C'est également l'heure que choisissent les Convolvulacées volubiles pour étaler eur
pole infundibuliforme : Merremia aegyptiaca (L.) Urban, Ipomoea sinensis (Desr.) Choisy,
lpomoea Aitonii Lindi., mais si ces corolles restent épanouies jusque vers 1213 heures, celles
du Convolulus microphyllus Sieb. ex Spreng. qui se montrent au début de Le saison sèche,
Se referment dès 9 h 3010 heures, Les fleurs de l’Ipomoea repens Lam. sont irrémédia-
lement fermées à 11 heures. Source : MNHN, Paris
94 H. GILLET
La Géraniacée Monsonia senegalensis Guill. et Perr. obéit à un rythme semblable
(ouverture vers 7 h 30, fermeture vers 11 h 30).
Pour ces catégories de fleurs qui s'ouvrent sensiblement à la même heure, comme
tendent à le démontrer les observations portant sur plusieurs années, il semble que la cinétique
florale soit commandée essentiellement par les variations de l'intensité lumineuse (thermo-
nastie). La température, toujours supérieure au seuil critique, et la psychrométrie interviennent
apparemment peu puisque les mouvements sont exécutés de la même façon, aussi bien en
saison des pluies qu’en début de saison sèche. L'action du soleil est d’ailleurs absolument
manifeste puisque toutes ces fleurs suivent l’astre dans son déplacement, en orientant leur
axe dans le sens des rayons lumineux.
— Floraison dans le courant de la matinée.
La plus grande partie des plantes de l’Ennedi sont des plantes héliophiles, hygrophiles,
thermophiles, ce qui limite singulièrement, d’une part la période de l’année, d’autre part le
nombre d’heures où l'épanouissement floral est possible.
Au cours de chaque saison des pluies, et en général aux environs du 15 août, quelques
matinées couvertes s’intercalent parmi les journées ensoleillées. Le soleil n’apparaît que sous
forme d’une grande tache blanche voilée, une brise fraîche et humide souffle en permanence
du Sud-Ouest, il fait délicieusement bon. Alors entre 8 heures et 11 heures les plaines sablon.
neuses se transforment en parterres fleuris, les pentes rocailleuses d’altitude en jardins alpins,
La floraison bat son plein. De nombreuses fleurs appartenant à des plantes très communes
n’ont été observées que dans ces conditions : /ndigofera sessiliflora DC., Giesekia pharna-
cioides L. Evolvulus alsinoides (L.) L., Aptosimum pumilum (Hochst.) Benth., Borreria
compacta (Hochst.) K. Schum., Boerhaavia repens L., Boerhaavia viscosa Lag. et Rodr,
Portulaca oleracea L., Cleome monophylla L., Polygala erioptera DC., Polygala obtusata
Auct., Limeum viscosum (Gay) Fenzl, Trianthema pentandra L., Cyamopsis senegalensis
Guill. et Perr., Indigofera Hochstetteri Bak., Bidens minuta B. de Miré et Gillet etc. Telles
furent les matinées de 15 et 21 août 1959, 18, 25, 26 août 1962, 8 et 12 août 1964. Ces plantes
ont en commun d’appartenir à la strate la plus basse et se trouvent ainsi plus longtemps que
les autres au contact de l'air surchauffé : il est normal que leurs fleurs ne s’ouvrent de jour
que pendant les rares moments où le rayonnement du soleil est atténué par la nébulosité,
Le facteur prépondérant qui détermine l’épanouissement floral de toutes ces plantes
est sûrement le degré hygrométrique de l’air. Certaines de ces fleurs ont en effet été observées
ouvertes en pleine nuit et parfois même le jour, mais seulement lorsque les conditions hygro-
métriques correspondent aux valeurs normalement relevées en fin de nuit ou pendant les
matinées ci-dessus définies. La cinétique florale est donc surtout déterminée par l’hygrométrie.
Voici à titre d’exemple les variations de température et d’humidité mesurées le 18 août
1962 près de la mare de Gourka (altitude 1 130 m), journée où fut observé l'épanouissement
des fleurs d’Aptosimum pumilum (Hochst.) Benth. et de deux Malvacées Hibiscus rhabdo-
tospermus Garcke et Pavonia arabica Steud. et Hochst. ex Boiss..
Heure Température Humidité
6h15 21,7 76,2 %
8h10 23,50 75,0 %
8h15 24,0° — (1)
8 h 20 23,6° Ê
8 h 40 23,3 —_
8h45 23,40 A
9h 22,8° +
9h15 22,30 —
9 h 30 20,1 85,5 %
9h43 19,9 KS
10 h 45 23,90 —
10 h 50 23,30 68,2 %
1h45 24,50 59,7 %
14h 35 27,2° 50,5 %
18 h 10 25,70 50,0 %
(1) Pourcentage non mesuré.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 95
27 MY/m
PLANCHE IV
La longue et délicate corolle de Barleria acanthoides Vahi
ne s’épanouit que la nuit et aux heures de faible clairement.
Elle ne dure guère plus de 10 heures
Source : MNHN, Paris
96 H. GILLET
La nature est en quelque sorte sur une aire donnée un immense champ d’expériences
à les principales variables qui interfèrent sont l'humidité, la lumière, la température, I]
suffit de faire porter les observations sur un certain nombre d’années pour dégager la part
qui revient à chacun des facteurs.
— Floraison en fin de matinée.
L'observation journalière montre que sous les tropiques une trêve générale intervient
avec les heures chaudes. La chaleur est intense, les fleurs se ferment, les animaux somnolent,
Il existe cependant quelques espèces qui font exception à la règle et qui étalent leurs corolles
en plein midi, mais avec cette restriction que ceci n’a lieu qu’en saison des pluies. Citons deux
Malvacées : Hibiscus rhabdotospermus Garcke dont la corolle jaune d’un pourpre foncé au
centre ne s’ouvre qu’entre 10 heures et 15 heures (observations près de la mare de Gourka,
16 et 17 août 1962) et Pavonia arabica Steud. et Hochst. ex Boiss., dont la grande fleur ne
se déploie qu'entre 10 h 30 et 12 heures. Dans les deux cas il semble que le facteur agissant
soit la verticalité des rayons lumineux car, dans l'intervalle de temps considéré, l'humidité
de l'air reste pratiquement constante (mais assez élevée).
d. Floraison pendant l'après-midi.
Assez curieux et pourtant contrôlé par de nombreuses observations réparties sur
plusieurs années est l'épanouissement de certaines fleurs à partir du moment où le soleil a
parcouru les trois quarts de sa course, c'est-à-dire à partir de 15 heures. Ces fleurs dans l'Ennedi
appartiennent à quatre familles : Malvacées, Sterculiacées, Tiliacées et Papilionacées.
Voici quelques exemples :
Heure
Espèces d'observation | Date Lieu
à l’état épanoui,
Tephrosia nubica (Boiss.) Bak.. 16h 11-9-1959 |Entre Togosso et Tellebourbou
2° PE 16h30 |25-8-1962 O. Brou
En 16h 28-8-1964| Entre Keheï et Soboro
nn ; .| 15h45 | 4-9-1964 O. Orocheb
LH M sue 80 2 | 0 dé 11-9-1964 | Banquette de l'O. Michero
Abutilon fruticosum Gui. et Perr..| 16h30 | 1-9-1959 Nohi Mahemé
_ _ | 16h 15-8-1964 Tebédé
Sida grewioides Guill. & Per... 14h45 |22-8-1958 Dépression d'Offro
cm. 15h30 |20-9-1964 Plateau Attakou
_ 15h30 |14-8-1965 O. Erbé
Melhania Denhamii R. Br. et} (16-9-1962 JA 8 km à l'est du gouffre del
t
entre15h-16h
Melhania gradibracteata K. Schuns. | 122-9-1964 \ Koboué,
Melhania grandibracteata K Schuns. 16h 15-8-1964 Tebédé
Rhynchosia memnonia (Del.) DC.. 16h 15-8-1964 Tebédé |
Corchorus antichorus Raeuschel... 16h 11-9-1959 Tellebourbou
Les autres espèces de Rhynchosia de l’Ennedi, notamment Rhynchosia sublobata
(Schum. et Thonn.) Meikle, suivent le même rythme.
I est difficile à première vue de saisir les causes qui déterminent ces fleurs à s'épanouir
l'après-midi plutôt que le matin, alors que les conditions d’éclairement, d'humidité et de
température sont peu différentes. Il est digne d'intérêt cependant de remarquer que toutes
Les fleurs (sauf celles du Tephrosia nubica (Boiss.) Bak. et encore l'ouverture de cette Papilionacée
est-elle amorcée dès le matin) sont d’un même ton jaune [d’un jaune pâle rappelant celui de
la fleur du Bouïllon blanc (Verbascum Thapsus L.)]. Comme les rayons du soleil de la fin
de journée sont plus riches en radiations jaunes que ceux du matin, il est permis de penser
que l'épanouissement de ces fleurs pourrait dépendre de la qualité du rayonnement solaire.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 97
e. Floraïson continue ou sans horaire fixe.
Certaines fleurs sont de très mauvaises indicatrices pour l’horloge florale en ce sens
qu’elles restent ouvertes d’une manière continue ou qu’elles sont susceptibles d'étaler leurs
pièces colorées à n'importe quelle heure de la journée, pourvu que les conditions météoro-
logiques soient favorables.
Ce lot de fleurs groupe principalement les capitules de Composées tubuliflores comme
ceux de Vernonia Aschersonii Schultz Bip. et de V. cinerascens Schultz Bip. dont les fleurs
tubulaires d’un bleu violacé sont visibles pendant l'époque de floraison à toute heure du jour
(tels ces 22 et 23 septembre 1964 sur le plateau Koboué) ou ceux de Pegolettia senegalensis
Cass..
Ïl convient ici de placer aussi quelques fleurs qui ne semblent nullement incommodées
par la chaleur méridienne comme celles du Blepharis persica (Burm. f.) O. Ktze., Linaria
Bentii Skan ou Salvia aegyptiaca L.. Ces espèces à fleurs persistantes sont assurées d’un
taux de fécondation élevé.
f. Cas des Graminées.
L'éclosion de l’épillet graminéen avec la sortie de stigmates veloutés ou barbus et
l'longement des filets staminaux est tellement spécialisée qu’elle justifie une rubrique spé-
ciale. On comprend que l’épanchement d'organes aussi fragiles soit grandement influencé
par les facteurs atmosphériques et ne puisse être réalisé qu'aux premières ou aux dernières
heures du jour.
H est également frappant de constater sur une aire donnée l’éclosion simultanée de
nombreuses espèces pendant les quelques matinées où l'absence de soleil et une brise légère
assurent, par une température variant de 21 à 250, une constante hygrométrique élevée. I
semble bien, comme le pense d’ailleurs KERNER, que les Graminées soient capables d’attendre
plusieurs jours que l'ambiance devienne propice Pour épanouir leurs organes reproducteurs.
La présence d’eau étant requise pour faire gonfler les cellules mésophylliennes des lodicules
et assurer l’écartement des glumelles, on conçoit l'importance du facteur humidité. Cette
condition limite singulièrement en pays désertique les moments propices à la floraison.
Voici quelques-unes de nos principales observations :
Espèces Heure Jour Localité Température] Humidité
eC %
Aux premières heures de la matinée
Aristida ciliata Desf..…. 6h15|16-8-1964 Tebédé env. 24,5 77,0
Eragrostis pilosa (L) Beauv...| 6 h15/16-8-1964 Tebédé env. 24,5 77,0
Chrysopogon Aucheri Stapf var.
quinqueplumis (A. Rich.) Stapf| 6 h 30|17-8-1964| À l'est Tebédé - -
Coelachyrum … oligobrachiatum
Cam!
A US... 7h 16-8-1964 Tebédé env. 24,0 83,0
Dichanthium annulatum
(Forssk.) Stapf 5h05] 4-9-1944 ©. Bici env. 26,5 35,8
Pañicum turgidum Forssl
6h45/11-9-1964| Aval O. Michero | env. 27,0 33,5
En fin d'après-midi
Aristide mutabilis Trin. & Rupr.|16h |28-8-1962] Entre Keheï | env. 29,5 | 31,0
et Soboro
Shnidtia pappophoroïdes Steud.|16 h |28-8-1962 - env. 29,5 31,0
ichanthium annulatum
(Forssk.) Stapf + [16h45] 4-9-1964| Plateau Orocheb | env. 32,5 æ
Panñicum turgidum Forssk. 17h03] 4-9-1964| O. Orocheb | env. 32,5 | 21,0
Panicum turgidum Forssk.….|17h15| 5-9.1964 Confluent O. Bici] env. 29,0 | 26,0
et O. Magordongal
Bracharia Hagerupii Hitcheock|17h | 5-0-1964 _- env. 30,0 | 26,0
Source##alHN, Paris
7 564022 6.
98 H. GILLET
L'horloge florale des Graminées de l’Ennedi est réglée sur le même horaire que celui
des Graminées en général.
Les épillets de certaines espèces, comme Panicum turgidum Forssk. et Dichanthium
annulatum (Forssk.) Stapf, s'ouvrent à deux reprises au cours de la même journée, rythme
déjà relaté depuis longtemps par KERNER sur la Houque laineuse. I1 semble dans ce cas que
plusieurs facteurs agissent simultanément et que les valeurs relatives de l'humidité et de la
température entrent davantage en ligne de compte que les valeurs absolues. Ainsi le Panicum
fleurit aussi bien à 29° qu’à 32° en fin d’après-midi, mais toujours au moins une heure après
que la température ait commencé à fléchir et l'humidité à augmenter. Dans tous les cas Ja
température de l'après-midi est plus élevée que celle du début de la matinée. En toutes cir.
constances l’action du rayonnement solaire est déterminante, les glumelles ne se dilatant que
si elles sont placées à l'ombre et que si le soleil est bas sur l'horizon.
Remarquons en passant que la maturité des stigmates et étamines n’a pas lieu toujours
d’une manière simultanée. La dichogamie est fréquente. Chez Dichanthium annulatum
(Forssk.) Stapf, par exemple, les étamines sont déjà fanées quand se produit l'épanouissement
des stigmates. Il y a protandrie. Chez les Panicum turgidum Forssk. et Brachiaria Hagerupii
Hitchcock, Cenchrus biflorus Roxb. nous avons observé à plusieurs reprises la simultanéité
de la maturité des deux appareils sexuels. L’autogamie n’en est pas forcément obligatoire
car ce sont toutes les trois des espèces grégaires. I n’en demeure pas moins que chez ces trois
espèces, chaque individu fournit une grande quantité de caryopses. Ce sont des espèces parti.
culièrement productives; leurs graines sont même consommées en période de disette.
En résumé il semble qu’il faille distinguer les Graminées proprement sahéliennes qui
fleurissent en général aux premières heures de la matinée des journées humides pendant la
saison des pluies, et les Graminées subdésertiques qui fleurissent tardivement et sont plus
sensibles aux variations de l'humidité qu'aux valeurs absolues de celle-ci.
4° ALBIFLORIE
Au sein d’une population d’une même espèce à fleurs colorées il arrive de temps en temps
qu'un individu porte uniquement des fleurs blanches, C'est l'albiforie, comparable.sous'ss
manifestations extérieures à l’albinisme chez les animaux. Ce phénomène est assez fréquent
dans les pays tempérés en particulier chez les Composées (Cirsium arvense, Carduus-nutanÿ
et chez certaines gamopétales à corolle colorée en bleu par des anthocyanes (Campanula
trachelium et Campanula carpatica, Gentiana campestris L. et Gentiana germanica (1), etc).
L’albiflorie existe dans l’Ennedi et à été constatée à plusieurs reprises. Voici les cas
relevés :
Espèces Date Localité Altitude | No herbier
m
Vernonia Aschersonii Schuitz Bip. . -[25-9-1959 Biti Merdili 1.106 1.709
Vernonia Aschersonii Schultz Bip. . -|25-9-1964| 8 km. E. Koboué 980| 3.481
Ruellia patula Jacq.................. 5-9-1962|Plateau Tellebourbou] 1.120| 2.233
Ces trois seuls exemples montrent la grande rareté du phénomène, car ce sont les seuls
observés pendant toutes nos campagnes. Ils appellent quelques commentaires.
D'abord l’albiflorie affecte les mêmes types de corolles dans les pays sahéliens que
dans les pays tempérés (famille des Composées et corolle gamopétale bleue). 1
Ensuite elle porte uniquement sur des sujets vivant en altitude et groupés sur certains
hauts plateaux rocheux, ceux-ci constituant en quelque sorte le bastion de l’Ennedi. Sur ces
hauts lieux il est certain que l'amplitude thermique diurne et annuelle est plus importante
et que le rayonnement solaire est plus intense. L'absence totale de l’albiflorie en plaine laisse
penser que les radiations ultra-violettes absorbées par les basses couches de l'atmosphère
interviennent pour la favoriser.
(t) Renseignements communiqués par G. RABARON, que nous remercions bien vivement.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 99
VIIL. PLANTES À ÉCLIPSE
Les conditions extrêmement sévères auxquelles doivent faire face les végétaux ennediens
font que quelques-uns d’entre eux, pour la plupart des thérophytes, semblent s’éteindre pen-
dant une ou quelques années en un emplacement donné, puis resurgissent au cours d’une
saison des pluies favorable. Ces végétaux peuvent donc traverser d’assez longues périodes
sans entrer en vie active et sans pour cela disparaître potentiellement de leur station. [1 y a
là une très heureuse adaptation à une pluviométrie hautement variable d’une année à l’autre.
1° PLANTE A APPAREIL VÉGÉTATIF HYPOGÉ
Une seule plante répond à ce type dans l’Ennedi : Cistanche phelypaea L.. Elle passe
la plus grande partie de son existence sous terre, se fixant par des racines munies de suçoirs
sur le système radiculaire d’autres plantes — surtout de Phanérophytes nourriciers — sans
qu'il y ait spécificité entre l’hôte et le parasite : Faidherbia albida (Del.) A. Chev., Calotropis
procera (Ait.) Ait. f., Salvadora persica L., etc.
L'appareil aérien émerge directement du sable et, dépourvu d’assimilation chlorophy-
jienne, ne remplit que le rôle de simple support pour les fleurs et les fruits, Nous possédons
trois références précises d'apparition : 2 octobre 1952 (CarvaLmo) 14 octobre 1959 (GILLET)
et fin janvier 1965 (Guyx). La partie aérienne possède la double particularité d'apparaître
en saison sèche et de posséder une consistance succulente. Tout porte à croire qu’elle tire
sa sève d’un hôte en pleine activité. Or il est remarquable de constater que les trois années
(1952, 1959 et 1964) montrent une pluviométrie fortement excédentaire et sont précisément
celles où les Phanérophytes précités gardent une grande vigueur fort avant dans la saison sèche.
Cistanche phelypaea L. semble donc capable de vivre assez longtemps souterrainement
à l'état de vie ralentie et de ne fleurir que lorsqu'il reçoit un choc physiologique déterminé
par certaines qualités de la sève de l'hôte. La prospérité du parasite est placée sous la dépen-
dance de celle de l’hôte.
20 THÉROPHYTES
Les graines de certains thérophytes sont des organes très bien adaptés pour rester
longtemps à l’état de vie extrêmement ralentie sans pour autant perdre leur faculté germinative.
C'est à une adaptation très avantageuse pour résister à une aridification. Les graines de ces
plantes, d’ailleurs toutes Sud sahéliennes ou soudaniennes, n’entrent en activité que les années
où la pluviométrie est nettement supérieure à la moyenne. De telles plantes ne sont visibles
que les seules années où la saison des pluies est suffisamment durable et les pluies assez im-
portantes pour qu’elles puissent vivre. Elles peuvent être considérées comme les survivantes
d'une flore à caractère soudanien qui couvrait encore l’Ennedi dans un passé assez proche.
Dans ce groupe citons deux Papilionacées dont les graines dures résistent facilement
à l'attaque des agents atmosphériques : Rothie hirsuta (Guill. et Perr.) Bak. et Indigofera
astragalina DC.. La première n’a été rencontrée qu’une fois dans l’Ennedi mais en quantité
assez importante : le 9 septembre 1959 dans les environs de la grande Mare de Mezeur Kri.
La région cette année-là avait été si arrosée que la mare s'était agrandie au point de ressembler
à un vaste lac dont la surface était agitée, lorsque le vent soufflait, par de véritables vagues qui
déferlaient sur ses bords. La plante est connue du Tchad mais beaucoup plus au Sud (prairie
stbleuse près de 10. Rimé 13° 55’) où elle fait aussi figure de plante à éclipse.
La deuxième a été rencontrée plusieurs fois, mais selon des fortunes diverses : extrême-
ment rare en 1957 (3 pieds près de la guelta Guerria le 29 août 1957), abondante en 1958 le
long de l'O. Arroué et entre l'O. Am Diguine et Yekidinga les 15 et 17 août, peu fréquente en
1962 à l'O. Brou le 26 août mais mélangée à des vestiges d’anciens pieds vigoureux datant
de 1961, et rarissime en 1964 (un seul pied le long de l'O. Ely, le 27 septembre). Cet Indigofera
est très abondant sur le 13° parallèle où il atteint des dimensions inconnues dans l’Ennedi.
Ale fait pas de doute qu'il se trouve dans notre Massif dans des conditions limites d'existence
‘t qu'il ne peut prendre un développement normal que certaines années apparaissant mainte-
nant comme exceptionnelles. Sur le 13° parallèle il ne fait pas figure de plante à éclipse. La
TR apparition de la plante dans l’Ennedi certaines années peut être considérée comme un
Signe avant coureur de sa disparition prochaine.
Source : MNHN, Paris
100 H. GILLET
Dicliptera verticillata (Forssk.) C. Christensen est une Acanthacée qui trouve au Tchad
son biotope d'élection entre les 12° et 13° parallèles, dans les zones dépressionnaires à Acacia
seyal Del. où elle couvre la surface du sol par ses rameaux très denses s’enracinant aux nœuds,
Elle a été observée une fois dans l’Ennedi dans un biotope relictuel à 1 080 mètres d’altitude
le 11 août 1962, et encore sous forme d'exemplaires secs, vestiges des individus qui s'étaient
développés pendant l'été exceptionnel de 1961. La station en question, dite de Baïba, avait
été minutieusement visitée les 13 et 14 septembre 1957 et si le Dicliptera s’y était trouvé, il
ne fait aucun doute qu’il aurait été détecté et récolté puisque les rebords des rigoles où la
plante était surtout concentrée avaient été examinés minutieusement. Bel exemple d’une plante
soudanaise relictuelle, non seulement installée dans une station refuge d’altitude, mais devenue
plante à éclipse.
Geigeria acaulis Oliv. et Hiern est une Composée commune certaines années dans
l'Ennedi sur les plages limoneuses, mais totalement absente certaines autres, tout du moins
à l'état végétatif. Mon attention en effet avait été attirée en 1957 par de courts vestiges cauli.
naires plus ou moins ondulés, entièrement dépourvus de feuilles et munis de quelques « bou.
tons » noirs dans lesquels il était bien difficile de reconnaître des restes de capitules desséchés,
Malgré les recherches aucune identification ne fut possible à l’époque. NH fallut attendre la
mission suivante (celle de 1958) pour trouver, en mélange avec les vestiges précédents, des
jeunes rosettes feutrées à aspect gnaphaloïde et en fin de saison des capitules jaunes dissimulés
dans un tomentum blanc de Geigeria. La plante fut retcouvée les années suivantes mais
toujours strictement. localisée sur les emplacements favorisés par les pluies. La plante semble
bien en place dans l’Ennedi, présente à l’état potentiel un peu partout en altitude mais n’évo-
luant chaque année que dans les seuls endroits intéressés par des précipitations abondantes,
Elle est localement à éclipse.
Dans cette rubrique peut être rangé également, au moins partiellement, l’Aristida
rhiniochloa Hochst. découvert dans l’Ennedi le 20 septembre 1964 sur un haut plateau sauvage
séparant les ouadis Dichina et Koboué en un emplacement qui avait été visité le 15 septembre
1962, mais sans que l’Aristidée fût remarquée. Bien que celle-ci soit assez mimétique de
V’Aristida adscensionis L. avec lequel elle pousse d’ailleurs en mélange, il y a tout lieu de
penser qu’elle n’était pas présente sur le terrain en 1962, car nous imaginons mal comment
une plante occupant localement une grande surface eût pu nous échapper. Dès lors, elle appa-
raît bien comme une plante à éclipse qui évolue seulement pendant les années climatiquement
les plus favorables. Il semble bien que l’extinction constatée certaines années soit une consé-
quence de la carence des pluies, car l’Aristida rhiniochloa Hochst. a été observée deux années
consécutives (1964 et 1965) à une latitude plus méridionale, dans le périmètre enclos dit Arbo-
retum d’Abéché. La plante y était d’ailleurs beaucoup plus vigoureuse.
Citons enfin une plante typiquement soudanaise Lobelia senegalensis A. DC. découvert
fleuri le 19 septembre 1964 près d’une série de sources étagées dans la vallée de l’O. Kordi,
au lieu dit Kordi Galé sur la face nord de l’Ennedi. La station avait été soigneusement visitée
deux années auparavant, le 23 septembre 1959, et il était certain que le Lobelia y était absent
tout au moins à l’état fleuri, les délicates fleurs blanches ne pouvant manquer d’être remarquées.
La présence du Lobelia semble placée 1à sous la dépendance de sources dont le débit en cette
station est fonction chaque année de l’importance des pluies.
Ainsi donc la présence à l’état sporadique dans l’Ennedi de thérophytes d’origine
soudanaise, qui ne se montrent que les années où la pluviométrie est supérieure à la moyenne,
et qui dans leur aire actuelle lèvent régulièrement chaque année, laisse nettement sous
entendre que le Massif était autrefois plus arrosé qu’il ne l’est actuellement.
IX. DISSÉMINATION DES ESPÈCES
19 GÉNÉRALITÉ. VENTS. EAUX. VORTEX
L'Ennedi, par ses immenses étendues tant sablonneuses que rocailleuses, par la présente
des facteurs naturels qui s’y déchaïnent, tels que coups de vent, rafales de pluie, par l'abon-
dance de certains insectes sociaux récolteurs de semence, est un magnifique champ d'expé-
rience pour l'étude des modes de dissémination des espèces. Les différents modes de prop#-
gation y apparaissent dans toute leur netteté,
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI
101
2m
22
ho)
ee
m7
x2
PLANCHE V
Quelques exemples de diaspores complexes
1 Deux articles d’une gousse d'Aaschynomene india L:; 2. Capsule à deux
valves de Ruellia patula Jacq. (les graines sont déjà tombées) 3. Couaes
et calice de Tephrosia nubica (Boiss.) Back.; 4. Gousse spiralée d'Acacia
raddiana Savi.
Source : MNHN, Paris
7 564022 6.
H. GILLET
102
&
£ È
Ë £ à
LE Ë Py
‘ x
1 2
€
À
cd
4 5
E
Û ë
à
* ù
PLANGRE VI
Quelques exemples de graines géochores
4. Ipomoea Aitonïi Lindl.; 2. Cassia absus L.; 3. Cassia tora us
tridens L: 5. Borreria compacta (Hochst.) K. Schum.; 6. Gynandropsis
gynandra (L.) Brig.; 7. Sesbania leptocarpa DC.; 8. Cassia italica (Mil.)
Lam. ex F. W. Andr.,
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 103
Certaines forces naturelles sont si intenses qu’elles exercent leur action sur l’ensemble
des diaspores (1). Ainsi celles-ci finissent toutes par être à un moment donné propulsées par
le vent, ne serait-ce que par le souffle d’une violence inouic qui précède certaines tornades,
ou par être emportées par les trombes d’eau qui s’abattent sur le sol avec les premières pluies
de l’année. Ces deux facteurs contribuent en fin de compte à modifier activement la répartition
des diaspores à la surface du sol. Leur rôle est capital. Celles-ci bénéficient de moyens de pro-
pagation inconnus dans nos régions et de possibilités d'extension géographique pratiquement
ilimitées, en particulier dans la direction Est-Ouest qui est celle des vents de tornades. Aussi
v'est-il pas étonnant de constater avec quelle facilité certaines espèces orientales ont réussi
à franchir les déserts du Ténéré pour gagner l'Air (Vernonia cinerascens Schultz Bip.) ou à
s’aventurer jusqu’à l’Adrar mauritanien (Geigeria alata [DC.] Oliv. et Hiern). Espaces libres
et forces motrices puissantes permettant aux espèces de déferler sans contrainte à travers
toute l'Afrique sahélienne jusqu’à l'océan Atlantique.
I convient également de tenir compte, comme facteur général de dissémination à
grande échelle, des tourbillons qui sont fréquents dans ’Ennedi surtout en saison sèche.
Ceux-ci possèdent une force d’aspiration étonnante et sont capables d’arracher entièrement
des Graminées aussi importantes que des Aristida et de les soulever à des hauteurs considé-
rables. Le fait s’est produit sous nos yeux à plusieurs reprises (2). L'on conçoit que des diaspores
aspirées du sol par les vortex, puis transportées par les courants aériens puissent parcourir
des distances impressionnantes,
2° DIASPORES GÉOCHORES
La diaspore se détache de la plante mère et tombe sur le sol par son propre poids.
Ce procédé, sil est Ie seul à entrer en action, ne permet pas à l'espèce de franchir de grandes
distances, l’espèce ayant tendance à faire tache autour du pied mère. Mais pareille circonstance
est rare et de toute façon peu durable, toutes les graines étant un jour ou l’autre, comme nous
venons de le voir, mises en mouvement par le vent et l’eau de ruissellement.
a. Diaspores lourdes.
— Cas des Légumineuses.
Les graines de beaucoup de Légumineuses sont lourdes, massives et tombent d'elles.
mêmes au pied de la plante mère. Telles sont les graines cubiques ou parallélipipédiques du
Cramopsis senegalensis Guïll. et Perr., des Indigofera sessiliflora DC., Indigofera semitri.
jee Forssk., Indigofera viscosa Lam., etc., des Sesbania leptocarpa DC, des Cassia tora 1.
Cassia absus L., etc. C'est ainsi quil est courant d'observer au début de la saison des pluies
des jeunes plantules, levant sous les rameaux desséchés du pied qui a produit les graines, En
voici quelques exemples :
Cyamopsis senegalensis Guill. et Perr.…
Tephrosia leptostachya DC
Cassia tora L..........,
21-VIT-1964 Kourien Doulien
à | 10-VIII4962 Baïba
— Cas des Convolvulacées rampantes.
Les graines libérées par la déhiscence des capsules qui elles-mêmes reposent sur le
sol, se trouvent donc directement déposées sur celui-ci. Aussi est-il fréquent d'observer, au
moment de leur germination, des alignements de plantules qui correspondent presque rigou-
reusement au tracé des rameaux de la plante semencière. Voici quelques observations de cette
nature :
Ipomoea coscinosperma Hochst. ex Choisy .......... 2-VIII-4964 pied du Mt Aloba
Domoea coptica (L.) Roth ex Roem. et Schult. .. 26-VI1-1964 Kechéli
(4) Le terme diaspore créé Par SERNANDER en 1927 sera utilisé, suivant son sens généralement admis,
ha qnt le complexe séparé de la plante mère et constituant l'unité de dinénasee et peut être
p ip clle-même, ou le fruit, ou un organe comprenant à son tour différentes parties du végétal issues
* fleur on de l'inflorescence, ou encore toute une partie du végétal.
dé @) Surpris par l’un de ces phénomènes nous avons été le témoin de l'envol d’enveloppes à lettre
ne pilts de banque : ces objets se sont élevés à des hauteurs ai sen ne A" qu'ils ne pouvaient plus
suivis à la jumelle.
Source : MNHN, Paris
7x.
104 H. GILLET
Dans d’autres circonstances les graines ont été trouvées directement sur le sol à côté
des capsules mères :
10-IX-1958 Ortobi
+... 1-X4959 O. Kouro
; 1-X-1959 O. Kouro
Ipomoea sinensis (Desr.) Choisy. .
Ipomoea sinensis (Desr.) Choisy...
Ipomoea coscinosperma Hochet. ex Choisy. ….
— Cas des plantes grimpantes.
Beaucoup de plantes grimpantes produisent des diaspores lourdes qui tombent au
pied de l'arbre et permettent à l'espèce chaque année de s’accrocher au même arbre tuteur :
telles sont les grosses graines de Merremia aegyptiaca (L.) Urban, d'Jpomoea Aitonii Lindi,,
ou les graines entourées de pulpe des Cucurbitacées : Momordica balsamina L. et Coccinia
grandis (L.) J. O. Voigt.
— Cas des plantes répandues par taches.
Certaines espèces se retrouvent chaque année au même endroit formant une tache à
peu près circulaire. IA s’agit bien souvent d’une population qui est issue d’un pied mère int.
tial à diaspores lourdes, les descendants ayant pris position concentriquement autour de lui,
Telles sont les taches bien délimitées d’Astripomoea lachnosperma (Choisy) Meeuse, de Solanum,
dubium Fresen (la diaspore est alors le fruit entouré du calice épineux), Cassia nigricans Val,
de Sclerocarpus africanus Jacq. ex Murr., Rogeria adenophylla J. Gay ex Delile, Blepharis
persica (Burm. £) O. Ktze., etc.
b. Diaspores légères.
De nombreuses plantes — surtout parmi les thérophytes — émettent des graines de
dimensions réduites, plus ou moins sphériques, qui dès leur maturité tombent normalement
sur le sol. Celles-ci présentent souvent une étrange similitude de forme, de dimensions et
parfois même de couleur avec les grains de sable, si bien qu’elles se mêlent intimement à eux,
Dès lors, graines et sable, solidaires, sont traités de la même façon par les vents, le ruisselle.
ment, le piétinement. Dans ce lot figurent bien entendu les diaspores de nombreuses psammo-
phytes comme Cleome tenella L., Giesekia pharnacioides L., Eragrostis tremula Hochst.
ex Steud., Eragrostis porosa Nees, Eragrostis cilianensis (AH) Link ex Vign. Lut., Era:
grostis barrelieri Daveau, Coelachyrum oligobrachiatum A. Camus, des Sporobolus qui tous
sont largement répandus, etc.
3° DIASPORES ANÉMOCHORES
Il est clair, étant donné l'importance des vents qui soufflent presque en permanence
et qui sont particulièrement violents au moment de la fructification des plantes, que les
diaspores anémochores trouvent d'excellentes conditions de dissémination. Certaines possè.
dent un appareil aérostatique qui leur permet de flotter dans l'air, d’autres possèdent une
membrane ailée qui facilite leur dissémination par le vent.
a. Diaspores flottant au vent.
— Akènes aigrettés des Composées.
Comme il fait des akènes du pissenlit, le vent emporte au loin dans l’Ennedi les akènes
des Vernonia cinerascens Schultz Bip., W. pauciflora (Wilid.) Less. et V. cinerea (L.) Less,
Achyrocline luzuloides Vatke — cela d'autant plus facilement qu’ils sont de petite taille —
et aussi ceux de Lactuca intybacea Jacq., qu'il transporte quelquefois agglomérés. Toutes
ces plantes vivent dans les rocailles et se trouvent à l’état dispersé.
— Akènes munis de longues soies des Asclépiadacées.
IL est très fréquent — et le spectacle est pratiquement quotidien — de voir flotter
dans le ciel ennedien, au gré des courants éoliens, des boules de soies supportant ou non un gros
akène plat et brunâtre. H s'agit des semences du Calotropis procera(Ait.) Ait. £. qui parcourent
ainsi des distances considérables, ce qui explique la grande distribution de l'espèce. Efective-
ment les fruits de la plante, en forme de vessie enflée, contiennent une quantité important
de ces graines qui sont libérées petit à petit par une déchirure de l'enveloppe. L'attache dela
graine avec son support aérostatique est si fragile qu’il arrive bien souvent qu’elle se rompe
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 105
6.5 _"/m
PLANCHE VII
Diaspores anémochores
Exemples d'akènes aigrettés de Composées : 1. Vernonia cinerascens Schultz Bip:
2. Vernonia Aschersonii Schultz Bip.; 3. Lactuca intybacea Jacq..
Source : MNHN, Paris
H. GILLET
106
Wu SE
MNHN, Paris
Source
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 107
et la graine reste alors dans le fruit, les soies quittant seules la demeure d’origine. La dissémi-
mation des akènes des Lepéadenia pyrotechnica (Forssk.) Decne. et L. heterophylla (Del.)
Decne. et du Pentatropis spiralis (Forssk.) Decne. s’opère de la même façon. Les Asclépia-
dacées sont de mauvaises indicatrices biogéographiques.
b. Diaspores munies d’un dispositif alaire.
— Graines entourées d’une membrane ailée circulaire.
L’aile membraneuse permet à la graine de planer un certain temps par vent moyen.
Citons les graines de Farsetia ramosissima Hochst. ex Fourn. à aile large, F. stenoptera
Hochst. à aile droite, de Limeum pterocarpum (Gay) Heimerl, à aile remarquablement déve-
loppée, de Svensonia laeta (Fenzl) Moldenke (appelé également pour cette raison Bouchea
prerygocarpa Schau.) et de Sesamum alatum Thonning,
— Diaspores munies d'une expansion aîlée.
L'expansion est fournie assez souvent par le calice qui, devenu accrescent, enferme le
fruit. Telles sont les diaspores des Melhania, M. grandibracteata K. Schuns. et M. Denhamii
R.Br.. Mais elle peut appartenir directement au fruit : diaspore à 4 ailes du Combretum galla-
batense Schweinf. et du C. aculeatum Vent. à 5 ailes (seul cas parmi les Combretum), et diaspore
remarquable du Tribulus longipetalus Viv. avec la ssp. macropterus (Boiss.) Maire, variétés
eu-macropterus Maire et megistropterus (Kral.) Maire et la ssp. alatus (Del.) Ozenda et Quezel
var. vespertilio Maire, toutes sous-espèces et variétés dont la distinction repose précisément
sur la forme et l’étendue de l’aile.
c. Diaspores roulées sur le sol.
— Importance du phénomène.
La fréquence des vents et leur force font que presque toutes les graines, lorsqu'elles
reposent sur le sol, parviennent à être roulées par le vent. Le vent constitue certainement le
facteur le plus puissant entrant en jeu dans la dissémination des diaspores. Toutes les espèces
graminéennes, en particulier celles qui constituent l'élément dominant de la flore dans toutes
les plaines de l’Ennedi, ont leurs diaspores balayées par le vent à la surface du sol sur de
grandes distances. [1 suffit de constater l’amoncellement de leurs diaspores dans la moindre
excavation (empreinte par exemple laissée par le sabot d’un Ongulé) pour être instruit sur
l'efficacité de l’action du vent.
— Adaptations particulières.
+ Épillets ronds des Graminées.
Les épillets ronds des Panicées roulent à merveille sur le sable. A l’époque de maturité
du Panicum turgidum Forssk. les épillets de cette Graminée peuvent « être ramassés à la
pelle » dans la moindre cuvette de sable, tant grande est leur quantité (Marmarigna, le 3 octobre
1958, mélangés avec Tribulus longipetalus Viv.). H en est de même des épillets des Brachiaria,
Echinochloa et de certaines Cypéracées.
+ Fragments entiers d’inflorescence de Graminées.
Les épis de nombreuses Graminées se détachent par fragments entiers et, étant donné
égèreté, sont entraînés par le vent jusqu’au moment où ils rencontrent un obstacle et s’y
accumulent (un chaméphyte ou un rocher). Ainsi, fin septembre-début octobre, observe-t-on
Souvent des accumulation d'épis de Schmidtia pappophoroides Steud. (à 2 km à l'Est du
mont Fada, le 1er octobre 1964), de Cymbopogon schoenanthus (L.) Spreng. ou de Chrysopogon
Aucheri Stapf var. quinqueplumis (A. Rich.) Stapf. Les arêtes de l’involucre des épillets
ont l'avantage de donner à la diaspore un certain volume et en outre lui procurent autant de
Points d'appuis facilitant le roulement (Cenchrus ciliaris L., Cenchrus Prieurii (Kunth)
Maire, Schmidtia Pappophoroides Steud., Tetrapogon spathaceus (Hochst.) Hack., tous les
Emeapogon. H en est un peu de même des glumes et grumelles bafllantes des épillets mûrs
des Andropogonées.
+ Plumets des Stipées.
barbes qui garnissent l'arête supérieure des diaspores d’Aristida sont autant de
s qui offrent une prise au vent. Aussi entraînent-elles les semences de ces Graminées
; jusqu’au moment où celles-ci se piquent par leur callus. Citons les plumets des Aristida
Plmou L, 4 eliata Desf, À. papposa Trin. et Rupr, A. iriigluma Steud. ex Trin, et RUPFa 4 paris
leur À
Les
dispositifs
surle sol,
H. GILLET
108
PLANCHE IX
Diaspores munies d'une expansion ailée
1. Graine de Ruellia patula Jacq.; 2. Graine avec deux ailes de Sesamum alatum
Thonning; 3. Graine longuement aïlée de Svensonia laeta (Fenzl) Moldenke;
4. Fruit de Seetzenia orientalis Decne.; 5. Diaspore à ailes simulant un pa-
pillon de Tribulus longipetalus Viv. ssp. macropterus (Boiss.) Maire; 6.
Graine largement ailée de Limeum pterocarpum (Gay) Heimerl; 7, Diaspore
à quatre ailes du Combretum gallabatense Schweinf..
Source
M/m
8
29 M/m
MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 109
2,9 Ym
PLANCHE X
Épillets de Graminées roulés sur le sol par le vent
1. Panicum laetum Kunth avec la graine séparée; 2. Panicum turgidum Forssk.;
3. Echinochloa colona Link. — Épillets barbus poussés par le vent; 4. Rhyn-
chelytrum villosum (Parl) Chiov.; 5. Schmidtia pappophoroides Steud.;
6: Chloris virgata Sw. Source : MNIHN, Paris
410 H. GILLET
+ Enchevêtrement des diaspores.
L'exemple le plus frappant est sans conteste le cas de l'Aristida funiculata Trin. et
Rupr. dont les diaspores de grande taille offrent à la fois un callus perforant et trois arêtes
fortement divergentes. I1 en résulte que lorsque plusieurs semences se rencontrent, et ceci
est obligatoire puisqu'elles sont produites en grande quantité, elles s'associent immanquable.
ment pour former une boule qui ressemble vue de loin à un petit hérisson. Les diaspores ont
tendance en effet à se rapprocher les unes des autres par la pointe de leur callus et à être retenues
ensemble par les longues arêtes qui s’entrecroisent. À l'époque de la maturité de l'Aristida,
le défilé permanent des boules hérissées et poussées par le vent est un spectacle saisissant, Par
place, elles s'accumulent en matelas si épais que le sol disparaît sur plusieurs mètres carrés,
4° DIAsPORES ZOOCHORES
Il est bien connu que les animaux et l’homme en particulier jouent un rôle de premier
plan dans la dispersion des plantes. En toute objectivité nous sommes obligés de reconnaître
que dans l’Ennedi la plupart des plantes banales, celles qui sont répandues à raison de millions
d'exemplaires, émettent des diaspores zoochores (Cenchrus biflorus Roxb., toutes les Aristida,
Tribulus terrestris L., ete.). C’est la preuve la plus éclatante de l’action du règne animal sur
le règne végétal dans les zones subdésertiques parcourues par le bétail.
A. DIASPORES ÉPIZOOCHORES
a. Diaspores épineuses.
Ceux qui ont parcouru l’Ennedi gardent le cuisant souvenir de piqûres douloureuses
provoquées par les épines du Tribulus bimucronatus Viv..
Jen est de même des épillets mûrs du Cenchrus biflorus Roxb. qui s’accrochent absolu.
ment partout, et se font particulièrement redouter des marcheurs. Le cram-cram suit véritable.
ment les animaux à la trace et partout où le bétail passe, la plante apparaît immanquablement,
Toutes les grandes pistes chamelières de l’Ennedi sont jalonnées de cram-cram, lequel disparaît
si l’on s’écarte de quelques mètres seulement de l'axe. Les arêtes de l’involucre transformées
en épines à pointe vulnérante ont la propriété de s’accrocher immédiatement aux poils. En
septembre-octobre les pattes des moutons arabes sont transformées en pelotes vivantes, chaque
animal transportant avec lui une grande quantité d’involucres.
La diaspore du Neurada procumbens L., petite Rosacée psammophile, en forme de
minuscule coussinet, à la face supérieure bombée toute hérissée de piquants, se plante facile.
ment dans la sole du chameau et accomplit ainsi un grand nombre de kilomètres.
Les fruits d'Oxygonum atriplicifolium (Meisn.) Martelli, porteurs de trois épines vul-
nérantes, s’incrustent dans la peau comme ceux du Tribulus, mais cette plante dont l'écologie
est assez stricte (cuvettes limono-argileuses) est heureusement beaucoup moins répandue,
b. Diaspores recouvertes d’appendices accrochants.
— Appendices uncinés.
L'exemple le plus frappant est la diaspore de Pupalia lappacea (L.) Juss. véritable pelote
bardée d’arêtes disposées en étoile, chacune terminée par une pointe recourbée dont le pouvoir
accrochant très efficace l’est au moins autant, sinon davantage, que celui de notre bardane.
H existe d’autres diaspores semblables, mais à pouvoir agrippant moins actif, comme :
épillets des Tragus, T. berteronianus Schult. et surtout T. racemosus (L.) Al.
— Soies rétrobarbulées.
Dans ce cas les arêtes des diaspores portent appliquées sur elles « à rebrousse poil »
de courtes soies analogues à des micro-aiguilles. Ces arêtes armées n’entraînent la semence
que suivant un sens donné.
L'involuere des Setaria constitue l'exemple le plus remarquable de ce procédé d'acero-
chage. I est si efficace que lorsque deux épis de Setaria verticillata (L.) Beauv. se rencontrent,
ils ne peuvent plus être séparés.
Les soies couronnant les akènes de certaines Composées sont ainsi conformées : Bidens
pilosa L., répandues par le bétail le long des principaux ouadis, et à titre moindre Blainvilles
gayana Cass..
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 111
4
PLANCHE XI
Diaspores épineuses à pointes vulnérantes
1. 0: ph ours 3 Ti ; : ee
Nora nas quest) Martelli; 2. Tribulus bimucronatus Viv.; Source : MNHN, Paris
112
40mm.
H. GILLET
PLANCHE XII
Diaspores recouvertes d’appendices accrochants
4 Latipes senegalensis Kunth; 2. Tragus berteronianus Schult.;
Tappacea (L.) Jus. aussi agrippante que la bardane européenne;
racemosus (L.) Ai..
2,6mm.
5,5mm.
3. Pupalia
4. Tragus
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 113
6 "/m
7_/m
PLANCHE XIII
Diaspores épizoochores de Cenchrus
1. pu e entouré de nombreuses arêtes de Cenchrus ciliaris L.; 2. Épi mûr de Cen-
us biforus Roxb., entièrement entouré d'arêtes épineuses; 3. Même épi
vu légèrement par ‘en-dessous.
Source : MNHN, Paris
7 564022 6, =
114
H. GILLET
PLANCHE XIV
Diaspores munies de soies rétrobarbulées
4. Setaria verticillata (L.) Beauv.; 2. akène de Bidens Pilosa L..
48mm.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 115
c. Diaspores à callus perforant.
Les semences des Aristida sont construites sur un type bien particulier : l’akène lui-
même très allongé est terminé d’un côté par une pointe indurée accompagnée d’une touffe
de poils courts (callus) et de l’autre par une colonne souvent torsadée surmontée de trois arêtes
dont la médiane peut être plumeuse. Cet édifice est un instrument merveilleux de dissémination,
adapté aux grands espaces désertiques. L'exemple le plus étonnant est certainement celui
de l’Aristida hirtigluma Steud. ex Trin. et Rupr. : la longue arête médiane plumeuse de
5 à 7 centimètres de longueur soulève la diaspore dans les airs; puis au terme de sa course
le callus intervient en faisant office de pointe et permet à l’akène proprement dit soit de s’im-
planter dans un animal, soit de pénétrer dans l'intervalle des grains de sable ou des particules
de gravier ou de cailloutis. Dans un troisième temps la colonne torsadée entraînée par l’arête
plumeuse (qui fait un angle de 45° avec elle), elle-même mise en mouvement par le vent, se
met à tourner, et exactement comme le ferait une vrille, enfonce ’akène dans le sol. La diaspore
est comparable à une authentique chignole miniature de mécanicien. Chaque partie de l’édi-
fice remplit un rôle particulier.
Les diaspores des Aristida sont toutes capables de se fixer par leur callus sur les toisons
des animaux et d’y être retenues même si la colonne casse (il y a dans certaines espèces une
ligne de suture selon laquelle se fait la séparation) : Aristida ciliata Desf., Aristida funiculata
Trin. et Rupr., 4. pallida Steud., À. longiflora Schum. (ces espèces possédant en même temps
les callus les plus vulnérants).
Il est certain que cette adaptation très poussée des semences des Aristida a largement
contribué à la distribution du genre.
Les diaspores de Chrysopogon Aucheri Stapf var. quinqueplumis (A. Rich.) Stapf
s piquent volontiers par leur callus couvert de poils roux sur le pelage des animaux, mais
ne s’y enfoncent pas profondément.
d. Diaspores recouvertes de poils laineux entremélés.
Certaines diaspores sont entièrement habillées de poïls dont les extrémités emmélées
leur permettent de se fixer soit les unes aux autres soit sur toute surface laineuse comme la
robe des animaux. Mais à la différence des dispositifs précédents à crochets, l’attache est ici
assez provisoire et les semences arrivent à se détacher. Telles sont les diaspores d’Aerva javanica
(Burm. £.) Juss. ex Schult., et de quelques Malvacées comme Hibiscus micranthus L. et de
Gossypium somalense (Gürke) J. B. Hutch. et G. anomalum Wawra.
e. Diaspores à poils glanduleux et visqueux.
Les poils glanduleux et visqueux qui entourent les diaspores des Nyctaginacées consti-
tuent un système excellent de fixation. A l’époque de leur maturité, au moindre frottement de
l'animal, les semences sont retenues sur ses poils et sont véhiculées jusqu’au moment où il se
couche; elles s’imprègnent alors de sable et leur viscosité diminuant, elles finissent par tomber.
Les différentes espèces de Boerhaavia et de Commicarpus donnent des semences de cette nature,
les plus adhésives étant celles des Commicarpus en raison de leurs grosses glandes sommitales.
Certaines plantes glanduleuses entières ou par fragments peuvent se coller occasionnelle
ment sur les bêtes : Anticharis linearis (Benth.) Hochst. ex Aschers., Anticharis glandulosa
Aschers., Limeum viscosum (Gay) Fenzl.
B. DIASPORES ENDOZOOCHORES
Ces diaspores au lieu d’être transportées fixées sur l'animal sont avalées par lui, pas-
sent dans son tube digestif, et sont restituées au milieu ambiant avec ses excréments.
a. Graines des Acacia.
. Lillustration la plus remarquable de ce mode de dissémination est fournie par les
graines de V’ Acacia raddiana Savi. Celles-ci, aux téguments très durs, ne peuvent germer et
passage à la gemmule que s'ils ont été rammolis suffisamment : opération longue qui
emande normalement plusieurs saisons des pluies, mais qui est avantageusement remplacée
Par l'action des sues digestifs. Le moyen de propagation est devenu en même temps le facteur
Presque indispensable de germination. La venue de plantules d’Acacia raddiana Savirdiret-Hn, Paris
116 H. GILLET
40 Y/m
PLANCHE XV
f 5
H La diaspore d'Aristida hirtigluma Steud. ex Trin. et Rupr. cumule plusieur
A. dispositifs de dissémination : une soie plumeuse, une colonne torsadée, un
eallus perforant.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 117
PLANCHE XVI
Diaspores d'Aristida à callus perforant leur permettant de se piquer dans le sable
où les gravillons
4: Aristida rhiniochloa Hochst.; 2. et 3. Aristida funiculata Trin. et Rupr.; 4. Aris-
tidu longiflora Schum
Source : MNHN, Paris
7 564022 6. MEET
118 H. GILLET
13m
Al
LAN
NS
PJ RARANK
PLance XVII
Exemples de diaspores recouvertes de poils laineux
4. Graine de pomoea sinensis (Desr.) Choisy; 2. Fragment d'infrutescence
d'Aerva javanica (Burm. £ Juss. ex Schult.; 3. Fragment de fruit de Tribuius
ochroleucus Maire; 4. Akène de Bidens minuta B. de Miré et Gillet; 5.
d'Hibiscus micranthus L.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI
119
=
.
E Lo
è wl
È
+
PLancee XVIII
1. Glumelle inférieure de Schmidtia pappophoroides Steud. légèrement déchirée
à la base, couverte sur le frais de petits poils glanduleux:; 2. Fruit de Com-
micarpus verticillatus (Poir.) Standl., couvert de grosses glandes.
Source : MNHN, Paris
120 H. GILLET
tement implantées dans les crottes des chameaux est d’observation courante sur les pistes
chamelières quelques jours après les premières pluies.
De même l’abondance en début de saison des pluies des plantules d’Acacia raddiana
Savi sur les reposoirs à bestiaux, autour des anciens campements, aux abords des puits, des
gueltas et des abreuvoirs, et tout emplacement où le bétail est amené à longuement stationner,
est tout à fait révélatrice (abords de la guelta Woiri, 20 juillet 1964; Keïli Ketémé emplacement
d’un ancien ferrik, 28 juillet 1964). Sur place la densité des jeunes semis est telle que l’on peut
parler de véritables groupements à plantules d’Acacia, Une proportion infime de ces individus
arriveront à se développer, mais il n'empêche que l’accroissement du bétail est la cause directe
de l'extension des fourrés d’épineux autour des puits et des lieux habités. La densité arborée
de la plaine de 10. N’Dou et principalement autour des puits n’a pas d’autre origine. En pré-
sence du bétail les Salvadora persica L. reculent devant les Acacia raddiana Savi et À. laeta
(R. Br.) ex Benth. qui deviennent envahissants. Bel exemple quelque peu paradoxal de forma-
tion de fourrés opérée par les animaux domestiques.
L'installation des Acacia dans les coins les plus insolites s'explique de cette manière.
La pulpe sucrée des fruits de Faidherbia albida (Del.) A. Chev. est très appréciée des
Perruches à collier (Psittacula Krameri) qui, avalant en même temps les graines, contribuent
à la diffusion de l'arbre.
b. Drupes et baies.
Les fruits à pulpe entrent pour une grande part dans l’alimentation de certains oiseaux,
en particulier des Turdidés. Ceux-ci deviennent alors d’excellents agents de dissémination et
la répartition de certains arbres fruitiers qui ne répond à aucune loi bien définie s’explique fort
bien de cette manière.
Les oiseaux avalent le fruit en entier sans le dissocier et rejettent intacts les noyaux ou
les graines dans leurs excréments.
— Datte.
Les Phoenix dactylifera L. cultivés de la palmeraie de Fada attirent à l’époque des dattes
(première quinzaine de juillet) des quantités de Corbeaux-pie qui en font une grande consomma-
tion. Les fruits des Phoenix sauvages sont consommés par le Bulbul commun (Pycnonotus
barbatus Arsinal Lichtenstein) ce qui peut expliquer la curieuse distribution de cet arbre qui
dans l’Ennedi croît souvent dans des lieux aussi invraisemblables qu’inaccessibles (niveaux
7 perchés le long des gorges, niveaux de sources débouchant sur des falaises abruptes
etc.).
— Fruits visqueux.
En saison sèche les baies blanches des Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir. sont
activement recherchées par les Étourneaux à ventre roux (Spreo pulcher Müller) et il est sûr
qu’à certaines époques de l’année Boscia et Spreo forment une association écologique.
Les petites baies blanc rosé et gluantes du Salvadora persica L. qui ont l’avantage de
persister longtemps sur l’arbre, constituent une nourriture de choix pour les Cratéropes fauves
(Turdoides fulva acaciae Lichtenstein). On voit mal comment les baies de cet arbre po s
s'évader de l’environnement immédiat du pied mère sans l'intervention des oiseaux. Il en es!
d’ailleurs ainsi de toutes les baies gluantes et visqueuses qui sont obligées par leur poids de
tomber au pied de l'arbre producteur et par leur viscosité de rester collées à leur support
Dans ce cas le rôle des oiseaux frugivoires est important.
Citons encore dans cet ordre d’idées les baies orangées des Cordia Rothii Roem- et
Schult, et surtout les drupes rouge vermeil des Capparis decidua (Forssk.) Edgew., arbre
dont la présence à l’état isolé dans des coins perdus ne manque pas d’étonner. Les deux es
de Tapinanthus de l’Ennedi, Tapinanthus acaciae et Tapinanthus globiferus (A. Rich)
Van Tiegh. sont propagées par les oiseaux. Parmi les oiseaux sédentaires qui propagent fruits
visqueux, nommons encore le Traquet podobé (Cercotriches podobe Müller) et deux es
de Barbus : le Barbu de Vieillot (Lybius Vieilloti Leach.) et le Trachyphone perlé (Trach:
nus margaritatus Cretzchmar).
c. Faux fruits.
Les Ficus tropicaux (il y en a trois espèces dans l’Ennedi) donnent des figues très appré
ciées non seulement de certains oiseaux, mais des singes et en particulier des Cyn
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 121
Les petits akènes contenus dans la figure qui sont les véritables fruits, se retrouvent intacts
dans les excréments. Il semble probable que les Ficus accrochés ou suspendus sur les parois
les plus abruptes et sur les falaises les plus élevées ont une telle origine. On ne voit pas de
quelle autre façon ils auraient pu s’y implanter. L'association Cynocéphales Ficus teloukat
Batt. et Trab., si inattendue soit-elle, correspond dans l’Ennedi à une réalité (gorge Akiabané,
Kennemena, Maya, Koboué, etc.).
5° DIASPORES OMBROHYDROCHORES
Ce terme forgé par MULLER désigne les spores véhiculées par les eaux de pluie. Dans
un pays tel que l’'Ennedi où les roches nues oceupent de vastes surfaces et où le ruissellement
est intense, l'écoulement des eaux de pluie le long des ravinelles pluviales est un des facteurs
les plus actifs de dissémination. C’est même, affirmons-nous, le plus important sur toutes les
parties déclives. L’homogénéité de la flore des ravinelles vient à l'appui de cette assertion. Il
est bien rare qu’une espèce présente dans la partie supérieure d’une rigole ne se retrouve pas
tout le long de son parcours. L’eau est le véhicule normal de dissémination de toute une série
d'espèces alticoles qui ne se rencontrent que le long des torrents et des ravins de l'étage mon-
tagnard, bien que leurs diaspores ne soient pas spécialement ombrohydrochores : Celosia
populifolia Moq., Grewia bicolor Juss., Grewia flavescens Juss., Crotalaria laburnifolia Le,
Bidens minuta B. de Miré et Gillet, Hypoëstes verticillaris (L. £) Soland. ex Rocm. et Schult.»
Ohosiphon pallidus Royle ex Benth., Anthephora Hochstetteri Nees ex Hochst., Enteropo!
gon macrostachyus (Hochst.) Munro ex Benth..
La force des eaux qui s’écoulent dans les ouadis après chaque grosse pluie est terrifiante.
Des arbres entiers sont emportés et disloqués, et leurs débris (branches entremêlées, et même
troncs entiers) se retrouvent à 2 ou 3 mètres au-dessus du lit et témoignent de la violence des
éléments.
Toutes les diaspores, quelle que soit leur forme, sont susceptibles par flottage ou même
simplement en étant entraînées ou roulées par le courant, d’être transportées fort loin. C’est de
cette façon que les diaspores des plantes, vivant sur les bancs de sable humide, se propagent :
akènes des Cyperus iria L., et des Mariscus aristatus (Rottb.) Cherm., caryopses des Eragrostis
diplachnoides Steud. et des Eragrostis pilosa (L.) Beauv..
Le long des ouadis, après les crues, au niveau des plus hautes eaux ou à la base des
banquettes, apparaît toute une végétation d’annuelles dont les graines ont été de toute évidence
transportées par les eaux. Dans de pareilles conditions le long d’un affluent de l'O. Korrou
ont été observés, le 18 août 1964 : Cenchrus biforus Roxb., Dactyloctenium aegyptium (L.)
Beauv., Tragus berteronianus Schult., Brachiaria Hagerupii Hitchcock, Aristida adscen-
sionis L, Amaranthus graecizans L., Giesekia pharnacioïdes L., Cyamopsis senegalensis
Guill. et Perr., Phyllanthus rotundifolius Klein ex Willd..
Dans d’autres relevés, la plupart de ces plantes se retrouvent, souvent avec Chloris
virgata Sw. en plus.
Le transport par les eaux est donc beaucoup plus une question d'opportunité que d’adap-
tation.
6° FRUITS AUTOCHORES
Les fruits autochores sont capables Par un processus mécanique d’expulser leurs graines
à une certaine distance de la plante. Quelques fruits dans l’Ennedi utilisent ce procédé. La
séparation, suivie de l’enroulement de leurs deux valves des gousses de Tephrosia développe
une force telle que les graines sont projetées dans un rayon de plusieurs mètres. Le phénomène
‘st d'autant plus spectaculaire que la déshydratation est plus rapidement réalisée, par exemple
si la Papälionacée qui se trouve à l'ombre à l’aplomb d’une falaise est exposée brusquement
au soleil de midi (observation faite le 10 octobre 1964 à Déli sur Tephrosia leptostachya DC.
&t Tephrosia uniflora Pers.). La déhiscence est accompagnée d’un craquement sec très
perceptible.
Des déhiscences semblables s'observent chez Cassia absus L. et Cassia nigricans Vahl.
Les trois valves des fruits tricoques des Euphorbia peuvent sous l’action de la sécheresse
Se détendrent brutalement et projeter à une certaine distance leurs minuscules graines verru-
Jen os FuPhorbia granulata Forssk., Euphorbia aegyptiaca Boiss., Euphorbia scordifolia
lacq, entre autres. Source : MNHN, Paris
122 H. GILLET
PLancue XIX
Exemples de diaspores autochores
4. Graine de Monsonia senegalensis Guill. et Perr., dont le filament commence à
s’enrouler; 2. Une des valves du fruit de Tephrosia uniflora Pers; 3. La graine
de la même espèces 4. et $. Graine et gousse de Cyamopsis senegalensis
ill. et Per.
Source/fMNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 123
Enfin les akènes des Monsonia senegalensis Guill. et Perr. sont projetés dans les airs,
lorsque les filaments aux extrémités desquels ils sont attachés se contractent brusquement
sous l'action des variations hygrométriques.
7° ROLE DES FOURMIS MOISSONNEUSES
L'arrivée de la saison des pluies est pour les fourmis le signal de départ d’une reprise
de l'activité. Ces insectes infatigables disposent alors d’un sol consistant, rendu relativement
compect par les pluies. Par un travail acharné, minutieux, elles ont agrandi et aménagé leur
habitation. Les grains de sable sont saisis un à un et déposés à la périphérie sous forme d’une
couronne circulaire, chef-d'œuvre d’art et de géométrie. Quelques semaines plus tard les
premières diaspores tombent sur le sol. La nature tropicale est généreuse : les graines foisonnent
sur le sol, les fourmis aussi. Alors va commencer à l'échelle miniature l’un des labeurs les plus
gigantesques qui se puisse imaginer. Dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres, autour
de chaque fourmilière, nos insectes vont récolter tout ce qui est susceptible de fournir une
ressource alimentaire en accordant une préférence marquée aux diaspores graminéennes.
Véritable ruban vivant, elles vont suivre les avenues qu’elles ont tracées par leurs passages répé-
tés, les unes partant à la recherche de quelque butin, les autres ramenant dans leurs mandibules
Je produit de leur trouvaille. Cette activité ne cesse qu'aux heures les plus chaudes de la journée,
car les fourmis moissonneuses craignent la vive insolation.
Certaines diaspores sont nettement myrmécophiles et peuvent être saisies plus facile
ment que d’autres par les mandibules de nos insectes. Telles sont par exemple celles de Chry-
s0pogon Aucheri Stapf var. quinqueplumis (A. Rich.) Stapf qui vers leur base présentent un
espace dénudé compris entre le callus et les touffes de poils du rachis de la fleur pédicellée.
Saisissaht l’objet par cet endroit la fourmi a toute liberté de manœuvre, n'étant pas gênée par
la longue arête coudée qui est alors dirigée vers l'avant et vers le haut, Les épillets de Chloris
barbata Sw. possèdent une adaptation semblable, la diaspore allant en s’élargissant, mais elle
serétrécit à la base des arêtes des deux fleurs. L’insecte la tient en ce point et peut ainsi évoluer
en toute aisance, les arêtes dirigées vers l'avant.
Au moment de l'aménagement de leur nouvelle demeure les fourmis rejettent les graines
non consommées emmagasinées l'année précédente. Elles vont les déposer patiemment à la
périphérie. Un certain nombre d’entre elles sont encore bonnes; en germant et en se dévelop-
pant elles entourent la fourmilière d’un rideau d'herbes, dont la luxuriance est frappante. Les
espèces constituantes appartiennent bien sûr au décor environnant mais avec des proportions
différentes.
Les fourmis exercent par leurs allées et venues répétées une action spéciale sur le sol
qui ne supporte plus de plante sur une assez grande surface autour du trou principal de sortie.
L'absence complète de plante sur l'auréole stérile ainsi définie fait impression.
Lorsque plusieurs fourmilières se trouvent réunies sur une aire restreinte, seules
quelques plantes peuvent prendre place dans leur intervalle. Voici pour illustrer la composi-
on de cette florule très spéciale, un relevé fait le 15 septembre 1964, près de 10. Archi
dans le Nord Ennedi dans un tel milieu :
Coefficient
Espèces d’abondance-
dominance
Anticharis linearis (Benth.) Hochst. ex Aschers. .
Aristida mutabilis Trin. et Rupr.
Euphorbia granulata Forssk.
Cenchrus biflorus Roxb...
Morettia canescens Boïss.….
Aerva persica (Burm. f.) Merrill.
Latipes senegalensis Kunth.
Trianthema pentandra L.
Giesekia pharnacioides L.
(Surface de référence : 10 m?.
RrRhhk NN SU
— Pourcentage de recouvrement : R — 30 ©
Source : MNHN, Paris
124 H. GILLET
PLANCHE XX
Fourmis moissonneuses
4. Fourmi transportant une diaspore de Chrysopogon Aucheri Stapf var. quin-
queplumis (A. Rich.) Stapf; 2. Fourmi transportant une diaspore de Chloris
virgata Sw..
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 125
& a
0,3 Ym, 0,2 7/m 24 T/m
2 3 4
PLANCHE XXI
Diaspores susceptibles d'être transportées par les oiseaux limicoles migrateurs
1. Ammannia senegalensis Lam.; 2, Oldenlandia capens
L: 3. Oldenlandia
corymbosa L.; 4. Ludwigia erecta (L.) Hara
Source : MNHN, Paris
126 H. GILLET
Les affinités nitrophiles de cette florule (Anticharis, Euphorbia, Cenchrus, Aerva,
Trianthema),ressortent nettement de la composition. La prolifération de l’Anticharis linearis
est significative et est strictement limitée à l'aire intéressée.
Les magasins des fourmis moissonneuses sont si bien approvisionnés qu’en cas de
disette, les autochtones n’hésitent pas à les éventrer pour s'emparer de leurs réserves.
8° ROLE DES OISEAUX MIGRATEURS
I est facile d'imaginer que certains oiseaux Ansériformes migrateurs peuvent emporter
des semences dans les plis de leur palmure et qu’ils peuvent ainsi introduire des espèces à
de grandes distances du lieu de leur prélèvement, c'est pourquoi cette explication facile est
souvent évoquée, chaque fois que des anomalies apparaissent dans les répartitions géogra-
phiques des plantes paludicoles. Il convient d’être réservé à cet égard et de considérer souvent
l'intervention des oiseaux comme hypothétique.
Bien que l'Ennedi soit sillonné chaque année par de très nombreux migrateurs dont
certains même effectuent des stages de longue durée (Sarcelle d’hiver, Sarcelle d’été pour les
migrateurs paléarctiques, et Oie d'Égypte, Oie caronculée, ete., pour les migrateurs tropicaux),
peu d’introductions d’espèces leur sont imputables. I en est une cependant qui peut être
avancée : c’est celle du Lemna paucicostata Hegelm. ex Engelm. sur la grande mare de Fada.
En effet cet hydrophyte totalement absent en cette station en 1957-1958-1959 a été observé
très abondant à partir de 1962. Dès lors il apparaît comme hautement probable que cette
lentille d’eau qui pullule dans toutes les mares d’hivernage du Centre et du Sud Tchad ait
été amenée à Fada par quelque Palmipède pendant les années 1960 ou 1961.
Les espèces de la famille des Lythracées et de celle des Onagracées à graines extrême.
ment fines et ténues (plusieurs centaines sont nécessaires pour faire un gramme) sont particu-
lièrement aptes à être transportées par les Limicoles. Les présences de l'Ammannia senega-
lensis Lam. et du Ludwigia octovalvis (Jacq.) Rav. subsp. brevisepala (Brenan) Rav. communs
dans la grande mare de Fada qui est, ne l’oublions pas, une mare artificielle creusée par les
hommes, peuvent être imputables avec beaucoup de vraisemblance à des oiseaux.
Il en est de même du Cyperus laevigatus L. si abondant dans les oasis sahariennes et
qui n’a été reconnu dans l’Ennedi que sur les bords de cette même mare.
Il est enfin à envisager que le Nesaea crassicaulis (Guïll. et Perr.) Koehne, dont une
seule station est connue dans l’Ennedi (autour des suintements à Aga Dubé) ait une origine
analogue (la plante est connue du Borkou à Kirdimi).
X. BIOCÉNOSES
1° L'ENNEDI, REFUGE DE BIOCÉNOSES NATURELLES
L’Ennedi est un massif montagneux limité par des falaises abruptes, difficilement
franchissables sauf en de rares passes empruntées par des pistes chamelières difficiles. C'est
la principale raison pour laquelle il est resté et demeure encore en dehors des courants de cir-
culation. S’aventurer dans l’Ennedi en s’écartant des rares pistes chamelières classiques est
une véritable aventure. Personne ne la tente sauf quelques Goranes à la recherche de chameaux
égarés, et encore ne quittent-ils pas les regs pierreux praticables pour ces animaux. L'Ennedi
possède aussi cet immense privilège de livrer à l'explorateur des terres encore non foulées,
des plateaux déchiquetés et isolés qui ne conduisent nulle part, des effondrements chaotiques,
des labyrinthes sans fin de rochers inextricables dans lesquels il est possible de marcher pen-
dant des journées sans savoir où l’on va ni d’où l'on est venu. De vastes portions du massif
n’ont probablement jamais été parcourues par un être humain. Qu'irait-il y faire, le pauvre,
livré à la seule force de ses biceps ou de ses jarrets?
L’Ennedi nous est donc livré tel qu’il a été moulé par l’action millénaire des facteurs
de l'érosion. L’empreinte indélébile laissée par le passage de l’homme et de ses commensaut
est encore absente sur de vastes portions. Il n’est guère de régions au monde où la nature}
montre un visage plus pur, où la rencontre d’animaux sauvages qui n’ont jamais encore eu de
contact avec l’être humain soit si fréquente. C’est un pays où vie animale et vie végétale sin
tègrent harmonieusement dans le paysage, où les biocénoses s’étalent dans leur intégrité où
n’ont été que peu altérées. Celles-ci revêtent de nombreux aspects. Allons à la découverte
des plus caractéristiques.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 127
2° BASTIONS ROCHEUX ACCESSIBLES AUX SEULS MOUFLONS
Ces bastions comparables à de gigantesques citadelles, si impressionnantes avec leurs
remparts verticaux semblant monter à l'assaut du ciel, constituent certainement le biotope
le plus extraordinaire de l’Ennedi. Que ce soit le Mont Déli, le Mont Aloba, le massif de Bachi-
kélé, pour n’en citer que quelques-uns, ils ont tous été forgés à la même échelle, construits
suivant le même style et burinés aussi fortement. Énormes blocs de grés siluriens ayant résisté
à l'érosion, ils sont limités extérieurement par des parois abruptes ou des dômes aux parois
paraboliques défiant l'ascension, et se terminent au sommet par une surface irrégulière d’un
tenant de plusieurs kilomètres carrés où les plates-formes alternent avec les enchevêtrements
chaotiques les plus inattendus.
Les tonnes d’eau déversées sur ces massifs à chaque saison des pluies, en s’écoulant
vers la périphérie, ont sculpté les grès jusqu’à l'invraisemblance. Elles ont taillé des crevasses
et des précipices vertigineux, creusé des citernes naturelles échelonnées le long de goulottes
démesurées.
Ce décor grandiose est le domaine incontesté et absolu du Mouflon à manchette Am-
motragus lervia Pallas. Lui seul peut se permettre d’escalader les abrupts en quelques bonds
dont la sûreté n'a d’égal que la précision. Lui seul peut avoir accès à ces gueltas perchées,
suffisamment profondes et protégées du soleil pour contenir de l’eau toute l’année. L'animal
est taillé pour le rocher, et les bastions de l’Ennedi sont façonnés pour lui. Il s’aménage sur les
plates-formes dominantes des gîtes douillets où en famille il pourra se reposer. IA est assuré
de trouver, à sa convenance, une nourriture qui est son exclusive propriété. Les Cymbopogon
schœnanthus (L.) Spreng., Tephrosia nubica (Boiss.) Bak., Aristida papposa Trin. et Rupr.
seront ses aliments de base. Mais au cours de ses promenades il aura tout loisir de grapiller
les quelques herbes installées sur certaines plates-formes encastrées et dont voici quelques
relevés :
I I po
Aerva persica (Burm. f.) Merrill.
Fragrostis pilosa (L.) Beauv.
Eragrostis ciliaris (L.) R. Br.
Polycarpaea corymbosa (L.) Lam.
Mollugo nudicaulis Lam. ...
Mollugo cerviana (L.) Seringe.
Aristida mutabilis Trin. et Rupr..
Indigofera viscosa Lam...
Tephrosia nubica (Boiss.) Bak... .
Cymbopogon schoenanthus (L.) Spreng.
Pulicaria undulata (L.) C.A. Mey.… .
Anticharis glandulosa Aschers.… ...
Anticharis linearis (Benth.) Hochst. ex Aschers. 1
L: plage de 4 mètres carrés sur dôme Est du Mont Déli; R — 5 % 10 octobre 1964.
II : plage de 5 mètres carrés, dôme principal du Mont Déli; R = 10 %, 11 octobre 1964.
II : plage de 6 mètres carrés, dôme principal du Mont Déli; R = 4 %, 11 octobre 1964.
Rhhbhbe Ru
ve À
BE
+
où encore de s’attarder sur les rudiments de pelouse qui bordent les gueltas et où il trouve
quelques herbes savoureuses :
a IT
Shoenefeldia gracilis Kunth
Cperus aristatus Roth...
Borreria compacta (Hochst.) K. Schum .
stis pilosa (L.) Beauv.. .
rostis ciliaris (L.) R. Br.
Klingo triceps (Rottb.) End.
Sorobolus pellucidus Hochst.….
Dactlctenium aegyptium (L.) Beauv..….
Gperus Meelboldii Kik
B RRN
En NN
vrar
Source : MNHN, Paris
128 H. GILLET
Heliotropium undulatum Vahl ..
Aerva persica (Burm. £.) Merrill
Panicum turgidum Forssk..
Aristida mutabilis Trin. et Rupr...
Anticharis linearis (Benth.) Hochst. ex
Salvia aegyptiaca L............
Heliotropium rariflorum Stocks. .
Let II : Mont Déli, 11 octobre 1964, S — quelques mètres carrés.
brrere
Au hasard de ses déplacements, il lui arrivera de rencontrer une plante prostrée, aux
rameaux et aux feuilles crassulescentes, dont il ne laissera que le pivot central entouré de
quelques moignons dénudés : Corbichonia decumbens (Forssk.) Exell.
De temps en temps le long des lignes d'écoulement, à faible pente, il se régalera des
pousses parfumées du Stylosanthes flavicans Bak..
3° ZONE ARBORÉE DENSE, REFUGE DE L'AVIFAUNE
H arrive que le cours de certains ouadis importants, après avoir cheminé longuement
dans les rocailles, s’élargisse brusquement soit à la faveur d’une plaine intérieure, soit au débou. .
ché du Massif. Les eaux s’étalent alors en une large nappe et déposent des limons. Le sol, qui
a le double avantage d'offrir une certaine richesse et de retenir un certain temps l'humidité,
conviendra parfaitement à l'installation d’une strate arborée dense. Telles sont les dépressions
de Nohi Chilio ou les zones d'épandage d’Archeï et de 10. N'Dou.
a. Analyse succincte de la strate arborée.
Vue d'avion, la zone, par la densité de sa couverture arborée, fait singulièrement contraste
avec l’aridité environnante. Elle donne l'impression d’une forêt, mais en réalité les arbres
et arbustes sont suffisamment espacés pour que de grands animaux comme les chameaux
puissent circuler librement.
L'arbre le plus représentatif, surtout au centre de la zone, est le Capparis decidua
(Forssk.) Edgew. Par ses rameaux enchevêtrés et ses fruits juteux longuement persistants, il
est l'habitat favori des Turdidés, l'Étourneau bronzé à ventre roux Spreo pulcher, le Mere
podobé Cercotrichas podobe. Puis dans l’ordre d'importance décroissante viennent les Acacia
raddiana Savi, les plus élevés, les Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir. au tronc lise
et au feuillage coriace et persistant, les Maerua crassifolia Forssk. et quelques Balanites
aegyptiaca (L.) Del. Rongé par les dents des animaux, le Cadaba glandulosa Forssk. est
toujours présent à l’état disséminé. Signalons également le Cadaba farinosa Forssk. qui ,très
recherché par le bétail, ne peut se développer que s’il trouve refuge au sein d'arbres mieux
armés que lui : comme les Capparis decidua (Forssk.) Edgew.. Enfin, s'il existe une nappe
phréatique peu profonde (0. N’Dou) les Salradora persica L. deviennent dominants et abritent
la faune locale dans leurs buissons extrêmement touffus.
b. Analyse succincte de la faune.
— Oiseaux.
+ percheurs.
Une pareïle concentration d'arbres ne manque pas d'attirer de nombreux oiseaux.
Parmi les plus représentatifs et les plus typiques, nommons diverses espèces de tourterelles,
la tourterelle rose et grise Streptopelia roseogrisea Bannerman et is tourterelle maïllée Stigno-
topelia senegalensis L. qui descendent à terre aux heures fraîches pour picorer leur nourriture
et qui le reste de la journée, demeurent perchées dans les Acacia raddiana Savi, deux espèces
de calao aussi communes l’une que l’autre, le petit calo gris Lophoceros nasutus L. et le calso
à bec rouge Lophoceros erythrorkynchus Tem.. Nommons eussi le coliou huppé du Sénégil
Colius macrourus L. se déplaçant en petites bandes d'arbre en arbre, le solitaire roïlier d'Abyssi
nie Coracias abyssinica Hermann fidèle à ses Acacia raddiana Sevi, les très communs moi:
neaux de l'Ouest africain, Passer griseus Vieïllot, etc.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 129
+ coureurs.
La strate herbacée à base de Panicées [Brachiaria ramosa (L.) Stapf, Echinochloa
colona Link, Panicum laetum Kunth, etc.] très fournie pendant la saison des pluies, laisse
sur le terrain. pendant la saison sèche une quantité innombrable de graines, type millet, base
de la nourriture non seulement de nombreux granivores — notamment des tourterelles
précédentes — mais de Gallinacés gros consommateurs, comme la Pintade à barbillons bleus
Numida meleagris L. et le Francolin de Clapperton Francolinus Clappertoni Chälar. L’al on-
dance de ces oiseaux peut paraître surprenante en saison sèche dans un tel milieu où, bien que
le couvert arboré soit dense, le tapis graminéen est réduit à des pailles. Elle se comprend
parfaitement si l’on considère l'association fourrés denses, qui servent de refuge aux oiseaux
pendant les heures brâlantes de la journée, et graines amylifèes fournies en grande quantité
par les Graminées précédentes, auxquelles il convient d'ajouter Urochloa lata Hubbard,
Setaria verticillata (L.) Beauv. et Dactyloctenium acgyptium (L.) Beauv… La production
élevée de ce milieu en éléments à haute valeur énergétique, susceptibles d’être utilisés toute
l'année par les oiseaux adaptés, est certainement le caractère le plus remarquable de la bio-
cénose.
— Mammifères.
La zone arborée dense, par les repaires tout trouvés que fournissent les fourrés et leurs
racines, abrite des Mammifères qui y vivent en permanence. Mentionnons l’Ecureuil fouisseur
Euxerus erythropus E. Geoffroy qui creuse un terrier dans lequel il emmagasine toutes sortes
de graines et de fruits, et le lièvre africain, Lepus Cretzschmari, qui trouve dans les buissons
compacts de Salvadora persica L. des gîtes à sa convenance. Ces lieux sont fréquentés par les
carnivores classiques : chacals et hyènes.
4° GORGES PROFONDES, REPAIRE DES CYNOCÉPHALES
Les Cynocéphales — « comme l’homme », disent les Goranes — boivent tous les jours.
En permanence menacés par leur ennemi mortel la panthère, ils ne se sentent nulle part
ailleurs plus à l'aise que le long des falaises les plus abruptes où, tirant parti de la moindre
aspérité, ils sont passés maîtres dans l’art de l'escalade. Ces deux conditions sont parfaitement
remplies dans certaines gorges de l’Ennedi, au fond desquelles de l’eau libre, fournie par des
niveaux de sources, coule en permanence : Aloba, Bachikélé, Koboué, Akiabané, Kennemena,
Maya, Attela.
Dans ces gorges dont certaines sont si retirées qu’elles n’ont jamais été visitées par
l'homme, la rencontre de bandes de Babouins, réellement fascinés à notre vue, est l’un des
événements les plus inédits de nos missions. L’attitude de ces singes, énormément intrigués
par l'arrivée de ces étranges bipèdes qu’étaient pour eux les hommes, fournissait matière à
un sketch du plus haut comique. Les simiens s’approchaient tout près de nous, nous dévisa-
geæient avec une mine ébaudie et nous escortaient.
Ils vivent là coupés maintenant du reste du monde, prisonniers de leur source, rassem-
Blé en quelques familles qui, si elles peuvent boire à satiété, ne peuvent plus guère manger
à leur faim. De quoi disposent-elles? Des produits d’une flore qui, comme elles confinée sur
Un espace étroit, ne peut plus proliférer : figues des Ficus teloukat Batt. et Trab., des Ficus
ingens (Miq.) Miq., dattes des Phoenix dactylifera L. sauvages, noix d’Hyphaene thebaica
(L) Mart. fruits des Adina microcephala (Del.) Hiern, des Grewia tenax (Forssk.) Fiori et
Grewia villosa Willd., pousses de Panicum turgidum Forssk. et sans doute rhizomes de
Tipha angustifolia L. var. australis (Schum. et Thonn.) Graebner, de Fuirena umbellata
Rottb,, de Saccharum spontaneum L. subsp. aegyptiacum (Willd.) Hack., peut-être aussi
jiventelles à dénicher quelques œufs de poules de rocher et à attraper quelques damans,
Le vide animal relatif peut être constaté autour des repaires de Cynocéphales.
XI. GROUPEMENTS VÉGÉTAUX
(Résumé)
Volontairement nous nous sommes dispensés dans le cadre de ce travail de parler des
Végétaux, tant serait complexe et longue leur étude si nous désirerions la traiter
Fa due détail. Nous nous bornerons simplement ici d’esquisser dans les grandes lignes
Sur le plan sociologique de la végétation de l’Ennedi. Nous distinguerons dans ce cadre :
4 4 Burce : MNHN, Paris
130 H. GILLET
1° LES GRANDES PLAINES SABLONNEUSES DE DÉGAGEMENT
IL est possible de dire que le type de végétation le plus courant dans ces plaines est une
steppe à Panicum turgidum Forssk. dominé par des Acacia raddiana Savi (5 à 6 arbres à
ha). De nombreuses variantes existent : steppe à Cyperus conglomeratus Rottb. notamment
dans les zones piedmont périphériques et steppes à Aristida longiflora Schum. ou à Aristida
ciliata Desf. ou à Latipes senegalensis Kunth, en altitude.
20 LES PLATEAUX PIERREUX SUPÉRIEURS
La végétation en altitude sur les plateaux revêt un aspect assez diffus. Un petit Acacia
au port typique l’Acacia mellifera (Vahl) Benth. appartient véritablement au paysage, Les
pierres amoncelées sont peuplées par tout un cortège de chaméphytes : Ruellia patula Jacq,
Achyrocline luzuloides Vatke, Argyrolobium abyssinicum Jaub. et Spach, Vernonia Asches
sonii Schultz Bip., Hibiscus micranthus L., Seddera latifolia Steud. et Hochst. etc.. Pour
peu qu'il y ait une pente, les ravinelles à Ckrysopogon Aucheri Stapf var. quinqueplumis
(A. Rich.) Stapf rassemblent l'essentiel de la végétation. On remarque leurs lignes mollement
ondulantes à travers tout l'étage supérieur. Indigofera suaveolens Jaub. et Spach est Presque
toujours présent.
Une mention spéciale doit être accordée à ces taches limoneuses si communes, sorte
de flaque temporaire ou mare de platière à Oropetium thomaeum (L. £.) Trin. et à Tripogon
minimus (A. Rich.) Hochst. ex Steud..
3° Les OUADIS
Le cours des ouadis, quelle que soit leur taille, se remarque toujours de loin par l'im.
portance que prend la strate arborée. Les Grewia, avec Grewia tenax (Forssk.) Fiori et G. vil.
losa Willd., Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir. se rencontrent partout.
Si l’ouadi appartient au plateau supérieur et si son lit laisse place à des berges, les
arbres deviennent nombreux et variés : Grewia flavescens Juss. et Grewia bicolor Juss. sont
fréquents; ainsi que Ficus teloukat Batt. et Trab., Ziziphus mauritiana Lam., Albizia seri.
cocephala Benth., Cordia Rothii Roem. et Schult., Dichrostachys glomerata (Forssk.) Chiov..
Avec les pluies les berges deviennent très verdoyantes, couvertes qu’elles sont à 80 % de
hautes thérophytes : Bidens pilosa L., Chloris virgata Sw., Vernonia pauciflora (Wild)
Less., Blainvillea gayana Cass., Farsetia stenoptera Hochst..
4° LES BAS-FONDS LIMONEUX ET ARGILEUX
Là où l’eau stagne quelques temps après les pluies, et en particulier dans les bas-fonds,
la végétation annuelle croît avec tant de vigueur et de rapidité qu’en quelques semaines elle
se présente sous forme d’une strate herbacée, touffue et compacte de l’ordre de 1 mètre de
hauteur. Le sol n’est pas visible et il n’est pas possible de traverser ces « massifs de verdure»
sans écraser de nombreuses tiges. Tels sont les groupements à Cassia tora L., à Brachiaria
ramosa (L.) Stapf, à Crotalaria podocarpa DC., à Astripomoea lachnosperma (Choisy) Meeuse;
c’est certainement là l’un des spectacles les plus inattendus que le botaniste puisse trouver
dans le Massif au demeurant passablement austère.
5° LES GRANDES GORGES
Ce sont, à en juger par les cortèges floristiques et par les groupements végétaux qu'elles
hébergent, au moins à l'état fragmentaire, de véritables enclaves soudaniennes. Grâce à l'eu
courante ou à une nappe phréatique proche de la surface, certains phanérophytes et les hélo-
phytes prennent un grand développement.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 131
TROISIÈME PARTIE
ANALYSE BIOGÉOGRAPHIQUE
I. L'ENNEDI, CARREFOUR BIOGÉOGRAPHIQUE
L’Ennedi occupe sur le plan biogéographique une position de plus haut intérêt. Situé
à un carrefour en quelque sorte stratégique, il est comparable à un creuset qui aurait été
soumis à des influences venues de toutes les directions de l'horizon : influence saharienne
venue du Nord, influence éthiopienne et asiatique venue de l'Est, influence soudanaise et
Sud africaine venue du Sud, et aussi, mais très atténuée, peut-être une influence atlantique
en provenance de l'Ouest.
Voici quelques distances mesurées à vol d’oiseau séparant le plateau Biti, plateau central
de l’Ennedi, de quelques reliefs importants :
Massif Kordofan (2 397 m)... 450 km
Tibesti (Emi Koussi 3 145 m) 500 km
Djebel Marrah (3 071 m). 600 km
Mont Atlantika (Cameroun 1 400 m) 1 850 km
Aïr (Baguezan 1 400 m).. 1 450 km
Hoggar (Asekrem 2 728 m). 1 850 km
Massif d’Abyssinie (3 550 m). . 1950 km
L'Ennedi est placé réellement au cœur de l'Afrique boréale et intertropicale. I1 se
trouve à peu près à égale distance de la mer Méditerranée (à 1 500 km du golfe de Syrte),
de la mer Rouge (à 1 600 km de Port Sudan) et de l'océan Atlantique (à 1 950 km du golfe
de Guinée). C’est Jà une situation unique sur le plan continental, qui fait que tous ces grands
courants de migrations aboutissent au Massif.
L'Ennedi enfin, énorme bastion rocheux cerné maintenant de toutes parts — excepté
vers le Sud — par les sables et les regs désertiques, apparaît par ses gorges profondes et ses
stations abritées comme un refuge où se sont maintenus jusqu’à nos jours — miraculeusement
protégés contre l’assèchement actuel — non seulement toute une flore relicte, mais aussi
les nombreux témoins des migrations passées.
L'analyse biogéographique de la flore revêt, à nos yeux d'autant plus de valeur que
nous avons la certitude, grâce à nos cinq missions d’exploration méthodique, d’avoir recensé
la quasi totalité des espèces de ce Massif à lui seul grand comme la Suisse,
II. ÉLÉMENT MÉDITERRANÉEN
Il faut se rendre à l'évidence. Malgré des recherches minutieuses aucun élément de
souche méditerranéenne n’a été observé dans l'Ennedi. Pas de Celsia longirostris Murb.,
ni de Senecio hoggarensis Batt. et Trab. pourtant présents au Tibesti, au Hoggar et dans
l'A, par de Myrtus Nivellei Batt. et Trab., ni de Globularia Alÿpum L. trouvés au Tibesti
et au Hoggar et encore moins, si l’on peut dire, d’Artemisia herba-alba de Asso, de Pistacia
ülantica Desf. ou de Nerium Oleander L. rencontrés dans l'étage montagnard supérieur
du Hoggar. Toutes ces espèces manquent également au Djebel Marrah.
.… Cette absence est très significative. Elle tend à prouver que la flore méditerranéenne
atteignit par deux fois les massifs montagneux à la faveur des périodes humides du quater-
gaie (. QuezeL) n'a guère dépassé le Tibesti vers le Sud. On expliquerait mal d’une autre
fon comment une plante aussi peu exigeante qu'est Centaurium pulchellum Hayek subsp.
e Source : MNHN, Paris
132 H. GILLET
laxiflorum (Lindb.) Maire, qui existe en plusieurs places au Tibesti et qui trouve sur les ban
quettes humides du Sud Air des biotopes à sa convenance — innombrables dans l’Ennedi …
puisse être totalement inexistante dans notre Massif. Le fait qu’une des rares plantes d’origine
méditerranéenne, qui en restant liée au point d’eau de surface arrive à se maintenir en zone
tropicale, soit absente de l’Ennedi, rend peu vraisemblable l'hypothèse selon laquelle la vague
méditerranéenne aurait atteint ’Ennedi et que ses représentants en auraient disparu par la
suite. Le cas de Veronica Anagallis-aquatica L. rencontré au Tibesti et également au lac
Ounianga Kebir (B. de Mie) à 200 kilomètres au Nord de 'Ennedi est semblable, mais moins
net, en raison de la faible spécialisation de la plante.
L'Ennedi ne bénéficie pas comme l’Emi Koussi ou le Greboun de condensations d'alt.
tude coïncidant avec la période hivernale étalée. La seule période humide se place en été.
Le rythme tropical qui se traduit par une pluviométrie estivale coïncidant avec les grandes
chaleurs, s'oppose radicalement au rythme méditerranéen selon lequel la végétation entre en
activité à la fin de l’hiver et entre en repos pendant l'été sec et brûlant. Sous le pur climat
tropical, les deux flores (sauf les hydro-ripicoles) ne peuvent coexister.
I est très vraisemblable que n’ont atteint l’Ennedi, ni la première phase humide (rs.
ponsable de l'individualisation des principaux endémiques centro-sahariens), ni la seconde
(beaucoup plus récente — située par différents auteurs entre — 15 000 et — 3 000 ans —
qui a placé sur le Tibesti et le Hoggar une flore méditerranéenne banale, actuellement rési.
dulle).
III. ÉLÉMENT DÉSERTIQUE
L'élément désertique est assez difficile à définir. Il occupe à l'heure actuelle une grande
partie du Sahara et certains de ses représentants à travers le désert arabique vont même ju.
qu'au Sind. La phase de désertification étant un phénomène récent, la plupart des plantes
désertiques sahariennes ne peuvent être de souche saharienne, mais sont issues de taxons
dont les représentants sont aujourd’hui relégués sur les marges.
C’est pourquoi nous diviserons l'élément érémitique en sous-éléments distincts selon
la souche dont ils dérivent.
19 ÉLÉMENT OMNISAHARIEN
C’est l'élément couvrant la plus grande partie de l'Afrique boréale désertique.
a. Sous-élément à souche Nord saharienne.
I est composé de plantes dont les phylums d’origine sont répartis actuellement sur
la marge Nord du Sahara.
Citons :
Salsola baryosma (Schult.) Dandy
Tamarix Balansae J. Gay
Forsskalea tenacissima L.
Astragalus Vogelii (Webb) Bornm.
Lotus glinoides Del.
Echinops Bovei Boiss. var. pallens Maire
Launaea mucronata (Forssk.) Muschler
Launaea resedifolia (L.) O. Ktre.
Echium humile Desf.
Moltkia callosa Vahl
Salvia aegyptiaca L.
Phoenix dactylifera L.
b. Sous-élément saharien tropical.
Cet élément bien que réparti sur tout le Sahara actuel est nettement plus abondant
au Sud du Tropique du Cancer, ce qui se conçoit puisqu'il tire son origine de phylums Nord
tropicaux. Il est composé de :
Morettia canescens Boiss.
Cornulaca monacantha Del.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 133
Monsonia nivea (Decne.) Decne. ex Webb
Fagonia Bruguieri DC.
Fagonia Flamandi Battandier
Fagonia latifolia Del.
Fagonia Olivieri Boiss.
Aristida acutiflora Trin. et Rupr.
Aristida plumosa L.
c. Sous-élément montagnard.
IH est confiné aux rocailles montagneuses du Sahara central, des massifs Sud-sahariens
et de l'Abyssinie :
Eremopogon foveolatus (Del.) Stapf
Argyrolobium abyssinicum Jaub. et Spach
Solenostemma argel (Del.) Heyne
2° ÉLÉMENT OCCIDENTAL
L'élément érémitique occidental est fort mal représenté dans l’Ennedi. Mentionnons
tout de même :
Atractylis aristata Battandier
très disséminé dans les rochers et surtout présent sur la lisière Nord.
39 ÉLÉMENT SAHARO-MÉRIDIONAL
Cet élément est réellement autochtone et appartient à la frange méridionale du Sahara
qui demeure intéressée par la remontée extrême des pluies de mousson, et qui de ce fait à
échappé à l’assèchement récent. Ce fin liséré qui cerne le Sahara au Sud rassemble quelques
composants dont les exigences écologiques sont très particulières et ne peuvent être remplies
nulle part ailleurs. Il existe un véritable endémisme à ce niveau.
Ces espèces trouvent actuellement leur plein épanouissement dans les zones d'épandage
de piedmont des massifs montagneux du Sahara méridional (Tamesna). Mais elles rencontrent
sur le versant Nord de ’Ennedi et dans les larges vallées sablonneuses du Massif des biotopes
à leur convenance, mais limités en surface. Le véritable Sahara méridional est au niveau de
l'Ennedi réduit à un ruban de quelques kilomètres de largeur qui suit la bordure Nord du
Massif.
Rangeons ici :
Morettia philaeana (Del.) DC. nettement orientale de l'Air à l'Arabie.
Schouwia Schimperi Jaub. et Spach (1)
Fagonia arabica L. à l'échelle subspécifique.
Tribulus longipetalus Viv. à l'échelle subspécifique.
Tribulus ochroleucus Maire
Caralluma retrospiciens (Ehrenb.) N.E. Br.
Pülicaria volkonskyana Maire
Coelachyrum oligobrachiatum A. Camus, connu jusque dans les sables d'Arabie
sous le nom de C. brevifolium Nees qui a l'antéririté.
Leur rythme de végétation confirme bien leur origine tropicale. Ce sont toutes (sauf
le Caralluma) des thérophytes qui lèvent avec les pluies et disparaissent après.
Trois espèces en provenance d’Asie ont occupé ce milieu :
Limeum indicum Stocks ex T. Anders.
Seetzenia africana R. Br.
Anticharis glandulosa Aschers.
Si!) de plante trouve des conditions optimales dans les zones d'épandange des Massifs Sud-
amesna) mais remonte jusqu’à Tindouf,
7 54022 6. SSaurce : MNHN, Paris
434 H. GILLET
49 ÉLÉMENT DÉSERTIQUE NORD-SUD TROPICAL
Quelques érémophytes existent à la fois dans les zones sèches de l'Afrique boréale et
de l'Afrique australe. I s’agit probablement d’un vieux fond de flore originaire d’Afrique du
Sud qui a gagné les Massifs Sud sahariens par la dorsale africaine cheminant le long des regs
pierreux, supports toujours favorables à leur multiplication. Ce sont des pseudo-érémophytes.
Comme nous le verrons plus loin J’Ennedi est intéressé par un réel courant ayant cette origine,
Citons ici pour mémoire :
Corbichonia decumbens (Forssk.) Exell
Enneapogon brachystachyus (Jaub. et Spach) Stapf
5° BILAN GÉNÉRAL
La flore érémétique avec ses 42 représentants, soit 8 p. 100 du nombre total des espèces,
ne constitue dans J’Ennedi qu’un élément mineur. Ce faible pourcentage apparaît comme une
preuve supplémentaire que les influences tropicales sont déterminantes sur le Massif. La flore
désertique vit dans des conditions difficiles. Elle fait figure de flore relictuelle. Elle supporte
mal les pluies diluviennes qui s’abattent chaque été sur la partie centrale du pays. Elle est
fortement concurrencée par les tropicales beaucoup mieux adaptées qu’elle aux étés chauds
et humides, Certaines plantes ne pénètrent même pas dans le Massif et sont confinées sur sa
bordure Nord ou dans la dépression du Mourdi qui est beaucoup moins arrosée (Cornulaca
monacantha Del., Lotus glinoides Del.). Beaucoup sont à végétation tardive et ont conservé
un semblant de rythme hivernal.
Ti semble néanmoins que l'Ennedi ait connu au moins une phase désertique qui aurait
permis par exemple l'installation de l'Aristida pungens Desf. dans VO. Kecchi au cœur du
Massif et celle de Moltkia callosa Vahl dans les dunes fixées de l'intérieur. Il est fort probable
que le vent est responsable de l'introduction des Launaea qui se rencontrent à l'état sporadique
IV. ÉLÉMENT TROPICAL
Le Massif de l’Ennedi, inscrit entre les 16° et 18e parallèles, est entièrement intégré
dans la zone tropicale. Le développement de la végétation est strictement lié aux pluies d'été
en provenance du Golfe de Guinée. Aussi n’y a-t-il rien de surprenant à constater que la
quasi totalité des espèces soient de souche tropicale.
4° DÉFINITION DES PRINCIPAUX SECTEURS PHYTOGÉOGRAPHIQUES
La complexité du relief et l'importance du réseau hydrographique font de l’Ennedi
une région où ce sont les facteurs topographiques locaux beaucoup plus que la variation des
facteurs climatiques due à la latitude qui commandent la répartition des plantes sur le plan
biogéographique.
En Afrique Nord tropicale, en faisant appel à des critères aisément décelables sur le
terrain, il est facile de distinguer les territoires phytogéographiques suivants se succédant
du Nord vers le Sud :
a. Secteur du Sahara tropical caractérisé par des pluies capricieuses inférieures à 50 mil.
limètres et par une végétation extrêmement raréfiée :
Il différencie sur sa frange Sud le sous-secteur du Sahara méridional caractérisé par
des pluies faibles (50 à 100 mm) d’août apportées par l'extrême avancée du front intertropi
et par une végétation de thérophytes à faible densité.
B. Secteur Nord sahélien caractérisé par des pluies comprises entre 100 et 250 mm et
par une végétation pérenne du type contracté :
Les arbres suivent les cours des ouadis et la végétation basse pérenne est surtout
concentrée le long des lignes d’écoulement des eaux. À l’arrivée de chaque saison des pluies
un tapis d’'annuelles mel stratifié et de moyenne densité se développe. Une fois sec il ne donne
pas ou il donne très peu prise aux feux de brousse.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 135
c. Secteur Sud sahélien caractérisé par des pluies comprises entre 250 et 450 mm et par
une végétation du type dispersé.
Les arbres, le plus fréquemment du type épineux (il existe également des Combrétacées),
sont épars dans le paysage. Le sol est pendant l’été presque entièrement recouvert par un tapis
d’annuelles à plusieurs strates, parfaitement consumé par les feux courants.
d. Secteur Nord soudanien caractérisé par des pluies comprises entre 450 et 800 mil-
jimètres et par une végétation arbustive du type savane,
Le tapis herbacé est élevé et devient facilement la proie des flammes. La frontière entre
de secteur Sud sahélien et le secteur Nord sahélien est marqué spectaculairement par l’appari-
tion des premiers champs de Mil Pénicillaire de grande étendue, liés aux premiers villages
permanents. Le Sahel appartient aux nomades et aux éleveurs, le Soudan aux cultivateurs.
e. Secteur Sud soudanien caractérisé par des pluies comprises entre 800 et 1.100 mil-
limètres et par une savane arborée dense comprenant des arbres de grande taille et un tapis
continu d’Andropogonées pérennes; c’est le domaine des grands feux de brousse.
La végétation de l’Ennedi considérée sous l'angle phytogéographique apparaît comme
une mosaïque empruntant ses éléments aux différents secteurs précédents.
20 ÉLÉMENT SAHÉLIEN
Ces espèces couvrent la bande sahélienne qui s’allonge depuis les rivages de l'Océan
AMlantique jusqu’à ceux de la Mer Rouge en suivant fidèlement la bordure Sud du Sahara
tropical.
a. Espèces Nord sahéliennes (1).
— Élément Nord sahélien strict.
Les espèces de ce groupe se répartissent suivant une étroite bande qui s’étire de l’Atlan-
tique à la Mer Rouge. Citons Cadaba glandulosa Forssk., Crotalaria microphylla Vahi,
Indigofera suaveolens Jaub. et Spach, Borreria compacta (Hochst.) K. Schum., Aptosimum
pumilum (Hochst.) Benth., Blepharis persica (Burm. f.) O. Ktze., ces quatre dernières plantes
absolument caractéristiques de 1’Ennedi montagneux. Ajoutons Sorghum virgatum (Hack.)
Stapf et Tetrapogon cenchriformis A. Rich.
— Élément Nord sahélo-sindien.
Les espèces de ce groupe ont une aire continue de l’Océan Atlantique jusqu’au Sind.
Mentionnons : Melhania Delhamii R. Br., Indigofera semitrijuga Forssk., I. sessiliflora DC.,
Seddera latifolia Steud. et Hochst., Barleria Hochstetteri Nees, Heliotropium rariflorum
Stocks, Chascanum marrubiifolium Fenzl ex Walp., Aristida funiculata Trin. et Rupr..
Elles abondent dans l’Ennedi sur les places les plus sèches et sont presque toutes caractéris-
tiques de faciès particuliers.
— Élément Nord-Sud tropical.
H s'agit d’un ensemble d'espèces qui se rencontrent à la fois le long du secteur Nerd
sahélien et dans les parties les plus arides de l'Afrique du Sud, avec peu de stations intermé-
disires. Citons : ndigofera disjuncta Gillett, Enneapogon brachystachyus (Jaub. et Spach)
Sapf, Triraphis pumilio R. Br.
b. Espèces Sud sahéliennes.
Ces espèces exigeant une pluviométrie minimale de 200 millimètres sont absentes en
Pline au Nord Sahel mais se trouvent en grande quantité dans certains biotopes de l'Ennedi.
Citons : Boscia angustifolia A. Rich, Aristida stipoides Lam., Brachiaria ramosa (L.)
Supf et Acacia senegal (L.) Wild. qui est Sud sahélo-indien; Rothia hirsuta (Guill. et Perr.)
Bak. se rattache à ce groupe bien que rencontré jusqu’en Afrique sèche australe.
(1) Nous bannissons de notre vocabulaire le terme saharo-sahélien qui, pouvant désigner soit les
Sie du secteur seharien de a zone sahélienne (Nord sahéliennes) soit les espèces de liaison réparties
oi sur le Sahara et la zone sahélienne, a un sens ambigu.
9 ASource : MNHN, Paris
136 H. GILLET
c. Espèces sahéliennes (omnisahéliennes).
— Espèces sahéliennes strictes.
Celles-ci occupent toute la bande sahélienne. Elles comptent beaucoup de thérophytes
qui montrent une grande plasticité par rapport aux facteurs climatiques et qui sont capables
suivant la pluviométrie ou bien de rester chétifs ou bien de prendre une grande vigueur.
Citons : Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir., Farsetia stenoptera Hochst.
Cleome scaposa DC., Trianthema polysperma Hochst. ex Oliv., Cucumis ficifolius A. Rich,
Sida grewioides Guill. et Perr., Euphorbia scordifolia Jacq., Indigofera aspera Perr. ex DC”
Rhynchosia memnonia (Del.) DC., Leptadenia arborea (Forssk.) Schweinf., Centaurea sene.
galensis DC., Sphaeranthus angustifolius DC., Cyperus effusus Rottb., Aristida mutabilis
Trin. et Rupr., 4. longiflora Schum., A. papposa Trin. et Rupr., Brachiaria Hagerupii
Hitchcock, Eragrostis elegantissima Chiov., Elyonurus elegans Kunth, Tripogon minimus
(A: Rich.) Hochst. ex Steud. (20 espèces).
— Espèces sahélo-indiennes.
A l'instar des Nord sahélo-sindiennes elles s'étendent en une bande assez large allant
de l'Océan Atlantique à l'Inde. Presque toutes sont très communes sur les banquettes des
ouadis : Cleome viscosa L., Polygala erioptera DC., Monsonia senegalensis Guill, et Per,
Cucumis melo L. var. agrestis Naud., Cucumis prophetarum L., Melhania ovata (Cav.) Spreng”
Grewia tenax (Forssk.) Fiori, Phyllanthus Niruri L., P. rotundifolius Klein ex Wilid., Cassia
nigricans Vahl, Indigofera cordifolia Heyne ex Roth, Convolvulus microphyllus Sie. ex
Spreng., Anticharis linearis (Benth.) Hochst. ex Aschers., Glossostigma diandra (L.) 0.
Ktze., Cyperus Meelboldii Kük., Cenchrus Prieurii (Kunth) Maire, Eleusine verticillata Roxb.,
Schoenefeldia gracilis Kunth, Sporobolus helvolus (Trin.) Dur. et Schinz.. La répartition
de Solanum albicaule Kotschy ex Dunal, plante rupicole, si bien adaptée à l’Ennedi que chaque
année l'allongement de ses rameaux et le nombre de ses fleurs donnent de précieuses indi-
cations sur l'importance de la saison des pluies, est tout-à-fait significative. La plante décrite
par Kotschy sur un exemplaire du Kordofan n’a été connue pendant longtemps que d’après
des récoltes en provenance d'Égypte, Nubie, Kordofan, Abyssinie, Somalie, Arabie, Sind,
jusqu'au moment où HEINE a pu démontrer que le Solanum Heudelotii décrit par Dunal
sur une récolte de Heudelot (Sénégambie) était conspécifique (20 espèces).
Pour une certain nombre de Nord sahélo-indiens rupicoles (Seddera latifolia Steud. et
Hochst., Barleria Hochstetteri Nees, Heliotropium rariflorum Stocks) l’Ennedi est un jalon
entre les reliefs mauritaniens et les reliefs éthiopiens et érythréens.
— Espèces sahéliennes extensives.
H existe un lot important de plantes dont les affinités climatiques sahéliennes ne sont
pas douteuses, mais dont l’aire se prolonge plus ou moins en Afrique orientale ou en Afrique
australe, ou dans les deux directions à la fois.
+ Espèces dont l'aire couvre à la fois la zone sahélienne et l'Afrique orientale.
Indigofera Hochstetteri Bak., Sporobolus spicatus (Vahl) Kunth.
—+ Espèces dont l'aire couvre à la fois la zone sahélienne, l'Afrique orientale et
l'Afrique australe sèche.
Cleome monophylla L., Cleome tenella L., Limeum diffusum (Gay) Schinz, Combretum
aculeatum Vent., Grewia villosa Wild., Cienfuegosia digitata Cav., Gossypium anomalum
Wawra, Chrozophora plicata (Vahl) A. Juss. ex Spreng., Dalechampia scandens L., Cyamopsis
senegalensis Guill. et Perr., Tephrosia lupinifolia DC., Indigofera colutea (Burm. f.) Merrill,
Rogeria adenophylla J. Gay ex Delile, Sesamum alatum Thonning, Ipomoea coscinosperma
Hochst. ex Choisy, Blepharis linariifolia Pers., Aristida hirtigluma Steud. ex Trin. et Rupr.
(avec irradiation saharienne), 4. hordeacea Kunth, Dinebra retroflexa (Vahl) Panz., Schmid:
tia pappophoroïdes Steud., Marsilea nubica R. Br. (21 espèces).
H est remarquable de constater dans cette répartition géographique l'égalité presque
absolue (20, 20 et 21 représentants) entre l'élément sahélien africain, l'élément sahélo-indien
et l'élément sahélien extensif allant jusqu’en Afrique australe sèche, coïncidence non fortute
permettant de considérer l’Ennedi comme un grand carrefour biogéographique, une sorte de
plaque tournante où sont venus s’affronter les grands courants de flore en provenance d'Asie
et d'Afrique australe,
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 137
+ Espèces dont l'aire couvre à la fois la zone sahélienne, les Indes et l'Afrique
australe sèche.
Indigofera oblongiflora Forssk., Pegolettia senegalensis Cass. et également, mais
propagé par l’homme et les animaux, Cenchrus biflorus Roxb..
d. Espèces centre sahéliennes.
Deux espèces présentes dans l’Ennedi n’occupent que la partie centrale du Sahel :
Polygala irregularis Bois. et Caralluma Dalzielii N. E. Br. H est possible que l’aire de ces
deux plantes assez rares soit imparfaitement connue,
c. Espèces sahéliennes occidentales.
Seul Panicum laetum Kunth ne semble pas connu, pour l'instant, à l’Est de l’Ennedi,
ce qui paraît assez étrange étant donné l'abondance et la solide implantation de cette plante
dans le Sahel tchadien.
La flore sahélienne de l’Ennedi se comporte comme une flore de remplissage s'étant
différenciée à partir des flores asiatique et Sud-africaine. Aucun genre monospécifique stricte-
ment sahélien africain n’est à inscrire à l’actif de l'élément sahélien ennedien. Les plantes les
plus caractéristiques de l’Ennedi montagnard, d’essence sahélienne, se retrouvent dans la
partie subdésertique au Nord-Ouest de l’Inde. Elles sont Nord-sahéliennes.
3° ÉLÉMENT SOUDANIEN
Le Soudan est un monde particulier. L'homme y joue un grand rôle et la végétation
spontanée est profondément modifiée par les cultures, les jachères, les feux de brousse. Les
formations secondaires font tache d'huile. Les sahéliennes, peu exigeantes du point de vue de
l'humidité et de la valeur du sol, trouvent sur les terres dégradées une place de choix pour
se multiplier.
Les soudaniennes demandent une pluviométrie au moins égale à 500 millimètres et
répartie sur plus de quatre mois. Seules quelques-unes réussissent encore à se maintenir dans
l'Ennedi, toujours en des emplacements privilégiés.
a. Espèces Nord soudaniennes.
Elles vivent normalement dans une savane claire à Combrétacées et à Anacardiacées
ou dans les zones inondées au bord des mares, abondantes pendant toute la période dite
d'ehivernage ».
— Élément soudano-éthiopien.
Cet élément surtout fréquent dans son aire naturelle au bord des grandes mares, est
hautement résiduel dans 1’Ennedi où il n’existe qu’en quelques stations : Nymphaea rufescens
Guill. et Perr, Aponogeton subconjugatus Schumach., Acacia seyal Del., Cissus cymosa
Shum. et Thonn. (un seul pied dans la gorge Maya), Blainvillea gayana Cass., Hermannia
tigreensis Hochst. ex A. Rich. et Pennisetum maiwa Stapf subspontané.
— Élément Nord soudano-indien.
Plaçons ici Sclerocarpus africanus Jacq. ex Murr., Urginea indica (Roxb.) Kunth ainsi
que Grewia bicolor Juss. et Scirpus brachyceras Hochst. ex À. Rich., qui tous deux pénètrent
ment en Afrique orientale.
b. Espèces Sud soudaniennes.
Ces espèces qui normalement appartiennent à la savane arborée dense à /soberlinia
dota (Crab.) Stapf ou à Parkia biglobosa Benth. sont strictement africaines puisqu'il n'existe
P4s à notre connaissance de savane de ce type en Inde,
— Élément Sud soudano-éthiopien.
Seuls subsistent dans 1’Ennedi, et encore en station unique, deux représentants qu
K aire normale se rencontrent dans les stations sèches : Xeromphis nilotica (Stapf)
‘ay et Clematis hirsuta Guill. et Perr..
Source : MNHN, Paris
138 H. GILLET
— Élément Sud soudano-zambézien.
Plaçons ici deux lianes des forêts galeries Hippocratea africana (Wilid.) Loes. ex Engl,
et Cissampelos mucronata A. Rich., confinées dans l’Ennedi en de rares stations et un arbre
rupicole Ficus populifolia Vahl. Mentionnons également Solanum nodiflorum Jacq., contesté
spécifiquement.
c. Espèces soudano-guinéennes.
Quatre arbres, tous relictuels, fréquents dans les forêts claires de la zone soudano-
guinéenne se retrouvent dans l’Ennedi, tous les quatre relictuels, en quelques emplacements je
long des plus grands ouadis ou des gorges profondes : Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill, et
Perr., Stereospermum kunthianum Cham., Syzygium guineense (Willd.) DC. et Vitex doniana
Sweet. L'Adina microcephala (Del.) Hiern ripicole est certainement l'arbre le plus caractéris.
tique des gorges.
d. Espèces soudaniennes (omnisoudaniennes).
On comprend que ces espèces qui se répartissent sur toute la zone soudanienne et
possèdent de ce fait une vaste aire de distribution, montrent une assez grande souplesse
par rapport aux facteurs du milieu et puissent subsister encore dans l’Ennedi.
Ce fond de flore bien en place dans l’Ennedi est cantonné cependant à l’étage submon-
tagnard le plus arrosé.
Détachons du cortège quatre arbres dont la valeur biogéographique est importante et qui
sont révélateurs de la « remanence » soudanienne de ’Ennedi : Piliostigma reticulatum (DC.
Hochst., Bauhinia rufescens Lam., Dichrostachys glomerata (Forssk.) Chiov. et surtout
Diospyros mespiliformis Hochst. ex À. DC..
Les autres espèces sont : Nothosaerva brachiata (L.) Wight, Croton lobatus L., Rhyn-
chosia sublobata (Schum. et Thonn.) Meikle, Tephrosia bracteolata Guill. et Perr., Sesbania
aegyptiaca (Poir.) Pers., Leptadenia hastata (Pers.) Decne., Oxystelma bornouense R. Br,
Oldenlandia goreensis (DC.) Summerh., Hypoëstes verticillaris (L. f.) Soland. ex Roem. et
Schuit., Dicliptera verticillata (Forssk.) C. Christensen, Ruellia praetermissa Schweinf. ex
Lindau, Dipcadi occidentale Bak., Gloriosa simplex L. ainsi que Epaltes alata (Sond.) Steet
qui va jusqu’en Afrique australe sèche et Pycreus lanceolatus C. B. CI. néotropical (19 espèces).
L’Ennedi a donc été intéressé dans un passé peu lointain, puisque toutes les espèces
en question sont encore solidement implantées, par une poussée soudanienne vraie (sensu
stricto) dont l’importance, à en juger par le nombre de représentants actuels, a été comparable
à celle de la vague subdésertique asiatique ou à celle de la vague d’Afrique australe sèche. Nous
allons voir que l'influence soudanienne, si on la considère au sens large, est encore plus impor-
tante.
e. Espèces soudaniennes extensives.
1. ESPÈCES DE LIAISON SUD SAHÉLIENNES-NORD SOUDANIENNES
L'ensemble Sud Sahel et Nord Soudan forme un tout qui, sur le plan phytogéogr
phique, a une certaine cohérence. ll peut être assez bien défini par la zone balayée par liso-
hyète 500 millimètres, dans son déplacement interannuel suivant l'importance de la pluvio-
métrie. Cet élément s'inscrit donc approximativement entre une limite Nord définie par ls
position de l’ischyète 500 millimètres, les années les plus pluvieuses, et une limite Sud définie
par la position de cette même isohyète en année exceptionnellement sèche. Il existe un lot
de plantes bien adaptées à ces conditions et en particulier des thérophytes (Jpomoea) dont le
développement est variable d’une année à l’autre. Ces végétaux sont assez plastiques, aussi
leur aire d’extension — tout comme les sahéliens — s’étend souvent loin vers l'Afrique orien-
tale, les Indes ou l'Afrique sèche australe.
— Espèces Sud sahéliennes-Nord soudaniennes strictes.
Tinospora bakis (A. Rich.) Miers, Guiera senegalensis J. F. Gmel., Commiphora
africana (A. Rich.) Engl., Ipomoea acanthocarpa (Choisy) Ascherson et Schweinf..
— Espèces allant jusqu’aux Indes.
Grewia flavescens Juss., Elytrophorus spicatus (Wilid.) A. Camus, Schizachyrium exile
(Hochst.) Stapf, Urochloa lata Hubbard (Arabie seulement).
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 139
— Espèces s'étendant à l’Afrique orientale.
Crotalaria podocarpa DC, Ipomoca Aitonit Lindl., Lannea kumilis (Oliv.) Engl,
Hyphaene thebaica (L.) Mart..
— Espèces s'étendant à l'Afrique sèche australe.
Peristrophe bicalyculata (Retz.) Nees.
La présence de ces plantes dans l'Ennedi, non rares pour la plupart, montre combien
a été puissante l'imprégnation soudanienne dans le Massif.
2. ESPÈCES DE LIAISON SARÉLIENNES-SOUDANIENNES
Cet élément n’a pas d’exigences spéciales, sinon qu’il obéit au rythme tropical soudanien
défini par l'alternance d’une longue saison sèche et d’une courte saison des pluies. Il est capable
de supporter de grandes variations climatiques surtout dans l'importance de la saison des
pluies. Les représentants peuvent étendre leur aire en Asie et Afrique du Sud.
Ces espèces occupent l'Afrique tropicale sèche (1).
— Espèces de liaison sahéliennes soudaniennes strictes,
Cadaba farinosa Forssk., Chrozophora senegalensis (Lam.) A. Juss. ex Spreng.,
Hibiscus sidiformis Baïll., Sesbania leptocarpa DC., Tephrosia uniflora Pers...
— Espèces allant jusqu'aux Indes.
Tephrosia leptostachya DC., Tapinanthus globiferus (A. Rich.) Van Tiegh., Dicoma
tomentosa Cass. et Grangea maderaspatana (L.) Poir., ces deux dernières espèces se ren-
contrent également en Afrique orientale.
— Espèces allant en Afrique orientale.
Crotalaria senegalensis (Pers.) Bacle ex DC., Cordia Rothit Roem. et Schult., Vernonia
pauciflora (Willd.) Less.
— Espèces allant en Afrique sèche australe.
Dipcadi longifolium Bak., Rhamphicarpa fistulosa (Hochst.) Benth..
L'importance des Papilionacées annuelles (4 espèces sur 13) mérite d’être soulignée.
L'abondance des Légumineuses dans les zones tropicales à saisons tranchées s'explique en
parie par les facultés germinatives des graines, qui demeurent toujours élevées quelles que
soient les variations climatiques.
3. ESPÈCES SOUDANIENNES INTERTROPICALES
Cet élément compte des plantes banales. Elles ne sont liées entre elles que par des besoins
importants en eau et en chaleur. Leur spécificité quant à la nature du sol est faible. Citons :
Cleia trigyna L., Ctenolepis cerasiformis (Stocks) Naud., Heliotropium ovalifolium Forssk.,
Juticia insularis T. Anders., Pycreus patens (Vahl) Cherm., Rhytachne rotthoellioides
Desv., Rotthoellia exaltata L. f., Hyparrhenia dissoluta (Nees) C. E. Hubbard.
En petit nombre, elles sont mal à leur place dans l'Ennedi et ne se rencontrent que
su des emplacements réduits, en relation avec des sources ou de grandes mares d’hivernage.
Rattachons ici deux espèces à tempérament Nord sahélien mais à répartition en équerre
(élat jusqu'en Afrique du Sud) : (Actiniopteris australis (L. £) Link et Scirpus brachyceras
Hochst, ex A. Rich.
4° ÉLÉMENT TROPICAL ORIENTAL
ax J Position géographique du Massif de l'Ennedi beaucoup plus proche du Massif Nord
hiopien que de la Mauritanie Jui vaut d’être profondément imprégné par une influence orien-
Aux trois quarts isolé au milieu des sables, il est cependant prolongé vers le Sud par un
Pt continu de basses montagnes, sorte de cordon ombilical, qui le relie au relief du Darfur
#du Kordofan — partant, aux plateaux centraux du Soudan — et au-delà du Nil, aux mon-
Se Pression que nous préférons ne pas utiliser en raison de son manque de précision. Jusqu'où
! j û LS cal?
rique tropicale sèche vers le Nord? Englobe-t-elle le Sahara tropical? Source : MNHN, Paris
140 H. GILLET
tagnes d’Abyssinie et d’Erythrée. Aucun obstacle sérieux ne s'oppose donc aux échanges
floristiques entre l'Afrique orientale et l’Ennedi, relations particulièrement faciles pour {es
plantes des regs pierreux en raison de la dominance de ce support sur toute l'aire envisagée,
I n'en est pas de même vers l'Ouest où une immense étendue de sable désertique de plus de
1 000 kilomètres sépare l’Ennedi de l'Air, relief le plus proche. Aussi est-il tout à fait normal
que notre Massif serve de frontière occidentale pour un certain nombre de plantes.
L'élément tropical est susceptible d’être divisé en
plusieurs sections suivant ses affinités
sahéliennes ou soudaniennes ou son degré d’endémisme.
a. Espèces sahéliennes orientales.
— Espèces sahéliennes orientales strictes.
Très peu d’espèces strictement africaines sont inféodées au Sahel oriental. Citons :
Crotalaria thebaica (Del.) DC., Solanum dubium Fresen ,Astripomoea lachnosperma (Choisy)
Mecuse, Anticharis arabica Endi., Oxygonum atriplicifolium (Meisn.) Martelli, encore que la
plupart d’entre elles se trouvent en Arabie. Ces plantes (sauf la première) fixées sur les sols
limoneux semblent en pleine progression vers l'Ouest, L’Astripomoea a été retrouvé récem-
ment (1959) par JaecEr au Mali dans le Massif du Hombori, Solanum dubium Fresen et Oxygo-
gonum ont été observés par nous-mêmes au Ranch de 1’Ouadi Rimé sur le seizième méridien,
soit à 400 kilomètres à l'Ouest de l’Ennedi, mais pas dans l'Air. IA est intéressant de constater
que les seuls représentants différenciés au Sahel oriental n’ont pas encore acquis une aire
géographique relativement stabilisée : ils sont liés aux cuvettes modestes qui retiennent l'eau
quelques heures après les pluies. Tout laisse croire que leur différenciation est assez récente.
Appartiennent également à ce groupe les espèces polymorphes suivantes qui vont de
l'Arabie à la boucle du Niger : Maerua oblongifolia (Forssk.) À. Rich., Pavonia Kotsc
Hochst. ex Webb relié par des intermédiaires à Pavonia trilo!
de forme semble l'indice d’
hyi
ba Guill. et Perr.; leur variabilité
une évolution qui se poursuit actuellement.
— Espèces orientales sahélo-indiennes.
Contrairement aux précédentes,
en Asie est en relation avec une origine
circonscrite.
+ Espèces allant de l'Inde au Mali.
Mentionnons : Aristolochia bracteolata Lam. et Leptadenia arborea (Forssk.) Schweinf,.
Leur présence au Sénégal, si elle n'a pas encore été signalée, n’est pas moins probable,
+ Espèces allant de l’Inde à l'Air.
Vernonia cinerascens Schultz Bip., Acacia laeta R. Br. ex Benth., Convolvulus glome:
ratus Choisy, toutes espèces saxicoles qui se sont arrêtées dans l'Air sur le dernier bastion
rocheux où elles pouvaient s'installer, Amnebia ispidissima (Sieber ex Lehm.) DC, psam.
mophile, va de l'Inde au Nord Nigeria.
+ Espèces allant de l’Inde à l’Ennedi (ou au Tibesti).
Indiquons : Capparis galeata Fresen, Albizia sericocephala Benth., Convolvulus
rhyniospermus Hochst. ex Choisy et également Eleusine flagellifera Nces, toutes plantes
se trouvant ici sur leur frontière occidentale.
Pour peu que l’on puisse interpréter ces répartition il apparaît que le Sahel oriental
africain, sauf pour les quelques espèces de limon citées, n’est pas une entité géographique.
I n’est qu’un tronçon d’une vaste bande subdésertique qui va de l’Ennedi au Sind, tronçon
dont le front occidental a encore tendance à pénétrer vers le cœur de l'Afrique sahélienne.
les espèces de ce lot dont la présence bien assurée
plus ancienne montrent une aire géographique bien
b. Espèces soudaniennes orientales.
I convient de placer ici deux arbres au feuillage semper virens dont la présence dans
l'Ennedi est hautement significative sur le plan biogéographique en raison de leurs afinités
à la fois orientale et soudanienne. L'un est le Combretum gallabatense Schweinf. dont l'aire
s'étend à travers l'Erythrée, la République soudanaise, l'Oubangui et le Cameroun au Sud
du 10° parallèle. Il est strictement localisé le long de certains ouadis en altitude (Aoué, Maya,
Kouro, Erdébéché). La plupart des exemplaires observés sont tous de vieux arbres, aux tronts
tourmentés, souvent creux. Se trouvant maintenant dans des conditions limites d'existence,
ils font figure de survivants; ils s’accrochent 1à où ils peuvent encore subsister et profitent,
par exemple, de la nappe phréatique ret:
enue par un seuil rocheux dans un ouadi encaissé.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 141
L’autre est le Rauvolfa caffra Sond. dont l'aire franchement soudano-guinéenne s’étend
à travers Afrique tropicale humide, depuis l'Afrique du Sud jusqu’au Sud de la République
soudanaise et au Nigéria. L’Apocynacée est confinée dans l’Ennedi au fond de l’une des
gorges les plus surprenantes du Massif, celle de Bachikélé. Là, sur plus d’un demi-kilomètre
de long, coule un ruisseau alimenté par une source permanente à fort débit. Ces conditions
exceptionnelles recréent un cadre très comparable à celui qui environne actuellement les
rivières de la zone soudano-guinéenne. H est évident que le peuplement de Rauvolfia installé
sur chaque rive du ruisseau s’est maintenu à Bachikélé grâce à un concours extraordinaire
de circonstances. Is sont les rescapés d’une époque où les ouadis, régulièrement alimentés
par des pluies fréquentes, coulaient continuellement. Ils constituent le peuplement relictuel
le plus admirable du Massif.
c. Espèces éthiopiennes.
Le Massif éthiopien par son ancienneté, sa pérennité à travers les âges, son étendue,
son altitude, la variété de ses aspects, est un de ces lieux privilégiés de l'écorce terrestre,
berceaux de nombreux éléments de flore. Ceux-ci, retranchés dans les montagnes et préservés
des vicissitudes climatiques, avaient toute liberté pour s’épanouir autour du Massif pendant
les périodes stables. Seuls des représentants doués d’une grande vitalité et à fort pouvoir
d'extension pouvaient atteindre l’Ennedi, qui est d’une altitude bien inférieure, et s’y mainte-
nir. La plupart d’entre eux se retrouvent d’ailleurs jusque dans l'Air.
— Espèces éthiopiennes allant jusque dans l’Aïr.
Appartiennent à ce groupe : Boerhaavia elegans Choisy, Gossypium somalense (Gürke)
LB. Hutch., Tephrosia subtriflora Hochst. ex Bak., Ficus salicifolia Vahl, Commiphora
guadricineta Schweinf., Ocimum hadiense Forssk... Rattachons ici le curieux Euphorbia aca-
phoides Hochst. ex Bois. qui est signalé également au Darfur.
— Espèces éthiopiennes s’arrêtant à l’Ennedi.
Ces espèces dont les pieds vigoureux, la solide implantation et l'abondance de la florai-
son dénotent une remarquable adaptation au pays, concrétisent les véritables affinités de
Y'Ennedi montagnard. Ce sont : Melhania grandibracteata K. Schuns., Hermannia modesta
(Ekrenb.) Mart., Hibiscus rhabdotospermus Garcke, Acacia mellifera (Vahl) Benth., Vernonia
Aschersonii Schultz Bip., et Anthephora Hochstetteri Nees ex Hochst.. Ajoutons Sansevieria
abyssinica N.E. Br. hautement relictuel et connu de deux stations, et Ochradenus baccatus
Del. dont l'aire s’étend jusqu’au Tibesti.
— Espèces éthiopiennes allant jusqu’en Afrique orientale,
Ce groupe se réduit à Enteropogon macrostachyus (Hochst.) Munro ex Benth. dont
l'écologie et la rusticité sont en tout point comparables à celles de l’Antephora précédent et
à Aristida rhiniochloa Hochst. qui va jusqu’en Afrique du Sud.
d. Espèces de souche du Darfur Kordofan.
H existe en plein cœur de l’Afrique boréale à égale distance du Golfe de Guinée et de
le mer Rouge, un noyau de plantes extrêmement différenciées et hautement adaptées à la vie
dus les rocailles. Ces plantes sont remarquablement adaptées au milieu rocailleux par leurs
feuilles crassulantes ou crassulescentes et par la rapidité de croissance des rameaux émis dès
Yarrivée des pluies. En dehors de la saison humide les rameaux dénudés, blancs, paraissent
comme morts. Dans ce groupe très spécialisé, citons deux Cucurbitacées : Corallocarpus
œrallinus (Naud.) Cogn., Kedrostis gigef (J.F. Gmel.) C. Jeffrey, une Amarantacée Celosia
pœpulifolia Moq., une Verbénacée Premna resinosa (Hochst.) Schau., une Portulacacée à gros
bulbe enfoui Talinum caffrum (Thunb.) Eckl. et Zeyh., et Tapinanthus acaciae.
Complétons la liste par Svensonia laeta (Fenzi) Moldenke et Cymbopogon commutatus
Stud.) Stapf, deux Graminées localisées uniquement dans la rocaille en altitude, Rhynchely-
trum villosum (Par) Chiov., Tricholaena leucantha (A. Rich.) Hochst. ex Aschers. et
weinf, jusqu’à présent seulement observés dans le Kordofan et l’Ennedi et Enneapogon
elumosus (Hochst.) Maire et Weïller et Linaria Bentii Skan qui vont jusqu’en Air.
. En consultant les herbiers du Muséum et notamment les exsiccatas de Kotschy (Kots-
ji iter nubicum) l'observateur est frappé de constater l'importance des affinités floristiques
Mi existent entre l’Ennedi et le Mont Arash Cool au Kordofan. Les plantes les plus typiques
Source : MNHN, Paris
142 H. GILLET
et les relictuelles de l’Ennedi montagnard, qui n’ont été découvertes qu’à la suite de patientes
recherches, se trouvent précisément rassemblées sur le Mont Arash Cool : Premna resinosa
(Hochst.) Schau., Corallocarpus corallinus (Naud.) Cogn. et Kedrostis gigef (J.F. Gmel.) C.
Jeffrey. Elles définissent réellement un endémisme régional qui donne des indications pré.
cieuses sur l’origine de la flore de l’Ennedi en altitude,
e. Espèces montagnardes de l’Afrique orientale et australe.
La présence dans l’Ennedi à l’état ultra-relictuel de végétaux pérennes dont l’aire de
répartition est centrée sur les hautes montagnes du Kenya et du Tanganyika est un fait d’une
haute portée biogéographique (1). Elle montre que des relations certaines ont été établies
entre notre Massif et la longue série de plateaux qui va de la Rhodésie à lÉthiopie.
Deux phanérophytes ont cette répartition : Azanza garckeana (F. Hoffm.) Exell et
Hillcoat, connu d’après des récoltes faites au Kilimandjero, dans les Monts Shimjanga en
Tanzanie, dans les Monts Boura au Kenya, dans l’Ouganda et au Djebel Marrah, présent
dans deux stations de l’Ennedi, et le Combretum reticulatum Fresen, en Rhodésie du Nord
(Mont Abercorn), dans les Monts Gallabats en République soudanaise (Monts accolés au Massif
éthiopien) et en quelques exemplaires dans une station unique de 'Ennedi.
Une composée à allure d’Helichrysum, Achyrocline luzuloides Vatke, strictement
inféodée à l’Ennedi montagnard a une répartition analogue : Kenya (Mont Eburru), Éthiopie
(Monts Somagi et Kouti) et Djebel Marrah. Son abondance et son épanouissement dans les
rocailles d'altitude montrent combien elle est en équilibre avec les facteurs du milieu et
soulignent les affinités réelles de la flore du Massif.
Le cas du Chaetostichium majusculum C.E. Hubbard, petite Graminée (décrite récem.
ment) des hauts plateaux du Kenya et fréquente sur les pentes pierreuses sèches de 1’Ennedi
au-dessus de la cote 900 mètres, est encore plus significatif. 11 confirme 1a réelle valeur de cet
élément montagnard oriental, propre à l’habitat pétré.
£. Espèces distribuées actuellement en Afrique du Sud.
H semble probable que l’Ennedi constitue le point d’aboutissement de ce grand courant
de flore qui, parti de l'Afrique du Sud a franchi l’Equateur par l'Est et a progressé, en chemi.
nant par la dorsale montagneuse orientale, jusqu’en Éthiopie d’une part et jusqu’au Nord
Tchad d'autre part.
La différenciation des types Sud africains observés dans l’Ennedi est si poussée qu'ils
font figure de flore véritablement importée. Bien étranges sont en effet Eragrostis viseosa
(Retz.) Trin. entièrement recouvert de glandes, Eragrostis porosa Nees tout parsemé de poils
tuberculés ou ce Tephrosia plicata Oliv. dont les fruits pliés en accordéon sont vraiment
aberrants pour un Tephrosia. Il est curieux de constater que certains types nés dans des
conditions climatiques équivalentes ne sont pas les mêmes en Afrique Nord tropicale sèche
et en Afrique Sud tropicale sèche. Aucun Eragrostis Nord tropical n’est visqueux, aucun
Tephrosia Nord tropical n'a les fruits repliés.
Cependant quelques éléments d’origine australe ont trouvé dans la zone sahélienne
une ambiance propice et apparemment sont en train de la coloniser. Geigeria acaulis Benth.
par exemple, petite Composée à port gnaphaloïde, connue en Éthiopie, au Darfur, abondante
dans 1’Ennedi, a été observée par nous-mêmes au Nord de l’Ouadi Rimé à 400 kilomètres au
Sud-Est. semble donc qu’elle soit en pleine progression vers l'Ouest au niveau de la bande
Sud sahélienne. Geigeria alata (DC.) Oliv. et Hiern a déjà atteint la Mauritanie (Th. Mono»
rec.) mais est nettement plus abondant dans le Sahel oriental que dans le Sahel occidental.
Pour toutes ces plantes l'absence ou la rareté de stations intermédiaires entre l'Afrique
du Sud et l’Éthiopie ou le Darfur est frappante. Geigeria acaulis Oliv. et Hiern n’est connu
que dans une seule localité. Doit-on y voir une carence dans la prospection botanique —
ces thérophytes de petite taille et à courte période d'apparition peuvent passer facilement
inaperçus — ou doit-on conclure à leur disparition dans la zone intéressée, ce qui laisserait
supposer que les conditions favorables à leur passage n’ont été que momentanées? Il est
possible que les deux causes jouent simultanément.
() I existe même un poisson, Barbus apleurogramma connu actuellement de la Guelte Aoué et de
l'Ouganda.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 143
Aire discontinue de Geigeria acaulis Oliv. & Hiern,
Composée originaire d'Afrique australe se répandant en Afrique sahélienne
V. ÉLÉMENT DE LIAISON SAHARO-TROPICAL
Nous groupons ici les espèces dont les aires couvrent l’ensemble de l'Afrique tropicale
sèche (zone Nord soudanienne et Sahel) et le Sahara dans sa totalité ou simplement le Sahara
topical. Elles sont, par leur tempérament, fort bien adaptées au régime climatique des pays
subdésertiques : elles entrent en végétation pendant la saison des pluies et en repos pendant
la saison sèche — tout comme les sahéliennes et les soudaniennes — mais sont en outre capables
FT de grandes variations dans la durée de ces périodes (5 à 11 mois pour la saison
1° Espèces À CONCENTRATION SUD SAHÉLIENNE ET NORD SOUDANIENNE
x Ces espèces trouvent les conditions optimales de développement le long de cette bande
Her qui s'étend à la fois sur le Sud Sahel et le Nord de la zone soudanienne. Mais
# rencontrent à la fois vers le Nord, où quelques exemplaires subsistent encore dans Jg,, \, Paris
144 H. GILLET
Sahara tropical, et vers le Sud où elles se diluent dans la zone Sud soudanienne. De tempéra.
ment plutôt Nord soudanien, elles sont à l’état relictuel au Sahara.
Citons Acacia nilotica (L.) Wild. ex Del. et Balanites aegyptiaca (L.) Del., ce dernier
dispersé ça et là jusqu’au Nord Sahara.
20 EspÈCES A CONCENTRATION SAHÉLIENNE
a. Espèces peu extensives (liaison Nord Sahel-Sahara tropical).
Elles se plaisent surtout dans les zones subdésertiques. Aussi leurs plus beaux peuple.
ments se rencontrent-ils à l’heure actuelle dans la zone Nord sahélienne. En raison de leurs
affinités désertiques leur extension vers le Sud est limitée et ne dépasse pas la zone Sud sahé.
lienne. Rangeons ici : Cleome brachycarpa Vahl ex DC., Farsetia ramosissima Hochst., ex
Fourn., F. aegyptiaca Turra, Chrozophora senegalensis (Lam.) A. Juss. ex Spreng., Abutilon
ruticosum Guäll. et Perr., Psoralea plicata Del., Limeum indicum Stocks ex T. Anders,
Tephrosia nubica (Boïss.) Bak., Pulicaria undulata (L.) C.A. Mey., Aristida pallida Steud,
Corchorus depressus (L.) C. Christensen.
b. Espèces fortement extensives (liaison Sahel tout le Sahara).
Ces espèces, d'amplitude écologique extrêmement grande, toutes douées d’une forte
vitalité, ont certainement connu une ère de prospérité du temps où le Sahara n’était pas encore
le désert que nous connaissons. Elles ÿ sont maintenant localisées dans les stations les plus
favorables (massifs montagneux) ou à la périphérie (circumsaharienne).
— Espèces de liaison Nord Sahel-Sahara.
Bien que distribuées dans tout le Sahara, elles trouvent dans la zone Nord sahélienne
leurs conditions optimales. Telles sont Cleome arabica L., Acacia flava (Forssk.) Schweinf,
Indigofera argentea Burm. f., Glossonema boveanum (Decne.) Decne., Leptadenia pyro.
technica (Forssk.) Decne., Pergularia tomentosa L., Pulicaria crispa (Forsek.) Oliv., Cyperus
conglomeratus Rottb., Fuirena pubescens (Poir.) Kunth, Aristida ciliata Desf., Danthonia
Forskalii (Vahl) R. Br., Panicum turgidum Forssk..
— Espèces de liaison Sahel-Sahara.
Leur aire d’élection couvre l’ensembel du Sahel. Citons : Maerua crassifolia Forsik,
Limeum viscosum (Gay) Fenz, Tribulus bimucronatus Viv., Boerhaavia viscosa Lag. et Rodr,
Commicarpus verticillatus (Poir.) Standi., Colocynthis vulgaris Schrad., Acacia raddiana
Savi, Salvadora persica L., Cymbopogon schoenanthus (L.) Spreng., toutes espèces extrême
ment banales.
— Espèces de liaison Afrique intertropicale sèche-Sahara.
Ce sont des plantes aux exigences faibles montrant un tempérament érémitique.
Elles sont passées avec facilité des terres désertiques aux terres dégradées par les cultures
où elles se comportent un peu comme des colonisatrices. Leur aire a tendance à s’accrottre
au fur et à mesure de l’appauvrissement des sols. Citons : Cocculus pendulus (JR. et G. Forst.)
Diels, Aerva javanica (Burm. f.) Juss. ex Schult., Boerhaavia repens L., Abutilon pannosum
(Forst. £.) Schlechtend., Hibiscus micranthus L., Euphorbia granulata Forssk., Cassia italica
(Mül.) Lam. ex F.W. Andr., Rhynchosia memnonia (Del.) DC., Calotropis procera (Ait)
Ait. f., Trichodesma africanum (L.) Lehm..
Faidherbia albida (Del.) A. Chev. est à placer dans ce groupe, bien que son aire actuelle
ne corresponde peut-être pas tout à fait à son aire originelle, l’homme ayant contribué à le
propager en Afrique tropicale soudanienne.
— Espèces panafricaines.
Quelques plantes se rencontrent sur tout le continent africain depuis sa pointe Sud
jusqu'aux rivages de la Méditerranée, mais ne pénètrent pas dans la forêt dense équatoriale.
Leur afinité pour l'eau leur permet de s'affranchir dans une certaine mesure des facteurs
climatiques; l’une vit dans les sables humidifiés par les pluies : Pancratium trianthum Her-
bert, les autres sont hydrophytiques : Juncus maritimus Bak. var. arabicus (Asch. et Buchen
Adans., Pluchea ovalis (Pers.) DC., Saccharum spontaneum L. subsp. aegyptiaeum (Will)
Hack.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 145
VI. ÉLÉMENT DE LIAISON TROPICAL
Cet élément groupe des plantes largement répandues à travers la zone intertropicale
africaine ou mondiale. Leurs exigences écologiques extrêmement faibles les rendent d'autant
plus communes. Pourvu qu’elles aient de la chaleur et une forte dose d’humidité, elles poussent
avec aisance.
19 ESPÈCES COMMUNES EN AFRIQUE INTERTROPICALE
Beaucoup de ces plantes trouvent dans les bas-fonds de l’Ennedi, temporairement
inondés après les pluies, un biotope à leur convenance. On les voit en septembre former des
massifs de verdure compacts comme Cassia tora L., Corchorus olitorius L., Hibiscus asper
Hook.. D’autres sont très fréquentes sur les sables : Giesekia pharnacioides L.. D’autres suivent
les banquettes des ouadis comme Bidens pilosa L., ou Phyllanthus Niruri L., Brachiaria
deflexa (Schumach) C.E. Hubbard ex Robyns.
Elles sont toutes hygrophytiques et, contrairement aux espèces de liaison saharo-
tropicales, elles n’ont aucune adaptation érémitique.
25 espèces sont à inscrire ici.
2° PALÉOTROPICALES
Les éléments tropicaux banals, communs à l'Afrique et à l’Asie, sont largement présents
dans l’Ennedi. Trente-huit espèces au moins. Certaines (23) sont plutôt d’affinité sahélienne
parmi lesquelles : Mollugo nudicaulis Lam., Phyllanthus maderaspatensis L., Corchorus
tidens L., Ipomoea sinensis (Desr.) Choisy, Ipomoea coptica (L.) Roth ex Roem. et Schult.,
Aeschynomene indica L., Digitaria adscendens (Kunth) Henrard. D'autres (15) trouvent
leur plein épanouissement dans la zone soudanienne comme Securinega virosa (Roxb, ex
Wild) Baill., Tamarindus indica L., Sesbania seshan (L.) Merrill, Blumea perrottetiana
DC., Andropogon gayanus Kunth, ces dernières étant strictement localisées dans l’Ennedi
en altitude, dans le lit des ouadis,
3° PANTROPICALES.
L’Ennedi est un pays tropical, aussi est-il tout à fait normal d’y trouver un nombre
important de ces plantes communes aux zones tropicales du monde entier et qualifiées de
pantropicales. Nous en avons recensé 31 parmi lesquelles les plus figuratives sont : Gynan-
dropsis gynandra (L.) Briq., Waltheria indica L., Cardiospermum halicacabum L., Lactuca
intbacea Jacq., Merremia aegyptiaca (L.) Urban, Leucas martinicensis (Jacq.) Ait.. Mention
2ons aussi une série de Graminées très communes : Chloris virgata Sw., Dactyloctenium aegyp-
tium (L) Beauv., Aristida adscensionis L., Eragrostis ciliaris (L.) R. Br. et un cortège floris-
fique gravitant toujours plus ou moins autour des points d’eau tropicaux : Ludwigia erecta
(L) Hare, Oldenlandia corymbosa L., Scoparia dukcis L., Cyperus haspan L. Pycreus polys-
tachyos (Rottb.) Beauv., Fimbristylis ferruginea (L.) Vahi, Eragrostis atrovirens (Desf.) Trin.
«x Steud., Paspalidium geminatum (Forssk.) Stapf.
La première place revient aux Graminées et Cypéracées qui représentent 40 % du
total des pantropicales, ce qui montre bien la facilité avec laquelle certaines Glumacées peuvent
Srépandre dans toute la zone tropicale et en particulier coloniser les terrains pauvres. L'homme
ntervient aussi pour une large part dans la prolifération de certaines pantropicales, par
“xemple celles dont le développement est nettement favorisé par les façons culturales (Euphor-
hirta L.) ou par la présence permanente du bétail (Gynandropsis gynandra (L.) Briq.).
4° L’ENNEDI, LIEU D'ÉLECTION DE BANALITÉS TROPICALES
L'ascension réussie de deux énormes massifs rocheux réputés inaccessibles, le Mont
Aloba et le Mont Déli — sur lesquels, à notre connaissance, jamais un être humain ne s’était
“enturé — nous a donné l’occasion inespérée de pouvoir inventorier une flore qui a l'insigne
Es de n'avoir jamais subi l'influence de l’homme ni celle des animaux domestiques.
analyse est d'autant plus enrichissante qu’elle est l'expression même d’une flore stricte-
“a raturelle, installée sur des plateaux tabulaires de plusieurs kilomètres carrés, prétégés MNHN, Paris
146 H. GILLET
de toute part par des falaises verticales de plus de 300 mètres. Sa mise en place résulte des
seuls facteurs climatiques, édaphiques, écologiques et biologiques (et en particulier l’anémo-
chorie).
LADITE fut grande notre surprise en constatant, sur les hauteurs inviolées, la présence
de certaines banalités tropicales si répandues autour des villages de la zone soudanienne. Passe
encore pour l’Aerva javanica (Burm. f.) Juss. ex Schult. dont les semences, sortes de petites
sphères entourées de poils entremêlés, peuvent flotter dans l'air, pour Dactyloctenium aegyp-
tium (L.) Beauv., Eragrostis cilianensis (AIL) Link ex Vign. Lut., E. pilosa (L.) Beau.
Euphorbia granulata Forssk., Polycarpaea corymbosa (L.) Lam., Mollugo nudicaulis Lam.
dont les graines minuscules soulevées par le vent peuvent être entraînées très haut, mais il
est vraiment difficile d’admettre l'introduction récente sur ces massifs de plantes à graines
pesantes comme celles de Jpomoea sinensis (Desr.) Choisy, de Leucas martinicensis (Jacq.)
Ait. (1) [dont il existe un petit peuplement sous un abri protégé à la base de la face Est du
Mont Aloba] ou de Corchorus tridens L.. Ces espèces ont toute chance d’appartenir à une flore
ancienne en parfait équilibre avec les conditions du milieu.
Ces observations vont de pair avec celles qui concernent d’autres plantes, vulgarités
ailleurs, mais rencontrées dans l’Ennedi en petit nombre dans des sites invraisemblables, de
grande difficulté d'accès. Citons par exemple Vernonia cinerea (L.) Less. dont une population
restreinte existe dans la gorge Maya juste à la ligne de raccord entre la falaise et l’éboulis
de base, biotope où précisément sont concentrées toute une série de plantes si relictuelles
qu'il est permis de se demander si notre Vernonia ne serait pas lui aussi relictuel. Signalons
aussi Pupalia lappacea (L.) Juss. assez fréquent au sein des blocs rocheux les plus impéné.
trables et des rocailles les plus retirées : on conçoit mal, dans un tel milieu, la possibilité
d’une dissémination actuelle par zoochorie. Indiquons également les Tamarindus indica L.
dont on peut voir de très vieux exemplaires le long de certains ouadis d'altitude, en des em.
placements tels que leur introduction accidentelle récente semble exclue : gorges encaissées,
banquettes entourées de toute part de parois verticales (0. Aoué, guelta Koubé Basso,
O. Keechi).
Dans les Massifs montagneux Sud sahariens et dans l’Ennedi en particulier, les banalités
tropicales citées, auxquelles on pourrait joindre Trichodesma africanum (L.) Lehm., Boerhaa-
via repens L., Giesekia pharnacioides L., semblent pousser réellement en équilibre avec les
facteurs naturels. Dans l’Ennedi, elles apparaissent comme des plantes typiques des sols
squelettiques. Aussi, mais secondairement pensons-nous, ont-elles trouvé dans les sols pauvres
tropicaux (sables sahéliens, pâturages épuisés par les feux, jachères des villages), en raison
de leurs faibles exigences, des conditions édaphiques très favorables, et s’y sont-elles répandues
comme des colonisatrices.
Dès lors se trouve posé le problème de l’origine des plantes dites « rudérales » sahé
liennes, qui existaient bien quelque part avant que l'Homme ne les propage. Les nombreuses
observations de ces rudérales vivant à l’état véritablement « sauvage » dans les hauts-lieux
retirés de l’Ennedi sans que l'Homme y soit actuellement pour quelque chose dans leur multi:
plication, nous amènent à penser qu’elle pourrait bien être dans les massifs montagneux Sud
sahariens,
VIL. ÉLÉMENT SUBCOSMOPOLITE
Aucun plante ne se rencontre sur la totalité de la surface terrestre : 25 seulement sur
les 300.000 connues ont une aire qui s'étend sur 50 %, des terres du globe. Aussi est-il plus
correct de parler de subcosmopolites pour qualifier ces plantes vivant dans la plupart des
régions chaudes ou tempérées.
1° SUBCOSMOPOLITES VRAIES
a. Subcomopolites liées à la permanence de l’eau.
Le milieu aquatique est d’une grande uniformité. Réduit, aujourd’hui surtout, à des
points d’eau coincés dans des gorges profondes il avait autrefois une extension beaucoup plis
(1) Ces deux dernières espèces sont à notre sens des espèces collectives, différenciées en écotypes
adaptés à des conditionnements très variés, Nous pensons avoir affaire ici à des écotypes spécialisés aux
Massifs Sud-Sahariens.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 147
grande. Aussi, ces plantes ont-elles toutes chances d’être depuis très longtemps installées dans
YEnnedi : Potamogeton nodosus Poir. var. Billotii (F. Schultz) Billot ex Richt., Cynodon
dactylon (L.) Pers., Phragmites communis Trin. (trouvé fossilisé dans le quaternaire saharien,
KoENIGUER) et Equisetum ramosissimum Desf..
b. Subscomopolites anthropiques.
Ce sont des plantes dont la multiplication a été favorisée par les façons culturales ou
par la présence des animaux domestiques : Portulaca oleracea L., Chenopodium murale L.,
Setaria verticillata (L.) Beauv..
2° THERMOSCOSMOPOLITES
Ces plantes à tempérament tropical ou subtropical se sont largement répandues dans
tous les pays chauds, en prenant possession des places libres : friches culturales, sols usés,
ou en restant en relation avec les points d’eau. Une trentaine d’entre elles ont été recensées
dans l’Ennedi, Parmi les premières (28) remarquons Achyranthes argentea Lam., Mollugo
cerviana (L.) Seringe, Polycarpaea corymbosa (L.) Lam., Tribulus terrestris L. et toute une série
de plantes qui, fréquentes dans les cuvettes limoneuses des plateaux, sont devenues rudérales :
Blumea aurita (L. f.) DC., Cyperus rotundus L., Eragrostis cilianensis (AH.) Link ex Vign.
Lut..
Parmi les secondes (12) plus ou moins hydrophytiques notons Glinus lotoides L.
Fuirena umbellata Rottb., Echinochloa colona Link, Panicum repens L., Adiantum capillus-
veneris L..
VIII. ÉLÉMENT ENDÉMIQUE
Le Massif de ’Ennedi, en raison de son altitude modeste (le sommet est à 1 293 m),
de son isolement géographique partiel (vers le Sud il est relié aux Monts du Ouaddai) et des
courants floristiques qui l'ont largement traversé, ne se prête guère à la ségrégation spécifique.
Aussi le nombre d’endémiques stricts y est-il fort restreint et encore est-il dû peut-être à la
défaillance de nos connaissances sur les flores des régions avoisinantes (Ouaddaï, Darfur).
19 ENDÉMIQUES DE L’ARC MONTAGNEUX CENTRE SUD SAHARIEN
I existe trois plantes qui n’ont été récoltées actuellement que dans le Massif de l'Air,
au Tibesti et dans l’Ennedi, définissant ainsi un endémisme au niveau des Massifs Sud saha-
riens. Ce sont : Bidens minuta B. de Miré et Gillet, Commicarpus montanus B. de Miré,
Gillet et Quezel et Tripogon multiflorus B. de Miré et Gillet,
L'origine du Bidens minuta est obscure. Aucun Bidens actuellement connu ne s’en
approche suffisamment pour être considéré comme affine. HA s’agit d’une plante hautement
spécialisée : thérophyte à cycle court, possédant un appareil végétatif capillaire, des fleurs
de taille réduite (il n’y a pas de fleurs ligulées ou exceptionnellement une); la plante lève dès
les prémières pluies et produit, en moins de 40 jours, une quantité importante d’akènes de
9 millimètres de long. Très rapidement elle se dessèche ne laissant que ses semences sur le
sol, Elle vit dans un type de sol très particulier : interstices des roches, ou regs pierreux en
pente douce comme la zone piedmont au pied des reliefs. Sa localisation est très inégale suivant
les massifs : dans l'Air elle n’existe que sur le versant occidental le plus arrosé du massif des
Bagezan, au Tibesti elle n’est signalée que dans l’Emi Koussi, mais dans l’Ennedi elle s'étend
à tout le plateau central au-dessus de 800-900 mètres. Nous l'avons également rencontrée
‘2 septembre 1963 dans le massif des Kapka à 1.000 mètres d'altitude sur le 15° parallèle
à300 kilomètres du Sud de l’Ennedi, dans une station d’arènes granitiques où les pieds, plus
Me que partout ailleurs, se trouvaient de toute évidence dans des conditions optimales
Croissance.
. Ainsi à semble admissible que le Bidens minuta soit l’un des rares survivants d’un
Yieux fond de flore (Randflora) adaptée à l'habitat rocaïlleux sec et au climat à saisons tranchées
“ais à pluie revenant à intervalles réguliers. Son aire jadis vaste se serait fragmentée à l'appa-
fon du climat désertique. Il subsiste actuellement dans les seuls emplacements où des pluies
*... éssurent sa germination chaque année. Se serait-il différencié sur place ou serait-il
iginaire des hauts plateaux de l'Afrique orientale? Mais puisqu'il n’est pas signalé au Kenya
10, Source : MNHN, Paris
148 H. GILLET
où il pourrait se trouver à côté du Chaetostichium majusculum C.E. Hubbard dont l'écologie
est identique, on retiendra plutôt la première hypothèse.
Commicarpus montanus a une répartition presque superposable : Aïr (Massif de
Bagezan), Tibesti (Toussidé et Emi Koussi), Ennedi (un pied unique, plateau central près
de Damas) et Kapka où, à l'instar du Bidens, il est plus vigoureux que partout ailleurs. Par
sa pérennité et son indument dense de poils glanduleux capités, il présente une xéromorphie
certaine, mais par ses feuilles larges, persistantes et nombreuses, ses tiges florifères élevées,
il semble au contraire adapté à une certaine mésophyllie. Aussi paraît-il lié à un climat à saisons
alternées mais comportant une saison des pluies plus longue et plus appuyée que celle qui
existe actuellement. H appartient à une lignée dont le plein épanouissement se confond à
l’heure actuelle avec la zone sahélienne et dont certaines espèces montrent un polymorphisme
accentué. Il pourrait être une espèce en voie d'extinction (il est ultra-relictuel partout),
plantée par des espèces plus résistantes à l’aridité.
Tripogon multiflorus est montagnard tout autant, sinon davantage, que les deux pré.
cédents. Récolté dans l'Air (à l'extrême Sud au Tarraouadji), au Tibesti (Toussidé) et surtout
dans l’Ennedi en de nombreuses stations, il est un élément typique des croupes au relief
arrondi du plateau central où on le rencontre à l’état disséminé, parfois sur d'assez vastes
surfaces, S’affranchissant volontiers, à l'inverse des deux autres, des ravinelles pluviales, il
apparaît comme un authentique orophyte adapté aux conditions sèches et sévères d'altitude,
Le genre Tripogon est un genre ancien qui s’est différencié sur les hauts sommets africains :
T. major au Cameroun, T. Snowdeni en Ouganda, T. unisetus en Afrique orientale; le multi.
florus ne serait-il pas alors le Tripogon des sommets Sud sahariens?
Il existe une quatrième plante dont l'absence en Ennedi pose quelque problème, !
s’agit d’un représentant du genre Rhynchosia relevant du groupe totta, groupe dont l'origine
est à rechercher sur les montagnes de l’Afrique orientale, qui s’est diversifié en R. totta DC,
— s'étendant de la Rhodésie à l’Erythrée — et en espèces affines différenciées sur les hauts
sommets des massifs montagneux : R. Lynesii Bak. et Mart. au Djebel Marrah, R. tibestica
B. de Miré, Gillet et Quezel au Tibesti (Emi Koussi, 2.000 m) et R. aïrica B. de Miré et
Gillet dans l'Air (Bagezan, 1.600 m). A première vue il semble étrange que la lignée soit
passée du Djebel Marrah au Tibesti en enjambant l’Ennedi. Ce cas est à rapprocher de celui
de Blumea gariepina DC. qui existe en Afrique orientale et australe, au Tibesti, au Hoggar
et dans l’Aïr en des biotopes dont les équivalents ne manquent pas dans notre territoire, Seules,
à notre avis, les lois du hasard peuvent intervenir pour expliquer cette carence : ces plantes,
plus ou moins relictuelles, ne se maintiennent que dans certaines niches écologiques, elles:
mêmes tributaires des facteurs d’érosion.
Mais il n'en est pas de même pour quelques genres des hautes montagnes tropicales
d'Afrique qui ont envoyé sur le Tibesti et au Djebel Marrah des lignées atteignant sur les
sommets un degré d’individualisation spécifique : Dichrocephalus, Helichrysum, Nepela,
Silene. L'absence de ces purs orophytes dans l’Ennedi n’a rien de surprenant ôi l’on se réfère
à la faible altitude du Massif.
sup-
2° ENDÉMIQUES ENNEDIENS
L’exploration systématique du Massif, poursuivie pendant plusieurs années consécu-
tives, a permis, comme il fallait s’y attendre lorsqu'on se livre à des recherches minutieuses
en région montagneuse non inventoriée, la découverte d’expèces non encore décrites. Sont-
elles des vrais endémiques? IH est permis d’en douter, aucun endémique montagnard n'étant
susceptible de se différencier sur un massif aussi bas. Nous y voyons plutôt des espèces en
voie de disparition.
Nous avons longtemps pensé qu’une certaine Cucurbitacée lianescente dioïque, stricte:
ment rupicole et localisée dans la partie la plus élevée du Massif, là où précisément se trouvent
les endémiques des Massifs sud sahariens, était une espèce nouvelle. Ses caractères sont bien
affirmés : petites feuilles trilobées, crassulescentes, réseau de tiges fines mais persistantes,
petites baies. Son habitat est fort spécialisé : elle enserre certains blocs rocheux d’un lacis
dense de tiges s’enroulant et s’entrecroisant plusieurs fois sur elles-mêmes. De plus la plante
semble se trouver à l’heure actuelle dans des conditions limites d'existence; tous les pieds
observés sont âgés, la partie vivante n’occupe que l'extrémité des rameaux, et les fais
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 149
vant pas toujours à maturité (1), la plante ne se multiplie plus. Le retour du soleil brûlant de
septembre qui surchauffe les parois rocheuses compromet sa vie végétative. La liane a toutes
chances d’appartenir à un vieux fond de flore rupestre, en voie de disparition par suite du
raccourcissement de la saison des pluies. Mais nous devons très récemment à Mie KErAU-
pren la détermination précise de cette espèce : il s’agit de Zehneria anomala C. Jeffrey (2).
Par contre, il existe un Boerhaavia qui se distingue des autres Boerhaavia de la même
façon que le Commicarpus montanus diffère des autres Commicarpus. Comme ce dernier il
est recouvert d’un indument dense de poils glanduleux capités, il émet des tiges élevées por-
tnt des feuilles larges et il est rarissime (une seule station de quelques piede). Il est pour le
moins remarquable de constater que deux genres de Nyctaginacées Boerhaavia et Commicarpus
évoluant dans les mêmes conditions écologiques aient abouti à deux types parallèles : c’est
une sérieuse raison de penser que les deux genres sont apparentés et issus d’une souche com-
mune. Leur adptation à un climat à saisons contractées complète fort bien les multiples
observations déjà faites qui tendent à prouver qu’un climat peu différent du climat soudanais
actuel régnait autrefois sur l’Ennedi.
3° ENDÉMIQUE ENNEDI-OuaAppaï
Une espèce vivace, Polygala Murati J. Félix, décrite du Ouaddaï (région de Biltine)
2 té retrouvée assez commune dans l’Ennedi, mais en altitude. À la fois rupicole et hygrophy-
tique elle est surtout concentrée le long des ravins ou des lits des petits torrents. H s’agit sans
doute d’une espèce méconnue se rattachant au lot des espèces endémiques de la région du
Darfur, Ouaddaï, Ennedi.
IX. COMPOSITION GLOBALE
En s’en tenant aux grandes divisions, la flore de l’Ennedi se présente comme suit :
Total absolu Total relatif
Élément désertique (saharo-sindien) 40 7,6%
Élément sahélien. . 94 17,8%
ment soudanien . 115 21,8%
ment tropical oriental . 79 15,0%
Élément de liaison saharo-tropical 49 93%
Élément de liaison tropical (tropical banal) . 104 19,7 %
Subeosmopolite. DRE 37 70 %
Élément endémique . . 8 15%
Total... OP PTE 526 99,7 %
En condensant encore le tableau, nous avons :
Élément saharien.. .
Élément tropical. .........
lément de liaison saharo-tropical .
Subcosmopolite.
Élément endémique
Ces pourcentages suscitent des commentaires,
. Tout d’abord, la supériorité écrasante de l'élément tropical est évidente. Ceci est en
Rafit accord avec toutes nos conclusions précédentes. L'Ennedi est tropical. Tout concourt
À démontrer, Mais que 21 % des plantes, pour un pays qui s'étend entre les 16° et 18° paral-
» Soient soudaniennes et constituent en même temps l’élément le mieux représenté est
(n fit très significatif, Les affinités phytogéographiques de l’Ennedi sont complexes, mais il
Stindéniable qu'une dominance soudanienne se dégage, si bien que le Massif apparaît comme
D Tous a fallu attendre trois années pour récolter des fruits sur des pieds soigneusement repérés.
@) Connu du Kenya, d’Ethiopie, de la Republic of Sudan et d'Arabie; Hoe sabéun de Tue Moon.
77 564022 6. 10 a Source : MNHN, Paris
150 H. GILLET
une enclave soudanienne incluse dans la zone Nord sahélienne, ou plus précisément comme
un réseau d’enclaves, chacune ayant son individualité propre. Comment ne pas être frappé
par la multiplicité des stations soudaniennes et leur originalité? Chaque station héberge so
propre lot de relictuelles, très souvent différent de celui de la station voisine. Ainsi au centre
de l’Ennedi (région d’Aoué) il exite à la cote 880 mètres au niveau de grés aquifères qui,
lorsqu'ils sont mis à jour par l'érosion, donnent des stations du plus haut intérêt, Si curieux
que cela puisse paraître, malgré leur proximité, chacune abrite des espèces soudaniennes o
même soudano-guinéennes spéciales et qui en général ne se retrouvent pas dans la station le
plus proche même si elle n’est distante que de quelques kilomètres : ainsi l’on trouve à T0.
Kouro, et uniquement là, Premna resinosa (Hochst.) Schau., à Aoué Rhytachne rottboellioides
Desv., à Fonoké Rhynchospora rugosa (Vahl) Gale, à Maya Syzygium guineense (Wälld.) DC.
Azanza garckeana (F. Hoffm.) Exell et Hillcoat et Clematis hirsuta Guill. et Perr., à Tenébe
Maesa Schweinfurthii Mez.…
L'élément saharien, par comparaison, n’est que faiblement représenté. Ceci est contraire
à l'opinion généralement exprimée par la plupart des auteurs qui, en se fiant à des impression.
ressenties à Fada en saison sèche, jugent l’Ennedi désertique. Le poste de Fada ne reflète en
rien l'ambiance du Massif montagneux.
L'analyse détaillée de la flore montre encore la prédominance étonnante d'un él.
ment oriental : 15 % des espèces sont strictement orientales et ceci indépendamment d'un
influence accentuée provenant d’Afrique orientale équatoriale (7 %, des espèces) et d'Afrique
australe (6 % des espèces), parvenue jusqu’à l’Ennedi en contournant le massif forestier guinéo.
congolais par l'Est.
L'importance de l'élément de liaison tropical est révélateur de son pouvoir d'expansion
et d’intense occupation des places vides. Il s’est installé d’autant plus facilement dans le pays
que chacun de ses représentants est suceptible de trouver un milieu à sa convenance tant est
grande la variété des biotopes. Certains d’entre eux n’ont été trouvés que dans une station
où règne un microclimat soudanais (Vesaea crassicaulis (Guïll. et Perr.) Kochne, Alysicarpus
vaginalis (L) DC., Crotalaria mucronata Desv., Commelina benghalensis L. et font fgue
de relictuelles.
X. TABLEAU RÉCAPITULATIF
Élément érémitique (40).
Élément omnisaharien (25) :
Sous-élément à souche Nord saharienne .
12
Sous-élément saharien tropical. . 10
Sous-élément montagnard . 3
Élément saharien occidental (1) 1
Élément Sahara méridional (11) fi
Élément érémitique Nord-Sud tropical (3) 3
Élément tropical.
Élément sahélien (94).
Espèces Nord sahéliennes (22) :
Élément Nord sahélien strict. 10
Élément Nord sahélo-sindien . 8
Élément Nord-Sud tropical . 4
Espèces Sud sahéliennes (5) 5
Espèces sahéliennes (67) :
Espèces sahéliennes strictes. . - 2
Espèces sahélo-indiennes.… . - 2
Espèces sahéliennes extensives
Espèces sahéliennes allant jusqu’en Afrique orientale. 2
Espèces sahéliennes allant jusqu’en Afrique australe sèche. 2!
Espèces sahéliennes s'étendant à la fois aux Indes et à
l'Afrique australe sèche 5
Espèces sahéliennes occidentales .
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 151
Élément soudanien (115).
Espèces Nord soudaniennes (11) :
Élément Nord soudano-éthiopien .
Élément Nord soudano-indien. .
Espèces Sud soudaniennes (6) :
Élément Sud soudano-éthiopien.
Élément Sud soudano-zambézien . .
Espèces soudano-guinéennes (5)...
Espèces omnisoudaniennes (19) ..
Espèces soudaniennes extensives (37) .
Espèces de liaison Sud sahéliennes-Nord soudaniennes (13)
Espèces Sud sahéliennes-Nord soudaniennes strictes PRE
Espèces allant jusqu'aux Indes. ............ 4
4
1
Espèces s'étendant à l'Afrique australe.
Espèce s'étendant à l'Afrique sèche australe .
Espèces de liaison sahéliennes-soudaniennes (14) :
Espèces de liaison sahéliennes-soudaniennes strictes 5
Espèces allant jusqu'aux Indes. . 4
Espèces allant en Afrique orientale . 3
Espèces allant en Afrique sèche australe. . 2
Espèces soudaniennes intertropicales (10) 10
Élément tropical oriental (59).
Espèces sahéliennes orientales (20) :
Espèces sahéliennes orientales strictes ..................... 8
Espèces orientales sahélo-indiennes (12) :
Espèces allant de l’Inde au Mali. 2
Espèces allant de l’Inde à l'Air 5
Espèces allant de l'Inde à l'Ennedi. 5
Espèces soudanaises orientales (2) 2
Espèces éthiopiennes (17) :
Espèces éthiopiennes allant jusque dans l’Air . 7
Espèces éthiopiennes s’arrêtant dans l’Ennedi 8
Espèces éthiopiennes allant jusqu’en Afrique orientale. 2
Espèces de souche Darfur Kordofan (12)................. 12
Espèces montagnardes de l’Afrique orientale et australe (4). 4
Espèces de JAfrique du Sud (4).................,.......... 4
Élément de liaison saharo-tropical (49) :
Espèces à concentration Sud sahélienne et Nord soudanienne (2).............. 2
Espèces à concentration sahélienne (47) :
Espèces peu extensives (liaison Nord Sahel-Sahara tropical)... ........... 11
Espèces fortement extensives (liaison Sahel-Sahara) (36) :
Espèces de liaison Nord Sahel-Sahara . 12
Espèces de liaison Sahel-Sahara. . 9
Espèces de liaison Afrique tropicale sèche-Sahara. it
Espèces panafricaines 4
Élément de liaison tropical (104) :
Espèces communes en Afrique intertropicale (26) . . 26
Paléotropicales (47) . 47
Pantropicales (31) . . 31
subcosmopolite (37) :
mopolites 0) AR 9
ocosmopolites (28) .. 28
flénet endémique (8) 8
Source : MNHN, Paris
104.
152 H. GILLET
QUATRIÈME PARTIE
PEUPLEMENT VÉGÉTAL
A. ESQUISSE GÉNÉRALE DU PEUPLEMENT VÉGÉTAL
1° RICHESSE ARÉALE
L’Ennedi bénéficie sur le plan géographique de ce double avantage d’être un carrefour
géographique et un bastion montagneux. Sa richesse floristique aréale est très supérieure à
celle des plaines qui l'entourent et même supérieure à celle des autres Massifs Sud sahariens,
C'est d’ailleurs le seul massif dont l'inventaire floristique soit connu presque à 100 %,.
Nombre d’espèces
de Phanérogames spontanées Surface
recensées (km?)
526 30.000
515 100.000
387 30.000
2° COMPARAISON DE LA FLORE DE L'ENNEDI AVEC CELLE DES MASSIFS SUD SAHARIENS
(Tiesri, Aïr)
Chaque massif possède son originalité. Le Tibesti en raison de son altitude (l'Emi
Koussi culmine à 3.410 m) possède un étage méditerranéen et un contingent important d’endé-
miques, l'Air possède un étage méditerranéen réduit mais n’a été qu’effleuré par l'influence
soudanaise, L’Ennedi a reçu une profonde imprégnation soudanienne et éthiopienne.
Le tableau suivant donne les pourcentages des différents éléments de flore pour chacun
de ces massifs (d’après QuEzEL pour le Tibesti et nous-mêmes avec la collaboration de Bat-
NEAU DE MIRE pour l'Air).
Ennedi Tibesti Atr
% % %
Élément méditerranéen. 0,0 6,5 25
Élément saharien. 7,6 17,7 13,0
Élément de liaison saharo-tropical 9,3 8,3 16,0
Élément tropical “ 74,5 40,0 56,0
Cosmopolite. 7,0 8,1 9,0
Endémique.… 1,0 10,7 1,0
a. Éléments communs.
Les participations de la flore de l'Ennedi à celles du Tibesti et de l'Air sont curieus®
ment équivalentes : 266 espèces (soit 51 %) pour le Tibesti et 286 espèces (54 %) pour l'AE-
La moitié de la flore de l’Ennedi se retrouve au Tibesti et dans l'Air. Ces pourcentages
duisent simplement la possession en commun d’un contingent important de banalités trop:
cales et de sahéliennes, grossi d’un petit nombre de montagnardes rupicoles.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 153
Nombre d’espèces de la flore ennedienne se trouvant :
Au Tibesti Dans l'Atr
Capparidacées 10 a
Nyctaginacées 5 4
Euphorbiacées . 9 9
Malvacées . . 9 10
Mimosacées T: T
Papilionacées . 22 22
Composées . 18 20
Asclépiadacées . 8 9
Acanthacées 5 5
Graminées. .. 52 55
b. Éléments différents.
Malgré cette participation commune tout à fait logique pour deux massifs dont la
proximité relative implique une évolution biogéographique assez semblable, quelques faits
surprenants retiennent l’attention. Que de nombreux éléments typiquement soudanais prés-
sents dans l’Ennedi ne se retrouvent pas au Tibesti, rien de plus normal, étant donné la position
plus septentrionale de ce dernier massif, mais que l'inverse se produise, cela ne manque pas
d'étonner. Les exemples ne manquent pas : Melothria maderaspatana, Indigofera steno-
phylla, Ficus gnaphalocarpa, Vernonia amygdalina, Carissa édulis, Jacquemontia capitata,
Monechma ciliatum, Themeda triandra, Andropogon shirensis, toutes plantes communes
au Tchad et en plaine au Sud du 13° parallèle, On s'explique mal pourquoi la vague soudanienne
qui aurait amené cet ensemble jusqu’au Tibesti n'aurait pas laissé de traces dans l’Ennedi,
territoire qu’elle a obligatoirement traversé. Devrons-nous faire appel, une fois de plus, aux
lois du hasard qui font que le maintien d’une espèce à l’état relictuel loin de son aire continue
soit un événement heureux dû à un concours particulier de circonstances ?
Autre anomalie : quelques espèces passent de lAbyssinie à ’Air en empruntant le
relai du Tibesti et non celui de l’Ennedi : Cleome paradoxa R. Br. ex DC., Abutilon biden-
tatum Hochst. en sont des exemples frappants.
Ces espèces sahéliennes strictes se seraïent-elles heurtées, au moment de leur passage,
à une barrière soudanienne recouvrant l’Ennedi, difficilement franchissable pour elles? Nous
serions tentés de le croire.
3° COMPARAISON DE LA FLORE DE L’ENNEDI AVEC CELLE pu Dyegez MaRRAH
Le Djebel Marrah occupe pour le biogéographe africain une position de choix. Culmi-
mnt à plus de 3.000 mètres et situé sur le trajet de migrations végétales allant de l'Afrique
australe à l’Ennedi et au Tibesti, il rassemble sur ses pentes élevées, ayant échappé plus ou
moins en raison de leur altitude aux vicissitudes paléoclimatiques, les témoins des change-
ments floristiques du passé. Entre l'étage inférieur typiquement soudanien et l'étage supérieur
où la flore est afro-alpine s’intercale un étage moyen. Là diluées dans les éléments monta-
gxrds, se rencontrent quelques espèces typiques des hauts sommets ennediens : Achyro-
‘line luzuloides Vatke, Lavandula pubescens Decne. (vicariant de Lavandula coronopifolia
Poir), Hypoëstes verticillaris (L. f.) Soland. ex Roem. et Schult. et l’Azanza garcheana
Æ Hofin.) Exell et Hillcoat. Elles sont toutes échelonnées entre 1.800 et 2.000 mètres au
Heu d'une zone relativement xérophile intercalée entre celle arrosée copieusement par les
er soudanaises et celle humidifiée en permanence par les nuages et les pluies dues au
Source : MNHN, Paris
154 H. GILLET
B. ESSAI D'INTERPRÉTATION DU PEUPLEMENT VÉGÉTAL
MODIFICATIONS FLORISTIQUES PASSÉES ET RÉCENTES
I. L’'ENNEDI SECONDAIRE
Tout porte à croire que l’Ennedi est émergé depuis le début du secondaire. Les premiers
indices végétaux reconnus sont des bois silicifiés du continental intercalaire, Dadoxylon
des Erdis, plante primitive du groupe des Araucaroidés. Comme les dépôts du continental
intercalaire sont signalés à la fois au Nord de l'Ennedi (Erdis) et au Sud (Ouaddaï), il paraît
acquis que ceux-ci ont recouvert notre pays et qu’ils ont été déblayés ultérieurement par
l'érosion. L'Ennedi de la fin du secondaire devait ressembler à un plateau peu élevé sur lequel
coulaient des rivières au cours lent, s’étirant en de nombreux méandres.
I. L'ENNEDI TERTIAIRE
1° APERÇU GÉOLOGIQUE
Au tertiaire l’Ennedi, tout comme le Sahara oriental, est soumis, selon toute vraisem-
blance, à ce même mouvement d’exhaussement général qui soulève le Hoggar et le Tibesti
de 750 mètres (R. Furon). Ce relèvement progressif commencé à la fin de l’Yprésien s’est
poursuivi au moins jusqu’au miocène.
Un deuxième mouvement épirogénique intervient au pliocène. Au Tibesti les vallées
sont surcreusées de 200 mètres dans les basaltes anciens (LELUBRE). I semble à peu près
certain que l’Ennedi ait été affecté par la même poussée, d'autant que la plupart des grands
ouadis du pays (0. Dougouro, O. Horta, O. Kordi, O. Nohi, O. Maya) serpentent au fond de
gorges imposantes, avec des surcreusements visibles.
20 ÉVOLUTION DE LA FLORE
Aucun fossile paléobotanique se rapportant à des Phanérogames n’a été obtenu dans
l’Ennedi. Mais de nombreux bois fossiles ont été découverts dans les régions avoisinantes et,
grâce à eux, il est possible d’avoir quelque lumière sur la flore tertiaire du pays. Dans certains
cas en effet les structures, lorsqu'elles sont silicifiées, sont suffisamment bien conservées pour
permettre une identification générique. Nous empruntons au professeur BOUREAU les rensei-
gnements suivants :
Genre Lieu Système
Terminalioxylon fezzanense Boureau 1958...... Fezzan oriental Post-éocène
Anogeissuxylon bussonii. ....... Tinrhert Post-éocène
Ebenoxylon aegyptiacum Kraïsel 1939. . Egypte Oligocène-miocène
Dombeyoxylon oweni (Carr.) Kraïüsel 1939 Egypte, Lybie (Syrte) | Oligocène et néogène
Dombeyoxylon Monodi. Mali Paléocène
Sterculioxylon aegyptiacum (Unger) Kraüsel 1939. Rio de Oro, Eocène à quaternaire
sud Tunisien,
Fezzan oriental,
désert de Lybie,
Basse Egypte, Abyssinie
Somalie, Tibesti
Sterculioxylon freulonii Boureau 1957 très proche É
de l'espèce actuelle Sterculia elegantiflora Hutch. Fezzan Post-éocène
Il y a tout lieu de croire que de ces éléments dérivent les genres Terminalia, Anogeissus,
Diospyros, Dombeya, Sterculia dont certaines espèces sont typiques de la savane arborée
dense, parsemée de grands arbres, telle qu’elle existe actuellement au Tchad sur le 9° parallèle
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 155
(vec une moyenne pluviométrique annuelle de 1.150 m répartie en 7 mois de pluie et 3 mois
réellement secs). Le Séerculia setigera Del. et le Terminalia Brownii Fresen sont même
fréquents dans les arènes granitiques un peu au Nord du 12° parallèle. Dans ces conditions
il est plausible d'admettre que dès la fin du tertiaire l’Ennedi était recouvert d’une savane peu
différente de celle qui s'étend maintenant au Nord de Fort-Archambault par exemple, et que
les soudanaises qu'il abrite encore sont issues d’espèces voisines qui étaient pour la plupart
déjà en place dès l’oligocène. L’Ennedi appartenait à ce vaste ensemble soudanien tertiaire
qui recouvrait la plus grande partie du Sahara actuel, et dont il ne reste plus de témoins,
sinon ces quelques gorges verdoyantes maintenues jusqu’à nous dans la profondeur des grès
de notre Massif. En raison du caractère caducifolié des genres actuels apparentés aux genres
tertiaires, tout laisse penser que déjà à cette époque régnait un climat à saisons tranchées.
JL paraît également vraisemblable que sur un territoire aussi immense des genres
aujourd’hui éteints se soient différenciés, et qu’en particulier une flore saxicole hautement
spécialisée ait pris possession des arènes granitiques précambriennes. Elle aurait été éliminée
par les variations climatiques quaternaires et surtout par l’assèchement sub-récent. Seul le
Bidens minuta B. de Miré et Gillet, cette Composée simple au nombre réduit de pièces florales
à subsisté en se réfugiant sur les hauteurs des massifs Sud-sahariens.
Le bloc saharien de l’époque dont le climat, si l'on en juge par la vaste répartition de
certains bois fossiles (Evodioxylon, Sterculioxylon), devait être assez uniforme, a sans doute
été largement pénétré par des courants en provenance d'Afrique australe; et en particulier
par ceux qui ont dû suivre l’arête dorsale de l'Afrique orientale et ont dû amener le Rhyn-
chosia du groupe totta. Celui-ci, coupé par la suite du berceau, se serait ségrégé en Rhyncho.
sia airica et en Rhynchosia tibestica.
De la fin de cette époque date probablement la mise en place sur le Tibesti de taxons
sdémiques orophytes (Monodiella, Helichrysum monodianum Quezel et Dichrocephala
tibestica Quezel), dont aucune trace n'existe sur l’Ennedi, sans doute parce que notre
Massif est resté pendant tout le quaternaire en étroit contact avec la zone tropicale interdisant
à ces orophytes toute pénétration, par exemple à la faveur des périodes pluviales, et aussi
parce que son altitude n'est pas suffisante pour retenir des orophytes vrais.
II. L'ENNEDI QUATERNAIRE ET NÉOLITHIQUE
1° PRINCIPALES PHASES
C'est un fait maintenant admis par tous que le Sahara a connu au cours du quaternaire
des vicissitudes climatiques. P. QUEZEL en se basant sur la flore endémique du Tibesti (56 es-
pèces) et sur les données fournies par la géomorphologie, la géologie, la palynologie, distingue
plusieurs phases qui se sont succédées; une première phase pluviale favorable à la migration
vers le Sud des plantes méditerranéennes, appelée M1, une phase tropicale T1, une deuxième
phase méditerranéenne M2 et une deuxième phase tropicale T2. Ce schéma a été confirmé
par les découvertes les plus récentes.
a. Première phase pluviale (Kaguerien, faune villafranchienne). Pléistocène inférieur.
Des gisements fossilifères précis trouvés d’une part au Sud-Ouest de l’Ennedi dans le
Nord Mortcha, non loin du Bahr el Ghazal (1) et d’autre part au Nord de 1’Ennedi à Ounianga
Kebir (2) apportent des renseignements précis. Il y a 1à un Hippopotamus amphibius de taille
nf ieure à la normale, un éléphant de petite taille, un Hylochère, tous animaux indicateurs
d'une savane arborée, entrecoupée de fossés herbeux et d’étendues aquatiques.
La similitude des faunes de ces deux gisements, distants pourtant de 400 kilomètres,
montre qu'un climat uniforme du type soudanais s’étalait sur de vastes régions englobant
Sligoirement l’Ennedi situé à mi-distance entre les deux, Cette époque arrosée coïncide,
selon les avis les plus autorisés, avec la première phase humide africaine dite Kaguerien,
“ncomitante du premier pluvial européen. Grâce à des repères récents (australopithèque du
awanie) l'opinion prévaut maintenant que cette phase tropicale humide aurait duré fort
lngtenps (près d'un million d’ennées) et serait comprise approximativement entre 1 et 2 mil.
(1) Par
J. ABaDIE, J. BARREAU et Y. CoPPENs.
(2) Par
le lieutenant PARIS DE LA BOLLARDIÈRE, Source : MNHN, Paris
156 H. GILLET
ions d'années. Les conditions éminemment favorables à la végétation qui ont régné pendant
ces nombreux millénaires ont permis, pensons-nous, la ségrégation des espèces soudaniennes
actuelles à partir des espèces tertiaires.
b. Première phase aride post-villafranchienne.
Elle est matérialisée par les ergs fossiles à sable rouge encore visibles sur le 13° parallèle
et principalement dans la cuvette du Lac Tchad. Elle n’a pas laissé de dépôts connus plus au
Nord.
c. Phases de la Mer paléotchadienne (phases pluviales du Kamasien, Kanjerien et du
Gamblien)-Pléistocène moyen et supérieur (1).
De nouveau le Tchad connaît une longue période humide. Un immense lac de plus
de 1.000 kilomètres de diamètre se constitue. C'est la mer paléotchadienne. Pendant plu.
sieurs centaines de milliers d'années cette nappe d’eau démesurée amortit les variations cli.
matiques et atténue les périodes de sécheresse relative correspondant aux interpluviaux
Grâce à une humidité permanente, une température chaude — mais sans excès (2) — très
favorable, la végétation de type soudanien-villafranchien continue à s’épanouir.
A la fin de la période, vers — 5.000 avant notre ère (diatomites datées au C 14), la
mer paléotchadienne est toujours aussi étendue et un autre lac dit des Pays-Bas du Tchad,
situé sur l'emplacement actuel du Borkou, indique une période encore plus pluvieuse (période
humide anté-néolithique de J. BArBEAU). Ses rives sont à moins de 200 kilomètres de la bor.
dure occidentale de l’Ennedi.
Au Hoggar et au Tibesti P. QuEzEL indique un climat et une flore méditerranéens
avec Cèdres, Pins d’Alep, etc.
À en juger par les énormes quantités d’eau accumulées dans la mer paléotchadienne
et aussi dans les Pays-Bas du Tchad, force est de reconnaître que les pluies étaient très abon-
dantes, L’érosion joue à plein et les ouadis de l’Ennedi s’enfoncent dans de profondes gorges,
en suivant les méandres tracés au tertiaire.
d. Phase aride anté-néolithique.
Une phase sèche arrive indiscutablement. La mer paléotchadienne se retire, laissant
des croûtes calcaires. L’assèchement, comme l’a montré Pras, se fait par paliers. Trois cordons
dunaires concentriques correspondent à trois épisodes du retrait des eaux.
e. Phase humide néolithique.
De nouveau les oueds creusent leurs lits, des déblaiements de 20 mètres ont été mesurés,
une industrie microlitique datée de — 3.450 permet de situer cette phase dans le temps. La
grande faune avec ses Hippopotames et ses Éléphants existe toujours.
f. Dernière phase aride.
Puis la désertification s’accentue, surtout à partir de — 2.750, l’eau se raréfie, les
mares s’assèchent. La grande faune disparaît.
2° FAITS GÉNÉRAUX
A la lumière des dépôts trouvés et analysés par les géologues, les hydrologues, les archéo-
logues, dans les terrains de ce long quaternaire (près de 2 millions d’années) quelques conclu-
sions générales s'imposent.
D'abord, à aucun moment l’Ennedi n’a connu un climat aussi sec que celui qui règne
actuellement. Les grands animaux soudanais ont vécu dans le Sahara oriental d’une manière
continue, semble-t-il, jusqu’à une époque très récente. Des espèces végétales soudano-guinéennes
(Vitex doniana Sweet) ultra-relictuelles existent encore, mais à l’extrême limite de leur survie.
Elles n'auraient pas résisté à un climat plus sec que le climat actuel.
Placé pendant la première moitié du quaternaire sous climat soudanais Kamasien, et
situé pendant toute la deuxième moitié dans l'orbite de la grande Mer paléotchadienne et du
(1) La dernière période pluviale, le Gamblien, se place aux alentours de — 20.000, date confirmée
par le C 14 sur des diatomites déposées par le lac.
() I est maintenant admis qu’à cette époque les glaciers africains descendaient à 1 000 m sr
dessous de leur niveau actuel et que corrélativement In moyenne de la température était plus basse de 6”.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 157
grand Lac des Pays-Bas du Tchad, l’Ennedi a bénéficié d’une humidité atmosphérique quasi
permanente. Les affinités certaines de la flore relictuelle actuelle et de celle que nous livrent
les bois fossiles sont en accord avec ces données.
I en résulte que la flore méditerranéenne ne semble pas avoir pénétré dans notre pays.
Le maintien jusqu'à nos jours d’une flore tropicale ancienne d’aflinité soudano-guinéenne qui
ne peut s’accommoder de l'hiver froid et de l'été sec méditerranéen y rend fort improbable
l'aivée d’une vague ayant une telle origine.
3° MODIFICATIONS CLIMATIQUES RÉCENTES
H pleut dans l’Ennedi. Tous les ans après chaque tornade les ouadis grossissent. Des
crues spectaculaires érodent la roche, rongent les berges, arrachent les arbres. A chaque crue
importante des arbres multiséculaires sont déchaussés puis emportés. Au rythme actuel, dans
très peu de temps les fonds des gorges vont être déboisés. Les jeunes sujets n’ont pas le temps
de s'enraciner et la reproduction des arbres est compromise, On comprend mal comment les
rdlctes soudaniennes auraient pu survivre jusqu’à nous, soumises à un tel régime. Celles-ci
vont pu croître et se multiplier que sous un type de climat soudanais comportant des pluies
étalées, le long de rivières à écoulement lent et prolongé. On assiste, les dernières données de
k pluviométrie tendent à le prouver, à un raccourcissement de la saison des pluies et à une
modification du régime des précipitations. Les pluies de type océanique ou de mousson sont
remplacées par des lignes de grains se manifestant par des tomades d’une grande brutalité
at d'une très forte intensité, Il pleut moins souvent certes, mais quand il pleut, c’est le déluge.
De plus le passage de la saison des pluies à la saison sèche se produit sans transition. En quel-
ques jours le degré hygrométrique tombe à des valeurs très basses, incompatibles avec la
fécondation des espèces soudaniennes. Celles-ci deviennent stériles,
4° HYPOTHÈSE SUR LES CAUSES DE L'ASSÈCHEMENT ACTUEL
L'installation aussi rapide de la phase sèche actuelle sur ie Sahara n’a pas manqué
d'ntiguer tous ceux qui s'intéressent à l’histoire de notre globe. Les causes premières sont
érüdemment climatiques. H n’y pleut plus ou très rarement. Cette carence pourrait être provo-
qe par la raréfaction des dépressions soudano-sahariennes (1), qui en se déplaçant pendant
l saison sèche sahélienne entre le front polaire et le front tropical déterminent les rares pluies
shariennes actuelles. A notre époque ces dépressions, qui traversent le Sahara suivant un
trjet compliqué, deviennent exceptionnelles. Il est permis de penser qu’elles étaient autre-
fois à l’origine de la plus grande partie des pluies qui tombaient sur le Sahara. Leur disparition
pourait être liée à un recul du front polaire qui autrefois, du temps où la calotte glaciaire
éit beaucoup plus étendue, s’aventurait profondément en Afrique du Nord. Y aurait
maintenant une sorte de désamorçage entre les deux fronts trop éloignés pour être reliés par
18 dépressions citées, Il ne s’agit Ià que d’une hypothèse, rien de plus.
IV. L'ENNEDI PROTOHISTORIQUE
I est certain que jusqu’à une époque très rapprochée de nous, l'Ennedi bénéficiait
d'un dimat beaucoup plus humide que celui qui y règne actuellement. II était alors recouvert
d'u végétation abondante dont celle qui subsiste aujourd’hui n’est qu’un pâle reflet, L’assè-
actuel est tout à fait récent et remonte à la période historique. Les traces de ce passé
se rencontrent partout dans l’Ennedi. Elles sont multiples. Passons-les en revue.
Villages en ruine.
De nombreux restes de villages sont encore bien visibles un peu partout dans le Massif
ds ds secteurs maintenant totalement inhabités et entièrement dépourvus d’eau collectable
St pendant la courte saison des pluies. L'emplacement des cases se reconnaît avec beaucoup
exttaé, des pans de murs ou des soubassements sont encore dressés, On imagine mal des
Popdtions installées 1à sous le climat aride actuel,
(1) Mises en évidence et étudiées par Dunigr.
Source : MNHN, Paris
158 H. GILLET
Gravures et peintures rupestres.
Elles pullulent dans les grottes et les abris sous roches et relatent des scènes de la vie
champêtre, difficilement compatibles avec les conditions présentes : vaches au pâturage, etc,
D'autres montrent des animaux aujourd’hui disparus : éléphants (Arche).
Géomorphologie.
Les effets de l'érosion fluviatile sont 1à. L'Ennedi est sillonné de toutes parts par des
gorges encaissées, creusées de toute évidence par l'écoulement des eaux. La puissance de
Gertaines gorges (300 m à Koboué, 180 m à l'O. Dougouro et à l'O. Maya) témoigne de
violence des éléments. Le processus de l'érosion régressive est souvent spectaculaire (Koboué,
Maya, Attela, Tellebourbou, etc.). De tels reculs de la falaise supposent d'énormes quanti
d'eau. De plus, les versants très raides, l'absence de terrasses élevées ou perchées sont autant
de facteurs qui plaident en faveur d’un creusement continu. Au quaternaire l’Ennedi n'a pas
traversé de périodes réellement sèches.
Relictes animales.
L'exemple le plus saisissant est sans conteste celui des crocodiles d’Archeï, qui vivent
là, véritables emmurés vivants, aux bords d’une série de gueltas dont la permanence est assurée
par une source. Nul doute qu’ils sont les lointains descendants d’une époque révolue oùkes
ouadis du pays coulaient entre les bancs de sable et étaient peuplés de familles de ces
Étant donné la longueur limitée des cours d’eau, leur écoulement implique des pluies réparties
sur la plus grande partie de l’année.
D'autres relictes, tout aussi inattendues, ont été signalées : les Galagos senegalensis,
animaux de la savane dense, ont existé jusqu’à une époque très récente près de cette mème
guelta d’Archeï. Un exemplaire a été obtenu dans cette localité par MuxaT en 1934. Un pe
golin, animal de savane boisée, a été tué en 1962 sur les bords de l'ouadi Chili. Des Varms
du Nil existent encore à Nohi Bigueur, guelta où ils sont prisonniers.
Des poissons d'espèces différentes abondent dans certains points d’eau permanents :
gueltas échelonnées le long des ouadis Koboué, Bir sultane, Kordi et gueltas permanentes
d’Aoué, Michero, Ouro Galé, Attela. H arrive bien souvent que la même espèce se retrouve
dans plusieurs emplacements parmi ceux cités plus haut, ce qui suppose fatalement dans le
passé des connexions hydrographiques disparues aujourd'hui,
De plus, la survivance des poissons dans des cuvettes relativement peu profondes
(Michero) uniquement alimentées par l’eau des pluies ou par l'écoulement du torrent surk
trajet duquel elles se trouvent suppose, et cela depuis des siècles, des pluies qui reviennent
régulièrement chaque année.
V. RELICTES VÉGÉTALES
La présence de nombreuses relictes végétales est certainement le caractère le pus
remarquable et le plus révélateur de la flore de l’Ennedi. Dans ce Massif si buriné par l'érosion
le hasard a voulu que, ça et là, des stations, en raison de leur emplacement spécial, bénéficient
de conditions exceptionnelles d'humidité, échappent à l’assèchement général et donnent encore
asile à des espèces véritablement anachroniques dans l'ambiance actuelle. Le Sahara de jadis,
celui que l’on imagine par ces images, comme étant un ensemble de vastes. prairies berbouses
coupées de marécages et traversées par des fleuves aux rives boisées, se retrouve-encare à l'état
ponctiforme au fond de quelques gorges ou de quelques recoins cachés. dans: ln partie peu
accessible de l’Ennedi. La recherche et la découverte de ces stations. perdues, dont quelques
unes n'avaient jamais été visitées par l'homme moderne (gouffre de Koboué, 0; Kouro, Tease,
O. Attela, etc.) a été l’un des objectifs essentiels de nos missions. Pouvait-il exister pour um
de la nature un champ de recherches plus passionnant que celui de ces. nausées oubliés des
quelque échancrure au cœur de 1’Ennedi.
1° RELICTES CLIMATIQUES
Toutes ces plantes, si elles sont en voie d'extinction dans notre pays, ne le sent PE
dans leur aire actuelle typiquement Sud-soudanienne. Ce sont d’authentiques-reli
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 159
déleurs homologues par des distances considérables (300 à 1.000 km ou davantage). Retenons
icles plus spectaculaires :
a. Relictes soudano-guinéennes.
— Rauvolfia caffra Sond. est celui dont le tempérament est le plus équatorial. I1 en
existe: un peuplement magnifique de 400 mètres de long à Bachikélé dans le Sud Ennedi.
— Sysygium guineense (Wilid.) DC. est très abondant au bout de la gorge de Maya,
diss:le centre Ennedi. Fait lourd de portée, un seul pied subsiste encore, accroché sur une
puoirocheuse suintante, sur le trajet de 1’O. Timidinga dans le centre Nord. Nul doute que
cæunique exemplaire est l’ultime descendant d'un peuplement ancien qui devait occuper
emamont les rives d'un ouadi spacieux, aujourd’hui réduit à un maigre torrent, coulant seule-
mnt pendant quelques heures après chaque tornade, sur une dalle rabotée, Le processus
s'éxplique facilement. Avec l’accentuation de la sécheresse et la raréfaction de l'écoulement,
lécomplexe ripicole a été éliminé, le sol non retenu par la végétation a été entraîné, le ruissel-
Jément: & mis la roche à nu. Le phénomène est irréversible,
IEfsut maintenant atteindre la frontière entre la République du Tchad et la République
cættafficaine pour rencontrer à 1,000 kilomètres plus au Sud les premiers Syzygium le long
décli: petite Sida, rivière permanente,
— TAdina microcephala (Del.) Hiern est un autre arbre ripicole peu rare, le 1ong des
rire de la zone soudano-guinéenne, Nous l'avons observé dans le Massif des Bongo aux
exirous du col Quijoux en République centrafricaine où il croît d'ailleurs en compagnie du
Ssrgum. Cette association inattendue du bord des petites rivières de basse montagne au
Nr Gubangui (sur le parallèle 8° 30) est digne d'intérêt. Il est permis d'imaginer qu’elles
offeat Fheure actuelle un cadre peu différent de celui qui devait exister dans 1’Ennedi pléis-
tooëtser 1.000 à 1.200 millimètres de pluie, 4 mois de saison sèche pendant lesquels les rivières
sentsoità l’étiage, soit asséchées ; de hauts arbres le long des cours d’eau, une savane arbustive
dimedominant une formation prairiale assez Iâche. L'Adina microcephala est l'arbre relictuel
parexellence de 1’Ennedi. Nous l'avons observé dans plus de 13 localités réparties sur tout
léMksif, y compris le versant Nord : Archet, Bachikélé, Aoué, Fonoké, Maya, gouffre de
Kélbué, Koboué, Kordi Galé, Ouro Galé, Atteln, Tenéba, Kennemena, Bimenara, O. Kouro.
Hestile meilleur indicateur des stations refuge.
— Îes quelques Vitex doniana Sweet coincés dans une crevasse à l'entrée de la gorge
dBekikélé appartiennent à la même flore. Le minuscule boqueteau réduit à une dizaine de
pdconstitue vraiment l’enciave la plus réduite possible. Enserrés entre des parois abruptes,
ifontrémssi à s’accrocher dans une poche du sable toujours humide en profondeur. L'espèce
commune au Sud Tchad en savane forestière.
— Rondia nilotica Stapf est tout aussi significatif, Élément de la savane boisée, il ne
dépems: guère, vers le Nord, le 10° parallèle. Il en existe cependant un petit peuplement de
Hhaseuns dizaines de mètres de longueur, accroché sur les rives d’un ouadi en altitude (0.
amiké} dans le Nord de l’Ennedi (7° parallèle). H a fallu le hasard de nos Pérégrinations pour
ir. Pourquoi sont-ils encore là? Peut-être que s’enchevétrant les uns dans les autres
une masse compacte — ont-ils ainsi mieux résisté à la sécheresse.
& Relctes soudaniennes.
Gsespèces remontent, tout au moins sur la bordure septentrionale de leur aire et dans
Lee sasinus jusqu’au 13° parallèle, se trouvant ainsi à quelques 500 kilomètres de
Tan Leur présence dans notre Massif n’en est pas moins relictuelle,
— Diospyros mespiliformis Hochst. ex A. DC. est l'exemple le plus frappant. Abondant
“œwelé-long des grands « bahr » du Sud et en particulier le long du Batha qui coule Est-
Mstaxniveau du 13° parallèle, il existe encore à l'état de quelques rares exemplaires âgés
ss dans l’Ennedi central. Le spectacle de ces arbres luttant contre la mort est
H est l'expression même d’une relicte en voie de disparition. I est encore
rmdmsles sept stations suivantes : O. Basso, Guelta Baatia, Erdébéché, O. Teliebourbou,
Oais,0: Dichins, gorge Maya.
Hppocrates africana (Willd.) Loes. ex Eng, liane qui allonge ses rameaux dans le
eepirdes grands arbres au bord des grandes rivières soudanaises, existe en plusieurs stations
SfEmei. La liane se défend contre la séchoresso en modifiant son port. Elle parvient en
se contracter. H Jui arrive aussi de coiffer un arbuste bas où même de roue. :
Source : MNHN, Paris
160 H. GILLET
entièrement un rocher saillant sur une berge humide. Détail important : 1’Hippocrates
accompagne très souvent d’autres relictes telles que Diospyros, Randia. Il se pourrait que ce
soit une des plus anciennes relictes comme le suggère son habitat actuel — berges des ouadis
du plateau supérieur où il est assez prospère — et son absence des gorges où ne subsistent
que des espèces en voie d’extinction.
= Stereospermum kunthianum Cham. doit sa survivance dans l’Ennedi à sa facuhé
de drageonner. II en existe encore quatre stations modestes représentées chacune par un petit
peuplement de rejets probablement issus d’anciens pieds-mères disparus : Kordi Galé, Koboué,
O. Baatia, gorge Maya, emplacements tous situés le Iong de vallées profondément enfoncées,
Tout comme le Diospyros, il semble que le Stereospermum soit plus menacé par la violence
des crues que par l'aridité actuelle. Il demeure en effet constamment à la merci d’une crue plus
violente, susceptible d’emporter les îlots sur lesquels il se cramponne. On le rencontre encore
disséminé en plaine au Nord du 13° parallèle.
__ Ja tache de Lannea humilis (Oliv.) Engl. découverte sur un haut plateau, au
hasard d’une promenade, est assez révélatrice. Elle montre qu’un arbuste typique de la zone
Nord soudanienne peut encore survivre dans l’Ennedi en dehors de tout emplacement excep.
tionnel. L'Anacardiacée est le dernier témoin de cette savane dense à épineux dominants,
telle qu’on la trouve bien constituée à 400 kilomètres au Sud dans les environs d’Abéché, où
il est l’un des éléments dominants.
— Guiera senegalensis J. F. Gmel. arbuste si banal dans la zone Nord soudanaise,
notamment dans les jachères culturales et dans tous les sols usés, se trouve dans l’Ennedi
curieusement relégué dans deux stations relictuelles; l’une est située dans la gorge sauvage
creusée par l’ouadi Maya où quelques pieds s’accrochent sur un flot limité par deux bras du
lit, l’autre est située sur le plateau déchiqueté de Bachikélé : deux biotopes bien inattendus
pour une plante psammophile dans son aire actuelle. Ne serions-nous pas en présence d'un
élément dont la patrie d’origine serait les massifs Sud-sahariens et qui aurait envahi park
suite les zones cultivées, au même titre d’ailleurs que le Faidherbia albida?
La grande mare de Soboro des hauts plateaux du centre Est de l’Ennedi se couvre,
les pluies venues, d’une végétation hydrophytique du plus haut intérêt. Là, se trouvent réunies
sur le même plan d’eau, trois plantes caractéristiques des mares d’hivernage de la région
soudanienne : Nymphaea rufescens Guill. et Perr., Aponogeton subconjugatus Schumach,
Utricularia inflexa Forssk. var. stellaris (L. £.) P. Tayl.. Celles-ci se retrouvent, sauf l'Utri.
cularia, dans la mare voisine de Bodhoué, mais sont absentes de toutes les autres mars
pourtant nombreuses du plateau Erdebé, d’où elles ont très probablement été éliminées. Il
a fallu l'emplacement spécial, au fond d’une large cuvette, de la mare de Soboro pour qu'elle
recueille chaque année la quantité d’eau suffisante permettant à ces trois aquatiques de s
perpétuer. Soboro et Bodhoué sont les deux dernières mares soudanaises de l’Ennedi. Ells
le sont encore, malgré l’assèchement climatique, en raison de facteurs topographiques locaux.
Il est difficile de proposer un exemple plus typique de station relictuelle.
Les vallées entaillées dans le plateau supérieur de l’Ennedi par les ouadis échappent
partiellement à l’aridité, grâce à l’eau emmagasinée dans le sable après les crues, et grâce
aussi à la persistance de certaines mares ou gueltas qui ne s’assèchent que longtemps après les
pluies. J1 suffit d’un seul écoulement, et partant, d’une seule pluie, pour reconstituer les réser-
ves d’eau et assurer la mise en activité des végétaux. Ainsi y trouve-t-on bien représentés
les Anogeissus leiocarpus (DC.) Guïll. et Perr., Dichrostachys glomerata (Forssk.) Chior,
Grewia bicolor Juss., Grewia flavescens Juss., Piliostigma reticulatum (DC.) Hochst., Ba
hinia rufescens Lam., et parmi les plantes basses Andropogon gayanus Kunth. D'autres sont
à l'extrême limite de leur survie et sont connus en un très petit nombre de pieds d’une seule
localité : Clematis hirsuta Guill. et Perr. [Maya], Heteropogon contortus (L.) Beauv. ex Roën.
et Schult. [Maya], Gloriosa simplex L. [Timidinga], Hyparrhenia dissoluta (Nees) C. E
Hubbard [Aoué], Tephrosia bracteolata Guill. et Perr. [O. Attela].
Le record de la rareté appartient à un Cissus, Cissus cymosa Schum. et Thon, dont
un pied unique a été repéré à Maya; depuis sa découverte le 12 octobre 1959, le spécimen
maintient égal à lui-même (1) comme le montre nos observations successives dont la dernière
(1) I est vrai que j'ai pris la précaution de le protéger sommairement avec quelques palmes pré
vées sur les Phoenix sauvages voisins,
Source : MNHN, Paris
À Stations relictuelles dans l'Ennedi lina microcephala (Del.) Hiern..
X Stations relictuelles dans l'Ennedi de Stercospermum kunthianum Cham.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 161
remonte au 17 août 1965; ceci cadre bien avec les données climatiques puisque l’Ennedi
se trouve placé depuis plus d’une décade dans une micropériode humide. Il n’en demeure
pas moins que l’Ampélidacée, qui depuis sept ans parvient tout juste à rester en équilibre,
est à la merci de la moindre accentuation de la sécheresse. C’est la relicte des relictes.
Tous ces exemples montrent combien son fragiles et précaires les biotopes qui per-
mettent à un certain nombre de plantes de J’Ennedi quaternaire de survivre encore à notre
époque.
2° RELICTES GÉOGRAPHIQUES
D’autres plantes — d’origine éthiopienne ou des montagnes du Darfur et du Kordofan —
et liées au substrat rocheux se trouvent dans ’Ennedi sur la bordure extrême de leur aire de
répartition. Reliées par un mince appendice aux Monts du Ouaddaï où même séparées du
Darfur par un vide sans jalons intermédiaires connus, elles occupent une position vraiment
excentrique. Il est tout à fait normal que l’aire d’une espèce rupicole soit morcelée quand son
habitat se trouve lui-même fragmenté et que les stations soient d'autant plus disjointes que
Jon s'écarte davantage de son centre. C’est précisément le cas pour ces plantes orientales qui
dans notre Massif se trouvent séparées du gros de l’effectif. Leur valeur biogéographique est
considérable. De plus leur aire, en pleine réduction, a tendance à se dissocier en îlots à partir
de la marge, là où les conditions sont les plus critiques, chaque flot constituant une relicte
géographique. L’Ennedi en est un.
Parmi ces espèces qui sont toutes rares signalons : Azanza garckeana (F. Hoffim.)
Exell et Hillcoat (deux stations : O. Biti, O. Maya), Combretum reticulatum Fresen (une station :
Baatia Erdébéché), Maesa Schweinfurthii Mez. (une station : Tenéba), Premna resinosa
(Hochst.) Schau. (une station : O. Kouro), Kedrostis gigef (J.F. Gmel.) C. Jeffrey (quelques
sutions éparses), et même Cuscuta hyalina Heyne ex Roth, (deux stations sur la bordure
Nord).
7 564022 6. ajfource : MNHN, Paris
162 H. GILLET
CONCLUSION
L'Ennedi appartient au monde tropical. Les pluies reviennent chaque été. Le mois
d'août est le mois le plus arrosé. IL pleut plus à l’intérieur du Massif et en particulier sur le
plateau Biti ou dans la région d’Aoué qu’à Fada (307 mm à Bourkouba en 1959 contre 148
à Fada). La végétation de l'étage supérieur au-dessus de 900 mètres est soumise à une évapora:
tion moins intense (les maximums sont de 5° moins élevés). Le retour brutal de l’Harmattan
dans les premiers jours de septembre sonne le glas de la végétation herbacée.
L'adaptation de la végétation aux conditions xériques est soulignée par le Pourcentage
élevé de thérophytes (41,3 %), mais le caractère rupicole d’une grande partie de la flore
ennedienne se concrétise par un pourcentage important de chaméphytes (26,5 %).
Avec l’arrivée des pluies le réveil de la végétation est subit, mais les graines de certaines
espèces présentent plusieurs seuils de sensibilité à l'égard de la quantité minimale d'eau
nécessaire pour provoquer eur germination. La majorité des thérophytes lèvent pendant les
quatrième et cinquième nuits qui suivent la première grande tornade. La plupart des plantes
fleurissent pendant la deuxième quinzaine d’août, mais il en est qui fleurissent au début de
la saison sèche et seulement la nuit (Barleria acanthoides Vahl).
Les principaux modes connus de dissémination des diaspores existent dans l'Ennedi
mais les espèces munies d’appendices accrochants et propagées par les animaux sont nom.
breuses. Le genre Aristida réalise un type de diaspore complexe. Les eaux de pluie et de ruis.
sellement transportent des quantités de graines de toutes origines. Les fourmis se livrent à un
travail actif de récolte et d’engrangement.
L'analyse biogéographique révèle l'absence complète d’élément méditerranéen, mais
fait état d’une part, d’une poussée soudanienne (21 %) qui traduit les véritables affinités de
la flore, et d'autre part, de la présence d’un élément oriental (15 %) qui donne à l’Ennedi
une imprégnation éthiopienne et darfurienne, ce qui est en parfait accord avec sa position
géographique.
Enfin l’Ennedi héberge encore à l’heure actuelle une flore composée d'éléments rudé-
raux qui se trouvent disséminés sur les hauts sommets difficilement accessibles, comme si
le Massif était, au même titre d’ailleurs que les autres Massifs Sud sahariens, un berceau pos-
sible pour ces plantes qui existaient bien quelque part avant que l'Homme ne les propage.
Ainsi apparaissent les multiples facettes de ce coin de planète resté jusqu’à ce jour
presque ignoré des hommes : le Massif de l'Ennedi. Son rôle biogéographique est considérs-
ble; une grande partie de l’histoire végétale africaine tertiaire et quaternaire se lit dans les
fissures de cet énorme bloc de grès, qui a servi en quelque sorte de caravansérail aux grands
courants floristiques africains. Plantes venues d'Afrique du Sud, des Indes, d'Afrique orien-
tale, d'Éthiopie, du Sahara, toutes ont pénétré dans cette citadelle, l’enrichissant petit à petit.
Riche de quelques 526 Phanérogames, la flore de notre Massif est aussi importante
que celle de son puissant voisin le Tibesti, pourtant trois fois plus vaste.
Dans les flancs de l'Ennedi, défendue par de puissantes et infranchissables murailles,
protégée des vents desséchants de l'Est, vit encore, isolée de tout contact, la même riche
florule dont se nourrissaient les éléphants et les hippopotames récemment disparus.
L'Ennedi nous livre encore au vingtième siècle des images inestimables, reflets d'une
époque révolue, celle du Sahara quaternaire verdoyant. Dans ses profondeurs, des êtres —
animaux et végétaux — y vivent depuis des siècles, voire des millénaires, à l'abri des grandes
perturbations naturelles du monde.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 163
BIBLIOGRAPHIE
Avau, J. G. — Itinéraire botanique en Afrique occidentale. Éd. Journ. agric. trop. et botan. appliquée,
1962, 1 vol. 18 pl., 236 p.
Ausrow, À. H. G. — The Ferns and Fern Allies of West tropical Africa. London, Crown agents for oversea
governments and administrations, 1959, 1 vol., 89 p.
Aves, F. W. — The flowering plants of the Sudan. 7. Buncle, Arbroath, Scotland, 1950, vol. I, 237 p.;
vol. H, 485 p.; 1956, vol. III, 579 p.
Ausevilue, A. — Climats, forêts et désertification de l'Afrique tropicale. 1949, Paris.
AwewiLie, À. — Flore forestière soudano-guinéenne. Soc. d'Édit. Géogr. marit. et col., Paris, 1950,
1 vol. 523 p.
Baxzr, G. — Notes on Thespesia. Britten’s Journal of Botany, 1897, p. 50-54.
Bæaaaur, R. P. — Précisions sur quelques plantes du Sénégal et nouveautés. Soc. Botan. de Fr., Mémoires,
19531954, p. 3-8.
Bexæavr, J. — Flore du Sénégal. Brousse et jardins (savanes de l'Afrique occidentale). Librairie Claira-
rique, Dakar, 1954, 1 vol., 300 p.
Burren, E. — Flora arabica. Rec. of the bot. survey in India, 1919.
BraquayaL. — Études d'écoulement en régime désertique. Massif de l'Ennedi et région Nord du Mortcha
— campagne 1957. Office de la Recherche scientifique et technique Outre-mer, Commission du Logone
et du Tchad, 1957, À vol. ronéotypé, 75 p. plus nombreuses cartes et tableaux. Le nom de l'auteur
2e figure pas dans le titre, mais dans un paragraphe à la page 5.
Baoux, À. F. and Massy, R. E. — Flora of the Sudan, London, 1929. 1 vol., 502 p.
Bauœau pe Mie, Ph., Gizcer, H. et Quezez, P. — A propos de quelques vestiges d’une flore monta-
gaarde africaine sur les sommets de l'Air et du Tibesti. Journ. d'agric. trop. et de botan. appliquée,
4957, vol. IV, n°5 3-4, p. 152-156.
Bars 'AnweLer (De). — Du Cameroun à Alger. Paris, 1932, 1 vol., nombreuses figures et cartes,
88p.
Cuzux, A. — Biogéographie mondiale. Presses Universitaires de France, Coll. Que sais-je? n° 590,
4961, 1 vol., 126 p.
Ciror-Rev, — Le Sahara français. Paris, 1953, 1 vol., 22 fig., 8 cartes, 12 pl., 564 p.
CGuwez (Capitaine). — Notice sur les Bideyat. Bulletin de la Société des Recherches Congolaises,
Braville, Imprimerie du Gouvernement général, année 1931, n° 15, p. 33-91.
Grue, A. — Sur les trois périodes de réveil de la nature au Sénégal. C. R. Acad. Sciences, 1930,
490, p. 14441446.
Gruuse, A. — Les productions végétales du Sahara. Rev. bot. appliquée et agric. trop., Sept.-Oct. 1932.
Carraues, A. — Étude sur les prairies de l’Ouest-Africain. Rev. bot. appliquée et agric. trop., 1934,
af 148, p. 845-892; n° 149, p. 17.48; n° 150, p. 109.137.
Grue, À. — Flore de V’Archipel des es du Cap-Vert. Ed. Rev. bot. appliquée et agrie. trop., 1935,
401, 357 p.
Crus, À. — Flore vivante de l'Afrique occidentale française. Paris, 1938, 1 vol.
= L.— The grasses and pastures of south Africa. Central News Agency, 1955, 1 vol., 493 fig.,
p.
Gas, H. — Exposé sur Le rôle que joue dans le domaine de nos flores la flore dite ancienne africaine,
Arh. &. Phys. et Nat, Genève, 3e période, XXNIII, 1892, p. 1-48 et 369.374.
W. D. — Studies in the Gramineae : VI, Sporoboleue, the Sporobolus indicus complex. Kew
Bulletin, 1965, vol. 19, n° 2, p. 287-296.
Dust, P. — Biogeography on ecological perspective. Ronald Press Co., New York, 1957, 394 p.
: P. — The grading of dispersal types in plant communities and their ecological significance,
Contributions de l'Institut Botanique de l'Université de Montréal, 1957, n° 72, p. 5-52.
Daur, M. — Rapport sur l'écologie végétale des régions arides et semi-arides de l'Égypte, d'Érythrée,
de Lybie, du Soudan, 5 oct. 1953, Paris, U.N.E.S.C.O. NS AZ 122.
Met TacxmoLM, V. — Flora of Egypt. 1950, Fouad 1 University, vol. Let vol. II.
Erer géologie, ressources minérales. 2e éd. entièrement remaniée et mise à jour, Payot,
30 fig., 313 p.
Fox, R — Réfexions sur la paléogéographie, la tectonique et Ia morphologie de l'Afrique Nord-
je. Congrès géologique international, plus comptes rendus de la 19° session, Alger, 1952,
ec XX, publié en 1954, p. 42-51. Source : MNIHN, Paris
164 H. GILLET
Gazzanr, R. — Bombarded Earth (An Esay on the Geological and Biological Effects of huge Meteorite
Impacts), 1964, John Baker, Londres, 27 pl., 20 fig., 256 p.
Gucer, H. — Quelques aspects biogéographiques du Massif montagneux de l'Air. C.-R. som. soc. de
biogéographie, fév. 1957, n° 294, p. 20-25.
Guuuer, H. — Compte rendu sommaire d’une Mission dans le Massif de l’Ennedi (Nord-Tchad) et au
Djebel Marrah (Soudan) [effectuée par H. GicLer du 20 juillet au 11 novembre 1957]. Journ. d’agric.
trop. et de botan. appliquée, 1957, n° 9.10, vol. IV, p. 458-464.
Guuuer, H. — Une enclave floristique soudanienne dans le Massif de l'Ennedi (Nord-Tchad). C.-R, Som,
Soc. Biogéographie, mars 1958, n° 301, p. 172-177.
Grue, H. — Une mission dans 'Ennedi (Nord-Tchad). Science et Nature, mars-avril 1958, n°9 26, p.12.
20.
Gizzer, H. — Sur quelques plantes relictes du Massif de l'Ennedi (Nord-Tchad). C.-R. som. s0c, de biogé.
graphie, juin 1958, n° 307, p. 63-68.
Guxer, H. — Rapport sur une Mission scientifique dans l’Ennedi et au Mourdi (Nord-Tchad) [effectuée
par H. Guuzer du 2 juillet au 15 novembre 1958). Journ. d'agric. trop. et de botan. appliquée,
nov. 1958, vol. V, n° 11, p. 768-782.
Guuer, H. — Une mission scientifique dans Y'Ennedi (Nord-Tchad) et en Oubengui. Journ. d'agre
trop. et de botan. appliquée, nov. 1959, vol. VI, n° 11, p. 505-573.
Gzzer, H. — Le gouffre de Koboué. Science et Nature, maï-juin 1959, n° 33, p. 13-18.
Gzuer, H. — Catalogue raisonné et commenté des plantes de l'Ennedi (Tchad septentrional), 1960, F4.
Journ. d’agric. trop. et de botan. appliquée, 1 vol., 6 pl., 158 p.
Gruuer, H. — Étude des pâturages du ranch de l'Ouadi Rimé. 1960, Ed. Journ. d’agric. trop. et de bot,
appliquée, 1 vol., 8 pl., 158 p.
Gzzer, H. — Observations sur l'avifaune du Massif de l'Ennedi (Tchad). L'oiseau et la Revue français
d’omithologie, 1960, vol. 30, n° 1, p. 45-134.
Guer, H. — Flore sahélienne tchadienne. Un essai d'analyse biogéographique. C.-R. Som. Soc. Biogé.
graphie, fév. 1961, n° 330, p. 8-21.
Gruer, H. — Agriculture, végétation et sol du centre Tchad. Feuilles de Mongo, Melf, Bokoro, Guen.
Journ. d'agril. trop. et de botan. appliquée, nov.-déc. 1962, vol. IX, n° 11-12, 4 pl., p. 451.501.
Guer, H. — Agriculture, végétation et sol du centre et sud Tchad. Feuilles de Miltou, Dagela, Kounr,
Moussafoyo. Ed. Jour. d'agric. trop. et de botan. appliquée, 1962, 1 vol., 18 pl., 108 p.
Grzzer, H. — Pâturages sahéliens, le ranch de l'Ouadi Rimé. 1961, Ed. Journ. d'agric. trop. et de botan.
appliquée, 1 vol., 21 pl., 210 p.
Grzxer, H. — Le mont Aloba. Science et nature, mai-juin 1965, n° 69, p. 24-35.
Guzer, H. et Bourrerz, P. — Sur la présence d’un Aristida d’Éthiopie et d'Afrique australe dans le
massif de l’Ennedi (Nord-Tchad). Journ. d’agric. trop. et de botan. appliquée, janv.fév. 1965, vol. XII
n° 1-2, p. 108-113.
Grzzer, H. et Bruxeau pe Mie, Ph. — Contribution à l'étude de la flore du massif de l'Air. Ed. Jour.
d’agric. trop. et de botan. appliquée, 1956, 1 vol., 129 p.
Guuer, H. et Quezez, P. — Le genre Oropetium Trin. en Afrique française. Journ. d'agrie. trop. et de
botan. appliquée, janv.fév.-mars 1959, vol. VI, n° 1-2-3, p. 37-58.
Grierr, J. B. — Indigofera (Microcharis) in Tropical Africa. 1958, Kew Bulletin, Additional Series 1,
1 vol., 166 p.
Hauue, N. — Monographie des hippocratéacées d'Afrique occidentale. Mémoires de PLF.A.N,, 1 vd,
1962, n° 64.
Her, H. — Four representatives of the Saharo-Sindien Element in the Flora of Senegal and Mauritanis.
1962, Kew Bulletin, 16, n° 2, p. 203-207.
Hexrarn, W. Th. — À monography of the genus Aristida. Leyden, oct, 1929.
Heprer, F. N.— Flora of West Tropical Africa by Hurcuiwson, J. and Dazzret, J. M. Second edition
by Herer, F. N., Crown Agents for oversea governments and administrations, 1963, vol. II, 1 vel,
SA p.
Hooker, J. D. et Jackson. — Index Kewensis. Oxford, à partir de 1895.
Hooker, J. D. — Flora of British India. 1897, Londres, 7 vol.
Hussarn, C. E. — Notes on african grasses : XXVIII, New Species from tropical Africa. Kew Bulletin,
n° 4, 1957, p. 58-64.
Jacques-Feurx, H. — La vie et la mort du Lac Tchad. Bull. agronomique, n° 3, mai 1947.
Jaece, P. — Les plateaux gréseux du Soudan occidental. Leur importance phytogéographique. Bull.
de PLF.A.N,, 1959, T. XXI, série À, p. 1147-1159.
Jarce, P. — Premier contact avec la flore et la végétation du pl eau de Bandiagara. Bull. del'LF.AN,
1962, T. XXIV, série À, p. 69.111.
Jazcer, P. — La vie étrange des fleurs. Horizons de France, 1963, 96 pl., 190 p.
JEAGER P. — Sur l’endémisme dans les plateaux soudanais. C.-R. som. soc, de biogéographie, décembre
1965, n° 368, p. 38-48. k
Keay, R.W.J.— Flora of West tropical Africa by Hurcæinson, J. and Dazzrer, J.M. Second édition revisti
by Keay, R. W. J. Crown agents for oversea governments and administrations, vol. L., part. 1, 195%
et part. 2, 1958, 2 vol., 828 p. en tout.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 165
Lesrun, J. = Exploration du Parc nationel Albert, Mission J. Lennux (19371938), fasc. I, « La végétation
de la Plaine alluviale au Sud du Lac Édouard. Public. de l'Institut des parcs nationaux du Congo
belge, 1947, 108 fig., 800 p.
Laws, G. — Contribution à la connaissance phytosociologique des confins saharo-marocains, Les associa-
tions à thérophytes des dépressions sableuses et limoneuses non salées et des rocailles aux environs
de Beni-Ounif. Vegetatio Acta Geobotanica, juin 1553, vol. IV, fasc. 3, 7 fig. 4 tabl., p. 137-154.
Lewe, G. — Contribution à l'étude écologique de la végétation des confins saharo-marocains. 1953,
Spæial publication n° 2 of the Research Council of Israel, in cooperation with U.N.E.S.C.O.
p. 1-5.
Læasppe, C.— Étude écologique et phytogéographique du Tassili des Ajjer. Trav. inst. rech. sahariennes,
Alger, série du Tassili, 1957, T. IL, 24 pl, 455 p
Mans, R. — Étude sur la flore et Ja végétation du Sahara central Mem. soc. hist. nat. Afrique du Nord,
1933.
Murs, R. — Flore de l'Afrique du Nord. Lechevalier, vol. I, II, IN, IV, V, VI, VII, VII.
Masson, H. — Condensations atmosphériques non enregistrables au pluviomètre. L'eau de condensation
etla végétation. Bull, de V'I.F.A.N., 1948, 10, p. 1181.
Memxüczer, H. — Révision der gattung Geigeria Griesselich. Mitteilungen der Botanischen staat.
sammlung, Oktober, 1953, München.
Moxon, Th. — Contribution à l'étude du Sahara occidental, Phanérogames. Larose, 1940, fase. 2.
Moxon Th., — Contribution à l'étude du peuplement dans la Mauritanie. Notes botaniques sur l'Adrar
(Sahara occidental). Bull. de PI.F.A.N,, avril 1952, XIV, n° 2, p. 405-449, et janv. 1954, XVI, n° 1,
p. 148.
Moxon, Th, — Les grandes divisions chorologiques de l'Afrique. Conseil scientifique pour l'Afrique au
sud du Sahara, Yangambi, 1956, 1 vol., 146 p.
Mono, Th. — The late tertiery and pleistocene in the Sahara. In : African Ecology and Human Evolution,
Chicago, 1963, 14 fig, 3 tabl., p. 119-220.
Ouve-TæiseLron, Dven-PLaix. — Flora of tropical Africa, 18681947, Londres, 11 vol.
Oæxva, P.— Flore du Sahara septentrional ct central. Centre national de la Recherche scientifique,
1958, 177, fig., 486 p.
Oæxms, Pet Quezez, P. — Les Zygophyllacées de l'Afrique du Nord et du Sahara. Trav. inst. rech. sah.,
T. XIV, 1956, p. 23-83.
Pre, F. — Ecologie et peuplement entomologique des sables vifs du Sahara Nord-occidental. 1958,
Publications du Centre de recherches sahariennes, série biologie, n° 1, 1 vol., 140 fig., 16 pl., 332 p.
Porrenss, R. — Les prairies du Complexe coenotique des Savanes du Néogène sublittoral de la Côte
d'Ivoire. Journal d’agric. trop. et de botan. appliquée, 1956, vol. IT, n° 9.10, p. 587-590,
Qz, P. — Contribution à l'étude de Ja flore et de la végétation du Hoggar. Alger, 1954, Institut de
recherches sahariennes, Mon. reg. 2, 1 vol., 10 pl., 164 p.
Qz, P.— Plantes recueillies dans le messif de l'Ennedi par M. DaLLonr, Tr. Inst. rech. Sahar,, Univ.
Alger, T. XIV, 1er et 2e sem, 1956, p. 197-199, 1 pl.
Qi, P. — Mission botanique au Tibesti, Alger, 1958. Institut de recherches sahariennes, Mémoire
n° 4, vol., 30 ph., 357 p.
Que, P. — La végétation du Sahara, Du Tchad à la Mauritanie. 1965, Gustav Fischer Verlag, Stuttgart,
72 fig., 15 cartes, 93 tabl., 4 pl., 333 p.
Qu, P. et Savra, S, — Nouvelle flore de l'Algérie et des régions désertiques méridionales, Editions
du Centre national de la Recherche scientifique, T. I, 1962; T. II, 1963, 42 p., nombreuses pl, 1170 p.
ln, À — Flore et végétation des environs de Kayar (Sénégal) : de 1x côte'au Lac Tanmn. Annals
de le Faculté des sciences de l’Université de Dakar, année 1963, T. IX, 24 fig, 12 pl p. 121-231.
Roc, M. — Études d'écoulement en régime désertique. Masdif de l'Ennedi, campagne 1958.
ORSTO.M., O.C.R.S., Commission scientifique du Logone Tchad, déc. 1958, 1 vol. ronéotypé,
80 p. plus nombreux tableaux et annexes. Le nom de l’auteur ne figure pas dans le titre, mais est
mentionné dans le texte à la page 1.
Roc, M. — Etudes d'écoulement en régime désertique. Plaine du Mortcha et massif de l’Ennedi, cam-
paene 1959. O.R.S.T.O.M., O.C.R.S., mars 1960, 1 vol. ronéotypé, 80 p., plus 5 pl. ph. et nombreux
tableaux et annex
Rosso, S. — À revision of the genus Sphaeranthus. Hookers Icones Plantarum, 1954, t. 3.505 B,
vol. VI, part. 1.
»R.— Végétation et flore des Monts Nimba. Vegetatio Acta Geobotanica, 1951, vol. III, fasc. 6,
p.
Ti éstion et flore de la région montagneuse du Nimba. — Mem. LF.A.N, 1952, Dakar,
» 42 fig., 24 pl., 582 p.
jen B.E. — The genus Bidens. Field Museum Nat. Hist,. 1937, Chicago, vol. XVI.
“aber ML. — Les Pteridophytes de l'Afrique intertropicale française. Mém. L.F.A.N., Dakar,
13, suite in « Mélanges biologiques », id. 1957.
GA Une mision scientifique de l’Institut de Franco en Afrique centrale (Tibest, Borkou, Ennedi).
CR 4e sciences, 9 mai et 2 juin 1919, 168, p. 964.988 et 1.0814.085,
Source : MNHN, Paris
T7 564022 6. FE
166 H. GILLET
Tiuso, J.— Du Lac Tchad aux montagnes du Tibesti. 1926, Paris, 1. vol. imprimé par l'auteur, 10 pl,
et cartes, XI + 92 p.
Trocarn, J. — Contribution à l'étude de la végétation du Sénégal. Mém. L.F.A.N., 1940, n° 2, 1 voi,
29 pl., 433 p.
Trocwarn, J. — Accord interafricain sur la définition des types de végétation de l'Afrique tropicale,
Bull. Inst. Et. Centraf., 1957, 2, p. 55-93.
Tumeur. W. B. and Mizne-Renean, E.— Flora of tropical enst Africa. Onagraceae (1953), Pedaliacene
(1953), Chenopodiaceae (1954), Caryophyllaceue (1956). Crown agents for oversea governments
and administrations.
Vmor, R.— La végétation canaque. Mémoire du Muséum national d'Histoire naturelle, série B, Bota-
nique, T. VII, fascicule unique, 1956, 400 p.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 167
LISTE DES NOMS GÉOGRAPHIQUES CITÉS
et mention de leurs coordonnées
Les noms indiqués ci-après sont ceux utilisés par les habitants du pays, et plus spécia-
lement par ceux qui circulent à travers le Massif et y vivent dans des campements provisoires,
Ils sont donc en langue gorane. Le nom s’attache assez souvent à un point précis, comme un
bloc rocheux remarquable par sa forme (Nordaemanna, Tegouli, Aloba, Ouagif), une source
{Aoué, Timidinga, Ouro Galé, Kordi Galé), une guelta importante (Guerria, Akiabané, Koubé
Basso), où une mare temporaire (Bodhoué, Soboro), mais le plus souvent il désigne un oued
ou une portion d’oued ainsi que les régions immédiatement avoisinantes. Dans l’Ennedi le
moindre oued porte un nom, dans certains cas connu seulement d’un petit groupe d'habitants.
Si l'oued est important son nom change suivant la partie intéressée (exemple Nohi Chilio,
Nohi Mahamé, Nohi Daïba, Nohi Ohi, Nohi Bigueur, etc.).
Les coordonnées mentionnées ici, lorsqu'il s’agit d’un secteur ayant une certaine étendue,
s'appliquent à la station même où les observations et les récoltes ont été effectuées.
Longitude Pages
Noms | Latitude
17045" 23010 22, 58, 1%.
17203 2237 59.
17029 22024 121,129,
16045 22013 5, 27, 44, 50, 54 73, 85, 86, 93,
108, 127, 129,145, 146.
16059" 21051 93,90.
1708 21055 14, 15, 32, 74, 76.
17127 220017 14, 15, 20, 24, 25, 34, 39, 40,
58, 62, 76, 90, 140, 146, 150,
158, 159, 160, 162.
1654 21054 9, 14, 51, 92, 128, 158, 159.
1743 220107 25,123.
1700 219507 35,48, 74, 99.
170 31'env. 220 25/ 88, 90, 93, 96.
17025 22011 82, 129, 158, 159, 160.
16057 22006 86, 87.
172417 22034 159,160.
17024 22005 159.
16031 2221 4,9, 14, 20, 21, 24, 25, 28, 38,
39, 52, 81, 82, 85, 86, 87, 127,
129, 141, 159, 160.
1754 21041” 29, 51,91.
1710 220497 45, 77, 100, 103.
16046 21053 85.
17014 22022 88,91, 159.
1640 23004 38.
1704 2232 83.
17038 22055 73,97.
1707 22002 92,159.
AG 01 2254 24,83.
17042 22005 25,98.
17042 22022 91,98, 158.
Source : MNHN, Paris
114.
168 H. GILLET
Noms | Latitude | Longitude Pages
Biti Erténé 17012 2203 74,83.
Biti Kataedaekiélé 17042 220067 14,15, 89, 90.
Bit Kourtadié. 1mi4 2213 O1.
AToi# 2215 32,34.
17015 2213 89,08.
1707 2226 25, 57, 59, 87, 90, 160.
1710 21053 14,15, 25, 76, 90, 93, 162.
1654 2228 44, 52, 86, 87, 90, 96, 99.
16950 2221 87.
1702 22034 57, 84, 89, 91, 148.
1650 21028 4,9, 32, 58, 72, 121, 127, 19,
145.
Dichina O. 170 25/env. 220 17 % 88, 100, 159.
Diekouelé 16059 210 567
Diona 17252 22039 4 se
Djali 1655 21056 55.
Djokolo, voir Koroni.
Djorma. 1725 22000 32, 47, 74, 90, 93.
Dougouro 0. 32, 47, 74, 154, 158.
17002 21041 14,15.
1717 220467 35, 47, 73, 74, 84, 88, 90, 90.
7117 21048 83, 85, 96.
17025 22204 84, 89, 90, 140, 159, 161.
1701 21005 87.
1117 2035 4, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 48,
19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 27, %,
29, 30, 31, 37, 38, 40, 49, 5,
52, 56, 58, 76, 78, 92, 107, 12,
126, 150, 162.
1710 2202 150, 159.
17004 2227 11, 26, 27, 32, 34, 39, 87, 94, %.
1658 22027 83,90.
16049 2o50 54,83, 85.
1702 2235 81,88.
2229 16018 4, 52, 83.
1652 2212 3
16050 232% 73.
16054 21054 103.
16051 22018 134, 146.
16050 2234 25, 27, 32, 33, 37, 45, 57, 59, &,
87, 88, 96, 97.
17021 22919 ® 88, 121, 129, 159.
16047 22024
17034 21936 Es 74.
1726 92203 32, 57, 82, 88, 96, 97, 98, 10,
121, 129, 158, 159, 160.
1659 23023
1638 2204’ 88,154, 158.
17036 22006 82, 89, 100, 159, 160.
Koroni (= Korouni) 17011 22207 34, 52, 88, 80.
Korrou TO. 16037 23000 27, 32, 87, 93, 121.
Kossomaba. . 1707 2057 21, 29, 24, 25, 27, 29, 83, 85,88,
56, 77, 78, 84, 92.
Koubé Basso. 1716 22022 14, 25, 27, 35, 37, 40, 83, &
146.
Kourien Doulien.… 17207 21938 14,108.
Kouro. Bu 1717 2Mo54 32, 57, 82, 104, 140, 150, 18
159, 161.
16041” 2204 32.
17040 2252 97.
AT44 2035 51,107.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 169
Noms | Latitude Longitude Pages
170 45° 220 39 54, 73.
1709 22003 4, 15, 24, 37, 39, 40, 57, 58, 82,
91, 121, 129, 137, 140, 146, 150,
154, 158, 159, 160, 161.
169 59’ 220 28
170 36” 220 28 88.
17 13 220 38 47, 57, 90, 99.
170 39° 22029 48, 54, 57, 73, 81, 88, 80, 90,
96, 97, 158.
170 29° 230 10° 32, 34.
170 38’ 210 46° 1.
170 10 220 37 59.
170 1’ 210 23 120, 128.
170 55° 21° 45’ 13, 52, 90, 91.
160 55’ 220 10° 158.
169 49’ 219 57 14, 41, 48, 74, 86, 128.
1653 22007"
169497 220017 32, 43, 45, 46, 74, 89, 90, %6.
160 48’ 21° 58° 35, 42, 45,
16° 52’ 22° 01”
170 12 210 41° & 15.
17015 21037 47, 74, 84, 90.
170 00’ 220 14 86, %6.
170 46 220 51 90, 96, 97.
17005" 22036 87, 90, 91, 104.
170 47 220 15’ 25, 74.
170397 22019 57, 73, 88, 158, 159.
17 23’ 22929 83,159.
16° 337 220 14 21, 24.
16042 22019 14, 20, 25, 86.
160 44 22022 22,25, 27.
170017 220317 25, 52, 57, 58, 59, 81, 89, 96,
oral 160,
16045 21053
17005 21044 &
16° 41° 220 50° _ 46, 74, 86, 87, 93, 96, 97.
170037 21057
170 28 220 25° ® 96, 98, 158, 159.
17006 22002 15, 150, 158, 159, 161.
17019" 22019 159, 160.
170 10 21° 57° 76.
170 20’env. 22° 30” 32, 34, 41, 47, 57, 88, 88, 90, 96.
17009 22021” 86.
16948 22005 85.
170117 21047 14, 15, 25, 32, 34, 73, 74, 83, 85
170 15’ 21051 47, 74, 88.
17036 22008 25,88, 90, A.
170 28 220 19° 88.
Source : MNHN, Paris
L’ENNEDI
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE
8 édÉcËA 8 êé
Lx LÉ
Dodilel
EE;
" SES ECS 'E
ep uoruou 2048 ‘ojjiluez 1ed se9sse[2
Nnv319VL
S3a 1VU3N39
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
“uaraues “ueqd 4)
apeordorroqut onbupy “ueyd 4)
preuSequouur FequarIO UOToUES 8 47)
"prueno uarours ge
“ueyd 49
"UATURPNOS J9 UOTE “eL
“pordonueg “eL
-uerdorq ns 4)
“aAISuAIX9 240es ofeordon onbuyy “ueqd 4)
“apeoidomoqur enbuyy “eL
U9IFeuL0G ‘Ud oueu
apensne 24025 anbLIFY 19 UE ;Ud ou |
rapensne 24995 onbLIFY 19 USHQUES | ‘ms 4)
auBLIFE PRG 19 2 HUE) 2[ESLO(] | ‘Ad æu
eAISU9YX9 2499 apnordon onbuyy “uegd 4)
Fw1don 2IeYeÇ-JOURS PION UOSIBFT |
‘pordonueg | “ueqd 4)
“usTpur-0[e4es “ueqd 4)
“uardorgyz “ueyd 4)
“UOIPUT-OFJUES PION dons
"UTPUT-O[QUES PION °L
“FAUOLIO USE PION ‘eL
“apequauo onbuFY 19 uerpur-CfaueS ‘Ad onu
"uarpur-0fpueS ‘4d ru
"ualUepnos PION ‘UHSUES PAS ‘Ad ou
‘uaIz2QuIEZ-OU8I9p-OUEPNOG yd onu
“pordonogpeq “2L
“aperdonequt anbyy S XL
"perdon ereyeS-FyeS PION UOSIETT 9 ‘d 4
“ueIUPpROS PION ‘UST9UES PNG ‘Ad oueu
QURBOLENUL 9f8S10(] ‘USdONI "Hd 09m
"qeueuO uerxepnos ‘Ad su
“apaueuo onbuyy 12 ueroues “Ad ouvu
“uegum$-ougpnog ‘Ad os7u
“uaqum$-ouepnoS ‘Ud 0squ
epexouo onbuyy ‘uejopioÿ ‘uordorqy 3
‘prdoniqns 39 peotdozg 81
‘Frdonueg SL
‘ueJop10 3 E.
‘# 4
DU MASSIF DE L> I
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL
“uardorqry “md
“opeordoueoqur onbuyy “mf4
repenisne onbuyy ‘d
‘Jsuorxe ueroueS | © no 9 ‘md
“peoIdon e1EEG-JeU8S PION UOSIETT ‘md
“opensne 04925 onbLFY 19 USTFSUUS ‘8L
“USTUEpnOS 19 u2r94eS “oL
‘usTuepnog “2L
"FEULIO u9Tuepnos ‘as 4)
“uaTuepnos-09fE "e y)
"USTUEPnOS 12 uOTeUES "oL
“perdono9teq “L
“FRueuO uoroyes "oL
rapeyaeuo onbuFy 19 ueraqes pns ‘dL
‘ueruepnog ‘8 4)
“enbrugpuz ‘8L
“2499S 2U0Z ue [PIdOQUEZX ‘8 )
“2AISUYX9 o42es opwordon enbuFy ‘8
‘pwidon ereyes-poyes PION UOsterT ‘088 y)
"USLIEYES PION ‘dL
“uorppues p1o “ueqd 4)
“UATPUT-O[9UES PION “2L
"U9TPU-OFQUES p10 “L
apensne oy9es onbuiFy ‘uerpur-OFpues uvyd 4)
“opeuono onbuyy ‘usrpur-0pqes ‘oL
‘pidon pnç-pioN enbarmorg "eL
“uaTugpnos PION ‘uoroges PRS ‘dL
"USTPUT-OSUES ‘eL
‘JsuaIxe uotpur-0oyES “eL
“apordoryioqur enbuyy "L
"UOT9YES “2L
"EIEYRS-JOU8S PION uosterT | ÿ no Ç ‘ms y)
“epensne o42es enbuFY 19 uoroueS ,
"FEU ExeyES ‘ms 4)
‘HSIUEPNOS 19 UOIEUES 2,
“apequoro onbuFy 19 usTuepnos PION ‘UOIeUEs PR 1
“UIRUES PION ‘dx
roprueuo onbupy ‘uordonmpy | € no “ueqd 47)
“HOLIEYES PION ? ‘dL
sn" ‘D EF
“pordonoga L
“FPIdORQUE uerrepnos ‘d or
‘FueuO uorpur-cpues ‘44 osqur
‘UTUSPNOS PLON ‘4d our
“uerpur-oppues png “Yd ou
“ExepRS ‘joues ‘Id su
uerdorpy ‘“Yd onu
“ages epeordon enbuyy “Hd 0sgur
“uordonpy ‘44 or
“FAUUO uoreues z ‘Id or
“EIERS “[eUeS PION ‘Xl CHU
“HOTUBpNOS [8140709764 L: “Ud ou
“uaruepnos “Yd ox
“epeordomraqur enbuyy *oL
"USTJQUES-PION S “ueqd y)
Frdonueg 2 “m4
“UeTpur-OFoUES "eL
“epordonaequ onbuyy S “eL,
‘ueruepnog & ‘Hd ou |
“HATPUIS-01E4ES 9 “dL
‘ueruepnos pwrdonogpeg 4 “Hd HT
“amodowuso2ouE], no “m4
uarpur-0pyqes 9 “eL,
‘HOTPUT-OJ9UES 9 “eL
‘Fe1dono9teq ‘ns
uatpeues “m4
“pridonuex
“Feordonogreq
‘eEnSnE 39 SJAUOLIO 2U0es en buIFY 19 USUES
"epensne 9q9es onbuyy 19 uoroyes
!
3
ä :
| CA tb
lÉS| sésasééé
“FUOIPHQUI EIEHES
‘pordon ereyes-uoroues PION UOSreTT “MYd
'EIEUES-JOUES PION UOSIETT ‘my
“BIeyeG-2801d01Hout nbLIFY UOSIETT “ueqd q
‘eyoes epensne onbuyy ‘uerpur-Ofoyes PION ‘my
"USLIEYRS PION Eu
"UOLIEUES PION ‘m
“USTU8pNOS }9 USIPUT-O[9UES ‘MY
= “ayqodowuso") a
epaueno onbuyy ‘usages “a,
‘uejopioy ‘usrdorqi} a
5 "UOTIEUES S ",
dé “eyoes ajensne jo opequouo anbuyy ‘uoruepnog g "e,
À "UOUVUES PION “ueqd 4)
& “epauouo onbuyy ‘uorpur-ouspnoç "eL
"pordonoEeg ;
É "Frrdon09fe4 "088 1)
“uoroges | ‘ns 4)
£ “RIdonopE4 “md
= “298 peordonogfeg 2
Es “opordomeoqur enbuyy | no c
ë ‘suauRES pnS SHSsej] on brume puy
"FTU2pL00 EIEYES Id
"AUTRONFENUIO 9[8S10(] ueyd y)
‘usruepnos png Oxo
“uarpaues pnS
Ë eperueno onbuyy ‘ueruepnog qns wo
‘pordonueg y)
à "uaTuEpnoG ns 4)
L 333
S 3 buse
| É de
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU
L’ENNEDI
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE
184 H. GILLET
INDEX ALPHABÉTIQUE DES ESPÈCES
Certaines espèces, bien que présentes dans l’Ennedi, ne sont pas citées dans le texte
Ce sont en général des banalités tropicales à grande aire de répartition. Nous avons cru bon
de les faire figurer quand même dans cet index, ne serait-ce que pour faciliter la recherche
du nom d’auteur.
Les noms indiqués ici sont ceux qui figurent dans la « Flore of West Tropical Africa»,
deuxième édition, révisée par R.W.]J. Keay et F.N. Hepper. Toutefois dans certains cas ds
noms consacrés par un long usage, mais non retenus dans la nouvelle édition de la flore, ont
été utilisés. Dans ce cas la synonymie est mentionnée et le nom ancien figure entre parenthèses
(la pagination est alors inscrite en face des deux noms, sauf si ceux-ci sont voisins dans l’ordre
alphabétique).
Pages
Abutilon bidentatum Hochst.… 153.
Abutilon fruticosum Guill. & Perr. 64, 96, 144.
Abutilon pannosum (Forst. £.) Schlechtend.) (= A. glaucum G. Don). 64, 144.
Acacia flava (Forssk.) Schweinf. 66, 144.
Acacia laeta R. Br. ex Benth. 53, 66, 82, 83,
120, 140.
Acacia mellifera (Vahl) Benth 53, 66, 76, 8,
83, 92, 130, 141.
Acacia nilotica (L.) Wild. ex Del.
Acacia scorpioides (L.) W. F. Wight var. nilo-
tica (L.) A. Chev.. 66, 84, 144.
Acacia nubica Benth. .
Acacia raddiana Savi. 66, 76, 71, B,
84, 101, 45,
Acacia senegal (L.) Wilid
Acacia seyal Del...
Achyranthes argentea Lam.
Achyrocline luzuloides Vatke 64, 88, 104, 130,
142, 153.
Actiniopteris australis (L. £) Link. 139.
Adiantum capillus.veneris L.
Adina microcephala (Del.) Hiern.
138, 159, 160bis.
Aerva javanica (Burm. £.) Juss. ex Schult.…................ ts 46, 78, 115, 118,
144, 146.
(= Aerva persica (Burm. £.) Merrill.) "e 123, 127, 128.
Aeschynomene indica L.. 80, 104, 145.
Albizia sericocephala Bent] 67, 83, 130, 140.
Altemanthera nodiflora R. Br. 54.
Alternanthera sessilis (L.) R. Br. ex Roth. 63.
Alysicarpus vaginalis (L.) DC. 14, 150.
Amaranthus graecizans L. . 121.
Amaranthus viridis L.
Ammannia aegyptiaca Wild.
Ammannia senegalensis Lam. . 125, 126.
Andropogon gayanus Kunth.. 64, 145 160.
Andropogon schirensis Hochst. ex. A. Rich. en 0
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI
Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill. & Perr....................................
AnthephoraHochstetteri Nees ex Hoscht
Anticharis arabica Endi..
Anticharis glandulosa As
Anticharis linearis (Benth.) Hochst. ex Aschers.…..............................
Aponogeton subeonjugatus Schumach....….................................
Aptosimum pulimum (Hochst.) Benth.… .
Argyrolobium abyssinieum Jaub. & Spach
Aristide acutiflora Trin. & Rupr
Aristida adscensionis L.
ML clia Desios nues rene ennmensee nes See An
Aristida funiculata Trin. & Rupr.. .........................................
Aristida hirtigluma Steud. ex Trin. & Rupr..................................
Aristida hordeacea Kunth..
Aristida longiflora Schum . .
Aristida meccana Hoscht.
Aristide mutabilis Trin. & Rupr............................................
Aristida pallida Steud.……
Aristida papposa Trin. & Rup
Aristida plumosa L
Aristida pungens Des!
Aristida rhiniochloa Hochst.
Aristida stipoides Lam. ..........,.,.........,,..,,,,,,,4ésecesessess
Aristolochia bracteolata Lam.
(= Aristolochia brachteata Retz).
Amebia hispidissima (Sieber ex Lehm.) DC.
Astragalus Vogelii (Webb) Bornm.....
Astripomoea lachnosperma (Choisy) Meeuse .
(= Astrochlaena lachnosperma (Choisy) Hallier).
Atraclytis aristata Battandier............
Arno garcheana (F. Hofim.) Exell & Hillcoat
(= Thespesia garckeana F. Hoffm).
Balanites aegyptiaca (L.) Del...
DA noonhontes Val... itsesissesssssntineneistensnces
Barkria Hochstetteri Nees .
inia rufescens Lam...
Bergia ammannioides Heyne ex Roth
Bergia mairei Quezel
Bergia suffruticosa (Del.) Fenz.
minuta B. de Miré & Gillet .
185
Pages
66, 67, 74, 78,
84, 138, 160.
60, 61, 121, 141.
73, 115, 123,
126, 127, 128,
136.
57, 58, 75, 137,
160,
59, 92, 94, 135.
64, 130, 133.
64, 73, 133.
73, 80, 100, 121,
145.
61, 72, 97, 107.
145, 130, 144,
110, 115, 117,
135.
8, 107, 115,
116, 136.
136.
65, 115, 117,
130, 136.
73, 80, 87, 97,
123, 127, 128,
136.
61, 80, 115, 144.
22, 81, 87, 107,
127, 136.
107, 133.
62, 134.
88, 100, 117,
141.
13, 45, 73, 74,
T9, 80, 135.
63, 140.
91.
65, 140.
54, 132.
46, 54, 89, 104,
130, 140.
64, 92, 133.
142, 150, 153,
162.
66.
66, 67, 75, 128,
144.
78, 90, 93, 95,
162
88, 135, 136.
66, 138, 160.
63, 91.
94, 118, 121,
147, 155.
81, 110, 114
130, 145,
Source : MNHN, Paris
186 H. GILLET
Blainvillea gayana Cass...........................................,.......
Blepharis linariifolia Pers
Blepharis persica (Burm. f.) O. Kt
(= Blepharis edulis (Forssk.) Pers.)
Blumea aurita (L. f.) DC.
Blumea gariepina DC.
Blumea perrottetiana DC
Boerhaavia coccinea Mill.
Boerhaavia elegans Choisy.
Boerhaavia repens
Boerhaavia sp. nov.
Boerhaavia viscosa Lag. & Rodr….
Borreria compacta (Hochst.)/K. Schum.
Borreria ocymoides (Burm. £.) DC.
Boscia angustifolia A. Rich.
Boscia salicifolia Oliv..
Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir.
Bouchea plerygocarpa SCA...
voir Svensonia laeta (Fenzl) Moldenke
Brachiaria deflexa (Schumach) C. E. Hubbard ex Robyns.
Brachiaria glauca Stepf
Brachiaria Hagerupii Hitchcock. ..........................................
Brachiaria ramosa (L.) Stapf. …...........................................
Cadaba farinosa Forssk
Cadaba glandulosa Forss
Calotropis procera (Ait.) Ait. f................................. Sato uitess
Capparis decidua (Forssk.) Edgew. ...................................... ne
(= Capparis aphylla Heyne ex Roth)
Capparis galeata Fresen.…
Caralluma Dalzielli N. E. Br
Caralluma retrospiciens (Ehrenb.) N. E. Br
Cardiospernum halicacabum L.
Carissa edulis Vahl.
Cassia absus L.…
Cassia italica (Mill.) Lam. ex F. W. Andr........................... DONC
(= Cassia aschrek Forssk. — C. obovata CoHad.)
Cassia nigricans Vahl
Cassia occidentalis L.
Larsla sen ess pone ere nes vo pioén à 8 ef mes sa ee en she oise
(= Cassia acutiflora Del.)
Cassia tora li... cesser ssrereseesesseseeeeeresersesesesnenness
Celosia populifolia Moq.
Celosia trigyna L.…
Cenchrus biflorus Roxb.
Cenchrus ciliaris L............
Cenchrus Prieurii (Kunth) Maire
Pages
89, 110, 130,
1
94, 144.
54, 70, 1, 73,
80, 94, 102,
127, 135.
66, 72, 84, 135,
66.
66, 84, 120, 1%,
130, 136.
107.
54, 145.
54, 74, 129, 130,
135.
66, 128, 139,
61, 65, 78, 128,
13
46, 66, 99, 104,
144,
66, 120, 128.
65, 78, 140.
63, 137.
63, 133.
55, 71, 75, 145.
13, 102, 103,
124.
64, 102, 144.
104, 121, 136.
64.
46, 70, T4, 80,
89, 102, 103,
130, 145.
65, 121, 14.
410, 113, 221,
123, 187.
61, 107, 113.
73, 74, 107, 136,
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 187
Pages
Centaurea senegalensis DC. 62, 136.
Centaurium pulchellum Hayek subsp. .) Maire. 131.
Centella asiatica (L.) Urb............,...... B.
Ceratotheca sesamoides Endi.
Chactostichium majusculum C. E. Hubbard. 59, 142, 148.
Chascanum marrubiifolium Fenzi ex Walp. 64, 76, TE, 87,
135.
(= Bouches marrubiifolia (Fenzl ex Walp.) Schau.)
Chenopodium murale L..
147.
Chloris virgata Sw. (= Chloris barbata Sw. 79, 87, 109, 121,
123, 124, 130,
145.
Chrozophora plicata (Vahl) A. 63, 136.
Chrozophora senegalensis (Lam) A. Juss. ex Spreng. 66, 139, 144.
Chysopogon Aucheri Stap£ var. quinqueplumis (A. Rich.) Stapf Jus, ex Spreng... 76,97, 107, 115,
123, 124, 130.
Cienfuegosia digitata Cav.. 136.
Cissampelos mucronata A. Rich, 63, 138.
Cissus cymosa Schum. & Thonn. 14, 75, 137, 160.
Cistanche phelypaea (L.) Cout 68, 75, 92, 99,
Clematis hirsuta Guüll. & Perr.…. 75, 137, 150,
160.
Cleome arabica L..….…........ 144,
Cleome brachycarpa Vahl ex DC. 51, 62, 144.
Cleome monophylla L.. 94, 136.
Cleome paradoxa R. Br. ex DC. 153.
81, 136.
53, 64, 104, 136,
54, 136.
46, 78, 104.
Coxrulus pendulus (J. R. et G. Forst.) Diel 67, 144.
Coelachyrum oligobrachiatum A. Camus. . 97, 104, 133.
(= Coelachyrum brevifolium Necs)
Colocynthis vulgaris Schrad . 55, 144.
Conbretum aculeatum Vent . 52, 66, 83, 107,
136.
66, 82, 107, 108:
140.
Combretum reticulatum Fresen 66, 82, 142, 161.
Commelina albescens Hass. 56.
Commelina benghalensis L. 150.
à Gillet et Quezel.... 147, 148, 149.
63, 119, 144.
66, 78, 138.
66, 141.
Comvoloulus glomeratus Choisy. 63, 140.
microphyllus Sieb. ex Spreng 63, 93, 136.
Convolrulus rhyniospermus Hochst. ex Choisy. ,
Conso cegyptiaca (L.) Ait.
G us corallinus (Naud.) Cogn . 63, 141, 142.
Coichonia decumbens (Forssk.) Exell. 63, 128, 134.
Crus depressus (L.) C. Christensen: 63, 96, 144.
= Corchorus antichorus Raeuschel
olitorius L. 43, 145.
irus tridens L, 102, 145, 146.
Gris Rothii Roem. & Schul 15, 52, 66, 68,
72, 78, 83,
120, 130, 139.
92, 132, 134.
51, 54, 91.
54.
59.
4 66. Source : MNHN, Paris
188 H. GILLET
Crotalaria laburnifolia L.
Crotalaria microphylla V:
Crotalaria mucronata Des.
Crotalaria podocarpa DC.
Crotalaria senegalensis (Pers.) Bacle ex DC.
Crotalaria thebaica (Del.) DC.
Croton lobatus L..….
Crypsis aculeata (L.) Ait.
Ctenolepis cerasiformis (Stocks) Nau
Cucumis ficifolius A. Rich...
Cucumis melo L. var. agrestis Naud.
Cucumis prophetarum L.
Cucumis pustulatus Hook. f.
Cuscuta hyalina Heyne ex Roth...
Cyamopsis senegalensis Guill. & Per
Cymbopogon commutatus (Steud.) Stapf.
Cymbopogon schoenanthus (L.) Spreng.
Cynodon dactylon (L.) Pers:
Cyperus aristatus Rottb..
(= Mariscus aristatus (Rottb.) Cherm.)
Cyperus bulbosus Vahl.…
Cyperus conglomeratus Rottb.
Cyperus effusus Rottb..
Cyperus esculentus L.
Cyperus fenzelianus Steu
Cyperus haspan L.
Cyperus iria L..
Cyperus laevigatus L.
Cyperus Meeboldii Kük
Cyperus michelianus (L.)
Cyperus pulchellus R. Br.
(= Cyperus leucocephalus Retz.)
Cyperus rotundus L.
Dactyloctenium aegyptium (L.) Beaur
Dalechampia scandens L...
Danthonia Forskalii (Vahl) R. B:
Datura innoxia Mill.
Desmostachya bipinnata (L.) Stapf..…..
Dichanthium annulatum (Forssk.) Stapi
Dichrocephala tibestica Quezel.……
Dichrostachys glomerata (Forssk.) Chio
Dicliptera verticillata (Forssk.) C. Christensen
Dicoma tomentosa Cass...
Digitaria adscendens (Kun!
Dinebra retroflexa (Vahi) Panz........
Diospyros mespiliformis Hochst. ex A. D!
Dipcadi longifolium Bak.
Dipcadi occidentale Bak.
Echinops Bovei Boiss. var. pallens
Echinochloa colona Link.
Echium humile Desf.…..
Eleocharis atropurpurea (Retz.) Kunth
Eleocharis geniculata R. et Sch.
(= Eleocharis caribaea (Rottb.)
Eleusine flagellifera Nees....................................,.4.4.sesses
55, 139.
63, 136.
55, 136.
136.
68, 161.
94, 103, 12,
122, 136.
141.
61, 72, 76, 7,
107, 127,144.
56, 147.
54, 73, 127.
56, 85.
61, 80, 130, 144
136.
57.
57, 91, 145.
73, 121.
57, 1%.
59, 127, 136.
57, 147.
42, 45, T3, 81,
121, 127, 129,
145, 146.
136.
64, 65, 73, 14.
56.
61, 97, 98, 155.
155.
66, 83, 130, 138,
160.
54, 100, 138.
139.
145.
136.
67, 15, 83, 138,
159.
55, 85, 139.
56, 138.
63, 132.
109, 129, 147.
132.
57, 9.
62, 140.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
Eleusine verticillata Roxb
Elyonurus elegans Kunth.
Elytrophorus spicatus (Wild.) A. Camus.
Enneapogon brachystachyus (Jaub. & Spach) Stapl
Emneapogon cenchroides (Licht.) C. E. Hubbard
Enneavogon elegans (Nees) Stapf
Enneapogon glumosus (Hochst.) Maire & Weiller.…
Enteropogon macrostachyus (Hochst.) Munro ex Benth.
Epaltes alata (Sond.) Steetz..
Équisetum ramosissimum Desf.
Eragrostis albida Hitchcock
Fragrostis atrovirens (Desf.) Trin. ex Steud
Eragrostis barrelieri Daveau.
Eragrostis cilianensis (AIL) Link ex Vign. Lu
Eragrostis ciliaris (L.) R. Br.
Eragrostis diplachnoïdes Steud
Eragrostis elegantissima Chiov.
Eragrostis pilosa (L.) Beauv..
Eragrostis porosa Nees.
Fragrostis aff. tenuifolia (A. Rich.) Hochst. ex Steud.
Eragrostis tremula Hochst. ex Steud.
Fragrostis viscoca (Retz.) Trin.….
Eremopogon foveolatus (Del.) Stapf.
Erigeron Bovei (DC.) Bois.
Euphorbia acals phoides Hochst. ex Bois.
Euphorbia aegyptiaca Boiss
Euphorbia granulata Forss
Euphorbia hirta L..…….…
Euphorbia scordifolia Jacq.
Ævoloulus alsinoides (L.) L.
Fagonia arabica L. .
Fagonia Bruguieri DC.
Fagonia Flamandi Battandier
Fagonia latifolia Del.
Fogonia Olivieri Boiss.
Faidherbia albida (Del.) A. Che:
Forsetia aegyptiaca Turra........... :
Farsetia ramosissima Hoscht. ex Fourn
Fieus ingens (Mig.) Mi
Fus populifolia Vahl
Fius salicifolia Vahl
Fes teloukat Batt. et Trab.
Finbrstylis bis-umbellata (Forsek.) Bub. .….................................
Finbristylis dichotoma (L.) Vahl
Finbristylis diphylla Vahi.……
Finbristyls ferruginea (L.) Vahl
Fnbristylis hispidula (Vahl) Kunt
(= Finbristylis exilis (Kunth) Roem,
Porskales tenacissima L..…
Furena pubescens (Poir.) Kunth .
Für unbellata Rottb…
Géigeria acaulis Oliv. & Hiern
Géigeia alata (DC.) Oliv. & Hiern
& Schult)
189
Pages
136.
88, 136.
81, 91, 138.
59, 134, 135.
134, 141.
61, 121, 141.
81, 91, 138.
147.
46, 68, 104, 146,
147.
55,72, 127, 145.
121.
88, 136.
46, 72, 97, 121,
127, 146.
87, 104, 142.
71, 73, 104.
142.
61, 133.
141.
121.
73, 12, 123,
144, 146.
145.
121, 136.
62, %4.
65, 133.
65, 133.
65, 133.
133.
133.
67, 68, 71, 74,
84, 99, 120,
144, 160.
92, 144.
64, 81, 92, 107.
14.
107, 130, 136.
153.
67, 129.
67, 138.
141.
67, 68, 121, 129.
130.
57.
57, 145.
54, A, B.
75, 132.
144.
57, 91, 129, 147.
4100, 142, 143
88, 103, 142.
Source : MNHN, Paris
190 H. GILLET
Giesekia pharnacioides L......................................,.,.........
Gilnus lotoides L..
Gloriosa simplex L.
Glossonema boveanum (Decne.) Decn(
Glossostigma diandra (L.) O. Ktze.
Gnaphalium luteo-album L.
Gossypium anomalum Wawra.
Gossypium somalense (Gürke) J. B. Hutch.
Grangea maderaspatana (L.) Poi
Grewia bicolor Juss.
Greta flaneicns Ju ven ncvtes scmnsaougegan pepe vpeneeee saute
Greuia tenax (Forsek.) Fiori...
Grewia villosa Wild.
Guiera senegalensis J. F. Gmel.
Gynandropsis gynandra (L.) Briq
Haplophyllum tuberculatum (Forssk.) Juss:
Helichrysum monodianum Quezel.
Heliotropium ovalifolium Forssk. .
Heliotropium pterocarpum (DC. & A. DC.) Hoscht. & Steud. ex Bunge.
(= Heliotropium undulatum Vahl)
Heliotropium rariflorum Stocks. ............................................
Heliotropium subulatum (Hochst. ex A. DC.) Vatke............................
(= Heliotropium zeylanicum (Burm. f.) Lam.
Heliotropium supinum L
Hermannia modesta (Ehrenb.) Mart
Hermannia tigreensis Hochst. ex A. Ric
Heteropogon contortus (L.) Beauv. ex Roem. & Schult
Hibiscus asper Hook.…
Hibiscus micranthus L..
Hibiscus rhabdotospermus Garcke. ..........................................
Hibiscus sabdarifa L.
Hibiscus sidiformis Baïl
Hippocratea africana (Wi
(= Hippocratea richardiana Camboss. )
Hydrocotyle asiatica L.
voir Centella asiatica (L.) Urb.
Hyparrhenia dissoluta (Nes) C.E. Hubbard.
Hyparhenia hirta (L.) Stapf.
Hyphaene thebaica (L.) Mart
Hypoëstes verticillaris (L. £.) Soland. ex Roem. & Schult.
Imperata cylindrica (L.) Beauv. var. africana (Anderss.) C.
Indigofera argentea Burm. £.….
Indigofera aspera Perr. ex DC.
Indigofera astragalina DC...
Indigofera colutea (Burm. £.) Merrill... ..................... RARES
(= Indigofera viscosa Lam.)
Indigofera cordifolia Heyne ex Roth.
Indigofera diphylla Vent.
Indigofera disjuncta Gillet
Pages
53, 54, 73, 85,
94, 104, 14,
123, 145, 146.
147.
56, 138, 160.
62, 144.
7, 136.
66, 115, 136.
46, 66, 72, %,
T8, 115, 141.
91, 139.
66, 72, 83, 11,
130, 137, 160,
52, 66, 83, 121,
130, 138, 160.
66, 83, 129,130,
66, 72, 129,130,
136.
66, 138, 160.
46, 68, 70, 81,
86, 93, 102,
145.
51, 5.
155.
139.
65, 128.
65, 128, 135,
136.
65.
54, 81.
141.
137.
61, 160.
145.
64, 72, 115, 18,
130, 144.
94, 96, 141.
139.
67, 75, 138, 159.
75.
61, 139, 160.
62, 14, 138,153.
144.
54, 81, 136.
13, 73, 74, 81
99.
136.
88, 136.
54.
81, 88, 135.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
Indigofera Hoschtetteri Bak..
Indigofera oblongifolia Forssk.
Indigofera semitrijuga Forssk.
Indigofera sessiliflora DC...
Indigefera stenophylla Guïll. & Perr.
Indigofera suaveolens Jaub. & Spach.
Indigofera viscosa Lam.
voir Indigofera colutea (Burm. f.) Merrill.
Jpomoea acanthocarpa (Choisy) Ascherson & Schyeinf.
homoea Aitonii Lindl.
(= Ipomoea pilosa (Roxb.) Sweet)
Ipomoea aquatica Forssk.
Ipomoea asarifolia (Desr.) Roem. & Schult.
(= Ipomoea repens Lam.)
Ipomoea coptica (L.) (Roth ex Roem. & Schult.
(= Ipomoea dissecta Wild.)
Ipomoea coscinosperma Hochst. ex Choisy.
Iomoea repens Lam.
voir Ipomoea asarifolia (Desr.) Roem. & Schult.
Ipomoea sinensis (Desr.) Choisy...
(= pomoea blepharosepala Hochst. ex A. Rich.)
Jacquemontia capitata (Desr.) G. Don.
Juncus maritimus Bak. var. arabicus (Asch.
Justicia insularis T. Anders...
Kedrostis gigef (J. F. Gmel.) C. Jeffrey.
Kyllinga triceps (Rottb.) Endi
Lactuea intybacea Jacq.….
Lagenaria siceraria (Molina) Standi
Lannea humilis (Oliv.) Engl.
Lantana sahifolia Jacq. subsp. nepetaefolia B. de Miré et Gille!
Lotipes senegalensis Kunth..….........,
Lanaea mucronata (Forssk.) Muschler.
Launaea resedifolia (L.) O. Ktze.
Lavandula coronopifolia Poir.…
Lenna paucicostata Hegelm. ex Engelrn.
Leptadenia arborea (Forsek.) Schweinf.… .
(= Leptadenia heterophylla (Del.) Decne.)
Latadenia hastata (Pers.) Decne...
(= Leptadenia lancifolia (Schum. & Thon.) Decne.
tadenia heterophylla (Del.) Decne.
oi Leptadenia arborea (Forsek.) Schweinf.
Leptadenia pyrotechnica (Forssk.) Decne
Leuns martinicensis (Jacq.) Ait.
Tineun difusum (Gay) Schlinz
Timeun indicum Stocks ex T. Anders
ineum pterocarpum (Gay) Heimerl.…
viscosum (Gya) Fenzl.
Linia Bent Skan
{ph chinensis (Osborn) Korn
iPocarpha senegalensis (Lam.) Th. et H. Dur.
la negalensis À. DC.
191
Pages
54, 94, 136.
137.
54, 103, 135.
51,54, 73, 81,
94, 103, 135.
153.
51 64, 76, 78,
130, 135.
81, 103, 127.
138.
46, 55, 90, 93,
102, 104, 139.
93.
103, 145.
55, 90, 103, 104,
136.
93.
55, 80, 93, 104,
118, 145, 146.
153
57, 75, 144.
63, 141, 142,
59, 78, 127.
104, 105, 145.
55.
10, 66, 75, 139,
160.
66, 83.
65, 80, 112, 123,
130.
132.
132.
67, 71, 106, 107,
136, 140.
67, 138.
66, 78, 106, 107,
144.
145, 146.
136.
133, 144.
85, 107, 108
85, 92, 94, 115,
14.
62, 97, 141.
87.
75, ce : MNIHN, Paris
192 H. GILLET
Loranthus acaciae Zucc.
voir Tapinanthus acaciae
Lotus glinoides Del.
Ludwigia erecta (L.) Hara.
Ludwigia octovalvis (Jacg.) Rav. subsp. revisepala (Brenan) Rav.
Maerua crassifolia Forssk..
Maerua oblongifolia (Forsek.) À. Rich.
Maesa Schueinfurthii Mez
Mariscus aristatus (Rottb) Cherm.
Marsilea nubica R. Br.
Marsilea trichopoda Lepr.
Melhania Denhamii R. Br..........................,.,..,.....ssssssess
Melhania grandibracteata K. Schuns.
Melhania ovata (Cav.) Spreng..…
Melothira maderaspatana (L.) Cogn.
Merremia aegyptiaca (L.) Urban (= Merremia pentaphylla (L.) Hallier f.
Mitracarpus scaber Zucc.
Mollugo cerviana (L.) Seringe.
Mollugo nudicaulis Lam...................................................
Moltkia callosa Vahl..
Momordica balsamina L. .
Monechma ciliatum (Jacq.) Milne-
Monsonia nivea (Decne.) Decne. ex Webb.
Monsonia senegalensis Guill. & Perr..
Morettia canescens Boiss
Morettia philaeana (Del.) DC...
Nelsonia canescens (Lam.) Spreng.
Neseae crassicaulis (Guill. & Perr.) Kochne.
Neurada procumbens L.…..……
Nothosaerva brachiata (L.) Wight.
Nymphaea rufescens Guill. & Perr.
Ochradenu£ barcatus Del. she: és sense ganunsan dust sranestet attente d
Ocimum gratissimum L.
Ocimum hadiense Forssk.
Oldenlandia capensis L
Oldenlandia corymbosa L.
Oldenlandia goreensis (DC.) Summerh.
Oldenlandia strumosa (A. Rich.) Hiern
Oropetium thomaeum (L. £.) Trin...
Orthosiphon pallidus Royle ex Benth
Oxygonum atriplicifolium (Meisn.) Mar!
Oxystelma bornouense R. Br.
Pancratium trianthum Herbert
Panicum anabaptistum Steud.
Panicum laetum Kunth..
Panicum repens L..
Panicum turgidum Forssk
Paspalidium geminatum (Forssk.) Stapf..…................................ 4
Pages
132, 134.
125, 145.
126.
48, 66, 128, 144.
63, 140.
15, 66, 75, 150,
161.
121.
136.
ne 64 96, 107,
64, 96, 107, 141.
64, 136.
153.
55, 90, 93, 104,
145.
62.
53, 54, 80, &,
127,147.
55, 127, 145,
146.
65, 132, 134.
55, 104.
153.
133.
46, 74, 81, 5,
94, 122, 13,
136.
64, 73, 81, 90
123, 132.
126, 150.
54, 75,110, 111.
138.
57, 58, 75, 131,
160.
64, 75, 78, 141.
141.
125.
125, 145.
421.
410, 111, 140.
71, 138.
3, 51, 56, 75,70,
81, 85, 2
14.
109, 129, 137.
57, 147.
6, T2, 78, M,
98, 107, 109,
128, 129, 130,
14.
145.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
Pavonia arabica Steud. & Hochst. ex Boiss.
Pavonia Kotschyi Hochst. ex Webb
Pavonia triloba Guill. & Perr.
Pegolettia senegalensis Cass.
Pennisetum maiwa Stapf. ….
Pentatropis spiralis (Forssk.) Decne.
Pergularia tomentosa L..........,
Peristrophe bicalyculata (Retz.) Nces .
Phyllanthus Niruri L..…
Phyllanthus rotundifolius Klein ex Will
Piliostigma reticulatum (DC.) Hochs!
Pluchea ovalis (Pers.) DC........
Polycarpaea corymbosa (L.) Lam. …
Polycarpon prostratum (Forssk.) Asch. et Schweinf.
Polygala erioptera DC...
Polygala irregularis Bois
Polygala Murati J. Felix
Polygala obtusata Auct.
(= Polygala irregularis Bois.)
Polygonum plebeium R. Br..........
Polygonum salicifolium Brouss. ex Wilid.
Portulaca oleracea L..........
Poamogeton hoggariensis Dandy .
Polamogeton nodosus Poir. var. Billotii (F. Schultz) Billot ex, Riche.
Premna resinosa (Hochst.) Schau.
Psoralea plicata Del... 224
Pulicaria crispa (Forssk.) Oliv.
Paliearia undulata (L.) C.A. Mey.
Pulicaria volkonskyana Maire .
Pupalia lappacea (L.) Juss.
Pyeus lanceolatus C.B. C!
Breus Mundtii Nees.
Bjcreus patens (Vahl) Cherm.
Brcreus polystachyos (Rottb.) Beauv.
Randia nilotica Stapf.. . Fe
voir Xeromphis nilotica (Stapf) Keay
Rauvolfia caffra Sond.. .
Requienia obcordata (Lam. ex Poir.) DC.
voi Tephrosia obcordata (Lam. ex Poir.) Bak.
Rlanphicarpa fistulosa (Hochst.) Benth.
Biynchelytrum villosum (Parl.) Chio
Rhmehosia atrica B. de Miré & Gillet.
Rinchosia Lynesii Bak. & Mart.….
hosia memnonia (Del.) DC...
Rhynchosia minima (L.) DC.
Rhnchosia sublobata (Schum. & Thonn.) Meikle.
Rbnehosia tibestica B. de Miré, Gillet & Quezel
Riynchosia totta DC...
spora rugosa (Vahl) Gale. .
= Rhynchospora glauca Vahi)
lachne rottboellioides Desv.
us communis L.
reg confusa Maire
Rothia
193
Pages
94, 96.
62, 140.
62, 78, 140.
64, 97, 137.
137.
67, 74, 107.
65, 144.
46, 90, 139.
68,120, 129, 132.
57, 147.
62, 78, 145.
136, 145.
46, 121, 136.
66, 84, 138,160.
91, 144.
127, 146, 147.
54.
94, 136.
137.
62, 149,
94, 137.
54, 81, 91.
94, 147.
58.
58, 147.
66, 141, 142,
150, 161.
110, 112, 146.
57, 138.
91.
139.
57, 145.
83, 159.
67, 75, 82, 141,
4
65, 73, 92-
139.
109, 141.
57, 139, 150.
15, 74, 104, 136.
54, 92, 99,135.
139.
13 Source : MNHN, Paris
194 H. GILLET
Ruellia praetermissa Schweïnf. ex Lindau................................ ….
(= Ruellia patula Jacq.)
Rumex vesicarius L.
Saccharum spontaneum L. subsp. ægyptiacum
Salsola baryosma (Schult.) Dandy .
Salvadora persica L.
Salvia aegyptiaca L
Sansevieria abyssinica N.E. Br
Schizachyrium exile (Hochst.) Stapf
Schmidtia pappophoroides Steud…
Schoenefeldia gracilis Kunth
Schoenus nigricans L..…....
Schouwia Schimperi Jaub. & Spach
Scirpus brachyceras Hochst. ex A. Rich.
(= Scirpus corymbosus Forssk.)
Scirpus praelongatus Poir.
Scirpus supinus L.
Sclerocarpus africanus Jacq. ex Murr.
Scoparia dulcis L................
Securinega virosa (Roxb. ex Wild.) Bail
Seddera latifolia Steud. & Hochst...
Seetzenia orientalis Decne. (= Scetsenia africana R. Br.)
Sesamum alatum Thonning
Sesamum indicum L.
Sesbania arabica Steud. & Hochst. ex Phill. & Hutch.
Sesbania cannabina (Retz.) Pers.
Sesbania leptocarpa DC...
Sesbania sesban (L.) Merrill (= Sesbaniane punctata DC.
[Poir.[ Pers.
Setaria verticillata (L.) Beauv..
Solanum albicaule Kotschy ex Dunal
Solanum dubium Fresen. .
Solanum Heudelotii Dunal. .
Solanum incanum L.
Solanum nodiflorum Jacq
Solenostemma argel (Del.) Heyne
Sorghum virgatum (Hack.) Stapf.
Sphaeranthus angustifolius DC...
Sporobolus festivus Hochst. ex A. Ricl
Sporobolus helvolus (Trin.) Dur. & Schinz.
Sporobolus nervosus Hochst
Sporobolus pellucidus Hochst.
Sporobolus spicatus (Vakl) Kunth .
Sterculia setigera Del........
Stereospermum kunthianum Cham
Stylosanthes flavicans Bak.......
Svensonia laeta (Fenzl) Moldenke.
Syzygium guineense (Wilid.) DC...................... nb lee
Talinum caffrum (Thunb.) Eckl. & Zeyh. ....................
Pages
98, 101, 1
130, 138.
81.
57, 129, 144,
64, 92, 132.
66, 68, 75, 99,
120, 128, 129,
144.
62, 97, 128, 132,
56, 75, 141.
88, 138.
97, 107, 10,
119, 136.
127, 136.
57.
81, 90, 133.
41, 57, 137,139.
91.
89, 104, 137.
91, 145.
66, 145.
51, 64, 90, 130,
135, 136.
54, 108, 133.
54, 74, 107, 108,
136.
54.
102, 103, 139.
62, 138, 145.
110, 114, 129,
7.
source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
Tamarindus indica L...............,................
Tamarix Balansae J. Gay...
Tamarix gallica L.
Tapinanthus acaciae
Tapiranthus globiferus (A.
Tephrosia bracteolata Guili. & Perr.
Tephrosia leptostachya DC...
Tephrosia lupinifolia DC...
Tephrosia nubica (Boiss.) Bak.
Tephrosia obcordata (Lam. ex. Poir.) Bak, .....
(= Requienia obcordata (Lam. ex Poir.) DC.
Tephrosia plicata Oliv...................
Tephrosia purpurea (L.) Pers. var. pubescens Bak.
Tephrosia subtriflora Hochst. ex Bak
Tephrosia uniflora Pers...
Tephrosia vicioides A. Rich. .
Terminalia Brownii Fresen
Tetrapogon cenchriformis A. Ri
(= Tetrapogon spathaceus (Hochst.) Hack.
Themeda triandra Forssk.
Tinospora bakis (A. Rich.) Miers
Tragus berteronianus Schult. .
Tragus racemosus (L.) AN.
Tianthema pentandra L..
Tianthema polysperma Hochst. ex OÏ
Tibulus bimueronatus Vi...
Tribulus longipetalus Viv.
Tribulus ochroleucus Maire
Tribulus terrestris L.....
Trchodesma africanum (L.) Lehm. .
Ticholaena leucantha (A. Rich). Hochst. ex Aschers, & Schweinf.
Trichoneura arenaria (Steud.) Ekman
Tripogon major Hook.
Tipogon minimus (A. Hochst. ex Steud. .
Trpogon multiflorus B. de Miré & Gillet
Tipogon Snowdenii C. E. Hubbard
Trpogon unisetus
Thraphis pumilio R. Bi
Tpha angustifolia L. var. australis
Urgines indice (Roxb.) Kunth.
Urginea nigritana Bak.
Unckloa lata Hubbard
Uriularie gibba L. subsp. exoleta (R. Br. P. ay.
Urialaria infleza Forssk. var. stellaris (L. £.) P. Tayl.
Fablia dichotoma (Murr.) O. Ktze.
Vatens dalloniana Quezel.
Venonia amy Jalina Del.
Venonia Aschersonii Schultz Bip.
(Schum. et Thonn.) Graebner .
lenonia cinerascens Schultz Bip... NRA :#
Venonia cinerea (L.) Less.
lenoria paucifiora (Willd.) Less,
les Anagallis-aquatics L..…..
195
Pages
66, 74, 76, 82,
145, 146.
66, 132.
68, 120, 141.
68, 120, 139.
138, 160.
78, 103, 12,
64, 81, 90, 96,
101, 127, 144,
65, 73.
51, 54, 142,
64, 65,73, 81.
64,141
78,121,122,139.
63.
155.
107, 135.
153.
67, 138.
46, 55, 110, 112.
121.
110, 112.
94, 123.
136.
54, 85, 93, 110,
111, 144,
54,107, 108,133.
54, 118, 133.
68, 80, 110, 147.
90, 144, 146.
61, 141.
148.
59, 130, 136.
59, 147, 148.
148.
148.
135.
57, 75, 129.
56, 81, 137.
56.
54, 129, 138.
58,
64, 80, 81, 88,
97, 98, 105,
130, 141.
65, 80, 81, 88,
97, 103, 104,
105, 140.
62, 104, 146.
89, 104, 130,
132,
18, Source : MNIHN, Paris
196 H. GILLET
Vitex doniana Sweet.
Waltheria indica L..…..... Sossssta ré rene
Withanai somnifera (L.) Dunal
Xeromphis nilotica (Stapf) Keay.............................. Fosse noie sréepi
(= Randia nilotica Stapf)
Zehneria anomala C. Jeffrey. .......
Ziziphus abyssinica Hochst. ex A. Rich.
Ziziphus mauritiana Lam. .
Ziziphus spina-christi (L.) Des.
Zornia glochidiata Reichb. ex DC.
(= Zornia diphylla Pers.)
Zygophyllum simplez L..…......
Pages
67, 82, 138, 1:
ME
65, 145.
137.
63, 149.
66.
66, 78, 83,130.
67.
54, 93.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 197
Pages
TABLE DES FIGURES
Fic. 1. — Variations de la pluviométrie annuelle à Fada..…............................ 12
Fic. 2. — Moyenne de la pluviométrie mensuelle à Fada. ................................ 16
Fic. 3. — Courbes thermopluviométriques 26
Fic. 4. — Moyennes de température. … a
Fic. 5. — Moyennes mensuelles de l'humidité de l'air. 38
Fic. 6. — Variations de l’humidité de l’air au cours de deux journées caractéristiques. . 4
TABLE DES TABLEAUX
Taszæau I. — Caractéristiques de quelques précipitations ............................... 27
TaBLeau II. — Humidité relative 36
TABLE DES CARTES
Cnre 1. — Aire de Geigeria acaulis Oliv. & Hiern.................................... 143
Care 2. — Stations relictuelles d’Adina microcephala (Del.) Hiern et de Stereospermum
kunthianum Cham. 160 bis
Source : MNHN, Paris
7 564022 6.
134
198 H. GILLET
TABLE DES ILLUSTRATIONS
Pages
19 Planches au trait.
PLIL — Fleur de Pancratium trianthum Herbert. 3
PILII — Épis d’Anthephora Hochstetteri Nees ex Hochst 60
PI. III. — Plantules de Graminées.. m
PLIV. — Fleur de Barleria acanthoides Vahl 95
PI. V. — Quelques exemples de diaspores complexes. 401
PI. VI. — Quelques exemples de graines géochores.
PI. VII. — Diaspores anémochores. Exemples d’akènes aigrettés de Composée
PI. VIII. — Disspores anémochores. Akènes munis de longues soies des Asclépiadacées.
PI.IX. — Diaspores munies d’une expansion ailée...
PI.X. — Épillets de Graminées roulés sur le sol par le vent.
PI. XI. — Diaspores épineuses à pointes vulnérantes.….
PI. XII. — Diaspores recouvertes d'appendices accrochants.
PI. XII. — Diaspores épizoochores de Cenchrus. .…
PI. XIV. — Diaspores munies de soies rétrobarbulées.
PI. XV. — Disspore d’Aristida hirtigluma Steud. ex Trin. & Rupr.
PI XVI. — Disspores d’Aristida à callus perforant..…........... S
PI. XVII. — Exemples de diaspores recouvertes de poils laineux.
PI. XVIIL. — Glumelle de Schmidtia pappophoroides Steud. et fruit de Commicarpus
verticillatus (Poir.) Standi. 119
PI XIX. — Exemples de diaspores autochores. 122
PI. XX. — Fourmis moissonneuses. 124
PL XXI. — Diaspores susceptibles d’être transportées par les oiseaux limicoles migrateurs... 125
2° Planches en simili.
PI. L. — Moyen de transport : la caravane de chameaux.
PI. I, I, (V, V, VI. — Aspects typiques du Massif de l’Ennedi.
PI. VII, VII, IX. — Effets spectaculaires de l'érosion dans les grès.
PL. X, XI, XII, XIIL — Rochers aux formes étranges.
PI. XIV. XV, XVI, XVII. — Différents types de gueltas.
PI. XVII. — Mares endorhéiques.
PI. XIX. — Nuages.
PI .XX. — Crue d'un ouadi.
PI. XXI. — Chrysopogon Aucheri Stapf, et effet d'une crue.
PI. XXIL. — Pancratium trianthum Herbert, et rosée.
PI. XXIIL. — Développement de la végétation en saison des pluies.
PI. XXIV. — Plantules de ricin.
PI XXV, XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX, XXX. — Quelques plantes caractéristiques
l’Ennedi.
PI XXXI, XXXII. — Fleurs.
PI. XXXIIL. — Arbres.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI 199
TABLE DES MATIÈRES
Pages
AYANT-PROPOS. . 4
PRÉLIMINAIRES.. . 4
Remerciements 4
L GévéraLrTÉs. 8
1° L'Ennedi, pays tropical. ..... 8
2° Détermination de l'arrivée des pluies 8
3° Les saisons. .......... 9
IL. PLUVIOMÉTRIE. .......... 10
1° Différents types de pluies. 10
a. Ligne de grains. 10
B. Orages isolés. . 10
c. Pluies atténuées de mousson a
d. Pluies en marge des systèmes nuageux . mn
e. Gréle........,,....., EC
2° Pluviométrie annuelle. É u
a. Observations pluviométriques du poste de Fada. ‘ EU
— période 1935-1949. 11
— période 19501964. 12
— pluviométrie antérieure et 13
b. Observations sur le Massif. 13
— année déficitaire. 14
— année excédentaire. 14
— année moyenne. . 15
c. Place de l’Ennedi au Tchad 15
3 Pluviométrie mensuelle. . . ar 16
4 Pluviométrie journalière + 416
a. Pluviométrie journalière de Fada. 16
b. Pluviométrie journalière sur le Massif. 20
5 Lois générales de la saison des pluies... . 21
a. Brutalité de l'installation de la saison des pluies . 21
b. Brutalité de l'arrêt de la saison des pluies : 22
6. Allure de la saison des pluies. 22
6° Localisation des tornades..…., 23
7 Répartition des pluies à travers le Massif. . 24
a. Dates d'arrivée des premières grandes pluies. 24
6. Évolution de la situation. 24
€. Bilan général . 25
& Intensité... , 26
® Nombre de jours de pluie... 28
10 Clsssement des pluies selon leur importance. 28
IL THRMOMÉTRIE. 30
1° Caractères généraux. 30
2 Minimums . 30
a. Moyenne. 30
b. Valeurs minimales. 30
GG... 31
d. Influence de l'alti : 31
€. Minimums écologiques. . 32
f. Influence du rayonnement nocturne * 32
&: Minimum lié aux précipitations . " 33
18a. Source : MNHN, Paris
200 H. GILLET
Pages
3
33
: #4
c. Influence de l'altitude. en
d. Maximums écologiques #
34
4° Moyenne.
5° Variations journalières de la température
6° Action de la nébulosité
IV. PSYCHROMÉTRIE
1° Variations mensuelles
2° Variations avec la saison des pluies
3 Variations journalières .
4° Tension de vapeur
V. ÉvapoRaTION
4° Évaporation totale. .....
2° Évaporation journalière au Piche.
a. Comparaison de l’évaporation entre l'ombre et le soleil
b. Influence de la végétation sur l’évaporation
VI. Rosée.
4° Conditions.
2° Exemples. .
30 Rosée, sudation et rosée interné
4 Variations en fonction du support.
5° Variations locales
VII. ANÉMOMÉTRIE. .
1° L'Harmattan.
a. Vitesse. .
b. Date d'apparition après la saison des pluies .
€. Action sur le minimum de température .
2° Vent de l'Ouest ou Sud-Ouest.
B. Action de son arrivée sur la température.
8° Vent de tornade.......................
4 Vents variables .
VIII. NéBuLosiTÉ.
19 Systèmes nuageux observés.
2° Durée de l'insolation
SSS SESSSSSSRRES RRRERE BSSSS LES SE
DEUXIÈME PARTIE. — BIOLOGIE
I. — PRINCIPALES ÉTAPES DE LA CONNAISSANCE DE LA FLORE.
IL. — SPECTRE BIOLOGIQUE.
A. Les formes biologiques
1° Thérophytes
a. Plantes court.
b. Différents types de thérophytes.
— thérophytes érigés. .
— thérophytes prostrés.
— thérophytes grimpants.
— thérophytes rosettés.
2° Géophytes.........
a. Géophytes à bulbe.
b. Géophytes à rhizome.
c. Géophytes à racines tubérifiées. .
BRRR RRLLEUTSS EE
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
30 Hélophytes
a. Hélophytes à végétation continue(tiges et feuilles) .
— hélophytes bonté
— hélophytes cespiteux. .
b. Hélophytes à végétation discontinue.
— hélophytes rhizomateux
— hélophytes buibeux
4 Hydrophytes. .
&. Hydrophytes à à “végétation continue
— hydrophytes à parties aériennes .
— hydrophytes à feuilles flottantes.
__ hydrophytes à rosettes de feuilles radicales immergées
&. Hydrophytes à végétation discontinue
_— hydrogéophytes.
— hydrothérophytes
go Hémicryptophytes..........
a. Hémicryptophytes subrosett
b. Hémicryptophytes cespiteux .
— nanohémicryptophytes cespiteux. .
_— mésohémicryptophytes cespiteux scapeux
__ maerohémicryptophytes cespiteux ou hémicryptophytes à touradon:
6° Chaméphytes.
‘a. Chaméphytes graminéens
— type éri F
Z type complexe (érigé radicant)
b. Chaméphytes sous-ligneux.
— chaméphytes sous-ligneux érigés.
— chaméphytes sous-ligneux suffrutescents
— chaméphytes sous-ligneux ascendants
_— chaméphytes sous-ligneux prostrés .
— chaméphytes sous-ligneux grimpants.
c. Chaméphytes succulents. .…........
d. Chaméphytes à tendance phanérophyte
_— chaméphytes à tendance phanérophyte, buissonnants
— chaméphytes à tendance phanérophyte, érigés
T Plurisaisonnières.
a. Thérophytes à tendance plurisaisonnière.
b. Plurisaisonnière à tendance suffrutescente
€. Plurisaisonnières strictes. .............
8 Phanérophytes.. .....
a. Nanophanérophytes
6. Microphanérophytes
€. Mésophanérophytes .
d. Mégaphanérophytes
€. Phanérophytes lianescents.
— lianes étagées sarmenteuses. .
— lianes volubiles
À. Phanérophytes Palmiers.
— parasites aériens
B. Bilan général
4 Répartition des formes biologiques
2 Comparaison du spectre biologique de l’Ennedi avec ceux d’autres régions
# Caractères du spectre biologique. . .
— Prédominance des thérophytes.
— Importance de la flore pérenne,
— Rôle des lianes.....
Source : MNHN, Paris
202 H. GILLET
III. SPECTRE PHYTOMÉTRIQUE. .
1° Échelle de stratification.
2° Bilan général. .........
3° Plantes naines...
4° Valeur moyenne.
5° Valeurs exceptionnelles .
IV. SPECTRE SYSTÉMATIQUE. .
1° Spectre des familles
2° Spectre des genres.
V. RÉVEIL DE LA VÉGÉTATION.
4° Action du passage du F.IT.
20 Seuil de pluie
3 Seuil de sensibilité des graines et des bulbes ...................
4° Délai entre la première pluie et les premières manifestations phénotypiques de la vie
végétale. .
a. Plantes vivaces. .
— verdissement
— développement des bourgeons .
— réveil immédiat
VI. PHÉNOLOGIE FLORALE
4° Importance de l'appareil florifère.
2° Calendrier floral. ....
a. Les phanérophytes.
— phanérophytes feurissant hors saison .
— phanérophytes à floraison précoce. .
— cas de l’Acacia mellifera (Vahl)
— cas de l’Acacia laeta R. Br.
— autres phanérophytes. ....
— phanérophytes fleurissant en fin de saison des pluies.
— phanérophytes des berges des ouadis.
— phanérophytes des mares d’hivernage .
— phanérophytes à floraison tardive. .
— phanérophytes à floraison prolongée
— géophytes bulbeux.
— plantes fleurissant au moment de l'optimum de floraison.
— floraison de Gynandropsis gynandra (L.) Briq..
— floraison des nanohémicryptophytes cespiteux subrosettés.
— épiaison du Cenchrus biflorus Roxb. et des thérophytes graminéens.
— floraison de Chascanum marrubiifolium Fenzi ex Walp.
— floraison annonçant la fin de la saison des pluies.
— plantes fleurissant en début de saison sèche.
— plantes des rocailles. ..... ..
— thérophytes des regs pierreux
— plantes des zones limoneuses
— cas des Légumineuses à foli
— cas des Composées.
— cas des Convolvulacées .
— plantes des milieux divers.
— plantes à floraison tardive.
— plantes de l’Ennedi rocheux (
ZZ Plantes des fonds de mares desséchées (à floraison. tardive
prolongée). +
ë
CREER]
arr
Besssesesesnec BRAR eeege æ ge æe a ax
EE Sesssesee ÉRCEEEESS
aa
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L’ENNEDI
— plantes à floraison quasi continue.
— voisinage des sources
— biefs humides...
— plantes fleurissant en saison sèche
3 Horloge florale... ....
a. Floraison nocturne. Pr
b. Floraison nocturne élargie (de la tombée du jour au lever du
c. Floraison matinale. ......,....,
— floraison en début de matinée.
— floraison dans le courant de la matinée
— floraison en fin de matinée.
d. Floraison pendant l'après-midi
e. Floraison continue ou sans horaire fixe.
f. Cas des Graminées. ..
4 Albiflorie .
VII. PLanres À ÉcLIPSE
1° Plante à appareil végétatif hypogé.
20 Thérophytes...................
VIIL. DISSÉMINATION DES ESPÈCES. .....,....
1° Généralités. Vents. Eaux. Vortex.
2 Diaspores géochores .
a. Diaspores lourdes.
— cas des Légumineuses
— cas des Convolvulacées rampantes :
— cas des plantes grimpantes. ....
— cas des plantes répandues par taches.
b. Diaspores légères. .........,,......
3 Diaspores anémochores. .….…
a. Diaspores flottant au vent
— akènes aigrettés des Composées
— akènes munis de longues soies des 4
b. Diaspores munies d’un dispositif alaire
— graines entourées d’une membrane ailée circulaire .
— diaspores munies d’une expansion ailée
c: Diaspores roulées sur le sol.
— importance du phénomène.
— adaptations particulières.
— épillets ronds des Graminées .
— fragments entiers d’inflorescence de Gramin,
— plumets des Stipées. .......
— enchevêtrement des diaspores.
4 Diaspores zoochores. ..…......
A. Diaspores épizoochores .
a. Diaspores épineuses. .
6. Disspores recouvertes d'appendices accrochan
— appendices uncinés.
— soies retrobarbulées
<. Diaspores à callus perforant .
d. Diaspores recouvertes de poils laineux entremélés.
< Disspores à poils glanduleux et visqueu:
B. Diaspores endozoochores
8. Graines des Acacia.
b. Drupes et baies.
jour suivant).
S Diaspores ombrohydrochores.
& Fruits antochores
T° Rôle des fourmis moissonneuses
1 Rôle des oiseaux migrateurs...
203
Pages
123
Source : MNHN, Paris
204 H. GILLET
IX. BIOCÉNOSES. eee.
1° L'Ennedi, refuge de biocénoses naturelles
20 Bastions rocheux accessibles aux seuls mouflons......
30 Zone arborée dense, refuge de l'avifaune.
a. Analyse succincte de la strate arborée
b. Analyse succincte de la faune
— percheurs.
— coureurs.
— mammifères.
4° Gorges profondes, repaire des Cynocéphales
X. GROUPEMENTS VÉGÉTAUX (résumé)
19 Les grandes plaines sablonneuses de dent
2° Les plateaux pierreux supérieurs .
30 Les ouadis.
4 Les bas-fonds limoneux et argileux. .
50 Les grandes gorges.
TROISIÈME PARTIE. — ANALYSE BIOGÉOGRAPHIQUE (1)
L. L'ENNEDI, CARREFOUR BIOGÉOGRAPHIQUE. .. ses...
IL. ÉLÉMENT MÉDITERRANÉEN ....susssssseeessesesesesseeseseeeeese
IL. ÉLÉMENT DÉSERTIQUE
19 Élément omnisaharien. ...............
a. Sous-élément à souche Nord saharienne
6. Sous-élément saharien tropical.
c. Sous-élément montagnard...
2° Élément occidental.
3° Élément Saharo-méridional
49 Élément désertique Nord-Sud tropical .
5° Bilan général.
IV. ÉLÉMENT TROPICAL.
1° Définition des principaux secteurs phytogéographiques
29 Élément sahélien
a. Espèces Nord sal
b. Espèces Sud sahéliennes.
c. Espèces sahéliennes (omnisahéliennes)
d. Espèces centre sahéliennes....... .
3° Elément soudanien
a. Espèces Nord soudaniennes
b. Espèces Sud soudaniennes.
c. Espèces soudano-guinéennes .
d. Espèces soudaniennes (omnisoudaniennes)
e. Espèces soudaniennes extensives.
4° Elément tropical oriental. .
a. Espèces sahéliennes orientales
b. Espèces soudaniennes orientales .
c. Espèces éthiopiennes.
d. Espèces de souche du Darfur Kordofan.
e. Espèces montagnardes de l'Afrique orientale et australe.
f. Espèces distribuées actuellement en Afrique du Sud...
ELÉMENT DE LIAISON SAHARO-TROPICAL.. . «esse. .
1° Espèces à concentration Sud sahélienne et Nord soudanienne
2° Espèces à concentration sahélienne............. vossnness
(1) Pour le détail voir le tableau récapitulatif p. 150.
Source : MNHN, Paris
LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL DU MASSIF DE L'ENNEDI 205
Pages
VI. ELÉMENT DE LIAISON TROPICAL .... ru... einen. : 145
1° Espèces communes en Afrique intertropicale. 145
2° Paléotropicales. 145
3 Pantropicales. 145
49 L'Ennedi, lieu d'élection de banalités tropicales. 145
VIL. ELÉMENT SUBCOSMOPOLITE . 146
1° Subcosmopolites vraies. 146
29 Thermocosmopolites, 147
VIIL. ELÉMENT ENDÉMIQUE. . 147
1° Endémiques de l’arc montagneux Centre Sud saharien. 147
2° Endémiques ennediens..… 148
3 Endémique Ennedi-Ouaddaï. 149
IX. COMPOSITION GLOBALE 149
X. TABLEAU RÉCAPITULATIF 150
QUATRIÈME PARTIE. — PEUPLEMENT VÉGÉTAL
A. Esquisse générale du peuplement végétal. 152
ea Ps ne eee 152
2° Comparaison de la flore de l'Ennedi avec celle des Massifs Sud sahariens (Tibesti, Ar). 152
3 Comparaison de la flore de l'Ennedi avec celle du Djebel Marrah................... 153
154
L L'EXNEDI SECONDAIRE, DPACRON EE ENS 154
IL L'ExEDt TERTIAIRE 154
19 Aperçu géologique. 154
2 Evolution de la flore. 154
IL — L'ENNEDI QUATERNAIRE ET NÉOLITHIQUE. 155
1° Principales phases... 155
2 Faits généraux. 52 156
3 Modifications climatiques récentes 157
4 Hypothèse sur les causes de l’assèchement actuel 157
M. L'Exent PROTOHISTORIQUE . 157
Raucres VÉGÉTALES . : 158
1 Relictes climatiques . 158
2. relictes soudano-guinéennes 159
b. relictes soudaniennes. 159
Æ Relictes géographiques. re ttes datee au peu éséres 464
CONCLUSION... la SNS DUAARRES pres DESERS FRET ane és 16
BBLIOGRAPHIE. (EAES ei savbiee HR et es + 163
ISIE DES NOMS GÉOGRAPHIQUES CITÉS (ouadis. lieux-dits, localités)... REA 167
FSLEAU GÉNÉRAL DES PLANTES SPONTANÉES DE L'ENNEDI, classées par famille,
+ mention de leur forme biologique et de leur aire de répartition. ............. peu 170
EX ALPHABÉTIQUE DES ESPÈCES. 184
Source : MNHN, Paris
206 H. GILLET
î
TABLE DES FIGURES. CR EL 4
TABLE DES T D AE Per gen Cu lp drnforemthqeu paom-das space leo re
* '
FABLE DES CARTE BNP RNA
0
ABLE DESILLUSFRATIONS. Ki n0S es ocsonsorcoss rss sos pitiaéntantette nr
D® 12 Planches 2 En mmmemmmenaussensunenesssmesuuss Mer indien
20 PATES CNRS, ue ne dede Vds ne de 8 0 0 0 Te TT TS TOITS
UF RU 0 SN Re ae
+
Ssssas
5 À
CERN A T4 LIUTAN ai l
n hvye DA ! ls n »
! ” .
# ‘
rs vs Hg 14 tou enultwmiuhknfl - 112127 DU nai are bi
> i4 2 L
:
; ue de 4e
#<? di db en
n
Le wi
à
“ep » TOINS
‘ 2 ra L '| l , è
| vicqell +
pr f im
du?
“A. à À ) ="
À, * “ai TEL +!
3
LA : x lbouskioos utlez 4
EE |
e t
gi : b
M ‘ F UHIAN
voi “ à dé KA ott AG 57 SM
ie 0 -mbenhs HMESVMEN i ANUA T AO | ui TA \+ Un
or? ‘. PORTA LE \ ris voai \ 2 RTL
in ver à à
: Tr me in «ge i GUMYET ANA
Lea
min, CU
: MUST A
PLANCHES
Source MNHN, Paris
é
Source : MNHN, Paris:
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE I
En haut : notre caravane de 13 chameaux (dont 7 personnels) sur le plateau
Magordonga nedi. Photo prise le 5 septembre 1964.
En bas : la même caravane lors d’une courte halte sur le haut plateau dominant
Aga Dubé, le 1° septembre 1964.
Tource : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE IT
haut : une des faces du Mont Deli, inexpu
tion détaché sur la partie sud de l'Ennes
En bas
Photo prise le 10 octobre 1964.
de l’Ennedi, la plus remarquable, sur-
Ouagif (en Arabe) ou
BL. DU our \ £
BRSEUM Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU
TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE II
En haut : la gorge d'Archeï creusé
de erocodile. Photo prise 1
dans les grès gotlandiens, station relictuelle
juillet 1964.
En bas : vue générale du
Photo prise le 4 ao!
Sud Ennedi, prise du plateau supérieur du Mont Alba.
1964,
Source : MNHN, Paris
14
MÉMOIRES DU MUSÉ
M. — TOME XVII. — FAS
ICULE UNIQUE
PLANCHE IV
En haut :
(Del.) Hiern. Berges à Crotalaria mucronata Desv.. Photo prise le 20 jui
let 1958.
à Phænix dactyli
.) DC.. Photo p
En bas : fond de la gorge Maya
et à Syzygium guincense (WA
a L. apparemment sau
le 20 août 1965.
Source : MNHN, Paris
ter |
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII.
PLANCHE V
En bas : le plateau Dougouro (vue vers le S.0.).
Photos prises le 30 septembre 1958.
Source : MNHN, Paris
T 561022 6. ee,
Shot
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PrancHE VI
En haut : plaine de Fada. On distingue l’oasis et les premières cases en haut et à
gauche, Photo prise le 29 septembre 1964.
En bas : formation d’une dune par accumulation de sable sous le vent (cône de
sable). Photo prise le 16 septembre 1964 entre l'O. Archi et l'O. Birré.
256 Source : MNHN, Paris
[a teL.
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancnEe VII
En haut : démantèlement par l'érosion des grès siluriens : massif de Bachikélé,
photo prise le 21 août 1959.
En bas : creusement des grès dévoniens par le torrent Erdébéché avant de tomber
dans le gouffre de Koboué, photo prise le 23 septembre 1964.
442 Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancne VIII
Deux aspects de l'O. Koboué
En haut : la branche orientale creusée dans les grès « pourris ». Photo prise le
45 septembre 1962.
a branche occidentale, canyon impressionnant de plus de 400 mètres
Photo prise le 25 septembre 1958.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE IX
En haut : Y'un des plus grands ouadis de l’Ennedi, l'O. Basso, dans la portion
de son cours appelée Kennemena. Photo prise le 23 septembre 1959.
En bas
montagnard : l'O. Timidinga. Pour progresser la meilleure solution est de
sauter de bloc en bloc. Photo prise le 24 septembre 1959.
: portion d’oued, formée de blocs roulés, caractéristique de l’étage sub-
Source : MNHN, Paris
ur
f
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE X
Nulle part ailleurs que dans l'Ennedi la nature n’a sculpté des rochers aux formes
aussi étranges et suggestives. Photo supérieure prise le 25 septembre 1964
sur le plateau Djorma, photo inférieure prise le 14 août 1965 près de Nor-
daemanna.
OS] Source : MNHN, Paris
(eigL.0 LE
MÉMOIRES DU M
SÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE XI
L'énorme masse de grès de |’.
Ennedi est burinée de partout
En haut : rocher semblant taillé, photo prise le 28 se]
fluent de l'O. Ely et de l'O. Aouka.
En bas : cheminée de fée, photo prise au rocher Gaora H.
Sevré au sud-est de Fada) le 4 octobre 1964.
tembre 1964 près du con-
alangana (près du rocher
Source : MNHN, Paris
ft
JIX SHONVIA
AG SHHIONEN
“RASAN
— CHAX ANOL —
Effets spectaculaires de l'érosion
Dans les grès siluriens, pan de falaise photographié au Dans les grès dévoniens, rocher curieusement érodé,
çol des chameaux, au-dessus de Fada, le 29 septemn- photographié sur le haut plateau dominant Aga
bre 1964.
Dubé le 1er septembre 1964. Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancHe XIII
En haut : une cheminée, seul vestige d’une série de grès à aspect feuilleté
presque totalement déblayés par l'érosion.
En bas : grès schisteux (comme« ardoisé ») à la base d’une série de grès compacts.
Photos prises à Chehenné (entre Am Diguin et Nohi Chilio) le 17 août 1958.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancHE XIV
Deux aspects de la très pittoresque guelta d’Aoué bordée d’Adina microcephala
(Del.) Hiern. et Phoenix dactylifera L. Photo du haut prise le 29 septem-
bre 1959, celle du bas le 10 octobre 1959.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE XV
La même guelta (située au-dessus de la guelta principale d'Aoué)
à deux époques différentes
En haut : peu de temps après le passage de la crue, photo prise le 18 août 1965.
En bas : un mois après la fin des pluies, photo prise le 29 septembre 1959.
Source : MNIHN, Paris
POST Re
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII — FASCICULE UNIQUE
PLance XVI
En haut + assèchement d’une guelta (guelta de l’0. Ely). En raison de l'évapor
ration intense pendant le jour et très lente pendant la nuit, l'assèchement
Fe fait par gradins successifs. Il est possible de compter ici 26 marches
Correspondant à 26 jours d'évaporation après la dernière pluie. Photo prise
le 27 septembre 1964.
En bas : guelta de rocher. Guelta Michero. Photo prise le 11 septembre 1964.
PT se 7
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
DU MUSÉUM. — TOME XVII. FASCICUI
E UNIQUE
PLancHE XVII
Deux types de gueltas
En haut : guelta de surereusement située à l’à-pic d’une fa guelta située
sur la branche orientale de tête de 10. Koboué. Photo prise le 15 septembre
1962.
En bas : guelta résiduelle après le passage de la erue. Photo prise dans le lit de
YO. Kordi le 19 septembre 1964-
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
Prancne XVIII
Deux types de mares
En haut : mare profonde arborée à Acacia nilotica (L.) Wild. ex Del. et à Scirpus
brachyceras Hochst. ex A. Rich., mare Keheï. Photo prise le 28 août 1962.
En bas : mare plate de plateau, alimentée par endorhéisme : mare de Gourka.
Photo prise le 20 août 1962.
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE XIX
Ciel de saison des pluies
En haut : cumulus bourgeonnant. Photo prise vers 15 heures le 6 août 1964 à
6 kilomètres au nord du Mont Aloba.
En bas : la cime du Mont Aloba femelle telle qu’elle apparaît baignée par les
nuages, le 4 août 1964 à 7 heures du matin.
15. Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancHE XX
En haut : l'arrivée du flot écumant de la crue est un spectacle saisissant.
En bas : la gorge de l'O. Basso qui fait à cet endroit une vingtaine de mètres
de profondeur se remplit presque complètement avec le passage de la
crue.
Photos prises le 6 août 1962.
LA Source : MNHN, Paris
ou
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancHE XXI
En haut : une des plantes les plus typiques de l'étage supérieur de l'Ennedi,
Chrysopogon Aucheri Stapf var. quinqueplumis (A. Rich.) Stapi. Photo faite
entre les deux branches de Koboué le 22 septembre 1964.
En bas : Effet spectac
déraciné un bel e
septembre 1964.
re de la crue de l'O. Birré qui en rongeant sa berge a
omplaire d'Acacia raddiana Savi. Photo prise le 16
15 4 Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. FASCICULE UNIQUE
PLancHe XXII
En haut : fleur de Pancratium trianthum Herbert.
En bas : gouttes de rosée sur une feuille de Cenchrus biflorus Roxb., au moment
où sous l’action du réchauffement elles commencent à perdre leur rotondité.
Photo prise à Barba le 11 août 1962 au lever du soleil.
TA Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUS
+ — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancHE XXIII
En haut : la mare de Keheï est le type des mares arborées de l'Ennedi. Elle
ne diffère en rien des mares sud-sahéliennes à Acacia nilotica (L.) Wild.
ex Del.
En bas : autour de cette mare le développement des lianes et en particulier du
Coccinia grandis (L.) J. O. Voigt, est tel que cette espèce s'entrelaçant sur
elle-même arrive à former des manchons inextricables de verdure.
Photos prises le 28 août 1962.
15 Æource : MNHN, Paris
2
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancHe XXIV
Plantules de Ricinus communis L. var. minor subspontané
au bord de l'O. Koïnamena. Photos faites le 26 août 1964
En haut : plantule au stade 2 feuilles cotylédonnaires.
En bas : apparition des deux premières feuilles.
Source : MNHN, Paris
7, |
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancHE XXV
Geigeria acaulis Oliv. et Hiern : la plante sous deux aspects différents
En haut : la plante à l’état fleuri en pleine végétation.
la plante à l'état fructifié et desséché, telle qu'elle se présente sur le
pendant des années.
Source : MNHN, Paris
Photos prises près de l'O. Brou le 26 août 1962.
15 à
En bas :
terrai
7 564022 G.
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
Prance XXVI
En haut : Seetrenia orientalis Deene., plante prostrée aux feuilles trifoliolées.
Photo prise le 11 septembre 1964 sur le plateau Michero.
En bas : fruit épineux de Glossonema boveanum (Decne.) Decne.. Photo prise entre
Erdébéché et Djorma le 24 septembre 1964
TD Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancHe XXVII
En haut : fruits mürs de Coccinia grandis (L.) 3.0. Voigt, Cucurbitacée qui
fructifie abondamment uniquement les années pluvieuses. Photo faite le
long d’un petit ouadi du versant nord, le 20 septembre 1964.
En bas : Blepharis linariifolia Pers. aux feuilles cotylédonaires r
aux feuilles normales linéaires. Photo faite sur le plateau Kordi le 20 sep-
tembre 1964
Le,
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
Prancue XXVIII
larête plumeuse de l'Aristida hirtigluma Steud. ex Trin. & Rupr.
poussée par le vent, entraîne dans un mouvement de rotation la colonne
torsadée de la graine.Celle-ci s'enfonce alors dans le sol. Photo prise sur une
plate-forme rocheuse à Bakabé (derrière le Mont Fada) le 6 octobre 1964.
En haut : T
En bas : la station unique de Clematis hirsuta Guill. et Perr. dans l'Ennedi.
La plante le jour de la photo (20 août 1965) n'est pas encore fleurie.
Source : MNHN, Paris
Portion d’une inflorescence en pleine anthèse
de Cenchrus ciliaris L., éclairée par les
premiers rayons du soleil levant. Photo
prise le 11 septembre 1959 sur les berges
de VO. Michero.
Vieux Palmiers doums fourchus Hyphaene
thebaica (L.) Mart., aux trones garnis par les
rachis des feuilles passées. Photo prise dans
la gorge sauvage de Maya, le 20 août 1965.
IONAN
‘AX ANOL —
SAÔINA AINDIDSVA
XIXX SHONVId
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
Prance XXX
En haut :
zielli
une Asclépiadacée suceulente, rare dans l'Enneli, Caralluma Dal-
E. Br., accrochée sur le haut lit de l'O. Erdébéché. Photo prise le
23 septembre 1964.
En bas : plantule de Colocynthis vulgaris Schrad. poussant sur les berges de l'O.
Michero. Photo prise le 11 septembre 1964.
Source : MNHN, Paris
re |
OIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLaNcHE XXXI
Deux fleurs s’épanouissant en plein soleil
Æn haut : Astripomoea lachnosperma (Choisy) Meeuse épanouie entre 7 et 10 heu-
res. Photo prise le 27 août 1962 dans une dépression entre O. Brou et Keheï.
En bas : Pavonia arabica Steud. et Hochst. ex Boiss. dont la corolle n’est étalée
qu'entre 10 h. 30 et 12 heures. Photo prise près de la mare de Gourka le
20 août 1962.
Source : MNHN, Paris
tee |
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancue XXXII
En haut : la principale station de Nymphaea rufescens Guill.& Perr. de 'Ennedi
la Mare de Soboro à Scirpus brachyceras Hochst. ex À. Rich.
En bas : fleur du même Nymphaca.
Photos prises le 19 septembre 1958.
(ei8L.pu
MUSEUM Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME XVII. — FASCICULE UNIQUE
PLancne XXXIII
En haut : Acacia raddiana Savi typique : photo prise le 28 juillet 1964 à Keili
Ketena (Ennedi).
En bas : Maerua crassifolia Forssk. fournissant grâce
une ombre recherchée. Photo p:
sur la bordure Nord de l’Ennedi.
sa frondaison compacte
se le 9 septembre 1964 près de VO. Matar
2 Source : MNHN, Paris
(181.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris