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MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série B, Botanique
TOME XXVII
Entretiens du Muséum
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PALYNOLOGIE ET CLIMATS
16-18 octobre 1979
publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-IIilaire (V e )
1980
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série B, Botanique, Tome XXVII
ENTRETIENS DU MUSÉUM
PALYNOLOGIE ET CLIMATS
16-18 octobre 1979
SOMMAIRE
AVANT-PROPOS . 7
MORPHOLOGIE POLLINIQUE ET CLIMATS
J. Perreau. Problèmes de « bioclimatologie sporale » chez les champignons (Holobasidiomycètes
notamment) . 9
G. Durrieu. — Adaptations écomorphologiqucs des spores d’Urédinales. 18
D. Lobreau-Callen. — Variations morphologiques du pollen du genre Thesium (Santalaceae). 23
M. T. Cerceau-Larrival et F. Roland-Heydacker. — Adaptation de l’ultrastructure de l’exine
de quelques Ombellifères australes en fonction des conditions biogéographiques. 31
M; T. Cerceau-Larrival et M. C. Carbonnier-Jarreau. — Caractéristiques tectales de certaines
Ombellifères indiennes et hymalayennes. Relations avec le climat et la biogéographie. 39
I. K. Ferguson. — Quelques remarques sur l’ultrastructure du pollen de deux espèces de la sous-famille
des Papilionioideae (Leguminosae ) en relation avec le microenvironnement (hygrométrie et hydro¬
dynamique) . 45
H. Usinger. — Une relation entre la taille du pollen et le climat ?. 51
DISPERSION AÉROPLANCTONIQUE ET CLIMATS
G. Cambon. — Variations latitudinales des spectres polliniques de l’atmosphère en Méditerranée occi¬
dentale . 57
SOMMAIRE
F Cour et D. Duzer. — Action actuelle des courants atmosphériques sur la dissémination des pollens
au Sahara et dans les régions climatiques avoisinantes le long d’un transect Oran-Abidjan. ... 66
PALÊOCLIMATS DU QUATERNAIRE
A. Pons. — La démarche paléo-climatique du palynologue : possibilités et limites. 81
V Markgraf. _ Paleoclimatic reconstruction of the last 15,000 years in Subantarctic and temperate
régions of Argentine. 87
.1 Renault-Miskovsky. — Analyse pollinique des sédiments néolithiques de la grotte de Kitsos
(Lavrion, Grèce). 98
M. Clbt. — La séquence « wurmienne » dans les heads du Nord-Cotentin (Manche). 108
J. L. de Beaulieu, J. Evin, P. Mandier, G. Montjuvent et M. Reille. — Les Échets : un marais
capital pour l’histoire climatique du Quaternaire rhodanien. 123
M'Bbnza-Muaka et E. Roche. — Exemple d’évolution paléoclimatique au Pleistocène terminal et à
l’HoIocène au Shaba (Zaïre). 137
R. Bonnbfille, F. Casse, C. Azema et M. Denefle. — Palynologie et interprétation paléoclimatique
de trois niveaux Pleistocène supérieur d’un sondage du lac Abhé (Afar, Territoire de Djibouti).. 149
A. Vincbns. — Interprétation climatique des données palynologiques Plio-Pléistocènes dans la région
est du lac Turkana (Kenya). 165
PALÉOCLIMATS DU TERTIAIRE
J. P. Suc. — Aperçu sur la végétation et le climat des régions méditerranéennes d’Europe occidentale
au Pliocène et au Pléistocène inférieur, d’après l’analyse pollinique. 177
H. Méon, R. Ballesio, C. Guérin et P. Mein. — Approche climatologique du Néogène supérieur (Torto-
nien à Pléistocène moyen ancien) d’après les faunes et les flores d’Europe occidentale. 182
M. Bessedik. — La flore pollinique d’un niveau gypseux de la série de Portel (Aude - France) : Oligo¬
cène terminal. 196
E. Boltbnhagen et M. Salard-Cheboldaeff. — Essai de reconstitution climatique Crétacé et Tertiaire
du Gabon et du Cameroun d’après la palynologie. 203
J. Muller. — Palynological evidence for paleogene climatic changes. 211
J. J. Chatbauneuf. — Évolution de la flore et variations climatiques dans les bassins d’Europe occi¬
dentale au paléogène. 219
M. F. Ollivier et J. Esteoule-Choux. — Palynologie, sédimentologie, reconstitution des climats :
application au paléogène du massif armoricain... 232
E. Roche. — Effets d’une phase climatique tropicale au Paniselien dans le bassin sédimentaire belge.. 239
PALÉOCLIMATS DU SECONDAIRE ET DU PRIMAIRE
*"• Rbÿbb. Peut-on estimer l'évolution des climats jurassiques et crétacés d’après la palynologie ?.. 247
M. Strbel. Évidences palynologiques sur les relations entre le climat et la distribution géographique
des flores dévoniennes et dinantiennes. 261
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRK
D1N0FLAGELLÊS ET ENVIRONNEMENT CLIMATIQUE
J. L. Turon. — Les kystes de Dinoflagellés dans les sédiments récents de l’Atlantique nord-oriental
et leurs relations avec l’environnement océanique. Application aux dépôts holocènes du chenal
de Rockall. 269
M. T. Morzadec-Kerfourn. — Les kystes de Dinoflagellés et le climat : Hemicystodinium
zoharyi (Rossignol), espèce indicatrice d’aridité au Quaternaire. 28.3
A. W. van Erve, P. I*. de Boer et A. R. Fortuin. — Paleoclimatological aspects of Dinoflagellate
assemblages from lhe Aptian-Albian « Marnes noires » near Vergons, Alpes de Haute Provence,
S. E. France. 291
Source : MNHN, Paris
AVANT-PROPOS
AVANT-PROPOS
« Les cieux mêmes ont varié... »
Buffon, 1778
Restituer les climats du passé est déjà une passionnante fin en soi. Mais c’est aujourd’hui devenu
une nécessité ressentie par tous les naturalistes qui se posent des questions de genèse ou d’évolution.
Le climat est en effet la première composante des ambiances complexes qu’on appelle aujourd’hui
« environnements » et qui depuis toujours ont conditionné les matériaux affleurants et fait disparaître,
migrer ou s’adapter les espèces vivantes. Très largement inféodé au climat, le monde des plantes, dans
sa version fossile, est sans aucun doute le témoin le plus révélateur des états et des changements clima¬
tiques du passé. En cette matière, la paléobotanique souffre toutefois d’inconvénients inhérents à
la fossilisation continentale : le caractère accidentel, discontinu et sélectif des gisements rend quasi¬
ment impossibles les restitutions évolutives. La palynologie, sa fille naturelle, est, de ce point de vue,
beaucoup mieux armée : malgré l’imprécision botanique qui est parfois la sienne, elle est en effet direc¬
tement liée à la stratigraphie, donc au temps géologique, et surtout elle bénéficie du fait que les pollens
sont largement répandus dans presque tous les sédiments de presque toutes les époques. Autre condition
naturelle favorable, le brassage des apports hydrodynamiques et des redépôts aéroplanctoniques laisse
dans les sédiments des signatures d’environnements botaniques statistiquement fiables. En tout cas
bien plus fidèles que les gisements paléobotaniques qui pâtissent, à ce point de vue, de la discrimination
des espèces devant la minéralisation post-mortem. Cette importance de la palynologie dans la délicate
question des paléoclimats n’a pas échappé aux naturalistes du Muséum qui ont tenu à lui consacrer
l’un de leurs Entretiens, soutenant à cette occasion les efforts de l’Association des Palynologues de
Langue Française. Ce sont les communications présentées à cet Entretien qui font l’objet du présent
ouvrage.
Rappelons d’abord que, s’agissant de l’actuel comme du passé, deux notions « climatiques »
méritent, malgré leurs évidentes relations, d’être distinguées : les climats des terres émergées d’une
part, les températures marines d’autre part. Or, contrairement à ce qu’on pourrait croire s’agissant
des secondes, la palynologie n’est pas totalement désarmée. Placées en fin d’ouvrage, quelques notes
fort originales traitant de la relation Dinoflagellés-paléotempératures marines, montreront ses possi¬
bilités en la matière.
Un autre aspect, positif, de la recherche palynoclimatique apparaîtra dans cet ouvrage ; c’est
la collaboration de la palynologie avec d’autres techniques. Qu’il s’agisse de paléoclimats « continen¬
taux » ou de paléotempératures marines, l’information biologique se trouve en effet aujourd’hui renforcée
par des techniques physico-chimiques appropriées : analyse des minéraux argileux pour les premiers,
rapports isotopiques 0 18 /0 16 pour les secondes. Témoignage d’un esprit moderne, on trouvera donc
ici tout un lot de notes où l’information physico-chimique vient précisément soutenir l’information
palynologique.
Encore plus originales dans la littérature sont les contributions concernant la relation « morpho¬
logie pollinique-climat » dans le monde actuel. Il faut ici ouvrir une assez large parenthèse. Ce sont les
quaternaristes et les préhistoriens qui, les premiers, ont pratiqué l’analyse pollinique dans un esprit
paléoclimatique, y recherchant les uns surtout des phases, les autres de véritables évocations. Pour ces
dernières, le pollenanalyste a toujours raisonné, s’agissant de périodes récentes, donc floristiquement
Source : MNHN, Paris
8
Y. REYRE
comparables, soit par confrontation à des modèles phyto-écologiques actuels, soit en se fondant sur des
taxons-guides, c’est-à-dire des végétaux exceptionnellement significatifs. Pas de changement fonda¬
mental du raisonnement pour l’investigation des périodes plus anciennes si ce n’est une difficulté de
plus en plus grande à se référer aux modèles écologiques actuels. A ces classiques raisonnements de
recherche vient s’ajouter un nouvel état d’esprit lui aussi fondé sur l’exploitation du présent. Deux
questions se trouvent ainsi abordées dans l’ouvrage : a) existe-t-il dans une même espèce, ou à travers
les espèces réparties d’un même genre, des particularités morphologiques du pollen ayant pu être induites
par le climat ? b) quelle est la traduction pollinique d’une aire climatique type ? On devine aisément
toute la résonance paléoclimatique que pourrait avoir un jour l’investigation généralisée de telles ques-
tions.
Enfin l’ouvrage contient bien sûr un certain nombre de résultats paleoclimatiques proprement
dits c’est-à-dire d’évocations, de restitutions et même de descriptions évolutives. Trois remarques
viendront sans doute à l’esprit du lecteur. La première sera relative à la localisation géographique des
études présentées : France, Europe, pourtour méditerranéen, Afrique sont les aires les plus concernées.
Ce sont tout simplement celles où opèrent le plus volontiers les palynologues de langue française. La
seconde remarque aura trait à la méthodologie, aucune étude n’utilisant exactement le même raisonne¬
ment qu’une autre. A ce sujet la partie paléoclimatique de l’ouvrage est assez éloquente : elle montre
qu’en effet il n’existe pas de procédé passe-partout pour restituer les climats et qu’en cette matière
chaque recherche est méthodologiquement unique. Enfin, troisième remarque, le lecteur mettra peut-
être en relation l’éventail chronologique des sujets et leur « rendu » paléoclimatique. Il sera facile de
voir que la précision diminue avec l’ancienneté des objets. C’est pourquoi les restitutions les plus nom¬
breuses et les mieux localisées ont trait au Quaternaire et au Tertiaire supérieur, le Paléogène faisant
l’objet d’analyses régionales déjà plus larges. Quant au Secondaire et au Primaire, les études qui les
concernent sont peu nombreuses par suite de la difficulté à comparer des mondes paléontologiquement
trop différents de l’actuel. Aussi se bornent-elles, pour l’instant, à des évocations et considérations uni¬
verselles en grande partie fondées sur les données bibliographiques.
En résumé, cet ouvrage de palyno-climatologie, le premier du genre, ne prétend ni faire le tour
de la question « pollen et climat », ni raconter à lui seul les climats du passé. Mais les communications
qui y sont rassemblées rapportent, chacune, des faits ponctuels, régionaux ou universels, précis et divers.
A travers ces contributions, c’est donc un encourageant éventail de perspectives qui s’ouvre dans un
domaine où, il est vrai, l’insaisissable n’est pas prêt d’être épuisé.
Y. Reybk.
Source : MNHN, Paris
CHAMPIGNONS HOI.OBASID IOMYC.ËTES
MORPHOLOGIE POLLINIQUE ET CLIMATS
PROBLÈMES DE « BIOCLIMATOLOGIE SPORALE »
CHEZ LES CHAMPIGNONS (HOLOBASIDIOMYCÈTES NOTAMMENT)
Jacqueline Perreau *
Résumé. — Par l’action essentielle que, chez les Champignons, l’humidité et la température exercent
sur la croissance mycélienne et la formation des organes reproducteurs, les facteurs climatiques — plus par¬
ticulièrement microclimatiques et au niveau de chaque mycotope — influent sur la constitution des spores.
Cependant, dans la majorité des cas, le rôle du climat vis-à-vis des caractéristiques sporales n’apparaît pas très
marqué et pourrait jouer principalement lors de la phase de. survie et de propagation des éléments sporaux.
L analyse de la morphologie sporique d’Holohasidiomycètes poussant dans des domaines climatiques
différents permet, en quelques exemples, de mettre l’accent sur les nombreuses inconnues qui subsistent en
matière d’écoclimatologie et de biogéographie chez les Champignons.
Summary. — The climatic factors — more accurately microclimatic ones and those that occur at the
level of each mycotope — especially moisture and température which are of high importance in the fungal
kingdom for végétative and reproductive stages of the life cycle, influence also the sporal constitution. Never-
theless the efîect of climatic conditions upon distinctive features of spores is generally not very strongly marked
and seem to occur during the period of survival and propagation.
The observation of spore morphology of some species amongst Holobasidiomycetes which are distrihuted
in various climatic areas, discloses with few examples the numerous problems which still exist about fungal
ecoclimatology and biogeography.
Comme les autres êtres vivants, les Champignons subissent l'influence du climat ; toutefois,
leurs réactions vis-à-vis de ce dernier se combinant naturellement avec celles dues aux autres conditions
du milieu et les données aussi bien écologiques que paléoécologiques étant fort incomplètes en ce qui
les concerne, l’empreinte laissée par les facteurs climatiques sur leur aspect et leur biologie ne se discerne
pas toujours nettement.
Particulièrement sensibles à l’humidité et à la température, les Champignons dépendent égale¬
ment, pour leur croissance et leur reproduction, de tous les autres éléments du climat : vent, pression
ou rayonnement solaire... En outre, par son action sur le substrat nutritif, d’origine animale ou végé¬
tale, dont l’importance se révèle capitale chez les organismes fongiques, qu’ils vivent en parasites,
symbiotes ou saprophytes, le climat intervient fortement, quoique alors indirectement, sur leur existence
même, leur abondance et leur répartition. En effet, malgré les nombreuses inconnues qui subsistent en
matière de biogéographie des Champignons — de vastes régions demeurant encore inexplorées de ce
point de vue —, la distribution de certains taxa correspond à celle des grandes formations végétales
* C.N.R.S., L. A. n° 257 — Laboratoire de Cryptogamie, Muséum national d’Histoire naturelle, 12, rue Buffon-
75005 Paris.
Source : MNHN, Paris
10
J. PERREAU
reconnues dans le inonde ou se rattache parfois à des groupements plus limités, les unes et les autres
en étroite relation avec les divers domaines climatiques (Heim, 1969).
Ceci est valable pour de nombreuses espèces telles que le gastéromycète Tulostoma exasperatum
Mont., l’hyménomycète Lenlinus velutinus Fr. ou le discomycète Sarcosoma javanicum Rehm qui
poussent uniquement en forêt tropicale dense et humide ; le Lentinus tigrinus (Bull.ex Fr.) Fr. et le Rozites
caperata (Pers. ex Fr.) Karst. viennent seulement en régions tempérées ; un autre basidiomycète,
Amanita lactea Malenç., Romagn. et Reid reste attaché au climat méditerranéen, alors que Calvatia
cretacea (Berk.) Lloyd est un gastéromycète de la zone subarctique. Il en va de même au niveau géné¬
rique : Leptoglossum Karst. appartient aux domaines tempérés et froids des hémisphères nord et sud ;
Phaeogyroporux Sing. est strictement lié au climat intertropical où Marasmius Fr. et Marasmiellus
Murr. sont plus abondamment représentés en espèces et en individus qu’en régions tempérées, la situa¬
tion se montrant exactement inverse pour Hebeloma Kumm., Inocybe Fr. et Cortinarius Fr., peu diver¬
sifiés en zone chaude et pluvieuse. D’autres cas fréquemment cités se rapportent aux Xylariales (Pyréno-
Ascomycètes) ou aux PhalUiles (Gastéro-Holobasidiomycètes), avec notamment la famille des Clathraceae,
essentiellement répartis sous climat tropical humide, tandis que les Lycoperdales (Gastéro-Holobas.)
offrent une large distribution en régions tempérées. Parmi les Hyphomycètes ( Fungi Imperfecti ) du sol,
on a remarqué que les Aspergillii prédominaient en zone intertropicale humide et les Penicillii en zones
plus froides. Enfin, au sujet des associations mycorhiziennes, il a été observé qu’elles étaient en majorité
de type ectotrophe dans les forêts boréales.
Une multitude d’exemples analogues pourrait être relevée dans la littérature mycologique,
mais on y trouverait également mention d’innombrables espèces largement répandues (Park, 1968)
et donc soumises à des influences climatiques très différentes. Sauf pour certains, de nombreux Micro-
mycètes notamment, quelques Asco- et Basidiomycètes supérieurs où les besoins hydriques, thermiques
ou photoniques ont été évalués avec précision, le plus souvent grâce à des expériences réalisées in vitro,
nous ne possédons que peu ou pas d’indications sur les écoclimatogrammes des Champignons. Pourtant,
ces plantes tolèrent dans des limites assez amples les variations des circonstances atmosphériques et
ceci en raison de caractéristiques qui concourent à leur originalité et dominent leurs rapports avec le
climat : le pléomorphisme qu’ils manifestent et la relative ténuité de leur organisme qui les retient dans
îles biotopes de faibles dimensions, les mycotopes.
En effet, au cours de leur cycle de vie, les Champignons se présentent non seulement sous la
forme de mycélium, mais aussi de structures agrégées telles que les carpophores ou les sclérotes et d’une
gamme souvent très étendue de diaspores : les unes, propagules végétatives nommées arthrospores,
oïdies, conidiospores ou chlamydospores, les autres constituées normalement après méiose, comme
les ascospores et les basidiospores. Quels qu’ils soient, tous ces organes spécialisés, dont la naissance
est suscitée par des déterminismes internes en liaison avec les variations des facteurs environnants,
offrent une taille assez réduite, n’atteignant jamais l’envergure d’autres organes végétaux. Enfouis
dans l’humus ou la litière de feuilles, se développant à la surface du sol ou à la cime des arbres, sur
troncs dressés ou abattus, sur les feuilles ou les fruits, sur les branches ou les brindilles, dans les anfrac¬
tuosités des souches, parmi les aiguilles ou les mousses — pour s’en tenir à un bref aperçu —, ils occu¬
pent des stations réduites, en quelque sorte biotopes miniatures, pour lesquels Darimont (1973) a créé
le terme de mycotopes. Que dire alors des diaspores qui s’insèrent dans des écosystèmes microscopiques !
Il est évident que régnent dans les mycotopes des conditions bien modifiées par rapport aux
données générales du climat, même retouchées au niveau régional ou local. La teneur en eau du sol
et du support, déterminée par les précipitations, s’y révèle souvent plus importante que l’humidité
atmosphérique dont le rôle n’est pourtant pas négligeable ; la rosée, l’évaporation, l’exposition au vent
prennent une portée autre, tandis que la température y demeure sans doute plus constante. Il s’agit
là de microclimats liés à des milieux confinés et les climatologues soulignent nettement la rupture exis¬
tant entre les circonstances microclimatiques qui mériteraient d’ailleurs une étude approfondie et
les éléments du domaine climatique dans lesquels elles entrent (Pagney, 1978).
Représentatives de l’une des modalités capables d’assurer aux Champignons leur conservation
dans le temps et dans l’espace, les diaspores, en raison de leur double rôle de survie et de dissémination,
sub.ssent plus largement que le mycélium ou les fructifications l’influence du climat. Celle-ci paraît
Source : MNHN, Paris
AMPIGNONS HOLOBASIDIOMYCÈTES
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jouer au niveau des mécanismes physiologiques qui conduisent à leur constitution et sur le plan de
leur morphologie. De plus, on peut penser que la diversité des formes et des ornementations pariétales
présentées par certaines spores trouve en partie son origine dans un rétro-contrôle qu’exerce, sur les
organes qui les produisent, leur fonction de vie latente et de propagation.
La formation même des spores se montre souvent liée aux circonstances atmosphériques :
défavorables, celles-ci rendent impossible le développement d’asco- ou de basidiocarpes et, de ce fait,
des méiospores ; moins sévères, elles peuvent néanmoins affecter le taux de sporulation. Cependant,
une fois différenciées, les spores sont en général relativement bien protégées des vicissitudes climatiques,
qu’elles se constituent dans des sporocystes tels que les asques ou à la surface d’un hyménium auquel
divers dispositifs assurent, s’il en est besoin, une microatmosphère à teneur en vapeur d’eau suffisante.
Ainsi, Malençon et Behtault (1970) signalent la grande fréquence d’exudations cystidiennes chez les
Inocybe et d’autres agarics du Maroc, ce qui les amène à formuler l’hypothèse selon laquelle ce phéno¬
mène apporterait une protection contre l’intense évaporation que doivent supporter ces espèces.
Parfois, plusieurs types sporaux sont produits simultanément par un individu fongique, sans
que le déterminisme de leur formation soit exactement connu : un basidiocarpe émet des basidiospores
en même temps qu’il donne des oïdies. Dans le cas général, les variations des facteurs climatiques, en
particulier lorsqu’ils perturbent l’équilibre de la nutrition, sont à l’origine de l’apparition de tel ou tel
type sporal ; une période de sécheresse ou de fortes pluies empêchera la constitution de basidiocarpes,
donc de basidiospores, mais favorisera celle de chlamydospores ou d’arthrospores plus aptes à survivre
dans ces conditions, défectueuses pour les premières. On observe un remplacement de certains organes
par d’autres mieux adaptés et il semble probable que dans la nature, surtout dans les régions à saisons
contrastées, la succession de différentes diaspores au cours de l’année relève, dans une certaine mesure,
des fluctuations climatiques. Il n’en reste pas moins que la destinée des diaspores et la place qu’elles
tiennent au sein des biocénoses sont encore bien mystérieuses pour nous.
Pour tenter de mettre en évidence d’éventuelles adaptations sporomorphologiques aux facteurs
climatiques, nous prendrons quelques exemples parmi les méiospores des Holobasidiomycètes qui,
à l’instar de la majorité des diaspores, offrent une grande diversité physionomique bien que le schéma
structural de base soit unique (Perreau, 1976). Chez les Champignons à basidiospores cités plus haut,
aucune corrélation ne s’esquisse entre la morphologie sporale et le domaine climatique auquel ils appar¬
tiennent. Si nous considérons les éléments sporaux de quelques espèces choisies parce qu’elles vivent
dans une même zone caractérisée par son climat constamment chaud et humide, plus précisément en
forêt ombrophile, nous voyons qu’aucun trait de similitude ne les regroupe ; ils diffèrent par la taille,
la forme, l’ornementation et la pigmentation de la paroi (fig. 1). On parvient à une constatation iden¬
tique au sujet des spores de champignons poussant à la même saison (ayant donc subi les. mêmes influ¬
ences atmosphériques), dans un climat local forestier du domaine tempéré océanique ; elles présentent
une paroi mince ou diversement épaissie,, des dimensions aussi variées que leurs formes, alors que cer¬
taines se côtoient dans un même mycotope (fig. 2). Quelle que soit la saison, quel que soit le biotope
ou le cortège fongique lié à une essence forestière, aucun caractère morphologique commun ne ressoft.
Inversement, les espèces d’un genre, répandues sous différents climats, offrent un type sporal semblable ;
parfois, chez les Amanites par exemple, des modifications se font jour — forme cylindracée et faible
ornementation sous les climats chauds —, mais sans que l’on puisse les attribuer avec certitude aux
conditions atmosphériques car, dans les mêmes lieux, se trouvent également des spores globuleuses,
à paroi lisse, nombreuses en régions tempérées.
En général, les facteurs climatiques n’interviennent donc pas directement sur la morphologie
sporale, sauf en de rares exceptions. Ainsi, GuzMÀn (1970) a mis en évidence, à propos des Sclérodermes,
un gradient morphologique sporal en fonction des zones équatoriale, sub-tropicale et tempérée. Les
spores des régions de basse latitude sont petites, réticulées, interrupto-réticulées ou échinulées, celles
de latitudes plus élevées sont assez grandes, échinulées et, dans les régions tempérées boréales, très
volumineuses et plus ou moins densément réticulées (fig. 3). La variation affectant la taille sporale
s’avère ici particulièrement nette, mais il faudrait connaître les conditions de vie précises des espèces
en cause pour déceler le rôle véritable du climat ou du microclimat. Le cas contraire est d’ailleurs
fréquemment observé, puisque bien des espèces des régions chaudes et humides possèdent des spores
Source : MNHN, Paris
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Vie. 1. - - Mise en évidence de la diversité morphologique sporale chez quelques Ascomycètes et Holobasidiomycèles
poussant en foret équatoriale (climat chaud, à forte pluviosité) : 1. — Pleurotus flabellalus (Berk. et Br.) Sacc.
Holobas.l, 2. — Slereum ivllereum Bcrk. (Holobas.), 3. — Lenlinus strigosus (Schwein.) Fr. (Ilolobas.), 4. — Gaiu>-
tUrnui Uoydii (Pat. et Har.) IHolobas.l, 5. — Xylaria hypoxylon (Dum.), ssp. adscendens (Fr.) Dennis (Ascom.),
6. — Cooktina Tricholoma iMont.) Kuntzc (Ascom.), sur bois, souches, branches tombées ou brindilles, 7. — Cla-
vulinopsis miniata (Berk.) Corner Holobas. . 8. — Ramaria cyanocephala (B. et C.) Corner (Ilolobas.), 9. — Can-
tharrllus (nngoltnsis Bccli Holobas. . 10. — Hygrocybe astatogala (Hcim) Heincm. (Holobas.l, à terre, 11. —
Tulostonio fxasperalum Montagne (Holobas.l, espèce venant sur bois pourrissant, 12. — Lycoperdort angulatum
Dissing et Lange (Holobas.l, 13. — Laclarius gymnocarpus Heim (Holobas.), 14. — Marasmius brunneolus (Beeli)
Singer (Holobas.), 15. — MacroUpiota n/ricana (Heiin) Heinemann (Holobas.), 16. — Agaricus ardosiaecolor
Heinemann (Holobas.), 17. — Amanila odorala Beeli (Holobas.), 18. — Clalhrus Baumii P. Ilenn., 19. — Stro-
bilomycts lepidellus Gilbert (Holobas.l, 20. — Bolelus (A ’.erocomus) spinulosus Heinem. et Gooss. (Holobas.), 21. —
Rhodophyllus {Erüoloma] nidorosijormis Romagnesi (Holobas.), 22. — Lactarius melanogalus Heim (Holobas.),
23. — Russula i’iridierm Heim et Gilles (Holobas.), espèces poussant à terre, 24. — Russula annulata Heim, ssp.
P**»*» lion, (Holoba^L von.nt « U, vivmK. Sourie : ÎMNHN, Pans
Fig. 2. Structure des spores chez quelques Ascomycètes et Holobasidiomycètes vivant sous un climat tempéré du
domaine océanique, dans un même climat local forestier et à la même saison, mais appartenant à divers myco-
topes : 1. — Xylaria hypoxylon (L.) Grev. (Ascom.), sur souches, troncs abattus, branches tombées, 2. — Caly-
cella citrina [(Hedw.) Fr.] Boudier (Ascom.), sur branchettes tombées, 3. -— Ganoderma applanalum (Pers.) Pat.
(Holobas.), sur troncs morts et souches, 4. — Trameles oersicolor i L. ex Fr. Pilât (Holobas.), sur troncs et branches
mortes, sur souches, 5. — Fistulina hepaticn (Huds.i Fr. ' Holobas. . sur bois vivant ou souches, 6. — Thelephora
anthocephala Fr. (Holobas.), 7. — Clnvulina crislnla (Fr.| Schroet. (Holobas.'. 8. — Cralerellus cornncopioides
Pers. (Holobas.), 9. — Agaricus silvaticus (Fr.) SchaefT. (Holobas. . à terre. 10. — Cyathus striaius (Huds. ex Pers.l
Willd. ex Pers. (Holobas.), sur bois pourrissant, 11. — Peziza repanda Pers. (Ascom.), 12. — lnocybe Bongardii
Weinm.) Quélet (Holobas.), 13. — lnocybe aslerospora Quélet 'Holobas.'. 14. — Lycoperdon perlatum Pers. (Holo¬
bas.), 15. — Oudemansiella longipes (Bull, ex St. Am.i Moser Holobas.'. 16. — Mycena para Pers. ex Fr. Kununer
(Holobas.), 17. — Amanita phalloïdes (Vaill. ex Fr.' Secr. (Holobas.i. 18. — Laccaria amcihystina Bull, ex Mérat)
Murr. (Holobas.), 19. — Bolelus pruinalus Fr. (Holobas.'. 20. — Hhodophyllus licidus (Bull, ex Fr.) Quélet (Holo¬
bas.), 21. — I.actarius pyrogalus Bull, ex Fr. (Holobas. 1 . 22, - Ifussula lepida Fr. Holobas. , sur la terre nue,
parmi les feuilles mortes ou les mousses.
Source : MNHN, Paris
14
J. PERREAU
Fig. 3. — Exemple offert par le genre Scleroderma (Gastéromycètes) de l’existence possible d'un gradient morphologique
gporal concernant la taille et l’ornementation, en fonction de différentes zones climatiques.
liasidiospores de : 1. — Scleroderma sinnamariense Montagne, 2. — Scleroderma lexense Bcrk., 3. — Sclero¬
derma diclyosporum Pat., espèces de la forêt intertropicale humide, 4. — Scleroderma floridanum Guzman, 5. - -
Scleroderma cepa Pers., espèces de régions subtropicales, 6. — Scleroderma michiganense (Guzm.) Guzm., 7.
Scleroderma cilrinum Pers., espèces du domaine tempéré boréal.
plus grandes et plus fortement ornées que celles des Champignons des hautes latitudes. Citons seule¬
ment les Clavaires du genre Ramaria Donk ou les Boletellus ; chez ces derniers, les espèces des pays
tempérés avec une paroi sporale qui n’est que faiblement costulée marquent la transition avec cer¬
tains Xerocomus dont les spores se montrent légèrement striées ou bien lisses et porées (fig. 4). Les réseaux
ou les ornementations très accentuées s’observant principalement parmi les Champignons des régions
intertropicales humides, il n’est pas exclu qu’une telle structure pariétale s’érige en barrière contre la
pénétration de l’eau (Perreau, 1974).
Quant aux spores des espèces fongiques venant dans les conditions rigoureuses des climats
péripolaires ou d’altitude, aucun aspect particulier ne semble s’y attacher. On avait avancé que leurs
dimensions, dans l’étage alpin, étaient supérieures à celles trouvées dans les régions basses ; toutefois,
les mesures réalisées par Favre (1955) n'ont pas confirmé cette hypothèse et « si une tendance à la varia¬
tion se manifeste, c’est dans le sens d’une légère augmentation » de la taille, en altitude.
Par contre, une nette convergence dans l’épaississement et la forte pigmentation de la paroi
sporale apparait chez certains Holobasidiomycètes des domaines tropicaux désertiques, donc arides et
chauds (fig. 5). Mais il s agit de gastéromycètes ou de formes gastéroïdes d'Agaricales dont la dispersion
sporale est assurée par les courants aériens ; or, quel que soit leur groupe systématique, les diaspores
transportées par le vent offrent dans leur grande majorité une différenciation analogue, vraisemblable-
Source : MNHN, Paris
Fio. 4. — Comparaison morphologique entre les basidiospores de quelques Bolelellus {Strobilomycetaceae ) et Xerocomus
(Boletaceae ) selon la distribution climatique des espèces.
Basidiospores de : 1. — Bolelellus rubroviolaceus Heinemann (climat équatorial), 2. — Bolelellus cardina-
licius Heim et Perreau (climat tropical humide), 3. — Boletellus ananas Murrill (climat à saisons contrastées, à
forte pluviosité), 4. —- Boletellus chrysenteroides (Sncll) Singer (climat tempéré de la façade orientale du continent
nord-américain), 5. — Bolelellus zelleri (Murrill) Singer (climat tempéré), 6. — Xerocomus cf. subtomenlosus (L.
ex Fr.) Quélet (climat tempéré, domaine océanique), 7. — Xerocomus porosporus Imler (climat tempéré, domaine
océanique).
Fie. 5. — Quelques aspects de la différenciation tégumentaire affectant les basidiospores de Gastéromycètes arénicoles
fréquents dans le domaine tropical aride.
Basidiospores à paroi épaisse et pigmentée de : 1. — Mycenastrum corium (Guersent in DC) Desv., 2. —
Tulostoma volvulatum Borscsow, 3. — Phellorina inquinans Berk., 4. — Battarraea phalloïdes (Dicks.) ex Pers.,
5. — Podaxis pistillaris (L. ex Pers.) Morse.
Source : MNHN, Paris
nieul en rapport avec |u longue période (le \ie latente quelle» doivent supporter dans l'atmosphère,
sous des conditions d'extrême dessiccation. il est à remarquer que le rôle joué alors par la lumière
demeure controversé, des expériences en laboratoire ayant montré que des spores constituées à l'obscu¬
rité présentaient une paroi de teinte brun foncé.
bien que s'exerçant souvent indirectement, l'influence du climat sur les spores fongiques est
certes indéniable, mais fort diversement marquée. Dans la majorité des cas, la réponse du Champignon
se situe dans le cadre d'accommodations, soit d'ordre physiologique, soit représentées par des modifi¬
cations phénotypiques qui sont de véritables substitutions d’organes. En ce qui concerne l’action mor¬
phogène, assez faible, semble-t-il, elle se manifeste surtout par une augmentation d’épaisseur de la
paroi et le renforcement de la pigmentation chez les éléments sporaux soumis h des conditions d’intense
sécheresse, c'est-à-dire appartenant aux régions de type aride et chaud et/ou transportés dans l’atmo-
Mème si nos connaissances en bioclimatologio sporale et en biogéographie des espèces étaient
plus nombreuses et détaillées, il n'est pas certain que nous puissions déceler clairement d’autres traits
d'adaptation sporomorphologique aux microclimats, tant est puissante l’interaction des facteurs du
milieu. Considérées isolément, d'un point de vue structural, les spores fongiques ne peuvent guère servir
d’indicateurs climatiques ; cependant, dans la mesure où des déterminations spécifiques précises pour¬
raient être effectuées et compte tenu des phénomènes de transport, un ensemble d’éléments sporaux
de Champignons apporterait peut-être, on complément des résultats obtenus à l’aide des spectres
polliniquos, quelques détails utiles lors des essais de reconstitution paléoécologiques.
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Source : MNHN, Paris
18
li. DURRIEU
ADAPTATIONS ÉCOMOHPHOLOGIQUES DES SPORES D’URÉDINALES
Guy Durrieu *
Résuma. — Suivant la place de la spore dans le cycle ou la localisation géographique des espèces, les
adaptations climatiques se traduisent chez les Urédinales dans l’épaisseur et la coloration de la paroi, la
soudure des spores entre elles, la différenciation de sores pulvérulents ou compacts...
S .immar y. — Aecordiug to the place ol the spore in biological cycle or to the géographie range of the
species, climatic adaptations of Uredinales resuit in the thickness and coloration of the spore wall, spore secré¬
tion, pulvérulent or dense sori...
Les Urédinales sont un groupe de Basidioinycètes caractérisés par la complexité de leur cycle
dans lequel peuvent se succéder jusqu’à six formes de spores différentes (fig. 1). Certaines d’entre elles,
connue les spermaties (éléments fécondants) et les basidiospores (tétraspores méiotiques) ne montrent
qu’une faible variabilité dans l’ensemble du groupe. Par contre les éciospores, les urédospores (parfois
modifiées en amphispores) et surtout les téliospores (qui peuvent posséder elles aussi 2 formes différentes
chez une même espèce) présentent de nombreuses variations dans leur morphologie ou leur comporte¬
ment. Ces variations peuvent souvent être considérées comme des adaptations écologiques améliorant
l’efficacité du rdle de multiplication ou de conservation joué par la spore considérée.
spermofies
basidiospores
téliospores
éciospores
( et amphispores )
Fie. 1. Succession des formes sporales chez une Urédinaie à cycle complet imacrocyclique).
Laboratoire de Botanique et Biogéographie, Université Paul Sabatier, 31062 Toulouse Cedex.
Source : MNHN, Paris
CHAMPIGNONS BAS! UIOMYCÈTKS 19
Nous examinerons d’abord quelques espèces des régions tempérées européennes. Les trois types
de spores cités précédemment y montrent des différences dans la structure de leur paroi en relations
très nettes avec leur rôle dans le cycle et les conditions du milieu physique auxquelles elles sont sou¬
mises.
De façon générale, chez beaucoup d’Urédinalcs à cycle complet (macrocycliques) les éciospores
et les urédospores assurent la dispersion du champignon et lui permettent une multiplication rapide.
Les trajets parcourus sont le plus souvent relativement brefs, et la germination suit de peu la dissémi¬
nation. Elles sont capables de résister à une atmosphère relativement sèche pendant un ou plusieurs
jours, mais cette résistance est en général d’assez courte durée.
Le rôle des téliospores est tout différent : elles se différencient à la fin du cycle végétatif, leurs
cellules sont le siège de la caryogamie. Chez la plupart des espèces de notre flore ce sont elles qui doivent
assurer la persistance du champignon pendant toute la saison défavorable. Souvent formées au cours de
l’été, elles ne germeront, après une longue période de. dormance, qu’au printemps suivant.
La protection plus ou moins importante nécessaire à ces différents types de spores est assurée
par la paroi. Cela se traduit par des différences morphologiques nettes :
Les éciospores ont une paroi mince qui ne dépasse que rarement 2 pm d'épaisseur (tableau 1) ;
le plus souvent elle est totalement incolore, de sorte que en masse les éciospores ont une couleur jaune
vif due aux caroténoïdcs intracellulaires. La seule exception notable est celle des Gymnosporangium
dont les éciospores ont une paroi relativement épaisse et légèrement colorée, mais à l’inverse de la plu¬
part des autres Rouilles dont les écies se développent au début du printemps (période souvent humide
et fraîche), celles de Gymnosporangium apparaissent en été, c’est-à-dire à une saison où les périodes
sèches et chaudes sont fréquentes et de plus, leur germination, au moins pour certaines espèces, n’inter¬
viendrait qu’après un repos hivernal (Kuprevich et Tranzschei.).
Tableau 1 : épaisseur de la paroi des spores chez quelques Urédinales de la flore médio-européenne :
0 : téliospores intracellulaires
* : téliospores à germination immédiate.
(données personnelles ou extraite de. Gaumann ou de Wilson et Hendehson).
éciospores
urédosp.
léliosp.
MELAMPSORACEES (s.l.)
Coleosporium tussilaginis
2-3 jxm
1-1,5 um
1 u.111 (apex 12-30)
Hyalopsora aspidiotus
0,8-1,5
1,5
0,5-1»
Milesina scolopendrii
1
ou 2,5-6
1-1,5
Melampsorella caryophyllacearum
1-2
1-1,5
0,5-1»
Melampsoridium betulinum
1-1,5
1-1,5
1 (apex 2)
Cronartium flaccidum
3-4
1,5-2,5
1 *
Melampsora euphorbiae
1,5
2-2,5
1,5-3
Mel. capraearum
1-2
2-2,5
1 (apex 10)
PUCCINIACEES (s.l.)
Gymnosporangium clavariiforme
2-2,5
1 *
Phragmidium mucronatum
1-2
2
5-7
Puccinia violae
1
/ 2,5
1,5-2,5
P. polygoni-amphibii
1-1,5
2 (apex 5-22)
P. graminis
1-1,5 (apex 5-7)
1,5-2
2-3 (apex 6-13)
Uromyces pisi
1
1,5-2
2-2,5
U. fabae
1
1,5-2,5
2,5-3,5 (apex 6-11)
Source : MNHN, Paris
20
G. DURRIEU
Chez les urédospores on constate que dans de nombreux cas, la paroi est plus épaisse que celle
des éciospores. Les seules exceptions notables se rencontrent chez les genres Coleosporium et Cronartium.
Le cas des « amphispores » est particulièrement intéressant comme par exemple chez Hyalopsora aspi-
diotua (photo 1), ou d’autres parasites des fougères comme certains Uredinopsis, qui possèdent d’une
purt des urédospores normales à paroi mince, germant immédiatement, et des amphispores produites
aussi dans les urédos, mais qui ne peuvent germer qu’après une période de latence. Leur paroi épaisse
leur permet de résister à plusieurs mois d’hiver et de propager à nouveau le champignon sans passer
par l’hôte écien. Leur plus grande taille peut aussi être considérée comme un élément améliorant la
résistance cur il diminue le rapport surface/volume.
Un autre caractère important, mais qui n’apparaît que dans la famille des Pucciniacées, est
l’existence d’un pigment de type mélanique colorant la paroi. C’est d’ailleurs la présence de ce pigment
donnant une couleur caractéristique aux urédos qui a valu aux « Rouilles » leur nom général. La présence
de ce pigment ajoute certainement une protection supplémentaire pour le cytoplasme de la spore vis-à-
vis des rayonnements et surtout il augmenterait considérablement l’imperméabilité de cette paroi
(Savii.e, 1976). 11 en résulte que les urédospores ont une persistance plus grande que les éciospores,
leur viabilité atteint souvent plusieurs mois. Elles peuvent permettre ainsi le maintien de certaines
Rouilles sans l’intervention des stades sexués : même si seulement un très faible nombre d’urédospores
arrivent à survivre à plusieurs mois de période défavorable, elles suffisent pour créer les quelques foyers
nécessaires à une nouvelle extension du parasite. Ainsi Taris et coll. ont montré que chez les Melampsora
parasites sur Peupliers, 0,8 % dos urédospores produites à l’automne étaient encore capables de germer
au mois d’avril suivant.
De l’examen du tableau 1, il ressort que dans bien des cas la paroi des téliospores est nettement
plus épaisse que chez les deux autres types de spores. Les exemples où l’épaisseur reste faible s’expliquent
facilement :
— ce peuvent être des téliospores à germination immédiate, c’est-à-dire qui ne nécessitent pas
une protection particulière : comme Cronartium flaccidum, Gymnosporangium elavariiforme.
— ou bien ces téliospores se différencient à l’intérieur même des cellules épidermiques de l’hôte
et bénéficient ainsi de la protection de la membrane cellulaire doublée de la cuticule, comme chez Mile-
sina, Hyalopsora ou Melampsorella.
On remarque également que chez certaines Rouilles, telle que Coleosporium, Melampsoridium,
Melampsora la paroi est mince latéralement, mais beaucoup plus épaisse à l’apex. Ceci est à mettre en
relation avec la disposition en « croûte » de ces téliospores, qui étroitement accolées ne nécessitent pas
une protection latérale. On retrouve un épaississement analogue chez certains Puccinia et Uromyces :
les spores sans être soudées entre elles, sont étroitement serrées à l’intérieur d’un sore. Ainsi les épaississa-
ments apicaux assurent, avant dispersion, une protection accrue.
Les photos 2 et 3 donnent des exemples des différences d’épaisseur pouvant exister entre urédo¬
spores et téliospores. Elles montrent aussi combien la coloration des parois, déjà marquée chez certaines
urédospores, est souvent bien plus intense pour les téliospores. Elle est absente de la paroi de spores
intracellulaires où elle serait superflue. L’abondance du pigment mélanique est à mettre en relation
avec la longue période de repos, de plusieurs mois, que doivent subir ces spores avant de pouvoir germer
à nouveau : il est certain qu'une paroi peu perméable améliore la protection du cytoplasme.
Si nous quittons les régions tempérées, le tableau précédent subit des modifications importantes.
En particulier dans les régions tropicales suffisamment humides pour permettre le développement d’une
végétation sempervireute. l’existence de spores de conservation est beaucoup moins nécessaire à la
survie du champignon. II persiste pendant les courtes périodes sèches sous forme de mycélium vivant
dans les tissus de l’hôte. Aussi chez de nombreuses Rouilles tropicales les téliospores, réduites à leur
rôle de siège de la caryogamie, germent immédiatement, leur paroi est hyaline et mince. Ce caractère
se rencontre par exemple chez les genres suivants : Olivea, Goplana, Cerolelium, Crossopsora, Mara-
oalia-, Hemileia... voir Cummins). On le retrouve aussi chez un nombre relativement important d’espèces
appartenant à des genres tels que Puccinia ou Pkragmidium qui, à des latitudes plus élevées, possèdent
le plus souvent des téliospores dormantes.
Source : MNHN, Paris
PIGNONS B AS 1D JOM YCÈTES
21
L’étude de la flore, urédinologique des régions arides est également riche en enseignements. Au
contraire de ce que nous avons vu précédemment, les problèmes de production de spores résistantes
deviennent prépondérants. Par comparaison avec les espèces des régions tempérées, de nombreuses
Rouilles présentent une série de modifications que l’on peut considérer comme des adaptations xériques :
— épaississement de la paroi
— coloration plus intense
— soudure de spores entre elles
— différenciation de sores gros et compacts.
Les deux premiers points apparaissent en général simultanément. Ils sont faciles à mettre en
évidence en comparant des espèces voisines parasitant des hôtes systématiquement proches les uns
de pays tempérés, les autres de régions arides. Par exemple dans le complexe des Puccinia attaquant
les Cardueae, les téliospores ont une paroi assez mince et de couleur chatain chez les espèces de la flore
médio-européenne tandis que dans les régions méditerranéennes ces rouilles ont des spores plus grande,
à paroi plus épaisse et de couleur très sombre ; de plus elles sont réunies en sores plus gros et plus com¬
pacts (Savile, 1970). On peut par exemple mettre en parallèle deux espèces voisines citées par cet auteur :
Pucc. jaceae Otth : téliospores 24-46 X 20-30 [xm paroi 1, 5-2,5 jxm
Pucc. carduncelli Syd. : téliospores 34-51 X 23,5-53 jxm paroi 3-4,5 |xm.
La formation de gros sores compacts est également remarquable chez certaines espèces oro-
Méditerranéennes comme Uromyces bupleuri Magn. ou Puccinia alyssi Lindr. (photo 4).
Cet ensemble de caractères se rencontre avec une grande fréquence dans la flore afghane
(Durrieu) qui est soumise à des conditions de survie particulièrement dures : des téliospores se diffé¬
renciant début juillet doivent résister à une saison sèche très prononcée suivie d’un long et rude hiver.
Elles ne retrouvent des conditions favorables à leur germination que 9 ou 10 mois plus tard, en mars
ou avril. Puccinia wolgensis (photo. 5), parasite des Stipa dans la partie la plus aride de leur aire (du
Maroc à l’Afghanistan), est un modèle de cette adaptation à un environnement très hostile.
Le phénomène de soudures des spores les unes aux autres est particulièrement remarquable
dans le genre Ravenelia (photo 6). Les téliospores dont la membrane externe est fortement épaissie
sont réunie en « capitules » où leur nombre, chez de nombreuses espèces, peut dépasser la cinquantaine
(et ne descend pas au dessous de la dizaine). Cet ensemble massif, souvent supérieur à 100 jxm de diamètre,
entouré d’une paroi dont l’épaisseur dépasse en général largement 5 jxm, est évidemment beaucoup
plus résistant qu’une spore unicellulaire. Ravenelia parasite essentiellement les Mimosées qui sont très
répandues dans les régions tropicales ou subtropicales à saison sèche accentuée. La valeur adaptative
de cette formule apparaît donc particulièrement évidente (en outre ces capitules téliosporifères de
Ravenelia présentent un très curieux mimétisme avec les polyades polliniques des Acacia). On retrouve
des phénomènes de soudure plus ou moins analogue chez Kernkampella, Nothoravenelia, Sphaerophrag-
mium...
II serait possible de multiplier les exemples, mais déjà ce survol rapide permet de montrer com¬
ment les Urédinales, grâce à leur plasticité, ont évolué en même temps que leurs hôtes et ont pu les
suivre dans presque tous les milieux qu’ils ont colonisés.
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paroi épaisse).— 2. — L'rcdospores et teliospores de Puccinia jfraininis. — 3. — Pliragmidiuni iniicronaluin ; urêdospores
et téliospores. - 4. — Puccinia alyssi, teliosoros sur Alyssum spinosuin. — 5. — Puccinia wolgcnsis, teliospores.
Ravenalia niacroeapilula, « capitules » de teliospores.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
GENRE THESIUM (SANTALACEAE)
23
VARIATIONS MORPHOLOGIQUES DU
POLLEN DU GENRE THESIUM (SANTALACEAE)
D. Lobreau-Callbn *
Résumé. — La morphologie pollinique de Thesium (Santalaceae) varie selon sa répartition géographique :
le pollen est hétéropolaire dans les régions à climats plus arides ou plus froids.
Summary. — The morphology of the pollen grain of Thesium (Santalaceae) is different according to the
geographical distribution of the species : it becomes heteropolar in the countries of and or cold climates.
Comprenant environ 250 espèces, le genre Thesium a une très large répartition géographique.
Il est particulièrement bien représenté en Afrique avec 130 espèces environ (Hill, 1915 ; Good, 1964)
pour la seule flore d’Afrique du Sud et de nombreux représentants dans tout l’Est-africain. Par contre,
les espèces ouest-africaines sont très rares. De même, en Asie subtropicale et en Océanie, les Thesium
sont faiblement représentés, mais dans les régions tempérées plus ou moins chaudes jusque dans la
partie sud de la Sibérie, comme en Europe, le genre est à nouveau particulièrement bien diversifié
(70 espèces environ). En Amérique, deux espèces seulement sont connues dans l’Est, au Minas Geraes
et une au Venezuela.
Le genre Thesium est fréquemment scindé en sous-familles et (ou) en sections (De Candolle,
1857 ; Hill, 1915 ; Hendrych, 1962). Parfois, les deux espèces américaines sont isolées en un genre
Austroamericium (Hendricii, 1963).
Les espèces de Thesium se présentent sous les aspects les plus divers : arbrisseaux plus ou moins
hauts, parfois de petites lianes ou de petites plantes de 20 à 30 cm de haut, plus ou moins ligneuses
ou herbacées, dressées ou en rosette allongées sur le sol. Il s’agit de plantes héliophiles, parfois plus ou
moins xérophytiques que l’on rencontre en savannes, steppes, prairies... mais le genre est absent des
régions désertiques comme des régions à climat tropical humide ou équatorial de basse altitude.
La plupart des espèces sont hémiparasites de racines ou de stolons de Graminées, mais pour les
espèces originaires de la région du Cap, cet hémiparasitisme ne semble pas toujours certain. Pour les
espèces européennes au moins, le parasitisme paraît obligatoire aux jeunes stades de développement
de la plante où ses racines forment un austrium (Weber, 1977) sur les racines ou les stolons parasités.
Chez les individus adultes qui possèdent des tiges et des feuilles vertes, l’assimilation chlorophylienne
semble être suffisante et le parasitisme ne paraît plus obligatoire (ex T. humifusum, T. divaricatum,
T. humile...).
Le genre Thesium se rencontre à toutes les altitudes, ces dernières étant basses pour les espèces
des régions tempérées plus ou moins chaudes et plus élevées pour les espèces des régions plus proches
de l’équateur.
* L. A. 218 CNRS, Laboratoire de Phanérogamie et Laboratoire de Phytomorphologie E.P.H.E., Muséum natio¬
nal d’Histoire naturelle, 16, rue de Bufîon, 75005 Paris.
Source : MNHN, Paris
). LOBREAU-CAJ.L.EN
En Afrique, Amérique, Asie du Sud, les représentants du genre se rencontrent sur tous les sols ;
mais en Europe, ils sont exigeants et ne se trouvent qu’en milieu calcaire (microclimat plus chaud).
Exceptionnellement, T. humifusum pousse sur des dunes de sable, par exemple à Vauville dans la Manche,
mais il s’agit d’une dune fixée sur falaise calcaire.
Le pollen de quelques espèces du genre Thesium a déjà été étudié par de nombreux palynologues
tels que Swamy, 1949, Erdtman, 1952, Stearn, 1972, Huynh, 1977, Feuer, 1977... L’étude paly-
nologique présentée porte sur une soixantaine d’espèces, issues de tous les continents (Carte 1). 11 se
présente suivant deux grands types morphologiques extrêmement différents :
— I : pollen isopolaire (T. capitellatum, PI. I, fig. 2-4 ; T. faXlax ; T. funale, PL I, fig. 15-16 ;
T. gnidaceum p.p., PI. I, fig. 18-20...) ou subisopolaire {T. acuminatum ; T. angulosum ; T. bathyschistum ;
T. deceptum ; T. frisea, PI. I, fig. 14 ; T. gnidaceum p.p., PL I, fig. 19 ; T.schumanianum ; T. selagineum...),
tricolporoïdé ou tricolporé à ectoapertures tendant à être ramifiées dichotomiquement aux extrémités,
plus nettement à l’un des pôles qu’à l’autre dans le cas de grains subisopolaires, à endoapertures diffi¬
cilement distinctes paraissant souvent allongées parallèlement aux sillons et équatoriales, à exine tectée
lisse plus ou moins perforée dans l’intercolpium au niveau de l’équateur.
— II : pollen hétéropolaire, obconique, tricolporé à ectoapertures très largement ramifiées
(tendance à la parasyncolpie) au niveau de l’endoaperture, à endoapertures subtriangulaires et subéqua¬
toriales, à exine très fortement ornementée où le tectum présente de très larges mailles arrondies, chaque
maille étant entourée par son propre mur circulaire, les murs juxtaposés étant soudés entre eux ou
reliés par des trabécules (PI. II, fig. 7, 10-12) donnant ainsi un mur perforé au Mph (T. australe, PI. I,
fig. 10-13 ; T. bergeri, PI. II, fig. 7 ; T. chinensis ; T. humifusum, T. humile, T. impressum, PI. I, fig. 5-6,
PL II, fig. 9-12 ; T. pyrenaicum, PI. I, fig. 7-9...) dans les trois intercolpiums et au pôle le plus large
(pôle distal) ; l’ornementation de ces espèces de Thesium est comparable à celle que l’on observe chez
l’Araliacée Schefflera paraensis Huber (Shoup & Tseng, 1973).
Les représentants de ces deux types polliniques sont respectivement répartis dans les deux sous-
genres décrits par Hendrych :
— le type I dans le sous-genre Frisea
— le type II dans le sous-genre Thesium.
Ces deux types polliniques sont actuellement localisés (Carte 1) pour le :
— I (pollen iso- et subisopolaire) en Afrique du Sud dans la région du Cap, entre Wellington
et George Div., souvent dans les collines, jusqu’à 400 m d’altitude ;
— II (pollen hétéropolaire) sur tout le pourtour du Bassin méditerranéen, en Afghanistan,
Iran, Sud de l’U.R.S.S., Himalaya, Chine d’une part et Sud-Est de l’Australie d’autre part.
En conclusion, dans le seul genre Thesium, deux types polliniques bien différents se rencontrent
donc dans des régions situées dans les deux hémisphères, sous un climat semblable à rythme méditer¬
ranéen avec un maximum des pluies pendant la saison fraîche et une saison estivale plus ou moins sèche
de durée variable.
Entre les deux types polliniques extrêmes, tous les c
réunis dans deux groupes :
> intermédiaires existent. Nous les avons
— A. — pollen faiblement hétéropolaire à sillons plus ou moins ramifiés à l’une des extrémités,
à endoapertures subéquatoriales à proximité de la dichotomie du sillon, le pôle correspondant étant
plus large que l’autre, à tectum lisse perforé ou à fin réseau à l’équateur et au pôle le plus grand (pôle
distal) : T hockii, PI. I, fig. 17; T. humbertii, PI. I, fig. 28-29; T. filipes, T. kilimandjaricum,
T. pawlowskianum, PI. I, fig. 25-27 ; T. radicans ; T. rigidum, PI. I, fig. 22-24 ; T. scabridulum ; T ussan-
guense ; T. wightianum...
Source : MNHN, Paris
Répartition géographique des types polliniques des espaces étudiées
>üj », I.OimKAlM'.AM.KN
If polies hétérepolaire, eolporé ù sillons nettement dichotomiques au niveau de l’endo-
«perture suhéqutttorittle do contour plui OU moins net, d’où une tendance & la parasyncolpie ménageant,
«ingj une «urfltee polaire de mime aspect que rintereolpium, ù exino réticulée avec des mailles angu¬
leuses i T, tmUimiHitm ; 7*. aphyllum ; T. braxilimm : T . madagascariensis, PI. II, fig. 4-6 ; T. multi-
ramukium, PI, II. Ilg. 12 : T. psitoloiihi», PI. I. lig. 21 : T. ttnuissimum, PI. II, fig. 3... ; chez T. longi-
/Imm ainsi que «heu T. hiimlmue, PI. II. llg. S... le pollen présente de relativement grandes mailles,
les unes anguleuses, les nuiras arrondies.
Le* représentants de cas types pnlliniqucs sont répartis dans les deux sous-genres et différentes
sections définies par IIii.i., 1915 et. iI icnduvcii, 1962. Les variations polliniques paraissent donc indé-
pendantes des earaotères morphologiques choisis pour établir la classification du genre.
ISu Afrique du Sud le type polliniquo A se rencontre dans la région Est, entre Port-Elisabeth
et Préturia et dans les montagnes Ouest de Cores et du Sederberg. Ailleurs, on le rencontre d’une part
dans toute l'Afrique orientale jusqu'en Somalie, ii Madagascar et en Inde (Monts du Nilgiri), d autre
part eu divers points de l'Afrique sud-occidentale jusqu’au Congo. Ce sont des espèces dont la répartition
eu altitude varie de SOI) A I 800 ni. Dans ces régions, le climat est tempéré chaud sans hiver réellement
froid et avec une humidité élevée particulièrement l’été (Documents du Weather Bureau of South
Vfriea. 195?, Wu/fRtt. 11 immckki.i. & Mi'i.i.un-I)o.Miiois, 1975).
Le type polliniquo lî est présent en altitude dans l’Est-africain (Transvaal, Rhodésie) et dans
l'Ouest-africain (Mont Cameroun de 2 500 à 4 000 ni), il Madagascar, au Nord Viêt-Nam, en Chine aus¬
trale, dans les Philippines et en Amérique du Sud. dans les régions où la sécheresse est plus rigoureuse
que dans le cas précédent.
Ces deux types polliniques intermédiaires se rencontrent précisément sous des latitudes situées
entre celles des types I et II, Us appartiennent pour In plupart à des espèces sub-équatoriales d’altitude
vivant dans les savanes séparant les basses forêts des forêts montagnardes (Aubréville, 1949, 1965).
N, dans ces endroits élevés, les températures moyennes diffèrent peu de celles des montagnes du Cap,
la pluviosité estivale y est plus forte et les saisons sèches plus marquées induisent des écarts journaliers
de température plus importants.
Sachant que le type pollinique eolporoïdé isopolaire ou subisopolaire- est strictement sud-africain
et que les types polliniques intermédiaires sont successivement répartis selon un ordre décroissant des
latitudes mais croissant des altitudes, il y a variation continue des types polliniques isopolaires à exine
lisse, aux types hétéro polaires à exine réticulée depuis l’Afrique du Sud jusqu’en Somalie. Mais plus au
Nord, le genre Féosiwm est absent dans toute la bande désertique saharienne. Entre les types polliniques
intermediaires à grains hétèropolaircs finement réticulés et le type extrême à grains hétéropolaires très
ornementés (II), il existe en Afrique une solution de continuité géographique.
De même, en Inde, le type polhmque intermédiaire est localisé dans le Sud alors que les grains
très ornementés sont tous répartis dans les chaînes de l'Himalaya ou dans les régions préhiinalayennes.
Là aussi, il y a discontinuité géographique-,
Là revanche, en Chine, cos «leux types poUiniqnes sont représentés de façon continue, l’un dans
les téjgtous W plus australes, ainsi qu’au Viêt-Nam et dans les Philippines pour le type intermédiaire,
et l'autre, plus au Nord pour le type à grains très ornementés ; d'ailleurs parmi ces grains du type II.
il faut noter eaux de T-. de F ■//mp/üitm»* de T.. Aùnafewse PI. II. fig. S)... dont les mailles
du réseau, plus petites que daus las autres espèces sont les unes anguleuses. les autres arron-
dùu. De type itttWiwédwire Wit w#» rihwat »w régime de nwussoRs alors que le tvpe extrême se ren-
oeutre daws las régiaus plus twtfpm-es »w uw sawwn swéw estivale plus ou moins longue pouvant être
wwdérée i fffl' ls ytmmteï 'de Wissnos.
IPeu/i wmçmwbfr Ifs vqpcntt&im du £f<«w Wmamm.. «otamment en Afrique, plusieurs hvpothèse*
*nft W# wigw&iw, de f)/iw teiwp&ée du Cap dans les montagnes est-africaines, soit
m 'mt/Vïtifri- dDtfti £Wfl*e Wwfpi/tW] rmmffi«grw»!d jusqu'en Afrique australe.
KfldtJb&e de IfhwhBiwqdbriie maume étant un caractère dérivé (Van Campo
W*: : <©«**>i, 'fl x „ ipnsHng. 'iPi/ti OlWtWim Fp««W<e à un réseau où chaque maille est entourée par
Source : MNHN, Paris
C.KNIÎK TI1KSU. .Y
27
son propre mur ; cette variation ornementale est identique à celle, que Shoup & Tseng, 1973, ont décrite
dans le genre Schcfflera (Araliacée). On peut donc envisager que le centre de spéciation du genre Thesium
se situe là où le pollen est isopolairc et sans ornementation, c’est-à-dire en Afrique du Sud à basse alti¬
tude dans la région la plus humide où l’hiver est peu marqué : vers Le Cap.
La migration du genre aurait pu se réaliser dans tous les continents déjà disloqués du Gondwana
par l’intermédiaire de l’Est-africain, vers Madagascar, le Sud de l’Inde, les Philippines et de là auraient
rayonné en Australie, en Chine, envahissant ainsi tous les grands espaces à Graminées jusqu’en Europe
et en Afrique du Nord.
L’ensemble des variations des pollens du genre Thesium du type isopolaire à exine lisse au type
hétéropolaire à exine très ornementée sont corrélatives des types climatiques l’un plus chaud et plus
aride avec des pluies estivales et l’autre plus frais mais avec une saison chaude sèche.
La diversification des types polliniqucs dans le genre Thesium paraît donc liée à l’aridité des
climats. Cette conclusion est d’ailleurs celle à laquelle de nombreux auteurs ont abouti après étude de
nombreux groupes de Phanérogames (Axelrod, 1960 ; Raven & Axelrod, 1974...). Raven & Axelrod
pensent que la plupart des flores dont les Santalales ont pris naissance dans la partie ouest du Gondwana
et que ces dernières ont migré par suite du déplacement des continents et des variations climatiques avec
augmentation de la sécheresse. C’est ce que nous observons avec le genre Thesium, mais en remarquant
néanmoins que le genre est actuellement inconnu dans les régions de climat tropical humide.
Les Santalaceae sont scindées en tribus et le genre Thesium est classé dans celle des Thesieae.
Comparé aux grains des autres genres de la tribu, ceux isopolaires de Thesium, sont affines du pollen
de Thesidium (PI. II, fig. 13) également sud-africain. Les grains hétéropolaires à exine lisse ou peu
ornementés de l’Est-africain se rapprochent du pollen d ’Osyridocarpos (PI. II, fig. 14) de même climat
et répartition géographique (Est-africain, du Natal jusqu’en Abyssinie).
Par contre, les pollens des espèces de régions tempérées froides du genre Thesium dans l’hémi¬
sphère Nord ont, pour équivalent dans les régions de climat semblable dans l’hémisphère Sud, les pollens
des genres sud-américains Quinchamalium et Arjona. Dans ces deux genres, l’hétéropolarie est extrê¬
mement poussée avec un grand développement des sillons soit aux deux pôles, l’un syncolpé, l’autre
parasyncolpé (Arjona, PI. II, fig. 19), soit à un seul pôle (Quinchamalium, PI. II, fig. 15). D’après Swamy,
1949, il y a syncolpie au pôle proximal.
A la suite drs observations au MeT de Feuer (1977) de l’ultrastructure de l’exine dans les Santa¬
laceae et de mes études au MeB, la couche infratectale est grenue chez les grains tectés et tend à être
columellaire chez les grains réticulés à grandes mailles, que les genres aient des grains iso- ou héréro-
polaires : structure grenue chez les grains de Thesidium, Quinchamalium, Arjona à exine tectée, granulo-
columellaire chez les espèces de Thesium réparties depuis la Chine jusqu’en Europe et Afrique du Nord.
Comparée à l’exine des grains isopolaires des Thesium et de Thesidium, la couche infratectale est épaisse
chez Quinchamalium et Arjona où le tectum est lisse.
En conclusion, sous climat tempéré frais, deux cas se présentent :
— soit le tectum est lisse et la couche infratectale s’épaissit en ayant de nombreux grains ;
— soit l’exine est réticulée et la couche infratectale tend à devenir columellaire.
Les grains isopolaires de Thesium comme d’ailleurs ceux du genre voisin Thesidium sont affines
des grains de climat subtropical relativement humide des Amphorogineae (Choretrum pp., Australie
tropicale — PI. II, fig. 17 ; Dendrotrophe, Sud-est asiatique) et des Osirideae (Jodina, Uruguay, Argen¬
tine — PI. II, fig. 18 — ; Phacellaria, Afrique tropicale...) où la couche infratectale est grenue. Chez les
Osirideae, quelques genres ( Geocaulon , Canada — PI. II, fig. 16 ; — ; Mida, Nouvelle-Zélande — PI. II,
fig. 20 — ; Myochilos, Chilie) de régions tempérées présentent d’ailleurs la même hétéropolarie que la plu¬
part des Thesieae. Là encore, comme dans toutes les Santalaceae, la structure grenue est liée au tectum
lisse et la tendance à la columelle ainsi que la structure columellaire ( Anthobolus ) à l’exine réticulée.
Il apparaît donc que dans la tribu des Thesieae, il y ait passage du grain à la columelle, comme
cela a déjà été démontré dans d’autres Santalales telles que les Olacaceae (Lobreau-Callkn, 1980).
Source : MNHN, Paris
iMl mil Ht, Il semble illie U pollen» loo 1*1*1» simple* fl sous climat tempéré chaud et humide,
soient eu* mélMH* «llines .h* «rail..lés lisses s«ti* ,.crfnraltous, h st ruch.ro mfratoctalc grenue, appar-
IpiihiiI a des genres île elinial» Irnph'ttUK liumùlcs d'autre» trilms.
Liste des espèce» étudiées H références tic celles illustrée» 1 ;
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t&'+ivfrV* Roth Derh Cusson P, 1888, Algérie, T. mullintmulosum Pilger : Stauffer & Weder 5274 P.
,PL II, tig. L-2) T. uamaquen »e Schlecht. : Bristown 4300 B. Karroo. — T. pachy-
V IU Bentham .V llooker 13-13000 R, Himalaya. — T. pa*4o*eskianum Lawalrée : Robvns
AAW t\ Katanga ,PI L tig. 35 3“' T psil,les (lance : Van Overberg 408 P. Luzon : Pierre 5506 P.
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t v <‘*y> tM t t*s- 32 Jv r ssvbndatHm IlilLSturgevm A Pan ton 30749 P. Sud-Rhodésie. — T.teia-
î- *v •* tVAgv' 81 TJ P, l e t'ap T. .«•AxwM.m.jsw.'t* 8,-hld-ht. : Sehleehter 7266 P. Le Cap. —
’ - 5 Bill Stauffer »\ Scheejwrs :<U'0 P, Transvaal. - T. spinulosum DC. : Sehleehter
P, \ .m »p f. iv-nm.*»*»*,» Hook, ( : Dalîicl 8327 P. Mont Cameroun PL IL tig. 3 . — T. ion-
pif;...", Dv-odwvh Soulié 390 P. S- tchuan oriental, T. Engl. : Ravnal 19Q84 P. Tac-
-SOV,. f H,Il stauffer ,V Mauve 5348 l\ Afrique du Nid. - T. •ntbùnan Wall. : Herb.
VViWsva 681 l\ lwd*\ Nilgirs
do» éiqoV-e» dlustrCe» |*our ,smq'avo>>o« .
Lr-oea Car > G*\ vu \\ t'dnh IM II. l!>
v ’AowiwM y*a*w's.^ÀH*vi4 y DC ‘
... 1 k r*»-»» 1 » > . «Ma 4, iam * .
*, toMltMa » ■ » W »*I » | 4® «. — .V «MM » .ni, i w« «22
MWtaSfî,* «£«' '•*»*» i r4%«, * * fc FW
IffakeR s.n, P New South Wales PI U. fig. 17 .
Source : MNHN, Paris
GENRE THESIUM (SANTAI.ACEAE)
29
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Mida salicifolia Cunn. : Cunningham s. n. P. Nouvelle-Zélande (PI. II, fig. 20).
Osiridocarpos schimperianus (Hochst.) DC. : Steudel 1490 P, Abyssinie (PI. II, fig. 14).
Quinchamalium majus Brongn. : Buchtien 511 P, Bolivie (PL II, fig. 15).
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Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
Mph, Grossissement 1000 : Fig. 1, Tliesium cj. costatum Hill : intercolpium. — Fig. 2 à 4, T. capitellatum DC. :
2, aperture complexe ; 3, triangle polaire ; 4, intercolpium. — Fig. 5-6, T. impressum Steud. : 5, pôle proximal ; 6, pôle
distal. — Fig. 7-9 : T. pyrenaicum Pourret : 7, pôle proximal ; 8, apertures complexes ; 9, intercolpium. — Fig. 10-13 :
T. australe R. BR. : 10, aperture complexe ; 11, pôle proximal finement réticulé ; 12, pôle distal, ornementation cons¬
tituée de mailles circulaires entourées chacune d’un mur circulaire et juxtaposées.
MeB : Fig. 13, structure de l'exine chez : a, T. madagascariensis DC., X 10 000, h, T. impressum Steud., X 6 400.
— Fig. 14, T. frisea L. : x 3 000. — Fig. 15-16, T. funale L. : 15, X 3 000 ; 16, membrane apcrturale du sillon granuleuse,
tectum perforé dans l'intercolpium, 6 000. — Fig. 17, T. hockii Robyns & Lavalré : tectum perforé au pôle distal.
10 000. — Fig. 18-20 : T. gnidaceum DC. : 18, 3 000 ; 19, intercolpium d’un grain subisopolaire, a 3 000 ; 20, détail
de l’extrémité faiblement dichotomique d’un sillon, membrane granuleuse, x 6 000. — Fig. 21, T. psilotoides Hance :
intercolpium, X 3 000. — Fig. 22-24 : T. rigidum Sond. : 22, pôle proximal lisse, x 3 000 ; 23, dichotomie de l’extrémité
du sillon vers le pôle distal, x 6 000 ; 24, système apertural, : 3 000. — Fig. 25-27, T. pawlowskianum Lavalré : 25.
intercolpium, x 3 000; 26, pôle proximal lisse, 3 000; 27, système apertural, >; 3 000. — Fig. 28-29, T. humberlii
Cavaco & Keraudern : 28, >: 3 000 ; 29, réseau, x 6 000.
T = tectum ; C = couche infratectalc tendant à être columellaire ; n = nexine.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
Source : MNHN, Paris
OMBELLIFÈRKS AUSTRALES
ADAPTATION DE L’ULTRASTRUCTURE DE
L’EXINE DE QUELQUES OMBELLIFÈRES AUSTRALES
EN FONCTION DES CONDITIONS BIOGÉOGRAPHIQUES
Marie-Thérèse Cehceau-Làurivai, * et Françoise Rolanij-Heydacker *
Résumé. Une ultrastructure très élaborée de I’exine (en particulier, tectum interne, tectum externe)
a ete mise en évidence à la suite d’observations de certaines Ombellifères australes. Cette structure a été attri¬
buée à une adaptation à la sécheresse et à un isolement géographique ancien. Ces observations préliminaires
portaient sur quelques espèces endémiques d’Australie du genre Trachymene.
11 a paru intéressant d’étendre l’étude à la quasi-totalité des espèces du genre Trachymene. Des diver¬
gences sont apparues en ce qui concerne les espèces de Nouvelle-Guinée et de Bornéo soumises à des conditions
climatiques et biogéographiques très différentes de celles de l’Australie (plantes de forêts humides d’altitude).
Une comparaison a été faite avec d’autres genres endémiques d’Australie ( Uldinia, Xanthosia), tous
fortement adaptés à la sécheresse. Deux tendances suggérant une adaptation du sporoderme sont apparues :
l’une, au niveau du tectum, rapproche Uldinia et Trachymene ; l’autre, au niveau de l’endexine, caractérise
Xanthosia.
On retiendra la signification adaptative de l’exine, et en particulier du tectum, en fonction du climat
et des conditions biogéographiques.
Summary. A very elaborate ultrastructure of the exine has been shown (particularly, presence of
internai tectum and external tectum) in some austral Umbelliferae. The preliminary observations being
made on some endemie species of Australia in the genus Trachymene.
The présent study is enlarged to the various species of the genus Trachymene. Compared to the australian
species, différences appear in the structure of the tectum in the species of New Guinea and Bornéo. The latter
live in moist forests of altitude.
The results on Trachymene were compared with other genus endemie of Australia and adapted to drought.
Two types of exine hâve been shown which suggest an adaptation to drought, either to the ectexine level ( Uldinia
and Trachymene) or to the endexinc level ( Xanthosia ).
The possible adaptative significance of the exine (espccially of the tectum) is discussed in function of
the climate and biogeography.
Le genre Trachymene Rudge renferme une quarantaine d’espèces : ce sont des endémiques
d’Australie pour la plupart, mais quelques-unes se rencontrent aussi, d’après Buwalda (1936), en Nou¬
velle-Guinée, à Bornéo, aux Célèbes, à Timor et à Flore ainsi qu’en Nouvelle-Calédonie, aux Iles Fiji
et aux Philippines. Ce taxon appartient à la sous-famille des Hydrocotyloideae Drude (1898) considérée
par Raven et Axelrod (1972) comme un exemple possible de disjonction dans l’hémisphère austral
et qui refléterait la géographie de cette région, au milieu du Crétacé, quand l’Afrique, l’Amérique du
Sud et l’Australie étaient connectées à l’Antarctique.
* Laboratoire de Palynologie de l'E.P.H.E., Muséum national d’Histoire naturelle, 61 rue BufTon, 75005 Paris.
Source : MNHN, Paris
■|2 M.-T. CKRCKAU-LAKRIVAL BT F. ROLAND-HEYDACKER
De* travaux palynologiquo. antérieurs portant sur les Ombeffifères australes, et en particulier
sur certaines endémiques d'Australie, ont montré que le genre Trachymene seratt issu d une souche
archaïque d'O.nbcllifères h cotylédons ronds > en relation avec la géo flore antarctique terf.ire (Cnncnxu-
LAnn.VAL, 1974) et ferait partie de la sou,-famille des Azordlmieae (Ceucbau-Labuivai, 1962, 1979) »,
plus ou moins dillérente de la sous-famille des Hydrocolyloideae Drude.
Une étude ontogénique du sporoderme de Trachymene pilosa (Roland-Heydacker et Cerceau-
Lahrival, 1975), et la connaissance ultrastructurale de l’exine de différentes espèces (Cerceau-Larrival
1971 1974, Cerceau-Larrival et Derouet, 1975; Cerceau-Larrival et Roland-Heydacker,
197ti' ; Roland-Heydacker et Cerceau-Larrival, 1978) ont montré, dans le genre Trachymene ,
l’existence d’un tectum interne très important constitué d’éléments entremêlés sur plusieurs niveaux,
sous un tectum externe.
En outre, certaines espèces dont le développement a pu être suivi, possèdent un cycle de végé¬
tation très court (quelques jours à quelques semaines) avec formation des inflorescences, puis des fruits,
alors que les cotylédons et les feuilles primordiales sont encore présents (Cerceau-Larrival, 1979).
Cette accélération dans le développement et les caractères de 1 appareil végétatif (forte pilosité)
sont certainement à mettre en relation avec un climat aride ; une adaptation à la sécheresse avait égale¬
ment été déjà proposée (Cerceau-Larrival et Roland-Heydacker, 1976) pour expliquer 1 ultra-
structure de l’exine des pollens des espèces étudiées.
Il a paru, dès lors, intéressant de poursuivre les investigations palynologiqucs à 1 intérieur
du genre Trachymene 3 (espèces endémiques d’Australie et de Tasmanie, d’une part, et celles endémiques
de Nouvelle-Guinée et Bornéo 4 , d’autre part, où les conditions écologiques et bioclimatiques sont
fondamentalement différentes) et de les comparer à d’autres taxons endémiques d’Australie, présentant
des caractères d'adaptation à la sécheresse (Xanthosia 3 , Uldinia 5 ), et ainsi de constater s il y a une réper¬
cussion évidente, au niveau du pollen (gamétophyte) de l’adaptation manifestée par la plante (sporo-
phyte).
Matériel et méthodes
Le matériel provient, dans certains cas, de plantes cultivées dans les serres du Laboratoire
d'Écologie générale du Muséum à Brunoy, à partir de graines envoyées par le Professeur Constance
de Berkeley, ou données par le Service des Cultures du Muséum, par l’intermédiaire de J. P. Boivin.
Dans d'autres cas, les inflorescences proviennent de prélèvements effectués dans les Herbiers suivants :
Adélaïde (leg. Eiciiler), Berkeley (envoi de L. Constance), Paris (révision de J. P. Reduron), Sydney
(rapporté par M. Strick-Rossignol). Une liste du matériel étudié est donnée en fin d’article, avec le
lieu de récolte.
Les techniques sont celles habituellement utilisées au Laboratoire (Cerceau-Larrival et Roland-
Heydacker, 1976).
1. Les Ombellifères se répartissent en 2 lignées cotylédonaires différentes : la lignée à cotylédons ronds d’origine
antaretico-tertiaire ; la lignée à cotylédons longs d'origine arcto-tertiaire (Cerceau-Larrival, 1968, 1974).
2. L’étude de la succession foliaire (FI, feuille primordiale ; FAS, feuille adulte stérile ; FAF, feuille adulte fertile)
a permis d'améliorer, au niveau des sous-familles, la classification proposée en 1962 ; cette classification évolutive tient
également compte des pollens fossilos d’Ombellifères trouvés dans le Paléogène (Gruas-Cavagnetto et Cerceau-Larri-
val, 1978).
3. Dana sa Thèse « Contribution à l’étude structurale des Ombellifères Xérophiles », R. Lemesle (1925) constate
que les espèces spéciales à l’Australie du genre Trachymene et le genre australien Xanthosia se caractérisent entre autre
par la présence d'une forte cuticule épidermique, par une épaisseur considérable des parois épidermiques, et par une
réduction extrême du tissu parenchymateux cortical et de la moelle (caractères ayant pour but la résistance à la transpi-
4. Une espèce de Bornéo, dans les forêts humides d'altitude, étudiée antérieurement (Cerceau-Larrival et
Deruuet, 1975) a montré une strate tectale simple.
5. Convergence de structure tectale déjà signalée entre Uldinia et Trachymene (Cerceal-Larrival. 1974 et Cer-
ceaii-Larrival et Derouet. 1975).
Source : MNHN, Paris
OMBELLIFÈRES AUSTRALES
33
Résultats
1) Trachymene Rudge
Deux types ultrastructuraux de l’exine ont été observés en fonction de la répartition géogra¬
phique des taxons étudiés.
* 1 er type : Endémiques australiennes :
L’Australie se situe entre 10° et 40° de latitude Sud, avec, d’après H. J. Frith 1 2 3 (1968) « une
végétation formée de plusieurs zones vaguement concentriques entourant une région désertique. Celle-
ci est excentrée sur l’Ouest, si bien qu’en Australie occidentale, la zone aride inclut la côte ».
Les endémiques étudiées sont des espèces herbacées, le plus souvent annuelles, bisannuelles dans
quelques cas, localisées sur la frange littorale, dans l’Ouest, le Sud-Ouest, le Sud, le Sud-Est de l’Austra¬
lie, et en Tasmanie 2 (Bentham, 1866, Black, 1964 ; Eichler, 1965). Selon la classification de Kôppen s ,
ces espèces se trouvent dans les zones à climat tempéré océanique (extrémité sud et sud-est de l’Australie,
Tasmanie), ou sous un climat de type méditerranéen (Adélaïde et Sud-Ouest de l’Australie, climat
caractérisé par des pluies d’hiver (Juillet) et d’après Huetz de Lemps (1968) « la sécheresse et la cha¬
leur de l’été s’expliquent par la présence de hautes pressions subtropicales. Les températures moyennes
sont assez élevées par suite de vagues de chaleur avec, en été, un vent de type * Sirocco ’ ».
Quant aux espèces poussant plus à l’Ouest, en Australie occidentale, elles seraient sous un climat
plus ou moins désertique, la zone aride selon Frith (1968) incluant la côte. Les températures sont très
contrastées, par suite d’une grande sécheresse de l’air ; les pluies sont rares et irrégulières (Huetz de
Lemps, 1968).
Les espèces étudiées sont toutes caractérisées par un pollen de type ovale, de grande taille
(P de 45 à 60 p., E de 24 à 30,5 p), à endoaperture ovale, à ectoaperture longue pouvant être bordée
par une marge, à exine épaisse (4 à 5,5 p) 4 5 6 avec un tectum très développé (2 à 3,5 p) 8 ; ce tectum pré¬
sente un tectum interne distinct d’un tectum externe (Fig. 5). La surface tectale est le plus souvent
striée-réticulée (Fig. 2), mais pour deux espèces (Tr. pilosa et Tr. cyanopetala) elle est longuement
striée (Cerceau-Larrival, 1971 ; Cerceau-Larrival et Roland-Heydacker, 1976) *. Ceci pose le
problème de la présence éventuelle de deux lignées de Trachymene.
Les espèces de la côte orientale (Nouvelle Galle du Sud) ainsi que celles du Nord-Est, sur la côte
du Queensland, bénéficiant d’un climat tropical, avec une humidité plus importante, et pouvant se
rencontrer en altitude, présentent, chez les échantillons étudiés (Tr. humilis, Tr. incisa, Tr. ochracea ),
un tectum interne beaucoup moins développé que chez les espèces de l’Ouest et du Sud-Ouest, et même
que chez celles du Sud, du Sud-Est et de Tasmanie.
* 2 e type : Endémiques de Nouvelle-Guinée et Bornéo :
La Nouvelle-Guinée, grande île montagneuse, proche de l’Équateur et situé à 160 km au nord
de l’Australie, a un climat pluvieux pratiquement sans saison sèche. D’après Guilcheh (1968), vers
2 000 mètres, la forêt pluvieuse d’altitude a un climat équatorial de montagne, et à partir de 2 500 à
3 000 mètres, la forêt de brouillard est liée à un couvert nuageux constant. A Bornéo, les conditions
climatiques sont sensiblement équivalentes. C’est, d’après Delvert (1968), « une immense forêt dense
et constamment verte. Cette végétation correspond à un climat équatorial constamment chaud et
humide ».
1. du C.S.I.R.O. de Canberra.
2. Ile située à 160 km au Sud de l’Australie.
3. in Durand-Dastès F., 1968.
4. Toutes les mensurations de l’exine ont été faites en microscopie photonique, dans les zones polaires et sub¬
polaires.
5. Épaisseur exceptionnelle chez les Ombellifères et qui atteint la plus grande importance ohez les endémiques
de l'Ouest et du Sud-Ouest de l'Australie.
6. Il faudrait, peut-être, restaurer le genre Didiscus pour certaines espèces.
Source : MI\IHN, Paris
PLANCHE II
MeB : Fig. 1-2, T. multiramulosum Pilg. : 1, système apertural et pôle distal, X 3 000 ; 2, pôle distal, x 2 000.
Fig. 3, T. lenuissimum Hook. f. : réseau dans un intercolpium, x 12 000. — Fig. 4-6, T. madagascariensis DC. : 3, intercol-
pium, x 2 000 ; 5, système apertural, x 3 000 ; 6, détail de l'ectoaperture au niveau de la dichotomie, X 6 000. — Fig. 7,
T. bergeri Zucc. : intercolpium, pôle proximal, x 3 000. — Fig. 8, T. himalense Royle : « réseau », X 8 000. — Fig. 9-12 :
T. impression Steudl. : 9, système apertural, X 2 000 ; 10, intercolpium, x 2 300 ; 11, 12, détail de l’ornementation où
chaque maille est entourée par son propre mur, ces derniers étant reliés entre eux par soudure ou par l’intermédiaire de
trabécules (flèche), couche infractectale, 11, X 8 000; 12, x 6 000. — Fig. 13, Thesidium fragile Sond. : vue polaire,
X 3 000. — Fig. 14, Osyridocarpos schimperianus (Hochst.) A. DC. : système apertural, pôle distal, x 2 200. — Fig. 15 :
Quincliamalium ma jus Brongn. : pôle proximal, système apertural localisé au pôle proximal avec les endoapertures subé-
quatoriales (E) et les ectoapertures syncolpées (e), X 2 250. — Fig. 16, Geocaulon lividum (Richardson) Fernald : pôle
proximal lisse, X 2 000. ■— Fig. 17, Choretrum pauciflorum A. DC., x 3 000. — Fig. 18, Jodina cunei/olia (L| Miers p.p.
pollen typiquement de Santalaceae, x 2 000. — Fig. 19, Arjona luberosa Cav. : pôle distal parasyncolpé, intercolpium:
pôle proximal syncolpé, X 2 000. — Fig. 20, Mida salicijolin Cunn. : pôle distal réticulé, sillon, pôle proximal syncolpé,
X 2 000.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE II
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
34
M.-T. CERCEAU-LARRIVAL
F. ROLAND-HEYDACKER
Les espèces étudiées, considérées comme vivaces (Buwalda, 1936), ont été trouvées en altitude
(1 850 à 3 600 mètres) sous un climat équatorial de l’étage montagnard.
Toutes ces espèces sont caractérisées par un pollen de taille sensiblement inferieure à celle des
endémiques australiennes (P de 34 à 51 p ; E de 18 à 21 p), à endoaperture ovale, à ectoaperture longue
sans marge (Fig. 3), exine assez épaisse (1,5 à 2,5 p) avec un tectum relativement mince (0,5 à 1 p),
à surface tectale striée-réticulée. L’étude ultrastructurale de l’exine montre, suivant les espèces, une
disparition plus ou moins complète du tectum interne alors que le tectum externe occupe pratiquement
toute la strate tectale (Fig. 7 et 8). , . . .
La diminution de l’importance du tectum interne, pouvant aller jusqu’à sa disparition, a été
interprétée, chez ces espèces des montagnes équatoriales vivant dans une atmosphère saturée en humi¬
dité, comme une nouvelle adaptation de la paroi pollinique (Cerceau-Larrival et Derouet, 1975).
Ces espèces sont probablement issues, par migration le long de la côte orientale montagneuse 1
de l’Australie, du groupe à tectum interne de l’Ouest, Sud-Ouest, Sud et Sud-Est de 1 Australie ; au
cours de cette migration, certains caractères adaptés à des conditions xérophytiques disparaîtraient
en raison d’un climat de plus en plus humide.
La présence, sur la côte orientale, de quelques espèces à pollens à tectum interne réduit, semble¬
rait confirmer cette hypothèse.
L’implantation en Nouvelle-Guinée et à Bornéo serait assez récente et, peut-être, contemporaine
de celle des Nothofagus et des Araucaria 2 (Cerceau-Larrival, 1968).
2) Autres taxons d’Ombellifères endémiques d’Australie et présentant dans leur morphologie des carac¬
tères d’adaptation à la sécheresse.
* Uldinia J. M. Black
C’est un genre monospécifique (U. ceratocarpa) de l’Australie du Sud poussant dans les mêmes
conditions que celles des Trachymene de la région d’Adélaïde, région caractérisée par un climat de type
méditerranéen, avec sécheresse et chaleur en été. Uldinia ceratocarpa est une petite plante annuelle,
poilue.
Le pollen est de type ovale à tendance subrhomboïdale (Fig. 1), d’assez grande taille (P = 48 p.,
E = 30 p), à ectoaperture longue, à endoaperture ovale, à exine importante (3,5 à 4 p) avec un tectum
épais (3 p), à surface longuement striée rappelant la surface de Trachymene pilosa. L’étude de l’ultra-
structure de l’exine a montré la présence d’un tectum interne très développé (Fig. 6) comme celui décrit
pour les Trachymene des régions sèches. Un rapprochement entre Uldinia et le groupe des Trachymene
australiens avait été envisagé (Cerceau-Larrival, 1974), notamment avec les espèces à surface striée
(7V. cyanopetala et Tr. pilosa). L’exine des Uldinia semble donc avoir la même réponse adaptative,
par la présence d’un tectum interne, que les endémiques australiens du groupe des Trachymene.
* Xanthosia Rudge :
C’est un genre australien renfermant une vingtaine d’espèces ; ce sont des plantes herbacées,
ou bien des petits arbustes, localisés essentiellement sur la frange littorale de l’Ouest de l’Australie’
mais on trouve quelques espèces également sur la bande côtière dans le Sud et en Tasmanie.
Ces plantes ont souvent un aspect fortement tomenteux, dû aux longs poils jaunes 3 qui les
recouvrent. Chez d’autres espèces, les feuilles sont dentées, épineuses (Bentham, 1866 ; Black 1964 •
Eichler, 1965), et l’on peut assister dans certains cas, à une disparition presque totale du système!
1. La côte orientale montagneuse est caractérisée du Sud au Nord nar une Wt ,
humide subtropicale .«I, pmio^m.nt d. la foré, humide équatorial, d’e Nouvel,e-GumlJ P * ' PU "
WtaÏSt ue.u. ' quiud» l’Australie qu’à u„, époque relativement récent, ,Pli„eè„« ? .
élra™, „ comme .. Àin „’ombdl«è^Ts""T 1 ’”’ “T™ >“ « 1.»
S= ,d u
1 implantation récente des plantes d’origine australe. ’ 8 Un argument supplémentaire en faveur de
3. D’ou leur nom du grec Xanthos : jaune, in Black, 1969.
Source : MNHN, Paris
OMBELLIFÈRES AUSTRALES
35
L’ensemble de ces caractères est en faveur de l’adaptation de ces plantes (par divers procédés)
à la sécheresse et même à l’aridité, puisque la plus grande partie d’entre elles se rencontrent sur la côte
de l’Ouest considérée comine désertique.
Ce genre, comme les genres Trachymene et Uldinia, appartient à la lignée cotylédonaire ronde,
mais présente un type de développement très particulier 1 pour une Ombellifère ; les cotylédons restent
enfermés dans la graine (jamais libérés) et plus ou moins enfouis dans le sol, durant le début de l’onto¬
génie foliaire (apparition des F.I. successives).
Par son type de développement, son ontogénie foliaire, son type de pollen subcirculaire d’assez
petite taille, ce genre a été considéré comme très primitif, de souche archaïque australe, probablement
antérieure à celle de Trachymene ; Xanlhosia serait peut-être dans la lignée ancestrale de Trachymene
(Cerceau-Larrival, 1962, 1974).
Le pollen, de type subcirculaire (donc d’un type très primitif), est de petite taille à taille moyenne
(P # E de 15 à 30 ft), à ectoaperture longue, à endoaperture ovale étirée, à exine relativement mince
(2 p.), à surface tectale striée-rugulée (Fig. 4). Ce pollen se caractérise par une cndexine épaisse tout
autour du grain (0,5 p) (Fig. 9 et 10), structure très inhabituelle chez les Ombellifères où, généralement,
l’endexine est mince et ne s’épaissit qu’en bordure des apertures (Cerceau-Larrival, 1962, 1971 ;
Cerceau-Larrival et Roland-Heydacker, 1976).
Le pollen de Xanthosia 2 s’adapterait aux conditions de sécheresse et d’aridité, non pas en cons¬
tituant un tectum épais structuré, comme dans le cas du Trachymene et Uldinia, mais en opposant la
barrière de l’endexine ce qui, chez les Ombellifères, semblerait être une réaction profonde du gaméto-
phyte (Cerceau-Larrival et Roland-Heydacker, 1978).
En conclusion, on retiendra donc, chez ces Ombellifères australes, la signification adaptative
de l’exine, en réponse au climat et à la Biogéographie (épaississement de l’endexine : adaptation pro¬
fonde sous le contrôle du gamétophyte : Xanthosia ; ectexine avec tectum struçturé : adaptation plus
plastique sous le contrôle du sporophyte : Trachymene, Uldinia).
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1. Observé chez l’espèce Xanthosia dissecta Hook. f.
2. C’e9t le pollen de Xanlhosia tenuior qui illustre, dans la planche, le type observé chez les espèces étudiées. Cette
espèce est considérée par Lemesle (1926) comme une des Ombellifères australiennes le plus profondément xérophile,
avec en particulier une moelle très réduite totalement lignifiée et des fibres scléreuses sous épidermiques.
Source : MNHN, Paris
M.-T. CERCKAU-LARRIVAL ET F. ROLAND-HEYDACKER
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LISTE DES ÉCHANTILLONS ÉTUDIÉS
Trachymene Rudge
T. adenodes Buwalda Papua. Mt Albert-Edward, E side, slope leading to the West Dôme, ait. 3 300 m 23-1-
1965, P. van Royen NGF 30 090. Leg Constance, 636 (UC).
T. anisocarpa (Turcz) Burtt — Australie, SW A 1913, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW).
T. arfakensis (Gibbs) Buwalda — Nederlands Nieuw-Guinea, Bivouac « Noordpool », Anggi Gitta Lake, Arfak
Mts., ait. 1 850 m, (9.1.1962), SIeumer et Vink BW 14 030, leg Constance, (UC),
r Be " th „~ P ° rt Ph ' llip ’ Bar ° n F - VOn Mue,ler ’ Phytologic Muséum of Melbourne, (P).
T. buliardieriF.vM. var. ouata - Rylstone, NSW, Mc Kee, 4.6.50, herbier Vlasta Benesova, (P).
T. bwestua (Domin) L. Johnson — Queensland, 1962, Australie, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW).
Source : MNHN, Paris
OMBELLIFÈRES AUSTRALES
M
T. caerulea (Hooker) Graham — Herbier de Sydney, Australie, WA 1967, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW).
T. caerulea Graham ( Didiscus caeruleus Hook — Hugelia cyanea Reich) — Nouvelle Hollande, herbier
A. N. Desvaux (P.).
T. composita (Domin) B. L. Burtt. — Dr. A. Morrison, 17.12.1892, Victoria Oakleiga (ex herbier Kew), (P).
T. cyanantha de Bayland — Australie, Queensland 1967, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW).
T. cyanopetala (F.v.M.) Benth. — Australie, WA 1967, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW).
T. glandulosa (F.v.M.) Benth. — Nvelle Guinée, Boyle Creek, Mareeba, 600 m, Mc Kee 9153, 17.4.1962, (P).
T. glandulosa (F.v.M.) Benth. ( Didiscus glandulosus (F.v.M.) — Australie, Kumberley District, C. W. Nynlasy,
1887, (P).
T. glaucifolia (F.v.M.) Benth. — Australie, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW), 1971.
T. glaucifolia (F.v.M.) Benth. — South Australia, Northern Flinders Range, SE Gammon Range (ca 75 km E
of Leigh Creek), Between Loch Ness Wall (upper Balcanvona Creek Valley) and first Creek E of Loch
Ness, leg Eichler n° 12937, 23.9.1956 (AD).
T. glaucifolia (F.v.M.) Benth. — South Australia, ca 25 km W of Arkaroola Sanctuary Headquarters, ca 95 km
ENE of Leigh Creek, Flinders Range, 17.10.1971, R.H. Kuchel 2918, (UC).
T. glaucifolia (F.v.M.) Benth. ( Didiscus glocifolius F.v.M.) — South Australia, Mt. Lyndhurst, M. Koch,
9.1899, (P).
T. glaucifolia (F.v.M.) Benth. ( Didiscus glaucifolius F.v.M.) — New South Wales 1900, (P).
T. glaucifolia (F.v.M.) Benth. — Australie, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW), 1971.
T. humilis (Hook.f.) Benth. — Australian Alps, Victoria. Bogong High Plains ; Above Fall’s Creek Ski Village,
near Frying Pan (above Ski lift from Skyline Lodge), ca. 1 780 m, leg Eichler, 31.1.1958, n° 14636, Eichler).
T. humilis (Hook.f.) Benth. — ( Didiscus humilis Hook.) — Australian Alps, F.v.Mueller (P).
T. incisa Rudge — Australie, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW) 1965.
T. incisa Rudge ( Didiscus albiflorus DC.) — Nvelle Hollande, herbier A. Lunet, ex herbier Dunant, Bourgeau (P).
T. koebrensis (Gibbs) Buwalda — Nederlands Nieuw-Guinea : Mt. Kobrei-mot (Koë Bré), WSW of Testega,
between Anggi Lakes, Arfak Mts, ait. 2360 m, 16.1.1962, Sleumer et VinkBVV 14167. Leg. Constance, (UC).
T. linearis Spreng. — Nouvelle Guinée, Creek above lagoon Wondahyne, HS Mc Kee 6691, (NSW).
T. ochracea L. A. Johnson — Australie, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW) 1969.
T. ochracea L. A. Johnson — New South Wales, Mulgowen Station, 35 miles S of Bourke., 17.10.1963, E. F. Con¬
stable 4563 (NSW 67430). Leg. Constance, (UC).
T. pilosa Sm. — South Australia. Chauncey’s Line Reserve (ca. 60 km SE of Adélaïde). Ca 800 m N of Chauncey’s
Line on first ridge of white sand near the road to Monarto South (ca. 13 km S of railwav line Crossing).
Leg Eichler, 23.9.1958 n° 14947, (AD).
T. pilosa Sm. — Jardin du Laboratoire d’Écologie Générale du Muséum National d’Histoire Naturelle à Brunoy.
n° 3471. 21.3.1977.
T. pilosa Sm. — Jardin du Laboratoire d'Écologie Générale du Muséum National d’Histoire Naturelle à Brunoy.
n° 2946 repiqué. 28.5.1974.
T. saniculaefolia Stapf — North Bornéo : middle and Upper slopes of Mt. Kinabalu, 6 000-1 2000 feet, 17.7.1963,
G. Gillett 1323. Leg Constance, (UC).
T. saniculaefolia Stapf — New Guinea : NE of Lake Aunde, Mt. Wilhelm, Eastern Highland District, ait. 3 600 m
145°5 E, 5°45 S, 7.5.1965, M. M.J.v. Balgoov 248. Leg. Constance, (UC).
Uldinia Black
U. ceralocarpa (Fitzg) Burbidge — South Australia. Eastern Nullarbor Plain 2 km east of Ooldea — ca. 265 km
west of Tarcoola. D. J. E. Whibley n° 780, 23.9.1960, (AD).
U. ceratocarpa (Fitzg.) Burbidge — South Australia. North West Plains. Lake Yarle, south side, ca. 15 km
north of Watson. Watson is on the East-West railway ca. 240 km east of Western Australian border.
Sandhills. Leg P. Wilson n° 1770, 19.9.1960. (AD).
Xanthosia Rudge
X. ciliata Hook. — Australia, District Swan, E. Pritzel 166, 12.1901. (P).
X.juncea Benth. — Australie, District Swan, E. Pritzel 297, mars 1901 (P). 1
X. tenuior Benth. — Australie, WA 1911, rapporté par Strick-Rossignol, (NSW). 1
X. tridentata DC. — New South Wales, Bauerlen, baron F. v. Mueller, Ph et M. D. (P).
X. tridentata DC. — Australie. Robert Brown, 19.1.1884. (P).
1. Xanthosia juncea Benth. = Schoenolaena juncea Bungc ; Xanthosia tenuior Bcntli. Schociwlaeiui tenuior Bunge.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
MEB : pollens acétolysés ; 1-4 : pollens entiers ; 5-7-9 : cassures aux ultrasons.
MET : fixation glutaraldéhyde-osmium ; test PATAg ; 6-8-10.
Abréviations utilisées : Ap, aperture ; C, columelle ; EN, endexine ; IN, intine ; S, sole ; T, tectum ; Te, tectum externe;
Ti, tectum interne.
1-4. Pollens entiers. X 1 500.
1. U ldi nia ceralocarpa. Pollen ovale à subrhomboïdal, exine striée.
2. Trachymene anisocarpa. Pollen ovale, exine striée-réticulée, marge aporturale.
3. Trachymene saniculaefolia. Idem, sans marge aperturale.
4. Xanlhosia ciliata. Pollen subcirculaire, exine striée-rugulée.
5. Trachymene anisocarpa. Tectum interne très développé. Adaptation à un climat sec. X 15 000.
6. Uldinia ceralocarpa. Idem, x 25 000.
7. Trachymene arfakensis. Tectum interne en régression, tectum externe épais. Adaptation à un climat humide. X 8 250.
8. Idem, x 25 000.
9. Xanlhosia tenuior. Endexine épaissie tout autour du grain, ectexine sans tectum interne. Autre adaptation à la séche¬
resse. x 8 000.
10. Idem, x 11 000.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
OMBEI.LIFÈRES AUSTRALES
39
CARACTÉRISTIQUES TECTALES DE
CERTAINES OMBELLIFÈRES INDIENNES ET HIMALAYENNES
RELATIONS AVEC LE CLIMAT ET LA BIOGÉOGRAPHIE
Marie-Thérèse Cerceau-Larrival * et Marie-Claire Carbonnier-Jarreau *
Résumé. Le genre Heracleum L. s.l. renferme environ 80 espèces se répartissant en plusieurs groupes
biogéographiques.
L étude palynologique, en plus de l’intérêt systématique, apporte des informations sur l’histoire de
1 Evolution biogéographique et bioclimatique de ces groupes qui se sont édifiés, depuis le Miocène, avec des
adaptations à des conditions biogéographiques et bioclimatiques différentes :
changements de type pollinique (adaptation très profonde puisqu’elle touche le gamétophyte),
spécialisation du tectum comme celle observée chez les endémiques des montagnes du Sud de l’Inde
et de Ceylan et chez les endémiques de l’Himalaya qui sont, toutes, des plantes adaptées à des conditions humides
d’altitude de l’étage montagnard équatorial ou tropical.
Cette spécialisation au niveau de l’ectexine traduirait l’influence du sporophyte adapté à des conditions
bioclimatiques bien particulières. Ces caractéristiques tectales seraient aussi en faveur des relations biogéo-
graphiques anciennes qui ont dû exister entre les ancêtres des espèces actuelles, endémiques de territoires
' séparés.
Summary. — Heracleum L. s.l. is a genus with 80 species distributing in several biogeographical groups.
Palynological research, in addition to the taxonomie interest, shows up informations on the History
and biogeographical and bioclimatic Evolution of these groups, that set up since the Miocene time with adapta¬
tion to different biogeographical and bioclimatic conditions may be resuit :
— changes in pollen type (deep adaptation because it affects the gamatophyte),
— tectal specialization in the case of endemics of south mountains of India and Ceylan, and endemics
of Himalaya, that are plants adapted to altitudinal moist condition in the tropical or équatorial highlands.
This specialization in the ectexine would reflect the sporophyte influence adapted to particular bioclimatic
conditions. These tectal characters would be in favour of archaic biogeographical relations between the ances-
tors of the actual species, endemics of separated territories.
Le genre Heracleum L. s.l. renferme environ 80 espèces (Willis, 1966) se répartissant en plu¬
sieurs groupes biogéographiques : montagnes du Sud de l’Inde et de Ceylan, Himalaya, hautes mon¬
tagnes d’Asie Centrale (Pamir), Turkestan, Hindou Kouch, Caucase, montagnes et régions boisées
d’Eurasie tempérée, d’Amérique du Nord et d’Afrique septentrionale, montagnes d’Afrique tropicale.
Ce genre appartient à la sous-Famille des Apioideae Drude et à la tribu des Pastinaceae 1 (K.Pol.)
* Laboratoire de Palynologie de l’E.P.H.E., Muséum national d’Histoire naturelle, 61 rue de Buffon, 75005 Paris.
1. Comme les genres Tetrataenium (DC.) Manden., Tordyliopsis DC., Semenovia Rgl. et Herd., Trigonosciadium
Boiss., Symphyoloma C.A.M., Pastinacopsis Golosk.. Pastinaca L., Tordylium L., Hasselquistia L., Condylocarpus Hoffm ,
Malabaila Hoffm., Stenotaenia Boiss., Zozimia Hoffm.
Source : MNHN, Paris
40 M.-T. CERCEAU-LARRIVAL ET M.-C. CARBONNIER-JARREAU
Mande»., que Mauuenov* (1950) considère comme pouvant dériver de la branche la plus ancienne de la
Famille (la sous-Famille des Hydrocotyloidea* Drude) 1 et, en remontant encore plus loin, des ancêtres
probables des Ombellifères, les Araliales. , .
Une récente proposition de classification évolutive (Cerceau-Larrival, 1979), précisé, par
l’ontogénie foliaire et le mode de développement 2 , au niveau des sous-Familles, la classification pro¬
posée en 1962 et établie d’après la lignée cotylédonaire (Longue ou Ronde), le type pollimque, et d’après
des observations faites sur l’appareil végétatif adulte, l’inflorescence et le fruit.
Dans cette nouvelle proposition, le groupe des Heracleum s.l. se trouve dans la sous-Famille des
Steganotaenioideae 3 qui serait issue de la sous-Famille des Azorelloideae (plus ou moins équivalente à
la sous-Famille des Hydrocotyloideae Drude) et qui serait d’origine antarctico-tertiaire et la souche des
Ombellifères à cotylédons ronds (Cerceau-Larrival, 1968, 1974).
Il y a donc une convergence de vue avec Mandenova à la fois sur l’origine possible de ce groupe
et sur l’archaïsme de certains taxons.
Matériel et techniques
Le matériel indien et de Ceylan a été récolté et envoyé par F. Blasco.
Le matériel himalayen provient de l’Herbier du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris
et de l’Herbier du Royal Botanic Gardens de Kew.
Le matériel ayant servi de point de comparaison provient :
pour le matériel africain, de l’Herbier de O. Hedberg ;
pour le matériel américain et eurasiatique, de l’Herbier du Muséum national d’Histoire natu¬
relle de Paris.
Le matériel du Caucase provient de l’Herbier de I. Mandenova et de l’Herbier de Tbilissi
(Géorgie), et de cultures entreprises dans le parc du Laboratoire d’Écologie générale du Muséum à
Brunoy.
Pour la liste du matériel étudié, se reporter à la liste fournie à la suite des travaux pluridisci¬
plinaires entrepris par Mandenova et Coll, dans le cadre de la R.C.P. 286 *.
Pour l’observation au microscope photonique, les pollens sont acétolysés selon la méthode de
Erdtman (1943).
Pour l’observation au microscope électronique à balayage, les pollens acétolysés sont cassés
aux ultrasons selon la méthode de Cerceau et coll., (1970).
Résultats et discussions
— Endémiques des montagnes du Sud de l’Inde et de Ceylan.
Dans un rapport interne de la RCP 286 4 , sur l’écologie des Heracleum du Sud de l’Inde, Blasco
(1974) signale que : « Tous les Heracleum connus dans le Sud de l’Inde, sauf H. ceylanicum Gard., sont
endémiques. Cette espèce est d’ailleurs la seule connue à Ceylan 5 contre 7 6 au moins dans le Sud de
1. Étant donné la présence de certains caractères archaïques, comme le tissu sclérenchymateux dans le péricarpe.
2. Avec le support des pollens fossiles trouvés dans des sédiments paléogènes (Gruas-Cavagnetto et Cerceau-
Larrival, 1978).
3. Des pollens fossiles de type Steganotaenia Hochst. ont été découverts dans des sédiments paléogènes du Bassin
Anglo-parisien (Gruas-Cavagnetto et Cerceau-Larrival, 1978). De plus, Steganotaenia araliacea a une plantule et
l^S)” 1169 dC ,eUne88e qU ‘ ne 8 ° nt paS 8a " 8 ra PP eler celles de certaines Araliacées de type Aralia (Cerceau-Larrival,
fères . 4 ’ RCP 286 : * RechercheP P lur * di * ci plinaires sur la systématique des Angiospermes : Application aux Ombelli-
5. L'île a été séparée du continent à partir du Miocène (Legris, 1963).
6. H. sprengelianum W. et A ; H. pedatum Wight ; H. rigens Wall. ; H. candolleanum Gamble (espèce morpholo¬
giquement proche de H. rigens ) ; H. courtallense Gamble (semble être un écotype de H. rigens ) ; aquilegifolium
Source : MNHN, Paris
OMBELI.IFÈRF.S INDIENNES ET HIMALAYENNES
l’Inde... Les Heracleum sont orophiles 1 , apparemment inconnus au-dessous de 1 000 m et tous sont
signalés sur les Ghats occidentaux 2 ... Ce sont pour la plupart des végétaux de climats tropicaux monta¬
gnards capables de survie en hiver et de régénération végétative grâce à des rhizomes. »
Blasco signale également que ces plantes fleurissent pendant la saison des pluies, donc dans des
conditions pluvieuses et nébuleuses.
Les observations palynologiques effectuées dans le cadre de la RCP 286 (Cerceau-Larrival
et Coll., 1977 ; Cerceau-Larrival et Carbonnier-Jarreau in Mandenova, 1978) ont montré que les
échantillons étudiés avaient soit un type primitif subrhomboïdal (H. aquilegifolium, H. concanense,
H. pedatum 8 , H. sprengelianum, H. rigens 4 ) (PI. I : 3, 5, 10, 18), soit un type sensiblement plus évolué
à tendance subrectangulaire (H. ceylanicum des Palni) (PI. I : 9), soit un type évolué (H. hookerianum .
H. ceylanicum de Ceylan) (PI. I : 1, 2).
Mais, dans tous les cas, l’ectexine est formée d’un tectum structuré, (PI. I : 18) composé de
plusieurs niveaux de portées 8 , le niveau le plus externe donnant une surface tectale rugulée à striée
de façon dense (PI. I : 9, 10). Cette structure tectale, inhabituelle chez les types polliniques observés,
a été considérée comme une adaptation possible à des conditions humides d’altitude, près de l’équateur
(Cerceau-Larrival et Coll., 1977).
Endémiques de V Himalaya.
Les échantillons étudiés proviennent de l’étage montagnard des quatre grandes divisions géogra¬
phiques longitudinales définies par Bordet (1961) d’Ouest en Est : l’Himalaya du Penjab, l’Himalaya
du Kumaon, l’Himalaya du Népal et l’Himalaya de l’Assam.
D’après Lecris (1963, p. 82-83) : « Les Himalayas forment un système complexe à trois dimen¬
sions, les pluies et la végétation y varient suivant la longitude, la latitude, l’altitude... la mousson
pénètre à l’intérieur du système en se déchargeant sur les barrières successives. »
Les observations palynologiques effectuées dans le cadre de la RCP 286 (Cerceau-Larrival
et Coll., 1977 ; Cerceau-Larrival et Carbonnier-Jarreau in Mandenova, 1978) ont montré que,
quelle que soit la provenance des échantillons et la différence du type pollinique (subrhomboïdal :
H. jacqucmontii C. B. Clarke (PI. I : 6, 13) ; subrhomboïdal à tendance subrectangulaire : H. bivittatum
H. de Boissieu, //. sublineare C. B. Clarke, H. wattichii DC. (PI. I : 4, 16, 17, 20 et 21) ; subrectangulaire :
H. barmanicum Kurz., H. obtusifolium Wall., H. candicans Wall., H. nepalense Don., H. cachemiricum
C. B. Clarke, II. pinnatum C. B. Clarke (PI. I : 7, 11, 12) le tectum est structuré (PI. I : 16), composé
de plusieurs niveaux de portées, le niveau le plus externe donnant une surface rugulée à striée de façon
dense (PI. I : 11, 12, 13, 17, 19, 20, 21) ; cette structure tectale est tout à fait similaire à celle observée
chez les endémiques des montagnes du Sud de l’Inde et de Ceylan.
C. B. Clarke (espèce problèmatique des Anamalaij ; //. concanense. Dalz. ; H. hookerianium Wight et Arnott. (serait uni¬
forme juvénile de H. rigens).
1. A l'exception de H. pedatum Wight qui, toujours d'après Blasco (1974), serait exclusivement sciaphile.
2. D'après Legris (1963), « Les Ghats occidentaux jouent un rôle très important dans la distribution des climats.
Les versants occidentaux escarpés sont les premiers obstacles rencontrés par les courants de mousson du Sud-Ouest.
Toute la côte occidentale est donc très arrosée, les précipitations sont de l’ordre de 1 800 à 2 000 mm dans la plaine, mais
peuvent atteindre 5 000, même 6 000 mm dans le haut des versants. Les versants orientaux au contraire sont secs et une
large zone semi-aride couvre le plateau du Dekkan ».
3. Une révision récente faite par Mukherjee et Constance (1974) a abouti à la proposition d'une nouvelle com¬
binaison : Vanasushava pédala (Wight) Mukherjee et Constance. L'originalité de cette plante par rapport au genre Hera-
cleum L. a été précisée par la phytochimie (Carbonnier et Molho, 1977) et le type pollinique (Cerceau-Larrival et
Coll., 1977).
4. Dans une révision récente du genre Tetrataenium (DC.) Manden., Mandenova (1977) considère ce taxon comme
le type du genre et voici les espèces qui entreraient, pour Mandenova, dans la composition du genre : Tetrataenium rigens
(Wall.) Manden. T. nepalense (Don) Manden., T. sprengelianum (W. et A.) Manden., T. hookerianum (W. et A.) Manden.
et T. olgae (Rgl. et Schmalh.) Manden.
5. Pour la définition palynologique de ce terme voir Cerceau-Larrival, 1971 ; Cerceau-Larrival et Roland-
Heydacker, 1976.
Source : MNHN, Paris
42
UT. CERCEAU-LARRIVAL ET M.-C. CARBONNIER-JARREA
CONCLUSIONS
La convergence de structure tectale, indépendante du type pollimque, entre les endémiques
himalayennes et les endémiques des montagnes du Sud de l’Inde et de Ceylan, suggère une même adapta¬
tion à des conditions humides d’altitude de l’étage montagnard tropical ou équatorial.
Ainsi, l’étude palynologique du genre Heracleum s.l., en plus de l’intérêt systématique (Cerceau-
Larrival, 1962, 1963, 1971; Cerceau-Larrival et Coll., 1977 ; Cerceau-Larrival et Cardonnier-
Jarreau in Mandenova et Coll., 1978), apporte des informations sur l’Histoire de l’Evolution biocli-
matique et biogéographique de ces groupes et, en particulier, des espèces indiennes et himalayennes qui
ont été rapprochées. Ces espèces constitueraient le stock le plus archaïque, dont 1 origine remonterait
avant le Miocène (Mandenova, 1959) ; ce sont des plantes adaptées à un climat équatorial ou tropical
d’altitude avec, au niveau du pollen, des caractéristiques tectales bien particulières mises en évidence
dans l’étude palynologique du genre monospécifique Vanasushava (Cerceau-Larrival et Coll., 1977).
Cette étude palynologique du genre Heracleum s.l. a également permis de distinguer les espèces
du Turkcstan : H. olgae Rgl. et Schml. (PI. 1:14,15) (pollen subrectangulaire, à structure tectale simple),
de l’Indou Kouch : H. afghanicum Kitam. (PI. II : 1, 2, 3, 4, 5) et du Caucase : H. mantegazzianum
Som. et Lev. (PI. II : 6, 7, 8, 9) adaptées à un climat subtropical à tempéré d’altitude et issues, proba¬
blement, du précédent groupe vers la fin du Tertiaire (pollen ovale à structure tectale simple).
De ce dernier groupe auraient dérivé : les espèces des montagnes d’Europe : H. sphondylium L.
(PI. II : 15, 16) (pollen ovale, à structure tectale simple comme les espèces de l’Indou Kouch et du Cau¬
case) qui se sont adaptées à des conditions climatiques plus tempérées ; l’espèce unique d’Amérique du
Nord : H. lanalum Michaux (pollen tout à fait comparable à celui de H. afghanicum) ; ainsi que les endé¬
miques africaines (espèces d’altitude du Mt. Kenya : H. elgonense (Wolff.) Bullock) (PI. II : 10, 11, 12,
13, 14) qui ont retrouvé en altitude des conditions climatiques leur permettant de se maintenir (pollen
subrectangulaire avec un tectum structuré).
Au cours de ces grandes migrations qui, depuis le Miocène, ont permis l’édification de ces groupes
biogéographiques qui peuvent présenter des adaptations à des conditions climatiques différentes, on
assiste à des changements de forme du pollen (changements dans le contour interne de l’endexine),
qui correspondent à des genres différents ( Tetrataenium , Vanasushava, Heracleum s.s.), ce qui traduirait
une adaptation très profonde, puisqu’elle touche le gamétophyte (endexine).
Chez les endémiques des montagnes du Sud de l’Inde et de Ceylan et chez les endémiques de
F Himalaya qui sont, toutes, des plantes adaptées à des conditions humides d’altitude de l’étage mon¬
tagnard équatorial ou tropical, une spécialisation similaire, au niveau de l’ectexine (tectum structuré),
traduirait l’influence du sporophyte adapté à des conditions bioclimatiques bien particulières. Ces
caractéristiques tectales seraient en faveur des relations biogéographiques anciennes qui ont dû exister
entre les ancêtres des espèces actuelles, endémiques de territoires séparés.
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PLANCHE I
Heraoleum ceylanicum de Geylan — M. Ph. G • 1 000.
Heracleum ceylanicum de Ceylan — M. Ph. G • 1 000.
Heracleum sprengelianum — M. Ph. G X 1 000.
Heracleum sublineare — M. Ph. G X 1 000.
Heracleum concanense — M. Ph. G X 1 000.
Heracleum jacquemontii — M.Ph. G X 1 000.
Heracleum ncpalense — M. Ph. G X 1 000.
Heracleum olgae — M. Ph. G x 1 000.
Heracleum ceylanicum des Palni — M.E.B. G 2 200.
Heracleum concanense — M.E.B. G X 2 300.
Heracleum candicans — M.E.B. G x 2 400.
Heracleum nepalense — M.E.B. G x 2 100.
Heracleum jacquemontii — M.E.B. G ■ 2 200.
Heracleum olgae — M.E.B. G 2 200.
Heracleum olgae — M.E.B. G 5 500.
Heracleum wallichii — M.E.B. G X 11 000.
Heracleum sublineare — M.E.B. G X 2 200.
Heracleum aquilegifoliùm — M.E.B. G X 21 000.
Heracleum candicans — M.E.B. G X 6 000.
Heracleum wallichii — M.E.B. G X 4 125.
Heracleum wallichii — M.E.B. G X 4 125.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PLANCHE II
1 — Heracleum afghanicum — M. Ph. G X t 000.
2 — Heracleum afghanicum — M. Ph. G X 1 000.
3 — Heracleum afghanicum — M.E.B. G X 2 000.
4 — Heracleum afghanicum — M.E.B. G X 11 000.
5 — Heracleum afghanicum — M.E.B. G X 5 500.
6 — Heracleum mantegazzianum — M. Ph. G x 1 000.
7 — Heracleum mantegazzianum — M. Ph. G X 1 000.
8 — Heracleum mantegazzianum — M.E.B. G >: 11 000.
9 — Heracleum mantegazzianum — M.E.B. G x 10 000.
10 — Heracleum elgonense — M. Ph. G X 1 000.
11 — Heracleum elgonense — M. Ph. G X 1 000.
12 — Heracleum elgonense — M.E.B. G X 15 000.
13 — Heracleum elgonense — M.E.B. G X 10 000.
14 — Heracleum elgonense — M.E.B. G X 2 000.
15 — Heracleum sphondylium — M. Ph. G X 1 000.
16 — Heracleum sphondylium — M.E.B. G x 18 000.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
l'APILI.lON;
45
ACEAE (I.EGUMISEAK)
QUELQUES REMARQUES SUR L’ULTRASTRUCTURE DU
POLLEN DE DEUX ESPÈCES
DE LA SOUS-FAMILLE DES
PA PILIONIOIDEAE ( LEGUMINOSAE ) EN RELATION
AVEC LE MICROENVIRONNEMENT
(HYGROMÉTRIE ET HYDRODYNAMIQUE)
I. K.
Ferguson *
Résumé. — Deux tendances principales ont été mises en évidence dans l’évolution des caractères polli-
niques au niveau de la sous-famille des Papilionoideae (Leguminosae ). La première est orientée vers un épaissis¬
sement substantiel de l’endexine, la perte de la foot-layer et un amincissement relatif de l’ectexine, en relation
avec des grains de pollen tricolporés. La seconde est orientée vers un amincissement de l’endexine, une foot-
layer distincte et une ectexine bien développée, en relation avec des grains de pollen tricolpés et operculés.
Ces deux tendances évolutives des caractères morphologiques du pollen correspondent à des états de
« spécialisation » ou d’évolution avancés des caractères maeromorphologiques.
La morphologie et l’ultrastructure d’un représentant de chacun des deux types polliniques sont décrites.
Un aspect fonctionnel, celui de la réaction aux modifications hygrométriques et hydrodynamiques du micro-
environnement, est discuté.
Summary. — Two main trends in pollen morphological characters can be detected in the subfamily
Papilionoideae (Leguminosae ). One tends towards a substantial thickening of the endexine, loss of the foot-
layer and a relative thinning of the ektexine and correlated with tricolporate pollen. The other trend tends
towards a thinning of the endexine, a distinct foot-layer and well developed ektexine which is correlated with
tricolpate pollen with usually operculate apertures. Thèse two trends in pollen morphological characters
closely correlate with ” spécialisation ” or evolutionary advancement in macromorphological characters.
The morphology and ultrastructure of a représentative of each of these two pollen types is described and one
aspect of the function, that of the response to changes in microenvironmental humidity and water exchange,
is discussed.
INTRODUCTION
Les études relatives aux fonctions des grains de pollen sont encore peu nombreuses par rapport
aux études morphologiques et ultrastructurales, surtout depuis l’avènement de la microscopie électro¬
nique. Une complète et véritable compréhension des relations phylogénétiques ne peut être obtenue
qu’à partir d’une interprétation correcte de la morphologie fonctionnelle.
* Royal Botanic Gardeni, Kew, Richmond, Surrey, TVV9 3AB UK.
Source : MNHN, Paris
46
[. K. FERGUSON
Heslop-Harrison (1976), à la lumière de ses travaux entrepris avec de nombreux collabora¬
teurs, a donné une brillante démonstration des mécanismes d’incompatibilité des grains de pollen.
Cependant, peu d’auteurs ont tenté récemment d’aborder l’étude des autres aspects fonctionnels des
grains de pollen, comme par exemple, les réactions au microenvironnement, sans doute à cause des
réelles difficultés techniques rencontrées pour fournir des preuves aux hypothèses avancées. Wode-
house (1935) a discuté du mouvement des apertures en fonction des variations de l'humidité ambiante
et a défini ce mécanisme sous le nom d’harmomégathie. Van Campo (1961), en traitant des problèmes
de la mécanique aperturale, Larson & Lewis (1961), Hendrickson (1967), Muller (1969 et 1973)
et Walker (1971) sont aussi parmi ceux qui ont suggéré l’existence de relations entre la morphologie
et une éventuelle fonction. Payne (1972) a observé le mouvement des apertures chez un grand nombre
de grains de pollen vivants mais n’a tenté aucune corrélation avec 1 ultrastructurc. Bolick (1978),
dans un article sur les grains de pollen des Cornpositae, a discuté des forces et des mouvements en rela¬
tion avec la structure de l’exine. De nouveau, Heslop-Harrison (1979) a décrit les mécanismes hydro¬
dynamiques au niveau des grains de pollen de plantes vivantes chez les Gramineae. Une étude fonction¬
nelle des apertures operculées de grains de pollen vivants de type pantoporate vient d être effectuée
chez Agrostemma (Caryophyllaceae ) par Ferguson (1979).
La présente étude se rapporte à deux types morphologiques très différents de graiqs de pollen
chez deux espèces de Leguminosae. Des hypothèses sont émises sur le fonctionnement des systèmes
respectifs mis en jeu en réponse aux variations hygrométriques du microenvironnement.
OBSERVATIONS
A la suite d’une étude en microscopies photonique et électroniques à balayage et par transmission
de plus de 500 espèces, représentant environ 400 genres de la sous-famille des Papilionoideae ( Fabaceae )
Leguminosae, pour la Conférence Internationale sur les Légumineuses qui s’est tenue à Kew en 1978
(Ferguson & Skvarla, 1981), des tendances intéressantes ont été reconnues au niveau des caractères
polliniques. Les deux principales tendances sont concrétisée soit par un épaississement progressif,
soit par un amincissement de l’endexine. L’épaississement de l’endexine est habituellement accompagné
de la disparition de la foot-layer et d’un amincissement relatif de l’ectexine en relation avec des pollens
tricolporés souvent de forme subsphéroïdale à ovale aplatie aux pôles ( oblate). L’autre tendance se
concrétise par un amincissement de l’endexine, une foot-layer distincte et une ectexine bien développée
en relation avec des pollens tricolpés, des apertures operculées et souvent une forme sphéroïdale à
ovale allongée dans le sens de l’axe polaire (subprolate).
Confrontées aux résultats des recherches taxinomiques récentes (Polhill, 1976, 1981), ces deux
tendances évolutives des caractères morphologiques des pollens sont étroitement corrélées à un état
« spécialisé » ou « évolué » des autres caractères. Il semble alors possible d’affirmer que ces deux types
polliniques très différents se révèlent tous deux « spécialisés ».
Le schéma simplifié de Polhill (1981) des relations entre les diverses tribus constitutives de la
sous-famille des Papilionoideae considère les Aeschynomeneae, Desmodieae et Phaseoleae comme parmi
les plus évoluées. Les Desmodieae et les Phaseoleae présentent généralement des grains de pollen tricol¬
porés avec une endexine épaisse. Les Aeschynomeneae ont des pollens tricolpés operculés avec une
ectexine bien développée-et une endexine très mince ou absente (Ferguson & Skvarla, 1981).
Les deux especes suivantes ont été choisies comme les plus représentatives des deux tvpes polli¬
niques trouves dans ces deux tribus :
. . kwfcriWight et Am. Tribu des Demodim. Distribution : Afrique Tropicale. Habitat :
Prairies, taillis et friches. Echantillons examiné : Burundi, Lewalle 2931 (K).
lü‘b'“■ Ait ' Tribu . d “ Acchymmen, ae. Distribution ; Zone tropicale du Vieux Monde. Habitat :
” P " le ' friCh “ hUmid “- S' 1 »"»»™ ««-iné : Swaziland, C.mpton
Source : MNHN, Paris
PAPILLIONACEAE (LEGUMISEAE)
Types Polliniques (PI. 1)
Pseudarthria (Fig. 7-12) : grains de pollen tricolporés, sphéroïdes. P : 19-22 jim, E : 18-21 jxm
le tectum est finement perforé, complet au niveau des marges colpales. Les colpi sont recouverts d’une
membrane faiblement granulaire ; l’endoaperture est très nettement allongée latitudinalement ( talon-
gâte, 4x6 jxm). L’exine a une épaisseur d’1 jim, l’endexine, de 0,6 jim au niveau du tnesocolpium ;
la foot-layer est très fine et discontinue ; les columelles sont denses et courtes (0,2 jim de haut), sensible¬
ment égales par leur épaisseur au tectum.
Smithia sensitiva (Fig. 1-6, 13) : grains de pollen tricolpés, sphéroïdes. P : 23-24 jim, E : 22-23 jim.
Le tectum est finement réticulé. Les colpi sont recouverts d’un opercule ; pas d’endoaperture visible.
L’endexine est très fine au niveau du tnesocolpium. La foot-layer est distincte (0,2 jim d’épaisseur),
les columelles font 0,7 jim et le tectum, 0,4 jim.
DISCUSSIONS
Chez le genre Pseudarthria, le mouvement harmomégathique est axé principalement au niveau
du colpus ; une endexine granuleuse bien développée et une endoaperture peuvent accompagner le
mouvement, ce qui est conforme aux hypothèses de Larson & Lewis (1961) et d’HENDRiCKSON (1967).
L’endexine épaisse et la présence de petites columelles dans le genre Pseudarthria sont caracté¬
ristiques de strates plus rigides et moins adaptées que celles de Smithia pour amortir les forces de com¬
pression et de tension.
En effet, dans le cas de Smithia, il n’y a pas ou peu d’endexine, mais, par contre, de grandes
columelles qui pourraient agir en zone de neutralisation bien adaptée pour absorber les forces de com¬
pression et de tension (Muller, 1969, Wainwright & coll., 1976). L’application de la théorie de Larson
& Lewis (1961), expliquant que la présence d’un opercule dans le colpus contrôle au maximum l’ampli¬
tude du mouvement, est bien tentante pour ce cas précis.
En relation avec la structure et le mouvement, de nombreuses espèces des genres Dioclea et
Canavalia (tribu des Phaseoleae) ont une exine épaisse avec une endexine bien développée, des colu¬
melles courtes et un tectum complet (Kavanagh & Ferguson, sous presse). Dans ce cas, le défaut
de flexibilité de l’exine interaperturale est compensé par la présence d’un tectum fractionné ou discon¬
tinu dans les zones polaires, au moins pour une partie du mouvement harmomégathique (PI. 1, Fig. 14-
16).
Cet exemple semble bien étayer l’hypothèse que la strate à grandes columelles absorbe les forces
de compression et de tension en répartissant les effets du mouvement. Les vues de Bolick (1978) sont
aussi confirmées.
Parmi les facteurs responsables des forces et tensions exercées sur l’exine pendant le mouvement
des apertures, on peut retenir :
— la dynamique de l’hydratation ;
— la flexibilité de la sporopollénine associée à sa structure ;
— les relatives différences des propriétés physiques de l’ectexine et de l’endexine ;
— les effets de la température sur le système.
D’un point de vue hydrodynamique, les pollens des Angiospermes sont habituellement desséchés
au moment de leur dispersion, l’hydratation ne se produisant qu’au contact du stigmate. Le mécanisme
régissant l’équilibre en eau entre le stigmate et les grains de pollen, est très complexe. Il vient d’être
discuté très récemment par Heslop-Harrison (1979) qui a proposé deux voies possibles pour l’hydrata¬
tion : l’une passe par l’exine et l’autre, par les apertures. Il a également suggéré une analogie intéres¬
sante avec le phénomène de la transpiration au niveau des feuilles ; celle-ci pouvant se faire aussi de
deux façons : soit par la cuticule, soit par l’ouverture des somates. L’intine de nature pecto-cellusosique.
Source : MNHN, Paris
I. K. FERGUSON
48
en contact avec l’extérieur au niveau des apertures ouvertes, offre une voie plus facile pour les échanges
d’eau que les sites de la paroi. Cependant, aux stades précoces de l’hydratation, les apertures sont fermées
et les échanges se font au travers de la paroi.
Si on se réfère aux deux types polliniques décrits précédemment chez les Legummosae, on peut
penser qu’un pollen avec une endexine réduite ou absente comme Smithia, pourrait favoriser les échanges
à travers l'exine. Ce mécanisme serait modéré par la présence d’un opercule au niveau des colpi qui
limiterait la surface de l’intine exposée au niveau des apertures. Chez les grains de pollen à endexine
épaisse (type Pseudarthria ), les échanges à travers l’exine sont d’autant mieux contrôlés que le passage
au niveau de l’endexine est probablement plus lent qu’au niveau de l’ectexine (Rowley, comm. pers.).
Ces échanges ralentis par l’épaisseur de l’endexine, sont compensés par l’absence d’opercule au niveau
des colpi. Une plus grande surface d’intine finement recouverte est ainsi exposée et les échanges d’eau
favorisés.
Ceci constitue une interprétation possible et très simplifiée des échanges d'eau, valable pour
ces deux types polliniques différents. Il faut cependant bien tenir compte du fait que ces théories se
rapportent à un seul modèle et qu’elles doivent être testées dans d’autres situations. En conséquence,
aucun avantage significatif pour l’adaptation ne peut être reconnu chez ces types de pollens spécialisés.
De ce fait, ni signification adaptative, ni avantage ne peuvent être reconnus aux types de pollen « spécia¬
lisés ». D'autres interprétations de ces mécanismes sont possibles et des systèmes différents existent
sans aucun doute au niveau d’autres groupes car le concept de fonction est très complexe chez les grains
de pollen. Il est aussi difficile de discuter d’un groupe de facteurs fonctionnels isolés sans considérer
les autres, tels les systèmes de reconnaissance et d’incompatibilité, l’ontogenèse et les relations avec le
vecteur assurant le transport des grains de pollen. De toute façon, ces théories sont avancées dans l’espoir
de susciter des idées et des commentaires sur le problème et, peut-être aussi, de stimuler des travaux
futurs dans ce domaine encore peu étudié et, donc, peu connu de la palynologie.
REMERCIEMENTS
Je suis reconnaissant à mon collègue et ami M. Hideux (Palynologie, Paris) pour nos fructueuses discus¬
sions. Je le remercie d’avoir traduit le présent article. Ma reconnaissance va aussi au Dr J. R. Rowley (Stock¬
holm) pour ses commentaires et critiques très utiles de mes idées. La plus grande partie du travail original
sur les pollens de Papilionoideae a été réalisée à Norman (Oklahoma) et je remercie le Professeur J. J. Skvarla
pour ces facilités.
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Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
Smithia sensitiva Ait.
1. Vue méridienne montrant l’aperture fermée operculée, M.E.B., X 2 000 ; 2. Vue polaire avec les apertures très
ouvertes et les opercules encore visibles sur les extrusions de l'intine, M.E.B., X 2 000 ; 3. Coupe ultrafine transversale
par rapport aux apertures avec l’endexine quasi-absente et un opercule fléché, M.E.T. X 2 000 ; 4. Coupe ultrafine de
l'exine montrant l’endexine particulièrement mince par rapport à l'ectexine, M.E.T., X 5 000 ; 5. Vue méridienne mon¬
trant le sillon et l’opercule, M. Ph., X 1 500 ; 6. Coupe optique méridienne montrant l’absence d’endoaperture bien définie,
M. Ph., X 1 500 ; 13. Détail d’une aperture fermée montrant la marge colpale butant contre l'opercule, M.E.B., X 5 200.
Pseudarthria hookeri Wight et Am.
7. Vue méridienne montrant une aperture partiellement fermée et la membrane colpale granuleuse, M.E.B.,
X 2 000. ; 8. Coupe optique méridienne avec l’endoaperture lalongate vue de face, M. Ph., X 1 500 ; 9. Idem, endoaper-
tures vues de profil, M. Ph., x 1 500 ; 10. Coupe ultrafine de l’exine avec l’endexine épaisse, la foot-layer très mince et
les columelles courtes, M.E.T., X 5 000 ; 11. Coupe transversale (ultrafine) par rapport aux apertures avec l’endexine
épaissie sous les colpi, M.E.T., X 2 000 ; 12. Aperture ouverte montrant une membrane colpale granulaire, M.E.B., X
6 200 .
Canavalia brasiliensis Mart. ex Benth.
14. Exine en section ultrafine dans la zone proche des pôles montrant l'endexine très épaisse et l’ectexine frac¬
tionnée, M.E.T. X 3 800 ; 15. Vue polaire avec l’ectexine fractionnée dans la zone polaire et le tectum finement perforé
dans les autres zones, M.E.B. X 700 ; 16. Zone polaire avec l'ectexine fractionnée, M.E.B. X 7 500.
Les grains de pollen ont été acétolysés dans tous les cas sauf sur la figure 2 qui montre un grain de pollen vivant.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
UNE RELATION ENTRE LA TAILLE DU POLLEN ET LE CLIMAT ?
H. ÜSINGER *
Résumé. - Eneroth (1951) a déjà observé une légère augmentation de la taille du pollen des espèces
européennes de bouleaux en fonction de la latitude sud-nord et de l’altitude croissante, l’attribuant à des chan¬
gements climatiques. Le même phénomène s’observe dans des proportions plus nettes sur le pollen d’échantil¬
lons de surface recueillis dans des peuplements purs d’une même espèce de bouleaux. Quelques mesures effec¬
tuées sur le pollen de Corylus conduisent à des conclusions semblables.
Summary. A slight increase of pollen size of the .European birch species from the South, to the North,
respectively with increasing altitude was found by Eneroth (1951) and referred to changing climatic conditions.
Now the same phcnomenon in a larger scale was observcd when pollen in surface samples were measured from
birch stands consisting of a single species. According to a few data, the same seems to apply to Corylus.'
La taille absolue du pollen est un caractère palynomorphologique essentiel pour les diagnoses
au niveau du genre ou de l’espèce. Ainsi la démonstration des relations entre la taille du pollen et le
climat peut être remarquable.
Eneroth (1951) a publié dans son travail « Undersôkning rorande môjligheterna at i fossilt
material urskilja de olika Betula -arternas pollen » (ce qui signilie : « Recherche sur les possibilités de
distinguer le pollen de différentes espèces de Betula dans du matériel fossile ») les résultats de nombreuses
mesures de la taille du pollen des espèces européennes de bouleaux. Ces résultats moiltrent entre autre
que la taille du pollen d’une espèce donnée augmente en moyenne du Sud au Nord ou avec l’altitude.
L’augmentation trouvée et attribuée à des causes climatiques par Eneroth est cependant peu consi¬
dérable. Elle atteint p. ex. pour Betula nana, si l’on tient compte de provenances médio-européennes-
montagnardes et arctiques (Spitzberg exclu), env. 2 %. La taille du pollen de B. pendula de la Scandi¬
navie méridionale et centrale varie d’environ 1,5 %.
Quand j’ai exploité du matériel d’une plus ample répartition géographique, j’ai trouvé des diffé¬
rences distinctement plus grandes. Des méthodes nouvelles pour la séparation pollen, analytique des
bouleaux européens — B. humilie exclus — (Usinger, 1975, 1978 a, b) m’ont engagé à déterminer
de nouveau la taille moyenne de leur pollen. Le contenu en pollen d’échantillons de surface des peuple¬
ments de Betula autant que possible composés d’une seule espèce m’a servi de base. La préparation
des échantillons se faisait selon la formule du tableau 1. Les mesures ont été faites dans de la glycérine
immédiatement après la préparation. Il a été mesuré 200 à 800 grains du pollen par échantillon.
Les échantillons de surface offrent surtout l’avantage vis-à-vis du matériel d’herbier, employé
par Eneroth et autres auteurs, de contenir le pollen de beaucoup d’individus et de plusieurs années.
Ils donnent donc des résultats plus significatifs pour l’analyse pollinique. Un désavantage consiste
surtout en ce que la précipitation du pollen, même dans les Betulaies purement constituées d’une seule
espèce, contient toujours aussi une quote-part d’autres espèces.
* Botanisches Institut der Universitât, D. 2300 Kiel, R.F.A.
Source : MNHN, Paris
52
H. USINGF.R
Tabl. 1. — Préparation des échantillons de surface
Réactif
Concentration
Durée d'ébullition
en minutes
1.
KOH
10%
5
2.
HF
38%
20
3.
HCl
10%
5
4.
hno 3
10%
5
5.
h 2 o
6.
CHjCOOH
96%
7.
(CH,C0),0/H„S0 4
9/1
8/10.
h 2 o
11/12.
C 3 H 6 (OH) 3
87%
Cela regarde naturellement surtout la précipitation du pollen dans les peuplements de B. nana
peu productifs en pollen. Elle comprend, même loin au-delà de la limite de la forêt, des parties
importantes du pollen (plus grand) de bouleaux arborescents. Des échantillons de surface des peu¬
plements de B. nana nous fournissent par conséquent des courbes de distribution de taille à peu près
toujours distinctement positivement obliques (Fig. 1). On reçoit des distributions symétriques seu¬
lement de régions libres de bouleaux arborescents dans de vastes étendues comme par exemple de
Spitzberg.
AllamagM du Nord
Fie. 1. Betula nana. Relation entre la taille du pollen et la latitude géographique d’après des mesures dans des échan¬
tillons de surface. En haut : Distribution de la taille du pollen ; en bas : Mode et intervalle de 95 % de confiance
de moyenne arithmétique.
Source : MNHN, Paris
TAILLES POLL1NIQUES EN EUROPE
53
Dans le cas en question des distributions obliques, la moyenne arithmétique est impropre à
donner la valeur estimative pour la valeur moyenne de la taille du pollen. Une valeur raisonnable cons¬
titue cependant le mode, comme il peut être trouvé par l’approximation de parabole des 3 valeurs
les plus élevées des distributions. Les modes pour le matériel de B. nana de l’Allemagne du Nord, de
Norvège et de Spitzberg prouvent pour cette espèce une augmentation de la taille moyenne de pollen
d’environ 20,5 pm à environ 22,5 pm, correspondant à environ 10 %.
La Fig. 2 nous montre les résultats des mesures pour les échantillons de surface des peuplements
de B. pendula. Des formations allant de l’Europe centrale du Sud jusque dans la Scandinavie méridio¬
nale y ont été comprises. Encore une fois la plupart des distributions est positivement oblique, ce qui
est causé par le contingent du pollen (plus grand) de B. pubescens s.l. Les modes prouvent une augmen¬
tation moyenne de la taille moyenne du pollen d’environ 21,2 pm à environ 22,3 pm, ce qui correspond
à environ 5 % — pour la région considérée.
La Fig. 2 comprend seulement des échantillons de basses altitudes (jusqu’à environ 400 m au-
dessus de la mer). Des mesures de 3 échantillons de la Forêt Noire méridionale d’altitudes entre 650 et
750 m ont donné à peu près la même taille du pollen (avec des modes autour de 22 pm) que B. pendula
de Scandinavie méridionale de basses altitudes. Dans la mesure où une régularité semble s’exprimer
dans ces quelques valeurs, elle appuie la supposition d’influences climatiques sur la taille du pollen.
1
Fie. 2. — Betula pendula. Relation entre la taille du pollen et la latitude géographique d'après des mesures dans des
échantillons de surface de basses altitudes. (Comme dans la fig. 1).
La Fig. 3 nous montre enfin les résultats de mesures d’échantillons de surface des peuplements
de B. pubescens s.l. Les distributions sont pour la plupart un peu négativement obliques : comme suite
de contingents respectivement de B. pendula et B. nana Les modes montrent pour les régions allant
de l’Allemagne méridionale à la Suède méridionale avec des valeurs moyennes autour de 23,8 pm tout
au plus une augmentation de taille très faible. Il peut y avoir des rapports avec le fait que les échantillons
de l’Allemagne méridionale et centrale proviennent pour la plupart de betulaies marécageuses monta-
Source : MNHN, Paris
H. US ING KH
gnardcs, tandis que oeux de l'Allemagne s.ptantrion.le à la Suède mend.onale représentent de, peuple¬
ment, de B. puL «en, s.l. de la plaine. Les betnlaies du f,Sll norvegt.n (la montagne) ou B. pubescew,
est représenté en premier lieu par la sous-espèce formes,., montrent cependant des ta,lie, de pollen
moyenne, distinctement plus grandes. La moyenne dW.ron 26 pm correspondra,t à un. augmenta-
tion d'environ 10 %.
Fie. 3. — Belula pubescens. s.l. Relation entre la taille du pollen et la latitude géographique d'après des mesures dans des
échantillons de surface. (Comme dans la fig. 1).
Au contraire de B. nana et B. pendula, qui ne peuvent guère être différenciés morphologiquement
dans leur aire européenne complète, B. pubescens est divisé en plusieurs taxons morphologiquement,
± bien différenciés, parmi eux la sous-espèce subarctique (-subalpine) tortuosa. Tandis que l’augmen¬
tation observée de la taille du pollen s’accomplit chez B. nana et B. pendula dans des taxons apparem¬
ment uniformes, elle paraît coïncider chez B. pubescens s.l. avec la transition à une autre sous-espèce
(i.e. tortuosa). Voici donc des différences mais qui, en vue du problème posé, ne seraient que graduelles.
Quand les échantillons de surface examinés contenaient des quantités plus grandes de pollen
de Corylus , celui-ci a été mesuré aussi. Les rares valeurs ainsi obtenues, malgré une déviation considé¬
rable, rendent vraisemblables — aussi pour Corylus — une augmentation de la taille du pollen du Sud
vers le Nord et cela dans une mesure semblable.
L’augmentation observée de la taille du pollen d’environ 5 à 10 % semble peu considérable.
La signification pour les diagnoses du pollen par statistique de taille devient cependant évidente,
si l’on se rend compte des différences aussi très minimes entre les tailles moyennes du pollen de diverses
espèces. Les tailles moyennes du pollen p. ex. de B. nana et B. pubescens (excl. ssp. tortuosa) diffèrent
d’après les mesures ici présentées d’environ 14 %, ceux de B. nana et B. pendula d’environ 5 %.
Le problème de connaître les causes du phénomène observé n’est pas résolu. La polyploïdie
qui d’une part augmente vers les régions climatiquement défavorables, d’autre part mène à la forma¬
tion du pollen plus grand, ne semble jouer aucun rôle dans le cas de Betula et Corylus. Il faut remarquer
Source : MNHN, Paris
TAILLES POLLINIQUES EN EUROPE
55
les indications qui parlent d’une augmentation intraspécifique de l’ADN nucléaire avec la latitude
croissante : Miksche (1971 ) trouve une telle augmentation chez Picea sitchensis ; Mergen et Thielges
(1967) trouvent des volumes de noyaux augmentant vers le Nord chez Picea glauca et Pinus banksiana.
Si ces résultats sont exacts et si l’on peut les généraliser, ils pourraient expliquer l’augmentation observée
de la taille du pollen, puisque le contenu en ADN et la taille du pollen sont en corrélation (Bennett
1973). Mais bien entendu, aux résultats indiqués s’en opposent d’autres, d’après lesquels le contenu
en ADN n’est pas significativement différent même de provenances très éloignées l’une de l’autre
(p. ex. Teoh et Rees 1976).
Les résultats complets des mesures dans les échantillons de surface — ici traités sous le seul
aspect de « pollen et climat » — seront publiés ailleurs.
REMERCIEMENTS
Je remercie mes collègues le prof. Dr. Dr. h. c. H. Straka et M me le Docteur S. Dupont de leur aide
pour la traduction et le Docteur F. Albers pour l’indication de la bibliographie caryologique.
BIBLIOGRAPHIE
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Source : MNHN, Paris
.
'
Source : MNHN, Paris
AÉROPI>ANCTON F.N MÉD1TTF.RRANÉE OCCIDENTALE
57
DISPERSION AÉROPLANCTONIQUE ET CLIMATS
VARIATIONS LATITUDINALES DES SPECTRES POLLINIQUES
DE L’ATMOSPHÈRE EN MÉDITERRANÉE OCCIDENTALE
G.
Cambon *
Résumé. — Ce travail porte sur deux années complètes (1977 et 1978) d’analyses hebdomadaires du
contenu pollinique de l’atmosphère régionale de trois villes méditerranéennes : Montpellier, Valencia et Oran.
On considère les spectres annuels obtenus pour ces trois stations et on dresse l’inventaire des taxons que l’on
répartit en deux catégories : taxons « allochtones a et taxons « autochtones ».
Les variations directement liées aux facteurs climatiques latitudinaux, dans le cas présent, concernent
les pollens « autochtones » ; elles se manifestent dans :
— le décalage chronologique progressif des périodes de pollinisation (net surtout au printemps),
— la composition du spectre,
— les variations continues du pourcentage de certains taxons, ce que l’on peut mettre en évidence par
des rapports effectués entre eux (par exemple le rapport Pistacia/PhiUyrea).
Summary. — The présent study is the resuit of two years (1977 and 1978) of weekly analyses of the régio¬
nal atmospheric pollen content of three Mediterranean cities : Montpellier, Valencia and Oran. From the annual
spectra of these three stations an inventory of the taxa has been drawn up, in which two categories are distin-
guished :
.. the « allochthonous » pollen taxa,
.. the : « autochthonous » pollen taxa.
The variations directly linked with latitudinal climatic factors, concern, in this case, the « autochtho¬
nous » pollen, and are manifested, inter alia, in :
— a progressive chronological lag of blossoming time (particularly obvious in the spring) in the north-
ward direction,
— the composition of the spectrum,
— the continuous variations in the percentage of some taxa, which may be evidenced in their respec¬
tive ratio (for example the ratio Pistacia/Phillyrea).
Cette étude est basée sur les données fournies par les analyses hebdomadaires du contenu polli¬
nique de l’atmosphère de trois stations (Fig. 1) :
— Montpellier 43°24 N (France)
— Valencia 39°30 N (Espagne)
— Oran 35°36 N (Algérie)
* Laboratoire de Palynologie, E.P.H.E.-C.N.R.S., Université des Sciences et Techniques du Languedoc,
34060 Montpellier Cédex.
Source : MNHN, Paris
G. CAMBON
Â8
L'expérience a duré deux années, 1977 et 1978, sans interruption. Le choix des trois points de récolte
du pollen, au bord de la mer (altitude négligeable), dans une station météorologique, permet de faire
des comparaisons significatives. Les échantillons obtenus sont systématiquement accompagnés d un
bulletin météorologique (données quotidiennes) correspondant à la période d exposition des filtres
(Cour, 1974).
A partir des analyses polliniques hebdomadaires, il est possible, par traitement informatique,
d’obtenir les spectres annuels pour chacune des villes. C’est principalement de ces documents que nous
nous aiderons pour mettre en évidence les phénomènes assez généraux que sont les variations latitudinales.
Parmi les taxons identifiés lors des analyses, nous distinguerons deux groupes :
— les taxons dits « autochtones » *, pollens habituellement présents dans l’atmosphère de la
station considérée et dont les plantes productrices sont soit dans l’environnement immédiat, soit dans
une région peu éloignée,
— les taxons dits « allochtones », pollens dont la présence dans l’atmosphère de la ville est
liée à un transport sur une longue distance dû à des circulations atmosphériques inter-régionales, voire
i ntercontinentales.
La ville de Valencia, en général à l’écart de tels flux atmosphériques, ne bénéficie que de très
peu d’apports lointains ; c’est pourquoi nous ferons porter nos comparaisons seulement sur les pollens
« autochtones ».
Nous nous intéresserons à ceux que l’on trouve dans les trois stations à la fois.
En plus de la liste de ces taxons, le tableau I fait apparaître une classification latitudinale et
une autre par rang d’importance quantitative.
Dans la colonne verticale de gauche (taxons dont le pourcentage annuel excède 1 % du spectre
dans au moins une des villes), on note qu ’Olea prend une proportion de plus en plus grande lorsqu’on
va du Nord vers le Sud (pourcentages moyens obtenus à partir des valeurs de 1977 et de 1978 : à Mont¬
pellier 0,77 %, à Valencia 2,92 %, à Oran 6,74 %) et n’apparaît donc dans ce tableau qu’à la latitude
de Valencia.
1. Le sens attribué ici à ce terme « autochtone » est plus étendu que ce que l'éthymologie n'autorise mais étant
donné qu on raisonne à propos de pollens essentiellement anémogames, par définition transportés par le vent, il est impos¬
sible de l'employer sensu stricte.
Source : MNHN, Paris
AÉROPI.ANCTON EN MÉDITERRANÉE OCCIDE
59 1
Taiil. I. — Taxons communs aux spectres polliniqucs des trois stations.
(Années 1977 et 1978)
% annuel > 1 %
1 % > % annuel > 0,1 %
0,1 % > % annuel > 0,01 %
a
Chenopod.—Amaranthaceae
Arternisia
Labia tac
j 3 î
Lupressaceae
Erica
Mimosaceac
‘ aô
Gramineae
Papaveraccac
Polygonum
Y < ^
Pinus
Papilionaceac
Scrofufariaccac
£ **
Quercus
Pistacia
Urticaceac
Umbelliferae
Castanea
Alnus
lielula
Fraxinus
liuxus
Centaurea
g
Calluna
Coriaria
G
Car pinus
Juglans
Corylus
Sambucus
£
Fagus
Viburnum
,o
Galium
Phillyrea
Rosaccac
5
P la tamis
Cyperaceac
Cedrus
3
Mercurialis
T ilia
Salix
Taxus
1 >
Acer
Celtis
Euphorbia
G
Moraccae
Ligustrum
lleliantliemum
H
Populus
Palmae
<
Ranunculaceac
Typha
hi
Olea
Eucalyptus
Coinp. tubuliflorcs
Doraginaceae
Cruciferac
Casuarina
Ephedru
**
Hhus
Thymelaeaceae
P la nia ÿt>
Coinp. liguliflores
Y . ®
Humez
Tamarix
~
Source : MNHN, Paris
60
G. CAMBON
Dans la colonne suivante, celle du milieu (taxons dont le pourcentage annuel est compris entre
1 % et 0,1 %), Fagus, Alnus et Corylus n’atteignent les proportions indiquées précédemment qu’à
Montpellier, ce qui est en accord avec le fait que cette ville est la plus septentrionale de la région étudiée.
A l’opposé, toujours dans cette colonne, le pollen A’Eucalyptus n’apparaît, en allant vers le Sud,
qu’à partir de Valencia et Casuarina ne s’inscrit, dans les mêmes limites quantitatives, qu’à partir
d’Oran ; ces deux arbres ne peuvent être cultivés que dans des zones à gelées très rares et très faibles.
Un autre taxon souligne encore le caractère méridional de Valencia et d’Oran : celui des Thymelaeaceae.
Thymelaea est un genre comportant beaucoup d’espèces méditerranéennes, certaines d’entre elles sont
parfois cantonnées dans la péninsule ibérique et en Afrique du Nord.
La présence d 'Ephedra, dernière colonne (taxons dont le pourcentage annuel est compris entre
0,1 % et 0,01 %), dans l’atmosphère d’Oran vient confirmer les indications précédentes.
Toujours à la droite de ce tableau, à la latitude de Montpellier par contre, les pollens de Sambucus,
Betula et Tilia évoquent une certaine fraîcheur.
On peut faire une représentation graphique de l’évolution quantitative annuelle du pollen d’un
groupe taxonomique donné, et pour comparer plus aisément, tracer, ensemble, les trois courbes (corres¬
pondant aux trois villes) dans le même système d’axes, ce pour une année donnée.
Le ou les pics de la courbe considérée correspondent à la période de pollinisation principale
du taxon dans la région d’une station. Si on compare les dates auxquelles se situent les pics pour les
trois villes, taxon après taxon, on constate très souvent un décalage chronologique progressif Sud-Nord,
la région la plus méridionale étant la plus précoce. Ces écarts dans le temps sont importants, surtout
pour les périodes de floraisons situées au printemps ou au début de l’été. Citons quelques exemples :
Platanus (Fig. 2), dont la pollinisation se situe au printemps, c’est-à-dire la deuxième semaine de mars
à Oran, la troisième semaine du même mois à Valencia et la deuxième semaine d’avril à Montpellier,
pour l’année 1977.
En 1977 toujours, Olea (Fig. 3) présente un décalage net entre les trois villes quoique sa floraison
ait lieu à la fin du printemps : à Oran durant la première semaine de mai, à Valencia pendant la troisième
semaine de mai également et à Montpellier pendant la deuxième semaine de juin.
Il peut arriver qu’une courbe annuelle ne présente pas un seul pic mais plusieurs. Deux causes
peuvent être attribuées à ce phénomène :
— soit la courbe présente habituellement un seul pic et justement pour l’année considérée un événe¬
ment météorologique perturbateur (forte pluie, baisse de température...) est survenu pendant la période
de floraison, stoppant momentanément la pollinisation qui reprend ensuite ;
— soit la courbe présente chaque année le même genre de configuration parce qu’elle concerne un taxon
dont le niveau de détermination pollinique est général ; il y a donc différents sous-groupes qui ne polli-
nisent pas ensemble. C’est le cas de Quercus (Fig. 4). Pour la région méditerranéenne, il y'a deux périodes
principales de pollinisation :
.. celle de Quercus type pubescens
en 1978, à Oran, elle a eu lieu la dernière semaine d’avril,
la même année à Valencia la première semaine de mai,
à Montpellier, beaucoup plus tard, la dernière semaine de mai.
.. celle de Quercus type ilex-coccifera
en 1978, à Oran, elle se situe à la troisième semaine de mai,
à Valencia à la dernière semaine de mai,
à Montpellier à la troisième semaine de juin seulement.
Toujours à 1 aide de pollens dits « autochtones » et communs aux trois stations, on peut effectuer,
entre les villes, des comparaisons portant sur les rapports entre taxons (Cour et Duzer, 1978). Cette
manière de procéder permet en effet de supprimer l’influence perturbatrice de taxons dont la dominance
est localement excessive ; par exemple ici, nous pourrons éliminer l’importance trop grande, dans le
spectre annuel des Cupressaceae à Montpellier, de Platanus à Valencia et des Chenopodiaceae-Ama-
ranthaceae à Oran.
Source : MNHN, Paris
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2
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64
G. CAMBON
Restent à choisir les éléments que l’on utilisera dans ces rapports ; nous prendrons en premier
lieu des paires de genres régionaux et nous suivrons l’évolution du Nord vers le Sud grâce au tableau II.
Les valeurs portées représentent la moyenne des deux nombres obtenus pour les années 1977 et 1978.
On constate que Pislacia prend une importance régulièrement croissante par rapport à Phillyrea.
Pour le quotient de PistacialBuxus, on suit une évolution parallèle mais la dominance de Pistacia
sur Buxus est beaucoup plus accentuée. Pour vérification, nous ferons le rapport Phillyrea/Buxus et
nous constaterons que son résultat est toujours supérieur à 1 et que sa valeur s accroît progressive¬
ment.
Tabl. II. — Rapports entre genres régionaux
Montpellier
Valencia
°" A "
Pistacia/Phillyrea
0,54
2,94
20,49
Pistacia/Buxus
1,64
10,99
Phillyrea/Buxus
2,95
3,74
Ceci est tout à fait en accord avec ce que nous savons de la répartition géographique de ces trois
genres et de leur importance relative dans les trois régions considérées.
Par ailleurs, nous avons essayé d’établir des rapports entre familles ubiquistes. Mais dans ce cas,
se limiter à la région méditerranéenne était évidemment insuffisant ; grâce à l’amabilité de plusieurs
chercheurs qui ont bien voulu nous fournir des valeurs complémentaires, nous avons pu établir le
tableau III.
Tabl. III. — Rapports entre familles ubiquistes
Lille
Rouen
Angers
v, r
Oran
HP
IIkni-
OUNIF
Beni-
A11 nés
59°
50°36
49»24
47“30
43024
39030
35®36
34°
320
30°
N
N
N
N
N
N
N
N -
N
N
Grumineae/Polygonaceae
Grainineae/Crucifcrae
8,48
21,4
46,98
87,61
34,80
1141,64"
19J9
r"l90,70|
13,59
21,94
7,10
8,92
5,31
5,30
[95707!
29,70
47,88
2,80
20,35
2,85
l'oIygunaceac/Cruciferae
2,24
2,35
l 4,11
9,901
1,59
1,25
1,07
0,31
0,06
0,14
Ceci nous permet de confronter des données aéropalynologiques de Stockholm (59° N, Suède),
de Lille (50°36 N), de Rauen (49°24 N), d’Angers (47°30 N), Montpellier, Valencia, Oran (moyennes
obtenues à partir des valeurs de 1977 et de 1978) à des résultats d’analyses de fluxages (cf. Cour et
Duzer, 1976) dans la zone des Hauts Plateaux algériens (34° N), de Béni-Ounif (32° N, Algérie) et de
Béni-Abbés (30° N, Algérie).
Trois rapports seulement seront présentés à titre d’exemples. Le quotient de Gramineae/Poly-
gonaceae montre, dans le domaine européen, exception faite pour Stockholm, une diminution progressive
lorsqu’on se dirige du Nord vers le Sud. Cette régression se poursuit même de l’autre côté de la Médi¬
terranée, à Oran. A la latitude des Hauts Plateaux, les valeurs augmentent brutalement pour redécroître
Source : MNHN, Paris
AÉROPLANCTON EN MÉDITERRANÉE OCCIDENTALE
65
ensuite jusqu’à Béni-Abbès ; nous pouvons sans peine attribuer cette hausse brusque aux Gramineae
très abondantes dans cette région steppique. Le rapport suivant fait intervenir seulement un élément
nouveau : les Cruciferae qui prennent la place du dénominateur. Là comme dans le cas précédent, on
constate, en gros, une décroissance Nord-Sud des nombres ; Stockholm étant toujours un peu en retrait,
il faut cependant signaler deux accidents notables : celui des Hauts Plateaux qui s’explique comme
dans le premier cas et celui de Rouen et Angers qui mérite plus ample réflexion.
Nous ferons un troisième rapport, Polygonaceae/Cruciferae, pour lequel on note que, cette fois,
les Hauts Plateaux s’incluent dans la ligne de régression générale : les Gramineae étaient donc seules
en cause dans la brusque remontée des deux précédentes séries de valeurs étudiées.
A Rouen et Angers, ce même quotient est en légère hausse : on observe, en liaison avec les deux
précédents rapports, que la quantité des Gramineae, dans ces deux villes, augmente légèrement de
même que celle des Polygonaceae alors que l’importance des Cruciferae régresse.
Les spectres polliniques, obtenus en aéropalynologie ne font état, en principe, que de pollens
anémogames, dont nous essayons de délimiter les aires de dispersion en latitude ; joints à des données
météorologiques précises, ces spectres nous fournissent une quantité d’informations parmi lesquelles
on peut faire un choix prudent et mettre ainsi en évidence un bon reflet des variations latitudinales
de climat et de végétation. Il est même possible de relier ces résultats à ceux que donnent les analyses
polliniques de poussières soulevées du sol.
REMERCIEMENTS
Je remercie M. le Professeur Nilsson qui a eu l’obligeance de me communiquer les données concernant
Stockholm, M. Olivier qui m’a aimablement fourni les chiffres cités à propos de Lille, Rouen et Angers.
Je tiens également à exprimer ma gratitude à M. Cour pour les conseils et l’aide qi’il m’a constamment
apportés pendant la réalisation de ce travail.
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Source : MNHN, Paris
P. COUR ET D. DUZER
ACTION ACTUELLE DES COURANTS ATMOSPHÉRIQUES
SUR LA DISSÉMINATION DES POLLENS AU SAHARA ET
DANS LES RÉGIONS CLIMATIQUES AVOISINANTES LE LONG
D’UN TRANSECT ORAN-ABIDJAN
P. Cour* et D. Duzer*
Résumé. — La dispersion des pollens par les courants atmosphériques est étudiée le long d’un transect
Oran (35°40 N) Abidjan (5°25 N) au voisinage du méridien 0° (entre 0° et 8° W).
Les retombées polliniques sédimentées au sol sont échantillonnées tous les degrés en latitude par fluxage
de la poussière de surface.
La confrontation des caractéristiques latitudinales des aires de dispersions polliniques obtenues avec
celles des aires de répartitions géographiques des plantes émettrices nous amène à regrouper l’ensemble des
pollens recueillis au Sahara en 3 composants polliniques principaux :
1) un composant autochtone non significatif regroupant les taxons ubiquistes (exemple : Graminées),
holarctiques (exemple : Plantago) ou pantropicaux (exemple : Cassia) ;
2) un composant autochtone significatif (aire de répartition limitée à une région, exemple : Calligonum
au Sahara). Ces taxons peuvent être considérés comme de bons marqueurs biogéographiques ;
3) un composant allochtone (par exemple au Sahara Quercus et Combretacées). Les caractéristiques
régionales de ce composant déterminées par la proportion des apports d’origines septentrionales ou méridionales,
doivent être prises en considération : elles ont une signification climatique certaine, notamment au niveau
de la circulation atmosphérique générale.
Summary. — The dispersai of pollen by atmospheric currents was studied along a transect Oran
(35°40 N) Abidjan (5°25 N) near the 0° meridian (between 0° and 8° W).
The pollen deposited on the soil were sampled at ail latitudinal positions by means of the flux of surface
dust.
The comparison of the latitudinal characteristics of the areas at which the dispersed pollen were collected
with the geographical distribution of the pollen sources led to the classification of the pollen assemblage so
collected in the Sahara into 3 major groups :
1) non-significant autochthonous group, comprising ubiquitous taxa (e.g. : Gramineae), holarctic
(e.g. : Plantago) or pantropical (e.g. : Cassia) ;
2) significant autochthonous group (area of distribution limited to a région, e.g. : Calligonum in the
Sahara). The taxa may be considered as good biogeographical markers ;
3) allochthonous group (e.g. : Quercus and Combretaceae in the Sahara). The régional characteristics
of this group, determined by the ratio between northern and Southern sources are noteworthy : they are of
a definite bioclimatic significance, especially in connection with general atmospheric circulation.
34060 E ' R ’ K d “ C - N ’ R S - ■*» S ~ “ WW.
Source : AANHN, Paris
DISSÉMINATION POLLINIQUE AU SAHARA
67
La dissémination des pollens par les courants atmosphériques est étudiée à partir de l’analyse
des retombées polliniques sédimentées à la surface du sol. Ces retombées sont échantillonnées selon
une technique de prélèvement de la poussière de surface par fluxage (4).
.Mode d'échantillonnage, bref aperçu
Deux filtres de gaze siliconée de 400 cm 2 de surface [1] sont déposés sur un porte-filtre à l’arrière
d’un véhicule roulant hors piste à une vitesse de l’ordre de 30 km/heure.
En fonction des difficultés rencontrées sur le terrain, les filtres sont exposés sur des parcours
de 5 à 10 km. Un grand nombre de pollens figure parmi les poussières prélevées ; selon la densité de la
couverture végétale, plusieurs millions en région méditerranéenne, 50 000 au minimum dans les régions
totalement désertiques telles le Tanezrouft. Un échantillonnage parfaitement représentatif des retombées
polliniques actuelles peut être ainsi obtenu, même dans les conditions climatiques les plus extrêmes.
Les grains captés sont libérés à l’aide d’une série de traitements chimiques, analogue à celle
pratiquée sur les sédiments siliceux (4) ; le support filtrant est solubilisé ainsi que la plus grande partie
des particules organiques et minérales prélevées en même temps que les pollens.
Les résultats des analyses polliniques fractionnelles statistiquement représentatives sont traités
selon un programme informatique spécialement mis au point au laboratoire (8).
Localisation géographique des sites étudiés
L’étude de la dissémination des pollens par les courants atmosphériques ne peut être abordée
qu’à l’aide de transects d’observations réalisés à une grande échelle.
Le Laboratoire de Palynologie du C.N.R.S. de Montpellier sous la direction de Madame
M. Van Campo a entrepris l’étude de tels phénomènes le long de trartsects Nord-Sud couvrant
64° en latitude, de la Laponie (Abisko, station scientifique suédoise (68°21 N)) à la région guinéenne,
près d’Abidjan en Côte d’ivoire (5°25 N).
Seules les études réalisées sur le continent africain sont abordées ici.
Transect Oran (35°40 N) — Abidjan (5°25 N).
Des problèmes de logistique (10 000 km aller et retour) et de passage des véhicules employés
entre les frontières de l’Algérie et du Mali ne nous ont pas permis de réaliser ce transect en une seule
mission.
Quatre transects latitudinaux plus modestes furent donc organisés séparément :
• Transect C, effectué en Algérie en septembre 1972 entre Bouctoub (Hauts Plateaux 34° N), et Bordj
Moctar (Sahara Méridional 21°20 N).
• Transect F, effectué en Algérie en mai 1973 entre Oran (région méditerranéenne 35°40 N), et Bordj
Moctar (21°20 N).
• Transect G, effectué en Algérie et au Mali en novembre 1975 — grâce à l’amabilité de M. Leblanc,
géologue — entre Reggane (Sahara Central 27° N), et Gao (Sahel 16°30 N).
• Transect N, effectué au Mali et en Côte d’ivoire en février 1977 — grâce à l’amabilité de M. le Pro¬
fesseur Beaudet, géographe — entre l’Adrar des Iforas. (Nord Sahel 18°N), et la région d’Abidjan
(région guinéenne 5°25 N) via Gao, Mopti, Bamako au Mali ; Odiénné, Séguéla, Man et Soubré en Côte
d’ivoire.
Les régions bioclimatiques étudiées.et le nombre.de prélèvements analysés dans chacune d’elles
sont mentionnés dans le tableau ci-dessous, les limites latitudinales étant déterminées au niveau, des
sites échantillonnés; ces informations, sont portées en abscisse dans les diagrammes I à VII.
Un prélèvement a été réalisé au minimum tous les degrés en latitude, la maille d’échantillonnage
étant plus resserrée dans les zones où des changements de flore s’opèrent sur de courtes distances, notam¬
ment sur les versants des Hauts Plateaux et de l’Atlas Saharien entre 31° et 35° N.
[1] Le deuxième ültre peut faire l'objet d'analyses minéralogiques ou d'éléments radioactifs.
Source : MNHN, Paris
P. COUR
D. DUZEK
68
Région»
bioclimatique»
échantillonnées
Sud Méditerranéenne
Présaharienne
Sahara Septentrional
Sahara Central
Sahara Méridional
Sahalienne
Soudanienne
Soudano-guinéenne
Guinéenne
Limites
latitudinales
en » et 1/10
Nombre de
prélèvements étudiés
par transect
35°5-33°0N
C : 2 ; F : 8
32°7-32°0N
C : 1 ; F : 4
31°7-27°8N
C : 5 ; F : 5
26°9-24°lN
C : 4 ; F : 4
23°3-20°4N
C : 3 ; F : 3 ; G : 2
18°3-14°8N
G :
1 ; N : 5
14°3-11°5N
N : 4
IO05- 7°0N
N : 5
6®7- 5°4N
N : 2
Résultats
Les analyses polliniques qualitatives et quantitatives des échantillons de poussières de surface
recueillis nous permettent :
1) de dresser un inventaire exhaustif des taxons représentés, à l’heure actuelle, par leurs retombées
polliniques au sol ;
2) de déterminer les caractéristiques principales des aires de disséminations polliniques de ces
taxons, c’est-à-dire :
• la reconnaissance des limites Nord-Sud actuellement atteintes au voisinage du Méridien 0° (entre
0® et 8° W),
• l’observation du gradient latitudinal de leurs retombées (résultante distribution géographique
des plantes émettrices circulation atmosphérique régionale),
• et la délimitation de l’amplitude des variations saisonnières [1] (résultante cycles de pollinisation
annuels — période de remanence des pollens sédimentés au sol — direction principale des courants
atmosphériques saisonniers).
La confrontation des aires de dispersion pollinique actuelles avec les aires de répartition géogra¬
phique des plantes productrices (15-16-17-18) nous conduit à regrouper l’ensemble des pollens observés
au Sahara en trois composants polliniques principaux :
1) un composant autochtone non significatif ;
2) un composant autochtone significatif ;
3) un composant allochtone.
1) Composant pollinique autochtone non significatif.
Sont inclus dans ce composant les pollens produits :
• soit par des taxons représentés dans toutes les régions biogéographique traversées, ces pol¬
lens constituant un ensemble « ubiquiste »,
• soit par des taxons communs seulement à plusieurs régions biogéographiquement distinctes,
— sous influence tempérée et méditerranéenne, en constituant un ensemble « holarc-
tique »,
— sous influence tropicale, en formant alors un ensemble « pantropical ».
[1] A l’aide des prélèvements réalisés par les transects C, F, G et N aux mêmes endroits à des saisons différentes.
Source : MNHN, Paris
DISSÉMINATION POLLINIQUE AU SAHARA
Ü»
a. — Ensemble pollinique ubiquisle (Diagramme I).
Cet ensemble regroupe la plus grande partie des pollens sédimentés dans les différentes régions,
comme le montre le diagramme I.
Sont inclus dans cet ensemble les taxons suivants : Chenopodiacées-Amaranthacées, Composées
échinulées, Composées fcnestrées, Convolvulacées, Crucifères, Cyperacées, Graminées p.p., Labiées,
Malvacées, Myrtacces (non déter.), Papilionacées (non déter.), Ranunculacées, Rhamnacées, Rosacées,
Scrophulariacécs p.p., Urticacées : Capparis, Eupkorbia, Galium, Heliotropium, Lemna, Polygala,
Rhus, Typha.
L’influence de ces taxons dans les spectres polliniques de surface varie cependant d’une région
à l’autre comme le montrent les exemples figurés dans les diagrammes V (Graminées et Cyperacées)
et VI (Chenopodiacées-Amaranthacées).
Par ailleurs, en utilisant les rapports établis entre les taxons ubiquistes, on met en évidence des
gradients latitudinaux dont les valeurs régionales deviennent parfaitement significatives (6).
b. — Ensemble pollinique. holarc.tique (Diagramme I).
Les taxons inclus dans cet ensemble sont, dans leur plus grande majorité, présents depuis les régions
septentrionales de la zone tempérée jusqu’au Sahara méridional : Caryophyllacées, Geraniacées, Ombel-
lifères, Papaveracées, Plumbaginacées, Thymeleacées ; Androcymbium, Asphodelus, Cenlaurea, Chelido-
mum, Cressa crctica, Eehium, Erodium, Fagonia, Helianlhemum, Hyocyamus, Limonium, Linaria, Lotus,
Pluntago, Réséda, Rumex, Tamarix.
Bien que ces taxons ne soient pas représentés dans la flore de la zone sahélienne proprement dite,
la limite méridionale de leur aire de dispersion atteint cependant 1.6° N comme on peut l’observer sur
le diagramme I.
c. — Ensemble pollinique pantropical (Diagramme I).
Cet ensemble regroupe les taxons Aeschynomene, Ficus, Oldenlandia dont les aires de réparti¬
tion géographique recouvrent toutes ou la plus grande partie des régions tropicales guinéenne, soudano-
guinéenne, soudanienne et sahélienne, voire même le Sahara méridional, tel est le cas de Cassia.
2) Composant, pollinique autochtone significatif du climat saharien (Diagramme II).
Ce composant regroupe les taxons (probablement faillies pollinisateurs) dont la zone de dissé¬
mination pollinique observée s’écarte peu de l’aire de répartition du taxon. Ces taxons étant, par ailleurs,
caractéristiques soit de la région saharo-sindienne seulement, tel est le cas de Calligonum, Cleo me
arabica, Ephedra, Haplophyllum et Nitraria, soit à la fois de la région saharo-sindienne et de la région
tropicale sahélienne, tel est alors le cas de Acacia, Arnebia, Cleome (non arabica), Mollkia ciliata, Poly-
carpea, Trichodesma et Zygophyllum. Ces taxons peuvent être considérés comme de bons marqueurs
biogéographiques du climat saharien lorsqu’ils sont observés en région saharienne et comme de bons
marqueurs de la circulation de l’atmosphère quand ils sont recueillis à l’extérieur du Sahara et de la
région sahélienne. Ephedra, en tant que taxon pollinique, doit être considéré comme un bon marqueur
du climat saharien (Diagramme VI). Bien que ce genre fasse également partie des flores des régions
tempérée et méditerranéenne, son pollen n’est pratiquement jamais observe dans l’atmosphère de ces
régions en dehors du passage de masses d’air en provenance du Sahara : ces masses d’air sont alors
incontestablement « marquées » par la présence simultanée de Alollkia ciliata et de Calligonum notam¬
ment (10-13).
Le composant pollinique autochtone figuré sur le diagramme II est notablement influencé par
la présence (YEphedra au Sahara et en région présaharienne, et par la présence dMcocia en régions
sahélienne et soudanienne.
3) Composant pollinique allochlone au Sahara (Diagramme II).
Ce composant regroupe l’ensemble des pollens disséminés loin de l’aire de répartition des plantes
émettriccs.
Source : MNHN, Paris
70
P. COUR ET D. DUZEH
Ces taxons, en général grands pollinisateurs, constituent de bons marqueurs de la circulation
atmosphérique générale lorsque leurs pollens sont observés en dehors de leur aire naturelle de répar¬
tition.
En fonction de la résultante annuelle régionale de la circulation atmosphérique générale, chaque
région se trouve caractérisée par un assemblage particulier de pollens allochtones en provenance des
régions plus septentrionales ou plus méridionales ; une inversion d’influence entre les apports tempérés-
méditerranéens et tropicaux s’opère, à l’heure actuelle, au niveau de 20° N (Diagramme II).
a. — Ensembles polliniques allochtones en provenance des régions les plus éloignées du Sahara.
(Diagramme III).
En ce qui concerne le Sahara, ces ensembles polliniques proviennent :
• soit des régions tempérées : Abies, Betula, Carpinus, Castanea, Corylus, Fagus, Juglans,
Picea, Symphytum,
puis méditerranéenne : Aesculus, Alnus, Buxus, Cedrus, Celtis australis, Coriaria myrtifolia,
F.rica, Erica arborea, Fraxinus, Géranium, Ligustrum, Pinus, Quercus (Diagramme VII).
Comme le montre le diagramme III, l’aire de dissémination de ces taxons tempérés et méditer¬
ranéens s’étend grâce aux alizés continentaux de N.E., jusqu’en région sahélienne au voisinage de
17° Nord.
• soit de la région soudanienne : Combretacées ; Acalypha, Alysicarpus, Alternanthera, Ble-
pharis, Borreria, Commiphora, Corchorus, Dalbergia, Mitracarpus scaber, Mollugo, Monechma, Phyllan-
thus reticulatus, Piliostigma, Randia, Securinega virosa (Diagramme III).
En particulier, les Combretacées s’observent jusque vers 34° N (Diagramme VII) et même en
Europe lors de situations exceptionnelles (10-13).
Par contre, les ensembles tropicaux plus méridionaux ne se retrouvent pas au Sahara ni en zone
sahélienne. Les taxons soudano-guinéens (Sapotacées ; Aeschynomene lateritia, Alchornea cordifolia,
Bombax, Bridelia, Burkea africana, Celtis, Entada, Hymenocardia, Lannea, Lophira, Milragyna, Phyllan-
thus mullerianus, Tréma, Uapaca) et guinéens ( Bighlia, Bosqueia, Canthium, Cardiospermum, Drypetes,
Elaïs guineensis, Holoptelea, Ixora, Macaranga, Mareya micrantha, Morus mesozygia, Picnanthus,
Prosopis africana, Teclea) sont parfaitement caractérisés dans leur région respective comme l’indiquent
les courbes du diagramme III. Leur absence plus au nord tendrait à démontrer que les masses d’air
originaires des régions soudano-guinéennes et guinéennes ne pénètrent pas dans ces régions. De même,
du côté septentrional, les masses d’air méditerranéennes n’arrivent pas dans les domaines soudano-
guinéens et guinéens (Diagrammes III et IV).
b — Ensembles polliniques allochtones en provenance des régions les plus proches du Sahara
(Diagramme IV).
Ces ensembles proviennent :
• soit de la région présaharienne et (ou) saharo-montagnarde (Cupressacées ; Artemisia, Celsia,
Lappula, Lygeum, Myrtus, Olea, Pistacia, Scabiosa).
Les alizés transfèrent ces pollens en continu jusqu'en région soudanienne, comme le montre le
diagramme IV.
• soit de la région sahélienne (Nyctaginacées : Balanites aegyptiaca, Boscia, Cadaba, Chrozo-
phora, Grewia, Gynandropsis gynandra, Hyphaene thebaïca, Indigofera, Maerua, Salvadora persica,
Trianlhema, Tribulus).
Une partie de ces pollens est toutefois produite dans le Sahara méridional. Ils sont, dans leur
totalité, allochtones au Sahara septentrional et plus au Nord ; ils se rencontrent jusqu’en région méditer¬
ranéenne vers 35° N, amenés par les vents de sable en provenance du Sahara méridional.
Source : MNHN, Paris
DISSÉMINATION POI.LINIQUE
SAHARA
71
Discussion.
Les données que nous obtenons sur la composition latitudinale des retombées polliniques par la
méthode de fluxage de la poussière de surface sont-elles significatives ?
Les premiers résultats, publiés en 1975 (12) 1976 (5) à partir du transect C réalisé entre les Hauts
Plateaux Algériens et la frontière du Mali, ont pu troubler l’esprit de quelques chercheurs : en effet,
contrairement aux interprétations paléoclimatiques formulées auparavant sur l’Holocène saharien, les
aires de dispersion pollinique alors mises en évidence démontraient que la flore saharienne sensu stricto
a très peu varié dans sa composition pendant les 8 à 10 derniers millénaires. Cette notion de continuité
floristique est maintenant admise par les palynologues (11-14).
Depuis ces publications, plusieurs études ont été conduites soit à l’extérieur du continent afri¬
cain, soit en dehors des régions que nous avions échantillonnées.
Ces recherches permettent d’affirmer que les gradients latitudinaux des ensembles polliniques
que nous avons observés, ont une signification climatique certaine, que ceux-ci soient autochtones
ou allochtones aux différentes régions échantillonnées.
1) Les prélèvements atmosphériques réalisés au large des côtes africaines à l’occasion des cam¬
pagnes océanographiques Orgon III (3) et Orgon IV entre 0 et 28° N, grâce à l’amabilité de M. Cara-
tinï, démontrent que les données polliniques révélées par nos transects de fluxage sont en concordance
avec les gradients obtenus au large des côtes africaines (Diagrammes V-VI et VII).
2) Les spectres polliniques de surface des régions de Béni-Abbés (30° N) — prélèvements C 12
et F 15 — et d’Oran — prélèvements Fl — sont très proches de la composition annuelle moyenne de
l’atmosphère étudiée dans ces 2 régions (2-7) tels que les montrent les exemples figurés dans les dia¬
grammes V, VI et VII.
3) Les assemblages polliniques de surface observés le long des transects étudiés ainsi que leurs
variations latitudinales se retrouvent dans leurs traits généraux (compte tenu du décalage de 5 à 6°
en latitude occasionné par les alizés continentaux de N.E. (9)) dans les sédiments pleistocènes (épisodes
Y 4 a et b) prélevés entre 8 et 33° N au large des côtes africaines par la campagne océanographique
METEOR (1) : cf. exemples des Graminées et des Cypéracées (Diagramme V), des Ephedra et des
Chenopodiacées-Amaranthacées (Diagramme VI) et celui de l’assemblage Çuercus-Combretacées figuré
dans le diagramme VII.
On observera en particulier qu’à l’heure actuelle l’inversion d’influence entre Quercus et les
Combretacées s’opère au niveau de 25° de latitude ; aux épidodes Y 4 a et b ; cette inversion se situait
entre 22° et 20° (les Quercus dominaient les Combretacées à 23°, à 19° l’inverse se produisait).
Une bonne connaissance des caractéristiques régionales actuelles des assemblages polliniques
de surface apparaît comme essentielle à la compréhension des phénomènes paléoclimatiques récents [1].
On peut considérer que ces assemblages constituent des spectres polliniques potentiels : ils sont, en
effet, susceptibles d’être fixés dans les zones sédimentaires par les ruissellements de surface.
Les variations régionales de ces assemblages liées aux modifications climatiques latitudinales
constituent des données de base qui devraient permettre de mieux circonscrire les changements paléo¬
climatiques enregistrés dans les sédiments.
En particulier, les caractéristiques régionales du composant allochtone, déterminées par la pro¬
portion des apports d’origine septentrionale ou méridionale, doivent être prises en considération car
elles ont une signification climatique certaine, entre autre au niveau de la circulation atmosphérique
générale (Diagramme VII).
Les résultats obtenus en Afrique démontrent
— d’une part que la composition des retombées polliniques locales caractérise parfaitement
les régions échantillonnées comme l’illustrent les diagrammes II, III, et IV;
[1] Voir en particulier le gradient latitudinal des retombées polliniques des Cyperacées figuré sur le diagramme V.
Source : MNHN, Paris
72
P. COUR ET D. DUZER
— et d’autre part, que les retombées d’origine allochtone — dans leur composition locale et par
les limites géographiques atteintes — se modèlent parfaitement sur la circulation générale de l’atmo¬
sphère.
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier tout particulièrement M. G. Beaudet, Professeur à l’Institut de Géographie
à Paris, R. Caby, M. Leblanc et A. Moussine Pouchkine, géologues au Centre Géologique et Géophysique
du C.N.R.S. à Montpellier, pour les fluxages qu’ils ont bien voulu réaliser au cours de leurs campagnes de recher¬
ches au Sahara et en Afrique tropicale.
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Source : MNHN, Paris
: Ephedra, Calligor
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1) Cercles. Aéropalynologie terrestre ; fréquences relatives : ORAN, moyenne annuelle 1977-1978 (2) ; BENIS-ABBES, moyenne annuelle 1960-1970 (7).
2) Traits horizontaux. Aéropalynologie marine, données de la campagne océanographique ORGON IV ; fréquences relatives (moyennes latitudinales) : 1-3 avril 1979,0 °56 N/12°30 W
— 8°30 N/18°30 W ; 3-6 avril 1979, 8°30 N/18°30 W — 20»15 N/19°10 W ; 6-8 avril 1979, 20°15 N/19»10 W — 27°54 N/16°30 W.
3l Traits verticaux entre crochets. Sédiments murins, campagne océanographique METEOR ; fréquences relatives (valeurs extrêmes relevées pour les épisodes Y 4a et b (Il au Pléistocène
Source : MNHN, Paris
DÉMARCHE CLIMATIQUE DU PALYNOLOGUE
81
PALÉOCLIMATS DU QUATERNAIRE
LA DÉMARCHE PALÉO-CLIMATIQUE DU PALYNOLOGUE :
POSSIBILITÉS ET LIMITES 1
Armand
Pons *
Résumé. — Dans sa démarche paléoclimatique — de nature complexe et approximative puisque biolo¬
gique et non physico-chimique — le palynologue peut utiliser la morphologie et la structure du pollen, l'identité
des organismes représentés par des spores ou des grains de pollen conservés, les rapprochements possibles entre
assemblages d’organismes anciens ainsi représentés et communautés constituées actuellement par les organismes
vivants.
Malgré les propriétés extraordinaires du pollen (particularité, grande production, large dissémination
et conservation particulièrement facile), cette démarche, la plus fertile parmi celles des disciplines paléonto-
logiques, exige encore une critique permanente et doit reposer sur une parfaite connaissance de la biologie et
de l’écologie des végétaux actuels.
Summary. — In his paleoclimatological approach — which is complex and approximate since biologica!
and not physico-chemical — the palynologist can make use of the pollen morphology and structure, the identity
of organisms represented by preserved spores or pollen grains, possible comparisons between assemblages of
ancient and thus represented organisms and communities constit ited at the présent time by living organisms.
In spite of the extraordinary properties of the pollen grain (peculiarity, large production and dissémina*
lion, particularly good and easy préservation), this approach, the most efficient among the different paleonto-
logical branches, still involves a constant criticism, and it must dépend on a perfect knowledge of the biology
and ecology of plants of the Présent.
Parmi toutes les démarches scientifiques visant à la connaissance des climats passés, celle du
palynologue est originale autant par ses difficultés — qui tiennent au caractère complexe et approxi¬
matif de ses bases, de nature biologique et non physico-chimique — que par la richesse que lui confèrent
les possibilités assez exceptionnelles du matériel sporopollinique.
En fait, le palynologue, pour accéder à une certaine connaissance des milieux — donc du climat —
passés exploite les trois sources de renseignements auxquelles recourent toutes les branches de la palé¬
ontologie :
— la morphologie et la structure des organes conservés ou fossilisés qu’il étudie ;
— l’identité des organismes ainsi représentés, déterminée dans le cadre de la systématique
des organismes vivants et utilisée en fonction de l’écologie de ces derniers ;
— les rapprochements possibles entre assemblages d’organismes anciens et communautés cons¬
tituées actuellement par les organismes vivants.
1. La nature principalement botanique de l'argumentation développée dans cette conférence introductive au
Colloque l'a fait ranger dans la rubrique consacrée aux paléoclimats quaternaires bien que l'ensemble des époques géolo¬
giques soit évidemment concerné (N.D.L.R.).
• Laboratoire de Botanique historique et Palynologie, E.R.A. CNRS n° 404, Faculté des Sciences et Techniques
Saint-Jérôme, 13397 Marseille Cedex 13.
6
Source : MNHN, Paris
A. PONS
Mais cette exploitation, le palynologue la conduit avec des déficiences et des capacités propres,
étant bien évident qu’il ne peut la mettre valablement en œuvre qu’avec une solide connaissance delà
biologie, de la systématique, de l’écologie des végétaux vivants et de la bioclimatologie (c’est-à-dire
de la résultante utile du climat sur le vivant) : même si les données actuelles ne sauraient être une clef
automatiquement suffisante pour le passerelles n’en, cons«jitqe«»t pas-içoins le seul système de référence
possible : comme la paléontologie en général, la palynologie dans' tods Ses'aspects — donc l’analyse
poUinique — n’est bien qu’un chapitre de la biologie.
La première source de renseignements est donc constituée par la morphologie et la structure des
spores ou des grains de pollen anciens.
Plusieurs communications à ce Colloque traitent de quelques aspects particuliers des relations
entre morphologie et structure sporopollinique d’une part et climat d’autre part, et dispensent d’un
long commentaire.
Cependant, trois données générales paraissent devoir être simplement rappelées à ce sujet :
1) Sauf à admettre la modification dans le tesmps des processus biologiqües et- métaboliques
fondamentaux -m ce qui forcerait à adpaettre que ces,mécanismes ne peuvent se résoudre à des phéno¬
mènes physico-chimiques et reviendrait à ruiner l’idée inêihe de* paléontologie — le principe d’unifér-
mité — sor lequel’S-’est fondée" toute la'géologiè à la suite de'UYÊLL^et sur’lequel', par contfgnité; 'là
paléontologie s’appuie avec trop de facilité) — est certainement moins fragile à ce niveau que âafts lès
phases ultérieures de la démarche envisagée. ... ... ... ...
2) Les relations bien .connues existait, entre, morphologie, générale,.strqqture et squlpture r; m&m-
branaires du grain de pollen d’une part et mode de pollinisation d’autre part montrent déjà à elles seules
qu’une certaine reconstitution climatique. e§p possible, puisque Tentomqgamie domine...dans les pays
ch'àyds et l’anémogamie dans les pays froids et temp^rs 8 -..,: , .
3) Si les relations entre l’organisation de la membrane ou ses aperturës.et l’ambiance dans laquelle
se déplace le pollen sont incontestables, les nombreuses convergences observées aujourd'hui (Alismacées
'd’une part et Caryophyllacées ou ThalictrUm de l’autrfe, par exemple, ont un pollen fort ’séfnblable alors
que leur écologie est dans la majorité des cas très différente) montrent la complexité du déterminisfhé
de ces caractères polliriiques.
Au total il faut donc retenir — et ce n’est pas étonnant au moins pour le pollen qui, gaméto-
phyte mâle très réduit et sans équivalent femelle libre, n’a pas d’existence autonome — que cette pre¬
mière démarche du palynologue conduit à des résultats assez sûrs mais peu précis dans la reconstitution
des climats passés.
L’identité des organismes représentés par les spores et grains de pollen, située dans le cadre de la
systématique et de l’écologie des végétaux actuels, constitue la deuxième source possible d’indications
paléoclimatiques pour le palynologue.
Au niveau de cette approche strictement qualitative, le palynologue s’identifie encore au paléon¬
tologue. Comme ce dernier, il y souffre de trois handicaps :
a) Les exigences écologiques de beaucoup d’espèces sont encore plus ou moins mal connues et,
inévitablement, toute estimation paléoclimatique tend à s’appuyer sur les données moyennes s’appli¬
quant le plus souvent au genre (la même attitude étant adoptée à fortiori dans les cas de détermination
du seul genre). Or, souvent, dans un genre certaines espèces peuvent s’éloigner notablement du profil
écologique moyen ou général du genre (la majorité des espèces confèrent au genre Salix l’indication d’un
climat tempéré comportant des zones humides mais les quelques Salix herbacés correspondent à un
climat arcto-alpin et quelques rares espèces vivent sous le climat subéquatorial de la forêt amazonienne).
Source : MNHN, Paris
DÉMARCHE CLIMATIQUE . DU PALYNOLt
m
rty Au Sein mcme’dc l’espèce-peu vcm-I. (exister plusieurs types de variations au regacdjjfies exi¬
gences écologiques du taxon (écoclinps: 1 rtt-écotÿpes. a en particulier) plus, ou moins .indépendantes, d.e. la
morphologie. Déjà fréquemment difficiles à; repérer sur 1» plante entière ou des. macrorestes, ces.vaçia-
tions sont à peine soupçonnables sur;le matérieJ-poUinique. actuel et deviennent,-.sauf rar.Lssirjiefexcep-
tion, insaisissables sur le-matériel sporopolliiiiquc a-ncieif.. ,....
' 1 S’il-est tentant de se faire une idée dé cette .variation passée pour,une espèce donnée en examinant
son'statut actuel, il faut toujours penser que-la composition,.et la combinaison des génotypes d.’.uneespà.çe
varient éu permanence et de façon, complexe dans le temps et l’espace : la .projection dans le passé de
l'état des choses actuel ne peut donc être valable que pour' un court laps de temps. - « .
:--m Efifm, 1 et surtout, la réparlitibh géographique que présenté aujourd'hui une. .espèce donnée
— donc scs relations avec le climat —résulte de toute'Son histoire, donc éventuellement de vicissitudes
postérieures-art mdmeiit qüe l’on envisage; Kn particulier, il faut compter dans: la plupart-des cas avec
dès aléas récents, £oifc du fait des évènements cliffiatiques quaternaires, soit du fait do l’action humaine.
Ainsi, par exemple, Quercun ile.r, omniprésent aujourd’hui en Provence calcaire, semblerait
constituer le représentant type du bioclimatv-méditcrranéen Bembhumide. En réalité,. H. Tbiat (1978)
a montré quo l’extension de l’yeuse, , réeenté • et .-anthropique,• §’est opérée; à partir de bases naturelles
correspondant à un bioclimat nettement plus sec et vraisen)blablftn»çnt plus froid que le ..bioclimat
méditerranéen semi-humide. .. . ,
Mais outré' ce», difficultés rencontrées par tout paléontologue, le palynologue est .confronté à
trois problèmes particuliers : := • ■ - - . . j;.- r ■ : • '• .. ....
1. Même pour le passé le plus récent, les possibilités de détermination du pollen dispersé sont fonc¬
tion de la particularité pollinique qui est une'donnée naturelle fort capricieuse.- 7 ?
Pour lés pollens actuels elle est généralement Suffisamment accusée au niveau du geiWe mais
nécessite des observations très détaillées et sur un bon nombre dé grains pour être utilisée a-UVrfiveau
spécifique.
2. Le typé biologique (au sens de Raun kaif.ii) — c’est-à-dire la forme sous laquelle le végétal survit
aux conditions les plus dures qu’il ait à subir —• exprime beaucoup mieux que son appartenance à tel
genre ou telle famille la liaison de chaque taxon avec son milieu ; or la détermination botanique de la
spore et du pollen dispersés ne renseigne, sauf dans le cas rarissime de détermination spécifique, aucune¬
ment sur le typé biologique du végétal (à l’encontre de ce que permettent quelquefois les macrorestes).
II suffit de constater que la détermination « Palmier » appuie familièrement l’indication d’un climat
de jungle tropicale — comme c’est bien le cas potfr la-plupart de ces grands végétaux monocaules —
alors que Chavierops hutnilis vit dans des garrigues et maquis sous le bioelimat méditerranéen semi-
aride"— en liaison avec'Ie fait que le bourgeon de ce palmier se situe à- peu de distance du sol. •
3. Dans le cadre de cette limitation, l’identité botanique s’estompe en reculant <laiis le temps
du fait même de l’évolution. Du présent jusqu’au Miocène le genre, pour les végétaux arboréens, et,
le plus souvent, la famille, pour les végétaux herbacés, sont parfaitement accessibles, les distinctions
spécifiques ou de groupes d’espèces devenant de plus en plus difficiles avec l’éloignement dans le passé.
Durant le Paléogène le nombre de déterminations botaniques diminue, mais les grands genres d’arbres
[Acer, Fagus, Podocarpus, Engelhardlia, Rldzophora...) sont encore discernables. Au-delà, seule est
possible une identification morphographique, c’est-à-dirc basée exclusivement sur les .caractères morpho¬
logiques des spores ou grains de pollen et dans le cadre d’une systématique artificielle, de pure commo¬
dité. Le palynologue peut observer la corrélation entre tel groupe de formes et certaines conditions
climatiques révélées par d’autres disciplines (au Crétacé supérieur les « Normapolles » correspondent
à un climat de type tempéré et les « Proteacidites »> à un complexe plutôt tropical), mais il n’est plus
capable d’ime démarche paléocliinatique autonome.
1. Variation continue sur un gradient écologique ou. climatique icas de Pinus sileextris de Scandinavie étudié
par Langlet).
2. Formes plus ou moins distinctes morphologiquement, interfécondes, niais séparées les unes des autres par'une
discontinuité dans la variation et adaptées chacune à un habitai particulier (exemple des Atchemilla et Potentilla étudiées
par Clausen en Sierra Nevada de Californie!.
Source : MNHN, Paris
A. PONS
84
Est-ce à dire finalement que l’ensemble de ces réserves interdisent toute exploitation climatique
des données strictement floristiques que fournit l’analyse pollinique ?
Évidemment non lorsqu'il s’agit du passé récent et de taxons qui sont à la fois peu affectés par l’homme
et suffisamment uniformes aujourd’hui pour permettre de supposer une certaine stabilité dans les
temps récents. Alors, comme le matériel pollinique bénéficie au niveau qualitatif des avantages qui
sont les siens sur le plan quantitatif (parce que spores et pollens sont produits en très grandes quantités
et jouissent d’une extraordinaire capacité de conservation, la notion d’ « absence » est consistante à
leur niveau), d’excellentes déductions paléoclimatiques sont possibles. Le meilleur exemple en est
certainement fourni par les indications qu’IvERSEN (1944) a obtenues sur le détail des variations clima¬
tiques de l’Atlantique final et du Subboréal au Danemark en utilisant les seules données constituées
par la présence ou l’absence simultanées ou partielles de Viscum, Hedera et Ilex.
Au total, nonobstant toutes les réserves que nous venons de formuler, la palynologie peut donc
fournir des indications précieuses sur le climat et les milieux passés par les seules listes de taxons dont
elle atteste de l’existence, mais cette possibilité exige des conditions précises assez rarement réunies.
Fort heureusement, le palynologue peut, manipulant un matériel doué de propriétés exception¬
nelles, esquisser des rapprochements entre ensembles d’organismes anciens et ensembles constitués
actuellement par les organismes vivants, et en cela aborder une connaissance des climats passés d'une
exceptionnelle valeur.
Il est en effet unanimement reconnu par les écologistes que les groupements établis sur l’ensemble
des organismes et statistiquement définis indiquent les conditions écologiques les plus précises (Lbmee,
1967).
Or, le pollenanalyste, compte tenu des difficultés de détermination précédemment évoquées,
peut prétendre accéder à une certaine connaissance des groupements végétaux à travers le spectre.
Cette possibilité tient au fait que spores et pollens présentent en plus de leur particularité (qui permet
leur détermination botanique) deux autres propriétés remarquables :
— production importante (sinon égale, du moins comparable) et grande facilité de dissémination ;
— extraordinaire capacité de résistance dans tous les milieux naturels qui les prédispose à une
conservation quasi-automatique.
Mais deux conditions doivent être réunies :
— les processus qui gouvernent la réalisation des assemblages de pollens déposés à partir de
groupements végétaux en présence dans une végétation doivent être connus : la place qui est faite à
cette question dans plusieurs communications à notre symposium dispense de montrer que nous avan¬
çons substantiellement en ce sens, suffisamment au moins pour savoir que selon le type de milieu de
dépôt (lac, estuaire, abri sous roche, tourbière), la même image pollinique ne résulte pas d’un même
environnement végétal (surtout dans le domaine marin) ;
— une conservation, sinon parfaite du moins à peu près égale pour tous les pollens, doit pouvoir
être raisonnablement posée ; à ce point risquent de se faire jour les difficultés des sédiments non orga¬
niques et/ou marins, mais d’une manière générale l’observation de l’état de conservation du matériel
est un critère fiable à cet égard.
Ces deux difficultés écartées, la valeur paléoclimatique des données du pollenanalyste se trouve
encore affectée par trois limitations naturelles :
1. Tout d’abord, le spectre pollinique reste muet quant à toutes les données analytiques qui
caractérisent la « structure » des phytocoenoses, structure qui est aussi importante pour la connaissance
de leurs relations avec le climat que leur composition floristique (même si celle-ci est statistiquement
bien définie) : stratification, répartition relative des taxons (« sociabilité »), forme biologique adoptée
par chacun... sont inaccessibles au pollenanalyste. L’étude des macrorestes végétaux mêlés au pollen
constitue un recours contre cette faiblesse mais pour le seul groupement récepteur.
2. Même en ne prenant en compte que la composition floristique, une gêne provient du fait
que les taxons les plus « caractéristiques » — ceux qui s’éloignent le moins souvent d’un type de milieu
Source : MNHN, Paris
DÉMARCHE CLIMATIQUE
VNOLOGUE
a=>
et de groupement végétal bien défini — sont souvent les constituants mineurs des groupements végé¬
taux que leur dimensions, donc leur production pollinique et la dispersion de leur pollen (il suffit de
penser à l’Aspérulc odorante caractéristique des hêtraies !), vouent presque à ne pas être représentés
dans les spectres.
Ainsi seuls les — voire, le plus souvent, le — végétal dominant justifie le groupement végétal,
et s’installe aussi une imprécision qui interdit toute indication paléoclimatique vraiment significative.
Par exemple, combien de fois lit-on des conclusions paléoclimatiques à partir de l’observation de fré¬
quences élevées de pollen de Chêne à feuillage caduc supposé être Quercus pubescens ? Or, Quercus
pubescens est présent dans trois séries, l’une méditerranéenne, l’autre subméditerranéenne, la troisième
« médioeuropéenne », qui impliquent des climats bien différents.
3. Mais le handicap le plus sérieux vient d’ailleurs et affecte même les reconstitutions de grou¬
pements végétaux les mieux étayées.
11 résulte du fait que dans le domaine de la reconstitution des groupements végétaux passés,
le principe de Y uniformité ne peut être mis en œuvre d’office, sans restriction ni examen (West in Birks
and West, 1973).
En effet, si en géologie (où ne sont mises en jeu que des forces physiques et des phénomènes
chimiques) « le présent est la clef du passé », il n’en va pas de même pour toute la paléoécologie — du
simple fait de l’évolution du vivant — tout particulièrement au niveau des groupements végétaux et
pour trois raisons :
— la structure comme la composition des groupements végétaux actuels sont l'héritage d’un
passé récent 1 dominé par l’action de l’homme ;
— le rôle propre de facteurs écologiques non climatiques passés est difficile à cerner (il sullit
pour s’en convaincre de se remémorer la démonstration d’ Iversen (1954) concernant le rôle du carac¬
tère brut des sols du Tardiglaciaire dans la genèse du mélange d’espèces dont les exigences thermiques
sont actuellement très dissemblables) ;
— toutes les réalités historiques de la compétition ne peuvent pas être appréciées à travers
le seul état actuel de la végétation car la compétition dépend pour chaque espèce des compétiteurs
auxquels elle est confrontée et toutes les combinaisons du passé n’existent plus aujourd’hui. C’est ainsi
que l’individualité relative des épisodes tempérés du Quaternaire doit peut-être autant à cette réalité
historique chaque fois unique que représente la liste des compétiteurs qu’à des différences climatiques.
Avant d’utiliser toute référence actuelle, le pollenanalyste se doit donc d’abord de ruiner tous les
arguments qui, dans chaque cas, peuvent s’opposer à un tel recours.
Toutes ces restrictions ne lui interdisent pourtant pas, s’il est instruit de l’écologie des végétaux
actuels, de réhabiliter sa démarche paléoclimatique en mettant à profit, par la détermination fine de
son matériel, deux approches exigeantes :
— accéder à la détermination d’éléments caractéristiques de groupement végétal ou de biocli-
inat précis même s’il s’agit de pollens très rares (exemples des Microtropis de J. P. Suc, 1973 et des
Cuscuta de M. Reii.le, 1975) ;
— parvenir à reconstituer au moins l’ossature de groupes significatifs d’une écologie, donc
d’un bioclimat précis (exemple de la chênaie du Boréal des Alpes durançiennes dont le caractère sub¬
méditerranéen s’appuie chez J.-L. de Beaulieu (1977) sur la détermination de rares Viburnum lantana
et Pistacia cf. therebenthus).
Ces démarches s’apparentent évidemment à la démarche floristique qualitative, mais elles s’en
démarquent par le poids considérable représenté par le spectre, du moins dans la mesure où celui-ci
1. Il suffirait de citer ici trois groupements fondamentaux à l'échelle de grandes régions européennes : le Quercelo-
aluetum sphagnosetum de la Suisse centrale ne remonte qu'au Moyen-Âge, le Quercetum pubescentis de Moravie n'est recon
naissable qu’après le Hallstadt, le Quercetum illicis galloprovinciale n’est pas antérieur au Subboréal en Provence.
Source : MNHN, Paris
A. PONS
86
manifeste une répétitivité suffisante dans le temps pour que soit exclue l'hypothèse d’un assemblage
plus ou moins fortuit.
11 en résulte d’ailleurs que toute profonde modification du spectre d’un état stable à un autre
état stable a toutes chances de correspondre, au moins pour partie, à une modification climatique :
tout événement susceptible d’induire une variation coordonnée de l’importance relative de la représen¬
tation d’un grand nombre de végétaux, même s’il n’est pas essentiellement climatique (orogénie, trans¬
gression, régression), n’en comporte pas moins forcément un aspect climatique important.
Le raisonnement est évidemment d’autant plus fondé que l’échelle des temps est plus étalée : sont ainsi
fondées, malgré les écueils que la biologie, la botanique et l’écologie peuvent révéler, et dont un rapide
inventaire vient d’être esquissé, les interprétations en termes généraux de modifications climatiques
globales, familières au palynologue qui, au cours des longs intervalles de temps que sont les périodes
géologiques, rencontre des changements importants et durables dans les spectres. Ces types d’inter¬
prétation climatique sont à suffisance brillamment illustrés par plusieurs communications à ce Colloque.
Il reste évidemment que, dans tous les cas, c’est la détermination aussi précise que possible du
plus grand nombre possible de pollens dans de longues séquences continues de niveaux qui fonde, en
analyse pollinique, la démarche paléoclimatique la plus ambitieuse.
Au total, dans la mesure où il ne se cache pas les faiblesses de sa démarche paléoclimatique, dans
la mesure, en particulier, où il s’astreint à démontrer, dans chaque cas, l’inanité de la suspicion légitime
qu’il a le devoir de faire systématiquement peser sur toute référence au présent, le palynologue peut
acquérir, au trois niveaux de sa démarche, des renseignements climatiques précis au regard de l’échelle
des temps utilisée, et relativement sûrs, moyennant une prise en compte qualitative aussi serrée que
possible d’un matériel abondant.
Par ailleurs, la connaissance du passé qu’elle révèle éclaire souvent les relations actuelles entre
végétation et climat, entretenant ainsi une sorte de dialectique dont s’enrichissent mutuellement nos
connaissances de l’actuel et du passé. Finalement, si « en fait c’est seulement grâce aux progrès consi¬
dérables acquis en palynologie du Quaternaire que la paléoécologie a pu devenir une science indépen¬
dante » (Krasilov, 1975), les mérites de la palynologie sont certainement, du même ordre au niveau
de la paléoclimatologie en général.
I
BIBLdOGRAPHIE
Beaulieu, J.-L. de (1977). — Contribution pollenanalytique à l’histoire tardiglaciaire et holocène de la végé¬
tation des Alpes méridionales françaises. Thèse ès Sciences, Université Aix-Marseille III, 358 p., 29 fig.,
39 diag. h.t.
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Society, University of Cambridge, 28-30 Mardi 1972. Blackwell Scientific Publications, 326 p.
Iversen, J. (1944). — Viscum, Hedera, and Ilex as climate indicators. Geol. fôren. Stockh. fôrh., 69 : 463-483.
Iversf.n, J. (1954). — The lat.e-glacial flora of Danmark and its relation to climate and soil. Dan. geol. unders.
2 rk., 80 : 87-119.
Krasilov, V. A. (1975). — Paleoecology of terrestrial plants. Basic principles and techniques. John Wiley
and Sons, N.Y., 283 p.
Lemee, G. (1967). —■ Traité de biogéographie. Masson édit. Paris, 358 p.
Reille, M. (1975). — Contribution pollenanalytique à l’histoire tardiglaciaire et holocène de la végétation
de la montagne corse. Thèse ès Sciences, Université Aix-Marseille III, 206 p., 44 diag. et 5 pl. h.t.
Suc, J.-P. (1973), — Étude palynologique des marnes de Celleneuve (Pléistocène inférieur), Hérault. Bull.
A.F.E.Q., 34 : 13-24, 2 fig., 1 tabl., 1 pl., 1 dpi. h.t.
Trtat-Làval, H. (1978). — Contribution pollenanalytique à l’histoire tardi- et postglaciaire de la végétation
de la basse vallée du Rhône. Thèse ès Sciences, Université Aix-Marseille III, 343 p., 34 fig., 5 tabl.,
29 diag. h.t.
LAST 15.000 YEARS IN ARGENTINA
87 :
PALEOCLIMATIC RECONSTRUCTION OF THE LAST 15.000 YEARS IN
SUBANTARCTIC AND TEMPERATE REGIONS OF ARGENTINA
PAR
Vera Markgraf *
Summary. — Palynologie investigation of sédiments from previously glaciated régions in subantarctic
latitudes (Tierra del Fuego, 52° S) and ternperate latitudes (Rio Negro Province, 42° S) were collected in 1973
and 1975 with the financial support of the French Atomic Energy Commission, during my affiliation with
lhe Centre des Faibles Radioactivités, Gif-sur-Yvette, France. The aim of the research was to shed light on
the contemporaneity of paleoclimatic changes in corresponding latitudes in both hemispheres, which then would
lead to better understanding of the causes of climatic changes. Two dated sections from Tierra del Fuego
revealed as the major paleoenvironmental event occurring during the last 15,000 years the transition from grass-
land to Nothofagus parkland taking place at 8500 B.P. and not as hitherto believed at 12,000 B.P. Local immi¬
gration delays can be excluded to explain the late forest expansion, as Nothofagus and Podocarpus pollen is
présent during ail the older stages, thereby suggesting that Tierra del Fuego acted as a glacial refugium for
those trees. A lack of moisture can be excluded as a cause for the delay, for prior to 8500 B.P. extremely
high values for sedges suggest optimal peat growth conditions, a direct response to high moisture availability.
If the insolation déficit, calculated for the period between 20,000 and 10,000 B.P. for the Southern hemisphere
was directly responsible for such terrestrial température delay then also lower latitudes should reflect such
patterns of delayed température changes. However, the pollen profile from the ternperate région shows the
corresponding succession from steppe to Nothofagus forest occurred at 11,500 B.P. Also here a moist phase
précédés this forest expansion, again suggesting that it is a température phenomenon. This climatic succession
which in high Southern latitudes lags behind in ternperate latitudes by one phase indicates that the insolation
model at this level of detailed paleoclimatic information is too simplistic to account for terrestrial température
changes. Weather data analysis of température and précipitation (Pittock, in préparation) of Southern South
America stations suggests another approach to interpret climatic changes. The weather data analysis shows
principal température and précipitation patterns and their corrélation with the major pressure anomalies
and indicates that at different latitudes opposing climatic trends exist. Such opposition is exactly the picture
emerging from the pollen diagrams, not only for the above inentioned period of the principal température change
at the end of the last glaciation, but also during the more recent phases. Whereas in the ternperate région
a more arid phase (suggested by increased steppe and decreased Nothofagus pollen influx values) is recorded
between 7000 and 6000 B.P., in the subantarctic région such increased aridity does not show before 6000 B.P.
In addition to this latitudinal opposition of climatic and paleoclimatic trends, an opposition is suggested by
the comparison of palynologie and glaciologie data between both sides of the Andes, the western, Chilean slope
and the easteru, Argentine slope.
1. — Introduction
Climate variability and its possible causes are of critical concern now that man is forced to exploit
even the most marginal environments. It is just these marginal environments that are the most
* Department of Geoaciences, IJniversity of Arizona, Tucson, Arizona 87521, U.S.A.
V. MARKGRAF
88
sensitive to climatic changea ; consequently, they cause the biggest problems for man. The under-
standing of climatic variability would thus allow prédictions as to their extent and frequency and,
perhaps, enablc man to take preventative measures.
One approach to understanding the naturesof climatic variability is to establish the interrela-
tionships among the various atmospheric and biogeospheric components of global climatic patterns.
This, however, is an extrcmely complex problem when it is based on large-scale modeling (see, e.g.,
Gates 1976a, 19766 ; Flohn 1974). A major drawback in the modeling approach is the fact that it is
based on a set of relatively short-rangc ohservational data, and thus, may not yield sufficient informa¬
tion to détermine long-term climatic changes overlying the short-term changes. To study long-teriu
climatic variability, the use of paleoclimatic proxy data can serve to verify the accuracy of the climatic
modela (Nat. Acad. Sci. : Understanding Climatic Change, 1975).
Analysis of global climatologie patterns of the more recent past reveals the interconnection be-
tween hemispheres ; this is especially évident in pressure and température patterns (Lamb, 1972 ; Kid-
son, 1975 ; Sanchez, 1974 ; Pittock et al., 1978). However, due to géographie différences in the distri¬
bution of land, océan and ice in both hemispheres, différences in the heat budget arise. The évaluation
of the importance of these différences and their influence on respective climatic variables is essential
to the understanding of global climatic variability.
One way to approach the question of global climatic variability lies in the analysis of the degree
of synchronization of climatic changes in both hemispheres. Recent evidence derived from the com-
parison of climatic and paleoclimatic data from both hemispheres seems to indicate time lags of differ¬
ent duration and direction depending on the time scale analyzed (e.g., Angell and Korshover, 1977 :
Damon and Kunen, 1976 ; Hays, Imbrie and Shackleton, 1976 ; Markgraf, 1980 ; Lorius et al..
1979). Future studies will center on the initiation of the time-Iag effects encountered, which then
may shed light on the trigger and feedback mechanisms that cause global climatic anomalies (Hays
et al., 1976 ; Markgraf, 1980).
In the Southern Hemisphere, however, the basic data for such analyses of climate and climate
variability remain scanty, despite recent efforts (e.g., Pittock et al., 1978). Equally scanty are conti¬
nental proxy-data chronologies which could provide the needed control of the patterns of climatic
changes across a longer time scale.
Southern South America seems especially promising as a source of critical paleoclimatic infor¬
mation due to its géographie and orographie characteristics. Of ail land masses in the Southern
Hemisphere, it lies dosest to Antarctica, separated from it by only 7° latitude. Thus, paleoclimatic
records from Tierra del Fuego should directly reflect changes in the Antarctic sea ice extension, which
in itself seems to be a major triggering mechanism for climatic changes (Fletcher, 1972). The strong
west-east précipitation gradient caused by the Andes should provide sensitive paleoclimatic records
of précipitation fluctuations. An equally strong signal can be expected from sites near the northern
or Southern borders of the Westerlies, the mid-latitude low pressure belt. Because of glaciers and traces
of Pleistocene glaciation (Flint, 1969 ; Mercer, 1976) and upper timberline features (Markgraf,
1974), the high élévations of the Andes should provide température chronologies.
The time interval for which continuous continental proxy data are most readily available extends
through the last 20,000 years. This period also covers the most recent major climatic change from
glacial to interglacial conditions which represents the climatic extremes global climate underwent seve-
ral times during the last few million years. One of the most sensitive continental indicators of clima¬
tic changes is végétation, especially in transition zones between different végétation types (ecotones).
Along the east slope of the Andes the location of ecotones is especially advantageous in this respect,
due to the steep climatic and écologie gradient which results in a rapid succession of végétation types
across a short elevational and horizontal distance (Figs, la, lb).
The principal tool for tracing présent and past végétation and végétation shifts is pollen analysis.
Once pollen assemblages are calibrated in terms of the végétation they represent (on a local and/or
régional scale), fossil pollen assemblages can be interpreted as distinctive végétation types. One major
advantage in the calibration of present-day pollen assemblages as distinct végétation types in Southern
South America is the fact that there was relatively little and only very recent human impact on the
Source : MNHN, Paris
LAST 15.000 YEARS IN ARGENTINA
Fie. la. — Map of Northern Patagonia showing végétation zones. Site No. 9 is Mallin Book (Fig. 4).
Fie. lb. - Map of Tierra del Fuego showing végétation zones. Site No. 1 i. La Mi.i6n (Fig. 3.).
Source : MNHN, Paris
90 -
V. MARKGRAF
végétation. Thus, for most of the régions under considération, present-day data will be directly
applicable to fossil data.
One problem, howevcr, concerning paleoclimatic interprétation of pollen profiles in Southern
South America is the fact that there is extremely little information on écologie and climatic amplitudes
of the respective plant taxa or végétation types (exceptions : Eskuche, 1973 ; McQueen, 1976 ; Wein-
uekgek, 1973, 1974). For this reason, a detailed paleoclimatic interprétation based on the presence
of spécifie taxa is difficult and the major végétation borders with their past shifts seem the only justi¬
fiable approach to interpret past climates. There exists for these major ecotones a general idea as to
their significance in climatic terms. Thus, the steppe -Nothofagus forest border at latitude 40° and
50° S (see Fig. la) parallels the isohyet of ca. 300 to 400 mm, and the transition between the evergreen
N. dombeyi and deciduous N. pumilio forest zone that of ca. 500 mm. The upper timberline of N. pumi-
lio and N. anlarctica reflects précipitation to a lesser degree. It is mainly determined by mean summer
températures (McQueen, 1976).
But despite the fact that climatic patterns deduccd from pollen profiles can be defined only
in gross qualitative or semi-quantitative terms, the results obtained so far represent sufficient critical
data to further the understanding of major climatic changes and to allow discussion of more general
features of régional climatic patterns. This is mainly due to the recent effort made in numerical cli-
matc data analysis of Southern South America. Applying factor analysis to the précipitation and
température records of the last 30 years, a synoptic pattern of the three dominant climate anomalies
across the 30° latitude of Southern South America has emerged (B. Pittock, pers. comm.). The first
three eigenvectors, which account for 40 % of the variance in the case of précipitation, were found to
he related to variability in such general Southern Hemisphere circulation features as the Southern
Oscillation, the Circumpolar Vortex, and the Subtropical High Pressure Belt. The corrélation of the
latter parameter, expressed as déviation from its latitudinal mean position over the eastern South
Pacific with mean précipitation has been discussed for. Australia by Pittock (1971. 1978).;
Source : MNHN, Paris
i.AST 15.000 -YEA-RS IN ARGENTINA
9.1
A graph of the*corrélation coefficient foc South America basedon preliminary results analyzed
by B; Pittock is shown in Figure 2. The most.remarkable feature shown by the map, which is also
characteristic for the other cigenvectors. identified and correlated with circulation anomalies, is the
zonality of the respective patterns. This suggests that between different latitudinal zones, geographi-
cally different for each eigenvector, inverse relationships exist with respect to précipitation and .tempe-
rature régimes. Such opposition of climatic trends actually has been found when comparing paleo-
climatic chronologies from different latitudes (Markgraf, 1979) and will be discussed later. •
A general conclusion that can be drawn when comparing the existing paleoclimatic chronologies
with thèse synoptic eliinate maps is the inadequacy of the grid .of paleoclimatic records in Southern
South America, even coiisidering merely the first three dominant climate anomalies. These maps also
permit identification of those géographie zones that are espccially.sensitive for spécifie climate para-
iheters.
2. — Paleoclimatic reconstruction of Southern South Amf.rica
Paleoclimatic information from Southern South America obtained from tree-rings' (LaMarche,
1978), glaciologie studies (Mercer, 1976), and pollen analysis (Auer, 1958, 1970, 1974 ; Helsser, 1966,
1972, 1974 ; D’Antoni, 1978. ; Markgraf, 1979, 1980) provide a frame which emphasizes how emptv the
picture still is, with regard to coverage in time and space. Our own contributions to the paleoclimatic
reconstruction of Southern South America in Argentina are, first, some basic pfeparatory tasks as the
compilation of a referencc pollen collection and régional pollen flora (Markgraf and D’Antoni, -1978)
and, second, the calibration of the présent végétation in ternis of présent pollen assemblages (D’Antoni
and Markgraf, 1978; Markgraf, D’Antoni and Ager, in press). . This latter study proved of great
importance in the zones where paleoecologic reséarch was planned in Argentina. The. zones were
chosen because of their unique végétation zones in .floristic terms, and also because of the previously
mentioned lack of phytoecologic information.
In the case, of the temperate forest zone,, the différentiation between Nothofagus pollen types
was the prerequisite for the identification of the forest types and of the.forest-steppe boundary.
Paleoclimatic chronologies in Argentina were analyzed from the following régions : A. Tierra
del Fuego (Latitude 52° S) ; B. subantarctic temperate forest région (latitude 40° to 45° S).
À. Tierra del Fuego. For Tierrâ del Fuego, as well as for the temperate région (Fig. 1b), similar
végétation zones along précipitation gradients ranging from rainforest in the south to deciduous Notho-
fagus forest along the slopes of the Ahdes, .to steppe on the North provide the basis for palynologie
researcli. The earliest paleoclimatic reconstruction of the high Southern latitudes, which iijcludes
pollen analysis, dates to 1929 when von Post, the “ father of pollen analysis ”, published a pollen pro¬
file from Tierra del Fuego, presumably to prove that pollen analysis had global application. Following
in his steps through the years 1930 to 1950, Auer established a comprehensive Quaternary chronology
for what he called Fuego-Patagonia, dealing with the history of sea-level changes, végétation, and cli¬
mate (Auer, 1958, 1970, 1974). The dating of the events were b'ased on sea-level comparison. between
Tierra del Fuego and Scandinavia and ash-laver stratigraphy (tephrachronology). Auer’s chronology
remained unsubstantiated until recently when some of the sequences were C-14 dated (Isla Clarence,
Auer, 1974) and the principal profile, La Misiôn, along with several others in Tierra del Fuego were
recored and redated (Markgraf, 1978).'
AU these sequences reveal the interesting fact that the transition from a depauperate to a rich
herb grassland occurs at 11,500 B.P. and that forest expansion at these high Southern latitudes did
not begin before 8500 B.P. This is true whether the site location is in the présent rainforest i*egion of
Southern Tierra del Fuego (Isla Clarence). in the présent steppe-forest transition on the north slope
of the Andes (Lago Yehuin), or in the steppe environment north of the Andes (La.,Misi6n). As pollen
data indicate (Fig. 3), neither dçlayèd immigration nor lack of moisture could explain this la te for.est
expansion, leaving température as a possible cause. Température is interpreted.. as being too low to
allow forest expansion until 8 500 B.P; Such. a température .time-lag of at least 2000 years between
Source : MNHN, Paris
V. MAHKGRAF
92
the Northern and Southern Hemispheres has been suggcsted recently in an analysis of océan cores
from the high Southern latitudes (Hays et al., 1976) to verify the theory of Milankovitch of orbital
parameters initiating climatic changes. Their conclusion that the Southern Hemisphere température
response to postglacial warming précédés that of the Northern Hemisphere, a conclusion which was
also reached by Lorius et al. (1979) based on their somewhat doubtful dating of an Antarctic ice core
se ,mus to be contradicted by my data. This, however, may be only a question of time resolution
in the first case, and curve fitting in the second.
As the océan core chronologies extend over 500,000 years, including four major glacial-inter-
glacial cycles, the origin of the time-lag does not necessarily hâve to be in the same hemisphere as during
the last 20,000 years. Assuming that orbital parameters could directly influence régional climatic
patterns, the insolation curve calculated by Vernekar (1972) does show a déficit in the South as opposed
to a positive balance in the Northern Hemisphere between 20,000 and 10,000 years ago, which would
support my data. However, the mechanism by which orbital parameters act upon the atmospheric
System, “ the missing link ” os Kukla (1975) named it, are still under discussion. Whereas Shackle-
ton and Opdyke (1973) and Hays et al. (1976) hold such insolation minima directly responsible for
inducing ice growth, difliculties exist to envisage the thermodvnamic aspect (Berger, 1978 ; Rud-
diman and McIntyre, 1979) and such relation has most recently been rejected on the basis of lack of
a linear relationship between global climates and orbital variation (Kominz and Pisias, 1979).
The paleoclimatic history during the recent 8 000 years of the record of the high Southern lati¬
tudes suggests a major climatic change to drier conditions between 6 000 and 5 000 B.P. This is indi-
cated by a succession from rainforest to open, mesic forest (Isla Clarence), to steppe dominance in the
forest-steppe transition (Lago Yehuin), and to sea-level régression (La Misiôn). The most recent
ariditv recorded from the east coast of Tierra del Fuego (La Misiôn), visible today in the dying ofl of
forest areas along the east coast, seems not to hâve been sufliciently strong to be recorded in the transi¬
tion zone or in the rainforest chronology in the Isla Clarence.
B. Subantarctic température forest (40° to 45 0 S lot.). Aside from the early work of Acer on
the east slope of the Andes, only Heusser’s (1966, 1972, 1974) pollen profiles from the western slope
of the Andes in Chile (mainlv from latitude 42° S), and Mercer’s (1976) glaciologie chronology in Chile
latitude 40° and 49° S) rcvealed long-term climatic changes for the temperate mid-latitudes. My
paleoclimatic results from the eastern slope of the Andes confirm the timing of the principal paleo¬
climatic events over the last 15,000 years, but show différences in the trends. Using the results of the
climate data analysis computed by B. Pittock (pers. comm. 1978), it was possible, however, to under-
stand these différences as reflections of the general climatic régime.
Concerning the last 15,000 years, data from a core taken from the edge of a lake filling a formerly
glaeiated valley (Mallin Book, Fig. 4 ; no. 9 in Fig. la) confirm Mercer’s assumption of a rapid and
early déglaciation at those latitudes. By at least 14,000 B.P., the glacier had uncovered the latéral
slopes by shrinking from a maximum élévation at 1 300 m it had reached during the last glaciation
(Flint, 1969) down to 800 m élévation. The treeless steppe recorded for that interval was followed at
13,000 B.P. by the beginning expansion of Nothofagus dombeyi forest. This forest, however, remained
open until 11,500 B.P. when a dense forest, characteristic for the site today, became established. This
slow succession, interrupted by short-term oscillations, from an open to a dense forest over about
3000 years was also recorded by Heusser (1966) in Chile. With ail the components of the végétation
présent, this slow succession cannot be a purely biotic phenomenon, but presumably reflects a climatic
phenomenon such as the température remaining too low for forest expansion. Slow succession is
also suggested by pollen influx numbers remaining extremely low until ca. 11,500 years ago. Inte-
restingly, however. only at 8500 B.P. the other Nothofagus species, N. pumilio and N. antarctica occur
in the diagram, suggesting that only at that time the elevational zonation of Nothofagus belts charac¬
teristic for today could establish.
In comparing postglacial paleoclimatic sequences across the Andes, a contemporaneity of cli¬
matic changes seems indicated, but with opposed trends. Although Heusser records température
decrease and moisture increase between 6500 and 4500 B.P., and Mercer dates glacial advances culmi-
nating between 4600 and 4200 B.P., on the eastern slope of the Andes increased dryness is suggested
Source : MNHN, Paris
I-AST
YEARS IN AHGENTINA
93
LA MISION (TIERRA dei FUEGO)
Fif. 3. — Pollen profile « La Misiôn », Tierra del Fuego (Markgraf, 1980).
Source : MNHN, Paris
>\V MARKÜHAF
94
at 6500 13.P. and between 5000 and 4500 B.P. (Fig. 4). This apparent contradiction can bc interpreted
by Consulting the present-day climatc-data analysis (see Fig. 2 and explanation in text). In addition
to the zonality patterns established by the first three eigenyectors resulting in opposed, précipitation
and température trends in different latitudes, a strong corrélation bétweên cool-moist conditions on
the west side of the Andes with warm-dry conditions on the east side at about 40° S latitude was sugges-
ted. To explain the mcchnnism leading to sucli opposition, certain feedback rnechanisms can be
postulated such as incrcased moisture on the west slope which woiild induce glacier growth. successi-
vely reducing the “ overspill ” of moisture across the Andes resulting in a steeper précipitation gradient
tlian that of today and steppe expansion on eost of the retreating forest.
3. — Conclusions
By interpreting past shifts in végétation to reconstruct past climatic ffuctuations acrosS- wide
distances, it is essential that the same écologie parameters are being dealt with, as in the case of South¬
ern South America steppe/forest boundary. Thus, it is not astonishing that in our studv the past
vegetational successions are the same across the 10° latitudes under considération. The interesting
point, however, is that* the succession in high Southern latitudes is la'gging behind by one phase the
succession in temperate latitudes, the major shifts being dated to occur at 11500 and 85j)0 B.P. This
climatic lag could be due to latitudinal shifts in the major climatic patterns resulting irt inverse préci¬
pitation and température patterns at different latitudes. Such an inverse relationship actually has
bcen documented in présent weather data analysis allowing to understand the complex and at first
glance contradicting picture emerging from the pollen data. This resuit emphasizes, the need for
understanding of présent régional climatic patterns before past climatic changes can be correctlv inter¬
preted from the data available.
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J. RENAULT-MISKOVSKY
ANALYSE POLLINIQUE DES
SÉDIMENTS NÉOLITHIQUES DE LA GROTTE DE KITSOS
(LAVRION — GRÈCE)
Josette Renault-Miskovsky *
Résumé. — L’analyse pollinique des sédiments néolithiques de la grotte de Kitsos a fourni des résultats
intéressants, à la fois paléobotaniques, paléoclimatiques et palethnographiques. Les diagrammes particulière¬
ment homogènes permettent de penser que, durant plus de 1 000 ans, le paysage entourant la grotte a été décou¬
vert ; cela peut être le fait d’un climat chaud et sec, mais la présence des Céréales et celle des ossements d’ani¬
maux domestiqués n’excluent pas l’idée d’un déboisement anthropique.
Summary. — Palynologie study of neolithic deposits of Kitsos cave has given interestingpalaeobotanic,
palaeoclimatic and palaeoethnologic results. Especially homogeneous diagrams allow to think that during
more than 1 000 years, the landscape around cave was barren, perhaps owing to a warm and dry climate, but
occurrence of crops and bones of domesticated animais does not exclude the hypothesis of anthropic déforesta¬
tion.
I. - INTRODUCTION
La grotte de Kitsos s’ouvre dans le Micro-Ripari, au sommet des marbres supérieurs de la série
d’Athènes, à 50 km au sud de la Capitale.
L’équipe pluridisciplinaire mise en place dès 1968 dans la grotte par Nicole Lambert, a permis
de réaliser des fouilles intéressantes dans différents points du gisement en mettant à jour des strati¬
graphies recoupant la période néolithique, mais aussi d’amorcer une étude du Paléolithique de l’Attique,
en ouvrant un sondage dans un abri à l’extérieur de la grotte. Plusieurs rapports importants sur l’état
des fouilles franco-helléniques furent publiés successivement de 1971 à 1974 (Lambert N., 1971, 1972,
1973, 1974). Nous ne présenterons ici en détail que les résultats concernant la période néolithique.
A. — Prélèvements
A l'intérieur du gisement, les prélèvements ont été effectués dans deux secteurs.
a) Dans le sondage 1, dans le carré B' C 10 , près de l'entrée de la grotte.
La série des échantillons relevée dans ce sondage recoupe toute la stratigraphie néolithique
mise en évidence dans le site : Néolithique récent et Néolithique moyen, c’est-à-dire l’ensemble des
* Laboratoire de Stratigraphie, Université Pierre et Marie Curie, 4, place Jussieu, 75230 Paris Cedex 05, et L.A. 184
du C.N.R.S., Institut de Paléontologie humaine, 1, rue René Panhard, 75013 Paris.
Source : MNHN, Paris
NÉOLITHIQUE DE KITSOS
9 !)
couches 2, 3 et 4. L’échantillonnage a été réalisé en général tous les 2 à 5 cm suivant la nature du sédi¬
ment et les difficultés locales de prélèvements.
b) Dans le sondage 2, dans le carré B u C 7 vers le fond de la grotte.
Les échantillons ont été prélevés le long de la coupe où l’on retrouve les couches 4a et 4b datées
du Néolithique moyen dans le sondage 1, niais aussi plus en profondeur, une couche argileuse 5, séparée
des couches sus-jacentes par un encroûtement jaunâtre. Alors que les couches 2 à 4 du sondage 1 et la
couche 4 du sondage 2 ont livré des charbons datés au C 14 entre 2 800 et 4 000 B.C., l’âge de l’argile
rougeâtre de la couche 5 a été hypothétiquement évalué par une datation à — 40 000 ans. Compte
tenu du hiatus existant entre la base de la couche 4 et le sommet de la couche 5, l’échantillonnage a
cependant été réalisé tous les 2 à 5 cm, jusqu’à la dalle rocheuse qui bloque la hase des argiles et qui
cache encore la suite du remplissage.
B. — Présentation des résultats
La détermination et le comptage des spores et des pollens contenus dans les sédiments des
sondages 1 et 2 ont conduit à l’établissement des diagrammes : figures 1 et 2. Notons cependant que
l’homogénéité de certains résultats nous a permis de ne traiter parfois qu’un échantillon sur deux et
que d’une façon générale, la disproportion des pourcentages des essences arborées par rapport à ceux
de certaines familles d’herbacées, nous ont obligés, pour exprimer les résultats, à effectuer des change¬
ments d’échelles, annoncés par des figurés en surimpression sur le trait des colonnes verticales. Signalons
également que le nombre de taxons arboréens étant peu important, nous avons groupé en une seule
colonne à gauche du diagramme, avec l’expression du pourcentage des pollens d’arbres totaux = AP,
tous les genres rencontrés (Pin, Bouleau, Chêne de type pédonculé, Tilleul, Aulne, Noisetier, Ephedra
et le groupe des taxons très thermophiles et méditerranéens) ; par contre, les genres et les familles d’Hei-
bacées individualisés étant particulièrement nombreux et variés, nous avons consacré une. colonne
de résultats aux Filicales, aux Graminées et aux différentes Composées.
II. - LA VÉGÉTATION ACTUELLE DE L’ATTIQUE
Avant d’énoncer et de commenter les résultats des analyses polliniques, nous allons faire un
rapide inventaire des composantes de la végétation actuelle en Attique.
D’une façon générale, la flore de la Grèce est remarquable par sa richesse et sa variété de genres.
Elle est rattachée à la flore méditerranéenne mais par de nombreux taxons, elle est aussi liée à la flore
orientale ; elle offre donc un caractère de transition tout à fait intéressant.
La province de l’Attique qui est certainement une des parties les plus sèches de la Grèce, possède
tout particulièrement une grande richesse en plantes diverses. La géographie des lieux étant en effet
très variée, nous y retrouverons : la végétation des sols de bord de mer, celle des plaines, des collines
et des zones montagneuses.
A. — La zone du littoral
Elle comprend d’une part : la zone des dunes à plantes ammophiles et cosmopolites mais aussi
à plantes endémiques : (Silene bipartila var. canescens, Malcomia flexuosa, Brassica tournefortii, Ver-
bascum pinnatifidurn, Centaurea spinosa, Statice graeca, Allium phalereum... etc.) et d’autre part la
zone des plaines salées plus ou moins marécageuses, souvent inondées, riches en endémiques telles que :
Source : MNHN, Paris
10(1
J. RENAULT-MISKOVSKY
Trifolium nidificum, Lotus lamprocarpus, Tamarix hampeana, Tragopogon longifolius, Iris monophylla,
Juncus heldreichianus... etc. Parmi les plantes typiques à la Grèce, citons aussi : Linum maritimum,
Euphorbia pubescens, Lavatera cretica, Mesenbrianthemum nudiflorum, Eryngium creticum, Cressa
cretica, Cuscuta monogyna, Statice sinuata, Plantago maritima, Atriplex halimus, Phragmites communia ,
Asphodelus fistulosus, Juncus acutus, Carex hispida, etc...
B. — La zone de plaine
Elle est actuellement composée de terres cultivées (Oliviers), de friches garnies surtout de char¬
dons et de petites collines sur les flancs desquelles poussent des anémones ; le long des rivières, la ripi¬
sylve est garnie de Platanes, do Peupliers blancs, de Saules ( Salix fragilis), de Myrtes et de Lauriers
roses dans le creux des ravins.
C. — La zone des collines
Ce sont les « Xirovounia » ou montagnes sèches. La grotte de Kitsos se situe dans cette zone
qui représente la région la plus étendue et, en même temps, la plus riche en plantes endémiques de
l’Attique.
a) Les collines à phryganes sont couvertes de petits sous-arbrisseaux le plus souvent épineux
dans les endroits les plus secs et les plus arides et sur les pentes des basses montagnes. Les constituants,
les « Phryganas », sont par exemple : Poterium spinosum, Genista acanthoclada, Anthyllis hermannie,
Euphorbia acanthothamnos, Hypericum empetrifoliurn, Cistus villosus, C. paroiflorus, C. salvifolius ,
Fumana glutinosa, Erica verticillata. Thymus capitatus, Satureia thymbra, Thymelea hirsuta, Quercus
coccifera, etc...
b) Le maquis est la région des arbrisseaux toujours verts : Chêne vert et Chêne kermès, Arbousier,
Bruyère arborescente, Myrte, Pin d’Alep, Genévrier de Phénicie et de nombreuses Herbacées telles,
les Légumineuses, les Composées, les Labiées et les Liliacées.
D. — La zone des montagnes ou zone des Sapins
Elle est couverte de forêts de Sapins d’Apollon : Abies apollinis et de quelques plantes endé¬
miques spécifiques aux montagnes grecques.
Rappelons que la grotte de Kitsos s’ouvre dans un petit massif de la zone des collines et plus
précisément au milieu d’un peuplement végétal à Phryganes.
III. — RÉSULTATS DES ANALYSES POLLINIQUES
A. — Résultats des analyses polliniques dans la coupe du sondage 1 B,C 10
(diagramme : Fig. 1)
La coupe du sondage 1. B, C J0 a fait l’objet de 10 analyses polliniques entre l’altitude — 65 cm
et — 1^4 cm. Le pourcentage de pollens d’arbres ne dépasse pas 2,5 % et est presque toujours compris
entre 0,5 et 1 %. Le faible couvert forestier est presque uniquement représenté par le Pin. Il s’y associe
parfois, le Chêne pédonculé (dans les couches 2 et 4b) et le Bouleau dans la couche 2 qui est peut-être
une couche remaniée. Les taxons thermophiles ou méditerranéens sont rares mais presque toujours
Source : MNHN, Paris
KITSOS- Lavrion-(GRECE)
102
J. RENAUI.T-MISKOVSKY
présents de la couche 3 à la base de la couche 4 ; ce sont Pinus type maritima, Quercus type ilex, Fraxinus,
Jihamnus, Pistacia et Buxus). Signalons à la base de la couche 4c, la présence de Ephedra fragilis.
Par contre, les herbacées sont nombreuses et variées. Les Composées et principalement les Cicho-
riées sont dominantes ; elles sont accompagnées par les Graminées parmi lesquelles nous avons pu
identifier de la couche 2 à la couche 4, plusieurs pollens de Céréales.
Parmi les autres familles presque régulièrement représentées tout le long de la séquence, citons :
les Caryophyllées, les Chénopodiacées, les plantes rudérales ( Plantago , Urticacées) et enfin des familles
qui peuvent entrer dans le cortège des méditerranéennes : Les Cistacées ( Cistus et Helianthemum),
les Labiées et les Malvacées. Quelques familles n’apparaissent que sporadiquement : les Borraginées,
les Crucifères, les Rubiacées, les Légumineuses et les Liliacées. Les Cypéracées et les fougères sont extrê¬
mement rares. Parmi les Filicales citons la présence à la base de la couche 3, de Grammitis Leptophylla,
fougère rupicole, calcifuge, souvent orophile, répandue dans de nombreuses contrées, mais recherchant
le plus fréquemment les climats à tendance sub-tropicale. Soulignons aussi une certaine fréquence
de l’Asphodèle ( Asphodelus type fistulosus) dans les couches 3 et 4 ; cette Liliacée occupe actuellement
les pelouses incultes et sablonneuses le long des littoraux méditerranéens, en Europe méditerranéenne
et plus précisément dans le Sud-Est de la France.
D'autres déterminations génériques ou spécifiques permettent de préciser le caractère dénudé
et inculte des espaces entourant immédiatement la grotte de Kitsos.
Par exemple à la base de la couche 4, notons la présence de thalictrum, mauvaise herbe des prai¬
ries basses, et urtica pilulifera particulièrement bien adaptée au pied des rochers et dans les décombres,
et distribuée principalement en pays méditerranéen. Rappelons enfin la sporadique apparition dans
la couche 4 de l 'Ephedra fragilis actuellement bien réparti dans les zones découvertes des littoraux
méditerranéens.
L’ensemble de ce diagramme particulièrement homogène permet donc de penser que pendant
la période néolithique et durant plus de 1 000 ans, le paysage entourant la grotte de Kitsos a été identi¬
quement découvert. Seuls quelques bouquets de Pins et de plantes ligneuses méditerranéennes semblent
émerger au milieu d’une vaste prairie d’herbacées, où les cichoriées et les mauvaises herbes prédo¬
minent. Ce paysage déboisé peut être le fait d’un climat assez chaud et sec, certainement plus sec que
l’actuel, mais il n’est pas exclu de songer aussi à une action anthropique. La présence des Céréales et
l’abondance des ossements de chèvres et de porcs dans les mêmes sédiments, expliqueraient en effet
très bien un déboisement intensif et volontaire par l’homme en vue de l’élevage et de la culture. Les deux
hypothèses ne s’opposent pas.
B. — Résultats des analyses polliniques dans la coupe du sondage 2, B„C 7
(diagramme : Fig. 2)
Cette coupe, nous l’avons vu, est constituée de deux ensembles stratigraphiques très différents.
Nous retrouvons d’une part les couches cendreuses grises à cailloutis de la couche 4, telles que nous les
avons déjà rencontrées dans le sondage 1, dans la séquence datée du Néolithique moyen. Mais la couche
5, stérile, déposée sous un encroûtement jaunâtre et constituée par une épaisse masse argileuse rou¬
geâtre, semble appartenir à un tout autre ensemble.
1) Analyse pollinique de la couche 4
Les résultats des analyses polliniques effectuées dans les sédiments de la couche 4 sont tout à
fait identiques à ceux que nous avons obtenus pour l’analyse des mêmes niveaux dans le sondage 1.
Le pourcentage des pollens d’arbres ne dépasse pas ici 1,5 %. Les principaux genres arboréens rencon¬
trés sont les Pins et quelques taxons assez thermophiles comme le Buis et les Cupressacées. Nous retrou¬
vons dans la prairie, les mêmes familles d’herbacées dominées par les Cichoriées. Quelques grains de
pollens de Céréales figurent parmi les Graminées. L’Asphodèle est encore présente et nous comptons
pncore Grammitis leptophylla au milieu des fougères.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
104
J. RENAULT-MISKOVSKY
Il semble bien que l’on soit là en présence d’un cortège floristique absolument identique à celui
que nous avons mis en évidence à la base du sondage 1. Cette étude palynologique permet donc d’effec¬
tuer un double contrôle de nos observations faites à propos du sondage 1. L'un stratigraphique : la couche
4 datée du Néolithique moyen par son contenu industriel se retrouve d’un point à l’autre du gisement
à des altitudes légèrement différentes, compte tenu du faible pendage des couches vers l’entrée de la
grotte.
L'autre paléoécologique : Nous avons de nouveau reconstitué pour cette période du Néolithique
moyen, un environnement végétal presque complètement déboisé qui semble, par ses caractéristiques,
être le fait, à la fois d’un climat assez chaud et sec et d’un déboisement anthropique.
2) Analyse pollinique de la couche 5
Le pourcentage de pollens d’arbres contenus dans les 5 échantillons d’argile de la couche 5 est
encore très bas. AP est voisin de 1,5 % dans tous les niveaux, sauf à la base de la coupe où il s’élève
à 5 %.
Le Pin est cette fois concurrencé et même dominé par des essences caducifoliées. 11 s’y associe
le Chêne de type pédonculé, l’Aulne et à la base le Tilleul, le Noisetier et Ephedra distachya ; nous avons
aussi déterminé dans presque tous les niveaux, plusieurs grains de Pins de type maritime. La strate
herbacée est encore dominée par les Composées, mais cette fois, les Anthémidées, les Carduacées, les
Centaurées et les Armoises accompagnent les Cichoriées. Les Rubiacées sont nombreuses, l’Asphodèle
est présente et parmi les Cistacées nous avons déterminé un grain de Fumana t. vulgaris , plante de
coteaux secs, de rochers ou de bois découverts en région méditerranéenne. Les Fougères sont cependant
plus nombreuses que dans la couche 4. Les Graminées sont rares et il faut noter au sommet de la couche 5
un grain de type Céréale qui pourrait d’ailleurs être une pollution au contact de la couche 4, néoli¬
thique sus-jacente.
Cette courte séquence paraît s’être déposée sous un climat un peu plus humide que le climat
caractérisant la période néolithique dans le sondage 1 et le sommet du sondage 2 ; elle semble corres¬
pondre à la fin d’une période tempérée humide que nous pouvons tenter de comparer avec certaines
phases climatiques du Würmien ancien en pays méditerranéen, compte tenu de la datation tout à fait
hypothétique.
En effet, des études palynologiques de sédiments argileux du midi méditerranéen français,
caractérisés par certaines constantes sédimentologiques et datés par une industrie moustérienne du
Paléolithique moyen et plus précisément du Würmien ancien, ont livré un cortège pollinique proche de
celui que nous avons mis en évidence à la base de la couche 5. A savoir : dominance des Pins qui coexis¬
tent avec les essences de la Chênaie mixte et leurs compagnes, et persistance et même parfois développe¬
ment des taxons méditerranéens (J. Renault-Miskovsky, 1972-1976). Mais aucune autre analyse
pollinique de comparaison dans une séquence archéologique contemporaine régionale, ni aucun autre
élément de datation ne viennent étayer cette hypothèse.
IV. - LA PALYNOLOGIE CONFRONTÉE AUX AUTRES ÉTUDES
EFFECTUÉES SUR LE MATÉRIEL DE KITSOS
A. — La palynologie et la sédimentologie
L’homogénéité des résultats de l’analyse pollinique dans les coupes néolithiques des sondages
B,C 10 et B,,C 7 nous a permis de conclure à une mise en place rapide des sédiments ; il semble que les
couches 2 à 4 se soient déposées d’une façon régulière et que pendant un peu plus de 1 000 ans, le climat
ait été à peu près le même. Le climat et certainement l’action de l’Homme concourant au déboisement
de la colline, le paysage particulièrement découvert laisse à penser que le sol mal protégé par des enra-
Source : MNHN, Paris
NÉOLITHIQUE DE KITSOS
105
cinements profonds a été facilement dégradé et que les ruissellements, rares à notre avis, ont été cepen¬
dant périodiquement très fortement ressentis dans la genèse du remplissage 1 2 .
Aucun résultat de la palynologie ne permet d’expliquer le dépôt argileux de la couche 5 ; il
est toutefois mis en évidence une phase climatique différente de celle ayant présidé aux dépôts néoli¬
thiques sus-jacents.
B. — La PALYNOLOGIE ET l’ÉTUDE DES MACRORESTES VÉGÉTAUX
a) Les graines
Quelques macrorestes végétaux ont été identifiés dans la couche 4b base de B„C 10 , et dans la
couche 3 de B H C 7 . 11 s’agit pour le premier échantillon de deux demi-glands de Quercus, dont la mauvaise
conservation interdit toute détermination à l’espèce. Le second échantillon est constitué de plusieurs
petits fragments écrasés de glands, toutefois très difficiles à identifier *.
b) Les charbons de bois
Certains fragments de bois carbonisés déterminés par M. Couvert sont à rapprocher de nos
propres découvertes.
Citons par exemple :
— le Chêne à feuilles caduques et le Pin dans les couches 2,
— le Chêne vert et le Pin maritime dans les couches 3,
et le Chêne vert dans des foyers datés de la période Néolithique.
Soulignons aussi l’intérêt de la détermination dans la couche 3, du bois de Figuier dont il est
bien rare de rencontrer le pollen.
Nous avons enfin relevé avec beaucoup d’étonnement la présence de l’Epicea, successivement
dans les couches 2 et 3 et dans un foyer daté : 3 600 B.C.
L’aire de répartition actuelle de cet arbre étant très éloignée de l’Attique, il semble tout à fait
improbable qu’il ait pu peupler il y a 5 000 ans les montagnes les plus proches, sous le climat que nous
avons mis en évidence. Par contre, il est logique de penser que les bois retrouvés dans les couches ou
les foyers de Kitsos, ont été amenés de très loin par flottation, ramassés par l’homme sur la plage et
apportés dans la grotte pour allumer ou entretenir le feu. D’où la conclusion qu’il est bien délicat, dans
ce cas, de tenter de caractériser une période climatique à l’aide des déterminations anthracologiques ;
à notre avis, il est préférable d’utiliser ces précieux documents dans l’optique d’une recherche paléo¬
ethnographique.
c) La palynologie et l'étude des faunes
Les animaux domestiques, dont les restes ont été déterminés et comptés par R. Jullien, s’in¬
tégrent bien dans le paysage végétal évoqué par les résultats de la palynologie :
— beaucoup de chèvres, bien adaptées aux collines et aux escarpements arides ;
— quelques bœufs, certainement répartis dans la prairie herbacée de la plaine ;
— beaucoup de porcs ;
— de nombreux lièvres faciles à capturer au milieu de larges espaces découverts.
La relative importance de l’économie pastorale par rapport aux activités de chasse traditionnelle
semble donc tout à fait en harmonie avec l’hypothèse d’un déboisement intentionnel par l’homme en
vue de l’élevage et par certains des animaux domestiqués.
1. Communication orale de J. E. Brochier.
2. Nous sommes heureux de remercier le professeur W. Van Zeist pour son amicale collaboration.
Source : MNHN, Paris
106
J. RENAULT-MISKOVSKY
Autre découverte en rapport avec l’étude palynologique des sédiments néolithiques, la déter¬
mination par C. Mourer-Ciiauvire d’un oiseau : l’Outarde barbue qui vit actuellement en Afrique du
Nord et habite les endroits secs et découverts.
V. - COMPARAISON DES RÉSULTATS AVEC D’AUTRES ANALYSES POLLINIQUES
DE SÉDIMENTS QUATERNAIRES DE GRÈCE
A. — L’Holocène a Tenagi-Philippon II (T. A. Wijmstra, 1969)
Pour le Nord de la Grèce, en Macédoine, les pollens extraits des sédiments de la coupe de Tenagi-
Philippon II, mettent en évidence, pour la période : fin Atlantique et Sub-boréale, l’implantation d’une
forêt claire à Chênes, mêlés à l’Ostrya et relayés en altitude par les Sapins. La latitude ne permet pas
à cet endroit le développement des taxons méditerranéens réduits à quelques Pistachiers. Les Herba¬
cées sont peu développées et ce sont les Graminées qui dominent.
B. — Le paysage au Néolithique autour du site de Franchti-Cave (M. Sheehan, 1979)
Il est naturellement plus facile de mettre en parallèle les résultats de l’analyse pollinique des
sédiments néolithiques (néolithique moyen et néolithique récent) de Kitsos, avec les données des ana¬
lyses effectuées sur les sédiments du même âge (« late neolithic » et « final neolithic »), déposés dans le
gisement de Franchti dans la presqu’île du Péloponnèse. Les résultats reconstituent l’image d’un maigre
couvert forestier composé de Pins et de quelques essences méditerranéennes (Chêne vert, Olea, Phillyrea,
Pislacia et Cupressacées), les pourcentages des nombres de grains comptés ne dépassant pas 5 %. Les
Herbacées sont largement dominantes ; ce sont surtout des Composées (Cichoriées, Anthémidées),
quelques Graminées, Chénopodiacées et Polygonacées.
Nous sommes donc aussi à Franchti et à la même époque, en présence d’un paysage découvert,
dû vraisemblablement, à la fois au même climat sec et à un déboisement en vue ici de l’élevage du
mouton.
VI. - CONCLUSION
L’étude palynologique effectuée sur la partie néolithique des sédiments de la grotte de Kitsos
s’avère -tout à fait nouvelle pour la Grèce puisque nous ne pouvons la comparer qu’à l’analyse réalisée
à Franchti-Cave, encore partiellement inédite.
Les résultats sont à la fois paléobotaniques, paléoclimatiques et certainement palethnogra-
phiques. L’hypothèse d’un paysage contemporain d’un climat chaud et sec, mais intentionnellement
déboisé par l’homme en vue de l’élevage et de la culture, semble étayée par certains résultats des autres
chercheurs travaillant sur le même gisement.
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Source : MNHN, Paris
108
M. CLET
LA SÉQUENCE « WURMIENNE
NORD-COTENTIN
» DANS LES HEADS DU
(MANCHE)
Martine Clet *
Résumé. — Le littoral du Nord-Ouest du Cotentin étant particulièrement riche en coupes de dépôts
de versants d’origine périglaciaire ou « heads », une étude systématique de ces dépôts a été entreprise par le
Centre de Géomorphologie. La stratigraphie détaillée dans le head et dans les couches humifères sous-jacentes
a été levée sur une hauteur d’environ 20 mètres dans la falaise littorale bordant la baie d’Ecalgrain, falaise
servant de référence à l'étude d’autres sites. Une étude palynologique a été faite dans ces différentes formations
afin de mieux cerner le climat et les paléoenvironnements qui existaient lors de leur mise en place.
Summary. — The north-west coast of the Cotentin (Manche) is particularly rich in sections of deposits
of slopes of periglacial origin, usually designated by the term ” head ”. The study of these heads has been taken
up in the last few years by the ” Centre de Géomorphologie, Caen ”, from the point of view of préparation of
matcrial by gelifraction, assembling mechanisms and paleoenvironment of the deposits.
In this purpose a detailed stratigraphy was raised in the head at Ecalgrain bay and in the underlyiug
humiferous layers at a height of about 20 meters. To détermine more precisely the surroundings and the cli-
mate in which the diflerent formations were laid down, a systematic palynological study was undertaken over
the whole height of the cliff.
lt was thus possible to reveal three units, in the course of an épisode of marine régression. From the
marine influence at the base, we puss gradually to continental but still coastal environment, the whole being
overlain by continental detrital formations. As in other sites in the Cotentin, the old beach situated at the base
of the section is considered by most authors as ” Bas Normannien ”. But the pollen study did not led to any
décisive arguments to confirm this âge : no characteristic eemian flora was found. However, according to the
papers of W. A. Zagwmn, (1961-1974) in Holland, it seems that one can delimit the base of the first cold Wur-
mian or Early Wurmian glacial stage. This cold stage is followed by a first increase in température, which
could be likened to the Amersfoort Interstadial, the end of the Early Wurmien being troncated here. The
two upper head-loess séquences would then correspond to the Pleniglacial Stadial A and Pleniglacial Stadial B.
La baie d’Ecalgrain est située dans la pointe nord-ouest du Cotentin sur la côte ouest de la
presqu’île de la Hague. Située au Sud d’Auderville et à l’ouest de Jobourg, la baie d’Ecalgrain s’étend
sur une distance d’environ 1,5 km entre la pointe du Houpret au Nord et la côte soufflée au Sud. Le
head forme une sorte de terrasse continue au fond de la baie. Il est entaillé par une falaise vive dont la
hauteur peut atteindre 25 m, le haut du versant est modelé par de nombreux vallons en berceau. Le
site d’Ecalgrain a été choisi parce qu’il existe à la base de la falaise un dépôt humifère bien développé,
fossilisé par le head. On doit à M. Elhai (1962) la première analyse pollinique d’un échantillon tour¬
beux décrit par P. Hommeril et C. Larsonneur (1962).
* Centre de Géomorphologie du CNRS, rue des Tilleuls, 14000 Caen.
Source : MNHN, Paris
BAIE O'ECALGR AIN
I- — Substrats (roche à moins de 50 cm) : 1. migmatitcs et gneiss (Précambrien) —- 2. arkoses et grès — 3. quartzites
et grès quartzitiques — 4. schistes et schistes gréseux — 5. faille.
II. — Formes et formations dues au modèle périglaciaire : 6. chicot rocheux — 7. vallonnement périglaciaire —
8. formations cryoclastiques de versant (zone d’alimentation du head) — 9. head (zone d’accumulation) —■ 10.
loess — 11. tourbe et dépôts organiques de la base du head.
III- — Formes et formations marines : 12. falaise vive taillée dans le head. — 13. falaise vive taillée dans la roche
en place — 14. restes de plage éémicnne — 15. platier éémien — 16. platier rocheux actuel.
IV. — Formes et formations holocènes et anthropiques : 17. colluvions holocènes — 18. dune — 19. remblai
— 20. carrière — 21. rideau et talus anthropiques — 22. position de la coupe de référence.
Source : MNHN, Paris
110
M. CI.ET
STRATIGRAPHIE
La stratigraphie de la falaise d’Ecalgrain a été levée en détail. La série la plus complète est visible
dans la partie centrale de la baie au Sud du ruisseau du Moulin. Cinq grands ensembles ont pu être mis
en évidence de la base vers le sommet :
A —
environ 2 m
A, -
A, -
A 8 -
A4 —
Un ensemble marin avec platier, plage ancienne, tourbe littorale et sables dunaires sur
de haut.
Le platier fossile affleurant quelquefois à marée basse et battu par les vagues, se présente
sous la falaise recouvert de sables gris marins piégés dans les anfractuosités du rocher.
Parfois, ce platier est recouvert de lentilles de cailloutis hétérométriques inclus dans
une gangue sableuse. Ces lentilles ne sont pas présentes partout. Le platier ancien était
déprimé au voisinage du débouché du ruisseau du Moulin.
La plage ancienne à galets roulés que l’on retrouve en de nombreux endroits sur tout le
littoral du Cotentin est considérée par la plupart des auteurs comme « Bas Normannienne ».
Cette plage est localisée en certains points de la baie d’Ecalgrain dans les couloirs entre
les rochers au Nord, à la limite du contact gneiss-granite au Sud, sous les sables marins
au centre. Les galets et les graviers roulés sont inclus dans une matrice limono-sableuse
brun rouge. Le sommet de cette plage est certainement tronqué.
La plage ancienne est recouverte par endroits d’une formation sableuse grise avec quelques
taches brunes et rouilles, qui contient quelques gros blocs dispersés et quelques galets
roulés. Ce sable présente un caractère marin net. (P. Hommeril et C. Larsonneuk
1962 : « on y trouve des grains de quartz émoussés luisants typiques »). Cette formation
sableuse peut passer latéralement à des tourbes littorales, à caractère marin, tourbes
affleurant sur le platier actuel au Nord de la baie.
La partie sommitale de cette formation sableuse est transformée en alios. Ce niveau est
parfois complètement ferruginisé et durci. Quelques restes d’alios du même type renfer¬
mant des galets et des blocs anguleux apparaissent parfois sur le platier actuel qui dérive
par conséquent de l’ancien.
L’ensemble B est formé de niveaux humifères plus ou moins tourbeux à la base et devenant
plus argileux au sommet. Dans ces niveaux sont intercalées des lentilles de head formées de matériaux
détritiques hétérogènes. Cet ensemble s’étend sur une hauteur d’environ 4,5 m.
B! — Niveau tourbeux inférieur, noir, passant latéralement à des niveaux gris plus argileux
et moins épais. Ce niveau renferme de nombreux restes végétaux et d’insectes, et c’est
dans cette tourbe que l’on a les quelques datations. Au sommet, cette tourbe devient
plus grise et plus argileuse.
B 2 — La tourbe inférieure est surmontée d’une lentille caillouteuse à blocs hétérométriques
plus ou moins altérés. On trouve aussi quelques galets roulés et quelques blocs de head
dans une matrice beige rouille, sablo-limoneuse renfermant de nombreux graviers de
schistes, quartzites et quartz.
B s — Au-dessus de cette lentille caillouteuse se développe un second niveau tourbeux gris
noir, plus ou moins épais, se présentant parfois de manière discontinue sous forme d’argile
grise se débitant en gros polyèdres et se différenciant mal de l’argile grise qui le surmonte
et qui forme le niveau B 4 . Cette argile devient de plus en plus limoneuse vers le sommet.
B 8 — l re intercalation d’une lentille de head à blocs hétérométriques à matrice ocre, argilo-
sableuse.
Source : MNHN, Paris
112
[. CLET
B # — 2 e niveau argileux gris, parfois lité et renfermant quelques graviers.
B 7 — Nouvelle intercalation de head moins épaisse que B 5 , à matrice ocre-rougeâtre, argilo-
sableuse. Cette lentille est encore surmontée d’une formation argileuse grise B 8 brune
à la base, devenant ocre et sableuse au sommet et contenant quelques graviers et quelques
couches sableuses à litages nets.
B 9 — De nouveau une lentille de head à matrice argileuse plus ou moins rubéfiée. Au sommet
de Bg existe partout un niveau de 2 à 15 cm d’épaisseur de couleur rouge et de nature
limono-argileuse, formant une limite nette avec le head sus-jacent. Cette mince couche
formée de matériel ruisselé pourrait indiquer une troncature des dépôts avant la mise
en place du premier grand head.
Les ensembles A et B occupent le tiers inférieur de la falaise (Fig. 2). Par dessus se développent
deux grandes assises de head et limons : les ensembles C et D. L’ensemble C est formé du head inférieur
massif d’environ 5 m d’épaisseur surmonté d’un limon atteignant 2 m de haut dans sa partie la plus
épaisse. Ce head (C 2 , C 3 , C 5 ) renferme quelques lentilles limono-argileuse beige grisâtre et limono-
sableuses (C 2 , C 4 ). Le limon qui surmonte le head inférieur est sableux et ruisselé vers la base (C 6 ) et
renferme quelques petits lits de graviers (C 7 ), plus homogène et plus feuilleté vers le sommet (C 8 ).
Un second ensemble D, head-loess surmonte le premier. Ce head est formé d’une matrice limono-
sableuse relativement abondante et est moins développé que le head inférieur (2,50 m). Il est recouvert
d’un loess épais de 1,4 m environ, très homogène. Ce loess porte à son sommet les traces d’un sol brun
lessivé, bien développé.
Le sommet de la falaise E est recouvert d’une assise sableuse d’origine éolienne épaisse d’environ
1,5 m, remaniée dans sa partie supérieure et sur laquelle un mince sol humifère actuel s’est développé.
PALYNOLOGIE ET PALÉOENVIRONNEMENTS
Pour mieux cerner le milieu dans lequel se sont déposées les diverses formations de la falaise
d’Ecalgrain, une étude palynologique systématique a été entreprise sur toute la hauteur de la falaise,
au Sud du ruisseau du Moulin. Malheureusement, de nombreuses couches se sont révélées soit stériles,
soit très pauvres en pollens (cas des heads massifs et de certaines couches sableuses). Dans cette coupe
de référence, les prélèvements ont été faits tous les 2 cm dans les niveaux humifères et argileux, tous
les 5 cm dans les limons et loess supérieurs, tous les 10 ou 50 cm, selon la nature de la matrice dans les
heads. Ceci a permis l’étude de plus de 400 échantillons préparés selon la méthode de B. Frenzel
arrangée par B. Bastin et M. Couteaux (1966). La description palynologique va se faire de bas en
haut suivant les grandes unités stratigraphiques décrites précédemment. Plusieurs unités ont pu être
mises en évidence depuis la base jusqu’au sommet :
— un milieu marin (unité A) passant progressivement à un milieu continental, mais encore
littoral (ensemble B), le tout étant surmonté d’un milieu continental (ensembles, C, D, E).
1. — Le milieu marin :
Le sable gris (A 7 ) piégé dans le platier fossile s’est révélé stérile. Quelques prélèvements ont été
effectués dans la matrice de la plage ancienne (A 2 ). Malgré la présence de pollens, il est impossible d’en
déduire un résultat cohérent. En général, la plage ancienne est située sous une coulée de head et dans
ce cas la matrice recueillie entre les galets roulés est de nature argileuse de couleur ocre-rouge. Cette
matrice a la même composition que la matrice du head sus-jacent. Il y a eu vraisemblablement percola¬
tion de cette argile dans les couches sous-jacentes. De plus, le sommet de la plage est tronqué et très
souvent remanié.
Source : MNHN, Paris
SÉQUENCE WÜRMIENNE EN COTENTIN
113
Pour ces différentes raisons, l’appartenance de cette plage à l’interglaciaire Eémien, « Bas Nor-
mannien » pour les auteurs normands, n’a pu être prouvée par l’analyse pollinique.
Les sables gris (A 3 ) qui surmontent les galets de la plage en quelques endroits présentent d’après
l’étude morphoscopique et la granulométrie un caractère marin très net, mais n’ont pas fourni de pollens.
Toutefois, un échantillon prélevé au Sud d’Ecalgrain, à Herquemoulin, sous un ensemble head-loess
semblable à celui d’Ecalgrain s’est révélé être un échantillon de haut-estran : AP = 33 %, le pin est
dominant : 31 %, présence de quelques chênes, bouleaux, ormes, saules, noisetiers, les herbacées sont
dominées par les Cypéracées (24 %), Ericacées (16 %), les Composées liguliflores (8 %) et tubuliflores
(2 %) et l’on constate la présence importante des Chénopodiacées (jq 5 %). (Analyse M. F. Huault,
information inédite). La tourbe prélevée au Nord de la baie d’Ecalgrain, sur le platier actuel, présente
une végétation très proche de l’échantillon d’Herquemoulin : AP varie entre 12 et 30 % — Pinus est
l’espèce dominante, Quercus est présent, Salix, Betula et Ultnus sont sporadiques et Picea est présent
au sommet. Les Graminées dominent, les Cypéracées et les Chénopodiacées atteignent des pourcentages
importants (jq. 29 %).
Il s’agit d’une végétation caractéristique d’un schorre (marais maritime) qui favorise le déve¬
loppement des Cypéracées et des Chénopodiacées, et ce schorre est bordé par des dunes fixées par des
pins et des Graminées.
Cette tourbe représente un dépôt de début de régression. Le niveau de la mer stagne, après avoir
déjà baissé, et favorise ainsi le développement de marais maritimes derrière des cordons dunaires. Le
marais connaît encore une influence marine directe, le milieu est saumâtre, ce qui entraîne la présence
des plantes halophytes.
Le phénomène régressif continue, la mer se retirant, un matériel sableux devient disponible
et un cordon de dunes s’élève soit en bordure de la mer, soit derrière le schorre. La présence de ces dunes
est attestée par les sables roux lités plus ou moins ferruginisés (A 4 ). v
La végétation reflète ce milieu dunaire. Le pourcentage d’arbres atteint presque 50 %. Le pin
est toujours l’espèce dominante et atteint jusqu’à 40 %. L 'Épicéa atteint des pourcentages non négli¬
geables : jusqu’à 8 %. Mis à part quelques saules, ces deux espèces dominent le paysage arbustif. Les
Graminées dépassent parfois les 50 %. Les Cypéracées et les spores de fougères atteignent 15 et 5 %.
A la base, les chénopodiacées sont encore présentes (3 %), indiquant un milieu saumâtre, et disparais¬
sent dans les niveaux supérieurs, ce qui indique bien que l’action directe de la mer s’arrête à la base
de ces sables. Les températures (d’après ce que l’on peut en juger à partir de la végétation) sont de plus
en plus basses, les arbres thermophiles ( Quercus , Fraxinus, Carpinus, Fagus) sont absents. La végéta¬
tion est formée d’une forêt boréale claire à pins et Epicéa qui atteignent leur maximum. On peut mettre
en parallèle ce type de végétation et celui décrit par W. H. Zagwijn à Amersfoort en Hollande où la
forêt de pins et d’épicéas joue un grand rôle. Il s’agirait de la phase ultime de l’interglaciaire Eémien
nommé E6 par cet auteur. Il est évident qu’aux seules vues de ces analyses la comparaison puisse
paraître délicate. Amersfoort se situe dans un environnement fluvio-lacustre et le diagramme pollinique
décrit la presque totalité de l’Eémien.
A Ecalgrain, le milieu est totalement différent. Nous sommes en présence d’un milieu littoral
au pied d’une falaise (ce qui isole le domaine littoral des influences de l’arrière-pays), il est évident que
l’on ne puisse pas retrouver les traces d’une forêt épaisse qui n’a sans doute jamais existé dans cet
environnement qui était proche de l’actuel. Quoiqu’il en soit, il existait dans les environs suffisamment
de pins et d’épicéas pour laisser subsister quelques traces.
Le sommet des sables ferruginisés passe insensiblement à un niveau argileux gris devenant plus
noir au sommet. La transition est brève (sur environ 2 à 5 cm d’épaisseur). Cette limite se manifeste
nettement sur la stratigraphie et sur la végétation : le domaine marin de la base fait place à un domaine
continental dans l’ensemble B. Le phénomène régressif amorcé se poursuit. Peut-être doit-on dater
cette période de « transition entre la phase ultime de l’Eémien et début de l’Eowurm » et non Eémien
E6.
Source : MNHN, Paris
Fig. 3
Fie. 3
116
M. CLET
2. — Le milieu continental littoral.
La régression continue, les dunes sont envahies de plus en plus par la végétation, ce qui les
fossilise. Dans les tourbes prélevées sur le platier de Petit-Beaumont (au sud d’Herquemoulin) on a
retrouvé ce milieu intermédiaire de revers de dunes, entre les dunes franches (A 4 ) et les dépôts argilo-
tourbeux (B x ).
L’analyse palynologique révèle un AP variant entre 15 et 25 %, toujours dominé par les pins.
La courbe d’épicéas est souvent supérieure à 1 %. Salix présente une courbe continue. Quercus et Corylus
sont présents.
A la base les Graminées atteignent presque 60 % mais sont rapidement remplacées par les cypé-
racées qui deviennent dominantes au sommet. Quelques plantes aquatiques dulçaquicoles sont pré¬
sentes : Nymphaea, Myriophyllum. Calluna présente une courbe continue non négligeable, mais est
ici dominée par les spores de fougères monolètes. La présence de Juniperus indique un climat plus froid.
Cette tourbe forme la transition entre le domaine de dunes A 4 et le milieu marécageux d’eau douce qui
se développe derrière ees dunes. Le domaine marin n’est pas très éloigné : quelques pollens d'Armeria
sont retrouvés, Armeria se développant en milieu aéro-hvalin. A la base de cette tourbe, on trouve une
végétation de revers de dune fixée par des fougères et des Graminées avec parfois des Graminées de
type céréales : sans doute Elymus.
La transition entre les sables roux et le milieu tourbeux est brève mais continue à Ecalgrain
(coupe IX et B x ).
— Le pourcentage d’arbres diminue rapidement au profit des herbacées, AP dépasse rarement
20 %. Le pin est toujours l’espèce dominante, suivi par le chêne et le saule. Corylus, Alnus, Belula,
Ulmus présentent des courbes continues. Picea devient plus sporadique, mais le milieu est très humide.
De nombreuses espèces apparaissent, Fagus, Car pinus, Fraxinus, Acer, Tilia. Quelques arbustes sont
aussi présents : Ilex, Hedera, Myrica, Cornus. La présence de quelques Juniperus et Hippophaë indique
un climat froid. Le milieu herbacé est aussi très riche en nombreuses espèces. Le pourcentage des N AP
atteint le plus souvent 85 %. Les espèces dominantes sont : les Graminées, les Cyperacées et les Cal¬
luna et Éricacées qui augmentent brusquement à la base de la tourbe.
Ce dépôt argilo-tourbeux s’est effectué dans un milieu marécageux très humide à l’abri de toute
influence marine directe mais néanmoins derrière un cordon dunaire littoral (présence encore de quelques
Armeria et quelques Chénopodiacées). Ce marécage présentait quelques plans d’eau libre (plantes d’eau
douce : Nymphaea, Sparganium, Myriophyllum, Alisma, Typha, Liliacées, Sphagnum) et était bordé
de landes plus sèches favorisant le développement des bruyères, surtout des callunes, des Composées
tubuliflores de Caryophyllacées, de plantains, de Polygonum. Cette lande était parsemée de bouquets
d’arbres et d’arbustes. A Ecalgrain, ce dépôt est plus argileux que tourbeux, néanmoins quelques
macrorestes végétaux y ont été décelés (cf. H. Elhaï, 1962 ; P. Hommeril, C. Larsonneur 1962)
ainsi que quelques restes d’insectes (P. W. Schotton).
Pour W. H. Zagwijn, à Amersfoort en Hollande, la limite : Eémien — Eowurm a été tracée,
là où la courbe des plantes herbacées croît rapidement après la zone E6 (à Pinus et Picea), cette crois¬
sance étant liée à l’augmentation brutale des Éricacées et surtout de Calluna.
A Ecalgrain, on assiste au même phénomène : à la base du niveau tourbeux inférieur : Bl, la
courbe des éricacées augmente rapidement et cette croissance s’observe après un épisode où le pin et
l’épicea étaient prépondérants (cf. ci-dessus, niveau A 4 ). On peut maintenir donc, bien que ne disposant
que de peu d’éléments pour cette affirmation, l’hypothèse de datation pour le niveau A 4 , comme étant
bien la phase ultime de l’interglaciaire Eémien. La base du premier niveau tourbeux correspond donc
à la base de la première phase froide du Würm ou Eowürm (cf. B. Bastin, 1971).
La petite lentille de solifluxion B 2 , intercalée entre les deux niveaux tourbeux n’a d’aucune
manière perturbé la végétation qui n’est pas très différente de celle du niveau B 4 .
Les AP diminuent légèrement, Pinus restant l’espèce dominante, Picea est toujours présent.
Dans les NAP, les Graminées, les Cypéracées et surtout les Composées liguliflores croissent légèrement
au profit des Calluna et des Éricacées.
Dans le niveau argilo-tourbeux B 2 on va constater un léger changement dans la végétation.
Source : MNHN, Paris
SÉQUENCE WÜRMIENNE EN COTENTIN
117
Fig. 4
118
M. CLET
A la base, les 20 premiers cms présentent un pourcentage d’arbres moyen, variant aux environs de
17 %. Pinus reste l’espèce dominante, mais l’on constate une légère augmentation des Salix et des
Quercus. Picea est toujours présent. Pour les herbacées, les pourcentages de Calluna restent constants.
Après une pointe des Graminées, les Cvpéracées qui avaient presque disparu atteignent leur maximum.
Les plantes d’eau douce sont toujours présentes ainsi que les sphaignes qui atteignent 3 % à la base.
Les fougères présentent une courbe continue.
Au-dessus, on observe un net changement dans la végétation, les arbres augmentent : la moyenne
des AP atteint 24 %. Les courbes des Pinus, Salix et Quercus augmentent. Picea régresse légèrement.
De nombreuses espèces thermophiles sont présentes : charme, frêne, hêtre et même quelques pollens de
noyer ont été trouvés. Pour les espèces herbacées, on constate la presque disparition des Cypéracées,
provoquant un accroissement des bruyères qui atteignent parfois 25 et 30 % et une augmentation des
graminées. Les composées tubuliflores augmentent, les plantes d’eau douce disparaissent.
Au sommet de ce niveau s’amorce une nouvelle tendance. La courbe des arbres croît nettement
au proflt du pin qui atteint 55 %. Le chêne, le saule augmentent aussi. Les Cypéracées ont un pourcen¬
tage négligeable. Les Éricacées ont presque disparu. Les Composées tubuliflores et liguliflores prennent
de l’importance ainsi que des espèces de milieu plus sec : Artemisia, Caryophyllacées, Polygonum.
Le marais se comble progressivement et la nappe phréatique devient plus profonde ; le milieu
tourbeux de la base cède la place à des sédiments plus argileux. La régression des plans d’eau libre se
traduit par une disparition des Cypéracées et des plantes aquatiques et par l’installation d’une lande
recouverte de bruyères (Calluna). Cette lande se transforme peu à peu en une pelouse de Graminées
sur laquelle quelques arbres prennent de l’extension, les pins en particulier, qui vont s’accroître brus¬
quement. Parallèlement à cet assèchement, on assiste à un réchauffement qui se traduit dans la végé¬
tation par l’accroissement des arbres thermophiles (B 4 ). Après un maximum (limite B 3 -B 4 ) le pin régresse
fortement, le milieu redevient légèrement plus humide. Après un abaissement provisoire dans la courbe
des AP, on constate un accroissement du chêne qui atteint 7, 12 et 25 %. La croissance du bouleau suit
celle du chêne, mais n’est pas constante à tous les niveaux. Les Graminées régressent, les Cypéracées
s’accroissent de nouveau. Pendant la période de régression du pin, le milieu étant très ouvert, on constate
le développement d’espèces héliophiles telles que Ephedra, Helianthemum.
Au cours du réchauffement amorcé en B 4 , va se produire un phénomène qui va se répéter jusqu’en
B 10 . Intercalées dans les séquences grises argileuses, on trouve par trois fois des lentilles de head à matrice
argilo-sableuse (B 5 , B 7 , B 9 ). Dans ces séquences caillouteuses, la végétation diffère de celle retrouvée
dans les lentilles argileuses.
— En B 5 et B # , on constate que 98 ou 99 % des pollens reconnus sont des pollens de composées
liguliflores. En B 7 , la lentille caillouteuse est beaucoup moins épaisse et il semble que les liguliflores
n’ont pas colonisé la totalité du substrat.
Entre ces coulées de head, la sédimentation argileuse va se poursuivre. Le réchauffement amorcé
plus bas se continue après une brève installation des pins, le chêne et le bouleau deviennent les espèces
dominantes. L’aulne prend un peu plus d’importance ainsi que le noisetier. Le saule devient plus rare,
1 ’Épicéa devient sporadique. Fagus, Carpinus, Fraxinus, Juglans réapparaissent. Les Graminées domi¬
nent toujours les espèces herbacées.
Au-dessus des tourbières de la base, se développant en climat froid et très humide, un système
de sédimentation particulier à cet endroit va s’instaurer. Dans cette coupe, les couches argileuses grises
surmontant les tourbes sont assez épaisses. Leur épaisseur n’est pas constante tout au long de la falaise.
Cette accumulation d’argile s’explique par la topographie. On se situe à cet endroit au fond d’un vallon
!on retrouve une alternance de lits sableux et de petits graviers dans l’argile grise litée). Ce vallon
était encaissé dans une falaise littorale qui a été soumise à une action maritime prolongée, au cours
de la période précédant la régression. Au début de cette régression dont on a constaté les effets sur la
sédimentation de la base de la coupe, un épisode froid et très humide s’instaure, favorisant l’érosion de
la falaise. Des éboulements de pierrailles vont se répartir sur les pentes du versant, les eaux vont se
concentrer en un ruisseau lors du réchauffement postérieur.
Ainsi, l’intercalation des coulées pierreuses (B 8 , B 7 , B # ) dans l’argile grise, semble liée à des
fluctuations locales dans la dynamique des versants. En effet, on constate que la végétation n’est pas
Source : MNHN, Paris
SÉQUENCE WÜRMIEf
119
Fio. 5.
120
M. CLET
influencée par les coulées caillouteuses. Ces substrats sont colonisés par les composées liguliflores, mais
dès que l’argile redevient assez épaisse, la végétation en place réapparaît : chênes, bouleaux, pins,
Graminées reprennent de l’extension. Ces brèves interruptions n’influencent en rien l’ambiance clima¬
tique générale : on peut qualifier ce réchauffement d’interstade après un épisode froid.
Ce réchauffement correspond vraisemblablement au premier interstade de l’Eowurm ou inter¬
stade d’AMERSFOOBT (nomenclature de W. H. Zagwijn, 1961) qui est caractérisé en Hollande et en
Europe du Nord par « une extension de Pinus et de Betula, ce dernier supplantant Pinus pendant la
partie moyenne de l’interstade, et par le rôle effacé de Picea » (B. Bastin, 1970). Comme en Hollande,
ce réchauffement est précédé par la disparition des Ericacées et de Calluna. On remarque cependant
une différence avec ce schéma classique. Ici, le chêne est en général dominant sur le bouleau qui n’a
qu’un rôle secondaire. Or, en Europe du Nord, dans la plupart des diagrammes le bouleau a le rôle
prédominant alors que le chêne ne présente pas un accroissement particulier.
Peut-on faire intervenir la latitude ou bien l’influence maritime sur cette prépondérance du
chêne ? La question reste posée, l’interstade d’ÂMERSFOORT n’ayant pas encore été retrouvé dans les
régions littorales de l’Europe de l’Ouest. Mais il s’agit bien d’un premier interstade après un épisode
froid.
A la base de la puissante assise de head, on retrouve une mince couche d’argile rubéfiée. Il semble
qu’il y ait eu à ce niveau une absence de sédimentation ou une érosion de la partie supérieure de
l’Eowurm.
3. — Le milieu continental
Par dessus les niveaux littoraux de la base, deux assises puissantes head-limon sont observées.
Très peu de pollens ont été isolés dans le premier head massif et le limon qui le surmonte.
En C a , dans une lentille limoneuse, l’analyse a révélé encore la présence d’arbres en quantité
non négligeable : AP = 21 %. Le chêne et le bouleau dominent le pin et le saule. Les graminées forment
encore la majeure partie de la strate herbacée avec les ombellifères, le plantain, les Filipendula et les
composées.
Plus haut C s , une analyse dans le head présente plus de 99 % de Composées liguliflores, mais
on remarque cependant la présence de Pinus, Betula, Picea, Alnus, Corylus, Quercus, de Graminées,
plantains, saxifrages...
Dans cette lentille, P Épicéa est retrouvé pour la dernière fois, il n’apparaît plus au-dessus.
Seuls quelques niveaux au sommet du head (C 5 ) renferment des grains de pollens. On retrouve
encore entre 99 et 81 % de liguliflores, indiquant un climat sec ou tout au moins un substrat sec et
filtrant.
A la base des limons (C 8 ), on constate une légère croissance des tubuliflores et des renonculacées.
Plus haut dans la coupe, à la base des limons ruisselés (C 7 , C 8 ), on trouve quelques échantillons conte¬
nant des pollens. D’abord on constate un changement dans la végétation AP = 22 %. Le bouleau domine
le chêne, le pin et le noisetier. Les liguliflores ont disparu. Les Graminées dominent le plantain, les
Ombellifères quelques saxifrages et plantes héliophiles comme Artemisia, et quelques Cypéracées, ce qui
pourrait indiquer un milieu plus humide.
Et de nouveau, les liguliflores atteignent des pourcentages très élevés, dépassant souvent 99 %.
De temps en temps, une espèce prend de l’extension, sans que l’on puisse en donner une explication.
Ainsi, les Renonculacées, les Rosacées puis les saules (à 640 cm) forment des pointes au détriment des
liguliflores. (Ces concentrations de pollens pourraient être expliquées par la fossilisation d’une fleur
de ces différentes espèces à l’endroit du prélèvement, ce qui est vraisemblablement le cas pour le saule).
Stratigraphiquement, l’ensemble C pourrait correspondre au Mésowürm (Nomenclature de
Y. Guillien reprise par B. Bastin, 1971). L’analyse pollinique n’a pas prouvé cette appartenance,
mais les quelques éléments recueillis indiquent l’existence d’un climat certainement froid et sec (C 3
à C e ) suivie d’une phase froide mais plus humide (C 7 , C 8 ). (Présence de Cyperacées, Filipendula, Renon¬
culacées).
Le second ensemble head-loess (série D) a fourni encore moins d'échantillons propices à l’analyse.
Source : MNHN, Paris
SÉQUENCE WÜRMIENNE EN COTENTIN
121
A la base du head (D 1 ), on remarque une diminution des liguliflores, entraînant la croissance des gra¬
minées jusqu’à 47 %, puis une augmentation des AP jusqu’à 32 %. Le bouleau, le chêne et le pin domi¬
nent. Alnus, Corylus, Fagus, Carpinus sont présents. Les herbacées sont composées de Plantago, Ombel-
lifères et Filipendula. S’agit-il d’un léger réchauffement ? Cette croissance des arbres se situe en concor¬
dance avec la base du head supérieur (D,). Une petite phase climatique plus humide a pu permettre
la réintroduction de quelques arbres, mais très vite, les liguliflores redeviennent prépondérantes.
Dans le loess supérieur, on constate un léger accroissement des arbres, le pin et le chêne domi¬
nent le bouleau. On voit l’apparition de quelques Hippophaë indiquant un climat froid, et une régres¬
sion des liguliflores au profit des Plantago et des Chénopodiacécs, indiquant la formation d’une steppe.
Plus haut (D 7 , D 9 ), un reste de paléosol brun a fourni peu d’éléments pour l’analyse pollinique :
chênes et pins régressent au profit des Hippophaë. Les liguliflores atteignent encore 50 % et sont accom¬
pagnées de tubuliflores et de Plantago.
Cet ensemble D correspond stratigraphiquement au Néowürm, le peu d’éléments disponibles
sont caractéristiques d’un climat froid et sec. Une dune (E) surmonte le dernier limon. Un seul échantillon
a pu être étudié. Il renferme 90 % de liguliflores et 7 % de graminées. Les arbres sont absents : un seul
pollen de saule a été trouvé.
CONCLUSION
Par similitude avec d’autres gisements du Cotentin, la plage située sous les heads est considérée
par la plupart des auteurs comme « bas Normanienne » (Eémienne), l’état de fraîcheur du matériel va
dans ce sens. Toutefois, l’étude pollinique n’a pas apporté d’arguments décisifs pour confirmer cet
âge, la flore caractéristique du plein interglaciaire n’ayant pu être mise en évidence.
Une datation du dépôt tourbeux le plus ancien avait donné 12 600 ± 400 ans BP (G. Deli-
brias et C. Larsonneur, 1966). Un nouvel essai, tenté par P. W. Shotton sur des macrorestes végé¬
taux à l’occasion du Congrès de l’INQUA en 1969, a donné plus de 37 000 ans. Les plus récentes data¬
tions obtenues ont été de 40 750 ans BP et supérieures à 44 500 BP (P. W. Shotton et R. E. G. Williams,
1971). Ces résultats confirment l’âge au moins würmien des heads et des loess : les deux séquences head-
loess pouvant être mises en parallèle avec les deux pléniglaciaires du Würm.
En s’appuyant sur les travaux de W. H. Zagwijn, l’étude pollinique conduit à proposer une
chronologie plus complète, la tourbe du platier et les sables surmontant les galets de la plage ancienne
dateraient de la fin de l’interglaciaire Eémien et marqueraient le passage de l’Eowürm. Les niveaux
tourbeux B x et B 3 se seraient mis en place pendant la première phase froide de l’Eowürm. Le réchauffe¬
ment sensible qui vient ensuite (flore des niveaux B 4 à B 10 ) serait celui de l’interstade d’d’AMERSFOORT.
II y aurait une lacune importante, celle de la fin de l’Eowürm avec l’absence des interstades de Brorup
et d’ODDERADE.
Rappelons que l’hypothèse d’une troncature importante, précédant la mise en place du premier
grand head, a été émise au cours de l’étude stratigraphique ; les séquences head-loess correspondraient
au Mésowürm et au Néowürm.
Aux yeux de certains, l’épaisseur de matériel mis en place (17 à 25 m visibles en coupe) plaiderait
en faveur d’une chronologie plus longue, englobant Riss et Würm, la plage ancienne se trouvant de ce
fait anté-éemienne. Mais d’autres arguments suffisent pour justifier l’épaisseur des dépôts.
D’une part, il faut tenir compte de l’amplitude de la falaise qui avait une dénivellation originelle
de 110 à 120 m ; lorsque les falaises sont moins importantes (par exemple à Port-Racine, au nord),
l’ampleur des dépôts est moindre et atteint 8 à 10 mètres. D’autre part, il faut aussi remarquer que
la mer a presque regagné sa position ancienne et qu’on se trouve par conséquent à proximité de la falaise
morte où les dépôts étaient les plus épais.
Source : MNHN, Paris
122
M. CLET
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Source : MNHN, Paris
LES ÉCHETS : UN MARAIS CAPITAL POUR L’HISTOIRE CLIMATIQUE DU
QUATERNAIRE RHODANIEN
J.-L. de Beaulieu *, J. Evin **, P.
G. Monjuvent **'*, M. Reille *
Résumé. — Cinq diagrammes polliniques étayés par des datations au 14 C et établis sur des sondages
traversant le marais des Échets, près de Lyon, sont présentés. Précédant le Würm, deux phases interglaciaires
riches en Carpinus sont mises en évidence ; la chronologie botanique est comparée à celle d’autres séquences du
Quaternaire moyen et récent.
Summary. — This paper présents five pollen diagrams with five radiocarbon datings from borings made
in the Echets peat bog near Lyon. Preceding the Würm, two interglacial periods ricK in Carpinus are evi-
denced ; the botanical chronology is compared with that of other sequences of the mid- and upper Quaternary.
I. - INTRODUCTION
La région lyonnaise a été entièrement modelée par l’action des glaciers et par celle de leurs eaux
de fusion. La morphologie peut se subdiviser en trois grandes régions (voir carte) :
— A l’est, les cordons frontaux des moraines internes de Grenay dominent l’ombilic terminal
de la vallée de la Bourbre laissé en place par la fusion du dernier glacier alpin.
— Au centre, s’opposent deux secteurs différents constitués respectivement, au Nord par le
plateau morainique des Dombes parsemé de quelques dépressions naturelles dont la plus grande est
le marais des Échets, au Sud par les grands couloirs fluvio-glaciaires de 1’ « Est lyonnais » séparés par les
collines dites « radiales » à cœur mollassique et revêtement morainique.
— Enfin, à l’Ouest, de Montanay à Givors, apparaît une nouvelle zone compliquée de moraines
frontales dites « externes » dominant la dépression périphérique qui s’étend du Nord-Ouest de Lyon
à Givors.
* Laboratoire de Botanique historique et Palynologie, ERA CNRS n° 404, Fac ulté des Sciences et Techniques
Saint-Jérôme, 13397 Marseille Cedex.
** Laboratoire de Radiocarbone, Département des Sciences de la Terre, LA CNRS n° 11, 43, bd du 11 Novembre,
69621 Villeurbanne.
*** Laboratoire Rhodanien de Géomorphologie, LA CNRS n° 260, 74 , rue Pasteur, 69007 Lyon.
**** Institut Dolomieu — Géologie et Minéralogie, Université de Grenoble I, Rue Maurice Gignoux, 38031
Grenoble Cedex.
Source : MNHN, Paris
124
J.-L.
E BEAULIEU, J. EVIN, P. MANDIER, G. MONTJUVENT
I. REILI.E
A. — Cadre morpho-stratigraphique
1. Historique
Presque tous les auteurs depuis A. Penck en passant par Ch. Deperet, F. Roman, M. Thorai.
puis, plus récemment Y. Bravard, F. Bourdier et M. Gigout, s’accordent pour voir dans la région
lyonnaise l’action d’au moins deux, voire trois glaciers successifs. Le dernier, le glacier würmien, aurait
édifié les moraines internes de Grenay et serait responsable des grands couloirs fluvio-glaciaires de
F « Est-lyonnais » qui ont découpé en lanières les moraines d’ablation abandonnées par un glacier plus
ancien. Pour Ch. Deperet (1913), F. Roman (1926) et L. Doncieux (1913), il y aurait eu succes¬
sivement à Lyon un glacier mindélien qui aurait construit les grands cordons morainiques externes
de Sathonay à Fourvières et à Millery et dont les eaux de fusion se seraient écoulées par la vallée péri¬
phérique de Vaise à Givors, tandis que le glacier rissien, de moindre extension, serait resté cantonné
en rive gauche du Rhône et en contrebas des Dombes.
A. Journaux (1956) puis M. Gigout (1969) reprennent, en ne la modifiant que très peu, cette
ancienne interprétation. F. Bourdier (1963) pense aussi à deux glaciations lyonnaises qu’il rattache
au Riss et au Mindel ou à deux épisodes de la glaciation de Riss séparés par un grand interstade.
Au contraire, L. David (1967) reprenant l’hypothèse mono-glacialiste de A. Jayet (1966)
pense que tout le glaciaire lyonnais ne s’explique que par une seule grande avancée, celle du Würin,
suivie d’un grand nombre de stades de retrait dont le cinquième et dernier correspond aux moraines
internes de Grenay et le deuxième aux moraines externes de Fourvières.
2. Les données nouvelles (P. Mandier, 1979)
Elles permettent de reconnaître que plusieurs glaciers ont atteint successivement la région
lyonnaise et ont fossilisé soit d’anciennes terrasses, soit des moraines. Dans de nombreuses petites
coupes, il est possible de reconnaître des paléosols enfouis permettant d’attribuer cette succession non
pas à différents stades d’oscillation d’un seul et même glacier mais à deux glaciations distinctes. Trois
coupes fondamentales permettent de le montrer.
La première coupe est celle de Solaise où une carrière de 50 m de dénivellation permet de mettre
en évidence la superposition de deux complexes (moraine sur fluvio-glaciaire) séparés par un paléosol
d’origine incertaine (interglaciaire ou interstadiaire), parce que tronqué.
En revanche, dans la coupe du terrain de sports de Sérézin située immédiatement au Sud de la
précédente, un paléosol de 1,6 m, enfoui sous une moraine calcaire, épais et développé au détriment
de cailloutis sous-jacents avec argilification importante de la matrice, est d’origine interglaciaire vrai¬
semblable.
La troisième coupe, située dans le lotissement récent de Ternay-Villeneuve, montre un paléosol
différent (par son épaisseur, son degré de rubéfaction et ses caractères pétrographiques) du précédent,
raviné et fossilisé par une moraine corrélable avec les cailloutis sous-jacents au paléosol de la coupe
précédente et établi sur la terrasse dite de Ternay. Ces coupes n’intéressant que les moraines externes,
quatre glaciations auraient atteint le piémont lyonnais :
— la glaciation de Grenay (Würm) restée localisée à 20 km à l’Est de Lyon (moraines internes) :
— la glaciation correspondant aux moraines supérieures de Sérézin et de Solaise ;
— la glaciation correspondant aux cailloutis inférieurs de Sérézin et de la moraine de Ternay-
Villeneuve ;
— la glaciation qui serait responsable de l’édification de la terrasse de Ternay.
3. Situation du marais des Echets dans le Quaternaire lyonnais
Situé dans la partie sud-ouest morainique du plateau des Dombes, au sein du complexe des
moraines externes, à 4 km cependant de leur ride la plus occidentale, le marais des Échets correspond
Source : MNHN, Paris
MORAINES
D’ABLATION
I NTERNE S
f I f frontales.caillouteuses-»
collines radiales-riss recent
' - recouvertes de loess
E XTERNE S
I II frontales,caillouteuses
' ’ 2‘déglaciations
I PLIO-VILLAFRANCHIEN
| alluvions jaunes
plaine alluviale
holocène
marais
terrains sédimentoires -U-i—U-i
secondaires [I N
socle primaire
Source : MNHN, Paris
J.-L. DE BEAULIEU, J. EVIN, I*. MANDIEK, G. MONTJUVENT ET M. BEILLE
126
sans doute à un petit surcreusement par un lobe de glace. Comme le glacier würmien est demeuré en
contrebas de ce plateau, l’histoire de la végétation dont témoigne le contenu sporopollinique du remplis¬
sage sédimentaire de cette dépression est susceptible d’apporter des indications chronologiques précises
sur les différents épisodes mis en évidence par les observations concernant les moraines externes et
évoquées ci-dessus.
B. — Description du marais
La dépression des Échets, en forme de gigantesque S, a une superficie de plus de 1 300 ha et
correspond à un ancien lac dont le remblaiement, à partir d’un bassin-versant de 4 100 ha, est à peu
près totalement achevé, à l’exception de la partie centrale de la cuvette. Commencés par Philippe de
Savoie en 1481, les travaux d’assèchement n’ont été complètement achevés que très récemment (1968-
1971). La superficie couverte par la tourbière holocène ne représente que 120 à 130 ha, soit le dixième
de la surface potentielle du lac, ce qui prouve que celui-ci était en grande partie comblé à la fin du Würm.
Le remplissage tourbeux le plus épais (2 à 5 m) n’occupe qu’une surface restreinte (50 ha) qui est encore
exploitée aujourd’hui. J. Gourc, qui a reconnu par sondage cette partie centrale de la tourbière, en
a effectué la première analyse polliniquc dont les résultats ont été publiés sous forme d’un diagramme
dans la Revue de Géographie de Lyon en 1936.
C. — Historique des sondages
Dans le centre du marais trois tentatives pour toucher le fond morainique furent vouées à l’échec :
— en 1976 une sonde manuelle soviétique ne put dépasser 9 m (diagramme 1) ;
— au printemps 1978 un carottier Smith jumelé avec le système de treuil du Laboratoire Rhoda¬
nien de Géomorphologie n’est pas descendu plus bas que 12,40 m ;
— à l’automne de la même année, une sonde hélicoïdale du Laboratoire de Géologie appliquée
de Grenoble, montée sur engin automobile, buttait à 22 m (diagramme II).
C’est alors qu’une série de sondages exploratoires à la périphérie du marais furent tentés :
— en octobre 1978, la sonde hélicoïdale ne pouvait dépasser 21 m, mais l’intérêt du diagramme
pollinique (diagramme III) nous incitait à persévérer ;
— au printemps 1979, à 20 m au Sud, N. A. Morner mit en œuvre le « sweedisch foil piston
corer » sans pouvoir l’enfoncer plus bas que 11 m (diagramme IV) ;
— immédiatement après cet échec, une ultime tentative avec la sonde hélicoïdale permettait
d’atteindre le contact entre le remplissage lacustre et les dépôts morainiques de base à 29 m de profon¬
deur (base des diagrammes IV et V).
Comme nos propres moyens techniques n’étaient pas adaptés au sondage dans ce très vaste
marais ni à la nature de son remplissage, ne peuvent être présentés pour l’instant que des résultats
stratigraphiques et palynologiques encore fragmentaires.
Cependant, notamment grâce à l’occurrence de datages 14C, ils comportent suffisamment d’infor¬
mations pour qu’une première présentation se justifie.
II. - DESCRIPTION SOMMAIRE ET CORRÉLATIONS ENTRE LES DIAGRAMMES
Le premier diagramme montre deux parties séparées par une passée qui s’est avérée résolument
stérile correspondant à des niveaux cendreux sous-jacents à la tourbe ; elle pourrait correspondre à
un niveau de combustion ou d’émersion.
Source : MNHN, Paris
128 J.-L. DE BEAULIEU, J. EVIN, P. MANDIER, G. MONTJUVENT ET II. REILI.E
La partie supérieure présente un Holocène classique qui débute dans le Boréal.
La partie inférieure a été rapportée au Dryas ancien. Les spectres sont d’une grande homogé¬
néité et sont le reflet d’une végétation steppique froide et sèche ; le taux du pollen d’arbres ne dépasse
que rarement 20 %. Ce n’cst que vers la fin de cette période que s’observent une chute de la courbe des
Artemisia et une augmentation de la représentation de Pinus qui sont le signe d’une première amélio¬
ration climatique, peut-être le début du B0lling. La lacune recouvrirait donc tout le Tardiglaciaire et
le début de l’Holocène.
Ce diagramme est relayé vers le bas par le diagramme 2 qui porte trois datages absolus dans
une période du plus haut intérêt, de 16 250 ± 480 B.P. (Ly 1908) à 6,6 m à 24 300 ± 1 100 BP (Ly
1798) à 19,8 m. Sur toute la hauteur du profil de — 22 m à — 6 m, les 106 spectres réalisés sont d’une
étonnante monotonie et rappellent beaucoup ceux du Dryas ancien du diagramme précédent. La courbe
de Pinus dont les fréquences varient parfois du simple au triple mais dont les pourcentages sont tou¬
jours inférieurs à 40, oscillant surtout autour de 15, peut être considérée comme plate puisque des
variations de cet ordre observées dans une zone de faible représentation du taxon sont sans signification
botanique (H. Triât, 1978). L’ensemble du diagramme est à rapporter à un pléni-Würm où ne peuvent
objectivement être décelés ici aucun des interstades décrits, il est vrai dans des grottes, pendant cette
période (Lascaux 17 500 B.P., Laugerie 19 500 B.P., Tursac 23 500 B.P., Würm III-IV : A. Leroy-
Gourhan, 1968, M.-M. Paquereau, 1978).
A ce diagramme fait suite vers le bas l’ensemble des diagrammes 4 et 5. La succession « mini¬
mum de Pinus contigu d’un maximum A'Artemisia et d’une présence A'Isocles suivi de la présence simul¬
tanée de Larix et Picea avec maximum de Pinus » permet de situer le niveau daté 32 100 _ ^oq^-P-
(Ly 1910) en D3 avec les niveaux 9 m ou 10,50 m de D4, la plus grande partie ou la totalité de D2 se
situant forcément au-dessus de ce dernier.
Les quatre mètres superficiels du sondage correspondant à D4 constitués de sables oxydés n’ont
pas livré de pollen. Le repère relatif que constitue la profondeur indique que le niveau daté en D3
correspond plutôt au niveau 9 m de D4.
Jusque vers — 12 m le diagramme 4 a été découpé en sous-zones à la vue des courbes de Pinus
et Artemisia qui sont en anticoïncidence, sauf entre — 7 m et 8,8 m dans la sous-zone Vlli qui semble
correspondre simultanément à de hautes valeurs moyennes pour les fréquences de ces deux taxons.
Il s'agit, jusqu’en Vile compris, de spectres qui évoquent une végétation steppique, assez peu différents
de ceux des diagrammes précédents avec des épisodes qui affectent essentiellement Pinus et Artemisia.
Les phénomènes sont profondément différents dans les sous-zones VlIdetVIIb dans lesquelles
apparaissent simultanément le pollen de Picea en courbe continue avec des fréquences de l’ordre de
5 % et celui de Larix dont on connaît (J. L. de Beaulieu, 1977) le faible pouvoir de dispersion (un
stomate de feuille de Picea ayant été rencontré à 13,4 m lors du maximum de l’espèce, la présence
d’îlots forestiers comportant les deux espèces sur place est très vraisemblable). Dans les spectres de ces
épisodes, le cortège steppique ne disparaît pas et les Artemisia, Thalictrum, Helianthemum, Chénopo-
diacées, Plantago sont toujours présents en faibles pourcentages. La présence d’îlots forestiers « in situ »
de Picea et peut-être Larix témoigne, pendant ces époques, au moins d’une nette diminution de l’aridité.
Les spectres de la zone Vlla évoqueraient à nouveau une végétation steppique froide du Pléniglaciaire.
Le diagramme 5 de 17 à 25,5 m est en continuité avec le précédent. Il relate des faits botaniques
beaucoup plus variés et compliqués que ceux examinés jusqu’à présent. Nous y avons reconnu six zones
polliniques (les deux premiers spectres 16,97 et 17 sont à rapporter à la zone VI la du diagramme précé¬
dent). Les spectres des zones I et III, avec de forts pourcentages A’Artemisia et de steppiques et un
faible taux de pollen d’arbres dû essentiellement à Pinus sont à rapporter à des périodes glaciaires.
Les zones II et IV qui montrent des spectres nettement forestiers avec une complexité compa¬
rable à celle de l’Holocène ne peuvent être rapportées qu’à des périodes interglaciaires.
Quelques points de détail méritent d’être discutés :
— les spectres de la sous-zone la associent assez curieusement un imposant cortège de steppiques
avec du pollen de Cypéracées et d’arbres forestiers en faibles fréquences : Car pinus, Quercus, Corylus,
Source : MNHN, Paris
LES ECHETS.II Ain. Altitude 267m.
Source : MNHN, Paris
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130 J.-L. DE BEAULIEU, J. EVIN, P. MANDIER, G. MONTJUVENT ET M. REILLE
Picea. Ce mélange est peut-être naturel si l’on considère que les spectres de cette époque renferment
aussi beaucoup de spores d’Algues, mais aussi de Champignons et de Ptéridophytes qui semblent indi¬
quer des périodes d’émersion, donc un dépôt sédimentaire très lent ;
— l’épisode à Artemisia de la sous-zone Ile qui commence aussi par un maximum d'Abies et
de Picea pose un problème qui ne peut être résolu qu’en invoquant l’existence de mélanges ; ces mélanges
qui intéressent aussi la zone I Ig sont trop importants et surtout trop complexes pour être imputés au
seul procédé de sondage. Il peut s’agir de mélanges naturels liés à une sédimentation complexe dont
l’étude va être menée par l’un d’entre nous (P. Mandier) et dont témoigne aussi la rapide succession
des maximums de Quercus, Carpinus, Betula.
A l’évidence, toute cette zone II qui ne s’étend que sur 2 m doit être affectée de longues et nom¬
breuses lacunes ;
— les zones IV, V, VI intéressent peut-être la même période tempérée : la sous-zone IVd ayant
un caractère intermédiaire, encore plus accusé dans la zone V, vers une végétation froide et steppique
alors que la zone VI, qui voit le retour de Betula et Picea et le recul des steppiques, correspond à une
végétation de caractère tempéré. Ces faits sont tout à fait identiques à ceux que condense le petit
diagramme 3, le hiatus du diagramme 5 pouvant être assimilé à la sous-zone IVb de D3, très homogène
vis-à-vis de celles qui la jouxtent.
En D5, où le sondage a atteint — 29 m, les argiles compactes passant à du sable puis des graviers
morainiques inférieurs à 25,5 m n’ont pas livré de pollen.
III. - TENTATIVE D’INTERPRÉTATION CHRONOLOGIQUE ET PALÉOCLIMATIQUE
La présentation des diagrammes ayant établi une zonation pollinique locale, il s’agit de tenter
de replacer les événements enregistrés aux Échets dans la chronologie du Quaternaire, préliminaire
indispensable à toute considération paléoclimatique.
Il n’y a pas d’équivoque quant à l’appartenance au cycle würmien de la partie sommitale du
remplissage, tourbe exceptée, jusqu’à — 17 m en D3 et D4.
Mais plus bas, la superposition de deux périodes tempérées intercalées entre des phases froides
pose un problème.
Aussi bien convient-il d’appliquer la méthode qui consiste à comparer les Échets avec des
séquences similaires déjà connues et datées.
A. — Problèmes chronologiques généraux
Cette démarche conduit à un dédale d’hypothèses car la chronologie du début du Quaternaire
moyen traverse une phase aiguë de remises en question.
Ces remises en question sont d’ailleurs le fait de la multiplication des séquences polliniques
concernant cette période, soit plus ou moins courtes, comme en Allemagne du Sud et en général en Suisse,
soit très longues, comme à la Grande Pile (G. Woillard, 1978) et à Meikirch (M. Welten, 1976),
séquences qu’il était impossible de faire entrer dans le moule de la chronologie classique.
Ce sur quoi tous s’accordent, botanistes comme géologues, c’est qu’il y eut au Quaternaire
davantage de cycles d’alternance que les six cycles classiques.
Au niveau des ultimes épisodes ayant précédé la dernière glaciation, les carottes marines et les
longues séquences continentales de Tenagi-Philippon (T. A. Wijmstra, 1969) et la Grande Pile
(G. Woillard, 1978) donnent à croire qu’il y a eu trois phases interglaciaires séparées par de brèves
périodes glaciaires.
En Europe, cette trilogie peut être interprétée de trois façons.
Source : MNHN, Paris
LES ECHETS III.
J.-L. DP: BEAULIEU, J. EVIN, P. MAXDIER, G. MONTJ U VENT ET M. REILLE
132
a. Chronologie étendue vers le haut
L’interglaciaire inférieur serait le Riss-Würm ou l’Eémien, les épisodes chauds supérieurs corres¬
pondant aux interstades du début du Würm (Amersfoort et Brorup, N. W. Zagwijn 1961) qui acquiè¬
rent alors le statut d’interglaciaire (c’est ainsi que la séquence Tenagi-Philippon est interprétée par
Wijmstra).
b. Dilatation du dernier inter glaciaire
Les trois épisodes chauds et les deux phases glaciaires qu’ils encadrent seraient à placer dans
l’intervalle de temps autrefois dévolu à un seul dernier interglaciaire (Eémien).
c. Chronologie étendue vers le bas
Le ou les deux épisodes intcrglaciaires inférieurs pourraient être reculés dans le temps et pren¬
draient place, dans la chronologie alpine, entre le Mindel-Riss et le Riss-Würm.
En outre, il faut noter que B. Frenzel (1978), après avoir comparé l’évolution des végétations
dans les séquences interglaciaires du Nord de l’Allemagne et du Piémont bavarois, est arrivé à la con¬
clusion que l’Eémien du domaine de la glaciation Scandinave et le Riss-Würm du domaine de la glacia¬
tion alpine n’étaient pas synchrones, le Riss-Würm étant plus récent que l’Eémien.
B. — Discussion de la séquence chronologique des Échets
Qu’en est-il de la séquence des Échets dans le cadre de cette hypothèse ?
a. Chronologie étendue vers le bas
Cette hypothèse est la plus aisée à corréler avec les données géologiques locales.
Le marais des Échets apporterait alors la confirmation des théories de B. Frenzel adoptées
par G. Woillard à la Grande Pile, selon lesquelles l’Eémien est antérieur au Riss-Würm.
Cependant se pose alors la question de l’identification des interstades du début du Würm. La
zone VI ou l’ensemble des zones VI, Vllb et Vlld pourrait sans doute être rapporté à ceux-ci. Mais
dans le Grésivaudan par W. Gremmen P. M. (in Grootes, 1977), en Suisse par M. Welten (1976) qui
considère qu’après une phase de froid intense succédant immédiatement au Riss-Würm existe un
grand complexe interstadiaire (<t T1-T2 = Frühwürm Interstadiale »). Dans les deux régions les spectres
polliniques présentent un cortège floristique diversifié, évoquant un climat plus tempéré que celui
qui régnait aux Échets lors des époques caractéristiques des zones VI et surtout Vllb et Vile.
Parallèlement, aux Échets il n’y a pas de trace évidente des phases décrites à la Grande Pile
sous les noms de St-Germain II et Lanterne I (avec ses trois interstades d’Ognon I, II, III).
Donc, si l’on veut adopter l’hypothèse chronologique longue, il faut soit admettre que le Würm
initial et notamment ses interstades ont connu un climat froid, ce qui revient à remettre en question
la datation des séquences suisses et savoyardes, soit faire intervenir aux Échets un hiatus couvrant
tout le début du Würm. Cette première hypothèse peut paraître gratuite, mais la nature des sédiments
au sommet de la phase à Carpinus et Corylus IVc (limon terreux riche en débris de mousse) évoque
une phase sinon d’émersion, du moins de très basses eaux.
b. Chronologie étendue vers le haut
Dans ce cas l’Interglaciaire inférieur (Z. II) aurait valeur de Riss-Würm, la zone III serait la
première phase froide du Würm et les zones IV, V, VI constitueraient l’ensemble interstadiaire du Würm
ancien, et les petits interstades Vllb et VId, sûrement antérieurs à 32 000 B.P., prendraient place dans
le « mesoWürm ».
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
LES ECHETS. V
LES ÉCHETS
135
Cétte hypothèse s'accorde bien avec les conceptions de M. Welten selon lesquelles il y a pu dans
le domaine alpin une forte avancée glaciaire immédiatement après le Riss-Würm ; elle pourrait, à con¬
dition d’admettre une corrélation entre la zone IV de D5 et St-Germain II de la Grande Pile, s’accorder
avec la chronologie proposée par N. A. Morner (1979) pour cette dernière séquencé. '
Cependant; dans ce cas, lés Échets constitueraient le seul site où une telle extension de la forêt
à Carpinus dominant sè serait développée durant un interstade du Würm ancien, ce qui est un fait
singulier.
Il serait possible d'évoquer d’autres hypothèses intermédiaires ehtre ces deux extrêmes ; un
tel exercice ne deviendra utile que lorsque des sondages irréprochables et plus proches du centre du marais
auront été réalisés, permettant de préciser la stratigraphie, comblant les lacunes et permettant des
analyses polliniques plus serrées ainsi qu’un ensemble d’investigations sédimentologiques géochro¬
nologiques et paléomagnétiques qui, sans aucun doute, élucideront bien des.questions encore pendantes.
Mais d’ores et déjà le marais des Echets apporte des informations de tout premier plan sur l’histoire
de la végétation et du climat quaternaires du sillon rhodanien.
A) Les variations des tàux moyens des Armoises et des Graminées semblent permettre la distinc¬
tion entre le Dryas ancien (début du Tardiglaciaire) et le Würm récent (dernier Pléni-Würm), le premier
étant plus riche en Armoises;
b) Au moins depuis environ 24 000 B.P. jusqu’à la fin du Dryas ancien, il n’est enregistré aucune
oscillation des courbes polliniques qui puisse évoquer la moindre amélioration climatique correspon¬
dant à d’éventuels interstades.
c) Au Würm récent dont les courbes polliniques sont étales s’oppose un Würm moyen caracté¬
risé par des oscillations des seules courbes des fréquences de Pinus, en anticoïncidence avec celle des
Artemisia. Ces oscillations ont sans doute une valeur climatique et les études ultérieures diront s’il est
possible de les corréler avec des interstadës connus.
Contrairement à ce que l’on observe à la Grande Pile, Belula est très effacé durant cette période.
d) Enfin, trois phases, à rapporter soit au Meso-Würm soit à l’Eowürm, sont caractérisées par
un faiblè développement, dans les environs des Échets, de Picea et Larix.
e) Il n’y a pas lieu de revenir sur les incertitudes chronologiques concernant la base du remplis¬
sage. Du point de vue strictement biogéographique les « interglaciaires » des Échets sont, quant à leur
évolution floristique, de la même famille que ceux qui ont été décrits plus au Nord en Europe, avec
notamment d’importantes phases à Carpinus.
Au total, l’intérêt du marais des Échets pour l’histoire climatique du Quaternaire rhodanien
est double :
— d’une part, il révèle deux interglaciaires qui, quel que soit leur âge, démontrent au moins
que les moraines externes résultent d’une histoire complexe antérieure au Würm ;
— d’autre part, il contient une séquence wiirmienne d’une exceptionnelle continuité.
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Source : MNHN, Paris
PLÉISTOCÈNE - HOI-OCÈNE AU SHABA
EXEMPLE D’ÉVOLUTION PALÉOCLIMATIQUE AU
PLÉISTOCÈNE TERMINAL ET A
L’HOLOCÈNE AU SHABA (ZAÏRE)
M’benza-Muaka * et E. Roche **
Résumé. — Les études actuellement en cours sur la géomorphologie et la palynologie du quaternaire
du Shaba ont montré que l’environnement au Pléisotcène terminal et à l’Holocène présente l’évolution suivante :
avant 12 000 B.P. sous un climat plus froid et plus sec que l’actuel se développaient des steppes et des
savanes herbeuses.
après 12 000 B.P. le réchauffement et l’humidification du climat ont favorisé l’extension des forêts claires.
Celles-ci subissent actuellement une forte dégradation d’origine anthropique,
Summary. Both geomorphological and palynological studies actually donc in Shaba (Zaïre), shown
that the environment at the upper Pleistocene and during Holocene evoluated as following :
before 12 000 B.P. under a colder and drier climate than the présent, végétation was made of grassland
and savana.
after 12 000 B.P. the increasing of température and wetness, leaded to the extension of woodland which
is nowadays greatly degradated by the human activities.
L'étude que nous entreprenons s’inscrit dans le cadre d’un essai de synthèse que nous voudrions
réaliser au Shaba (Zaïre) sur la stratigraphie du Quaternaire par l’utilisation principalement des méthodes
palvnologiques.
Deux sites ont déjà été étudiés (Fig. 1), La Kamoa et la Haute Luilu ; pour chaque site on a
tenté de corréler les données géomorphologiques aux résultats d’analyses palynologiques des sédi¬
ments.
Un troisième site, celui de la Lupembashi, fait l’objet du présent travail. Nous tracerons un
aperçu général sur la géomorphologie du site, nous dresserons et commenterons un diagramme polli-
nique des sédiments récents et nous tenterons un essai d’interprétation sur l’évolution paléoclimatique
du Quaternaire terminal au Shaba en essayant de corréler les résultats de trois sites.
Aperçu géomorphologique
La « plaine » de la Lupembashi (Fig. 2) se raccorde au palier supérieur de la « plaine » de la Lufira
qui est une large dépression bordée par les hauts plateaux de Kibara au Nord, des Kundelungu à l’Est,
des Biano à l’Ouest et de la Kando au Sud et qui est divisée en deux paliers par des bourrelets de crêtes
appalachiennes, les monts Koni et Dipompa.
* Laboratoire do Géomorphologie intertropicale, Université de Liège, Belgique.
** F.N.R.S. Musée de l’Afrique Centrale, Tervuren, Belgique.
Source : MNHN, Paris
138
t-MUAKA
Cette n plaine » de la Lupembashi est en fait une dépression évasée à fond plat drainée princi¬
palement par la rivière Lupembashi et recouverte d’alluvions de nature différente qui reposent, en
pente très douce, sur un substratum schisto-gréseux à fines intercalations calcaires. Des termitières
aplaties et des bourrelets de levées naturelles alignées en croupes surbaissées y forment l’essentiel du
microrelief.
Sur cette topographie presque plane, la rivière Lupembashi incise ses alluvions jusqu’à la roche
en place dans le secteur amont du coude de la Mimbwa, alors qu’une faible incision souligne à peine son
lit dans le secteur aval où la rivière se perd ensuite dans une zone marécageuse. L’action différentielle
de la rivière sur les alluvions parait, à notre avis, être l’un des processus géomorphologiques le plus
Source : MNHN, Paris
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140
M'BENZA-MUAK/
K. HOCHE
6.G0m
2.50m
0.60m
0.00m
COUPE SCHEMATIQUE DU PONT DE M OSE
7 NIVEAU DE LA LUPEMBASHI
2 ROCHE EN PLACE
3 CAILLOUTIS HETEROGENE INDURE AVEC LENTILLES
4 CE PC T LIMONEUX
5 DEPOT DE SABLE STRATIFIE
6 DEPOT LIMONEUX RUBEFIE
7 NDAGA (TERRE CUITE )
6 LEVEE NATURELLE
5 INCISION ACTUELLE DE LA LUPEMBASHI
Fie. 3.
Source : MNHN, Paris
PLÉ1STOCÈNF. HOLOCÈNE AU SHABA
141
marquant de la « plaine » qui attire l’attention. Le point de changement dans la dynamique apparente
de la rivière se situe dans la zone du coude de la Mimbwa.
Cette rivière, ainsi que le montrent certains faits géomorphologiques, alignement de levées
naturelles, méandres recoupés et suspendus, coulait autrefois dans le prolongement de la Lupembashi.
Aujourd’hui, le lit de la Mimbwa est suspendu à près de 4 m au-dessus de la Lupembashi.
Ce brusque changement de l’action fluviatile paraît, en partie, s’expliquer par un déversement
de la Lupembashi vers une zone plus basse de son lit majeur. Ce déversement aurait favorisé, en accen¬
tuant la pente de la rivière, une vigoureuse reprise d’érosion en amont consécutive au remblaiement
de la zone basse en aval du coude de la Mimbwa. L’action érosive liée à la phase climatique actuelle
(S. Alexandrf.-Pyre, 1967) a été renforcée par ce déversement pour expliquer l’importance de l’entaille
que la Lupembashi a opérée dans ses alluvions.
L’évolution ancienne de la « plaine » paraît beaucoup plus liée directement aux influences clima¬
tiques ainsi que l’a montré J. Alexandre (1979) dans l’étude de la coupe du Pont de Mose (Fig. 3).
Cette coupe, visible sur ± 6mde profondeur et une dizaine de mètres de largeur, le long de la
berge droite de la Lupembashi, laisse apparaître trois complexes de dépôts suggérant une succession
de remblaiement et de déblaiement de la vallée, liée à des oscillations climatiques du Quaternaire
terminal.
Le premier complexe, un dépôt de cailloutis hétérogène induré repose sur la roche en place qui
aifleure à quelques dm du niveau actuel de la Lupembashi. Ce dépôt aux éléments mal classés, peu ou
pas émoussés, souligne une sédimentation de lit mineur sous conditions climatiques xériques.
Le deuxième complexe est un dépôt des sédiments fins, gleyfiés dans la partie inférieure, rubéfiés
dans la partie supérieure où on note également la présence des grenailles latéritiques de formation,
probablement in situ. Ce dépôt surmonte le cailloutis induré, il souligne un remblaiement de la vallée
sous climat à saisons contrastées.
Le troisième complexe, enfin, est constitué d’un dépôt de sable stratifié et gleyfié dans la partie
basale reposant sur la roche en place, et de sédiments plus fins (plus limoneux) dans la partie sommi-
tale dont le milieu est occupé par un « ndaga » (dépôt de terre cuite). Le dépôt de sable stratigraphié
est associé à des débris organiques dont un tronc d’arbre daté au C14 à ± 7 000 B.P. (J. Alexandre :
communication orale). Une rangée des débris résiduels (grenailles latéritiques, fragments de quartz)
soulignant un ancien versant de la berge, sépare les complexes I et II du complexe III, indiquant par
le fait même qu’une incision, probablement sous climat de type climat de savane, a précédé le rem¬
blaiement de la vallée par le dépôt du complexe III. Selon S. Alexandre-Pyre (op. cit.), ces phases
d’incision des rivières sont fréquentes sous le climat de savane actuelle.
Le dépôt du complexe III suggère un remblaiement sous conditions climatiques de forêt dense
au départ mais qui auraient évolué ultérieurement vers un climat moins humide, rendant même possible
l’occupation humaine dans la vallée asséchée.
Un niveau brun foncé, reste de levées naturelles en raccord avec celles de la Mimbwa, couvre
tout le sommet de la coupe. Une profonde incision entaille actuellement tout le dépôt. Nous avons
expliqué plus haut la signification de cette reprise d’érosion responsable de l’enfoncement du lit de la
rivière qui tend à rétablir son profil d’équilibre.
Les données stratigraphiques de la coupe du Pont de Mose, bien qu’encore fragmentaires, mon¬
trent quand même un rapprochement avec les schémas quaternaires proposés dans l’étude de certains
sites de l’Afrique Centrale et Orientale. On sait qu’en Afrique Orientale, un climat plus froid et plus
sec à régné de ± 50 000 B.P. à ± 10 000 B.P. avec une légère oscillation plus chaude vers ± 28 000 B.P.
A partir de ± 10 000 B.P. et jusqu’à ± 7 000, se développe une phase humide, puis le climat tend vers
ses conditions actuelles.
Pour l’instant, à défaut d’analyse palynologique de la coupe du Pont de Mose, nous ne pouvons
que comparer celle-ci à la séquence de la Kamoa (Fig. 4) située un peu à l’ouest, étudiée en 1975 par
J. Moeyersons et E. Roche.
Au site de la Kamoa, il a été établi qu’avant 12 000 B.P., le climat devait être aride, les longues
périodes sèches ne permettant le développement que d’une végétation xérique de type steppe herbacée
ou arbustive. Cette période (60 000 ? — 12 000 B.P.) paraît correspondre selon nous à la phase de dépôt
Source : MNHN, Paris
9£6l 3H00H 3
PLÉISTOCÈNE — HOLOCÈNE AU SHABA
143
Source : MNHN, Paris
144
l’BENZA-MUAKA ET E. ROCHE
du premier complexe du Pont de Mose. Vers la fin de celle-ci, la Kamoa présentait une action érosive
des pentes, mal protégées par une végétation pauvre, phénomène qui s’observe également au Pont de
Mose à la limite entre les complexes 1 et II.
A partir de 12 000 B.P. et jusqu’à ± 7 000 B.P., la végétation évolue vers un stade moins ouvert.
On assiste au développement de la forêt claire et à l’extension des forêts galeries. Les versants de la
Kamoa, mieux fixés par la végétation, se stabilisent et la rivière entre dans une période d’alluvionne-
ment. C’est le cas aussi au Pont de Mose où J. Alexandre a observé un remblaiement de la vallée sous
un climat à alternances saisonnières. Ce climat connaît une oscillation humide vers 7 000 B.P., puis
évolue vers un assèchement ainsi que le montrent le dépôt du troisième complexe du Pont de Mose
et l’analyse palynologique des couches supérieures de la séquence de la Kamoa : la végétation assez
ouverte (savane arborée) de 6 000 à ± 2 000 B.P. évolue ensuite vers un stade proche de l’actuel (exten¬
sion de la forêt claire et des forêts galeries).
Le profil Lupernbashi II
Les analyses palynologiques ont été faites sur des échantillons prélevés dans des sédiments de
remblaiement de la zone aval du coude de la Mimbwa (Fig. 5).
Le profil de 3,50 m (Fig. 6) pratiqué dans les alluvions montre de la base au sommet un dépôt
jaunâtre, peu compact, surmonté d’un niveau graveleux de près de 30 cm passant imperceptiblement
à un dépôt de sable argileux de ± 1 m d’épaisseur qui se termine par une zone de couleur foncée (N13).
IJn dépôt de sédiments plus fins argilo-limoneux compact occupe la partie supérieure du profil sur 1,25 m.
Ce dépôt présente aussi une zone plus foncée à ± 55 cm de profondeur.
Malgré l’absence de datations absolues, tenant compte du déversement de la Lupernbashi,
on est amené à admettre que les sédiments du profil sont relativement récents. Mais bien qu’il n’existe
aucune donnée sur la vitesse de sédimentation, une estimation au départ du dépôt de sable stratifié
de la coupe du Pont de Mose daté de ± 7 000 B.P. (C14) situerait la base du profil de la Lupernbashi
aux environs de i 3 000 B.P. Le remblaiement résultant de l’alluvionnement à la faveur du déverse¬
ment s’est probablement opéré assez rapidement dans un milieu au départ bien drainé, l’écoulement
de la rivière s’effectuant dans un lit mineur bien marqué. L’apport continu d’alluvions aurait exhaussé
ce lit et la rivière se serait étalée, rendant le milieu marécageux. Un colmatage de ce milieu s’est peut-
être produit à la faveur d’un apport de sédiments fins. Les termitières surbaissées que l’on rencontre
dans la zone périodiquement inondée, seraient antérieures au remblaiement et se seraient érigées pen¬
dant que le drainage du milieu était encore bon et peut-être aussi sous un climat plus sec (A. Streel-
Potelle, 1959).
L’analyse palynologique (Fig. 7) du profil Lupernbashi II révèle à la fois une succession de phéno-
dènes locaux et des modifications climatiques affectant un environnement plus large. Après avoir
détaillé les différents aspects du profil, nous établirons un parallélisme avec la Kamoa et surtout avec
une séquence de sédiments fluviatiles de la Haute Luilu située plus à l’Ouest, sur le plateau de la Manika.
Le spectre pollinique des couches inférieures (sous 1,80 m) témoigne de l’existence pendant
le dépôt de ces couches d’une végétation de savane ( Gramineae — Composeae — Umbelliferae — Euphor-
hiaceae) se développant sous un climat relativement sec. La présence régulière, avec un maximum à
— 2,16 m de pollen de Podocarpus, laisse supposer que le climat était aussi légèrement plus froid que
l’actuel.
Dans cette partie du profil, deux pointes sensibles du % en Concentricystes (— 2,4 m et — 1,8 m)
soulignent des phases d’activité importante de la rivière tandis que la dépression devait être largement
envahie par les eaux comme l’indique l’expansion des algues entre — 2,16 m et — 1,80 m.
Dans la seconde partie de la séquence (de — 1,80 m à — 1,10 m), on observe l’évolution de la
savane herbeuse vers la savane arborée, le développement de la forêt à Brachystegia et la raréfaction
de Podocarpus semblent indiquer un réchauffement climatique. Durant cette période, la surface d’eau
libre a atteint son extension maximale (% d’algues très important entre — 1,50 m et — 1,40 m) ; ensuite,
il s’est produit un atterrissement comme l’indique l’installation d’un marais à Typha (— 1,28 ra) puis
une nouvelle expansion des Gramineae (— 1,20 m).
Source : MNHN, Paris
Pl.ÉISTOCÈNE - HOLOCÈNE AU SHABA
145
ARGILE BRUN CLAIR
ARGILE NOIRE
ARGILE BRUNE RUBEFIEE
17.5 VR 4/3-2)
ARGILE SABLEUSE NOIRE
(N/3-2 I
ARGILE SABLEUSE (GLEYFlE)
NIVEAU GRAVELEUX
DEPOT JAUNATRE
PROFIL LUPEMBASHI
Fig. 6.
10
Source : MNHN, Paris
i46
M'BENZA-MUAKA ET
ROCHE
iun de la végétation au cours du temps au site Lupembashi 2. Les variations les plus intéressantes concernent : Brachyslegia (1), Podocarpus (2),
Euphorbiaceae (10), les Composileae (21), les Pleridophyles (22), les Gramineae (23), les Cyperaceae (24), les Typhaceae (25), les algues (26) et les
l'LÉISTOCÈNE HOLOCÈNE AU SHABA
147
La progression de la forêt claire à Brachystegia dans la savane arbustive à Combretum et Protea
se manifeste plus nettement dans la troisième partie du profil (de — 1,10 m à — 0,65 m). On y devine
également une progression de la forêt galerie à Syzygium, Sapotaceae, Rauwolfia Celtis et Pteridophytes
diverses. Une petite pulsation humide traduite par une nouvelle extension du marécage à Typha s’ob¬
serve à — 0,68 m.
Enfin, dans la partie supérieure de la coupe (de — 0,60 m à — 0,15 m), la végétation apparaît
comme essentiellement herbacée mais il est fort probable que le recul de la forêt soit le fait d’une activité
humaine intense.
Dans tout le profil Lupembashi, on remarque une dominance très nette du pollen de Gramineae
et de plantes marécageuses. Nous pensons que l’étendue des marécages et l’éloignement des zones fores¬
tières de l’endroit où ont été faits les prélèvements sont les causes principales de la sous-représentation
des espèces arborescentes ou arbustives.
La comparaison du profil de la Lupembashi avec ceux de la Kamoa et de la Haute Luilu apporte
des informations intéressantes sur l’évolution de l’environnement du Sud du Shaba au Quaternaire
terminal.
Nous avons dit qu’à la Kamoa, entre ± 6 000 B.P. et ± 2 000 B.P., sous un climat plus sec,
se développaient des savanes arborées évoluant progressivement vers la forêt claire. Le même phéno¬
mène s’observe à la Haute Luilu où des sédiments plus anciens que 2 000 B.P. contiennent des pollens
traduisant l’existence de savanes arbustives à Combretum et Euphorbiaceae. Ces niveaux peuvent être,
à notre avis, corrélés avec la première partie du profil Lupembashi.
Les niveaux datés à la Luilu de ± 2 000 B.P. (datation C14) renferment un assemblage palyno-
logique qui est le reflet d’une phase climatique de transition encore légèrement plus sèche et plus froide
que le climat actuel.
Podocarpus est bien représenté dans un couvert végétal où les savanes arborées à Protea, Com¬
bretum, Croton et Uapaca dominent mais où on perçoit la progression de la forêt claire à Brachystegia
et des forêt galeries à Syzygium.
Cette période (± 2 000 B.P.) trouve son équivalent à la Lupembashi dans le 2 e niveau (— 1,80 ni
à — 1,10 m).
L’expansion des forêts claires à Brachystegia et des forêts galeries à Rauwolfia, Khaya, Cassia.
Syzygium ainsi que la chute de Podocarpus s’observent sur le plateau de la Manika à une période que
l’on peut situer entre 2 000 et 1 000 B.P. La régression de la forêt qui apparaît ensuite est due, comme
l’admettent la plupart des auteurs, à l’action de l’homme.
Ces phénomènes se retrouvent à la Lupembashi aux niveaux 3 (— 1,10 m à — 0,65 m) et 4
(— 0,65 ma — 0,15 m) où l’on voit respectivement une poussée du Brachystegia suivie d’une nouvelle
expansion des savanes vers le haut du profil.
CONCLUSIONS
Dans les différents profils étudiés (Kamoa, Pont de Mose, Haute Luilu, Lupembashi), on constate
que l’environnement au Shaba pendant l’Holocène connaît l’évolution suivante :
climat + froid -»■ climat + chaud -> actuel
+ sec
Savane herbeuse -> Savane arborée —> Forêt claire —> Savane
[action humaine]
L’étude palynologique des profils de la Kamoa, de la Haute Luilu et de la Lupembashi confirme
l’opinion de M. Streel et de P. Duvigneaud pour qui les forêts claires du Sud du Shaba constituent la
végétation climax de cette région.
Le profil de la Lupembashi, relevé dans une zone marécageuse, traduit en plus l’évolution parti¬
culière du milieu, soit un atterrissement progressif : une surface d'eau libre faisant place à un marais
évoluant ensuite vers une savane à Gramineae.
Source : MNHN, Paris
148
fBENZA-MUAKA ET E. ROCHE
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QUATERNAIRE D’AFRIQUE ORIENTALE
149
PALYNOLOGIE ET INTERPRÉTATION PALAÉOCLIMATIQUE DE
TROIS NIVEAUX PLÉISTOCÈNE SUPÉRIEUR D’UN SONDAGE DU
LAC ABHÉ (AFAR, TERRITOIRE DE DJIBOUTI)
R. Bonnefille *, F. Gasse **, C. Azema ***. M. Denekle ***
Résumé. — Les résultats palynologiques du sondage du lac Abhé (Afar Central) apportent des docu¬
ments inédits sur la végétation des zones subdésertiques d’Afrique orientale au Pléistocène supérieur. Le son¬
dage du lac Abhé (50 m) est d’abord replacé dans son cadre géologique et stratigraphique. Trois échantillons
ont permis d’obtenir des spectres polliniques significatifs. Ils se situent respectivement autour de 25 500 ans B.P.
et aux environs de 40 000 et 45 000 ans B.P. Les résultats des analyses polliniques pléistocènes sont comparés
à ceux d’échantillons actuels du lac, de la rivière Awash et de la surface du sol. Des variations dans les pourcen¬
tages de pollens des plantes de montagne, de forêt riveraine, de savane et dans ceux des Chenopodiaceael
Amaranthaceae ont été mises en évidence. Pour les deux périodes considérées, les résultats traduisent des végé¬
tations de conditions climatiques plus humides que celles du lac Abhé actuel. Les reconstitutions basées sur les
données palynologiques s’accordent bien avec celles établies par de précédentes études sur la sédimentologie
et les diatomées.
Summary. — Pollen analysis of Abhe core (Central Afar, Djibouti) testifies to late Pleistocene environ-
mental changes in a subdesertic East African zone. The geographical and chronological setting of this core
(50 m depth) is described. Three samples only are rich enough to provide significant pollen spectra, respec-
tively dated ca. 25 500 y. B.P., and 45 000 to 40000 y. B.P. Lowland savanna, montane forest, aquatic végétation
and Chenopodiaceael Amaranthaceae pollen frequencies clearly fluctuate. The changes ib régional végétation
covers indicated by these fluctuations agréé with information on sedimentary faciès and diatoms flora.
Le lac Abhé (240 m d’altitude, 11° N, 42° E) se situe dans un fossé tectonique de l’Afar Central
(Éthiopie et Territoire de Djibouti). Un sondage de 50 m de profondeur a été effectué sur sa bordure
orientale (Fig. 1). Réalisé en 1971 par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières des études de
gradient géothermique, ce sondage a fait l’objet d’un important travail sur les diatomées (Gasse, 1975).
Les corrélations avec des affleurements marginaux, appuyées sur 85 datations 14 C pour l’ensemble du
bassin (effectuées par J. C. Fontes et G. Delibrias) ont permis de reconstituer les fluctuations du niveau
et des paléoenvironnements lacustres depuis environ 70 000 ans B.P. (Gasse, 1977a, 1977b) (Gasse
et Delibrias, 1976). L’évolution du lac Abhé a été comparée à celle des autres bassins de l’Afar (Rognon
et Gasse, 1973) (Fontes, Pouchan et Thibault, 1979). Elle est maintenant bien corrélée avec celle
du bassin Ziway-Shala (Rift éthiopien) (Gasse et Street, 1978) (Gasse, Rognon et Street, sous presse).
Les variations mises en évidence en Ethiopie et celles des lacs d’Afrique orientale (Butzer et al., 1972)
(Livingstone, 1975, et sous presse) traduisent des phénomènes complexes non synchrones pour les
* Laboratoire de Géologie du Quaternaire, Université de Luminy, 13288 Marseille Cedex 2.
** École Normale Supérieure, 92260 Fontenay-aux-Roses.
*** Laboratoire de Géographie physique. Institut de Géographie, 191, rue Saint Jacques, 75005 Paris.
Source : MNHN, Paris
150
R. BONNEFILLE, F. GASSE, C. AZEMA ET M. DENEFLE
périodes antérieures à 15 000 ans B.P. (Butzer, 1978) (Gasse, sous presse). Au cours du Quaternaire
supérieur, l'évolution des lacs d’Afrique intertropicale, synthétisée dans divers articles (Alimen, 1976)
(Maley, 1977a) (Street et Grove, 1976) (Rognon, 1976) (Street et Gasse, 1979), ne peut s’expliquer
que par des changements des mécanismes climatiques globaux (Maley, 1973, 1977d) (Servant, 1973)
(Servant et ni ., 1976) (Rognon et Williams, 1977).
Les données palynologiques sont rares en Afrique orientale. Jusqu’à une date récente, elles
concernent exclusivement les lacs d’altitude du Kenya (Coetzee, 1967) (Van Zinderen Bakker,
1969), de l’Ouganda (Livingstone, 1967) (Morrison, 1968) (Morrison et Hamilton, 1974). A l’exclu¬
sion du lac Victoria (Kendall, 1969), les pollens n’ont pas été étudiés dans les autres lacs des rifts
est-africains qui ont fourni de longues séquences pour les études des diatomées (Harvey, 1976)
(Holdship, 1976) (J. L. Richardson et A. E. Richardson, 1972) (Richardson, Harvey, Holdship,
1976). En Éthiopie, les données palynologiques obtenues concernent les sédiments lacustres pléistocènes
ou pliocènes en affleurements (Bonnefille, 1972, 1976, 1979) ou des dépôts récents de haute altitude
(Hamilton, 1977). Les résultats du lac Abhé apportent de premiers documents palynologiques pour
le Pléistocène dans les zones subdésertiques en Afrique orientale.
L - GÉNÉRALITÉS
1. — Contexte géographique f.t chronologique
Le sondage a été effectué à quelques kilomètres à l’Est du rivage actuel du lac Abhé, et à 5 m
environ au-dessus du plan d’eau (Fig. 1). Le lac Abhé, d’une superficie de l’ordre de 350 km 2 , s’étend
à 240 m d’altitude dans un vaste bassin endoréique, d’origine tectonique. C’est le lac terminal de la
rivière Awash, seul cours d’eau permanent atteignant le centre de l’Afar, et qui prend sa source à 2 500 m
d’altitude sur les plateaux éthiopiens. Actuellement en voie d’assèchement, le lac Abhé n’a que quelques
mètres de profondeur ; ses eaux sont hyperalcalines et riches en bicarbonate de sodium. Le bassin du lac
Abhé se situe dans une zone subdésertique, où la pluviosité moyenne annuelle, répartie entre deux
courtes saisons des pluies, est inférieure à 300 mm.
Dans les études précédentes il a été montré qu’au cours des périodes humides du Pléistocène
supérieur, le lac Abhé occupait la quasi-totalité du bassin tectonique dans lequel il se trouve et recou¬
vrait une superficie de l’ordre de 5 000 — 6 000 km 2 et sa profondeur atteignait 500 m. La stratigraphie
simplifiée du sondage est présentée sur la figure 2. Les méthodes de datations et la validité des résultats
radiochronologiques sont discutées par Gasse et Delibrias (1976). La partie supérieure de la carotte
est datée par 11 âges 14 C qui se succèdent dans un ordre logique jusqu’à la profondeur de 20,80-21,08 m
pour laquelle un âge de 39 000 ± 4 000 ans B.P. a été mesuré. Une anomalie apparaît dans l’âge des
niveaux sous-jacents (25,77-27,19 m), de toute évidence très rajeunis (7 000-9 000 ans B.P.). Cette ano¬
malie est vraisemblablement liée à l’existence d’eaux souterraines circulant dans cette tranche de sédi¬
ment, comme le suggèrent les mesures de température et de pH effectuées lors du sondage, ainsi que les
analyses chimiques des dépôts et des eaux interstitielles (Gasse, 1975). Deux niveaux argilo-calcaires
(27,67-27,77 m et 29,53-29,63 m) affichent des âges > 40 000 ans B.P. Les sédiments inférieurs à 21,08 m
ne peuvent donc être datés que par extrapolation, et par comparaison avec les affleurements situés
vers les marges du bassin lacustre. L’ensemble des résultats obtenus pour l’ensemble de ce bassin a
permis d’établir la courbe de fluctuations du plan d’eau depuis environ 70 000 ans B.P. (Gasse, 1977a).
Trois épisodes de haut niveau lacustre ont été reconnus au Pléistocène supérieur : Abhé I (50-33,65 m >
70 000-60 000 ans B.P.), Abhé II (31,70 à 20,90 m, > 40 000-39 000 à 31 000 ans B.P.), Abhé III (20,90
à 13,80 m, 30 000-29 000 à 17 000 ans B.P.). Après une phase de grande aridité (13,80-8,70 m) datée
de 17 000 à 10 000 ans B.P., durant laquelle le lac s’assèche, les épisodes Abhé IV (9 600-8 500 ans B.P.),
Abhé V (7 500-4 000 ans B.P.), Abhé VI (2 700-1 000 ans B.P.) et peut-être Abhé VII, se succèdent
au cours de l’Holocène. Ces épisodes apparaissent sur la figure 2, à l’exception des phases Abhé V,
Abhé VI et VII non représentées dans le sondage.
Source : MNHN , Paris
QUATERNAIRE D’AFRIQUE ORIENTALE
15i
2. — Méthodologie — Traitement des échantillons
Un premier échantillonnage des sédiments de la carotte a été effectué tous les mètres. Le traite¬
ment porte sur 20 g de sédiment environ. Il consiste en une série d’attaques chimiques par l’acide chlor¬
hydrique suivies de rinçages et d’attaques à l’acide fluorhydrique suivies d’une dissolution des acides
humiques à la potasse. 63 échantillons, correspondant à 53 niveaux stratigraphiques distincts, ont été
traités, certains niveaux ayant été échantillonnés plusieurs fois. Les résultats concernant le contenu
en pollens sont consignés dans le tableau 1.
Tabl. 1.
Résultats des préparations palynologiques sur les échantillons de la carotte du lac Abhé (Éthiopie).
Niveaux stériles 40 75,5 %
Niveaux avec pollens 13 24,5 %
(dont niveaux à nombre de pollens > 100 3 5,6 %)
Des échantillons contenant des pollens, seuls 3 d’entre eux (5,6 %) ont permis d’obtenir des
spectres significatifs. Des difficultés de conservation des pollens dans les lacs alcalins d’Afrique orien¬
tale ont déjà été soulignées (Livingstone, 1975). L’emplacement de la carotte dans la zone marginale
actuelle, la plus soumise aux dessications et aux altérations biologiques au cours des alternances émer¬
sions/immersions, n’est certainement pas favorable à la conservation des pollens. D’autre part, les con¬
ditions de conservation de la carotte, entreposée à Djibouti, ont entraîné une dessication partielle des
sédiments, ce qui a pu être un facteur supplémentaire de destruction des pollens.
Nous présentons ici les résultats palynologiques pour les trois niveaux correspondant aux pro¬
fondeurs respectives (27,00-27,05 m), (25,77-26,11 m) et (18,59-19,64 m). L’âge 14 C des deux premiers
niveaux n’est pas connu avec précision. Par extrapolation, ils se situeraient respectivement vers 45 000
et 40 000 ans B.P., c’est-à-dire vers la base de l’épisode Abhé II. Le niveau 19,58-19,64 m est par contre
bien encadré par deux datations 25 100 ± 600 ans B.P. (18,98-19,28 m) et 25 600 ± 700 ans B.P.
(19,75-20,08 m). Il correspond à la transgression de l’épisode Abhé III (Fig. 2).
II. - RÉSULTATS PALYNOLOGIQUES
Dans le tableau 2, nous avons regroupé les espèces présentant des affinités écologiques et rencon¬
trées actuellement dans des formations végétales distinctes qui sont les forêts et maquis de montagne (I),
les formations riveraines (II), les savanes (III). Les Gramineae, Cyperaceae, Typha pouvant appar
tenir à l’un ou l’autre de ces trois ensembles forment un groupe à part. Leur grande abondance dans
les spectres polliniques du lac Abhé est en relation avec la végétation édaphique locale de bordure
lacustre.
1. — Pollens des forêts et maquis de montagne
Dans les trois spectres polliniques fossiles, les taxa appartenant à des plantes de montagne,
arbres et arbustes compris, sont en nombre presque aussi élevé (23) que ceux appartenant aux plantes
de savane (26), alors que dans l’échantillon actuel, il a été repéré 1 taxa de montagne pour 13 de savane.
Nous avons réparti les taxa de montagne en deux sous-groupes distincts.
Source : MNHN, Paris
152
R. BONNEFILLE, F. GASSE, C. AZEMA ET M. DENEFLE
— Le premier (I a ) comporte les genres ou espèces des forêts de montagne de l’Éthiopie (Pichi-
Sermolli, 1957). On y trouve rassemblés Arlemisia, Hypericum, Anthospermum, Schefflera, Myrica
composantes habituelles des maquis ou fourrés de haute altitude (3 000 m). Ils sont accompagnés des
genres Macaranga, Sapium, Pygeum plus fréquents dans les forêts humides connues de 2 300 à 1 500 m
d’altitude, de Brucea, arbuste caractéristique des forêts de Bambous à 2 900 m. Podocarpus peut tout
aussi bien appartenir à des forêts humides qu’à des forêts un peu plus sèches dans lesquelles il accom¬
pagne le genévrier ( Juniperus ).
— Le deuxième groupe (Ib) comprend les pollens des genres et espèces que l’on rencontre à la
fois dans les forêts précédemment citées et dans la « forêt de Dây » du territoire des Afars et des Issas,
à l’Est du lac Abhé. Cette forêt, située à 1 500 m d’altitude, constitue un peuplement relictuel dont la
persistance s’explique par la nébulosité atmosphérique, étant donné la proximité de la mer de ce relief
accentué exposé aux vents d’Est (Chedeville, 1972) (Bavazzano, 1972). Sont présents dans les spectres
polliniques : Olea africana, Tréma, Teclea, Mimusops, Nuxia connus en particulier dans les forêts de
Gada et Mabla situées entre 1 500 et 1 700 m d’altitude. Bhus, Rumex, Dodonaea viscosa appartiennent
plutôt au maquis boisé situé sous la forêt aux environs de 800 à 1 000 mètres d’altitude. Actuellement,
le lac Abhé ne reçoit aucun apport fluviatile venant de l’Est. Dans les vases actuelles d’un échantillon
prélevé par F. Gasse sur la bordure orientale du lac (Fig. 1), l’ensemble des pollens allochtones ne dépasse
pas 0,5 % du total des pollens comptés (Tabl. 2) et ne comporte aucun des pollens du groupe Ib, qui
auraient pu être transportés par les vents d’Est depuis la forêt de Dây. Seuls ont été trouvés 3 pollens
de Podocarpus vraisemblablement transportés par les rivières depuis les forêts des hauts plateaux
éthiopiens de l’Ouest et du Sud-Est à 150-200 km de là, jusque dans le lac Abhé. En effet, dans un échan¬
tillon de surface du sol prélevé dans la région de Tendaho à 100 km à l’Ouest du lac Abhé (Fig. 1), les
pollens allochtones de montagne représentent 1 % de la masse pollinique totale. Dans un spectre polli-
nique d’un prélèvement de vase de la rivière Awash (n° 582) effectué près d’Asaita à 20 km de l’embou¬
chure dans le lac Gamari (Fig. 1), ils constituent 5 % environ du total des pollens comptés 1 alors que
dans l’échantillon de vase actuelle du lac Abhé (D 750 b), leur pourcentage est inférieur à 1. Comme
pour le lac Turkana, le transport des pollens de Podocarpus est plus important par voie d’eau que par
courants aériens (Bonnefille, Vincens, 1977).
Tabl. 3. — Répartition des divers groupes de pollens de montagne
dans les spectres polliniques du lac Abhé.
Profondeur en m
I(a)
I(b)
I(a + b)
I(a + b) *
actuel
0,5
0
0,5
1
— 19,58 — 19,64
2,9
1,2
4
37,8
— 25,77 — 26,11
5,9
2,9
8,8
27,6
— 27 — 27,05
3,6
0,4
4,1
10,9
I(.), I( b ) cf. tabl. 2.
* % calculés par rapport au total, Graminées exclues.
Les trois spectres polliniques pléistocènes situés entre 19,58 et 27,05 m montrent des valeurs
des pourcentages de pollens de montagne comprises entre 4 et 8,8 % du total (Tabl. 3). Ces valeurs
sont supérieures à celles de spectres lacustres, ou aériens actuels, égales ou supérieures à celles des spectres
fluviatiles. En tenant compte des réserves relatives à l’utilisation des données actuelles, en particulier
à cause des destructions récentes des forêts, les résultats palynologiques pléistocènes traduisent des
1. Les échantillons de vases de la rivière Awash 575 et 582 nous ont été aimablement fournis par M. Taieb.
Source : MNHN, Paris
QUATERNAIRE D’AFRIQUE ORIENTALE
15it
écoulements fluviatiles et (ou) une extension des forêts plus importante au Pléistocène. Ces phénomènes
ne peuvent qu’être dus à des conditions un peu plus humides que celles qui existent aujourd’hui dans
le bassin du lac Abhé. Parmi les trois niveaux étudiés, c’est celui de 25,77-26,11 m qui montre les pour¬
centages de pollens de montagne les plus élevés, donc les conditions les plus humides (Tabl. 3). Ces
observations, bien que partielles, s’accordent bien avec les résultats obtenus d’après les études minéra¬
logiques et celles des diatomées (Fig. 2). Les niveaux 27-27,05 m et 25,77-26,11 m se situent lors de la
transgression de la phase Abhé II. Cette transgression correspond à des conditions instables qui annon¬
cent le grand lac aux eaux transparentes de l’optimum lacustre Abhé II (24,90-21,50 m). Le niveau
25,77-26,11 m est le plus près de l’optimum qui est situé entre 39 000 et 31 000 ans B. P. par F. Casse
et G. Delibrias (1976). Le niveau 19,58-19,64 m enregistre la base de la transgression de la phase
Abhé III pendant laquelle les eaux sont toujours restées plus turbides que pendant la phase précédente,
en raison d’un plus grand apport d’éléments détritiques.
2. — Pollens des formations riveraines.
Dans ce deuxième groupe ont été réunis les pollens d’arbres ou arbustes très caractéristiques
de la végétation boisée qui borde les basse et moyenne vallées de l’Awash tels que Ricinus, Tamarix,
Salvadora, Ziziphiis, Cassia (N. Longhitano et R. Bavazzano, 1973). Nous avons ajouté à cette liste
les pollens des Sapindaceae et Vitaceae qui sont fréquemment connus dans ces forêts par des lianes.
Combretaceae (Combretum et Terminalia) et Bridelia ont également été classés dans ce groupe, mais
il convient de souligner que certaines de leurs espèces peuvent être présentes dans les forêts claires de
moyenne altitude tandis que d’autres occupent les forêts riveraines. Les déterminations spécifiques
des Combretum et Terminalia sont impossibles à cause de l’homogénéité de la famille et du très grand
nombre d’espèces africaines. Pour des raisons qui tiennent à l’identification des pollens, la répartition
des taxa dans les divers groupes a donc une valeur indicative et ne doit pas être considérée comme
rigoureuse ou exclusive.
Les pourcentages des pollens de formations végétales riveraines varient en sens inverse de ceux
des pollens de montagne. La valeur la plus faible (0,6 %) est obtenue dans le niveau à 25,77-26,11 m,
alors que pour les pourcentages des autres niveaux les valeurs enregistrées sont plus élevées : 1,8 %
pour le niveau 27-27,05 m et 1,3 % pour le niveau 19,58-19,64 m (Tabl. 4). Une plus grande influence
des pollens de la végétation riveraine, donc des apports fluviatiles, coïncide avec les phases transgressives
par ailleurs caractérisées par des apports détritiques assez importants, 5 % de quartz et de plagioclase,
beaucoup de montmorillonite (Gasse, Delibrias, 1976).
Tabl. 4. — Répartition des pollens dans les spectres polliniques du lac Abhé.
stratigraphiques
Montagne
Riveraine
Savane
Grainineae
Cyperaceae
Typha
Indet.
c
A.
W
Actuel
0,5
0,2
13,1
45,7
39,5
-
0,3
549
— 19,58 — 19,64 m
4,1
1,3
2,8
89,1
1,2
1,1
0,3
1361
— 25,77 — 26,11 m
8,8
0,6
16,7
68
3,9
1,0
0,8
1243
— 27 — 27,05 m
4
1,8
23,7
63,5
4,8
0,8
1,2
502
(% calculés par rapport au total des pollens comptés).
Source : MNHN, Paris
154
R. BONNEFILLE, F. GASSE, C. AZEMA ET M. DENEFLE
3. — Pollens de Savane
Les pollens des plantes de savane constituent le groupe le mieux représenté tant par la diversité
des taxa identifiés (26) que par l’abondance des pollens comptés, lesquels représentent, si l’on inclut
les graminées, 85 à 92 % du total dans les spectres pléistocènes, 60 % environ dans l’échantillon actuel
(Tabl. 4).
Les arbres de la savane sont les plus abondants dans le niveau 25,77-26,11 m où six taxa ont
été repérés (IIla, tabl. 2). Dans le niveau à 19,58-19,64 m, leur seul représentant est le palmier doum,
Hyphaene, qui affectionne les terrains salés. C’est donc au moment du dépôt du niveau à 25,77-26,11 m
que la végétation autour du lac Abhé a eu le caractère le plus boisé. Les variations des pollens d’arbres
de savane suivent donc celles des pollens de montagne. La densité du couvert végétal à cette époque
s'accorde d’ailleurs bien avec les faciès sédimentaires de la phase Abhé II, caractérisée par une diato-
mite très pure, pratiquement dépourvue d’éléments détritiques.
Les pollens des plantes herbacées de savane qui forment les grosses masses polliniques sont les
Cramineae puis les Aniaranthaceae \Chenopodiaceae et les Acanthaceae. Les Compositae et Papilionaceae
qui constituent de 8 à 9 % et de 5 à 6 % des déterminations dans les relevés botaniques de R. Chede-
ville (1972) ne sont que très peu représentées dans les analyses palynologiques des niveaux pléistocènes.
4. — Les Amaranthaceae — Chenopodiaceae.
Parmi les Amaranthaceae — Chenopodiaceae, nous avons identifié 7 types polliniques qui cor¬
respondent à autant ou plus de genres ou espèces (Riollet, Bonnefille, 1976). La diversité floris¬
tique des Amaranthaceae, particulière à l’Afrique orientale (Cavaco, 1962), est donc bien reflétée dans
les spectres polliniques fossiles du sondage du lac Abhé. Les pourcentages de toutes les Chenopodia¬
ceae-Amaranthaceae réunies, y compris celles des milieux salés telles que Snaeda, sont indiqués dans le
tableau 5. On note en ce qui concerne ce groupe d’importantes variations (1,7 à 21,1 % du total).
Tabl. 5. — Répartition des Chenopodiaceae/Amaranthaceae
dans trois niveaux du sondage du lac Abhé, Éthiopie.
27-27,05 m 25,77-26,11 m 19,58-19,64 m
Chenopodiaceae/Amaranthaceae 21,1 13,2 1,7
(Suaeda inclus) 19 5,6 0,7
(% calculés/Total).
L’abondance des pollens de ChenopodiaceaeIAmaranthaceae semble liée au.caractère subdéser¬
tique de la végétation. C’est un phénomène signalé dans les analyses palynologiques actuelles et fossiles
du Sahara (Van Campo, 1975), de l’Iran (Wright et al., 1967) (Van Zeist et Bottema, 1977), de la
Syrie (Niklewski et Van Zeist, 1970), ainsi que dans celles des hautes plaines arides de l’Amérique
du Sud-Ouest (Potter, Schoenwetter, Oldfield, 1975). C’est aussi une caractéristique importante
des végétations de bordure de lacs alcalins en pays tropicaux. En effet, ce groupe de pollens est très
bien représenté dans les échantillons de surface de la bordure est du lac Turkana (Kenya) où des études
récentes ont montré une décroissance rapide de leurs fréquences relatives en fonction de la distance
au rivage (Bonnefille, Vincens, 1977).
Source : MNHN, Paris
QUATERNAIRE D’AERIQUE ORIENTALE
155
Dans le lac Turkana, les pourcentages observés pour 30 échantillons actuels varient entre 10
et 60 % du total (A. Vincens, com. orale). Au milieu du lac on trouve 17 % de pollens d ' Amarantha-
ceaejChenopodiaceae, dans la zone deltaïque qui correspond à l’arrivée des eaux fluviatiles de la rivière
Omo 10 et 12 %, dans les échantillons situés le plus près de la bordure orientale 40 à 60 %.
Les variations enregistrées dans les échantillons pléistocènes du lac Abhé (2 à 20 %) traduisent
des fluctuations d’un ordre de grandeur inférieur à celles qui existent à l’intérieur d’un même lac en
fonction des redistributions ou des apports. Comme il s’agit d’un seul sondage, on pourrait penser que
les fluctuations des pourcentages de pollens de ChenopodiaceaejAmaranthaceae sont en liaison avec
des variations de la position des lignes de rivages par rapport au sondage, donc avec des fluctuations
du niveau du lac. Les pourcentages élevés de Cheiwpodiaceae I Amaranthaceae dans le niveau 27-27,05 m
seraient en relation avec la transgression des eaux d’un lac alcalin sur la marge lacustre occupée par les
Suaeda, plantes de milieux salés. Leur baisse dans le niveau 25,77-26,11 m correspondrait à un appro¬
fondissement des eaux, donc à l’éloignement du rivage. Une telle conclusion s’accorde bien avec le
schéma de reconstitution établi d’après l’étude des diatomées (Fig. 2). Cependant, nous avions observé
pour les niveaux 27-27,05 m et 19,58-19,64 m, correspondant tous deux à des transgressions, des pour¬
centages presque symétriques de pollens de forêts. Il n’en est pas de même pour les Chenopodiaceael
Amaranthaceae. Leurs pourcentages, dans le niveau 19,58-19,64 m, baissent au profit des Gramineae.
Sans écarter des phénomènes de compétition entre ces plantes, il est intéressant de noter que les varia¬
tions relatives des pourcentages de ces pollens dans les sondages de l’Océan indien, au Sud des côtes
d’Arabie, suivent celles de la courbe des isotopes 0 18 /0 18 (L. Van Campo, 1979). Ici une baisse des Cheno¬
podiaceael Amaranthaceae serait plutôt en relation avec un abaissement de température puisque d’après
l’étude des diatomées, les eaux auraient été plus fraîches pendant l’épisode Abhé III que pendant
l’épisode Abhé FI (Gasse, 1979).
5. — Les gramineae
Les pourcentages des pollens de Gramineae sont toujours plus élevés dans les spectres pléisto¬
cènes que dans celui du lac Abhé actuel. Ceci correspond au caractère moins subdésertique de la végé¬
tation, conclusion qui est conforme aux informations données par les autres éléments des spectres
polliniques. La distribution des histogrammes de taille des Gramineae montre un changement de com¬
position floristique assez net entre d’une part, les échantillons pléistocènes et d’autre part, les échantil¬
lons actuels de surface dans la région (Fig. 3). Un enrichissement en pollens de grande taille traduit
une plus grande influence des Andropogoneae dans la savane (Bonnefille, Riollet, 1980, Tabl. 1).
III. - CONCLUSION ET DISCUSSION
Les études entreprises sur la carotte du lac Abhé confirment les difficultés d’application de la
méthode palynologique en Afrique, y compris lorsqu’on s’adresse aux sédiments lacustres obtenus
par sondage.
La première de ces difficultés tient à la rareté de conservation des pollens. La proportion des
niveaux contenant des pollens est la même dans les échantillons du lac Abhé que dans les échantillons
prélevés sur les affleurements pléistocènes anciens d’autres bassins du Rift est africain, tels que ceux
de la haute vallée de l’Awash, de la basse vallée de l’Omo ou du lac Turkana.
La seconde difficulté tient à la composition des spectres polliniques dans lesquels les masses
polliniques importantes sont les Gramineae, Cyperaceae, Chenopodiaceael Amaranthaceae, plantes
ubiquistes. Leurs forts pourcentages masquent les fluctuations des pollens marqueurs porteurs d’infor¬
mations écologiques plus précises.
En dépit de ces difficultés, les données palynologiques obtenues pour trois niveaux situés entre
Source : MNHN, Paris
156
R. BON N EF ILLE, F. GASSE, C. AZEMA ET M. DENEFLE
27,05 et 19,6 m apportent de précieux renseignements qui complètent utilement les données obtenues
par les études sédimentologiques et les diatomées.
La composition des spectres polliniques des trois niveaux traduit bien l’environnement d’un lac
alcalin dans une zone tropicale où existait un climat de type tropical sahélien (chaud aride). Ces spectres
polliniques indiquent une alimentation fluviatile venant des hauts plateaux éthiopiens conforme aux
reconstitutions paléogéographiques du bassin du lac Abhé au Pléistocène. Au cours des deux périodes
ici considérées, 25 500 ans B.P. et environ 45 000-40 000 ans B.P., les apports fluviatiles ont été supé¬
rieurs à ceux que reçoit le lac Abhé actuel. Ce contexte général étant bien défini, des variations sont
discernables entre les trois niveaux étudiés. Pour chacun d’eux, les principaux faits peuvent être résu¬
més de la façon suivante :
— dans le niveau 27-27,05 m, les pourcentages des taxa de montagne sont assez importants.
Ils y sont représentés par les pollens les mieux dispersés d'Olea et Podocarpus. Les herbacées dominent
la savane qui entoure le lac. Les ChenopodiaceaejAmaranthaceae, surtout Suaeda, sont abondants :
— dans le niveau 25,77-26,11 m, les taxa de montagne sont en pourcentages encore plus impor¬
tants. Des genres d’altitude supérieure à la forêt tels que Hagenia, Arlemisia accompagnent de nom¬
breux Podocarpus. La végétation qui entoure le lac est celle d’une savane boisée/forêt claire avec Commi-
phora, Cordia, Grewia, des Capparidacéus. Les Chenopodiaceae et Suaeda diminuent ;
— dans le niveau 19,58-19,64 m les pourcentages des pollens de montagne redeviennent proches
de ceux du niveau 27-27,05 m. La végétation riveraine est bien représentée mais les arbres de la savane
ont disparu, seul subsiste le Palmier Doum, Hyphaene. Les Chenopodiaceae/Ainaranthaceae diminuent
tandis que les Gramineae augmentent considérablement. Cette croissance des Gramineae n’étant pas
accompagnée de celle des Cyperaceae , elle ne peut être imputée au seul développement d’une végétation
édaphique locale. Elle correspondrait plutôt à l’augmentation d’une savane herbeuse.
Les trois spectres pléistocènes montrent des variations qui affectent les pourcentages des pollens
de montagne, donc l’apport fluviatile régional, les pourcentages des graminées et le taux des espèces
arborescentes de la savane locale, les pourcentages des Chenopodiaceae/Amaranthaceae de la ceinture
herbacée entourant le lac.
Les trois spectres polliniques des niveaux pléistocènes montrent tous des pourcentages de pollens
de forêts toujours beaucoup plus élevés que ceux de l’échantillon actuel. La valeur maximale des pour¬
centages des pollens de montagne correspond au niveau le plus proche de l’optimum lacustre. Ceci
confirme les reconstitutions des oscillations du niveau du lac effectuées d’après l’étude des diatomées.
Par comparaison avec d'autres données palynologiques obtenues en Afrique orientale dans des zones
moins désertiques (Bonnefille, 1972, 1976, 1979 ; Bonnefille et Vincens, 1977), les analyses polli¬
niques du niveau 25,77-26,11 m (40 000 ans B.P.) témoigneraient d’une végétation locale connue en
Afrique orientale sous des pluviosités moyennes annuelles de l’ordre de 400 à 600 mm. Ceci suppose,
par rapport à l’état actuel, une augmentation de l’ordre de 30 à 100 %. Cette augmentation serait
égale ou supérieure à celle évaluée pour l’Holocène inférieur dans le Rift Éthiopien par A. Street
(1969) (25 à 65 %) et serait comparable au changement majeur affectant le Sahara vers 9 000-8 000 ans
B.P. (Street et Grove, 1976). Au moment du dépôt du niveau 25,77-26,11 m, le lac Abhé était entouré
d’une savane boisée. L’importance de ce couvert végétal explique en partie les caractères écologiques
et sédimentologiques du lac Abhé II durant la période comprise entre 40 000-39 000 et 31 000 ans B.P.
Dans ce lac tropical aux eaux très transparentes, se déposait une diatomite très pure, le couvert végétal
filtrait les eaux, et les particules détritiques ne parvenaient pas jusqu’au lac.
Les résultats fournis par le niveau 19,58-19,54 m apportent également d’intéressantes précisions
sur l’environnement local vers 25 000 ans B.P. Cet échantillon se place, dans l’évolution du lac Abhé.
au sommet de la transgression du lac Abhé III. Bien que le lac Abhé III (30 000-17 000 ans B.P.) ait
atteint le plus haut niveau observé au cours du Quaternaire supérieur, ses eaux sont toujours restées
turbides et la sédimentation très riche en argiles. Les associations de diatomées indiquent, entre 39 000-
30 000 et 25 000 ans B.P., une tendance à l’oligotrophie vraisemblablement liée à un refroidissement
du milieu. La présence d’une flore herbacée graminéenne autour du lac paraît en accord avec ces données
limnologiques. La disparition de la végétation arborescente aurait entraîné une reprise d’érosion du
Source : MNHN, Paris
QUATERNAIRE D’AFRIQUE ORIENTALE
157
bassin versant, et des argiles en suspension se sont alors accumulées dans le lac. Le développement des
graminées pourrait être en accord avec l’abaissement de la température.
Si les données fournies par les niveaux entre 25 et 27 m sont difficilement comparables à celles
connues pour d’autres secteurs est-africains en raison de l’imprécision de leur âge, le niveau 19,58-19,64 m
peut, par contre, être corrélé avec d’autres séquences lacustres. On sait que plusieurs lacs d’Afrique
de l’Est étaient hauts, voire très hauts, entre 26 500 et 25 000 ans B.P. C’est le cas des lacs Ziway-Shala,
(Street, 1979), Mobutu Sese Seko (Harvey, 1976) et Manyara (Holdship, 1976). Lorsque les effets de
la température sur les flores de diatomées ne sont pas masqués par une salinité excessive, le haut niveau
lacustre (Abhé III), qui semble général en Afrique de l’Est, pourrait correspondre à des températures plus
fraîches que les actuelles.
En conclusion, l’étude ici présentée apporte des informations inédites sur les paléovégétations
et sur les paléoenvironnements régnant autour du lac Abhé et dans le bassin versant de la rivière Awash,
pour trois stades du Pléistocène supérieur. Les résultats obtenus s’accordent bien avec les données
antérieurement établies par d’autres méthodes. Ils complètent les conclusions déduites des flores de
diatomées qui reflètent, contrairement aux pollens, les conditions lacustres locales.
REMERCIEMENTS
Nos remerciements s’adressent à M. J. Démangé qui a effectué ce sondage, et à M. Lavigne qui en a
permis l’étude. Nous sommes très reconnaissantes envers M me G. Delibrias qui a effectué les datations 14C
indispensables à l’exploitation des résultats. Nous avons très largement bénéficié dq l’appui et des commen¬
taires scientifiques de P. Rognon. Une partie des préparations ont été effectuées au Laboratoire de Géographie
de Paris que nous remercions en la personne de son directeur à l’époque, M. Birot.
Ce travail a été effectué au Laboratoire de Géologie du Quaternaire, et financé par le C.N.R.S.
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Source : MNHN, Paris
160
R. BONNEFILLE, F. GASSE, C. A Z EMA ET M. DENEFLE
lilSlHSB®flil(9
Fie. 2. — Principales étapes de l'évolution du lac Abhé, d’après l'étude du sondage. Localisation des niveaux à pollens.
Légende : 1, Graviers ; 2, sables ; 3, silts ; 4, argiles vertes ou grises ; 5, argile brune ; 6, argile calcaire ; 7, diatomita
argilo-calcaire ; 8, diatomite pulvérulente ; 9, niveau calcaire ; 10, calcaire argileux homogène ; 11, calcaire homo¬
gène ; 12, concrétions calcaires ; 13, racines silicifiées de graminées.
11
Source : MNHN, Paris
I. — Taxa, de montagne
(a) Artemisia
Hagenia abyssinica
Hypericum
Anthospermum
Schefflera
Myrica cl salicifolia
Myrica cf. kandtiana
Brucea
Macaranga
Sapium
Pygeum
Podocarpus
T(a)
(b) Olea cf. hochstetteri
Olea cf. africana
Linociera
Ulmaceae (cf. Tréma)
Teclea
Sapotaceae type Mimusops
Nuxia
Rhus
Rumex
Dodonaea viscosa
Spores de Pteridophytes
T(b)
T(a + b)
II. — Taxa de forêt riveraine
Ziziphus
Combretaceae
Sapindaceae (2 sp.)
Myrtaceae
Bridelia
Lannea
Vitaceae cf. Cayratia
Cassia
Acalypha
Pterolobium
Tamarix
Ricinus
Salvadoraceae
Tu
27-27,05 m
25,77-26,11 m
19,58-19,64 m
Actuel
Nbre. %
Nbre. %
Nbre. %
Nbre. %
2
2
1
=
3
2
-
2
6
1
3
2
_
-
1
1
1
~
15
3%
61
4,9%
25
1,8 %
3
0,5 %
18
3,6%
73
5,9 %
39
2,9 %
3
0,5 %
_
3
5
1
15
1.2 %
8
1
Z
1
2
7
2
-
i [ i i i
1
2
1
2
1
1 11 11
2
0,4 %
37
2,9 %
17
1,2 %
20
4,0 %
110
8,8 %
56
44 %
3
0,5 %
2
3
1
2
1
3
1
3
i
1
5
7
2
i
1
i
i
8 0,6 %
1.3 %
1.8 %
18
1 MNHN, Paris
III. — Taxa de savane
(•) •
Acacia type mellifera
Commiphora
Capparaceae (cf. Cadaba/Maerua)
Cordia
Grewia
Hyphaene
Sterculiaceae cf. Hermannia
1
i
3 0,5 %
(b) Acanthaceae cf. Dicliptera/Hypoestes
Acanthaceae Justicia
Aizoaceae
Amaranthaceae
Amaranthaceae cf. Achyranthes
Amaranthaceae cf. Celosia
Amaranthaceae cf. Aerva javanica
Amaranthaceae cf. Aerva îanata
Amaranthaceae cf. Digéra
Amaranthaceae/Chenopodiaceae
cf. Suaeda
Caryophyllaceac cf. Drymaria
Compositae tubuliflorae
Euphorbia type hypericifolia
Compositae liguliflorae
Convolvulaceae
Ephedra
Indigofera
Cissus
Solanum
Tribulus
Nyctaginaceae cf. Boerhavia
Umbelliferae (3 sp.)
IV. — Taxa ubiquistes
Gramineae
Cyperaceae
Typha
Spores d’Anthocerotales
Indéterminés
1
1
1
1
1
3
1
2
19
1,5 %
6
41
7,5 %
5
1%
44
3,5 %
2
1 %
30
2,4 %
_
8
1,5 % '
95
19%
70
5,6 %
10
1.6 %
5
5
4
4
12
1%
3
1
2
î
1
■ in.
2
1
-
1
-
3
1
Tin 119
23,7 %
208
16,7 %
38 2,8 %
72
13,1 %
63,5 %
845
68%
1213
89.1 °L
251
45,7 %
24
4,8 %
49
3,9 %
17
1,2 %
39,5 %
4
0,8 %
13
1%
15
6
1,2 %
10
4
2
TOTAL 502
1243
1361
549
Tabl. 2. Résultats des analyses polliniques pléistooènes du sondage du lae Abhé, comparaison avec un échantillon actuel.
Source : MNHN, Paris
164
R. BONNEFILLE, F. GASSE, C. AZEMA ET M. DENEFLE
AWASH (vase n° 582 )
Source : MNHN, Paris
PI.IO-PI.ÉISTOCÈN E DP I.AC TU H KAN A
165
INTERPRÉTATION CLIMATIQUE DES
DONNÉES PALYNOLOGIQUES PLIO-PLÉISTOCÈNES
DANS LA RÉGION EST DU LAC TURKANA (KENYA)
Résumé. — Cet article présente une première synthèse des résultats palynologiques des dépôts plio-
pléistocènes d’Est Turkana, Kenya. Actuellement, 10 spectres à microflores riches et variées ont été extraits
des sédiments lacustres de la Formation de Koobi Fora. Chaque spectre pollinique est bien localisé dans la strati¬
graphie générale et replacé dans son contexte sédimentaire et paléogéographique. L’ensemble des données fossiles,
comparées aux résultats obtenus sur la sédimentation pollinique actuelle dans le lac Turkana, permettent de
tenter une première interprétation sur les conditions climatiques et leur évolution dans cette région, entre
3 et 1.5 M.A.
Summary. — The aim of this paper is to présent a preliminary synthesis of the palynological data obtain-
ed from plio-pleistocene deposits at East Turkana, Kenya. 10 pollen spectra witli numerous and diversified
pollen types hâve been extracted from the lacustrine sédiments of the Koobi Fora Formation. Each pollen
spectrum, well located in the general stratigraphy is situated in the sedimentary and paleogeographical back-
ground. The fossil pollen data are compared with modem data obtained from palynological studies on recent
sédiments from the Lake Turkana. Based on this comparison, some of the major aspects of climatic trends
between 3 and 1.5 m.y. are given for the area.
Les études palynologiques effectuées dans la région Est du lac Turkana, Kenya, font partie
d’un vaste programme de recherches, « L’East Rudolf Research Expédition », qui a débuté en 1969.
à la suite de la découverte de formations sédimentaires lacustres et fluviatiles, d’âge plio-pléistocène,
très riches en restes paléontologiques, paléoanthropologiques et archéologiques (Leakey M. G.,
Leakey R. E. F., 1978). Les analyses ont été entreprises conjointement et en complément aux études
géologiques et sédimentologiques (Behrensmeyek A. K., 1970, Bowen B. E., 1974, Fi.ndi.ater I. C...
1976). Elles ont pour but de déterminer le paléoenvironnement du lac, de suivre son évolution entre
3 et 1,5 M.A., et d’établir sous quelles conditions les modifications mises en évidence ont pu intervenir.
PRÉSENTATION GÉNÉRALE
Cadra géographique
Le lac Turkana se trouve au Nord du Kenya, en zone intertropicale, par 3 à 4° Nord. 36° Est,
à une altitude de 400 m. Il s’agit du plus grand lac situé dans la branche est du Rift. Est africain avec
* Laboratoire de Géologie du Quaternaire, Université de Luminy, 13288 Marseille Cedex 2.
Source : MNHN, Paris
L. VINCENS
250 km de long. Il est actuellement alimenté, au Nord par le fleuve Omo, source principale d’apports
en eau douce, au Sud-Ouest par deux rivières temporaires, la Kerio et la Turkwel. La végétation locale
est une steppe subdésertique à Acacia et Commiphora. Y sont présentes également un certain nombre
de plantes succulentes caractéristiques des déserts d’Afrique orientale : Adenium obesum, Adenia
venenata, Asclepiadaceae (Walter H., 1971). La pluviosité moyenne annuelle est de l’ordre de 150 à
200 mm. La température moyenne annuelle est de 29°C (Butzer K. W., 1971).
Cadre géologique
Les séries plio-pléistocènes qui affleurent au Nord-Est du lac Turkana (Fig. 1) consistent en 325 m
de sédiments fluviatiles, deltaïques et lacustres, reposant en discordance sur un substrat volcanique
mio-pliocène. Ces séries ont été divisées en trois principales unités lithologiques ou Formations (Fig. 2).
Celles-ci sont délimitées par des niveaux marqueurs tufacés qui ont été datés par diverses méthodes
radiométriques : K/Ar (Cerling T. E. et al., 1979), 40 AR/ 39 Ar (Fitch F. J. et al., 1974, Fitch F. J.
et Miller J. A., 1975) et le paléomagnétisme (Brock A. et Isaac G. LL, 1975, Hillhouse J. W. et al.,
1977). Dans l’espace, les affleurements, souvent discontinus, sont répartis en zones géographiques ou
Area (Findlater I. C., 1976).
Fig. 1. — Localisation géographique des dépôts pliopléistocènes étudiés dans le bassin du lac Turkana (Kenya).
Source : MNHN, Paris
PLIO-PLÉISTOCÈNE
TURKANA
167
Fig. 2 t» Position stratigraphique des spectres polliniques
plio-pléistocènes d’Est lurkana (Kenya) _
(Coupe schématique d'après I. FINDLATER ,1976)
MÉTHODOLOGIE
Prélèvement des échantillons
Deux missions d’échantillonnage ont déjà été effectuées à Est Turkana et près de 200 échantillons
prélevés. Ceux-ci ont été choisis de préférence dans des sédiments d’origine lacustre, dans plusieurs
zones d’affleurements. Chaque échantillon est repéré par le numéro de la zone considérée, suivi d’une
lettre correspondant au prélèvement palynologique (ex. 102a).
Identification des pollens et présentation des résultats
Les pollens fossiles rencontrés dans les sédiments plio-pléistocènes ont été identifiés d’après
la collection de pollens de plantes actuelles d’Afrique de l’Est du Laboratoire de Géologie du Quater¬
naire.
Dans la présentation des résultats et afin de faciliter l’interprétation des spectres, les taxa
rencontrés ont été regroupés selon 5 ensembles qui sont identiques à ceux définis dans de précédentes
Source : MNHN , Paris
A. V1NCENS
publications (Bonnefille R., Vincens A., 1977). Outre les résultats obtenus sur les sédiments fossiles,
nous avons indiqué les résultats obtenus sur la sédimentation pollinique actuelle dans le lac Turkana
(Fig. 3). Ceux-ci ont été obtenus par l’analyse de 25 échantillons de sondages (sommet de carottes)
et de draguages effectués en 1973 par R. F. Yuretich (Yuretich R. F., 1979). Nous avons indiqué,
pour chaque cas, les valeurs minimales et maximales des pourcentages. Ces résultats nous permettent
déjà d’avoir une idée de la dispersion, du transport et de la sédimentation actuelle des pollens dans le
lac Turkana. Les résultats détaillés de ces analyses feront l’objet d’une publication ultérieure.
ANALYSE PALYNOLOGIQUE DES SÉDIMENTS PLIO-PLÉISTOCÈNES
Parmi les 200 échantillons actuellement prélevés dans les dépôts lacustres plio-pléistocènes d’Est
Turkana, 10 contiennent des pollens en quantité importante. Ils proviennent tous de la Formation
de Koobi Fora et se situent donc entre le dépôt du Tuf Suregei (non daté) et le dépôt du tuf Okote
(1,4-1,5 M.A.). Leur position stratigraphique précise est donnée sur la fig. 2. Ces échantillons polléni-
fères ont été prélevés dans plusieurs zones d’affleurements : 1 spectre (KFFP 1) provient de la zone 12,
à Ileret * 1 (BoNNEFiLLE R., 1976), 4 spectres de la zone 102 (Bonnefille R., Vincens A., sous presse).
Parmi les 5 autres, 3 proviennent de la zone 203 et 2 de la zone 116 (Vincens A., non publié). La nature
sédimentologique des échantillons ayant fourni ces spectres fossiles, ainsi que leur environnement de
dépôts, sont donnés dans le tableau n° 1.
Tabl. 1. — Contexte sédimentologique et paléoenvironnement sédimentaire des
spectres polliniques fossiles d’Est Turkana (Kenya).
spectres polliniques nature sédimentologique
environnement sédimentaire
(Findlater I., 1976}
12 sable consolidé
102 z dalle à Gastéropodes
102 v dalle à Gastéropodes
116 h silt
116 d sût
203 o j niveaux argileux noirs, inter-
203 n > stratifiés avec des niveaux
203 m ' sableux à Gastéropodes
102 f argile noire à Ostracodes
102 a argile grise varvée
fluvio-deltaïque
lacustre peu profond, proche du
rivage
lacustre peu profond, proche du
rivage
lacustre de faible énergie
lacustre de faible énergie
| lacustre de faible énergie
lacustre
lacustre
Pour chacun des échantillons, les pollens ont été comptés jusqu’à épuisement du culot. Les
résultats sont présentés en regroupant les taxa polliniques par affinités floristiques.
1. — Ensemble des taxa de forêt de montagne
Cet ensemble de taxa a été rencontré dans tous nos spectres fossiles (excepté 102a) en pourcen¬
tages et composition variables (Fig. 3). Certains auteurs ont noté l’intérêt de la présence de tels taxa
1. Par souci d’homogénéité de repérage des spectres, l’échantillon KFFP 1 (Bonnefille R., 1976) sera désigné
ici par son numéro de zone : 12.
Source : MNHN, Paris
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170
L. V INCENS
(Bonnefille R., 1979) dans les spectres fossiles et ont essayé, à la lumière des données sur la sédimen¬
tation pollinique actuelle, d’interpréter en terme climatique leurs variations quantitatives et qualita¬
tives. Ces taxa en effet présentent un intérêt certain. Il s’agit actuellement de genres et d’espèces alloch-
tones à la région du lac Turkana. On les trouve à une distance minimale du lac de 150 km, sur les zones
d’altitude supérieure à 1 500 m, au Nord sur les plateaux éthiopiens (Logan W. E. M., 1946, Pichi-
Sermolli R. E. G., 1957), au Sud sur les plateaux kenyans (Agnew A. D., 1974, Dale I. R., Green-
way P. J., 1961). Par leur présence dans nos spectres, ces taxa nous donnent donc une image de la paléo-
flore régionale, de sa composition et des modifications qu’elle a subies entre 3 et 1,5 M.A.
Les variations des pourcentages de ces taxa de montagne dans les spectres fossiles nous ont permis
de définir 3 grandes « périodes » au cours du Plio-Pléistocène. Chaque période est définie par un certain
nombre de spectres présentant des compositions qualitatives et quantitatives voisines.
• Période antérieure à 2,1 M.A.
Cette période est représentée par 4 spectres dont la composition micro floristique au niveau des
taxa de montagne est très homogène (102 f, 203 m, 203 n, 203 o). Un de ces spectres 102 f a déjà été
décrit précédemment (Bonnefille R., Vincens A., sous presse) et les conclusions et interprétations
que nous en avons tirées se trouvent largement confirmées par les 3 nouveaux spectres de la zone 203.
Les spectres polliniques de cette période sont caractérisés par la présence de taxa particuliers
qui sont : Ilex, Ericaceae, Myricaceae.
Parmi les pollens du genre llex, une partie des grains trouvés ont été attribués à l’espèce Ilex mitis
avec certitude. Les autres grains, par leur taille plus réduite et des clavae plus petites, ne semblent pas
pouvoir être rattachés à cette espèce, qui seule existe actuellement en Afrique de l’Est (Verdcourt B.,
1968).
Les pollens à.'Ilex ont été trouvés avec des pourcentages atteignant 0,7 et 0,8 % dans deux échan¬
tillons : 102 f et 203 m. D’après les études et observations de la pluie pollinique actuelle, le pollen d 'Ilex
est peu dispersé (Hamilton A. C., 1972). Dans la région du Lac Turkana, il n’a jamais été trouvé dans
les échantillons de surface. Dans les sédiments actuels du lac, nous l’avons trouvé dans deux échantillons
du delta de l’Omo, en pourcentages faibles 0,2 et 0,5 % du total. Il a également été trouvé dans une vase
de la rivière Omo en pourcentage de 0,01 % (Bonnefille R., 1972). Actuellement, les plus proches
forêts dans lesquelles on trouve Ilex sont situées à une distance de 150 kilomètres du lac Turkana, sur
les plateaux éthiopiens. A longue distance, son pollen est donc très peu dispersé et uniquement transporté
par voie fluviatile.
Dans les spectres antérieurs à 2,1 M.A., nous avons aussi mis en évidence la présence d’Ericaceae
et de Myricaceae en pourcentages nettement supérieurs à ceux obtenus dans les sédiments actuels. Si
les pollens de Myricaceae sont considérés comme étant bien dispersés (Hamilton A. C., 1972), les idées
sont très divergentes pour les pollens d’Ericaceae. Pour certains auteurs, ce pollen peut être transporté
par voie aérienne sur plus de 800 km (Maley J., 1972). Pour d’autres, il ne serait que peu dispersé
(Hamilton A. C., 1972, Bonnefille R., 1972). Dans le bassin du lac Turkana, nous l’avons trouvé dans
un échantillon de surface (0,1 %) ainsi que dans les sédiments lacustres avec un maximum de 0,7 %
dans le delta de l’Omo. Actuellement les zones à Ericaceae les plus proches se trouvent à une distance
de 200 km du lac Turkana (Pichi-Sermolli R. E. G., 1957). On les trouve à partir de 2 000 m d’altitude
dans' les clairières de forêts. Mais elles sont les plus abondantes au-delà de la limite supérieure des zones
forestières, à des altitudes variant entre 3 000 et 3 700 m suivant l’exposition des versants montagneux,
où elles forment une « ceinture » (Hedberg O., 1951). La dispersion des pollens d 'Ericaceae dans le bassin
du lac Turkana, peut donc se faire sur une longue distance par voie aérienne mais l’essentiel de son
transport est, comme pour Ilex, assuré par voie fluviatile. Il en est de même pour les pollens de Myri¬
caceae, plus abondants dans les sédiments actuels du delta de l’Omo (0,8 %) que dans les échantillons
de surface (0,2 %).
Outre la présence de ces taxa particuliers, nous avons trouvé également des pollens de Podocarpus
et Hagenia abyssinien, en pourcentages équivalents ou inférieurs à ceux obtenus dans les sédiments
actuels, ainsi que de très rares pollens d ’Olea et Juniperus.
1. La détermination de ces pollens a été confirmée par D. Lobreau.
Source : MNHN, Paris
PLIO-PLÉISTOCÈNE DU LAC TURKANA
171
D’après la configuration de la paléogéographie pour cette période antérieure à 2,1 M.A. dans la
région est du lac (Fig. 4), la position de nos échantillons dans cette paléogéographie, le mode de transport
de taxa tels qu ’llex, Ericaceae, Myricaceae, deux hypothèses peuvent être émises pour expliquer leurs
pourcentages de représentation dans les spectres fossiles. Soit la rivière arrivant en rive est du paléolac
avait un débit plus important que l’actuel rivière Omo. débit qui a permis un apport plus grand de ces
taxa. Soit les ceintures forestières étaient établies à des altitudes plus basses, donc se situaient à une plus
courte distance du lac qu'actuellement. Ces deux hypothèses sont en fait la conséquence d’un même
phénomène, c’est-à-dire des conditions climatiques humides.
Fig. 4. — Paléogéographie du lac Turkana entre le dépôt des tufs Suregei et Tulu Bor, région de Koobi Fora, Kenya
(d’après I. Findlater, 1976).
Source : MNHN, Paris
172
A. VINCENS
• Période comprise entre 2,1 et 1,8 M.A.
Pour cette période qui représente 300 000 ans, les résultats palynologiques sont plus suc¬
cincts, deux spectres seulement ont été obtenus. Ils nous apportent cependant des renseignements
intéressants. Les taxa caractéristiques de la période précédente disparaissent ( Ilex, Ericaceae) ou ne
sont plus que très faiblement représentés ( Myric.aceae ). Podocarpns est toujours présent, Juniper us
apparaît avec des pourcentages supérieurs à ceux trouvés dans les sédiments actuels. Ces deux spectres
témoigneraient de conditions plus sèches qu’auparavant, avec des tendances climatiques dans le sens
d’un refroidissement surtout marquées par le développement, en altitude, de forêts à Juniperus.
• Période postérieure à 1,8 M.A.
Au cours de cette période Juniperus atteint, dans l’échantillon 102 z, un pourcentage très impor¬
tant (5 % du total). Podocarpus est toujours présent mais peu abondant. Il faut noter la présence de
pollens d ’Olea en pourcentage de 1 % dans le spectre 102 z où Juniperus est abondant. Actuellement,
en Éthiopie, Olea se trouve occasionnellement en association avec Podocarpus. Il atteint son maximum
de développement dans les forêts sèches à Juniperus (Logan W. E. M., 1946). La composition de ces
spectres confère à cette période postérieure à 1,8 M.A. un caractère encore plus froid que pour la période
antérieure. Cependant, l’apport important de pollens de Juniperus laisse supposer qu’à nouveau, les
ceintures forestières se sont trouvées plus basses en altitude, donc plus rapprochées qu’actuellement
du paléolac.
2. — Ensemble des taxa de forêt riveraine.
Dans tous les spectres, les taxa de forêt riveraine sont peu représentés. Les espèces caractéris¬
tiques de ce type de végétation, tel qu’il existe actuellement le long de l’Omo, sont absentes ou présentes
sous forme d’un ou deux grains seulement. Par contre des pollens identifiés comme Hyphaene/Borassus
ont été trouvés dans les échantillons 102 f et 102 v, ainsi que dans ceux des zones 203 et 12. Dans l’ana¬
lyse des sédiments actuels du lac Turkana, nous avons trouvé ce type de pollen uniquement dans le
delta des rivières Kerio et Turwel, le long desquelles il existe des peuplements d’Hyphaene
(Hemming C. F., 1972). Ce pollen, transporté par voie fluviatile, n’est pas dispersé dans le lac. Il est
donc un bon indicateur de l’existence de palmeraies le long des rivières alimentant par l’Est le paléolac.
3. — Ensemble des taxa de savane
Les taxa qui constituent cet ensemble correspondent aux espèces qui se trouvent actuellement
dans l’environnement immédiat du lac. Ils ont donc un caractère plus local que ceux étudiés précédem¬
ment.
Les spectres fossiles présentent des pourcentages de taxa de savane faibles par rapport à ceux
obtenus sur des sédiments actuels. Nous avons séparé cet ensemble en deux groupes : Les taxa arbores¬
cents et les taxa herbacés, qui nous apportent l’un et l’autre des informations sur la structure de ce
couvert végétal et sur l’environnement du paléolac ffig. 3).
• Taxa arborescents.
Ils sont essentiellement représentés par Acacia, Commiphora, Capparaceae. et Salvadoraceae.
Leurs pourcentages sont variables. S’ils sont présents avant 2,1 M.A., c’est toujours très faiblement.
Par contre, à partir de 2,1 M.A., les pourcentages sont plus importants. En particulier, Acacia et Commi¬
phora atteignent des pourcentages égaux ou supérieurs à ceux trouvés dans les sédiments actuels du lac.
En raison de la faible dispersion de leurs pollens (Bonnefille R., Vincens A., 1977), ces taxa sont de
bons marqueurs de la végétation locale. Ils indiquent donc que, dès 2,1 M.A., le couvert végétal, dans
l’environnement proche de la bordure du paléolac, est devenu plus boisé.
• Taxa herbacés.
La plupart de ces taxa sont représentés par des pollens du groupe des Chenopodiaceae/Amaran-
thaceae. Leurs pourcentages sont cependant faibles (< 15 % du total) comparés aux pourcentages
Source : MNHN, Paris
LIO-PLÉISTOCÈNIi DU
TURKANA
173
obtenus dans des échantillons actuels. Nous avons montré, dans une précédente publication par l’ana¬
lyse d’échantillons de surface, que la production pollinique des Chenopodiaceae/Amaranthaceae était
très locale (Bonnefille R., Vincens A., 1977). Cette observation se vérifie aussi dans les sédiments
actuels du lac où les maxima de pourcentages de ce groupe se trouvent dans les échantillons les plus
proches du rivage.
Actuellement, ces plantes sont très abondantes dans les zones arides et sur sols salés, comme c’est
le cas pour la région du lac Turkana. Les faibles pourcentages de pollens de Chenopodiaceae/Arnaran-
ihaceae dans nos spectres, sont donc à mettre en relation à la fois avec des conditions climatiques diffé¬
rentes de l’actuel mais aussi avec la composition des eaux du paléolac.
Certains auteurs ont interprété les variations des pourcentages de Chenopodiaceae / Amarantha¬
ceae en terme climatique. Des observations faites h partir de l’analyse d’échantillons de surface en Afrique
du Sud, ont montré que la représentation des pollens de ce groupe dans les spectres était liée au taux
de pluviosité. Les plus faibles pourcentages étaient enregistrés dans les spectres des zones où les pluies
étaient les plus abondantes (Coetzee J. A., 1967). En Zambie, dans des spectres de sédiments pléisto-
cènes, les faibles pourcentages de Chenopodiaceae/Amaranthaceae sont interprétés comme indiquant
que la région n’a jamais été extrêmement aride (Livingstone D. A., 1971).
Dans nos spectres, leurs pourcentages nettement inférieurs aux pourcentages obtenus sur des
sédiments actuels indiquent donc qu’entre 3 et 1,5 M.A., la région du lac Turkana n’a jamais été aussi
aride qu’actuellement.
Un autre facteur duquel dépend l’abondance ou non des Chenopodiaceae/Amaranthaceae est
la nature des sols entourant le lac, directement liée à la composition de ses eaux. Des travaux récents
ont montré que jusqu’à 1,8 M.A., s’étendait à l’Est Turkana un lac d’eau fraîche qui a par la suite
fluctué entre un lac d’eau fraîche et un lac modérément alcalin (Cerling T. E., 1979). Des sols moins
salés qu’actuellement entouraient donc le paléolac, qui expliquent, conjointement à des conditions
climatiques plus humides, la faible représentation des Chenopodiaceae/Amaranthaceae dans nos spectres
fossiles.
4. — Ensemble des taxa ubiquistes
Ces taxa représentent les plus grosses masses polliniques des spectres fossiles dues en particulier
aux forts pourcentages des Gramineae (Fig. 3). Celles-ci sont toujours plus abondantes qu’actuellement.
Étant donné la morphologie très homogène de leurs pollens, il n’a pas été possible de pousser la déter¬
mination au-delà de la famille. Ces taxa ont une écologie très variée. On les trouve dans tous les envi¬
ronnements floristiques cités précédemment. De plus, leurs pollens sont bien dispersés (Hamilton A. D.,
1972), aussi nous n’excluons pas la possibilité qu’une partie de ces Gramineae soient allochtones. Cepen¬
dant, lorsqu’on connaît l’aptitude qu’a le pollen de Podocarpus à se disperser et à se transporter, et
les pourcentages avec lesquels on le trouve dans les spectres, nous pouvons supposer que la majeure
partie des Gramineae sont locales.
De plus, il est possible que ces forts pourcentages de Gramineae soient en relation directe avec
la faible représentation des Chenopodiaceae/Amaranthaceae. Le fait que les eaux du lac soient moins
alcalines au cours du Plio-Pléistocène a pu créer, sur les paléorivages, un milieu plus favorable au déve¬
loppement des Gramineae.
Parmi les autres taxa ubiquistes, Cyperaceae et Typhaceae sont peu représentées dans nos spectres.
Leur présence est directement liée à l’existence au cours de la période de dépôt des sédiments, d’une
rivière venant de l’Est, ainsi que vraisemblablement de zones plus ou moins marécageuses en bordure
du paléolac.
Des Compositae tubuliflorae sont aussi présentes dans tous les spectres. Dans le lac actuel, nous
avons trouvé leur maxima de pourcentages dans les zones deltaïques où leur distribution suit celle des
taxa allochtones de forêts. Ceci laisse supposer que la plupart des Compositae tubuliflorae ne sont pas
locales mais ont été transportées dans le lac par la rivière.
Source : MNHN, Paris
174
A. VINCENS
5. — Spores de Ptéridophytes
Leur présence dans nos spectres fossiles est très irrégulière (Fig. 3). Les spores sont des éléments
« lourds » et de nombreuses expériences et observations ont montré que celles-ci étaient au moment de
leur production soit sédimentées in situ, soit transportées par voies fluviatiles (Van Campo E., 1978).
Étant donné l’écologie et la répartition actuelle des Ptéridophytes en Afriques de l’Est, liée à la présence
de forêts, leur représentation en pourcentages importants dans les spectres antérieurs à 2,1 M.A. et
postérieurs à 1,8 M.A., en particulier le spectre 12, dans lesquels on trouve les maxima de taxa de forêts,
est normale et correspond aux périodes les plus humides.
CONCLUSIONS
Les meilleures informations sur le climat et ses modifications entre 3 et 1,5 M.A. sont apportées
par l'ensemble des taxa de forêts d’altitude, qui montrent les variations les plus significatives, tant
du point de vue quantitatif que qualitatif.
Si les faibles pourcentages des Chenopodiaceae/Amaranlliaceae dans tous nos spectres nous indi¬
quent que le climat n’a jamais été très aride, les taxa de forêts permettent de mettre en évidence des
fluctuations importantes. Trois épisodes climatiques ont pu ainsi être définis. Pour la période antérieure
à 2,1 M.A., la présence de taxa particuliers tels qu ’llex, Ericaceae, Myricaceae en pourcentages supé¬
rieurs à ceux obtenus dans des sédiments actuels, ainsi que de Ptéridophytes nous a permis de mettre en
évidence une période de climat humide.
La disparition de ces taxa et leur substitution par Juniperus met en évidence des tendances
climatiques plus sèches et froides qui auraient eu lieu entre 2,1 et 1,8 M.A. La tendance froide s’accentue
postérieurement à 1,8 M.A. avec un grand développement des forêts à Juniperus et Olea. Cependant,
un plus grand apport de taxa de forêts et de Ptéridophytes laisse supposer que les conditions redevien¬
nent légèrement plus humides, mais moins que pour la période antérieure à 2,1 M.A.
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PLIO-PLÉISTOCÈNE EN CATALOGNE, LANGUEDOC ET CAMPANIE
177
PALÉOCLIMATS DU TERTIAIRE
APERÇU SUR LA VÉGÉTATION ET LE CLIMAT DES
RÉGIONS MÉDITERRANÉENNES D’EUROPE OCCIDENTALE AU
PLIOCÈNE ET AU PLÉISTOCÈNE INFÉRIEUR
D’APRÈS L’ANALYSE POLLINIQUE
Jean-Pierre Suc *
Résumé. — L’analyse pollinique montre au début du Plaisancien l’existence d'un événement climatique
se traduisant par l’installation d’un rythme méditerranéen (sécheresse estivale) correspondant à un refroidisse¬
ment dans l’hémisphère nord. On observe ensuite des oscillations rapides dues à des variations thermiques
globales mais dont la caractéristique principale résiderait dans des modifications du volume annuel des précipi¬
tations et de leur répartition saisonnière.
Summary. — Pollen analysis reveals that a climatic event took place in the lowermost Piacenzian
resulting in a shift towards a mediterranean rhythm (dry summers) which corresponds to a cooler climate in
the northern hemisphere. Then rapid oscillations (due to global thermie variations) are manifested. These
are characterised by modifications of the annual volume and seasonal distributions of précipitations.
L’analyse pollinique réalisée sous un angle botanique fournit de précieux renseignements sur la
végétation. Lorsqu’un diagramme pollinique montre des variations qui, toutes précautions prises,
peuvent être interprétées comme des changements affectant la végétation et s’il est prouvé que ceux-ci
ne sont pas d’ordre édaphique, l’analyse pollinique est alors la discipline privilégiée pour renseigner
sur les variations des divers paramètres climatiques.
Les résultats présentés ici intéressent les régions méditerranéennes d’Europe occidentale et por¬
tent d’une part sur de nombreuses coupes pliocènes du Languedoc-Roussillon (France) et de Catalogne
(Espagne) auxquelles nous rajouterons le site de Villaroya (province de Logrono, Espagne), d’autre
part trois coupes du Pléistocène inférieur (Camerota : Campanie, Italie ; Bernasso : Languedoc, France ;
Bôbila Ordis : Catalogne, Espagne).
1. Le Pliocène
Les affleurements pliocènes du Languedoc, du Roussillon et de Catalogne ne représentent qu’une
faible partie du Pliocène, plus précisément la partie inférieure du Plaisancien, compte tenu des âges
fournis par les micromammifères, des informations obtenues des foraminifères et de la stratigraphie
(J. P. Suc, 1979).
* Laboratoire de Palynologie du CNRS, E.R. 25, Université des Sciences et Techniques du Languedoc,
34060 Montpellier cedex.
12
Source : MNHN, Paris
178
J.-P. suc
Les niveaux inférieurs renferment une microflore riche et très diversifiée avec une quantité
élevée de pollens d’Abietaceae (cf. Cathaya, Pinus, Tsuga, ...), des Cupressaceae, des Taxodiaceae,
Alnus, Quercus, des Juglandaceae, des Hamamelidaceae, Ulmus-Zelkova à côté d’un fort contingent
de taxons méditerranéens (Quercus type-ilex-coccifera, Phillyrea, Olea, Cistus, Rhus cf. cotinus, Pis-
tacia, ...) (A. Pons, 1964 ; J. P. Suc, 1976 a et b). La constance et l’homogénéité des nombreux spectres
polliniques obtenus dans la plaine littorale semblent indiquer que la végétation devait correspondre à
des mélanges forestiers complexes dont on ne retrouve pas l’équivalent actuellement.
Dans les niveaux supérieurs, la disparition des Taxodiaceae (accompagnée de celle d’autres
taxons exotiques) implique un important recul de la forêt dans la plaine littorale où, semble-t-il, à côté
des associations de bords de lagunes ou de ripisilves, ne vont subsister ensuite que les groupements
méditerranéens. Ce changement qui affecte tous les représentants de la famille des Taxodiaceae et qui
a été reconnu aussi bien dans des dépôts marins que lagunaires ou d’eau douce, et que l’on peut considé¬
rer synchrone pour cette province paléogéographique, doit être interprété comme le résultat d’une évolu¬
tion climatique dont l’analyse pollinique nous permet de préciser les caractéristiques. On aurait pu
imaginer un refroidissement important pour expliquer la disparition de tous les pollens de Taxodiaceae,
mais cette hypothèse n’est pas concevable car le premier refroidissement important en Europe du Nord
(Prétiglien ; W. H. Zagwijn, 1960) intervient près d’un million d’années après le changement observé
en Languedoc-Roussillon-Catalogne où le site le plus récent, Sète-Lazaret, est antérieur au gisement de
Wôlfersheim à flore brunssumienne (W. H. Zagwijn, 1974 ; J. Michaux, J. P. Suc et J. L. Vernet,
1979 ; K. Brunnacker et W. Boenigk, 1976). D’autre part, les microflores méridionales contempo¬
raines de la disparition des Taxodiaceae et celles qui leur sont postérieures ne reflètent pas de refroidisse¬
ment mais contiennent des taxons qui, aujourd’hui, vivent sous un climat à sécheresse estivale (taxons
méditerranéens, Microtropis fallax, Parrolia cf. jacquemondana). Enfin, les faunes de petits Mammi¬
fères et la sédimentologie plaident pour une aridification du climat (J. Barrière et J. Michaux, 1970 ;
J. Barrière, 1971 ; B. Sigé, 1974). On peut donc interpréter cette évolution climatique qui semble
propre aux régions méditerranéennes d’Europe occidentale (J. Michaux, J. P. Suc et J. L. Vernet,
1979) comme l’installation progressive d’un rythme à caractère méditerranéen, c’est-à-dire avec une
sécheresse estivale (J. P. Suc, 1976 a et b).
Auparavant, on doit imaginer pour nos régions, compte tenu de l’uniformité des flores polliniques
en plaine littorale, un modèle climatique pouvant convenir à l’ensemble des taxons composant cette
flore qui nous parait aujourd’hui très hétérogène. Ce climat devait donc être humide avec, quant au
rythme, l’existence d’un déficit hydrique pendant la saison chaude ; ce type climatique pouvait être
assez proche de celui qui caractérise de nos jours le rivage sud de la mer Caspienne. Il suffirait donc d’un
abaissement général du volume des précipitations pour déterminer l’apparition de la sécheresse estivale.
La courbe isotopique publiée par N. J. Shackleton et N. D. Opdyke (1977) montre un net refroidisse¬
ment dans l’hémisphère nord à — 3,2 MA. Cet événement pourrait être à l’origine de la sécheresse esti¬
vale des régions méditerranéennes d’Europe occidentale. Ainsi, l’importante modification floristique
reconnue par l’analyse pollinique dans le Sud de la France, se caractérisant essentiellement par la
disparition des Taxodiaceae dont il nous est impossible, en l’absence de dépôts plus élevés dans le Plio¬
cène, d’affirmer si elle est définitive, nous permet de commencer à entrevoir quelles conséquences ont
pu avoir sur le climat de la zone méditerranéenne les refroidissements perçus en Europe du Nord.
Pour la période comprise entre — 3 MA et — 1,8 MA (début du Pléistocène), les seules données
polliniques dont nous disposons sont celles fournies par le site espagnol de Villaroya (province de
Logrono), au sud-ouest des Pyrénées (H. Remy, 1958). Ce gisement, daté par les Mammifères, appar¬
tient à la zone MN 16 (Mammifères néogènes ; P. Mein, 1975) ; il est postérieur aux gisements de Sète-
Lazaret et du Serrat-d’en-Vacquer (Perpignan). Il est intéressant de noter que la flore pollinique ne
contient pas de Taxodiaceae. Sans entrer dans le détail, le diagramme pollinique montre la succession
de trois phases : à la base, une phase dominée par les pollens d’arbres ( Picea, Pinus, Quercus, Tsuga,
Carya, ...) ; dans la partie moyenne, les pollens des plantes herbacées jouent un rôle important ( Arlemisia
et Graminae) ; au-dessus, on observe un retour aux conditions initiales avec toutefois une importance
moindre de Picea et un rôle accru de Quercus (avec une présence continue de Liquidambar). Pour
H. Remy (1958), ces variations sont d’origine climatique et elles offrent un net caractère méditerranéen.
Source : MNHN, Paris
PLIO-PLÉISTOCÈNE EN CATALOGNE, LANGUEDOC ET CAMPANIE
179
Il semblerait que l’on assiste à une compétition entre les formations forestières et des formations
ouvertes à ArUmisia, représentées tout au long de la séquence. Ce diagramme s’apparente davantage
à ceux du Pléistocène inférieur (Bernasso, Bôbila Ordis) qu’à ceux du Pliocène. Comme le montre la
courbe paléoclimatique de N. J. Shackleton et N. D. Opdyke (1977), le site de Villaroya appartiendrait
déjà au cycle d’oscillations rapides annonçant le Pléistocène.
2. Le Pléistocène inférieur.
Pour le début du Pléistocène inférieur, nous possédons les données fournies par trois coupes
importantes, dans l’ordre chronologique :
— Camerota (Campanie du sud, Italie), altitude 180 m, à 2 km du rivage méditerranéen ; cette
série lacustre est corrélable avec la base du Calabrien marin reconnu dans la coupe voisine de Lentiscosa
(M. Baggioni, communication personnelle) ;
— Bernasso (Languedoc, France), altitude 500 m, à 50 km de la Méditerranée : l’âge est proche
de — 1,6 MA (J. P. Ildefonse et al., 1972 ; F. Sémaii, 1979) ;
— Bôbila Ordis, à Banyoles (Catalogne, Espagne), altitude 190 m, à 30 km de la mer ; la partie
supérieure de la coupe ne peut pas être plus ancienne que les premiers niveaux à AUophaiomys plio-
caenicus (J. Michaux, communication personnelle) datés de — 1,5 à — 1,6 MA aux Pays-Bas
(A. J. van der Meulen et W. H. Zagwijn, 1974).
Les spectres polliniqucs obtenus de ces sites différents nous renseignent sur la composition de la
végétation :
— près du rivage ou en plaine (lorsqu’elle existe), les groupements méditerranéens, mieux
ressentis en Italie du Sud (association à Olea-Ceratonia-Pistacia) ;
— dans l’arrière-pays et pouvant atteindre des altitudes moyennes, une forêt caducifoliée hygro-
phyle à Carpinus, Carya, Plerocarya, Parrotia cf. persica, Ulmus-Zelkova ... ;
— régionalement devaient exister des formations sèches et ouvertes à Pinus, Artemisia, Ephedra,
Cichoriae, Chenopodiaceae ... ;
— en altitude, la forêt de conifères ( Abies, Picea, Tsuga).
Les variations observées dans les diagrammes de Bernasso (J. P. Suc, 1978) et de la Bôbila
Ordis (R. Juliâ Bruguès et J. P. Suc, à paraître) illustrent une compétition entre les formations
ouvertes et les autres composantes de la végétation, en particulier la forêt caducifoliée et les formations
altitudinales à conifères. Ces changements dans la végétation sont certainement dus à des variations
climatiques rapides et correspondent globalement à des variations thermiques comme le montrent
les courbes isotopiques (N. J. Shackleton et N. J. Opdyke, 1976). Cependant, pour les régions consi¬
dérées, il n’est peut-être pas nécessaire de faire intervenir de trop fortes baisses de température, les
variations d’autres facteurs tels que le volume annuel des précipitations et leur répartition saisonnière
pouvant jouer un rôle primordial. En région méditerranéenne, les périodes froides se traduiraient certes
par un abaissement des températures mais surtout par une diminution des précipitations déterminant
une sécheresse estivale accusée et provoquant de nets contrastes saisonniers, tandis que les périodes de
réchauffement se traduiraient par une élévation thermique entraînant l’augmentation des précipitations
atténuant alors les effets limitatifs de la sécheresse estivale. Ce type de variations, auxquelles on peut
apparenter celles des diagrammes de Villaroya (H. Rem y, 1958) et de Senèze (H. Elu ai, 1969), ressemble
beaucoup à celles enregistrées dans le diagramme de Philippi (Pléistocène supérieur de Macédoine ;
T. A. Wijmstra in T. van der Hammen et al.. 1971). Ces microflores méridionales semblent évoluer
de façon comparable pendant les périodes de refroidissement par le développement d’une végétation
ouverte à Pinus, Artemisia, Chenopodiaceae ..., à la différence des microflores d’Europe du nord (végé¬
tation de type-toundra ; W. H. Zagwijn, 1960) et de la plaine du Pô (extension de la forêt de conifères ;
F. Lona, 1950). Ce type d’évolution semble bien caractériser les régions méditerranéennes d’Europe
occidentale.
Source : MNHN, Paris
J.-P. suc
En conclusion, l’analyse pollinique fournit un certain nombre de renseignements fondamentaux
pour la connaissance de l’histoire climatique des régions méditerranéennes d’Europe occidentale au
Pliocène et au Pléistocène inférieur ainsi que pour la compréhension des processus des variations clima¬
tiques dans ces régions.
Au début du Pliocène est révélée l’existence d’une province paléogéographique originale sur le
plan floristique et climatiquement stable.
La disparition des Taxodiaceae, bien datée de la base du Plaisancien, constitue un bon repère
paléoclimatique corrélable avec un refroidissement dans l’hémisphère nord se traduisant sur les rives
de la Méditerranée occidentale par l’installation progressive d’une sécheresse estivale.
Postérieurement, qu’il s’agisse de la fin du Pliocène ou du début du Pléistocène, on assiste à des
variations climatiques rapides et d’assez forte amplitude, ce qui correspond bien aux données fournies
par les courbes isotopiques. On observe ainsi la succession de phases de réchauffement caractérisées par
une augmentation pluviométrique, sans sécheresse estivale bien marquée, et de phases de refroidisse¬
ment à saisons bien contrastées où la diminution du volume des précipitations provoquerait l’existence
d’une sécheresse estivale.
En Méditerranée occidentale, le mécanisme des oscillations climatiques s’avère complexe et le
facteur qui doit être retenu comme principal responsable des changements observés dans la flore et
dans l’organisation de la végétation n’apparaît pas être d’ordre thermique, sans nier totalement l’impor¬
tance des variations de température, mais plutôt d’ordre pluviométrique (volume annuel et réparti¬
tion saisonnière des précipitations).
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Source : MNHN, Paris
182
H. MÉON, R. BAI.I.KSIO. C. GUÉRIN ET P. MEIN
APPROCHE CLIMATOLOGIQUE DU NÉOGÈNE SUPÉRIEUR
(TORTONIEN A PLÉISTOCÈNE MOYEN ANCIEN)
D’APRÈS LES FAUNES ET LES FLORES D’EUROPE OCCIDENTALE
PAR
H. Méon. R. Bai.lf.sio. C. Guérin et P. Mein *
Résumé. — L’étude des faunes (essentiellement des mammifères) et des flores associées ou corrélées
avec ces faunes permet d’avoir une idée de l’évolution climatique dans le Néogène supérieur et le début du
Quaternaire (Tortonien à Pléistocène moyen supérieur). Les zones, établies d’après l’évolution et. la répartition
des mammifères servent de cadre stratigraphique. Au sein de ces zones la répartition de la faune dans différents
biotopes et l’appartenance des ensembles floristiques mis en évidence montrent que le climat tropical à sub¬
tropical au Tortonien est devenu tempéré chaud à frais au Pléistocène.
Summary. — The study of faunas (especially mammals) and of floras related with these faunas gives
an idea about the climatic évolution during the Upper Neogene and Lower Quaternary (Tortonian to Lower
Middle Pleistocene). The mammal zonation has been followed as stratigraphie scheme. By the distribution
of the fauna and the charactéristics of the végétation associations we can see the climate tropical to subtropical
during the Tortonian becoming hot temperate to cool in the last period.
INTRODUCTION
Les corrélations entre les faunes et les flores du Tortonien au Villafranchien sont désormais
bien établies (voir tableau et Méon et alii, 1979). Les faunes de mammifères ont permis l’établissement
de zones elles-mêmes corrélées avec la zonation fondée sur les formes marines. Cet article rassemble
en tableaux successifs par zone de mammifères (MNx, Mein 1975 ; MNQx, Guérin, thèse sous presse)
les taxons principaux et faits écologiques caractéristiques. Nous avons tenté de déduire les traits clima¬
tiques qui ressortent de ces associations.
Cette étude, bien qu’intéressant l’Europe occidentale, fait surtout appel aux faunes et aux
flores trouvées en France dans le Massif Central et le Sud-Est car ce sont les gisements les mieux connus
jusqu’à présent pour les corrélations stratigraphiques et écologiques et pour les datations absolues.
Étant donné la masse de documents accumulés pour ces régions, nous n’avons pas pu citer tous les
gisements connus mais nous avons essayé de choisir les plus caractéristiques. De plus, lorsque le besoin
s’en est fait sentir nous avons cité des gisements hors de l’Europe occidentale lorsqu’ils sont importants
du point de vue des corrélations ou du point de vue climatique.
* Centre de paléontologie stratigraphique et paléoécologie de l’Université Claude-Bernard associé au CNRS
L.A. 11) 29, boulevard du 11 Novembre, 69622 Villeurbanne.
Source : MNHN, Paris
tableau 1 — Répartition et corrélation des zones avec quelques gisements principaux.
M a
NN
N
£ :r,
Eujei
MN
Principaux gùemcMi
1 -
NN 19
I
MNQ20
Dniforl V.Uonel
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Siiudlei Imoli
N 21
<
MNQ 19
Feyrolln Blauac
i
MNQ 18
Le Coupe!
1 '2-
NN 18
Z.
1
MN 17
OlivoU
NN 17
i
<
Roccaneyn Medu RiêBellcê
j
MN 16 b
MN 16a
2.5
NN 16
l
Commemilles VjlUroy.
Viilette EscorihueU Seynej
3 -
NN 15
N 20
MN 15
Wolfenheim Laym Site
U Juliane Perpignan
NN 14
1
Cellcneuve Milles Terrets
4 -
NN 13
N 19
5
1
MN 14
Montpellier Haulimegne
Rasteau
Hautertves
Ponl-de-Gtil
NN 12
N 18
Alcoy
z
6-
N 17
Z
i
MN 13
Luberon La Alberca
Librilla Arquülo
Z
7-
O
«
MN 12
Cucuron Los Mansuetos
NN 11
Motion Lobrieu
8-
MN 11
g
§
2
Priay Orignac
9-
N 16
MN 10
Soblay
10-
NN 10
1
Montredon
Maria del Barbo
11 -
NN 9
N 15
MN 9
Can Uobalerei Can Ponatc
Eppetaherm
Hlwian
Salnl-Jean-de-Bournay
Source : MNHN, Paris
184
H. MÉON, R. BAI.LESIO, C. GUÉRIN ET P. MEIN
Zone 9
Équivalences : zone de Sabadell pro parte (Thaler, 1964).
Tortonien inférieur —
sommet de la zone N15 — sommet de la zone NN9.
Datations : Hôwenegg : entre 12,4 ± 1 et 10,8 ± 0,4 Ma (Lippolt, 1978).
Principaux gisements : Saint-Jean-de-Bournay (Isère, France), Ambérieu-en-Bugey (Ain,
France) ; Can Llobateres, Can Ponsic, Nombrevilla, Pedregueras (Espagne) ; Eppelsheim, Hôweneg,
Hammerschmiede (R.F.A.).
Faune : Mammifères d’habitat forestier : Dryopithecus, Rudapithecus, Chalicotherium goldfussi
(plutôt forêt marécageuse), Gomphotherium angustidens, Tetralophodon longirostris, Dicerorhinus
schleiermacheri, D. sansaniensis, Amphiprox, Hyotherium palaeocherus, Microstonyx andquus, Progo-
nomys.
Mammifères de prairie : Hipparion primigenium, Miotragocerus, Eurolagus, Hispanomys,
Microtocricetus.
Mammifères d’habitat plus ou moins marécageux : Chalicotherium goldfussi, Aceratherium
tetradactylum, A. incisivum, Tapirus priscus, Brachypotherium goldfussi, Parachleuastochoerus,
Rotundomys.
Flores : Des analyses sporopolliniques dans un sondage à Ambérieu-en-Bugey (France) indiquent
à la base du sondage (Vallesien) un paysage forestier avec 30 à 50 % d’Abietaceae, des Taxodiaceae .
des Betulaceae, des Juglandaceae, Liquidambar... Des analyses faites dans des niveaux équivalents du
gisement de Saint-Jean-de-Bournay mettent également en évidence un paysage forestier avec 15 %
d 'Abietaceae, beaucoup de Betulaceae, quelques Juglandaceae et Taxodiaceae. A Eppelsheim, une macro¬
flore décrite par Wenz (1921) comprend Quercus, Fagus, Laurophyllum, Aralites, Bumalia, Cinnamo-
mum, Taxodium, Séquoia, Palmiers...
Climat : Les mammifères de biotope de prairie semblent plus rares que ceux de biotope forestier ;
il y a aussi un certain nombre de formes plus ou moins inféodées à des biotopes marécageux. Cette idée
d’environnement humide et modérément chaud est confirmée par la végétation.
Zone 10
Équivalences : zone de Sabadell pro parte (Thaler, 1964).
Tortonien inférieur — Serravalien terminal,
partie inférieure N16 ; NN10.
Principaux gisements : Montredon, Soblay (France) ; Masia del Barbo, Villadecaballes (Espagne) ;
Kastellios (Crète) ; Ravin de la Pluie (Macédoine).
Faune : Mammifères forestiers : Aceratherium simorrense ; Dicerorhinus schleiermacheri ; Plio-
petaurista ; Schizochoerus ; Conohyus ; Anchitherium ; Pliohyrax rossignoli (habite plutôt les forêts
humides) ; Birgerbohlinia ; Samotherium.
Mammifères de prairie : Hipparion depereti.
Mammifères de biotope marécageux : Aceratherium incisivum, Rotundomys bressanus.
Flores : Dans le bassin de la Sen de Urgell (gisement à mammifères de El Firal, Espagne) une
macroflore a été étudiée par A. Sanz de Siria Catalàn (1977). Elle comprend 77 % de Dicotylédones,
18 % de Monocotylédones, 1 % de Gymnospermes et 4 % de Cryptogames. Les arbres sont nombreux
parmi lesquels des Betulaceae, Fagaceae, Myricaceae, Juglandaceae, Salicaceae, Ulmaceae, Lauraceae,
Caesalpiniaceae, Ebenaceae... Parmi les herbacées il y a des plantes nettement hygrophiles (Andromeda,
Typha, Phragmites, Potamogeton).
A Azambujera (Portugal), C. Teixera et J. Pais (1976) signalent une flore à affinités asiatiques
Source : MNHN, Paris
NÉOGÈNF. SUPÉRIEUR D’EUROPE OCCIDENTALE
m
et caractéristique d’un climat humide : Populus targana, Trapa afT. natans, Phyüites azambugensis,
Cinnamomurn afî. polymorphum, Pkragmites sp...
Climat : La faune dominante est forestière, certaines espèces indiquent une nuance humide.
Le climat révélé par les flores d’Espagne et du Portugal semble de type tropical aux environs d’un
secteur lagunaire. En France, les gisements de lignites (Montredon, Soblay) indiquent des marécages
donc des biotopes humides, vraisemblablement en relation avec la transgression tortonienne.
Zone 11
Équivalences : base du Turolien ;
sommet de la zone N16 + base de N17 ; zone NN11 ;
Tortonien moyen.
Principaux gisements : Priay, Mollon (Ain, France), Vienne (Isère, France), Lobrieu (Drôme,
France) ; Orignac (Pyrénées, France) ; Dorn-Dürkheim (R.F.A.) ; Eichkogel (Autriche) ; Los Agua-
naces, Vivero de la Bambla, Crevillente 1-3 (Espagne).
Faune : Mammifères forestiers : Dicerorhinus schleiermacheri ; Tapirus pannonicus ; Chalico-
therium goldfussi ; Parapodemus lugdunensis ; Valerymys vireti.
Mammifères de prairie : Epimeriones austriacus ; Procapreolus concudensis ; Cervavi-
tulus ; Kowalskia fahlbuschi ; Protozapus ; Plerospalax.
Mammifères de biotope marécageux : Aceratherium incisivum ; Deinotherium gigan-
leum ; Dorcalherium ; Castor ; Trogontherium ; Chalicomys.
Flores : Des analyses sporopolliniques faites à Mollon, à Ambérieu-en-Bugey (sommet du sondage),
Priay (Méon, 1970) et à Orignac (Sauvage, 1957) montrent une forêt dominante avec des Abietaceae.
(souvent très abondants), des Taxodiaceae, Betulaceae, Myricaceae, Juglandaceae, Cupulifères. Dans la
partie supérieure des niveaux de Mollon on a trouvé la même association de micromammifères et de
mollusques qu’à Lobrieu ; dans la région de Lobrieu, à Cairanne, gisement équivalent par la faune,
la micro flore est très semblable à celle de Priay. A Orignac, les Taxodiaceae dominent toujours, à Mollon
ils varient de 5 à 7 %.
La base de la zone I de Bresse (Jan du Chêne, 1974) datée par des foraminifères du Tortonien
inférieur marin correspond à cette zone 11. L’ensemble de la zone I est caractérisé par de forts pour
centages d 'Abietaceae.
Climat : La flore comme la faune indiquent un climat au moins tempéré-chaud avec une humidité
assez forte.
Zon* 12
Équivalences : partie inférieure de la zone de Teruel (Thaleh, 1964) ;
partie moyenne de la zone N17 ; partie moyenne de NN11 ;
Tortonien supérieur ;
Turolien moyen.
Datations : J. A. van Couvering (1972) date les niveaux inférieurs de Samos (1-4) entre 7,3 ±
0,7 et 8,5 ± 0,8 Ma mais en 1974 (Berggren et van Couvering) il les place à 9,2 Ma. D’après les don¬
nées récentes, il semble que l’âge probable est entre 7 et 6 Ma.
Principaux gisements : Cucuron-Ratavoux (Vaucluse, France), Cornuscles, Aubignas (Ardèche,
France), Los Mansuetos, Crevillente 4-5 (Espagne).
Faune : Mammifères forestiers : Dicerorhinus schleiermacheri ; Choerolophodon ; T uricius ;
Ancylotherium ; Helladotherium, Bohlinia ; Pliocervus ; Baranogale (?).
Mammifères de prairie : Oioceros ; Palaeoryx ; Protoryx ; Helicophora.
Source : MNHN, Paris
186
I. MÉON, R. BALLESIO, C. GUÉRIN ET P. MEIN
Mammifères de biotope humide ou aquatique : Aceratherium inciaivum ; Enhydriodon j
Microstonyx major ; Eryrnanthius.
Flores : Les niveaux du sommet de la zone I de Bresse sont dominés par des Abietaceae, de même
que la partie terminale des niveaux de Mollon.
Les argiles de Cornuscles ont livré une macroflore avec des Pinaceae, Taxodiaceae (Séquoia),
Salicaceae, Betulaceae, Ulmaceae et Typhaceae (Ciiarre et Grangeon, 1967). L’analyse pollinique
(Pons, 1968) montre une dominance des Pins (avec beaucoup de Pinus type haploxylon) et de l’Aulne
accompagnés de Tsuga, Nyssa, Liquidambar, Quercus (avec beaucoup de Quercus ilex), Carya, Ptero-
earya, Myricaceae... Les analyses polliniques de Mirabel-Aubignas (Suc, 1975) ont donné des résultats
assez similaires.
Climat : Il ne semble pas différer sensiblement de celui de la zone précédente. L’étude des macro¬
restes des Cornuscles conduit P. Ciiarre et P. Grangeon à la conclusion qu’il est probable que le climat
de la région du Mézenc, à la fin du Miocène, rappelait celui de la Californie actuelle où la saison sèche
s’étend de mai à novembre, les Séquoia étant localisés dans des zones plus humides (à brouillard) au
bord du lac.
Zone 13
Équivalences : partie supérieure de la zone de Teruel (Thaler, 1964) ;
Messinien — Infrapliocène (Ballesio, 1971) ;
sommet de la zone N17 ; sommet de la zone NN11 + base de la zone NN12.
Datation : Montenat, Thaler et van Couvering (1975) datent le gisement de Librilla (Espagne)
à 6 Ma ; (voir zone 14).
Principaux gisements : Librilla, Crevillente 6, Arenas del Rey (La Mima), Salobrena, Alcoy,
Arquillo, La Alberca, Venta del Moro (Espagne) ; Luberon (Vaucluse, France) ; Polgardi, Baltavar
(Hongrie) ; Pikermi (Grèce).
Faune : Mammifères forestiers : Dicerorhinus schleiermacheri ; Machairodus ; Anancus ; Deino-
iherium ; Sus ; Paracervulus.
Mammifères de prairie ou savane : Diceros pachygnathus ; Parabos ; Urmiabos ; Machai L
rodus.
Mammifères de biotope humide ou aquatique : Hippopotamus primaevus.
Flore : A Pikermi (Grèce) les travaux de J. Sauvage (Mercier et Sauvage, 1966 ; Guernet et
Sauvage, 1970) ont mis en évidence une végétation de forêt avec Abietaceae et Quercus dominants et
de steppe & Graminées et Composées. Les données de l’étude plus récente de M. Orgetta (1979) sont
similaires, la flore indique un paysage ouvert avec des points d’eau épars (lignite) correspondant à
un « climat chaud à tempéré avec des conditions semi-arides ».
Climat : A cette période le climat semble plus aride que précédemment, il est peut-être aussi
moins chaud, surtout dans les régions non méditerranéennes. Selon L. Ginsburg (1969) « le Pikermien
voit une recrudescence de la sécheresse après l’épisode semi-humide du Vallèsien ».
Dans la vallée du Rhône, indépendamment des causes tectoniques, les énormes accumulations
détritiques à conglomérats prédominants de l’Infra-Pliocène, sous-jacentes aux assises marines plio¬
cènes sont vraisemblablement dues aussi à l’influence d’un climat à tendance aride.
Zona 14
Équivalences : pour la partie inférieure de la zone 14 : sous-zone de Hauterives (Guérin et
Mein, 1971) ; sous-zone d’Alcoy 1 (Thaler, Crusafont et Adrover, 1965) ; première sous-zone de la
zone de Perpignan (Thaler, 1964) ;
1 Deux gisements sont connus à Alcoy, un gisement à gros mammifères trouvés dans les mines de lignites, il y a
un siècle, qui serait d'âge ruscinien pour certains auteurs ; un autre gisement à micromammifères, ravin, d'âge turolien
supérieur. Dans ce dernier gisement la faune est identique à celle de la Alberca, gisement à intercalations marines ihessi-
niennes (Mein, 1975).'
Source : MNHN, Paris
NÉOGÈNE SUPÉRIEUR D’EUROPE OCCIDENTALE
187
pour la partie supérieure : sous-zone d’Hautimagne (Mein et Michaux, 1970) ;
seconde sous-zone de Perpignan.
Estramontien et Ruscinien pro parle.
Tabianien, Plaisancien — Astien pro parle (Ballesio, 1972).
partie supérieure du Sustérien -J- Brunssumien -f- partie inférieure du Reuvérien.
Zone N18 -f- N19 + base N20 ; sommet zone NN12 à NN14.
Datations : Une datation récente du gisement de Pont-de-Gail (Gilbert et al., 1977) donne
6,9 Ma comme âge le plus récent possible, ce qui paraît en contradiction avec les données de la paléon¬
tologie.
R. Bali.esio (1971-1972) avait proposé un tableau de corrélation en tentant de concilier les don¬
nées radiométriques obtenues en domaine marin et continental. Les dates proposées doivent être corri¬
gées à la lumière des observations récentes. De plus, en raison des divergences « insurmontables » existant
entre les échelles chronologiques du domaine continental et du domaine marin nous avons accordé la
priorité aux datations absolues fournies par l’échelle marine du « Deep Sea Drilling Project ». L’Infra-
Pliocène se placerait entre 6,3 et 5,2 Ma, le Pliocène inférieur (Tabianien-Zanclieon) entre 5,2 et 2,8 Ma,
le Pliocène supérieur (Plaisancien-Astien) entre 2,8 et 2 Ma.
Les gisements d’Hautimagne, de Vendargues et de Celleneuve sont inclus dans les dépôts conti¬
nentaux qui surmontent les dépôts marins pliocènes du Sud de la vallée du Rhône. Le retrait de la mer,
qui précède ainsi l’époque de formation de ces gisements fossilifères, est donc antérieur à 4 Ma, âge de
ces gisements. En conséquence l’épisode marin pliocène dans la vallée du Rhône n’a duré que l’inter¬
valle du Pliocène inférieur, voire une partie de ce Pliocène inférieur.
Le niveau fossilifère continental à faune de mammifères d’Hauterives est plus ancien que ceux
d’Hautimagne, Celleneuve et Vendargues. Malgré cela, rappelons qu’il est, contrairement à certaines
interprétations, situé au-dessus des assises marines pliocènes. Peu épaisses en cet endroit, celles-ci
ne représentent qu’un très bref épisode littoral à tendance saumâtre laissant place ensuite à des faciès d’eau
douce. En effet le site d’Hauterives est localisé dans la partie septentrionale du golfe rhodanien pliocène,
loin de son ouverture sur la Méditerranée de l’époque et, qui plus est, dans le fond d’un diverticule
latéral de ce golfe. Aussi le renouvellement des eaux marines étant difficile du fait de cette situation
paléogéographique, les apports d’eau douce importants contrebalancèrent et annihilèrent rapidement
l’effet de la poussée transgressive brutale du Pliocène inférieur. Un âge de 5 Ma pour le niveau conti¬
nental à Mammifères d’Hauterives tel qu’il apparaît dans l’échelle chronologique fondée sur l’évolution
des mammifères est donc plausible dans ce contexte paléogéographique et stratigraphique.
Principaux gisements : formation de Montpellier, Vendargues, Saint-Laurent-des-Arbres (Gard),
Hauterives (Drôme), Hautimagne, Chabrier (Vaucluse), Terrats (Pyrénées-Orientales), Pont-de-Gail
(Cantal) ; Ostramos 1 (Hongrie) ; Podlesia (Pologne) ; Maritsa (Rhodes).
Faune : Mammifères forestiers : Anancus arvernensis, forme primitive ; Dicerorhinus megarhinus,
forme type ; Propotamochoerus provincialis ; « Cervus » australis ; Pliohyrax occidentalis ; Agriotherium
insigne : Semnopithecus monspessulanus ; Miopelaurisla thaleri.
Mammifères de prairie ou savane : Parabos cordieri ; Gazella ; Hipparion crassum ;
Hhagapodemus hautimagnensis ; Prosomys insuliferus ; Cricetus barrieri ; Càstillomys gracilis ; Trilo-
phomys cantèrranensis ; Kowalskia polonica.
Mammifères à biotope humide ou aquatique : Tapirus aroernensis minor ; Nyclereutes ;
Dipoides sigm/jdus ; Prosomys insuliferus.
Flore : Les analyses polliniques effectuées dans le sondage de Bourg-les-Valence (Isère), à Haute-
rives (Drôme), dans le bassin du Coriançon (Vaucluse) (Méon, 197.0 ; Ballesio et al., 1978 ; Méon. et al.,
1979) montrent des Abielaceae, des Taxodiaceae, des Juglandaceae, des Betulaceae, des formes tricolpées
et tricolporées à affinités tertiaires. Les Abielaceae deviennent de plus en plus abondantes et sont domi¬
nantes vers le sommet, les Taxodiaceae, par contre, diminuent d’importance. A Hautimagne, la micro¬
flore trouvée comprend des Abietaceae, des Taxodiaceae rares, des espèces « tertiaires » (parmi lesquelles
surtout Liquidambar, des tricolpés et des tricolporés), des Betulaceae, (tuercus et des herbacées en assez
grandes quantités. A Rasteau (près de Vaison-la-Romaine (Vaucluse) ont été trouvés dés mâcéôrësteà
Source : MNHN, Paris
188
H. MÉON, R. BALLESIO, C. GUÉRIN ET P. MEIN
(Ballesio et al., 1979). A Saint-Laurent-des-Arbres (Guérin et al., 1971) l’analyse indique un paysage
de forêt ouverte (50 à 70 % d’arbres) avec Tilia, Quercus, Betulaceae, Myricaceae, Taxodiaceae, (moins
de 1 %), Abietaceae.
A Celleneuve (Suc, 1972) la micro flore comprend aussi de forts pourcentages d’arbres : Abietaceae,
Juglandaceae, Aquifoliaceae, Liquidambar. J. P. Suc fait remarquer que, à partir des niveaux de Celle¬
neuve, les Taxodiaceae disparaissent dans les gisements méridionaux.
A Pont-de-Gail, la flore de graines (Reid, 1923) comprend 64 % d’espèces exotiques.
Climat : A cette époque le climat est chaud à tempéré chaud avec une humidité plus ou moins
accusée. La disparition des Taxodiaceae dans les gisements méridionaux est interprétée par J. P. Suc
comme un assèchement du climat au sommet de la zone 14 avec une tendance à l’évolution vers le climat
de type méditerranéen avec une saison sèche.
Dans la vallée du Rhône, l’ingression marine a déterminé un climat humide et chaud, propice
à l’installation d’une végétation forestière abondante sur les bords du golfe marin, des lacs et des étangs.
Cette végétation forestière, protégeant le sol de l’érosion, explique que les dépôts détritiques soient
essentiellement argileux sur la plus grande partie de ce cycle pliocène.
Pour W. H. Zagwijn (1960), en Hollande le climat du Brunssumien est très doux, même subtro¬
pical avec des précipitations abondantes, le Reuvérien débute par un rafraîchissement court et ensuite,
le climat n’est pas aussi doux et océanique qu’à la période précédente ; il est difficile de se prononcer
pour le Sustérien qui était vraisemblablement moins chaud que le Brunssumien.
Zone 15
Équivalences : 2 dernières sous-zone de la zone de Perpignan (Hartenberger, Michaux et
Thaler, 1967).
Ruscinien pro parte.
Plaisancien/Astien pro parte.
Reuvérien.
zone N20-NN15.
Principaux gisements : Perpignan (Briquetterie Cavaillé), Serrat-d’en-Vacquer (Pyrénées-orien¬
tales), Puimoisson (Alpes-de-Haute-Provence), Sète (Lazaret, Hérault) ; Wolfersheim (RFA) ; Arcillc
(Italie) ; La Juliana, Layna (Espagne).
Faune : Mammifères d’habitat forestier : Dicerorhinus megarhinus, D. miguelcrusafonti ; « Cer-
vus » pyrenaicus ; Ursus ruscinensis ; Zygolophodon borsoni ; Sus minor ; Pliopetaurista pliocaenica.
Mammifères de prairie et de savane : Parabos boodon ; Hipparion crassum ; Hipparion
fissurae ; Euryboas ; Mimomys occitanus ; Ruscinomys europaeus ; Stephanomys donnezani ; Trilophomys
pyrenaicus ; Blancomys neglectus.
Mammifères de biotope humide : Trogontherium minus.
Flores : Au Lazaret de Sète, la microflore est composée essentiellement de Cupressaceae, d’autres
arbres méditerranéens et d’herbacées. De nombreuses études sporopolliniques effectuées dans le Rous¬
sillon donne des résultats similaires.
Des restes de bambous ont été trouvés à Perpignan (Depéret, 1885).
A Wolfersheim (P. Bout, 1960) microflore et macroflore indiquent un paysage forestier.
La macroflore des argiles de Reuver comprend 50 % d’espèces d’Asie orientale et d’Amérique
du Nord, la microflore comprend Séquoia, Taxodium, Sciadopitys, Nyssa, Liquidambar...
Climat : Le climat semble être le même que celui de la zone précédente avec accentuation de
l’évolution vers un climat de type méditerranéen dans les régions méridionales de la France.
Pour W. H. Zagwijn, le climat du Reuvérien après un net rafraîchissement (zone 14) se réchauffe
sans être toutefois aussi doux et océanique qu’à la période antérieure, puis il y a un rafraîchissement
marqué au sommet.
Source : MNHN, Paris
NÉOGÈNE SUPÉRIEUR D’EUROPE OCCIDENTALE
Zone 16
Equivalences : zone de Seynes (Chaline, 1975).
zone des Etouaires (Heintz, 1968).
Villafranchien inférieur (Viret, 1954 ; Gouroier, 1961 ; Azzaroli, 1970).
Villanyen.
Prétiglien hollandais pro parte
zone N21 — NN16.
Datations : A Vialette plusieurs dates ont été avancées de 3,8 à 3,3 Ma et plus récemment (Ban-
det et al., 1978) de 3,3 à 2,6 Ma. Les Etouaires : 3,3 à 3,1 Ma, Roccaneyra 2,5 Ma (Bout, 1975).
Principaux gisements : La zone MN16 est divisée en deux parties : MN16a et MN16b (Mein,
1979).
Les gisements se répartissent comme suit :
MN16a : Vialette (Massif Central français), Balaruc, Seynes (Roussillon, France) ; Triversa (= Villa-
franca d’Asti, Italie) ; Escorihuela (Espagne) ; Khapry (URSS).
MN16b : Medas, Villaroya (Espagne) ; Perrier-Etouaires et Roccaneyra (Massif Central, France), Com-
menailles (Bresse, France) ; Montopoli (Italie) ; Riebelice (Pologne).
Faune : Mammifères forestiers : Dicerorhinus jeanvireli ; D. etruscus ; Cervus cusanus ; « Cervus »
pardinensis ; «Cervus »perrieri ; Arvernoceros ardei ; Croizetoceros ramosus ramosus', Tapiras ; Zygolophodon.
Mammifères de prairie : Hipparion crusafonti ; Pliotragus ardeus ; Mammuthus gro-
rnovae ; Leptobos ; Oryctolagus ; Lepus ; nombreuses espèces de Mimomys.
Mammifères de biotopes humide : Tapiras (forêt plus ou moins marécageuse.)
Flore : A Vialette (Méon, 1972), en Bresse (Campy et al., 1973 ; Jan du Chêne, 1974) les analyses
sporopolliniques mettent en évidence une végétation arborescente avec des pins, des Cupressaceae,
des Taxodiaceae (en faible pourcentage), des Betulaceae, Ulmaceae, Fagaceae...
Aux Etouaires une macro flore comprend Populos canescens, Betula alba, Alnus orbicularis,
A. stenophylla, Fagus pliocenica, Quercus ilex, Ulmus brauni, Zelkova crenata, Punica, Smilax. Parmi
les herbacées et arbustes, on trouve : Bambusa, Grevia, Hedera, Buxus...
La flore de Ceyssac semble appartenir à cette zone. La macro flore contient des Abietaceae,
Betulaceae, Ulmaceae, Salicaceae. Zizyphus, Vaccinum, Potamogeton. L’analyse pollinique montre
20 % au maximum d’espèces thermophiles dans certains niveaux, à la base comme au sommet
les conifères sont dominants, il semble que les fluctuations de cette flore peuvent être parallélisées
avec celles des flores de Pranlary-le-Riou et Vals-le-Crozas. Les études de diatomées effectuées dans
ces mêmes gisements autorisent les mêmes conclusions. Les argiles du Bannat ont fourni une associa¬
tion forestière pauvre où les conifères dominent d’abord puis qui s’enrichit vers le sommet : chêne-
vert, chêne pubescent et châtaigniers.
F. Lona et alii (1974) considèrent que la limite tibérienne, proposée comme repère de la limite
plio-pleistocène et caractérisée par la disparition brutale des Taxodiaceae, peut être mise en évidence
dans la formation de Villafranca d’Asti. D’après des études plus récentes (Becker-Platten et al., 1977
et surtout Bertolani et al., 1979) seul Sciadopitys disparaît à cette limite « probably because of the
drying up of the climat whereas the Séquoia Taxodium type has oscillations apparently linked to the
évolution of the coastal-line ».
A Villaroya les résultats publiés par H. Rémy (1958) puis repris par M. Crusafont (1965) corres¬
pondent à des niveaux situés au moins 15 m en dessous des niveaux à mammifères. Les prélèvements
sont interprétés comme une alternance de Pinetum et de Quercetum avec suivant les niveaux Tsuga,
Pinus type haploxylon, Pterocarya, Carya, Quercus type ilex, Ulmus, Carpinus, Liquidambar... ; parmi
les herbacées, Artemisia domine à la base, les graminées et Artemisia au sommet.
Cbmat : La faune de mammifères comprend beaucoup d’espèces forestières (à Perrier le cerf
domine l’antilope), l’abondance de la forêt est confirmée par les études de flores : les arbres dominent
avec quelques espèces méditerranéennes ou exotiques. La flore à affinités chaudes pliocènes est en net
Source : MNHN, Paris
190
H. MÉON, H. BALLESIO. C. GUÉRIN ET P. MEIN
recul ; comme nous l’avons signalé dans l’étude du gisement de Vialctte, il y a eu un épisode de dégra¬
dation du climat qui a précédé ces dépôts.
La flore de Villaroya située au-dessous des niveaux à restes de mammifères pourrait corres¬
pondre approximativement à cette flore de Vialette en tenant compte de la différence de latitude. Le
climat à Villaroya évolue de tempéré-humide à chaud humide et chaud et sec au sommet.
La flore de Perrier est considérée comme une réunion d’espèces de climat tempéré et humide,
qui peuvent vivre en altitude, pour certaines, et d’espèces xérophytes méditerranéennes : chêne-vert,
grenadier, buis... Le diagramme pollinique des argiles de Ceyssac comme des sites équivalents « révèle
des fluctuations climatiques faisant alterner des phases tempérées et d’autres très refroidies. La flore
foliaire recueillie en position basse dans lès mêmes argiles révèle comme la flore de Perrier des affinités
fraîches, voire montagnardes que le jujubier, l’érable de Crète et de Montpellier tempèrent d’un reflet
méditerranéen » (Bout, 1975).
En Hollande le Prétiglien (Zagwijn, 1960) est caractérisé par un climat subarctique. La limite
tibérienne d’Italie correspondrait à la limite Reuvérien-Prétiglien.
Zone 17
Équivalences : climatozone de Schernfeld (Ch aline, 1973).
zone de Saint-Vallier (Heintz, 1968).
Villafranchien moyen (Azzaroli, 1970).
Prétiglien.
sommet zone N21-NN18.
Principaux gisements : La Roche-Lambert, Saint-Vidal (Massif Central français), Saint-Vallier
(Drôme), Chagny « classique » (Saône et Loire) ; Olivola (Val di Magra, Italie) ; La Puebla de Valverde
(Terruel ; Espagne) ; Red Cray du Suffolk (Azzaroli, 1970).
Faune : Mammifères forestiers : Dicerorhinus etruscus etruscus ; Croizetoceros ramosus médius :
Eucladoceros senezensis vireti ; « Cervus » philisi valliensis ; Anancus arvernensis (forêt claire) ; Sciurus.
Mammifères de prairie : Equus stenonis vireti ; E. bressanus ; Gazella borbonica ; Mam-
muthus meridionalis (habite la prairie ou la forêt claire) ; Leplobos stenometopon ; L. etruscus ; Gallo-
goral (montagne).
Flore : Des analyses polliniques (Bout, 1960) ont été effectuées dans le Massif Central français
notamment à Saint-Vidal et La Roche-Lambert. La forêt est abondante, les feuillus dominants : Faga-
ceae, Sciadopitys , Juglandaceae, Tsuga, Abietaceae, Betulaceae et Ulmaceae, il y a beaucoup d’arbres
thermophiles à Saint-Vallier (Drôme), les arbres sont aussi dominants (70 à 77 %) avec pin, cèdre,
épicéa, sapin, genévrier, chêne (dont chêne méditerranéen), frêne, charme, Pterocarya.
La partie inférieure du sondage de Senèze 1 : Sénézien V, IV, III (Ehrlich 1968; Elhai 1969),
pourrait correspondre à cette zone. Dans le Sénézien V il est mis en évidence « une formation boisée
de chênes et de pins dominants avec au sommet des pourcentages notables d 'Epicéa, Tsuga et Cedrus » ;
H. Elhai interprète ces résultats comme l’indice d’une végétation thermophile peu diversifiée parce,
que succédant à une phase froide, l’étude des diatomées conduit aux mêmes observations. Dans le
Sénézien IV, les feuillus européens ne dépassent pas 20 %, les thermophiles exotiques sont irrégulière¬
ment présents, le Bouleau a ses plus forts pourcentages, les Graminées et l’Armoise ont des pourcentages
importants. Le Sénézien III est la phase la plus riche en thermophiles, le Chêne dépasse 40 % des arbres,
l’Orme, le Charme, Eucommia, Fagus, Carya, Tsuga, les Taxodiaceae sont bien représentés. Au sommet
les Conifères sont nombreux sauf le Pin.
Cette dernière phase (au moins dans sa partie inférieure) pourrait correspondre aux niveaux de
Saint-Vallier, alors que le Sénézien V serait l’équivalent approximatif des flores de Saint-Vidal et la
Roche Lambert.
Climat : Le climat semble tempéré doux ou même subtropical avec quelques nuances de climat
montagnard dans le Massif Central (Sapin, Epicéa, Antilopes).
1. Le sondage de 175 m effectué à Senèze débute plus du 10 m sous les niveaux à mammifères.
Source : MNHN, Paris
NÉOGÈNE SUPÉRIEUR D’EUROPE OCCIDENTALE
191
Zone 18
Equivalences : zone de Senèze (Heintz, 1968).
climatozone de Brielle (Chai.ine, 1973).
Villairanchien supérieur pro parte.
Calabrien inférieur.
peut-être fin du Prétiglien hollandais et début du Tiglien ; zone N21-base NN19.
Datations : Le Coupet 1,92 Ma (Bout, 1975) ; Senèze 1,4 Ma (Heintz, 1968).
Principaux gisements : Le Coupet, Chilhac, Senèze (Massif Central français) ; Valdarno supérieur
(Italie) ; Schernfeld (Allemagne).
Faune : Mammifères forestiers : Dicerorhinus etruscus ; Croizetoceros ramosus minor ; « Cervus »
philisi philisi ; Eucladoceros senezensis senezensis ; Sus strozii ; Libralces gallicus ; Paradolichopithecus.
Mammifères de prairie : Equus stenonis senezensis ; Gallogoral meneghinii ; Mégalo vis
latifrons ; Acinonyx ; Pliotragus ; Procamptoceras ; Allophaiomys.
Mammifères de biotope humide : Tapirus arvernensis.
Flore : La partie supérieure du sondage de Senèze se situe en dessous du niveau à mammifères
de Senèze mais les deux dernières ou au moins la dernière des subdivisions de H. Elhai, Sénézien II et 1
sont vraisemblablement équivalentes des niveaux du Coupet et de Chilhac.
Les analyses sporopolliniques effectuées à Chillac (Guth et al., 1979) sont difficiles à interpréter
en raison de la proximité des éruptions volcaniques. Les pourcentages d’arbres varient de 10 % à
60 % avec une dominance de Pinus.
Climat : La répartition des mammifères dans les différents biotopes fait penser à une végétation
de forêt entrecoupée d’étendues herbeuses qui correspondrait à un climat assez frais et humide. E. Elhai
interprète le climat du Sénézien II comme froid et celui de Sénézien I comme tempéré à froid, souvent
humide. La sédimcntologie du gisement de Chilhac correspond également à un climat assez froid et la
faune du Coupet semble provenir de dépôts périglaciaires.
Zone 19
Équivalences : zone de Peyrolles (Heintz, 1968).
climatozone du Mas Rambault (Chaline, 1975).
Villafranchien supérieur.
Calabrien.
Tiglien 1 .
Zone N21 - zone NN19.
Principaux gisements : Blassac-la-Girondie, Peyrolles (Massif Central français) ; Tegelen
(Hollande).
Faune : Mammifères forestiers : Cervus perolensis ; Eucladoceros tetraceros ; Dicerorhinus
etruscus etruscus.
Mammifères de prairie : Mamrnulhus meridionalis ; Equus stenonis ; Equus
bressanus ; Leptobos.
Flore : La macroflore de Tegelen ne compte plus que 15 % d’espèces d’Asie orientale et d’Amé¬
rique du Nord, la microflore plus que Tsuga, Pterocarya, Carya, Eucommia...
Climat : D’après P. Bout (1975) la faune de Peyrolles a été retirée de dépôts périglaciaires. Les
études de microflores et de macroflores de Tegelen conduisent W. H. Zagwijn à conclure à un climat
tempéré chaud durant la plus grande partie de cette période, plus froid à la base et au sommet. Pour
J. Gaudant (1979), d’après l’ichtyofaune de Tegelen, on peut « déduire que le climat qui régnait à
1. La faune de Tegelen (Zagwijn, 1974) appartient à la zone supérieure du Tiglien pour une partie, l’autre partie
a été trouvée dans des niveaux éburoniens inférieurs.
Source : MNHN, Paris
192
H. MÉON, R. BALLESIO, C. GUÉRIN ET P. MEIN
Tegelen pendant le remplissage du chenal » (TG5 et TG6) »... ne devait pas être plus rigoureux que celui
qui affecte actuellement le Sud de la Suède.
Zone 20
Équivalences : Gunz au sens large.
Eburonien + Waalien + Ménapien.
Climatozones des Vallerots et du Vallonet (Chaline, 1973).
zone N21-NN19.
Datations : 1,3 Ma à Sinzelles ; 0,7 Ma à Solilhac (Bout, 1975) ; entre 0,95 et 0,89 Ma au Vallonet
(Renault-Miskovsky et Girard in de Lumley, 1976). Le passage du Waalien au Ménapien se situe¬
rait vers 0,9 Ma.
Principaux gisements : Durfort (Gard) ; Sinzelles, Solilhac (Massif Central français) ; Saint-
Prest (Eure-et-Loire) ; Vallonet (Alpes Maritimes) ; Valdarno terminal (Italie) ; Mosbach (Rhénanie).
Faune : Mammifères forestiers : Dicerorhinus mercki ; Cervus elaphoides ; Equus stenonis ; Eucla-
doceros groupe teguliensis-euctenoides ; Sus scrofa ; Capreolus ; Alces carnutoruin (forêt humide) ; Alces
latifrons (id.) ; Praemegaceros verticornis ; Megaceros solilhacus ; Gulo schlosseri (?) ; Glis glis.
Mammifères de prairie : Soergelia elizabethae ; Equus stenonis ; E. suessenbornensis ; Ochotona ;
Mammuthus meridionalis ; Bison priscus ; B os primigenius ; Praeovibos ; Dicerorhinus etruscus brachy-
cephalus (savane à forêt claire).
Mammifères indiquant la présence d’eau : Hippopotamus major ; H. amphibius.
Mammifères de climat froid : Citellus ; Ochotona ; Lepus timidus ; Gulo schlosseri.
Flore : A Durfort (Bonifay et al., 1972) la macro flore découverte comprend des Ulmaceae, Hama-
melidaceae, Quercus, Fagus..., des espèces que l’on trouve dans les « forêts des côtes caspiennes de
l’Elbrouz où un climat tempéré humide a donné naissance à une formule de végétation semblable à celle
qui est développée dans les zones chaudes et humides du globe et dont la nature caducifoliée est en rapport
avec l’existence d’une saison froide ». L’analyse pollinique est en accord avec les études de macroflore,
elle montre des espèces nettement méditerranéennes.
De nombreuses analyses polliniques de cette période ont été effectuées en Hollande (Zagwijn,
1974) : Waardenburg, Dorst-Bavel... L’Eburonien montre de faibles pourcentages d’arbres thermophiles
qui augmentent nettement durant le Waalien pour diminuer durant le Ménapien. Les herbacées suivent
une courbe inverse mais restent souvent abondantes dans le Waalien.
Climat : La faune semble assez bien partagée entre les espèces de biotopes forestier ou de prairie
mais il y a pour la première fois dans ces niveaux des espèces indiquant vraiment le froid. La faune
de Solilhac est issue de dépôts périglaciaires, de plus beaucoup d’éléments de cette faune, notamment
les cervidés, présentent des déformations que l’on pense dues aux conditions climatiques rigoureuses.
W. H. Zagwijn interprète le climat de l’Eburonien comme frais ou froid de même que celui
du Ménapien (on trouve des traces de cryoturbations dans les niveaux ménapiens), celui du Waalien
étant tempéré chaud à tempéré froid.
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Source : MNHN, Paris
190
M.
BESSEDIK
LA FLORE POLLINIQUE D’UN NIVEAU GYPSEUX DE LA
SÉRIE DE PORTEL (AUDE-FRANCE) : OLIGOCÈNE TERMINAL
Mostefa Bessedik *
Résumé. — Un niveau gypseux de la formation languedocienne de Portel a livré une microflore riche
et diversifiée (45 taxons reconnus parmi lesquels dominent Juglandaceae et Oleaceae). L’existence d’un milieu
lagunaire est confirmée, ce qui constitue un argument supplémentaire quant à la corrélation de ces dépôts avec
le début de la transgression aquitanienne comme le suggèrent des datations indirectes fournies par les petits
Mammifères. La formation de Portel se serait déposée à la fin d’une période ayant connu une certaine aridité
indispensable à la précipitation des gypses.
Summary. — A cristalline gypsum level from Portel sériés (Languedoc) has yielded a rich and diver-
sified microflora. A lagoon environment is confirmed. This allows to correlate these deposits with the
beginning of the aquitanian transgression according to chronological data given by micromammals. The
Portel formation has been deposited at the end of a relatively drier period essential for gypsum précipitation.
La formation de Portel, située en Languedoc, plus précisément dans le bassin de Narbonne-
Sigean ( X = 648,25 ; y = 83,2) est caractérisée par une alternance de marnes et de gypses surmontée
par des marno-calcaires (A. Sallèles, 1942). Un niveau gypseux cristallisé en fer de lance a été soumis
à l’analyse pollinique (M. Bessedik, 1979) qui sera ultérieurement étendue à d’autres échantillons.
Pour C. Rosset (1964), ces gypses se sont déposés sous un climat chaud (macrorestes de Lau-
racées et de Palmiers) favorisant une évaporation intense (présence de sels). La présence de nombreux
fossiles saumâtres ( Potamides ) ou marins (foraminifères) confirme l’origine lagunaire de ces gypses et
pose le problème du voisinage de la mer lors de leur précipitation. Dans la partie sud du bassin Narbonne-
Sigean existe un accident NNE-SSW (C. Rosset, 1964). Le compartiment est, auquel appartient la série
gypseuse de Portel, s’achève par la formation lacustre marno-calcaire de Sigean attribuée à la biozone
de Paulhiac grâce à deux gisements de Rongeurs (Relais des Cathares et les Trois Moulins ; J. P. Aguilar,
1977) que J. P. Aguilar (1979) corréle avec la zone N4 de Blow (début de la transgression aqutainienne).
De ce fait, l’âge des gypses de Portel doit être reconsidéré, s’intégrant mieux dans une paléogéographie
se situant au début de l’arrivée de la mer aquitanienne comme les gypses d’Aix-en-Provence (.1. P. Agui¬
lar et al., 1978 ; R. Anglada et al., 1978).
Résultats de l’analyse palynologique
Le niveau de détermination est très variable. Parfois il a été possible d’avancer un nom de genre
dont la signification écologique a été dans plusieurs cas atténuée par la juxtaposition du terme « type »,
compte tenu de l’ancienneté du dépôt. Bien souvent, le niveau de détermination est demeuré à celui
de la famille.
* Laboratoire de Palynologie du CNRS, E.R. 25, Université des Sciences et Techniques du Languedoc,
34060 Montpellier cedex.
Source : MNHN, Paris
Abietaceae
Taxodiaceae
Anacardiaceae
Apocynaccae
Retulaceae
Buxaeeae
('elastraceae
Kricaceac
Fagaceae
I lamamelidaceae
Juglandaceac
Melastomataceae
Meliaceae
Mimosaceae
Myricaceae
Oleaceae
Hhamnaceac
Sapindaceae
Sapotaceae
Salicaceae
Ulmaceae
Amaranthaccae-Chenopodiaceae
Euphorbiaceae (?)
Graminae
Papilionaceae
Plantaginaceae
Polygonaceae
Restionaceae
Rosaceae (?)
Rubiaceae (?)
indéterminés
indéterminables
Nombre total de Pollens
Spores monolètes
Spores trilètes
autres spores
Nombre total de spores
Nombre total de Pollens et Spores
Microplancton
indéterminables 18
Pinus 18
20
inaperturé 1
Pislacia 2
type-Nerium (?) 1
Betula 4
Car pinus 1
Buxus 2
2
(?) 4
1
tvpe-Castanea 5
Fagus 3
typ e-Quercus 9
type-/? islylium 11
type- Bhodoleia 2
type-Trickocladus (?) 1
5
Cary a 13
Engelhardlia 64
Plalycarya 76
2
3
Prosopis 1
Myrica 9
Jasminum 1
Ligustrum 2
typ e-Olea 108
5
typ e-Rhamnus 2
6
typ e-Celtis 3
type-Ulmus-Zelkova 24
A.P. 433
22
4
10
3
Plantago 2
Rumex (?) 3
1
1
1
N.A.P. 47
55
42
577
48
2
57
634
Acritarches 1078
Source : MNHN, Paris
M. BESSET) IK
Déterminations :
Hamamelidaceae.
Type-Distylium (PI. 1 ; Fig. 8 et 9), pollen de taille moyenne, subsphérique, à peu près équiaxe
( E = 20 à 26 (a), tricolpé, sillons à bords craquelés, très finement réticulé, exine mince à columelles basses,
endexine très mince. Le genre Distylium comprend actuellement dix espèces vivant en Asie du sud-est.
Type-Rhodoleia (PI. 1 ; Fig. 12 et 13), pollen de taille moyenne, légèrement longiaxe (P = 22 p ;
F = 20 p), tricolpé, à petit triangle polaire, sillons à bords déchirés, très finement réticulé, ectexine
épaisse (1,5 p). Le genre est actuellement en Asie du sud-est.
Typ e-Trichocladus (?) (PI. 1 ; Fig. 3), pollen de taille moyenne, subsphérique, légèrement lon¬
giaxe (P = 18 p ; E = 16 p), tricolpé, bords du sillon déchirés, finement réticulé, l’ectexine est très
peu épaisse (0,5 p) et l’endexine est très mince. Ce genre vit actuellement en Afrique du sud et en Afrique
tropicale.
A notre connaissance, ce serait la première fois que ces taxons seraient signalés dans le Tertiaire
européen.
Mimosaceae.
Prosopis (PI. 1 ; Fig. 14 à 16), de taille assez grande, ce pollen est bréviaxe (P = 24 p ; E = 28 p),
tricolporé avec une ectoaperture largement ouverte mais se rétrécissant au niveau de l’endoaperture
circulaire, nettement marquée ; l’exine est aréolée en surface et perforée ; l’ectexine, plus épaisse que
l’endexine, s’amincit au voisinage de l’aperture.
Les espèces actuelles de ce genre vivent dans les zones chaudes (Algérie, Palestine et Inde du
Nord-Ouest).
C’est la première fois que le genre Prosopis est signalé dans le Tertiaire européen.
Interprétation des données palynologiques
Quarante-cinq taxons ont été reconnus pour un total de 480 pollens : cette flore pollinique est
dominée par les pollens d’arbres et d’arbustes, les pollens d’Oleaceae, de Juglandaceae et, à un degré
moindre, d’Ulmaceae et d’Hamamelidaceae en constituant l’essentiel.
Le nombre relativement faible des spores pourrait indiquer que les apports fluviatiles ne jouaient
pas un rôle important.
L’existence d’un milieu de sédimentation lagunaire est confirmée par le nombre très élevé d’un
seul type de kystes d’Acritarches, ce qui s’accorde avec la présence des fossiles saumâtres et marins
signalés par C. Rosset (1964) et appuie son hypothèse concernant le mode de dépôt des gypses.
La précipitation du gypse s’explique par la prédominance de l’évaporation sur les apports
liquides. Ceci ne peut être possible qu’en relation avec une certaine aridité climatique (P. F. Burollet
et al., 1972). Le caractère sec du climat serait alors à mettre en relation avec la forte représentation des
pollens du type-Olea (17 % du total sporo-pollinique), la présence de pollens de Pistacia, Nerium (?),
Buxus, Prosopis, Rhamnaceae et Restionaceae avec, à un degré moindre, la bonne représentation des
pollens à’Engelhardlia (10 % du total sporo-pollinique) et la quantité relativement faible des pollens
de Taxodiaceae.
Rappelons qu’un développement de l’aridité avait été signalé en Languedoc à la fin de l’Oligo¬
cène par L. Thaler (1966).
Parmi les flores contemporaines, c’est avec celles d’Aix-en-Provence (G. de Saporta, 1889 ;
C. Sittler, 1967) que la microflore de Portel présente le plus d’affinités.
Les premières analyses en cours sur les marnes marines de l’Aquitanien de Montpellier révèlent
des microflores riches en pollens d’Abictaceae (Pimis essentiellement) et de Juglandaceae, les pollens
du typ e-Olea ne réalisent pas des fréquences élevées (de l’ordre de 4 % du total sprô-pollinique). Compte
Source : MNHN, Paris
AQUITANIEN BASAI. DE PORTEL
199
tenu des conditions climatiques sous lesquelles se dépose le gypse, on possède peut-être avec le pollen
du type-Oiea un marqueur climatique intéressant pour le Miocène des régions méridionales.
En conclusion, ce travail a permis la reconnaissance au niveau pollinique de plusieurs taxons
déjà connus dans les macroflores oligocènes d’Europe : Nerium, Sapindaceae et Meliaceae. Certaines
déterminations sont originales : type-Distylium, type-Rhodoleia, typ e-Trichocladus (?) (Hamameli-
daceae) et Prosopis (Mimosaceae).
L’analyse palynologique confirme le mode de dépôt lagunaire des gypses de Portel, ce qui constitue
un argument supplémentaire quant à la corrélation de ces dépôts avec le début de la transgression
aquitanienne comme le suggèrent les datations indirectes fournies par les petits Mammifères.
La formation de Portel se serait déposée à la fin d’une période ayant connu une certaine aridité
indispensable à la précipitation des gypses. Toutefois, la présence en nombre assez élevé de taxons
actuellement plus fréquents en régions tropicales à subtropicales qu’ailleurs (Celastraceae, Hamame-
lidaceae, Juglandaceae, Meliaceae, Melastomataceae, Sapindaceae et Sapotaceae) pourrait être mise
en relation avec un accroissement de l’humidité lié à un réchauffement (C. Sittler, 1967) et à l’avancée
de la mer aquitanienne.
REMERCIEMENTS
Ce travail a été réalisé au Laboratoire de Palynologie du C.N.R.S. où j’ai été accueilli. Madame M. van
Campo, Directeur du Laboratoire, m’a fait profiter de ses conseils et de sa grande bienveillance.
J’exprime ma reconnaissance à Monsieur Ph. Guinf.t, Directeur-adjoint du Laboratoire, pour l’aide qu’il
m’a apportée dans la mise au point de certaines déterminations ainsi que pour les nombreuses discussions dont
il m’a fait profiter.
Monsieur J. P. Suc a dirigé ce travail et m’a aidé dans sa réalisation, je l’en remercie.
Monsieur Fabre, Directeur de l’usine des Plâtrières de France à Portel, m’a réservé un excellent accueil.
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Source : MNHN, Paris
200
M. BESSEDIK
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295 p., 25 fig., 15 tabl., 27 pl.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
202
M. BESSEDIK
PLANCHE 1 (x 1 000)
Fig. 1. — Rhamnaceae, type-Rhamnus, aperture, vue méridienne.
Fig. 2. — Oleaceae, type-0/ea, ornementation de l’exine, vue polaire.
Fig. 3. — Hamamclidaceae, lype-Trichocladus (?), coupe optique méridienne.
Fig. 4 et 5. — Juglandaceae,
4, Plalycarya, coupe optique équatoriale,
5, Engelhardtia, coupe optique équatoriale.
Fig. 6 et 7. — Celastraceae, vue méridienne,
6, ornementation de l'exine et aperture,
7, coupe optique équatoriale.
Fig. 8 et 9. — Hamamelidaceae, type-Distylium,
8, coupe optique et aperture, vue méridienne,
9, bords craquelés du sillon, vue polaire.
Fig. 10 et 11. — Sapindaceae,
10, ornementation de l'exine et aperture, vue méridienne,
11, ornementation de l'exine, vue polaire.
Fig. 12 et 13. — Hamamelidaceae, typ e-Rhodoleia, vue polaire,
12, ornementation de l'exine.
13, coupe optique équatoriale.
Fig. 14 à 16. — Mimosaceae, Prosopis,
14, aperture, vue méridienne,
15, sommet des columelles, perforations, vue polaire,
16, coupe optique équatoriale.
Fig. 17. — Apocynaceae, type-A'erium (?), coupe optique équatoriale.
Fig. 18. — Rcstionaceae, perforations, aperture.
Fig. 19 et 20. — Meliaceae, vue méridienne,
19, perforations et aperture,
20, coupe optique méridienne.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CÉ-TERTI
RE DU GABON ET DU CAMEROUN
203
ESSAI DE RECONSTITUTION CLIMATIQUE CRÉTACÉ ET
TERTIAIRE DU GABON ET DU CAMEROUN
D’APRÈS LA PALYNOLOGIE
E. Boltenhagen * et M. Salard-Cheboi.daeff **
Résumé. — Les palynoflores crétacées du Gabon et tertiaires du Cameroun, riches et variées, témoignent
du grand développement de la végétation passée dans les territoires d’Afrique actuellement tropicale.
Les grandes lignes de cette végétation et ses variations qui se traduisent par une succession de complexes
polliniques différents et qui correspondent sensiblement aux étages géologiques, apportent des renseignements
sur l’évolution des paléoclimats.
Ainsi, il apparaîtrait dans le cas du Gabon que le climat aride et chaud du Crétacé inférieur serait rela¬
tivement adouci par des influences marines au Crétacé moyen et remplacé par un climat moins sec et chaud au
Crétacé supérieur. Dans le cas du Cameroun, ce même climat chaud et peu humide se retrouverait au Maestrich-
tien ; après un refroidissement relatif au Paléocène le climat chaud et de plus en plus humide se serait établi
à partir de l’Eocène supérieur ; il se serait étendu à l’Oligocène et surtout au Miocène, entraînant la mise en place
des formations denses humides qui auraient refoulé dans des refuges la flore xérique plus ancienne.
Cette fluctuation des climats qui engendre des changements dans la végétation pourrait être la consé¬
quence du déplacement du continent africain. Ce dernier, après son individualisation au Crétacé, aurait atteint
sa position actuelle dans sa lente dérive vers le Nord.
Summary. — The rich and varied cretaceous palynoflora of Gabon and tertiary palynoflora of Cameroun
both witness the great development of végétation in the past throughout today’s tropical African territories.
The general Unes of this végétation and its variations demonstrated in the succession of different pollinie
complexes and closely corresponding to the geological stages, offer information upon the évolution of paleo-
climates.
It thus appears that in the case of Gabon, the hot and arid climate of the Lower Cretaceous would be
relatively tempered by maritime influences on the middle Cretaceous, and then supplanted by a less dry and hot
climate in the Upper Cretaceous. In the case of Cameroun, this same hot and barely humid climate would
be found in the Maestrichtian ; after a relative cooling during the Paleocene, the hot and increasingly humid
climate would hâve been established from the Upper Eocene ; it then would hâve extended to the Oligocène
and especially the Miocene, causing the dense humid formations which might hâve enclosed the older xeric
flora within its refuges.
This climatic fluctuations bringing about changes in the végétation might be due to the displacement
of African continent. The latter would hâve found its présent location during its slow drift northward, follow-
ing its individualization in the cretaceous layer.
* Laboratoire de Paléontologie, Muséum national d’Histoire naturelle, 8, rue de Buffon, 75005 Paris.
** Laboratoire de Paléobotanique, Université Pierre et Marie Curie, 12, rue Cuvier, 75005 Paris.
Source : MNHN, Paris
204
E. BOI.TENHAGEN ET M. SALARD-CHEBOI.DAEEF
INTRODUCTION
Les bassins sédimentaires littoraux du Cameroun et du Gabon, très voisins, font partie du chape¬
let de bassins mésozoïques et coenozoïques qui jalonnent la côte ouest-africaine de la Mauritanie à
l’Angola.
Leurs études palynostratigraphiques sc complètent puisque le Crétacé terminal et le Tertiaire
de l’un font suite aux séries crétacées de l’autre.
Jusqu’ici, les données paléobotaniques sur ces deux bassins (Cameroun et surtout Gabon) étaient
très insuffisantes pour permettre de retracer l’histoire de leurs flores disparues. C’est aux travaux de
Boltenhagen que nous devons de mieux connaître aujourd’hui la palynologie crétacée du Gabon,
alors que Salard-Cheboldaeff entreprenait sur le Cameroun un travail équivalent pour une période?
plus récente (Maestrichtien-Miocène inférieur) permettant d’aboutir à une meilleure connaissance de
la stratigraphie de cette région avec complément d’information en botanique.
En effet, les riches complexes sporopolliniques démontrent le grand développement de la végé¬
tation crétacée et tertiaire en Afrique actuellement tropicale (Cameroun et Gabon) dont l’évolution
est reflétée par une succession de complexes différents. Même si, en palynologie, les déterminations
botaniques n’ont pas la valeur taxinomique du système actuel, elles aident à tracer les grandes lignes
de la végétation, ses variations, et par suite les modifications climatiques avec, bien entendu, d’autant
plus de précisions que la période étudiée est plus récente.
Dans cette note, nous tentons de reconstituer la paléoécologie d'une période allant du Crétacé
inférieur au Miocène inférieur, d’après les groupes qui, parmi les Ptéridophytes, les Gymnospermes,
les Chlamydospermes et les Angiospermes, sembleraient correspondre à des « marqueurs » paléoclima¬
tiques.
ÉVOLUTION DES PALYNOFLORES CRÉTACÉES DU GABON
« Wealdien »
C’est au cours du « Wealdien » que la palynoflore du Gabon, très pauvre à la base, commence à
se développer. D’après Jardiné, Biens et Doerenkamp 1974, à côté de quelques formes caractéris¬
tiques (Dicheiropollis etruscus et Alisporites) d’affinités botaniques inconnues, on note la présence de
Cheirolepidiacées ( Classopollis ), de Chlamydospermes ( Ephedripiles ), de quelques spores de Ptérido¬
phytes (Cicatricosisporites, Gleicheniidites, Concavisporites) et l’apparition de pollens monocolpés corres¬
pondant probablement soit à des Cycadophytes, soit à des Angiospermes (Doyle et al., 1977).
Cet ensemble floristique « pauvre » qui se maintiendra à l’Aptien suggère un climat désertique
ou semi-désertique, en tout cas aride et chaud.
Aptien
A côté des Ptéridophytes cités au Wealdien, et irrégulièrement observés, on remarque le déve¬
loppement important des xérophytes : Cheirolépidiacées ( Classopollis ) et Chlamydospermes ( Ephedri -
pites) qui deviennent quasi dominantes à l’Aptien supérieur alors que l’importance des grains monocolpés
lisses rapportés aux Cycadophytes ou aux Ginkyophytes varie en sens inverse.
De plus, la présence à l’Aptien d’une épaisse série lagunaire salifère démontre formellement que
la végétation décrite se développait sous un climat aride et très chaud.
Source : MNHN, Paris
CRÉTACÉ-TERTI AI RE DU GABON ET DU CAMEROUN
205
Albien
Une des caractéristiques de la palynoflore albienne se traduit par l’apparition de spores à expan¬
sions appartenant à une végétation aujourd’hui disparue et pouvant, parfois, être rapportés aux Equi-
sétables (Elateroplicites).
Aux formes aptiennes viennent s’ajouter de nouvelles spores ptéridophytiques, les unes échinu-
lées cf. Osmondacées (Osrnundacidites), les autres lisses cf. Matoniacées ( Matonisporites) ou Cyathéacées
(Cyathidites), d’autres encore verruquées, rugulées ou réticulées rappelant les spores de Lycopodiacées
(■ Camarozonosporiles ou Lycopodiunisporites).
Parmi les grains de pollen, alors que le nombre des monocolpés lisses cf. Cycadophytes ou Gin-
kyophytes se réduit fortement, les xérophytes Chlamydospermes ( Ephedripites ) et Cheirolépidiacées
(Classopollis ) restent toujours très importants. De nouvelles familles d’Angiospermes apparaissent :
Protéacées ( Trioriles africanus), Didymélacées/Euphorbiacées ( Hexaporotricolpites ), Caryophyllacées/
Amaranthacées ( Cretacaeiporites).
Bien que l’apparition de nouvelles familles d’Angiospermes inciterait à penser à une modifi¬
cation climatique liée à la transgression, elle-même à l’origine d’une mer épicontinentale, la prédomi¬
nance des Xérophytes cités tendrait à prouver la persistance d’une certaine aridité. Le climat pouvait
être alors semi-aride et chaud.
Cénomanien.
La végétation cénomanienne se distingue peu de la végétation albienne du point de vue quali¬
tatif, mais les différences quantitatives sont apréciables.
Ainsi, constate-t-on au cours du Cénomanien une réduction des Cryptogames vasculaires et
un remplacement graduel des Gymnospermes (malgré la persistance des Cheirolépidiacées et des Chla-
mydospermes) par les Angiospermes dont les familles dominantes sont celles qui apparurent à l’Albien :
Protéacées, Didymélacées/Euphorbiacées, Caryophyllacées/Amaranthacées.
Ce nouvel ensemble floristique qui se développe au cours de la régression cénomanienne au
Gabon serait en relation avec une perturbation climatique marquée par un adoucissement possible
du climat qui aurait été moins aride, mais toujours sec et chaud.
Turonien.
Le passage Cénomanien-Turonien marqué par la disparition des Cheirolépidiacées et des Pro¬
téacées ainsi que par l’expansion des Didymélacées/Euphorbiacées, correspond sans doute à une étape
importante dans l’évolution de la paléoflore.
Cette évolution serait liée à l’ouverture de la mer épicontinentale au Sud, précédant la sépa¬
ration définitive Amérique-Afrique et entraînant la transgression du Turonien inférieur. Quoiqu’il
en soit, la disparition des Conifères xérophytiques et des Protéacées pourrait indiquer une augmenta¬
tion de l’humidité.
On note l’expansion des Angiospermes encore associées aux Chlamydospermes (divers Ephe¬
dripites) dont les Caryophyllacées/Amaranthacécs concurrencent les Didymélacées/Euphorbiacées,
surtout au Turonien supérieur.
Le climat devait être cependant encore chaud, compte tenu de l’habitat actuel de ces derniers.
A la limite supérieure du Turonien, les Didymélacées/Euphorbiacées ainsi que les Caryophyl¬
lacées/Amaranthacées et les Chlamydospermées diminuent nettement d’importance.
Sénonien.
Au cours du Sénonien inférieur, les Didymélacées/Euphorbiacées, les Caryophyllacées/Amaran¬
thacées et les Chlamydospermes ( Ephedripites ) s’éteignent progressivement. Elle sont remplacées par
les Myrtacées ( Myrtacidites , Myrtaceidites, Cupanieidites) et d’autres Protéacées (Proteacidites) dont
les proportions varient en sens inverse au Sénonien supérieur.
Source : MNHN, Paris
206
K. BOLTENHAGEN ET M. SAL.ARD-CHEBOLDAEFF
Mais surtout, la flore sénonienne se caractérise par l’épanouissement des Angiospermes com¬
prenant des Monocotylédones assez fréquentes. Les grains de pollen déjà diversifiés, dont certains se
retrouvent d’ailleurs dans la flore actuelle, montrent l’existence d’une végétation riche et spécifique
à l’Afrique aujourd’hui tropicale.
Au Sénonien supérieur, se manifestent quelque Graminées et Restionacées, quelques Ulmacées
(Ulmipollenites) et l’ébauche du cycle des Palmiers.
Le retrait des familles connues à l’étage précédent, le développement des Myrtacées, puis l’explo¬
sion des Angiospermes indiquerait l’existence de fluctuations climatiques.
Le climat toujours chaud pourrait être modéré par des influences océaniques devenues perma¬
nentes dans la région littorale gabonaise.
ÉVOLUTION DES PALYNOFLORES MAESTRICHTIENNE ET TERTIAIRE
AU CAMEROUN
Maf.strichtien.
La flore maestrichtienne du Cameroun assez riche en grains de pollen comprend, comme à la
fin du Sénonien du Gabon, les derniers Ephedripites, quelques Ulmacées et Restionacées à côté de
Proteacidiles (Protéacées du genre Lomatia ?). Mais le pourcentage le plus important est atteint par
les Monocotylédones représentant de Palmiers (Mauritiées, Arécacées) et ancêtres de Nipa (g. Spini-
zonocolpiles et Proxapertites).
Quelques formes rares appartiennent au groupe des Triprojeclaciles ou Projectaperturites ( Aqui -
lapollenites et Translucentipollis).
Cet ensemble pollinique témoignerait d’un climat chaud et peu humide au Maestrichtien.
Paléocène.
Le passage Maestrichtien-Paléocène est nettement marqué par une sorte de discontinuité dans
la composition des ensembles polliniques. Exception faite des Nipa (groupe des Spinizonocolpites),
l’assemblage floristique précédent est remplacé par des Dicotylédones non identifiées ( Retitricolpiles
darensis, Scabratriporites annellus) et par de nouvelles Monocotylédones (ancêtres d’autres Palmiers)
parmi lesquels Psilarrwnocolpites médius atteint le plus fort pourcentage.
Ce net changement de la flore pourrait être la conséquence du refroidissement paléocène géné¬
ralement admis sur tout le globe et caractérisé de plus, au Cameroun, par une augmentation du pour¬
centage de Psilamonocolpiles médius comme l’affirme Van der IIammen (1961).
Cet épisode pourrait correspondre aux zones de transition 1 et 2 de la base du Paléocène défi¬
nies en Europe Centrale par Krutzsch (1967) au cours desquelles la flore à Normapolles (quasi inconnue
en Afrique Équatoriale), qui indiquerait un climat chaud et plus ou moins humide, s’appauvrit au
profit des premiers éléments arcto-tertiaires plus froids.
Éocène.
L’Éocène semble se caractériser par un climat chaud et un peu plus humide. En effet, dès l’Éocène
basal, on note une augmentation des spores de Ptéridophytes, même si les proportions sont encore peu
élevées ; la plupart se rattachent aux Polypodiacées.
Bien que certains genres inconnus aujourd’hui ne nous permettent pas de préjuger de leur
écologie ( Auriculopollenites , Doualaidites, Retibrevitricolpites triangulatus), ils sont incorporés dans
une population qui constitue trois ensembles successifs : Graminées et Palmiers d’abord, puis dispari¬
tion des Graminées et maintien des Palmiers avec toujours Spinizonocolpites annonçant les Nipa,
et enfin développement important des Dicotylédones parmi lesquels de nombreuses familles actuelles
sont représentées.
Source : MNHN, Paris
CRÉTACÉ-TERTIAIRE DU GABON ET DU CAMEROUN
207
Citons les Bombacacées ( Bombax), les Cesalpiniacées à pollens striés, les Convolvulacées (Merre-
mia), les Ctenolophonidacées ( Ctenolophon ), les Euphorbiacées ( Amanoa, Alckornea), les Guttifères
(Symphonia), les Lecythidacées (Petersianthus macrocarpus), les Mimosacées ( Pentaclelhra, Acacia.
Calpocalyx) ; les Rubiacées (groupe des Triporés), les Sapotacées (cf. Mimusops).
Toutefois, la présence de Graminées, de certaines Apocynacées ( Rauoolfia ), Combrétacées, Mimo¬
sacées ( Parkia ), de Ptéridophytes en proportion encore peu élevée, démontre la coexistence de plantes
de forêt sèche et de plantes de forêt plus humide.
Oligocène.
La flore oligocène devient plus riche encore qu’à l’étage précédent et la plupart des spores et
des grains de pollen se rapprochent des formes actuelles.
Le climat chaud deviendrait alors plus humide. C’est en effet dès cette époque que l’on observe
la présence de nombreux champignons (soit sous forme d’organismes entiers, soit sous forme de spores)
et le développement plus important des Ptéridophytes qui sont représentées surtout par les Schi-
zéacées ( Lygodium, Moliria, Anémia), les Parkériacées (Ceratopteris), les Polypodiacées ( Adiantum,
Loxogamme, Pyrrhosia, Stenochlaena).
Les Angiospermes, malgré l’extinction de certains Palmiers (Spinizonocolpites entre autres),
prennent leur part dans l’apparition quasi explosive de formes nouvelles. On remarque une plus grande
diversité des Cesalpiniacées ( Afzelia, Bracliyslegia), des Euphorbiacées (avec le type Klaineanlhus),
des Mimosacées ( Sindora, Fillaeopsis, Amblygonocarpus), des Rubiacées ( Randia, Mitragyna, Macros-
phyra) et la représentation de familles nouvelles : Annonacées ( Annona ), Cucurbitacées ( Sicyos ), Hippo-
cratéacées ( Hippocratea, Campylostemon), Protéacées (Protea ou Faurea), Rosacées (Parinari ou Hir-
tella).
Miocène inférieur.
Le maintien des Champignons, le développement des Ptéridophytes et l’apparition de nouvelles
familles d’Angiospermes comme les Balanophoracées, les Lythracées, les Malvacées, les Myristicacées
(Pycnanlhus) témoigneraient d’un climat encore chaud et de plus en plus humide au Miocène.
La flore angiospermienne oligocène se retrouve plus diversifiée au Miocène. Certaines familles
ont une représentation plus large ; c’est le cas des Hippocratéacées (Hippocratea welwitcliii), des Bom¬
bacacées (Rhodognophalon breviscupe), des Méliacées, des Rubiacées ( Gardénia, Oligodon).
Les Gymnospermes s.s. font défaut dans le matériel pollinique tertiaire. L’observation de tra-
cheides aréolées ne suffit pas pour témoigner de leur présence. Mais si elles existaient au Tertiaire, leur
rôle apparaîtrait négligeable, comme dans la flore actuelle, comparé à leur importance en zone tempérée.
Parmi les Monocotylédones (Graminées et Palmiers surtout), les Palmiers deviennent très
discrets ; ils sont en effet presque absents dans la forêt équatoriale actuelle. Quant aux Graminées, elles
sont aussi peu représentées ; si elles occupent aujourd’hui une place importante dans les savanes, elles
vivent en nombre réduit dans le sous-bois de la forêt dense.
Les Dicotylédones sont représentées par un nombre élevé de pollens variés, formant un ensemble
hétérogène dans lequel les groupements significatifs sont difficiles à discerner. Les espèces sont nom¬
breuses mais aucune ne prédomine très fortement. Cette diversité botanique n’est pas simplement due
au fait que dans une zone de sédimentation tout le matériel est mélangé, apporté par le vent et les
cours d’eau. Elle reflète bien la « complexité floristique de la forêt dense humide tropicale » dans laquelle
coexistent de très nombreuses espèces arborescentes, lianescentes, épiphytes parasites vivant sur de
grandes étendues, rendant difficile la recherche des « unités phytosociologiques ».
Il faut noter que dans l’ensemble floristique décrit à l’Oligocène et au Miocène inférieur, se
distingue un îlot de plantes de milieu plus sec comme Annona, Acacia ou Parkia. Il se pourrait que ces
grains de pollen proviennent des forêts claires ou des savanes périforestières ; l’absence de Graminées
n’incite pas à retenir cette hypothèse. Ces taxons xériques pourraient représenter une végétation
développée sur cuirasses ferrugineuses ou latéritiques qui prennent naissance dans les sols de savanes
et qui existent à l’état fossile au Cameroun, ou bien ces taxons représenteraient des enclaves floristiques
Source : MNHN, Paris
E. BOLTENHAGEN ET M. SALARD-CHEBOLDAEFF
208
xériques, des bastions « reliques » qui auraient survécu au moment où la forêt dense humide envahis¬
sait le territoire.
Il est, en effet, fort probable que les éléments oligocènes-miocènes les plus secs restent les témoins
des climats crétacé, paléocène et même éocène précédents, comme le pense Veloso (1948) pour les cer-
rados actuels de l’Amérique du Sud, localisés dans un climat pluvial.
CONCLUSIONS
Il apparaît que durant le Crétacé et au cours du Tertiaire, les territoires gabonais et camerou¬
nais aient connu une succession de paléoclimats.
Les principales données sont récapitulées dans le tableau ci-joint sur lequel ont été schéma¬
tisées, en plus des âges des principaux taxons botaniques et du climat, les tendances régressives ou
transgressives pour chaque étage. Ces dernières (tracées en traits pleins) pour le Gabon sont déduites
des données concernant le faciès sinon la lithologie, contrairement à celles du Cameroun (traits interrom¬
pus) pour lequel elles ont été présumées d’après la palynoflore, le faciès restant trop monotone tout
le long de la coupe.
De l’étude palynologique du Crétacé du Gabon, il ressort cinq étapes floristiques en relation
avec la paléogéographie régionale. Ainsi, au climat aride et chaud du Crétacé inférieur aurait succédé
un climat relativement adouci par les influences marines au Crétacé moyen pour aboutir à un climat
moins sec et chaud au Crétacé supérieur.
Cette dernière déduction concorde avec ce que montre l’ensemble pollinique maestrichtien du
Cameroun, où l’existence des formations denses humides connues aujourd’hui derrière la mangrove
se serait manifestée seulement à partir de l’Éocène supérieur pour se développer pendant l’Oligocène
et surtout le Miocène.
Ces formations denses auraient été précédées par une flore xérique plus ancienne qu’elles auraient
refoulée dans des refuges au moment de leur grande expansion.
Ces hypothèses semblent en accord avec les idées de Monod (1957) sur les grandes divisions
chorologiques de l’Afrique.
Elles confirmeraient en partie les idées émises par Louvet (1971) qui étudia l’évolution des
flores tertiaires de l’Afrique Nord-Équatoriale à partir de la paléoxylologie. Il y aurait eu, dès l’Éocène
moyen, « une zone soudano-guinéenne comprise entre une zone de forêt humide bordant la Mésogée
au Nord et une autre correspondant à la zone équatoriale au Sud ». Si le « biotope soudano-guinéen
a pris de plus en plus d’importance à l’Éocène supérieur et à l’Oligocène vers la Mésogée » selon Lou¬
vet, il est probable que, corrélativement, les formations denses de la zone équatoriale s’étalaient pour
atteindre leur physionomie actuelle.
La fluctuation des paléoclimats qui entraîne des changements dans la végétation pourrait être
la conséquence du déplacement vers le Nord-Est du continent africain. D’après la théorie de la Tecto¬
nique des Plaques qui regroupe l’hypothèse de la Dérive des Continents (Wegener, 1912) et celle du
Renouvellement des Fonds Océaniques (Hess, 1962, Coulomb, 1969), l’Afrique, depuis son individua¬
lisation au Crétacé, dériverait lentement vers le Nord. Pendant sa lente remontée, les territoires situés
aux latitudes du Gabon et du Cameroun auraient été soumis à des variations climatiques depuis les
climats secs connus actuellement plus au Sud jusqu’au climat équatorial d’aujourd’hui.
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Source : MNHN, Paris
PALYNOLOGICAL EVIDENCE FOR PALEOGENE CLIMATIC CHANGES
Jan
Muller *
Résumé. — Durant le Paléogène la flore crétacée supérieure a été remplacée par la flore résolument
moderne de l’Oligocène. A la limite Crétacé-Tertiaire les changements faunistiques et du phytoplancton ont
été plus catastrophiques que le changement de la flore terrestre. Dans l’Eocène inférieur/moyen, la phase
d’échauffement est indiquée par l’extension latitudinale des taxons tropicaux mégathermiques. L’événement
terminal de l’Eocène est fondamentalement dû à une chute brutale de la température océanique et la végéta¬
tion terrestre a fortement réagi au changement climatique résultant.
Summary. — During the Paleogene the upper Cretaceous flora has been replaced by an essentially modem
Oligocène one. At the Cretaceous/Tertiary boundary faunal and phytoplankton changes appear to hâve been
more catastrophic than change in the land flora. In the lower/middle Eocene evjdence for a warm phase is
indicated by latitudinal extension of megatherm tropical taxa. The terminal Eocene event is basically a
marked drop in océan température and the land flora has strongly reacted to the resulting climatic change.
The Paleogene is a period of ± 40 million years, which has witnessed the replacement of an
upper cretaceous flora, containing many extinct plant groups, by one which had an essentially modem
aspect.
The beginning of this period coincides with the Cretaceous/Tertiary (C/T) boundary, 65 million
years ago and it is well known that complex global environmental changes hâve taken place, leading
to mass extinctions in certain animal groups (Russell, 1976). Also the phytoplankton changes
hâve been marked and, as Tappan (1968) was the first to point ont. may provide an important due
to the nature of the climatic change at this juncture.
Palynologie evidence on changes in the land flora should be studied in continuons stratigraphie
sequences in which the C/T boundary dues not coincide with a faciès change, but such sections arc
rare.
Germeraaü et al. (1968) have described microfloral changes at top Proleacidiles dehaani zone
in northern South America, which boundary approximates the C/T limit and occurs in different faciès.
Their studies only revealed extinction of the genus Bullinia. Proteacidiles dehaani, although an impor¬
tant local marker is actually close to certain recent Proteaceous pollen types.
In Central Africa, Bolteishagen (1976) and Salaud (1977) have described a more complex
change. Herc, the généra Auriculidiles, Aquilapollcniles, TransluccnlipoUis, Andreisporis, Gabo-
nisporûi and Zlivisporites disappear at the C/T boundary, but other cretaceous généra such as Bullinia
get extinct at earlicr levels.
In NW India, Victorisporis and Aquilapolleniles appear not to have survived the C/T boundary,
but in the remainder of the microflora no fundamental changes are obvious. In the Cauvery basin
* Rijkshcrbarium, Schelpenkadc 6, Leiden, The Nethorlands.
Source : MNHN, Paris
212
I. MULLER
(S. India), the généra Andreisporis, Coptospora, Cauverispora, Gaboriisporis, Rouseisporites, Tauru-
cosporites, Zlicisporites, Araucariacites and Classopolles disappear at the same boundary. (Venka-
tachala & Rawat, 1972 ; Venkatachala & Rawat, 1973 ; Ven katachala and Siiarma, 1974).
It would appear that the changes at the C/T boundary in Central Africa and India havc sonie
features in common.
In Bornéo, although the C/T boundary eould not be studicd in detail, a comparison of Seno-
nian and Paleocene microflora showed virtually no extinction, but as in other tropical areas many
new appearances of characteristic tertiary groups (Muller, 1968).
At highcr Southern latitude in Australia, Stoveii & Evans (1973) havc shown, that only one
species of Nothofagidites disappears at the C/T boundary.
In Europe, as shown by Krutzsch (1957, 1966), the extinctions appear also limited and. with
the exception of Appendicisporites, mainly at the spécifie level, as in the Normapolles gronp.
In North America, several diagrams hâve been published which show in detail the floral change
at a faunistically well defined C/T boundary. In Montana, Appendicisporites, Aquilapollenites and
Wodehouseia get extinct, but otherwise the changes do not appear to be more pronounced than pre-
ceding changes within the Cretaceous. The appearance of a typical tertiary flora above the C/T
boundary is clearly indicated, however (Newman, 1972). In a diagram from Wyoming, published
by Leffingwell (1971), the C/T transition coïncides with a lithologie boundary. Ncvcrtheless, it is
clear that a group of types disappear from the area, although only Aquilapollenites and Wodehouseia
become really extinct, while types like Proteacidites and Gunnera are known to continue in other areas.
A number of spore types increase in frequency at the C/T boundary, suggesting occupancy of vacated
niches in the végétation. The group of characteristic tertiary triporate types, Juglandaceae, Taxo-
diaceae and Pinaeeae also increase in frequency above the boundary.
The most detailed diagram is again from Montana (Norton & Hall, 1969). Although also
here the C/T boundary coincides with a formational boundary, it is of interest because it shows that
the généra Aquilapollenites and Wodehouseia disappear from the record already below the boundary.
At the C/T limit itself no clearcut extinctions are indicated, but the incoming of a transitional flora,
preceding the typical tertiary éléments, is clear. On the other hand, a large number of types do not
appear to register any change at ail.
A comparison with a diagram from the southeaslern United States (Kentucky), published by
Tsciiudy (1971) shows a different type of floral change. Aquilapollenites and Wodehouseia are absent
in the Cretaceous here, but certain types of coniferous pollen like Araucariacites, Rugubicesiculites ,
Eucommiidiles and the spore genus Zlicisporites disappear at the C/T boundary. The Normapolles
group continues, however, with minor extinctions mainly at the spécifie level. The incoming of the
typical tertiary flora again is the most obvious microfloral change.
One of these tertiary groups consists of the Momipites — Carya — Plalycarya complex, which
Frederiksen & Cristopjier (1978) demonstrated to hâve its roots already in the Cretaceous, as far
down as the Santonian. Its major evolutionary diversification, however, occurs at the C/T transition,
followcd by major extinctions at the Paleocene/Eocene boundary.
Summarizing, it would appear that in many areas changes in terrestrial végétation were limited.
Although extinctions are recorded, they are generally overshadowed by changes which were either
duc to local edaphic or climatic causes and by the evolutionary diversification of new groups of plants.
As to the nature of the environmental changes at the C/T boundary, the palvnological record
is not clear and this is mainly due to uncertainties in the identifications of the taxa involved. In
North America a slight cooling has been postulated and also Krutzsch (1967) has indicated this for
Central Europe. Palaeotemperature curves, covering this interval are not very detailed, but the
data published by Douglas & Savin (1973), appear to indicate a shortlived decrease.
Much more fundamental appears a change in 0 2 /C0 2 balance caused by a decrease in phyto-
plankton productivitv, as first argued by Tappan (1968), and later supported by Worsley (1974) on
direct evidence from deep sea drilling. In this theory, severe nutrient déplétion in the océans, because
of base-levelled continents, accompanied by a change in carbonate compensation depth, were the
primarv cause for oxygen deplction in the atmosphère. The effect of this on animal groups in ecolo-
Source : MNHN, Paris
PALEOGENE 213
gically sensitive positions could be profound while, as Tappan stressed, terrestrial floras could, in
contrast, be stimulated. This is exactly what the palynological evidence appears to indicate.
In the succeeding Paleocene, the palynologie record provides few indications for global climatic
change, but in the lower Eocene evidence for a warmer period is found, especially at higher latitudes.
This climatic event can best be studied by tracing the latitudinal extension of megathcrm plants. Van
Steenis (1962) has defined as megathermthose taxa which are at présent restricted to a tropical lowland
climate. It is of importance to keep this group separate from tropical taxa which grow both in the
lowlands and the montane régions at higher altitudes. The latter group, because of some degree of
cold resitance, arc more liable to extend their range to higher latitudes at minor changes in climate.
In the palyno-stratigraphic and palaeobotanical literature this différence is often not takeii
into account.
The présent discussion will, furthermore, be restricted to a few key taxa which can be reliably
identilied with Jiving plants. Still, the chances remain that, since the Eocene, the thermoecology
of the taxon has changed, either by adaptation or by extinction of sensitive species. Direct evidence
based on a relation between a pollen character and climate, such as has been demonstrated by Lobreau-
Callen (1975) for Ilex would be valuable in this connection.
Nypa (Fig. 1).
The fossil distribution of this truly megatherin palm genus, today restricted to the litoral envi¬
ronment of SE Asia between 25° N and 20° S, is possibly the best indicator of a warm period, since
it is recorded both by pollen and fruits (Tralau, 1964). For the lower Eocene, the diagram shows
a marked extension to higher latitudes, significantly both in N and S direction. Corrected for palaeola-
titude this would be an extension to 40° N (London clay) and 60° S (South Australia). This marked
discrepancy suggests that, either the palaeolatitude of the London clay was close to the présent day
one, or, more likely that the position of Australia in the lower Eocene has not been as far south as indi-
cated by geophysical evidence.
In the middle Eocene already, a reduced latitudinal range becomes noticeable, while at the
end of the Eocene Nypa disappears entirely from its Atlantic range. While the latitudinal restric¬
tion may hâve been mainly a température effect, the longitudinal restriction was most likely due to
a change in rainfall régime towards increased seasonality.
Calamus type (Fig. 2).
This group of palms, discussed recently by Muller (1980), has at présent a tropical distribution,
but, in contrast to Nypa it also thrives in montane areas up to 1 200 m and is therefore not truly mega-
therm. This explains the rather different fossil distribution. It is already présent in the Paleocene
of Europe and remains as late as the Miocene, while it does not react to the lower Eocene warm phase.
Barringtonia type (Fig. 3).
Most species of the genus Barringtonia and related généra with the same pollen type, occur
in lowland tropical areas in SE Asia and only a few may occasionally reach altitudes up to 1 500-2 000 m.
Since Coastal species are most likely to enter the fossil record, the group may be considered largely
megatherm. It is now of great interest that Konzalova (1980) has recorded this pollen type from the
Bohemian Eocene and its occurrence in Central Europe, over an apparently very brief interval, most
probably is a resuit of the warm phase starting in the lower Eocene. It appears likely that the Coastal
species B. asiatica, to which the fossil pollen found by Konzalova is very similar, has been able to folio w
the same coastal migration path as followed, more rapidly, by Nypa. It also may hâve persisted longer
than Nypa, since Oligocène macrofossils hâve been reported by Rasky (1959) from Hungary. Wolfe
(1977) has recorded leaf remains assigned by him to the genus at 60° N in Alaska. Until this curious
record has been confirmed by a pollen record, identification must be considered doubtful.
Source : MNHN, Paris
J. MULLER
244
Bombax type (Fig. 4).
Krutzsch (1970) has already drawn attention to the stratigraphie distribution of bombacaceous
(or sterculiaceous) pollen types and the latitudinal extension of the Bombax type s.str., covering the
truly bombacaceous grains, shows that at présent these largely represent megatherm taxa. However,
some species of the genus Bombax may occur as high as 2 000 m. Nevertheless in its fossil latitudinal
range the Bombax type does record the warm phase in lower and middle Eocene of Europe.
Anacolosa type (Fig. 5).
This group, of olacaceous généra, including Anacolosa, Cathedra and Ptychopetalum, although
at présent confined to the tropics, is also not truly megatherm, since some species of Anacolosa may
occur up to 1 000 m altitude. In conséquence of this, its past latitudinal distribution shows only a
generalized response to the Eocene warm phase, but it does not survive as long in Europe as the Cala-
mus type. It resembles Nypa in the symmetrical extension north and south of the equator in the
Eocene. Its early occurrence in the Paleocene of South Australia. before Nypa, is remarkable.
Iodes type (Fig. 6).
The fossil genus Compositiopollenites probably may represent several icacinaccous généra (Iodes,-
Bhyticaryum, Miguelia, Phytocrene or Sarcostigma, cf. Gruas-Cavagnetto, 1977). While mainly
tropical in recent distribution, they may range up to 2 500 m altitude and also this group cannot the-
refore be considered as a megatherm one. This is again reflected in its past latitudinal extension in
Europe, where it has been recorded at ± 40° N in both Paleocene and Eocene, disappearing only at
the Eocene/Oligocene boundarv.
These data show that only an exclusively megatherm taxon like Nypa most accurately indicates
the relatively short phase of maximum warmth in the lower Eocene and that it already had retreated
in the course of the middle Eocene. Other tropical taxa survived longer at higher latitudes, probably
depending on the extent to which they were pre-adapted to cooler températures because of their occur¬
rence in tropical montane habitats and also, of course, depending on compétition with the dominant
subtropical éléments in the végétation of this period.
In this connection, it should be stressed that a high latitude warm climate, like présent in the
lower Eocene of Europe, must hâve been seasonal and is not really directly comparable with any tro¬
pical climate type of today (cf. Daley, 1972 ; Muller, 1974).
It is of course also of interest to détermine whether in the Eocene tropical zone itself any distinct
climatic change occurred, contemporaneous with the warm phase so clearly detected at higher latitudes.
In northern South America, well marked changes occur in the Eocene microflora, but grass
pollen which could indicate a seasonal climate, plays only a very subordinate rôle and the interpréta¬
tion of the floral changes is much hampered by the fact that some of the dominant types cannot yet
be identified with living taxa (Germehaad et al., 1968).
Van der Hammen (1964) has postulated cyclic climatic change in this area, on the basis of
shifts in the % ratios of a restricted number of pollen types. The principal indicator type would be
Monocolpites médius a palm pollen type which comprises several different généra of palms.
This type and others, like Monocolpites franciscoi (Mauritia type), Proxapertites and several
fern spore types are probably reacting more to local change than to climatic influences. It is there-
fore considered likely that any regular récurrence of cyclic changes in the ratio between these types
is mainly related to trans- and régressions caused by orogenic movements in the hinterland.
In Cameroon (Africa), Salard (1977) has found evidence for a relatively dry climate with abun-
dant grass pollen lasting the Eocene. The limited amount of samples available to her does not permit
the détection of any short term climatic change, however.
In Egypt, Kedves (1971) also has found interesting maxima in grass pollen in the lowpr and
upper Eocene, suggesting some degree of aridity for this area also.
Source : MNHN, Paris
PALEOGENE
215
Paleo-
Eocene
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Paleo-
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3 Barringtonia (Lecythidaceae) A Bombax type (Bombacaceae)
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6 Iodes type(lcacinaceae)
0= présent latitude A = palaeo latitude
★ = macro fossils reported from Alaska
Fie. 1-6. — Latitudinal distribution of pollen types indicative of a warm climate.
Source : MNHN, Paris
216
I. MULLER
The Eocene flora’s of India are quite different from the South American and African ones and
are characterized by dominance of a few pollen types only. Of these, Caesalpiniaceous types and ste-
phanocolpate ones comparable to Ctenolophon (Ctetolophonaceae) are the most remarkable ones. They
suggest végétation types of which no modem équivalents are known, making it hardly possible to
draw any interférences in climatic conditions. Moreover, the change in latitude experienced by the
Deccan peninsula, as indicated by geophysical evidence, forms an additional complication.
In Australia, in contrast, most of the Eocene pollen types appear to represent plants still living
on the continent or nearby. The warm phase in the lower — middle Eocene is clearly indicated by
palynological evidence, although, as already mentioned, diflicult to reconcile with the palaeolatitude.
After this period northward drift of the continent caused expansion of the arid zone (Beard, 1977)
and recently Kemp (1976) has found direct confirmation by the discovery of a middle Eocene micro-
flora from the centre of Australia, characterized by pollen of Cyperaceae, Restionaceae, Myrtaceae,
Casuarina and Proteaceae and, significantly, by very few fern spores, pointing to a certain degree of
aridity. Of most interest in this microflora, however, is the local dominance of Callitris pollen, which
must hâve been derived from dry sclerophyl forest, indicating seasonal aridity.
Presumably, the disappearance from South Australia of some of the tropical taxa like Nypa
and Anacolosa was mainly due to this movement into a more arid climatic belt and not to drecreased
température.
While formerly attempts at explanation of the warm period in the Eocene were based on présent
day continental position (cf. Smiley, 1974), nowadays geophysical evidence forms the main key towards
this goal. This evidence is twofold. Firstly, palaeotemperature curves hâve shown direct information
on the magnitude and timing of the warm phase (Shackleton & Kennett, 1975) and it is clear that
at least the maximum in the lower Eocene fits the paleobotanical evidence remarkably wcll. A second,
minor maximum in the middle Eocene may be confirmed by more detailed palynological studies such
as are in progress in Europe. Secondly, the paleogeographic reconstructions hâve made possible the
development of a climatic model (Kennett, 1977 ; Kemp, 1978), in which the circulation pattern of
the Southern océan was markedly different from the présent day one and which clearly was capable
of amplifying a warm phase, especially along the coasts of western Europe and northwestern America.
The température gradient also was less steep in the Eocene than it is at présent.
At the end of the Eocene remarkable floral changes occur again. Krutzsch (1967) and recently
Hochuli (1978), on palynological evidence, hâve already drawn attention to the increase of Arcto-
tertiary éléments in Central Europe, indicating a drop in température and, for North America, Wolfe
(1977, 1978) has emphasized, on the basis of leaf physiognomy, that a sudden cooling took place at the
Eocene/Oligocene transition, designated by him the “ terminal Eocene event The latest palaeo¬
temperature curves covering this interval, allow the pinpointing of this event with surprising accu-
racy. Kennet (1977) even has made probable that it occurred within 100.000 years and caused
widespread glacial conditions in Antarctica. The basic cause appears to hâve been the opening, towards
the end of the Eocene, of the passage between Australia and Antarctica which allowed deep océan
circulation (Kennett, 1977 ; Kemp, 1978).
Apart from the increase in temperate éléments at higher latitudes, many other microfloral
changes appear to hâve been indirectly related to this terminal Eocene cooling and to the following
further drops in température which occurred in the succeeding Oligocène.
In northern South America, the palynologie boundary between the Verrucatosporites usmensu.
zone and the Magnastriatites howardi zone, which approximately coincides with the Eocene/Oligocene
boundary, is in many ways a significant one. To mention only a few changes : Nypa disappears from
this area and Rhizophora becomes the dominant mangrove element. Ceratopteris spores also start
occurring regularly at this boundary, while several dominant Eocene types decrease in frequency
or disappear.
In Africa, Salard (1977) records a decrease in palms and an increase in rainforest éléments at this
boundary, which may be connected with a northwards movement of the continent.
Also for India major changes in the palynoflora are indicated at this transition (cf. Muller,
1974).
Source : MNHN, Paris
PALEOGENE
217
In general, the tropical belt shows a distinct modernization of the flora at the Eocene/Oligocene
boundary and it could be argued that this change is more significant than the changes occurring at
the Oligocene/Miocene boundary, which forms the classical limit between Paleogene and Neogene.
Only in Australia no major change is indicated at the Eocene/Oligocene transition. Rather.
a graduai change occurs, which was probably mainly in response to changes in rainfall pattern towards
increased aridity, caused by the continuing nortward drift of the continent.
Although it would appear that the major climatic changes towards the end of the Paleogene
had as basic cause a change in océan circulation and a subséquent cooling of the atmosphère, Tappan
(1968) has indicated that phytoplankton production also decreascd in the Oligocène, albeit not as
strongly as at the C/T boundary. The widespread evolutionary diversification of what is essentially
a modem flora at the end of the Paleogene, may thus very well been triggered by a more complex
chain of climatic change than a cooling alone.
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Source : MNHN, Paris
CCIDKNTAI.K
219
PALÉOGÈNE D'EUROPE OC
ÉVOLUTION DE LA FLORE ET VARIATIONS CLIMATIQUES DANS
LES BASSINS D'EUROPE OCCIDENTALE AU PALÉOGÈNE
Résumé. - La reconstitution des paléoclimats fait appel à des méthodes variées parmi lesquelles l’inter¬
prétation des paléoflores est une des plus anciennes. Malgré les critiques dont elle a fait l’objet de tous temps
au sujet des relations entre les modèles anciens et actuels, les problèmes de conservation sélective, d’adapta¬
tion, de migration ou d’extinction, elle reste une des méthodes les plus fiables dans l’appréciation des climats
anciens continentaux. Les interprétations, relativement dispersées en raison du nombre réduit de gisements
fossilifères, ont été renforcées par les analyses palynologiques communes dans la plupart des formations du
Paléogène. C’est ainsi que les données de E. M. Reid, M. E. J. Chandler, D. H. Mai ou M. Schwarzbach,
déjà très précises, ont été complétées par les analyses palynologiques de W. Krutzscii et E. Roche dans le
Tertiaire inférieur de l’Europe. Plus récemment, les travaux d’inventaire détaillé de la microflore du Bassin
de Paris (C. Gruas-Cavagnetto et J. J. Chateauneuf) ont permis de dresser une image complète de l’évolu¬
tion climatique au cours du Paléogène. Le climat relativement tempéré du Paléocène inférieur fait place au cours
du Thanétien supérieur à un climat subtropical puis tropical au cours de l’Eocftqe inférieur. L’optimum de
température se place au Cuisien supérieur avec le fort développement du palmier Nypa et des Bombacaccae.
Durant le Lutétien et au cours du Ludien, l’apparition de saisons sèches introduit une composante climatique
qui a des répercussions sensibles sur la flore. Au sommet du Lutétien et au cours du Ludien, cette tendance
s’accentue et coïncide avec le dépôt des argiles fibreuses, et des évaporites. La limite Eoçène-Oligocène est
marquée par une dégradation climatique importante. Au cours de l’Oligocène une légère remontée de la tempé¬
rature est suivie par une nouvelle baisse de la température qui culmine au sein de l’Oligocène supérieur, précé¬
dant le réchauffement aquitanien. Ces résultats basés sur l’analyse de la flore sont en parfaite concordance
avec les arguments tirés de l’évolution des faunes, de la nature des sédiments ou des analyses isotopiques.
Summary. — The reconstitution of the palacoclimates makes a call on different methods, amongwhich,
palaeoflora interprétation is one of the oldest. In spite of the criticism it has always received on the question
of the relationships between the former and présent models, the problems of sélective conservation, adapta¬
tion, migration, or extinction, it remains one of the most reliable methods in the appréciation of the former
continental climates. The interprétations, which are rather scattered, due to the small number of fossiliferous
deposits, hâve been backed up by the palynological analyses common in most of the Palaeogene formations.
In this way, the already very exact data of E. M. Reid, M. E. J. Chandler, D. H. Mai, or M. Schwarzbach,
hâve been completed by the palynological analyses of W. Krutzsch and E. Roche in the Lower Tertiary
of Europe. More recently, the detailed inventory work on the microflora of the Paris Basin (C. Gruas Cava-
gnetto and J. J. Chateauneuf) made it possible to get a complété picture of the climatic évolution during
the Palaeogene. The relatively temperate climate of the Lower Palaeocene gives place, during the Upper Thane-
tian, to a sub-tropical, then tropical climate, during the Lower Eocene. The maximum températures are found
in the Upper Cuisian, with a strong development of the Nypa palm and Bombacaceae. During the Lutetian and
Ludian, dry seasons appear, bringing a climatic element with clear repercussions on the flora. At the top of
the Lutetian, and during the Ludian, this tendency bccomes more pronounced, and coincides with the dépo¬
sition of the fibrous clays and evaporites. The Eocene — Oligocène limit is marked by an important climatic
dégradation. During the Oligocène, a slight température rise is followed by a new drop, at its lowest in the
beart of the Upper Oligocène, before the Aquitanian re-warming. These results, based on flora analysis, agréé
exactly with the arguments drawn from the fauna évolution, the nature of the sédiments, and the isotopic measu-
rements.
* Bureau de Recherches Géologiques et Minières, Département Géologie, BP 6009 45060 Orléans cedex.
Source : MNHN, Paris
220
J. J. CHATEAUNEUF
INTRODUCTION
La reconstitution des climats anciens fait appel à des méthodes variées : physico-chimie, sédi-
mentologie ou paléontologie, dont les données sont le plus souvent complémentaires. La plupart des
interprétations sont basées sur la comparaison des données géologiques avec les phénomènes actuels
et admettent que les effets constatés ont les mêmes causes. Ce postulat qui semble n’avoir que des
implications mineures lorsqu’il s’agit des méthodes isotopiques par exemple (rapports 0 lg //0 16 ou
C, 3 /C 14 ) est beaucoup plus discutable lorsqu’on l’applique aux approches de type naturaliste : analyse
des sédiments, des faunes ou des flores. Il n’est pas certain en effet que les modèles actuels de sédimen¬
tation soient transposables aux bassins continentaux ou océaniques anciens en raison des profondes
modifications qu’ont subies les blocs continentaux depuis le Permien. D’autre part, ce serait nier tout
phénomène d’adaptation et en fin de compte d’évolution que de comparer les faunes et les flores
anciennes à leurs homologues actuelles (souvent éloignées), en leur attribuant des conditions de vie iden¬
tiques. L’approche véritable des climats anciens est donc obligatoirement pluridisciplinaire et passe
par la confrontation de toutes ces méthodes, qu’elles s’appliquent à la détermination des climats océa¬
niques ou des climats continentaux.
L’utilisation des plantes fossiles est une des méthodes les plus anciennes de reconstitution des
climats. Elle est basée sur la comparaison des macrorestes avec les formes correspondantes actuelles
et avec leur distribution par rapport aux zones climatiques. Dès le début du xix e siècle, A. Brongniart
(1828-1837) avait insisté sur les différences fondamentales entre les associations fossiles et les commu¬
nautés actuelles. Il mettait en évidence, en outre, le rôle primordial de la flore dans les reconstitutions
géologiques en raison de sa position relativement fixe par rapport aux surfaces continentales. Vers
la fin du xix e siècle, O. Heer puis G. de Saporta arrivaient aux premières conclusions paléoclima¬
tologiques par l’étude détaillée des caractéristiques des flores tertiaires : composition des assemblages,
proportions de plantes ligneuses, taille, texture et nature de la partie marginale des feuilles. Au cours
du xx e siècle, des méthodes plus rigoureuses et pleines de promesses telles le paléomagnétisme ou les
analyses isotopiques ont fait passer au second plan cette analyse des flores. Mais le développement
récent de la palynologie a suscité un regain d’intérêt en raison du vaste champ d’investigation tant
stratigraphique que géographique que cette discipline était susceptible d’embrasser.
A. — Données de la flore
A. 1. Macroflores.
Les premières études sérieuses d’interprétation climatique à partir de macrorestes sont celles
de E. M. Reid et M. E. J. Chandler (1933) sur la flore du London Clay essentiellement conservées
sous forme de fruits et de graines. La plus grande partie des familles et des genres (80 %) sont comparées
à des formes actuelles vivant dans la zone tropicale.
Ce conclusions ont été vivement critiquées à l’époque mais l’attribution de plus de 70 % des
taxons à la flore indo-malaisienne ne laisse planer aucun doute quant à l’affinité tropicale de cette
flore. D’autre part, l’analyse des pourcentages d’espèces arborescentes ou ligneuses au cours de l’Éocène
et de l’Oligocène dans le Sud de l’Angleterre et dans le Hampshire amenait les auteurs à la même con¬
clusion. La décroissance des espèces ligneuses au cours du Tertiaire est compensée par une augmenta¬
tion corrélative des espèces tempérées de large répartition (Fig. 1). Les données de E. M. Reid et
M. E. J. Chandler ont été regroupées par E. Dorf (1963) sous forme de courbe et comparées à celles
de la flore de l’Ouest des États-Unis (E. Dorf, 1955) (Fig. 2). Les différences de températures pour
ces deux régions situées approximativement à la même latitude sont expliquées par la présence d’un
courant chaud sur les côtes orientales de l’Atlantique.
En Haut Lusacc, les études très approfondies de D. H. Mai (1964) sur les flores à Mastixiaceae
Source : MNHN, Paris
PALÉOGÈNE D’EUROPE OCCIDENTALE
221
AGE
GENRES ACTUELS
0% 25 50 75 100%
GISEMENTS
ACTUEL
\ ' /
ACTUEL
FLIOCENE
X \
CROMER
TEGELEN
REUVER
MIOCENE
/(
/ \
OLIGOCENE
BEM3RIDGE
HORDLE
EOCENE
GENRES DE PLANTES LIGNEUSES \
LONDON CLAY
0% 20 40 60 80 100%
Fig. 1 : Comparaison entre les pourcentages des genres de plantes ligneuses et des genres actuels
dans quelques gisements tertiaires du N.W. de l'Europe
(d'après données de E.M. REID et M.E.J. CHANDLER 1933)
Source : MNHN, Paris
222
I. CHATKAUNRUF
AGES
GRANDES SUBDIVISIONS CLIMATIQUES
TROPICAL
SUBTROPI¬
CAL
TEMPERE
CHAUD
TEMPERE
FROID
SUBARCTIQUE
PLIOCENE
/ y
77
MIOCENE
EUROPE j 1 ETATS-UNIS
DE / / DE
L'OUEST / / L'OUEST
/ /
OLIGOCENE
/
/
/ y
l (
EOCENE
/
/
\
>
1 \
/ V
f A
V
PALEOCENE
\
\
)
/
/
;
Fig. 2 : Courbes d'évolution des régimes climatiques en Europe de l'Ouest et dans
l'Ouest des Etats-Unis au cours du Tertiaire
(d'après les données de E.M. REID et M.E.J. CHANDLER 1933 et E. DORF 1955)
Source : MNHN, Paris
PALEOGENE
(30 MA)
AGE
GISEMENTS
OLIGOCENE
Rott
SUPERIEUR
OLIGOCENE
MOYEN
Flôrsheim
OLIGOCENE
INFERIEUR
Bembridge
EOCENE
Weisselster-
becken
SUPERIEUR
Hordle
EOCENE
Geiseltal
MOYEN
EOCENE
INFERIEUR
London Clay
ELEMENTS DE LA FLORE DE L'EUROPE DE L'OUEST
□ holarctique et européen
cosmopolite et relictuel
| | Est-asiatique et Nord-américain
| | xerotherme
f- | tropical et subtropical
AGES
ABSOLUS
(CAVELIER
et
POMEROL
1976)
0 % 10 20
70 80 90 100 %
Fig. 3 : Evolution de la végétation en Europe de l'Ouest au Paléogène
(d'après D.H. MAI 1964)
Source : MNHN, Paris
22 \
J. J. CHATEAUNRUF
aboutissent au groupement des divers éléments associés en catégories : hygromegatherme, hygro-
mesotherme, eurasiatique, panholarctique..., dont les exigences de températures et de précipitations
annuelles avoisinent 20 à 23° C et 1 300 à 2 000 mm d’eau.
L’analyse de l’évolution de ces groupements phytogéographiques appliquée à quelques gise¬
ments-types d'Europe s’échelonnant de l’Éocène inférieur à l’Oligocène supérieur (Fig. 3) montre
une décroissance de l’élément tropical et subtropical au profit de l’élément holartique et européen,
surtout à partir de l’Oligocène inférieur.
De son coté, M. Schwarzbach (1908) dans son analyse du climat du Tertiaire rhénan met en
doute les valeurs avancées par I). H. Mai et fournit une liste des taxons analysés par cet auteur avec
leur extension dans les zones subtropicales et tempérées. Les arguments qu’il avance sont basés sur
les proportions de feuilles entières au sein des flores ligneuses déterminées (Fig. 4), les exigences cli¬
matiques de Séquoia scmpervirens, commun dans les paléoflores d’Europe, la direction des vents et les
arguments lithologiques. Ses conclusions aboutissent pour les lignites rhénans à la définition d’un cli¬
mat subtropical à tempéré de 10 à 18°C de moyenne annuelle de température et de 1.000 mm de pré-
fou:ilos (plantes ligneuses Dicotylédones)
\- EOCENE
'v'
•: •' * \
..OLIGOCENES.
\ FLORES ACTUELLES '
v.... • \
\
\
\ 5 PLIOCENE
vl
Fig. 4 : Comparaison des pourcentages de feuilles entières entra les flores du Cénozoique et les flores actuelles
à différentes latitudes
(d’après M. SCHWARZBACH 1968)
Source : MNHN, Paris
PALÉOGÈNE D'EUROPE OCCIDENTALE
225
cipitations. La baisse de température au cours du Tertiaire qui semble générale est de l’ordre de 8 à 10°
depuis l’Éocène jusqu’au Miocène inférieur (Fig. 5).
fig. 5 : Variations climatiques au Tertiaire dans l’Europe de l’Ouest
(d’après M. SCHWARZBACH 1968)
A. 2. Micro flores.
— Les inventaires palynologiques des séries paléogènes en Europe, généralement plus récents
que les études paléobotaniques, sont venus confirmer les données climatiques établies sur la base des
rnacrorestes. Cependant les interprétations sérieuses n’ont pu débuter qu’après le développement des
analyses du pollen des végétaux actuels, et en particulier des flores tropicales d’Afrique, d’Asie ou
d’Amérique. La plupart des auteurs sont d’accord pour évoquer un climat chaud tropical à subtropical,
tel que celui qui règne en Floride ou dans le Sud-Est de l’Asie. Les palynologistes ont également remar¬
qué les distorsions importantes qui existent entre les listes de macrorestes et les inventaires palyno¬
logiques, pour les mêmes gisements. Les exemples sont nombreux dans l’Éocène et l’Oligocène du
Hampshirc, du Bassin de Paris ou de Celas (C. Gruas-Cavagnetto, 1977). La destruction sélective
lors de la fossilisation de certains pollens fragiles peut expliquer en partie ce phénomène. Le paléoenvi¬
ronnement de dépôt ou le biotope peuvent expliquer le reste, en particulier pour les listes établies à
partir de restes foliaires. En effet, les associations de macrorestes présentent très souvent un carac¬
tère humide ou palustre, très local, qui résulte d’une fossilisation sur place et d’un piégeage rapide dans
15
Source : MNHN, Paris
J. J. CHATEAUNEUF
des sédiments fins en milieu réducteur. Les pollens donnent une image plus globale de la végétation
du bassin versant en raison de leur facilité de transport par les agents atmosphériques.
Sur le plan de la finesse des déterminations et des comparaisons avec la flore actuelle, les macro-
restes sont beaucoup plus précis (en particulier pour ce qui est des restes de fruits ou de feuilles). Les
rapprochements au niveau spécifique ne sont pas rares, du moins pour certaines familles. Ceci est beau¬
coup plus difficile pour le pollen, organe pour lequel la variabilité des caractères morphologiques au sein
d’un genre ou d’une famille est très grande. Le niveau de comparaison avec la flore actuelle le plus
souvent atteint est celui de la famille ou du genre. L’étude conjointe des macrorestes et des pollens ou
spores est donc nécessaire pour reconnaître le contenu floristique global d’un gisement.
— Les interprétations paléoclimatologiques précises à partir des pollens sont relativement
rares et n’ont été établies que pour des séries très riches en micro flore et parfaitement connues du
point de vue paléobotanique. Les premiers essais sont ceux de W. Krutzsch. Ils ont été synthétisés
dans deux notes, l’une de 1967, l’autre de 1976 pour le Paléogène.
Les variations climatiques des trois éléments floristiques principaux (Normapollcs — paléotro¬
pical éocène et arcto-tertiaire) sont schématisées sous forme de courbe pour l’ensemble du Paléogène
à partir des « images » sporopolliniques (« Bilder »). L’auteur aboutit à cinq grands ensembles clima¬
tiques correspondant à trois minima de température séparés par deux périodes plus chaudes. La base
du Paléocène est marquée par une baisse de température coïncidant avec l’apparition des premiers
éléments tempérés ( Alnus , Betula, Ulmus...). Le Paléocène moyen est caractérisé par une flore chaude
à Normapolles. Vers le sommet de cet étage, l’avancée des éléments arcto-tertiaires est interprétée
par W. Krutzsch comme une diminution de la température. Cependant, l’apparition des éléments
« tilioides » et « caryoides » pourrait être également interprétée comme le début de la grande phase humide
de la base de l’Éocène, ce qui expliquerait l’absence de cette fluctuation climatique dans le Bassin de
Paris. Durant l’Éocène, l’élément paléotropical connaît son plus grand développement tandis que le
groupe des Normapolles régresse et que vers le haut de l’Éocène (Zeitzer Bild), l’élément arcto-tertiaire
progresse. A la limite Éocène-Oligocène, les Normapolles ont disparu et les formes tempérées prennent
un grand développement. C’est ce que W. Krutzsch appelle la flore du Tertiaire moyen.
— Un essai d’interprétation climatique similaire a été tenté par E. Roche (1970) pour le Paléo¬
cène et l’Éocène inférieur des bassins anglais, belge et parisien. Il est basé sur les distinctions de
W. Krutzsch en ce qui concerne la correspondance climatique des associations à Normapolles ou
arcto-tertiaires. La courbe établie évolue au sein de quatre grandes divisions climatiques : tempérée,
tempérée chaude, subtropicale et tropicale. Le Dano-Montien et le Thanétien inférieur accusent une
baisse de température par rapport au Thanétien supérieur et à l’Éocène. La petite fluctuation climatique
représentée à la base du Landénien supérieur ne semble pas correspondre à un événement similaire dans
le Sparnacien.
— C. Gruas-Cavagnetto (1977) a fait également l’analyse paléoclimatique de l’Eocène du
Bassin de Paris en s’appuyant sur une étude paléoécologique et paléophytogéographique très fouillée
de la flore et de la microflore. Son interprétation est basée sur la distinction de groupements floris¬
tiques : tempérés, subtropicaux, tropicaux et xériques. Elle considère le Thanétien comme moins chaud
que l’Éocène en évoquant essentiellement l’absence d’éléments chauds (Sapotaceae, Icacinaceae).
L’abondance de Platycarya à la base du Sparnacien, considérée comme un indice de fluctuation cli¬
matique ne semble pas à notre sens un critère valable, ce genre étant représenté en plus ou moins grande
abondance depuis le Paléocène jusqu’à l’Éocène supérieur. Le réchauffement amorcé au Sparnacien
se poursuit au Cuisien puis au Lutétien avec cependant l’apparition, dès le Lutétien moyen, d’éléments
arcto-tertiaires. Le refroidissement climatique fini-éocène est mis en relation avec l’événement clima¬
tique majeur de la limite Éocène-Oligocène.
— Enfin, l’analyse palynologique détaillée des formations de l’Éocène supérieur et de l’Oli¬
gocène du Bassin de Paris (J. J. Chateauneuf, 1980) a permis de compléter les données précédentes
et de brosser un tableau des variations climatiques au voisinage de la limite Éocène-Oligocène ainsi
que dans le Stampien. La méthode utilisée pour l’interprétation de la microflore dans un but paléo¬
climatologique est différente des méthodes classiques, telles que celle de W. Krutzsch, qui équivaut
Source : MNHN, Paris
PALÉOGÈNE D'EUROPE OCCIDENTALE
227
à séparer les associations directement en groupes d’affinités climatiques. Elle consiste à grouper la
microflore en unités paléoécologiques ou édaphiques avant de faire dans chaque unité des distinc¬
tions climatiques. Cette approche permet d’écarter les disparités climatiques apparentes, par exemple
entre les flores palustres humides et chaudes souvent cosmopolites, réagissant peu aux variations de
température et les flores d’arrière-pays plus riches en essences ligneuses qui accusent mieux les diffé¬
rences de température ou les phénomènes tectono-climatiques. Du point de vue climatique, l’ensemble
de la microflore a été scindé en quatre groupes : tropical, subtropical à tempéré, tempéré et cosmopo¬
lite. La courbe climatique déduite des variations de ces deux types de végétation correspond au rap¬
port des espèces tropicales à celui des espèces subtropicales à tempérées. La valeur moyenne obtenue
pour l’Éocène supérieur et l’Oligocène (1,35) correspond exactement au passage des températures du
Ludien à celles du Stampien inférieur. Elle peut être assimilée, d’après les études de macroflore, à la
température moyenne annuelle de 20°C (Fig. 6).
— Au cours du Paléogène, dans le Bassin de Paris, l’évolution du climat et des précipitations
peut être résumée de la façon suivante :
• A partir de la base du Thanétien (qui correspond aux premiers niveaux palynologiques
fossilifères dans le Bassin de Paris), la température et l’humidité croissent progressivement pour atteindre
des valeurs élevées dans le Sparnacien.
• Dans le Cuisien, la température augmente encore pour atteindre les valeurs les plus fortes
du Paléogène. C’est dans l’Argile de Laon et au-dessus, dans la zone correspondant aux silicifications
et aux pédogenèses du sommet du Cuisien (zone fossilifère dans la Brenne), que la microflore a le carac¬
tère tropical le plus accusé. L’association Nypa, Bombacaceae, Normapolles (abondance de P. subher-
cynicus), Calamus et Sapotaceae peut être rapprochée de la flore du Panisélien inférieur décrite par
E. Roche (sous presse).
• Au cours du dépôt du Lutétien la température tombe légèrement tandis que la sécheresse
augmente. Les saisons sont certainement mieux marquées et il existe au moins une saison sèche de
2 ou 3 mois. Les premiers dépôts d’évaporites apparaissent au sommet du Lutétien.
• La partie basale de l’Auversien est caractérisée par l’apparition d’une flore à Euphorbiaceae,
Fagaceae, Juglandaceae et Myricaceae qui correspond à la flore paléotropicale de W. Krutzsch et
évolue sans grand changement jusqu’au sommet du Ludien. Les variations mineures constatées dans
les associatons sont dues essentiellement à des alternances de phases sèches (base du Marinésien et
Ludien moyen) et plus humides (base de l’Auversien, sommet du Marinésien, base du Ludien et som¬
met du Ludien).
• Au sommet du Ludien, la majorité des espèces tropicales éocènes disparaissent et la flore
très appauvrie ne contient plus que quelques espèces tempérées. Cet événement qui est mondialement
connu, est interprété comme une phase sèche et relativement froide qui se situe à la limite Éocène —
Oligocène.
• Au Stampien inférieur, après une remontée temporaire de la température et de l’humidité,
au niveau de l’argile verte de Romainville, les valeurs de ces deux paramètres vont diminuer progres¬
sivement jusqu’à la nouvelle dégradation climatique qui intervient à la base de l’Oligocène supérieur
(sensu C. Cavelier).
Pour l’ensemble du Paléogène, les valeurs limites très approximatives avancées pour les tempé¬
ratures et les taux hygrométriques oscillent entre 24 et 16°C/an pour les premières, 2.000 à 500 mm
de précipitations pour les secondes (M. Schwarzbach, 1963 et 1968).
B. — Comparaisons avec les données autres que botaniques
Les données les plus classiques que nous possédions sont celles de la faune, de la sédimentologie
et des fractionnements isotopiques de l’oxygène calculés à partir de l’eau de mer et de restes d’orga¬
nismes marins.
Source : MNHN, Paris
DATES
MA
ETAGES
FORMATIONS
COURBES DES
TEMPERATURES
(MOYENNES ANNUELLES)
VARIATIONS
RELATIVES DE
TEMPERATURE
COURBE
HYGROMETRIQU
ET PRECIPITATlOf
22-24
STAMPIEN
SUPERIEUR
22-24° C
20 °C
16-18 °C
CHAUD FRAIS
1000 mm/an
+ SEC ,» + HUMID
Calcaire d'Etampes
1
i
1
J\
/ 1
.Z....
:\
Fontainebleau supérieur
1
1 /
1
i \
Fontainebleau inférieur
1 /
1
\
(12 MA)
STAMPIEN
Argile à Corbules
1
1 /
1
] \
Marnes à Huftres
1
1 /
1
1 \
INFERIEUR
Calcaire de Sannois
1
!
/
• ]
Caillases d'Orgomont
1
1
j
Argile de Romainville
VJ
1
_
|
34 36
Marnes blanches
1
1
J
/l
1
\
r^v
d’Arqenteuil
1
\l
1
./
(5 MA)
LUDIEN
Marnes d'Entre-2-Masses
i
)l
I
C
Marnes à lucines
1
/ 1
l
\.
\
39-41
Marnes à Pholadomyes
1
1
i \
Sables de Marines
1
\ 1
1 1
I 1
I
1
/
)
Sables de Cresnes/Monceau
/ 1
1
y
(3 MA)
BARTONIEN
Calcaire St-Ouen
1
1
1
f\
Ducy/Mortef ontai ne
1
1
( j
S.S.
Sables Ezanville
1
\l
I
v
Sables
d'Auvers/Beauchamps
1
l
\l
II
1
I
1
y
\
42-44
Mt St-Martin
/I
1
y
Falun de Foulanges
i /
1
1
y
(5 MA)
LUTETIEN
Marnes et Caillasses
1 /
1
1
/
Zones lli et IV
\
1
/
\
47-49
Zones 1 et II
1
1
y
Argile de Laon
f
1
\
\
CUISIEN
S.L.
Sables de Cuise
1
1
l
1
./
!\
(6 MA)
Sables d'Aizy
1
j \
Fausses Glaises
1
I
| \
SPARNACIEN
Argiles à Lignites
1
1
i j
53-55
Marnes à Roqnons
1 l
1
[ J
Cale. Mortemer
i V
1
1
\
THANETIEN
Sables Bracheux
1 \
1 \
1
1
1
1
Y
Vaux ss. Laon/La Fère
1 \
1 1
1
1
\.
u
Fig. 6 : Courbe de variation climatique établie d'après la microflore pour le Paléogène du Bassin de Paris
Source : MNHN, Paris
PALÉOGÈNE D’EUROPE OCCIDENTALE
229
Ces méthodes sont basées sur l’analyse de phénomènes ou d’évolutions en milieu soit continen¬
tal (Mammifères, témoins de sédimentation continentale), soit marin (faunes, sédiments ou mesures
isotopiques).
Ces deux approches très différentes des paléoclimats posent un problème fondamental dans la
mesure où nous sommes incapables actuellement de reconstituer avec certitude les modèles de circula¬
tions océaniques des masses d’eau (de densité et de température différentes) au cours des temps géolo¬
giques. Les modèles actuels ne peuvent servir de références en raison du déplacement des masses con¬
tinentales au cours des temps géologiques et de la méconnaissance de la plupart des calottes glaciaires
anciennes, que ce soit en ampleur ou en localisation.
Il nous semble donc logique d’accorder plus de crédit à l’évaluation des climats continentaux
qu’à celui des températures océaniques, particulièrement lorsqu’on travaille dans le Mésozoïque ou
dans le Paléozoïque. Les exemples actuels ne manquent pas, qui montrent les différences de tempéra¬
tures très élevées qui peuvent exister entre les continents et les eaux qui les baignent. C’est le cas actuel¬
lement des côtes mauritaniennes ou des côtes du Pérou.
B. 1. Faunes.
En dehors des données floristiques, les arguments climatiques que nous possédons pour le Paléo¬
gène d’Europe sont peu nombreux.
Les vertébrés indiquent des conditions de vie identiques durant l’Éocène en Amérique du Nord
et en Europe. A partir de l’Oligocène, le contrôle climatique devient plus évident et certaines familles
(Mustelidae), qui évoluent en Europe, sont considérées comme des indicateurs de climats tempérés.
L’étude des faunes de poissons (W. Weiler, 1942) en Allemagne de l’Ouest montre la dispari¬
tion des formes tropicales dans l’Éocène supérieur, la diminution des formes subtropicales au cours
de l’Oligocène et la progression des formes tempérées. L’étude des mollusques marins le long de la
côte pacifique (J. W. Duiuiam, 1950) permet de démontrer le déplacement de l’isotherme 25°C de
février au cours du Paléogène de la latitude Nord 46° jusqu’à celle de 28°.
B. 2. Nature des dépôts.
La nature des dépôts au cours du Paléogène peut de son côté contribuer de façon non négli¬
geable à l’évaluation des climats. Le Bassin de Paris constitue de ce point de vue un bon terrain d’ana¬
lyse. La succession des dépôts organiques (lignites, argiles organiques) et des dépôts chimiques (Luté-
tien) puis évaporitiques (Éocène supérieur à Oligocène) confirme la présence de quatre grandes succes¬
sions climatiques au Paléogène qui coïncident avec les quatre grandes étapes de la flore. La formation
de matière organique atteint son optimum vers 25°C mais sa conservation n’est assurée que dans l’inter¬
valle de 15 à 25°C. L’accumulation des débris organiques dans cet intervalle dépend du piège sédimen-
taire (marais littoraux), de la présence d’un couvert végétal dense (tropical humide) avec formation
d’humus et de précipitations suffisantes nécessaires au transport. Toutes ces conditions sont réunies
dans l’Éocène inférieur du Bassin de Paris. Au cours du Lutétien, la sédimentation carbonatée s’installe,
associée à une activité biologique intense (coraux, madrépores, Nummulites...) qui témoigne d’un
climat encore très chaud mais d’un environnement moins réducteur. Au sommet du Lutétien, la sédi¬
mentation change totalement. Le détritisme reprend, parfois associé à des dépôts organiques (mais
qui n’atteignent jamais le stade des tourbes ou des lignites), entre-coupé de périodes de sédimentation
évaporitique (argiles magnésiennes et gypse). Cette ceinture évaporitique qui est continue depuis
l’Asie jusqu’à l’Europe et l’Amérique du Nord (F. Lotze, 1963) va se déplacer au cours du Tertiaire
jusqu’à sa position actuelle. Au Ludien, elle se trouve au niveau du Bassin de Paris et de l’Alsace ; à
l’Oligocène, dans le Rio Ebro (Espagne) et dans le Sud de la France et au Miocène en Méditerranée.
Enfin à partir de l’Oligocène la sédimentation chimique diminue et devient progressivement détritique
jusqu’à l’émersion complète du Bassin de Paris. Elle est activée par les premiers mouvements orogé¬
niques importants de la phase alpine qui se font sentir sur les bordures du Bassin de Paris (C. Cave-
lier et Ch. Pomerol, 1979). La remontée légère de température et la reprise des précipitations à la
Source : MNHN, Paris
230
J. J. CHATEAUNKUF
base de cet étage, seront suivies très vite d’une dégradation des conditions climatiques qui est bien
inarquée dans la flore (Sables de Fontainebleau puis Calcaire de Beauce et ses équivalents).
B. 3. Méthodes isotopiques.
Enfin la mesure des isotopes de l’oxygène 0 18 /0 18 , qui a pris depuis 1947 un essor considérable,
fournit à partir de l’analyse du carbonate de calcium de divers organismes fossiles et de celui de l’eau
de mer des mesures de paléotempératures des eaux, soit de surface, soit de fond. Les mesures les plus
continues que nous possédions au Paléogène concernent malheureusement l’Atlantique Sud (N. J. Shackle-
ton, J. P. Kennettin Initial Reports of the Deep Sea Drilling). Elles mettent en évidence pour l’Hémisphère
Sud des températures et des évolutions comparables à celles del’Europe. La température del’eaudesur-
face voisine de 20°C au Paléocène, va diminuer au cours de l’Éocène jusqu’à l’accident de 38 M.A.
qui marque le début de la formation des glaces de mer en Antarctique (J. L. Lorius et J. C. Duplessy,
1977).
CONCLUSIONS
L’analyse par la flore des vaiiations climatiques au Paléogène est basée sur la comparaison
des restes de plantes fossiles (macrorestes ou pollens) avec les formes actuelles et les climats sous les¬
quels elles vivent. Cette transposition des conditions de vie actuelles au matériel ancien comparable
n’est valable que si l’on considère comme négligeables les phénomènes d’adaptation au climat ou au
biotope, au cours des temps géologiques. Ceci est certainement faux pour la plupart des taxons pris
isolément ou pour une flore très locale. Cependant lorsqu’on utilise un grand nombre de genres ou de
familles à partir des associations palynologiques, les attributions climatiques finissent par se recouper
et aboutissent à un schéma qui semble logique dans les grandes lignes. Ainsi l’interprétation clima¬
tique au cours du Paléogène en Europe, à partir de la palynologie, montre la succession de trois grandes
époques. Au cours du Paléocène supérieur, de l’Éocène inférieur et de l’Éocène moyen, le climat est
subtropical à tropical humide. Les températures varient en moyenne annuelle entre 20 et 24°C. Durant
l’Éocène supérieur, les saisons sèches vont être mieux marquées. Le taux d’humidité diminue et des
périodes de sécheresse assez longues s’intercalent entre des périodes plus humides. La température
avoisine les 20°C de moyenne annuelle. A la limite Éocène — Oligocène intervient un refroidissement
général en Europe qui s’accompagne d’une grande sécheresse. A ce niveau, beaucoup de formes tropi¬
cales disparaissent ou régressent. Enfin, au cours de l’Oligocène, la température diminue encore plus
progressivement. Sa moyenne annuelle varie entre 16 et 20°C. Le taux d’humidité, d’abord assez élevé,
diminue lui aussi au cours du dépôt du Stampien supérieur. Une nouvelle dégradation climatique se
produit enfin dans l’Oligocène supérieur avant le réchauffement aquitanien. Ces conclusions sont tout
à fait en accord avec les données en Europe de la faune, l’analyse de la sédimentation ou les valeurs
des températures obtenues par les méthodes isotopiques.
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Source : MNHN, Paris
232
M. F. OLLIVIER-PIERRE ET J. ESTEOUI.E-CHOUX
PALYNOLOGIE, SÉDIMENTOLOGIE, RECONSTITUTION DES CLIMATS :
APPLICATION AU PALÉOGÈNE DU MASSIF ARMORICAIN
M. F. Ollivier-Pierre * et J. Esteoule-Choux *
Résumé. — Les données fournies par la palynologie sur les climats du Paléogène du Massif armoricain
sont comparées à celles apportées par l’étude des altérations et des sédiments. A l’Yprésien et au Lutétien,
les résultats de ces deux méthodes sont en bon accord et permettent de reconstituer un climat chaud et humide.
Par contre, au Stampien, la baisse de température enregistrée par la végétation pourrait sembler contradictoire
avec le caractère chimique accusé des sédiments qui nécessite un climat toujours chaud mais moins humidp,
à saisons alternées. Cette aridité relative pourrait être en relation avec le refroidissement.
Summary. — Palynological and sedimentological data on Palaeogene climates in the Armorican Massif
are compared. For the Ypresian and Lutetian stages, these data suggest that the climale was hut and wet.
During the Stampien, végétation indicates a fall of température although the sédiments remain prcdominantly
chemical so the climate must hâve been hot and generally less wet with scasons of drought. This relative
aridity could be related to the fall of température.
La reconstitution des climats est devenue maintenant classique et elle peut être tentée soit à
partir de la reconstitution des végétations, soit à partir des sédiments et aussi des formations résiduelles
d’une région donnée. Dans le Massif armoricain, un premier essai sur les climats a été réalisé en
s’appuyant uniquement sur les caractères des dépôts tertiaires et des altérations (Esteoui.e-Ciioux,
1967). Aujourd’hui des recherches palynologiques détaillées sur le Paléogène (Ollivier-Pierre, thèse
1979) permettent de comparer les indications obtenues indépendamment par ces deux méthodes et
de mieux apprécier les limites de chacune d’elles.
Avant de présenter ces résultats, il est bon de rappeler certaines données dont on dispose actuelle¬
ment sur les principaux facteurs climatiques au Paléogène.
I. — Importance des principaux facteurs climatiques au paléouène
1° La température.
La première constatation qui s’impose est l'absence, à la surface du globe, de toute glaciation
importante entre le Permien et le Quaternaire. En Antarctique il n’y a pas de preuve d’existence de
glace avant l’Oligocène, les glaciers n’auraient atteint leur extension actuelle qu’au Miocène (Kemp,
1978). De même en Arctique, Emiliani ,1954 (in Daley, 1972) ne reconnaît pas à cette époque la pré¬
sence de calotte glaciaire. Les températures moyennes sous lesquelles les llores arctiques tertiaires
* Laboratoire de Géologie des Formations de Couverture de l'Ouest, Université de Rennes, 35042 Rennes Cedex.
Source : MNHN, Paris
PALÉOGÈNE DU MASSIF ARMORICAIN
2:î.'!
se sont développées pouvaient être au voisinage de + 9° pour le Groenland et l’Islande et de + 5° pour
le Spitzberg (Heer, 1868 in Frakes et Kemp, 1973, p. 540). Il semble donc logique d’admettre que
d’une façon générale, pour le Paléogène, les températures devaient être plus élevées qu’actuellement
pour une latitude donnée. A la suite de Daley (1972) on peut penser que les différences de température
entre les pôles et l’équateur étaient beaucoup moins grandes qu’aujourd’hui et les variations saison¬
nières moins marquées. Axelrod et Bailey (1969, p. 180-181) insistent sur la présence, au Tertiaire,
de climats de grande uniformité plus largement répandus qu’aujourd’hui favorisant le développement
d’une végétation luxuriante.
2° L’humidité.
L’eau joue un rôle essentiel dans la vie de la plante et le développement d’une végétation dépend
davantage de l’importance des précipitations que de la température (Sittler, 1965, p. 338). Frakes
et Kemp (1973) émettent l’hypothèse qu’une forte ceinture pluvieuse s’étendait loin vers les pôles au
début de l’Éocène. Il est également probable que les précipitations devaient être plus uniformément
distribuées qu'actuellcment (Axelrod et Bailey, 1969). Pendant le Tertiaire, la température relati¬
vement élevée des eaux de surface océaniques aurait été la cause d’abondantes chutes de pluie (Daley.
1972).
La présence de lacs, de marécages, de rivières divagantes entretenait une humidité édaphique
suffisante pour assurer la croissance d’une riche végétation. L’évaporation partielle de ces eaux don¬
nait certainement une hygrométrie assez forte pour favoriser les précipitations.
3° Régime des vents et des courants marins.
Daley (1972, p. 185) fait remarquer qu’au Tertiaire les alizés se prolongeaient plus septentrio-
naleinent qu’aujourd’hui. Il estime que de tels vents ont pu transporter de l’humidité le long de la
Téthys en direction de l’Ouest. C’est également l’avis de Frakes et Kemp (1973) qui précisent que
le transport par les alizés de la chaleur des tropiques a dû être plus prononcé à l’Éocène qu’aujourd’hui.
Les eaux superficielles des extrémités occidentales des courants équatoriaux du Pacifique étaient excep¬
tionnellement chaudes, les fortes précipitations et l’évaporation conduisaient à des conditions de mous¬
son. Ces mêmes auteurs dessinent à l’Éocène moyen un courant océanique dans l’Atlantique Nord,
analogue à l’actuel Gulf-Strcam. A cette époque, la position relative de l’Europe et de l’Amérique per¬
met de supposer qu’en abordant les côtes européennes le courant marin induisait un flux chaud et
humide sur le continent.
En conclusion, même si l’on ne retient pas pour les climats du Paléogène de fortes températures,
il n’en demeure pas moins qu’elles devaient être supérieures à celles enregistrées aujourd’hui sous une
même latitude. La grande uniformité, l’absence de gelées, la forte humidité sont très certainement les
principales caractéristiques des climats paléogènes aux moyennes latitudes. Les zonations climatiques
de végétation de pôle à pôle étaient très probablement plus larges qu’elles ne le sont actuellement.
Dès lors, les termes climatiques utilisés pour définir une végétation actuelle (tropical, subtropical,
méditerranéen...) ne sont plus significatifs et ne peuvent pas être employés pour caractériser une végé¬
tation fossile.
II. — Données fournies par la palynologie
Il n’est possible de reconstituer les climats paléogènes du Massif armoricain que dans les grandes
lignes. Cette démarche peut néanmoins être tentée car au cours de cette période, les caractères géo¬
graphiques de la région sont demeurés stables.
— Tous les gisements étudiés se trouvent à la même latitude. Au Paléogène, le 40° degré de
latitude Nord traversait le bassin de Londres (actuellement Londres est à 51° de latitude Nord), le
Massif armoricain se trouvait donc à cette époque à environ 10° au Sud de sa position actuelle.
Source : MNHN, Paris
M. F. OLLIVIER-PIERRE ET J. ESTEOULE-CHOUX
— Au cours de cette période, le Massif armoricain se présente comme une vaste plateforme aux
reliefs mous et qui n'a subit aucun mouvement tectonique notable susceptible de modifier les altitudes
de la région (Esteoule-Choux, 1966, p. 247-250).
Le caractère hétérogène de la végétation se marque tout au long du Paléogène par la présence
de taxons actuellement tropicaux ou subtropicaux associés à des taxons tempérés. Gruas-Cavagnetto
(1977) a distingué dans la végétation de l’Éocène du bassin de Paris, des éléments à distribution stric¬
tement tropicale, des éléments à distribution subtropicale et des éléments tempérés. Dans le massif
armoricain, j’ai également pu admettre les distinctions suivantes :
Eléments actuellement strictement tropicaux :
Nipacées : Nypa (Yprésien et Lutétien supérieur), Icacinacées : Iodes (Yprésien à Bartonien),
Bombacacées (Yprésien), Ochnacées : Schurmansia (Yprésien).
Eléments à distribution tropicale et subtropicale :
Schizaeacées : Lygodium, Mohria (Yprésien à Bartonien), Palmacées : Calarnus (Yprésien et
Stampien inférieur), Cyatheacées : (Yprésien à Stampien inférieur), Cyrillacées (Yprésien à Stampien
supérieur), Ebénacées : Diospyros (Yprésien, Lutétien et Stampien), Apocynacées : Alyxia (Yprésien
et Lutétien supérieur), Olacacées : Anacolosa, Cathedra (Yprésien), Sapotacées (Yprésien à Stampien
supérieur), Sterculiacées : Reevesia (Yprésien et Stampien inférieur), Leeacées : Leea (Bartonien),
Symplocacées : Symplocos (Bartonien et Stampien inférieur), Théacées : Gordonia (Yprésien et Stampien),
Araliacées : Schefflera (Bartonien à Stampien supérieur).
Eléments tempérés chauds à subtropicaux :
Nyssacées : Nyssa (Yprésien à Stampien inférieur), Myrtacées ou Sapindacées (Yprésien et
Stampien inférieur), Juglandacées : Engelhardtia et Platycarya (Yprésien à Stampien supérieur), Ana-
i-ardiacées : Rhus (Yprésien à Stampien supérieur), Flacourtiacées (Sparnacien supérieur).
Eléments tempérés :
Bétulacées : Betula, Alnus, Corylus (Yprésien à Stampien supérieur), Ulmacées : Ulmus (Ypré¬
sien à Stampien inférieur), Tiliacées : Tilia (Yprésien et Lutétien supérieur), Fagacées (Yprésien à
Stampien supérieur), Juglandacées : Carya (Stampien inférieur), Pterocarya (Bartonien à Stampien
supérieur), Myricacées (Yprésien à Stampien supérieur), Elaeagnacées : Elaeagnus (Stampien), Pina-
cées : Pinus (Yprésien à Stampien supérieur), Acéracées : Acer (Lutétien supérieur), Salicacées : Salix
(Yprésien, Lutétien supérieur et Stampien supérieur).
Ce mélange d’éléments avec leur richesse spécifique se retrouve actuellement dans les formations
couvrant les collines du Sud de la Chine, le bas Yang-Tsé-Kiang, le Sud de la Corée, le centre de For-
mose ainsi que dans les assemblages végétaux du Sud-Est des États-Unis où l’on observe l’interpéné¬
tration de taxons tropicaux à feuilles persistantes et de taxons tempérés caducifoliés (Elhai, 1968,
p. 233). Une telle association végétale constitue la forêt mixte et demande pour se développer des condi¬
tions climatiques bien particulières : hivers doux, étés longs, chauds avec d’énormes précipitations
souvent favorisées dans le Sud de la Chine par un relief élevé. Ces étés sont définis par Birot (1965)
comme « correspondant à une véritable transgression de l’été tropical dans des latitudes des plus éle¬
vées ». Le climat chinois règne actuellement sur la façade orientale des continents entre 30 et 40° de
latitude.
On peut penser que de telles conditions climatiques aient pu exister sur le Massif armoricain
au cours du Paléogène :
— La température des eaux océaniques devait être suffisamment élevée pour être propice au
développement des Nummulites.
Source : MNHN, Paris
PALÉOGÈNE DIT MASSIF ARMORICAIN
235
— La situation maritime de la Bretagne, dès cette époque, favorisait les précipitations et on
peut sans doute imaginer la région située sur le passage des dépressions cycloniques ou au moins sur
celui de masses d’air humides provenant d’un Atlantique plus chaud qu’aujourd’hui.
— En l’absence de tout relief, une humidité édaphique non négligeable est entretenue dans les
régions basses où l’écoulement des eaux de surface se fait difficilement (présence de lacs et de marécages)
et où une importante couverture kaolinique rend le sol imperméable. L’évaporation des eaux des sur¬
faces marécageuses ainsi que l’évapotranspiration produite par les plantes vasculaires de forêts plus
ou moins étendues, donnaient certainement une hygrométrie assez forte pour favoriser les précipi¬
tations.
C’est à l’Y présien que ces conditions climatiques semblent le mieux réalisées. La grande diver¬
sité floristique et les nombreux Normapolles considérés comme des Amentiflores primitives, militent
en faveur d’une végétation de climat chaud et humide. Les éléments chauds abondent : Sapotacées
variées, Schizaeacées, Flacourtiacées, Apocynacées ( Alyxia ), Nypa. Les Icacinacées commencent à
prendre de l’importance. Les éléments tempérés sont peu nombreux : Fagacées, Tiliacées, Salicacées.
Le passage au Lutétien se marque par la présence d’Ébénacées, d’Ochnacées et de Bombacacées.
Au Lutétien supérieur le même type de climat demeure : présence de Nypa, Sapotacées,
Icacinacées, Schizaeacées. Cependant les Normapolles ont déjà fortement régressé et on enregistre une
petite avancée d’éléments arcto-tertiaires : Ulmacées, Acéracées.
Au Bartonien, le fait le plus significatif est la disparition du Palmier Nypa probablement en
relation avec une diminution thermique des eaux océaniques (Caratini, 1975) et avec un changement
du climat devenant moins humide avec une saison sèche plus marquée (cf. p. 18). Une certaine aridité
peut probablement être envisagée dans le bassin de Campbon — Saffré ; elle se marque par la formation
d’attapulgite et de gypse, et dans la végétation par une diminution du nombre des espèces. Une séche¬
resse édaphique est indiquée par la présence d’Éphédracées. Simultanément dans les bassins de Rennes
et de Campbon — Saffré des taxons actuellement plus tempérés prennent davantage d’importance
(Myricacées, Ulmacées, Pterocarya).
C’est au Stampien que l’on note le plus important renouvellement floristique. Au Stampien
inférieur, de nombreux taxons chauds disparaissent : Schizaeacées, Icacinacées ainsi que les derniers
représentants du groupe des Normapolles. Cependant subsistent les Théacées, les Ébénacées, les Ara-
liacées et quelques Sapotacées. La diversification des éléments tempérés témoigne d’un rafraîchisse¬
ment certain de la température. Cette baisse de température s’affirme au Stampien supérieur, une
certaine aridité se marque principalement par une diminution de la richesse de la végétation. Les
Myricacées régressent, les Pinacéées sont nombreuses et variées. Je pense qu’il s’agit bien ici d’un
changement climatique car, même si la subsidence du bassin de Rennes a été importante, elle ne s’est
effectuée que de façon très lente et il n’y a pas eu création d’importantes formes de relief susceptibles
de favoriser le développement des taxons tempérés.
Le changement climatique au début de l’Oligocène n’est que la marque d’une plus importante
dégradation du climat chaud et humide, et qui a commencé dès la fin de l’Yprésien.
Ce rafraîchissement se retrouve à l’échelle mondiale (Gruas-Cavagnetto, 1977) ; il est en rela¬
tion avec les premières arrivées de glace en Antarctique et avec les importants mouvements tecto¬
niques qui se manifestent dans de nombreuses régions (Cavelier, 1976).
III. Données fournies par la sédimentologie
De nombreux auteurs depuis de Lapparent (1930) ont relié la présence d’altérations kaoli-
niques ou de dépôts à kaolinite et aussi de bauxites à l’existence de climats chauds et humides de type
tropical. C’est ainsi que les faciès sidérolithiques d’Europe, d’Afrique, d’Amérique qui correspondent
à des produits d’altération latéritique remaniés ou non ont permis de retrouver la trace de tels climats
au Carbonifère, au Secondaire et au début du Tertiaire (Millot, 1964).
Cependant comme le souligne Millot, il faut distinguer climat générateur et période de rema-
Source : MNHN, Paris
236
I'. OLLIVIER-PIERRE ET J. ESTEOULE-CHOUX
M. I
niement, une sédimentation kaolinique ne donnant des indications que sur le climat qui a présidé à
l’élaboration d’un tel matériau sur le continent. Par contre, la sédimentation chimique qui reflète les
altérations sur le continent est un « écho du climat contemporain » (Sittler, 1965, p. 333). C’est ainsi
que la néoformation de minéraux argileux tels que la montmorillonite et l’attapulgite de la limite
Crétacé — Tertiaire au Languedoc, de l’Éocène inférieur et de l’Oligocène moyen en Provence, la
sépiolite et l’attapulgite de l’Oligocène supérieur de la Bresse ont permis à Sittler et Millot (1964)
de conclure à l’existence de climats hydrolysants de type tropical.
Dans le Massif armoricain, la reconstitution des climats au Tertiaire et en particulier au Paléo¬
gène a été tentée à partir des profils d’altération conservés en de nombreux endroits et aussi des sédi¬
ments (Esteoule-Choux, 1967).
Si certaines altérations latéritiques se trouvent à l’affleurement, d’autres sont scellées par des
dépôts kaoliniques de l’Éocène supérieur. D’autre part, des sables kaoliniques et gibbsitiques sont
recouverts par des graviers cénomaniens au Thoureil (Sud d’Angers) (Esteoule-Choux, Esteoule
et Louail, 1969). Ces dépôts qui proviennent du remaniement de latérites, montrent que de puissantes
altérations ont régné sur l’Ouest de la France, à une période au moins antécénomanienne. Ceci rejoint
les idées couramment admises, à savoir que des climats chauds et humides de type tropical ont régné
en France à la fin du Secondaire et au début du Tertiaire.
Les caractères mêmes de la sédimentation au cours du Paléogène ont permis de préciser dans
une certaine mesure ces climats.
Aux dépôts sableux plus ou moins sapropéliens du Sparnacien supérieur de La Sennetière et de
Noirmoutier dont les minéraux argileux ne sont pas significatifs (montmorillonite en général domi¬
nante, kaolinite, mica) succèdent les sables glauconieux, les calcaires et argiles du Cuisien des Mou-
tiers, Quiberon et Port-Louis caractérisés soit par la montmorillonite, soit par une illite verte. Le Cui¬
sien supérieur représenté par des sables et argiles uniquement kaoliniques de Savenay et la Trinité-
Porhoët confirme l’existence d’une altération latéritique anté-cuisienne et témoigne d’une certaine
activité de l’érosion. Celle-ci ne peut s’expliquer que par un climat devenu temporairement plus sec,
qui aurait provoqué une modification de la végétation et sa disparition au moins dans certaines zones,
facilitant ainsi le décapage des sols. La sédimentation à caractère chimique du Lutétien supérieur
est la preuve d’un intense lessivage du continent qui n’a pu se réaliser que sous une forêt dense de
climat chaud et humide. Cependant, le caractère chimique de plus en plus accusé en fin de cycle (dolo¬
mite et attapulgite) a été interprété comme le reflet d’un assèchement progressif du climat qui va
déterminer la grande rhexistasie de l’Éocène supérieur marquée par l’importante sédimentation kao¬
linique des bassins de Rennes, de Toulven, Langon, Saint-Séglin, Les Brûlais. En même temps le bas¬
sin de Campbon devient continental. Cet assèchement du climat se manifeste également par le déve¬
loppement de cuirasses ferrugineuses au sein des profils latéritiques. Les sédiments à caractère chimique
du Stampien qui font suite aux détritiques de l’Éocène supérieur et où le fer prend une importance
considérable (illites ferrifères) ne peuvent s’expliquer qu’en faisant intervenir des climats relativement
moins humides que les climats latéritisants, et à saisons alternées.
Les grands traits du climat au Paléogène en Bretagne ont pu ainsi être reconstitués d’après
les données de la sédimentologie : climat chaud et humide, de type tropical jusqu’au Lutétien supé¬
rieur avec une période plus sèche au Cuisien supérieur, une nouvelle phase plus sèche également qui
débute au sommet du Lutétien supérieur et qui va régner pendant tout l’Éocène supérieur. Au Stam¬
pien, le climat est toujours chaud, mais moins humide qu’au Lutétien et à saisons alternées.
IV. — Discussion
Si l’on compare les conclusions apportées par chacune des deux méthodes, on constate qu’elles
ne sont pas rigoureusement identiques et que même, elles peuvent apparaître parfois contradictoires.
L’analyse pollinique permet de reconstituer un climat chaud et humide tout au long de I’Ypré-
sien et du Lutétien. Si les forêts de cette époque présentent la même physionomie que celles du climat,
chinois, il semble que les forêts mixtes du début du Paléogène étaient plus riches en taxons actuelle-
Source : MNHN, Paris
PALÉOGÈNE DU MASSIF ARMORICAIN
2:î7
ment tropicaux ou subtropicaux (Icacinacées, Bombacacées, Schizaeacées, Sapotacées). De plus, les
sols de forêt chinoise marquent une tendance latéritique (Birot, 1965, p. 279-284) alors que dans le
Massif armoricain ils sont nettement de type latéritique. Tout ceci laisse à penser que le climat du début
du Paléogène était vraisemblablement plus accentué qu’il ne l’est actuellement dans ces régions asia¬
tiques. Dans ce cas, sédimentologie et palynologie sont en bon accord ; cependant, une période plus
sèche à la fin du Cusien, mise en évidence par les dépôts kaoliniques, ne se répercute pas dans l’assem¬
blage pollinique. Un nouvel assèchement à la lin du Lutétien supérieur évoqué par la nature même
de la sédimentation n’a pas d’écho, faute de microflore. Par contre, la végétation du Bartonien mar¬
quée par la disparition du Palmier Nypa, apporte la confirmation d’une certaine aridité responsable
de la sédimentation chimique de Campbon et des dépôts détritiques correspondant aux argiles à Mohria
du bassin de Rennes. Au Stampien inférieur, l’ensemble floristique permet seulement d’enregistrer
une baisse de la température qui s'affirmera au Stampien supérieur. Ces résultats pourraient à priori
sembler contradictoires avec ce que nous enseigne le caractère chimique accusé de l’Oligocène inférieur
qui serait 1 expression d’un climat toujours chaud, moins humide qu’à l’Éocène et à saisons alternées.
Cette aridité pourrait être corrélative du refroidissement qui se marque dans la flore si, comme le pro¬
pose Sellers 1965 (in Frakes et Kemp, 1973, p. 554), un centimètre de diminution des précipitations
produisait un abaissement de la température d’environ 1°C au-delà du 60 e degré de latitude.
La méthode palynologique conduit à des résultats non continus du fait que tous les niveaux
ne sont pas fossilifères ; ils sont donc ponctuels et par conséquent incomplets. La sédimentologie, par
contre, apporte des résultats plus continus et peut-être même, dans certains cas, plus nuancés. Il n’en
demeure pas moins que ces deux méthodes sont complémentaires et que chacune représente un poten¬
tiel d’informations qui lui est propre.
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Source : MNHN, Paris
ÉOCÈNE INFÉRIEUR DU BASSIN
ELGE
2:î'J
EFFETS D’UNE PHASE CLIMATIQUE TROPICALE
AU PANISELIEN DANS LE BASSIN SÉDIMENTAIRE BELGE
E. Roche *
Résumé. L analyse palynologique des faciès paniseliens (Yprésien supérieur) de Belgique a révélé
la présence d’une flore dont certains éléments se retrouvent actuellement dans la zone intertropicale humide :
Nipa, Calamus, Alyxia, Bombax, Acroslichum ainsi que divers genres de la famille des Sapolaceae.
Cette courte période géologique pendant laquelle des conditions climatiques particulières ont favorisé
l’extension de ces genres, commence avec le dépôt des Sables à Nummulites planulatus (Yd) et se termine à la
base des Sables d’Aalter (P2 ou B1 de la légende de la carte géologique de Belgique).
Summary. — Palynological analysis of Paniselian layers (Upper Ypresian) of Belgium proves the presence
at this time of a warm and humid dora including plants living now in intertropicals areas such as : Nipa, Calamus,
Alyxia, Bombax, Acrostichum and Sapolaceae.
The beginning and the end of this short geological period are respectively the base of Nummulites planu¬
latus sands (Yd) and the base of Aalter sands (P2 of B1 of the geological map of Belgium).
En 1839, A. Dumont ne distinguait que deux étages dans l’Éocène inférieur de Belgique : le
Landénien et le Bruxellien. Dix ans plus tard, il créait l’Yprésien aux dépens du Landénien et le Pani-
selien aux dépens du Bruxellien. En 1929, pour établir la légende de la carte géologique de Belgique,
M. Leriche proposa que l’Yprésien soit subdivisé en Yprésien inférieur comprenant l’Argile des Flandres
(Yla) et les Sables à Nummulites planulatus (Ylb) et en Yprésien supérieur (Y2) considéré comme équ-
valent de l’ancien Paniselien inférieur. Les Sables d’Aalter (anciennement Paniselien supérieur — P2)
ont été alors inclus dans le Bruxellien dont ils constituent la partie inférieure (Bl).
Pour Feugueur (1954), les Sables d’Aalter devraient cependant figurer au sommet de l’Ypré-
sien dont toute la partie surmontant l’Argile d’Ypres serait l’équivalent du Cuisien du Bassin de Paris.
Pour fixer les idées, la stratigraphie des formations de l’Éocène inférieur en Belgique se présente
comme suit :
Bruxellien inférieur (Bl) (ancien Paniselien sup.) Sables d’Aalter (P2)
Yprésien supérieur (Y2) (ancien Paniselien inf.) Complexe d’Aalterbrugge (Pin)
Sables de Vlierzele (Pld)
Argile sableuse d’Anderlecht (Pic)
Argile de Merelbeke (Pim)
Yprésien inférieur (Ylb) Argile sableuse de Roubaix- Sables de Forest à Nummulites planu-
Mouscron latus (Yd)
(Yla) Argile d’Ypres (Yc)
Les limites de ces formations sont indiquées sur la carte ci-jointe. Les points numérotés corres¬
pondent aux sondages et affleurements d’où proviennent les échantillons analysés.
* F.N.R.S., Musée de l’Afrique Centrale, Tervuren, Belgique.
Source : MNHN, Paris
ÉOCÈNE INFÉRIEUR DU BASSIN BELGE
241
Étude palynologique
Les échantillons étudiés sont d’origine marine et sont donc en général plus riches en dinofla¬
gellés qu’en sporomorphes. Néanmoins, la diversité des espèces de pollens rencontrées est suffisante
pour se faire une idée du paléoenvironnement végétal et des conditions climatiques qui l’ont façonné.
F. Stockmans, qui a fait l’étude des macrorestes végétaux du Paniselien et du Bruxellien, a
conclu, notamment à cause de la présence de nombreux restes de palmiers, au développement d’une
phase climatique particulièrement chaude durant ces périodes, mais il lui semblait que la preuve de
son existence était d’avantage confirmée par la présence de tortues marines et de nautiles.
La plupart des familles et des genres qui constituent la flore paniselienne se rencontrent actuelle¬
ment dans les régions chaudes du globe. L’étude palynologique le confirme : elle met aussi en évidence
l’abondance des palmiers ( Monocolpopollenites tranquillus ; Monocolpopollenites parareolatus ; Dicol •
popollenites luteticus ; Spinizonocolpites baculatus et echinatus) et souligne la fréquence des Sapotaceae,
des Restionaceae (Milfordia hungarica et incerta ) des Juglandaceae (Triatriopollemtes engelhardtioides
et platycaryoides ; Caryapollenites triangulus, circulus et praesimplex) et des Tiliaceae (Intratriporo-
pollenites microreticulatus et pseudinstructus). Certaines espèces dont la présence est cependant moins
marquée appartiennent à des familles et à des genres qui témoignent de l’apparition d’une phase cli¬
matique tropicale ; ce sont :
— des Apocynaceae du type Alyxia (Diporites iskaszentgyorgii)
— des Bombacaceae du type Bombax ( Bombacacidites noremii)
— des Araliaceae du type Scheffleropsis ( Scabratricolporites angki)
— des Umbelliferae des types heteromorpha et Steganotaenia ( Scabratricolporites carlae et schalkii)
— des Nyssaceae du type Nyssa ( Psilatricolporites kurschi)
— des Oleaceae (Retitricolporites moniquae)
— des Leguminosae du type Camoensia ( Retitricolporites magnoporotundus)
— des Celastraceae du type Cassine (Retitricolporites crassiexinus)
ainsi que certains genres de Pteridophytes : Lygodium, Mohria, Acrostichum.
Interprétation paléoécologique et paléogéographique
Comme le signale C. Caratini (1975) dans une étude sur des formations détritiques éocènes du
sud bordelais, la présence de fruits et de pollens de Nipa ainsi que de spores A’Acrostichum laissent
penser que des mangroves se sont développées à l’Éocène inférieur sur le littoral atlantique de l’Europe.
Cet auteur fait cependant remarquer que la répartition des mangroves est surtout fonction de la tem¬
pérature des eaux qui les baignent et qu’on ne pourrait donc conclure absolument à l’existence d’un
climat tropical chaud et humide à l’endroit où elles se développent.
Certains genres particulièrement caractéristiques des couches paniseliennes permettent de
supposer que le bassin belge ne devait pas être fort éloigné de la limite nord de la zone tropicale. L’éco¬
logie et la répartition géographique actuelle de quelques-uns de ces genres sont particulièrement inté¬
ressants à souligner :
— Nipa : genre de palmier à distribution intertropicale dans le Sud-Est asiatique à climat chaud
et humide depuis le delta du Gange jusqu’au Nord de l’Australie.
— Calamus : genre de palmier à distribution intcrtropicale.
En Afrique : sur la côte occidentale, de la Côte d’ivoire au Zaïre.
En Asie : de la partie orientale de l’Inde jusqu’au Nord de l’Australie et à la Nouvelle
Calédonie.
— Acrostichum : fougère de mangrove dans les zones tropicales humides.
— Sapotaceae : famille à large distribution intertropicale en forêts humides ou en forêts galeries.
Source : MNHN, Paris
242
E. ROCHE
— Alyxia : genre tropical d 'Apocynaceae comportant 120 espèces dont l’aire de distribution s’étend
de l’Asie tropicale (Inde, Sud de la Chine, Malaisie) au Nord de l’Australie, à la Nouvelle Calé¬
donie et à la Polynésie.
— Camoensia : genre de Légumineuse de forêt dense au Sud du Niger à l’Angola.
— Bombax : genre à distribution intertropicale en Afrique de l’Ouest et en Asie. An Afrique, une espèce
est répandue dans toute la forêt dense humide guinéo-congolaise (Bombax buonopozense) et une
espèce vit en zone soudanienne dans les savanes boisées situées en bordure de la forêt dense
(Bombax costatum). Selon Aubréville, c’est la trace vivante de la descente du Nord au Sud
en Afrique de l’antique flore laurasienne. Le genre Bombax est surtout bien représenté dans
le Sud-Est asiatique (6 espèces). Son aire de distribution va de l’Inde à la Nouvelle Guinée en
passant par la Malaisie.
A partir de la période de dépôt des Sables à Nurnmulites planulatus (sommet de l’Yprésien
inférieur) et durant tout le Paniselien inférieur, on assiste à un changement floristique peu important,
du point de vue quantitatif, mais qui est sans conteste révélateur de l’établissement dans le bassin
belge d’une influence climatique tropicale. Ce réchauffement limité mais net indique que durant cette
période géologique relativement courte, cette région devait se situer à faible distance de la limite nord
de la zone tropicale, ce qui correspondrait en Afrique du Nord à une position approximative de l’équa¬
teur au niveau des Canaries.
Comparaison avec d’autres bassins sédimentaires
d’Europe occidentale
La présence de fruits et de pollen de Nipa, marqueur le plus caractéristique des périodes cui-
sienne et lutétienne, a été signalée dans les différents bassins sédimentaires de l’Ouest de l’Europe.
Dans le bassin de Londres, le pollen de Nipa a été trouvé dans les Bagshot et Bracklesham Beds
surmontant le London Clay.
En France, Nipa a été observé dans le Cuisien du Bassin de Paris, dans les argiles et les sables
éocènes de Noirmoutier et de La Sennetière, dans les couches lutétiennes du Bassin de Campbon (Loire
atlantique) et dans les sédiments d’âge cuisien du Bassin d’Aquitaine où Spinizonoeolpites atteint
12 % de représentation dans les spectres polliniques.
Les couches éocènes de la province de Huesca, en Espagne, renferment également Spinizono-
colpites qui atteint ici 40 % au Cuisien. Ce type de pollen subsiste dans les gisements jusqu’au Luté-
tien. Le pourcentage élevé de pollen de Nipa indique que c’est dans ce bassin qu’au Cuisien ce palmier
connaissait des conditions optimales de développement.
Par contre, en Belgique où le pourcentage atteint au maximum 4 % dans les couches panisc-
liennes, il devait se situer à la limite nord de son aire de dispersion. Les fruits trouvés dans les sables
bruxefliens où on ne trouve plus de Spinizonocolpites seraient, comme le pense F. Stockmans, du maté¬
riel allochtone amené du Sud par des courants marins.
Stratigraphie
Le tableau ci-joint reprend la distribution stratigraphique des principales espèces polliniques
de la période correspondant en Belgique au Cuisien du Bassin de Paris (sensu Feugueur).
Le recul des Normapolles qui s’amorce au Landénien supérieur s’accentue à l’Yprésien où quatre
espèces sont encore présentes. Inlerpollis supplingensis (1) encore faiblement représenté dans les Sables
à Nurnmulites planulatus disparaît au Paniselien dont les couches basales (Pim) renferment encore
Nudopollis endangulatus (2). Pompeckjoidaepollenites subhercynicus (9) disparaît au niveau des Sables
d’Aalter tandis que Plicapollis pseudoexcelsus (10), encore fréquent au Paniselien, devient plus rare
ensuite pour atteindre sa limite de distribution verticale dans l’Argile d’Asse.
Source : MNHN, Paris
244
E. ROCHE
Pistillipollenites macgregorii (3) fréquent au Landénien supérieur est rare à l’Yprésien. Il atteint
cependant au Paniselien le niveau Pic.
Le meilleur marqueur de la période qui nous occupe est Spinizonocolpites echinatus (4). Il appa¬
raît dans les Sables à Nummulites planulatus surmontant l’Argile d’Ypres et disparaît au sommet du
Paniselien inférieur, juste à la base des Sables d’Aalter.
Avec Spinizonocolpites apparaît Dicolpopollis luteticus (11) ; cette espèce subsiste jusque dans
l’Argile d’Asse (Bartonien).
Diporiles iskaszentgyorgii (5) est le marqueur type délimitant le Paniselien inférieur. Il est pré¬
sent dans l’Argile de Merelbeke (Pim), est plus fréquent dans l’Argile sableuse d’Anderlecht (Pic),
puis se raréfie dans les Sables de Vlierzele (Pld) pour disparaître au niveau du complexe d’Aalter-
brugge (Pin).
Retitricolporites magnoporotundus (12) apparu dans les Sables à Nummulites planulatus, dispa¬
raît dans les Sables d’Aalter.
D’autres espèces telles Milfordia incerta (13) Triatriopollenites myricoides (14), Triatriopoüenites
plicatus (15) marquent bien la base du Paniselien mais subsistent plus longtemps, la première attei¬
gnant même le Tongrien inférieur (Sables de Grimmertingen).
Enfin, deux espèces de Bombacacidites, Bombacacidites noremii (8) et Bombacacidites egelnensis (7)
sont limitées aux Sables de Vlierzele (Pld).
Conclusions
Une phase climatique tropicale s’est développée au Cuisien en Europe occidentale depuis le
Bassin de Londres jusqu’en Espagne où, sur les bords de la Téthys, elle se manifeste de façon plus
marquée.
Cette phase chaude optimale apparaît également dans le bassin belge où la présence de Nipa
n’est pas le seul témoin de la chose.
Certes, la flore paniselienne présente un caractère plutôt subtropical mais elle renferme des
éléments dont les aires de distribution actuelles sont toutes intertropicales, notamment Bombax, Cala-
mus, Alyxia, Camoensia, Nipa, Acrostichum et divers genres de Sapotaceae.
A l’époque cuisienne le bassin belge devait, selon nous, se situer à la limite nord de la zone tro¬
picale.
Du point de vue stratigraphique, les meilleurs marqueurs de la période sont Spinizonocolpites
qui apparaît avec le dépôt des Sables à Nummulites planulatus (Ylb) et disparaît au sommet du Pani¬
selien inférieur (Pin), Diporites marqueur type du Paniselien inférieur et Bombacacidites noremii
caractérisant uniquement les Sables de Vlierzele (Pld).
LISTE DES ESPÈCES PRÉSENTES DANS LES FORMATIONS ÉTUDIÉES
Sporites
POLLENITES
Leiotriletes adriennis
Leiotriletes microadriennis
Triplanosporites sinuosus
Cicatricosisporites dorogensis
Camarozonosporites heskemensis
Laevigatosporites haardti
Laevigatosporites discordatus
Pityosporites div. fsp.
Inaperturopollenites hiatus
Sparganiaceaepollcnitcs reticulus
Milfordia hungarica
Milfordia incerta
Diporites iszkaszentgyorgii
Pompeckjoidaepollenites subhercynicus
Source : MNHN, Paris
ÉOCÊNE INFÉRIEUR DU BASSIN BEI.GE
245
Nudopollis endangulatus
Plicapollis pseudoexcelsus
Interpollis supplingensis
Triporopollenites robustus
Triatriopollenites platycaryoides
Triatriopollenites engelhardtioides
Triatriopollenites myricoides
Triatriopollenites plicatus
Triatriopollenites belgicus
Triatriopollenites rurensis
Subtriporopollenites constans
Subtriporopollenites anulatus
Caryapollenites triangulus
Caryapollenites circulus
Caryapollenites praesimplex
Intratriporopollenites microreticulatus
Intratriporopollenites pseudinstructus
Pistillipollenites macgregorii
Monocolpopollenites tranquillus
Monocolpopollenites parareolatus
Spinizonocolpites echinatus
Spinizonocolpites baculatus
Dicolpopollis luteticus
Scabratricolpites microhenrici
Retitricolpites henisensis eocenicus
Retitricolpites henisensis oligocenicus
Psilatricolporites cingulum fusus
Psilatricolporites cingulum oviformis
Psilatricolporites kruschi
Scabratricolporites angki
Scabratricolporites carlae
Scabratricolporites schalkii
Clavatricolporites iliacus
Striatricolporites sittleri
Striatricolporites taugourdae
Retitricolporites oleoides
Retitricolporites moniquae
Retitricolporites crassiexinus
Retitricolporites magnoporotundus
Bombacacidites noremii
Bombacacidites grandis
Bombacacidites europacus
Bombacacidites egelnensis
Psilastephanocolporites rochei
Psilastephanocolporites obscurus
Psilastephanocolporites manifestus
Psilastephanocolporites mimusopsoides.
BIBLIOGRAPHIE
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Source : MNHN, Paris
excelsus.
(Calami
PLANCHE I
Leiotriletes adriennis (type Acrostichum). — 2. Pompeckjoidaepollemtes subhercymcus. 3. Pli«
— 4. Diporites iszkaszentgyorgii (Alyxia). — 5.6. Spinizonocolpites echmatus INipa) 7. Dicolp*
s). — 8. Bombacacidites noremii ( Bombax ). — 9. Bombacacidites egelnensis.
•-apollis pseudo-
ipollis luteticus
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 1
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
JURASSIQUE ET CRÉTACÉ
247
PALÉOCLIMATS DU SECONDAIRE ET DU PRIMAIRE
PEUT-ON ESTIMER L’ÉVOLUTION DES CLIMATS
JURASSIQUES ET CRÉTACÉS D’APRÈS LA PALYNOLOGIE ?
PAR
Yves Reyhe *
Résumé. Devant 1 impossibilité presque totale de se rapporter à des espèces précises d’aujourd’hui,
I investigation climatique du Crétacé, et plus encore du Jurassique, ne peut être faite qu’à travers les estimations
éco-climatologiques moyennes, dans le monde actuel, des biotopes les plus favorables à l’épanouissement des
groupes végétaux (familles le plus souvent) palynologiquement reconnus dans les sédiments. Ces estimations
à partir de la phytosociologie actuelle sont donc discutées pour les groupes les plus répandus au Jurassique ou
au Crétacé et toujours largement présents (Filicales diverses, Cycadacées, Araucariacées, Podocarpacées, Pina-
cees, Ephedracees, Palmées, Proteacees). Puis est recherche le message paléoclimatique de groupes aujourd’hui
complètement éteints (Cheirolepidiacées, Angiospermes ayant fourni les pollens Normapolles, les <t tripro-
jectate » et les « oculata »).
Fondé sur la chronologie des apparitions des groupes significatifs ainsi que sur les différences régionales
(qualitatives ou quantitatives), un schéma descriptif et évolutif des climats est ensuite esquissé : à la chaude
et humide monotonie des climats du Jurassique, époque où les différences régionales ne sont toutefois pas inexis¬
tantes, fait suite, à partir du Barrémien, une évolution où d’abord l’humidité semble avoir varié, puis la tem¬
pérature, ce qui a entraîné une zonation latitudinale, bien moins marquée qu’aujourd’hui, et pourtant
de plus en plus sensible.
Summary. — Because the almost impossibility to refer to species precisely identified, the palyno-
paleoclimatological research for the jurassic and cretaceous times can be engaged only according to the eco-
elimatological distribution (in the présent time) of the families palynologically recognizable in the sédiments.
These distributions are analysed for determining what is the climatic « climax » of each group and what are its
maximum extensions (Filicales, Cycadaceae, Araucariaceae, Podocarpaceae, Pinaceae, Ephedraceae, Palmeae,
Proteaceae). In addition paleoclimatological significations of different fossils groups (Cheirolepidiaceae,
Normapolles, Triprojectate and Oculata pollens) are discussed.
According to the provincial and chronological events, the évolution of the jurassic and cretaceous cli-
niates is briefly estimated : after the long and dull period of the hot and wet jurassic climates begin on and after
lhe Barremian time slow régional modifications of wetness at first, of température after, which were the way
of a latitudinal climatic zonation more and more discernible.
I. — Introduction
Tant en ce qui concerne la répartition planétaire des masses continentales que leur peuplement
biologique, on peut dire qu’avec le début du Jurassique c’est un univers très ancien qui commence à
diparaître alors qu’à la fin du Crétacé la planète d’aujourd’hui est déjà préfigurée.
* Laboratoire de Géologie, Muséum national d’Histoire naturelle, 43, rue de BufTon, 75005 Paris.
E. ROCHE
Biologiquement, ces 120 millions d’années auront été capitales : s’y succèdent en effet les grandes
conquêtes physiologiques qui jalonnent les évolutions animale et végétale : à l’orée du Jurassique, les
Reptiles mammaliens sont relayés par les Mammifères primitifs mais homéothermes ; au Jurassique
terminal, apparaît la plume d’oiseau ; au Crétacé inférieur, la vraie fleur d’Angiosperme ; au Crétacé
moyen, la feuille caduque ; enfin, au crépuscule du Crétacé, disparaissent les grands Sauriens poïkylo-
thermes tandis que les Marsupiaux sont définitivement supplantés par les Placentaires. Ces conquêtes
physiologiques étaient-elles inexorablement inscrites dans une histoire prédestinée de l’évolution ou
ont-elles été induites par adaptation à des environnements changeants ? Grande question philosophique
qu’on ne saurait discuter sans mettre en parallèle chronologique ces événements et l’évolution climatique
de cette période capitale qu’est le Jurassique-Crétacé.
Justement ces 120 millions d’années — les 75 du Crétacé notamment — ont vu se dérouler
quelques-uns des plus grands événements géographiques planétaires qui auraient dû, à priori, radica¬
lement modifier les climats du globe. Or, synthétisant de nombreuses estimations fondées sur la sédimen-
tologie principalement (ceintures récifales, ceintures évaporitiques, charbons, nature des argiles, etc...),
le paléoclimatologue M. Schwartzbach (1963) écrit : « l’ère mésozoïque... révèle des conditions clima¬
tiques qui bien qu’assez variables, furent suffisamment uniformes pour qu’on puisse considérer l’ère
comme un Tout ». Quels que soient les étages du Jurassique ou du Crétacé, la méthode O 18 indique en
effet des paléotempératures marines ne descendant jamais au-dessous de 15°, même sous des latitudes
très élevées (Alaska : 17°C au Callovien). Presque toujours ces paléotempératures se situent entre 20
et 27°C, correspondant globalement à celle des zones subtropicales actuelles, et sur les anciennes plates-
formes marines se trouvant aujourd’hui au-dessus de 40° de latitude, les températures calculées se
situent en moyenne à 10°C au-dessus de celles des mers les bordant actuellement.
Sur les continents les preuves sédimentologiques de climat froid sont inexistantes sur toute la
planète. Seuls les caractères aride et humide de climat chaud se perçoivent à des périodes ou dans
des régions plus ou moins disparates. En résumé, on sait que le climat du Jurassique-Crétacé a été
dans l’ensemble chaud et qu’il a peu varié. Tâche ingrate donc que s’assigne la palynologie d’en per¬
cevoir par ses propres moyens l’évolution générale ! A vrai dire, l’ambition ne sera pas ici de chiffrer
cette évolution en détail, mais seulement de rechercher quels sont les moyens de l’estimer globalement.
Redoutable pari tout de même car, nous le savons déjà, c’est à l’intérieur d’une palette climatique (corres¬
pondant aux actuels tropical, sub-tropical et tempéré chaud) relativement restreinte qu’il s’agira de
faire la différence, tous les degrés d’humidité étant à envisager.
Un raisonnement palyno-climatologique particulier.
Pour délicate qu’elle soit dans la pratique, lorsqu’il s’agit de Plio-Pleistocène, la technique
palyno-paléoclimatologique est dans son principe simple : on essaie de retrouver dans les sédiments
des pollens correspondant à des espèces-guides éprouvées ou, à défaut, de reconstituer les flores et,
par comparaison avec l’écologie et les associations des végétaux actuels, de cerner le paléoclimat. Ceci est
réalisable parce que de nombreuses espèces actuelles se retrouvent dans le Tertiaire récent. Mais plus
on recule dans le temps, plus on rencontre de pollens dont la provenance botanique est incertaine puis
inconnue, les essences productrices ayant disparu. Maintenir, en vertu de la rigueur, un raisonnement
« spécifique » donnerait donc raison à Krausel (1961) selon qui « avec le Tertiaire basal finit » (en
reculant dans le temps) « l’étude des paléoclimats basée sur la taxonomie végétale, quelques exceptions
mises à part ». Si, en effet, la quasi-totalité des espèces vivant au Mésozoïque ont disparu, il se trouve
par contre — chance ou malchance ? — que grâce à des espèces-reliques ou à des espèces différentes
mais voisines, bon nombre de familles importantes du Jurassique et du Crétacé se sont maintenues
jusqu’à nos jours, ceci sous les climats refuges qu’on peut estimer à priori comparables à ceux qui les
ont vu s’épanouir. Et la palynologie sait reconnaître la plupart de ces familles. Mais que vaut une esti¬
mation paléoclimatique à partir de considérations aussi vagues que les répartitions familiales ? La
première question venant à l’esprit à ce sujet est en effet la suivante : l’écologie moyenne actuelle d’un
taxon botanique aussi vaste a-t-elle été toujours la même ?
C’est justement à propos de tout un groupe (et non pas d’une espèce) apparu au début du Juras-
Source : MNHN, Paris
JURASSIQUE ET CRÉTACÉ
249
sique que H. Gaussen (1944), malgré un doute de principe, émet une opinion qui peut servir de réfé¬
rence positive à la recherche paléoclimatique ancienne : « La persistance de certains types jusqu’à nos
jours, écrit-il, semble indiquer que, aux endroits où des Cycadacées se sont conservées, les conditions
de climat sont restées à peu près les mêmes qu’aux temps géologiques ; mais il faut être très prudent
dans ces affirmations car les espèces n’ont pas toujours la même biologie et le climat n’a pas été tou¬
jours constant ». Autrement dit on peut admettre, s’agissant de groupes très anciennement apparus
et très longuement fixés que l’extension bio-climatique globale était comparable à celle qu’on observe
aujourd’hui. Plusieurs facteurs détermineront donc la fiabilité paléo-climatique d’une famille : sa
représentation suffisante (en nombre d’espèces) dans le monde actuel ; le caractère plus ou moins res¬
treint de son extension bio-climatique maximum ; la possibilité de désigner à son sujet un « clirnax »
actuel sous lequel la famille montre un évident épanouissement sociologique (en nombre d’espèces
notamment). Rappeler, pour chaque famille (ou genre parfois) palynologiquement reconnues au Juras¬
sique-Crétacé, à la fois ce « clirnax » et cette « extension climatique maximum » sera donc le préalable
indispensable à la véritable opération de restitution paléoclimatique. La réflexion et les constatations
actuelles conduisent en effet à admettre que sous les climats-limites de présence d’un genre ou d’une
famille, la représentation palynologique du taxon est faible et peu diversifiée. Dans l’interprétation
des climats régionaux anciens, on admettra donc que quelques rares individus d’un taxon ne peuvent
tout au plus laisser évoquer que ce climat-limite. Par contre, plus les pollens rattachables à un genre
ou une famille seront divers et nombreux, plus la condition actuellement favorable au groupe en ques¬
tion (« clirnax ») sera évocable.
Restent évidemment tous les pollens correspondant à des groupes botaniques aujourd’hui
disparus et dont il est très difficile de percevoir les significations paléoclimatiques. Nous verrons que
pour quelques-uns d’entre eux, une certaine estimation est malgré tout possible à partir soit de carac¬
tères physiologiques, soit de considérations sédimentologiques ou géographiques les concernant.
Enfin, il est bien rare (pour ne pas dire exclu) qu’un sédiment fossilifère livre des pollens ne
provenant que d’un seul groupe. Presque toujours, on devra donc estimer les paléoclimats par super¬
position compilée des indications déduites de chaque groupe. Opération avantageuse car permettant
en principe 1) d’amoindrir l’incertitude tenant au doute fondamental exprimé par la plume d’H. Gaus¬
sen (voir ci-dessus), 2) d’améliorer en précision le diagnostic paléoclimatique. Opération pleine de
risques cependant : quel sera le groupe le plus fiable en cas d’indications opposées ? Mais on ouvre
là une question à la fois sédimentologique et écologique délicate, liée au fait qu’un contenu palynolo¬
gique n’est la plupart du temps que la traduction ponctuelle d’une statistique régionale : or une région
même petite peut fort bien montrer des climato-écologies sensiblement différentes : plaine/montagne ;
marécages au sein d’un pays sec ; littoral humide/hinterland sec, etc... Surtout au Jurassique-Crétacé
— peu de charbons paraliques, pas de tourbières, sols et abris sous roche disparus — où presque toute
l’information palynologique provient de sédiments détritiques fins (qu’ils soient deltaïques, littoraux
ou de marges continentales), le diagnostic palyno-paléoclimatique prendra souveni des formulations
des genres suivants : « climat tropical à aires humides développées et aires sèches » ou bien « climat
humide chaud à tempéré ». Parfois cependant, en cas d’uniformité régionale, on pourra diagnostiquer :
« chaud et sec » ou bien « tempéré chaud », les différentes formules dépendant 1) de la diversité clirnato-
écologique des régions, 2) de l’ampleur géographique des surfaces drainées.
IL — Groupes et familles encore représentés aujourd'hui
Nous les considérerons dans l’ordre admis de l’évolution qui, remarquons-le, est globalement
compatible avec l’ordre chronologique d’apparition palynologique.
Après les Ptéridophytes dont le clirnax et l’incontestable dominance sociologique sont au Juras¬
sique, on considérera les Cycadacées apparues à l’orée du Jurassique, puis les Conifères, Araucariacées,
Cupressacées et Podocarpacées, les Ephédracées vraies apparues au Barrémien, les Pinaeées-Abiéta-
cées apparues au Crétacé moyen, enfin les Protéacées et les Palmées développées à partir du Sénonien.
Mention sera faite aussi de Angiospermes paléobotaniquement identifiées dans le Crétacé d’Europe
et d’Amérique du Nord.
Source : MNHN, Paris
Y. REYI
250
Les Ptéridophytes.
Contrairement au Trias, le Jurassique fait apparaître au fil des temps un certain nombre de
spores morphographiquement très proches (voire identiques) de spores actuelles. Selon les époques,
10 à 20 % des spores recensées peuvent ainsi être attribuées avec vraisemblance à une famille, parfois
un genre donnés. Paléoclimatiquement on pourra donc utiliser deux types d’informations : pour les
10 à 20 % de taxons qualitativement reconnus, l’information écologique actuelle (tableau 1) ; pour
Tableau 1. — Climato-géographie actuelle des Pteridophytes palynologiquement identifiables
au Jurassique ou au Crétacé.
Taxon palynologiques Taxons botaniques évoqués
« CLIMAX » ET EXTENSIONS CLIMATIQUES MAXIMUM
Todisporites
Osmundacidites
Osmondacées
40 espèces tropicales à tempérées
Dictyophyllidites
Matonisporites
Matoniacées
tropicales à subtropicales
Marattisporites
Marattiacées
200 espèces tropicales à sub-tropicales ; Marattia :
60 espèces tropicales
Gleicheniidites
Gleicheniacées
130 espèces tropicales à subtropicales, essentielle¬
ment australes ; quelques-unes tempérées dans
l’hémisphère sud.
Dicksoniacées
tropicales (surtout australes) ; quelques espèces
1
implantées au Canaries et au Portugal, donc
C.yathidites
1
Cyatheacées
pouvant être sub-tropicales.
700 espèces, souvent arborescentes, tropicales
humides
Contignisporites
Duplexisporites
Klukisporites
Schizéacées (?)
pan-tropicales
Cicatricosisporites ,
i Anémia (Schizéacée)
tropical américain
Leptolepidites
i Lygodium (Schizéacée)
tropical à sub-tropical, souvent dans les endroits
Concavissimisporites
ensoleillés
Lycopodiumsporites
Lycopodiacées
750 espèces assez ubiquistes
Deltoidospora
Weichselia reticulata
fossile d’affinité Matoniacées (sols humides à
forte insolation : K. L. Alvin)
Balmeisporites ,
Arcellites
Marsiliacées
fougères d’eau tropicales
Pyrolobospora
Lycostrobus )
Thomsonia )
Slaviniacées
Minerisporites
Selaginellacées
ubiquistes
l’ensemble des spores, une statistique de diversité spécifique (globale ou par famille/genre) selon les
types climatiques actuels (tableau 2). Ces deux tableaux ont été dressés à partir de monographies géné¬
riques, familiales ou de floristique régionale qu’on ne citera pas ici mais qui font autorité. Le second
permet notamment de voir que statistiquement dans le monde actuel les diversités générique et spéci¬
fique globales sont plus fonction de l’humidité que de la chaleur. Si on se fie au rapport nombre d’espèces/
nombre de genre (qui se traduit palynologiquement par nombre d’espèces morphographiques subtile¬
ment distinguées/nombre de types déjà bien cernés) on tient, semble-t-il, un bon indice d’humidité
Source : MNHN, Paris
FAMILLKS l’IlfiSliM'KN AI JLIRASSIQUR-CRBTACH TOI THN FAMILI.KS
jurassiquk i:r crétacé
251
ambiante. Par contre, plus un tel indice provient de numérateurs et de dénominateurs élevés, plus on
peut penser que le climat était chaud. Autrement dit, statistiquement quelques rares types morpho¬
logiquement séparés et ne présentant pas, chacun, de formes affines révéleraient un climat plutôt
sec ; un assez grand nombre de types groupant chacun plusieurs formes affines révélerait un climat
humide mais pas forcément chaud : un très grand nombre de types groupant chacun des formes affines
révélerait un climat très chaud et très humide.
Tableau
2. — Répartition climato-géographiqi
je des familles
actuelles d
e Ptéridophytes.
Régions
Europe centr.
Corse Crête
Nord Nigéria N'Ile Calédonie
Climats
tempéré
méditerranéen méditerranée;
n tropical
tropical
tropico-équat. équatorial
froid pluvieux
montagnard sec
à saison sèche
océanique
humide
humide
Espèces
130
67 37
40
244
263
421
Genres
29
27 20
26
74
73
111
Familles
17
17 14
17
26
27
36
libre espèces
nbre genres
4,8
2,5 1,85
1,54
3,3
3,6
3,8
Isoetales
12
2 1
1
1
Selaginelles
5
1 1
1
6
15
Salviniales
1
1
1
Marsiléales
1
1
1
Azolla
i
(australe)
Lycopodiales
11
1(?)
1
15
11
Ophioglossal.
11
1 * 1
3
3
3
Marattiales
3
1
(australe)
Osmundacées
1
1 1
1
1
1
Gleicheniac.
6
1
Cyathéacées
10
3
Schizéacées
12
2
Cette approche statistique est évidemment globale et grossière. Elle est à compléter par le
renseignement taxonomique, surtout pour l’estimation du chaud/froid. Les meilleures références sont,
bien sûr, les familles exclusives : Marattiacées, Gleichéniacées, Cyatheacées, Schizéacées. Dicksonia-
cées, Marsiléaçées ; pour le chaud humide, forte représentation des Ophioglossacées, Isoetacées et
Lvcopodiacées pour le tempéré.
Les Cycadacées.
L’inconvénient de cette famille largement développée au Jurassique tient au fait que ses pollens,
si particuliers dans le monde actuel, sont dans le monde ancien très difficiles à discerner d’autres pollens
Source : MNHN, Paris
252
EYRE
attribuables à des Bennettitales ou des Ginkgoales fossiles (E. Masure, 1976). Cette réserve étant
faite, « le groupe existe actuellement dans les pays tropicaux ou sub-tropicaux et aux endroits arides
et rocheux où on ne trouve guère d’autres végétaux : en somme, là où la concurrence est faible. C’est
un caractère très habituel chez les groupes très anciens » (H. Gaussen, 1944). Globalement vraie, cette
diagnose mérite un commentaire : d’abord certains Cycas vivent aujourd’hui dans des milieux très
humides {C. ihouarsii à Madagascar ; C. revoluta à La Réunion), donnant même parfois de grosses graines
transportées par l’eau. Leur préférence globale pour les « endroits arides et rocheux » ne semble donc
pas due à un rejet par la concurrence (puisque certaines espèces font toujours leur place dans des zones
humides à forte densité végétale) mais à une préférence écologique probablement originelle. L’abon¬
dance fossile des Cycadacées témoigne donc probablement de climats chaud à très chaud (sub-tropical à tro¬
pical), non pas arides mais peu humides. Le groupe semble avoir été en tout cas plus sensible aux abaisse¬
ments de chaleur qu’aux abaissement d’humidité. C’est peut-être ce qui explique sa présence palynologique
épisodique depuis le Lias très inférieur où il apparaît, jusqu’au Crétacé moyen et sa chute spectaculaire
à partir du Cénomanien inférieur dans la plupart des régions se trouvant aujourd’hui au Nord de 40° de
latitude Nord tandis que les Ginkgopolleniles s’y sont au contraire maintenus.
Les Araucariacées.
Les deux genres restants ( Agathis et Araucaria) sont répartis à travers les régions tropicales
et sub-tropicales de l’hémisphère sud. C’est le climat chaud humide mais doux (sans différence saison¬
nière ou jour/nuit très marquée) qui semble être le « climax » du groupe (18 espèces en seule Nouvelle-
Calédonie).
Le groupe occupe toutefois un assez grand espace climato-écologique : en Nouvelle-Calédonie
et en Nouvelle Guinée, on le trouve depuis le bord de mer marécageux jusqu’à 2.000 mètres. En Austra¬
lie, Araucaria cunninghami D. Don existe à 2.400 mètres en compagnie de Eucalyptus drepanophyüa.
A. brasihensis A. Rich. supporte à 1.200 mètres, dans le Nord de l’Argentine, des baisses de tempéra¬
ture atteignant — 8°C mais uniquement dans les régions où la saison sèche ne dépasse pas deux mois.
Une autre espèce à large extension climato-écologique est Y Araucaria bidwellii Hook qui, épanouie
sous les climats chauds et humides de l’Est australien (de 100 à 1.100 m d’altitude), s’adapte tout à fait
aux climats méditerranéens de ce continent.
En résumé, palynologiquement, il est permis de penser qu’abondance et diversité de pollens
d’Araucariacées témoignent de climats tropicaux humides, de type océanique, à différences saison¬
nières peu marquées. Peu de pollens peu variés devraient statistiquement indiquer soit des climats
subtropicaux à saison sèche peu marquée, soit des climats tempérés chauds mais là aussi sans saison
sèche prolongée. Enfin associés à des essences globalement plus xéritiques (Cycadacées) ou des pollens
très peu diversifiés attribuables à des Podoearpacées, ils pourraient suggérer l’existence de climats
tropicaux à subtropicaux montagnards.
Répandus sur toute la terre depuis le Lias moyen, les pollens d’Araucariacées trouvent un
premier épanouissement au Dogger puis au Jurassique supérieur, au Sahara notamment, décroissant
en Europe dès l’Aptien, se maintenant par contre en Afrique intertropicale pendant le Tertiaire et
naturellement jusqu’à nos jours dans les régions australes.
Les Cupressacées.
On distingue assez facilement deux types polliniques attribuables l’un au genre Séquoia (ou
des genres proches disparus), l’autre à un ensemble Cupressus, Juniperus, Charuaecyparis peut-être
(Thuya n’est pas connu au Secondaire). Comme pour les Araucariacées, seule la miscroscopie électro¬
nique à balayage permet de distinguer des espèces qu’il est d’ailleurs quasiment impossible de ratta¬
cher à des taxons botaniques plus précis. Inconvénient peu important paléoclimatiquement car la
climato-écologie moyenne des différents genres se superpose, en gros du moins. A part les Séquoia qui
devaient déjà vivre dans des milieux ayant la même « atmosphère douce et nébuleuse du voisinage du
Pacifique » (H. Gaussen, 1968), les autres Cupressacées sont dans l’ensemble adaptées soit à des climats
à saison sèche, soit à des terrains rocheux. Ce n’est donc pas la température qui détermine l’aire d’exten-
Source : MNHN, Paris
JURASSIQUE ET CRÉTACÉ
253
sion des Cupressacées, mais un certain caractère xéritique (au moins saisonnier) du milieu. Dominants
dans les climats méditerranéens (donc tempérés chauds et assez secs), a c’est une loi générale que lors¬
qu on passe de la steppe plus ou moins désertique à la forêt, on voit des Genévriers faisant une transi¬
tion progressive entre les deux » (H. Gaussen, 1968). Palynologiquement, un enrichissement qualita¬
tif et quantitatif en Cupressacées (non Séquoia) devrait donc traduire soit un passage au «chaud à tempéré
chaud assez sec », soit 1 existence avoisinante d’aires à tendance sèche, soit à la rigueur — tout dépen¬
dant du contexte palynologique — à un climat « tempéré froid mais pas humide en permanence ». Les
pollens de Cupressacées existent épisodiquement partout depuis le Lias inférieur.
Les Podocarpacées.
Au contraire des Cupressacées, c’est l’abaissement de la chaleur humide qui limite leur exten¬
sion géographique. Les 12 genres recensés vivent en pays tropical humide, soit dans des zones côtières
comme le Podocarpus madagascarensis Baker, soit, cas de loin le plus fréquent, dans des forêts d’altitude
fraîches et peu oinbrophiles (jusqu’à 2.000 mètres selon l’importance régionale'de la saison sèche). Les
pollens les plus crédiblement attribués aux Podocarpacées sont ceux du genre Podocarpidites Cookson
ex Couper, 1953 et certains Alisporites Daugherty, 1941. Abondants en Australie et en Afrique du Sud
dès le Trias terminal, présents dans le Jurassique et le Crétacé d’Argentine, ils existent en faible nombre
et épisodiquement dans le Jurassique et le Crétacé d’Europe mais sont rarissimes au Sahara, tandis
que dans les bassins du Golfe de Guinée (comme dans le Nord du Brésil d’ailleurs) le genre Alisporites
ne se rencontre que pendant le bref épisode (probablement barrémien inférieur) à Dicheiropollis etruscus.
D’après la climato-écologie des Podocarpacées actuelles, des contenus palynologiques riches en
espèces des deux genres-types cités devraient signifier l’existence de climats tropicaux humides ou de
climats tropicaux montagnards sans saison très sèche.
Les Pinacées-Abictacées.
Bien que certains Alisporites aient pu être produits par des Pinacées primitives, seuls les Abie-
tineaepollenites Potonie et Pinuspollenites Raatz qu’on rencontre dès le Cénomanien en Europe et en
Amérique du Nord correspondent avec grande probabilité à cette famille. Il s’agit toutefois aujour¬
d’hui d’une famille s’étendant du très froid au sub-tropical et du très humide au sec. Sa signification
paléoclimatique globale est donc faible : elle implique seulement l’impossibilité de climats trop chauds
ou trop arides. Il n’en est peut-être pas de même des Cedripites Woodehouse apparaissant dès le Céno¬
manien au Canada et correspondant avec beaucoup de probabilité au genre Cedrus. La présence simul¬
tanée de ces trois types polliniques indique tout de même un rafraîchissement très probable, un climat
de type tempéré tout au moins.
Les Ephedracées.
La morphologie très spéciale (polyplicate) du pollen permet de les reconnaître sans doute
possible lorsque la plicature est parallèle à l’axe (véritables Ephedripites Bolkhovitina apparus au
Barrémien inférieur dans la zone intertropicale). Au Crétacé moyen-supérieur, ces pollens sont très
souvent associés à d’autres types de polyplicates (à plicature hélicoïdale notamment : Gnetaceaepolle-
nites Thiergart, Equisetosporites Daugherty emend Singh, Singhia Srivastava) qui sont aussi probable¬
ment des pollens d’Ephedrales disparues.
Même si quelques espèces vivent dans la plaine russe (l’une dépassant le cercle'arctique) et mal¬
gré l’existence d’une espèce bretonne, c’est dans le climat méditerranéen (tempéré chaud) sub-aride
que le genre actuel a de toute évidence son « climax ». Quant au fossile vivant sud-africain Welwitschia
mirabilis, c’est en milieu désertique très chaud qu’il s’est maintenu. D’après la biologie actuelle, on
peut donc utiliser les Ephedripites comme critère d’assèchement climatique allant de pair avec une
élévation des températures diurnes et une alternance saison peu humide/saison sèche. S. K. Srivas¬
tava (1968) conteste cette utilisation sur la foi de leur présence dans le Crétacé canadien à côté d’essences
manifestement hydrophiles. Notons toutefois qu’il ne s’agit pas là de véritables Ephedripites mais de
Source : MNHN, Paris
Y. REYRE
254
pollen de la seconde catégorie décrite. Episodiquement présents le long du Golfe de Guinée jusqu’au
Paléocène compris, ils sont présents en Asie centrale mais rares en Europe... sauf beaucoup plus tard,
en France, au moment du dépôt des évaporites oligocènes ! On note enfin leur très grande diversité
et dominance dans l’Albien de la marge atlantique nord-africaine (sites D.S.D.P. n° 369 et 370) c’est-
à-dire à une latitude correspondant au maximum actuel de diversité et de peuplement.
Les Angiospermes.
Même en mettant à part les Eucomiidites Erdtman trop incertains et les premiers monocolpés
à exine angiospermique, pollens de Monocotylédones d’affinité trop inconnue, les attributions bota¬
niques des pollens angiospermiques vrais qui se succèdent depuis le Barrémien sont presque toujours
très hypothétiques.
C’est en Europe occidentale et dans le Sud des États-Unis qu’on trouve les tricolpés les plus
anciens (Barrémien supérieur). Puis en Europe septentrionale, en Afrique occidentale et en Amérique
du Sud à l’Aptien, depuis l’Alaska jusqu’en Australie à l’Albien (O. W. Kremp, 1978). Faut-il tirer
de cette expansion latitudinale une conclusion paléoclimatique ? Pas d’évolution spectaculaire en tout
cas : dans toute cette période, le monde continue d’être uniformément chaud avec des aires humides et
des aires arides. Pourtant les Classopoüis et les Araucariacites commencent à faiblir d’abord en Europe-
Amérique du Nord, puis dans l’actuelle zone inter-tropicale. Simple remplacement de flore ? Au béné¬
fice de quelles Angiospermes ? Les pollens le disent difficilement. En Afrique occidentale, on évoque
les Amaranthacées et les Caryophyllacées dès le Cénomano-Turonien, les Myrtacées au Sénonien infé¬
rieur, les Protéacées au Sénonien supérieur. Enfin, les Palmiers qui existent depuis le Crétacé moyen
prennent une grande expansion à partir du Sénonien. Dans cette succession, E. Boltenhagen et
M. Salard-Cheboldaeff (même ouvrage) voient une évolution du « chaud sec » au « tempéré chaud
assez sec » *.
En Amérique du Nord (côté atlantique) et en Europe commence le règne des Normapolles qui
n’évoquent aucune famille actuelle précise mais à propos desquels on peut malgré tout faire une approche
climato-écologique. En effet, ces Normapolles atteignent leur diversité maxima à l’Éocène inférieur
et ils sont nombreux dans le London Clay qui contient aussi de nombreuses plantes fossiles par consi¬
dération générale desquelles E. M. Reid et M. E. Chandler (1933) avaient estimé une température
moyenne de 22 à 23° (la température moyenne de l’actuelle Nouvelle-Calédonie serait à peine supé¬
rieure). Cependant, d’autres indications inclinent à penser que les Normapolles ont pu apparaître
puis s’épanouir (en altitude ?) sous un climat plus tempéré : le fait est que tant en Europe que dans la
partie atlantique des États-Unis, on a trouvé dès le Cénomanien des macrofossiles de Magnoliacées,
de Platanacées, de Myrtacées tandis que dans le Sud de l’Oural, N. A. Bolkhovitina (in J. S. Penny,
1969) aurait trouvé des pollens tout à fait identiques à ceux de Betula pendula, Eucalyptus pauciflora,
Ilex crenata, Morus alba, etc... Entre 40 et 50° de latitude Nord actuelle, on trouve donc à cette époque
toute une série de plantes évoquant des climats tempérés plutôt chauds et bien arrosés. Dans ces pays,
c’est d’ailleurs la période où disparaissent les Classopollis et régressent les Cycadacées au profit des
Pinacées, bref des climats où s’est peut-être fait sentir (pour la première fois ?) l’influence thermomé¬
trique des saisons. Associer Normapolles à climat tempéré chaud doit malgré tout être avancé avec
prudence : en effet, on rencontre encore des fougères subtropicales ; les macrofossiles d’Angiospermes
« tempérées » sont, chose curieuse, globalement plus rares au Turonien-Sénonien inférieur ; enfin les
Normapolles sont encore nombreux dans l’Éocène supérieur d’Europe redevenu tropical à sub-tropical.
Les Normapolles n’existant (sauf quelques pollens erratiques) ni en Afrique-Amérique du Sud,
ni dans l’hémisphère austral, quelles étaient les Angiospermes qui occupaient la zone actuellement
intertropicale ? Ce furent, à partir du Turonien, des Palmiers surtout, des Amaranthacées, des Myr¬
tacées puis, au Sénonien, des Protéacées. Mais ces dernières semblent en fait avoir éclos dans l’hémis¬
phère austral. R. A. Couper (1953) signale en effet leur apparition dès la base du Crétacé supérieur
en Nouvelle-Zélande (Proteacidites palisadus, P. adenanthoides ), en même temps d’ailleurs que les pre-
1 . Pourtant le maintien des Araucariacées et la présence de palmiers diversifiés devraient évoquer une plus grandi-
humidité.
Source : MNHN, Paris
JURASSIQUE ET CRÉTACÉ
255
miers pollens de Nolhofagus (N. kaitanga, N. aff. menziessi). Ainsi existera dès le Sénonien une pro¬
vince australe à Protéacées, Nolhofagus et très nombreuses Podocarpacées (dont les genres actuels
Podocarpus, Dacrydium, Phyllocladus et l’ancêtre de Microcachrys).
Quelle signification paléoclimatique donner à cet ensemble Nothofagus -)- Podocarpacées
Protéacées ? Biogéographiquement, cette province botanique australe existe toujours. Elle est sub¬
tropicale à tempérée chaude, la troisième famille étant plus développée dans les aires à longues saisons
sèches, les deux premières dans les aires montagneuses humides.
III. Les groupes disparus et les grands événements phytosociologiques
Par groupes disparus il faut entendre ceux dont le pollen n’a aucun équivalent dans le monde
actuel. D’une affinité botanique de ce fait extrêmement vague, quelques-uns de ces groupes peuvent
malgré tout avoir un certain intérêt paléoclimatique tiré non pas de la comparaison avec l’actuel mais
d’indications paléogéographiques générales les concernant. Apparition et disparition de ces groupes
sont d’ailleurs souvent concomitants de profondes modifications phytosociologiques.
Les Classopollis.
Ce sont avec certitude des pollens de Conifères (puisque trouvés in situ dans des cônes de Pagio-
phyllum, Brachyphyllum, Frenelopsis). Apparus au cours du Keuper à différents endroits de la planète
(Allemagne, Angleterre, Sahara, Inde), ils disparaissent presque partout à la fin du Cénomanien, dimi¬
nuant beaucoup dès l’Albien en Europe et un peu plus tard en Afrique. Ils se seraient maintenus en
reliques jusqu’au Sénonien en Inde, au Portugal et au Brésil. L’exceptionnelle généralisation des dépôts
évaporitiques du Keuper (en Europe et au Sahara au moins) est interprétée par de nombreux auteurs
comme due à une aridification régionale du climat déjà très chaud mais plus humide (dit rubéfiant !)
des périodes antérieures. Or c’est en plein milieu de cette période qu’apparaissent et se diversifient
rapidement les Classopollis tandis que s’éteignent les derniers Conifères à pollens biailés striés qui
pourtant venaient de montrer une intense faculté de renouvellement spécifique (prélude à leur extinction
totale ?). On est donc tenté d’admettre a priori que c’est un groupe adapté à une chaude xéricité qui
venait de s’implanter. Pourtant, le groupe continuera de se renouveler et d’être présent tout au cours
du Jurassique et du Crétacé inférieur, alors que foisonnent les fougères. Avec, il est vrai, une opposi¬
tion quantitative statistiquement sensible entre les deux groupes. Statistiquement aussi, les Classo¬
pollis sont souvent associés au pollens de « Cycas » ou de Cupressacées pendant tout le Jurassique, aux
mêmes pollens plus ceux d’Ephedracées à partir du Barrémien. Autre argument de cette vision « xéri-
tique », on a trouvé (D. Pons et E. Bourreau, 1977) sur un Frenelopsis alala du Cénomanien moyen
d’Anjou (France) deux champignons épiphylles fossiles ( Mariusa andejavensis P. et B. et Stomiopel-
tites cretacea Alvin et Muir) qui seraient caractéristiques de climats arides.
Anatomiquement enfin, (D. Pons, J. Lauverjat et J. Broutin, 1980) signalent chez le Fre¬
nelopsis alala l’existence, entre les feuilles des rameaux portant les cônes, d’une épaisse cuticule à
« épines » et de stomates à cellules de garde cutinisées et enfoncées, caractérisant un climat sec. En
outre, sur les bords de chaque feuille, ils observent « des cellules rectangulaires terminées chacune par
un micropoil tout à fait comparable à ceux des Thuya d’Afrique du Nord (Tetraclinis articulata Mast..
Cupressacée) », petit arbre (pouvant tout de même atteindre 15 m de haut) ayant de plus un feuillage
qui rappelle celui du genre Frenelopsis. Ces micropoils seraient une adaptation à la sécheresse : ils
permettraient à la plante de perdre de la chaleur par rayonnement (la nuit notamment) et déconden¬
ser la faible vapeur d’eau ambiante. « Tetraclinis peut constituer des peuplements presque purs en
climat semi-aride jusqu’à 1.800 m d’altitude dans le Sud marocain » où il affectionne les sols rocailleux
et secs, mais exige un minimum d’humidité athmosphérique. Comme on voit, ces arguments sédimen-
tologiques, paléontologiques et bio-géographiques permettent de se rallier à la thèse (longtemps mise
en doute) de Vakhrameev (1970) et qui avait déjà conclu : « Ces Conifères étaient des plantes thermo-
philes, préférant les pentes d’altitudes et fort tolérantes à la sécheresse. Dans la ceinture aride Juras-
Source : MNHN, Paris
256
Y. REYRE
sique supérieur-Néocomien, elles étaient largement prédominantes, formant parfois des fourrés sans
autres plantes. Dans les climats humides, même sur les pentes favorables, elles n’atteignirent jamais
une telle prédominance ».
En résumé, si on ne peut tenir toutes les espèces de Classopolis comme critère de chaude xéri-
cité, on peut admettre qu’une grande richesse en ces pollens est une bonne indicatrice d’aires à ten¬
dance xéritique au sein de climats chauds.
Les spores à élatères.
On ne connaît pas la provenance botanique de ce groupe palynologique qui s’est diversifié
— il n’est jamais abondant — dans la ceinture intertropicale actuelle (et probablement de l’époque
déjà) entre l’Aptien supérieur et le Turonien inférieur. Il s’agit donc à coup sûr de taxons chauds.
Mais leur abondance et leur variété peuvent-elles renseigner sur l’humidité ? Au Sénégal par exemple
(Casamance maritime notamment), ces spores se diversifient au maximum entre la période à Perotri-
letes pannuceus Brenner, spores de marécages, et la période de grande diversification des monocolpés
attribuables à des palmiers. C’est également la période où les trilètes sont les moins abondantes et les
Classopollis les plus diversifiés. Malgré le fait que les Equiseturn ont aussi des spores à élatères, on peut
donc penser que ces spores témoignent de périodes asséchées en climat tropical.
Les « triprojectates » et les « oculata ».
Ils sont importants parce qu’il se sont développés et diversifiés sur le continent nord-améri¬
cain notamment, à une période des plus intéressantes : le Crétacé supérieur jusque dans son passage
au Tertiaire. Les deux groupes sont manifestement nordiques.
Les « triprojectate » Aquilapollenites apparaissent dès le Turonien supérieur en Sibérie occiden¬
tale et au cours du Sénonien en Amérique nordique. Dès le Maestrichtien, ils atteignent l’Écosse et le
Canada (occidental notamment), se manifestant (mais en faibles quantités) au cours du Maestrichtien
supérieur jusqu’au Texas, en Amérique du Sud septentrionale et même en Afrique occidentale. Le groupe
a-t-il une signification paléoclimatique ? Se fondant sur l’évolution de la flore fossile trouvée dans la for¬
mation Edmonton (Alberta, Canada), S. Srivastava (1972) estime que le groupe a eu sa diversité maxi¬
mum, vers la base de la série, dans un climat « subtropical humide » puis a régressé, le climat tendant
de plus en plus vers le « tempéré chaud ». En Alberta, ce groupe aurait disparu à la fin du Maestrichtien,
précédant de peu les derniers Dinosauriens. Il n’aurait pas supporté le rafraîchissement accentué qui
aurait introduit le Paléocène.
Il est de fait qu’en Alberta, c’est à l’orée du Paléocène que les Aquilapollenites sont remplacés
par un autre groupe, arctique jusque-là, celui des pollens dits « oculata » (principaux genres : Wode-
housia Stanley et Azonia Samoilovitch). Sans affinité botanique établie, ce groupe était présent dans
le Nord de l’Alaska et de la Sibérie dès le Santonien supérieur, et dès le Campanien supérieur dans le
Sud de l’Alaska. Au cours du Maestrichtien supérieur-début Paléocène, il serait descendu aux États-
Unis le long d’une bande centrale (sur les bords de la mer épicontinentale fini-crétacée) jusqu’au Dakota 1 ,
phénomènes exprimés par les « text-figures » 3 et 4 (pages 54 et 56) de V. D. Wiggins (1976).
Le fait que les seuls Aquilapollenites franchement paléocènes n’aient été trouvés que dans les
régions arctiques, là où se sont également maintenus (jusque tard au Tertiaire d’ailleurs) les derniers
Wodehousia, laisse penser que ces deux groupes polliniques sont les témoins les plus « frais » de leur
époque et probablement de tout l’ensemble jurassico-crétacé. Il faudrait, semble-t-il, interpréter les
Aquilapollenites comme témoins de climats « subtropicaux tendant au tempéré chaud » et les pollens
« oculata » comme témoins de « climats tempérés à tempérés chauds », ce qui expliquerait leur brève
superposition climato-géographique au Maestrichtien supérieur. Ce qui expliquerait aussi que les pre¬
miers aient pu descendre jusque sous les latitudes intertropicales (à la faveur d’un adoucissement
fini-maestrichtien quasi général ?) mais pas les seconds.
i. Compte tenu de leur rareté au Texas, ne s’agit-il pas, pour cette région, de pollens erratiques ?
Source : MNHN, Paris
JURASSIQUE ET CRÉTACÉ
257
Difficultés et potentialités d'une approche multi-groupes.
Comme nous avons vu, un contenu palynologique ne traduit que très rarement un état phyto-
sociologique local. Il est donc normal qu on y recense non seulement des taxons de même écologie
mais aussi, ce qui estompe sensiblement l’entité paléo-climatique espérée, des taxons ayant vécu dans
des aires climato-écologiques différentes quoique géographiquement voisines (différences d’altitudes,
décroissance rapide de la pluviométrie en allant du littoral à l’intérieur, etc...). Paradoxalement, il
est donc « normal » d avoir (surtout dans des sédiments détritiques, c’est-à-dire transportés) des taxons
de signification opposée ; sauf, bien entendu s’il s’agit d’oppositions climatiques si radicales qu’elles
étaient bio-géographiquement impossibles. Dans ce contexte, l’attitude consistant à ne retenir que
le taxon à la signification la plus typée (Éphedracées par exemple) pour émettre un diagnostic sur le
paléo-climat d une région est bien plus dangereuse que considérer, malgré l’interprétation floue qui
peut en résulter, 1 ensemble des taxons représentes. C’est dans l’esprit de ce type d’approche par approxi¬
mation collective que sont proposées, concernant le Jurassique et le Crétacé, les figures 1 et 2.
très
humide
. .
humide
V
r-
I
\
,
sec /
aride
'
tempéré
tempéré
chaud
sub¬
tropical
tropical
Ephédracées _ Cupressacées
Proteacées Araucariacées
Cycadacées --- Nothofagus
Schizeacées + Cyatheacées + Dicksoniacées
-*• Matoniacées . Podocarpacées
Fig. 1 . — Répartition climatique globale et actuelle de quelques familles déjà présentes au Jurassique ou au Crétacé.
17
Source : MNHN, Paris
Y. REYRE
très
humide
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aride
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tempéré
tempéré
chaud
sub¬
tropical
tropical
pollens "oculata"
Aquilapollenites
Normapolles
Classopollis
spores à éla-
tères
Fie. 2. — Signification paléoclimatique probable de quelques taxons jurassiques ou crétacés sans équivalent morpholo-
graphique actuel (groupes disparus).
Sur ces tableaux, une ellipse situe chaque entité palynologique selon les types climatiques qu'elle
concerne depuis le tropical au tempéré et depuis le très humide à l’aride (16 types au total). Plus l’ellipse
est grande, moins significative est l’entité. De même, le type climatique le plus recouvert par l’ellipse
est celui qui, statistiquement, a le plus favorisé l’entité palynologique correspondante.
Théoriquement, dans l’usage paléoclimatique de ces schémas, il faudra donc considérer : 1) que
le type climatique régional était celui correspondant à la case recouverte par le plus grand nombre
d’ellipses, 2) que des variations locales potentielles pouvaient aller jusqu’aux types dont les cases sont
recouvertes par une seule ellipse. C’est ce « paléoclimax » et ces « extensions paléoclimatiques maximum »
que le palynologue devra interpréter et rendre cohérents. Tâche techniquement délicate où le quali¬
tatif déterminera la « palette paléo-climatique » et le quantitatif l’ambiance prédominante, mais
recherche non exclusivement palynologique, la connaissance la plus détaillée possible du contexte
sédimentaire régional (paléogéographie des aires « drainées » notamment et altimétrie moyenne des
hinterlands) étant indispensable à la cohérence des interprétations.
Source : MNHN, Paris
JURASSIQUE ET CRÉTACÉ
259
Conclusion
Fidèle à son titre, la présente note s’est bornée à faire une revue critique des moyens dont dis¬
pose la palynologie pour aborder la question paléo-climatique au Jurassique et au Crétacé. Pour cette
période, il faut en convenir, 1 outil palynologique pèche par imprécisions. Imprécision phyto-taxono-
mique (difficulté de rapporter un pollen à une espèce), imprécision écologique (le « groupe » botanique
reconnu occupant forcément une aire écologique vaste), imprécision géographique (le sédiment fossi¬
lifère ayant « drainé » une région difficile à cerner dans son étendue et sa morphologie). Pour ces raisons,
dans la plupart des cas, seule une ambiance climatique régionale pourra être avancée ; avec, malgré tout,
une assez bonne approximation des limites extrêmes de température et d’humidité ou de xéricité.
S’agissant d une période géologique qui ne fut jamais froide et presque toujours chaude, la potentialité
théorique de 1 outil n est donc pas tellement inférieure à celle des techniques physico-chimiques appli¬
cables au continental (analyse des minéraux argileux détritiques), surtout si on considère que ces tech¬
niques ont elles aussi, à faire face aux problèmes de mixage sédimentaire.
En ce qui concerne l’évolution planétaire des climats, la compilation palynologique est égale¬
ment source d’informations non négligeables. Il eût été facile de montrer comment la zone de diversité
et richesse maxima des spores de fougères (maximum de température/humidité) se déplace de l’Europe
nordique à 1 Europe occidentale entre le Lias inférieur et le Jurassique supérieur ; comment à partir
du Barrémien s’individualise une province inter-tropicale à Dicheiropollis (Afrique occidentale-Amé¬
rique du Sud-Indonésie) de plus en plus personnalisée et enserrée par une province boréale à Parvi-
saccites radiatus et une province gondwanienne à Microcachryidites et Podosporites ; comment au Cré¬
tacé supérieur s’affirme de plus en plus la zonation latitudinale : existence dès le Cénomanien d’une
province Sibérie méridionale-Europe-Amérique du Nord (atlantique) à Normapolles puis, dès le Turo-
nien, d’une province « arctique » à Aquilapollenites et « oculata » tandis qu’au Sud de l’anneau inter-
tropical (encore plus personnalisé) l’entité gondwanienne du Crétacé inférieur fait place à une province
australe à Nothofagus, Podocarpacées et Protéacées. Si l’observation géographique et chronologique
de ces évolutions palynologiques globales mettent en évidence la lente mise en place d’une zonation
climatique latitudinale pratiquement imperceptible au Jurassique, celle de taxons particulièrement
« sensibles » peut laisser voir des phénomènes climatiques plus instantanés : la brève rencontre jusque
dans la zone intertropicale, au Maestrichtien supérieur, de taxons venus du Nord (les Aquilapollenites )
et de taxons venus du Sud (les Protéacées) et la descente jusqu’aux moyennes latitudes des « oculata »
arctiques au Paléocène inférieur sont-elles à interpréter comme le timide mais premier vrai frisson...
ayant mis fin au Secondaire et à ses lézards terribles ?
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Source : MNHN, Paris
UÉVONIKN KT CAHBONIFtCIlK
ÉVIDENCES PALYNOLOGIQUES SUR LES RELATIONS
ENTRE LE CLIMAT ET LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
DES FLORES DÉVONIENNES ET DINANTIENNES
M.
Streei. '
Résumé. La distribution de spores caractéristiques dévoniennes est analysée à partir d’une nouvelle
paléogéographie (Heckei. & Witze) basée avant tout sur la répartition de sédiments considérés comme indi¬
cateurs paléoclimatiques. L’influence des courants océaniques modifiant l’ordonnance régulière des climats en
fonction de la latitude a pu jouer un rôle important dans la distribution des végétaux au Dévonien. Une zona¬
tion phytogéographique latitudinale est cependant évidente au Dévonien supérieur. Elle semble s’atténuer
à l’extrême sommet du Dévonien et au Tournaisien. Au sommet du Tournaisien et au Viséen, la migration des
continents vers le Nord interfère avec la différenciation progressive de la grande glaciation gondwanienne comine
causes probables de la zonation phytogéographique.
Summary. — The world distribution patterns of some characteristic Devonian spores is considercd,
taking into account a new palaeogeography (Heckel & Witze) which is based entirely on lithic indicators
of palaeoclimates. Océan currents, which may well hâve had a considérable modifying effect on the latitudinal
zonation of Devonian climates, probably played an important rôle in determining the distribution patterns
of the végétation during much of the Devonian. However, in the Uppcr Devonian there is evidence that
the phytogeographical zonation was essentially latitudinal. This zonation becomes less obvious in the upper-
most Devonian and the Tournaisian ; in the late Tournaisian and Visean, northward drift of the continents
probably modified the effccts of the progressive onset of the great Gondwanian glaciation and aided in deter¬
mining the phytogeographical zonation.
1. Introduction.
L'origine des plantes vasculaires au Silurien est un fait généralement, sinon unanimement,
accepté. Il faut attendre cependant le Dévonien moyen (Givétien) pour que des plantes d’une taille
importante, avec manifestement des parties aériennes perennes, se propagent largement sur les conti¬
nents. En effet, pendant le Dévonien inférieur, les végétaux fossiles montrent une grande diversification
de structures de plus en plus complexes (Chaloner & Sheerin, 1979) qui semble s’opérer de manière
synchrone à la surface des continents, ce qui est un argument en faveur d’une pangée en formation dès
cette époque. Les continents ainsi associés supportent des climats apparemment peu contrastés puisque
l’on trouve des microfossilcs végétaux d’âge Emsien à très courtes distances du pôle qui se situe alors
à l’extrémité sud de l’Afrique (McGregor, 1979, text-fig. 12) et qui, ainsi, ne semble pas porter de calotte
glaciaire.
La distribution des végétaux n’est évidemment pas uniforme à la surface de ces continents.
Le taux d’endémisme est probablement considérable. On peut l’apprécier au travers d’une étude faite
* Paiéobotanique et Paléopalynologie, Université, 7 place du Vingt Août. 4000 Liège. Belgique.
Source : MNHN, Paris
262
M. STREEL
par McGregor (1977) et qui compare des assemblages de spores, d’âges emsien-eifélien du Sud de la
baie d’Hudson, de Gaspé et de l’Eifel. Sur 89 taxa connus à Gaspé, 59 seulement ont été vus dans les
autres assemblages, ce qui correspond à un endémisme de 33 %. Les dissemblances des microflores
américaines entre elles et avec celles de l’Eifel sont grosso modo fonction de la distance qui les sépare.
Confrontées aux assemblages de même âge étudiés dans l’Antarctique, les différences sont, comme on
peut s’y attendre, encore plus importantes. Bar & Riegel (1974) qui comparent entre elles des micro¬
flores, d’âges givetien-frasnien, du Ghana et du Brésil alors très proches, concluent à leur identité et
s’étonnent de leur ressemblance avec les assemblages d’Afrique du Nord malgré une nette différence
en latitude. De ces comparaisons, sur la portée desquelles nous nous sommes expliqué par ailleurs
(Stheel, 1974) en donnant d’autres exemples, ne semble ressortir aucune image d’une distribution de
végétaux liée plus particulièrement à leur position latitudinale, même dans les régions polaires (contrai¬
rement à l’opinion d’EüwARDS, 1973). Il est difficile de faire correspondre cet endémisme prononcé
avec un quelconque compartimentage climatique sans une meilleure connaissance de la paléogéogra¬
phie.
Or, les reconstitutions paléogéographiques du Dévonien sont relativement nombreuses et sou¬
vent contradictoires. La plupart se fondent sur les études de paléomagnétisme, assumant une identité
de position entre pôle magnétique et pôle de rotation (pôle géographique). Elles diffèrent notamment
dans la mesure où le paléomagnétisme ne permet pas de fixer les positions en longitude des continents.
A l’occasion du symposium sur le Système Dévonien, qui s’est tenu à Bristol en 1978, une nou¬
velle carte a été présentée (Heckel & Witzke, 1979). Reconstituée essentiellement pour le Dévo¬
nien moyen (Fig. 1), elle a le mérite d’être construite à partir d’une étude des répartitions actuelles de
Fig. 1. — La position des continents actuels au Dévonien moyen d'après Heckel & Witzke (1979).
caractéristiques sédimentaires considérées comme indicateurs climatiques et appliquée ensuite au
Dévonien. Elle se réconcilie avec les cartes basées sur le paléomagnétisme, moyennant une disjonction
entre pôle magnétique et pôle de rotation. Elle se différencie principalement des reconstitutions qui
l’ont précédée par une position de l’équateur sur le continent des Vieux Grès Rouges, située au niveau
de l’Alaska et de l’Oural, déplaçant ainsi la masse des continents vers l’hémisphère sud. Cette recons¬
titution est assortie d’un schéma provisoire des courants océaniques qu’elle impose (Fig. 2 à 5). Nous
avons tenté de lui confronter les dernières informations paléobotaniques et palynologiques disponibles.
Source : MNHN, Paris
DÉVONIEN ET CARBONIFÈRE
2. Distributions cosmopolites de microfossiles végétaux et influence des courants océaniques modifiant
les climats.
Pami les espèces que McGregor (1977) propose comme représentant des distributions cosmo¬
polites typiques, nous avons retenu : Dibolisporites echinaceus à l’Emsien (Fig. 2) et Spelaeotriletes
lepidophytus au sommet du Dévonien (Fig. 3). Chacune est un élément abondant des populations de
spores de leurs assemblages respectifs. La deuxième, par la fréquence des observations, se prête cepen¬
dant le mieux à une analyse plus détaillée, et nous l’avons entreprise précédemment (Streel, 1974).
Cette étude était basée sur le calcul des coefficients de similitude de Simpson et de Jaccard, à par¬
tir de 184 espèces dans l’intervalle stratigraphique Famennien-Tournaisien. Nous avions conclu, en
particulier au niveau de la zone à S. lepidophytus, à une affinité plus marquée entre les flores nord-
africaine et nord-américaine que ne le suggérait la reconstitution paléogéographique (Smith, Briden
& Drewy, 1973) utilisée alors (Streel, 1974, fig. 1). Celle que nous utilisons aujourd’hui rapproche
plus encore en mer épicontinentale les points d’échantillonnage africains et ouest-européens, mais
propose clairement d’autre part une meilleure connection continentale entre l’Afrique et l’Amérique du
Nord par l’intermédiaire de l’Amérique du Sud.
Plus importante peut-être est la différence climatique qui est proposée par Heckei. & Witzkk
(1979) entre une paléotéthys où circulaient des courants océaniques chauds et l’océan sud-ouest d’où
des courants plus froids auraient pu pénétrer profondément, jusqu’à l’extrémité occidentale de la
paléotéthys, affectant les côtes de l’Afrique occidentale.
Si l’on accepte une telle circulation océanique avec son incidence au moins sur les climats côtiers,
l’image de la distribution climatique latitudinale peut s’en trouver profondément modifiée. On com¬
prend mieux alors les observations de Bar & Riegel (1974), rappelées plus haut, sur les affinités entre
les assemblages du Ghana et ceux de l’Afrique du Nord.
N
Fie. 2. — Distribution géographique de Dibolisporites echinaceus au Dévonien inférieur, d’après McGbecob fl979).
Les hachures verticales représentent les continents au Dévonien moyen, les flèches les courants océaniques prin¬
cipaux d'après Heckel & Witzke (1979).
3. Zonation climatique latitudinale au Dévonien supérieur.
Le cosmopolitisme des végétaux dévoniens (et dinantiens; est une notion répandue que peu
de faits ont pu ébranler jusqu’ici. La nouvelle carte paléogéographique permet des observations nou-
Source : MNHN, Paris
264
M. STREEL
N
Fig. 3. — Distribution géographique de Spelaeotriletes lepidophytus au sommet du Dévonien d'après Streel (19741.
McGregor (1979) et observations inédites.
Les hachures verticales représentent les continents au Dévonien moyen, les flèches les courants océaniques prin¬
cipaux d'après Heckel & Witzke (1979).
velles à ce sujet. Le complexe fossile formé (McGregor, 1969) par la plante Kryshtofovichia africani.
sa mégaspore Nikitinsporites et sa microspore Archaeoperisaccus est assurément le meilleur exemple
d’une distribution phytogéographique dévonienne localisée. Confrontée jusqu’à présent aux seules
cartes paléogéographiques basées exclusivement sur le paléomagnétisme, elle montrait une localisation
curieusement centrée sur l’aire tropicale de l’hémisphère nord (McGregor, 1979, tcxt-fig. 13), sans con¬
trepartie au Sud alors que des assemblages de même âge (frasnien) y sont connus en nombre comparable
( op. cil., text-fig. 11).
L’ensemble de ces observations a été reporté (Fig. 4) sur la nouvelle carte paléogéographique.
Elle indique sans ambiguïté une distribution intertropicale de ce complexe fossile, démontrant ainsi
l’existence d’une zonation climatique latitudinale particulièrement nette au Frasnien. Des formations
glaciaires ont été signalées dans les sédiments du Dévonien Supérieur d’Amérique du Sud (voir Salop,
1977) qui pourraient expliquer ces contrastes climatiques.
La distribution de ce complexe fossile restreinte au continent des Vieux Grès Rouges et à la
plaque sibérienne, suggère de plus deux remarques alternatives : soit que ces espèces sont strictement
équatoriales, impliquant alors un rapprochement plus important dès le Frasnien, de la plaque sibérienne
vers l’Europe du Nord, soit que ces espèces sont au contraire intertropicales comme proposé plus haut,
avec le corollaire que leur distribution serait limitée au Sud par la pénétration des courants plus froids
auxquels nous avons déjà fait allusion.
Cyrtospora cristifer est une espèce à morphologie très caractéristique, qui apparaît au sommet
du Frasnien et se poursuit dans le Dinantien.
Au Dévonien Supérieur (non compris l’extrême sommet), elle paraît aussi liée à la région équa¬
toriale sur le continent des Vieux Grès Rouges (Fig. 5). Cette observation renforce donc l’impression
d’une zonation climatique à contrastes marqués au Dévonien Supérieur.
4. Atténuation des contrastes climatiques à l'extrême sommet du Dévonien et au Tournaisien.
En revanche, à l’extrême sommet du Dévonien et au Tournaisien (Fig. 5), la distribution de
C. cristifer s’élargit en latitude (Van der Zwan, 1979, fig. 3 : C. cristifer variant A + B). Dans l’hémis-
Source : MNHN, Paris
DÉVONIEN ET CARBONIFÈRE
2<i5
N
K,c ‘ 4 ’ Distribution géographique de Kryshlojovichia ujricana (a), NikilimporiU* (h) et ArchacoperUaccu* (c), d'après
MctiREGOR (1969 et 1979). Distribution géographique d’assemblages frasniens dépourvus de ces espèce» (d). en
partie d'après McGregor (1979, text-fig. 11).
Les hachures verticales représentent les continente au Dévonien moyen, les flèches les courante océaniques priu-
cmaux d anrès HrrtFî A- W,T7f HQ7Qi
Fig. 5. — Distribution géographique de Cyrlospora crUtijer, au Famennien (pré-UpidophyUut z.j (aj, au Famennien et
à l’extrême sommet du Dévonien llepidophytus z.| (b) en partie d'après Van des Zwa.n 1979 fig. 3.
Les hachures verticales représentent les continente au Dévonien moyen, les flèches les courants océaniques prin¬
cipaux d’après Heckel & Witzke. (1979)
Source : MNHN, Paris
M. STREEI.
phère sud, l’espèce est devenue largement inter- à subtropicale, n’atteignant cependant le continent
gondwanien qu’exceptionnellement. On peut y voir le résultat d’une atténuation, dès l’extrême sommet
du Dévonien, des contrastes climatiques mis en évidence au Dévonien Supérieur.
5. Amorce de la grande glaciation gondwanienne dès le Tournaisien supérieur et le Viséen.
Il faut attendre le sommet du Tournaisien pour voir se développer à nouveau des contrastes
climatiques mieux marqués. Ce sont par exemple les « suites à Vallatisporites et à Lophozonotriletes »
de Sullivan, 1967. Ces contrastes vont s’accentuer au Viséen (Sullivan, 1965). Nous avons discuté
ailleurs (Streel, 1971, Alpern & Streel, 1973) des modalités d’installation, notamment sur la partie
européenne des continents, de flores carbonifères à distribution régionale à caractère latitudinal. Il
semble que cette installation pourrait résulter de deux causes : d’une part, l’amorce d’une différen¬
ciation des grandes calottes glaciaires polaires carbonifères et permiennes ; d’autre part, le déplacement
généralisé des continents vers le Nord.
Cette migration continentale vers le Nord entraîne, en particulier pour le bloc que forment de
plus en plus solidairement au Carbonifère, la plaque sibérienne et l’ensemble euraméricain, un lent
balayage par l’équateur qui se déplace virtuellement de l’Oural au sommet du Dévonien vers l’Ouest
de l’Europe au Carbonifère Supérieur (Silésien).
Si l’on s’en tient à la liaison énoncée par Heckel & Witzke (1979) entre charbons et régions
inter-tropicales humides, on comprend mieux, dans ce contexte d’un déplacement climatique progres¬
sif dû à la dérive des continents, la migration des faciès à « densospores » et à « durite » (Buttebworth,
1966) du Spitsberg et de l’Est de la plate-forme russe au Viséen, vers la Grande-Bretagne et les régions
ardenno-rhénanes au Carbonifère Supérieur (voir aussi Hart, 1976).
Conclusions.
La reconstitution paléogéographique des continents et des courants océaniques dévoniens de
Heckel & Witzke (1979) se prête particulièrement bien à l’interprétation des données palynologiques
contemporaines. Une analyse systématique de ces données, dont seuls quelques exemples ont été démon¬
trés ici, devrait permettre des progrès substantiels dans la compréhension des relations entre la flore
fossile dévonienne et le climat.
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Source : MNHN, Paris
DINOGLAGELLÈS EN A
L ANTIQUE NORD-ORIENTAL (HOLOCÈNE)
269
DINOFLAGELLÉS ET ENVIRONNEMENT CLIMATIQUE
LES KYSTES DE DINOFLAGELLÉS DANS LES SÉDIMENTS
RÉCENTS DE L’ATLANTIQUE NORD-ORIENTAL ET LEURS RELATIONS AVEC
L’ENVIRONNEMENT OCÉANIQUE. APPLICATION AUX DÉPÔTS HOLOCÈNES
DU CHENAL DE ROCKALL
Jean-Louis Turon *
Résumé. — L inventaire des populations de kystes de Dinoflagellés contenues dans 20 échantillons super¬
ficiels de l’Atlantique nord-oriental a été réalisé. La distribution biogéographique actuelle des espèces les plus
communes permet d’établir des relations entre les associations océaniques et les paramètres de l’environnement,
en particulier la température et la structure hydrologique, dans un domaine limité au Nord par l'Islande, au
Sud par les Açores, la ride médio-atlantique à l’Ouest et la marge européenne. Ces relations sont utilisées pour
mettre en évidence les fluctuations du climat et des « masses d’eaux écologiques » dans la zone considérée. Les
résultats obtenus sur les associations fossiles de 3 carottes du chenal de Rockall suggèrent que la zone de contact
entre les eaux superficielles de la mer du Labrador et celles de la dérive nord-atlantique occupait à l’Holoeènc
inférieur un domaine situé à proximité des îles britanniques.
Summary. The inventory of modem dinoflagellate cyst of 20 recent samples from the North-Eastern
Atlantic Océan was made. Variations in recent biogeographic distribution of the most common species were
related to environmental factors, in particular température and hydrological structure within an area bounded
by Iceland in the North and by Azores in the South, by the Mid-Atlantic Ridge in the West and the European
Margin in the East.
These relationships between cysts assemblages distribution in sédiments and surface water environ-
ments are being used to give evidence of palaeoclimatic changes and « ecological water masses » fluctuations
in the past. The results already obtained concerning the fossil assemblage of three cores in the Rockall Channel
point to the fact that the area of contact between surface waters of Labrador Sea and those of the North Atlantic
Drift was situated during the earlier Holocene period within the proximity of the British Isles.
INTRODUCTION
Au cours de la dernière décade, l’océan Atlantique a fait l’objet de nombreuses recherches rela¬
tives à la distribution des kystes de Dinoflagellés dans les sédiments actuels. Les études de Davey
(1971) près des côtes du Sud-Ouest africain, de Reid (1974, 1975) et Dale (1976), le long des côtes
européennes atlantiques et plus récemment celles de Wall et al. (1977) sur l’ensemble de l’océan Atlan¬
tique ont pertnis de souligner les relations des associations biologiques avec les divers paramètres de
l’environnement.
* Institut de Géologie du Bassin d’Aquitaine, Université de Bordeaux I, 351, Cours de la Libération,
33405 Talence cedex.
Source : MNHN, Paris
270
J.-L. TURON
La plupart de ces travaux concernent cependant les domaines néritiques dont les caractéris¬
tiques diffèrent sensiblement de celles des milieux océaniques adjacents. Il était en conséquence inté¬
ressant d’aborder l’étude du domaine profond et plus précisément de réaliser, sur une vaste zone de
l’Atlantique nord-oriental, un inventaire des thanatocénoses de kystes de Dinoflagellés. Les résultats
obtenus intégrés aux quelques données acquises antérieurement dans ce domaine (Wall et al., 1977 :
Williams, 1971) sont discutés en fonction des grands traits fondamentaux de l’environnement marin
actuel.
Dans une seconde étape, l’évolution des paléothanatocénoses au cours de l'Holocène permet,
en fonction des informations recueillies précédemment, de formuler une hypothèse sur les fluctuations
climatiques et hydrologiques.
Localisation géographique des prélèvements (Fig. 1 et annexe).
20 échantillons superficiels représentant la sédimentation actuelle et 3 carottes Kullenberg
ont été prélevés dans l’Atlantique nord-oriental sur des fonds compris entre 1.300 et 5.000 m.
Fig. 1. — Plan Je localisation et schéma hydrologique simplifié.
Préparations.
5 à 20 g de sédiment sec sont soumis à une attaque progressive à l’acide chlorhydrique (10 %,
20 %, 50 %). L’enrichissement du matériel est réalisé par deux passages dans une liqueur de densité 2
(iodure de Potassium, iodure de Cadmium). La phase argileuse et siliceuse est éliminée dans l’acide
fluorhydrique à 40 % pendant 24 heures. Le résidu est monté entre lame et lamelle dans de la gélatine
glycérinée.
Source : MNHN, Paris
DINOFLAGELLÉS EN ATLANTIQUE NORD-ORIENTAL (HOLOCÈNE) 271
Valeurs relatives.
Les valeurs sont rapportées à 100 kystes de Dinoflagellés à l’exclusion des kystes de Peridinium
(voir p. 000). Les autres organismes tels les Prasinophycées, forme varia I type (Traverse et Gins-
burc;, 1966). Pterosperma sp., Cyst type A (Harland, 1977) sont exclus des comptages.
Distribution actuelle des kystes de dinoflagellés
La distribution des principaux kystes de Dinoflagellés est illustrée sur les figures 2 à 8. On
constate qu une même espèce présente des fréquences relatives très variables suivant les échantillons
étudiés. Cependant, le développement optimal de la plupart des espèces correspond à un groupement
géographique de sites permettant de caractériser, selon Wall et al. (1977), le centre de distribution
de chaque forme. Sur l’ensemble de la zone, six espèces dites cardinales représentent tour à tour l’élé¬
ment prépondérant ou dominant de l’association : groupe Peridinium Ehrenberg, Leplodinium sphae-
ricurn Wall (1967), Bitectatodinium tepikiense Wilson (1973), Leplodinium aculealum Wall (1967),
Nemalospliaeropsis labyrinthea (Ostenfeld) Reid (1974), Wall (1967), Spiniferites mirabilis (Rossi¬
gnol) Sabjeant (1970). Operculodinium centrocarpum (Deflandre et Cookson) Wall (1967), est
souvent bien représenté mais ne domine jamais la thanatocénose dans le cadre de notre étude. I^eplo-
diniurn patulum Wall (1967), L. paradoxum Wall (1967), L. slrialalum Walll (1967), Spiniferites
elongatus Reid (1975) ont été également observés et constituent le plus souvent les éléments accessoires
des associations.
1. Les espèces cardinales.
Bitectatodinium tepikiense (Fig. 2) est l’élément dominant des associations au Nord du 53® lati¬
tude N. Ses fréquences les plus élevées semblent se localiser entre l’Islande et l’Écosse.
Source : MNHN, Paris
Fig. 3. — Distribution de Leptodinium sphaericum (premières valeurs J (%).
Distribution de Leptodinium paradoxum (valeurs entre parenthèses) (%).
Source : MNHN, Paris
DINOFLAGELLÉS EN ATLANTIQUE NORD-ORIENTAL (HOLOCÈNE) 273
Bien que signalée dans le plancton, au large du Cap Hatteras, cette espèce est accessoire dans
les thanatocénoses de cette région et au large de Terre-Neuve (Wall et al., 1977; Hahland, 1973).
Rare dans les fjords Scandinaves (Dalf., 1976), B. tepikiense est surtout abondant dans le domaine
côtier britannique (Reid, 1974).
Leptodinium sphaericum (Fig. 3) est présent dans l’ensemble des sites étudiés, mais son centre
de distribution correspond au voisinage de la ride Reykjanes.
Cette forme est signalée dans les thanatocénoses de la pente continentale du Middle Atlantic
Bight et dans les dépôts pélagiques de l'Atlantique équatorial et tropical (Wall et al., 1977).
Nematosphaeropsis labyrinthea (Fig. 4) est spécialement abondant dans la fracture de Gibbs.
Compte, tenu des données obtenues par Williams (1971), le centre de distribution de N. laby-
riiuhea dans l’Atlantique nord paraît se localiser entre 45° et 55° de latitude N.
L. aculeatum (Fig. 5) est le constituant majeur de l’association dans le Golfe de Gascogne, au
large de la Péninsule Ibérique, et au Sud des Açores. Relativement bien représenté dans les sédiments
pélagiques tropicaux et dans certains sites méditerranéens (Wall et al., 1977), L. aculeatum est l’espèce
caractéristique du faciès VI de Williams (1971) qui prolonge vers le Sud le centre de distribution défini
dans le Golfe de Gascogne.
Spiniferites mirabilis (Fig. 6) est l’espèce dominante à l’Ouest du Golfe de Gascogne. Cette
foi me est également bien représentée dans le Golfe de Gascogne, mais les fréquences relatives diminuent
très rapidement vers le Nord.
Souvent signalé dans les thanatocénoses de la Méditerranée et de l’Atlantique (Rossignol,
1969 ; W all, 1967 ; Wall et al., 1977), ce kyste n’est toutefois très abondant que dans un domaine
bien délimité, situé au Nord des Açores (Biofaciès IV de Williams, 1971). Compte tenu des résultats
obtenus sur nos prélèvements, cette zone apparaît comme l’unique centre de distribution de Sp. mira¬
bilis dans l’Atlantique septentrional.
Les espèces du groupe Peridinium (Fig. 7), en particulier P. avellana et P. corticoïdes , ont été
observées en grande abondance au Nord d’une ligne reliant le Sud de l’Islande à l’Écosse.
Cependant, d’après les informations de Dale (1976) et nos propres observations, les fréquences
relatives des espèces oblates et brunes varient dans une très forte proportion en fonction des méthodes
de traitement physico-chimiques. Les valeurs relevées peuvent être, en conséquence, difficilement
comparables et seules ont été retenues les informations semi-quantitatives, indépendamment du total
des autres kystes.
En ce qui concerne Operculodinium centrocarpum (Fig. 8), cette espèce n’est jamais dominante
dans nos prélèvements. Les valeurs maximales observées concernent certains sites du chenal de Rockall
et du Sud de l’Islande. Cependant, divers centres de distribution ont été définis sur l’ensemble de l’Atlan¬
tique. Ces centres correspondent aux zones des fjords norvégiens et de la Baltique, aux domaines estua-
riens et côtiers au Nord du Cap Hatteras ainsi qu’aux régions océaniques au large de l’Argentine, de
l’Afrique du Sud-Ouest, et du Gulf Stream (Dale, 1976 ; Wall et al., 1977 ; Harland, 1973 ; Wil¬
liams, 1971).
2. Les espèces accessoires.
Leptodinium paradoxum (Fig. 3) est toujours un élément mineur des associations. Sa représen¬
tation maximum correspond au domaine situé au Sud des Açores. Cette espèce est commune dans les
thanatocénoses océaniques des sédiments atlantiques tropicaux (Wall et al., 1977).
Leptodinium patulum est spécialement bien représenté au large du Portugal (26 %). Des valeurs
légèrement plus basses ont été observées vers les latitudes plus méridionales de l’Atlantique (Wall et al.,
1977).
Rare dans le Golfe de Gascogne, Leptodinium slriululum est une espèce commune (16 %) au Sud
des Açores (site 20) et sous les latitudes tropicales (Wall et al., 1977).
Spiniferites elongatus présente son développement optimal (10 %) dans le chenal de Rockall.
Rare ou absent dans le domaine côtier britannique (Reid, 1975) et dans les dépôts pélagiques atlan¬
tiques (Wall et al., 1977).
Source : MNHN, Paris
70° 60° 50° 40° 30° 20P 1(7* 0° 10°
Fig. 5. — Distribution de Leptodinium aculealum (%).
Fig. 6. — Distribution de Spiniferites mirabilis (%).
DINOFLAGELLÉS EN ATLANTIQUE NOHU-OIUENTAL (HOLOCÈNE)
Fig. 9. — Distribution des espèces en fonction de la température estivale de surface.
Relations kystes de dinoflagellés et environnement
La diversité des aires de distribution des espèces de Dinoflagellés montre <|ue les caractères
spécifiques de l’environnement ne sont pas identiques sur l’ensemble de la zone. L’interdépendance des
différents facteurs du milieu susceptibles de contrôler la composition qualitative des thanatocénoses
fait qu il est souvent difficile, cependant, d’en dégager le ou les paramètres déterminants. Trois grands
types de facteurs peuvent être évoqués : l’éloignement de la côte, la latitude, les masses d’eau et la cir¬
culation océanique.
1. La distribution horizontale.
A la suite des informations recueillies en milieu océanique au cours de cette étude et compte
tenu des connaissances acquises antérieurement en domaine de plateforme, il est possible de préciser
la distribution horizontale des principaux types de kystes de Dinoflagellés.
Ainsi, Spiniferites bulloideus, bien représenté près des côtes britanniques (Keid. 1974), et Lin-
gulodinium machaerophorum, élément essentiel des thanatocénoses estuariennes françaises et britan¬
niques (Reid, 1974 ; Morzadec-Kerfourn, 1976), sont très rares ou absents dans nos prélèvements.
Ces deux espèces ont une distribution préférentielle correspondant aux biotopes néritiques.
A l’inverse, Spiniferites mirabilis, .Y ematosphaeropsis labyrinthea et l’ensemble du groupe Lep-
todinium ont une représentation optimale en milieu océanique et sont rarement signalés dans les associa¬
tions du plateau continental limitrophe.
Enfin, dans le groupe intermédiaire composé d’espèces fréquentant à la fois les biotopes océaniques
et néritiques, on peut citer Operculodinium centrocarpurn, Bitectatodinium teplklenxe et le groupe Peri-
dinium (type P. avellana (Meunier et P. conicoides, Paulsk.n).
2. La latitude.
L’aire géographique inventoriée au cours de cette étude recoupe une succession de zones cli¬
matiques correspondant à des températures moyennes estivales de surface, s'échelonnant entre 11°C
et 25°C.
La figure 9 établie en fonction du développement de diverses espèces lié aux températures des
eaux de surface montre que l’abondance optimale des kystes de Dinoflagellés correspond à des domaines
climatiques bien délimités et variables selon les taxons.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
DINOFLAGELLÉS IîN ATLANTIQUE NORD-ORIENTAL (HOLOCÈNE)
277
C est ainsi que différentes associations basées sur l’importance relative des espèces dominantes
se succèdent depuis les latitudes septentrionales selon un schéma parallèle aux zones climatiques défini
par Hall (1964) dans l’Atlantique nord :
~ zone tempérée froide est caractérisée par la présence de deux types d’association, la pre¬
mière définie par Bileclatodium lepikiense, la seconde correspond aux deux espèces cardinales Lepto¬
dinium sphaericum et Nematosphaeropsis labyrinthea. C’est également dans cette zone que l’on observe
le développement optimal du groupe Peridinium. Bien qu’aucun échantillon de notre propre étude
ne soit situé dans la zone tempérée intermédiaire (Mild temperate), les données recueillies par Williams
(1971) tendraient à montrer qu elle correspond à l’association caractérisée par N. labyrinthea dominant.
La zone tempérée chaude. Deux types d’associations représentent cette zone, l’une caracté¬
risée par Leptodinium aculeatum près de la marge continentale, l’autre définie par l’abondance de
Spiniferites mirabilis plus au large.
Les rares données océaniques concernant le domaine climatique tropical suggèrent cependant
que cette zone pourrait se définir par une thanatocénose à Leptodinium où L. patulum serait l’espèce
cardinale.
3. Les masses d'eau et la circulation océanique.
Au sein d’une même zone climatique, plusieurs types de thanatocénoses peuvent apparaître
(voir ci-dessus). Le facteur température ne peut donc être le seul paramètre responsable de la composi¬
tion qualitative des associations. Étudiant le plancton atlantique, Fraser (1969) montre que certaines
espèces d’une même zone géographique sont intimement liées à des masses d’eau et à leurs déplacements.
Plus récemment, Reid (1975) met en évidence des relations entre la distribution des kystes de Dino-
flagellés et la présence de diverses masses d’eau dans les zones côtières britanniques.
Certaines espèces de plancton, aux exigences écologiques très précises, peuvent donc être utili¬
sées en tant que « marqueurs » ou « espèces indicatrices » de masses d’eau.
En ce qui concerne les kystes de Dinoflagellés déposés en milieu océanique, il apparaît que la
distribution des espèces cardinales peut être reliée à un environnement superficiel ou « masse d’eau
écologique » dont l’individualisation et la position géographique sont contrôlées par la circulation océa¬
nique générale.
— C’est ainsi que l’abondance de Peridinium semble coïncider avec la présence de l’eau sub¬
arctique véhiculée au contact de la dérive nord-atlantique par le courant est-islandais. Selon Martin
(1966), cette eau est moins salée et plus riche en sels nutritifs que l’eau atlantique pénétrant en mer
de Norvège au large des îles Faeroe.
— La thanatocénose à Leptodinium sphaericum-Nematospheropsis labyrinthea est remarquable¬
ment localisée dans la zone d’influence de la convergence sub-arctique (Lazier, 1973 ; Ruddiman
et Glover, 1975), lieu de contact des eaux issues de la mer du Labrador et des eaux de la dérive nord-
atlantique.
La thanatocénose à Leptodinium aculeatum dominant est caractéristique de la branche du
courant nord-atlantique qui diverge vers l’Est, pénètre dans le Golfe de Gascogne, longe les côtes du
Portugal et s’individualise le long des côtes africaines sous le nom de Courant des Canaries. La partie
méridionale de cette zone est le siège de résurgences océaniques permanentes ou semi-permanentes et
il est possible que cette thanatocénose soit en liaison étroite avec un environnement superficiel, riche
en éléments nutritifs.
L’association à Spiniferites mirabilis est bien individualisée au centre du mouvement anticy¬
clonique défini dans le domaine précédent. Cette gyre superficielle pourrait induire en son centre, par
suite de son isolement relatif, un environnement déficitaire en sels dissous.
Enfin, on peut observer que les informations recueillies au cours de cette étude sur la distri¬
bution d 'Operculodinium cenlrocarpum permettent de préciser l’aire de distribution de cette espèce,
Source : MNHN, Paris
278
J.-L. TURON
liée au flux d’eau superficielle qui, du Cap Hatteras aux fjords de Norvège, prend en écharpe l’ensemble
de l’Atlantique nord-oriental. Il faut souligner cependant qu’au niveau de la branche principale de la
dérive nord-atlantique baignant la marge britannique, l’abondance relative de cette espèce est forte¬
ment affectée par le développement optimal de Bitectatodinium tepikiense.
III. — Évolution des thanatocÏnoses à l’holocène dans le chenal de Rockai.l
Le modèle actuel de distribution des kystes de Dinoflagellés fait apparaître des relations étroites
avec divers paramètres de l’environnement, en particulier la température et l’hydrologie. A la suite
de ces observations, il nous a paru intéressant d’examiner dans quelle mesure les paléothanatocénoses
pouvaient apporter des informations sur l’évolution temporelle du climat et de la circulation océanique.
Dans cette optique, une étude microplanctonique a été réalisée sur des sédiments du Quater¬
naire terminal de trois carottes prélevées dans le chenal de Rockall (coordonnées en annexe). L’ana¬
lyse biostratigraphique 1 effectuée sur les carottes C 73103, C 73136 et C 73139 B, sur la base des associa¬
tions de Foraminifères planctoniques, montre que la sédimentation holocène est complète et continue.
La présence d’un lit de cendres volcaniques (ash zone) bien individualisé à la base de l’Holocène et
daté de 9300 ans B. P. (Ruddiman et Glover, 1975) apporte par ailleurs une information chronostra-
tigraphique.
1. Résultats (Fig. 10-11-12).
L’examen des diagrammes relatifs à ces trois sondages fait apparaître la présence de deux types
de paléothanatocénoses dont l’évolution dans le temps est dans l’ensemble identique.
Fig. 10. — Abondance relative des principaux types de Dinoflagellés dans la carotte C. 73103.
1. Nous remercions vivement M. Cl. Pujol (Département de Géologie et Océanographie) pour la communication
des résultats de cette analyse.
Source : MNHN, Paris
Fie. 11. — Abondance relative des principaux types de Dinoflagellés dans la carotte C. 73136.
Fie. 12. — Abondance relative des principaux types de Dinoflagellés dans la carotte C. 73139 B.
Source : MNHN, Paris
280
J.-L. TURON
— A la base de l’Holocène, l’association est caractérisée par les forts pourcentages de Lepto-
dinium sphaericum et Nematosphaeropsis labyrinthea. Les autres espèces Bitectatodinum tepikiense et
diverses Spiniferites sont accessoires. On note cependant les valeurs élevées d ' Operculodinium centro-
carpum dans la carotte C 73139 B.
— Au sommet, au cours de I’Holocène supérieur (Pujol et Turon, 1974), on observe l’installa¬
tion progressive de la thanatocénose actuelle à Bitectadodinium tepikiense.
2. Discussion.
L’interprétation de ce type d’évolution en fonction des résultats acquis sur les associations
actuelles permet de mettre en évidence deux types de renseignements paléoécologiques.
• D'un point de vue climatique, les associations à L. sphaericum-N. labyrinthea d’une part,
et B. tepikiense d’autre part, correspondent actuellement à la zone tempérée froide. Les températures
de surface au large des Iles britanniques ne semblent donc pas avoir évolué depuis 1e. début de l’Holo¬
cène.
• Considérations paléohydrologiques.
De nos jours, l’association à N ematosphaeropsis labyrinthea-Leptodinium sphaericum n’apparaît
pas dans le chenal de Rockall. Elle est observée plus à l’Ouest dans l’Atlantique nord près de la ride
médio-atlantique dans la zone d’influence de la convergence sub-arctique.
Compte tenu de ces observations, la présence de cette association près des lies britanniques
au début de I’Holocène, suggère qu’au cours de cette période, le schéma hydrologique dans la zone
étudiée était différent du schéma actuel. Il est ainsi possible d’envisager qu’au début du réchauffement
postglaciaire, la convergence sub-arctique occupait une position plus orientale que de nos jours. Le
contact entre les eaux du Labrador et la dérive nord-atlantique pouvait alors déterminer le développe¬
ment de l’association à N ematosphaeropsis labyrinthea et Leptodinium sphaericum dans le chenal de
Rockall. Cette convergence aurait par la suite progressé vers l’Ouest jusqu’à sa situation actuelle.
Il faut noter que ces conclusions sont parfaitement en accord avec l’évolution hydrologique de
l’Atlantique nord telle qu’elle a été décrite par Ruddiman et Glover (1975) sur la base des Foramini-
fères planctoniques.
CONCLUSIONS
L’abondance relative des espèces de kystes de Dinoflagellés observées dans les sédiments pro¬
fonds de l’Atlantique nord-oriental a conduit à envisager les différents facteurs pouvant contrôler leur
distribution.
Certaines espèces paraissent liées à des biotopes néritiques. D’autres sont exclusivement présentes
en milieu océanique. Une troisième classe, dite intermédiaire, fréquente à la fois les domaines de plate¬
forme continentale et les zones océaniques.
Les différentes espèces observées montrent des limites de répartition liées aux conditions clima¬
tiques des eaux de surface. Dans le domaine étudié, des relations étroites entre thanatocénoses et zones
climatiques ont pu être dégagées, en particulier les associations à Bitectatodinium tepikiense et Lepto¬
dinium sphaericum-N ematosphaeropsis labyrinthea caractérisent la zone tempérée froide tandis que
les thanatocénoses à Spiniferites mirabilis et Leptodinium aculeatum caractérisent les environnements
tempérés chauds.
Le facteur climatique, cependant, ne peut à lui seul déterminer la composition qualitative des
associations. A partir de la répartition des centres de distribution de diverses espèces, il est possible,
de relier les thanatocénoses à des « masses d’eau écologiques » de surface, dont les caractéristiques phy¬
sico-chimiques'et la localisation géographique sont fonction du schéma hydrodynamique actuel.
DINOFLAGELLÉS EN ATLANTIQUE NORD-ORIENTAL (HOLOCÈNE)
281
La présence d’une paléothanatocénose à L. sphaericum et N. labyrinthea dominants dans les
dépôts de 1*Holocène inférieur suggère qu’à cette époque la zone d’influence de la convergence sub¬
arctique (localisée à l’heure actuelle près de la ride médio-atlantique) se situait à proximité de l’Irlande.
Cette hypothèse s’intégre parfaitement avec l’évolution du schéma paléohydrologique de l’Atlantique
nord au Quaternaire terminal tel qu’il a été défini à partir de la microfaune planctonique.
En conclusion, les données nouvelles recueillies dans cette étude sur les populations actuelles
et l’intégration de ces données aux associations fossiles montrent que l’utilisation des kystes de Dino-
flagellés est susceptible d apporter des renseignements intéressants sur les fluctuations spatio-temporelles
des environnements océaniques.
Ce travail a été réalisé dans le cadre du Laboratoire associé au C.N.R.S. n° 197.
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282
ANNEXE
COORDONNÉES DES PRÉLÈVEMENTS
station
N° prélèvement
Latitude N
Longitude W
Profondeur (m)
SÉDIMENTS SUPERFICIELS
1
KR 7702
52°42'6
36005'
3 750
2
KR 7703
57°56'3
29°07'8
2 270
3
KR 7706
62°00'9
24°29'2
1386
4
K R 7714
62°27'4
20°24'7
1 457
5
KR 7713
61°20'
18°25'5
2 368
6
KR 7712
60°56'2
17°44'5
2 525
7
KR 73105
63°00'9
01°58'8
1947
8
KR 73104
61°58'8
02°30'4
1621
9
KR 73102
58°05'2
10°43'
2 005
10
KR 73101
56<>19'
11°33'4
2 588
11
KR 73110
55»36'
14°28'8
2 216
12
C 73139 B
54»38'
16°18'7
2184
13
KR 73111
51°29'2
17°41'3
4 654
14
KR 73112
50°08'9
17°22'1
4 787
15
KR 72103
46°46'2
08041'
3 750
16
C 6950
45°04'7
02°57'3
1877
17
C 6970
43°49'9
04°30'
2 520
18
KP 7469
45°27'6
13°30'6
3 670
19
HS 02
40°55'3
10035'
4 200
20
IN MD 69
34°48'08
26»1l'7
4 675
CAROTTES
C 73103
56°16'9
11°34'7
2 602
C 73136
55°34'3
14°27'2
2 189
C 73139 B
54«38'
16°18'7
2 184
Source : MNHN, Paris
DINOIT.AGICI.LÉS l'.N MftDlTlîHHANÉli
OCCIDENTALE (PmVriC.LIKN-PÉNKîLACIAIRE) 283
LES KYSTES DE DIINOFLAGELLÉS ET LE CLIMAT :
HEMICYSTODINIUM ZOHARYI (ROSSIGNOL),
ESI'Èr.E INDICATRICE D'ARIDITÉ Ali QUATERNAIRE
Résumé. - Le kyste île Di no flagellés : llemicystodinium zoharyi (Rossignol) est adapté actuellement
à îles eaux à forte salinité (Wall et al. 1977). Les formes fossiles sont localisées dans les estuaires et les baies aban¬
donnés par la mer lors de régressions quaternaires : au Prétiglien en Manche occidentale, à la fin de la dernière
glaciation, vers 31 000 B.P. et 18 000 B.P., en Méditerranée occidentale. Pour le développement de ce kyste,
le degré de salinité est plus important que la température. C’est un bon indicateur d’environnement aride.
Summary. The Dinoflagellatc cyst : Hemict/stodinium zoharyi (Rossignol) lias adapted to highly saline
waters (Wall et al. 1977). Fossil spccies occurs in estuaries and bays left by the sea during quaternary régres¬
sions : a) during prétiglien régression in the western approches of the English Channel, b) near 31 000 B.P. and
18 000 B.P. in the western part of the Mediterranean, at the end of the last glaciation. Salinity is more impor¬
tant than température for the development of the cyst ; it indicates arid conditions.
La répartition des kystes de Dinoflagellés dans les sédiments récents est soumise aux varia¬
tions écologiques du milieu. Sur le plateau continental, plus que la température, la salinité et la lumino¬
sité sont les facteurs importants de cette régulation. Cependant, dans beaucoup de cas, le climat inter¬
vient dans les modifications des caractères du milieu littoral. Un bassin isolé du domaine marin franc
est susceptible de dessalure par augmentation de l’apport fluviatile, de sursalure par évaporation.
Donc, les composants humide et aride du climat peuvent éventuellement être mis en évidence par
les associations de Dinoflagellés.
L’étude de la distribution des kystes de Dinoflagellés dans l’Océan Atlantique (Wall et al.,
1977) montre que les lagunes et les estuaires à haute salinité des îles tropicales et subtropicales (Ber¬
muda, Bahama, Jamaïca, Puerto Rico) sont les centres de dispersion de Hernicystodinium zoharyi
(Rossignol), kyste du genre Pyrodinium Plate. Ce kyste n’a jamais été rencontré dans les sédiments
marins récents de l’Atlantique nord ou de la Méditerranée (Rossignol, 1961, 1969; Williams, 1971 ;
Reid, 1974, 1975 ; Morzadec-Kerfourn, 1976, 1977 a, 1979 ; Wall et al., 1977). H. zoharyi est par
contre présent dans les sédiments de nombreux sondages en Méditerranée (Rossignol, 1962, 1969 ;
A lois! et al., 1978 : Morzadec-Kerfourn, 1979) ainsi que dans les dépôts estuariens plio-pleistocène
de Bretagne septentrionale (Morzadec-Kerfourn. 1977 b).
* Institut de Géologie et Équipe de Recherche du C.N.R.S. : Anthropologie, Préhistoire, Protohistoire et Quater¬
naire armoricains. Université de Rennes. 35042 Rennes Cedex.
Source : MNHN, Paris
284
m. t. morzadrc-khufouhn
I. — La représentation de Hemicystodinium zoharyi (Rossignol) pendant la dernière glaciation dans
le Golfe de Gabès (Méditerranée occidentale).
De forts pourcentages de Hemicystodinium zoharyi existent dans les sédiments carottés dans le
fond du Golfe de Gabès en KST 10, KST 19, KST 21 (Fig. 1) à deux reprises entre 31.000 et 18.000
années B. P. (Morzadec-Kerfoirn, 1979 : Dki.iuhias et Evin. 1979).
Fie. 1. — Localisation «les sondages étudiés (KST 10, KST 19, KST 211 dans le Golfe de Gabès (d'après Morzaoec-
Kerfourn, 1979i.
En KST 10 (Fig. 2), dans le fond du Golfe (— 23 in) à la base du sondage, à 2 m, l'association
de Dinoflagellés est monospécifique à H. zoharyi. Le caractère monospécifique de la population de
Dinoflagellés dénote l’existence de conditions exceptionnelles auxquelles seule une espèce s'est adaptée.
Ce niveau a été daté par le radiocarbone de 28.340 ± 660 B.P. (Gif 4538), donc d’une phase froide et
de régression du niveau marin de la dernière glaciation (Shalkleton et Opdvke, 1976). Dans ce sec¬
teur de la mer Pélagienne, la sédimentation est uniquement carbonatée, l’apport fluviatile est nul.
L’assèchement d’une lagune abandonnée par la mer lors de la régression a donc permis le développement
et la prolifération de H. zoharyi. Au-dessus de ce niveau à 1,80 m, un plancton plus marin s’installe
progressivement dans la lagune avec Lingulodinium machaerophorum (Deflandre et Cookson i.
44 %, Spiniferites ramosus (Ehrenberg), Operculodinium centrocarpum (Deflandre et Cookson;,
Source : MNHN, Paris
MER PELAGIENNE
KST 10
Fig. 2. — Diagramme de répartition des kystes de Dinoflagellés dans
Kerfoijrn, 1979).
les sédiments du sondage KST 10 (Morzadec-
MER PELAGIENNE
KST 19
Fig. 3. — Diagramme de répartition des kystes de Dinoflagellés dans les sédiments du sondage KST 19 (Morzadec-
Kerfourn, 1979).
286 M. T. MORZADEC-KERFOURN
0. israelianum (Rossignol). Ces kystes caractérisent la zone côtière interne définie dans la mer Péla-
gienne (Morzadec-Kerfourn, 1979) ; ils accompagnent la transgression marine dans le fond du Golfe
de Gabès. Il faut noter au début et à la fin de la transgression la présence de Tuberculodinium van
campoae (Rossignol). Lorsque la mer s’éloigne, la lagune évolue de nouveau en circuit fermé avec
augmentation de la salinité et prolifération de H. zoharyi. Cette seconde phase a été datée, au sommet,
de 21.240 ± 150 B.P. (Ly 1717) et appartient donc à la grande régression dont le maximum est atteint
vers 18.000-17.000 années B.P. La sédimentation versilienne débute à 10 cm de la surface et se marque
par un changement brutal de la composition de l’association des Dinoflagellés.
En KST 19 (Fig. 3), plus au large à — 43 m, les deux phases à H. zoharyi se retrouvent à la base
du sondage entre 4,50 m et 3 m. La transgression est marquée par le développement du plancton de
la zone côtière externe à Operculodinium centrocarpum et O. israelianum. Ces phases sont contemporaines
de celles du sondage KST 10. La régression inférieure a été datée de 27.230 ± 1.000 B.P. (Ly 1728),
le sommet du niveau régressif supérieur de 18.350 ± 440 B.P. (Ly 1727). La salinité dans la lagune est
certainement ici moins élevée, le taux maximum de H. zoharyi étant de 65 %. La tranche d’eau qui
s’est maintenue est plus épaisse vers le large, la sédimentation s’est d’ailleurs poursuivie en ce point
jusqu’à 18.000 B.P. environ au lieu de 21.000 B.P. dans le fond du golfe. La sédimentation, si elle a
été continue, est extrêmement faible, 1 mm en moyenne par an pour les trois phases réunies. Le second
épisode régressif est accompagné entre 3,50 m et 3 m par un fort développement d’Arlemisia indi¬
quant des conditions à caractère steppique (Brun, 1979).
MER PELAGIENNE
KST 21
Source : MNHN, Paris
DINOFI.AGELLÉS EN MÉDITERRANÉE OCCIDENTALE (PRÉTIGLIEN-PÉNIGLACIAIRE) 287
En KST 21 (Fig. 4), à — 52 m, deux épisodes régressifs à //. zoharyi sont encore décelables entre
4,60 m et 3,60 m. Datés par le radiocarbone respectivement de 31.160 ± 2.000 B.P. (Ly 1712) et de
27.120 ± 1.030 (Ly 1678), ils montrent le synchronisme du phénomène sur l’ensemble du fond du
Golfe. Au-delà de cette profondeur, l’association à H. zoharyi n’a pas été rencontrée dans les sondages.
On note seulement dans le fossé de Jarrafa à — 295 m la présence de kystes H. zoharyi allochtones entre
23.000 et 17.000 B.P. La teneur en sel en KST 21 est plus proche de la normale, H. zoharyi se situe
autour de 20 % et le plancton de la zone côtière-océanique à Spiniferiles pachydermus (Rossignol)
se maintient. H. zoharyi est accompagné ici de forts pourcentages de Tuberculodinium van campoae.
C’est une espèce également de milieu sursalé, mais sa tolérance à la sursalure est moindre. Dans KST 10
elle est présente dans la lagune au début et au déclin de la transgression, elle est éliminée par H. zoharyi
au moment de l’optimum de la salinité.
Dans le Golfe de Gabès, à l’Ouest d’une ligne allant des îles Kerkennah à l’île de Djerba, aux
périodes froides et régressives de la dernière glaciation ~ 31.000 B.P. et s: 18.000 B.P. correspond
la formation de lagunes sursalées, témoins de l’aridité de l’environnement immédiat. La phase trans¬
gressive qui les sépare, 2: 27.000 B.P., a été brève mais de grande ampleur puisqu’elle a atteint le
point KST 10 près du littoral actuel. Elle apporte dans la lagune un plancton qui vient s’ajouter à celui
déjà existant. La réponse des Dinoflagellés aux variations du milieu n’est pas spontanée ; il y a tou¬
jours passage progressif dans le temps d’un assemblage de kystes à un autre.
II. — Présence de Hemicyslodinium zohan/i (Rossignol) dans les sédiments de Pont-Rouz en Qucin-
perven (Bretagne).
Des sédiments estuariens, riches en coquilles d’huîtres, sont conservés dans la vallée du Guindy
à Pont-Rouz à 35 m d’altitude NGF (Fig. 5). Ce dépôt renferme de nombreux grains de pollen à aüi-
nité tertiaire. Leur disparition, en particulier celle des Taxodiacées à 4 m de profondeur, permet d’attri¬
buer un âge Reuverien à la base du sondage et un âge Prétiglien au sommet (Morzadec-Kebfoubn,
1977 b).
Fie. 5. — Localisation du gisement de Pont-Rouz, dans la vallée du Guindy * Côtes-du-Nord) IMosudsc-KhWM',
1977b).
Source : MNHN, Paris
Kig. 6. — Diagramme pollinique et de répartition des Kystes de Dinoflagellés dans les sédiments du sondages de Pont-Rouz en Quemperven (Côtes-du-
Nord) (Morzadec-Kerfourn, 1977b).
Source : MNHN, Paris
DINOFLAGELLÉS EN MÉDITERRANÉE OCCIDENTALE (PRÉTIGLIEN-PÉNIGLACIAIRE)
289
Les kystes de Dinoflagellés sont présents dans les niveaux à huîtres dès 4,50 m (Fig. 6). L’asso¬
ciation est caractéristique de la zone côtière telle qu’elle a été définie dans le Golfe de Gabès : forts
pourcentages de O. centrocarpum, de L. marchaerophorum ; elle se maintient pendant la Reuverien
jusqu’à 4 m. A la base du Prétiglien, entre 4 et 3,50 m, O. centrocarpum disparaît au profit de L. machae-
rophorum et de Spiniferites ramosus (Ehrenberg) (déterminé S. furcata). Ce fait semble indiquer un
léger recul de la mer. A 3,50 m, alors que les huîtres disparaissent, H. zoharyi se développe, sans jamais
toutefois dépasser des pourcentages de l’ordre de 20. Il se passe au moment de la régression prétiglienne
un phénomène comparable à celui observé dans le Golfe de Gabès. A Pont-Rouz, le développement de
H. zoharyi est accompagné par une extension des Graminées, une croissance de Artemisia et une chute
d ’Alnus. Ces caractères de la végétation indiquent l’apparition au cours du Prétiglien, de conditions
plus arides que celles existant au Reuverien en Bretagne septentrionale.
Un climat analogue à celui régnant en Méditerranée occidentale à la fin de la dernière glaciation
(aridité et basse température) a pu s’établir en Manche occidentale au cours du Prétiglien. La dispari¬
tion précoce des Taxodiacées au cours du Reuverien dans le Sud-Est de la France est attribuée à l’appa¬
rition d’une sécheresse estivale (Michaux et al., 1979). En Bretagne, une diminution importante des
précipitations jointe à une baisse de température au début du Prétiglien peuvent également expliquer
le recul des Taxodiacées.
III. — Conclusion.
Hemicystodinium zoharyi, en étant particulièrement adapté à des eaux à forte teneur en sel,
est un bon indicateur d’environnement aride. Les formes actuelles sont localisées dans les lagunes des
zones tropicale et sub-tropicale (Wall et al. 1977). Les formes fossiles se rencontrent par contre dans
les estuaires et baies abandonnés par la mer lors des régressions quaternaires : au Prétiglien en Manche
occidentale, à la fin de la dernière glaciation en Méditerranée. La présence de ces kystes implique l’exis¬
tence de conditions arides, nécessaires à l’obtention d’une sursalure et ceci quelle que soit la température.
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Source : MNHN, Paris
DINOFLAGELLATE FROM VERGONS (APTIAN-ALBIAN)
291
PALEOCLIMATOLOGICAL ASPECTS OF DINOFLAGELLATE
ASSEMBLAGES FROM THE APTIAN-ALBIAN
« MARNES NOIRES » NEAR VERGONS,
ALPES DE HAUTE PROVENCE, S.E. FRANCE
par
A. W. van Erve *, P. L. de Boer ** and A. R. Fortuin ***
Résumé. — Les kystes de Dinoflagellés des marnes noires — « alboaptiennes » près de Vergons ont été étu¬
diés dans le cadre de l’environnement climatique et sédimentaire qui caractérise le Crétacé moyen. L’accélération
de la dérive continentale à cette époque semble avoir été à l’origine d’une série d’événements tels que : accrois¬
sement des chaînes intra-océaniques, élévation du niveau marin et transgression généralisée ; élévation géné¬
ralisée de la température ; décroissement des différences climatiques latitudinales ; ralentissement de l’appro¬
visionnement du système marin en oxygène ; modification de la sédimentation carbonatée.
Coïncidant avec ces phénomènes, on observe une importante prolifération des espèces de Dinoflagellés.
Les données palynologiques s’accordent bien avec la division stratigraphique d’après les Foraminifères.
L’analyse des associations de Dinoflagellés peut être utilisée pour tester les estimations des environne¬
ments basées sur l’information physique et géochimique.
Summary. — Dinoflagellate cysts from the Aptian-Albian “ Marnes Noires ” near Vergons bave been stu-
died within the framework of the rather aberrant climatological and depositional patterns which characterize the
Mid-Cretaceous. Accélération of plate movements in that time interval seems to be the starting-point of a
sériés of events, such as : increase of volume of mid-oceanic ridges ; sea-level rise and a major transgression ;
increase of mean global température ; decrease of latitudinal différences in climate ; slackened replenishment
of oxygen within the marine System ; a changed pattern of carbonate déposition.
Coincidently, the number of dinoflagellate cyst species shows an important increase.
Palynological data are in good accordance with the stratigraphies! division as inferred from the distri¬
bution of foraminifera.
The dinoflagellate cyst assemblages may be applied in testing the model based on physical and geoche-
mical information.
INTRODUCTION
Pélagie Aptian-Albian sédiments in Southern Europe frequently deviate from the underlying
and overlying strata in containing less carbonate and in being more marly and clayey. Deposits with
* Institut für Palaontologie der Freien Universitât Berlin, Schwcndenerstrasse 8, 1000 Berlin 33.
** Instituut voor Aardwetenschappen Utrecht (IVAU), Budapestlaan 4 — De Uithof, Utrecht, The Netherlands.
*** Instituut voor Aardwetenschappen, Vrije Universiteit, de Boelelaan 1085, Amsterdam, The Netherlands.
Source : MNHN, Paris
292
A.
i T. VAN ERVE, P. L. DE BOER ET A. R. FORTÜIN
a relatively higher carbonate content, representing the older (Barremian, Hauterivian) and younger
stages (Cenomanian, Turonian), generally are recognizable in the field by their morphological expres¬
sion as cuesta’s (Figure 1).
TURONIAN
CENOMANIAN
ALBIAN
APTIAN
BARREMIAN
HAUTERIVIAN
ra
carbonate
marl/shale
Fig. 1. — Generalized schématical stratigraphical column of Middle Cretaceous pelagic strata in Southern Europe
and diversity of dinoflagellate cysts (after Bujak and Williams, 1979).
This change in lithology is usually linked with a supposedly important rise in sea-level, explained
by an increased volume of mid-oceanic ridges, due to accelerated plate movements (Van Straaten,
1973 ; Hays and Pitman, 1973 ; Pitman, 1978). As a resuit, up to approximately 80 % of the earth’
surface was covered by seas and océans, whereas this figure is about 70 % nowadays. Due to the
large spécifie heat of water, the increased sea surface could hâve had a equalizing effect on géographie
variations of the climate. Related to this event, but possibly also due to other causes, the general
climate showed an increase of mean température ; such an increase has been well demonstrated on the
basis of oxygen isotope ratios in fossil carbonate skeletons (for compilation see Fischer and Arthur,
1977).
Latéral variations of température were considerably less pronounced than they are nowadays
(Furon, 1972 ; Frakes, 1979) and thus were less able to act as a driving mechanism for océan water
circulation. Moreover, the Tethys Océan did not hâve direct connections with the polar areas of
that time (Fig. 2). Thus cold polar bottom waters, which are important for océan water circulation,
could not be active within the Tethys. The only connections to the “ Pacific Océan ” of that days
were formed by a wide opening in the east and a narrow, presumably shallow, opening between the
two Americas in the west.
The resulting restricted circulation in the Mid-Cretaceous Tethys is reflected by the very regular
occurrence of sédiments rich in organic carbon (black shales, etc. ; Schlanger and Jenkyns, 1976),
which were deposited and buried during periods when transport of oxygen to deeper water was insuf-
ficient to compensate the consumption by sinking dead organic matter.
The low carbonate content of many Aptian-Albian pelagic strata probably is the combined
resuit of withdrawal of carbon by déposition and burial of huge amounts of organic matter (Ryan
Source : MNHN, Paris
DINOFL
AGELLATE FROM VERGONS (APTIAN-ALB1AN)
2 !».'!
Fig. 2. — Outline of the Tethys Océan and relative position of the continents during the Middle Cretaceous
(after Smith and Bridcn, 1977).
Source : MNHN, Paris
294
L. W. VAN ERVE, P. L. DE BOER ET A. R. FORTUIN
and Cita, 1977) and extensive carbonate déposition in the extended shelf seas (Arthur and Schlanger,
1979). It is very suggestive that during this pelagic “ carbonate crise ” dinoflagellate cysts show their
maximal diversity (compare Bujak and Williams, 1979).
In such a system, with restricted circulation and regular oxygen exhaustion of deeper waters,
the number of écologie niches for certain life forms will increase, with resulting increased diversity
(compare, e.g., dinoflagellates ; Fig. 1). Other life forms, however, do need huge circulation Systems
and pass, during one lifetime, through a number of oceanic subenvironments ; for such forms a retarded
circulation might offer insurmountable barriers (Wonders, 1980).
In order to test the ideas as outlined above a project was started to investigate Mid-Cretaceous
strata in southem Europe (the sections of Vergons, La Vierre and Col de Palluel in France and the
Gubbio section in Italy ; see Fig. 3). In this paper the results of a palynological study of the Aptian-
Albian “ Marnes Noires ” near Vergons, Alpes de Haute Provence, S.E. France, situated at the Southern
margin of the Vocontian Trough (“ Fosse Vocontienne ”), are presented as a contribution to this
project.
REMARKS ON THE VERGONS SECTION
The section of Vergons has been described by Cotillon (1971). The dinoflagellate cysts, des-
cribed in the présent study, are derived from the Upper Aptian and Lower Albian (“ Marnes Noires ”)
of this section (Fig. 4). The content of organic carbon of the investigated samples lies in the range
of approximately 1 % to 4 %. The carbonate content of the marly beds varies from 25 % to 40 %,
whereas the harder carbonate beds may contain up to 70 % CaC0 3 . Although the effects of secondary
précipitation of carbonate seem to be of influence, the more carbonate-rich beds contain more organi-
cally produced carbonate (foraminifera, coccoliths). The non-carbonate part of the sédiment consists
of clay minerais and clay- and silt-sized quartz fragments.
Sédimentation has taken place in a semipelagic environment at the Southern rim of the Vocon¬
tian Trough (Figs. 5 and 6).
The fact that burrowing is sparse and that the original lamination often can be recognized,
together with the relatively high organic carbon content, point to oxygen déficient conditions during
sédimentation.
PALYNOLOGY OF THE VERGONS SECTION
The positions of the palynological samples has been plotted alongside the lithostratigraphical
column in figure 4.
Techniques and storage.
About 2-3 cm 3 of each sample was crushed in a mortar and treated with dilute HCl to remove
the carbonate component. The residue was washed out with water, after which a HF treatment was
applied with cold 45 % HF for 24-48 h. The HF was then decanted and the residue thoroughly stirred
in a solution of ZnCl 2 in 10 % HCl (spécifie gravity 2). Durind the gravity séparation the centrifuge
was given a capacity of about 2.800 révolutions/min for about 20 min, in order to remove ail minerai
substance. Then the float was poured off and washed several times with water ; the sample was embed-
ded in 50 % glycerin solution.
Préparations were made in glycerin jelly. Morphological studies hâve been preferably based
on single-grain préparations. These were mounted in glycerin sealed by paraffin wax.
Source : MNHN, Paris
DINOFL
,ATE FROM VERGONS (APTIAN-AI.BIAN)
Source : MNHN, Paris
A. W. VAN ERVE, P. L.
E BOER ET A. R. FORTUIN
Col de Palluel
> La Vierre
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***** A .50 KM.
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Fig. 5. — Paleogeographic aetting of the Vocontian Through during Aptian-Albian times.
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*************
Fig. 6. — Schematic positions of the sections in the Vocontian Trough.
Source : MNHN, Paris
DINOFLAGELLATE FROM VERGONS (APTIAN-ALBIAN)
297
Permanent slides, bearing the code VER 4 01, VER 4 02, etc., are stored in the collections of
the Laboratory of Palaeobotany and Palynology of the State University of Utrecht, The Netherlands.
Acid-resistanl microfossils front, the Vergons section.
The 20 samples investigated hâve yielded recognizable spores, pollen grains, acritarchs, scy-
tinascs (acid-resistant membranes of foraminiferal tests) and dinoflagellate cysts.
In the présent paper the only palynological group treated is that of the dinoflagellate cysts.
The qualitative stratigraphical distribution of the (selected) taxa is shown in Table II. The strati-
graphical classification of the palynological samples has been based on an investigation by one of us
(A.R.F.) of the foraminifera of this section (Table I).
The following dinoflagellate cysts hâve been selected from the total of the palynological assem¬
blages studied (see also Table II) :
Achomosphaera ramulifera (Deflandre, 1937) Evitt, 1963.
Aptea polymorphet Eisenack, 1958.
Apteodinium granulatum Eisenack, 1958.
Batioladinium micropoda (Eisenack et Cookson, 1960) Brideaux, 1975.
Callaiosphaeridium asymmetricum (Deflandre et Courteville, 1939) Davey and Williams, 1966.
Canningia colliveri Cookson et Eisenack, 1960.
Canningia minor Cookson et Hughes, 1964.
Canninginopsis tabulata (Davey et Verdier, 1974) Duxbury, 1977.
Carpodinium granulatum Cookson et Eisenack, 1962 emend. Leflingwell and Morgan, 1977.
Cassiculosphaeridia reticulata Davey, 1969.
Chlamydophorella nyei Cookson et Eisenack, 1958.
Chlamydophorella sp.
Cleistosphaeridium huguoniotii (Valensi, 1955) Davey, 1969.
Cleistosphaeridiurn polypes (Cookson et Eisenack, 1962) Davey, 1969.
Coronifera oceanica Cookson et Eisenack, 1958.
Cribroperidiniutn edwardsii (Cookson et Eisenack, 1958) Davey, 1969.
Cribroperidinium sepimentum Neale et Sarjeant, 1962.
Cyclonephelium distinctum Deflandre et Cookson, 1955.
Dingodinium cerviculum Cookson et Eisenack, 1958.
Endoscrinium campanulum (Gocht, 1959) Vozzhennikova, 1967.
Exochosphaeridium phragmites Davey et al., 1966.
Fromea amphora Cookson et Eisenack, 1958.
Gardodinium trabeculosum (Gocht, 1959) Alberti, 1961.
Gonyaulacysta cassidata (Eisenack et Cookson, 1960) Sarjeant, 1966.
Gonyaulacysta helicoidea (Eisenack et Cookson, 1960) Sarjeant, 1966.
Gonyaulacysta microceras (Eisenack, 1958) Clarke and Verdier, 1967.
Hystrichosphaeridium arundum Eisenack et Cookson, 1960.
Hystrichospkaeridiurn palmatum (White, 1842 ex Bronn, 1848) Sarjeant, 1964.
Hystrichosphaeridium stellatum Maier, 1959.
Hystrichosphaeridium tubiferum (Ehrenberg, 1838) Deflandre, 1937 emend. Davey and Williams, 1966.
Hystrichosphaerina schindewolfii Alberti, 1961.
Lithodinia psoros (Davey et Verdier, 1974) Gocht, 1976.
Lithodinia stoveri (Millioud, 1969) Gocht, 1976.
Muderongia staurota Sarjeant, 1966.
Odontochitina operculata (O. Wetzel, 1933) Deflandre and Cookson, 1955.
Oligosphaeridium aslerigerum (Gocht, 1959) Davey and Williams, 1969.
Oligosphaeridium complex (White, 1842) Davey and Williams, 1966.
Oligosphaeridium pulcherrimum (Deflandre et Cookson, 1955) Davey and Williams, 1966.
Ovoidinium scabrosum (Cookson et Hughes, 1964) Davey, 1970.
Source : MNHN, Paris
ch ronostrat igraphical
classification
- IO œ CB CD
DINOCYST SPP.
—o—o—o—o—
A. granulatum
B. micropoda
C. granulatum
C. sp.
L. psoros
L. stoveri
D. cerviculum
A. polymorpha
C. oceanica
H. schindewolfii
C. asymmetricum
C. reticulata
G. trabeculosum
G. microceras
C. tabulata
C. sepimentum
C. colliveri
C. nyei
C. huguoniotii
C. edwardsii
C. distinctum
E. phragmites
G. helicoidea
H. palmatum
H. stellatum
H. tubiferum
0. operculata
0. asterigerum
O. complex
P. parvispinum
S. c. cingulatus
S. r. ramosus
W. lunum
C. polypes
E. campanulum
C. minor
O. pulcherrimum
P. cretaceum
M. staurota
0. scabrosum
F. amphora
G. cassidata
S. r. reticulatus
A. ramulifera
H. arundum
GARGASIAN
nsay-
sian
AL-
BIAN
STRATIGRAPHICAL
CLASSIFICATION
Source : MNHN, Paris
Table II. — The qualitative stratigraphical distribution of the (selected) dinoflagellate cysts.
300
A. W. VAN ERVE, P. L. DE BOER ET A. R. FORTUIN
Palaeoperidinium cretaceum Pocock, 1962.
Prolixosphaeridium parvispinurn (Deflandre, 1937) Davey et al., 1969.
Spiniferites cingulatus cingulatus (O. Wetzel, 1933) Lentin and Williams, 1973.
Spiniferites ramosus ramosus (Ehrenberg, 1838) Loeblich and Locblich, 1966.
Spiniferites ramosus redculatus (Davey et Williams, 1966) Lentin and Williams, 1973.
Wallodinium lunum (Cookson et Eisenack, 1960) Lentin and Williams, 1973.
Dinoflagellate cyst stratigraphy of the Vergons section.
Most of the dinoflagellate cysts recorded are known to be rather long-ranging species ; there-
fore they cannot be used in classifying and/or subdividing the section studied on palynostratigraphical
grounds.
Fortunately a number of dinoflagellate cysts which are known to hâve their exit or entry in
the stratigraphical interval under considération (Upper Aptian/Lower Albian) is présent, i.e. (in alpha-
betical order) : Achomosphaera ramulifera, Aptea polymorpha, Canninginopsis tabulata, Cribroperidi-
nium sepimentum, Dingodinium cerviculum, Gardodinium trabeculosum, Hystrichosphaeridium arundum,
Hystrichosphaerina schindewolfii, Lithodinia stoveri and Ovoidinium scabrosum (Davey and Verdier,
1971, 1974 ; Verdier, 1974 ; Herngreen, 1978).
The subséquent entry of the species Ovoidinium scabrosum, Achomosphaera ramulifera and II y s -
trichosphaeridium arundum does suggest a Gargasian (or younger) âge for samples V. 98 up to and
including V. 59, a Clansayesian (or younger) âge for samples V. 110 up to and including V. 81 and an
Albian âge for samples V. 23 up to and including V. 73, respectively (Davey and Verdier, 1971, 1974 ;
Verdier, 1974 ; Herngreen, 1978). This is in full accordance with the results of the study of the fora-
miniferal content of this section (see Table I).
With regard to the species showing their last appearance in the interval, the picture is some-
what complicated. The presence of Lithodinia stoveri in the lowermost sample (V. 98) does suggest
that this part of the section was deposited during Middle Gargasian times.
According to Verdier (1974), the species Dingodinium cerviculum and Gardodinium trabeculosum
may be utilized in a palynological approach to the Gargasian-Clansayesian boundary. From the data
available it may be inferred that in this particular case of the section of Vergons Dingodinium cervi¬
culum disappeared in Late Gargasian and Gardodinium trabeculosum in Clansayesian times. The
joint occurrence of both species in sample V. 70 (of undoubtedly Albian âge) may be explained by
assuming reworking of older (Gargasian ?) strata.
As to the species which might be used in localizing the Aptian-Albian boundary ( Aptea poly¬
morpha, Canninginopsis tabulata, Cribroperidinium sepimentum and Hystrichosphaerina schindewolfii),
of which it is known that they hâve their last appearance in Late Aptian times, the results obtained
from the Vergons section fully correspond with those of earlier investigations (see compilation in Ver¬
dier, 1974). Aptea polymorpha and Hystrichosphaerina schindewolfiii hâve their last appearance in
sample V.93, whereas Canninginopsis tabulata and Cribroperidinium sepimentum show their last appea¬
rance in sample V. 81, i.e., in the highest palynological sample of Aptian âge available.
The presence of Muderongia staurota, generally considered to indicate a pre-Aptian âge, in
sample V. 19 remains somewhat of an enigma.
TOWARDS A PALEOCLIMATOLOG1CAL INTERPRETATION
OF THE DINOFLAGELLATE CYST ASSEMBLAGES
The general distribution pattern of climate existing over the earth at any spécifie time can be
hypothesized on a theoretical basis if the size, shape, orientation and distribution of the continents
is known and if some simple assumptions are made.
Source : MNHN, Paris
DINOFLAGELLATE FROM VERGONS (APTIAN-ALBIAN)
301
The hypothesis can be tested by adding lithological and paleontological information and esti-
mating their “ goodness of fit ” to the theorized climatic and/or water mass characteristics (compare,
e.g. Hart, 1978).
In the project under considération a physical/geochemical model is tested in which, among
other things, an increase of mean global température and a concomitant decrease of latitudinal diffé¬
rences in cliinate is postulated. The paleontological information presented in the présent paper, i.e.
the dinoflagellate cyst assemblages, in combination with the lithological data reflecting the semipe-
lagic environment at the Southern rim of the Vocontian Trough, may be used to test the model.
Since nowadays it is well possible to distinguish arctic, temperate and tropical dinoflagellate
cyst assemblages (compare e.g. Reid and Harland, 1977), it seems a reasonable procedure to attempt
a récognition of latitudinal différences in climate in a given geological period by analysing the degree
of compositional similarity in age-equivalent assemblages from different areas.
From the literature available (e.g. Eisenack, 1958; Cookson and Hughes, 1964; Clarke
and Verdier, 1967 ; Davey and Verdier, 1971, 1973 and 1974) it is évident that throughout Europe
dinoflagellate cyst assemblages from Late Aptian and Àlbian intervals from various environments
show a remarkable compositional similarity, both qualitatively and quantitatively. The présent
assemblages can be fully matched with the picture of similar development of dinoflagellate assemblages.
Because of the compositional uniformity of successive assemblages it may be assumed that during
Late Aptian and Albian times Europe formed part of a distinct dinoflagellate province.
This assumption is not in contradiction with the physical/geochemical model used in the pré¬
sent project. It should be realized, however, that a full test can only be performed, when more infor¬
mation on dinoflagellates has become available from other continents as well as from other stratigra-
phical intervals, especially from the Lower Cretaceous.
ACKNOWLEDGEMENTS
Much of the research of one of the authors (A.W.v.E.) was carried out at the State University of Utrecht,
The Netherlands.
Our sincere appréciation to Dr. P. Marks and Dr. H. Visscher for criticisms on the manuscript ; and to
Mr. H. A. Elsendoorn for being helpful in preparing the figures and tables.
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distribué le 13 février 1981.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
23 AVR. 1981
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Source : MNHN. Paris