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OLP - 3-6-817 0 9578 v
Nouvelle Série, Tome XIV, Fasc. 4
1979
TT
t 1 i lù
\
ISSN 0035-0702
~ REVUE
ALGOLOGIQUE
LABORATOIRE DE CRYPTOGAMIE
MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
12, RUE DE BUFFON ■ 75005 PARIS
Publication Trimestrielle Sorti des presses le 31 décembre 1979
OUVRAGE PUBLIÉ AVEC LE CONCOURS DU CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
COMITÉ DE LECTURE
F. ARDRÉ (Paris), Ed. BOUREAU (Paris), M. CHADEFAUD (Paris), F. GASSE (Paris),
P. GAYRAL (Caen), J.M. JONES (Isle of Man), M.T. L’HARDY (Le Mans), J.W.G. LUND
(Ambleside), F. MAGNE (Paris), D. MOLLENHAUER (Frankfurt/Main), G.W. PRESCOTT
(Wyoming), C.W. REIMER (Philadelphie), J. SEOANE-CAMBA (Barcelone),
J. A. WEST, (Berkeley)
Copyright © 1979. Revue AIgologique.
Nouvelle Série, Tome XIV, Fasc. 4
1979
REVUE
ALGOLOGIQUE
Fondée en 1922 par P. ALLORGE et G. HAMEL
Directeur : P. BOURRELLY
Rédacteur : M. RICARD
SOMMAIRE
Y. KIMURA. — Système et phylogénie du règne végétal.285
Y. RINCÉ. — Cycle saisonnier des peuplements phytoplanctonique et
microphytobenthique des claires ostréicoles de la baie de Bourgneuf . . 297
G. TELL. Scenedesmus nouveaux ou intéressants de la République
Argentine.315
P. DION & R. DELÉPINE. — Cycles de développement de Gigartina
stellata et Petrocelis cruenta (Rhodophyceae, Gigartinales).327
C. ABÉLARD. — Influence de divers milieux sur la croissance du thalle
d’Apoglossum ruscifolium (Turner) J. Agardh, (Rhodophycées, Céra-
miales). 343
R. DELÉPINE & A. LEGELEY-PADOVANI. — Premiers stades de recolo¬
nisation, par Durvillea (Phaeophyceae), de substrats naturels aiix Iles
Kerguelen.359
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE.365
Table du tome XIV.375
LES DIATOMEES LACUSTRES PLIO-PLEISTOCENES DU GADEB (ETHIOPIE)
SYSTEMATIQUE, PALEOECOLOGIE, BIOSTRATIGRAPHIE
par -Françoise GASSE
(Ecole Normale Supérieure, 92260, Fontenay aux Roses, France)
210 pages, 62 planches, 150 références, broché.
Prix de souscription : 260 FF, parution : déc. 1979.
L’auteur étudie dans cet ouvrage les diatomées d’une séquence continentale, lacus¬
tre puis fluvio-lacustre, de 45 m d’épaisseur, d’âge plio-pléistocène (2.7-0.7 millions
d’années), récoltées sur les hauts plateaux volcaniques d’Ethiopie (2300 m d’altitude).
La première partie est consacrée à la description de la flore : 392 taxons apparte¬
nant à 31 genres ont été inventoriés. Cette étude taxinomique contient la description
de nombreux taxons nouveaux ou intéressants et s’appuie sur 62 planches photogra¬
phiques réalisées en microscopie photonique et électronique à balayage : près de 900
clichés représentant 265 taxons et leurs variations spécifiques.
Dans la deuxième partie, les associations successives des diatomées de la phase
franchement lacustre (2.71-2.35 millions d’années) sont définies et interprétées. Ces
associations sont très diversifiées et leur composition floristique s’explique par l’évolu¬
tion écologique du milieu et l’âge ancien des dépôts. Des fluctuations climatiques
globales paraissent, en partie, responsables des changements écologiques enregistrés par
les diatomées. L’ancienneté de la flore se manifeste principalement dans le groupe des
centriques (Melosira, Cyclotella, Stephanodiscus) et se traduit par l’abondance d’es¬
pèces éteintes ou d’aire biogéographique actuellement restreinte. Leur valeur bio-
stratigraphique est soulignée par l’analyse de leur paléogéographie et paléostratigraphie
mondiale. Certaines espèces vivant encore actuellement présentent des caractères
archaïques et l’existence de nombreuses formes intermédiaires reflète une période
d’intense évolution spécifique.
L’analyse des diatomées lacustres plio-pléistocènes du Gadeb est la première étude
d’une séquence épaisse, continue et très bien située dans le temps par de nombreuses
datations radiométriques. Seul, ce type d’étude permet des corrélations interrégionales
et intercontinentales pouvant apporter des conclusions générales sur l’évolution des
milieux continentaux, la paléobiogéographie et la phylogénie des diatomées. De plus,
la richesse et la qualité de l’illustration en font un important document sur la systé¬
matique et la biogéographie des diatomées lacustres plio-pléistocènes.
LES DIATOMEES LACUSTRES PLIO-PLEISTOCENES DU GADEB (ETHIOPIE)
SYSTEMATIQUE, PALEOECOLOGIE, BIOSTRATIGRAPHIE
par Françoise GASSE
BON DE RESERVATION
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cet ouvrage. En juillet 1979, les personnes ayant renvoyé ce bon recevront un bon de commande
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PLIO-PLEISTOCENE LACUSTRINE DIATOMS FROM THE GADEB (ETHIOPIA)
SYSTEMATIC, PALEOECOLOGY, BIOSTRATIGRAPHY
by Françoise GASSE
(Ecole Normale Supérieure, 92260 Fontenay aux Roses, France)
210 pages, 62 plates, 150 references, bound.
Subscription price : 260 FF, issue on Dec. 1979.
In this paper, the author présents the diatom study of a continental (lacustrine and
fluvio-lacustrine) sequence of 45 m thick and dated from 2.7 to 0.7 million years. The
geographical and geological setting of the sédiments, taken from the volcanic uplands
(2300-2350 m in élévation) of Ethiopia, is briefly described in the introduction.
The fïrst part is relative to the systematical study of the rich diatom flora : 392 taxa
belonging to 31 généra. This taxonomical chapter is based on 62 photographie plates
in photonic (28 plates) and scanning microscopy (34 plates). 265 of the taxa are
represented, taking into account their spécifie variations.
In the second part, the successive diatom assemblages of the entire typical lacus¬
trine phase (2.71-2.35 million years) are defined and interpreted. Their floristic com¬
position dépends on the ecological évolution of the biotope and on the Plio-Pleistoce-
ne âge of the deposits. Ecological changes deduced from the diatom flora seem to be
partly due to global climatic fluctuations. The âge of the flora appears clearly through
the Centric diatoms ( Melosira, Cyclotella, Stephanodiscus). It is registered by the
abundance of species now extinct or with today restricted biogeographical area.
The study of their paleogeographical distribution and their stratigraphical range
throughout the world indicates they are excellent biostratigraphical markers. Many
species présent transitional forms indicating that the Plio-Pleistocene was a period of
intensive spécifie évolution.
The analysis of the plio-pleistocene lacustrine diatoms of the Gadeb represents the
first diatom study on a thick and continuous continental sequence set within a ra-
diometrically dated time scale. Only this type of study allows interregional and inter¬
continental corrélations and will lead to general conclusions concerning the ecological
évolution of the continents, the paleobiogeography and the phylogeny of the diatoms.
The numerous illustrations make this an important work for the systematic and the
biostratigraphy of the plio-pleistocene lacustrine diatoms-.
PLIO-PLEISTOCENE LACUSTRINE DIATOMS FROM THE GADEB (ETHIOPIA)
SYSTEMATIC, PALEOECOLOGY, BIOSTRATIGRAPHY
par Françoise GASSE
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285
SYSTEME ET PHYLOGENIE DU REGNE VEGETAL*
Y. K1MURA**
RÉSUMÉ. - Les récentes recherches sur la cellule végétale, et sur le flagelle en particulier,
ont fait de grands progrès grâce au microscope électronique et, de ce fait, l’auteur doit
maintenant réviser la classification et les idées sur la phylogénie des plantes telles qu’il
les avait proposées en 1963 (fig. 1). Les Pyrrophytes ne sont pas directement dérivés des
Cyanophytes mais leur évolution passe par les Euglénophytes. Les Rhodophytes ne sont
pas dérivées des Cyanophytes mais des Chlorophytes. Trois embranchements (divisio)
sont ajoutés, les Cryptophytes, les Haptophytes et un nouvel embranchement les Crosso-
mycophytes. Chaque embranchement de plantes et les changements de classes parmi les
embranchements sont indiqués dans le Tableau 1, et leur phylogénie dans les figures 2 et 3.
ABSTRACT. - By the électron microscope, the recent studies concerning the microstruc¬
ture of cell, especially of flagellum, advanced largely, and the System and phylogeny which
the author proposed in 1963 (fig. 1) must be now revised. The way of évolution from
Cyanophyta to Pyrrophyta must be changed to it from Cyanophyta to Euglenophyta
and from the latter to Pyrrophyta. The transition from Cyanophyta to Rhodophyta directly
must be changed to it passing through Euglenophyta and Chlorophyta. Three divisions
are added: Cryptophyta, Haptophyta and a new division Crossomycophyta. The System
of each division and the changes of the System, of their classes are indicated in Tab. 1 and
the Phylogeny of each division in fig. 2 and fig. 3.
INTRODUCTION
Récemment, les recherches sur la structure et le contenu cellulaire, surtout
en ce qui concerne le flagelle (flagellum, cil, fouet), ont beaucoup avancé grâce
au microscope électronique et aux procédés biochimiques. Par suite, les concep¬
tions sur la systématique et la phylogénie des végétaux, antérieurement publiées
* Cet article a été réalisé au Laboratoire de Cryptogamie du Muséum National d’Histoire
Naturelle (Professeur P. BOURRELLY), 12 rue de Buffon, 75005 Paris.
** Professeur à l’Université de Chuo, 742 Higashinakano, Hachioji, Tokyo, 192-03 Japon.
Rev. Algol., N. S., 1979, XIV, 4: 285-296.
Source : MNHN, Paris
286
Y.KIMURA
par l’auteur, doivent être modifiées. Stimulé par l’étude de MANTON et CLARK
(1950), j’avais insisté sur l’importance du flagelle comme caractère taxinomique
et discuté de la systématique et de la phylogénie des plantes à partir des trois
caractères suivants : flagelle, chlorophylle et organisation de la cellule (K1MURA,
1953); puis, en 1955 j’avais exposé mon point de vue (K1MURA, 1955). Dix
ans après, lors de la rédaction du chapitre consacré à la taxonomie dans un
livre de Biologie (K1MURA, 1965), j’avais fait une révision du sujet.
La méthode de classification et de recherche de la phylogénie n’a pas changé
depuis 1953: la classification des plantes doit être établie en considérant tous
SYSTEME ET PHYLOGENIE DU REGNE VEGETAL
287
les caractères, mais doit être marquée par les caractères les plus saillants et les
moins nombreux possible. La phylogénie fondée sur ce système de classification
est représentée par l’arbre phylogénétique des figures 1 et 2 . Les cercles repré¬
sentent les plantes vivantes de chaque embranchement et le cercle noir, dans
le centre de chaque cercle, indique les plantes qui sont les ancêtres de chaque
embranchement. Si l’on considère ce diagramme comme une coupe, l’arbre
phylogénétique d’après la méthode classique est représenté par la figure 3.
Avec le même type de diagramme, l’auteur a déjà publié l’arbre phylogénétique
des Monocotylédones (KIMURA, 1956).
L’auteur se propose de discuter ici les différences entre les deux systèmes
et phylogénies des plantes, déjà publiés en 1963 (fig. 1) et maintenant proposés
(%2).
DISCUSSION
L’ÉVOLUTION DES CYANOPHYTES AUX EUGLENOPHYTES
Une espèce du genre Synechocystis (Cyanophycées) qui s’associe toujours
avec des Ascidiées du genre Didemnum a été découverte par LEWIN et CHENG
(1975)’. Cette espèce, considérée comme la nouvelle espèce Synechocystis
didemni, aurait non seulement de la chlorophylle a mais aussi de la chlorophylle
b (LEWIN, 1975). Ce fait a été confirmé biochimiquement (LEWIN et WI-
THERS, 1975). Et cependant, grâce au microscope électronique, il a été vérifié
que cette algue bleue a un noyau typiquement procaryotique (SCHULZ-BAL-
DES et LEWIN, 1976). Parmi les Cyanophytes qui ont toujours uniquement de
la chlorophylle a, il est extraordinaire d’avoir de la chlorophylle b; LEWIN
(1976) a donc proposé une nouvelle division, Prochlorophyta, et a donné à cette
algue le nom de Prochloron didemni comme espèce d’un nouveau genre Pro-
chloron au lieu de Synechocystis (LEWIN, 1977).
CHADEFAUD (1978) considère qu’il y a eu trois macromutations, indépen¬
dantes les unes des autres, pour passer de l’état de chlorophylle a à l’état de
chlorophylle a + b, c’est à dire une macromutation dans l’évolution des Cyano¬
phycées aux Prochlorophycées, une allant des Cyanophycées aux Chlorophycées
et, enfin, une dans l’évolution des Chromophycées - qui sont dérivées des Cyano¬
phycées - pour aboutir aux Euglénophycées.
Le genre Prochloron, qui est dépourvu de phycobiliprotéines, est différent
en cela des autres genres de Cyanophycées. Concernant la phycobiliprotéine,
je considère que la chlorophylle b sert à absorber l’énergie lumineuse à la place
de la phycobiliprotéine. Comme il n’y a aucun caractère différent entre Pro¬
chlorophycées et Cyanophycées, excepté les pigments assimilateurs, je propose
de diviser les cyanophytes en deux classes, les Eucyanophycées et les Proto-
chlorophycées à laquelle appartient Prochloron.
Je considère que la macroévolution de la chlorophylle a à la chlorophylle
a + b s’est faite une fois seulement parmi les Cyanophytes. Par suite, on doit
288
Y. KIMURA
Fig. 2. Diagramme ou arbre phylogénétique des embranchements des plantes, d’après la
méthode de l’auteur. Pour les nombres et les noms des embranchements, voir Tab. 1.
Les grands cercles représentent les embranchements qui ont plus de 1000 espèces.
Parmi les Euglenophyta, Pyrrhophyta, Chrysophyta, 10% d’espèces sont incolores.
faire maintenant passer le processus de l’évolution des Cyanophytes aux Pyrrho-
phytes (KIMURA, 1963) par les Euglénophytes qui possèdent toujours chloro¬
phylle a + b; il n’y a pas de modification des Euglénophytes aux Chlorophytes,
tandis qu’il y a changement des Euglénophytes aux Pyrrophytes possédant
chlorophylle a + C 2 .
SYSTEME ET PHYLOGENIE DU REGNE VEGETAL
289
L’ÉVOLUTION DES CHLOROPHYTES AUX RHODOPHYTES
Si la différence entre les Procaryotes et les Eucaryotes est de plus en plus
claire, l’évolution des Procaryophytes aux Eucaryophytes pose un grand pro¬
blème. Les Eucaryophytes possèdent une membrane nucléaire, des thylacoïdes
chlorophylliens entourés d’une membrane distincte, des corps de Golgi, un
réticulum endoplasmique, des mitochondries et des microtubules; en un mot
elles présentent des membranes intracellulaires développées. Il me parait possible
que cette macroévolution se soit achevée en une fois dans l’histoire des êtres
vivants.
Cette macroévolution a eu lieu lors de l’évolution des Cyanophytes aux
Euglénophytes. Je considère maintenant que les Rhodophytes sont dérivés
des Chlorophytes et non des Cyanophytes comme je l’avais proposé (KIMURA,
1963).
Le noyau des Pyrrhophytes (Dinophycées), à chromosomes distincts même
pendant l’interphase, a été appelé «dinocaryon». DODGE (1966) l’a nommé
«mésocaryon» et il a également nommé les êtres vivants qui ont un mésocaryon,
«Mesocaryota» et les a situés entre Procaryota et Eucaryota. La différence
entre Procaryotes et Eucaryotes est si grande que je voudrais partager tous
les êtres vivants en Procaryotes et Eucaryotes et subdiviser les Eucaryotes en
Mésocaryotes et Métacaryotes (nouvelle dénomination). Les Métacaryotes
sont des Eucaryotes à l’exception des Mésocaryotes auxquels j’ajoute les Euglé¬
nophytes en considérant les travaux de LEEDALE (1958) sur le noyau des
Euglénophytes. L’évolution de la structure du noyau serait ainsi :
procaryon —> eucaryon (mésocaryon —> métacaryon)
En considérant cette évolution de la structure du noyau, on doit penser
que les Euglénophytes seraient dérivés des Cyanophytes, et que les Chlorophytes
seraient des Euglénophytes. Les Rhodophytes qui possèdent un véritable méta¬
caryon doivent donc dériver des Chlorophytes et non pas directement des
Cyanophytes.
En général, depuis longtemps, on considère que les Rhodophytes sont dérivés
des Cyanophytes parce que, comme les Cyanophytes, les Rhodophytes ont
seulement de la chlorophylle a dans les Bangiophycées ou des chlorophylles
a + d dans les Floridéophycées (MEEKS, 1974), et jamais de chlorophylle
b; de plus, elles n’ont aucun flagelle dans leur cycle vital. Elles ont des thyla¬
coïdes simples portant des granules de biliprotéine. Je considère que dans les
Rhodophytes la chlorophylle b est dégénérée ou s’est changée en chlorophylle
d et, qu’en conséquence, les Rhodophytes doivent retrouver des biliprotéines
pour vivre dans les milieux plus difficiles ou moins lumineux.
Les études concernant Cyanidium sont importantes à ce point de vue. Cyani-
dium caldarium est eucaryote-métacaryote. Bien qu’il ressemble aux Chloro¬
phytes (HIROSE, 1950), il a seulement les chlorophylles a et c - phycocyanine
(biliprotéines sans chlorophylle b). Il a un chloroplaste distinct et la paroi de
la cellule rigide. Dans cette espèce de Cyanidium, l’absorption des rayons lumi¬
neux est faite principalement par la biliprotéine et non par la chlorophylle
290
Y. KIMURA
Jj ^ Jn ^ S SÔ a. £ mSS o
Fig. 3. — Arbre phylogénétique d’après des méthodes classiques mais avec les types des
flagelles et l’indication des macromutations des caractères.
a (ALLEN, 1959). Pour Cyanidium, qui croît dans un milieu très spécial (0.1
NH 2 SO 4 et 70 -75 C en température), dans lequel aucune autre espèce de
Chlorophyte ne peut vivre, il est sans doute nécessaire d’avoir chlorophylle a
plus biliprotéine pour subsister. HIROSE (1950), pour qui cette algue était
une Chlorophycée de la famille des Oocystacées, a changé d’opinion et transféré
cette espèce, sous le nom de Rhodococcus caldarius, dans les Rhodophytes
(HIROSE, 1958); cependant il est facile de penser que cette espèce provient
d’un groupe de Chlorophytes. Les Rhodophytes sont dérivés des Chlorophytes
et, un peu comme Cyanidium, elles sont parvenues à la formule chlorophylle a
+ biliprotéines des Cyanophytes en se développant dans un milieu moins lumi¬
neux et moins favorable que celui des Chlorophytes.
SYSTEME ET PHYLOGENIE DU REGNE VEGETAL
291
Une autre difficulté que pose l’hypothèse de l’origine des Rhodophytes à
partir des Chlorophytes est qu’elles sont dépourvues de flagelle durant toute
leur vie. Dans deux espèces au moins de Rhodophytes on a découvert trace de
flagelle : dans les gamètre de Bonnemaisonnia hamifera (S1MON-BICHARD-
BRÉAU, 1971) et Erythrocystis montagnei (TR1POD1 et MAS1, 1978). On
peut objecter qu’il est impossible de considérer ce que représente ces photo¬
graphies au microscope électronique comme un futur flagelle, on ne peut mettre
en doute cependant qu’il s’agit là d’un vestige de flagelle et que ce vestige
indiquerait l’évolution des Rhodophytes à partir des Chlorophytes.
Pour la solution du problème concernant l’évolution des Eucaryotes, il y
a aussi l’hypothèse endosymbiotique. Cette hypothèse a été récemment reprise
par MARGULIS (1970). La présentation de la plupart des théories concernant
cette hypothèse se trouve dans TAYLOR (1974). Dans cette hypothèse les
noyaux, mitochondries, flagelle, etc., de la cellule sont des symbiontes prove¬
nant d’autres organismes. Des Eucaryotes de ce type prenant une espèce de
Cyanophycée comme symbionte devient une plante plastidiée. Le noyau des
Rhodophytes étant eucaryote-métacaryotique, les Rhodophytes sont consi¬
dérés comme une symbiose de Cyanophyte et de Chlorophyte aplastidiées.
Quoique puisse permettre l’hypothèse endosymbiotique, on doit considérer
les Chlorophytes comme l’origine des Rhodophytes, mais je n’ai pas accepté
cette hypothèse dont la difficulté est expliquée par ALLEN (1959) dans le
cas de Cyanidium.
En proposant un nouveau système des plantes (Tab. 1) je voudrais ajouter
trois embranchements qui sont : Cryptophytes, Haptophytes et Crossomyco-
phytes.
Cryptophyta
Dans l’article publié en 1963 (K1MURA), je place les Cryptophycées comme
une classe de l’embranchement des Chrysophytes, mais les recherches au micro¬
scope électronique ont révélé que le type de flagelle des Cryptophycées est
très spécial. Il y a deux flagelles différents; l’un est penné, l’autre est pectiné
(Cryptomonas, Hemiselmis) ou n’a presque pas de mastigonème (Chroomonas)
(HIBBERD et al., 1971). Le caractère des mastigonèmes ressemble tout à
fait à celui des Chrysophytes et, bien qu’il ait un flagelle pectiné, pas du tout
à celui des Pyrrhophytes ou des Euglénophytes. Les Cryptophytes ont seulement
chlorophylle a + c 2 , comme les Pyrrhophytes, et non pas comme les Chryso¬
phytes qui ont chlorophylle a + C! + c 2 . Les Cryptophytes forment le seul
embranchement qui présente des granules de phycobiliprotéine dans les thyla-
coïdes. Par suite, j’ai décidé de prendre des Cryptophycées comme un embran¬
chement des Cryptophytes. ROUND (1965), LEEDALE (1974), BOLD (1978),
VAN DEN HOEK (1978), ont déjà fait de ce groupe un embranchement dis¬
tinct. Il me semble que les Cryptophytes sont dérivés des Pyrrhophytes, mais
qu’ils ont développé la phycobiliprotéine pour absorber l’energie de la lumière
parce que la chlorophylle c 2 n’était pas suffisante. Les Chrysophytes qui se sont
développés à partir des Cryptophytes n’ont pas eu besoin de phycobiliprotéine
en plus de la chlorophylle Cj.
292
Y. KIMURA
Haptophyta
Ce groupe, autrefois inclus dans les Chrysophytes, est bien caractérisé par
deux flagelles de même longueur sans mastigonème accompagnés d’un autre
flagelle appelé haptonema PARKE et al., 1 955). CHRISTENSEN (1962) a établi
dans les Chromophytes une nouvelle classe, les Haptophycées. Maintenant,
grâce au microscope électronique on sait que l’haptonema est composé de 6
à 9 tubules, et n’est pas du type 9 + 2 (MANTON et LEEDALE, 1961, etc.).
Principalement par les caractères des deux flagelles dépourvus de mastigonème
et l’haptonema qui est spécifique, cet ensemble d’Haptophycées est tout à fait
différent des Chrysophytes et doit être nommé Haptophytes comme déjà
fait LEEDALE (1974), PARKE et D1XON (1976) et VAN DEN HOEK (1978).
Il est possible que les Haptophytes soient dérivés des Chrysophytes dont les
flagell es ont perdu les mastigonèmes et se sont couverts d’écailles et d’une sorte
de poils très délicats, et de plus ont développé un haptonema.
Crossomycophyta
J’ai placé Labyrinthula parmi les Labyrinthulales des Myxomycophytes
avec un point d’interrogation en 1963. HOLLANDE et al. (1955) avaient déjà
décrit les spores biflagellées de Labyrinthula et considéraient les Labyrinthuli-
dae de ce groupe, non plus comme des Protéomycées, mais comme des Proto¬
flagellées proches des Chrysomonadines. GRASSE (1952) a placé les deux genres
des Labyrinthulidae, Labyrinthula et Labyrinthornyxa , parmi les Protozoaires
Héliozoaires. CHADEFAUD (1960) a considéré Labyrinthula, qui est rattaché
aux Labyrinthulides avec Labyrinthoriza, comme des groupes qui sont des
Chrysoflagellés et des Xanthoflagellés incolores.
Les études récentes sur Labyrinthula et Labyrinthornyxa ont éclairci les
caractères de ses flagelles et de son noyau. Les zoospores de Labyrinthula
ont le flagelle antérieur pourvu de deux rangées de mastigonèmes et le flagelle
postérieur sans mastigonème (AMON et PERKINS, 1968); elles ont un noyau
eucaryotique-métacaryotique. En considérant ce type de flagelle et de noyau,
Labyrinthula doit se rattacher aux Phycomycophytes ou Chrysophytes et je
place ici Labyrinthula dans les Chrysophytes plutôt que dans les Phycomyco¬
phytes. En tenant compte du stigma très distinct et des caractères des corps
végétatifs, je donne au groupe des Labyrinthula le nom de Labyrinthophycées
qui forme une classe des Chrysophytes. Quant à Labyrinthornyxa marina, qui
a le flagelle antérieur pectiné, c’est à dire porteur d’une rangée de mastigonèmes
longs et très minces, et qui a le flagelle postérieur lisse (PERKINS et MENZEL,
1967), il est semblable en cela aux Pyrrhophytes et aux Euglénophytes et non
pas aux Chrysophytes. Cette espèce est tout à fait différente des espèces du
genre Labyrinthula. Le noyau de Labyrinthornyxa possède deux formes dif¬
férentes au cours de l’interphase (PERKINS et MENZEL, 1967), soit de méso-
caryon soit de métacaryon. En raison de cela, je fais de ce genre un nouvel
embranchement des Mésocaryotes, les Crossomycophytes, parce qu’il n’y a ni
stigma ni chlorophylle, à la différence des Pyrrhophytes et des Euglénophytes.
SYSTEME ET PHYLOGENIE DU REGNE VEGETAL
293
Le nom de cet embranchement est dérivé de celui de son flagelle antérieur qui
rappelle une sorte de frange (du grec Crossotos).
Crossomycophyta (Crossomycota) divisio nova : Fungi unicellulari, meso-
caryotici vel metacaryotici; zoosporae non stigmatiferae, biflagelliferae, flagellis
anterioribus stichonematis, posterioribus anematis.
Typus divisioni : Labyrinthomixa marina Mackim et Ray in J. Inv. Path.
13: 199-222 (1969). Syn. : Dermocystidium marinum Mackin., Olven et Collier
in Science 11: 328-329 (1950).
CLASSIFICATION DES PLANTES
Depuis 1953, j’ai employé les types de flagelle comme caractère fondamental
pour diviser les embranchements des plantes. On peut subdiviser tous les em¬
branchements en tenant compte de la nature des chlorophylles et de l’organi¬
sation cellulaire (Fig. 1), des types de flagelles (fig. 3) et en tenant compte des
trois facteurs réunis dans le tableau 2.
Je remercie vivement le Pr. Bourrelly, du Laboratoire de Cryptogamie pour son aimable
accueil ainsi que pour ses amicales suggestions et ses encouragements dans mes recherches.
OUVRAGES CITÉS DANS LE TEXTE
ALLEN, M.B., 1959 — Studies with Cyanidium caldarium-, an anormalously pigmented
Chlorophyte. Arch. Mikrobiol. 32 : 110-111.
AMON, J.P. et PERK1NS, F.O., 1968 - Structure of Labyrinthula sp. Zoospores. J. Proto-
zool. 15, 3: 543-546.
BOLD, H.C. et WYNNE M.J., 1978 - Introduction of the Algae. Prentice Hall ed., 706 p.
CASPAR, S.J., 1974 - Grundzüge eines natürlichen Systems der Mikroorganismen. Jena.
CHRISTENSEN, T., 1966 - Systematisk Botanik. Sonensen Botanik, t. 2, Copenhagen: 72.
CHADEFAUD, M., 1960 - Traité de Botanique;!. Les végétaux non vasculaires. Masson
éd., Paris, 1018 p.
CHADEFAUD, M., 1978 - Sur la notion de Prochlorophytes. Rev. Alg. N. S., 13, 3: 203-
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DODGE, S.D., 1966 - The Dinophyceae, in; The chromosome of the Algae. Godward ed.,
London : 96-115.
GRASSE, P. P., 1952 - Traité de Zoologie. Masson ed., 1er tome, Paris.
H1BBERD, D.J., GREEWOOD, D.A.D. et GRIFFITHS, H.B., 1971 - Observations on the
ultrastructure of the flagella and periplast in the Cryptophyceae. Br. Phycol. J. 6, 1:
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SYSTEME ET PHYLOGENIE DU REGNE VEGETAL
295
Talleau I : Systèmes comparés d’embranchements (phylum) des plantes
KIMURA 1979
LEEDALE 1974
CASPER 1974
PROCARIOPHYTA
PROCARYOTE
PROCARYOBIONTA
1-Bacteriophyta
Bacteria
l-Bacillicea
Eubacteriae
Hemibacteriae
2- Cyanophyta
Cyanophyta
2- Nostocicea
Eucyanophyceae
Prochlorophyceae
EUCARYOPHYTA
EUCARYOTE
CARYOBIONTA
3- Euglenophyta
Euglenophyceae
Euglenophyta
4- Euglenicea
4- Pyrrhophyta
Dinophyta
10- Peridiniicea
Dinophyceae
Desmophyceae
5- Crossomycophyta
Crossomycetes
METACARYOPHYTA
6- Chlorophyta
Chlorophyta
3- Volvocicea
Bryopsidophyceae
Bryopsidicea
Prasinophyceae
Tetraselmidicae
Euchlorophyceae
Volvocicae
Zygophyceae
Zygnematicae
Oedogoniophyceae
Oedogoniicae
7- Charophyta
Charophyta
Characca
8- Bryophyta
Bryophyta
Rhyniicea
Hepaticae
Musci
Anthocerotae
9- Pteridophyta
Psilophytopsida
Psilotopsida
Lycopsida
Sphenopsida
Pteropsida
Trachelophyta
10- Spermophyta
Gymnospermae
Ahgiospermae
11- Rhodophyta
Bangiophyceae
Florideophyceae
Rhodophyta
12- Nemalionicea
12- Cryptophyta
Cryptophyceae
Cryptophyta
11-Cryptomonadicea
296
Y. KIMURA
13- Chrysophyta
Chrysophyta
5- Chrysophyta
Chrysophyceae
Xanthophyceae
Xanthophyta
7- Xanthophyta
Xanthosiphonophyceae
Eustigmatophyceae
Eustigmophyta
Chloromonadophyceae
9- Vacuolariicea
Diatomophyceae
Bacillariophyta
6- Bacillariicea
Labyrinthulophyceae
26- Monosigicea
25- Labyrinthulicea
14- Haptophyta
Haptophyta
—^ Chrysophyta
Haptophyceae
15- Phaeophyta
Phaeophyta
8- Laminariicea
16- Phycomycophyta
Oomycota
13- Saprolegniicea
Oomycetes
Hyphochytridiomycetes
14- Hyphochytriicea
Trichomycetes
16- Amoebidiicea
Zygomycetes
Zygomycota
19- Mucoricea
17- Myxomycophyta
Myxomycota
Plasmodiophoroomycetes
24- Plasmodiophoricea
Myxomycètes
23- Physaricea
Acrasiomycetes
18- Archimycophyta
Chytridiomycota
15- Chytridiicea
Chytridiomycetes
Monoblephalidiomycetes
Blastocladiomycetes
19- Eumycophyta
Ascomycètes
Ascomycota
17- Endomyceticea
Basidiomycetes
Basidiomycota
21 - Gymnasicea
1 8- Ustilaginicea
appendice : Lichens
20- Puccinicea
22- Sclerodermaticea
Tableau 2. - Types de flagelles: OO: pas de flagelle; SS: deux stichonématés; SA: un sticho-
nématé et un anématé ; A A : deux anématés (même longueur) ; (AA) : deux anématés ;A°°:
nombreux anématés; PS’: un pleuronématé et un stichonématé mais différent de SS;PA:
un pleuronématé et un anématé; AAh: deux anématés et haptonema; Aa: deux anématés
mais de différente longueur; AO: un anématé seulement. — Conventions utilisées: (1):
procaryon; 3: mésocaryon ; 6: métacaryon; 8: organisation multi cellulaire.
Chlorophylle
Type des Flagelles
OO SS SA AA (AA) A- PS' PA AAh Aa AO
(1) 19 5 16 17 18
(2)
10 3 6 7 8 9
4 12
13 15 14
11
0
a
a +b
a+c 2
a +ci +c 2
a±d
297
CYCLE SAISONNIER DES PEUPLEMENTS
PHYTOPLANCTONIQUE ET MICROPHYTOBENTHIQUE
DES CLAIRES OSTREICOLES DE LA BAIE DE BOURGNEUF
Yves RINCÉ*
SUMMARY. - A study on diatom communities was made in oyster-ponds near by the
bay of Bourgneuf (Vendée, France). The ecological survey by the mean of fortnightly
sampled water and soil gives evidence of the fertility of this biotop. The planktonic diatom
community inhabiting the sea-basins was found composed of about thirty species. Their
qualitative as well as quantitative annual répartition point out the occurence of a seasonal
cycle related to the évolution of the same diatom populations in the natural habitat.
The benthic diatoms developing on the silty ground of the oyster-ponds belong to sixty
species. Their annual variations are less marked than those of the planktonic community.
However the spécifie diversity and the cellular counts show a seasonal évolution that sug-
gests the influence of ecological factors mainly température and light conditions.
RÉSUMÉ. - L’étude des communautés de diatomées a été réalisée dans les claires ostréi¬
coles de la baie de Bourgneuf (Vendée, France). L’examen des prélèvements d’eau et de
sédiments réalisés tous les 15 jours a permis de mettre en évidence la fertilité de ces bio¬
topes. Les communautés de diatomées planctoniques de ces bassins d’eau de mer étaient
composées d’une trentaine d’especes dont la répartition qualitative et quantitative annuelle
souligne la présence d’un cycle saisonnier lié à l’évolution de ces mêmes populations de
diatomées dans leur habitat naturel.
Les diatomées benthiques se développant sur un substrat vaseux appartiennent a 60
espèces. Leurs variations annuelles sont moins marquées que celles des diatomées planc¬
toniques. Cependant, la diversité spécifique et les dénombrements cellulaires révèlent
une évolution saisonnière qui suggère l’importance de l’influence de certains facteurs écolo¬
giques comme la température et l’éclairement.
* Laboratoire de Biologie Marine, U ER des Sciences de la Nature, 2 rue de la Houssinière,
44072 Nantes Cedex.
Rev. Algol., N. S., 1979, XIV, 4: 297-313.
Source : MNHN, Paris
298
Y. RINCÉ
INTRODUCTION
Dans le cadre d’une étude visant à une meilleure connaissance de l’écologie
des claires ostréicoles de la baie de Bourgneuf, nous avons été amené à mettre
en relief l’intervention des diatomées dans le peuplement de ces biotopes.
Le présent travail complète l’aspect purement qualitatif que constitue l’inven¬
taire déjà proposé du peuplement végétal des claires (RINCÉ, 1979). L’analyse
de ses variations qualitatives et quantitatives au cours d’un cycle annuel permet
d’en dégager les principales phases et d’établir leur relation avec le contexte
climatique régional.
1 - RÉGION ÉTUDIÉE
Les deux bassins ou claires que nous avons étudiés sont situés dans un polder
bordant la baie de Bourgneuf (voir carte, fig. 1). Creusés dans le sol sableux-
vaseux de terrains conquis sur la mer et que protège une digue, ils sont contigus
Fig. 1. — A: La baie de Bourgneuf - en hachures fines les zones de claires ostréicoles. B:
Localisation de la baie de Bourgneuf sur le littoral atlantique français. C: Les claires
étudiées - mode d’alimentation - les flèches figurent la circulation de l’eau de mer - les
points noirs marquent l’emplacement des stations. Échelle: l/7000e.
DIATOMÉES DES CLAIRES OSTRÉICOLES
299
(claire 1 et claire 2, fig. 1), de forme rectangulaire et ont une superficie voisine
de 300 m^ pour une profondeur de 60 cm. La claire 2 s’est trouvée chargée
d’environ 5000 huîtres pendant 8 mois de l’année tandis que la claire 1 n’en a
contenu aucune.
Le canal d’alimentation part d’un vannage implanté dans la digue et permet
par l’intermédiaire de canaux plus petits puis de conduites souterraines débou¬
chant dans le sol des claires de les remplir d’eau de mer. L’orifice d’alimentation
et d’évacuation appelé «dérase» dans la région de Bourgneuf peut être obstrué
par une bonde, ainsi c’est l’ostréiculteur qui décide de l’entrée d’eau de mer
dans les claires ou de leur vidage.
De dimensions réduites, les claires ostréicoles sont sujettes à des variations
parfois rapides des caractéristiques physico-chimiques de l’eau résultant de
l’intervention humaine ou du climat régional.
Les températures comprises entre 4 et 13 C pendant le printemps, l’automne
et l’hiver, atteignent 26° C en été. La salinité fluctue entre 22 et 37% : ses princi¬
pales variations sont liées à la sécheresse estivale et automnale puis à l’impor¬
tance des précipitations hivernales et printanières qui déterminent aussi une
augmentation de la turbidité.
2- MÉTHODES
Effectués toutes les semaines alternativement dans le canal d’alimentation
et dans les claires de janvier à décembre 1977, les prélèvements d’eau sont des¬
tinés à l’analyse du phytoplancton provenant de la mer et parvenant aux bassins.
Ils sont réalisés en remplissant d’eau de surface des bonbonnes de verre. Soumise
à un intense brassage au cours de son trajet jusqu’aux claires, l’eau de mer qui
y séjourne n’est le siège d’aucune stratification du seston. Les échantillons de
phytoplancton en surface sont donc représentatifs de la totalité des masses
d’eau.
Simultanément aux prélèvements d’eau des claires, sont effectués des carot¬
tages à la main en vue de l’analyse du peuplement vivant au contact du sol
des bassins. L’hydrodynamisme engendré par l’entrée ou le départ de l’eau crée
des conditions de vie différentes aux deux extrémités de chaque claire. C’est
pourquoi deux stations y ont été choisies, l’une près de l’orifice d’alimentation,
l’autre à l’extrémité opposée.
L’eau surnageante des carottes est fixée au formol a 2% neutralisé; les orga¬
nismes présents dans le surnageant sont examinés et dénombrés selon la méthode
d’Utermôhl (1958).
Le microphytobenthos est analysé à partir de sous-échantillons soumis à
un tri gravimétrique selon la méthode de Leboime (LEBOIME, 1948). Les
organismes récupérés dans un bac de décantation sont identifiés, puis dénom¬
brés en chambre de sédimentation à l’aide d’un microscope inverse.
300
Y. RINCÉ
Les résultats de nos comptages permettent d’établir en nombre de cellules
par unité de volume d’eau ou par unité de surface de sédiment la densité des
différentes populations au sein des peuplements phytoplanctonique et micro-
phytobenthique. L’indice de diversité de Gleason (GLEASON, 1922 inGRALL
et JACQUES, 1964) calculé selon la formule d = - p ~ — où S est le nombre
log N
d’espèces présentes dans l’échantillon et N l’effectif total, précise l’évolution
qualitative des peuplements analysés.
3- RÉSULTATS
L’inventaire des espèces recensées au cours de notre étude fait apparaître
une très large dominance des diatomées tant dans les échantillons d’eau que
dans les échantillons de sol des claires. Riche d’une centaine d’espèces dont
les deux tiers sont benthiques et sessiles le peuplement diatomique reflète
la proximité de la baie de Bourgneuf. L’appartenance de la majorité d’entre elles
au sous-ordre des Pennées Biraphidinées illustre la prépondérance du peuple¬
ment benthique par rapport au peuplement planctonique.
A. CYCLE ANNUEL DU PHYTOPLANCTON
Le cycle annuel du phytoplancton présent dans l’eau du canal d’alimentation
et des claires se partage en quatre périodes inégales dans leur durée mais assez
proches des saisons normales et nettement individualisées par la composition
qualitative et quantitative du peuplement de diatomées.
Phase printanière
De mars à la mi-mai s’étend une période caractérisée par le réchauffement
progressif des eaux et l’allongement de la durée d’ensoleillement. A cela s’ajoute
une accentuation des brassages d’eau de mer par le jeu des marées qui se traduit
par de profonds échanges hydrologiques et biologiques entre les eaux du large
et la baie de Bourgneuf.
La densité moyenne du peuplement phytoplanctonique du canal d’alimenta¬
tion et des claires est alors voisine de 1(P cellules/litre (voir fïg. 2). Cette richesse
est liée à l’apport dans la baie de Bourgneuf d’espèces appartenant au phyto¬
plancton néritique et océanique. On dénombre ainsi jusqu’à 22.10^ cellules/
litre dans l’eau du canal d’alimentation où Skeletonema costatum (Grev.) Cl.
représente environ 90% de l’effectif des diatomées. Les espèces coloniales
Thalassionema nitzschioides Grun., Thalassiosira decipiens (Grun. ex V. H.)
Jôrg. et Asterionella japonica Cl. y atteignent leurs densités de population
maximales. Elles sont accompagnées vers la fin du printemps de quelques espèces
«secondaires» parmi lesquelles figurent Rhizosolenia setigera Bright. et R.
styliformis Bright. (voir fig. 4).
Dans les claires le phytoplancton printanier est dominé par le développement
de S. costatum. On en dénombre jusqu’à 4.10^ cellules/litre dans la claire 1 le
DIATOMÉES DES CLAIRES OSTRÉICOLES
301
2. — Densité numérique des peuplements phytoplanctoniques exprimée
cellules par litre. Échelle logarithmique.
nombre de
302
Y. RINCÉ
19 avril 1977. Toutefois la prolifération simultanée de formes benthiques,
surtout au mois d’avril, se traduit par la présence dans l’eau de nombreuses
cellules vivant normalement au contact du substrat. C’est le cas de Melosirà
nummuloides Ag., Navicula ramosissima (Ag.) Cl., Nitzschia sigma (Kütz.) Wm.
Smith et Nitzschia apiculata (Greg.) Grun.
Phase estivale
Deux pics de densité numérique 'bornent l’un en juin, l’autre en septembre
l’évolution régressive estivale du phytoplancton dans le canal d’alimentation
(voir fig. 2). Le premier maximum concerne la population de S. costatum qui,
avec 63.1 CP cellules/litre représente 97,5% du peuplement. Il est accompagné
d’une poussée saisonnière de Rhizosolenia delicatula Cleve. Le second pic est
dû à une prolifération de Chaetoceros debile Cleve qui constitue alors 45% de
l’effectif. Entre ces deux maxima s’étend une période où la densité du peuple¬
ment phytoplanctonique s’établit à 24.10^ cellules/litre.
Dans les claires, les densités relevées pendant les mois d’été pourraient per¬
mettre de conclure à une richesse du phytoplancton égale voire supérieure à
celle du phytoplancton printanier. Ces valeurs sont dues à la présence dans
Peau des bassins d’un grand nombre de cellules appartenant à des espèces ben¬
thiques ou tychopélagiques. Le contingent phytoplanctonique vrai est très
discret, quelques colonies de Chaetoceros debile et Ditylum brightwellii (West.)
Grun. ex V. H. en forment l’essentiel avant la réapparition en septembre de
S. costatum fournissant 30% de l’effectif total.
Phase automnale
Dès le mois d’octobre la baisse des températures moyennes de l’eau s’ajoute
à la modification de l’angle d’incidence des rayons lumineux pour expliquer,
avec l’amplification des mouvements de brassage des eaux dont les éléments
nutritifs ont été régénérés, le renouvellement de la communauté phytoplanc¬
tonique. Les mois d’octobre et novembre voient augmenter la densité du peu¬
plement des eaux du canal d’alimentation où S. costatum constitue encore
avec parfois plus de 16.10^ cellules/litre l’essentiel du peuplement de diatomées
(voir fig. 2). Rhizosolenia setigera y réapparaît brièvement avec 500 à 1200
cellules/litre. Il est bientôt suivi de colonies de Thalassionema nitzschioides
dont l’effectif passant de 7200 cellules/litre en octobre à 1100 en novembre
disparaît totalement à la fin de cette période (voir fig. 4).
Dans l’eau des claires la participation des espèces planctoniques est modeste
sauf en ce qui concerne S. costatum (apparu fin octobre dans la claire 2 avec
126.10-5 cellules/litre). Il est accompagné de Thalassiosira decipiens (2200
cellules/litre) et de plusieurs espèces épiphytes ou benthiques dont la présence
est liée à une plus forte agitation de l’eau. C’est ainsi que le 4 novembre 1977
un litre d’eau de la claire 2 recèle, entre autres, 2090 cellules de Licmophora
ehrenbergii (Kütz.) Grun. et près de 3.10-5 cellules de Navicula ramosissima.
Dans le même bassin une petite poussée de Phaeodactylum tricornutum Bohlin
explique que l’on y trouve 10^ cellules de cette espèce par litre tandis qu’une
exceptionnelle prolifération d’Amphora ostrearia Bréb. ex Kütz. fait participer
DIATOMÉES DES CLAIRES OSTRÉICOLES
303
cette espèce pour 30% du peuplement phytoplanctonique avec 17.10 3 cellules/
litre.
Dans la claire 1 on retrouve les mêmes grandes lignes avec une apparition
plus tardive et un peu plus ample de S. costatum dont la population le 23
novembre 1977 se trouve forte de 182.10 3 cellules/litre.
Phase hivernale
La densité du phytoplancton hivernal de l’ordre de 10 4 cellules/litre accuse
une diminution sensible par rapport à la phase précédente (voir fig. 2). Bien
qu’on note encore dans le canal d’alimentation et les claires pendant le mois
de décembre une poussée de S. costatum et la présence de Thalassiosira decipiens
la prolifération et la mise en suspension de diatomées benthiques contribuent
essentiellement au maintien de ce niveau de densité. Parmi les espèces concernées
Cylindrotheca closterium, Nitzschia sigma et Amphora ostrearia sont les plus
remarquables.
Leptocylindrus danicus Cl. apparaît vers la moitié de l’hiver avec un effectif
réduit de 600 cellules/litre. En février, il disparaît remplacé par une population
aussi discrète de Thalassiosira decipiens.
Deux espèces benthiques présentent en hiver des proliférations telles que
l’on retrouve un grand nombre de cellules dans i’eau des claires alors qu elles
vivent normalement en colonies englobées dans des tubes muqueux. Il s’agit
A'Amphipleura rutilans (Trent.) Cl. dont on a pu dénombrer 10 6 cellules/litre
dans la claire 2 au mois de janvier et Navicula ramosissima qui peut représenter
parfois 30 à 40% de l’effectif phytoplanctonique.
B. CYCLE ANNUEL DU MICROPHYTOBENTHOS
Moins marqué que le phytoplancton dans la succession de densités numé¬
riques retraçant un cycle saisonnier, l’évolution du microphytobenthos des
claires présente néanmoins quatre périodes superposables aux phases précédem¬
ment décrites.
Phase printanière
Aux quatre stations de prélèvement de sol la phase printanière est caractérisée
par des poussées de faible amplitude maintenant la densité numérique du peuple¬
ment aux environs de 4.10 4 cellules/cm 2 (voir fig. 3). Durant les mois de mars
et avril le tracé de l’indice de diversité spécifique reflète l’hétérogénéité des
conditions de vie des populations benthiques aux points de prélèvement. Dans
la claire 1, à proximité de la «dérase» la baisse de 4,6 à 2,8 qu’il affecte au
mois de mars est imputable au doublement de l’effectif suite à la prolifération
des populations de Navicula ramosissima, Cylindrotheca closterium (Ehr.)
Reiman ex Lewin et Nitzschia lanceolata Wm. Smith. A l’extrémité opposée
du même bassin l’élévation progressive de l’indice de diversité de 2,1 à 3,7
atteste la mise en place d’un peuplement d’une richesse certaine et que dominent
Navicula ramosissima et Nitzschia sigma (voir fig. 4). Dans la claire 2, à la station
Source : MNHN, Paris
304
Y. RINCÉ
Fig. 3. — Densité numérique des peuplements microphytobenthiques exprimés en nombre
de cellules/cm 2 . Échelle logarithmique. Chaque diagramme est surmonté d’une courbe
représentant l’évolution de l’indice de diversité spécifique à chaque station.
proche de la «dérase», l’enrichissement spécifique marquant l’installation de la
communauté printanière n’intervient qu’au cours du mois d’avril. Il est rapide¬
ment suivi de l’effondrement de l’indice de diversité de 4,7 à 2,7 dû au maintien
de la population de Nitzschia sigma au sein d’un peuplement qui perd 10 es¬
pèces. A la station opposée le déclin du peuplement printanier est plus tardif,
il débute à la mi-mai et s’accentue jusqu’au mois de juin.
Du mois de mars au mois de juin, on constate que l’amplitude modeste des
variations de l’indice de diversité spécifique et les densités numériques de l’ordre
de 10 4 et même 10^ cellules/ cm 2 font état d’une richesse notable du peuple¬
ment en espèces en relation avec le caractère favorable des conditions de vie.
Considérablement affaiblies après l’hiver, les populations de diatomées ben-
thiques, relativement indépendantes vis-à-vis de températures encore peu élevées
(4 à 10 C), profitent d’une amélioration du rendement de la photosynthèse,
conséquence de l’allongement de la durée journalière d’ensoleillement. Cette
reprise des processus métaboliques relance la compétition entre espèces. Le
peuplement dominé par Navicula ramosissima qui prolonge ainsi son développe-
DIATOMÉES DES CLAIRES OSTRÉICOLES
305
ment hivernal et Nitzschia sigma qui représente jusqu’à 67% du peuplement,
s’enrichit aussi de l’installation des populations d 'Amphiprora alata (Ehr.)
Kütz., Nitzschia habirshawii Febiger, Gyrosigma balticum (Ehr.) Cl. et Nitzschia
apiculata pour ne citer que les plus importantes. La fin du mois de mai corres¬
pond au terme de la phase printanière. La chute de l’indice de diversité spéci¬
fique plus ou moins marquée selon les stations, après une baisse accentuée des
nombres cellulaires (25% à l’opposé de la «dérase» de la claire 1, 65% à l’opposé
de la «dérase» de la claire 2), accompagne la transition entre le peuplement
printanier et le peuplement estival.
Phase estivale
Caractérisée par un ensoleillement maximal et les températures les plus éle¬
vées, la phase estivale voit au mois de juin se poursuivre l’appauvrissement
sévère du peuplement en espèces et en individus amorcé à la fin du mois de mai.
Les densités numériques avec des valeurs comprises entre 5.10^ et 18.1CH
cellules/cm^ prennent leurs valeurs minimales annuelles. Dès le mois de juillet
intervient un apport d’espèces à développement estival comme en témoigne
l’élévation de l’indice de diversité spécifique. Puis à partir du mois d’août,
bénéficiant de conditions de vie moins excessives, Phaeodactylum tricornutum,
Nitzschia sigma et Cylindrotheca closterium participent très activement à la
reconstitution d’un peuplement riche d’environ 5.10)4 cellules/cm^. Cet épa¬
nouissement se traduit par un fléchissement de l’indice de diversité surtout
aux deux stations situées à l’opposé des «dérases» où les effectifs sont plus
importants qu’à leur proximité. Pendant le plein été et le mois de septembre
les densités numériques augmentent régulièrement (de 1400 à 9750% selon
les stations) et un pic se dessine dans toutes les stations consécutivement au
«parage» des claires. Cette pratique consiste à racler la vase fluide superficielle
déposée au fond des bassins et à laisser sécher la surface ainsi dégagée. On
pourrait interpréter l’abondance de cellules qui a fait suite à ce nettoyage
des bassins comme résultant de l’effet bénéfique d’une redistribution de nutri-
lites au niveau du sol. Il n’a pas été établi de corrélation entre les deux faits,
mais il est néanmoins probable que le peu de matière organique restant à la
surface du substrat nettoyé est minéralisé rapidement et constitue une réserve
insuffisante pour permettre une inflation prolongée du peuplement micro-
phytobenthique après la remise en eau. C’est ainsi que l’on constate ensuite
une régression générale des effectifs dans des proportions comprises entre 94%
et 75%. Cette élimination massive de cellules malgré l’installation de Nitzschia
punctata (Wm. Smith) Grun., Nitzschia incurva Grun. et Pleurosigma formosum
Wm. Smith permet la constitution du peuplement automnal.
Phase automnale
Avec le maintien d’un éclairement intense et de températures supérieures
à 13 C la phase automnale durant laquelle les eaux marines s’enrichissent
d’éléments nutritifs offre un contexte propre à stimuler la compétition entre
les différentes populations. C’est ce qui explique la stabilité des densités de
populations entre le début d’octobre et la mi-novembre à des valeurs voisines de
306
Y. RINCÉ
105 cellules/cm^. De nouvelles espèces accroissent la diversité du peuplement
comme Rhopalodia musculus (Kütz.) Müller, Amphora ostrearia, Scoliotropis
latestriata (Bréb. ex Kütz.) Cleve et Scoliopleura tumida (Bréb. ex Kütz.) Rab.
Nettement dominé par Nitzschia sigma (de 19 à 53% de l’effectif selon les prélè¬
vements) dans toutes les stations, et avec une forte participation d’ Amphora
ostrearia dans la claire 2 (15,6%) ce peuplement automnal conserve pourtant
un indice de diversité compris entre- 2 et 4 et souvent proche de sa valeur
moyenne annuelle. La fin de la phase automnale se manifeste dès la fin du mois
de novembre dans la claire 2 et seulement au début de décembre dans la claire 1,
par une diminution de l’indice de diversité spécifique passant de valeurs voisines
de 4 à des valeurs proches de 2. Notons encore que ce minimum est plus accusé
aux stations éloignées des «dérases» qu’aux stations qui en sont proches alors
que les densités de peuplement sont voisines.
Phase hivernale
Durant le mois de décembre se poursuit l’appauvrissement en espèces du
peuplement, conséquence de la disparition momentanée de Cylindrotheca
closterium et de l’effacement plus durable à’Amphiprora alata, Plagiotropis
vitrea (Wm. Smith) Cl., Nitzschia rigida Kütz. et Nitzschia incurva. Après un pic
de densité atteignant 2.10^ cellules/cm^ près de la «dérase» de la claire 1, le
peuplement microphytobenthique des bassins ostréicoles voit ses effectifs
régresser et prendre en janvier et février des valeurs inférieures à leurs moyennes
annuelles. Deux espèces caractérisent alors la communauté hivernale : Amphi-
pleura rutilans (voir fig. 4) et Navicula ramosissima. Leurs colonies en tubes
muqueux forment des frondaisons brunes fixées au fond et sur les bords des
bassins. Deux autres espèces constituent à la fm de l’hiver une large part de
l’effectif : Cylindrotheca closterium qui reparaît avec des populations comptant
fréquemment plus de 10^ cellules/cm^ et Nitzschia sigma qui présente courant
janvier 20 à 30% du peuplement.
De décembre à mars le retour à des conditions climatiques rigoureuses
limite à la fois le métabolisme cellulaire, la prolifération des cellules et la compé¬
tition entre populations. La diminution constatée des effectifs s’accompagne
cependant de la disparition de plusieurs espèces et explique le maintien de
l’indice de diversité spécifique à proximité de sa valeur moyenne annuelle.
A l’approche du printemps le microphytobenthos présente des effectifs plus
clairsemés mais formant un peuplement plus diversifié qu’au début de l’hiver.
En trois stations de prélèvement l’indice de diversité spécifique atteint en février
avec 5-6 et 6,2 sa valeur maximale annuelle.
Fig. 4. — Évolution annuelle de quelques populations de diatomées planctoniques et ben-
thiques dans les claires. L’échelle indique la densité des différentes populations en
nombre de cellules par litre d’eau pour le phytoplancton et en nombre de cellules par
cm^ pour le microphytobenthos.
flicrophytobenthos Phaeodactylum tricornutum
308
Y. RINCÉ
4- DISCUSSION
La dominance des diatomées en nombre d’espèces et en nombre d’individus
tout au long du cycle annuel dans l’eau et au contact du sol des claires ostréi¬
coles concorde avec les observations recueillies par différents auteurs dans des
milieux littoraux comparables et à des latitudes voisines de celle de la région
étudiée (ALEEM, 1950 a et b; SMYTH, 1955; ROUND, 1960a et b, 1964;
REYNOLDS, 1976).
L’analyse qualitative et quantitative des peuplements planctoniques et ben-
thiques révèle l’existence d’un cycle saisonnier analogue à ceux décrits dans
maints travaux ayant trait à l’écologie des diatomées (LAPON, DURCHON,
SAUDRAY, 1955; BACON et TAYLOR, 1976).
Globalement, le peuplement phytoplanctonique composé d’une trentaine
d’espèces évolue selon un cycle saisonnier marqué par les proliférations de trois
formes dominantes : Skeletonema costatum, Rhizosolenia delicatula et Chaeto-
ceros debile. Plusieurs espèces phytoplanctoniques secondaires les accompa¬
gnent, ainsi qu’un contingent variable d’espèces benthiques provenant de l’estran
vaseux de la baie de Bourgneuf.
Aucune des formes planctoniques vraies n’étant endémique des claires,
leurs poussées enregistrées dans le canal d’alimentation et les bassins traduisent
en fait les proliférations saisonnières qui se produisent dans le milieu naturel.
Leur apparition coïncide avec les principales phases de développement du
phytoplancton néritique et témoigne ainsi de la fertilité des eaux côtières de
cette région. Le cycle annuel du phytoplancton du canal d’alimentation présente
en effet une phase printanière et une phase automnale à densités numériques
élevées séparées par une phase estivale pauvre. La phase hivernale ne voit que
le maintien végétatif d’un petit nombre d’espèces relictes de l’automne précé¬
dent et la présence liée à une intensification de l’hydrodynamisme marin régio¬
nal de nombreuses formes benthiques. Cette agitation de l’eau déjà restreinte
dans le canal d’alimentation et plus discrète encore dans les claires ne permet
plus à de nombreuses cellules de mener une vie pélagique. C’est ainsi que Lepto-
cylindrus danicus bien connue comme étant une espèce néritique planctonique
s’est révélée rare dans le plancton alors qu’on en retrouve de nombreuses chaînes
dans des échantillons de sol des claires. Ajoutons à cela que le caractère confiné
des masses d.’eau dans les bassins y accélère les variations de facteurs comme la
salinité et la température. Ces considérations expliqueraient pourquoi les popu¬
lations de diatomées planctoniques présentent des effectifs plus élevés dans le
canal d’alimentation que dans les claires.
Parmi les facteurs susceptibles d’intervenir sur la densité numérique du peu¬
plement microphytobenthique des claires, la granulométrie et la stabilité du
sédiment ne peuvent guère déterminer de variations saisonnières étant donnée
la constance des caractéristiques physiques du substrat. Il faut cependant noter
que les effectifs souvent plus élevés à l’opposé des «dérases» qu’à leur proximité
suggèrent l’influence bénéfique de l’absence de remaniements du sédiment lié
au calme de la couche d’eau.
DIATOMÉES DES CLAIRES OSTRÉICOLES
309
PI. I. — 1: Valve de Melosira nummubides, x 1600. 2: Amphipleura rutilans, x 2500. 3:
Nitzschia apiculata, x 1150. 4: Nitzschia sigma, x 250. 5: Cylindrotheca closterium,
x 500. 6: Navicula ramosissima, x 1000. Photographies 1 à 4 en Microscopie Electro¬
nique à Balayage; photo 5 en Microscopie Photonique à contraste de phase, et photo 6,
en Microscopie Photonique à fond clair.
310
Y. RINCÉ
L’alimentation régulière des claires en eau de mer en fait un «système à marée
maintenu à un stade jeune et fertile» (CAHET, 1976). Les perturbations printa¬
nières, automnales et hivernales en permettant l’enrichissement des eaux de la
baie de Bourgneuf en apports continentaux profitent aux diatomées des claires,
probablement par l’amélioration de la production phototrophe, comme l’ont
constaté CAHET et MOUNEIMNE (1976) dans des sédiments lagunaires médi¬
terranéens. Les conclusions de ces auteurs permettent aussi de penser qu’à cet
enrichissement par l’eau pénétrant dans les claires, succède une fertilité auto¬
risant en été une forte production sombre carbonée, grâce à l’important pouvoir
chémotrophe de l’interface eau-sédiment. Ainsi tout au long de l’année le peuple¬
ment de diatomées benthiques dispose en suffisance d’éléments nutritifs et s’ils
venaient à faire défaut, beaucoup d’entre elles sont capables d’assimiler directe¬
ment des molécules organiques (LEW1N & LEW1N, 1960;HUNTER& PROVA-
SOLI, 1964; LEW1N & HELLEBUST, 1970; COOKSEY, 1972). Il semble donc
que les changements qui interviennent dans la composition des communautés
saisonnières de diatomées benthiques soient d’abord imputables à des facteurs
discriminants par la sensibilité différente des espèces à l’égard de leurs variations.
Le peuplement comportant de nombreuses formes typiques des marais
salés, il n’est pas surprenant que la plupart d’entre elles soient tolérantes vis-à-vis
des variations de salinité. Cependant les espèces présentant les plus abondantes
proliférations comme Cylindrotheca closterium, Amphora ostrearia, Amphi-
pleura rutilans et Navicula ramosissima sont connues comme étant euryhalines.
Leur abondance est liée à des valeurs extrêmes de la salinité lors des précipi¬
tations hivernales et printanières (22%) et lors de la sécheresse estivale (37%).
Une espèce sténohaline, Plagiotropis elegans confirme, par son abondance
au mois de juin 1977 alors que la salinité est de 33%, l’influence de ce facteur.
Agissant directement sur l’intensité photosynthétique et la teneur des cellules
en chlorophylle fonctionnelle, la lumière et la température sont des facteurs
primordiaux dans l’évolution des peuplements végétaux (PUCHER-PETKOVIC,
1968; BACON et TAYLOR, 1976). Leur influence sur la biomasse exprimée
en nombres cellulaires n’est pas toujours évidente puisque l’augmentation
printanière et estivale des durées d’ensoleillement n’entraîne pas systématique¬
ment un enrichissement en individus. Cependant leur rôle est sensible sur la
composition du peuplement. Après des conditions hivernales rigoureuses, l’amé¬
lioration printanière du rendement de la photosynthèse suscite une compétition
entre espèces. Celle-ci profite d’une part à de petites formes capables de se
multiplier rapidement comme Cylindrotheca closterium et Navicula ramosissima
et d’autre part à des cellules plus grandes dont les chromatophores bien déve¬
loppés tirent le meilleur parti d’une énergie lumineuse encore limitée, c’est le
cas de Nitzschia sigma et Gyrosigma balticum. L’évolution estivale du peuple¬
ment rend bien compte de l’établissement de conditions extrêmes en ce qui
concerne l’énergie lumineuse et la température. A l’exception de la station
proche de la «dérase» de la claire 2, on note partout après le mois de juillet des
valeurs faibles de l’indice de diversité dues à la prolifération de petites espèces
peu affectées par la réduction saisonnière des teneurs cellulaires en chlorophylle
fonctionnelle. En automne le maintien de conditions climatiques clémentes
DIATOMÉES DES CLAIRES OSTRÉICOLES
311
11. - 1 : Thalassionema nitzschioides, x 450. 2: Rhizosolenia setigera, x 200. 3 r.Skeleto-
nema costatum, x 1500. 4: Rhizosolenia styliformis, x 75. 5 -.Chaetoceros debile, x 350.
6: Rhizosolenia delicatula , x 450. Photos 1, 2, 4, 5, 6, en Microscopie Photonique a
contraste de phase; photo 3 en Microscopie Électronique à Balayage.
312
Y. RINCÉ
permet d’abord une stabilisation des effectifs. L’indice de diversité spécifique
supérieur à l’indice estival s’écarte faiblement de sa moyenne saisonnière. Puis
simultanément au raccourcissement de l’éclairement journalier et à l’accentua¬
tion du refroidissement de l’eau des claires on observe à partir du mois de
novembre un affaiblissement du peuplement en espèces et en individus.
La confrontation de l’évolution du peuplement de diatomées benthiques
dans deux claires identiques mais dont l’une a été chargée d’huîtres en deux
périodes du cycle annuel ne révèle pas de différence notable dans les densités
numériques. De même la succession saisonnière des populations y est semblable.
En revanche il existe un parallèle entre les variations de l’indice de diversité
spécifique aux stations proches des «dérases» et celles de l’indice de diversité
spécifique aux stations opposées. Dans les zones des bassins où les mouvements
d’eau sont susceptibles de perturber les sédiments superficiels l’amplitude
annuelle de l’indice de diversité est moindre que pour les zones les plus calmes.
Il semble donc que l’évolution des populations de diatomées benthiques
soit discrètement influencée par les remaniements du substrat et plus notable¬
ment par la succession de conditions saisonnières. Celles-ci, lorsqu’elles sont
extrêmes, «sélectionnent» un nombre limité d’espèces dont les populations,
en l’absence de compétition, atteignent des densités numériques maximales.
Au contraire, par le jeu de conditions moyennes favorables au plus grand nombre
de formes, la concurrence entre espèces est relancée et permet la diversification
du peuplement.
CONCLUSION
Le cycle saisonnier du phytoplancton et du microphytobenthos des claires
ostréicoles de la baie de Bourgneuf reflète l’influence du contexte climatique
régional essentiellement par le biais de la température, de la salinité et de l’éclai¬
rement.
Les biomasses en nombres cellulaires du phytoplancton traduisent spéciale¬
ment dans le canal d’alimentation l’évolution de populations dominantes iden¬
tique à leur évolution dans le milieu naturel. On retrouve ainsi une période
hivernale et une période estivale pauvres, entre lesquelles prennent place une
phase printannière puis une phase automnale où interviennent des proliférations
abondantes.
Le peuplement microphytobenthique dominé par quelques espèces péren-
nantes caractéristiques des substrats marins envasés présente la succession
d’une communauté printanière très diversifiée à densité numérique moyenne
et d’une communauté estivale comportant moins d’espèces mais dont les effec¬
tifs sont plus nombreux. La communauté automnale qui la relaie est à nouveau
plus riche en espèces mais aussi en individus alors que la communauté hivernale
s appauvrit d’abord notablement en espèces et en individus avant de se diversifier
à l’approche du printemps.
DIATOMÉES DES CLAIRES OSTRÉICOLES
313
BIBLIOGRAPHIE
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-
315
SCENEDESMUS NOUVEAUX OU INTÉRESSANTS
DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
Guillermo TELL*
RÉSUMÉ. — Ce travail porte sur quelques Scenedesmus nouveaux ou intéressants de la
région tropicale de l’Argentine.
Treize taxa sont présentés, parmi lesquels S. quadricauda var. couteii, S. perforatus var.
iberaensis, S. perforatus var. spinosus, S. serratus var. halperinii, S. oahuensis var. clathratus
fa. longiclathrata et S. quadricauda var. longispina fa. bicornutus sont nouvelles. Les autres
espèces méritent d’être signalées du fait de leur extrême rareté.
Nous discuterons également la synonymie de S. oahuensis et de quelques espèces voi¬
sines.
SUMMARY. - This paper deals with some new or interesting Scenedesmus from the
Argentinian hot région.
Thirteen taxa are presentcd, among which S. quadricauda var. couteii, S. perforatus
var. iberaensis, S. perforatus var. spinosus, S. serratus var. halperinii, S. oahuensis var.
clathratus fa. longiclathrata and S. quadricauda var. longispina fa. bicornutus are new. The
remaining spccics are so rare that a new record is merited.
We also discuss the synonymy of S. oahuensis and of other species connected.
La province de Corrientes, située dans la région tropicale de l’Argentine,
possède une flore d’algues d’eau douce très intéressante du point de vue phyco-
logique. Au cours d’études floristiques sur cette région, nous avons rencontré
quelques nouveaux Scenedesmus et d’autres qui méritent d’être signalés du fait
de leur rareté.
Dans ce travail nous présentons un total de 13 taxa, parmi lesquels figurent
4 nouvelles variétés et 2 nouvelles formes.
* Département des Sciences Biologiques, Faculté des Sciences Exactes et Naturelles, Univer¬
sité de Buenos Aires.
Ce travail a été réalisé, grâce à une bourse accordée par le Conseil National de la Recher¬
che Scientifique et Technique (CONICET) de la République Argentine, au Laboratoire de
Cryptogamie du Muséum National d’Histoire Naturelle, 12 rue de Buffon, 75005 Paris.
Rev. Algol, N. S., 1979, XIV, 4: 315-325.
Source : MNHN, Paris
316
G.TELL
La découverte de différentes formes de S. oahuensis nous a porté à reconsidé¬
rer, après les travaux de Bourrelly et Rino (1972) la synonymie de cette espèce.
La présence de S. perforatus et de quelques unes de ses variétés et espèces voi¬
sines nous permet de faire quelques considérations sur ce groupe d’algues.
Tous les échantillons étudiés proviennent de différents étangs de la province
de Corrientes et ont été collectés par le personnel du Centre d’Écologie Appliquée
du Littoral (CECOAL) à qui nous adressons nos remerciements. Nous tenons
également à exprimer notre gratitude au Professeur Pierre Bourrelly pour son
aimable assistance et à M. Alain Coûté pour la rédaction des diagnoses latines.
Scenedesmus dispar fo. spinosus Hortob. (Fig. 10).
Cette forme, peu de fois signalée et très rare dans notre matériel, possède
une épine polaire ou subpolaire à chaque cellule. Les cellules externes ont,
de plus, une épine apicale perpendiculaire à l’axe et disposée en diagonale.
Dimensions: cellules 3/im diam. par 8/im long.; épines 1,8-3,8/im; cénobes
12/im long.
Connue seulement pour la Hongrie.
Corrientes, étang Ibera, 18/2/78.
Scenedesmus oahuensis (Lemm.) Smith var. oahuensis (Fig. 12)
1900 5. quadricauda var. insignis Lemm., Abhl. Naturwiss. Ver. z. Br. 16: 335.
1905 S. quadricauda var. oahuensis Lemm., Engler’s Bot.Jahrb. 34 (5) : 630.
1925 S. woloszynska Chod., Scenedesmus, p. 204, fig. 107 (= S. hystrix Wolosz.,
1914, Hedwigia 55: t. VII, fig. 8, non S.hystryx Lagerh., sec. Smith, 1920,
Phytopl. Lakes Wisc. 1: 155, pl. 39, fig. 15-16).
1929 (?) S. muzzanensis Huber-Pest., Arch. f. Hydrob. 20: 420, fig. 5-6.; Phili-
pose, 1967, Chlorococcales, p. 247, fig. 158a (? = S. oahuensis var.
montanensis Sieminska, 1965, Trans. Amer. Microsc. Soc. 84 (1): 98-126).
1955 S. woloszynska Chod., sec. Thomasson, Sv. Bot. Tid. 49 (1-2): 265, fig. 14.
1960 S. quadricauda fa. granulatus Hortob., Nova Hedw. 1 (3/4): 371, fig. 217-
219, 224-225; Tell et Guarrera, Bol. Soc. Arg. Bot., 1979, 18 (3-4): 57, fig. 8.
1967 S. muzzanensis (?) Huber-Pest., sec. Philipose, Chlorococcales, p. 248,
fig. 128, b-c.
1971 S. oahuensis var. simplex Hortob., Bot. Kôzlem. 58 (1): 19, fig. 1-3.
1971 S. oahuensis var. simplex fo. danubialis Hortob., ibid., fig. 4.
1972 S. cf. woloszinskae Chod. sec. Iltis, Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Hydrobiol. 6
(3-4): 187, % 47.
1972 S. longus Meyen, p. p., sec. Komârek et Ludvick, Arch. Hydrobiol. 41,
Alg.St. 6:28.
1973 S. magnus Meyen, sec. Komarek, Annual report of the Lab. of Algol, for
the year 1970, Trebon.
1973 S. tropicus Crow, sec. Bourrelly, Fer/z, Internat. Verein. Limnol. 18: 1334,
Source : MNHN, Paris
SCENEDESMUS D’ARGENTINE
317
fig. 25, non S. tropicus Crow, 1923, Journ. ofBot. 61:166.
1975 S. protuberans Fritsch et Rich. sec. Coûté et Rousselin, Bull. Mus. Nat.
d’Hist. Nat., bot. 21; n° 277: 88, t. II: 6 ( non S. protuberans Fritsch et
Rich. 1927, Transact. Roy. Soc. of South Africa 18: 1-128).
BOURRELLY et RINO (1972), signalent que plusieurs auteurs ont observé
S. oahuensis var. oahuensis et le désignent sous différents noms. Ils illustrent
des exemplaires rencontrés par d’autres auteurs, ainsi que différents «morphos»
obtenus par eux-même en cultures clonales.
Nos observations, réalisées dans des populations naturelles, confirment
les résultats obtenus par BOURRELLY et RINO en culture, en ce qui concerne
le polymorphisme marqué de S. oahuensis var. oahuensis. Nous illustrons
(fig. 12) quelques uns des «morphos» rencontrés.
D’après BOURRELLY et RINO ( loc. cit.), l’espèce serait définie par les
caractères suivants :
1) gaine mucilagineuse enveloppant les cellules, fins piliers donnant un aspect
ponctué granuleux en vue superficielle;
2) pseudocarènes médianes granuleuses;
3) cheminées (ou rosettes), courts tubes coniques disposés plus ou moins
régulièrement : 1 ou 2 à chaque pôle cellulaire et 2 sur la carène médiane;
4) épines à grosse base, à marges denticulées, disposées dans les pôles des
cellules externes et, parfois, dans un seul pôle des cellules internes.
Bien que nous considérions cette définition comme base des attributs spéci¬
fiques de S. oahuensis var. oahuensis, il faut ajouter que : 1) les pseudo carènes
médianes granuleuses constituent un caractère fort variable, leur présence et
leur absence sont également possibles, et elles peuvent être présentes dans
certaines cellules du cénobe et absentes des autres; 2) les cheminées, toujours
présentes, peuvent changer de position par rapport à celle signalée par BOUR¬
RELLY et RINO; 3) les perforations intercellulaires ne se rencontrent jamais
dans l’espèce typique, mais on peut les trouver dans quelques variétés.
Étant donné ces caractéristiques, nous avons élaboré la synonymie de l’espèce.
Sans nous attarder en considérations sur S. oahuensis, que BOURRELLY et
RINO ont déjà faites, nous ferons référence aux synonymes douteux seulement:
l’absence de gaine enveloppant S. woloszynska Chod., ainsi que le fait de ne
pouvoir reconnaître avec certitude si les protubérances des pôles sont de vraies
cheminées, ne nous permettent pas de déterminer avec certitude la synonymie
de cette espèce.; nous pensons toutefois qu’il s’agit de S. oahuensis var. oa¬
huensis.
S. muzzanensis Huber-Pest. est probablement synonyme de S. oahuensis
var. oahuensis. Ni HUBER-PESTALOZZ1 (1929) ni PHILIPOSE (1967) signalent
la présence de cheminées, caractère qui définit l’espèce. D’autre part, elles
indiquent la présence de petites épines polaires recourbées sur une des faces
du cénobe. Ces caractères ne nous permettent pas de déterminer avec certitude
la synonymie entre ces deux espèces, ainsi que le suggèrent BOURRELLY
et RINO.
318
G.TELL
Dans S. oahuensis var. montanensis Sieminska (1965: 106, t. II, fig. 20-21)
la présence de cheminées n’est pas signalée mais on indique la présence de
deux épines dans chaque pôle des cellules internes, recourbées vers chaque
face du cénobe. L’absence de cheminées et la présence d’une gaine mucilagi-
neuse et d’épines polaires nous portent à penser que S. muzzanensis et S. oa¬
huensis var. montanensis appartiennent à une même espèce.
Le S. muzzanensis Huber-Pest., signalé par PHILIPOSE (1967) est, sans
aucun doute, un S. oahuensis, comme BOURRELLY et RINO l’avaient déjà
signalé.
En ce qui concerne les citations de KOMAREK et LUDVICK (1972) et de
KOMAREK (1973), nous pensons que ces auteurs ont travaillé avec de vrais
S. oahuensis et non avec S. longus Meyen et S. magnus Meyen comme ils l’in¬
diquent. Bien que - ainsi qu’eux-mêmes le signalent - les techniques de recherche
d’il y a 100 ans ne permettaient pas l’observation de certaines structures, nous
devons considérer S. longus et S. magnus comme des espèces mal connues et
incomplètement décrites car ni dans leurs diagnoses originales ni dans leurs
iconotypes figurent des cheminées ou des rosettes, alors qu’elles figurent dans
l’iconotype de S. quadricauda var. oahuensis.
Finalement, à juger par les illustrations présentées par ILT1S (1972), BOUR¬
RELLY (1973), et COÛTÉ et ROUSSELIN (1975), nous croyons que dans tous
les cas il s’agit de S. oahuensis var. oahuensis et non de S. cf. woloszinskae,
S. tropicus, et S. protuberans, respectivement.
Les dimensions de nos exemplaires sont: cellules 8-11/im diam. par 21-
26/im long.; épines long. 22-24/im; cénobe long. 19-45/im.
L’espèce est cosmopolite. Corrientes, étang Ibera, 18/2/78.
Scenedesmus oahuensis var. clathratus Manguin (Fig. 13 et 15)
La variété se distingue de l’espèce par ses cénobes perforés. Bien que la gaine
entourant les cellules et la présence de cheminées soient les caractéristiques
de S. oahuensis, la forme des cellules et du cénobe en général se rapproche
beaucoup de S. perforatus. Cette similitude se manifeste, principalement, dans
la forme en cloche des pôles cellulaires et dans la morphologie générale du
cénobe.
Dans nos matériels nous avons rencontré des exemplaires avec les épines
divergentes et d’autres avec les épines convergentes (Fig. 15). Ces derniers sont
signalés pour la première fois pour cette variété.
Dimensions: cellules 6-7/im diam. par 21-26/im long.; épines 13-25/im;
cénobes 28-36/im long.
Corrientes, étang Gonzales, 31/1/78; étang Galarza, 19/2/78.
Source : MNHN, Paris
SCENEDESMUS D’ARGENTINE
319
Scenedesmus oahuensis var. clathratus Manguin
fo. longiclathrata nov. fo. (Fig. 14)
1975 S. oahuensis var. clathratus fo. Coûté et Rousselin, Bull, du Mus. Nat.
d’Hist. Nat. 21 (277): 88, t. Il, fig. 5.
COÛTÉ et ROUSSELIN ( loc. cit.) ont signalé :
«Cette forme se reconnaît à ses méats intra-cellulaires très peu marqués
et ses pôles très saillants». Nous croyons que ces caractéristiques, jointes à la
forme presque cylindrique des cellules, sont suffisantes pour fonder une nouvelle
variété. Nos échantillons coïncident avec ceux de COÛTÉ et ROUSSELIN,
s’en séparant seulement par le fait que les leurs ne présentent pas de pseudo¬
carènes. Il est à souligner que ce caractère, ainsi que nous l’avons précisé pour
d’autres espèces de Scenedesmus, est fort variable.
Dimensions: cellules 7/im diam. par 22-30/im long.; épines 25-28/im long.;
cénobe 28-30/tm long.
Corrientes, étang Ibera, 18/2/78.
Cellulae cylindratae. Intercellulares meatus angustissimi. Apices prominen-
tissimi. Cellulae diam. 7/im; long. 22-30pm; long, setis 25-28pm.
Iconotypus fig. nost.: 14.
In Corrientes, Ibera, 1812178.
Scenedesmus perforatus Lemm. var. perforatus (Fig. 3)
Cette espèce se caractérise par ses cénobes perforés, composés de 2-4-8
cellules, avec une forte épine implantée à chaque pôle des cellules externes.
Les apex cellulaires sont toujours en cloche. La plupart des auteurs ont signalé
que les cénobes de 8 cellules sont plus fréquents, alors que dans nos matériels
nous n’avons rencontré que des cénobes de 4 et 2 cellules, ces derniers rarement
signalés.
Dimensions cellulaires: 4-6,5/im diam. par 13-16/im long; long, épines 13-
16/im; cénobe 13-24/im long.
Corrientes, largement distribuée.
Après la découverte des nouvelles variétés que nous décrivons plus loin,
nous reconnaissons 7 variétés pour l’espèce: var. bicaudatus Compère; var.
ornatum Lemm.; var. perornatum Uherk.; var. pologranulatus Teil.; var. major
(Turn.) Philip., var. spinosus nov. var. et var. iberaensis nov. var.
S. perforatus var. inermis Scherff. et S. perforatus var. clathratus (Biswas)
Ahlstr. (= S. bijugatus var. clathratus Biswas) sont, ainsi que le signale PHILI-
POSE (1967) synonymes de S. clathratus (Biswas) Philip.
Ainsi les exemplaires de SKUJA (1949) décrits sous le nom de S. perforatus,
présentant des petites épines dans les pôles des cellules internes, comme ceux
mentionnés par PHILIPOSE (1967: 281, fig. 186), ornés de petites verrues
320
G. TELL
aux apex, sont vraisemblablement des S. perforatus var. pologranatus ou des
formes de cette variété.
Sccnedesmus perforatus Lemm. var. iberaensis nov. var. (Fig. 1 et 5)
Les cénobes perforés sont composés de quatre cellules disposées en une
seule rangée. Les cellules se touchent seulement aux extrémités, laissant
un espace libre entre elles. Les apex cellulaires sont toujours en forme de
cloche. Les cellules externes présentent une forte épine polaire. Toutes les
cellules du cénobe portent une petite épine conique, de position subpolaire,
implantée sur une seule face du cénobe. La paroi cellulaire, finement ponctuée
et avec de courts piliers, est pourvue d’une gaine mucilagineuse. Les cheminées
sont toujours absentes. Suivant notre représentation sur les figures 1 et 5 nous
avons rencontré des exemplaires :
a) sans pseudocarène
b) avec pseudocarène dans les cellules internes uniquement
c) avec pseudocarène dans toutes les cellules
Ceci montre bien la variabilité de ce caractère.
Dimensions: cellules 6-8 pm de diam. par 12-18/im long.; épines polaires
12-15/im long.; épines subpolaires 1,5-2/im long.
Bien que la présence de pseudocarènes constitue un caractère variable, il
est à souligner que les pseudocarènes n’ont jamais été signalées dans les cellules
de S. perforatus.
Corrientes, étang Gonzalez, 31/1/78, étang Ibera 18/2/78.
Coenobium clathratum e quatuor cellulis constitutum. Apices cellulae campa-
nulati. Apices cellularum terminalium cum singulare crassa spina ornati. Omnes
cellulae minimam subpolarem conicam unilateralem spinam ferunt. Cellulae
membrana tenuiter punctata cum vagina circumdata. Cellulae diam.: 6-8 pm;
long. 12-18pm;spinae polaris 12-15 pm long.; spinae subpolaris l,5-2pm long.
Iconotypus fig. nost. : 1 et 5.
In Corrientes, Gonzalez 31/1/78; Ibera, 18/2/78.
Scenedesmus perforatus var. ornatus Lemm. (Fig. 8)
PHILIPOSE (1967) ne conserve pas cette variété, la considérant synonyme
de l’espèce, tandis que SMITH (1916 : 464) l’élève au rang d’espèce (S. ornatus
(Lemm.) G.M. Smith, non S. ornatus Hortob.). Nous avons préféré la conserver
comme une variété de S. perforatus. Dimensions: cellules 4-6 pm diam. par
12/im long.; épines 10-12//m long.; cénobe 20/im long.
Corrientes, étang Luna, 11/2/77.
Source : MNHN, Paris
SCENEDESMUS D’ARGENTINE
321
Scenedesmus perforatus Lemm. var. spinosus nov. var. (Fig. 6)
Notre variété se distingue de l’espèce type par la présence d’une mince épine
subpolaire dans les cellules internes tandis que les cellules externes ont 2 de ces
épines dans un seul apex, disposées en diagonale. Toutes les petites épines sont
rangées sur une seule face du cénobe.
Dimensions cellulaires: Apm diam. par 13,5/Jm long.; cénobes A7 pm long.;
épines polaires 18-20/im long.; épines subpolaires 4,5/im long.
Corrientes, étang lbera, 18/2/78.
Apices omnium cellularum coenobi singularem spinam subpolarem ferunt.
Cellulae diam.: 4pm, 13,5 pm long.; coenob. 47pm long.; spinae polaris 18-
20pm long.; spinae subpolaris 4,5pm long.
Iconotypus fig. nost. : 6.
In Corrientes, lbera, 1812/78.
Scenedesmus polyglobulus Hortob. (Fig. 2)
Cette espèce se caractérise par la forme de ses cellules externes, dont les
marges libres décrivent un arc concave, ainsi que par la présence de petites
protubérances globuleuses dans les pôles cellulaires.
L’espèce, rarement signalée, est très rare dans nos matériel.
Dimensions cellulaires : 2,7-3,5/im diam. par 7-8,5/im long.; cénobe 13 pm
long. Connue pour la Hongrie.
Corrientes, étang Luna, 11/2/77.
Scenedesmus quadriçauda (Turp.) Bréb. var. couteii nov. var. (Fig. 7)
Dans tous les exemplaires observés les cénobes sont composés de 4 cellules.
Les cellules, disposées en une seule rangée, sont cylindriques, de 5-7 pm de diam.
par 10-18/im de long., avec des apex arrondis.
Les cellules externes présentent une grosse épine polaire courbée vers l’inté¬
rieur. Toutes les cellules possèdent une courte épine conique de position sub¬
polaire, implantée sur une seule face du cénobe. La paroi cellulaire, finement
ponctuée et possédant de courts piliers, est pourvue d’une gaine mucilagineuse.
Une pseudocarène, peu marquée, unit, en règle générale, les deux épines
subpolaires.
Bien que la présence de courts piliers et d’une gaine mucilagineuse soit
douteuse pour S. quadriçauda, nous considérons que notre nouvelle variété
appartient à cette espèce.
5. quadriçauda var. couteii se rapprocherait de S. muzzanensis Huber-Pest.
et de S. oahuensis var. montanensis Siem.
322
G. TELL
Dimensions: cellules 5-7/im diam. par 10-18/im long.; épines pol. 7-12/im
long.; épines subpolaires 1,5-2/im long.
Corrientes, étang Ibera, 12/2/77; 18/2/78.
Coenobium e quatuor cellulis cylindricis cum rotundatis apicibus constitu-
tum. Apices cellularum terminallum cum singulare crassa spina ornati. Omnes
cellulae minimam subpolarem conicam unilateralem spinam ferunt. Cellulae
membrana tenuiter punctata cum vagina circumdata. Cellulae diam.: 5-7pm;
long.: 10-18pm; spinae pol. long. 1,5 pm.
Iconotypus fig. nost.: 7.
In Corrientes, Ibera, 1212177; 1812178.
Scenedesmus quadricauda var. longispina (Chod.) Smith
fo. bicornutus nov. fo. (Fig. 9)
Cénobes de 4 cellules avec une longue épine aux pôles des cellules externes.
La présence de deux courtes épines subapicales à toutes les cellules distingue
notre forme des autres formes connues. Ces épines subpolaires sont rangées
une de chaque côté du cénobe.
Dimensions: cellules 2,8-3/im diam. par 8/im long., cénobes 12/im.
Corrientes, étang Gonzales, 31/1/78.
A varietate duabus angustus subpolaribus spinis ex utraque parte apicis
dispositis differt. Cellulae diam.: 2,8-3pm; long.-.8pm, coenob.:12pm.
Iconotypus fig. nost.: 9.
In Corrientes, Gonzales, 31/1/78.
Scenedesmus serratus (Corda) Bohl. var. halperinii nov. var. (Fig. 11)
Les cénobes sont composés de 4 cellules disposées en rangées, de façon un
peu alternative. Toutes les cellules présentent deux épines subapicales, disposées
une de chaque côté de l’apex. Notre variété se distingue de l’espèce par les
dimensions supérieures des épines marginales des cellules externes et par leur
distribution irrégulière, ainsi que par la présence d’une pseudocarène médiane
dans toute les cellules.
Dimensions cellulaires: 3,5-4/im diam. par 8-9 pm long.; épines marginales
1,8-2/im long.
Corrientes, étang Galarza, 19/2/78.
A typo dimensione dispositioneque marginalium spinarum terminalium
cellularum differt. Omnes cellulae carinam mediam ferunt. Cellulae diam.:
3,5-4pm; long. 8-9pm, spinae 1,8-2pm long.
Iconotypus fig. nost.: 11.
In Corrientes, Galarza, 19/2/78.
Source : MNHN, Paris
SCENEDESMUS D’ARGENTINE
323
Scenedesmus spinosus var. symetricus Hortob. (Fig. 4)
HORTOBAGYI (1960: 364, fig. 190-192) créa cette variété pour les S. spino¬
sus ayant des épines ventrales. HORTOBAYI signale des exemplaires avec 2
et 4 cellules; dans nos matériels nous n’avons trouvé que des individus avec
deux cellules.
Dimensions cellulaires : 3/im diam. par 7,5pm long. Connu pour la Hongrie.
Corrientes, étang Ibera, 18/2/78.
BIBLIOGRAPHIE
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T.O.M., sér. Hydrob. 6 (3-4) : 173-246.
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studies. 1 Mise. Acad, of Sc., Arts, and Letters 18 (2) : 422-530.
Planche I.
1 et 5: Scenedesmus perforatus v. iberaensis; 2: S. polyglobulus; 3: S. perforatus v.
perforatus; 4: S. spinosus v. symetricus ; 6: S. perforatus v. spinosus-, 7: S. quadricauda
v. couteii ; 8: S. perforatus v. ornatus\ 9: S. quadricauda v. longispina fa. bicornutus', 10:
S. dispar fa. spinosus; 11 : S. serratus v. halperinii.
(Toutes les échelles sont indiquées en microns)
12: S. oahuensis v. oahuensis-, 13 et 15: S. oahuensis v. clathratus ; 14: S. oahuensis v.
clathratus fa. longiclathrata.
(Toutes les échelles sont indiquées en microns).
Source : MNHN, Paris
327
CYCLES de DÉVELOPPEMENT de GIGARTINA STHLLATA et
PETROCELIS CRUENTA (RHODOPHYCEAE, GIGARTINALES)
étudiés in situ, à Roscoff
Patrick DION et René DELÉPIN E *
RÉSUMÉ. — Des cultures de tétraspores de Petrocelis cruenta et de carpospores de Gigartina
stellata démontrent définitivement que ces deux espèces appartiennent au même cycle.
Ce résultat est obtenu grâce à des cultures in situ qui ont permis aux différentes générations
d’acquérir toutes leurs caractéristiques spécifiques. A Roscoff, la génération gamétophytique
G. stellata est impliquée soit dans un cycle sexué trigénétique hétéromorphe faisant inter¬
venir le tétrasporophyte P. cruenta, soit dans un cycle digénétique avec développement
vraisemblablement apogamique du carposporophyte. Les différentes fractions de la popu¬
lation naturelle de G. stellata sont estimées à 30% de gamétophytes mâles, 30% de gaméto-
phytes femelles à cycle sexué et 40% de gamétophytes femelles apogamiques.
SUMMARY. - In cultivating tetraspores of Petrocelis cruenta and carpospores of Gigartina
stellata, we confirm without any doubt that these two taxa are part of thc same life cycle.
These results are obtained by cultivating the young germlings in the sea which allows them
to develop their normal characteristics. At Roscoff, G. stellata has either a sexual life
history alternating with Petrocelis, or a non sexual life history with presumably apogamous
development of cystocarps. As an estimation, the natural population ofG. stellata contains
30% male gamétophytes, 30% female sexualized gamétophytes and 40% female apogamie
gamétophytes.
INTRODUCTION
L’importance économique des Gigartinacées comme source de carragheenanes
a entraîné de nombreuses recherches sur la biologie de ces algues. Dans cette
optique, l’écologie de Gigartina stellata (Stackhouse) Batters a été particulière-
* Équipe Biogéographie et Écologie Benthiques, Groupe Biologie Végétale Marine, Université
Pierre et Marie Curie, 7 Quai St-Bernard, 75230 Paris Cedex 05.
Rev. Algol., N. S., 1979, XIV, 4: 327-341.
Source : MNHN, Paris
328
P. DION & R. DELÉPINE
ment étudiée (BURNS et MATHIESON, 1972; MARSHALL et al., 1949; PY-
BUS, 1977). Cette espèce, à répartition Nord-Atlantique (WEST et al., 1977),
est commune sur nos côtes où elle se développe dans les localités battues ou peu
battues de la base de l’étage médio-littoral. Le taxon Gigartina stellata, considéré
par BATTERS (1902) comme synonyme de Gigartina mamillosa (Goodw. et
Woodw.) J. Ag., appartient au sous-genre Mastocarpus tel que SETCHELL et
GARDNER (1933) l’ont défini. Ces auteurs soulignent que les tétrasporophytes
sont inconnus dans la nature. Or, en étudiant Petrocelis franciscana Setchell
et Gardner, WEST (1972) montre que les tétraspores de cette Gigartinale encroû¬
tante de Californie se développent en plantes dressées présentant les caracté¬
ristiques morphologiques et anatomiques du sous-genre Mastocarpus. Un tel
type d’alternance entre générations hétéromorphes, déjà décrit chez les Gigar-
tinales (BOILLOT, 1972; CODOMIER, 1972; SOUTH et al., 1972, etc.), était
encore inconnu chez les Gigartinacées.
Des travaux ultérieurs, non seulement confirment l’existence de liens entre
Gigartina (Mastocarpus) et Petrocelis (POLANSHEK et WEST, 1975; WEST
et al., 1977), mais démontrent également qu’en réalité deux types de cycles
différents peuvent intervenir chez une même espèce. En effet, en fonction du
gamétophyte femelle géniteur utilisé, les carpospores de Mastocarpus se déve¬
loppent soit en croûtes pétrocélidiennes, soit en plantes dressées apparemment
identiques au thalle parental (CHEN et al., 1974; EDELSTEIN et al., 1974;
KIM, 1976; POLANSHEK et WEST, 1977; RUENESS, 1978; WEST et POLAN¬
SHEK, 1972, 1975; WEST et al., 1978). Pour Gigartina stellata, les recherches
montrent en outre que les résultats concernant la nature de ce cycle varient
avec le lieu géographique étudié (CHEN et al., 1974; WEST et al., 1977).
Enfin, toutes ces études sur Mastocarpus, effectuées en cultures unialgales,
se heurtent au problème de l’identification spécifique irréfutable de chaque
génération obtenue. Ainsi, à partir de tétraspores de Petrocelis cruenta J. Ag.
d’Irlande, WEST et al. (1977) obtiennent des plantes gigartinoïdes, fertiles,
sans toutefois pouvoir les identifier avec certitude au Gigartina stellata, les
caractères végétatifs n’étant pas suffisamment typiqjjes.
Cette présente étude a été entreprise pour démontrer, de manière incon¬
testable, les liens pouvant exister entre les deux «espèces» Petrocelis cruenta
et Gigartina stellata ; à cet effet, des cultures in situ ont été utilisées pour per¬
mettre une meilleure identification des générations. Le choix de Roscoff comme
lieu d’étude se justifie d’une part en raison de la proximité de Brest, localité
type de Petrocelis cruenta, et d’autre part comme station supplémentaire dans
l’aire actuellement explorée pour y analyser l’évolution biogéographique de
la nature du cycle.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Les spores proviennent des cystocarpes de gamétophytes femelles fertiles
G IG ARTIN A ST EL LATA & PETROCELIS CRUENTA
329
de G. stellata (mi-mai 1976) ou de tétrasporocystes de P. cruenta (fin décembre
1976), récoltés à Roscoff, côte nord de l’lie Verte. Elles sont recueillies sur
des lames de verre, puis ces dernières sont disposées dans des boîtes de Pétri
emplies de milieu enrichi (Von STOSCH, 1969). La température est maintenue
voisine de celle du milieu marin (environ 10 C en janvier et 15 C en mai) grâce
à un écoulement continu d’eau de mer circulant entre les boîtes. Un éclairement
de 2000 lux est fourni, par tubes fluorescents de type Sylvania Grolux, sous
une photopériode de 16/8 (jour/nuit).
Quand les disques multicellulaires issus du développement des spores adhèrent
suffisamment au verre, ils sont repérés par marquage au diamant. Les lames
de culture sont alors transportées en mer et installées sur un dispositif porte-
lame (fig. 1), lui-même fixé à un bloc de béton pouvant être placé à différents
niveaux altitudinaux dans la zone de balancement des marées. Dans ce travail,
nous n’utilisons que les résultats relatifs au niveau situé à + 1 m au-dessus du
zéro hydrographique. Les porte-lames sont relevés environ chaque mois, aux
marées basses de vive-eau, et amenés à la Station Biologique; durant le temps
des observations, ils sont maintenus dans des bacs alimentés en eau de mer
courante avant d’être replacés dans la nature.
Fig. 1. — Dispositif de culture in situ. 1: plaque en PVC (30 x 12 x 0,5 cm). 2: réglette en
PVC (30 x 3 x 0,5cm). 3: parpaing utilisé comme bloc support. 4: bande de mousse
fixée sur la réglette. 5: écrou de Fixation du porte lame au bloc support. 6: bague surélé-
vatrice du porte lame. 7: écrou de serrage. 8: thalle de culture avec sa base encroûtante.
9: lame de verre porte objet (76 x 25 mm).
330
P. DION & R. DELÉPINE
Le matériel est étudié, soit vivant, soit après fixation au formol (4% en
volume) et les coupes anatomiques effectuées au microtome à congélation.
Les structures reproductrices femelles sont observées après hydrolyse et colora¬
tion au bleu d’aniline selon la technique utilisée par POLANSHEK et WEST
(1975).
RÉSULTATS
1. DÉVELOPPEMENT DES TÉTRASPORES DE PETROCEL1S CRUENTA
a) Thalles parentaux
Les thalles encroûtants de P. cruenta , de couleur rouge sombre, peuvent
atteindre plusieurs décimètres. Ils sont constitués d’un tissu basal compact
portant des filaments dressés libres entre eux. A la période de reproduction
(mi-décembre à mi-janvier à Roscoff), des tétrasporocystes, à division cruciée,
apparaissent; chaque file cellulaire dressée en porte généralement un, rarement
deux, toujours en position intercalaire (fig. 2).
b) Cultures
Dans nos conditions de laboratoire, les premiers stades de développement
sont tout à fait comparables à ceux déjà connus chez d’autres Petrocelis et,
en particulier, chez le P. cruenta d’Irlande (WEST et al., 1977). Ils correspondent
au type Dumontia de CHEMIN (1937) et au type « Discalis mediatus » d’INOH
(1947), commun chez les Gigartinacées (CHEN et al., 1974; CHEN et Mac-
LACHLAN, 1972; PRINCE et K1NSBURY, 1973).
A côté de ce type, issu d’un cloisonnement régulier de la spore (fig. 3 à 5),
on rencontre des formes de germinations irrégulières. Ce dernier mode de déve¬
loppement semble dû à un mauvais contact entre l'a spore et son support comme
l’a suggéré WEST (1972), puis l’ont montré CHEN et TAYLOR (1976), sur Chon-
drus. Par la suite, le contact devenant meilleur, un méristème normal s’organise.
En outre, certaines germinations présentent des expansions hyalines ren¬
flées à leur extrémité (fig. 6) qui sont différentes des poils hyalins observés
chez P. cruenta d’Irlande (WEST et al., 1977) ; Elles correspondent aux «germ
tube like protubérances» auxquelles POLANSHEK et WEST (1975) font allusion
chez P. middendorffii (WEST, comm. pers.).
Après cinq semaines de culture en laboratoire, les jeunes stades (fig. 7)
sont installés en mer (début février 1977) où leur croissance se poursuit. Deux
mois après cette transplantation (début avril), ils atteignent 300/im de dia¬
mètre; leur marge méristématique est alors en pleine activité et dépourvue
de plastes photosynthétiques visibles (fig. 8).
Trois mois après la transplantation (début mai), des bourgeons de pousses
dressées apparaissent sur les croûtes basales mesurant alors 700Mm à 800£lm.
GIGARTINA STELLATA & PETROCELIS CRUENTA
331
Chaque disque n’en porte qu’un seul, excentré et déjeté vers l’extérieur, en
forme d’axe cylindrique haut de moins de 1 mm.
La croûte basale est de nature nématothallienne et les bourgeons dressés
sont cladomiens, selon la terminologie de CHADEFAUD (1968). Dans les
croûtes, on reconnaît les files hypothalliennes rampantes et périthalliennes
dressées classiquement décrites chez les Floridées encroûtantes (CABIOCH,
1972; DEN1ZOT, 1968). Les bourgeons cladomiens ont une structure multi-
axiale, typique des Gigartinacées (DION, 1979).
Quatre mois après leur apparition (fin août), les jeunes pousses sont aplaties
tandis qu’un second bourgeon est souvent visible sur les disques (fig. 9). Les
frondes s’allongent, s’élargissent, et les dichotomies apparaissent pendant l’hiver
et le printemps suivant; certaines d’entre elles, après 14 mois de croissance
in situ (fin juin 1978), présentent des papilles caractéristiques de la reproduc¬
tion de G. stellata (fig. 10 et 11). Les papilles de la région moyenne des frondes
grossissent tandis que d’autres continuent à se former au niveau des régions
apicales toujours en croissance. Les individus à papilles, ainsi obtenus à partir
des tétraspores de Petrocelis, sont en tous points identiques à ceux de la popu¬
lation locale des gamétophytes de G. stellata. Certains grands thalles restent
cependant sans papilles et correspondent à des gamétophytes mâles (fig. 12
et 13); les spermaties, incolores et ovoïdes, mesurent 7/im de long et naissent
par bourgeonnement de cellules corticales superficielles, comme GRUBB (1925)
le décrit chez Chondrus. Ces cellules spermatogènes ne sont pas groupées en
sores et apparaissent de manière diffuse à la surface de la partie moyenne des
frondes. Il existe environ 50% de thalles mâles et le sex-ratio est donc de 1/1.
Les jeunes papilles des thalles femelles comptent de 20 à 50 procarpes dont
la structure est conforme aux diverses descriptions déjà données de ces organes
chez G. stellata (EDELSTEIN et al, 1974; KIM, 1976;MIKAM1, 1965). Pour
la première fois chez Mastocarpus, quelques indices de fécondation sont ob¬
servés. La figure 14 montre une spermatie dont le contenu est en communication
avec celui du trichogyne. La figure 15 représente un des rares cas où il est
possible d’observer un tractus très fin, conduisant directement le produit pré¬
sumé de la fécondation, du carpogone à la cellule auxiliaire. Par la suite, les
initiales du gonimoblaste, peu nombreuses et réparties sur toute la surface
des cellules auxiliaires, engendrent des filaments se développant dans toutes
les directions. A maturité, les cellules du gonimoblaste bourgeonnent des car-
pospores en chaîne, tandis que se développent les files de petites cellules médul¬
laires susceptibles de présenter un rôle nourricier déjà décrit par EDELSTEIN
et al., 1974 et par MIKAMI, 1965. Aucun tissu enveloppant, au sens de KIM
(1976), n’est associé au développement du carposporophyte.
En résumé, les tétraspores de P. cruenta se développent en gamétophytes
formés d’une croûte basale qui bourgeonne des frondes dressées pouvant être
rapportées sans aucune hésitation à l’espèce G. stellata. Les individus deviennent
fertiles avec un sex-ratio de 1/1.
332
P. DION & R. DELÉPINE
Fig. 2 à 15 : Développement des té.traspores de P. c.ruenta.
Fig. 2: Disposition des tétrasporocystcs intercalaires dans le périthalle de P. c.ruenta
(échantillon de la nature, Fin décembre 1976). Échelle: 50/im. Fig. 3 à 5 : Premiers stades
de développement, en laboratoire, montrant le cloisonnement régulier de la spore au cours
de la première semaine (janvier 1977). Échelle: 10/im. Fig. 6: Germination irrégulière,
obtenue en laboratoire, présentant une expansion hyaline renflée en son extrémité. Échelle:
10/im. Fig. 7: Jeune stade encroûtant âgé de un mois, obtenu en laboratoire, photographié
une semaine avant la transplantation en mer effectuée début février 1977. Noter la présence
de plastes dans les cellules marginales. Échelle: 10/im. Fig. 8: Marge de stade discoïde deux
mois après la transplantation (début avril 1977). Les cellules marginales ne possèdent
plus de plastes photosynthétiques visibles (cf. Fig. 7) mais cette variation cytologique s’ob-
GIGARTINA STELLATA & PETROCEL1S CRUENTA
333
2. DÉVELOPPEMENT DES CARPOSPORES DE G. STELLATA
a) Thalles parentaux
Dans la nature, G. stellata forme des touffes constituées de frondes dressées
de tailles variées, naissant d’une croûte basale commune. Les grands thalles,
qui peuvent atteindre 15 centimètres, sont aplatis, dichotomes et de consistance
cartilagineuse. Les papilles cystocarpiques, visibles sur les deux faces des frondes
fertiles, permettent d’identifier facilement les gamétophytes femelles qui sont
présents toute l’année mais sont abondamment pourvus de papilles, surtout
en automne et en hiver. Les thalles mâles, dépourvus de papilles comme les
thalles femelles juvéniles, dégénèrent rapidement par destruction du cortex
fertile et ont ainsi souvent échappé à l’observation. Ils n’ont d’ailleurs été que
rarement décrits (BUFFHAM, 1896; NEWTON, 1931) et leur existence, même,
a été mise en doute (EDELSTE1N et al ., 1974). A Roscoff, nos observations
confirment l’existence de touffes de gamétophytes mâles qui représentent
même une fraction importante de la population naturelle; le pourcentage varie
de 20% à 40% selon le point considéré, dans notre localité de l’Ile Verte.
b) Cultures
Cinq thalles femelles, provenant de touffes différentes prises au hasard
sur le terrain, ont été utilisés séparément pour en recueillir les carpospores
(mi-mai 1976). Les premiers stades de développement de ces spores sont compa¬
rables à ceux des tétraspores de P. cruenta-, toutefois, aucune expansion hyaline,
semblable à celles obtenues chez les germinations issues de tétraspores (cf.
fig. 6), n’a été observée.
serve aussi dans des cultures du même âge maintenues en laboratoire. Échelle: lOjUm. Fig. 9:
Jeunes pousses dressées âgées de quatre mois, portées par des disques encroûtants de huit
mois (fin août 1977). Échelle: 0,5cm. Fig. 10: Fronde dressée gamétophytique, femelle,
typique de G. stellata, obtenue en culture in situ et âgée de quatorze mois (juin 1978).
Échelle: 2cm. Fig. 11: Détail de l’extrémité de la fronde photographiée sur la figure 10;
noter la présence de papilles. Échelle: 0,5 cm. Fig. 12: Fronde dressée gamétophytique,
mâle, de G. stellata, obtenue en culture in situ et âgée de quatorze mois (juin 1978). Le
nombre de dichotomies y est sensiblement plus élevé que dans la fronde femelle de même
âge (cf. fig. 10). Échelle: 2cm. Fig. 13. Détail de l’extrémité de la fronde photographiée
sur la fig. 12; noter l’absence de papilles. Échelle: 0,5 cm. Fig. 14-15 : Indices de fécondation
observés dans une fronde gamétophytique femelle obtenue en culture in situ et âgée de
quinze mois (juillet 1978). 14: Syngamie: TR: trichogyne, SP: spermatie. Échelle: 10/im.
15: Procarpe montrant une connection (CONN) entre le carpogonc (CP) et la cellule auxi¬
liaire (AUX). Cette dernière se colore fortement par le bleu d’aniline comme les deux
premières cellules du rameau carpogonial (RC). Noter que l’une des deux cellules du rameau
carpogonial est floue car non située dans le plan photographié. Échelle: 10Jim.
334
P. DION & R. DELÉPINE
Fig. 16 à 20 : Développement des carpospores de G. stellata
Fig. 16 : Les deux types de thalles développés dans les cultures âgées d’un an, après
neuf mois in situ (début juin 1977); A - Disques dépourvus de frondes obtenus à partir
d un des cinq thalles géniteurs; B - Disque obtenu à partir d’un autre thalle géniteur et
portant des frondes dressées. Échelle: 2 cm. Fig. 17: Mêmes thalles que sur la figure 16,
mais photographiés quand la culture est âgée de quinze mois (août 1977). Échelle: 2cm.
Fig. 18: Détail de l’extrémité de la fronde gamétophytique femelle photographiée sur la
figure 17 B. A ce stade, les papilles cystocarpiques sont bjen visibles. Les premières papilles
formées en juin se sont transformées en petits rameaux dichotomes (coin supérieur gauche)
qui ont émis, à leur tour, des papilles devenues cystocarpiques. Échelle: 0,5 cm. Fig. 19:
Détail, en vue superficielle, des disques pétrocélidiens photographiés sur la figure 17 A et
ne portant aucune fronde dressée. Échelle: 0,5 cm. Fig. 20: Détail d’un filament périthallien
prélevé dans l’un des trois disques photographiés sur la figure 19, mais âgé alors de vingt
et un mois dont dix huit mois in situ (mars 1978). Noter, dans le sporocyste, le noyau
central ainsi que le plastidome pariétal très coloré et polarisé; Échelle : lOjUm.
Après trois mois (fin août), les lames ensemencées sont placées en mer; les
germinations atteignent à ce moment un diamètre moyen de 500/im.
Deux mois après cette transplantation (fin octobre), il est remarquable
de noter 1 apparition d’axes cladomiens sur certaines croûtes bien que ces der¬
nières soient issues de carpospores. L’existence de deux populations d’individus
se confirme au cours des mois suivants puisque certains disques portent des
GIGARTINA STELLATA & PETROCELIS CRUENTA
335
frondes dressées et que d’autres n’en possèdent pas. Quatre des cinq thalles
parents donnent naissance à une population homogène : deux engendrent
uniquement des disques émettant des frondes dressées (fig. 16 B) et deux don¬
nent exclusivement des croûtes restant dépourvues de telles frondes (fig. 16 A).
Pour le cinquième thalle, une des deux lames de culture présente quelques
disques portant des frondes dressées, alors que la population, en grande majorité,
est constituée de nématothalles demeurant sans axes cladomiens.
Un an après la transplantation des lames (fin août 1977), les grands thalles
atteignent 6-7 cm (fig. 17B) et, à ce stade, on observe nettement les cystocarpes
(fig. 18). Toutes les frondes dressées fertiles de toutes les touffes ainsi obtenues
en culture in situ, à partir de carpospores, sont de sexe femelle et ressemblent,
en tous points, à leur thalle parental. Leurs structures reproductrices sont sem¬
blables à celles déjà décrites précédemment pour les thalles femelles de G.
stellata issus de tétraspores de Petrocelis. Cependant, aucune figure de féconda¬
tion n’a été observée.
A cette date (fin août 1977) les croûtes restées sans fronde atteignent un
diamètre de 1cm (fig. 17 A et 19) et présentent une anatomie typique de Petro¬
celis caractérisée par des filaments périthalliens lâchement unis entre eux qui
abritent, même, Codiolum petrocelidis. Les bases des frondes gamétophytiques
présentent une structure, elle aussi, nématothallienne mais beaucoup plus
compacte (DION, 1979). Ce n’est qu’après dix-huit mois de culture in situ
(début mars 1978) que des sporocystes, intercalaires, spécifiques de P. cruenta
apparaissent (fig. 20) dans des disques mesurant alors 15 mm de diamètre.
A la date de la dernière observation (mai 1978), les sporocystes, toujours imma¬
tures et restés indivis, ne sont pas chargés de réserves. Il est possible, qu’apparus
tardivement dans la saison de reproduction, ces sporocystes juvéniles soient
bloqués dans leur évolution à l’approche de la période estivale.
En résumé, ces observations montrent, qu’en fonction du thalle parental,
qu’au moins dans quatre cas sur cinq, les carpospores de G. stellata se développent
différemment. Les carpospores de certains individus engendrent, comme il
était logique de le prévoir, des disques de P. cruenta dans un cycle trigénétique
hétéromorphe. Par contre, pour d’autres individus, les carpospores donnent
naissance directement à de nouveaux thalles femelles de G. stellata bien carac¬
térisés.
DISCUSSION
1. MÉTHODE DE TRANSPLANTATION
La transplantation en mer, de jeunes stades obtenus en laboratoire, a permis
de démontrer sans ambiguité que P. cruenta est bien le tétrasporophyte de G.
stellata, à Roscoff. En effet, les thalles placés dans leur milieu naturel, acquiè¬
rent toutes leurs caractéristiques spécifiques, évitant ainsi les morphoses parti-
336
P. DION & R. DELÉPINE
culières si fréquentes dans les conditions de cultures artificielles. Il est vrai¬
semblable que cette méthode, appliquée à l’étude du développement d’autres
espèces appartenant au couple Gigartina (Mastocarpus)! Petrocelis, permettrait
de lever les difficultés que pose, en général, l’identification des générations
obtenues en culture.
De plus, la transplantation d’individus dans des milieux écologiques divers
est un bon moyen pour étudier l’influence respective du milieu et de la génétique
sur la variabilité individuelle au sein des populations.
2. LE CYCLE DE DÉVELOPPEMENT
A Roscoff, il existe donc deux types de cycles dans la population de G.
stellata; le premier, trigénétique et hétéromorphe, fait intervenir une génération
tétrasporophytique encroûtante identifiée à P. cruenta; le second, digénétique,
présente la simple alternance d’un gamétophyte femelle avec son carposporo-
phyte. Ces résultats complètent ceux déjà obtenus chez plusieurs autres espèces
du sous-genre Mastocarpus sur les côtes californiennes, comme G. papillata
(POLANSHEK et WEST, 1977) et G. jardinii (= G. agardhii, West et al., 1978)
qui sont aussi des gamétophytes dioïques impliqués dans ces deux types de
cycles.
Si le cycle morphologique nous est désormais connu, il n’existe cependant
aucune donnée relative au cycle nucléaire; toutefois, les remarques suivantes
peuvent être faites à ce sujet :
a) Dans le cycle trigénétique, les tétrasporophytes et carposporophytes
sont vraisemblablement diploïdes et les gamétophytes haploïdes comme c’est
le cas, en général, chez les Rhodophycées. En effet, le sex-ratio de 1/1, carac¬
térisant les gamétophytes issus de tétraspores, témoigne d’une ségrégation
méiotique dans le Petrocelis et d’un déterminisme sexuel génotypique. Les
indices de fécondation observés au niveau des procarpes suggèrent aussi l’exis¬
tence d’une sexualité. Enfin WEST et al. (1977) démontrent la nécessité logique
d’une fécondation puisque les gamétophytes femelles, issus des tétraspores
de P. cruenta d’Irlande, ne donnent des carposporophytes qu’en présence de
gamétophytes mâles.
b) Four le cycle digénétique, l’hypothèse la plus logique est d’admettre un
développement apogamique du carposporophyte, sans sexualité ni alternance
de phases nucléaires. En effet, CHEN et al (1974) obtiennent, en milieu contrô¬
lé, deux générations gamétophytiques successives de G. stellata, sans intervention
de gamétophytes mâles, prouvant ainsi l’absence de fécondation. D’autre part,
POLANSHEK et WEST (1977), chez G. papillata, montrent que les gaméto¬
phytes du cycle sexué ne produisent pas de gonimoblastes en l’absence de
thalles mâles, tandis que les gamétophytes apogamiques donnent des carpospores
même s ils sont isolés en culture. L’éventualité de gamétophytes monoïques,
admise par MARSHALL et al. (1949), est actuellement rejetée non seulement
pour G. stellata (EDELSTEIN et al., 1974) mais aussi pour d’autres espèces
du sous-genre Mastocarpus (KIM, 1976; POLANSHEK et WEST, 1977). Enfin,
GIGARTINA STELLATA & PETROCELIS CRUENTA
337
dans les gamétophytes de culture issus de carpospores, nous n’avons pas observé
d’indices de fécondation, rejoignant en cela les remarques formulées par EDEL-
STEIN et al. à propos des échantillons cultivés au laboratoire ou prélevés dans
la nature en Nouvelle-Écosse. Remarquons cependant à ce sujet que la féconda¬
tion pourrait bien exister car les indices d’une telle garnie sont déjà très diffici¬
lement observables dans les gamétophytes sexués.
c) Si le cycle digénétique se déroule avec la même phase nucléaire, il convient
de déterminer si celle-ci est haploïde ou diploïde. Il est classiquement admis
que le gamétophyte reste haploïde comme il l’est d’ailleurs généralement dans
un cycle trigénétique, et, à l’appui de cette hypothèse, les arguments suivants
sont apportés. CHEN et al. (1973) et PICKMERE et al. (1973) montrent que
les carragheenanes sont représentés par leur fraction kappa dans les gaméto¬
phytes et leur fraction lambda dans les tétrasporophytes des Gigartinacées
trigénétiques isomorphes étudiées à ce point de vue. En tenant compte de cette
propriété, CHEN et al. (1974) interprètent le gamétophyte apogamique de
G. stellata, riche en kappa-carragheenanes, comme haploïde. De même, WEST
et al. (1978), à partir de semblables données biochimiques, déduisent que les
croûtes pétrocélidiennes sont diploïdes et les gamétophytes apogamiques,
issus directement des carpospores, sont haploïdes.
Toutefois, l’éventualité d’un cycle digénétique diplophasique n’est pas à
rejeter. En effet, comme le rapporte FELDMANN (1972) à propos du sporo-
phyte de Derbesia marina, «la découverte par KORNMANN (1970) d’un mutant
haploïde... présentant la morphologie de la génération diploïde est une preuve
supplémentaire de l’indépendance qui existe entre la nature haploïde ou di¬
ploïde d’une génération et sa morphologie». De même, des individus à'Acro-
thrix pacifica, présentant la morphologie classique du sporophyte, peuvent
être haploïdes ou diploïdes (AJISAKA, 1979). Si une telle indépendance existe
entre l’expression phénotypique de la forme du thalle et la phase nucléaire,
il peut en être de même pour l’expression phénotypique du chimisme des parois.
Des études caryologiques complètes, avec détermination du nombre chromo¬
somique, restent donc toujours nécessaires.
3. RAPPORT ENTRE LES DEUX TYPES DE CYCLES
Le problème est de savoir quelles sont les parts respectives des caractéristiques
génétiques et de l’environnement dans le déterminisme du type de cycle. Aucun
travail n’a encore été entrepris dans ce but précis, mais trois faits fondamentaux
peuvent être soulignés à la suite de nos observations jointes à celles des auteurs,
cités ci-dessus et ayant étudié des espèces du sous-genre Mastocarpus :
a) Les gamétophytes femelles issus de tétraspores, libèrent, après féconda¬
tion, des carpospores qui engendrent toujours un Petrocelis.
b) Les gamétophytes femelles, obtenus directement à partir des carpospores,
produisent des carpospores engendrant, à leur tour, un nouveau gamétophyte
femelle semblable au précédent.
338
P. DION & R. DELÉPINE
c) Dans la grande majorité des cas, chaque thalle gamétophytique femelle
est à l’origine d’une population homogène soit pétrocélidienne, soit gaméto¬
phytique femelle.
Ainsi, en première approximation, le déterminisme du caractère sexué ou apo-
gamique du cycle semble fixé génétiquement dans deux lignées indépendantes;
l’une est soumise à une alternance de phases nucléaires et de générations hétéro-
morphes, l’autre est de type clonique. L’existence de gamétophytes produisant
simultanément les deux types de carpospores reste cependant possible puisque
l’un des cinq thalles utilisés chez G. stellata, comme d’ailleurs quelques individus
chez G. papillata (POLANSHEK et WEST, 1977) et chez G. jardinii (WEST et
al., 1978), ont donné naissance à la fois à des croûtes pétrocélidiennes et à des
gamétophytes dressés. Certes, comme l’ont admis ces auteurs, l’éventualité
de contamination demeure, lors de l’émission des spores. Si les thalles à double
potentialité, peu nombreux, sont réellement présents dans la nature, il reste
à déterminer s’ils constituent une troisième population génétiquement isolée,
et comment l’action du milieu peut conditionner cette aptitude à engendrer
deux types de spores.
D’un point de vue plus général, chez les Floridées, de nombreuses espèces
peuvent se reproduire sous deux types de cycles (DION, 1979) mais le méca¬
nisme mis en cause peut varier par rapport à celui de Mastocarpus. Ainsi, chez
Calosiphonia vermicularis J. Ag., où ce déterminisme peut être analysé d’après
les travaux de FELDMANN (1954) et MAYOUB (1973, 1975), les faits sug¬
gèrent que l’apogamie présente un caractère occasionel déterminé par l’absence
d’élément mâle alors que, chez Mastocarpus au contraire, les cytocarpes se
développent sur des thalles apogamiques en présence ou non de spermaties
(POLANSHEK et WEST, 1977; WEST et al, 1978).
4. ASPECTS BIOGÉOGRAPHIQUES
Chez G. stellata, les types de cycles varient ,d’une localité à l’autre mais
les données publiées restent encore peu nombreuses bien qu’une étude bio¬
géographique de grande envergure soit actuellement en cours (WEST, comm.
pers.) Sur les côtes Ouest-Atlantique, aucun cycle trigénétique sexué n’a été
mis en évidence jusqu’à ce jour bien qu’un Petrocelis, rapporté à P. midden-
dorfii, existe dans la nature (CHEN étal, 1974; WEST et al, 1977). En Norvège
(RUENESS, 1978) et en Écosse (WEST et al, 1977), seul un cycle apogamique
a été obtenu. Au Pays de Galles, les deux types de cycles sont présents, tandis
qu’en Irlande seul un cycle sexué a été mis en évidence (WEST et al, 1977).
Au Portugal, la population de P. cruenta, déjà abondante (ARDRÉ, 1970)
est en extension (ARDRÉ, comm. pers.) et laisse ainsi présager un cycle sexué
prédominant. Cette dernière remarque se trouve confirmée par certaines ob¬
servations encore inédites (WEST, comm. pers.) dont les récentes expérimenta¬
tions précisent les données ci-dessus recueillies dans les seuls travaux publiés.
A Roscoff, nos observations montrent l’existence des deux types de cycles
et permettent de donner une estimation de leur importance relative. D’une part,
GIGARTINA STELLATA & PETROCELIS CRUENTA
339
les gamétophytes mâles représentent 20% à 40%, soit 30% en moyenne, de la
population naturelle, et d’autre part, le sex-ratio des gamétophytes dans le cycle
trigénétique est de 1/1. Il est donc logique d’en déduire qu’il y a une quantité
égale de gamétophytes femelles sexués, soit 30% et qu’il reste 40% de gaméto¬
phytes femelles apogamiques.
A notre connaissance, ces pourcentages, estimés à Roscoff, sont les premiers
publiés pour caractériser l’importance relative des deux types de cycles dans
une localité.
Il reste à analyser la variabilité à petite échelle de ces proportions. De même,
il sera intéressant de connaître de telles valeurs pour l’ensemble de l’aire bio¬
géographique de G. stellata. Il est certain que de nombreux facteurs peuvent
influencer l’équilibre local entre les types de cycles et méritent des recherches
actives (modalités d’apparition et longévité des clones apogamiques, faculté
d’adaptation de chaque type de cycle aux diverses conditions locales, etc.).
REMERCIEMENTS
Cette étude a été réalisée, à la Station Biologique de Roscoff, au titre du programme
C.N.E.X.O.-ECOTRON et financée sur les contrats n° 76/5254 - 77/1666 - 78/1844.
Nous sommes particulièrement reconnaissants au Professeur MAGNE et au Professeur WEST
d’avoir bien voulu lire le manuscrit en nous faisant part de leurs remarques, suggestions
ou informations inédites. La préparation et la présentation du manuscrit ont été assurées
par Madame J ACQUEMIN que nous remercions vivement.
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Source : MNHN, Paris
343
INFLUENCE DE DIVERS MILIEUX SUR LA CROISSANCE
du thalle d’APOGLOSSUM RUSCIFOLIUM (Turner) J. Agardh,
(RHODOPHYCÉES, CÉRAMIALES)*
C. ABÉLARD**
RÉSUMÉ. — Le développement des thalles d ’Apoglossum ruscifolium (issus de tétraspores
ou de carpospores) a été observé pendant 6 mois et demi dans six milieux différents. Deux
milieux se sont montrés particulièrement efficaces: l’un au cours des premiers stades du
développement des spores et des jeunes plantules, l’autre permettant une croissance plus
active par la suite. Au cours de ce travail, il a été possible de mettre en évidence une relation
entre la taille atteinte par la fronde principale et le nombre des frondes basales adventives.
SUMMARY. — The development of the Apoglossum ruscifolium thallus (issued from
tétraspores or carpospores) was observed during six months and a half in six different media.
Two formulas were especially efficient for growth promoting: one of them for the first
steps of spores and young plantula development, the other impulsing a faster growth at
later stage. There was a good corrélation between the length of principal leaf and the num-
ber of basal adventive leaves.
INTRODUCTION
Des recherches en cours sur le développement et l’ontogenèse de lMpo-
glossum ruscifolium ont conduit à comparer la croissance du matériel expéri¬
mental dans divers milieux de culture et à rechercher les améliorations possibles
de ceux-ci.
* Cet article a fait l’objet d’une communication aux Journées d’Étude sur «L’Ontogenèse
et la Morphogenèse des Algues» de Banyuls, 22-24 septembre 1978.
** Laboratoire de Biologie végétale marine, Université Pierre et Marie Curie, 7 Quai Saint-
Bernard, 75230 Paris Cedex 05 (Biologiste du CNRS).
Rev. Algol, N. S., 1979, XIV, 4: 343-357.
Source : MNHN, Paris
344
C. ABÉLARD
I - MATÉRIEL ET MÉTHODES
A. LES MILIEUX DE CULTURE
Les milieux de culture utilisés ont été réalisés à partir d’eau de mer naturelle.
Afin que celle-ci n’intervienne pas dans la divergence des résultats, elle a été
prélevée au large de Roscoff au cours de la même période de l’année, filtrée sur
Millipore HAW (pores de 0,45A/m de diamètre) et toujours additionnée de 4mg/l.
de bioxyde de germanium, pour éviter la prolifération des Diatomées.
Les essais ont porté sur les formules le plus souvent employées au laboratoire
(Tab. I).
Tab. I. — Tableau comparatif des substances contenues dans les six milieux utilisés
(pour 1000 ml d’eau de mer)
(1) Les métaux Fc, Mn, Zn, Co, B sont introduits respectivement sous forme: Fe CI36H9O;
Mn SO44H2O; Zn SO47H2O; Co SO47H2O; H3B O3 pour les milieux ESj et ES2 - Fe
S0 4 7H 2 0; Mn Cl 2 pour le milieu VS - Citrate de Fe et Mn CL pour les milieux M ,
M p2 et Em. P 1 ’
a) Erdschreiber-Fôyn (1934) modifié (Em), les quantités de sels de potassium
sont réduites de moitié par rapport aux doses habituellement utilisées;
b) le milieu VS proposé par von STOSCH en 1967 pour la culture des Bonne-
maisonniales (à partir de la formule communiquée en 1963 par M. le Prof, von
CROISSANCE D’APOGLOSSUM RUSCIFOLIUM
345
STOSCH à M. le Prof. J. FELDMANN);
c) un milieu décrit par PROVASOL1 en 1966 sous le nom d’Enrichment
Seawater(ES) contenant des oligoéléments non présents dans les autres formules
et que nous appellerons ici ESj.
A partir de ces milieux classiques, nous avons de plus mis au point et testé
les milieux suivants :
d) un milieu ES2 obtenu en doublant les doses des oligoéléments métalliques
entrant dans la formule Pjj métal du milieu ES de PROVASOLI.
e) un milieu Mp^ de composition identique à a) mais dépourvu d’extrait
de terre et comprenant seulement 4 vitamines (PU1SEUX-DAO et G1BELLO
(1963) en proposent 8 pour la culture des Acétabulaires).
f) un milieu Mp 2 ayant aussi la même composition que le milieu a) mais
enrichi par les 4 vitamines du milieu précédent.
Le pH des différents milieux a été contrôlé : eau de mer : 8,19; VS: 8,45;
ES 1 : 8,32; M pl : 8,20; M p2 : 8,12; Em : 8,01 ; ES 2 : 8,30.
B. LUMIERE ET TEMPÉRATURE
La température d’expérimentation a été la même dans tous les cas: 12 C
et la lumière, celle du jour à l’exposition N-N-Est. Les cultures ont sensiblement
subi les mêmes variations quotidiennes de luminosité.
C. TRAITEMENT DES PLANTES
Les individus récoltés fertiles portent des tétraspores ou des carpospores;
ils sont lavés et disposés dans des récipients contenant de l’eau de mer filtrée.
Six jours après l’émission des spores, les jeunes plantes sont réparties dans des
cristallisons contenant le milieu de culture choisi. Celui-ci est ensuite régulière¬
ment renouvelé toutes les deux semaines.
D. TRAITEMENT DES RÉSULTATS PAR LES MÉTHODES STATISTIQUES
L’utilisation de calculs statistiques simples a permis la représentation gra¬
phique des résultats numériques et la comparaison de valeurs moyennes de deux
séries expérimentales grâce à l’utilisation du test «t» de Student (J. LISON,
1958; Ch. ABÉLARD et M.-Th. L’HARDY-HALOS, 1975). Les courbes ont
été tracées à partir des moyennes de la taille des plantules, à des dates précises
pour chaque lot expérimental. Au niveau de chaque point, l’intervalle de con¬
fiance (txSm) a été reporté ainsi que le nombre d’individus utilisé pour l’échan¬
tillonnage (1).
(1) Je tiens à remercier M.-Th. L’HARDY-HALOS pour les conseils qu’elle m’a donnés pour
la rédaction de cette note. Je remercie également Jean-Luc DOUV1LLÉ et Claude LE ROUX
d’avoir bien voulu consacrer de leur temps pour effectuer certains calculs sur l’ordinateur
de la Station Biologique de Roscoff.
346
C. ABÉLARD
ÉTUDE COMPARATIVE DES DIVERS MILIEUX
A. COMPARAISON DES MILIEUX ES! et VS
1 - Comportement des plantules issues des carpospores
Les carpospores émises le 31 août sont séparées en deux lots le 6 septembre,
l’un est maintenu dans le milieu ESj, l’autre dans le milieu VS. La taille réduite
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE D’APOGLOSSUM RUSCIFOLIUM
347
des jeunes plantes ne permet leur isolement qu’après 21 jours de culture dans
ces milieux. A partir de cette date (27 septembre) un certain nombre d’entre
elles sont isolées et régulièrement mesurées. La figure 1, obtenue en reportant
les moyennes de taille des individus dans les deux milieux, révèle que, dès la
première mesure, des tailles atteintes par les plantules en 21 jours de culture
sont statistiquement différentes (m = 212/tm pour 55 individus dans ES^
avec Sm = 4,84; m = 171/im pour 38 individus dans VS avec Sm = 5,54).
Par la suite, les deux courbes se distinguent nettement l’une de l’autre, montrant
que le milieu ES-j assure un développement plus rapide des plantules issues du
développement des carpospores que le milieu VS. Le retard provoqué dans ce
dernier cas est d’environ un mois.
2 - Comportement des plantules issues des tétraspores
Les tétraspores émises le 30 août sont séparées de la même manière en deux
lots et réparties dans ES et VS le 6 septembre. Sur la figure 2, les courbes de
croissance, d’abord confondues, mettent finalement en évidence l’efficacité
plus grande du milieu ESj. Elle se manifeste le 18 octobre, après 43 jours de
culture (m = 650/tm pour 39 individus dans ESj avec Sm = 27,19; m = 557/tm
pour 21 individus dans VS avec Sm = 24,03).
Qu’elles soient issues du développement des carpospores ou des tétraspores,
les plantules d'Apoglossum ruscifolium ont donc une meilleure croissance
en longueur dans le milieu ES-[ que dans le milieu VS.
3 - Influence de ces milieux sur l'apparition et la croissance des frondes
adventives basales
A l’endroit où sa base est rétrécie en stipe, la fronde principale porte des
frondres basales adventives (fig. 3) après 2 mois et demi de culture. Or ces
frondes sont plus fréquentes dans VS que dans ESj, aussi bien sur les plantules
issues de carpospores (fig. 4) que sur celles issues de tétraspores (12 thalles sur
20 portaient des frondes basales dans VS; 8 thalles seulement sur 36 dans ES-^;
mais leur croissance, comme celle de la fronde principale est plus rapide dans
ESj que dans VS (fig. 5).
Ainsi, le milieu VS est favorable au développement de nombreuses frondes
basales de petite taille tandis que dans ESj les frondes basales sont plus rares
mais plus développées. Le calcul de la longueur globale (fronde principale +
frondes basales) dans les milieux à une date donnée montre encore une nette
supériorité du milieu ES^ sur le milieu VS. A la date du 15 décembre, par
exemple, les résultats sont les suivants :
Fig. 1. — Évolution de la taille des plantules issues de la germination des carpospores en
fonction du temps, cultivées dans le milieu ESj de Provasoli et celui de Von Stosch (VS).
Les chiffres situés en regard des points représentent le nombre de plantules sur lequel la
moyenne a été calculée. Au niveau de chaque moyenne a été reporté l’intervalle de
confiance.
348
C. ABÉLARD
Fig. 2. — Évolution de la taille des plantules issues de la germination des tétraspores en
fonction du temps, cultivées dans le milieu ESi de Provasoli et dans celui de Von Stosch
(VS).
VS : 29 échantillons.101.500/im pour les frondes principales
36 frondes basales .... 47.675/im pour les frondes basales
Croissance globale . . . .149. 175/im
CROISSANCE D’APOGLOSSUM RUSC1FOLIUM
349
ESj : 28 échantillons.176.250/im pour les frondes principales
13 frondes basales .... 28.250/im pour les frondes basales
Croissance globale . . . .204.500/im
Le milieu ESj est favorable à la croissance des frondes principales et à celle
des frondes adventives initiées en petit nombre; en revanche, le milieu VS
provoque une moindre croissance des frondes principales et adventives mais
la prolifération de ces dernières est augmentée. On préférera donc le milieu
ESj au milieu VS, dans la mesure où l’on recherche un matériel expérimental
homogène.
Fig. 3. — Schéma d’une plantule d 'Apoglossum ruscifolium issue de la germination d’une
carpospore : fronde principale portant, sur son court stipe, 2 frondes basales adventives;
les rhizoïdes basaux n’ont pas été dessinés.
4 - Influence de ces milieux sur l’apparition des organes reproducteurs
Les plantes obtenues à partir des carpospores différencient des sores de
tétrasporocystes dans 40% des cas dans ESj au bout de 4 mois et demi de cul¬
ture alors qu’il n’en est rien encore sur les plantules cultivées dans VS.
Sur dix plantes sur 37 (issues du développement des tétraspores) des sores
de spermatocystes sont apparues après 3 mois de culture dans le milieu ESj,
alors que rien n’est visible sur les plantes cultivées dans VS.
La différenciation des organes reproducteurs est donc plus précoce dans
le milieu ESj que dans le milieu VS.
350
C. ABÉLARD
Fig. 4 et 5. - 4: Évolution du nombre des frondes basales (nfb) apparues sur le stipe des
frondes principales dans les milieux ES, et VS en fonction du temps. - 5 : Évolution
de la taille des frondes adventives basales en fonction du temps dans les milieux ES-,
et VS, à partir de leur apparition à la base des frondes principales. Les chiffres en regard
des points représentent le nombre des thalles sur lequel ces frondes ont été mesurées.
La confrontation des Figures 4 et 5 permet de repérer le nombre de frondes basales
apparues par rapport au nombre des thalles en cultures.
CROISSANCE D’APOGLOSSUM RUSCIFOLIUM
351
5 - Remarques sur les résultats obtenus
1) Comportement des spores en fonction de leur nature : A leur libération
dans le milieu, les spores sont de taille très légèrement différente : les carpospores
(diam. moyen = 35/im) étant plus grosses que les tétraspores (diam. moyen =
32/im). Quoiqu’il en soit, spores haploïdes (tétraspores) et diploïdes (carpo¬
spores) produisent des plantes dont le rythme de croissance est comparable; les
courbes sont parfaitement superposables pour les plantules cultivées dans VS;
cependant dans ESj, la croissance à long terme semble plus rapide pour les
thalles issus de carpospores. Il est cependant prématuré d’affirmer une diver¬
gence du comportement des plantes en fonction de la nature des spores géné¬
ratrices.
2) Durées comparées des périodes de latence : L’efficacité supérieure
du milieu ESj se manifeste plus tôt sur les plantes issues des carpospores (21
jours) que sur celles engendrées par les tétraspores (43 jours). Cela permet de
suggérer que les deux types de spores diffèrent par la longueur de la période
de repos qui précède leur développement.
3) Croissance des plantes détachées du substrat comparée à celle des
plantes fixées : Au cours des deux premières observations, les plantules (issues
dés carpospores) mesurées étaient fixées au substrat. Far la suite, 27 plantules
ont été détachées sur un total de 79. Au bout de deux semaines, les moyennes
de taille des thalles appartenant aux deux lots sont sensiblement égales, respec¬
tivement 696/im et 703/im. Il est donc permis de penser que la croissance
n’est pas modifiée par le contact ou l’absence de contact des plantes avec un
substrat.
4) Importance de la mortalité : Il faut noter que les plantules issues du
développement des carpospores et cultivées dans le VS ont mal résisté : 35%
d’entre elles sont mortes au cours des 3 mois et demi d’observation. Les condi¬
tions externes, autres que le milieu, demeurant semblables pour l’ensemble
des cultures, il est difficile d’attribuer ce phénomène à un autre facteur que le
milieu lui-même.
5) Comparaison des deux milieux testés: Si l’on compare la composition
des milieux ES^ et VS (Tab. I), la supériorité de ESj paraît liée d’une part à
la présence d’oligoéléments métalliques n’existant pas dans VS (ou présents
en plus faible quantité, comme le Manganèse), d’autre part à la teneur plus
grande en vitamines Bj 2 et surtout en chlorhydrate de thiamine.
B. COMPARAISON DES MILIEUX ES 2 , VS, M pl , M p2 , Em SUR LES
PLANTULES DE TÉTRASPORES.
Les tétraspores, émises dans l’eau de mer naturelle le 12 septembre, sont
séparées en 5 lots, répartis 6 jours après dans 5 milieux : ES 2 , VS, M p j, M p2 ,
Em. Les mesures commencées à la mi-novembre, c’est-à-dire 2 mois après la
mise en culture, sont poursuivies jusqu’à la fin du mois de mars.
352
' C. ABÉLARD
I - Efficacité des cinq milieux sur la croissance du thalle
La figure 6 montre le tracé des courbes de croissance dans les 5 milieux
(les derniers points correspondant au milieu M p 2 ne sont pas reliés entre eux
pour ne pas surcharger le graphique).
A long terme, ES 2 apparaît comme le plus favorable à la croissance et Em
comme le moins efficace.
Au début du développement des tétraspores, la taille atteinte à la mi-no¬
vembre par les plantules (fig. 7) est plus grande dans le milieu Mp 2 -
II semble donc que les besoins alimentaires des plantules issues des tétra¬
spores se modifient au cours de leur développement; les comparaisons des
milieux doivent donc être faites d’une manière plus précise.
a) Comparaison des milieux ES 2 , VS et Em
ES 2 apparaît comme plus favorable à long terme que le milieu VS, lui-même
meilleur que Em (courbes et intervalles de confiance non superposés jusqu’à
la dernière observation fin mars) (fig. 6).
La figure 7 montre qu’au début du développement les plantules grandissent
également plus rapidement dans ES 2 que dans VS et dans Em. La comparaison
entre les premières moyennes observées a été toutefois nécessaire pour les
plantules cultivées dans VS et Em. La différence de taille a une valeur signifi¬
cative pour ces premiers points quoique très proches l’un de l’autre (t = 3,07
pour m = 683/im sur 20 individus dans Em avec Sm = 13,36 et m = 769/im
sur 18 individus dans VS avec Sm = 25,31); ceci confirme la supériorité de VS
sur Em.
La croissance des plantules issues des tétraspores est donc meilleure pendant
toutes nos observations dans ES 2 que dans VS; le milieu est nettement moins
favorable.
b) Comparaison des milieux M p j et VS
A long terme (fig. 6) les milieux M p j et VS ont une efficacité comparable
sur la croissance des plantules âgees de 3 mois. La comparaison des moyennes
de taille à la fin de nos observations (après 6 mois de culture) le confirme
(t = 1,94 pour m = 12.903/im dans VS sur 15 thalles avec Sm = 389 et m =
14.346/im dans M pl sur 15 thalles avec Sm = 631 indique que leur différence
n’est pas significative).
Par contre, la figure 7 met en évidence l’intérêt du milieu depuis le
démarrage du développement des tétraspores puisque les plantules, après 2 mois
Fig. 6. — Évolution de la taille des plantules issues de tétraspores émises le 30 août et
cultivées dans les milieux ES2, M p j, VS, M 2 et Em. Les mesures ont commencé en
novembre et ont été poursuivies jusqu’à la mi-mars. Elles ont été faites sur 20 thalles
dans chaque milieu sauf en fin d’observation où les chiffres en regard des points repré¬
sentent le nombre de thalles sur lequel la moyenne de taille a été calculée. Le cadre en
trait fin correspond à la partie du schéma agrandie en figure 7.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE D’APOGLOSSUM RUSCIFOLIUM
353
Source : MNHN, Paris
354
C. ABÉLARD
de culture, sont nettement plus grandes dans ce milieu que dans VS. Par la suite
les tailles des thalles se rejoignent.
c) Comparaison du milieu M p j avec le milieu ES2
La figure 6 met en évidence la valeur prépondérante du milieu ES 2 ;la diffé¬
rence entre les moyennes de taille des plantules au bout de 6 mois de culture
le confirme (t = 2,67 où m = 16. 507/Um dans ES 2 sur 14 individus avec Sm =
483 et m = 14.346 pm dans M p j sur 15 thalles avec Sm = 631).
En revanche (fig. 7) l’intérêt du milieu M p j est certain pendant au moins
les deux premiers mois de croissance des jeunes plantules. Par la suite, son
efficacité décroit rapidement.
d) Comparaison du milieu M p2 avec les milieux M pl et VS
La figure 6 montre qu’à partir de la fin du mois de janvier, le tracé de la
courbe dans le milieu M p2 suit approximativement ceux de M p j et VS qui ont,
d après les comparaisons précédentes, la même activité sur la croissance (moyen¬
nes de taille très peu différentes et intervalles de confiance recouverts).
La figure 7 illustre par contre une nette supériorité du milieu M p2 sur M pl
et VS dans les premiers stades du développement des tétraspores et sur les jeunes
plantules jusqu’à 4 mois (les moyennes sont très différentes et les intervalles
de confiance non superposés).
e) Comparaison du milieu M p2 avec ES 2
A long terme (fig. 6) le milieu M p2 rejoint l’activité des milieux M p j et VS :
ES 2 lui est donc supérieur d’après nos observations précédentes.
Par contre, la figure 7 montre que le développement des tétraspores et des
jeunes plantules est nettement favorisé par le milieu M 2 et son intérêt se main¬
tient pendant 3 mois par rapport au milieu ES 2 . A la mi-décembre, la compa¬
raison des moyennes montre que leur différence est significative (t = 2,71 où
m = 2802jim dans £S 2 sur 20 plantules avec Sm = 63 et m = 3024/im dans
Mp 2 sur 20 plantules avec Sm = 80).
Il est également plus efficace que le milieu Em.
Le milieu M p2 est donc nettement plus favorable au démarrage du dévelop¬
pement des tétraspores et à la croissance des jeunes plantules que les autres
milieux testés.
2 - Efficacité des cinq milieux sur l'apparition des organes sexués
Les milieux M p2 , ES 2 et VS ont permis l’apparition des sores de spermato-
cystes après 3 mois et demi de culture. Dans le milieu M p j les spermatocystes
sont différenciés 15 jours plus tard et, dans Em, un mois et demi plus tard.
F ' 8 '™' a ^ volu î 1 ° n de la tai,lc dc f plantules obtenues à partir des tétraspores émises le
30 août, cultivées dans les 5 milieux choisis, pendant les premières semaines de culture.
CROISSANCE D’APOGLOSSUM RUSCIFOL1UM
355
Source : MNHN, Paris
356
C. ABÉLARD
III - CONCLUSION - DISCUSSION
Cette étude comparative permet de faire les remarques suivantes :
1) la supériorité du milieu Mp 2 pendant les premières semaines du dévelop¬
pement des tétrasporej». Par la suite, après 3 mois de culture, lorsque les plantes
ont atteint 3000/im environ, ce milieu a moins d’intérêt et devient comparable
au VS et au M p j.
2) la supériorité du milieu ES 2 au cours de la croissance des thalles au delà
de 3000/im. L’intérêt de ce milieu demeure constant par la suite.
3) l’Em n’a aucun intérêt - pour la croissance des thalles et le milieu de von
Stosch, beaucoup plus favorable, n’est pas plus efficace que M_j ou Mp 2 sur
une culture de longue durée.
4) En ce qui concerne la différenciation des organes sexués, elle se fait
au même moment dans Mp 2 ,.ES 2 et le milieu de von STOSCH; elle est retardée
de 15 jours dans Mpj et de un mois et demi dans l’Em. Elle ne semble pas
être liée à la taille des plantes.
5) Parmi les milieux testés, M _2 et Mpj paraissent plus favorables aux
premiers stades du développement des spores alors que, par la suite, ES 2 permet
une croissance plus rapide et une sexualisation plus précoce que les autres
milieux.
Ces remarques permettent d’avancer les suggestions suivantes :
1) Les deux premières remarques suggèrent l’avantage, pour obtenir des
développements rapides, du passage d’un type de milieu à un autre en choisissant
le plus favorable à chacune des étapes du développement.
2) En comparant la composition de ces milieux (Tab. 1), la germination des
spores et le développement des jeunes plantules semblent favorisés par la pré¬
sence de différentes vitamines; celles-ci seraient plus importantes que les oligo¬
éléments métalliques de l’extrait de terre ou la solution P, j métal du ES 2 ,
quoique la nature de ces métaux intervienne peut-être pour une part. Il est
possible que la quantité plus importante de vitamine B 12 contenue dans ES 2
soit responsable de la supériorité de ce milieu sur M p | et sur M p 2 sur la crois¬
sance des thalles au-delà de 3000/im; ceci rejoindrait les observations rapportées
par PROVASOLI et CARLUCCI (1974) qui attribuent à la vitamine Bj 2 un rôle
prépondérant dans la croissance des algues rouges qu’ils ont étudiées.
3) Il faut cependant noter qu’une relation directe entre la richesse de ces
milieux en oligoéléments et leur efficacité sur la croissance est difficile à certifier
dans la mesure où les cultures ne sont pas bactériologiquement pures. En consé¬
quence, il n’est pas possible de rapprocher les résultats exposés ici de ceux
récemment obtenus par S. LOISEAUX et C. ROZIER (1978) sur la culture
axénique du Pylaiella littoralis.
4) Enfin, il reste à comparer, d’une part le ES de PROVASOLI avec le
CROISSANCE D’APOGLOSSUM RUSCIFOLIUM
357
ES 2 , et d’autre part l’Erdschreiber pauvre (Em) avec l’Erdschreiber-Fôyn clas¬
sique. Ces comparaisons feront l’objet d’une publication ultérieure.
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PREMIERS STADES DE RECOLONISATION,
PAR DUR VILLE A (PHAEOPHYCEAE),
DE SUBSTRATS NATURELS AUX ILES KERGUELEN
359
René DELÉPINE et Annick LEGELEY-PADOVANI*
SUMMARY. - A rocky substratum (fig. 1-2) bearing a well developed population ofDur-
villea antarctica (Chamisso) Hariot is studied. We cleared this substratum from ail the
végétation the 26th april 1972 and the recolonizing plants of Durvillea appeared on 27th
october 1972 and were collected on lOth january 1973. At this time the recolonizing
population shows per rn^ a standing crop of 262,4 g (fresh weight) and a density of 128
thallus, 35 plants hâve coalescent basis. At this step of their development the isolated
plants are smaller than the coalescent ones as the statistical characterizing (with mean and
confidence limit) are : 1) length of stipe 12 ± 1,8mm for isolated and 16 — 3,7 mm for coa¬
lescent; 2) total length of thallus 86 — 18,5 mm for isolated and 102 — 32,2 mm for coa¬
lescent. The histogrammes (fig. 4-5) for the global population show that small plants are a
very important part of the population (about 50%) and that larger plants are distributed
with a large dispersion. These observations are in relation with the heterogeneity of the
recolonized surface for ecological factors as sea agitation (mode) and periods of immersion/
emersion (humectation). The graphy Durvillea is proposed as nomen genericum conservan-
dum instead of Durvillaea retained by CHAMBERLAIN (1965) and HA Y (1979).
RÉSUMÉ. — Ces données, obtenues aux Iles Kerguelen, sont relatives aux caractéristiques
de la recolonisation, par Durvillea antarctica (Chamisso) Hariot, d’une surface dénudée
en avril 1972 et analysée en janvier 1973. Durvillea est propoposé comme nomen genericum
conservandum qui a l’avantage de consacrer l’usage actuel et d’homogénéiser Durvillea
et Urvillea en les rapprochant de l’exemple Bougainvillea.
Les algues australes du genre Durvillea sont consommées au Chili. Elles
présentent aussi un réel intérêt industriel comme source d’alginates puisque
leur exploitation a déjà eu lieu en Tasmanie et reste envisagée en Nouvelle-
* Équipe Biogéographie et Écologie Benthique, Groupe de Biologie végétale marine, Univer¬
sité Pierre et Marie Curie, 7 Quai Saint-Bernard, 75230 Paris Cedex 05.
Rev. Algol, N. S., 1979, XIV, 4; 359-364.
Source : MNHN, Paris
360
R. DELÉPINE & A. LEGELEY-PADOVAN1
Zélande où des études approfondies ont été réalisées (NAYLOR, 1953; HAY,
1978; HAY et SOUTH, 1979; SOUTH, 1978). En raison de cette importance
économique, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agricul¬
ture a décidé de compléter sa série des «Étude synoptique des données biolo¬
giques» (GAYRAL et COSSON, 1973) par un fascicule consacré au genre
Durvillea. En vue de cette mise au point nous commençons la publication des
données recueillies dans le Territoire des «Terres Australes et Antarctiques
Françaises» et encore inédites, en même temps qu’est organisé leur traitement
par ordinateur.
Les résultats présentés ci-dessous et illustrés par les figures 1 à 5 concernent
Durvillea antarctica (Chamisso) Hariot. Ils ont été obtenus aux Iles Kerguelen
où l’on sait que tous les thalles de Durvillea, pourtant très différents morpho¬
logiquement, peuvent être rapportés à l’espèce D. antarctica (DELÉPINE, 1964).
Le rocher étudié est situé a la Pointe de la Baignade, proche de la base de Port-
aux-Français, dans la baie du Morbihan. Son profil (fig. 1) montre une portion
principale presque verticale (pente d’environ 60 degrés) prolongée vers le haut
par une autre, plus réduite et subhorizontale. La surface dénudée, comprise
entre les cotes + 0,03m et - 0,48m exprimées par rapport au zéro de l’Institut
Géographique National, correspond au niveau altitudinal où le développement
des Durvillea est optimal. Pour tenir compte des intensités de recolonisation
trois bandes horizontales peuvent être considérées en vue de face (Fig. 2) : une
inférieure (I) subdivisée en trois surfaces mesurant chacune l/9m 2 ;une moyen¬
ne (M) découpée seulement en deux régions représentant chacune 1/6 m 2 et une
supérieure (S) indivise de l/3m 2 .
1. Évolution de la recolonisation.
Le rocher a été dénudé le 26 avril 1972 et aucun thalle de Durvillea n’est
visible jusqu’au 27 octobre 1972 (fig. 3). Les thalles sont présents le 10 janvier
1973 et la recolonisation se situe donc pendant le printemps austral caractérisé
entre autre, par une élévation de température et d’éclairement qui favorisent
la croissance. Ces données sont en accord avec celles de HAY et SOUTH (1974,
1979), en Nouvelle-Zélande, où ces auteurs notent que la recolonisation de trois
surfaces dénudées respectivement en mai, juin et août s’observe en septembre-
octobre.
2. Biomasse.
La biomasse du peuplement recolonisateur (environ 260g/m 2 en matière
fraîche) est très faible. La population étant loin d’avoir atteint son équilibre
puisque les individus sont au plus âgés de 2 mois et demi, cette biomasse est
évidemment bien inférieure à celles observées pour les populations naturelles
chmaciques. La biomasse de la population d’origine, avant la mise à nu du
rocher, ne nous est pas connue mais des valeurs de 10 kg/m 2 en matière fraîche
+0,03
-0P2
FIG 1- PROFIL DU ROCHER
’ ■ LT
J ■ Ml-h MZi
mSm
FIG. 2-SURFACE RÉELLE RECOLONISÉE
FIG . 3
EVOLUTION DE LA RECOLONISATION
ET CARACTÉRISTIQUES DE LA
POPULATION DE DURVILLEA
c>
30 - 5 -72
01 - 7-72
31- 7-7£
ABSENCE DE VEGETATION VISIBLE
27- 8 -72 DÉBUT OE COLONISATION PAR
ACROSIPHO NIA .
DURVILLEA INVISIBLE
23-9 -72 COLONISATION IMPORTANTE PAR
ACROSIPHONIA . APPARITION
DE QUELQUES IRIDAEA .
DURVILLEA INVISIBLE .
27-10-72 COLONISATION TRES IMPORTANTE
PAR ACROSIPHONIA .
DÉVELOPPEMENT DES RHODO-
PHYCÉES - DURVILLEA INVISIBLE
10-01-73 RÉGRESSION DES ACROSIPHONIA•
POPULATION, BIEN VISIB'LE ET
ABONOANTE.DE DURVILLEA QUI
EST RÉCOLTÉE. LES CARACTE¬
RISTIQUES DE CETTE POPULA¬
TION SONT :
.SURFACE DENUDEE :1m 2 -
- NOMBRE DE THALLES: 128 DONT
35 AVEC BASES COALESCENTES .
-POIDS FRAIS TOTAL : 262,4g
.POIDS SEC TOTAL : 44,6 g .
%
Source : MNHN. Paris
362
R. DELÉPINE & A. LEGELEY-PADOVANI
sont fréquentes aux Kerguelen pour des surfaces présentant une écologie sem¬
blable à celle du rocher choisi. Notons que la valeur citée par HAY et SOUTH
(tableau 2, 1979) est nettement supérieure, puisqu’elle atteint 44 kg/m 2 alors
que dans la population naturelle elle n’est que de 23 kg/m 2 .
3. Densité
Avec 128 thalles par m 2 la densité de la population est apparemment bien
inférieure à celle observée par HAY et SOUTH (1974, 1979) puisque ces der¬
niers constatent 7000 individus par m^ à Kairoura sur une surface dénudée
le 20 avril 1973 et étudiée 5 mois après, en septembre. Toutefois ces auteurs,
eux-mêmes, obtiennent une densité de 1450 individus par m 2 pour un autre
grattage effectué à Tautuku en mai 1972 et analysé en octobre 1973 donc dé¬
nudé à la même période que celui de Kaikoura. Ces données indiquent une
grande variabilité en fonction du lieu d’étude. Dans notre cas, la répartition
des thalles est très hétérogène comme le montre la figure 2 où la densité de
colonisation est schématisée par la densité des pointillés. Le nombre d’individus
par m 2 est maximal en Ij où il atteint 400 et minimal en S où il n’est que de
25. Ce type de recolonisation illustre bien l’importance des variations latérales
pour un même niveau altitudinal ainsi que l’influence de l’étagement déjà
reconnu par ailleurs (DELÉPINE et al., sous presse).
4. Caractéristiques des individus isolés et coalescents.
Les thalles caractérisés par la longueur du stipe (LS) et par leur longueur
totale (LT), sont soit isolés (I), soit coalescents (C) par leurs bases. Ces derniers
représentent 27% de la population globale. A ce stade de leur développement,
les thalles isolés apparaissent légèrement plus petits que les thalles coalescents
avec des longueurs de stipes et des longueurs totales de thalles qui sont respec¬
tivement de 12mm (LSI), 86 mm (LTI) pour les premiers, et 16 mm (LSC),
102 mm (LTC) pour les seconds. Les valeurs de l’intervalle de confiance associé
à chaque moyenne sont respectivement de 1,8 (LSI), 18,5 (LTI), 3,7 (LSC),
32,2 (LTC). Ces valeurs qui représentent 23% ou 32% des moyennes pour la
population des thalles coalescents et seulement 15% ou 21% pour celle des
thalles isolés, illustrent bien l’hétérogénéité des deux populations et la plus
grande dispersion des thalles coalescents par rapport aux thalles isolés.
5. Distribution de la population.
Les histogrammes relatifs à la longueur du stipe et à la longueur totale du
thalle montrent une nette dissymétrie dans la répartition des thalles. Ainsi
pour le paramètre LS, les petits thalles ayant des stipes de 0 à 10 mm repré¬
sentent 55% de la population globale tandis que les thalles plus développés,
avec des stipes compris entre 11mm et 30 mm, représentent 41% de cette
RECOLONISATION DE SUBSTRATS PAR DURV1LLEA
363
population (fig. 4). De même pour le paramètre LT (fig. 5), la population
des thalles inférieurs à 40 mm représente 35% de la population globale tandis
qu’il apparaît une grande dispersion pour les plus grands thalles. La forme
de cette répartition correspond vraisemblablement à la résultante de différentes
distributions unimodales élémentaires liées à l’hétérogénéité de la surface dénu¬
dée vis-à-vis des facteurs mode et humectation.
6. Graphie du nom générique.
Dans sa récente mise au point taxonomique sur les différentes espèces du
genre, HAY (1979) retient la graphie d’origine Durvillaea à la place de la forme
Durvillea pourtant classiquement admise par les auteurs travaillant dans les
régions antarctiques et subantarctiques (PAPENFUSS, 1964). HAY considère
qu’il n’y a pas d’erreur typographique ni orthographique et à l’appui de sa déci¬
sion il indique que les filiations L1NNÉE en Linnaea et DURV1LLÉE en Dur¬
villaea lui paraissent comparables. En réalité de nombreux arguments plaident
en faveur de la forme Durvillea qui est donc proposée comme nomen genericum
conservandum.
a) la forme recommandée (recommandation 73B, STAFLEU, 1978) pour
les noms nouveaux dérivés de noms de personnes terminés par la voyelle e est
l’addition d’un a , d’où la forme Durvillea. Le genre Durvillea est même explici¬
tement cité avec cette graphie à la fin de la recommandation, à côté du genre
Urvillea, à titre d’exemples de noms valides issus d’un même éponyme par
modification.
b) La graphie Durvillea, en accord avec les règles de la déclinaison latine,
est tout à fait comparable à celle retenue pour Bougainvillea présentée comme
nomen conservandum en remplacement de Bugainvillaea (STAFLEU, 1978).
c) La graphie Durvillaea a déjà été mentionnée par CHAMBERLAIN (1965)
qui la justifie par des arguments semblables à ceux de HAY (1979). Cette
graphie n’a cependant pas été retenue par les auteurs postérieurs.
La proposition de nomen genericum conservandum a l’avantage de consa¬
crer l’usage actuel et d’homogénéiser Durvillea et Urvillea en les rapprochant
de l’exemple Bougainvillea. Il est évident que cette argumentation ne pourrait
être utilisée pour Iridaea par exemple dont la graphie d’origine mérite d’être
conservée.
REMERCIEMENTS
Ce travail a été réalisé au titre du programme «Algologie» dans le Territoire des T.A.A.F.
(Terres Australes et Antarctiques Françaises) et financé par cet organisme.
Nous remercions vivement M. BEUCHER et J.-F. DECROIX auxquels nous devons les
résultats ci-dessus obtenus au cours de l’hivernage 1972. Nous sommes reconnaissants au
Dr. C.H. HAY et au Dr. G.R. SOUTH d’avoir bien voulu nous communiquer le manuscrit
de leurs communications faites au huitième Congrès International des algues marines (Ban-
gor, 1974) et non encore publiées.
364
R. DELÉPINE & A. LEGELEY-PADOVANI
BIBLIOGRAPHIE
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365
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
BALECH, E., 1977 - Introducion al Fitoplancton marine». Eudeba Manuales,
Universidad Buenos Aires : 211 p.
L’objectif qu’a poursuivi E. BALECH en réalisant cet ouvrage est de fournir
aux étudiants un manuel d’initiation simple renfermant tous les renseignements
scientifiques iconographiques et bibliographiques principaux permettant de
reconnaître les principaux groupes du phytoplancton marin et de leur donner
accès aux ouvrages plus spécialisés dans le cas où ils voudraient affiner leur
approche.
Le manuel compte les 15 chapitres suivants: 1) caractéristiques et composi¬
tion du phytoplancton; 2) Silicoflagellés et Haptophycées; 3) Dinoflagellés;
4-5) Diatomées; 6-7-8-9) Pigments, photosynthèse, énergie solaire, distribution
verticale des organismes, facteurs écologiques divers; 10) Fleurs d’eau, toxicité
et bioluminescence; 11) Production et productivité; 12) Relations phytoplanc-
ton-faune, production globale; 13) Le phytoplancton indicateur océanogra¬
phique; 14) Le phytoplancton de l’Atlantique occidental sud; 15) Techniques
de récolte et d’étude.
Cet ouvrage, rédigé en espagnol, est très intéressant à la fois par la qualité
de son approche de la systématique du phytoplancton et de ses relations tro¬
phiques ainsi que par son iconographie et l’importance de sa bibliographie
rassemblée à la fin de l’ouvrage. En conclusion, un manuel très utile, particu¬
lièrement pour les étudiants mais également pour tous les scientifiques désirant
s’initier et se perfectionner dans la connaissance du phytoplancton.
M. Ricard
BOUCK, G.B., ROGALSKI, A. et VALA1T1S, A., 1978 - Surface organization
and composition of Euglena. II. Flagellar mastigonemes. J. Cell. Biol. 77:
805-826.
Dans un travail précédent, G.B. BOUCK (J.. Cell. Biol. 1971, 50: 362-384)
avait montré l’extrême complexité des mastigonèmes des flagelles chez les
Chrysophycées (Ochromonas). Dans le mémoire actuel, avec ses collaborateurs,
il s’attaque aux mastigonèmes fibreux des flagelles d 'Euglena. Les auteurs,
grâce à des techniques très élaborées, montrent que les mastigonemes fibreux
des Euglènes sont de deux types: 1) les plus longs (3Mm) sont attachés à la
baguette paraflagellaire qui renforce le flagelle; 2) Les mastigonèmes courts
(1,5/im) sont fixés semble-t-il aux microtubules de l’axonème flagellaire. Ces
Source : MNHN. Paris
366
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
derniers présentent des boucles à leur partie distale et ont une structure très
particulière. Enfin il se confirme que les mastigonèmes ont une disposition
hélicoïdale. Ces résultats remarquables, illustrés par de très belles photographies
en microscopie électronique, sont complétés par des analyses chromatogra-
phiques très précises des flagelles isolés et des mastigonèmes. On voit ainsi
que les flagelles renferment des polypeptides et des glycoprotéides. Par hydro-
lysat de ces derniers, les auteurs montrent que le sucre dominant est le xylose.
P. Bourrelly
Cyanobacteria, in Journ. Gen. Microbiol. 111 : 1-85, 1979.
Ce recueil sur les Cyanophycées groupe trois articles de synthèse fort inté¬
ressants.
1. — Le premier: «generic assignments, strain historiés and properties of pure
cultures of Cyanobacteria» par R1PPKA, R., DERUELLES, J., WATERBURY,
J.B., HERDMAN, M. et STANIER, R.Y., donne de précieux renseignements
sur les 178 souches axéniques étudiées par l’équipe de STANIER. Les auteurs
reconnaissent cinq sections suivant le type structural (unicellulaire, ou filamen¬
teux avec ou sans hétérocyste) et le mode de division.
Le premier groupe renferme: les Chroococcales et Chamaesiphonales. Le
second: Dermocarpales, et Pleurocapsales. Le troisième Spirulina, Oscillatoria,
Pseudanabaena, et l’ensemble: Lynbya, plus Phormidium plus Plectonema.
Le quatrième : Anabaena, Nodularia, Cylindrospermum, Nostoc, Scytonema
(et Tolypothrix), Calothrix (y compris les Rivularia). Enfin le cinquième et
dernier groupe : Chlorogloeopsis et P'ischerella.
Pour chacune de ces cultures, nous avons de nombreux renseignements sur
la physiologie de la nutrition, la synthèse des biliprotéines, les besoins en vita¬
mines, etc. Les critères classiques tels que: forme du thalle, fausse ramification,
présence de gaine sont abandonnées. Nous avons là une systématique de «cul¬
ture» difficilement utilisable dans la nature.
2. - Le deuxième article: «Deoxyribonucleic acide base composition of
Cyanobacteria», par HERDMAN, M., JANVIER, M., WATERBURY, J.B.,
RIPPKA, R., STANIER, R.Y., et MANDEL, M., nous donne la composition de
l’A.D.N. de 176 souches sous la forme de pourcentage en Guanine et Cystosine
(G + C).
3. - Le dernier article «Genome size of Cyanobacteria» par HERDMAN, M.,
JANVIER, M., RIPPKA, R. et STANIER, R. Y., nous précise la taille du génôme
de 128 souches de Cyanophycées: cette taille se répartit en 4 groupes : de 2,2 x
10 à 7,4 x 10 daltons. Les limites supérieures dépassent largement celles
des bactéries.
Cet ensemble donne une très juste vue sur l’importance des travaux modernes
concernant les Cyanophycées.
P. Bourrelly
FELDMANN, J., 1979 - Les Algues, in Précis de Botanique: 1. Végétaux Infé¬
rieurs. Masson éd., Paris, 2e éd., vol. 1: 95-320, 160 F.
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
367
Rédigé par le regretté professeur J. FELDMANN, algologue de classe interna¬
tionale, le chapitre de 225 pages consacré aux Algues, dans le «Précis de Bota¬
nique» (P. Grassé), est l’un des mieux réussis de ceux qui composent cet ouvrage,
et cela par la valeur scientifique et la clarté du texte, l’excellence de l’illustration,
la qualité de la présentation. Il rendra de très grands services aux étudiants
et aux naturalistes désireux d’acquérir une connaissance, assez élémentaire
certes, mais néanmoins très sérieuse, des Algues et de l’algologie moderne.
Il est composé, très classiquement, de trois parties. Dans la première sont
exposées, de façon concise, des généralités sur ces végétaux: leur cytologie,
leur biochimie, leur morphologie et leur reproduction. Concernant leur cyto¬
logie, une grande place est consacrée à leur appareil plastidial, particulièrement
visible dans les cellules, à sa morphologie et son évolution et surtout à son
ultrastructure. Par contre, il est dit peu de choses de l’appareil de Golgi et du
Chondriome. Du point de vue de la morphologie est conservé (tab., p. 131)
la distinction des types que nous avions proposée dans notre Traité sur les
«Végétaux non Vasculaires»: archéthalles, nématothalles (que nous avions
appelés protothalles) et cladomothalles (thalles formés de cladomes), mais
quelques précisions auraient pu être utilement données sur deux questions
qui ont embarassé certains algologues : celle des thalles heterotriches, qui sont
des nématothalles composés de filaments, les uns rampants, les autres dressés,
et celle des axes polystiques, dont la coupe transversale donne une image pluri¬
cellulaire. Ceux-ci sont de trois sortes: 1 - les axes des cladomes multiaxiaux
(sur les coupes, autant de cellules que de filaments axiaux); 2 - les axes paren¬
chymateux, dérivés d’un filament axial unique, dont les cellules sont cloisonnées
en cellules parenchymateuses (ex.: Sphacelaria) ; 3 - les axes à péricentrales ou
à cortex pleuridien, formés d’un filament axial unique, revêtus de cellules pleuri-
diennes (ex.: Polysiphonia, à revêtement de cellules péricentrales pleuridiennes,
portant ou non un cortex pleuridien).
Quant à la reproduction des Algues, l’auteur a très utilement précisé la dis¬
tinction (p. 96) qui doit être faite entre sporocystes et gamétocystes, d’une
part, caractéristiques des Algues et des Champignons, et, d’autre part sporanges
et gamétanges, caractéristiques des Archégoniates. Il a aussi employé la notion
de gamétophytes diploïdes, que beaucoup de biologistes n’admettent pas faci¬
lement, mais il ne le fait qu’incidemment, à propos des Fucales (p. 238) et
des Codiales (p. 284).
La seconde partie, consacrée à la Classification des Algues, est la plus volu¬
mineuse (p. 148 à 301). Dans ses grandes lignes, la classification adoptée diffère
peu de celle que nous avions exposée en 1960, mais elle est donnée avec une
nomenclature plus conforme aux règles internationales, règles que nous avions
considérées comme un carcan dans un domaine ou, assez souvent, tout est
nuance et incertitude. Ce dont il conviendrait d’ailleurs que les étudiants
fussent informés.
En particulier, J. FELDMANN conserve la notion de Chromophytes et
reconnaît donc trois groupes fondamentaux d’algues, qu’il appelle Rhodophytes,
Chromophytes et Chlorophytes. Nous ferons au sujet des détails de cette classi¬
fication seulement quelques remarques. Ainsi :
368
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
- à propos des Chromophytes il n’eut pas été mauvais de citer le travail
de LEE et LOEBL1CH (1970) sur l’existence d’un hydrocarbure particulier,
l’hénéicosahexaène, caractéristique de ces Algues, y compris les Euglènes. C’eut
été un moyen de faire comprendre comment l’algologie s’intéresse à des carac¬
tères de plus en plus raffinés, biochimiques et non plus seulement morpholo¬
giques.
- Les Euglénophycées, probablement apparentés aux Crypto- et Dinophycées,
se situent dans un des domaines de la systématique où régnent les nuances et
le doute, et il eut été bon de le souligner. En effet, les Euglènes rappellent à
la fois les Chlorophycées par la couleur de leurs plastes et la présence, dans
ceux-ci de chlorophylle b, absente chez les autres Chromophytes, et d’autre part
les Eustigmatophycées, classées parmi les Xanthophycées, par l’absence d’un
plaste reconnaissable pour porter le stigma. Y a-t-il seulement des convergences,
ou de réelles parentés : il eut été utile pour la formation des étudiants d’en discu¬
ter. De plus, il n’eut pas été mauvais d’expliciter les Eustigmatophycées comme
classe distincte des Xanthophycées.
- enfin, parmi les Chlorophytes, si c’est une chose heureuse de séparer les
Prasinophycées des Chlorophycées typiques, il eut été également heureux
d’en traiter un peu plus longuement. D’une part, il aurait fallu mentionner
qu’elles comprennent, non seulement des formes monadoïdes, les Prasinomo-
nadales, mais aussi des formes coccoïdes, les Prasinococcales : g. Halosphaera,
qui n’est cité qu’incidemment, et à propos des Xanthococcales (p. 209) et du
phytoplancton marin (p. 315). D’autre part, une étude morphologique de l’évo¬
lution des zoïdes aurait montré qu’ils ne sont pas toujours demeurés du type
à infundibulum vestibulaire (classique chez les Pyramimonas), et que leurs
formes évoluées se retrouvent, du moins approximativement, chez les diverses
Chlorophycées à phragmoplaste étudiées par P1CKETT-HEAPS et MARCHANT
(1972): Klebshormidium, Chaetosphaeridium, Coleochaete, Chara et al. Cela
aurait conduit à reconnaître, à côté des Prasinophycées (et reliées à celles-ci
par les Pedimomonas ) une classe (?) de Chlorophycées à phragmoplastes, qu’on
pourrait appeler les «Phrâgmophycées», lesquefles présentent l’intérêt d’être
peut-être apparentées à la souche algale (inconnue) des Archégoniates. Ce qui
est toutefois indiqué, mais en quelques mots insuffisants et de façon trop vague,
à la p. 301.
Dans la dernière partie on trouvera un très bel exposé de l’Écologie des
Algues : A. marines, benthiques et planctoniques, et leur répartition géogra¬
phique; A. continentales, d’eau douce et aériennes, et leur répartition géogra¬
phique. En ce domaine aussi on sait que J. FELDMANN était très particulière¬
ment compétent. Après quoi on trouvera une liste d’ouvrages à consulter,
destinée à rendre de grands services.
Au total, les 225 pages du Précis consacrées aux Algues ne pourront man¬
quer d’être accueillies par tous ceux, étudiants et enseignants, qui auront besoin
d’une solide base algologique pour leurs études et leurs travaux.
M. Chadefaud
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
369
KALK, M., MAC LACHLAN, A.J. et HOWARD-WILLIAMS, C., 1979 - Lake
Chilwa. Studies of change in a tropical ecosystem. Monographiae Biologiae,
vol. 35, W. JUNK Publish., 462 p., 79 $ US.
Cette nouvelle monographie biologique traite du lac Chilwa situé au sud
est de l’Afrique Centrale. A cent kilomètres au sud du lac Malawi, c’est un lac
sans émissaire placé à l’extrémité sud de la vallee du Rift, à 622 mètres d alti¬
tude. Il est caractérisé en premier lieu par des variations de superficie impor¬
tantes allant de l’assec presque complet (en 1968) jusqu’à un maximum de
2000 km 2 de surface en eau selon les années; en second lieu par un développe¬
ment considérable des macrophytes aquatiques.
Une première partie de quatre vingt dix pages donne les caractéristiques
hydrologiques et traite de la physico chimie des eaux du lac proprement dit
et des marécages attenants. La seconde partie (200 pages) étudie la distribution
de la flore et la faune et analyse les variations en fonction des changements
du milieu. Dans une troisième partie (100 pages), l’environnement humain et
les questions socio-économiques liées à l’existence et aux variations du lac sont
analysés : développement des cultures irriguées et des pêcheries, problèmes
de santé dûs au voisinage des nappes d’eau tropicales, etc.. Viennent ensuite
des conclusions générales sur ce type d’écosystème. En appendice, une liste
systématique des organismes végétaux et animaux inventoriés est dressée.
Cet ouvrage constitue une bonne approche de l’hydrobiologie des lacs tropi¬
caux peu profonds qui existent en différentes régions d’Afrique. Tous les grou¬
pes constituant l’écosystème ont été étudiés, parfois rapidement (par exemple
le phytoplancton) mais toujours de façon à mettre en relief les groupes animaux
ou végétaux les mieux représentés. De plus, le fait que les problèmes humains
et la question des pollutions éventuelles soient abordées ajoutent à l’intérêt
de cet ouvrage. Un bilan quantitatif aux divers niveaux du cycle biologique
n’a pu être dressé mais l’accent est mis principalement sur les changements
intervenant à chaque niveau par suite des variations hydrologiques. On pourra
regretter que les auteurs se limitent en général à la littérature anglo-saxonne
et n’aient pas tenté plus de comparaisons avec d’autres milieux de même type
en Afrique.
En conclusion, ce travail est une participation importante à la connaissance
des lacs tropicaux africains encore bien mal connus.
A. Iltis
KIENER, A., 1978 - Écologie, Physiologie et Économie des eaux saumâtres.
Masson éd., Paris, coll. Biologie des Milieux Marins: 220 p., 143 F.
Ce travail est très probablement la première synthèse en langue française
sur les connaissances actuelles des écosystèmes saumâtres.
Dans une première partie de 25 pages, l’auteur traite du problème de la classi¬
fication de ces milieux et de leurs caractéristiques physico-chimiques. Deux
types de représentation graphique (diagrammes logarithmiques Schoeller-Berka-
loff et diagrammes de Maucha) permettent de traduire la composition chimique
des divers milieux. L’auteur passe ensuite en revue tous les milieux saumâtres
370
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
rencontrés dans le monde, sous toutes les latitudes, en commençant par les
mers saumâtres (mer Baltique, mer Blanche par exemple) puis les lagunes, celles
du littoral méditerranéen étant les mieux décrites. Viennent ensuite les estuaires,
rapidement traités, puis les mangroves auxquelles l’auteur a consacré une partie
importante de ce volume (24 pages).
Les aspects biologiques et physiologiques de la vie dans des eaux à salinité
variable sont ensuite abordés dans deux chapitres. La productivité et la biomasse
sont ensuite analysées tandis que les problèmes de mise en valeur et les perspec¬
tives d’avenir sont rapidement abordées avant les conclusions.
Cet ouvrage dresse donc un inventaire descriptif très complet des milieux
saumâtres mondiaux. Il réalise une bonne revue des problèmes écologiques
et biologiques liés à ces différents types d’écosystèmes. De très nombreuses
références bibliographiques, rassemblées à la fin des divers chapitres, permettent
au lecteur de compléter ses connaissances sur des sujets simplement évoqués
dans l’ouvrage. Enfin, de nombreuses illustrations et de nombreux graphiques
rendent ce livre particulièrement clair aussi bien pour le chercheur spécialisé
que pour le simple lecteur.
A. Iltis
MARVAN, P., PRIB1L, S., LHOTSKY, O. (Eds.), 1979 - Algal assays and
monitoring Eutrophication. E. Schweizerbart’sche Verlags. Stuttgart: 253 p.,
2 pl., 104 fig., 20 tabl., 49 DM.
L’ouvrage est la version en langue anglaise du colloque qui s’est tenu à l’Insti¬
tut de Botanique de Trebon (Tchécoslovaquie) en janvier 1976 sur le thème :
«Utilisation des algues dans les essais biologiques pour la surveillance de l’eutro¬
phisation».
La conservation et l’aménagement des ressources en eau, préoccupation
vitale de notre temps, nécessitent l’élaboration d’une méthodologie pour élu¬
cider les interactions complexes des facteurs qui influencent la productivité
primaire et la qualité de l’eau.
Successivement sont traités : l’eutrophisation et l’impact technologique et
économique qui en résulte; les principes théoriques qui doivent guider la mise
au point des tests biologiques; la sélection des souches d’algues et leur culture
avec un article consacré aux plantes supérieures aquatiques; les techniques de
culture d’algues en laboratoire et sur le terrain; l’application des bioessais en
hydrobiologie. Suivent 290 références bibliographiques, essentiellement anglo-
saxonnes, consacrées à la méthodologie des essais. Cette sélection souligne
d’une part des lacunes évidentes et d’autre part une désaffection des laboratoires
français dans ce domaine de recherche puisque nous avons relevé 6 articles
d’auteurs français traitant de la fertilité des eaux marines.
Ce volume devrait cependant intéresser les hydrobiologistes et techniciens
de l’eau car il pose le problème des méthodes biologiques qui deviennent complé¬
mentaires de celles utilisées pour l’analyse chimique de l’eau.
La réalisation dessais codifies «in vitro» ou «in situ» avec des gammes
de souches monospecifiques ou des populations naturelles mixtes, avec le soutien
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
371
de la statistique, doit permettre de déterminer le degré de pollution d’une eau
superficielle et de prédire les effets bénéfiques ou néfastes des substances intro¬
duites dans les eaux par les rejets urbains ou industriels.
Ces essais laissent également entrevoir la possiblité d’établir une corrélation
entre le niveau trophique d’une eau et son degré de saprobité.
H. Lepailleur
PETERFI, St. et IONESCU, Al., 1979 - Tratat de Algologie, vol. 3. Ed. Acad.
Republ. Soc. Romania, 1 vol. relié, 375 p., 33 lei.
Voici le 3e volume de ce traité d’algologie en langue roumaine dirigé par
PETERFI et IONESCU.
Il s’agit d’un volume collectif signé par 11 spécialistes. Il est consacré aux
Euglenophyta, Chlorophyta, et Xanthophyta. Chaque grand groupe est traité
suivant le même plan: cytologie, morphologie, reproduction, écologie, distri¬
bution, et enfin systématique avec les caractères des ordres et des principales
familles et genres.
L’illustration est très abondante et groupée en 55 planches auxquelles s’a¬
joutent 103 fig. dans le texte.
Signalons un chapitre sur les algues vertes macroscopiques, de la Mer Noire
et un autre sur les Chlorophytes fossiles de Roumanie.
La bibliographie accompagne chaque grand chapitre. Le volume se termine
par un index alphabétique des genres et par un glossaire des termes techniques.
En résumé, un ouvrage bien présenté qui donne une bonne synthèse des trois
phylums étudiés.
P. Bourrelly
SOURNIA A. (ed.), 1979 - Phytoplankton Manual. Monographs on oceano-
graphy methodology, n° 6, UNESCO: 337 p., 54 F.
Ce manuel est le sixième de la série des monographies consacrées à la des¬
cription des méthodes utilisées en océanographie. Les cinq ouvrages précédents
décrivent les techniques relatives au prélèvement, à la fixation et à la conser¬
vation du zooplancton, à la production primaire, aux pigments photosynthé¬
tiques et, enfin, aux méthodes de recherches adaptées aux récifs coralliens.
Le Manuel de Phytoplancton répond aux recommandations faites par le groupe
de travail 33 du SCOR/UNESCO : faire la liste des diverses méthodes d’étude
du phytoplancton et en dégager les meilleures. Les recommandations de ce
groupe se matérialisent, 9 ans après, par la parution de ce manuel, qui doit
beaucoup à son éditeur, et dans lequel figurent les méthodes les plus appro¬
priées à l’étude du phytoplancton.
L’ouvrage se divise en quatre grandes parties :
1. Prélèvement, fixation, préservation et concentration du phytoplancton.
2. Identification du phytoplancton et techniques de montages des principaux
groupes constitutifs.
3. Estimation du nombre de cellules, présentes dans un échantillon, au
moyen de diverses méthodes de comptage.
372
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
4. Interprétation des résultats
Les chapitres et leurs différentes sections présentent tous un grand intérêt,
notamment ceux qui composent la troisième et la quatrième partie du livre.
L’estimation du nombre de cellules présentes dans une récolte est toujours
un problème que le biologiste a du mal à résoudre. L’identification des cellules
sous un faible grossissement, la sous-estimation chronique, le mauvais état
de conservation des échantillons sont autant d’écueils que ce manuel nous aide
à franchir grâce à des exposés clairs et précis. De même, l’interprétation des
données ne peut être que facilitée par la lecture des diverses sections du chapitre
8 dont quelques unes sont autant à l’usage des systématiciens que des écolo¬
gistes.
En conclusion, ce manuel qui résulte de la confrontation des connaissances
de la plupart des spécialistes mondiaux du phytoplancton est indispensable
à tous les scientifiques qui s’intéressent à cette discipline quelque soit leur
niveau.
M. Ricard
SIMONSEN R. (ed.), 1979 — Fifth Symposium on recent and fossil diatoms.
Nova Hedwigia, Beih. 64 : 533 p., 200 DM.
Au cours de la première semaine de septembre 1978, s’est tenu à Anvers
(Belgique) le 5e symposium sur les diatomées récentes et fossiles. Jusqu’à
cette date consacré uniquement aux diatomées marines, le 5e symposium s’est
ouvert aux diatomées continentales, apportant ainsi un sang nouveau à ces
réunions réservées à quelques diatomistes marins. Au cours de ce congrès 56
communications ont été présentées et 30 d’entre elles ont été retenues par
son éditeur pour figurer dans cet ouvrage.
Parmi ces 30 articles, 16 sont consacrés à la morphologie et à la physiologie
des diatomées marines, 9 à l’écologie et à la pollution marine et continentale,
5 à la paléoécologie, à la biostratigraphie et à la dissolution de la silice. Bien
que n’étant pas le parfait reflet de ce colloque,puisqu’il ne fait état ni de toutes
les communications ni des discussions qui se sont tenues au cours des séances
de travail réalisées en dehors des séances pleinières, cet ouvrage est extrêmement
intéressant.
La dernière partie est consacrée à la publication de la nouvelle version de
«An amended terminology for the siliceous components of the diatom cell».
Cette terminologie, pour intéressante qu’elle soit, a le gros défaut de n’être
le fait que d’un petit comité dont certains membres ne désirent ni prendre
l’avis des autres diatomistes, qu’ils soient systématiciens écologistes ou physio¬
logistes, ni tenir compte de la terminologie introduite par ailleurs dans les
revues scientifiques. Il semble donc, si cette tendance est maintenue, que l’on
s’achemine vers une terminologie qu’un petit groupe de chercheurs voudrait
officialiser et qui serait inapplicable car trop abstraite ou trop sophistiquée,
et en opposition avec la terminologie publiée par la majorité des diatomistes.
La solution pour éviter ce danger réside certainement dans une meilleure concer¬
tation entre les chercheurs.
OUVRAGES REÇUS POUR ANALYSE
373
Les cinq ouvrages consacrés aux 5 premiers symposiums sur les diatomées
représentent, avec Bacillaria, une série d’articles de qualité indispensables à
tous les diatomistes. Malheureusement, R. S1MONSEN n a pas voulu conserver
sa charge d’éditeur des prochains symposiums et les compte-rendus du 6e sympo¬
sium, qui se déroulera à Budapest en septembre 1980, seront vraisemblablement
publiés dans un périodique hongrois.
M. Ricard
WATERBURY, J.B. et ST AN 1ER, R.Y., 1978 - Patterns of growth and deve¬
lopment in Pleurocapsalean Cyanobacteria. Microbiol. Rev. 42, 1: 2-44.
Cette intéressante étude a été faite à l’aide de cultures pures de Cyanophycées
pleurocapsales, marines et dulçaquicoles. Les auteurs, afin d’éviter la confusion
avec les bactéries, remplacent le terme d’endospores par celui de baeocytes:
remarquons que CHADEFAUD a depuis longtemps utilisé le vocable de Cocco-
spores pour ces spores.
L’examen en microscopie électronique montre que les coccospores mobiles
ne présentent pas de couche externe fibreuse, tandis que celles qui sont toujours
immobiles ont la membrane tripartite normale. C’est là un caractère important
qui permet de séparer par exemple Mysosarcina de Chroococcidiopsis.
Cinq genres font l’objet de cette étude et sont redéfinis suivant les critères
suivants : mobilité des coccospores, mode de division, polarité de la cellule.
Pour les auteurs: il faut fusionner en un seul ordre des Pleurocapsales l’ensemble
Dermocarpales et Pleurocapsales. Nous arrivons ainsi à une systématique origi¬
nale qui est fort différente de celle, classique, de GE1TLER. Ainsi le genre
Xenococcus est repris (c’est un synonyme de Dermocarpa Crouan emend.
Ardré) pour une espèce unicellulaire qui correspond sans doute à Cyanocystis
Borzi. Le Dermocarpa Waterbury et Stanier est aussi un Cyanocystis à spores
mobiles. Le Pleurocapsa marin à spore à division asymétrique est peut-être
un Hyella.
Malheureusement les auteurs n’ont pas observé les caractères de leurs algues
avant de les mettre en cultures et la morphologie est étudiée uniquement sur
les cultures. Il est donc impossible de comparer leurs observations avec celles
des autres auteurs et c’est bien regrettable. Une petite erreur à rectifier : je suis
accusé à tort, d’avoir examiné les échantillons secs, âgés de 120 ans, de Dermo¬
carpa violacea Crouan. Ce n’est pas moi qui ai commis ce forfait mais FELD-
MANN. Pour ma part, je ne me suis intéressé qu’au type Pleurocapsa fuliginosa
qui n’avait que 100 ans d’herbier.
Nous avons donc maintenant trois types de systématique pour les Cyano¬
phycées: celle de GEITLER, celle de DROUET, celle de STANIER et son école:
le travail des écologistes qui ont besoin d’une taxonomie précise n’en sera pas
plus facile.
P. Bourrelly
.
.
375
TABLE DU TOME XIV
ABÉLARD, C. — Influence de divers milieux sur la croissance du thalle d’Apoglos-
sum ruscifolium (Turner) J. Agardh, (Rhodophycées, Céramiales).343
AKATSUKA, I. - A note on the male reproductive organs of Gelidium japonicum
Okam., and Beckerella subcostata (Okam.) Kylin (Gelidiaceae, Rhodophyta). ... 17
ANDREIS, C. — Pores in the apical cell of Oscillatoria limosa Ag.235
BATTIATO, A., CORMACI, M., FURNARI, G. and LANFRANCO, E. - The
occurence of Compsopogon coeruleus (Balbis) Montagne (Rhodophyta, Bangio-
phycideae) in Malta and of Compsopogon chalybeus Kützing in an aquarium at
Catania (Sicily). H
BOURRELLY, P. — Les Cyanophycées, algues ou bactéries? . 5
BOURRELLY, P. - Otto JAAG : 1900-1978. 93
CHADEFAUD, M. — L’évolution de la structure cladomienne chez les Charales et
les Céramiales. Étude comparative.253
CLAUS,G.— Microstructures in meteorites, or fossilized ideas about idéal fossils. . . 197
Compte-rendu des séances de la Société Phycologique de France. — «Ontogenèse
et morphogenèse des algues ». 63
DION, P. & DELÉPINE, R. — Cycles de développement de Cigartina stellata et Petro-
celis cruenta (Rhodophyceae, Gigartinales).327
DELÉPINE, R. et LEGELEY-PADOVANI, A. - Premiers stades de recolonisation,
par Durvillea (Phaeophyceae), de substrats naturels aux Iles Kerguelen.359
DRUART, J.C. et REYMOND, O. - Paradoxia pelletieri, nov. sp. Nouvelle espèce
de Chlorococcales de France (Chlorophyceae).247
DUCREUX, G. - Fonctionnement de l’apex et ontogenèse ; essai d’analyse ultra-
structurale chez Chara vulgaris L. 49
DUTT, A.K., DATTA T.K. and GUPTA K.K. - Studies on high altitude saxicolous
Cyanophyta. V. On the morphology of Stigonema papenfussii sp. nov. and Stigo-
nemageitleri sp. nov. 99
FARGHALY, M.S. et DENIZOT, M. — Le genre Rhipiliopsis. Définition et place
dans les Caulerpales (Chlorophycées).169
GAYRAL, P. et FRESNEL, J. — Révision du genre Hymenomonas Stein. A propos
de l’étude comparative de deux Coccolithacées : Hymenomonas gbbosa (Magne)
Gayral et Fresnel et Hymenomonas lacuna Pienaar.117
GAILLARD, J. et L’HARDY-HALOS, M.-Th. - Corrélation de croissance chez le
Dictyota dichotoma (Huds.) Lamouroux (Phéophycées, Dictyotales) ; contrôles
mutuels de l’apex et de la base du thalle au cours du développement des gamé-
tophytes juvéniles.149
KIMURA, Y. — Système et phylogénie du règne végétal.285
RICARD, M. — Podocystis perrinensis et Podocystisguadalupensis : Deux espèces
nouvelles du genre Podocystis récoltées en Guadeloupe. 33
RICARD, M. et DELESALLE, B. — Le phytoplancton de la mangrove en Guade¬
loupe (Antilles françaises). T. - Premier inventaire qualitatif et quantitatif de trois
canaux du Grand Cul de Sac Marin.127
RINCÉ, Y. — Cycle saisonnier des peuplements phytoplanctonique et microphyto-
benthiquc des claires ostréicoles de la baie de Bourgneuf.297
STEPHENS, F.C. and GIBSON, R.A. - Observations ofloculi and associated extra¬
cellular material in scveral Mastogloia (Bacillariophyceae) species. 21
Source : MNHN, Paris
376
SUNDARALINGA, V.S., PRASAD, A.K.S.K. and SUBBALAKSHMI, S. - Studies
on South Indian soil algae : Gbeocystisgigas Collins (Tetrasporales).239
TELL, G. — Scenedesmus nouveaux ou intéressants de la République Argentine. . . . 315
TELL, G. — Chlorophyceae d’eau douce rares et nouvelles de la République Argen¬
tine. 39
TELL, G. et COÛTÉ, A. — Ultrastructure de la paroi cellulaire de Coelastrum sphae-
ricum var. rugulosum (Thom.) Sodomkova en microscopie électronique à ba¬
layage.163
Table des noms d’Auteurs dont les travaux sont analysés dans le tome XIV
Bacillaria, 279
BALECH, E., 365
BERTHOLD, W.H., 275
BICUDO, C.E.M. & COMPERE, P., 85
BOJE, R. & TOMCZAK, M. (ed.), 185
BOUCK, G.B. et al., 365
CONTANT, H. & DUTHIE, C.H., 85
Cyanobacteria, 366
EHRHARDT, J.P. & SEGUIN, G., 185
ETTL, H., 186
FELDMANN, J., 366
F1NDLA Y, D. L. & KLING, H.J., 275
GRANHALL, U. (ed.), 276
HARRIS, G.P., 186
HELLEBUST, J.A. & GRA1GIE, J.S. (ed.), 187
KALK, M. et al., 369
KIENER, A., 369
KREMER, J.N. & NIXON, S.W., 188
KUROKAWA, S., 276
LEE, I.K., 86
LOCQUIN, M. & LANGERON, M., 86
MARVAN, P. et al., 370
MATV1ENKO, O.M. & DOGADINA, T. V., 277
MONTGOMERY, R.T., 278
MONTGOMERY, R.T. & MILLER III, W.I., 278
PARA, O.O. & GONZALEZ, M., 279
PETERFI, St., & IONESCU, Al., 371
PRESCOTT, G.W., 188
RUZICKA, J. & POUZAR, Z., 189
SCHNETTER, R., 86
SCHOEMANN, F.R. & ARCHIBALD, R.E.M., 87
SERRUYA, C. (ed.), 190
SIMONSEN, R. (ed.), 372
SOURN1A, A. (cd.), 371
STOVER, L.E. & EVITT, W.R., 87
THEREZIEN, Y. & COÛTÉ, A., 87
VAN DEN HOEK, C., 88
VAN LANDINGHAM, S., 192
WATANABE, M., 279
WATERBURY, J.B. & STAN1ER, R. Y., 373
Commission paritaire N° 28588 - Dépôt légal : n° 659 - Décembre 1979 - lmp. Vial, 91410 Dourdan
Source : MNHN, Paris
fi)
FAUNE DE MADAGASCAR
ECHINODERMES : OPHIURIDES
G. Cherbonnier, A. Guille
Etude des différentes espèces de cette classe d’ani¬
maux marins, principalement de ceux situés sur le lit¬
toral.
Pour chaque espèce : origine, description, écologie,
répartition géographique.
18,5 x 27,5 - 280 pages
75 fig. -17 pt. phot.
ISBN 2-222-02341-6
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DOCUMENTATION GRATUITE SUR SIMPLE DEMANDE
Editions du CNRS
15 quai Anatole France. 75700 Paris
ASSOCIATION DES DIATOMISTES DE LANGUE FRANÇAISE
Cette association a pour but de promouvoir et de valoriser l’étude des
diatomées marines et continentales, actuelles et fossiles, de faciliter la diffusion
des connaissances dans ce domaine ainsi que les relations entre les personnes
qui s’intéressent à cette branche de l’Algologie. Le siège de l’association est
au Laboratoire de Cryptogamie du Muséum National d’Histoire Naturelle de
Paris où est créé un centre de documentation sur les diatomées: documents
bibliographiques, documents iconographiques, préparations microscopiques
et cultures de souches.
Le 25 janvier 1980 se déroulera, à Paris, le «1er Colloque des Diatomistes
de Langue Française» au cours duquel seront exposés des travaux scientifiques
et des posters se rapportant aux diatomées.
Pour tout renseignement, les lecteurs sont priés de s’adresser à :
Association des Diatomistes
de Langue Française
Laboratoire de Cryptogamie
Muséum National d’Histoire Naturelle
12 rue de Buffon, 7 5005 Paris, France